L'action nationale, 1 mai 1989, Mai
[" /Action NATIONALE Volume LXXIX , numéro 5, mai 1989 Manifeste du Mouvement Québec Français Guy Bouthillier Le Québec dans la francophonie Jean-Marc Léger j Le Québec et le Canada * dans les eaux troubles | du Lac Meech Sylvain Massé De grands défis pour Des jardins Robert Laplante L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Gérard Turcotte Secrétaire: Monique Tremblay Abonnement:\t1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) Québec, Canada Autres pays\t25,00$\t45,00$ 30,00$\t50,00$ Abonnement de soutien\t35,00$ «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodical index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans Y Index analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».Les articles demeurent la responsabilité de leurs auteurs.\t ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070\tDépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533\tCourrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 FActlon NATIONALE Volume LXXIX, numéro 5, mai 1989 TABLE DES MATIÈRES GÉRARD TURCOTTE:\tLe mot du directeur.414 BRUNO ROY:\tIci ma langue.415 GUY\tManifeste du Mouvement BOUTHILLIER:\tQuébec Français.417 ROBERT\tDe grands défis LAPLANTE:\tpour Desjardins.423 JEAN-PAUL LEFEBVRE:\tPour continuer la lutte.432 SYLVAIN MASSÉ:\tLe Québec et le Canada dans les eaux troubles du Lac Meech.443 BERNARD RACINE:\tCulture en danger.462 Melting pot.465 ROSAIRE MORIN:\tDes trouvailles dégoûtantes et des découvertes merveilleuses .\t470 LA NATION CANADIENNE-FRANÇAISE JEAN-MARC\tLe Québec LÉGER:\tdans la francophonie.501 LA POPULATION ROSAIRE MORIN:\tQuelques faits et idées sur le peuplement du Québec .\t516 GÉRARD\tL\u2019Action Nationale TURCOTTE:\tvous recommande.524 PHILIPPE\tLéon Baker raconte.526 GÉLINAS, e.r.:\tLes mémoires de Gérard Filion .\t528 Nos annonceurs.533 Le mot du directeur F 1 j n septembre 1987, nous laissions entrevoir un important renouveau de L\u2019ACTION NATIONALE, à l\u2019occasion de ses soixante-dix ans de publication.Ce renouveau a pris forme dès janvier 1988, alors qu\u2019une nouvelle équipe de collaborateurs et collaboratrices entrait en fonction.Consciente que la revue s\u2019est toujours située à l\u2019avant-garde des idées dans les domaines national et politique et qu\u2019elle a toujours joué un rôle significatif dans l\u2019évolution du Québec, la nouvelle équipe a à cœur d\u2019assurer la continuité de l\u2019œuvre des Groulx, des Minville et des Angers en étudiant les graves problèmes qui menacent actuellement notre avenir national et en proposant des solutions pratiques et concrètes.En plus de la situation nationale comme telle, deux champs d\u2019étude et d\u2019action ont particulièrement été explorés, soit la démographie et la langue, deux sujets qui ont d\u2019ailleurs été traités dans chacune de nos publications.Ils ont de plus donné lieu à deux numéros spéciaux: en janvier-février 1988, sur l\u2019érosion de la sauvegarde du français au Québec, et en juin, sur la situation présente et l\u2019avenir prévisible de la population du Québec.Ces deux numéros, qui constituent deux dossiers de valeur, ont été préparés en collaboration avec des spécialistes chevronnés.Le prochain numéro, soit celui de juin 1989, constituera un troisième dossier, consacré cette fois à la nation canadienne-française, auquel ont collaboré une quinzaine de personnalités québécoises, qui traitent d\u2019autant d\u2019aspects du thème.Au nom de la Ligue d\u2019action nationale et de nos lecteurs je tiens à exprimer notre reconnaissance et notre appréciation à toutes les personnes qui ont contribué au renouveau de la revue et nous ont permis de réaliser les objectifs que nous nous étions fixés, il y aura bientôt deux ans.Gérard Turcotte ici ma langue est le point de vue de mon existence l\u2019angle définitif de mon amérique intérieure sa fermeté de fruit n\u2019est pas à chercher dans la loi mais dans la consistance du désir de parler ensemble sang de nos tempêtes notre langue ne se rendra pas oui langue blessée de lois étrangères perdue pour la connaissance réciproque la force de n\u2019être que langue quand d\u2019autres sont confus langue chronique quotidienne démasquée dans son affichage de parlementaire je préfère parler dans le désordre de nos luttes contre l\u2019ordre prévu de notre absence 416 L\u2019ACTION NATIONALE ma langue foudroyante d\u2019existence avec ses mots se levant sur ses hauteurs de verbes ma langue est un chef-d\u2019œuvre d\u2019identité universelle cette fin de siècle a pour condition l\u2019avenir Bruno Roy Manifeste du Mouvement Québec Français par GUY BOUTHILLIER Porte-parole T X ous les peuples veulent vivre dans leur langue.Le Québec aussi, qui veut vivre en français.C\u2019est ce que voulaient nos ancêtres.C\u2019est ce que nous voulons nous-mêmes.C\u2019est ce que voudront ceux et celles qui viendront après nous.Tous les peuples se donnent les moyens de vivre dans leur langue.Cela, qui est pour tous condition de vie, est pour le Québec français condition de survie, placés comme nous le sommes dans les circonstances adverses que l\u2019on sait, aux prises avec un géant qui nous pénètre par toutes les voies que lui assurent sa force et son prestige.Se donner les moyens de vivre en français, c\u2019est ce que le Québec a toujours cherché à faire.Mais ce n\u2019est que récemment qu\u2019il a pu commencer à le faire de façon à la fois juste et efficace: plus exactement, en 1977, quand l\u2019Assemblée nationale a fondé son droit et affirmé sa volonté de faire de sa langue la langue de l\u2019État ainsi que la langue normale et habituelle du travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce, des affaires, bref, la langue de sa vie comme peuple.Or, ce qui est pourtant simple et naturel pour tous les autres peuples, les dirigeants du Canada anglais ne l\u2019acceptent pas pour nous, parce que cela heurte leurs intérêts, leurs habitudes et leurs ambitions.Ainsi, au poids des choses, qui pèsent déjà si lourd 418 L\u2019ACTION NATIONALE contre nous, les voit-on ajouter le poids de leur volonté, de leur organisation, de leurs moyens.Dans le combat qu\u2019il nous livre contre la Loi 101 et pour soutenir l\u2019anglais chez nous, le Canada anglais a eu recours, depuis dix ans qu\u2019il s\u2019y acharne, à des moyens de toute nature.La constitution pouvait lui servir?Il s\u2019en est servi, et quand celle-ci eut épuisé son utilité, il s\u2019en est donné une autre, qui faisait mieux l\u2019affaire.Il avait besoin d\u2019instruments pour agir?Il s\u2019est doté d\u2019appareils, et il en a soutenu d\u2019autres de son argent \u2014 de notre argent.Il avait besoin d\u2019un alibi?Il s\u2019est soudain aperçu qu\u2019il y avait chez lui certains des nôtres et qu\u2019en les aidant il pourrait nous nuire.Il avait besoin de masquer l\u2019objectif qu\u2019il poursuivait?Il s\u2019est emparé du thème des droits individuels, jusqu\u2019alors inexistants dans son discours sur la langue, et il en a fait une arme de guerre contre nous.Il avait besoin d\u2019allécher?À ceux qui avaient longtemps rêvé d\u2019un Canada bilingue il a proposé le bilinguisme pour le Québec.Naturellement, dans un rapport de forces si inégal entre lui et nous, le Canada anglais n\u2019a pas tardé à marquer des points, et c\u2019est morceau par morceau, article par article, mot par mot qu\u2019il a commencé à démanteler notre Loi 101.Cela nous place aujourd\u2019hui dans la situation grave que l\u2019on sait.Nous voici, en effet, plus de dix ans après l\u2019adoption de notre grande charte de 1977, devant la même organisation continentale, devant la même volonté politique du Canada anglais, bref devant la même menace pour notre langue, mais tous les jours un peu plus dépouillés de nos moyens, car, à force de s\u2019acharner sur notre appareil de défense, on l\u2019affaiblit au point où l\u2019on tente même de nous enlever jusqu\u2019au goût de nous défendre.Non! Ce qui se passe sous nos yeux actuellement, ce n\u2019est pas, comme le prétendent nos adversaires pour mieux nous paralyser, le combat entre l\u2019Individu et l\u2019État, le combat entre les droits individuels des uns et les droits collectifs des autres: c\u2019est la rivalité séculaire entre deux volontés collectives, deux nationalismes, deux langues, la leur et la nôtre.Cela, qui était vrai aux siècles de William Pitt et de John-A.Macdonald, ne l\u2019est pas moins aujourd\u2019hui, et le restera tant que ces deux peu- MANIFESTE DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 419 pies vivront côte à côte.Seuls pourraient changer, seuls doivent changer le cadre, les moyens et les conditions du combat.Non! Ce qui se passe en ce moment sous nos yeux, et sur notre territoire, c\u2019est le combat qui oppose un des peuples les plus menacés à l\u2019un des géants les plus ambitieux de l\u2019Histoire, qui, non content d\u2019avoir installé sa langue chez lui, s\u2019emploie activement à la répandre partout, autour de nous et même chez nous.L\u2019affaire est grave, car ce qui se joue en ce moment, ce sont les conditions mêmes de notre survie comme peuple \u2014 et cela nous concerne et nous interpelle tous, chacun et chacune d\u2019entre nous.Mais elle est grave aussi, car cette affaire met en cause, au fond, le droit pour un petit peuple de partager le voisinage des géants de ce monde \u2014 et cela concerne et interpelle tous les peuples, toutes les cultures, toutes les langues aux prises avec les mêmes dangers.L\u2019heure est grave.Il faut agir, et le faire maintenant.Le Mouvement Québec Français invite à répondre à l\u2019appel de notre langue chacun et chacune d\u2019entre nous, quels que soient par ailleurs ses origines, ses attaches particulières, son rang.En appelant au combat, le Mouvement Québec Français se fonde sur la conviction que, sur la pente de la rebilinguisation sur laquelle se trouve de nouveau le Québec, il n\u2019y a pour nous, au bout du compte, qu\u2019une lente et triste disparition comme peuple.Mais ce combat, ce nécessaire combat, le M.Q.F.a la conviction tout aussi forte que les Québécois et les Québécoises peuvent le gagner.Et nous le gagnerons à la double condition que nous reprenions à l\u2019adversaire tous et chacun des morceaux qu\u2019il nous a enlevés pour ainsi nous redonner notre Loi 101, et que nous restions unis autour de notre langue, unis de cette unité de cœur, d\u2019esprit et d\u2019action que symbolise le M.Q.F., ce rassemblement où se retrouvent côte à côte, depuis bientôt vingt ans qu\u2019ils luttent ensemble, tous ces Québécois et Québécoises qui appartiennent au monde de l\u2019activité économique, de l\u2019enseignement, de la création artistique et littéraire, ainsi qu\u2019aux mouvements patriotiques.Ce combat qu\u2019il faut mener passe d\u2019abord par la réaffirmation, à la face du monde, de notre droit absolu de vivre dans 420 L\u2019ACTION NATIONALE notre langue et de disposer, pour ce faire, des moyens nécessaires.Cela veut dire qu\u2019une action vigoureuse doit être entreprise sans tarder par notre gouvernement pour dénoncer toutes les insinuations, toutes les contre-vérités, toutes les caricatures que l\u2019on répand ici et ailleurs contre nous, contre notre langue et contre nos lois.Ce combat passe ensuite par la réappropriation des moyens, de tous les moyens que l\u2019on nous a enlevés, sur le plan aussi bien de la langue que de l\u2019État et de l\u2019enseignement que de l\u2019économie.Plus particulièrement, à l\u2019heure où nous nous situons, cela veut dire se réapproprier le droit à l\u2019affichage unilingue français, le proclamer haut et fort, et, surtout, l\u2019appliquer et le faire appliquer fermement.C\u2019est pourquoi le M.Q.F.demande au gouvernement de rappeler la Loi 178 et de rétablir les articles 58 et 69 de la Loi 101.Cette exigence, le M.Q.F.la fonde sur la triple raison que cette Loi 178 tire sa source de l\u2019argument fallacieux selon lequel les convenances et les caprices des commerçants seraient élevés à la dignité d\u2019un droit fondamental; sur la raison également que cette loi constitue un nouveau recul qui, comme tous les reculs précédents, en annonce et en prépare un prochain, le rétablissement de l\u2019affichage extérieur étant contenu en germe dans celui de l\u2019affichage intérieur; sur la raison enfin que cette loi byzantine fera rejaillir sur l\u2019ensemble de notre Loi 101 le ridicule auquel son application ne manquera pas de donner l\u2019occasion.Mais, à l\u2019heure où nous sommes, ce combat passe aussi par une lutte efficace menée à la Loi C-72, cet instrument nouveau et extrêmement dangereux dont vient de se doter le fédéral pour venir chez nous contrer notre Loi 101, notamment sur le plan de la francisation du travail, là précisément où se joue l\u2019avenir de notre langue.C\u2019est pourquoi le M.Q.F.demande au gouvernement du Québec de prendre les moyens voulus pour empêcher qu\u2019Ottawa ne vienne brouiller les cartes, et exiger de lui, au contraire, qu\u2019il ne se serve de cette loi nouvelle que pour contribuer à redresser le tort incroyable que des générations d\u2019hostilité et d\u2019injustices ont fait subir au peuple acadien et à ceux des nôtres qui sont partis vivre au Canada anglais.En Amérique, la seule langue qui est menacée, sérieusement menacée et partout, au Canada anglais, en Acadie, au Québec même, c\u2019est le français; MANIFESTE DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 421 ce n\u2019est pas l\u2019anglais, qui triomphe partout et se porte bien au Québec, y compris au sein même de la société francophone.Rappeler la Loi 178, et faire réorienter la Loi C-172 du fédéral: voilà ce qu\u2019il y a de plus urgent à faire.Ce combat, nous pouvons, nous devons le gagner: céder là-dessus ne ferait qu\u2019annoncer de nouvelles défaites, alors que vaincre nous permettrait enfin de stopper le glissement, de redresser la barre et de retrouver le chemin du Québec français.Mais pour réaliser pleinement ce Québec français que nous voulons tous, il faudra encore mener d\u2019autres luttes et franchir de nouvelles étapes.En particulier, il faudra se donner, ou se redonner, tous les moyens pour atteindre les deux objectifs capitaux que sont l\u2019intégration harmonieuse et fraternelle des immigrants à la société francophone, et l\u2019instauration du français comme langue de l\u2019activité économique, c\u2019est-à-dire comme langue de la production, de l\u2019encadrement, de la conception et du commandement économiques.La lutte pour réaliser ces deux objectifs sera longue, et elle empruntera plusieurs voies: revalorisation des comités de francisation des entreprises; renforcement de l\u2019autorité des grands organismes de la Loi 101; définition d\u2019un contenu pédagogique et création de structures scolaires mieux adaptées aux exigences de la formation des futurs citoyens; francisation des structures d\u2019accueil de l\u2019immigration et des procédures de naturalisation.C\u2019est à ces luttes, et à d\u2019autres encore, que le M.Q.F.se prépare et invite les Québécois et les Québécoises à se préparer.Ces luttes passent par la réappropriation de la Loi 101, de toute la Loi 101.Mais elles débordent le cadre de cette loi.Quoi qu\u2019il en soit, et quelles qu\u2019en soient les péripéties, l\u2019inquiétude pour notre langue ne s\u2019éteindra, la menace sur notre langue ne s\u2019éloignera, le combat ne sera gagné définitivement que le jour où notre Assemblée nationale, notre gouvernement, notre État seront devenus les maîtres d\u2019œuvre de la politique linguistique sur notre territoire.En terminant, le Mouvement Québec Français \u2014 SALUE les hommes et les femmes du Canada anglais, qui sont de plus en plus nombreux à comprendre que c\u2019est en 422 L\u2019ACTION NATIONALE s\u2019appuyant sur un Québec français fier et fort qu\u2019ils auront les meilleures chances de résister à la pression extérieure qui s\u2019exerce sur leur identité culturelle; \u2014 SALUE les anglophones du Québec, qui sont de plus en plus nombreux à comprendre que la place qui sera la leur dans le Québec français sera d\u2019autant plus fraternelle et accueillante qu\u2019ils ne lui auront pas refusé les moyens nécessaires pour redresser les torts d\u2019une histoire qui est aussi la leur; \u2014 SALUE les Acadiens et ceux des nôtres qui vivent dans les provinces du Canada anglais, qui sont de plus en plus nombreux à comprendre que c\u2019est dans un Québec français fier et fort qu\u2019ils trouveront le meilleur appui pour leur langue; \u2014 INVITE tous les Québécois, toutes les Québécoises, quelles que soient leurs origines, leurs appartenances particulières ou leurs activités personnelles, à répondre à l\u2019appel du Québec français en luttant aujourd\u2019hui pour se donner les moyens qui nous permettront demain de bâtir une société forte, fraternelle et française. De grands défis pour Desjardins par ROBERT LAPLANTE «Les peuples qui pensent en termes d\u2019avenir se préoccupent de natalité, d\u2019environnement et d\u2019éducation.» Claude Béland T Je Mouvement Desjardins se cherche.Son président ne cesse de répéter sur les tribunes les plus diverses que de nouveaux défis obligent le Mouvement \u2014 comme la société québécoise tout entière \u2014 à reviser ses orientations, à revoir le sens de son action.Il est bon d\u2019entendre le dirigeant d\u2019une de nos plus puissantes institutions financières faire appel à l\u2019imagination, à l\u2019audace créatrice et à la rigueur intellectuelle pour aborder l\u2019avenir avec toute l\u2019ouverture d\u2019esprit que requiert l\u2019accélération de l\u2019histoire.L\u2019univers des possibles bouge à une vitesse phénoménale et rien ne nous serait plus nocif que l\u2019enfermement dans le fatalisme si coutumier des petits peuples en proie aux grandes inquiétudes.De graves problèmes affectent notre société et enserrent l\u2019action historique dans un écrin de contraintes qui s\u2019avère extrêmement dur.À les regarder sous l\u2019angle des solutions éprouvées, ces problèmes nous donnent toutes les raisons de croire que leurs conséquences nous seront fatales.Mais au lieu de s\u2019y complaire dans un pessimisme fin-de-siècle qui encore une fois nous relancerait dans les complaintes et les misères morales des ethnies à la 424 L\u2019ACTION NATIONALE dérive il faut plutôt les voir comme une occasion exceptionnelle de dépassement, mieux, comme une condamnation à inventer l\u2019avenir dans le dépassement radical des catégories et des logiques qui rendent si incertain notre avenir en terre d\u2019Amérique.Les turbulences de notre démographie, la planétarisation des économies, le désarroi post-moderne des sociétés qui ne parviennent plus à produire ni consensus mobilisateur ni vision d\u2019avenir, tout cela et bien d\u2019autres choses encore ne fait que renforcer l\u2019idée et le fait que la ligne du risque (Vadeboncœur) constitue la seule position moralement défendable et socialement acceptable.Le Mouvement Desjardins n\u2019en est pas encore à poser la réflexion sur l\u2019état de la société québécoise et sur la place qu\u2019il y tient dans des termes et des choix aussi explicitement radicalisés.Mais il délaisse néanmoins l\u2019économisme béat de ces dernières années pour commencer de s\u2019interroger sur ce que le président Béland appelle «la mission sociale» du mouvement coopératif.Comme institution, Desjardins recommence à faire la preuve que non seulement le monde coopératif n\u2019a pas peur des idées, mais encore qu\u2019il prend fait et cause en faveur d\u2019un «brassage» intellectuel dont il croit aux vertus et aux résultats.Certains pourront toujours dire qu\u2019à Desjardins ce fut toujours le cas \u2014 et ils citeront en exemple la croissance fulgurante des actifs, les percées dans le domaine des services informatisés, les innovations et le positionnement face au décloisonnement et à la déréglementation etc.Mais admettons que la dimension sociale de ce dynamisme n\u2019a pas toujours été évidente pour tout le monde.En ce sens, les récentes assises annuelles de Desjardins, tenues en mars à Québec, laissent entrevoir des développements encourageants.En insistant pour replacer les préoccupations d\u2019éducation au cœur des priorités du mouvement qu\u2019il dirige, Claude Béland commence déjà à prêcher par l\u2019exemple en acceptant lui-même de se définir comme un leader qui mise beaucoup sur la nécessité de garder les yeux sur l\u2019horizon, sur les finalités pour lesquelles les réussites matérielles de Desjardins ne sont que des moyens.À l\u2019heure où la cupidité et l\u2019hédonisme marchand font foi de tout, il est stimulant de voir apparaître de la part d\u2019un haut dirigeant des préoccupations qui s\u2019élèvent au-dessus des seules considérations comptables.Il faut dire que le monde coopératif a particu- DE GRANDS DÉFIS POUR DESJARDINS 425 lièrement souffert des effets dévastateurs du culte de la consommation: les valeurs de solidarité, de justice, de partage et de frugalité sur lesquelles il s\u2019est construit ont été passablement malmenées et ils sont nombreux les coopérateurs à ne plus très bien savoir les reconnaître dans leurs oeuvres.Je crois comprendre dans les propos du président Béland qu\u2019il lui apparaît certain que ces valeurs sont encore pertinentes, mais qu\u2019il en appelle à un effort collectif de réflexion pour trouver les moyens de les réactualiser.Ce parti-pris pour la continuité est louable.Il faudra cependant que le Mouvement Desjardins accepte d\u2019en assumer toutes les conséquences.En appeler à la réaffirmation des valeurs fondamentales ne peut se faire de manière authentique qu\u2019en acceptant d\u2019entrée de jeu de revoir aussi comment et pourquoi on peut s\u2019en être écarté au point parfois de les avoir perdues de vue.À cet égard on croit comprendre que l\u2019insistance sur l\u2019éducation ira bien au-delà du perfectionnement et de la familiarisation avec la loi sur les coopératives ou avec les règlements de régie interne.À un moment où près d\u2019un million de Québécois s\u2019enfoncent dans une dépendance chronique, où les politiciens peuvent affirmer sans broncher que l\u2019économie va très bien avec 10% de chômage et où les caisses populaires prêtent à des taux qu\u2019Alphonse Desjardins n\u2019hésiterait pas à qualifier d\u2019usuraires, il est impératif de réaliser qu\u2019éduquer, c\u2019est mettre sur la voie de l\u2019émancipation et non apprendre à mieux devenir un rouage de la machine.Plus que jamais l\u2019insistance sur l\u2019éducation doit passer par un effort de tous les instants pour traduire dans les faits et faire réaliser à tous les coopérateurs qu\u2019il doit y avoir un lien direct et explicite entre l\u2019affirmation des valeurs et des principes et les actions concrètes.Et ce lien, c\u2019est d\u2019abord et avant tout dans les choix faits quant à l\u2019allocation des surplus qu\u2019il se révèle le plus clairement.Ou bien le profit et la croissance pour la croissance font foi de tout, ou bien la production de trop perçus permet aux coopérateurs et au mouvement coopératif de mieux traduire dans la réalité les choix de valeur sur lesquels ils prétendent fonder leur action et leur mouvement.L\u2019utilisation des surplus constitue le plus fidèle révélateur des choix de valeurs d\u2019une organisation et à plus forte raison d\u2019une organisation coopérative. 426 L\u2019ACTION NATIONALE Aussi le «projet éducatif» de Desjardins devra-t-il nécessairement passer par l\u2019effort et l\u2019obligation d\u2019incarner dans l\u2019action et dans le fonctionnement des institutions les valeurs réaffirmées et réactualisées.Et en cela, les deux autres priorités identifiées par le président Béland dans la citation que j\u2019ai mise en exergue fournissent des occasions extraordinaires de placer le Mouvement Desjardins sur la voie de la construction du Québec du vingt et unième siècle.L'environnement: de la protection à la revitalisation La protection de l\u2019environnement s\u2019impose chaque jour davantage comme une nécessité incontournable.En l\u2019espace de quelques années et «grâce» à quelques catastrophes écologiques, cette préoccupation est passée des cercles restreints des groupuscules au cœur des grandes corporations et des états.Il n\u2019y a donc rien là de particulièrement surprenant d\u2019entendre le président Béland tenir lui aussi des propos écologistes.Au mieux, il fait publiquement la preuve que le mouvement qu\u2019il dirige suit le peloton des grandes institutions modernes qui partout dans le monde commencent à se mettre à l\u2019heure de l\u2019environnement propre.En annonçant que le Mouvement va amorcer une stratégie d\u2019ensemble pour voir au recyclage du papier et à la gestion des produits polluants utilisés dans les bureaux, M.Béland fait un pas dans la bonne direction.Mais il n\u2019y a rien là de particulièrement innovateur.Le recyclage du papier permettra sans doute de ménager quelque peu la forêt qui nous reste, mais il ne constitue certainement pas un moyen à la mesure de Desjardins pour agir efficacement dans la protection de l\u2019environnement forestier.Car le problème environnemental le plus grave qui se pose à la forêt québécoise, c\u2019est qu\u2019elle constitue un patrimoine dilapidé, un patrimoine qu\u2019il s\u2019agit non seulement de cesser de gaspiller, mais encore et surtout de reconstituer.Cesser la sur-exploitation n\u2019est pas suffisant, il faut entreprendre de revitaliser les zones forestières et littéralement reconstruire la forêt.Car les villages forestiers aux prises avec des difficultés économiques grandissantes ne peuvent espérer de redressement que par des efforts pour réimplanter l\u2019activité forestière chez eux.La plupart d\u2019entre eux sont en passe de devenir des nids de chômage et d\u2019assistance DE GRANDS DÉFIS POUR DESJARDINS 427 chronique parce qu\u2019ils campent au beau milieu d\u2019un désert de fardoche laissé par des coupes à blanc et des activités forestières qui, même ralenties, ne leur redonneront plus la forêt qui constituait leur unique ressource.Il importe que le Mouvement Desjardins soutienne vigoureusement les efforts des coopératives forestières qui cherchent à se doter des moyens pour relancer les économies villageoises autour des activités de reboisement et de sylviculture.Des initiatives ont déjà été amorcées en ce sens au sujet de la création éventuelle d\u2019un fonds de développement des villages agroforestiers et il est à souhaiter que le Mouvement Desjardins s\u2019y engagera à fond.En prenant le parti d\u2019appuyer les initiatives du milieu en faveur d\u2019un développement local qui permettrait de revitaliser les villages en favorisant le développement de fermes forestières et de forêts communautaires, Desjardins ferait plus que rendre possible la création d\u2019emplois qui faciliteraient l\u2019établissement de jeunes ruraux dans des villages qui ressemblent de plus en plus à des centres d\u2019accueil à ciel ouvert: le Mouvement innoverait réellement en matière environnementale en devenant la première institution majeure du Québec optant pour une stratégie du développement durable.M.Béland a souvent fait remarquer que l\u2019ancrage territorial du mouvement coopératif en fait une institution à part: Desjardins est incessible.Provigo, Bombardier et les autres fleurons de la garde montante sont toujours susceptibles de passer sous contrôle étranger.Le jour où ils deviendront irrésistiblement appétissants pour plus gros et plus voraces qu\u2019eux.Le sort de Desjardins reste, lui, plus fermement soudé au territoire national.Plus encore, son développement reste intimement lié à la façon dont les Québécois occupent et utilisent leur territoire national.Aucune institution plus que les caisses populaires ne souffrira aussi durement du déclin démographique et du vieillissement rapide qui menacent un nombre impressionnant de communautés dans toutes les régions (voir le rapport du Conseil des Affaires sociales et de la famille Deux Québec dans un).Pour soutenir son réseau et ses institutions locales Desjardins doit s\u2019engager activement dans le développement local non seulement en soutenant, mais surtout en s\u2019efforçant de susciter des initiatives de développement local.Et dans toutes les régions du Québec le développement local passe obligatoirement par la forêt. 428 L\u2019ACTION NATIONALE Refaire le patrimoine forestier, voilà le pôle stratégique d\u2019un modèle de développement local adapté aux réalités du Québec contemporain.Soutenir un tel choix stratégique à l\u2019heure où s\u2019internationalisent les marchés et se planétarise l\u2019économie peut sembler manquer de réalisme.Il est certain que l\u2019insertion de notre géant financier dans l\u2019économie mondiale a des exigences qui contraignent très durement ses orientations.S\u2019il faut critiquer vigoureusement les choix que cela implique et leurs effets sur les valeurs du Mouvement, il faut éviter de s\u2019enfermer dans des positions simplistes qui feraient paraîtfe d\u2019avoir à choisir entre le repli sur soi et l\u2019ouverture sur le monde.Une perspective plus féconde peut être envisagée.On peut faire servir à des fins sociales centrées sur un développement durable, profitable aux membres \u2014 et par conséquent, à l\u2019ensemble des Québécois \u2014 des choix et des actions situés sur les marchés mondiaux.Ces choix ne doivent pas seulement être orientés et pensés en termes de croissance des institutions: ils doivent s\u2019inscrire dans une volonté de faire des gains à long terme en investissant les fruits de cette activité sur le marché mondial en bonne partie dans des actions qui vont permettre de pérenniser le développement des communautés locales.Là-dessus la réflexion est loin d\u2019être amorcée sur les façons de faire et les engagements à prendre pour bien faire fonctionner une stratégie de maximisation des transferts et des retombées possibles dans le milieu (et pas seulement dans les institutions et au service du pouvoir des technocrates) d\u2019éventuels bénéfices découlant de l\u2019insertion dans les grands réseaux mondiaux.On pourrait, par exemple, envisager que le Mouvement prenne l\u2019engagement ferme de verser dans un fonds de développement local une partie substantielle de ses revenus découlant de transactions effectuées sur des marchés étrangers.Le soutien à la natalité Mais quelles que soient les avenues de réflexion en cette matière, il est évident que le Mouvement doit prendre acte d\u2019un fait déterminant: c\u2019est le déclin démographique qui risque d\u2019affecter le plus radicalement son développement et ses orientations.À l\u2019heure actuelle ce déclin n\u2019est qu\u2019une éventualité.Nous DE GRANDS DÉFIS POUR DESJARDINS 429 ne savons pas avec certitude s\u2019il se produira réellement.Nous sommes sûrs cependant que si nous ne faisons rien pour améliorer 1 accueil de 1 enfant à naître et pour aider les couples qui veulent en avoir, cela revient à dire que nous consentons à ce que cela se produise.Il est inutile de se lancer dans la grande rhétorique sur la croissance et le développement si rien n\u2019est fait pour tenir compte du fait que le «capital humain», comme on disait au temps d\u2019Alphonse Desjardins, constitue le bien le plus précieux.