L'action nationale, 1 février 1990, Février
[" ! /Action N AT I ON A LE Volume LXXX, numéro 2, février 1990 i i\t.j i Langue de travail et intégration des immigrants j Julien Harvey I La vie intellectuelle et l\u2019avenir des universités québécoises Gilles Boulet | L\u2019Accord du Lac iHeech: la réforme de la Com* suprême | du Canada André Bzdera Les exigences de l\u2019an 2000: ! leur impact sur l\u2019orientation et la formation des jeunes I Jean L\u2019Hérault 1 l'Action NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Gérard TURCOTTE Secrétaire: Monique TREMBLAY Secrétaire à la rédaction: Rosaire MORIN Comité de rédaction: Delmas LÉVESQUE, Robert LAPLANTE, Alain LARAMÉE, Rosaire MORIN et Gérard TURCOTTE Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 10 numéros 20 numéros 35,00$\t60,00$ 45,00$\t75,00$ 75,00$ Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le «l\u2019Index de périodiques canadiens» depuis 1948 et dans «Point de repère», publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans «l\u2019Index analytique» et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans «Radar» et dans «Périodex».Les articles demeurent la responsabilité de leurs auteurs.La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés fans L\u2019Action Nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.ISSN-0001-7469\tCourrier de la deuxième classe ISBN-2-89070\tEnregistrement numéro 1162 Dépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 - 845-8533 I9Action NATIONALE Volume LXXX, numéro 2, février 1990\t TABLE DES MATIÈRES\t La tragédie de l\u2019École polytechnique Rosaire Morin, Gérard Turcotte\t129 Langue du travail et intégration des immigrants Julien Harvey\t133 Les exigences de l\u2019an 2000: leur impact sur l\u2019orientation et la formation des jeunes ainsi que sur l\u2019école en général Jean L\u2019Hériault\t141 La vie actuelle et l\u2019avenir des universités québécoises Gilles Boulet\t159 Les politiques injustes d\u2019Ottawa causent l\u2019abandon du réseau ferroviaire québécois Guy Chartrand\t173 Quelques propositions de la commission Pépin-Robarts Solange Chaput-Rolland\t184 L\u2019Accord du Lac Meech: la réforme de la Cour suprême du Canada André Bzdera\t187 Les francophones hors Québec sont-ils les avant-postes du Québec?Aurèle Thériault et Philippe Falardeau\t194 Questions d\u2019action nationale Rosaire Morin\t210 In memoriam: Luc Lacoursière Bernard Racine\t224 Jean Marcel: Hypathie ou la fin des dieux Michel Le Bel\t227 Nos collaborateurs 1990 Pierre ANCTIL François-Albert ANGERS Louis BALTHAZAR\tA André BEAUCHAMP Claude BÉLAND Jules BÉLANGER Jules BERGERON\tA Léon BERNIER\tA Christiane BÉRUBÉ Louise BISSON\tA Madeleine BLANCHET Aurélien BOIVIN Nicole BOUDREAU\tA Jacques BOULAY\tM Gilles BOULET\tF Robert BOURBEAU\tM Jean-Louis BOURQUE\tJ Odina BOUTET Henri BRUN André BZDERA\tF Charles CASTONGUAY Roger CHAMBERLAND Jean CHAPDELAINE\tJ Solande CHAPUT-ROLLAND F Guy CHARTRAND\tF Gaston CHOLETTE Jean-Charles CLAVEAU\tM Édouard CLOUTIER\tJ Dominique COLLIN\tA Paul-André COMEAU\tM Guy CORMIER André D\u2019ALLEMAGNE Robert DEAN Bernard DENAULT\tM Jean-Guy DESFORGES André DESGAGNÉ Léon DION\tA Gilles DORION Jean DORION Fernand DUMONT\tJ Micheline DUMONT Jean ÉTHIER-BLAIS Philippe FALARDEAU\tF Bernard FORTIN Pierre FORTIN\tA Jean-Claude GAGNON Madeleine GAUTHIER\tA Philippe GÉLINAS Michel GIROUX Réginald GRÉGOIRE Jean-Claude GUÉRARD Pierre HAMELIN Fernand HARVEY Julien HARVEY Pierre HARVEY Jacques HENRIPIN Jacques HOULE André JOYAL Paul-André JULIEN Chantale LABRÈCHE Marcel LAFLAMME Jean-Pierre LAMOUREUX Anne LAPERRIÈRE Bernard LANDRY Simon LANGLOIS Robert LAPLANTE Alain LARAMÉE Jacques LAZURE Michel LE BEL Alonzo LEBLANC Jacques LECLERC\tM Richard LECLERC Yvon LECLERC Jean-Marc LÉGER\tJ Brigitte LEPAGE\tA Delmas LÉVESQUE JeanL\u2019HÉRIAULT\tF Jean MARCEL Gérard MARIER\tA Pierre MAROIS Jean-Louis MARTEL Yves MARTIN Sylvain MASSÉ Guy MASSICOTTE Jacques MAURA1S\tJ Claude MORIN Lisette MORIN ?fl >\t>\t> S >\t >fl >\t> > Jacques-Yvan MORIN Rosaire MORIN\tJ-F-M-A Lorraine PAGÉ Gilbert PAQUETTE Roméo PAQUETTE\tM Roland PARENTEAU Micheline PICHÉ Madeleine PLAMONDON\tA Michel PLOURDE lacques POISSON Jacques PROULX Bernard RACINE\tF André RAYNAULT André RICHARD\tF Guy ROCHER Bruno ROY Jean-Jacques SIMARD AurèleTHÉRIAULT\tF Marc TE RM OTE Marc-Adélard TREMBLAY M Gérard TURCOTTE\tJ-F-M-A Serge TURGEON 1990: mois de publication: J: janvier; F: février; M: mars; A: avril; Mai: mai; J: juin; S: septembre; O: octobre; N: novembre; D: décembre.Les auteurs de mars et d\u2019avril 1990 sont annoncés. L Action Nationale L\u2019Action Nationale existe pour défendre et promouvoir le fait français au Québec, au Canada et à travers l\u2019univers.Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain et pour faciliter l\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes.Champ d\u2019observation L\u2019Action Nationale s\u2019intéresse aussi à la vie des francophones hors Québec.Elle présente des chroniques sur des problèmes internationaux.Elle reflète certaines préoccupations partagées par des associations coopératives, syndicales et patronales.Elle publie des comptes rendus sur des volumes qui contribuent au progrès de la nation.Liberté d\u2019expression L\u2019Action Nationale fait appel à un grand nombre de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019ActionNationale peut refuser de publier un texte qui ne correspond pas au programme de la revue.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections.L\u2019article demandé peut comprendre de 20 à 25 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.11 doit être dactylographié sur papier 81/2 x 11, à double interligne.L\u2019heure de tombée indiquée est la limite de temps à ne pas franchir.? La tragédie de VÉcole polytechnique Une liberté sans limite L'impitoyable glaive de la mort a frappé bien jeunes quatorze étudiantes de l\u2019École polytechnique.En ces heures pénibles, nous offrons nos sincères sympathies aux familles si cruellement éprouvées.Ce terrible événement a plongé la société québécoise dans la douleur et dans la consternation.Les réactions ont été multiples.Notre intention n\u2019est pas de les commenter.Tout au plus, nous entendons souligner certains comportements.Les réactions La télévision n\u2019était pas obligée d\u2019interviewer une étudiante en pleurs.La radio n \u2019était pas forcée de diffuser toutes les bêtises dites.Il n \u2019était pas nécessaire que certaines manchettes de journaux soient injurieuses.Le temps n\u2019était pas propice à l\u2019expression de ressentiments entre hommes et femmes.Il était malheureux de présenter l\u2019attentat comme un acte de haine envers les femmes.De nombreux propos étaient déplacés et incorrects: «la libération des femmes est attaquée», «la violence envers les femmes est systématique», «les hommes se transforment en tortionnaires», «l\u2019acte témoigne d\u2019une recrudescence d\u2019agressivité contre les femmes», «la tuerie est une suite logique du refus du droit à l\u2019avortement libre», etc.Heureusement, plusieurs analystes, profondément blessés par l\u2019événement, ont cherché une explication et le sens de l\u2019avenir.Dix mille personnes se sont rassemblées à l\u2019église Notre-Dame pour faire leurs adieux aux quatorze victimes.La solidarité étudiante était remarquable et merveilleuse.Il était bon d\u2019entendre Alain Perreault, le président de l\u2019Association, dire: «C\u2019était le temps du rêve et de l\u2019espoir, mais ce moment a été pour elles bien éphémère.Serrons-nous les coudes et ensemble réalisons les grands choses auxquelles elles rêvaient.» 130 Son Eminence le cardinal Paul Grégoire reprenait le même thème: «.La tragédie qui s\u2019est déroulée à l\u2019Ecole polytechnique nous fait vivre l\u2019absurde et la douleur avec une intensité beaucoup plus grande encore.A vous qui nous avez quittés et qui nous rassemblez dans l\u2019espérance, nous disons: restez avec nous et bâtissons ensemble un monde selon le projet de Dieu.» Le pourquoi Nous ne sommes pas des savants.Nos opinions sont basées sur des attitudes, des mentalités et des comportements que nous avons observés autour de nous.Pourquoi un homme dans la fleur de l\u2019âge commet-il un acte aussi condamnable?Pourquoi voulait-il tuer des femmes ?Pourquoi avait-il décidé de supprimer sa propre vie ?Divers motifs ont été exposés: violence paternelle, éclatement familial, difficultés d\u2019emploi, insuccès auprès des femmes, sentiments antiféminins, folie, etc.Toutes ces raisons sont à la fois réelles et fausses.Le geste horrible prend son origine dans notre société.Au pays du Québec, il n\u2019y a pas de guérilla, d\u2019émeute, d\u2019insurrection ni de guerre.Mais il y a de la violence.L\u2019homme coupable s\u2019est probablement inspiré des films de guerre et d\u2019atrocité que diffusent la télévision et le cinéma.La glorification des meurtriers influence et agit sur les modes de pensée et de vie.Voir des cadavres sur l\u2019écran crée certes une disposition mentale à l\u2019indifférence.La société québécoise en est rendue à demeurer passive et insensible aux crimes qui se commettent quotidiennement.Certaines publications s\u2019enrichissent par leurs reportages sur les assassinats, les suicides, les viols, les cambriolages et les délits de toutes sortes.Des marchands vendent à de jeunes enfants des jouets qui stimulent la brutalité.En fin de course, on s\u2019habitue à la violence.Un étudiant qui était témoin de la tuerie en rendait le témoignage: «C \u2019était vraiment comme Rambo.» Les valeurs de la société Fondamentalement, la violence prend racine dans les valeurs de notre société.La spiritualité a été enterrée.La morale est aussi embaumée.Les mœurs sont régies par des règles nouvelles, des normes élargies, des principes légers.Le sexe est devenu une mode.La pornographie est en vogue.Les LA TRAGÉDIE DE L\u2019ÉCOLE POLYTECHNIQUE 131 boutiques d\u2019écrits, de revues, d\u2019images et d\u2019objets obscènes et ordu-riers sont présentes aux quatre coins du Québec.La télévision s\u2019excuse fréquemment de produire «des nudités».Le cinéma a même perdu cette pudeur.Les boîtes de danseuses nues abondent.On n \u2019a jamais autant vu de corps de femmes offerts en objet de séduction.Jamais, non plus, le corps de la femme n \u2019a vendu autant de bière, de savon, d\u2019automobiles.La conscience connaît même une nouvelle ligne de conduite.La réussite économique est devenue l\u2019idéal, le rêve à réaliser.Réussir est essentiel, indispensable, fondamental, primordial.La valeur économique domine.L\u2019ambition est la première conseillère.On parle de la qualité de la vie, mais on passe à côté de l\u2019art de vivre.On travaille pour gagner de l\u2019argent.La course à la réussite donne le frisson et le stress.La richesse devient la fin et non plus un instrument de vie.Dans ce contexte, la société québécoise est fragile.Pensons à demain.Un tiers de la population vit sous le seuil de la pauvreté, dans des conditions dangereuses d\u2019éclatement social.Celui qui n\u2019a rien à perdre peut plus facilement utiliser des moyens radicaux pour défendre de justes réclamations.En plus d\u2019améliorer les conditions de vie des itinérants, assistés sociaux, chômeurs, clochards, miséreux et autres infortunés, il est nécessaire que les Québécoises et les Québécois se dotent d\u2019un projet de société basé sur d\u2019autres valeurs que la vente du sexe, de la violence et du confort.Le projet de société doit être soucieux de la personne humaine.La liberté totale et sans limite est alarmante, voire affolante.Il faut apprendre à limiter les droits là où commence la santé morale, mentale et physique de la personne qui vit à côté de nous.Il est aussi important d\u2019assujettir les appétits économiques à des principes de vie qui en protègent la qualité.Ce sont là deux dispositions qui constituent la meilleure prévention contre la violence.Les femmes Les commentaires excessifs entendus sur l\u2019antiféminisme et mentionnés au début du présent texte nous obligent à préciser notre pensée sur l\u2019égalité des chances pour les femmes.Les hommes en parlent, mais ils agissent peu.Ils possèdent le pouvoir et ils le conservent.L\u2019équilibre n \u2019est pas pour demain.Il est malheureux qu \u2019il en soit ainsi.Des actions concrètes doivent être entreprises.Les femmes, 51 132 pour cent de la société, sont peu nombreuses dans les gouvernements canadien, québécois, municipaux et scolaires.Peu de place leur est accordé dans l\u2019administrationpublique et dans le monde de la justice.Dans les entreprises financières, industrielles et commerciales, le pouvoir est conjugué au masculin.Dans ces cercles réservés principalement aux hommes, la promotion de la femme n \u2019est pas acquise selon la capacité et le salaire est habituellement inférieur pour l\u2019exercice d\u2019une même tâche.Même si des progrès ont été réalisés dans les dix dernières années, un rattrapage considérable doit être entrepris.Cantonnées dans les groupes sociaux, dans l\u2019enseignement et dans des carrières particulières, les femmes ont une longue route à parcourir.Elles réussiront à franchir les étapes par leur compétence, leur ténacité et leur patience.Les excès de langage que l\u2019on a entendus récemment les desservent.Dans l\u2019esquisse du futur, il ne faudrait toutefois pas oublier que les destinées de l\u2019avenir national appartiennent aux femmes pour une large part.Elles peuvent et doivent transformer une société économique en une société humaine.La tâche ne sera pas facile.Cette société humaine doit être canadienne-française.Le défi est de taille.Les parents, hommes et femmes, doivent donner à leurs enfants des âmes françaises.«Serrons-nous les coudes et ensemble réalisons les grandes choses auxquelles elles rêvaient.»?Rosaire Morin Gérard Turcotte Langue du travail et intégration des immigrants Julien HARVEY, S.J.Résumé Le père Harvey est incorrigible.Il avait soulevé une tempête avec «les convergences» culturelles.Il récidive avec la langue du travail.Il risque cette fois de soulever un ouragan.Peu lui importe.Il est homme de principes et homme pratique.Aujourd\u2019hui, il s\u2019inspire du rapport Paillé.Les immigrants non francophones qui s\u2019établissent dans Vile de Montréal sont presque deux fois plus nombreux que les naissances de foyers francophones.Face à l\u2019actuelle anglicisation des immigrants, le père Harvey préconise que le français devienne «partout au Québec la langue du travail» et «on parlera français au travail quand on sera obligé de le faire».«Déjà, le Rapport Laurendeau-Dunton en 1967 et le Rapport Gendron en 1972 avaient adopté cette attitude, celle qui reconnaît un droit collectif de la communauté d\u2019accueil à déterminer les conditions d\u2019usage public d\u2019une langue.» Vrai- LANGUES DU TRAVAIL ET INTÉGRATION DES IMMIGRANTS 134 ment, le père Harvey n\u2019est pas aussi radical que certains le disent.N -L ^ ous nous sommes donne un ministère provincial de l\u2019Immigration il y a plus de vingt ans (1968), une Charte de la langue française, la Loi 101, il y a plus de dix ans (1977), un accord sur la sélection linguistique des immigrants (Cullen-Couture, en 1978).Tout cela avait comme objectif, entre autres, d\u2019assurer la francisation de nos nouveaux compatriotes, de façon que leur arrivée parmi nous ne joue pas à l\u2019opposé de la survie et même de la croissance de la communauté québécoise qui les accueille.Rien de plus normal.Et pourtant, la situation semble bien être en pleine stagnation, et même en recul.Plusieurs sondages, scolaires et autres, le suggéraient déjà; une lecture attentive des rapports des recensements de 1981 et de 1986 le prouvait davantage.Mais l\u2019évidence du large échec de nos politiques linguistiques appliquées à l\u2019immigration éclate, lorsqu\u2019on aborde la recherche du démographe Michel Paillé, Nouvelles tendances démolinguistiques dans l\u2019île de Montréal, 1981-19961.C\u2019est un travail d\u2019une belle qualité professionnelle qui mérite toute notre attention2 3.D\u2019autant plus qu\u2019il s\u2019appuie constamment sur les deux derniers recensements et donc sur ce que déclarent eux-mêmes les intéressés, immigrants et autres, plutôt que sur des extrapolations à partir d\u2019échantillonnages.1.\tConseil de la langue française, Notes et documents, n.71, mai 1989.2.\tIl faut regretter une intervention comme celle de M.Jack Jedwab, sociologue à l\u2019Université McGill (La Presse, 28 sept.1989), qui disqualifie le livre de Paillé à partir de fausses prémisses ou de malentendus.Il n\u2019est pas exact que le texte de Paillé 1) ne tient compte que de la mortalité des Québécois de vieille souche (voir p.59 et 69); 2)\tne calcule que les départs des francophones de la ville: en réalité il utilise le solde; 3)\tn\u2019étudie pas bien les progrès de la situation à Montréal depuis la Loi 101: en fait, il y consacre tout le chapitre 3; 4) qu\u2019il dépasse son rôle en proposant des recommandations: en réalité, chacun peut constater qu\u2019il propose des hypothèses. LANGUES DU TRAVAIL ET INTÉGRATION DES IMMIGRANTS 135 Les immigrants à Montréal Essentiellement, le Rapport Paillé, si on me permet de le nommer ainsi, révèle ou confirme des faits importants3.D\u2019abord, cette année, l\u2019immigration ajoute à l\u2019île de Montréal entre 27 000 et 29 000 nouveaux citoyens, alors que la natalité en ajoute 21 000.Mais ce qui est plus déconcertant, c\u2019est que parmi ces immigrants, 24 000 sont non-francophones ou du moins ne parlent pas français au foyer; par ailleurs, seulement 13 000 naissances sont de foyers francophones.Cela signifie que l\u2019immigration ajoute des personnes vivant au Québec, très peu de Canadiens-Français et de Canadiennes-Françaises.On pourrait tout de même jusqu\u2019ici demeurer optimiste et se dire que nous sommes encore trop près de la Loi 101, que la scolarisation française continue permettra de redresser la situation.Mais c\u2019est ici que des constatations plus étonnantes se présentent.D\u2019abord, les trois recensements précédents (1976,1981,1986) démontrent qu\u2019à la maison «deux allophones sur trois parlent leur langue d\u2019origine, tandis que parmi ceux qui ont effectué un transfert linguistique, sept sur dix ont choisi l\u2019anglais de préférence au français.Seulement un allophone sur dix parle français au foyer»4.Jusqu\u2019ici, on peut se consoler en pensant que le poids du passé explique ce fait et que les plus jeunes, scolarisés pour la plupart en français, ont changé d\u2019attitude; malheureusement, les mêmes recensements montrent «que les allophones âgés de 20-24 ans, 25-29 ans et 30-34 ans s\u2019expriment en français au foyer dans des proportions de 5,6%, 8,8% et 11,4% respectivement»5.En d\u2019autres termes, plus on est jeune immigrant, moins on choisit le français comme langue seconde d\u2019usage habituel, après sa langue maternelle.Une constatation pour le moins étonnante, mais qui avait déjà été anticipée l\u2019an dernier par une étude d\u2019un autre démo- 3.\tL\u2019étude de M.Paillé porte sur l\u2019île de Montréal, mais comme plus de 70% des immigrants et réfugiés sont concentrés à Montréal, le travail du démographe concerne tout le Québec.Signalons par ailleurs que l\u2019adaptation linguistique des immigrants ne fait difficulté qu\u2019à Montréal; ailleurs, au Québec, les relations sont excellentes précisément parce que l\u2019acceptation du français comme langue de l\u2019école, du travail et comme deuxième langue au foyer est pratiquement universelle.4.\tPaillé, p.77.5.\tPaillé, p.81. 136 graphe, Réjean Lachapelle6.À quoi s\u2019ajoute la constatation que depuis 1977 la majorité des allophones passent au collégial anglais après un secondaire français7.De ces constatations, après avoir présenté et discuté huit scénarios d\u2019immigration et de natalité, Paillé devra conclure que, si l\u2019île de Montréal continue de recevoir 70% des immigrants et si la natalité demeure plus ou moins ce qu\u2019elle est actuellement, une immigration annuelle de 45 000 personnes au Québec (une hypothèse que j\u2019ai moi-même appuyée dans deux consultations gouvernementales successives!) donnerait aux non-francophones un taux de croissance de 7,4 fois supérieur aux francophones.Avec une immigration québécoise de 35 000, ce qui est le niveau actuel, l\u2019accroissement des non-francophones à Montréal sera encore cinq fois plus rapide que celui des francophones.Si bien que, si les habitudes linguistiques de nos immigrants persistent, «il semble que 20 000 immigrants par année d\u2019ici 1996 pourraient maintenir la proportion de francophones au Québec»8.On a reproché cette conclusion à monsieur Paillé; on lui a même fait dire que c\u2019était là une recommandation.Pourtant, c\u2019est loin d\u2019être le cas.Mais la conclusion est là et, à mon avis, elle est très fortement démontrée.Le français, langue du travail Que faire, alors?Avant de commencer la partie positive de la présente réflexion, je veux d\u2019abord avouer une ancienne naïveté de ma part.Quand j\u2019ai commencé à aborder sérieusement le dossier de l\u2019immigration, il y a près de 10 ans, je pensais sincèrement que les difficultés des Québécois francophones avec l\u2019immigration s\u2019expliquaient par leur manque d\u2019amabilité envers les arrivants, par leur méfiance à l\u2019égard des étrangers, par leur nationalisme de communauté historiquement homogène.Il m\u2019a fallu beaucoup de temps pour constater que ce sont là des facteurs très marginaux.6.\tL\u2019immigration et le caractère ethnolinguistique du Canada et du Québec, Oltawa, Statistique Canada, Document de recherche n°-15,1988.7.\tPaillé, p.133.8.\tPaillé, p.131, 135 et 140. LANGUES DU TRAVAIL ET INTÉGRATION DES IMMIGRANTS 137 La très grande majorité des immigrants et des réfugiés optent pour la langue et pour la culture où il y a du travail et donc de meilleures possibilités de promotion.Et par conséquent, leur francisation sera superficielle et peu motivée aussi longtemps que le français ne sera pas devenu partout au Québec la langue du travail.Le Rapport Paillé cite d\u2019ailleurs une conclusion importante d\u2019une recherche récente d\u2019André Beauchesne et Hélène Hensler qui va dans le même sens: «Les comportements linguistiques des élèves à l\u2019école sont reliés aux usages linguistiques prévalant dans la communauté.Plus le français est utilisé dans la communauté, plus son usage est répandu à l\u2019école9.» Dans le contexte qui nous occupe, cela signifie que la francisation de l\u2019école sera continuée au niveau collégial et sera prolongée par le français à la maison quand on parlera français au travail.Obligation du français au travail Et soyons clair: en contexte nord-américain on parlera français au travail quand on sera obligé de le faire.Il a fallu une lutte considérable et prolongée pour que les Québécois et Québécoises de vieille souche puissent travailler en français.Ne soyons pas surpris qu\u2019il faille prolonger cette lutte maintenant qu\u2019elle concerne aussi nos immigrants.Concrètement, qu\u2019est-ce que cela veut dire?La Charte de la langue française (Loi 101) dit clairement depuis 1977 que «les travailleurs ont le droit d\u2019exercer leurs activités en français» (art.4).En affirmant ce droit, le législateur a reconnu qu\u2019«Un droit linguistique, contrairement à une liberté fondamentale, a besoin de la reconnaissance législative pour s\u2019appliquer»10.Mais, ceci dit, on n\u2019est pas obligé de toujours réclamer un droit.D\u2019où l\u2019attitude de l\u2019Office de la langue française, qui a voulu protéger le droit des francophones à travailler en français, plutôt que détourner les allophones de préférer travailler en anglais! 9.\tL\u2019école française à clientèle pluriethnique de l\u2019île de Montréal: situation du français et intégration psychosociale des élèves, Québec, Conseil de la langue française, Dossier n.25, 1987, p.504; cité par Paillé, p.138.10.\tAndréBraën, «Les recours en matière de droits linguistiques», dans Michel Basta-rache, Éd., Les droits linguistiques au Canada, Montréal, Éd.Yvon Blais, 1986, p.511. 138 Surtout depuis que la Charte canadienne des droits et libertés de 1982, en particulier dans ses articles 16 à 23, qui échappent à la «clause nonobstant» (art.33), assure à chacun le droit d\u2019utiliser à son gré l\u2019anglais ou le français11.Cette attitude a fait que l\u2019obligation de la francisation du travail a affecté les entreprises de 100 employés et plus, qui sont soumises à une procédure précise de formation et de contrôle (art.136 de la Loi 101)12.Et il semble que les résultats sont bons.Le français dans les PME Par ailleurs, sans présumer de l\u2019emploi plus fréquent des immigrants dans la petite entreprise, ce qui me semble plausible, mais que je ne puis démontrer, il demeure certain que, à Montréal, 83,1% des entreprises comptent moins de 50 employés et emploient 42,2% de tous les travailleurs.Au niveau de 1987, sur 46 695 entreprises, 2 830 ont de 20 à 49 employés, 4 345 de 10 à 19 employés, 6 937 de 5 à 9, et 23 342 de 1 à 4 employés13.C\u2019est dans ce monde du travail de la PME que se joue la question de la motivation ou de la non-motivation de l\u2019apprentissage du français à l\u2019école et de l\u2019usage du français à la maison.C\u2019est par conséquent ce même monde du travail que doivent rejoindre les règlements de l\u2019Office de la langue française.Je suis bien conscient du fait que la difficulté de contrôle augmente avec la diminution de la taille des entreprises.Et que sans doute il faudra laisser à la pression du public la francisation des entreprises employant de 1 à 4 personnes! Mais pour toutes les autres PME, la francisation systématique me semble la seule démarche efficace pour corriger la situation que le Rapport Paillé est venu éclairer.11.\tEmmanuel Didier, «Le droit linguistique privé», dans Michel Bastarache, Éd., op.cit., p.327-459; spécialement, p.378-380.12.\tEmmanuel Didier, art.cit., p.394.À signaler que les entreprises de 50 à 100 employés sont concernées par les règlements de l\u2019Office de la langue française, mais sans appui dans la Charte de la langue française (art.136).13.\tJean-Baptiste Fabre, Le Québec mis en chiffres, Montréal, L\u2019économie, 1988, p.290. LANGUES DU TRAVAIL ET INTÉGRATION DES IMMIGRANTS 139 Une nécessaire réorientation Ce qui est plus tragique, c\u2019est que ce que je dis ici n\u2019a rien de neuf.En décembre 1988, l\u2019opposition officielle présentait le Projet de loi 191, dont un point essentiel était la francisation obligatoire de toutes les entreprises de 10 employés et plus.De plus, l\u2019Office de la langue française lui-même présentait, trois mois plus tard (mars 1989), le résultat d\u2019une recherche gouvernementale, syndicale et patronale qui démontrait dans le détail la faisabilité d\u2019une telle politique; le rapport s\u2019appelle Le français langue de travail, une nécessaire orientation.Il est plus que temps qu\u2019on relise ce texte et que l\u2019opposition ramène le Projet de loi 191 sur le tapis.Je suis bien conscient, en écrivant ceci, du fait que les tenants des seuls droits individuels dans le domaine linguistique protesteront vivement.Tout comme les tenants du droit au multiculturalisme.Mais je persiste à croire que l\u2019extension de l\u2019obligation de parler français au travail à la PME fait partie des droits de la communauté d\u2019accueil.Il s\u2019agit en fait d\u2019un «programme d\u2019accès à l\u2019égalité» de la communauté québécoise, qui n\u2019a jamais pu jouir d\u2019une telle faveur, même aux jours les plus ostentatoires de la Loi sur les langues officielles! Déjà le Rapport Laurendeau-Dunton14 en 1967 et le Rapport Gendron15 en 1972 avaient adopté cette attitude, celle qui reconnaît un droit collectif de la communauté d\u2019accueil à déterminer les conditions d\u2019usage public d\u2019une langue, sans pour autant léser le droit individuel à parler sa langue ou toute autre langue dans sa vie privée16.C\u2019est pour éviter de léser ce droit que la seule façon de faire évoluer la tendance, apparemment irrésistible à Montréal, de nos immigrants à parler anglais, est de les motiver à parler français pour devenir compétitifs dans le domaine essentiel du travail.Même les Nations- 14.