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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1989-03, Collections de BAnQ.

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[" #v Action NATIONALE Volume LXXIX, numéro 3, mars 1989 i Qualité de la vie: entre le porte-monnaie et la raison d\u2019etre André Beauchamp Les droits individuels ne sauraient être considérés comme un absolu Gaston Cholette Le besoin d\u2019etre reconnu I Odina Boutet Famille et économie: choix cruciaux | Marcel Laflamme L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Gérard Turcotte Secrétaire: Monique Tremblay Collaborateurs: François-Albert angers, Louis Balthazar, André BEAUCHAMP, Jules BÉLANGER, Christiane bérubÉ, Jean-Louis bourque, Odina boutet, Guy bou-thillier, André D\u2019ALLEMAGNE, André gaulin, Marcel laflamme, Robert laplante, Alain lara-mée, Maurice lebel, Delmas Lévesque, Denis MONIÈRE, Jacques-Yvan morin, Rosaire morin, Michel plourde, Gilles rhéaume.Abonnement:\t1 an\t2 ans \t(10 numéros)\t(20 numéros) Québec, Canada\t25,00$\t45,00$ Autres pays\t30,00$\t50,00$ Abonnement de soutien\t35,00$\t «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodical index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans Y Index analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».ISS N-0001-7469 ISBN-2-89070\tDépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533\tCourrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 l'Action NATIONALE Volume LXXIX, numéro 3, mars 1989\t\t TABLE DES MATIÈRES\t\t GÉRARD TURCOTTE:\tLa lutte continue\t\t202 GASTON CHOLETTE:\tLes droits individuels ne sauraient être considérés comme un absolu\t\t203 CONSEIL DE LA LANGUE FRANÇAISE:\tLa langue d\u2019accueil et la langue de service dans les commerces\t\t209 JEAN-LOUIS BOURQUE:\tLa Loi 178, un «dérèglement» inacceptable .\t212 ODINA BOUTET:\tLe besoin d\u2019être reconnu\t\t216 AURÉLIEN BOIVIN:\tFélix Leclerc, conteur\t\t224 ROSAIRE MORIN:\tDes trouvailles dégoûtantes et des découvertes merveilleuses .\t241 LA NATION CANADIENNE-FRANÇAISE ANDRÉ\tQualité de la vie: BEAUCHAMP:\tentre le porte-monnaie et la raison d\u2019être.266 LA POPULATION MARCEL\tFamille et économie: LAFLAMME:\tchoix cruciaux.281 ROBERT LAPLANTE:\tDes forêts pour demain.287 Nos annonceurs.300 La lutte continue.\u2019impression qui se dégage devant ce qui se passe, depuis décembre, dans le domaine linguistique au Québec, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a rien de bien nouveau, et surtout de bien réjouissant.Que voit-on en effet?D\u2019une part, un État fédéral qui, après avoir adopté la Loi C-72, dont l\u2019objectif est de démolir ce qui reste de notre Loi 101, s\u2019en prend de nouveau à notre Charte de la langue française, cette fois par le truchement de sa Cour suprême.Et d\u2019autre part, un gouvernement québécois qui adopte à la sauvette la Loi 178, qui constitue un nouveau recul sur la Loi 101.Également un Premier Ministre qui continue sa valse hésitation en annonçant et retirant divers compromis, aussi inacceptables les uns que les autres, et qui lance un appel à la bonne entente entre francophones et anglophones.Il y a cependant quelque chose qui a changé dans les événements des derniers mois.On le sent un peu partout dans les grands organismes, dans les lieux de travail, dans les lieux d\u2019études, dans les milieux de création, dans les milieux d\u2019action patriotique.C\u2019est cette immense impatience des Québécois et Québécoises devant les interventions répétées du fédéral dans nos affaires linguistiques.C\u2019est aussi cette immense inquiétude du peuple québécois devant l\u2019incroyable faiblesse de son Gouvernement.Il n\u2019accepte plus le discours culpabilisant de la Cour suprême, de d\u2019Iberville Fortier et d\u2019Alliance-Québec.Il n\u2019accepte plus également les reculs signés Robert Bourassa.La mesure est comble.Aussi les Québécois et Québécoises auront-ils l\u2019occasion de faire entendre leurs voix pour le retrait de la Loi 178 et pour la restauration de la Loi 101 dans son intégrité, en participant le 12 mars à Montréal, à un grand défilé organisé par le Mouvement Québec Français, et à Québec, le 14 mars lors de la manifestation devant le Parlement, au moment de l\u2019ouverture de la session.Gérard Turcotte Directeur Les droits individuels ne sauraient être considérés comme un absolu par GASTON CHOLETTE, ex-président de la Commission de protection de la langue française 1^/\u2019argument le plus utilisé par ceux qui s\u2019attaquent systématiquement à la Charte de la langue française, surtout depuis le jugement de la Cour suprême en matière d\u2019affichage public et de publicité commerciale, c\u2019est que cette loi brime les libertés individuelles et les droits fondamentaux, ce qui ferait que le Québec serait le seul État du monde à avoir adopté une loi aussi fasci-sante et que les Québécois devraient avoir honte d\u2019un crime aussi grave contre l\u2019humanité.Dans le contexte actuel, où les libertés individuelles sont à toutes fins utiles définies par des juges, il faut rappeler que ces libertés ne sont pas un absolu et que les élus du peuple ont, conformément à l\u2019article 9.1 de la Charte des droits et libertés de la personne, le pouvoir de fixer la portée des droits fondamentaux et d\u2019en aménager l\u2019exercice dans le respect des valeurs démocratiques, de l\u2019ordre public et du bien-être des citoyens du Québec.Cette règle se retrouve aussi dans la Charte canadienne des droits et libertés, ceux-ci ne pouvant être restreints que dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d\u2019une société libre et démocratique. 204 L\u2019ACTION NATIONALE, En Belgique, on parle le néerlandais en Flandre, le français chez les Wallons Elle existe aussi dans la Convention de sauvegarde des Droits de l\u2019Homme et des Libertés fondamentales adoptée par le Conseil de l\u2019Europe en 1950, chacun des États contractant pouvant prendre les mesures nécessaires dans une société démocratique afin de protéger l\u2019intérêt général.Dans l\u2019affaire relative à certains aspects du régime linguistique de l\u2019enseignement en Belgique, la Cour européenne des Droits de l\u2019Homme a estimé, dans une décision rendue le 3 mai 1966, que le gouvernement belge n\u2019avait pas violé la Convention en favorisant le néerlandais comme seule langue de l\u2019enseignement dans la région néerlandaise du pays, la violation de cette règle entraînant comme sanctions le retrait de toute subvention aux établissements impliqués et la non-reconnaissance de leurs diplômes.Aux termes de la première phrase de l\u2019article 2 du Protocole additionnel, «nul ne peut se voir refuser le droit à l\u2019instruction».L\u2019article 8 de la Convention est ainsi libellé: 1.\tToute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.2.\tIl ne peut y avoir ingérence d\u2019une autorité publique dans l\u2019exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu\u2019elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l\u2019ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d\u2019autrui.» L\u2019article 14 de la Convention dispose que la jouissance des droits et libertés reconnus dans celle-ci doit être assurée sans distinction aucune fondée, notamment, sur la langue.Le refus de l\u2019État belge de créer ou de subventionner, dans la région unilingue néerlandaise, des écoles d\u2019enseignement primaire (enseignement obligatoire en Belgique) qui utilisent le français comme langue d\u2019enseignement ne contrevient, selon la Cour, ni à la première phrase de l\u2019article 2 du Protocole, ni à l\u2019article 8 de la Convention, ni à ces deux articles combinés avec l\u2019article 14. LES DROITS INDIVIDUELS 205 Pour la Cour, la Convention implique un juste équilibre entre la sauvegarde de l\u2019intérêt général de la communauté et le respect des droits fondamentaux de l\u2019Homme.Suivant en cela les principes qui se dégagent de la pratique judiciaire d\u2019un grand nombre d\u2019États démocratiques, la Cour retient que l\u2019égalité de traitement prévue à l\u2019article 14 aurait été violée si la distinction avait manqué de justification objective et raisonnable.Pour cela, l\u2019existence d\u2019une pareille justification doit s\u2019apprécier par rapport au but et aux effets de la mesure considérée, eu égard aux principes qui prévalent généralement dans les sociétés démocratiques.Une distinction de traitement dans l\u2019exercice d\u2019un droit consacré par la Convention ne doit pas seulement, selon elle, poursuivre un but légitime, mais il doit y avoir entre le but visé et les moyens employés un rapport raisonnable de proportionnalité.La Cour reconnaît que les lois de 1932 et 1963 ont eu pour conséquence la disparition, dans la région unilingue néerlandaise, de la plupart des écoles dispensant un enseignement en français, mais elle relève que les dispositions légales incriminées poursuivent un but légitime, celui de réaliser l\u2019unité linguistique à l\u2019intérieur des deux grandes régions de la Belgique, dans lesquelles une large majorité de la population ne parle que l\u2019une des deux langues nationales, et qu\u2019il y a, entre le but visé et les moyens employés, un rapport raisonnable de proportionnalité.Le législateur a le plein pouvoir de fixer la portée des droits fondamentaux Ainsi donc, si le gouvernement belge n\u2019a pas violé les Droits de l\u2019Homme en imposant un régime d\u2019unilinguisme dans la région flamande et un autre dans la région wallonne du pays, avec toutes les conséquences qui en découlent dans plusieurs domaines, notamment celui de l\u2019enseignement, il n\u2019y a aucune raison pour que les Québécois se sentent coupables d\u2019avoir, par la Charte de la langue française, limité la liberté d\u2019expression dans le domaine de la publicité et de l\u2019affichage public en matière commerciale.Dans ce domaine, où les restrictions apportées par la «Loi 101» n\u2019ont aucune commune mesure avec celles de la législation belge incriminée, il y a d\u2019ailleurs beaucoup d\u2019exceptions à la règle générale, par exemple le droit de faire toute sa 206 L\u2019ACTION NATIONALE publicité en anglais dans les médias de langue anglaise, le droit d\u2019afficher en français et dans une autre langue à l\u2019intérieur des établissements d\u2019une entreprise employant au plus quatre personnes, l\u2019exemption visant les produits culturels de même que les messages de type religieux, politique, idéologique ou humanitaire.Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019une interdiction absolue visant les autres langues que le français.Le français est la seule langue qui soit menacée au Canada et au Québec La seule langue menacée au Québec et au Canada, c\u2019est le français.Le gouvernement du Québec a parfaitement le droit et même le devoir de prendre des mesures pour la protéger et pour faire du Québec un territoire distinct, ce qui comporte nécessairement des restrictions à l\u2019usage de l\u2019anglais, langue envahissante qui tire sa force d\u2019une Amérique du Nord toute-puissante.Seuls les articles 16, 29 et 34 de la Charte de la langue française imposent l\u2019utilisation exclusive du français.Ces articles ont trait aux communications écrites de l\u2019Administration avec les autres gouvernements et avec les personnes morales établies au Québec, à la signalisation routière et à la désignation des ordres professionnels.Il n\u2019y a là rien de dramatique.Partout ailleurs, la règle générale sur l\u2019utilisation du français comporte des exceptions ou coexiste avec cette autre règle qui est énoncée à l\u2019article 89, selon lequel «dans les cas où la présente loi n\u2019exige pas l\u2019usage exclusif de la langue officielle, on peut continuer à employer à la fois la langue officielle et une autre langue».Dans l\u2019affaire de la Chaussure Brown\u2019s Inc., le juge Bou-dreault, de la Cour supérieure, admet qu\u2019il est possible que l\u2019objectif poursuivi par la Charte de la langue française et par son article 58 en particulier soit d\u2019aider à la survie de la culture et de la langue françaises au Canada et qu\u2019à cette fin, en soi souhaitable, une mesure de la nature de l\u2019article 58 soit justifiable dans l\u2019optique de l\u2019article 9.1 de la Charte des droits et libertés de la personne.Cependant, vu que le Procureur général n\u2019a présenté aucune demande d\u2019apporter une preuve testimoniale ou documentaire et qu\u2019il n\u2019a pas, lors des plaidoiries, soutenu que l\u2019article «sous attaque» était réhabilité par l\u2019article 9.1 de la Charte, le juge Boudreault conclut que l\u2019article 58 est inopérant. LES DROITS INDIVIDUELS 207 Quant à la Cour d\u2019appel, elle rejette du revers de la main la décision de la Cour européenne.Voici ce qu\u2019on trouve dans son jugement à ce sujet: «Devrions-nous, en matière linguistique, comme on nous a invités à le faire, avoir recours aux rapports de la Commission européenne des droits de l\u2019homme ou encore aux arrêts de la Cour européenne des droits de l\u2019homme faits et prononcés en conformité de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libertés fondamentales adoptée par le Conseil de l\u2019Europe en 1950?Le problème des langues, au Canada, est tellement spécifique à notre histoire et au contexte de notre pays que j\u2019estime qu\u2019il faut y apporter une solution qui soit propre à ce contexte.» Le juge Boudreault, de la Cour supérieure, n\u2019avait pourtant pas hésité à accorder un poids considérable à certaines décisions de la Cours suprême des États-Unis.Voici ce qu\u2019il écrivait à ce sujet: «Les motifs des jugements de la Cour suprême des États-Unis qui, s\u2019ils ne lient pas les tribunaux de ce pays, bénéficient toutefois de deux cents ans d\u2019expérience et donc d\u2019un intérêt plus que passager, emportent adhésion et amènent à conclure à ce que rien ne s\u2019oppose à croire que le législateur québécois qui n\u2019a pas distingué \u2014 et l\u2019on sait que l\u2019on ne doit pas distinguer là où il ne le fait pas \u2014 a voulu exclure le discours commercial lorsqu\u2019il a édicté que tous les citoyens bénéficieraient de la liberté d\u2019expression.» La Cour suprême adopte une attitude quasi identique.On met ainsi sur le même pied, comme titulaire de la liberté d\u2019expression, la personne physique, par exemple le propriétaire de l\u2019épicerie du coin, et une entreprise multinationale qui pourtant n\u2019a aucune langue maternelle connue.Dans un domaine comme celui de la langue et de la culture, où l\u2019Europe de l\u2019Ouest est un modèle pour ce qui est de la manifestation de la diversité et où les Etats-Unis, au contraire, sont un immense creuset où se produit l\u2019homogénéisation des cultures, les juges canadiens n\u2019hésitent pas à approuver sans nuance des décisions judiciaires américaine qui, au pays du capitalisme sauvage, ont pour effet d\u2019élever la publicité commerciale au rang de haute politique, mais répugnent à examiner sérieusement les travaux de la Cour européenne des Droits de l\u2019Homme, lorsqu\u2019il s\u2019agit de reconnaître la légitimité de l\u2019action du pouvoir législatif dans l\u2019aménagement 208 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019un juste équilibre entre la sauvegarde de l\u2019intérêt général d\u2019une communauté menacée et le respect des droits individuels, entre le principe de la territorialité linguistique et celui des libertés individuelles.Ce qui importe à l\u2019heure actuelle pour les Québécois, qui sont un peuple distinct de langue française entouré d\u2019une mer anglo-saxonne, c\u2019est de ne pas se laisser berner par une conception individualiste et désincarnée des libertés individuelles faussement moralisante, qui n\u2019est rien d\u2019autre ici que l\u2019expression de la loi du plus fort; c\u2019est plutôt d\u2019harmoniser une saine conception des droits fondamentaux avec les impératifs de la survie d\u2019un peuple menacé, ce que l\u2019Assemblée nationale avait fait avec beaucoup de sagesse et de retenue en adoptant la Charte de la langue française. La langue d\u2019accueil et la langue de service dans les commerces i A Conseil de la langue française a rendu publique une en-quête qui brosse un portrait différencié et objectif de la langue d\u2019accueil et de la langue de service dans les commerces de divers secteurs géographiques de l\u2019île de Montréal.Elle a été réalisée par Daniel Monnier, agent de recherche au Conseil de la langue française et la firme SORECOM a procédé à la collecte des données entre les 11 mai et 11 juin 1988.Plus de 5 000 observations ont été effectuées dans sept zones d\u2019échantillonnage à composition démolinguistique variée.Possibilité d\u2019être servi en français Selon les zones d\u2019observation, la possibilité d\u2019être servi en français varie entre 87% et 100%.Le service en français est davantage disponible dans les magasins à rayons (99% des cas) et dans les magasins situés dans les centres commerciaux (généralement dans 95% des cas) que dans les commerces sur rue.(Environ 10% des visites des commerces sur rue n\u2019ont pu se dérouler en français dans les zones suivantes: boulevard Saint-Laurent et ses environs, Mont-Royal, Côte-des-Neiges, Snowdon, Dollard-des-Ormeaux, Dorval, Pointe-Claire).L\u2019accueil en français L\u2019accueil en français varie entre 99% et 50% des contacts selon les zones d\u2019observation.Il a été d\u2019environ 80% dans les 210 L\u2019ACTION NATIONALE magasins à rayons, de 80% ou plus dans les centres commerciaux sauf à l\u2019extrême ouest de l\u2019île (40%) et s\u2019est distribué de la façon suivante pour les commerces sur rue: 93% des cas à Saint-Laurent et ses environs de même qu\u2019à LaSalle, Pierrefonds et Saint-Laurent (ville), environ 60% au centre-ville ouest, Côte-des-Neiges, Snowdon et environ 50% dans un groupe de municipalités del\u2019extrême-ouest (Dollard-des-Ormeaux, Dorval, Pointe-Claire).De plus, l\u2019enquête démontre que l\u2019accueil se fait en français davantage au téléphone que sur place: généralement 10% à 20% de plus.Mise en contexte des résultats Il existe une interdépendance entre les variables principales de l\u2019étude que sont la langue d\u2019accueil et la langue de service et d\u2019autres variables qui permettent de caractériser le contexte du commerce sur le plan linguistique: la langue du dirigeant, la perception de l\u2019origine linguistique de la clientèle et la langue d\u2019affichage des produits et des services à l\u2019extérieur de l\u2019établissement.L\u2019étude montre d\u2019abord que, sauf pour une zone située à l\u2019extrême-ouest de l\u2019île, au moins la moitié des commerces visités sont sous la direction de francophones (propriétaire ou gérants).De plus, sauf encore pour la zone sise à l\u2019extrême-ouest de l\u2019île (53%), la clientèle est perçue par 60% des dirigeants comme étant au moins autant francophone qu\u2019anglophone.Quant à la langue de l\u2019affichage des produits et des services à l\u2019extérieur des établissements, elle varie beaucoup selon les zones et le type du commerce.La proportion de commerces qui n\u2019affichent qu\u2019en français ou qui n\u2019ont pas d\u2019autre affichage que celui de leur raison sociale s\u2019établit entre 93% et 43% selon les zones.Dans les zones couvertes par l\u2019enquête, les commerces dirigés par des personnes d\u2019origine latine offrent un accueil en français dans au moins 70% des cas.Il varie entre 45% et 55% dans les commerces sous la direction de non-Latins.Quant à la langue de service, c\u2019est dans les commerces dirigés par des personnes d\u2019origine autre que française, anglaise ou italienne que l\u2019impossibilité d\u2019être servi en français a été le plus élevée (de 9% à 15% des cas). LA LANGUE D\u2019ACCUEIL ET LA LANGUE DE SERVICE 211 Enfin, l\u2019enquête montre aussi qu\u2019il existe un parallélisme entre la langue d\u2019affichage des produits et des services à l\u2019extérieur de l\u2019établissement et la langue d\u2019accueil.Lorsque le commerce ne faisait sa publicité qu\u2019en français, les observateurs ont été accueillis en français dans 82% des cas.Quand l\u2019affichage extérieur des produits et des services était bilingue ou multilingue, le français a été la langue d\u2019accueil dans 56% des cas.En procédant à cette enquête, le Conseil de la langue française a voulu connaître et faire connaître le plus scientifiquement possible quels sont la situation et l\u2019environnement objectifs de la langue d\u2019accueil et de service.«Sans ces données essentielles, déclarait le président du Conseil, monsieur Pierre Martel, en mars dernier, le débat risque d\u2019être marqué par l\u2019émotivité, en étant fondé uniquement sur des perceptions.» Par cette publication, le Conseil souhaite faire œuvre utile et concrète, dans la mesure de ses moyens et de son mandat, en donnant les éléments d\u2019une meilleure compréhension de la réalité vécue. La Loi 178, un «dérèglement» inacceptable par JEAN-LOUIS BOURQUE, politicologue T je 15 décembre dernier, la Cour Suprême du Canada déclarait inconstitutionnels les articles 58 et 59 de la Charte de la langue française.Dans un même souffle, elle reconnaissait au gouvernement québécois la possibilité de se soustraire à ce jugement par l\u2019utilisation de la clause «nonobstant», et de limiter partiellement les libertés individuelles afin de protéger l\u2019intérêt collectif des citoyens francophones du Québec et de sauvegarder l\u2019ordre public.Coincé entre ses intérêts contradictoires, ses promesses électorales et ses convictions incertaines, le gouvernement BOU-RASSA tente alors de jouer au prestidigitateur: comme par magie, sans débats, à trois jours de la fête de Noël, il prétend combler le vide juridique en faisant voter la très légère Loi 178 (11 articles), sans règlements.Après trois ans de négligence linguistique, il jette un os à la minorité anglophone qui le finance (13%), le bilinguisme «à l\u2019intérieur», et une poignée d\u2019illusions à la majorité francophone, le français «de façade».En fait, il ouvre la porte à un bilinguisme «intérieur» sournois, selon des modalités «aléatoires» (Léon DION), c\u2019est-à-dire incertaines et problématiques. LA LOI 178, UN «DÉRÈGLEMENT» INACCEPTABLE 213 Bilan provisoire de ce comportement d\u2019apprenti-sorcier: mécontentement général, démission de trois ministres anglophones, manifestations, appel à la désobéissance civile, agitation, violence, tensions et frustrations.La société se trouve «déréglée».Tous ces remous masquent l\u2019essentiel, qui tient en deux phrases: 1-\tla langue et la culture françaises sont en péril en Amérique du nord; 2-\tle gouvernement du Québec est le seul gouvernement démocratique d\u2019Amérique du nord qui peut empêcher, en vertu de sa propre Constitution (article 45 de la loi de 1982), la louisia-nisation insidieuse du Québec et garantir l\u2019existence d\u2019un véritable État francophone.Un impérieux devoir: la défense de l\u2019intérêt national Partout, dans le monde, les peuples luttent pour la défense de leurs intérêts nationaux.Partout on souhaite un équilibre entre les intérêts particuliers et les intérêts généraux.Mais quand il Y a danger, les intérêts collectifs prennent le pas sur les intérêts individuels.Le Québec ne devrait pas se soustraire à cette règle.Les Québécois sont connus pour être tolérants et ouverts, mais la patience, la générosité et la bienveillance n\u2019excluent pas la lucidité.Que penser d\u2019un gouvernement inconscient de l\u2019érosion qui menace la langue de la majorité à plus ou moins long terme?Que penser d\u2019un gouvernement qui n\u2019a rien fait pour faire respecter la loi, pour renforcer les effets bénéfiques et rassurants de la Charte de la langue française qui a valeur de garantie constitutionnelle dans l\u2019esprit des Québécois?Le projet de Loi 191: une solution constructive et raisonnable Contrairement au gouvernement, le Parti Québécois a beaucoup travaillé depuis trois ans, conscient de ses responsabilités et de l\u2019importance vitale d\u2019améliorer la Loi 101.Le remarquable projet de Loi 191 (53 articles) présenté à l\u2019Assemblée nationale le 2 décembre 1988 par le député Claude FILION est très injustement passé inaperçu, éclipsé par l\u2019attente du jugement de la Cour Suprême.Ce projet de loi propose en termes clairs et concrets des retouches à la Loi 101 fondées sur une analyse sérieuse, 214 L\u2019ACTION NATIONALE de l\u2019état de la langue française comme langue du travail, de l\u2019administration publique, de la justice, des hôpitaux, des municipalités, des communications, de l\u2019enseignement, du commerce et des affaires, tout en tenant compte des limites constitutionnelles.Le projet de Loi 191 règle nettement le problème de l\u2019affichage, en utilisant la clause nonobstant sans ambiguïté.Il dicte au gouvernement ce qu\u2019il faut faire pour que le français s\u2019impose comme la langue des entreprises, avec fermeté et réalisme, et de façon permanente.Au lieu d\u2019inciter mollement, il stimule positivement la francisation, par exemple par des mesures fiscales avantageuses.Le projet de Loi 191 prévoit la francisation de l\u2019informatique et de la technologie.Il veut étendre l\u2019obligation de recevoir l\u2019enseignement du français au-delà du secondaire pour les francophones et les allophones, tout en améliorant l\u2019enseignement de l\u2019anglais langue seconde.Ceci permettrait de donner une plus grande cohésion à la communauté québécoise d\u2019expression française et de contribuer ainsi à son renforcement et à son épanouissement.Il ne compte pas sur les tribunaux pour baliser, d\u2019une jurisprudence à l\u2019autre, les droits linguistiques.Il confie le respect des droits linguistiques fondamentaux aux organismes responsables, le Conseil et l\u2019Office de la langue française et la Commission de Protection dont l\u2019efficacité et l\u2019indépendance se voient renforcées par des pouvoirs accrus et des procédures allégées.La Loi 178, un brouillon inachevé Le projet de Loi 191 mérite d\u2019être mieux connu de la population du Québec.Le projet de Loi 191 voulait travailler à promouvoir la société francophone distincte du Québec.La Loi 178 s\u2019allie aux Lois C-72 (langues officielles) et C-93 (multiculturalisme) du gouvernement fédéral qui financent le bilinguisme dans la seule province à majorité francophone pour contrer de plein fouet les objectifs de la Charte de la langue française.Comparée au projet de Loi 191, la Loi 178 a l\u2019air d\u2019un brouillon inachevé.Monsieur BOURASSA connaissait le projet 191.