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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1988-03, Collections de BAnQ.

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[" //Action NATIONALE Volume LXXVIII, numéro 3, mars 1988 Le Québec de demain, société anationale?André d\u2019Allemagne Immigration et émigration: vers un solde migratoire positif Gary Caldwell Le dossier des communications du Québec: historique des relations entre Québec et Ottawa Alain Laramêe Le déracinement par l\u2019école Jacques Poisson L\u2019ACTION NATIONALE revue d'information nationale Directeur: Gérard Turcotte Secrétaire: Monique Tremblay Collaborateurs: Pierre ANCTIL, François-Albert ANGERS, Louis BALTHAZAR, André BEAUCHAMP, Jules BÉLANGER, Christiane BERUBÉ, René BLANCHARD, Nicole BOUDREAU, Jean-Louis BOURQUE, Odina BOUTET, Guy bouthillier, Gary caldwell, Gaston cholette, André d\u2019allemagne, André desgagné, Claude DUGUAY, André GAULIN, Jacques HOULE, Jean-Marc kirouac, Marcel laflamme, Francine la-LONDE, Robert LAPLANTE, Alain laramée, Maurice lebel, Delmas Lévesque, Doris lussier, Jean-Louis MARTEL, Denis MONIÈRE, Jacques-Yvan MORIN, Rosaire MORIN, Gilbert PAQUETTE, Jean-Marcel PAQUETTE, Marcel PÉPIN, Michel PLOURDE Abonnement:\t1 an\t2 ans \t(10 numéros)\t(20 numéros) Québec, Canada\t25,00$\t45,00$ Autres pays\t30,00$\t50,00$ Abonnement de soutien\t35,00$\t «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodical index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans l'Indexanalytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070\tDépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533\tCourrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 l\u2019Action NATIONALE Volume LXXVIII, numéro 3, mars 1988 TABLE DES MATIÈRES GÉRARD TURCOTTE\tPrésentation.2 ANDRÉ\tLe Québec de demain, D\u2019ALLEMAGNE:\tsociété anationale?.3 GARY CALDWELL:\tImmigration: vers un solde migratoire.9 ALAIN LARAMÉE:\tLe dossier des communications au Québec: historique des relations entre Québec et Ottawa.17 PIERRE ANCTIL:\tBuon natale-felice anno nuovo .\t37 JACQUES POISSON:\tLe déracinement par l\u2019école .\t43 JEAN-LOUIS\tJacques Parizeau dérange, BOURQUE:\tDieu merci.51 MARCEL\tLa société québécoise de demain: LAFLAMME:\tquelques tendances socio-économiques.55 ODINA BOUTET:\tL\u2019esprit qui est en nous.63 JEAN-DENIS\tLes Sommets de la Francophonie ROBILLARD:\tou les affaires extérieures (3e partie).69 ROSAIRE MORIN:\tEn marge de l\u2019actualité nationale\t83 Des trouvailles et des réussites merveilleuses.93 Les collaborateurs et collaboratrices de L\u2019ACTION NATIONALE sont seuls responsables des idées et des opinions exprimées dans leurs articles. Présentation T 1 premières réactions au numéro de janvier-février 1988 qui marquait ce que plusieurs ont qualifié d\u2019une Action Nationale rajeunie et améliorée ont été positives et encourageantes.Pour souligner les soixante-dix ans de publication de notre revue, nous nous devions de rafraîchir sa présentation et d\u2019actualiser son contenu.Ce que nous avons fait, tout en respectant le sens de la continuité dans les objectifs fondamentaux que la Ligue d\u2019action nationale se fixait il y a soixante-quinze ans et qu\u2019elle a toujours maintenus, mais adaptés, au cours des années, à l\u2019évolution du Québec français.Le présent numéro contient, comme le précédent, des articles de nouveaux collaborateurs sur des sujets d\u2019actualité aussi pertinents que le déclin démographique, la langue française, les communications, la politique québécoise et l\u2019économie.Ces deux premières publications de 1988 ne marquent qu\u2019un début de la transformation que nous envisageons, mais démontrent déjà notre volonté d\u2019assurer définitivement à l\u2019Action Nationale le statut de «revue nationale du Québec français».À la transformation en cours s\u2019ajoute parallèlement la mise en marche de deux opérations concrètes: l\u2019augmentation du tirage et l\u2019élargissement de la pénétration de la revue auprès non seulement de l\u2019élite intellectuelle, mais aussi du peuple en général.Les résultats ne se sont pas fait attendre, puisqu\u2019avec janvier 1988, près de deux cents noms se sont ajoutés à notre liste d\u2019envoi.L\u2019avenir s\u2019annonce donc prometteur pour l\u2019Action Nationale.Gérard Turcotte Le Québec de demain, société anationale?par ANDRÉ D\u2019ALLEMAGNE I-^e vaste mouvement de décolonisation déclenché par la seconde Guerre mondiale fit surgir nombre d\u2019États nouveaux, appelés à connaître des fortunes diverses.D\u2019une part de vieilles nations, conquises par les grandes puissances impériales qui leur imposèrent des institutions, des langues, des cultures étrangères, retrouvèrent, en accédant à l\u2019indépendance, une liberté qu\u2019elles avaient déjà connue et, du fait, une condition indispensable à leur épanouissement.D\u2019autre part, sous l\u2019influence, le plus souvent, de l\u2019ancien colonisateur, des sociétés qui ne correspondaient pas à des collectivités nationales mais regroupaient des groupes culturels, ethniques et linguistiques différents et parfois antagonistes, furent constitués en États souverains.De l\u2019État national à la nation étatique Dans le premier cas, le principe moderne de l\u2019autodétermination des peuples reprenait celui des nationalités dont l\u2019application, après la Guerre de 1914-1918, avait bouleversé la carte 4 L'ACTION NATIONALE politique de l\u2019Europe.Dans la logique de la Révolution française, propagée aux quatre coins du monde par la pensée libérale, à la souveraineté des princes succédait celle de la nation.En conséquence toute collectivité nationale avait droit à l\u2019entière possession du pouvoir politique sur un territoire déterminé: l\u2019État devenait national.Dans le second cas, la même règle de l\u2019autodétermination conduisit au maintien ou à la création d\u2019États internationaux, au sens propre du terme, souvent dans le cadre de fédérations qui éclateront ou qui ne survivront qu\u2019au prix de guerres civiles (Mali, Antilles britanniques, Malaysia, Congo).Il fallut alors construire de toutes pièces, à partir des États, des sociétés non plus nationales mais anationales, phénomène que la science politique américaine a particulièrement étudié par sa théorie du nation-building'.Ces sociétés devaient nécesairement reposer sur des valeurs autres que celles qui constituent le fondement naturel des authentiques nations: l\u2019histoire, la langue, la culture.Sur quelles bases, en l\u2019absence de l\u2019ancienne autorité du Prince, édifier alors ces «peuples sans histoire», comme eût dit Durham, multiculturels donc aculturels au sens de dépourvus d\u2019une culture qui leur soit propre, et bien sûr multilingues?La société anationale Dans un ouvrage publié à la suite d\u2019un colloque sur le concept de nation et les thèmes qui s\u2019y rattachent, tenu en 1973 à Cerisy (en France) par l\u2019International Social Science Council (organisme de recherche relevant de l\u2019UNESCO), deux professeurs de l\u2019Université de Singapour, Chan Heng-Chee et Hans Dieter Evers, exposent le cas de cette île comme exemple typique de nation-building1 2.Leur étude donne à réfléchir.1.\tRappelons qu\u2019en américain le terme de nation désigne généralement ce que la tradition française (et européenne) nomme peuple, c\u2019est-à-dire une entité politique et juridique, ou plus simplement un État.2.\tChan HENG-CHEE et Hans-Dieter EVERS: Nation-Building and National Identity in Southeast Asia, dans EISENSTADT, Shmuel Noah et ROKKAN, Stein: Building States and Nations, Sage Publications, Beverly Hills, 1973. LE QUÉBEC DE DEMAIN, SOCIÉTÉ ANATIONALE?5 En 1965 Singapour se retira de la fédération de la Malaysia pour devenir une république indépendante.La population de l\u2019île se caractérisant par sa diversité ethnique, religieuse, culturelle et linguistique, les nouvelles autorités s\u2019engagèrent dans ce que Heng-Chee et Evers appellent «l\u2019entreprise de créer une identité non-idéologique» fondée sur le pluralisme ethnique et linguistique, malgré la forte résistance des éléments chinois et malais attachés à leurs cultures respectives.Il s\u2019agit donc de trouver et de propager comme assises de la nouvelle société des valeurs «universelles», détachées de toute culture particulière, pour façonner ce que les mêmes auteurs appellent «une identité pragmatique».Ces valeurs, en fait, se résument à l\u2019efficacité et à la productivité.Les citoyens sont invités à vénérer le succès économique.On entretient soigneusement le culte de la science et de la technologie.En fonction de ces objectifs on insiste sur la nécessité de la stabilité politique et sociale, c\u2019est-à-dire sur le maintien de la domination exercée par les élites au pouvoir.Et la conclusion des auteurs est claire: La construction d\u2019une identité pragmatique n\u2019est en fin de compte qu\u2019une façon de donner une légitimité au pouvoir de l\u2019élite dirigeante et au système économique en place.On aboutit donc à une société fondée sur des valeurs purement matérialistes, une société par ailleurs profondément conservatrice en ce qu\u2019elle conserve et renforce l\u2019ordre établi et une domination de classe.Voilà qui ressemble fort à un autre modèle, plus récent mais aussi inquiétant, celui de la «dictature néo-libérale», selon l\u2019expression employée par Eugénio Tironi pour décrire le système instauré au Chili par Pinochet3.Bien sûr, entre les deux cas, il existe une différence importante: la société chilienne conserve son caractère national, que le régime Pinochet ne manquera pas d\u2019exploiter comme la plupart des dictatures de droite4.Mais voyons comment Tironi décrit l\u2019expérience chilienne: 3.\tCf.Tironi, Eugénio: Pinochet \u2014 la dictature néo-libérale, CETRAL \u2014 L\u2019Harmattan, Paris, 1987.4.\tQui n\u2019ont pas d\u2019ailleurs de droits exclusifs sur cette recette; le nationalisme, ou plus simplement le sentiment national ayant été aussi bien domestiqué (et à l\u2019occasion répudié) par le marxisme que par le fascisme. 6 L\u2019ACTION NATIONALE Dans l\u2019ensemble, les politiques néo-libérales ont eu pour effet de précipiter le Chili dasns un processus de dissolution sociale, c\u2019est-à-dire la destruction des principes collectifs de cohésion et d\u2019organisation, la dissipation du sentiment d\u2019unité de la population, la rupture des rites et des symboles intégrateurs, l\u2019absence de normes communes sur lesquelles fonder une discipline sociale et une autorité légitime, enfin l\u2019impossibilité pour la société de se reposer sur une cohabitation pacifique.5 Une telle description évoque immédiatement la société anomique de Durkheim, dans laquelle il n\u2019y a pas de consensus véritable sur les valeurs fondamentales.Tironi, d\u2019ailleurs, le souligne, et pour lui le Chili de Pinochet est précisément devenu une société anomique: L\u2019intégration sociale, on le sait, dépend fondamentalement de l\u2019existence de représentations collectives (comme les appelle Durkheim lui-même) de l\u2019unité du groupe ou de la société.Ces représentations sont le fondement de la solidarité, de la coopération et de la discipline; et typiquement elles prennent des modalités religieuses (dans les sociétés traditionnelles) et de normes morales (dans les sociétés modernes).Les représentations ou idéaux collectifs prennent corps dans des institutions chargées de veiller au respect des normes et de reproduire rituellement les représentations qui les soutiennent.Dans ce cadre, un premier défi sera de recréer un sentiment de Nation, c\u2019est-à-dire d\u2019une identité sociale et culturelle spécifique.6 Le lien est clair: la société anationale et la société anomique se rejoignent.Plus précisément, chacune des deux conduit facilement à l\u2019autre.Dans les deux cas, la dissolution d\u2019un consensus sur des valeurs morales considérées comme fondamentales aboutit à l\u2019établissement et au maintien, le plus souvent par la force, d\u2019un système fondé sur des valeurs matérialistes.La différence entre les deux types de valeurs, quand elles servent de principes à l\u2019organisation d\u2019une société, n\u2019est pas purement spéculative ou philosophique: c\u2019est la différence qu\u2019il y a entre d\u2019une part une stabilité garantie par un ensemble de convictions et de croyances auxquelles la collectivité est attachée, et d\u2019autre part un ordre assuré par des règles du jeu qui sont définies, imposées et au 5.\tCf.Eugénio TIRONI, op.cil., p.96.6.\tIbid., p.122-123. LE QUÉBEC DE DEMAIN, SOCIÉTÉ ANATIONALE?7 besoin modifiées selon les intérêts et les volontés de la minorité dominante.Le Québec.demain On peut se demander si le Québec n\u2019est pas engagé ou en train de s\u2019engager dans cette voie.Société anomique qui devient anationale, ou société anationale qui devient anomique?Peu importe l\u2019ordre dans lequel on les place, les deux phénomènes ici semblent bien aller de pair.Les résultats du référendum de 1980 sont à cet égard éloquents7.La conclusion s\u2019impose: une collectivité généralement considérée comme nationale n\u2019a pas réagi comme telle.Sa division sur une question aussi fondamentale que l\u2019aspiration à se gouverner (alors que le grand débat chez les peuples occidentaux est entre la droite et la gauche) illustre l\u2019effondrement du sentiment national.Il est à noter d\u2019ailleurs que si durant la Révolution tranquille et dans les temps qui la suivirent, on parlait le plus souvent de «la nation» québécoise ou du «peuple» québécois, on dit maintenant, non seulement chez les libéraux (ce qui n\u2019a rien d\u2019étonnant) mais un peu partout «la société québécoise», à laquelle le club du Lac Meech consent à reconnaître «un caractère distinct».Il faut une bonne dose d\u2019audace (d\u2019ailleurs ils n\u2019en ont jamais manqué!) aux gens d\u2019Alliance-Québec8 pour proclamer que le Québec est une «société de minorités», alors que sa population est à 80% de langue française.Mais si la chose n\u2019est pas encore vraie, elle pourrait vite le devenir.Selon les démographes, les descendants des «Québécois de souche» sont appelés à devenir de moins en moins nombreux, au point de ne plus constituer qu\u2019une infime minorité d\u2019ici un siècle, ce qui n\u2019est pas grand chose aux yeux de l\u2019histoire9.Mais ne soyons pas racistes ni 7.\tIl s\u2019agit, bien sûr, des résultats qui concernent la collectivité dont le sort était en cause (et qui en principe aurait dû être seule consultée), c\u2019est-à-dire, les Québécois francophones, chez qui les votes ont été divisés de façon sensiblement égale.8.\tCf.Le Devoir, Montréal, le 21 mai 1987.9.\tCf.La Presse, Montréal, le 20 juin 1987. 8 L\u2019ACTION NATIONALE chauvins: ce changement ne serait pas grave en soit s\u2019il n\u2019évoquait deux faits beaucoup plus troublants.Le premier est qu\u2019une telle évolution est d\u2019abord attribuable à une dénatalité prolongée, ce qui chez un peuple équivaut à une abdication, un refus de la vie.Le second est l\u2019incapacité de la majorité culturelle et linguistique d\u2019assimiler les apports nouveaux.Que pour se perpétuer une collectivité doive compter sur l\u2019immigration plutôt que sur ses propres forces est déjà malsain, mais lorsqu\u2019en plus cette immigration l\u2019intègre au lieu de s\u2019y intégrer, on peut en conclure qu\u2019elle est en voie de folklorisation.Or c\u2019est exactement ce que laisse prévoir le multiculturalisme qu\u2019à l\u2019instar de celui d\u2019Ottawa le gouvernement du Québec préconise et cultive avec l\u2019acceptation passive de la population.Devenue anationale, le société québécoise sera du même coup largement anomique.Conformément au modèle néolibéral, elle aura pour fondements le culte du PNB, du succès matériel, de l\u2019individualisme, du progrès technologique, du rendement et de la soumission.Toutes choses qui au départ ne semblent pas si terribles.À la longue, pourtant, le prix en est élevé: c\u2019est celui d\u2019une double domination, celle d\u2019une classe et celle de l\u2019étranger.Il y a déjà des Franco-Américains, des Franco-Manitobains, des Franco-Ontariens, etc., dont le sort n\u2019est pas des plus enviables.Faudra-t-il bientôt ajouter à la liste les Franco-Québécois? Immigration et émigration: vers un solde migratoire positif par GARY CALDWELL D ans notre premier énoncé sur la question d\u2019une politique démographique nationale1, nous avons mis de l\u2019avant la nécessité \u2014 pour éviter une décroissance absolue de la population québécoise \u2014 d\u2019une approche en deux temps: relever le niveau de l\u2019immigration dans le court terme, tout en préparant un relèvement de la fécondité, seule solution faisable à long terme.L\u2019immigration à laquelle il faut recourir dans le court terme \u2014 n\u2019est qu\u2019une facette d\u2019un phénomène plus global, celui de la migration: des gens arrivent et d\u2019autres partent.Effectivement, 1.Voir le numéro de janvier-février 1988 de la revue. 10 L\u2019ACTION NATIONALE au point de vue de l\u2019évolution du volume de la population, l\u2019essentiel, ce n\u2019est pas le nombre d\u2019individus qui entrent ou qui partent, mais plutôt le solde des deux mouvements, soit le solde migratoire.En ce qui concerne le Québec contemporain, le fait est que depuis 1967, avec l\u2019exception de trois années (1974, 1975 et 1985), le Québec connaît un solde négatif, autrement dit, un déficit migratoire: un déficit accumulé de 190 000 ou une moyenne annuelle de plus de dix mille.Lorsqu\u2019on sait que l\u2019accroissement naturel de la population du Québec n\u2019est que de quarante mille par année, une perte sèche d\u2019un quart de cet accroissement, c\u2019est beaucoup.Au niveau de la migration interprovinciale, le Québec est en position déficitaire depuis les années soixante.Cependant, ces pertes se sont trouvées compensées par un niveau d\u2019immigration internationale qui planait autour de quarante mille individus par année.Toutefois, depuis la fin des années 1974 et 1975, le déclin dans le nombre d\u2019immigrants a donné lieu au déficit migratoire d\u2019ensemble auquel on faisait allusion plus haut.En résumé, nous connaissons maintenant un déficit migratoire annuel d\u2019autour de dix mille personnes, dont l\u2019effet débilitant s\u2019illustre par le fait que ce déficit annule un quart de l\u2019accroissement naturel du Québec.* * * Partant du constat de ce déficit de dix mille par année, qu\u2019est-ce que nous pouvons faire pour le renverser en solde positif?L\u2019action qui vient à l\u2019esprit en premier, c\u2019est d\u2019augmenter l\u2019immigration.En faisant passer le volume de l\u2019immigration de son niveau actuel de vingt mille à quarante mille \u2014 un dédoublement \u2014, il y aurait possibilité que le solde se transforme d\u2019un déficit de dix mille à un gain de dix mille.Mais ceci est à la condition que les vingt mille immigrants de plus restent tous au Québec et ne deviennent pas, à leur tour, émigrants.Effectivement, nous savons que les Néo-québécois sont très fortement représentés parmi ceux qui quittent le Québec.En gros, la moitié des immigrants qui est entrée au Québec depuis IMMIGRATION: VERS UN SOLDE MIGRATOIRE 11 1950 ne s\u2019y trouvait plus en 1981; et il est probable que chez leurs enfants, la proportion manquante est encore plus forte.De façon générale, après cinq ans, le tiers des immigrants décampe.Alors, d\u2019aucuns disent qu\u2019il serait inutile de faire venir plus d\u2019immigrants \u2014 avec les coûts que cela implique \u2014, s\u2019ils doivent partir aussitôt.Mais pourquoi partent-ils?En effet, le Québec n\u2019est pas une terre d\u2019immigration2.Depuis déjà un siècle maintenant, la population indigène francophone du Québec constitue toujours quatre-vingts pour cent de la population totale.Le volume de la population du Québec varie surtout en fonction de l\u2019accroissement naturel de cette population francophone de souche.Les immigrants n\u2019ont pas réussi à pénétrer dans les institutions dominantes du Québec francophone.L\u2019Église romaine en est un bon exemple: malgré le fait que la moitié de plus de sept cent mille «ethniques» de la région de Montréal sont catholiques, le clergé reste massivement québécois de souche.Et maintenant que les francophones ont pris d\u2019assaut l\u2019économie officielle, qu\u2019est-ce qui leur reste?Les sous-économies, peut-être?De plus, avec l\u2019avènement du mouvement de droits civiques, dont la Charte des droits de la personne est l\u2019achèvement, les immigrants sont présentés comme étant, dès leur arrivée, les égaux de ceux qui sont déjà en place.Pas question de leur imposer des conditions transitoires, en attendant qu\u2019ils deviennent citoyens après trois longues années: cela sera discrimination et négation des droits de la personne.L\u2019idéologie libérale, désincarnée (parce que universaliste) que sous-entend la Charte ne s\u2019embarrasse par des distinctions comme celles qui disent qu\u2019un immigrant non encore citoyen n\u2019a pas les mêmes droits et privilèges qu\u2019un citoyen.La rhétorique du libéralisme présentement en vogue chez notre intelligentsia s\u2019accommode mal de telles distinctions.2.Cette affirmation et mon évaluation plus générale du processus d\u2019insertion des immigrants à Montréal s\u2019inspire des travaux de recherche menés à 1T.Q.R.C., notamment «le Projet Montréal», qui serait bientôt disponible. 12 L'ACTION NATIONALE En conséquence, la partie de la population qui doit frayer avec les immigrants se sent menacée par des derniers-venus qui sont, dès leur arrivé, en concurrence avec eux sur tous les fronts.Pas surprenant qu\u2019on voie en eux des voleurs de jobs et des exploiteurs de nos systèmes de soutien social.L\u2019intelligentsia et la classe moyenne ont, quant à eux, moins souvent l\u2019occasion de subir la concurrence des immigrants.Le caractère fermé du monde institutionnel québécois tient à distance, en ce qui les concernent, les immigrants.Mais nous vivons en démocratie et la population n\u2019est plus disposée à accueillir plus d\u2019immigrants.De plus, les immigrants se concentrent à Montréal pour la simple raison qu\u2019on ne les empêche pas d\u2019aller où tout québécois voudrait être.soit à Montréal.Se sentant de trop et n\u2019ayant pas à leur disposition des milieux à eux assez denses pour leur permettre de vivre «en ghetto» (à part du milieu francophone) et face à une économie qui n\u2019est pas expansive, les immigrants de Montréal font ce que beaucoup d\u2019indigènes font: ils succombent à l\u2019attrait d\u2019un Toronto débordant d\u2019activités économiques et où il existe un véritable «ghetto» ethnique pour les accueillir.Et comme personne n\u2019ose mettre en question la liberté de mouvement des immigrants non citoyens, ils sont parfaitement libres de quitter Montréal pour Toronto.