\tRapport de la Commission d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturisme, Livre I, Les langues officielles, Ottawa, Imprimeur de la reine, 1967, p.XXXI, etc.15.\tRapport de la Commission d\u2019enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, vol.2, Québec, Éditeur officiel, 1972, p.251, etc.- En sens opposé, on verra le document que le gouvernement fédéral promulguait comme «la charte de la dualité linguistique d\u2019un Canada multiculturel», Un choix national, exposé du gouvernement du Canada sur une politique nationale, Ottawa, Approvisionnements et services, 1977.16.\tSur cette question, on lira avec intérêt l\u2019article d'André Braën, «Les droits linguistiques», dans M.Bastarache, Éd., op.cit., p.4-70. 140 Unies ont refusé jusqu\u2019ici de se prononcer sur l\u2019existence d\u2019un droit des minorités à l\u2019usage public de leur langue à côté de la langue majoritaire, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019affichage ou du travail17.Une fois francisés le travail et l\u2019école, nous serons dans la situation d\u2019un pays normal, où les arrivants adoptent la langue et les traits essentiels de la façon de vivre du pays qui les accueille.Une condition ferme Pour ma part, je continue de croire que nous pouvons recevoir et intégrer une assez forte immigration, même dans notre situation de fragilité linguistique et culturelle, mais à cette condition d\u2019une politique ferme de la langue du travail.Q 17.J\u2019ai exposé celle question dans «Jusqu\u2019où va te droit à la langue?», dans Relations n°.551 (juin 1989), p.137-138. Les exigences des années 2000: leur impact sur l\u2019orientation et la formation des jeunes ainsi que sur l\u2019école en général Jean L\u2019HÉRAULT directeur, Direction des études sur l\u2019emploi et les carrières, ministère de l\u2019Éducation Résumé M.L\u2019Hérault analyse les tendances démographiques, sociologiques, économiques et technologiques qui auront un impact sur l\u2019orientation et la formation des jeunes.Ces signes de changement permettent «d\u2019entrevoir assez clairement ce que seront le marché du travail et l\u2019école de l\u2019an 2000».L\u2019auteur présente ensuite l\u2019évolution de l\u2019école en pays 142 technologiquement avancés, puis il décrit les grands traits d\u2019une école efficace.À partir de ces deux modèles, il croit «que l\u2019école de l\u2019an 2000 insistera davantage sur la culture fondamentale (en matière de base) et sur le décloisonnement des matières».L question que nous nous posons aujourd\u2019hui est celle-ci: Que seront les exigences de l\u2019an 2000 et quels en seront les impacts sur l\u2019orientation, la formation des jeunes et sur l\u2019école en général?Répondre à cette question peut sembler, à première vue, prétentieux ou encore téméraire.Et pourtant, il paraît légitime et important de le faire.Légitime, parce qu\u2019il est possible, en s\u2019appuyant sur l\u2019histoire des dernières années, de faire des projections et d\u2019avoir une idée assez précise de ce que nous réserve l\u2019avenir.Important, parce qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019avenir de nos enfants qui sont déjà à l\u2019école primaire et qui feront carrière après l\u2019an 2000.Cette vision historique, couplée aux signes de changement qui se manifeste déjà dans notre société, nous permet d\u2019entrevoir assez clairement ce que seront le marché du travail et l\u2019école de l\u2019an 2000.Ces signes de changements sont principalement de quatre ordres: -Les tendances démographiques; -\tles tendances sociologiques; -\tles tendances technologiques (le développement technique).Les tendances démographiques Le Canada fait face actuellement à un problème démographique important.En effet, le nombre d\u2019enfants par femme est inférieur à deux, le taux de natalité moyen se situant plus précisément autour de 1,8 pour l\u2019ensemble des provinces.Au Québec, ce taux est de 1,4 par femme en âge d\u2019avoir des enfants.Pour mieux nous situer, rappelons que les Allemands et les Italiens ont le plus bas taux de natalité au monde, soit 1,3.D\u2019un autre côté, le taux de mortalité au Canada équi- LES EXIGENCES DES ANNÉES 2000 143 vaut à 2,1.Le seuil de remplacement des générations se situant à 2,1, nous disent les démographes, cela veut dire que la population actuelle ira en diminuant si nous ne comptons que sur nos «propres moyens».Pour que cette population se maintienne, il faudra sans doute avoir de plus en plus recours à l\u2019immigration tout en favorisant les familles par des politiques mieux adaptées à notre époque1.Les tendances sociologiques Les changements démographiques déjà bien présents auront pour conséquence de changer le tissu sociologique, sans compter le nombre plus élevé de familles monoparentales (création ou augmentation de garderies scolaires, par exemple), de notre société et forcément de nos écoles.Dans une entrevue que M.Benoît Bouchard accordait à la T.V., lorsqu\u2019il était encore ministre de l\u2019Immigration, il déclarait que pour enrayer le déclin démographique, le Canada devait à nouveau ouvrir ses portes à l\u2019immigration internationale.«Les immigrants créent des emplois et développent l\u2019économie» rappelait à son tour, peu de temps après, l\u2019ex-ministre d\u2019État à l\u2019Immigration, Gerry Weimer.Selon ce dernier, le Canada se proposerait d\u2019accueillir 200 000 nouveaux immigrants par année d\u2019ici l\u2019an 2000, soit plus que le pays n\u2019en a jamais reçu annuellement.Le Québec pour sa part devrait recevoir annuellement entre 30 000 et 40 000 de ces nouveaux arrivants.Cependant, pour conserver au Québec son visage français, il devient impérieux que le ministère de l\u2019Immigration du Québec occupe la place qui lui revient2, c\u2019est-à-dire donner priorité aux immigrants de langue maternelle française et à ceux qui maîtrisent déjà le français comme langue seconde, par exemple les immigrants provenant de pays qui, au cours de leur développement, ont été sous l\u2019influence de pays francophones.1.\tPour approfondir davantage ce sujet, le lecteur est invité à consulter l\u2019article de Réjean Lachapelle intitulé «Quelques tendances démolinguistiques au Canada et au Québec», ainsi que celui de Jacques Henripin et Yves Martin «D\u2019aujourd\u2019hui à 2050».Ces deux articles ont été publiés dans l\u2019Action nationale, volume LXXVIII, numéro 5, mai 1988.2.\tÀ ce sujet, l'article de Luc Chartrand intitulé «A quoi sert le ministère de l\u2019Immigration?(du Québec)» paru dans Actualité, novembre 1989, n\u2019est pas dénué d\u2019intérêt. 144 L\u2019école Face à cette nouvelle réalité, la société en général changera.Les citoyens de vieilles souches (s\u2019ils ne sont pas préparés) se sentiront parfois gênés par ce phénomène.L\u2019école devra être la première à manifester un esprit d\u2019ouverture à la diversité culturelle.Le nombre d\u2019élèves allophones s\u2019accroîtra.L\u2019école de l\u2019an 2000 devra être en mesure de résoudre des difficultés importantes.En effet, ces nouveaux élèves exigeront avec raison l\u2019égalité des chances en ce qui concerne la réussite scolaire.La place et la situation du français dans ces classes «pluri-ethniques» seront aussi discutées.Ces questions provoqueront inévitablement certaines manifestations, certains comportements et même des attitudes discriminatoires teintées de racisme et de xénophobie.Les enseignants devront apprendre à composer avec ces réalités, pour ne pas dire ces diversités.Les programmes de formation des futurs enseignants devront aussi être adaptés en conséquence.Les points suivants exigeront beaucoup d\u2019attention de la part des responsables et des intervenants du monde de l\u2019éducation: -\tles programmes de français en classe d\u2019accueil des niveaux primaire et secondaire; -\tla didactique des langues; -\tla sous-scolarisation (chez un bon nombre de ces nouveaux arrivants; surtout ceux qui proviennent de l\u2019un ou l\u2019autre des pays du tiers-monde); -\tl\u2019évaluation des apprentissages; -\tla gestion d\u2019une classe multi-ethnique; -\tl\u2019adaptation de l\u2019enseignement et des enseignants; -\tla connaissance de ces nouvelles communautés culturelles.Les femmes Toujours sur le plan sociologique, le nombre de femmes qui travaillent ira en augmentant; en effet, les économistes nous prédisent que 3.Maisonneuve, Daniel, Le cheminement scolaire des élèves ayant séjourné en classe d\u2019accueily décembre 1987. LES EXIGENCES DES ANNÉES 2000 145 leur taux de participation au travail passera de 50 p.cent qu\u2019il est actuellement à 68 p.cent en l\u2019an 2000, soit ni plus ni moins l\u2019équivalent de celui des hommes.Comme la main-d\u2019œuvre vieillit, beaucoup d\u2019emplois dits non traditionnels deviendront vacants dans une grande variété de domaines.Ainsi les femmes verront s\u2019améliorer leurs chances d\u2019occuper en plus grand nombre ce type d\u2019emplois, en autant qu \u2019elles en seront conscientes, bien informées, bien préparées («mentalement») et qualifiées.Pour être prête à amorcer ce troisième millénaire sur un bon pied, l\u2019école doit, d\u2019ici l\u2019an 2000, se préoccuper davantage de l\u2019information et de l\u2019orientation des füles, afin de leur permettre de choisir en beaucoup plus grand nombre des métiers non traditionnels4.Nous réalisons qu\u2019il y a encore beaucoup à faire à ce chapitre, car les résultats, jusqu\u2019ici, sont timides, les stéréotypes tenaces et les employeurs pas toujours très convaincus.Pour illustrer à quel point il y a encore beaucoup de chemin à parcourir en ce domaine, prenons, par exemple, le monde du génie.Selon le mensuel de l\u2019ingénieur québécois PLAN de décembre 1988, seulement 2% des ingénieurs canadiens sont des femmes.Au Québec, par exemple, on retrouve moins de 1000 femmes dans les rangs des 29 000 ingénieurs reconnus.C\u2019est comme cela dans bien des secteurs, pour ne pas dire tous.Ces donnés illustrent la rettrapage à faire dans ce secteur, qui n\u2019est cependant pas le seul dans ce cas.Certains chercheurs ont tenté d\u2019analyser les raisons du succès mitigé que nous connaissons dans nos efforts pour contrer ce phénomène et plusieurs arrivent à la conclusion que pour abolir les stéréotypes, il faut agir dès le début du primaire (y compris la maternelle); d\u2019autres font ressortir les difficultés que rencontrent les femmes au moment de l\u2019apprentissage et ensuite au travail même.Les principales difficultés (problèmes) qui ressortent le plus souvent sont la rigidité des horaires de cours de formation, l\u2019apprentissage et (une fois qualifiées) les difficultés à obtenir et conserver un emploi dans un système où l\u2019ancienneté est souvent vue comme une récompense5.Ces difficultés connues, 4.\tConseil du statut de la femme, Explorons de nouveaux espaces, Gouvernement du Québec, 1er trimestre 1985.5.\tGouvernement de la Saskatchewan, Education and Training Strategy, Draft Paper, December 18,1987. 146 les éducateurs devraient les garder en tête constamment, afin d\u2019être en mesure de contribuer à redresser par leurs attitudes, leurs gestes quotidiens et leurs discours une situation qui tarde trop à se corriger.La demande d\u2019emploi dans les métiers non traditionnels existe et ira en augmentant à mesure que nous nous rapprochons de l\u2019an 2000.Une fois l\u2019an 2000 franchi, à moins de confier tous les emplois non traditionnels aux immigrants masculins, les femmes devraient au moins les occuper dans une proportion de 35 à 40 p.cent (actuellement cette proportion est inférieure à 5 p.cent) par rapport aux hommes.Il s\u2019agit de convaincre et d\u2019aider nos filles à prendre ces places, qui leur reviennent.Les personnes à la retraite Il faut également tenir compte du fait que le nombre de personnes à la retraite augmentera aussi considérablement.En l\u2019an 2000, les données démographiques nous indiquent que les moins de 20 ans ne représenteront plus que 20 p.cent de la population.L\u2019âge d\u2019or est en passe de devenir un créneau important du marché de consommation, «l\u2019horizon sur lequel une foule d\u2019industries voient déjà se profiler de vertigineuses courbes de profits6».«Le boom du troisième âge est le plus important phénomène de population depuis le baby-boom qui a suivi la Seconde Guerre mondiale» concluait récemment une étude de Statistique Canada sur la longévité et l\u2019état de santé des personnes âgées: les plus de 55 ans représenteront près de 30 p.cent de la population dès le tournant du siècle.Les tendances économiques et politiques Compte tenu que la croissance économique demeurera relativement faible, d\u2019une part, parce que les gouvernements devront consacrer une portion importante de leurs revenus à rembourser leurs dettes (diminuer leurs déficits) et d\u2019autre part, parce que le poids des électeurs âgés (à des idées plus conservatrices) sera beaucoup plus grand, nos gouvernements pratiqueront alors des politiques plus conser\\>a-trices.Cette assertion est d\u2019ailleurs corroborée dans une étude effectuée par la Centrale de l\u2019enseignement du Québec en 19867 qui 6.\tHalpern, Sylvie, «La revanche des berceuses», Actualité, novembre 1987.7.\tCEQ, A l\u2019orée de Van 2000, repenser l\u2019État-providence. LES EXIGENCES DES ANNÉES 2000 147 démontre que cette tendance (lourde) est déjà bien perceptible dans tous les pays membres de l\u2019OCDE.La politique sociale Cette tendance au conservatisme sera toutefois atténuée par les changements sociologiques importants qui surviendront, car les politiciens, tout en demeurant axés sur le développement économique (libre échange, création d\u2019emploi, etc.), seront contraints par la force des choses à s\u2019intéresser aux problèmes relevant du «social».Ainsi, des sujets aussi «privés» que la famille et l\u2019insertion sociale et professionnelle des nouveaux arrivants occuperont une partie importante des discours politiques.Au chapitre des politiques familiales on pourrait, par exemple, essayer de revaloriser (dans tous les sens du terme) le travail non rémunéré, en rendant, entre autres, les allocations familiales plus attrayantes, de manière à convaincre les gens de rester à la maison pour élever plus d\u2019enfants.De tels discours et certaines mesures en ce sens ont déjà cours en Allemagne où le taux de natalité, comme nous l\u2019avons déjà vu, est l\u2019un des plus bas du monde (soit 1,3).La privatisation Le côté «conservateur» des politiques se manifestera notamment par la poursuite de la privatisation des entreprises.Ce mouvement de privatisation pourrait atteindre les services de santé et celui des services sociaux et pourrait se manifester par l\u2019instauration de tickets modérateurs (par exemple) et par l\u2019administration d\u2019hôpitaux confiée à des firmes privées de gestionnaires.Certaines expériences sont déjà en cours à Sudbury.Plus près de nous, l\u2019hôpital Bellechasse de Montréal est administré par Lavallin, firme privée.Cette tendance est déjà perceptible; par exemple, en ce qui concerne les personnes âgées, l\u2019heure est aux hôpitaux de jour, à l\u2019autonomie, aux soins à domicile.Et c\u2019est le secteur privé qui se prépare aujourd\u2019hui avec fébrilité à répondre aux innombrables besoins des personnes âgées et prend le relais de l\u2019État et des familles.D\u2019une façon générale, les petites et les moyennes entreprises continueront à être favorisées par les politiques économiques de l\u2019État et seront de plus en plus les principales pourvoyeuses d\u2019emplois. 148 La concurrence En outre, les gouvernements auront à composer de plus en plus avec une vive concurrence des pays en voie de développement dans l\u2019industrie minérale (fer, cuivre, amiante), dans les textiles, le vêtement, la chaussure et l\u2019automobile.L\u2019abondance de la main-d\u2019œuvre à bon marché et une productivité stimulée par un impératif de survivance pour ces peuples feront en sorte que les pays industrialisés auront de la difficulté à être compétitifs.Une illustration de cette tendance: en 1980, aux USA, le secteur primaire (mines, agriculture, pêcheries) représentait 4 p.cent de l\u2019économie, le secondaire (transformation, industrie manufacturière) 28 p.cent et le tertiaire (les services publics ou privés) 68 p.cent.Or, une étude américaine prévoit qu\u2019en l\u2019an 2000, ces secteurs représenteront respectivement 3 p.cent, 11p.cent et 86 p.cent de l\u2019économie.Même si le rythme peut varier, nous n\u2019échapperons pas à cette tendance.Les tendances technologiques Pour se faire une idée de la technologie de l\u2019an 2000, référons-nous à une étude intitulée «Les produits d\u2019après demain»8.Voici les grands traits de cette étude.L\u2019énergie Pour l\u2019énergie, d\u2019ici l\u2019an 2000, on prévoit une exploitation des ressources au-delà de la voûte terrestre et l\u2019amélioration de la précision et de la fiabilité des méthodes de prospection.Avant l\u2019an 2000, on prévoit, à titre indicatif, l\u2019application de nouvelles technologies au développement de la biomasse.Vers l\u2019an 2000, la généralisation des moteurs à hydrogène pour les avions à moyen et long courriers, les économiseurs d\u2019énergie; après l\u2019an 2000, l\u2019exploitation du pétrole en mer profonde, le développement de l\u2019utilisation de l\u2019énergie solaire, l\u2019exploitation de la différence de température des océans, la généralisation de moteurs à combustion interne construits entièrement en céramique9.De plus, l\u2019hydrogène deviendra l\u2019un des principaux carburants pour les automobiles et les camions.8.\tCESTA, Dossier technologie, «La lettre des métiers du futur», mai 1986, 9.\tElzinga Aant et McCutcheon Sean, «Les matériaux industriels de pointe: Perspectives canadiennes», Conseil des sciences du Canada, mai 1985. LES EXIGENCES DES ANNÉES 2000 149 L\u2019emploi de l\u2019hydrogène comme carburant dans les véhicules moteurs pour-rait survenir encore plus rapidement, car l\u2019avenir écologique de la planète peut dépendre de l\u2019utilisation massive de l\u2019hydrogène.En effet, l\u2019hydrogène en se consumant ne dégage à peu près aucun gaz ou élément polluant, mais surtout de la vapeur d\u2019eau.Une théorie de plus en plus acceptée soutient que les émanations de gaz carbonique provoquent un réchauffement global de l\u2019atmosphère.Ce qu\u2019on appelle l\u2019effet de serre.Le surplus de gaz carbonique flottant dans l\u2019atmosphère laisse passer les rayons du soleil, mais empêchent la chaleur excédentaire d\u2019être dispersée dans l\u2019espace.En d\u2019autres termes, la terre se réchauffe graduellement, ce qui peut avoir des effets désastreux sur le climat de la planète.L\u2019utilisation de l\u2019hydrogène comme combustible viendrait freiner l\u2019effet de serre et atténuerait du même coup le problème lié aux pluies acides.L\u2019industrie Pour les matériaux on envisage, principalement avec l\u2019avènement, d\u2019ici l\u2019an 2000, des matériaux composites, la substitution des processus chimiques aux processus physiques dans la transformation des matières plastiques.Avant l\u2019an 2000, on prévoit, par exemple, le développement du recyclage, la simplification de la conception et de la fabrication assistées par ordinateur CAO/FAO, le papier de synthèse, la coupe automatique de vêtements; après l\u2019an 2000, les techniques efficaces d\u2019extraction des produits solubles (lixivation) dans les solvants, les robots de montage (sensoriels), les fibres s\u2019adaptant au changement de température (genre Gortex), la synthèse par enzymes et l\u2019utilisation généralisée des bactéries.Pour les communications, l\u2019électronique donnera encore le pas.En vingt ans, celle-ci est passée du transistor au micro-processeur; elle nous réserve d\u2019autres surprises avec les super-conducteurs.Avant l\u2019an 2000, l\u2019électronique aura envahi le marché de la bureaucratie, de l\u2019électroménager, de la traduction (machines à traduire) et de la vidéo.Après l\u2019an 2000, elle s\u2019attaquera entre autres au traitement de la voix (ex.: reconnaissance de la parole), à l\u2019holographie (l\u2019image en relief) et à l\u2019opto-électronique.Dans le domaine des transports, les efforts se feront surtout dans l\u2019allégement des structures constitutives par le développement de la «mécatronique», c\u2019est-à-dire de la mécanique fine et de l\u2019électronique.Avant l\u2019an 2000, nous aurons, par exemple, la carrosserie plastique en grande série, les commandes électroniques des principales fonctions et des avions gros porteurs propulsés par des moteurs à hydrogène.Après l\u2019an 2000, dans le domaine de l\u2019automobile, on verra apparaître 150 le dispositif anti-collision et les autoroutes automatiques, en astronautique apparaîtront des bases spatiales permanentes, la fusée à propulsion ionique et en aéronautique les avions silencieux et les liaisons postales intercontinentales par fusée.La santé Enfin, pour la vie et la santé, l\u2019amélioration continue des conditions se caractérisera par une plus grande espérance de vie, les contrôles multiformes des naissances, une plus grande résistance aux infections par la réduction de la détérioration physiologique des individus.Avant l\u2019an 2000, on prévoit le diagnostic automatique, le développement de la tomographie, le sang artificiel et le traitement biochimique des maladies mentales.Du côté de l\u2019agriculture, des prévisions fiables des récoltes, le développement de l\u2019aquaculture, de nouveaux aliments comme le lait artificiel et la viande végétale; après l\u2019an 2000, dans le domaine de la santé, on envisage l\u2019utilisation d\u2019agents biologiques contre les bactéries et les virus, l\u2019élimination des tares héréditaires, et du côté de l\u2019agriculture on prévoit un certain contrôle climatique localisé.L\u2019école À partir de ces tendances, essayons de dégager ce que sera l\u2019école de l\u2019an 2000.La culture générale Si nous jetons un coup d\u2019œil sur ce qui se passe dans les écoles des pays présumément avancés sur le plan des sciences et de la technologie, nous constatons que le système scolaire de ces pays met l\u2019accent sur les matières de base pendant le primaire et le secondaire (culture générale) et sur la discipline personnelle de façon à inculquer aux élèves une rigueur intellectuelle ainsi qu\u2019une autonomie dans le travail.C\u2019est ainsi qu\u2019au Japon10, pays reconnu par son modernisme, on ne trouve pas ou très peu de cours d\u2019informatique (et encore moins d\u2019ordinateurs), de photographie, etc.aux niveaux primaire et secondaire.10.L\u2019Hérault, Jean, Résumé commenté du volume L\u2019empire du concours.Lycéens et enseignants au Japon de Jean-Français Sabouret. LES EXIGENCES DES ANNÉES 2000 151 Par ailleurs, le système scolaire de ce pays particulièrement avancé technologiquement accorde beaucoup d\u2019importance à l\u2019apprentissage de la langue, d\u2019une langue seconde (et souvent d\u2019une troisième langue), des mathématiques, des sciences et de l\u2019histoire.Les autres matières plus «spécialisées» ou plus «complémentaires» sont réservées au post-secondaire, selon la spécialité ou l\u2019option qui sera choisie par l\u2019étudiant.Si l\u2019étudiant embrasse la carrière d\u2019informaticien, par exemple, c\u2019est à ce moment qu\u2019il acquerra ses connaissances en informatique.Chaque chose en son temps, disent les Japonais.Les «cours de dentelle» À partir de cet exemple, si on observe les tendances qui se dessinent dans notre pays d\u2019une part et les études prospectives d\u2019autre part, on peut penser que le taylorisme qui a fait même sentir son influence dans l\u2019organisation de la vie de nos écoles est à son déclin.Avec un certain recul, on peut être porté à croire que cette influence du taylorisme dans l\u2019enseignement a souvent favorisé à outrance le cloisonnement des matières et, par conséquent, la multiplication (peut-être exagérée) des spécialistes.La montée d\u2019un certain conservatisme pourra également contribuer à diminuer dans les régimes pédagogiques certains cours que les Californiens11, dans leur réforme scolaire actuellement en cours, désignent péjorativement «cours de dentelle».Ce mouvement back to basic est déjà perceptible dans certaines de nos écoles et pourrait être accéléré par la nécessité (reconnue de tous) d\u2019améliorer la qualité de l\u2019enseignement de la langue maternelle.Pour pallier cel effet négatif du cloisonnement systématique des différentes matières du secondaire (et du collégial), plusieurs solutions sont envisagées par les chercheurs en éducation.L\u2019une d\u2019elles, par exemple, serait l\u2019insertion d\u2019un séminaire12 d\u2019intégration (ou atelier) à l\u2019horaire des deux dernières années du secondaire qui aiderait les étudiants à faire la synthèse et l\u2019intégration des connaissances acquises lors des cours réguliers.L\u2019école efficace D\u2019autres tendances perceptibles: Vécole efficace et la qualité générale de renseignement.11.\tRioux, Christian, Finie l\u2019école Oyée!, A dualité, septembre 1987.12.\tSorensen, Nathalie, Rapport d\u2019enquête nationale menée par l'Association des collèges com.du Canada (avril 1984). 152 Partons de la constatation qu\u2019un nombre important d\u2019élèves ne se rendant pas jusqu\u2019au diplôme de fin du secondaire (au Québec, par exemple, 32% des garçons et 23% des filles) sont de ce nombre13.Des chercheurs américains et canadiens ont tracé, en examinant des écoles qui semblent à première vue efficaces et d\u2019autres qui ne semblent pas l\u2019être, les grands traits de l\u2019école efficace: -\tLe taux d\u2019abandon des élèves de ces écoles est toujours plus bas que la moyenne.-\tSur le plan scolaire, le succès aux examens officiels des élèves de ces écoles se situe toujours au-dessus de la moyenne.-\tLe climat de l\u2019école, tant au point de vue relation de travail qu\u2019au point de vue entraide entre les professeurs, est toujours bon.-\tLes professeurs demandent de la rigueur aux élèves (sont exigeants).-\tLe directeur (la direction) exerce un leadership pédagogique fort.En d\u2019autres mots, la pédagogie est une préoccupation importante (la principale) de la part du directeur et il y consacre au moins la moitié de sa tâche (rencontre avec les professeurs, réunion pédagogique, conseil et coaching de nouveaux professeurs, étude de notes d\u2019élèves en difficulté avec les professeurs concernés et suivi spécifique de ces élèves).