Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

L'action nationale, 1991-03, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" //Action NATIONALE «Un peuple en marclie» Volume LXXXI, numéro 3, mars 1991 | Évolution démolinguistique ! des francophones hors Québec Robert Bourbeau Le plein emploi sans inflation est-il possible au Québec?Pierre Fortin Un modèle de puissance , linguistique: le cas du français Jacques Leclerc j___________________ j Ile Gaulle et U émergence ! internationale du Québec Claude Morin l\u2019Action NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Gérard TURCOTTE Secrétaire: Monique TREMBLAY Comité de rédaction: André GAULIN, Robert LAPLANTE, Alain LARAMÉE, Gérard TURCOTTE et Rosaire MORIN, secrétaire de la rédaction Abonnement:\t\t \t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t35,00$\t60,00$ Autres pays\t45,00$\t75,00$ Abonnement de soutien\t75,00$\t Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019Index de périodiques canadiens» depuis 1948 et dans «Point de repère», publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans «l\u2019Index analytique» et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans «Radar» et dans «Périodex».Les articles demeurent la responsabilité de leurs auteurs.La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action Nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.ISSN-0001-7469\tCourrier de la deuxième classe ISBN-2-89070\tEnregistrement numéro 1162 Dépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 - 845-8533 l\u2019Action NATIONALE «Un peuple en marche» Volume LXXXI, numéro 3, mars 1991 TABLE DES MATIÈRES André et Jean-Pierre ne veulent pas comprendre Rosaire Morin, Gérard Turcotte Évolution démolinguistique des francophones hors Québec Robert Bourbeau Le plein emploi sans inflation est-il possible au Québec?Pierre Fortin Le rapport Allaire Bernard Racine La littérature fantastique québécoise depuis 1980 Michel Lord Un modèle de puissance linguistique: le cas du français Jacques Leclerc De Gaulle et l\u2019émergence internationale du Québec Claude Morin À nos deux commissions dites «nationales» Jacques Boucher Robert Choquette Bernard Racine Marcel Chaput Gilles Rhéaume Questions d\u2019action nationale Rosaire Morin Le premier directeur de la revue Rosaire Morin 323 330 343 364 380 400 419 432 435 439 442 456 L'Action Nationale L\u2019Action Nationale existe pour défendre et promouvoir le fait français au Québec, au Canada et à travers l\u2019univers.Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain et pour faciliter l\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes.Champ d\u2019observation L\u2019Action Nationale s\u2019intéresse aussi à la vie des francophones hors Québec.Elle présente des chroniques sur des problèmes internationaux.Elle reflète certaines préoccupations partagées par des associations coopératives, syndicales et patronales.Elle publie des comptes rendus sur des volumes qui contribuent au progrès de la nation.Liberté d\u2019expression L\u2019Action Nationale fait appel à un grand nombre de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019Action Nationale peut refuser de publier un texte qui ne correspond pas au programme de la revue.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections.L\u2019article demandé peut comprendre de 20 à 25 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Il doit être dactylographié sur papier 8l/2 x 11, à double interligne.L\u2019heure de tombée indiquée est la limite de temps à ne pas franchir.O Éditorial André et Jean-Pierre ne veulent pas comprendre Nos deux députés, André et Jean-Pierre, sont obéissants, soumis, disciplinés.Ils suivent aveuglément la ligne partisane.Ils ne voient pas.Ils n \u2019entendent pas.Ils n \u2019écoutent pas.Ils ont toujours raison.Ils n\u2019acceptent même pas l\u2019évidence.Ils sont souvent cassants, arrogants, insolents.Ils rejettent la réalité.Leur certitude est inébranlable.Leurs valeurs sont étrangères et non québécoises.Nos deux députés défendent mal la cause du Canada.Ils s\u2019efforcent de mettre en boîte les témoins.Leur plaidoirie est conservatrice et non libérale.Leurs interventions sont parfois litigieuses, voire même grotesques.Leurs éloges du fédéralisme sèment la frousse, la trouille.Bref, leur participation à la «Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnelle du Québec» favorise la cause indépendantiste.Une voie sans issue Nos deux députés ne veulent pas comprendre.Ils brouillent les ondes.Leurs messages peuvent influencer.L\u2019écho les répétera au loin, d\u2019une façon plus habile.C\u2019est pourquoi nous voulons redire une dernière fois ce que nous avons déjà expliqué cent fois et plus.De grands changements constitutionnels s\u2019imposent.Les Québécois et les Québécoises demandent le rapatriement au Québec des pouvoirs du fédéral.Même monsieur Mulroney s\u2019interroge.Ce n\u2019est pas peu dire.Seul monsieur Chrétien vit d\u2019espoir.Il a encore la foi.Mais l\u2019espérance s\u2019est volatilisée.Depuis cinquante ans, le Canada anglais a refusé presque toutes les demandes du Québec.Comment pourrait-il accepter les réclamations majeures qui se préparent?Les règles du jeu sont précises.Elles sont intraitables.Pour modifier les institutions de la Confédération, l\u2019article 41 de la 324 Constitution Trudeau exige l\u2019unanimité des provinces.Jamais les neuf provinces anglaises n \u2019accepteront les 92 résolutions du Québec.Le 23 juin dernier, elles ont repoussé les 5 exigences minimales du gouvernement Bourassa.Ce ne sont pas MM.Wells et Filmon qui ont dit NON: la majorité anglo-canadienne a dit NON.En témoignent les sondages.Pour la récupération des pouvoirs, l\u2019article 38 de la Constitution TRUDEAU nécessite l\u2019approbation de 7provinces représentant 50 pour cent de la population.Jamais le Québec ne pourra obtenir les pouvoirs nécessaires à son développement, parce que jamais 7 provinces vont y consentir.Mais les provinces anglaises pourront, elles, centraliser à leur goût.En 1982, elles ont modifié la constitution sans le consentement du Québec.Ce qui s\u2019est produit peut se reproduire.C\u2019est ainsi que tout espoir de renouvellement constitutionnel favorable au Québec devient impossible avec la constitution de M.Trudeau, le grand patron du député André.