* * * Quoi faire devant cette dynamique où les immigrants, source importante de stimulation de l\u2019économie, déjouent, par leur propre comportement face à un contexte dans lequel ils sont pour rien, le résultat escompté?Pour atténuer cette dynamique, il faudrait être à la fois plus réaliste et plus attentif aux particularités et aux exigences de la situation québécoise.D\u2019une part, il faut prendre en ligne de compte que le Québec a besoin d\u2019immigrants; que le Québec est maintenant doté d\u2019une infrastructure sociale (écoles, hôpitaux, routes, appareils publics, etc.) qui fonctionne, faute de monde, en bas de son seuil de rentabilité; qu\u2019il existe un grand bassin d\u2019immigrants potentiels dans lequel le Québec pourrait choisir ceux qui répondent le mieux aux besoins particuliers du Québec; IMMIGRATION: VERS UN SOLDE MIGRATOIRE 13 et de plus, que, pour la première fois de son histoire, le Québec a une législation (la Loi 101) qui assure l\u2019intégration civique et culturelle des enfants des immigrants (par l\u2019école).D\u2019autre part, il faut reconnaître que les immigrants n\u2019arrivent pas à pénétrer les institutions dominantes de la société québécoise.Toutefois, ils sont très capables de profiter de la liberté économique d\u2019une économie de marché.parce qu\u2019ils veulent travailler et sont prêts à le faire jusqu\u2019à soixante et quatre-vingts heures par semaine, ce qui pour eux est normal; ils ne demandent pas mieux.Et ils réussissent économiquement, à Montréal.Donc, il faut mettre de l\u2019eau dans notre vin de libéralisme désincarné en soustrayant aux immigrants potentiels certains des droits et bénéfices dont jouissent les citoyens, tout en abandonnant nos visées irréalistes en ce qui concerne leur intégration à la société québécoise.Cela veut dire quoi, plus simplement: qu\u2019on choisit les immigrants en fonction des besoins du Québec (ce qui se fait déjà, en ce qui concerne la profession et les connaissances linguistiques); qu\u2019on leur imposent des conditions à respecter pendant trois ans, sous peine de déportation; et qu\u2019on n\u2019empêche pas l\u2019émergence des «ghettos» ethniques.Concrètement, qu\u2019on exige le respect du principe de la scolarisation en français de leurs enfants, qu\u2019on se serve d\u2019eux pour empêcher le déplacement des régions non-métropolitaines et qu\u2019on n\u2019accorde pas aux immigrants des bénéfices comme, par exemple, l\u2019aide sociale et l\u2019assurance-chômage.Autrement dit, qu\u2019on ne leur accorde pas tous les privilèges de la citoyenneté, tout en leur laissant une pleine liberté économique à l\u2019intérieur d\u2019un système où l\u2019intégrité de la personne, psychologiquement et physiquement, est sauve.Ils n\u2019en demandent pas plus: être privé des indulgences d\u2019une société comme la nôtre pendant trois ans, c\u2019est un prix dérisoire en échange pour l\u2019entrée en Amérique du Nord.Dans ces conditions nous pouvons, j\u2019estime, augmenter par un facteur de trois ou quatre le nombre d\u2019immigrants, tout en espérant garder une plus forte population que celle d\u2019aujourd\u2019hui.Ainsi, notre économie deviendra plus concurrentielle, grâce à une main-d\u2019œuvre moins chère et plus captive, et notre énorme investissement en infrastructure sociale et capital social (une jeunesse plus instruite) se trouverait rentabilisé plutôt que d\u2019être, comme c\u2019est le cas maintenant, un fardeau dont le coût risque de 14 L\u2019ACTION NATIONALE nous couler.Tout le monde y trouverait son compte: nos enfants trouveraient des emplois dans nos institutions et les immigrants trouveraient leur émancipation économique (et civique après trois ans).Leurs enfants deviendraient, tout probablement, suffisamment riches et, parce que nombreux, politiquement puissants pour pénétrer les institutions dominantes de la société québécoise.Entre temps, le Québec, menacé par la décroissance démographique, se doterait d\u2019une marge de manœuvre, en attendant la reprise de la natalité.En caricature, donc, cinquante mille immigrants par année, plutôt que vingt; mais des immigrants plutôt démunis et en nombre suffisant pour créer des quartiers (ou, à la campagne, des communautés) ethniques et des immigrants prêts à se soumettre à des conditions quant à leur liberté de mouvement et leur accès à certains de nos programmes sociaux.Des «travailleurs immigrants», quoi, mais avec la différence cruciale qu\u2019ils auront droit à devenir des citoyens après trois ans (même cinq, si jamais nous revenions au régime des années soixante), ce que même les grandes démocraties comme la France, l\u2019Allemagne et les États-Unis n\u2019accordent pas.Il est possible que la Charte des droits de la personne et l\u2019accord du lac Meech (qui limite l\u2019immigration au Québec) ne permettent pas semblable politique, mais nous reviendrons sur ces obstacles à un autre moment.À ceux qui disent qu\u2019on ne peut pas: ce serait faire des immigrants des sous-citoyens qui, concentrés dans leurs ghettos, n\u2019intégreraient jamais la société québécoise, je réponds: la formule de rechange, c\u2019est de nous passer d\u2019eux et de les laisser crever dans l\u2019état de misère ou de désespoir où ils sont.Tout en assurant le non-renouvellement de notre population (et tout l\u2019Occident, si toutes les sociétés occidentales suivaient la même ligne).Qu\u2019on fasse face à la réalité de chez nous: la société québécoise n\u2019intègre pas les immigrants de leur vivant (peu nombreuses sont les sociétés qui le font, d\u2019ailleurs) et à mesure qu\u2019on libéralise le traitement des immigrants \u2014 attente de trois ans plutôt de cinq pour devenir citoyen, accès à tous nos programmes sociaux et nos droits \u2014, plus on est impuissant.Et tant qu\u2019à faire de la discrimination, je préfère que nous posions nos conditions à l\u2019entrée et que nous en fassions des immigrants, des «citoyens-en-attente» pendant trois ans, plutôt IMMIGRATION: VERS UN SOLDE MIGRATOIRE 15 que de faire ce que nous faisons présentement, c\u2019est-à-dire, fermer les portes progressivement, sauf à ceux qui sont capables d\u2019acheter la citoyenneté canadienne (des immigrants «investisseurs» et «entrepreneurs»).C\u2019est le comble d\u2019un libéralisme désincarné que de se défendre d\u2019imposer des critères culturelles à l\u2019entrée et des conditions restructives temporaires pendant trois ans, tout en vendant \u2014 littéralement \u2014 à fort prix l\u2019entrée au faîte.Pour deux cent cinquante mille dollars presque n\u2019importe qui peut entrer au Canada sans à avoir à lever le petit doigt, avant ou après l\u2019entrée.Nous avons des salles d\u2019attente spéciales dans nos ambassades, pour ces riches: je préfère qu\u2019on discrimine selon la couleur des yeux que selon la richesse.Mais, en ce qui nous concerne ici, une telle attitude a pour conséquence de garder les portes fermées au grand nombre et d\u2019assurer que, à long terme (dans le temps de notre descendance) la fête se gâtera, faute de joueurs.Et quant à la sagesse reçue selon laquelle le Québec a atteint la limite et sa capacité d\u2019absorption pour ce qui est des immigrants, c\u2019est un raisonnement très suspect.Le taux brut d\u2019immigration \u2014 entrée annuelle par mille de population \u2014 a déjà été quatre fois son niveau actuel (10 contre 2,5), pendant les années soixante.Ce qui est changé, c\u2019est que l\u2019immigration actuelle est peut-être plus visible, et par la couleur de la peau et par la présence dans les écoles françaises.Cette sensibilité nouvelle nous a amenés à croire que les immigrants deviennent plus nombreux, alors qu\u2019ils sont, en réalité, de moins en moins nombreux parmi nous.Je propose donc que nous visions au moins cinquante mille immigrants par année, et que, lorsqu\u2019il sera nécessaire, nous exercions notre droit (accord Cullen) d\u2019appliquer des critères culturels (comme une compatibilité avec les valeurs de la tradition occidentale) à l\u2019entrée.Que nous permettions des contrats de travail qui exigent un engagement de trois ans comme condition d\u2019entrée.Que nous n\u2019en fassions pas des «ghettos» d\u2019immigrants et que, tout en accordant une certaine liberté économique, nous n\u2019accordions pas nécessairement tous les droits et privilèges dont bénéficient les citoyens en général.Une immigration suffisamment volumineuse et culturellement compatible assurerait à la fois la création de quartiers ou 16 L\u2019ACTION NATIONALE de communautés ethniques et une vitalité économique accrue; deux conditions qui contribueraient à la rétention au Québec des immigrants devenus citoyens.Quant au maintien du caractère distinct de la société québécoise, il devrait être assuré à la fois par la scolarisation française obligatoire des enfants et une volonté de la part de l\u2019administration publique québécoise d\u2019insister sur le respect des «règles du jeu» de notre société, des règles qui découlent d\u2019une culture publique commune, dont la nécessité et l\u2019inspiration feront l\u2019objet d\u2019une contribution subséquente.Ainsi, nous pourrions envisager le repeuplement des comtés de Mégantic, Frontenac et Wolfe \u2014 actuellement presque déserts \u2014 au moyen d\u2019immigrants britanniques.HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Le dossier des communications au Québec: historique des relations entre Québec et Ottawa par ALAIN LARAMÉE A J.A.vec le présent article, nous entreprenons une série de chroniques portant sur les domaines des communications et des industries culturelles au Québec.Afin de situer le lecteur, nous avons cru bon d\u2019entamer cette série par un bref rappel de l\u2019historique des relations entre Québec et Ottawa en matière de communication.Nous concluons notre bref exposé par un tableau synoptique qui pourra servir ultérieurement de référence pour la compréhension des chroniques futures.Ces chroniques porteront sur: l\u2019industrie de la câblodistribution; l\u2019offre et l\u2019écoute d\u2019émissions de radio et de télévision francophones par rapport au contexte anglophone; les particularités du marché québécois 18 L\u2019ACTION NATIONALE en matière d\u2019industries culturelles et de communication; la problématique de la législation selon un point de vue québécois; l\u2019attentisme du gouvernement québécois par rapport au leadership fédéral en matière de politique et de législation concernant ces industries; le problème des monopoles de la presse écrite et électronique au Québec; la place des groupes communautaires dans notre système de communication de masse; l\u2019intégration des minorités culturelles dans notre système de communication de masse; les communications et le phénomène régional au Québec; les scénarios d\u2019évolution politique du dossier communications en fonction de la venue des nouvelles technologies informatiques.Toutefois, pour quiconque veut bien saisir les différents enjeux socio-économico-politiques actuels des communications sur notre réalité de tous les jours, il importe d\u2019avoir en tête l\u2019historique des relations entre Québec et Ottawa dans ce dossier.C\u2019est la raison pour laquelle nous vous présentons ce bref historique.L\u2019ère des communications d\u2019enquête: de 1929 à 1968 Compte tenu du peu d\u2019évolution des technologies de communication à l\u2019époque, la Loi constitutionnelle de 1867 n\u2019aborde les communications qu\u2019indirectement.Ce n\u2019est que par le biais des articles précisant les dispositions constitutionnelles relatives à la législation et aux compétences en matière de télégraphie, de transport et d\u2019éducation que les relations fédérales provinciales se dérouleront.Aussi, devant un certain vide constitutionnel relatif aux technologies modernes de communication, il ne faudra pas se surprendre de constater que, dans les cas de conflits d\u2019interprétation de la constitution entre le gouvernement fédéral et le gouvernement québécois, on s\u2019en remettra souvent, dans les cas les plus litigieux, à la décision de la Cour Suprême qui, comme son nom l\u2019indique, est l\u2019autorité suprême en matière d\u2019interprétation des textes juridiques au Canada.Nous verrons également que ces relations conflictuelles se manifesteront au rythme d\u2019apparition des technologies de communication.La première manifestation de la volonté du gouvernement québécois de s\u2019arroger les compétences législatives en matière de communication remonte à 1929.En effet, cette année-là, le gou- LE DOSSIER DES COMMUNICATIONS AU QUÉBEC 19 vernement du Québec a voté une loi portant sur la radiodiffusion de Québec.Même si cette loi ne fut jamais mise en application, ce fut la première manifestation des affrontements à venir entre Ottawa et Québec dans le domaine des communications.Par ce geste le gouvernement du Québec réclamait la compétence exclusive sur le contrôle de la radiodiffusion et exprimait sa volonté d\u2019accroître ses autres compétences sur tout le secteur des communications.Ainsi, ce fut la première revendication sérieuse du Québec et première mise en doute des compétences fédérales en la matière.Cependant, le gouvernement fédéral n\u2019était pas prêt à céder ses compétences aux provinces.Aussi, il mis sur pied une commission d\u2019étude, la Commission Aird de 1929, dont le mandat était de fournir une perspective de développement du système de radiodiffusion au Canada.Le modèle proposé par cette commission était le développement d\u2019un système de radiodiffusion inspiré du modèle britannique, nationalisé et évoluant vers le monopole d\u2019état.On comprendra donc que ce qui devait arriver arriva.Les relations conflictuelles entre Québec et Ottawa par rapport à leur conception respective du système de radiodiffusion conduisirent le gouvernement fédéral à aller recevoir la sanction de son modèle au près du pays colonisateur.En effet, comme à l\u2019époque le Canada n\u2019était pas encore un État indépendant, les oppositions politiques consécutives à une mésentente entre les provinces et le gouvernement central devaient être résolues par le Pays colonisateur, soit par l\u2019Angleterre.Ainsi, dans ce dossier, le Conseil privé de Londres attribua, en 1932, la compétence exclusive au fédéral en matière de contrôle du spectre des fréquences.Comme nous l\u2019avons vu dans le chapitre 3, le spectre des fréquences est l\u2019espace physique d\u2019opération des technologies de radiodiffusion et de télévision.Fort de ce jugement, le gouvernement fédéral extrapola son interprétation à l\u2019ensemble des activités de radiodiffusion, c\u2019est-à-dire au contenant (le spectre) et au contenu (la programmation).Cependant, le Québec répliqua à ce jugement par une loi créant un service provincial de radiodiffusion; en vain toutefois, puisque ce service ne sera pas opérant avant 1968, année de la création de Radio-Québec. 20 L\u2019ACTION NATIONALE Cette volonté du gouvernement fédéral d\u2019occuper le domaine des communications fut accentuée par les conclusions d\u2019une deuxième commission d\u2019enquête, la Commission Massey (1949) sur l\u2019avancement des Arts, des lettres et des Sciences.En guise de protestation de l\u2019orientation du fédéral, le gouvernement du Québec a boycotté les travaux de cette commission, l\u2019accusant de s\u2019immiscer dans l\u2019éducation, champ de juridiction provinciale reconnue comme tel par la Loi constitutionnelle de 1867.Néanmoins, ce geste n\u2019a pas empêché la Commission de renforcer la position fédérale en proposant la création d\u2019un organisme fédéral de réglementation indépendant et en proclamant la compétence fédérale prépondérante sur la radiodiffusion et la télédiffusion.En 1956, une autre commission fédérale vint renforcer cette dynamique, la Commission Fowler.Cette commission, créée par le gouvernement fédéral, avait pour mandat d\u2019étudier le rôle et le financement de Radio-Canada.Ses recommandations se sont présentées sous forme de deux rapports.Dans le premier rapport, diffusé en 1957, la Commission consacre le principe d\u2019un système mixte (État/Entreprise privée) de radiodiffusion et recommande la mise sur pied d\u2019un «Bureau des gouverneurs de la Radiodiffusion».Le mandat de cet organisme serait de veiller à la gestion de Radio-Canada et à la réglementation de l\u2019ensemble de la radiodiffusion.Ce qui fut fait.Cependant, confiner le «Bureau des gouverneurs» à accomplir ces deux mandats le conduisait inévitablement à être dans une position de conflit d\u2019intérêt dans les litiges opposant Radio-Canada aux autres entreprises de radiodiffusion.Aussi, la Commission Fowler reprit ces travaux et déposa en 1965 un deuxième rapport dans lequel elle proposa la création d\u2019un Conseil de la Radio-Diffusion indépendant de Radio-Canada dont les pouvoirs s\u2019étendraient aussi sur les entreprises de câblodistribution.Ainsi naquit le CRTC en 1968.Fait à souligner, toutes ces commissions, bien qu\u2019elles consacraient la prépondérance du gouvernement fédéral, soulignaient aussi la nécessité d\u2019un contrôle provincial sur les communications, notamment sur la programmation des stations de radiodiffusion LE DOSSIER DES COMMUNICATIONS AU QUÉBEC 21 (rapport AIRD) et même sur les activités de Radio-Canada (rapport Fowler n° 2)'.L\u2019ère de l'affirmation du Québec: de 1968 à 1976 Cependant, malgré l\u2019ascension législative et juridique des compétences du gouvernement fédéral dans le dossier, le Québec n\u2019abandonna pas ses revendications pour autant.Au contraire.Animés de l\u2019esprit de la révolution tranquille, les différents gouvernements qui se sont succédé au Québec ont rappliqué avec de plus en plus de vigueur, élargissant graduellement tout le domaine des communications, d\u2019abord à la souveraineté culturelle, puis à la souveraineté politique.Ainsi, en 1968, à la conférence intergouvemementale canadienne d\u2019Ottawa, le premier ministre du Québec, M.Daniel Johnson, déclarait: Le Québec ne peut tolérer plus longtemps d\u2019être tenu à l\u2019écart d\u2019un domaine où son intérêt vital est aussi évident, surtout si Ton tient compte des perspectives d\u2019avenir des moyens audio-visuels de communication de masse, en particulier pour l\u2019éducation, non seulement des jeunes, mais aussi des adultes1 2.Cet esprit de revendication s\u2019est davantage affirmé avec l\u2019arrivée au pouvoir du gouvernement libéral.Ainsi, en 1969, le gouvernement du Québec créa son propre ministère des Communications.Comme on l\u2019a vu au chapitre VII, le mandat du ministère était de: 1)\tsurveiller les réseaux de communication établis au Québec; 2)\tfavoriser l\u2019établissement et le développement de nouveaux réseaux de communication; 3)\texécuter ou faire exécuter des recherches sur les communications en général; 1.\tHardy, André, Jacques Piette, (1983), Le contentieux fédéral/provincial sur la compétence en communication, Ministère des communications, Québec, p.6.2.\tIdem, p.7. 22 L\u2019ACTION NATIONALE 4) établir des services sur les communications pour l\u2019ensemble des ministères.De plus, le ministère devait servir de conseil auprès du gouvernement en élaborant et en proposant une politique des communications pour le Québec, en la mettant en œuvre, en en surveillant l\u2019application et en y coordonnant l\u2019exécution.Une des résultantes de ce mandat fut la promulgation en 1971 du document intitulé Pour une politique québécoise des communications.Ce document exprimait les orientations que le Québec entendait donner au système de communication.Les principaux objectifs de la politique étaient: Le droit inaliénable pour tous les citoyens du Québec à la communication selon leurs besoins culturels, sociaux, économiques et politiques.L\u2019obligation de pourvoir directement ou indirectement le gouvernement et ses organismes d\u2019un système moderne de communication, leur permettant d\u2019assumer pleinement leurs responsabilités envers la population du Québec.La promotion et le maintien d\u2019un système de communication, intégré aux systèmes extraterritoriaux, qui facilite et contribue à l\u2019épanouissement de tous à la réalisation des objectifs du Québec3.Pour opérationnaliser ces objectifs, le document proposait d\u2019intervenir dans le dossier des communications de trois manières, soit: \u2014\tpar le biais de la Régie des services publics; \u2014\tpar la réglementation de la câblodistribution et des télécommunications; \u2014\tpar la télévision éducative.Parallèlement à cette démarche, le Québec s\u2019affilia aux autres provinces pour proposer un partage des compétences avec le fédéral.Ainsi, après trois rencontres interprovinciales qui se sont déroulées entre 1972 et 1973, les provinces arrivèrent à un certain consensus sur leur revendications.Ce consensus recon- 3.L\u2019Allier, Jean-Paul, (1986), La spécificité québécoise, document contributif au Rapport Caplan-Sauvageau. LE DOSSIER DES COMMUNICATIONS AU QUÉBEC 23 naissait la nécessité d\u2019un développement conjoint des politiques de communication, mais avec le respect des particularismes provinciaux.Toutefois, le Québec n\u2019abandonna pas les principes et les orientations développés dans son document Pour une politique québécoise des communications et, en ce sens, était beaucoup moins discret sur la définition de ses particularismes que les autres provinces.Cette affirmation alla jusqu\u2019à l\u2019adoption en 1973, par la Régie des services publics, d\u2019un règlement en matière de câblodistribution.Ce règlement obligeait les compagnies de câblodistribution à fournir à la Régie les données lui permettant d\u2019émettre des certificats temporaires d\u2019exploitation sur le territoire québécois.Cependant, comme nous le verrons ultérieurement dans le présent chapitre, le fédéral contestera cette compétence et le gouvernement du Québec sera débouté en Cour suprême.Par ailleurs, cette même année, le gouvernement fédéral avait tenté de s\u2019immiscer dans le secteur de l\u2019éducation en tentant de s\u2019accaparer le domaine de la télévision éducative.Mais devant le refus catégorique des provinces, le fédéral opta pour un compromis, à savoir que les entreprises autres qu\u2019éducatives relèveraient du CRTC et les entreprises éducatives seraient sous contrôle provincial.Toutefois, devant la montée de ce consensus interprovincial et en guise de réaction aux orientations du Québec telles qu\u2019elles avaient été déposées dans le document politique du Québec, le fédéral répliqua par le dépôt d\u2019un livre vert intitulé Vers une politique nationale des communications.Les orientations du fédéral y étaient présentées assez clairement.Deux solutions principales s\u2019offrent à nous.La première, que le gouvernement est prêt à examiner avec les provinces, consisterait dans la création d\u2019un double système de réglementation selon lequel l\u2019activité internationale et interprovinciale des sociétés exploitantes relèveraient du fédéral et l\u2019activité intraprovinciale, des provinces.La seconde suppose des accords de réciprocité, de caractère consultatif surtout, concernant la collaboration entre les gouvernements et les organismes de réglementations fédéraux et provinciaux dont la divulgation et l\u2019échange de renseignements4.4.Pelletier, Gérard, (1973), Vers une politique nationale des communications, p.8. 