L'action nationale, 1 février 1989, Février
[" /^Action NATIONALE Volume LXXIX, numéro 2, février 1989 L\u2019accueil des immigrants et des réfugiés Julien Harvey Des groupes ethniques aux communautés culturelles Pierre Anctil Le problème de la dénatalité pose celui de la pauvreté de notre morale collective Jacques Grand\u2019Maison Vieillissement et dépenses de l\u2019État: deux nouvelles études Hervé Gauthier i L\u2019ACTION NATIONALE revue d'information nationale Directeur: Gérard Turcotte Secrétaire: Monique Tremblay Collaborateurs: François-Albert angers, Louis Balthazar, André BEAUCHAMP, Jules bélanger, Christiane BÉRUBÉ, Jean-Louis bourque, Odina boutet, Guy bou-TH1LLIER, André D\u2019ALLEMAGNE, André GAULIN, Marcel laflamme, Robert laplante, Alain lara-MÉE, Maurice lebel, Delmas LÉVESQUE, Denis MONIÈRE, Jacques-Yvan morin, Rosaire MORIN, Michel plourde, Gilles rhéaume.Abonnement:\t1 an\t2 ans \t(10 numéros)\t(20 numéros) Québec, Canada\t25,00$\t45,00$ Autres pays\t30,00$\t50,00$ Abonnement de soutien\t35,00$\t «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodical index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans Y Index analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070\tDépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533\tCourrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 l'Action NATIONALE Volume LXXIX, numéro2, lévrier 1989 TABLE DES MATIÈRES DELMAS LÉVESQUE: Erreur suprême.107 JEAN-LOUIS\tII faut refuser la guerre BOURQUE:\tdes chartes.109 GUY BOUTHILLIER:\tUn peu de recul, s.v.p.114 MARCEL\tParticipation ouvrière: LAFLAMME:\tL\u2019Estrie a une longueur d\u2019avance.117 ROSAIRE MORIN:\tDes trouvailles dégoûtantes et des réussites merveilleuses.\t120 LA NATION CANADIENNE-FRANÇAISE PIERRE ANCTIL:\tDes groupes ethniques aux communautés culturelles\t.\t140 JULIEN HARVEY:\tL\u2019accueil des immigrants et des réfugiés.158 LA RÉDACTION:\tSi Riel avait voulu.164 ODINA BOUTET:\tCorrespondance.166 LA POPULATION JACQUES\tLe problème de la dénatalité GRAND\u2019MAISON:\tpose celui de la pauvreté de notre morale collective.\t172 HERVÉ GAUTHIER:\tVieillissement et dépenses de l\u2019État: deux nouvelles études\t.\t176 Nos annonceurs.190 Dirigeants de la Ligue î ./ors de la récente assemblée générale annuelle de la Ligue d\u2019action nationale, organisme fondé en 1913 qui publie la revue depuis 1917, les membres ont élu le Conseil d\u2019administration pour l\u2019année 1989.Me Yvon Groulx, qui assumait la présidence depuis décembre 1985, manifesta sa volonté de ne pas accepter un nouveau mandat.Pour lui succéder, c\u2019est à l\u2019unanimité que le choix des membres s\u2019est alors arrêté sur Delmas Lévesque, sociologue, professeur à l\u2019École des Hautes Études Commerciales qui occupait le poste de premier vice-président.Les trois années de présidence de Me Yvon Groulx, qui a toujours eu à cœur le développement de la Ligue et de la revue, ont été marquées de nombreuses réalisations.Signalons, entre autres, l\u2019adoption d\u2019un nouveau manifeste de la Ligue, la revision des règlements, la présence de la Ligue dans l\u2019actualité par plusieurs prises de position sur la langue, la démographie et l\u2019immigration, ainsi que l\u2019amélioration de la revue et la publication de numéros spéciaux qui constituent d\u2019importants dossiers sur la situation linguistique, de même que sur la population actuelle et à venir du Québec.Divers projets qu\u2019il avait mis en marche devraient se concrétiser dans les prochains mois.Pour 1989, le Conseil d\u2019administration se compose comme suit: Président honoraire: Président: Vice-présidents: Secrétaire-trésorier: Ex-président: François-Albert Angers Delmas Lévesque René Blanchard Denis Monière Gérard Turcotte Yvon Groulx Signalons qu\u2019en décembre dernier, la Ligue déplorait le décès d\u2019un de ses membres en la personne du Docteur Alban Jasmin, nationaliste militant depuis de nombreuses années.Gérard Turcotte Directeur Erreur suprême par DELMAS LÉVESQUE Président de La Ligue d\u2019Action Nationale \u2014 Le jugement de la Cour suprême sur la langue d\u2019affichage et son corollaire, le projet de Loi 178 du gouvernement Bourassa, ramènent le spectre de la bilinguisation progressive du Québec.\u2014 La Cour suprême, par ce jugement, tente d\u2019établir, sur le plan commercial, et de façon définitive, le bilinguisme systématique au Québec, c\u2019est-à-dire qu\u2019il ne peut y avoir de Québec français, la clause nonobstant n\u2019apparaissant, pour ce faire, que comme un échappatoire à rabais, odieux, et à peine employable.ERREUR SUPRÊME! \u2014 Erreur suprême, car ce jugement va à l\u2019encontre de l\u2019Acte de Québec de 1774 qui consacre le Québec, territoire français, et même de la Confédération de 1867, qui n\u2019apporte à ce chapitre, aucune limite d\u2019ordre commercial ou social.\u2014 Erreur suprême, car le bilinguisme, même avec le français supposément prédominant, ne peut signifier, étant donné le rapport de force continental, que la progression inexorable de l\u2019unilinguisme anglais, au Québec.\u2014 Erreur suprême, extrêmement mystifiante que cette tentative de faire passer la minorité anglophone pour une brebis tondue, par les abus de pouvoir de la majorité francophone.Cette minorité, disposant de toutes les ressources de sa richesse, de la vigilance de l\u2019État fédéral, de la complicité de l\u2019actuel gouvernement du Québec, faisant partie des 98% de la population des parlants anglais du continent, cette minorité, en réalité 108 L\u2019ACTION NATIONALE dominante, joue les persécutées, hurlant au martyre.Chacun de ses cris est d\u2019ailleurs repris, amplifié et relayé, par les médias d\u2019information, aux quatre coins de la terre, pour en fabriquer un événement médiatique mondial.Cette prétendue détresse anglophone s\u2019incarne, présentement, dans cette soi-disant victime propitiatoire que voudrait bien être ce larmoyant Clifford Lincoln.\u2014 Erreur suprême de faire douter de la justesse de sa cause une majorité francophone, infime minorité sur le continent, plus souvent qu\u2019autrement assaillie de sentiments de culpabilité, quand elle ne veut que prendre sa place.\u2014 Erreur suprême «du premier peuple de l\u2019Histoire à se faire génocider pour des raisons humanitaires», ironise gravement le poète Gaston Miron.\u2014 Erreur suprême que ces tentatives répétées de GÉNOCIDE, comme récent coup de boutoir contre la seule et véritable dernière ligne de défense de notre identité (les autres verrous, religion, famille, etc.ayant été emportés par la modernisation), au plus intime de nous-mêmes, à savoir notre langue française.Cette dernière agression ne nous laisse d\u2019autre choix que de répliquer par la parole si résolue de Lionel Groulx: «Notre État français, nous l\u2019aurons!» \u2014 Erreur suprême encore que de lier si intimement liberté d\u2019expression et droit commercial, dans un contexte de multiculturalisme.Ne risque-t-on pas d\u2019ouvrir ainsi inconsidérément une formidable brèche au multilinguisme, dans laquelle s\u2019engouffreront d\u2019autres revendications, territoriales inclues, bien plus dangereuses à terme pour la survie du Canada même anglais.Qui dit mieux comme «balkanisation»?\u2014 Erreur suprême enfin d\u2019acculer le Canada français à une position de LÉGITIME DÉFENSE. Il faut refuser la guerre des chartes par JEAN-LOUIS BOURQUE Politicologue JTeudi le 15 décembre 1988, cinq juges de la Cour suprême du Canada ont fait savoir au Gouvernement du Québec que l\u2019article 58 de la Charte de la langue française (Loi 101) est contraire à la Charte canadienne des droits et libertés et que, de ce fait, l\u2019affichage commercial peut désormais se faire en anglais comme en français.Ainsi les dispositions de la Loi 101 en faveur du français sont remplacées par des dispositions en faveur du bilinguisme, ce qui constitue une étape de plus vers l\u2019unilinguisme anglais qui s\u2019installe déjà insensiblement à Montréal.Pourquoi faire tant d\u2019histoires avec l\u2019affichage commercial bilingue à Montréal?L\u2019anglais n\u2019a-t-il pas sa place partout dans le monde, au Japon, en Chine ou en URSS?Par contre on peut aussi se demander qui a vraiment besoin de l\u2019affichage commercial en anglais au Québec.une petite minorité qui, la plupart du temps, comprend déjà le français ou sait reconnaître les fruits des légumes, les toilettes du vestiaire.Sur le plan de l\u2019usage purement utilitaire, c\u2019est à se demander s\u2019il ne s\u2019agit pas là d\u2019un faux problème.Le francophone, à Toronto, se débrouille fort bien, même si l\u2019affichage n\u2019est pas bilingue.L\u2019usage de plus en plus répandu de pictogrammes internationaux offre une solution claire aux problèmes de la signalisation de base.En fait, il s\u2019agit de décider si le visage d\u2019un État officiellement francophone doit être bilingue ou unilingue, et ce n\u2019est pas sans importance quand on connaît la force des images dans le 110 L\u2019ACTION NATIONALE subconscient collectif, ce qui est la raison même de l\u2019affichage.L\u2019usage visible de la langue française est capital pour assurer la crédibilité de notre langue et confirmer l\u2019identité de la majorité linguistique.Or, il ne faut pas oublier que l\u2019affirmation légale et politique du français est un fait très récent dans l\u2019histoire du Québec.Ce n\u2019est qu\u2019en 1977 que la Charte de la langue française proclamait de façon très explicite la volonté des Québécois d\u2019assurer la qualité et le rayonnement de la langue française.La Charte visait à faire du français «la langue de l\u2019État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce et des affaires».Cet objectif sera poursuivi «dans un esprit de justice et d\u2019ouverture, dans le respect des institutions de la communauté québécoise d\u2019expression anglaise et des minorités ethniques, et dans la reconnaissance du droit aux Amérindiens et aux Inuit de maintenir et développer leur langue et leur culture d\u2019origine.Très rapidement des résultats positifs se firent sentir dans à peu près tous les domaines.Ce fut l\u2019époque de l\u2019apprentissage de notre fierté et de notre dignité, de notre affranchissement et de notre ouverture sur le monde.Mais, très vite aussi, le gouvernement central d\u2019Ottawa devait comprendre qu\u2019un Québec original, fort et puissant au point de vue économique, social et culturel risquerait d\u2019acquérir un poids politique embarrassant.C\u2019est alors que commencèrent les nombreux assauts du gouvernement fédéral contre le Québec, le rapatriement unilatéral de la Constitution et l\u2019adoption de la Charte des droits et libertés conçue essentiellement pour contrer la Clause Québec de la Loi 101.De nombreux jugements de Cour viennent ensuite invalider des pans entiers de la Charte de la langue française.Enfin, l\u2019entente du Lac Meech, en introduisant la notion confuse de «société distincte» et en reconnaissant au gouvernement fédéral le pouvoir de dépenser, venait anéantir les revendications traditionnelles des Québécois.C\u2019est ainsi qu\u2019une des lois les plus fondamentales pour l\u2019identité québécoise se trouve livrée aux décisions de quelques juges isolés.Le dernier rempart demeure la clause dérogatoire dite «nonobstant».mais l\u2019Ontario montre les dents: il serait considéré comme «inamical» que le Québec y ait recours.Pour- IL FAUT REFUSER LA GUERRE DES CHARTES 111 quoi Monsieur BOURASSA hésite-t-il tant à se servir des pouvoirs qui lui restent pour légiférer sur la langue de sa majorité nationale?Ne pourrait-il demander aux Anglais de l\u2019Ontario d\u2019imposer partout l\u2019affichage bilingue par «amitié» pour la minorité francophone?Si on laisse le bilinguisme envahir l\u2019affichage interne ou externe, comment imposer le français dans l\u2019éducation, le français comme langue du travail et des affaires?C\u2019est inconséquent: une langue nationale est un tout.Onze ans pour consolider une langue, c\u2019est très insuffisant.La Loi 101, en se baptisant Charte de la langue française, loi solennelle, fondamentale, s\u2019affirmait comme une modalité essentielle à la vie québécoise à conquérir puis à défendre à long terme en raison d\u2019un continent qui parle l\u2019anglais.Or, l\u2019anglais est une langue qui, dans les faits, a acquis le statut de langue internationale, ce qui rend la vigilance doublement nécessaire, politiquement nécessaire.Pour contrer cette Charte, Pierre Elliott TRUDEAU fit inclure la Charte des droits et des libertés dans le préambule de la Constitution de 1982, non ratifiée par le peuple québécois.Qu\u2019a donc fait le gouvernement de Robert BOURASSA depuis trois ans pour promouvoir le caractère distinct du Québec qui se définit essentiellement par sa langue et sa culture?Il a commencé par songer à démanteler les organismes chargés de mettre en oeuvre la Loi 101.Il a ensuite amnistié les contrevenants à la Loi 101 au chapitre de l\u2019éducation.Il a fermé les yeux sur les abus de l\u2019affichage et n\u2019a rien fait pour améliorer le fonctionnement des comités de francisation dans les entreprises et son inertie a engendré une démobilisation générale.Il a endossé un accord constitutionnel qui contredit de plein fouet nos intérêts vitaux et fondamentaux et qui remet entre les mains des juges d\u2019un organisme fédéral la gestion de la langue des Québécois.Il joue avec ironie le jeu de la guerre des Chartes qui permet de placer les libertés des individus au-dessus de la liberté de légiférer d\u2019un parlement démocratiquement élu.S\u2019il adopte les mêmes principes pour une politique de l\u2019environnement, le Québec sera bientôt une vaste poubelle.Partout il a accepté des demi-mesures, des demi-pouvoirs, des négligences calculées dans l\u2019application de la loi.Cette mollesse commence déjà à coûter cher.Les acquis de la francisation 112 L\u2019ACTION NATIONALE des entreprises et de l\u2019affirmation de la culture québécoise sont déjà sapés par les lois sur le bilinguisme officiel (C-72) et le multiculturalisme canadiens (C-93).Soutenues par des budgets considérables, ces lois viennent jeter par terre une décade d\u2019efforts et de dépense d\u2019énergies dont les résultats sont fragiles.Le silence et l\u2019inertie du gouvernement a couvert une régression évidente du français qui aurait demandé une vigoureuse réaction.La Loi 101 s\u2019était imposée sans raz-de-marée social.Le retour à la situation «ante» la Loi 101 où chacun peut faire ce qu\u2019il veut, comme il le veut, sans aucun respect pour la collectivité, est une menace directe à notre survie et à notre développement en tant que peuple original et distinct.Si l\u2019accord du Lac Meech accepte notre particularité en tant que «société distincte», comment est-ce compatible avec une Charte qui n\u2019accepte par les particularités individuelles?L\u2019imbroglio juridique est total.Pour sortir de la guerre des Chartes, il faudrait enchâsser la Loi 101 revue et corrigée dans une Constitution sans ambiguïtés, qui aurait préséance sur toutes les autres Chartes, celle que se donnerait le peuple québécois souverain.Jean LESAGE et Daniel JOHNSON y ont pensé et, plus récemment, David PAYNE, Pierre-Marc JOHNSON et Jacques-Yvan MORIN.Il est important de nous rappeler qu\u2019il n\u2019existe pas à proprement parler de peuple bilingue, multilingue ou pluriculturel.Les bilinguismes institutionnels sont des juxtapositions de langues et il en est de même pour les cultures.Les peuples français, italien, allemand ou anglais sont unilingues et intègrent dans leur culture de nombreux apports étrangers.Il serait grand temps que les Québécois en deviennent pleinement conscients et cessent de se culpabiliser outrancièrement à ce sujet.Il serait temps qu\u2019ils cessent d\u2019avoir peur et qu\u2019ils décident de revendiquer politiquement les pleins pouvoirs linguistiques pour le Québec, sans lesquels il n\u2019y a pas de société distincte.Le problème linguistique québécois ne sera jamais résolu tant et aussi longtemps que la majorité francophone n\u2019obtiendra pas de son gouvernement démocratiquement élu, et non du pouvoir des juges et des tribunaux, l\u2019assurance que ses droits linguistiques seront enchâssés dans une véritable Constitution québécoise comme l\u2019autorise l\u2019article 45 de la Loi constitutionnelle de 1982.La guerre juridique est une mauvaise guerre.Il faut refuser la guerre des Chartes et faire un choix politique. IL FAUT REFUSER LA GUERRE DES CHARTES 113 Sans les pleins pouvoirs linguistiques, la «société distincte» est un leurre, une illusion, une supercherie.Le Québec est issu de la nation canadienne-française.Il est devenu au fil des ans un peuple majoritairement francophone qui a su se développer de façon originale au confluent de trois grandes cultures, la française, l\u2019anglaise et l\u2019américaine.Ce peuple, en dépit de la Conquête anglaise et de nombreux obstacles, a su au cours d\u2019une quinzaine de générations préserver une langue et une culture originale et développer, ici, sur les bords du Saint-Laurent, une société différente de celle des États-Unis et du Canada anglais, mais à qui il manque toujours l\u2019essentiel, la responsabilité politique de pouvoir s\u2019assumer totalement comme le font tous les peuples libres de la terre.Pour un oui, pour un non on invoque la vie et l\u2019œuvre de René LÉVESQUE en lui faisant dire à peu près n\u2019importe quoi sauf l\u2019essentiel, à savoir que «nous formons quelque chose comme un grand peuple», capable de s\u2019assumer complètement et totalement en devenant un pays libre, complet et reconnu, tout le reste n\u2019est que bavardages, scribouillages et grenouillages. Un peu de recul, s.v.p.par GUY BOUTHILLIER Porte-parole du MQF Dans l\u2019affaire de l\u2019affichage, les adversaires de la Loi 101 font rarement dans le détail: à les entendre, on serait en présence d\u2019une loi monstrueuse, sans pareil dans notre monde civilisé.À distribuer ce genre d\u2019aménités, on se fait peut-être remarquer.Malheureusement, on ne favorise ni l\u2019intelligence de la situation, ni surtout la recherche d\u2019une solution.* * * Monstrueuse?De l\u2019article 58, il est urgent de rappeler trois choses.D\u2019abord, que cet article réglemente le discours commercial, et nullement le discours littéraire, culturel ou politique.Ensuite, que ce qui est réglementé, ce n\u2019est nullement le contenu de ce discours, mais uniquement son «véhicule» (le choix de la langue).Enfin, et surtout que ce «véhicule» qu\u2019impose l\u2019article 58 ne s\u2019applique qu\u2019à une toute petite partie du discours commercial et publicitaires (les affiches), puisqu\u2019il ne concerne en aucune façon les journaux, la radio ou la télévision.Le commerçant reste entièrement libre de dire ce qu\u2019il veut, dans la langue qu\u2019il veut, dans les journaux de quartier, dans la presse à grand tirage, à la radio am et fm, et bien entendu, à la télévision québécoise, canadienne et même américaine.Parions même que c\u2019est plus de 95 pour cent du message publicitaire \u2014 en tout cas, des sommes qui y sont consacrées \u2014 qui échappent ainsi totalement à l\u2019article 58.Bâillonné, le commerçant? UN PEU DE RECUL, S.V.P.115 Un cas sans pareil?Si on fait l\u2019impasse sur le passé, et si on se limite aux quelques sociétés qui nous entourent; si on n\u2019interroge que les seules législations, et laisse dans l\u2019ombre les comportements sociaux; si on borne la défense des sociétés à la seule défense de la langue, et laisse sous silence les autres plans sur lesquels se défendent nos sociétés; bref, si l\u2019on fait ce que font habituellement les adversaires de la Loi 101, on peut difficilement échapper, sur pareille pente, à la conclusion qu\u2019indeed\\e Québec est sans pareil.Mais, avant de nous égarer avec eux sur cette voie, considérons plutôt ce qui suit.Les sociétés se défendent sur le terrain où elles sont attaquées et, sauf à risquer le ridicule, pas ailleurs.Les États-Unis, le Canada anglais n\u2019ont pas de Loi 101?Mais, c\u2019est tout simplement que leur langue n\u2019est pas menacée (et, si elle le devenait: «just watch them», comme dirait Trudeau).En revanche, ces pays ont autres choses, car là où ils sont attaqués, ils se défendent et vigoureusement.Pour rester entre nous, prenons le cas du Canada anglais.Celui-ci, on le sait, s\u2019estime menacé dans son identité culturelle.Et pour se défendre, on le sait aussi, il prend des lois, lois dont certaines portent atteinte aux libertés, notamment à la liberté d\u2019expression.Tel est bel et bien, en tout cas, ce qu\u2019il fait quand il impose un «contenu canadien» aux ondes radio et télévision.Or, sur le plan des principes et vue dans la perspective de la défense des libertés, cette restriction m\u2019apparaît autrement plus sérieuse que celle de l\u2019article 58.En effet, cette réglementation ne concerne pas le domaine commercial, mais frappe plutôt les domaines culturel et politique.De plus, elle ne se borne pas au choix du «véhicule», mais elle impose un contenu.Enfin, elle a une efficacité, une portée effective autrement plus grande: une affiche ne se voit qu\u2019à cent mètres, une émission radio-télé traverse le continent tout entier.L\u2019étonnant, dans cette affaire, ce n\u2019est pas que cette réglementation des ondes ait été prise.L\u2019étonnant, c\u2019est plutôt que, des deux dispositifs de défense en présence, celui du Québec, celui du Canada anglais, c\u2019est celui des deux qui mord le moins sur la liberté d\u2019expression que nos preux défenseurs des libertés 116 L\u2019ACTION NATIONALE vouent aux gémonies, alors qu\u2019ils passent l\u2019autre totalement sous silence au point même de l\u2019oublier entièrement.Qu\u2019est-ce à dire?Serions-nous en présence d\u2019un autre cas de «Deux poids, deux mesures»?Le nationalisme canadien serait-il plus légitime que le nationalisme québécois?Dans notre société, serait-il intolérable de toucher à la liberté d\u2019expression du commerçant ou du brasseur d\u2019affaires, mais parfaitement admissible de toucher à celles du créateur ou du brasseur d\u2019idées?N\u2019y aurait-il pas quelque chose de pourri au royaume du DANEMARK?