À la hâte, sans réfléchir, fuyant ses responsabilités nationales, il a pensé résoudre un problème majeur par un compromis LA LOI 178, UN «DÉRÈGLEMENT» INACCEPTABLE 215 inacceptable.Il compte sur la lassitude pour atténuer les tensions.Monsieur BOURASSA, vous le savez, depuis 1985, le français recule sur tous les fronts au Québec.Il y a urgence.Au lieu de chloroformer les consciences, consolidez la Loi 101, comme le souhaitent la majorité des citoyens, et faites-la respecter. Le besoin d\u2019être reconnu par ODINA BOUTET «L\u2019habit ne fait pas le moine», mais «l\u2019habit fait la doctrine», selon Pascal.1 y n guise de prologue à l\u2019opéra des langues au Canada, observons pendant quelques secondes le spectacle de la nature, si bien vêtue, si bien identifiée, où chaque espèce porte avec fierté les formes et les couleurs que le grand auteur leur a choisies.«Voyez le lis des champs» a-t-il dit.Les humains, les animaux, les végétaux, les minéraux, tout n\u2019est que beauté et distinction.Même les astres, les étoiles, le ciel et les nuages se distinguent dans les signes du temps.Leurs lumières, leurs couleurs et leurs formes sont un langage qui les fait aussitôt reconnaître.Chez les humains, la diversité n\u2019en est pas moins grande ni moins belle.Se laisser dire qu\u2019il faut renoncer chez soi aux manières qui ne plaisent pas à un envahisseur, c\u2019est un affront à la fierté la plus naturelle.Tel est le drame que nous vivons, à cause de l\u2019esprit intolérant d\u2019un vainqueur, face à notre langue et à notre différence.Les anglophones ne tolèrent pas d\u2019autres manières que les leurs, et ils le font savoir.Le dénouement de notre action québécoise s\u2019inspire d\u2019une longue leçon apprise à leur contact pendant les siècles de notre malheureuse humiliation.Désormais, toute âme bien née saura, dans notre nation francophone, son besoin d\u2019être reconnue, comme il est pratiqué par eux et comme il doit l\u2019être par nous, se rappelant la phrase de Corneille: «Et comme ils font pour eux, faisons aussi pour nous.» LE BESOIN D\u2019ÊTRE RECONNU 217 * * * Le philosophe Jacques Dufresne expliquait en janvier dernier, à la radio, pourquoi des signes distinctifs sont utilisés par les individus et les groupes.Il rappelait les habits et les costumes qui distinguent les prêtres, les personnes et les groupes religieux, puis il faisait l\u2019analogie de ce besoin jusqu\u2019à l\u2019usage des gadgets, qui n\u2019ont que l\u2019apparence d\u2019être vrais.Le sujet du jour, c\u2019était les antennes pour appareils cellulaires sur les véhicules, alors qu\u2019il n\u2019y a à l\u2019intérieur du véhicule aucun véritable appareil cellulaire.Alors, je pensais à l\u2019affichage public, en français ou en anglais.Ce n\u2019est pas rien qu\u2019un symbole, oh non! C\u2019est une lecture, un incitatif naturel, psychologique, profond et nécessaire.Et la plus grande faute des anglophones envers nous, ce n\u2019est pas de nous envahir effectivement, quoi que ce soit vrai aussi, mais de nous refuser le droit de réclamer pour nous une nécessité comme pour eux.Tout leur discours et toute leur argumentation nous le refusent.Ils n\u2019ont qu\u2019à utiliser des mots qui en restreignent l\u2019idée, comme par exemple de dire qu\u2019il ne s\u2019agit pour l\u2019affichage en français que d\u2019une «valeur symbolique».Nous avons alors un accès difficile aux idées justes, dans nos relations avec eux, à cause de notre état de vie de colonisés.* * * Le besoin d\u2019être reconnu est non seulement collectif, comme dans les groupes religieux, sociaux, militaires, sportifs, etc., mais il est également individuel.Et sur ce point, les cours de justice canadiennes semblent ignorer totalement que la liberté d\u2019expression appartient aussi aux francophones.Un individu est reconnaissable par ce qui l\u2019identifie, donc aussi par sa langue.Or, c\u2019est la langue française qui est battue en brèche au Québec, ce n\u2019est pas celle des anglophones.Ce sont eux qui disent instinctivement aux francophones: «Why don\u2019t you speak white?» Le besoin d\u2019être reconnu publiquement, il est là, entre individus, alors que les autorités canadiennes n\u2019ont pas à légiférer comme les autorités québécoises, parce que les individus anglophones se chargent eux-mêmes de la répression.Il n\u2019y a pas chez les indivi- 218 L\u2019ACTION NATIONALE dus francophones de semblable mentalité ni même réflexe, alors leur gouvernement provincial doit intervenir officiellement et subir aussi des réprobations officielles et publiques, dans un système politique qui n\u2019a pas été conçu pour la vie de deux mentalités différentes.Les conséquences de cette différence de mentalité individuelle sont nombreuses et, je dirais, tragiques.Qui suis-je?Le besoin d\u2019être reconnu est, en outre, directement relié au besoin de se connaître soi-même.«Connais-toi toi-même» disait le sage de l\u2019antiquité.L\u2019enfant qui grandit est heureux que l\u2019on sache son nom, qu\u2019on le remarque et que l\u2019on parle de lui.L\u2019adolescent, qui regarde vers l\u2019élue de son coeur, espère avec angoisse qu\u2019elle répondra à son sourire furtif ou à son bonjour audacieux.La personne que vous saluez en chemin vous met dans l\u2019inquiétude si elle ne répond pas et ne vous reconnaît pas.Être reconnu est un besoin de toute la vie.Si quelqu\u2019un ne vous reconnaît pas, vous posez aussitôt la question vous-même: «Qu\u2019est-ce que j\u2019ai?» ou «Qu\u2019est-ce que j\u2019ai fait?» Et finalement, la grande question fondamentale: «Qui suis-je?» Moi, francophone d\u2019Amérique, du Canada et du Québec, qui suis-je, pour que ma langue soit refusée publiquement chez-moi?Car on m\u2019a dit ouvertement: «Speak white!» Qui suis-je, pour avoir une langue qui n\u2019est pas la bienvenue chez elle?On m\u2019a refusé dans mes manières.Et maintenant on voudrait que je fasse une place à l\u2019autre langue, l\u2019anglaise, qui a servi à débalancer mes rapports avec la mienne.On se refuse à comprendre qu\u2019elle continue à me débalancer.Le pays qui a permis cela, le Canada, ne m\u2019autorise pas à me connaître, et c\u2019est grave, c\u2019est fondamental.Il me cause un problème d\u2019identité, à moi et à ma langue aussi.Et parce qu\u2019il refuse de me reconnaître, malgré ses discours électoralistes, et qu\u2019il ne me fait pas de place exclusive en français dans ses structures, il me plonge dans un paradoxe de choix.Plus il m\u2019oblige à être bilingue, plus il rend nécessaire mon unilinguisme français.Et plus, alors, j\u2019ai besoin d\u2019être reconnu seulement dans ma langue chez moi et d\u2019exclure la présence de l\u2019autre langue qui n\u2019est pas la mienne. LE BESOIN D\u2019ÊTRE RECONNU 219 Et parce que le Canada ne m\u2019a pas distinctement reconnu, il m\u2019oblige à me poser la question: «Qui suis-je et qu\u2019est-ce que ma langue?» Ce n\u2019est pas le Canada qui pourra y répondre.Il peut s\u2019empêcher de poser le problème et d\u2019afficher la réponse.Il peut refuser de la recevoir.Mais je ne pense pas qu\u2019il soit capable de s\u2019en cacher désormais.Un Québec répondant Personne n\u2019a deux langues.Et si le Canada veut en avoir une pour ses activités en anglais, et une autre pour ses traductions en français, ça le regarde.Mais moi, pour répondre à la question que mon identité me pose, je dois dire et afficher uniquement ce que je suis, et non pas ce que le Canada voudrait que je sois, un bilingue.Il ne recevra peut-être pas ma réponse d\u2019abord, mais il a pris des engagements et il a des obligations.Les francophones hors Québec ont droit à ma réponse de francophone libéré du Québec.Le Canada devra tenir envers eux ses engagements.Il n\u2019a pas établi, malgré ses appels à la tranquillité, une équivalence de situation pour les deux langues et les deux peuples fondateurs.La réponse vient de plus en plus du Québec et c\u2019est par lui que le Canada sera forcé de tenir ses engagements.Il n\u2019y aura pas d\u2019équivalence de situation, car le Québec sera unilingue français et le Canada sera bilingue anglais et français.C\u2019est du Québec que la source francophone sera préservée.Ce sera par le Québec qu\u2019elle le sera.C\u2019est par lui que le Canada sera amené à tenir ses engagements et c\u2019est par lui que la formule d\u2019identité sera restaurée.Afficher en français au Québec, c\u2019est se reconnaître soi-même.C\u2019est paraître soi-même.Il faut paraître pour ne pas disparaître.C\u2019est l\u2019unique moyen: paraître pour ne pas disparaître.C\u2019est aussi le moyen d\u2019imposer aux autres le respect d\u2019une différence que j\u2019ai avec eux.Le respect.Enfin.La présence publique de l\u2019anglais a été introduite au Québec de telle sorte que la présence publique du français soit un signe d\u2019infériorité.L\u2019absence publique de l\u2019anglais efface une oppression et laisse la place libre au français.Les moyens de lutter à forces égales ont été refusés aux francophones par le Canada et 220 L\u2019ACTION NATIONALE c\u2019est pourquoi le Québec doit prendre la relève.Il est le seul qui puisse libérer les francophones de l\u2019offensive de l\u2019anglais.Seul le français doit paraître publiquement de façon systématique au Québec, afin de corriger les effets de la domination de l\u2019anglais.C\u2019est une nécessité tout à fait naturelle.C\u2019est le besoin humain d\u2019être reconnu par soi-même d\u2019abord et par autrui ensuite, s\u2019il est assez civilisé pour pouvoir le faire.L\u2019arbitraire s\u2019est déguisé Or, de la façon dont le système politique canadien a été conçu et mis en place, au cours des siècles d\u2019occupation, anglaise ou déguisée en canadienne, l\u2019affirmation d\u2019une identité francophone ne peut qu\u2019être culpabilisée.C\u2019est parce qu\u2019elle va à l\u2019encontre d\u2019une fausse identité canadienne, bilingue pour les uns mais anglaise pour tous.L\u2019affirmation d\u2019un besoin qui n\u2019est pas selon le système, ou selon la morale du système, est aussitôt culpabilisée.La vérité ne viendra pas du système politique canadien.Le poids moralisateur du Canada, et du Canada anglais en particulier, est totalement inacceptable pour les francophones.Ce système doit être dénoncé, récusé et rejeté.Il est inacceptable, moralement, intellectuellement et naturellement.Le rôle démocratique des autorités québécoises va les amener à dénoncer formellement le système politique canadien.La pression de la population va aller dans ce sens.Les autorités canadiennes se sont déchargées d\u2019une partie fondamentale de leurs resposabilités politiques et parlementaires, en confiant à la Cour Suprême des décisions politiques qui sont devenues arbitraires, en se voulant égalitaires, suivant en cela la Charte des droits individuels que le Canada a fait «enchâsser» dans sa constitution, et qui ne tiennent pas compte des droits des individus francophones, dont la mentalité est différente.La pression démocratique du Québec va obliger les autorités québécoises à prendre la relève dans la défense des droits entiers de l\u2019individu et du peuple francophones.Le besoin d\u2019être reconnu est un besoin d\u2019identité entière.La fausse identité entre les anglophones et les francophones a donné lieu à toute une argumentation fumiste au Canada, grâce aux «arrangeages» ou LE BESOIN D\u2019ÊTRE RECONNU 221 aux dispositions d\u2019une structure politique fondée sur une longue et lente supercherie.Un dominateur s\u2019en est servi et un dominé a dû s\u2019en défendre.L\u2019heure de la collaboration qui ne pose pas d\u2019abord ses conditions est maintenant passée.Puisque le Canada a refusé de nous reconnaître spécifiquement et particulièrement, nous devons le faire nous-mêmes, officiellement et effectivement.Le Canada est peut-être un pays bilingue, mais c\u2019est un pays bilingue anglais.Le Québec ne sera pas, lui, un pays bilingue français.Il sera français unilingue.Pourquoi?Parce qu\u2019il n\u2019y a pas équivalence de situation, d\u2019aucune façon, entre anglophones et francophones sur ce continent.Il n\u2019y a pas équivalence historique, ni dans le nombre, ni dans la mentalité, ni dans les ambitions, ni dans les prétentions, ni par conséquent dans les avantages à retirer du système politique qui a été mis en place selon les vues du dominateur.Un instrument de mesure Un autre système que celui-là est concerné directement par le droit d\u2019expression et le besoin d\u2019être reconnu.C\u2019est même beaucoup plus pour ce besoin d\u2019être reconnu que le droit d\u2019expression a du sens, sans quoi ce ne serait qu\u2019un droit arbitraire pour dominateur.Or, comme règle de mesure, pour savoir qui a une plus grande nécessité que l\u2019autre, entre l\u2019anglophone et le francophone, dans le monde nord-américain, canadien et québécois, le besoin d\u2019être reconnu est évidemment plus grand pour celui qui est submergé par l\u2019avance ou l\u2019offensive de l\u2019autre.Comme tous les réseaux d\u2019activités de l\u2019Amérique du Nord sont anglophones, la réponse va en faveur du besoin du francophone.Dans l\u2019espace canadien, les activités des anglophones, en plus de bénéficier directement des réseaux nord-américains qui sont anglophones, ont une prédominance généralisée et soutenue par la domination du Canada anglais.Quant au Québec, ses activités francophones sont diluées constamment, par son état de subalterne envers le Canada et la pénétration libre de tous les réseaux d\u2019activités de l\u2019Amérique du Nord, contre lesquels le Canada ne le protège pas.Ce ne sont pas seulement de leurs institutions que bénéficient les anglophones au Québec, mais de tous les réseaux d\u2019activités de l\u2019Amérique du Nord. 222 L\u2019ACTION NATIONALE Le besoin d\u2019être reconnu, pour les anglophones du Québec, s\u2019il n\u2019est pas satisfait à la mesure de leurs ambitions, n\u2019en est pas moins déjà mieux servi que celui des francophones qui n\u2019ont pourtant pas d\u2019autre lieu où ils puissent l\u2019être.Le droit d\u2019expression n\u2019a donc pas le même sens pour les francophones du Québec que pour les anglophones de tout le continent.Il convient donc de recourir à un instrument de mesure pour ce droit, afin qu\u2019il ne soit pas arbitraire et qu\u2019il n\u2019entrave pas le besoin d\u2019être reconnu, besoin plus menacé chez les francophones et plus urgent.* * * La présence des anglophones au Québec n\u2019est pas le résultat d\u2019un pacte mutuel entre eux et les fondateurs francophones du pays.Cette présence a été établie par la force militaire d\u2019abord et les privilèges qui en ont résulté pour les anglophones.On ne peut démocratiquement aujourd\u2019hui retenir encore un privilège en faveur des anglophones au Québec, à l\u2019encontre cette fois du véritable pacte mutuel qui existe entre les francophones eux-mêmes, concernant leur besoin d\u2019être reconnus, donc leur droit d\u2019expression en prédominance chez eux.Hommage à Nicole Boudreau Le «gadget» de l\u2019affichage en français à l\u2019extérieur, pour cacher le vide des activités françaises à l\u2019intérieur, est comme l\u2019antenne pour l\u2019appareil cellulaire sur un véhicule qui n\u2019a pas l\u2019appareil cellulaire à l\u2019intérieur.Le jeune qui s\u2019en contente pour le temps de son adolescence n\u2019arrivera pas à maturité bientôt, s\u2019il n\u2019a que le culte des façades.Notre premier ministre Bourassa est de toute évidence une étoile du volant, mais il ferait bien de prendre, en même temps que le tournant, le vrai contact intérieur.Il y a des étoiles montantes qui démontrent plus de profondeur de pensée, dans le débat politique actuel.Je pense en particulier à une femme, madame Nicole Boudreau, présidente de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, qui se révèle une très remarquable personnalité.Certaines de ses qualités me rappellent une autre femme qui a conquis, comme chef d\u2019État d\u2019Israël, l\u2019admiration et le respect, Mme Golda Meir, en d\u2019autres temps. LE BESOIN D\u2019ÊTRE RECONNU 223 Je verrais très bien madame Nicole Boudreau comme la première femme à occuper un jour le poste de chef d\u2019État du Québec.Son talent pourrait faire envie à bien des hommes politiques, actuellement.Sa pondération d\u2019esprit, son adresse et son tempérament, alliés à belle intelligence et surtout, surtout son sens de la conduite des choses, me font regretter qu\u2019elle ne soit pas présentement la première femme du Québec.Cela fait sans doute partie aussi de notre besoin commun d\u2019être reconnus en elle, comme un peuple qui a cette valeur en lui.C\u2019est cela aussi le besoin d\u2019être reconnu, comme un hommage à soi-même.La liberté permettra un jour au peuple du Québec de se rendre à lui-même cet hommage, hommage à la valeur de ceux et celles en qui nous nous reconnaissons.Vous avez le talent d\u2019un chef, madame, et ce serait peu de chose que je sois le seul à m\u2019en apercevoir, mais écoutez la rumeur montante dans le cœur des hommes et des femmes du Québec.C\u2019est un appel. Félix Leclerc, conteur par AURÉLIEN BOIVIN, Université Laval Félix Leclerc était presque inconnu comme chansonnier quand le «découvre», à Montréal, en 1950, Jacques Canetti, 1 un des grands impresarii du music-hall français, propriétaire du célèbre petit théâtre des Trois Beaudets, il a déjà connu des heures de gloire à Montréal, après ses débuts remarqués à la station radiophonique CHLN de Trois-Rivières.Comme comédien d\u2019abord, il joue dans la populaire série «Vie de famille» d\u2019Henry Deyglun et il crée le personnage de Florent Chevron dans la non moins célèbre série «Un homme et son péché» que Claude-Henri Grignon adapte de son roman du même titre.Comme auteur dramatique ensuite, il acquiert une rapide et solide réputation grâce, entre autres, à l\u2019encouragement d\u2019un autre «lièvre» comme lui, le réalisateur et animateur Guy Mauffette, qui l\u2019avait fait connaître comme chansonnier en lui demandant, en 1939, d interpréter, dans le cadre de l\u2019émission «le Restaurant d\u2019en face», «Notre sentier», première chanson connue de Félix Leclerc, composée en 1934, selon la chronologie établie par Jean-Claude Le Pennec1.C\u2019est toutefois par le conte que Félix Leclerc aborde la littérature et se constitue un premier public lecteur.Alors qu\u2019il triomphe avec les Compagnons de Saint-Laurent, il décide, en 1943, 1.Jean-Claude Le Pennec, «Table chronologique des chansons», dans Cent chansons, Montréal, Fides, 1970, p.247-250, (Bibliothèque québécoise). FÉLIX LECLERC, CONTEUR 225 de retoucher dix-huit contes qui avaient enchanté les auditeurs de la célèbre émission «Je me souviens» qu\u2019il anime depuis 1941, sur les ondes de Radio-Canada.Ce sera Adagio, premier volet de la trilogie \u2014 ou d\u2019un triptyque littéraire \u2014 qu\u2019il poursuivra, l\u2019année suivante, avec Allegro, sous-titré Fables (12 textes), et Andante, sous-titré Poèmes2 (19 textes).Au total, quarante-neuf récits, pour la plupart déjà connus des auditeurs de Radio-Canada ou des lecteurs.Autant de textes qui seront lus et relus par des générations de lecteurs, puisqu\u2019ils seront réédités plusieurs fois, y compris dans les collections «Rêves et Vie» et «du Goéland», deux collections destinées aux jeunes lecteurs et lectrices.Mais les contes de cette «symphonie en trois mouvements» qui constituent les premiers succès «littéraires» de Félix Leclerc s adressent à tous les publics lecteurs, tant les jeunes que les vieux, tant les pauvres que les riches, car le conte, selon la philosophie de Félix Leclerc, doit enseigner, susciter la réflexion rendre meilleur.Après avoir précisé les circonstances de composition de ces contes, nous nous intéresserons à la thématique qu\u2019ils exploitent en tentant de la rapprocher de celle d\u2019autres écrivains et conteurs de cette période troublée de la Deuxième Guerre mondiale.Nous montrerons enfin l\u2019apport de Félix Leclerc au conte, en insistant surtout sur ses qualités de conteur.Circonstances de composition Félix Leclerc s\u2019est souvent expliqué sur l\u2019origine des contes qui constituent sa trilogie.En décembre 1978, par exemple, je lui ai rendu visite, avec mon collègue André Gaulin, dans son île qu une célèbre chanson avait fait connaître aux quatre coins du monde, afin de l\u2019interviewer pour les lecteurs de la revue Québec français.Je reproduis sa réponse à la question «Pourquoi avez-vous abordé la littérature par le conte?» .\\-*dag!°;AC°,T' Mon,réa1' Fides- 1943> 204 p.Allegro.Fables, Montreal, Fides, 1944, 195 p.Andante.Poèmes, Montréal, Fides, 1944, 158 p.Ces trcns recueds ont été réédités, pour la dernière fois, en 1977, dans la collection du Benoît aV6C d\u201c '\"UStratl0nS de Marcellin Dufour, Albert Rousseau et Nicole 226 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014 Je n\u2019ai rien abordé du tout, je me suis laissé faire.Un matin, j\u2019ai pris une plume, puis j\u2019ai écrit.C\u2019est mon père qui m\u2019a poussé à l\u2019écriture.Je travaillais avec lui et mon frère à Sainte-Marthe.Il me dit: «Tu nous nuis.Va-t\u2019en dans la maison, regarde-nous faire, puis écris ce qu\u2019on fait, mais ne viens pas atteler ni dételer les chevaux, ni semer, ni sarcler.Tu nous déranges, tu nous retardes.Regarde-nous faire et écris ce que Ton fait.» Tout a commencé ainsi.J\u2019avais alors dix-sept ans.Le poste de radio CHLN de Trois-Rivières venait d\u2019ouvrir.J\u2019y ai été engagé.Je faisais le tour des bars, des tavernes, à la recherche de ceux qui savaient lire.J\u2019écrivais un texte par semaine.On répétait de nuit, car il n\u2019y avait qu\u2019un studio.Le lendemain matin, à 1 ouverture du poste, on jouait le texte.C\u2019était révolutionnaire.