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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1987-10, Collections de BAnQ.

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[" //Action NATIONALE Volume LXXVII, numéro 2, octobre 1987 A QUAND UN VERITABLE SOMMET FRANCOPHONE?(page 101) V Photo prise lors de la réception organisée, le 26 août 1987 par le Mouvement Québec Français, pour marquer le dixième anniversaire de la Charte /de la langue française.Lucie Laurier, porte-parole des jeunes, à cette occa-; fcion, remet au Docteur Camille Laurin une reliure de luxe du Livre blanc sur la politique québécoise de la langue française, publié en mars 1977, ainsi que du texte de la Loi 101, telle que promulguée le 26 août 1987. La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice-président: Delmas Lévesque Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Jean Genest Directeurs: Richard ARÈS Thérèse baron André BEAUCHAMP René blanchard Paul-A.BOUCHER Jacques boulay Guy bouthillier Michel brochu Louise c.-BROCHU Marcel chaput Jean-Charles CLAVEAU Claude DUGUAY Pierre DUPUIS Philippe gélinas Alban jasmin Marcel laflamme Jean-Marc LÉGER Georges meyers Denis MONIÈRE Jacques-Yvan MORIN Anna l-normand Jean-Marcel PAQUETTE Charles POIRIER Juliette RÉMILLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques ROY André THIBAUDEAU L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, l\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assurant la permanence de la publication de l\u2019Action Nationale.Editions de l\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, l\u2019Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 l\u2019Action N AT I ( )N A LE \tVolume LXXVII, numéro 2, octobre 1987\t TABLE DES MATIÈRES\t\t GÉRARD TURCOTTE:\tÉditorial \t\t99 NICOLE BOUDREAU:\tÀ quand un véritable sommet\t101 ^ \tfrancophone?\t\t \tLa Déclaration de solidarité des pays de langue française\t\t106 f GUY BOUTH1LLIER:\tL\u2019accord du Lac Meech:\t113 \taucun pouvoir nouveau au Québec\t\t \tLe français doit être la clé du Québec .\t JULIEN HARVEY:\tUne politique de convergence naturelle .\t DELMAS LÉVESQUE:\tMessage à des stagiaires africains\t\t129 ^ GILLES RHÉAUME:\t«Vive le Québec libre», vingt ans après .\t136 S COALITION QUÉBÉCOISE:\tNon au libre-échange\t\tMO'S ASSEMBLÉE\tCent cinquantième anniversaire\t DES ÉVÊQUES:\tdes Patriotes\t\t148 \tPétition au gouvernement du Québec .\t151 RICHARD LECLERC:\tLes chemins de fer\t \tsous juridiction québécoise\t\t152*'\u2014 CONFÉRENCE DES COMMUNAUTÉS ETHNIQUES:\tDéclaration\t\t161 S' MICHEL BROCHU:\tLe réseau routier du Québec:\t163''\" \tobjectifs pour l\u2019an 2000 \t\t ROSAIRE MORIN:\tEn marge de l\u2019actualité nationale\t\t168 GÉRARD TURCOTTE:\tTrois livres de grande actualité\t\t175*''\u201d* ROSAIRE MORIN:\tSection économique\t\t.77 \tDes trouvailles et des réussites merveilleuses\t\t179*''\" \tLes gouvernements bâtissent un régime d\u2019entretenus qui conduit au sous-prolétariat\t\t\\ fO oo Les collaborateurs et collaboratrices de L\u2019ACTION NATIONALE sont seuls responsables des idées et des opinions exprimées dans leurs articles. 98 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: GÉRARD TURCOTTE Administrateur: JEANGENEST Administrateur-adjoint: DONAT PLANTE Secrétaire: MONIQUE TREMBLAY Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an (10 numéros) 25,00$ 30.00 35.00 2 ans (20 numéros) 45,00$ 50,00 «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodical index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans VIndex analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2'ème trimestre 1981 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3\tCourrier de la deuxième classe 845-8533\tEnregistrement numéro 1162 EDITORIAL 99 Éditorial par GÉRARD TURCOTTE Directeur L\u2019avenir du Québec En septembre 1986, la Ligue d\u2019action nationale adoptait un MANIFESTE établissant notamment ses objectifs et ses priorités dans l\u2019orientation de ses actions et des thèmes de la revue.Depuis l\u2019adoption de ce manifeste, les efforts ont surtout porté sur les questions linguistiques et sur la souveraineté politique du Québec.Le moment est certainement venu de s\u2019attaquer à une priorité qui nous semble majeure à l\u2019heure actuelle pour l\u2019avenir du Québec, soit la démographie.Voici, à ce sujet, l\u2019objectif que s\u2019est fixé la Ligue: adoption, dans les plus brefs délais, d\u2019une politique et d\u2019une législation qui viennent au secours de la famille québécoise, facilitent son plein épanouissement et favorisent le regain de natalité, afin de mettre fin au déclin démographique alarmant que connaît présentement le Québec.En 1960, le Québec enregistrait l\u2019un des taux de fécondité les plus élevés de l\u2019Occident.Mais de 1960 à 1972, ce taux diminuait de 55 pour cent.En 1987, le Québec connaît l\u2019un des plus faibles taux de natalité du monde.Alors qu\u2019il faut en moyenne 2,1 enfants par femme pour assurer la stabilisation du nombre d\u2019habitants dans l\u2019hypothèse d\u2019un solde migratoire nul, le nombre de naissances a baissé à 1,46 au Québec, en 1984.C\u2019est le troisième plus faible niveau au monde, derrière l\u2019Allemagne fédérale et le Danemark.La baisse de population est inévitable, puisque l\u2019immigration nette est déficitaire.De nouveaux venus s\u2019établissent au Québec, mais des Québécois de diverses souches vont s\u2019installer en Ontario, dans l\u2019Ouest et aux États-Unis.Jusqu\u2019en 1966, le solde migratoire était favorable, mais depuis, il est négatif.Depuis 1961, l\u2019accroissement quinquennal de la population du Québec diminue constamment.En 1998, la population totale 100 L\u2019ACTION NATIONALE n\u2019augmentera plus.Le nombre des naissances diminuera sans cesse et le nombre des décès croîtra d\u2019année en année.En l\u2019an 2003, les décès dépasseront le nombre des naissances.À long terme, le déclin peut devenir catastrophique.Certains envisagent que la population du Québec serait inférieure à cinq millions d\u2019habitants vers l\u2019an 2050.D\u2019où la nécessité d\u2019une politique de population et d\u2019une politique familiale.Le gouvernement du Québec devrait remplacer le présent ministère des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration qui se préoccupe principalement de l\u2019accueil des immigrants, par un ministère de la Population et créer un ministère de la Famille.Ces ministères devraient être dotés de pouvoirs étendus et de moyens financiers considérables et être présents dans toutes les commissions internationales qui étudient les problèmes de population, de la famille et de la migration.Dans l\u2019immédiat, le gouvernement doit établir sa politique familiale, incluant une politique de natalité, contrairement à ce qui a été annoncé récemment.Le gouvernement et tous les organismes préoccupés du déclin démographique du Québec doivent réaliser des programmes d\u2019éducation populaires pour sensibiliser toute la population au problème démographique qui constitue un défi majeur pour le Québec français.Tous les aspects doivent être vulgarisés: natalité, famille, émigration, immigration et politique de population.Pour sa part, la Ligue d\u2019action nationale, consciente que l\u2019avenir du Québec est en jeu, élabore pour un avenir rapproché, des actions concrètes qui mettront en évidence l\u2019impact du déclin démographique et proposeront des éléments de solution susceptibles de contrecarrer ce déclin. A QUAND UN VÉRITABLE SOMMET FRANCOPHONE?101 À quand un véritable Sommet de la francophonie?par NICOLE BOUDREAU présidente générale de la SSJB-M Ne réussit pas à manier l\u2019humour qui veut.Et pourtant, s\u2019il est un sujet qu il faudrait à notre sens traiter avec une pointe d humour, c\u2019est bien le récent Sommet des pays francophones.C est comme pour les «pigeons», ne vaut-il pas mieux en rire, qu\u2019en pleurer?Si peu de voix discordantes ont jailli tout au long de ce que nous appellerons «L\u2019épopée du Sommet de Québec» qu\u2019il est fort intimidant de faire entendre la nôtre.En effet, comme celle-ci s accorde fort peu avec la majorité des voix qui se sont déjà exprimées sur le sujet, sans doute devrons-nous laisser «l\u2019histoire» arbitrer le différend et trancher en faveur de l\u2019une ou l\u2019autre des perceptions.Car ce que nous en pensons, nous, de ce Sommet n\u2019a pas grand chose à voir avec les propos, irons-nous jusqu\u2019à dire dithyrambiques, des personnes y ayant été associées de près ou de loin, ou encore ceux, fort élogieux et enthousiastes pour la plupart, de notre presse locale et même de la presse internationale, surtout la presse française qui, rappelons-le, avait pratiquement boudé le Sommet de Paris, lui accordant très peu d\u2019espace dans ses colonnes.Il est évident que pour un organisme comme le nôtre, qui baigne dans la francophonie, ou plutôt dans «les problèmes de la francophonie», à cœur d\u2019année, il y avait dans tout ce déploiement artificiel matière à réflexion, peut-être même à suspicion; une certaine méfiance pour ne pas dire une méfiance certaine vis-à-vis de cette démonstration, parlons donc d\u2019exhibition de la francophonie.Notre malaise «pré-Sommet», dû en bonne partie aux angoisses qui nous assaillent et aux sombres perspectives qui 102 L\u2019ACTION NATIONALE nous guettent en tant que parlants français d\u2019Amérique, n\u2019a toutefois connu son summum qu\u2019au moment où ce vaste étalage, cette gamme presque complète, tant de gouvernants que de types de gouvernements (le quart des dirigeants de la planète, s\u2019est-on évertué à nous répéter) s\u2019est retrouvé au cœur de la capitale, ceinturé par un rempart humain érigé pour assurer ordre et sécurité.Tous reliés au monde de la francophonie, certains par un fil tellement mince, tellement ténu, qu\u2019il aurait pu, qu\u2019il pourrait se rompre à tous moments, ils venaient à Québec, Canada, pour raffermir des liens naturels et consolider des projets de coopération déjà ébauchés lors de leur première rencontre à Paris.Michel Roy le rappelait dans un éditorial «post-Sommet»; «Le but premier de ce regroupement de peuples n\u2019est pas la défense et l\u2019illustration de la langue et de la culture françaises.La finalité essentielle de la communauté en voie de structuration est plutôt de réunir des États en vue d\u2019entreprendre des actions communes contribuant au mieux-être matériel et culturel de chacun.» (La Presse, le samedi 6 septembre 1987) Donc, si nous avons bien compris, et cette définition de la vocation du Sommet nous apparaît très claire, le Sommet des pays francophones, ce n\u2019est surtout pas l'endroit pour parler francophonie.La langue commune n\u2019y devient que prétexte! Il est heureux et on comprendra qu\u2019au Québec, dans ce contexte, les «fanas» de la langue de Molière n\u2019aient pas mis trop d\u2019espoir et n\u2019aient pas placé trop d\u2019attentes dans la tenue de ce Sommet pour tracer des voies d\u2019avenir, des perspectives nouvelles, réalistes et encourageantes pour une francophonie nord-américaine qui à l\u2019instar de la francophonie mondiale, admettons-le, bat de l\u2019aile.Non, le Sommet, ce n\u2019était pas l\u2019endroit pour en parler.Il fallait plutôt, à l\u2019occasion de cette rencontre historique, envisager des actions communes contribuant au mieux-être matériel et culturel de chacun! Le mieux-être matériel d\u2019abord.Il n\u2019y a pas lieu, en effet, de parler haut et fort de liens privilégiés issus de notre état de parlants français quand une dette de plus de 300 000 000 000$ À QUAND UN VÉRITABLE SOMMET FRANCOPHONE?103 est effacée par le pays hôte, le Canada en l\u2019occurrence, qui, l\u2019aurions-nous oublié, est un État d\u2019abord et avant tout majoritairement composé d\u2019anglophones.Un beau cadeau de «l\u2019anglo-phonie» à la «francophonie».Glissons sur cela, voulez-vous?Nous, ça nous gêne et ça nous embarrasse.Ce qui nous gêne et nous embarrasse aussi dans tout cela, c\u2019est la bienveillance frisant la condescendance dont étaient enrobés les petits gestes, les sourires mielleux, les propos eux-mêmes déjà enveloppés de sirop d\u2019érable.Ce qui nous gêne et nous embarrasse aussi, c\u2019est l\u2019auréole de bonne conscience dont pourront maintenant se parer nos dirigeants, messieurs les premiers ministres Mulroney et Bourassa, les artisans incontestables et incontestés de ce grand moment, de cette habile mise en scène.Qui donc osera maintenant prétendre que le Canada étouffe les aspirations linguistiques légitimes de sa minorité?Qui donc osera maintenant songer un seul instant que les dirigeants du gouvernement du Québec ne mettront pas tout en œuvre pour assurer le service et le développement du français au Québec?Ce qui nous gêne et nous embarrasse également au-delà de tout ce que nous pourrions écrire, c\u2019est une phrase comme celle-ci, premier paragraphe d\u2019un article-bilan du Sommet: «Grâce à la bienveillante complicité de Bryan Mulroney, le Sommet des pays francophones a représenté un succès diplomatique pour la délégation Canada-Québec.En outre, M.Bourassa sait bien que le Québec n\u2019aurait jamais pu profiter d\u2019une telle tribune internationale il y a quelques années, du temps de Pierre-Elliot Trudeau.» (La Presse, le mardi 8 septembre 1987) Mais enfin, cette petite mine d\u2019or, cette richesse naturelle inexploitée jusqu\u2019à ce jour, ce français du cœur de l\u2019Amérique, véritable pétrole du pays de l\u2019or noir, ne gicle-t-il pas d\u2019abord et avant tout du Québec?Par quel habile jeu de propagande, par quel miracle de marketing laisse-t-on croire à la population du Québec tout entière qu\u2019elle doit à la bienveillance, au sens de la diplomatie d\u2019un premier ministre canadien, le privilège d\u2019exercer le rôle qu\u2019elle est en droit de revendiquer au sein de la francophonie mondiale?Ne sait-on pas que c\u2019est le Québec même qui «légitimise» la présence du Canada à ce Sommet des pays fran- 104 L\u2019ACTION NATIONALE cophones et non l\u2019inverse?Le Québec devra-t-il éternellement être tributaire des états d\u2019âme et de l\u2019état d\u2019esprit des chefs de gouvernement, fussent-ils canadiens ou français, pour savoir ce qu\u2019il peut faire et ce qu\u2019il doit faire?Ce qui nous amène à traiter sommairement du mieux-être culturel.Le Sommet de Québec n\u2019ayant quand même pas été uniquement l\u2019occasion pour nous, riches pays du Nord, de jeter de la poudre aux yeux et quelques millions de dollars aux pays du Sud, il devient implicite et naturel que ses suites auront des incidences sur notre mieux-être culturel.C\u2019est un secret de polichinelle qu\u2019ici au Québec la langue et la culture sont fort étroitement liées.Nos origines françaises, l\u2019attachement indéfectible que nous avons toujours eu envers notre langue ont en quelque sorte défini notre culture et surtout sa spécificité par rapport au reste du Canada et de l\u2019Amérique.Il s\u2019avère donc logique d\u2019imaginer que les actions communes contribuant à notre mieux-être culturel, non dans le sens de mieux connaître et d\u2019apprivoiser les autres cultures, cela va de soi, mais plutôt dans le sens d\u2019exprimer la sienne propre, contribueront également et par ricochet à notre mieux-être linguistique.Or, à l\u2019occasion du Sommet de Québec, s\u2019il est une chose intéressante qu\u2019il nous a été donné de constater, c\u2019est bien que la langue française et la culture des pays participants ne vont pas toujours automatiquement de pair.Plusieurs délégations en étaient la preuve irréfutable.De plus, il suffisait de prêter une oreille attentive aux propos à peine voilés de certains analystes ou chefs d\u2019État pour comprendre les séquelles toujours vivantes du colonialisme français.Il n\u2019est pas question ici de refaire l\u2019histoire, encore moins de l\u2019interpréter, il n\u2019est pas question non plus de négliger l\u2019intérêt d\u2019échanges culturels, il s\u2019agit plutôt de regarder froidement la situation et de s\u2019interroger, et qui mieux est d\u2019interroger nos dirigeants, sur le sens de ce que sera pour nous ce mieux-être culturel, sur le sens même d\u2019un Sommet où l\u2019on a la curieuse impression que l\u2019essentiel a été évacué au profit de l\u2019accessoire. A QUAND UN VÉRITABLE SOMMET FRANCOPHONE?105 Revenons à cette habile mise en scène à laquelle nous faisions allusion.Deux acteurs principaux: le Canada et le Canada-Québec (c\u2019est ainsi que l\u2019on désignait le Québec dans les documents officiels); un rôle de soutien: la France et comme vedette du prochain épisode: le Sénégal.Quant aux autres: des figurants, un choeur ni plus ou moins.Voilà la vision que nous avons eue du monde francophone.Une vaste scène éclairée de mille projecteurs, on s\u2019y agite, on s\u2019y encense mutuellement, on se farcit les canapés au même rythme que les beaux discours; une arrière-scène, là où fourmille une activité débordante et finalement les coulisses, là où se jouent les véritables enjeux, là où s\u2019échafaudent les petites intrigues.Et le public, ce bon peuple qui regarde tout cela, la francophonie en «spectacle» mettant en vedette.Le peuple, mais au fait le peuple, qu\u2019est-ce qu\u2019il pense de tout cela?Il n\u2019était pas très présent, ni très visible à ce Sommet.Nous non plus, d\u2019ailleurs.Trop contestataires peut-être, trop angoissés, trop accablés par les menaces qui guettent cette francophonie que nous nous plaisons davantage à défendre, à promouvoir et à vivre qu\u2019à exhiber.Nous n\u2019avions pas été conviés à cette soi-disant belle fête de la francophonie, nous aurions pourtant aimé y assister.Qui sait, peut-être aurions-nous mieux compris.Notre organisme, dont certains, par méconnaissance de l\u2019histoire du Québec sans doute, ont tendance à minimiser l\u2019importance et le rôle dans le développement et l\u2019accomplissement du Canada français, avait pourtant gagné ses galons et méritait d\u2019être de la fête.Mais qu\u2019à cela ne tienne, on n\u2019en est pas à un paradoxe ou à une incohérence près.Maintenant que les projecteurs sont éteints, maintenant que la visite nous a quittés et même si l\u2019on sait qu\u2019elle n\u2019était pas venue pour discuter de la défense et de l\u2019illustration de la langue et de la culture française, que va-t-il advenir au quotidien de cette langue et de cette structure, ici au Québec, en Amérique?À combien de ces Sommets pourra-t-on encore assister en toute légitimité (1 un des mots chou-chou de la presse pendant la tenue du Sommet), à quant un véritable Sommet de la francophonie où l\u2019on pourra librement et légitimement parler de la défense et de 1 illustration de la langue et de la culture françaises? 106 L\u2019ACTION NATIONALE La Déclaration de solidarité des pays de langue française Réunis en séance plénière au terme des travaux du 2e Sommet de Québec, les chefs d\u2019État et de gouvernement ayant en commun l\u2019usage du français ont adopté à l\u2019unanimité le vendredi 4 septembre une Déclaration de solidarité.En voici le texte intégral.Nous, chefs d\u2019État et de gouvernement, réunis au Canada, à Québec, les 2, 3 et 4 septembre 1987: NOUS FONDANT sur la solidarité, la coopération et la compréhension mutuelles qui se sont établies, au fil des ans, entre nos pays et leurs institutions; NOUS INSPIRANT du respect fondamental de la diversité des traditions, de l\u2019héritage culturel et politique de nos populations, et de leurs aspirations au mieux-être et au développement; RECONNAISSANT l\u2019importance de notre libre association où, partenaires égaux, nous sommes liés par une même volonté de contribuer à un équilibre renouvelé de nos rapports et inspirés par l\u2019usage, à des degrés divers, de la langue française comme outil de connaissance, de dialogue, de développement et d\u2019innovation; CONVENONS que nos rencontres périodiques constituent des occasions de dialogue franc et ouvert, de concertation sur des enjeux et des sujets d\u2019intérêt commun de nature politique, économique et de coopération; que ces rencontres au plus haut niveau raffermissent une solidarité libre de contraintes, cimentée par une même responsabilité envers les générations montantes et par une volonté de relever ensemble les grands défis de développement et de modernisation qui se posent à nous; que la volonté qui préside à notre entreprise commune doit se traduire en engagements et en réalisations concrètes pour notre bénéfice mutuel. LA DÉCLARATION DE SOLIDARITÉ.107 À ces fins, nous, les chefs d\u2019État et de gouvernement RÉAFFIRMONS notre volonté de donner à notre communauté une nouvelle vitalité, pour renforcer ses institutions et pour élargir l\u2019horizon de ses aspirations, de ses responsabilités et de ses engagements afin d\u2019en faire une communauté solidaire; INCITONS l\u2019Agence de coopération culturelle et technique et les associations et organisations francophones à inscrire leurs projets et activités dans les perspectives ouvertes à l\u2019occasion de nos rencontres et à apporter leurs propres impulsions à la consolidation d\u2019un espace où l\u2019usage d\u2019une langue commune favorisera la libre circulation des biens culturels, l\u2019échange des connaissances scientifiques, le transfert et l\u2019adaptation des nouvelles technologies; NOUS ENGAGEONS à promouvoir auprès d\u2019autres instances internationales l\u2019esprit et les principes qui nous animent, fondés sur une solidarité ouverte à la diversité des langues et des cultures de nos peuples. 108 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019accord du Lac Meech: aucun pouvoir nouveau au Québec par GUY BOUTHILLIER porte-parole du Mouvement Québec Français Texte du mémoire présenté le 25 août 1987 à Ottawa, par le Mouvement Québec Français, au Comité mixte spécial sur l\u2019entente constitutionnelle de 1987.Le Mouvement Québec Français est l\u2019instrument que se sont donné pour défendre d\u2019une seule et même voix leurs idées en matière linguistique dix grands organismes profondément ancrés dans la société québécoise: ALLIANCE DES PROFESSEURS DE MONTRÉAL ASSOCIATION QUÉBÉCOISE DES PROFESSEURS DE FRANÇAIS CENTRALE DE L\u2019ENSEIGNEMENT DU QUÉBEC CONFÉDÉRATION DES SYNDICATS NATIONAUX FÉDÉRATION DES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES DU QUÉBEC MOUVEMENT NATIONAL DES QUÉBÉCOIS SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL UNION DES ARTISTES UNION DES ÉCRIVAINS QUÉBÉCOIS UNION DES PRODUCTEURS AGRICOLES L\u2019originalité et la force du Mouvement Québec Français tiennent au fait qu\u2019il est le fruit d\u2019une alliance des milieux de l\u2019agriculture, du syndicalisme, de l\u2019enseignement, des arts, de la littérature et de la tradition patriotique.Et s\u2019il n\u2019est pas la seule alliance au Québec, assurément il est la seule alliance pour le Québec français, la seule aussi qui, parce qu\u2019elle plonge ses racines aussi profondément dans le tissu social (l\u2019ensemble des organismes membres regroupent près d\u2019un million d\u2019adhérents), n\u2019a pas besoin d\u2019être tenue à bout de bras par les pouvoirs publics. L\u2019ACCORD DU LAC MEECH.109 Voici plus de quinze ans maintenant que nous sommes dans la bataille.Dans ce combat, nous appuyons tout ce qui contribue à reconnaître à l\u2019autorité québécoise le droit d\u2019agir en matière linguistique, et tout ce qui, dans l\u2019exercice de ce droit, contribue à renforcer le statut et la place de notre langue, pour qu\u2019au Québec il y ait «du français partout, du français pour tout, du français pour tous».C\u2019est dans cet esprit que nous avons applaudi, le 26 août 1977 \u2014 il y aura donc dix ans exactement demain \u2014 à l\u2019adoption de la Charte de la langue française qui traduisait enfin, après tant de tâtonnements et d\u2019hésitations, notre volonté de sortir le français de sa position d\u2019assiégée pour en faire la langue connue, pratiquée et recherchée par tous et pour ainsi créer, en Amérique du Nord, une société qui se distingue de toutes celles qui l\u2019entourent, la seule en tout cas capable d\u2019apporter à cette Amérique un élément vivant, crédible et permanent de différence culturelle.C\u2019est dans ce même esprit que nous combattons tout ce qui, en matière de langue, enlève à l\u2019autorité québécoise pour donner à d\u2019autres, comme nous combattons aussi tout ce qui affaiblit le français, notamment toutes ces formules «bilinguistes» qui, sous prétexte de juxtaposer deux langues, viennent en fait superposer une langue à l\u2019autre.C\u2019est pourquoi nous avons dénoncé en son temps la constitution du 17 avril 1982, dont les auteurs semblent avoir puisé dans leur refus du «Bill 101» le principal moteur de son adoption, et dont ils ont fait une machine de guerre contre notre Charte de la langue française.Enfin, c\u2019est dans cet esprit que nous dénonçons aujourd\u2019hui le texte du 3 juin 1987, qui se situe dans l\u2019exact prolongement de celui du 17 avril 1982.Vous le voyez donc, Mesdames et Messieurs, il y a une opposition irréductible entre notre volonté de faire un Québec français et votre système constitutionnel.C\u2019est ce que nous sommes venus vous dire aujourd\u2019hui.Pour dissiper tout malentendu.Pour que le Canada anglais ne s\u2019adonne pas à l\u2019autosatisfaction ni surtout ne s\u2019abandonne à l\u2019illusion \u2014 née à l\u2019époque où le Québec se contentait de peu et ranimée par la participation à cette affaire de l\u2019équipe actuellement au pouvoir à Québec \u2014 que l\u2019adoption du texte du 3 juin pourrait enfin régler ce conflit vieux de deux siècles.Bref, pour que les choses soient claires entre vous et nous.Nous vous en remercions. 