À ce jour, on nous a imposé des constitutions que nous n \u2019avons jamais acceptées.Que nos deux députés y consentent ou non, le Québec n \u2019a pas le choix: il doit négocier à l\u2019extérieur de la Constitution canadienne.Le cousinage canadien est terminé.Le voisinage sera plus profitable pour tous.Bon prince, nous laisserons les trois bateaux de guerre du Canada descendre les eaux du fleuve vers l\u2019Irak, mais nous ne paierons plus la facture.La Cour suprême Docteur Hogue, M.Ouellet dit le libéral, vous devriez comprendre le jeu des institutions fédérales.Elles sont centralisées et centralisatrices.Elles sont sous le seul contrôle du fédéral.Le gouvernement du Québec n\u2019a aucune influence sur elles.A titre d\u2019exemple, citons la sourde oreille de la Banque du Canada aux demandes répétées du Québec d\u2019abaisser les taux d\u2019intérêt et de stabiliser la valeur de la monnaie canadienne.Pour terminer notre examen du fédéralisme, car nous ne voulons plus en parler, regardons de près le rôle de la Cour suprême.Cet organisme fédéral de dernier recours est un exemple de la voracité politique.Il a même modifié d\u2019importantes législations de l\u2019Assemblée nationale du Québec et les tendances récentes s\u2019avèrent très ÉDITORIAL 325 dangereuses.Certains jugements ont démontré que le Québec ne peut dépendre d\u2019un tribunal d\u2019appel étranger pour interpréter les litiges de tout ordre qui interviennent dans la vie de la société québécoise.Les arrêts sur le rapatriement de la constitution, sur le droit de veto du Québec, sur la télédiffusion par câble, sur les ressources sous-marines sont très significatifs.D\u2019autres décisions ont altéré la Loi 101, agrandi l\u2019interprétation de la dimension nationale, modifié le droit commercial et favorisé le pouvoir fédéral.Regardons ces derniers aspects.Se peut-il que nos deux députés comprennent?Alors la souveraineté serait adoptée à l\u2019unanimité des citoyens québécois.Même M.Libman voterait en faveur.Quel miracle! La Loi 101 Le 3 décembre 1979, la Cour suprême décrète que le Québec doit adopter ses lois en deux versions officielles, anglaise et française, et que toute personne a le droit d\u2019utiliser l\u2019anglais ou le français devant les tribunaux, y compris les entreprises.Ce jugement affaiblissait le statut du français comme seule langue officielle et il annulait les effets des articles 7 à 13 de la Loi 101.En 1984, la Cour suprême décrète que toutes les familles dont un membre (père, mère, enfant) a reçu l\u2019enseignement en anglais n\u2019importe où au Canada peut fréquenter au Québec l\u2019école anglaise.Ce jugement substitue une «clause Canada» à la «clause Québec» prévue à l\u2019article 72 de la Loi 101.Le 15 décembre 1988, la Cour suprême décrète que l\u2019affichage commercial en français seulement est contraire à la liberté d\u2019expression.Ce jugement modifie l\u2019article 58 de la Loi 101 et il conduit le Québec à adopter la Loi 178 et à utiliser la clause «nonobstant».Jean-Pierre et André, acceptez-vous qu\u2019un tribunal fédéral, majoritairement anglophone, dicte à la majorité française du Québec une politique linguistique contraire à la législation de son Assemblée nationale?Ah! c\u2019est vrai, vous admettez une telle ingérence; vous avez voté la Loi C-72 qui applique le bilinguisme au Québec, dans nombre de secteurs.Vous approuvez que le Canada anglais impose au Québec des règles linguistiques qui ont anglicisé la moitié des francophones hors Québec.C\u2019est inimaginable de voir deux «Fran- 326 ça is québécois» s\u2019opposer à la volonté du peuple québécois et de son Assemblée nationale.La dimension nationale Jean-Pierre et André, vos attitudes ne m\u2019étonnent plus.Vous demeurez indifférents au jugement de la Cour suprême qui précise que des questions confiées par la Constitution à la compétence provinciale peuvent devenir des questions de dimension nationale et relever alors du fédéral, sans qu\u2019il y ait de situation d\u2019urgence à l\u2019horizon.Tel était l\u2019avis de la Cour suprême dans l\u2019affaire «Crown Zel-lerback» jugée en 1988.Les savants juges, nommés et payés par le fédéral, ont décrété que les dispositions législatives fédérales sur le dépôt de déchets dans les eaux relevant du territoire et de la propriété provinciales étaient valides; elles avaient un objet de dimension nationale: la protection de l\u2019environnement marin.Une telle interprétation peut rendre prioritaire la législation fédérale dans à peu près tous les domaines.Jean-Pierre et André, permettez-nous de poursuivre notre exercice, non pas pour vous, mais pour des compatriotes qui peuvent juger les événements comme ils se déroulent.Le droit commercial En avril 1989, la Cour suprême a jugé deux causes dont les arrêts sont fort importants.Dans les affaires «Rocois Construction» et «General Motors», elle a décidé que la législation fédérale sur la concurrence s\u2019applique au commerce intraprovincial comme au commerce extraprovincial.En outre, les deux arrêts reconnaissaient que le droit commercial fédéral pouvait être mis en œuvre dans une province par la Cour fédérale du Canada.Ces deux jugements constituent une ingérence qui menace l\u2019intégrité du droit civil et du droit commercial dévolus aux provinces par la constitution.Désormais, cette jurisprudence peut s\u2019appliquer à l\u2019ensemble des politiques économiques québécoises.Ces empiétements du fédéral par l\u2019intermédiaire de la Cour suprême ne préoccupent pas nos deux députés. ÉDITORIAL 327 Les entreprises de communication Il n\u2019y a pas d\u2019hommes plus sourds que ceux qui ne veulent pas comprendre.Nos deux députés sont les plus durs d\u2019oreille jamais vus.Ils savent; ils comprennent; ils continuent à trahir les intérêts supérieurs des «Français québécois».Comment peuvent-ils renier ainsi leur origine?Comment peuvent-ils