«Le Québec (.) a adopté le français comme langue officielle, mais je pense qu\u2019au fur et à mesure où les Québécois se rendent compte de l\u2019importance de la langue comme outil ou instrument du pouvoir économique (.) ils vont tendre de plus en plus à conserver la loi telle qu\u2019elle est ou même, s\u2019il le fallait, à lui donner encore plus de dents.» Léon Dion le 20 septembre 1978, devant le Comité mixte du Parlement fédéral sur la constitution du Canada.Dix ans après, ces propos indiquent la voie à suivre: cette voie n\u2019est sûrement pas celle du mièvre «affichage bilingue à l\u2019intérieur». Participation ouvrière: L\u2019ESTRIE a une longueur d\u2019avance par MARCEL LAFLAMME Ph.D.D e façon générale, l'Amérique fait plutôt figure de dinosaure en matière de participation.Tant dans les secteurs publics que privés, l\u2019organisation conventionnelle dominante s\u2019appuie sur des bases périmées en ce qui concerne la gestion des ressources humaines: modèle conflictuel de relations de travail, prédominance de la bureaucratie, du taylorisme et d\u2019un type d\u2019organisation dite «mécaniste» où le personnel est perçu comme un rouage, un numéro de l\u2019appareil de production.Heureusement, un nouveau type d\u2019organisation est en train d\u2019émerger.On mise sur la mobilisation de tout le personnel, le travail en équipe, l\u2019identification à des valeurs et à un projet partagé, l\u2019ouverture des communications, l\u2019intéressement monétaire, l\u2019intrapreneurship, les système participatifs, bref, un type d\u2019organisation dite organique, vivante.C\u2019est vers ce nouveau cap que s\u2019alignent de nombreuses entreprises d\u2019ici, faisant de l\u2019Estrie une région avant-gardiste en matière de participation du personnel.Voyons quelques-unes de ces expériences à travers un survol géographique des villes suivantes: \u2014 Waterloo: LA COOPÉRATIVE DES CHAMPIGNONS DE WATERLOO est possédée et gérée par ses 28 employés-propriétaires.L\u2019entreprise, dans le secteur coopératif, constitue un modèle de gestion à l\u2019échelle nationale. 118 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014 Valcourt: BOMBARDIER dont la division des produits récréatifs et utilitaires compte 2 300 travailleurs non-syndiqués.La qualité de vie au travail et la performance ouvrière reposent notamment sur un «Comité des relations de travail» composé de dix représentants élus démocratiquement par les travailleurs.\u2014 Richmond: FIBRES DONNITE expérimente une nouvelle approche d\u2019actionnariat ouvrier au moyen d\u2019une association coopérative d\u2019investissement qui possède 27% du capital de l\u2019entreprise.La compagnie a triplé son personnel durant les 15 derniers mois.\u2014 Kingsey-Falls et East Angus: CASCADES favorise la participation des travailleurs aux 4 niveaux: avoir, savoir, pouvoir et vouloir.Cette forme de participation intégrale fait «boule de neige» à l\u2019échelle nationale auprès de nombreuses PME.\u2014 Thetford Mines: METAL FRONTENAC encourage l\u2019actionnariat ouvrier ainsi qu\u2019un plan de partage des profits avec ses 135 employés actionnaires.\u2014 Lennoxville: SHERMAG développe l\u2019actionnariat ouvrier, ainsi que la participation collective aux gains de productivité.\u2014 Waterville: WATERVILLE T.G.Inc.implante les Cercles de qualité ou groupes de solutions de problèmes par la base.\u2014 Sherbrooke: en secteur public, le CEGEP de Sherbrooke a suscité la participation de l\u2019ensemble de son personnel (650) à l\u2019élaboration d\u2019un plan triennal de développement afin d\u2019en faire une institution «d\u2019excellence».\u2014 Sherbrooke: la COOPÉRATIVE DE DÉVELOPPEMENT DE L\u2019ESTRIE se spécialise dans la promotion de la participation des travailleurs à la gestion et à la propriété des entreprises.Un centre de recherche en gestion participative pourrait y être greffé.\u2014 Sherbrooke: le GROUPE GAUDETTE utilise une approche fondée sur les relations humaines davantage conforme à une culture qualitative et personnaliste.\u2014 Sherbrooke: DETTSON est possédée à 35% par les employés; ceux-ci effectuent la planification de la production qui s\u2019est améliorée de 50% durant les deux dernières années. L\u2019ESTRIE A UNE LONGUEUR D\u2019AVANCE 119 \u2014 Magog: TAILLEFER fait participer l\u2019ensemble de ses employés à un programme de qualité totale de la production (Zéro défaut).La Coop AGROPUR valorise aussi ce programme de responsabilisation des travailleurs.\u2014 Bromont: LA GÉNÉRALE ÉLECTRIQUE utilise l\u2019approche sociotechnique visant à l\u2019adaptation de l\u2019usine aux préoccupations humaines.L\u2019approche permet de concurrencer avantageusement les firmes asiatiques.Si le libre-échange est appelé à révolutionner les relations de travail, l\u2019Estrie a déjà une longueur d\u2019avance en matière de collaboration patronale-ouvrière.Le mouvement est bien enclenché, mais ce n\u2019est quand même qu\u2019un début.Nous sommes en plein lancement de l\u2019ère de l\u2019innovation sociale en milieu de travail. Des trouvailles dégoûtantes et des réussites merveilleuses par ROSAIRE MORIN J\u2019adore Molière J\u2019aime le théâtre de Shakespeare, mais c\u2019est en français que j\u2019apprécie ses pièces historiques, ses comédies et ses tragédies.La famille Morin parle le français au Québec depuis le premier ancêtre, Robert, établi en 1685 sur la côte de Beaupré.J\u2019espère que les descendants parleront encore le français dans trois siècles.Pourquoi la Loi 101 Au Québec, avec les années, la langue anglaise était devenue la langue des affaires et du travail.Neuf immigrants sur dix s\u2019intégraient au milieu anglophone.Même si les citoyens d\u2019origine britannique ne représentaient que neuf pour cent de la population québécoise, dix-neuf pour cent des Québécois ne parlaient que l\u2019anglais et près de la moitié des francophones devaient travailler dans la langue des «boss».La situation devenait irraisonnable, anormale et injuste.Dans ce contexte, le gouvernement du Québec est intervenu.Après les ratés de monsieur Bertrand (Loi 69) et de monsieur Bourassa (Loi 22), la langue française était consacrée en 1977 la DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 121 langue officielle de l\u2019État, de la justice et des affaires.Un consensus social s\u2019était établi depuis onze ans.La «sainte paix» était revenue.La majorité des anglophones acceptaient les règles établies et les francophones s\u2019étaient attachés à la Loi 101.Peu à peu, la langue française reprenait sa place.Hélas! quelques activistes grenouillaient.Avec l\u2019appui d\u2019Alliance Québec financée, généreusement par les gouvernements de messieurs Mulroney et Bourassa, des guérillas judiciaires ont été entreprises.La Cour suprême fédérale a charcuté, défiguré et réduit en lambeaux la Charte de la langue française qui devait assurer la protection de la langue française, ce gouvernement des juges s\u2019est substitué à la Législature du Québec.Il rendait et il rend encore des décisions d\u2019ordre politique qui affaiblissent les droits de la majorité francophone.Salomon ne siège pas à la Cour suprême Le jugement du 15 décembre 1988 demeurera dans l\u2019histoire du pays une décision inappropriée et injuste pour le Québec.Ce qui est constitutionnel n\u2019est pas toujours juste.Les savants juges ont reconnu que 1 état de la langue française au Québec présentait un caractère «urgent et réel».Ils ont reconnu la «vulnérabilité» de la langue française.Ils ont admis que des «menaces» pesaient sur elle.Ils ont observé la baisse inquiétante de la natalité des francophones et 1 assimilation des immigrants par la communauté anglophone.Malgré ces constatations, ils ont conclu que les intétêts commerciaux des entreprises avaient priorité sur les droits et les intérêts de la nation canadienne-française.Ils ont découvert des liens étroits entre la langue, le commerce et la liberté d\u2019expression.Pour eux, le discours commercial est aussi important que les libertés de pensée, d\u2019opinion et d\u2019expression.Mais les savants juges n\u2019ont pas énoncé les critères qui permettront à Statistiques Canada de déterminer la langue maternelle d\u2019une entreprise appartenant en parts égales à un Turc, à un Russe et à un Allemand.Ils n\u2019ont pas non plus expliqué comment l\u2019usage du français et de l\u2019anglais ne sera pas discriminatoire pour un Chinois, un Espagnol et un Suédois.Hélas, lorsqu\u2019ils se prononcent sur une question québécoise, les savants juges ont souvent une interprétation qui diffère 122 L\u2019ACTION NATIONALE du jugement rendu dans une cause ontarienne.Le 15 décembre, ils ont décidé que la vente et la publicité du savon, des concombres et des cravates pour faire de l\u2019argent devaient être considérées au nombre des libertés fondamentales.Ainsi, restreindre l\u2019usage de la langue anglaise dans l\u2019affichage s\u2019opposait à la liberté du commerce et à la liberté d\u2019expression.Mais, en 1986, cette même Cour suprême fédérale (ontarienne) décidait que la Loi sur les jours fériés dans le commerce de détail de l\u2019Ontario était conforme à la charte canadienne des droits (cause Edwards Books).Pourtant, cette loi violait la liberté de religion des non-chrétiens, qui devaient s\u2019abstenir de commercer le dimanche; la loi interdisait toute activité commerciale le dimanche, à quelques exceptions près.La Loi 101 est assurément moins contraignante.Elle n\u2019interdit en aucun temps les opérations commerciales.Elle n\u2019empêche pas l\u2019usage de la publicité.Elle ne s\u2019oppose pas à la liberté de religion et à la liberté du commerce.Ah! j\u2019oubliais que la Cour suprême qui domine le pouvoir politique penche toujours du même côté, comme le mât du Stade olympique.Néanmoins, je continuerai à croire que la liberté du commerce ne se situe pas au même niveau que les libertés fondamentales inscrites dans les chartes des droits humains.Nulle part, sauf au Canada, on ne trouve une telle interprétation.La liberté de commerce est un droit économique dont la définition doit tenir compte des réalités historiques, nationales, culturelles, sociales et politiques.La Loi 178 Mane, thecel, pharès.Le jugement est rendu.M.Bourassa l\u2019attendait depuis trois ans.Il n\u2019a pas eu le temps de se préparer adéquatement.En catastrophe, à la dernière minute, il a réuni son cabinet, son caucus et le Conseil national de son parti.Une solution a été improvisée.Elle a été négociée en catimini.La façade sera française et l\u2019intérieur aura deux faces.Le français jouira d\u2019une visibilité de façade.Pour vivre au Québec, le français ne sera plus nécessaire.Dans trente ou dans cinquante mois, le Québec sera une province bilingue.Pour monsieur Bourassa, la minorité canadienne qui doit être protégée, c\u2019est la minorité DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 123 anglophone du Québec.Elle est entourée de 6 millions de francophones qui parlent encore le français.Quel danger!.Si les francophones introduisent des manuels français dans leurs universités françaises.Si Provigo rédigeait désormais ses procès-verbaux en français.En trois jours, la Loi 178 est adoptée.Le feu était à la maison.Il fallait agir en toute hâte.Il n\u2019était ni possible, ni nécessaire de consulter ou d\u2019obtenir un consensus.Un vide juridique existait.Il fallait le combler.On oubliait que le vide politique avait créé le vide juridique.Les règlements de la loi n\u2019ont pas été déposés.Ils seront promulgués en cachette, secrètement, faisant l\u2019objet de compromis et de compromissions.Un jour, dans un mois ou dans six mois, probablement après les élections, la Gazette officielle publiera les règles que le gouvernement, et non l\u2019Office de la Langue française, aura édictées pour protéger la langue anglaise au Québec.Que seront ces règlements?Personne n\u2019en connaît le contenu.Il faut envisager des surprises.La loi n\u2019était pas adoptée que le Premier ministre parlait déjà de permettre l\u2019affichage bilingue extérieur dans des municipalités à majorité anglophone.C\u2019est le commencement de la fin.Il est vraiment malheureux que M.Bourassa démolisse et détruise la Loi 101 et le consensus social établi avec peine au cours de la dernière décennie sur le sujet de la langue française.Sa Loi 178, après les modifications antérieures de la Loi 101, signifie pour les francophones l\u2019incapacité de leur langue à s\u2019imposer comme la langue de l\u2019État, de la justice, du travail, de la communication et du commerce.C\u2019est pourquoi les réactions sont si vives et spontanées.Une législation s\u2019impose: rétablir la Loi 101 dans toute sa virginité.Un peu d'histoire Le 2 février 1699, D\u2019Iberville débute la constructions d\u2019un fort à Biloxi pour faciliter la colonisation de la Louisiane.Le 3 février 1866, François-Xavier Garneau meurt à Québec.L\u2019homme publia trois volumes d\u2019histoire en 1845, 1846 et 1848 et de nombreuses compositions poétiques. 124 L\u2019ACTION NATIONALE Le 6 février 1662, Lambert Closse est tué dans un combat contre les Iroquois.Ce héros dont la statue orne l\u2019un des angles du monument de Maisonneuve à Montréal a sauvé Ville-Marie à plusieurs reprises.Son héroïsme est légendaire.Le 7 février 1867, l\u2019Acte de Confédération est présenté à la Chambre des Lords.Sa ratification maintient encore en tutelle le pays du Québec.Le 9 février 1883, le contrat est signé pour la construction du Palais législatif de Québec.Eugène Taché est chargé de préparer les dessins de la façade.Avec les armes de la province, il introduit pour la première fois la devise «Je me souviens».Le 10 février 1904, l\u2019abbé patriote Henri-Raymond Cas-grain décède après avoir décrit admirablement les mœurs canadiennes et avoir écrit des biographies fort intéressantes.Le 14 février 1833, Mgr Bernard-Claude Panet décède à l\u2019âge de 80 ans.L\u2019attitude énergique de cet évêque avait causé l\u2019échec de l\u2019Institution royale que le gouvernement voulait établir pour enseigner l\u2019anglais et la religion protestante aux enfants du Bas-Canada.Le 15 février 1839, Colborne, le vieux brûlot, fait exécuter Aimable Daunais, François-Marie-Thomas Chevalier de Lori-mier, Charles Hindelang, Pierre-Rémi Narbonne et François Nicolas.Ces patriotes avaient participé aux troubles de 1838.Ils appuyaient les 92 résolutions rédigées par l\u2019ancêtre Morin.Le 17 février 1919, Sir Wilfrid Laurier décédait.L\u2019homme a écrit à l\u2019une de ses amis qu\u2019il souhaitait que jamais plus un Canadien-Français ne devienne premier ministre du pays.Il a aussi déclaré dans un discours à Ottawa que pour rester canadien-français, «il faudra lutter jusqu\u2019au bout».Le 20 février 1800 naissait Mère Gamelin, fondatrice des Sœurs de la Charité de la Providence.Elle fut l\u2019ange des malheureux prisonniers politiques, lors des troubles de 1837.Le 21 février 1834, l\u2019Assemblée du Bas-Canada vota, par 56 députés contre 24, les 92 résolutions préparées sous la direction de Papineau par un comité formé de Bédard, Bourdages et Morin, ce dernier agissant comme secrétaire. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 125 Le 26 février 1864 disparaissait la figure légendaire de Louis-Hippolyte La Fontaine qui déclarait en 1842: «Quand la connaissance de la langue anglaise me serait aussi familière que celle de la langue française, je ne ferais pas moins mon premier discours dans la langue de mes compatriotes, ne fût-ce que pour protester contre cette injustice de l\u2019Acte d\u2019union qui tend à proscrire ma langue maternelle.» Le 27 février 1829 décédait le héros de Châteauguay, Charles-Michel de Salaberry.Avec 300 hommes, il repoussait l\u2019armée de Hampton composé de 7 000 Américains.Avec quelque 160 députés, M.Mulroney permet aujourd\u2019hui aux mêmes Américains d\u2019envahir le Canada et le Québec.Nonobstant Monsieur Lauzière, le directeur du Devoir, et plusieurs de ses amis ont jugé que la clause «nonobstant» était mal fondée.La nation est si forte qu\u2019elle peut assumer l\u2019épanouissement de sa culture et de sa langue sans brimer les droits d\u2019expression de la minorité anglophone.Aucun d\u2019entre eux n\u2019a dit que c\u2019était le jugement qui était mal fondé.Ces messieurs n\u2019ont pas de mémoire.La clause «nonobstant» fait partie des chartes canadiennes et québécoises.Elle y a été introduite pour permettre le maintien du pouvoir législatif des provinces dans les domaines de leur juridiction.Le gouvernement fédéral et toutes les provinces ont accepté d\u2019ainsi protéger le pouvoir politique des provinces, notamment contre le pouvoir juridique dont les décisions ne sont pas toujours justes, appropriées et équitables.Si la clause «nonobstant» existe, un gouvernement peut avoir le devoir de l\u2019utiliser.La conservation et le rayonnement de la langue française au Québec ne peuvent être réglées par les juges anglophones de la Cour suprême.Même s\u2019ils ont avoué que la langue française était menacée au Québec, ces savants juristes ont décidé de protéger la langue dont l\u2019épanouissement est sans danger.«Nous sommes forts et capables de conquête.» Ce discours de M.Lauzière et de ses amis ne tient pas compte des réalités que doivent affronter les Canadiens-Français.Nous ne som- 126 L'ACTION NATIONALE mes qu\u2019une poignée de francophones en Amérique.L\u2019anglicisation est présente dans nos foyers.Les transferts linguistiques sont nombreux.Les immigrants s\u2019intégrent encore, en majorité, au Québec anglais.Le visage du West Island et même celui de Montréal sont anglais.La minorisation politique des nôtres existe toujours.Notre force économique est encore dépendante de trop de facteurs pour crier victoire.M.Lauzière devrait le comprendre.Dans le monde réel où les Canadiens-Français évoluent, le gouvernement du Québec aurait eu raison d\u2019utiliser le «nonobstant» pour restaurer la Loi 101 dans toute son intégrité.Nos hommes politiques ont été trop lâches pour le faire.En catastrophe, M.Bourassa a improvisé une solution qui respecte la compétence provinciale, mais qui est un compromis chèvre-et-chou qui ne satisfait personne, ni les Français, ni les Anglais.Si M.Lauzière et ses amis avaient compris «que la langue d\u2019affichage public est un test, un symbole, un message-clé: le recul n\u2019est pas permis, ni au gouvernement, ni à notre collectivité»', nous n\u2019en serions peut-être pas à la case de départ.Mais M.Lauzière n\u2019a pas compris ce que la FTQ conçoit depuis longtemps.What does Quebec want La Loi 178 qui protège la langue anglaise au Québec a soulevé l\u2019ire du Canada anglais.M.Mulroney a exposé ses états d\u2019âme.MM.Turner et Broadbent demandent à M.Bourassa de faire marche arrière.Les «dynosaures» du parti conservateur parlent du «French Power».Le Toronto Star affirme que le Québec est «French dominated».Le Globe & Mail croit que le Québec ne doit pas avoir plus de droits que les autres provinces.Gary Filmon du Manitoba lie l\u2019adoption de l\u2019accord du Lac Meech par sa province au retrait de la clause «nonobstant» de la Loi 178.Sharon Casrstairs et Gary Doer applaudissent le geste.Le Canada anglais part-en-guerre contre le Québec français.La société distincte est remise en cause.Le Québec doit être identique aux autres provinces.Il ne peut être ni différent, ni indépendant.1.Déclaration de la FTQ, le 15 décembre 1988. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 127 La dernière intervention de l\u2019année 1988 a mis en vedette Conrad Black, le propriétaire du Soleil, du Droit, du Quotidien et d\u2019un grand nombre de journaux hebdomadaires québécois.Pour M.Black, le dossier Bourassa est noir sur noir.