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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1988-10, Collections de BAnQ.

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[" //Action NATIONALE j Volume LXXVIII, numéro 8, octobre 1988 ! La Loi C-73: opposons une riposte efficace à cette nouvelle intrusion du fédéral Guy Bouthillier Le Québec: fanatique ou généreux envers sa minorité?I Jacques Leclerc Immigration et la nécessité d'une culture publique p commune | Gary Caldwell Les entreprises québécoises: | i une lente ascension , Jean-Pierre Dupuis ! i L\u2019ACTION NATIONALE revue d'information nationale Directeur: Gérard Turcotte Secrétaire: Monique Tremblay Collaborateurs: François-Albert angers, Louis BALTHAZAR, André beauchamp, Jules bélanger, Christiane bérubé, Jean-Louis bourque, Odina boutet, Guy bou-thillier, André D\u2019Allemagne, André gaulin, Marcel laflamme, Robert laplante, Alain lara-MÉE, Maurice LEBEL, Delmas LÉVESQUE, Denis MONIÈRE, Jacques-Yvan morin, Rosaire morin, Michel plourde, Gilles rhéaume.Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) 25,00$\t45,00$ 30,00$\t50,00$ 35,00$ «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodica! index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans VIndex analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».ISSN-0001-7469\tDépôt légal: ISBN-2-89070\tBibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest\t Montréal H2X 1X3\tCourrier de la deuxième classe 845-8533\tEnregistrement numéro 1162 1* Action\tNATIONALE Volume LXXVIII, numéro 8, octobre 1988 TABLE DES MATIÈRES GÉRARD TURCOTTE:\tSoixante-dix ans d\u2019Action Nationale .\t674 ÉDOUARD MONTPETIT:\tVers la supériorité.675 ROSAIRE MORIN ET\tL 'Action Nationale, GÉRARD TURCOTTE:\tune action française.681 GUY BOUTHILLIER:\tLa Loi C-72: opposons une riposte efficace .689 JACQUES LECLERC:\tLe Québec: fanatique ou généreux envers sa minorité?.699 GARY CALDWELL:\tImmigration et la nécessité d\u2019une culture publique commune.705 MARCEL LAFLAMME:\tLa restructuration des organisations .\t712 RICHARD LECLERC:\tL\u2019histoire de l\u2019éducation au Québec (2).\t715 MICHEL BROCHU:\tLes frontières protégées, clé de voûte de la question démographique.723 ROSAIRE MORIN:\tEn marge de l\u2019actualité nationale.\t728 RENÉ BLANCHARD:\tLe suicide chez les jeunes.740 PHILIPPE GÉLINAS, C.R.:\tÉmile Nelligan.743 SECTION ÉCONOMIQUE ROBERT LAPLANTE:\tGaspiller en reboisant.751 JEAN-PIERRE DUPUIS:\tLes entreprises québécoises: une lente ascension.757 Les collaborateurs et collaboratrices de L\u2019ACTION NATIONALE sont seuls responsables des idées et des opinions exprimées dans leurs articles. Soixante-dix ans d\u2019Action Nationale A maintes reprises depuis quelques mois, nous avons rappelé, avec une certaine fierté, bien légitime d\u2019ailleurs, que L\u2019ACTION NATIONALE venait de compléter ses soixante-dix ans de publication.Rares, chez nous, sont les revues qui affichent une telle longévité.Depuis sa fondation, L\u2019ACTION NATIONALE se situe à l\u2019avant-garde des idées dans les domaines de la culture, de la langue, de l\u2019économie et de la vie sociale.Il est reconnu qu\u2019elle a joué un rôle important dans l\u2019évolution de la pensée nationale des Québécois.Elle a constamment appuyé les initiatives qui favorisaient le développement du Québec.L\u2019ACTION NATIONALE a toujours pu compter sur des équipes remarquables d\u2019intellectuels qui ont fait des efforts continus de pensée et d\u2019action pour protéger la vie d\u2019«un petit peuple», selon l\u2019expression chère à Lionel Groulx, petit peuple toujours confronté à un destin périlleux.Elle peut se glorifier d\u2019avoir regroupé des chefs de file de la trempe des Groulx, des Montpetit, des Minville, des Chaloult, des Héroux, des Angers, des Laurendeau et combien d\u2019autres.L\u2019ACTION NATIONALE entreprend donc sa soixante-onzième année.Comme vous le constaterez dans le présent numéro, nous soulignerons cet événement par des séries d\u2019articles de spécialistes reconnus sur les deux thèmes suivants: «Le Québec et la vie canadienne-française» et «La population du Québec, redressement possible».Afin d\u2019augmenter nos ressources matérielles et nous doter d\u2019une force de frappe plus lourde, nous avons tendu la main à divers organismes, qui ont répondu généreusement en souscrivant un message publicitaire pour souligner les soixante-dix ans de la revue.Nous remercions bien chaleureusement ces organismes de leur collaboration.Certains de ces messages apparaissent dans le présent numéro.D\u2019autres suivront dans les prochains.Le directeur Gérard Turcotte Vers la supériorité par ÉDOUARD MONTPETIT Note de la rédaction Nous reproduisons ici l\u2019article liminaire du premier numéro de la revue (janvier 1917) paru sous la signature d\u2019Édouard Montpetit.C\u2019est donc à lui que les fondateurs avaient jugé à propos de demander de donner le ton au départ.Cet article est toujours d\u2019actualité, soixante-dix ans après sa publication.c ^-\"'\u2019est le titre d\u2019un article d\u2019Omer Héroux.On en pourrait faire la devise de notre effort national.Ne cherchons pas \u2014 de crainte de trop nous en convaincre \u2014 si nous appartenons à une race supérieure: prouvons-le.Un peuple qui marque le pas est déjà atteint dans sa force; mais une minorité qui s\u2019enlise dans la satisfaction de soi-même, qui vit uniquement des gloires du passé sans y rien ajouter et qui en fait ainsi une pesée plutôt qu\u2019un stimulant, qui renonce à lutter par un incessant progrès mis au service de ses légitimes aspirations, est déjà menacée par la mort.Car le nombre est loin d\u2019être tout.Il a cela d\u2019excellent, lorsqu\u2019il est moindre, qu\u2019il incite à l\u2019union des forces.À cause de cela, des petits peuples ont été merveilleux de résistance.Le moment est venu, le moment est passé, d\u2019acquérir, dans tous les domaines, et sans forcer notre talent, la puissance intellectuelle, la culture qui est comme le privilège des races latines, pour que nous soyons en mesure d\u2019exercer, sur les 676 L\u2019ACTION NATIONALE destinées de la nation dont nous sommes une part appréciable, une influence justifiée par nos qualités, féconde et doublement victorieuse.C\u2019est le sens profond, l\u2019enseignement continu de notre histoire, inspiratrice d\u2019énergie.À chaque génération son rôle et sa peine.Il s\u2019est agi, pour nos pères, de réparer d\u2019abord la défaite.Ils se sont piétés dans le souvenir.Vivre et se développer, quoi qu\u2019il advienne, fut le premier souci.C\u2019était, en constituant le nombre, établir un fait.Cette première victoire, nous la perpétuons par notre existence même, par notre vitalité.Plus tard, il fallut conquérir des droits, les conquérir et les défendre.Nos paysans se sont mis à l\u2019école de la politique.Ils y ont réussi.Ils ont étudié cette constitution anglaise dont le vainqueur faisait un imprudent éloge.Leur esprit clair et logique a réclamé l\u2019application totale du principe une fois posé.Normands merveilleux et tenaces, ils n\u2019ont pas eu de cesse qu\u2019ils n\u2019eussent imposé à l\u2019Angleterre l\u2019unité de sa propre doctrine.Ces droits acquis, nous continuons de les exercer; et c\u2019est en les exerçant que nous les sauvegardons.Certes, nous aurons, de ce chef, encore à combattre! Les préjugés ont la vie dure, a-t-on dit, quand le temps ne les détruit pas, il les embaume.C\u2019est peut-être mieux ainsi.L\u2019attaque nourrit la volonté que la sécurité endort.Aujourd\u2019hui, les temps sont changés.Un élément nouveau, la richesse, est apparu.Au double devoir que nous a légué le passé, s\u2019ajoute celui d\u2019être de notre époque en manifestant, sur un terrain nouveau, nos activités renouvelées et instruites.Pour beaucoup, on ne saurait trop le répéter, la question nationale est une question économique.Non pas, comme on voudrait parfois nous le faire dire, que la fortune soit le bien suprême.Elle n\u2019est qu\u2019un moyen, mais combien fort.Nous ne pouvons pas négliger d\u2019y recourir.La conquête économique doit être pour nous la réalité de demain.Elle sera un élément d\u2019égalité, sinon de supériorité.Elle nous donnera, à nous, plus qu\u2019à d\u2019autres; car possédant l\u2019aisance, nous serons naturellement enclins à cultiver la pensée, à rechercher l\u2019expression, à répandre l\u2019art.C\u2019est l\u2019instruction qui nous assurera cette conquête.Pour le moment, il nous semble que tout notre effort doive tendre à créer ce faisceau de compétences: une élite, à qui nous confierons de répandre, par l\u2019exemple et par la parole, les idées sur les- VERS LA SUPÉRIORITÉ 677 quelles nous nous serons accordés, les idées nécessaires, qui prendront ainsi la valeur de vérités banales, ferments de l\u2019action du plus grand nombre.L\u2019expérience a formé chez nous d\u2019habiles praticiens; mais nous avons trop peu de spécialistes et trop peu de cultivés.Serait-ce que nous avons attaché trop d\u2019importance à la pratique, sans apprécier suffisamment le concours de la théorie enseignée?Oui, sans doute.Nous avons emprunté cela de l\u2019Anglais et de l\u2019Américain qui, d\u2019ailleurs, en sont revenus.«Les Anglais, écrivait naguère Émile Faguet, sont routiniers parce qu\u2019ils sont orgueilleux et ne croient jamais qu\u2019ils puissent être dépassés et l\u2019avoir été.» Il se peut.Mais la routine a été vaincue, en Angleterre, par la concurrence venue de l\u2019extérieur, et les vieilles portes des universités séculaires se sont ouvertes devant la science commerciale.Pour ce qui est des États-Unis, il est indéniable qu\u2019ils doivent leur extraordinaire réussite à quelque chose de plus qu\u2019à l\u2019esbrouffe, et, notamment, à la solidité d\u2019un enseignement technique bien organisé.Enfin, un ingénieur français écrivait hier, dans le Génie Civil, cette phrase tranchante: «Désormais, c\u2019set une utopie que de vouloir distinguer science et industrie, théorie et pratique.Il faut mener les deux de front.» Voilà qui nous renseigne sur la valeur de la science, fût-ce au point de vue industriel, et qui doit nous porter vers elle puisqu\u2019elle est, aux yeux de tous, un instrument indispensable.C\u2019est un premier point.N\u2019y a-t-il pas, en second lieu, une autre raison qui, nous dirigeant ailleurs, nous a éloignés de la recherche scientifique: la politique?Il faut des hommes politiques: sur cela, aucun doute.C\u2019est à la politique que nous devons nos succès passés; c\u2019est vers la politique que se rendront demain ceux qui s\u2019y sentiront attirés et qui, instruits des grandes questions actuelles, serviront notre race en lui faisant honneur.Nous sommes pleinement d\u2019accord.Ce que nous craignons, pourtant, c\u2019est que la politique ne soit chez nous une trop forte mangeuse d\u2019hommes.Pour tout jeune homme qui a prononcé avec une certaine allure quelques discours, nous rêvons aussitôt d\u2019un avenir politique.Je voudrais qu\u2019on nous laissât tout de même quelques électeurs.C\u2019est clair-semer des rangs déjà bien clairs; c\u2019est accaparer trop de forces, toutes les forces.Nous formons des hommes politiques, quand 678 L\u2019ACTION NATIONALE nous devrions laisser à quelques-uns de nos jeunes gens le temps voulu de se préparer à devenir autre chose.Comptons-nous: trop peu répondent à l\u2019appel du côté des spécialistes.Nous n\u2019avons pas de philosophes à moins que nous n\u2019en soyons tous; que nous ne soyons, comme le disait un jour Georges Pelletier, un peuple d\u2019humoristes; nous avons peu d\u2019écrivains, insuffisamment de professeurs.Restent les artistes, qui se connaissent tous.On nous répond: cela viendra plus tard.Évidemment, évidemment.N\u2019empêche qu\u2019une sainte indignation nous saisit naguère lorsque Sarah Bernhardt eut déclaré que nous n\u2019avions pas de poètes.Nous avons ressenti le propos à l\u2019instar d\u2019une injure.Pas de poètes! Et qu\u2019avons-nous fait pour qu\u2019il nous en naisse?Les frais d\u2019une campagne politique peupleraient Paris de Canadiens.Regardons la France, pays constitué.L\u2019éclat de ses penseurs, de ses littérateurs, de ses poètes, de ses artistes rayonne sur le monde.Chacun occupe une place; chacun est une valeur.Tous ne sont pas des hommes politiques.Qui donc, d\u2019ailleurs, s\u2019attache à penser que Berthelot fut sénateur?La tribune a-t-elle grandi Victor Hugo?Barrés, photographié auprès de la reine des Halles, ajoute-t-il quelque chose au délicieux auteur de Colette Baudo-chel II faut, si nous voulons créer des compétences, les laisser se former, se cristalliser en quelque sorte.Et ce qui vaut mieux, la politique finira par y trouver son profit: ces compétences, elle les consultera et elle leur demandera de lui donner des hommes prêt au devoir, sûrs d\u2019eux-mêmes, disposés à la lutte, déjà vainqueurs.Et nous revenons ainsi, par un chemin détourné, à la science, à l\u2019enseignement, à l\u2019école.C\u2019est le creuset où se forment les spécialistes.Nous avons garde d\u2019oublier ceux qui, le labeur fini, se remettent à l\u2019étude.Excellente chose.Il ne suffit pas d\u2019exercer son métier; il faut avoir, en sus, des idées générales.L\u2019école franchie, l\u2019expérience commence que complète, que doit compléter, la culture individuelle.Il est vrai.Mais l\u2019école demeure le centre où l\u2019on s\u2019attarde à apprendre, où se prépare l\u2019avenir.Aussi devrions-nous fréquenter les écoles déjà créées, en établir d\u2019autres au besoin pour chaque spécialité, répandre l\u2019enseignement des sciences appliquées et des sciences politiques, et parfaire ces premières leçons données par nos institutions en envoyant nos jeunes gens étudier à l\u2019étranger.Les nations, comme les individus, sont susceptibles de se perfectionner.Avant tout, elles doivent donner un but à leurs VERS LA SUPÉRIORITÉ 679 efforts, nourrir leurs forces, les organiser, les décupler, et en diriger le faisceau vers les réalisations immédiates.Activité ne signifie pas tapage, vaines paroles ni déclarations creuses, mais application constante des facultés créatrices ordonnées méthodiquement vers un objet déterminé.L\u2019individu n\u2019est fort que par le groupe qui l\u2019utilise et le complète.Il serait exagéré de lui demander de tout savoir, de tout prévoir.Il suffit que, instruit de son rôle, exécutant l\u2019acte qui lui est confié, il assure l\u2019œuvre que poursuit la collectivité.Il nous faut des hommes, écrit M.Henri Hauser dans son livre sur les Méthodes allemandes d\u2019expansion économique.Créons des hommes, créons des compétences.Et, lorsque nous y serons parvenus, ne les laissons pas s\u2019épuiser dans des recherches sans résultats.Surtout, ne les livrons pas, avec leurs découvertes, à la rapacité sans cesse en éveil de l\u2019adversaire.Honorons-les.Consultons-les.Ces hommes nous donneront le plan de l\u2019édifice auquel chacun travaillera.L\u2019édifice! S\u2019imagine-t-on encore qu\u2019une œuvre quelconque puisse naître et se développer sans le secours d\u2019un esprit qui l\u2019anime et la dirige?Et que dire des destinées de tout un peuple?Croit-on qu\u2019elles se réaliseront par le seul effet d\u2019un harmonieux hasard?Partout il faut, pour triompher, une ligne de conduite tracée d\u2019avance et des individus qui sachent où ils vont et qui donnent plein rendement.C\u2019est ce que nous obtiendrons par l\u2019enseignement professionnel placé à la base d\u2019une réforme économique.Ces individus seront maîtres d\u2019abord dans leur domaine propre, dans le rayon immédiat de leurs constants efforts.Ils accompliront, en connaissance de cause, la tâche que nous leur aurons demandée.Puis ils prêteront leur concours à la conduite des affaires publiques, faisant pénétrer, dans l\u2019administration de notre fortune nationale, les principes qu\u2019ils auront préconisés toute leur vie, qu\u2019ils auront fait passer dans leurs œuvres.L\u2019avenir est à ce prix.Pour persévérer et survivre; pour prouver que nous sommes ceux que nous croyons être et manifester notre personnalité; pour garder notre langue, véhicule de notre histoire, expression immatérielle et totale de tout un peuple, qui constitue pour l\u2019homme, où qu\u2019il soit, un droit naturel et sacré; pour que vive en nous notre raison d\u2019être et pour qu\u2019elle 680 L\u2019ACTION NATIONALE éclate aux yeux de tous et s\u2019impose comme une réalité nécessaire, intangible; pour qu\u2019aux arguments de parole et aux arguments de plume nous ajoutions l\u2019argument plus fort, vivant, incisif comme l\u2019action, irréfutable comme la vie, évident comme le mouvement, l\u2019argument-homme; pour que nous soyons, dans une civilisation qui en partie n\u2019est pas la nôtre, des égaux que l\u2019on respecte et chez qui l\u2019on est forcé de reconnaître des qualités de race et l\u2019intelligence victorieuse; \u2014 préparons-nous, dans le culte de la supériorité. L\u2019Action Nationale une action française par ROSAIRE MORIN et GÉRARD TURCOTTE * \u2019Action Nationale serait un organisme «vieillot, dépassé ou démodé», selon les dires d\u2019un politicien fédéral.Notre ami oublie le milieu dans lequel il vit.Il ignore l\u2019histoire de son pays.Il mésestime les forces assimilatrices qui assiègent et encerclent la poignée de Canadiens-Français que nous sommes.En dépit de la condamnation qu\u2019il proclame contre nous, nous entendons redoubler d\u2019ardeur et d\u2019efforts.Nous appartenons à ce groupe de personnes qui ont juré, comme les jeunes Athéniens de jadis, de laisser la patrie plus grande qu\u2019ils ne l\u2019ont trouvée.C\u2019est cela, avoir du cœur dans le ventre et de l\u2019avenir dans l\u2019esprit.Les travaux de l\u2019année sont conçus dans la continuité des activités passées.Pourquoi?C\u2019est simple.Les objectifs qui avaient été déterminés prioritaires s\u2019inscrivaient au milieu d\u2019une réalité qui existe toujours.Les Canadiens-Français sont menacés dans leur nombre, dans la qualité de leur vie et dans l\u2019identité même de leur existence.Nous serions à peine 5 millions dans 50 ans; le tiers des nôtres vivent dans la pauvreté et la majorité ne savent plus s\u2019ils sont Canadiens, ou Québécois ou Canadiens-Français.Ils ne savent même pas si le mot «français» est alors un qualificatif ou un substantif.Notre méthode de travail s\u2019inspirera aussi d\u2019un passé récent.En mai dernier, nous avons réalisé le «Dossier sur la situation présente et l\u2019avenir prévisible de la population du 682 L\u2019ACTION NATIONALE Québec».Cette étude a été possible grâce à la collaboration de personnes compétentes qui n\u2019appartenaient pas à notre chapelle, mais dont les talents servent la nation.L\u2019expérience a été concluante et enrichissante.Aussi, nous entendons utiliser la même méthode de travail sur deux sujets: la question nationale et la population.Nous imitons en cela les stratégies des prédécesseurs, les Groulx, Minville, Laurendeau.Les auteurs recherchés ont été recrutés parmi les femmes et les hommes qui écrivent comme ils pensent.Ils sont rares, les intellectuels qui peuvent décrire les faiblesses d\u2019aujourd\u2019hui en préparant l\u2019avenir et la survivance de notre petit peuple.Dans les deux sommaires qui suivent la présente introduction, vous trouverez les noms des intellectuels qui ont été priés de réfléchir avec nous sur la vie de la nation.La plupart d\u2019entre eux ont déjà accepté notre invitation.Sur le thème «La question nationale», les auteurs dissiperont certaines équivoques qui sont en train de nous embaumer.Ils appartiennent à ce groupe limité d\u2019intellectuels qui peuvent clarifier les notions relatives à l\u2019identité nationale des Canadiens-Français, analyser les forces et les faiblesses de notre groupe ethnique, prévoir l\u2019évolution probable et proposer des orientations cohérentes.Une série de 19 études seront publiées dans la revue à compter de novembre.Un numéro spécial présentera l\u2019ensemble de ces travaux en juin 1989.Le sujet de «la population» demeure à l\u2019ordre du jour.C\u2019est l\u2019une des grandes priorités.Nous approfondirons les voies explorées le printemps dernier.40 études seront publiées dans la revue à compter de novembre.Chaque collaborateur, dans le cadre qui lui est proposé, s\u2019efforcera de rechercher des éléments de solutions à un problème national qui menace de devenir tragique.Si notre génération est incapable de redresser les tendances prévisibles, nos enfants n\u2019auront pas le choix: ils devront s\u2019assimiler.Dans un autre domaine, pour le bénéfice des chercheurs, des étudiants, des enseignants, des professeurs, des auteurs, des journalistes, des hommes politiques., L\u2019Action Nationale produira les index des 734 numéros de la revue publiés de janvier 1917 à juin 1988.L\u2019ouvrage comprendra trois index.Le premier L'ACTION NATIONALE UNE ACTION FRANÇAISE 683 portera sur les auteurs, près de 7 000.Le deuxième index identifiera plus de 9 000 articles.Le troisième index présentera les thèmes et les sous-thèmes développés dans la revue, par ordre alphabétique, avec l\u2019indication des auteurs, des dates et des pages, précisions que les deux premiers index comporteront également.Ce travail ne bénéficie pas d\u2019une subvention gouvernementale.Nous n\u2019avons même pas demandé au Conseil de recherche en sciences humaines du Canada l\u2019octroi qu\u2019il accorde à d\u2019autres pour des outils de recherche de cette nature; la réponse est connue d\u2019avance: elle est négative.Pour sa part, le Secrétariat d\u2019État n\u2019a d\u2019œil et d\u2019oreille qu\u2019à l\u2019égard d\u2019Alliance Québec.Il s\u2019inspire, sans le savoir, des prodigalités de M.Marx, ce cher ministre qui défendait la Loi 101 en finançant les avocats qui la combattent.Le travail «bénédictin» de la recherche est accompli sans frais, dans le bénévolat, avec l\u2019espérance qu\u2019un mécène payera la facture de l\u2019impression.Voilà comment nous entendons travailler en cette 7ie année de notre existence! Le temps est venu de s\u2019interroger une autre fois sur la vie de la nation, sur la qualité de son âme, sur les dangers qui la menacent et sur les forces qui peuvent lui permettre de continuer à vivre périlleusement.Car, si nous avons l\u2019ambition de survivre, il faut savoir que l\u2019épanouissement de la culture française au Québec et au Canada exigera toujours une inquiétude patriotique et une lutte constante que le «petit peuple» doit porter seul dans son cœur et sur ses épaules, la majorité des élites du savoir et des affaires ayant pour la plupart démissionné. 