À vingt et un ans, je suis allé à Montréal.On m\u2019a demandé de faire la série «Je me souviens» au réseau français de Radio-Canada.C est là que j\u2019ai rencontré Mauffette, et que j\u2019ai écrit la plupart de mes contes3 4.C\u2019est donc «du côté de la Grande-Ville, celle qui est Métropole et Monstre sans coeur, inaccessible et fermée aux lièvres inconnus, renommée par ses clans et ses murs très épais à trouer », que Félix transporte donc sa besace dans l\u2019espoir de gagner sa vie.Conquête qui n\u2019est pas facile, selon le voyageur entêté lui-même: Deux ans, je fis la navette de la petite à la grande Ville, deux ans, en autobus, à chaque quinzaine!.] J\u2019allais essayer de faire la connaissance d\u2019un lièvre de mon poil dans les studios immenses, avec mon air campagnard qui devait être bien sympathique puisqu\u2019on n\u2019en finissait pas de me sourire et de m\u2019examiner de loin.On me faisait faire antichambre sur des chaises propres et bien bourrées5.Après plusieurs mois d\u2019insucces au cours desquels il manifeste une patience presque angélique à se complaire dans les fauteuils confortables de la société d\u2019État qu\u2019il avait réussi à amadouer après six mois en s\u2019étirant les pattes et en appuyant «sa 3.\tAurélien Boivin, André Gaulin etalii, «Félix Leclerc.Entrevue», Québec français, n° 33 (mars 1979), p.37-40 [v.p.38].4.\tMoi, mes souliers.Montréal, Fides, 1983, 218 p.[v.p.51].(B.bhothe- que québécoise).5.\tIbid., p.52 FÉLIX LECLERC, CONTEUR 227 tête de lièvre sur le dossier de cuir, comme chez le dentiste6».C\u2019est là qu\u2019il fait enfin la rencontre de Guy Mauffette, «un lièvre-frère» à qui il demande, selon le père Émile Legault, après avoir laissé «tomber sur la table la liasse de ses textes»: «Je r\u2019tourne-t-y à Sainte-Marthe ou ben j\u2019reste-t-y».Il faut croire qu\u2019il avait enfin utilisé la bonne manière, puisque l\u2019animateur du «Cabaret du soir qui penche» lui dit sans ambages: «Va chercher ton baluchon, reviens dans deux jours, je m\u2019occupe de toi.Je t\u2019aurai même trouvé une chambre à deux pas d\u2019ici7.» C\u2019est ainsi qu\u2019il commence une prolifique carrière à Radio-Canada avec l\u2019appui et la protection de son samaritain Mauffette qui réalise plusieurs de ses contes joués à la radio.Il faut croire que ces textes n\u2019ont pas tous été conservés.Car la liste que nous fournit Pierre Pagé, dans son Répertoire des œuvres de la littérature radiophonique québécoise, 1930-1970\\ contient huit contes seulement de la trilogie qui auraient été lus ou joués à la radio de Radio-Canada, et encore, quelques-uns d\u2019entre eux après la publication en recueil.Il s\u2019agit donc de «reprises», car le public réclame ces émissions.«Aussi, comme le soulignent tel ou tel manuscrit de ces sketches radiophoniques conservés [alors] aux archives de Radio-Canada avec la note suivante: \u2018Texte refait et repris à la demande du public\u2019, un bon nombre de ces émissions sont répétées: par exemple \u2018le Traverser\u2019 (12 décembre 1941, 17 décembre 1943, 11 mars 1945); \u2018Cantique\u2019, \u2018le Cerf-Volant\u2019, \u2018Au cirque\u2019 ont été bissés.» Pourtant, les trois derniers ne figurent pas dans la liste de Pagé et la date de diffusion du «Traverser» est le 18 juillet 1946, ce qui prouve qu\u2019il s\u2019agit bien d une autre reprise, une quatrième, qui ne figurent pas, parce qu\u2019elle est postérieure, dans la «Bibliographie de Félix Leclerc8» que Marcelle Paquette a préparée à l\u2019École de bibliothéconomie de l\u2019Université de Montréal en 1945.Ce travail, réalisé à partir des archives de Radio-Canada, prouve que ces archives ont été 6.\tIbid., p.54.7.\tLoc.cit.8.\tPierre Pagé avec la collaboration de Renée Legris et Louise Blouin Repertoire des œuvres de ta littérature radiophonique québécoise 1930-1970 Montréal, F,des, 1975, 826 p.[v.p.366-374], (Coll.Archives québécoises de là radio et de la télévision). 228 L\u2019ACTION NATIONALE en bonne partie détruites après 1945, avant donc que s\u2019amorcent les recherches de Pierre Pagé.Plusieurs de ces «sketches» ont été repris dans le cadre de l\u2019émission «l\u2019Encan des rêves», en 1945, et dans le cadre de l\u2019émission «Contes et Légendes de mon pays» (27 juin 1946- 16 janvier 1947), toujours à CBF.Heureusement que Félix a eu l\u2019idée de publier les cinquante contes de la trilogie, sinon bon nombre de ces textes ne seraient pas parvenus jusqu\u2019à nous, tout comme la trentaine de contes aujourd\u2019hui introuvables et probablement à jamais perdus qu\u2019il avait rédigés pour la station radiophonique CHLN de Trois-Rivières et dont il nous fournit quelques titres dans Moi, mes souliers: «la Ligne téléphonique en pays d\u2019originaux», «la Pinte de sang», «le Verre de rêve» (le poison), «Et que ça saute» (le gouvernement), «Mémoires d\u2019une araignée», «Cimetière de cigarettes», «l\u2019Ivrogne sublime», «la Locomotive sans conducteurs».Ces contes, on le sait maintenant, ont obtenu beaucoup de succès, lors de leur diffusion d\u2019abord à la radio comme le prouvent les nombreuses reprises, puis auprès du public lecteur.Les chiffres des tirages chez Fides sont fort révélateurs: plus de 200 000 exemplaires vendus ainsi répartis: Adagio, 97 000 exemplaires, Allegro, 73 000 et Andante, 42 000.À ce chiffre il faut ajouter les 43 000 exemplaires publiés du recueil le Hamac dans les voiles, constitué de douze contes de la triologie.De ce nombre, un seul, le conte éponyme, provient du recueil Andante-, sept sont extraits d\u2019Allegro et quatre seulement d'Adagio, pourtant le recueil qui semble, du moins par les chiffres du tirage, le plus populaire.Il est étonnant de constater que Félix n\u2019a retenu aucun conte de ces recueils dans le volume qu\u2019il a préparé pour la collection «le Choix de.» aux Presses Laurentiennes9.Pourtant, ces con- 9.Marcelle Paquette, «Bibliographie de Félix Leclerc».Montréal, École de bibliothéconomie, Université de Montréal, 1945, XXII, 49 f.Pour les contes d'Adagio, on y apprend, par exemple, que «le Traversier» a été présenté les 12 décembre 1941, 17 décembre 1943, 11 mars 1945; «Violon à vendre» (8 mai 1941); «le Voleur de bois» (19 et 26 décembre 1941); «Cantique» (30 janvier 1942 et 25 mars 1945); «le Feu sur la grève» (1er mai 1942); «l\u2019Orage» (19 juin 1942); «l\u2019Attente» (14 janvier 1944); «la Trace» (13 mars 1942); «Norbert» (18 mars FÉLIX LECLERC, CONTEUR 229 tes dépassent les tirages réunis de Pieds nus dans l\u2019aube (114 000 exemplaires), le Fou de Pile (75 000) et Moi, m es souliers (40 000).Une analyse du contenu des contes de la trilogie nous aidera sans doute à mieux comprendre leur succès.Un succès presque unique, car rares sont les écrivains québécois qui ont connu de tels tirages.Il ne serait pas exagéré de dire qu\u2019il est le seul conteur à avoir obtenu une telle audience, un tel auditoire.Le contenu Dans ses contes, Félix Leclerc met en scène des pauvres, des déshérités, des défavorisés qui, toujours, connaissent un destin tragique.Dans Adagio, par exemple, son premier recueil, il nous présente tantôt un vieux qui raconte, à la première personne, non sans regret et une certaine nostalgie, sa vie de «passeur» et ses amours malheureuses après la mort de la jeune fille qu\u2019il aimait mais qu\u2019il avait quittée, bêtement attiré par une artiste de cirque («le Traversier»), Abandonné par son entourage et pas instruit, Abel Moisson s\u2019est fait voleur de bois, dans le conte du même nom, pour survivre et pour sauver son fils («le Voleur de bois»).En raison de son handicap mental, Cantique est le souffre-douleur de son entourage, une sorte de «fou du village» («Cantique»).Grégoire Houle est un simple pêcheur mais prêt à tout pour son fils et son pays («le Feu sur la grève»), Monsieur Scolzo est jardinier et musicien («Monsieur Scolzo»), Tanis n\u2019a pas eu 1945); «I Écriteau» (3 décembre 1942); «Par intérim» (15 octobre 1942 et 26 novembre 1943).Félix Leclerc a joué au moins dans «le Voleur de bois», «la Trace» et «Par intérim».«Le Procès d\u2019une chenille», «Monsieur Scalzo», «Pour ceux qui restent», «Voyage de noces», «Tanis», «Banc 181» et «Matin» ne portent aucune date de représentation.Pour les contes d\u2019Allegro: «Sanctus» (24 septembre 1942 et 4 février 1944); «Dans l\u2019étable» (28 janvier 1943); «Chez les moutons» (2 mars 1942 et 2 mars 1944), «le Rival» (4 mars 1945); «Histoire d\u2019une mouche» (11 février 1944); «Drame dans l\u2019herbe» (23 avril 1944); «Chez les sif-fleux» (22 octobre 1942); «Coucher de soleil» (12 novembre 1943 et 19 janvier 1945); «le Patriote» (21 janvier 1944).Enfin, Andante: «le Hamac dans les voiles» (25 janvier 1945); «la Paix soit avec vous» (4 février 1945); «Ce vendredi-là» (3 avril 1942); «l\u2019Albatros» (17 avril 1942); «le Garde» (1\" avril 1945); «Triangle» (16 mars 1944 et 8 avril 1945).Plusieurs contes ont été reproduits dans TOratoire, la Revue dominicaine, la Revue des fermières et le Journal de la jeunesse ouvrière catholique. 230 L\u2019ACTION NATIONALE beaucoup de chance dans la vie, depuis qu\u2019une faucheuse lui a broyé les jambes alors qu\u2019il avait à peine trois ans.On rencontre des paysans rudes, mais combien courageux dans «l\u2019Orage», «l\u2019Écriteau», «Voyage de noces».N\u2019est-ce pas d ailleurs Nazaire l\u2019ivrogne qui parvient à convaincre le curé et son vicaire de renoncer à leur départ, même s\u2019ils sont déçus de leurs paroissiens?Tous ces personnages, sortis de l\u2019imagination du conteur ou encore fixés par le souvenir, ne poursuivent qu\u2019un but: prouver la nécessité de la fraternité humaine.L\u2019amour du prochain, premier grand commandement du Créateur, est omniprésent dans les contes de Leclerc, non seulement dans Adagio, mais aussi dans Allegro, qui regroupe une vingtaine de contes d\u2019animaux.Si Abel Moisson est transformé, lui, le raté, l\u2019illettré, le sale, le laisser-pour-compte, c\u2019est que le riche habitant Tancrède Labrise s\u2019est laissé émouvoir par la triste histoire du voleur de bois et l\u2019a aimé comme un frère («le Voleur de bois»).Le drame qui se déroule dans l\u2019étable (Allegro) illustre que l\u2019amour est la plus grandes des vertus.On a beau comme Tigre être le roi du derby, il faut quand même faire preuve d\u2019humilité.Le chien vedette accepte finalement, après avoir songé à se révolter, d\u2019aider le Barbu, son compagnon, à tirer le traîneau, à la suite de la mort du Noir, car il a compris que «ceux qui faisaient bien la vie quotidienne participaient au plus grand derby» («Dans 1 étable»).En dépit de la guerre que lui a déclarée son voisin, un paysan et son fils lui portent rapidement secours pour sauver ses bêtes menacées de périr dans l\u2019incendie de la grange-étable («l\u2019Écriteau»).Un autre sage paysan n\u2019hésite pas à offrir l\u2019hospitalité («Vous êtes chez vous», lui dit-il) à un huissier qui s\u2019acharne, de par son triste métier, «le plus déplaisant du monde», à dépouiller les «pauvres diables qui ont des dettes» («l\u2019Orage»).Un vieux prêtre fraternise avec un jeune collégien qui ne peut se rendre dans sa famille à l\u2019occasion des vacances de Noël: «Tu sais, tes guenilles, ta pauvreté, ta solitude, je connais ça par cœur, je me souviens; j\u2019ai souffert et quand je te vois, je recommence.Partageons sans gêne, comme des frères malchanceux» («Pour ceux qui restent»).Quant à Cantique, le pauvre Cantique, c\u2019est par manque de charité humaine qu\u2019il est devenu le bouffon, le fou du village («Cantique»).Amour du prochain, mais aussi amour du pays.Les personnages de Leclerc ne sont pas insensibles aux dangers qui mena- FÉLIX LECLERC, CONTEUR 231 cent le pays.Alban Laforest, devant le nombre de terres abandonnées dans son village, à «mal au pays» car, pour lui, ces «sept terres abandonnées sur une distance de vingt milles», c\u2019est «sept fois cracher dans la face de nos aïeux.Sept fois le soleil qui se lève là, pour rien, tous les jours.Sept fois les vieux labours qui se sentent tisser sur le dos des toiles de chiendent.Sept souillures dans le canton.Sept lâchetés» («la Trace»), Fidèle à l\u2019idéologie de l\u2019époque, le conteur vante les mérites, les beautés de la terre, «sorte de sanctuaire [.] où il se fait des miracles», sans toutefois «s\u2019allonger, rêvasser aux mirages».Pour lui, il faut croire à la terre, au pays, s\u2019enraciner pour survivre.Norbert, le héros du récit du même nom, l\u2019a bien compris, qui a accepté de s\u2019exiler en Abitibi, «bien loin [.] dans le nord, plus loin que la tempête de neige, plus loin que la dernière paroisse du dernier diocèse, dans l\u2019éclaircie d\u2019une forêt perdue où il n\u2019y a ni téléphone, ni voisins, ni radio, ni restaurant» Pour devenir «un colon.Capitaine de la terre, un défricheur qui a le courage de tous les marins de la mer [dont le] navire est de bois comme ceux de l\u2019Atlantique, mais soudé à la glèbe qui est son océan».Seul, à vingt-six ans, avec la forêt, car il aime la terre, il a choisi «une terre à la hauteur de [s]a pauvreté, c\u2019est-à-dire: sans rien dessus, vide comme [s]es poches: avec des trous seulement, de la misère et de la crasse de chiendent [.qu\u2019il a] choisie loin, dure, farouche, lutteuse» pour mieux l\u2019apprivoiser («Norbert»), C\u2019est d\u2019ailleurs ce même ancien de la terre qui force un jeune paysan à écourter son voyage de noces à la ville pour retrouver sa terre dont il s\u2019ennuie, car il sait depuis toujours que «ceux qui vivent avec le sol ont une vocation» («Voyage de noces»).Dans ses contes, Félix Leclerc fait siennes les thèses patriotiques et messianiques qui avaient cours à l\u2019époque: on ne peut s\u2019éloigner de la terre sans renier sa race, sa patrie («l\u2019Attente»), les fils doivent marcher sur la trace de leur père et de leurs aïeux, pour éviter d\u2019être qualifiés de traîtres («la Trace»); l\u2019agriculture assure le bonheur à un homme qu\u2019elle rend meilleur («Norbert»), Jamais, toutefois, Leclerc tente de laisser croire que tout est facile, sur la terre.11 ne tait ni les difficultés de la vie paysanne ni le courage dont il faut faire preuve pour triompher.Leclerc, comme d\u2019autres avant et après lui, croit à la filiation, vante le culte des ancêtres.C est d\u2019ailleurs non seulement pour oublier une peine d\u2019amour que Norbert a décidé de s\u2019exiler en Abitibi, 232 L\u2019ACTION NATIONALE mais aussi par amour de la terre et par jalousie de ceux qui, avant lui, «avaient marché dans le pays neuf, qui avaient défriché, bâti, couru le bois, respiré l\u2019air vierge, salué les lacs sans nom.Jaloux des conquérants de la terre; de ces hommes plus entêtés, plus forts que les souches et les mottes», «jaloux de ces héros sans galons», de «ces grands silencieux», de «ces humbles», de «ces fils des bois», «jaloux des ancêtres».Il ne manque pas, non plus, de dénoncer les travers des habitants, qui ne sont pas sans défauts, comme ont tenté de le laisser croire les romanciers agriculturistes, Damase Potvin en tête.Félix Leclerc condamne les querelles entre voisins, qui n\u2019hésitent pas à recourir aux tribunaux pour récupérer une infime bande de terre.Dans «Par intérim», il fait le procès des Canadiens français en ces termes: [.] nos hommes sont rares, on a des étincelles en politique, en littérature, en musique, en peinture, mais des feux clairs qui brillent, des feux de maître, ce qui s\u2019appelle maître insatisfait, chercheur affamé, qui crie juste et droit, qu\u2019aucun vent peut éteindre, on n\u2019en a pas.On a des élèves contents d\u2019eux autres, un petit peu noceurs, sans haleine, faciles à acheter.On a des désirs de beauté gros comme des montagnes, mais instables comme les nuages.La vérité: on se décide pas à vieillir, parce qu\u2019on se décide pas à s\u2019unir; on est divisés; on est craintifs; on est chacun dans son coin comme des vaincus.Voilà la vérité.Pour lui, le pays, notre pays est «une terre à chefs-d\u2019œuvre» où «tout est neuf: l\u2019inspiration, les décors, les sujets, puis notre histoire géante qu\u2019on n\u2019ose pas toucher parce qu\u2019on est paresseux, [.on est] endormis, parce qu\u2019on est indignes du passé».Par la bouche du père, qui incarne la sagesse, il va même jusqu\u2019à écrire: qu\u2019on est de turbulents écoliers qui découpent des images comiques pour coller dans les livres de classe, par-dessus les beaux poèmes du pays.Pour être fous, non.On est pleins de tours.On parle avec bien des gestes pour remplacer les mots qu\u2019on sait pas: on singe les étrangers; on parade la fierté de n\u2019importe quelle race, excepté la nôtre.On pose des questions, jamais de réponses.Sais-tu que pour punir un Français, on lui cache ses livres?Ici, la même chose, on appellerait ça une récompense. FÉLIX LECLERC, CONTEUR 233 Pour lui, «on préfère l\u2019escabeau à l\u2019échelle, la colline à la montagne, la parole à l\u2019acte, le conseil à l\u2019exemple, la glissade à la montée, le vulgaire au chef-d\u2019œuvre.On a peur de l\u2019effort.On n\u2019a pas de fierté parce qu\u2019on est ignorants».Abel Moisson, le «voleur de bois», identifie les principaux défauts des Canadiens: On ne s\u2019aime pas.On se mange, on se lutte, on se bouscule, on se cogne sur la tête, on se défend de réussir.Un gars qui a les yeux plus hauts que le troupeau, il reçoit un coup de masse sur la tête pour que sa tête soit à l\u2019égalité des autres.Il croit au vieux dicton «l\u2019union fait la force»: Si tous les Canadiens voulaient arrêter de mal parler de leurs voisins, arrêter de cracher sur le nom de celui qui est là pour se défendre, arrêter de frapper sur la tête de celui qui grandit, arrêter de se jalouser, arrêter de se darder dans le dos, on serait surpris de la force qui sortirait de nous autres pour des siècles à venir.Félix Leclerc condamne encore la guerre entre les peuples.Si «la guerre, c\u2019est la souffrance», «un fléau de Dieu, une chose épouvantable, un châtiment», c\u2019est, en même temps, «une grande méditation, un retour, dans le fond de nos âmes, à l\u2019ancien, un acte d\u2019humilité en face de notre faiblesse, une occasion d\u2019héroïsme et [.] une terre à germer des saints»! («Pour ceux qui restent»).Car elle peut rendre l\u2019homme meilleur, peut le rendre plus sage, devenir la lumière qui éclaire «pour nous faire honte, pour nous montrer notre laideur, notre médiocrité, notre égoïsme».L\u2019orage que doit subir le huissier, à la campagne, est le symbole lui aussi de la guerre.Le vieux paysan qui a été témoin du désarroi de l\u2019huissier «espère qu\u2019au sortir de la guerre, le monde s\u2019adoucira, les cœurs se retrouveront, l\u2019agitation cessera».Il regrette toutefois que «l\u2019orage [n\u2019ait] pas été assez long», qu\u2019il ait à peine «commencer à le toucher, à le dompter, à le purifier».Le conteur chez Félix Leclerc, on le voit par cet exemple devient souvent moralisateur, didacticien.L\u2019univers des contes d Adagio et des deux autres recueils est presque toujours manichéen: d un côté les bons, de l\u2019autre les méchants que les premiers s\u2019appliquent à transformer, à rendre meilleurs.Parfois, 234 L\u2019ACTION NATIONALE trop rapidement, ce qui nuit à la vraisemblance du récit.Abel Moisson change radicalement d\u2019attitude et de conduite après s\u2019être vidé le cœur en présence de Tancrède Labrise qui 1 a surpris en train de voler son bois et qui lui manifeste beaucoup de sympathie.La transformation du marguiller Marceau est tout aussi inexplicable dans le même conte.Ainsi en est-il du musicien Hubert Thomas qui accepte de garder son violon après que le luthier Sarto Rochette lui eut raconté, selon la technique fréquente dans le conte, le récit dans le récit, les événements tragiques qui ont mis fin à sa jeune carrière de violoniste non sans avoir triomphé dans son premier récital auquel sa mère n avait pu assister.Gêné, honteux même, l\u2019artiste reprend son violon qui «n\u2019est plus à vendre» («Violon à vendre»).Plusieurs commentateurs, au moment de la parution de ses contes, lui ont d\u2019ailleurs reproché «ce ton moralisateur trop évident, qui va à l\u2019encontre même des fins intrinsèques de l\u2019art10», selon Marcel Raymond.Roger Duhamel décèle le même défaut quand il écrit: L\u2019auteur a une déplorable tendance à se muer trop aisément en prédicant.La leçon, la morale, si l\u2019on veut de ces récits, je préférerais qu\u2019elle fût impliquée dans la trame des événements, qu\u2019il ne fût pas nécessaire de la traduire dans des phrases qui relèvent davantage du discours que du conte\".S\u2019il reconnaît que certains récits échappent à ce didactisme, tels «le Traverser», la meilleure réussite formelle de l\u2019avis de plusieurs, «Tanis», «Cantique»., il n\u2019hésite pas à affirmer que, dans «la Trace» et, surtout, dans «Banc 181», Leclerc se livre carrément à l\u2019édification religieuse et nationale» et qu\u2019il manifeste, à son avis, une «conception de l\u2019art [qui] est erronée» et que, ainsi, le conteur n\u2019atteint pas son but».Félix Leclerc est bien conscient de ce défaut qui, à la longue, peut choquer le lecteur, lui déplaire.Il s\u2019est d\u2019ailleurs expliqué sur le sujet: 10.\tLe Choix de Félix dans l\u2019œuvre de Félix Leclerc, Charlesbourg.Les Presses Laurentiennes, 1983, 79 [1] p.(Collection «le Choix de.», Série A).11.\tMarcel Raymond, «Chroniques.Vie de l\u2019esprit.Un recueil de contes.Adagio, Félix Leclerc», l\u2019Action National, février 1944, p.161-165 [v.p.164], FELIX LECLERC, CONTEUR 235 Je comprends très bien ceux qui m\u2019ont reproché ce défaut.On ne connaissait que la morale, que la religion.Il y a beaucoup de religion, mais on ne pouvait faire autrement: c\u2019est tout ce qu\u2019on savait, c\u2019est tout ce qu\u2019on connaissait.J\u2019ai été le Québécois le plus franc qu\u2019il n\u2019y a pas12.Ces leçons moralisatrices sont nombreuses dans Allegro, recueil de fables en prose qui s\u2019apparente aux contes d\u2019animaux traditionnels dans lesquels le conteur entend, comme le vieux La Fontaine, son maître, se servir des animaux «pour instruire les hommes», pour leur enseigner les grandes lois de la vie.Cette morale a souvent partie liée avec la religion catholique.C\u2019est ainsi, par exemple, que Leclerc entend démontrer, dans «le Rival», que les parents ne doivent pas contrecarrer les projets de leurs enfants qui sont appelés à se donner pour les autres, souvent dans les pays lointains.Poisson d\u2019Or rêve d\u2019apostolat parce qu\u2019il a de l\u2019idéal et une grandeur d\u2019âme que sa mère a déjà notée et qu elle ne manque pas de révéler à Trembleuse qui pleure d\u2019amour, devant le départ imminent de celui qu\u2019elle aime: Il cherche le chemin du lac Tibériade Afin d\u2019être compté dans les filets de Pierre.Poisson d\u2019Or a entendu et écouté l\u2019appel, alors que la mère a accepté de donner «son fils Poisson d\u2019Or, comme à l\u2019église l\u2019enfant de chœur offre l\u2019encens» («le Rival»), Même fidélité à la vocation dans «Chez les siffleux».À Caboche, la petite mouche des champs, qui rêve de conquérir le monde, à la recherche de la lumière et de l\u2019action de grâce, la mouche à feu, celle «qui avait remplacé les cierges dans la célébration des premières messes en Amérique et qui, avec les étoiles, faisait la relève de la gloire du Créateur pendant le sommeil du soleil; qui se cachait le jour, mai qui passait la nuit dans les solitudes pour guider les insectes égarés», lui enseigne cette vérité: La lumière est une chose qui pousse à l\u2019intérieur dans les tréfonds de 1 âme [.].Si tu veux posséder la lumière, sois bonne, aime ta patrie, chante ton pays sur place avec la petite voix que tu as et non avec une grosse voix que tu n\u2019as pas.12.Roger Duhamel, «Des contes d\u2019amour et de jeunesse», le Devoir 11 décembre 1943, p.8. 