110 L'ACTION NATIONALE Le français est menacé au Québec.Mais le combat qu\u2019il mène pour sa langue est inégal, car le Québec est aux prises avec un géant.Comment en serait-il autrement sur ce continent d\u2019un quart de milliard d\u2019Anglophones, et placés comme nous le sommes dans le voisinage immédiat de la plus puissante machine de guerre, de production et d\u2019idées que l\u2019humanité ait connue?Aussi bien, faut-il, pour enfin donner sa chance à cette expression particulière de l\u2019histoire de l\u2019humanité qui s\u2019appelle le Québec, contrebalancer l\u2019énorme poids des hommes, des choses et des volontés de puissance par le poids du Droit.Or, cette formidable inégalité de fait au profit de l\u2019anglais, bien loin d\u2019être atténuée par le Droit, est, au contraire, aggravée par l\u2019ordre constitutionnel canadien \u2014 celui de 1867, qu\u2019est venu alourdir encore plus l\u2019additif de 1982 \u2014 qui, en venant entraver l\u2019effort du Québec pour créer un rapport de forces un peu moins défavorable à sa langue, vient fournir des armes à Goliath contre David.C\u2019était vrai déjà des entraves mises en place en 1867, notamment de cet article 133 qui, nul doute à cause de sa puissance symbolique et, sans doute aussi, de sa valeur interprétative, reste toujours imposé au Québec (malgré les recommandations en sens contraire de la commission Pépin-Robarts) et qui place l\u2019autorité québécoise dans la position singulière, et pour tout dire, absolument unique au monde, de se prétendre d\u2019une seule langue officielle tout en étant contrainte d\u2019adopter ses lois et de laisser fonctionner ses tribunaux dans une autre langue! Cela est vrai aussi, cela est vrai surtout des entraves ajoutées opportunément par la constitution de 1982, dont les auteurs refusent que le Québec donne à ses écoles françaises une trop grande ouverture à l\u2019égard de ceux qui viendraient vivre chez lui, et qui s\u2019opposent à ce que prenne forme cette petite aire d\u2019unilinguisme français qu\u2019en contrepoids de l\u2019énorme présence qu\u2019assure à l\u2019anglais l\u2019appareil économique du continent, le législateur québécois avait eu l\u2019audace de prétendre se tailler pour sa langue dans l\u2019affichage et la publicité commerciale.Aussi, c\u2019est bien parce que son droit constitutionnel est ainsi fait que l\u2019on est forcé de constater que, dans le combat qui oppose le Québec au géant américain, le Canada a choisi de se L\u2019ACCORD DU LAC MEECH.111 ranger du côté de ce dernier.Ce parti pris pour le plus fort et contre le plus faible, on laissera à chacun le soin de l\u2019apprécier.Mais qu\u2019il nous soit permis de regretter ici que c\u2019est en invoquant les idéaux de liberté et d\u2019égalité que le Canada adopte la position qui est la sienne.Dans les textes qui sont actuellement soumis à votre étude, toutes ces entraves demeurent.Dans le texte du 3 juin, en effet, il n\u2019y a aucun pouvoir nouveau pour le Québec en matière de langue.Rien pour le français, langue de l\u2019État.Rien pour le français, langue de l\u2019école.Rien pour le français, langue de l\u2019économie.Rien, par conséquent, pour le français, langue de l\u2019immigration.À la place, et en quelque sorte en consolation, on y trouve une vague phrase sur une société qui reste indéfinie mais qui, de toute évidence constitutionnelle, n\u2019est pas le Québec français.Ce que nous dénonçons dans l\u2019opération du 3 juin, c\u2019est la lettre, parfaitement insuffisante, nous venons de le dire.Mais c\u2019est aussi un certain discours qui l\u2019accompagne.Deux faits méritent d\u2019être dénoncés: 1- L\u2019équation qui est souvent faite entre les Anglophones du Québec et les Francophones hors Québec est fallacieuse, car elle n\u2019est pas conforme à la réalité des choses.En effet, au Canada, il y a une majorité et elle est anglophone, et une minorité, et elle est francophone.Les Anglophones du Québec appartiennent à cette majorité \u2014 et, au-delà, à la majorité continentale nord-américaine \u2014, et cette appartenance donne à leur langue au Québec force, assurance et prestige.Quant aux Francophones, ils sont minoritaires, avec des conséquences moins graves au Québec, où ils font nombre, qu\u2019ailleurs au Canada.C\u2019est pourquoi tous les gouvernements du système politique canadien ont le devoir de contribuer à la défense et à la promotion du français: le gouvernement du Québec par une politique de langue majoritaire, les autres gouvernements par une politique de langue minoritaire.Ce que les gouvernements du Canada anglais font pour les Francophones de leurs territoires, ils le font en sachant que cela n\u2019atténue en rien la suprématie de leur langue.Ils doivent continuer dans cette voie, sans transformer ces éléments d\u2019une politique de convivialité culturelle en une machine de guerre contre la Charte de la langue française, qui 112 L\u2019ACTION NATIONALE reste le plus sûr garant de l\u2019énergie nouvelle dont font preuve les Francophones hors Québec.2- Cette action que le Canada anglais mène contre la Loi 101, c\u2019est au nom de ses intérêts collectifs qu\u2019il la poursuit.Cela est un fait de la vie, que l\u2019on retrouve du reste partout où s\u2019affrontent les peuples et leurs langues.Ce fait, nous l\u2019acceptons comme tel, et nous dénonçons le discours de ceux qui, pour avancer leur propre intérêt national, masquent cet affrontement des volontés collectives sous les traits d\u2019une affaire purement individuelle.* * * Ce combat que nous menons depuis plus de quinze ans \u2014 et qui passe aujourd\u2019hui par l\u2019épisode qui nous amène ici aujourd\u2019hui \u2014 est long, difficile, hasardeux, et \u2014 avouons-le \u2014 à l\u2019issue incertaine, car, contrairement à d\u2019autres, nous, c\u2019est à plus fort que nous que nous nous attaquons.Ce combat, c\u2019est bien entendu d\u2019abord pour nous-mêmes que nous le menons, pour faire du Québec, enfin rassemblé dans une même langue commune, une véritable société unie, et non un simple rassemblement hétéroclite de groupes disparates vivant séparés les uns des autres, quand ils ne sont pas dressés les uns contre les autres.Mais ce combat, nous le menons aussi pour d\u2019autres.Pour le Canada anglais qui, s\u2019il la trouve conforme à son passé, trouvera, nous l\u2019espérons, contraire à son avenir la lutte qu\u2019il mène au français, car lui, qui n\u2019est pas tellement moins que nous aux prises avec le géant américain, aurait intérêt, plutôt que d\u2019avoir en son sein un peuple minorisé et plus ou moins résigné, à trouver à ses côtés un allié sûr et déterminé, enhardi par le combat et dont la force serait le gage de sa propre force.Mais au-delà du Canada anglais, nous savons que le combat que nous menons servira la cause de toutes les langues et de toutes les cultures qui, partout dans le monde, subissent semblable pression et qui puiseront dans nos luttes et dans nos succès la preuve que le combat est nécessaire et que la victoire est possible. LE FRANÇAIS DOIT ÊTRE LA CLÉ DU QUÉBEC 113 Le français doit être la clé du Québec par GUY BOUTHILLIER porte-parole du Mouvement Québec Français Le 11 août 1987, le Mouvement Québec Français comparaissait devant la Commission de la culture de l\u2019Assemblée nationale qui siégeait sur le niveau d\u2019immigration au Québec en 1988 et 1989.Nous reproduisons le texte de son mémoire qui suscita beaucoup d\u2019intérêt, sauf de la part de la ministre Louise Robic qui déclara n\u2019avoir aucune question à poser.«La question linguistique va au cœur du problème québécois», constatait Robert Bourassa devant l\u2019Assemblée nationale en novembre 1969.Et parce qu\u2019elle est fichée au cœur du problème québécois, la question linguistique colore, marque et pénètre la plupart des grands problèmes qui se posent au peuple du Québec.C\u2019est pourquoi il y a peu de questions qui ne concernent pas le Mouvement Québec Français, cet instrument commun que se sont donné voici maintenant 16 ans pour défendre leurs idées en matière linguistique les dix grands organismes que vous savez.En tout cas, s\u2019il devait y avoir quelque domaine qui échappe aux préoccupations du Mouvement Québec Français, ce n\u2019est assurément pas le cas de l\u2019immigration internationale, qui a toujours été étroitement liée, dans notre histoire nationale, à la rivalité des langues française et anglaise, et qui, de surcroît, occupe une place considérable dans la vie professionnelle de nos travailleurs et travailleuses de la CSN, de la FTQ et de l\u2019UPA, de nos enseignants et enseignantes de l\u2019APM, de l\u2019AQPF et de la CEQ, tout en alimentant la réflexion de nos créateurs de l\u2019Union des Artistes et de l\u2019Union des Écrivains \u2014 les véritables professionnels de la langue! \u2014 et en inspirant l\u2019action patriotique que mènent le MNQ et, tout particulièrement, la SSJB de Montréal, 114 L\u2019ACTION NATIONALE ce territoire où l\u2019immigration allophone concentre plus des quatre cinquièmes de ses effectifs au Québec.Défis de l\u2019immigration internationale Outre les risques possibles sur les plans de l\u2019économie, de la santé et de la sécurité nationale \u2014 qui ne nous intéressent pas ici, car nous savons que nos États disposent des moyens de veiller au grain \u2014, l\u2019immigration internationale présente-t-elle des problèmes d\u2019ordre culturel et linguistique?La réponse varie suivant les situations.Dans certains cas, l\u2019immigration est tellement ressemblante à la société d\u2019accueil qu\u2019elle ne pose pour ainsi dire aucun problème: tel a été le cas, heureux entre tous, du Canada anglais dans les rapports qu\u2019il a longtemps pratiqués avec l\u2019immigration britannique dont il partageait la même langue, la même citoyenneté et les mêmes sentiments patriotiques (ce qui a sans doute contribué à créer dans ce pays un préjugé favorable à l\u2019endroit de toute immigration).Dans d\u2019autres cas, les différences de langue et de culture donnent lieu à des problèmes pratiques réels, mais parfaitement surmontables, en tout cas nullement angoissants.Dans ces cas, en effet, la bonne volonté des immigrants \u2014 et la puissance de conviction de la société d\u2019accueil! \u2014 sont telles qu\u2019il suffit d\u2019un peu de patience et de quelques moyens techniques pour fixer les nouveaux arrivants sur la réalité nationale et rassurer la société d\u2019accueil sur la permanence de cette réalité.C\u2019est l\u2019expérience de la plupart des grandes sociétés d\u2019accueil d\u2019Europe de l\u2019Ouest, d\u2019Amérique du Sud et d\u2019Amérique du Nord.Particularité du cas québécois À cet égard, cependant, le Québec présente un cas particulier.Non pas par les niveaux atteints ici par l\u2019immigration internationale, qui sont réels bien qu\u2019inférieurs à ceux que l\u2019on enregistre en Ontario ou dans le Canada de l\u2019Ouest.Non pas non plus par l\u2019acuité des problèmes d\u2019adaptation, car il s\u2019est bien trouvé historiquement sur le territoire du Québec une structure pour accueillir et intégrer l\u2019immigration internationale.Cette particularité du Québec trouve son origine dans le fait que s\u2019y côtoient sur un même territoire deux sociétés organisées LE FRANÇAIS DOIT ÊTRE LA CLÉ DU QUÉBEC 115 capables de prétendre au titre de société d\u2019accueil et que, des deux, c\u2019est la société minoritaire anglophone qui a assuré à son profit \u2014 et au détriment de la société majoritaire francophone \u2014 l\u2019accueil et l\u2019intégration de l\u2019immigration internationale.Le bilan historique qu\u2019on pouvait tracer dans les années 1960 était on ne peut plus clair: dans la rivalité qui opposait, sur le plan de l\u2019immigration comme sur d\u2019autres, les sociétés francophone et anglophone, c\u2019était la société anglophone qui triomphait et la société francophone qui était déclassée.Au demeurant, comment en aurait-il été autrement?D\u2019un côté, en effet, on trouvait une société forte, sûre d\u2019elle-même, conquérante, et, de l\u2019autre, une société faible, incertaine, mino-risée.D\u2019un côté, une société qui s\u2019organisait pour assimiler et, de l\u2019autre une société qui luttait pour ne pas être assimilée.D\u2019un côté, une société qui se réjouissait de voir arriver de nouveaux renforts, de l\u2019autre une société qui pleurait de voir ses propres effectifs partir vers les États-Unis en groupes si nombreux que leur mouvement d\u2019émigration constitue l\u2019une des belles saignées démographiques qu\u2019ait eu à subir un peuple.Ce déclassement du Québec français comme société d\u2019accueil, certains ont voulu \u2014 et parfois même le font encore \u2014 lui trouver une explication purement «culturaliste».L\u2019explication est un peu courte, mais elle a la vie longue, sans doute parce qu\u2019elle sert des intérêts bien établis.Heureusement, la société francophone ne s\u2019est pas laissée paralyser par cette explication.Ayant enfin compris l\u2019absolue nécessité pour elle d\u2019assurer l\u2019accueil et l\u2019intégration de l\u2019immigration internationale, elle s\u2019est mise à la tâche de s\u2019en donner les moyens.Mais pour cela, il a fallu d\u2019abord qu\u2019elle se heurte à la société anglophone, qu\u2019elle devait au préalable déloger de cette fonction qu\u2019elle remplissait si efficacement et depuis si longtemps.C\u2019est ça la véritable particularité du Québec: un lieu où une société d\u2019origine lutte pour se substituer à une autre comme société d\u2019accueil de l\u2019immigration internationale.On le voit, le problème de l\u2019immigration au Québec, c\u2019est d\u2019abord le problème des rapports entre Francophones et Anglophones.Mais si cela est intéressant sur le plan théorique, cela n\u2019en constitue pas moins un combat difficile à mener. 116 L\u2019ACTION NATIONALE Mais ce combat est indispensable, tant serait lourds de conséquences pour nous l\u2019échec sur ce plan, et le retour à la situation ante.Conséquences démographiques, bien sûr, mais aussi morales: chaque immigrant qui vient sur notre territoire et qui opte pour «l\u2019autre» ne contribue-t-il pas à nous convaincre de notre propre inefficacité \u2014 voire même de notre inanité collective?Quelques recommandations Cette substitution d\u2019une collectivité à une autre comme société d\u2019accueil ne va pas de soi.Elle suppose une action de tous les jours, menée sur plusieurs plans à la fois.Elle fait appel au concours de tous, des dirigeants du pays comme des simples citoyens et citoyennes.Le Mouvement Québec Français n\u2019a pas la prétention de passer ici en revue tous les éléments d\u2019une politique d\u2019intégration à la société francophone.Il se bornera à appeler l\u2019attention de votre Commission sur quelques aspects seulement, qu\u2019il regroupe sous trois rubriques: l\u2019École, l\u2019État, la Naturalisation.Si certaines de ses suggestions ne sont pas inédites, d\u2019autres, en revanche, lui semblent tout à fait nouvelles: il les lance aujourd\u2019hui dans le débat, non pour étonner mais bien parce qu\u2019elles lui semblent indispensables au succès de l\u2019action entreprise.L\u2019École Le problème de la langue d\u2019enseignement des immigrants reste, chez nous, le principal et le plus délicat point de jonction entre la question linguistique et la question de l\u2019immigration.Par l\u2019importance de l\u2019enjeu, ce problème a sollicité depuis vingt ans la réflexion de tous.L\u2019acuité des débats qu\u2019il a déclenchés (rappelez-vous Saint-Léonard!) n\u2019a pas manqué d\u2019ébranler certaines de nos grandes institutions.Le Parti libéral lui-même n\u2019a pas échappé à ces déchirements, si l\u2019on veut bien se rappeler que c\u2019est cette question, plus que toute autre, qui a provoqué, à l\u2019époque du bill 22, le retrait du parti de M.Jérôme Choquette, et l\u2019éloignement du caucus de MM.George Springate et John Ciaccia.La volonté de briser le mouvement d\u2019adhésion massive de l\u2019immigration à l\u2019école anglaise s\u2019est manifestée avec éclat dans LE FRANÇAIS DOIT ÊTRE LA CLÉ DU QUÉBEC 117 la Charte de la langue française d\u2019août 1977, dont les articles 72 et 73 présentaient l\u2019avantage de faire ce qui devait être fait sans introduire de distinctions selon la langue, l\u2019origine ou la nationalité des enfants: il n\u2019était pas banal, en effet, ce jour où il fut inscrit dans nos textes de loi que l\u2019École française n\u2019était pas moins digne d\u2019accueillir le petit Anglophone de Toronto que les petits Italiens, Portugais ou Sri-Lankais qui viendraient à se présenter à nos frontières.Malheureusement, le Canada anglais ne l\u2019a pas vu du même œil, et son refus l\u2019a conduit à se donner la modification constitutionnelle que l\u2019on sait, obtenue dans les conditions que l\u2019on sait: l\u2019article 23 de la loi constitutionnelle du 17 avril 1982 est venu frapper de plein fouet les articles 72 et 73 de notre Charte de la langue française.Le Mouvement Québec Français a dénoncé à l\u2019époque ce coup porté à notre législation.Plus récemment, il a regretté \u2014 et il regrette encore! \u2014 que les discussions constitutionnelles du Lac Meech n\u2019aient pas été l\u2019occasion de corriger cet état de choses.C\u2019est sur un double motif que le Mouvement Québec Français fonde son opposition à l\u2019article 23.Un motif de principe: pourquoi faudrait-il laisser s\u2019introduire dans nos lois des distinctions suivant les personnes, pourquoi hiérarchiser les enfants selon leurs origines en créant en quelque sorte une catégorie «d\u2019intouchables»?Un motif de prudence politique ensuite: dans nos régimes politiques, l\u2019exception reconnue au profit d\u2019une catégorie appelant le plus souvent son extension au profit de nouvelles catégories, ne risque-t-on pas d\u2019aboutir, d\u2019exception en exception, au rétrécissement de l\u2019école française comme lieu d\u2019accueil de l\u2019immigration?Cela est tout particulièrement vrai de l\u2019objet qui nous occupe, l\u2019article 23 (l.a) indiquant la voie vers une prochaine extension de l\u2019exception déjà reconnue par l\u2019article 23 (l.b).Cet article 23 (l.a) constitue même une invitation permanente et solennelle adressée à l\u2019immigration anglophone à faire pression sur le gouvernement du Québec pour lui arracher le droit d\u2019accès à l\u2019école anglaise \u2014 ce qui serait particulièrement lourd de conséquences démographiques dans un pays où l\u2019immigration en provenance des pays anglophones sera toujours importante.Aussi bien, avons-nous, au Mouvement Québec Français, la conviction que ces pressions ne manqueront pas \u2014 probable- 118 L'ACTION NATIONALE ment plus tôt qu\u2019on ne le croit \u2014 de s\u2019organiser et de se faire entendre.C\u2019est pourquoi il nous apparaît prudent, pour nous épargner beaucoup de démagogie et de luttes fatigantes, d\u2019en décourager dès maintenant toute manifestation par une déclaration solennelle, que nous demandons au gouvernement du Québec de faire, par laquelle il ferait connaître sa détermination de s\u2019opposer formellement à toute pression qui lui serait faite dans le sens de l\u2019article 23 (1 .a).La Loi 101 n\u2019étend l\u2019obligation de scolarité française qu\u2019aux niveaux maternel, primaire et secondaire, sans doute selon l\u2019idée qu\u2019un jeune immigrant qui aurait fréquenté l\u2019école française pendant toutes ces années serait bien préparé à vivre au Québec.Cette idée est juste.Cependant, en ne touchant pas au niveau collégial, la Loi 101 laisse sur le carreau ces jeunes immigrés qui, tout en étant encore aux études, ont passé l\u2019âge du secondaire.Pour ceux-là, il nous apparaît qu\u2019il faut ajuster la lettre à l\u2019esprit de la Charte de la langue française, en établissant que l\u2019obligation de scolarité française s\u2019appliquera dorénavant aux immigrants reçus, jusqu\u2019au niveau collégial inclusivement.Beaucoup d\u2019immigrants et d\u2019enfants des communautés culturelles issues de l\u2019immigration sont inscrits dans nos écoles anglaises: ceux en faveur de qui joue ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la «clause Québec», ceux aussi qui ont obtenu une dérogation fondée sur un séjour temporaire, ceux encore dont les parents les avaient placés illégalement à l\u2019école anglaise et dont le statut a été régularisé par une loi de juin 1986.On se rappellera peut-être que certains, dans les années 70, proposaient le remplacement des écoles anglaises par des écoles françaises.La Loi 101 en a décidé autrement, ce que le Mouvement Québec Français accepte parfaitement.Encore faut-il s\u2019assurer que l\u2019École anglaise du Québec prépare ses élèves à vivre pleinement la vie d\u2019une société de langue française.Cela suppose plusieurs choses, et d\u2019abord une solide connaissance de la langue française, ce que prévoit, du reste, l\u2019article 84 de la Charte.Or, c\u2019est un fait d\u2019expérience \u2014 dont nous ne pouvons, faute d\u2019études, mesurer l\u2019ampleur exacte \u2014 que des jeunes sortent de nos écoles anglaises sans vraiment connaître le français.Cette anomalie n\u2019est dans l\u2019intérêt de personne et devrait, par consé- LE FRANÇAIS DOIT ÊTRE LA CLÉ DU QUÉBEC 119 quent, être corrigée.Aussi bien, le Mouvement Québec Français demande-t-il ici à Madame la Ministre de l\u2019Immigration de saisir de ce problème son collègue de l\u2019Éducation en le priant de veiller à l\u2019application rigoureuse de l\u2019article 84.L\u2019Élal Dans tout autre pays que le nôtre, l\u2019immigrant sait d\u2019emblée où il se trouve, et dans quelle langue vit le pays où il se trouve.Malheureusement il en va différemment chez nous, tant est présente ici la langue anglaise: tel est le prix de notre histoire britannique, de notre géopolitique nord-américaine et de notre lien politique particulier avec le Canada anglais.Il faut donc s\u2019employer, en tant que collectivité, à convaincre l\u2019immigrant que le français est bel et bien la clé du Québec.Cela suppose un message qui soit dit et répété sans cesse et sans ambiguïtés, qui ne soit contredit, ni formellement par des propos qui iraient en sens contraire, ni même ni surtout implicitement, par un comportement qui irait à l\u2019encontre: sans quoi, on entretient la confusion et, pire encore, on appelle la dérision sur nos objectifs.Ce message, haut et clair, il appartient à chacun et à chacune d\u2019entre nous de le porter, dans notre vie et dans nos activités de tous les jours.Mais si chaque citoyen a ici un rôle à jouer, si chaque domaine de l\u2019activité sociale a sa place dans cette pédagogie, combien cela est plus vrai encore de l\u2019État et de ceux et celles qui l\u2019incarnent.Beaucoup serait à dire ici, et nous ne reprendrons pas aujourd\u2019hui ce que nous disions ailleurs de l\u2019article 133 de la Constitution de 1867 qui, en plaçant la langue anglaise là où il la place \u2014 au sommet de l\u2019État! \u2014 ne vient assurément pas faciliter la compréhension du message nouveau que le Québec cherche à adresser à l\u2019immigration.Qu\u2019il nous soit permis cependant de souligner un aspect peu souvent mentionné: celui des comportements et des pratiques linguistiques de ceux et celles qui, par leurs fonctions, représentent et symbolisent le Québec: les fonctionnaires et, plus encore, les élus à l\u2019Assemblée nationale.Disons-le tout net: tout ce qui, dans leur comportement linguistique, vient inutilement contredire le message de francisation nous apparaît regrettable! 