684 L\u2019ACTION NATIONALE Le Québec et la vie canadienne-française Sujets\tAuteurs\tDate La question nationale Les perspectives démographiques Le bilan culturel La langue française L\u2019enseignement à tous les niveaux L\u2019éducation nationale dans les écoles L\u2019enseignement de l\u2019histoire Les groupes ethniques L\u2019économie canadienne-française La pauvreté au Québec La qualité de la vie L\u2019organisation du travail L\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes La vie des minorités françaises Le Québec dans la francophonie Le poids des Canadiens-Français et du Québec dans la Confédération La conjoncture politique La question nationale * Confirmation à venir.François-Albert Angers, Guy Bouthillier et Paul-André Comeau\tnovembre Jacques Henripin\tnovembre Fernand Flarvey et Fernand Dumont\tdécembre Michel Plourde\tdécembre Paul Tremblay\tjanvier Lorraine Pagé\tjanvier Andrée Désilets\tfévrier Pierre Anctil\tfévrier Roland Parenteau*\tmars Jean-Guy Bissonnette\tmars André Beauchamp\tmars Diane Bellemare*\tavril Madeleine Blanchet\tavril Aurèle Thériault\tmai Jean-Marc Léger\tmai Claude Morin\tjuin Pierre Harvey\tjuin Léon Dion\tjuin L\u2019ACTION NATIONALE UNE ACTION FRANÇAISE 685 La population du Québec, redressement possible H Sujets\tAuteurs\tDate I.la situation démographique\t\t 1.Les perspectives démographiques\tJacques Henripin\tnov.1988 2.La situation actuelle Natalité et migrations\tHervé Gauthier démographe-économiste\tnov.1988 3.La population selon les régions Évolution, causes, tendances\t\tdéc.1988 A.Les naissances\t\t 4.Les naissances Nuptialité, fécondité, divorces, avortements, stérilisations\t\tdéc.1988 5.Les modes de vie et les naissances Mentalités, religion, instruction, travail, contraception\tPaul-André Comeau éditorialiste\tjanv.1989 B.L\u2019immigration\t\t 6.L\u2019immigration Politiques, entrées et sorties\tClaire Benjamin* démographe\tjanv.1989 7, L\u2019intégration des immigrants Accueil, comportements, tendances\tJulien Harvey, s.j.théologien\tfév.1989 8.La langue française Incidences, transferts linguistiques, langue, cœur de l\u2019identité française\t\tfév.1989 9, L\u2019apport économique des immigrants Consommation, production, services\t\tmars 1989 10.L\u2019impact culturel des immigrants Enrichissement: arts, littérature, etc., aide aux immigrants moins scolarisés\tLise Bissonnette* journaliste\tmars 1989 11.Les immigrants investisseurs Vers les régions\tJacques Proulx* président, UPA\tavril 1989 12.Des immigrants francophones D\u2019autres pays et provinces\t\tavril 1989 686 L\u2019ACTION NATIONALE 13.\tL\u2019avenir des groupes ethniques au Québec et leur intégration\tPierre Anctil chercheur\tmai 1989 C.\tL\u2019émigration\t\t 14.\tL\u2019émigration des Québécois Pays et provinces de destination Causes, conséquences, remèdes\t\tmai 1989 D.\tLes migrations intérieures\t\t 15.\tLes migrations interprovinciales Évolution, causes, perspectives\tMarc Termote économiste, démographe\tjuin 1989 16.\tLes migrations interrégionales Situation, tendances, redressement\t\tjuin 1989 E.\tLes conséquences de la dépopulation\t\t 17.\tLe vieillissement Changements sociaux économiques, vie des personnes âgées\tJeannine McNeil* économiste\tsept.1989 18.\tLes effets d\u2019une réduction de la population sur l\u2019économie: main-d\u2019œuvre, logement, production, services.\tMarcel Laflamme sociologue\tsept.1989 19.\tLes retombées d\u2019une dépopulation sur les institutions sociales\t\toct.1989 20.\tLe poids politique des Québécois, des francophones du Québec et du Canada\tJacques-Yvan Morin professeur\toct.1989 \tIL Une politique de la population\t\t A.\tPour les plus défavorisés\t\t 21.\t.L\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes en difficulté\tJean-Pierre Lamoureux\tnov.1988 22\t.Un travail qui accorde à toute famille un juste revenu\t\tnov.1988 23\t.Le recyclage et la formation professionnelle des personnes à faible revenu\t\tdéc.1988 34\t.Le peuplement des régions Un plan de développement régional\tClaude Guérard professeur\tdéc.1988 L'ACTION NATIONALE UNE ACTION FRANÇAISE 687 B.\tUne politique familiale\t\t 25.\tL\u2019éducation à la vie parentale et familiale\t\tjanv.1989 26.\tLes allocations familiales Des prestations suffisantes, universelles et imposables\tBenoît Lévesque* sociologue\tjanv.1989 27.\tLe logement familial Accessibilité à la propriété\tMichelle Blain* professeur\tfév.1989 28.\tLe financement de services de garde de qualité pour les familles pauvres\t\tfév.1989 29.\tLe plein emploi Coût du chômage et de l\u2019aide sociale Assurance-travail\tRobert Laplante sociologue\tmars 1989 30.\tUne aide substantielle pour les familles nombreuses Rendement social et économique\tDelmas Lévesque sociologue\tmars 1989 31\tLa reconnaissance de l\u2019État Participation au Régime des rentes\tClaude Duguay professeur\tavril 1989 C.\tLes politiques gouvernementales\t\t 32.\tLa politique familiale du gouvernement du Québec: planification, coordination et décentralisation\tAlain Laramée professeur\tavril 1989 33.\tLes législations et les pratiques anti-familiales des gouvernements\tBernard Bonin* économiste\tmai 1989 34.\tUne fiscalité équitable pour les familles des classes moyennes et à faible revenu\tPierre Fortin économiste\tmai 1989 35.\tLes politiques familiales du gouvernement du Canada Reconnaissance de la politique familiale du Québec\tJean-Paul L'Allier* avocat et conseiller en affaires publiques\tjuin 1989 36.\tLes politiques familiales des municipalités\tJean Doré* maire de Montréal\tjuin 1989 C.L\u2019action des partenaires 37.Les responsabilités des entreprises Égalité d\u2019emploi, de salaire et de promotion, aménagement du temps 688 L\u2019ACTION NATIONALE de travail pour concilier famille et travail\tGuy Coulombe* sociologue\tsept.1989 38.Des avantages inhérents au travail Service de garde dans l\u2019entreprise, congé de maternité et de responsabilités parentales\tClaude Béland* avocat, président Mouvement Desjardins\tsept.1989 39.Les responsabilités des syndicats Égalité, aménagement du temps de travail, personnes défavorisées, jeunes femmes\tGérald Larose président, CSN\toct.1989 40.La famille constitue l\u2019une des plus importantes priorités du développement et de l\u2019avenir québécois\t\toct.1989 * Confirmation à venir.\t\t La Loi C-72: opposons une riposte efficace à cette nouvelle intrusion du fédéral par GUY BOUTHILLIER, politicologue porte-parole du MQF Il y a exactement onze ans aujourd\u2019hui, le 26 août 1977, l\u2019Assemblée nationale du Québec adoptait la Charte de la langue française.Cette loi n\u2019était pas banale dans notre histoire: en dégageant le Québec du bilinguisme de principe et en lui traçant une orientation linguistique plus conforme à son identité, cette loi permettait à la langue française de résister un peu mieux à la pression continentale de l\u2019anglais, de rassembler autour d\u2019elle les Québécois de toutes langues et de toutes origines, et de cesser enfin d\u2019être source d\u2019angoisses et objet de querelles.L\u2019adoption de cette loi fut applaudie à l\u2019intérieur, tandis qu\u2019elle rencontra, à l\u2019extérieur, quelques sympathies, sans doute pour l\u2019idée qui la sous-tendait autant que pour la pondération et la sérénité de ses dispositifs.N\u2019a-t-on pas, en effet, entendu en juin 1978 le secrétaire d\u2019État, M.John Roberts, adhérer à l\u2019idée qu\u2019à l\u2019asymétrie des situations pouvait correspondre l\u2019asymétrie des solutions'?1.Voici, en effet, ce qu\u2019écrivait dans Le Devoir du 23 juin 1977 M.John Roberts, alors secrétaire d\u2019Etat, relativement à l\u2019exposé de politique linguistique 690 L\u2019ACTION NATIONALE N\u2019a-t-on pas aussi vu la Commission Pépin-Robarts, en février 1979, décerner un satisfecit à l\u2019ensemble de la Loi 1012, et accorder son soutien à l\u2019idée d\u2019un État du Québec dont toutes les institutions, administratives, mais aussi parlementaires et judiciaires, seraient marquées au coin de l\u2019unilinguisme français3?Malheureusement, ces sympathies extérieures sont restées isolées, car il eût fallu du temps et un peu de sérénité pour en voir apparaître de nouvelles.Or, l\u2019agitation faite autour de cette loi était belle, de la part des intérêts dominant l\u2019État fédéral, et qu\u2019il venait de faire à la Chambre des communes: «(Ce principe) reconnaît que la population du Québec pourrait décider que des circonstances particulières justifient que soit différée l\u2019application intégrale du droit au libre choix aussi longtemps que les conditions qui sont à l\u2019origine du sentiment actuel d\u2019insécurité n\u2019auront pas été corrigées (.) Aussi longtemps que persistera ce sentiment d\u2019insécurité, le gouvernement fédéral est prêt à accepter qu\u2019il soit nécessaire de différer l\u2019application de ce principe.» 2.Voici, en effet, le jugement d\u2019ensemble que porte sur la loi la Commission Pépin-Robarts: «Nous nous attendons à ce que les droits de la minorité anglophone continuent à être respectés dans les domaines de l\u2019éducation et des services sociaux.Ces droits, il importe de le souligner, ne sont pas garantis par la constitution canadienne.Et pourtant ils sont reconnus, déjà, dans la Loi 101 (.) Ainsi, avons-nous la preuve, au Québec, que les droits de la communauté anglophone peuvent être protégés (.) et que les gouvernements de cette province sont tout à fait capables de réconcilier l\u2019intérêt de la majorité et les préoccupations de la minorité.» Voir à la p.56 du rapport de la Commission intitulé Se retrouver.Observations et recommandations, publié en février 1979.Créée en juillet 1977, et co-présidée par MM.Jean-Luc Pépin et John P.Robarts, la Commission comprenait parmi ses membres Mme Solange Chaput-Rolland et M.Gérald A.Beaudoin, professeur de droit à l\u2019Université d\u2019Ottawa.3.«Il existe à notre avis deux façons d\u2019assurer, au niveau provincial, la protection des droits linguistiques des minorités (.) La seconde serait d écarter les garanties constitutionnelles (de l\u2019article 133) et d\u2019inviter les provinces à assurer par législation la protection de leurs minorités (.) Après mûre réflexion, nous en sommes venus à la conclusion que cette deuxième façon s\u2019avérera la plus sage, à long terme, et la plus susceptible de réussir.Elle comporte moins de risques d\u2019affrontement, et serait plus conforme à l\u2019esprit d\u2019un système fédéral (.) Nous voulons (ainsi) témoigner du mouvement irréversible qui veut rendre le Québec de plus en plus français.Nous croyons que nul obstacle constitutionnel (.) ne devrait pouvoir entraver la marche du Québec vers sa francisation, et qu en conséquence les dispositions de l'article 133 devraient être abrogées dans la mesure où elles entreraient en conflit avec les aspirations québécoises» (p.56 de leur rapport) (c\u2019est nous qui soulignons). LA LOI C-72: OPPOSONS UNE RIPOSTE EFFICACE 691 leur volonté était telle de combattre, pour des raisons qui leur étaient propres, cette loi de refrancisation, que ces conditions nécessaires ne furent pas réunies.L\u2019État fédéral n\u2019accepte pas la Loi 101 On sait, en effet, comment s\u2019est comporté le gouvernement fédéral dans cette affaire.Non seulement n\u2019a-t-il pas prêté l\u2019oreille à la Commission Pépin-Robarts, mais il s\u2019est engagé dans la voie opposée en encourageant Peter Blaikie et ses amis à obtenir de la Cour suprême que celle-ci décoche la première flèche contre la Loi 101.Non seulement n\u2019a-t-il pas accepté de mener son opposition selon les règles du jeu tracées en 1867, mais il n\u2019a pas hésité à modifier celles-ci unilatéralement pour imposer ainsi au Québec ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la «clause Canada».Non seulement n\u2019a-t-il pas cherché à voir dans les articles relatifs à l\u2019affichage commercial un nécessaire ballon d\u2019oxygène pour notre langue, mais, au contraire, il a subventionné \u2014 à coups de millions! \u2014 ceux qui, comme Alliance-Québec, se sont acharnés contre ces dispositions.Mais, surtout, pour tenter de justifier cette intrusion, les fédéraux ont mis au point une méthode d\u2019analyse qui, faisant fi de la réalité géopolitique du Canada et du continent, et abandonnant la perspective pancanadienne qui eut dû logiquement être la leur, consistait à braquer leur lunette sur le seul Québec, ce qui leur permettait du coup de décrire celui-ci comme un champ clos où de monstrueux francophones, soudainement devenus majoritaires, brimaient honteusement une pauvre, petite, minuscule minorité anglophone! Les conservateurs pas moins que les libéraux Ces attaques de la part du fédéral ont été le fait de tous les gouvernements, quelle que soit leur couleur.En effet, ceux qui ont pu croire, un moment, qu\u2019Ottawa cesserait de subventionner Alliance-Québec \u2014 comme le suggérait tout récemment encore Jim Duff, du Montreal Daily News4 \u2014 ne sont pas au bout de leurs 4.M.Duff allait même plus loin et invitait Alliance Québec à mettre un terme à ses activités: «Dismantle Alliance Quebec, advises editor», le Montreal Daily News, lundi 25 avril 1988, p.2. 692 L\u2019ACTION NATIONALE surprises.Et ceux qui ont pu croire qu\u2019Ottawa adopterait, dans cette affaire, un ton plus civil ont été sans doute étonnés de voir l\u2019actuel secrétaire d\u2019État étaler ses nouveaux muscles et menacer Québec d\u2019interventions unilatérales.Bref, ceux qui ont cru un moment aux belles paroles du Premier ministre élu en 1984 et qui ont ainsi espéré qu\u2019Ottawa cesserait d\u2019attaquer la Loi 101 en sont quittes pour leurs désillusions.Quand il s\u2019agit de combattre cette loi, Brian Mulroney s\u2019inscrit dans le droit fil de son prédécesseur.Au temps de Trudeau, les fédéraux ont «eu» la partie III de la Loi 101, puis la «clause Québec» et ils ont mis en place ce qu\u2019il fallait pour avoir aussi \u2014 dès le mois prochain?\u2014 «l\u2019affichage».Mais il leur en fallait plus encore: c\u2019est ce que veut leur donner Mulroney, et l\u2019instrument dont il va se servir est maintenant connu: c\u2019est la nouvelle loi des langues officielles (appelée communément Loi C-72).La Loi C-72: un changement fondamental Cette loi, sans doute pour mieux nous la faire avaler, on la présente comme une simple mise à jour de la loi de 1969 dont elle porte le même nom (et que l\u2019on a fait voter par la Chambre le 7 juillet \u2014 comme en 1969), et l\u2019on dit d\u2019elle5, et surtout l\u2019on fait dire par ses amis6, qu\u2019il n\u2019y a pas là de quoi fouetter un chat.Or, il n\u2019en est rien: cette loi constitue bel et bien un changement fondamental.Avec elle, en effet, le fédéral ne se contente pas d\u2019ac- 5.\tD\u2019après La Presse du 30 juillet 1988, p.B-7, M.Lucien Bouchard aurait dit notamment: «Il s\u2019agit plutôt d\u2019assurer des services de traduction à des entreprises qui font des colloques, des symposiums.C\u2019est uniquement de ça qu\u2019on parle, c\u2019est ça qu\u2019on veut faire et pas autre chose.Nous consacrons une situation qui existe déjà.» 6.\tD\u2019après La Presse du 1er août 1988, «Le C.P.Q.estime (.) que la formule de subventions au bilinguisme n\u2019est pas nouvelle et que c\u2019est faire une chasse aux sorcières que d\u2019y voir une tentative du fédéral pour rendre bilingue le Québec.» Par ailleurs, on peut lire dans la page éditoriale de la Gazette du 29 juillet 1988, sous le titre «The sky will not fall»: «The federal law, let us all recall, is designed to aid minorities.It will have no effect at all on majorities (.) Nobody need fear it.Anyone not consumed by paranoia should welcome it.» LA LOI C-72: OPPOSONS UNE RIPOSTE EFFICACE 693 croître la vitesse: il change l\u2019appareil et, surtout, il modifie la trajectoire.Le changement se situe d\u2019abord dans le fait que, si avec la loi de 1969, Ottawa restait cantonné dans son domaine propre des institutions parlementaires, judiciaires et administratives, avec celle de 1988, en revanche, il déborde de son domaine pour embrasser la «société»7 tout entière, avec ses institutions fédérales, mais aussi provinciales et municipales, avec ses institutions du domaine public, mais aussi, mais surtout, avec celles du secteur privé.Mais le changement le plus important consiste dans le fait que, si en 1969 il s\u2019agissait pour Ottawa de redresser le tort historique fait au français en assurant à notre langue, dans l\u2019appareil fédéral, une part autre que folklorique, cette fois-ci Ottawa change son fusil d\u2019épaule et c\u2019est maintenant au secours de l\u2019anglais qu\u2019il vient se porter.Tels sont, en effet, le sens, la direction et la portée de cette loi.Qu\u2019on lise les attendus, qu\u2019on lise l\u2019article 2, qu\u2019on lise encore l\u2019article 41, le message est toujours le même: Ottawa descend dans l\u2019arène québécoise et c\u2019est du côté de l\u2019anglais qu\u2019il se place, en prenant l\u2019engagement de favoriser l\u2019épanouissement des (s/c/)8 minorités anglophones, d\u2019appuyer leur développement, et de favoriser la pleine reconnaissance et l\u2019usage de leur langue dans la société québécoise.Nous avions au Québec la Charte de la langue française: nous aurons dorénavant une Charte de la langue anglaise! 7.\tL\u2019expression «société canadienne» apparaît à différents endroits dans le texte de la loi.Ainsi, on peut lire, à l\u2019article 2 b), où sont énumérés les objets de la loi: «favoriser, au sein de la société canadienne, la progression vers l\u2019égalité de statut et d\u2019usage du français et de l\u2019anglais.» 8.\tL\u2019utlisation du pluriel «minorités anglophones», à côté de «minorités francophones», n est ni une distraction ni l\u2019effet d\u2019un parallélisme mécanique, mais correspond plutôt à l\u2019idée qu\u2019il y a, au Québec, plusieurs minorités anglophones.Cette interprétation découle du passage suivant de la déposition de Lucien Bouchard, devant le comité sénatorial, le 20 juillet 1988: «People might think that the only English community in Quebec is in Montreal.Of course, that is a very important community, but there are other ones.There is the Gaspé and my region, the Saguenay Valley, and Cantons de l\u2019est, alt over Quebec» (c\u2019est nous qui soulignons) (p.A-95). 694 L\u2019ACTION NATIONALE Ottawa s\u2019installe dans la place Comment ce nouveau Robin des Bois va-t-il s\u2019y prendre?D\u2019abord, il va s\u2019installer dans la place, imposer sa présence, multiplier les contacts.Et personne n\u2019échappera à sa nouvelle sollicitude: ni le gouvernement provincial (préambule, article 43 (1) D, article 45), ni les gouvernements municipaux (mêmes articles), ni même, ni surtout les acteurs du monde économique où entreprises, organisations patronales et syndicats se voient promettre tous les encouragements idoines (article 43 (1) F).En fait, cette sollicitude embrassera l\u2019ensemble de la société québécoise, aussi bien, nous dit l\u2019article 43 (1) F, les «organismes bénévoles et autres» que l\u2019ensemble du «public», auquel l\u2019article 32 (1) D destine des «encouragements» «pour mieux accepter et apprécier l\u2019anglais».Cela promet! Le nerf de la guerre Une fois installé dans la place, Ottawa tentera alors de faire accepter son omniprésence d\u2019autant plus naturellement qu il ne procédera pas, comme le fait le Québec, par lois et règlements, mais par le seul moyen que lui reconnaît la constitution, à savoir l\u2019argent.Sa méthode est ainsi connue: il va financer, c\u2019est-à-dire stimuler, encourager et orienter la revendication en faveur de l\u2019anglais.Décidément, Alliance-Québec n\u2019est pas près de disparaître9! Ainsi, tout se met en place pour faire de l\u2019État fédéral le phare, le guide, le soutien, celui vers lequel on se tournera pour en apprendre ce qui est bien et ce qui est mal.Bref, Ottawa a commencé à dresser, dans notre jardin, sa statue du Commandeur! 9.Le soutien financier aux groupes de pression favorables au renforcement de l\u2019anglais au Québec n\u2019est pas près de s\u2019affaiblir, si l\u2019on en croit le passage suivant d\u2019un document du Secrétariat d\u2019État intitulé «Notes pour une allocution du secrétaire d\u2019État, Lucien Bouchard», en date du 29 juillet 1988: «Nous investirons plus de 200 millions de dollars, au cours des cinq prochaines années, dans la promotion des langues officielles (.) pour appuyer les organismes qui reconnaissent l\u2019importance des langues officielles et œuvrent à leur reconnaissance et usage» (p.7). LA LOI C-72: OPPOSONS UNE RIPOSTE EFFICACE 695 Attention à la langue du travail et de l\u2019économie Et qu\u2019il le fasse dans les pousses les plus jeunes et les plus fragiles de la francisation n\u2019est assurément pas de bon augure pour le Québec français.Ce qui est grave, en effet, dans cette affaire, c\u2019est qu\u2019avec cette loi, c\u2019est maintenant à la langue du travail et de l\u2019économie qu\u2019il va s\u2019attaquer.C\u2019est même là, tout probablement, et au-delà de ce qui menace les services municipaux et provinciaux, l\u2019objectif premier de l\u2019opération: n\u2019est-ce pas, en effet, au sujet de cet aspect précis de la loi que, devant les sénateurs, le ministre responsable a brandi l\u2019arme de l\u2019intervention unilatérale10?Or, cela est grave.D\u2019abord, parce que la francisation du travail est un enjeu colossal, sans doute même la clé de tout le reste, comme le constatait avec force M.Robert Bourassa devant l\u2019Assemblée nationale\".Ensuite, parce que cet objectif de franciser le travail est, compte tenu de notre histoire et d\u2019un contexte géopolitique que viendrait aggraver un éventuel libre échange, particulièrement difficile à atteindre.Dieu merci, des choses ont déjà été réalisées.Mais s\u2019il y a un domaine qui reste fragile, s\u2019il y a un domaine où les bonnes volontés ne sont peut-être encore que de surface et de circonstances, s\u2019il y a un domaine où la francisation exige patience, harmonie, et suite 10.Voir 1 extrait suivant de la déposition de L.Bouchard devant le comité sénatorial, le 20 juillet 1988.