À cet égard, le Mouvement Desjardins est investi d\u2019une responsabilité historique particulière.Il est né d\u2019une volonté acharnée de développer pour les nôtres un contrôle sur l\u2019épargne et sur son rôle dans l\u2019accumulation d\u2019un capital qui soit profitable à notre collectivité.Aujourd\u2019hui cette mission passe par l\u2019utilisation des ressources financières coopératives pour permettre à tous ceux et celles qui veulent des enfants de réaliser leur désir en bénéficiant du partage des ressources acquises en coopération II est absurde de penser que c\u2019est à l\u2019État seul que revient la responsabilité de soutenir et d\u2019encourager la natalité.Faire des enfants demande, outre le désir de les avoir et de les élever, des moyens et du soutien que toute communauté conviviale doit s efforcer d\u2019offrir à ses membres.En tant qu\u2019institution majeure de notre société, Desjardins a le devoir de faire tout ce qui est en son pouvoir de réaliser pour améliorer l\u2019accueil fait aux enfants et la place qui leur revient de droit dans la vie collective.Notant que le taux de natalité est légèrement plus élevé dans les milieux et les couches de la société où l\u2019emploi est plus stable, le président Béland insiste régulièrement pour dire qu\u2019agir pour créer des emplois, c\u2019est aider au soutien de la natalité.Tout le monde sera d\u2019accord avec lui.Mais est-ce vraiment la réponse la plus innovatrice et la plus généreuse que nous sommes en droit d attendre de Desjardins?On me permettra d\u2019en douter.On peut en effet imaginer de nombreuses autres manières d\u2019utiliser les coopératives d\u2019épargne pour encourager la natalité.Il y a, bien sûr, le soutien aux garderies qui serait toujours utile, encore que ce ne soit pas nécessairement un moyen très innovateur ni le mieux adapté aux besoins et choix d\u2019un grand nombre de parents.Mais il y en a plusieurs autres qui constituent autant de variantes du parti-pris de river les positions de principe aux déci- 430 L\u2019ACTION NATIONALE sions concrètes concernant l\u2019allocation des surplus.Voici quelques formules envisageables: a)\tcession volontaire de la ristourne: on pourrait très bien imaginer que dans chaque caisse populaire un fonds spécial soit créé pour distribuer des allocations de bienvenue aux parents membres de la caisse qui viennent d\u2019avoir un nouvel enfant.Ce fonds serait constitué des ristournes qu\u2019accepteraient d\u2019y verser les membres au lieu de les encaisser à titre personnel.L\u2019adhésion serait évidemment volontaire et ferait appel à la générosité personnelle.On peut envisager diverses variantes et placer la gestion du fonds au niveau d\u2019une ville, d\u2019une fédération, etc.; b)\tcréation d\u2019un fonds institutionnel: la création de ce fonds serait décidée en assemblée générale et au lieu de faire appel à la générosité individuelle, elle serait une preuve de générosité collective.Au lieu d\u2019agir sur la ristourne, l\u2019assemblée déciderait de verser avant répartition une partie substantielle des trop-perçus dans un fonds qui servirait à distribuer des allocations de bienvenue aux parents membres qui ont eu des enfants dans l\u2019année; c)\tcréation d\u2019un plan de bonification de l\u2019épargne: il s\u2019agirait ici du versement d\u2019un montant forfaitaire établi au pro rata des sommes épargnées par un couple dans 1 année qui précède la naissance d\u2019un enfant.On peut évidemment songer à des pourcentages variables selon le nombre d\u2019enfants, etc.; d)\tcréation d\u2019un régime de bonification de l\u2019épargne: il s\u2019agirait ici d\u2019une véritable utilisation des trop-perçus à la mise sur pied d\u2019un système de répartition des rendements au profit des membres qui ont ou voudraient avoir des enfants.Il s agirait ici d\u2019une espèce de subvention d\u2019appariement de la part de Desjardins qui encouragerait ainsi les parents en soutenant activement leur épargne; e)\tcréation d\u2019un Régime d\u2019Épargne Familiale (REF): il s\u2019agirait ici d\u2019une initiative extrêmement innovatrice qui viserait à développer un nouveau produit financier comparable en tous ponts au régime d\u2019Épargne Action.Desjardins pourrait très bien proposer au gouvernement du Québec de s\u2019associer à son régime de bonification de l\u2019épargne en y investissant des ressources fiscales.Après tout, l\u2019utilisation des fonds publics pour encourager DE GRANDS DÉFIS POUR DESJARDINS 431 la constitution et le développement du «capital humain» n\u2019est certainement pas moins légitime et nécessaire que leur utilisation pour soutenir les besoins en capital de risque de la garde montante.En s\u2019avisant de faire pression sur l\u2019État pour la mise au point d\u2019un tel régime Desjardins ferait à coup sûr une contribution majeure, historique même.Il s\u2019agit, bien sûr, de formulations grossières et de formules qui ne sont encore que très approximatives.Desjardins dispose très certainement des experts nécessaires pour en concevoir la plomberie et comparer leurs mérites respectifs.Mon but n\u2019est ici que d\u2019ouvrir une piste de réflexion et de lancer l\u2019invitation à tous ceux que l\u2019avenir de notre peuple aussi bien que celui du mouvement coopératif intéresse, à brasser des idées pour trouver les meilleurs moyens de faire advenir les possibles du vingt et unième siècle.11 est conforme à la tradition de la revue qu\u2019elle continue de tenir le mouvement coopératif comme un interlocuteur privilégié dans le forum où doit se débattre et se forger l\u2019avenir de notre peuple. Lendemains de colloque Pour continuer la lutte par JEAN-PAUL LEFEBVRE grand rassembleur que fut André Laurendeau a réuni, par une belle fin de semaine de printemps, dans les caves austères de l\u2019Université du Québec à Montréal, une trentaine de pane-listes.À l\u2019invitation du département d\u2019Histoire, chacun présenta son esquisse de l\u2019époque où a évolué Laurendeau, des rôles variés et importants qu\u2019il y a joués et du pays dont il rêvait.Certains ne résistèrent pas à la tentation de révéler à un auditoire malheureusement un peu clairsemé ce que le grand homme penserait de nos ébats patriotiques des dernières années.C\u2019est dire l\u2019enthousiasme que suscitent les colloques, surtout lorsqu ils nourrissent l\u2019une des grandes passions des intellectuels québécois, la constitution.Après avoir regretté que la génération des décideurs ait brillé par son absence à ce rendez-vous avec notre histoire récente, j\u2019aimerais partager avec les lecteurs de / Action Nationale les réflexions que ces échanges ont suscitées chez moi.Les panelistes, journalistes ou universitaires, étaient en majorité de la génération de Laurendeau, ou presque.Les participants étaient surtout des étudiants, auxquels s ajoutaient quelques membres des clubs de l\u2019âge d\u2019or.Il faudrait être bien naïfs Tour à tour syndicaliste, scripteuret animateur à la télé, député provincial, fonctionnaire fédéral, l\u2019auteur, qui a aussi publié plusieurs ouvrages, collabore maintenant à diverses publications. POUR CONTINUER LA LUTTE 433 pour croire que des commentateurs passionnés dans leur engagement puissent interpréter une page d\u2019histoire du Québec sans tirer un peu la couverte dans la direction qu\u2019ils ont eux-mêmes choisie.Et qui oserait affirmer que Claude Ryan, Denis Monière, Pierre de Bellefeuille et Fernand Dumont ne sont pas passionnés! Tant et si bien que Laurendeau a dû se sentir un peu écartelé.Même que je le soupçonne d\u2019avoir discrètement demandé à Ryan et à de Bellefeuille pourquoi les morts ne pourraient pas changer d\u2019idée, alors que les vivants.N\u2019empêche que les yuppies et le «nouveau clergé» (les hommes d\u2019affaires, Dumont dixit) devraient lire les actes du colloque.Ils y apprendraient certainement des choses sur la pensée et 1 action d\u2019André Laurendeau.Ils pourraient aussi juger dans quelle mesure les contemporains qui lui ont survécu ont fait fructifier l\u2019héritage.Pour la centième fois depuis que j\u2019ai l\u2019âge de raison, j\u2019ai assisté à la bagarre verbale entre les tenants d\u2019un fédéralisme centralisateur et ceux d un statut plus ou moins particulier pour le Québec.Cette fois, il y avait de particulier que le statut des centralisateurs était.l\u2019absence.Ils servaient seulement de cible pour le réchauffement des athlètes du camp opposé.Il y a plusieurs pays possibles Dans le préambule du Rapport préliminaire de la Commission Laurendeau-Dunton, on peut lire: «.le Canada traverse actuellement, sans toujours en être conscient, la crise majeure de son histoire.» On y lit aussi: «Si elle (la crise) est surmontée, elle aura contribué à la renaissance d\u2019un Canada plus dynamique et plus riche.Mais ce ne sera possible que si la réalité est démasquée et affrontée à temps.» C était en février 1965.Un quart de siècle plus tard, la situation a bien changé.Mais la crise existe toujours.Elle risque de durer aussi longtemps que notre histoire.C\u2019est-à-dire jusqu aux grandes mutations qui se produiront sans doute un jour à l\u2019échelle de la planète.Mais avant que les Martiens ou les Chinois n\u2019abordent nos côtes par millions et transforment les données de notre problème, j\u2019espère que nous aurons renouvelé nos options constitutionnelles.La réalité qu\u2019il me plaît aujourd\u2019hui 434 L\u2019ACTION NATIONALE de démasquer, c\u2019est le manque d\u2019imagination dont nous sem-blons faire preuve dans ce dossier.De toute évidence, il y a plusieurs pays possibles.Il est aberrant de penser que vingt-six millions de citoyens seraient réduits à choisir, par exemple, entre la vision de Pierre Trudeau et celle de René Lévesque, ou de Jacques Parizeau.Mais cette vérité, pourtant élémentaire, semble s\u2019embrouiller dès que les intellectuels entrent en colloque ou que les scribes s\u2019adonnent à leur exercice favori.Alors, la polarisation s\u2019installe, il ne reste de place que pour le blanc et le noir, c\u2019est-à-dire, la centralisation ou le statut plus ou moins particulier, pouvant aller jusqu à 1 indépendance.Qui plus est, on s\u2019attend à ce que chacun soit solidaire du camp dans lequel on le classe.On ne considérerait pas normal qu\u2019un indépendantiste soit d\u2019accord avec Trudeau ou un fédéraliste avec Parizeau sur la moindre parcelle du dossier constitutionnel.Ce qui inclut le débat linguistique.Le «on» auquel je me réfère ici symbolise la réaction, à mes yeux traditionnelle, de la plupart des intervenants dans ce dossier depuis le début des années 60.Et les médias, qui adorent les sensations fortes et craignent les nuances, poussent de tout leur poids dans le sens de la polarisation.Encouragés par la cohorte des penseurs, les leaders politiques québécois, depuis Jean Lesage jusqu\u2019à nos jours, ont tous chanté des hymnes au fédéralisme dit «asymétrique».Or cette approche comporte une difficulté qui grandit avec 1 âge.Elle nous oblige à faire admettre au reste du Canada une vérité élémentaire, le fait que le Québec soit différent du reste du pays.Rien n\u2019est plus rarement reconnu que les choses élémentaires! D\u2019ailleurs, depuis que nous avons commencé à nous esquinter sur la description des éléments qui font que le Québec est différent, nous avons tellement changé que toutes nos analyses sont périmées.Nous serons bientôt presque aussi différents du Québec des années cinquante que nous le sommes de l\u2019Ontario d\u2019aujourd\u2019hui.Quant à notre statut dans la fédération, il est déjà assez particulier.La polarisation du débat constitutionnel nous a conduits à une impasse, cristallisée par le référendum.Le débat référendaire n\u2019a pas vraiment pris fin.À moins que les discussions sur l\u2019avenir du Québec ne débouchent sur d\u2019autres perspectives, POUR CONTINUER LA LUTTE 435 nous risquons de nous buter dans un jeu de souque à la corde entre les deux positions extrêmes.Pourtant, la réalité politique exigerait que nous portions notre attention à d\u2019autres projets de société.Ce ne sont point les exemples qui manquent.Avant d\u2019en arriver là, constatons d abord que l\u2019Accord du lac Meech constitue, dans les faits, un changement de direction par rapport à la dynamique de la centralisation qui s\u2019était installée depuis la guerre.Mais cette fois, c\u2019est dans la symétrie que le pouvoir fédéral cède du lest aux provinces.Sauf, bien sûr, pour la clause sur la société distincte.Il faut voir, dans cette revendication, que Robert Bourassa avait inclus dans ses cinq «conditions» un prolongement de la position traditionnelle du Québec quant au «statut particulier».Malheureusement, nul ne peut dire quelle est la portée de ce texte.Les Québécois auraient grand tort de monter aux barricades pour défendre une énigme.Tant mieux, si 1 Accord du lac Meech est finalement ratifié.S il ne l\u2019était pas, faudrait-il encourager nos compatriotes à se tourner vers l\u2019indépendance, comme le président du Parti libéral du Québec a semblé le suggérer lors de sa comparution devant un comité de la Législature du Nouveau-Brunswick?On a peine à comprendre la logique d\u2019un tel raisonnement.Je crois plutôt que nous devrions DÉSORMAIS nous tourner vers les mérites et la dynamique de la symétrie dans la décentralisation.Nous sommes assez distincts et assez conscients de notre force pour exercer, à 1 intérieur du Canada, les deux souverainetés dont nous sommes les détenteurs.L\u2019option d\u2019un fédéralisme plus décentralisé est, selon moi, très attrayante pour le Québec des années 90.Certes, ce n\u2019est pas ce que nos intellectuels et nos leaders politiques ont défendu au cours des dernières décennies.Mais ce serait une bien étrange façon d\u2019honorer la mémoire ou l\u2019œuvre des grands hommes politiques et des grands penseurs qui ont animé nos débats politiques des années 60 que de nous figer dans des positions qui ne répondraient plus à nos besoins les plus impérieux.Il n\u2019y a que les sots qui ne changent pas d\u2019idée.Je ne puis résister à la tentation d\u2019une petite parenthèse.Le jour même où il dénonçait «le monstre» du lac Meech et sa «tête hideuse», Pierre Trudeau expliquait tout doucement aux étudiants de McGill qu\u2019il avait accepté à son grand regret d\u2019inclure dans la Charte des Droits la fameuse clause «nonobstant».Ce 436 L\u2019ACTION NATIONALE fut un «compromis», dit-il.Prenons bonne note que l\u2019ancien codirecteur de Cité Libre (avec qui j\u2019ai travaillé étroitement dans le Rassemblement, où j\u2019avais aussi fait la connaissance d\u2019André Laurendeau) admet avoir fait un «compromis», quand il était premier ministre.L\u2019histoire en retiendra quelques autres! Une politique tournée vers l\u2019avenir L\u2019un des panelistes du colloque devait rappeler que Laurendeau, voulant marquer que son passage de la politique active au journalisme ne devait pas être perçu comme une retraite, avait intitulé son premier éditorial au Devoir, le 9 septembre 1947: «Pour continuer la lutte.» En écoutant mes amis indépendantistes et protagonistes du statut particulier, ils étaient nombreux à ce colloque, il m\u2019a semblé que le titre choisi par Laurendeau en 1947 me conviendrait tout à fait pour décrire le pays non pas de mes rêves, mais le pays possible et réalisable au cours de la prochaine décennie.Les constitutionnalistes ont abondamment démontré qu\u2019ils avaient grand besoin d\u2019aide pour démêler leur casse-tête.Je souhaiterais, quant à moi, qu\u2019un groupe assez puissant pour se placer sur l\u2019échiquier politique du Québec procède à l\u2019élaboration d\u2019une nouvelle stratégie en matière constitutionnelle, une stratégie qui me semblerait correspondre aux besoins de la fin de ce siècle et qui pourrait rallier beaucoup de Québécois.Trois objectifs fondamentaux seraient à la base de cette stratégie: 1-\tLe retour au respect absolu des juridictions provinciales.2-\tUne étroite collaboration avec les autres provinces pour l\u2019élimination des zones grises de la constitution et leur attribution aux provinces dans tous les cas où cela semble plus fonctionnel.3-\tUne révision en profondeur de la constitution interne du Québec pour rendre nos institutions plus efficientes tant au plan de l\u2019économie que de l\u2019équité sociale et du développement culturel.Il serait plus que téméraire de prétendre détailler le contenu d\u2019un tel programme dans le cadre d\u2019une brève chronique.Mais il est possible d\u2019en donner une esquisse. POUR CONTINUER LA LUTTE 437 1- Respect absolu des juridictions provinciales À la faveur de la guerre, le gouvernement fédéral s\u2019est arrogé des pouvoirs qui appartenaient aux provinces.Cela nous atout de même valu l\u2019implantation, chez nous, du welfare state.C\u2019est le parlement, en votant des lois à cet effet, qui a créé le mouvement de centralisation.Depuis les années soixante-dix, c\u2019est la bureaucratie fédérale et le pouvoir exécutif, plus que le législateur, qui ont poursuivi la dynamique de l\u2019empiètement fédéral dans toutes les sphères d\u2019activité.Le pouvoir de dépenser du fédéral a été utilisé à fond.Ce ne fut pas toujours dans le meilleur intérêt des payeurs de taxes.Le fouillis des juridictions, le dédoublement des programmes, l\u2019imputabilité réduite créée par cette confusion, rien de cela ne constitue une composante inévitable du fédéralisme.De toute façon, il serait normal que le pendule reparte dans l\u2019autre direction.Cela fera l\u2019affaire du Québec et des autres provinces.D\u2019où l\u2019occasion pour le Québec de se faire des alliés beaucoup plus facilement qu\u2019en argumentant, ad nauseam, sur son fameux caractère distinct.Il est assez stupéfiant de constater que tous les discours patriotiques des dernières décennies n\u2019ont pas empêché l\u2019État fédéral d\u2019envahir joyeusement le domaine de l\u2019éducation.Son influence dans ce secteur est aussi omniprésente que superflue.Il aurait suffi que les provinces apprennent à travailler ensemble pour que le grand frère perde son rôle de substitut.Un inventaire minutieux démontrerait que certains programmes fédéraux n\u2019ont d\u2019autre support constitutionnel que l\u2019inertie des provinces, y compris le Québec.Drôle de patriotisme! On a beaucoup parlé pour parler sur la colline! J\u2019ai toujours eu tendance à croire que le Québec n\u2019aurait guère besoin de pouvoirs différents de ceux des autres provinces, au-delà de ceux qu\u2019il a déjà (code civil, Caisse de dépôt, Loi 101, etc.).Sur ce point, je rejoins la position de Pierre Trudeau.Je crois que le Québec peut être fort et vivre sa différence sans en faire l\u2019objet d\u2019un contrat national à chaque génération.De ce qui précède, le lecteur pourra facilement conclure que je n\u2019ai pas applaudi, quand Robert Bourassa a refusé la Charte de Victoria, en alléguant que le Québec ne pouvait survivre sans la primauté législative sur le secteur de la sécurité sociale.Depuis ce malheureux refus, personne n\u2019a parlé de ce viatique indispen- 438 L\u2019ACTION NATIONALE sable.Et le «non» de 71 nous aura coûté très cher.La charte de Victoria accordait à la langue française une bien meilleure protection que celle de 1982.La vie politique, quoi qu\u2019en disent ceux qui doivent se soucier de leur image historique, est une succession de compromis.Certains sont meilleurs que d\u2019autres.Me distinguer de Trudeau sur un point, de Bourassa sur un autre, je ne le fais point par simple vanité.Je veux simplement prêcher d\u2019exemple.Il faut que le débat sur l\u2019avenir du Québec déborde les clans et les orthodoxies, qu\u2019elles soient partisanes ou idéologiques.Celles-ci stérilisent la pensée et l\u2019action dont nous avons un urgent besoin.2- Clarification des zones grises et partage des nouveaux pouvoirs Le cadre de la fédération canadienne n\u2019a pas empêché le Québec de se développer.Et les retards dont nous souffrons ne sont pas nécessairement «la faute d\u2019Ottawa».C\u2019est du moins le verdict sur lequel tout fédéraliste québécois doit fonder son option première.Si l\u2019on croit le contraire, il est logique d\u2019opter pour l\u2019indépendance.Une fois arrivés à ce premier carrefour, il reste à ceux qui ont opté pour la fédération à en définir les objectifs et le mode de fonctionnement.Dans la conjoncture des années 90, je suggère une bonne dose de décentralisation, sans toutefois mettre en péril ni la solidarité de l\u2019État national, ni son rayonnement à l\u2019étranger.C\u2019est pourquoi j\u2019ai supporté l\u2019accord du lac Meech.L\u2019institutionnalisation des conférences des premiers ministres peut être un bon moyen de compenser la décentralisation des programmes par une concertation plus assidue.Les provinces devraient aussi établir, pour leurs grands secteurs de juridiction: l\u2019éducation, la santé, l\u2019environnement.des mécanismes de concertation interprovinciale beaucoup plus efficaces que ce qui s\u2019est fait jusqu\u2019à maintenant.Incidemment, j\u2019espère que le Québec refusera de participer à une Commission Royale fédérale-provinciale sur l\u2019éducation et la formation, dont l\u2019institution vient d\u2019être recommandée par la Commission De Grand\u2019Pré.Non pas qu\u2019une discussion en profondeur ne soit pas urgente.Simplement, ce serait l\u2019occasion pour les provinces d\u2019agir comme de vrais gouvernements souverains dans ce domaine.Les POUR CONTINUER LA LUTTE 439 provinces devraient former leur Commission, quitte à y inviter le fédéral à titre d\u2019observateur.En se cantonnant dans un rôle de pleureuse perpétuelle et de grande incomprise au sein de la fédération canadienne, la province de Québec se place en position d\u2019enfant gâtée de la famille.Cela suscite la jalousie réelle ou simulée de plusieurs politiciens des autres provinces.Ils utilisent alors les revendications du Québec comme repoussoir, un peu de la même façon que nos politiciens québécois ont souvent utilisé les guerres de mots contre Ottawa.Un Québec qui jouerait DÉSORMAIS le même jeu que les autres provinces, c\u2019est-à-dire une clarification et un renforcement des juridictions provinciales, pourrait être en tête du peloton.Dans un tel contexte, nous aurions aussi plus de chance d\u2019influencer les autres provinces quant au traitement qu\u2019elles devraient accorder à leur minorité francophone.Une telle stratégie garderait intacts le prestige et l\u2019influence des hommes et des femmes que nous élisons pour nous représenter au niveau de la fédération.Nous n\u2019aurions pas entamé notre droit d\u2019aînesse en réclamant de nos partenaires des autres provinces au sein du parlement fédéral un traitement privilégié.3- Révision de la constitution interne du Québec Pendant que nos premiers ministres successifs cassaient du sucre sur le dos des politiciens fédéraux, ils évitaient de remettre en question la structure ou le fonctionnement de nos propres institutions québécoises, sur lesquelles ils avaient pourtant autorité.Quelques exemples: \u2014 L\u2019habitude constitutionnelle qui permet au premier ministre de décider seul, selon son caprice, de la date des élections (jusqu\u2019à la limite de cinq ans) ne semble plus répondre à l\u2019intérêt public, si jamais elle le fit.Le parti au pouvoir jouit déjà d\u2019un avantage énorme sur ses adversaires.La démocratie serait mieux servie si les élections avaient lieu à date fixe, sous réserve, bien sûr, d\u2019un renversement du gouvernement par l\u2019Assemblée Nationale.\u2014 Il y aurait lieu d\u2019inclure dans la constitution du Québec l\u2019obligation, pour les gouvernements successifs, d\u2019amender périodiquement la loi électorale pour toujours faire en sorte que 440 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019Assemblée Nationale soit la plus représentative possible des vues exprimées par la population à l\u2019occasion des élections.Ainsi, il serait actuellement désirable qu\u2019au moins une partie de l\u2019Assemblée soit élue au vote proportionnel.La preuve des distortions considérables entre le vote populaire et la représentation qui en découle n\u2019est plus à faire.4- Quelques priorités non constitutionnelles \u2014 Un rapport récent du Conseil des Affaires sociales intitulé Deux Québec dans un, faisait ressortir l\u2019existence de disparités à la fois étonnantes et scandaleuses entre diverses sous-régions du Québec.Certains coins de pays se dépeuplent et stagnent pendant que d\u2019autres participent au développement économique.Nous habitons un immense territoire.Et nous ne sommes que six millions.L\u2019aménagement, dans de telles circonstances, doit être fait avec une grande rationalité afin de maximiser l\u2019utilisation de nos ressources, tout en réduisant le plus possible le coût de distribution des services.Qu\u2019avons-nous fait, ou laissé faire?Nous avons édifié des monstres administratifs, nos grands ministères québécois, qui opèrent de façon très centralisée.D\u2019autre part, nous avons abandonné le développement du territoire à une armée de développeurs privés, souvent pourvus de leurs représentants dans nos quinze cents municipalités.Les effets conjugués de cette double anomalie risquent de produire une lente désertification d\u2019une partie importante du territoire québécois.Il faudrait, de toute urgence, revoir la carte municipale du Québec et les fonctions des administrations locales.La création d\u2019un nombre restreint de grandes municipalités fournirait une occasion de régler deux problèmes: l\u2019aménagement rationnel du territoire et la décentralisation des services gouvernementaux.\u2014 En révisant la carte municipale, il faudrait noter que les résidants de l\u2019île de Montréal sont à demi, sinon aux trois quarts défranchisés.Les décisions les plus importantes se prennent à la Communauté urbaine, structure toujours aussi peu démocratique que lors de son institutions au début des années 70.Une île, une ville, c\u2019est peut-être le seul discours de Jean Drapeau qui m\u2019ait vraiment intéressé.Mais il n\u2019a pas encore eu de suites. POUR CONTINUER LA LUTTE 441 \u2014 On devrait établir au Québec un ministère du Futur.Beaucoup des problèmes que nous connaissons aujourd\u2019hui, la détérioration du milieu physique par exemple, proviennent d\u2019un manque chronique de prévision.Tous les gouvernements ont tendance à gérer le présent en ayant en vue l\u2019échéance, toujours proche, de la prochaine élection.La création d\u2019un ministère du Futur ne changerait pas la nature humaine.Elle ferait cependant de la prospective une nécessité politique en rendant visibles les efforts, ou l\u2019absence d\u2019efforts, de la part de l\u2019État, pour embellir l\u2019héritage que nous transmettons, d\u2019une décennie à l\u2019autre.À titre d\u2019exemple, je citerai l\u2019un des plus graves problèmes de notre époque: le partage du travail.La piètre gestion de nos ressources humaines et du marché du travail ont des répercussions sur le taux de natalité, le niveau de dépendance sociale, le coût des services sociaux, le produit national brut.Sans parler du bonheur national que l\u2019oisiveté involontaire de centaine de milliers de personnes compromet sérieusement.Il est douteux que la bureaucratie gouvernementale comme constituée accouche d\u2019un plan d\u2019action qui permette d\u2019attaquer ce problème.Conclusion Après avoir semoncé ceux qui ont difficilement résisté à la tentation de faire parler André Laurendeau, vingt ans après sa mort, je ne vais pas me livrer à cet exercice téméraire.Cependant, je donnerai volontiers la parole à Claude Ryan interprétant la pensée de Laurendeau dans l\u2019extrait suivant de la communication qu\u2019il fit au colloque de mars dernier: «À ses yeux, la formule du statut particulier avait quelque chose de gênant et d\u2019étriqué: elle faisait penser à une faveur que l\u2019on exigerait pour un membre gâté de la famille.La formule de l\u2019État associé était trop proche, selon lui, de la souveraineté pour qu\u2019elle eût la moindre chance d\u2019être acceptable au Canada anglais ou encore d\u2019être efficace et durable.Laurendeau jugeait non moins acceptable toute formule de statu quo ou de simple retouche aux droits linguistiques.» En affirmant que ce sujet passionnait les intellectuels québécois, je n\u2019ai fait que proclamer une évidence.Le corollaire de cette constatation est que Monsieur et Madame Tout-le-Monde ne sont pas insensibles à ces questions.Sans se donner la peine d\u2019aller aux sources de l\u2019information, ils réagissent aux querelles 442 L\u2019ACTION NATIONALE des initiés.Pour que le menu constitutionnel offert au jugement de la population soit modifié, il faudra qu\u2019une révision des positions se produise à l\u2019intérieur du cercle des leaders de l\u2019opinion et que la polarisation traditionnelle se fractionne.C\u2019est dans la réalité politique elle-même que réside l\u2019incitation la plus convaincante.Le Québec est en progrès, certes, mais il a grandement besoin de trouver des solutions politiques efficaces à la croissance parallèle des deux sociétés qui l\u2019habitent, une relativement prospère, l\u2019autre pauvre.Ceux que cette pauvreté n\u2019émeut pas devraient au moins la craindre.Nous devons aussi nous renforcer face à la concurrence internationale.La compétition galopante nous fixe des priorités.Aucune société, pas plus qu\u2019aucun individu, ne peut tout faire en même temps.Dans un contexte fédéral, le débat sur le partage des pouvoirs entre les deux niveaux de gouvernement souverains est imparable.Quelle que soit la stratégie de l\u2019État québécois, nous savons bien que la question constitutionnelle est à notre ordre du jour pour les prochaines décennies.Il est cependant dans notre intérêt d\u2019orienter le débat de telle sorte qu\u2019il ne débouche pas sur un cul-de-sac et n\u2019absorbe une part démesurée de nos énergies.Ce sont là les réflexions que m\u2019a inspirées une fin de semaine passée dans les catacombes de l\u2019UQAM.Il faut continuer la lutte, mais modifier le tir.Nous sommes trop jeunes comme peuple pour être déjà sclérosés. Le Québec et le Canada dans les eaux troubles du Lac Meech par SYLVAIN MASSÉ «.le pacte fédéral ne saurait avoir une longue existence, s\u2019il ne rencontre, dans les peuples auxquels il s\u2019applique, un certain nombre de conditions d\u2019union qui leur rendent aisée cette vie commune et facilitent la tâche du gouvernement.» Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique T Je 30 avril 1987, dans un chalet sur les bords du Lac Meech, les onze chefs de gouvernement du Canada approuvèrent les cinq conditions posées par le Québec comme préalables à son adhésion à l\u2019entente constitutionnelle de 1982'.Les amende- 1.Les cinq conditions, énoncées pour la première fois par le ministre délégué aux Affaires intergouvemementales canadiennes, M.Gil Rémillard, lors d\u2019un colloque au Mont Gabriel le 9 mai 1986, sont les suivantes: \u2014\treconnaissance du Québec comme société distincte; \u2014\tpouvoirs accrus en matière d\u2019immigration; \u2014\tdiminution du pouvoir fédéral de dépenser; \u2014\treconnaissance d\u2019un droit de veto pour le Québec; 444 L\u2019ACTION NATIONALE merits suggérés furent, par la suite, couchés dans un texte juridique unanimement entériné par les premiers ministres du Canada et des provinces à Ottawa, le 3 juin 1987.Une conjoncture politique favorable (l\u2019élection du gouvernement de M.Mulroney à Ottawa et celui de M.Bourassa à Québec) avait enfin permis au Québec d\u2019effacer l\u2019affront du 5 novembre 1981, où la province francophone s\u2019était retrouvée exclue de l\u2019entente constitutionnelle agréée, à la faveur de la nuit, par les neuf provinces anglophones et le gouvernement fédéral.Selon les termes de l\u2019entente du Lac Meech, les législatures provinciales et le parlement canadien ont jusqu au 23 juin 1990 pour ratifier la motion de résolution prévue dans l\u2019accord du 3 juin 1987.