120 L'ACTION NATIONALE Bien entendu, faute d\u2019enquête ou d\u2019autres moyens, nous ne savons pas ce qui se passe dans le secret des bureaux: mais des bruits nous parviennent, qui ne sont pas sans nous inquiéter.En revanche, nous pouvons voir et apprécier ce qui se passe sur la place publique, et l\u2019on a pu constater que ce n\u2019est pas toujours par simple accommodement pratique que nos élus font usage de l\u2019anglais: que penser par exemple de ces dirigeants politiques québécois qui présentent en anglais leurs vœux de circonstance aux lecteurs d\u2019un journal grec de Montréal?Le Québec est en droit d\u2019exiger de ses élus qu\u2019ils respectent l\u2019esprit de la Charte de la langue française.C\u2019est pourquoi nous nous permettons de demander à Madame la Ministre de l\u2019Immigration qu\u2019elle prenne l\u2019engagement solennel, pour elle-même et pour le Gouvernement dont elle fait partie, de mettre ses comportements linguistiques en harmonie avec la politique de francisation qu\u2019elle est chargée de mener.La naturalisation La naturalisation est un moment important dans la vie des futurs citoyens.Outre ses effets juridiques importants, celle-ci prend, en effet, aux yeux de celui qui l\u2019obtient, une grande valeur symbolique.C\u2019est pourquoi la cérémonie d\u2019obtention n\u2019est jamais banale, mais toujours plus ou moins solennelle.De ce fait, tout ce qui concerne cette cérémonie \u2014 la qualité de celui qui y préside, la langue dans laquelle elle se déroule \u2014 acquiert une grande importance symbolique.Dans ces conditions, n\u2019est-il pas temps de songer à mettre la cérémonie de la naturalisation au service de notre politique de francisation?Ainsi, si l\u2019on obtenait que la cérémonie se déroule en français et que ce soit un représentant du Québec qui y préside, seul ou avec d\u2019autres, n\u2019aiderait-on pas l\u2019intéressé à comprendre que «l\u2019intronisation» dont il est le bénéficiaire se fait dans la société française du Québec, et dans nulle autre?Et s\u2019il est bon de faire jouer au profit du français la force symbolique de la naturalisation, ne serait-il pas plus efficace encore d\u2019en faire jouer aussi la force d\u2019incitation, en subordonnant l\u2019acquisition de la naturalisation à la connaissance, par le candidat, de la langue française? LE FRANÇAIS DOIT ÊTRE LA CLÉ DU QUÉBEC 121 Bien sûr, ces questions relèvent de la compétence de l\u2019autorité fédérale: mais qui nous dit que celle-ci n\u2019accueillerait pas favorablement des représentations qui lui seraient faites en ce sens par le gouvernement du Québec?C\u2019est dans cet esprit, et avec cet espoir, que le Mouvement Québec Français demande que le gouvernement du Québec, et son ministère de l\u2019Immigration, amorcent des discussions dans ce sens avec les autorités d\u2019Ottawa.* * * L\u2019immigration internationale a besoin de nous et par conséquent nous oblige: telle est la leçon que l\u2019on peut dégager d\u2019elle; pour son appoint démographique, tout le monde le dit; pour sa contribution à notre développement économique, la plupart en conviennent; mais plus encore peut-être \u2014 cela on le dit moins souvent \u2014 pour ces leçons de volonté personnelle et de dignité collective que nous donnent ces immigrants issus de peuples qui savent de quel prix il faut payer le droit d\u2019être soi-même.Donnons-nous les moyens de nous ouvrir à l\u2019immigration internationale.Le jeu en vaut la chandelle.Quand, le 19 décembre 1985, M.Jean-Pierre Chevènement était ministre de l\u2019Éducation nationale de France, il déclara ce qui suit: «Apprendre à un petit Algérien à parler et à écrire un français correct, ce n\u2019est pas participer au mépris de sa culture, c\u2019est respecter son droit, celui d\u2019être instruit à l\u2019égal de ses camarades, et c\u2019est lui donner toutes ses chances de réussir dans la société où il devra vivre.» Tout le Parlement applaudit ces paroles d\u2019un chef du Parti Socialiste de France.(Tiré de Hommes et Migrations, juillet 1987, p.65.) 122 L\u2019ACTION NATIONALE Une politique de convergence culturelle est préférable au multiculturalisme par JULIEN HARVEY et THÉRÈSE BENGUEREL Pour l\u2019information de nos lecteurs, nous publions le texte du mémoire du CENTRE JUSTICE ET FOI, secteur des communautés culturelles, présenté à la Commission sur l\u2019immigration à Québec le 12 août dernier.Suite aux nombreuses critiques qu\u2019ont soulevés ses propos devant la Commission, le père Julien Harvey clarifiait sa position dans un texte qu\u2019il rendait public le 26 août, et que nous reproduisons à la suite du mémoire.Nous désirons concentrer notre mémoire sur les conditions indispensables, selon nous, à une immigration à niveau plus élevé qu\u2019à l\u2019heure actuelle.À notre avis, la question de l\u2019immigration est une question qui divise la population, de façon assez inévitable, un peu comme celle des grèves dans le secteur public ou le retour de la peine de mort.En effet, certains profitent de l\u2019immigration, en plus des immigrants eux-mêmes.Ce sont les entrepreneurs, les marchands, les professionnels (clientèle augmentée); d\u2019autres en souffrent, parce que l\u2019immigration augmente le chômage dans leur domaine; ce sont surtout les ouvriers peu spécialisés, les jeunes.Nous croyons que le gouvernement doit être conscient et franc sur cette question des aspects économiques de l\u2019immigration au Québec: le Québec a davantage besoin de consommateurs que de citoyens1.Et au plan macroéconomique on a démontré que l\u2019immigration paie, à long terme; on devra également démontrer qu\u2019au plan microéconomique (régional, court 1.Henri Sader, «Voleurs de Jobs?», RELATIONS, juillet-août 1987. UNE POLITIQUE DE CONVERGENCE CULTURELLE 123 terme) l\u2019immigration maintient inévitablement le chômage, surtout urbain (métropolitain dans le cas du Québec), surtout dans les secteurs sans spécialisation, et surtout chez les jeunes.Donc, une haute immigration requiert une politique du haut emploi, sinon du plein emploi.Le gouvernement doit éviter de maintenir et de propager des slogans sans aucune base réelle au Québec: il n\u2019est pas vrai que les immigrants acceptent des tâches que les Québécois refusent; il n\u2019est pas vrai que les immigrants acceptent d\u2019aller remplir des tâches dans les régions éloignées; il n\u2019est plus vrai que les immigrants ont une criminalité moins élevée que celle des Québécois de vieille souche, etc.Les résultats de l\u2019accueil sollicité par nous des immigrants investisseurs2 et entrepreneurs devraient être franchement reconnus: ils ajoutent beaucoup au capital disponible, mais ils n\u2019apportent que très peu de créativité: la plus grande partie d\u2019entre eux lancent des initiatives en compétition avec les entreprises et les investissements québécois déjà en place.Si bien qu\u2019ils ne créent que peu d\u2019emplois, même s\u2019ils en maintiennent beaucoup.La publicité en faveur de l\u2019immigration sur le plan démographique, comme solution à notre dénatalité3, devrait tenir compte de certains facteurs bien vérifiés en Europe mais jamais cités ici: en particulier le fait qu\u2019on a démontré que les groupes immigrants ne prennent que 12 ans pour adopter les habitudes de la population d\u2019accueil, en particulier les habitudes de facilité; en conséquence, l\u2019immigration ne peut compenser la dénatalité que si elle est continue.Également, il faudrait éclairer, pour le public, les raisons qui font que les états européens de l\u2019ouest, dont la dénatalité est aussi sérieuse et parfois plus sérieuse que la nôtre (Allemagne de l\u2019ouest!) refusent toute immigration, refusent toute stabilité à leurs travailleurs étrangers, rejettent les réfugiés (Italie!).11 est difficile de croire que ce qui est bon pour eux est mauvais pour nous.Et inutile d\u2019ajouter 2.Josée Lamoureux, Résumé de l\u2019Étude COJPEL Liée, réalisée auprès des immigrants investisseurs établis au Québec entre 1983 et 1984.M.C.C.I.Q.Février 1987.3.Commission French. 124 L\u2019ACTION NATIONALE que le thème des espaces vides du Canada et du Québec est futile: 95% de nos immigrants s\u2019établissent dans la métropole.La question de la concentration massive des immigrants du Québec à Montréal doit être étudiée au plus tôt.Surtout sur le plan culturel, la conséquence de la situation actuelle sera de créer deux pays, Montréal et le reste du Québec, avec des conséquences très négatives (programmes scolaires, mass-media).La proportion de minorités dites visibles (jaunes, noirs) doit être abordée franchement, malgré les protestations de certains milieux bien intentionnés mais peu réalistes.Si nous accueillons beaucoup de personnes de ces origines, et si en même temps la population ne les accepte pas, la conséquence immédiate est le chômage massif (on a démontré qu\u2019il est 3 fois plus élevé chez les noirs que chez les autres immigrants4), le chômage et la criminalité des jeunes, des phénomènes qui amènent un plus fort racisme.Nous ne pouvons pas agir comme si les Québécois étaient des anges, pour ensuite les blâmer devant le malaise social croissant.La survie de notre groupe national est liée à notre immigration.Mais elle l\u2019est d\u2019une façon ambiguë, si nous ne sommes pas parfaitement clairs sur l\u2019option linguistique et culturelle des immigrants.Nous croyons donc que l\u2019option francophone de tous doit être assurée par des institutions appropriées.Nous croyons également qu\u2019une politique de convergence culturelle est préférable au multiculturalisme de la libre compétition tel que préconisé depuis plusieurs années par le gouvernement fédéral.Dans ces conditions, nous croyons qu\u2019un niveau beaucoup plus élevé d\u2019immigration est possible et souhaitable et nous exprimons les recommandations ci-jointes.Recommandations 1.Nous recommandons une augmentation de 5 000 immigrants par année à partir de 1988.Cependant, si les conditions que nous exprimons dans ce mémoire étaient remplies, nous recommandons de doubler ce chiffre.4.Commission Abella UNE POLITIQUE DE CONVERGENCE CULTURELLE 125 2.\tNous recommandons une réaffirmation de la politique de convergence culturelle et du contenu de la Loi 101, en ce qui regarde les immigrants et les réfugiés.3.\tNous recommandons une étude rigoureuse sur l\u2019emploi et le chômage des minorités visibles, afin de déterminer la proportion maximum compatible avec la réalité québécoise et surtout montréalaise.4.\tNous recommandons une étude de toutes les possibilités de régionalisation de l\u2019immigration (emploi, syndicalisation, prime à l\u2019éloignement, etc.).5.\tNous recommandons que l\u2019information du public québécois concernant les données réelles de l\u2019immigration (chômage, usage des services sociaux, scolarisation, logement, criminalité, immigration suivie de départs pour d\u2019autres provinces), soit améliorée plutôt que remplacée par de la publicité unilatérale et intéressée.6.\tNous recommandons que la gérance de l\u2019immigration au Québec (cadres supérieurs du Ministère, conseil de l\u2019Immigration, etc.) soit assurée de façon plus équilibrée à la fois par des citoyens et citoyennes de vieille tradition et des immigrants.7.\tNous recommandons de ne pas faire porter à l\u2019immigration toute l\u2019espérance de solution à nos problèmes démographiques.Une politique nataliste doit aussi être développée.8.\tNous recommandons de planifier à plus long terme, sur une période de trois ans, la détermination des quotas d\u2019immigration; 9.\tNous recommandons que le gouvernement trouve le moyen approprié de consulter les citoyens sur l\u2019ensemble de la question de l\u2019immigration (programme électoral, livre vert). 126 L\u2019ACTION NATIONALE Le père Harvey clarifie sa position Bien des gens m\u2019ont demandé, depuis quinze jours, ce qui a bien pu pousser le vieil ami des nouveaux Québécois que je suis à présenter à la Commission parlementaire sur la culture un mémoire plutôt sévère, auquel les médias ont donné une large publicité.Plusieurs m\u2019ont bien compris, d\u2019autres mal.C\u2019est ce qui m\u2019incite à reformuler ma position, pour que la base de la discussion soit le plus possible clarifiée.D\u2019abord, pourquoi être intervenu et pourquoi à ce moment-ci?C\u2019est que, depuis bientôt dix ans, mon travail m\u2019a mis en contact avec ce dossier, qui me paraît l\u2019un des plus importants pour le présent et l\u2019avenir du Québec.Et que la question posée dans l\u2019invitation adressée par la Commission parlementaire, «sur le niveau d\u2019immigration pour les années 1988 et 1989, en tenant compte des besoins démographiques, économiques et socio-culturels du Québec», indique que nous sommes à un point tournant où des décisions politiques importantes doivent être prises.Ce que j\u2019ai voulu recommander, et qui est d\u2019abord contenu dans le mémoire écrit, plus que dans les commentaires verbaux et dans les réponses aux questions des commissaires, c\u2019est en bref ceci: je suis entièrement favorable à une augmentation importante de l\u2019immigration au Québec, et à une immigration continue, mais à condition qu\u2019on se soucie des malaises qui divisent la population et qui seront inévitablement aggravés si on augmente l\u2019immigration sans en tenir sérieusement compte.Car il est trop simpliste d\u2019expliquer par l\u2019ethnocentrisme ou même par le racisme les réticences d\u2019une partie importante des Québécois.J\u2019ai sélectionné sept points névralgiques, que j\u2019ai décrits brièvement, pour ensuite les associer à des recommandations.Je les énumère rapidement, quitte à ajouter plus loin des nuances auxquelles le débat m\u2019a rendu plus sensible.1.Éviter de faire que l\u2019immigration accrue défavorise les pauvres en entretenant le chômage.Recommandation: adopter une politique de haut emploi, sinon de plein emploi. UNE POLITIQUE DE CONVERGENCE CULTURELLE 127 2.\tTrouver une solution au chômage plus élevé de certaines minorités visibles.Recommandation: adopter une politique de discrimination positive.3.\tDans l\u2019acceptation des immigrants investisseurs et entrepreneurs, encourager ceux qui apportent des initiatives nouvelles, au lieu de se présenter comme compétiteurs des entreprises déjà existantes.Recommandation: chercher d\u2019abord les personnes qui apportent des idées nouvelles.4.\tTrouver une solution à la concentration de la presque totalité des immigrants à Montréal.Recommandation: favoriser la création d\u2019emplois dans les régions.5.\tÉviter qu\u2019une part importante des personnes immigrant au Québec quittent peu après en direction d\u2019autres provinces ou des États-Unis.Recommandation: étudier davantage les raisons de ces départs, réclamer une garantie de séjour jusqu\u2019à la citoyenneté.6.\tNe pas faire reposer entièrement sur l\u2019immigration la solution de notre problème démographique.Recommandation: élaborer une politique de la famille en même temps que de l\u2019immigration.7.\tRéduire le plus possible le malaise provenant de la crainte de voir disparaître la culture québécoise et même la langue française.Recommandation: affirmer la réalité de la culture québécoise, tout importante et en évolution qu\u2019elle soit, à l\u2019école et ailleurs; rendre plus difficile l\u2019administration des personnes appartenant à des groupes qui jusqu\u2019ici forment des enclaves séparées; préférer une politique de convergence culturelle à une politique du multiculturalisme.Ce sont les points 1 et 7 qui semblent faire le plus de difficulté.Ils sont posés là pour discussion.Ayant employé, pour la corriger considérablement, la vieille expression québécoise de «voleurs de jobs», je suis désolé qu\u2019on m\u2019ait cité sans les corrections apportées.Désolé aussi, alors que j\u2019avais cité des exemples concrets de communautés culturelles en parlant du chômage élevé, de ce qu\u2019on ait transformé mes exemples en accusations et, ce qui est plus grave, de ce qu\u2019on m\u2019ait attribué une liste de groupes inassimilables ou indésirables. 128 L\u2019ACTION NATIONALE J\u2019aurais sans doute été plus complet si j\u2019avais ajouté une observation, suivie d\u2019une recommandation, sur la réalité d\u2019une certaine xénophobie chez la population québécoise, qui n\u2019est que très rarement du racisme, mais qui rend froid l\u2019accueil et plus difficile l\u2019intégration (je n\u2019ai jamais parlé d\u2019assimilation).Je rappelle que j\u2019ai parlé de l\u2019école comme du lieu indispensable de notre avenir et de notre devenir culturel; et j\u2019ai aussi souligné la nécessité de l\u2019éducation interculturelle des adultes.Je maintiens ma recommandation sur la convergence culturelle au lieu du multiculturalisme préconisé par Ottawa depuis 1971.À mon avis, multiculturalisme + chômage élevé, enclaves isolées.Et juxtaposition d\u2019enclaves isolées égale échec de la société qe nous voulons former avec les immigrants.Car le multiculturalisme pur, sans convergence et sans effort d\u2019harmonie vers la culture québécoise déjà là, ne peut que défavoriser les immigrants, en les isolant et en réduisant leurs chances sur le marché du travail.Quant à certains traits de la culture québécoise que j\u2019ai cités en réponse à des questions, ils n\u2019étaient que des exemples de points de tension qui font naître l\u2019hostilité réciproque.Il est dommage que certain les aient montés en épingle.Et, bien sûr, je rappelle que j\u2019ai insisté pour que l\u2019accueil des réfugiés soit toujours considéré comme un devoir sacré d\u2019humanité, quelles que soient nos politiques concernant les immigrants.Je suis bien conscient d\u2019avoir abordé là des questions difficiles, d\u2019avoir proposé des solutions qu\u2019on peut discuter, d\u2019avoir des options sur l\u2019avenir du Québec que tous ne sont pas obligés de partager.Mais je ne vois pas pourquoi des questions aussi importantes devraient être passées sous silence dans une démocratie.Et je ne vois pas non plus pourquoi mon engagement religieux m\u2019interdirait de soulever ces questions.Je crois avoir prouvé par des actes que j\u2019ai le cœur ouvert à nos nouveaux frères et sœurs québécois; mais cela ne peut me dispenser d\u2019avoir une pensée politique qui recherche les exigences du moindre mal social, à défaut de la société idéale de demain dont nous rêvons tous. MESSAGE  DES STAGIAIRES AFRICAINS 129 Message à des stagiaires africains par DELMAS LÉVESQUE Note de la rédaction Afin de bien faire connaître le milieu où se déroulerait leur séjour, Delmas Lévesque, professeur à l\u2019École des Hautes Études commerciales, prononça l\u2019exposé dont nous reproduisons le texte, devant un groupe de stagiaires africains à leur arrivée aux HEC.Introduction Vous tombez bien! Vous débarquez, en effet, au moment où le pays est engagé dans une double négociation, l\u2019une intérieure, entre les composantes de la Fédération, l\u2019autre, extérieure, entre la Fédération et sa voisine immédiate.Les accords, dits du lac Meech, dont les journaux font état ces temps-ci, illustrent la négociation constitutionnelle intérieure, la «nième».L\u2019autre négociation, celle du libre-échange, a trait à nos rapports économiques avec nos puissants voisins.C\u2019est dans la coulisse du pays, pour ainsi dire, que se déroulera votre séjour.Coordonnées du pays Vagues successives de colonisation et d'immigration Il y a trois ans, à l\u2019occasion du 450e anniversaire du premier voyage du navigateur malouin, Jacques Cartier, découvreur du Canada, le chef huron Max Gros-Louis a déclaré qu\u2019il ne s\u2019agissait là que d\u2019un touriste.Eh bien, ce touriste, ni le premier (qu\u2019on pense au viking Éric le Rouge, quelque part en l\u2019an mille), ni le dernier (que l\u2019on songe aux millions d\u2019autres qui allaient suivre au cours des siècles), amorçait, à ce bout-ci du continent, la grande osmose euraméricaine, phénomène sans équivalent dans le monde, comme sans invitation des autochtones, lesquels avaient connu leurs vagues migratoires quelques 130 L\u2019ACTION NATIONALE «Pays sans bon sens» L\u2019immensité du pays, un demi-continent, a toujours contrasté avec le nombre infime de sa population.Un flottement qui se compare à celui des troupeaux de bisons, errant dans les plaines de l\u2019Ouest.Et encore, la comparaison risque de ne pas tourner à notre avantage, au strict plan numérique.L\u2019isolement, partagé d\u2019ailleurs avec les autochtones, est vite devenu la denrée quotidienne de ces perdus de l\u2019espace.Sans révolution aucune Il n\u2019y a pas eu ici de révolution, au sens propre du terme.Pas de révolution française, ni de révolution anglaise; pas même de révolution américaine, soit à la George Washington, soit à la Simon Bolivar.Des révoltes, oui, des insurrections, à la rigueur: des révolutions, non.Oh! si, il y en a eu une en 1960, au Québec, mais elle a été plutôt «tranquille»! Pays de compromis Tout se règle finalement en un compromis si boiteux, si insatisfaisant que le mot compromission conviendrait davantage.Aussitôt signé, l\u2019accord tourne au désaccord.Et l\u2019on recommence.À témoin, l\u2019accord-désaccord du lac Meech, présentement en cours.De sorte que les négociations constitutionnelles «constituent», bien avant et probablement bien après le hockey, notre sport national.Pays de l\u2019ambiguïté Sport, dont on tient loin les citoyens.Au mieux admis comme spectateurs.Une monarchie, toute constitutionnelle qu\u2019elle soit! Sport national?Certainement pas au sens d\u2019une souveraineté populaire.Au fait, de quelle nation s\u2019agit-il?Les autochtones, admis récemment à la pratique de ce sport, ont appris, ce que les Francophones savaient depuis longtemps, que la définition même de nation constitue, selon les règles du meneur anglophone, l\u2019enjeu même de la négociation.Le ballon-nation se promène des Anglophones, qui essaient de faire prévaloir leur concept d\u2019État-nation (lequel recèle leur nation-État) aux Francophones qui, disposant d\u2019un embryon de nation-État, revendiquent le statut d\u2019État-nation (en raison de leur rôle de peuple fondateur), repris au bond par les autochtones, dont la tentative de se faire reconnaître un statut de souveraineté, en MESSAGE À DES STAGIAIRES AFRICAINS 131 tant que premières nations, se heurte au jeu déjà compliqué des vieilles rivalités anglo-françaises.Certaines expressions servent d\u2019illustration.La constitution de 1867 (appelée Confédération, alors qu\u2019en réalité il s\u2019agit d\u2019une Fédération) a été interprétée par les Francophones comme un pacte entre deux nations, tandis que chez les Anglophones a prévalu la conception du «One Canada» et de la «réserve québécoise».Depuis quelque temps, on essaie d\u2019accréditer l\u2019idée de «communauté des communautés» et/ou de «société des minorités».Les Francophones parlent du «gouvernement fédéral», alors que les Anglophones renvoient à celui-ci comme à leur «national government».Le fait est que le tiers au moins des Anglophones n\u2019a d\u2019anglophone que le nom.Les «WASP»' sont effectivement une minorité, déclinante de surcroît.Mais les Francophones n\u2019ont pas beaucoup meilleure mine, au même plan, ayant du mal à attirer les Allophones dans leurs rangs.La question de la dualité canadienne (Anglophone-Francophone) donne du mou aux autochtones, mais tourne, par ailleurs, à l\u2019imbroglio, quand elle se complique des querelles du biculturalisme c.le multiculturalisme.Un pays dépendant Ce pays, à deux drapeaux, dix provinces et quelques territoires, ne peut se passer de métropole, semble-t-il.De colonie française sous «Sa Majesté, très chrétienne», il est passé, par Proclamation royale toujours, sous régime britannique, en 1763.Quant à la Constitution de 1867, qui nous régit toujours, et qui devait mettre fin au rapport vainqueur-vaincu, elle n\u2019est qu\u2019une simple loi du Parlement britannique! Compromis s\u2019il en est, l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique permettait entre autres choses, par le regroupement des colonies, d\u2019élargir l\u2019assiette territoriale et de refinancer la dette, à la satisfaction des bailleurs de fonds britanniques, tout en assurant aux Francophones du Bas-Canada une certaine autonomie dans l\u2019administration de leurs affaires locales.Au niveau géo-politique, l\u2019Acte, en plus de consolider les colonies, consacrait la fracture anglo- 1.Sigle désignant les «White Anglo-Saxon Protestants». 