236 L\u2019ACTION NATIONALE Le conteur enseigne encore la fidélité au passé, symbolisée par le clocher paroissial («la Légende des pigeons»), la fidélité à sa vocation terrienne pour la fourmi («Drame dans l\u2019herbe»), la résignation («Sanctus»), la soumission («Chez les mouches»), la détermination et le courage («Dans l\u2019étable»), la souffrance et la mort («le Patriote» et «Coucher de soleil»).Il faut encore se méfier de l\u2019abondance qui détruit souvent les bonnes habitudes et qui conduit à la dépendance, voire à la mort: plutôt que de se remettre au travail, après une période d\u2019abondance, Soigneuse, la fourmi, sert délibérément de proie à un oiseau («Drame dans l\u2019herbe»).Même danger de se laisser perdre par la nouveauté, le progrès.Heureusement, Fale Bleue décline l\u2019invitation de Plumeau, un pigeon tentateur qui l\u2019invite à aller vivre «dans les pigeonniers modernes où les mœurs sont libres», et accepte de suivre les sages conseils de son père («la Légende des pigeons»).C\u2019est aussi grâce à la présence d\u2019un adjuvant, une simple petite mésange, que Naseau Noir et sa compagne, un couple de chevreuils éprouvé par la mort de leur faon, assassiné par un chien de chasseur, reprend courage et goût à la vie.Car, «refuser de vivre, c\u2019est beaucoup d\u2019orgueil», surtout que la vie, leur enseigne la mésange, C\u2019est une immense vallée avec des créatures dedans [.].Tout cela appartient à un maître qui fait la loi: naître, respirer, vivre et mourir.Cette loi est obligatoire.Vouloir vivre tout seuls, c\u2019est être malheureux parce que nous sommes si faibles; mais vouloir vivre avec le maître, c\u2019est s\u2019attirer l\u2019amour et être heureux par amour («la Vallée des Quenouilles»).Il faut être fort dans l\u2019épreuve, témoigner de beaucoup de courage et se soumettre à la volonté du Créateur.Grâce au courage de Monsieur Poilu, un gigantesque ours mort en présence de Peureux et de Pressé, après s\u2019être pris une patte dans un piège, les lièvres ont appris l\u2019art de mourir.L\u2019orignal, le roi de la forêt, le patriote, se sacrifie pour protéger son territoire menacé par le progrès, l\u2019installation d\u2019une ligne téléphonique: il meurt, le fil d\u2019acier entortillé dans le panache ensanglanté, le cou pelé, le museau déchiré.«La civilisation [.] l\u2019a ligoté et 1 a étouffé» («le Patriote»).Quant à la tige de blé, elle est résignée à mourir, car le crapaud, son compagnon, l\u2019a convaincue qu\u2019elle est le pain de demain qui nourrira les hommes et que, ainsi, sa mort FELIX LECLERC, CONTEUR 237 «demeure une autre vie».Voilà qui l\u2019aidera à convaincre sa compagne, effrayée par le drame qui se prépare («Sanctus»).L\u2019enseignement du conteur se rapproche davantage de l\u2019Évangile dans Andante, dernier volet de la trilogie.D\u2019ailleurs, au moins cinq des dix-neuf récits poèmes pastichent des scènes de la vie du Christ: guérison de la femme malade que la foi a sauvée («la Paix soit avec vous»), conversion d\u2019un garde qui a assisté à la mort du Christ sur le Calvaire («le Grade»), conversion de la femme adultère («Ils s\u2019en allèrent chacun chez soi»), la naissance du Christ, racontée par les étoiles qui ont été les témoins du miracle («la Grande Nuit») et de la mort du Christ («Ce vendredi-là»).Dans Andante, plus encore que dans les deux premiers recueils de la trilogie, Félix Leclerc chante les beautés de la nature et, tel le poète, décrit «les moments forts du jeu des jours et des saisons».Il suffit, pour s\u2019en convaincre, de (re)lire «Symphonie de septembre», qui décrit les splendeurs, les merveilles d\u2019une journée de septembre, de l\u2019aube jusqu\u2019à la tombée de la nuit, nuit que seul un «puissant magicien» peut étendre ainsi.Qu on relise encore «Poème d\u2019automne», «la saison d\u2019enseignement parce que c est la saison qui donne», et «les Matins» que le poète ramène à cinq couleurs: «les matins d\u2019or de l\u2019automne», «les plus riches» car l\u2019automne est la saison de la récompense; les matins gris qui accompagnent les pluies tristes de l\u2019automne; les matins blancs plus gais parce qu\u2019annonciateurs de la fête des enfants; les matins noirs de l\u2019hiver et les matins rouges du printemps.Et la roue tourne.La plupart des personnages des contes du recueil sont attentifs aux saisons qui se déroulent sous leurs yeux, à la nature qui se fait belle comme pour se faire plus désirer, pour regretter des déserteurs («la Place du monde»), comme pour forcer les êtres à s\u2019ouvrir les yeux, à garder leur cœur ouvert.Le conteur loue encore le ruisseau qui murmure, l\u2019immensité de la mer qui donne courage et richesse («l\u2019Albatros») ou anéantit toute espérance («le Hamac dans les voiles»), les joies de la vie pour mieux se préparer à la mort, l\u2019ultime récompense («le Triangle»), Félix est certes plus optimiste dans ses premiers écrits que dans plusieurs de ses chansons qui ont une fin tragique, provoquée souvent par le découragement, l\u2019égarement du héros.Chez Félix le conteur, 238 L\u2019ACTION NATIONALE même une peine d\u2019amour est vite oubliée, car la vie, en définitive, vaut d\u2019être vécue.Et Félix, dans ses contes, rend hommage à la vie en mettant en scène des habitants qui agissent, donc qui «parlent peu», des habitants qui sont occupés «par la vie, l\u2019ordre, le normal».Si l\u2019homme est un loup pour 1 homme, ici «l\u2019homme ne peut se passer de l\u2019homme» («la Place du monde»), comme il n\u2019a pu se passer de Celui qui lui a tracé la voie en se réincarnant, cet Être qui est a la fois «le paratonnerre, 1 inchan-geable, le fidèle, l\u2019éternel pétrisseur des mottes qui fournit le pain et le vin».Les qualités du contenu Les contes de Félix Leclerc nous mettent en présence d\u2019un conteur qui maîtrise bien toutes les techniques de son art.Un mise en situation rapide, une phrase même suffit pour capter l\u2019attention, pour créer l\u2019atmosphère.«À l\u2019âge de trois ans, il lui était arrivé un malheur» écrit le conteur au début de «Tanis».Le conte ne raconte pas ce malheur en détail: il ne fait que 1 évoquer pour, plutôt, s\u2019attarder aux conséquences de ce malheur.Ou ce défaut de «Cantique»: «Il était venu au monde comme les autres enfants».Cantique, «le fou du village», se démarque, non par son arrivée dans le monde, mais par «quelque chose dans sa tête [qui] n\u2019allait pas bien».Le conteur, par petites touches, s\u2019attardera à lever le secret sur ce personnage nettement défavorisé, devenu la risée du village, mais combien malheureux d\u2019être forcé à fuir dans les bois pour cacher son malheur et pleurer sa peine, pour oublier «la laideur de la vie» et la dureté des hommes.Parfois, Félix Leclerc prend le temps de préciser clairement les lieux et l\u2019époque du drame qu\u2019il veut raconter: «C était le 23 décembre, cinq heures du soir», comme dans le conte traditionnel («Pour ceux qui restent»), «Quelque part en Abitibi, bien loin, ce soir dans le nord, plus loin que la tempête de neige» («Norbert»).Tout y est pour nous préparer à lire le journal de ce jeune capitaine terrien qui a émigré sur les terres neuves du Nord, pour recommencer l\u2019œuvre de ses ancêtres.«Ce matin-là, le postillon glissa une lettre dans la boîte au pied du chemin et partit sans prendre le temps de baisser le couvercle, comme s\u2019il jetait des mauvaises nouvelles» («Par intérim»).Le conte se développera en dévoilant le contenu de la lettre et la mission con- FELIX LECLERC, CONTEUR 239 fiée au destinataire.Sans se perdre dans les détails inutiles, car le conte souffre d\u2019un trop long développement.Si, contrairement à plusieurs conteurs traditionnels, Félix ne recourt pas souvent dans ses contes au procédé de délégation de la narration, il sait par contre se faire poète.Jamais, jusque-là, un conteur n\u2019avait réussi à traduire par des mots simples, sans recherche, des mots de l\u2019oralité, souvent, une belle émotion, une belle sensibilité.Félix Leclerc se révèle déjà, dans ses premiers écrits, le poète qu\u2019il deviendra par la suite, le grand chantre de la nature et de son île, microcosme de son pays.Si on a pu lui reprocher, au moment de la parution de ses contes, quelques expressions et tournures qui conviennent davantage à la langue parlée \u2014 n\u2019oublions pas que les contes ont d\u2019abord été écrits pour être dits à la radio \u2014, on n\u2019a pas assez insisté sur les beautés de cette langue, simple, originale, attachante, à l\u2019image de la plupart des personnages et de Félix lui-même.Peu de conteurs québécois ont accordé, comme Félix Leclerc, tant d\u2019importance au rythme, à la musicalité.Relisons le début du «Voleur de bois».Les pins de la forêt, plus grands que les bouleaux, voyaient dans le nord la bourrasque s\u2019avancer.Serrés les uns contre les autres, les pins mêlaient leurs cheveux pour protéger les arbres plus petits.C était décembre.Décembre, le mois des bourrasques, apportant le père Noël et son sac plein de jouets, de surprises, de rubans et de souhaits; apportant aussi le père Hiver et un sac plein de maladies, de rafales, de froidures et de tristesses.À grands coups de tourbillons, le vent mordait les corps nus, et les champs dévêtus offraient leur dos à la nature en colère! Tout au bord de la forêt, il y avait une cabane de pauvres.Là vivaient un voleur de bois et son garçon, et trois chiens misérables étendus entre deux grabats, et un poêle.Seuls près des arbres, les deux hommes attendaient la pointe du jour, sans dormir.Le plus jeune toussait, le plus vieux écoutait l\u2019hiver: et l\u2019hiver par dehors léchait les murs de la cabane et soufflait du froid par les fentes.Tout y est.D\u2019abord l\u2019environnement immédiat: la forêt esquissée à grands traits, comme un peintre qui travaille à grands coups de pinceaux.Mais une évocation qui n\u2019en est pas moins poétique et suggestive par l\u2019image des cheveux des pins qui se protègent les uns des autres.Idée d\u2019entraide ici, fréquente chez Félix Leclerc, non seulement dans ses contes, mais dans toute 240 L\u2019ACTION NATIONALE son œuvre, dans ses chansons aussi.Pensons au «P\u2019tit Bonheur», par exemple, à «Mon fils».Puis variation sur la température.Décembre! Le mois des cadeaux, donc de l\u2019amour, mais aussi des malheurs, de la misère, évoqués non sans poésie.Puis, le rudimentaire habitat des deux personnages autour desquels se déroulera le drame.Deux pauvres êtres réduits à voler pour survivre.Tout est prêt pour émouvoir le lecteur, pour le toucher profondément.Car le conte peut, s\u2019il est mené avec art et talent, émouvoir et toucher l\u2019âme.Félix Leclerc l\u2019a maintes fois prouvé, avec simplicité et humilité.Le chantre de l\u2019île a laissé une série de contes qu\u2019on a délaissés quelque peu aujourd\u2019hui, sous prétexte sans doute qu ils étaient dépassés, comme les contes idéologiques (ou terroirist.es) du début du siècle.Une relecture de la trilogie du conteur Félix Leclerc révèle pourtant qu\u2019ils ont résisté à l\u2019usure du temps parce qu\u2019ils chantent les lois de la nature et de la vie humaine.Certaines valeurs, il est vrai, ont changé en raison de l\u2019évolution de la société québécoise depuis près de cinquante ans.Même si ces récits ne traduisent pas cette évolution, ils ne sont pas devenus pour autant folkloriques.Il y aurait certes une intéressante étude à faire sur la vision du monde de Félix Leclerc qui nous éclairerait sur la société de l\u2019époque, une société troublée par la guerre qui croyait encore en la vie et aux valeurs qu\u2019elle véhicule.N\u2019y a-t-il pas une grande espérance qui se dégage de la plupart des contes de la trilogie? Des trouvailles dégoûtantes et des découvertes merveilleuses par ROSAIRE MORIN Les lecteurs s\u2019intéressent La revue est en excellente santé.Plusieurs indices le démontrent.Des abonnés s\u2019informent du coût de l\u2019annonce.Des numéros supplémentaires sont demandés.Un lecteur nous laisse savoir qu un legs en faveur de L Action Nationale est inscrit dans son testament.Un ami franco-ontarien, âgé de 76 ans, vient de prendre une police d\u2019assurance de $10 000 sur sa vie et il désigne la Ligue comme bénéficiaire.Les renouvellements atteignent un niveau très élevé.Les dons à la Londation Esdras-Minville sont spontanés et généreux.Plusieurs abonnés écrivent, applaudissent, félicitent et grognent parfois.Ces dernières réactions sont heureuses et nécessaires.Deux professeurs d\u2019université demandent s\u2019ils peuvent écrire dans nos pages.Un instituteur nous fait parvenir un texte fort intéressant que nous reproduirons en avril.Un de nos amis suggère 1 idée d un comité constitutionnel de la survivance française.Un autre juge que je ne suis pas assez «péquiste».L\u2019opinion des lecteurs s\u2019exprime.C\u2019est un signe de santé pour la revue. 242 L\u2019ACTION NATIONALE Tous, ensemble, coopérons seuls Un lecteur au style coloré nous parle des «lilliputiens nationaux et des brasseurs de gélatine nationale.Dans cet univers de grenouilles et de têtards, écrit-il, tout le monde veut récupérer les bonnes idées.Tout le monde se surveille, tente de s\u2019emparer de la tête du peloton et de gagner la course tout seul pour monter sur le podium de l\u2019histoire».Ces remarques traduisent l\u2019absence de cohésion entre Canadiens-Français.Chacun s\u2019engage dans son sentier, à la Robinson Crusoë.Nous sommes dispersés, éparpillés aux quatre coins du Québec et du Canada.sans point de ralliement véritable et sans doctrine nationale qui amenuiserait le culte des personnalités.Les vedettes donnent des coups d\u2019épée dans l\u2019eau.Elles se battent à la mode de Don Quichotte, pour la gloire.Ad honores! Elles utilisent les méthodes des années \u201950.Elles s\u2019y complaisent.Elles demandent de tout changer, mais elles ne changent rien dans leurs habitudes, dans leurs stratégies et dans leurs tactiques.À l\u2019heure où nous aurions besoins de fraternité et de solidarité, nous sommes satisfaits de nous-mêmes et résolus de continuer à nous parler «entre nous».Il ne faut pas, pour aucune considération, admettre dans notre chapelle une figure étrangère.Ce serait un sacrilège et le risque de devoir modifier des comportements confortables.Dans ce contexte, le Québec français connaîtra dans 20 ans des problèmes encore plus graves que ceux d\u2019aujourd\u2019hui.La femme au foyer Au nombre des lettres reçues, je choisis celle d\u2019un maraîcher qui me reproche de ne pas accorder assez d\u2019attention au rôle de la femme au foyer.J\u2019extrais quelques paragraphes.«C\u2019est à la maison, écrit-il, que la femme peut remplir idéalement son rôle spécifique de la formation de 1 homme de demain.Le monde crève actuellement du manque de cet amour quotidien qui modèle le mari, les enfants, la famille et que, seule, la femme, par les garderies, peut leur prodiguer.» Après quelques autres réflexions, notre correspondant continue: «La femme a fait des études?Quel champ d\u2019action, quel DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 243 foyer d\u2019épanouissement lui offre la maison où elle peut déployer ses talents d\u2019éducatrice, de pédiatre, d\u2019infirmière, de psychologue, d animatrice, de chef cuisinier, de diététicienne, de décoratrice, de paysagiste.Quelques autres commentaires suivent et tombent cinglantes les lignes suivantes: «Si l\u2019homme dans le passé a fauté gravement en exploitant sa compagne de façon éhontée et en lui refusant toute collaboration à son épanouissement comme femme, ce n\u2019est pas une raison pour que la femme, à son tour, répétant les mêmes déviations, en devienne la pauvre caricature».Et notre homme termine par une suggestion pratique.«Pourquoi pas l\u2019octroi d\u2019une subvention tangible à la femme au foyer qui valoriserait son rôle irremplaçable dans la famille et la société?» Tout en appuyant cette proposition formulée en ces pages à quelques reprises, je crois nécessaire de rechercher des aménagements pour concilier travail et famille: temps partagé, horaire flexible, allocations familiales majorées, congés généreux de maternité, services de garde de qualité, fiscalité familiale, etc.Des anniversaires et des activités La Société Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke fêtait récemment son 50e anniversaire de fondation.Le doyen des anciens présidents de cette société diocésaine est nul autre que le directeur de L\u2019Action Nationale, notre bon ami Gérard Turcotte.Les noces d\u2019or de la SSJB ont été couronnées de succès.Nos meilleurs vœux pour vos activités! Un peu d\u2019histoire Le 1er mars 1633, le cardinal Richelieu nomme Samuel de Champlain son lieutenant en toute l\u2019étendue du fleuve Saint-Laurent et il lui accorde de très grands pouvoirs.Le 2 mars 1699, D\u2019Iberville pénètre dans le Mississipi avec deux frégates (non nucléaires), la «Badine» et le «Marin», et il entreprend la colonisation de la Louisiane en établissant le fort Maurepas. 244 L\u2019ACTION NATIONALE Le 4 mars 1663, mourait Guillaume Couillard, époux de Marie-Guillemette Hébert, fille de Louis Hébert.Le défricheur Couillard fut le bienfaiteur de l\u2019Hôtel-Dieu et il fit aussi le don du terrain sur lequel s\u2019élève la Basilique.Le 8 mars 1870, Mgr Taché, revenu du concile du Vatican à la demande du gouvernement canadien, réussit à calmer les Métis qui s\u2019opposaient à la vente des terres de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson au gouvernement canadien, mais quelques années plus tard, sur ces terres et à cause d\u2019elles, Riel sera pendu.Le 11 mars 1848, Lafontaine et Baldwin était appelé à diriger le gouvernement de l\u2019union législative.Lors de la session qui suivit, lord Elgin y prononça, pour la première fois, le discours du trône en anglais et en français.Le 14 mars 1835, Antoine-Olivier Berthelet, philanthrope canadien-français, fait don d\u2019une maison, rue Sainte-Catherine, à Madame Gamelin, fondatrice des Sœurs de la Providence, pour y loger ses infirmes.Le 17 mars 1810, le gouverneur Craig (quel bonheur que le nom de cette rue soit disparu de la toponymie de Montréal) commande à une escouade de soldats de s\u2019emparer de tout le matériel du «Canadien».Deux jours plus tard, il fait emprisonner Bédard, Taschereau, Blanchet et l\u2019imprimeur Lefrançois.Bédard et Blanchet, en prison, sont réélus aux élections.Le 19 mars 1637, le canon de Québec annonce la fête qui consacrera le choix de Saint Joseph comme premier patron du Canada.Le 26 mars 1814, le lieutenant-colonel Salaberry est décoré de l\u2019ordre du Bain et une médaille est frappée pour immortaliser la victoire des 300 Voltigeurs canadiens-français qui ont arrêté la marche de 7 000 Américains contre Montréal.Aujourd\u2019hui, monsieur Mulroney annule la victoire de Châteauguay en ouvrant toutes grandes aux Américains les portes du Canada.Les premières rues de Montréal Le 12 mars 1672, le premier arpenteur de la Nouvelle-France, Bénigne Basset, et l\u2019abbé Dollier de Casson tracent les premières rues de la ville de Montréal.La rue Notre-Dame est dédiée à DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 245 Marie, dame de l\u2019île et patronne des habitants.La rue Saint-Pierre honore Pierre Gadbois, le premier concessionnaire de terre à Montréal.La rue Saint-Paul rappelle le nom de Paul de Maisonneuve.La rue Saint-Jacques porte ce nom en souvenir du patron de monsieur Olier, le fondateur de Saint-Sulpice.La rue Saint-François est ainsi désignée du nom du patron de Dollier de Casson.Le même jour, Basset et de Casson tracent aussi le parcours de la rue Calvaire du nom de religion de la sœur de M.de Casson.La rue Saint-Gabriel est nommée en l\u2019honneur de Gabriel Quélus et de Gabriel Souart.La rue Saint-Lambert porte le nom du héros Lambert Closse.La rue Saint-Charles rappelle le nom de Charles d\u2019Ailleboust des Musseaux dont elle traversait la terre.La rue Saint-Joseph est aussi tracée en cette journée du 12 mars 1672; elle porte aujourd\u2019hui le nom de Saint-Sulpice.La qualité de l\u2019environnement Les problèmes de pollution abondent, la décroissance des ressources devient inquiétante et les solutions sont rares.Le ministère de l\u2019Environnement n\u2019est pas outillé pour apporter les solutions.Les ressources humaines et financières sont déficientes.À titre d\u2019exemple de l\u2019incapacité du ministère, les BPC de Saint-Basile sont encore dans l\u2019entrepôt de Saint-Basile, au moment où ces lignes sont écrites.Ils devraient déjà être brûlés depuis longtemps à l\u2019incinérateur de Swan Hill, en Alberta.Les négociations se font à pas de tortue.À quelques milles de Saint-Basile, une entreprise s\u2019amuse avec la santé de la population et la qualité de l\u2019environnement.La compagnie Erco de Varennes a vendu à des fins de remblayage des centaines de milliers de tonnes de scories empilées sur ses terrains.Ces matières émettent des rayons gamma dangereux qui dépassent les normes.Très tardivement, le ministère de l\u2019Environnement est intervenu, a interdit la vente, mais il ne propose aucune solution pour disposer de ces sous-produits dangereux.Un dossier à suivre.Et le dossier environnement est explosif.Les pneus de Saint-Amable et de Franklin et les 600 sites de déchets répartis aux quatre coins du Québec constituent toujours une menace pour la 246 L\u2019ACTION NATIONALE santé et l\u2019environnement.Maintenant que le feu de Saint-Basile est éteint, on dirait que les médias et les hommes publics ont oublié qu\u2019un sinistre peut survenir à Gentilly, à Shawinigan, à Rimouski, un peu partout au Québec.Même les écologistes semblent ne pas vivre avec la même intensité.Faudra-t-il une autre catastrophe pour relancer le débat?L\u2019Institut Armand-Frappier Le gouvernement du Québec était prêt à se mouiller pour sauver les Nordiques menacés d\u2019être dirigés par de méchants Anglais de l\u2019Ontario.Mais il est demeuré indifférent devant le projet de vendre les principales activités commerciales de l\u2019Institut Armand-Frappier aux Laboratoires Connaught de Toronto.La vente s\u2019annonçait au rabais: $1,5 million, soit un plat de lentilles.Non seulement le gouvernement est demeuré indifférent, mais il a permis à l\u2019Université du Québec et à l\u2019Institut de court-circuiter le Fonds de Solidarité du Québec et de lui imposer Connaught comme maître d\u2019œuvre.Notre expertise doit-elle toujours servir au «track record» de Toronto?Les bâtons et les rondelles de hockey ont intéressé davantage les hommes d\u2019affaires que les vaccins nécessaires à la santé.Les entrepreneurs qui peuvent conquérir le monde n\u2019ont pas compris que le bien-être de la population québécoise serait mieux protégé si les Québécois contrôlaient la production et la distribution de vaccins qui peuvent immuniser les hommes et les femmes de chez nous, notamment nos enfants et nos vieillards.Prévenir certaines maladies n\u2019a pas préoccupé les financiers de St.-James Street.Pour eux, la recherche scientifique en ce domaine semble moins importante que les Nordiques.Heureusement, le Fonds de solidarité des travailleurs est intervenu.Il a déposé une offre d\u2019achat.La réponse de 1 assemblée des gouverneurs de l\u2019Université du Québec acceptera-t-elle de conserver au Québec cet important secteur de recherche?Il faudra suivre ce dossier.En attendant, chapeau bas et felicitations au Fonds de Solidarité des Travailleurs et à Louis Laberge, le président de la FTQ. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 247 Numéro 1 dans le monde La déréglementation désordonnée de l\u2019économie va créer un déséquilibre démesuré.Les riches vont s\u2019enrichir davantage et les pauvres s\u2019appauvriront sans cesse.La course au trésor aboutit à la rationalisation, à la normalisation, à la standardisation.L\u2019issue inévitable conduit à la concentration, à la centralisation, c\u2019est-à-dire à la fusion des entreprises.Les années \u201990 vont voir s accélérer le gigantisme.Certaines compagnies vont atteindre une taille colossale, éléphantesque; leur puissance sera excessive et leurs tactiques souvent monstrueuses.Déjà, les 25 plus grandes entreprises canadiennes contrôlent plus de 1 000 compagnies.Un centième de un pour cent des entreprises possèdent 45 pour cent de tous les actifs.Leurs bénéfices ont augmenté de 190 pour cent de 1976 à 1986.Inutile de dire que 1 influence de ces géants est considérable.Ils exercent un contrôle sur les prix et la qualité des services.Ils façonnent les goûts et les attitudes des consommateurs.Ils agissent sur les législations et les politiques gouvernementales.Ils pèsent lourd sur les comportements des médias.Pendant que les grands se conduisent comme les maîtres, d\u2019autres entrepreneurs se gonflent comme lagrenouille de La Fontaine et ils deviennent vite du chiendent inutile.Pendant un temps, ils font beaucoup de tapage; ils veulent soulever les nuages, mais il s aperçoivent un bon matin que les loups les ont mangés.Dans le royaume des grands, seuls les plus affamés survivront.La poussée la plus récente de cette tendance a réuni sous un même toit Imperial Oil et Texaco Canada.Le 19 janvier, pendant la nuit de jeudi à vendredi, les représentants du gouvernement fédéral ont examiné la transaction.Il s\u2019agit pour eux d\u2019un petit contrat.L\u2019entente n\u2019implique que $4,9 milliards.Esso ne contrôlera qu\u2019un tiers du marché canadien.Mais Esso pourra rationaliser, fermer des stations de service, mettre à la porte des centaines d\u2019employés et augmenter le prix de l\u2019essence tout doucement, sans que la hausse ne soit trop apparente.Une autre opération de grand style est survenue.Les Compagnies Moison ont acquis Carling O\u2019Keefe, filiale de Elders XI d\u2019Australie.On a voulu créer «un joueur majeur à l\u2019échelle 248 L\u2019ACTION NATIONALE mondiale».Les Brasseries Molson deviennent le premier brasseur au Canada, le sixième en Amérique du Nord et le vingtième au monde.La compagnie pourra maintenant profiter du libre-échange, les amateurs du Canadien continueront à boire de la Molson et ceux des Nordiques se régaleront avec l\u2019O\u2019Keefe, même si une brasserie ne pouvait devenir propriétaire de deux équipes de hockey.Le hic: 1 500 employés perdront leur emploi, dont 450 au Québec.Quelle importance! Les profits d\u2019abord! disent les financiers! Une autre fusion réunit Wardair à Canadien.1 500 employés perdront leur emploi.Malgré cette rationalisation.une hausse de tarifs est prévue.Cette augmentation est inévitable.Le Canada ne compte plus que deux grands transporteurs aériens qui s\u2019entendent comme deux larrons pour augmenter leur rentabilité.Une autre opération de rationalisation, quoique de moindre envergure, a vu la compagnie de la Baie d\u2019Hudson acquérir le magasin Simpson.Nombre d\u2019employés ont appris par la radio que Simpson fermait ses portes le 28 janvier.600 personnes ont perdu leur emploi.Non syndiquées, elles ont été traitées comme de vieilles chaussettes.Une transaction qui fait mal à l\u2019économie francophone est celle qui cède le Groupe Commerce et la société d\u2019assurances Bélair à des intérêts néerlandais, la Nationale-Nederlanden.Commerce et Bélair représentaient l\u2019un des plus grands groupes d\u2019assurances IARD au Québec.Leurs revenus en primes s\u2019élevaient à $263 millions en 1987.Désormais, les primes versées à Commerce et Bélair seront administrées par une société qui est présente dans une vingtaine de pays et qui possède déjà au Canada The Halifax Insurance Company de Toronto, Western Union Insurance Company de Calgary, ainsi que Halifax Life Insurance Company et NN Financial of Canada.Monsieur Mulro-ney et monsieur Bourassa n\u2019ont probablement pas d\u2019opposition à ce que les épargnes des francophones soient réinvesties aux États-Unis.Ainsi, la libre concurrence l\u2019exige.Les Américains viendront investir chez nous, mais la recherche et les centres de décision seront aux États-Unis.Maudit qu on est fou! Et dire qu\u2019avec le temps, on en perd.Jean Lesage, au moins, ne s\u2019était pas lavé les mains à la Ponce-Pilate, dans le dossier de 1 Industrielle. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 249 Sa Majesté la langue française Jacques Renaud enterrait la nation canadienne-française en un seul paragraphe, dans Le Devoir du 3 janvier 1989, p.13.L\u2019oraison funèbre était simpliste et sans pompe.«Le Québec devrait s\u2019unifier, écrivait cet écrivain, à partir de la valeur que représente l\u2019idée de droits égaux et il faut parvenir à éliminer l\u2019équation Québécois-francophone ou Québécois-Canadiens-français.» En quelques mots, l\u2019autodétermination d\u2019un peuple est radicalement réglée.La nation canadienne-française n existe plus.Elle doit oublier son origine, son histoire, sa culture, sa langue.Conrad Black est «crûment» dépassé.Le discours anglophile est direct, sans artifice.Il faut exterminer cette race française qui ne veut pas mourir.Déjà, elle a perdu la foi de ses ancêtres.Désormais, si sa langue n\u2019est plus nécessaire, elle adoptera assez rapidement le parler de Shakespeare.La recette est magique.Même avec la Loi 101, deux immigrants sur trois s\u2019intégraient au Québec anglais.Hors Québec, les deux tiers des francophones se sont déjà assimilés.Les Franco-Américains ont été engloutis par la force d\u2019attraction de l\u2019anglais.Dans ce processus des transferts linguistiques, inexorablement, nombre d\u2019Anglo-Canadiens pèsent à fond sur l\u2019accélérateur pour noyer les Français du Québec.Désormais, il ne suffit pas que les institutions, 1 État, les tribunaux et les services de santé, soient bilingues.La Loi fédérale C72 risque de s\u2019appliquer au Québec, le gouvernement Bourassa n\u2019étant pas intervenu assez fermement.Cette loi fédérale établira le bilinguisme dans les municipalités, les commissions scolaires, les syndicats et les entreprises.En ce moment, la langue anglaise redevient la langue vivante dans un grand nombre d\u2019usines et de bureaux.La Loi 178 s\u2019inscrit pour le moment dans ce sillon, avec un français de façade.95 pour cent des commerces du Québec pourront afficher dans les deux langues à l\u2019intérieur.Le cœur des affaires pourra se traiter dans les deux langues là où le nombre des francophones le justifient.mais le français demeurera sur le trottoir dans un grand nombre d\u2019entreprises et d\u2019institutions dirigées par des anglophones.La mise en place du libre-échange 250 L\u2019ACTION NATIONALE présentera d\u2019autres excellentes occasions d\u2019augmenter la présence de l\u2019anglais dans les affaires.Ainsi, avec le bilinguisme qui se généralise, on est certain d\u2019éliminer le français avec le temps et de le confondre au pan-canadianisme du multiculturalisme.Certes, comme le disait l\u2019ex-ministre French qui a démissionné après avoir gagné la bataille de l\u2019anglais sur l\u2019affichage intérieur, la langue anglaise «n\u2019est pas une plaie», mais elle est la langue dominante au Canada et en Amérique du Nord.Neuf provinces sur dix sont anglophones et elles ont assimilé et elles assimilent encore les francophones qui y sont domiciliés, sans leur accorder le dixième des privilèges dont jouissent les anglophones du Québec.Ce qu\u2019il faut comprendre, c\u2019est qu\u2019un peuple de culture française voit sa survie menacée par la force de frappe de 250 millions d\u2019anglophones.S\u2019il accepte de suivre le courant de la moindre résistance, il perdra sa langue au fil des années, à l\u2019instar de tant de peuples qui ont connu ce cheminement de l\u2019extinction.Vivre en français au Québec est la seule hypothèse qui peut assurer la survivance d\u2019un groupe français en Amérique du Nord.C\u2019est la seule façon de faire comprendre aux immigrants qu\u2019ils s\u2019établissent, non pas au Canada anglais, mais dans un État français.Une telle orientation ne devrait soulever la colère ni du Canada anglais, ni des anglophones du Québec.Ces messieurs oublient qu\u2019on a banni l\u2019an dernier la langue française en Saskatchewan et en Alberta.Ils oublient que 14 États américains ont décrété l\u2019anglais comme seule langue officielle sur leur territoire, afin de mieux assimiler les immigrants hispanophones.Ils oublient aussi que le Mexique vient de décréter l\u2019espagnol la seule langue d\u2019affichage dans le District fédéral de Mexico, pour se protéger contre l\u2019influence américaine.Nous, nous devrions nous laisser tondre comme des moutons.Dans tout ce débat, il est important de revenir à la case de départ.Au nom des droits individuels, peut-on nier le droit de vivre d\u2019un peuple?C\u2019est la question fondamentale que madame Lorraine Pagé, présidente de la CEQ, posait dans Le Devoir du 5 janvier 1989: «C\u2019est souvent, disait-elle, l\u2019existence même des droits collectifs qui permettent aux droits individuels de s\u2019expri- DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 251 mer.» Elle ajoutait que «la valorisation à l\u2019extrême des droits individuels mène à la loi de la jungle où, sous prétexte de liberté absolue, les plus forts dominent les plus faibles».Elle terminait son propos en espérant que l\u2019année 1989 sera «l\u2019année des droits collectifs des francophones de vivre en français dans leur pays».Nos amis d\u2019Alliance-Québec et d\u2019ailleurs reconnaissent-ils le droit d\u2019un peuple à disposer de lui-même?Acceptent-ils que le Québec a le droit de protéger le plein épanouissement de la culture française?Cette décision politique du droit d\u2019une société française au Québec ne peut être soumise à la règle de la majorité anglophone canadienne.Si cette orientation est refusée, si la société distincte disparaît au fond du Lac Meech, il faut sortir très vite de la Confédération, et plus vite que ça, ça presse.Les États généraux et la langue française Nombre de personnes rêvent d\u2019organiser les États généraux de la langue française.Dans l\u2019attente de ce qui peut surgir et des aspirations qui seront exprimées, jetons un coup d\u2019œil en arrière et relisons la résolution des États généraux du Canada français sur la langue française.Le 25 novembre 1967, à la Place des Arts, les États généraux du Canada français votaient une résolution sur «Le statut de la langue française».821 délégués du Québec se déclaraient en faveur de la résolution ici reproduite.22 délégués s\u2019y opposaient et 28 s\u2019abstenaient de participer au vote.Ainsi, 94 pour cent des délégués québécois favorisaient la politique proposée.C\u2019est là un consensus dont monsieur Bourassa est jaloux.Vingt-deux ans après cet événement, où en sommes-nous?Le gouvernement Bertrand a perdu le pouvoir avec sa Loi 69; le gouvernement Bourassa a été terrassé avec la Loi 22; le gouvernement Lévesque avait voté la Loi 101; le gouvernement des juges a réduit en lambeaux cette charte de la langue française; le gouvernement Bourassa lambine et se traîne les pieds depuis trois ans pour accoucher d\u2019une Loi 178 dont personne ne veut.À gauche, vous retrouvez la résolution de 1967; à droite, quelques commentaires. 252\tL\u2019ACTION NATIONALE La résolution de 1967:\tAprès 22 ans «Le statut de la langue française\tun statut ambigu Le parlement du Québec doit adopter des mesures radicales et concrètes pour imposer, dans les faits, l\u2019usage généralisé du français.\ten 1989, aucune mesure radicale et peu de règles concrètes L\u2019anglais ne doit pas être enseigné au niveau primaire dans les écoles du Québec, sauf dans les écoles de la minorité anglophone\tl\u2019enseignement débute en 4e année, et parfois en lere année du primaire Dans les écoles françaises du Québec, l\u2019enseignement d\u2019une langue seconde doit être facultatif et il doit se faire à partir du niveau secondaire.\téchec et mat Le Québec doit établir le français comme seule langue officielle dans les organismes qui relèvent directement ou indirectement de son autorité: ministères, régies, sociétés d\u2019État, conseils municipaux, commissions scolaires.\tle gouvernement des juges a décidé le contraire Les conseils municipaux et les commissions scolaires à majorité anglophone pourront utiliser la langue anglaise en plus du français pendant une courte période d\u2019adaptation.\tle français y est peu utilisé et l\u2019adaptation est d\u2019une durée éternelle Le gouvernement du Québec doit s\u2019employer à refranciser intégralement la toponymie du Québec, compte tenu de l\u2019apport des groupes humains autochtones et de certains événements historiques et, dans l\u2019avenir, le recours au français doit être la règle constante dans la toponymie, sous réserve des usages de la courtoisie internationale.\tun effort a été accompli Tout affichage sur la voie publique et tout texte mis à la disposition du public doivent être faits en français.On pourra ajouter une autre langue à la condition que le français soit prioritaire.\tTunilinguisme anglais existe encore le bilinguisme ne respecte pas la priorité du français L\u2019État québécois doit obliger toute entreprise ayant affaire au public à ne garder à son service que des personnes s\u2019exprimant convenablement en français.\tmême des ministères du Québec violent cette disposition L\u2019État québécois doit prendre les moyens législatifs appropriés pour que le français soit la langue de travail dans l\u2019industrie et dans les affaires.\tdans de grandes entreprises anglophones, l\u2019anglais est encore la langue du travail DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 253 La minorité anglophone pourra disposer, à tous les niveaux, d\u2019institutions d\u2019enseignement publiques à condition qu\u2019elles soient bilingues.La mainmise des anglophones sur les écoles et sur les classes des autres minorités linguistiques doit cesser immédiatement.Les Néo-Québécois, les Esquimaux et les Indiens ont droit au niveau primaire à des classes publiques françaises avec enseignement de leur langue maternelle là où un nombre suffisant de parents le désirent.Tout organisme fédéral, confédéral, d\u2019union canadienne ou autre devrait être entièrement bilingue.Dans la fonction publique, dans leurs organismes, des secteurs français et anglais devraient être créés selon les régions desservies et on devra exiger une connaissance convenable des deux langues de la part des fonctionnaires et des employés aux échelons administratifs.» l\u2019anglais est prioritaire dans la plupart des institutions anglophones la mainmise existe encore sur un grand nombre d\u2019étudiants néo-québécois ce vœu a été l\u2019objet de promesses électorales encore la semaine dernière, un fonctionnaire me répondait dans la langue de Shakespeare.Vingt-deux ans après l\u2019adoption de cette résolution, malgré toutes les batailles qui ont été conduites depuis, le Québec fait face à l\u2019unilinguisme anglais du libre-échange, à l\u2019équivoque indéfini du Lac Meech, au patinage à reculons de monsieur Bou-rassa, à la politique du multiculturalisme de messieurs Trudeau et Mulroney, au bilinguisme de la Loi C-72 et de la Loi 132 et au visage anglais de la Cour suprême.C\u2019est le cas de le dire: nous tournons en rond comme un chien qui court après sa queue.Le problème subsiste toujours.II crée des tensions sociales permanentes.Avons-nous utilisé les bonnes stratégies dans la conduite de nos combats?Nos actions ne semblent pas avoir été très efficaces et nous continuons la lutte avec les mêmes armes, les mêmes limitations et les mêmes personnes.«Entre nous», nous nous parlons.400 000 Québécois ne parlent pas le français En 1986, selon Statistique Québec, 84,6 pour cent des Québécois sont de langue maternelle française, incluant 3,2 pour cent de personnes qui ont déclaré le français et une autre langue maternelle. 254 L\u2019ACTION NATIONALE Par contre, 12,1 pour cent des Québécois déclarent, entre autres, l\u2019anglais comme leur langue maternelle (dont 3,7 pour cent l\u2019anglais et une autre langue), mais 14,2 pour des Québécois ont déclaré l\u2019anglais leur langue d\u2019usage.6,0 pour cent ont affirmé une langue maternelle «autre».L\u2019attraction de l\u2019anglais est imposante.Alors que les Québécois d\u2019origine britannique représentent quelque 9 pour cent de la population, ils voient 14,2 des personnes adopter l\u2019anglais comme langue d\u2019usage.Les transferts linguistiques favorisent encore la minorité anglophone.Malheureusement, et sans protestation de notre part, la Statistique fédérale a modifié la formulation des questions relatives à la langue maternelle.Au lieu de la première langue parlée, un citoyen peut désormais faire une déclaration multiple et indiquer plusieurs langues maternelles.C\u2019est là une façon de voir du multiculturalisme.Heureusement, 3,7 pour cent seulement des Québécois ont déclaré plus d\u2019une langue maternelle.Il n\u2019en demeure pas moins que la comparaison historique devient plus difficile.Mais la statistique nous permet quand même d\u2019observer que plus de 400 000 Québécois ne parlent pas la langue de la majorité, alors que 35 pour cent de la population parlent à la fois l\u2019anglais et le français.Nonobstant la chasse aux sorcières Au Canada anglais, un peu partout, ça grenouille et scri-bouille.Certains magiciens tentent de nous envoûter.Quelques sorciers provoquent des orages qui nous tiennent réveillés.Pour leur part, les hommes politiques varient à tel point qu\u2019il est difficile de s\u2019y fier.D\u2019un événement à l\u2019autre, on a peine à les reconnaître.Monsieur Mulroney, qui a enfanté la société distincte, juge indécent et immoral le recours à la clause «nonobstant» qui vise à protéger le caractère fondamental de la différence québécoise.Monsieur Turner demande de convoquer les provinces et de les mettre au pas.Monsieur Broadbent considère que le Québec brime la liberté de sa minorité anglophone.Le concert fédéral présente un chœur cacophonique dont les personnages oublient l\u2019histoire de ce pays. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 255 Le festival des provinces n\u2019offre pas une meilleure audition.Monsieur David Peterson regrette que le Québec ait utilisé la clause dérogatoire, alors que la loi ontarienne sur les services en langue française comporte une telle disposition.Monsieur Frank McKenna, premier ministre du Nouveau-Brunswick, délibère, calcule, rumine et espère une entente constitutionnelle parallèle qui coulerait la société distincte dans le fond du Lac Meech.Monsieur Gary Filmon du Manitoba a d\u2019abord retiré la résolution d appui au Lac Meech en guise de représailles contre le «nonobstant» et il demande maintenant que la Cour suprême définisse la portée du caractère distinct de la société québécoise.Le bombardement anti-nonobstant que subit le Québec n\u2019a pas sa raison d être.La clause dérogatoire a été demandée par les provinces de l\u2019Ouest dans la nuit des longs couteaux.Elle a été arrachée au gouvernement Trudeau contre l\u2019acceptation de la charte des droits, afin de protéger les compétences des provinces.La clause est légale.Elle s\u2019inscrit dans l\u2019exercice des pouvoirs légitimement reconnus aux parlements des provinces par la loi constitutionnelle de 1982.Elle est même l\u2019une des hypothèses reconnues dans le jugement de la Cour suprême sur la langue d\u2019affichage.Personne n a protesté contre l\u2019usage de la clause «nonobstant», lorsqu\u2019elle a été appliquée pour garantir l\u2019aide aux étudiants ou aux agriculteurs ou pour protéger les droits historiques des catholiques et des protestants en matière d\u2019enseignement.Personne n\u2019a protesté, lorsque l\u2019Ontario et la Saskatchewan l\u2019ont utilisée.Mais la société distincte du Québec ne semble pas jouir des mêmes droits et des mêmes privilèges.Est-ce cela, notre différence?En dépit de l\u2019opinion de monsieur Mulroney qui juge cette clause «immorale», le Québec doit se prévaloir de la protection de la clause dérogatoire, chaque fois qu\u2019une législation du Québec est menacée par l\u2019épée de Damoclès de la Cour suprême qui interprète selon les règles définies par les autres, en l\u2019absence du Québec.En tout temps, l\u2019Assemblée nationale qui agit à l\u2019intérieur de ses pouvoirs constitutionnels doit protéger sa pleine compétence dans tous les domaines qui sont les siens, y compris celui de la langue, malgré l\u2019existence dans la Constitution canadienne d une Charte des droits et d\u2019une Cour suprême qui bafoue 256 L'ACTION NATIONALE littéralement la compétence des provinces, particulièrement celle du Québec.L\u2019affichage, un symbole?L\u2019affichage a valeur de symbole.Il ne possède pas de valeur matérielle appréciable, mais est le signe visible de la présence du français au Québec.Cela, les Québécois de langue anglaise devraient le comprendre.L\u2019affichage est devenu pour les Canadiens-Français ce qu\u2019est le drapeau pour un peuple normal.Le français dans l\u2019affichage ne doit pas être interprété comme la négation des privilèges dont jouissent les anglophones du Québec.Cette affirmation du français ne s\u2019oppose pas aux autres langues ni aux autres groupes ethniques.Depuis quand occuper sa place, c\u2019est prendre la place des autres?Depuis quand le droit de la conquête oblige-t-il un peuple à demeurer pour l\u2019éternité rampant, soumis et servile?Depuis quand un peuple doit-il demeurer ad vilain eternam minoritaire, colonisé, dépendant, assujetti et dominé?Dans le cheminement de notre peuple vers l\u2019exercice de son droit à l\u2019autodétermination, il importe que la langue française soit au Québec la langue de l\u2019État, du travail, des affaires et, il va de soi, de l\u2019affichage commercial.Sans cette affirmation, il n\u2019y a plus de peuple français.Et l\u2019affichage devrait être français au Québec «à l\u2019extérieur et à l\u2019intérieur»; il devrait être aussi français que le visage commercial de toutes les autres provinces est uniquement anglais.Si, fatalement, nous avons à vivre avec la Loi 178, il est important de déterminer les balises et les paramètres d\u2019une politique d\u2019affichage fondée sur la notion de la prédominance du français à «l\u2019intérieur».Le laisser-faire du ministre Rémillard constitue un précédent extrêmement dangereux.Ce cher professeur ministre manque de clairvoyance, lorsqu\u2019il affirme qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire d\u2019établir des règlements pour définir ce qu\u2019est la nette prédominance.Les tribunaux le feront, affirme-t-il, et ils créeront peu à peu une jurisprudence.Quelle naïveté! Quelle crédulité! Quelle tromperie! Comment peut-il accepter que la Cour Suprême se substitue une autre fois au pouvoir législatif du Québec? DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 257 Les règlements définissant la prédominance «à l\u2019intérieur» doivent être établis sans délai.Une décision contraire augmentera l\u2019insécurité culturelle dans laquelle se trouvent les francophones.S il vous plaît, monsieur Bourassa, décrétez ce qui doit l\u2019être.Les anglophones minoritaires?Les anglophones du Québec ne constituent pas une minorité ethnique, si on les compare aux Canadiens-Français.Les anglophones du Québec appartiennent à la majorité anglaise de ce pays.Cette majorité est écrasante.Sa force numérique progresse avec le temps.Sa domination est prépondérante dans les domaines politiques, judiciaires, financiers, industriels, scientifiques et technologiques.Au Québec même, les anglophones possèdent 306 écoles primaires, 66 écoles bilingues, 7 cegeps, 2 cegeps bilingues, 3 universités, hôpitaux, 3 stations de télévision, 11 postes de radio, 3 quotidiens, 18 hebdomadaires, des hôpitaux, des centres de recherche, sans compter les influences anglaises extérieures qui pénètrent dans la province: cinéma, télévision, publications, etc.Les Québécois de langue anglaise possèdent et contrôlent de riches compagnies financières, de grandes usines, d\u2019importants commerce.D\u2019origine britannique, ils représentent à peine 9 pour cent de la population québécoise, mais ils maîtrisent plus du tiers de 1 économie d ici.Leur langue est reconnue à l\u2019Assemblée nationale, dans les cours de justice, dans les hôpitaux et services de santé.Que faut-il leur donner de plus?Combien de fois faudra-t-il répéter: les Britanniques n\u2019ont pas été martyrisés au Québec.Pendant longtemps, ils ont même occupé notre place.L\u2019abbé Groulx disait souvent: «Prendre notre place, ce n\u2019est pas prendre la place des autres.» Les minorités anglophones Dans le contexte socio-politique du Québec, comment expliquer que les anglophones se sentent «maltraités», «humiliés», «bafoués»?Ah! je comprends facilement la réaction spontanée des «grosses maudites anglaises» du ministre Pierre MacDonald. 