ignorer les ingérences persistantes du fédéral par l\u2019action continue de la Cour suprême?Ils ont certes pris connaissance du jugement rendu, en 1988, dans l\u2019affaire Bell Canada.Les savants juges ont alors décrété que la Loi sur la santé et la sécurité du travail portant sur le retrait préventif de la femme enceinte ne s\u2019applique pas à Bell, parce qu\u2019elle affecte la main-d\u2019œuvre de l\u2019entreprise.Ainsi seront désormais tranchées au profit du fédéral les relations de travail des grandes entreprises dites fédérales, privées ou publiques, d\u2019aéronautique, de chemin de fer, de radio, de téléphonie, de télévision, de transport routier.Nos députés n\u2019ont pas protesté, même si cet arrêt diminuait la capacité du Québec dans le domaine du travail.Ils n\u2019ont pas non plus rouspété contre l\u2019arrêt de la Cour suprême qui, en 1989, décidait qu\u2019Alberta Government Telephone, société provinciale d\u2019État en téléphonie, relevait de la compétence fédérale parce que ses installations étaient raccordées à des entreprises extraprovinciales.Cette décision affecte les compagnies de téléphonie du Québec.Elle frappera probablement Hydro-Québec dont le réseau est raccordé à des réseaux extraprovinciaux.L\u2019espoir Cette argumentation sur la Cour suprême peut être développée pour l\u2019ensemble des institutions fédérales.Déjà, cent fois, ces analyses ont été faites dans la revue.Nous ne voulons plus y revenir.A partir du mois prochain, nos éditoriaux porteront sur l\u2019avenir, sur le pays à bâtir, sur le projet de société à élaborer, sur la place du Québec dans le monde.Mais à la veille du rapport de la «Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel», nous avons voulu démontrer une dernière fois qu\u2019il n\u2019était plus possible de croire au fédéralisme «renouvelé».Nous avons souvenance du «non» au référendum qui voulait 328 dire «oui» au Québec.Après avoir été odieusement trompés en 1982 et en juin 1990, nous avons perdu confiance en la bonne foi de partenaires qui veulent la durabilité de leur domination.Nous entendons rester en dehors de la constitution, c\u2019est-à-dire en dehors du Canada.Nous serons les maîtres de notre destin.«Nous avons les moyens de nos ambitions» écrivait la FTQ dans son mémoire à la CAPCQ.N\u2019en déplaise à Jean-Pierre et à André, le Québec est parvenu à l\u2019âge adulte.Il peut décider par lui-même.Il veut devenir une société de culture française, humaine, démocratique et fraternelle.Il s\u2019engagera dans une guerre contre la pauvreté, et non contre l\u2019Irak.Il n\u2019érigera ni mur de Berlin aux frontières du Nouveau-Brunswick, ni muraille de Chine sur les rives de l\u2019Outaouais.Désormais, le Québec signera des traités internationaux avec ses voisins de l\u2019Ouest, de l\u2019Est et du Sud, selon ses intérêts, et il s\u2019engagera résolument dans la conquête des marchés mondiaux.Seule l\u2019indépendance peut nous donner la liberté.Cette liberté, nous devons nous la donner dans les 3 prochaines années.Aux défaitistes du Conseil du patronat qui prédisent que les dix plaies d\u2019Égypte s\u2019abattront sur notre territoire, nous leur répondons que déjà le Québec paie chèrement pour son appartenance au Canada.Depuis longtemps et de façon évidente le Canada est incapable d\u2019un comportement respectueux du fait français.La politique fédérale de population et d\u2019immigration est responsable en large partie du déclin démographique québécois et de l\u2019intégration des immigrants au bloc anglophone.Les législations fédérales concurrentes et incohérentes dans les domaines du travail, de la sécurité sociale et du développement régional sont les causes principales de l\u2019exode rural et de la présence d\u2019un million d\u2019assistés sociaux et de chômeurs qui hypothèquent l\u2019économie du Québec.Les disparités entre les lois fédérales et québécoises aboutissent à des inégalités entre femmes et hommes et elles comportent des coûts sociaux imposants.La multiplicité des impôts et les chevauchements de ministères, de législations, de règlements et de programmes constituent un gaspillage éhonté.Ces problèmes majeurs que les gouvernements actuels semblent incapables de résoudre constitueront les premiers défis de la république du Québec.Pour passer à l\u2019action, il est pressant de mettre ÉDITORIAL 329 fin à l\u2019impasse actuelle.Il y a quelques mois, nous nous demandions ce qu\u2019il fallait faire «après la Commission».Le temps a répondu à l\u2019interrogation.Laissons parler le peuple.P osons-lui une question claire qui porte sur l\u2019essentiel: l\u2019indépendance.Ne nous engageons pas dans des voies sans issue, dans des routes secondaires.On ne peut même pas se partager, les deux tiers de la population sur la route 20 vers Québec et les autres empruntant la route 40 en direction d\u2019Ottawa.Engageons-nous sur le chemin du Roy, cette voie royale que de Gaulle a parcourue «dans l\u2019honneur et l\u2019enthousiasme».L\u2019heure est solennelle.L\u2019heure qui passe ne reviendra pas.Ne manquons pas la chance qui se présente.C\u2019est un moment historique dans la vie du Québec.Le fil conducteur du passé nous propose un rendez-vous avec l\u2019histoire.