-\tLa participation (implication) des professeurs et des directeurs aux activités parascolaires est importante.-\tLa grande implication des parents et souvent de la communauté en général pour la chose scolaire.En général, ces écoles performantes sont de taille moyenne et ne dépassent pas 1200 élèves.L\u2019école de l\u2019an 2000 À partir de ces deux modèles, à savoir: «L\u2019école de type traditionnel (et exigeante) des pays avancés technologiquement» et «Le mouvement de l\u2019école efficace» (aux USA) que nous venons de résumer à 13.Ministère de l\u2019Éducation du Québec, Indicateurs sur la situation de l\u2019enseignement primaire et secondaire, édition 1989. LES EXIGENCES DES ANNÉES 2000 153 grands traits, il est fort plausible que l\u2019école de l\u2019an 2000 insiste davantage sur la culture fondamentale (en matières de base) et sur le décloisonnement des matières.Benoît Lauzière, directeur du journal Le Devoir, écrivait à ce sujet, dans le cahier spécial du Devoir sur l\u2019éducation du 30 janvier 1987: D est prioritaire de mettre fin dès maintenant à l\u2019impérialisme disciplinaire qui fait que les philosophes ne parlent pas aux physiciens, si même les physiciens daignent se parler entre eux.Un peu plus loin, dans le même texte, M.Lorrain Barrette, président de la Fédération des cégeps du Québec, lance: D faut décloisonner les disciplines, décloisonner les esprits, décloisonner le travail.L\u2019époque des lignes d\u2019assemblage de type linéaire où chaque travailleur est laissé à lui-même, est révolue.En effet, même dans les usines de montage à cadence élevée, le travail s\u2019organise de plus en plus de façon à ce que l\u2019ouvrier se retrouve au sein d\u2019une équipe dans laquelle son travail a une valeur pour lui et aussi pour son groupe ou son unité de travail.Cercle de qualité, unité de production, gestion participative, actionnariat.L\u2019ouvrier n\u2019est plus un chaînon mais une cellule qui contribue à fournir de l\u2019énergie à tout le groupe.Une cellule peut affaiblir pour une raison ou une autre mais elle n\u2019arrêtera pas le fonctionnement du groupe.Par contre un chaînon (chaîne de montage linéaire) qui casse immobilise la machine.Pourquoi cette digression sur l\u2019organisation industrielle du travail, me direz-vous?C\u2019est pour essayer d\u2019illustrer avec encore plus d\u2019insistance que l\u2019école de demain devra être en mesure de former des hommes et des femmes dotés d\u2019une solide formation de base (culture) qui leur permettra ensuite d\u2019apprendre un métier, une profession rapidement et efficacement et, chose encore plus importante, de s\u2019adapter à des situations changeantes.Pour être polyvalent et adaptable (recyclable) sur le marché du travail, il faut d\u2019abord avoir une formation générale solide.Ainsi un ingénieur peut lui-même se recycler; par contre, un ouvrier soudeur a besoin d\u2019aide pour le faire et c\u2019est souvent à cause de sa formation de base déficiente qu\u2019il ne peut pas se recycler ou se «reconvertir» lui-même à un autre métier ou à un aspect plus complexe du sien.L\u2019école de l\u2019an 2000 devra donc: - mettre l\u2019accent sur la culture (matières de base) et en premier lieu sur la qualité de la langue; 154 -\tavoir à son service des professeurs plus polyvalents dans une école où les disciplines s\u2019interpénétrent; -\têtre gérée par des directeurs du moins autant pédagogues (et intéressés à la pédagogie) qu\u2019administrateurs; -être de taille moyenne (1 000-1 500 élèves); -\tassurer un soutien réel (coaching) et non uniquement sur papier, aux nouveaux professeurs et à ceux qui éprouvent des difficultés; -\tfavoriser une atmosphère de travail qui stimule la collaboration et non l\u2019affrontement qui divise; -\tconvaincre les professeurs d\u2019exiger rigueur et qualité de la part de leurs élèves, tout en leur montrant qu\u2019ils sont capables de donner eux-mêmes de leur temps et de leur énergie; -\tappliquer de nouvelles technologies qui aideront les professeurs à être meilleurs et plus performants; -\tapprendre à l\u2019élève non seulement à apprendre, mais à transmettre ses connaissances.Liste des ouvrages consultés Économie et politiques COUSINEAU, J.M.et HOULE, Rachel, L\u2019inadéquation formation - emploi au Québec: Mythe ou réalité, Analyse de politiques, X:4:436,1984.LACROIX, Liliane, «Les métiers de demain, La Presse, 17 juin 1987.PARIZEAU, Jacques, «La leçon japonaise», Le Devoir, juin 1987.CESTA, Dossier agriculture, La lettre des métiers du futur, mai 1985.CESTA, La lettre des métiers du futur, Dossier technologie, mai 1986.Centrale de l\u2019enseignement du Québec, À l\u2019orée de l\u2019an 2000: repenser l\u2019État providence, Notes de recherches, mars 1986-D8736. 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universités québécoises Gilles BOULET Résumé M.Boulet a vécu pour et dans l\u2019Université du Québec.Il commence son texte par le récit de deux visites mémorables dans des universités de Belgique et de Hollande.Il décrit la situation présente du financement des universités québécoises.Il rappelle certaines rivalités stériles qui en découlent.Il souligne la faible participation financière de l\u2019entreprise privée.Il regrette les attitudes de mépris exprimées à l\u2019égard du monde universitaire.L\u2019auteur affirme, avec raison, que «le retard qu\u2019on pris nos universités est nécessairement relié au retard de notre culture et de nos industries».Il préconise une planification à long terme.Il énumère certains changements devenus nécessaires et il souhaite que les universités québécoises aient tous les instruments requis pour répondre aux exigences de l\u2019époque.La concertation est devenue indispensable pour l\u2019élaboration d\u2019un plan réel de développement.Nous ne demeurerons «concurrents sur le marché mondial 160 qu \u2019à la condition que les universités québécoises soient aussi en mesure de concurrencer les universités du monde».Introduction La meilleure façon de situer et d\u2019analyser un ensemble d\u2019organismes, de vérifier leur efficacité et leur valeur, est souvent d\u2019établir une série de comparaisons avec d\u2019autres organismes du même genre dans d\u2019autres lieux que les nôtres.On le fait constamment pour essayer de situer les universités québécoises, leur budget, le nombre d\u2019étudiants qu\u2019elles conduisent au doctorat, le salaire et la tâche de leurs professeurs, le sérieux de la formation qu\u2019elles offrent à leurs étudiants, etc.Nous y reviendrons tantôt.Pour l\u2019instant, j\u2019ai plutôt l\u2019intention de raconter ici une visite qui nous permettra de vraiment bien nous situer.Une visite en Belgique En octobre 1985, j\u2019accompagnais, à titre de président de l\u2019Université du Québec, une délégation de recteurs québécois envoyés en mission en Belgique et en Hollande par le ministère de l\u2019Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie.Nous eûmes l\u2019occasion de bien visiter plusieurs des secteurs de pointe des grandes universités de Belgique en particulier.Je n\u2019oublierai jamais la journée passée au Centre de recherche en microbiologie de l\u2019Université libre de Bruxelles.Les travaux qu\u2019on y accomplit, les explications que nous ont fournies les chefs de chacun des départements du Centre nous ont permis de constater jusqu\u2019à quel point ce Centre de recherche, comme celui de l\u2019Université de Louvain ou celui de l\u2019Université de Liège, étaient de loin bien supérieurs aux laboratoires de recherche en microbiologie ou en biotechnologie des universités québécoises.Une visite en Hollande Mais le point fort de notre visite fut sans contredit la rencontre que le ministère de l\u2019Enseignement supérieur de Hollande nous avait préparée à l\u2019Université technologique de Delft.La majorité des membres de la mission avaient déjà dû quitter.Il ne restait plus que David Johnston, président de la Conférence des recteurs et principal LA VIE ACTUELLE ET L'AVENIR 161 de McGill, Richard Pérusse, directeur général de la Conférence des recteurs, et moi-même.On nous amena, tous les trois, visiter le département de Microélectronique de la faculté de Génie électrique de cette université.Nous fûmes tout d\u2019abord ébahis de constater que le département en question était situé dans un magnifique édifice d\u2019une vingtaine d\u2019étages.Le directeur nous y reçut fort aimablement et nous proposa de visiter trois des étages de l\u2019édifice ou, si vous aimez mieux, trois «sections» de son département.J\u2019ai, gravé à la mémoire, le souvenir de la visite que nous fîmes d \u2019 une de ces sections.Elle était située, je crois, au sixième étage.Le directeur nous amena à l\u2019une des extrémités du long corridor qui faisait toute la largeur de l\u2019édifice en nous expliquant que sur tout cet étage les gens travaillaient à un projet que leur avait commandé la Compagnie Philips.Il s\u2019agissait de réduire, le plus possible, les appareils radiophoniques utilisés dans les voitures afin de libérer davantage le tableau de bord de celles-ci pour y installer d\u2019autres appareils électroniques.Nous étions arrivés.Le directeur nous montra simplement un exemplaire des appareils de radio fabriqués à ce moment-là par Philips et que nous connaissons tous.Sa dimension est connue: environ cinq ou six centimètres d\u2019épaisseur, une quinzaine de centimètres en largeur et une dizaine de centimètres de profondeur.«Voilà quel était notre point de départ», nous dit-il, tout en nous amenant à l\u2019autre extrémité du corridor.Plus nous approchions, plus nous entendions une douce musique qui s\u2019échappait de la porte entrouverte d\u2019un bureau de professeur.Quand nous y sommes entrés, le directeur nous présenta le professeur et nous comprîmes.Deux haut-parleurs accrochés en haut de la bibliothèque étaient reliés par deux fils bien ordinaires à un appareil de radio à peine plus grand qu\u2019une petite boîte d\u2019allumettes, deux mètres plus bas.«Voilà où nous en sommes rendus» nous dit le directeur.Au fur et à mesure nous apprîmes que ce département de Microélectronique fonctionnait, quant à la recherche qu\u2019on y accomplissait, à l\u2019intérieur d\u2019une démarche tripartite fort bien organisée.En suivant un plan bien établi d\u2019avance par les trois parties, le gouvernement avait consenti les budgets d\u2019investissement nécessaires à la construction de l\u2019édifice et de ses laboratoires, la compagnie Philips finançait à peu près totalement tous les projets de recherche qu\u2019on y faisait et l\u2019université, à même ses budgets d\u2019opération, assumait le salaire de ses professeurs-chercheurs, accomplissait les contrats de recherche et formait 162 du même coup de jeunes chercheurs-étudiants inscrits aux études de doctorat en microélectronique.Le directeur nous expliqua les raisons de cette organisation d\u2019une façon claire et limpide: «Nos seuls véritables compétiteurs sont les Japonais et les Américains.Nous devons nous maintenir à la hauteur de ce qu\u2019ils accomplissent et même les dépasser.Voilà pourquoi le gouvernement, l\u2019entreprise et l\u2019université se mettent ensemble pour bâtir l\u2019avenir.» 11 nous apprit que la compagnie Philips agissait de la même façon, en collaboration avec le gouvernement, avec d\u2019autres universités hollandaises.Mais tout n\u2019était pas dit.La visite terminée, le directeur nous accompagna jusqu\u2019au bureau du recteur de l\u2019université.Celui-ci nous reçut avec toute l\u2019élégance et la gentillesse dont les Européens savent faire preuve en pareille occasion.Et nous étions là à peine depuis quelques minutes quand le recteur, tout souriant, se tourna vers le directeur du département pour lui dire: «Monsieur le directeur, je viens tout juste de recevoir un téléphone du ministère de l\u2019Enseignement supérieur autorisant notre projet de construire les deux autres tours qui doivent compléter l\u2019ensemble de votre département de microélectronique.» Au sortir de la visite, je me tournai vers David Johnston pour lui dire: «David, non seulement nous ne sommes pas dans la course, nous ne sommes même pas spectateurs de la course.» On aura facilement compris que voilà exactement le type de comparaison à laquelle il faudrait que nos gouvernements, nos industries et nos universités aient le courage de se mesurer si l\u2019on veut vraiment être capable déjuger où nous nous situons, en temps que nation, quant à l\u2019avancement de nos recherches universitaires, du financement de nos universités et des liens entre les entreprises et les universités.1.La situation actuelle de nos universités À quoi bon parler d\u2019avenir, envisager les années 90, supputer les données de l\u2019an 2000, si nous ne parvenons pas à bien rétablir la situation actuelle et présente de nos universités?Cette situation est tout simplement désastreuse.Et cela est dû à plusieurs raisons. LA VIE ACTUELLE ET L\u2019AVENIR 163 Un mot du financement Il me faut évidemment, dès le départ, dire un mot du financement de nos universités depuis une douzaine d\u2019années.Je n\u2019ai pas l\u2019intention, ici, de me lancer dans des comparaisons statistiques, ni avec l\u2019Ontario, ni avec l\u2019île-du-Prince-Édouard, ni avec la Saskatchewan.Le récit que j\u2019ai fait au début nous situe fort bien.Et si nous n\u2019en étions pas convaincus, qu\u2019il nous suffise de bien comprendre l\u2019affirmation suivante que monsieur Serge Godin, président de la Chambre de Commerce de Montréal, faisait dans la livraison d\u2019octobre dernier de la revue L ACTUALITÉ: «Au rythme où nous laissons aller les choses, répondait monsieur Godin au journaliste Christian Rioux, nous deviendrons rapidement un pays techniquement sous-développé.Les données sont accablantes.Selon la European Management Forum Survey, le Canada se classe au dernier rang des 16 principaux pays industrialisés pour le nombre de diplômés universitaires, de scientifiques, d\u2019ingénieurs et d\u2019entreprises de pointe.Nous sommes les avant-derniers en ce qui concerne la recherche universitaire et le nombre de brevets d\u2019invention.» Pourquoi faut-il alors que nos dirigeants d\u2019universités perdent leur temps à faire des calculs statistiques pour démontrer qu\u2019on a à ce point appauvri nos universités, qu\u2019elles ne peuvent plus produire comme elles le devraient?Les chiffres sont simples et accablants.Monsieur Godin ajoutait: «La situation est particulièrement grave dans les universités québécoises.Le Québec n\u2019investit que 1,15% de son produit intérieur brut dans la recherche et le développement, comparativement à 1,38% pour tout le Canada.En Allemagne de l\u2019Ouest, en Suède, au Japon et en France, ce pourcentage est près de 2,75%, le double!» Et si on n\u2019aime pas les chiffres, on n\u2019a qu\u2019à visiter les universités.Sauf quelques instruments scientifiques qu\u2019on y trouveraient çà et là et qui sont dus à des subventions de recherche de certains grands professeurs, l\u2019équipement normal avec lequel travaillent nos professeurs et nos étudiants dans les laboratoires ferait parfois rougir la moindre PME, tant il est vétuste et dépassé.Les bibliothèques ne parviennent plus, en aucune façon, à développer leur stock de livres au rythme des dernières publications et, surtout, ne peuvent plus se permettre les abonnements aux revues scientifiques les plus essentielles et les plus nécessaires à qui veut se 164 tenir au courant des derniers développements dans les sciences sociales et humaines aussi bien que dans les sciences naturelles.Les corps professoraux sont réduits au minimum, les postes de professeurs réguliers plein temps sont remplacés par des postes de chargés de cours, les ratios professeurs/étudiants augmentent sans cesse, les classes du premier cycle universitaire qui ne réunissent pas au moins cinquante élèves attirent le mépris des responsables.Des rivalités stériles Dans cette situation de difficultés et de recherche des moindres sous disponibles, les universités sont amenées, à peu près systématiquement, à se battre entre elles, à diminuer les autres pour mieux se faire valoir et à mettre sur la table toute une série de théories et d\u2019arguments tendant à prouver qu\u2019elles sont celles à qui on devrait donner les quelques miettes qu\u2019il reste encore à distribuer.L\u2019Université McGill, par exemple, réussissait, il y a deux ans, à faire soustraire des bibliothèques universitaires les moins bien pourvues de la province, celles de l\u2019Université Concordia et des constituantes de l\u2019Université du Québec, une somme de 200 000$ Sous le prétexte officiel que sa bibliothèque est bien pourvue, mais que la majeure partie des volumes qu\u2019elle contient sont des volumes anciens.Comme si la richesse d\u2019une bibliothèque ne venait justement pas de la complémentarité nécessaire de documents anciens et récents.Et pourtant, l\u2019argument a été accepté.D\u2019autres universités ont essayé de faire accepter, à maintes reprises, par le ministère de l\u2019Enseignement supérieur de la Science et de la Technologie, qu\u2019il déclare quelques-unes des universités québécoises - les leurs - comme «universités de recherche».On prétendait que cela se faisait aux États-Unis et on voulait ainsi amener le plus grand nombre des universités québécoises à se limiter à un enseignement de premier cycle où l\u2019on ne ferait, pour ainsi dire, aucune recherche.C\u2019était tout d\u2019abord fausser complètement ce qui se passe aux États-Unis, où les «universités de recherche» ne sont pas déclarées telles, mais bien classifiées comme l\u2019étant par des organismes qui constatent à posteriori que certaines universités se situent à l\u2019intérieur d\u2019une classification arbitraire qu\u2019ils ont eux-mêmes établie.Cette hypothèse aurait aussi considérablement diminué la qualité et l\u2019impact de la plupart des universités situées en région où elles accomplissent LA VIE ACTUELLE ET L\u2019AVENIR 165 indiscutablement une des démarches les plus importantes du développement universitaire du peuple québécois.La participation de l\u2019entreprise privée Les universités se sont aussi fait dire qu\u2019il fallait se tourner vers l\u2019entreprise privée pour que celle-ci participe à son financement.L\u2019Université McGill connaissait, depuis longtemps, cette possibilité.Les grandes entreprises canadiennes ont toujours très facilement soutenu cette université qui est pourvue d\u2019un fonds de dotation qui dépasse très largement celui des autres universités.L\u2019Université Concordia et les universités francophones du Québec, en effet, découvrent à peine, depuis quelques années, les possibilités qu\u2019offrent cette voie.Cependant, et si généreuses qu\u2019elles soient, les grandes entreprises ont plutôt le sentiment que le gouvernement leur passe la facture.Les campagnes de souscription se multiplient, elles deviennent de plus en plus fréquentes et bien qu\u2019elles aient réussi de mieux en mieux ces dernières années, elles risquent fort d\u2019aboutir, dans un avenir qui n\u2019est pas très éloigné, à une sorte de cul-de-sac où l\u2019impossibilité des entreprises de répondre à toutes les demandes bloquera tout le monde à la fois.Le mépris universitaire Derrière tout cela, derrière les difficultés de financement, derrière la pauvreté des laboratoires et des bibliothèques, derrière le retard systématique dans lequel s\u2019enlise ainsi le Québec intellectuel et industriel, il y a deux causes qu\u2019on peut facilement identifier: le mépris de la chose universitaire et la planification à courte vue et à court terme.Le mépris universitaire, tous les professeurs, tous les cadres universitaires l\u2019ont subi jusqu\u2019à satiété dans un discours politique qui sévit durant bien des années au Québec.Discours politique qui accablait l\u2019université, blâmait ses prétendues richesses, affirmait platement que ses professeurs n\u2019y faisaient rien, que ses chercheurs n\u2019y trouvaient rien et qu\u2019il fallait absolument les ramener à l\u2019ordre.Pendant des années, sous des gouvernements de toutes les couleurs politiques, nous entendîmes ce discours.Toujours le même.Il tendait visiblement à diminuer les universités aux yeux de la population de façon à pouvoir couper les ressources financières qu\u2019on leur allouait sans qu\u2019il y ait de ressac politique. 166 Ce discours ne venait évidemment pas des différents ministres qui ont été responsables de l\u2019enseignement supérieur pendant toute cette période: ni Jacques-Yvan Morin, ni Camille Laurin, ni Yves Bérubé, ni Claude Ryan ne l\u2019ont jamais tenu.Certains de leurs fonctionnaires, cependant, l\u2019ont fait leur.Mais il a été surtout le fait de groupes de fonctionnaires et d\u2019hommes politiques venant d\u2019autres secteurs que de celui de l\u2019Enseignement supérieur et de l\u2019Education.Le ministre Bérubé réussit le premier à enrayer en partie ce discours, mais c\u2019est le ministre Claude Ryan qui l\u2019arrêta définitivement.On le sent, cependant, encore sous-jacent à bien des discours privés et à bien des attitudes.Une chose est certaine, cependant, c\u2019est que ce discours méprisant envers les universités de la part d\u2019un certain nombre d\u2019hommes politiques et de fonctionnaires a réussi la pire destruction que puisse souhaiter une nation: celle de l\u2019enthousiasme intellectuel dont ont besoin ses élites universitaires et celle du respect et surtout du soutien dont on doit entourer ceux qui souvent font avancer non seulement la civilisation, mais aussi le simple développement nécessaire de l\u2019entreprise industrielle.Ceux qui sont à la source de ce discours qui a duré de très nombreuses années portent le poids très lourd du recul de notre développement universitaire, de notre développement culturel et de notre développement industriel.Une planification à courte vue Car ce discours était accompagné nécessairement d\u2019un manque incroyabale de discernement quant à l\u2019avenir du Québec.Embarrassés dans l\u2019enchevêtrement de liens qui les attachaient à des politiques de développement à courte vue, les responsables ne se rendaient pas compte qu\u2019avec le développement vertigineux des technologies modernes, c\u2019est une planification à long terme dont nous avons le plus besoin, si nous voulons non seulement nous développer au même rythme que les autres, mais encore simplement nous maintenir au niveau de ceux avec lesquels nous aimons actuellement nous comparer.Car le retard qu\u2019ont pris nos universités est nécessairement relié au retard de notre culture et de nos industries.Nous sommes si en retard, nos laboratoires sont si peu équipés, nos programmes si peu à jour LA VIE ACTUELLE ET L\u2019AVENIR 167 que souvent la grande entreprise québécoise qui veut faire un peu de développement ou de recherche doit soit «importer» des scientifiques et des ingénieurs de l\u2019étranger, soit organiser elle-même ou à l\u2019interne ou conjointement avec un collège ou une université des cours de perfectionnement précis dont ont besoin ces emplois.Pendant ce temps, à l\u2019intérieur des universités, les dirigeants aussi bien que les professeurs essaient par de multiples formes de planification de répondre adéquatement aux besoins auxquels ils font face.Comme la chose est à peu près impossible, on en arrive, à certains moments, à des hypothèses de travail qui dépassent l\u2019imagination et la saine compréhension de la chose universitaire.Le développement technologique est si exigeant, le retard en ce domaine si évident qu\u2019on était allé, dans certains cas, jusqu\u2019à proposer de faire disparaître les enseignements de la théologie et de la philosophie.D\u2019autres se demandent s\u2019il ne serait pas mieux de diminuer la présence globale de l\u2019enseignement des sciences humaines afin de mettre un peu plus de moyens dans les sciences naturelles.Le retard est tel, en effet, la pauvreté des moyens si évidente qu\u2019il en amène certains à l\u2019aberration qui consiste à croire que le développement civilisateur n\u2019est plus, désormais, que celui de l\u2019ingénierie.Quant on est parvenu à ce point de déséquilibre dans la vision intellectuelle d\u2019une civilisation et de son avenir, on est au bord du gouffre.2.Une vision d\u2019avenir Le tableau que nous venons d\u2019esquisser est si noir qu\u2019il semble impossible à partir de là de songer à quelque avenir qui ait la moindre chance d\u2019être lumineux.Et pourtant, si nous voulons exister encore dans quelques années en tant que nation, en tant que culture particulière, en tant que pays industrialisé, il faut que nous sachions non seulement regarder l\u2019avenir, mais le bâtir.Les changements nécessaires Les solutions ne sont pas simples et elles ne sont pas multiples.Ce qu\u2019il faut, principalement et rapidement, ce sont des gens qui auront le courage d\u2019analyser clairement la situation et d\u2019y apporter rapidement les changements qu\u2019elle réclame.Le ministre Ryan l\u2019a visiblement compris et s\u2019est rapidement attaqué au problème.Les 168 réponses qu\u2019il a jusqu\u2019à maintenant réussi à obtenir permettent à peine de colmater un certain nombre de brèches.Nous savons que les réponses sont loin d\u2019être à la mesure des demandes qu\u2019il a présentées.Car malgré sa foi en la chose universitaire et sa volonté tenace d\u2019améliorer la situation des universités québécoises, il n\u2019a pas jusqu\u2019à maintenant vraiment réussi à pénétrer la cuirasse des opposants.J\u2019ai parlé de courage, car c\u2019est bien de cela qu\u2019il est ici question.Pour changer la situation, il faudra accepter de laisser de côté les politiques à court terme et les planifications à courte vue pour les remplacer par des plans d\u2019action qui viseront franchement le moyen et le long terme dans la vision d\u2019un développement significatif au service duquel on mettra les moyens requis.L\u2019analyse est facile à faire, même si les moyens pour répondre aux données qu\u2019elle fournira sont, eux, plus difficiles à trouver.Il faut tout d\u2019abord comprendre qu\u2019une université, c\u2019est d\u2019abord de bons professeurs, des chercheurs de haut niveau, des étudiants intéressés, de bonnes bibliothèques et des laboratoires à la pointe de la technologie.Les bons professeurs et les grands chercheurs ne peuvent œuvrer que dans une atmosphère d\u2019acceptation, d\u2019enthousiasme pour la démarche intellectuelle, de soutien et de reconnaissance pour le travail qu\u2019ils accomplissent.Ceci m\u2019apparaît comme une condition primordiale.L\u2019atmosphère de mépris dans laquelle on les a laissés baigner, chez nous, pendant de nombreuses années, est, je le répète, la pire chose qui puisse arriver.On a détruit le moral, on a annihilé l\u2019enthousiasme, on a brisé le désir et la volonté d\u2019aller de l\u2019avant.Tout ceci est à rebâtir et à rebâtir rapidement.Il faut ici insister.Il est essentiel que l\u2019ensemble du peuple québécois - ses dirigeants politiques en premier lieu - comprennent enfin l\u2019importance du rôle culturel, social et économique de l\u2019université.Il faut que notre jugement collectif réapprenne le soutien moral à nos universités.Il est primordial de le faire si nous voulons qu\u2019elles revivent et que le peuple québécois ait le goût de l\u2019université.Les instruments requis De bons professeurs, de grands chercheurs, des étudiants intéressés ne peuvent fonctionner, à l\u2019université, que s\u2019ils ont en main les instruments dont ils ont besoin: des bibliothèques qui se tiennent à jour et des laboratoires qui sont équipés pour répondre à leur besoin.Or il faut LA VIE ACTUELLE ET L'AVENIR 169 comprendre que la rapidité du développement technologique que nous connaissons depuis le début des années 70 est telle qu\u2019il faut absolument trouver les moyens nécessaires pour maintenir tous nos laboratoires en état d\u2019équilibre avec le développement technologique lui-même.Que nous servirait, en effet, de former des centaines d\u2019ingénieurs, de biologistes, de sociologues ou de littéraires si, au sortir de leurs études, ils entrent dans un monde qui a, sur eux, 5,10 ou 20 années d\u2019avance technologique?L\u2019argent que nous prétendons épargner en ne leur fournissant pas les outils les plus modernes est de l\u2019argent gaspillé, car il faudra, de toute façon, rattraper le temps perdu, réorganiser des enseignements, et imposer à l\u2019ensemble de la nation des dépenses deux fois plus grandes pour combler les retards.Si nous ajoutons que le retard systématique de nos diplômés universitaires amène le recul progressif et inéluctable de nos entreprises dans la compétition du marché international où elles se situent désormais, l\u2019argent qu\u2019on a prétendu épargner devient le résultat d\u2019un calcul incompréhensible qui organise le sous-développement de notre société sous le prétexte fallacieux d\u2019une rationalisation qu\u2019on a menée si loin qu\u2019elle était, finalement, une démarche totalement irrationnelle.La concertation indispensable Le lien avec l\u2019industrie ne doit plus être une sorte de faux-fuyant grâce auquel on se débarrasse gentiment des demandes formulées par les dirigeants universitaires en leur conseillant en quelque sorte de quêter ce qui leur manque.Nous n\u2019avons ici, en aucune façon, l\u2019intention de nier qu\u2019il doive y avoir, entre les entreprises et l\u2019université, une nécessaire complicité qui les amène à agir conjointement au profit de l\u2019ensemble de la société.Mais cela ne se fait pas et ne peut pas se faire dans l\u2019improvisation ni en dehors de la définition de certaines orientations ou de certains objectifs qu\u2019il est nécessaire que nous nous fixions.Il faudra bien un jour que nos dirigeants politiques, nos chefs d\u2019entreprises et nos dirigeants universitaires s\u2019assoient à la même table et discutent de ce qu\u2019il faut faire pour non seulement stopper notre recul industriel, mais le relancer et essayer de lui faire atteindre la palier des pays les plus avancés.La chose n\u2019est peut-être pas simple ni facile, car il s\u2019agit là de dialogues qui ne sont pas courants.Et pourtant, on peut les imaginer. 