24 L\u2019ACTION NATIONALE Cependant, malgré l\u2019apparente ouverture du fédéral à ces deux propositions, Ottawa s\u2019affichait très sceptique face à la première solution.Ce scepticisme était d\u2019autant plus grand qu\u2019à la première conférence fédérale/provinciale (novembre 1973), le Québec avait déposé son document Québec, maître d\u2019œuvre des communications sur son territoire, où, comme l\u2019indique le titre, il affirmait très clairement ses intentions nationalistes Devant cette détermination des provinces, le ministre fédéral des communications effectua un repli stratégique en acceptant de discuter ultérieurement du partage de juridiction et en proposant de reporter la discussion des dossiers dans une prochaine conférence.Cette attitude du fédéral a quelque peu renforcé le front commun interprovincial, qui s\u2019est manifesté lors des conférences interprovinciales de Victoria, mai 1974, et de Toronto, octobre 1974.Les revendications communes des provinces étaient les suivantes: la nécessité que le fédéral reconnaisse la diversité considérable de la réalité sociale, économique et culturelle des régions et des provinces du Canada et octroie aux provinces les pouvoirs nécessaires pour qu\u2019elles exercent leurs responsabilités fondamentales dans le domaine des communications.Reviendrait aux provinces la compétence exclusive des entreprises de câblodistribution, des émissions de permis d\u2019exploitation des systèmes intra et inter-provinciaux de radio-télédiffusion (sauf RC), et des compagnies exploitantes (sauf Teleglobe, CN/CP et Telesat).Au fédéral irait la gestion du spectre des fréquences et les communications militaires.Mais cette position commune ne résista pas longtemps à la rigidité du fédéral.Ainsi, en 1975, avec la «guerre du câble» en arrière-plan, le gouvernement déposa un document intitulé Télécommunications, quelques propositions fédérales.Dans ce document le gouvernement fédéral affirmait sans équivoque qu\u2019il ne voulait plus négocier quelque partage que ce soit de ses compétences avec les provinces et qu\u2019il refusait les propositions «irréalistes des provinces».Ce fut l\u2019éclatement de l\u2019interprovincialisme avec le retrait du Québec de ces conférences, alors que les autres provinces acceptaient de participer aux travaux d\u2019un comité consultatif mis sur pied par le fédéral.Cependant, cette amorce de discussions bilatérales se solda par un échec. LE DOSSIER DES COMMUNICATIONS AU QUÉBEC 25 L\u2019ère de la confrontation systématique: de 1976 à 1985 Les années 1976 à 1985 se sont déroulées, sur le plan politique, dans un climat d\u2019opposition entre le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral.Il faut se rappeler qu\u2019en novembre 1976, la société québécoise s\u2019était dotée d\u2019un gouvernement souverainiste (le Parti québécois) qui, non seulement proposait des idées et des intentions souveraines par rapport à tous les dossiers politiques, mais se faisait une mission (comme inscrite dans le programme officiel du parti politique) officielle de tout mettre en œuvre pour l\u2019atteinte de la souveraineté politique.Aussi, durant les deux mandats de ce gouvernement (de 1976 à 1985) tous les dossiers politiques interférant avec les pratiques traditionnelles du gouvernement fédéral ou avec l\u2019interprétation de la Loi constitutionnelle de 1867 seront révisés à l\u2019aide de cette lunette.Par ailleurs, comme plusieurs événements politiques et constitutionnels sont venus bouleverser l\u2019échiquier Québec/Ottawa pendant ces années, on comprendra que les stratégies politiques des deux gouvernements seront modifiées en conséquence.Parmi ces événements politiques, mentionnons les plus importants: arrivée du Parti québécois au pouvoir en 1976; proclamation de la Loi 101 faisant du français la langue officielle du Québec; perte du référendum par le Parti québécois portant sur le plébiscite populaire conduisant à une démarche de mise en œuvre d\u2019un programme conduisant à la souveraineté du Québec; réélection du Parti québécois en 1981; rapatriement de la Constitution en 1982 sans la signature du Québec; enchâssement d\u2019une charte des droits de la personne dans la constitution affaiblissant certains pouvoirs législatifs des provinces; inclusion d\u2019une clause dite «nonobstant» permettant au gouvernement du Canada de s\u2019immiscer dans les domaines de compétence exclusivement provinciale, c \u2019est-à-dire la culture de l\u2019éducation.Compte tenu de l\u2019ampleur et de la profondeur des revendications politiques du Québec dans le dossier constitutionnel, on comprendra que le dossier des communications n\u2019ait pas été mis autant en évidence que dans les régimes antécédents.Avant 1976, le dossier des communications était souvent le cheval de bataille politique et culturel du gouvernement du Québec pour manifester sa différence politique et nationale.Alors que sous 26 L\u2019ACTION NATIONALE les régimes du Parti québécois, cette quête de reconnaissance passait par plusieurs autres dossiers, par exemple ceux du développement des ressources naturelles, de l\u2019emploi et de la main-d\u2019œuvre, des programmes de développement industriel et économiques.Nonobstant ce caractère, en apparence secondaire, des communications, les relations entre Québec et Ottawa ne sont pas demeurées inactives durant ces années.Ainsi, le gouvernement du Parti québécois a adopté, à ses débuts, une stratégie de consolidation de ce qu\u2019il possédait, comme les compétences en matière de télévision éducative, en attendant d\u2019obtenir la souveraineté politique.En ce qui concerne le fédéral, son intérêt se tourne progressivement vers les nouvelles technologies de l\u2019information (utilisant l\u2019informatique).Secteur dans lequel Québec arrivera beaucoup plus tard, concentrant davantage ses énergies pour la promotion de l\u2019idéal souverain.Cependant, l\u2019année 1978 fut assez marquante dans les relations fédérales provinciales en général et de manière plus spécifique, dans les relations entre Québec et Ottawa.En effet, lors de la conférence fédérale/provinciale de Charlottetown (1978), on assista à une vive opposition de principe sur la juridiction de la câblodistribution.De plus, le règlement sur la câblodistribution que le Québec avait adopté en 1973, puis modifié en 1976, fut jugé inconstitutionnel par la Cour suprême, cette même année.Ce jugement attribua les compétences exclusives au fédéral en matière de câblodistribution et eut l\u2019effet de confirmer les prérogatives du fédéral dans ses intentions de ne rien céder aux provinces en matière de communication.Cette rigidité se confirma, d\u2019ailleurs, lors de la conférence fédérale/provinciale de Toronto, où l\u2019on n\u2019observa aucune évolution dans le dossier.Devant cet imbroglio et attendant d\u2019exercer sa souveraineté, le gouvernement du Québec accepta en 1980 d\u2019entreprendre une nouvelle démarche d\u2019interprovincialisme.C\u2019est ainsi que sur la base d\u2019un consensus interprovincial, le Québec accepta un compromis temporaire, à savoir la reconnaissance éventuelle d\u2019un champ de juridiction partagé entre les provinces et le fédéral, mais avec la primauté législative aux provinces.Après la con- LE DOSSIER DES COMMUNICATIONS AU QUÉBEC 27 férence interprovinciale de Vancouver (novembre 1980), les provinces décidèrent de mettre sur pied une série de groupes de travail, afin d\u2019en arriver à une position précise et commune sur les secteurs pouvant faire l\u2019objet de ce champ de juridiction partagé avec le fédéral et ceux dont elles voulaient se voir reconnaître la compétence exclusive.Ainsi, les provinces s\u2019entendirent pour déposer un projet au fédéral dans lequel les provinces auraient les compétences exclusives sur la télévision payante et les services de câblodistribution.Suite à la victoire du fédéral en Cour suprême en 1978 dans la «guerre du câble» avec Québec, on pouvait s\u2019attendre à un refus du gouvernement fédéral de cette proposition.Ce qui effectivement arriva et, qui plus est, le gouvernement fédéral décida de ne plus participer à aucune discussion qui partirait de ce consensus.Par la suite, en 1980, le gouvernement du Québec a procédé à un référendum sur la souveraineté politique du Québec.Suite au refus de la population du Québec de donner son aval au gouvernement dans ce dossier, ce dernier se présenta, sans enthousiasme, il faut dire, à la conférence interprovinciale qui se déroula à Québec en 1981.Cette conférence devait à l\u2019origine se dérouler à Winnipeg, et les représentants fédéraux devaient y participer.Devant leurs refus de participer, on convoqua plutôt une conférence interprovinciale à Vancouver5.Aussi, aucune mesure d\u2019harmonisation commune entre les politiques de communication ressortit de cette conférence.La conférence fédérale/provinciale de septembre de la même année, qui se déroula à Winnipeg, s\u2019est soldée par un échec pour le gou-verment du Québec.En effet, il y eut affrontement systématique entre Ottawa et Québec.De plus, on n\u2019observa aucun échange sur les questions de fond et aucun changement d\u2019attitude du gouvernement fédéral dans le dossier.À la différence du Québec et assistant de manière un peu retirée à ce conflit, les autres provinces acceptèrent de participer à un comité mixte institué par le fédéral dont le mandat était d\u2019étudier la limite des intérêts 5.André Hardy et Jacques Piette, (1983), op.cit., p.34, note 23. 28 L\u2019ACTION NATIONALE des divers ordres de gouvernement et les mécanismes d\u2019harmonisation des politiques en matière de télévision payante.Toutefois, les résultats des travaux de ce comité présentèrent la même confusion que celle qu\u2019on avait observée à la suite de la conférence de Charlottetown.La conférence fédérale/provinciale de Calgary, en mai 1982, aboutit à un nouvel échec.Si les précédentes conférences fédérales/provinciales ont donné lieu à plus d\u2019atermoiements et de passes d\u2019armes qu\u2019à de véritables mesures concrètes, la conférence de Calgary n\u2019aura quant à elle pas assez duré pour que se répète le scénario habituel.A peine a-t-elle eu lieu! Les deux principaux dossiers à l\u2019ordre du jour, la télévision payante et la réforme de la réglementation de la téléphonie interprovinciale, n\u2019ont pratiquement pas été abordés par les participants.[.] La conférence n\u2019a pas non plus débouché sur des décisions concernant la téléphonie interprovinciale, les participants n\u2019arrivant pas à s\u2019entendre sur un des trois scénarios proposés par le groupe de travail mis sur pied à Winnipeg6.Le bilan de la conférence de Calgary est donc assez sombre.Le fédéral manifeste clairement son intention de s\u2019arroger la totalité de la législation et du contrôle de la télévision payante.Ce qu\u2019il fera par l\u2019entremise du CRTC dans les années qui suivirent.Pendant cette même année 1982, le gouvernement du Québec met sur pied un groupe de travail pour faire le tour de la question des communications au Québec à l\u2019aube de la venue des nouvelles technologies de communication.[.] le groupe de travail devra fournir une description et une analyse générales de la situation de la recherche-développement dans l\u2019ensemble du domaine des communications au Québec, entre autres la téléphonie, la radio-télévision, la câblodistribution, la télématique, la publicité et la presse écrite.Le rapport couvrira les trois secteurs de la recherche, industriel, universitaire et gouvernemental, et portera sur les aspects «contenant» (technologiques) et «contenu» (programmation, logiciels, etc.) dans leurs volets sociaux, économiques, politiques et culturels.Le groupe de travail analysera les caractéristiques de la recherche en communication au Québec, les ressources 6.Idem, p.30. LE DOSSIER DES COMMUNICATIONS AU QUÉBEC 29 qui lui sont consacrées, ses champs d\u2019intervention privilégiés, ses points forts et ses principales lacunes dans la conjoncture actuelle.Il devra en outre recommander des voix d\u2019action possibles pour l\u2019avenir, en évaluant notamment les avantages comparatifs du Québec dans le domaine de la recherche en communication7.Les conclusions générales du rapport sont les suivantes: Le Québec doit développer son autonomie dans la maîtrise des communications.Le Québec doit étendre sa souveraineté technologique.La R&D en communication se fait à l\u2019extérieur du Québec en grande partie.De façon générale, la R&D commandée par les grandes multinationales se fait en très grande partie à l\u2019extérieur du Canada.Le Québec est donc exclu de ce milieu.[.] Le développement des communications au Québec est très fortement orienté par le développement technologique extérieur, ce qui tend à imposer ici des modèles de développement et de services sans lien avec nos besoins et les priorités identifiés.Il est donc urgent de définir et d\u2019évaluer les modèles à privilégier au Québec, d\u2019établir les technologies requises et d effectuer les recherches qui s\u2019imposent.Le Québec doit affirmer sa personnalité dans le réseau d\u2019échange scientifique international.[.] Il ne faut donc pas compter sur l\u2019évolution spontanée de la situation actuelle pour améliorer ni même maintenir le niveau de réalisation du Québec en ce domaine.La perte de compétence québécoise qu\u2019assurerait le maintien des conditions actuelles ne pourra être contrée que par une intervention forte de l\u2019ensemble des agents impliqués.Cette intervention ne peut se faire que par et dans le cadre d\u2019une politique volontariste, ferme et précise de l\u2019État8.Toutefois, durant cette même année et les années subséquentes, on remarque un certain abandon de la position historique du Québec dans le dossier des communications.Soit que le Québec soit saturé des échecs constitutionnels ou politiques, soit qu\u2019il décide de se tourner davantage vers le développement économique et la prise en charge des nouvelles technologies de communication, on n\u2019en remarque pas moins un certain repli dans le conflit qui l\u2019oppose au fédéral.Ce repli se manifeste par un discours et une stratégie à l\u2019intérieur desquels on fait peu de place à la guerre des compétences dans le dossier des communications et ses incidences politiques et culturels.On parle de plus 7.\tMinistère des communications, (1982), Bâtir l\u2019avenir, Les communications au Québec, Gouvernement du Québec, p.2-3.8.\tIdem, p.106-107. 30 L'ACTION NATIONALE en plus des incidences économiques des nouvelles technologies, de la recherche développement, de rapports économiques mondiaux, bref de la compétition entre les différents marchés mondiaux.Les priorités ne semblent plus être du côté constitutionnel et politique, mais du côté économique.À cet égard, une étude du ministère des communications du Québec faite en 1982 déclare la position suivante: Quoi qu\u2019il en soit, le Québec ne profitera des avantages du système fédératif actuel que s\u2019il évacue temporairement, et ce le plus tôt possible, les juridictions non accessibles et canalise ses énergies et son imagination pour bien utiliser celles qu\u2019il a en main\u2019.Une année plus tard, en 1983, le sous-ministre des communications du Québec déclare, dans une conférence prononcée dans le cadre de l\u2019année mondiale des communications en 19839 10, que: «le fédéral a juridiction sur 80% du secteur des communications et la bataille du partage des compétences ne conduit nulle part».C\u2019est dans cette optique, d\u2019ailleurs, que le fédéral et Québec, à la suite d\u2019une entente négociée, s\u2019engageront en 1985 dans un programme conjoint au coût de 45 millions de dollars portant sur le développement des utilisations des nouvelles technologies de communication.Les objectifs de ce programme sont les suivants: \u2014\tencourager la recherche et stimuler l\u2019innovation technologique; \u2014\tstimuler les investissements des entreprises; \u2014\tsoutenir l\u2019exploitation, le développement et la commercialisation des biens et services des entreprises, notamment sur les marchés d\u2019exportation; encourager la création d\u2019emplois dans de nouvelles catégories professionnelles; \u2014\tpermettre la formation et le recyclage des travailleurs.9.\tGagné, Murielle (1982), Québec-Ottawa face à ta mutation des télécommunications: dépasser l\u2019impasse, ministère des Communications, p.7.10.\tPierre-A.Deschênes, sous-ministre, ministère des Communications (23 mars 1983), La réglementation des télécommunications québécoises à un tournant, ministère des Communications. LE DOSSIER DES COMMUNICATIONS AU QUÉBEC 31 Conclusion De ce bref historique des relations entre le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec concernant le dossier des communications, il importe de retenir un certain nombre de positions qui sont parfois convergentes et parfois divergentes.Ainsi, les objectifs des deux gouvernements semblent être analogues: protéger l identité culturelle et nationale et assurer la coordination efficace des communications en même temps que l\u2019accès au plus large public possible.Le fonds du désaccord, mis en évidence jusqu\u2019en 1982, consiste dans la façon dont Ottawa et Québec conçoivent l\u2019identité nationale, (personnalité et unité canadienne dans un cas, souveraineté culturelle québécoise dans 1 autre) et la coordination efficace du système de communications (juridiction fédérale exclusive exercée en consultation avec les provinces, ou interprovincialisme).Ainsi, alors qu\u2019il y a entente tacite entre Québec et Ottawa sur la nécessité d\u2019un certain interventionnisme (qualité et accessibilité du service, caractère «national» de la propriété et de la programmation), le degré d\u2019intervention pratiqué (subventions au Québec à la propriété collective locale des médias) ainsi que le degré de centralisation souhaité dans le processus de planification (le «one communication policy» fédéral et le «maître d\u2019oeuvre» québécois) diffèrent grandement\".Du point de vue de l\u2019interprétation de la constitution, on est face à une impasse.Dans ce dossier et jusqu\u2019à ce jour, il a toujours existé deux conceptions différentes du fédéralisme.L\u2019une concevant la fédération comme un gouvernement fort, l\u2019autre considérant la fédération comme une union d'États indépendants.Ces conceptions opposées se sont toujours manifestées par une intransigeance du gouvernement fédéral qui dispose des pleins pouvoirs constitutionnels et des faveurs de la jurisprudence de la Cour suprême.Par ailleurs, outre une certaine entente sur les objectifs théoriques du système de communication de masse par rapport à 11.Interprétation du Mouvement National des Québécois, rapportée par André Hardy et Jacques Piette, (1983), dans Le contentieux fédéral/provincial sur la compétence en communication, p.37. 32 L\u2019ACTION NATIONALE la société, on remarque que les deux gouvernements ont quelques autres points en commun.Par exemple: la libre circulation des idées; les ondes sont un bien public; utilisation des ondes au service du public; rendre l'information la plus accessible possible; promouvoir des objectifs culturels et d\u2019identité nationale; reconnaissance de la nécessité d\u2019un système mixte de communication.Mais, comme nous l\u2019avons mentionné précédemment, c\u2019est la mise en commun de l\u2019application de ces principes sur les préoccupations culturelles de chacun et la conception du fédéralisme qui diffèrent.Ces divergences, présentées de manière synthétique, prennent les formes suivantes: Intégrité culturelle canadienne face aux produits américains; contrôle de la programmation et de la propriété; dissémination de la culture canadienne et des moyens de communication à la plus grande partie de la population; unification de la politique des communications sur tout le territoire.\u2014\tDéveloppement et protection de l\u2019identité culturelle et de la culture québécoise; \u2014\tdéveloppement de l\u2019accès au médias; \u2014\tvulgarisation et accès à l\u2019information gouvernementale; \u2014\tdéveloppement de la tv éducative; \u2014\tsubvention à la programmation éducative des entreprises.En guise de conclusion de ce chapitre, nous laissons la parole à un des observateurs-acteurs les plus avertis de la querelle Québec/Ottawa en matière de compétence dans le dossier des communications, soit M.Jean-Paul L\u2019Allier: LE DOSSIER DES COMMUNICATIONS AU QUÉBEC 33 Le discours politique du Québec, en matière de communications et de culture, a été modulé au fil des années et suivant en grande partie, deux crans en dessous, la courbe du nationalisme québécois.Aujourd\u2019hui, ce trait spécifique du Québec qui consistait à réclamer d\u2019une façon systématique le droit d\u2019avoir des politiques spécifiques, sinon autonomes, dans le domaine de la culture et des communications s\u2019est à peu près estompé.[.] Québec et Ottawa ont à toutes fins pratiques normalisé leurs relations et tout laisse prévoir, pour les années qui viennent, que les choses iront encore plus loin.[.] Il faut cependant noter ceci: la principale cause de revendication du Québec en matière de communication était de pouvoir en arriver à permettre et favoriser, pour la population francophone et compte tenu de sa situation particulière en Amérique du Nord, le développement d\u2019une radio et d\u2019une télévision qui puissent éventuellement répondre à d\u2019autres priorités, à d\u2019autres objectifs et à d\u2019autres modèles de développement que ceux pratiqués ailleurs au Canada.La juridiction québécoise n\u2019ayant pas été reconnue, le Gouvernement fédéral aurait pu, dès lors dégager de son obligation d\u2019agir de la même façon pour l\u2019ensemble du pays à cause de la définition qu\u2019il se donne lui-même de l\u2019intérêt national, reconnaître sa responsabilité quant à l\u2019identification, à la protection et au même développement de la diversité canadienne et voir lui-même, par loi ou par réglementation, à permettre le développement différent au Québec de la radio et de la télévision.Vérification faite, tel n\u2019est cependant pas le cas.Dès lors, l\u2019état actuel de la réglementation et de la législation ne peut qu\u2019entraîner à la longue une normalisation du développement des télécommunications autant que de la radio et de la télévision au Canada, amenuiser l\u2019élément de différence que souhaitait développer le Québec sur son propre territoire et à la longue, affaiblir les sources de production originales qui s\u2019étaient manifestées et qui se manifestent encore du fait de la culture et de la langue pratiquée au Québec.(.) Tant et aussi longtemps que l\u2019on percevra comme une réalité le fait que les médias sont un élément non seulement qui véhicule la culture mais qui aussi la façonne, en influençant directement et constamment la population, le gouvernement du Québec, quel que soit le parti qui le forme, aura vraisemblablement un discours qui indiquera à tout le moins son intérêt pour le développement, dans un sens plutôt que dans un autre, des télécommunications et des communications sur son territoire12.Comme nous le verrons ultérieurement, le gouvernement actuel est loin de porter le flambeau des droits du Québec en 12.L\u2019Allier, Jean-Paul (1986), La spécificité québécoise et les médias, étude et recherche commandées par La commission Sauvageau-Caplan, janvier 1986, p.41 à 57. 34 L\u2019ACTION NATIONALE cette matière.Il importe donc que d\u2019autres puissent pallier cet «oubli», pour ne pas dire cette flagrante négligence.Ce à quoi nous voulons apporter notre contribution au moyen de la présente série de chroniques qui consistera essentiellement à divulguer et à mettre en perspective des informations pas toujours facilement accessibles, souvent parce que stratégiques, dans le domaine et en défendant sans ambiguïté les intérêts du Québec français.Les relations fédérales/provinciales, en matière de communication TABLEAU SYNOPTIQUE Dates\tÉvénements\tDocuments 1929\tLoi sur la radiodiffusion\tLa loi 1945\tLoi créant R-Q\tLa loi 1968\tConstitution de l\u2019Office de R-Q\tLa loi 1969\tCréation du ministère des Communications\tLa loi 1971\tRéflexion du ministère\tPour une politique \tdes Communications\tquébécoise des communications 1971\tLe gouvernement fédéral\tVers une politique \triposte par un énoncé\tnationale \tde politique\tdes communications 1972\tTrois conférences\t 1973\tinterprovinciales sur ce document\t 1973\tAdoption d\u2019un règlement par la Régie des services publics sur la câblodistribution\t 1974\tFront commun interprovincial (Victoria et Toronto)\t LE DOSSIER DES COMMUNICATIONS AU QUÉBEC 35 1975\tÉclatement de\tT élécommunications, \tl\u2019interprovincialisme\tquelques propositions \t2e conférence fédérale/ provinciale\tfédérales 1975\tÉnoncé de projet\tDimensions d\u2019une \tde politique\tpolitique de téléinformatique pour le Québec 1976\tAmendement au règlement sur la câblodistribution\t 1978\tLivre blanc sur la politique\tLa politique québécoise \tde développement culturel\tde développement culturel (21.) 