«Notre noviciat aux portes de l\u2019histoire a suffisamment duré.» Le temps est venu de nous donner un vrai PAYSU Rosaire Morin Gérard Turcotte y Evolution démolinguistique des francophones hors Québec Robert BOURBEAU, Ph.D.professeur agrégé Faculté des arts et des sciences Département de démographie Université de Montréal «Y\u2019a des jours de plaine où j\u2019entends gémir la langue de ma mère Y\u2019a des jours de plaine où l\u2019on n\u2019entend plus rien à cause du vent.Y\u2019a des jours de plaine où je n\u2019entends plus la langue de ma mère Y\u2019a des jours de plaine où même mes grands-pères ne sont plus dans le vent» Daniel Lavoie (1990) Introduction Le but de l\u2019article est de présenter l\u2019évolution démolinguistique générale des francophones hors Québec depuis 1931.Nous ferons d\u2019abord état de l\u2019évolution de leur effectif à l\u2019extérieur du Québec depuis 1931; puis, nous analyserons brièvement la situation du maintien de la langue française dans chacune des provinces de 1971 à 1986. ÉVOLUTION DÉMOLINGUISTIQUE DES FRANCOPHONES 331 Nous nous attarderons par la suite sur quelques provinces où la présence de francophones est plus importante, soit en nombres absolus, soit en nombres relatifs.Pour ces provinces, nous ferons intervenir quelques variables démolinguistiques pertinentes \u2014principalement le bilinguisme \u2014qui pourraient nous aider à comprendre leur évolution.I_/analyse présentée ici est essentiellement faite à partir des données de recensements canadiens qui fournissent un grand nombre d\u2019informations sur les variables ethniques et linguistiques.Cependant, il faut souligner les limites de ces données pour décrire la réalité vécue par les minorités françaises hors Québec.Les tendances observées ne reflètent pas toujours un comportement réel; plusieurs facteurs autres que strictement démographiques influencent le renouvellement des groupes minoritaires.Ainsi, le milieu de travail, les moyens de communications, les échanges informels entre les groupes sont autant de facteurs dont il faut aussi tenir compte; et il n\u2019est pas toujours facile de départager les causes et les effets.Par exemple, l\u2019hétérogamie est-elle une cause ou un effet de l\u2019anglicisation?En conséquence, nous ne prétendons pas établir ici un bilan complet de la situation des francophones hors Québec: nous soumettons plutôt aux lecteurs des éléments de réflexion sur ce sujet en nous appuyant sur quelques données démographiques.Évolution des effectifs à l\u2019extérieur du Québec de 1931 à 1986 Le tableau 1 retrace brièvement l\u2019évolution du nombre de personnes qui, entre 1931 et 1986, étaient soit d\u2019origine ethnique française, soit de langue maternelle française (nous les appellerons les francophonais1), soit de langue d\u2019usage française (nous parlerons 1.Cette appellation, suggérée par Marc Tremblay (1989), s\u2019avère fort utile pour bien distinguer les groupes linguistiques définis selon la langue maternelle et selon la langue d\u2019usage et pour éviter les longues périphrases décrivant chacun de ces groupes. 332 alors des francophones).Rappelons que l\u2019origine ethnique est un concept qui a trait à une réalité ancienne et qui peut être peu révélatrice, puisqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019origine du premier ancêtre paternel arrivé au pays.La langue maternelle est la première langue apprise et encore comprise: elle correspond à ce que l\u2019on peut appeler la langue de la petite enfance.La langue d\u2019usage est la langue parlée le plus souvent à la maison.Les données du tableau 1 ne sont pas parfaitement comparables à travers le temps à cause de différents changements dans le mode de collecte et dans le libellé des questions; cependant, pour notre propos, ces modifications ont peu d\u2019impact.L\u2019importance relative des personnes d\u2019origine ethnique française à l\u2019extérieur du Québec a peu varié depuis 1931; elle s\u2019est située entre 9 et 10% de la population totale.Le même phénomène de faible variation se retrouve dans chacune des provinces, à des niveaux différents cependant: les proportions varient autour de 35 à 40% au Nouveau-Brunswick, mais de 3 à 5% à Terre-Neuve et en Colombie-Britannique.Le nombre de personnes de langue maternelle française hors Québec a augmenté de 75% entre 1931 et 1986 mais, en nombres relatifs, leur importance a diminué, passant de 7,2% en 1931 à 5,0% en 1986; cette diminution du poids relatif des franco-phonais s\u2019observe dans toutes les provinces, sauf au Nouveau- Tableau 1 Importance numérique et relative des francophones hors Québec et indice de continuité linguistique, Canada, 1931-1986 Année\tOrigine ethnique Nombre\t%\t\tLangue maternelle Nombre\t%\t\tLangue d\u2019usage Nombre %\t\tIndice de continuité 1931\t657 931\t8,77\t540 105\t7,20\t\t\t 1941\t788 006\t9,64\t647 466\t7,92\t\t\t 1951\t990 969\t9,96\t721 820\t7,25\t\t\t 1961\t1 298 992\t10,01\t853 462\t6,58\t\t\t 1971\t1 420 760\t9,14\t926 400\t5,96\t675 925\t4,35\t0,730 1981\t1 598 215\t9,02\t942 080\t5,26\t666 180\t3,76\t0,715 1986\t1 856 330\t10,00\t945 860\t5,04\t672 470\t3,62\t0,718 Note: L indice de continuité est le rapport du pourcentage de personnes de langue d'usage française sur le pourcentage de personnes de langue maternelle française.Source: Statistique Canada, Recensements du Canada, 1931 à 1986. ÉVOLUTION DÉMOLINGUIST1QUE DES FRANCOPHONES 333 Brunswick où il s\u2019est maintenu aux environs du tiers de la population.Quant aux personnes de langue d\u2019usage française, dont on peut retracer l\u2019évolution depuis 1971 seulement, leur effectif est demeuré stationnaire à environ 675 000 personnes; en nombres relatifs, l\u2019importance des francophones a aussi diminué, passant de 4,4% en 1971 à 3,6% en 1986.Ainsi, en 1986, sur 1 856 330 personnes d\u2019origine ethnique française hors Québec, seulement 945 860 (51%) sont de langue maternelle française; par ailleurs, on remarque que 672 470 personnes déclarent utiliser le français le plus souvent à la maison, soit 71,1% des personnes de langue maternelle française.Cette dernière proportion est appelée indice de continuité linguistique; elle traduit de manière globale la vitalité d\u2019une langue.On constate donc, sur la base de ces données globales, que le français hors Québec ne se porte pas très bien2; il y a lieu toutefois de nuancer ces propos en examinant la situation de chacune des provinces.