170 Un plan de développement Nous avons, par exemple, un retard absolument incroyable dans le domaine de la pisciculture marine ou de l\u2019aquaculture.Pourquoi ne préparerait-on pas un plan systématique de développement sur cinq ou dix ans à être réalisé conjointement par le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation, les industries et les commerces de l\u2019alimentation et les chercheurs de l\u2019Université du Québec à Rimou-ski, du Centre de recherche en océanologie de l\u2019Institut national de la recherche scientifique situé aussi à Rimouski, qui y travaillent déjà mais avec des moyens extrêmement limités?Pourquoi ne ferait-on pas la même chose et ne procéderait-on pas de la même façon pour développer et maintenir à la fine pointe de l\u2019avancement technologique les industries optiques avec l\u2019Université Laval, l\u2019industrie papetière avec l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, l\u2019ingénierie médicale avec l\u2019Université de Montréal, l\u2019industrie informatique de pointe avec l\u2019Université du Québec à Hull, certaines industries chimiques avec l\u2019Université de Sherbrooke, la microélectronique avec l\u2019Université du Québec à Montréal, etc.?Il ne s\u2019agit là, on l\u2019aura deviné, que de quelques petits exemples qu\u2019on pourrait facilement multiplier, quand on considère les points forts et les immenses possibilités de nos grandes écoles, de nos grandes universités comme des plus petites.Mais pour cela il faut vouloir s\u2019arrêter et regarder un avenir qui dépasse la vision de quelques années qu\u2019on a trop souvent l\u2019habitude de se fixer.Il faut accepter de prendre le leadership de ce type d\u2019actions et il faut surtout accepter d\u2019y investir les moyens que cela exigera.Car il ne faut pas se leurrer.Montréal, par exemple, s\u2019affirme comme un centre moderne en tout ce qui touche à l\u2019aéronautique.Bombardier peut y faire beaucoup.L\u2019École Polytechnique y travaille intelligemment.Les gouvernements les encouragent et, parfois, les soutiennent.Mais comme cela serait différent, si on réunissait ensemble les responsables universitaires intéressés, les industries qui œuvrent dasns ce domaine et les ministères provinciaux impliqués.Comme cela serait différent, si ensemble ces gens préparaient un plan d\u2019intervention bien organisé, acceptaient d\u2019y mettre les moyens et décidaient de le mettre vraiment en place. LA VIE ACTUELLE ET L'AVENIR 171 Le nombre des étudiants au doctorat D\u2019autres voies s\u2019ouvrent aussi à ceux qui veulent vraiment préparer l\u2019avenir.L\u2019on se plaint parfois que le nombre de diplômés universitaires que produisent les universités québécoises est insuffisant, en particulier au niveau de la maîtrise et du doctorat.Le ministère, les universités elles-mêmes, les journaux en font fréquemment état depuis quelque temps.Pierre Dion, directeur, conseil en gestion chez Caron Bélanger Woods Gordon, publiait à ce propos une intéressante étude dans la livraison du 7 octobre dernier du journal Les Affaires.Il apparaît évident que le Québec doit faire là un effort particulier et important.Il est même possible d\u2019imaginer des voies tout à fait nouvelles qui non seulement permettraient d\u2019augmenter le nombre d\u2019étudiants au niveau le plus avancé de nos études universitaires, mais qui les inciteraient vraiment à y entrer et à y demeurer.Les universités et le ministère pourraient, par exemple, décider qu\u2019un étudiant inscrit au doctorat apparaîtrait désormais dans les structures de l\u2019université et dans ses budgets comme un chercheur d\u2019une catégorie à déterminer, qu \u2019 il recevrait un salaire suffisant pour faire vivre correctement des étudiants ou des étudiantes qui ont entre 25 et 30 ans et qui, assez fréquemment, sont aussi soutien de famille.Chimères?Cela se fait déjà en Belgique et en Hollande.Nous y avons même visité un département de microbiologie qui avait au budget d\u2019opération que lui octroyait l\u2019État des postes pour cinquante chercheurs de ce type.Et qui plus est, le directeur du département avait réussi à faire souscrire par les entreprises de son coin de pays suffisamment d\u2019argent pour assumer le salaire de cinquante autres chercheurs de cette catégorie.Eviter la dispersion On se plaint parfois, aussi bien au gouvernement que dans les entreprises et dans certaines universités, que l\u2019effort universitaire est trop «dispersé» sur le territoire québécois.Un grand universitaire qui vient tout juste de nous quitter, monsieur Germain Gauthier, alors qu\u2019il était le premier président du Conseil des universités, avait proposé, au début des années 70, un plan d\u2019action qui corrigeait facilement et nettement les quelques incohérences que cette «dispersion» pourrait provoquer.Son plan, «les grandes orientations», proposait que chaque université québécoise se définisse des axes de développement qui, sans pour autant laisser tomber les autres secteurs de ses enseignements et de ses recherches, seraient considérés comme ses secteurs de pointe. 172 La plupart des grandes universités ont refusé d\u2019entrer dans le jeu ou ont confirmé que leurs axes de développement s\u2019identifiaient à chacun des secteurs d\u2019enseignement et de recherche qu\u2019elles occupaient.Ce sont les petites universités membres du réseau de l\u2019Université du Québec qui ont surtout accepté de jouer le jeu et ont défini des axes de développement selon les exigences du plan de monsieur Gauthier.On pourrait facilement en trouver encore la liste au Conseil des universités et en suivre la trace par le développement de la plupart des constituantes de l\u2019Université du Québec.L\u2019idée était remarquable d\u2019intelligence et de vision.Elle aurait permis un financement de base correct et équilibré pour l\u2019ensemble des enseigments et des recherches, ainsi qu\u2019un investissement plus poussé dans les axes de développement de chaque université.Malheureusement, les grandes universités ont refusé leur collaboration essentielle et le ministère de l\u2019Éducation n\u2019a jamais tenu compte, dans son financement, des axes de développement définis par le Conseil des universités pour celles d\u2019entre elles qui avaient accepté la démarche proposée.3.Conclusion Nous avons tenté de démontrer, par quelques exemples et quelques hypothèses de travail, qu\u2019il était encore possible de sortir les universités québécoises du marasme où elles se trouvent pour non seulement les remettre à flot, mais encore les relancer dans la voie d\u2019un avenir prometteur essentiellement lié au développement culturel et industriel du Québec.Bien d\u2019autres choses auraient pu être dites encore.Nous avons essayé de nous en tenir à quelques jalons qui nous paraissaient importants.Mais au fond, une seule chose importe.Il est grand temps que tous les Québécois comprennent que leur avenir en tant que peuple, que leur culture, que leur équilibre industriel, dépendent largement - très largement - de l\u2019avenir que l\u2019on réservera à leurs universités.Il est grand temps que les dirigeants politiques du Québec comprennent que le financement des universités doit être la première priorité d\u2019une nation, parce que c\u2019est l\u2019investissement le plus prometteur dans la construction d\u2019un avenir économique bien vivant et dans le maintien d\u2019une civilisation et d\u2019une culture dynamique.Il est grand temps aussi que les industriels comprennent qu\u2019ils ne demeureront concurrents sur le marché mondial qu\u2019à la condition que les universités québécoises soient aussi en mesure de concurrencer les universités du monde.O Les politiques injustes d\u2019Ottawa causent l\u2019abandon du réseau ferroviaire québécois Guy CHARTRAND président Transport 2000 Québec Résumé M.Chartrand s\u2019inquiète pour l\u2019avenir du réseau ferroviaire québécois.Les régions risquent de perdre leur ligne de chemin de fer dès que le volume du trafic ne se traduit pas en profit.L\u2019industrie du camion bénéficie de tolérance démesurée et de subventions cachées de quelque 4 mil-liards$par an.L \u2019Off ce National des Transports est un organisme dont le premier objectif vise la réduction des subventions gouvernementales au réseau ferroviaire.L'auteur démontre que l\u2019Ouest du Canada est épargné.90 pour cent du réseau des Prairies est protégé par décret contre l\u2019abandon de lignes du chemin de fer.Des subventions plantureuses sont versées pour l\u2019amélioration et l\u2019entretien du réseau ferroviaire de l\u2019Ouest canadien.Au 174 Québec, le matériel roulant et les voies ferrées sont à l\u2019abandon et près de 2 500 emplois seront perdus.L\u2019entreprise privée peut-elle suppléer à l\u2019incurie du gouvernement fédéral?L 4 octobre dernier, un de nos bons ministres Québécois de service à Ottawa, un supposé défenseur de nos intérêts dans la capitale nationale, annonçait presque fièrement la mort du service ferroviaire des voyageurs au Canada.Benoît Bouchard tentait tant bien que mal de défendre l\u2019indéfendable: l\u2019abolition de 50% du réseau de Via Rail et la perte de 2 761 emplois, dont 994 au Québec.Après des mois de tergiversations, Ottawa décidait d\u2019éliminer le train comme moyen de transport entre Montréal et Québec sur la rive-nord du Saint-Laurent, en même temps que la disparition du transcontinental «Le Canadien» et l\u2019élimination ou la réduction des services vers la Gaspésie et les Maritimes.Tout cela sans aucune forme d\u2019audiences publiques ni de consultation.Il y aura bien formation d\u2019une Commission royale d\u2019enquête sur le rôle d\u2019un système national de transport interurbain, mais après avoir coupé aveuglément dans les services de Via.Toute une façon de donner de la crédibilité à une telle démarche! Le problème de Via Rail n\u2019a rien de nouveau.Dans le fond, Ottawa n\u2019a jamais cru, depuis la formation de cette société d\u2019État en 1977, en la viabilité d\u2019un service de trains de voyageurs au Canada.Les différents gouvernements qui se sont succédé n\u2019ont cessé de tergiverser sur l\u2019avenir de Via et n\u2019ont jamais réussi à donner une vraie chance à Via pour mener à bien son mandat ambigu dès le départ.Pour ajouter à l\u2019insulte, Benoît Bouchard a eu recours à un anglophone unilingue du West Island, Ron Lawless, président du CN, pour diriger Via, en remplacement de Denis de Belleval, l\u2019homme qui croyait en Via.Décidément, le duo Bouchard/Lawless aura une place de choix sur le plateau des démolisseurs au Québec.Mais le chaos du transport ferroviaire des voyageurs ne saurait cacher l\u2019état encore plus inquiétant de l\u2019ensemble du réseau ferroviaire au Québec.Les embranchements ferroviaires sont un enjeu qui touche à l\u2019avenir économique du Québec.Les abandons répétés de ces em- LES POLITIQUES INJUSTES D\u2019OTTAWA 175 branchements depuis une dizaine d\u2019années et ceux qu\u2019on projette auront des répercussions incalculables.Les demandes d\u2019abandons de la part du CN et du CP sont en hausse et le phénomène va en s\u2019accentuant.Plusieurs régions du Québec sont menacées de perdre leur service de train.Les rails seront arrachés sous peu entre Richmond, Victoriaville, Plessisville et Charny.La célèbre ligne du «P\u2019Tit Train du Nord», immortalisée par le curé Labelle et Félix Leclerc, disparaîtra aussi en 1990.Tout cela parce que l\u2019État fédéral n\u2019a pas de politique dans ce domaine et que les chemins de fer connaissent de plus en plus les effets pervers de la concurrence déloyale du camion.Un réseau régional Le développement du Québec s\u2019est fait du centre vers la périphérie.Ainsi, la plupart des lignes de chemin de fer sont des liens régionaux qui ne desservent qu\u2019une région.Le volume de trafic est donc tributaire du type et du niveau de développement industriel de ces régions.Quand une région est en régression, elle risque de perdre sa ligne de chemin de fer.De plus, la distance entre le centre et les régions est importante.Les coûts d\u2019entretien sont donc plus élevés, puisqu\u2019il y a plus de kilomètres de voies à entretenir, plus de ponts et autres infrastructures à maintenir en bon état.Ceci nécessite du personnel et de l\u2019équipement qui s\u2019additionnent aux coûts d\u2019exploitation d\u2019une ligne de chemin de fer.Il faut un trafic important pour rentabiliser ces lignes, sinon les compagnies de chemin de fer doivent absorber un déficit.Seules quelques lignes ont un trafic de base important qui engendre des revenus stables.Elles se retrouvent toutes dans la vallée du Saint-Laurent.Sur ces lignes circulent les trains transcontinentaux de marchandises et elles se rabattent sur les lignes régionales.Elles peuvent ainsi engendrer assez de revenus pour être exploitées de façon rentable.Il n\u2019en est pas de même pour les lignes régionales dont l\u2019avenir réside dans le développement de l\u2019économie et de l\u2019utilisation du train comme moyen d\u2019expédition.Les compagnies de chemin de fer n\u2019ont qu\u2019à y arrêter la promotion et ainsi rendre les lignes régionales déficitaires, ce qui les accrédite pour une demande d\u2019abandon.Un mémo interne du Canadien National (CN) nous apprend, le 26 septembre 1986, que le directeur du marketing pour la région du Saint-Laurent demandait que «tout effort pour attirer du nouveau tra- 176 fie sur ces tronçons (soit) abandonné immédiatement».Le «sur ces tronçons» fait référence à une liste où l\u2019on retrouve plus de 1000 milles de tronçons ferroviaires qui feront ou font l\u2019objet d\u2019une demande d\u2019abandon tant en Ontario qu\u2019au Québec.L\u2019injuste concurrence du camion Pour compliquer davantage la situation précaire des chemins de fer, la route jouit d\u2019une préférence marquée de la part des pouvoirs publics.Depuis plusieurs années, un certain nombre de commissions d\u2019études indépendantes ont reconnu que les usagers de la route, particulièrement les poids lourds, ne payaient pas suffisamment pour l\u2019utilisation qu\u2019ils en faisaient.L\u2019une de ces études concluaient que les subventions cachées au camionnage pouvaient s\u2019élever jusqu\u2019à 4,3 milliards de dollars par an.De plus en plus, les pouvoirs publics doivent d\u2019une façon quelconque réunir les capitaux nécessaires pour amener le réseau routier à satisfaire aux exigences de la vie moderne.Au Québec seulement, le ministère des Transports évalue à plus de 20 000 kilomètres, un peu partout au Québec, la longueur du réseau à refaire.La note: plus d\u2019un milliard de dollars.Au Canada, dans toutes les provinces ou presque, le poids maximal en charge d\u2019un camion peut atteindre 102 500 livres, soit 28 p.cent de plus que la limite américaine.En Ontario, le poids limite peut atteindre 125 000 livres, soit 56 p.cent de plus qu\u2019aux États-Unis.Les camions à deux remorques peuvent peser jusqu\u2019à 137 000 livres partout au Canada, et même 140 000 livres en Ontario et en Colombie britannique.Dans la plupart des États américains, la limite de 80 000 livres s\u2019applique également aux doubles remorques.Les limites canadiennes sont donc, dans ces cas précis, de 72 à 75 p.cent supérieures à celles des États-Unis.Des experts en la matière estiment que les poids lourds en pleine charge infligent au réseau routier 17 000 fois plus de dommage par mille parcouru qu\u2019une automobile ordinaire.Les droits d\u2019immatriculation et les taxes sur le carburant imposés aux camions ne paient qu\u2019une fraction des coûts découlant des hommages qu\u2019ils causent au réseau routier.La présence «d\u2019illégaux» dans l\u2019industrie du camionnage au Qué- LES POLITIQUES INJUSTES D'OTTAWA 177 bec amplifie davantage le problème.Ces camionneurs, ne possédant pas les permis requis, effectuent du transport à rabais et ne se gênent pas pour dépasser allègrement les limites de poids permises.Devant une telle situation, il ne faut pas s\u2019étonner que le CN et le CP tentent de rationaliser leurs lignes déficitaires, même si l\u2019économie des régions touchées doit en subir les contrecoups.L\u2019Office National des Transports La Loi nationale sur les transports de 1987 consacre la volonté de faciliter davantage le processus d\u2019abandon des lignes de chemin de fer et de cesser plus rapidement l\u2019exploitation d\u2019une partie du réseau.Entrée en vigueur le 1er janvier 1988, la nouvelle Loi créant l\u2019Office National des Transports réduit le délai d\u2019examen des demandes d\u2019abandon à six mois.L\u2019article 165(1) dit que «Dans le cas où il détermine que l\u2019embranchement ou le tronçon n\u2019est pas rentable et qu\u2019il n\u2019y a aucun motif de croire qu\u2019il puisse le devenir dans un avenir prévisible, l\u2019Office ordonne l\u2019abandon de son exploitation».Cet article définit le rôle de l\u2019Office comme un endroit où l\u2019on appose le sceau consacrant l\u2019abandon.Un expéditeur, un gouvernement municipal ou provincial peuvent aller en appel de la décision de l\u2019Office auprès du gouverneur en conseil.Celui-ci peut, par décret, reporter à une date ultérieure l\u2019abandon de la ligne, mais d\u2019au plus cinq ans, après quoi le dossier doit être révisé.Certaines conditions sont alors nécessaires pour reporter cette date.L\u2019abandon doit avoir des répercussions notables sur une vaste région du Canada ou sur les expéditeurs.L\u2019Office regarde aussi s\u2019il y a absence d\u2019autres installations adéquates de transport.Ces critères sont vagues et ne sont utilisables que dans de rares occasions.Qu\u2019est-ce qu\u2019une vaste région du Canada ou des installations adéquates de transport?En cas de report de la date d\u2019abandon, la compagnie de chemin de fer se voit rembourser ses déficits d\u2019exploitation par Ottawa.Le gouvernement fédéral veut réduire ses subventions aux embranchements déficitaires et il s\u2019est donné un moyen qui lui permet de le faire aisément.Faciliter le processus d\u2019abandon des lignes ferroviaires et le baser sur des critères économiques sont les meilleurs moyens de favoriser la «rationalisation du réseau ferroviaire du 178 Canada».Cela se fait au détriment du Québec, plus vulnérable au chapitre des lignes déficitaires.Bien plus, le réseau de l\u2019Ouest canadien jouit d\u2019une protection que n\u2019a pas le réseau québécois de chemin de fer.La venue de Benoît Bouchard à la tête du ministère fédéral des Transports, il y a deux ans n\u2019a rien changé à la situation injuste devant laquelle le Québec se retrouve à ce chapitre.L\u2019Ouest épargné par le processus d\u2019abandon La Loi de 1987 confirme et renforce l\u2019article 258(1) de la Loi sur les chemins de fer de 1967 qui permettait au gouverneur en conseil de protéger par décret certaines lignes du processus de demande d\u2019abandon.90% du réseau des Prairies canadiennes sont ainsi placés sous décret et ne peuvent être sujets à l\u2019abandon.Les pressions politiques exercées par divers intervenants du monde agricole, dont les Wheat Pools, ont forcé le gouvernement fédéral à exclure du processus d\u2019abandon jusqu\u2019à l\u2019an 2000 la majeure partie du réseau d\u2019embranchements de l\u2019Ouest.Les autres parties du Canada ne peuvent plus demander qu\u2019elles soient excluses du processus d\u2019abandon en vertu de l\u2019article 177 de la Loi nationale sur les transports de 1987 qui consacre l\u2019exclusivité de cette protection à l\u2019Ouest.C\u2019est seulement sur le réseau ferroviaire de l\u2019Est que les compagnies de chemin de fer peuvent espérer «rationaliser leur réseau».Si elles abandonnent les lignes, les expéditeurs se rabattent invariablement sur le camion.Pour le Québec, cela veut dire plus de camions sur les routes et plus d\u2019entretien.Quiconque a voyagé dernièrement sur l\u2019autoroute Jean-Lesage (autoroute 20), entre Montréal et Québec, est à même de constater l\u2019état lamentable de la chaussée.Au bout du compte, c\u2019est le contribuable québécois qui va payer la note pour la politique délibérée d\u2019Ottawa de laisser tomber le réseau ferroviaire québécois.Au Québec, depuis le début des années \u201970, le réseau ferroviaire a fait l\u2019objet de nombreuses demandes d\u2019abandon de la part des compagnies de chemin de fer.Au départ, on visait les embranchements n\u2019ayant presque plus de trafic ou abandonnés dans les faits.Les compagnies ont cependant commencé, ces dernières années, à s\u2019attaquer aux embranchements régionaux encore utilisés et qui ont à jouer un rôle important pour le développement économique.L\u2019on pense ici aux subdivisions Chapais en Abitibi, Saint-Raymond dans la région de Québec et Danville entre Richmond, Victoriaville, Plessisville et Char- T FS POLITIQUES INJUSTES D'OTTAWA 179 ny.Cela représente 1 050 milles de voies ferrées qui ont été abandonnés et démantelés depuis 1970.Dans l\u2019Ouest, c\u2019est une tout autre affaire.Les subventions versées aux compagnies ferroviaires pour les lignes protégées des Prairies relèvent de l\u2019article 258 de la Loi sur les chemins de fer de 1967 (sur le versement d\u2019une compensation en cas de déficit).Elles totalisaient pour les années 1982 à 1984 plus de 640 millionsS.Pour la seule année 1983, c\u2019est plus de 290 millionsS qui ont été versés.Avec la Loi sur le transport des grains de l\u2019Ouest (LTGO), entrée en vigueur le 1er janvier 1984, il n\u2019est pratiquement plus possible de connaître la ventilation de ces subventions.Elles font partie intégrante des dispositions de cette loi.En vertu de la LTGO, le gouvernement fédéral verse une subvention basée sur le tonnage transporté dont la base de calcul est 31,5 millions de tonnes, le reste étant à la charge des compagnies.Cela représente une subvention aux compagnies de chemin de fer pour le transport du grain de 658,6 millionsS basée sur le volume de 31,5 millions de tonnes.De plus, les expéditeurs bénéficient d\u2019une protection qui limite leur contribution à un maximum de 6 p.cent de l\u2019augmentation annuelle du transport applicable au volume de référence; le gouvernement fédéral absorbe la totalité du surplus.En 1985, il a enlevé ce plafond pour subventionner tout le tonnage transporté par les compagnies de chemin de fer.Ces subventions s\u2019appliquent au transport du grain dans les Prairies canadiennes.Encore faut-il qu\u2019il y ait le matériel roulant nécessaire à ce transport.Car qui dit baisse de prix pour le transport dit aussi volume important de marchandises à transporter.Il était donc vital pour le fédéral d\u2019assurer aux expéditeurs un matériel roulant de qualité et en nombre suffisant pour faire face à la demande.Il entreprenait, en 1972, un programme pour approvisionner en wagons-trémies les compagnies de chemin de fer pour le transport du grain.Le gouvernement a fait depuis l\u2019achat et la location par baux à long terme de plus de 15 000 wagons-trémies, ce qui représente une somme évaluée à 610 millionsS.Ceci n\u2019inclut pas les quelque 2 000 wagons appartenant à la Commission canadienne du blé.Le gouvernement fédéral a participé également à un programme de restauration de wagons couverts pour le transport du grain.Ce programme est à frais partagés avec les compagnies de chemin de fer qui 180 absorbent la moitié des coûts.Ce programme a permis de restaurer plus de 7 200 wagons et la contribution fédérale s\u2019élève à près de 23 millionsS.En plus de l\u2019achat et de la restauration des wagons de chemin de fer, le gouvernement fédéral, en 1977, a institué un programme de remise en état des embranchements ferroviaires de l\u2019Ouest.Le but du programme est d\u2019augmenter la capacité portante du réseau et de permettre l\u2019utilisation d\u2019un équipement moderne, plus lourd et mieux adapté aux besoins.Depuis 1977, le gouvernement fédéral a dépensé plus de 900 millions$ pour l\u2019amélioration de 7 400 kilomètres (4 600 milles) de voies ferrées dans l\u2019Ouest.La situation pour l\u2019Est du Canada Pour l\u2019Est du Canada, la situation est tout autre.Si le fédéral, en vertu de l\u2019accord sur le grain de l\u2019Ouest du Canada, versait plus de 290 millionsS, en 1983, les subventions au maintien en fonction des services dans l\u2019Est du pays s\u2019établissaient quant à elles à 33,3 millionsS.La part du Québec était de 3,8 millionsS.Les montants pour l\u2019année 1986 se chiffrent respectivement à 13,1 et 2,8 millionsS.La situation est pire en ce qui concerne les programmes de restauration et d\u2019achat de wagons qui n\u2019existent pas pour le Québec.Plusieurs régions souffrent de cette situation dont l\u2019Abitibi, où