À ce jour, toutes les assemblées législatives, à l\u2019exception de celles du Manitoba et du Nouveau-Brunswick, ont ratifié l\u2019accord.La rentrée du Québec sur la scène constitutionnelle revêtait, avant tout, un caractère symbolique, car la province était déjà, bon gré mal gré, techniquement assujettie à l\u2019Accord de 1982.Cependant, les termes de l\u2019entente de 1987, et plus particulièrement le concept de «société distincte», ont une importance qui va bien au-delà de la symbolique du processus politico-constitutionnel d\u2019intégration.Le présent travail sera divisé essentiellement en trois parties.Tout d\u2019abord, on évaluera l\u2019importance respective des notions de dualité canadienne et de société distincte québécoise contenues dans un nouvel article à être enchâssé dans l\u2019Acte constitutionnel de 1867.Par la suite, on analysera l\u2019impact probable de la société distincte sur la Charte des droits, en prenant soin de montrer la vision constitutionnelle qui sous-tend l\u2019entente de 1987 et la Charte.Enfin, on hasardera quelques hypothèses qui découlerait d\u2019un échec de l\u2019Accord du Lac Meech.\u2014 participation du Québec à la nomination des juges à la Cour suprême du Canada.Source: Gil Rémillard, Texte de la conférence prononcée le 9 mai 1986 devant les membres de l\u2019Institut des relations intergouvemementales (Université Queen\u2019s) et de TE.N.A.P., p.8-13. LE QUÉBEC ET LE CANADA DANS LES EAUX TROUBLES 445 A- Les concepts de dualité canadienne et de société distincte québécoise Le premier paragraphe de l\u2019article 2 à être intégré dans l\u2019Acte de 1867 se lit comme suit: «(1) Toute interprétation de la Constitution du Canada doit concorder avec: a)\tla reconnaissance de ce que l\u2019existence de Canadiens d\u2019expression française, concentrés au Québec mais présents aussi dans le reste du pays, et de Canadiens d\u2019expression anglaise, concentrés dans le reste du pays mais aussi présents au Québec, constitue une caractéristique fondamentale du Canada; b)\tla reconnaissance de ce que le Québec forme au sein du Canada une société distincte2.» D\u2019entrée de jeu, on remarque que les concepts de dualité canadienne et de société distincte québécoise sont respectivement contenus aux alinéas a) et b) du nouveau paragraphe proposé.De plus, ces deux notions, une fois constitutionnalisées, représenteront clairement des règles interprétatives dont les tribunaux devront tenir compte, lorsqu\u2019ils rendront leurs décisions.En outre, le simple fait que ces clauses soient placées au début de l\u2019Acte de 1867 paraît leur conférer une importance non négligeable dans la hiérarchie interprétative.Avant d\u2019analyser leur importance respective, on croit justifié d\u2019examiner brièvement ces deux concepts.Avant qu\u2019il ne soit amendé après l\u2019accord de principe du 30 avril 1987, le paragraphe la) traitait d\u2019un «Canada anglophone» et d\u2019un «Canada francophone», ce qui a suscité une controverse envenimée par l\u2019intervention remarquée de l\u2019ancien premier ministre fédéral, M.Trudeau.Dans un article incendiaire publié dans le quotidien La Presse, il avait écrit: 2.Guide de l\u2019Accord constitutionnel du Lac Meech, Gouvernement du Canada, août 1987, p.15. 446 L\u2019ACTION NATIONALE « [l)es Canadiens qui se sont battus pour un Canada unique, bilingue et multiculturel, peuvent dire adieu à leur rêve: nous avons désormais deux Canadas, chacun défini en fonction de sa langue3.» Il est difficile d\u2019évaluer jusqu\u2019à quel point les propos de M.Trudeau ont pu influencer les décideurs politiques à modifier le paragraphe la).Quoi qu\u2019il en soit, les termes retenus, en se fondant sur des personnes plutôt que sur des groupes, paraissent refléter une conception individualiste de la dualité.Enfin, il faut noter que la dualité «constitue une caractéristique fondamentale du Canada».Ce facteur d\u2019unification sociolinguistique ne laissera certes pas les tribunaux insensibles.La société distincte dont il est question au paragraphe lb) a uniquement trait au Québec.Aussi, «le principe de l\u2019égalité de toutes les provinces»4, prévu dans la motion de résolution autorisant la modification de la Constitution du Canada, est-il d\u2019ordre institutionnel, certainement pas d\u2019ordre politique.On peut noter que la société distincte est une règle interprétative qui ne représente pas une «caractéristique fondamentale du Canada».Par conséquent, elle n\u2019apparaît pas aussi importante que la règle interprétative contenue au paragraphe la).De plus, la société distincte reconnue se trouve naturellement «au sein du Canada», ce qui pourrait limiter davantage sa portée.Les paragraphes 2 et 3 de l\u2019article 2 représentent bien plus que des prolongements du paragraphe 1.Ils se lisent respectivement comme suit: «(2) Le Parlement du Canada et les législatures des provinces ont le rôle de protéger la caractéristique fondamentale du Canada visée à l\u2019alinéa (l)a).(3) La Législature et le gouvernement du Québec ont le rôle de protéger et de promouvoir le caractère distinct du Québec visé à l\u2019alinéa ( 1 )b)5.» Selon la plupart des constitutionnalistes, les paragraphes 2 et 3 s\u2019avèrent un moyen de mise en oeuvre des pouvoirs législatifs 3.\tLa Presse, 27 mai 1987, p.A7.4.\tGuide de l\u2019Accord constitutionnel du Lac Meech, op.ci)., p.13.5.\tIbid., p.15. LE QUÉBEC ET LE CANADA DANS LES EAUX TROUBLES 447 fédéraux et provinciaux existants.Le premier moyen de mise en œuvre est la règle interprétative prévue au paragraphe 1.Cette dernière a cependant un «caractère aléatoire»6, car elle n\u2019est pas contraignante pour les tribunaux.D\u2019ailleurs, en droit constitutionnel, une règle d\u2019interprétation n\u2019a pas le même poids qu\u2019une règle de fond (e.g., la compétence législative de chaque niveau de gouvernement)7.De plus, la règle interprétative relative à la société distincte sera soumise à une hiérarchie «qualitative» d\u2019interprétation par les cours, ce qui ne la banaliserait certes pas, mais elle pourrait néanmoins être relativisée face à d\u2019autres règles vues comme plus fondamentales, comme la dualité canadienne.Il est important d\u2019ajouter que le paragraphe 4 prévoit qu\u2019on ne pourra déroger aux pouvoirs législatifs et gouvernementaux existants8.En d\u2019autres mots, le paragraphe 4 veille à ne donner aucun pouvoir additionnel aux législatures et aux gouvernements.C\u2019est donc la dynamique découlant des trois premiers paragraphes de l\u2019article 2 qui contribuera à donner une latitude plus ou moins grande aux compétences présentes des acteurs susmentionnés.Aussi, ces moyens de mise en œuvre auront-ils un impact non négligeable sur certains droits prévus dans la Charte.C\u2019est d\u2019ailleurs la raison pour laquelle on a pris la peine d\u2019ajouter l\u2019article 16 à la modification constitutionnelle de 19879.L\u2019in- 6.\tJosé Woehrling, «La connaissance du Québec comme société distincte et la dualité linguistique du Canada: conséquences juridiques et constitutionnelles», (septembre 1988) XIV numéro spécial Analyse de Politiques, p.49.7.\tPour une discussion plus approfondie de ces deux règles, consulter: Pierre-André Côté, in Le Québec et le Lac Meech, Un dossier du Devoir, Guérin Littérature, Montréal, 1987, p.143-146.8.\tCe paragraphe se lit comme suit: «(4) Le présent article n\u2019a pas pour effet de déroger aux pouvoirs, droits ou privilèges du Parlement ou du gouvernement du Canada, ou des législatures ou des gouvernements des provinces.Y compris à leurs pouvoirs, droits ou privilèges en matière de langue.» Source: Guide de l\u2019Accord constitutionnel du Lac Meech, op.cit., p.15.9.\tCet article se lit comme suit: «16.L\u2019article 2 de la Loi constitutionnelle de 1867 n\u2019a pas pour effet de porter atteinte aux articles 25 ou 27 de la Charte canadienne des droits et libertés, à l\u2019article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 ou au point 24 de l\u2019article 91 de la Loi constitutionnelle de 1867.» Source: Ibid., p.21.Italiques dans le texte. 448 L\u2019ACTION NATIONALE sertion de cet article, qui soustrait l\u2019article 2 proposé aux clauses relatives au multiculturalisme et aux peuples autochtones, démontre que la Charte ne sera pas exempte des réalités juridiques découlant de l\u2019article 2.La dualité canadienne Le concept de dualité canadienne paraît conférer, sur papier, une symétrie entre les personnes s\u2019exprimant dans les deux langues officielles du Canada.Ainsi, les minorités anglo-québécoise et francophones hors du Québec semblent être les principales bénéficiaires des paragraphes la) et 2.Cependant, on connaît le fossé des droits qui sépare ces deux communautés sociolinguistiques.En ne protégeant que cette caractéristique fondamentale, on ne protège en fait que les droits existants des deux communautés minoritaires.Cette symétrie constitutionnelle camoufle mal une asymétrie sociolinguistique qui avantage la communauté anglophone du Québec, laquelle jouit déjà de droits très étendus, et défavorise les francophones hors-Québec dont les droits ne peuvent être promus.C\u2019est là une preuve tangible du rapport de force très inégal existant au Canada en matière linguistique.Quelques groupes, dont Alliance-Québec, ont soutenu que la société distincte incluait nécessairement la communauté anglo-québécoise.Cette opinion est fort discutable et elle permettra de s\u2019interroger quant à certains aspects liés au concept et qui ne font pas l\u2019unanimité.Tout d\u2019abord, si la communauté anglophone du Québec faisait partie intégrante de la société distincte, cela rendrait compte d\u2019une «dualité québécoise».Toutefois, la dualité canadienne, définie au paragraphe la), inclut expressément la minorité anglophone du Québec.On peut alors croire que la société distincte renvoie au caractère français du Québec.En outre, la communauté anglophone ne peut se retrouver aux deux alinéas du paragraphe 1; à moins d\u2019une redondance constitutionnelle, ce qui est peu probable.De plus, la dualité canadienne n\u2019est que protégée, alors que le «caractère distinct du Québec» peut être non seulement protégé, mais aussi promu.De là, il serait illogique, d\u2019un strict point de vue symétrique, que la langue anglaise soit promue au Québec, alors que le français n\u2019est que protégé ailleurs au Canada, LE QUÉBEC ET LE CANADA DANS LES EAUX TROUBLES 449 selon les termes du paragraphe 2.Considérant les problèmes reliés à cette fausse symétrie, il serait outrecuidant de promouvoir une langue qui est déjà en position de force au Canada.La société distincte Ainsi, la clause de la société distincte s\u2019adresse au caractère français du Québec uniquement.Cette reconnaissance n\u2019est pas étonnante, si on constate que, d\u2019un point de vue démolinguistique, c\u2019est le français qui est menacé au Québec et au Canada, voire en Amérique du Nord.D\u2019ailleurs, dans son jugement relatif à la langue de l\u2019affichage commercial au Québec, la Cour suprême du Canada a elle-même reconnu «la vulnérabilité de la langue française au Québec et au Canada»10.Il est vrai, cependant, que cette protection et cette promotion du caractère français du Québec devront respecter la dualité canadienne.Avant d\u2019effectuer une analyse comparative de ces deux concepts, on consacrera quelques lignes à un débat qui a cours au Québec et qui a trait à l\u2019absence de définition de la société distincte dans l\u2019amendement constitutionnel proposé.Certains politicologues et sociologues ont soutenu qu\u2019une définition de la société distincte s\u2019impose si on désire savoir ce «sur quoi on s\u2019entend»\".À ce sujet, Léon Dion souligne que «le Droit n\u2019a de sens que s\u2019il correspond de la façon la plus précise possible à la réalité sociale»12.En cela, Léon Dion se fait l\u2019écho d\u2019un courant juridique qui, quoique minoritaire, exige que le législateur définisse les concepts qu\u2019il introduit dans un texte constitutionnel de façon à faciliter leur interprétation subséquente par les tribunaux.Toutefois, la plupart des constitutionnalistes s\u2019accordent pour dire que «[qjuand on énumère dans un article de droit, l\u2019on restreint toujours»'*.La question est très délicate, car les cours auront à se prononcer sur les mérites intrinsèques ainsi que sur la portée de la société distincte.Les honorables juges pourront être d\u2019une école 10.\tCour suprême du Canada, 15 décembre 1988, p.72.11.\tFernand Dumont, in Le Québec el le Lac Meech, op.cit.,p.139.12.\tLéon Dion, in Ibid., p.92.13.\tGérald-A.Beaudoin, in Ibid., p.80.Italiques dans le texte. 450 L\u2019ACTION NATIONALE activiste ou positiviste face à cette réalité, mais le courant majoritaire semble être du côté des tenants de l\u2019absence d\u2019une définition.Il faut néanmoins admettre que ce qui rend le Québec distinct, c\u2019est d\u2019abord et avant tout son caractère français, duquel découle directement ou indirectement des attributs particuliers (e.g., Code civil, culture francophone, institutions socioéconomiques originales).Cependant, il est vrai que la «discussion très étroitement \u2018avocate\u2019 des textes du Lac Meech ne fait pas l\u2019effort de replacer ceux-ci dans un contexte historique»14.Cette absence de référence singulière pourrait avoir, si l\u2019accord est adopté, des conséquences qu\u2019il n\u2019est pas possible actuellement de mesurer.Néanmoins, si on considère que toute société possède un fondement politique qui s\u2019articule concrètement autour d\u2019un État, et que cet État évoque aussi la communauté majoritaire qui y est reliée et qui, en un sens, le légitimise, il serait possible d\u2019entrevoir le devenir québécois avec un optimisme mesuré.En cas de conflit juridique entre les concepts de dualité canadienne et de société distincte québécoise, lequel des deux aura préséance sur l\u2019autre auprès des cours de justice?Considérant que la dualité linguistique «constitue une caractéristique fondamentale du Canada», il apparaît évident que les tribunaux trancheront en faveur de cette règle interprétative qui s\u2019applique d\u2019ailleurs partout au Canada, ce qui en fait une règle «nationale».Par conséquent, il pourrait être difficile pour le Québec d\u2019accepter les termes d\u2019une décision qui heurterait de front sa volonté de protection et de promotion de son caractère français.Toutefois, il existe des moyens constitutionnels, à la disposition du Québec et à la portée des autres législatures au Canada, pour freiner tant soit peu les conséquences tangibles de pareilles décisions.Ils seront examinés dans la seconde partie de ce travail.B- La société distincte et la Charte des droits D\u2019entrée de jeu, il faut souligner que deux philosophies constitutionnelles ou, mieux, deux visions du Canada s\u2019affrontent ici: celle de la Charte et celle du Lac Meech.Proclamée le 17 14.Henri Brun, in Ibid., p.153-154. LE QUÉBEC ET LE CANADA DANS LES EAUX TROUBLES 451 avril 1982 par la Reine du Canada, l\u2019Accord constitutionnel issu du compromis politique du mois de novembre 1981, et surtout la Charte des droits qui y est enchâssée, est l\u2019héritier des changements survenus dans l\u2019ordre international après la seconde guerre mondiale.La Charte internationale des droits de la personne met précisément l\u2019accent sur les individus ainsi que sur les droits inaliénables qu\u2019ils possèdent au sein et même au-delà des États nationaux.Au Canada, la Charte des droits s\u2019est avérée un «instrument puissant d\u2019uniformisation.Les valeurs premières de la société sont grâce à elle déterminées de façon uniforme pour tout le Canada»15.Instrument dont la Cour suprême du Canada est l\u2019arbitre ultime, l\u2019entente du Lac Meech n\u2019est pas venue perturber ce nouvel ordre, mais a plutôt réussi à lui faire contrepoids.En d\u2019autres mots, la vision nationale articulée par la Charte, et généralement non fondée sur le territoire, a été aplanie par une conception territoriale représentée par un fédéralisme de type institutionnel et, dans une moindre mesure, «sociétal» (e.g., la société distincte).Où se situe la société distincte par rapport à la Charte?Comme on l\u2019a écrit plus haut, la Charte canadienne des droits sera certainement affectée par les décisions des tribunaux relativement à la clause du caractère distinct du Québec.D\u2019ailleurs, un constitutionnaliste a soutenu que le Québec n\u2019aurait jamais accepté «que la Charte soit exemptée de l\u2019application des dispositions de l\u2019article 2 relatives au caractère distinct de la société québécoise»16.Cependant, les juges ont fixé des critères qui limiteront sensiblement la portée des actions législatives du Québec.Toutefois, ces critères devront logiquement tenir compte du fait que le Québec n\u2019est pas «une province comme les autres», considérant que les paragraphes 2b) et 3 de l\u2019article 2 de l\u2019Accord de 1987 ne s\u2019adressent qu\u2019à lui seul.15.\tIbid., p.152.16.\tAndré Morel, «La reconnaissance du Québec comme société distincte dans le respect de la Charte», in L'adhésion du Québec à l\u2019accord du Lac Meech, Points de vue juridiques et politiques, Les Éditions Thémis, Montréal, 1988, P- 57. 452 L\u2019ACTION NATIONALE Dérogation légitime Pour qu\u2019une restriction légitime aux droits contenus dans la Charte soit permise, la Cour suprême du Canada a défini essentiellement deux critères: celui des «limites raisonnables» et celui de la proportionnalité.Quant au premier critère, l\u2019objectif visé par le législateur ou le gouvernement devra être suffisamment important pour justifier cette dérogation aux droits constitution-nalisés.Ainsi, selon les termes de l\u2019article 1 de la Charte, ces limites devront être «raisonnables» et démontrables «dans le cadre d\u2019une société libre et démocratique».Considérant sans doute que ce critère péchait par manque de clarté, la Cour suprême a, dans deux arrêts subséquents17, introduit un critère de proportionnalité contenant trois éléments18.Premièrement, la législature qui dérogerait (pas nécessairement dans le sens de l\u2019article 33 de la Charte) à certains droits, devra garantir que les mesures adoptées ne seront pas arbitraires.Deuxièmement, elle devra voir à ce que les moyens choisis restreignent «aussi peu qu\u2019il est raisonnablement possible de le faire»19, le droit ou la liberté visée.Troisièmement, il devra y avoir proportionnalité entre les effets et l\u2019objectif législatif.Le juge en chef de la Cour suprême, l\u2019honorable Brian Dickson, a en outre écrit que les tribunaux devront «soupeser les intérêts de la société et ceux de particuliers et de groupes»20.Prenant appui sur ces propos, un constitutionnaliste a affirmé que le «cas» de la société distincte est très approprié, car «il invite les tribunaux à soupeser, d\u2019un côté, les intérêts, constitutionnellement protégés, d\u2019une société reconnue comme \u2018distincte\u2019 et, de l\u2019autre, ceux de particuliers ou de groupes dont des droits seraient restreints»2'.Depuis que la Cour suprême a, dans une décision rendue en 198 7 22, établi que la Charte des droits n\u2019a pas de 17.\tR.c Oakes (1986], R.C.S.139; R.c Edwards Books and Art Ltd., [1986] 2 R.C.S.713,772.18.\tLes trois éléments de ce critère sont discutés dans le texte d\u2019André Morel, op.cil., p.62-63 surtout.19.\tR.c Edwards Books and Art Ltd., op.cil., 713, 772.20.\tR.c Oakes, op.cil., 139.21.\tAndré Morel, op.cil., p.63.22.\tRenvoi relatif au projet de Loi 30, An Act to Amend the Education act (Ont.), [1987] 1 R.C.S.1149. LE QUÉBEC ET LE CANADA DANS LES EAUX TROUBLES 453 «valeur supra-constitutionnelle»23, le Québec peut être assuré que les tribunaux, peu importe leur décision finale, accorderont à la société distincte une importance particulière.Une nouvelle vision politique Les tribunaux devront compter avec la vision politique et constitutionnelle qui se dégage de l\u2019entente du Lac Meech, à savoir, une conception plus décentralisée du Canada24.Dès lors, le caractère spécifique du Québec pourrait y gagner.Ainsi, dans l\u2019éventualité où des modifications législatives en matière de langue paraissent heurter quelque peu les droits de la minorité anglophone, les tribunaux pourront interpréter ces mesures comme «raisonnables» aux termes de l\u2019article 1 de la Charte.Cependant, l\u2019activisme judiciaire en matière linguistique, ou du moins dans des domaines qui touchent de près ou de loin les droits des minorités, pourrait desservir le Québec.On peut citer un court passage de la décision de la Cour suprême du Canada relativement à l\u2019affichage commercial au Québec pour s\u2019en convaincre: «Étant donné que cette Cour a déjà affirmé à plusieurs reprises que les droits et libertés garantis par la Charte canadienne doivent recevoir une interprétation large et libérale, il n\u2019y a aucune raison valable d\u2019exclure l\u2019expression commerciale de la protection de l\u2019ai.2b) [relatif à la liberté d\u2019expression] de la Charte»15.S\u2019ajoute à cette «primauté subjective» de la Charte sur les pouvoirs législatifs le caractère fondamental de la dualité canadienne discuté plus haut.Même s\u2019il était ratifié, l\u2019Accord du Lac Meech pourrait limiter sensiblement certaines visées du Québec, 23.\tJosé Woehrling, op.cil., p.51.24.\tUn constitutionnaliste a d\u2019ailleurs écrit que «the Meech Lake amendments will move them [les cours] towards a more decentralized approach».Source: A.Wayne MacKay, «Linguistic Duality and the Distinct Society in Quebec: Declarations of Sociological Fact or Legal Limits on Constitutional Interpretation?», in Katherine E.Swinton et Carol J.Rogerson (éds.), Competing Constitutional Visions, The Meech Lake Accord, Carswell, Toronto-Calgary-Vancouver, 1988, p.74.25.\tCour suprême du Canada, 15 décembre 1988, p.58-59.Italiques dans le texte du jugement. 454 L\u2019ACTION NATIONALE en matière linguistique notamment.Toutefois, la clause dérogatoire prévue à l\u2019article 33 de la Charte des droits canadienne, qui permet au parlement ou à la législature d\u2019une province de se soustraire à des dispositions spécifiques de la Charte, pourrait être invoqué par le Québec advenant une décision des tribunaux qui freinerait son action législative dans un domaine où précisément l\u2019article 33 peut être utilisé.Néanmoins, cette mesure n\u2019est pas populaire; on a d\u2019ailleurs vu la réation des Anglo-Québécois et du Canada anglais à la suite de son utilisation par le Québec après la décision de la Cour suprême quant à l\u2019affichage commercial.De plus, les droits spécifiquement linguistiques échappent à l\u2019emprise de l\u2019article 33 (e.g., l\u2019article 23 de la Charte relatif aux droits éducationnels des minorités de langue officielle, et l\u2019article 133 de l\u2019Acte de 1867 sur le bilinguisme législatif et judiciaire au Québec).Malgré tout, il faut reconnaître que la société distincte n\u2019est pas une coquille vide; elle a donc plus qu\u2019une importance symbolique, car elle pourra vraisemblablement avoir un impact sur certains droits prévus dans la Charte.Mais, en tant que règle interprétative, elle ne peut contraindre les tribunaux.De plus, elle est soumise à une «hiérarchie qualitative» d\u2019interprétation où la dualité canadienne apparaît plus importante.Enfin, les tribunaux interpréteront toujours largement les droits des minorités partout au Canada, surtout que ceux-ci s\u2019avèrent un puissant symbole d\u2019unité nationale.Du moins, est-ce l\u2019opinion des cours et des acteurs politiques fédéraux.Face à la tempête Avant de terminer cette seconde partie, on doit répondre à la tempête de rhétorique, le plus souvent creuse, qui a déferlé sur le Canada relativement à l\u2019Accord du Lac Meech.M.Trudeau a condamné l\u2019accord en affirmant qu\u2019il avait été négocié par un «pleutre» (M.Mulroney), et qu\u2019en donnant tout le pouvoir aux provinces, le Canada deviendrait éventuellement un État impotent gouverné par des «eunuques».Ne voulant sans doute pas être en reste, un autre brillant critique a dit que l\u2019entente du Lac Meech était l\u2019équivalent politique du virus du SIDA26.Il y a eu, bien sûr, des reproches mesurés à l\u2019endroit de l\u2019accord et, fort LE QUÉBEC ET LE CANADA DANS LES EAUX TROUBLES 455 heureusement, ils dépassent en nombre les cas psychiatriques préalablement cités.Essentiellement, selon ces individus et ces groupes, l\u2019accord ne protège pas suffisamment les droits des minorités, des femmes et des autochtones.On doit d\u2019abord se demander pourquoi un accord, rédigé dans des termes si modérés, a fait s\u2019agiter tant d\u2019épouvantails.L\u2019accord n\u2019est pourtant, en grande partie, que la constitutionnalisation de pratiques politiques et de matières déjà discutées (e.g., enchâssement de l\u2019entente Cullen-Couture en matière d\u2019immigration; rôle provincial dans le processus de nomination des juges à la Cour suprême; encadrement du pouvoir fédéral de dépenser; etc.).Le problème réside essentiellement dans la vision du Canada qu\u2019ont épousé les opposants à l\u2019accord.Ceux-ci ne peuvent admettre que la communauté nationale canadienne tombe aux mains des «provincialistes» à tous crins.Une observatrice attentive a pu noter: «much of the opposition to the Accord rests on a different view of the Canadian community than provincialism or dualism, one that sees the Charter as a tool to guarantee rights across the nation and avoid provincial variations27.» Toutefois, l\u2019Accord du Lac Meech ne fait que rétablir un équilibre qui n\u2019existait plus depuis 1982 en apportant au Canada une vision fondée sur la diversité qui fait contrepoids à l\u2019uniformité créée par la Charte.Bien que certains hérauts de l\u2019orthodoxie fédéraliste soient sans doute d\u2019avis «que toute atteinte à l\u2019uniformité nationale est synonyme d\u2019affaiblissement»28, on peut voir beaucoup de mérites dans un accord qui reconnaît la réalité institutionnelle et sociolinguistique particulière du pays.Quant aux craintes que la société distincte soulève à l\u2019égard des droits des femmes, des aborigènes et des minorités, en plus 26.\tCité par Kenneth McRoberts, «The Case for Meech Lake», Agreeing About the Obvious, (décembre 1987) TheCanadian Forum, p.12.27.\tKatherine E.Swinton, «Competing Visions of Constitutionalism: Of Federalism and Rights», in Katherine E.Swinton et Carol J.Rogerson (éds.), op.cit., p.294.28.\tAndré Morel, op.cit., p.62. 456 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019être non fondées, elles suggèrent parfois que le Québec peut sombrer dans certains excès injustifiés.Un respectable professeur de droit constitutionnel a pu ainsi écrire que les législateurs «may use the \u2018two Canadians\u2019 or \u2018distinct society\u2019 clauses as devices to justify, or even as the genuine inspiration for, actions that are small-minded or oppressive»29.En plus d\u2019être fallacieux quant au Québec, ces arguments s\u2019effondrent devant un examen attentif de la réalité.Analysant les données d\u2019un sondage d\u2019opinion effectué au Canada, et réunies par l\u2019Institute for Social Research de l\u2019Université York, deux politicologues ont pu constater que l\u2019esprit démocratique des Québécois est plus grand, toutes proportions gardées, que celui de leurs compatriotes anglophones relativement aux droits susmentionnés30.Ce n\u2019est qu\u2019en matière linguistique (e.g., le français comme langue du travail) que les Québécois francophones diffèrent d\u2019opinion des anglophones québécois spécifiquement.Pour les francophones, pareille attitude ne camoufle aucun relent d\u2019intolérance, mais exprime plutôt une volonté légitime de préserver et de promouvoir les éléments d\u2019une identité originale.S\u2019ajoute aux commentaires précédents le fait que l\u2019Accord du Lac Meech ait été l\u2019objet de consultations publiques et de débats assez exhaustifs au Québec.On ne peut en dire autant pour le reste du Canada (à l\u2019exception du Comité parlementaire conjoint qui a étudié la question à Ottawa et des récentes audiences publiques relativement à cette entente au Nouveau-Brunswick).Un politicologue anglophone a d\u2019ailleurs stigmatisé le Canada anglais pour son quasi-mutisme, alors que «from a Quebec perspective, the Meech Lake process has been relatively open»31.À 29.\tBryan Schwartz, «Fathoming Meech Lake», (1987) XVII: 1 Manitoba Law Journal, p.10.30.\tRichard Johnston et André Blais, «Meech Lake and Mass Politics: The \u2018Distinct Society\u2019 Clause», (septembre 1988) XIV numéro spécial Analyse de Politiques, p.25-42.31.\tAlan C.Cairns, «The Limited Constitutional Vision of Meech Lake», in Katherine E.Swinton et Carol J.Rogerson (éds.), op.cit., p.251. LE QUÉBEC ET LE CANADA DANS LES EAUX TROUBLES 457 la lumière de ces faits, il ressort que le Québec n\u2019a de leçon à recevoir de quiconque au Canada en matière de respect des droits fondamentaux et de civisme.Les spectres de l\u2019intolérance ne s\u2019agitent pas là où certains voudraient bien les voir.Les opposants à l\u2019Accord du Lac Meech, modérés ou ordu-riers dans leurs propos, ne paraissent pas se rendre compte qu\u2019un échec aurait vraisemblablement des conséquences fâcheuses pour le Canada.Le Québec, pour qui l\u2019accord est un strict minimum, un seuil en dessous duquel il serait impensable de se retrouver, accepterait mal d\u2019avoir à composer avec les suites d\u2019un refus.C\u2019est à cette prospective constitutionnelle et politique qu\u2019on s\u2019attardera maintenant.C- Les conséquences probables d\u2019un échec Il est vrai que les Québécois paraissent assez indifférents à l\u2019Accord du Lac Meech; leur appui qui emprunte des courbes étonnantes en témoigne.Il est dans la nature des questions constitutionnelles de ne point soulever l\u2019enthousiasme ni même l\u2019intérêt de la plupart des citoyens.En outre, le Québec a été, depuis au moins trente ans, presque continuellement plongé dans le bain constitutionnel, ce qui ajoute à cette lassitude populaire.Cependant, lorsque les élites intellectuelles et politiques clament sans retenue leur exaspération, on peut sérieusement s\u2019interroger quant à l\u2019avenir du royaume.Dans un article intitulé «Le Canada veut-il du Québec?», l\u2019éditeur adjoint du quotidien La Presse, M.Claude Masson, termine son éditorial par ces mots: «\u2018Assez, c\u2019est assez\u2019.Si les leaders politiques du Canada anglais veulent jouer avec le Québec comme avec un yo-yo, les Québécois devront prendre leurs propres décisions.Après 30 ans de tergiversations, la patience est à bout32.» Réaction similaire au journal Le Devoir, où le rédacteur en chef, M.Paul-André Comeau, écrit: 32.La Presse, 18 février 1989, p.B2. 