132 L\u2019ACTION NATIONALE saxonne, issue de la révolution américaine, en encourageant les expansionnismes parallèles dont la police montée et le cow-boy sont les incarnations symboliques les plus connues.Le rapatriement, en 1982, de la Constitution de 1867, avec la reine Élisabeth II pour prime, trahit le problème d\u2019identité du Canada moderne, devenu a mari usque ad mare2.Sir John A.Macdonald, père présumé de la Confédération de 1867, ne disait-il pas: «On ne peut être indépendant.Ou bien on appartient au système britannique, ou bien on appartient au système américain.» Quelques années plus tard, soit en 1879, par sa «national policy», il posait le premier jalon de notre intégration à l\u2019ensemble américain.De «réciprocité» en «protectionnisme», nous aboutissons au «libre-échange» d\u2019aujourd\u2019hui.Alors que notre commerce se fait aux trois quarts avec les Américains, nous sommes en train de négocier une intégration plus grande encore.L\u2019assertion invoquée, voulant que le Canada soit le seul pays industrialisé, ne comptant qu\u2019un marché de vingt-cinq millions d\u2019habitants, assertion justifiant la négociation; sa contrepartie veut, par ailleurs, que nulle part dans le monde, deux pays industrialisés soient si intimement (et si inégalement.) interreliés par leurs économies respectives.Il existe un mouvement pour l\u2019indépendance du Canada.Quand on demande à un Anglophone ce qui distingue le Canada des États-Unis, il répond «The Queen, the Parliament.» Puis, quelque peu hésitant, il ajoute: «.and we have Quebec!» Le fait est que nous fournissons au Canada l\u2019essentiel de ses éléments vraiment distinctifs (v.g., l\u2019hymne national.), nous à qui l\u2019on marchande, avec parcimonie, le caractère de «société distincte».un historien du Canada anglais va même jusqu\u2019à dire que, sous ce rapport de l\u2019identité, les Canadiens-Anglais détestent, dans leur for intérieur, les Américains, plus que Dieu lui-même.Une pareille hostilité rentrée recèle, à n\u2019en pas douter, une source problématique d\u2019identité.Au pays du Québec ou le «presquisme» québécois Si on demande à un Québécois: «Comment ça va?», il répond: «Pas pire».Si on lui dit: «Ça va?», il répond: «Pas 2.Littéralement, «d\u2019un océan à l\u2019autre». MESSAGE A DES STAGIAIRES AFRICAINS 133 mal».Une culture chaude, au contact avec son entourage, a fini par se refroidir.Ou plutôt, elle s\u2019est donnée une carapace, un tantinet flegmatique.Nous ne sommes pas insulaires, à l\u2019instar de ceux qui prétendent que le continent s\u2019isole quand s\u2019embrume la Manche.Mais nous sommes devenus presque-insulaires, à l\u2019image de notre presqu\u2019île de territoire.Ce qui convient plutôt à notre titre de normand qui dit clairement ni oui, ni non ou plutôt les deux à la fois, «pt\u2019êt ben qu\u2019oui, pt\u2019êt ben qu\u2019non», comme le veut l\u2019expression consacrée.Ou «la ceinture et les bretelles» de voter oui à l\u2019ensemble canadien, aux élections fédérales et non, en sens inverse, aux élections provinciales.Nous sommes presque européens, presque américains, presque canadiens.Une certaine théorie de la plage, où l\u2019on retrouve des espèces ni de la mer, ni de la forêt, mais des deux à la fois, nous conviendrait plutôt.Le climat québécois, ni franchement maritime, ni franchement continental, mais participant des deux, a fini par nous marquer.Une terre de lacs, de fleuves et de rivières.Une terre d\u2019eau, quoi! N\u2019avons-nous pas des «voitures d\u2019eau»., selon la trouvaille de l\u2019un de nos cinéastes?Normalisation «De Gaulle au Québec, Mitterand au Canada» titre le journal La Presse, pour exprimer toute la différence entre le voyage présidentiel de 1967 et celui de 1987.Il n\u2019y aura pas cette année de «Vive le Québec libre», à Montréal, mais un genre de «long live Uranium City», quelque part en Saskatchewan.«Les vertus se perdent dans l\u2019intérêt, comme les fleuves dans la mer» disait, il y a quelques siècles déjà, La Rochefoucault.Il faut dire, à notre visite de cette année, qu\u2019elle débarque en pleine opération de normalisation, pour ne pas dire de pacification.Le «chemin du Roy» se mue en «Queen\u2019s road».Après la rébellion des Patriotes de 1837-38, le Grand Inquisiteur, Lord Durham, nous avait prescrit l\u2019Acte d\u2019Union (1840), par lequel, pour la première fois, nous étions minorisés.Ce premier Acte fut complété par celui de 1867, qui nous a marginalisés.En 1982, on nous a passé la camisole de force, sans notre consentement.Cette fois, on veut que ce soit avec notre consentement.Cela ressemble, à s\u2019y méprendre, à un enterrement! Comment en sommes-nous venus là? 134 L\u2019ACTION NATIONALE Modernisation L\u2019opération normalisation fut précédée, il est vrai, d\u2019une vaste et profonde opération de modernisation.Par la magie de cette opération, une population franco-catholique de souche a muté en une population déchristianisée, culturellement déracinée, dont l\u2019identité ne tient plus qu\u2019au fil d\u2019une francité, attaché à une loi, laquelle est accrochée au ciel de lit d\u2019une «Cour d\u2019étrangeté»3.Les réformateurs de 1960 se sont trompés, pour autant qu\u2019ils ne voulaient provoquer que la débâcle des glaces.Ils ont plutôt déclenché la débâcle de la terre.C\u2019est ce qui arrive, quand au pays des «mesures de neige» on joue aux «mesures de guerre».en temps de paix.Ont pu ainsi voter, en \u201980, tous ceux et celles qui n\u2019y comprenaient rien ou qui encore comprenaient trop bien: «Tirez les premiers, messieurs les Anglais».Confédération (bis) «Avancez en arrière, s\u2019il vous plaît» entend-on dans les autobus de Montréal.On ne fait que ça, malgré (ou à cause de) toutes les modernisations, sous forme de sécularisation et de rationalisation.Si, à la fin du XIXe siècle, l\u2019exode de «la grande saignée» faillit vider la Nouvelle-France dans la Nouvelle-Angleterre, la fin du présent siècle pourrait bien assister à notre implosion dans la dénatalité, l\u2019américanité et la relativité (culturelle).Au moment même où nous voguons la galère entrepreneuriale, en pleine euphorie hédoniste.YUPPIE!!! «La langue gardienne de la foi»: n\u2019était-ce pas plutôt «la foi gardienne de la langue»?Conclusion La mesure de notre situation ne se prend qu\u2019avec le temps.utopique.Notre nom, c\u2019est précarité.Au commencement, en effet, nous n\u2019étions que 10 000.Le même nombre que l\u2019armée de Xénophon dans VAnabase.Plutôt qu\u2019un corps d\u2019armée, dans notre cas, il s\u2019agissait d\u2019un contingent d\u2019immigrants, non sur dix 3.C\u2019est notre façon à nous de désigner la Cour Suprême du Canada, tribunal de dernière instance, dans tout litige, notamment constitutionnel, et dont le rôle, dans l\u2019équilibre anglophone-francophone du pays, est de toujours, selon l\u2019expression d\u2019un ancien premier ministre du Québec, pencher du même côté, à l\u2019instar d\u2019une célèbre tour. MESSAGE A DES STAGIAIRES AFRICAINS 135 ans, mais sur près de trois siècles.Ce contingent a fondé le «diocèse de l\u2019Amérique», peuplé aujourd\u2019hui de 20 millions de ses descendants francophones.Ceux qui nous prétendent isolés avouent de ce fait notre identité, sur un continent que nous avons marqué de notre différence.Ce qu\u2019elle dérange, cette différence! L\u2019envie de celle-ci nous a valu tour à tour, parfois tout à la fois, domination, dispersion, coca-colonisation.Oui, le mythe de notre isolement a la vie dure, que ce soit au temps du Canada français missionnaire ou à celui, présentement, du Québec international.De «résidu de colonisation»4, en «folk society»5; de minorisation en marginalisation, voire en prolétarisation, nous avons marché d\u2019Empire britannique en Empire américain.D\u2019enfermement en «solution finale»6, à travers les empires qui fatalement, un jour, «empirent», nous avons progressé, de culture en société; notre âme s\u2019est incarnée.Aux accusations de racisme (provenant des Anglophones, il faut bien le dire), quand nous ne voulions que prendre notre juste place, dans «ce pays qui n\u2019est pas un pays, mais l\u2019hiver», nous avons opposé: «Gens du pays, c\u2019est notre tour de nous laisser parler d\u2019amour.» Et à la ronde des «humains qui sont de ma race» nous avons chanté: «Quand les hommes vivront d\u2019amour.».Voilà la mesure de la «fermeture» de notre relation aux autres.7 8 Nous nous y connaissons dans «l\u2019art de l\u2019impossible»6, mettant à profit, pour construire notre nid, la plus petite fissure comme la moindre brindille.À tous les peuples prolétaires, nous pouvons dire: les conditions d\u2019oppression sont, paradoxalement, des conditions d\u2019accumulation d\u2019énergie.Tel est peut-être le secret de ces fragilités qui durent.Mon frère, le métis Louis Riel, est immortel! 4.\tSelon l\u2019expression de Lord Durham, à laquelle nous avons déjà renvoyé.5.\tL\u2019expression «folks society» nous vient des sociologues de l\u2019École de Chicago, pour désigner cette «étrange» culture francophone du Canada.6.\tLa recommandation de Lord Durham de nous noyer dans une mer anglaise équivalait à ce qu'on appelle aujourd\u2019hui un génocide.7.\tCes expressions poétiques ne sont pas de notre cru, mais de celui des chansonniers nationaux que sont Gilles Vigneault et Raymond Lévesque.8.\tTitre d'un récent ouvrage de Claude Morin. 136 L\u2019ACTION NATIONALE «La France a le devoir de vous aider.Il y a longtemps qu \u2019elle vous doit quelque chose.Eh bien, la France va vous le rendre ce qu \u2019elle vous doit.» Charles de Gaulle, Berthier, le 24 juillet 1967.«Vive le Québec libre», vingt ans après par GILLES RHÉAUME Montréal, ce 24 juillet 1967, sur le balcon de l\u2019Hôtel de ville, le président de la République française, devant une foule enthousiaste de quinze mille personnes, reprend à son compte le cri de ralliement des indépendantistes: «Vive le Québec libre.» Jamais quelques mots de français n\u2019auront suscité autant de réactions en Amérique du Nord.Ce jour-là, grâce au prestige et à la prestance indiscutables du général, le problème du Québec s\u2019est internationalisé.Aujourd\u2019hui, en ce vingtième anniversaire, le Québec n\u2019est toujours qu\u2019une province plus que jamais comme les autres.Toutefois, les indépendantistes se souviennent de la contribution éminemment courageuse de Charles de Gaulle à la marche de notre peuple vers son émancipation nationale.Vingt ans ont passé.Le peuple, ragaillardi par cet appui, s\u2019est délibérément engagé dans une démarche de libération qui le conduisit au quinze novembre 1976, alors que le Parti québécois a été porté au pouvoir.Cette époque trépidante a été celle du réveil, de la prise de conscience et de l\u2019engagement.La conviction de la nécessité de l\u2019indépendance s\u2019est répandue dans tous les milieux.Les manifestations populaires réunirent des millions d\u2019individus.Un vent de printemps souffla sur les bords du Saint-Laurent.Inquiet, le Canada anglais a tout fait pour enrayer la montée de l\u2019indépendantisme.L\u2019ascension de Pierre Elliott-Trudeau avec sa francophonie tout comme l\u2019adoption, en 1970, de la loi des mesures de guerre et l\u2019envoi de forces armées dans nos rues en sont des exemples parmi d\u2019autres.Malgré cela, l\u2019idée du «Québec libre» a fait son chemin, réunissant autour d\u2019elle de plus en plus d\u2019adeptes.Durant ce temps, le Parti québécois de René Lévesque oeuvre sur la scène électorale.Et l\u2019étapisme vint mêler les cartes.Cette conception erronée de l\u2019action politique, VIVE LE QUÉBEC LIBRE», VINGT ANS APRÈS 137 qui place la prise du pouvoir au-dessus de toute autre considération, est venue enivrer la direction péquiste, reléguant aux oubliettes le projet indépendantiste.L\u2019introduction d\u2019un référendum sur la question de la contradictoire «souveraineté-association», avec insistance sur le trait d\u2019union, a ouvert la porte de l\u2019intrusion d\u2019Ottawa dans le processus d\u2019autodétermination.En 1980, une longue et tortueuse question est soumise à la population.En menaçant les plus démunis, en prédisant des lendemains apocalyptiques à une victoire du OUI, le Canada anglais, encore une fois, a fait des siennes pour maintenir son «protectorat».En dépit de ces campagnes de la peur, la moitié des Francophones répondit affirmativement à la fameuse question.Curieusement, très curieusement, les résultats référendaires furent interprétés comme un échec insurmontable par le Parti québécois.À telle enseigne que son chef lui-même proposa, au nom d\u2019un prétendu réalisme, à son gouvernement, à sa formation politique et au peuple, une vision fédéraliste de l\u2019avenir.Celui qui pendant plus de quinze ans a été perçu comme le fer de lance du mouvement indépendantiste a fait ouvertement campagne pour reporter, selon ses propres termes, l\u2019indépendance «aux calendes grecques».Naturellement, les amis du Québec, dont la France, se sont interrogés.Le départ de René Lévesque et son remplacement à la tête du P.Q.ont été suivis par une singulière défection.Son successeur à la présidence péquiste considère désormais l\u2019indépendance comme «l\u2019horizon des peuples».Quoi ajouter à cette aberration, sinon qu\u2019il n\u2019y a rien de plus insaisissable que l\u2019horizon?Voilà où nous en sommes.Cependant, la lutte indépendantiste doit continuer.Le Québec demeure le parent pauvre du pays artificiel qu\u2019est la Confédération.La libération de notre peuple est nécessaire plus que jamais.Présentement, les gouvernements d\u2019Ottawa et de Québec ont déclenché l\u2019exercice de réintégration du Québec dans une constitution étrangère où ses droits les plus élémentaires sont totalement bafoués.En se remémorant la visite du général de Gaulle, les indépendantistes tentent de ramener la problématique nationale à l\u2019essentiel.Il faut absolument quitter ce régime qui ne correspond en rien à notre identité.Comme tous les autres peuples, nous avons besoin d\u2019un pays moderne à la mesure de notre différence, un pays qui reflétera notre identité.Dans un siècle à peine, selon des prévisions 138 L\u2019ACTION NATIONALE démographiques, les Francophones ne constitueront plus que douze pour cent de la population du Québec.Depuis que la Nouvelle-France, ce vrai Canada, a été cédé à l\u2019Angleterre en 1763, notre pays est occupé politiquement, économiquement et culturellement.Nos ressortissants sont disséminés un peu partout à la grandeur du continent.En dehors du Québec, la majorité des Francophones d\u2019origine ignorent même le français.À l\u2019intérieur, la minorisation s\u2019amplifie.Les mesures législatives pour maintenir et développer l\u2019usage du français sont jugées invalides par les tribunaux tous contrôlés par Ottawa.La Loi 101 proposée par le docteur Camille Laurin et adoptée démocratiquement par l\u2019Assemblée nationale est à toutes fins pratiques inopérante.Le Canada Bill, cette nouvelle constitution, a été spécialement conçu pour contrer toute autre législation voulant faire du Québec un territoire français.Tous les jours, des milliers d\u2019individus sont victimes de discrimination uniquement parce qu\u2019ils parlent français.Ce qui nous tient lieu de dirigeants politiques niera cette affirmation.Il suffira aux sceptiques de visiter le Québec pour constater combien il est facile dans cette «province de Québec» de vivre, de s\u2019amuser, de travailler, de transiger, d\u2019étudier, d\u2019être diplômé universitaire sans connaître un seul mot de français.Une confusion règne chez les Francophones.Plusieurs subissent cette situation en la croyant normale.Nous sommes colonisés et seule l\u2019indépendance nous débarrassera des frustrations accumulées au fil des ans.Nous voulons profiter de ce jour anniversaire pour lancer un appel à la France.Nous en appelons à sa conscience et à son honneur.La France d\u2019hier, celle du général, était sensible à notre réalité.Nous osons espérer que celle d\u2019aujourd\u2019hui sera fidèle à un engagement formel du président de la République qui a été aussi son libérateur.Au-delà des contraintes diplomatiques et politiques, la vieille France doit être notre alliée.Il en va de son intérêt premier.Comment la France peut-elle prétendre jouer pleinement son rôle de tête de pont de la francophonie si, par son silence et sa complaisance, elle venait à se faire la complice de structures e de gouvernements qui constamment briment le Québec dans son développement?La France ne doit pas, à notre avis, s\u2019acoquiner avec des adversaires connus du fait français.Nous comprenons les exigences des règles internationales.Mais nous ne comprendrons jamais que cette France que nous VIVE LE QUÉBEC LIBRE», VINGT ANS APRÈS 139 chérissons et de laquelle nous avons été et dont en quelque sorte nous sommes toujours, travaille contre nous en encensant des initiatives qui, de toutes façons, nuisent à ses intérêts politiques et économiques.Les peuples de France et du Québec participent à une même entreprise, celle de la francité.Quelquefois, ils nous arrivent, il faut bien l\u2019avouer, non pas de douter, mais de nous inquiéter sérieusement de l\u2019attitude de certains éléments de la classe dirigeante française.Il faut, et cela revient aux autorités françaises, dissiper toute ambiguïté dans ce dossier.La venue du premier ministre Chirac est attendue afin de clarifier les intentions de la France.Dans quelques semaines, se tiendra à Québec le deuxième sommet de la francophonie qui réunira des chefs d\u2019États et de gouvernements du monde entier.Cette occasion privilégiée de concertation entre les peuples de la francophonie doit aussi servir à diffuser, à internationaliser le problème québécois.Au-delà des cérémonies protocolaires, les représentants de la France devront être attentifs à notre conjoncture et bien saisir l\u2019ensemble d\u2019une situation précaire sous bien des aspects.Les indépendantistes entendent bien faire entendre leur point de vue.En ce sens, en tant que militant de la francophonie, actuellement chef du Parti indépendantiste, j\u2019ai demandé au premier ministre français de bien vouloir écouter la version de celles et de ceux qui militent pour l\u2019érection d\u2019une République française en Amérique du nord et de ne pas se fier uniquement aux prétentions de nos politiciens en place.Nous espérons toujours que cette rencontre sera possible.Le général de Gaulle s\u2019est engagé au nom de la France à soutenir la volonté du Québec de s\u2019assumer pleinement.Nous avons cru en sa parole et nous y croyons toujours.Par-dessus les questions de politique intérieure française, nous comptons sur le peuple de France pour rappeler à ses dirigeants politiques leurs responsabilités dans le dossier du Québec.Nous rendons hommage à Charles de Gaulle pour avoir compris notre situation sans craindre les conséquences de sa lucidité.Bien sûr, c\u2019est ici, chez nous, que la lutte doit se mener.Cependant, une France hésitante se nuirait à elle-même.La clarté gaullienne doit inspirer les prises de position des représentants du peuple français. 