les expéditeurs doivent faire les frais d\u2019une pénurie de matériel roulant mis à leur disposition.Le CN, seul transporteur ferroviaire de cette région, serait incapable de rencontrer la demande et refuserait même du trafic en raison du manque de matériel et du nombre insuffisant de wagons disponibles.Au début des années \u201980,1400 wagons de chemin de fer servaient au transport de copaux de bois dans la région.Depuis, 450 wagons ont été retirés de cette région, soit pour les transférer dans l\u2019Ouest ou pour les envoyer à la ferraille (environ 300), sans qu\u2019il y ait de programme pour leur remplacement.Il reste donc 950 wagons en service.Selon le CN, le besoin de ces wagons dans l\u2019Ouest provient du fait qu\u2019on n\u2019y transporte pas que du grain, mais également du soufre, de la potasse et du charbon.La rentabilité des lignes ferroviaires du Québec ne pourra aller qu\u2019en diminuant, jusqu\u2019au jour où elles deviendront non rentables et feront l\u2019objet d\u2019une requête en abandon.Pour le CN, le responsable est LES POLITIQUES INJUSTES D\u2019OTTAWA 181 le manque de capitaux nécessaires pour le renouvellement du matériel roulant.Si l\u2019équipement manque, ce sont les services qui en souffrent.Le fait de ne pouvoir accommoder toute la demande fait en sorte que les expéditeurs se tournent vers d\u2019autres moyens de transport, ce qui diminue ainsi le trafic potentiel que l\u2019on pourrait retrouver sur ces lignes et, pour boucler la boucle, les revenus d\u2019exploitation sont diminués d\u2019autant.Le problème est que, si les compagnies investissent pour la restauration du matériel roulant et des voies ferrées, tous ces coûts vont au bilan d\u2019exploitation de l\u2019embranchement ou du tronçon de ligne.Comme il n\u2019existe pas de programme d\u2019aide, ceci a pour effet de diminuer la rentabilité de ces lignes et même de les rendre déficitaires.Nous sommes donc à 1 \u2019intérieur d\u2019un cercle vicieux où investir au Québec dans la modernisation d\u2019un embranchement ferroviaire revient à mettre en péril sa rentabilité et ainsi le rendre candidat à l\u2019abandon.Comme on l\u2019a vu plus haut, le réseau québécois se compose essentiellement de lignes régionales dont le volume de marchandises transportées dépend de la vitalité de l\u2019économie régionale.A ce jour, le gouvernement du Québec s\u2019inquiète de cette situation.L\u2019exministre des Transports, Marc-Yvan Côté, a eu des échanges acerbes avec Benoît Bouchard sur le sujet en 1988.Le critique en matière de transport à l\u2019Assemblée nationale et député de Lévis, Jean Garon, a accusé le Fédéral de laisser tomber le Québec au profit de l\u2019Ouest.Le nœud du problème, c\u2019est que Québec n\u2019a pas de pouvoir en la matière; les chemins de fer sont de juridiction fédérale.La Province pourrait bien racheter certains embranchements, mais les sommes pour les remettre en état seraient importantes.De plus, les expéditeurs sur les lignes en instance d\u2019abandon se sont tournés vers le camion.C\u2019est le cas, entre autres, pour la ligne Saint-Jérôme, Sainte-Agathe, Mont-Laurier, où la base du trafic transporté n\u2019a cessé de diminuer depuis une dizaine d\u2019années.Le CP voulait se retirer de la région.Les lignes secondaires aux PME Aux États-Unis, plus de 200 petites sociétés ferroviaires, surnommées là-bas short line railways ou chemin de fer de courtes distances, ont vu le jour depuis une dizaine d\u2019années.Le concept est simple.Une grande société américaine de chemin de fer décide de se départir d\u2019un embranchement devenu marginal ou tout simplement non rentable.Au lieu de vouer la ligne en question à l\u2019abandon et à la démolition, la 182 compagnie de chemin de fer tente de trouver des acheteurs pour continuer l\u2019opération de la ligne.Dans bien des cas, les États américains ont subventionné l\u2019acquisition de ces lignes secondaires par des expéditeurs ou par des entreprises spécialisés dans l\u2019opération de ces lignes.Ainsi, les régions qui risquaient de se retrouver sans chemin de fer conservent leurs emprises et leurs services.Au Canada, une petite compagnie, nommée Central Western Railway a fait l\u2019acquisition, il y a quelques années, de l\u2019ancienne subdivision Stettler du Canadien National en Alberta.Cette ligne de plus de 100 milles de long sert surtout au transport du grain.Central Western Railway réussit à faire des profits où le CN perdait de l\u2019argent.Les coûts de main-d\u2019œuvre sont réduits au maximum et les employés sont pour le moment non syndiqués, comme c\u2019est le cas d\u2019ailleurs sur la grande majorité des lignes secondaires où les short line operators exploitent des services.Au Canada, rien dans les politiques d\u2019Ottawa ou des provinces facilite la prise en charge des lignes déficitaires du CN ou du CP.Le gouvernement fédéral ne semble pas se préoccuper de la situation.Il faut dire qu\u2019au niveau de Transport Canada, la priorité est depuis longtemps orientée vers le transport aérien et le transport routier.Le transport ferroviaire vient en bout de ligne.Pour conclure, la situation du transport ferroviaire au Québec est pour le moins inquiétante.Le gouvernement fédéral agit comme s\u2019il cherchait la quasi-disparition de ce mode de transport.Le dossier de Via Rail en est l\u2019exemple le plus révélateur.Après avoir investi des fonds publics dans la restauration des gares de Trois-Rivières (3,1 mil-lionsS) et de Lévis (3 millionsS) en 1984 et 1985, les services de trains de voyageurs qui desservent ces gares seront abolis sous peu.Dans le cas de la gare de Trois-Rivières, le service de Via sur la Rive-Nord du Saint-Laurent, entre Montréal/Trois-Rivières et Québec, sera coupé le 15 janvier 1990.La voie ferrée qui se rend à la gare de Lévis sera abandonnée par le CN d\u2019ici un an, obligeant les trains de Via à emprunter une autre voie, mal située, à l\u2019extérieur de la zone urbanisée de Lévis.Les services de trains de voyageurs vers la Gaspésie et les Maritimes seront réduits et, selon le maire de Montréal, Jean Doré, près de 2 500 emplois directs et indirects seront perdus à cause des coupures chez LES POLITIQUES INJUSTES D\u2019OTTAWA 183 Via Rail et à cause du manque de vision de la part d\u2019Ottawa dans le transport ferroviaire.O Quelques propositions de la commission Pépin-Robarts Solange CHAPUT-ROLLAND sénateur Notes Madame Chaput-Rollandparle d\u2019un «pays divers et solitaire».Elle est à «la recherche d\u2019une unité que nous n\u2019avons jamais trouvée».Elle nous rappelle que la commission de l\u2019Unité canadienne avait «convenu» de «contrer la montée de la souveraineté-association» et recommandait «que les provinces soient considérées comme les égales du gouvernement fédéral!» et «que chacune soit responsable de ses politiques linguistiques».Mme Chaput-Rolland avoue que «par moment, le poids du pays a tendance à écraser» sa foi et sa ferveur dans le Canada.A x^X.ucun des Commissaires qui ont participé à la grande aventure de la Commission de l\u2019Unité canadienne, rebaptisée par la presse «Commission Pépin-Robarts», n\u2019a échappé à la connaissance du pays. QUELQUES PROPOSmONS DE LA COMMISSION 185 L\u2019équipe de recherche, qui consistait en une centaine de membres venus de toutes les provinces et de tous les coins du pays, n\u2019y a pas échappé non plus.Sillonner le Canada dans ses seize régions les plus importantes, rencontrer, discuter et dialoguer, et la plupart du temps être critiqués presque violemment par nos compatriotes anglophones et francophones, auront profondément marqué notre perception de ce pays divers et solitaire.Comme je sais fort mal réagir froidement à de chaudes discussions, je me suis plongée corps et âme dans cette quête à l\u2019unité et je porterai longtemps la brûlure de cette aventure aussi troublante que galvanisante.Deux hommes éminents co-présidaient notre Commission (Jean-Luc Pépin, ex-ministre libéral, et John Robarts, ex-premier ministre de l\u2019Ontario) et ont tenu de mains fermes celle-ci qui, plus d\u2019une fois, a failli éclater tant par la lassitude de ses membres que par la diversité d\u2019opinions au sein même de notre équipe.Car si le Canada est un pays divers et multiple, fort dans sa géographie mais faible dans sa tolérance et son esprit de compassion envers ses citoyens d\u2019origines et de langues différentes, il était logique que ses dissemblances se reflètent dans notre grand équipage à la recherche d\u2019une unité que nous n\u2019avons jamais trouvée.Il nous fallut bien peu de temps pour comprendre que la richesse du pays ne pourrait nous faire oublier nos préjugés historiques et encore moins de temps pour comprendre les différences psychologiques qui marquent chacune de nos régions.Au bout d\u2019un an, nous avions tous compris, mais à des niveaux différents, que l\u2019avenir d\u2019un Canada uni tenait tout entier dans la reconnaissance et l\u2019acceptation de notre dualité historique, linguistique, juridique et constitutionnelle.Bien avant les Accords du Lac Meech, la Commission Pépin-Robarts avait saisi les composantes des caractères spécifiques de notre société.Nous avions dès lors convenu que pour contrer la montée de la souveraineté-association proposée par l\u2019équipe de René Lévesque, nous devions offrir aux Québécois, comme à l\u2019ensemble du pays, une vision du Canada qui répondrait aux attentes des Québécois et calmerait les appréhensions des provinces anglophones.Pour ce faire, nous avons convenu sans aucune hésitation de recommander que les provinces soient considérées comme les égales du gouvernement fédéral, que chacun soit responsable de ses politiques linguistiques, ce qui bien sûr nous valut la désapprobation du premier ministre libéral du Canada, le Très Honorable Pierre Elliott Trudeau. 186 Dix années plus tard, les lecteurs comprendront sans doute combien je me sens fière d\u2019avoir participé à une équipe qui a osé, avant les Accords du Lac Meech, reconnaître le caractère distinctif du Québec et en proposer l\u2019enchâssement dans le préambule de la Constitution.Voilà sans doute pourquoi je ne suis pas autrement étonnée par la colère de monsieur Trudeau qui retrouve dans les principes de Meech proposés par le gouvernement Bourassa la reconnaissance de cette société distincte qui existe dans l\u2019histoire politique et constitutionnelle du Canada.L\u2019aventure Pépin-Robarts a été la plus belle de ma vie.Elle m\u2019a enrichie considérablement, a raffermi mon identité canadienne, même si par moment le poids du pays a tendance à écraser ma foi et ma ferveur dans ce pays.Malgré l\u2019écart de pensée entre la vision canadienne et fédérale du Canada de monsieur Trudeau et celle à laquelle j\u2019adhère, je ne pourrai jamais oublier qu\u2019il m\u2019a fait l\u2019honneur de me nommer cocommissaire pour le Québec et je suis certaine que sans cette étude exhaustive des différents visages de mon pays, je n\u2019y serais sans doute pas aussi attachéeO L\u2019Accord du Lac Meech: la réforme de la Cour suprême du Canada André BZDERA étudiant à la maîtrise département de Sciences politiques Université de Montréal Résumé Monsieur Bzdera traite d\u2019un volet obscur de l\u2019Accord du Lac Meech: la réforme de la Cour suprême.Il souligne le nouveau processus pour la nomination des juges.Il croit que le statut spécial accordé au Québec sera inefficace devant une représentation déjugés centristes nommés en fait par Ottawa.«La présence éventuelle de trois juges québécois moins favorables à la centralisation politique aurait peu d\u2019écho dans les décisions majoritaires de la Cour.» L\u2019auteur craint que le nouveau mode de nomination contribue «au déplacement des lieux de définition des politiques sociales et économiques des provinces vers le centre fédéral et, dans ce cas particulier, vers la Cour suprême du Canada», instrument «de la centralisation politique au dépens de la périphérie et des minorités nationales». 188 l\u2014/es partisans de l\u2019Accord du Lac Meech soutiennent qu\u2019il représente un important élément de réponse aux revendications traditionnelles du Québec qui furent si allègrement ignorées par le Canada anglais en 1981-1982.Le Québec obtient de cet Accord, entre autres choses, le droit de participer à la sélection du tiers des juges de la Cour suprême du Canada qui sont à présent choisis unilatéralement par le gouvernement fédéral.Cette demande québécoise n\u2019est pas chose nouvelle.Dès 1956, la Commission Tremblay sur la constitution déclare qu\u2019il «répugne fondamentalement au principe fédératif que les destinées du plus haut tribunal d\u2019un pays soient abandonnées à l\u2019arbitraire d'un seul ordre de gouvernement»1.Pour le Québec, cette réforme répond à la crainte que la Cour suprême canadienne s\u2019écarte progressivement de la jurisprudence britannique, qui était généralement favorable aux provinces et au maintien de l\u2019équilibre fédératif, pour développer une nouvelle jurisprudence centralisatrice et peu respectueuse des compétences législatives québécoises.Dès que la Cour suprême est devenue la cour de dernière instance pour le Canada, remplaçant le Conseil privé de Londres en 1949, il y a eu des jugements de la Cour qui semblaient confirmer cette crainte.Le danger devient manifeste lors des jugements de 1981 et 1982 sur le processus d\u2019amendement constitutionnel, le Canada Act.À cela s\u2019ajoute le nouveau rôle politique de la Cour suprême dans l\u2019interprétation de la Charte canadienne des droits et libertés de 1982 qui aura forcément une grande influence centralisatrice sur les valeurs judiciaires et sociales.Sélection des juges L\u2019Accord du Lac Meech de 1987 contient donc une nouvelle formule pour la sélection des juges de la Cour suprême du Canada selon laquelle le Conseil fédéral des ministres doit nommer les neuf juges de la Cour suprême à partir des listes de noms fournies par les gouvernements provinciaux.Toute province peut proposer des candidats pour les six sièges non rattachés à une province particulière, mais seul le Québec peut proposer des noms pour les trois autres sièges qui lui sont réservés.Ainsi, le Canada aurait un processus de nomination des juges 1.Québec, Commission royale d\u2019enquête sur les problèmes constitutionnels, Rapport (Montréal: Province de Québec, 1956) volume 3, tome 1, p.295. L\u2019ACCORD DU LAC MEECH 189 qui respecte le principe fédéral comme dans les autres fédérations modernes.Mais l\u2019étude comparative des grandes fédérations occidentales (Australie, États-Unis, Allemagne fédérale et les Communautés européennes) nous suggère que la réforme de la Cour suprême qui fait partie de l\u2019Accord du Lac Meech ne protégera pas nécessairement le Québec de la centralisation judiciaire, comme le gouvernement québécois l\u2019affirme2.Au contraire, la nouvelle légitimité politique de la Cour suprême protégera cette dernière des critiques politiques venant des gouvernements provinciaux et lui permettra de fonder une jurisprudence nouvelle et potentiellement centralisatrice dans ses grandes lignes.Même si le Québec réussit à placer trois juges nationalistes sur la Cour suprême, les juges québécois n\u2019auront pas le poids des six juges nommés en fait par le gouvernement fédéral.Car à la différence des trois juges québécois, qui doivent officiellement être proposés par le Québec et nommés par le gouvernement fédéral, la nomination des six juges du Canada anglais procède autrement.Dans ce cas, le gouvernement fédéral aurait le choix entre autant de listes de candidats qu\u2019il y a de provinces - il y aurait alors des noms de personnes de toutes les tendances politiques.La Cour suprême serait composée alors de six juges centristes provenant du Canada anglais et déjugés plus ou moins nationalistes provenant du Québec.Une cour bi-nationale, en quelque sorte.Regardons comment cela fonctionne3.Dans le cas des six sièges qui ne sont pas rattachés à une province particulière, le gouvernement fédéral aura la possibilité de choisir entre les listes fournies par les provinces anglaises, parmi lesquelles il serait relativement facile, au gouvernement fédéral, de trouver au 2.\tVoir, à titre indicatif, Brian Galligan, Politics of the High Court (St.Lucia, University of Queensland Press, 1987); Donald P.Kommers, Judicial Politics in West Germany (Beverly Hills: Sage, 1976); Richard Hodder-Williams, «The Strange Story of Judge Robert Bork and a Vacancy of the United States Supreme Coml», Political Studies 36 (1988); Hjalte Rasmussen, On Law and Policy in the European Court of Justice (Dordrecht: Martinus Nijhoff, 1986); James G.Snell et Frederick Vaughan, The Supreme Court of Canada (Toronto: University of Toronto Press, 1985).3.\tVoir Peter H.Russell, «The Supreme Court Proposals in the Meech Lake Accord», Analyse de politiques 14 (1988), S93-S106. 190 moins un nom acceptable.Toutefois, l\u2019Ontario pourrait avoir un degré d\u2019influence sur le choix du gouvernement fédéral, car il serait pratiquement impossible de négliger la liste ontarienne au point qu\u2019il n\u2019y ait plus déjugés ontariens à la Cour suprême.Les sièges réservés au Québec Dans le cas des trois sièges réservés au Québec, seul le gouvernement québécois est habilité à proposer des noms de candidats au gouvernement fédéral.La position du Québec est donc «particulière».Traditionnellement, cette asymétrie (trois sièges réservés aux Québécois) fut justifiée par la nécessité d\u2019un nombre minimum de civilistes capable d\u2019interpréter le droit civil québécois - mais les litiges en droit civil deviennent de plus en plus rares à la Cour suprême.L\u2019asymétrie semble témoigner, de nos jours, d\u2019une reconnaissance d\u2019un statut spécial du Québec.Le gouvernement fédéral n\u2019aura alors d\u2019autre choix que d\u2019accepter le candidat proposé par le gouvernement du Québec ou de laisser le siège vacant.Les nominations québécoises auront lieu en moyenne tous les cinq à sept ans et rien n\u2019oblige le gouvernement du Québec à proposer plus d\u2019un seul nom.Le ministre québécois Gil Rémillard parla à plusieurs reprises d\u2019une «liste de noms», mais lors des débats à l\u2019Assemblée nationale sur la ratification de l\u2019Accord, il déclara que «le gouvernement du Québec pourra fournir au gouvernement fédéral le nom de la personne qu \u2019il veut comme juge à la Cour suprême»4.Il est très probable que le gouvernement québécois, de plus en plus conscient de la portée politique des nominations à la Cour suprême, sélectionne des candidats philosophiquement opposés à la centralisation des pouvoirs à Ottawa.Il est aussi probable que le gouvernement fédéral s\u2019assure d\u2019une forte représentation de centristes pour contrer, en partie, ce prétendu court packing québécois.Nous pourrions assister alors à l\u2019établissement d\u2019une division profonde et durable entre deux factions à la Cour suprême.Ceci empêcherait la Cour de recourir à une technique judiciaire habituellement employée par les juges pour camoufler leurs décisions constitutionnelles partisanes: la décision unanime ou anonyme.4.Québec, Assemblée nationale, Débats, 19 juin 1987, p.8787. L\u2019ACCORD DU LAC MEECH 191 Cette méthode a déjà été employée par la Cour suprême du Canada dans certains grands arrêts des dernières années (ressources au large des côtes maritimes, la langue au Québec, le rapatriement de la constitution sans l\u2019accord du Québec)5, mais l\u2019éventuel développement d\u2019une division idéologique durable entre les juges canadiens et québécois interdirait le recours à cette méthode, ce qui aurait des conséquences politiques importantes et imprévisibles pour l\u2019avenir du fédéralisme canadien.Ce n\u2019est sûrement pas par hasard que la Cour de justice des Communautés européennes, qui est dans une situation plus précaire que la Cour canadienne, a une politique de la décision anonyme et unanime! Ce fut d\u2019ailleurs la même politique suivie par le Conseil privé de Londres.Vers une liste commune unique L\u2019Accord du Lac Meech conserve toutefois le potentiel (pour certains), ou le défaut (selon les détracteurs de l\u2019Accord), d\u2019une réforme radicale de facto du processus de sélection judiciaire qui non seulement favoriserait les provinces, mais pourrait même écarter, définitivement, le gouvernement fédéral du processus de nomination des juges.Les provinces pourront éventuellement s\u2019entendre sur le principe de la liste commune unique, contenant le nom d\u2019un seul candidat.Ce serait sûrement la pire des éventualités pour certains nationalistes canadiens, mais une telle politique ressemble au processus de nomination des juges à la Cour de justice des Communautés européennes (la nomination de chaque juge par «commun accord» des États membres); elle ressemble également à la répartition de la moitié des sièges de la Cour constitutionnelle allemande entre les Lânder, effectuée à l\u2019intérieur de la chambre haute fédérale (Bundesrat).Mais un éventuel front commun des dix provinces serait toujours fragile et difficile à réaliser.Dans le cas des cours des Communautés européennes et de la République fédérale d\u2019Allemagne, il faut aussi souligner que les nomina- 5.Notamment les arrêts suivants: Renvoi relatif aux droits sur les ressources sous-ma-rines au large des côtes de la Colombie britannique, [1967] R.C.S.792, Procureur général du Québec c.Blaikie [1979] 2 R.C.S.1016, Procureur général du Manitoba c.Forest [1979] 2 R.C.S.1032, Renvoi relatif à la résolution pour modifier la constitution [1981] 1 R.C.S.753, Renvoi relatif à l\u2019opposition à une résolution pour modifier la constitution [1982] 2 R.C.S.793 et Renvoi relatif au plateau continental de Terre-Neuve [1984] 1 R.C.S.86-129. 192 tions de leurs juges se font par le États membres (ou Lander) suivant les règles de l\u2019unanimité ou des deux tiers - le partage des sièges entre les différents États membres est alors pratiquement incontournable.Dans le cas canadien, le partage de six sièges entre neuf provinces anglaises serait plus difficile, car il n\u2019existe aucune loi régissant un mode collectif de sélection.L\u2019expérience européenne suggère deux solutions: la rotation simple des sièges entre les États membres, en nombre égal ou par importance démographique; ou la représentation souple des tendances politiques et régionales par commun accord des provinces (plus difficile à réaliser).Il faut signaler que l\u2019évolution probable du processus de sélection des juges ne suivra pas nécessairement la voie européenne.Les provinces et le gouvernement fédéral peuvent employer d\u2019autres moyens afin d\u2019infléchir le processus de sélection des juges, de la même manière que les libéraux américains se sont emparés en 1987 du processus de ratification sénatoriale (l\u2019affaire du juge Robert Bork) pour en faire une sorte de plébiscite électoral impliquant des médias et des campagnes électorales très coûteux.L\u2019emploi, par exemple, de comités parlementaires, de commission bipartites de nomination, de commissions «neutres»6 ou de consultations publiques permettrait aux gouvernements, provinciaux ou fédéral, de mobiliser l\u2019opinion politique en faveur d\u2019une candidature particulière, ou contre un candidat jugé inacceptable par le gouvernement fédéral.Force est de constater que l\u2019ambiguïté de ce volet de l\u2019Accord du Lac Meech pourrait jouer autant en faveur des acteurs fédéraux que des provinciaux.La pratique des premières nominations, et particulièrement lors de la première nomination québécoise, sera déterminante pour l\u2019évolution de la Cour suprême canadienne.Une légitimité illégitime Nous croyons que l\u2019enjeu véritable de cette réforme dépasse de loin l\u2019objectif immédiat du gouvernement québécois de pouvoir participer à la nomination des juges de la Cour suprême et, par là, influencer la jurisprudence constitutionnelle canadienne, au point que la demande québécoise apparaisse a priori comme une concession politique accordée aux autres gouvernements du Canada.6.Association du Barreau canadien, Comité sur la nomination des juges au Canada, Rapport (Ottawa: Fondation du Barreau canadien, 1985). L\u2019ACCORD DU LAC MEECH 193 Le ministre fédéral d\u2019État aux Relations fédérales-provinciales, Lowell Murray, a bien souligné que ce nouveau mode de sélection des juges «favorisera l\u2019acceptation de la Cour suprême comme arbitre impartial au-dessus de toutes les parties comme gardien légitime de la Constitution du pays»1.Comment le gouvernement du Québec peut-il s\u2019opposer à une cour suprême où siègent ses représentants?Il nous apparaît que le but de l\u2019Accord du Lac Meech est de légitimer les changements constitutionnels de 1982, dont l\u2019application de la Charte des droits et libertés et les valeurs canadiennes-anglaises qu\u2019elle véhicule.Il s\u2019ensuit que la réforme du mode de nomination des juges poursuit l\u2019objectif politique principal de l\u2019adoption de la Charte des droits qui est le déplacement des lieux de définition des politiques sociales et économiques des provinces vers le centre fédéral et, dans ce cas particulier, vers la Cour suprême du Canada.La nouvelle influence québécoise sur la composition de la Cour ne pourrait jamais contrer la légitimité accrue d\u2019une Cour suprême désormais pleinement habilitée à redéfinir le partage des pouvoirs et à faire appliquer la Charte des droits, et même la présence éventuelle de trois juges québécois moins favorables à la centralisation politique aurait peu d\u2019écho dans les décisions majoritaires de la Cour.Le maintien de l\u2019illusion d\u2019impartialité, soit la préoccupation centrale de toute cour de justiceu, pourrait encourager la Cour à s\u2019avancer courageusement et légitimement dans des interprétations constitutionnelles nouvelles et de plus en plus audacieuses7 8.Nous croyons que le nouveau mode de sélection des juges - en l\u2019absence d\u2019une volonté politique commune chez les provinces canadiennes d\u2019adopter la politique audacieuse de la liste commune - n\u2019apportera qu\u2019un changement très partiel à la logique qui sous-tend historiquement tous les tribunaux constitutionnels de dernière instance, soit la promotion et la légitimation de la centralisation politique au dépens de la périphérie et des minorités nationales9 Mais il est encore bien trop tôt pour prévoir l\u2019avenir constitutionnel du Canada, d\u2019autant plus que certaines provinces canadienne-anglaises récusent fortement la vision du Canada que projette l\u2019Accord du Lac Meech.O 7.\tLowell Murray, dans Le Québec et le lac Meech (Montréal: Guérin, 1987), 345.8.\tGuy Tremblay, dans Le Québec et le lac Meech, 82.9.\tMartin Shapiro, Courts: A Comparative and Political Analysis (Chicago: University of Chicago Press, 1981). Les alliés historiques du Québec Les francophones hors Québec sont-ils les avant-postes du Québec?Aurèle THÉRIAULT directeur général de la Fédération des francophones hors Québec avec la collaboration de Philippe FALARDEAU Résumé Les auteurs nous invitent à visiter la francophonie canadienne.Ils présentent avec lucidité le phénomène de Vassimilation des francophones hors Québec.Ils soulignent l\u2019évolution des transferts linguistiques au Québec.Ils observent qu\u2019une seule langue est assimilatrice: c\u2019est la langue anglaise.Les lecteurs liront avec intérêt que «le centre et la périphérie forment un tout organique».Malheureusement, le gouvernement du Québec n\u2019agit pas comme le leader de la francophonie canadienne et les francophones eux-mêmes ne se connaissent pas d\u2019un milieu à l\u2019autre.En terminant, les auteurs affirment que la collaboration entre francophones du Canada est «difficile, mais possible et néces- LES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC 195 saire».