458 L\u2019ACTION NATIONALE «La farce a assez duré.Èfinita la commedia.Peu importe la langue, le sentiment de ras-le-bol commence à l\u2019emporter sur toute autre considération33.» Sur le front politique, M.Robert Bourassa a fait récemment une sortie carabinée contre le gouvernement d\u2019Ottawa qu\u2019il a accusé de ne pas donner au Québec sa juste part en matière de contrats fédéraux.Répondant à une question d\u2019un journaliste qui lui avait demandé si, précisément, ce n\u2019était pas le prix que le Québec avait à payer pour obtenir la ratification de l\u2019entente du Lac Meech, M.Bourassa a répondu: «Quand même, il y a des limites.Comme Canadien, je souhaite profondément que l\u2019accord du Lac Meech soit ratifié, mais comme Québécois, la priorité pour moi, c\u2019est le développement économique du Québec34.» Cette remarque est non seulement annonciatrice d\u2019élections, mais elle peut aussi rendre compte d\u2019un changement probable de stratégie constitutionnelle.Ainsi, advenant un échec de l\u2019accord, le gouvernement québécois pourrait mettre en œuvre des mesures visant à préserver et à promouvoir son caractère distinct; en somme, à continuer de donner forme à ce que le reste du Canada ne lui aura pas consenti.La lassitude qui s\u2019est emparée de la classe intellectuelle et politique au Québec devrait donner à réfléchir au Canada anglais.Ce sentiment de dégoût habite peut-être, de façon latente, une conception selon laquelle hors du Québec, il n\u2019y aurait point de salut.Le Québec n\u2019adopterait pas pour autant une politique archaïque de survivance, mais il pourrait nouer des liens plus tangibles avec les États-Unis.Aussi, la symbolique d\u2019un refus, d\u2019un NON du Canada anglais, est-elle susceptible de laisser des traces à moyen et à long terme, surtout que le Canada anglais avait dit Oui au Québec le 3 juin 1987.«What does English Canada want?» pourrait-on dire, maintenant que les exigences du Québec sont connues.Un refus laisserait entendre que le Canada ne veut pas du Québec, du moins qu\u2019il ne désire pas lui reconnaître un caractère distinct; ce qui revient au même.33.\tLe Devoir, 18février 1989,p.A-10.Italiques de l\u2019auteur.34.\tLe Soleil, 17 février 1989, p.A-l. LE QUÉBEC ET LE CANADA DANS LES EAUX TROUBLES 459 Conséquences d\u2019un échec Si l\u2019Accord du Lac Meech était rejeté, on assisterait probablement à la disparition graduelle des amendements constitutionnels «as a method of adapting the Canadian Constitution»35, comme l\u2019a écrit le constitutionnaliste Ivan Bernier.En effet, si une entente unanime entre chefs de gouvernements ne peut être ratifiée, on peut croire qu\u2019il sera difficile de modifier la constitution dans l\u2019avenir.De plus, le Québec serait susceptible de faire payer très cher son rejet par le reste du Canada, notamment en refusant de donner son aval au processus de réforme de la Cour suprême et du Sénat.Plus significatif encore, l\u2019échec de l\u2019Accord de 1987 consacrerait l\u2019empire déjà très étendu de la Charte canadienne des droits ainsi que la vision politique qui la sous-tend.Devenus difficiles d\u2019adoption, les amendements constitutionnels ne feraient pratiquement plus contrepoids à une uniformité grandissante.Il est ironique de constater que la préservation de «l\u2019unité nationale» par le biais de la Charte pourrait, à plus ou moins long terme, conduire à l\u2019éclatement du pays en exacerbant les divisions institutionnelles et sociolinguistiques déjà manifestes.Avec l\u2019échec de l\u2019Accord du Lac Meech, le Québec verrait s\u2019envoler, peut-être à jamais, ses chances d\u2019être reconnu comme une société distincte au sein du Canada.De plus, la baisse continue de son poids démographique dans l\u2019ensemble canadien se traduirait par un pouvoir de négociation amoindri.Pouvant de moins en moins compter sur les avantages relatifs du système fédéral canadien, le Québec cherchera peut-être à consolider certains acquis sur son territoire (e.g., par une politique linguistique renouvelée) et se donner un ordre constitutionnel distinct par l\u2019adoption d\u2019une constitution québécoise.En outre, si les présentes tendances démolinguistiques se maintiennent, le Québec deviendra de plus en plus français, alors que le reste du Canada aura un visage nettement plus anglais, avec les conséquences que cela suppose sur le plan politique.Enfin, l\u2019assujettissement continu du Québec à un régime constitutionnel auquel il n\u2019aura 35.Ivan Bernier, «Meech Lake and Constitutional Visions», in Katherine E.Swinton et Carol J.Rogerson (éds.), op.cil., p.245. 460 L\u2019ACTION NATIONALE toujours pas consenti, ferait sans doute renaître un sentiment d\u2019affirmation collective, où certains acteurs économiques (e.g., compagnies d\u2019assurances, Caisse de dépôt, etc.), frustrés par un système politico-constitutionnel qui les soumet à des règles uniformes, seraient appelés à jouer un rôle privilégié.Une boîte de Pandore L\u2019accord du Lac Meech comporte, on l\u2019a vu, certains risques pour le Québec.Toutefois, s\u2019il n\u2019est pas ratifié, on ouvrirait une boîte de Pandore dont on ignore précisément le contenu multiple.Il est vraisemblable que, sans l\u2019Accord du Lac Meech, le pacte fédéral canadien ne saurait remplir les conditions d\u2019union nécessaires pour assurer l\u2019intégrité du pays, surtout qu\u2019une des parties originelles de ce pacte en serait exclue.Un échec pourrait donc sonner le glas d\u2019une réforme constitutionnelle amorcée il y a trente ans.Il pourrait aussi être annonciateur de la création d\u2019un nouvel État souverain en sol d\u2019Amérique, non que cela soit éminemment souhaitable, mais il s\u2019agit d\u2019une possibilité qu\u2019on doit sérieusement envisager.Alexis de Tocqueville avait écrit le 29 août 1831, lors de ses voyages au Bas-Canada, que les «Français d\u2019Amérique (.) ont en eux tout ce qu\u2019il faudrait pour créer un grand souvenir de la France dans le Nouveau Monde»36.Un peu plus tard, il ajoutait: «J\u2019espère (.) que les Français [d\u2019Amérique], en dépit de la Conquête, arriveront un jour à former à eux seuls un bel empire dans le Nouveau Monde37.» Bien qu\u2019il faille relativiser certains termes de cette vision d\u2019un futur hypothétique, il n\u2019en reste pas moins que la pensée qui s\u2019appuie sur ces mots est claire.L\u2019Histoire se joue de tout déterminisme, mais certains éléments de son cours peuvent être perçus par un esprit lucide et pénétrant.Ces dernières remarques ne doivent pas être interprétées comme un plaidoyer vibrant quant au devenir probable du Québec.Elles ne sont que des observations qui découlent d\u2019un 36.\tAlexis de Tocqueville, Voyages en Sicile et aux États-Unis, Éditions Gallimard, Paris, 1957, p.215.37.\tCité dans Xavier de la Fournière, Alexis de Tocqueville, Un monarchiste indépendant, Librairie Académique Perrin, Paris, 1981, p.90. LE QUÉBEC ET LE CANADA DANS LES EAUX TROUBLES 461 possible rejet de l\u2019Accord du Lac Meech.Un accord qui, malgré ses carences, reconnaît l\u2019un des fondements essentiels de la diversité canadienne.Dans cette optique, la ratification de ce nouveau pacte, probablement le plus important depuis 1867, s\u2019impose si on désire préserver l\u2019intégrité du système fédéral canadien.Bibliographie sélective L\u2019adhésion du Québec à l\u2019accord du Lac Meech, Points de vue juridiques et politiques, Les Éditions Thémis, Montréal, 1988.Le Québec et le Lac Meech, Un dossier du Devoir, Guérin Littérature, Montréal, 1987.Swinton, Katherine E.et Rogerson, Carol J.éds.), Competing Constitutional Visions, The Meech Accord, Carswell, Toronto-Calgary-Vancouver, 1988.Woehrling, José, «La reconnaissance du Québec comme société distincte et la dualité linguistique du Canada: conséquences juridiques et constitutionnelles» (septembre 1988) XIV numéro spécial Analyse de Politiques, p.43-62. Culture en danger par BERNARD RACINE T je danger que court la culture québécoise d\u2019être assimilée n\u2019est pas une création de l\u2019imagination et l\u2019avenir du Québec comme société distincte est douteux, affirment deux professeurs de l\u2019Université York, de Toronto.Dans un texte publié le 10 février par le quotidien torontois Globe and Mail, MM.Daniel Drache, président du département de Science politique et Roberto Perin, président du département d\u2019Histoire du Atkinson College, analysent longuement la situation au Québec et concluent que, puisque la Charte canadienne des droits et libertés fait passer les droits des minorités avant ceux de l\u2019Assemblée nationale du Québec, «le Québec n\u2019a plus d\u2019autre choix que celui d\u2019assumer, seul, la responsabilité de la préservation de la culture française en Amérique du Nord.» Ce texte tient compte de nombreux facteurs invoqués au Québec en faveur de la nécessité de protéger la culture française.Ses auteurs reconnaissent que, après 25 ans de discussion nationale, l\u2019opinion populaire du Canada anglais ne semble pas comprendre les besoins culturels essentiels du Québec en tant que communauté de cinq millions de francophones dans un continent de 250 millions d\u2019anglophones.Les francophones du Québec, qui ont maintenant un des plus bas taux de fécondité du monde, ont besoin d\u2019au moins 35 000 immigrants par année pour maintenir leur proportion actuelle au sein de la population du pays.Malheureusement, les deux tiers des immigrants qui viennent au Québec s\u2019intégrent aux anglophones plutôt qu\u2019à la société francophone.Devant CULTURE EN DANGER 463 cette situation, les pires craintes des partisans de la culture française sont bien fondées, disent les deux professeurs.Même si le premier ministre Brian Mulroney affirme que l\u2019accord du lac Meech a mis fin à cette érosion, le fait qu\u2019il se soit prononcé contre l\u2019utilisation de la clause nonobstant par le Québec montre bien que ses promesses constitutionnelles sont aussi vides que celles du premier ministre Trudeau, lors du référendum.Quelle est la signification de la société distincte, si le Québec ne peut faire respecter ses droits et ses libertés, demandent les auteurs du document.Les tensions linguistiques sont réapparues au Québec, parce que la Charte des droits et libertés fait passer les droits des minorités avant ceux des pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale du Québec.Sous prétexte de renforcer les droits des minorités au pays, la capacité du Québec de protéger les droits de la langue française est diminuée.«C\u2019est là une recette pour un affrontement constant et sans précédent entre Québec et Ottawa.» «Cinq juges d\u2019Ottawa, faisant fi de la réalité linguistique de l\u2019Amérique du Nord, ont décidé que l\u2019anglais, langue des affaires, a droit à la même protection que la langue du Québec français, une communauté culturelle en péril.En érigeant la question de l\u2019affichage comme un droit fondamental, la Cour suprême a compliqué davantage le débat national sur la langue» affirment les deux professeurs anglophones.«Les juges ont ignoré le fait que la Loi 101 respectait parfaitement les droits de la minorité anglophone dont le statut fait l\u2019envie de toutes les minorités francophones du Canada.Cette loi ne limitait d\u2019aucune façon les droits fondamentaux de parole, de presse, d\u2019association ou d\u2019éducation.» Le premier ministre Robert Bourassa n\u2019a pas une perception du problème aussi claire que l\u2019avait le gouvernement Lévesque.Sa réponse à la décision de la Cour suprême n\u2019a satisfait ni les anglophones ni les francophones du Québec, dit le document.«À l\u2019extérieur du Québec, même l\u2019arrangement inefficace du premier ministre a rencontré une opposition presque totale.Sans égard à la crise qu\u2019affronte le Québec, une bonne partie de l\u2019opinion publique du Canada anglais veut réduire l\u2019autorité de 464 L\u2019ACTION NATIONALE la province» et réclame l\u2019abolition de la clause nonobstant dans la constitution et de la clause de société distincte dans l\u2019accord du lac Meech.«Si cela devait se produire, le Québec n\u2019aurait plus de moyen efficace de protéger et de faire avancer son identité propre.» Les minorités francophones n\u2019auraient plus personne vers qui se tourner pour chercher protection.L\u2019âpreté du débat va éloigner davantage l\u2019une de l\u2019autre les deux solitudes, prédisent MM.Drache et Perin.«Les Canadiens anglais doivent montrer qu\u2019ils comprennent les inquiétudes du Québec et s\u2019inquiéter de l\u2019érosion sur une grande échelle du fait français au Canada.Peu l\u2019ont fait.» La solution de la crise linguistique au Québec passe par une nouvelle attitude des Canadiens anglais.«Ils doivent au moins accepter le fait que Québec a le droit légal et politique de protéger son caractère distinct, même s\u2019il faut pour cela renforcer le statut du français.» Finalement, soulignent les deux anglophones, les lois sur la langue ne devraient pas être considérées comme différentes des lois sur le commerce ou sur d\u2019autres sujets d\u2019intérêt public.«Toutes comportent une action positive de l\u2019État et toutes comportent une certaine restriction des droits.Et toutes visent l\u2019intérêt public.» Les meilleurs intérêts du Canada anglophone demandent une solide identité du Québec français, étant donné que les forces de l\u2019intégration nord-américaine produites par l\u2019entente sur le libre-échange menacent de miner la survivance du Canada.Pour le meilleur ou pour le pire, l\u2019avenir d\u2019un Canada distinct est relié à celui d\u2019un Québec distinct.«Les Canadiens anglais n\u2019ont rien à craindre et ont tout à gagner des efforts du Québec pour assurer son identité culturelle» concluent les deux professeurs. Melting pot par BERNARD RACINE I\u2014/a société canadienne-française en train de disparaître est un mythe qui a été entretenu par tous les leaders de ce peuple, affirme l\u2019historien Denis Vaugeois.La vérité est différente: le Québec est, depuis 200 ans, un véritable melting-pot dans lequel se sont dissous des centaines de milliers d\u2019immigrants de toutes races, démontre l\u2019historien dans un article publié dans le dernier numéro des Mémoires de la Société généalogique canadienne-f rançaise.M.Vaugeois utilise, dans son article, le mot creuset, mot français de melting-pot.Son article intitulé «Le Québec, un creuset méconnu», reprend une conférence que l\u2019auteur a prononcée à l\u2019automne, au congrès du 45^ anniversaire de la Société de généalogie.Avant 1760, les habitants de la Nouvelle-France ont assimilé les autochtones à un tel point qu\u2019il n\u2019existe sans doute plus aujourd\u2019hui d\u2019Amérindiens au sang pur et qu\u2019un ethnologue, le regretté Jacques Rousseau, se disait convaincu que la majorité des Québécois avait du sang indien.Au moins 40 pour cent, en tout cas, avait-il établi.«Si vous secouez l\u2019arbre généalogique d\u2019un Québécois, vous verrez tomber pas mal de plumes» disait-il.M.Vaugeois note en passant que Maurice Duplessis avait une Amérindienne parmi ses ancêtres, tout comme Mgr Laflèche, l\u2019évêque de Trois-Rivières.Rien de surprenant, puisque le jésuite Charlevoix écrivait en 1721 que les Français avaient un faible pour les «Sauvagesses». 466 L\u2019ACTION NATIONALE Comment aurait-il pu en être autrement, à une époque où il y avait très peu de Blanches au pays et que les Amérindiennes étaient accueillantes.Le recensement de 1666 donne 719 célibataires masculins, entre 16 et 40 ans, en Nouvelle-France et seulement 45 filles célibataires.L\u2019assimilation des Amérindiens s\u2019est faite surtout dans des unions libres, puisque le nombre des mariages mixtes n a été que de 95, selon Mgr Cyprien Tanguay, et de 120, selon Rousseau.Nicolas Pelletier, par exemple, épouse successivement trois Amérindiennes, dont la troisième, une Algonquine, lui a donné dix enfants.Il arrivait que l\u2019enfant né d\u2019une de ces unions n\u2019était pas accepté par la mère et qu\u2019il était retourné chez les Blancs.On disait alors que les «sauvages avaient passé» et l\u2019expression existe toujours.Ce n\u2019est pas là le seul héritage que nous ont laissé les Amérindiens, de qui nous avons conservé la tradition des parties de sucre et les épluchettes de blé d\u2019Inde.Mais leur héritage le plus important est culturel, souligne M.Vaugeois.«Ce n\u2019est pas l\u2019effet du hasard si les Québécois gardent le goût de l\u2019aventure, l\u2019amour des grands espaces et un petit faible pour la forêt! Par-dessus tout, l\u2019Amérindien a contribué à développer chez le Français habitué au Canada un esprit d\u2019indépendance et de liberté qu\u2019a bien noté le P.Charlevoix et bien d\u2019autres après lui.» Si l\u2019assimilation des Amérindiens s\u2019est faite aussi rapidement, c\u2019est parce que les pionniers ont été extrêmement prolifiques et que les familles de 20 enfants étaient choses courantes.De telles familles assuraient un accroissement extraordinaire de la population.Ainsi Jean Guyon, Zacharie Cloutier et Jacques Archambault avaient, entre eux en 1729, plus de 6 000 descendants et ce nombre était de 12 000 en 1750.«Il n\u2019est pas impossible qu\u2019au moment du traité de Paris le quart de la population canadienne ait pu compter parmi ses ancêtres l\u2019un de ces trois pionniers.» Après la conquête, ce sont les soldats anglais, écossais et allemands défilant au Québec qui descendront dans le melting- MELTING POT 467 pot québécois.«Nous avons absorbé, en cinq ou six quarts de siècles, des masses d\u2019Écossais, d\u2019Anglais, d\u2019Allemands, dont la descendance est totalement de langue française et catholique» a écrit 1 historien trifluvien Benjamin Suite.On sait maintenant que de 1 000 à 1 500 soldats allemands ont épousé des Québécoises et se sont installés au Québec au lendemain de l\u2019invasion américaine.Ces soldats prenaient femme au Québec, se convertissaient au catholicisme et finissaient souvent par perdre leur nom réel.Il y a environ un siècle, lors d\u2019une nouvelle ère de colonisation, notamment au Lac-Saint-Jean, le Québec a connu une autre ronde d\u2019assimilation amérindienne.Que dire de l\u2019immigration irlandaise?Certaines années, il est arrivé au Québec plus d\u2019Irlandais dans un an que de Français durant le régime français.«Il se trouve une bonne douzaine de communautés \u2018ethniques représentées au Québec dont les ancêtres ont immigré en plus grand nombre que les Français.Ce fut le cas des Loyalistes, dès les années 1780, ce sera le cas des Italiens, des Grecs, des Juifs sépharades, ashkénazes ou hassidiques, des Chinois même et d\u2019à peu près tous les groupes ethniques.» M.Vaugeois rappelle que l\u2019historien Michel Brunet a écrit: «Des soldats allemands, polonais, italiens, irlandais et écossais de régiments français venus en Nouvelle-France et des ouvriers et artisans étrangers, engagés pour certains travaux spécialisés, sont devenus, après avoir décidé de demeurer en Amérique française, les fondateurs de nombreuses familles franco-québécoises.» La mère de Mgr Joseph-Octave Plessis était une Mennard dont la mère s\u2019appelait Martha French.Sa sœur a épousé Jean Daveluy, qui a eu une nombreuse descendance.M.Vaugeois se demande quelle origine se cache derrière les Lafleur, Latulippe, Larose, Laviolette, Joli-Cœur, Bellehu-meur, Sansouci, Letendre, Généreux, Lajoie, Lebrun, Legendre, Lenoir, Legros, Legrand, Brunet, Malenfant, Petit, Neveu.«Plus mystérieusement sont apparus les Labbé, Lévesque, L\u2019Archevêque et Cardinal ou encore les Cauchon ou Cochon, Chè-vrefils, Mouton, Poulin ou Cheval.» Nombre de patronymes n\u2019existent pas en France et sont nés ici, souligne M.Vaugeois.Les Rivard, par exemple, ont donné 468 L\u2019ACTION NATIONALE les Lavigne, Loranger, Feuilleverte, Préville, Bellefeuille et d\u2019autres.Qui peut soupçonner que derrière un François Desrosiers se cache un Claude Ambleton?Qui dirait aussi que les Phaneuf étaient à l\u2019origne des Farnsworth, les Dicaire, des Dicker, les Lahaye, des Laha et les Lamarre, des Lamar1?M.Vaugeois a découvert aux Archives du Séminaire de Québec un extrait complet des Registres du Conseil supérieur du Québec.«En tête de liste viennent Jean Thomas, natif de Bristol; Abel Joseph Béard, natif de Londres; Guillaume James (qui deviendra Jacques dit Langlais).» Tous ont épousé des «Françaises» et ont eu des enfants.Scofen dit Lepine était originaire de Londres, les Aubry étaient à l\u2019origine des O\u2019Brien; les Sylvain, des Sullivan; les Spé-nard, des Spennert, de Mayence; André Robidou était originaire d\u2019Espagne et avait déjà 89 descendants en 1729, dépassant ainsi Jean Rodrigue, Portugais dont le nom réel était Rodriguez et qui en avait 59, ainsi que Pierre Dasylva, Espagnol, qui en comptait 75.Les Mélançon, famille d\u2019origine anglo-saxonne, s\u2019appelait Millan à l\u2019origine.Les Écossais en ont fait les MacMillan, et les Scandinaves, les Millanson, que les Québécois ont transformé en Mélançon.Bon nombre de noms de familles québécoises sont des patronymes allemands transformés: les Loiseau étaient à l\u2019origine des Vogel; les Payeur, des Beyer; les Dallaire, des Dahler; les Hamel, des Hammel ou Haemel; les Léonard, des Leonhard; les Maillé, des Meyer; les Maheux, des Maher; les Malo, des Mahlo; les Pauzé, des Pfotzer; les Baker, des Baltzer.Autres exemples de noms de familles venus de l\u2019allemand: Hains ou Hince, Wagner, Besré, Grothé, Matte, Pratte, Rose.Il est facile de reconnaître les noms venus des Écossais, tels les Smith et les Campbell et ceux qui sont venus des Irlandais.Les Lévis étaient d\u2019abord des Lewis.1.11 aurait pu ajouter les Flageole, descendants d\u2019un immigrant allemand et les Chartier, des Cantons de l\u2019Est, descendants d\u2019un Écossais nommé Sharkey. MELTING POT 469 Moins faciles de reconnaître les noms qui viennent des Scandinaves, comme les Allison, Anderson, Dawson, Ferguson, Kronstrom, Paterson et Simpson.Mais attention: tous les Johnson ne descendent pas de Johnson: un certain nombre étaient à l\u2019origine des Janson.Plusieurs patronymes français ne viennent pas de France.Ainsi les Munger, les Gallienne, Gallichan, Rossignol, Henry, Le Mesurier, Le Breton, Sormany, Duval, Fortier, Lemoignan, Fallu, Delarosbil, Thelland, viennent des îles Jersey et Guer-nesey.D\u2019autres noms français viennent en fait de Belgique.Ce sont les Allard, Beaudet, Beaubien, Bégin, Bernard, Bourgeois, Brisson, Bureau, Chaput, David, Duhamel, Gilbert, Huart, Joubert, Lambert, Ruel et Talbot.Résultat concret de tout ce brassage, dit M.Vaugeois, les Québécois «ont attrapé au passage la tradition du sapin de Noël, les marinades, la soupe aux pois, les fèves au lard, les gigues, les reels, la berçante, les soirées funèbres, des mots nouveaux, ou des sports comme le curling et les courses de chevaux.» Plus important encore: «Il y a aujourd\u2019hui un Québec différent et une population québécoise avec ses institutions originales, ses traditions propres, le tout regroupé en un tout unique.» «Pour combien de temps encore?Ni les individus, ni les collectivités ne sont éternelles.Mais le Québec est préparé à durer longtemps, dit M.Vaugeois.La question est de savoir si les Québécois se contenteront de durer ou s\u2019ils continueront de se développer.» M.Vaugeois a cependant précisé, au cours d\u2019une interview, que les Québécois n\u2019étaient pas menacés, à la condition de continuer d\u2019avoir des enfants. Des trouvailles dégoûtantes et des découvertes merveilleuses par ROSAIRE MORIN Des pauvres, des jeunes, des femmes Un bon ami, et il n\u2019est pas sénateur celui-là, m\u2019écrit une gentille lettre dont j\u2019extrais deux paragraphes: «Cessez de vous plaindre et de parler de la pauvreté au Québec.Nous vivons dans un pays qui est l\u2019un des plus prospères de la planète.Vos itinérants ne me feront jamais pleurer.La ville de New York compte 100 000 sans abri et c\u2019est la plus grande ville de la terre.«Si vous aviez voyagé le moindrement, poursuit ce fraternel ami, vous auriez appris qu\u2019on est à l\u2019aise au Québec.Ici, plus qu\u2019ailleurs, tous ceux qui veulent travailler ont du travail.Vos pauvres le sont parce qu\u2019ils le veulent.Ils n\u2019acceptent pas de retrousser leurs manches.Ils se satisfont d\u2019une vie facile à recevoir les allocations que mes impôts leurs procurent.» Et la lettre continue aussi impitoyable et insensible.Que répondre à cet homme?Il n\u2019a rien compris et je crois qu\u2019il ne comprendra pas la réponse que je lui prépare pour le prochain numéro de la revue.Je lui promets une raclée, une rossée.Il ne comprendra pas, j\u2019en suis certain, mais d\u2019autres ont assez d\u2019intelligence et de raisons pour discerner ce qu\u2019il faut faire. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 471 Le congé de maternité Une dame de Trois-Rivières a décidé de recourir à l\u2019avortement.Elle a pris cette décision parce qu\u2019elle aurait été incapable de pourvoir à ses besoins et à ceux de sa petite fille de trois ans, au cours des derniers mois de sa grossesse.Le mari est parti sans laisser d\u2019adresse.Elle refuse de recourir à l\u2019assistance sociale.Femme à la maison, elle n\u2019a aucun droit aux prestations de maternité versées par l\u2019assurance-chômage.Un enfant de plus serait né, si elle avait pu bénéficier de ces 17 semaines de congé de maternité dont 15 rémunérées à 60 pour cent du salaire assurable.Mais cette femme n\u2019est pas accessible à cette allocation de maternité; elle vient à peine d\u2019entrer sur le marché du travail.Combien de Québécoises vivent un drame de cette nature?Et personne ne proteste contre cette situation.Chacun s\u2019occupe de ses petites affaires.Au bout de la piste, personne ne sort gagnant.Une fiscalité antifamiliale Depuis quelques années, le notaire Jacques Foucher de Saint-Jérôme réclame l\u2019égalité de traitement fiscal entre contribuables mariés et divorcés.Ces derniers ont droit de soustraire de leurs revenus la pension versée à leur ancienne femme et les frais d\u2019études de leurs enfants, privilèges non consentis au même degré au contribuable marié.La différence est appréciable.Pour le notaire, marié et père, elle représente quelque 5 000$ d\u2019impôt supplémentaire à payer chaque année.La situation est injuste et odieuse.Monsieur Foucher abandonne la bataille juridique.Il ne porte pas en appel la décision du juge Paul Reeves de la Cour supérieure qui rejetait en janvier sa demande d\u2019un recours collectif au nom des contribuables mariés.Les lenteurs des tribunaux le découragent et les frais à encourir sont trop élevés.L\u2019homme de Saint-Jérôme entreprend la lutte sur le plan politique.Pour lui, «la question de la dénatalité au Québec est intimement liée à l\u2019iniquité fiscale à laquelle doivent faire face les citoyens mariés».«C\u2019est une urgence nationale, dit-il, une question de survie nationale.» 472 L\u2019ACTION NATIONALE Ce sujet des lois et des pratiques discriminatoires doit être analysé en profondeur.Un avocat ou un comptable veut-il entreprendre cette recherche?L\u2019étude serait publiée dans la revue.Elle est vivement attendue.Les États généraux du Canada français et la politique familiale En 1967, les États généraux adoptaient une résolution sur «La famille et la politique familiale».Il est valable de noter ici que cette vaste assemblée était plus pluraliste qu\u2019on ne le dit en certains milieux.Ses membres appartenaient à diverses familles politiques.Un tiers d\u2019entre eux étaient d\u2019allégeance libérale; un second tiers faisaient partie de l\u2019Union Nationale; dans le troisième groupe on retrouvait des nationalistes de diverses tendances.Quoi qu\u2019il en soit de l\u2019appréciation de cette assemblée, un fait demeure: l\u2019unanimité s\u2019est faite sur la nécessité d\u2019une politique familiale pour contrer la dénatalité.97 pour cent des délégués du Québec ont voté en faveur des résolutions qui suivent.«La famille et la politique familiale.«La législation sociale doit être fondée sur le principe de la compensation des charges familiales.«Le Québec doit détenir la compétence exclusive en matière de législation sociale et familiale.«Le Québec doit récupérer tous les pouvoirs de taxation qu\u2019il a cédés temporairement au gouvernement du Canada.«Le Québec doit légiférer seul en matière de prestations familiales et sociales et doit établir des normes favorisant les familles selon le principe de la compensation des charges familiales, par opposition à la redistribution économique actuellement effectuée par le gouvernement fédéral.«Seul le Québec doit établir des mesures favorisant la natalité.«Seul le Québec doit légiférer en matière d\u2019habitation, de façon à respecter la dignité de la personne humaine et à satisfaire aux besoins des familles québécoises.Le gouvernement du Québec doit encourager surtout la construction de logements à prix modiques et à taux d\u2019intérêt réduit.» DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 473 Vingt-deux ans plus tard, on parle encore de la compensation des charges familiales.La récupération de la compétence exclusive et des pouvoirs de taxation n\u2019est pas réalisée.Les mesures favorisant la natalité débutent à peine et l\u2019habitation à prix modique est dispendieuse.Le Devoir Je recommande à monsieur Benoît Lauzière, l\u2019auguste directeur du quotidien de la rue Saint-Sacrement, de relire ces lignes de Gérard Filion écrites en page 7 du Devoir du 24 février: Monsieur Filion déclare qu\u2019il s\u2019est dit, dès son arrivée au Devoir, «qu\u2019il fallait retourner aux origines, redevenir un journal de combat.On l\u2019a fait à nos risques et périls».«.Je pense, poursuit monsieur Filion, avoir retrouvé l\u2019esprit des premières années du Devoir, l\u2019esprit d\u2019Henri Bourassa qui en avait fait un journal de combat.», .«un combat de tous les jours.Du harcèlement.De la guérilla, oui, sans prise d\u2019otage.Les grands combats?Il y a d\u2019abord \u2014 c\u2019est arrivé un peu par hasard \u2014 la grève de 1 amiante», puis, la dénonciation de la corruption municipale, le scandale du gaz naturel, etc.Aujourd\u2019hui, Le Devoir a capitulé.Pour le directeur, il n\u2019y a plus de combat, de bagarre, de bataille, ni même d\u2019engagement.La trêve est signée.La croisade est terminée.Le Devoir est un journal d information qui reproduit ce que les autres journaux publient.Heureusement que monsieur Paul-André Comeau défend le fort avec constance, lucidité et courage.Asbestos, il y a 40 ans Le 5 mai est le quarantième anniversaire de l\u2019acte d\u2019émeute proclamé à Asbestos.On entend encore parler de cette célèbre grève de la C.T.C.C.Du 13 février au 24 juin 1949, 3 000 travailleurs faisaient la grève à Thetford-Mines et les 2 000 ouvriers d\u2019Asbestos n\u2019avaient repris le travail que le 1er juillet.Les conditions d\u2019emploi étaient épuisantes et pénibles et la Johns Mainville s\u2019était contentée de proposer une augmentation de 5 sous l\u2019heure.La grève avait débuté dans l\u2019ordre et aucun trouble n\u2019était survenu de février à mai.Le ministre du Travail, Antonio Bar- 474 L\u2019ACTION NATIONALE rette, avait déclaré la grève illégale.Le premier ministre, Maurice Duplessis, accusait les grévistes d\u2019être des révolutionnaires communistes.Son journal, le Montréal-Matin, publiait à la «une» que les syndicats incitaient «à l\u2019émeute sous le couvert de la doctrine sociale».Le 4 mai, la police provinciale décide d\u2019intervenir.Elle a l\u2019ordre de briser les «piquets de grève» qui empêchent les «scabs» de pénétrer sur les lieux du travail.Le chef Hilaire Beau-regard, plus tard marchand de patates frites, déclare que «la police répondra à la violence par la violence».Le lendemain, 5 mai, l\u2019acte d\u2019émeute est proclamé à Asbestos.Vingt-cinq voitures et un camion de la police provinciale partent de Sherbrooke et se rendent à Asbestos.Les policiers sont armés de mitraillettes et de grenades lacrymogènes.Les grands moyens sont utilisés.Une auto de la police fonce sur les grévistes qui barrent la route.