L'action nationale, 1 février 1987, Février
[" XÂction NATIONALE Volume LXXXVI, numéro 6, février 1987 LE MOUVEMENT QUEBEC FRANÇAIS QUINZE ANS DE LUTTE Fondé en 1971, le Mouvement Québec Français est toujours à l'avant-garde de la lutte linguistique au Québec.Sur cette photo, prise lors d'une récente conférence de presse, on reconnaît la plupart des présidents des organismes membres: de gauche à droite Rolland Chaussé, président, (MNQ), Fernand Daoust, secrétaire général, (FTQ), Yvon Charbonneau, président, (CEQ), Louis Laberge, président, (FTQ), Guy Bouthillier, porte-parole, Gérald Larose, président, (CSN), Bernard Duval, vice-président, (UPA), Raymond Campagna, vice-président, (AQPF), Lorraine Pagé.présidente, (APM).Nicole Boudreau, présidente, (SSJB-M).N'apparaissent pas sur cette photo Serge Turgeon, président de l'Union des Artistes et Yves Beauchemin, président de l'Union des écrivains québécois, deux organismes qui ont récemment adhéré au MQF.{ La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice-président: Delmas Lévesque Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Jean Genest Directeurs: Richard Arès Thérèse Baron René Blanchard Paul-A.Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise C.-Brochu Marcel Chaput Jean-Charles Claveau Claude Duguay Pierre Dupuis Philippe Gélinas Alban Jasmin Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Georges Meyers Denis Monière Jacques-Yvan Morin Anna L.-Normand Jean-Marcel Paquette Charles Poirier Gilles Rhéaume Jean-Jacques Roy Léonard Roy André Thibaudeau Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 l\u2019ActlOn NATIONALE Volume LXXXVI, numéro 6, février 1987 TABLE DES MATIÈRES GUY BOUTHILLIER:\tÉditorial .489 GUY BERTRAND:\tAffirmation provinciale ou affirmation nationale?.\t490 RICHARD:\tUn Québécois en excursion LECLERC:à Montréal .497 GASTON\tRestaurer la Charte CHOLETTE:de la langue française.501 GERMAIN\tDes luttes BEAUREGARD:qui n\u2019en finissent plus.504 ODINA BOUTET:\tLa tête en français.506 LORRAINE PAGÉ:\tLe respect des minorités.\t518 JACQUES HOULE:\tLe bilinguisme hors Québec .\t520 DENIS MONIÈRE:\tLa passion de l\u2019indépendance .\t523 JEAN-LOUIS\tLe Parti québécois «avec» BOURQUE:Pierre-Marc Johnson.527 JEAN-DENIS ROBILLARD:La nuit des longs couteaux.\t538 LÉO RAYNAULT:\tCe pays où rien ne doit changer .\t551 GÉRARD\tL\u2019actualité en bref.554 TURCOTTE:\tLa Maison nationale des Patriotes.557 Dans notre courrier.558 En furetant dans les archives .\t559 JEAN GENEST CHARLES POIRIER:\tBilans financiers de 1986 .560 JEAN-FRANÇOIS NÉRON:Saveur anglophone.565 LE DIRECTEUR:\tAnciens premiers ministres du Québec.567 En voulez-vous, des slogans?.\t568 GILLES RHÉAUME: Lettre ouverte.569 482 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: GÉRARD TURCOTTE Administrateur: JEAN GENEST Secrétaire-adjoint: DONAT PLANTE Photographe: PAUL HAMEL Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an (10 numéros) 25,00$ 30.00 35.00 2 ans (20 numéros) 45,00$ 50,00 «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodical index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans Y Index analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2>ème trimestre 1981 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3\tCourrier de la deuxième classe 845-8533\tEnregistrement numéro 162 L\u2019ACTION NATIONALE 483 LE GROUPE Rona valeur 'Podium BOTANIX 484 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM .ADRESSE Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 30,00$\t34,00$ 14.00\t18,00 50.00\t54,00 30.00\t34,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tél.: 271-4759 Un magazine chrétien d\u2019analyse et de réflexion sur l\u2019actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l\u2019Église \u2022\tLe travail à temps partiel Des soirées publiques \u2022 chaque mois un débat sur un sujet d\u2019actualité Abonnement 1an(10nos)\t12,50$ à l\u2019étranger\t14,50$ par avion\t20,00$ Non______________________ Adresse__________________ code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 2288 L\u2019ACTION NATIONALE 485 age di r Assurance vie Desjardins âch2^ss3^iavie Tous nous avons besoin de services de protection diversifiés bien adaptés à ce que nous vivons.Tous nous recherchons de bons conseils, de bonnes solutions et la sécurité qui nous convient.L ' Assurance-vie 1 )esjardins nous offre ce service-conseil et une protection adaptée à nos besoins.nos besoins de protection évoluent. 486 L\u2019ACTION NATIONALE CLAUDE PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 Don d\u2019un ami SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 Tél.: (4181658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 L\u2019ACTION NATIONALE 487 UN APPEL DE LA FONDATION ESDRAS-MINVILLE! DÉJÀ NOUS AVONS ACCUMULÉ 120 000$ INTANGIBLES POUVONS-NOUS ATTEINDRE 150 000$ DURANT CETTE CAMPAGNE 1986-1987?TOUT LE MONDE ME DIT: «C\u2019EST IMPOSSIBLE!» MAIS CE QUI EST POSSIBLE, C\u2019EST DE FAIRE MENTIR TOUT LE MONDE! Jean Genest Administrateur 488 L\u2019ACTION NATIONALE LES ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE ONT LANCÉ EN NOVEMBRE 1986 UN VOLUME DE 400 PAGES PAR JEAN-DENIS ROBILLARD: UNE LENTE AGONIE C\u2019EST LE DOSSIER À LA FOIS LE PLUS ÉCLAIRANT ET LE PLUS ÉCRASANT SUR LES DANGERS ET LES RECULS VÉCUS PAR NOTRE NATION FRANÇAISE AU CANADA ET AU QUÉBEC.LE VOLUME SE VEND VINGT DOLLARS COMMANDEZ-LE DÈS MAINTENANT.DÉJÀ LA MOITIÉ DE L\u2019ÉDITION EST ÉCOULÉE.ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE, 82, OUEST, RUE SHERBROOKE, MONTRÉAL, H2X1X3 (tél.845-8533) ÉDITORIAL 489 Éditorial par GUY BOUTHILLIER Pour le français, l\u2019année 86 aura été une mauvaise année, car Bourassa et son équipe n\u2019ont cessé \u2014 avec l\u2019aide toute récente et peu inattendue des tribunaux \u2014 de contribuer à renforcer chez nous la part de l\u2019anglais, qui est déjà celle du lion sur notre continent, et à nous faire rétrograder vers un Québec bilingue.L\u2019année qui s\u2019en vient sera difficile: en tout cas, pour le français ce ne sera pas l\u2019année des grandes victoires décisives.Tout ce que nous pouvons en attendre, en effet, c\u2019est de stopper les reculs sur la pente sur laquelle le gouvernement voudrait nous faire glisser.Mais ce sera une année de luttes! Cela, nous pouvons nous le souhaiter, et le Mouvement Québec Français le promettre à tous, à la condition de pouvoir compter sur toutes les forces vives comme celles qui ont fait entendre leur voix si forte et si pleine d\u2019espoir à Paul-Sauvé le 13 décembre dernier.Une année de luttes, c\u2019est-à-dire une année de prise de conscience de tous les dangers que nous courons, de tout le mal que l\u2019on nous veut.Une année aussi de prise de parole pour opposer notre vérité, notre nécessité et notre dignité aux demi-vérités d\u2019e.n face.Grâce à vous tous, Québécoises et Québécois, cette année marquera la reprise de notre marche en avant vers un Québec français.Ce Québec français, nous le voulons pour nous-mêmes, car comment et pour combien de temps encore pourrait se démarquer un Québec bilingue sur un continent si massivement et si uniformément anglophone?Mais nous le souhaitons aussi pour les autres.Pour le Canada anglais qui, dans sa lutte pour son identité culturelle, a droit de trouver à côté de lui un peuple qui aura su défendre sa langue et sa culture.Pour toutes les langues et toutes les cultures aussi qui, partout dans le monde, subissent la même pression que nous et qui puiseront dans nos luttes et dans nos succès la preuve que le combat est nécessaire et que la victoire est possible. 490 L\u2019ACTION NATIONALE Affirmation provinciale ou affirmation nationale?par GUY BERTRAND, avocat J\u2019ai lu avec attention le document intitulé «Pour les souverainistes, reprendre l\u2019initiative, plan d\u2019action pour l\u2019affirmation nationale du Québec» et je dois avouer qu\u2019il m\u2019a étonné.Vous y parlez de «l\u2019affirmation nationale» du Québec au sein de la Fédération canadienne.Si j\u2019ai bien compris votre démarche, vous tentez de convaincre les indépendantistes ou les souverainistes de renoncer à court et à moyen terme à leur projet et d\u2019accepter votre plan d\u2019action pour l\u2019affirmation nationale du Québec, au sein de la Fédération canadienne.À titre de membre du Parti québécois et plus particulièrement à titre de juriste, permettez-moi d\u2019inscrire mon désaccord avec ce projet.L\u2019affirmation nationale du Québec au sein de la Fédération canadienne n\u2019est fondée ni politiquement ni juridiquement.Sur le plan constitutionnel force est de constater qu\u2019au sein de la Fédération canadienne il n\u2019y a qu\u2019une seule affirmation nationale: celle de la nation canadienne, si tant est qu\u2019elle existe.Le concept des deux nations ou des deux peuples fondateurs n\u2019est pas incorporé à la Constitution canadienne et n\u2019est pas reconnu par les tribunaux.Il n\u2019est même pas reconnu par les provinces canadiennes et encore moins par les politiciens du Canada anglais.L\u2019affirmation nationale du Québec n\u2019est possible, politiquement et juridiquement, que dans la souveraineté politique ou dans l\u2019indépendance nationale.Lorsque vous utilisez cette expression et tentez de la justifier, il ne peut s\u2019agir en droit que de l\u2019affirmation «provinciale» du Québec et non de l\u2019affirmation nationale.Même s\u2019il est vrai que le peuple québécois existe sur le plan historique et dans la réalité quotidienne, sur le plan constitutionnel et juridique il n\u2019existe toujours pas.Constitutionnellement parlant, «toutes les provinces sont AFFIRMATION PROVINCIALE OU NATIONALE?491 fondamentalement sur un même pied d\u2019égalité» (Cour d\u2019Appel du Québec).La Loi constitutionnelle de 1982 est actuellement en vigueur et ne reconnaît aucun droit de véto et aucun statut spécial au Québec (Cour Suprême du Canada).Cela veut dire qu\u2019à l\u2019intérieur de la Fédération canadienne, il sera toujours impossible à un gouvernement québécois de réussir à arracher à la Fédération canadienne les pouvoirs dont le Québec aurait besoin pour assurer son progrès économique et son plein épanouissement culturel.Sans pouvoirs additionnels, le Québec n\u2019est qu\u2019une province comme les autres.Il est illusoire et utopique de vouloir faire du Québec un État moderne sans le contrôle des importations, des exportations, de la monnaie, du crédit, de la fiscalité, du commerce extérieure, du transport, etc.Vous reconnaissez vous-même dans votre document que «la contrainte que représente le double palier de gouvernements, rend ce cheminement particulièrement laborieux et parfois même improductif.car nous ne maîtrisons pas les sources reliées à la sécurité du revenu comme l\u2019assurance-chômage, les allocations familiales fédérales, les suppléments de revenus de retraite et tout le domaine de la fiscalité touchant les entreprises».Pouvez-vous nous indiquer comment vous ferez, une fois au pouvoir, avec ce programme basé sur l\u2019affirmation nationale au sein de la Fédération canadienne, pour aller décrocher ces pouvoirs si essentiels à une politique de plein emploi?Vous savez bien que pour amender la Constitution il faudra l\u2019accord de six autres provinces formant 51% de la population canadienne.Ainsi, pourquoi ne pas se rendre à l\u2019évidence qu\u2019il sera absolument impossible d\u2019obtenir l\u2019un quelconque de ces pouvoirs, si essentiels au développement économique du Québec?Laissez-moi vous répéter que le peuple québécois ne peut pas s\u2019affirmer sur le plan national autrement qu\u2019en réalisant son Indépendance.Votre projet ne fait que confirmer que le rôle du Québec, au niveau international, se perpétuera dans l\u2019affirmation provinciale au même titre que les autres provinces.Rappelez-vous le dernier Sommet francophone.Quelle était la place du Québec?À côté du Nouveau-Brunswick, derrière le Canada.N\u2019est-ce pas humiliant de constater que c\u2019est le Canada, pays anglophone, qui parlait au nom du Québec francophone?Vous reconnaissez vous-même que les circuits diplomatiques traditionnels, dont nous sommes exclus et dans les- 492 L\u2019ACTION NATIONALE quels l\u2019État fédéral veut diminuer notre rôle, sont d\u2019une efficacité limitée pour la conduite de notre présence internationale.Quant à vos propositions d\u2019une Chambre des régions élue à la proportionnelle, d\u2019un chef de l\u2019État élu du suffrage universel et d\u2019une Constitution «interne», elles ne me paraissent guère prometteuses.Pourquoi ajouter une structure supplémentaire, alors que nous payons déjà pour des Sénateurs, des députés fédéraux, des députés de l\u2019Assemblée nationale, des maires, des échevins, etc.?Laissez-moi vous rappeler, Monsieur le Président, qu\u2019un des avantages de l\u2019Indépendance du Québec, c\u2019est précisément de mettre fin à des structures inutiles et fort coûteuses que nous impose la Fédération canadienne.Pourquoi remettre en cause le régime parlementaire de type britannique qui veut que le chef de l\u2019État soit le chef du parti porté au pouvoir par le peuple?Ce régime fort démocratique permettra un jour au peuple québécois de réaliser son indépendance nationale, lorsqu\u2019une majorité de députés aura été élue à cette fin.Cette forme de consultation populaire sur le devenir d\u2019un peuple est reconnue par les Nations Unies au même titre qu\u2019un référendum.Enfin, permettez-moi de vous dire qu\u2019une Constitution «interne» ne nous donnera aucun pouvoir additionnel et ne pourra contenir plus de pouvoirs que ceux qui nous sont attribués à l\u2019Article 92 de la Loi constitutionnelle de 1982.Même au pouvoir vous n\u2019avez pas estimé bon adopter le projet de Loi de Guy Bisaillon reconnaissant que nous formons un peuple et que ce peuple a droit à l\u2019autodétermination.Pourquoi ce nouveau virage à 180°?Pourquoi perdre autant d\u2019énergies à convaincre la population d\u2019une démarche aussi complexe qu\u2019inutile?Le PQ devrait plutôt proposer l\u2019Indépendance nationale Je propose que le Parti québécois écrive son programme à partir de son option de base, celle qui l\u2019a propulsé au pouvoir en moins de huit ans, soit l\u2019option indépendantiste.11 faut offrir une alternative aux Québécois: demeurer au sein de la Fédération canadienne ou faire l\u2019Indépendance nationale.Il faut expliquer clairement à l\u2019ensemble des Québécois que ce n\u2019est qu\u2019en contrôlant tous les pouvoirs politiques, juridiques, économiques AFFIRMATION PROVINCIALE OU NATIONALE?493 et financiers que nous pourrons leur donner la prospérité et leur assurer une meilleure qualité de vie.Il faut d\u2019abord sauver la possibilité de l\u2019Indépendance en combattant le projet d\u2019accord constitutionnel.En droit international, il y a toute une différence entre subir une constitution et y adhérer volontairement.Si nous acceptons la formule d\u2019amendement, il sera impossible, en droit, de soutenir éventuellement devant les tribunaux que nous pourrions nous séparer du reste du Canada sans l\u2019accord de sept provinces formant 51 % de la population.Le peuple québécois doit se garder la possibilité d\u2019accéder à l\u2019Indépendance de façon unilatérale.En adhérant à l\u2019accord constitutionnel de 1982, le Québec renoncerait à jamais au droit collectif du peuple québécois de réaliser, un jour, son indépendance nationale.C\u2019est cela qu\u2019il faut bloquer.Le projet d\u2019indépendance, quoique légitime, serait déclaré illégal par la Cour suprême du Canada.En conséquence, le Québec ne doit d\u2019aucune façon ratifier l\u2019accord constitutionnel de 1982, à moins que l\u2019on reconnaisse: 1- que les Québécois forment un peuple; 2- qu\u2019ils ont le droit de disposer librement d\u2019eux-mêmes, y compris le droit de se retirer de la Fédération canadienne; 3- que l\u2019exercice démocratique du droit à l\u2019autodétermination ne pourra jamais être interprété comme une menace à l\u2019intégrité ou à la sécurité de l\u2019État canadien susceptible de mettre en application la Loi des mesures de guerre; 4- que le droit pour le Québec de réaliser démocratiquement son Indépendance ne nécessitera aucun amendement constitutionnel.À ces seules conditions, le Québec pourrait adhérer à l\u2019accord constitutionnel, puisqu\u2019il protégerait son droit à faire éventuellement l\u2019Indépendance nationale.Toutes nos énergies doivent être consacrées à expliquer cette question à la population.Il faut promouvoir l\u2019Indépendance.Arrêtons de nous laisser obnubiler par les sondages.La seule façon de faire l\u2019Indépendance, c\u2019est de convaincre la population que cette option est plus avantageuse que le fédéralisme.Laissons la population juger nos arguments.C\u2019est cela, la démocratie.Chaque Québécois doit connaître à fond les avantages et les inconvénients du fédéralisme et de l\u2019indépendantisme par une information complète et honnête.Il faut parcourir les villes, les villages, les rues, les 494 L\u2019ACTION NATIONALE quartiers, les maisons d\u2019enseignement, etc., rencontrer chaque citoyen et chaque citoyenne pour discuter de l\u2019avenir du Québec comme province ou comme pays.Demeurer une province ou devenir un pays, voilà la seule véritable question essentielle pour nous.Entre les élections, il faut profiter de toutes les occasions pour dénoncer les injustices, l\u2019illogisme et les coûts scandaleux du fédéralisme actuel et de la dépendance.Il faut répéter que les Québécois seront toujours minoritaires et dépendants au Canada et qu\u2019ils devront en subir tous les inconvénients, y compris celui de subir les décisions de la majorité.Pourquoi ne pas préparer, soigneusement et calmement, la prise du pouvoir, pour réaliser le projet politique idéal pour le Québec, soit l\u2019Indépendance?Vous reconnaissez vous-même que la souveraineté-association demeure la garantie idéale dont pourrait bénéficier le peuple québécois pour assurer son existence et son épanouissement.Le pouvoir pour le PQ signifierait l\u2019indépendance Tant que le Québec n\u2019aura pas proclamé unilatéralement son Indépendance à la suite d\u2019une élection générale, le projet d\u2019indépendance sera toujours contestable devant la Cour suprême.Bien sûr que l\u2019on vous rétorquera qu\u2019avec un projet semblable le Parti québécois est exclu du pouvoir pour plusieurs années.Cela n\u2019a pas d\u2019importance.Peu importe aussi le temps qu\u2019il faudra pour reprendre le pouvoir.Ce qui compte, c\u2019est d\u2019obtenir une majorité de députés pour réaliser cet idéal collectif et profondément humain, de transformer le Québec de son statut de province en celui de pays prospère et démocratique.Nous devrons indiquer à la population que dès la prise du pouvoir par le Parti québécois le gouvernement proclamera l\u2019Indépendance nationale du peuple québécois.La période de transition: le transfert des pouvoirs et l\u2019élaboration d\u2019une constitution Pendant la période de transition, le Québec procédera au rapatriement de la totalité des pouvoirs des ministères fédéraux qui font double emploi avec les mêmes ministères au Québec, il en créera certains rendus nécessaires et il préparera la Constitution du Québec en y incorporant une Charte des droits et libertés, ainsi qu\u2019une formule d\u2019amendement.Il faudra enfin évaluer AFFIRMATION PROVINCIALE OU NATIONALE?495 avec le Canada la part de la dette nationale attribuable au Québec.Deux ans après la victoire, la population serait appelée à ratifier la Constitution préparée par son gouvernement.Ensuite, le Québec pourrait se tourner vers le reste du monde et adhérer aux grands organismes internationaux.Ce processus vaut beaucoup mieux que celui du référendum dont la campagne beaucoup trop courte a permis aux adversaires de l\u2019Indépendance de terroriser les Québécois en annonçant la disparition de toutes les pensions de l\u2019État, s\u2019ils votaient OUI.Ces déclarations ont eu un effet déterminant sur le résultat du référendum.Sur une période de plusieurs années, ces arguments immoraux ne résisteraient pas.Notre peuple qui a résisté à l\u2019assimilation et survécu peut décider maintenant de vivre pleinement comme pays.Il ne s\u2019agit pas de nous demander si la population est intéressée à entendre parler d\u2019indépendance: il s\u2019agit de savoir si nous avons un projet intéressant à lui soumettre et de le défendre jusqu\u2019à la victoire finale, un peu comme nous le faisons devant les tribunaux.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019un avocat subit un échec en première instance qu\u2019il doit changer d\u2019idée en Cour d\u2019Appel.Même après une défaite en Cour d\u2019appel, l\u2019avocat devra augmenter de façon plus convaincante devant la Cour suprême.L\u2019Indépendance du Québec, c\u2019est la solution qui permettrait au Québec et au Canada de s\u2019extraire de cette spirale descendante qui les condamne tous les deux à la stérilité politique et au déclin économique.L\u2019association économique exclusive avec le Canada représente trop d\u2019inconvénients pour le Québec.Il faut viser à diversifier nos marchés et nos liens économiques, selon les besoins de nos producteurs et de nos exportateurs, en tenant compte de nos intérêts politiques et des avantages réels que constituent pour notre société les alliances qui s\u2019offrent à nous.On n\u2019a jamais vu personne faire fortune en confiant la gestion de son patrimoine à ses compétiteurs.C\u2019est pourtant la position où veulent se maintenir les Québécois qui tiennent à une association politique avec un Canada qui n\u2019a jamais eu, historiquement, d\u2019autre politique que celle des intérêts ontariens. 