«Centre et périphérie, avant-postes et alliés historiques, il y a au Canada des communautés francophones distinctes, mais il n\u2019y a qu \u2019un seul fait français, une seule francophonie.» V isitons brièvement la francophonie du Canada.Lors du gala de L\u2019ADISQ (L\u2019Association du disque et de l\u2019industrie du spectacle québécois), en octobre dernier, l\u2019occasion nous a été donnée de nous bomber le torse et d\u2019afficher notre fierté d\u2019être francophones.Des airs rafraîchissants, une panoplie d\u2019artistes pour tous les goûts, un animateur remarquable en la personne de Michel Rivard et surtout un spectacle d\u2019ensemble qui n\u2019avait rien à envier aux productions hollywoodiennes, considérant nos moyens.Un événement culture! qui fit vibrer la francophonie, participa à son épanouissement d\u2019ensemble depuis les entrailles de Montréal jusque dans le reste du Canada.Transportons-nous maintenant à l\u2019île-du-Prince-Édouard, pour souligner l\u2019annonce d\u2019un centre scolaire et communautaire de 7,1 millions de dollars à Charlottetown pour le printemps 1991.Cet événement a suscité l\u2019enthousiasme et motivé la population acadienne et francophone à s\u2019engager à la réalisation du Carrefour de l\u2019Isle Saint-Jean qui comprendra, entre autres, une école primaire et un centre culturel.L\u2019ouverture de ce centre constituera un jalon important dans le développement de la vie française dans l\u2019Est.Nous sommes donc en présence ici de deux événements majeurs, différents certes, mais combien stimulants pour la francophonie canadienne.Demandez maintenant à un Montréalais ce qu\u2019il pense de l\u2019ouverture d\u2019un centre communautaire francophone à l\u2019île-du-Prince-Édouard.Il vous demandera sûrement s\u2019il s\u2019agit d\u2019un club de bingo, puis il répondra que cela n\u2019a rien d\u2019éclatant, en comparaison du nombre de maisons culturelles dans la métropole.En guise d\u2019exemple d\u2019événements culturels marquants, il vous citera les prouesses cinématographiques de Denys Arcand ou le brio théâtral des Robert Lepage et Albert Miliaire.Imprégnés de perceptions erronées et influencés par un traitement médiatique à sens unique, les Québécoises et Québécois ne comprennent pas tous qu\u2019un centre communautaire représente plus 196 qu\u2019une «salle paroissiale»; c\u2019est un lieu de rencontres et d\u2019échanges, de savoir et d\u2019éducation où se construit chaque jour la francophonie de demain.Qui plus est, ils ne saisissent pas toujours l\u2019impact que peut avoir à long terme la vie francophone hors Québec, de l\u2019intérieur même de leur province.Le fait français À priori, on pourrait penser qu\u2019il existe au Canada deux francophonies tout à fait «déconnectées» l\u2019une de l\u2019autre.Bien entendu, on peut difficilement parler d\u2019une francophonie homogène.D\u2019ailleurs, francophonie désigne, par définition, l\u2019ensemble des peuples francophones.Chaque communauté peut prétendre vivre une réalité qui lui est propre en raison de facteurs comme un territoire jalonné de frontières, une complexe fragmentation juridique, une série d\u2019inquiétudes régionales spécifiques.Bref, le fait français se porte certainement mieux en Gaspésie que dans la vallée d\u2019Okanagan.Même si l\u2019analyse sociologique mène inévitablement au constat d\u2019une francophonie à visages multiples, nous sommes d\u2019avis qu\u2019on doit parler du fait français au singulier.Car en dépit des facteurs de fragmentation (territoire, juridictions, préoccupations régionales), la francophonie canadienne vit un phénomène qui s\u2019élève au-dessus des disparités.Dès lors, le territoire est l\u2019Amérique du Nord, le phénomène se nomme l\u2019assimilation qui ne connaît aucune frontière juridique, puis la préoccupation est la survie du français.Sous cet angle, les francophones partagent tous des objectifs communs.Nous reconnaissons toutefois deux fragments démolinguistiques, soit les Canadiens-Français du Québec et les francophones hors Québec (FHQ).Examinons donc les relations entre francophones du Québec et ceux de la diaspora qui, admettons-le, se méconnaissent.Face à la pression constante exercée sur le fait français, les francophones hors Québec constituent-ils les avant-postes du Québec?Le terme avant-poste risque d\u2019en faire grimacer plus d\u2019un.On peut donner plusieurs sens à cette expression et certains sont loin de peindre un portrait positif de la relation entre les Franco-Québécois et les FHQ.Quoi qu\u2019il en soit, deux significations méritent notre attention.La portée la plus sombre du mot avant-poste renvoie à la situation des FHQ par rapport au Québec face à un phénomène fâcheux, en LES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC 197 l\u2019occurrence l\u2019assimilation.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une tranchée à la guerre, mais d\u2019une ceinture démolinguistique qui s\u2019effrite autour du Québec.Dans une perspective plus constructive, on peut percevoir les francophones hors Québec comme formant un tout organique avec la francophonie québécoise.L\u2019expression d\u2019avant-poste sous-entend alors l\u2019idée de liens, de collaborations ou d\u2019échanges.La francophonie hors Québec pénètre plus explicitement l\u2019univers anglophone, vit expressément un contact direct qui n\u2019est pas ressenti de la même façon au Québec.Si les deux fragments forment un tout organique, les avant-postes sont des unités sensorielles additionnelles, des yeux, des mains et une voix distincts qui s\u2019ajoutent au corps francophone canadien.Analysons d\u2019abord la relation d\u2019avant-poste selon notre première définition.La périphérie face au phénomène d\u2019assimilation Le recensement de 1986 est venu confirmer l\u2019évolution des tendances observées dans les années 70.La proportion de Canadiennes et Canadiens parlant français à la maison est passée de 25,7% en 1971 à 24,0% en 1986.À l\u2019extérieur du Québec, la proportion parlant français à la maison a continué de décroître, passant de 4,3% en 1971 à 3,7% en 1981 et, finalement, à 3,6% en 1986.Les seuls gains enregistrés au Canada s\u2019observent au Québec, où la proportion parlant français à la maison est passée de 80,8% en 1971 à 82,5% en 1981 et à 82,8% en 1986.(Sources : Le Quotidien, 1988 et catalogue 93-153, Statistique Canada.) Bref, le phénomène de polarisation linguistique se concrétise d\u2019année en année.L\u2019anglais est de plus en plus parlé partout au Canada, à l\u2019exception du Québec, où la proportion parlant anglais à la maison a chuté de 14,7% en 1971 à 12,3% en 1986.Si polarisation égale isolement, le fait français demeure le grand perdant.Le fait que le français se concentre de plus en plus au Québec ne doit pas être interprété comme un phénomène circonscrit de renforcement, c\u2019est-à-dire que la francophonie évoluerait graduellement vers un enclos naturel où elle jouit d\u2019un territoire, d\u2019un réseau articulé d\u2019insertions et d\u2019un gouvernement relativement souverain en matière de langue.Comprenons bien ceci: on ne peut établir de parallèle entre l\u2019accroissement de la proportion parlant français au Québec et celui de la proportion parlant anglais dans le reste du Canada.Voici pourquoi. 198 On ne saurait identifier un seul facteur pour expliquer l\u2019évolution démolinguistique dans une région donnée.Il faut tenir compte des taux de migrations, de transferts linguistiques, de natalité, etc., démonstration que nous n\u2019entendons pas faire ici.Ce que nous voulons mettre en relief, c\u2019est que l\u2019érosion des minorités linguistiques de langue officielle repose sur des mécanismes différents selon qu\u2019il s\u2019agit des francophones hors Québec ou des Anglo-Québécois.À l\u2019ouest d\u2019Ottawa et à l\u2019est de Moncton, les francophones sont en proie à une assimilation accélérée.Les données du tableau 1 nous révèlent les taux de transferts linguistiques par province et territoire à partir des résultats du recensement de 1986.Tableau 1 Transferts linguistiques par province et territoire Recensement 1986 Province\tLangue maternelle*\tLangue parlée*\tTransferts linguistiques\tTaux d\u2019assimilation Ontario\t529 270\t392 935\t136 335\t25,8% T.-N.\t3 125\t2 725\t400\t12,8% N.-B.\t248 640\t230 900\t17 740\t7,1% N.-É.\t39 355\t28 300\t11055\t28,1% Î.-P.-É.\t6 495\t4 155\t2 340\t36,0% Manitoba\t56 590\t35 325\t21 265\t37,6% Sask.\t25 915\t12175\t13 740\t53,0% Alberta\t62 220\t31740\t30 480\t49,0% C.B.\t50 925\t22 930\t27 995\t55,0% Yukon\t665\t355\t310\t46,6% T.-N.-O.\t1 505\t885\t620\t41,2% TOTAL\t1 024 705\t762155\t222 550\t25,6% * Réponses multiples: comprend français et français et anglais Source: données compilées par la F.F.H.Q.d\u2019après le catalogue 93-153 de Statistique Canada. LES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC 199 Mentionnons qu\u2019il s\u2019agit de données élargies, comprenant les réponses uniques et les réponses multiples, dans ce cas, l\u2019anglais et le français.Ce taux mesure l\u2019importance de la perte nette de 262 250 personnes de langue maternelle française ou française et anglaise qui sont anglicisées, c\u2019est-à-dire n\u2019utilisant plus le français, relativement aux 1024 705 personnes qui s\u2019étaient déclarées de langue maternelle française ou française et anglaise.Ce taux serait évidemment plus élevé si l\u2019on s\u2019en tenait à des données rigoureuses, c\u2019est-à-dire si on ne comptabilisait que des gens qui parlent uniquement le français.Les transferts linguistiques au Québec L\u2019importance des francophones hors Québec décroît en terme relatif et absolu, phénomène attribuable en grande partie à la force assimilatrice de l\u2019anglais.Au Québec, l\u2019importance des personnes parlant uniquement l\u2019anglais est également en perte de vitesse relative et absolue.Toutefois, les anglophones de cette province continuent de jouir de transferts linguistiques en leur faveur.En 1986,575 055 Québécois se déclaraient de langue maternelle anglaise (réponse unique), tandis que 676 050 parlaient uniquement l\u2019anglais à la maison, ce qui représente un taux de rétention de 118%.Qu\u2019en était-il de la langue française?5 223 370 Québécois conversaient en français à la maison et 5 221815 s\u2019étaient déclarés de langue maternelle française pour un taux de rétention de seulement 0,03%.(Source: Statistique Canada, Recensement 1986, Rétentions et transferts linguistiques, cat.93-153.) Examinons un autre aspect des transferts linguistiques.Tableau 2 Transferts linguistiques bruts et nets, et solde par groupe linguistique.Québec, 1971 à 1986 \tTransferts bruts\t\tTransferts nets \tDu français à\tDe l\u2019anglais\tDu français à \tl\u2019anglais\tau français\tl\u2019anglais 1971\t73 515\t49 060\t24 455 1981\t73 180\t39 875\t33 305 1986\t73 735\t35 965\t37 410 200 \tD\u2019«autre» à\tDe l\u2019anglais\tD\u2019«autre» à \tl\u2019anglais\tà «autre»\tl\u2019anglais 1971\t84 440\t9 850\t74 590 1981\t81 040\t6175\t74 865 1986\t73 585\t4 915\t68 670 \tD\u2019«autre» au\tDu français\tD\u2019«autre» au \tfrançais\tà «autre»\tfrançais 1971\t34 580\t6 425\t28 155 1981\t31 900\t7 155\t24 745 1986\t29 405\t6 260\t23 145 Solde des transferts\t\t\t \tAnglais\tFrançais\t«Autre» 1971\t99 045\t3 700\t-102 745 1981\t108170\t-8 560\t-99 610 1986\t106080\t-14 265\t-91 815 Source: Charles Castonguay, «Virage démographique et Québec français» dans Cahier québécois de démographie, printemps 1988.Note: Les chiffres de 1971 comprennent les transferts non déclarés comme tels, mais créés par la méthode de saisie des données employée en 1971, qui a réduit les réponses multiples à des réponses simples.Le tableau 2 examine les transferts linguistiques au Québec pour 1971,1981 et 1986.On remarque dès le départ qu\u2019à partir de 1981, le français connaît un solde de transfert négatif, tandis que l\u2019anglais affiche un solde positif et considérable.Par ailleurs, même si le français fait des gains vis-à-vis des allophones, les transferts nets par le groupe allophone au profit de l\u2019anglais demeurent trois fois plus élevés que LES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC 201 les transferts de même nature en faveur du français.Si on ne tient compte que du rapport entre les deux langues officielles, l\u2019anglais enregistre des gains plus importants d\u2019année en année.En 1986,73 375 personnes s\u2019étant déclarées de langue maternelle française parlaient uniquement l\u2019anglais à la maison, tandis que seulement 35 965 Anglo-Québécois s\u2019étaient francisés.Finalement, en tout et partout, si l\u2019on tient compte des réponses multiples, 917 155 Québécois parlent au moins l\u2019anglais à la maison.Une seule langue est assimilatrice La chute dans la proportion de Québécois parlant anglais à la maison est donc attribuable à d\u2019autres facteurs que la simple francisation, dont, entre autres, à une migration importante des anglophones vers le reste du Canada.En effet, entre 1981 et 1986, l\u2019exode anglophone représentait environ 64% de la perte totale pour le Québec en ce qui a trait aux migrations interprovinciales.Durant cette période, le nombre de sortants de langue maternelle anglaise dépassa de 41 000 celui des arrivants.(Source: Le Quotidien, 1988.) Ceci nous amène à observer que si les deux majorités prennent de l\u2019importance dans leur territoire respectif, une seule langue est effectivement assimilatrice: c\u2019est l\u2019anglais.Au moment où cette langue fait des gains à l\u2019extérieur du Québec, la francophonie enregistre des pertes sur l\u2019ensemble du territoire canadien.Par contre, lorsque le français prend de l\u2019importance au Québec, l\u2019anglais ne subit aucune perte au pays; au contraire, il continue de progresser.La perte de vitesse du français langue parlée est quelque peu compensée par l\u2019accroissement du bilinguisme qui a progressé partout au Canada, sauf en Alberta.Le taux de bilinguisme s\u2019élevait à 16,2% pour l\u2019ensemble du Canada comparativement à 15,3% pour 1981.(Le Quotidien, 1988) Toutefois, le fait de pouvoir converser dans les deux langues ne ralentit pas le phénomène d\u2019assimilation et, dans une certaine mesure, camoufle quelque peu le processus sournois de transferts linguistiques.Pour les FHQ qui constituent le groupe le plus bilingue (environ 80%), la maîtrise de l\u2019anglais devient essentiel s\u2019ils veulent «fonctionner convenablement dans la société» (R.Joy, Les minorités de langues officielles au Canada, 1978).Dans notre calcul des transferts linguistiques au tableau 1, nous avons comptabilisé les gens qui parlent les deux langues à la maison comme des francophones.Beaucoup sont pourtant de langue mater- 202 nelle française seulement.Ici, un transfert s\u2019est effectué sans qu\u2019on en tienne compte dans les taux d\u2019assimilation.Or, dans bien des cas, le transfert se prolonge et «l\u2019étape qui suit le bilinguisme est l\u2019abandon de la langue la moins utile», particulièrement si celle-ci en vient à ne plus se fonder sur «les besoins de l\u2019interaction sociale» (R.Joy).Les démonstrations qui font appel aux statistiques sont souvent lourdes, incertaines, et, admettons-le, arides.Nous avons voulu mettre en évidence deux phénomènes.D\u2019abord, l\u2019importance réelle des transferts linguistiques comme indice d\u2019une assimilation croissante des FHQ.Ensuite, la différence de nature dans l\u2019accroissement de la proportion des francophones au Québec et des anglophones à l\u2019extérieur de cette province.Si les FHQ représentent les avant-postes du Québec, que doit-on conclure de nos observations?On ne saurait dire si l\u2019assimilation a une direction vectorielle, c\u2019est-à-dire si elle agit en périphérie d\u2019abord et s\u2019achemine graduellement vers le centre.Ce que l\u2019on sait, c\u2019est qu\u2019elle agit avec beaucoup plus de force à l\u2019extérieur du Québec et en dehors des zones de contact, à l\u2019est de l\u2019Ontario et au Nouveau-Brunswick.À proximité du Québec, les FHQ ont plus facilement accès aux médias québécois ou aux produits culturels, par exemple.Bien entendu, d\u2019autres éléments entrent enjeu, tels la vitalité communautaire ou la présence d\u2019institutions homogènes.Toutefois, même si cette proximité est loin d\u2019être le facteur exclusif de rétention linguistique chez les FHQ, une communauté ne bénéficiant pas des retombées du Québec est plus vulnérable à l\u2019assimilation.Il ne faut pas croire pour autant que La Belle Province avec son territoire, ses institutions, son gouvernement est suffisamment équipée pour faire de l\u2019assimilation un phénomène extra-territorial.L\u2019analyse des données nous montre clairement que la langue de la majorité au Québec n \u2019estpas assimilatrice et qu\u2019il existe un phénomène d\u2019assimilation à l\u2019état embryonnaire au profit de l\u2019anglais.Dès lors, la situation des FHQ ne doit pas être «déconnectée» de la réalité québécoise, puisqu\u2019elle constitue une sorte d\u2019indice de la précarité du français en Amérique du Nord.Par définition, un avant-poste est en mesure de «prémunir un groupe contre toute surprise» (Larousse), de par sa position face à une quelconque menace.Les FHQ ne sont ni un bouclier ni un détachement militaire, mais leur combat de tous les jours LES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC 203 devrait servir de baromètre à la santé de la francophonie sur le continent.Le centre et la périphérie forment un tout organique Lors du Grand Rallye des Francophones de l\u2019Ouest du 13 septembre 1989, Henri Bergeron décrivait la francophonie comme un grand jeu d\u2019échec «dont toutes les pièces se promènent sur l\u2019immense échiquier de notre continent».Il disait utiliser le mot «échec» pour décrire ce qui pourrait nous arriver si nous n\u2019apprenions pas à «jouer».Monsieur Bergeron a bien raison de croire que la bataille, la véritable bataille, déborde les querelles de juridictions et les frontières territoriales, puisque c\u2019est sur l\u2019ensemble du continent que doit s\u2019envisager la survie du fait français.Par «jouer», on doit comprendre une collaboration étroite entre les communautés francophones, un renforcement de la solidarité entre francophones où chacun doit «jouer son rôle».La question qu\u2019on se pose maintenant est de savoir comment s\u2019organise la francophonie canadienne, ou encore, si les communautés formant cette francophonie se connaissent réellement.Les efforts du gouvernement du Québec Les relations entre le Québec et les FHQ peuvent être analysées d\u2019après trois axes: le discours politique du gouvernement québécois, les actes politiques et l\u2019aide technique.Depuis leur arrivée au pouvoir en 1985, les Libéraux du Québec n\u2019ont cessé de répéter que le Québec devait assumer pleinement son rôle de leader de la francophonie au Canada.D\u2019ailleurs, leurs revendications constitutionnelles se fondaient sur un ensemble d\u2019objectifs comprenant justement «l\u2019amélioration de la situation des francophones hors Québec».(Rémillard, Mont-Gabriel, 1985) Toutefois, on a vite réalisé que le discours allait laisser les principaux intéressés dans l\u2019expectative.En effet, les leaders du Québec sont toujours réticents à poser des gestes débordant les balises fixées par la règle de non-ingérence politique.Conséquemment, lorsque vient le temps d\u2019appuyer les communautés francophones dans d\u2019autres provinces, le discours perd de sa verve, les propos sont plus réservés, bref, le Québec se garde bien de dénoncer fermement les provinces peu soucieuses de promouvoir le fait français. 204 On n\u2019a qu\u2019à penser à l\u2019avènement de la Loi 2, en Saskatchewan, rendant la traduction des lois en français facultative, qualifiée de recul par les Fransaskoises et Fransaskois et de «léger progrès» par monsieur Bourassa.L\u2019autre coup bas porté à la francophonie de la diaspora fut la réticence du Québec à interpréter l\u2019article 23 de la Charte des droits et libertés de façon à accorder aux minorités le droit à la gestion de leurs écoles.Souvenons-nous de la cause Mahé en Alberta.Lorsque celle-ci fut portée devant la Cour suprême du Canada, le Québec appuya en principe les Franco-Albertaines et Franco-Albertains, mais plaida pour que les provinces conservent le pouvoir d\u2019aménager la participation des minorités dans la gestion.Dans l\u2019esprit des dirigeants québécois, aider les FHQ par voie de dénonciations publiques revient à hypothéquer ses propres relations politiques et économiques avec ses partenaires provinciaux et à miner sa marge de manœuvre face à la minorité anglo-québécoise.Toujours dans le but d\u2019assumer son rôle de leader de la francophonie, le gouvernement du Québec apporte une assistance technique sous forme de soutien financier, stages de perfectionnement, aide à l\u2019édition, etc.Cette aide est acheminée à travers le Secrétariat aux affaires intergouvemementales canadiennes (SAIC), agence responsable des relations avec la francophonie canadienne ayant comme objectif de «favoriser le rapprochement et la compréhension mutuelle des Québécois et des francophones hors Québec».Évidemment, il ne s\u2019agit pas là de la seule vocation du SAIC et cet objectif en côtoie d\u2019autres: faciliter les relations intergouvemementales, promouvoir les intérêts industriels, commerciaux et culturels du Québec, négocier des ententes.Dès lors, l\u2019aide à la francophonie s\u2019insère dans une stratégie multisectorielle dont le succès dépend du niveau de cordialité entre gouvernements.En théorie, le discours hissant le gouvernement québécois au rang de leader de la francophonie est pertinent en raison de tous les outils dont jouit La Belle Province, «seule véritable levier des francophones en Amérique du Nord» (Henri Bergeron).Mais l\u2019articulation du discours, des gestes politiques concrets et de l\u2019aide technique demeure incohérente à bien des niveaux.On préfère transiger directement avec les gouvernements plutôt qu\u2019avec les communautés, et on achemine l\u2019aide en fonction des préoccupations de visibilité.Cette façon de faire assure au Québec une relative quiétude politique à court terme, mais contribue très modestement à l\u2019avancement du français et, à long LES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC 205 terme, risque d\u2019avoir de ternes retombées à même la francophonie québécoise.Les francophones du Canada se connaissent-ils?«On a les gouvernements qu\u2019on mérite» dit l\u2019adage populaire.Le gouvernement québécois demeure certes le reflet de sa population à plusieurs niveaux.Il n\u2019est pas rare d\u2019entendre un FHQ s\u2019inquiéter de l\u2019isolement du Québec, comprenant que la survie de sa langue en dépend.Par contre, si l\u2019inverse comprend sa part de vérité, c\u2019est-à-dire que l\u2019érosion totale du français en périphérie pèserait lourd au Québec, la corrélation est plus subtile.Résultat, le Canadien-Français et la Canadienne-Française de la classe moyenne québécoise se soucient peu de la situation de leurs «cousins linguistiques»; à vrai dire, ils ignorent à peu près tout de leur existence.Pour illustrer ce phénomène, un sondage Gallup publié en octobre 1989 révélait que seulement 44% des Québécois considéraient la protection des droits des minorités francophones comme très importante.Il est évident que Pierre-Jean-Jacques de Chicoutimi n\u2019a jamais eu à se battre pour envoyer son enfant à l\u2019école française.Admettons d\u2019emblée que pour certains d\u2019entre eux, les FHQ sont «une espèce en voie d\u2019extinction».Mais comprenons par ailleurs que cette attitude n\u2019est pas tributaire d\u2019une mauvaise volonté.Les médias écrits et électroniques sont en partie à blâmer.Radio-Canada, dont le mandat est national, et les grands quotidiens français traitent les nouvelles d\u2019un œil essentiellement québécois, ne se penchant que très rarement sur les événements affectant les communautés francophones des Maritimes et de l\u2019Ouest.À l\u2019inverse, la télévision anglophone guette attentivement tout ce qui ce passe au Québec.Ironiquement, les anglophones dont la langue continue de prospérer en Amérique du Nord et dans le monde entier font preuve de plus de solidarité que les francophones.Pendant que le Canada anglais se mobilise contre la Loi 178 au Québec, ou fête l\u2019avènement du Parti égalité et la majorité des Québécoises et Québécois ne savent probablement pas qu\u2019il est illégal de s\u2019adresser en français sans préavis dans la législature albertaine, ou, sur une note plus positive, que les Franco-Colombiennes, Franco-Colombiens ont bâti leur propre Maison de la francophonie à Vancouver. 206 C\u2019est aussi une question d\u2019accessibilité et d\u2019appropriation.Accessibilité, parce que les Anglo-Québécoises et Anglo-Québécois jouissent d\u2019un réseau d\u2019institutions médiatiques qui ferait l\u2019envie des minorités linguistiques à travers le monde.Appropriation, puisque la plupart des grands produits culturels de la périphérie francophone se voit apposer l\u2019étiquette made in Quebec.Le fait qu\u2019on perçoive les Antonine Maillet, Daniel Lavoie ou Gabrielle Roy comme des Québécois n\u2019a rien de malicieux.Tout comme plusieurs Québécois se sont exilés en France, certains FHQ ont dû s\u2019établir au Québec pour profiter de ses ressources.Les francophones hors Québec contribuent beaucoup plus à l\u2019épanouissement du fait français que les Québécoises et Québécois ne pourraient l\u2019imaginer.«Très souvent, on trouve que les Français traitent les Québécois de haut, et les Québécois font un peu la même chose à l\u2019égard des FHQ» (Henri Bergeron).Une collaboration difficile, mais possible.et nécessaire Il existe toute une série de freins sociaux et politiques qui sapent la solidarité des francophones, au pays.Un frein difficilement contournable est certes la fragmentation de la juridiction linguistique conjuguée à la dispersion asymétrique des francophones au Canada.La majorité des francophones sont concentrés au Québec, où l\u2019outil de promotion linguistique principal est la législature provinciale.Dans le reste du Canada, c\u2019est vers le gouvernement fédéral et la Charte des droits et libertés que les francophones se tournent.Or, l\u2019instance promotionnelle des uns constituent souvent le problème des autres.Et pourtant, les Canadiens-Français du Québec ont tout intérêt à ce que le fédéral intervienne pour rappeler à l\u2019ordre les provinces moins généreuses à l\u2019égard des minorités francophones; de la même façon, les FHQ doivent se réjouir quand le gouvernement du Québec légifère pour assurer la vitalité du français.Il est toujours délicat d\u2019articuler un discours politique généreux envers l\u2019autre communauté sans contredire ses propres nécessités internes.Nous sommes perpétuellement déchirés, déclare un FHQ, nous sommes fiers lorsque les Québécois s\u2019affirment - le 15 novembre \u201976, nombreux sont ceux qui ont vibré au même diapason - et inquiets quand cette affirmation risque de mener à la séparation.