258 L\u2019ACTION NATIONALE Mais comment justifier la levée de boucliers qui agite toute la communauté anglaise du Québec?Le libraire montréalais Stephen Nowell bénéficiait déjà d\u2019une exception de la Loi 101 qui lui permet l\u2019affichage bilingue dans son entreprise.Pourquoi a-t-il invité ses compatriotes à la désobéissance civile non violente et pourquoi leur demander de porter le brassard noir, symbole international par lequel on attire l\u2019attention sur un conflit?Pourquoi la Châteauguay Valley English Speaking Association entre-t-elle en guerre?Monsieur Maurice King, son directeur général, entend combattre la Loi 178 jusqu\u2019à l\u2019ONU et il affirme que le refus de protéger les droits des anglophones n\u2019est pas plus acceptable au Canada qu\u2019en Afrique du Sud.Pauvre martyr! A-t-il déjà pensé à la difficile vie des francophones des autres provinces?White suggère des rencontres avec les francophones «pour trouver une façon de protéger la culture et la langue de la majorité sans brimer celles de la minorité».M.Howard Miller, président de l\u2019Association des enseignants anglophones de Gaspésie, adopte un ton ferme, mais serein: «Nous devons être positifs, dit-il, compréhensifs, non-violents, mais sans complaisance.» Un peu partout, dans le monde anglophone, on parle de pétitions, de référendum sur la langue, de la création d\u2019un nouveau parti politique, du boycottage des libéraux à Québec et des conservateurs à Ottawa.Nombre d\u2019anglophones ont déchiré leurs cartes du PLQ.D\u2019autres posent des affiches bilingues sur les maisons privées.Ceux qui parlent affirment qu\u2019ils auraient préféré le statu quo de la Loi 101.Pourtant, ils sortent vainqueurs de la présente joute linguistique.C\u2019est à n\u2019y rien comprendre.Pendant qu\u2019ils protestent, les francophones semblent dormir du sommeil du juste.Les deux solitudes réagissent différemment.Alliance-Québec Il y a longtemps que je n\u2019ai pas parlé d\u2019Alliance-Québec.Disons d\u2019abord que l\u2019incendie criminel de leurs locaux est regrettable et condamnable.La condamnation est sans équivoque.Mais les déclarations de Royal Orr n\u2019ont pas toujours été heureuses.Ses appels pathétiques ont souvent une fausse réson- DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 259 nance.Lorsqu\u2019il veut nous culpabiliser avec son «Vous ne pouvez garder le silence, parce que qui ne dit mot consent», il oublie ses propres silences devant les injustices commises à l\u2019égard des francophones.Lorsqu\u2019il accuse, il est juge partial.«Il est important, déclarait-il, de reconnaître que la rhétorique des dernières semaines, dans les médias, à l\u2019Assemblée nationale, au Centre Paul-Sauvé et ailleurs, a contribué à créer une atmosphère susceptible d\u2019amener quelqu\u2019un à poser ce genre de geste odieux.» Les paroles sont sérieuses.Notre rhétorique serait séditieuse.Elle serait probablement responsable de l\u2019incendie criminelle.Mais, au fond, que désire monsieur Orr?Devons-nous parler ou nous taire?À son dire, si nous parlons, nous provoquons; si nous gardons le silence, nous sommes complices.Au lieu de nous prêter des sentiments anglophobes, monsieur Orr et ses amis devraient plutôt essayer de comprendre «l\u2019insécurité» d\u2019une poignée de francophones noyés dans un océan anglophone.Deux onces de bon sens les inciteraient à cesser leurs luttes contre ce qui est français.Depuis 1977, Alliance Québec combat la Loi 101.Elle s\u2019apprête à lutter contre la conception de «société distincte» définie dans le projet du Lac Meech.L\u2019opposition d\u2019Alliance-Québec est constante et farouche.Cette liberté d\u2019expression est fondamentale.Mais ce qui est «irritant», c\u2019est que cette association, pour combattre le Québec français, le fait à même nos impôts.Elle reçoit plus d\u2019un million de dollars du gouvernement fédéral.Elle reçoit du gouvernement québécois des octrois qui lui permettent de payer des honoraires à des avocats qui attaquent la Loi 101.Elle a l\u2019avantage d\u2019émettre par sa fondation des reçus de charité.Bénéficiaire de tels privilèges, Alliance-Québec qui s\u2019étonne de notre silence observe le plus grand mutisme devant les inepties nombreuses de ses compatriotes à l\u2019égard des francophones.Elle n informe pas non plus les anglophones des autres provinces sur la situation des anglophones du Québec.Au contraire, elle propage l\u2019image d\u2019une minorité martyrisée, et non pas celle de la minorité la mieux traitée au Canada.Elle demeure aussi provo- 260 L\u2019ACTION NATIONALE cante en se comportant comme une majorité méprisante envers les francophones et leurs institutions.Les vertus du fédéralisme Aux premiers jeux de la francophonie, à Casablanca, au Maroc, en juillet prochain, le Québec sera une «composante» de la délégation canadienne.Il pourrait y avoir au total 360 athlètes, dont 120 pour le Québec.Québec, la société distincte, n\u2019a pu obtenir de délégation distincte, alors que les règlements des jeux l\u2019y autorisaient.Nos athlètes n\u2019évolueront pas sous les couleurs du fleurdelisé.Le Québec n\u2019aura pas sa propre délégation.Tel est le fait après des discussions qui durent, en catimini, depuis des mois.Est-ce là une application de la «société distincte»?La dignité du Québec en prend un coup.Traités cavalièrement lors des sélections pour les Jeux de Séoul, nous sommes encore minorisés aux jeux de la francophonie.Sur la scène internationale, nous perdons tout doucement la place acquise lentement depuis Jean Lesage et Daniel Johnson.La réforme du Sénat La réforme du Sénat est dans l\u2019air.Le sénateur Lowell Murray a entrepris la visite pastorale des capitales provinciales.Les rumeurs parlent d\u2019une égalité de représentation des provinces dans un Sénat dont les membres seraient élus.Dans Le Devoir du 16 janvier, Pierre-André Comeau craint le plat de lentilles et il s\u2019oppose aux promesses apaisantes que M.Bourassa pourrait consentir.Les opinions émises sont intéressantes.J\u2019en reproduis trois paragraphes: «Il faut être conscient du danger de cette nouvelle aventure.On a déjà insisté sur les conséquences d\u2019une égalité de représentation des provinces au sein du Sénat.L\u2019île-du-Prince-Édouard aurait strictement droit à la même représentation que le Québec ou l\u2019Ontario.La belle affaire! Mais, réplique-t-on immédiatement avec un trémolo accusateur, n\u2019est-ce pas la transplantation ici du modèle imaginé par les Pères de la fédération américaine?Oui, et c\u2019est exactement ce à quoi n\u2019ont pas consenti les leaders politiques au moment où ils imaginaient à Charlottetown et à Québec la DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 261 structure de la fédération canadienne.La prise en charge et le respect de la situation particulière du Québec ont conduit à un compromis différent.Il serait suicidaire de revenir sur cet accord fondamental.«Mais alors pourquoi s\u2019opposer à l\u2019élection des Sénateurs?Le respect des principes démocratiques ne devrait-il pas entraîner l\u2019élimination dans le régime canadien des vestiges d\u2019une conception aristocratique de la vie politique?Voilà de nobles et valables considérations qui masquent cependant une lecture déficiente du fonctionnement du fédéralisme canadien.«Des Sénateurs élus, fiers de leur légitimité, fractionneraient davantage le pouvoir que peut revendiquer et exercer le gouvernement du Québec \u2014 et tout autre gouvernement provincial, est-il besoin de le préciser?Cette affirmation découle de la logique même de l\u2019élection au suffrage universel.Et monsieur Comeau termine par un commentaire que j\u2019approuve aussi.Il faut «éviter toute autre démarche qui banaliserait le poids du Québec dans le régime fédéral».L\u2019agence spatiale fantôme On se souvient.La véritable agence spatiale devait être lancée au début de 1988, puis en mars, et M.de Cotret annonçait que la déclaration aurait lieu dans deux semaines, puis dans un mois, puis dans deux mois.Et les élections sont venues.Les promesses ont été multiples et formelles.Pendant ce temps, à Ottawa, des décisions se prenaient et les contrats étaient accordés.L\u2019agencé fantôme est à l\u2019œuvre.Le «programme de développement régional» est né.Une filiale de Spar en banlieue de Toronto a reçu une enveloppe de $1,2 milliard qui représente la participation canadienne au projet américain de station orbitale.La décision a été prise sans appel d offres.David Low, responsable du comité de transition pour la création de l\u2019agence spatiale, a été prêté à Spar en qualité de conseiller pour la réalisation de cette station-service de l\u2019espace.Tout récemment, au début de janvier, la Canadian Astronautics a remis une étude au ministre de Cotret pour présenter «les vues de 1 industrie spatiale canadienne».Le rapport a été préparé par Canadian Astronautics, Comm.Development et 262 L'ACTION NATIONALE Spar, tous de l\u2019Ontario, et par MacDonald, Dettwiler de Colombie Britannique, SED Systems de Saskatoon et Wardrop Engineering de Winnipeg.Aucune compagnie québécoise n\u2019a été consultée, ni Canadian Marconi, ni CAE, ni Pratt et Whitney, ni Bell Helicopter, ni Rolls Royce, ni SNC, ni Oerlikon Aerospace, ni Lavalin.Pourtant, ces entreprises sont membres de Canadian Astronautics.Elles ont été mises de côté dans un rapport sur l\u2019industrie spatiale canadienne.Ce rapport ne parle plus d\u2019une Agence spatiale.Il se contente de recommander une «Organisation centrale de coordination».Il insiste sur une étroite coordination entre les programmes civils et militaires.Or les militaires du ministère de la Défense sont hostiles au Québec.L\u2019évolution rapide de ce dossier semble indiquer que le Québec recevra bientôt une coquille vide.La robotique spatiale a été réservée à Toronto.Les fusées sont attribuées au Manitoba.Les bases de télécommunications sont consenties à la Colombie-Britannique et à la Saskatchewan.Il reste au Québec les satellites, activités en déclin, et les simulateurs pour l\u2019entraînement des astronautes.Voilà que les communications par satellite seront partagées avec une entreprise à 50,1 pour cent américaine, la Microtel Pacific Research de Colombie-Britannique.Microtel est une société filiale de BC Telephone et de General Telephone & Electronics Corp.des États-Unis.Vive le libre-échange, diront les gens de Vancouver.En outre, Microtel a été invitée à déposer une soumission pour un émetteur dans l\u2019espace et deux stations de réception au sol pour des communications codées jadis réservées au Québec.Pourtant, l\u2019industrie spatiale québécoise représente encore 59,7 pour cent des emplois et 79 pour cent de la recherche et développement de ce secteur canadien.Que dirait monsieur Peterson, si le Québec concurrençait l\u2019industrie ontarienne du transport?Mais monsieur Bourassa n\u2019est pas monsieur Peterson.En marge du libre-échange Les différends et les problèmes qui surgissent dans l\u2019accord du libre-échange seront-ils solutionnés d\u2019une façon plus efficace qu\u2019antérieurement?Il paraît au contraire que chaque pays défendra son marché et que le plus fort emportera la poche. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 263 Dans les premiers jours de l\u2019entente, le Canada a refusé de lever les tarifs imposés à certains types de contreplaqués venant des Etats-Unis.Il invoquait les mesures de représailles prises par Washington à la suite de la décision de la Société centrale d\u2019hypothèque et de logement d\u2019interdire l\u2019utilisation du contreplaqué fabriqué suivant la norme américaine.Voilà les premiers coups de canon.Chaque pays conserve sa position.Un groupe spécial d\u2019experts conjoints analysera le litige et le plus fort l\u2019emportera.L\u2019agneau sera toujours plus faible que le loup. SECTION LIONEL-GROULX Avons-nous comme peuple la volonté de survivre et de porter dans un autre millénaire l\u2019héritage que nous ont légué ces fils de paysans et ces femmes venus de France et d\u2019ailleurs?Paul-André Comeau La nation canadienne-française En cette section, dix-neuf articles sur la question nationale seront présentés.Les auteurs dissiperont certains équivoques qui sont en train de nous embaumer.Ils appartiennent à ce groupe limité d\u2019intellectuels qui peuvent \u2014\tclarifier les notions relatives à l\u2019identité nationale \u2014\tanalyser les forces et les faiblesses de la nation \u2014\tprévoir l\u2019évolution probable \u2014\tet proposer des orientations cohérentes.Textes publiés \u2014\tQue devient la question nationale?, François-Albert Angers, novembre 1988, p.811-830 \u2014\tAvons-nous comme peuple la volonté de survivre?, Paul-André Comeau, novembre 1988, p.831-841 LA NATION CANADIENNE-FRANÇAISE 265 \u2014\tUne population vieillissante et menacée d\u2019anémie, Jacques Henripin, novembre 1988, p.844-855 \u2014\tDe la culture militante à la culture inquiète, Fernand Harvey, décembre 1988, p.891-906 La situation linguistique au Québec en 1988.Peut-on espérer sortir de ces ambiguïtés?, Michel Plourde, décembre 1988, p.907-928 \u2014\tL\u2019éducation au Québec, Paul Tremblay, janvier 1989,p.48-68 \u2014\tL\u2019éducation nationale dans les écoles, Lorraine Pagé, janvier 1989, p.69-75 \u2014\tDes groupes ethniques aux communautés culturelles, Pierre Anctil, février 1989.Textes à paraître \u2014\tL\u2019enseignement de l\u2019histoire, Micheline Dumont, mars 1989.\u2014\tLa qualité de la vie, André Beauchamp, mars 1989.\u2014\tL\u2019économiecanadienne-française, avril 1989.\u2014\tLa pauvreté au Québec, avril 1989.\u2014\tL\u2019organisation du travail, Gérald Larose, avril 1989.\u2014\tL\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes, Madeleine Blanchet, avril 1989.\u2014\tLa vie des minorités françaises, Aurèle Thériault, mai 1989.\u2014\tLe Québec dans la francophonie, Jean-Marc Léger, mai 1989.\u2014\tLe poids des Canadiens-Français et du Québec dans la Confédération, Claude Morin, juin 1989.\u2014\tLa conjoncture politique, Pierre Harvey, juin 1989.\u2014\tLa question nationale, Léon Dion, juin 1989. Qualité de la vie: entre le porte-monnaie et la raison d\u2019être par ANDRÉ BEAUCHAMP ^^uand la revue L\u2019Action Nationale m\u2019a proposé un article sur la qualité de vie, j\u2019ai accepté d\u2019emblée, parce que le thème m\u2019était familier, que j\u2019avais déjà écrit sur le sujet au début des années 80 et qu\u2019en conférence la tâche serait plus simple.1- Un thème en perte de vitesse?Or, il faut vite déchanter.Le thème de la qualité de la vie est en nette régression et ne fait plus partie des préoccupations majeures de notre milieu.J\u2019ai consulté six dictionnaires de sociologie, de sciences sociales, de sciences politiques et je n\u2019ai pas trouvé un mot, ni non plus dans les instruments de sciences économiques que j\u2019ai pu consulter.Ce n\u2019est pas en soi une grande indication, puisque n\u2019étant ni sociologue, ni économiste, ni politicologue, il n\u2019est pas sûr que je cherche à la bonne place ni de la bonne façon.Mais il me semble évident qu\u2019une problématique centrée sur la qualité de la vie n\u2019arrive pas à s\u2019inscrire dans les champs disciplinaires traditionnels, parce qu\u2019elle ne parvient pas, ou n\u2019est pas encore parvenue, à répondre aux exigences de rationnalité des sciences, à savoir être systématique, rigoureuse, objective et se référant à des phénomènes observables.La condition d\u2019une science est que l\u2019on puisse reproduire les mêmes résultats à partir des mêmes données. QUALITÉ DE LA VIE 267 Je ne conclurai pas pour l\u2019instant à l\u2019impossibilité d\u2019écrire un article sur le sujet.Disons d\u2019abord que l\u2019intérêt apparemment si vif d il y a quelques années est retombé, ou du moins n\u2019a pas été maintenu avec suffisamment d\u2019intensité pour amener un développement significatif.Signalons aussi qu\u2019une approche autour du thème de la qualité est plus que d\u2019autres en référence à un système de valeurs.En général, de cela nous ne discutons pas, pas plus que du goût, de l\u2019esthétique, ni du sens de la vie.Pourtant, 1 on sait bien que les sciences sociales ne peuvent exister sans références aux valeurs des gens.Le succès des Dames de cœur ou de Lance et compte, succès paradoxal, puisque le premier est centré sur une problématique principalement féministe, alors que le deuxième véhicule une représentation de la vie carrément macho, ce double succès ne peut se comprendre que par la vulgarisation et l\u2019acceptation de normes de conduites inacceptables il y a vingt ans.Se souvient-on qu au début des années 70 une continuité avait été retirée de 1 horaire à Radio-Canada parce que deux homosexuels s\u2019étaient un peu révélés devant la caméra par un geste physique pourtant anodin?Une problématique de la qualité de la vie supposerait une investigation approfondie de ce qui vaut la peine d\u2019être pris en considération par rapport à ce qui ne le vaut pas et obligerait ensuite à l\u2019élaboration de méthodes de calculs en référence à ces nouveaux paramètres.Donnons deux exemples.Il est indubitable que l\u2019un des paramètres importants de nos sociétés tant au plan économique qu\u2019au plan de la qualité de la vie, c\u2019est la santé.Les paramètres connus sont, entre autres, ceux de la longévité et des soins disponibles.Plus l\u2019espérance de vie se prolonge, meilleure est la société.L\u2019espérance de vie à la naissance est meilleure maintenant qu\u2019il y a vingt ans, d\u2019une part parce que la mortalité infantile a baissé considérablement \u2014 meilleure hygiène, meilleure alimentation, remèdes plus adéquats, découvertes médicales importantes \u2014 et d\u2019autre part, parce que les services de santé sont plus développés.On risque donc de penser que la quantification médicale est un révélateur absolu de la qualité de notre vie.Et pourtant, il y a heu de s\u2019interroger sur la qualité réelle de ces deux ou trois ans de plus ajoutés à notre vie.Quelles sont les conditions réelles de 268 L\u2019ACTION NATIONALE santé des personnes âgées par rapport à la motricité, à l\u2019autonomie, les conditions psycho-affectives, les conditions mentales?D\u2019où la question fort pertinente soulevée en 1983 par le Conseil des affaires sociales et de la famille: durée ou qualité de la vie.L\u2019autre exemple est la question jamais terminée de ce qui est inclus ou non dans la comptabilité nationale dans l\u2019évaluation du produit national brut.Sont inclus, par exemple, les recettes des industries du tabac et de l\u2019alcool et les frais collectifs de santé pour pallier les maladies engendrées par le tabagisme et l\u2019alcoolisme.À ce compte, l\u2019industrie de guerre est un chef-d\u2019œuvre de rentabilité, puisqu\u2019en plus d\u2019engager du monde elle créera de nouveaux emplois quand tout aura été détruit et qu\u2019il faudra tout reconstruire.En espérant, toutefois, qu\u2019il restera quelqu\u2019un.On pourrait illustrer d\u2019autres paradoxes.Si deux époux qui travaillent à l\u2019extérieur engagent une gardienne, cela crée un emploi et se comptabilise, alors que le travail de la personne au foyer ne fait pas partie de la production nationale.Le bénévolat échappe de la même manière à l\u2019évaluation.À l\u2019opposé, les coûts de dépollution engendrés par une exploitation inadéquate des ressources créeraient de la richesse collective.Ces quelques incongruités montrent qu\u2019aucun calcul économique n\u2019est adéquat et que l\u2019insertion de nouvelles données n\u2019est pas un facteur strictement objectif qui échappe à des jugements de valeurs, tout au contraire.2- Quelques mises en question en faveur de la qualité de la vie Dans le langage courant, qualité s\u2019oppose à quantité.Dans les petits pots les bons onguents.Dans l\u2019essor de l\u2019après-guerre, la recherche de la quantité a été le souci dominant, d\u2019une part parce que la pénurie était criante et d\u2019autre part, parce que s\u2019amorçait le passage à la société de consommation.La problématique cessait d\u2019être celle de l\u2019accumulation, de la richesse, pour devenir celle de la consommation.Le présupposé idéologique semblait être le suivant: l\u2019abondance généralisée créera le bonheur, l\u2019abondance généralisée créera le partage et l\u2019égalité.Quatre facteurs me semblent avoir obligé à une certaine mise en question de cette idéologie pour une problématique plus ouverte menant potentiellement à une recherche de la qualité de la vie. QUALITÉ DE LA VIE 269 La crise de l\u2019environnement La première a été la crise de l\u2019environnement dont le déclencheur a été la crise, vraie ou provoquée, du pétrole.Le développement industriel moderne repose sur l\u2019utilisation intensive de 1 énergie, en particulier de l\u2019énergie issue de ressources dites non renouvelables, parce que leur cycle de renouvellement dépasse notre échelle de durée humaine prévisible.Parmi ces ressources, le pétrole, dont on a saisi que l\u2019utilisation était effrénée et les réserves limitées.Quand les Arabes ont compris cela et qu il ont fermé le robinet, ils ont déclenché une crise gigantesque, crise que nous cherchons à oublier parce que la bisebille étant prise chez les producteurs, nous en venons à penser que le problème est solutionné.La crise du pétrole a révélé la crise de l\u2019environnement avec ses trois composantes: l\u2019épuisement des ressources, la montée de la pollution et les risques de catastrophes majeures en particulier nucléaires et industrielles.De la conférence de Stockholm de 1972 à la Commission mondiale de l\u2019environnement de 1987, en passant par le Club de Rome, l\u2019alerte est donnée.Le développement linéaire envisagé et l\u2019accent mis sur la consommation massive et le gaspillage sont des voies sans issue.Fondamentalement, la problématique de la qualité de la vie est, dès l\u2019origine, une problématique de l\u2019environnement qui oblige à instaurer d\u2019autres rapports à la consommation, une consommation non consommante, si on peut user du paradoxe, c\u2019est-à-dire un type de développement qui à une certaine étape oblige à des transferts et passe donc de la quantité des usages extérieurs à la qualité des relations.C\u2019est ainsi que le ministère français de la protection de la Nature et de l\u2019Environnement s\u2019est appelé ministère de la Qualité de la vie.À ma connaissance, il n\u2019y a rien eu de tel dans les pays anglophones et cela peut expliquer que le concept n\u2019a pas été développé systématiquement.Mais loin de s\u2019atténuer, la crise de 1 environnement s\u2019accentue et oblige sans cesse à une percée dans le sens de la qualité de la vie. 270 L\u2019ACTION NATIONALE Les inégalités sociales La deuxième impasse est celle de l\u2019échec de l\u2019établissement de la justice au plan mondial tout comme au plan intérieur.La planification politique est un concept utopique et donne lieu à des effets pervers dits effets de systèmes assez troublants.C\u2019est ainsi que lorsque l\u2019on fait le décompte de la révolution tranquille au Québec et des efforts de socialisation pourtant importantes mis de l\u2019avant, on s\u2019aperçoit que le développement social a durci les inégalités au Québec et nous a laissé, comme le dit un titre de Relations (nov.1988), un pays cassé en deux.Les zones de pauvreté ne sont pas disparues; elle se sont concentrées dans des enclaves géographiques où la pauvreté engendre la pauvreté.Finalement, l\u2019abondance d\u2019argent, de talents divers, de jeunesse, d\u2019instruction, de styles de vie et de réseaux institutionnels a profité à certains groupes sociaux et a marginalisé les autres.Au plan du tiers monde, il n\u2019y a pas eu transfert de la richesse, mais déconstruction des économies vivrières, appauvrissement d\u2019une majorité de pays et exportation de modèles de développement sauvage qui viennent accroître les problèmes environnementaux au plan de l\u2019ensemble de la planète.Ici encore, c\u2019est la finalité du développement qui est mise en question, finalité qui se révèle ultimement une question de culture et de valeurs.La qualité du produit La troisième mise en question, et c\u2019est très étonnant, nous vient du monde du travail et plus encore du Japon.Pendant longtemps, dans l\u2019après-guerre, les produits japonais étaient signes de mauvaise qualité.Les Japonais ont changé de stratégies et ont fait de la qualité l\u2019argument de la concurrence.Naturellement, on ne parle pas ici de qualité de la vie, mais de qualité du produit.La transition n\u2019en a pas moins obligé à calculer comme des coûts de production indirects mais réels les dépenses engendrées par les défauts de fabrication: plaintes, entrepôts, délais, pertes d\u2019images, réparations, etc.La qualité du produit est devenue une préoccupation de base.