«La nouvelle législation sur l\u2019affichage qui contourne tant de décisions judiciaires inattaquables représente aussi bien un acte de sécession qu\u2019un affront à la majorité linguistique du pays».Si M.Black connaissait l\u2019histoire de son pays, il ne tiendrait pas ce langage.A-t-il déjà entendu parler d\u2019un pacte confédératif entre deux races?du règlement XVII en Ontario?de l\u2019abolition des écoles acadiennes?et du non-respect des droits du français au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta, trois provinces constitutionnellement bilingues, de leur origine à 1987?Où sont les traîtres et qui affronte qui?Dans son article du Financial Post, M.Black ajoute: «Qu\u2019importe qu\u2019une telle mesure apporte confiance aux Québécois d\u2019expression française, elle constitue une charge brutale à l\u2019endroit des non-francophones de la province qui ont traditionnellement soutenu les libéraux du Québec».Voilà la déclaration d\u2019un grand politique! Puisque les non-francophones votent «rouge», un gouvernement «rouge» ne devait pas tenir compte des aspirations des Québécois d\u2019expression française.Quel esprit chevaleresque! Quelle grandeur d\u2019âme! Un peu plus et seule la liberté d\u2019expression des anglophones serait légitime.La discrimination serait de peu d\u2019importance si elle était exercée sur les langues française, espagnole, chinoise.Les pauvres Anglais, ils ont été si maltraités par les francophones.Compte tenu de la situation désespérante, M.Black juge nécessaire la convocation d\u2019une conférence fédérale-provinciale pour déterminer «s\u2019il y a réellement convergence entre les aspirations du Québec et celles des autres régions du pays».What does Quebec want?Le Canada anglais n\u2019a rien compris.La société distincte est une coquille vide.Les Franco-Québécois devraient devenir des Canadiens anglais.Un seul pays, une seule langue, voilà la solution magique.Dans son exposé, M.Black ajoute: «En termes crus, il semble qu\u2019un Québec extérieurement unilingue acceptera de recevoir chaque année des milliards de dollars en paiements de transferts, consentant en retour à renoncer aux quelques instruments de sou- 128 L'ACTION NATIONALE veraineté qu\u2019il ne possède pas déjà: frapper sa propre monnaie, constituer une force militaire, ouvrir des ambassades à travers le monde.» Pauvre M.Black! Quel homme généreux! Il n\u2019y a qu\u2019un détail: il ignore que ces subventions proviennent pour la plupart de nos propres impôts québécois.«Un tel arrangement ne peut durer longtemps, affirme-t-il encore.Le Canada est sur le point de devenir un pays où la langue parlée par 70% des gens est occultée dans une province qui compte 30% de la population.Des jugements du plus haut tribunal ne peuvent être balayés du revers de la main».Qui a d\u2019abord balayé les jugements du plus haut tribunal?Où étiez-vous, M.Black, lorsque le gouvernement de la Saskatchewan a contourné le jugement de la Cour suprême qui reconnaissait le caractère bilingue de cette province pour imposer l\u2019unilinguisme anglais?Où étiez-vous, M.Black, lorsque le gouvernement de l\u2019Alberta a bafoué le jugement de la Cour suprême pour imposer, à son tour, l\u2019unilinguisme anglais en sa province?Ces législations étaient de loin plus prohibitives que la faible Loi 178.Savez-vous, mon cher monsieur Black, que les descendants de Britanniques ne représentent que 9% de la population québécoise et qu\u2019ils possèdent leurs écoles, leurs commissions scolaires, leurs cegeps, leurs niversités, leurs radios, leurs télévisions, leurs quotidiens, leurs journaux hebdomadaires et qu\u2019ils contrôlent près de la moitié de l\u2019économie québécoise?Aucune province anglaise n\u2019accorde à sa minorité francophone le dixième de la considération que les Franco-Québécois ont consenti à l\u2019égard de la minorité anglaise du Québec.Alors que l\u2019anglais assimile, le français a respecté et respecte encore les différences culturelles.La FTQ Le 19 décembre, la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec déclarait: «Tout en respectant les minorités anglophone et allophone, il faut comprendre que la majorité francophone veut vivre partout en français au Québec: au travail, à l\u2019école et dans les rues, dans les établissements industriels et commerciaux.Nous n\u2019accepterons jamais que l\u2019on affaiblisse ainsi la portée de la Charte de la langue française et nous allons nous battre pour son main- DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 129 tien intégral.Nous demandons à tous nos affiliés de se mobiliser pour cette bataille.» Voilà un discours clair! L\u2019Action Nationale demande de façon pressante à ses abonnés de s\u2019engager derrière le MQF auquel la FTQ est associé.AFEAS = Qualité de vie des femmes Invité récemment à adresser la parole à un cercle de l\u2019AFEAS, je suis sorti de cette rencontre rajeuni et réconforté.Il y a encore de l\u2019espoir pour le Québec français.Notre petit pays compte un grand nombre de femmes dépareillées.C\u2019est là une richesse inestimable.L\u2019AFEAS compte en ses rangs quelque 30 000 femmes.Ce ne sont pas toutes des Marie Rollet et des Madeleine de Verchè-res, mais la majorité d\u2019entre elles ont du cœur au ventre et de l\u2019avenir dans l\u2019esprit.Elles se regroupent sous ce vocable pour améliorer les conditions de vie des femmes.Entre elles, elles discutent de santé, de droits, de consommation, de loisirs, bref de problèmes qui les amènent à agir dans leur milieu.Elles sont informées sur les grandes questions de l\u2019heure.Elles osent exprimer leurs opinions auprès des gouvernants, des médias et de la population.Leurs interventions vont de l\u2019aide sociale à l\u2019universalité des allocations familiales, des services de garde au crédit d\u2019impôt pour enfants, des congés de maternité à la fiscalité qui fouille dans les porte-feuilles.Voilà des éléments d\u2019une politique familiale qui se rapproche drôlement des préoccupations de L\u2019Action Nationale.L'association québécoise des professeurs de français L\u2019AQPF regroupe tous les enseignantes de français, de l\u2019école maternelle à l\u2019université, ainsi que toutes les personnes qui s\u2019intéressent à cet enseignement.Ses objectifs: «Contribuer au progrès de l\u2019enseignement du français.Assurer la défense et l\u2019illustration de la langue française.Promouvoir la culture québécoise.Veiller aux intérêts professionnels des professeurs de français.» 130 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019AQPF organise un congrès annuel.Elle compte des sections régionales qui réunissent les membres en colloques, journées d\u2019études, samedis pédagogiques, cafés littéraires, brunchs, etc.Elle est associée à la revue Québec français.Elle publie des rapports et des mémoires sur la situation de l\u2019enseignement du français.L\u2019Association est affiliée à la Fédération internationale des professeurs de français qui est présente dans 80 pays différents.Elle collabore étroitement avec la Commission français langue maternelle qui œuvre en France, Belgique, Suisse et Québec.Elle est membre de la Commission Amérique du Nord (français langue maternelle, langue seconde et langue étrangère) dont les activités rayonnent aux Antilles, Canada, États-Unis, Mexique et Québec.Vous pouvez adhérer à l\u2019AQPF.La cotisation est de 50$ par année.L\u2019adresse: 5500, boul.des Gradins, Québec, G2J 1 Al La mère Lydie Madame Lydie Auger est originaire de Montpellier, dans le Sud de la France.Elle a grandi dans une famille bourgeoise.Elle réside maintenant dans un modeste appartement de la rue Joliette, à Montréal.Mariée depuis 33 ans, elle est mère de 2 enfants.Depuis toujours, elle s\u2019intéresse aux conditions de vie des personnes défavorisées.En sa tendre enfance, elle était attirée par les Gitans de Montpellier.À Montréal, son action a débuté par plusieurs années de travail bénévole auprès des pauvres et des prostituées.Un jour, un clochard lui tend la main à la sortie d\u2019une église.C\u2019était le début de Mission Colombe qui existe depuis deux ans.Madame Auger et ses bénévoles, ils sont une quarantaine, préparent tous les jours des repas chauds pour les sans-abri.Vers les 20h00, quand la popote est prête, l\u2019Econoline de madame Auger quitte la rue Joliette vers le carrefour Berri-Sainte-Catherine.Une dizaine de robineux prennent place à la fois à l\u2019arrière du véhicule et ils dégustent la modeste portion qui leur est offerte.La cantine se dirige ensuite vers «Dernier Recours», le centre créé par la Ville de Montréal pour accueillir les clochards qui ne trouvent aucun refuge pour passer la nuit.Des DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 131 dizaines d\u2019affamés savourent les mets préparés par les bénévoles de madame Auger.Au nombre des sans-abri qui fréquentent la cantine de la Mission Colombe, on retrouve des femmes et des jeunes sans toit, sans famille, qui ont le trottoir pour tout partage.Madame Auger considère ces démunies comme des personnes à part entière.Elle les aime.Elle les connaît presque tous par leur prénom.Elle multiplie les formes d\u2019aide matérielle et morale.Par exemple, le jour de Noël, elle a invité les itinérants de Montréal à fraterniser autour d\u2019un buffet au sous-sol de l\u2019église de Saint-Pierre-Apôtre, en face de Radio-Canada.La Mission Colombe ne reçoit aucun subside gouvernemental.Quelques mécènes souscrivent de temps à autres.Les 40 bénévoles et madame Auger sont les artisans de l\u2019œuvre.Ils attendent l\u2019aide providentielle qui leur permettrait de faire davantage et d\u2019aider les sans-abri à s\u2019en sortir.Pas un cent à l\u2019impôt La réforme Wilson déterminait un impôt minimum qui devait assurer un partage équitable de l\u2019assiette fiscale.La première année présente des résultats assez décevants.En 1986, une centaine de Canadiens ont gagné plus de 250 000$ et n ont pas paye un sou d\u2019impôt au gouvernement fédéral.La même année, plus de 6 000 particuliers avaient gagné plus de 50 000$ et n\u2019avaient pas versé un sou dans les coffres de l\u2019État.Un père de deux enfants qui gagnent 10 000$ verse plus de 1 000$ à l\u2019impôt.C\u2019est cela, l\u2019équité fiscale de monsieur Wilson.Les réfugiés Madame Barbara McDougall vient de rendre publique la politique du gouvernement Mulroney relative aux 85 000 individus entrés au Canada en demandant le statut de réfugiés.Aucune amnistie n\u2019est accordée.Les faux réfugiés seront expul- 132 L\u2019ACTION NATIONALE sés.S\u2019ils veulent être admis au pays selon la Loi de l\u2019Immigration, ils devront quitter volontairement le Canada et présenter leur demande à partir d\u2019un pays étranger.C\u2019est un changement important pour une terre à ce jour d\u2019accueil et d\u2019hospitalité.Jadis, l\u2019amnistie était consentie ou des accommodements administratifs étaient offerts.Mais, aujourd\u2019hui, dans la période des fêtes, la loi est la loi.Elle est inhumaine.Elle prend en otage des personnes.Les 85 000 hommes et femmes en attente d\u2019un statut de réfugiés seront jugés par des commissaires.Selon l\u2019évaluation de la Ministre, des dizaines de milliers de personnes seront expulsées.Le jugement aura un effet rétroactif.La décision sera sans appel.Le gouvernement fédéral qui juge que la Loi 178 viole la liberté d\u2019expression ne respecte pas les libertés fondamentales des réfugiés.Alliance Québec portera-t-elle cette cause jusque devant la Cour Suprême?Le droit d\u2019un procès juste n\u2019existera pas pour ces milliers de personnes?Le droit à la vie sera même menacé pour un certain nombre?De dépotoir en dépotoir Saint-Basile-le-grand a sonné l\u2019alerte.Depuis, l\u2019opinion publique est éveillée et vigilante.Personne accepte de traiter dans sa cour les déchets des voisins.Un peu partout, Saint-Jean-de-Matha, Senneterre, Cantley, Stoke., la population s\u2019oppose à l\u2019entreposage des déchets industriels et toxiques.Des promoteurs ont été vaincus dans la Beauce, l\u2019Abitibi et l\u2019Estrie.De plus en plus, les municipalités entendent desservir en priorité leurs citoyens et préserver leur capacité future d\u2019enfouissement.La situation est sérieuse.Quelques exemples en soulignent la gravité.Les BPC et les résidus contaminés de Saint-Basile ne sont pas rendus en Alberta, au moment où ces lignes sont écrites.Le dépotoir de Saint-Amable a été fermé par ordonnance et le gouvernement va probablement équiper la compagnie Animat (qui importe de vieux pneus des États-Unis) pour déchiqueter et réduire en poussière cette montagne de caoutchouc qui est un péril pour la moitié de la population du Québec.Quelques milles plus loin, à Franklin, les flammes ont ravagé 1 000 des 3 500 000 pneus du dépotoir.Même si un tel DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 133 incendie libère des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), le ministère de l\u2019Environnement a refusé d\u2019effectuer l\u2019échangillonnage du terrain.Pourtant, les molécules qui se dégagent sont cancérigènes et plus dangereuses que les dioxines et les furanes.Dans l\u2019Estrie, depuis des mois, les principaux sites d\u2019enfouissement accueillaient chaque semaine entre 150 et 200 camions-remorques remplis de déchets provenant surtout de la région de Boston.Les villes ont dû se mobiliser contre ces importations.Elles ont menacé de bloquer les autoroutes.avant que les gouvernements n\u2019interviennent.Les programmes établis à Québec et à Ottawa ne répondent vraiment pas aux exigences de l\u2019heure.Ils réparent tout au plus les pots cassés.Les règlements ne sont même pas respectés.La tolérance et le laisser-faire sont monnaie courante au ministère de l\u2019Environnement.Le gouvernement du Québec n\u2019a pas encore pris le virage vert.Il gère le passé.Les commissions d\u2019enquête régleront l\u2019avenir.Pourtant, l\u2019action presse.Les problèmes soulevés par l\u2019entreposage et l\u2019élimination des déchets dangereux sont solutionnés en d\u2019autres provinces et pays.La localisation des entrepôts ne présente pas des choix insolubles.Des technologies efficaces et sécuritaires existent ailleurs et détruisent sans danger les déchets contaminés.L\u2019impuissance du gouvernement québécois prend sa source dans les faibles ressources financières, techniques et humaines consenties au ministère de l\u2019Environnement.Si on soustrait les sommes utilisées pour l\u2019assainissement des eaux, le ministère jouit de quelque 40$ millions pour toutes ses autres missions.Ce faible budget ne permet pas de surveiller adéquatement 600 sites de déchets et de réaliser les études et les programmes nécessaires pour l\u2019entreposage et la destruction des produits dangereux.En ce domaine, la volonté politique n\u2019existe pas.La gestion gouvernementale est inexistante.C\u2019est le laisser-faire.«Faites confiance aux industriels».qui polluent.La conservation et l\u2019exploitation des ressources ne sont pas l\u2019objet d\u2019actions concrètes et de mesures coercitives suffisantes.L\u2019intérêt public n\u2019est pas le premier visé.Les grands projets du 134 L\u2019ACTION NATIONALE présent et de l\u2019avenir qui affectent l\u2019environnement échappent au débat public.Les objectifs quantitatifs et qualitatifs ne sont pas déterminés secteur par secteur, région par région.Bref, la sécurité et la santé des citoyens ne sont pas protégées adéquatement.3 000 incidents nucléaires en 1987 Public Citizen est une organisation sans but lucratif qui s\u2019intéresse à l\u2019énergie nucléaire depuis de nombreuses années.File vient de rendre public un rapport sur la situation nucléaire aux États-Unis, pour l\u2019année 1987.Voici les point saillants: \u2014\tprès de 3 000 incidents nucléaires sont survenus; \u2014\t430 centrales ont été mises hors services d\u2019urgence; \u2014\t492 violations des mesures de sécurité ont été relevées; \u2014\tles accidents les plus fréquents: les centrales Nine Mile Point-2 et Scriba avec 79 accidents; Perry-1, North Perry avec 77 accidents et Waynesboro avec 75 accidents; \u2014\tdes milliers d\u2019ouvriers des usines nucléaires ont été exposés à des radiations; \u2014\t96 millions d\u2019Américains vivent dans un périmètre de 80 km et sont vraiment menacés.À la lecture de ce rapport, j\u2019aime davantage les pannes d\u2019Hydro-Québec.C\u2019est moins dangereux.Voyageur pastimes Le bilinguisme connaît toutes les formes imaginables.La langue anglaise est partout: étiquetage, affichage, publicité, publications.Nous vivons au Canada.Toutes les formes de bilinguisme sont exploitées.L\u2019une des applications la plus invraisemblable est introduite par la revue Voyageur Magazine.À la page 5 du numéro de l\u2019automne-hiver, le passager a droit à un passe-temps.Pastimes comprend 20 mots français, 21 mot anglais et 10 mots pouvant appartenir à l\u2019une ou l\u2019autre de ces langues.A-t-on vu pareille bêtise dans un autre pays de l\u2019univers?Dans la seule province française du Canada le lecteur francophone doit skating, skiing, swimming, reading, painting.L\u2019attitude de la compagnie Voyageur est dégoûtante. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 135 La circulaire Provigo L\u2019un de nos amis nous écrit: «Je n\u2019en peux plus.Je ne la supporte plus.Je ne peux plus la voir comme ça à ma porte, semaine après semaine.Je ne peux plus souffrir La Circulaire Provigo.J\u2019en ai assez de la voir me remettre sous le nez la démission maquillée, le mépris des parvenus pour ceux-là qui les ont fait grandir.Et dire que ça passe pour un des plus beaux fleurons delà garde montante.On aura beau faire toutes les campagnes qu\u2019on voudra pour organiser la résistance, ça restera comme une plaie purulente.Cette manière de faire semblant de produire un journal pour contourner la Loi 101 et faire sa publicité bilingue, c\u2019est odieux.Brasser des milliards pour en arriver à ça! Je n\u2019ai plus jamais fait d achat chez Provigo depuis le jour où l\u2019on dépose à ma porte ce journal de publicité bilingue qui mine les efforts d\u2019affirmation qui leur ont pourtant permis de se rendre là où ils sont.» Aux lecteurs d\u2019apprécier! C\u2019est toujours l\u2019action individuelle qui compte, si elle est multipliée par la force du nombre.Nouvelles des coopératives Agropur fête ses 50 ans.Le 25 août 1938, 51 cultivateurs s\u2019engageaient à souscrire chacun 5 parts de 10$.Aujourd\u2019hui, plus de 5 000 membres sont regroupés.L\u2019actif de leur coopérative s élève à 212$ millions et le chiffre d\u2019affaires dépasse les 800$ millions.Agropur transforme 38% du lait au Québec et fabrique 65% du cheddar.La coopérative d Umiujaq du Nouveau-Québec opère un magasin général et un hôtel.La Société de développement des coopératives (SDC) vient de garantir un prêt à la capitalisation de 80 000$.La coopérative forestière Picanoc de Maniwaki œuvre dans l\u2019aménagement forestier: récupération, déboisement, coupe forestière et travaux sylvicoles.Pour l\u2019aider dans sa croissance rapide, la SDC vient de garantir les deux tiers d\u2019une marge de crédit de 211 000$.La SDC a aussi garanti les deux tiers d\u2019une marge de crédit accordée à la coopérative forestière Chapais-Chibougamau qui se spécialise dans la plantation des arbres et des travaux sylvicoles. 136 L\u2019ACTION NATIONALE Les coopératives québécoises Pour l\u2019année 1987, onze coopératives québécoises se classent parmi les 50 plus importantes coopératives non financières du Canada.Des lecteurs apprécient l\u2019information que nous leur communiquons de temps à autre sur les coopératives.Voici les données: Nom de la coopérative\tRang selon le chiffre d'affaires\tChiffre d\u2019affaires $\tPrincipales activités Coopérative fédérée de Québec\t3\t1 243 656\tVentes en gros, approvisionnements ', produits laitiers, transformation animale et de volaille, pétrole.Agropur\t6\t821 297\tProduits laitiers, approvisionnements.Purdel\t11\t299 330\tProduits laitiers, approvisionnements, fruits de mer.Agrinove\t18\t143 860\tProduits laitiers.Chaîne coopérative du Saguenay\t25\t73 394\tProduits laitiers, approvisionnements, véhicules, machines, pétrole.Coop agricole de la Côte-Sud\t30\t53 536\tProduits laitiers, approvisionnements.Nutrinor\t32\t52 254\tProduits laitiers.Société coop agricole régionale\t33\t49 918\tMeunerie, élevage de porcs, machines agricoles.Sainte-Rosalie\t\t\t Unicoop\t35\t46 053\tMeunerie, quincaillerie, machines.Société coop agricole\t40\t36 627\tMeunerie, approvisionnements.des Bois-Francs\t\t\t Agrodor\t43\t34 179\tTransformation de produits laitiers, approvisionnements.1.approvisionnements: lire approvisionnements à la ferme. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 137 Le développement des coopératives non financières doit être appuyé par les coopératives financières.Le libre-échange Les autos américaines seront exemptées du système métrique et du bilinguisme?Voilà la nouvelle qui émane du ministère des Transports! En ces lieux bénis de la coulisse politique, on apprend que le ministère s\u2019apprête à suspendre des normes de sécurité et celles qui ont trait à l\u2019étiquetage bilingue et au système métrique.L\u2019adoucissement de ces normes permettra aux voitures d\u2019occasion américaines de franchir les frontières et de faire concurrence à des entreprises québécoises qui devront observer l\u2019étiquetage bilingue, le système métrique et des règles de sécurité plus sévères.Depuis le 1er janvier 1989, les voitures d\u2019occasion de plus de 8 ans peuvent être importées sans restriction.Telle est la disposition prévue à l\u2019article 1003 du Traité de libre-échange.Ce désavantage pour nos entreprises est le premier d\u2019une longue litanie d\u2019inconvénients pour lesquels la population québécoise a voté.Si j\u2019étais joueur de baseball Si j\u2019étais un joueur de baseball rénuméré selon la moyenne des salaires, je gagnerais 438 000$ par année, soit quelque 3 000$ par balle attrapée pour un joueur de champ extérieur.Si j\u2019étais un joueur de baseball, je donnerais 80 000$ par année à L Action Nationale, don déductible de mes impôts.Avec un tel revenu, L\u2019Action Nationale multiplierait ses activités.Si un mécène voulait souscrire une telle somme, il me serait possible d\u2019élaborer un programme de diffusion nationale qui le surprendrait. SECTION LIONEL-GROULX «Avons-nous comme peuple la volonté de survivre et de porter dans un autre millénaire l\u2019héritage que nous ont légué ces fils de paysans et ces femmes venus de France et d\u2019ailleurs?» Paul-André Comeau La nation canadienne-française En cette section, dix-neuf articles sur la question nationale seront présentés.Les auteurs dissiperont certains équivoques qui sont en train de nous embaumer.Ils appartiennent à ce groupe limité d\u2019intellectuels qui peuvent \u2014\tclarifier les notions relatives à l\u2019identité nationale \u2014\tanalyser les forces et les faiblesses de la nation \u2014\tprévoir l\u2019évolution probable \u2014\tet proposer des orientations cohérentes.Textes publiés \u2014\tQue devient la question nationale?, François-Albert Angers, novembre 1988, pp.811-830 \u2014\tAvons-nous comme peuple la volonté de survivre?, Paul-André Comeau, novembre 1988, pp.381-841 LA NATION CANADIENNE-FRANÇAISE 139 \u2014\tUne population vieillissante et menacée d\u2019anémie, Jacques Henripin, novembre 1988, pp.844-855 \u2014\tDe la culture militante à la culture inquiète, Fernand Harvey, décembre 1988, pp.891-906 La situation linguistique au Québec en 1988.Peut-on espérer sortir de ces ambiguïtés?, Michel Plourde, décembre 1988, pp.907-928 \u2014\tL\u2019éducation au Québec, Paul Tremblay, janvier 1989, pp.48-68 L éducation nationale dans les écoles, Lorraine Pagé, janvier 1989, pp.69-75 \u2014\tDes groupes ethniques aux communautés culturelles, Pierre Anctil, février 1989, pp.140-157 Textes à paraître \u2014\tL\u2019enseignement de l\u2019histoire, Micheline Dumont, mars 1989 \u2014\tLa qualité de la vie, André Beauchamp, mars 1989 \u2014\tL\u2019économie canadienne-française, avril 1989 \u2014\tLa pauvreté au Québec, avril 1989 \u2014\tL\u2019organisation du travail, Gérald Larose, avril 1989 \u2014\tL\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes, Madeleine Blanchet, avril 1989 \u2014\tLa vie des minorités françaises, Aurèle Thériault, mai 1989 \u2014\tLe Québec dans la francophonie, Jean-Marc Léger, mai 1989 \u2014\tLe poids des Canadiens-Français et du Québec dans la Confédération, Claude Morin, juin 1989 \u2014\tLa conjoncture politique, Pierre Harvey, juin 1989 \u2014\tLa question nationale, Léon Dion, juin 1989. Des groupes ethniques aux communautés culturelles par PIERRE ANCTIL 1 /n moins de temps qu\u2019il n\u2019en faudra pour rédiger ce texte, une centaine d\u2019individus toucheront le sol du Canada et demanderont immédiatement le statut de réfugié politique.Entrés illégalement pour la plupart et souvent sans aucun document d\u2019identité, ils rejoindront les quelque 80 000 immigrants, dont 40 000 domiciliés au Québec, qui comme eux attendent qu\u2019un tribunal tranche au cas par cas leur droit de rester au pays, d\u2019y travailler en toute sécurité et de devenir citoyens à part entière.Cent personnes par jour, bon an mal an, arrivent parfois dans des conditions de grand dénuement et dans un état d\u2019esprit frisant le désespoir.Les réfugiés Littéralement échoués sur nos rives ou sortis en catastrophe d\u2019une carlingue d\u2019avion au long courrier, venus de contrées lointaines, parlant des langues aux sonorités déroutantes, les réfugiés font maintenant partie de notre quotidien et des manchettes de l\u2019actualité.Quiconque a l\u2019œil le moindrement exercé parvient à reconnaître ce type d\u2019hommes et de femmes dans les rues de la métropole, dans le métro, partout là où des foules denses circulent et s\u2019affairent.Désorientés, happés par le va-et-vient d\u2019une société qui leur est étrangère à plus d\u2019un niveau, ils attendent ainsi parfois pendant des mois et des mois la possibilité de pren- DES GROUPES ETHNIQUES 141 dre racine, tandis que pèse sur eux la menace d\u2019une expulsion sommaire.Sur leurs visages se lisent les traits caractéristiques de la Turquie, du Chili, du Salvador et d\u2019autres humanités encore, tandis que leurs vêtements trahissent la simplicité de leurs origines, sinon dans bien des cas le dénuement qu\u2019imposent les longues attentes aux quais d\u2019embarquement et aux officines gouvernementales.Près d\u2019eux, des enfants, le plus souvent très jeunes, ne savent pas le sens des mots «pays d\u2019origine», «passeport» ou «revendicateurs de statut».Bientôt, si ce n\u2019est déjà fait, on les dirigera vers une école où on ne parle ni leur langue, ni de ces choses qui donnent à leur culture ses fondements premiers.Demain, il en viendra d\u2019autres qui recommenceront depuis le début ce cheminement pénible d \u2019 acclimatation et d \u2019 intégration.Les immigrants Ceci, sans compter les quelque 150 000 immigrants que le Canada acceptera de prendre à son compte cette année, et qui eux seront passés par la filière habituelle: dépôt d\u2019une demande officielle dans un bureau à l\u2019étranger, examen médical et étude du dossier par des fonctionnaires.De ce nombre le tiers iront rejoindre leur proche famille quelque part au Canada, tandis que les autres, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, auront traversé un long processus de sélection, au terme duquel ils seront jugés aptes à occuper un emploi, à obéir à nos lois et éventuellement après trois ans à devenir citoyens à part entière.Jeunes, bien qualifiés professionnellement, parfois pourvus de ressources financières et surtout désireux de s\u2019insérer sans délai dans le tissu social canadien, les immigrants appartenant à la catégorie des «indépendants» obtiennent au bout de quelques années seulement un niveau de vie souvent supérieur à la moyenne canadienne.À peine viennent-ils de s\u2019installer que déjà ils créent des entreprises, répondent à des besoins spécifiques sur le marché du travail et engendrent par le fait même de nouveaux emplois.D\u2019autres joignent les rangs du prolétariat urbain et prennent la place des vagues d\u2019immigration précédentes qu\u2019une certaine mobilité sociale déplace peu à peu vers les classes moyennes. 142 L\u2019ACTION NATIONALE Plus touchés par les circonstances urgentes de leur départ, les réfugiés, autant les illégaux que ceux que le gouvernement sélectionne lui-même à l\u2019étranger, mettent plus de temps à franchir les étapes qui mènent à une intégration minimale à la société canadienne, mais ils y parviennent à terme comme les premiers.Une génération ou deux suffisent dans la plupart des cas pour permettre la transition et il y a fort à parier que les petits à l\u2019allure étrangère seront des adultes que rien, à première vue, ne rendra différent de la masse de nos concitoyens.Deux cent mille immigrants par année, un million en cinq ans, si la tendance qui s\u2019annonce depuis quelques années se maintient, seront issus des cinq continents, sans que la culture d\u2019origine ou la langue maternelle n\u2019entre en ligne de compte dans le choix des candidats à l\u2019immigration.Tout au plus favorisera-t-on les personnes qui possèdent une connaissance sommaire des langues officielles.Trente à cinquante mille de ces gens seront des réfugiés que l\u2019on choisit de ne pas refouler aux frontières, si on parvient à les identifier avant qu\u2019ils entrent au pays.Ce nombre aurait facilement pu quintupler dans le futur, n\u2019eût été des multiples barrières administratives et légales que le gouvernement met sur le chemin des «sans statut», avant même qu\u2019ils ne parviennent à quitter leur pays d\u2019origine.La pression des réfugiés Les conditions politiques et économiques, sans compter les conflits militaires larvés et la répression physique endémique sous certains régimes, sont telles à travers le globe que des millions d\u2019individus n\u2019attendent qu\u2019une occasion pour fuir leur pays.Sans compter ceux qui l\u2019ont déjà fait et qui se trouvent parqués dans des camps frontaliers, bloqués dans des zones grises, hors de la protection que pourrait leur accorder un pays d\u2019accueil véritable où seraient reconnus leurs droits inaliénables.Il suffit par exemple qu\u2019une faille apparaisse dans l\u2019appareil bureaucratique qui contrôle les entrées et les sorties à nos frontières pour que des centaines de réfugiés s\u2019y précipitent, souvent après avoir été obligés de verser de fortes sommes à des intermédiaires peu scrupuleux.Parmi tous les pays du monde, le Canada est un des plus convoités comme destination possible et un de ceux qui traitent DES GROUPES ETHNIQUES 143 le mieux les réfugiés et les immigrants légaux.Quoi qu\u2019il arrive, et à défaut d\u2019un conflit d\u2019envergure mondiale qui viendrait paralyser les déplacements internationaux, il faut s\u2019attendre à ce que de plus en plus les pressions s\u2019intensifient à nos frontières.Non vraiment, il faut étudier la question de l\u2019immigration et prendre conscience de ses conséquences au plus tôt.Un contexte incontournable En 1989, le Québec acceptera de son propre gré, au terme de l\u2019entente Cullen-Couture de 1978, de sélectionner, de traiter et d\u2019intégrer 35 000 individus parmi ceux que le Canada aura déjà accrédités, sans compter plusieurs milliers de réfugiés qui aboutiront sur notre territoire illégalement et décideront d\u2019y rester sans que les autorités provinciales n\u2019y puissent rien.En pourcentage, cela représente à peu près 20% du total de l\u2019immigration canadienne, soit un minimum en regard de ce que l\u2019accord du lac Meech concède au Québec comme proportion du flot migratoire.Si, en 1989, le Québec devait accueillir l\u2019équivalent de son poids démographique dans la population canadienne, c\u2019est plutôt 50 000 nouveaux venus auxquels il faudrait ouvrir nos portes.Ces quelques chiffres donnent une idée de l\u2019ampleur de la tâche qui attend notre gouvernement à Québec et nos élites intellectuelles et politiques.Les immigrants ne disparaîtront pas demain matin de la surface de la terre, ni les pressions qui forcent des centaines de milliers de personnes à chercher refuge ailleurs, si possible là où existent des conditions de vie minimales décentes.Loin d\u2019être le résultat d\u2019un contentieux interne au Canada entre paliers de gouvernement, l\u2019immigration et ses conséquences humaines se situent à l\u2019échelle planétaire et sont le résultat d\u2019inégalités économiques intolérables.Puisque jamais nous n\u2019aurons la possibilité de fermer les yeux sur le phénomène des réfugiés, quel que soit le régime politique en place au Québec, ni les moyens économiques de rejeter du revers de la main les avantages qu\u2019apporte déjà à notre espace économique l\u2019installation d\u2019immigrants dits «autonomes», voyons plutôt la question sous son angle actuel.Que pourrait-on faire aujourd\u2019hui pour nous réconcilier avec l\u2019idée dans le futur immédiat d\u2019un apport soutenu d\u2019immigrants, sans remettre en cause, sous ses 144 L\u2019ACTION NATIONALE aspects fondamentaux, le projet de société du Québec contemporain?Il m\u2019apparaît que nous possédons déjà pour l\u2019essentiel les outils légaux et politiques requis pour infléchir dans le sens de notre devenir collectif les dizaines de milliers d\u2019immigrants qui s\u2019apprêtent à se joindre à nous.Sur peu de fronts, en effet, possédons-nous autant d\u2019instruments législatifs et de structures d\u2019intervention propres à résoudre à notre avantage la question posée.Le problème ne vient pas de ce que nous sommes ici aux prises avec une situation critique, voire même difficile, mais de ce que nous n\u2019avons pas assez réfléchi collectivement aux enjeux de l\u2019immigration, ni suffisamment soupesé les conséquences à court et à long terme.Bien sûr, quelques individus isolés ont su depuis vingt ou trente ans parler ludicement sur le sujet1, mais la masse de nos concitoyens ont continué à se bercer d\u2019illusions ou ont tenu à cet effet un discours propre à entretenir la confusion et la crainte.Il en a résulté jusqu\u2019à tout dernièrement chez nos gouvernements une incapacité à agir qui, en soi, était bien plus alarmante que la supposée menace que laissait planer sur notre peuple les immigrants eux-mêmes.En 1867, les pères de la Confédération avait jugé bon de faire de la gestion de l\u2019immigration un champ de compétence partagée entre le niveau fédéral et le niveau provincial.Malgré cette concession, somme toute importante, et qui laissait entendre que Québec pouvait faire contrepoids aux volontés centralisatrices d\u2019Ottawa, ce n\u2019est qu\u2019en 1968 qu\u2019apparut un ministère québécois de l\u2019immigration.Pendant près d\u2019un siècle, de Laurier à Pearson, les gouvernements fédéraux successifs eurent tout le loisir d\u2019élaborer des politiques pan-canadiennes d\u2019accueil des immigrants et se soucièrent peu de l\u2019intérêt des Canadiens-Français.En 1902 et jusqu\u2019au début de la première guerre mondiale, Ottawa mit en place le plus vaste programme d\u2019immigration de toute l\u2019histoire canadienne, qui transporta vers les Plaines de l\u2019Ouest plus de deux millions d\u2019Européens de toutes origines.En 1913 seulement, 400 000 immigrants furent admis au pays.1.Voir, par exemple, Rosaire Morin: L'immigration au Canada, Montréal, Éditions de l\u2019Action nationale, 1966, 72 p. DES GROUPES ETHNIQUES 145 Ce transfert colossal de population profita bien peu au Québec et le plus souvent le plan Sifton, du nom de son initiateur, n\u2019eut comme effet que d\u2019éloigner l\u2019opinion publique canadienne-française de toute considération positive concernant le sujet.En fait, il faudra attendre 1981 pour qu\u2019un gouvernement québécois publie un Plan d\u2019action à l\u2019intention des communautés culturelles, mieux connu sous le titre: Autant de façons d\u2019être Québécois.Ottawa avait occupé la place avec une telle intensité, que l\u2019idée d\u2019immigration, même aux yeux d\u2019esprits aussi lucides que Henri Bourassa et André Laurendeau, avait d\u2019abord été synonyme d\u2019impérialisme et d\u2019oppression nationale2.Encore aujourd\u2019hui, une telle opinion persiste en plusieurs milieux francophones du Québec.Nos forces face à la situation présente Voyons d\u2019abord ce que possède le Québec comme leviers d\u2019intervention directe.Notre gouvernement a pleine juridiction sous le régime actuel pour toutes les questions touchant l\u2019éducation.Il suffisait donc d\u2019exiger que les immigrants s\u2019inscrivent aux écoles de la majorité linguistique, ce que font les États de tous les pays du monde, et fait auquel les immigrants acceptent de se plier en général de bonne grâce.Or ce n\u2019est qu\u2019en 1977 qu\u2019un gouvernement québécois se résolut enfin à agir en ce sens, clarifiant une situation qui depuis plusieurs décennies pataugeait dans l\u2019ambigu.Un livre paru récemment sous la plume de Donat J.Taddeo et Raymond C.Taras3 montre en effet que même à la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM), pourtant au cœur même du débat linguistique entourant les immigrants, la haute administration resta assez différente jusqu\u2019à la fin des années soixante au sort des nouveaux venus, qui pourtant prenaient massivement le chemin des classes anglophones.Pire encore, deux générations plus tôt, pour éviter d\u2019avoir à supporter l\u2019odieux de l\u2019intégration des écoliers juifs au secteur catholi- 2.\tPierre Anctil: «.Le Devoir», les Juifs et l\u2019immigration au Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1988, 161 p.3.\tDonat J.Taddeo et Raymond C.Taras: Le débat linguistique au Québec.La communauté italienne et la langue d\u2019enseignement.Montréal PUM 1987, 246 p. 146 L'ACTION NATIONALE que, le gouvernement Taschereau inventa par le biais de la loi David de 1931 une fiction légale qui désignait comme prostes-tante la population juive de Montréal4.À force, sous toutes sortes de prétextes, de manquer des rendez-vous historiques, d\u2019abord avec les Juifs, puis après 1945 avec les italophones, la société québécoise en vint à passer le message qu\u2019elle ne souhaitait pas l\u2019intégration des immigrants à la majorité francophone.Ce que la myopie de certaines de nos élites avait esquissé, le contexte nord-américain de grande entreprise se chargea de le confirmer amplement.En donnant sur ce point crucial un signal précis, la Loi 101 tentait de corriger plus d\u2019un demi-siècle de louvoiements et redonnait à la société québécoise francophone l\u2019initiative dans le dossier linguistique.Plus que tous les autres aspects relatifs à la Charte de la langue française, ce sont les chapitres concernant la langue d\u2019enseignement qui risquent d\u2019avoir le plus d\u2019impact sur la question qui nous intéresse ici.Notre société affirme sa francophonie quand les enfants de nos immigrants s\u2019inscrivent à l\u2019école française et y commencent tôt une intégration non seulement linguistique, mais sociale et économique à notre collectivité.Le Québec peut non seulement se réserver le droit de diriger les générations montantes vers l\u2019école française, mais il peut, comme nous l\u2019avons souligné plus haut, choisir en vertu d\u2019ententes préalables le type et le nombre d\u2019immigrants qu\u2019il souhaite accueillir.Bien sûr, à ce sujet il y a des limitations inhérentes à l\u2019action de l\u2019État provincial, mais elles dépendent plus des caractéristiques propres au bassin d\u2019immigrants disponibles que de l\u2019interventionnisme fédéral.Le nombre de francophones ou de francophiles à travers le monde est forcément réduit et le Québec n\u2019a jamais pu en attirer qu\u2019un petit nombre.Le gouvernement provincial gère aussi des programmes sociaux et médicaux considérables où il peut influer sur le choix linguistique des immigrants.La plupart du temps, quand ils sollicitent services et conseils, c\u2019est à la porte du provincial que les 4.Pierre Anctil: Le rendez-vous manqué.Les Juifs de Montréal face au Québec de l\u2019entre-deux-guerres.Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1988, 357 p. DES GROUPES ETHNIQUES 147 nouveaux venus viennent cogner, sans compter l\u2019aide à la famille, le placement et les programmes spéciaux d\u2019embauche.L\u2019immigrant a de surcroît le désir profond de s\u2019intégrer, de participer pleinement à la société d\u2019accueil et d\u2019en tirer tous les avantages possibles.C\u2019est folie de croire que les nouveaux venus se replient frileusement sur eux-mêmes et s\u2019enferment à l\u2019intérieur des murs d\u2019un ghetto, d\u2019où ils pourront mieux comploter contre leur pays d\u2019adoption et résister aux assauts des influences exogènes.Tendez une main à l\u2019immigrant et il la saisira.Offrez-lui un milieu de travail et il s\u2019y adaptera.Le Québec francophone a mis beaucoup de temps à comprendre qu\u2019il faut cultiver les nouveaux venus, les entourer de préventions, leur montrer la voie, surtout dans ce contexte linguistique si particulier que nous représentons en Amérique du Nord.Ce travail patient d\u2019accueil et d\u2019intégration doit prendre la forme de structures gouvernementales et publiques adaptées, mais il doit aussi être senti par l\u2019immigrant sur une base plus personnelle, dans le contact par exemple avec les voisins et les compagnons de travail.Il nous reste encore à avoir la patience et le goût de communiquer en français avec eux qui n\u2019ont jamais entendu cette langue et pour qui l\u2019apprentissage requiert des mesures pédagogiques appropriées.Accepter de devenir pays-hôte Accepter de devenir pays-hôte, c\u2019est accueillir les nouveaux venus, les introduire à notre environnement social et linguistique, mais aussi accepter qu\u2019ils modifient à terme notre culture.Jusqu\u2019à il y a à peine dix ans, les classes des différents secteurs scolaires francophones de l\u2019île de Montréal avaient été réservées presque exclusivement aux parlants français de vieille souche, ou si l\u2019on préfère, aux descendants des premiers Européens établis en Amérique avant la conquête, et aux autres catholiques qui se sont assimilés à cette population au cours du XIXe siècle.Plus que toutes les autres clientèles scolaires montréalaises, soit protestantes, soit anglo-catholiques, ce bloc francophone présentait jusqu\u2019à il y a peu de temps le visage d\u2019un monolithisme culturel quasi intégral, où un seul courant historique était représenté: celui de la «Laurentie» de vieille installation, ou si l\u2019on préfère, celui de la québécitude profonde. 