(Gagnon, La Presse, 19 oct.) Un appui n\u2019est pas impossible pour autant.Prenons l\u2019accord du LES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC 207 Lac Meech qui, à l\u2019origine, devait traiter des revendications du Québec, mais qui, en dernière instance, en est venu à toucher directement les minorités de langue officielle avec l\u2019ajout d\u2019une clause sur la dualité linguistique.Le fait que l\u2019article 1 pose certaines difficultés pour les FHQ n\u2019a pas empêché les représentants de cette communauté de reconnaître la légitimité des demandes du Québec.Gérard Étienne du journal Le Voilier, en Acadie, souligna qu\u2019en appuyant le gouvernement du Québec, les Acadiennes et Acadiens «avaient tout à gagner relativement aux liens CONSANGUINS entre les deux peuples et à la solidité de la Francophonie nord-américaine».C\u2019est sur ce même raisonnement qu\u2019on doit expliquer l\u2019appui de la communauté francophone hors Québec à la Loi 178, décision basée sur la reconnaissance que seul le français est menacé en Amérique du Nord.Diffusé au cœur du Canada anglais, le message des alliés historiques du Québec confirme leur statut d\u2019avant-poste de la vitalité francophone au Québec.Comprenons aussi que cette collaboration entre le centre et la périphérie ne doit pas obligatoirement passer par les séculaires débats juridico-politiques ou par des agences gouvernementales.On pourrait imaginer des articles dans la revue Commerce ou Le Devoir économique analysant la potentialité du marché des FHQ pour la communauté d\u2019affaires québécoise.Ou encore, que les minorités francophones «donnent leur créativité au reste de la francophonie», pour reprendre les mots d\u2019Henri Bergeron qui «rêve du jour où une troupe du Manitoba viendra passer un mois à jouer au Théâtre du Nouveau Monde à Montréal».L\u2019expérience démontre qu\u2019une fois sensibilisés, politiciens, administrateurs, gens d\u2019affaires et monsieur Tout-le-monde en arrivent à tisser des liens stimulants.Suite à une tournée de la délégation franco-albertaine au Québec, à l\u2019été 1989, visant à sensibiliser leaders et citoyens, des représentants de divers milieux ont accordé leur support ou offert leurs services.Centrales syndicales, Chambre de commerce de Québec, Mouvement Desjardins, partis politiques, Ordre des comptables, et nous en passons, ont assuré un suivi qui pourrait servir de modèle à un renforcement tous azimuts de la solidarité des francophones. 208 Un centre et une périphérie, mais somme toute, une francophonie Nous avons voulu mettre en relief deux significations à l\u2019énoncé d\u2019avant-poste.Face au phénomène d\u2019assimilation, la situation des francophones hors Québec constitue une mise en garde explicite de ce qui guette les Québécoises et Québécois.Concernant l\u2019émancipation du français au Québec, ils représentent un atout considérable et des alliés politiques indispensables.Toutefois, des freins structurels et fonctionnels rendent difficiles ces constats et paralysent la bonne collaboration entre nos communautés.D\u2019une part, les Québécoises et Québécois connaissent peu leurs «cousins», et, d\u2019autre part, ils s imaginent que les aider constitue un suicide politique.Et l\u2019isolement du fait français au seul territoire du Québec ne représente-t-il pas aussi une forme de suicide?Encore une fois, comprendre pourquoi la santé du français à l\u2019ouest d\u2019Ottawa et à l\u2019est de Moncton est si importante pour le Québec exige une analyse débordant les frontières territoriales et juridiques.A l\u2019ère du libre-échange et de l\u2019ébranlement du concept d\u2019Etat nation, la francophonie n\u2019a rien à gagner d\u2019un isolement du français en Amérique, ou encore d\u2019une ramification Québec-France-Afrique où notre langue ne deviendrait qu\u2019un simple outil diplomatique.Plus le français est utilisé et utilisable dans le reste du Canada, plus il s enracinera au Québec.Ceci dit, l\u2019ouverture d\u2019un centre communautaire francophone à l\u2019île-du-Prince-Édouard, tel que nous l\u2019avons rapportée tout à l\u2019heure, devrait être perçue par les Canadiens-Français du Québec non plus comme une simple manifestation culturelle marginale (ce qu\u2019elle n\u2019est pas), mais comme un signe de vitalité.La bataille de voisins, parents et alliés historiques, luttant quotidiennement au cœur de situations laborieuses, voir menaçantes, devrait constituer un atout moral pour le Québec.Regardez les victoires, par exemple de la Saskatchewan.Les Fransaskois ont obtenu le pouvoir de diriger leurs écoles, leurs commissions scolaires françaises.Eh bien, c\u2019est une victoire dont tout le reste de la francophonie nord-américaine devrait se réjouir.(Henri Bergeron) Au début, notre courte visite de la francophonie nous a sensibilisés aux disparités du fait français, mais aussi aux écarts de perceptions. LES FRANCOPHONES HORS QUÉBEC 209 Après analyse, cette même visite devrait nous révéler que tous ont un rôle à jouer sur «l\u2019échiquier nord-américain» et que la contribution de chacun diffère sans pour autant qu\u2019une ou l\u2019autre soit marginale.Cette même visite nous montre jusqu\u2019à quel point les FHQ sont les avant-postes du Québec.Ceci implique que leurs acquis doivent être soulignés et applaudis au Québec, tandis que leurs ressacs constituent un avertissement.Lysiane Gagnon écrivait dans La Presse que rendre visite aux minorités francophones est toujours quelque chose d\u2019émou-vant, «car c est plonger dans un univers d\u2019échecs successifs, de répression subtile.» Pour les Canadiens-Français du Québec, cet univers d échecs successifs devrait être plus qu\u2019émouvant, mais bien alarmant pour l\u2019avenir du fait français partout au Canada.Apprendre à jouer notre rôle sur «l\u2019échiquier nord-américain», c\u2019est apprendre à nous connaître, à renforcer nos liens, à bâtir des ponts avec la majorité anglophone.Centre et périphérie, avant-postes et alliés historiques, il y a au Canada des communautés francophones distinctes, mais il n\u2019y a qu\u2019un seul fait français, une seule francophonie.? Section La prospérité Hommage à la mémoire de Gaston BEAUDRY Cette section de L\u2019Action Nationale, en collaboration avec le Conseil d\u2019expansion économique, vous présente les nouvelles de la revue et de la Ligue, les mots d\u2019ordre du Mouvement Québec français, des documents historiques.Des chroniques seront aussi publiées: \u2022\tÀ travers l\u2019univers Jean CHAPDELAINE \u2022\tQuestions d\u2019action nationale Rosaire MORIN \u2022\tComptes rendus de volumes Questions d\u2019action nationale Rosaire MORIN «Il n\u2019y a pas de meilleur moyen pour tuer un homme que de le payer à ne rien faire.» Félix Leclerc L\u2019Action Nationale L\u2019Action Nationale existe depuis 74 ans et trois mois.Elle a publié 750 numéros et plus de 7 000 pages.Le coût de toutes les dépenses effectuées pendant 73 ans (incluant l\u2019impression) ne double pas l\u2019argent versé en 1989 par le gouvernement fédéral à Alliance Québec.Ce coût est même inférieur, et de beaucoup, aux dépenses du sénateur Lowell Murray et de ses amis qui tentent de vendre l\u2019Accord du Lac Meech.depuis 1986.Ainsi s\u2019établit l\u2019ordre des valeurs.Un autre exemple?Observons ce qui se passe dans le beau monde du baseball.Les Angels de la Californie verseront 16 millions$ US pour les services de Mark Langston de 1990 à 1994.Au cours des trois prochaines années, Kirby Puckett encaissera 9 millions$ US, Bret Saberhagen gagnera 8,9 mil-lions$ US, Kevin Bass recevra 5,25 millionsS US.Ah! j\u2019oubliais l\u2019inimitable Pascual Perez qui jouira de 5,7 millions$ pour le triennat 1990-1992.À Montréal, Charles Bronfman distribue aussi quelques millions$ à ses vedettes restantes, Raines, Wallack, Burk, Martinez.Au même moment, L\u2019Action Nationale vit grâce au bénévolat de sa direction et de ses collaborateurs.Se pourrait-il qu\u2019un mécène souscrive un bon matin 100 000$ à notre Ligue?Notre œuvre est aussi im- 212 portante que Les Nordiques qui ont été sauvés par un groupe d\u2019investisseurs privés.À défaut d\u2019un tel miracle, le Québec compte-t-il 1000 personnes qui souscriraient 100$, élevant ainsi le capital de notre Fondation à 250 000$?Trouvez-vous trop élevé un revenu de 25 000$ par année pour appuyer L\u2019Action Nationale! Le temps est venu pour chacun et chacune d\u2019entre vous d\u2019aider une œuvre qui a vécu de bénévolat jusqu\u2019à ce jour.Les artisans (Orner Héroux, Lionel Groulx, André Laurendeau, Guy Frégault, François-Albert Angers, Jean Genest, Gérard Turcotte) sont de moins en moins nombreux.Il faudra songer bientôt à engager le premier permanent de L\u2019Action Nationale, après 74 ans et 3 mois d\u2019existence.Pouvons-nous compter sur vous?100$ x 1 000 = 100 000$.Pour vous, 100$, c\u2019est peu; pour nous, 100 000$, c\u2019est la relève permanente.L\u2019indépendance Je ne suis pas «péquiste», mais indépendantiste.La nation cana-dienne-française doit être maîtresse de son destin.Elle ne peut dépendre éternellement de la générosité mesquine et calculatrice du Canada anglais.La nation est adulte.Après 400 ans d\u2019existence, elle est capable de gérer sa vie collective.Les Ontariens, les Chinois et les Américains ne sont pas les responsables de la culture française au pays du Québec.Ils ne peuvent être les décideurs de notre avenir.Ils ne seront pas les libérateurs de notre petite nation.Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.Au moment où l\u2019histoire du monde connaît un vent de changement sans précédent et que l\u2019espoir libère les nations allemande, hongroise, tchécoslovaque, polonaise.et que le nationalisme s\u2019installe profondément dans les états soviétiques, la nation canadienne-française demeure silencieuse, aphone.Il est vrai qu\u2019un courant d\u2019optimisme souffle sur le Parti québécois.Les talents du CHEF éblouissent les partisans et l\u2019espérance commande la tranquillité.Les souverainistes auraient même envahi le Parti libéral et le Canada anglais repousserait le Québec.Les péquistes agissent comme si Meech était mort.Et s\u2019il ne décédait pas?.Mais la certitude.fait place à la réalité.À la prochaine élection, et peut-être avant, ce sera l\u2019indépendance.La branche d\u2019olivier est même tendue au «souverainiste» Bourassa.M.Parizeau ne tient pas à la présidence QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 213 de la République.Il est entré en politique pour voir se faire l\u2019indépendance.Attention, messsieurs les péquistes.Les personnes de mon âge ont connu la béatitude et l\u2019enchantement avec l\u2019Action libérale nationale.En 1990, il ne faudrait pas que monsieur Parizeau devienne un autre Paul Gouin et que madame Pauline Marois connaisse les affres de René Chaloult.Nous avons aussi vécu l\u2019euphorie, l\u2019espoir et l\u2019illusion du Bloc Populaire avec Maxime Raymond et André Laurendeau.L\u2019espérance a été éphémère.Et nous avons encore souvenance de la pirouette de René Lévesque, du mirage et de l\u2019aberration de son «beau risque».Pourtant, monsieur Lévesque était honnête.Un chef, ça change parfois d\u2019idée avec la conjoncture ou la lassitude derrière soi.Ça change d\u2019idée, même si la critique n\u2019est pas permise.Le chef n\u2019est pas éternel, son entourage n\u2019est pas toujours infaillible et l\u2019adulation n\u2019est pas la meilleure conseillère.Mais, aujourd\u2019hui, nous n\u2019avons pas le choix.Tous ceux qui veulent l\u2019indépendance doivent agir avec le Parti québécois.J\u2019écris avec tristesse que nos associations nationalistes ont perdu la capacité de l\u2019action nationale triomphante.Dans le contexte actuel, au lieu d\u2019attendre le Messie, ou de considérer M.Parizeau comme le Messie, le Parti québécois doit se mobiliser.Il doit le faire, non pas à la veille de l\u2019élection, dans trois ans.La MOBILISATION DOIT ÊTRE IMMÉDIATE.Il serait bête et méchant de se limiter à la contemplation du «Chef».La conscription doit être décrétée de toute urgence.Ce Parti dont je ne suis pas membre doit compter 250 000, 400 000 membres.Les Canadiens-Français adultes qui veulent être maîtres dans leur maison doivent être identifiés, recensés et invités à élaborer un PROJET DE SOCIÉTÉ FRANÇAISE ET HUMAINE.TOUTE la population québécoise doit être sensibilisée de la croix de Gaspé aux remparts du Long-Sault.Hors des débats parlementaires et sans la tutelle des députés, le parti doit s\u2019impliquer dans tous les événements majeurs.Il doit dénoncer toute ingérence fédérale dans la juridiction provinciale.Il doit proposer des solutions concrètes aux problèmes du moment.Le Parti ne peut se satisfaire de réclamer l\u2019indépendance.Il doit davantage répondre aux attentes actuelles de TOUTES LES PERSONNES VIVANT AU QUÉBEC.Il doit réfléchir à partir des problèmes du 214 milieu.La vulgarisation du programme du Parti ne saurait suffire.Il faut proposer des tâches concrètes.Il faut bâtir le PAYS.L\u2019orientation doit être conçue, imaginée, dirigée, réfléchie, raisonnée, continue, constante, persistante, durable, aménagée, organisée, ordonnée, planifiée, programmée, coordonnée.Autrement, nous aurons une république de bananes.Le plein emploi Dans une récente allocution, monsieur Claude Béland, président du Mouvement Desjardins, rappelait certaines vérités qui doivent être diffusées.Quelques phrases sont ici reproduites.M.Béland refuse «cette règle qui voudrait qu\u2019il faille sacrifier une partie de la main-d\u2019œuvre pour permettre aux autres de vivre convenablement».Le président du Mouvement Desjardins s\u2019élève contre un taux de chômage qui «varie considérablement d\u2019une région à l\u2019autre du Québec et prend des proportions alarmantes dans certains coins, atteignant près de 20% par exemple dans le cas de la Gaspésie et des îles-de-la-Madeleine.Pourtant, ajoute M.Béland, durant la même période et dans un contexte économique similaire, certains pays tels la Norvège, le Japon et la Suède ont affiché des taux de chômage de 2% à 4%.Plus près de nous, le taux de chômage en Ontario se situe aux environs de 5% - avec 4% dans la région de Toronto».M.Béland veut «une société qui doit être faite pour tout le monde, une société où chacun puisse contribuer activement à son développement, où chacun puisse sentir qu\u2019il en est partie prenante, que chacun puisse y développer son sentiment d\u2019appartenance et la possibilité de se réaliser, d\u2019aller au bout de ses possibilités».«Il faut que l\u2019emploi devienne une VALEUR PREMIÈRE de notre société» déclare-t-il.Une muraille autour des immigrants L\u2019expression n\u2019est pas de nous.Elle a été utilisée par Jean Lambert, le nouveau président de la Chambre de commerce du Québec.L\u2019homme s\u2019inquiète du sort des Québécois.«J\u2019ai plusieurs priorités, a-t-il déclaré, mais celle-là est en tête de liste.Au rythme où vont les choses, les Québécois.francophones seront minoritaires dans leur propre cour d\u2019ici 20 ans.Je veux faire ma part pour éviter cela.» M.Lambert ajoute que «les immigrants qui débarquent ici ne s\u2019intégrent pas: ils s\u2019implantent.Ils vivent entre eux comme ils le faisaient QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 215 dans leurs pays d\u2019origine.Ils s\u2019organisent un monde et ils s\u2019y renferment.J\u2019ai vu ça à Marseille, et c\u2019est désolant: les Arabes vivent repliés sur eux-mêmes, dans des enclaves, ignorant tout de la culture française».«Ici, affirme le président de la Chambre, on dirait que les immigrants ont réussi, avec notre aide peut-être, à ériger une muraille autour d\u2019eux.Avec la faiblesse de notre taux de natalité, il y a de quoi se poser de sérieuses questions sur notre avenir et notre identité.» «ON VA FAIRE QUELQUE CHOSE».{Le Devoir, 18 novembre 1989) Les grandes entreprises La rationalisation est à la mode.Canadien International est entré dans la course.L\u2019entreprise a d\u2019abord acquis Canadien Pacifique, Pacific Western Airline, Eastern Provincial, Nordair et Wardair.Ce qui devait arriver s\u2019est produit: au début de 1989, la compagnie mettait à pied 600 personnes; au début de 1990, elle abolit 1900 postes de travail, dont 410 au Québec.C\u2019est la loi du profit! Il faut concurrencer Air Canada.Le Lac Meech La noyade n\u2019est pas certaine.Il est possible d\u2019acheter les opposants.Un droit de passage québécois à l\u2019électricité de Terre-Neuve et M.Wells acceptera la «société distincte», puisque son île est «distincte».Quelques frégates suffiront pour obtenir l\u2019approbation de monsieur Frank McKenna.La promesse de monsieur Bourassa d\u2019appuyer la réforme du Sénat (efficace, égalitaire, électif) ralliera monsieur Fil-mon.Ce «vieux» conservateur recevra le sénateur Murray «quand il sera en mesure de m\u2019indiquer quelles concessions Ottawa est disposé à envisager».C\u2019est ce qu\u2019a déclaré M.Filmon au lendemain de la coupe Grey.Avec MM.Wells et Peterson, il assistait à la rencontre.Que disait alors le premier ministre du Manitoba?«Si, par exemple, déclarait-il, les premiers ministres Peterson et Bourassa indiquaient qu\u2019ils approuvent la réforme triple E du Sénat, cela aiderait toutes les provinces.à considérer un amendement constitutionnel avec un appui beaucoup plus grand».{Le Devoir, 28 novembre 1989, p.2).Mon grand-père dirait que c\u2019est du maquignonnage et mon petit-fils parlerait de chantage.Ainsi fonctionne notre démocratie.Des députés, élus pour agir à 216 l\u2019intérieur d\u2019un régime politique établi, modifient une constitution elle-même définie par une quelconque assemblée.Ils usurpent la SOUVERAINETÉ POPULAIRE et ils le savent.Gouvernant par sondages, ils savent qu\u2019à peine un Canadien sur quatre appuie l\u2019Accord du Lac Meech.La ratification de cet Accord dénoncé à maintes reprises dans la revue ne réglera rien.Elle soulèvera au contraire d\u2019autres problèmes: création d\u2019une onzième province, reconnaissance constitutionnelle de la minorité anglophone, intervention du fédéral dans des matières de juridiction exclusivement provinciale, interprétation fédérale de la «société distincte», chevauchement d\u2019autorité dans le domaine de l\u2019immigration et, en tout premier lieu, réforme du Sénat.d\u2019un sénat égalitaire permettant à 5 provinces (île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse et Manitoba) qui ne représentent que 13 pour cent de la population de constituer 50 pour cent de l\u2019Assemblée du Sénat, alors que le Québec avec 26pour cent de la population n\u2019obtiendrait que 10 pour cent des sièges de la Chambre Haute.Un anglophone francophile Des anglophones francophiles, il y en a encore quelques-uns.Thomas J.Courchene, professeur à l\u2019Université Queen\u2019s de Kingston, écrivait dans Le Devoir du 22 novembre: «.De façon spécifique, l\u2019insuccès de l\u2019accord du Lac Meech mettra en place, au Québec, une société encore plus distincte que ce qui adviendrait si l\u2019entente était acquise.» Et le professeur ajoutait: «.Concrètement, la défaite de l\u2019accord confère au Québec le pouvoir de veto auquel il a toujours aspiré.Et la réforme du Sénat qui n\u2019entre pas, de toute évidence, dans les priorités québécoises, va languir.Au total, il n\u2019y a pas tellement de victoire pour les forces qui s\u2019opposent à l\u2019entente.» Voilà un point de vue qui rejoint ce que nous avons déjà écrit dans la présente chronique.Un anglophone francophobe Pour réaliser l\u2019unité des Canadiens-Français, rien ne serait supérieur à l\u2019organisation d\u2019une dizaine de conférences prononcées à travers le Québec par le président de l\u2019Alliance for the Preservation of English in Canada, Ronald P.Leitch.Contrairement à M.Richard Hoi- QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 217 den, député de Westmount, qui veut «vivre une politique de bilinguisme ici, au cœur du Canada français», M.Leitch exige l\u2019usage exclusif de l\u2019anglais dans l\u2019administration publique.Dans une lettre publiée le 16 novembre dans le Financial Post, ce noble et fraternel président écrivait: «In a multicultural country such as Canada everyone should have the right to carry on business, social, fraternal and religious activities in the language of his choice».M.Leitch respecte la liberté individuelle.Le brave homme ajoute aussitôt: «The government, however, in a multicultural society, should speak to the governed in one language, so all ethnic groups can understand what is being said without misunderstanding or misinterpretation.The language should be that LANGUAGE OF THE MAJORITY, ENGLISH».Son opinion est fondée sur l\u2019Acte de 1867.«A close examination of Section 133 makes it abundantly clear the Fathers of Confederation were giving the elected representatives the right to use French in the legislature of Québec and the Parliament of Canada.The limited use of French does not extend to the civil service of Quebec nor the Parliament of Canada.» Messieurs du Mouvement Québec Français, tenez compte de ces savants avis et invitez au Québec ce brillant constitutionnaliste qui n\u2019a jamais lu les débats de la Confédération.Nos hommes politiques peuvent peut-être comprendre la logique par l\u2019absurde.Québec, pays de langue anglaise Dans Le Devoir du 29 novembre, Mathieu Albert rapporte les propos tenus en conférence de presse par la danseuse-chorégraphe, Carolyn Carlson.Cette artiste américaine vit en France depuis le début des années 1970.Néanmoins, c\u2019est avec enthousiasme qu\u2019elle commençait la conférence de presse en disant: «C\u2019est bon de pouvoir enfin parler en anglais.» Ces paroles étaient prononcées à Montréal, le 28 novembre 1989.Pour madame Carlson, «Montréal, Toronto ou New York, c\u2019est du pareil au même».«De ce côté-ci de l\u2019Atlantique, aurait-elle déclaré, les différences culturelles n\u2019existent plus.» L\u2019artiste a même refusé de parler en français.«On aura beau insister, écrit monsieur Albert, en l\u2019interrogeant à quelques reprises dans notre langue maternelle, la 218 danseuse fera toujours mine de ne pas comprendre: toutes ses réponses seront invariablement dans la deuxième langue officielle du Canada.» Cet affront n\u2019a pas repoussé les amateurs de la chorégraphie.Ils ont envahi la salle Maisonneuve et applaudi l\u2019artiste avec chaleur.Ainsi, la deuxième plus grande ville française au monde est consacrée la plus grande ville française de langue anglaise.Six millions de Canadiens-Français «ne sont pas suffisants à ses yeux pour poser le moindre geste de courtoisie» à l\u2019égard de la majorité québécoise.Comment voulez-vous qu\u2019il en soit autrement?Des Français de la vieille France nous classent eux-mêmes comme un pays de langue anglaise.Le temps est-il passé où Étienne Lamy glorifiait notre «commun langage»?Les enclaves bilingues Un ancien membre du RIN, M.D\u2019Iberville Fortier, aujourd\u2019hui Commissaire aux langues officielles, recommande au gouvernement du Québec d\u2019établir une enclave bilingue dans l\u2019Outaouais.M.Ryan étudie la recommandation.Son conseiller, M.Jean-Claude Rondeau, a tenu des consultations dans l\u2019Outaouais.Les questions suivantes ont été posées: «Que peut-on faire pour bonifier, ajouter aux services offerts en anglais du côté québécois de la région de la Capitale nationale?Comment réagiriez-vous à la proposition de bilinguiser la signalisation routière?Plusieurs SNQ et SSJB s\u2019inquiètent des conséquences d\u2019une telle enclave sur la situation linguistique dans l\u2019Ouest de Montréal et dans les régions situées près des frontières des États-Unis et du Nouveau-Brunswick.M.Jean Dorion, président de la SSJBM, s\u2019étonne que «la politique linguistique québécoise soit en partie décidée par des organismes canadiens dont les objectifs ne correspondent en aucune façon à la défense et à la promotion du fait français».Les SNQ de l\u2019Est du Québec, de la région des Laurentides et de l\u2019Outaouais et le Mouvement estrien pour le français ont demandé à MM.Bourassa et Ryan de rejeter les recommandations du Commissaire Fortier et de ne pas faire de l\u2019Outaouais une enclave bilingue.Aucun recul ne peut être toléré.Le Mouvement National des Québécois exige même que le gouvernement libéral de M.Robert Bourassa non seulement renonce à faire de l\u2019Outaouais une enclave bilingue, mais QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 219 «qu \u2019au contraire il en renforce le caractère français mis en péril par la proximité de la Capitale du Canada».Les réfugiés Plus de 200 associations et groupes ont demandé à la ministre de l\u2019Immigration, madame Barbara McDougall, de mettre fin à l\u2019expulsion des Haïtiens.Ces organismes ne sont pas tous subversifs.On y retrouve l\u2019archevêché de Montréal, des groupes de femmes, des ACEF, le Parti québécois, le Conseil des communautés culturelles, des congrégations chrétiennes, la Société Saint-Jean-Baptiste, la CEQ, la CSN, la FTQ, des communautés culturelles, etc.Mais la ministre est inflexible.Elle ne comprend pas.Elle ne veut pas comprendre.Elle ordonne l\u2019expulsion.Les 9 Haïtiens qui ne se sont pas présentés à Mirabel, en ce jour du 28 novembre, seront poursuivis, traqués, arrêtés par «l\u2019unité d\u2019investigation» et déportés.Une femme de 65 ans dont les deux filles sont citoyennes canadiennes sera déportée.Un couple qui compte à Montréal 4 frères, 3 sœurs et 5 oncles et tantes sera déporté.Un couple et un bébé de 11 mois né au Canada seront déportés.Une femme travailleuse établie au pays depuis 1981 sera déportée.Quelle compassion! Quelle civilisation! Quelle humanité! Nous expulsons des femmes et des hommes pacifiques dans un pays où régnent les agressions militaires contre les organisations de jeunes, de paysans et d\u2019opposition politique.Notre gouvernement fédéral va dépenseriez millions$pour déporter des réfugiés et davantage pour recruter des immigrants.«La Terre de chez nous» a 61 ans Le premier numéro paraissait le 6 mars 1929.La publication était le Bulletin officiel de l\u2019Union Catholique des Cultivateurs de la Province de Québec.Format tabloïd, le journal comptait 12 pages.L\u2019abonnement annuel s\u2019élevait à la somme de 1,00$ pour 52 numéros.Le président Aldéric Lalonde rappelait en éditorial que le «journal n\u2019est pas l\u2019organe d\u2019une entreprise financière quelconque, d\u2019un individu ou d\u2019un parti.C\u2019est bien plutôt un organe destiné à les unir (membres de l\u2019UCC) et à protéger leurs intérêts comme classe professionnelle.» En première page, Albert Rioux proteste contre l\u2019invasion des patates des États-Unis, du Nouveau-Brunswick et de l\u2019île-du- 220 Prince-Édouard.Il réclame «un tarif de transport proportionnel à celui qui fut consenti aux producteurs des provinces maritimes».Rien ne ressemble plus aux revendications de l\u2019heure présente que celles du passé.Le premier numéro de La Terre de chez nous annonçait un brillant avenir.On y trouvait diverses chroniques: échos des cercles, tribune libre, pages féminines, information sur la coopération, renseignements sur les marchés, techniques agricoles, médecine vétérinaire, consultations légales, etc.Dès la première heure, le journal était engagé.On y parlait déjà de l\u2019immigration de langue française.Le jésuite Léon Lebel écrivait sur l\u2019école rurale.Citons un paragraphe: «Il faut faire l\u2019impossible pour améliorer et rendre plus efficace la petite école du rang, cette petite école qui a été le berceau de tout un peuple.» La tradition des précurseurs animent encore les dirigeants de l\u2019UPA; UPA, trois lettres qui ont remplacé UCC, sans modifier l\u2019âme et l\u2019esprit de l\u2019organisation agricole.Mouvement Québec-Français En une récente conférence de presse, le Mouvement Québec-Français sonnait l\u2019alerte pour réveiller des Canadiens-Français qui sommeillent.Il est ici valable de présenter quelques extraits de la déclaration qui invitait la population à s\u2019attaquer aux vrais problèmes.