Évolution de l\u2019indice de continuité linguistique des francophonais selon la province de 1971 à 1986 Pour mener notre analyse, nous prendrons ici deux points de comparaison: la situation du français au Québec et la situation de l\u2019anglais et des autres langues dans les différentes provinces canadiennes (tableau 2).Au Québec, où les francophonais constituent 82,8% de la population, l\u2019indice de continuité linguistique de ces derniers est à peu près égal à l\u2019unité, c\u2019est-à-dire que le français se maintient tout au plus; en fait, on sait que le français subit des pertes au dépens de l\u2019anglais, mais que ces pertes sont compensées par des gains aux dépens des autres langues (Bourbeau, 1983).Ailleurs au Canada, l\u2019indice est toujours inférieur à l\u2019unité, mais on note de grandes différences.Au Nouveau-Brunswick, la situation est assez stable depuis 1971; plus de 90% des francophonais utilisent le français à la maison; 2.En s\u2019appuyant sur des données plus fines portant sur la transmission de la langue d\u2019une génération à l\u2019autre (mobilité intergénérationnelle), un auteur (Lachapelle, 1990) a montré que, même si la proportion de francophones diminue à l\u2019extérieur du Québec, la position du français se serait améliorée. 334 ceux-ci constituent le tiers de la population, avec 237 570 personnes.Cependant, si on ne considère que la région Nord-Est de la province, où les francophonais sont majoritaires (58% de la population totale), l\u2019indice de continuité atteint 0,96, alors que dans le Sud de la province, où les francophonais sont très largement minoritaires (environ 5% de la population totale), l\u2019indice de continuité n\u2019atteint plus que 0,58 (Bourbeau, 1989).En Ontario, la situation du français est aussi relativement stable depuis 1971 et plus de 70% des francophonais utilisent le français à la maison; dans cette province, les francophonais comptent pour 5,3% de la population, avec 484 265 personnes.Selon les régions de l\u2019Ontario où l\u2019on observe des concentrations différentes de francophonais, la situation du français est fort variable.Dans le Sud-Est (24% de francophonais) et le Nord-Est (33%), l\u2019indice de continuité dépasse 0,8 en 1986, alors que dans le reste de l\u2019Ontario (environ 2% de francophonais), il dépasse à peine 0,5.On constate de nouveau Tableau 2 Indice de continuité linguistique, Canada et provinces, 1971, 1981 et 1986 Provinces\t1971\tAnglais Année 1981\t1986\t1971\tFrançais Année 1981\t1986\t\t1971\tAutre Année 1981\t1986 Terre-Neuve\t1,005\t1,005\t1,005\t0,636\t0,686\t0,796\t0,636\t0,534\t0,492 île-du-Prince-Édouard\t1,036\t1,028\t1,029\t0,599\t0,619\t0,596\t0,378\t0,304\t0,348 Nouvelle-Écosse\t1,028\t1,027\t1,024\t0,688\t0,685\t0,698\t0,495\t0,464\t0,525 Nouveau-Brunswick\t1,047\t1,044\t1,044\t0,927\t0,935\t0,933\t0,556\t0,473\t0,496 Québec\t1,126\t1,158\t1,188\t1,001\t1,001\t1,000\t0,724\t0,720\t0,716 Ontario\t1,099\t1,110\t1,111\t0,731\t0,707\t0,711\t0,633\t0,594\t0,574 Manitoba\t1,233\t1,200\t1,189\t0,655\t0,598\t0,582\t0,497\t0,471\t0,456 Saskatchewan\t1,215\t1,166\t1,145\t0,501\t0,400\t0,383\t0,371\t0,347\t0,337 Alberta\t1,170\t1,133\t1,118\t0,486\t0,481\t0,448\t0,400\t0,428\t0,450 Colombie-Britannique\t1,122\t1,118\t1,114\t0,302\t0,335\t0,388\t0,430\t0,475\t0,488 Territoires du Nord\t1,191\t1,141\t1,151\t0,449\t0,476\t0,507\t0,742\t0,757\t0,727 CANADA\t1,114\t1,113\t1,111\t0,957\t0,958\t0,958\t0,561\t0,552\t0,548 Note: L\u2019indice de continuité calculé pour 1981 et 1986 a été corrigé pour tenir compte des différences dans les effectifs totaux de langue maternelle et de langue d\u2019usage.Sources: Statistique Canada, Recensement du Canada de 1971, 1981 et 1986.Statistique Canada, Recensement du Canada de 1986, Données linguistiques ajustées, Canada, provinces et territoires, avril 1988. ÉVOLUTION DÉMOLINGUISTIQUE DES FRANCOPHONES 335 que le français est moins en péril dans les régions où les francopho-nais forment une proportion assez importante de la population (Bour-beau, 1989).Au Manitoba, le français est en perte de vitesse depuis 1971 et moins de 60% des francophonais utilisaient le français à la maison en 1986; les francophonais du Manitoba forment un peu moins de 5% (4,87%) de la population avec 51 775 personnes en 1986.En Alberta, on observe une situation semblable à celle du Manitoba; l\u2019indice de continuité est en baisse depuis 1971 et moins de la moitié des francophonais de l\u2019Alberta utilisent le français à la maison.Les francophonais comptent pour 2,4% de la population avec des effectifs de 56 245 personnes.En fait, on remarque au tableau 2 que plus on s\u2019éloigne du Québec, moins la rétention du français est forte; ainsi, à l\u2019ouest du Manitoba, moins d\u2019un francophonais sur deux déclare utiliser le français le plus souvent à la maison.De plus, on a pu noter que le poids démographique (en nombre absolu et relatif) et le degré de concentration de la minorité française hors Québec influencent le maintien de la langue maternelle.La loi du nombre semble donc prévaloir en ce domaine, dans le cas des francophonais du moins.Si on modifie le point de vue pour observer comment se comportent l\u2019anglais et les langues «autres» au Québec et dans les autres provinces, on peut faire les constatations suivantes à partir des données du tableau 2.Le pouvoir d\u2019attraction de l\u2019anglais est bien connu et il se traduit par des indices de continuité linguistique supérieurs à l\u2019unité partout au Canada; même au Québec, où le nombre d\u2019an-glophonais est en régression (680 000 anglophonais et 10,4% de la population du Québec en 1986), l\u2019indice de continuité est non seulement supérieur à 1, mais plus élevé au Canada, à égalité avec celui du Manitoba, avec 1,18.Cet indice atteint même 1,22 dans la RMR (Région métropolitaine de recensement) de Montréal (Bourbeau, 1989).Les individus de langues maternelles non officielles (les allo-phonais) subissent, comme on peut s\u2019y attendre, une érosion de leur langue maternelle dans toutes les provinces, mais c\u2019est au Québec que leur indice de continuité est le plus fort (0,72); hors Québec, leur maintien de leur langue maternelle comme langue d\u2019usage peut 336 se comparer dans plusieurs provinces à celui des francophonais dont la langue est pourtant une des deux langues officielles du Canada.Le rôle du bilinguisme comme facteur contribuant à la perte du français comme langue d\u2019usage Le bilinguisme, on le sait, est une étape nécessaire, mais non suffisante à la réalisation d\u2019un transfert linguistique (passage d\u2019une langue d\u2019usage à une autre langue d\u2019usage).Pour comprendre davantage le phénomène de la perte du français comme langue parlée le plus souvent à la maison chez les francophonais hors Québec, nous croyons donc utile d\u2019évoquer le rôle du bilinguisme et d\u2019analyser l\u2019évolution du phénomène dans quatre provinces où la présence de francophonais est importante, c\u2019est-à-dire où on retrouve au moins 50 000 francophonais: l\u2019Ontario (484 265), le Nouveau-Brunswick (237 570), le Manitoba (51 775) et l\u2019Alberta (56 245).