148 L\u2019ACTION NATIONALE Ce modelé culturel unanime, sous la pression de l\u2019intégration des immigrants allophones aux classes traditionnellement réservées aux «anciens» québécois, est en voie d\u2019éclatement définitif.D\u2019ici l\u2019an 2000, avec la baisse de natalité dont font preuve les citoyens en âge de procréer, et sous l\u2019impulsion d\u2019une insertion obligatoire des nouveaux venus au secteur franco-catholique, les commissions scolaires francophones du centre de l\u2019Ile de Montréal recruteront plus de 50% de leurs élèves en milieu néo-québécois.De ce nombre, une forte proportion ne posséderont pas le français comme langue maternelle, ni même dans bien des cas une expérience préalable des structures scolaires telles que nous les concevons en Occident.De surcroît, les immigrants que l\u2019on propose de franciser proviennent d\u2019une vingtaine de pays d\u2019origine divers, répartis sur toute la planète et de cultures d\u2019origine dont les points de convergence avec la nôtre resteront longtemps fragiles.Il ne s\u2019agit pas ici de l\u2019apocalypse ou de la fable de la tour de Babel, mais d\u2019un certain Québec de demain, qui déjà se profile très clairement et s\u2019incarne précisément au moment où j\u2019écris ces lignes.Cette métamorphose culturelle constitue sans doute, avec les bouleversements structuraux et institutionnels d\u2019une Révolution tranquille déjà lointaine, l\u2019un des grands changements de société auquel aura été convié le Québec de la deuxième moitié du XXe siècle.Bientôt, si ce n\u2019est pas déjà fait, émergera un Québec où le français, comme langue de travail, comme outil de communication et même comme instrument d\u2019épanouissement personnel, ne sera plus l\u2019apanage des seuls Québécois de souche.Il faut s\u2019attendre de plus en plus, tenant compte des facteurs énumérés plus haut et de notre volonté collective d\u2019accueillir, à ce que la francophonie québécoise soit partagée par un ensemble de cultures et de traditions religieuses diverses, et à ce que le français, auquel notre histoire a tant tenu comme facteur d\u2019identité nationale, soit parlé et apprécié par des individus dont les racines proviennent de l\u2019Afrique, de l\u2019Asie, de l\u2019archipel des Antilles.Sommes-nous prêts à faire face à ce tournant décisif, où nous ne partagerons plus seulement notre territoire, mais notre environnement culturel général, notre milieu artistique et nos lieux dits de solidarité nationale?La question mérite d\u2019être DES GROUPES ETHNIQUES 149 posée, car chez beaucoup d\u2019esprits pourtant bien intentionnés persiste cette impression fausse qu\u2019il suffirait aux Québécois de souche, pour pénétrer dans le siècle prochain avec un minimum de sécurité culturelle, d\u2019imposer purement et simplement aux nouveaux-venus notre langue.Fort bien, mais conviés à se franciser, les allophones et les anglophones se verront ouvrir l\u2019accès au cœur même de notre identité collective et ils y déposeront l\u2019apport non-négligeable de leurs propres racines culturelles.Protégeons la langue, soit, mais comprenons bien que les lieux d\u2019expression culturelle doivent rester ouverts aux courants multiples qui traversent le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, notamment en la personne de nos immigrants.C\u2019est à cette condition que le Québec francophone réussira sa jonction historique tant attendue avec les multiples communautés culturelles qui se taillent une place chez nous et n\u2019aspirent qu\u2019à contribuer pleinement à l\u2019épanouissement collectif.Faire preuve de patience et d\u2019ouverture Si les immigrants sont appelés, en vertu d\u2019un consensus de société, à se franciser et à jeter le poids de leur créativité et de leur dynamisme économique du côté de la majorité linguistique, qu\u2019adviendra-t-il auprès d\u2019eux de l\u2019anglais qu\u2019ils ont jusqu\u2019à tout dernièrement choisi d\u2019adopter dans une proportion écrasante?Nous avons esquissé au début de cet article quels atouts le Québec français possède lorsqu\u2019il entreprend un processus de francisation.Le Québec peut légiférer par voie démocratique et il peut négocier avec Ottawa un certain partage des responsabilités face à la sélection et à l\u2019établissement des immigrants.La francophonie québécoise ne se trouve toutefois pas en position, pas plus que la francophonie mondiale d\u2019ailleurs, de renverser la présence déterminante de l\u2019anglais dans la sphère économique.Nos compatriotes immigrants ressentiront profondément l\u2019appel d\u2019une langue qui ouvre les portes du commerce nord-américain et qui trouve sur notre territoire des points d\u2019appui majeurs.À quoi bon se bercer d\u2019illusions ou exiger l\u2019impossible?La force d\u2019attraction de l\u2019anglais n\u2019a pas à être niée et il ne sert à rien de s\u2019épuiser à la combattre rageusement.Beaucoup d\u2019immigrants apprendront l\u2019anglais, qui d\u2019ailleurs joue un rôle majeur au sein de nombre de réseaux diasporiques, s\u2019ils ne possèdent 150 L\u2019ACTION NATIONALE pas déjà cette langue au moment de leur arrivée.Il faut convaincre nos citoyens de nouvelle souche qu\u2019au Québec, cela ne suffit pas pour vivre une intégration harmonieuse et complète à la société majoritaire.Voilà qui est vite dit, répondront certains.Certes, mais il y a seulement dix ans que le Québec s\u2019exprime clairement à cet effet.Les immigrants mettent de trois à quatre fois plus de temps à s\u2019insérer pleinement dans notre société.Malheureusement, nous ne savons pas toujours à ce sujet faire preuve du discernement nécessaire et de la patience requise, face à un processus d\u2019adaptation qui peut s\u2019étendre sur une ou deux générations.La Loi 101 commence à peine à porter fruit du côté des clientèles scolaires allophones, dont 80% aujourd\u2019hui étudient en français.Le marché du travail est encore, surtout à Montréal, en processus de francisation et les francophones viennent tout juste de rattraper les anglophones sur les échelles de salaire et de revenu.Les nouveaux venus réagiront positivement à un Québec où l\u2019on travaille surtout en français et ils accepteront de s\u2019y fondre sans résistance majeure, car il ira de leur intérêt, et leur faculté d\u2019adaptation est beaucoup plus grande que l\u2019on estime en général dans certains milieux.Ce ne sont pas tant les immigrants qui menacent notre francité à l\u2019heure actuelle que nous, francophones, qui tardons à présenter sous ce rapport une société pleinement francophone, une image convaincante.La francisation, à mon avis, est par ailleurs un processus qui concerne la face publique de notre société et qui touche en première ligne les personnes morales et les institutions.Sur ce plan, la volonté démocratique de la majorité linguistique trouve à s\u2019exprimer en toute légitimité et des lois justes et raisonnables doivent appuyer cette démarche collective.L\u2019État ne doit pas cependant régir les rapports privés entre les personnes qui choisissent dans leur intimité de faire usage d\u2019une langue autre.Le cas des immigrants est à cet effet patent.La plus grande tolérance doit s\u2019exercer vis-à-vis de gens dont le français n\u2019est pas la langue maternelle et qui dans la pratique de leur religion ou dans le vécu de leurs traditions familiales se sentent plus à l\u2019aise dans un autre véhicule linguistique.Il n\u2019appartient pas à l\u2019État et à ses parties constituantes de s\u2019immiscer dans les foyers, dans les lieux culturels allophones ou dans les rapports privés.Certains se plai- DES GROUPES ETHNIQUES 151 gnent que les immigrants choisissent souvent d\u2019utiliser l\u2019anglais comme langue d\u2019usage à la maison.D\u2019autres ont déploré récemment dans les médias écrits le fait que certaines communautés culturelles visibles ne font pas usage du français quand on aborde leurs membres sur un coin de rue.Toutes ces remarques et récriminations desservent la cause de la francisation et installent un climat de méfiance réciproque favorable à l\u2019apparition de stéréotypes et de préjugés dommageables.La maturité de notre démarche comme peuple commande que nous dépassions ce niveau de préoccupation mesquin, qui nous mérite parfois à l\u2019étranger une réputation d\u2019intolérance.Le succès de la francisation et de l\u2019intégration des populations immigrantes devrait être jugé d\u2019abord dans les instances collectives, sur la place publique, là où nos enjeux de société prennent une forme de réussite économique et de qualité de vie.Que faire dans l\u2019immédiat?Que reste-t-il à faire pour favoriser l\u2019insertion des communautés culturelles à notre projet de société francophone et démocratique?La région de Montréal compte à l\u2019heure actuelle autour de 600 000 personnes dont l\u2019origine ethnique déclarée ne soit ni française ni anglaise, soit à peu près 25% de la population de la région métropolitaine.De ce nombre, une fraction non négligeable est déjà de langue maternelle française (les Juifs sépharades, les Haïtiens, les Belges et les Français européens) ou francophile (les Libanais, les Arméniens, les Vietnamiens, les Magrébiens) ou bilingue dans le sens de la loi canadienne sur les langues officielles (les Italiens, les Juifs ashkénazes, les Hispanophones, les Portuguais).La langue ne demeure pas toutefois le seul facteur dans un rapprochement souhaité entre les collectivités immigrantes et la majorité de vieille souche.Plusieurs communautés se sont enracinées au Québec depuis déjà deux générations, et nombre de leurs membres et de leurs organismes n\u2019ont pas attendu l\u2019arrivée au pouvoir du Parti québécois ou la rédaction de la Loi 101 pour s\u2019engager dans un processus de francisation.Les forces du marché et le désir de s\u2019attirer une clientèle francophone ont joué beaucoup dans ces orientations déjà dessinées dans quelques cas avant les années soixante-dix, et aussi un certain climat d\u2019accueil et d\u2019ouverture 152 L\u2019ACTION NATIONALE qui avait su se manifester dans les milieux catholiques progressistes au lendemain du Deuxième conflit mondial.L\u2019intégration, tant souhaitée par les militants du fait français, s\u2019enclenchera d\u2019autant plus facilement que nous saurons en tant que société réduire et éventuellement faire disparaître de notre discours collectif et du vocabulaire de nos porte-parole, les allusions, insinuations et autres inepties relatives à une perception xénophobe, voire raciste du phénomène de l\u2019immigration.Les nouveaux citoyens reculeront devant une langue et une communauté hôte qui les méprise, exprime tout haut sa méfiance face à d\u2019autres traditions culturelles.Si le français doit devenir la lingua franca des Néo-Québécois, alors il est impératif que la tolérance, la patience et l\u2019accueil d\u2019autrui trouvent un accent de vérité dans nos réflexions et notre discours politique, et surtout que, nous adressant aux immigrants, nous sachions répondre à la sensibilité particulière du nouveau-venu qui cherche une porte d\u2019entrée dans notre société.En plus de la paix sociale et du respect de la personne humaine, il faut bien se rendre compte aussi que le fait de franciser par l\u2019école exigera de nos commissions scolaires et de nos enseignants une prise de conscience des enjeux pédagogiques et humains liés à l\u2019accueil d\u2019une population exogène.Pendant des décennies, l\u2019école catholique francophone a été le bastion de notre identité nationale et linguistique, une sorte de lieu clos réservé presque exclusivement aux enfants de vieille souche.Quand la Loi 101 a décrété que l\u2019école française serait le nouveau point d\u2019ancrage des enfants d\u2019immigrants, et non plus les institutions d\u2019enseignement anglophones, du coup un tout nouveau contexte culturel et social faisait irruption dans des classes jusque-là monolithiques sur le plan de la clientèle.Nous avons voulu prendre en charge l\u2019éducation et l\u2019intégration des allophones, mais nos écoles sont-elles à la hauteur d\u2019une tâche fort lourde et inédite, où l\u2019interculturalisme et la diversité des langues d\u2019origine bouleversent les idées reçues et les habitudes de travail?Nos enfants doivent être guidés adéquatement dès le plus jeune âge dans un environnement francophone vers une coexistence des cultures et des traditions.Avons-nous les manuels scolaires adéquats à ce nouveau milieu, où des hommes et des femmes d\u2019autres origines ethniques soient présentés DES GROUPES ETHNIQUES 153 comme aptes à tenir un rôle social d\u2019autorité, et où l\u2019identité raciale des personnes ne soit pas une barrière à l\u2019acquisition de postes de responsabilité?Possédons-nous un corps professoral pleinement conscient des difficultés pédagogiques propres à l\u2019entreprise, capable de s\u2019adapter à des enfants que l\u2019héritage culturel n\u2019a pas nécessairement préparés à une école à l\u2019occidentale, surtout s\u2019ils arrivent au pays à un âge avancé et que leurs parents sont analphabètes?En plus des jeunes, les adultes aussi méritent une attention particulière face à la francisation, notamment les femmes qui restent à la maison, les travailleurs que les longues heures passées en usine épuisent mentalement et qui ne trouvent ni le temps ni les énergies pour s\u2019adapter linguistiquement.Nous ne faisons pas assez d\u2019efforts de ce côté, malgré l\u2019existence de cinq COF1 dans la région de Montréal (Centre d\u2019orientation et de formation des immigrants).Combien d\u2019immigrants se plaignent amèrement de n\u2019avoir jamais pu apprendre le français, en l\u2019absence d\u2019un programme adapté à leur situation, qui de mère au foyer, qui de soutien de famille?La sphère économique L\u2019intégration des immigrants dans nos structures économiques francophones ne se fait pas toujours au rythme souhaité.Si l\u2019école reste le lieu d\u2019insertion linguistique privilégié pour la génération montante, c\u2019est par contre dans le marché du travail que se franciseront ou non les nouveaux citoyens parvenus à l\u2019âge adulte.Se réserver jalousement la fonction publique provinciale, la scène artistique et les médias francophones, ériger en chasse gardée les grands monopoles d\u2019État et les entreprises d\u2019envergure, ne serait-ce pas entraver cette francisation de l\u2019économie tant souhaitée par ailleurs sur nos tribunes politiques?En favorisant la montée sociale des immigrants à l\u2019intérieur d\u2019ensembles économiques où le français est la langue du travail, nous ouvririons des voies de pénétrations qui, plus que tous les discours abstraits et les déclarations d\u2019intention, convainqueraient les communautés culturelles de l\u2019utilité sinon de la nécessité d\u2019un apprentissage linguistique adéquat au Québec.Beaucoup d\u2019immigrants s\u2019anglicisent à Montréal, au grand dam des mouvements d\u2019action nationale, simplement parce qu\u2019ils se voient offrir des emplois intéressants par des corporations anglophones, qui savent reconnaître leurs compétences professionnelles et 154 L\u2019ACTION NATIONALE offrir un milieu de travail stimulant à des gens d\u2019autres origines culturelles.Avons-nous la même ouverture d\u2019esprit?Franciser, dans bien des cas, c\u2019est aussi développer des relations commerciales et financières mutuellement profitables avec des membres des communautés culturelles, c\u2019est s\u2019attacher les services et profiter des connaissances de gens aux horizons souvent fort différents des nôtres, mais qui ne demandent qu\u2019à devenir complémentaires.Les immigrants, répétons-le, lancent de nouvelles entreprises, créent de l\u2019emploi, importent de l\u2019étranger des capitaux considérables.En un mot, ils dynamisent notre économie et prétendre le contraire, c\u2019est se mettre la tête dans le sable.À Montréal, notamment, la qualité de vie des citadins, la riche diversité du milieu culturel et artistique qu\u2019on y note, dépendent pour une bonne part de l\u2019apport indéniable de créateurs venus de tous les coins de la planète et installés chez nous à demeure.Sans ces contributions, consenties dans tous les domaines de l\u2019art et du savoir, il n\u2019est pas sûr que Montréal occuperait la place unique qui est la sienne actuellement à l\u2019échelle des grandes villes du continent.Les immigrants réagiront positivement à l\u2019invitation qui leur est faite de s\u2019engager dans un processus de francisation, d\u2019autant plus que le marché du travail comportera déjà cette exigence d\u2019une francité nécessaire.Voilà donc tout tracé le front sur lequel doivent porter les efforts dans l\u2019immédiat, ce qui ne signifie pas une fois de plus que l\u2019anglais cessera d\u2019être une langue de première importance dans certains secteurs voués aux échanges commerciaux inter-provinciaux ou internationaux.En poursuivant nos efforts en vue d\u2019introduire le français dans la sphère économique, nous entraînerons dans le sillage de la francisation les nouveaux citoyens qui, face à une présence française accrue sur la place publique, choisiront d\u2019eux-mêmes, dans la recherche de leur propre intérêt, d\u2019apprendre et d\u2019utiliser la langue de la majorité linguistique.À ce niveau, il n\u2019y a pas de mystère.En réussissant en affaires et en étendant leur réseau d\u2019influence, les francophones francisent du coup des secteurs qui jusque-là n\u2019avaient reçu qu\u2019un apport anglophone.L\u2019immigrant, arrivant au Québec sans préjugés profonds dans un sens ni dans l\u2019autre, comprendra ainsi tout de suite que sur notre ter- DES GROUPES ETHNIQUES 155 ritoire il faut compter sur une présence francophone forte, et que le chemin de la réussite passe par l\u2019usage et la connaissance du français.Que les nouveaux venus conservent leur langue d\u2019origine plus ou moins longtemps, qu\u2019ils prennent des mesures pour protéger leur patrimoine religieux et culturel et qu\u2019ils se donnent à cette fin des organismes communautaires, voilà qui n\u2019affecte en rien leur démarche éventuelle de francisation et risque au contraire de l\u2019encourager.Mûrir en tant que peuple Nous avons nous aussi, comme collectivité nationale, un cheminement à faire en ce sens.L\u2019accueil des immigrants au sein de notre ensemble linguistique reste à bien des points de vue encore une expérience historique inédite au Québec qui sème la confusion chez certains esprits.Un peuple qui décide d\u2019ouvrir les portes de son territoire se doit de faire face au phénomène de l\u2019immigration avec sérénité et une certaine grandeur d\u2019âme.Il est temps de remiser aux oubliettes les discours revanchards et les lamentations attardées sur notre «petit peuple».Quelle collectivité immigrante se joindra à nos rangs si nous ne trouvons mieux pour parler de nous-mêmes qu\u2019un chœur de pleureuses obsédées de défaites?La question nationale est certes préoccupante, mais ce serait employer une bien mauvaise stratégie face aux nouveaux citoyens que d\u2019étaler à tous vents nos faiblesses comme société francophone.Convient-il de ramener le spectre de Durham sur le tapis à chaque fois que l\u2019on nous questionne sur nos racines en ce continent?Plutôt que de ruminer un passé constitutionnel difficile, employons certaines des énergies qui nous restent à développer des compétences dans les domaines névralgiques de l\u2019in-terculturalisme et de l\u2019intégration harmonieuse, à l\u2019école comme sur le marché du travail, des allophones qui ne manqueront pas d\u2019aborder nos rivages.Comme le démontrait récemment dans la presse francophone montréalaise l\u2019épisode des Hassidim d\u2019Ou-tremont, nous ne pouvons plus nous payer le luxe collectivement de nous en remettre, pour comprendre le phénomène de la diversité culturelle, aux préjugés mesquins et aux stéréotypes infantiles dont nous nous sommes gargarisés pendant trop longtemps. 