1978\tConférence fédérale/ provinciale de Charlottetown\t 1978\tLa Cour suprême attribue la juridication en matière de câblodistribution au fédéral\t 1978\tRèglement concernant la télévision payante\t 1979\tConférence fédérale/ provinciale de Toronto\t 1980\tLa conférence interprovinciale de Vancouver\t 1981\tLa conférence interprovinciale de Québec\t 1981\tLa conférence interprovinciale de Winnipeg\t 1982\tLa conférence interprovinciale de Calgary\t 1982\tÉnoncé de politique de\tBâtir l\u2019avenir \tdéveloppement économique\tLe virage technologique 36 L\u2019ACTION NATIONALE 1983 1983 1985 1985 Le Sommet des communications Comité Masse-Bertrand Étude de deux dossiers: 1)\tL\u2019avenir de la télévision francophone 2)\tLa concurrence en télécommunication Signature d\u2019une entente de 40 millions sur le développement des télécommunications Actes du Sommet Le Québec et les communications: un futur simple Rapport sur la concurrence en télécommunication Rapport du Comité fédéral sur l\u2019avenir de la télévision francophone Avez-vous fait parvenir votre souscription à la Fondation Esdras-Minville?Sinon, il est toujours le temps de le faire.Libellez et adressez votre chèque à: LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE 82 ouest, rue Sherbrooke Montréal H2X 1X3 \u2014 Vous recevrez un reçu qui rend votre don déductible des impôts fédéral et provincial.\u2014 Nous déposerons votre don à la FONDATION ESDRAS-MINVILLE. Buon natale-felice anno nuovo par PIERRE ANCTIL A -L 1.l\u2019époque où nous vivons, en cette fin de siècle, les gens sans doute les plus à même de percevoir et de mesurer le caractère multiculturel de notre société québécoise, et surtout montréalaise, demeurent.les parents francophones qui envoient leurs enfants à la petite école de leur quartier.Une telle affirmation a peut-être de quoi surprendre, mais pourtant rien n\u2019est plus juste, et il y a quelques jours à peine j\u2019en ai reçu une confirmation éclatante.J\u2019habite l\u2019ouest du quartier Notre-Dame-de-Grâce, zone construite il y a une quarantaine d\u2019années sur le modèle des garden cities anglais.Dans ce coin paisible de Montréal, loin des zones traditionnellement habitées par les immigrants, où l\u2019ethnicité se fait toute discrète et où l\u2019on aurait peine à reconnaître sur les maisons les couleurs de la Méditerranée ou sur les têtes le port du Shtraimel, les cours des écoles catholiques regorgent d\u2019enfants venus de partout sur la planète.(La surprise, il est vrai, reste dans ce cas le fait des Québécois de vieille souche, car il y a belle lurette que les milieux anglophones ont fait l\u2019apprentissage de la diversité ethnique.) Quand les petits 38 L\u2019ACTION NATIONALE allophones ont commencé à traverser la simple barrière grillagée qui sépare souvent les secteurs français et anglais de la CÉCM, dans ce coin de Montréal, il y a maintenant un peu plus de dix ans, ils ouvraient pour la première fois de notre histoire une brèche dans un système jusque-là solidement monoethnique et monolinguistique.Depuis, les enfants de nos immigrants s\u2019y engouffrent à un rythme époustouflant.J\u2019ai un garçon en troisième année à l\u2019école Sainte-Catherine-de-Sienne, et pour lui l\u2019interculturalisme est devenu une réalité quotidienne, beaucoup plus que pour ma génération ou encore celle de ses grands-parents.Alors que nombre de Québécois de vieille souche furent confrontés à la diversité ethnique et au partage des horizons culturels seulement au sortir de l\u2019adolescence, voici une fournée de futurs citoyens pour qui l\u2019apprentissage de l\u2019alphabet se fait en compagnie d\u2019enfants issus de tous les continents.Dans la classe de mon fils, il y a un Sud-Coréen, trois Vietnamiens, trois Polonais, deux Canadiens d\u2019origine italienne, un Turc, un Africain, un Portugais, et bientôt, d\u2019ici quelques jours, deux Sud-Coréens de plus.Soit le tiers des élèves dans ce qui, somme toute, reste un groupe des plus représentatifs, dans une école que rien ne distingue de la moyenne, en plein milieu d\u2019un quartier comme il en existe des dizaines sur l\u2019île de Montréal.Cherchez autour de vous et vous verrez ce modèle reproduit sur l\u2019ensemble du territoire de la CUM.Comparée à la toute rhétorique et symbolique question de l\u2019affichage, l\u2019arrivée des élèves allophones dans les classes d\u2019expression française prend l\u2019allure d\u2019un retournement aux conséquences inédites et très profondes, et encore très mal mesurées.Alors que d\u2019un côté l\u2019on discute de l\u2019identité linguistique d\u2019un panneau de bois ou d\u2019aluminium, autant dire du sexe des anges, voici que pour la première fois des milliers de jeunes immigrants se joignent en masse à notre communauté francophone et, d\u2019ici quelques années, en prendront d\u2019assaut les institutions et les structures sociales.Pendant que les adultes se querellent au sujet de l\u2019apparition d\u2019un mot en public et que valsent les messages écrits dans un idiome ou l\u2019autre, une armée de jeunes élèves allophones apprend à écrire notre langue, à conjuguer correctement, et qui sait, à lire Molière. BUON NATALE-FELICE ANNO NUOVO 39 Il n\u2019y a aucun doute que les enfants qui entrent aujourd\u2019hui dans le réseau scolaire francophone, et qui ne sont pas de vieille souche française, mais de nouvelle efflorescence, appartiennent pour une vaste majorité à des communautés culturelles nouvellement installées au Québec, et auprès de qui aucun pattern linguistique particulier n\u2019a encore été fixé.Il y a longtemps que les populations italiennes et juives ashkénazes de l\u2019ouest de la ville sont passées sur les bancs de l\u2019école anglophone protestante ou catholique, et très peu de ces personnes inscrivent aujourd\u2019hui leurs enfants à l\u2019école francophone.Plutôt, les Asiatiques, les Polonais et les Portugais qui fréquentent les classes catholiques de langue française entament à peine avec leurs familles un long processus d\u2019adaptation linguistique et social à notre collectivité, et pour eux l\u2019immersion dans un milieu francophone sera déterminant.Si l\u2019école risque de bouleverser à court terme le rythme et le mode d\u2019intégration des immigrants, elle va sans doute aussi modifier considérablement l\u2019idée que les enfants de vieille souche se font de leur culture et de leur environnement humain.Plus nécessaire d\u2019aller à Saigon pour entendre du vietnamien ou aux Azores pour sentir la lusitanité.Que dis-je, point n\u2019est besoin de se rendre en ces lointaines contrées du boulevard Saint-Laurent ou du marché Jean-Talon pour goûter les fruits de l\u2019exotisme et de la diversité ethno-culturelle.Voici que l\u2019intercul-turalisme frappe littéralement à nos portes.Vous en doutez! Tout ceci n\u2019est qu\u2019un écran de fumée, croyez-vous! Alors, la patience ne doit pas être votre principale vertu, et peut-être souffrez-vous un brin de manque de souplesse.À ce jour, 80% des enfants issus des communautés culturelles allophones fréquentent quotidiennement un milieu francophone, et sur la liste des dix principaux pays d\u2019origine des personnes revendicatrices au Québec, entre janvier et septembre 1987, du statut de réfugiés, figurent des noms de lieux aussi peu anglophones que El Salvador, Chili, Sri-Lanka, Guatemala, Iran, Honduras, Ghana, Liban, Turquie et Somalie.Le changement est si considérable et brusque que, d\u2019ici quelques années, les enfants allophones formeront la majorité de la clientèle de la CÉCM.Seulement le tiers des immigrants admis cette année parlent, parmi les deux langues officielles du Canada, l\u2019anglais seulement, et pour beaucoup d\u2019entre eux il ne saurait s\u2019agir là de leur langue maternelle.Pour la plupart, les nouveaux venus 40 L\u2019ACTION NATIONALE forment ici des communautés culturelles fragiles et peu importantes démographiquement, vivent dans des conditions économiques difficiles, et ne peuvent compter sur des organismes de bienfaisance solidement établis où leur langue et leurs coutumes soient reconnues.Suite à une loi que la majorité des francophones ont souhaitée, les voici dans notre maison, côtoyant nos enfants, progressant dans la vie côte à côte avec eux.Après avoir pris collectivement et démocratiquement cette décision, après les avoir convoqués, allons-nous un à un, chacun de notre côté, ignorer leur présence?Bien sûr, les immigrants parlent entre eux, à la maison, leur langue d\u2019origine, et la transmettront fort probablement quasi intégralement à leurs enfants, et dans beaucoup de foyers où les parents ont été éduqués dans le Québec de l\u2019avant-Loi 101, l\u2019anglais occupe une place importante.Je suis pourtant de ceux qui croient qu\u2019on ne peut pas exiger des nouveaux venus un transfert immédiat et radical au français, ni les empêcher d\u2019apprendre aussi la langue dominante du continent nord-américain.Certes, le Québécois de nouvelle souche a de bonnes chances demain d\u2019être un francophone, mais il a aussi droit à sa vie privée, à la perpétuation de ses racines et pratiques culturelles et au respect de sa polyglossie.N\u2019est-ce pas déjà un renversement majeur d\u2019imaginer pouvoir définir notre société comme une où l\u2019État accueille l\u2019immigrant principalement en français, et où les nouveaux venus soient enfin intégrés à des infrastructures scolaires qui en feront à terme des citoyens, dont l\u2019une des langues d\u2019usage sera le français?Hier encore, il y a une vingtaine d\u2019années, ce renversement linguistique aurait été inimaginable, quand, de surcroît, les commissions scolaires francophones ne se souciaient que très peu d\u2019accueillir et d\u2019associer les immigrants à notre cheminement collectif, et surtout les non-catholiques.Le processus actuel d\u2019attraction obligatoire des allophones dans l\u2019orbite des institutions de langue française ne va pas, bien sûr, sans soubresauts ni sans conflits, tensions découlant le plus souvent du caractère tout récent du phénomène.Il revient cependant surtout à la majorité, dans ce cas très particulier, de faire preuve de patience et de maturité.Il reste, par exemple, complètement illusoire de s\u2019attendre à ce que la francisation se fasse de BUON NATALE-FELICE ANNO NUOVO 41 manière instantanée, par miracle, comme si les individus avaient dans ce domaine recours au libre arbitre le plus pur.Dans le domaine linguistique, il faut compter des années, sinon des générations, avant qu\u2019une orientation nouvelle se dessine au sein d\u2019une communauté donnée, et généralement les ruptures et les superpositions de langues dues à l\u2019immigration ne font qu\u2019ajouter à la complexité du phénomène.Pourquoi en serait-il autrement au pays de la Loi 101, à plus forte raison quand au cours des cinquante dernières années, la société québécoise n\u2019a pas toujours su faire preuve d\u2019une cohérence exemplaire?Il n\u2019est pas rare, ainsi, de voir trois ou quatre langues se manifester successivement au sein d\u2019une même famille de nouveaux venus, selon le contexte, les générations en présence ou l\u2019identité de l\u2019interlocuteur.Je prends pour exemple une famille de réfugiés afghans rencontrée dans le temps de Noël, à Montréal, au Centre interculturel Monchanin.On demande au père, dans la seule langue «étrangère» qu\u2019il connaît, soit en anglais, si ses enfants accepteraient de déclamer ou de réciter quelque chose pour l\u2019occasion.La demande est transmise et discutée en langue afghane par les cinq membres de la famille, puis les deux aînés s\u2019avancent pour s\u2019exécuter.dans un français des plus purs, sur un texte de La Fontaine.Comment croire qu\u2019il puisse en être autrement, quand le père n\u2019a manifestement pas étudié au Québec, que ses enfants n\u2019y sont sans doute pas nés, mais que dans notre pays, seules les classes francophones leur sont ouvertes?Je reviens à l\u2019école de mon fils et à la fête de décembre dernier.Assis à côté de moi, par hasard, se trouve ce soir-là le père du petit Turc qu\u2019il fréquente tous les jours en troisième année.Tous les deux, nous n\u2019avons de commun pour communiquer que l\u2019anglais, tandis qu\u2019il s\u2019adresse en turc à l\u2019enfant qui passe de temps à autre près de la table.L\u2019homme est jeune et n\u2019a émigré ici que depuis cinq ou six ans.Vais-je le rabrouer pour son ignorance du français, alors qu\u2019il peine déjà dans la langue de Shakespeare?Allons-nous le bouder toute une soirée?Timidement, la conversation s\u2019engage de son côté.Nous partageons le pain et le spaghetti des Montréalais, et le temps passe émaillé par les cris des enfants et leur gaîté.La fête est bien menée et notre immigrant laisse transparaître sa bonne humeur.Avant de partir, je lui souhaite un Joyeux Noël 42 L\u2019ACTION NATIONALE et une Bonne Année.Mais j\u2019allais oublier.la vaste majorité des Turcs appartiennent à la religion musulmane, et l\u2019espace d\u2019un instant je reste bouche bée.Çok Mutlu sender ve tebrik ederiz.C\u2019est le temps de passer à L\u2019ACTION.NATIONALE Depuis 70 ans, L\u2019ACTION NATIONALE analyse les événements sociaux, politiques et économiques et fait le point sur la situation du Québec.De fait, c\u2019est la plus ancienne des revues québécoises, mais également la plus engagée.De Lionel Groulx, à nos jours, l\u2019Action Nationale a su s\u2019adjoindre des collaborateurs de renom, qui ont marqué leur époque.Faites une ACTION.NATIONALE et recrutez un nouvel abonné.Remplir le coupon et retourner à: l\u2019Action Nationale, 82 rue Sherbrooke ouest, Montréal, QC, H2X 1X3 Téléphone: (514) 845-8533 Nom ______________________ Prénom ________________ Adresse __________________________________________ Ville_____________________Code postal_____________ Abonnement I an (10 numéros) 2 ans (20 numéros) 25$\t45$ Abonnement de soutien\t35$ et plus Le déracinement par l\u2019école par JACQUES POISSON ~f J'à réflexion que je propose ici se rattache au champ d\u2019étude et d\u2019action intitulé la crise socioculturelle.Mon sujet est extrêmement délicat en soi, \u2014 ou philosophiquement, dirais-je \u2014, puisqu\u2019il m\u2019amène à porter un jugement sur une idéologie à partir d\u2019une autre, ce terme étant employé dans son acception la plus neutre, soit: ensemble des idées, des croyances et des doctrines propres à une époque, à une société ou à une classe.D\u2019autre part, le thème que j\u2019ai choisi est net et simple: Il faut remettre en cause l\u2019enseignement dispensé dans nos écoles et nos collèges, s\u2019il tend à dissoudre notre cohésion nationale et notre identité collective, comme il semble.J\u2019invite les lecteurs de l\u2019Action nationale à une attention particulièrement vive, comme mon exposé pourra paraître abstrait, \u2014 ce qu\u2019il n\u2019est pas \u2014, pour la simple raison que les problèmes pédagogiques sont rarement abordés sous l\u2019angle de notre destin culturel et linguistique. 44 L\u2019ACTION NATIONALE La question que je pose peut se formuler ainsi: Est-ce que l\u2019idéologie pédagogique qui règne sur notre enseignement ne serait pas plus conforme, pour l\u2019essentiel, à l\u2019idéal américain d\u2019intégration aux U.S.A., pays d\u2019immigration, qu\u2019aux besoins découlant de notre identité collective?Pour la plupart d\u2019entre nous, il semblerait impensable que le seul domaine où le Québec jouisse d\u2019une compétence exclusive, celui de l\u2019enseignement, ait été abandonné à une influence étrangère, à un pouvoir acculturatif étranger comme il n\u2019en existe de nos jours aucun de comparable en Occident.Pourtant, telle est bien la situation, \u2014 du moins dans la perspective où je puis l\u2019observer.Il faut dire que la séduction et le rayonnement américains étaient encore, il y a quelques temps, d\u2019une intensité qui décourageait l\u2019esprit critique ou lui faisait perdre toute légitimité.Aussi, malgré les tabous qui persistent toujours, la Révolution tranquille commence à apparaître, sous certains rapports, comme une sorte d\u2019annexion idéologique aux États-Unis, comme une rupture affective avec la France, avec Rome, avec l\u2019Histoire.Il convient de noter que la France elle-même a connu, après le départ du général de Gaulle en 1968, un certain alignement sur les États-Unis analogue à notre Révolution tranquille, toutes proportions gardées.L\u2019Église aussi, avec Vatican II, ne s\u2019était-elle pas adaptée davantage à la catholicité nord-américaine et rapprochée de l\u2019univers protestant?Autre facteur, la déconfessionnalisation de nos écoles a été trop rapide pour que notre peuple la conçoive en fonction de son identité, de ses besoins particuliers, de son idéal de durée et d\u2019indépendance.Le nationalisme traditionnel et gardien de la foi aurait été pris de court par la laïcisation et le passage à la modernité.Le nationalisme, même sous sa forme la plus radicale, a été impuissant à élaborer une synthèse répondant à la situation nouvelle, aux déplacements de pouvoirs en faveur de la république voisine.L\u2019indépendantisme s\u2019est sclérosé dans l\u2019opposition à Ottawa, empruntant à une autre époque le cadre de nos revendi- LE DÉRACINEMENT PAR L\u2019ÉCOLE 45 cations.Il a été dynamique, mais non créateur.Quant au droit des peuples à l\u2019autodétermination, nous en avions tous été imprégnés par la campagne américaine contre 1 Algérie française.Ne perpétuons pas les mêmes insuffisances; définissons notre nationalisme relativement à tous les pouvoirs: politique, judiciaire, économique, médiatique, spirituel, culturel et pédagogique, tout en cultivant un esprit d\u2019ouverture.D autre part, ne nous laissons pas culpabiliser, dans nos positions défensives, par les adeptes ou les admirateurs du nationalisme le plus offensif et expansionniste de notre époque: celui du monde anglo-saxon pris globalement.Pour le moment, je m\u2019en tiendrai au pouvoir pédagogique et compléterai d\u2019un bref développement la position schématique exposée plus haut.Comment l\u2019idéologie de Dewey déracine notre peuple Je me limiterai à cet auteur (1859-1952), qui occupe aux États-Unis dans le domaine pédagogique une place qui correspond à peu près à celle de Freud en psychologie.Une étude à jour et plus poussée obligerait à tenir compte de ses principaux disciples et successeurs, mais, réflexion faite, mon propos n\u2019y gagnerait guère.Dewey a pris place parmi les trois figures de proue du pragmatisme américain, après Peirce et James.Aussi s\u2019attribue-t-il, à ce titre, une position purement expérimentale, c\u2019est-à-dire exempte de toute théorie, de toute abstraction, de tout absolu.Il en résulte un malentendu historique, à mon avis.Pour adhérer au deweyisme, il faut un acte de foi, une attitude diamétralement opposée au pragmatisme véritable.Malheureusement, la plupart de nos pédagogues ne s\u2019embarrassent pas de cette contradiction, ce qui constitue un obstacle supplémentaire à la remise en cause, qui devient de plus en plus urgente et problématique chaque année.Comment opérer une réforme «québécisante» de notre enseignement avec des éducateurs pénétrés d\u2019une idéologie pédagogique américaine rassurante?La pédagogie de Dewey, sorte de religion, déborde d\u2019anathèmes contre toutes les autres conceptions de l\u2019enseignement, ce 46 L\u2019ACTION NATIONALE qui ne respecte pas la règle du pluralisme formulée notamment par William James.Cet exclusivisme sectaire nous appauvrit et incite à douter de nos valeurs dans la mesure où elles s\u2019écartent de l\u2019orthodoxie deweyenne.Notons ici que Dewey prête à tout enfant un projet éducatif inné et condamne tout ce qui ne s\u2019y coule pas naturellement dans l\u2019activité scolaire du jeune prodige, magiquement doué pour l\u2019«auto-orientation».Il est vrai aussi que Dewey peut lui-même mettre en garde contre des interprétations trop rigoureuses de cette position, même s\u2019il est auteur d\u2019un «credo pédagogique'» Mais tout compte fait, Dewey verse bel et bien dans l\u2019utopie et l\u2019apriorisme.Il est, en outre, réducteur, sur le plan de la culture, comme le proclame son «instrumentalisme», qui se définit ainsi: doctrine philosophique considérant les idées comme des outils nécessaires à l\u2019action.Sans m\u2019illusionner sur la facilité du sujet, j\u2019éprouve le net sentiment que cet utilitarisme est de nature à démobiliser le nationalisme québécois dans la mesure où celui-ci transcende les valeurs concrètes et pratiques.Notre solidarité nationale ne saurait se mesurer à l\u2019aune utilitariste seulement.Ne conviendrait-il pas de bien analyser ce facteur d\u2019aliénation, qui semble avoir échappé à l\u2019attention générale?Tout d\u2019abord, notons que l\u2019école Dewey est immédiatiste, axée sur le moment présent, ce qui est une façon de répudier l\u2019Histoire.Or, sans la connaissance du passé, comment conserver le sens de nos origines, de notre particularisme national, comment accéder à la culture?J\u2019ai constaté que la mentalité découlant de cette amputation se prête à une conception étroite et instrumentaliste de la langue.Le cas échéant, nous pourrions craindre des abandons qui répondraient aux critères utilitaristes.En me remémorant divers essais sur John Dewey, je relève une impression dominante: les idées du philosophe-pédagogue tendent généralement à niveler, à déraciner, à rendre disponibles à l\u2019«esprit du temps», à l\u2019idéologie américaniste.1.My Pedagogic Creed, 1897. LE DÉRACINEMENT PAR L\u2019ÉCOLE 47 Est-ce que la pédagogie de Dewey aurait été conçue, tout compte fait, comme instrument d\u2019américanisation?Elle est démagogique, anti-élitiste et anti-européenne.Mais son anti-élitisme ne me semble pas d\u2019une pureté évidente.S\u2019il a pour objet le nivellement social et intellectuel, il s\u2019accommode très bien d\u2019une idée de peuple élu, de peuple supérieur, de peuple appelé à dominer le monde, de peuple d\u2019élite, quoi.L\u2019ambivalence de cet anti-élitisme est terrifiante: elle divise les peuples étrangers et les conditionne progressivement à accepter l\u2019autorité d\u2019un peuple d\u2019élite.Passons à un tout autre aspect du deweyisme qui devrait préoccuper, il me semble, tous ceux d\u2019entre nous qui ont à cœur la santé morale de notre peuple, soit l\u2019attitude à l\u2019égard de l\u2019autorité, dans le cas des maîtres et des parents.En effet, Dewey a pour bête noire «la puissance coercitive du maître et des parents» et réduit l\u2019enseignant au rôle de camarade d\u2019étude.Dewey est toute vénération pour le peuple des enfants et tout mépris pour le peuple des adultes.L\u2019expérience acquise avec les années, avec l\u2019âge, aurait donc des effets régressifs.Quand nous cherchons les causes de notre désarroi national sans porter nos regards du côté d\u2019une école où les adultes sont en tutelle, pour ainsi dire, et les enfants livrés à eux-mêmes, à leurs caprices, à leur ennui, à leur désolation devant l\u2019univers absurde qu\u2019ils découvrent, je me demande si nous n\u2019avons pas peur de la vérité, de la réalité, peur de perdre des illusions que nous aurions entretenues et entourées de tabous.Pourquoi acceptons-nous servilement le postulat dévastateur voulant que tout jeune écolier soit apte à l\u2019autonomie individuelle et à l\u2019élaboration d\u2019un programme d\u2019«apprentissage» sur mesure?Pourquoi nous soumettons-nous au postulat voulant que toute autorité adulte soit nécessairement néfaste dans une classe?En nous fondant sur William James (1842-1910), nous pouvons faire valoir des arguments irréfutables contre John Dewey (1859-1952).En effet, James «refusa son assentiment à tous les 48 L\u2019ACTION NATIONALE absolus, causes, fins, principes arrêtés, abstractions, intransigeances, et leur substitua le pluralisme, l\u2019incertitude, l\u2019utilité pratique, le sens commun, les vues aventureuses et la souplesse d\u2019esprit.