À Asbestos, l\u2019acte d\u2019émeute est proclamé sur le perron de l\u2019église.Après la lecture, les policiers arrêtent tous les hommes qui sortaient de la messe.Ils font ensuite irruption dans le sous-sol de l\u2019église où ils mettent sous arrêt 15 grévistes de Thetford-Mines qui y dormaient.Au cours de la journée, ils arrêtent une centaine de grévistes dans les rues, les commerces et les maisons privées.Une cinquantaine d\u2019entre eux seront accusés de méfaits ou de conspiration.À l\u2019égard des grévistes, la police se livre à des atrocités qui lui bâti une sombre réputation.L\u2019appui aux grévistes est demeuré légendaire.Le Devoir de ce temps-là a conduit une bataille quotidienne.Gérard Filion trouvait qu\u2019il était extrêmement dangereux d\u2019invoquer la légalité pour consacrer l\u2019injustice.Les reportages de Gérard Pelletier ont suscité un mouvement d\u2019appui.Avant l\u2019acte d\u2019émeute, l\u2019Église avait déjà pris position.Le curé Camirand d\u2019Asbestos a épaulé les grévistes du commencement à la fin.Il répétait à qui voulait l\u2019entendre: «Si j\u2019étais mineur, je serais gréviste.» La salle paroissiale devint le lieu de rencontres des mineurs.Les femmes y préparaient les sandwiches distribués sur les lignes de piquetage.Chaque après-midi, les mineurs récitaient le chapelet avec leur courageux curé. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 475 Au Québec, la majorité des membres du clergé ont exprimé leur appui.L\u2019abbé Lionel Groulx n\u2019a pu s\u2019empêcher de s\u2019exclamer: «Légalité! que de crimes on commet en ton nom.» Le 30 avril, les évêques du Québec se prononcent en faveur des grévistes.Le lendemain, 1er mai, Mgr Joseph Charbonneau déclare à l\u2019église Notre-Dame: «La classe ouvrière est victime d\u2019une conspiration qui veut son écrasement, et quand il y a conspiration pour écraser la classe ouvrière, c\u2019est le devoir de l\u2019Église d\u2019intervenir.» L\u2019aide fut généreuse.Des quêtes furent organisées aux portes des églises et dans les caves des COJC.Tous les syndicats ont supporté leurs frères mineurs de l\u2019amiante.Des camions de vivres parvenaient aux grévistes.La Corporation des médecins Une refonte de la loi médicale s\u2019impose.La Corporation du docteur Augustin Roy est exclusive.La sage-femme est dangereuse.Le médecin immigrant est mal venu.Le chiropraticien est sous surveillance.L\u2019acupuncteur pratique illégalement la médecine.La science médicale est réservée au Québec à 3 000 médecins et la Corporation doit être l\u2019arbitre suprême.Elle doit contrôler toutes les personnes qui œuvrent au rétablissement de la santé.Elle doit même surveiller les prétendus soigneurs qui osent aider à la conservation de la santé.À cette fin, la Corporation utilise des délateurs, des dénonciateurs, des indicateurs, des mouchards.Un fait récemment vécu souligne la méchanceté et la fourberie de la vénérable Corporation.Un jour, il n\u2019y a pas si longtemps, en juillet 1988, Louis Lemieux, un camionneur souffrant de douleurs lombaires, se présente chez l\u2019acupunctrice Sylvie Désaulniers de Trois-Rivières.11 se dit recommandé par une amie de sa propriétaire dont il a oublié le nom.Madame Désaulniers le reçoit à deux reprises, en toute bonne foi.Mais Lemieux n\u2019est pas un client ordinaire.Son prénom n\u2019est pas Louis.Lemieux est un agent double.Il travaille pour la Corporation professionnelle des médecins du Québec.Il épie.Il guette.Il espionne.Il moucharde.La méthode utilisée est écœurante.Elle est dégoûtante, répugnante, ignoble.Fort du témoi- 476 L\u2019ACTION NATIONALE gnage du délateur Fournier, la Corporation des médecins entreprend des procédures judiciaires contre madame Désaulniers.Elle a commis le crime d\u2019avoir illégalement exercé la profession médicale.C\u2019est un crime de lèse-majesté.Madame Désaulniers entend se défendre.Je l\u2019en félicite.Il faut du courage pour braver la Corporation des médecins du Québec.Une fois de plus, la légalité menace la justice.11 est aussi angoissant de savoir que la Corporation des médecins utilise la délation pour protéger l\u2019intérêt de ses membres, et non ceux de la population.Il est réconfortant de voir les acupuncteurs combattre pour l\u2019indépendance de leur profession.Je doute toutefois que le combat juridique soit le plus approprié.Les savants juges interpréteront une loi médicale restrictive et désuète qu\u2019il faut modifier.Ils décident habituellement selon la légalité et non d\u2019après la justice.La loi n\u2019est pas toujours juste.Ici, c\u2019est la loi qu\u2019il faut modifier.Nos médecins, le docteur Augustin Roy en tête, ne peuvent juger les pratiques de la médecine chinoise qu\u2019ils ne connaissent pas.Leur laisser le contrôle sur cette science de la santé risque d\u2019aboutir à la perte d\u2019une richesse qui découle d\u2019une médecine différente dont les bienfaits sont reconnus en d\u2019autres contrées.Où allons-nous?Le choc du futur peut être périlleux et tragique ou stimulant et heureux.Notre comportement collectif décidera de l\u2019option.Où allons-nous?La question est d\u2019actualité.La garde montante de monsieur Parizeau suit les traces des coureurs de bois.Le monde leur appartient.Cette ouverture peut protéger la prospérité du Québec.Une condition existe: les millionnaires canadiens-français ne devront pas agir comme la France de jadis, qui abandonnait la Nouvelle-France et vendait la Louisiane.La science et la technologie progressent à une vitesse vertigineuse.Jamais la planète n\u2019a connu une telle effervescence.Sans le savoir, sommes-nous à bâtir une nouvelle tour de Babel?Serait-il sage de rechercher l\u2019arche de Noé?L\u2019interdépendance et les réseaux de communications aboutiront-ils à la fin des nations et des cultures?Où s\u2019arrêtera la mondialisation de l\u2019économie? DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 477 Dans ce contexte incertain, quel héritage léguerons-nous à nos petits-enfants?Que deviendront les Français-Québécois dans 25 ans?Quel sera le visage de la progéniture?Les vidéo-clips et la musique rock peuvent-ils remplacer l\u2019enseignement de l\u2019histoire?Quel souvenir laisserons-nous derrière nous?30 ans de débats apparemment inutiles sèmeront-ils à jamais le scepticisme ou indiqueront-ils la voie de la lutte constante nécessaire pour se bâtir un pays?Car une bataille continue a été conduite depuis le début de la révolution tranquille.Elle a assuré une place au soleil aux personnes et à la nation.À travers les activités qui nous ont épuisés depuis 30 ans, des leçons cousues d\u2019or peuvent enrichir la postérité.Sommes-nous capables de les dégager avec clarté?Quelle conclusion avons-nous tirée de la révolution tranquille?Qu\u2019avons-nous retenu de l\u2019expérience des États généraux du Canada français?Quelle est notre lecture du combat souverainiste et du faible regroupement des forces nationalistes?Quelle est l\u2019interprétation qui subsistera de la crise d\u2019octobre 1970?Quelle est l\u2019explication qui pourrait éclaircir le fait que le Parti québécois au pouvoir n\u2019a pas mis en marche le processus de l\u2019indépendance?Comment faire comprendre qu\u2019un parti au pouvoir perd, en 1980, un référendum vital et remporte l\u2019élection l\u2019année suivante?Quelle version l\u2019histoire retiendra-t-elle du Canada bill?du Lac Meech?du troisième mandat de Robert Bourassa?L\u2019évolution capricieuse de la nation en ces trente dernières années ne doit pas nous décourager.L\u2019instinct de conservation doit nous faire oublier les difficultés du parcours.Au bout de la route, on finira bien par avoir notre pays.Les subventions aux universités Le gouvernement du Québec verse actuellement 1,2 milliards en subventions universitaires.Compte tenu des contributions privées, la société québécoise accorde à ses universités 1,13% de son produit intérieur brut, comparativement à 1,38% au Canada et à 2,75% au Japon et en Suède.Ces pays ont compris que la science, la recherche et le développement sont au cœur du système économique.Ils considèrent que les subven- 478 L\u2019ACTION NATIONALE tions aux universités constituent des investissements et non des dépenses.La Chambre de Commerce de Montréal pense ainsi.Elle juge critique la situation des universités québécoises.Son président, Serge Godin, évalue à 150 millionsS le manque à gagner annuel de nos maisons d\u2019enseignement supérieur.Des réformes nécessaires ne peuvent être réalisées.L\u2019un des indices réside dans le vieillissement du corps professoral.La moyenne d\u2019âge des professeurs est de 47 ans.Ce fait s\u2019explique principalement par l\u2019absence de ressources financières suffisantes.Les universités n\u2019ont tout simplement pas l\u2019argent pour embaucher de nouveaux professeurs.La chambre de Commerce a établi une comparaison avec l\u2019Ontario.Le résultat: «dans la moins pire des hypothèses, les universités québécoises sont en manque de 200 millionsS», soit une différence de 2 000$ par étudiant.C\u2019est pourquoi la Chambre est en faveur d\u2019une augmentation des frais de scolarité des étudiants.Ils sont en moyenne de 500$ au Québec, alors que la moyenne canadienne atteint les 1 500$.En portant les frais de scolarité au Québec au niveau de la moyenne canadienne, les universités percevraient 140 millionsS de plus par année.Comme il est impensable de faire un tel bond en une seule année, la Chambre propose d\u2019accomplir la hausse sur une période de cinq ans et d\u2019ajuster en conséquence le régime des prêts et bourses, afin de garantir l\u2019accessibilité à tous.D\u2019autres moyens peuvent certes accorder aux universités les ressources suffisantes; l\u2019essentiel est de cesser d\u2019en parler et d\u2019agir sans délai.Si l\u2019on ne veut pas imposer les finissants universitaires, si l\u2019on ne veut pas augmenter les frais de scolarité, si l\u2019on veut poursuivre les études, les analyses, les réflexions, un geste s\u2019impose: l\u2019État du Québec doit assumer la facture et verser d\u2019ici la solution miraculeuse une subvention additionnelle de 150 millions$ par année.L\u2019enseignement de l\u2019histoire Les étudiants des niveaux secondaires III, IV, V connaissent mieux l\u2019anglais que l\u2019histoire du Québec.C\u2019est ce que révèlent les résultats des examens du ministère de l\u2019Éducation. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 479 La moyenne générale est de 64,7 pour cent dans les examens d\u2019histoire du Québec et du Canada.Le taux de réussite est de 69,1 pour cent.Par contre, la moyenne générale en anglais langue seconde est de 73,7 pour cent et le pourcentage de réussite s\u2019élève à 86,3 pour cent.Cette nouvelle était annoncée dans Le Nouvelliste du 25 février 1989, page 25.Les évêques et la Loi 178 Le Comité exécutif de l\u2019assemblée des évêques du Québec a fait une déclaration sur la Loi 178 que les journaux ont commentée en page nécrologique.Il est valable de reproduire ici quelques extraits du message transmis.«Il est nécessaire de ne pas perdre de vue que le jugement d\u2019une cour, fût-elle la Cour suprême, n\u2019est pas décisif, quand il s\u2019agit d\u2019établir la moralité d\u2019une action et même d\u2019une loi.» Voilà une nuance importante que les évêques ont tenu à préciser davantage: «Pour que nous puissions dire immorale la Loi 178, il faudrait que la langue et la culture des anglophones soient vraiment menacées; nous croyons plutôt que c\u2019est le français qui demeure menacé, même au Québec, étant donné, entre autres, la pénétration si facile de l\u2019anglais dans nos foyers.Le français exige, même ici, une protection supplémentaire.» Et les évêques diront pourquoi: «Notre position s\u2019éclaire par la reconnaissance d\u2019un fait reconnu par d\u2019autres et que nous avons déjà souligné: les francophones du Québec constituent sûrement un peuple.\u2018Il est impossible de contester le droit de la communauté canadienne-française au Québec à l\u2019existence, à l\u2019épanouissement dans tous les ordres de réalités, à des institutions civiles et politiques adaptées à son génie et à ses besoins propres, à cette autonomie sans laquelle son existence, sa prospérité, son essor économique et culturel ne seraient pas assurés\u2019; cela induit de toute évidence la protection de sa langue.» Ces extraits de la déclaration des évéêques ont été publié dans Le Devoir du 14 février 1989. 480 L\u2019ACTION NATIONALE La Cour suprême Les chartes canadienne et québécoise protègent et garantissent les droits et les libertés des personnes humaines, des personnes avec chair et os.À ce que je sache, les entreprises financières, commerciales et industrielles n\u2019ont pas de chair, d\u2019os, d\u2019intelligence ni de cœur.À partir de là, je crois que le jugement de la Cour suprême ne s\u2019applique pas aux compagnies.Si mon raisonnement est bon, les articles de la Loi 101 sur l\u2019affichage pourraient continuer à s\u2019appliquer aux compagnies sans violer les droits et libertés des personnes.Mon argumentation n\u2019est pas tirée par la queue.Les compagnies ont une existence juridique différente de celle de leurs actionnaires et de leurs dirigeants.Les obligations et les activités d\u2019une compagnie n\u2019impliquent qu\u2019elles-mêmes.Elles n\u2019engagent pas leurs propriétaires, à moins d\u2019une caution personnelle accordée.Les propriétaires qui peuvent agir au nom de leur compagnie ne peuvent pas se substituer en lieu et place à leur propre compagnie.Les règles qui régissent les obligations respectives des parties déterminent aussi l\u2019exercice de leurs droits.Une compagnie ne peut donc s\u2019approprier les droits de ses propriétaires à la liberté d\u2019expression et à la liberté linguistique des individus.L\u2019anglais et la C.E.C.M.La CECM a demandé au ministre de l\u2019Éducation l\u2019autorisation d\u2019enseigner l\u2019anglais avant la 4e année du primaire.Elle désire enseigner l\u2019anglais dès la première année à l\u2019école Lambert-Closse (elle y a même commencé cet enseignement) et commencer l\u2019anglais en troisième année aux écoles françaises de Bienville, Pierre-de-Coubertin et Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle.À l\u2019école Lambert-Closse, on veut aider les jeunes à «distinguer entre l\u2019anglais et le français» par deux heures d\u2019anglais par semaine.Dans les trois autres écoles, la C.E.C.M.veut «expérimenter des façons de distinguer les appréhensions et les tensions d\u2019enfants qui sont, en 4^ année, soumis à un enseignement systématique d\u2019une langue seconde visant des objectifs qu\u2019ils éprou- DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 481 vent de la difficulté à atteindre.D\u2019année en année, il appert que devant l\u2019apprentissage de l\u2019anglais, les francophones éprouvent une gêne, voire un blocage à s\u2019exprimer en anglais.» L\u2019Alliance des Professeurs de Montréal s\u2019oppose catégoriquement à l\u2019autorisation sollicitée.«L\u2019argument, dit-elle, qu\u2019enseigner l\u2019anglais aux plus jeunes leur permettra de mieux apprendre le français est aussi peu sérieux que celui qui encouragerait les parents à offrir un vélomoteur à leurs enfants pour les inciter à marcher.» «Ce que les parents veulent, déclare l\u2019Alliance, c\u2019est qu\u2019en sortant de l\u2019école française, leurs enfants aient appris suffisamment d\u2019anglais pour être capables de s\u2019en sortir.L\u2019Alliance est tout à fait d\u2019accord avec un tel désir.Mais ce n\u2019est pas en saupoudrant de l\u2019anglais à tous les niveaux au détriment d\u2019autres matières qu\u2019on répondra à ce désir.La décision de la C.E.C.M.n\u2019est qu\u2019une illusion; elle est au mieux inutile, et au pire très nuisible.» La connaissance de l\u2019anglais ne doit pas s\u2019accomplir au détriment du français.Elle peut être acquise avec plus d\u2019efficacité lorsque l\u2019élève maîtrise sa langue maternelle.Pourquoi ne pas communiquer cet avis à la C.E.C.M.et à monsieur le ministre Claude Ryan?La C.E.G.P.M.et la désobéissance civile Ce n\u2019est pas monsieur Nowell qui a inventé la désobéissance civile chez les Anglo-Québécois.La Commission des écoles protestantes du Grand Montréal a transgressé un règlement du ministère de l\u2019Éducation depuis plusieurs années.Elle enseigne l\u2019anglais dès la première année dans les écoles françaises.Elle a aussi contesté jusqu\u2019en Cour suprême le pouvoir du gouvernement du Québec d\u2019édicter ces règles pédagogiques et leur applicabilité aux commissions scolaires protestantes.Salomon rendra jugement au cours de l\u2019année.Contestant toutes les lois et tous les règlements qu\u2019ils n\u2019aiment pas, les anglophones du Québec sont ensuite «humiliés», lorsque leur gouvernement impose «un nonobstant» afin de se soustraire aux procédures judiciaires. 482 L\u2019ACTION NATIONALE Une façon toute simple de régler l\u2019enseignement de l\u2019anglais dans les écoles montréalaises serait d\u2019inscrire les non-catholiques et les non-protestants dans la commission scolaire des francophones.Ainsi prendrait fin l\u2019une des sources principales de l\u2019assimilation des Néo-Québécois au monde anglo-saxon.Un peu d\u2019histoire Le 1er mai 1775, l\u2019Acte de Québec est proclamé.En dépit de l\u2019opposition d\u2019un groupe de fanatiques, George III sanctionne la loi en disant: «Cette loi est fondée sur les principes de justice et d\u2019humanité les plus manifestes.» L\u2019Acte rétablissait les lois civiles françaises, garantissaient la propriété de leurs biens et la liberté de religion et les dispensait du serment du test.Le 7 mai 1876, Pie IX proclame sainte Anne patronne de la province de Québec.Le culte de sainte Anne remonte au sauvetage de marins bretons en détresse qui avaient promis de bâtir une chapelle en son honneur à l\u2019endroit où ils aborderaient.Le 14 mai 1850, le Parlement s\u2019assemble à Toronto pour la première fois.L\u2019année précédente, le 25 avril, des émeutiers anglophones avaient mis le feu au parlement qui siégeait à Montréal.La bibliothèque qui comptait 22 000 volumes fut anéantie.Le tumulte avait été déclenché à la suite de l\u2019indemnité de 500 000$ qui avait été votée en dommage aux Canadiens qui avaient subi des pertes lors des troubles de 1837.Lors de l\u2019ouverture de la session, lord Elgin avait prononcé le discours du trône en français et en anglais pour la première fois.Le 18 mai 1642, Paul Chomedey de Maisonneuve fonde Ville-Marie.Au débarquement, madame de la Peltrie et Jeanne-Mance décorent l\u2019hôtel champêtre qu\u2019on venait d\u2019élever et le père Vimont y célèbre la messe.Dans son sermon, il prononce ces paroles: «Multipliez-vous à l\u2019ombre du futur sanctuaire de Marie, et qu\u2019un jour votre race soit aussi nombreuse que les grains de sable des rives majestueuses du grand fleuve qui arrose la terre dont vous prenez possession aujourd\u2019hui.» Le 21 mai, Dollard et ses seize glorieux compagnons tombent sous la hache des Iroquois, mais ils ont sauvé la colonie.Au Long-Sault, leur mémoire fut rappelée pendant de nombreuses années.Aujourd\u2019hui, nous avons presque perdu le souvenir de leur héroïsme. DES TROUVAILLES DEGOUTANTES 483 Le 27 mai 1838, John-George Lambton, lord Durham, arrive à Québec.Le suprême pouvoir lui a été dévolu.Peu après son arrivée, il accorde une amnistie générale aux prisonniers politiques, à l\u2019exception de huit chefs qui furent déportés aux Bermudes.Londres désavoue ce geste.Piqué dans son orgueil, Durham démissionne, retourne en Angleterre et présente son rapport sur l\u2019état économique, politique et social du pays.Durham est convaincu que les Canadiens-Français n\u2019ont pas d\u2019avenir.Il propose l\u2019union législative des deux Canada et la création d\u2019un gouvernement responsable.Pour lui, c\u2019est le meilleur moyen d\u2019angliciser les Canadiens-Français.Son rapport est mémorable.Citons-en un extrait: «Les Canadiens-Français ne sont que les restes d\u2019une ancienne colonisation.Quoi qu\u2019il arrive, quel que soit le gouvernement sous l\u2019empire duquel ils seront placés, ils ne peuvent concevoir aucun espoir pour leur nationalité.Ils sont un peuple sans histoire et sans littérature.» Le serment du test Voici le texte du serment du test que les ancêtres devaient prêter pour occuper des charges de l\u2019État: «I swear that I abjure, abhor, detest and deplore the damnable doctrine called popery.I swear that the sacrifice of Mass now celebrated by the Catholics, and invocation of Saints and Virgin Mary is superstitious and idolatrious.I swear that no pope or priest has any power to remit sins by absolution.I swear that there is no partaking of the body and blood of Christ in the sacrifice.» Gary Filmon le vertueux Pour protester contre l\u2019adoption de la Loi 178, le gouvernement minoritaire Filmon décide de retirer le projet de loi qui aurait ratifier l\u2019entente constitutionnelle du Lac Meech.À la conférence des premiers ministres de février, Gary Filmon déclare que «ses graves inquiétudes face à l\u2019entente demeurent entières» et il demande la conclusion d\u2019un accord constitutionnel parallèle à l\u2019entente du Lac Meech.Il ose affirmer que sa «politique est pro-manitobaine» et non «antiquébécoise».Ce cher premier ministre du Manitoba reproche à monsieur Bourassa de brimer les droits des anglophones avec la Loi 178. 484 L\u2019ACTION NATIONALE Dans son discours, l\u2019homme est si intègre et si droit que certaines personnes sont prêtes à lui donner l\u2019absolution sans condition.Ils oublient que les Franco-Manitobains ne jouissent pas de leurs droits linguistiques constitutionnels en matière d\u2019éducation, de santé et de services sociaux.Le commissaire fédéral aux langues vient de faire connaître l\u2019état de l\u2019enseignement du français au Manitoba.On y apprend que seulement 30% des enfants franco-manitobains âgés de 6 à 17 ans ont accès à une éducation dans leur langue.Vraiment la politique de Gary Filmon respire l\u2019hypocrisie et la tartuferie.Il devrait d\u2019abord respecter les droits linguistiques des Franco-Manitobains avant de se préoccuper de l\u2019affichage au Québec.Conrad Black, un dossier noir Conrad Black est un homme d\u2019affaires important.Il préside l\u2019Hollinger Inc., dont les actifs frisent le milliard.Il dirige aussi l\u2019Argus Corporation Limited.Il est présent dans Domgroup Ltd., The Daily Telegraph, Sterling Newspapers Ltd., Valley Cable TV, American Publishing Compagny.Il est aussi le propriétaire du Soleil, du Quotidien et du Droit.Monsieur Black est inquiet.«Malheureusement, écrit-il dans le Financial Post du 23 février, nous devons envisager la possibilité que le fédéralisme canadien soit arrivé au bout du chemin.» Il juge que la Confédération, «cet arrangement, pour utiliser le style de Lord Acton décrivant l\u2019enjeu de la soi-disant Révolution Glorieuse de 1688», est «étroit, dénué d\u2019esprit, confus, rampant, insatisfaisant».«Si nous ne pouvons faire mieux que cela, nous ne devrions pas avoir peur d\u2019envisager des solutions de rechange.» Monsieur Black est sérieux.Il a des lettres.Il possède des antennes.Il commence à comprendre.«.Il peut se faire, explique-t-il, que le Québec ne possède plus la confiance en soi pour demeurer dans la Confédération, et que le reste du pays possède finalement la confiance en soi lui permettant d\u2019envisager de se dispenser du Québec dans cette Confédération.» Voilà qui est dit! Mais une nuance s\u2019impose.Ce n\u2019est pas «la confiance en soi» qui est le mal du Québec: c\u2019est la confiance DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 485 dans le Canada anglais qui s\u2019est évaporée après tant de promesses reniées, tant d\u2019actes constitutionnels répudiés.Relisez votre histoire, monsieur Black.Il n\u2019est pas nécessaire de revivre les injustices commises jadis contre les francophones établis hors Québec.Même s\u2019ils doublent présentement le nombre des anglophones québécois, leurs droits linguistiques sont contestés presque partout.Leurs droits linguistiques ne sont pas respectés.Parlez-nous donc, monsieur Black, de la francophobie de Bay Street.Alors que les francophones hors-Québec doivent se battre quotidiennement pour obtenir des miettes de respect, les anglophones québécois possèdent 306 écoles primaires, 66 écoles bilingues, 7 cegeps, 2 cegeps bilingues, 3 universités, 3 stations de télévision, 11 postes de radio, 3 quotidiens, 18 hebdomadaires, des hôpitaux, des centres de recherche, sans compter les influences anglaises extérieures qui pénètrent dans la province: cinéma, télévision, publications, etc.Les Québécois de langue anglaise possèdent et contrôlent de riches compagnies financières, de grandes usines, d\u2019importants commerces.D\u2019origine britannique, ils représentent à peine 9 pour cent de la population québécoise, mais ils maîtrisent plus du tiers de l\u2019économie d\u2019ici.Leur langue est reconnue à l\u2019Assemblée nationale, dans les cours de justice, dans les hôpitaux et services.Que faut-il faire de plus?Combien de fois faudra-t-il répéter: les Britanniques n\u2019ont pas été martyrisés au Québec?Homme d\u2019affaires, monsieur Black ne sait pas compter.Il est désespéré de constater le comportement du Québec après tant de compréhension du Canada anglais.«Après 20 ans d\u2019efforts intenses, affirme-t-il, après que des millions d\u2019enfants canadiens anglophones aient étudié le français comme langue au statut officiel et égal.» Monsieur Black, soyez sérieux, il n\u2019y a pas 100 000 «enfants canadiens anglophones» des autres provinces qui ont appris le français.Nous sommes loin des «millions d\u2019enfants».Vraiment, monsieur Black ne sait pas compter.Il ose dire «qu\u2019il y a un transfert direct annuel de 750$ venant de chaque homme, femme et enfant d\u2019Ontario, au Québec (3 000$ de chaque famille ontarienne de quatre personnes; 4 000$ à chaque famille québécoise de quatre).» Il ose ajouter que les Ontariens 486 L\u2019ACTION NATIONALE devraient «soustraire ces 6 milliards$ du Québec et les rapatrier pour eux-mêmes».Il va jusqu\u2019à déclarer: «Au risque de donner dans l\u2019évidence, l\u2019Ontario, si on la consulte explicitement, retirerait la péréquation et les autres paiements de transfert au Québec.» Monsieur Black, vous ne savez pas compter.Vous ne distinguez pas entre les transferts de nature générale et les transferts de nature spécifique.Vous savez fort bien que l\u2019Ontario bénéficie de deux modes de transfert.Vous savez aussi que le Québec reçoit environ 1,5 milliards de plus que l\u2019Ontario.Vous savez aussi que les Québécois contribuent au transfert que l\u2019Ontario reçoit.Pourquoi tant de charriage de votre part?Votre mesquinerie me porte à regretter ces subventions, ces garanties de prêts et ces privilèges que vos entreprises ont reçus du gouvernement canadien et dont une large part proviennent des impôts québécois.Dites-nous, monsieur Black, combien de centaines de millions de dollars les Québécois vous ont versés?À bon entendeur, salut! Le Lac Meech Je ne veux pas me baigner dans ce lac.Ses eaux sont trop boueuses.J\u2019ai peur de me salir dans une vase qui risque d\u2019engloutir le Québec français.Plus le temps avance, plus la vase semble enlisante.À entendre les interprétations diamétralement opposées sur la société distincte, les francophones peuvent s\u2019enfoncer dans une boue mouvante et minée.Lorsqu\u2019ils ont signé cette entente, les premiers ministres du Canada et des provinces engageaient leurs responsabilités.Il avait fallu deux années avant de conclure l\u2019accord négocié.Depuis, les gouvernements de la Saskatchewan et de l\u2019Alberta ont en fait déclaré leur province unilingue anglaise, réalité qui s\u2019oppose à la promotion de la minorité francophone.Pour leur part, le Nouveau-Brunswick et le Manitoba jouent au yo-yo.Dans les relations entre États, il n\u2019est pas coutume que les négociations reprennent à la case de départ à l\u2019avènement d\u2019un nouveau gouvernement.Au moindre prétexte, un nouveau premier ministre pourra remettre en question la constitution canadienne ou l\u2019un de ses articles?J\u2019ai souvenance d\u2019un fait majeur DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 487 contraire.On a imposé au Québec, sans son consentement, un rapatriement, une modification à la constitution et une charte des droits dont nous ne voulions pas.Et voici que deux municipalités, le Nouveau-Brunswick et le Manitoba tergiversent, discutent, négocient un accord que les premiers ministres prédécesseurs avaient accepté.Le NPD et le Lac Meech À l\u2019ouverture du congrès NPD à Toronto, le premier depuis l\u2019élection du 21 novembre, quatre chefs néo-démocrates de l\u2019Ouest canadien ont annoncé leur opposition à l\u2019accord du Lac Meech, en sa forme actuelle.Roy Romanow de Saskatchewan, Michael Harcourt de Colombie britannique, Ray Martin d\u2019Alberta et Antony Peni-kett du Yukon rejoignent ainsi le chef néo-démocrate, Gary Doer, du Manitoba, depuis toujours opposé à l\u2019entente qui fait du Québec une société distincte.Le NPD de l\u2019Ouest canadien vient de parler.Bientôt, le NPD Québec sera isolé dans ce parti, comme le Québec l\u2019est dans la Confédération.Interdire le français hors Québec Maurice King est le président de la Chateaugay Valley English Speaking People Association.Ce mouvement a été fondé en 1983.Il compterait 6 000 membres.Monsieur King vient d\u2019affirmer que les autres provinces canadiennes «devraient interdire l\u2019usage du français», tant et aussi longtemps que le droit d\u2019affichage en anglais ne sera pas restauré.En janvier, cette association adressait une pétition aux Nations-Unies dénonçant la «violation des droits» des anglophones québécois et demandant le retrait de la Loi 178.M.King admet «ne rien attendre» des Nations unies.En Québécois de bonne foi, il compte sur l\u2019impact de sa démarche dans l\u2019opinion publique.«S\u2019il fallait attendre, dit-il, les Nations Unies, nous aurions tous quitté la province avant qu\u2019ils n\u2019agissent.» 