156 L\u2019ACTION NATIONALE La situation revêt d\u2019ailleurs un certain caractère d\u2019urgence.La francisation des immigrants n\u2019est pas qu\u2019une affaire de fierté nationale et l\u2019interculturalisme, un concept décoratif.Dans les services policiers à Montréal, par exemple, le fossé entre les minorités visibles et les individus chargés de maintenir la paix sociale s\u2019est creusé de manière tragique, au point de mener aux événements que l\u2019on sait.Comme le démontrait à la fin de l\u2019année 1988 le rapport du Comité d\u2019enquête sur les relations entre les corps policiers et les minorités visibles, l\u2019embauche d\u2019agents issus des collectivités immigrantes est en grande partie obstruée par une connaissance insuffisante du français.Il incombe à la collectivité, comme le rapportait la Commission des droits de la personne, de remédier à cet état de fait.11 est de la responsabilité du gouvernement d\u2019instaurer des mesures administratives, qui permettront de franciser des recrues venues des communautés culturelles les plus touchées par le climat de tension raciale qui prévaut dans certains quartiers.Dans une large mesure, la qualité de notre vie collective démocratique dépendra, dans une période comme celle que nous traversons, des efforts auxquels nous consentirons au titre de l\u2019intégration des immigrants et de leur francisation.Repousser aux marges de notre société les allo-phones et les nouveaux citoyens, leur accorder à contre-cœur les droits humains fondamentaux, voilà qui n\u2019augure rien de bon pour le Québec tout entier.Un dernier point, enfin, et non des moindres: il n\u2019y a pas lieu, à mon avis, de réduire ni de limiter le nombre d\u2019immigrants que nous recevons en cette fin de décennie.Il suffit de consulter les statistiques produites par le ministère de l\u2019Immigration et des Communautés culturelles pour se rendre compte que les nouveaux citoyens se répartissent chaque année en une vingtaine de pays d\u2019origine différents, et qu\u2019ils représentent autant de cultures nationales autonomes, chacune avec ses caractéristiques linguistiques, culturelles et religieuses propres.Faut-il craindre que ces individus disparates, même regroupés en collectivités culturelles organisées, fassent front commun et tentent de s\u2019opposer à la volonté de francisation de la majorité?Le danger viendrait de ce qu\u2019une seule ethnie, parmi les centaines que la planète compte, se presse à nos portes, et qu\u2019elle seule soit admise, pendant plusieurs années consécutives, à s\u2019installer au Québec.Cette éventualité, toute théorique, contredit l\u2019expérience con- DES GROUPES ETHNIQUES 157 crête des vingt dernières années, tant au Canada que dans les autres pays industriels du monde occidental.Je ne vois aucune raison valable, compte tenu d\u2019une volonté collective de prendre en charge et de gérer adéquatement le processus d\u2019immigration, de limiter le phénomène à 12 000 ou 15 000 individus par année, comme le proposait récemment Jean-Marc Léger dans Le Devoir''.Pour que l\u2019effort d\u2019accueil en vaille la peine et pour qu\u2019une fois de plus ce ne soit pas la province voisine qui tire tous les avantages du flot migratoire qui pénètre chaque année au Canada, c\u2019est à une fourchette plus élevée qu\u2019il faudrait penser à chaque année, dans le futur immédiat.Je ne prétends pas que le Québec de demain traversera cette nouvelle phase de son existence et de son développement démographique sans questionnement, et sans relecture fondamentale de certains discours politiques.L\u2019intégration massive des immigrants comporte son lot d\u2019angoisses et de difficultés, mais au moins, en choisissant cette voie, atteindrons-nous au plut tôt à plus de maturité collective.Il convient d\u2019intérioriser tout de suite en tant que peuple un état de choses qui atteint toute la planètTe et qui de gré ou de force finira par avoir des conséquences déterminantes en «Laurentie».5.Jean-Marc Léger: «Primauté du français et pluralisme culturel» dans Le Devoir, 25 octobre 1988, p.9. L\u2019accueil des immigrants et des réfugiés par JULIEN HARVEY, S.J.X yes bousculades de l\u2019opinion publique autour de la nouvelle loi fédérale sur l\u2019admission des réfugiés risquent de nous faire oublier une dimension essentielle de la question: l\u2019admission au Canada ne devient valable et signifiante pour les arrivants que si elle est suivie d\u2019un accueil, d\u2019une insertion dans la société d\u2019ici.Ici, cela veut dire dans la société québécoise et, le plus souvent, montréalaise.Ce lendemain de l\u2019immigration est en fait le plus indispensable et le plus difficile.Je voudrais ici verser quelques éléments au dossier.L\u2019opinion des Québécois Deux membres du Groupe de recherche en politique économique de l\u2019Université Laval' viennent de publier une étude très soignée sur «L\u2019opinion des Québécois en matière d\u2019immigration: une analyse polytomique ordinale».Le résumé, fait par les auteurs eux-mêmes, montre que «quelle que soit leur langue d\u2019usage, les Québécois ne reconnaissent pas d\u2019emblée l\u2019apport des immigrants à l\u2019économie et à l\u2019emploi.Ils veulent exercer une certaine rigueur dans la sélection à l\u2019entrée.Ils se disent ouverts aux autres ethnies, mais \u2014 et cela est également vrai des 1.Denis Bolduc et Pierre Fortin, L\u2019opinion des Québécois en matière d\u2019immigration: une analyse polytomique ordinale, Cahier de recherche 88-2 du GREPE, Québec, Faculté des sciences sociales, Université Laval, avril 1988. L\u2019ACCUEIL DES IMMIGRANTS ET DES RÉFUGIÉS 159 Néo-Québécois eux-mêmes \u2014 ils sont plutôt enclins à favoriser la stabilisation ou la réduction du flux d\u2019immigrants dans leur quartier ou dans l\u2019ensemble de la province».Ils ajoutent que leurs résultats ouvrent des perspectives d\u2019avenir intéressantes.Trois en particulier: 1.\t«A mesure que se confirmera la convergence culturelle d\u2019une part croissante des Néo-Québécois vers la langue et la culture française, comme il en existe plusieurs signes à l\u2019heure actuelle, la résistance des francophones aux immigrants va immanquablement s\u2019affaiblir.» 2.\t«Tout élargissement de l\u2019information sur les autres pays et les autres cultures aidera à faire tomber les résistances.Les progrès de la scolarisation et de la participation au milieu du travail parmi les francophones agiront inexorablement dans ce sens.3.\t«À mesure que les Néo-Québécois s\u2019intégreront eux-mêmes plus étroitement à la vie québécoise, l\u2019exemple de leur apport particulier au développement collectif deviendra un facteur critique d\u2019attraction et d\u2019intégration des nouveaux immigrants et de réconciliation des francophones de souche avec les autres ethnies.Encore faudra-t-il que nos institutions s\u2019ouvrent plus volontiers qu\u2019autrefois à leur contribution propre.» D\u2019autres sondages d\u2019opinion Ces conclusions recoupent celles d\u2019une étude également récente sur les sondages d\u2019opinion sur l\u2019immigration au Québec depuis 19522.Nous avons tout intérêt à commencer par admettre le fait de notre résistance à l\u2019admission et à l\u2019accueil des immigrants et réfugiés.Ceci fait, comment améliorer l\u2019accueil, et dans quelles conditions?Nous entrons ici dans le domaine de la psychologie sociale et dans un secteur particulièrement complexe de celle-ci.Surtout si on veut dépasser le niveau des slogans du genre de «Le Québec est un grand pays vide, où il y a beaucoup de place» 2.Sylvie Girard et Jean-François Manègre, L\u2019immigration et l\u2019opinion publique, Montréal, Secrétariat du Conseil des communautés culturelles et de l\u2019immigration, septembre 1988. 160 L'ACTION NATIONALE (oui, mais tous les immigrants s\u2019installent en ville, et presque tous à Montréal), «Le chômage et l\u2019immigration sont deux phénomènes complètement séparés» (une démonstration manque toujours, surtout en ce qui concerne les moins scolarisés), «Nous sommes un pays d\u2019immigrants et par conséquent un pays naturellement multiculturel» (le Québec a tout de même derrière lui une histoire, et le plus récent recensement, de 1986, constate que 78% des Québécois sont d\u2019origine française).Ou encore, en sens inverse, «Nous sommes arrivés à l\u2019âge planétaire et les frontières doivent disparaître» (En fait, ces deux données ne sont pas contradictoires: la conscience planétaire n\u2019enlève pas le besoin d\u2019appartenance à des communautés à dimensions humaines), «Les immigrants iront toujours renforcer le groupe anglophone» (oui, si nous laissons agir les tendances naturelles, sans volonté politique de notre part).Du multiculturel à l\u2019interculturel Pour aller plus loin, il peut être utile de nous approprier l\u2019expérience du Conseil de l\u2019Europe, dont le «Projet n.7», entre 1980 et 1986, a exploré notre propos de façon attentive et à travers une commission de 33 experts provenant de 19 pays3.La commission a opté pour ce qu\u2019ils appellent «l\u2019hypothèse interculturelle» et en conséquence ils définissent l\u2019accueil des immigrants et réfugiés comme «le passage du multiculturel à l\u2019interculturel»4.Car selon eux le multiculturel n\u2019est que «potentiellement» une valeur, qui ne deviendra active que s\u2019il y a communication et consensus.Dans cette hypothèse d\u2019une diversité accrue de la société de demain, ils assument l\u2019observation d\u2019un expert à l\u2019un de leurs colloques, disant que «Structurellement, aucune société ne peut survivre sans un large degré d\u2019accord sur un noyau commun de valeurs, que celles-ci soient démocratiquement acceptées ou autoritairement imposées.Une société linguistiquement et culturellement hétérogène peut s\u2019enrichir de bien des façons, dépas- 3.\tJ\u2019utilise surtout ici le Rapport final du groupe de projet.Conseil de l\u2019Europe, DECS/EGT (86)6, Strasbourg, 1986.4.\tRapport cité, p.8. L\u2019ACCUEIL DES IMMIGRANTS ET DES RÉFUGIÉS 161 sant ainsi les sociétés aux structures sociales uniformes.Mais lorsque les différences linguistiques et culturelles rendent difficiles ou impossibles la communication, l\u2019interaction humaine, l\u2019enseignement en commun ou les mariages mixtes, la stabilité et la continuité de la société s\u2019en trouvent menacées.En d\u2019autres termes, la diversité culturelle est enrichissante jusqu\u2019au moment où elle devient facteur de division»5.Conditions politiques de l\u2019accueil Ceci définit bien les conditions politiques de l\u2019accueil.Il suppose, de la part de la communauté d\u2019accueil et des arrivants, 1 acceptation d une diversité Qualifiée, diversité qui accepte une langue commune et une culture publique commune.La Commission fait ensuite remarquer que «l\u2019innovation, pédagogique et culturelle, s\u2019opère toujours dans le scepticisme\u2019 l\u2019hostilité et la lenteur».Entreprise minoritaire, l\u2019accueil concret, les expériences de rencontre et d\u2019accueil, ne peuvent pas «faire comme s\u2019il était anormal (scandaleux, surprenant, inadmissible) que des problèmes se posent; il s\u2019agit de les analyser, de les repérer et de les traiter».Par ailleurs, «on ne saurait rester dans un état d\u2019inertie non-interventionniste comme si toute option valait n\u2019importe quelle autre ou comme si rien n\u2019avait de conséquences sur rien».Et «l\u2019interculturel n\u2019a jamais été présenté par nous comme la solution qui ferait disparaître toutes les difficultés».On rappelle également que l\u2019accueil est affaire de tête plus que de sentiment; citant Bachelard, on rappelle que «la connaissance est fille de la discussion, non de la sympathie».Phénomène social total On souligne ensuite comme fondamental le fait que «la migration est un phénomène social total», qui d\u2019une part ne concerne pas seulement les immigrants mais toute la société concernée et qui, d\u2019autre part, ne peut pas se limiter ni se centrer uniquement sur l\u2019école, même si l\u2019école est un des lieux privilégiés 5.Le Rapport cite ici la contribution du Prof.M.Craft, de la Faculté d\u2019éducation de l\u2019Université de Nottingham.Dans L\u2019éducation et le développement culturel des migrants, Conseil de l\u2019Europe, DECS/EGT (83), 10, p 6-7 162 L\u2019ACTION NATIONALE de l\u2019accueil.Ce caractère de phénomène social total exige que dans toute intervention d\u2019accueil les immigrants soient considérés comme partie intégrante de la société, comme «nous».Ce même caractère exige que les interventions d\u2019accueil se soucient des conditions matérielles (logis, travail, accès aux services sociaux) mais aussi des symboles (image dans les médias, manifestations de racisme, participation aux manifestations culturelles du pays d\u2019accueil).L\u2019accueil doit également comprendre un souci très vif de l\u2019accès à l\u2019égalité dans la capacité de compétition sociale et économique (formation professionnelle, syndicalisation, participation à la vie de quartier, représentation politique).Dans ce contexte, on rappelle que les jeunes et les femmes sont souvent les groupes où l\u2019intervention d\u2019accueil est la plus importante.La Commission n\u2019a pas accentué, dans son rapport final, l\u2019importance de groupes d\u2019accueil, même si ces derniers ont été rencontrés tout au long du travail.Dans ce contexte communautaire, il serait important de souligner le rôle privilégié des paroisses6.Étant spontanément ouvertes à tous les croyants d\u2019une même foi (et souvent œcuméniques), elles n\u2019ont pas le caractère unilatéral, facilement transformé en rapport de force, des goupes de soutien des communautés ethniques ou de la communauté d\u2019accueil.Il serait urgent que l\u2019Église du Québec se penche sur cette question au niveau national, puis régional.Cet essai ne va peut-être pas très loin.La Commission du projet n.7, que j\u2019ai souvent citée, reconnaît que dans cette question il ne faut pas attendre de voir très clair pour commencer à agir7.Ici comme ailleurs, la praxis a ses vertus irremplaçables.Il faut s\u2019orienter au départ, puis chercher en avançant.6.\tVoir, par ex., Odile Michelat, «Paroisses, lieux d\u2019accueil?», dans Migrations et pastorale n.201 (1988), p.l 1-14; sur les limites des groupes homogènes de défense des immigrants, voir La population étrangère dans la société française, Document de travail élaboré par le Groupe œcuménique Immigration, Paris, 1984, p.73-80.7.\tRapport cité, p.3-20 (texte du président de la Commission, M.Louis Porcher, Professeur à PUniversité de Paris III). L\u2019ACCUEIL DES IMMIGRANTS ET DES RÉFUGIÉS 163 Conclusion En terminant, il est important de rappeler que l\u2019intégration des arrivants n\u2019est pas seulement un geste de bonne volonté des intervenants de la base, mais aussi de l\u2019État.La loi sur le ministère des communautés culturelles et de l\u2019immigration détermine en effet que le ministre «a pour fonction d\u2019informer, de recruter, de sélectionner ces personnes (les immigrants), de rendre possible leur établissement au Québec et d\u2019assurer leur intégration harmonieuse au sein de la société québécoise et plus particulièrement de la majorité francophone»8.8.Loi de 1968, c.68, art.3, avec modifications en 1974 et 1978, Titre 3 (Responsabilité du ministre).Le souligné est de moi. Si Riel avait voulu Note de la rédaction Du volume que le Père Édouard Lecompte, jésuite, publiait en 1923, sur la vie de Sir Joseph Dubuc, juge au Nord-Ouest, nous reproduisons le texte ci-dessous concernant la carrière de Louis Riel, grand chef des métis, pendu en 1885.Nous croyons que certaines précisions contenues dans cet extrait du livre «Un grand chrétien, Sir Joseph Dubuc» intéressera nos lecteurs.«Au cours des Mémoires que Sir Joseph Dubuc écrivit dans ses dernières années, après avoir été juge de la Cour du Banc de la Reine puis juge en chef du Manitoba, M.Dubuc étudie la question si souvent débattue de la légitimité du soulèvement des Métis en 1869 et 1870.Les ennemis de tout ce qui est catholique et français ont parlé de rébellion.Il n\u2019en fut rien.Le vieux juge, usant de sa science légale et des informations reçues de première main, démontre dans un langage plein de mesure et de sérénité, que l\u2019on n\u2019est point rebelle lorsqu\u2019on obéit à l\u2019autorité constituée, immédiate, entièrement soumis du reste à l\u2019autorité médiate et suprême.C\u2019était le cas des Métis.D\u2019une part, le Gouvernement d\u2019Ottawa n\u2019avait pas plus de droit alors sur l\u2019Assini-boia qu\u2019aujourd\u2019hui sur Terre-Neuve; d\u2019autre part, M.William McTavish, gouverneur de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson, seule autorité reconnue jusque-là, venait de répondre aux envoyés de la Convention métisse: \u2018Je n\u2019ai plus aucun pouvoir; pour l\u2019amour de Dieu, formez un gouvernement.\u2019 La colonie ne pouvait rester sans gouvernement, dans un état confinant à SI RIEL AVAIT VOULU 165 l\u2019anarchie; elle se donna donc une administration complète, régulière, bien que provisoire, en maintenant son allégeance à la Couronne d\u2019Angleterre.Cette fidélité n\u2019était pas sans mérite, puisqu\u2019elle fit repousser les avances de certains Américains qui avaient les yeux sur le Nord-Ouest et voulaient y mettre la main.«Après l\u2019acquisition de l\u2019Alaska, l\u2019appétit venant en mangeant, il leur parut que, continuant l\u2019opération vers le Sud, pour faire disparaître le vaste hiatus entre l\u2019Alaska et les États-Unis, la solution la plus élégante serait d\u2019absorber simplement le bloc anglais du Nord-Ouest canadien.Le morceau était de taille.Ne pouvant y mettre la dent par voie de négociations, ils crurent qu il serait possible d\u2019y arriver par le Gouvernement provisoire et les Métis en armes, lesquels sans doute ne demanderaient pas mieux que de briser avec l\u2019Angleterre et se jeter dans les bras des États-Unis.Pour faciliter ce mouvement on leur offrit des sommes qui s\u2019élevèrent à quatre millions de dollars.Riel et ses gens repoussèrent le tout avec mépris.C\u2019est ce que Mgr Taché affirma sous serment dans un témoignage qu\u2019il fut appelé à rendre plus tard.«Le juge Dubuc rappelle ici un incident sensationnel, survenu en 1908, lors d\u2019une visite à Winnipeg de Mgr Ireland, archevêque de Saint-Paul, Minnesota.Il parlait au \u2018Catholic Club\u2019 devant les membres du Club et un bon nombre d\u2019Anglais protestants accourus pour l\u2019entendre.Faisant l\u2019historique de l\u2019Ouest, il annonça qu\u2019il avait une déclaration importante à leur faire, déclaration qui, à n\u2019en pas douter, surprendrait la plupart de ses auditeurs.Il rappela l\u2019offre d\u2019argent faite à Riel par des Américains et poursuivit en ces termes: \u2018Ce que je vous dis là n\u2019est pas une légende ni une rumeur vague.Je vous parle de choses qui sont venues à ma connaissance personnelle: j\u2019étais alors en relation avec quelques-uns des hommes qui firent cette offre, et c\u2019est d\u2019eux que je tiens le fait.Si Riel n\u2019avait pas été fidèle comme il l\u2019était à son allégeance britannique, il est très probable qu\u2019il n\u2019y aurait pas aujourd\u2019hui de Province de Manitoba ni de Nord-Ouest canadien.\u2019 «Voilà, conclut à son tour le juge, la conduite de celui qu\u2019on s\u2019est plu à qualifier de rebelle et de traître à la Couronne d\u2019Angleterre.» Correspondance Québec, le 15 décembre 1988 À la suite de l\u2019article de François-Albert Angers sur la question nationale dans notre édition de novembre 1988, notre collaborateur Odina Boutet faisait parvenir à celui-ci une lettre d\u2019un extrême intérêt en raison de la suggestion pertinente et percutante qu \u2019il lui soumet.Pour laisser à son auteur la paternité de la suggestion, nous publions ci-après cette lettre.Nous comptons bien voir à ce que la proposition soumise soit le sujet d\u2019une étude en profondeur afin d\u2019explorer les divers modes possibles de sa réalisation.La rédaction Je ne résiste pas au plaisir de vous communiquer mon appréciation pour votre excellent article de novembre dernier dans L\u2019Action Nationale.(.) En suivant vos points de vue, et cela me paraît très logique, je voudrais y insérer une suggestion.Je suis d\u2019accord avec votre analyse, que la nation canadienne-française, qui existe réellement, n\u2019a pas comme telle de représentation dans le système politique canadien.Je partage entièrement ce point de vue.Cependant, en attendant l\u2019indépendance, et pour donner à notre nation réelle une représentation officielle, nous pourrions chercher à déjouer le système actuel.Vous parlez dans votre article de Henri Bourassa dont la politique est constitutionaliste, par opposition à la démarche nationaliste de Lionel Groulx.Peut-être qu\u2019il y a moyen d introduire dans le système constitutionnel une représentation nationale canadienne-française.Du même coup, nous résoudrions CORRESPONDANCE 167 l\u2019équation souhaitée entre les désignations de Québécois et de Canadiens-Français.Peut-être même s\u2019éviterait-on la délicate obligation d\u2019avoir à écarter nommément les groupes ethniques, en les mettant devant une réalité qui n\u2019est pas la leur.Sans faire de mystère plus longtemps avec la chose à laquelle je pense, je vais essayer d\u2019expliquer un peu comment je la vois.Mon approche n\u2019est pas savante, elle est plutôt naïve, mais une quête de l\u2019esprit mène parfois quelque part.Le système parlementaire canadien, ainsi que la subdivision fédérale des pouvoirs et des majorités ont fait en sorte que les partis politiques du Canada ne sont pas représentatifs de la nation francophone.Même au Québec, le Parti Québécois, bien nommé, ne peut pas représenter la nation canadienne-française comme telle, à moins de rejeter les groupes ethniques d\u2019une façon antidémocratique.Mais ce parti, ou un autre, une fois au pouvoir, peut introduire dans le système représentatif un organisme qui serait officiellement canadien-français.L\u2019Histoire et le caractère de notre nation justifient cela.Je vais essayer de préciser davantage.N\u2019étant pas ni savant ni constitutionaliste, je me permets de penser que des États généraux permanents de la nation canadienne-française pourraient avoir une place dans la constitution du Québec, avant même l\u2019indépendance.On pourrait leur prévoir un rôle de représentativité qui n\u2019est pas en contradiction avec le système parlementaire.Il y a déjà des organismes qui ont un rôle de représentation publique et officielle, sans faire partie du gouvernement, comme le Conseil de la langue française par exemple.Le rôle éducatif que cet organisme joue dans le système est tout à fait démocratique.Je ne veux pas définir ce que devraient y faire les États généraux, sauf qu\u2019il serait essentiel qu\u2019ils soient représentatifs de la nation canadienne-française comme telle et officiellement.En prévoyant dans ses fonctions de représentativité le caractère officiel canadien-français, on s\u2019éviterait d\u2019avoir à dire aux groupes ethniques que la nation en cause a ses affaires bien à elle et que pour y avoir part il faut prendre cause naturellement avec elle, comme cela se fait normalement ailleurs.Lorsqu on pense à une constitution ou à des organismes adéquats pour nos besoins particuliers, dans le cas des 168 L\u2019ACTION NATIONALE Canadiens-Français, puisque le système canadien les y a enfermés, c\u2019est aussi en le déjouant qu\u2019on peut penser le vaincre.Les Francophones hors Québec auraient enfin une place eux aussi dans la représentation politique de la nation, et ils seraient en quelque sorte rattachés ainsi au Québec.