«It is true that in those cases the federal government can act alone, and it is very important that the federal government retains that power because there is the possibility that a provincial government could try to prevent the federal government from intervening to protect and promote minorities (.) If a provincial government proved to be unreasonable, and intolerant in those discussions, then we would act alone.That is what I told them» (p.A-43 et A-46) (les soulignés sont de nous).H Lors de la discussion du bill 63, le 30 octobre 1969: «Nous pourrions multiplier les données pour démontrer le caractère d\u2019urgence du français comme langue de travail (.) Favoriser le français comme langue de travail non seulement contribue à résoudre un problème fondamental du Québec, à atténuer une inquiétude extrêmement vive des Québécois et des jeunes notamment, mais contribue également à l\u2019accroissement de la productivité des entreprises (.) La question linguistique va au coeur du problème québécois (.) La question linguistique va véritablement au cœur du problème québécois.» Journal des débats, séance du jeudi 30 octobre 1969, p.3477-3478. 696 L\u2019ACTION NATIONALE dans l\u2019action, c\u2019est bien celui-là.Or, que fait-on avec cette loi, sinon introduire dans le tête-à-tête qui s\u2019est amorcé entre l\u2019État et l\u2019Économie du Québec un troisième élément venu avec d autres moyens et d\u2019autres mobiles.«Three is a crowd» disent les Anglais.Au consensus, on risque ainsi de voir succéder la discorde, et à l\u2019harmonie l\u2019esprit de querelle.À l\u2019action rectiligne, on verra succéder le tiraillage à hue et à dia.Feraient les frais de cette aventure: notre langue, d\u2019abord, qui ne réussirait sans doute pas à tenir comme langue de travail, ni par conséquent comme langue commune; ensuite une certaine idée, un certain espoir d\u2019un Québec enfin apaisé et rassemblé dans une langue commune.Il faut réagir Cette menace est déjà sur nous.Certes, personne ne prétend que la catastrophe est pour demain et que l\u2019effort de dix ans, de quinze ans serait annihilé d\u2019un souffle.Mais cette Loi C-72 est un pas dans cette direction, qui en annonce et en prépare d\u2019autres.Il faut donc réagir.Or, cette réaction est d\u2019autant plus difficile qu\u2019à Ottawa on a mis au point le discours trompeur que l\u2019on sait sur les minorités linguistiques et qu\u2019à Québec on est flageolant sur la question de la Loi 101.Certes, M.Rémillard, grâce à l\u2019avis du Conseil de la langue française'2, ce rescapé des furies linguistiques de Madame Bacon, commence enfin à comprendre, et les journalistes nous apprennent qu\u2019il cherche actuellement à faire quelque chose.Non à l\u2019entente qu\u2019envisage M.Rémillard Dans les circonstances où nous avons été placés par l\u2019adoption de la loi fédérale, une entente avec Ottawa peut être utile.Mais pas n\u2019importe laquelle, obtenue n\u2019importe quand, et sans 12.Le projet de toi fédéral C-72 relatif au statut et à l\u2019usage des langues officielles au Canada.Avis à la Ministre responsable de l\u2019application de la Charte de la langue française adoptée par le Conseil en assemblée spéciale le 4 mars 1988, 38 pages. LA LOI C-72: OPPOSONS UNE RIPOSTE EFFICACE 697 autre moyen de riposte.Ce qu\u2019il faut, avant tout, ce qui s\u2019impose, ce n\u2019est pas d\u2019obtenir coûte que coûte un texte, c\u2019est opposer notre force à leur force, notre volonté à leur volonté, notre Loi 101 à leur Loi C-72.Plus précisément, il nous apparaît que l\u2019accord qu\u2019envisage M.Rémillard, négocié comme il le serait dans le secret des cabinets, obtenu dans la précipitation et le «donnant donnant» d\u2019une période pré-électorale, par un gouvernement qui n\u2019a pas démontré sa détermination à défendre la Loi 101, pareil accord ne pourrait pas ne pas apparaître pour ce qu\u2019il serait: une soumission du Québec aux volontés d\u2019Ottawa.D\u2019abord créer un rapport de forces C\u2019est pourquoi nous demandons à MM.Bourassa et Rémillard de ne signer aucun accord qui ne serait précédé d\u2019un large débat public, d\u2019une déclaration de principe de l\u2019Assemblée nationale, et, surtout, d\u2019une action claire, nette et vigoureuse qu\u2019entreprendrait le gouvernement en faveur de la Loi 101 et, en particulier, puisque l\u2019occasion va bientôt s\u2019en présenter, en faveur de l\u2019affichage commercial français.Seule la réunion de ces conditions préalables permettra de créer le rapport de forces nécessaire pour faire comprendre à tous, à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur, qu\u2019il y a, au Québec, une opinion publique, qu\u2019il y a, à Québec, un État, un gouvernement décidés à défendre et à soutenir la Loi 101.Pas n\u2019importe quel accord! Nous demandons aussi à MM.Bourassa et Rémillard de ne signer aucune entente qui ne contiendrait pas, de la part d\u2019Ottawa, une adhésion aux principes suivants: 1.\tLe français est la langue officielle de l\u2019État du Québec et la langue commune de la société québécoise; 2.\tdes deux langues qui ont, dans les limites territoriales du Canada, le statut de langue officielle, seul le français est menacé; 3.\t1 État du Québec est le maître d\u2019œuvre de la politique linguistique sur son territoire: l\u2019État fédéral n\u2019y joue donc qu\u2019un rôle d\u2019appoint; 4.\tles efforts entrepris en matière de langue au Québec par les 698 L\u2019ACTION NATIONALE pouvoirs publics canadiens et québécois ont pour fin principale la francisation du Québec; 5.l\u2019État du Québec est garant de la sécurité linguistique des minorités sur son territoire.Au fédéral de s\u2019ajuster Nous demandons également à MM.Bourassa et Rémillard de saisir l\u2019occasion d\u2019un éventuel accord pour régler avec Ottawa l\u2019usage des langues, non pas dans le domaine de compétence du Québec, mais bien plutôt dans celui que la constitution reconnaît en propre au gouvernement fédéral: administration publique fédérale, immigration et naturalisation, commerce extérieur, etc.N\u2019est-il pas plus logique, en effet, d\u2019ajuster le comportement linguistique de celui des deux gouvernements qui n\u2019a qu\u2019un rôle d\u2019appoint aux lignes directrices tracées par celui qui est le maître d\u2019œuvre de la politique linguistique?Cette façon de faire présenterait l\u2019avantage de contribuer à franciser plus harmonieusement et plus sûrement le Québec.En outre, elle offrirait à Ottawa l\u2019occasion de témoigner de sa bonne foi à l\u2019endroit du Québec français: et qui oserait prétendre que ce témoignage serait superflu?M.Bourassa sur la sellette La Loi C-72 présente une menace pour la francisation du Québec.En particulier, elle menace la francisation du travail et de l\u2019économie: voilà pourquoi, en ce 11e anniversaire de la Charte de la langue française, le MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS, où se trouvent rassemblées les grandes centrales syndicales, appelle à la riposte.Mais cette loi présente aussi un défi particulier au gouvernement du Québec et à tous ceux qui se sont faits les hérauts de l\u2019accord du Lac Meech, auquel elle risque de donner l\u2019allure d\u2019une coquille vide.M.Bourassa, qu\u2019attendez-vous pour relever ce défi? Le Québec: fanatique ou généreux envers sa minorité?par JACQUES LECLERC, président de l\u2019Association des professionnels de l\u2019enseignement du français au collégial J\u2014^^epuis quelque temps, certaines personnalités sont intervenues pour déclarer que le Québec, par sa Loi 101, se comportait de façon injuste à l\u2019égard de sa minorité anglophone; par exemple, on a affirmé que le Québec agissait «comme un pays du tiers monde», qu\u2019il était «le seul État du monde» à interdire une langue dans l\u2019affichage et qu\u2019il «humiliait ses adversaires».Bref, le Québec semble pratiquer une politique linguistique répressive! On peut avoir toutes sortes de raisons pour véhiculer ce genre de discours, mais rien n\u2019est plus contraire à la réalité.Étant moi-même linguiste, sociolinguiste et auteur d\u2019un ouvrage sur la situation des langues dans le monde, je ne puis souscrire à ce prétendu fanatisme linguistique dont on accuse le Québec.En effet, lorsqu\u2019on observe la situation linguistique dans quelque 180 États souverains et une centaine d\u2019États non souverains, et que l\u2019on compare l\u2019aménagement linguistique du Québec avec d\u2019autres modèles dans le monde, on est forcé d\u2019admettre que le Québec se situe dans les tout premiers rangs au niveau de la protection globale accordée à sa minorité anglophone. 700 L\u2019ACTION NATIONALE 1.La protection accordée à la minorité anglophone du Québec La Charte de la langue française (ou Loi 101) reconnaît à tous les véritables anglophones (9,2% en 1986) du Québec le droit à un enseignement dans leur langue.Contrairement aux francophones des provinces anglaises, les anglophones du Québec ont à leur disposition de «vraies» écoles anglaises qu\u2019ils contrôlent eux-mêmes.La minorité anglophone bénéficie même d\u2019un réseau complet d\u2019enseignement de la maternelle à l\u2019université, disposant de cégeps et d\u2019universités non prévus dans la Constitution canadienne, et subventionnés par l\u2019État québécois au même titre que les institutions francophones.Dans leurs communications avec l\u2019administration publique, les Anglo-Québécois sont assurés de recevoir tous les services gouvernementaux dans leur langue.Ce droit s\u2019étend aux municipalités comptant plus de 50% d\u2019anglophones; dans les faits, plusieurs autres municipalités de moins de 50% d\u2019anglophones accordent des services identiques.De plus, la minorité jouit des mêmes droits que les francophones dans tous les services de santé et tous les services sociaux.En matière d\u2019affichage, les droits de la minorité anglophone (9,2%) ne sont certes pas aussi étendus que ceux des francophones (84,5%) et c\u2019est là la seule exception.Toutefois, la loi a prévu plusieurs accommodements à l\u2019intention des minorités aussi bien anglophone qu\u2019allophones.L\u2019affichage bilingue ou multilingue (avec toute autre langue que le français) est en effet permis à l'intérieur des édifices publics ou commerciaux dans certaines conditions.Il s\u2019agit principalement des organismes municipaux à majorité anglophone, des institutions scolaires, des services de santé, des services sociaux, des petites entreprises de moins de quatre employés, ainsi que sur toute affiche destinée à des fins culturelles ou ethniques.L\u2019unilinguisme autre que français est également permis pour des messages à caractère religieux, politique, humanitaire ou idéologique.De plus, les dénominations des toponymes peuvent rester anglaises, amérindiennes ou en d\u2019autres langues, de même que la partie spécifique des raisons sociales; enfin, l\u2019odonymie (nom des rues) bilingue (partie générique) est permise (de facto) dans les municipalités à LE QUEBEC: FANATIQUE OU GÉNÉREUX 701 statut bilingue.Plusieurs autres accommodements sont encore prévus dans la réglementation.Sur le plan du travail, du commerce et des affaires, les anglophones continuent à se faire servir dans leur langue à peu près n\u2019importe où dans la région métropolitaine.Ils peuvent exercer leur métier ou leur profession en anglais sans être inquiétés ni contestés.Les faits démontrent aussi qu\u2019il est relativement facile de vivre uniquement en anglais à Montréal, sans inconvénients majeurs.C\u2019est là une situation exceptionnelle pour une minorité dont on trouve fort peu d\u2019exemples dans le monde.De plus, précisons qu\u2019en vertu des lois fédérales les anglophones du Québec bénéficient d\u2019un accès considérable aux médias électroniques.Les 15,8% d\u2019anglophones de la région de Montréal ont en effet à leur disposition plus de la moitié des postes de radio et d une douzaine de chaînes de télévision, alors que la majorité francophone (71,7%) a dû, jusqu\u2019en septembre 1988, se contenter de cinq seulement.N\u2019oublions pas non plus le bilinguisme officiel au niveau du parlement québécois, de la rédaction des lois et de la justice! Or, pour une minorité «brimée» et constituant moins de 10% de la population du Québec, ses assises institutionnelles ont tout pour faire envie non seulement à toutes les minorités francophones des autres provinces, mais à la plupart des minorités du monde.Pourtant, les Anglo-Québécois revendiquent plus de droits, réclament le bilinguisme intégral, culpabilisent la majorité et accusent le Québec de brimer leurs libertés individuelles.C\u2019est vraiment faire fi des milliers de minorités qui n\u2019ont pas le quart de ces droits ailleurs dans le monde.2.La situation internationale II existe plus de 6 000 langues dans le monde pour quelque 180 pays; et cela ne peut donner qu\u2019une faible idée du nombre des minorités linguistiques dans le monde, parce qu\u2019une même langue peut être dispersée dans plusieurs pays.Or, 80% des États se sont déclarés officiellement unilingues, alors que très peu de pays peuvent prétendre avoir atteint dans les faits une homogénéité linguistique.Dans tous ces pays, dont quelque 25 en Europe, les droits linguistiques globaux accordés aux minori- 702 L\u2019ACTION NATIONALE tés sont généralement de si piètre qualité que nos anglophones n\u2019en voudraient même pas.Et je passe sur l\u2019étendue des protections linguistiques accordées aux minorités en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie et en Océanie (au total: 80% de la population mondiale); il ne faudrait pas se leurrer, le tiers monde a bien d\u2019autres chats à fouetter que de s\u2019occuper de ses minorités.En fait, peu de pays ou d\u2019États officiellement «unilingues» quant à leur gouvernement central, à part l\u2019URSS et l\u2019Espagne, peuvent être fiers du sort réservé à leurs minorités, bien que tous les gouvernements croient avoir une politique très conciliante à ce sujet.Que penser ensuite des États bilingues?Sont-ils plus généreux?Seulement 34 États souverains (soit 20%) ont accordé le statut d\u2019égalité juridique à leur minorité par le moyen du bilinguisme officiel.Au total, 40 langues minoritaires (sur quelques milliers) se sont ainsi vu accorder l\u2019égalité juridique.Or, dans 97% des cas, le bilinguisme s\u2019avère inégal et déséquilibré, quand il n\u2019est pas que symbolique (comme au Paraguay, au Rwanda, en Irlande, aux Philippines).Plusieurs États (une dizaine) sont même demeurés unilingues au niveau des timbres-postes et des billets de banque; d\u2019autres (une dizaine également) n\u2019emploient que la première langue officielle à leur parlement et n\u2019adoptent jamais de lois dans la seconde langue officielle.Une douzaine d\u2019État seulement disposent d\u2019un système de traduction simultanée au parlement; parmi ceux-ci, quelques-uns ne traduisent que de la langue minoritaire vers la langue majoritaire.De plus, 24 États (dont le Canada) ne tiennent jamais de réunion du Conseil des ministres dans la langue minoritaire officielle et seuls le Swaziland et la Belgique utilisent la traduction simultanée à leur Exécutif à l\u2019intention des représentants d\u2019une minorité nationale.Force est d\u2019admettre toutefois que les droits linguistiques sont généralement plus étendus dans le domaine de 1 enseignement et des services gouvernementaux, mais ces droits atteignent rarement ceux des anglophones du Québec.Ainsi, de façon générale mais particulièrement en Europe, l\u2019usage des langues minoritaires est très réglementé, et ce, non seulement au parlement et dans la rédaction des lois, mais aussi dans les domaines de la langue d\u2019enseignement public, des services gouvernementaux, des médias et, assez souvent, celui de 1 affichage.Plusieurs pays pratiquent d\u2019ailleurs différentes formes LE QUÉBEC: FANATIQUE OU GÉNÉREUX 703 d\u2019interdiction et/ou de réglementation linguistique dans le seul domaine de l\u2019affichage (même commercial): la France, l\u2019Italie, 1 Espagne, la Belgique, la Suisse, l\u2019Autriche, la Yougoslavie, la Finlande, la Grande-Bretagne, la principauté d\u2019Andorre, la Grèce, l\u2019Islande, la Turquie, etc.Lorsque le droit à l\u2019affichage est juridiquement reconnu dans une langue minoritaire, il est presque toujours réservé à des territoires spécifiques.En fait, la langue de 1 affichage est réglementée au moins dans une soixantaine d États à travers le monde, que ces États soient souverains ou non (comme au Québec, en Catalogne, au pays de Galles, au Sud-Tyrol, en Floride, etc.).Il faudrait parler aussi des droits linguistiques que l\u2019on accorde, ou plutôt, que l\u2019on n\u2019accorde pas aux minorités dans la très grande majorité des pays d\u2019Amérique du Sud (dont le Mexique) et d\u2019Afrique, sans compter Madagascar, la Turquie, le Japon, la Chine, Taiwan, le Viêt-nam, la Birmanie, le Népal, le Pakistan et la quasi-totalité des États américains.En fait, dans toute l\u2019histoire de l\u2019humanité, jamais les États n\u2019ont été aussi «glottophages», c\u2019est-à-dire «dévoreurs de langues», qu\u2019en cette seconde moitié du XX^ siècle.En règle générale, les politiques linguistiques actuelles tendent à maximaliser les droits des majorités et à minimaliser ceux des minorités.On peut s\u2019en étonner ou le déplorer, mais c\u2019est ainsi que se présente la réalité internationale.Aussi, on ne se surprendra pas d\u2019apprendre qu\u2019aucun État n est jamais naturellement «généreux»: il surveille avant tout ses intérêts! D ailleurs, l\u2019histoire nous révèle qu\u2019une majorité linguistique n\u2019est ordinairement «généreuse» qu\u2019après une «victoire» décisive sur les minoritaires; l\u2019État peut alors se payer le luxe d\u2019une apparente «générosité» à leur égard.Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas dû au hasard que les grandes nations actuelles aient toutes pratiqué un unilinguisme contraignant au cours de leur histoire.C\u2019est pourquoi je ne puis souscrire à ces contes de fée qui nous laissent croire que les «autres» États seraient naturellement «généreux» envers leurs minorités.Les rares véritables «modèles» demeurent la Yougoslavie, la Finlande, la Suisse, la Belgique, le Québec et, dans une moindre mesure, l\u2019Espagne, l\u2019URSS et l\u2019Inde.C\u2019est là peu de modèles pour 180 pays! Qui peut alors se permettre de donner des leçons au Québec?Surtout pas le 704 L\u2019ACTION NATIONALE Canada anglais dont l\u2019expérience passée a largement démontré que les minorités francophones n\u2019ont jamais préoccupé les dirigeants politiques.3.Le monde à l\u2019envers On comprendra que je ne saurais accepter que l\u2019on accuse le Québec de fanatisme linguistique.En regard des normes internationales, le Québec est non seulement plus «généreux» que la plupart des autres États, mais il paraît même un peu faible et timoré face à sa minorité de 9,2%.Il n\u2019est pas normal qu\u2019une majorité de 84,5% se sente «irritante»; les «irritants» se retrouvent normalement du côté de la minorité.Autrement, c est le monde à l\u2019envers, comme au Québec et en.Afrique du Sud.Pendant qu\u2019on accuse le Québec de brimer les libertés individuelles des anglophones, on relègue aux oubliettes le sort des minorités francophones dans les provinces anglaises.Ça, c\u2019est le monde à l\u2019envers! Pendant que l\u2019on focalise tout sur la seule question de l\u2019affichage (comme si les droits linguistiques se réduisaient à ce seul aspect), on oublie les droits considérables dont jouit la minorité anglophone du Québec comparativement aux autres minorités du monde.Ce faisant, on regarde la réalité par le mauvais bout de la lorgnette! Accuser le Québec de fanatisme linguistique, c\u2019est faire preuve d\u2019ignorance et/ou de mauvaise foi alors que, au surplus, la langue de la minorité menace celle de la majorité.En réalité, le Québec a simplement trouvé une solution assez originale pour protéger sa langue officielle: il tente de l\u2019imposer tout en réglementant la langue minoritaire de façon à réduire sa prédominance continentale.L\u2019attitude culpabilisante de certains Québécois contraste avec celle de nos voisins du Sud: un vent d\u2019unilinguisme balaie présentement la moitié des États américains et 14 d\u2019entre eux ont déjà adopté l\u2019anglais comme langue officielle, alors qu\u2019une dizaine d\u2019autres se préparent à faire de même.Non seulement les Anglo-Américains ne se sentent-ils pas coupables, mais ils sont même appuyés par des millions de leurs compatriotes dont la langue maternelle est l\u2019espagnol, le chinois, le cantonais, etc.C est tout dire de la puissance de l\u2019anglais en Amérique du Nord! Immigration et la nécessité d\u2019une culture publique commune par GARY CALDWELL sociologue -^\u201c\u2018^ans deux textes précédents nous avons avancé que, à court terme, une immigration plus forte est une nécessité pour le Québec: une nécessité aussi bien économique que démographique.De plus, nous avons évoqué le fait que dans un passé pas si lointain \u2014 les années soixante \u2014, le Québec a été bien plus une terre d\u2019immigration que ce n\u2019est le cas aujourd\u2019hui.De toute façon, le Québec n\u2019a plus le choix: continuer à être une société dynamique dans une ère de civilisation dynamique (l\u2019Amérique du Nord) ne pourrait plus se faire avec le taux de fécondité actuel sans une immigration accrue.En plus, nous avons postulé que cette intensification nécessaire de l\u2019immigration \u2014 jusqu\u2019à trois fois le nombre d\u2019entrées actuelles \u2014 ne serait acceptable à la population qu\u2019en mettant de côté un libéralisme désincarné qui fait fi de la distinction entre le statut de citoyen et celui d\u2019un immigrant non encore citoyen.Être citoyen est un statut auquel les immigrants n\u2019ont pas nécessairement droit: c\u2019est un privilège (avec devoirs attenants) qui n\u2019est pas accordé à celui qui a été socialisé ailleurs, à moins de se conformer à certaines exigences. 