488 L\u2019ACTION NATIONALE Ce président naïf croit en un Canada bilingue.Il affirme sans sourire que les francophones hors Québec sont actuellement mieux traités que la minorité anglophone du Québec, puisque leur langue «n\u2019a jamais été interdite par la loi».Quelle perfidie! M.King va plus loin.Il accuse le gouvernement québécois de reléguer les anglophones «à l\u2019arrière des magasins», tout comme les Noirs américains l\u2019ont été «à l\u2019arrière des autobus».Un tel discours peut être rapporté sans commentaire.Les grandes entreprises De la lettre d\u2019un homme d\u2019affaires, j\u2019extrais ce paragraphe: «Vos attaques continues contre les entrepreneurs desservent le Québec.Vous semblez ignorer que l\u2019avenir appartient aux grandes compagnies.Les petites entreprises ne seront jamais capables de supporter la concurrence internationale.Pour compéti-tionner notamment avec les industries américaines, il faut bâtir des compagnies de grande taille.» Ces quelques lignes résument la pensée de mon correspondant.Je veux bien lui répondre avec la même sincérité qu\u2019il a manifestée dans sa lettre.Mon cher ami, jamais je n\u2019ai nié l\u2019importance des grandes entreprises et je ne m\u2019insurge pas contre les visées de nos coureurs de bois lancés à la conquête des marchés mondiaux.Cent fois j\u2019ai écrit que les Canadiens-Français ont besoin de 100 grandes entreprises: 100 Mouvement Desjardins, Banque Nationale du Canada, Caisse de dépôt et placement, Hydro-Québec, Groupe La Laurentienne, Power Corporation, Bombardier, Provigo, Lavalin, Canam Manac, Cascades, Québécor.Il nous en manque encore un grand nombre.pour atteindre le nombre de 100.Nous vivons à l\u2019échelle planétaire.Pour jouer dans les ligues majeures et concurrencer les grandes multinationales, un certain nombre d\u2019entreprises québécoises doivent avoir une grande taille.Elles doivent compter sur d\u2019énormes ressources humaines, technologiques et financières.Seules les sociétés cuirassées et colossales gagneront la bataille du décloisonnement, de la diversification et du libre-échange.En aucune circonstance je ne me suis opposé aux vertus de la grande entreprise.Je dénonce toutefois des abus.Trop sou- DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 489 vent, attirés par l\u2019appât du gain, certaines entreprises oublient leurs origines et le rôle social qui incombe aux grands de ce monde.Jamais je n\u2019accepterai sans grogner que des morceaux du patrimoine québécois soient cédés et vendus à l\u2019étranger.Coincés comme nous le sommes, une poignée dans la foule anglo-saxonne, il est impérieux que les grandes entreprises prospèrent et rayonnent à l\u2019étranger sans compromettre la vie de la nation.Au contraire, elles doivent y participer.C\u2019est pourquoi il est nécessaire qu\u2019une politique assure un contrôle des Québécois sur les institutions financières et sur les empires qui jouent un rôle essentiel sur le plan collectif.Puissent nos entrepreneurs apprendre à travailler ensemble et à se regrouper avec solidarité pour réussir en affaires, entendant que la réussite économique soit profitable à la société et à la nation canadienne-française.Mais il y a aussi des ligues mineures et les gens ordinaires.L\u2019ensemble des entreprises et des citoyens n\u2019appartiendront jamais aux grands de ce monde.Les PME et les coopératives ont encore une place au soleil.Elles représentent un juste milieu face aux grandes entreprises.Elles assurent un développement harmonisé avec le milieu.Elles créent la majorité des nouveaux emplois.Elles s\u2019adaptent aux besoins des personnes.Elles ont même une place dans l\u2019économie mondiale, car elles se multiplient avec la fusion des compagnies.Ces dernières recourent de plus en plus à la sous-traitance pour amortir leurs coûts de production.«Small is beautiful» est toujours vrai.L\u2019Europe de 1992 L\u2019Europe sera forte et de plus en plus forte.Elle élabore des stratégies commerciales et industrielles.Elle s\u2019oriente tout doucement vers une politique fiscale et monétaire.On peut même croire que l\u2019Europe des Douze n\u2019est qu\u2019un point de départ.Elle a déjà réduit sa dépendance à l\u2019égard des États-Unis.Elle agrandit maintenant sa zone d\u2019influence vers la Russie, le Proche-Orient et les pays de l\u2019Est.Son marché de 320 millions d\u2019Européens compendra près de 500 millions de consommateurs d\u2019ici quelques années, dans une Europe élargie.Déjà, le commerce entre l\u2019URSS et la Corn- 490 L\u2019ACTION NATIONALE munauté Économique Européenne atteint les 25 milliardsî, alors que les relations commerciales de l\u2019URSS avec les États-Unis s\u2019élèvent à 1,9 milliards.Le Québec du libre-échange ne doit pas mettre tous ses œufs dans le même panier.11 doit en déposer un certain nombre dans les entrepôts de la Communauté Économique Européenne.On ne doit pas laisser aux Européens l\u2019impression que le Québec est américain et qu\u2019en transigeant avec Washington ils négocient avec le Québec.Au contraire.Le Québec doit établir ses distances avec les États-Unis.Il bénéficiera ainsi du sentiment anti-américain qui existe un peu partout en Europe.D\u2019où la nécessité d\u2019être nous-mêmes.Bell-Power-Montreal Trust Il n\u2019y a pas si longtemps, les Entreprises Bell Canada avait fait une offre pour acquérir le Groupe Commerce, sociét charte fédérale.Les autorités fédérales sont intervenues.Elles n\u2019ont pas autorisé le monopole du téléphone à acquérir une compagnie d\u2019assurance générale.Les Entreprises Bell Canada désiraient aussi acquérir le Montreal Trustco.Cette société détenait une charte fédérale.L\u2019obstacle était majeur.Le gouvernement d\u2019Ottawa craint les conflits d\u2019intérêts (il en connaît les conséquences par expérience) et il se serait opposé au contrôle d\u2019une institution financière par une entreprise commerciale.Que faire?L\u2019opération est simple.La Corporation Financière Power détient 64 pour cent des actions de Montreal Trustco.Elle demande à Ottawa le privilège de changer sa charte fédérale pour une charte provinciale.L\u2019autorisation est accordée.Contrairement à son homologue fédéral, le ministre Pierre Fortier est favorable au grand empire et il approuve la transaction.Pour sa part, le ministre fédéral Gilles Loiselle juge que le dossier n\u2019est plus de son ressort.Pilate s\u2019était lavé les mains.Une société de fiducie de 10 milliardsS est vendue pour 547 millionsî.Avec cette acquisition, Les Entreprises Bell Canada sont en voiture.Elles améliorent leurs capacités financières.Déjà, elles se classaient au premier rang des compagnies canadiennes. DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 491 Ses sociétés filiales et associées sont déjà nombreuses.Citons, entre autres: BCE Commcor Inc., BCE Development Corporation, BCE Development Properties Inc., BCE Publi-Tech Inc., BCE Realty Inc., BCI Incorporated, Bell Canada, Bell Canada International Co., Bell Cellular Inc., Bell Communication Systems Inc., Bell Date Systems Inc., Bell-Northern Research Ltd, Bell (U.K.) Communication Limited, British American Bank Note Inc., Bruncor Inc., Capital Telephone Co.Ltd, Computer Innovations Distribution Inc., Computerland Corporation, Case-Hoyt Corporation, Eurotech Italia SpA, Eurotechnica Dataway Computer GmbH, Maritime Telephone & Telegraph Co., NewTell Enterprises Ltd, North American Telegraph Co., Northern Telecom Europe Limited, Northern Telecom Limited, Northern Telephone Ltd, Québécor Inc., Ralph-Clark-Stone Packaging Corporation, Ronaldls-Federated Ltd, Télébec Ltée, Tele-Direct Publications Ltd, Telesat Canada, TransCanada PipeLines Ltd.Quand on est grand.Northern Telecom Northern Telecom ferme son usine d\u2019Aylmer.Elle licencie 600 personnes.Dans la région de Montréal, 757 employés perdront leur emploi; les avis de congédiement on été adressés.En 1972, Northern Telecom employait 13 400 québécois; aujourd\u2019hui 6 000 Québécois travaillent pour cette entreprise qui a créé 20 000 nouveaux emplois aux États-Unis, ces 15 dernières années.La haute technologie de ce secteur enregistre un recul inquiétant au Québec.Des milliers d\u2019emploi sont ainsi perdus.Investissement Canada Deux poids trois mesures.Stone Containers, une compagnie américaine, peut acquérir Consolidated Bathurst, une compagnie québécoise, et n\u2019être pas l\u2019objet d\u2019une interdiction de la part d\u2019investissement Canada.On sait que cet organisme fédéral juge qu\u2019il y a contrôle étranger dès qu\u2019une entreprise étrangère possède plus de 33 pour cent d\u2019une compagnie canadienne.Or, Stone contrôlera 100 pour cent. 492 L\u2019ACTION NATIONALE Asea Brown Boveri veut acquérir Transelectric Technology Inc., filiale de Westinghouse Canada.Le dossier est renvoyé au Tribunal de la politique de concurrence, organisme quasi-judiciaire.Ainsi en a décidé Calvin S.Goldman, directeur des enquêtes et de la recherche au bureau de la politique de concurrence.La Brasserie Molson se fusionne avec O\u2019Keefe.Carling O\u2019Keefe du Canada Ltée appartenait déjà à Elders IXI Ltd., entreprise australienne.Les deux partenaires se partageaient la propriété de la nouvelle compagnie, moitié moitié.Investissement Canada vient d\u2019annoncer qu\u2019elle examine la transaction.Elle veut vérifier si la fusion des deux entreprises ne permet pas à des intérêts étrangers de prendre le contrôle d\u2019une compagnie canadienne.Cette décision a été annoncée par Charles Byron, le directeur de la revision des investissements.La différence?En large partie, le libre-échange.Le Canada doit désormais accorder aux entreprises américaines les privilèges consentis aux compagnies canadiennes.La concertation en Mauricie La Mauricie occupe le cœur du Québec.Elle est la troisième région selon la population et l\u2019économie.Une Conférence socioéconomique vient d\u2019y amorcer ses travaux.Le départ a été pleinement réussi.La population a participé activement.Les 168 délégués qui avaient droit de vote ont retenu 90 projets évalués à plus de 370 millionsS.194 projets avaient été soumis.En première position, on retrouve le projet de l\u2019UQTR pour l\u2019établissement d\u2019un Centre de recherche en hydrogène.Six millions de dollars sont requis por la R & D dans le stockage, la sécurité et le transport de cette énergie de l\u2019avenir.En deuxième place s\u2019inscrit le projet du Cegep de Trois-Rivières pour la réalisation d\u2019un Centre de développement de magnésium qui nécessitera un investissement de 10 millionsS.Ces deux projets d\u2019hydrogène et de magnésium permettraient à la région d\u2019élargir ses créneaux industriels liés principalement au domaine des pâtes et papiers.En troisième place se classent les Jeux du Québec 1991 tenus à Shawinigan.La création d\u2019un Centre de formation en travail DES TROUVAILLES DEGOUTANTES 493 de récupération décroche la quatrième place; le projet vise à faciliter l\u2019insertion sociale des jeunes qui y feront un stage.Parmi les autres projets agréés, citons la mise en valeur des rives du Lac Saint-Pierre, la construction d\u2019un pont sur la Mat-tawin, le recyclage de matières plastiques à Plessisville, la formation d\u2019une équipe de santé mentale au CLSC, la valorisation de la tourbière du Centre de la Mauricie, la création d\u2019une usine de désencrage de papier dans Drummond et la formation d\u2019un Centre spécialisé en électrochimie au Cegep de Shawinigan.Les 90 projets de la Conférence seront soumis au Sommet socio-économique de Victoriaville de la fin mai.Espérons que l\u2019ensemble des projets seront acceptés et concrétisés sans délai.Ingersoll-Rand Ingersoll-Rand est une filiale américaine spécialisée dans la fabrication de machinerie pour l\u2019industrie des pâtes et papiers.Elle emploie 240 travailleurs pour la production et 60 dans les bureaux.Son président, William Mallory, adressait au début de l\u2019année une lettre à la Société de développement industriel, dans laquelle il déclarait ne plus «investir un sou au Québec» tant que demeurera une certaine incertitude sur le respect des droits fondamentaux des anglophones.Il protestait ainsi contre la Loi 178 et la politique linguistique du gouvernement Bourassa.Il annulait un projet de 18 millions! à Valleyfield pour investir 30 millions! à Downsview en Ontario.Dix jours ont suffi, pendant le congé des fêtes, pour passer d\u2019un projet de 18 à 30 millions! en un autre milieu.Décidément, la Loi 178 a le dos large.Mais Claude Turcotte nous apprend, dans Le Devoir du 25 février, que Mallory «est un bluffeur, car son budget d\u2019investissement pour l\u2019exercice financier en cours ne lui permet pas d\u2019investir plus de 3 millions!, que ce soit au Québec, en Ontario, ou ailleurs au Canada».Sur le geste d\u2019Ingersoll-Rand, le cerveau du Conseil du patronat du Québec se devait d\u2019intervenir.«Il y aura d\u2019autres Ingersolls», lance l\u2019inégalable Ghislain Dufour.«D\u2019autres partiront, mais avec moins de publicité», insiste-t-il.Ne trouvez-vous 494 L\u2019ACTION NATIONALE pas que cette déclaration est étrange, voire surprenante de la part d\u2019un représentant du monde des affaires?Bell Canada Le 14 octobre 1986, le CRTC avait ordonné à Bell Canada de remettre à ses abonnés la somme de 206 millionsS qui représentaient des revenus excessifs réalisés en 1985 et 1986.La Compagnie a contesté la décision du CRTC devant la Cour d\u2019appel fédérale.Le 10 juillet 1987, ce tribunal donnait raison à Bell Canada.Le CRTC en a appelé du jugement.Le 21 février, Bell Canada exposait à la Cour suprême les raisons qui l\u2019incitaient à ne pas verser 206 millionsS à ses abonnés.Elle prétend que le CRTC n\u2019avait pas le pouvoir d\u2019ordonner un tel remboursement et de modifier rétroactivement une décision intérimaire par une décision finale.Voilà des arguments de grand intérêt public.Le conseil juge que son premier devoir est de s\u2019assurer que les revenus d\u2019un monopole comme Bell Canada ne soit pas excessifs.Il est d\u2019avis qu\u2019en fixant des tarifs, il a des devoirs non seulement envers l\u2019entreprise, mais aussi envers les consommateurs.Les déchets biomédicaux Les hôpitaux québécois produisent annuellement 6 000 tonnes de déchets biomédicaux qui peuvent être dangereux pour la santé.On y retrouve une diversité incroyable de débris.La seule énumération répugne au bon sens.On retrouve dans les poubelles d\u2019hôpitaux des membres et des organes amputés, des résidus de carcasses d\u2019animaux, des scalpels, des outils médicaux tranchants, des seringues, des compresses souillées, des médicaments.Ces déchets sont enfouis dans des dépotoirs, parfois même dans des cimetières.Au Québec, seule la compagnie DECOM de Gatineau possède un incinérateur spécialisé dans l\u2019élimination des déchets biomédicaux infectieux et seul l\u2019hôpital Notre-Dame possède un incinérateur pour le traitement de ses déchets.Qu\u2019attendons-nous pour éliminer en toute sécurité les déchets biomédicaux produits par les hôpitaux québécois? DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 495 Les dépotoirs de pneus Tout ou presque tout est jetable et les contaminants affectent l\u2019environnement, l\u2019eau, l\u2019atmosphère et même la couche d\u2019ozone.Sensibilisé aux méfaits des PBC, le ministère de l\u2019Environnement attend un malheur pour éliminer les dépotoirs de pneus.L\u2019automne dernier, il autorisait encore l\u2019ouverture d\u2019un nouveau dépôt de pneus à Franklin, à deux kilomètres d\u2019un dépotoir réputé dangereux qui contient déjà 3,5 millions de carcasses.Ces pneus abandonnés ne proviennent pas tous des consommateurs.Chaque année, la Good Year de Valleyfield rejette de ses chaînes de production près de 800 000 carcasses, de quoi alimenter plusieurs dépotoirs, avec les années.À Franklin, un premier feu a failli tourner à la catastrophe, l\u2019an dernier.Aussi, la population est inquiète.Elle demande l\u2019élaboration immédiate d\u2019un plan d\u2019urgence connu de toutes les municipalités susceptibles d\u2019être affectées par les fumées toxiques d\u2019un incendie déclaré.Le ministère étudie.Les pneus ne sont pas éliminés.Les PBC de Saint-Basile sont encore à Saint-Basile.Les gouvernements ne protègent pas la population.Ils sont coupables d\u2019inertie criminelle.Ils sont hélas! dominés par les impératifs économiques qui ont priorité sur les déséquilibres écologiques.La couche d\u2019ozone Lucien Bouchard a publié de nouveaux règlements qui visent à éliminer tous les chlorofluorocarbones (CFC) d\u2019ici dix ans.L\u2019objectif est de mettre fin à la destruction de la couche d\u2019ozone qui protège la planète des rayons destructeurs du soleil.«Nous ne pouvons plus attendre qu\u2019un autre trou se creuse dans la couche d\u2019ozone, a dit le ministre de l\u2019Environnement, ou que des millions de tonnes supplémentaires de gaz à l\u2019origine de l\u2019effet de serre soient libérés dans l\u2019atmosphère.» Les CFC appartiennent à la famille des gaz fréons.Ces gaz sont des fluides utilisés comme agents frigorifiques.Ils sont 496 L\u2019ACTION NATIONALE employés dans les mousses d\u2019isolants et de rembourrage, dans les bombes aérosol, dans les réfrigérateurs et les climatiseurs, et pour le nettoyage des micro-puces et des pièces électroniques.La concentration de CFC augmente de 5% à 6% par année et détruit la couche d\u2019ozone, aggravant de ce fait l\u2019effet de serre et le réchauffement graduel de l\u2019atmosphère.Le ministre Bouchard annonce que 85% des CFC produits au Canada seront détruits d\u2019ici 10 ans.C\u2019est une décision heureuse.Elle s\u2019imposait et il faudra faire davantage.La planète aura besoin d\u2019au moins deux siècles pour réparer les dégâts causés par trente années de folie.Les trous creusés dans la couche d\u2019ozone par les gaz lancés par l\u2019homme dans l\u2019atmosphère représentent un danger aussi menaçant que les bombes nucléaires.La terre n\u2019est plus adéquatement protégée contre les rayons ultra-violets du soleil.L\u2019agence spatiale Il y a longtemps, le ministre Robert de Cotret annonçait que l\u2019agence spatiale «ça s\u2019en vient et ça s\u2019en vient vite».Depuis, beaucoup d\u2019eau polluée a coulé dans le majestueux Saint-Laurent.Enfin, après nombre de mois, quelques coups de poings sur une table ministérielle et quelques paroles duplessistes de monsieur Bourassa qui réclamait son butin, l\u2019agence spatiale atterrit à Montréal, quelques ailes en moins.C\u2019est un atterrissage forcé et une compensation de Brian à Robert pour l\u2019aide électorale apportée.Quelques morceaux d\u2019aile ont toutefois été égarés en cours de route.Au début de 1988, le ministre d\u2019État aux Sciences et à la Technologie annonçait que Spar Aerospace de Toronto serait le maître d\u2019œuvre de la participation canadienne à la station orbitale américaine et il était alors convenu que les firmes québécoises hériteraient du tiers de budgets disponibles, même si 80% de la recherche aérospatiale sont réalisés à Montréal.Cette décision a-t-elle été rescindée?Une partie d\u2019aile est aussi restée en dehors du Québec.Une catastrophe nationale serait survenue, s\u2019il avait fallu déménager à Montréal le Groupe des sciences spatiales qui demeurera à DES TROUVAILLES DÉGOÛTANTES 497 Ottawa, et le Laboratoire David Florida, le centre national d\u2019assemblage et d\u2019essai des engins spatiaux.Pourtant, l\u2019Ontario a bien reçu 12 milliardsî de subventions pour développer une industrie nucléaire, alors que le Québec a développé sans aide et sans révolte son réseau hydroélectrique.Une émeute aurait aussi été déclarée, s\u2019il avait fallu abandonner à Montréal le développement de systèmes militaires dans l\u2019espace.L\u2019armée a son pied à terre et sa tête à Ottawa.1 milliards de fonds lui sera confié à même ceux de l\u2019agence.À tout événement, l\u2019agence spatiale est physiquement située à Montréal.L\u2019avenir dans la conquête de l\u2019espace se jouera dans le transport spatial, les infrastructures orbitales et les systèmes militaires basés dans l\u2019espace.En ces domaines, la position du Canada n\u2019est pas excellente.Le pays participe faiblement à la plate-forme orbitale de la NASA et à quelques projets européens.Spar Aerospace réalise à peine 1 pour cent de la plateforme autonome Olympus et le pays collabore aussi au satelitte de télédétection ERS-1 pour à peine 10% du projet.Au point où nous en sommes, le gouvernement du Canada devra allouer à l\u2019agence spatiale des ressources financières suffisantes pour lui permettre d\u2019obtenir les ressources humaines et technologiques nécessaires à son action.À l\u2019heure actuelle, en dépenses spatiales civiles, le Canada dépense trois fois moins que la Suède, quatre fois moins que la France et sept fois moins que les États-Unis.À ce rythme, le pays ne sera jamais dans la course spatiale et il renonce à un avenir dans ce secteur.À partir des ressources qui lui sont accordées, l\u2019agence spatiale doit maintenant concevoir un plan global de développement.Elle doit se souvenir qu\u2019aucun pays ne possède les ressources suffisantes pour réaliser seul l\u2019exploration et l\u2019utilisation de l\u2019espace.Dans les objectifs à déterminer, elle doit rechercher des champs d\u2019activités propres à la technologie canadienne.Le secteur des communications par satellite semble un domaine où nous pouvons exceller.L\u2019implication dans des projets spatiaux étrangers et la vente d\u2019équipements et de services de qualité représentent des secteurs à privilégier. 498 L\u2019ACTION NATIONALE D\u2019une façon certaine, l\u2019agence spatiale doit assumer la coordination de l\u2019ensemble des recherches et des pratiques scientifiques, industrielles et commerciales qui sont effectuées en ce domaine, au Canada.Des relations étroites doivent s\u2019établir entre les universités, les centres de recherche et l\u2019industrie.Les universités peuvent servir dans la recherche et dans la formation des spécialistes requis.Les industries de l\u2019aéronautique, de l\u2019électronique, de l\u2019informatique, des télécommunications et des systèmes experts peuvent apporter une contribution appréciable.Au Québec, 13,8 pour cent Au cours des 9 premiers mois de l\u2019année 1988-1989, le gouvernement fédéral a accordé 222 contrats de recherche au Québec pour un montant total de 20,1 millions$.L\u2019Ontario a reçu 790 contrats pour une valeur de 65 millionsS.La part octroyée au Québec correspond à 13,8%.L\u2019Ontario a reçu 44,6% des contrats fédéraux de recherche.Tenez-vous bien.À la Colombie britannique, dont la population dépassse à peine celle de Montréal, Ottawa a accordé 16 pour cent de la valeur des contrats.Ces statistiques ont été révélées par le Conseil de la science et de la technologie, Ottawa ne publiant plus les données sur la répartition des contrats.Ainsi fonctionne le fédéralisme coopératif.Monsieur Black n\u2019a pas consulté ce dossier.le 15 mars 1989 SECTION LIONEL-GROULX «A vons-nous comme peuple la volonté de survivre et de porter dans un autre millénaire l\u2019héritage que nous ont légué ces fils de paysans et ces femmes venus de France et d\u2019ailleurs?» Paul-André Comeau La nation canadienne-française En cette section, dix-huit articles sur la question nationale seront présentés.Les auteurs dissiperont certains équivoques qui sont en train de nous embaumer.Ils appartiennent à ce groupe limité d\u2019intellectuels qui peuvent \u2014\tclarifier les notions relatives à l\u2019identité nationale; \u2014\tanalyser les forces et les faiblesses de la nation; \u2014\tprévoir l\u2019évolution probable; \u2014\tet proposer des orientations cohérentes.Textes publiés \u2014\tQue devient la question nationale?, François-Albert Angers, novembre 1988, p.811-830.\u2014\tA vons-nous comme peuple la volonté de survivre?, Paul-André Comeau, novembre 1988, p.831-841. 500 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014\tUne population vieillissante et menacée d\u2019anémie, Jacques Henripin, novembre 1988, p.844-855.\u2014\tDe la culture militante à la culture inquiète, Fernand Harvey, décembre 1988, p.891-906.\u2014\tLa situation linguistique au Québec en 1988.Peut-on espérer sortir de ces ambiguïtés?, Michel Plourde, décembre 1988, p.907-928.\u2014\tL\u2019éducation au Québec, Paul Tremblay, janvier 1989, p.48- 68.\u2014\tL\u2019éducation nationale dans les écoles, Lorraine Pagé, janvier 1989, p.69-75.\u2014\tDes groupes ethniques aux communautés culturelles, Pierre Anctil, février 1989, p.140-157.\u2014\tL\u2019accueil des immigrants et des réfugiés, Julien Harvey, février 1989, p.158-163.\u2014\tLa qualité de vie, André Beauchamp, mars 1989, p.266-277.\u2014\tL\u2019enseignement de l\u2019histoire, Micheline Dumont, avril 1989.\u2014\tL\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes, Madeleine Blanchet, avril 1989.\u2014\tLe Québec dans la francophonie, Jean-Marc Léger, mai 1989.Textes à paraître \u2014\tL\u2019organisation du travail, Gérald Larose, mai 1989.\u2014\tLa vie des minorités françaises, Aurèle Thériault, juin 1989.\u2014\tLe poids des Canadiens-Français et du Québec dans la Confédération, Claude Morin, juin 1989.\u2014\tLa conjoncture politique, Pierre Harvey, juin 1989.\u2014\tLa question nationale, Léon Dion, juin 1989. Le Québec dans la francophonie par JEAN-MARC LÉGER c est une vaste et redoutable gageure que de vouloir traiter d\u2019un sujet comme «Le Québec et la francophonie».Aussi bien, n\u2019est-il pas question ici d\u2019en embrasser l\u2019ensemble, mais de présenter quelques éléments propres à favoriser la réflexion sur une entreprise à la fois séduisante et ambiguë, «la francophonie», et sur la place que le Québec y tient ou tente d\u2019y tenir.Que l\u2019avènement de la francophonie ait coïncidé avec le réveil tumultueux du Québec au cours de la «révolution tranquille» et que la participation à la communauté francophone ait constitué une dimension majeure du contentieux Ottawa-Québec, voilà qui ne peut qu\u2019accroître l\u2019intérêt et la difficulté de l\u2019exercice.Dès lors, est-ce avec modestie et prudence que je m\u2019y engage: il ne saurait y avoir là rien d\u2019exhaustif ni de définitif.Des nombreuses définitions que l\u2019on peut donner de l\u2019entreprise fervente et nécessaire autant qu\u2019ambiguë qu\u2019est la francophonie, je retiendrai essentiellement, pour les fins du présent article, la suivante: l\u2019effort d\u2019organisation cohérente des relations entre les pays de langue française dans le but d\u2019aménager un espace original de solidarité, de développer la coopération dans toutes ses dimensions et d\u2019assurer le dialogue des cultures, le tout grâce à l\u2019usage commun d\u2019une même langue de grande diffusion.Ainsi, l\u2019objet premier n\u2019est pas la langue, mais la coopération entre les pays partageant cette langue, étant bien entendu que l\u2019évolution de la langue (qualité, statut, usage) ne saurait être ignorée, puisqu\u2019elle est le fondement même de cette communauté originale. 