496 L\u2019ACTION NATIONALE Le Québec: un État indépendant créateur et souple Les Québécois ont jusqu\u2019ici fait preuve d\u2019une interminable patience politique à l\u2019intérieur du fédéralisme canadien.C\u2019est une stratégie vouée à l\u2019échec, dans un Canada ou le Québec n\u2019a pas d\u2019avenir.Il nous faut maintenant opter au contraire pour l\u2019Indépendance, condition essentielle de notre développement et de notre prospérité.Il ne s\u2019agit pas de rêver, en 1986, d\u2019un retrait massif de l\u2019Etat, d\u2019une délégation aux intérêts privés du pouvoir de prendre seuls les décisions qui nous affectent collectivement.Mais il s\u2019agit d\u2019inventer pour l\u2019État indépendant du Québec de nouveaux modes d\u2019intervention plus souples, plus attentifs aux initiatives d\u2019un secteur privé en plein développement, mieux adaptés aux décisions rapides qu\u2019exige notre insertion dans les créneaux profitables des marchés internationaux, plus aptes à redéfinir, au gré de chaque conjoncture, le meilleur dosage d\u2019instruments privés et publics.Cet État indépendant conservera les caractéristiques que nous lui avons forgées au cours des dernières années, ces acquis précieux dont les Québécois sont, à juste titre, fiers, dans les domaines économique et social, aussi bien que culturel: la Loi 101 et la Caisse de Dépôts, l\u2019universalité des programmes sociaux et l\u2019Hydro-Québec et toutes ces autres réalisations qui font du Québec une société unique.La prospérité de notre avenir passe par un développement économique respectueux de notre spécificité culturelle et de l\u2019équilibre écologique de notre territoire.Elle est impensable sans les pleins pouvoirs politiques exercés par un État souple et créateur.En 1968, lors de la fondation du Parti québécois, nous étions conscients que le chemin menant à l\u2019Indépendance du Québec serait long et pénible, que nos adversaires se montreraient coriaces et sans pitié.Alors, pourquoi abandonner si rapidement?Le Référendum de 1980 ne fut qu\u2019une étape et non une défaite.La population a été généreuse pour nous, elle nous a chéris et gâtés.Elle a ralenti notre projet, mais ne nous a jamais demandé de l\u2019abandonner. UN QUÉBÉCOIS EN EXCURSION À MONTRÉAL 497 Un Québécois en excursion à Montréal par RICHARD LECLERC Montréal par rapport aux autres agglomérations du Québec est unique au point de vue de la multiplicité des ethnies qui s\u2019y côtoient.En effet, contrairement aux autres villes du Québec, qui sont peuplées majoritairement par des Québécois d\u2019origine francophone, la métropole est habitée par une mosaïque de citoyens provenant des quatre coins du monde, ce qui lui donne un visage multiculturel et varié.Différente au point de vue ethnoculturel, nous pourrions à la limite dire que la ville de Montréal forme par rapport au reste du territoire québécois une enclave foncièrement distincte.Dans cette optique, il ne serait pas exagéré de dire que Montréal est une «province» hétérogène dans une province homogène culturellement et linguistiquement.Bien sûr, la métropole compte une majorité de Québécois d\u2019origine francophone.Le fait français est ici bien présent.Cependant, comme le relève Pierre Anctil (1984): «(.) Montréal est probablement la région métropolitaine de taille intermédiaire la plus diversifiée culturellement et la plus polyglotte du continent et ce avec unepopulation de quelque trois millions de personnes seulement.Peu de centres urbains d\u2019un million d\u2019habitants, si l\u2019on se concentre maintenant sur la ville de Montréal proprement dite, renferment en effet autant de \u2018petites patries\u20191.» En visitant Montréal, on constate que chacun des groupes ethniques qui y est représenté a son «petit village».Ces ensembles bien structurés, qui sont généralement concentrés dans l\u2019espace, regroupent en plus des populations qui y résident, un ensemble de commerces et de services qui permettent de perpétuer et de conserver la langue et la culture d\u2019origines (ex.: librai- 1.ANCTIL, Pierre.Double majorité et multiplicité ethnoculturelle à Montréal.«Recherches sociographiques», vol.25, n° 3 (septembre-décembre 1984) p.441. 498 L\u2019ACTION NATIONALE ries, restaurants, etc.).Le mode de vie dans ces quartiers etni-ques est d\u2019ailleurs typique de la mère patrie des résidants de ces petits villages.Un individu qui aimerait faire le tour du monde sans quitter le Québec n\u2019aurait qu\u2019à se promener dans ces «petits coins de pays».Par exemple, dans le quartier portugais, nous retrouvons des commerces offrant les spécialités gastronomiques du Portugal.En quelques secondes, nous pouvons transiter dans l\u2019ensemble montréalais d\u2019une culture et d\u2019une langue a une autre.Assemblage hétéroclite d\u2019ethnies, la métropole est pourvue d\u2019un visage original et unique en Amérique du Nord.Phénomène intéressant qui permet aux communautés culturelles de reproduire et de retransmettre aux générations montantes leur culture et leur langue.L\u2019uniformité et l\u2019anonymat des quartiers sont quasi-absents dans la ville de Montréal.Chacune de ces petites patries a su développer une couleur locale et un sentiment d\u2019appartenance très vigoureux.Cependant, cette organisation territoriale des communautés culturelles nous a amenés à poser deux questions.Ces regroupements dans l\u2019espace n\u2019ont-ils pas pour effet de favoriser le repliement et l\u2019isolement tant culturel que linguistique de ces populations par rapport à la majorité francophone?De plus, nous pouvons nous demander également si ce processus n\u2019est pas la résultante du rejet de la majorité francophone face à ces Néo-Québécois.Pendant plusieurs décennies (et encore aujourd\u2019hui), les Québécois francophones se sont méfiés des immigrants.Tantôt qualifiés de voleurs d\u2019emplois, de fauteurs de troubles, ces Néo-Québécois rejetés par la majorité dominante à Montréal seront, face à cette attitude, poussés à se regrouper dans des quartiers où ils seront à l\u2019aise et acceptés.À ce phénomène ajoutons que les luttes de pouvoir entre Anglophones et Francophones ont eu pour effet de favoriser chez les allophones la reproduction et le maintien de leur ethno-culture.Cependant, isolés dans leur langue, les allophones, voulant s\u2019affranchir de cet handicap (par exemple, pour travailler), s\u2019orienteront vers la communauté la plus réceptive à leur égard.Plusieurs Néo-Québécois s\u2019assimileront plus facilement à la communauté anglophone que francophone de Montréal, notamment en raison des structures d\u2019accueil plus favorables aux nou- UN QUÉBÉCOIS EN EXCURSION À MONTRÉAL 499 veaux arrivants.Par exemple, jusqu\u2019à tout récemment, pour être admis dans une école catholique, l\u2019élève qui voulait fréquenter un tel établissement devrait être de foi catholique, ce que n\u2019exigeaient pas les institutions anglophones.Heureusement, ces dernières années des structures ont été mises en place par le gouvernement du Québec afin de favoriser une meilleure intégration des nouveaux arrivants ne parlant pas la langue officielle du Québec.Ne signalons que les Centres d\u2019Orientation et de Formation pour les Immigrants (COFI) qui dispensent des cours de français.Le salut de la survivance de la culture et de la langue françaises en Amérique du Nord et au Québec passe inéluctablement par la région de Montréal.Sans une intégration harmonieuse au caractère français de la société québécoise des communautés culturelles dsans le respect des différences qui les caractérisent, les particularismes qui font du Québec un pays distinct sur le continent nord-américain risquent d\u2019être sérieusement menacés.Abordons maintenant la seconde partie de notre travail, soit la question de la Charte de la langue française et la situation linguistique à Montréal.Depuis la Conquête de la Nouvelle-France en 1760 par la Grande-Bretagne jusqu\u2019à nos jours, les Francophones du Québec n\u2019ont cessé de se battre pour la conservation du plus précieux héritage légué par leurs ancêtres: la langue française.Ce parler, dont ils sont fiers, reflète pour eux toute une culture, une histoire unique, permettant de les mettre en relief dans cette mer shakespearienne.Néanmoins, au milieu des années soixante, la Commission Laurendeau-Dunton, chargée d\u2019étudier les problèmes ayant trait au bilinguisme et au biculturalisme canadiens, établissait que la situation linguistique au Québec, notamment dans la région de Montréal, était nettement défavorable aux Francophones.De plus, si des mesures pour favoriser l\u2019emploi du français au Québec n\u2019étaient pas mises sur pied, la situation ne pourrait que s\u2019aggraver.Dans de nombreux domaines (ex.: l\u2019affichage), le français était peu utilisé, mais ce qui inquiétait, c\u2019était la place minime que cette langue occupait dans les milieux clés de notre économie.Le gouvernement Lévesque, face à cette conjoncture, décida en 1977 de corriger la situation en faisant adopter à l\u2019Assemblée Nationale du Québec la Charte de la langue française. 500 L\u2019ACTION NATIONALE Au début de son application, la nouvelle réglementation (ex.: affichage unilingue français, obligation pour les enfants de Néo-Québécois d\u2019aller à l\u2019école française) provoqua des protestations dans les milieux non-francophones.Quant aux Francophones, ils accueillirent très bien la nouvelle Loi 101.Combien de fois, avant l\u2019application de la Charte, était-il difficile d\u2019obtenir dans certains commerces de Montréal des commis parlant suffisamment français pour répondre au public.Ces situations ont à toutes fins disparu dans les années suivant l\u2019adoption de la Loi 101.Tout ceci a contribué à diminuer les frustrations qu\u2019éprouvaient les Francophones à ne pouvoir se faire servir dans leur langue maternelle.La Loi 101 a modifié le cadre social dans lequel évoluaient les Montréalais, eux qui éprouvaient plus qu\u2019ailleurs au Québec des difficultés à s\u2019identifier à leur culture et à leur langue.Jusqu\u2019à tout récemment, le cadre et le nouvel ordre établis par cette législation linguistique étaient rassurants pour l\u2019avenir.C\u2019était une garantie pour les générations qui leur permettrait de vivre dans une société vraiment francophone en terre d\u2019Amérique.L\u2019actuelle remise en question de la Loi 101 par le gouvernement libéral de Robert Bourassa et la Cour d\u2019appel du Québec (jugement du 22 décembre 1986) risque d\u2019annihiler les efforts mis sur pied depuis 1977 pour donner à la société québécoise un caractère réellement francophone.Sans cette garantie législative, la place de la langue française à Montréal risque de perdre des «plumes».D\u2019ailleurs, lors de ma visite sur le terrain, j\u2019ai pu constater la place importante qu\u2019occupait l\u2019affichage bilingue ou carrément unilingue anglais de certains commerces de la métropole.Le maintien de la Charte de la langue française, allié à de meilleures structures d\u2019accueil des immigrants (les COFI sont un pas dans la bonne direction), sont les garanties de la continuité de la société québécoise francophone. RESTAURER LA CHARTE DE LA LANGUE FRANÇAISE\t501 Restaurer la Charte de la langue française par GASTON CHOLETTE ancien président de la Commission de protection de la langue française La Charte de la langue française est en lambeaux.Ce qui reste aujourd\u2019hui de cette loi fondamentale, c\u2019est presque uniquement l\u2019obligation pour les immigrants d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école française et celle qui s\u2019applique aux entreprises de cinquante employés et plus en ce qui concerne les programmes de francisation.Ce n\u2019est pas négligeable, mais cela ne doit pas faire oublier le véritable carnage qui a eu lieu dans les autres parties de la loi au point qu\u2019il n\u2019y a plus pratiquement qu\u2019un seul article «exécutoire» dont la violation pourrait encore déclencher une poursuite et aboutir à une sanction judiciaire: il s\u2019agit de l\u2019article 57 relatif aux factures et aux reçus.Le consommateur qui va dans un restaurant ou dans toute autre entreprise de services et qui ne réussit pas, même en insistant, à se faire informer et à se faire servir en français, ne peut pas compter sur la loi pour faire respecter son droit.S\u2019il va dans un magasin acheter un produit dont les inscriptions, l\u2019emballage, le mode d\u2019emploi et la garantie ne comportent pas un seul mot de français et si le fabricant de ce produit est une entreprise étrangère qui n\u2019a aucun établissement au Québec, il ne pe,ut pas encore compter sur la loi pour faire respecter son droit, même si le détaillant, le grossiste, le fournisseur ou le concessionnaire québécois refusent de distribuer ou de vendre des produits semblables d\u2019aussi bonne qualité et de prix égal qui, eux, sont conformes à la loi.Si un locataire qui se cherche désespérément un logement finit par en trouver un qui lui convient, mais qu\u2019à la dernière minute le propriétaire lui présente une formule de bail en anglais seulement en disant qu\u2019il n\u2019en a pas en français, il ne pourra pas ensuite compter sur les tribunaux pour obtenir un bail en français s\u2019il a eu le malheur de signer celui qui était en anglais.Par la 502 L\u2019ACTION NATIONALE suite, tous les avis échangés entre le propriétaire et le locataire devront être en anglais.En ce qui concerne le travailleur, il n\u2019est pas protégé par l\u2019article 41 de la loi pour ce qui est des communications que lui adresse son employeur à titre individuel, sauf s\u2019il l\u2019a demandé expressément au moment opportun et à condition de n\u2019avoir jamais reçu sans protester des communications dans une autre langue que le français.Ainsi en a décidé la Cour d\u2019appel, ce qui signifie implicitement que la Charte de la langue française n\u2019est pas une loi d\u2019ordre public.Dans l\u2019état actuel des choses, la seule façon pour un ouvrier d\u2019établir désormais avec certitude son droit de recevoir en français les communications que son employeur lui adresse, c\u2019est de le demander explicitement, et vraisemblablement au moment même de l\u2019embauche, faute de quoi son droit risque de se prescrire.Il est ahurissant qu\u2019un ouvrier francophone au Québec, en 1986, à une époque où le chômage fait tant de ravages, soit obligé, avant même d\u2019occuper un nouvel emploi, d\u2019exiger de son employeur qu\u2019il lui adresse toutes ses communications en français.C\u2019est un excellent moyen, par les temps qui courent, de le faire passer pour un trouble-fête et de le condamner au chômage indéfiniment.Voilà quelques exemples des trous béants qui se sont creusés partout dans la Charte de la langue française depuis quelques années, ce qui fait qu\u2019elle n\u2019accorde plus au consommateur et au travailleur de langue française la protection que déjà en 1972 la Commission Gendron considérait comme un minimum vital.Voici quelques extraits du rapport Gendron sur les droits linguistiques relatifs aux activités de consommation: «.Toutes les entreprises de services du secteur privé qui tirent profit de la confiance que leur accorde le public québécois devraient offrir leurs services et leurs produits en français à la clientèle francophone et communiquer verbalement et par écrit en français avec les clients francophones.Pour atteindre cet objectif, il y a un premier moyen qu\u2019il faudra employer si l\u2019on veut être logique et réaliste.Il s\u2019agit de rendre obligatoire la connaissance d\u2019usage de la langue française pour tous ceux qui, au Québec, sont susceptibles, de par leurs fonctions, d\u2019entrer en communication avec un client.Nous recommandons qu\u2019un délai maximum de cinq ans RESTAURER LA CHARTE DE LA LANGUE FRANÇAISE 503 soit accordé aux entreprises privées de services pour généraliser l\u2019emploi du français dans leurs communications directes, aussi bien écrites que verbales, avec le client francophone.Il pourra quand même se présenter des cas où le client ne pourra obtenir satisfaction.Il devrait pouvoir alors porter plainte auprès du commissaire aux langues dont nous avons proposé la nomination dans la première partie de ce volume.» Une conclusion évidente se dégage de tout ce qui précède: il faut absolument et le plus rapidement possible réparer, restaurer, renforcer la Charte de la langue française afin de mieux protéger les Francophones.Il faudrait en particulier que le législateur reconnaisse que cette Charte de la langue française est une loi d\u2019ordre public.Il faudrait que le droit des consommateurs de biens ou de services d\u2019être informés et servis en français et que le droit des travailleurs d\u2019exercer leurs activités en français soient aussi bien définis et aussi bien protégés que le droit de l\u2019ouvrier au salaire minimum légal.Plus que jamais, la langue française a besoin d\u2019un «sanctuaire» en Amérique anglo-saxonne.Cette évidence ne semble plus sensible à notre gouvernement fantôme, à notre députation aliénée, à notre Assemblée nationale velléitaire.Pour prévenir des lâchages désastreux, il est urgent que tous les porte-parole authentiques des Québécois s\u2019expriment hautement et courageusement, qu\u2019ils remettent à l\u2019honneur l\u2019autodétermination linguistique.Jacques Poisson 504 L\u2019ACTION NATIONALE Des luttes qui n\u2019en finissent plus par GERMAIN BEAUREGARD agriculteur Saint-Damase Il fut un temps dans l\u2019histoire du Québec, à ce moment-là le Bas-Canada, où le peuple vaincu, le Nôtre, par la Conquête de 1760, amena la domination anglaise et tous les affrontements qui devaient en découler.Notre petit peuple, issu de classes laborieuses, lutta sans relâche pour conserver à sa descendance les trésors de la Foi, de la Langue et de ses Institutions.C\u2019est parce qu\u2019ils se sentaient opprimés par la restriction de leurs droits, avec une immigration anglaise massive, et par une exploitation du peuple à leur seul profit (gouvernement d\u2019abord), que les Patriotes de 1837-38 luttèrent à Saint-Denis et à Saint-Charles (à ce dernier endroit, 35 habitants de Saint-Damase prirent part au combat, dont huit furent emprisonnés ou envoyés en exil).C\u2019est de leur exploit et de leur ténacité que, par la suite, toute une série d\u2019abus devenus intolérables ont cessé et donna suite à un gouvernement plus démocratique.Depuis ce temps, et encore aujourd\u2019hui, les combats sur le plan national ont la même signification; que l\u2019on pense seulement au projet de Loi 142 qui a pour objet de donner des services en anglais à notre minorité (cela va de soi), mais également aux allophones (autres ethnies) plutôt que de les intégrer à la majorité francophone, alors que les nôtres, pendant ce temps, ne peuvent en recevoir autant dans leur langue dans ces mêmes institutions, tout en créant un service de santé parallèle, ce qui est inacceptable.Il est encore plus triste de constater avec quel acharnement on veut défigurer la Loi 101 qui permet d\u2019être tel que nous sommes avec un vécu et un visage français, par le projet de Loi 140 tant contesté.Est-ce que l\u2019on veut faire du Québec une province comme les autres en l\u2019anglicisant à tel point qu\u2019on ne se reconnaîtra plus DES LUTTES QUI N\u2019EN FINISSENT PLUS 505 chez nous?Ce n\u2019est pas par une immigration anglaise non contrôlée, ni en donnant l\u2019amnistie aux 1 500 élèves illégalement inscrits à l\u2019école anglaise, ni en voulant introduire en 1ère année du primaire les cours d\u2019anglais, ni en agissant avec mollesse dans l\u2019affichage, ni en voulant faire disparaître les organismes qui assurent une protection adéquate au français, que nous resterons tel que nous voulons être.Est-ce que notre tolérance, issue de trois siècles de soumission, ne nous fait pas dormir dans la quiétude de notre indifférence?Alors que pendant ce temps Alliance-Québec (organisme voué à la défense des Anglophones), avec des subventions de plusieurs milliers de dollars du gouvernement fédéral, essaie de nous charmer et nous amadouer par ses propos.Bien sûr, nous ne prendrons pas le produit de nos cuillères de plomb pour nous défendre comme en 1837-38, mais nous utiliserons l\u2019artillerie de nos convictions, du laisser-savoir et de la persuasion, afin qu\u2019il n\u2019y ait aucun recul et que ces projets de loi soient tout simplement retirés.C\u2019est en français que nous protesterons! C\u2019est en français que nous voulons vivre! Puisque le français, c\u2019est l\u2019âme de notre peuple! Note de la rédaction Nous reproduisons, avec beaucoup de fierté, un texte sur la lutte linguistique venant d\u2019un cultivateur de la région de Saint-Hyacinthe.Ce texte démontre que l\u2019opposition à la politique linguistique du gouvernement libéral s\u2019étend à toute les couches de la population québécoise. 506 L\u2019ACTION NATIONALE La tête en français par ODINA BOUTET Est-ce que nous n\u2019en arrivons pas au point où nous allons comprendre que notre problème national dépend aussi des structures?Et n\u2019est-ce pas en particulier par sa dimension linguistique que nous pourrons le mieux le comprendre?Nous allons trouver la volonté d\u2019arranger les structures dans le caractère voulu pour notre vie de peuple, en illustrant les avantages positifs de cette action.Et notre langue est un modèle de cette nécessité.Une époque est sur son déclin, celle des attentes face aux Anglophones, qui sera remplacée par une prise de conscience et un regard sur les mécanismes fondamentaux.Quant à l\u2019échec du plan canadien, qui avait été insidieusement caché sous une forme de fédéralisme, il ne deviendra pas forcément un tombeau, ni pour le Canada ni pour le Québec.D\u2019autres dispositions, beaucoup plus honnêtes et tout aussi intelligentes, peuvent ressortir d\u2019une action québécoise de libération.L\u2019encerclement Parmi les dispositions qu\u2019il faut changer, il y a évidemment celles qui ont permis l\u2019encerclement des groupes francophones par la population canadienne anglophone, partout au Canada, y compris au Québec sous une forme de fédéralisme.La confusion qui en est résultée entre autres pour notre identité, pour les notions d\u2019autorité et de légitimité, pour celles de la loyauté et de la préséance des allégeances, a fait en sorte que notre contribution à cette activité a été «dépersonnalisée».Nos groupes, encerclés par des structures qui ont été mises en place par les Anglophones, ont été amenés à contribuer à un plan canadien d\u2019anglicisation, dans une participation individuelle à des organismes et à des activités dont ils étaient systématiquement exclus s\u2019ils ne le faisaient pas à la manière anglaise.La personnalité d\u2019un peuple francophone n\u2019a pas trouvé place dans les activités qui permettaient de disposer les lois et la gouverne générale de ce pays. LA TÊTE EN FRANÇAIS 507 La perspective francophone, ainsi réduite dans notre pensée et nos sentiments, a été remplacée par des notions canadiennes qui s\u2019appliquaient dans la confusion des identités, dans l\u2019absence d\u2019une autorité qui reviendrait en propre à chacune des deux cultures, et d\u2019une loyauté que chacune serait justifiée de réclamer pour elle-même.La présence d\u2019individus francophones dans les affaires canadiennes a été l\u2019occasion d\u2019un transfert de personnalité, passant des manières habituelles aux Francophones à celles des Anglophones.Le rôle marginal du caractère francophone dans les affaires canadiennes a fait en sorte qu\u2019aucune preuve de sa valeur n\u2019était durable à nos yeux, ni même probable aux leurs.Par contre, les aptitudes et les réussites faisaient leurs preuves, génération après génération, dans les manières et dans la langue anglaises, causant chez nous une déchéance pour les caractères francophones de moins en moins utilisés, et une admiration grandissante pour ceux des Anglophones qui menaient au succès.Du même coup, la sollicitation atteignait les individus, un à un, et grugeait la solidarité de notre peuple.Toute participation à des activités au Canada devenait exposée à une alternative: ou bien elle se faisait dans des mouvements francophones distinctifs, ou bien elle se ralliait à des activités identifiées comme canadiennes et sujettes à des décisions évanescentes pour le caractère francophone.Les mouvements francophones distinctifs étaient suspects et réprouvés par un supposé esprit canadien, tandis que la participation canadienne était approuvée officiellement, même si elle menait à la disparition d\u2019une personnalité distincte.C\u2019est ainsi que la participation des Francophones aux choses canadiennes n\u2019arrivait jamais à constituer des structures propres à leur personnalité et qu\u2019un supposé idéal canadien les empêchait d\u2019en créer.La nécessité de faire vivre un Canada ainsi conçu l\u2019emportait sur une autre nécessité, beaucoup plus fondamentale, qui aurait consisté à garder active et vivante une âme nationale pour le peuple de langue française.Les activités restreintes auxquelles les Francophones étaient confinés dans leur langue et leur isolement provenaient précisément des structures canadiennes. 