À cette fin, il a donc fallu améliorer les processus de production, d\u2019où l\u2019apparition dans l\u2019organisation du travail de cer- QUALITÉ DE LA VIE 271 des de qualité.Les cercles de qualité sont à la fois un mode de gestion de l\u2019entreprise et une stratégie de relations humaines (cf.Anne Guidez: Encyclopaedia universalis, volume 1988, p.204-207).Naturellement, on est ici en présence d\u2019un usage de la qualité dans un esprit de quantité, mais nul ne doute que l\u2019émergence de nouveaux rapports de collaboration dans la gestion volontaire de l\u2019entreprise, rapports qui définissent la poursuite des fins de l\u2019entreprise comme un objectif commun indépendamment des contradictions reliées au monde des relations de travail, que ce passage à un vocabulaire et à des praxis nouvelles aura son influence sur la culture elle-même.Les attitudes de la population La quatrième mise en question vient des attitudes de la population elle-même.C\u2019est la quantité considérable de décro-cheurs qui surgissent parce qu\u2019ils en ont ras le bol, parce qu\u2019ils ne veulent plus consommer leur vie dans la consommation.Bien sûr, il est facile de démontrer la contradiction entre cette révolte formelle, le refus du travail et du système, d\u2019un côté, et les requêtes pour des ressources, des allocations, des prêts, des bourses, des mesures de sécurité sociales de tout genre pour profiter du système.Le refus de produire ne se double pas d\u2019un refus équivalent de consommer; il n\u2019en révèle pas moins un malaise.Par exemple, il est révélateur qu\u2019actuellement, l\u2019ère est aux politiques néolibérales.Thatcher en Angleterre, avec un record de longévité au pouvoir; Reagan pour deux mandats, puis Busch, aux USA-Mulroney, pour deux mandats au Canada; tout cela annonce un recul de politiques centrées sur une problématique sociale au profit de politiques centrées sur la promotion individuelle, le délestage de 1 État, le retour aux «lois» de la libre concurrence.Or, pour s\u2019en tenir au Québec, nombre d\u2019enquêtes montrent que les attentes des citoyens et des citoyennes à l\u2019égard de 1 environnement viennent au premier plan, avant par exemple la lutte au chômage, ou la réduction des impôts.Paradoxalement, nous sommes en présence d\u2019une génération de jeunes loups désireux de faire de l'argent, de devenir entrepreneurs, de réussir en affaires, souvieux de se réaliser par eux-mêmes parce qu\u2019ils savent qu\u2019il n\u2019y a pas de place ni d\u2019avenir pour eux dans le cadre 272 L\u2019ACTION NATIONALE des fonctions publiques établies, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, en présence d\u2019une autre partie de la même jeunesse sur la pente du décrochage, de la fuite, de la déprime, quand ce n est pas brutalement du suicide.Au fond, face au même malaise, nous semblons en présence de deux solutions contradictoires: la fuite en avant pour les uns, le refus global pour les autres.J\u2019aime mieux pour ma part penser à une fuite vers Tailleurs, fuite d\u2019autant plus compréhensible que l\u2019échec du projet politique d\u2019indépendance a laissé à une population bouleversée par une énorme crise culturelle un vide de références et une absence de vouloir vivre collectif assez dramatique.De ce point de vue, la recherche de la qualité de la vie peut s\u2019avérer une chance de sagesse unique.3- Les axes d\u2019une qualité de la vie Fondamentalement, la recherche de la qualité de la vie veut dire un passage de la seule quantité en faveur de la qualité.Le souci de la quantité s\u2019exprime d\u2019abord par: plus d\u2019argent, plus d\u2019objets, plus de consommation, plus de clinquant, etc.Le souci de la qualité semble indiquer qu\u2019un bon nombre de figures du bonheur ne peuvent pas être atteintes par la quantité seulement, mais par un passage à un autre type d\u2019appréciation.Une fois satisfaits un certain nombre de besoins primaires de nourriture, de logement, de vêtement, de santé, etc., l\u2019accomplissement ou le développement ne peuvent plus être atteints par la poursuite linéaire des mêmes objets, parce que le processus entraîne des contradictions structurelles.Il y a alors perversion du système.Au plan de la vie personnelle Au plan de la vie personnelle, cela est facile à comprendre, car il y a toujours une maladie, un burn-out, un divorce, un désabusement pour nous ramener à la raison.C\u2019est l\u2019enfant qui ne peut plus s\u2019amuser parce qu\u2019il a trop de jouets.Marcel comprend qu\u2019il est absurde d\u2019avoir trois emplois pour se payer un standing dont il ne peut jouir parce que le temps lui manque.Martine décide de prendre un congé de deux ans pour s\u2019occuper de ses jeunes enfants.Luc découvre l\u2019impasse de l\u2019auto rutilante sur la finance qui oblige à des vêtements et à des dépenses du même type.Comme dit la chanson: ça ne vaut pas la peine de QUALITÉ DE LA VIE 273 quitter ceux qu\u2019on aime pour aller faire tourner des ballons sur son nez.Tôt ou tard, chacun finit par le savoir.Souvent bien tard, parfois trop tard.Freud associe l\u2019attachement déraisonné pour l\u2019argent \u2014 entendu au sens des objets que l\u2019on possède \u2014 comme une fixation à la phase anale.Le comprendre pour soi est une chose qui n\u2019est déjà pas si facile.Lors du scandale du doping aux derniers Jeux olympiques, combien de gens partageaient les valeurs des athlètes! Risquer sa santé et son équilibre pour le reste de sa vie afin de gagner une médaille.Comprendre socialement l\u2019absurdité de l\u2019avoir seulement est autre chose, surtout si on veut y parvenir sans en arriver à une société autoritaire, intransigeante, de type religieux ou idéologique.Il est rare que chaque individu dans sa vie privée demande la lune.Chaque personne semble plutôt souhaiter un plus de 10 ou 15 ou 20% qui lui permettrait de rapprocher son style de vie de celui du niveau supérieur.Et comme la société demeure très inégalitaire, c est être masochiste que de se contenter de ce qu\u2019on a Qui ne se rappelle les luttes syndicales des années 70 pour permettre à chaque groupe ses rattrapages?Mais l\u2019on sait pourtant qu\u2019une hausse de 20% par année mène à l\u2019absurde, à l\u2019inflation galopante.Quand, par impossible, tout le monde améliore son sort de 10% grâce à l\u2019enrichissement collectif, chaque groupe rêve d\u2019améliorer son propre sort.Qui ne rêve dans le secret de gagner la loto?Tout le monde est 10% trop pauvre et estime qu\u2019un peu plus d\u2019avoir donnerait à âme un peu de répit.Le fameux minimum pour pratiquer la vertu.Comment faire pour amener une «civilisation où la qualité des styles de vie et la qualité des besoins satisfaits aurait plus d\u2019importance que le nombre des hommes et la quantité des biens consommes» (J.Fourastié: Essais de moraleprospective, p.254)?Compte tenu des limites du présent article, je ramènerai les axes de la qualité de la vie à quelques propositions.Les questions écologiques Le champ privilégié de la qualité de la vie passe par les questions écologiques.C\u2019est là que le passage se fait de la quantité à la qualité.C\u2019est d\u2019ailleurs la raison pour laquelle la qualité de vie 274 L\u2019ACTION NATIONALE est en passe de devenir principalement un thème publicitaire où l\u2019on essaie de nous vendre une maison à cause de son silence et de la verdure de son environnement, un home pour notre retraite en illustrant la sécurité et la diversité que ce dernier offre à ses occupants.L\u2019environnement devient alors un argument de vente et de consommation.Il y a perversion du thème.La crise de l\u2019environnement étant en vérité l\u2019illustration du non-sens du développement quantitatif linéaire, la qualité de la vie attibuera une valeur à ce qui ne détruit pas l\u2019environnement, ne détériore pas l\u2019eau, l\u2019air, le sol, ne consomme pas au profit de l\u2019âge présent le patrimoine à venir.Le rapport Bruntland parle de développement soutenable (d\u2019autres disent durable) qui suppose qu\u2019il n\u2019y a de développement que s\u2019il y a durée.C\u2019est une véritable éthique de l\u2019environnement qui est en train de surgir, éthique centrée sur la responsabilité sociale du pollueur, sur la prévention à long terme, sur les transferts symboliques des satisfactions, sur la solidarité internationale, sur la conservation, sur la récupération et le recyclage, sur la protection des espèces menacée, sur la modification de la perception du temps.Sur ce point, je dois renvoyer le lecteur à Repères pour demain ( A.Beauchamp et J.Harvey, Bellarmin, 1987).La gestion des ressources naturelles Socialement et prioritairement, il faut amorcer un débat sur notre façon collective de gérer nos ressources naturelles.Cinq grandes politiques sont à réviser profondément à la lumière de la crise de l\u2019environnement et dans une perspective de développement durable.Ce sont la politique énergétique et le dossier d\u2019Hydro-Québec, la gestion de la forêt, la politique agricole, le transport et l\u2019aménagement urbain.Les quatre premiers sont tous liés à la gestion des ressources naturelles, alors que le cinquième est essentiellement lié à l\u2019écologie humaine.Il est en particulier indispensable de procéder à l\u2019examen public de ces dossiers non pas uniquement par le seul jeu parlementaire qui reste trop formel et sous-performant, mais par des processus beaucoup plus approfondis d information et de participation du public.Il convient également d\u2019abandonner l\u2019évaluation financière au profit d\u2019une véritable évaluation économi- QUALITÉ DE LA VIE 275 que.L opportunité sociale d\u2019un projet ne s\u2019évalue pas uniquement sur la base de la rentabilité pour l\u2019investisseur ou par les emplois créés, mais par 1 ensemble des retombées positives et négatives d\u2019un projet.Ceci veut dire que les effets nocifs sur l\u2019environnement doivent être prédits avant le projet, puis mesurés quand le projet est en œuvre et intégrés aux coûts de production.Le prix de la viande de porc, c\u2019est le prix qu\u2019on paie chez le boucher, plus la perte de jouissance de dizaines de rivières et de lacs.Le prix de l\u2019industrie de Montréal, c\u2019est la dégradation du Saint-Laurent et s\u2019il faut maintenant dépenser trois ou cinq milliards pour restaurer ce dernier, cette dépense est à soustraire des profits de l\u2019industrie.Malheureusement, on le sait bien, les plus grands profiteurs se sont sauvés sans laisser d\u2019adresse.S\u2019il fallait faire cela, dira-t-on, beaucoup de projets seraient stoppés.Mais si on ne le fait pas, on s\u2019en va aussi à la ruine.La politique culturelle Il faut faire de la politique culturelle un dossier prioritaire.J\u2019entends par culture plus et autre chose que les industries culturelles ou les moyens de diffusion.J\u2019entends à la fois la langue, 1 éducation et la recherche tant dans les sciences, les arts que dans la sagesse.La raison de cette priorité à la culture est bien simple.L\u2019adaptation de l\u2019être humain à son milieu, c\u2019est la culture.(Cf.J.Ruffié: De la biologie à la culture.) L\u2019animal, pour survivre, adapte sa biologie, il spécialise certaines fonctions, s\u2019adapte à une nourriture, vit dans une niche écologique bien déterminée.Si les conditions du milieu changent, la sélection naturelle favorise les sujets les plus adaptés à la situation nouvelle.Mais si la situation change radicalement, l\u2019espèce risque de disparaître.L\u2019être humain possède un corps fort peu spécialisé dans ses fonctions.Il est particulièrement faible et menacé.La spécialisation biologique de l\u2019être humain est de n\u2019en pas avoir, entendons: c\u2019est d\u2019avoir développé le cerveau.L adaptabilité extraordinaire de l\u2019être humain vient justement de la culture qui est chez lui le relai de l\u2019adaptation biologique de l\u2019animal.C\u2019est ainsi que nous vivons à la ville ou à la campagne, au pôle nord ou à l\u2019équateur, cueillant, chassant ou travaillant en usine.L être humain ne développe pas de pelage, il s\u2019habille. 276 L\u2019ACTION NATIONALE Il peut manger de la viande, du poisson, du fromage, des fruits et des légumes.L\u2019évolution quitte sa biologie et entre dans son cerveau.C\u2019est le phénomène de la culture.D\u2019abord, la parole pour dire et «mentaliser» la réalité; ensuite, la technique pour spécialiser le corps et pallier ses carences, puis la connaissance technique et scientifique, l\u2019institutionnalisation du savoir.L être humain peut-il s\u2019adapter à tout?La réponse est certainement non, puisque la biologie exerce des contraintes incontournables au titre des conditions d\u2019existence.Il n\u2019en demeure pas moins que c\u2019est la pensée qui est l\u2019axe premier de la survie et de l\u2019adaptation.Devant les contraintes et les contradictions de l\u2019esprit de quantité, seule une mutation de la culture peut permettre de passer à l\u2019esprit de qualité.Nous nous sommes adaptés, et plutôt facilement, à la société d\u2019abondance.Peut-être la pente allait-elle en ce sens.Il faut maintenant une mutation de la pensée dans l\u2019autre sens.C\u2019est un problème de chaque être humain et de tous les humains ensemble, un problème structurel et politique.Ceci veut dire priorité à la langue d\u2019abord, comme premier véhicule de la pensée et de l\u2019identité; puis priorité au développement scientifique et technique et au développement d\u2019une conscience morale adaptée aux problèmes et défis de notre temps.La qualité de la vie, c\u2019est d\u2019abord un défi de l\u2019intelligence.Conclusion Le Québec offre certains aspects charmants de qualité de vie.Je pense au sentiment de sécurité que nous ressentons dans nos villes, y compris à Montréal, et je ne suis pas sûr qu\u2019il faille tant vouloir devenir New York ou Los Angeles.Nous avons un certain art de vivre qui ne s\u2019exprime pas qu\u2019en nombre de réfrigérateurs ou d\u2019automobiles.Nous avons une certaine manière de jouer dans la neige qui vaut bien les fantasmes publicitaires des vacances au sud.Nous avons certaines options de sécurité sociale qui valent bien quelques points d\u2019impôt de plus.Nous aimons rire et chanter et, qui sait, ne pas trop tout prendre au sérieux.Nous sommes aussi une société minoritaire et menacée en particulier à cause du choc énorme qu\u2019a engendré la révolution dite culturelle de notre milieu.Étrangement, c\u2019est la rupture de notre culture profonde qui risque de nous faire disparaître comme QUALITÉ DE LA VIE 277 peuple, plus que les menaces du dehors.La société de consommation est d\u2019abord une manière de penser.Quand les gens prennent subitement conscience de l\u2019importance de la famille et de 1 enfant, quand ils se mettent à désirer des relations personnelles plus vraies, des conflits syndicaux et politiques moins durs, quand ils défendent leur langue, quand ils découvrent l\u2019environnement, quand il veulent des médecines plus douces et des milieux d éducation, de santé, de transition plus humanisés, quand ils souhaitent un travail plus épanouissant, ils amorcent des virages salutaires.La qualité de la vie n\u2019est pas un en-soi que l\u2019on pourrait avoir atteint un jour.C\u2019est un paradigme.C\u2019est la contestation de tous nos enfermements et de nos impasses personnelles et collectives.Elle est certes part de nous-mêmes qui refuse d\u2019abdiquer et qui cherche une sagesse durable.Peut-être est-ce un nouveau mot pour dire la liberté. SECTION LA PROSPÉRITÉ Hommage à la mémoire de GASTON BEA UDR Y La population du Québec: redressement possible Cette section de L\u2019Action Nationale vous présente des études sur le problème démographique du Québec.Des démographes, des économistes et des hommes «ordinaires» analysent les faits et proposent des solutions à un problème national qui peut devenir tragique.Nombre d\u2019articles traitent du développement dont l\u2019état de santé est étroitement lié à la croissance démographique.Si notre génération est incapable de redresser les tendances prévisibles, nos petits-enfants n\u2019auront pas le choix: ils devront s\u2019assimiler.Textes publiés La population \u2014\tDossier sur la situation présente et l\u2019avenir prévisible de la population du Québec, Équipe Jacques Henripin, mai 1988, p.218-382 \u2014\tUne population vieillissante et menacée d\u2019anémie, Jacques Henripin, novembre 1988, p.844-855 LA POPULATION DU QUÉBEC: REDRESSEMENT POSSIBLE 279 \u2014\tVieillissement et dépenses de l\u2019État: deux nouvelles études, Hervé Gauthier, février 1989, p.176-185 - Une société sans enfants est une société sans histoire, Rosaire Morin, juin 1988, p.395-432 La famille Le problème de ta dénatalité pose celui de la pauvreté de notre morale collective, Jacques Grand\u2019Maison, février 1989 p.172-175 \u2014\tLes allocations pour enfants et la politique des naissances au Québec, principes directeurs et proposition concrète de réforme, Pierre Fortin, décembre 1988, p.931-951 Les migrations L intégration des immigrants: accueil, comportement, tendances, Julien Harvey, s.j., février 1989, p.158-163 Le développement \u2014\tLe développement régional, une responsabilité locale, Jean-Claude Guérard, janv.1989, p.78-94 Calendrier préliminaire de travail La population Le poids politique des Québécois, des francophones du Québec et du Canada, Jacques-Yvan Morin, oct.1989.Les effets d une réduction de la population sur l\u2019économie sept.1989.La famille ~ ^*xions sur la fam,lle québécoise, Simon Langlois, mars \u2014\tLa conciliation du travail et de la famille, Marcel Laflamme avril 1989.\u2014\tUne aide substantielle pour les familles nombreuses, Delmas Lévesque, mars 1989. 280 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014\tLa politique familiale du gouvernement du Québec: planification, coordination, décentralisation, Alain Laramée, avril 1989.\u2014\tLes politiques familiales du gouvernement du Canada, Jean-Paul L\u2019Allier, juin 1989.Les migrations \u2014\tL\u2019avenir des groupes ethniques au Québec, Pierre Anctil, mai 1989.\u2014\tLes migrations interprovinciales, évolution, causes, perspectives, Marc Termote, juin 1989.\u2014\tLes immigrants investisseurs vers les régions, Jacques Proulx, avril 1989.Le développement \u2014\tLe plein emploi, coût du chômage et de l\u2019aide social, assurance-travail, Robert Laplante, mars 1989.\u2014\tL\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes en difficulté, Jean-Pierre Lamoureux, mars 1989. Famille et économie: choix cruciaux par MARCEL LAFLAMME Introduction 1.\tAu Québec comme dans presque tous les pays industrialisés, le problème familial prend aujourd\u2019hui des allures catastrophiques.Nombreux sont les signes qui, dans le contexte actuel, indiquent que la famille est une espèce en voie de disparition: \u2014\tmontée du célibat: taux de 46%, alors qu\u2019il était de 10% en 1960; \u2014\tdéclin de natalité: taux de 1,38, alors qu\u2019il était de 3,9% en 1956; accroissement des divorces: 21,972 divorces par rapport à 37,026 mariages en 1987; \u2014\tviolence faite aux femmes: 1 femme sur 8 est battue par son conjoint en 1985; \u2014\tavortements, stérilisation, vasectomie,.: environ 50,000 cas par année.En Amérique, environ 60% de tous les enfants nés en 1987 vont passer une partie de leur enfance en famille monoparentale.2.\tPuisque la majorité des hommes et des femmes passent la moitié de leur vie active en milieu de travail, la société se doit de réfléchir à une meilleure articulation de ce milieu par rapport au cycle familial.L\u2019objectif de cette réflexion vise à analyser certains éléments stratégiques qui portent notamment sur l\u2019environ- 282 L\u2019ACTION NATIONALE nement économique.En premier lieu, il sera question de mesures d\u2019assouplissement des conditions de travail.En deuxième lieu, puisque le «business system», impose une culture fondée sur les «choses» et qui affecte l\u2019équilibre social, il faudra penser à en reviser ses valeurs de même le projet de société sous-jacent.Donc, dans un premier temps, nous abordons des solutions davantage d\u2019ordre conjoncturel et tactique, alors que par la suite, nous réfléchissons à des changements fondamentaux et stratégiques, compte tenu de la gravité du problème qui nécessite un virage à 180° des mentalités et structures dominantes.I- L\u2019assouplissement des conditions de travail Cette partie vise à réorganiser le temps de travail et à fournir aux couples certains supports favorables à l\u2019exercice des responsabilité familiales.Évidemment, aucune solution n\u2019est parfaite, mais une combinaison de ces idées pourrait s\u2019avérer avantageuse aux familles.3.\tUne première solution vise à bonifier le congé de maternité.Actuellement, l\u2019article 15 du Règlement sur les normes du travail prévoit les conditions d\u2019admissibilité au congé.Pour y avoir droit, une salariée doit avoir accompli 20 semaines d\u2019emploi pour un même employeur dans les 12 mois qui précèdent la date du début du congé.Elle doit également être à l\u2019emploi de l\u2019employeur le jour précédant l\u2019avis qu\u2019elle doit lui donner.Le congé de maternité auquel la salariée a droit ne peut excéder 18 semaines à moins qu\u2019à sa demande, l\u2019employeur consente à une période plus longue.À l\u2019étranger, la Suède vient de légiférer un congé parental de 12 mois en 1989, de 15 mois en 1990 et de 18 mois en 1991.C\u2019est l\u2019État qui se charge de verser 90% du salaire, ce qui équivaut à $2,1 milliards (U.S.) pour l\u2019année 1989-90.Proposition: accorder l\u2019allocation de maternité de 20 semaines à toutes les femmes, tel qu\u2019il est pratiqué dans plusieurs pays européens.4.\tUne seconde possibilité consiste en l\u2019adoption d\u2019horaires flexibles de travail qui tiennent compte des exigences des enfants. FAMILLE ET ÉCONOMIE: CHOIX CRUCIAUX 283 De plus en plus d\u2019entreprises, dont Cascades, s\u2019ouvrent à cette mesure.5.\tUne troisième politique pourrait consister à décréter comme en France 1 mois de vacances pour tous, permettant d\u2019augmenter ainsi le temps à passer en famille.6.\tUne quatrième idée renvoie au travail mi-temps pour l\u2019homme et la femme qui le souhaitent.On peut escompter que quelque cent mille employés, soit environ 10% de la main d\u2019œuvre active, aimeraient se prévaloir de cette formule de rechange dans la mesure où le Gouvernement avec les autres acteurs (Patronat et Syndicat) auraient prévu des mécanismes opérationnels satisfaisants.Combien de professeurs désirent actuellement une telle mesure qui subit un blocage au niveau de la direction d\u2019école parce que trop dérangeante au plan bureaucratique.7.\tUne cinquième possibilité renvoie au télétravail qui grâce à la technologie permet à certains employés (ex.chez Dupont) de travailler à domicile à 1 aide d\u2019un ordinateur relié au bureau par modem.Ainsi, les employés peuvent planifier leur travail à leur guise, soit de travailler le jour ou le soir.8.\tIl y a aussi, bien sûr, l\u2019implantation de garderies en entreprise permettant notamment aux parents de dîner avec leur(s) enfant(s).Proposition: que dans l\u2019octroi de ces subventions le gouvernement accorde les mêmes bénéfices aux femmes qui se réalisent à la maison.9.\tEn guise de conclusion, on considère que l\u2019application de ces mesures aiderait à améliorer le contexte au sein duquel baigne la famille; cependant, ces solutions sont nettement insuffisantes pour résoudre la crise sociale et familiale contemporaine.C est tout le système qui doit être remis en cause, parce que ses valeurs fondées sur la primauté de la matière deviennent de plus en plus en contradiction avec le respect de la personne, de la famille, de l\u2019environnement et des peuples pauvres.II- Un nouvel ordre économique 10.