502 L\u2019ACTION NATIONALE Rapports du Québec avec la francophonie Quant aux rapports du Québec avec la francophonie, ils peuvent être envisagés sous plusieurs aspects différents, d\u2019ailleurs complémentaires: par exemple, sur le plan des faits, c\u2019est-à-dire la taille du Québec et sa place dans la communauté francophone à partir des facteurs géographique, démographique, économique et de son apport dans l\u2019ordre de la culture, de la science, de la technologie; ensuite, du point de vue de sa contribution à la construction de l\u2019ensemble francophone et, inversement, des avantages qu\u2019il en aura retirés, démarche rendue difficile par une appréciation forcément subjective; ou encore, sous l\u2019angle de l\u2019interaction du mouvement d\u2019affirmation du Québec, dans les années 1960-1980, et du développement simultané de l\u2019entreprise francophone.Poste avancé de la francophonie en Amérique du Nord, faisant partie du peloton de tête des pays industrialisés, étant résolument entré depuis plusieurs années dans l\u2019ère de la communication et de l\u2019informatisation, le Québec apporte d\u2019autre part à la francophonie le témoignage d\u2019une fidélité non sans mérite à la langue et l\u2019expression d\u2019une culture originale et inventive.Fût-il officiellement présenté comme «Canada-Québec» dans les réunions internationales par le souci vigilant du gouvernement fédéral qui ne saurait admettre la mention du «Québec» seul, ce dernier représente incontestablement un acteur de premier rang dans la communauté francophone.Cela tient au moins autant au caractère singulier de son aventure historique, de sa situation géopolitique, de sa créativité, particulièrement sensible depuis un quart de siècle et \u2014 facteur trop souvent oublié \u2014 à l\u2019attachement porté dès les débuts du mouvement par le Québec, par les Québécois, à la francophonie, par une participation attentive et fervente aux initiatives de tous ordres, par une contribution en projets, en idées, en hommes sans commune mesure avec la taille propre du Québec au sein de l\u2019espace francophone.Bref, il n\u2019est pas excessif de dire que le Québec a été à la fois un pionnier et un moteur de la francophonie (même si depuis quelques années l\u2019ardeur est visiblement moindre): disons tout de suite qu\u2019il y avait un intérêt vital, ce qui sans atténuer son mérite le situe dans un autre éclairage.Plus que d\u2019autres, que tous les autres, nous avions besoin de trouver dans une commu- LE QUÉBEC DANS LA FRANCOPHONIE 503 nauté francophone à la fois un recours, une sauvegarde, un appui et aussi un facteur de rayonnement, une fenêtre ouverte sur le monde, la seule possible du reste.Deux événements prochains vont souligner à la fois l\u2019importance et l\u2019ambiguïté des rapports du Québec avec la communauté internationale des pays francophones: la troisième conférence des Chefs d\u2019États et de gouvernement des pays ayant en commun l\u2019usage du français, manifestation désormais périodique, couramment et plus simplement appelée «le Sommet francophone», qui se tient à Dakar (Sénégal) dans les derniers jours de mai; d\u2019autre part, les premiers véritables «Jeux de la francophonie» (il y a eu des précédents, mais d\u2019une moindre ampleur), qui se dérouleront en juillet au Maroc.Dans le premier cas, conformément à l\u2019entente laborieusement négociée et conclue fin 1985 avec le gouvernement fédéral, le Québec dispose d\u2019une relative autonomie et, sans être participant à part entière, a une présence distincte de celle du Canada (statut qu\u2019il partage toutefois avec le Nouveau-Brunswick), mais dans le second, il a été contraint par l\u2019intransigeance d\u2019Ottawa à «fondre» sa délégation à toute fins utiles dans celle de l\u2019ensemble canadien.Ce nouveau débat aura utilement rappelé que la participation propre du Québec aux instances et aux manifestations diverses de la francophonie internationale reste un combat permanent.La francophonie ne se résume pas aux Sommets Mais la «francophonie» ne se résume pas aux Sommets et elle n\u2019est pas née avec eux, il s\u2019en faut: on oublie trop souvent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un vaste dessein, encore vague à certains égards, qui prête à de multiples interprétations, dessein ou projet à la fois culturel et politique, dont les premières expressions remontent aisément à une quarantaine d\u2019années, sinon davantage.Il est significatif que l\u2019idée \u2014 et l\u2019idéal \u2014 de cette sorte de communauté édifiée à partir de la langue française et grâce à elle, ait été d\u2019abord le fait d\u2019individus et de groupes ou d\u2019associations et n\u2019ait suscité l\u2019intérêt, puis entraîné l\u2019adhésion, des pouvoirs publics qu\u2019au bout de nombreuses années.L\u2019antériorité des «O.N.G.» francophones (organisations non gouvernementales) a eu quelque chose de sain dans la mesure où elle a marqué l\u2019authenticité du projet, la spontanéité d\u2019aspirations venues de la 504 L\u2019ACTION NATIONALE base, mais la modicité de leurs moyens et la relative faiblesse de leur audience n\u2019ont pas permis d\u2019aller aussi vite ni aussi loin qu\u2019il eût fallu.Il faut reconnaître qu\u2019un temps précieux a été perdu qu\u2019il sera malaisé de rattraper, d\u2019autant que la conjoncture aurait sans doute été plus favorable, voici dix à quinze ans, qu\u2019elle ne l\u2019est aujourd\u2019hui aux grandes entreprises francophones.Il faut en conséquence souhaiter que les gouvernements concernés éprouvent un sentiment d\u2019urgence et consentent à forcer la marche (ampleur et rigueur des choix, audace des initiatives, volume des crédits) avec la claire conscience qu\u2019il n\u2019y a plus guère de dix à quinze ans pour créer de «l\u2019irréversible» francophone.Dès les premiers signes de ce que l\u2019on serait presque enclin à appeler «la préhistoire» de la francophonie, la présence québécoise s\u2019est manifestée avec une vigueur et une ferveur qui n\u2019allaient point se démentir dans la suite, du moins quant à l\u2019essentiel.Et cela s\u2019est vérifié aussi bien dans les institutions de caractère gouvernemental que dans les nombreuses organisations non gouvernementales.Il n\u2019y a pas lieu d\u2019insister sur cette constante, qui est largement connue, mais d\u2019en rappeler les causes principales.N\u2019allons pas nous attribuer en la matière quelque mérite: le concours le plus large au regroupement des francophones, puis la participation active et autonome aux organismes de la francophonie étaient pour le Québec de l\u2019ordre de la nécessité, car cela correspondait à ses intérêts les plus évidents.Il y allait à la fois de sa survivance et de son rayonnement.Le développement accéléré des relations internationales et des échanges de tous ordres entre les peuples (puissamment favorisé par l\u2019essor fulgurant des moyens de transport et de communication) au lendemain de la deuxième guerre mondiale et, davantage, l\u2019extension du champ de la politique internationale à des domaines comme la culture, la santé, le travail, l\u2019éducation, la jeunesse, l\u2019information, la science et la technologie, etc.allaient faire ressortir chaque jour davantage 1 interdépendance de la politique intérieure et des affaires extérieures.Lourd de conséquences à moyen et à long terme pour tous les pays, le phénomène l\u2019était singulièrement plus dans les États de type fédéral, de ceux-là notamment qui sont marqués par la convivence de plusieurs nations ou de plusieurs ethnies.L autonomie des corn- LE QUÉBEC DANS LA FRANCOPHONIE 505 posantes, des États fédérés, risquait d\u2019être progressivement minée et leurs compétences sournoisement dévaluées par les effets d un jeu international duquel ils ne seraient point partie.On le comprit chez nous à la faveur de la conception dynamique de l\u2019autonomie que portait la «révolution tranquille»; la préservation, a fortiori la promotion de cette autonomie passaient par une participation minimale à l\u2019activité internationale, dans les secteurs du moins attribués par la constitution canadienne aux États fédérés.Ce fut le fondement de la doctrine du «prolongement externe ou international des compétences internes», selon la formule rendue célèbre par l\u2019ancien ministre de l\u2019Éducation, monsieur Paul Gérin-Lajoie, que le gouvernement Lesage fit sienne et qu\u2019allaient reprendre, pour l\u2019essentiel, avec plus ou moins de vigueur et plus ou moins de bonheur, les gouvernements qui lui succéderaient.Dès lors que le Québec entendait se donner les éléments et les moyens, même modestes, d\u2019une action internationale, il était naturel qu il voulût la mener d\u2019abord en direction des autres pays de langue française, la France au premier chef.Cela s\u2019imposerait d autant plus qu\u2019au cœur même de la singularité québécoise, à la racine de son identité et à la base de son permanent combat, il y avait la langue, sans laquelle le reste aurait perdu toute signification: la situation et le destin de la langue, hier comme aujourd\u2019hui, résument ceux du Québec.C\u2019est d\u2019ailleurs à partir des préoccupations d\u2019ordre linguistique que s\u2019étaient définies, qu\u2019avaient pris forme les premières expressions de la francophonie ou en tout cas que s\u2019était exprimée l\u2019aspiration de nombreux Québécois à l\u2019établissement de liens avec d\u2019autres communautés de langue française.Les profondes mutations d\u2019ordre socio-culturel, d\u2019ordre socio-économique comme d\u2019ordre psychologique entraînées par le deuxième conflit mondial dans la société québécoise, en même temps qu\u2019elles précipitaient à la fois une immense remise en question (avec les excès et les erreurs inévitables) et une ouverture fébrile sur le monde, suscitaient en même temps un élan créateur et une affirmation nouvelle de l\u2019identité collective.Prenant mieux conscience de leur faiblesse numérique dans cette immense Amérique du Nord anglo-saxonne, mais retrouvant aussi ou redécouvrant à la faveur de l\u2019évolution du monde le 506 L\u2019ACTION NATIONALE caractère international de leur langue, les Québécois y virent à la fois un élément de sécurité et un facteur de présence internationale.L\u2019avènement de la francophonie, la participation aux nouvelles organisations francophones étaient à la fois enjeu culturel et enjeu politique, à la fois élément de politique intérieure et base de notre naissante politique étrangère.Le contexte mondial des années soixante devait favoriser cet intérêt des Québécois pour la cause de la francophonie naissante \u2014 ou reconnaissante \u2014 de même d\u2019ailleurs que, dans 1 autre sens, il allait susciter une sorte d\u2019engouement pour le Québec en France et en d\u2019autres pays de langue française.Dans cette fiévreuse décennie commençante le rôle du Général de Gaulle par l\u2019autorité nouvelle qu\u2019il donna à la France dans les affaires mondiales et par la décolonisation réussie allait être déterminant.Non pas que de Gaulle ait pris une part directe à l\u2019édification d\u2019une francophonie officielle à propos de quoi il fut toujours réservé, mais parce qu\u2019il avait suscité le climat et réuni les conditions propices à l\u2019émergence de la francophonie «institutionnelle», c\u2019est-à-dire à la création des premiers organismes officiels.On sait d\u2019autre part combien de Gaulle a favorisé l\u2019entrée du Québec sur la scène internationale, d\u2019abord dans les rapports bilatéraux franco-québécois et ultérieurement, surtout après 1967, dans les institutions francophones gouvernementales: si le Québec y occupe aujourd\u2019hui encore une place distincte, y jouit d\u2019un statut particulier, il le doit essentiellement à la France et d\u2019abord à de Gaulle, dont l\u2019héritage sur ce point a été fidèlement recueilli et entretenu par tous ses successeurs.On a pu remarquer, au reste, que le dialogue singulier entre la France et le Québec (dont celui-ci n\u2019a pas toujours su profiter comme il aurait pu) aura été éminemment fécond pour l\u2019ensemble francophone, que certaines initiatives dans le cadre de la coopération franco-québécoise ont été plus tard transposées sur le plan multilatéral, comme si cette coopération appelait naturellement son expansion à l\u2019échelle du monde francophone, avait besoin de cet espace pour s\u2019y déployer, affirmer toutes ses virtualités.Nouvelle fierté nationale des Québécois Comment ne pas relever, d\u2019autre part, une double coïncidence qui n\u2019a pas encore été suffisamment analysée: l\u2019une dans LE QUÉBEC DANS LA FRANCOPHONIE 507 le temps, entre l\u2019accession des anciens territoires français d\u2019Afrique à l\u2019indépendance et la nouvelle fierté nationale des Québécois, la montée de l\u2019idée de souveraineté; l\u2019autre chez les hommes, dans la mesure où à Paris et Bruxelles, notamment, les plus actifs artisans de ce qui allait devenir la «francophonie» étaient en même temps dans l\u2019une et l\u2019autre capitale les plus dynamiques amis et apôtres du Québec.Il est certain que l\u2019accession simultanée à l\u2019indépendance, dans un court laps de temps, et l\u2019entrée à l\u2019Organisation des Nations Unies d\u2019une bonne quinzaine de pays africains de langue française (sans compter les pays maghrébins, qui les avaient précédés de peu) a eu un effet considérable dans l\u2019opinion québécoise, en particulier auprès des milieux intellectuels et de la jeunesse.Dans le mouvement général d\u2019ouverture au monde et d\u2019éveil, ou de réveil, aux réalités internationales, la langue française retrouverait aux yeux de beaucoup des nôtres une nouvelle dimension, la confirmation de son caractère d\u2019université et de sa mission d affranchissement.Cela allait se traduire par une sorte d engouement pour l\u2019Afrique francophone dans la décennie 1960-1970 et conférer un attrait supplémentaire aux initiatives placées sous le signe de la francophonie.Affrontement Québec-Ottawa Sans doute était-il inévitable par ailleurs que l\u2019entreprise francophone devînt un terrain d\u2019affrontement supplémentaire entre Québec et Ottawa, le théâtre d\u2019une rivalité acharnée et de débats selon le cas feutrés ou virulents, qui étonnèrent d\u2019abord et gênèrent ensuite nos amis africains, indirectement sommés de prendre parti pour 1 un ou l\u2019autre.Même hors d\u2019un contexte de crise, Ottawa n\u2019aurait point songé à partager avec le Québec une responsabilité qu\u2019il considérait comme exclusive en vertu de «l\u2019unicité de la politique extérieure canadienne» et de la dévolution à son sens entière de toutes les compétences au gouvernement central, dès lors qu\u2019elles se situaient dans l\u2019ordre des relations internationales.À fortiori, dans la conjoncture fiévreuse des années soixante et soixante-dix, face à un Québec ardemment désireux de se tailler sa place propre dans les affaires internationales, et au premier chef dans les organisations et institutions francophones, Ottawa se montra-t-il de plus en plus cir- 508 L\u2019ACTION NATIONALE conspect, parfois sourdement hostile.S\u2019il avait dû se résigner au caractère particulier des relations franco-québécoises, il entendait bien interdire la réédition dans le cadre multilatéral de pareil précédent.Chacun a en mémoire la participation du Québec \u2014 pour la première fois comme État à part entière \u2014 à la session de 1968 à Libreville de la Conférence des ministres de l\u2019Éducation des pays de langue française: après avoir vainement tenté d\u2019en dissuader le gouvernement gabonais, Ottawa devait se donner le ridicule de rompre ses relations diplomatiques avec ce petit pays.C\u2019est à Paris que le Québec dut d\u2019être invité à Libreville et de faire ainsi son entrée à al Confémen.(Plus tard, à la suite d\u2019erreurs ou de fausses manœuvres, le Québec devait perdre une large part des bénéfices de ce précédent et ne participe désormais à la Cofémen que sous le parapluie d\u2019Ottawa, juridiquement seul membre de la conférence.) C\u2019est à l\u2019occasion de la naissance de l\u2019Agence de coopération culturelle et technique en 1969 et surtout en 1970 que le conflit Québec-Ottawa devait connaître son apogée.L\u2019enjeu était important, puisqu\u2019il s\u2019agissait de la création de la première organisation gouvernementale des pays francophones, ayant vocation globale en matière de coopération.Lors de la deuxième conférence à Niamey (mars 1970), l\u2019affrontement Québec-Ottawa ou plutôt Paris-Ottawa (le Québec ayant laissé son protecteur en première ligne) à propos de la composition de la nouvelle organisation faillit empêcher l\u2019avènement de l\u2019Agence.Ce n est qu au terme de la quatrième journée (veille de la clôture des travaux) que put intervenir le compromis en vertu duquel était créée la catégorie, nouvelle en droit international, de «gouvernements participants», formule évidemment taillée sur mesure pour le Québec.Celui-ci se trouvait assuré d\u2019une place propre avec des prérogatives qui en faisaient à toutes fins utiles un membre à part entière: malheureusement, dans la négociation ultérieure du protocole d\u2019application de cette disposition avec Ottawa, le gouvernement du Québec ne sut pas exploiter à plein les possibilités ouvertes par l\u2019article 3,3 de la Charte de 1 Agence.Cette laborieuse gestation de l\u2019Agence de coopération allait laisser des traces et entretenir suspicion et tension entre Ottawa et Québec dans leurs rapports au sein de cette organisation et LE QUÉBEC DANS LA FRANCOPHONIE 509 d\u2019autres institutions francophones, au moins jusque vers les années 1983-1984 où, sous l\u2019effet conjugué de la lassitude et du «beau risque», les deux capitales allaient à prix de concessions réciproques en venir à un modus vivendi d\u2019où sortirait un accord à propos des «Sommets» francophones.Notons ici que le gouvernement fédéral avait, dès 1977, réussi à affaiblir le poids du «gouvernement participant» et à banaliser le Québec en quelque sorte, en obtenant le même statut pour le Nouveau-Brunswick: désormais, dans chaque instance et à chaque occasion, toute concession ou facilité consentie au Québec le serait automatiquement au Nouveau-Brunswick (et peut-être un jour prochain, à 1 Ontario aussi), façon de rappeler que «le Québec est une province comme les autres».Et le Québec réagissant sentimentalement («nos frères acadiens.») n\u2019a pas su trouver la parade à la louerie du fédéral.Comme dit l\u2019Écriture, les fils du siècle sont décidément plus habiles que les fils de la Lumière.Une sorte d\u2019armistice prolongé s\u2019est établi à partir de 1984-1985 qui a pris ensuite l\u2019aspect d\u2019une «coexistence pacifique» entre Québec et Ottawa, voire même d\u2019une concertation pour tout ce qui concerne la francophonie internationale, au premier chef les «Sommets» et les activités de l\u2019Agence de coopération.Cela n\u2019empêche pas que surgissent parfois des désaccords, des conflits même, comme ce fut le cas à propos de la représentation québécoise dans les premiers «Jeux de la francophonie»: dans ce dernier cas, la crise n\u2019a été évitée que parce que le Québec s\u2019est incliné devant l\u2019intransigeance du gouvernement fédéral.En fait, on assiste, depuis environ cinq ans, à une sorte de «normalisation» des rapports Ottawa-Québec pour tout ce qui concerne les relations internationales et notamment les institutions francophones, normalisation qui est allée de pair avec l\u2019évolution psychologique et politique de la société québécoise, assagie ou résignée, selon l\u2019interprétation qu\u2019on en donne.Quelles que soient les inévitables contraintes découlant de son statut et dès lors les limitations à son action internationale (sans compter la modicité de ses moyens), le Québec continue de trouver des avantages considérables dans sa participation aux diverses organisations francophones, comme il apporte à celles-ci une contribution qui n\u2019est pas négligeable.D\u2019abord, c\u2019est le seul ensemble international auquel dans le présent état de choses 510 L\u2019ACTION NATIONALE le Québec puisse avoir un accès direct, où il occupe une place distincte (même si elle est juridiquement ambiguë) et jouit d\u2019une relative autonomie: c\u2019est vrai au sein des instances de l\u2019Agence de coopération comme dans les «Sommets» francophones.Pour le Québec, c\u2019est la seule tribune internationale où il puisse se faire entendre directement et régulièrement.Précieux poste d\u2019observation Sans en exagérer la portée ni entretenir à ce propos des illusions (comme ce put être le cas dans l\u2019euphorie des premières années), on doit reconnaître que cette présence permanente dans une enceinte où se retrouvent aux divers niveaux (hauts fonctionnaires, ambassadeurs, ministres, chefs d\u2019États et de gouvernements) les représentants d\u2019une quarantaine de pays, constitue pour le Québec à la fois un précieux poste d\u2019observation, un moyen d\u2019apprentissage \u2014 ou de perfectionnement \u2014 aux relations internationales et un utile instrument de rayonnement.À la faveur des multiples réunions, missions, groupes de travail, colloques et séminaires organisés au titre de la francophonie sur les thèmes et dans les domaines les plus divers, ce sont chaque année plusieurs dizaines, voire quelques centaines de québécois (fonctionnaires, universitaires, communicateurs, créateurs, cadre moyens et supérieurs d\u2019entreprises, etc.) qui participent à un vaste courant d\u2019échanges, à une confrontation d\u2019expériences et de projets, dont ils bénéficient au moins autant qu\u2019ils y contribuent.Il aurait été impossible ou en tout cas extrêmement difficile pour le Québec, sans l\u2019existence de la communauté francophone, d\u2019établir avec les pays d\u2019Afrique noire, du Maghreb, de l\u2019Océan Indien, etc., les liens qu\u2019il a pu nouer, les contacts qu\u2019il a développés, les expériences qu\u2019il a menées, depuis une vingtaine d\u2019années.Cela vaut au moins autant pour l\u2019activité des organisations non gouvernementales francophones que pour celle des institutions publiques.J\u2019en veux pour seul exemple l\u2019Association des universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF): par elle, à travers elle, les universités québécoises \u2014 qui y ont cru dès le départ et y ont joué un rôle majeur \u2014 engagèrent, au début des années soixante, un long et fécond dialogue avec leurs jeunes sœurs d\u2019Afrique et d\u2019Orient, à LE QUÉBEC DANS LA FRANCOPHONIE 511 qui elles révélaient en même temps les réalisations et les ressources de cette francophonie nord-américaine jusqu\u2019alors peu connue.Mutatis mutandis, l\u2019Association internationale des parlementaires de langue française, la Fédération internationale des professeurs de français jouèrent un rôle analogue tout comme, sur un autre plan, et plus récemment, l\u2019Association internationale des maires des grandes villes francophones.Ces organisations et des dizaines d\u2019autres représentent un capital précieux, essentiel pour la francophonie qui ne saurait se résumer aux instances officielles.Au reste, celles-ci n\u2019ont été possibles que grâce au rôle prophétique et au labeur persévérant de ces «O.N.G.», nées pour certaines dès les années cinquante, d\u2019autres dans les années soixante, alors que l\u2019Agence de coopération, première expression de la francophonie «officielle», n\u2019a vu le jour qu\u2019en 1970 et que les «Sommets» ne sont nés qu\u2019en 1986.Au-delà de l\u2019avantage éminent pour la connaissance et le rayonnement du Québec qu\u2019ont représenté ces multiples réunions et missions internationales, de tous les niveaux et dans les secteurs d\u2019activité les plus divers, il faut souligner le vaste champ ouvert aux œuvres de nos créateurs (écrivains, chanteurs et cinéastes au premier chef) comme à l\u2019action de nos universitaires et de nos scientifiques.Festivals, salons, expositions, tables rondes, semaines et quinzaines culturelles, etc.se sont multipliés depuis une bonne quinzaine d\u2019années sous les auspices de la francophonie et ont fourni à un grand nombre de nos créateurs, de nos producteurs, et diffuseurs, autant de tribunes, autant d\u2019occasions de se faire connaître ou mieux connaître et d\u2019occasions pour eux-mêmes de mieux connaître les créateurs et producteurs des pays du Sud en particulier.Il est vrai que pour les échanges culturels et scientifiques avec les pays francophones du «Nord», en particulier la France et la Belgique, les canaux bilatéraux avaient depuis déjà longtemps joué un rôle important, sans compter l\u2019action propre des institutions et celle des entreprises privées.Mais comme le Québec n\u2019avait jamais eu historiquement de relations suivies avec l\u2019ensemble des pays du Sud francophone et n\u2019y était point présent (sauf une antenne à Abidjan et un modeste bureau à Haïti), la constellation des organisations francophones, publiques et non gouvernementales lui aura puissamment servi à se faire con- 512 L\u2019ACTION NATIONALE naître, à faire connaître ses ressources et ses institutions.Voici un quart de siècle, rares étaient encore parmi les dirigeants politiques, les cadres supérieurs, les journalistes des pays du Tiers-Monde francophone, ceux qui avaient une idée au moins sommaire de la réalité québécoise, voire de l\u2019existence même d\u2019un «État» québécois: grâce, il est vrai, au général de Gaulle, mais aussi à la participation vigilante et active du Québec au mouvement global de la francophonie, l\u2019existence d\u2019un Québec francophone est aujourd\u2019hui très largement connue, du moins dans les cercles dirigeants et dans les milieux intellectuels.Rôle de premier plan du Québec Le Québec a tenu à accueillir sur son sol plusieurs manifestations officielles des organisations francophones: chacun a en mémoire le «Sommet» de septembre 1987, mais dès l\u2019automne 1971, notre capitale accueillait la première réunion de la Conférence générale de l\u2019Agence de coopération et elle était à l\u2019été 1974 le théâtre de ce rassemblement original et mémorable, la «francofête», où se retrouvaient plus de deux mille comédiens, musiciens, danseurs, chanteurs, artisans, sportifs d\u2019une trentaine de pays.Toutes les grandes ONG francophones ont tenu à diverses reprises à Montréal et à Québec colloques et séminaires internationaux, fréquemment avec le soutien des pouvoirs publics.L\u2019essor de la francophonie institutionnelle devait favoriser l\u2019inscription dans nos universités de plusieurs centaines d\u2019étudiants du Tiers-Monde, dont une partie sont titulaires de bourses octroyées par le Québec (une centaine par année) et d\u2019autres bénéficient de l\u2019exemption du supplément de droits de scolarité autrement exigé des étudiants étrangers.C\u2019est dire que déjà plusieurs milliers d\u2019étudiants d\u2019Afrique noire et du Maghreb sont diplômés d\u2019universités québécoises où ils ont passé en moyenne trois ou quatre ans, ce qui ne peut que favoriser demain le renforcement des échanges et relations de tous ordres entre le Québec et l\u2019ensemble de ces pays.La volonté de participer aux organisations et associations internationales de langue française, puis de jouer un rôle de premier plan dans l\u2019édification de la communauté francophone aura été une constante de la politique extérieure des Québécois depuis le début des années soixante: les divers gouvernements LE QUÉBEC DANS LA FRANCOPHONIE 513 ont maintenu cette option pour l\u2019essentiel.On doit déplorer toutefois qu\u2019une certaine pusillanimité a empêché le Québec, à divers moments, de mieux exploiter une conjoncture favorable (crainte de n\u2019être pas suivi par l\u2019opinion publique, volonté de ne pas «trop braquer» Ottawa, etc.) et, davantage peut-être, que, depuis une quinzaine d\u2019années surtout, les moyens consacrés à l\u2019action francophone (et de façon générale à la politique extérieure du Québec) n\u2019aient été à la hauteur ni de nos prétentions, ni de nos besoins.Et si le bilan global de notre participation à la francophonie est plus qu\u2019honorable, satisfaisant, il aurait pu l\u2019être bien plus si nous avions consenti un effort plus grand.Si le Québec trouve un évident intérêt dans sa participation à la communauté francophone, à ses diverses institutions et associations, il y apporte de son côté une tonalité particulière et une contribution originale.Il représente en effet pour la francophonie un apport significatif, sous trois aspects: comme témoignage, comme fait socio-culturel, comme expression française de la modernité nord-américaine et comme aventure historique singulière.N\u2019allons pas nous complaire pour autant dans quelque optimisme démobilisateur: comme le Québec français lui-même, contraint à un combat incessant parce que menacé en permanence, la francophonie reste fragile, vulnérable aux assauts de l\u2019uniformisation et dès lors ne doit point abaisser sa garde.Il y a un double et exigeant devoir de lucidité et d\u2019intransigeance pour tous les francophones: gouvernements, organisations, individus.Nous nous le devons à nous-mêmes, mais nous le devons également aux autres cultures et aux autres langues également menacées par une forme nouvelle et redoutable de conquête des esprits et d\u2019asservissement des âmes.La défense du français et la construction d\u2019une communauté francophone forte s\u2019inscrivent dans une perspective universelle, car elles contribuent au salut de la diversité culturelle du monde, gage de liberté des peuples et des individus. SECTION LA PROSPERITE Hommage à la mémoire de GASTON BEA UDR Y La population du Québec: redressement possible Cette section de L\u2019Action Nationale vous présente des études sur le problème démographique du Québec.Des démographes, des économistes et des hommes «ordinaires» analysent les faits et proposent des solutions à un problème national qui peut devenir tragique.Nombre d\u2019articles traitent du développement dont l\u2019état de santé est étroitement lié à la croissance démographique.Si notre génération est incapable de redresser les tendances prévisibles, nos petits-enfants n\u2019auront pas le choix: ils devront s\u2019assimiler.Textes publiés \u2014\tDossier sur la situation présente et l\u2019avenir prévisible de la population du Québec, Équipe Jacques Henripin, mai 1988, p.218-382.\u2014\tUne société sans enfants est une société sans histoire, Rosaire Morin, juin 1988, p.395-432.\u2014\tUne population vieillissante et menacée d\u2019anémie, Jacques Henripin, novembre 1988, p.844-855. LA POPULATION DU QUÉBEC: REDRESSEMENT POSSIBLE 515 \u2014\tLes allocations pour enfants et la politique des naissances au Québec, principes directeurs et proposition concrète de réforme, Pierre Fortin, décembre 1988, p.931-951.\u2014\tLe développement régional, une responsabilité locale, Jean-Claude Guérard, janv.1989, p.178-184.\u2014\tVieillissement et dépenses de l\u2019État: deux nouvelles études, Hervé Gauthier, février 1989, p.176-185.\u2014\tLe problème de la dénatalité pose celui de la pauvreté de notre morale collective, Jacques Grand\u2019Maison, février 1989, p.172-175.\u2014\tL\u2019accueil des immigrants et des réfugiés, Julien Harvey, s.i., février 1989, p.158-163.\u2014\tFamille et économie: choix cruciaux, Marcel Laflamme, mars 1989, p.281-286.\u2014\tDes forêts pour demain, Robert Laplante, mars 1989, p.287-291.Textes à venir \u2014\tLes politiques familiales du gouvernement du Canada, Jean-Paul L\u2019Allier.\u2014\tLes migrations interprovinciales, évolution, causes, perspectives, Marc Termote. Quelques faits et idées sur le peuplement du Québec par ROSAIRE MORIN Une évolution inquiétante Au Québec, le nombre des naissances diminue et celui des décès augmente.Pour ne pas remonter à Jacques Cartier, observons ce mouvement de la population depuis 1971.En cette année-là, les naissances s\u2019élevaient à 93 743; en 1987, elles tombaient à 83 250, soit le plus faible niveau depuis les années trente, alors que la population était la moitié moindre.Au cours de la même période, les décès sont passés de 41 192 à 46 730 en 1987.Ces faits ne troublent pas le Directeur du Devoir, monsieur Benoît Lauzière.Myope comme il l\u2019est, il n\u2019aperçoit pas ce qui pointe à l\u2019horizon.Au rythme de l\u2019évolution des 16 dernières années, le nombre des décès excédera celui des naissances dans une vingtaine d\u2019années.C\u2019est pour le moins l\u2019indice d\u2019un déclin.Une autre comparaison devrait angoisser monsieur Lauzière.L\u2019évolution de la population au Québec et en Ontario démontre l\u2019affaiblissement continu du poids politique des Canadiens-Français.Monsieur Lauzière ignore peut-être que le Québec est le foyer national du Canada français et que les Canadiens-Français représentent 83 pour cent de la population québécoise. QUELQUES FAITS ET IDÉES 517 Regardons les faits.Dans «La situation démographique au Québec, Édition 1988», à la page 17, on retrouve l\u2019évolution des populations québécoise et ontarienne au 1er juin des années mentionnées.Population\tAccroissement Années\tQuébec\tOntario\tQuébec\tOntario 1971\t6 027 765\t7 703 105\t\t 1976\t6 234 445\t8 264 465\t206 680\t561 360 1981\t6 438 405\t8 625 110\t203 960\t360 645 1986\t6 540 276\t9 113 515\t101 871\t488 405 1987p\t6 592 600\t9 270 700\t52 324\t157 185 Les chiffres sont éloquents.De 1971 à 1987, le Québec a connu un accroissement de 564 835 habitants, alors que l\u2019Ontario enregistrait une augmentation de 1 567 595 personnes.L\u2019écart du nombre égale la domination politique et économique de l\u2019Ontario.Alors que le Québec correspondait à 27,9 pour cent de la population canadienne en 1971, il ne représente plus que 25,7 pour cent en 1987.Si cette décroissance se poursuivait à la même allure, le Québec représenterait 12,5 pour cent de la population canadienne dans un siècle.Le déclin démographique du Québec est le plus urgent problème à résoudre.Il existe depuis longtemps.Les hommes politiques du Québec n\u2019ont pas été à la hauteur du problème.Ils ne le sont pas encore.Ils se contentent de paroles.Ils agissent peu et jamais en profondeur.L\u2019avenir n\u2019intéresse pas les pompiers qui se contentent d\u2019éteindre les feux du présent.Le temps fuit et, pour le rattraper, il faudrait une action d\u2019envergure, un mouvement de massse, une concertation sans précédent.Mais les chefs de file, préoccupés de conserver leur prestige, préfèrent s\u2019adonner à des tâches quotidiennes et routinières.Qui rallumera la petite flamme de l\u2019espérance?Le Québec aurait 11 millions d\u2019habitants La projection des deux films «Les tisserands du pouvoir» a mis l\u2019accent sur les conséquences de l\u2019émigration des Québécois vers les États-Unis, au début du siècle.Le réalisateur de ces films, Claude Fournier, affirme une vérité de la Palice: «S\u2019il n\u2019y 518 L\u2019ACTION NATIONALE avait pas eu, dit-il, cet exil de plus de 500 000 Québécois, nous serions aujourd\u2019hui entre 10 et 11 millions de Québécois.C\u2019est énorme comme conséquences sociale, démographique et politique.» La conséquence est en effet énorme.Si les gouvernements et les chefs de file de l\u2019époque avait bâti une économie prospère, les Franco-Américains seraient demeurés au Québec.La Belle Province représenterait aujourd\u2019hui 40 pour cent de la population canadienne.Une telle situation aurait changé le cours de l\u2019histoire.La province dominante serait le Québec.Nous n\u2019aurions pas à revendiquer le statut de société distincte.Dans la même veine, on peut déplorer l\u2019exode récent.De 1961 à 1985, 425 091 Québécois se sont envolés vers d\u2019autres pays et 1 284 596 Québécois et Néo-Québécois se sont établis en d\u2019autres provinces.Ces chiffres sont extraits de «La situation démographique au Québec, Édition 1985», p.225.L\u2019hémorragie est continue et les répercussions sur le Québec de demain sont évidentes et inexorables.L\u2019émigration actuelle présente des conséquences aussi fatales que les départs des anciens.Notre génération est incapable d\u2019assurer des conditions de vie égales à celles de l\u2019Ontario, de l\u2019Ouest canadien et des États-Unis.Le fédéralisme canadien et la Banque du Canada favorisent sans cesse la prospérité ontarienne.L\u2019avenir du Québec sera-t-il irrémédiablement décidé par les anglophones d\u2019Ottawa et de Toronto?Serons-nous un jour capables de prendre nous-mêmes toutes les décisions nécessaires au développement du Québec et au progrès culturel des Canadiens-Français?La réponse nous appartient.Les campagnes se vident Le Québec déménage.Les jeunes de la campagne s\u2019en viennent en ville.Les bourgeois des centres-villes s\u2019établissent dans la banlieue des cités.Les campagnes et les centres-villes en prennent un coup de vieux.Tel est le jugement du Conseil des Affaires sociales dans une recherche récemment publiée sous le titre «Deux Québec dans un».L\u2019étude est précise.La lecture des faits est lucide.