508 L\u2019ACTION NATIONALE Une langue désorientée Mais la volonté de garder comme peuple l\u2019usage du français nous incite à examiner les caractères de cette langue.Non seulement nous souffrons de voir son contenu privé de sens et d\u2019à-propos dans la vie nord-américaine, mais dans un même temps où les structures canadiennes nous amènent à penser en opportunistes, les structures de notre langue s\u2019étiolent et disparaissent comme un organe inutile.Pendant que notre personnalité se vide des valeurs qui sont attachées aux notions d\u2019identité, d\u2019autorité et de légitimité, notre langue française, essentiellement métaphysique dans ses règles et sa conception logique, voudrait traduire en Amérique des préoccupations et des systèmes de pensée pratiques.C\u2019est visiblement un phénomène de civilisation, qui ensevelit sous une couche de sédimentation notre bien culturel.Mais pour vraiment savoir quelle en est la valeur et quelles sont les possibilités de l\u2019adapter à un monde nord-américain, il faut au moins le remettre en application.Pas plus notre personnalité que notre langue ne peuvent s\u2019épanouir en les vidant constamment de leur sens et en les bornant à faire de l\u2019imitation et de la traduction.Ce n\u2019est que dans des activités indépendantes et libres, édifiées et structurées en fonction de notre pensée, que la relation entre notre esprit et notre action reste conséquente.En d\u2019autres termes, cela signifie qu\u2019il faut avoir les activités qui correspondent à notre pensée, si on veut continuer à penser comme on peut agir.Le contraire nous mène à la déchéance pour une chose ou l\u2019autre, soit que notre pensée se rapetisse à la mesure de notre action ou que nos activités ne soient plus de la même nature que notre pensée.Par exemple, quand un instrument aussi métaphysique que la langue française se prête à copier les idées et les formes anglo-américaines, parce que nos activités sont dépendantes de la gouverne et des lois des Anglophones du continent, c\u2019est notre pensée qui doit se rapetisser d\u2019autant.Nous croyons, superficiellement, qu\u2019en imitant l\u2019action des autres nous évoluons vers un progrès, parce que les facilités techniques et l\u2019abondance des biens semblent nous délivrer des contingences sociales et spirituelles.Mais la dégénération humaine LA TÊTE EN FRANÇAIS 509 que ce monde-là affronte constamment devrait nous donner suffisamment à réfléchir pour que nous entreprenions de notre côté un mouvement de consolidation culturelle, en compensation pour la perte des valeurs certaines que nous subissons déjà dans les structures canadiennes.Notre anglicisation ou notre américanisation ne sont pas un progrès réel.Par contre, si nous savons restructurer notre vie de peuple, pour qu\u2019elle devienne comme une syntaxe française, nos activités et notre pensée rejoindront les bases de notre culture.La syntaxe n\u2019est pas un vain mot.Il y a dans la logique et l\u2019arrangement de la langue française un monde métaphysique qui vaut infiniment plus que n\u2019importe quel cours de philosophie, car il s\u2019agit d\u2019une pensée vivante et ordonnée pour la vie et l\u2019action, autant que pour la réflexion.La syntaxe française est une biologie active.Elle est construite non seulement sur la logique des rapports, mais également, et remarquons bien cette différence d\u2019avec l\u2019anglais, sur l\u2019empreinte immuable des mots.Pensée et activité Ouvrons ici une parenthèse, pour expliquer la mobilité des significations du mot anglais.Non seulement le sens, mais le mot lui-même est très malléable.Les Français parlent de la plasticité des mots anglais.Il semble que la disposition d\u2019esprit d\u2019un Anglophone ait besoin d\u2019une très grande latitude pour cacher son intention et qu\u2019en faisant dire aux mots parfois une chose, parfois une autre, il se réserve des issues.Quand un Francophone croit pouvoir entrer dans ce monde-là, en se guidant seulement sur des apparences, il lui manque toute une motivation et une prévention qui remontent au sein d\u2019une mère anglaise.Si un Français paraît rigide dans ses attitudes, alors qu\u2019un Anglais semble plus souple, c\u2019est sans doute parce que le premier tient à défendre ses avancés, tandis que le deuxième n\u2019avance rien qu\u2019il ne pourrait changer et qu\u2019il met toute sa protection à garder plutôt sa position.Alors que le Français, au contraire, confiant d\u2019avoir avancé des choses fiables, ne prend pas aussi garde à sa retraite.Que faut-il penser du Québécois qui louvoie entre deux mondes aussi différents?Attiré par la souplesse des manières anglaises, mais confiant dans les mots comme on l\u2019est en français, 510 L\u2019ACTION NATIONALE il n\u2019arrive jamais à être totalement détrompé et il n\u2019a pas acquis en deux siècles assez de méfiance pour prendre sa détermination.Mais un instinct profond lui garde ses attachements à sa langue, et le jour où il trouvera pour lui-même les moyens de concilier la souplesse des manières et la fiabilité des significations, il maîtrisera sa propre civilisation.Il lui faut pour cela ses propres motivations.Le secours qu\u2019il doit à sa langue constitue une première motivation générale pour le fondement de son action et de ses sentiments.C\u2019est aussi par elle qu\u2019il va comprendre plus facilement la nécessité de changer les structures de sa vie qui ne correspondent pas à celles de sa langue.La médiocrité n\u2019est pas un idéal et elle n\u2019attire personne.Quand on s\u2019y résout, c\u2019est qu\u2019on ne voit pas vraiment le moyen d\u2019en sortir.Comprenons mieux qu\u2019elle est le rôle des structures organiques.Il faut qu\u2019il y ait correspondance entre elles, notre forme de pensée et le fondement de cette pensée.Pour la même raison, nous devons créer nous-mêmes les règles qui gouvernent notre vie, si nous voulons qu\u2019elles répondent à nos buts et qu\u2019elles nous gardent en fonctionnement comme tout organisme vivant.Ce serait illusoire de croire encore que notre pensée et notre activité peuvent être remplacées par celles d\u2019une autre inspiration que la nôtre, même pas pour les structures et les institutions.Il ne peut en résulter pour nous que de l\u2019atrophie en ce qui concerne les formes, de la paralysie dans le fonctionnement et des carences pour le fond.Le substantif.Cette autre inspiration qui nous gouverne n\u2019a pas comme nous le respect du substantif.Non seulement on dit chez les Anglophones, avec le plus grand naturel, «What\u2019s in a name?», mais on pratique par instinct le déguisement et les changements d\u2019identité, et pas seulement en politique ni chez les grandes personnes.On n\u2019a qu\u2019à relire un de leurs classiques pour enfant, Alice au Pays des Merveilles, de Lewis Carroll.Le nombre de fois où des personnages de ces contes changent d\u2019identité est incroyable.Ce jeu aux allures innocentes peut facilement déstabiliser cela et ceux qui ne ressemblent pas à ce que les Anglophones sou- LA TÊTE EN FRANÇAIS 511 haiteraient d\u2019eux.Ils peuvent vous faire disparaître et vous priver de votre personnalité.Cela va du changement de forme et d\u2019apparence jusqu\u2019à la perte de l\u2019existence.Ces réflexes sont tellement spontanés en eux qu\u2019ils ont développé pour eux-mêmes la contrepartie de ces mutations d\u2019identité.N\u2019importe lequel Anglophone se démarque des autres, dès qu\u2019il veut éviter de se compromettre avec ceux de son espèce, et il s\u2019en tient à une position individuelle.Si vous lui dites que les Anglophones ont commis telle action, il vous répondra aussitôt que lui, il n\u2019était pas là et que sa position individuelle est différente.Il a cette faculté de rester solidaire des siens, quand il s\u2019agit de bénéficier des résultats de leur action, mais de s\u2019en désolidariser à vos yeux dans ses positions individuelles.Ainsi, vous pouvez déléguer, pendant des générations, des représentants de vos compatriotes francophones dans les organismes et les assemblées où ils siégeront avec des Anglophones, où ils pourront en théorie ne rencontrer que des individus qui sont innocents des mauvais coups de leurs semblables, mais qui continuent à en tirer profit.Cette esquive individuelle n\u2019en finit pas d\u2019être désarmante pour un Francophone, et elle réussit à tout coup.Mais comment discuter avec quelqu\u2019un de problèmes dont il se désolidarise, alors qu\u2019il prendrait comme une offense personnelle toute insistance?Il n\u2019y a pas d\u2019interlocuteur anglophone valable, pour des questions où les Anglophones sont concernés comme tels au Canada.C\u2019est du temps perdu d\u2019attendre des solutions à l\u2019intérieur des structures actuelles, pour nous Francophones, sauf si nous agissons de notre propre initiative.et le verbe Revenons à notre syntaxe.Après les dangers qui guettent le substantif, voyons un peu ce qui attend le verbe.En privant les personnes et les choses d\u2019une identité certaine, comment peut-on affirmer ensuite qu\u2019elles existent ou qu\u2019elles ont tel ou tel attribut?C\u2019est pourtant la fonction essentielle du verbe.Exemple: Jean-Baptiste est l\u2019époux de Marie-Blanche, mais on ne sait pas où est Jean-Baptiste et, en définitive, on ne sait pas s\u2019ils étaient vraiment mariés.Voilà un cas qui pourrait causer bien des problèmes. 512 L\u2019ACTION NATIONALE Si, en transposant, on fait de Jean-Baptiste un être collectif introuvable, il ressemble étrangement au peuple francophone du Canada qui disparaît systématiquement dans les méandres de la vie canadienne.Marie-Blanche paraît plutôt indemne et libre de donner suite à sa progéniture, exactement comme la population anglophone qui garde sa présence intacte en s\u2019abritant sous l\u2019identité de celui qu\u2019elle fait disparaître.Un verbe sans sujet devrait, à mon sens, avoir une existence et une action inquiétantes.Dans les îles britanniques, on dit que ces manifestations sont celles d\u2019un fantôme, et je comprends pourquoi.C\u2019est déjà tout entier dans leur esprit.Mais ici, au Canada et au Québec, on peut faire une proposition illusoire, en utilisant un sujet qu\u2019on fait disparaître à tout bout de champ.Cela demeure une proposition dont la conclusion n\u2019est pas la même selon qu\u2019on est du côté de Jean-Baptiste ou de Marie-Blanche.La proposition canadienne mène à l\u2019exclusion de l\u2019existence des Francophones.Quels que soient les éléments de la syntaxe, la même imprécision d\u2019existence en mine la signification et la fonction.On aura beau tenter de conjuguer, d\u2019unir en ordre les formes, les personnes, les temps, les nombres, tout ce qui est exprimé peut être mis en doute et devoir recommencer indéfiniment.Mystification Le résultat de cette mystification est que rien de stable ne peut nous servir de fondement, et qu\u2019en agissant comme si la confiance était justifiée, on déprécie le jugement qui s\u2019y rapporte.C\u2019est une chose de pouvoir apprendre des notions et des théories, et même de savoir les appliquer à un monde abstrait, mais c\u2019en est une autre de ne pouvoir les adapter au concret d\u2019une existence canadienne.On ne peut exercer une certaine intelligence des choses qu\u2019en s\u2019en tenant à des abstractions, quand le monde concret échappe à nos approches intelligibles, c\u2019est-à-dire celles qui se rapportent à notre démarche mentale.Cette amputation intellectuelle s\u2019accompagne d\u2019une moralisation qui nous juge du haut de la position qu\u2019a prise notre interlocuteur anglophone.Quant à lui, désolidarisé de la position commune des siens, dans la mesure où il ne veut pas en répondre, il se réfugie dans son innocence individuelle, et il rend inef- LA TÊTE EN FRANÇAIS 513 ficace un dialogue où les notions d\u2019identité, d\u2019autorité et de loyauté seraient applicables en justice et en vérité.Sa position en est une de prévention, dont le caractère résolu est sans remords, par laquelle il dispose sa volonté et son jugement à soutenir sa propre partialité, indépendamment des exigences de la justice et de la vérité.L\u2019échange que nous avons, dans une pareille relation, est une insulte à la probité morale et intellectuelle.Il n\u2019est pas vrai que pour échapper à l\u2019examen d\u2019une question, celui qui s\u2019est engagé envers nous ait le droit moral de s\u2019en dégager sous un prétexte d\u2019innocence individuelle.L\u2019appartenance à un groupe linguistique, qui a pris des engagements et qui continue à faire des exhortations de vie commune et de collaboration, ne s\u2019efface pas par une pirouette individuelle, ni par un changement momentané dans les traits de son identité.Il n\u2019est pas vrai non plus que les seuls répondants doivent se trouver dans les fonctions du pouvoir officiel, là où les décisions n\u2019ont pas facilement un visage de vérité et où les mises aux voix donnent la domination à ceux-là mêmes qui peuvent se payer le luxe de décider.Quant à la probité intellectuelle, si elle n\u2019est pas nécessaire à ceux qui s\u2019entendent entré eux par connivence d\u2019esprit, il n\u2019en va pas de même pour nous, qui croyons au déroulement d\u2019une proposition explicite et sans réserve sur la signification.Il est donc faux de croire qu\u2019une langue en remplace une autre à la volée, sans rapport avec un état d\u2019esprit particulier.Le fait qu\u2019on nous presse sans cesse d\u2019apprendre une autre langue que la nôtre est plutôt révélateur de la situation qui invalide notre propre état d\u2019esprit.Mais les Anglophones, qui ont l\u2019impudence de nous inciter à ce mélange, savent très bien que pour eux il n\u2019y aura pas de confusion.Ils sont dans leur culture à tous les niveaux de leurs activités, et dans leur mentalité sur tout le continent nord-américain.Une attente indéfinissable Ce n\u2019est pas le cas pour les Francophones.Quelles que soient nos attaches instinctives pour notre langue, depuis longtemps elle a été altérée par les idées et les modèles, en remontant aux débuts du régime anglais.Il est important d\u2019essayer de comprendre que le peuple francophone est tombé dans un état d\u2019esprit, par suite de la domination anglaise, alors que son attente 514 L\u2019ACTION NATIONALE laissait en lui une grande part de vide, particulièrement pour ce qui est de la manière française de penser et de faire les choses.Par contre, ceux qui lui servaient en quelque sorte de liens naturels avec le dominateur, c\u2019étaient des Irlandais surtout, et un certain nombre d\u2019Écossais, qui s\u2019étaient installés chez lui.La disposition d\u2019esprit de ces Irlandais envers le pouvoir anglais semble s\u2019être immédiatement fait une place chez les Francophones et avoir servi de guide et d\u2019initiation.L\u2019expérience des Irlandais a, en quelque sorte, remplacé l\u2019inexpérience des nôtres.Ils étaient de langue anglaise, pouvaient communiquer plus facilement avec les autorités et acquérir un certain prestige auprès des Francophones dont ils apprenaient déjà la langue.Cela eut un effet profond sur notre peuple et sur son état d\u2019esprit, tellement le vacuum était grand du côté de son caractère français et tellement son attente était incertaine pour ce qui est des décisions anglaises.L\u2019influence des idées et des manières irlandaises a été très importante dans ce vide.Certains des grands combats historiques des Francophones du Canada en portent les traces.Rappelons-nous seulement, dans le domaine scolaire, l\u2019épisode qui a été appelé «la guerre des éteignoirs»; les arguments des opposants étaient directement importés d\u2019Irlande, là où la méfiance irlandaise était née, face à une expérience de réforme scolaire d\u2019inspiration anglaise.Un autre épisode historique, celui des «troubles de 1837 et des Patriotes», ne manquait pas d\u2019animateurs d\u2019origine irlandaise.Mais ce ne sont là que des exemples plus notoires.La réalité quotidienne, bien que plus modeste, était encore plus importante.La langue française perdait des mots, remplacés dans l\u2019usage par ceux qu\u2019utilisaient les Irlandais, prononcés ensuite à la va-comme-je-te-pousse.Les objets d\u2019utilité courante, surtout quand ils étaient des modèles d\u2019usage anglais, arrivaient chez les Francophones avec leur nom anglais.La musique et les danses populaires venaient de plus en plus des Irlandais et des Écossais, quoique les Francophones en les adoptant leur donnaient le nom de canadiennes, préparant ainsi la voie à leur propre confusion.Tout un ensemble d\u2019usages pénétrait dans le vide culturel créé par l\u2019attente et l\u2019incertitude, devant une autorité étrangère.Ces usages nouveaux, qui remplaçaient les anciens, prenaient LA TÊTE EN FRANÇAIS 515 peu à peu une allure familière.Une identité ancienne subissait une mutation qui fut d\u2019autant plus insensible que les références étaient de moins en moins vérifiables, alors que les nouvelles relations se faisaient par graduation, en changeant d\u2019identité de façon obscure, et en utilisant un vocable commun, dit canadien, qui prenait une signification différente à l\u2019insu de chacun des autres degrés de la stratification.L\u2019importance de cette mutation pourrait être mesurée par la dimension du vide creusé dans les esprits, avec la perte d\u2019un monde connu et l\u2019incertitude constante face à une autorité nouvelle.Autant il n\u2019est pas facile de mesurer le vide, autant il est difficile de circonscrire l\u2019incertitude, parce qu\u2019une partie de la langue et des références françaises est demeurée en usage, tandis qu\u2019une autre partie était remplacée dans la pratique courante par les éléments plus ou moins bien saisis qui venaient du monde anglophone.De sérieuses études universitaires devraient creuser ce trou, en déblayer le lieu jusqu\u2019au plus profond de notre histoire et fournir à notre intelligence commune les lumières dont elle a besoin pour sa culture.Mais, en attendant, comprenons bien que cette situation dure encore et que la même intrigue historique répète ad infinitum les mêmes mécanismes de cette confusion.Les conséquences en sont nombreuses et graves.Des idées réduites Nous n\u2019avons de notre identité qu\u2019une idée réduite, ce qui est énorme comme privation dès le point de départ, car il s\u2019agit d\u2019un bien essentiel.Mais, outre cette idée réduite de nous-mêmes, nous héritons d\u2019une autre idée réduite de nos facultés de savoir-faire et de savoir-vivre dans ce monde anglophone.La victime la plus visible de ce même phénomène est notre langue française, instrument essentiel aussi, dont l\u2019utilité est diminuée d\u2019autant plus que le monde anglophone tend à se rendre indispensable.Nous avons une idée réduite non seulement de notre langue, mais aussi de son utilité, et cela seul suffirait à expliquer de très nombreux problèmes linguistiques.Les notions s\u2019enchaînant les unes aux autres, il devient impossible que nous échappions à la contagion d\u2019idées réduites qui s\u2019attachent à tout ce qui nous concerne. 516 L\u2019ACTION NATIONALE Faute d\u2019avoir une idée nette de notre identité, nous n\u2019avons de notre autorité qu\u2019une idée réduite également.Est-il nécessaire d\u2019insister sur l\u2019importance de l\u2019autorité, quand on a à imposer une identité, une présence, une culture, une langue et des manières distinctes, sur un continent qui ne souffre que l\u2019uniformité?Il n\u2019en serait d\u2019ailleurs pas autrement sur aucune partie de la planète, si on admet que la vie est un combat partout.Une autre idée réduite vient s\u2019ajouter à celle de l\u2019autorité, c\u2019est celle de la loyauté.Elle découle, elle aussi, directement de la confusion des identités.À qui doit-on fidélité, quand les identités restent mal définies et que leurs significations changent selon les intérêts du moment?L\u2019idée de loyauté nous est pourtant aussi essentielle que notre éducation mentale réprouve les subterfuges et que c\u2019est là une des grandes caractéristiques de notre culture.Quelle idée pouvons-nous avoir de la politique, lorsque toutes les notions que nous venons d\u2019énumérer ne forment en nous que des idées réduites?Savoir se gouverner, ce n\u2019est pas une chose qui devrait nous laisser indifférents, ni individuellement ni ensemble.Nous n\u2019avons pourtant de la politique qu\u2019une idée réduite, conséquemment à celles qui précèdent.Des pensées réduites Que faudrait-il nommer ensuite?N\u2019est-ce pas suffisant que l\u2019essentiel soit en cause?Il y a pourtant un lien direct entre l\u2019idée et la pensée, ce qui fait que nous n\u2019avons forcément qu\u2019une pensée réduite sur les choses qui nous concernent.Nous savons que l\u2019idée est la représentation que nous faisons en notre esprit au sujet d\u2019un être ou d\u2019une manière d\u2019être.Or, c\u2019est par la pensée qu\u2019on porte un jugement ou qu\u2019on fait un examen de la valeur ou de la justesse d\u2019une idée.Quand on laisse se perpétuer une existence avec des structures et une animation qui nous valent des idées réduites sur nous-mêmes et sur des choses aussi essentielles, que faut-il dire des pensées qui avaient comme rôle de les examiner et de les juger?Si cette fonction est déficiente, c\u2019est en partie parce que des éléments de libertés essentielles font défaut.Tout engagement est de soi une restriction à des libertés.Mais il importe de dire tout de suite qu\u2019on n\u2019a pas le droit de prendre volontairement LA TÊTE EN FRANÇAIS 517 des engagements qui aliènent aussi visiblement des libertés essentielles.Et si des engagements de ce genre ont été pris, volontairement ou non, c\u2019est un devoir humanitaire de les rompre.Les structures de l\u2019édifice politique canadien contiennent toutes les particularités de cette vie aliénante pour les Francophones, leur identité, leur culture et leur langue.Ces structures doivent être remplacées, là où ce sera nécessaire, par une pensée fondée sur des idées non réduites, en ce qui concerne l\u2019essentiel d\u2019une personnalité libre.Notre langue est, encore une fois, l\u2019exemple de ce qui convient à la pensée d\u2019un Francophone.Il faut la libérer des entraves que constituent pour elle les idées réduites de l\u2019engagement canadien.Or, retenons bien ceci: la langue maternelle fait partie de la conscience que l\u2019on a de soi-même.La conclusion d\u2019une proposition aussi naturelle est que nous n\u2019apprendrons bien notre langue française que lorsque nous aurons la tête en français.C\u2019est une affaire de structures jusque dans notre tête.Le fonctionnement doit correspondre.Et, comme aucune langue maternelle n\u2019est faite pour fonctionner dans le vide, il faut à la langue des structures correspondantes dans l\u2019organisation politique, au sens large du terme, pour la société où elle est en usage.C\u2019est une affaire de structures, parce que c\u2019en est une de vie organisée.Et pour rétablir les choses dans leur équilibre, en se basant sur de saines notions, la disparition d\u2019une des raisons qui nous poussaient à l\u2019apprentissage de l\u2019anglais aura le double effet de nous laisser mieux apprendre le français et aussi l\u2019anglais.Mais ce sera pour des raisons qui pourraient faire honneur à n\u2019importe quelle civilisation, et non pas pour satisfaire des subterfuges ni des déguisements.Ainsi donc, si cela doit un jour se produire, c\u2019est parce que nous aurons dès lors la tête en français. 