À la philosophie des causes premières, il opposa une philosophie des conséquences; à une philosophie des fins dernières, une philosophie de l\u2019opportunité; à la philosophie du déterminisme, une philosophie de la volonté libre» (L\u2019esprit américain, H.S.Commager, p.115-116).Dewey, lui, s\u2019indigne à la pensée qu\u2019un éducateur puisse imposer aux enfants des buts éducatifs sans même les consulter, et assimile le maître traditionnel à un monarque odieux et stupide.La haine des parents, qui était de règle chez les écoliers au début de la Révolution tranquille, aurait-elle eu pour origine l\u2019idéologie de Dewey?Mes sources ne me permettent pas encore de répondre à cette question, mais je la retiens comme hypothèse à vérifier.Quant au choix le plus opportun entre l\u2019autorité abusive et le culte mythique de l\u2019enfant, je vois là pour ma part un faux problème.Je crois plutôt à une conception humaine et raisonnable, souple et nuancée.D\u2019ailleurs, pourquoi faudrait-il opter entre l\u2019anarchie et le règne de la férule?Est-ce que l\u2019idéologie pédagogique de Dewey aurait eu pour point de départ un traumatisme d\u2019enfant tyrannisé par son père?Voilà une autre hypothèse qu\u2019il y aurait lieu de vérifier, à supposer que l\u2019enfance du «grand» pédagoque ait intéressé des chroniqueurs ou des historiens, ou qu\u2019elle ait fait l\u2019objet de confidences de la part de l\u2019auteur lui-même.En ce qui concerne nos existences individuelles et notre vie nationale, la rupture des familles n\u2019a-t-elle pas été une dure épreuve?Bien sûr, je ne fais ici que poser un jalon pour des recherches à venir, sachant fort bien que le postulat d\u2019une cause unique est inadmissible dans un domaine aussi complexe que l\u2019évolution de la pensée et des mentalités chez un peuple. LE DÉRACINEMENT PAR L\u2019ÉCOLE 49 Une tâche urgente: analyser les sources idéologiques de notre enseignement et leurs effets transculturatifs Revoyant les notes de travail et de lecture accumulées pour le présent article, je constate que leur mise en oeuvre exigerait infiniment plus d\u2019espace, mais avant d\u2019aller plus loin je dois expérimenter, en bon pragmatiste, l\u2019utilité de mon analyse.Malgré cette réserve, qui ne concerne que ma manière d\u2019aborder un aussi vaste sujet, je me prononce toujours résolument pour une analyse des courants idéologiques qui façonnent notre peuple à son insu.À mes heures de lassitude, je vois là des effractions qui seraient unanimement condamnées dans tout domaine plus concret, plus tangible, plus perceptible, plus passible des rigueurs de la loi.Autre argument en faveur de cette analyse, les idéologies finissent par déterminer les comportements.À des époques de désarroi comme la nôtre, elles ont un pouvoir de diffusion et de persuasion inversement proportionnel, semble-t-il, à leur bien-fondé, à leur justesse, voire à leur utilité, même si elles se donnent pour pragmatiques.Enfin, je crois que nous devons nous méfier particulièrement de tout pragmatisme prédicateur et excommunicateur comme celui de Dewey.Quoi qu\u2019il en soit, notre nationalisme, sorte de ministère de la défense, ne doit-il pas pousser le sens critique jusqu\u2019aux limites du raisonnable, ne serait-ce que pour compenser les retards accumulés?«Presque tous nos biens et nos maux viennent de pensées», disait Alain.Mais d\u2019où nous viennent nos pensées?Et à quoi peut tenir la faveur d\u2019un enseignement qui se dit pragmatique, mais qui ne pourrait soutenir la moindre épreuve expérimentale à la William James?La réponse, nous la trouvons dans Les animaux malades de la peste, s\u2019il est encore permis de relire La Fontaine. 50 L\u2019ACTION NATIONALE LES ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE ONT LANCÉ EN NOVEMBRE 1986 UN VOLUME DE 400 PAGES PAR JEAN-DENIS ROBILLARD: UNE LENTE AGONIE C\u2019EST LE DOSSIER À LA FOIS LE PLUS ÉCLAIRANT ET LE PLUS ÉCRASANT SUR LES DANGERS ET LES RECULS VÉCUS PAR NOTRE NATION FRANÇAISE AU CANADA ET AU QUÉBEC.LE VOLUME SE VEND VINGT DOLLARS COMMANDEZ-LE DÈS MAINTENANT.DÉJÀ LA MOITIÉ DE L\u2019ÉDITION EST ÉCOULÉE.ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE, 82, OUEST, RUE SHERBROOKE, MONTRÉAL, H2X 1X3 (tél.845-8533) Jacques Parizeau dérange, Dieu merci par JEAN-LOUIS BOURQUE, politicologue c V-^ontrairement à ce que l\u2019on pourrait penser a premiere vue, les dernières réflexions du professeur Léon DION (Le Soleil, 25, 27 janvier 1988) sont d\u2019une très grande importance, étant donné la personnalité mise en cause et les valeurs auxquelles il accorde priorité.Et pourtant, malgré le titre éminemment accrocheur, «Léon Dion croit Parizeau débranché», les propos rapportés par Jean-Jacques Samson déçoivent au plus haut point.Ils sont très loin de ceux qu\u2019on est en droit d\u2019attendre d\u2019un universitaire de son rang.Venant de ce politicologue réputé, soucieux de l\u2019avenir du peuple québécois auquel il appartient, on attendait une réflexion fondée susceptible d\u2019éclairer le jugement des membres du Parti québécois dans le choix de leur chef, et celui de la population en général, quant à la signification de cette course au leadership dans un système politique où le bi-partisme a encore une très grande importance. 52 L\u2019ACTION NATIONALE La désinvolture avec laquelle monsieur Dion qualifie monsieur Parizeau de «débranché», de «ratoureux», d\u2019homme «tranchant», manquant de charisme, «déjà exclu sur le plan électoral», «n\u2019ayant rien à dire aux jeunes, aux femmes et aux chercheurs» sonne faux.Les jugements tombent, insidieux, sans justification aucune.Monsieur Dion parle de «désinformation» (un terme que l\u2019on utilise beaucoup à propos de l\u2019URSS) et, sans rien analyser, affirme qu\u2019il «trompe la population» quant à la perspective du libre-échange, i.e., l\u2019association-avant-la-souve-raineté.Les formules sont celles d\u2019un adversaire en pleine campagne électorale; il s\u2019acharne à dévaloriser l\u2019image, à miner la crédibilité du personnage, sans approfondir les contenus.Le profil de Jacques Parizeau fortement caricaturé est évalué en fonction des critères d\u2019une prétendue nouvelle identité québécoise, après la «brisure» de 1980.On aurait pu, de la même manière, démolir l\u2019image de René Lévesque après la «brisure» d\u2019octobre 1970.En réalité, la rentrée de monsieur Parizeau dérange les partisans d\u2019un Québec soumis, impuissant à défendre même sa langue.Il dérange non seulement monsieur Dion «fédéraliste-autonomiste» (sic) et tous les fédéralistes de quelque étiquette qu\u2019ils soient, mais aussi tous ceux qui, de bonne foi, ont cru que la question nationale du Québec était réglée une fois pour toutes et qui découvrent soudain que le discours indépendantiste a de nouveau trouvé un porte-parole qui le rend intéressant dans le paysage de 1988, et peut être crédible.Cet homme qu\u2019on dit manquer de charisme possède une force de séduction et de conviction peu commune qui n\u2019a d\u2019égal que sa persévérance et sa fidélité dans la continuité (ce qu\u2019on appelle être vieux jeu).On l\u2019écoute, et la clarté avec laquelle il explique ses vues le classe parmi les grands pédagogues, ceux qui ne prennent jamais leurs interlocuteurs pour des niaiseux qu\u2019il suffit d\u2019embobiner avec quelques clichés faciles conçus sur mesure pour la «cible».Il est difficile de comprendre l\u2019insistance de certains (une maladie de sociologues sans doute) à vouloir courtiser les groupes de façon «ciblée», presque les uns contre les autres, et à vouloir absolument et presque maladivement que le cautionnement de l\u2019éclatement des valeurs fondamentales soit une garantie de modernité.Le peuple québécois n\u2019a rien à gagner à voir la manie JACQUES PARIZEAU DÉRANGE, DIEU MERCI 53 des catégories dresser les groupes les uns contre les autres, l\u2019homme contre la femme et vice versa: c\u2019est la pire façon de faire pour réparer les injustices.Les hommes politiques doivent penser une société pour tous les citoyens, avec leur pourcentage de masculinité et de féminité, de la jeunesse à la vieillesse.La jeunesse et les femmes sont, comme les hommes et les vieux, capables de comprendre un discours global rationnel.Or, la perspective de la souveraineté accède probablement à l\u2019heure de la raison, après avoir été le rêve du cœur de tant de Québécois.Après l\u2019avoir beaucoup entendu chanter comme pour l\u2019apprivoiser, les Québécois sont maintenant mieux préparés pour en recevoir l\u2019explication claire, bien «enseignée».Monsieur Parizeau n\u2019a pas un discours «kétaine», il ne cherche pas à être une vedette style animateur radiotélévisuel.Il est lui-même et s\u2019adresse à l\u2019intelligence de tous les Québécois, quels qu\u2019ils soient.Il vient à peine de rentrer sur la scène politique que déjà il draine une admiration attentive au-delà des réactions bien superficielles genre «il n\u2019est pas l\u2019homme de la situation», «c\u2019est un homme du passé».Son discours tranche avec le discours traditionnel, parce qu\u2019il fuit la démagogie.Quelque 800 à 1 000 de ces jeunes auxquels monsieur Dion prétend qu\u2019il n\u2019a rien à dire l\u2019écoutaient religieusement à l\u2019Université Laval et l\u2019ont ovationné debout, à l\u2019issu d\u2019un long discours sérieux.Le fait qu\u2019il a «de la classe» ne les a pas rebutés.Il n\u2019y a pas d\u2019homme politique capable d\u2019incarner l\u2019image du héros complet, fût-il de la trempe des De Gaulle, Kennedy, Churchill ou Adenauer.Un leader à la pensée claire, bien appuyé par des compétences multiples, est au moins aussi valable qu\u2019un homme d\u2019image, sans contenu qui suscite un engouement passager.Il vaut mieux viser une adhésion raisonnée et mûrie qu\u2019un enthousiasme en feu de paille.Il est dangereux de confier le pouvoir à un homme ou à une femme «populaire», mais peu «crédible».Il est dangereux de dénigrer celui qui prend la politique au sérieux, même si son style est plus austère.Le mémérage et la kétainerie n\u2019ont pas leur place dans la politique et ne doivent pas prévaloir, au niveau des choix politiques.En quelques semaines, monsieur Parizeau a réussi à déranger ceux qui cultivaient «le confort et l\u2019indifférence», soit en déclarant que l\u2019idée de souveraineté est bel et bien morte, soit en 54 L\u2019ACTION NATIONALE reportant le projet de souveraineté aux calendes grecques.On ne peut paralyser l\u2019histoire avec quelques formules à l\u2019emporte-pièce. La société québécoise de demain: quelques tendances socio-économiques par MARCEL LAFLAMME, M.B.A., Ph.d., C.A.Une question, au départ, en guise de rétrospective Qu\u2019est-ce qui fut la «tendance lourde» la plus importante de notre comportement économique depuis les années «60»?Sûrement que notre plus importante manifestation collective renvoie à la «révolution managériale» qui a consisté à ce que les entreprises situées au Québec soient gérées en très grande majorité par les Québécois eux-mêmes.J\u2019ose affirmer que ce phénomène constitue notre plus beau succès collectif de la révolution tranquille.Cette gestion des entreprises par les nôtres aide aussi à façonner une culture organisationnelle plus humaniste. 56 L\u2019ACTION NATIONALE Seconde question En quoi consiste notre prochaine priorité collective en matière économique, d\u2019ici l\u2019an 2000?C\u2019est sûrement celle qui renvoie à la création d\u2019entreprises par un entrepreneurship local.À la gestion des entreprises s\u2019ajoute donc la propriété des entreprises par les Québécois.Auparavant, on disait qu\u2019on était né pour un petit pain: maintenant, on crée et on devient propriétaire de ses propres boulangeries.Aussi, nos greniers sont pleins; nous nous situons dans le peloton de tête des pays les plus riches du monde.Nos seules épargnes collectives avoisinent les 125 milliards!.Le processus de rapatriement des pouvoirs économiques est bien enclenché maintenant, puisque les PME contribuent à presque l\u2019ensemble des nouveaux emplois.Nous vivons des temps d\u2019or pour la PME.Statistique Canada indique que pour la période de 1978 à 1984, les PME ont contribué dans une proportion de plus de 92% à la création nette d\u2019emplois, soit 740 000 emplois supplémentaires ajoutés1.Québec, terre fertile des PME, a donné naissance à environ 5 000 d\u2019entre elles durant chacune des quatre dernières années.Dans toutes les villes et dans toutes les régions on se dote d\u2019infrastructures, d\u2019organismes de promotion.Par exemple, à l\u2019instar de Grand-Mère, la ville de Sherbrooke veut se doter, d\u2019ici la fin de l\u2019année présente, d\u2019un incubateur industriel pour favoriser le démarrage d\u2019entreprises industrielles.À Thetford Mines, le groupe Conseil «Jeunesse s\u2019emploie» a aidé de jeunes promoteurs de moins de 30 ans à créer 34 entreprises en deux ans.La Beauce, malgré son éloignement des marchés, l\u2019absence de matières premières et de sources importantes d\u2019énergie, connaît depuis 15 ans une explosion industrielle redevable aux qualités propres de la population.Les Beaucerons ont pris en main leur propre développement sans attendre que les étrangers leur mettent le pain sur la table.En effet, on dénombre environ 400 entreprises beauceronnes qui exportent chaque année pour plus d\u2019un milliard! de produits.1.Finance, 7 sept.1987, p.28. LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE DE DEMAIN 57 Au fur et à mesure que nous nous donnons des forces, notre confiance en nos possibilités se ranime; nos entreprises parcourent en quelques années ce que la plupart des autres organisations prennent des décennies à faire; nous parlons alors de Culinar, Québécor, Cascades, Bombardier, Canam Manac, Provigo, La Laurentienne, Shermag, Vidéotron, La Fiducie, Groupe GTC, Noverco, Lavallin, Groupe Hervé Pomerleau, Sico.Notre mentalité d\u2019esprit d\u2019initiative et de défis s\u2019appuie particulièrement sur nos 158 000 PME.Maintenant, 500 000 Québécois investissent à la Bourse.De tous les diplômés en administration du Canada, 33% viennent du Québec.En 1985, parmi les 20 premiers aux examens canadiens des comptables agréés, 16 étaient du Québec, Pour un peuple qui n\u2019a pas de tradition en affaires, le succès se fait de plus en plus retentissant.Autre phénomène important: la majorité des étudiants au programme de baccalauréat à la faculté d\u2019Administration de l\u2019Université de Sherbrooke et aux HEC est constituée de femmes.Avec raison Bernard Lemaire de Cascades affirme: «Nos gens ont surmonté le complexe du Canadien-Français inapte à brasser des affaires.» Troisième question Quels pourraient être quelques traits distinctifs de l\u2019économie en émergence?Au fur et à mesure que nous rapatrions les pouvoirs économiques, émerge un type d\u2019économie plus conforme à notre personnalité collective: une économie petit et moyen format, participative, décentralisée, humaine, plus respectueuse de l\u2019environnement.\u2014\tUne économie petit et moyen format L\u2019attrait pour les temps actuels consiste à privilégier les petites unités de production favorisant l\u2019innovation, la flexibilité et la mise en valeur optimale des ressources humaines.«Small is beautiful», proclame Schumacher.\u2014\tUne économie décentralisée Les collectivités locales veulent prendre leurs affaires en main et sont de plus en plus aptes à le faire.Le temps est venu de 58 L'ACTION NATIONALE ne plus compter sur les étrangers pour assumer notre développement.Un pays fort est le résultat de quelques milliers de petites localités socio-économiques dynamiques.Une volonté de relance de l\u2019économie régionale s\u2019affirme à tous les coins du Québec.Pour notre région, on a qu\u2019à penser aux dynamismes qui s\u2019effectuent dans toutes les villes: Windsor, Bromptonville, Magog, Mégantic, etc.\u2014\tUne économie de participation Au fur et à mesure qu\u2019on découvre l\u2019humain dans l\u2019entreprise et la rentabilité du «social», se développe de façon très accélérée une kyrielle de formules de participation ouvrière: actionnariat, partage des bénéfices, qualité de vie au travail, système socio-technique, etc.Notre région est particulièrement avant-gardiste dans ce sens avec Cascades, Shermag, Produits cellulaires de Waterville, etc.Entre New York et Moscou, émerge une 3e formule de rechange, celle où chaque peuple bâtit une économie mixte et autonome (PME, coopératives et sociétés d\u2019État), pouvant donner lieu à long terme à un nouvel ordre économique international plus juste et humain.Quatrième question Quels pourraient être les créneaux à exploiter?Mentionnons d\u2019abord que les études indiquent que le secteur tertiaire devrait représenter entre 82% et 87% dans la création d\u2019emplois pour les décennies «80» et «90»2.En deuxième lieu, il faut dire que la recherche de pistes de développement est propre à chacun selon ses potentialités et ses aptitudes; la méthode du brainstorming pourrait être appropriée.Néanmoins, nous nous permettons quelques suggestions de secteurs à explorer: Niveau primaire et secondaire \u2014\trevalorisation des terres en friche à vocation agricole 2.Lamonde, Pierre et Bélanger, J.P., L'utopie du plein emploi Québec 1971-2001, Éd.Boréal, 1986, p.19. LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE DE DEMAIN 59 \u2014\treboisement des terres improductives \u2014\tpromotion \u2014 aménagement forestier \u2014\tprojet de serres \u2014\tproduction de terreau et d\u2019engrais organique \u2014\tproducteurs bovins et ovins \u2014\tassainissement et environnement \u2014\tcentre de couture: créations avant-gardiste \u2014\tconfiserie \u2014\tetc.Niveau tertiaire \u2014\ttraitement de l\u2019information \u2014\ttourisme et loisirs \u2014\tgarderies \u2014 rurales et urbaines \u2014\tclub coopératif des personnes du 3e âge \u2014\tcinéscope \u2014\t«groupes experts» interventions internationales \u2014\t«design» industriel \u2014\tetc.Examinons quelques axes de façon plus spécifique.Par exemple: Le phénomène du vieillissement de la population qui est en train de tout bouleverser \u2014 c\u2019est une nouvelle façon de vivre qui est à repenser.Bientôt ce sera une inversion de la pyramide des âges: \u2014\tles moins de 20 ans ne représenteront que 20% de la population; \u2014\tles pré-retraités et plus âgés représenteront 30% de la population.Du baby-boom on passe au boom du 3e âge; des yuppies, on se concentre sur les «old pies».Les couches de bébés sont remplacées par des culottes fiables et jetables: «l\u2019âge d\u2019or \u2014 des vieux en or \u2014 quoi ! » Avez-vous une potion magique à offrir à une population vieillissante qui recherche une qualité de vie et qui a un pouvoir d\u2019achat substantiel?Il y a aussi tout le processus de privatisation et de désinstitutionnalisation qui aura pour effet de révolutionner ce marché. 60 L\u2019ACTION NATIONALE Pourquoi ne pas instaurer des équipes multidisciplinaires pouvant aborder à la fois, par exemple, les secteurs immobiliers, loisirs, soins médicaux, nutrition, etc.?C\u2019est ce que suggérait dernièrement un article de la revue L\u2019Actualité (novembre 1987).Un autre axe emballant est celui du domaine international.La tendance d\u2019avenir la plus importante, c\u2019est la mondialisation de l\u2019économie, affirme John Naisbitt: nous vivons à l\u2019ère planétaire.Même une entreprise débutante de la Beauce a tendance à se positionner sur le marché américain après seulement quelques années d\u2019opération.Une suggestion, par exemple: la création d\u2019une division internationale à Pro-gestion qui pourrait offrir ses services, avec le support financier de l\u2019ACDI, à différents groupes de jeunes entrepreneurs dans les pays du Sud.Certes, une de nos grandes missions est de nous ouvrir au développement du Tiers-Monde; les outils que nous avons créés depuis deux décennies pour la mise sur pied de PME et de coopératives, voilà un des produits les plus intéressants à exporter, avec adaptation, bien sûr.L\u2019exportation de notre matière grise (secteur quaternaire) pourrait devenir le fer de lance pour une multitude d\u2019emplois.Ce créneau mérite d\u2019être analysé avec «dynamisme» de la part de nombreux acteurs de la scène économique.Cinquième question Finalement, une cinquième question plutôt complexe: Comment entrevoyez-vous l\u2019avenir au niveau de la conjoncture mondiale?La prospective et la futurologie se penchent sur l\u2019avenir et tentent de dégager des tendances lourdes et des scénarios de ce qui va survenir.Dans l\u2019art de la prévision, chacun y va de sa méthode et de son degré d\u2019optimisme.Le Club de Rome3 présente une image plutôt pessimiste du devenir de l\u2019humanité au moyen de statistiques, d\u2019extrapolations 3.MEADOWS, D.H.et al., Halte à la croissance, Le Club de Rome, Fayard, 1972. LA SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE DE DEMAIN 61 et de courbes concernant la croissance démographique, les denrées alimentaires, les disponibilités en matières premières, le taux de pollution.Le macro-problème mondial prend des proportions de crise considérant les prévisions de surpopulation, l\u2019épuisement des ressources naturelles, les inégalités Nord-Sud, le gaspillage et la course aux armements.Pour leur part, les prospectives sont plutôt optimistes; ils développent une vision du monde d\u2019après la méthode des scénarios appuyés sur des futurs possibles (futuribles).La plupart d\u2019entre eux, à l\u2019instar de notre élite dirigeante, misent sur le développement spectaculaire de la science et de la technologie.Alvin Toffler4 5 annonce la libération de l\u2019être humain par la nouvelle technologie; J.-J.Servan-Schreiber\u2019 entrevoit la solution aux problèmes mondiaux par l\u2019informatisation à échelle planétaire, alors que Marilyn Ferguson6 fait une profession de foi dans la capacité d\u2019adaptation de la personne en regard d\u2019une conception renouvelée du monde (nouveau paradigme).La principale limite inhérente à la prospective consiste en l\u2019impossibilité de prendre en compte une accumulation d\u2019événements turbulents comme la crise du pétrole, la révolution iranienne, la course aux armements, l\u2019instabilité du système monétaire mondial, la fragilité de nos démocraties, la dégradation des moeurs, etc.À la lumière de beaucoup d\u2019analyses, je prévois un scénario pessimiste, puis optimiste: à court terme, une conjoncture très chaotique, une crise généralisée dans toutes les nations et puis après, un nouvel équilibre international et une ère de paix.Advenant le cas d\u2019une crise éventuelle sur l\u2019échiquier mondial, cette situation constituerait une raison de plus de s\u2019auto-organiser, de se serrer les coudes, de susciter une suffisance ici même par les nôtres.Fréquemment les crises constituent des 4.\tTOFFLER, Alvin, Le choc du futur, Denoël, 1971; La troisième vague, Denoël, 1980 et Les cartes du futur, Denoël, 1983.5.\tSERVAN-SCHREIBER, J.-J., Le défi mondial.Presses Sélect, 1980.6.\tFERGUSON, Marilyn, Les enfants du Verseau, Calman-Lévy, Paris, 1981. 