706 L\u2019ACTION NATIONALE Vouloir, en faisant appel à une doctrine du droit des personnes, accorder aux non-citoyens tous les droits d\u2019un citoyen sans qu\u2019ils aient eu l\u2019occasion de se montrer capables et prêts à en assumer les responsabilités provoquera un ressac des citoyens qui doivent assumer ces responsabilités à leur place.Et encore, c\u2019est un sentiment légitime du citoyen qui considère que le non-citoyen doit gagner sa citoyenneté.Le ressac qui aurait ses origines dans le refus de ce sentiment réduirait considérablement notre capacité d\u2019absorption d\u2019immigrants.Néanmoins, les membres de la société hôte et les immigrants ne pourront pas s\u2019accepter, surtout si ces derniers sont nombreux et visibles, s\u2019il n\u2019existe pas de «règles du jeu» connues et applicables à tout le monde.nonobstant des différences ethnoculturelles.L\u2019emprise des règles du jeu permet l\u2019intégration d\u2019un plus grand nombre d\u2019immigrants, tout en ne heurtant pas la segmentation \u2014 géographique, sociale et économique \u2014 ethnique qui fait partie du processus d\u2019insertion de l\u2019immigration à Montréal.Autrement dit, de telles règles permettent autant qu\u2019elles défendent.: ce qui n\u2019est pas défendu est permis, en société libérale pluraliste.Ces règles du jeu, qui font partie de ce que j\u2019appellerai une culture publique commune, sont diffusées par l\u2019existence de cette culture publique commune et mises en application grâce à elle.Ici, dans ce texte, j\u2019essayerai de dégager ce que sont, au Québec, ces règles du jeu et la nature de la culture publique commune qui les sous-entend.Disons, avant de s\u2019y aventurer, que sans culture publique commune, il serait illusoire d\u2019entrevoir la poursuite d\u2019une société assez dynamique \u2014 économiquement et culturellement \u2014 pour résister à la capacité d\u2019absorption de la plus dynamique des cultures, celle du continent anglophone qui est (par son essence même) d\u2019inspiration américaine.Sans culture publique commune, il n\u2019y a pas de cohésion sociale et sans cohésion, aucune société ne peut espérer s\u2019imposer dans son environnement géo-politique.* * * Quelles sont donc ces règles du jeu auxquelles on fait souvent allusion, sans pour autant vouloir les préciser, préférant, IMMIGRATION ET LA NÉCESSITÉ D\u2019UNE CULTURE 707 soit par ignorance soit par peur de sur-codification, rester dans l\u2019ambiguïté?Pour les fins de la présente discussion, je postule que ces règles, parties intégrales de la culture publique commune, se composent de quatre sous-ensembles de pratiques et de conventions que j\u2019appellerai des sous-cultures: des sous-cultures politiques, publiques, judiciaires et économiques.Donc, sans prétendre être exhaustif, voici une première ébauche des règles qui constituent ces quatre sous-cultures.Notre vie politique se caractérise avant tout par le fait qu\u2019elle est démocratique et libérale.Mais une fois données ces grandes orientations, il y a des pratiques spécifiques qui sont les règles du jeu qui incarnent ces deux orientations de fond.11 y a le statut de citoyen qui met tout le monde sur un pied d\u2019égalité devant la loi.11 y aussi le vote secret et le droit au vote secret dans des assemblées publiques.Le fait que nos élus sont des représentants et non pas des délégués; et la distinction entre l\u2019État et le gouvernement.Finalement, il y a le système parlementaire britannique, l\u2019existence et le rôle des partis politiques.Le tout étant le fondement de l\u2019Assemblée élue qui, elle, fait la loi.Plus central encore, il y a l\u2019ensemble des conventions et pratiques qui régissent le déroulement de la vie publique au Québec, dont le plus important est le règne de la loi.Ensuite, il y a le principe selon lequel les membres d\u2019une communauté géographique donnée sont les premiers responsables de la gouverne de la vie civique.C\u2019est la doctrine de l\u2019autonomie et de la responsabilité conséquente des instances locales: ces instances ont délégué des pouvoirs aux autorités centrales et non vice versa.Ainsi, les fonctionnaires sont des servants de la société civile et non pas le contraire.Ce qui veut dire, au chapitre des responsabilités, que nous sommes tous individuellement responsables de la qualité de la vie publique.Ensuite, il y a la liberté d\u2019association, de parole et de mouvement.De plus, on n\u2019accepte pas le recours à l\u2019intimidation par la force (autre que par les autorités dûment autorisées) ni la discrimination par la loi.Ce qui se réduit à la conviction qu\u2019il y a une société civile dont la finalité et les prérogatives dépassent celles du pouvoir étatique temporel. 708 L'ACTION NATIONALE Quant à notre sous-culture juridique, l\u2019ensemble de conventions en question ont plus fait l\u2019objet d\u2019une codification.Défense d\u2019arrestation arbitraire et de détention sans mandat (habeas corpus) et la doctrine selon laquelle tout accusé est innocent jusqu\u2019à preuve du contraire.Droit à un procès par ses pairs en matière criminelle et le fait que tout procès est public.Pour ce qui est de la loi, elle doit être respectée par tous, même par l\u2019État \u2014 l\u2019égalité devant la loi \u2014 et la loi ne peut pas être rétroactive.Finalement, dans tout procédé de caractère légal qui nous concerne, le droit d\u2019être entendu et, si on veut, représenté par un avocat.Les conventions et pratiques qui constituent notre culture économique, bien que moins explicites pour le citoyen moyen, n\u2019en existent pas moins.Avant tout, il y a le fait de la propriété privée: le droit de posséder une propriété qui n\u2019appartienne ni à la collectivité ni à l\u2019État, d\u2019en jouir et d\u2019en disposer.Toutefois, ce fait de pouvoir posséder quelque propriété privée comporte aussi une responsabilité envers nos semblables, avec les conséquences que peut avoir l\u2019usage qu\u2019on fait de sa propriété.Il y a aussi la notion de contrat, les droits et les responsabilités qui vont de pair.Il y a le droit de pouvoir disposer de notre force de travail et d\u2019en recevoir compensation.Et en dernier lieu, il y a le postulat selon lequel \u2014 bien qu\u2019il soit la base matérielle de toutes nos libertés, de notre prospérité et le rayonnement de nos sociétés libérales \u2014 l\u2019économique ne doit pas être une finalité en soi.C\u2019est un moyen au service de la liberté, le bien-être et la postérité.«l\u2019économique, ce n\u2019est rien que l\u2019argent.» Il est sûr que selon l\u2019appartenance ethno-culturelle, qu\u2019on soit francophone ou anglophone d\u2019origine, qu\u2019on soit d\u2019une tradition catholique, protestante ou autre et selon la classe sociale d\u2019où l\u2019on vient, l\u2019intensité avec laquelle ces règles ont été internalisées varie; néanmoins, elles constituent les règles du jeu de la société québécoise.et ceci en dépit de ce que peuvent prétendre certaines autorités ecclésiastiques ou certains radicaux politiques.L\u2019histoire du Québec, avec ses revers et ses péripéties, est ainsi faite; et sa pérennité, en grande partie, en dépend. IMMIGRATION ET LA NÉCESSITÉ D\u2019UNE CULTURE 709 Ces règles sont, comme nous l\u2019avons dit plus haut, parties intégrantes de la nécessaire culture publique commune.Cette culture publique ne se réduit pas, toutefois, aux règles du jeu.Toute culture publique doit nécessairement comprendre un véhicule de communication commune, une langue \u2014 sans qu\u2019elle soit nécessairement leur langue \u2014 que tout le monde comprend.Au Québec, cette langue ne peut être que le français, et ceci parce que toute culture publique est aussi le produit d\u2019une expérience historique spécifique.C\u2019est ce caractère historique qui fait en sorte que la langue commune soit le français et que le système d\u2019institutions politiques soit d\u2019inspiration britannique; ce qui souligne le fait que cette expérience historique spécifique se nourrit d\u2019une plus grande tradition culturelle.Donc, pour arriver à circonscrire ce qui pourrait être la culture publique du Québec, il faut ajouter aux règles du jeu une langue, une expérience historique spécifique et une tradition culturelle plus grande qui, elle, est celle de la civilisation occidentale avec son inspiration gréco-judéo-chrétienne et sa manifestation européenne (surtout française et anglaise).Pour revenir à l\u2019immigration, les immigrants actuels et potentiels gagneraient à ce que les règles du jeu leur soient exposées, pour qu\u2019ils puissent s\u2019y aligner et en exiger également le respect de tout ceux avec ils font affaire.Les rapports entre les immigrants et les non-immigrants risqueront d\u2019être moins ambigus, et par conséquent, plus détendus.Quant à la culture publique commune, elle ne se diffuse que par la socialisation (dans la famille, l\u2019entourage immédiat et à l\u2019école) et, au pire, par l\u2019acculturation (une re-socialisation à l\u2019âge adulte).Pour que cette socialisation des enfants des immigrants puisse se faire, il faut mettre de côté la doctrine qui voudrait que toutes les cultures soient égales.Au Québec, si culture publique commune il y avait, les exigences de la transmission, diffusion et respect de cette culture se devraient d\u2019avoir priorité sur les exigences de toute autre culture.Ce qui veut dire que les règles du jeu doivent être appliquées, que les citoyens doivent apprendre le français, que l\u2019histoire de cette société, dans toutes ses manifestations (indigène, française, britannique et américaine) doit être enseignée à tous les jeunes et mise en évidence symboliquement; et que les valeurs de la tradi- 710 L\u2019ACTION NATIONALE tion occidentale priment sur celles des autres civilisations.Ceux qui ne sont pas d\u2019accord sont libres de partir.Si jamais la prospérité, la liberté et le bien-être que cette société procure à ses membres devaient souffrir d\u2019un accroc à cette culture publique, ceux qui nous ont demandé de la «relativiser» risqueraient d\u2019être parmi ceux qui en voudraient \u2014 alors qu\u2019il serait trop tard \u2014 à ceux qui auraient cédé l\u2019essentiel.En dernière analyse, une immigration plus considérable au Québec serait possible dans la mesure où cette culture publique commune aurait cours, et ceux qui voudraient infléchir cette culture pour accommoder des exigences contraires de leur culture risqueraient de compromettre l\u2019ouverture dont ils ont pu bénéficier et dont d\u2019autres pourront bénéficier.Mais l\u2019obligation de respecter l\u2019intégrité de cette culture publique ne concerne pas uniquement l\u2019immigrant: l\u2019obligation est aussi présente, et d\u2019une façon plus exigeante parce qu\u2019ils détiennent les clefs du pouvoir social, chez ceux qui ont été socialisés dans la société hôte.On ne peut pas s\u2019attendre à ce que l\u2019immigrant nous prenne au sérieux, si ceux qui ont le véritable pouvoir passent outre.Pour illustrer ce propos, je n\u2019invoquerai pas les exemples trop faciles de la brutalité policière ou de la discrimination contre des citoyens immigrants dans l\u2019embauche au secteur public.Plutôt, justement parce qu\u2019il faut se fixer un standard élevé si nous voulons mériter le respect des immigrants, j\u2019invoquerai quatre incidents de la vie publique et politique de la dernière décennie, englobant ainsi les périodes péquiste et libérale.Par exemple, la Loi 101 \u2014 véritable instrument d\u2019édification d\u2019une culture publique \u2014 enfermait dans ces dispositions relatives à la langue d\u2019instruction des enfants d\u2019immigrants une disposition rétroactive: malgré des mesures transitoires, un immigrant allophone qui était venu au Québec avant l\u2019entrée en vigueur de la loi en août 1976 et s\u2019attendait à ce que son enfant soit scolarisé en anglais s\u2019est fait enlever cette possibilité.Plus tard, en 1984, le ministère de l\u2019Éducation a rétroactivement exercé une ponction financière sur l\u2019année fiscale 1982-1983 des commissions scolaires, et ceci, en dépit du respect de la part des commissions scolaires des normes budgétaires du minis- IMMIGRATION ET LA NÉCESSITÉ D\u2019UNE CULTURE 711 tère.Cet abus de pouvoir par l\u2019autorité centrale constituait une atteinte à la responsabilité financière et la juridiction des autorités locales.Effectivement, le pouvoir central, à cours d\u2019argent, est allé «voler» de l\u2019argent aux contribuables locaux dont les élus ont eu le malheur de trop bien gérer leurs avoirs.De nos jours, en 1988, on assiste au spectacle d\u2019un gouvernement qui justifie son action (ou refus d\u2019agir) sur la question de l\u2019affichage unilingue, en invoquant la nécessité de maintenir la paix sociale; ce qui équivaut à céder à la menace de l\u2019intimidation.Si le gouvernement lui-même invoque comme principe la nécessité de céder devant une menace de désordre, est-ce que le citoyen seul peut faire autrement?Heureusement, lorsque l\u2019Assemblée législative lui demandait le consentement royal pour le «bill des indemnités» voté par des députés francophones, consacrant ainsi le gouvernement responsable, Elgin \u2014 qui avait à ses trousses une foule anglaise émeutée qui a fini par incendier le parlement et le chasser de la ville \u2014 n\u2019a pas refusé, par peur de voir troubler la paix sociale.Et tout dernièrement, le gouvernement du Québec, en faisant en sorte que les immigrants investisseurs (pas des immigrants «entrepreneurs») puissent acheter \u2014 en prêtant un quart de million de dollars, a un taux d\u2019intérêt réduit pendant trois ans aux institutions financières du Québec \u2014 la citoyenneté canadienne, plaçait l\u2019avantage économique comme finalité suffisante.Malgré l\u2019énormité de ce qui est proposé \u2014 la vente de la citoyenneté \u2014, le média québécois se tait ou refuse d\u2019admettre le problème qui a été clairement exposé par le ministre fédéral de l\u2019Immigration, monsieur Bouchard.Citer ces quatre incidents comme des manquements sérieux à notre culture publique pourra sembler à plusieurs d\u2019un zèle exagéré; pourtant, exiger de l\u2019immigrant qu\u2019il subordonne la pleine expression de sa culture à la nôtre, c\u2019est une exigeance que seuls ceux qui font la preuve de leur propre sérieux peuvent faire impunément. La restructuration des organisations: le Québec peut devenir une terre de prédilection par MARCEL LAFLAMME, Ph.EL Mise en situation L\u2019une des tendances lourdes observées tant dans les pays communistes que capitalistes renvoie à la restructuration des organisations de travail dans le sens de l\u2019instauration de nouvelles relations patronales ouvrières: la Perestroïka en Russie, l\u2019actionnariat ouvrier dans la municipalité de Shenyang en Chine, de nouvelles structures de propriété, de gestion et de partage des bénéfices dans les économies occidentales.Le tout s\u2019effectue sous l\u2019effet d\u2019un ensemble de facteurs diversifiés, plus ou moins intenses: l\u2019interdépendance des économies, la crise des années 81-82, l\u2019émancipation économique et culturelle des travailleurs, l\u2019âpreté de la concurrence, etc.La problématique et les objectifs poursuivis tendent à converger: mobilisation de l\u2019intelligence des travailleurs, concentration sur l\u2019excellence, la qualité de vie, la flexibilité, l\u2019innovation, l\u2019autonomie, la responsabilité, bref la dynamisation et l\u2019humanisation des organisations de travail.L\u2019économie québécoise n\u2019échappe pas à cette mutation; le mouvement est enclenché au niveau des quatre grands acteurs: LA RESTRUCTURATION DES ORGANISATIONS 713 Etat, patronat, syndicat et système coopératif.Nous nous permettons même d\u2019avoir une longueur d\u2019avance en Amérique concernant beaucoup de programmes: le REA, le Fonds de solidarité des travailleurs, les sommets socio-économiques, les coopératives de travail, etc.En secteur public, l\u2019impersonnalisation des appareils donne lieu à un mouvement de décentralisation, de déréglementation et de désinstitutionnalisation.D\u2019autre part, au plan international, les échéances d\u2019un nouvel ordre économique se fait de plus en plus pressantes, considérant la dette de 1 000 milliardsS des pays du Sud, l\u2019instabilité du système monétaire, la crise écologique aiguë, les déceptions des idéologies dominantes, capitalistes ou marxistes.En contrepoids aux impérialistes et à la technocratie internationale, de nombreux pays visent l\u2019instauration d\u2019une économie autonome, à visage humain, plus juste et respectueuse de l\u2019environnement.Prospective.Dans ce contexte transitoire, le Québec, à l\u2019instar de nombreux pays, recherche de nouvelles voies assurant plus d\u2019équité et de dynamisme tant dans les secteurs publics que dans les secteurs privés.En secteur privé, le grand problème est celui du partage équilibré des biens de production.Réaliser la justice dans la liberté pourrait impliquer l\u2019énoncé de décrets proposant un partage tripartite de la propriété des entreprises: \u2014\tA aux travailleurs qui y œuvrent; \u2014\tA aux investisseurs pour leur esprit d\u2019entreprise; \u2014\tA en propriété publique, en raison de la destination universelle des biens.Actuellement, il existe déjà différentes formes mixtes d\u2019investissements entre la Caisse de dépôt et de placement ou les sociétés d\u2019État, avec des propriétaires privés ou entre ceux-ci et les travailleurs.On pourrait miser sur ces expériences acquises pour élaborer un modèle apte à être implanté sur une grande échelle.En secteur public, le défi à relever est celui où l\u2019État assure un maximum de coordination sociale tout en intervenant le 714 L\u2019ACTION NATIONALE moins dans les détails de la gestion.La démocratisation et la décentralisation pourraient s\u2019effectuer au moyen des coopératives à fins sociales.Par exemple, à Sherbrooke, dans le secteur éducatif, les coopératives d\u2019enseignement, aux niveaux primaire et secondaire, répondent à cet objectif et donnent de très bons résultats.D\u2019autre part, en Espagne, des coopératives hospitalières assument les soins de santé en conformité aux politiques gouvernementales.L\u2019avantage de la coopération, c\u2019est d\u2019être à mi-chemin entre la privatisation et l\u2019étatisation, jouissant de la liberté qu\u2019offre le privé et de la justice qu\u2019offre le collectivisme.En conclusion, nous pouvons estimer que de nombreuses issues existent face à une administration publique tentaculaire ou face à un secteur privé concentré entre les mains de quelques grandes fortunes.Le moment approche où la restructuration des organisations s\u2019effectuera davantage dans le sens du véritable bien commun. L\u2019histoire de l\u2019éducation au Québec par RICHARD LECLERC II.La Conquête anglaise: période de changements et de misères en éducation (1759-1800) La Conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques qui avait débuté en 1759 par la prise de Québec et par celle de Montréal en 1760 est confirmée le 10 février 1763 par la ratification du Traité de Paris.Par cette convention, la France cède à la Grande-Bretagne l\u2019Acadie, le Canada, le Cap-Breton, toute la contrée qui s\u2019étend sur la rive gauche de la rivière Mississipi, ainsi que tous les biens qu\u2019elle possède en Amérique du Nord.Dans les mois qui ont suivi l\u2019homologation de cette convention, le roi de Grande-Bretagne, George III (1738-1820), édicta par la Proclamation royale du 7 octobre 1763 les orientations politiques et administratives futures de l\u2019ancienne colonie française.Par ce geste, la Couronne britannique démontre sa volonté de démanteler les institutions politiques et administratives françaises afin de mieux y imposer son modèle.On assiste ainsi à la formation de la «province of Quebec», où l\u2019on permet aux habitants du Canada de pratiquer la religion catholique dans la mesure où les lois du Royaume-Uni le permettent.Malgré cette dernière ouverture, les communautés religieuses n\u2019ont plus le droit de recruter de nouveaux disciples et les catholiques ne peuvent œuvrer dans l\u2019administration gouvernementale, à moins de renier leur religion, par un serment d\u2019allégeance (Serment du test) à la Couronne britannique.Fort peu de francophones vou- 716 L\u2019ACTION NATIONALE lurent se soumettre à ce critère d\u2019embauche, ce qui eut pour effet d\u2019entraîner une désertion massive à tous les paliers de l\u2019administration coloniale du peuple fondateur de la Nouvelle-France.Ajoutons que par ce traité qui tient lieu de première constitution canadienne, on édicte que toutes les écoles seront dorénavant construites devront dispenser un enseignement protestant en langue anglaise, ce qui constitue une tentative clairement avouée d\u2019assimilation des francophones par le biais des institutions scolaires.La guerre de la Conquête touche surtout les écoles situées dans la région immédiate de Québec.Quant à celles qui sont à Montréal, Trois-Rivières et en régions rurales, leurs activités se poursuivent normalement, même dans les pires instants du conflit opposant la France à la Grande-Bretagne.C\u2019est ainsi que débute un des plus tragiques moments de l\u2019histoire du Québec.Le pays qui venait de subir les affres des hostilités est désorganisé, les classes dirigeantes et les administrateurs néo-français sont retournés dans la mère-patrie, laissant le peuple maître de son seul destin.On assiste à une baisse importante des effectifs ecclésiastiques dans la colonie, en raison des restrictions imposées par le conquérant qui les prive de nouvelles recrues.Les communautés religieuses se voient obliger de fermer certaines institutions scolaires qu\u2019elles avaient édifiées sur le territoire, en raison de leur destruction par l\u2019envahisseur ou de leur réquisition pour des desseins gouvernementaux.Le collège des Jésuites, ainsi que l\u2019école de Mathématiques et d\u2019Hydrographie, durent suspendre leurs activités dès 1759 et ce jusqu\u2019en 1871, afin de permettre à l\u2019armée britannique d\u2019occuper et de transformer cette prestigieuse institution en caserne militaire.La Compagnie de Jésus elle-même dépossédée (la Couronne anglaise ayant saisi ou détruit le patrimoine immobilier qu\u2019elle disposait dans la colonie), malgré une tentative de réouverture en 1761, dut renoncer à ses obligations et à sa mission éducatrice pour quelques décennies, faute de ressources humaines et pécuniaires suffisantes.La paix retrouvée, on assiste à la remise en opération de certaines institutions scolaires qui avaient pignon sur rue avant les événements de 1759.Le Séminaire de Québec, qui jusque-là L\u2019HISTOIRE DE L\u2019ÉDUCATION AU QUÉBEC (2) 717 avait dispensé des cours destinés uniquement aux futurs prêtres, accueille dès sa réouverture en 1765 tous les écoliers qui désirent poursuivre des études avancées, sans tenir compte de leur choix de carrière, qu\u2019ils soient laïques ou ecclésiastiques.Malgré tout, on assiste à un recul important des progrès si minces qu\u2019ils soient réalisés depuis le début de l\u2019aventure française en terre d\u2019Amérique.Les institutions scolaires voient la qualité de l\u2019enseignement qu\u2019ils dispensent sérieusement compromise en raison d\u2019une baisse marquée de leurs effectifs enseignants, ainsi que par une pénurie généralisée d\u2019outils pédagogiques.Les quelques manuels scolaires qui parvenaient de la France étaient plus souvent qu\u2019autrement saisis par les autorités douanières, constituant du matériel de contrebande aux yeux des Britanniques.Cette pénurie de livres entraîna une situation plutôt pénible pour nos institutions scolaires qui durent prendre des mesures drastiques, comme nous le prouve cet exemple plutôt dramatique.