Évolution du bilinguisme au Canada de 1971 à 1986 Rappelons d\u2019abord quelques faits sur le phénomène du bilinguisme au Canada.Après avoir stagné aux environs de 12 à 13%, en 1931 et 1971, le bilinguisme a progressé de façon notable au Canada depuis 1971 (tableau 3); de 1971 à 1986, le taux de bilinguisme (la proportion de personnes déclarant pouvoir tenir une conversation dans les deux langues officielles, parmi l\u2019ensemble de la population) est passé de 13,5% à 16,2%.Cette augmentation se retrouve dans toutes les provinces, sauf en Saskatchewan; notons aussi qu\u2019en Alberta, le taux de bilinguisme n\u2019a pas progressé entre 1981 et 1986.Le nombre de personnes bilingues à l\u2019extérieur du Québec a augmenté de près de 40% entre 1971 et 1986.Par ailleurs, on sait que le bilinguisme a augmenté de façon beaucoup plus importante chez les personnes de moins de 25 ans (de 12,3% à 13,8%) que chez les personnes de 25 ans et plus (de 17,5% à 17,7%) entre 1981 et 1986 (Bourbeau, 1989).Ainsi, en 1986, 4 056 160 personnes se sont déclarées bilingues dans l\u2019ensemble du Canada; c\u2019est bien sûr au Québec que le taux de bilinguisme est le plus élevé (34,5%).Si on exclut les 2 226 750 personnes bilingues du Québec, il y a 1 829 410 bilingues hors Québec, soit un taux de 9,7%.Les taux varient beaucoup d\u2019une province à l\u2019autre.Au Nouveau-Brunswick, on retrouve plus de 200 000 per- ÉVOLUTION DÉMOLINGUISTIQUE DES FRANCOPHONES 337 sonnes bilingues et le taux de bilinguisme atteint près de 30%; en Ontario, on retrouve 1 057 625 bilingues, soit près de 12% de la population.Ailleurs au Canada, le taux de bilinguisme ne dépasse jamais 10%: il est le plus faible à Terre-Neuve (2,6%) et le plus fort à l\u2019île-du-Prince-Édouard (9,4%).Le bilinguisme selon la langue maternelle dans quatre provinces On sait que les personnes de langue maternelle française sont beaucoup plus susceptibles d\u2019être bilingues que les anglophonais au Canada; en 1986, près de 38% des francophonais du Canada étaient bilingues, mais seulement 8,5% des anglophonais se déclaraient bilingues.Cette fois, c\u2019est au Québec (30,5%) que les francophonais sont le moins bilingues; au Nouveau-Brunswick, le taux de bilinguisme atteint 63,2% et, dans les autres provinces, il est très élevé, se situant entre 84% et 90% (Bourbeau, 1989).Tableau 3 Taux de bilinguisme en pourcentage, Canada et provinces, 1971, 1981 et 1986 Région\t1971\t1981\t1986 Canada\t13,5\t15,3\t16,2 Terre-Neuve\t1,8\t2,3\t2,6 île-du-Prince-Édouard\t8,2\t8,1\t9,4 Nouvelle-Ecosse\t6,7\t7,4\t8,1 Nouveau-Brunswick\t21,5\t26,5\t29,1 Québec\t27,6\t32,4\t34,5 Ontario\t9,3\t10,8\t11,7 Manitoba\t8,2\t7,9\t8,8 Saskatchewan\t5,0\t4,6\t4,7 Alberta\t5,0\t6,4\t6,4 Colombie-Britannique\t4,6\t5,7\t6,2 Yukon\t6,6\t7,9\t8,6 Territoires du Nord-Ouest\t6,1\t6,0\t6,7 Sources: Statistique Canada, Recensement de 1971, 1981 (données non publiées) et 1986.Bourbeau, R.(1989), p.29. 338 Examinons maintenant la situation dans quatre provinces où on retrouve au moins 50 000 francophonais: l\u2019Ontario, le Nouveau-Brunswick, l\u2019Alberta et le Manitoba (tableau 4).Nous avons aussi inclus dans ce tableau les taux de bilinguisme au Québec et dans l\u2019ensemble du Canada, à titre de points de référence.On constate d\u2019abord que la situation prévalant dans l\u2019ensemble du Canada ne donne pas une image représentative de la situation de chacune des provinces; le niveau du bilinguisme selon la langue maternelle dépend bien sûr de plusieurs facteurs, mais le poids démographique de chaque groupe linguistique au sein d\u2019une province semble être un facteur assez déterminant.Ainsi, au Nouveau-Brunswick, le taux de bilinguisme des francophonais est plus de deux fois supérieur à celui des francophonais du Québec, ce à quoi on pouvait s\u2019attendre, compte tenu de leur situation minoritaire, mais il n\u2019atteint pas les niveaux observés dans les trois autres provinces, soit un taux de bilinguisme de l\u2019ordre de 85% à 89%.La situation du français au Nouveau-Brunswick apparaît sous cet éclairage beaucoup plus favorable que celle qui prévaut dans les trois autres provinces.Néanmoins, il ne faudrait pas négliger la situation particulière de certaines régions du Nouveau-Brunswick (Sud de la province), où les francophonais sont peu nombreux et où le risque d\u2019assimilation est plus grand.Même si leur taux de bilinguisme (85%) est d\u2019un ordre de grandeur semblable à ceux du Manitoba et de l\u2019Alberta, les francophonais de l\u2019Ontario ne peuvent être comparés aux minorités françaises de ces deux dernières provinces quant au rôle du bilinguisme dans le processus du maintien ou de la perte du français.Deux facteurs principaux distinguent l\u2019Ontario: d\u2019abord, le nombre (près de 500 000 francophonais) qui, sans être un critère absolu de résistance à l\u2019influence assimilatrice de l\u2019anglais, constitue un rempart non négligeable face à des lois reposant sur le concept du «là où le nombre le justifie»; ensuite, la proximité du Québec, qui permet à un grand nombre de francophonais ontariens d\u2019avoir accès aux médias et aux produits culturels québécois, ce qui les rendrait moins vulnérables à l\u2019assimilation (Thériault et Falardeau, 1990).La situation des deux autres provinces est, sous certains aspects, plus inquiétante.Le bilinguisme des francophonais, déjà très ÉVOLUTION DÉMOLINGUISTIQUE DES FRANCOPHONES 339 Tableau 4 Taux de bilinguisme en pourcentage selon la langue maternelle, Canada et certaines provinces, 1981, 1986 Région et langue\t1981\t1986 Nouveau-Brunswick\t\t Anglais\t8,9\t11,9 Français\t60,9\t63,2 Autre\t14,7\t15,5 Total\t26,5\t29,1 Ontario\t\t Anglais\t6,6\t7,8 Français\t83,9\t84,7 Autre\t6,5\t7,2 Total\t10,8\t11,8 Manitoba\t\t Ajiglais\t3,9\t5,4 Français\t88,6\t88,9 Autre\t2,3\t2,6 Total\t7,9\t8,8 Alberta\t\t Anglais\t4,3\t4,6 Français\t85,4\t86,0 Autre\t3,9\t3,8 Total\t6,4\t6,4 Canada\t\t Anglais\t7,6\t8,5 Français\t36,2\t37,8 Autre\t10,5\t11,5 Total\t15,3\t16,2 Québec\t\t Anglais\t53,2\t57,7 Français\t28,7\t30,5 Autre\t44,5\t47,6 Total\t32,4\t34,5 Note: Les taux de bilinguisme selon la langue maternelle ont été calculés en répar-tissant les réponses multiples quant à la langue maternelle de façon uniforme entre les langues déclarées.Cette méthode fournit une bonne approximation des taux de bilinguisme.Source: Statistique Canada, Recensements du Canada, 1981 et 1986, totalisations spéciales. 