À travers ces rapprochements et les prises de parti inévitables, une expertise politique nationale jetterait ses lumières sur les issues, en dehors des contraintes et des supercheries d\u2019une démocratie canadienne qui a été calculée et mise en place contre nous.Si on pense aux coûts d\u2019une pareille représentation, on peut dire que la santé d\u2019une patrie vaut bien la santé des individus.Le Québec a déjà eu les moyens de se payer un Conseil Législatif qu\u2019on a jugé inutile; il devrait trouver les fonds pour un Conseil de la nation.Je n\u2019ose pas aller beaucoup plus loin dans la définition de ce que devrait être cette institution, pour ne pas révéler davantage mon ignorance.Mais cependant, j\u2019insisterais sur le caractère officiel et public qu\u2019elle devrait avoir.11 me semble important que dès le départ ce soit une loi du gouvernement qui demande la tenue des États généraux de la nation canadienne-française, en précisant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une reconnaissance officielle et constitutionnelle de cette nation, et en lui donnant comme objectif la désignation d\u2019une représentation permanente dans une institution politique désignée.La jonction serait ainsi faite entre le caractère national canadien-français et le système constitutionnel.Quant à l\u2019indépendance, même si on se la souhaite, un tiens vaut mieux que deux tu l\u2019auras.Ce serait d\u2019ailleurs une excellente façon de la préparer, en donnant le goût de l\u2019autorité réelle aux Canadiens-Français.Odina Boutet SECTION LA PROSPÉRITÉ Hommage à la mémoire de GASTON BEA UDR Y La population du Québec: redressement possible Cette section de L Action Nationale vous présente des études sur le problème démographique du Québec.Des démographes, des économistes et des hommes «ordinaires» analysent les faits et proposent des solutions à un problème national qui peut devenir tragique.Nombre d\u2019articles traitent du développement dont l\u2019état de santé est étroitement lié à la croissance démographique.Si notre génération est incapable de redresser les tendances prévisibles, nos petits-enfants n\u2019auront pas le choix: ils devront s\u2019assimiler.Textes publiés La population Dossier sur la situation présente et l\u2019avenir prévisible de la population du Québec, Equipe Jacques Henripin, mai 1988 pp.218-382 \u2014\tUne population vieillissante et menacée d\u2019anémie, Jacques Henripin, novembre 1988, pp.844-855 \u2014\tVieillissement et dépenses de l\u2019État: deux nouvelles études, Hervé Gauthier, février 1989, pp. 170 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014\tUne société sans enfants est une société sans histoire, Rosaire Morin, juin 1988, pp.395-432 La famille \u2014\tLe problème de la dénatalité pose celui de la pauvreté de notre morale collective, Jacques Grand\u2019Maison, février 1989, pp.172-175 \u2014\tLes allocations pour enfants et la politique des naissances au Québec, principes directeurs et proposition concrète de réforme, Pierre Fortin, décembre 1988, pp.931-951 Les migrations \u2014\tL\u2019intégration des immigrants: accueil, comportement, tendances, Julien Harvey, s.j., février 1989, pp.158-163 Le développement \u2014\tLe développement régional, une responsabilité locale, Jean-Claude Guérard, janv.1989, pp.78-94 Calendrier préliminaire de travail La population \u2014\tLe poids politique des Québécois, des Francophones du Québec et du Canada, Jacques-Yvan Morin, oct.1989 \u2014\tLes effets d\u2019une réduction de la population sur l\u2019économie, sept.1989 La famille \u2014\tRéflexions sur la famille québécoise, Simon Langlois, mars 1989 __La conciliation du travail et de la famille, Marcel Laflamme, avril 1989 \u2014\tUne aide substantielle pour les familles nombreuses, Delmas Lévesque, mars 1989 __La reconnaissance de la famille par l\u2019État, Claude Duguay, avril 1989 \u2014\tLa politique familiale du gouvernement du Québec: planification, coordination, décentralisation, Alain Laramée, avril 1989 __Les politiques familiales du gouvernement du Canada, Jean- Paul L\u2019Allier, juin 1989 LA POPULATION DU QUÉBEC: REDRESSEMENT POSSIBLE 171 Les migrations \u2014\tL\u2019avenir des groupes ethniques au Québec, Pierre Anctil mai 1989 \u2014\tLes migrations interprovinciales, évolution, causes, perspectives, Marc Termote, juin 1989 \u2014\tLes immigrants investisseurs vers les régions, Jacques Proulx avril 1989 Le développement Le plein emploi, coût du chômage et de l\u2019aide sociale, assurance-travail, Robert Laplante, mars 1989 L insertion sociale et professionnelle des jeunes en difficulté, Jean-Pierre Lamoureux, mars 1989 Le problème de la dénatalité pose celui de la pauvreté de notre morale collective par JACQUES GRAND\u2019MAISON î y a dénatalité est une question explosive.Elle touche ce qu\u2019il y a de plus intime et de plus personnel chez l\u2019individu: ses motivations profondes, sa liberté, ses choix de vie.Mais la dénatalité pose aussi d\u2019énormes problèmes de société non seulement structurels, mais aussi moraux.Quand je fais le bilan des trente dernières années, je me rends compte qu\u2019on a peu réfléchi sur la plus ou moins grande qualité de notre morale sociale, de nos comportements collectifs en la matière.Au mieux, on fait de la morale une instance exclusivement privée et individuelle.Toute règle extérieure à soi est souvent perçue comme une agression de sa propre autonomie, sinon comme une contrainte inacceptable.Alors, je repose la question: peut-il y avoir société sans un minimum de repères communs?Des repères qui soient autre chose que des opinions aussi changeantes que des modèles d\u2019auto.La difficulté d\u2019aborder la question de la dénatalité est tributaire de cette situation.Y a-t-il un minimum de base commune pour discuter, assumer et commencer à résoudre ce défi crucial? LE PROBLÈME DE LA DÉNATALITÉ 173 Quelles sont ces bases?Ces questions nous concernent tous, parce qu\u2019il y va de la qualité de notre vie collective.Personne ne peut mettre entre parenthèses la société dans laquelle il vit.Dans le domaine moral, c\u2019est hélas le comportement le plus répandu peut-être.Du coup, c\u2019est poser le problème de la pauvreté de notre morale sociale au sujet de questions comme la dénatalité.Il y a là des enjeux humains, moraux et spirituels souvent cachés, refoulés et inavoués.Priorité principale Pour éviter toute ambiguïté au départ, je tiens à affirmer clairement ce qui m\u2019apparaît la priorité principale face à la dénatalité: que ceux et celles qui veulent avoir des enfants aient des conditions viables pour le faire.En ce domaine comme dans les autres, il faut respecter la liberté des personnes.Mais il est tout aussi important de rappeler que ces conditions familiales viables commandent des investissements, des solidarités, des responsabilités qui concernent tous les citoyens et toute la société, bien au-delà des mesures de taxation.Est-ce pensable, par exemple, d\u2019affronter un tel défi dans une société avec des styles de vie bâtis exclusivement sur une logique d\u2019individu, sur des pratiques et des choix de court terme?Je trouve que ma génération, qui a connu une prospérité sans précédent, est en train de renvoyer aux générations futures de lourdes hypothèques de tous ordres qui vont bien plus loin que les énormes déficits budgétaires.Un des comportements typiques de la génération qui n\u2019a connu que la prospérité, c\u2019est de vivre, de penser, d\u2019agir uniquement en fonction d\u2019elle-même, sans tenir compte ni du passé ni du futur, sans autres considérations que ses intérêts maximaux et immédiats, peu importe la note payée par les autres.Comme si le monde et l\u2019histoire se ramenaient à elle seule; comme si toute révision de n\u2019importe quel droit acquis était une imposture.À ses yeux, l\u2019austérité, les choix collectifs à faire et surtout les sacrifices à accepter, c\u2019est un mythe à pourfendre.J\u2019ai entendu récemment un plaidoyer typique de cette mentalité.En résumé, on disait ceci: «Si l\u2019État veut avoir des enfants, qu\u2019il paie pour.» Ça, c\u2019est la morale individuelle et sociale au point zéro.Après avoir renvoyé toutes les responsabi- 174 L\u2019ACTION NATIONALE lités sociales à l\u2019État, on en est rendu à faire de même pour les responsabilités les plus personnelles.Noyaux explosifs Peut-on encore parler de société humaine quand les étoffes sociales, affectives, familiales sont de plus en plus réduites, trouées, éphémères?Ne parle-t-on pas de noyaux familiaux de plus en plus explosifs parce que les charges affectives sont concentrées sur une seule relation ou deux?Cela fait quoi, comme société humaine, quand une majorité de gens du troisième âge risquent de se retrouver sans petits-enfants: quand tous les rapports se déroulent à l\u2019intérieur d\u2019une même génération et quand il ne reste qu\u2019une logique d\u2019individu centrée sur la vie immédiate?Il est interdit en plusieurs milieux de poser ouvertement ces questions.Les nouveaux interdits sont d\u2019ailleurs aussi nombreux que ceux d\u2019hier.Il est interdit de penser qu\u2019un enfant a besoin d\u2019un père et d\u2019une mère qui ont des relations stables et de qualité; il est interdit d\u2019aborder ces problèmes en termes moraux et spirituels, et surtout religieux.J\u2019ai toujours l\u2019air d\u2019un extra-terrestre quand je dis que mettre au monde un enfant, aujourd\u2019hui, c\u2019est plus qu\u2019un acte de nature, plus qu\u2019un acte de raison; que c\u2019est plus que jamais un acte de foi qui exige de profondes ressources spirituelles et morales.Autrefois, le sexe était tabou.Aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019âme.Et si on l\u2019avait aussi refoulée, celle-là?Il est même interdit de se demander si nous n\u2019en sommes pas venus à considérer toute contrainte comme un obstacle à nos intérêts individuels et exclusifs.Dans ce contexte, l\u2019enfant devient ainsi plus une contrainte qu\u2019un atout positif.Il est interdit de s\u2019inquiéter des rétrécissements parfois tragiques des assises humaines de la vie collective et de la vie tout court.Il fut un temps où la vie était plus que la vie, puis on a dit «Je n\u2019ai plus qu\u2019une vie à vivre, maintenant, tout de suite.» On a réduit la relation de paternité et de maternité à une simple fonction transitoire.La dénatalité fait partie de ces tragiques rétrécissements des bases humaines et spirituelles de la vie et, bien sûr, des bases LE PROBLÈME DE LA DÉNATALITÉ 175 sociales.C\u2019est au moment où les bases familiales devraient être les plus stables qu\u2019elles deviennent les plus précaires.Encore ici, il est interdit de dire cela, même dans des milieux instruits de telles choses.Je sais bien que nous sommes dans un domaine qui engage aussi la décision la plus privée, la plus intime.À ce niveau-là, le respect de la conscience et de la liberté impose des limites légitimes à toute forme d\u2019intervention.Mais partir de là pour nier toute dimension sociale à la question de la dénatalité, c\u2019est bloquer la réflexion sur les énormes problèmes de société qu\u2019elle pose.Nous n\u2019irons pas loin comme peuple si, individuellement, rien ne compte plus que cet idéal impossible d\u2019être à la fois jeune, beau, riche, instruit, en santé et libre de toute contrainte; d\u2019exiger un maximum de services en refusant l\u2019autre, les autres, les responsabilités collectives.Nous n\u2019irons pas loin comme peuple si nous ne croyons pas plus en ce que nous croyons, si nous passons d\u2019une expérience à l\u2019autre, sans en laisser mûrir une seule, s\u2019il n\u2019y a de solidarité que dans ces fièvres collectives momentanées autour de la Coupe Stanley et du 6/49.Nous sommes un peuple fragile.Raison de plus pour nous donner de plus fortes assises humaines.Une certaine prospérité facile nous a ramollis.Peut-être les temps difficiles vont-ils nous provoquer, nous réveiller?Mais cela ne se fera pas, si nous persistons à nier la pauvreté actuelle de nos bases humaines, morales, spirituelles et sociales.Ce texte a paru dans Ensuite, vol.6, n° 2, octobre 1988. Vieillissement et r dépenses de l\u2019Etat: deux nouvelles études par HERVÉ GAUTHIER, Démographe Bureau de la statistique du Québec D ans le numéro du mois de mai 1988 de L\u2019Action Nationale, j\u2019ai commenté quelques études traitant des incidences du vieillissement démographique sur les dépenses de l\u2019État.Depuis, deux nouvelles études sont venues éclairer le débat: l\u2019une du statisticien en chef de Statistique Canada, M.Fellegi, 1 autre de l\u2019OCDE.Il s\u2019agit d\u2019études à bien des égards semblables, mais qui donnent lieu à des réflexions très différentes.1- L\u2019étude de Statistique Canada Le tableau 1 fournit l\u2019essentiel des résultats des calculs de I.p.Fellegi pour la période 1986-2036.Les chiffres de ce tableau représentent la croissance annuelle moyenne des dépenses dans trois secteurs majeurs de l\u2019activité gouvernementale: la santé, l\u2019éducation et la sécurité de la vieillesse.Il s\u2019agit d\u2019une mesure de la charge financière, les dépenses ayant été rapportées à la population du groupe 20 à 64 ans.Ce texte n\u2019engage en rien la responsabilité du Bureau de la statistique du Québec. VIEILLISSEMENT ET DÉPENSES DE L\u2019ÉTAT 177 Deux séries d\u2019hypothèses sont envisagées, chacune basée sur la projection démographique intermédiaire dans laquelle le niveau de fécondité se stabilise à long terme au niveau observé en 1986 (environ 1,7 enfant par femme).Dans l\u2019hypothèse faible, l\u2019auteur maintient constantes les caractéristiques des programmes, soit celles qui ont été observées en 1984.Par conséquent, dans ce cas, seules les variations démographiques exercent une incidence sur les dépenses sociales.Pour l\u2019ensemble de la période considérée, soit de 1986 à 2036, l\u2019impact des facteurs démographiques sur l\u2019évolution des dépenses par personne de 20 à 64 ans est très différent d un secteur à l\u2019autre: hausse de 1,5% par an dans le cas de la santé et de 1,8% dans celui de la sécurité de la vieillesse, mais réduction de 0,5% par an au chapitre de l\u2019éducation, en raison de la baisse des effectifs scolaires.Au total, il y aurait une augmentation de 1,0% par an de la charge supportée par le groupe 20-64 ans.Dans l\u2019hypothèse forte, I.P.Fellegi suppose diverses améliorations dans chacun des secteurs considérés, ce qui cause une hausse des coûts unitaires (coût par élève, coût par personne hospitalisée ou coût par personne âgée).Dans ce cas, la croissance totale des dépenses par personne âgée de 20 à 64 ans dépasse de beaucoup ce qui a été obtenu précédemment: 2,3% par an, par rapport à 1,0%.Dans chaque domaine, l\u2019augmentation est beaucoup plus forte, ce qui est tout à fait normal, compte tenu des hypothèses.Croissance annuelle moyenne des dépenses par personnes âgées de 20 à 64 ans, Canada, 1986-2036 Hypothèse (%) Secteur\tFaible\tForte Santé\t1,5\t2,3 Éducation\t-0,5\t1,7 Sécurité de la vieillesse\t1,8\t2,9 Total\t1,0\t2,3 a.Tiré de I.P.Fellegi, 1988. 178 L\u2019ACTION NATIONALE Hypothèse: Faible: les coûts unitaires sont constants, seules varient les caractères démographiques (effectifs et structure par âge).Forte: Santé:\t\u2014 hausse de 1% par an pour la journée d\u2019hospitalisation d\u2019un malade; \u2014\thausse de 1,8% par an d\u2019une visite à un médecin.Éducation: \u2014 niveau primaire et secondaire: hausse de 2,6% par an des dépenses par élève; \u2014\tniveau postsecondaire: hausse des taux d\u2019inscription (de 1/6 pour les hommes et de 1/5 pour les femmes) et hausse des coûts de 1% par année.Vieillesse: \u2014 pension de la sécurité de la vieillesse et assurance-chômage: aucune augmentation; \u2014 RPC/RRQ: croissance annuelle de 2%.Selon I.P.Fellegi, l\u2019une ou l\u2019autre des hypothèses ne représentent rien d\u2019inquiétant pour l\u2019avenir du Canada.L\u2019hypothèse faible \u2014 Prenons l\u2019hypothèse faible qui entraîne une hausse de 1% par an de la charge que doit supporter la population de 20 à 64 ans en vertu de l\u2019effet sur les trois programmes publics des seuls changements démographiques.Pour l\u2019auteur, il s\u2019agit là d\u2019une augmentation modérée.Et pourtant, la charge des trois programmes par personne de 20 à 64 ans serait de 8 148$ dans 50 ans ($ constants), plutôt que de 4 939$ en 1986.En l\u2019absence de toute hausse de productivité dans l\u2019ensemble de l\u2019économie, une augmentation de charge de 60% semble considérable.En effet, elle résulte de la variation du seul facteur démographique, en l\u2019absence de l\u2019influence de tout autre facteur pouvant pousser à la hausse le coût unitaire de chaque programme.Par contre, on peut toujours affirmer, comme le font d\u2019ailleurs beaucoup d\u2019économistes, que la hausse de la productivité VIEILLISSEMENT ET DÉPENSES DE L\u2019ÉTAT 179 de l\u2019ensemble de l\u2019économie va permettre d\u2019absorber facilement l\u2019augmentation des dépenses sociales due au vieillissement.Un tel raisonnement, qui remet en cause l\u2019importance des incidences du vieillissement sur les dépenses sociales, pose en fait le problème de la possibilité qu\u2019il y ait un écart entre la croissance et la productivité et la croissance des coûts unitaires des programmes, puisque dans le scénario faible de Fellegi les coûts unitaires sont constants sur l\u2019ensemble de la période de projection.Nous reviendrons plus loin sur cette question.L\u2019hypothèse forte \u2014 L\u2019hypothèse forte est plus complexe, puisqu\u2019elle vise à mesurer l\u2019effet de variations dans les coûts unitaires des programmes en plus de l\u2019effet des variations démographiques.Selon l\u2019auteur, la hausse de charge (2,3% par an) qui découle de l\u2019évolution simulée ne doit pas nous inquiéter.Pourquoi?Parce que le taux de croissance de la charge des trois programmes serait «comparable au taux de croissance économique au cours des 30 dernières années».C\u2019est ainsi que le produit intérieur brut réel et le revenu réel du travail se sont accrus respectivement de 2,1% et de 2,7% par an, par personne en âge de travailler, au cours des 30 dernières années, au Canada.Une telle augmentation dépasse cependant la hausse, prévue par hypothèse, dans les coûts unitaires des programmes.Encore là se pose donc le problème de la relation qui doit exister entre l\u2019augmentation de la productivité de l\u2019économie et l\u2019augmentation des coûts unitaires des programmes sociaux.Est-il réaliste de supposer que, sur une très longue période, la hausse du coût d\u2019une journée d\u2019hospitalisation, d\u2019une visite à un médecin ou de l\u2019éducation, soit systématiquement inférieure à la hausse du PIB réel par personne de 20-64 ans?En somme, Fellegi porte un jugement plutôt rassurant sur les incidences de l\u2019évolution démographique sur les dépenses sociales.Mais il semble se méfier d\u2019une attitude trop confiante ou de l\u2019indifférence qui pourraient être adoptées à la suite de son analyse.Le dernier tiers de son article examine en effet les ajustements sociaux qui rendraient plus efficace l\u2019affectation des dépenses.Mais saura-t-on conserver la flexibilité des institutions et des dépenses.Mais saura-t-on conserver la flexibilité des insti- 180 L\u2019ACTION NATIONALE tutions et des groupes sociaux à un niveau suffisant pour faire les ajustements souhaités?Voilà ce à quoi nous confronte l\u2019évolution démographique prévue, caractérisée par un vieillissement radical de la population.2- L\u2019étude de l\u2019OCDE L\u2019OCDE aborde la question de l\u2019incidence du vieillissement démographique sur les dépenses sociales de la même façon que Fellegi, c\u2019est-à-dire en ne tenant pas compte dans un premier temps que des phénomènes démographiques.L\u2019analyse de l\u2019OCDE porte sur l\u2019indemnisation du chômage et les prestations familiales qui accaparent au Canada 15,7% des dépenses sociales en 1980, en plus des trois grands programmes sociaux classiques, santé, éducation et sécurité de la vieillesse.En maintenant constante la dépense réelle par personne selon la classe d\u2019âge dans le cadre de chacun des programmes, on obtient évidemment l\u2019évolution des dépenses sociales en fonction des changements