518 L\u2019ACTION NATIONALE Le respect des minorités n\u2019est pas incompatible avec le respect de nous-mêmes par LORRAINE PAGÉ Présidente de l\u2019Alliance des professeurs de Montréal Ma participation, à titre de présidente de l\u2019Alliance des professeurs de Montréal, à la cérémonie de signature de la déclaration du Gouvernement du Québec sur les relations interethniques et inter-raciales s\u2019inscrit dans la grande tradition de lutte pour l\u2019Égalité et contre la discrimination, d\u2019accueil spontané et d\u2019ouverture aux autres de notre organisation et de ses membres.Elle est également le reflet de mes convictions personnelles et de celles des enseignantes et des enseignants montréalais; convictions de justice, de tolérance, d\u2019acceptation des réalités des autres peuples, des autres cultures, des autres langues et des autres civilisations.Ces convictions et ces traditions, nous les traduisons dans nos vies et gestes, chaque jour, alors que nous oeuvrons dans un milieu cosmopolite où les enfants issus de communautés culturelles sont de plus en plus nombreux, parfois même majoritaires.Notre pratique de non-discrimination, notre respect des minorités, notre prise en compte des besoins des communautés culturelles vont donc bien au-delà des mots.Depuis des années, l\u2019Alliance et ses membres ont largement fait leur part.Ils revendiquent toujours les moyens permettant à l\u2019école montréalaise de tenir vraiment compte des réalités pluri-ethniques de la métropole.Aujourd\u2019hui, le Gouvernement signe, déclare et s\u2019engage très solennellement.Il reste à espérer que ces déclaration, signature et engagement se traduiront par des mesures concrètes permettant à nos écoles de répondre aux besoins spécifiques des communautés culturelles et pour favoriser leur intégration dans la société québécoise et à la majorité francophone.Sans quoi, les cérémonies d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019auront été qu\u2019une opération de division, un spectacle vide de sens. LE RESPECT DES MINORITÉS 519 Le choix du moment de ces cérémonies solennelles et à grand déploiement n\u2019est pas le fruit du hasard.Tout cela se déroule au moment même où le Québec français \u2014 qui n\u2019aura même pas eu droit à une petite décennie de répit \u2014 se débat pour préserver sa propre identité culturelle, battue systématiquement en brèche depuis un an.Aujourd\u2019hui, le Gouvernement proclame solennellement des principes d\u2019Égalité, de non-discrimination et de respect des autres.Dernièrement, dans un restaurant grec de Montréal, j\u2019ai été abordée en anglais par le garçon de table.Quand je lui ai demandé d\u2019être servie en français, il m\u2019a rétorqué: «You don\u2019t speak Greek.I don\u2019t speak French!» Ce n\u2019est pas exactement cela que nous entendons par «Égalité», non-discrimination et respect des autres.C\u2019est cependant ce à quoi nous a menés l\u2019attitude du Gouvernement en matière linguistique.Lorsque le français devient «égal» au grec, à l\u2019italien, au portugais ou à toute autre langue, ce n\u2019est pas cette langue qui s\u2019élève au niveau de la langue officielle, c\u2019est le françait qui devient langue seconde.et secondaire; et l\u2019anglais qui devient langue commune, donc langue première.La non-discrimination, l\u2019Égalité, l\u2019ouverture ne sont pas incompatibles avec la primauté absolue qu\u2019il faut donner à la langue nationale.Et ce n\u2019est pas faire preuve de discrimination que de faire valoir les droits de la principale «communauté culturelle» du Québec, sa majorité francophone.Nous pouvons et nous devons proclamer solennellement notre respect des minorités.Mais les minorités n\u2019ont que faire du respect d\u2019une majorité qui est incapable de se respecter elle-même! C\u2019est aussi pour dire cela que je suis venue à Québec aujourd\u2019hui. 520 L\u2019ACTION NATIONALE Le bilinguisme hors Québec par JACQUES HOULE, président Institut d\u2019études prospectives Sherbrooke À un moment où l\u2019on reprend le débat sur le bilinguisme au Québec, il ne serait pas sans intérêt de savoir comment se vit le bilinguisme hors Québec.À cet égard, l\u2019expérience des Franco-Ontariens a valeur de témoignage.Mon propos n\u2019est pas de raconter l\u2019histoire des Franco-Ontariens, mais plutôt de témoigner pour ceux qui ont subi cette histoire.Je vous parlerai avant tout de mon père.Je suis Franco-Ontarien de naissance, de souche et d\u2019éducation.J\u2019appartiens aux plus vieilles familles canadiennes-françaises de l\u2019Ontario.Mes ancêtres, tant maternels que paternels, se sont établis dans l\u2019Upper Canada avant même la Confédération; c\u2019est-à-dire à une époque où une bonne moitié des ancêtres des Anglo-Ontariens d\u2019aujourd\u2019hui étaient encore citoyens de Grande-Bretagne, d\u2019Irlande ou d\u2019Italie.Pourtant, au cours de ces cent vingt-six années de résidence en Ontario, ma famille a toujours été traitée en étrangère.(.) Mon père a commencé ses classes à une époque où le règlement 17 interdisait tout usage du français dans les écoles de l\u2019Ontario.C\u2019est en anglais qu\u2019on réussissait ou échouait aux examens de l\u2019Ontario Board of Education.À quinze ans, il avait réussi, ce qui était alors un exploit académique remarquable, à obtenir son High School Matriculation Certificate.Avec une année supplémentaire d\u2019études pédagogiques, il devenait enseignant.Mais pas un enseignant comme les autres.Il devint un instituteur du réseau des Écoles Séparées de l\u2019Ontario.Voyez-vous, en Ontario, l\u2019école protestante, c\u2019est l\u2019école publique.L\u2019école catholique, c\u2019est l\u2019école séparée.En ce sens, les catholiques de l\u2019Ontario ont été les premiers traités de séparatistes.Les Anglais sont connaisseurs en termes infamants.Succinctement, les Franco-Ontariens avaient deux choix: LE BILINGUISME HORS QUÉBEC 521 fréquenter l\u2019école anglaise publique ou se créer un réseau d\u2019écoles françaises.Ils ont choisi la deuxième voie.Mais attention, il fallait aussi payer deux fois.La première fois pour les écoles publiques et la seconde pour les écoles séparées.Mais l\u2019histoire se complique davantage du fait qu\u2019une école séparée catholique n\u2019est pas nécessairement une école française.En effet, le clergé irlandais, qui avait le bras long en matière scolaire, était partisan de l\u2019anglais comme langue d\u2019enseignement.Ce même clergé irlandais s\u2019ingénia donc à frustrer les Franco-Ontariens d\u2019écoles françaises bien à eux.C\u2019est dans ce climat de tensions scolaires que naquit l\u2019école bilingue.Et c\u2019est dans cette fosse aux lions où se sont débattus mon père et ma mère, car celle-ci était également institutrice.Dans chaque école où mes parents enseignèrent, ils étaient confrontés aux mêmes difficultés: pas assez de français, trop peu de manuels français, et un climat ouvertement hostile au fait français.C\u2019était un combat inégal contre le fanatisme anglo-saxon, l\u2019hostilité du clergé irlandais et une fâcheuse tendance des Franco-Ontariens à se laisser assimiler.Tous ces tracas pour des conditions de travail inférieures à celles des enseignants du réseau protestant.Mon père fut instituteur une bonne quarantaine d\u2019années, dont une vingtaine à titre de «Principal» d\u2019une école séparée bilingue.Deux réseaux scolaires (anglais et français) coexistaient tant bien que mal sous un même toit.C\u2019était un défi de taille pour un Franco-Ontarien.Mon père fut le premier de son espèce à relever semblable défi.11 croyait fermement qu\u2019un jour, l\u2019Ontario deviendrait bilingue, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle accorderait aux Franco-Ontariens tout ce dont les Anglo-Québécois avaient depuis toujours au Québec.Il insista si vigoureusement pour avoir droit au «bilinguisme» qu\u2019un jour, on le priva de sa charge de «Principal» au terme d\u2019un procès.Dans ce milieu hostile au français, j\u2019eus tôt fait d\u2019apprendre vite et bien l\u2019anglais.Mais à quel prix?J\u2019ai été si souvent traité de pea soup, de frog, de Quebecker qu\u2019il m\u2019arrivait parfois, enfant, de douter que je sois vraiment né en Ontario.Pour éviter d\u2019être «spoté», on comprend vite qu\u2019il vaut mieux s\u2019exprimer en anglais.On espère «passer», un peu comme un noir qui se fait passer pour un blanc.Très tôt on réalise qu\u2019on ne peut à la rigueur s\u2019adresser en français à un autre Canadien français, mais jamais avant d\u2019avoir la certitude absolue qu\u2019il est «Franco».Il 522 L\u2019ACTION NATIONALE nous arrivait même de ne plus vouloir parler que l\u2019anglais.(.) De mon expérience du «bilinguisme ontarien», je tire la conclusion suivante: toute coexistence de deux langues, de force inégale, provoque inévitablement l\u2019éclatement de la langue minoritaire.L\u2019acculturation des Franco-Ontariens en est la preuve vivante.Le choc des cultures en Ontario a fait du français une langue sans utilité sociale.C\u2019est ainsi que la majorité des jeunes Franco-Ontariens considèrent dorénavant leur langue maternelle comme une langue morte, à l\u2019image du latin.Certains pensent même que leur appartenance à une communauté minoritaire est un boulet dont il faut se délester.Certains, qui n\u2019ont pas vécu le Canada outre-frontière, me jugeront peut-être trop sévère! Qu\u2019importe! Mon souci est moins de convaincre que de rendre hommage à mon père.J\u2019aimerais qu\u2019il sache qu\u2019il y a grandeur, même dans la défaite, quand on défend une cause juste: celle du droit d\u2019un peuple à la différence.Si les historiens ne se souviennent pas de mon père, peut-être devraient-ils se rappeler que, sans hommes comme mon père, nous n\u2019aurions plus d\u2019histoire.Fidèle à lui-même, Robert Bourassa continue son travail de sape.Il s\u2019agit de détruire les fondements de notre vie nationale, qui sont la fierté d\u2019être majoritaires au Québec et l\u2019usage généralisé du français langue de communication naturelle des Francophones et des Allophones au Québec.Ce gouvernement qui n\u2019a de tradition que dans l\u2019abandon se conduit comme s\u2019il était étranger à notre nation.Il suscite autour de lui un climat de tensions raciales et culturelles qui augure mal de l\u2019avenir et dont il devra assumer l\u2019entière responsabilité.Jean Éthier Blais LA PASSION DE L\u2019INDÉPENDANCE 523 La passion de l'indépendance par DENIS MONIÈRE Jean Lacouture, De Gaulle, le souverain, Paris, Seuil, 1986, tome 3, 866 p.«L\u2019indépendance est un état d\u2019esprit» (p.328) Lacouture, dans son œuvre monumentale et probablement indépassable, suit à la trace cette passion d\u2019indépendance qui a motivé et guidé le prodigieux destin politique du Général de Gaulle.Tel est le leitmotiv de la pensée gaullienne et le fil conducteur du tome 3 de la biographie de Charles de Gaulle.L\u2019auteur, au lieu de nous entraîner dans le dédale chronologique de la vie d\u2019un chef d\u2019État, a préféré suivre un cheminement thématique, nous donnant ainsi une meilleure vue d\u2019ensemble de l\u2019homme et de son œuvre.Sa vision est à la fois analytique et subjective, car Lacouture a couvert, à titre de journaliste au journal Le Monde, les événements de cette époque marquée par la guerre d\u2019Algérie, la crise des missiles de Cuba, la guerre du Viêt-nam, la révolution de mai 68, etc.Ce contact direct avec les événements donne une rare profondeur au récit.Il réussit tout particulièrement à nous montrer la grandeur de l\u2019homme sans passer sous silence ses faiblesses ou certains traits de caractère désagréables.L\u2019homme de Gaulle n\u2019est pas écrasé par son personnage, ce qui est rare dans l\u2019art de la biographie politique.Lacouture a donc élevé un monument biographique à la hauteur de son immense sujet.Aucune variable ne peut à elle seule expliquer comment se fabrique l\u2019histoire, tant les conditionnements et les circonstances s\u2019enchevêtrent de façon inextricable.Mais, pour Lacouture, il y a un facteur qui a pesé plus lourdement que les autres sur les comportements politiques de Charles de Gaulle et qui explique les péripéties de son règne élyséen: c\u2019est la durée.«Le projet gaullien est une course contre la montre.» (p.556) L\u2019homme qui prend le pouvoir, en 1958, est âgé et il le sait.Pour réaliser son dessein, il ne pouvait attendre les circonstances favorables, il 524 L\u2019ACTION NATIONALE devait forcer les événements et pour cela, faire des coups d\u2019éclat.De la France libre au Québec libre, la pensée politique et stratégique du Général de Gaulle est motivée par un grand dessein: la reconquête de l\u2019indépendance nationale.Lacouture définit le gaullisme comme une pédagogie de la renaissance et de l\u2019indépendance nationale.Résister aux grandes puissances, combattre les hégémonismes, dissoudre les blocs, garantir l\u2019autonomie de décision de l\u2019État français sont les constantes de la pensée gaullienne.Cette obsession de l\u2019indépendance explique aussi certaines décisions controversées du Général lors de la guerre d\u2019Algérie, vis-à-vis de la construction de l\u2019Europe ou encore à l\u2019endroit des deux Grands et à l\u2019égard de la force de frappe nucléaire française.Revenu au pouvoir à l\u2019occasion de la crise algérienne, le fondateur de la Ve République chemina graduellement au risque de sa vie vers la reconnaissance de l\u2019indépendance algérienne.De Gaulle fit entrer la France dans la civilisation moderne en la libérant de ses entraves coloniales.Depuis le discours de Brazzaville en 1944, il était partisan de la décolonisation; il récusait la sujétion autant pour les peuples africains que pour le peuple français.Il fut à cet égard l\u2019inventeur de la formule de souveraineté-association qui servit de transition vers l\u2019accession à l\u2019indépendance pour de nombreux pays africains.Il a su entendre «le chant profond des nationalismes» des autres et c\u2019est pour ainsi dire au nom de l\u2019indépendance et de la grandeur de la France qu\u2019il favorisa l\u2019indépendance des colonies africaines.De Gaulle voulait que la France soit en tout point exemplaire pour qu\u2019elle retrouve son influence dans le concert des États modernes.Il se devait donc de lever l\u2019hypothèque algérienne, cette tare infamante, pour embrasser le destin mondial qu\u2019il ambitionnait pour la France.L\u2019indépendance algérienne fut ainsi une libération pour la France qui put dès lors se redéployer sur l\u2019échiquier mondial afin de rééquilibrer le rapport de forces entre les superpuissances.Cette mission s\u2019inspirait d\u2019une conception égalitaire des rapports entre les peuples.À la polarité mondiale menaçante, le stratège de Gaulle voulait opposer le polycentrisme.Cette conception supposait la collaboration sans sujétion entre les peuples.Partisan du politique d\u2019abord, de Gaulle pensait que les LA PASSION DE L\u2019INDÉPENDANCE 525 différences de puissance liées au nombre ou aux ressources ne devaient pas se traduire par des inégalités de droit.Il devait certes y avoir alliances, mais alliances entre États indépendants, inégaux en pouvoir mais égaux en droit.Les nations par la préservation de leur identité et de leur indépendance étaient le meilleur contrepoids à l\u2019équilibre de la terreur.Il n\u2019admet ainsi de contraintes qu\u2019à partir d\u2019une liberté exercée.Au nom de cette vision, de Gaulle s\u2019opposa à la conception fédéraliste de l\u2019Europe parce qu\u2019elle portait atteinte à la souveraineté de la France en créant des organes supranationaux.Il défendit donc la construction d\u2019une Europe des patries, d\u2019une Europe politique confédérale sans pouvoir supranational où chaque État conservait son autonomie décisionnelle et son originalité créatrice.Il s\u2019opposa à l\u2019entrée de l\u2019Angleterre dans le Marché commun parce que les Britanniques ne voulaient pas se dégager de l\u2019emprise américaine.Il consolida les liens de la France avec l\u2019Allemagne pour freiner les appétits hégémoniques de l\u2019URSS.Il dégagea la souveraineté française de l\u2019Alliance atlantique pour ne pas être à la remorque des intérêts et de la volonté hégémonique américaine.Refus de l\u2019intégration atlantique, liberté d\u2019initiative et dissuasion nucléaire, telles sont les composantes doctrinales de sa stratégie militaire.De Gaulle croyait à la nécessité d\u2019une protection spécifique de l\u2019Europe.Il ne voulait pas dépendre à cet égard du parapluie américain, qui pouvait s\u2019ouvrir ou se refermer selon les aléas de la politique américaine.La France devait donc se doter d\u2019une force de frappe nucléaire pour assurer sa défense et contribuer à la dissuasion.Il était convaincu que sans le feu nucléaire les puissances moyennes seraient incapables d\u2019arbitrer les conflits entre les deux grands.À ses yeux, l\u2019indépendance nationale dans toutes ses dimensions était la meilleure garantie pour la paix mondiale.L\u2019homme au verbe fulgurant a témoigné éloquemment de cette passion de l\u2019indépendance, lors de son voyage au Québec en 1967.Le «Vive le Québec libre» n\u2019a pas été une échappée de discours, mais un souffle inspiré par sa conscience historique.Lacouture accrédite donc la thèse de la préméditation.Dès 1964, dans un communiqué officiel, de Gaulle avait fait référence au manque de souveraineté des Français du Canada.Avant de 526 L\u2019ACTION NATIONALE s\u2019embarquer sur le Colbert à Brest, n\u2019avait-il pas d\u2019ailleurs déclaré à Xavier Deniau: «On va m\u2019entendre là-bas.Ça va faire des vagues.» (p.515) Ainsi fut fait, parce qu\u2019il «fallait que ce fût dit», (p.533) Il récidiva lors de sa conférence de presse du 27 novembre 1967, où il prévoyait l\u2019avènement du Québec au rang d\u2019État souverain.De Gaulle pensait loin, mais peut-être trop loin.Le Québec ne sera pas son seul chagrin.Si le bilan du gaulisme sur la scène internationale est, comme le souligne Lacouture, quelque peu mélancolique, sur le plan national, de Gaulle aura néanmoins réussi son projet pédagogique: réapprendre l\u2019esprit d\u2019indépendance à la France.Il aura libéré «ses compatriotes de leur complexe d\u2019infériorité fondé sur la défaite et l\u2019occupation», (p.561) Par sa hauteur de vue, sa pugnacité et sa conviction, il aura réussi à remettre la France au premier rang, à lui donner une constitution musclée, à rebâtir un État en ruine, à restaurer la monnaie, à décoloniser l\u2019Afrique et à mettre en branle la modernisation industrielle de son pays.Celui qui entreprend beaucoup s\u2019expose à l\u2019erreur et à la critique, mais atteint les cimes de l\u2019histoire, en dépit de tout ce qui grouille, grenouille ou scribouille. LE PARTI QUÉBÉCOIS «AVEC» PIERRE-MARC JOHNSON 527 Le Parti québécois «avec» Pierre-Marc Johnson par JEAN-LOUIS BOURQUE, politicologue 1-\tLe Parti québécois depuis septembre 1985 Depuis l\u2019élection de Pierre-Marc Johnson au suffrage universel des membres du Parti québécois en septembre 1985, le Parti a apparemment réussi à maintenir une certaine forme de cohésion dans ses rangs et à empêcher une trop grande hémorragie d\u2019indépendantistes-orthodoxes.Il a réussi à réduire sa dette de 800 000 à 300 000 dollars, environ.Navigant dans le paradoxe, le nouveau chef du PQ s\u2019est d\u2019abord permis un silence de plus de quatre mois sur les questions de la privatisation et de la déréglementation, s\u2019octroyant un temps de vacances peu compatible avec son rôle de chef de l\u2019opposition officielle.Il lui a fallu plus d\u2019un an avant d\u2019embrasser une «cause» soulevée par la SSJB-M, le MNQ et le MQF, la défense de la langue française, lui permettant de remonter dans la faveur de l\u2019opinion publique et de critiquer franchement l\u2019action du gouvernement libéral.Il est traditionnellement de bonne guerre de laisser à un nouveau gouvernement le temps de s\u2019ajuster à son rôle.Il reste que le groupe parlementaire d\u2019un PQ en pleine mutation ne réussit que difficilement à se démarquer des Libéraux au pouvoir.Il a souvent raté l\u2019occasion de faire connaître ses politiques et les fondements de ses positions économiques, sociales et culturelles.A notre connaissance, aucun parlementaire de l\u2019opposition officielle n\u2019a présenté à l\u2019Assemblée nationale du Québec un discours faisant état de ses convictions indépendantistes ou sociales-démocrates ou à tout le moins une analyse cohérente des problèmes en cause à la lumière du véritable discours péquiste.2-\tLa révision du programme du Parti québécois En vue de la préparation du prochain Congrès de juin 1987, la Commission nationale du programme du Parti québécois a produit une série de sept textes de réflexion portant sur la social-démocratie, la souveraineté, le travail et l\u2019économie, la culture, 528 L'ACTION NATIONALE la vie internationale, le développement des ressources humaines et les communautés culturelles.Ces documents se veulent essentiellement une base de réflexion pour la mise à jour du programme péquiste au lendemain du virage révisionniste de janvier 1985, au surlendemain du NON référendaire et du rapatriement unilatéral de la Constitution canadienne.