À l\u2019école des Ursulines de Trois-Rivières, la seule grammaire que possédaient les religieuses dut être attachée à une table.Les élèves, tour à tour, devaient s\u2019y asseoir afin de consulter la leçon du jour, sous l\u2019œil attentif du maître qui seul pouvait tourner les pages dans le dessein de prolonger la vie de ce précieux ouvrage.Au moment de la Conquête, il n\u2019existait aucune école anglo-protestante dans la colonie.Le clergé protestant soutenu par les parents anglophones, soucieux de voir la jeunesse britannique fréquenter des institutions où elles ne seraient pas exposées aux préceptes religieux catholiques et à la langue française, exercèrent des pressions importantes sur le gouverneur afin d\u2019obtenir des maisons d\u2019enseignement qui transmettent les valeurs anglo-saxonnes.Le premier maître de la colonie, dénommé Patrick Mc Clement, qui enseigne la langue anglaise, arrive à Québec en septembre 1765 et la première école anglo-protestante ouvre ses portes un an plus tard dans la Vieille capitale.Ainsi, bon an mal an, entre 1768 et 1860, une trentaine d\u2019écoles élémentaires anglophones sont établies dans les principaux centres du Québec.À la fin du XVIie siècle, le nombre des établissements scolaires dans la colonie pouvait s\u2019établir comme suit: une quaran- 718 L\u2019ACTION NATIONALE taine d\u2019écoles élémentaires catholiques réparties entre les régions de Québec, Trois-Rivières, Montréal, ainsi qu\u2019une trentaine localisées dans les zones rurales.Quant à l\u2019enseignement secondaire, il était dispensé au séminaire de Québec et au collège de Montréal dès 1773.Pour ce qui est des institutions anglo-protestantes de niveau primaire, inexistantes jusqu\u2019à la Conquête, on en recense en 1800 une vingtaine réparties dans les trois grandes villes de la colonie, ainsi qu\u2019à Sorel et à Gaspé.Ne possédant pas d\u2019institutions scolaires qui leur soient propres, les dirigeants anglophones, ne voulant point abandonner leurs concitoyens, établissent rapidement plusieurs écoles sur le territoire québécois et ce au détriment des francophones qui malgré une croissance démographique importante sont plus ou moins ignorés par ces mêmes autorités.Ainsi, vers 1790 les anglophones possèdent une école pour chaque 588 habitants, tandis que les francophones n\u2019en eurent qu\u2019une pour 4 000.Au cours de la période étudiée, la population de la «province of Quebec» augmente rapidement, passant de 69 810 en 1765, à 113 012 en 1784, puis à 161 311 en 1790.Signalons qu\u2019environ 80% des citoyens du pays résident en région rurale, occupés aux travaux agricoles ou forestiers.Cette progression rapide s\u2019explique par un taux de croissance naturel très élevé chez les francophones et par l\u2019arrivée massive des Loyalistes.Les Loyalistes sont des inconditionnels au trône britannique qui ont déserté les territoires anglais situés au sud du Québec où l\u2019on s\u2019était libéré en 1776 du joug du colonisateur britannique, afin de former une nation indépendante et prospère, les États-Unis.Les francophones dépossédés de leurs pouvoirs politiques, économiques et administratifs ne voient plus l\u2019intérêt qu\u2019auraient leurs enfants à fréquenter les institutions scolaires, sachant que les carrières les plus prometteuses dans le gouvernement colonial ne leur sont plus destinées.Cette conjoncture, alliée au manque de matériels didactiques, d\u2019instituteurs et au repli des francophones vers les régions rurales, eut pour effet de favoriser un analphabétisme quasi généralisé dans la population.Dès lors, on assista au développement de l\u2019indifférence face à une éducation de qualité pour le peuple. L\u2019HISTOIRE DE L\u2019ÉDUCATION AU QUÉBEC (2) 719 Soucieuse de contenir l\u2019insatisfaction des francophones et des anglophones face au gouvernement colonial en place depuis 1763 et d\u2019éviter l\u2019agitation et la contestation au Québec comme cela se produira aux États-Unis, la Grande-Bretagne se montra ouverte à certaines réformes.L\u2019Acte de Québec qui fut voté par le Parlement britannique en 1774 reconnaît, pour la première fois depuis la Conquête, le droit aux francophones de parler leur langue, de pratiquer la religion catholique et d\u2019œuvrer dans l\u2019administration publique, le Serment du test ayant été aboli.Par cette nouvelle constitution, le territoire québécois vit sa superficie tripler par l\u2019extension de ses frontières jusqu\u2019à la côte est labradorienne et vers l\u2019ouest jusqu\u2019à la vallée de l\u2019Ohio.Puis, en 1791, dans le dessein d\u2019améliorer l\u2019Acte de Québec, l\u2019Acte constitutionnel est entériné par Londres.Cette nouvelle constitution a pour effet de diviser la «province of Quebec» en deux parties, soit le Haut-Canada et le Bas-Canada et d\u2019instituer pour chacun de ces entités territoriales, une Chambre d\u2019assemblée élective.Ces mesures novatrices furent prises par la métropole afin de satisfaire les Loyalistes qui réclamaient un gouvernement qui leur soit propre, ainsi qu\u2019un district séparé des francophones.Néanmoins, ces derniers, même s\u2019ils composaient 88% de la population du Bas-Canada et occupaient la majorité des sièges à la Chambre d\u2019assemblée, se virent imposer par le Parlement britannique l\u2019adoption dans la langue de Shakespeare des textes officiels et de la législation, la traduction française pouvant être effectuée; mais celle-ci n\u2019avait pas force de loi dans l\u2019administration ni dans les cours de justice de la colonie.Malgré le changement de métropole, sur le plan administratif le régime scolaire demeure, jusqu\u2019au début du XIXe siècle, une affaire strictement privée relevant des autorités religieuses.Constatant le peu d\u2019intérêt que manifestaient les francophones à adopter la langue et la culture anglaises par l\u2019entremise des maisons d\u2019enseignement, le gouverneur général Guy Carleton (1724-1808), qui portait le titre de Lord Dorchester, constitua en mai 1787 une commission d\u2019enquête dont le mandat était d\u2019étudier et de recommander des solutions afin de rehausser le niveau 720 L\u2019ACTION NATIONALE de scolarisation des habitants de la colonie.De plus, la commission était habilitée à proposer des recommandations face aux formules de rechange qui s\u2019offraient afin de soutenir financièrement cette opération.Composée de neuf membres, dont cinq sont d\u2019origine anglaise et quatre d\u2019ascendance française, la commission était présidée par le juge en chef de la colonie, William Smith (1728-1793).Malgré les bonnes volontés qui ont soutenu la création de cette commission, c\u2019est l\u2019évêque anglican d\u2019Halifax, monseigneur Charles Inglis (1734-1816), qui est le véritable artisan des principales propositions contenues dans le rapport déposé en 1789.Une telle intervention du pouvoir ecclésiastique fut suscitée par l\u2019inertie des commissaires à remettre leurs recommandations.Outil d\u2019assimilation pour mgr Inglis, le nouveau système scolaire se devra d\u2019instruire les francophones dans la langue de Shakespeare et ainsi préparer à long terme leur conversion au protestantisme.L\u2019objectif fondamental qui sous-tendait cette réforme devant être de trouver les moyens de mieux assimiler les francophones à la langue du conquérant.Opération d\u2019envergure destinée à doter la colonie d\u2019un véritable système scolaire, ce premier essai d\u2019élaboration d\u2019un cadre structurel s\u2019avéra un échec.Les commissaires déposèrent leur rapport en novembre 1789.Révolutionnaires par leurs suggestions, ils proposèrent pour la première fois une ébauche de structure scolaire pour la colonie.Ce système, sous la direction du gouverneur général, serait à la charge pleine et entière de l\u2019État et dispenserait un enseignement gratuit accessible à tous, tout en étant non confessionnel.À ces principes les membres de la commission apportèrent la suggestion que chaque paroisse de la colonie soit pourvue d\u2019une école primaire où l\u2019on enseignerait les matières fondamentales utiles à tout citoyen, telles la lecture, l\u2019écriture et les mathématiques.De plus, chaque comté serait doté d\u2019une maison d\u2019enseignement où l\u2019on dispenserait des cours de mathématiques appliquées, d\u2019arpentage, de navigation et de grammaire.Dans cette structure, une université d\u2019État, bâtie sur le modèle des institutions européennes, coifferait le tout en orientant et en dirigeant, un peu comme le ferait un ministère de l\u2019Éducation, le système scolaire. L\u2019HISTOIRE DE L\u2019ÉDUCATION AU QUÉBEC (2) 721 Cet institut d\u2019études supérieures dispenserait des cours avancés en arts, en sciences, en lettres, tout en assurant la formation des maîtres.Cependant, cette université ne serait pas autorisée à dispenser l\u2019enseignement de la théologie, dans le but de sauvegarder le caractère neutraliste du système.Au point de vue gestion, cette institution d\u2019enseignement supérieure serait, en vertu du rapport des commissaires, dirigée par un conseil de direction composé à parts égales de membres des clergés protestant et catholique, ainsi que de laïques issus de ces deux confessions.Quant au financement de l\u2019ensemble de ce réseau, il émanerait des revenus que l\u2019État tirerait des propriétés saisies à la Compagnie de Jésus et de subsides en terres distribués aux institutions scolaires.Ce rapport ne créa pas l\u2019unanimité au sein du clergé catholique.Les évêques Jean-François Hubert (1739-1797) et Charles-François Bailly de Messein (1740-1794), auxquels la commission avait demandé de lui soumettre leurs positions quant à la création éventuelle d\u2019une université, déposèrent des mémoires diamétralement opposés relativement à ce projet.Mgr Hubert exprime son désaccord en alléguant dans un premier temps que la population du Bas-Canada n\u2019est pas assez nombreuse pour justifier un tel établissement.Deuxièmement, l\u2019institution que 1 on propose serait neutre, donc dirigée, selon ses propos, par «des hommes sans préjugés», laïques et sans mœurs, ce qui est inacceptable pour l\u2019Église.Quant à mgr Bailly de Messein, qui est coadjuteur de l\u2019évêque de Québec, il est favorable au projet de création d\u2019une institution supérieure dans l\u2019intention de contribuer à l\u2019éducation du peuple.Contrairement à son supérieur, il ne s\u2019oppose pas à la non-confessionnalité de l\u2019université, alléguant que les religions protestante et catholique seront ainsi mieux protégées.À contre-courant de mgr Hubert, un groupe de citoyens résidant à Québec déposa auprès de Lord Dorchester une pétition comptant 175 noms et intitulée L\u2019humble requête.Répartis à parts égales entre anglophones et francophones, se recrutant surtout parmi les notables et les bourgeois, ces signataires réclament la création de l\u2019université le plus rapidement possible, afin de favoriser l\u2019avancement des sciences, des lettres et des arts au Québec. 722 L\u2019ACTION NATIONALE Rejeté par mgr Hubert, par une majorité d\u2019ecclésiastiques québécois ainsi que par Rome, ce projet d\u2019organisation scolaire sera relégué, à la fin de 1790, aux calendes grecques par Lord Dorchester, jusqu\u2019à ce qu\u2019une proposition de rechange soit adoptée en 1801, afin de ne point heurter le clergé catholique.Montréal, à l\u2019image de ce qui se passait dans la Vieille capitale, fut soulevée par les discussions relatives à la fondation d\u2019une université qui fonctionnerait sans subsides étatiques.Les Sulpiciens, communauté religieuse, proposèrent et demandèrent à Lord Dorchester une charte, afin d\u2019établir dans la ville de Montréal un collège dont le but serait d\u2019encourager l\u2019enseignement supérieur dans la colonie.Sous la direction de l\u2019évêque de Québec, cette institution de confession catholique dispenserait, pour n\u2019en citer que quelques-uns, des cours de langues française, latine et anglaise, de philosophie, de mathématiques, d\u2019arpentage et de navigation.Nonobstant, William Smith, président de la commission d\u2019enquête sur l\u2019éducation, s\u2019objecta et refusa catégoriquement cette demande, car elle octroyait aux catholiques une autonomie dangereuse.Par ailleurs, les Britanniques ne voulaient pas que les Sulpiciens financent les activités de leur institution supérieure au moyen des biens que le gouvernement colonial leur avait confisqués au lendemain de la Conquête.En terminant la présente section, sans le moindre doute, nous pouvons conclure que cette période fut généralement défavorable pour le développement de l\u2019éducation au Québec, notamment pour les franco-catholiques qui furent les grands orphelins de la Conquête de 1759.Cependant, cette époque marquera, en raison de la commission d\u2019enquête sur l\u2019éducation, une ère de transition qui favorisera l\u2019élaboration d\u2019une véritable structure scolaire apte à mieux pourvoir les besoins intellectuels des citoyens québécois. Les frontières protégées, clé de voûte de la question démographique au Québec par MICHEL BROCHU des préoccupations centrales du Québec et de la Ligue d\u2019Action Nationale, au premier chef, au cours de 1987 et 1988, a été la crise démographique aiguë que connaît actuellement le Québec qui voit se profiler, à l\u2019horizon du XXie siècle, un lent déclin de sa population.Cette situation tient à plusieurs causes qui sont reliées les unes aux autres et dont les effets, s\u2019additionnant les uns aux autres, se sont démultipliés et accélérés depuis 3 décennies.La première cause enclenchante, très rarement évoquée, a été le bouleversement de fond en comble du système d\u2019éducation québécois accompagné, sauf de rares exceptions, d\u2019une laïcisation effective des nouveaux complexes scolaires.Il faut aussi compter comme cause de l\u2019affaiblissement de la population, l\u2019esprit de libéralisation de la morale et l\u2019attitude laxiste des catholiques québécois face aux problèmes de la vie, ce qui a entraîné une désaffection certaine envers plusieurs principes moraux: par exemple, le principe du respect de la vie face à 724 L\u2019ACTION NATIONALE la question de l\u2019avortement et le sens de la responsabilité parentale dans l\u2019éducation.Intimement liée aux «libérations» qui précèdent, se situe le mouvement de libération de la femme dont les buts et les fruits aussi ont été: l\u2019égalité, à tous points de vue, avec l\u2019homme, le rejet de la maternité ou l\u2019acceptation de la maternité différée et exceptionnelle, ce qui, le plus souvent, s\u2019est traduit dans la réalité par un enfant unique; enfin, l\u2019indépendance économique par rapport à l\u2019homme qui a souvent débouché sur le rejet du mariage sous 2 formes: le célibat voulu et permanent et le divorce qui contribuent, de façon tristement efficace, à l\u2019abaissement du taux de natalité.Le Québec, au cours du dernier quart de siècle, a donc connu toutes les libérations, moins deux: libération du cadre de l\u2019éducation traditionnelle, voulue et planifiée par la Commission Parent, libération vis-à-vis du respect de la vie, libération vis-à-vis des principes religieux et moraux, libération de la femme.Toutes ces libérations ont eu des incidences cumulatives et croissantes sur l\u2019évolution de la natalité au Québec.On doit constater que deux libérations ne sont pas au rendez-vous: d\u2019une part, la libération économique (à peine amorcée) et, d\u2019autre part, la libération de la maîtrise du destin politique du Québec par les Anglo-Saxons (dont les Québécois, par manque de courage et par manque de flair politique, n\u2019ont pas encore ressenti la nécessité pourtant vitale).Relativement à la question de la dénatalité, il est patent pour tout homme réaliste et sensé que, parmi les révolutions synthétisées plus haut et passées dans les faits de la vie sociale et familiale du Québec, aucune n\u2019est réversible de façon prévisible: il est donc peu probable que puisse être inversée la tendance actuelle de la courbe démographique du Québec.Devant ce constat, auquel bien peu ne peuvent souscrire, il convient de voir les choses autrement, en regardant du côté de quelques pays à population inférieure ou égale à 5 000 000 d\u2019habitants, à croissance démographique faible ou nulle et à langue unique ou dominant à plus de 90%.C\u2019est précisément le cas de l\u2019Islande, du Danemark, de la Norvège et de la Finlande, dont nous évoquerons brièvement la situation démographique et de leur avenir national. LES FRONTIÈRES PROTÉGÉES 725 \u2014 L\u2019Islande est un pays insulaire de population très faible (238 000 habitants) et qui, en raison d\u2019une pauvreté chronique, est condamné à n\u2019avoir qu\u2019une population à très lente croissance.La langue unique de cet État est l\u2019islandais qui, à titre officiel, au moins, n\u2019est parlé nulle part ailleurs au monde.\u2014 Le Danemark est un pays de 5 111 000 habitants qui forme un prolongement continental et insulaire au Nord de l\u2019Allemagne, auquel il faut ajouter l\u2019archipel des Féroé (littéralement îles lointaines) et le demi-continent du Groenland.Tous ces territoires regroupent une population dont la croissance est extrêmement lente et la langue de cet ensemble est le danois à plus de 95% de la population, les 5% restant parlant l\u2019esquimau (variété du Groenland).Il convient de rappeler que le danois n\u2019est pas parlé officiellement en dehors des trois parties précitées du Royaume du Danemark.\u2014 La Norvège est un autre pays Scandinave de faible population à croissance très modérée avec 4 159 000 habitants ayant le norvégien pour langue unique; cette langue harmonieuse n\u2019est parlée officiellement qu\u2019en Norvège continentale et dans les quelques îles relevant de sa souveraineté: archipel du Svalbard, île de l\u2019Ours, île Bouvet, île Jan-Mayen.La Finlande, enfin, est un pays de superficie moyenne, à population faible (4 894 000 habitants) selon le critère établi dans cet article, et dont la langue nettement majoritaire est le finnois qui n\u2019est parlé qu\u2019en Finlande, avec une minorité de 8% de la population parlant suédois et 1% le lapon.Il est connu que le finnois n est parlé officiellement qu\u2019en Finlande même.Outre les traits généraux décrits ci-haut (population faible et taux d\u2019accroissement lent), on note pour les pays évoqués deux dénominateurs communs liés l\u2019un à l\u2019autre: d\u2019une part, chaque territoire est souverain d\u2019une souveraineté qui a été conquise par la force ou par la diplomatie à une nation plus ambitieuse et conquérante; d\u2019autre part, malgré une population modeste et à faible taux de croissance, dans aucun des pays mentionnés la langue massivement majoritaire ou unique, peu répandue et, en principe, fragile, n\u2019est en péril du fait d\u2019une 726 L\u2019ACTION NATIONALE démographie statique ou déclinante et dans aucun pays, non plus, l\u2019existence même des populations danoise, islandaise, norvégienne et finnoise n\u2019est menacée d\u2019extinction, de fragilisation oui de submersion par d\u2019autres peuples.Pourquoi donc en est-il ainsi, alors que toutes ces menaces pèsent sur l\u2019avenir du Québec?La réponse apparaît comme évidente: c\u2019est que chacun des pays concernés est protégé par des frontières d\u2019État souverain et qu\u2019à l\u2019intérieur de celle-ci, chaque pays est maître de l\u2019immigration et de la protection de sa langue nationale, si peu parlée soit-elle à l\u2019extérieur.Dans ces conditions, chacun des pays précités est assuré de la pérennité de sa population et donc de son existence, même si, pour quelques années ou pour quelques décennies, sa croissance démographique est faible, nulle et même régressive.En principe, il n\u2019en va pas autrement pour le Québec, mais en principe seulement, car il ne possède ni frontière réelle, ni pouvoir législatif contraignant dans les domaines de l\u2019immigration et de la langue où des lois dûment votées sont renversées par les tribunaux d\u2019une autre juridiction et où, en matière d\u2019immigration, le dernier mot revient toujours à cette autre juridiction.Dans ces conditions, la défense de la démographie, notamment par une immigration contrôlée et orientée, relève de l\u2019utopie.Quelle est donc la solution à cette impasse où le Québec se trouve placé?La solution logique est d\u2019inverser les termes du problème, c\u2019est-à-dire qu\u2019il est impérieux pour le Québec de conquérir d\u2019abord son indépendance pour arriver à maîtriser efficacement son avenir démographique et, par la même occasion, le destin et le rayonnement de la langue française.Il convient donc que tout ce qui compte comme Sociétés nationales au Québec donne la primauté absolue à la conquête de frontières qui seront le rempart à l\u2019abri duquel le Québec pourra élaborer, sans entraves, une véritable politique de développement démographique.Le Québec ne fera alors que suivre l\u2019exemple des pays cités, pour lesquels l\u2019Indépendance a été un préalable nécessaire à la réussite de tout autre projet à l\u2019échelle nationale. LES FRONTIÈRES PROTÉGÉES 727 Le Québec ne peut échapper à cette dure et inéluctable loi géopolitique: il s\u2019y est pourtant essayé avec acharnement en ce qui concerne la langue française, mais le gouvernement qui le tient en tutelle, d\u2019un gant de fer dans une main de fer, s\u2019emploie à réduire à néant les effets de cette loi.Il ne fait aucun doute que la période suivant immédiatement l\u2019indépendance verra la démographie se redresser rapidement, dans le sens quantitatif et qualitatif que le gouvernement de la République du Québec voudra lui imprimer: c\u2019est dans ce sens que les frontières font prime sur la question démographique et qu\u2019une croissance démographique stagnante (comme c\u2019est le cas au Danemark) ou en déclin, peut très bien ne pas mettre en cause l\u2019existence d\u2019un pays (Danemark, Finlande) ou d\u2019États-Nations, comme c\u2019est le cas en Islande ou en Norvège.La clé du salut démographique du Québec réside, d\u2019abord et avant tout, dans l\u2019indépendance, sinon c\u2019est la voie toute grande ouverte vers l\u2019abaissement et la déliquescence de tout ce qui est vital pour le Québec: démographie, langue française, valeurs traditionnelles.L\u2019exemple de l\u2019Islande de la Norvège, du Danemark et de la Finlande est une preuve que l\u2019indépendance est un absolu pour un pays.Il reste au Québec à le comprendre. En marge de