140 L\u2019ACTION NATIONALE Non au libre-échange par LA COALITION QUÉBÉCOISE D\u2019OPPOSITION AU LIBRE-ÉCHANGE Depuis le 18 mars 1985 et la signature entre le Premier ministre Mulroney et le président Reagan de l\u2019accord de Québec ouvrant la voie à des négociations, le projet d\u2019un libre-échange total entre le Canada et les États-Unis semble être devenu le principal objectif du gouvernement fédéral.L\u2019UPA, la FTQ, la CSN et la CEQ tiennent à exprimer leur opposition farouche à ce projet de libre-échange (qu\u2019on dissimule souvent sous les vocables de «libéralisation des échanges» ou «d\u2019échanges améliorés»).Les quatre centrales québécoises prennent cette position après avoir entrepris, séparément puis conjointement, une réflexion sur l\u2019impact du libre-échange sur les secteurs qu\u2019elles représentent.Elles en concluent qu\u2019il aurait des conséquences désastreuses sur le niveau d\u2019emploi, sur de nombreux programmes économiques et sociaux, ainsi que sur l\u2019identité culturelle du Québec et du Canada.Nous insistons sur le danger que représentent ces négociations pour notre avenir collectif.Nous rappelons que le gouvernement canadien n\u2019a jamais reçu aucun mandat populaire pour les entamer.C\u2019est pourquoi nous lançons un appel à toutes les organisations et individus qui partagent nos préoccupations afin qu\u2019ils se joignent au mouvement et fassent connaître l\u2019opposition des Québécoises et des Québécois au projet de libre-échange.Nous sommes conscients de l\u2019importance des échanges économiques internationaux.Notre économie tire une grande partie de son activité et des centaines de milliers d\u2019emplois du commerce international, plus particulièrement du commerce avec les États-Unis.Il faut non seulement maintenir les échanges avec l\u2019étranger, mais aussi les accroître.Toutefois, ce n\u2019est pas une entente de libre-échange avec les États-Unis qui pourra assumer NON AU LIBRE-ÉCHANGE 141 un développement économique stable et la création d\u2019emplois permanents au Canada.Le libre-échange provoquerait des bouleversements importants dans notre structure économique.Il affaiblirait en particulier certaines des industries canadiennes et québécoises les plus génératrices d\u2019emplois.De plus, un accord de libre-échange forcerait le Canada et les provinces à diluer ou à carrément abandonner des interventions et des programmes gouvernementaux déterminants pour notre mode de vie: assurance-maladie, assurance-chômage, santé et sécurité au travail, politiques de développement régional, politiques de stabilisation et de développement de l\u2019agriculture et des pêcheries, politiques culturelles, etc.Le libre-échange, un concept élastique Un libre-échange global, ce serait l\u2019élimination de toutes les mesures qui entravent la libre circulation de biens et de services entre deux ou plusieurs pays.Ces mesures comprennent à la fois les barrières tarifaires et non tarifaires.Des droits (tarifs) de douane sont imposés sur certains produits importés afin de protéger les producteurs canadiens.De la même manière, un certain nombre de produits canadiens exportés sont assujettis aux droits de douane par le pays importateur.Les partisans du libre-échange prétendent qu\u2019il ne faut pas s\u2019alarmer de la disparition des barrières tarifaires, puisqu\u2019elles ne s\u2019appliquent plus aujourd\u2019hui qu\u2019à un nombre restreint de produits.Une telle affirmation fait abstraction de leur importance relative beaucoup plus grande au Canada qu\u2019aux États-Unis.En effet, le Canada applique des tarifs sur 35% des importations provenant des États-Unis, alors que ces derniers n\u2019en imposent que sur 20% de leurs importations canadiennes.Le tarif appliqué par le Canada est d\u2019environ 10% de la valeur du produit, soit le double de celui appliqué par les États-Unis.La raison de cette protection plus élevée au Canada est très simple: le Canada importe des États-Unis surtout des biens manufacturés sur lesquels les deux pays appliquent des barrières tarifaires, alors qu\u2019il exporte aux États-Unis beaucoup de matières premières ou semi-transformées sur lesquelles peu ou pas de droits de douane existent.En conséquence, si une entente de 142 L\u2019ACTION NATIONALE libre-échange éliminait les barrières tarifaires, le Canada concéderait beaucoup plus que son voisin du Sud.Les barrières non tarifaires sont multiples.D\u2019ailleurs, les négociateurs américains en allongent la liste de semaine en semaine.On peut en identifier au moins cinq catégories distinctes: \u2022\tles politiques d\u2019achat préférentielles des gouvernements et des institutions publiques en vertu desquelles les fournisseurs locaux sont favorisés; \u2022\tles quotas ou contingentements d\u2019importation sur des produits comme les textiles, les vêtements, les chaussures et certains produits agricoles; \u2022\tles stipulations de localisation, comme par exemple le Pacte de l\u2019automobile qui détermine le pourcentage de production d\u2019automobiles à fabriquer au Canada par les quatre grands américains et leurs filiales canadiennes; \u2022\tdes règlements gouvernementaux qui interdisent ou limitent l\u2019achat d\u2019un produit ou d\u2019un service étranger ou qui en obligent la modification pour qu\u2019il puisse être vendu ici: règlements de contenu canadien, secteurs financiers réservés aux entreprises à propriété canadienne, mesures de protection du consommateur, exigences d\u2019étiquetage, dispositifs de sécurité, etc.; \u2022\ttoute intervention gouvernementale qui pourrait être interprétée par les Américains comme une «concurrence déloyale»: l\u2019assurance-chômage, l\u2019assurance-maladie publique, la stabilisation des revenus agricoles et d\u2019autres programmes gouvernementaux d\u2019appui à ce secteur, les subventions gouvernementales aux régions défavorisées ou aux industries de pointe, etc.Le libre-échange: danger Les tenants du libre-échange soutiennent que l\u2019élimination des barrières non tarifaires avantagerait tant le Canada que les États-Unis.Nous sommes convaincus du contraire.En ce qui concerne par exemple les politiques d\u2019achat préférentielles, il n\u2019est pas assuré que l\u2019accès aux contrats américains, advenant la disparition des «Buy America Acts», compenserait les entreprises québécoises et canadiennes pour la perte de contrats au Québec et au Canada au profit de concurrents américains. NON AU LIBRE-ÉCHANGE 143 Renoncer aux politiques d\u2019achat préférentielles pourrait par surcroît forcer des gouvernements ou des institutions publiques à offrir à la sous-traitance certaines de leurs activités comme l\u2019entretien des écoles ou la gestion des hôpitaux afin de permettre l\u2019accès à des soumissionnaires américains.Quant au contingentement d\u2019importation de produits agricoles, il est acquis que leur disparition entraînerait une instabilité très grande des revenus dans les productions concernées au Canada.Il est probable aussi que leur élimination entraînerait une diminution significative de la production agricole au Canada avec toutes les conséquences qui s\u2019ensuivent.Dans le cas spécifique des produits laitiers, il faut au contraire mettre en place des mesures de protection contre les imitations de produits laitiers qui font fureur aux États-Unis actuellement.En ce qui concerne la réglementation et l\u2019intervention gouvernementales, les désavantages pour le Québec et le Canada d\u2019une entente de libre-échange sont aussi très clairs.Dans plusieurs domaines, les réglementations québécoises et canadiennes sont plus strictes que celles des États-Unis, particulièrement là où les identités culturelles du Québec et du Canada sont en jeu.Ainsi, seul le Canada applique des exigences de contenu domestique dans les médias, comme l\u2019obligation faite aux télédiffuseurs de présenter 60% de programmation canadienne.Les États-Unis, en tant que plus grande puissance du monde, n\u2019ont tout simplement pas besoin d\u2019une telle réglementation, tandis qu\u2019une bonne partie de la production culturelle canadienne et québécoise et des milliers d\u2019emplois en dépendent au Canada.De la même manière, ce n\u2019est qu\u2019au Canada qu\u2019on retrouve des exigences linguistiques dans l\u2019étiquetage.La réduction de ces réglementations représenterait un grave recul pour les Francophones.Du point de vue américain, toute intervention de l\u2019État, au niveau fédéral comme au niveau provincial, qui divergera du modèle américain, peut être considérée comme «une concurrence déloyale» si cette intervention a pour effet de réduire ou de partager différemment les coûts de production par rapport à la situation américaine.Le négociateur américain a soutenu qu\u2019il ne reconnaîtra aucune limite quant à la définition du terme «concurrence déloyale». 144 L\u2019ACTION NATIONALE La réduction ou l\u2019élimination des politiques gouvernementales touchant des industries comme l\u2019agriculture, les pêches et la forêt sont aussi des cibles importantes pour les Américains.C\u2019est le cas aussi des subventions aux industries qui s\u2019établissent dans des régions du Canada à fort taux de chômage.Les Américains ont aussi indiqué que nos programmes sociaux, notamment l\u2019assurance-chômage et l\u2019assurance-maladie, sont négociables parce que ces régimes sont plus étendus au Canada qu\u2019aux États-Unis.Le négociateur américain veut même que soit négocié le prix de l\u2019énergie électrique exportée aux États-Unis par certaines provinces, dont le Québec.De plus, l\u2019équipe de négociation des États-Unis cherche à affaiblir davantage les contrôles canadiens sur les investissements étrangers, même si le gouvernement conservateur a déjà aboli l\u2019Agence d\u2019examen des investissements étrangers (F1RA).Exclue de la négociation la réparation du gigantesque budget militaire américain, qui est une immense subvention déguisée à des industries de pointe comme l\u2019électronique et l\u2019aéronautique.Les deux parties ont en effet convenu de ne pas toucher à ce qui concerne les «intérêts stratégiques» de chaque pays.Certains, comme l\u2019Association des manufacturiers américains, demandent même d\u2019inclure dans un accord de libre-échange la réévaluation du dollar canadien: ils assimilent la baisse du taux de change du dollar canadien à une barrière tarifaire qui augmente le prix des exportations américaines vers le Canada tout en diminuant le prix des exportations canadiennes aux États-Unis.La souveraineté nationale des États-Unis est intouchable Les partisans du libre-échange soutiennent aussi qu\u2019un tel accord mettrait le Canada à l\u2019abri des menaces protectionnistes américaines.Cela serait supposément obtenu en incluant, dans une entente de libre-échange, la création d\u2019un organisme bilatéral pour encadrer et limiter l\u2019utilisation de droits compensateurs et mesures de sauvegarde par les Américains.Or, les porte-parole américains en matière de commerce international ont clairement fait savoir que les États-Unis n\u2019entendaient, sous aucune condition, restreindre leur souveraineté NON AU LIBRE-ÉCHANGE 145 nationale et renoncer à leur droit d\u2019imposer des mesures de sauvegarde ou des droits compensateurs s\u2019ils jugent qu\u2019ils subissent une concurrence déloyale ou que certaines industries américaines sont gravement menacées par les importations du Canada.Rappelons que, depuis quelques mois, les États-Unis ont imposé de tels tarifs extraordinaires sur des produits agricoles, notamment le porc vivant.Le traité de libre-échange ne mettrait pas fin à ces situations parce que les Américains, eux, considèrent leur souveraineté nationale comme intouchable.Les conséquences désastreuses sur l\u2019emploi Dans un tel contexte, il n\u2019est pas surprenant de constater que le Québec et le Canada subiraient d\u2019importantes pertes d\u2019emplois.La Commission Macdonald, pourtant favorable au libre-échange, ne parvient, après trois ans d\u2019étude, à identifier avec certitude que deux industries du secteur manufacturier susceptibles de bénéficier d\u2019un accord de libre-échange: les équipements de transport urbain et les produits de la forêt.La liste est beaucoup plus longue lorsque la Commission énumère les secteurs qui subiraient des fermetures et des pertes d\u2019emplois: textiles, vêtements, chaussures, machines, électronique, outillage et produits électriques, meubles, matériel scientifique, aliments et boissons.Selon la Commission Macdonald, les pertes d\u2019emplois seraient particulièrement fortes dans les PME et dans les filiales canadiennes de sociétés américaines, celles-ci préférant s\u2019approvisionner à partir des usines américaines une fois les barrières protectionnistes enlevées.Les constatations du rapport Macdonald sont corroborées par d\u2019autres études gouvernementales, dont certaines ont été gardées secrètes et pour cause.Mais il y a eu des fuites.C\u2019est le cas d\u2019une volumineuse étude du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce du Québec.Elle identifie, parmi dix-huit secteurs manufacturiers, quatre secteurs «gagnants»: produits minéraux non métalliques; articles de sport; fabrication de carreaux, de dalles et de linoléums; fabrication de portes, chassis et bâtiments préfabriqués.Ces quatre secteurs emploient 30 000 personnes.Elle identifie par ailleurs douze secteurs «perdants» qui emploient 230 000 personnes au Québec: imprimerie et édition; bijouterie-orfèvrerie; produits électriques; informatique; pro- 146 L\u2019ACTION NATIONALE duits en métal; transformation première des matériaux; chaussures; fabrication de machines; meubles; vêtements.Une étude faite pour le compte de l\u2019UPA démontre que le libre-échange aurait des répercussions négatives sur la production des œufs, de la volaille et de certains légumes, et n\u2019apporterait rien de positif dans les autres productions agricoles.Cela entraînerait aussi la perte de milliers d\u2019emplois au niveau de la transformation agro-alimentaire.Il nous semble donc évident qu\u2019une entente de libre-échange, en plus de provoquer des perturbations profondes sur le marché de l\u2019emploi, augmenterait le taux de chômage déjà inacceptable au Québec et au Canada.Une dépendance accrue Le Québec et le Canada subiraient une perte de leur marge de manœuvre politique, de leur autonomie et de leur souveraineté suite à l\u2019application d\u2019un accord de libre-échange.Même des domaines qui ne sont pas explicitement sujets à la négociation subiraient des modifications suite à l\u2019intégration plus poussée des économies canadienne et américaine.Cela pourrait amener, entre autres, une réduction de la protection offerte par la Loi québécoise de la santé et de la sécurité au travail ou par notre Code du travail.De la même manière, les employeurs revendiqueraient des diminutions de salaires et de bénéfices marginaux afin de rester concurrentiels avec le Sud des États-Unis.Pour les mêmes motifs, les pressions augmenteraient pour modeler notre régime fiscal sur celui des États-Unis.Une perte de contrôle québécois et canadien sur les secteurs financiers et culturels découlerait de l\u2019ouverture de ces secteurs.Le libre-échange serait par exemple incompatible avec les lois de contenu canadien et les subventions importantes accordées à Radio-Canada, à Radio-Québec et aux industries québécoises et canadiennes de l\u2019édition.Le libre-échange provoquerait une marginalisation accrue des populations qui vivent dans des régions moins industrialisées où les emplois sont moins stables.Le Québec et le Canada connaîtraient un accroissement de leurs inégalités sociales et économiques pour se conformer davantage au modèle américain.De plus, et ceci est même reconnu par la Commission Mac- NON AU LIBRE-ÉCHANGE 147 donald, le libre-échange forcerait le Canada à adopter une politique étrangère encore plus conforme à celle des États-Unis.Alors, plus question pour le Canada d\u2019appliquer contre l\u2019Afrique du Sud des sanctions économiques différentes de celles des États-Unis, ou de soutenir la négociation pacifique des litiges en Amérique centrale si les États-Unis soutiennent des interventions militaires.Non au libre-échange Nous demandons au gouvernement fédéral de renoncer à la négociation d\u2019une entente de libre-échange entre le Canada et les États-Unis.Les discussions commerciales entre les deux pays doivent plutôt porter sur la recherche de solutions des litiges commerciaux afin de limiter l\u2019application, par 1 un ou 1 autre pays, de mesures protectionnistes.L\u2019UPA, la FTQ, la CSN et la CEQ sont favorables à l\u2019accroissement des échanges économiques internationaux.Cependant, cela devrait se faire à l\u2019intérieur des cadres multilatéraux prévus à cet effet, notamment l\u2019Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, le GATT.En favorisant une approche multilatérale, les organisations syndicales québécoise entendent promouvoir une diversification géographique de nos échanges commerciaux, ce qui aurait pour effet de réduire notre dépendance à l\u2019égard des États-Unis.Étant donné que le Québec et le Canada accusent un important déficit commercial au chapitre des biens manufacturés, nous demandons l\u2019adoption de politiques industrielles et agroalimentaires qui permettront de créer des emplois par la transformation plus poussée des ressources naturelles québécoises et canadiennes.Les quatre centrales demandent au gouvernement québécois de se prononcer sans ambiguïté contre la négociation d\u2019un accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis et de s\u2019opposer tout particulièrement à ce que l\u2019on gruge les pouvoirs du Québec dans cette négociation.L\u2019UPA, la FTQ, la CSN et la CEQ mettent en garde le gouvernement du Québec contre toute idée de troquer un appui du Québec au libre-échange pour un soi-disant droit de veto constitutionnel. 148 L\u2019ACTION NATIONALE Cent cinquantième anniversaire de la révolte de 1837 par L\u2019ASSEMBLÉE DES ÉVÊQUES DU QUÉBEC L\u2019année 1987 rappelle aux Québécois de vieille souche le 150e anniversaire des douloureux événements de 1837.La révolte des Patriotes, blâmée par mgr Jean-Jacques Lartigue, évêque de Montréal, amena bien des discussions dans le Québec du temps.Aujourd\u2019hui, cette commémoration sera, pour les uns, l\u2019occasion de méditer sur le dévouement des Patriotes à une cause qu\u2019en toute bonne foi ils avaient choisie et pour laquelle ils ont tout sacrifié, y compris leur vie.Pour d\u2019autres, ce sera le souvenir des souffrances endurées héroïquement par les populations innocentes livrées à la vindicte d\u2019un pouvoir militaire sans merci, qui prédominera.Cet anniversaire, souhaitons-le, rassemblera dans une atmosphère de respect et de prières tous ceux qui rappelleront le souvenir de la révolte de 37.On se souvient que, à mesure que la décennie de 1837 avançait, les relations entre les paliers politiques du Bas-Canada, le parti patriote et divers groupes sociopolitiques anglophones ou francophones s\u2019envenimèrent progressivement.Mgr Lartigue en était un spectateur attentif et perspicace.Il suivait de près la radicalisation de plus en plus grande de nombreux Patriotes.Évêque auxiliaire de celui de Québec dans la région de Montréal depuis quinze ans, il fut nommé évêque de Montréal en 1836.Tout en continuant à prendre ses distances vis-à-vis des tenants du pouvoir politique, il s\u2019appliqua à favoriser l\u2019unité de son clergé et à faire régner la charité et la paix.Ses études en droit civil faites avant d\u2019opter pour le presby-térat, et sa formation rigoriste, portaient mgr Lartigue à intervenir selon les principes les plus traditionnels de la morale sociale.Les récents rappels du pape Grégoire XVI dans son encyclique MIRARI VOS, et dans sa lettre à l\u2019épiscopat polonais, le confirmaient dans sa manière de rappeler les enseignements de l\u2019Église catholique romaine; ces prises de position rejoignaient son adhésion à l\u2019ecclésiologie alors prépondérante. CENT CINQUANTIÈME ANNIVERSAIRE DES PATRIOTES 149 Selon l\u2019évêque de Montréal, qui comptait sur l\u2019appui de nombreux théologiens européens et de l\u2019évêque de Québec, mgr Joseph Signay, toute autorité civile légitime tient sa puissance de Dieu lui-même.Quiconque s\u2019y oppose s\u2019attire la condamnation divine.Cette prise de position ressort clairement de son mandement du 24 octobre 1837.On y comprend dès lors son invitation au calme et à l\u2019obéissance civile, ainsi que sa défense formelle de prendre les armes contre l\u2019autorité légitime.De plus, mgr Lartigue trouvait que des Patriotes manquaient de prudence et il considérait que tout soulèvement était voué à l\u2019échec.De nombreux Patriotes interprétèrent autrement leur engagement en faveur du peuple canadien et se placèrent dans un état de désobéissance, lors des troubles de novembre et de décembre suivants.Les contrevenants n\u2019ont été ni excommuniés ni frappés de quelque censure ecclésiastique que ce soit.À des curés qui demandèrent à leur évêque s\u2019ils pouvaient enterrer dans le cimetière bénit les corps de ceux qui étaient morts les armes à la main, la réponse fut négative.On ne déterra cependant pas ceux qui s\u2019y trouvaient déjà, quoique à un endroit, leurs lots furent considérés comme profanes, et non plus bénits.L\u2019évêque et les curés concernés ne préjugeaient en rien des dispositions intérieures et du salut des Patriotes morts au combat.Une telle mesure disciplinaire s\u2019imposait.Dans un milieu profondément religieux, la désobéissance à l\u2019Église étonnait.Les autorités se devaient d\u2019exprimer leur déception devant cette faute et d\u2019user de rigueur pour dissuader les autres fidèles de continuer une lutte inégale et réprouvée par la théologie du temps.On sait, par ailleurs, qu\u2019après les troubles, spécialement ceux de 1838, mgr Lartigue et son coadjuteur, mgr Ignace Bourget, ont fait de nombreuses démarches pour secourir ceux que le gouvernement avait arrêtés et mis en prison, ceux qui avaient été condamnés à l\u2019exil en Australie et ceux qui s\u2019étaient volontairement exilés aux États-Unis.Avec les curés, ils ont aussi aidé leurs familles désemparées à vivre ces moments douloureux.Ils intercédèrent auprès du pouvoir civil pour obtenir des adoucissements aux duretés du régime carcéral et à la sévérité des peines. 150 L\u2019ACTION NATIONALE La mentalité des gens a profondément évolué, depuis cent cinquante ans.Même les disciples du Christ les mieux trempés dans la foi s\u2019interrogent actuellement sur bien des attitudes de leurs ancêtres et des autorités ecclésiastiques d\u2019époques antérieures.«Les cadres de vie, les lois, les façons de penser et de sentir hérités du passé ne paraissent pas toujours adaptés à l\u2019état actuel des choses.» (Vatican II, Gaudium et Spes, 7, 2.) Conscientes de ces changements et surtout désireuses d\u2019atteindre tous les esprits et tous les cœurs, les autorités de l\u2019Église ont modifié leur façon d\u2019aborder les choses.C\u2019est ainsi que Jean-Paul II a annulé la condamnation de Galilée.C\u2019est encore à cause des souffrances causées par des rigueurs auxquelles on ne songerait pas à recourir de nos jours que les pasteurs se montrent plus enclins à accepter les circonstances atténuantes dans de nombreuses situations.L\u2019exclusion de la sépulture ecclésiastique a marqué douloureusement les familles et les amis des personnes mortes pour un idéal noble.Les descendants de ces Patriotes demandent depuis déjà de nombreuses années que l\u2019on permette l\u2019inhumation des restes des victimes avec leurs proches parents décédés depuis longtemps.Il apparaît aux autorités de l\u2019Église de 1987 que cette prière puisse être entendue et exaucée.Les autorités de l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui ne veulent pas, par ce geste, juger l\u2019Église d\u2019hier.Tout en reconnaissant que mgr Lartigue a pris les décisions qui s\u2019imposaient dans les circonstances de temps et de lieu, elles veulent rassurer les descendants de ceux qui sont morts au combat sur le salut éternel de ces derniers.Dieu seul a jugé la valeur de leur vie et a su apprécier leur engagement. PÉTITION AU GOUVERNEMENT DU QUÉBEC 151 Pétition à l\u2019Assemblée nationale et au Gouvernement du Québec 1-\tNous demandons que la Charte de la langue française soit restaurée dans son contenu initial et la plénitude de ses objectifs.2-\tEn conséquence, nous demandons que soient supprimées les embûches constitutionnelles qui réduisent sa portée, notamment l\u2019article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867 et l\u2019article 23 de la Loi constitutionnelle de 1982 ainsi que, s\u2019il y a lieu, l\u2019interprétation qu\u2019on pourra donner de la liberté d\u2019expression à l\u2019encontre du pouvoir de l\u2019État québécois de réglementer la publicité commerciale et l\u2019affichage public.3-\tNous demandons que les dispositions de la Charte de la langue française s\u2019appliquent à tous les domaines d\u2019activités, y compris à ceux qui, sous d\u2019autres aspects, relèvent de la compétence législative du Parlement canadien, notamment ceux de la poste, de la téléphonie, de l\u2019aviation, de la navigation et des entreprises à charte fédérale, etc.4-\tNous nous opposons catégoriquement à toute tentative future d\u2019affaiblissement de la Charte de la langue française dans ses objectifs comme dans ses moyens d\u2019action.5-\tNous demandons que la Charte de la langue française soit complétée par des mesures touchant l\u2019usage du français dans l\u2019informatique, les télécommunications, l\u2019enseignement supérieur, la recherche scientifique et les publications scientifiques.6-\tNous demandons que la Charte de la langue française se voit attribuer un statut lui donnant priorité sur les lois ordinaires, qu\u2019elle soit intégrée, avec la Charte des droits et libertés de la personne, dans la Constitution du Québec et qu\u2019elle soit soumise à une procédure de modification plus rigoureuse que les lois ordinaires.(Cette pétition a été signée par plus de 200 personnes, lors du dixième anniversaire de la Loi 101.) 152 L\u2019ACTION NATIONALE Les chemins de fer sous juridiction québécoise par RICHARD LECLERC La plupart des citoyens du Québec sont au courant que les grandes lignes ferroviaires nationales sont soumises aux législations et règlements édictés par le parlement fédéral.Mais il serait intéressant de connaître le taux de réponse positive à une question où l\u2019on demanderait à ces mêmes individus si l\u2019Assemblée nationale du Québec dispose de pouvoirs d\u2019intervention en matière de transport par rail.La plupart répondraient sûrement par la négative.Jusqu\u2019à maintenant, le rôle qu\u2019a pu jouer le gouvernement du Québec en ce domaine a été peu analysé.C\u2019est pourquoi nous avons décidé de présenter dans cet article les chemins de fer de juridiction québécoise.Ce sera alors l\u2019occasion d\u2019exposer les pouvoirs détenus par le parlement en cette matière, de présenter les entreprises soumises à cette juridiction.Sachant que le rail est un outil qui permet d\u2019aménager et de développer un territoire, nous étudierons dans la dernière partie les structures de déploiement que prendront ces lignes.1.La juridiction du Québec en matière de transport ferroviaire 1.1 Les pouvoirs du Québec Au Canada, c\u2019est la Loi constitutionnelle de 1867 qui délimite les compétences respectives de chacun des paliers gouvernementaux.Elle spécifie les pouvoirs dévolus au parlement fédéral (article 91) et aux législatures provinciales (article 92).Dans le domaine des transports, les parlements provinciaux et fédéral disposent respectivement de certains pouvoirs d\u2019intervention en vertu de l\u2019article 92, alinéa 10 de la Constitution: 92.Dans chaque province, la législature pourra exclusivement légiférer relativement aux matières entrant dans les catégories ci-dessous énumérées, savoir: LES CHEMINS DE FER SOUS JURIDICTION QUÉBÉCOISE 153 (.) 