À ces textes s\u2019ajoutent les travaux des Colloques portant sur les problèmes démographiques, la social-démocratie, le travail et l\u2019économie.Le dernier document concerne la révision de la Proposition principale qui remet en cause l\u2019article 1 du programme.Il est pour le moins étrange que tous ces textes n\u2019aient pas suscité plus de réactions, que ce soit pour ou contre.Contrairement à la tradition démocratique du PQ, ce n\u2019est pas la base qui a élaboré cette révision des orientations générales du Parti.Cette façon de faire traduit un manque de confiance dans la base militante et une mainmise de la direction du Parti sur le «nouveau discours» officiel qui propose un recul de vingt ans en voulant rajeunir une pensée politique et une philosophie sociale qui remontent à 1968, date de la publication de l\u2019ouvrage de René Lévesque: Option Québec.Certes, les choses ont beaucoup changé; le Québec a énormément progressé dans de nombreux domaines; les mentalités ont évolué; les Québécois occupent dans l\u2019ensemble une meilleure place dans la société canadienne et le Québec s\u2019est davantage affirmé sur la scène internationale.Est-ce à dire que la thèse de la souveraineté-association n\u2019est plus pertinente et que l\u2019analyse de la situation qu\u2019elle sous-tendait ne prévaut plus?Les dirigeants du Parti québécois récusent maintenant les fondements mêmes de la thèse de la souveraineté-association et semblent prêts à accepter une révision du programme du Parti, dans la perspective d\u2019une nouvelle définition du Québec dans le fédéralisme canadien.3- Le postulat inacceptable de la révision péquiste Le postulat qui est à la base de la nouvelle orientation du Parti québécois reste la signification accordée au NON référendaire.En effet, si le peuple a dit NON à l\u2019octroi d\u2019un mandat pour aller négocier la souveraineté-association à Ottawa, il incombe au Parti québécois d\u2019accepter en bon démocrate ce ver- LE PARTI QUÉBÉCOIS «AVEC» PIERRE-MARC JOHNSON 529 diet et de renoncer à la promotion de son option indépendantiste.L\u2019impopularité de cette thèse l\u2019incite à conclure à l\u2019impossibilité de prendre le pouvoir en parlant d\u2019indépendance du Québec.Autre conséquence du NON référendaire: le Québec serait tenu d\u2019adhérer à la Loi constitutionnelle de 1982, cet accord qui nie les pouvoirs du gouvernement du Québec et la spécificité de la nation québécoise.Le Parti québécois, tout comme le Parti libéral, s\u2019engage à le faire selon le document gouvernemental: Projet d\u2019accord constitutionnel.Propositions du Gouvernement du Québec (mai 1985), moyennant certaines conditions, «avec honneur et enthousiasme», selon le vœux de Brian Mulro-ney.Les conditions minimales posées par l\u2019ancien gouvernement du Parti québécois et celles du PLQ se ressemblent étrangement, sont très nettement en deçà des revendications traditionnelles du Québec et ne font même pas état du droit du Québec à l\u2019autodétermination.Assez étrangement, le Parti québécois se déclare encore «souverainiste», mais en mêm temps se dit prêt à signer la Constitution fédérale du Canada.De plus, le Parti québécois propose à ses membres de doter le Québec d\u2019une Constitution interne et donc à titre de province membre de la Confédération canadienne, pour se reconnaître des pouvoirs qu\u2019il n\u2019a pas en vertu du système fédéral.C\u2019est à n\u2019y rien comprendre! 4- La social-démocratie «révisée» Le texte de réflexion sur L\u2019État et la social-démocratie demeure certes de tous les textes proposés aux militants le plus intéressant, le plus approfondi et le mieux documenté.En réalité, ce n\u2019est pas tellement la pensée social-démocrate qui faisait problème au Parti québécois, mais bien sa «pratique» dans l\u2019action gouvernementale, dans le contexte de la décroissance et de la crise permanente.Être social-démocrate, c\u2019est un choix difficile qui s\u2019inscrit souvent à contre-courant de l\u2019histoire et des tendances lourdes des sociétés.Le Parti québécois maintient avec raison l\u2019importance du rôle de l\u2019État dans notre type de société à économie dépendante.Même s\u2019il ne porte pas l\u2019étiquette social-démocrate, qu\u2019il soit libéral, conservateur ou autre, l\u2019État doit jouer un rôle essentiel, 530 L\u2019ACTION NATIONALE et doit avoir les pouvoirs pour le faire.Dans une petite société comme la société québécoise, l\u2019État doit absolument intervenir dans le domaine de l\u2019éducation, de la formation de la main-d\u2019œuvre et de la création d\u2019emplois, de l\u2019aide aux entreprises en concertation avec les organismes représentant le monde du travail.Le Parti québécois opte résolument pour un équilibre dynamique entre les entreprises d\u2019État et le secteur privé.La société québécoise est ainsi faite que les sociétés d\u2019État doivent être perçues comme des entités complémentaires des entreprises privées et des coopératives.Les grands idéaux et objectifs de la Révolution tranquille ne sont pas seulement une question de mode ou de génération: une éducation de qualité pour tous, la promotion de la langue et de la culture française sont des responsabilités nationales dont le moteur sera toujours l\u2019État.Il y a, au Québec, la prise en charge collective des pauvres, des chômeurs et des gens du troisième âge qui sont dans le besoin qui reste toujours à solutionner et ce, d\u2019autant plus que la nouvelle donne de la crise économique permanente (inflation et chômage) tend à anéantir les acquis culturels et sociaux.Le credo social-démocrate de la responsabilisation, de la concertation et de la décentralisation n\u2019est pas une litanie incantatoire, contrairement à ce que disent les adversaires Libéraux.C\u2019est le fondement même de la démocratie et du développement économique, culturel et social.Il reste que la mise en pratique de cette philosophie enrichie de nouvelles pistes de réflexion fort valables n\u2019est pensable que dans un contexte d\u2019État nation adulte et responsable qui dispose du maximum de moyens politiques et économiques dans un contexte international déjà très contraignant.Or, le Québec ne contrôle ni sa monnaie, ni sa fiscalité, ni sa défense, ni son développement économique et social, ni ses relations internationales, ni sa Charte des Droits et Libertés ni la Constitution qui le régit et qui aura toujours préséance sur toute Constitution provinciale, même s\u2019il ne l\u2019a pas signée.5- Travail et économie Le document de travail intitulé Travail et économie se veut une réflexion sur des orientations possibles en matière de développement et d\u2019emploi: on y fait une lecture du monde du travail et du développement de l\u2019économie du Québec dans la perspec- LE PARTI QUÉBÉCOIS «AVEC» PIERRE-MARC JOHNSON 531 tive d\u2019un État social-démocrate, auquel la Constitution du Canada ne donne pas les moyens et les pouvoirs d\u2019agir de façon utile et efficace selon sa spécificité et sa personnalité.Cette lecture ressemble beaucoup à celle du Parti libéral du Québec et les solutions sont à peu près les mêmes: la recherche de l\u2019excellence de la main-d\u2019œuvre pour pouvoir affronter une compétition internationale de plus en plus féroce, et la croissance des investissements susceptibles de développer l\u2019emploi et de diminuer le chômage.Pour un éventuel gouvernement péquiste la politique de l\u2019emploi restera toujours largement hypothéquée par de nombreuses contraintes, qu\u2019il s\u2019agisse du libre-échange, de la non-diversification de notre économie ou des interventions massives du gouvernement fédéral et du gouvernement américain dans notre économie.La gestion de la sécurité du revenu relève du Fédéral, de même que le développement économique régional.La mainmise fédérale sur le commerce international donne très peu de marge de manœuvre au Québec.Le document prend acte de toutes ces limites sans envisager de moyens de les modifier.Par contre, il s\u2019oppose nettement à la solution du PLQ qui mise sur l\u2019entreprise privée en faisant une «profession de foi quasi aveugle envers l\u2019économie du libre-marché.» «Le désengagement de l\u2019État et la prédominance des lois du libre-marché ne régleront pas les problèmes de disparités entre les régions, des inégalités face à l\u2019emploi ou dans la répartition des revenus.bien au contraire.» Assez paradoxalement, le projet de la Phase II de la Baie de James, souligne-t-on avec un brin de malice, fait appel à une société d\u2019État.Pour le Parti québécois, il s\u2019agit de susciter l\u2019action concertée de tous les secteurs, qu\u2019ils soient privé, public ou coopératif.Seule une véritable politique «social-démocrate» du plein emploi pourra permettre au Québec de surmonter à long terme ses problèmes sociaux et économiques.6- Une politique de la culture L\u2019approche de ce document, qui reconnaît que la culture québécoise est «à la mesure de notre différence», étonne quelque peu, puisqu\u2019il ne parle à peu près pas des problèmes de la langue française, de l\u2019érosion de la Loi 101, des dangers du bilinguisme dans l\u2019affichage et la publicité, etc.Il n\u2019aborde pas davantage les problèmes posés par la qualité de l\u2019enseignement du français et de l\u2019histoire nationale. 532 L\u2019ACTION NATIONALE Le bilan de l\u2019évolution de la culture au Québec ces vingt-cinq dernières années entraînerait, croyons-nous, assez facilement l\u2019adhésion des Libéraux.On y retrouve des constats déjà largement répandus: la culture est économiquement rentable dans le développement de ses industries; il faut à tout prix «revaloriser la condition et le statut socio-économique des artistes et des créateurs», « aider la jeune relève», «mettre en valeur le patrimoine», «stimuler le marché de l\u2019art», etc.Contrairement à la position du Parti libéral qui préfère confier à l\u2019entreprise privée le financement des entreprises culturelles, le document du PQ reconnaît à l\u2019État un rôle important dans le soutien à la culture québécoise, dont la spécificité est sérieusement menacée par «l\u2019américanisation tranquille», quitte à inciter l\u2019entreprise privée à participer au développement de la culture des Québécois par des mesures fiscales.7-\tLes communautés culturelles Pour le Parti québécois, les communautés culturelles font l\u2019objet d\u2019un traitement à part: le phénomène s\u2019amplifie, en effet, de façon inversement proportionnelle à la décroissance de la majorité québécoise francophone.Le Québec du Parti québécois se veut ouvert, fraternel, généreux et rassurant pour les communautés ethniques.À défaut d\u2019une politique nataliste ou de mesures favorables à une immigration francophone, il suffira de demander aux immigrants de bien vouloir se franciser et s\u2019intégrer à notre culture et à notre héritage uniques en Amérique du Nord.Et comme nous ne sommes ni xénophobes, ni racistes, ni intolérants, ni égoïstes, le multiculturalisme, facteur d\u2019enrichissement pour la minorité menacée que nous sommes, permettra au Québec de mettre en valeur la culture des autres, de se préparer à son avenir de groupe ethnique parmi d\u2019autres: c\u2019est une question de pragmatisme conforme aux politiques fédérales.8-\tLes relations internationales du Québec Le texte intitulé Le Québec et la vie internationale fait des constats fort intéressants, mais sans en tirer les conséquences qui s\u2019imposent.Dire que le Québec doit continuer à s\u2019affirmer sur la scène internationale est un vœu pieux, dans la mesure où la Constitution du Canada ne lui permet pas d\u2019avoir une politique étrangère autonome et de transiger d\u2019État à État avec d\u2019autres LE PARTI QUÉBÉCOIS «AVEC» PIERRE-MARC JOHNSON 533 gouvernements.Ceci relève essentiellement du gouvernement fédéral.Le Québec peut tout au plus signer des ententes dans le domaine de l\u2019éducation, de la culture et de la coopération technique qui relève de ses compétences.Le Québec peut parler au monde entier, entretenir d\u2019excellents rapports avec d\u2019autres États, mais il n\u2019a pas voix au chapitre, en ce qui concerne les accords internationaux.Il n\u2019a pas le contrôle des échanges commerciaux qu\u2019il effectue avec l\u2019étranger.Toutes les questions qui relèvent du droit international, du droit maritime ou aérien lui échappent.Pour le moment, le Québec doit se contenter des relations internationales entreprises par des organismes privés ou non gouvernementaux (entreprises, syndicats, Églises, universités, etc.) ou de relations secondaires qui relèvent de ses compétences exclusives ou de compétences partagées.Quels que soient les projets et les intentions d\u2019un gouvernement provincial, ils devront toujours être approuvés et encadrés par Ottawa.Même au niveau de la francophonie, le Québec n\u2019a droit qu\u2019à un strapontin.Ce que le document ne dit pas, c\u2019est que seul un Québec souverain pourra s\u2019affirmer sur la scène internationale et occuper la place qui lui revient dans le concert des nations, en tant que membre à part entière de la communauté internationale.9- Affirmation nationale ou affirmation provinciale?Le plan d\u2019action pour l\u2019affirmation nationale du Québec intitulé Pour les souverainistes: reprendre l\u2019initiative remet en question l\u2019un des deux objectifs fondamentaux du Parti québécois: alors que la thèse social-démocrate ne semble soulever aucune difficulté majeure dans son principe, «l\u2019initiative» proposée aux «souverainistes» remet totalement en cause l\u2019objectif de l\u2019Indépendance.Conséquence du virage du Congrès de juin 1985, l\u2019objectif de l\u2019Indépendance du Québec n\u2019étant plus perçu comme réaliste à court ou à moyen terme, le Parti québécois aspire au pouvoir pour réaliser «l\u2019affirmation nationale» dans le cadre du fédéralisme canadien.Or, l\u2019affirmation dont il est question ici ne peut être une affirmation «nationale» proprement dite, puisque la Constitution canadienne ne reconnaît ni le peuple québécois, ni la nation québécoise.Toute l\u2019histoire du Canada depuis la Confédération illustre cette négation de la réalité des deux peuples 534 L\u2019ACTION NATIONALE fondateurs.Prendre l\u2019initiative de l\u2019affirmation nationale, ce qui est proposé aux souverainistes comme un objectif neuf, date d\u2019ailleurs des lendemains de la conquête, puisque l\u2019histoire du Québec témoigne éloquemment de cette lutte constante pour l\u2019affirmation du Québec.Enfin, l\u2019affirmation johnsonnienne semble ignorer la réalité du fédéralisme canadien et les tendances du rapport des forces entre un gouvernement national centralisateur et des gouvernements provinciaux de plus en plus délestés de leurs pouvoirs.Pour affirmer le Québec en tant que peuple et nation dans ce contexte, il faudrait donc une volonté politique très forte soutenue par un peuple déterminé et convaincu des avantages de l\u2019objectif.Il serait donc honnête de présenter cette entreprise pour ce qu\u2019elle est: un combat politique qui demande beaucoup d\u2019énergie et de solidarité et qui devra ébranler des structures qui empêchent la pleine réalisation du peuple québécois.Autant l\u2019assimilation peut se faire en douce, autant l\u2019affirmation nationale ne peut se faire en prêchant la dépendance tranquille et l\u2019acceptation du carcan du fédéralisme canadien.On croyait l\u2019avoir suffisamment démontré.Le Québec n\u2019a toujours pas et n\u2019est pas près d\u2019avoir les pouvoirs essentiels lui permettant de s\u2019affirmer en tant que peuple distinct et autonome, même d\u2019un strict point de vue culturel, linguistique ou démographique.Le Québec n\u2019a que des pouvoirs secondaires et ce n\u2019est pas le fait de se doter d\u2019une Constitution «interne» ou provinciale qui pourrait y changer quoi que ce soit.Le Québec a besoin d\u2019une Constitution, certes, mais pas de deux Constitutions, l\u2019une canadienne et l\u2019autre québécoise, dont les tribunaux ne finiront plus de décider laquelle a préséance sur l\u2019autre.Monsieur Johnson ne saurait oublier que le propre d\u2019une Constitution nationale, c\u2019est de constituer la loi fondamentale d\u2019un État nation souverain et non les règles de fonctionnement d\u2019un gouvernement provincial.Écrire une Constitution interne est une entreprise illusoire dans le contexte de la Constitution canadienne: le charcutage de la Loi 101 donne un avant-goût de ce que serait le sort de cette Constitution interne.Il ne serait pas honnête de laisser croire aux Québécois qu\u2019elle suffirait à les protéger.La proposition de «réforme des institutions pour une plus grande démocratie» LE PARTI QUÉBÉCOIS «AVEC» PIERRE-MARC JOHNSON 535 n\u2019inspire guère plus de confiance, quand on se rappelle la façon dont l\u2019ancien gouvernement péquiste a réussi à noyer le débat sur la réforme électorale et parlementaire pour réussir à ne pas faire ce qui lui semblait pourtant si démocratiquement vital.Les réformes proposées n\u2019ont-elles pas une saveur électora-liste un peu naïve?Sont-elles valables par elles-mêmes?Pourquoi un Président élu au suffrage universel et doté d\u2019un peu plus des maigres pouvoirs provinciaux?Pourquoi une Chambre des régions en marge de l\u2019Assemblée Nationale, alors que les parlementaires viennent déjà des régions?Est-ce que cela changerait véritablement quelque chose à la gouverne politique?Multiplier les structures de pouvoir ne nous en donne pas plus! Le professeur Paul Painchaud de l\u2019Université Laval a déjà fort bien analysé dans un article du journal Le Devoir les failles de cette entreprise d\u2019instauration d\u2019un régime présidentiel québécois dans le cadre du fédéralisme canadien.C\u2019est en tant que province que la nation québécoise tenterait d\u2019affirmer son identité, sans remettre en cause les fondements et les principes du fédéralisme canadien dont elle accepterait tacitement les conséquences inévitables.En réalité, sous prétexte de mieux adapter la philosophie du Parti à un monde qui, certes, a beaucoup changé, tout se passe comme si les choix étaient dictés par le goût de la conquête du pouvoir coûte que coûte.Du programme fondamental du Parti le document péquiste retient d\u2019ailleurs l\u2019orientation social-démocrate, qui n\u2019est guère contestée, même si elle n\u2019est pas réalisable à court ou à moyen terme dans le cadre du fédéralisme canadien: d\u2019une part, l\u2019idéologie dominante au niveau fédéral va nettement à l\u2019encontre de la social-démocratie et, d\u2019autre part, les provinces n\u2019ont pas les pouvoirs nécessaires pour instaurer sérieusement et efficacement de telles politiques.D\u2019ailleurs, la stratégie fédérale du PQ va à l\u2019encontre de ses convictions social -démocrates: normalement, le PQ devrait appuyer les politiques du NPD.Or, il appuie les Conservateurs qui correspondent beaucoup plus à ses tendances unionationalisantes qu\u2019à ses tendances social-démocrates.Rappelons également que de véritables convictions souverainistes auraient normalement porté le Parti québécois à appuyer le Parti nationaliste, lors des dernières élections fédérales.On peut s\u2019interroger longuement sur le sens de ces incohérences qui cultivent l\u2019ambivalence entre les alliances et les convictions. 536 L\u2019ACTION NATIONALE La conséquence directe de ce méli-mélo politique, c\u2019est que le PQ est à la fois indépendantiste et fédéraliste, progressiste-conservateur et social-démocrate, révisionniste et orthodoxe.Il veut capter tous les vents de l\u2019opinion publique, en espérant qu\u2019elle saura un jour dicter à son chef une voie claire, car Pierre-Marc Johnson semble chercher à capter où l\u2019opinion publique veut conduire son parti.Il donne l\u2019impression d\u2019un chef qui cherche à occuper ses troupes sur la voie sans issue des structures parallèles sans pouvoirs, en négligeant de construire la voie royale qui seule lui donnera les moyens de bâtir une véritable société nationale: celle de l\u2019INDÉPENDANCE DU PAYS DU QUÉBEC.10- La nouvelle déclaration fondamentale: l\u2019épreuve de vérité Il faut le dire et le répéter sans cesse: les contraintes et les limites du fédéralisme canadien ont empêché et continueront à empêcher le Québec de travailler efficacement à son plein développement et à sa véritable affirmation.Le projet de Déclaration fondamentale l\u2019affirme: «Nous croyons que l\u2019avènement de la souveraineté politique permettra au peuple québécois de se réaliser pleinement.» Ceci devrait satisfaire tous les indépendantistes.Mais si on fait le rapprochement avec l\u2019Article 1 de l\u2019actuel programme du Parti québécois, on s\u2019aperçoit que la nouvelle Déclaration est en train d\u2019introduire une fêlure énorme dans l\u2019image du Parti: comment un parti peut-il annoncer qu\u2019il raye de son programme l\u2019engagement à travailler à promouvoir la solution qu\u2019il pense être la meilleure pour le peuple qu\u2019il prétend gouverner?Il y a quelque chose de naïf, de candide et de simpliste à vouloir effacer des objectifs du Parti québécois la réalisation de l\u2019Indépendance du Québec, tout en maintenant l\u2019objectif de donner à cette Province l\u2019allure d\u2019une nation, mais sans pouvoirs, sans représentativité, sans autonomie, en pensant que les Québécois ne s\u2019apercevront pas de la supercherie.Vouloir se fabriquer une illusion de pays avec un Président, deux Chambres, une constitution interne, sans charger le rapport des forces et des pouvoirs avec le Canada, c\u2019est changer bonnet blanc pour blanc bonnet: cela ne touche pas le fond du problème.C\u2019est un recul considérable sur le plan de la lucidité politique, cette luci- LE PARTI QUÉBÉCOIS «AVEC» PIERRE-MARC JOHNSON 537 dité que tout parti a pour fonction première de promouvoir chez les citoyens.La Constitution à écrire est celle d\u2019un Québec indépendant: le Québec ne peut plus se permettre de revenir en arrière en affublant du titre ronflant «d\u2019affirmation nationale» la gestion de l\u2019atrophie provinciale.On a déjà parlé d\u2019autonomie provinciale, d\u2019égalité ou indépendance; on a parlé de souveraineté avec une nouvelle formule d\u2019association: on ne peut renoncer à parler d\u2019indépendance, une Indépendance à mûrir patiemment, dans ses multiples dimensions dont chaque jour souligne la nécessité tenace.Il faut continuer à parler d\u2019indépendance sans hypocrisie et sans mensonges dans l\u2019intérêt du peuple du Québec qui ne mérite pas d\u2019être conduit par opportunisme à l\u2019assimilation au grand tout, dans lequel il perdrait non seulement sa personnalité et son caractère, mais son âme et sa volonté même de vivre en français dans l\u2019affirmation de sa différence et de son génie propre pour l\u2019enrichissement de tous.Le chef d\u2019un Parti qui croit que «l\u2019avènement de la souveraineté politique permettra au peuple québécois de se réaliser pleinement» devrait comprendre que l\u2019idée a déjà parcouru un chemin considérable, qu\u2019il faut continuer à la faire avancer, que le passage du PQ à l\u2019opposition est le moment rêvé pour la relancer de façon actuelle et concrète à la lumière de l\u2019expérience d\u2019un pouvoir limité.Ou contribuer en paroles et en action au mûrissement de l\u2019Indépendance qui «permettra au peuple québécois de se réaliser pleinement» ou affirmer clairement que le PQ est un parti fédéraliste.Souhaitons que les membres du PQ auront tout le temps, toute la liberté et tout le courage nécessaires pour discuter à fond ces documents, les changer au besoin, les compléter et les acheminer vers ce qui constituera un programme clair pour le Parti.Souhaitons que des procédures trop restrictives ou tatillonnes ne viennent pas briser les nécessaires interventions de la base et que chaque militant ait le courage de poser toutes les questions nécessaires pour éclairer son jugement et affirmer ses choix. 