\tLa profondeur de la crise de la famille renvoie avant tout à une crise de société.En effet, on vit dans une civilisation 284 L\u2019ACTION NATIONALE industrielle dont les impératifs \u2014 science-technologie \u2014 capital \u2014 profit \u2014 accumulation \u2014 n\u2019ont rien à voir avec les valeurs familiales et communautaires impliquant fidélité, dévouement, réciprocité, partage, loyauté et amour.Cest une tout autre «logique» qui domine actuellement: cupidité, puissance, rivalité, compétition, loi de la jungle et du plus fort à la solde des stratégies marchandes.Même le pouvoir politique tombe dans le piège des forces matérialistes en étant leur représentant plutôt que celui du bien-commun.11.\tLa logique de base de tout le système consiste à forcer à consommer pour pousser à produire.La locomotive du progrès est axée sur la contre-morale du désir, suscitant continuellement de nouveaux besoins, sinon la croissance tombe.Un parallélisme s\u2019effectue entre le libéralisme et la révolution sexuelle; les deux entraînent une perpétuelle frustration pour l\u2019individu ou la famille devant une fausse promesse de bonheur.12.\tOn peut dire que le monde tourne à l\u2019envers, la société est au service de l\u2019argent et de la technologie; le paradoxe faisant que plus la primauté du matériel s\u2019accroît, plus les institutions sociales éclatent.Les mêmes mécanismes qui détruisent l\u2019environnement de façon insidieuse sont en train de déstabiliser le tissu social.Du rêve américain qui illusionne le monde, on passe au déclin de l\u2019empire américain, car la civilisation matérialiste porte en elle-même les germes de sa propre destruction.13.\tAu sein de cette civilisation du provisoire, émerge la famille en lambeaux prévue par Alvin Toffler dans le choc du futur.Maurice Champagne Gilbert en citait un éventail représentatif des éléments constitutifs, lors d\u2019une conférence à l\u2019Unes-co, 5/12/87: «Il faut que l\u2019Esprit souffle sur la glaise»: dissociation de la maternité de ses bases biologiques et services sociaux des mères porteuses, familles avec jeunes parents sexagénaires s\u2019étant procuré leurs embryons d\u2019enfants une fois leur carrière professionnelle terminée, compétition des parents et des mariés homosexuels avec les parents et les mariés hétérosexuels, mariages plus que jamais temporaires et co-existants, au sous-chapitre des «vicissitudes de l\u2019amour», avec les cohortes de solitaires et d\u2019esseulés.Les divorces y sont devenus la norme, avec les enfants à plusieurs parents, biologiques (comme les fils et les filles des «multisouris»), parent substituts (incluant 1 État lui-même), ou FAMILLE ET ÉCONOMIE: CHOIX CRUCIAUX 285 parents appartenant à ces cohortes résultant de l\u2019éclatement successif d\u2019une première famille, d\u2019une deuxième famille, d\u2019une troisième famille, le tout favorisé par une publicité adéquate, annonçant les ventes d\u2019embryons ou d\u2019enfants disponibles pour adoption, comme on l\u2019entend déjà à longueur de journée, à la radio de la Californie, dans le communiqué commercial suivant: «Nous avons beaucoup d\u2019enfants merveilleux de toutes les races et de toutes les nationalités qui n\u2019attendent que d\u2019apporter un rayon d\u2019amour et de bonheur dans les foyers qui le désirent».14.\tLa crise de la famille est insoluble avec les paramètres actuels.À chaque semaine, au Québec, nous assistons à 600 divorces, 500 cas de violence, 400 avortements et 1 200 cas de stérilisation.Rien de moins qu\u2019un nouvel ordre économique, un nouveau projet de société pourront rétablir la santé sociale.Trois dimensions fondamentales et interdépendantes sont nécessaires à ce renouveau: \u2022\tAu plan politique: l\u2019autogestion du Québec via l\u2019accessibilité à un pays autonome.\u2022\tAu plan spirituel : retour aux valeurs de l\u2019Esprit.André Malraux disait: «Le XXie siècle sera spirituel ou il n\u2019y en aura pas».\u2022\tAu plan économique: une économie coopérative, mutuelliste et communautaire.C\u2019est par ce volet que nous terminons.15.\tLes deux grands systèmes économiques (marxiste et capitaliste) qui se partagent le monde arrivent à leur limite critique.Les peuples recherchent de plus en plus une nouvelle voie visant à résoudre l\u2019impasse actuelle qui frappe tant les relations Nord-Sud que Est-Ouest.Le coopératisme représente ce centre idéal pouvant harmoniser le capital et le travail parce qu\u2019il emprunte son mode d organisation des meilleurs éléments à la fois du capitalisme (liberté, initiative, .) et du socialisme (justice, participation, .), tout en évitant les défauts de l\u2019un et de l\u2019autre.Lorsque la propriété des entreprises sera partagée au niveau des membres, il s ensuivra aussi le partage du pouvoir, du savoir et des fruits de l\u2019entreprise.L\u2019économie mutualiste devient un moyen d\u2019instauration d\u2019une société plus équitable et fraternelle.En redonnant le contrôle de l\u2019économie aux membres et aux citoyens, ceux-ci sont davantage en mesure de s\u2019offrir une qualité de vie différente de celle qui est vécue au sein de la jungle du 286 L\u2019ACTION NATIONALE capital anonyme.L\u2019observation de la scène internationale nous indique que l\u2019heure a presque sonné pour les deux grands systèmes économiques impérialistes.À nous du Québec de prendre les devants en faveur d\u2019un nouveau type d\u2019économie à visage humain.Voilà un grand défi pour 1989 qui pourrait aider à résoudre beaucoup d\u2019autres problèmes reliés à la désintégration du tissu social. Des forêts pour demain par ROBERT LAPLANTE D écidément, ça bardasse dans le secteur forestier.Il y a, bien sûr, l\u2019affaire de la Consol où le Québec se fait passer un gros sapin sous les applaudissements de son ineffable ministre des Finances qui ne trouve rien de mieux à dire que «la job du gars dans (son) comté va être ben plus sûre» (sourire béat et fatuité en direct au téléjournal du 27 janvier).Au même moment, une autre compagnie américaine, Louisiana Pacific, déposait une offre pour acheter Forex et gruger un bon morceau de l\u2019industrie du sciage.Tout cela pendant que Normick-Perron est à vendre! Il faudrait trouver la chose normale.Il fallait s\u2019y attendre, la concentration et l\u2019intégration sont, paraît-il, inévitables.Quant à la question du contrôle québécois dans ce secteur névralgique, eh bien! on en reparlera après la vente de Domtar.À ceux que la chose n\u2019aurait pas fini d\u2019éberluer, La Presse du 28 janvier rapporte une autre nouvelle qui les rassureront sur la clairvoyance de la gestion forestière de notre belle province: «Nos forêts de feuillus ne parviennent même plus à fournir les fabricants de meubles» (p.A5).L\u2019article présente les grandes lignes d\u2019un rapport rédigé par des ingénieurs forestiers pour le compte de l\u2019Association des fabricants de meubles du Québec et remis au ministre délégué aux forêts, M.Albert Côté.Le bilan est clair et dru: nos ressources en essences nobles (chêne, merisier, noyer, etc.) ont été dilapidées.Les fabricants de meubles trouvent de moins en moins les bois durs de qualité dont ils ont besoin.Ils doivent les importer des États-Unis! («Ces importations sont passées de 11 millions de pieds mesure de planche en 1975 à 24 millions pmp en 1986.») 288 L\u2019ACTION NATIONALE Inaction du gouvernement Complaisant comme à son habitude, le ministre Côté s\u2019est contenté de déplorer la chose et de promettre qu\u2019il fallait «essayer» (!) d\u2019intéresser l\u2019Université Laval à développer de la recherche dans le domaine de l\u2019aménagement des forêts de feuillus.Dans La Presse du 1er février (p.E7), M.Michel Labrecque du Jardin botanique, un de nos rares spécialistes de l\u2019aménagement de ce type de forêt, dénonçait vigoureusement la situation en précisant que l\u2019effort de recherche du Québec en ce domaine est à toutes fins pratiques inexistant.Il n\u2019est pas le premier à le dire, en matière de recherche comme en gestion, le gouvernement du Québec reste totalement orienté sur les «besoins» et les priorités des compagnies, c\u2019est-à-dire qu\u2019il ne s\u2019intéresse et encore est-ce d\u2019une façon plus que douteuse \u2014 qu\u2019aux résineux, aux essences les plus en demande pour la pâte à papier et le sciage.Depuis le temps que de toutes parts les critiques pleuvent sur le gouvernement et que toutes sortes d intervenants ne cessent de s\u2019épuiser de dénonciations en cris d\u2019alarme, 1 heure est venue de tirer une conclusion: il n\u2019y a, de façon réaliste, plus rien à attendre de ce gouvernement pour ce qui est du redressement forestier.En matière forestière comme dans le reste de son administration ce gouvernement navigue à l\u2019estime, ses priorités ne sont qu\u2019électoralistes: il cherche d\u2019abord à gagner du temps, à pelleter un peu plus loin les problèmes.Il faut retourner aux pires moments du gouvernement Taschereau pour trouver une pareille démission publique.Même Duplessis se comportait parfois comme un homme d\u2019État.Si tant est qu\u2019il soit possible d\u2019imaginer plus grave, il faut aussi reconnaître que l\u2019état actuel de notre fonction publique en matière de gestion forestière ne laisse guère espérer un redressement aussi imaginatif et audacieux que ne l\u2019exige l\u2019ampleur des problèmes.Nombre d\u2019observateurs s\u2019accordent à dire que les meilleurs éléments de la fonction publique des ministères chargés de la forêt (Forêt et Énergie et Ressources) s\u2019usent à essayer de limiter les dégâts et à se battre pour maintenir un minimum de conditions pour qu\u2019un jour on puisse malgré tout pouvoir commencer à traiter des problèmes avec rigueur.Les habitudes de gestion à courte vue imposées par les grosses compagnies n\u2019im- DES FORÊTS POUR DEMAIN 289 prègnent pas seulement l\u2019opportunisme des ministres titulaires: elles se sont pour ainsi dire incrustées dans les mentalités, les traditions et les façons de faire des ministères.Un grand ménage s\u2019impose.Un coup de barre s\u2019impose En attendant qu\u2019un véritable coup de barre soit donné \u2014 ce qui ne pourra se faire qu\u2019au terme d\u2019un grand brassage politique où les questions forestières et environnementales auront enfin été reconnues comme hautement prioritaires pour l\u2019État \u2014, il y a cependant plus à faire que de baisser les bras et de rager dans le discours.11 ne faut pas renoncer à faire pression sur le gouvernement et à tenter malgré tout de faire passer quelques bribes de réforme \u2014 il n\u2019y a pas de petits profits: ce qui passe, ça fait toujours ça de pris! Mais la façon sans doute la plus efficace et la plus subversive pour doter le Québec d\u2019une approche forestière constructive, c\u2019est de déplacer les niveaux d\u2019action.Il faut cesser de braquer tous les efforts sur des actions centralisées.Il faut prendre des initiatives qui vont permettre à de nouveaux acteurs de faire valoir leurs préoccupations et leur intérêt pour la forêt.La municipalité constitue très certainement un niveau d\u2019action des plus prometteurs.On peut en effet très bien concevoir des initiatives municipales en matière forestière.Pourquoi, par exemple, les municipalités du sud de la province ne se doteraient-elles pas de forêts municipales?Sur le plan des juridictions rien ne les en empêche.Elles pourraient très bien se donner comme projet de reconstituer sur leurs territoires des forêts de feuillus d\u2019essences nobles.Avec une vision à long terme, un peu d\u2019argent et de la bonne volonté, les municipalités pourraient en effet travailler dès maintenant à se rebâtir un patrimoine forestier.Au bout de quelques décennies cette forêt constituerait pour elles un capital qui, géré intelligemment, leur assurerait des revenus substantiels.La constitution de la forêt municipale pourrait ainsi devenir le pôle central d organisation des projets d\u2019été qui visent à créer des emplois pour étudiants.Les fonds provenant des niveaux supérieurs de gouvernement pourraient ainsi être utilisés à des fins de capitalisation locale, tout en fournissant aux jeunes l\u2019occasion de gagner leur croûte en faisant un travail socialement utile. 290 L\u2019ACTION NATIONALE On pourrait également concevoir que des sociétés sans but lucratif ou des fondations puissent se donner pour mission la régénération de notre forêt feuillue.Cela pourrait se faire sur des terres publiques en collaboration avec des municipalités ou encore sur des terres privées dont il faudrait faire l\u2019acquisition.La Fondation Québécoise de l\u2019Environnement pourrait peut-être conclure une entente avec une ou des municipalités pour amorcer des initiatives en ce sens.À chaque village sa forêt! Ça pourrait devenir un projet extrêmement stimulant pour rapprocher des citoyens les questions écologiques.Les commissions scolaires pourraient être mises à contribution: rien n\u2019empêcherait de faire de chaque forêt sous régénération une véritable forêt-école où pourraient être dispensés certains cours ou stages en écologie.Sitôt plantée et aménagée, ladite forêt serait ainsi immédiatement une forêt utile non seulement écologiquement, mais aussi socialement avant de le devenir, plus tard, industriellement.Un réseau de forestiers Le démarrage d\u2019un ensemble de pareilles initiatives rendrait possible l\u2019établissement d\u2019un véritable réseau de forestiers, un réseau qui, sans attendre les directives de la machine centrale, doterait d\u2019ores et déjà le Québec d\u2019une base opérationnelle et d\u2019une masse critique d\u2019intervenants en matière de régénération forestière.Il est clair que des niveaux intermédiaires, tels les Municipalités régionales de comté (M.R.C.), pourraient jouer un rôle primordial si tant est que les élus qui y siègent aient le désir de faire autre chose que d\u2019attendre qu\u2019on leur dise d\u2019en haut ce qui devrait être prioritaire dans leurs milieux.La mise en commun de certaines ressources humaines et matérielles, de même qu\u2019un niveau minimum de concertation, pourrait en effet permettre à une seule MRC de faire plus en un été pour la régénération forestière des feuillus que ne le fait le gouvernement du Québec lui-même en une décennie.Dans beaucoup de villages et municipalités la régénération forestière s\u2019impose comme une nécessité incontournable.Il deviendra virtuellement impossible de contrer les effets déstructurant du vieillissement de la population sans procéder à un élargissement des possibilités économiques qui peuvent être envisagées pour développer le milieu.Or, dans l\u2019immense majorité des DES FORÊTS POUR DEMAIN 291 cas cet élargissement n\u2019est envisageable qu\u2019à la condition expresse de pouvoir prendre appui sur des ressources naturelles.Dans l\u2019état actuel des choses, ces ressources ne peuvent être que celles que collectivement on accepte de reconstituer.En faisant des efforts pour regarnir son patrimoine chaque collectivité peut non seulement créer des emplois à court terme: elle se dote d\u2019un secteur où des jeunes et de nouveaux résidants éventuels peuvent songer nourrir des projets.Il n\u2019y a pas meilleur moyen de prouver que 1 on a confiance en l\u2019avenir que de mobiliser les ressources institutionnelles, bénévoles et privées d\u2019un milieu pour des réalisations qui prennent leur sens dans le temps.«Toutes nos faillites sont des faillites de l\u2019imagination» répète sans cesse l\u2019éminent écologiste Pierre Dansereau.Il a raison.Mais il faut aussi dire que les troubles de la vue y sont également pour quelque chose: bien des faillites pourraient être évitées si nos gouvernements et nos diverses institutions et associations voyaient plus loin que le bout de leur nez.Le monde municipal et les milieux associatifs trouveraient dans un tel projet une occasion en or de faire la preuve que le local est un lieu exceptionnel d\u2019accomplissement politique et communautaire.Le conseil municipal ou 1 association qui aura l\u2019audace de planter des chênes fera plus pour son village ou sa municipalité et la forêt que n ont jamais fait tous les ministres provinciaux qu\u2019on a crus responsables d\u2019une ressource que trop de gens disaient inépuisable.Et l\u2019on se prend à rêver du jour où les débats se feront sur la question de savoir si l\u2019on devrait planter chaque année dix ou vingt ou cinquante chênes par habitant dans la forêt communautaire. L\u2019Action Nationale recommande DICTIONNAIRE BIOGRAPHIQUE DU CANADA, volume VII: 1836-1850, sous la direction de Frances Halpenny et de Jean Hamelin, Presses de l\u2019Université Laval, 166 pages.LE MAL DE L\u2019ÂME, Essais sur le mal de vivre au temps présent, Denise Bombardier et Claude Saint-Laurent, Éditions Robert Laffont, Paris 210 pages.CASCADES, Le triomphe du respect, Gérard Cuggia, Québec/Amérique, 425 pages.VÉRITÉS ET SOURIRES DE LA POLITIQUE, Doris Lussier, Éditions Stanké, 237 pages.ET TOURNONS LA PAGE, Solange Chaput-Rolland, Éditions Libre-Expression, 170 pages.LE RÊVE D\u2019UNE GÉNÉRATION, Les communistes canadiens, les procès d\u2019espionnage et la guerre froide, Merrily Weis-bord, Éditions VLB, 398 pages.LES VIEUX M\u2019ONT CONTÉ, Germain Lemieux, Éditions Bellarmin.HISTOIRE DU SYNDICALISME QUÉBÉCOIS, Jacques Rouillard, Boréal, 536 pages.LA LUTTE POUR LA DÉMOCRATIE, Patrick Watson et Benjamin Barber, Éditions Québec/Amérique, 320 pages \u2014 215 photos, $49,95. L'ACTION NATIONALE RECOMMANDE 293 L\u2019ÉVOLUTION DES POLITIQUES SOCIALES DU QUÉBEC (1940-1960), Yves Vaillancourt, Presse de l\u2019Université de Montréal, 513 pages.FÉLIX-ANTOINE SAVARD: LE CONTINENT IMAGINAIRE, Iolande Cadrien-Rossignol, Fides, $19,95. Le bilan du fédéralisme La Société Nationale des Québécois Richelieu-Yamaska a publié récemment un document de plus de 300 pages qui démontre à sa façon ce que le Québec est devenu au lendemain du référendum.Pour éviter d\u2019être taxé de partisan, ce document a été constitué de divers articles de journaux et de périodiques.Différents intervenants, issus des milieux politiques et journalistiques, ainsi que certains analystes financiers précisent concrètement, chacun dans son secteur, comment le Québec demeure toujours un éternel perdant dans le système fédéraliste canadien.Ce document qui couvre près de huit années, ainsi que les quatre gouvernements qui se sont succédé durant cette période, tant à Ottawa qu\u2019à Québec, fait l\u2019éloquente démonstration que ce ne sont pas les individus qui sont vraiment en cause, mais bien le système lui-même.Les auteurs sont bien conscients que ce document n\u2019est pas exhaustif, mais ils entendent le mettre à jour et le rééditer annuellement.On peut se procurer cette publication, au coût de six dollars , en s\u2019adressant à la Société Nationale des Québécois Richelieu-Yamaska, 1745 Girouard ouest, Saint-Hyacinthe, J2S 3A2, tél.773-8585. La Fondation du Prêt d\u2019Honneur Inc.: 45 ans de présence et de service! Il y a 45 ans cette année que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal créait le Prêt d\u2019Honneur, une institution dont le but était de rendre les études avancées accessibles à un plus grand nombre d\u2019étudiants et d\u2019étudiantes.De sa naissance à aujourd\u2019hui, le Prêt d\u2019Honneur a rendu d\u2019immenses services.Près de dix mille étudiants et étudiantes ont bénéficié d assistance financière et l\u2019on peut affirmer que les exboursiers occupent des positions de choix dans tous les secteurs de notre vie collective: arts, éducation, économie, sciences, etc.Le Prêt d Honneur, à la suite de la mise en place par le gouvernement d\u2019un système public de prêts et bourses, a diversifié ses œuvres.La Fondation du Prêt d\u2019Honneur Inc.consent encore des prêts avec le concours de la Caisse populaire du Complexe Desjardins.Elle attribue des bourses-projets pour permettre la réalisation d\u2019études ou de travaux particuliers.Et surtout, elle attribue chaque année des bourses post-doctorales qui profitent à des universitaires dont les recherches enrichissent la collectivité québécoise.En 1988, la Fondation du Prêt d\u2019Honneur Inc.a remis 4 bourses de $15 000 chacune. 296 L\u2019ACTION NATIONALE Les boursiers: André Des Ormeaux Étude des propriétés catalytiques du nickel sous différentes conditions réactionnelles Université de Californie à Berkeley Dominique Jean Histoire comparée des politiques sociales québécoises au cours des années 1930 London School of Economies (Londres) Hélène Chamberland Étude des maladies végétales à flétrissement Université Laval Jacques E.Des Marchais (professeur) Bourse donnée à la faculté de médecine de l\u2019Université de Sherbrooke pour permettre à plusieurs étudiants(es) une étude de la médecine en milieu éloigné Université de Sherbrooke De plus, la Fondation a consenti deux (2) bourses-projet de $1 500 chacune et onze (11) de $3 000 chacune Gilles Rhéaume, $3 000 La philosophie et les idées québécoises Université du Québec à Montréal Marc-André Roche, $3 000 Classification, mise à jour des dossiers de la Fondation du Prêt d\u2019Honneur Inc.Stéphane Biguë, $3 000 Manutention des pièces de transmission Génie mécanique, Université Laval Guy Bouchard, $1 500 La démocratie au Québec 1840-1880 Université du Québec à Montréal LA FONDATION DU PRÊT D\u2019HONNEUR INC.297 Raymonde Rochefort, $1 500 L\u2019état de la justice sociale des années 1880-1920 ou le cléricalisme face au paupérisme Université du Québec à Montréal Danielle Leclerc, $3 000 Jean Schmouth, $3 000 La pensée libérale de J.A.Dessaules et sur la doctrine ultramontaine Université du Québec à Montréal Normand Pilon, $3 000 Localisation des sources d\u2019activité neuro-électrique dans le cerveau des patients épileptiques Université de Montréal Joseph Charles, $3 000 Changements technologiques et transformations sociales et culturelles: approche méthodologique et critique Université de Montréal Julie Des Roches, $3 000 L\u2019efficacité des comités de santé et sécurité au travail dans les hôpitaux: une étude comparative entre le Québec et l\u2019Australie School of Industrial relations and organisational behavior Université of New South Wales (Australie) Jean Morisset, $3 000 Projet Haïti-Québec ou la Rencontre imprévue Institut canadien d\u2019Éducation des adultes, $6 000 Inventaire des programmations offertes par les réseaux francophones lors des renouvellements des permis de licence devant le CRTC et ce, à partir de 1968, année de la Loi sur la radiodiffusion et une grille d\u2019analyse sur la qualité des émissions d\u2019information et d\u2019affaires publiques.Subvention: François-Albert Angers, $1 000 9e volume sur l\u2019œuvre et la pensée d\u2019Esdras Minville 298 L\u2019ACTION NATIONALE Dix (10) étudiants et étudiantes ont bénéficié de prêts sans intérêt Anne Beaudoin, $2 000 Perfectionnement en art dentaire Université de Montréal Gilles Rhéaume, $2 000 Maîtrise en philosophie Université du Québec à Montréal Marie-Paule Malouin, $2 000 Reconstituer et analyser le processus qui a conduit lors de la Révolution tranquille à une modification en profondeur des relations Églises-État.Université de Montréal Marc Provencher, $2 000 Bacc.en criminologie Université de Montréal Jacques Clairoux, $2 000 Recherche sur Louis Cyr et le cirque au Québec Guy Bouchard, $1 000 La démocratie au Québec 1840-1880 Université du Québec à Montréal Raymonde Rochefort, $1 000 L\u2019état de la justice sociale des années 1880-1920 ou le cléricalisme face au paupérisme Université du Québec à Montréal La Fondation du Prêt d\u2019Honneur Inc.renouera sous peu avec la tradition de solliciter les ex-boursiers, les donateurs habituels et le grand public.La Fondation du Prêt d\u2019Honneur Inc., institution essentielle pour le développement de nos talents, la plus grande richesse du Québec. LA FONDATION DU PRÊT D\u2019HONNEUR INC.299 La Fondation du Prêt d\u2019Honneur Inc.82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 (514) 843-8851 Aujourd'hui, Edison lui-même travaillerait
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