10.Les ouvrages et entreprises d\u2019une nature locale, autres que ceux qui sont énumérés dans les catégories suivantes; a) (.) Chemin de fer (.) reliant la province à une autre ou à d\u2019autres provinces, ou s\u2019étendant au-delà des limites de la province; c) Les ouvrages qui, bien qu\u2019entièrement situés dans la province, seront avant ou après leur exécution déclarés, par le Parlement du Canada, être à l\u2019avantage général de deux ou plusieurs provinces1.En vertu de cet article, le pouvoir de légiférer de l\u2019Assemblée nationale du Québec en matière de transport ferroviaire se confine exclusivement aux chemins de fer évoluant et ne débordant pas ses limites territoriales.C\u2019est donc dire que tous les axes de nature inter-provinciale (ex.: CN Rail, CP Rail) ou transitant vers les États-Unis (ex.: chemin de fer Jonction de Napier-ville) sont soumis au parlement central.La compétence détenue par la province est exclusive sur les lignes strictement locales.Cependant, en vertu de la Loi constitutionnelle de 1867, ces voies peuvent être déclarées à l\u2019avantage général du pays.Dès l\u2019instant où les activités d\u2019un transporteur provincial sont proclamées entreprise fédérale, celle-ci est assujettie à la réglementation canadienne.Un tel cas s\u2019est produit en juillet 1960, alors que les activités de la Compagnie de chemin de fer Arnaud, qui détenait une charte d\u2019incorporation québécoise, fut soumise par le parlement du Canada à sa juridiction.1.2 Organismes gouvernementaux chargés d\u2019administrer les chemins de fer locaux au Québec Par l\u2019entremise de son ministère des transports, le gouvernement du Québec exerce les attributions qui lui sont dévolues en matière de transport ferroviaire intra-provincial.C\u2019est sous le gouvernement de Joseph-Adolphe Chapleau que sera créé en juillet 1881 le premier ministère chargé de l\u2019application des législations sur les chemins de fer.Appelé département des Chemins de fer, sa vie sera cependant de courte durée.Cinq ans après sa création, il sera aboli et l\u2019intendance du transport par rail sera intégré au ministère des Travaux publics.1.Canada, ministère de la Justice, Loi constitutionnelle de 1867. 154 L\u2019ACTION NATIONALE Pendant soixante-huit ans, le dossier ferroviaire demeurera sous la responsabilité des Travaux publics.Cependant, au début de la décennie cinquante, devant l\u2019importance croissante occupée par les transports, le gouvernement de Maurice Duplessis (1944-1959) mettra sur pied le ministère des Transports et des Communications.Entré en fonction le 30 juin 1954, c\u2019est à cet organisme, devenu en 1969 le ministère des Transports en raison de la création d\u2019un portefeuilles des Communications, que revient depuis trente-trois ans l\u2019encadrement des activités ferroviaires au Québec2.Le ministère administre aujourd\u2019hui une loi réglementant le transport par rail appellée Loi sur les chemins de fer (L.R.Q.c.C-14).Sanctionnée pour la première fois en 1869 et revisée à de nombreuses occasions, cette pièce législative est la plus volumineuse administrée par Transports Québec.Elle comporte pas moins de 236 articles répartis en 30 sections3.Cette loi impose des devoirs, accorde des droits aux entreprises ferroviaires et prescrit des stipulations auxquelles celles-ci doivent s\u2019assujettir dans leurs opérations.Au sein du ministère, c\u2019est la Direction du transport ferroviaire, qui relève de la Direction générale du transport intermodal, qui est le principal intervenant dans ce dossier.De ce direc-torat dépendent deux services, soit celui du développement et celui de l\u2019évaluation technique.Le mandat poursuivi par la Direction du transport ferroviaire est: «(d\u2019)inventorier, analyser et prévoir les besoins en matière de transport et d\u2019infrastructures ferroviaires; élaborer des politiques et des programmes d\u2019intervention relatifs au transport ferroviaire et s\u2019assurer d\u2019une réglementation pertinente dans ce domaine4.» Quant à l\u2019application de la réglementation touchant la tarification et la sécurité des équipements, c\u2019est à la Commission des transports du Québec que revient cette tâche.Composée de 14 membres nommés par le lieutenant-gouverneur en conseil, la Commission relève de Transports Québec.2.\tQuébec, bureau de la Statistique, Annuaire statistique du Québec, éditions de 1921, 1956 et 1970.3.\tBissonnette, Jean-Marc, et al., Le transport ferroviaire au Canada, p.24.4.\tQuébec, ministère des Transports, Rapport annuel 1985-1986, p.11. LES CHEMINS DE FER SOUS JURIDICTION QUÉBÉCOISE 155 2.Les compagnies ferroviaires soumises à la Loi des chemins de fer Cinq sociétés sont exploitées en conformité avec la Loi québécoise sur les chemins de fer.La vocation première de l\u2019ensemble de ces lignes est d\u2019effectuer le transport de marchandises.Elle sont, pour la plupart, propriétés de compagnies-mères qui les utilisent uniquement pour le factage de leur propre production.Aucune de ces entreprises n\u2019effectue contre rémunération le transport de passagers.Ces cinq chemins de fer totalisent 579 kilomètres de voies principales ou, si l\u2019on préfère, 6% de l\u2019ensemble des lignes ferroviaires sillonant le Québec5.Nous allons maintenant présenter brièvement et par ordre chronologique de mise en opération chacune de ces sociétés, afin de mieux les connaître.Chemin de fer Roberval-Saguenay: Fondé en 1910, le Roberval-Saguenay est le résultat de fusions entre trois petites entreprises ferroviaires indépendantistes œuvrant dans la région du Saguenay-Lac Saint-Jean.D\u2019une longueur de 47 kilomètres, la ligne appartient à l\u2019Alcan.Elle y transporte vers ses usines de la région la bauxite arrivée par navire à ses installations de Port-Alfred.De plus, c\u2019est par cette voie que transite l\u2019aluminium en fusion expédié de Ville La Baie jusqu\u2019à la manufacture de Jon-quière.Signalons que cette ligne est également reliée au réseau ferroviaire de CN Rail.Chemin de fer d\u2019Asbestos et de Danville-.Cette entreprise, en opération depuis 1919, assure le transport des produits d\u2019amiante pour le compte de sa société mère, la JM Asbestos.D\u2019une longueur de 18 kilomètres, cette voie permet de convoyer, d\u2019Asbestos (Estrie) jusqu\u2019à la ligne de CN Rail située à Danville, la production de la compagnie minière qui peut alors être expédiée partout en Amérique du Nord.Chemin de fer de Matane et du Golfe-.Cette compagnie, qui établit le lien entre Matane, la Côte-Nord (via le traversier-rail en opération depuis 1977) et le reste du réseau ferroviaire cana- 5.Québec, ministère des Transports, Le réseau ferroviaire: Québec, p.15. 156 L\u2019ACTION NATIONALE dien, a été fondée en 1902.Cependant, ce n\u2019est qu\u2019en 1910 que cette ligne de 56 kilomètres fut achevée.Filiale de CN rail depuis 1975, on y transporte surtout des matières premières (ex.: produits forestiers en provenance de Baie-Comeau) et des biens de consommation émanant des grands centres.Chemin de fer de la rivière Romaine: Constituée le 10 mars 1949 par une loi spéciale du Québec, cette ligne d\u2019une longueur de 43 kilomètres fonctionne sur la Côte-Nord.Propriété exclusive de la Compagnie QIT-Fer et Titane (filiale indirecte de British Petroleum) le chemin de fer relie depuis 1950 la municipalité de Havre-Saint-Pierre au site minier du Lac Allard.Le trafic consiste essentiellement en chargement d\u2019ilménite qui est expédié par train-bloc vers les installations portuaires de Havre-Saint-Pierre.C\u2019est également par cette voie que sont transportés quotidiennement, par voitures-passagers, les travailleurs œuvrant à la mine6.Chemin defer Cartier: Oeuvrant pour le compte de la Compagnie minière Québec-Cartier (Compagnie USX) qui en est l\u2019actionnaire unique, la société ferroviaire Cartier a été créée le 6 février 1958.Mise en opération en 1960, cette ligne est le lien entre Port-Cartier et le site d\u2019exploitation ferrugineux du Mont-Wright (Fermont), sur la Côte-Nord7.Ce chemin de fer est le plus important transporteur ferroviaire soumis à la juridiction québécoise, que ce soit pour la quantité de minerai de fer qui y est convoyé ou pour ses équipements.3.Les chemins de fer sous juridiction québécoise: le lien avec l\u2019aménagement du territoire et le développement régional 3.1 Structure de développement de ces lignes.Instrument d\u2019unité nationale, le rail servira, au XIXe siècle, à la fois d\u2019outil politique et économique afin de favoriser l\u2019essor du Canada.Issus d\u2019une volonté politique (i.e., favoriser l\u2019an- 6.Leclerc, Richard, L\u2019infrastructure ferroviaire du Québec-Labrador, p.37.7.Ibid.,p.37. LES CHEMINS DE FER SOUS JURIDICTION QUÉBÉCOISE 157 nexion de nouveaux territoires dans la Confédération) et économique (i.e., créer un marché économique canadien) ces chemins de fer joueront un rôle de premier plan pour l\u2019expension territoriale des frontières de la nation.Le modèle de développement des chemins de fer sous juridiction québécoise est dissemblable à celui qui a été suivi par les grands réseaux ferroviaires canadiens.À la fois en raison de leur longueur et de leur usage, ceux-ci ne mettront pas en branle le développement et le peuplement du territoire québécois.Ces voies à usage mono-fonctionnelle (ex.: transport du minerai de fer) servent avant tout de moyen d\u2019accès à des points d\u2019arrêts terminaux plutôt que médians, comme c\u2019est le cas pour la plupart des lignes de CN Rail et CP Rail.La construction de voies en direction des gîtes miniers de l\u2019arrière-pays nord-côtier sera la solution à l\u2019exploitation de ces richesses.Les entreprises qui exploitent ces axes ont comme but premier d\u2019édifier un moyen d\u2019accès économique aux ressources ferrugineuses.Ces transports n\u2019ont pas pour fonction de favoriser l\u2019établissement et le peuplement de colonies aux abords de leurs emprises, comme ce fut le cas dans l\u2019Ouest canadien.Construits pour le strict usage d\u2019une compagnie (ex.: QIT-Fer et Titane), ces axes privés et uni-fonctionnels ne contribuent pas, exception faite des activités immédiates de leur actionnaire principal respectif, à la création de retombées économiques multiples.Pour ces raisons, ainsi que par la nature locale et limitée dans l\u2019espace de ces lignes, celles-ci ne créeront pas l\u2019extension ni la colonisation aux abords de leur chemin de fer, mais soutiendront plutôt le développement et le bon fonctionnement des activités d\u2019une seule et unique entreprise.Ces chemins de fer peuvent être catalogués selon deux grandes catégories, soit les voies dites de pénétration et les embranchements.Les voies de pénétration sont des axes généralement linéaires et isolés des autres réseaux ferroviaires continentaux.Ils permettent l\u2019ouverture d\u2019un arrière-pays dépourvu de moyen d\u2019entrée.Les chemins de fer Cartier et de la rivière Romaine en sont de bons exemples.Ce modèle est d\u2019ailleurs le même qui prévaut 158 L\u2019ACTION NATIONALE dans les pays en voie de développement et qui est à base de l\u2019évolution des grandes lignes ferroviaires.Quant aux embranchements, ils permettent, tel l\u2019affluent d\u2019un fleuve, d\u2019amener jusqu\u2019à un point de raccordement le fret que l\u2019on veut expédier par le moyen d\u2019une ligne principale.C\u2019est cet archétype qui prévaut pour les chemins de fer de Matane et du Golfe, Asbestos et de Danville, ainsi que Roberval-Saguenay.3.2 Pourquoi établir un chemin de fer qui relèverait de la compétence de l\u2019Assemblée nationale du Québec?Cette question peut paraître simpliste, lorsque l\u2019on sait, comme nous l\u2019avons vu préalablement, que toutes les lignes ferroviaires intraprovinciales sont automatiquement, de par la Constitution, sous la juridiction du Québec.Cependant, si l\u2019on étudie certains documents datant de la fin du XIXe siècle, on s\u2019aperçoit que le gouvernement canadien ne portait pas toujours attention aux réclamations des petites communautés relativement à l\u2019établissement avec les réseaux nationaux d\u2019embranchements qui unifieraient ces municipalités au reste du pays.Le chemin de fer de Matane et du Golfe en est d\u2019ailleurs un exemple type.L\u2019Intercolonial (propriété aujourd\u2019hui de CN Rail) qui fut achevé vers 1876 afin de relier les provinces maritimes au reste du Canada, bifurque à Mont-Joli afin de se diriger vers le Nouveau-Brunswick.Cependant, lors de la construction de cette ligne, ce tracé ne satisfaisait pas les Matanais et les citoyens de la péninsule Gaspésienne, qui se voyaient écartés de ce projet.Afin de favoriser la croissance économique de leur région, les élites locales effectuèrent de nombreuses pressions auprès du gouvernement central, afin que le chemin de fer transite par leur contrée.«Malgré les efforts réitérés de M.le docteur J.-B.R.Fiset, député du comté aux Communes, et une pétition signée par au moins la moitié des membres du Parlement, tant conservateurs que libéraux, le gouvernement fédéral a fait invariablement la sourde oreille et n\u2019a pas jugé à propos jusqu\u2019à présent de faire plus, en faveur de l\u2019embranchement de Matane, que d\u2019accuser réception, le 28 février 1889, du mémoire présenté par le docteur Fiset (.)\".» 8.Gagnon, Antoine, Histoire de Matane: 1677-1977, p.454. LES CHEMINS DE FER SOUS JURIDICTION QUÉBÉCOISE 159 Devant ce refus des autorités fédérales, on se retourna dans un temps record, et rapidement des hommes d\u2019affaires locaux décidèrent d\u2019amasser des fonds dans le but de construire leur propre embranchement, qui relierait leur région à la ligne de l\u2019Intercolonial.La communauté de Matane fit appel au gouvernement du Québec pour l\u2019aider à réaliser son ambitieux projet.Par la voie de son premier ministre, Honoré Mercier, l\u2019État accepta en 1888 le plan et fit voter à l\u2019Assemblée législative «une subvention de dix mille acres de terre par mille».Né de l\u2019initiative locale, le chemin de fer sera ouvert en 1910, soit une vingtaine d\u2019années après que les premières démarches eurent été entreprises.Fort actif à la fin du XIXe siècle, le gouvernement du Québec portait à cette époque une oreille très attentive aux petites localités délaissées par les grands groupes ferroviaires et désireuses d\u2019établir des embranchements locaux dans le but de favoriser leur essor économique.Constituant une solution de rechange pour les régions, le gouvernement québécois, par sa politique de subsides aux chemins de fer qui s\u2019échelonna de 1874 à 1910, fut l\u2019allié tout désigné pour les intervenants locaux.Conclusion Le présent article a été pour nous l\u2019occasion de mieux étudier les chemins de fer relevant de la juridiction de l\u2019Assemblée nationale du Québec.Malgré leur poids relativement peu important par rapport à l\u2019ensemble des activités ferroviaires québécoises, ces axes ont notamment contribué à l\u2019ouverture de l\u2019hinter-land de la Côte-Nord.Depuis 1960, aucun nouveau chemin de fer soumis à la compétence du Québec n\u2019a été mis en opération.Cependant, deux projets sont actuellement à l\u2019étude pour la région de l\u2019Es-trie.Le premier relierait l\u2019usine Hyundai à une ligne du CP Rail.Pour ce qui est de la seconde voie, son édification est conditionnelle à la décision de la compagnie Bombardier d\u2019entreprendre, à ses installations de Valcourt, la construction d\u2019automobiles.En terminant, signalons que cette recherche se veut un apport modeste à un thème encore ignoré, peu d\u2019études ayant été jusqu\u2019à maintenant conduites sur le réseau ferroviaire québécois. 160 L\u2019ACTION NATIONALE DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 tel.845-8533 DÉCLARATION 161 La IXe Conférence des communautés ethniques de langue française, tenue à Bruxelles et à Liège du 5 au 9 juillet 1987, a réuni les délégations de l\u2019Acadie, de Bruxelles et de la Wallonie, du Jura, du Québec, de la Romandie, de la France et de la Vallée d\u2019Aoste.A l\u2019issue de ses travaux, la Conférence déclare: 1-\tLes peuples dépendants qui renoncent à l\u2019usage de la violence parviennent difficilement à faire aboutir leurs justes revendications.2-\tQu\u2019ils soient unitaires ou de type fédéral, les États plurinationaux existants utilisent un arsenal de moyens pour interdire l\u2019émancipation des groupes ethniques minoritaires.3-\tLes gouvernements pratiquent l'immobilisme, le juridisme, la mise en condition, la menace, l\u2019achat des consciences et l\u2019usage de la force.4-\tL\u2019expérience récente a confirmé que les peuples mêmes qui peuvent s\u2019appuyer sur un gouvernement propre, mais ne jouissant pas de la souveraineté internationale, sont empêchés de faire valoir leurs droits légitimes.Conscientes de cette réalité, les neuf organisations représentées à la Conférence: \u2014\trelèvent que la gamme des moyens de lutte à la portée des peuples minoritaires est notoirement insuffisante à l\u2019intérieur des frontières étatiques; \u2014\taffirment que l\u2019internationalisation de leurs causes respectives est de nature à contrecarrer les méthodes assimilatrices des États plurinationaux; \u2014\tdécident d\u2019intensifier leur action publique dans ce sens et de s\u2019appuyer mutuellement en tous lieux et dans tous les pays.Elles institueront par conséquent un comité d\u2019observavateurs composé de représentants des différents mouvements affiliés à la Conférence.Ce comité sera chargé de suivre, à la demande d\u2019un mouvement membre, les événements politiques constitutifs d\u2019atteintes au droit de libre disposition et aux droits de l\u2019homme.Si nécessaire, ce comité saisira un jury international formé d\u2019hommes de droit; celui-ci sera appelé à connaître des affaires qui lui seront déférées et à prononcer des jugements au regard des principes fondamentaux du droit international public. 162 L\u2019ACTION NATIONALE A LA MÉMOIRE DE LÉONARD ROY (1914-1987) Au début de juillet, La Ligue d\u2019Action Nationale déplorait le décès de l\u2019un de ses directeurs, Monsieur Léonard Roy, économiste-conseil.La meilleure façon de lui rendre hommage est de reproduire et de faire nôtre l\u2019émouvant témoignage collective que lui ont rendu ses nombreux amis et anciens collaborateurs: La compétence et le dévouement qu\u2019il a déployés tout au long de sa riche carrière d\u2019économiste-conseil ont fait de lui un artisan important du développement de notre industrie agro-alimentaire au Canada et à l\u2019étranger.On compte parmi ses nombreux titres et fonctions ceux de vice-président exécutif du Conseil de l\u2019Industrie laitière du Québec Inc., vice-président exécutif du Conseil de l\u2019Alimentation du Québec Inc.et secrétaire-trésorier du Centre de promotion de l\u2019Industrie agricole et alimentaire du Québec Inc.On note également parmi ses occupations para-professionnelles celles d\u2019administrateur du Conseil National de l\u2019Industrie Laitière du Canada, administrateur délégué par l\u2019Office des professions, à la Chambre des Notaires du Québec et administrateur de la Société des Alcools du Québec.Ce membre fondateur du Conseil du Patronat du Québec a également présidé le Conseil de planification et de développement du Québec et s\u2019est vu décerner le trophée «Henri L.Bérard» en 1977 pour 25 ans de contribution au service de l\u2019industrie agro-alimentaire québécoise.Puisse ce témoignage couvrir sa mémoire de notre admiration et de notre reconnaissance. LE RÉSEAU ROUTIER DU QUÉBEC.163 Le réseau routier du Québec: objectifs pour l\u2019an 2000 par MICHEL BROCHU Le Québec est, rappelons-le et répétons-le, un territoire quatre fois grand comme la France: son réseau routier est achevé et à peu près complet au sud du Saint-Laurent.Il reste, cependant, plusieurs centaines de kilomètres de routes à bitumer et à élargir.L\u2019ensemble du réseau «normal» a été constitué au cours de la première moitié du XXe siècle.Les quelques autoroutes québécoises ont été créées entre 1950 et 1980: Québec-Montréal, Montréal-frontières américaines et ontariennes, Montréal-Laurentides.La consolidation générale du réseau routier québécois a été menée, à bien à partir de 1950, par deux améliorations aussi importantes qu\u2019indispensables: d\u2019une part, l\u2019ouverture des routes principales en hiver et, d\u2019autre part, le bitumage de plus en plus poussé du réseau routier intérieur, c\u2019est-à-dire non immédiatement riverain du Saint-Laurent.Ce fut notamment le cas des axes en direction de l\u2019Abitibi et du lac Saint-Jean.Entre 1970 et 1980, une seule grande percée routière (712 km) a été construite: il s\u2019agit de la route de Matagami à Radisson qui relie, au sud du Québec, les aménagements électriques de la Grande Rivière situés au sud du Nouveau-Québec.Si on examine attentivement et longuement une carte du Québec de 1986, on constate de graves lacunes dans le système routier québécois vers l\u2019Ouest, vers le Nord, vers l\u2019Est et vers le Nord-Est.