538 L\u2019ACTION NATIONALE «John Turner fait un mea culpa pour les excès commis par le gouvernement Trudeau envers le Québec dans le rapatriement de la Constitution».Le Devoir, 2 septembre 1986.La nuit des longs couteaux (5 novembre 1981) par JEAN-DENIS ROBILLARD Il s\u2019agit, cette fois, d\u2019une drôle d\u2019ingérence.négative! Ottawa a l\u2019intrusion facile, habituellement; pourtant, de connivence avec les provinces anglophones, il ignore complètement le Québec; aucune consultation; pire, il le poignarde dans le dos.Voici brièvement les principales étapes qui ont précédé cette trahison: 1978,\tjuin: Trudeau relance la réforme constitutionnelle qui avait été bloquée à Victoria.1978,\toctobre: Trudeau parle de sa charte des droits.Les provinces se liguent contre lui.1979,\t5 février: Coup de théâtre: l\u2019Ontario accepte le rapatriement sans condition.1979, 6 février: L\u2019axe Trudeau-Davis s\u2019effondre.1979,\tmai: C\u2019est la victoire des Conservateurs.1979,\t21 novembre: Trudeau, tout ému, affirme qu\u2019il est prêt «à servir» de nouveau.1980,\t18 février: Trudeau est de nouveau au pouvoir, juste à temps pour le référendum.1980,\t20 mai: Le NON l\u2019emporte.«Le fédéralisme sera renouvelé, c\u2019est promis.Sinon, on rendra nos sièges.» 1980,\t2 octobre: Trudeau dépose aux Communes un projet pour rapatrier unilatéralement la Constitution.1981,\tnovembre: «Brillamment manipulé par Trudeau au sourire énigmatique, Lévesque tombe dans le panneau de l\u2019Alliance-Québec-Canada qui ne dure que le temps voulu pour l\u2019isoler des autres provinces» (Plus Montréal, 12 mai 1984). LA NUIT DES LONGS COUTEAUX 539 1981, 5 novembre: Dans la nuit qui suivit l\u2019effondrement du «front des huit», Jean Chrétien machine avec les provinces anglaises l\u2019isolement décisif de l\u2019ex-allié québécois.Conséquences 1-\tTrudeau obtient tout: rapatriement, formule d\u2019amendement et charte des droits.2-\tLes Francophones hors Québec auront droit à leurs écoles «là où le nombre le justifie».3-\tLes Anglophones des autres provinces auront accès aux écoles anglaises québécoises, en violation de la Loi 101 qui est ainsi gravement atteinte.4-\tLe Québec se voit imposer le bilinguisme officiel, mais non l\u2019Ontario.Bref, c\u2019est LE COUP DE FORCE CONSTITUTIONNEL DE TRUDEAU.Voici plus de détails: 1980, 24 octobre: Les journalistes préviennent le premier ministre du gouvernement fédéral pendant qu\u2019il en est encore temps.La Presse titre: «Un autre coup bas du fédéral».Elle explique: 1-\tEn rapatriant la Constitution sans l\u2019accord du Québec, le gouvernement fédéral tente par un coup de force de changer le droit et d\u2019affaiblir la province.2-\tIl profite de sa manœuvre pour modifier la Constitution sans l\u2019accord du Québec.3-\tIl supprime le droit du Québec d\u2019être reconnu comme PEUPLE dans la Constitution.4-\tM.Trudeau laisse tomber son projet de préambule et renie les progrès qui étaient en train de s\u2019accomplir pour reconnaître le droit le plus fondamental du Québec.5-\tCe qui est extrêmement grave, c\u2019est que les tribunaux interpréteront la Constitution en conséquence; il en sera fait des droits collectifs de la majorité francophone du Québec.6-\tIl donne de nouveaux pouvoirs au fédéral pour limiter ceux du Québec et même enlever des droits acquis dans des secteurs où la compétence du Québec est spécifiquement et exclusivement reconnue, tel le champ de l\u2019éducation.7-\tSi Londres consent au rapatriement sans l\u2019accord du Québec, elle prend parti pour le fédéral contre notre province. 540 L\u2019ACTION NATIONALE 8- «Il est faux de prétendre que c\u2019est être colonisé que de garder la Constitution à Londres dans les circonstances.Le vrai colonisateur qui est aux portes des provinces, c\u2019est le gouvernement fédéral qui veut, par son coup de force, affaiblir les provinces et, par-dessus tout, le peuple du Québec.» 1981,\t3 décembre: Jean-Louis Roy consacre un éditorial sur l\u2019héritage de Pierre Trudeau: 1-\tM.Trudeau aura réussi là où ses prédécesseurs ont échoué.Pour ce faire, il a utilisé l\u2019arme de l\u2019unilatérisme, cet abus de pouvoir dénoncé par la Cour suprême.2-\tIl a présidé à tous les marchandages pour obtenir l\u2019appui d\u2019abord de l\u2019Ontario, puis celui des autres provinces, à l\u2019exception du Québec.3-\tIl n\u2019a pas hésité à isoler le Québec, dans un premier temps; puis, dans un second temps, à lui refuser dans des matières limitées, mais de portée considérable pour sa sécurité et son développement, les redressements que lui ont soumis tour à tour le gouvernement du Québec, le chef du Parti libéral du Québec, le chef du Parti de l\u2019Opposition officielle du Parlement canadien et celui du Nouveau Parti Démocratique.4-\tLa résolution constitutionnelle consacre la version d\u2019Elliott Trudeau d\u2019un pays qui n\u2019a pas à se soucier des accidents ethniques, géographiques et religieux des citoyens, comme il l\u2019écrivait jadis.5-\tLes revanchards québécois qui traînaient dans leur vocabulaire leur projet et leur espérance d\u2019un statut particulier ou de la dualité nationale peuvent toujours réciter leur litanie ennuyeuse.Le pays est maintenant partiellement refait en dehors de ces perspectives.1982,\t6 janvier: Jean Morisset écrit dans Le Devoir un texte qu\u2019il intitule: «Quand le Canada triomphe des Indiens et des Québécois».C\u2019est tellement déprimant de se rendre compte, après toutes ces années, lorsqu\u2019on lève le voile, que ce sont les peuples indiens et les Québécois qui sont brutalement dépossédés par la majorité! 1982, 12 janvier: Même M.Herbert Marx, député libéral de D\u2019Arcy McGee, exprime son désaccord concernant la clause 33 LA NUIT DES LONGS COUTEAUX 541 de la Charte canadienne; en effet, «le Parlement canadien ou législature provinciale peut adopter une loi qui déclare que celle-ci ou l\u2019une de ses dispositions a effet indépendamment des articles de la charte fédérale qui touchent les libertés fondamentales, de même que les garanties juridiques».1982, 16 février: De Vancouver, Solange Chaput-Rolland accuse Ottawa d\u2019avoir escroqué les Québécois (Le Devoir).1-\tLes Québécois ont l\u2019impression d\u2019avoir été trahis lors de l\u2019entente constitutionnelle signée par Ottawa et neuf provinces et sont peinés de l\u2019indifférence manifestée par le Canada anglais.2-\tLes libéraux du Québec avaient promis aux Québécois qu\u2019il y aurait un nouveau partage des pouvoirs entre les provinces et Ottawa! 3-\tLes Québécois qui ont travaillé auprès de M.Claude Ryan pour remporter la bataille du référendum sont maintenant désenchantés du Parti libéral, à la suite de la signature de l\u2019entente constitutionnelle.1982, 20 février: Claude Morin, tout en répondant dans Le Devoir à une lettre de M.Roy Romanow, ministre des Affaires intergouvemementales de la Saskatchewan, nous apprend quelques détails de la saloperie de la nuit du jeudi 5 novembre 1981.(Il faudrait citer presque intégralement.) 1-\tEn mai et juin 1980, au moment de notre référendum, des hommes politiques d\u2019Ottawa et de diverses provinces, y compris votre premier ministre, ont invité les Québécois à comprendre qu\u2019un NON au référendum signifierait en réalité un OUI à des réformes longtemps attendues par eux.2-\tPour nous, du Québec, non seulement le caractère unilatéral du geste fédéral était-il inacceptable, mais en plus, la démarche d\u2019Ottawa et son contenu contredisaient des engagements solennels.Vous aviez un motif de vous opposer à cette démarche fédérale; le Québec, lui, en avait deux.3-\tAvec son coup de force d\u2019octobre 1980, Ottawa a résolu de réduire les pouvoirs des provinces et de viser en particulier le Québec.Il ne restait dès lors pour nous qu\u2019une chose à faire: bloquer cette manoeuvre; et qu\u2019un seul moyen: une alliance à cette fin avec autant de provinces que possible. 542 L\u2019ACTION NATIONALE 4-\tD\u2019où notre acceptation de souscrire à l\u2019accord du 16 avril.5-\tLe front commun a tenu jusqu\u2019après le jugement de la Cour suprême.Avec un tel jugement, les provinces du front commun pouvaient bloquer le coup de force fédéral à Londres.6-\tMais il y avait une condition essentielle: les huit provinces devaient demeurer fermes et unies.Pourtant, dans les heures qui suivirent ce jugement rendu public le 28 septembre, plus précisément le soir même, à Ottawa, vous avez entrepris des discussions particulières en dehors du front commun, avec Jean Chrétien et Roy McMurtry de l\u2019Ontario.7-\tPlusieurs d\u2019entre nous se doutaient que quelque chose se passait entre Ottawa et vous.C\u2019est pourquoi, à Dorval, après notre réunion de vendredi le 2 octobre, je vous ai demandé de quoi vous aviez parlé avec MM.Chrétien et McMurtry.Je l\u2019ai fait en présence des ministres de la Colombie britannique et de l\u2019île-du-Prince-Édouard, ainsi que devant mon collègue Claude Charron.Or, vous nous avez affirmé que le sujet principal abordé avec Jean Chrétien était simplement la nomination de juges fédéraux en Saskatchewan! Aujourd\u2019hui, nous savons que tel n\u2019était pas le cas.8-\tÀ Toronto, une semaine avant la conférence de novembre, j\u2019ai dit à tout le groupe réuni (vous y étiez) que jamais le Québec ne briserait lui-même ce front commun et qu\u2019il en attendait autant des sept autres provinces.Je me souviens avoir mentionné au groupe que si une ou des provinces anglophones détruisaient ce front commun et que, par la suite, Ottawa réussissait à imposer son plan, les Québécois comprendraient encore davantage qu\u2019ils ne peuvent se fier à personne qu\u2019à eux-mêmes.9-\tSelon vous, la conférence courait à un échec évident; vous avez donc annoncé aux sept autres provinces du front commun, le mardi 3 novembre, que la Saskatchewan préparait une proposition de compromis qu\u2019elle ferait tenir aux autres provinces le mercredi matin, immédiatement avant la reprise de la séance.10-\tMais cet échec du plan d\u2019Ottawa, n\u2019est-ce pas justement ce plan que notre front commun visait à bloquer?Vous reconnaissez donc que les huit provinces étaient sur le point de réussir. LA NUIT DES LONGS COUTEAUX 543 11-\tEn somme, par votre démarche et par le fait qu\u2019une province du groupe s\u2019en est détachée, vous avez contribué à redonner crédibilité et espoir à Ottawa.12-\tNotre front commun, déjà incertain depuis vos conversations du début d\u2019octobre avec Jean Chrétien, n\u2019existait dès lors plus.13-\tDès la reprise de la séance en après-midi, tout le monde s\u2019est aperçu que l\u2019offre du premier ministre Trudeau était piégée et soumise à des conditions inacceptables dont celui-ci n\u2019avait averti personne, le matin.14-\tVous dites que notre premier ministre a été informé comme les autres, «plusieurs heures avant la reprise des travaux de la conférence», jeudi matin le 5 novembre, d\u2019une nouvelle proposition mise au point par un groupe de provinces.Il s\u2019agit en fait de la fameuse proposition préparée pendant la nuit à l\u2019insu du Québec.Or, M.Lévesque n\u2019a été averti de ce développement inattendu que dans l\u2019heure qui a précédé la reprise de nos travaux, jeudi matin.15-\tÀ huit heures, le soir précédent (4 novembre), j\u2019ai moi-même reçu un message du premier ministre Bennett de la Colombie britannique, convoquant M.Lévesque à une réunion le lendemain matin à huit heures.Personne ne nous a alors dit que les provinces se réunissaient le soir même pour concocter quelque chose avec Ottawa.16-\tIncidemment, vous-même avec qui j\u2019ai passé tellement d\u2019heures pendant tant de mois à discuter du dossier constitutionnel, pourquoi ne m\u2019avez-vous pas.invité à participer à la fameuse séance de nuit de mercredi à jeudi et dont le Québec a été exclu?17-\tVous ajoutez qu\u2019en possession de la proposition «plusieurs heures avant» la reprise des travaux, M.Lévesque aurait pu suggérer des modifications pour la rendre plus acceptable au Québec.Ne croyez-vous pas que la meilleure manière de procéder aurait justement été d\u2019inviter le Québec le soir précédent, plutôt que de le tenir systématiquement à l\u2019écart?18-\tJe vous rappellerai aussi que durant la matinée du jeudi, M.Lévesque a effectivement demandé qu\u2019on rétablisse la compensation financière à laquelle vous saviez fort bien que nous tenions et qui avait été enlevée au Québec pendant la 544 L\u2019ACTION NATIONALE nuit; il a également insisté pour qu\u2019on reconnaisse au Québec le droit d\u2019être protégé contre une centralisation que pourraient désirer Ottawa et les autres provinces.Pourtant, je ne cache pas que ni la Saskatchewan, ni Ottawa, ni en fait personne ne soit intervenu pour soutenir une demande aussi élémentaire et aussi raisonnable de notre part.19-\tPendant notre lutte au coup de force d\u2019Ottawa, nous défendions les compétences dont le gouvernement du Québec est responsable.20-\tVous vous dites fier du rôle que la Saskatchewan a joué dans l\u2019élaboration de la Constitution qui sera dorénavant imposée au Québec sans son accord.Comment pouvez-vous être fier d\u2019une constitution qui contredit autant de promesses, qui n\u2019ajoute aucune véritable protection pour les Francophones hors Québec, qui contribuera à rétablir les privilèges de la minorité anglophone du Québec, qui affectera sérieusement les compétences du Québec et celles des autres provinces?1982, 2 mars: La bave haineuse ne s\u2019arrête pas; sa traînée gluante descend encore sur le Québec.À la suite de l\u2019adoption par Ottawa du projet de résolution concernant la Constitution, le 8 décembre dernier, le gouvernement du Québec avait décidé de demander à la Cour d\u2019appel de déterminer si l\u2019objection du Québec rendait l\u2019adoption d\u2019une telle résolution inconstitutionnelle.Ottawa continue son harcèlement en soutenant que la Cour d\u2019appel ne devrait tout simplement pas répondre à la question du gouvernement québécois (Le Devoir).1982, 9 septembre: Les premiers fruits de l\u2019arbre vénéneux.Dans La Presse, M.José Woehrling, professeur en droit constitutionnel à l\u2019Université de Montréal et spécialiste en droits linguistiques, affirme que «le jugement du juge Jules Deschênes tend à démontrer que la Constitution a été écrite pour contredire, pour nier la Loi 101».1982, octobre: Au deuxième numéro de VAction Nationale de l\u2019année 1982, Patrick Allen nous apprend que le Mouvement National des Québécois présentera une résolution dénonçant en France la trahison constitutionnelle, à l\u2019occasion de la sixième conférence des communautés ethniques de langue française; LA NUIT DES LONGS COUTEAUX 545 ainsi, le Rassemblement jurassien, l\u2019Union valdôtaine, la Wallonie libre, l\u2019association romande de la solidarité francophone, la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick, la Solidarité jeunesse francophone et l\u2019Association canadienne-française de l\u2019Ontario connaîtront la lâcheté et la trahison des représentants du peuple dominant au Canada.1982,\t27 octobre: Jean-Pierre Proulx du Devoir nous rapporte les paroles de Mgr Valois, évêque de Saint-Jérôme, présent à la Conférence des évêques catholiques canadiens qui tiennent leur assemblée générale annuelle: 1-\tOn a bousculé le Québec en lui imposant une constitution à laquelle il n\u2019a pas été partie prenante.2-\tIl en a profité pour ajouter certains commentaires auxquels nous ne sommes pas habitués: a)\tL\u2019équilibre linguistique au sein de l\u2019épiscopat canadien commence à être menacé.Bien que le Québec compte à lui seul 55% des catholiques canadiens, un tiers seulement des évêques du Canada sont québécois.b)\tLes évêques francophones, et en particulier ceux du Québec, peuvent-ils se considérer chez eux à l\u2019intérieur de la C.E.C.C.?c)\tQuelle place occupe l\u2019épiscopat francophone dans les relations extérieurs de la C.E.C.C., en particulier avec les autres épiscopats du monde et avec Rome?1983,\t19 novembre: Dans Plus Montréal, un article de Patricia Dumas nous éclaire sur le rôle de l\u2019Ontario pendant l\u2019épopée constitutionnelle: 1-\tD\u2019abord, il faut dire que l\u2019osmose est vivante entre les fonctions publiques de Toronto et celles d\u2019Ottawa.Les fonctionnaires des deux paliers multiplient les rencontres informelles et se lient d\u2019amitié au niveau personnel.La même huile est utilisée pour les deux machines! 2-\tC\u2019est maintenant un secret de polichinelle que Davis avait, à la onzième heure, menacé Trudeau de lui retirer son appui s\u2019il ne faisait pas les compromis nécessaires pour rallier une majorité de provinces.Voilà comment l\u2019Ontario «autorise» les gouvernements fédéraux. 546 L\u2019ACTION NATIONALE 1984, 1er juin: Jour après jour, les mensonges crèvent comme des ballons.Ainsi, aujourd\u2019hui, Le Devoir nous cite Mark MacGuigan: 1-\tD\u2019une part, le ministre de l\u2019Énergie Jean Chrétien soutient qu\u2019il n\u2019y a pas eu de «nuit des grands couteaux» et que dès 11 heures du soir, il était rentré chez lui.2-\tD\u2019autre part, M.Mark MacGuigan se rappelle qu\u2019à ce moment précis, il se trouvait chez M.Trudeau avec M.Chrétien «pour décider de l\u2019arrangement final» afin de préparer la signature de l\u2019entente constitutionnelle du 5 novembre 1981.1984, 2 juin: Au tour de Jean Chrétien à donner une entrevue au Devoir: 1-\t«Moi, je n\u2019ai pas négocié avec les provinces, j\u2019ai vu Romanow et McMurtry à 18 heures, le 4 novembre et je leur ai dit: \u2018Je pense que je peux vendre cela à Trudeau, mais je n\u2019en suis pas sûr, vendez-le à votre gang et salut!\u2019 Là, je suis allé voir Trudeau pour essayer de lui vendre le compromis.Trudeau me répond que si j\u2019avais la majorité des provinces avec la majorité de la population, il l\u2019accepterait.2-\t«Après 19 heures, je n\u2019ai plus parlé à personne, sauf à Garden à 23 heures, qui me demande au téléphone si le compromis était sérieux.\u2014 Oui.\u2014 Bien, tu as une nouvelle Constitution, Chrétien, parce que nous autres on est là.«Ce qui se passait entre eux, je ne le sais pas.S\u2019ils n\u2019ont pas appelé Lévesque, je peux vous dire pourquoi, ils me l\u2019ont dit carrément, son but c\u2019était de nous bloquer, ce n\u2019était pas de réussir!» 1985: Gil Rémillard, professeur de droit, publie le deuxième tome de son ouvrage Le fédéralisme canadien.Il y écrit, tout surpris, presque insulté: «Le peuple québécois, détenteur de la souveraineté, n\u2019a pas été consulté sur le rapatriement, pas plus d\u2019ailleurs que les autres Canadiens.» Aucun gouvernement concerné, aux niveaux tant fédéral que provincial, n\u2019avait reçu le mandat spécifique de ses électeurs de procéder à de tels amendements à la Constitution.M.Gil Rémillard n\u2019était pas encore ministre délégué aux Affaires intergouvemementales! (Marcel Adam, La Presse, 23 août 1986.) LA NUIT DES LONGS COUTEAUX 547 1985,\t11 décembre: Pierre Foucher, constitutionnaliste de l\u2019Université de Moncton, affirme, dans Le Devoir, que «Près de trois ans après l\u2019adoption de la Charte fédérale, toutes les provinces anglophones ont négligé d\u2019assurer le droit à l\u2019éducation en français à leurs citoyens francophones».1-\tElles ont négligé de se conformer à l\u2019article 23 de la Constitution canadienne qui veut garantir les droits à l\u2019éducation aux citoyens des minorités linguistiques.2-\tM.Foucher constate le peu de détermination manifesté par les provinces anglophones à satisfaire aux dispositions constitutionnelles pour l\u2019enseignement aux Francophones hors Québec.3-\tL\u2019inaction des provinces à ajuster leur législation à la Constitution a provoqué depuis une pluie de recours judiciaires.4-\tPourtant, les Anglo-Québécois ont des droits complets.Lorsque ia clientèle est dispersée, les transports sont défrayés par la commission scolaire.1986,\t17 mai: Gilbert Brunet de La Presse raconte la suite de cette triste histoire: 1-\tLes représentants des neuf provinces autres que le Québec qui n\u2019avaient pas été invités à cette rencontre nocturne se sont entendus sur un début de réforme et sur le rapatriement.2-\tEnsuite, l\u2019attitude dominante à l\u2019extérieur du Québec avait été de tourner la page, d\u2019imputer l\u2019échec au gouvernement péquiste et de passer à autre chose.3-\tBrian Mulroney, pendant la campagne électorale, s\u2019écrie: «Il y a au Québec des blessures à guérir, des inquiétudes à dissiper.» 4-\tLévesque accepte le «beau risque».5-\tBourassa, à peine au pouvoir, décide d\u2019abandonner le recours systématique à la clause dérogatoire pour protéger les Québécois.6-\tLéon Dion qualifie ce geste «d\u2019erreur stratégique» et abandonne son poste de conseiller du ministre Rémillard.7-\tNul ne dit mot sur une éventuelle négociation susceptible de ramener «dans l\u2019honneur et l\u2019enthousiasme» le Québec au bercail constitutionnel.Québec n\u2019en peut plus d\u2019attendre.car, 548 L\u2019ACTION NATIONALE 8-\tOttawa verse de moins en moins de millions de dollars dans les coffres provinciaux, puisqu\u2019il agit à sa guise en vertu de son pouvoir illimité de dépenser.puis de ne plus dépenser.9-\tRien ne presse Ottawa.