À la page 29, le document cite la décroissance de la MRC Les Basques QUELQUES FAITS ET IDÉES 519 dont le chef-lieu est Trois-Pistoles.Est-ce par hasard que je choisis la région qui m\u2019a vu naître et grandir?.En 1971, cette MRC comptait 1 760 personnes âgées de 15 à 19 ans.Dix ans plus tard, en 1981, 995 personnes seulement étaient âgées de 25 à 29 ans.La diminution dans cette cohorte d\u2019âge est de 43 pour cent.La région vieillit.Les gouvernements l\u2019oublient et les entreprises aussi.En remontant le fleuve vers Québec, on découvre une région en pleine expansion.La MRC Les Chutes-de-la-Chaudière est située en banlieue sud de Québec.Elle comprend neuf municipalités en croissance démographique.En 1971, on y comptait 1 785 jeunes âgés de 15 à 19 ans.En 1981, le nombre des personnes de 25 à 29 ans s\u2019élève à 4 610.La croissance est accélérée.La population est passée de 24 425 personnes à 49 340.Les jeunes de 15-19 sont au nombre de 5 875 en 1981.C\u2019est une augmentation de 229,1 pour cent pour cette cohorte d\u2019âge.Ces chiffres sont extraits de la page 35 de «Deux Québec dans un».Certaines municipalités sont devenues les dortoirs de la ville de Québec dont le centre-ville se dépeuple au profit de la banlieue.Certaines municipalités rurales avoisinantes ont aussi subi des pertes démographiques.Je reviendrai sur cette recherche au cours des prochains mois.Si des campagnes se vident, c\u2019est notre faute.Dans 50 ans, on ne parlera pas des aïeuls établis en Nouvelle-Angleterre.On parlera de l\u2019exode des campagnards vers Québec et Montréal et on parlera, aussi et surtout, des Montréalais qui prennent domicile en Ontario, en Alberta, aux États-Unis et ailleurs dans le monde.Dans 50 ans, on dira de notre temps: «Si ces générations n\u2019avaient pas failli à la tâche, le Québec compterait 20 millions d\u2019habitants.Un cinéaste fera un nouveau film «Les treize tisserands».Si ce triste scénario se réalise, ce sera notre faute.René Lévesque et Bourassa n\u2019auront pas été capables d\u2019assurer la prospérité économique des campagnes et des grandes cités.Les entreprises auront sacrifié l\u2019avenir à la rentabilité du présent.Nombre de décisions apparaîtront les causes véritables du dépeuplement et de la désertion des régions éloignées.Chacune 520 L\u2019ACTION NATIONALE de ces décisions aura été prise au nom du progrès, de la modernisation, du profit et de la rationalisation.Donnons quelques exemples en insistant sur les conséquences de choix supposés rentables.La fermeture des chemins de fer et les coûts onéreux du transport aérien rendent difficile la vie dans les régions éloignées.La suppression des écoles du rang et la construction des polyvalentes devenues désertes n\u2019ont pas aidé au développement du milieu rural.La régionalisation des entreprises et leur concentration dans le grand Montréal ont attiré les jeunes des campagnes.L\u2019élimination du service postal n\u2019a pas suscité l\u2019enthousiasme.L\u2019abandon de certains programmes gouvernementaux et la centralisation du pouvoir à Québec sont d\u2019autres causes de la désertion passée et actuelle.Nombre de faits non mentionnés contribuent à rendre difficile, voire impossible, la vie rurale.Si nous ne réagissons pas rapidement, la désertion des villages et l\u2019émigration des Montréalais et des immigrants affaibliront le peuplement du Québec, tout autant que la faiblesse de la fécondité.Les corrections ne doivent pas être réalisées en l\u2019an 2222: elles doivent être appliquées en 1989, 1990, 1991.Sommes-nous assez intelligents pour léguer à nos petits-enfants un Québec plus fort que celui dont nous avons hérité?Julien Harvey avait raison À l\u2019été 1987, le père Julien Harvey déposait un mémoire à une Commission parlementaire sur les niveaux d\u2019immigration pour les années 1988-1989.À l\u2019époque, le débat avait été centré sur «la convergence culturelle» opposée au multiculturalisme.Les recommandations alors formulées sont encore pertinentes.Dans Le Devoir du 26 août 1987, le père Harvey les résumait ainsi: «1.Éviter de faire que l\u2019immigration accrue défavorise les pauvres en entretenant le chômage.Recommandation: adopter une politique de haut emploi, sinon de plein emploi.«2.Trouver une solution au chômage plus élevé de certaines minorités visibles.Recommandation: adopter une politique de discrimi-tion positive. QUELQUES FAITS ET IDÉES 521 «3.Dans l\u2019acceptation des immigrants investisseurs et entrepreneurs, encourager ceux qui apportent des initiatives nouvelles, au lieu de se présenter comme compétiteurs des entreprises déjà existantes.Recommandation: chercher d\u2019abord les personnes qui apportent des idées nouvelles.«4.Trouver une solution à la concentration de la presque totalité des immigrants à Montréal.Recommandation: favoriser la création d\u2019emplois dans les régions.«5.Éviter qu\u2019une part importante des personnes immigrant au Québec quittent peu après en direction d\u2019autres provinces ou des États-Unis.Recommandation: étudier davantage les raisons de ces départs, réclamer une garantie de séjour jusqu\u2019à la citoyenneté.«6.Ne pas faire reposer entièrement sur l\u2019immigration la solution de notre problème démographique.Recommandation: élaborer une politique de la famille en même temps que de l\u2019immigration.«7.Réduire le plus possible le malaise provenant de la crainte de voir disparaître la culture québécoise et même la langue française.Recommandation: affirmer la réalité de la culture québécoise, tout imparfaite et en évolution qu\u2019elle soit, à l\u2019école et ailleurs; rendre plus difficile l\u2019admission des personnes appartenant à des groupes qui jusqu\u2019ici forment des enclaves séparées; préférer une politique de convergence culturelle à une politique de multiculturalisme.» Voilà un programme que les partis politiques devraient étudier! Nul doute que le père Harvey serait heureux de les conseiller, madame Robic ne trônant plus au ministère des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration.Qui recruter, dirait un patron?Le gouvernement du Québec semble demander à l\u2019immigration d\u2019assurer le peuplement du territoire.11 paraît avoir fait ses adieux à l\u2019établissement d\u2019une véritable politique familiale.Désormais, nous allons recevoir 25 pour cent des immigrants canadiens?.Tel est l\u2019objectif.Le Québec est-il capable d\u2019intégrer 40 000 nouveaux venus, année après année?L\u2019insertion sociale de ces personnes est-elle réalisable dans la région de Montréal qui accueille 92 pour cent des immigrants établis au Québec?Le potentiel économique permet-il d\u2019absorber un si grand nombre de travailleurs?Mais avant tout, une question fondamentale se pose.Quelle sorte de Québec voulons-nous?Quelle sera la langue du Québec 522 L\u2019ACTION NATIONALE de demain?Avons-nous un projet de société assez défini pour accueillir et assimiler en une décennie un nombre d\u2019immigrants qui correspond à dix pour cent de notre population?Si nous avons un projet de société que j\u2019ignore, qui voulons-nous accueillir comme immigrants?L\u2019interrogation n\u2019est pas farfelue.Une entreprise n\u2019engage pas n\u2019importe qui, n\u2019importe quand et n\u2019importe comment.Le peuple québécois serait dispensé de cette règle naturelle et universelle de la sélection?Qui choisirons-nous?Quand cesserons-nous d\u2019accepter automatiquement ceux qui débarquent à Mirabel?Comment s\u2019assurer que les immigrants correspondent au visage et aux attentes de la société québécoise?Que faire pour recruter des personnes qui choisiraient le Québec pour patrie?Après avoir établi le genre de la société, il est important de la meubler avec des êtres qui s\u2019harmonisent au paysage.Autrement, la cacophonie naîtra inévitablement et les désaccords pourront dépasser de part et d\u2019autre le seuil de la tolérance.Or, avez-vous déjà rencontré des immigrants établis au Québec?Les avez-vous interrogés sur la connaissance qu\u2019ils avaient du Québec avant d\u2019atterrir ici?Leur avez-vous demandé s\u2019ils avaient une idée quelconque de la société québécoise, s\u2019ils avaient entendu parler du statut du français, si on les avait informés sur nos coutumes, nos institutions et nos modes de vie et de pensée?Posez des questions de cette nature aux dix premiers Néo-Québécois que vous rencontrerez au hasard de vos déplacements et vous comprendrez les difficultés à réaliser l\u2019insertion des nouveaux venus en milieu francophone.C\u2019est simple.Les agents d\u2019immigration que le Québec et le Canada envoie: l\u2019étranger n\u2019informent pas sur les réalités sociales et nationales du Québec.C\u2019est après leur arrivée que les immigrants apprennent l\u2019existence de la Loi 101, la coutume des moeurs démocratiques, la nature des institutions, les conditions économiques de la vie, la tradition du respect de la femme et l\u2019évolution des aspirations d\u2019un grand nombre de citoyens qui désirent se bâtir un pays qui réflètent leur culture et leur destin.Oui, nous voulons des immigrants, mais des immigrants qui contribueront à l\u2019enrichissement de la société par leur capacité d\u2019intégration.Nous voulons des immigrants qui aient une connaissance de la langue française ou la volonté éprouvée de l\u2019ap- QUELQUES FAITS ET IDÉES 523 prendre.Les nations respirent comme les arbres.Un arbre n\u2019accepte pas la greffe de n\u2019importe quelle branche.Des conditions précises sont nécessaires.La survivance française dans le contexte nord-américain ne sera pas réalisée n\u2019importe comment. L\u2019Action Nationale vous recommande Histoire du syndicalisme canadien, Jacques Rouillard, Boréal.Séjour chez Mère Teresa, Thérèse Beaudry, Méridien, collection «Témoignage».Poèmes de routes, Gérald Godin, l\u2019Hexagone.Maudits sauvages, Bernard Clavel, Éditions Albin Michel, 360 pages.Le syndrome postréférendaire, collectif, Éditions Stanké.Juliette Pomerleau, Yves Beauchemin, Québec/Amérique.Fais ce que veux, Gérard Filion, Éditions Boréal.René Lévesque par lui-même, Renald Tremblay, Guérin Littérature.1992 L\u2019Europe du 21e siècle, Jean-Louis Roy, Hurtubise/HMH.André Laurendeau, artisan des passages, Suzanne Laurin, Éditions Hurtubise/HMH.Douces colères, Gil Courtemanche, VLB Éditeur.Dictionnaire de l\u2019Amérique française, Francophonie hors Québec, Charles Dufresne, Jacques Grimard, André Lapierre, Pierre Savard et Gaétan Vallières, préface de Jeanne Sauvé, Presse de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1988, 386 pages.La grande allure, 1.De Saint-Malo à Bonavista, récit de voyage, Pierre Perrault, l\u2019Hexagone, 330 pages. L'ACTION NATIONALE MOOS RECOMMANDE 525 Des lettres et des chiffres, œuvres complètes d\u2019Esdras Minville, colligée par François-Albert Angers et R.Leroux-Paradis, tome IX, Presses HÉC/Fides, 1988,483 pages. Léon Balcer raconte1 par PHILIPPE GÉLINAS, c.r.L\u2019ancien député conservateur de Trois-Rivières, qui fut ministre dans le gouvernement Diefenbaker, il y a plus d\u2019un quart de siècle, nous donne enfin quelques souvenirs; ils justifient la réputation de «conteur» que lui ont faite ceux qui l\u2019ont bien connu.Souvenirs de jeunesse, de la guerre que Balcer fit dans la Marine, qui racontent plaisamment des faits divers et illustrent de la vie quotidienne à la guerre quelques aspects amusants ainsi que des moments dramatiques.Pour ceux qui veulent des souvenirs politiques et désirent connaître dans leur intimité Duplessis ou Diefenbaker, ils seront déçus: quelques anecdotes peuvent éclairer et même impressionner le lecteur, elles ne lui donnent pas l\u2019information qu\u2019une étude un peu sérieuse aurait fournie.Cela est bien dommage, car Balcer raconte mieux que bien, d\u2019une façon intelligente et simple, dans une langue plus que correcte, mais aussi avec une modestie qui n\u2019est pas de la timidité et de plus, il a été pendant quinze ans acteur et témoin privilégié de la politique fédérale.Député fédéral de la circonscription que représentait Duplessis à Québec, il a bien connu l\u2019ancien premier ministre du Québec; ministre à Ottawa, il a mieux encore connu l\u2019ancien premier ministre du Canada.1.Les Éditions du Pélican/Septentrion, Sillery, 1988. LÉON BALCER RACONTE 527 Élu en 1949, alors que l\u2019ancien premier ministre de l\u2019Ontario, George Drew, était le chef du parti conservateur, il bénéficia d\u2019un apprentissage et d\u2019un éclairage particuliers en vue de rebâtir le parti conservateur fédéral dans le Québec; au congrès de 1956, il eut le courage de s\u2019opposer à la candidature de Diefenbaker au moins pour une raison de dignité nationale: le candidat favori rompait avec la tradition et faisait proposer et appuyer sa candidature par deux anglophones et non un francophone et un anglophone, comme c\u2019était l\u2019usage.Il paya pour son courage et ne reçut un portefeuille un peu important que plus d\u2019un an après que le candidat rancunier fut devenu premier ministre.Plus tard, en 1963, Diefenbaker, dans un geste inspiré clairement par des fins électorales, voulut faire appel au sentiment anti-américain latent chez une partie des électeurs anglo-canadiens; Balcer refusa d\u2019abaisser le niveau de son action politique à l\u2019étage de la division et quitta le cabinet.Enfin, quelques années plus tard, il eut encore le courage de s\u2019opposer à son chef, et il le fit énergiquement, alors que ce dernier tentait d\u2019empêcher l\u2019adoption d\u2019un drapeau canadien distinctif.Sans doute la mentalité a-t-elle bien évoluée chez nous depuis une génération et nous ne frémissons plus autant devant la feuille d\u2019érable que devant le lys ancestral.Mais l\u2019histoire a été faite par les humains et il est indispensable pour nous en inspirer, pour nous guider, de savoir comment étaient faits ces hommes, comment ils agissaient.Et il serait oiseux de ne pas reconnaître que si un jour nous cessons d\u2019être les compatriotes des Anglo-Canadiens, nous ne cesserons pas d\u2019être leurs voisins, leurs clients et leurs fournisseurs.Souhaitons que Léon Balcer, qui raconte si bien, nous raconte un jour les souvenirs de sa vie politique; souhaitons que sa modestie se taise et que son talent s\u2019exprime! Les mémoires de Gérard Filion1 par PHILIPPE GÉLINAS, c.r.n regrettait ici, le mois dernier, que l\u2019ancien ministre Bal-cer, s\u2019il avait un bien agréable talent de raconteur, ne s\u2019en servît pas pour éclairer ses lecteurs de son expérience politique fort honorable.On n\u2019exprimera pas les mêmes regrets sur les Mémoires' de l\u2019ancien directeur du Devoir, mais on aura quelques réserves qu\u2019inspireront la recherche de la vérité.et l\u2019audace (car le vert octogénaire a encore la griffe facile!).Il faut d\u2019abord blâmer l\u2019éditeur pour quelques coquilles et surtout quelques fautes de français assez communes chez nous pour qu\u2019il eût été de son devoir d\u2019en protéger l\u2019auteur.Qu\u2019on ne parle pas de la révérence que l\u2019éditeur devait à l\u2019auteur: la complicité dans l\u2019erreur n\u2019a jamais été de la révérence.Ainsi l\u2019Action canadienne-française, à laquelle collaborait Édouard Montpetit (p.98), s\u2019est appelée L\u2019Action française, puis L\u2019Action nationale-, c\u2019est la maison d\u2019édition du regretté Albert Lévesque qui s\u2019appelait L\u2019Action canadienne-française-, et pourquoi fait-on écrire «assurance-santé» à l\u2019auteur (p.104), comme si l\u2019on s\u2019assurait contre la santé?Pourquoi lui faire «prendre» le risque (p.152), au lieu de le courir?Ailleurs, l\u2019éditeur imprime «créances obligatoires» (p.206) au lieu d\u2019«obligataires».Et à la même 1.Fais ce que peux, des Éditions du Boréal, 1989 LES MÉMOIRES DE GÉRARD FILION 529 page 219, Mrs.Thérèse F.-Casgrain devient Mme Thérèse L.-Casgrain et Mgr Charbonneau ne «lassa» jamais transpirer ses sentiments.C\u2019est plutôt l\u2019éditeur qui «laissa» transpirer les fautes.À la page 224, l\u2019auteur écrit «au meilleur de mon souvenir»: rien n\u2019empêchait le lecteur de suggérer «au mieux de mon souvenir»: ç\u2019aurait été meilleur ou mieux! L\u2019éditeur sait-il que le mot étoffe est du genre féminin?Il le cache bien à la page 300.L\u2019auteur a peut-être dans son manuscrit écrit par distraction «politologie», mais l\u2019éditeur avait le devoir d\u2019ajouter la syllabe manquante, comme il aurait dû rendre à M.Boucher de la Bruère son nom qui n\u2019a jamais été La Bruyère (le lecteur de la revue pensera peut-être que le modeste chroniqueur a mauvais.caractère).Il est possible que le directeur d\u2019un journal s\u2019appelle «editor» en anglais, mais on ne l\u2019appelle «éditeur» qu\u2019à La Presse et à la page 361.Si l\u2019éditeur avait fait la dépense d\u2019un correcteur d\u2019épreuves, il aurait remis le mot «appropriée» au masculin dans l\u2019incidente «faute de soutien appropriée» à la page 378 et n\u2019aurait pas imprimé moi qui discours» mais «moi qui discoure» à la page suivante.On ne répétera jamais assez que cela ne peut être rangé parmi des vétilles: dans le domaine de l\u2019édition qui participe intimement à celui de la langue, on sait bien que notre peuple est condamné à l\u2019excellence.Ces réserves faites et visant, beaucoup plus que l\u2019auteur, un éditeur qui a fait l\u2019économie d\u2019un lecteur, on relit avec joie la prose drue de celui qu\u2019il y a trente ans nous lisions chaque jour avec joie, parfois avec impatience, rarement avec réprobation et presque souvent avec enthousiasme: on pourrait regretter qu\u2019il ne montre pas d\u2019émotions dans ses souvenirs d\u2019enfance, mais la fidélité et l\u2019amour se trouvent mieux dans les descriptions réalistes et sereines que dans la tendresse.Mais qu\u2019on est loin de Montréal! Et que la vie rurale alors était radicalement différente de celle d\u2019une ville un peu importante! Si on relisait les souvenirs de Victor Barbeau ou de Gérard Parizeau, qui sont nés et ont grandi à Montréal et qui sont les contemporains un peu aînés de Gérard Filion, on croirait à une différence de quelques générations et non de dix ou quinze ans.Filion ne se complaît pas dans les souvenirs d\u2019enfance et de jeunesse comme un valétudinaire dans ses maladies, mais il sem- 530 L\u2019ACTION NATIONALE ble heureux d\u2019évoquer ses jeunes années.Et comme on est heureux de le lire! La compagnie d\u2019un honnête homme a toujours été agréable.La carrière publique de Filion a commencé par l\u2019ancienne Union catholique des cultivateurs (l\u2019U.C.C.devenue l\u2019U.P.A.), mais elle s\u2019est illustrée à la direction du Devoir-, on ne peut avoir été le successeur d\u2019Henri Bourassa sans avoir à répondre de ses gestes et montrer la même honnêteté intransigeante.Ainsi l\u2019auteur raconte (p.211) qu\u2019il décida de sacrifier deux journalistes qui pouvaient espérer être «rescapés par le pouvoir politique en place à Québec, parce qu\u2019ils l\u2019avaient bien servi durant les années précédentes»; et il les qualifie de «deux journalistes par ailleurs fort méritants».Peut-on être journaliste méritant du Devoir et servir un parti politique en même temps?De plus, que l\u2019auteur taise que durant la campagne électorale de 1944, un ou l\u2019autre de ces journalistes sabotait le fonctionnement du journal pour qu\u2019il ne fût imprimé qu\u2019à neuf heures du soir et non à quatre heures et ne pût ainsi faire de la publicité pour l\u2019assemblée électorale du Bloc populaire qui se tenait le soir même, cela témoigne de sa charité ou de ce qu il reconnaît à un ou deux journalistes le droit d\u2019œuvrer en opposition à la position du Devoir, sans doute «De mortuis, nihil nisi boni.», c\u2019est une partie de notre petite histoire, dont nous sommes privés.Ou bien ces actes de sabotage n\u2019ont jamais été commis, et alors il fallait réhabiliter ces journalistes.Un peu plus loin (p.231), l\u2019auteur se rétracte, en souriant avec raison: il reconnaît qu\u2019il avait inventé, pour s\u2019amuser, une phrase du rédacteur en chef de l\u2019Action Catholicjue.«Et surtout que Staline se le tienne pour dit»; or, quand on a un peu lu 1 excellent docteur Roy, on doit reconnaître.qu\u2019il aurait bien pu l\u2019écrire, cette phrase! «Se non è vero, è bene trovato.» Pourquoi rendre cette justice à un excellent homme un peu ridicule et laisser durer l\u2019incertitude sur les «deux journalistes méritants»?L\u2019auteur est encore une fois d\u2019une discrétion regrettable au sujet du départ de Laurendeau du Bloc populaire (p.209).L\u2019ancien «chef provincial» a laissé une telle réputation de culture, de finesse; son action politique et journalistique demeure 1 objet LES MÉMOIRES DE GÉRARD FILION 531 d\u2019une telle admiration que l\u2019on a bien le droit de ne pas cacher le revers de la médaille.L\u2019histoire un jour sera écrite de cette séparation et justice sera rendue à Maxime Raymond, qui conserva jusqu\u2019à sa mort la blessure que lui avaient faite la lettre de démission de Laurendeau et en particulier l\u2019insinuation absolument mal fondée de collusion des chefs du Bloc avec l\u2019Union nationale.Qu\u2019il suffise de dire que Maxime Raymond avait confié à quelques-uns de ses collaborateurs le soin de constituer un fonds dont les revenus auraient fourni une relative sécurité matérielle à Laurendeau, et que c\u2019est en écoutant les nouvelles à la radio, au cours d\u2019une de leurs réunions, que ces collaborateurs apprirent la démission de Laurendeau.S\u2019apprête-t-on à livrer le Bloc à l\u2019Union nationale, quand on s\u2019occupe de réunir les fonds pour assurer un revenu au chef?Laurendeau avait le droit de laisser la politique active, il ne l\u2019avait pas de partir de cette façon.On comprend que l\u2019auteur soit fidèle à son compagnon d\u2019armes du Devoir, on ne comprend pas qu\u2019il occulte l\u2019infidélité de Laurendeau envers son compagnon d\u2019armes du Bloc.L\u2019auteur relate les visites que lui firent, en 1960, d\u2019une part MM.Jean Drapeau et Lucien Saulnier, d\u2019autre part MM.Pierre DesMarais et Léon Patenaude.Le parallèle est saisissant des entrevues qu\u2019accordait M.Claude Ryan, quand il était le directeur du Devoir.On attribuait alors l\u2019influence de l\u2019actuel ministre de l\u2019Éducation à sa valeur personnelle, qui est indéniable, mais il faut bien se rendre à l\u2019évidence: les hommes politiques ne seraient pas depuis quarante ans allés se confesser chez M.Filion ou M.Ryan, s\u2019il avait été le directeur du Journal de Montréal! Ou, pour écrire sérieusement, le grand Bourassa et le talentueux Georges Pelletier ont laissé un héritage prestigieux.Aux pages 278 et suivantes, l\u2019auteur écrit ce que les servitudes du journalisme de combat lui interdisaient de faire au Devoir: un éloge, mesuré sans doute (qui demandait l\u2019impossible?) de Duplessis, auquel pourraient souscrire discrètement les militants libéraux d\u2019antan: c\u2019est peut-être du meilleur Filion; il apprécie les actes à la lumière de l\u2019intérêt public et sans que ne le fasse dévier d\u2019opinion la personne de celui qui les a posés.Sans être denses, car ils se lisent sans difficulté, ces Mémoires sont nourris et il vient à l\u2019esprit du lecteur que cette richesse du livre est à l\u2019image de l\u2019auteur: il a eu une vie utile, et si son 532 L\u2019ACTION NATIONALE style de journaliste et, mais beaucoup moins, de mémorialiste, paraît parfois ne pas chercher à exprimer la nuance, il le doit peut-être à un équilibre psychologique et intellectuel, une santé telle qu\u2019elle paraît de la robustesse et en est peut-être bien.Cela ne va pas sans lacunes ni sans revers: il peut un peu facilement écarter la tentation d\u2019avoir négligé certain devoir.À la page 335, mentionnant qu\u2019il a assisté rarement aux réunions de la Commission Parent à compter de 1964, il exprime des réserves sur les recommandations de la Commission (p.335): «les ayant signés, j\u2019en assume l\u2019entière responsabilité; mais je ne me sens pas émotivement lié par des recommandations que je n\u2019ai pas contribué à élaborer».Qu\u2019est-ce que cela veut dire?Si un politicien avait écrit cela il y a trente-cinq ans, le journaliste Filion l\u2019aurait assommé dans le Devoir.Ce qu\u2019il faut que l\u2019auteur commande le respect sans fioritures et que le livre soit riche pour qu\u2019on éreinte les deux si longuement! Hydro-Québec et l'environnement L environnement est un bien collectif que tk de gérer de manière concertée afin d\u2019en wm SME RIE les êtres humains se doivent d\u2019utili- assurer la protection, la mise en ser, de transformer, d\u2019aménager et valeur et la pérennité.L'ÊLECTRIFFICACITÊ Bflim La Québécoise Promutuel-vie PROMUTUEL UNE COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE-VIE PLEINE DE PROMESSES 7 SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS S\u2019UNISSENT À 42 SOCIÉTÉS MUTUELLES D\u2019ASSURANCE GÉNÉRALE POUR CONSTITUER UN IMPORTANT RÉSEAU DE DISTRIBUTION DE PRODUITS D\u2019ASSURANCE-VIE AU SERVICE DU QUÉBEC ET DES QUÉBÉCOIS POUR LA COLLECTIVITÉ LA QUÉBÉCOISE PROMUTUEL-VIE JULES FUGÈRE PRÉSIDENT RENÉ DAIGNEAULT DIRECTEUR GÉNÉRAL 134, RUE SAINT-CHARLES SAINT-J EAN-SUR-RICHELIEU (QUÉBEC) J3B2C3 (ÎMIIKl) æReno valeur LE CHANTIER M (âïsmat) '!'Podium LE QUINCA1LLEUR BOTANIX LE GROUPE Rona DISMAT UNE NOUVELLE FORCE ÉCONOMIQUE QUÉBÉCOISE Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, boulevard de Maisonneuve ouest bureau 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 SAINT-JEAN-BAPTISTE du Centre du Québec HOMMAGE de la GROUPE T.C.G.(Québec) Inc.SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal HOMMAGE de la JOHN MEUNIER INC.6290, PÉRINAULT, MONTRÉAL, QUE.H4K 1K5 MONTRÉAL (514)334-7230 TELEX\t05-825693 TÉLÉCOPIE (514) 334-5070 Avec les hommages du Mouvement National des Québécois et de ses sociétés affiliées 515, rue Viger est bureau 440 Montréal H2L 2P2 (514) 284-2522 CLAUDE PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste\t\tPhotocomposition \t\tet montage: 604, rue Waterloo\t\tAtelier LHR London \u2014 Ontario N6B2R3\t\t514-659-9712 \t\u2014\t Téléphone: 418-658-9966\t Télex:\t051-31726 Télécopieur:\t658-6100 GUY BERTRAND\t AVOCAT\t Tremblay, Bertrand, Bois, Mignault, Duperrey et Lemay 1195, avenue Lavigerie, bureau 200 Sainte-Foy (Québec) GIV 4N3\t REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groutx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM ADRESSE Individus Etudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 40,00$\t44,00$ 20.00\t24,00 60.00\t64,00 40.00\t44,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tél.: 271-4759 relations Le magazine québécois de l\u2019actualité sociale, politique et religieuse.Notre monde est trop malin, disait l'économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.Dans un monde fébrile et désenchanté, le souci de la justice et l'expérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe, mais un guide de survie Chaque mois, l'équipe de Relations vous invite à dépasser l'anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Eglise.ABONNEMENT 1 an (10 nos): 16,00$ à l'étranger: 20,00$ RELATIONS 8100, boul.Saint Laurent Montréal (Québec) H2P 2L9 VOLUMES ET NUMÉROS SPÉCIAUX EN VENTE À LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Nombre\tPrix 50 ANNÉES DE NATIONALISME POSITIF, synthèse de l'activité de la Ligue d'action nationale de 1917 à 1963, 260 pages, 5$\t_________ LIONEL GROULX, textes sur sa vie et son travail de Angers.Arès, Allen, Barbeau.Brunet, Blais, Frégault, Lafroix.Rémillard.Dionne, Tétreault, Genest, 1968, 288 pages.7$\t_________ LA CHARTE DE VICTORIA, FIN DU FÉDÉRALISME?par Angers, Arès, Bernier, Brunet, Laplante, Claude Morin, Jacques-Yvan Morin, 1972, 148 pages, 2$\t_________ ESDRAS MINVILLE (1896-1975), par Angers, Arès, Gagnon, Létour- neau, Harvey, etc .188 pages, 1976, 7$\t_________ LA BATAILLE DES COMMUNICATIONS, le drame de la centralisation fédérale et du peu de flexibilité de son fédéralisme, 1976, 160 pages, 5$\t_________ LA LANGUE FRANÇAISE, ASPECTS CONSTITUTIONNELS, POLITIQUES ET CULTURELS, par Angers, Arès, Beaupré, Caston- guay, Dorion, Godin, Laurion, Pépin, Renaud, 1975, 172 pages, 5$\t_________ LE TERRITOIRE DU QUÉBEC, dossier sur Hull, le port de Montréal, les parcs fédéraux, le Labrador.Mirabel et le sol agricole, 1977, 104 pages.5$\t_________ AUJOURD'HUI L\u2019ACADIE, où en est l'Acadie et si le Québec se sépare?Universitaires et penseurs acadiens se penchent sur le futur La meilleure synthèse sur l'Acadie actuelle, 1977, 180 pages, 5$___________________ L'ACADIE AUX ACADIENS, 180 pages, 5$\t_________ BÂTISSEUR DE PAYS, par John Grube, 1981,250 pages, 10$\t_________ POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS, par F -A Angers, 280 pages, 6$\t_________ JOSEPH-ENA GIROUARD, par Jean Genest, 52 pages, 5$\t_________ UNE LENTE AGONIE \u2014 LE FRANÇAIS AU CANADA, par JearvD Robillard.1986, 192 pages, 20$\t_________ 7e ET 8e CONFÉRENCES DES COMMUNAUTÉS ETHNIQUES DE LANGUE FRANÇAISE, 1986, 192 pages, 6$\t_________ L'ÉROSION DE LA SAUVEGARDE DU FRANÇAIS AU QUÉBEC, par Jacques-Yvan Morin, tiré à part de l'Action Nationale de janvier-février 1988, 2,50$ La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président: Delmas Lévesque Vice- présidents: René Blanchard Denis Monière Secrétaire- trésorier: Gérard Turcotte Ex-président: Yvon Groulx Directeurs: Richard ARÈS Thérèse baron André BEAUCHAMP Paul-A.BOUCHER Jacques BOULAY Guy BOUTHILLIER Michel BROCHU Louise C.-BROCHU Marcel CHAPUT Jean-Charles CLAVEAU Claude duguay Pierre DUPUIS Philippe GÉLINAS Jean genest Jacques HOULE Marcel LAFLAMME Jean-Marc LÉGER Georges MEYERS Jacques-Yvan MORIN Anna l-normand Jean-Marcel paquette Roméo PAQUETTE Charles POIRIER Juliette RÉMILLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques ROY André thibaudeau L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, l\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras-Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assurant la permanence de la publication de l\u2019Action Nationale.Éditions de l\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, l\u2019Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 "]
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