Établissons d\u2019abord l\u2019inventaire de ces lacunes, qui sera fondé sur l\u2019examen de la carte routière du Québec publiée en 1986 par le ministère des TransDorts du Onéher 164 L\u2019ACTION NATIONALE Région ouest La route de l\u2019Outaouais (n° 148) part de Saint-Eustache pour se terminer en cul-de-sac à Fort-William, à quelques kilomètres en amont de l\u2019île aux Allumettes.Suit alors un hiatus complet de 150 km du côté québécois de l\u2019Outaouais, avant de retrouver une route (n° 101), qui va de Témiscamingue à Maca-mic, en Abitibi (au sud du lac du même nom).Par contre, du côté ontarien, une route longe l\u2019Outaouais, du sud de l\u2019île aux Allumettes jusqu\u2019au pont de Témiscamingue.Ainsi, pour les voyageurs québécois désireux d\u2019atteindre l\u2019Ouest et le Nord-Ouest de l\u2019Abitibi, il faut soit passer par l\u2019Ontario, soit encore faire un détour de plusieurs centaines de kilomètres par le parc de La Vérendrye.La route de l\u2019Outaouais doit de toute évidence être complétée, afin d\u2019unir par un lien direct l\u2019aval et l\u2019amont de cette vallée débouchant, au Nord, sur l\u2019Ouest de l\u2019Abitibi.Les crédits à engager ne devraient pas être excessifs, du fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une route de vallée sans aucun ouvrage d\u2019art important à construire, si on excepte une vingtaine de ponceaux.Cette route aura pour avantage complémentaire de favoriser très fortement le tourisme dans l\u2019Outaouais supérieur et de rationaliser les transports routiers de marchandises et de passagers dans l\u2019Ouest du Québec au profit, surtout, des entreprises québécoises.Région est Si l\u2019on tourne le regard vers l\u2019extrême-Est du Québec au Nord et au Nord-Est du golfe du Saint-Laurent, on discerne une situation incomparablement plus grave que dans l\u2019Outaouais, car entre la fin actuelle de la route Jacques-Cartier (n° 138) et Blanc-Sablon, le dernier village québécois sur le détroit de Belle-Isle, il existe, sur 600 km de côte rocheuse et inhospitalière, pas moins de 20 villages ou hameaux aussi isolés que les postes indiens et esquimaux du Nouveau-Québec.Il s\u2019agit d\u2019une anomalie absolument criante qui devrait être corrigée en priorité absolue car, au début du XXIe siècle, il ne doit plus rester, au sud du Québec, de noyaux de population laissées pour compte et sans liaison routière avec le coeur et le corps du territoire. LE RÉSEAU ROUTIER DU QUÉBEC.165 Aux époques où le gouvernement du Québec avait d\u2019autres priorités, il a pu être acceptable de prolonger par à coups la route de Tadoussac à Havre-Saint-Pierre, mais les 600 km qui restent doivent être construits rapidement.Le parachèvement de cette route doit être considéré comme un service public, ce qui exclut le prétexte d\u2019une rentabilité préalable à la construction de cette route.Cependant, on aura peut-être l\u2019agréable surprise de constater que la liaison routière par bateau-passeur existant actuellement entre Blanc-Sablon, au Québec et Sainte-Barbe, à Terre-Neuve sera, au total, des plus rentable.Centre-ouest L\u2019Ouest de l\u2019Abitibi central est très fourni en routes dont une seule, non bitumée, débouche vers l\u2019Ontario au nord des lacs Hébécourt et Duparquet.Dans cette région, au nord du lac Témiscamingue, il y a, en tout et pour tout, cinq routes québécoises qui débouchent en Ontario.Franc nord, en direction de la baie James, on note l\u2019absence d\u2019un débouché routier aboutissant à ce plan d\u2019eau et, conséquemment, l\u2019absence d\u2019un port québécois sur la baie James, alors que l\u2019Ontario y possède un port, à Moosonee, depuis 1927, desservi par le chemin de fer Ontario Northland, à partir de Cochrane, en Ontario.Depuis plus d\u2019un demi-siècle, le Québec se trouve donc en position tout à fait défavorisée par rapport à l\u2019Ontario: de telle sorte que, pendant des décennies, les postes indiens de la baie James ont été alimentés par le port de Moosonee et au profit de l\u2019Ontario.Cette situation a été partiellement corrigée en 1965 par la mise en place d\u2019une liaison aérienne régulière et directe entre Senneterre et les postes du Nouveau-Québec indien.La percée routière de Matagami à Radisson, réalisée entre 1970 et 1980, donne un accès à Tichassipi (Chisasibi, ex-Fort George, ex Fort-Sainte-Foy), mais la question du ravitaillement de Fort-Rupert, d\u2019Havre-Sainte-Anne (Eastmain) et Nouveau-Comptoir reste entière et ces postes sont encore toujours, contre toute logique, ravitaillés à partir de l\u2019Ontario pour le fret pondé-reux, pour le mazout et l\u2019essence.Il y a donc là une urgence prio- 166 L\u2019ACTION NATIONALE ritaire pour le Québec à se doter d\u2019une route d\u2019environ 200 km aboutissant au sud de la baie James, point où serait construit un port de haute mer, en principe, à l\u2019embouchure du fleuve Nottaway.En seconde priorité, il serait prudent et utile de prévoir le percement d\u2019un tronçon reliant Radisson (au sud de la Grande-Rivière) au Poste-de-la-Baleine, sur la Grande Rivière-de-la-Baleine (soit environ 200 km).Bien que j\u2019aie esquissé un plan complet pour un réseau routier du Nouveau-Québec, je ne développerai pas ce volet dans le présent article, qui concerne les axes routiers prioritaires à établir avant la fin du siècle.Centre-Est Cette région richissime du Québec est également caractérisée par une situation gravement lacunaire du système routier.On note, en effet, que la route 167 qui relie Chicoutimi, Chibouga-mau au lac Albanel aboutit à un cul-de-sac le long du lac Alba-nel, à 181 km au nord-est de Chibougamau.Il n\u2019y a même pas de village au terme actuel de cette route.À 700 km, vers le Nord-Est, se trouve l\u2019ancienne ville minière de Schefferville, qui constitue un isolat complet au point de vue routier, puisque le seul lien terrestre aboutissant à ce centre est le chemin de fer Sept-Îles-Schefferville.Au sud-est de cet axe, lac Albanel-Schefferville, encore à réaliser, existent les villes minières de Gagnon et de Fermont, toutes deux aussi reliées à la Côte-Nord par chemin de fer seulement.En cette fin du XX« siècle, il devrait être évident que ces isolats miniers, reliquats des villes fermées de sinistre réputation, doivent devenir librement accessibles par la route pour tous et chacun.Tant que cette indispensable amélioration ne sera pas devenue réalité, force sera de considérer que Gagnon, Fermont et Schefferville sont des villes géographiquement fermées, car une région ne vit normalement que si elle est reliée par la route aux autres régions économiques d\u2019un territoire. LE RÉSEAU ROUTIER DU QUÉBEC.167 Conclusion Le constat des lacunes dans le système routier du Québec établi plus haut est à la fois objectif et irréfragable: il appelle des correctifs sur tout les fronts mentionnés.Comme en témoigne le tableau I, il s\u2019agit, pour tous les fronts routiers, d\u2019un total de 2 100 km de routes.À l\u2019exception du tronçon Radisson-Poste-de-la-Baleine, absolument tous les axes routiers étudiés et préconisés sont vitaux pour le développement des différentes régions concernées, pour les populations des isolats miniers ou de pêcheurs et pour des régions entières non reliées à d\u2019autres régions québécoises.L\u2019on ne manquera pas d\u2019évoquer, au niveau de l\u2019État, qu\u2019un programme d\u2019une telle ampleur ne peut être réalisé avant l\u2019an 2000, en raison du trop court délai (13 ans) et de crédits trop importants à engager.Ces deux objections sont véridiques, mais un défi exceptionnel de ce type appelle une solution exceptionnelle et des mises de fonds exceptionnelles.Une solution pratique serait de procéder selon la formule des chantiers de jeunesse: cela permettrait de faire avancer rapidement et sans équipement trop lourd les travaux dans les quatre régions analysées.Si les décisions sont prises assez rapidement, la moitié méridionale du Québec (et la baie James appartient à cette moitié) pourra être dotée d\u2019un réseau routier unifié reliant entre elles toutes les régions habitées du Québec du détroit de Belle-Isle à l\u2019Outaouais et du futur port québécois sur la baie James à Schefferville.Les hiatus routiers, les villes fermées et les isolats de population seront alors devenus choses du passé et le XXIe siècle pourra s\u2019ouvrir sur le développement économique et routier du Nouveau-Québec, dont les parties centrale et septentrionale ¦ attendent d\u2019être mises en valeur. 168 L\u2019ACTION NATIONALE En marge de l\u2019actualité nationale par ROSAIRE MORIN Les contribuables paieront les impôts dont les banques sont exemptées Selon Michael Cassidy, critique néo-démocrate des Finances, le gouvernement fédéral perdra environ 2 milliardsS en 1987 en impôts impayés par les banques.Terry Shaunessy, analyste pour la firme Merrill Lynch, croit que la somme sera beaucoup plus élevée.Il faut ici rappeler une récente négociation des banques avec le gouvernement canadien.Le gouvernement du Canada autorise les banques à augmenter de 15% à 30% et même à 40% les montants provisionnés pour compenser les pertes sur les prêts effectués à des pays du Tiers-Monde incapables de les rembourser.Les pertes déductibles de l\u2019impôt seront allouées dès 1987 et non étalées sur cinq ans.Ainsi, les contribuables canadiens, vous et moi, risquent de devoir payer la note; l\u2019augmentation du déficit fédéral devra un bon matin être assumée par les citoyens qui paient de lourds intérêts aux banquiers.L\u2019information nationale La nation canadienne-française souffre d\u2019un mal qui pourrait devenir incurable.Le malaise est d\u2019une telle gravité qu\u2019on ne peut l\u2019identifier.Avec les années, la notion même de «nation» s\u2019est modifiée substantiellement.À titre d\u2019exemple, soulignons l\u2019évolution de la désignation de l\u2019être national.L\u2019appellation «Les Canadiens» a fait place à celle de «Canadiens-Français».Pendant quelques décennies, on reconnaissait à notre groupe ethnique les caractéristiques propres à une nation: langue, culture, histoire, traditions.Les Angers, Arès, Brunet, Groulx, Laurendeau, Minville, Montpetit et autres, agissaient comme chefs de file, reliaient le passé à la vie de leur temps et indiquaient les voies de l\u2019avenir.Ces hommes sont disparus et leur enseignement ne leur a pas survécu. EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 169 Aujourd\u2019hui, les appellations les plus diverses nous divisent.Nous sommes des «Québécois», des «Canadiens», des «Néo-Québécois», des «Acadiens», des «Franco-Ontariens», des «Franco-Manitobains», etc.Nous sommes aussi des «libéraux», des «conservateurs», des «NPD» et des «péquistes».Ce sont d\u2019ailleurs ces derniers qui, par intérêt partisan, ont substitué la dénomination «Québécois» à celle de «Canadiens-Français».Cela faisait moins «raciste» et plus «populaire».À vendre la peau de l\u2019ours avant de l\u2019avoir tué, on se retrouve rapidement le bec à l\u2019eau.Des «Canadiens-Français», il n\u2019en reste presque plus.Et ceux qui conservent encore la nostalgie du passé sont éparpillés à travers le Québec.Ils sont isolés.Leur émiettement est total.Aucun mouvement n\u2019établit la cohésion nécessaire et ne suscite les gestes de fraternité qui s\u2019imposeraient entre tous les Québécois et entre tous les Canadiens-Français du Canada.Chacun d\u2019entre nous vit comme Robinson dans une île déserte.L\u2019un des seuls liens qui nous réunit consiste dans le Journal de Montréal, «le n« 1 des quotidiens français d\u2019Amérique».Ce journal informe et déforme.Sa réussite financière est fondée sur l\u2019exploitation des faiblesses du peuple.Au lieu d\u2019éclairer la conscience nationale des Francophones d\u2019Amérique, ce quotidien abaisse, rabaisse, déprécie, humilie et ravale.Le journal du jeudi 27 août 1987 est déposé sur mon bureau.J\u2019ai feuilleté les trois premières pages.Les valeurs spirituelles, morales et culturelles qui s\u2019en dégagent sont résumées par les titres ici reproduits.Page 1:\t\u2014 ressuscité, \u2014\tà 14 ans, accusé de tentative de meurtre, \u2014 Sophie a reçu plus de 100 coups de couteau; page 2:\t\u2014 accusé à 14 ans de tentative de meurtre, \u2014\tsorti du tribunal avec un couteau, \u2014\tenfants agressés, \u2014\thaschisch évalué à 2,4 millionsS saisi aux douanes; page 3:\t\u2014 violée et poignardée dans un champ de maïs, \u2014\ton commençait à être heureuse, \u2014\tun autre assassin du métro? 170 L\u2019ACTION NATIONALE On peut constater que le crime se porte bien.À le décrire, Pierre Péladeau fait de l\u2019argent.Pendant ce temps, les lecteurs se nourrissent avec du thon avarié.La décroissance de la natalité L\u2019édition 1987 du rapport du Bureau de la statistique du Québec, «La situation démographique au Québec» révèle que 86 000 enfants seulement sont nés au Québec en 1985, soit une diminution de 2% sur 1984.Pour retrouver un nombre de naissance si peu élevé, il faut retourner aux années \u201930, alors que la population québécoise dépassait à peine les 3 millions d\u2019habitants.En 1985, des 86 000 enfants nés, 41 700 étaient des filles.21 500 naissances étaient issus en dehors des liens du mariage.Le mouvement migratoire, entrées et sorties, connaissaient une légère progression, soit un surplus de 5 233 personnes.La croissance démographique de l\u2019année 1985 n\u2019était que de 0,7% au Québec, alors qu\u2019elle s\u2019élevait à 1,3% en Ontario.Réflexion: les pères et mères nés troisième enfant d\u2019une famille se demandent-ils parfois ce qu\u2019ils seraient aujourd\u2019hui, si leurs parents avaient décidé de n\u2019avoir qu\u2019un seul enfant?La bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale Pendant des décennies, la bibliothèque du parlement québécois a acquis une réputation d\u2019excellence.Elle possède l\u2019une des plus riches collections légales au Canada.Ces collections sont une partie importante de l\u2019héritage collectif.Malheureusement, depuis quelques années, ce fleuron du patrimoine actuel se désagrège.Le service de recherche a connu les effets des compressions budgétaires.La reconstitution du Journal des débats a été arrêtée.Les stages parlementaires sont disparus et le budget des acquisitions vient d\u2019être substantiellement réduit.Alors que les autres provinces canadiennes ont augmenté, en 1986-1987, le budget d\u2019acquisitions de leur bibliothèque parlementaire de 3% à 5%, le Québec réduisait le sien de 9%.Ici, au pays de Maria Chapdelaine, on ne consacre que 184 000$ à la EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 171 bibliothèque parlementaire, pendant que Queen\u2019s Park alloue un demi-million de dollars.Le jésuite Julien Harvey a-t-il raison?Le père Harvey est reconnu pour son franc parler.Devant la Commission parlementaire sur la culture, il a osé «préférer une politique de convergence culturelle à une politique de multiculturalisme».Une coalition d\u2019organismes regroupés autour de SOS-Racisme a protesté avec vigueur.Elle a même réclamé la démission du père Harvey du Conseil consultatif de l\u2019immigration et des communautés culturelles.La ministre, madame Louise Robic, a de plus indiqué son intention de ne pas renouveler le mandat au Conseil du père Harvey.Quel péché cet homme a-t-il commis?La faute est-elle grave, est-elle mortelle?Le jésuite parle de «convergence culturelle».Il dit s\u2019être inspiré du plan d\u2019action du gouvernement du Québec destiné aux communautés culturelles et intitulé Autant de façons d\u2019être Québécois.Ce plan affirme que «la société québécoise n\u2019a pas à adopter les principes du multiculturalisme, tels que voudrait les mettre en oeuvre la mosaïque canadienne.Le développement des divers groupes culturels québécois passe par la vitalité collective de la société française qu\u2019est le Québec.C\u2019est à cette condition que tous pourront se sentir vraiment québécois.On ne sera plus en présence d\u2019une juxtaposition des traditions culturelles, mais devant une convergence des efforts vers la réalisation d\u2019un projet culturel collectif».Pour le père Harvey, le marché libre des cultures au Québec n\u2019existe pas.Une séparation entre la langue et la culture serait, à ses yeux, catastrophique.La politique fédérale du multiculturalisme lui apparaît suicidaire pour le Québec.Par conséquent, dit-il, on ne peut pas continuer de dire aux immigrants à l\u2019étranger: «Venez vous installer au Québec.Vous allez pouvoir continuer à vivre comme chez vous.11 faut avoir le courage de leur dire qu\u2019ils ne sont pas ici chez eux, mais chez nous.L\u2019affirmation de la culture québécoise doit être ferme.Cela doit être accepté en arrivant.» Le père Harvey insiste sur l\u2019établissement de critères québécois pour la sélection d\u2019immigrants.Le gouvernement fédéral le 172 L\u2019ACTION NATIONALE fait et l\u2019entente Cullen-Couture de 1978 le prévoit.L\u2019adaptabi-iité des immigrants avec la société d\u2019accueil est normale.Dans son mémoire, le père Harvey recommande l\u2019adoption d\u2019une politique de haut emploi pour «éviter de faire que l\u2019immigration accrue défavorise les pauvres en entretenant le chômage».11 préconise une «politique de discrimination positive» pour «trouver une solution au chômage plus élevé de certaines minorités visibles».Il demande au gouvernement d\u2019encourager les investisseurs qui apportent des initiatives nouvelles au lieu d\u2019entrepreneurs qui concurrencent les entreprises existantes.Il favorise la création d\u2019emplois dans les régions.Il recommande d\u2019étudier les raisons des départs d\u2019immigrants en direction d\u2019autres provinces ou des États-Unis.Il préconise une politique de la famille en même temps que de l\u2019immigration.Il demande de «réduire le plus possible le malaise provenant de la crainte de voir disparaître la culture québécoise et même la langue française».Bravo, père Harvey! Je vous donne l\u2019absolution sans condition.Le Québec est le seul territoire en Amérique où les Francophones peuvent organiser un régime politique et une vie sociale qui correspondent à leur culture et à leur langue.Les «enclaves» incapables de «convergence culturelle» doivent savoir que le Québec est un pays français et qu\u2019elles doivent s\u2019intégrer au Québec et inciter les nouveaux immigrants à le faire.Une attitude ferme, claire et lucide est préférable à l\u2019ambiguïté perpétuée par les ministères d\u2019Ottawa et de Québec qui s\u2019occupent d\u2019immigration.Encore une fois, faut-il le redire, nous ne sommes par contre l\u2019immigration.Au contraire, nous souhaitons la venue de nombreux immigrants, mais nous désirons que les nouveaux venus s\u2019intégrent à la vie collective du Québec, selon les attentes et les aspirations de la population québécoise.C\u2019est ainsi qu\u2019ils enrichiront notre économie et notre culture.Autrement, dans le temps, les Canadiens-Français deviendront minoritaires au Québec.Des recenseurs anglais à Notre-Dame de Grâce Près de 23% des électeurs de Notre-Dame de Grâce sont d\u2019expressions française.Pour l\u2019élection partielle du 14 septembre dernier, plusieurs résidants de langue française ont eu la désagréable surprise d\u2019être visités par une équipe unilingue EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 173 anglaise de recenseurs.Ce n\u2019est qu\u2019à Montréal, la plus grande ville française de langue anglaise, qu\u2019un tel incident peut survenir.Justice pour les juges Le 2 septembre, les juges de nomination québécoise ont assisté à la traditionnelle «messe rouge» et ils ont participé aux cérémonies d\u2019ouverture de la session d\u2019automne des tribunaux.Le boycottage qu\u2019il avait annoncé à été évité à la suite du décret adopté par le Conseil des ministres qui a porté leur salaire à 90 354$ par année.Pauvres juges! Ils font pitié.Ils n\u2019ont pas obtenu la parité avec les juges des Cours de comté d\u2019Ontario.Ils gagnent à peine neuf fois plus que la moyenne des travailleurs au Québec.Leur traitement annuel ne double même pas le salaire des députés.Pour la révision périodique de leur salaire, ils demeurent à la merci des fonctionnaires et du ministre de la Justice.La justice distributive ne leur accorde que 90 354$ par année, alors qu\u2019elle consent à verser 2 100$ à un jeune assisté social.Quelle injustice de n\u2019être pas plus juste envers des personnes qui administrent la justice! La libre circulation Depuis le départ de la Sun Life, nombre d\u2019entreprises ont quitté le Québec.Les départs sont continus.Le 23 décembre prochain, la compagnie Philips Électronique quittera définitivement Trois-Rivières.La production des lampes qui y était réalisée sera transférée à l\u2019usine de London, en Ontario.La compagnie est généreuse: elle versera le plein salaire à chaque travailleur jusqu\u2019à la fin de décembre 1987.Dès le mois d\u2019octobre, les mises à pied débuteront.Vive la libre circulation! La rationalisation répond souvent à la force d\u2019attraction des économies plus fortes.L'invasion américaine Les entreprises américaines contrôlent, dans certains secteurs, l\u2019économie québécoise.Tous les jours, l\u2019invasion se poursuit.Les loups mangent les moutons.L\u2019occupation territoriale se poursuit, sans violence, mais avec des effets d\u2019américanisa- 174 L\u2019ACTION NATIONALE tion indéniable.Au cours des dernières semaines, les batailles perdues par les Québécois et par les Canadiens sont nombreuses, de loin supérieures aux gains réalisés par quelques entreprises de chez nous.À Québec, la compagnie Lowes Hotels de New York s\u2019est portée propriétaire de l\u2019hotel Le Concorde pour une somme de 13,5 millions de dollars.Lorsque vous retenez une chambre en cet établissement, vous versez quelques dollars à des actionnaires de New York.Les Boutiques San Francisco ont fait l\u2019acquisition de la compagnie Les Collections Aubergine, entreprise manufacturière québécoise.Les Boutiques San Francisco sont aussi le principal actionnaire des Magasins Bo Jeans International.Onex Corporation a acquis, au coût de 300 millionsS, Beatrice Foods Canada, entreprise de produits alimentaires et laitiers.Pour cinq milliards de dollars, Dome Petroleum deviendra la propriété d\u2019une grande entreprise américaine, Amoco, qui protégera d\u2019abord ses intérêts, avant de promouvoir la prospérité canadienne. TROIS LIVRES DE GRANDE ACTUALITÉ 175 Trois livres de grande actualité par GÉRARD TURCOTTE La francophonie: grand dessin, grande ambiguïté Jean-Marie Léger, journaliste bien connu qui milite depuis plusieurs années dans la francophonie et qui a été étroitement mêlé à la plupart des organisations internationales importantes placées sous ce signe, a publié ces derniers jours, chez Hurtubise, un ouvrage qui se veut un «essai et un témoignage», LA FRANCOPHONIE: GRAND DESSIN, GRANDE AMBIGUÏTÉ.Selon l\u2019ex-journaliste, le grand projet généreux et novateur de la francophonie a été lourdement hypothéqué par les multiples équivoques sur sa signification véritable et par une relative indifférence ou une extrême prudence, selon le cas, des pouvoirs publics dans les divers pays de langue française qui n\u2019ont pas fait de l\u2019entreprise francophone, jusqu\u2019à ces dernières années, une de leurs priorités.Dans cet ouvrage, Léger veut à la fois dénoncer l\u2019ambiguïté, dissiper les équivoques et souligner l\u2019urgence d\u2019une véritable relance du projet francophone.* * * L\u2019avenir du français au Québec On trouvera réunis dans ce volume, publié chez Québec/ Amérique, les textes d\u2019intervenants connus (écrivains, intellectuels, artistes, historiens, sociologues) qui ont participé, en mars 1987 à Montréal, au colloque consacré à l\u2019avenir du français au Québec.L\u2019objectif affirmé de la rencontre était d\u2019éveiller la conscience populaire aux dangers que connaissent actuellement la culture et la langue françaises au Québec et d\u2019exprimer divers points de vue concernant le rôle politique des juges, les raisons de l\u2019indifférence des jeunes face au dossier de la langue, de même que la pénétration des cultures anglo-saxonnes par les médias électroniques, les questions de la dénatalité, de l\u2019immi- 176 L\u2019ACTION NATIONALE gration anglophone, de l\u2019affichage, de l\u2019état de la langue et de l\u2019enseignement qu\u2019on pratique dans nos écoles.Les discussions qui s\u2019y sont déroulées ont permis d\u2019entrevoir des solutions qui suscitent beaucoup d\u2019espoirs.Une synthèse passionnante, instructive et diversifiée, qui impose une réflexion sensible et troublante sur la complexité des enjeux soulevés.* * * Le Québec et le Lac Meech Ce livre constitue un dossier sur l\u2019entente du Lac Meech préparé par Le Devoir et publié chez Guérin.Il contient de larges extraits de la plupart des mémoires soumis à la Commission parlementaire des institutions de l\u2019Assemblée nationale, les avis, éclairants et partagés, d\u2019un grand nombre d\u2019experts et d\u2019analystes, ainsi que les positions officielles du Parti libéral et du Parti québécois, de même qu\u2019un grand nombre de réflexions et d\u2019opinions exprimées dans les journaux.HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal SECTION ÉCONOMIQUE 177 SECTION ÉCONOMIQUE Hommage à la mémoire de Gaston Beaudry La Prospérité En cette section de L\u2019Action Nationale, Rosaire Morin traite de l\u2019avenir collectif des Canadiens-Français.Le champ d\u2019analyse sera toutefois limité aux thèmes qui suivent: 1.\tl\u2019accroissement de la population francophone du Québec face au déclin démographique qui s\u2019accentue; 2.\tl\u2019intégration humaine et productive de 800 000 assistés sociaux et de 400 000 chômeurs; 3.\tl\u2019insertion sociale et professionnelle de 500 000 jeunes québécois vivant en difficulté; 4.\tla croissance économique des Canadiens-Français face à l\u2019essor des entreprises étrangères; 5.\tle développement du milieu par le milieu illustré par le récit de trouvailles et de réussites merveilleuses qui méritent d\u2019être connues; 6.\tle rappel d\u2019actualité au fil des événements. 