340 répandu, a continué d\u2019augmenter entre 1981 et 1986 (très légèrement, toutefois); ce phénomène se comprend assez bien, dans la mesure où la maîtrise de l\u2019anglais est le plus souvent essentielle pour fonctionner dans leur communauté.Cependant, il favorise une mobilité linguistique accrue et celle-ci est déjà très élevée, près de 60% en Alberta.Poids démographique, bilinguisme et mobilité linguistique Pour synthétiser nos propos, nous avons réuni au tableau 5 quelques indices connus qui mettent en évidence des relations entre différents phénomènes que nous avons évoqués plus haut: poids démographique d\u2019un groupe linguistique, bilinguisme et mobilité linguistique.On peut voir, pour chacune des quatre provinces étudiées, le lien entre la proportion de francophonais, la proportion d\u2019anglo-phonais, le taux de bilinguisme des francophonais et le taux de mobilité linguistique des francophonais.On constate, de façon schématique, qu\u2019une proportion élevée de francophonais dans une province (par exemple, 33% au Nouveau-Brunswick) est, dans une certaine mesure, un frein au bilinguisme et, dans une plus large mesure, à la mobilité linguistique (moins de 10%), c\u2019est-à-dire à la perte du français comme langue d\u2019usage: c\u2019est le cas du Nouveau-Brunswick.Par ailleurs, une faible proportion de francophonais (5% ou moins) (et donc une forte proportion d\u2019anglophonais et une présence importante de l\u2019anglais) se traduit par un niveau élevé de bilinguisme (entre 84 et 89%) et par une mobilité linguistique très forte, de l\u2019ordre de 40 à 60%.C\u2019est le cas des trois autres provinces: Ontario, Manitoba et Alberta.Nous sommes conscients d\u2019avoir beaucoup simplifié la réalité en tentant de décrire la situation du français à l\u2019aide de quelques données statistiques.Bien sûr, les relations entre les différents indices ne sont pas aussi évidentes et surtout, il faudrait faire intervenir d\u2019autres facteurs pour vraiment expliquer les différences entre les provinces.Parmi ces autres facteurs, mentionnons les effets de la mortalité, de la fécondité et de la migration différentielle selon le groupe linguistique, l\u2019effet de l\u2019hétérogamie dans chacune des provinces, l\u2019effet du milieu scolaire et du milieu de travail et l\u2019effet des politiques linguistiques de chaque province. ÉVOLUTION DÉMOLINGUISTIQUE DES FRANCOPHONES 341 Conclusion Quel bilan sommaire peut-on établir quant au fait français à l\u2019extérieur du Québec?Nos données confirment le constat de plusieurs auteurs sur le sujet: sauf dans les régions constituant des zones de contact avec le Québec, le français ne se porte pas très bien à l\u2019extérieur du Québec, même si la situation globale semble s\u2019être stabilisée entre 1981 et 1986.On peut bien sûr adopter un autre point de vue et se réjouir de la hausse du bilinguisme au Canada, puisque cela augmente le nombre de personnes qui peuvent s\u2019exprimer en français, ce que certains appellent les «locuteurs» potentiels du français: ils étaient un peu plus de 8 millions au Canada et près de 2 millions à l\u2019extérieur du Québec en 1986.Cependant, il faut se méfier de ces données sur le bilinguisme, car elles reposent sur une notion qui est très Tableau 5 Poids démographique, bilinguisme et mobilité linguistique des francophonais, Nouveau-Brunswick, Ontario, Manitoba et Alberta, 1981.Indice\tNouveau- Brunswick\tOntario\tManitoba\tAlberta Proportion de francophonais(%)\t33,6\t5,5\t5,1\t2,8 Proportion d\u2019anglophonais(%)\t65,1\t77,4\t71,7\t80,9 Taux de bilinguisme (%) des francophonais\t60,9\t83,9\t88,6\t85,4 Taux de mobilité linguistique des francophonais* (%)\t9,8\t40,5\t44,3\t57,6 Le taux de mobilité linguistique des francophonais est le rapport du nombre de francophonais dont la langue d\u2019usage n\u2019est pas le français (francophonais non francophones) au nombre total de francophonais.Source: Statistique Canada, Recensement du Canada, 1981. 342 subjective (une appréciation personnelle de son aptitude à soutenir une conversation dans les deux langues officielles); d\u2019ailleurs, on a pu montrer que les anglophonais se déclarent plus facilement bilingues que les francophonais.Rappelons à cet effet que plus de la moitié de la hausse du bilinguisme au Canada entre 1981 et 1986 est attribuable aux anglophonais.Il nous apparaît donc risqué d\u2019apprécier la vitalité du français à l\u2019extérieur du Québec sur la base de ces données.Si on peut, dans une certaine mesure, trouver matière à réconfort dans la hausse du nombre de personnes qui peuvent «parler» le français à l\u2019extérieur du Québec, on doit sûrement s\u2019inquiéter de la baisse, depuis au moins 1971, du nombre de francophonais qui utilisent leur langue maternelle le plus souvent à la maison (baisse des francophonais-francophones selon notre terminologie).Dans le langage de Daniel Lavoie, auteur-compositeur franco-manitobain, cette inquiétude se traduirait par: Y\u2019a trop de jours de plaine où l\u2019on n\u2019entend plus la langue de sa mère.Références: BOURBEAU, Robert (1983).«Les transferts linguistiques au Canada».Langue et Société, n° 11 (automne 1983), p.14-22.BOURBEAU, Robert (1989).Le Canada.Un profil linguistique.Ottawa, Statistique Canada, Série Le Canada à l\u2019étude, n° 98-131 au catalogue, décembre 1989, 35 p.