démographiques.En rapportant ces dépenses totales à la population où se trouve l\u2019essentiel de la population sur le marché du travail, soit le groupe 15-64 ans, il est possible d\u2019évaluer la charge de financement des dépenses sociales.Au cours de la période 1980-2040, l\u2019évolution démographique entraînerait une augmentation de 45% de la charge des dépenses sociales par personne de 15 à 64 ans.Une raison pouvant expliquer que l\u2019augmentation prévue soit moins forte que ne l\u2019annonce Fellegi, c\u2019est que l\u2019OCDE tient compte des prestations familiales et des indemnisations de chômage, deux domaines où les dépenses devraient croître moins que la population de 15-64 ans et où donc la charge de ces deux programmes par personne de 15-64 ans devrait diminuer.Mais ce qui distingue les deux études, plus que les résultats eux-mêmes, somme toute comparables, c\u2019est la réflexion qui en découle.On a vu que pour Fellegi la hausse des dépenses sociales déterminée par l\u2019évolution démographique est modérée et elle n\u2019est pas inquiétante, puisque la croissance de la productivité a été beaucoup plus forte dans le passé.Les chercheurs de l\u2019OCDE sont conscients de ce fait.Ils admettent que l\u2019augmentation des rémunérations réelles nécessaire pour absorber les effets de l\u2019évolution démographique VIEILLISSEMENT ET DÉPENSES DE L\u2019ÉTAT 181 devra être assez forte, mais qu\u2019elle devrait être supportable à condition d\u2019être uniformément étalée sur les 60 années de la périodes de projection.Toutefois, les effets de l\u2019évolution démographique ne vont pas s\u2019étaler régulièrement mais plutôt se concentrer sur une partie de la période.Ainsi, pour le Canada, l\u2019augmentation de la charge par personne de 15-64 ans devrait être de 1,0% par an entre 2010-2040 contre seulement 0,3% entre 1980-2010.C\u2019est pourquoi, les chercheurs de l\u2019OCDE concluent que: En résumé, l\u2019analyse donne à penser que, même si les dépenses affectées aux jeunes diminuaient autant que le permettrait l\u2019évolution démographique, le vieillissement de la population alourdira néanmoins de façon appréciable la charge de financement des dépenses sociales à partir du début du XXIe siècle dans la plupart des pays étudiés, (p.45) Trois solutions Il faudra donc trouver un complément de ressources.Trois solutions sont alors possibles: 1-\trechercher un gain de productivité par travailleur, 2-\tmajorer les impôts ou 3-\tréduire les prestations ou les couvertures des programmes.Dans leur simulation, les chercheurs de l\u2019OCDE ont fixé par hypothèse les prestations à un niveau invariable: la troisième solution doit donc être exclue.Il reste les deux premières solutions.Selon 1 OCDE, l\u2019hypothèse 1 qui veut que l\u2019augmentation de productivité permette de faire face à la hausse des dépenses sociales, faisant en sorte que la charge par travailleur demeure constante, n\u2019est guère réaliste.En effet, pour assurer la charge financière imputable à l\u2019évolution démographique, il faudrait laisser se détériorer le rapport entre la rémunération des travailleurs et les prestations des programmes sociaux.Illustrons par un exemple concret l\u2019argumentation de l\u2019OCDE.Supposons que la prestation de la sécurité de la vieillesse est de 5 000$ et le salaire industriel moyen de 25 000$ par année: cela signifie que le programme public équivaut à 25% du revenu d un travailleur.Si l\u2019amélioration de la productivité est de 1% par an, il est admissible que le salaire moyen augmente lui aussi de 1% par an: au terme d\u2019une période de 50 ans, le salaire 182 L\u2019ACTION NATIONALE annuel d\u2019un travailleur atteindrait 41 6000$ environ.La personne âgée, elle, ne recevrait toujours que 5 000$ par an, soit 12% du salaire moyen plutôt que 25% antérieurement.Un tel scénario risque de se produire au Canada, où les prestations de la sécurité de la vieillesse sont indexées sur l\u2019indice des prix à la consommation et non sur le salaire réel moyen.Il y aurait une détérioration relative du niveau de vie de la personne âgée, à moins qu\u2019elle ait pu compenser cet écart par une hausse de ses autres sources de revenu.On comprend dès lors pourquoi l\u2019OCDE conclut qu\u2019il n\u2019est pas réaliste que l\u2019on puisse maintenir longtemps les prestations à un niveau constant en valeur réelle dans un scénario où l\u2019on supposerait une hausse de la productivité.Par ailleurs, l\u2019expérience passée nous incite à douter que l\u2019on puisse facilement maintenir les programmes sociaux à un niveau constant.Entre 1961 et 1985, la hausse annuelle moyenne des trois principaux programmes publics au Canada a été de 4,4%, presque le double du taux de croissance économique au cours de la même période (Fellegi, p.4.20).3- Retour sur les études antérieures Deux des études économiques que nous avions décrites dans l\u2019article précédent (L\u2019Action nationale, 05/1988) comportent un scénario dans lequel l\u2019augmentation de la production nationale par personne d\u2019âge actif est nulle.Leus résultats peuvent donc être comparés à ceux des études de Fellegi et de 1 OCDE.Selon L.McDonard, l\u2019indice de la charge des dépenses sociales s\u2019accroîtrait de 51%, entre 1981 et 2031, sous l\u2019effet des variations démographiques.Une telle hausse se situe entre 1 augmentation prévue par I.P.Fellegi (60% sur la période 1986-2036) et celle qui est calculée par l\u2019OCDE (45% pour la période 1980-2040).Il existe certaines différences entre ces études, notamment en ce qui concerne les hypothèses démographiques et les champs couverts.Retenons tout de même qu elles convergent dans le même sens, soit une hausse assez substantielle de la charge des dépenses sociales qui serait attribuable au facteur démographique. VIEILLISSEMENT ET DÉPENSES DE L\u2019ÉTAT 183 Contrairement aux chercheurs précédents, Denton et Spencer parviennent à un indice de charge des dépenses gouvernementales d\u2019à peine 5% supérieur en 2030 par rapport à 1980.On peut qualifier une telle hausse de négligeable, surtout lorsqu\u2019on considère les fortes variations de la structure par âge au cours de ces 50 années.Comment expliquer un tel écart en comparaison des trois autres travaux?L\u2019étude de Denton et Spencer est ainsi construite qu\u2019elle divise chaque catégorie de dépenses gouvernementales en deux parties, une partie «fixe», indépendante de l\u2019évolution démographique, et une partie «variable», soumise à l\u2019influence de changements dans l\u2019effectif de la population et dans la structure par âge et par sexe.La partie fixe et la partie variable ont une importance différente dans chaque catégorie de dépenses gouvernementales.Ainsi, les dépenses pour la défense nationale sont suposées indépendantes de l\u2019effectif démographique ou de la structure par âge, de sorte qu\u2019elles sont considérées fixes du point de vue de l\u2019influence démographique.Au contraire, les dépenses de sécurité de la vieillesse dépendent directement du nombre de personnes âgées.D\u2019autres secteurs gouvernementaux se trouvent entre ces deux catégories et ils ont à la fois une partie fixe et une partie variable importantes.Denton et Spencer ont donc attribué à chaque secteur gouvernemental une fraction entre 0 et 1 représentant la proportion de dépenses pouvant être considérée fixes ou variables (voir leur étude parue en 1977, pour connaître ces fractions).La méthode utilisée par ces auteurs est intéressante, car elle fait intervenir un élément supplémentaire, les économies d\u2019échelle.En effet, comme il y a une partie fixe dans les dépenses, toute augmentation de population équivaut à une réduction des dépenses per capita et donc à une économie d\u2019échelle et toute diminution de population aboutit à l\u2019inverse, soit une hausse des dépenses per capita.Dans le scénario démographique A de Denton et Spencer, commenté ici, l\u2019effectif de la population augmente de 33% au cours de la période de projection.Par conséquent, pour toutes les portions de dépenses gouvernementales qui sont considérées fixes, la hausse de l\u2019effectif démographique signifie une économie d\u2019échelle.Il n\u2019est pas étonnant, dans ce contexte, que pour 12 des 14 secteurs, les dépenses gouverne- 184 L\u2019ACTION NATIONALE mentales s\u2019accroissent moins fortement que l\u2019effectif de la population (le vieillissement démographique exerce aussi un effet à la baisse sur les dépenses de certains secteurs, l\u2019éducation ou les services policiers, par exemple).L\u2019étude de Denton et Spencer est donc différente des autres études au plan de la méthodologie.Elle pose le problème des économies d\u2019échelle.À cet égard, la population croissante, comme c\u2019est le cas dans la période actuelle, est favorisée.Au cours d\u2019une période de décroissance de la population, comme cela pourrait se produire éventuellement, la situation inverse prévaudrait: les coûts fixes entraîneraient une hausse des dépenses totales per capita.Le rôle de la démographie n\u2019est pas diminué, mais présenté sous un aspect différent.Conclusion Quelles sont les incidences du vieillissement démographique prévu dans les prochaines décennies sur les dépenses de l\u2019État?Voilà une question fort simple, mais qui ne l\u2019est qu\u2019en apparence.La réponse dépend des secteurs considérés, des hypothèses que l\u2019on fait sur les économies d\u2019échelle possibles et de la relation qu\u2019il y a entre l\u2019évolution de la productivité et celle du coût unitaire des programmes.Comme l\u2019indique l\u2019OCDE, «si les prestations réelles évoluent au même rythme que les rémunérations réelles, la croissance présumée de la productivité n\u2019a aucun effet sur l\u2019évolution de la charge financière» (p.49) et celle-ci reflétera l\u2019influence du vieillissement démographique.Saura-t-on aussi effectuer les transferts de ressources des secteurs où la démographie favorise un déclin des dépenses vers les secteurs en croissance?Et quel sera l\u2019impact des changements démographiques sur la productivité?La fin de la croissance de la population et son vieillissement auront-ils un effet anesthésiant sur l\u2019ensemble de la société et de l\u2019économie?Autant d\u2019autres questions importantes dans le débat sur l\u2019incidence du vieillissement démographique et pour lesquelles on ne possède pas de réponses toutes faites. VIEILLISSEMENT ET DÉPENSES DE L\u2019ÉTAT 185 Bibliographie Denton, Frank T.et Byron G.Spencer, 1985, «Prospective change in population and their implications for government expenditures», in T.J.Courchene, D.W.Conklin et G.C.A.Cook, Ottawa and the Provinces: The Distribution of Money and Power, vol.1, Toronto, p.44-95.Denton, Frank T.et Byron G.Spencer, 1977, Demographic Change and Government Expenditure in Canada: An Analysis and Projection, Working Paper 77-19, Department of Economies, McMaster University, Hamilton, 56 p.Fellegi, Ivan P., 1988, «Pouvons-nous assumer le vieillissement de la société», L\u2019Observateur économique canadien, p.4.1 à 4.34.GAUTHIER, Hervé, 1988, «Vieillissement et dépenses de l\u2019État », L\u2019Action nationale, volume LXXVIII, no 5, p.282-300.Organisation de coopération et de développement économique, 1988, Le vieillissement démographique.Conséquence pour la politique sociale, Paris, 98. L\u2019Action Nationale vous recommande Dernier calepin, Félix Leclerc, Nouvelles éditions de l\u2019Arc, 191 pages.Dans l\u2019élan du renouveau, Eugène Bussière, Éditions Pierre Tisseyre.L\u2019état du monde 1988-1989, Collectif, Boréal.Anita et le professeur, Alice Parizeau, Éditions Québec-Amérique.Les sommets francophones, Québec, Centre québécois de relations internationales, 237 pages.L\u2019usage du français, Québec, Les Éditions La Liberté, 308 pages.Les insolences du bilinguisme, André Richard, Éditions Asticou, 150 pages.Sur la ligne de feu, Juge Jules Deschênes, Éditions internationales Alain Stanké, 514 pages.Gens sans terre, Jean Pellerin, Éditions Pierre Tisseyre, 544 pages.Au nom du père et du fils, Francine Ouellette, Éditions La Presse, 632 pages.Le sorcier, Francine Ouellette, Éditions La Presse, 568 pages.Petit dictionnaire des citations québécoises, Robert Prévost, Éditions Libre Expression. Léon Balcer raconte, Léon Balcer, Québec, Les Éditions du Septembre, 150 pages.Entre toutes les femmes, Jean Éthier-Blais, Les Éditions Leméac.Le discours électoral, les politiciens sont-ils fiables?Denis Monière, Éditions Québec/Amérique, 194 pages.René Lévesque, par lui-même, Renald Tremblay, Guérin Littérature.Portraits des héros de la Nouvelle-France, Denis Martin, Éditions Hurtubise HMH, 192 pages.Les quatre saisons, Jean Provencher, Boréal. On peut se procurer les numéros de l\u2019année 1988 Grâce aux nombreux collaborateurs qui se sont joints à L\u2019ACTION NATIONALE en 1988, tous les numéros publiés au cours de l\u2019année ont suscité un vif intérêt, tant par les sujets traités que par la compétence de leurs auteurs.On peut se procurer des exemplaires de ces numéros, au coût de cinq dollars l\u2019unité, en s\u2019adressant à L\u2019ACTION NATIONALE, tél.845-8533, 82 Sherbrooke ouest, Montréal, H2X 1X3.Deux numéros spéciaux, qui constituent deux dossiers de grande actualité, méritent particulièrement d\u2019être signalés: celui de janvier-février 1988, sur la situation linguistique au Québec, traitée notamment par Jacques-Yvan Morin et Gaston Cholette; celui de mai 1988, consacré à la situation présente et à l\u2019avenir de la population du Québec, préparé par Jacques Henripin et Yves Martin, avec la collaboration de spécialistes chevronnés.Les numéros de la plupart des années antérieures sont également disponibles. La Fondation Esdras-Minville Résultats pour l\u2019exercice terminé le 31 décembre 1988 Recettes Dons reçus de la Ligue d\u2019action nationale\t10\t295$ Intérêts\t15 080 Cession d\u2019obligations à échéance\t20 092 Gain sur cession d\u2019obligations\t408 45 875$ Déboursés Remises à la Ligue d\u2019action nationale 12 000$ Achats d\u2019obligations\t35 000 Cotisation au Ministère des institutions financières\t25 47 025$ Excédent des déboursés\t1 150$ État des disponibilités, le 31 décembre 1988 Soldes aux Caisses Populaires, le 31 décembre 1987\t4 399$ Excédent des déboursés en 1988\t1 150 Soldes aux Caisses Populaires, le 31 décembre 1988\t3 249$ * * * État de l\u2019actif, le 31 décembre 1988 Obligations (valeur nominale 150 000$), coût\t149 492$ Soldes aux Caisses Populaires\t3 249 Ce 4 janvier 1989 Charles Poirier, trésorier 152 741$ Aujourd'hui, Edison lui-même travaillerait chez nous Certains des plus grands chercheurs dans le domaine de l\u2019électricité travaillent en effet à l\u2019IREQ, l\u2019Institut de recherche d\u2019Hydro-Québec.L\u2019IREQ regroupe dans ses laboratoires ultra-modernes un personnel hautement qualifié.En association avec des partenaires industriels, on y met au point de nouveaux produits d\u2019une grande efficacité énergétique: l\u2019Institut a ainsi participé récemment à la conception d\u2019un four à infrarouge destiné au séchage industriel.Au Québec et à l\u2019étranger, l\u2019IREQ s'impose plus que jamais comme leader technologique.La recherche, pour Hydro-Québec, c'est un autre moyen d'améliorer notre qualité de vie.L'ÊLECTRIFFICACITÊ Hydro-Québec 75.bout.Dorchester ouest, Montréal, Québec, CANADA H2Z IA4, Télex 05561047 Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS de* régions suivante* :\t, La Société Nationale de FEtt du Québec^® la S.N.Q.de ia région des Hautes-Rivières^ La S.N.Q.de ta région de POutaouais La S.NQ de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la région de rAmiante La S.N.Q.de ta région Richelieu St-Laurent la S.N.Q.de la région Richelieu-Yamaska $JJiMSuBl UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS La Société Nationale de l\u2019Est du Quèbec^W La S.N.Q.de ia région des Hautes-Rivière*^ La S.N.Q.de ta région de P Outaouais La S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la région de rAmlante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent la S.N.Q.de la région Richelieu-Yamaska Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B 2C3 Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, boulevard de Maisonneuve ouest bureau 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 tél.845-8533 SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal HOMMAGE de la SAINT-JEAN-BAPTISTE du Centre du Québec HOMMAGE de la Avec les hommages du Mouvement National des Québécois et de ses sociétés affiliées 515, rue Vigerest bureau 440 Montréal H2L 2P2 (514) 284-2522 CLAUDE PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste\t\tPhotocomposition \t\tet montage: 604, rue Waterloo\t\tAtelier LHR London \u2014 Ontario N6B2R3\t\t514-659-9712 Téléphone: 418-658-9966\t Télex:\t051-31726 Télécopieur:\t658-6100 GUY BERTRAND\t AVOCAT\t Tremblay, Bertrand, Bois, Mignault, Duperrey et Lemay 1195, avenue Lavigerie, bureau 200 Sainte-Foy (Québec) GIV 4N3\t REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM ADRESSE CANADA AUTRES PAYS 40,00$\t44,00$ 20.00\t24,00 60.00\t64,00 40.00\t44,00 Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tél.: 271-4759 relations Le magazine québécois de l'actualité sociale, politique et religieuse.Notre monde est trop malin, disait l'économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.Dans un monde fébrile et désenchanté, le souci de la justice et l'expérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe, mais un guide de survie.Chaque mois, l'équipe de Relations vous invite à dépasser l'anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Église.ABONNEMENT 1 an (10 nos): 16,00$ à l\u2019étranger: 20,00$ RELATIONS 8100, boul.Saint Laurent Montréal (Québec) H2P2L9 La CSN est heureuse de souligner le soixante-dixième anniversaire de VAction Nationale, un instrument privilégié de défense des droits du peuple québécois.L\u2019Action Nationale est devenue une institution qui tient le rôle aussi bien de lieu de référence que de débat.De ce point de vue, elle est indispensable. La Société Nationale de l\u2019Est du Québec désire souligner l\u2019apport incalculable de la revue l'Action Nationale pour stimuler notre fierté d'être Québécois et Québécoises et ainsi fouetter notre détermination à devenir un peuple autonome à tous points de vue.Fructueux 70© anniversaire et longue vie.la société nationale de l\u2019Est du Québec 75 Boul.Arlhur Buies Rimouski, Qué.G5L 7B8 Tél.: (418) 723-9259 HOMMAGE DE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DELA MAURICIE 3239, rue Papineau (C.P.1059) Trois-Rivières, Québec G9A 5K5 819/375-4881 André Valois, président Paule Brunelle, directrice générale L\u2019Action nationale est un témoin engagé de la vie du Québec moderne.Toujours présente aux premières lignes dans les combats qui engagent notre destin national, elle constitue un instrument essentiel de réflexion et de mobilisation.L a CEQ se joint à elle: pour dénoncer la supercherie des Accords du lac Meech, les agressions du pouvoir fédéral contre le Québec français (au moyen de la loi C-72) et la molesse du gouvernement provincial à cet égard; pour revendiquer la restauration intégrale et le renforcement de la Charte de la langue française; pour proclamer le droit du peuple québécois à son autodétermination.El Centrale de l'enseignement du Québec LES ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE ONT LANCÉ EN NOVEMBRE 1986 UN VOLUME DE 400 PAGES PAR JEAN-DENIS ROBILLARD: UNE LENTE AGONIE C\u2019EST LE DOSSIER À LA FOIS LE PLUS ÉCLAIRANT ET LE PLUS ÉCRASANT SUR LES DANGERS ET LES RECULS VÉCUS PAR NOTRE NATION FRANÇAISE AU CANADA ET AU QUÉBEC.LE VOLUME SE VEND VINGT DOLLARS COMMANDEZ-LE DÈS MAINTENANT.DÉJÀ LA MOITIÉ DE L\u2019ÉDITION EST ÉCOULÉE.ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE, 82, OUEST, RUE SHERBROOKE, MONTRÉAL, H2X1X3 (tél.845-8533) «Au trafiquage des différences nationales au nom du fédéralisme, je préfère la collaboration volontaire et active entre des nations souveraines et indépendantes comme étant le meilleur moyen de construire une communauté prospère.» Marguerite Tatcher à Bruges, octobre 1988 La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président: Delmas Lévesque Vice- présidents: René Blanchard Denis Monière Secrétaire- trésorier: Gérard Turcotte Ex-président: Yvon Groulx Directeurs: Richard ares Thérèse baron André beauchamp Paul-A.BOUCHER Jacques boulay Guy BOUTHiLLIER Michel brochu Louise C.-BROCHU Marcel chaput Jean-Charles claveau Claude duguay Pierre dupuis Philippe gélinas Jean genest Jacques HOULE Marcel laflamme Jean-Marc LÉGER Georges MEYERS Denis MONIÈRE Jacques-Yvan morin Anna l normand Jean-Marcel paquette Roméo PAQUETTE Charles poirier Juliette RÉM1LLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques roy André THIBAUDEAU L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, l\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras-Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assurant la permanence de la publication de l\u2019Action Nationale.Éditions de l\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, l\u2019Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 "]
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