«Pas question de s\u2019enfermer dans un échéancier» dit M.Bouchard.1986, 7 juillet: Donald Charette du Devoir titre: «Plusieurs provinces (toutes sauf la Nouvelle-Écosse et l\u2019île-du-Prince-Édouard qui n\u2019ont pas commenté) sont hostiles aux demandes du Québec» au sujet de l\u2019adhésion de notre province à l\u2019accord constitutionnel de 1982.1986, 4 août: Dans Le Devoir, on nous spécifie que de hauts fonctionnaires et le Conseiller spécial du premier ministre Bou-rassa, M.Jean-Claude Rivest, ont effectué une tournée en juin, au cours de laquelle les provinces n\u2019ont pas toujours accueilli avec l\u2019enthousiasme le plus grand la volonté du Québec: soit la reconnaissance explicite comme société distincte et la reconnaissance d\u2019un droit de veto.1986, 9 août: Paul-André Comeau précise, dans un éditorial du Devoir, que la mission confiée à Jean-Claude Rivest n\u2019a pas soulevé d enthousiasme caractérisé, puisque six des Premiers ministres provinciaux, à tour de rôle, ont confirmé leur unanimité à rejeter le droit de veto réclamé par le Québec.Le même jour, dans le même journal, Lia Lévesque écrit que le Québec ne se fait pas trop d\u2019illusions sur la possibilité d\u2019en arriver à une entente avec les neuf autres provinces sur la reprise des pourparlers constitutionnels.1986, 11 août: Enfin, les premiers ministres des autres provinces se disent prêts à discuter de Constitution.Remarquons, comme le souligne Le Devoir, que l\u2019ouverture des neuf autres premiers ministres ne porte que sur le principe de la discussion, pas plus; ils refusent systématiquement d\u2019aborder le contenu des revendications du Québec.1986, 13 août: On ajoute, dans Le Devoir, que la question qui semble le plus faire obstacle est celle du droit de veto du Québec, que plusieurs provinces se refusent à accorder.Bill Vander Zalm de la Colombie britannique est très clair à ce sujet: «Non, je n\u2019approuverai pas!» LA NU IT DES LONGS COUTEAUX 549 1986, 26 août: Solange Chaput-Rolland écrit dans Le Devoir: «Il sera toujours difficile d\u2019en arriver à des accords avec les provinces anglaises.» 1986, 2 septembre: Bernard Descôteaux nous fait savoir, à la page 8 du Devoir, que le chef du Parti libéral fédéral, M.John Turner, a tiré les leçons de la défaite de 1984 au Québec et fait un mea culpa pour les excès commis par le gouvernement Trudeau en 1981 envers le Québec dans le rapatriement de la Constitution.M.Turner va même plus loin: il force les André Ouellet et les Serge Joyal à confesser publiquement leurs erreurs.Que ne ferait-on pas pour reprendre le pouvoir?1986, 24 septembre: C\u2019est maintenant Peterson, premier ministre de l\u2019Ontario, qui accueille froidement les propositions du Québec au sujet de la Constitution {Le Devoir).1-\t«C\u2019est sur ce point que l\u2019Ontario et le Québec sont les plus éloignés.» 2-\tInterrogé sur les cinq conditions posées par le Québec pour que cette dernière province puisse accepter de signer l\u2019accord constitutionnel de 1981, M.Peterson a été fort évasif, affirmant qu\u2019il y a encore «beaucoup de chemin à faire avant d\u2019en arriver à une entente sur la Constitution».3-\tAu sujet du droit de veto régional, M.Peterson déclare que c\u2019est une idée, «mais c\u2019est juste une idée, une alternative parmi d\u2019autres».4-\tL\u2019Ontario veut bien discuter des questions générales, mais on n\u2019en est pas encore aux choses spécifiques.1986, 25 septembre: Dans Le Devoir, on précise que c\u2019est le Québec qui devra vendre lui-même son projet aux autres provinces.le moment viendra peut-être où le premier ministre du Canada essaiera de persuader telle ou telle province sur tel ou tel point, «mais ce n\u2019est pas pour demain».1-\tGil Rémillard et le ministre fédéral aux Relations fédérales-provinciales, Lowell Murray, ont admis que la discussion était des plus difficiles sur certains points, mais ils ont refusé de révéler lesquels.2-\tLa formule d\u2019amendement proposée par le premier ministre 550 L\u2019ACTION NATIONALE Robert Bourassa a été reçue avec quelque difficulté par les autres provinces.Conclusion: L\u2019histoire n\u2019est pas terminée.mais nous connaissons déjà les effets de cette trahison nocturne et de ces changements dans la nouvelle Constitution rapatriée sans l\u2019accord du Québec, comme l\u2019écrivait Hélène Pelletier-Baillargeon (La Presse, 14 juin 1986).«Depuis cinq ans, Alliance-Québec a porté victorieusement devant les tribunaux des sujets toujours plus nombreux «d\u2019irritation».Elle a réussi à limer patiemment plusieurs dents d\u2019une législation pourtant généreuse; dans toute autre province canadienne, des mesures symétriques eussent dépassé les attentes les plus folles des minorités françaises qui s\u2019y étiolent sous l\u2019œil attristé du Commissaire aux langues officielles chargé de prononcer annuellement sur leur sort la prière des agonisants». CE PAYS OÙ RIEN NE DOIT CHANGER 551 Ce pays où rien ne doit changer.par LÉO RAYNAULT Après 200 ans de misère linguistique, de ségrégation économique et de réduction politique, les Québécois étaient parvenus, depuis les années 60, en se tenant solidement les coudes, à se donner un semblant d\u2019État francophone.Grâce à la Loi 101, à un certain contrôle de leurs richesses naturelles, grâce aux étatisations amorcées dans l\u2019électricité et poursuivies dans divers secteurs clés, comme les mines, les forêts, l\u2019agriculture, l\u2019industrie ferroviaire et maritime et celle des pâtes et papiers, la renaissance de la Nouvelle-France s\u2019amorçait sans faire trop de bruit.Sans être partout un succès flamboyant, cette politique du «maître à bord» avait déjà donné d\u2019excellents résultats, tant sur le plan psychologique que par ses retombées socio-économiques.La confiance en soi, résultant de la mise à l\u2019épreuve concluante de ses capacités, la certitude que le français est une grande langue moderne, capable d\u2019engendrer, ici comme ailleurs, des projets culturels, scientifiques et économiques de premiers plans, faisait accéder à l\u2019universel, à l\u2019ouverture au monde.Québécois et Québécoises se découvraient citoyens à part entière.Autant sur les plages d\u2019Acapulco que dans les Salons de l\u2019Élysée, dans les universités d\u2019ailleurs ou sur les planches du théâtre de l'Olympia, le fils de Jean-Baptiste commençait à se sentir à l\u2019aise! Tout le monde rejoignait Félix le Premier.Une nouvelle dynamique et le goût du pays commençaient à s\u2019installer.Mais les Québécois avaient oublié que tout le monde ne voyait pas d\u2019un bon œil cette rébellion, cette fuite d\u2019Égypte, ce refus du petit pain, de la docilité, du travail à bon marché, rendus possibles chez ce peuple par une condition linguistique méprisée, prison sans barreau, ne donnant aucune prise au scandale ou à une trop évidente discrimination.Et César a trouvé des alliés chez les plébéiens.Pour l\u2019aider à tout remettre en place, de petits Judas calculateurs sont soudain 552 L\u2019ACTION NATIONALE sortis d\u2019emplois subalternes, d\u2019intendance sans gloire, où on les tenait en réserve.Appâtés par le fromage du pouvoir, ils ont vite trouvé les trous du gruyère.Ils ont vite compris la rentabilité de la bâtardise, cette arme favorite et secrète de la déstabilisation en pays féodal.Et les voilà, ces soudoyés, comme une bande de farfadets, à s\u2019escrimer dans la place, à tailler le Québec dans le vif, à s\u2019entrevendre la peau et l\u2019ours, à jouer dans les plates-bandes, à couper le courant, à se chauffer avec les boiseries.Ils se mettent au travail, résolument, sans savoir ce qu\u2019ils font.Ils se frottent la bedaine et le tablier, mettant leur fierté à «redresser» un Québec (qui commençait à bien aller) à l\u2019aune de la comptabilité des autres! Prompts à la manœuvre, ils pourfendent la langue d\u2019abord, parce qu\u2019elle n\u2019est pas celle des maîtres, taillent dans les sociétés d\u2019État, parce qu\u2019il n\u2019y a pas là de profit pour eux ou leur parti.Avec les biens du peuple, font des cadeaux aux amis, bloquent les industries culturelles, coupent dans les services aux jeunes, aux handicapés, aux malades, aux mal pris: ces choses-là n\u2019ayant rien à voir avec une saine comptabilité d\u2019affaires.Finies les folies! Ils se souviennent d\u2019avoir déjà entendu cela quelque part! De la vision et de l\u2019audace dans la démolition! Voilà ce qui caractérise ces Maîtres béotiens auxquels on fait croire que c\u2019est l\u2019heure de la B.A., l\u2019heure d\u2019investir dans la liquidation de l\u2019État des Francophones d\u2019Amérique, l\u2019heure d\u2019être consacrés grands contremaîtres de l\u2019Ordre des Jaune-Orange! Il n\u2019y a dans cette échauffourée rien de bien nouveau.Notre histoire, avant et depuis le passage de Lord Durham, est tapissée de loufoqueries semblables.Et chaque fois que le Québec se redresse, mû par l\u2019instinct de survie, de la liberté, de la dignité, de l\u2019égalité, il se trouve des ratons-laveurs pour détruire les barrages, des ratons-laveurs que l\u2019on tient en forme dans les piscines privées.En «hauts lieux», on doit être bien aise de voir ces pauvres Québécois se battre entre eux.pour rester pauvres; sans doute, les uns, les démolisseurs, moins que les autres parce que payés CE PAYS OÙ RIEN NE DOIT CHANGER 553 pour brasser l\u2019affaire.Et se perpétue ainsi la médiocrité collective, le mépris de soi-même, l\u2019abrutissement culturel et linguistique, la stagnation, le chômage, le sous-emploi et la négritude.Se peut-il que les Québécois continuent ainsi, jusqu\u2019à l\u2019épuisement national total, à se chamailler comme gamins du Bronx, pour obtenir, à la force du poing, le plus de crédits personnels possible et d\u2019illusoires pouvoirs dans les rings fédéraux et provinciaux, plutôt que d\u2019avoir l\u2019intelligence de se battre ensemble contre leurs soudoyeurs communs?Pourtant, les Québécois, après s\u2019être fait dire qu\u2019ils étaient Nègres blancs d\u2019Amérique, étaient bien lancés, depuis 1960.Ils semblaient avoir compris qu\u2019il leur fallait corriger la pauvreté structurelle de leur État, la faiblesse de leurs industries et de leurs entreprises et, dans un autre ordre, la peur du risque politique et économique.Mais le complexe de contremaître leur revient au moindre souffle venu du large.Serions-nous atteints d\u2019une maladie du légionnaire aussi récurrente que la malaria du colonisateur?Quel remède de cheval nous faudrait-il?C\u2019est un sursaut d\u2019indignation que la population doit opposer aux manœuvres de Robert Bourassa contre la Loi 101, comme en 1969, contre Jean-Jacques Bertrand et son bill 63.Bourassa et son parti des Anglais est évidemment en train de bilinguiser illégitimement un Québec français de droit.C\u2019est trahir la cause du français au Québec que de légaliser pour les Anglophones ce qui n\u2019a toujours été jusqu\u2019ici que des privilèges exercés en vertu du droit de conquête ou de la lâcheté de certains politiciens, abus auxquels la Loi 101 avait mis enfin ordre.Il faut parler haut et fort et agir vigoureusement pour empêcher cette nouvelle lâcheté, cette nouvelle trahison de nos droits les plus sacrés.François-Albert Angers 554 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019actualité en bref par GÉRARD TURCOTTE Au moment où les lecteurs prennent connaissance de la présente chronique, bien des sujets remontent souvent à près de deux mois; c\u2019est l\u2019un des inconvénients de la revue mensuelle.Il en est d\u2019ailleurs malheureusement ainsi pour certains sujets traités par des collaborateurs.Souhaitons que dans un avenir rapproché notre publication puisse devenir bimensuelle.Le chanoine Groulx publié en anglais Près de 65 ans après sa parution, le premier roman du chanoine Lionel Groulx, L\u2019APPEL DE LA RACE, vient de paraître en anglais.Après avoir connu six éditions en français, ce roman est maintenant publié à la Carleton University Press d\u2019Ottawa, sous le titre de THE IRON WEDGE.À la veille du 20e anniversaire de la mort du Chanoine et du 50^ de son historique «Notre Québec français, nous l\u2019aurons», nous souhaitons vivement que soit entreprise l\u2019édition complète de ses oeuvres.Et pourquoi ne pas souhaiter également qu\u2019enfin on lui érige un monument?Gaston Miron publié aux États-Unis Un ensemble de poèmes de Gaston Miron vient de paraître en édition bilingue américaine sous le titre THE MARCH TO LOVE.Cette édition est publiée par l\u2019International Poetry Forum de l\u2019Université de Pittsburg.Ce volume, lancé le 14 décembre dernier, à Washington, en présence du poète québécois, a été tiré à 300 exemplaires, signés par l\u2019auteur.Le MQF élargit ses cadres Deux nouveaux organismes viennent de joindre les rangs du Mouvement Québec Français: l\u2019Union des écrivains québécois et l\u2019Union des Artistes.Ils s\u2019ajoutent aux huit organismes fondateurs: l\u2019Alliance des professeurs de Montréal, l\u2019Association québécoise des professeurs de français, la Centrale de l\u2019enseignement du Québec, la Confédération des syndicats nationaux, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, le Mouvement National des Québécois, la Société Saint-Jean-Baptiste de L\u2019ACTUALITÉ EN BREF 555 Montréal et l\u2019Union des producteurs agricoles.On sait que leur porte-parole est Guy Bouthillier.50e anniversaire de l\u2019Union des artistes En 1987, l\u2019Union des artistes célébrera son 50e anniversaire.Pour souligner l\u2019événement, une série de manifestations seront organisées: réunion des membres \u2014 3 200 actifs et 4 000 stagiaires \u2014 lors d\u2019un congrès général; publication, sous la plume de Louis Caron, d\u2019un livre relatant l\u2019histoire de l\u2019UDA dans le contexte du développement culturel du Québec et, pièce de résistance, super-gala en hommage aux artistes, diffusé et co-produit par les quatre chaînes de télévision francophones.Pour le président, Serge Turgeon, il s\u2019agira d\u2019une année de festivités qui sera mémorable.États généraux de la langue française Dans son allocution prononcée au moment de recevoir un doctorat honoris causa à La Sorbonne, Paris, en décembre dernier, Jean-Marc Léger proposa la réunion à l\u2019échelle internationale d\u2019États généraux de la langue française, soigneusement préparés pendant deux à trois ans dans chacun des pays francophones et axés sur cinq thèmes majeurs: la qualité de la langue, la créativité, la maîtrise de l\u2019outil informatique, la protection de la langue et le souci d\u2019une ouverture très large aux langues et civilisations autres que l\u2019anglo-américaine.Seraient au premier chef concernés l\u2019enseignement, l\u2019entreprise, les médias et les pouvoirs publics.N\u2019y aurait-il pas lieu de songer ici même au Québec de tenir nos propres États généraux de la langue française?L\u2019Outaouais donne l\u2019exemple Région charnière avec le Canada anglais, l\u2019Outaouais québécois est certes dans une situation particulière, au point de vue linguistique.Les autorités municipales et scolaires en sont conscientes.Aussi, plusieurs d\u2019entre elles ont pris position dans le débat linguistique des derniers mois de 1986, en adoptant des résolutions réclamant le maintien intégral de la Loi 101.«Hull assume la vocation de constituer une vitrine du visage français du Québec et il est particulièrement important pour nous de conserver et rendre attrayant cette vitrine.Qu\u2019on ne vienne pas nous bâtardiser» a déclaré le maire Michel Légère. 556 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019anglais en première année Claude Ryan a finalement décidé de ne pas agir précipitamment et de se donner le temps d\u2019établir des critères, avant d\u2019aller de l\u2019avant dans l\u2019enseignement de l\u2019anglais en première année.Ce ne sera donc pas pour l\u2019automne 1987, comme prévu.On sait que le changement que désirait apporter le ministre de l\u2019Éducation avait soulevé un tollé dès son annonce.À peu près tous les organismes importants qui se sont prononcés y étaient farouchement opposés.Si Claude Ryan persiste à vouloir introduire l\u2019enseignement précoce de l\u2019anglais, il aura certainement à faire face à une forte opposition.Efficacité des plaintes Provigo a fait marche arrière.Le bilinguisme des 450 000 circulaires distribuées dans les foyers de l\u2019est du Québec a cédé la place à l\u2019unilinguisme français.Le vice-président aux communications, André Sicotte, a admis que l\u2019avalanche des plaintes a amené le géant québécois de l\u2019alimentation à battre en retraite.Ce qui démontre que les plaintes sont peut-être beaucoup plus efficaces que certains le pensent.Chômage des jeunes Le taux de chômage du groupe des 15-24 ans, qui était, au Québec, de 17,2 pour cent en novembre 1985, est tombé à 14,3 pour cent en novembre 1986.Il n\u2019y avait jamais rien eu de plus bas depuis une dizaine d\u2019années.Ce succès relatif, selon des analystes, n\u2019est toutefois pas dû aux «sages» politiques des gouvernements fédéral ou provincial, mais bien au fait que les jeunes sont beaucoup moins nombreux et qu\u2019ils trouvent ainsi plus facilement des emplois.Un point, c\u2019est tout. LA MAISON NATIONALE DES PATRIOTES 557 La Maison nationale des Patriotes, bientôt une réalité L\u2019événement le plus marquant de l\u2019année du 150e anniversaire des Patriotes 1837-38 sera sans doute l\u2019ouverture de la Maison nationale des Patriotes, dont l\u2019inauguration officielle aura lieu à l\u2019été de 1987 par la corporation «Les patriotes du pays», regroupement d\u2019organismes nationalistes et historiques, qui en a la responsabilité.Ce centre d\u2019interprétation de l\u2019histoire des Patriotes de 1837-38 est réalisé à partir d\u2019une subvention de 515 000$ du ministère des Affaires culturelles et de l\u2019Office de planification et de développement du Québec.Le centre sera logé à Saint-Denis-sur-Richelieu, dans la maison du Patriote Jean-Baptiste Massé, classée bien culturel en 1977 par le gouvernement du Québec.Une équipe importante formée d\u2019architectes, d\u2019ingénieurs, d\u2019entrepreneurs, d\u2019historiens, de réalisateurs et de consultants travaille, certains depuis 1985, à la réalisation de cette institution muséale.La Maison nationale des Patriotes servira à des fins de connaissance historique, mais deviendra également un lieu d\u2019animation culturelle et touristique de grande importance pour la Vallée du Richelieu et pour l\u2019ensemble du Québec. 558 L\u2019ACTION NATIONALE Dans notre courrier À 80 ans, on oublie parfois.Comme réparation, ci-joint un abonnement de soutien pour deux ans et une souscription de cent cinquante dollars pour la Fondation Esdras-Minville.J.-P.A.(Laval-des-Prairies) Aujourd\u2019hui, peut-être plus que jamais, nous nous devons d\u2019avoir au moins une revue qui demeure nationaliste, une revue qui doit continuer à véhiculer nos aspirations les plus profondes.M.T.(Québec) Félicitations pour l\u2019appui que L\u2019ACTION NATIONALE apporte à la lutte linguistique provoquée par l\u2019attitude du gouvernement Bourassa qui veut revenir à la Loi 22.Pourquoi s\u2019entête-t-il à présenter les projets de Loi 140 et 142, malgré l\u2019opposition de tant de groupes et de personnalités?Ça va lui coûter cher aux prochaines élections.R.P.(Trois-Rivières) Je souhaite longue vie à L\u2019ACTION NATIONALE.C\u2019est toujours avec joie et enthousiasme que je la reçois régulièrement tous les mois.Chapeau aux responsables.L.L.(Montréal) Une chance qu\u2019on a L\u2019ACTION NATIONALE pour nous stimuler et nous informer sur la situation nationale.R.D.(Québec) EN FURETANT DANS LES ARCHIVES 559 En furetant dans les archives de la Ligue Les enquêtes Les enquêtes de L\u2019ACTION FRANÇAISE (1917-1927) constituent la pièce de résistance de cette première période de l\u2019œuvre de L\u2019ACTION NATIONALE.Onze enquêtes ont été menées, soit une par année, et publiées dans la revue.En voici la liste: 1917: Les étiquettes de langue anglaise 1918: Nos forces nationales 1919: Les précurseurs 1920: Comment servir 1921 : Le problème économique 1922: Notre avenir politique 1923: Notre intégrité catholique 1924: L\u2019ennemi dans la place 1925: Le bilinguisme 1926: Défense de notre capital humain 1927: La doctrine de l\u2019Action française 560 L\u2019ACTION NATIONALE Bilans financiers de 1986 par JEAN GENEST, administrateur de L\u2019A CTIONNA TIONALE et CHARLES POIRIER, trésorier de la FONDATION MINVILLE I - L\u2019ACTION NATIONALE (Etat des recettes et déboursés pour l\u2019exercice compris entre le 1er janvier 1986 et le 31 décembre 1986) RECETTES: Abonnements:\t17\t814,76$ Annonces:\t5\t700 Dons de nos amis:\t9\t508 50 Dons de la Fondation Minville:\t10\t500 Vente de livres:\t4\t479 75 Fonds de La Voix de l\u2019Indépendance:\t12\t578,72 Subvention du ministère des Aff.cultur.:\t500 Dons aux Éditions (SNQ-Centre-Québec)\t5 500 Intérêt sur argent USA :\t182,58 66 814,32$ DÉBOURSÉS: Composition.Corrections.Impression:\t35\t513,95$ Expédition:\t1\t497 Q2 Affranchissement-postes\t1\t691,75 Loyer:\t600\u2019 Téléphone:\t482 39 Travail d\u2019édition:\t979 Remises à la Fondation Minville:\t13\t000 Petite caisse:\t1\t450 Réunions du Conseil d\u2019administration:\t1\t341 Secrétariat:\t3\t234,58 59 789,69$ BILANS FINANCIERS DE 1986 561 Excédent des recettes sur les déboursés: Solde à la Caisse pop., le 31 déc.1985: Solde à la Caisse pop., le 31 déc.1986: 7 024\t$ 10 673 17 697\t$ 2 janvier 1987 \u2014 Signé: JEAN GENEST, administrateur.II - LA FONDATION ESDRAS-MINVILLE (Rapport pour l\u2019exercice clos le 31 décembre 1986) ÉTAT DES REVENUS ET DÉPENSES RECETTES: Dons reçus de la Ligue d\u2019Action nationale 13\t000$ Intérêts\t12\t059 Rachat d\u2019obligations à échéance\t2\t940 Gains sur obligations à échéance\t________60\t28 059$ DÉBOURSÉS: Remises à la Ligue d\u2019Action nationale\t10\t500 Achat d\u2019obligations\t18\t000 Cotisation aux institutions\t25\t28 525$ EXCÉDENT DES DÉBOURSÉS:\t466$ Solde aux Caisses populaires, le 31 décembre 1985\t1 009 Solde aux Caisses populaires, le 31 décembre 1986\t543$ ÉTAT DE L\u2019ACTIF 31 décembre 1986 \u2014 31 décembre 1985 Obligations (valeur nominale)\t120 500$\t105 500$ Coût\t119 463\t104 403 Parts sociales\t15\t15 Soldes aux Caisses populaires\t________543\t____1 009 105 427$ 120 021$ 5 janvier 1987 \u2014 Signé: CHARLES POIRIER, trésorier. 