l\u2019actualité nationale par ROSAIRE MORIN Quelle heure est-il?Hier, 1962, c\u2019était l\u2019aube de l\u2019émancipation nationale.Des instruments de libération étaient mis en place.Leurs objectifs étaient clairs.Hélas, à la première difficulté, on a changé les buts plutôt que de trouver les moyens efficaces qui auraient assuré leur réalisation.Ainsi, la révolution tranquille a manqué le bateau.Les espérances sont devenues des illusions.Malgré les déceptions ressenties, au début des années 1970, le Québec semblait conserver sa capacité d\u2019expression.La CEQ produisait «son manuel du 1er mai».La CSN nous invitait à ne compter «que sur nos propres moyens».La FTQ incitait l\u2019Etat à devenir un levier de développement.Puis, le PQ prend le pouvoir.Il mobilise toutes les forces de la nation.Des mesures progressives sèment l\u2019espoir, mais la période grise qui suit le référendum rend sceptiques les personnes les plus enthousiastes.Elles ont interprété comme une défaite l\u2019événement qui en soi constituait une victoire.La moitié des francophones avaient dit «OUI».Depuis, le temps est morose et les Québécois sont mélancoliques.Les Canadiens-Français sont un peu perdus dans la brume.Ils se cherchent.Ils n\u2019ont pas d\u2019idées maîtresses.Ils sont dispersés, profondément divisés.Dans ce contexte, il est urgent de définir les éléments d\u2019une doctrine nationale et d\u2019obtenir EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 729 autour d\u2019un commun dénominateur la plus large adhésion de nos compatriotes.C\u2019est l\u2019ambition de L\u2019Action Nationale de contribuer à cette œuvre.Toutes les personnes qui disent ce qu\u2019elles pensent sont conviées à s\u2019exprimer dans la revue.Un sénateur nous écrit.Un sénateur m\u2019écrivait récemment.Après un long moment d\u2019hésitation, je transmets à nos lecteurs le contenu de la lettre: «Cher Rosaire, J\u2019ai toujours éprouvé une vive admiration pour la détermination, le courage et l\u2019abnégation qui ont marqué toutes vos luttes.J\u2019admire encore l\u2019effort que vous faites en m\u2019écrivant une troisième fois pour m\u2019inciter à m\u2019abonner à L\u2019Action Nationale.J\u2019ai bien failli succomber à la tentation de vous faire plaisir.Mais cela n aurait pas été honnête: je veux bien que les nationalistes s expriment, mais il ne conviendrait pas que je contribue à un mouvement qui va à l\u2019encontre de mes convictions: je n\u2019ai jamais été et ne serai jamais nationaliste.Mais, que je sache, le nationalisme n a jamais manqué de bras au Québec.Acceptez que les miens s\u2019affairent à défendre des causes plus difficiles, souvent impopulaires, qui touchent le droit des individus plutôt que ceux de la collectivité.Ma collectivité à moi, ce n\u2019est ni le Québec, ni le Canada, mais le monde, et mes frères les plus proches sont d\u2019abord les plus pauvres et les plus persécutés.Les Québécois francophones sont plutôt loin sur ma liste de priorité.Cela étant dit, je vous répète que j\u2019ai le plus grand respect pour des nationalistes dans votre genre.Amitiés».L expression est «honnête».Le sénateur n\u2019est ni nationaliste, ni québécois, ni canadien.Pourtant, les Québécois paient son salaire.et ils ont droit à une défense honnête de leurs droits.Le brave homme d\u2019affaire à «des causes plus difficiles, souvent impopulaires».11 ignore les efforts répétés que les nationalistes doivent accomplir pour aider les «frères.les plus pauvres et les plus persécutés».À titre d\u2019exemple, au cours de la dernière année, L Action Nationale a émis plus de suggestions que 730 L\u2019ACTION NATIONALE tout le SÉNAT pour améliorer la condition de vie des itinérants, des clochards, des indigents, des miséreux, des va-nu-pieds, des jeunes défavorisés, des assistés sociaux et des chômeurs.Ces personnes, les frères et soeurs de notre sénateur, vivent au Québec et à l\u2019instar de mgr Camara, nous croyons qu\u2019il est d\u2019abord de notre devoir de les aider à sortir de leurs misères et de leur pauvreté et de leur permettre de vivre avec dignité.Mon cher sénateur, c\u2019est là un aspect fondamental de notre nationalisme.Nous ne refusons pas de soulager la misère des peuples pauvres de l\u2019Afrique ou des autres continents, mais nous croyons devoir travailler pour arrêter la marche grandissante de la pauvreté au pays du Québec, car le Québec, c\u2019est notre pays.Le Québec, c\u2019est notre patrie.C\u2019est la terre que nos ancêtres ont défendue au prix de leur sang et qu\u2019ils ont enrichie de leur travail, de leurs sacrifices et de leurs luttes.Ma patrie, ce n est ni la France, ni l\u2019Angleterre, ni le Canada.Ma patrie, mon cher sénateur, c\u2019est le Québec, le sol qui m\u2019a vu naître et grandir.La première place dans mon cœur appartient à ma famille, à ma mère, à mon père, à mon épouse, à mes enfants, à mes frères, sœurs, oncles et tantes.La seconde place revient au prolongement de ma famille, à la patrie québécoise qui a été abandonnée et trahie par trop de ses fils.Ensuite, mais à ce moment-là seulement, ma patrie, c\u2019est l\u2019Afrique, l\u2019Asie, l\u2019Amérique du Sud.Ma patrie, c\u2019est alors toute l\u2019humanité et l\u2019humanité comprend le Canada anglais qui n\u2019a jamais accepté que le Québec soit la patrie et le foyer national des Canadiens-Français.En terminant, je dis à mon sénateur que tout groupe, que toute politique et que toute personne qui oublient ou qui sacrifient les intérêts de leur patrie à des intérêts étrangers, légitimes mais étrangers, s\u2019opposent au droit naturel qui est une loi fondamentale de la vie humaine.Trois rois dans les quotidiens La concentration des médias qui n\u2019inquiète pas notre gouvernement, notre gouvernement c\u2019est celui du Québec, est 1 une des faiblesses de la nation canadienne-française.Les lois du marché ne respectent pas la libre expression des opinions.À titre d\u2019exemple, un éditorialiste de La Presse n\u2019a pu s\u2019opposer à l\u2019ac- EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 731 quisition de Télé-Métropole par son patron, Power, même s\u2019il pensait que l\u2019opération constituait un monopole inacceptable.Or, Power possède La Presse, Le Nouvelliste, La Tribune, La Voix de l\u2019Est et une quinzaine de journaux hebdomadaires.Les frères Black de Toronto gèrent Le Soleil, Le Droit, le Quotidien et une vingtaine de journaux hebdomadaires.Québécor contrôle Le Journal de Montréal, Le Journal de Québec, une vingtaine d hebdomadaires, le Super-Hebdo et je ne sais combien de revues.Le seul quotidien libre, Le Devoir, est composé, imprimé, livré et financé par Québécor.Québécor appartient aujourd\u2019hui à Pierre Péladeau.Sera-t-il demain la propriété de Bell Canada?On sait que le géant du téléphone vient d\u2019acquérir 21% des actions de Québécor.Il avait précédemment acquis 33% de Mémotec qui avait absorbé le bijou de Téléglobe, transaction-cadeau du gouvernement Mulro-ney.Certes, les placements de Bell dans Mémotec et dans Québécor comportent des avantages fiscaux évidents.La compagnie pourra comptabiliser les bénéfices annuels réalisés.Mais on peut prêter d\u2019autres intentions à Bell.L\u2019entreprise est très loin placée pour viser le contrôle de Québécor, dès que la famille Péladeau sera intéressée à se départir de ses actions.Cette hypothèse n\u2019est pas à rejeter.M.Péladeau a déjà dit qu\u2019il quitterait Québécor le jour où les actifs s\u2019élèveraient à 1 milliards et Bell, actionnaire minoritaire de National Pagette, a acheté l\u2019an dernier toutes les actions détenues par l\u2019actionnaire majoritaire, Charles Sirois.Un même scénario est prévisible.Bell est intéressée dans l\u2019impression.L\u2019entreprise s\u2019est impliquée dans les imprimeries Ronalds Federated, il n\u2019y a pas si longtemps.Québécor serait un fleuron qui s\u2019ajouterait à l\u2019empire.Est-il besoin d\u2019insister sur le rôle de la presse, notamment des quotidiens, dans la vie québécoise.Ne doit-on pas s\u2019inquiéter de la concentration actuelle?Faut-il demeurer indifférent au transfert possible de Québécor à Bell Canada?Serait-il normal que la moitié des quotidiens de langue française appartiennent à des anglophones?Est-il acceptable que la presse quotidienne, Le Devoir excepté, appartiennent à trois entreprises financières dont les intérêts ne coïncident pas avec ceux de la nation? 732 L\u2019ACTION NATIONALE Oublie-t-on que la presse façonne l\u2019opinion?Elle interprète les courants d\u2019idée.Possédée par trois rois fédéralistes, la presse canadienne-française n\u2019est pas canadienne-française.Elle est pire.Elle est commerciale.Elle offre au public ce qu\u2019il demande.Il faut faire de l\u2019argent.Les vols, les procès criminels et les viols rapportent plus de bénéfices que le sens social et le patriotisme.Ottawa-Québec et les langues officielles Notre ministre québécois des Affaires canadiennes, monsieur Gil Rémillard, entreprend des négociations avec le Fédéral pour harmoniser les politiques linguistiques qui s appliqueront au Québec.Notre nouveau secrétaire d\u2019État fédéral, monsieur Lucien Bouchard, aurait accepté le principe d\u2019une telle négociation.Il reconnaîtrait le respect de la compétence du Québec en matière linguistique.Maître Renard rêve seulement d\u2019encadrer l\u2019action linguistique fédérale dans la Belle Province.Il n\u2019interviendra pas auprès des organismes publics et des entreprises privées relevant de la compétence québécoise.Quelle souplesse! Maître Corbeau ne se sent pas de joie et pour montrer sa flexibilité il laissera Ottawa «limiter ses interventions de promotion du bilinguisme au Québec dans le domaine linguistique aux seuls institutions, entreprises, groupes et syndicats qui sont de son ressort.Par exemple, auprès d entreprises comme Bell puisque le domaine des communications relève de son autorité».(Le Devoir, Bernard Descôteaux, 18 août 1988).Voilà un exemple qu\u2019il ne fallait pas donner! Bell, une entreprise bilingue?Et ses filiales?Les banques, bilingues?Elles sont de juridiction fédérale.Et leurs filiales?Le Canadien National, bilingue?Les Postes, bilingues?Les ports, bilingues?Les hôpitaux, bilingues?Les services sociaux, bilingues?Les ambassades, bilingues?Les ministères fédéraux, bilingues?Les douanes bilingues?La voie maritime du Saint-Laurent, bilingue?L\u2019assurance-chômage, bilingue?Les compagnies à charte fédérale, bilingues?Les sociétés de la Couronne fédérale, bilingues?Et tous les employés de ces entreprises sont sous la juridiction fédérale?Restera-t-il quelque part, sur une île déserte, une place pour la langue officielle française? EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 733 Le marché de dupes se négociera dans quelques semaines.Pour un plat de lentilles qui favorisera par surcroît la minorité anglophone du Québec, une minorité déjà plus riche que la majorité francophone, le Québec deviendra dans la vie courante une société bilingue dans un Canada unilingue anglais.Cette situation aberrante est inacceptable.Les Québécois ne peuvent tolérer I invasion d\u2019une compétence exclusive et vitale pour la survivance française.Le temps de la mobilisation est arrivé.Aux quatre coins du Québec, puisqu\u2019on nous y oblige, descendons dans la rue, donnons-nous la main pour former une chaîne de la croix de Gaspé aux Remparts du Long-Sault.Au Québec, la langue officielle, c\u2019est le français et la seule autorité en la matière, c\u2019est le gouvernement du Québec.Et le Québec doit être aussi français que les autres provinces sont anglaises.Déjà, trois Québécois sur cinq parlent la langue anglaise.Dans les autres provinces, exception faite de nos frères francophones, un Canadien sur trente parle la langue française.Messieurs les Anglais, établissez l\u2019équilibre! Lorsque trois Canadiens anglais sur cinq parleront le français, vous reviendrez nous voir pour prêcher les vertus du bilinguisme.D\u2019ici là, laissez-nous la paix.C est l\u2019indépendance.ou la Louisiane Dans Le Devoir du 23 juillet, Doris Lussier laisse parler son cœur.Que puis-je ajouter à son témoignage?Notre père Gédéon pose la vraie question: «Les Québécois veulent-ils être une vraie \u2018société distincte\u2019 qui vit en français en Amérique du Nord?» Monsieur Lussier est lucide.Plusieurs affirmations mériteraient d être ici reproduites.Citons les principales lignes de sa «deuxième vérité»: «Quand une nation de six millions de francophones vit entourée de 250 millions d\u2019anglophones \u2014 un îlot dans un océan , qu\u2019en plus elle est démographiquement menacée dans son nombre par une dénatalité galopante, et qu\u2019elle est, enfin, culturellement assiégée par la pression quotidienne massive des médias américains, il est de toute évidence humainement impossible qu\u2019elle puisse résister victorieusement à l\u2019assimilation si l\u2019État qui l\u2019incarne juridiquement et sociologiquement n\u2019a pas le pouvoir absolu et exclusif de faire les lois et de prendre les moyens qui gardent la langue française en vie, en assurent la qualité et en protègent la quantité.» 734 L\u2019ACTION NATIONALE En homme qui ne craint pas de se mouiller, monsieur Lussier déclare que «seule l\u2019indépendance nous permettra de prendre les mesures radicales de redressement qu\u2019exige la dégradation actuelle de notre état.11 faut le dire carrément au peuple québécois, et le lui redire: c\u2019est l\u2019indépendance ou la mort».Le choix réside entre ces deux pôles.Les dangers sont là.Ils nous menacent sur tous les fronts: natalité, démographie, bilinguisme, multiculturalisme, assimilation, centralisation des pouvoirs, fédéralisme asymétrique, spiritualité, moralité, américanisation.Comme des Don Quichotte, les nationalistes se battent.La lutte est toujours à recommencer.L\u2019histoire se répète sans cesse.Il faut constamment sonner l\u2019alerte et il n\u2019est pas certain que nous ne reculons pas sur plusieurs fronts.Si nous avions au moins l\u2019appui de nos hommes d\u2019affaires.Hélas! la plupart de ceux qui ont réussi dans les affaires sont assis sur leur confort et sur leurs richesses.Ils ne voient pas les dangers qui mettent en péril la patrie.Ils ne se préoccupent pas du fait que nous serons à peine 5 millions de Québécois en l\u2019an 2050.Leur succès leur suffit.Lussier leur répond: «L\u2019économie, c\u2019est le bien-être; mais la culture, c\u2019est l\u2019être.» Si une nation «perd son âme, elle meurt.» «La nation québécoise aura beau être économiquement la plus prospère du continent nord-américain, si elle perd la langue française qui 1 identifie, la distingue et la différencie, elle n\u2019existe plus comme nation.» L\u2019île-du-Prince-Édouard Une bonne nouvelle nous parvient des avant-postes.Un groupe d\u2019éclaireurs, nos frères acadiens, vient de remporter une victoire, après les cuisantes défaites subies en Saskatchewan, en Alberta et à Ottawa.Dans l\u2019île, la loi scolaire a été modifiée.Elle favorise l\u2019éducation en français, là où le nombre le justifie.Une entente-cadre entre le Fédéral et la Province prévoit en outre une dépense de 5 millionsS sur cinq ans.Ce programme comprend trois volets.Des formulaires seront traduits en français.Vingt nouveaux postes de la fonction publique seront désignés bilingues.Les fonctionnaires recevront une formation linguistique suffisante pour offrir en français les EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 735 services de l\u2019éducation, de la santé, de la justice, de l\u2019agriculture et du tourisme.Mais ces services ne seront offerts en français que dans les régions à grande concentration française: Abram-Village, Miscouche, Mont-Carmel, Tignish-O\u2019Leary, Wellington.Dans l\u2019île, on recense quelque 6 000 francophones.À peine 2 000 d\u2019entre eux parlent français «quotidiennement».Nul doute que l\u2019entente-cadre valorisera le français, mais l\u2019histoire nous apprend qu\u2019on finit par penser selon le mode de vivre.Aussi faut-il inciter nos frères acadiens à poursuivre la lutte pour la reconnaissance du peuple acadien.Ils ne peuvent se satisfaire de 32 postes bilingues sur 3 300 emplois dans la fonction publique.Pour la victoire remportée, nos félicitations s\u2019adressent à la Société Saint-Thomas d\u2019Aquin et au Comité consultatif des communautés acadiennes que préside M.Aubrey Cormier.Le Lac Meeeh En cette chronique, j\u2019ai déjà dénoncé à plusieurs reprises l\u2019accord du Lac Meech et les attitudes odieuses et iniques des gouvernements de la Saskatchewan et de l\u2019Alberta.Il est invraisemblable que ces deux provinces, les premières à avoir entériné l\u2019accord du Lac Meech, se soient dégagées aussi facilement de leur obligation à protéger la minorité francophone.L\u2019histoire se répète.Pendant 83 ans, la Saskatchewan et l\u2019Alberta ont bafoué la langue française et les francophones.Alors qu\u2019elles étaient des provinces bilingues, selon le jugement récent de la Cour suprême, elles ont négligé les droits du français depuis 1905.Pour se conformer à l\u2019arrêt du plus haut tribunal, elles ont le culot, une autre fois dans notre histoire, de se libérer de leurs devoirs.La Loi 2 de la Saskatchewan et la Loi 60 de l\u2019Alberta abolissent tout simplement l\u2019article 110 de la Loi sur les Territoires du Nord-Ouest qui ordonnait à ces deux provinces de promulguer leurs lois en français et en anglais.Désormais, elles pourront légiférer en anglais seulement et les citoyens pourront utiliser le français devant les tribunaux «sans garantie toutefois d\u2019être compris du juge».Une cause est présentement pendante devant 736 L\u2019ACTION NATIONALE la Cour suprême.Les sœurs Moreau, avocates albertaines, réclament le droit d\u2019un jeune Franco-Ontarien à subir en français un procès criminel.Pendant ce temps, le secrétaire de l\u2019État fédéral, Lucien Bouchard, refuse la demande de l\u2019ACFA de consulter la Cour suprême sur la constitutionnalité de la nouvelle loi scolaire alber-taine.Cette loi entrera en vigueur le 1er janvier 1989.Le Secrétaire d\u2019État refuse aussi de créer un fonds de développement pour la survivance de la communauté francophone albertaine.11 n\u2019accepte pas non plus de faire pression sur le gouvernement albertain pour modifier l\u2019inique Loi 60.Il négociera.Il financera pour quelque temps des services en français.Voilà l\u2019une des caractéristiques du Lac Meech! Dans les autres provinces, la dualité canadienne est anglaise.Au Québec, l\u2019histoire nous l\u2019apprendra, le caractère distinct du Québec consistera à protéger la minorité anglophone, car la promotion et la protection du fait francophone seront limitées par la dualité canadienne.La Loi C-72 est le premier indice.Le Fédéral peut maintenant intervenir au nom de l\u2019unité fédérale ou de la dualité canadienne.«Bande de caves, vous n\u2019êtes pas tannés.» Les garderies Le gouvernement fédéral vient d\u2019adopter le projet C-44 traitant des garderies.On offre aux provinces des subventions correspondant à 50% du coût des services de garde, s\u2019ils sont conformes aux normes nationales.Une province qui ne participe pas reçoit une contribution d\u2019environ 33%.Voilà un programme qui déroge substantiellement à l\u2019esprit du Lac Meech! Ce plan dit conjoint s\u2019inscrit dans une compétence exclusivement provinciale que le gouvernement du Québec exerce déjà.Participer au programme fédéral tel qu\u2019il est proposé laisse le cheval de Troie s\u2019introduire davantage dans notre législation sociale.Il est certain que les normes nationales et que le pouvoir de réglementation du Fédéral ne sont pas dictés par les besoins québécois.L\u2019occasion est belle de recourir à l\u2019option de retrait du programme fédéral et d\u2019exiger cette juste compensation dont on parlait au Lac Meech. EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 737 Saint-Basile-le-Grand La catastrophe écologique de Saint-Basile était prévisible.Depuis longtemps on savait que 5 000 tonnes de BPC étaient entreposées dans 794 sites québécois.On savait aussi que certains sites représentaient des dangers, notamment les entrepôts de Saint-Basile et de Shawinigan.Le ministère de l\u2019Environnement était au courant de tous les faits.Il avait refusé, il y a deux ans, à une compagnie de Marc Levy le renouvellement du permis pour son installation de Shawinigan, mais l\u2019entrepôt est encore rempli de BPC à pleine capacité.Il connaissait également la faiblesse de l\u2019entrepôt de la compagnie Toxitec de Saint-Basile, propriété du même monsieur Levy: clôture incorrecte, système d\u2019alarme défectueux, absence de gicleurs automatiques.Mais il n\u2019intervenait pas.Il ne voulait pas se substituer «aux responsabilités du propriétaire» considéré le pollueur payeur.Oubliant la possibilité d\u2019un désastre dans l\u2019immédiat, le ministre songeait à l\u2019avenir.Dès 1986, il proposait l\u2019établissement et l\u2019exploitation d\u2019un équipement de destruction des BPC et l\u2019installation d\u2019entrepôts à haute sécurité.Selon la philosophie de ce gouvernement, le ministère ne voulait pas agir comme maître-d\u2019œuvre.Le ministre laissait l\u2019initiative à l\u2019entreprise privée.Espérons que le scandale de Saint-Basile persuadera le gouvernement que certaines tâches de sécurité et de santé publiques ne peuvent être abandonnées à des entreprises dont l\u2019objet premier est de réaliser des profits.Et le malheur arriva.Dans notre malchance, nous sommes chanceux.On dit que 15 000 gallons de BPC n\u2019ont pas brûlés.et le vent n\u2019a pas dirigé le nuage noir sur le centre de Montréal.Néanmoins, la panique s\u2019est emparée des autorités gouvernementales.On semble improviser de jour en jour les mesures à prendre.L\u2019information sur les soins de santé et sur l\u2019aide matérielle est diffusée au compte-gouttes.À Saint-Basile, et ailleurs aussi, des questions sont posées.Les réponses viennent de droit et de gauche.Elles n\u2019ont pas l\u2019assurance morale suffisante pour rassurer.Autrement dit, nous ne savons pas gérer des situations d\u2019urgence. 738 L\u2019ACTION NATIONALE Nous ne savons pas non plus comment éliminer les 5 000 tonnes de déchets biomédicaux qui aboutissent aux égoûts.Nous ne savons pas comment éliminer les 5 millions de pneus usagés entreposés à Saint-Amable.Nous ne savons pas comment détruire les 50 000 millions d\u2019huiles minérales contaminées aux BPC.Le ministère étudie.Des guides seront publiés.L\u2019avortement, droits et obligations Face aux positions diamétralement opposées qui divisent la population, le gouvernement a été incapable de définir les droits et les obligations des personnes et des institutions en matière d\u2019avortement.Pourtant, une solution s\u2019impose.Elle doit être acceptable à la majorité et vivable par les Canadiens et les Canadiennes qui ont des vues irréconciliables sur le sujet.