62 L\u2019ACTION NATIONALE moments de revitalisation et de consolidation.La crise économique de 1981-82 en est un bel exemple, où un mal peut devenir un bien, alors qu\u2019on a effectué de saines reconversions industrielles: «L\u2019entrepreneurship prend souvent naissance dans la plus grande insécurité.» À tout événement, économie bonne ou mauvaise, le temps est à la désinstitutionnalisation, la privatisation, la décentralisation, la prise en main autonome et la recherche de modes autosuffisants.Auparavant, on regardait passer la locomotive: maintenant, le Québec est devenu un lieu par excellence de fabrication de locomotives qu\u2019on vend à tous les coins de la planète.Fort de ce que la génération précédente à réalisé, la nouvelle génération peut activer davantage la roue du progrès plus axé vers une qualité de vie et un bien-vivre ensemble; ce que tous les peuples d\u2019ailleurs attendent ardemment. L\u2019esprit qui est en nous par ODINA BOUTET y JL a-t-il pour un peuple un plus grand trésor que celui qu\u2019il peut transmettre à ses enfants, celui de l\u2019esprit, au moyen des corrections et des instructions qu\u2019il leur donne?C\u2019est ce qu\u2019il y a de plus sacré, ce en quoi les générations se font confiance, les unes après les autres.Chaque peuple a des manières qui lui sont propres, dans un esprit qui lui est propre.Mais, quoi de plus triste, quand un peuple a perdu la confiance qu\u2019il avait en ses propres manières et en son esprit?Il emprunte péniblement les manières et l\u2019esprit qui lui viennent d\u2019ailleurs.Notre époque est particulièrement menaçante pour l\u2019âme des peuples, alors que les techniques se sont universalisées et que les communications se sont à ce point généralisées qu\u2019elles sont devenues débordantes.Il semble ne plus y avoir un seul lieu sur la terre où des humains vont pouvoir vivre selon des principes différents de ceux qu\u2019imposent les grands empires.Leur présence en tous les endroits de la planète est devenue constante et instantanée.C\u2019est un flot incontrôlable qui afflue de l\u2019étranger jusque dans l\u2019intimité des peuples et qui charrie, avec ses techniques, ses conclusions sur tous les aspects de la vie. 64 L\u2019ACTION NATIONALE * * * Certains peuples sont plus exposés que d\u2019autres, par leurs relations, par une plus grande proximité ou par leur situation sur la voie du courant envahisseur.D\u2019autres sont plus vulnérables, à cause d\u2019une prédisposition à l\u2019imitation, ou à cause d\u2019une domination étrangère qui a déjà entamé leurs propres manières.Le peuple francophone de la vallée du Saint-Laurent, qui a subi une occupation britannique depuis 1760 et une rupture de ses relations normales avec des autorités aux manières francophones, n\u2019a pas développé des attentes claires en son esprit.Il n\u2019y a d\u2019attentes claires que lorsqu\u2019il y a un répondant certain.Le répondant britannique ne doit à peu près rien aux manières francophones et, nonobstant son intention de les éliminer, il n\u2019aurait pas su y répondre.C\u2019est aussi pour cette raison que son discours officiel envers les francophones du Canada est doublement faux.La confiance que les mêmes francophones se sont vus obligés de lui accorder, n\u2019ayant plus leur liberté pour se gouverner sous cette occupation étrangère, les a mis en relation avec des manières britanniques.La contradiction de leur attente culturelle était alors inévitable.Si les illusions ont pu durer si longtemps dans leur esprit et laisser croire encore en la vie de leur culture française, c\u2019est g^ce au «séparatisme» des anglophones qui a provoqué un phénomène d\u2019isolement et protégé les francophones contre une assimilation trop rapide.Ce même isolement, que l\u2019on pourrait dire mitigé, leur a permis de développer un particularisme canadien-français, dans lequel les influences non françaises se sont trouvées acclimatées et, pour ainsi dire, domestiquées.On peut penser spécifiquement aux influences irlandaises qui ont été très généralisées et identifiées par les francophones comme des caractéristiques purement canadiennes-françaises.Presque tout le folklore canadien-français en est imprégné, que ce soit en politique, en cuisine, en célébrations religieuses et profanes, dans les chansons, les danses et plusieurs autres manifestations.* * * Mais la période de l\u2019isolement est passée.En un premier temps, les anglophones se sont assez bien mis en place pour nous L\u2019ESPRIT QUI EST EN NOUS 65 obliger à quitter notre isolement et à nous mélanger à eux dans les affaires canadiennes.Cette fois, ce sont les communications ininterrompues avec un univers technologique qui viennent nous faire perdre les dernières illusions.Nous avons d\u2019abord découvert, il y a quelques années, que ce que nous prenions pour des caractéristiques canadiennes-françaises se retrouve plus anciennement dans le folklore et la vie des autres, en particulier chez les Irlandais et les Écossais, puis sous une forme américanisée, dans les activités de ces groupes, aux États-Unis.D\u2019un éveil à l\u2019autre, la question de l\u2019intégrité de notre culture va maintenant se poser au niveau de l\u2019esprit lui-même, devant une certaine déchéance occidentale qui nous menace plus visiblement.* * * Il y a une valeur que nous partageons avec un certain nombre de peuples latinisés, dont les Britanniques ne sont pas, c\u2019est la droiture d\u2019esprit.C\u2019est un bien culturel qui s\u2019exprime spontanément à travers toute notre vie, non seulement par un choix édifiant, mais comme une manière de penser, instaurée dans la structure même de notre mentalité.C\u2019est ainsi que nos œuvres en sont imprégnées, non pas uniquement par le fond, mais par la forme, comme notre langage et notre pensée.Ce trésor enfoui parmi les attentes de notre esprit, de la même façon que nos autres attentes, est devenu peu clair pour nous, face à un répondant anglophone qui lui est étranger.La droiture d\u2019esprit doit pouvoir répondre d\u2019elle-même pour se clarifier.Libéré des décisions étrangères et revendiqué avec fierté, ce caractère que nous avons hérité de nos ancêtres pourrait stimuler pour longtemps notre civilisation québécoise.Car on n\u2019envisage pas tous les jours la remise en question d\u2019une mentalité chez un peuple.Cependant, quand elle est menacée par un passé colonial et par un présent technologique, ce n\u2019est pas sans raison qu\u2019on doit s\u2019interroger sur l\u2019amour qu\u2019on lui porte encore.Aussi profondément que notre langue, c\u2019est notre esprit qui a besoin de jouer un rôle essentiel plutôt que de céder la place.Tout comme pour la langue, le problème pour l\u2019esprit dépend vivement du rôle qu\u2019il joue dans notre société d\u2019une part, et du rôle que joue notre société, d\u2019autre part.Si le rôle est réduit, l\u2019utilité l\u2019est aussi et le produit est négligé: c\u2019est vrai pour l\u2019esprit comme pour la langue. 66 L\u2019ACTION NATIONALE * * * Les traditions de tous les peuples de la terre sont présentement menacées.Est-ce que l\u2019essentiel sera sauvé, l\u2019esprit?Un auteur inspiré de poésie, François Bonjean, racontait, dans un petit livre sur L\u2019Âme Marocaine, comment la tradition orale choisit ses conteurs d\u2019élite dans l\u2019intimité familiale.Une mère sensible et intelligente, comme il en est aussi parmi celles qui ne savent ni lire ni écrire, au moment où elle parle à ses filles, par exemple de Lalla Fatima Zohra, fille du Prophète (Mahomet), mère de tous les chorfas, discerne sur les fronts, dans les yeux, dans la manière d\u2019écouter, l\u2019élue de son cœur, celle qui saura se souvenir et conter à son tour.C\u2019est à celle-ci dont les yeux flamboient ou s\u2019embuent de larmes, qu\u2019ira le plus clair amour de la mère.C\u2019est cette préférence qui accompagnera l\u2019enfant, comme une bénédiction.(L\u2019Âme Marocaine).* * * Lorsqu\u2019un peuple défend pour lui-même son droit de protéger les particularités de sa vie, comme ses traditions, sa langue, ses croyances, et finalement tout son esprit, il défend par la même occasion le droit des autres peuples.Les invasions technologiques à travers le monde entier, en s\u2019ajoutant à la menace et à la prétention des peuples impérialistes, s\u2019attaquent aux valeurs cachées des peuples du désert, de ceux des glaces, de ceux des montagnes inaccessibles, autant qu\u2019à ceux des vallées convoitées comme celle du Saint-Laurent.Que dit la mère sensible et intelligente de la vallée du Saint-Laurent à son enfant?Elle est d\u2019un peuple dont les attentes ne sont pas claires, c\u2019est vrai, mais pourtant, avec conviction et ténacité, elle s\u2019inquiète instinctivement pour lui de ce qui est juste et honnête.C\u2019est un atavisme.C\u2019est même un anachronisme, dans un monde où grouillent les anglophones avec leurs ambitions partiales, leur langage trompeur et leurs émotions utilitaires.L\u2019esprit qui est en nous connaît ce qui est de nous.Il faut le certifier, lui redonner créance, et ainsi retrouver notre assurance.C\u2019est pourquoi nous devons répondre de nous-mêmes, L'ESPRIT QUI EST EN NOUS 67 être notre propre répondant.Dans l\u2019ordre temporel des choses, il ne peut pas y avoir d\u2019universalisme, ni de citoyenneté planétaire, en dehors d\u2019une localisation de nos particularismes.Ainsi, et en conséquence, il ne peut pas y avoir de liberté pour tous, s\u2019il n\u2019y a pas pour chacun la fierté de répondre de soi-même.* * * Élever un enfant, c\u2019est lui communiquer une forme d\u2019amour qui est particulière à chaque sein, à chaque cellule, à chaque foyer.Dans l\u2019ensemble d\u2019une culture, la communication s\u2019inspire d\u2019un souci qui provient d\u2019un même esprit.Celui que nous partageons est le plus beau et le plus noble, parmi les peuples de la terre.C\u2019est celui de la droiture, de l\u2019honnêteté et de la justice, jusque dans la forme même de notre pensée, jusque dans la proposition grammaticale.Cet esprit s\u2019inspire de la croyance au sublime de l\u2019humanité et il surpasse en valeur les confins de l\u2019absurdité où s\u2019est arrêtée la position des anglophones dans le culte du high animal spirit.C\u2019est ainsi que le meilleur humour anglais et le pire humour américain se rejoignent dans une même conclusion, à savoir que l\u2019homme n\u2019est grand que par ses talents animaliers et que l\u2019humanité est en somme très absurde.Mais l\u2019enfant francophone, éduqué au Québec, dans la tradition ancestrale, apprend à penser honnêtement, comme un être bienfaisant, avant que d\u2019être confronté aux défis des ruses et des adresses d\u2019une autre mentalité.C\u2019est atavique et incrusté en lui comme une substance divine.C\u2019est l\u2019héritage immédiat qu\u2019il a reçu de ceux qui ont veillé sur lui, à mesure qu\u2019il a grandi, héritage qu\u2019il continue à transmettre à son tour.Cependant, malgré son éducation à la droiture et sa conviction de bien faire, il n\u2019a pas la liberté d\u2019établir sa vie en conformité de sa formation culturelle.Il doit payer impôt en esprit et en espèces pour être inséré dans l\u2019organisation d\u2019un monde anglophone, où l\u2019agencement et l\u2019avancement sont faits par et pour l\u2019individu qui a été formé à des ruses et à une adresse émotive et psychologique.C\u2019est ce répondant anglophone installé avec ses manières, dans tous les domaines de la vie organisée, qui vient brouiller les pistes d\u2019un esprit francophone et faire en sorte que des attentes n\u2019ont pas leur répondant. 68 L\u2019ACTION NATIONALE * * * Pédagogues, législateurs, ne soyez pas de simples coucheurs, ne faites pas d\u2019enfant au sein de l\u2019étrangère, car vous serez confrontés à des défis étrangers.Par contre, l\u2019esprit qui est en nous sait ce qui est de nous.C\u2019est lui qu\u2019il faut interroger.Oh! combien il demande à être regardé! Ouvrons les yeux de notre liberté sur les enfants de l\u2019esprit qui est en nous.Ces regards sont les regards qui font grandir.DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 tél.845-8533 Les Sommets de la Francophonie ou Les affaires extérieures (3e partie) par JEAN-DENIS ROBILLARD 1 Vpç Sommets de la Francophonie ont-ils vraiment donné toute la place au Québec, comme on se plaît à le répéter?Point n\u2019est besoin d\u2019insister: sans le Québec, comment le Canada oserait-il participer à ces rencontres internationales?Voyons le déroulement des événements: PREMIER SOMMET 1986, 6 février: Dans Le Devoir, on écrit que M.Lucien Bouchard, ambassadeur du Canada en France, a tenté (sans réussir toutefois) de faire disparaître l\u2019impression que le Québec était 70 L\u2019ACTION NATIONALE devenu une province comme les autres, face plus particulièrement au Nouveau-Brunswick, au sujet de la place du Québec au Sommet de Paris.1-\t«La réalité juridique au Canada, c\u2019est que nous avons une Constitution qui fait en sorte que nous comptons dix provinces et un gouvernement fédéral.Qu\u2019est-ce que vous voulez que je vous dise de plus?» 2-\tSuite à sa nouvelle position de fermeté, le gouvernement canadien exige une place prépondérante aux dépens du Québec.3-\tLa Belle Province pourra parler de coopération et de développement au cours des séances à huis-clos, au même titre que le Nouveau-Brunswick, alors que le gouvernement fédéral sera le seul à prendre la parole lorsqu\u2019il s\u2019agira de discuter de politique et d\u2019économie.1986, 15 février: Dans La Presse, on signale que «Bourassa se fait piéger par Mulroney».1-\tLes sous-ministres adjoints: Jean-Marc Léger, Claude Roquet, responsable des relations multilatérales à Paris et Jean Tardif, délégué à Bruxelles sont visés par Mulroney parce qu\u2019ils voulaient une présence autonome réelle sur la scène internationale, position qu\u2019ils ont toujours défendue avec acharnement.2-\tLe Premier ministre du Canada, sur ce point, est le digne émule de Pierre Trudeau, malgré les apparences.3-\tEn août dernier, les fonctionnaires, avec l\u2019appui du ministre Pierre-Marc Johnson, convainquent René Lévesque de reprendre la lutte.4-\tLes hauts-fonctionnaires mentionnés ci-dessus encouragent maintenant M.Bourassa nouvellement élu, à prendre la parole lors de la séance d\u2019ouverture.Pourquoi cela?C\u2019est afin que le Premier ministre du Québec puisse, comme porte-parole des francophones du Canada, se prévaloir d\u2019un statut au moins égal à celui de «l\u2019anglophone Mulroney», plutôt que d\u2019être à peine mieux traité que le premier ministre, anglophone lui aussi du Nouveau-Brunswick.5-\tBourassa se fait piéger par Mulroney le 13 décembre dernier, lors de leur rencontre au lendemain de son assermentation.Peu au courant du dossier, Bourassa donne son accord à un scé- LES SOMMETS DE LA FRANCOPHONIE 71 nario prévoyant que le Premier ministre du Canada parlerait à la séance d\u2019ouverture et lui, à la séance de clôture.6-\tPendant ce temps, le ministre Gil Rémillard avouait au ministre français des Affaires extérieures, Roland Dumas, et aux représentants d\u2019Ottawa, que M.Bourassa souhaitait intervenir lors de la séance d\u2019ouverture.Le libéral Jean-Claude Rivest soutenait aussi cette thèse.7-\tM.Bourassa, après de longues négociations, tente de revenir sur l\u2019accord verbal donné à M.Mulroney.Rien n\u2019y fit: ce dernier avisa même M.Bourassa qu\u2019il ne viendrait tout simplement pas au Sommet s\u2019il devait partager la vedette avec lui.Le même jour, dans Le Devoir, «Bourassa doit s\u2019expliquer».1-\tRobert Bourassa a été contraint, à Paris, d\u2019expliquer qu\u2019il était tout à fait normal que le Québec joue un rôle important sur le plan de la francophonie mondiale.2-\tLa participation du Québec à cette rencontre internationale ne fait pas l\u2019unanimité au Canada anglais.3-\tM.Mulroney affirme que l\u2019entente entre le Québec et le Canada ne tient que pour ce sommet et pourrait être modifié.4-\tEnfin, le premier ministre du Québec déclare: «Nous croyons au Canada; mais c\u2019est justement là un domaine où nous sommes différents.» 1986, 22 février: Dans La Presse, Marcel Adam titre son éditorial: «La rivalité Ottawa-Québec était inévitable au Sommet».1-\tLe Sommet de la francophonie, qui s\u2019est tenu cette semaine à Paris, n\u2019échappe pas à cette règle.2-\tIl était important pour M.Bourassa de prouver aux souverainistes que son gouvernement avait les mêmes ambitions internationales que celles de ses prédécesseurs et qu\u2019il n\u2019accompagnait pas le premier ministre fédéral pour porter ses valises.3-\tLe premier ministre de la province de Québec qui justifie \u2014 faut-il le répéter?\u2014 la présence du Canada à un sommet francophone, acceptera toujours mal d\u2019y jouer le second rôle.4-\tRobert Bourassa pouvait intervenir en matières politiques et économiques, mais à la condition d\u2019avoir la permission du premier ministre canadien. 72 L\u2019ACTION NATIONALE 5-\tM.Bourassa obtient donc cette permission de prendre la parole sur une question économique, mais il n\u2019a pas cru bon devoir informer M.Mulroney de ce qu\u2019il dirait.6-\tToujours la même guérilla! Le premier ministre canadien est agacé du fait que Robert Bourassa se soit empressé de rencontrer les journalistes pour se vanter, avec un peu trop de ferveur, d\u2019avoir fait une suggestion sans en demander la permission à son homologue fédéral, le mettant ainsi dans un sérieux embarras vis-à-vis du Canada anglais.7-\tPourquoi cette mesquinerie?Pour faire contrepoids à la trop grande visibilité de M.Mulroney et pour lui signifier qu\u2019on n\u2019avait pas apprécié son insistance à dire qu\u2019il s\u2019exprimait au nom de tous les Canadiens.8-\tLe premier ministre fédéral a averti qu\u2019il ne saurait à l\u2019avenir accepter aucune dérogation à l\u2019entente.«mais, conclut Marcel Adam, je ne vois pas ce qui empêchera les deux gouvernements de se trouver encore en rivalité.» Le même jour, dans le même journal, Mario Roy nous parle des tensions Canada-Québec, révélées à Paris.1-\tCe Sommet de Paris a agi comme une sorte de révélateur de ce qu\u2019est la vraie nature de la dualité canadienne.2-\tÀ Montréal, il y a une semaine, on écrivait que «l\u2019affaire ne s\u2019est pas réglée à l\u2019avantage du Québec mais bien à celui de la fédération canadienne qui assumera à Paris, et par la suite, le leadership de la francophonie canadienne».3-\t«M.Mulroney a gagné aussi sur le front de l\u2019image.» 4-\tÀ Toronto, deux jours plus tard, on déclare: «Le gouvernement Mulroney a ouvert la boîte de Pandore.et il affronte maintenant des problèmes qui étaient prévisibles.» (Globe and Mail) 5-\tDe son côté, Robert Bourassa affirme avoir gagné la bataille de la francophonie parce qu\u2019il a remporté la manche des couloirs, là où se jouent les véritables enjeux de tout forum qui se respecte, là où se nouent les liens qui se convertissent plus tard en dollars.6-\tTout cela est bien.Mais en France, on ne s\u2019y est pas trompé. I FS SOMMETS DE LA FRANCOPHONIE 73 QUELQUES GIFLES ENTRE DEUX SOMMETS 1986, 11 mars: Suzanne Blais-Grenier, ex-ministre de l\u2019environnement, nous apprend à la une dans Le Devoir, que «Des Ambassades canadiennes découragent les investisseurs étrangers à s\u2019établir au Québec».1-\tConférencière au souper-causerie de l\u2019Association internationale des journalistes de la presse féminine, Mme Blais-Grenier affirme que la haute fonction publique fédérale, notamment les sous-ministres et les diplomates, très majoritairement anglophones, desservent les intérêts du Québec.2-\tLa députée de Rosemont révèle que des commissaires de la fonction publique fédérale se sont rendus dans des pays anglophones aussi loin qu\u2019en Australie, pour recruter des candidats aux postes de sous-ministres, sous prétexte qu\u2019il était impossible de trouver des Canadiens ou des Québécois qui possèdent la compétence d\u2019assumer ces fonctions.1986, 5 avril: Jean-Guy Hudon, député conservateur de Beau-harnois et secrétaire parlementaire aux Relations extérieures, se rend rapidement compte que «la diplomatie canadienne devrait également avoir un visage francophone».Le Devoir.1-\tEncore trop souvent, on constate que c\u2019est une image anglophone que celle du Canada sur la scène internationale.2-\tIl faut faire plus de place aux francophones dans notre diplomatie.(Encore des vœux pieux!) 3-\tDes participants à la récente conférence internationale sur les forêts, conférence tenue à Paris en janvier, s\u2019étonnent d\u2019entendre la diplomatie canadienne parler français; n\u2019est-ce pas révélateur?4-\tLa carrière diplomatique fut la chasse gardée des anglophones; puis lorsqu\u2019il devient gênant de comparer les pourcentages, on se rabat alors sur l\u2019argument de la compétence, «de la qualité du message» que des individus peuvent faire passer, etc.Et qui juge cela?5-\tLa capacité d\u2019un secrétaire parlementaire à modifier le cours des choses est plutôt limitée, reconnaît M.Hudon. 74 L\u2019ACTION NATIONALE 6- Le député de Beauharnois est conscient que des difficultés l\u2019attendent.Le milieu diplomatique est par définition plutôt traditionnel.Le rythme du changement est lent dans la capitale fédérale, constate-t-il après un an et demi de vie sur la colline parlementaire.1986, 29 mai: Bernard Descôteaux, dans Le Devoir, nous parle des rôles de soutien réservés aux francophones par l\u2019ambassadeur Reisman qui dirige le Bureau des négociations commerciales sur la libéralisation des échanges avec les États-Unis: 1-\tM.Riesman avait affirmé qu\u2019il y avait au sein de son équipe 30% de francophones (c\u2019est faux, il n\u2019y en a que 26%), omettant alors d\u2019indiquer la nature des fonctions de chacun.2-\tDes recherches ont démontré que ce 26% se répartit de la façon suivante: 3 pour les postes de direction; 7 de niveau intermédiaire; 16 autres francophones qui occupent des fonctions de soutien telles: secrétaires, «réceptionnistes», commis, etc.Ajoutons le chauffeur et la secrétaire de M.Riesman.3-\tL\u2019analyse de la liste du personnel du bureau dirigé par M.Riesman confirme que les négociations sur le libre échange avec les États-Unis sont l\u2019affaire presque exclusive des anglophones.1986, 30 mai: Le lendemain, Le Devoir nous apprend que M.Riesman avait pourtant été prévenu par M.Joe Clark de faire en sorte que le Bureau des négociations commerciales reflète la réalité canadienne.1-\tM.Riesman n\u2019a-t-il pas exactement traduit l\u2019opinion des anglophones canadiens vis-à-vis des francophones de ce pays?Pour lui, la réalité canadienne ne se présente-t-elle pas de cette façon: les postes supérieurs aux anglophones, les postes de troisième ordre pour les francophones?2-\tÉvidemment, encore une fois, on nous sert le critère de la compétence que les francophones ne possèdent pas.3-\tM.Riesman, suite aux remontrances de son patron, promet des changements, mais il s\u2019est dit incapable de préciser à quels moments ils surviendront. LES SOMMETS DE LA FRANCOPHONIE 75 1986 , 4 juin: Sheila Copps, députée libérale de Hamilton Est, rend publique une lettre qu\u2019elle écrivait à M.Joe Clark, lettre dans laquelle elle spécifiait que dès le 21 mai dernier, M.Clark lui affirmait que M.Riesman était avisé d\u2019apporter des corrections à la formation de son équipe.Aujourd\u2019hui, rien n\u2019a encore été fait.(Le Devoir) 1986, 30 juillet: Lise Bissonnette rapporte dans Le Devoir le désir de Gil Rémillard: «Ottawa devrait élaborer sa politique étrangère en compagnie des provinces!» 1-\tM.Rémillard souhaite rien de moins qu\u2019une réforme des institutions pour permettre de telles consultations.2-\tL\u2019Allemagne de l\u2019Ouest n\u2019agit-elle pas de cette façon?3-\tN\u2019est-ce pas là un fondement du fédéralisme?Les États fédérés ne doivent-ils pas participer à l\u2019élaboration des politiques nationales?4-\tIl faut compter de 25% à 30% de nos taxes qui servent à payer, par exemple, les politiques de l\u2019ACDI; alors, ne devrait-on pas revendiquer plus qu\u2019un droit de regard, mais même une forte influence sur les orientations politiques de cet organisme?5-\t«Il est temps que l\u2019on remette en cause la notion de prérogative de la Couronne.» 6-\tSelon M.Rémillard, le premier ministre québécois ne renie pas les grandes thèses nationalistes sur la personnalité internationale du Québec; au contraire, il en fait une question de droit, comme Jacques-Yvan Morin le prônait avant lui.7-\tCe que M.Rémillard veut réformer dans les relations fédérales-provinciales-internationales, c\u2019est l\u2019information, la consultation et la participation.8-\tLe ministre, selon lui, est plus préoccupé de visibilité québécoise que ses prédécesseurs péquistes.Il veut représenter la spécificité culturelle, sociale, économique et politique du Québec. 