562 L\u2019ACTION NATIONALE Commentaires 1-\tLe fait majeur de l\u2019année fut certainement l\u2019invitation lancée et acceptée, faite aux membres de La Voix de l\u2019Indépendance, de se rallier à l\u2019Action nationale.Cela nous a apporté près de 350 lecteurs supplémentaires auxquels la revue a accordé un abonnement gratuit de janvier à décembre 1986.Cela a aussi permis un transfert de fonds d\u2019une valeur d\u2019environ 12 600$, dont cinq mille ont été remis à la Fondation Minville et le reste a couvert les frais supplémentaires d\u2019impression et d\u2019affranchissement.Il semble que la très grande majorité des membres de La Voix de l\u2019Indépendance sont satisfaits de l\u2019arrangement généreux accepté de part et d\u2019autre, puisqu\u2019ils se réabonnent presque tous et que plusieurs ont déjà souscrit à la campagne actuelle en faveur de la Fondation Minville.Les principaux artisans de l\u2019entente furent MM.Gilles Rhéaume et Jean Genest.2-\tUn deuxième fait majeur, c\u2019est le montant des intérêts remis, cette année, à la revue l\u2019Action nationale: 10 500$.Cette somme compense pour les annonces des grandes entreprises canadiennes-françaises qui refusent toujours d\u2019annoncer dans la revue: le Mouvement Desjardins (excepté l\u2019Assurance-Vie Desjardins), nos deux grandes banques, nos grandes compagnies d\u2019assurances comme La Laurentienne, les Coopérants, la Sauvegarde, etc., nos entreprises agro-alimentaires comme Provigo, la Coopérative Fédérée, Agropur, Métro-Richelieu, etc.Notre liste des refus est longue comme le bras.Mais notre Fondation, avec sa montée accélérée, nous permettra bientôt de lancer des initiatives comme celles des Soupers-Causeries, des Clubs de la Jeunesse et des publications par les Éditions conjointes de l\u2019Action nationale et de la SNQ-Centre-Québec.Les publications les plus intéressantes des dernières années furent celles de John Grube, Bâtisseur de pays (sur l\u2019œuvre de François-Albert Angers), et de Jean-Denis Robillard, Une lente agonie, livre superbe recommandé par Marie Laurier et André Rufiange.3-\tLa reprise des Éditions nationales s\u2019est faite à la suite d\u2019une entente avec la SNQ-Centre-Québec, dont M.Dumaine est le président et M.René Blanchard, le directeur du programme.Un certain capital a été mis à notre disposition.La vente des publications nous permet de reconstituer ce capital et même de l\u2019augmenter.Si d\u2019autres Sociétés nationales ou Sociétés BILANS FINANCIERS DE 1986 563 Saint-Jean-Baptiste voulaient entrer dans l\u2019entente, soit du côté du capital, soit du côté du marketing, que d\u2019initiatives pourrions-nous prendre avec tous les nationalistes de la province! 4-\tLes abonnements restent toujours la grande source des revenus.Si, comme il paraît, les 350 nouveaux abonnés de La Voix de l\u2019Indépendance renouvellent leur abonnement en janvier 1987, notre prochain bilan devrait monter en flèche.Si nous pouvions augmenter le nombre des lecteurs! Des sondages partiels auprès de facultés ou départements universitaires, auprès du clergé, des Commissions scolaires et même des professeurs de Polyvalentes et de CEGEP montrent d\u2019extraordinaires confusions et incohérences.Le don de l\u2019intelligence ne conduit pas toujours à plus de lumière.Et les multiples façons de lire notre temps ne donnent pas à tous la vigueur nécessaire de voir les aspects prioritaires, ou de dégager les aspects nécessaires! Ne le voyons-nous pas assez dans les biographies publiées par certains Francophones qui se croient chefs de file dans leur vieil âge?Plusieurs manifestent, dans les intarissables narrations sur leur vie, quelques signes de la maladie d\u2019Alzheimer! Inutile de dire qu\u2019ils n\u2019ont jamais collaboré à l\u2019Action nationale! 5-\tParmi les dépenses, nous voyons que le poste consacré à l\u2019impression de la revue a augmenté d\u2019environ 7 000$, ce qui correspond assez bien à la hausse des abonnements apportée par La Voix de l\u2019Indépendance.Le secrétariat a un assez fort budget.La raison en est que si la gratuité des services rendus à l\u2019Action nationale est encore maintenue, nous avons cru opportun et nécessaire de défrayer les frais de transport du directeur (Saint-Hyacinthe) et du secrétaire-adjoint.Sinon, ce sont eux qui auraient payé le droit de rendre service gratuitement! La situation n\u2019aurait pas été juste.6-\tQuant à la Fondation, nous ne pouvons en parler sans être optimiste! Son capital inaliénable augmente à un rythme régulier et puissant.Bientôt, le rythme devrait s\u2019accélérer, parce que plusieurs personnes, en nous inscrivant dans leur testament, nous font entrevoir des montants importants.En effet, maintenant que les impôts sur les successions ont été abrogés, il est davantage possible de satisfaire aux besoins légitimes de la famille et à ses devoirs envers la société.Et quelle façon est plus sage et à longue portée que d\u2019aider la Fondation Esdras- 564 L\u2019ACTION NATIONALE Minville! Ce fut une idée de génie de M.François-Albert Angers: il la lança en fêtant son 60^ anniversaire! Ce que nous devons à cet homme ne se calcule pas facilement! 7- Un mot personnel pour terminer ces commentaires! Depuis octobre 1986, nous sommes trois personnes au secrétariat de l\u2019Action nationale.Pour les travaux urgents et importants nous pouvons compter sur l\u2019aide d\u2019une professionnelle.Or hier, c\u2019était en 1958, M.Angers et moi-même devions faire face à une dette de 15 000$ et à une liste d\u2019abonnés qui ne dépassait pas 400 lecteurs.To be or not to be, c\u2019était notre dilemme de tous les jours.Nous avons traversé des années de misère, lorsque nous nous comparons à la situation actuelle.Que notre action reprenne en profondeur, nous le voyons à l\u2019augmentation de nos lecteurs et au fait que nos ventes de livres ont doublé, passant de 2 300$ en 1985 à 4 500$ en 1986.Ce n\u2019est pas encore énorme, mais le rayonnement d\u2019une action intellectuelle s\u2019appuie sur des faits réconfortants.Allons ensemble vers le prochain bilan de 1987! Messieurs Gérard Turcotte, Donat Plante et Mme Monique Tremblay s\u2019unissent à moi pour souhaiter à nos lecteurs, annonceurs et amis la plus fructueuse année en faveur d\u2019un Québec français.JEAN GENEST SAVEUR ANGLOPHONE 565 Saveur anglophone par JEAN-FRANÇOIS NÉRON «Sors le toaster!», «Rentre le truck dans la cour!»: ces phrases à saveur anglophone sont fréquemment utilisées dans notre parler quotidien et nous, les jeunes, en sommes les chefs de file dans leur utilisation.C\u2019est certes une situation inacceptable qui doit sans contredit cesser immédiatement.Mais comment agir?Au rythme où vont les choses, nous en arriverons à l\u2019obligation de nous parler, décodeur en main, essayant, ou plutôt risquant de comprendre ce que l\u2019autre veut nous dire.Pour éviter cela, trois formes d\u2019intervention sont à envisager.Premièrement, à la maison, nos parents se doivent de nous aider à employer des termes exacts tant pour notre bien-être que pour le leur; car, sachez que lorsque nous arrivons chez nous après une journée d\u2019école assez «hot», il est plus intéressant pour une mère d\u2019entendre dire: «Salut maman, tu as passé une bonne journée?», que «Hi \u2019man! la journée a pas été trop rough!» En second lieu, l\u2019école étant un endroit propice à l\u2019accroissement de l\u2019utilisation d\u2019un langage emprunté d\u2019une part à la population anglophone qui nous côtoie, importé d\u2019autre part par nos voisins du sud, les professeurs doivent redoubler d\u2019ardeur et de vigilance pour nous dicter une ligne de conduite plus spécifique et mieux établie qui nous guidera vers les voies de notre vraie langue.En définitive, pour favoriser l\u2019épanouissement d\u2019un niveau de langue intelligible et accessible à tous, cessons de nous renier.Nous sommes présentement sur le pont d\u2019un bateau avec en main perches et bouées, regardant passivement sombrer notre culture avec tous ses espoirs.Si nous ne faisons rien, n\u2019oublions pas que semblable attitude peut la faire sombrer pour toujours; car les piranhas sont nombreux dans cette mer inculte.Et c\u2019est ainsi que nous assistons à l\u2019appauvrissement accentué de notre 566 L\u2019ACTION NATIONALE langue française et que nous ouvrons la voie à l\u2019américanisation pure et simple de notre race.En conclusion, puissent ces mots nous faire réfléchir, en provoquant en nous un sentiment non de culpabilité, mais plutôt d\u2019appartenance à soi.N.D.L.R.Il est courant d\u2019entendre dire qu\u2019aujourd\u2019hui les jeunes de nos écoles n\u2019ont plus aucun souci de la connaissance et de l\u2019usage d\u2019un français de qualité.C\u2019est une généralité observable, mais qui, comme beaucoup de généralités, manque du sens statistique de l\u2019exactitude des proportions des fréquences réelles, comme on dit dans le langage scientifique.Dans ces sortes de généralisations, ce sont les plus bruyants qui font la norme et font oublier que nombreux, majoritaires peut-être sont ceux qui ne disent rien; qui parfois suivent le courant du bruit dans leur comportement extérieur, parce que c\u2019est le bruit qui fait la mode, mais qui n\u2019en pensent pas moins selon plus de justesse de jugement.Voici, par exemple, à la suite, la réaction spontanée, à l\u2019occasion d\u2019un devoir de classe, d\u2019un étudiant de Secondaire IV de la région de Charlevoix (Clermont): «Prends ça cool.» ANCIENS PREMIERS MINISTRES DU QUÉBEC 567 Anciens premiers ministres du Québec Nous croyons intéresser nos lecteurs en donnant la liste de 29 Québécois qui ont occupé le poste de premier ministre depuis 1867.1-\tPierre-J.-O.Chauveau, conservateur, 1867-1873 2-\tGédéon Ouimet, conservateur, 1873-1874 3-\tCharles Boucher de Boucherville, conservateur, 1874-1878 4-\tHenri-C.Joly, libéral, 1875-1879 5-\tJ.-Adolphe Chapleau, conservateur, 1879-1882 6-\tJ.-Alfred Mousseau, conservateur, 1881-1884 7-\tJohn Jones Ross, conservateur, 1884-1887 8-\tL.-Olivier Taillon, conservateur, 1887 9-\tHonoré Mercier, libéral, 1887-1891 10-\tCharles Boucher de Boucherville, conservateur, 1891-1892 11-\tL.-Olivier Taillon, conservateur, 1892-1896 12-\tEdmund J.Flynn, conservateur, 1896-1897 13-\tF.-Gabriel Marchand, libéral, 1897-1900 14-\tS.-Napoléon Parent, libéral, 1900-1905 15-\tSir Lomer Gouin, libéral, 1905-1920 16-\tL.-Alexandre Taschereau, libéral, 1920-1936 17-\tAdélard Godbout, libéral, 1936 18-\tMaurice Duplessis, Union nationale, 1936-1939 19-\tAdélard Godbout, libéral, 1939-1944 20-\tMaurice Duplessis, Union nationale, 1944-1959 21-\tPaul Sauvé, Union nationale, 1959-1960 22-\tAntonio Barrette, Union nationale, 1960 23-\tJean Lesage, libéral, 1960-1966 24-\tDaniel Johnson, Union nationale, 1966-1968 25-\tJean-Jacques Bertrand, Union nationale, 1968-1970 26-\tRobert Bourassa, libéral, 1970-1976 27-\tRené Lévesque, Parti québécois, 1976-1985 28-\tPierre-Marc Johnson, Parti québécois, 1985 (6 mois) 29-\tRobert Bourassa, libéral, 1985 568 L\u2019ACTION NATIONALE En voulez-vous, des slogans?En voilà! Voici la liste des thèmes électoraux des trois principaux partis politiques de 1960 à 1981.Le Parti libéral 1960: «Il faut que ça change» 1962: «Maîtres chez nous» 1966: «Québec en marche» 1970: «Québec au travail» (les 100 000 emplois) 1973: «Bourassa construit» 1976: «Non au séparatisme.Bourassa notre garantie» 1981: «Pour du vrai progrès au Québec» L\u2019Union nationale 1960: «Notre programme: Faire notre devoir» 1962: «Plan d\u2019action pour une jeune nation» 1966: «Un programme d\u2019action pour une jeune nation: Québec d\u2019abord!» 1970: «Québec plus que jamais!» 1973: «Un instant! Pour l\u2019avenir d\u2019un Québec fort» 1976: «C\u2019est le temps de l\u2019Union nationale» 1981: «La voie du bon sens» Le Parti québécois 1970: «La solution.\u2014 Le Parti québécois oui» 1973: «Je vote pour le vrai» 1976: «Ça ne peut plus continuer comme ça \u2014 On a besoin d\u2019un vrai gouvernement \u2014 On mérite vraiment mieux que ça» 1981: «Il faut rester fort au Québec» LETTRE OUVERTE 569 LETTRE OUVERTE Montréal, le 17 septembre 1985.Monsieur Guy Bertrand, Monsieur Luc Gagnon, Monsieur Jean Garon, Monsieur Pierre-Marc Johnson, Madame Francine Lalonde, Madame Pauline Marois.Mesdames, Messieurs, Je tiens, parce que vous avez décidé de vous présenter à la succession de Monsieur René Lévesque, à la direction du Parti québécois, à vous exprimer certaines réflexions et également quelques-unes des interrogations qui, selon moi, habitent les indépendantistes, en cette période particulièrement importante pour notre mouvement d\u2019émancipation nationale.Le Parti québécois a été fondé, il y a maintenant près de vingt ans, avec l\u2019objectif principal de doter nos compatriotes d\u2019un pays qui leur ressemble.Les indépendantistes, pendant toutes ces années, ont investi d\u2019innombrables ressources humaines et financières, dans cette formation politique.Ne croyez-vous pas que les silences, sur notre projet national de libération, qui ont caractérisé les élections générales en 1973, de 1976 et de 1981, peuvent finir par laisser entendre que les indépendantistes eux-mêmes croient difficile, voire impossible, de présenter à l\u2019électorat un projet cohérent autour duquel se rassemblerait l\u2019ensemble de la population?N\u2019estimez-vous pas, aussi, que l\u2019étapisme, quel que soit son visage, ait démontré son incapacité à faire avancer l\u2019idée de l\u2019indépendance, chez les gens d\u2019ici?Par conséquent, comment estimez-vous possible de concilier la décision du 19 janvier dernier avec le devoir qui est celui du Parti québécois, d\u2019entreprendre et de poursuivre, jusqu\u2019au moment de la victoire, la campagne de sensibilisation populaire qui doit naturellement accompagner nos compatriotes dans leur réflexion avant la prise de décision démocratique qui, elle, enclenchera le processus menant à l\u2019indépendance politique, que tous 570 L\u2019ACTION NATIONALE les peuples, depuis toujours, ont jugé essentielle à leur développement?Un dernier point sur ce sujet majeur: sera-t-il possible, au lendemain du prochain scrutin, d\u2019entendre la députation péquiste à l\u2019Assemblée nationale s\u2019exprimer librement sur le pourquoi de l\u2019urgence de bâtir le pays?Il est de notoriété publique que tous les courants idéologiques qui composent notre communauté nationale ne sont pas représentés au Parlement qui, pourtant, devrait être le forum de la Nation.Vous savez que notre actuel mode électoral est, sous plusieurs aspects, archaïque et insignifiant.Quelle est votre position sur cette question qui doit préoccuper tout esprit qui prétend croire à une démocratie vivante?Le Québec a souvent, dans différents secteurs, fait preuve de progressisme.Certaines de nos mesures législatives sont parmi les plus avant-gardistes de l\u2019Occident.Comment entrevoyez-vous corriger cette anomalie qui répugne à tous ceux et celles qui se soucient de justice et d\u2019équité?Certains ont prétendu que vous ne répondriez pas à cette lettre.J\u2019ose espérer que cette prédiction se révélera fausse.Je conclus en vous saluant cordialement et aussi en vous réaffirmant la volonté du Mouvement national des Québécois, ainsi que celle des Sociétés qui le constituent, de consacrer toutes leurs énergies à la poursuite et à l\u2019atteinte du projet le plus emballant pour un peuple, celui de construire un pays, celui de faire l\u2019indépendance du seul endroit où l\u2019on se sent vraiment chez soi.La souveraineté est la seule véritable façon de s\u2019ouvrir au monde qui nous entoure.Gilles Rhéaume L\u2019ACTION NATIONALE 571 JE ME SOUVIENS! QUI MET TROIS MILLIONS DE DOLLARS CONTRE LE OUI?LE 20 MAI 1980 Les Québécois veulent bâtir leur pays, qui s\u2019y oppose?Voyez leurs intérêts! Ils profitent du Québec et le maintiennent asservi à leur puissance économique.Nom\tMontant Aluminium Company of Canada Ltd.$75,000 Northern Telecom Ltd.75,000 Royal Bank of Canada.75,000 Canadian Imperial Bank of Commerce.75,000 Canadian Pacific.75,000 Canadian National.75,000 The Molson Companies.75,000 Imperial Oil.75,000 Bell Canada.75,000 Bank of Montreal.65,000 Gulf Canada.60,000 Trans-Canada Pipelines.50,000 Steinberg .50,000 Imasco Ltd.50,000 Bank of Nova Scotia.50,000 Seagrams .50,000 The Gazette.50,000 Sun Life.50,000 Noranda.50,000 Air Canada.50,000 MacMillan Bloedel.50,000 Banque Canadienne Nationale.50,000 Steel Company.40,000 572 L'ACTION NATIONALE Domtar.40,000 Hiram Walker & Sons Ltd.40,000 Toronto-Dominion Bank.37,500 Banque Provinciale du Canada.25,000 Brascan.25,000 Canadian International Paper.25,000 Dominion Textile.25,000 Pratt & Whitney.25,000 Dominion Bridge.25,000 Cemp Investments.25,000 Provigo.25,000 Manufacturers Life.25,000 Royal Trust.25,000 Kraft Limited.25,000 Ciments du St-Laurent.25,000 Dominion Foundries & Steel Ltd.25,000 Standard Brands Ltd.25,000 Abitibi Paper.25,000 Price Company.25,000 Edper Investments Ltd.25,000 Canada Development Co.25,000 Starlaw Investments Ltd.25,000 Carling O\u2019Keefe.25,000 Consolidated Bathurst.20,000 Continental Group of Canada.20,000 Cominco.20,000 Dominion Stores Ltd.20,000 Mutual Life.15,000 Timmins Investment.15,000 Mercantile Bank of Canada.15,000 Simpsons-Sears .15,000 Canadian Industries Ltd.15,000 Canada Trust Co.15,000 Canadian Imperial Bank of Commerce.15,000 Financial Post Publications.12,500 Nesbitt-Thompson .12,500 James Richardson Ltd.12,500 Dupont of Canada Ltd.12,500 L\u2019ACTION NATIONALE 573 Hudson\u2019s Bay.12,500 Atlas Construction.10,000 Ralston Purina of Canada.10,000 Genstar.10,000 Reitman\u2019s Inc.10,000 CAE Industries Ltd.10,000 Télé-Métropole Ltd.10,000 The Mutual Life Insurance Co.\tof Canada.10,000 British Columbia Forest Products Ltd.10,000 Petrofina Canada Ltd.10,000 Bombardier-MLW .10,000 McLeod Young Weir Ltd.10,000 Colonial Connors Ltd.10,000 Wood Gundy Ltd.10,000 Canada Permanent Trust.10,000 The Oshawa Group Ltd.10,000 Ciment Lafarge.10,000 Canada Packers.10,000 Touche Ross & Co.10,000 Coopers & Lybrand.10,000 Thorne Riddell & Co.10,000 Clarkson, Gordon & Co.10,000 Rothmans of Pall Mall Canada\tLtd.10,000 Robin Hood Multifoods Ltd.10,000 Great-West Life Insurance Co._.10,000 Price Waterhouse.10,000 Algoma Steel Corp.Ltd.10,000 Fraser Companies Ltd.10,000 Montreal City and District Bank.10,000 Pascals .10,000 Power Corporation of Canada\tLtd.7,500 Bank of Montreal.7,500 Confederation Life Insurance Co.7,500 Rio Algom Ltd.7,500 The Imperial Life Insurance Co.of Canada.7,500 Canada Life Insurance.7,500 The Investors Group.7,500 Union Carbide.5,000 574 L\u2019ACTION NATIONALE Henry Birks & Sons Ltd.5,000 I AC Ltd.5,000 Alliance Mutual Life Insurance Co.5,000 Rolland Paper Ltd.5,000 National Trust Co.Ltd.5,000 The Guarantee Co.of North America.5,000 Desmarais et Frètes Ltée.5,000 Campbell Soup Co.Ltd.5,000 Rowntree MacKintosh Canada Ltd.Grande-Bretagne .\t5,000 MacLean Hunter Ltd.5,000 Lever Brothers Ltd.5,000 McCain Foods Ltd.5,000 Maple Leaf Mills.5,000 Mead & Co.Ltd.5,000 Burns Fry Ltd.5,000 Hilton.5,000 et autres.$98,925 $2,783,425 Tout Québécois devrait avoir honte de se faire dicter son vote, au référendum, par eux! ILS DONNENT $3 MILLIONS À PRO-CANADA, L\u2019INSTRUMENT DU \u201cNON\u201d QUÉBÉCOIS ET QUÉBÉCOISES VOTRE LIBERTÉ VA UT PL US QUE CELA ! L\u2019ACTION NATIONALE 575 Dans L\u2019ESPRIT DES LOIS, Montesquieu a écrit «La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent».La Loi 101 permet déjà beaucoup.n\u2019y touchons donc pas.Un proverbe chinois dit: «Au cheval le plus sûr ne lâche pas la bride».La Loi 101, c\u2019est la bride de notre langue, ne la lâchons pas! Si pour s\u2019épanouir les roses ont besoin d\u2019un tuteur, la langue française au Québec a besoin de la Loi 101.Le visage d\u2019une ville \u2014 et d\u2019une province \u2014 se reconnaît surtout à son affichage.Ne perdons pas notre visage français, et pour ce, ne touchons pas à la Loi 101.P.S.: Nous devrions adapter le proverbe hongrois qui dit: «Un homme prudent ne fait pas de sa chèvre son jardinier».«Un Québécois prudent ne fait pas de Lise Bacon la protectrice de sa langue».Louis Larocque HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal 576 L\u2019ACTION NATIONALE LES NUMÉROS SPÉCIAUX DE L\u2019ACTION NATIONALE Nombre\tPrix 50 ANNÉES DE NATIONALISME POSITIF.Synthèse de nationalisme canadien-français de 1917 à 1963.260 pages.5$\t_______________ LIONEL GROULX, PTRE.En 1978 on a fêté le centenaire de sa naissance Seul volume sur sa vie et son travail.Études de: Angers.Arès.Allen, Barbeau.Brunet.Blais, Frégeault, Lacroix, Rémillard, Dionne, Tétreault, Genest 1968, 288 pages.7$.Volume indispensable et très actuel.Illust\t_______________ LES SUBVENTIONS FEDERALES AUX UNIVERSITÉS, FAVEUR?PIÈGE?Arès, Allen, Angers, Brunet, Filion, Laporte, Laurendeau, P.-E Trudeau, 1957,135 pages.2$.\t_______________ LA CHARTE DE VICTORIA, FIN DU FÉDÉRALISME?Angers, Arès, Berner, Brunet, Laplante, Claude Morin, Jacques-Yvan Morin.1972.148 pages.2$.\t_______________ ESDRAS MINVILLE (1896-1975) \u2014 par Angers, Arès, Gagnon, Létourneau, Harveay, etc.188 pages, 1976.7$.Illustré.\t_______________ LA BATAILLE DES COMMUNICATIONS.Le drame de la centralisation fédérale et du peu de flexibilité de son fédéralisme.1976,160 pages 5$.\t_______________ LES ÉTATS GENERAUX DU CANADA FRANÇAIS.3 volumes (dont celui de février 1968 est épuisé).\t_______________ I\t\u2014 Exposés de base et documents de travail, nov.-déc.1967, 275 pages.3$.\t_______________ II\t\u2014 Assises nationales, mai-juin, 1969,640 pages.7$.\t_______________ LA LANGUE FRANÇAISE, ASPECTS CONSTITUTIONNELS, POLITIQUES ET CULTURELS.Par Angers, Arès, Beaupré, Castonguay, Dorion, Godin, Laurion, Pépin, Renaud.1975,172 pages.5$\t_______________ L\u2019EDUCATION NATIONALE.Mémoire de SSJB de Montréal à la Commission Parent.Enquête sur le problème national des Québécois francophones 1962, 180 pages.2$.\t_______________ POUR UN QUEBEC CLAIREMENT ET DEFINITIVEMENT FRANÇAIS.Par Angers,.DOCUMENT majeur sur la langue au Québec.1977.2$.\t_______________ LE TERRITOIRE DU QUEBEC.Dossier sur Hull, le port de Montréal, les parcs fédéraux, le Labrador, Mirabel et le sol agricole.Avril 1977.104 pages.5$.\t_______________ AUJOURD\u2019HUI L\u2019ACADIE.Où en est l\u2019Acadie?Et si le Québec se sépare?Universitaires et penseurs acadiens se penchent sur le futur La meilleure synthèse sur l'Acadie actuelle Nov.-déc 1977.180 pages.5$\t_______________ L\u2019ACADIE AUX ACADIENS.180 pages 5$\t_______________ LE RÉFÉRENDUM, juin 1979, 22 pages 6$.\t_______________ John Grube BÂTISSEUR DE PAYS, 1981.250 pages 15$\t_______________ F -A Angers POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS.280 pages 6$\t_______________ Jean Genest: JOSEPH-ENA GIROUARD.52 pages.Illustré.5$\t_______________ AVONS-NOUS BESOIN DE L\u2019INDÉPENDANCE?96 pages Illustré.4$\t_______________ Jean-D Robillard UNE LENTE AGONIE \u2014 LE FRANÇAIS AU CANADA, 1986, 392 pages.20$.\t_______________ 7e ET 8e CONFÈRENCES DES ETHNIES DE LANGUE FRANÇAISE, 1986,192 pages 6$\t_______________ 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, H2X 1X3 Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D\u2019ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS de* région* «ilvante* *.\ti La Société Nationale de TE« do Québec^® la S.N.Q.de la région de* Hautes Rivière* \u201d U &N.Q.de U région de rOutaouai* La S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-dean La S.N.Q.de ta région de T Amiante La S.N.Q.de ta région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-Yamaaka Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B2C3 De concert Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d'assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d'assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation à La Solidarité ne profite qu\u2019à vous! 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