Énergie Atomique du Canada Cette société de la Couronne dépensera, cette année, 2,5 millionsS dans une campagne de propagande pour populariser l\u2019énergie nucléaire.C\u2019est l\u2019Association nucléaire canadienne que l\u2019on utilise comme véhicule.À votre avis, l\u2019argent du public pourrait-il servir à des fins moins discutables et plus utiles?Une technologie aussi contestable doit-elle être promue avec nos impôts?Hélas! la population canadienne ressemble souvent au corbeau de La Fontaine qui s\u2019est fait tromper par le renard.Wayne Gretzky et l\u2019homme d\u2019affaires Peter Pocklington est millionnaire.Sa fortune est née dans la spéculation et sa renommée s\u2019était étendue avec Wayne Gretzky et les Oilers d\u2019Edmonton.Le meilleur joueur du monde représentait pour l\u2019homme d\u2019affaires un actif qu\u2019il fallait réaliser au plus haut prix, avant que la cote du marché ne commence à diminuer.Je ne suis pas le seul à formuler ce jugement.À Edmonton, les amateurs de hockey protestent, rouspètent.Ils sont indignés.Plus de 1 000 billets de saison ont été annulés.Des entreprises boycottent les produits de Pocklington.L'Edmonton Journal a EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 739 publié un cahier spécial qui reproduisait plus de 8 000 témoignages d\u2019estime pour Gretzky et de mépris pour Pocklington.Ce dernier se fiche royalement des réactions.Il a encaissé quelques millions de dollars qu\u2019il aurait perdu si Gretzky avait abandonné le hockey, comme il avait l\u2019intention de le faire il y a quelques dix-huit mois.Certes, les hommes d\u2019affaires n\u2019agissent pas tous à la Pocklington.Malheureusement, un grand nombre d\u2019entre eux auraient vendu Gretzky comme un paquet de saucisses. Le suicide chez les jeunes par RENÉ BLANCHARD Comment expliquer le nombre record de suicides chez les jeunes québécois?«20% des jeunes Québécois avouent avoir pensé, un jour, au suicide.Le suicide chez les jeunes a augmenté de 400% en quinze ans.» Et l\u2019on cherche des explications enchevêtrées.Par les approches de la psychologie.On parle, davantage des symptômes que des causes profondes et, par pudeur, on évite le regard global sur la société québécoise pour ne pas faire nationaliste, pour se situer au centre ou dans le corporatisme de droite de bon ton, le ton qu\u2019il faut pour garder son poste et ne pas déranger.Personne n\u2019ose dire encore que le Québec est un pays pourri où l\u2019idéal d\u2019un jeune se sent mal à l\u2019aise.Nombre de jeunes sentent bien que ça ne va pas au Québec.Que le pays est «sans bon sens».Ils intuitionnent qu\u2019il faudrait changer les choses.Mais qu\u2019ils sont rendus impuissants par le système.Le fossé des générations s\u2019est creusé ces dernières années.Les vieux vivent encore le compromis traditionnel sur lequel ils ont tramé leur vie, mais sur lequel aucun progrès de société réel à long terme ne peut se greffer.Les jeunes savent et acceptent mal les compromis des vieux, leur impuissance et surtout la bâtardise socio-culturelle qu\u2019impose, à leur groupe national, le contexte canadien. LE SUICIDE CHEZ LES JEUNES 741 L\u2019image globale d\u2019un monde à refaire vient s\u2019ajouter au poids de leur monde à eux, poigné dans l\u2019incapacité de se définir clairement comme société, comme nation, comme pays.Être «les fous de I\u2019île», porter l\u2019identité des autres plutôt que la leur, contribuer à l\u2019aveugle Amérique qui emmerde le monde ne leur dit rien.Rejet d\u2019un système qui empêche les jeunes de vivre comme ils l\u2019entendent, de s\u2019attacher à des valeurs de fraternité, d\u2019humanité, de vie saine dans un environnement sain; de vivre enfin dépollués de la guerre, de la concurrence aveugle, de la compétition sauvage, de la course stupide à la carrière, du cramponnage à l\u2019échelon social.Les jeunes du Québec ont aujourd\u2019hui l\u2019impression d\u2019avoir été sacrifiés à la révolution tranquille qui depuis 1960 a changé toute la société québécoise, bouleversé ses valeurs, son climat, sa moralité.Ils se posent des questions sur la qualité du Québec, sur son sens.En fait, ils rêvent de l\u2019attention dont la société entourait autrefois l\u2019enfant.De la mère attentive, du père guide, de la famille, des frères et sœurs nombreux, du groupe moteur, éducateur et protecteur dans lequel se faisait l\u2019apprentissage de la vie, de la lutte, de la douleur, de l\u2019épreuve, de la joie, de la mort.Pour plusieurs jeunes, le Québec n\u2019est pas le tremplin à partir duquel on peut espérer changer les choses.Cette terre n\u2019est pas à eux.Ils n\u2019ont pas l\u2019impression que c\u2019est pour eux qu\u2019on les forme et les invite au travail.Les parents du Québec ne peuvent leur dire, comme ceux d\u2019ailleurs: «Voici le pays dont vous êtes les maîtres», parce qu\u2019ils ne l\u2019ont jamais reçu eux-mêmes.On les a «abîmés» dans des écoles neutres.On leur a beaucoup appris, mais leur connaissance d\u2019ici a perdu en profondeur ce qu\u2019elle a gagné en étendue.On oublie souvent que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019ont plus la foi qui guérissait autrefois les pires blessures, rendait tolérable les injustices, l\u2019absence de liberté, de bonheur.Ils ne savent plus rien de la foi ancienne, celle qui donnait un sens à la vie, qui permettait de garder espoir.Ils ne savent rien de la prière et des valeurs mystiques, de tout ce qui aide à supporter les problèmes, 742 L\u2019ACTION NATIONALE ceux du travail, de la santé, de l\u2019insécurité, et à calmer le désarroi de l\u2019âme.Les jeunes du Québec d\u2019aujourd\u2019hui qui veulent arrêter de souffrir de l\u2019incohérence sociale, de la bêtise humaine, de l\u2019hypocrisie des politiques, de l\u2019absurdité du système, ont-ils d\u2019autres choix que de décrocher?Ils n\u2019acceptent plus de risquer leur vie avec le sentiment d\u2019être battus à l\u2019avance.Ils n\u2019ont pas d\u2019amour pour un pays qui rend impuissant, qui ridiculise leurs espoirs.L\u2019histoire contemporaine apprend que la conscience des jeunes droit trouver des voies pour s\u2019exprimer.Mai 68, en France, en a fait la preuve fracassante.Vraisemblablement un pays qui casse ses jeunes se casse lui-même.C\u2019est le plus grave danger qui guette présentement le Québec.Un pays qui n\u2019est pas lui-même adulte ne peut rien dire, ni rien proposer, à ses jeunes.Il ne peut leur offrir une vraie chance de réussir.Il est incapable de créer un travail qui s\u2019ajuste à leur identité, à leurs potentialités, à leur culture.Il ne peut même pas proposer aux jeunes des écoles qui prolongent la famille.Il les livre plutôt à des enclos, véritables camps de concentration où l\u2019on tente de dresser à servir un système qui conscrit, méprise et abuse les idéaux.Le Québec d\u2019aujourd\u2019hui ne comprend plus rien à ses jeunes.Il est en train de les perdre et de se perdre lui-même.Bâtard et stérile, il impose à une génération une existence au-delà des limites de l\u2019humain.Un jeune interrogé sur le suicide exprimait un peu ce qu\u2019est devenu le Québec: une terre en mal de vivre, mais incapable de vivre, où le suicide est devenu presque normal.Pour lui, celui qui se suicide a tout simplement fait son chemin.Tout le chemin dont la société l\u2019a rendu CAPABLE! Emile Nelligan de Paul Wyczynski (Fides, 1987) par PHILIPPE GÉLINAS, C.R.c ^¦''eux qui ont lu le Proust de Painter, ou le Balzac de Bardè-che, savent ce qu\u2019est une biographie qu\u2019on peut appeler «une somme»; à côté d\u2019elles, les biographies littéraires d\u2019André Maurois sont des œuvres de qualité écrites pour lecteurs civilisés, mais il faut bien reconnaître qu\u2019elles ne font pas le poids.On ne fera pas la même réserve pour le Nelligan du professeur Wyczynski: écrite dans un français qu\u2019aucune incorrection n\u2019entache, cette biographie se révèle l\u2019amalgame que peut produire la recherche, la culture de base et l\u2019honnêteté intellectuelle; de plus, il se dégage d\u2019elle un parfum auquel nul québécois ne peut rester indifférent.Émile Nelligan était le fils d\u2019un Irlandais établi à Montréal avec sa famille, à l\u2019âge de douze ans; par sa mère il descendait de cultivateurs et de petits notables du Bas-du-fleuve; il fut élevé en français, mais parlait anglais avec son père.Le père de Nelligan, fonctionnaire aux Postes royales, avait un revenu un peu au-dessus de la moyenne, et le futur poète (mais faut-il écrire «le futur», puisque nascuntur poetael) vécut ses années de jeunesse rue Laval, un peu au nord du carré Saint-Louis; on n\u2019a pas oublié que la bourgeoisie aisée canadienne-française habitait vers 1900 rue Cherrier, rue Sherbrooke, entre 744 L\u2019ACTION NATIONALE les rues Saint-Urbain et du Parc Lafontaine, ou bien rue Laval au sud et en face du carré Saint-Louis; là où habitait l\u2019enfant ou l\u2019adolescent Nelligan, on ne regardait donc pas les «beaux quartiers» avec envie ni amertume ni ambition, car on en était presque.De plus, il était fréquent alors que les jeunes filles étudient le piano dans les familles où on pouvait se l\u2019offrir (si l\u2019on était, il y a cent ans, plus souvent près de la gêne que maintenant, plusieurs familles pouvaient quand même s\u2019offrir un piano, comme celles qui sont dans la gêne maintenant peuvent quand même s\u2019offrir cet instrument idéal de transmission de la niaiserie qui s\u2019appelle, je crois, un appareil de télévision), et la mère de Nelligan jouait du piano et l\u2019enseignait à ses filles.Nelligan a donc été élevé dans un milieu où la gêne ne pesait pas sur le développement physique ou intellectuel, et où l\u2019ambiance artistique ne faisait pas défaut.Il va à l\u2019école Olier (.dans la cour de laquelle le grand Henri Bourassa a prononcé son dernier discours électoral) et au collège de Montréal.Il passe ses vacances chez ses parents maternels, dans le Bas-du-fleuve.Tout cela est de chez nous, est imprégné des couleurs qui ornaient notre peuple, des «habits» qu\u2019il portait avant son urbanisation massive et son américanisation; et tout cela est raconté sans minutie agaçante, mais avec les précisions nécessaires, sans romantisme, sans falbalas, mais aussi sans sécheresse, avec un sens presque émouvant de l\u2019appartenance au pays.Il est admirable que le professeur Wyczynski, natif de Pologne, ait su décrire la jeunesse de Nelligan dans sa réalité profonde: ce jeune homme, porteur de sang celte, mais fils du pays québécois, qui arpentait les rues d\u2019un quartier de Montréal qui a peu changé, et passait l\u2019été dans le vieux Québec rural.On lit parfois la biographie d\u2019un contemporain de Henri IV ou de Victor Hugo: son biographe nous le montre vivant dans le vieux Paris, et l\u2019on se prend à regretter qu\u2019aucun biographe ne nous montre l\u2019un des nôtres grandissant ou vivant dans les rues de Québec ou de Montréal.Et voici que le professeur Wyczynski, non pour flatter un patriotisme local qui serait chauvinisme, mais pour les fins d\u2019une biographie littéraire de qualité, nous décrit l\u2019un des nôtres naissant, grandissant, se promenant, ÉMILE NELLIGAN 745 vivant dans le Montréal qu\u2019ont connu nos grands-parents et que nous connaissons encore.11 est un peu ironique, sinon attristant, que lorsqu\u2019on pense aux liens entre le pays physique, la ville matérielle et les hommes, on ne se rappelle les avoir vus décrits que dans un livre de Young (qui appartient.à l\u2019autre Canada) sur George-Étienne Cartier ou de Rumilly (qui avait plus de vingt ans quand il s\u2019installa au Québec) sur le grand Mercier.Les immigrants assimilés nous enseigneront-ils à nous-mêmes?Et serons-nous longtemps encore assez nous-mêmes pour assimiler les immigrants?Bien d\u2019autres considérations viennent à l\u2019esprit durant la lecture de cette excellente biographie: l\u2019auteur est cultivé et sans forfanterie ni prétention, il analyse les influences littéraires de Nelligan; sans doute, Louis Dantin et Luc Lacoursière avaient déjà plus que mentionné Verlaine et Baudelaire, mais ici le professeur Wyczynski cerne de près les motifs, le vocabulaire et la prosodie.On ne reprochera pas à l\u2019auteur d\u2019évoluer sur un terrain mouvant et dans un lieu imprécis, quand il cherche l\u2019origine de la maladie mentale qui a réduit au silence l\u2019émouvant poète: la science de la psychiatrie ne deviendra peut-être jamais aussi exacte que les mathématiques! Mais dans ce domaine encore, le biographe a cherché la vérité, et il a réussi à s\u2019en approcher autant qu\u2019un préhistorien pourrait le faire d\u2019un passé qui recule toujours.Il faut ajouter à l\u2019honneur du biographe que ce qui serait chez d\u2019autres des anecdotes devient chez lui des éléments de connaissance.Le professeur Wyczynski a réussi à faire du «cas Nelligan» une étude clinique, sans prétendre être médecin et sans verser dans la vulgarisation: à combien d\u2019écueils et de tentations peut-être a-t-il résisté! Écrivons-le clairement: cela force l\u2019admiration.On peut regretter que l\u2019auteur ait à peine effleuré le «cas» de la mère du poète et celui de sa sœur aînée: on ne peut l\u2019en blâmer, car ce n\u2019était pas son propos, mais il est surprenant qu\u2019il semble ne pas avoir vu la possibilité, peut-être lointaine, des effets de l\u2019hérédité.Si l\u2019enfance du poète est racontée avec plusieurs détails (j\u2019ai lu avec intérêt parmi les noms des condisciples de Nelligan celui 746 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019un avocat qui fut l\u2019associé de mon père, et le père de l\u2019ancien directeur de notre revue!), sa jeunesse est de plus présentée, sans hiatus avec l\u2019enfance, et en rapport avec la création poétique inoubliable de Nelligan.Avec une évidente volonté de vérité et sans l\u2019ombre de fausse sentimentalité, le biographe décrit le départ de Nelligan vers l\u2019hôpital psychiatrique.Le biographe signale avec raison les soins qu\u2019a apportés au malade son beau-frère et la fidélité à sa mémoire qu\u2019ont pratiquée ses neveux: le Prix Nelligan offert par le regretté Gilles Cor-beil en est une illustration notable.«C\u2019était un grand vaisseau, taillé dans l\u2019or massif.» L\u2019Action Nationale recommande REFUS GLOBAL ET SES ENVIRONS, André-G.Bourassa et Gilles Lapointe, l\u2019Hexagone, 188 pages, 14,95$.AGROPUR, Claude Beauchamp, Éditions du Boréal, 288 pages, 19,95$.ASSEMBLÉES PUBLIQUES, RÉSOLUTIONS ET DÉCLARATIONS DE 1837-1838, Union des écrivains québécois, textes présentés par Jean-Paul Bernard, VLB Éditeur, 308 pages 16,95$.FEMMES ET CONTRE-POUVOIRS, Yolande Cohen, Éditions du Boréal, 244 pages, 19,95$.LA SITUA TIONDÉMOLINGUISTIQUE DU QUÉBEC, Marc Termote et Danielle Gauvreau, Conseil de la langue française, 316 pages, 24,95$.LE CRISTAL ET LA CHIMÈRE, Fernand Seguin, Éditions Libre Expression.LENDEMAINS PIÉGÉS: DU RÉFÉRENDUM À LA NUIT DES LONGS COUTEAUX, Claude Morin, Éditions Boréal, 400 pages.VÉRITÉS ET SOURIRES DE LA POLITIQUE, Doris Lussier, Éditions Alain Stanké.LES INSOLENCES DU FRÈRE UNTEL, Jean-Paul Desbien, Éditions Libre Expression. Hommage à la mémoire de GASTON BEA UDR Y SECTION ÉCONOMIQUE La Prospérité s Gaspiller en reboisant par ROBERT LAPLANTE I\u2014^a Commission de la santé et sécurité au travail (C.S.S.T.) a fermé en juillet dernier un chantier de reboisement parce que les conditions de salubrité n\u2019étaient pas respectées.Aux médias la matière manque souvent en juillet, aussi ont-ils fait leur miel (voir en particulier La Presse du 23 et du 27 juillet) de cette affaire.Comme c\u2019est, hélas, trop souvent le cas, le sensationnalisme a dominé le traitement de l\u2019information et ce qui aurait dû constituer une occasion de questionner les choix gouvernementaux en matière de politique forestière a tout simplement tourné au fait divers.Les détails n\u2019ont pas manqué sur les conditions sordides faites aux ouvriers \u2014 des jeunes pour la plupart \u2014 qui s\u2019affairaient à mettre en terre les plants que nous aurions dû planter il y a cinquante ans.Descriptions et témoignages nous auront une fois de plus illustré par le menu détail l\u2019exploitation, le mépris et la médiocrité dont peut faire preuve un petit entrepreneur cupide à l\u2019endroit d\u2019employés qu\u2019il ne doit guère mieux considérer que du bétail.Mal nourris, mal logés et voyageant dans des conditions dangereuses, ces ouvriers ont été abusés.Il faut se réjouir de ce que la C.S.S.T.ait au moins pu intervenir.Mais il ne faut cependant pas s\u2019illusionner sur le sort de ceux qui ont osé se plaindre: il n\u2019est pas dit qu\u2019ils pourront facilement trouver du travail Tan prochain.Dans le petit monde du reboisement au rabais les nouvelles voyagent vite.Certes, le cas de la compagnie de reboisement Lavoie de Disraeli constitue un cas isolé.On ne peut guère attribuer à Ten- 752 L\u2019ACTION NATIONALE semble des chantiers de reboisement des conditions aussi minables que celles qui ont été faites au camp Casey.Dans l\u2019ensemble, cependant, ces conditions sont difficiles partout non seulement en raison de la nature du travail, mais encore et surtout en raison des choix de gestion du ministère Énergie et Ressources qui a décidé de faire primer les conditions du marché sur toute autre considération.Le marché contre le territoire Dans l\u2019esprit et le style de gestion conforme au Nouveau régime forestier du Québec, le ministère a choisi explicitement de dissocier la gestion de la forêt \u2014 et plus particulièrement celle du reboisement \u2014 et la participation prioritaire des populations locales.En renonçant à ses responsabilités de gestion et d\u2019aménagement forestier au profit de l\u2019industrie qu\u2019il considère «maître-d\u2019œuvre de l\u2019aménagement forestier, responsabilité jusqu\u2019alors entièrement assumée par le MER1», le ministère a choisi de tenir la population à l\u2019écart des affaires forestières.Il a surtout choisi d\u2019exclure et d\u2019éliminer tout lien direct entre la population des villages agro-forestiers et la prise en charge de la forêt.Tout au plus, les milieux agro-forestiers se voient-ils confinés dans des rôles de spectateurs d\u2019un développement dont on les exclut d\u2019avance en ne leur laissant que la seule possibilité d\u2019en attraper les miettes, les «retombées».On a aboli, par exemple, les décrets qui garantissaient à moyen terme des contrats d\u2019aménagement aux coopératives forestières villageoises.En faisant cela, le ministère ne les condamne pas nécessairement au chômage, mais il les cantonne au rôle de sous-traitants dans leur propre milieu.Ces coopératives n\u2019ont désormais plus d\u2019autre perspective d\u2019avenir que celle de lutter pour rester dans les bonnes grâces des compagnies forestières qui daigneront les choisir parmi d\u2019autres concurrents éventuels.Des concurrents qui pourront venir de n\u2019importe où et qui, parce qu\u2019ils peuvent avoir accès à un plus grand bassin de main- 1.Claude Martel, Michel Clément: «Les coopératives forestières et le défi du nouveau régime forestier», Le coopérateur forestier, août-septembre 1987, p.13. GASPILLER EN REBOISANT 753 d\u2019œuvre ou parce qu\u2019ils disposent de plus de capitaux, pourraient bien contribuer à accroître le chômage dans bien des villages ou bien encore à y faire radicalement baisser les salaires.Dans le domaine du reboisement, le cas dont s\u2019est occupé la C.S.S.T.ne constitue très certainement qu\u2019un bien pâle aperçu de ce qui va se passer.Avec la concentration de la main-d\u2019œuvre dans les centres urbains et plus particulièrement dans la région métropolitaine, il y a fort à parier que nous allons voir apparaître des entreprises qui pourront recruter à très bas prix des travailleurs saisonniers qui iront, à la barbe des populations locales, planter des arbres dans des conditions que seule la misère urbaine leur aura fait accepter.On peut même imaginer, comme cela se fait déjà en agriculture, des cas où certaines entreprises pourraient recruter dans le tiers-monde des ouvriers dociles, peu revendicateurs et mal payés.Dans cette perspective, le reboisement et l\u2019aménagement forestier pourraient être \u2014 et sont peut-être, de fait, déjà \u2014 potentiellement en conflit direct avec l\u2019intérêt des populations locales.Les fonds publics consacrés à la régénération forestière risquent de servir à accroître et à accélérer la déstructuration socio-économique de nombre de milieux agro-forestiers.En privilégiant des mesures qui favorisent l\u2019accroissement de la mobilité de la main-d\u2019œuvre et qui restent indifférentes aux impératifs de consolidation des structures socio-économiques défaillantes d\u2019un grand nombre de villages forestiers, l\u2019État encourage lui-même l\u2019abandon des territoires peuplés.Financer l'ignorance, choisir la médiocrité Même du point de vue étroit des seuls intérêts de l\u2019industrie forestière, il est loin d\u2019être acquis que pareilles façons de faire nous assurent à long terme des succès normalement attendus d\u2019un investissement qui devrait doter le Québec d\u2019une forêt au potentiel renouvelé.Le gros bon sens suffit à nous faire douter que l\u2019avenir de l\u2019industrie forestière soit bien servi par des choix de gestion qui, au lieu de favoriser le développement d\u2019une main-d\u2019œuvre qualifiée et stable, misent sur la précarisation des conditions de travail et la déqualification professionnelle.On voit mal, en effet, comment on peut soutenir faire de l\u2019aménagement et de la régénération forestière une priorité, quand on met 754 L\u2019ACTION NATIONALE tout en œuvre pour réduire ceux qui s\u2019y adonnent au rang de simples exécutants.Le ministère a choisi de sacrifier la formation d\u2019un véritable corps de travailleurs forestiers professionnels sur l\u2019autel des idéologies néo-libérales.L\u2019expérience Scandinave dont on se gausse tant dans les milieux gouvernementaux a pourtant déjà démontré par ses résultats que c\u2019est d\u2019abord en investissant dans le développement de ses ressources humaines qu\u2019on peut développer la forêt.Il faut développer un personnel compétent qui fera métier d\u2019intervenir en forêt et dont le travail sera de qualité plutôt que de miser sur des employés occasionnels peu formés et instables.Mais