178 L\u2019ACTION NATIONALE chaque passage de la vie .nos besoins de protection évoluent.Tous nous avons besoin de services de protection diversifiés bien adaptés à ce que nous vivons.Tous nous recherchons de bons conseils, de bonnes solutions et la sécurité qui nous convient.L'Assurance-vie Desjardins nous offre ce service-conseil et une protection adaptée à nos besoins.Assurance vie Desjardins DES TROUVAILLES ET DES RÉUSSITES 179 Des trouvailles et des réussites merveilleuses par ROSAIRE MORIN « J'ai deux montagnes à traverser, deux rivières à boire, une ville à bâtir avant la nuit.» Félix Leclerc Au Québec, les conditions de vie des femmes, des jeunes et des personnes économiquement faibles ne seront pas fondamentalement améliorées par les programmes gouvernementaux.Les prestations d\u2019aide sociale et de chômage entretiennent un état de passivité et de dépendance qui s\u2019oppose à la créativité et à la productivité.La dignité humaine devient gravement malade si elle est motivée uniquement par l\u2019attente d\u2019un chèque d\u2019assistance.Dans l\u2019état actuel de l\u2019asservissement d\u2019un tiers de la population qui vit au crochet de la société, le temps est venu de songer à un tissu humain davantage conforme au développement de la personne.Des groupes d\u2019hommes et de femmes inventent dans leur milieu des modèles nouveaux et réconfortants de valorisation et d\u2019insertion sociale ou professionnelle.Ces expériences de vie méritent d\u2019être soulignées.Elles peuvent susciter la répétition d\u2019expériences aussi enrichissantes.Elles modifient lentement les structures sociales de notre milieu, sans renier d\u2019aucune façon les acquisitions du passé.Cette chronique reproduit habituellement le récit de réussites merveilleuses vécues dans tous les domaines.Déjà, plus de trente trouvailles ont été racontées au cours des derniers mois.En octobre, la chronique fait place à une rencontre intéressante et troublante à la fois.Le verre à moitié plein qui est notre partage est vide pour des milliers de jeunes.Certes, les jeunes qui m\u2019ont visité en cette journée mémorable du 8 août ne représentent pas toute la jeunesse du Québec.Hélas! le tiers de nos jeunes vivent dans des conditions aussi difficiles. 180 L\u2019ACTION NATIONALE Une rencontre intéressante et troublante Le samedi 8 août, à ma résidence, j\u2019avais l\u2019honneur de recevoir neuf jeunes âgés de 18 à 26 ans.L\u2019organisation de cette rencontre n\u2019avait pas été facile.L\u2019idée de parler avec un groupe de filles et de garçons de leurs problèmes m\u2019était venue à la suite d\u2019une conversation avec l\u2019un de ces jeunes qui travaillait dans mon jardin, bêchant avec le rond de la pelle opposé à la terre.Après plusieurs refus, une rencontre est fixée.Les comportements Cinq garçons et quatre filles dans la force de l\u2019âge se retrouvent dans mon salon.Gisèle, 23 ans, est la plus instruite du groupe; elle a «décroché» en 3e secondaire.Huit de ces jeunes reçoivent un chèque d\u2019aide sociale, 175$ par mois.Quatre d\u2019entre eux sont arrivés à Montréal en 1985.Trois couples vivent en union libre.Thérèse, enceinte de Gilbert qui l\u2019a quittée depuis, juge que «bénie ou non, notre relation, c\u2019était bon, c\u2019est beau, regardez-moi cela».Gilles et Bernard ont fait six mois de prison pour trois vols avec effraction commis dans le quartier.«N\u2019ayez pas peur, me disait l\u2019un d\u2019eux, on ne vole pas ceux qu\u2019on aime.» Seul François vit chez ses parents qu\u2019il dit détester: «Ils sont vieux jeu et séraphins.» Deux filles et deux garçons vivent ensemble dans un sous-sol de trois pièces.et dire que mon curé repose en paix, seul avec sa conscience, dans un presbytère de seize pièces.Mes jeunes, dont un seul est barbu, parlent moins bien que mon pasteur, sont assez polis et sacrent, un peu seulement.Chanceux que je suis.ces jeunes m\u2019ont parlé pendant trois heures.alors que mon curé ne m a pas parlé une seule minute depuis trente ans, même si j\u2019entends parfois sa voix nasillarde et monotone du haut de la chaire de vérité.L\u2019accueil reçu De leur passage dans certains organismes, centres d\u2019accueil et maisons de jeunes, ils en sont sortis brisés, insatisfaits.«On n a pas répondu à nos besoins.» «Si on est comme ça, aujour-d hui, c\u2019est de leur faute.» «C\u2019est mené par des normes administratives, pas par des humains.» «Ce sont des centres de rééducation qui déforment.» Aux questions de savoir si on avait tenté de les orienter vers la poursuite de leurs études ou vers l\u2019insertion au DES TROUVAILLES ET DES RÉUSSITES 181 travail, on me répond que certains responsables masculins aimaient mieux s\u2019amuser avec les filles.Des «jobbines» seulement leur étaient offertes.Le travail Ces jeunes ont déjà recherché du travail.mais, aujourd\u2019hui, ils n\u2019en ont plus le goût.Ils ne croient pas à «l\u2019angélisme d\u2019un boss» qui leur donnerait la chance d\u2019apprendre un métier.«Si on nous engage, dira Arthur, c\u2019est qu\u2019on a des sales besognes à nous pitcher.» Suzanne et Gilles ont déjà travaillé dans un programme de «patchage» du gouvernement qui avait duré vingt semaines.«C\u2019était ben le fun; on avait rien à foutre et on se lançait en l\u2019air; mais quand ça fini, c\u2019était fini; j\u2019aurais été mieux n\u2019être pas là-dedans.» De leurs efforts inutiles pour se trouver une «job», trois de ces jeunes sont restés marqués par les réponses brutales de «boss» qui ne voulaient pas les recevoir.À l\u2019idée d\u2019un travail régulier ou de l\u2019apprentissage d\u2019un métier, aucun de ces jeunes n\u2019est intéressé.Les réponses sont nettes: «J\u2019ne travaillerai jamais pour enrichir un \u2018boss\u2019.» «Se lever à 6 h 00 le matin et trimer jusqu\u2019à 6 h 00 du soir, pas question.» «Toujours au bas de l\u2019échelle et toujours recommencer au bas de l\u2019échelle, non, trois fois non, baptême.» «Perdre ma liberté pour la chaîne d\u2019un boss, jamais.» «Je suis ben comme ça, christ, faut pas charrier; écœurez-moi pas.» Leur avenir La suggestion de se regrouper pour bâtir leur propre entreprise était une proposition prématurée.Ces jeunes ne rêvent pas encore à leur maison, à leur auto, à leur chalet, à des vacances, à des voyages.Ils sont maintenant habitués à vivre avec leur bicycle, dans un milieu connu, sans effort.«Si on était traité sur un pied d\u2019égalité, on serait t\u2019être ben tenté, mais on n\u2019a pas de chance et ça servirait pas pour nous autres.» «Devenir boss à notre tour, ça m\u2019écœur juste d\u2019y penser.» «Ça ne m\u2019intéresse pas, c\u2019est pas possible.» Une lueur d\u2019espoir est apparue toutefois lorsque Thérèse et Benoît ont laissé savoir qu\u2019ils seraient «t\u2019être ben intéressés si on leur offrait une bonne \u2018job\u2019 de travail avec nos mains.» 182 L\u2019ACTION NATIONALE Où est l'abbé Pierre?Dans la soirée, seul, dans une solitude sereine, je me disais que ces jeunes sont tout de même sensibles, sincères et capables de «réussites merveilleuses», si on leur en donnait la chance.Mais qui possède assez de motivation pour les motiver?Quel député marchera sur les traces de l\u2019abbé Pierre et invitera tous les démunis à l\u2019aider pour améliorer les conditions de vie de tous les autres jeunes défavorisés?Qui comprendra et aidera ces personnes qui ne sont même plus intéressées à s\u2019aider elles-mêmes?Comment agir pour respecter le cheminement personnel dans l\u2019élaboration d\u2019un programme continu de formation professionnelle?Qui est prêt à accepter ces jeunes dans un stage de travail combiné à des études adaptées à leur capacité?Qui se mettra vraiment les mains dans l\u2019huile et dans la saleté pour améliorer les conditions de vie de milliers de jeunes qui vivent dans la désespérance?À entendre parler mes jeunes du 8 août, j\u2019en conclus que les responsables de leur situation, ce sont des adultes, leurs pères et mères qui ne se sont pas suffisamment impliqués dans leur formation.J\u2019en conclus aussi que les gens de mon âge laissent à leurs enfants et à leurs petits-enfants un héritage social qui devrait être refusé par les héritiers, s\u2019ils le pouvaient.Je sème des tomates au printemps dans l\u2019espoir d\u2019une récolte, l\u2019été venue. LES GOUVERNEMENTS BÂTISSENT UN RÉGIME.183 Les gouvernements bâtissent un régime d\u2019entretenus qui conduit au sous-prolétariat par ROSAIRE MORIN « Vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux du malheur de voler au-dessus de vos télés, mais vous pouvez les empêcher de faire leurs nids dans vos cheveux.» J\u2019ai toujours admiré le courage de mes parents qui ont connu la dramatique crise des années \u201930.Ils ont traversé le pire désastre financier du siècle sans l\u2019aide de l\u2019État.Ils vivaient à la campagne.Leur terre rocailleuse produisait tomates, navets, carottes et autres légumes.Des réserves accumulées dans la cave assuraient l\u2019hivernage.La récolte de deux pommiers était transformée en compotes et en confitures.La maman et la grand-maman tricotaient des chandails, des bonnets, des bas et des mitaines avec la laine qu\u2019elles avaient cardée et filée.Leurs robes n\u2019étaient pas de soie.Les culottes d\u2019étoffe des garçons ne venaient pas de chez Eaton.Les souliers n\u2019étaient pas si sophistiqués qu\u2019ils le sont aujourd\u2019hui.Pourtant, nous étions très heureux sous un toit rustique, auprès d\u2019un poêle de bois qui pétillait joliment les soirs de tempête de neige.De cette époque aux années 1960, la roue de l\u2019économie a tourné rapidement.La modernisation, l\u2019industrialisation et Fur-, banisation du Québec laissaient aux jeunes l\u2019espoir d\u2019une insertion professionnelle.L\u2019essor industriel et commercial permettait, particulièrement aux jeunes des classes bourgeoises et moyennes, d\u2019accéder à un travail correspondant à leurs espoirs.Sans trop de difficultés, ils obtenaient un emploi stable.Leur intégration dans la société s\u2019accomplissait sans heurt, normalement.Cette prospérité nouvelle mettait toutefois fin à la revanche des berceaux.Aujourd\u2019hui, dans le luxe et le confort, la population québécoise vit dans l\u2019insécurité, avec anxiété.L\u2019inquiétude est monnaie courante.Le mécontentement l\u2019est davantage.Toutes 184 L\u2019ACTION NATIONALE les transformations accomplies depuis 30 ans n\u2019ont pas procuré à l\u2019homme le bonheur de jadis.Dans une période d\u2019abondance et de richesses incalculables, notre condition économique, malgré l\u2019apparence contraire, est inférieure en 1987 à celle qu\u2019ont connue nos pères en 1929.En ce temps-là, la famille et la paroisse s\u2019occupaient de leurs pauvres et les supportaient.Des communautés religieuses jouaient un rôle de suppléance; la charité et le dévouement inspiraient ces figures devenues légendaires.L\u2019État-providence est en panne Le Québec industriel a vu l\u2019État organiser des services publics, envahir la vie privée, régir les rapports entre citoyens et vouloir redistribuer le revenu.La technocratie a raffiné les modes d\u2019intervention: fiscalité, allocations sociales, gratuité des services et assistance multiple offerte aux personnes et aux entreprises.Les gouvernements s\u2019immiscent davantage dans tous les domaines de la vie publique et privée: éducation, santé, services sociaux, logement, travail.A titre d\u2019exemple, dans le seul secteur de la sécurité sociale, l\u2019augmentation des dépenses a connu une montée vertigineuse qui frise la folie.En 1987, les divers paliers d\u2019administration publique du Canada dépensent près de 50 milliardsS pour la sécurité sociale, comparativement à 7,6 milliardsS en 1969 et à 2,7 milliardsS en 1959 (Annuaire du Canada 1980-81, p.361).Apparemment, nous n\u2019avons pas encore touché le sommet.Le vertige atteint déjà toutes les personnes de gros bon sens.Elles ne comprennent pas et elles n\u2019acceptent pas que les gouvernements fassent l\u2019étalage et la distribution d\u2019une richesse qui n\u2019existe pas.L\u2019État est en panne.Il n\u2019a plus l\u2019argent requis pour répondre aux appétits qu\u2019il a créés.Il gère alors un système de coupures d\u2019une façon souvent bête et méchante.Quelles seraient les conditions de la vie, si.Dans la situation présente, si l\u2019aide sociale prodiguée par l\u2019État disparaissait demain matin, quelles seraient les conditions de vie des 700 000 Québécois qui reçoivent actuellement des prestations d\u2019aide sociale? LES GOUVERNEMENTS BÂTISSENT UN RÉGIME.185 Quelles seraient les conditions de vie des 400 000 chômeurs québécois s\u2019ils perdaient demain matin leurs allocations d\u2019assurance-chômage?Quelles seraient les conditions de vie de milliers de Québécois si l\u2019État abolissait l\u2019assurance-maladie, l\u2019assistance aux aveugles, les allocations de maternité, les indemnités d\u2019accidents du travail et d\u2019automobile, les rentes pour les conjoints survivants, les pensions d\u2019invalidité, les dédommagements à la suite d\u2019actes criminels, les pensions pour les anciens combattants et tant d\u2019autres prestations en faveur des personnes les plus mal prises?Quelles seraient les conditions de vie d\u2019un très grand nombre de familles québécoises si l\u2019État faisait disparaître les allocations familiales et scolaires, les exemptions fiscales pour enfants ou conjoints à charge, les chèques d\u2019assistance aux mères nécessiteuses, les suppléments au revenu de travail, les allocations et la déduction fiscale pour frais de garde, les prestations aux programmes de formation de la main-d\u2019œuvre et les gains permis selon l\u2019aide sociale ou l'assurance-chômage?Quelles seraient les conditions de vie pour des centaines de milliers de personnes, si les gouvernements devenaient incapables de maintenir en vigueur les pensions de vieillesse, l\u2019assistance aux Indiens, l\u2019offre gratuite de prothèses aux assistés sociaux, le supplément de revenu garanti pour les vieillards, les allocations aux conjoints de 60 à 64 ans sans le sou, les allocations pour le logement des personnes âgées, l\u2019aide pour l\u2019habitation à loyer modique en faveur des personnes démunies ou âgées, les exemptions fiscales en raison de l\u2019âge ou d\u2019un revenu de retraite, le remboursement d\u2019impôt foncier.?D\u2019autres mesures gouvernementales fournissent aussi un soutien financier souvent indispensable aux plus démunis.Si le programme de la sécurité de la vieillesse et le régime des rentes du Québec favorisant plus de 400 000 Québécois étaient abandonnés demain matin, quelles seraient les conditions de vie de ces vieillards privés de leur principal revenu et dont un grand nombre sont invalides ou vivent dans des établissements de soins spéciaux? 186 L\u2019ACTION NATIONALE Quelles seraient les conditions de vie de milliers de Québécois si les gratuités des services dentaires, optométriques, pharmaceutiques et ambulanciers en faveur des classes défavorisées cessaient demain matin?Quelles seraient les conditions de vie de dizaines de milliers de Québécois si l\u2019État-providence fermait les centres d\u2019accueil, les foyers nourriciers, les garderies, les services sociaux en milieu scolaire, l\u2019aide à domicile, les centres de réadaptation et d\u2019hébergement?Nous devons aussi avoir présent à l\u2019esprit les 400 mesures d\u2019assistance technique et financière établies pour aider à la survivance des industries et des commerces.L\u2019aide gouvernementale aux entreprises coûte des milliards de dollars chaque année.Si les subventions pour la recherche, pour la création d\u2019emplois et pour l\u2019exportation des produits étaient supprimés demain matin, combien d\u2019usines et d\u2019entreprises fermeraient leurs portes à brève échéance?Qu\u2019adviendrait-il de ces milliers de travailleurs transformés en chômeurs et en assistés sociaux?La situation économique est pire qu\u2019en 1929 Certes, les milliards de dollars investis par les gouvernements du Canada et du Québec dans les affaires sociales et industrielles de notre province sont essentiels, voire indispensables, dans l\u2019état actuel de l\u2019économie.Sans ces bénéfices sociaux d\u2019une diversité inouïe, les misères d\u2019un très grand nombre de Québécois seraient comparables à celles des habitants du Tiers-Monde.Sans la prodigalité gouvernementale qui multiplie les programmes de sécurité dite sociale et de création d\u2019emploi, la situation économique et sociale du Québec serait pire que celle qui existait lors de la crise de 1929.La suppression des avantages financiers distribués par les gouvernements s\u2019avérerait une catastrophe irréparable.Elle illustrerait le mirage du régime d\u2019entretenus dans lequel nous vivons.L\u2019Œuvre de la soupe devrait s\u2019établir au carrefour des villages et dans la majorité des quartiers de villes.La malnutrition affligerait des milliers de nos compatriotes.À cette situation, nous ne sommes pas sensibilisés.L\u2019élimination impossible de toutes les mesures sociales démontre que les LES GOUVERNEMENTS BÂTISSENT UN RÉGIME.187 dirigeants politiques se conduisent en aveugles.Ils ont pensé guérir le malaise social en instituant des mesures bienfaisantes.Ils poursuivent dans cette voie, sans s\u2019en rendre compte, la destruction de l\u2019ossature de l\u2019économie, fondement même du bien-être.L\u2019économie québécoise n\u2019est pas assez puissante pour garantir à tous la permanence de l\u2019assistance sociale.Les entreprises ne sont pas si rentables qu\u2019elles puissent acquitter annuellement les milliards de dollars que le régime social requiert.Celles qui pourraient contribuer à l\u2019assiette fiscale utilisent tous les moyens pour ne pas le faire.Jusqu'où peut-on s\u2019endetter?Pour soutenir le régime établi aux frais principalement des travailleurs, nos gouvernements s\u2019endettent exagérément.Ils doivent déjà plus de 300 milliardsS.Personne ne se demande comment ces obligations seront payées.Le seront-elles un jour?L\u2019absence de contrôle dans l\u2019octroi des subventions, des faveurs et des allocations aux entreprises et aux personnes doit-elle désormais remplacer en permanence les mesures d\u2019aide judicieuse, nécessaire et profitable?Peut-on entretenir un espoir d\u2019amélioration dans l\u2019usage des fonds publics?Souvent, et avec raison, on a répété que toute entreprise privée ferait faillite si elle était gérée selon les normes en usage dans les administrations gouvernementales.Notre pays ne peut indéfiniment vivre au-delà de ses moyens.Il ne peut pas toujours emprunter sur l\u2019avenir des générations futures pour satisfaire les besoins du présent.Recourir sans cesse au crédit pour distribuer des allocations sociales et des subventions industrielles s\u2019apparente plus à la science-fiction qu\u2019aux sciences économiques.Depuis des années, on distribue avec libéralité les richesses avant qu\u2019elles ne soient produites.On ne peut pas toujours procéder ainsi.Un moratoire dans l\u2019aide sociale et industrielle s\u2019impose.La politique actuelle conduit au désastre.On a voulu réduire les écarts entre les riches et les pauvres.Or les riches se sont enrichis, les pauvres se sont appauvris et les tensions causées par les écarts de richesses s\u2019accentuent dans le régime actuel.L\u2019assistance sociale et industrielle, telle qu\u2019elle a été instituée, représente un gaspillage éhonté d\u2019une génération de jeunes 188 L\u2019ACTION NATIONALE régime d\u2019entretenus.Elle maintient un million de Québécois dans un état de dépendance et d\u2019asservissement.La pauvreté tempérée par un chèque d\u2019assistance aboutit systématiquement au sous-prolétariat.L\u2019avilissement par la misère forme des miséreux qui ressemblent rapidement à de vieux papiers emportés par la bourrasque vers un destin inconnu.Sommes-nous conscients de cet avenir incertain qui attend un trop grand nombre de jeunes?.Les ministres ne pensent pas.ils dépensent Pour s\u2019attaquer à l\u2019épineux problème de la pauvreté, les citoyens doivent cesser de se tourner exclusivement vers l\u2019État.Ils doivent réapprendre à compter sur leurs propres moyens.Par la prise en charge d\u2019une partie de la vie des personnes, l\u2019État nuit considérablement au développement des solidarités nécessaires entre les groupes de la société.Au fil des années, des comportements irresponsables de gouvernants ont suscité un mécontentement collectif qui se traduit par les fraudes fiscales, les grèves, le travail au noir, les réclamations irraisonnables des policiers, des pompiers, des fonctionnaires, des juges et de Tim Raines.La multitude des programmes sociaux diminue aussi d\u2019une façon certaine l\u2019incitation au travail.Comment voulez-vous motiver une famille au travail si le père bénéficie de l\u2019assurance-chômage, la mère de l\u2019aide sociale, le garçon d\u2019une allocation de formation professionnelle et la fille célibataire d\u2019une prestation de maternité?Cette famille gagne plus à ne pas travailler.Sans partager la philosophie des libéraux de monsieur Bou-rassa, je crois que le temps est venu d\u2019amenuiser le rôle de l\u2019État-providence.Une telle orientation exige du courage.Elle s\u2019impose toutefois, car la réalité économique de l\u2019heure dénote une crise sans précédent.L\u2019obligation d\u2019entretenir un ensemble de services sociaux destinés aux enfants, à la famille, aux personnes âgées et à d\u2019autres adultes démontre nettement la déconfiture de la science économique.Si les centres d\u2019accueil, d\u2019hébergement, de réadaptation et de services communautaires étaient fermés demain matin et que toutes les prestations sociales et industrielles étaient annulées, le LES GOUVERNEMENTS BÂTISSENT UN RÉGIME.189 Québec connaîtrait un automne sombre et rempli de perturbation.Nous ne parlerions pas de chômage ni de marasme.La débâcle serait terrifiante.En un tel climat, le discours ne traiterait pas du désarroi des jeunes.Le Québec vivrait dans le désordre et dans l\u2019anarchie.Par l\u2019artifice de mesures provisoires et souvent incohérentes, les gouvernements réussissent à faire fonctionner la société québécoise sans trop d\u2019ébranlement, mais les contradictions et les dangers d\u2019une économie qui marche constamment à l\u2019envers du gros bon sens conduira la nation vers quel destin?Le Québec, 1 un des pays les plus riches de la terre, ne peut demeurer un mirage.L\u2019illusion des espaces illimités et l\u2019effet optique d\u2019une technologie avancée ne donneront pas aux jeunes le travail prometteur qu\u2019ils espèrent. 190 L\u2019ACTION NATIONALE CLAUDE PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 Don d\u2019un ami SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 Tél.: (4181658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 L\u2019ACTION NATIONALE 191 LE GROUPE Rona i/areur 'Podium BOTANIX 192 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D'ABONNEMENT NOM ADRESSE Individus Etudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 30,00$\t34,00$ 14.00\t18,00 50.00\t54,00 30.00\t34,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué, H2V3R6 Tél.: 271-4759 Des soirées publiques ¦ ¦ ¦ Un magazine chrétien d\u2019analyse et de réflexion sur l\u2019actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l\u2019Église \u2022\tLe travail à temps partiel \u2022 chaque mois un débat sur un sujet d\u2019actualité Abonnement 1an(10nos)\t12,50$ à l\u2019étranger\t14,50$ par avion\t20,00$ Non______________________ Adresse__________________ code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 2185 Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B2C3 M.Fernand Paquin 11-^A 4, rue Prince Val Lorraine\tJ6Z 1P9 De concert avec la Parce qu\u2019elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d\u2019assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d\u2019assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation à La Solidarité ne profite qu\u2019à vous! La Solidarité Compagnie d\u2019assurance sur la vie Siège social: Québec Agences: Brossard (2), Chicoutimi, Laval, Montréal, Rimouski, Rivière-du-Loup, Sainte-Foy (2), St-Georges, Sherbrooke, Trois-Rivières, Val-d'Or.DU GROUPE S O L I DA R I T É \u2022 U N I Q U E "]
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