76 L\u2019ACTION NATIONALE SECOND SOMMET 1987, 16 mars: Dans Le Devoir, Jean-Paul Bury titre son texte: «La visite officielle de Mitterrand au Canada se prépare chez Lucien Bouchard» et en sous-titre: «Le délégué général du Québec est ignoré».1-\tLes nuages s\u2019amoncellent de nouveau à Paris sur les relations entre l\u2019Ambassade canadienne et la Délégation générale du Québec à Paris.2-\tLe climat de cohabitation qui avait présidé à l\u2019arrivée de l\u2019ambassadeur Lucien Bouchard est en train de tourner au vinaigre.3-\tTout laisse croire, à Paris, que le Québec a d\u2019ores et déjà perdu la première manche.4-\tIl n\u2019y aura pas de partage équitable entre le volet québécois et la partie canadienne de la visite.Le Québec s\u2019est déjà fait distancer dans ce dossier-là et dans beaucoup d\u2019autres, d\u2019ailleurs.5-\tLa préparation du voyage de Mitterrand cristallise en fait la perte d\u2019influence sensible de la Délégation dans les milieux politiques français, ce dont certains diplomates canadiens se réjouissent, sous cape.6-\tEn France, les dates du voyage sont arrêtées sans grande coordination avec la Délégation générale du Québec, puisque le premier ministre Robert Bourassa, de passage à Paris à la mi-janvier, s\u2019en est montré surpris.De plus, l\u2019annonce du voyage par Gil Rémillard a indisposé l\u2019Élysée.7-\t«Alors, une course à handicap s\u2019engage, mais pas toujours au même niveau; en effet, Jean-Louis Roy rencontrait l\u2019un des conseillers techniques du président, Jean-Michel Gaillarde, et un chargé de mission, Jean Musiteli, alors que l\u2019ambassadeur était reçu, lui, par le secrétaire général de l\u2019Élisée, Jean-Louis Bianco, et par les deux conseillers les plus proches et les plus écoutés du président, Jacques Attali et Hubert Vedrine, qu\u2019en d\u2019autres temps, la déléguée générale, Louise Beaudoin, tutoyait!» 8-\tDevant les portes à peine entrouvertes du palais, les stratèges politiques de la rue Pergolèse ont donc choisi d\u2019autres voies pour circonvenir la forteresse élyséenne: on a misé sur les amis LES SOMMETS DE LA FRANCOPHONIE 77 de François Mitterrand.Or les résultats de ces derniers contacts sont loin d\u2019être à la hauteur des espérances.1987, 17 mars: Dans le même journal, Bernard Descôteaux écrit à la une: «Ottawa et Québec se disputent Mitterrand».Les informations en provenance de Paris veulent que le torchon brûle entre les deux gouvernements au sujet de la préparation de cette visite présidentielle.1987, 21 mars: C\u2019est dans une entrevue à La Presse que Jean-Louis Roy signale le sabotage des relations Ottawa-Québec par des bureaucrates fédéraux.1-\tCes fonctionnaires tâchent d\u2019entretenir la «guerre civile» qui a longtemps prévalu entre l\u2019ambassadeur du Canada et la Délégation du Québec à Paris.2-\tM.Roy souhaite qu\u2019Ottawa mette sans retard à leur place ces fonctionnaires qui deviennent malades \u2014 ils en font de l\u2019urticaire \u2014, tellement ils sont inaptes à comprendre que le Québec occupe sa place spécifique sur la scène internationale.3-\tIl attribue ce sabotage à un retard de dix ans dans la perception qu\u2019ont ces fonctionnairs du rôle du Québec dans le monde: «Eux gagnent, nous perdons».4-\tÀ plusieurs reprises, dans l\u2019entrevue, M.Roy répète qu\u2019il n\u2019est pas simple de négocier avec «le partenaire canadien».5-\tPas de leadership fédéral; pas de leadership québécois; deux gouvernements condamnés à s\u2019entendre entre eux.Le même jour, dans Le Devoir, Bernard Descôteaux traite du sommet francophone qui commence à s\u2019organiser.1-\tJean-Louis Roy affirme, dans une entrevue au Devoir, que certains hauts fonctionnaires fédéraux voudraient parfois déstabiliser cette entreprise.2-\tL\u2019organisation du sommet présente des difficultés.les discussions sont parfois longues.La somme des efforts, des énergies et du temps consacrés à affirmer «la place du Québec» est inimaginable.3-\tÀ Paris, «il existe un carré de résistants» à la bonne entente.«Je ne suis pas sûr qu\u2019à l\u2019ambassade canadienne à Ottawa il n\u2019y ait là quelques hauts fonctionnaires qui fassent du sabotage.» Refrain connu! 78 L\u2019ACTION NATIONALE 1987, 27 mars: Denis Lessard, dans Le Devoir, traite du Sommet dont les frais se fixent à 12 millionsS.1-\tUn haut fonctionnaire fédéral spécifie qu\u2019Ottawa a bien l\u2019intention de se montrer vigilant devant «la tendance naturelle du Québec d\u2019en prendre autant qu\u2019il peut s\u2019en permettre».2-\tOttawa observe d\u2019un œil circonspect les événements que désire organiser Québec de son propre chef en marge de la réunion internationale.1987, 2 avril: Dans Le Devoir, on rapporte que M.Denis Ricard, sous-ministre adjoint des affaires multilatérales et de la planification au ministère des Relations internationales du Québec, a donné une conférence de presse au siège de la CUM sur invitation de l\u2019Institut d\u2019Administration publique du Canada.Voici quelques phrases qui sous-entendent beaucoup.1-\tIl y a acrobaties diplomatiques.2-\tChacun des paliers de gouvernement devrait «tirer ses marrons du feu».3-\tUne coopération parfois difficile.4-\tL\u2019organisation ne se fait pas toujours sans embûches.5-\tLes intérêts des fonctionnaires fédéraux et provinciaux ne vont pas dans le même sens.6-\tIl y a eu des accrochages.Etc., etc.1987, 15 avril: Dans une entrevue au Devoir, l\u2019ambassadeur du Canada à Paris, M.Lucien Bouchard, affirme que pour la partie la plus importante du sommet de la francophonie, «Le Québec n\u2019aura pas le droit de parole».1-\tC\u2019est seulement à titre d\u2019observateur, sans droit d\u2019intervention, que M.Bourassa pourra assister au premier volet économique et politique de la conférence.2-\tPuis, ce n\u2019est que dans le deuxième volet des délibérations portant sur le développement et la coopération que le premier ministre du Québec aura le droit d\u2019intervenir.3-\tM.Bouchard est d\u2019avis que les fédéralistes orthodoxes du Canada anglais auraient vivement réagi si le gouvernement fédéral avait violé les règles du droit international simplement pour faire plaisir au Québec. LES SOMMETS DE LA FRANCOPHONIE 79 4-\tIl lui apparaît que toutes les interrogations qui ont cours sur la participation et le droit de parole du Québec n\u2019ont d\u2019intérêt que pour la presse! 5-\tIl avoue que la moindre chose était difficile à régler.6-\tLa GRC pourra assurer la sécurité des chefs d\u2019État à l\u2019Assemblée nationale et aura autorité sur les services policiers de la Sûreté du Québec.1987, 16 avril: Dès le lendemain, en réponse à M.Pierre-Marc Johnson, chef de l\u2019opposition, M.Bourassa affirme que le Québec ne sera pas limité à un rôle d\u2019observateur.«il y a toujours une marge pour la subtilité politique!» Et puis le précédent n\u2019a-t-il pas été créé au Sommet de Paris en février 1986?1987, 2 mai: M.Paul-André Comeau écrit en éditorial dans Le Devoir: 1-\t«Ce prolongement externe de compétences internes détenues en vertu de l\u2019Acte constitutionnel de 1867 manifesté par l\u2019intervention du Québec sur la scène internationale, devait inévitablement provoquer l\u2019incompréhension, l\u2019agacement, la colère du pouvoir central.» 2-\t.la tentative de contenir, de contrôler, de réduire cette forme d\u2019émancipation qui portait ombrage à un pouvoir jusque-là assuré de l\u2019exclusivité des agirs canadiens en matière de politique étrangère.3-\tCette diplomatie québécoise, encore mal affirmée aujourd\u2019hui, s\u2019est rapidement heurtée à la conception du fédéralisme et des relations internationales entretenues à Ottawa.1987, 22 août: «Avec l\u2019autorisation d\u2019Ottawa, Bourassa pourra parler d\u2019économie internationale au Sommet francophone» (Le Devoir).Le Québec n\u2019est pas maître chez lui.En bon valet, il doit demander la permission.1987, 29 août: La Presse consacre de longues pages au Sommet francophone de Québec: 1- Gilles Paquin titre: «Le Canada dépense deux fois plus dans le Commonwealth de langue anglaise que dans la francophonie: l\u2019adhésion du Canada au Commonwealth a coûté cette année 38 millionsî contre 18,6 millionsS aux organismes de la francophonie. 80 L\u2019ACTION NATIONALE 2-\tPierre Vennat analyse «L\u2019impossible diplomatie québécoise» de Claude Morin.Il écrit que les libéraux provinciaux du Québec croient à un Québec international plus fort, souvent contre les vues d\u2019Ottawa.3-\tGilbert Brunet souligne que le Canada-Nouveau-Brunswick occupe le même rang que le Canada-Québec, tout près du Viêt-nam.Conclusion: Vous vous souvenez, en 1968, suite à l\u2019invitation du Québec à une conférence internationale des pays francophones à Libreville au Gabon, Ottawa avait suspendu ses relations diplomatiques avec ce pays en signe de protestation.Bien sûr, il y a eu évolution, mais au prix de quelles batailles! Pourtant, le Québec doit toujours se soumettre à son grand frère.Même si on veut nous faire croire le contraire, Ottawa aura réussi à nous diminuer, à diluer le fait français québécois en distribuant les chèques aux pays francophones du tiers monde.Pour le démontrer, voici quelques réflexions de Lysiane Gagnon parues dans les jours qui ont suivi les grandes assises de la francophonie à Québec (La Presse, 5 septembre 1987).Elle cerne très bien les problèmes de ce «Sommet non inspiré» qui fut tristement remarquable par le désintéressement du peuple québécois: 1-\tIl n\u2019y a même pas eu de présence véritablement internationale du Québec; les périodes réservées aux conférences de presse et aux «briefings» étant totalement accaparées par les représentants canadiens et québécois.2-\tDans le pays des Gilles Vigneault, des Édith Butler, des Daniel Lavoie, c\u2019est le caroussel de la GRC qu\u2019on est allé chercher, sur fond de musique américaine précédé d\u2019exercices du Royal 22e en tenue britannique qui a marqué l\u2019ouverture de ce Sommet de la Francophonie.Enfin, nous ne nous étendrons pas sur l\u2019opération «maquillage» de ce sommet: a) Pendant que les chefs d\u2019État, à Québec, louangent la langue française et son usage à tous les niveaux, le petit écran nous présente à Montréal «la joute de hockey Canada-Suède, où défilent devant nos yeux, plusieurs panneaux publicitaires LES SOMMETS DE LA FRANCOPHONIE 81 entourant la patinoire du Forum rédigés uniquement en anglais».(Lettres au Devoir, 17 septembre 1987.) b)\tLa dévalorisation du culturel au profit de l\u2019économique ne peut que soulever l\u2019inquiétude.(«Possibles», Le Devoir, 12 septembre 1987.) c)\tDe toute façon, ne parlons plus du caractère francophone de ce Sommet.Cet alliage hétérogène de pays dont plusieurs comme le Viêt-nam ou l\u2019Égypte n\u2019ont rien de francophone.(Lysiane Gagnon, La Presse, 5 septembre 1987.) d)\tJean-Marc Léger, premier secrétaire général de l\u2019Agence culturelle et technique lance une mise en garde contre le faux espoir: 1-\tL\u2019entreprise francophone ne se résume point aux sommets.2-\tLe pessimisme le gagne.3-\tEn conclusion à son dernier ouvrage: «La Francophonie», il écrit: «J\u2019éprouve à parler de francophonie désormais un malaise croissant en même temps qu\u2019un sentiment d\u2019accablement.4-\t«Il m\u2019arrive de penser que si la francophonie n\u2019existait pas, il faudrait surtout ne pas l\u2019inventer!» 5-\tLe grand danger: c\u2019est la «francophonie-spectacle».(La Presse, 5 septembre 1987.) Jean-Marc Léger n\u2019est quand même pas le premier venu; cet ancien journaliste du Devoir fut président de l\u2019Association internationale des journalistes de langue française à la fin des années 50, premier secrétaire de l\u2019Association des universités partiellement et entièrement de langue française fondée en 1961; il est actuellement commissaire général à la francophonie du gouvernement du Québec.e)\tLe président du Mouvement national des Québécois, M.Rolland Chaussé, a dénoncé, dans Le Devoir du 4 septembre 1987, le sort réservé à la Loi 101 pendant que dans la capitale du Québec, le premier ministre canadien se pète les bretelles, tout fier de recevoir les pays francophones; il a rappelé que depuis 1977, date de l\u2019adoption de cette loi par l\u2019Assemblée nationale du Québec, huit jugements majeurs des Tribunaux ont invalidé plusieurs aspects de cette loi, limité sa portée, annihilé ses objec- 82 L\u2019ACTION NATIONALE tifs fondamentaux.«En somme, comme l\u2019écrivait si bien Jean-Marc Léger dans Le Devoir du 1er septembre 1987, cette loi a été réduite comme peau de chagrin par les tribunaux.» Voilà! En marge de l\u2019actualité nationale par ROSAIRE MORrN Les 50 ans de l\u2019Union des artistes Les artistes ont attendu 50 ans pour se fêter.Les retrouvailles ont été émouvantes et à l\u2019image du peuple canadien-français.Pendant trois heures, en ce dimanche du 20 décembre, quinze postes de télévision (2, 4, 7, 8, 9, 10, 11, 13, 15, 17, 24, 30, 35, 40 et 45) ont diffusé le gala des artistes.Il est presque incroyable que ces postes aient réalisé un tel consensus.Du jamais vu! À Montréal, en la salle Wilfrid-Pelletier, un spectacle simple et grandiose à la fois a retracé un demi-siècle de la vie artistique québécoise.Des numéros de variétés ont mis en vedette les plus grands noms de la colonie artistique.Des documents d\u2019archives ont illustré la mémoire collective des 50 dernières années.Ils ont offert aux Québécois un voyage à travers le temps.Hommage aux artistes! Ils ont marqué le caractère spécifique du Québec et ils continuent de le faire.Ils sont à l\u2019avant- 84 L'ACTION NATIONALE garde de la nation.Ils invitent à la réflexion.Ils sont des artisans irremplaçable du destin national.Les dépenses militaires Le Livre blanc sur la politique de défense présenté par le ministre Warren Beatty prévoit des dépenses s\u2019élevant à 200 milliardsS pour les quinze prochaines années, soit plus de 500$ par habitant pour chacune de ces quinze années.À ces sommes astronomiques, il faudra ajouter les milliards de dollars que dépenseront Énergie atomique du Canada et Eldorado Nucléaire Ltée, deux sociétés d\u2019État du gouvernement du Canada.L\u2019industrie de la défense est l\u2019une des plus stables.Fabriquer des balles, des cartouches, des missiles, des frégates et des destroyers est plus payant que de cultiver des navets et des concombres?Produire des sous-marins nucléaires, des munitions, des fusées, des roquettes et des gaz pour tuer des hommes ne grandit pas la race humaine.Se préparer sans cesse pour la guerre est un mal qui déshonore notre pays et l\u2019humanité tout entière.Le delirium tremens dont souffrent les militaires aboutit à une course aux armements qui est un scandale intolérable que peu de personnes dénoncent.Les charrues sont transformées en ogives nucléaires.Il y a vraiment un trou dans la tête des hommes.Que faire pour que l\u2019on réduise les dépenses militaires jusqu\u2019à leur élimination totale?Que faire pour que les sommes d\u2019argent investies dans les armes soient réaffectées à des programmes sociaux de plein emploi, de création de logements, de dépollution, d\u2019éducation permanente?Que faire pour convertir les industries militaires à des fins civiles et humanitaires?L\u2019impôt des personnes mariées Le notaire Jacques Foucher de Saint-Jérôme, 38 ans, marié et père de 4 enfants, dénonce l\u2019iniquité fiscale qui affecte les personnes mariées.Au nom de l\u2019Alliance pour la justice fiscale, en décembre dernier, il présentait en Cour supérieure une action en recours collectif contre le gouvernement du Québec. EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 85 En matière de déductions d\u2019impôts, il tente d\u2019obtenir pour les personnes mariées un traitement égal à celui dont jouissent les personnes divorcées.On sait que la rente versée à une exconjointe est déductible du revenu de l\u2019ex-mari.Ainsi, un mari divorcé officiellement qui verserait une pension alimentaire de 15 000$ à son ex-femme légitime bénéficierait d\u2019une déduction fiscale du même montant, même s\u2019ils continuaient à coucher ensemble, dans le même lit, alors que son exemption fiscale serait inférieure à 4 000$, s\u2019il n\u2019était pas divorcé.Le divorce représenterait dans ce cas une économie d\u2019impôt d\u2019environ 5 000$.Le gouvernement du Québec, au lieu de corriger cette situation aberrante, laisse ses avocats contester la juridiction de la Cour supérieure, alléguant qu\u2019une telle cause relève de la Cour provinciale.Les arguties des procureurs gouvernementaux favorisant la Loi de l\u2019impôt seront présentées jusqu\u2019en Cour suprême, fort probablement.En attendant une politique familiale, le gouvernement tolère et maintient une mesure antifamiliale.Des garderies pour les riches Ottawa déposait récemment un projet de loi pour promouvoir l\u2019établissement de garderies.L\u2019annonce est sensationnelle.Le fédéral investirait 5,4 milliards$ d\u2019argent neuf pour combler le nombre incalculable de places nécessaires en garderie.Mais le Ministre joue au monopoly.Dans les faits, il investit peu d\u2019argent neuf.Quarante-deux pour cent de ce budget, soit 2,3 milliards$, prend la forme de déductions fiscales accordées à des parents assez fortunés pour payer de l\u2019impôt.Cette aide fiscale ne facilitera pas l\u2019établissement de nouvelles garderies accessibles aux familles démunies.Elle favorisera des parents capables pour la plupart d\u2019acquitter les frais de la garde de leurs enfants.Certaines autres sommes sont annoncées comme de l\u2019argent neuf.Le Ministre trompe en présentant ainsi des sommes qui auraient été autrement payés par le Régime d\u2019assistance publique du Canada.Madame Pépin évalue à 5,1 milliards$ sur sept ans l\u2019argent qu\u2019Ottawa aurait dépensé dans le cadre de ce pro- 86 L\u2019ACTION NATIONALE gramme, tandis que le ministre, Jake Epp, évalue cette somme à 1,1$ milliard.Laissons aux politiciens l\u2019appréciation des différences.Fondamentalement, la mesure politique envisagée ne créera pas le nombre de places répondant aux besoins des familles à faible revenu.Elle ne les aidera pas et elle ne permettra pas aux garderies d\u2019accueillir leurs enfants.Le tiers des familles québécoises sont totalement incapables de payer 75$ ou 80$ par semaine pour la garde d\u2019un enfant.Les personnes qui auraient besoin d\u2019une aide sont celles que le projet de loi oublie.Dans ce domaine social de compétence provinciale, espérons que le gouvernement du Québec offrira bientôt des mesures politiques appropriées et répondant aux besoins des personnes les plus démunies.Il est assez triste de constater que le gouvernement du Québec n\u2019a pas réclamé d\u2019Ottawa les déductions fiscales qui seront imposées à des Québécoises et à des Québécois dans un domaine qui est strictement de juridiction provinciale.Morceaux par morceaux, le fédéral réduit en lambeaux l\u2019autonomie provinciale.Les revenus des anglophones Au Québec, en l\u2019an 1985, les revenus des anglophones sont toujours plus élevés que ceux des francophones.Les «Statistiques fiscales des particuliers du Québec» mettent en évidence cette situation.Huit des dix comtés électoraux où la moyenne des revenus est la plus élevée comptent une population majoritairement anglophone: Westmount\t36\t435 Nelligan\t28\t714 Robert-Baldwin\t28\t703 D\u2019Arcy-McGee\t28\t150 Saint-Louis\t27\t846 Jacques-Cartier\t23\t796 Notre-Dame-de-Grâce\t23\t405 Mont-Royal\t23\t405 Dans le groupe select des 10 premiers comtés pour la moyenne de revenus, on retrouve deux comtés francophones. EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 87 Jean-Talon, grâce aux fonctionnaires, obtient un sixième rang avec une moyenne de 25 571$.Outremont, ma chère, se classe au septième rang avec un revenu moyen de 24 099$.À l\u2019autre bout de la province, on retrouve des contribuables qui gagnent trois fois moins que les citoyens de Westmount: 14 023 13 771 13 739 13 519 12 849 Matapédia Bonaventure Montmagny-L\u2019Islet Gaspé Matane Matane est le dernier comté de la Belle Province pour la moyenne de revenus, en 1985.C\u2019est aussi le comté où le Fédéral promet une usine depuis 20 ans.C\u2019est aussi à Matane que Québécor, l\u2019héritier de Donahue, a promis une usine de papier.Matane se classe derrière deux comtés du centre-ville de Montréal, la plus grande ville française de langue anglaise.Les contribuables de Maisonneuve, majoritairement francophones, ont gagné un revenu moyen de 13 383$.Dans le comté de Laurier, où la population néo-québécoise prédomine, le revenu moyen ne s\u2019élevait qu\u2019à 13 028$.L\u2019Agence spatiale Le Devoir n\u2019est plus Le Devoir.Toutefois, de temps en temps, on y trouve encore une information qui rappelle le bon temps de ce journal.Le 23 décembre, en pages 1 et 10, Michel Vastel affirme qu\u2019une «agence fantôme.a déjà pris le contrôle de toute la politique spatiale canadienne».En effet, le «Comité interministériel de coordination».fait fonction de NASA canadienne et distribue tous les contrats reliés au budget canadien de l\u2019espace».«Le docteur Arthur Collin, conseiller scientifique du gouvernement et David Low, sous-ministre aux Sciences et à la Technologie, contrôlent tout ce qui touche à l\u2019espace, y compris le programme des astronautes du CNRC.«Les contrats pour la participation canadienne à la station orbitale américaine se distribuent, en quasi-totalité, au Canada 88 L\u2019ACTION NATIONALE anglais.C\u2019est Spar Aerospace, de Toronto, qui a été nommé maître d\u2019œuvre et tous les travaux de conception se font au Centre de Weston, en Ontario».Des contrats de sous-traitance ont été accordés à McDonald Dettwiler de Colombie britannique, SED Systems de Saskatoon, Canadian Astronautics d\u2019Ottawa, IMP d\u2019Halifax et CAE Electronics de Montréal.Michel Vastel conclut que «les généreux contrats accordés par le Centre national de recherche à Spar font maintenant que, pour les sept premiers mois de 1987, l\u2019Ontario a reçu 49,6%.des contrats fédéraux en recherche et développement.Le Québec n\u2019a pour sa part reçu que 7,5% de ces contrats.soit plus de deux fois moins que la Colombie britannique, qui a eu.17%.» «Quant au deuxième élément d\u2019importance du programme spatial canadien, du ministère de l\u2019Énergie cette fois, RADAR-SAT, sa maîtrise d\u2019œuvre a encore été discrètement distribuée, par les reponsables de «l\u2019agence fantôme», à Spar, de Toronto, pour le satellite, et à MacDonald Dettwiler de Colombie britannique pour les équipements au sol, cette fois avec la coopération du docteur Whithman et d\u2019Ed Shaw, du ministère fédéral de l\u2019Énergie.Vastel révèle que «les deux projets, de participation canadienne à la station orbitale américaine et de RADARSAT, représentent un investissement de 1,25 milliards et des retombées économiques de plus de 6 milliardsS».Alors qu\u2019une «Agence fantôme» distribue les contrats, le gouvernement fédéral retarde de mois en mois la décision relative au siège social de l\u2019Agence spatiale et une «agence fantôme» distribue les contrats au Canada anglais.Pour sa part, le ministre Robert de Cotret demande aux responsables de la campagne «Montréal, c\u2019est spatial» «de se taire pour ne pas irriter le Canada anglais».Et nous nous sommes tus.Pendant notre silence, le Ministère des Approvisionnements et Services interdit la publication de statistiques régionales sur les contrats de recherche et de développement qu\u2019il accorde.Pendant notre silence, les universités de Toronto, York et le Ryerson Polytechnical Institute se regroupent dans un Institute for Aerospace Studies. EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 89 Pendant notre silence, l\u2019école secondaire Overlea de York Est change de nom.Elle s\u2019appellera désormais le Marc Garneau Collegiate Institute.Elle vient de signer une entente avec la NASA pour créer un cours spécial en sciences et en mathématiques pour ses étudiants les plus doués.Par hasard, il faut le croire, Spar Aerospace leur offre le lien-satellite avec le centre de Houston au Texas.Pendant notre silence, trois ministres québécois sont aussi silencieux; ils rêvent, s\u2019ils ne dorment pas.Les Marcel Masse, Robert de Cotret et Michel Côté croient au miracle du silence.Le fédéralisme canadien, c\u2019est ça.Environnement Canada Dans Le Devoir du 30 décembre, Louis-Gilles Francœur signe un article intitulé «Environnement: la manne fédérale tombe sur l\u2019Ontario».En sous-titre, on peut lire: 6% des contrats de recherche au Québec, 64% aux voisins».En 1985-86, Environnement Canada a accordé aux entreprises québécoises 6,1% des contrats octroyés dans les domaines scientifiques et techniques.Au cours de la même année, le même ministère accordait 64% de ses contrats de recherche à l\u2019Ontario.Dans son article, Francœur rappelle que le Québec n\u2019a obtenu que 10,6% de tous les contrats de recherche accordés par Ottawa en 1985-86.Ontario recevait 46,3% et la Colombie britannique 18 %.Il est vrai que le Québec n\u2019était pas encore reconnu comme société distincte en 1985.mais j\u2019ai nettement la conviction que le lac Meech n\u2019améliorera en rien la traditionnelle discrimination appliquée par Ottawa à l\u2019égard de la Belle Province.Les loups mangent toujours les moutons.L\u2019inverse ne se produit jamais. Hommage à la mémoire de GA STON BEA UDR Y SECTION ÉCONOMIQUE La Prospérité A A ^ chaque passage de la vie .nos besoins de protection évoluent.Tous nous avons besoin de services de protection diversifiés bien adaptés à ce que nous Tous nous recherchons de bons conseils, de bonnes solutions et la sécurité qui nous convient.L'Assurance-vie Desjardins nous offre ce service-conseil et une protection adaptée à nos besoins.Assurance-vie Desjardins âcl^V#^l3Vie Des trouvailles et des réussites merveilleuses par ROSAIRE MORIN L\u2019abri des jeunes À Montréal, 3 000 jeunes sont sans abri.Ils doivent dormir à la belle étoile et, s\u2019ils sont chanceux, ils passeront la nuit sur un banc de la Gare centrale ou du terminus d\u2019autobus Voyageur.L\u2019archevêché de Montréal a assumé une initiative remarquable.Au sous-sol de l\u2019église Saint-Louis-de-France, où jadis Le Devoir tenait ses assemblées annuelles, l\u2019archevêché a aménagé un refuge pour les jeunes.L\u2019abri est de qualité.Le climat est hospitalier, accueillant.Le dortoir comprend une quarantaine de lits donnés par des communautés religieuses.Les jeunes peuvent discuter autour d\u2019une table, écouter la télévision, boire un café, manger des biscuits, prendre une douche.L\u2019aide apportée peut à l\u2019occasion permettre à un jeune de refaire ses forces morales et de décider d\u2019orienter sa vie différemment. 