il ne suffit pas de former des gens: encore faut-il que ces personnes puissent se sentir étroitement associées au devenir de la forêt.Il faut que la gestion rapproche les populations locales de la forêt en favorisant au maximum le développement d\u2019activités d\u2019aménagement qui non seulement créent de l\u2019emploi dans le milieu, mais encore et surtout associent la population au suivi des travaux sur une base continue.En renonçant à miser sur les dynamismes locaux existants et en refusant de s\u2019engager dans des actions qui permettraient de redynamiser les villages forestiers où les compétences manquent ou dépérissent, le ministère gaspille littéralement les fonds publics.Le reboisement est une chose nécessaire, tout le monde désormais s\u2019entend là-dessus.Encore faut-il le faire dans des conditions et avec des exigences qui aillent au-delà du seul fait de se donner bonne conscience.Les mêmes montants pourraient être utilisés de manière à soutenir les populations locales et à leur donner des possibilités de se refaire l\u2019avenir que les coupes à blanc leur ont ravi.Au lieu d\u2019offrir du travail précaire à des jeunes qui «font un été de reboisement» pour s\u2019assurer de passer l\u2019hiver sur l\u2019assurance-chômage, les contrats de reboisement pourraient fournir l\u2019occasion pour nombre de ces mêmes jeunes d\u2019amorcer une formation et un métier de forestier.Ce faisant, on pourrait compter sur une meilleure qualité du travail de plantation et, du même coup, sur de meilleurs chances de voir arriver ces arbres à maturité.Le ministère fait beaucoup de tapage pour attirer l\u2019attention sur le fait qu\u2019il reboise désormais, mais il est plutôt avare de GASPILLER EN REBOISANT 755 commentaires sur les mesures de contrôle et de suivi à long terme des arbres mis en terre et sur les résultats déjà obtenus depuis le début de son programme de reboisement.Cette timidité peut être tenue pour suspecte: ce ne serait pas la première fois \u2014 et surtout en ce qui concerne la forêt \u2014 que le gouvernement se contente de soigner les apparences et de se draper dans la bonne conscience béate.Le reboisement, dès qu\u2019il cesse de se faire naturellement, ne peut se concevoir que sur le modèle de l\u2019agriculture.Quelles que soient les dimensions du jardin, la santé et la productivité en dépendront toujours en grande partie de la compétence des jardiniers, de leur ardeur au travail et de l\u2019attention constante qu\u2019ils lui portent.Si réellement le ministère l\u2019envisageait ainsi, le reboisement mériterait la dépense.Et les fonds publics, en plus de servir à reconstituer un patrimoine dilapidé, pourraient également contribuer à redonner dignité et confiance en 1 avenir à des milliers de jeunes que rongent la désespérance et le désarroi.On peut penser, par exemple, au développement d\u2019un réseau de fermes forestières qui seraient créées dans chaque village dans le but de favoriser le rapprochement des sources d\u2019approvisionnement des lieux de transformation.On pourrait profiter de l\u2019occasion pour former des jeunes à qui l\u2019on confierait la responsabilité \u2014 et, pourquoi pas?, la propriété \u2014 de ces fermes.Nous leur offririons ainsi un métier et un avenir, en plus de contribuer au rajeunissement de milieux ruraux qui vieillissent si rapidement qu\u2019ils sont en passe de devenir une véritable bombe à retardement pour tout le réseau des affaires sociales.Dans l\u2019état actuel du dossier forestier au Québec il serait certainement irréaliste de penser convaincre tous les intervenants majeurs du bien-fondé d\u2019une telle démarche.Les impératifs du court terme faisant, hélas, toujours foi de tout, on trouvera toujours quelqu un pour qualifier de farfelue une telle perspective qui n\u2019entre pas, on s\u2019en doute bien, dans le mandat strict du MER.La bureaucratie étant ce qu\u2019elle est et les politiciens ce qu\u2019ils sont, on pourrait malgré tout espérer que soit au moins mise sur pied une expérience-pilote qui nous permettrait par la suite de faire des choix éclairés.La chose n\u2019est certainement pas plus hasardeuse que de mettre sur pied un régime forestier en le con- 756 L\u2019ACTION NATIONALE fiant à des entreprises qui, jusqu\u2019ici, sont loin d\u2019avoir fait la preuve que la forêt leur tient à cœur. Les entreprises québécoises: une lente ascension par JEAN-PIERRE DUPUIS A une époque où l\u2019homme d\u2019affaires et l\u2019entreprise privée dominent la scène idéologique québécoise, et où pullulent les ouvrages de glorification sur les réussites économiques, il fait bon voir un ouvrage historique et critique replacer dans son contexte la prétendue révolution économique québécoise.Il se dégage alors du portrait général de cette réussite qu\u2019elle ne fait que donner aux entrepreneurs québécois une place «normale» dans «leur» société capitaliste, qu\u2019elle est essentiellement le fruit des actions du gouvernement du Québec dans les années 1960 et 1970 et qu\u2019elle est bien fragile.Ce sont là en effet les principales conclusions qui se dégage de l\u2019ouvrage d\u2019Yves Bélanger et Pierre Fournier, L\u2019entreprise québécoise, Développement historique et dynamique contemporaine, paru récemment aux éditions Hurtu-bise HMH.Regardons de plus près la thèse des auteurs.Pour eux, le véritable démarrage de l\u2019entreprise québécoise s\u2019est produit en 1837 et 1899.On assiste durant cette période à la naissance «d un embryon financier qui constituera le noyau du réseau économique francophone» (p.17).La constitution de ce réseau était la priorité des hommes d\u2019affaires de l\u2019époque.En effet, selon eux, sans un réseau d\u2019institutions financières, il était illusoire de 758 L\u2019ACTION NATIONALE croire à la création et au développement d\u2019entreprises québécoises.C\u2019est pourquoi ils concentreront leurs principaux efforts dans la création d\u2019institutions financières.Plusieurs banques verront alors le jour.«Ces institutions recueilleront l\u2019épargne locale afin de la mettre à la disposition des commerçants et petits industriels de la communauté francophone» (p.16).La période suivante (1900-1938) sera beaucoup plus difficile pour le capital québécois.En effet, les effets conjugués de l\u2019in-ternatinalisation du capital (américain surtout), de la concentration des entreprises (création de plus d\u2019une centaine de multinationales américaines) et de la crise économique l\u2019ébranleront fortement (p.29).En 1910, il ne restera d\u2019ailleurs que trois banques canadiennes-françaises (p.26).Les hommes d\u2019affaires québécois se replieront alors principalement dans les secteurs agro-alimentaire et des biens de consommation, ayant renoncé, pour un temps du moins, à leur réseau financier fort.On les retrouve ainsi propriétaires de petites laiteries (J.J.Joubert, Ferme Saint-Laurent, A.Poupart, Laiterie Leclerc,.), d\u2019entreprises de transformation alimentaire (Vachon, Durivage,.) ou de petites manufactures de chaussures, de textile, etc.La période suivante (1939-1959) est caractérisée par le soutien de Duplessis au capital francophone régional (le seul existant en fait!) et à une concentration des entreprises québécoises aux mains de quelques grandes familles: la famille Bienvenu, la famille Simard, la famille Brillant, la famille Raymond et du groupe de J.-L.Lévesque.Ces cinq groupes «familiaux» domineront la scène industrielle et financière québécoise jusque dans les années 1960 (p.88).Mais, pour le Québec dans son ensemble, la situation n\u2019est pas rose pour autant.Le Québec est toujours un exportateur de capitaux (par exemple, entre 1952 et 1954, «la sortie nette de capitaux atteint 35% des recettes totales» (p.68)), et le fossé s\u2019élargit avec l\u2019Ontario, où l\u2019écart qui était de 0,7% en 1939 est passé à 5,2% en 1959 en ce qui concerne la proportion en pourcentage des industries manufacturières dans leur économie res- LES ENTREPRISES QUÉBÉCOISES 759 pective (p.69).Mais plus important encore, la division du travail entre les provinces est désavantageuse pour le Québec, celui-ci se concentrant dans les industries légères pendant que l\u2019Ontario contrôle de plus en plus les industries lourdes.C\u2019est cette situation que voudront modifier les intervenants gouvernementaux dans la période 1960-1980.Du côté du gouvernement fédéral, à la suite des recommandations du rapport Higgins-Raynault, on propose de développer le Québec en développant Montréal.En effet, «en 1961, des établissements manufacturiers francophones se trouvaient en dehors de la région de Montréal» (p.102), ce qui limitait, selon les analystes fédéraux, leur développement et leur capacité «de pénétrer les grands réseaux économiques nord-américains» (p.102).Le gouvernement fédéral propose donc de réorganiser le capital francophone autour de Montréal et de l\u2019intégrer au grand capital canadien.C est surtout par la mise en place du ministère de l\u2019Expansion économique régionale (Meer) que le gouvernement fédéral entend réaliser ses objectifs.Or, selon les auteurs, cette tentative s\u2019est avérée un échec parce que le Meer, créé pour solutionner les problèmes de développement économique du Québec, n\u2019a consacré que 28,5% de son budget au Québec entre 1969 et 1981 (p.106).Somme bien insuffisante pour renverser les tendances d\u2019alors.«Considérant que le Québec est une province où le revenu par capita est d\u2019environ 10% plus bas que la moyenne canadienne et qu\u2019il n\u2019a reçu du Meer qu\u2019une proportion des dépenses qui correspond à peu près à l\u2019importance relative à sa population au Canada ou encore de sa contribution à la fiscalité fédérale, il est permis de penser que l\u2019effet redistributif, au Québec tout au moins, n\u2019a pas été très important» (p.106)1 Du côté du gouvernement provincial, on était réticent à intervenir directement.On escomptait que les grands empires familiaux et leurs réseaux financiers d\u2019alors poursuivraient sur leur lancée.Mais quand, entre autres raisons, ces derniers 1.Cité par Bélanger et Fournier et tiré de Bonin, Bernard, Polèse, Mario, À propos de l\u2019association économique Canada-Québec, Québec: ENAP, 1980 p.276. 760 L\u2019ACTION NATIONALE échoueront, et verront même leurs empires s\u2019effriter, le gouvernement du Québec décidera d\u2019intervenir de plus en plus.En effet, dans les années 1960, les empires familiaux ne font plus progresser la cause des entreprises québécoises.Au contraire, on recule: le groupe Lévesque vend l\u2019industrielle à des intérêts américains, la famille Brillant vend Québec Téléphone à des intérêts américains, la famille Simard vend Marine Industries (rachetée par la SGF) et d\u2019autres entreprises pour éviter la faillite, Bienvenu et A.Brillant font faillite à la suite de mauvaises acquisitions dans l\u2019ouest canadien, etc.Ça ne va donc pas très bien de ce côté.C\u2019est évidemment par la création d\u2019un nombre important d\u2019entreprises publiques de toutes sortes que le gouvernement va insuffler un souffle nouveau aux entreprises québécoises et contribuer à leur multiplication et à leur développement.C\u2019est Hydro-Québec et ses vastes projets hydro-électriques qui vont donner naissance à l\u2019ingénierie québécoise (SNC, Lavalin.).C\u2019est la Caisse de dépôt qui va aider à la création de Provigo (en intervenant auprès de regroupements régionaux pour favoriser la fusion, en intervenant financièrement dans la transaction et en facilitant l\u2019émission d\u2019actions sur le marché), contribuant ainsi au passage de l\u2019industrie agro-alimentaire québécoise sous contrôle francophone (Provigo, Métro-Richelieu), secteur auparavant contrôlé par des intérêts anglophones (Steinberg et Dominion).Ce sont les interventions combinées des entreprises gouvernementales, comme la Caisse de dépôt, la SGF et la SDI, et des décisions politiques opportunes qui ont permis aux industries forestières francophones (Normick-Perron, Papiers Cascade, Tembec,.), aux industries de machinerie de transport (Bombardier, Canam-Manac, Prévost Car,.), aux entreprises de services et de biens de consommation (Ro-Na, BMR, Dismat, dans le domaine de la quincaillerie,.), aux agences de publicité québécoises (Cossette et Associés, BCP Publicité,.) et plusieurs autres de décoller et d\u2019assurer une présence francophone forte dans des secteurs traditionnellement contrôlés par des intérêts anglophones ou étrangers.Ainsi il est clair, selon le compte rendu des auteurs, que ce n\u2019est ni le gouvernement fédéral ni les entrepreneurs québécois LES ENTREPRISES QUÉBÉCOISES 761 laissés à eux-mêmes qui ont réussi à renverser le déséquilibre entre Canadien-Français et Canadien-Anglais au niveau économique.En effet, la faillite des banques canadiennes-françaises au début du XIXe siècle, et le repli stratégique dans l\u2019agro-alimentaire et le secteur des biens de consommation par la suite, l\u2019échec des grands empires familiaux et celui de l\u2019intervention fédérale, en raison du Meer, confirment cette thèse.Ce sont plutôt les interventions massives des gouvernements québécois tout au long des années 1960 et 1970 qui ont permis ce renversement économique.Les auteurs concluent cependant sur la fragilité de ces gains.Dans une certaine mesure, c\u2019est la croissance rapide des entreprises et leur position relativement favorable qui les incitent à remettre en cause l\u2019intervention de l\u2019État.Us se considèrent maintenant assez forts pour se passer de l\u2019État.Il est loin d\u2019être certain, cependant, que l\u2019économie québécoise puisse se permettre un retour pur et simple à la «libre entreprise».Malgré l\u2019évolution des dernières années, la structure industrielle du Québec demeure déficiente, le «virage technologique» est loin d\u2019être assuré et les écarts entre le Québec et l\u2019Ontario demeurent entiers.Bref, les gains sont fragiles et rien n\u2019indique que ces entrepreneurs pourront relever seuls les défis auxquels est confrontée la société québécoise» (p.187).On aurait aimé qu\u2019ils développent davantage cette question, parce que, outre cette volonté des entreprises québécoises de se passer de l\u2019aide de l\u2019État, il y a aussi cette volonté de l\u2019État, à travers le gouvernement du Parti libéral, d\u2019intervenir de moins en moins de ce côté.On sait en effet, depuis le rapport des Sages, que le gouvernement actuel est pour la privatisation des sociétés d\u2019État et la déréglementation.Selon lui, les sociétés d\u2019État ont joué leur rôle: elles ont aidé les entreprises francophones à se développer tout en contribuant à la promotion des cadres francophones dans les grandes entreprises en général.Ainsi, les sociétés d\u2019État, du moins les entreprises d\u2019État dites stratégiques2, n\u2019auraient plus leur raison d\u2019être.Il faut les privatiser.Ce que le gouvernement a déjà commencé à faire.2.Entreprise en concurrence avec des entreprises du secteur privé et qui visent des objectifs de développement (SGF, SIDBEC, SOQUEM, REXFOR SOQUIP, SOQUIA, etc.). 762 L\u2019ACTION NATIONALE En faisant cela le gouvernement québécois actuel risque de se couper l\u2019herbe sous les pieds et ce, à plusieurs niveaux.Au niveau économique, en se privant d\u2019outils qui lui permettraient d\u2019intervenir rapidement en cas de besoin ou de développer des secteurs encore peu ou mal développés au Québec: on n\u2019a qu\u2019à penser aux industries minières et forestières qui, bien qu\u2019étant plus francophones qu\u2019auparavant, n\u2019en demeurent pas moins contrôlées encore majoritairement par des intérêts anglo-saxons.Au niveau politique et juridique, en faisant disparaître une particularité québécoise \u2014 les entreprises d\u2019État stratégiques en aussi grand nombre et aussi diversifiées étaient une spécificité québécoise aux niveaux tant canadien qu\u2019américain \u2014¦ qui pourraient renforcer son concept de «société distincte».En effet, les efforts désespérés que fait le gouvernement actuel pour que le Québec ressemble à l\u2019Ontario au point de vue des avantages économiques (moins de réglementation, table de taxation semblable.) contribue à amoindrir politiquement et juridiquement son concept de «société distincte» qu\u2019il tente de mettre de l\u2019avant.De toute façon, en laissant les entreprises québécoises «seules et libres» sur le marché, rien ne nous indique qu\u2019elles pourront résister très longtemps à la concurrence des entreprises canadiennes et américaines (le libre-échange) et aux politiques canadiennes qui favorisent le développement de l\u2019Ontario (selon les paroles mêmes de Bourassa dans La Presse du 6 juin 19883).C\u2019est tout le développement économique du Québec qui risque ainsi de faire un bond en arrière parce que les entrepreneurs libéraux au pouvoir se croient déjà arrivés.De plus, en ne misant que sur l\u2019entreprise privée, aux dépens de l\u2019État, des coopératives et d\u2019autres formes d\u2019entreprises pour développer le Québec, le gouvernement augmente davantage les coûts potentiels liés à un échec de ce côté.3.Sous le titre Bourassa accuse ta Banque centrale défavoriser l\u2019Ontario, on peut lire: «.de telles décisions risquent \u2018de faire qu\u2019il y ait deux pays au Canada sur le plan économique: l\u2019Ontario et les autres provinces\u2019.» si l'on s'entend bien , avetelle, il faut savoir garder ses distantes L'électricité fait tellement Mrtie de nos vies qu'on a indance à l'oublier.Mais oublier, surtout dans les travaux de bricolage, c'est s'exposer à des conséquences magiques.Évitez de dresser une échelle ous une ligne électrique ou à proximité d'un conducteur sous tension.E quand vous utilisez un outi électrique, assurez-vous de ne pas avoir les mains mouillées ou les pieds sur une surface humide.Un choc électrique ça ne prévient pas : sachez donc garder vos distances ! LFIFCTR/FFICAC/TF La CSN est heureuse de souligner le soixante-dixième anniversaire de rAction Nationale, un instrument privilégié de défense des droits du peuple québécois.L \\Action Nationale est devenue une institution qui tient le rôle aussi bien de lieu de référence que de débat.De ce point de vue, elle est indispensable. Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS de» région* suivant** : La Société Nationale de rEst du Québec La S.N.Q.de la région des Haute*-Rivières La S.N.Q.de la région de rOutaouat* La S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-Jeao La S.N.Q.de la région de r Amiante La S.N.Q.de ta région Richelieu St-Laurent N.Q.de la région Richelieu- Yatnaska Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B2C3 LEGREXJFE RO lie) (ntiiîâ) 1/OfBUr Podium BOTANIX (te SOCIETE NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 Téléphone: 418-658-9966 Télex:\t051-31726 Télécopieur:\t658-6100 GUY BERTRAND AVOCAT Tremblay, Bertrand, Bois, Mignault, Duperrey et Lemay 1195, avenue Lavigerie, bureau 200 Sainte-Foy (Québec) GIV 4N3 CLAUDE PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste\t\tPhotocomposition \t\tet montage: 604, rue Waterloo\t\tAtelier LHR London \u2014 Ontario N6B2R3\t\t514-659-9712 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 tél.845-8533 La Société Nationale de l\u2019Est du Québec désire souligner l\u2019apport incalculable de la revue l\u2019Action Nationale pour stimuler notre fierté d\u2019être Québécois et Québécoises et ainsi fouetter notre détermination à devenir un peuple autonome à tous points de vue.Fructueux 70® anniversaire et longue vie.la société nationale de l\u2019Est du Québec 75 Boul.Arthur Buies Rimouski, Qué.G5L 7B8 Tél.: (418) 723-9259 HOMMAGE DE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE LA MAURICIE 3239, rue Papineau (C.P.1059) Trois-Rivières, Québec G9A 5K5 819/375-4881 André Valois, président Paule Brunelle, directrice générale HOMMAGE DE La Société Nationale des Québécoises et Québécois, région des Laurentides Jean Coulombe, président Guy Mercier, directeur général La signature par excellence Q2a'e(&a/iiMàe RELAIS & CHATEAUX Val-David AU CŒUR DES LAURENTIDES SAVOUREZ LA JOIE DE VIVRE DANS LE CALME ET LA TRANQUILLITÉ Pour informations ou réservations: Tél.: Val-David:\t819-322-2020 Montréal:\t514-866-8262 Ext.de Mtl:\t800-567-6635 Télex:\t05-839630 Fax:\t819-322-6510 C.P.190 VAL-DAVID (QUÉBEC) JOT 2N0 AUTOROUTE DES LAURENTIDES (15 NORD) - SORTIE 76 Avec les hommages de Assurance;vie Desjardins l\u2019hebdo fransaskois r«au vive LE MIROIR DE LA POPULATION FRANSASKOISE Publié chaque jeudi par: La Coopérative des Publications Fransaskoises Limitée 2606, rue Central Régina (Sask)S4N 2N9 téléphone: (306) 347-0481 Abonnement: 1 an: au Canada 20$ Étranger: 30$ (?CNA REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D'ABONNEMENT NOM ADRESSE CANADA AUTRES PAYS Individus\t40,00$\t44,00$ Etudiants (avec pièce justilicalive)\t22,00\t26,00 Abonnement de soutien\t60,00\t64,00 Institutions\t40,00\t44,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Que.H2V3R6 Tél.: 271-4759 relations Le magazine québécois de l'actualité sociale, politique et religieuse.Noire monde est trop malin, disait l'économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.Dans un monde fébrile et désenchanté, le souci de la justice et l'expérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe, mais un guide de survie.Chaque mois, l'équipe de Relations vous invite à dépasser l\u2019anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Église.ABONNEMENT 1 an (10 nos): 16,00$ à l\u2019étranger: 20,00$ RELATIONS 8100, boul.Saint Laurent Montréal (Québec) H2P 2L9 La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice- présidents: Delmas Lévesque René Blanchard Secrétaire- trésorier: Gérard Turcotte Directeurs: Richard ARÈS Thérèse baron André beauchamp Paul-A.BOUCHER Jacques BOULAY Guy BOUTHILLIER Michel brochu Louise c.-brochu Marcel CHAPUT Jean-Charles CLAVEAU Claude duguay Pierre DUPUIS Philippe gélinas Jean genest Jacques HOULE Alban jasmin Marcel laflamme Jean-Marc léger Georges MEYERS Denis monière Jacques-Yvan morin Anna l-normand Jean-Marcel paquette Roméo PAQUETTE Charles poirier Juliette RÉMILLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques roy André thibaudeau L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, l\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras-Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assurant la permanence de la publication de l\u2019Action Nationale.Editions de l\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, l\u2019Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 "]
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