«Nous dénonçons, déclairait monsieur Guy Bouthillier, tout particulièrement l\u2019utilisation abusive du thème des libertés, cette insistance à opposer systématiquement \u2018société distincte\u2019 et \u2018droits et libertés\u2019, comme s\u2019il y avait incompatibilité de nature entre notre identité profonde et les grandes libertés de l\u2019heure.» À l\u2019endroit de monsieur Bourassa, le commentaire n\u2019est même pas sévère.«Pourquoi n\u2019a-t-il pas adopté une démarche franche et publique plutôt que celle des couloirs et des huis clos! Pourquoi n\u2019a-t-il pas fait confiance à son peuple, en le sollicitant et en le consultant, plutôt que de se livrer au tête-à-tête entre premiers ministres! Surtout, surtout, pourquoi n\u2019a-t-il pas fait siennes les demandes traditionnelles du Québec plutôt que de se contenter de cet ersatz du Lac Meech!» Le MQF attrape au passage la Cour suprême «dont les décisions. QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 221 seront, pour notre langue, un tissu d\u2019interdiction, de culpabilisation et d\u2019émasculation».S\u2019éloignant des eaux troubles du Lac Meech, le MQF invite «chacun et chacune de nos ministres à Québec» à «agir dans tous les domaines, et d\u2019abord.» dans «le travail, l\u2019immigration et le repositionnement du Québec vis-à-vis d\u2019Ottawa».Le travail du MQF serait certes plus efficace si chacune et chacun d\u2019entre nous participaient à la sensibilisation de la population.La Société nationale des Québécoises et Québécois des Hautes-Rivières M.Fernand Simard et M.Denys Charbonneau nous font parvenir un texte fort intéressant dont nous reproduisons quelques paragraphes, faute d\u2019espace.Si les annonceurs se donnaient la main, nous pourrions publier 150 pages par mois.La SNQ des Hautes-Rivières, diocèse de Mont-Laurier, a proposé au Mouvement National des Québécois de modifier ses règlements et d\u2019ajouter le mot: «Notre territoire» à la devise de la Société: «Notre langue, nos droits, nos institutions».La résolution fut approuvée à l\u2019unanimité.Les extraits publiés expriment les motifs de la démarche.Ils rendent difficilement justice à leurs auteurs.«En 1760, les Anglais conquérirent un territoire, mais ils n\u2019avaient pas conquis les 60 000 Canadiens d\u2019alors.Ces milliers de colons de la Nouvelle-France forment maintenant un peuple distinct sur le vaste territoire de l\u2019Amérique du Nord.Ils ont franchi tous les obstacles (ou presque) qui s\u2019opposaient à leur survie, durant plus de deux siècles de luttes contre les tentatives d\u2019assimilation du conquérant.Ils forment, aujourd\u2019hui, une nation dans un pays, sur un territoire, où ils furent les premiers artisans d\u2019une nouvelle civilisation.» «.Notre langue, l\u2019une des plus prestigieuses du passé et du présent, est peut-être le signe le plus apparent, le plus distinctif de notre peuple, mais le territoire québécois est le seul espace national où peut encore s\u2019épanouir notre culture, se développer une économie dirigée par ses citoyens, s\u2019implanter un gouvernement vraiment souverain ouvert au monde tout en vivant en harmonie avec un nouveau Canada et son puissant voisin américain. 222 «Ainsi, non seulement nos valeurs linguistiques, non seulement nos richesses culturelles, non seulement nos réalisations économiques doivent être évoquées pour illustrer notre appartenance à une société distincte ayant droit à son indépendance, mais nous devons revendiquer notre souveraineté sur le territoire québécois.Il faut que nous soyons de plus en plus conscients de notre richesse territoriale, de ses promesses d\u2019avenir et de ses possibilités d\u2019expansion illimitée dans toutes les sphères d\u2019activités d\u2019un peuple attaché à son sol, à ses racines, à ses valeurs spirituelles et matérielles.«.Une patrie, un pays, un territoire national, ce ne sont pas seulement des sites d\u2019activités sociales, culturelles ou linguistiques d\u2019un peuple autonome, mais aussi et surtout la terre qui nourrit, les richesses naturelles qui multiplient ses industries, le climat qui façonne ses manières de vivre et explique souvent ses coutumes et ses traditions.«.Un peuple ne peut vivre en permanence au contact d\u2019une autre langue, d\u2019autres coutumes, d\u2019une culture exportée sans perdre lentement son identité, sans fléchir devant ces infiltrations insidieuses, mais efficaces».Un peu d\u2019histoire Le 9 février 1883 marque l\u2019origine de notre devise «Je me souviens!».Le dessinateur et architecte, Eugène Taché, avait introduit les armes de la province sur la façade du Palais législatif de Québec.Selon le mandat royal du 26 mai 1868, ces armes étaient «d\u2019or, à la fasce de gueules, chargé d\u2019un lion d\u2019or passant regardant, accompagné en chef de deux fleurs de lis d\u2019azur et en pointe de trois feuilles d\u2019érable simple tigées».Notre ami Taché eut l\u2019heureuse idée d\u2019ajouter la devise «Je me souviens!».Le contrat de construction signé le 9 février 1883 consacre un caractère officiel à la devise.Dans le présent, il faut toutefois se demander si nous avons la mémoire du passé.L\u2019A ction Nationale de mars En mars, la revue publiera un article de Marc-Adélard Tremblay sur la crise de l\u2019identité culturelle des francophones québécois.Jacques Leclerc analysera le problème de la langue sous l\u2019aspect de la QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 223 concurrence législative au Canada.Marcel Laflamme présentera certains dilemmes de la société québécoise.Paul-André Comeau écrira sur le vocabulaire qui sépare les générations.Bernard Denault parlera de la force collective des coopératives québécoises.Robert Bourbeau situera l\u2019évolution démographique des francophones hors Québec.Jean-Charles Claveau démontrera les failles de la fausse Confédération et Roméo Paquette racontera l\u2019expérience française vécue en Colombie britannique.L\u2019Action Nationale en avril En avril, la revue publiera un dossier sur la jeunesse.Voici la table des matières de ce document: Une jeunesse à la limite de deux mondes Le profd des jeunes ou leur vrai visage Le poids démographique de la jeunesse Les jeunes Néo-Québécois Les jeunes Amérindiens D\u2019une génération à l\u2019autre La vie familiale des jeunes Les valeurs sociales et nationales des jeunes La langue des jeunes L\u2019instruction en 1990 Le travail et le revenu des jeunes Le marché du travail La création d\u2019emploi L\u2019intégration des jeunes au travail Les jeunes chômeurs Les jeunes handicapés Le suicide chez les jeunes L\u2019insertion des jeunes dans la société Des initiatives heureuses La déclaration universelle des droits Pour un projet de société! La jeunesse, quelle jeunesse! Jean-Jacques SIMARD Jacques LAZURE Jacques HENRIPIN Anne LAPERRIÈRE Dominique COLLIN Gérard MARIER Léon BERNIER Louis BALTHAZAR Nicole BOUDREAU Réginald GRÉGOIRE Louise BISSON Jules BERGERON Jean-Claude GUÉRARD Madeleine GAUTHIER Pierre FORTIN Pierre HAMELIN Madeleine PLAMONDON Simon LANGLOIS Robert LAPLANTE Chantale LABRÈCHE Brigitte LEPAGE Léon DION Certes, vous reconnaissez l\u2019importance du sujet et la qualité des auteurs.Pourquoi ne pas retenir immédiatement le nombre d\u2019exem- 224 plaires que vous désirez?Vos commandes nous aideraient à prévoir le tirage supplémentaire-^ L\u2019exemplaire: 12,00$ 10 volumes 100,00$ Ecrivez à L\u2019Action Nationale, 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X1X2 514-845.8533 In memoriam: Luc Lacoursière Bernard RACINE u n éminent Québécois à qui la Société Saint-Jean-Baptiste avait décerné son prix Duvernay, en 1969, est disparu sans bruit au cours de 1989: M.Luc Lacoursière, littérateur, ethnographe et folkloriste s\u2019est éteint le 15 mai, à l\u2019hôpital Laval, de Québec, à l\u2019âge de 78 ans.Nous empruntons auDictionnairepratique des auteurs québécois un résumé de sa fructueuse carrière.Après des études à Saint-Victor de Beauce et au pensionnat Saint-Louis-de-Gonzague de Québec, au collège Saint-Anne-de-la-Pocatière, au séminaire de Québec, il se lance dans l\u2019enseignement au collège Bourget, à Rigaud; donne des cours d\u2019été de français à l\u2019université Laval et va s\u2019initier aux sciences anthropologiques et de folklore dans des universités américaines.Il enseigne la littérature française à Laval et donne des conférences à Radio-Canada.Il fait des recherches à l\u2019université Harvard, en 1943-1944; il est professeur de folklore à Laval en 1944 et y fonde les Archives de folklore.Conférencier invité dans plusieurs grandes universités étrangères, il organise, en 1961, le 14e congrès annuel de la Société internationale de musique de folklore.Reçu dans la Société royale du Canada en 1962, il est directeur du département d\u2019Etudes canadiennes à Laval, l\u2019année suivante; il donne des cours dans des universités de France en 1965; entre à la Société des Dix et est fait docteur honoris causa de McGill en 1966; reçoit le Prix Duvernay et est fait compagnon de l\u2019Ordre du Canada en IN MEMORIAM: LUC LACOURSIÈRE 226 1969.Il a trouvé le temps de diriger la collection Nénuphar et d\u2019établir une édition critique des œuvres de Nelligan.En lui remettant la médaille Lome Pierce, en 1972, M.Léopold Lamontagne avait dit de lui: «Son amour du passé, son flair de chercheur, son goût sûr de collectionneur, sa patience au travail, une quête insatiable de vérité, le raffinement de sa pensée lui ont permis de donner des règles précises et des archives aux études d\u2019ethnographie populaire commencée par E.-Z.Massicotte et Marius Barbeau.» Un vibrant hommage lui a été rendu dans La Presse du 16 mai, par un ancien élève, le journaliste Réginald Martel, qui a écrit que Luc Lacoursière était non seulement un professeur, mais aussi un maître à penser.«La rigueur de ses travaux scientifiques, son inépuisable curiosité intellectuelle, la ferveur qu\u2019il mettait à transmettre sa passion pour l\u2019ethnographie traditionnelle, tout cela lui valait l\u2019estime des élèves un peu brouillons que nous étions.«L\u2019homme était à la hauteur du savant.Parce qu\u2019il était généreux dans ses rapports avec collègues et étudiants, et d\u2019une politesse exquise qui n\u2019existe plus guère aujourd\u2019hui, l\u2019estime que nous avions tous pour lui se transformait, chez quelques-uns, dont j\u2019étais, en admiration.Celui que nous appelions affectueusement \u2018le Grand Luc\u2019 - mais jamais en sa présence - n\u2019avait que faire d\u2019un tel sentiment.Il avait gardé de sa Beauce natale une franchise et une simplicité intactes.«Les contes, les légendes et les chansons qu\u2019il a recueillis, répertoriés et analysés constituent un don immense à la collectivité.Il se désolait, il y a quelques années, qu\u2019on n\u2019en prît pas tout le soin qu\u2019il souhaitait.Dans ses enquêtes sur le terrain, il éprouvait un vif sentiment d\u2019urgence.Il fallait recueillir ce qui d\u2019un jour à l\u2019autre risquait de se perdre, emporté par la mort, au bout de son âge, de quelque vieux conteur de chantiers.Il n\u2019appréciait pas davantage que de soi-disant folkloristes trafiquassent les anciennes chansons à des fins de commerce.«Luc Lacoursière fut aussi professeur de littérature québécoise.De sa voix douce et chantante, un peu haut perchée, il nous entretenait de ses auteurs favoris, Emile Nelligan, vocation précoce tragiquement interrompue, ou Philippe Aubert de Gaspé père, vocation on ne peut 227 plus tardive.Il s\u2019amusait de ce contraste.Ceux qui ont eu le bonheur de travailler à ses côtés n\u2019oublieront jamais ce qu\u2019ils lui doivent surtout: une connaissance intime de la vraie histoire de notre peuple, dans ses gestes et dans ses mots.» Ses funérailles ont eu lieu le 17 mai, à Beaumont, où il habitait.Il a été inhumé à Saint-Victor, où il était né en 1910.0 Compte rendu Jean Marcel: Hypatie ou la fin des dieux «J\u2019ai lu la première phrase et je n\u2019ai rien compris.J\u2019ai lu le deuxième paragraphe et je n\u2019ai rien compris.J\u2019ai lu toute la première page et je fus illuminé.Les larmes de l\u2019étonnement coulaient toutes sur mes joues1.»: métaphore pour illustrer la difficulté que peut rencontrer, à son premier contact, le lecteur deHypatie ou la fin des dieux, roman d\u2019une rare et terrible beauté: «La lumière qui en émane éblouit et aveugle les yeux qui s\u2019y posent par mégarde, s\u2019ils ne sont pas préparés2.» Que 1 e Prologue nous serve d\u2019illustration.Un vocabulaire spécialisé3.Des lieux déroutants4.Rien n\u2019épargne le lecteur aux prises avec un récit dont les coordonnées temporelles s\u2019étendent sur quinze siècles d\u2019histoire et qui concerne l\u2019un des états de l\u2019homme les moins bien connus ici: le moine d\u2019Orient.Le moine Philamon vit près du désert, sur le mont Sinaï et autour de lui; il transgresse, un jour de 1967, un interdit formulé par son ordre au IXe s.; appartenant à une tradition monastique vieille «d\u2019un millénaire et quelques siècles», il quitte un monastère construit au VIe s.Effet d\u2019étrangeté.Effet de surprise aussi.Troublante expérience humaine: un homme qui a consacré sa vie à se conformer à une «règle» stricte, sans raison immédiatement perceptible, désobéit.Puis, sa dés- 1.\tT.Ben Jalloun, L\u2019enfant de sable, Paris, Seuil, 1985, p.12.2.\tIbid 3.\tL\u2019auteur emploie, par exemple, les mots higoumène, apostille, cénobite, apa, tau, anachorète, archimandrite, vergeures, pontuseaux.4.\tPar exemple, Deir-el-Boustan, Deir-er-Riboua, Deir-el-Arbaïm, Sainte-Katherin-du-désert, Pharan, Golan, Djebelyê ou Djebel Moussa. COMPTE RENDU 229 obéissance le conduit à une révélation non moins singulière: des voix intérieures l\u2019appellent à fixer en son centre «l\u2019insoutenable regard du soleil»: [.] Philamon fixait toujours le cœur du feu royal jusqu\u2019à ce qu\u2019il ne sût plus si c\u2019était lui qui regardait le soleil ou si c\u2019était le soleil qui regardait au fond de lui, anéanti de lumière, ivre plus encore des dieux.C\u2019était le solstice de l\u2019âme, (p.28) Plus prodigieux encore, le corps du moine désobéissant devient de pierre et ses paupières se lèveront une fois en chaque siècle pour laisser paraître ses prunelles lumineuses: regard intense jeté sur le monde.La fonction de ce Prologue apparaît d\u2019emblée: fonder un ordre onirique, libéré du contrôle de la raison, situant par là dans l\u2019ordre de l\u2019imaginaire les événements que le récit situe dans la seconde moitié du XXe s.et qui nous projette dans le temps, jusqu\u2019au IVe s.Des sept parties narratives qui composent le roman, une autre se situe effectivement en 1967: c\u2019est une «Lettre du bollandiste5 F.H.à Philamon», placée au centre du roman, et qui vient jeter un éclairage partiel sur de larges pans que le récit avait laissés dans l\u2019ombre.Mais, le caractère onirique, établi dès le Prologue, doit déterminer la lecture de cette «lettre».Sinon, on risque de ne plus y trouver le plaisir que doit procurer le jeu, savamment construit et dont la complexité des règles ne nous sera connue qu\u2019à la fin de la lecture, mais au cours duquel l\u2019auteur nous aura fourni des clés: «Dans presque toute histoire, quelque véritable qu\u2019elle puisse être, il est difficile et quelquefois voire impossible de démontrer la vérité» (p.129).Si l\u2019on oubliait que l\u2019on se situe là, comme ailleurs, dans l\u2019ordre du jeu et du rêve, on pourrait alors se croire devant un texte ardu, trop scientifique ou trop érudit, mais c\u2019est là le stratagème, prétexte du jeu d\u2019où l\u2019ironie n\u2019est certes pas absente - Rome aurait soumis à «toutes les lumières de la science la difficile question» de savoir si l\u2019on doit perpétuer le culte de sainte Catherine d\u2019Alexandrie par le maintien d\u2019inscription au calendrier des saints6.Là-dessus, le roman s\u2019élabore 5.\tNouvelle épreuve lexicologique! 6.\tOn retira effectivement du calendrier romain, en 1969, le nom de sainte Catherine que l\u2019on fêtait le 25 novembre en Occident et que l\u2019Église d\u2019Orient continue de célébrer le 8 décembre. 230 autour de diverses énigmes, doctement répertoriées ou construites, où figurent ceux qui ont configuré l\u2019imaginaire occidental.Nous sont livrés, dans une progression plus géométrique que linéaire, lettres, fragments de lettres ou manuscrits attribués à des personnages historiques (dont Hypatie, bien sûr), chaque discours développant son rythme propre, ses images, sa couleur, son ton, véritable polyphonie sur le motif d\u2019événements historiques aussi attestés (dont l\u2019incendie de la bibliothèque d\u2019Alexandrie, décrit d\u2019une façon bouleversante).Les sept textes qui forment le roman trouvent leur unité dans une thématique où sont mis en abîme la fin de l\u2019individu et la fin des civilisations.Le livre s\u2019ouvre sur une citation de S.Weil: «Tu ne pourrais pas désirer être née à une meilleure époque que celle-ci, où on a tout perdu» et s\u2019achève par un manuscrit qui aurait été rédigé lors de la chute de Rome: «Les Barbares sont désormais dans Rome, ils seront sous peu en nous» (p.225).Il règne dans ce grand roman d\u2019atmosphère wagnérienne sur «la fin des dieux» une originalité toute singulière qui aboutit dans un troublant renversement des perspectives sur la mort: «Lorsque j\u2019y parviendrai, enfin, dans des temps qui ne sauraient tarder, qu\u2019un rire, alors surgi d\u2019on ne sait où, dissipe à jamais mes restes et mes cendres.[.] Pour toute éternité, il me suffit d\u2019avoir été» (p.226).Cette pensée que l\u2019on aurait pu croire propre au XXe s.est en fait celle de Palladas, disciple de Hypatie-Catherine, qui la formule à la frontière de l\u2019Antiquité et du Moyen Age.Quelque quinze siècles plus tard, la mort aurait-elle pris un sens dans le prodigue devant opérer pour l\u2019éternité: regard lumineux jeté sur le monde jusqu\u2019à l\u2019épuisement des âges.?Rien n\u2019est moins sûr.En effet, rien n\u2019est sûr dans cette ouvrage dont la force et l\u2019intérêt résident précisément dans l\u2019interrogation même des relations qui unissent l\u2019Homme, l\u2019écriture et la réalité.La grande unité qui caractérise ce qu\u2019il est convenu de désigner comme le fond et la forme devient elle-même suspecte.Le roman s\u2019ouvre par un Prologue qui évoque de façon puissante comment une erreur de traduction est devenue source de toute une tradition de l\u2019ascèse.Or, une partie importante - sinon essentielle - de ce texte romanesque est elle-même la «traduction française» de lettres que des personnages de la fin de l\u2019Antiquité se seraient échangées.Doit-on s\u2019y fier, dès lors qu\u2019il appert que toute COMPTE RENDU 231 science paraît impuissante à débusquer la pervertion païenne que l\u2019imagination amoureuse d\u2019un Palladas aurait fait subir au culte chrétien?Histoire incertaine qui nous est donnée dans un procédé non moins incertain.Le titre lui-même appelle à l\u2019interprétation et commande une «traduction»: «ou» inclusif (Hypathie et la fin des dieux) ou «ou» exclusif (culte de Hypathie pour éviter la fin des dieux)?On le voit, Jean Marcel nous livre avec Hypatie ou la fin des dieux une prose qui investit pleinement - et sans compromis - et l\u2019intelligence et le cœur.Il se révèle par ce roman l\u2019un des grands écrivains de la période contemporaine.Et si sa voix rappelle parfois par certains côtés celle d\u2019une Marguerite Yourcenare7 8, elle n\u2019en est pas moins foncièrement personnelle, et résolument moderne, comme le note M.Pou-liot dans Nuit blanche.Ce roman doit être le premier d\u2019une trilogie au titre magnifiquement évocateur: Tryptique des temps perdus?.Si les deux dernières parties de cette trilogie devaient être aussi admirables et aussi envoûtantes que Hypatie ou la fin des dieux9, la littérature québécoise aurait dorénavant son premier monument, cependant que la littérature d\u2019expression française, l\u2019un de ses auteurs les plus considérables.?Michel Le Bel 7.\tSurtout la Yourcenar des Mémoires d\u2019Hadrien.8.\tLa deuxième partie de la trilogie sera en effet intitulée Jérôme ou de la traduction; la dernière: Sidoine ou la dernière fête.9.\tG.Cloutier, titrait sa critique «Hypatie ou la fin des dieux», de Jean Marcel: «Une incontestable réussite sur tous les plans», in Le Soleil, 1er avril 1989, p.D-12; il avait raison.Au moment d\u2019écrire ces lignes, la radio annonce que le roman de Jean Marcel, membre de La Ligue d\u2019Action Nationale, vient de mériter le prix Molson de l\u2019Académie canadienne-française. NOUS COMPTONS SUR VOUS Depuis 73 ans, L\u2019ACTION NATIONALE analyse les événements sociaux, politiques et économiques et fait le point sur la situation du Québec.De fait, c\u2019est la plus ancienne des revues québécoises, mais également la plus engagée.De Lionel Groulx, à nos jours, L\u2019Action Nationale a su s\u2019adjoindre des collaborateurs de renom, qui ont marqué leur époque.Faites une ACTION.NATIONALE et recrutez un nouvel abonné.Remplir le coupon et retourner à: l\u2019Action Nationale, 82 rue Sherbrooke ouest, Montréal, Québec, H2X1X3 -Téléphone (514) 845-8533 Nom____________________________________ Prénom_________________________________ Adresse________________________________ Ville _________________________________ Code postal____________________________ Téléphone: Bureau____________ Résidence Profession _ Abonnement Abonnement de soutien 1 an (10 numéros) 2 ans (20 numéros) 35,00$\t60,00$ 75,00$ et plus ICI HYDROQUÉBEC f\\\t- |ggw^=; J L\u2019environnement c\u2019est tout naturel L\u2019environnement est un bien collectif que les êtres humains se doivent d\u2019utiliser, de transformer, d\u2019aménager et de gérer de manière concertée afin d\u2019en assurer la protection, la mise en valeur et la pérennité. If If If La Québécoise mnh Promutuel-vie PROMUTUEL UNE COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE-VIE PLEINE DE PROMESSES 7 SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS S\u2019UNISSENT À 42 SOCIÉTÉS MUTUELLES D\u2019ASSURANCE GÉNÉRALE POUR CONSTITUER UN IMPORTANT RÉSEAU DE DISTRIBUTION DE PRODUITS D\u2019ASSURANCE-VIE AU SERVICE DU QUÉBEC ET DES QUÉBÉCOIS POUR LA COLLECTIVITÉ LA QUÉBÉCOISE PROMUTUEL-VIE JULES FUGÈRE PRÉSIDENT RENE DAIGNEAULT DIRECTEUR GÉNÉRAL 134, RUE SAINT-CHARLES SAINT-J EAN-SUR-RICHELIEU (QUÉBEC) J3B2C3 LE GROUPE Fiona DISMAT È- ':'v ?.- ft flFrtS !?.Æk\\ i imk UNE NOUVELLE FORCE ÉCONOMIQUE QUÉBÉCOISE \tieRêno valeur Huxîîîîîl\t/ytk.LE CHANTIER\t«1 (âïsmatl \tD1 LE QUINCAIL1.EUR\t\u2022 BOTANIX\t Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins SOCIETE NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, boulevard de Maisonneuve ouest bureau 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 â HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE du Centre du Québec HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal \t Dili\tCLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste GROUPE T.C.G.(Québec] Inc.\t604, rue Waterloo London - Ontario N6B2R3 Sr rolmex Produits naturels 1155, Nobel, C.P.1005, Boucherville J4B 7L1 Tél.: 866-6318(1-800-361-9123) Pensez Santé, pensez Tremblay, Bertrand, Bois, Mignault, Duperrey et Lemay 1195, avenue Lavigerie, bureau 200 Sainte-Foy (Québec) GIV 4N3 GUY BERTRAND AVOCAT Téléphone: 418-658-9966 Télex:\t051-31726 Télécopieur:\t658-6100 Avec les hommages du Mouvement National des Québécois et de ses sociétés affiliées 2207, rue Fullum Montréal H2K 3P1 Tél,: (514) 527-9891 Fax: (514) 527-9460 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE (ondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM ADRESSE Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 40,00$\t44,00$ 20.00\t24,00 60.00\t64,00 40.00\t44,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V 3R6 Tél.: 271-4759 relations Le magazine québécois de l'actualité sociale, politique et religieuse.Notre monde est trop malin, disait l\u2019économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.Dans un monde fébrile et désenchanté, le souci de la justice et l'expérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe, mais un guide de survie.Chaque mois, l'équipe de Relations vous invite à dépasser l'anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Eglise.ABONNEMENT 1 an (10 nos): 16,00$ à l'étranger: 20,00$ RELATIONS 8100, boul.Saint Laurent Montréal (Québec) H2P 2L9 Rappel Avez-vous fait parvenir votre souscription à la Fondation Esdras-Minville?Sinon, il est toujours le temps de le faire.Libellez et adressez votre chèque à: LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE 82 ouest, rue Sherbrooke Montréal H2X 1X3 -\tVous recevrez un reçu qui rend votre don déductible des impôts fédéral et provincial.-\tNous déposerons votre don à la FONDATION ESDRAS-MINVILLE.DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 tél.845-8533 La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président: Delmas Lévesque Vice- présidents: René blanchard Claude DUGUAY Secrétaire- trésorier: Gérard turcotte Ex-président: Yvon GROULX Membres: Thérèse baron André beauchamp Paul-A.BOUCHER Nicole BOUDREAU Jacques boulay Guy BOUTHILUER Michel brochu Louise-C.brochu Marcel chaput Jean-Charles CLAVEAU Pierre dupuis Philippe géunas Jean GENEST Léo JACQUES Jacques houle Marcel laflamme Pierre lamy Robert laplante Jean-Marc LÉGER Jacques martin Georges MEYERS Denis monière Jacques-Yvan MORIN Anna-L.NORMAND Jean-Marcel paquette Roméo PAQUETTE Charles poirier Juliette rémillard Gilles RHÉAUME Jean-Jacques roy André thibaudeau L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, L\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras-Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assumant la permanence de la publication d e.L\u2019Action Nationale.Éditions de L\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, L\u2019Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X1X3 (514)845-8533 1 1-90 M.Robert Côté Cas* postale 666 St\u2014Pascal , C o.Kamou r a ska GOL 3Y0 L\u2019Action Nationale a 74 ans et deux mois «Une génération ne peut rester indifférente au legs moral qu\u2019elle laisse après elle.Nous travaillons pour le plus long avenir.Si vraiment nous parvenons à susciter un des grands moments de la pensée française au Canada, c\u2019est une action sans fin qui s\u2019en ira toujours agissante dans la vie de notre race.Comme il importe, dès lors, que cette action porte avec elle-même toutes les vertus de la vie, du progrès et de la durée!»\tj.Lionel Groulx, ptre ! L\u2019Action française, février 1917, p.37.* "]
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