94 L\u2019ACTION NATIONALE Le projet a été réalisé grâce à la collaboration d\u2019un grand nombre de bénévoles, d\u2019organismes et d\u2019entreprises.Au nombre des bienfaiteurs, on retrouve des communautés religieuses, la Fondation Ignace-Bourget, le Mouvement Desjardins, Hydro-Québec, la Commission des écoles catholiques de Montréal.L\u2019initiative est réussie, nécessaire et humaine.Elle permet à 40 jeunes à la fois de connaître quelques heures de repos, de confort, de bien-être.L\u2019archevêché ne pouvait faire davantage.Mais qu\u2019attendent les gouvernements de Québec, de Montréal et d\u2019Ottawa pour apporter une solution humaine à la misère des itinérants montréalais?Des Tamouls débarqués à Montréal ont été logés dans des hôtels.Nous les avons nourris et, au même moment, nous oublions nos indigents, nos affamés et nos sans-abri .Ils vivotent et nous ne les apercevons pas.L\u2019arrêt-source, Inc.Cet organisme sans but lucratif a été créé en 1987, «l\u2019Année internationale des Sans-abri».À Montréal, au 10 249, rue Christophe-Colomb, cette maison apporte une aide aux jeunes femmes de 18 à 30 ans sans abri et en difficulté.C\u2019est l\u2019une des rares maisons d\u2019hébergement à moyen et long terme qui oeuvre à l\u2019intégration sociale des itinérantes.À Montréal, il y a de 3 000 à 5 000 femmes sans abri.Plus de la moitié d\u2019entre elles ont entre 20 et 25 ans.Ces personnes sont sans argent, sans travail, sans toit.Certaines ont été victimes de violence.D\u2019autres vivent des problèmes familiaux difficiles.Souvent, elles ont connu dans leur enfance des familles d\u2019accueil et, plus tard, des centres d\u2019accueil.Un bon matin, elles avaient la rue pour tout partage.Elles ont débuté en cherchant un abri pour quelques nuits, puis pour quelques semaines.Il est alors facile de connaître des abus d\u2019alcool ou de drogues.L\u2019Arrêt-source héberge de ces femmes défavorisées pour un long séjour.Un personnel spécialisé et des bénévoles les aident à se prendre en mains et à découvrir leur potentiel.Les orientations sont pratiques et constructives.Les femmes sont invitées à l\u2019apprentissage de la responsabilité.Elles sont conviées à participer à des projets.Elles sont encadrées dans la gestion de leur budget et dans l\u2019organisation de leur vie quotidienne.Pour cer- DES TROUVAILLES ET DES RÉUSSITES MERVEILLEUSES 95 taines, le retour aux études est encouragé; pour d\u2019autres, des stages en milieu de travail sont organisés.Dans une société qui regorge de richesse et qui se classe parmi les huit pays du monde au revenu le plus élevé, il est triste de constater l\u2019existence de tant de misère et de pauvreté.Ce qui est inquiétant, c\u2019est de constater que le nombre des miséreux grandit d\u2019année en année.Les coopératives de travail Même si le gouvernement Bourassa n\u2019appuie que faiblement le développement coopératif, et le gouvernement Lévesque n\u2019a pas fait davantage, les coopératives prennent de l\u2019expansion.Elles répondent à des besoins.À l\u2019heure actuelle, 140 coopératives de travail existent au Québec.Elles emploient 1 500 personnes.Elles opèrent dans divers secteurs.À titre d\u2019exemples, les travailleurs sont à la fois les patrons de l\u2019Imprimerie Harpell de Sainte-Anne-de-Bellevue, de l\u2019entreprise informatique Célibec de Trois-Rivières, de la troupe de Théâtre Parminou de Victoriaville, du Centre de couture coopératif de Kamouraska, de la Coopérative de recherche et de production en communication «Les Nuages», etc.La Fédération des coopératives de travail vient de franchir une étape importante.Une association avec le Fonds de solidarité de la FTQ assure la sécurité financière des coopératives et favorise à la fois l\u2019injection de capital de risque dans les coopératives.Le président de la Fédération, Richard Messier, croit que l\u2019entente avec le Fonds de solidarité règle en grande partie les trois problèmes majeurs des coopératives de travail, soit une fiscalité défavorable, la difficulté d\u2019épargner pour la retraite et l\u2019accès limité au capital de risque.Désormais, les membres des coopératives de travail auront la facilité d\u2019acheter des actions du Fonds de solidarité.Ils bénéficieront d\u2019un retour d\u2019impôt fort intéressant.Par 1 000$ investis, l\u2019économie d\u2019impôt s\u2019élève à environ 800$.Ce retour d\u2019impôt sera ensuite réinvesti en parts privilégiées du Régime d\u2019investissement coopératif qui, tout en finançant la coopérative de tra- 96 L\u2019ACTION NATIONALE vail, produit une autre économie de 160$.C\u2019est un retour approximatif de 960$ en impôt par 1 000$ investis.Par surcroît, les actions du Fonds de solidarité et leur plus-value avec les années constitueront un régime de retraite pour les coopérateurs.Il sera aussi possible de récupérer les parts privilégiées du Régime d\u2019investissement coopératif pour ajouter au fonds de pension.En retour, le Fonds de solidarité étudiera avec attention les demandes de financement des coopératives de travail.Avec le temps, la boule de neige peut grossir et atteindre des proportions gigantesques, d\u2019autant plus que cette entente pourra s\u2019appliquer aux 60 coopératives forestières et aux 112 coopératives agricoles.Agropur Il y a cinquante ans, le 24 août 1938, une soixantaine d\u2019habitants de la région de Granby se regroupaient sous la formule coopérative.Ils fondaient La Société coopérative agricole du Canton de Granby.C\u2019était l\u2019époque florissante de l\u2019UCC, maintenant la brillante Union des producteurs agricoles.Depuis, la petite coopérative de Granby a grandi.Sous son nouveau nom, Agropur, elle emploie près de 2 500 travailleurs.Elle est engagée dans la production du fromage, du lait en poudre, du lait évaporé, du beurre, du yogourt.Elle gère 31 fabriques spécialisées.Ses marques de commerce sont réputées: Crino, Oka, Vaudreuil, Dalpé, Granger, Mont St-Bruno, Léveillé, Orange Maison, Rivette, Kik, Purfruit Québon, Maître Glacier, Yoplait, Yop.Elle possède aussi les entreprises suivantes: Produits Mil-Ko Limitée, Laiterie Mont-Saint-Bruno Inc., Orange Maison Inc., Laiterie Victo Inc., Les Produits laitiers Mont-Saint-Hilaire Ltée, Beaudry & Lacoste Inc., Charcuterie La Tour Eiffel Inc.En 1986, Agropur encaissait 771,5 millions$ en revenus.Ses actifs s\u2019élevaient à 199,4 millions$.Aucun des fondateurs n\u2019avait espéré une telle réussite.À peine relevés de la crise, vivant dans des conditions de travail pénibles, les pionniers avaient foi et espérance dans la force de l\u2019union et de la solidarité.L\u2019exemple de leur succès peut entraî- DES TROUVAILLES ET DES RÉUSSITES MERVEILLEUSES 97 ner des personnes défavorisées à suivre le modèle coopératif pour résoudre ensemble des problèmes qu\u2019une seule personne ne pourrait surmonter.Fibres Donnite Inc.À Richmond, le 26 janvier 1987, vingt-trois employés de Fibre Donnite Inc.décidaient de devenir actionnaires de leur entreprise.À cette fin, ils fondaient la coopérative Doniplast et ils investissaient 170 000$, soit 27% des actions votantes de la compagnie.La Société de développement des coopératives avait garanti un prêt de 135 000$ et les employés avaient contribué pour 35 000$.L\u2019initiative s\u2019avère heureuse.L\u2019entreprise qui avait enregistré un chiffre d\u2019affaires de 400 000$ en 1986 obtient un volume de 1 100 000$ en 1987 et les prévisions de 1988 s\u2019élèvent à 2 500 000$.La croissance est rapide.Le nombre d\u2019emploi est passé de 23 à 40.Les nouveaux employés, après leur période de probation, seront invités à devenir partenaires de leur entreprise et à adhérer ainsi à la coopérative Doniplast.Fibres Donnite est spécialisée dans le moulage de produits plastiques.Son revêtement «Abrastop» a été expérimenté avec succès dans les wagons du métro de Montréal.La ville de Caracas, au Vénézuéla, est intéressé à ce revêtement.L\u2019entreprise manufacture aussi des coffres d\u2019archeries exportés à 80% aux États-Unis.Elle fabrique en outre des supports pour fils électriques vendus en Ontario.Les glacières qu\u2019elle produit pour les véhicules récréatifs sont écoulés au Canada.Cette coopérative de travailleurs trace une voie qui humaniserait le capital.Partenaire de son entreprise, un ouvrier participerait non seulement au labeur souvent pénible, mais aussi aux décisions et aux dividendes.Les syndicats d'agricultrices Dans le monde agricole québécois, l\u2019égalité de la femme avec l\u2019homme est devenue une réalité.Dans les cinq dernières années, 1 400 femmes se sont regroupées en syndicats.Les 13 syndicats ont formé la Fédération des femmes agricultrices. 98 L\u2019ACTION NATIONALE Ces femmes ont obtenu la reconnaissance juridique de l\u2019État et l\u2019affiliation de leur Fédération à la dynamique Union des producteurs agricoles (UPA).Elles ont réussi à faire tripler le nombre de femmes actionnaires de la ferme familiale.Elles sont parvenues à faire disparaître la discrimination anti-féminine qui existait sur les primes à l\u2019établissement.Elles travaillent, à l\u2019heure actuelle, pour faire disparaître la discrimination dont elles sont encore l\u2019objet de la part de l\u2019Office du crédit agricole.La sensibilisation des femmes à la qualité de la vie et l\u2019accès à la propriété sont au nombre des objectifs poursuivis.Les 20 000 femmes qui travaillent sur des fermes au Québec verront leur condition de vie s\u2019améliorer.Certes, des problèmes subsistent.Mais l\u2019accès à la sécurité rendra plus acceptable les longues heures de travail.Il protégera surtout la femme qui, autrement, serait sans le sou, advenant une séparation du couple.Cette réalisation est concrète.Elle permet à la femme d\u2019accéder à l\u2019égalité, à la propriété et à la sécurité économique.Théâtre Parminou En sa quatorzième saison, la coopérative du Théâtre Parminou présente des spectacles d\u2019une qualité exceptionnelle.La pièce «L\u2019étoffe du pays» fait revivre divers aspects des événements de 1837.«L\u2019égalité brille pour tout le monde» est un spectacle enrichissant qui traite de l\u2019accès à l\u2019égalité en emploi pour les femmes.La création «Ça crève les yeux.ça grève le cœur» parle de pornographie.Les coopératives forestières Les coopératives forestières étaient principalement engagées dans l\u2019exploitation forestière.En 1986, elles réalisaient 2 978 600 mètres cubes solides de bois récoltés pour un revenu de 70 millionsS.Mais, depuis quelques années, elles ont diversifié leurs opérations.Plusieurs coopératives touchent maintenant à toutes les activités du domaine forestier: plantation, aménagement, exploitation, transformation et production de plants.Quelques exemples soulignent les changements survécus.Tout récemment, au pays du Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Coopérative forestière Laterrière investissait plus de 600 000$ DES TROUVAILLES ET DES RÉUSSITES MERVEILLEUSES 99 dans un complexe de production de plants.En Abitibi, la Coopérative forestière de Rémigny met en terre chaque année 1\t000 000 de plants forestiers et elle s\u2019intéresse de plus en plus à l\u2019aménagement.Cette année, la Coopérative forestière Manicouagan-Outardes a semé 450 000 plants de pins gris et d\u2019épinettes noires et le sacrifiage exécuté a atteint 1 000 hectares.Au Saguenay, la Coopérative Ferland-Boileau est active dans tous les secteurs, de la coupe en forêt à la transformation en usine, de l\u2019aménagement à la production d\u2019arbres forestiers; son chiffre d\u2019affaires s\u2019élève à plus de 8 millionsS par année.À Saint-Raymond, 58 kilomètres au nord-ouest de la ville de Québec, la Coopérative forestière de Portneuf a traité plus de 2\t500 hectares de terrain, planté plus de 3 000 000 d\u2019arbres et dégagé près de 1 500 000, depuis sa fondation, en 1983.Pour sa part, la Coopérative forestière du Bas Saint-Maurice se spécialise dans la plantation et le dégagement.Enfin, citons la Coopérative forestière du Haut-Saint-Maurice qui œuvre dans la préparation de terrain, l\u2019arrosage terrestre, la plantation et l\u2019entretien de plantation.D\u2019autres initiatives heureuses sont aussi réalisées.À titre d\u2019exemples, à Mont-Laurier, la Coopérative forestière des Hautes-Laurentides vient de s\u2019impliquer financièrement dans Bellerive-Ka\u2019NEnda, une filiale de Rexfor.Participant au capital de risque de l\u2019entreprise, elle siège désormais au conseil d\u2019administration.Elle est maintenant mandataire pour l\u2019approvisionnement de la compagnie à laquelle elle apporte une riche expérience dans l\u2019aménagement et l\u2019exploitation des forêts feuillues et mélangées.École secondaire BOUDREAU En avril dernier, les écoles Boudreau, Le Goéland et Marie-Anne étaient présentées ici.Pierre Gendron de l\u2019École Boudreau nous fait parvenir un commentaire et nous en reproduisons intégralement de larges extraits: .vous avez compris que l\u2019affirmation d\u2019un groupe se mesure à l\u2019affirmation de chacun de ses membres.C\u2019est ce que nous tentons de faire ici à l\u2019école Boudreau.Il est vrai que l\u2019école pour «décrocheurs» Boudreau réussit à scolariser, mais il est surtout vrai qu\u2019elle réussit à 100 L\u2019ACTION NATIONALE rendre moins dépendants (pour ne pas dire indépendants) intellectuellement environ 500 Québécois et Néo-québécois chaque année.Malheureusement, une bonne partie de notre clientèle n\u2019aura pas accès à des études supérieures (pour des raisons économiques la plupart du temps), mais ceux qui auront passé par Boudreau auront acquis une fierté personnelle (il n\u2019y a rien de mieux que le succès scolaire), ils feront preuve d\u2019une plus grande autonomie de pensée (capacitéd\u2019analyse, faculté de discernement.) qui leur permettra de se détacher des différents «gurus» formateurs de pensée de masse; enfin, ils auront aussi fait preuve d\u2019une capacité réelle de produire, et ce, dans des cadres-horaires précis.La société québécoise a grandement besoin de ces qualités.Il existe aussi un deuxième volet à ce qu\u2019une école pour «décrocheurs-adultes» peut faire pour la collectivé où elle existe, ce volet, c\u2019est l\u2019égalité, l\u2019égalité entre sexes et l\u2019égalité entre les provenances socioculturelles.Ici, à Boudreau, il y a sensiblement autant d\u2019hommes que de femmes; mais notre clientèle féminine a (pour environ 50%) des charges familiales (bien souvent assumées par elle seule).Il faut énormément de courage à ces femmes pour faire accorder les obligations de mère, épouse et étudiante.La plupart réussissent le coup en ayant des succès scolaires remarquables.De plus, ces succès scolaires amènent pour plusieurs des changements radicaux dans leur vie: outre l\u2019admiration de leurs propres enfants, lorsque le bulletin scolaire arrive (admiration qui se traduit par une modélisation peu fréquente dans certains milieux).Enfin, munies de cette confiance et liberté nouvelle, plusieurs d\u2019entre elles s\u2019impliquent socialement dans leur milieu.Les écoles de «décrocheurs» du Québec travaillent chaque jour pour éviter que ne se réalise la remarque de Félix Leclerc: «la meilleure façon de tuer un homme, c\u2019est de le payer à ne rien faire».Merci à monsieur Boudreau pour son commentaire.Certes, le ministre de l\u2019Éducation comprendra mieux l\u2019urgence de dispenser les connaissances élémentaires aux 300 000 Québécoises et Québécois qui ont quitté l\u2019école avant la troisième année des études secondaires.Les coopératives scolaires En septembre dernier, les coopératives québécoises en milieu scolaire étaient ici présentées comme «une école de formation par excellence.» Un lecteur qui désire conserver l\u2019anonymat nous transmet un message qu\u2019il importe de vous communiquer, au moins en partie: DES TROUVAILLES ET DES RÉUSSITES MERVEILLEUSES 101 Vous dites qu\u2019une coopérative scolaire est «une école de formation par excellence».Vous avez raison.Une coopérative scolaire est une école dans l\u2019école.Le jeune y apprend à connaître les principes de la coopération.Il est à la fois dirigeant et travailleur.En sa qualité de dirigeant, il s\u2019initie au fonctionnement d\u2019une entreprise, aux exigeances de la rentabilité, aux méthodes d\u2019organisation et de financement.Comme travailleur dans la coopérative, il comprend la nécessité du travail bien fait et il apprend à vivre quotidiennement les règles de la solidarité et de la démocratie.Les connaissances et les habiletés qu\u2019il acquiert complètent la formation purement scolaire que l\u2019école lui dispense.» Ce témoignage méritait d\u2019être reproduit.Plus de 1 000 jeunes sont ainsi engagés dans la marche active de 90 coopératives scolaires.Les apprentissages vécus développent l\u2019esprit de décision et d\u2019initiative, le sens de l\u2019autonomie et des affaires.Ce n\u2019est pas le fonctionnement d\u2019une «librairie-papeterie» qu\u2019ils apprennent, c\u2019est la découverte d\u2019une réponse à leurs besoins.Cette préparation à la vie leur permettra peut-être d\u2019assumer les défis que notre génération a été incapable d\u2019affronter. L\u2019Action Nationale vous recommande les livres suivants La Laurentienne \u2014 L\u2019aventure passionnante d\u2019un groupe financier à la conquête du monde, Pierre Godin, Éditions Québec/ Amérique.L\u2019article 23, par Jacqueline Blais, Éditions du Blé (Saint-Boniface, Manitoba).Le continent imaginaire de Iolande Cadrien-Rossignol, Félix-Antoine Savard, Éditions Fides.Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, Ve tome, 1970-1975, collectif dirigé par Maurice Lemire de l\u2019Université Laval, Éditions Fides.Histoire des sciences au Québec, Luc Chartrand, Raymond Duchesne, Yves Gingras, Éditions Boréal.Historien du pays québécois, Maurice Séguin, collectif dirigé par Robert Comeau, VLB Éditeurs.Le sort de la culture, Fernand Dumont, l'Hexagone.Répertoire des écrivains franco-ontariens, Éditions Prise de parole. L\u2019ACTION NATIONALE 103 Les Montréalais, Andrée Maillet, Éditions l\u2019Hexagone.La famille et l\u2019homme à délivrer du pouvoir, Maurice Champagne-Gilbert, Éditions Leméac.Les Acadiens de l\u2019île, 1720-1980, Georges Arsenault, Éditions d\u2019Acadie.Le système politique des États-Unis, Edmond Orban et Collaborateurs, Presses de l\u2019Université de Montréal. REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D'ABONNEMENT NOM ADRESSE Individus Etudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 30,00$\t34,00$ 14.00\t18,00 50.00\t54,00 30.00\t34,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Que.H2V 3R6 Tél.: 271-4759 relations Le magazine québécois de l'actualité sociale, politique et religieuse.Notre monde est trop malin, disait l'économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.Dans un monde fébrile et désenchanté, le souci de la justice et l\u2019expérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe, mais un guide de survie.Chaque mois, l\u2019équipe de Relations vous invite à dépasser l'anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Église.ABONNEMENT 1 an (10 nos): 16,00$ à l\u2019étranger: 20,00$ RELATIONS- 8100, boul.Saint Laurent Montréal (Québec) H2P 2L9 CLAUDE PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste\t\tPhotocomposition \t\tet montage: 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3\t\tAtelier LHR 514-659-9712 SOCIETE NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 Tél.: (4181 658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS d«» région* suivant*» ;\ti La Société Nationale d* fE«t du Québec^® La S-N.Q.de la région de* Haute*'Rivière* \u201d La S.N.Q.de la région de TOutaouai* La S.N.Q de la région Saguenay Lac Si-Jean La S.N.Q.de la région de rAmiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu* Ya«na*ka UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS La Société Nationale de f£*t du Québec^® La S-N.Q.de la région de* Haute*'Rivière* e La S.N.Q.de la région de TOutaouai* La S.N.Q.de la région Saguenay Lac Si-Jean La S.N.Q.de la région de r Amiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu* Yatnaska Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B 2C3 LE GROPE noria Wg i/Bteur (noria) ''Podium BOTANIX »\u2014l.»\"r*gC Hto Ho L e/ectriffïcacité a La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice-président: Delmas Lévesque René Blanchard Secrétaire- trésorier: Gérard Turcotte Directeurs: Richard ARÈS Thérèse baron André BEAUCHAMP Paul-A.BOUCHER Jacques boulay Guy bouthillier Michel brochu Louise c.-brochu Marcel CHAPUT Jean-Charles CLAVEAU Claude duguay Pierre DUPUIS Philippe gélinas Jean genest Jacques houle Alban JASMIN Marcel LAFLAMME Jean-Marc léger Georges MEYERS Denis MONIÈRE Jacques-Yvan morin Anna l-normand Jean-Marcel paquette Charles poirier Juliette RÉMILLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques ROY André THIBAUDEAU L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, l\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras-Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assurant la permanence de la publication de l\u2019Action Nationale.Éditions de l\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, l\u2019Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 De concert avec la Parce qu\u2019elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d\u2019assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d\u2019assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation à La Solidarité ne profite qu\u2019à vous! La Solidarité Compagnie d\u2019assurance sur la vie Siège social: Québec Agences: Brossard (2), Chicoutimi, Laval, Montréal, Rimouski, Rivière-du-Loup, Sainte-Foy (2), St-Georges, Sherbrooke, Trois-Rivières, Val-d\u2019Or.DU GROUPE S O L I DA R I T É ¦ U N I Q U E "]
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