(publié aussi en anglais sous le titre: Canada.A Linguistic Profile).LACHAPELLE, Réjean (1990).«La position du français s\u2019améliore, la proportion de francophones décroît».Langue et Société, n° 31.THÉRIAULT, Aurèle et FALARDEAU, Philippe (1990).«Les francophones hors Québec sont-ils les avant-postes du Québec?».L\u2019Action Nationale, vol.LXXX, n° 2, février 1990, p.194-209.TREMBLAY, Marc (1989).Analyse démographique de la mobilité linguistique au Canada: aspects théoriques et incidences du phénomène dans le milieu familial.Montréal, Université de Montréal, département de Démographie, thèse de doctorat en démographie, 290 pages.Q Le plein emploi sans inflation est-il possible au Québec?* Pierre FORTIN Départemenl des sciences économiques et Centre de recherche sur les politiques économiques Université du Québec à Montréal L Québec offre le paradoxe d\u2019une économie qui rattrape peu à peu son retard de productivité par rapport à la moyenne nord-américaine, mais n\u2019arrive pas à combler son déficit d\u2019emploi avec le reste du continent.Quatre hypothèses d\u2019explication sont proposées: (1) le niveau excessif des salaires et des conditions de travail issu d\u2019une importante concentration de pouvoir syndical; (2) l\u2019incidence de la démographie et des politiques sociales; (3) la longue et difficile transition vers la modernité et la francité; et (4) la gestion monétaire très restrictive appliquée pour combattre ou prévenir l\u2019inflation.Tous ces facteurs ont joué à divers degrés.Pour l\u2019avenir, l\u2019accent est mis sur la nécessité d\u2019établir au Québec une norme sociale d\u2019inflation assez basse qui réduirait sensiblement le sous-emploi engendré par le contrôle monétaire de l\u2019inflation.Le retour à une parité fixe avec le dollar américain faciliterait l\u2019opération.* Version révisée d'une conférence prononcée au Colloque de l\u2019Institut québécois de recherche sur la culture tenu au Musée de la civilisation, Québec. 344 Par comparaison avec le reste de l\u2019Amérique du Nord, l\u2019économie du Québec a manifesté depuis 25 ans une capacité impressionnante de s\u2019adapter et de combler le retard de productivité qu\u2019elle accusait au milieu des années soixante.En proportion du nombre de personnes que nous employons, notre revenu national a crû à un rythme plus rapide que dans le reste du continent.Par exemple, en 1966, le revenu intérieur brut québécois par personne employée, mesure de notre productivité globale, s\u2019établissait à 32 050$, ce qui équivalait à 85 pour cent du niveau observé en Ontario.Or, en 1988, la même mesure de productivité atteignait 48 040$, soit 50 pour cent de plus, et 94 pour cent du niveau ontarien1.Compte tenu que l\u2019économie voisine est l\u2019une des économies régionales les plus performantes de toute l\u2019Amérique du Nord, le critère de comparaison est l\u2019un des plus rigoureux qu\u2019on puisse employer à cet égard.Le rendement de l\u2019économie québécoise sous l\u2019angle de la productivité en paraît d\u2019autant plus remarquable.Que notre économie réalise peu à peu le dessein de modernisation des artisans de la Révolution tranquille, et ce dans un contexte national et international passablement agité, constitue une excellente preuve de la vitalité de notre société et de la capacité d\u2019adaptation de ses institutions.Nous étions, il y a trente ans, un peuple pauvre et illettré.Économiquement et culturellement, nous nous sommes instruits et nous nous sommes enrichis.Nos bricoleurs sont devenus des professionnels hautement qualifiés, nos coureurs de bois des chefs d\u2019entreprises sans frontières.Notre progrès futur exige maintenant que nous accordions une attention soutenue à la qualité du développement.Celle de l\u2019éducation et de la formation, celle de l\u2019instrumentation technologique, celle de l\u2019environnement physique et humain.Mais, globalement, si on s\u2019attache plus aux tendances longues qu\u2019aux inévitables difficultés de court terme, tout cela est bien parti.1.Le défi de l\u2019emploi reste à remplir Il nous reste cependant un grand défi à remplir: celui de l\u2019emploi.Notre économie enrichit ceux qu\u2019elle emploie, mais elle est 1.Les deux chiffres sont rapportés en dollars constants de 1988 afin d\u2019éliminer l\u2019effet de l\u2019inflation.Source: Statistique Canada, publications 13-213 et 71-201. LE PLEIN EMPLOI SANS INFLATION 345 loin d\u2019employer tous ceux qui pourraient travailler.Si notre productivité a rattrapé peu à peu celle de l\u2019Amérique du Nord, notre position relative sur le plan de l\u2019emploi, quant à elle, s\u2019est grandement détériorée depuis 25 ans.En 1966, il y avait au Québec un peu plus de 2 millions d\u2019emplois, soit 537 par 1 000 personnes en âge de travailler (15 ans ou plus).En 1989, un peu plus de 3 millions de postes étaient disponibles, 581 par 1 000 personnes en âge de travailler.En elle-même, l\u2019augmentation de 537 à 581 n\u2019a rien de surprenant.Elle a été observée dans toutes les sociétés industrielles et découle principalement de la poussée universelle du travail féminin à l\u2019extérieur du foyer.Il est donc plus révélateur de comparer, encore une fois, l\u2019évolution québécoise à l\u2019évolution ontarienne2.Or, pendant que notre taux d\u2019emploi passait ainsi de 537 à 581 par 1 000 personnes en âge de travailler, le taux ontarien correspondant grimpait, lui, de 582 à 663.Loin de se refermer, le fossé s\u2019est considérablement élargi.Même en corrigeant les chiffres pour l\u2019écart de population entre les deux provinces, il appert que l\u2019économie québécoise n\u2019engendrait pas plus d\u2019emplois en 1989 que l\u2019économie ontarienne en 1966.La figure 1 permet de constater que le retard d\u2019emploi du Québec par rapport à l\u2019Ontario s\u2019est surtout accentué entre 1967 et 1981: de 45 emplois en 1967, il est passé à 66 emplois en 1976 et à 81 en 1981.Il s\u2019est stabilisé à ce dernier niveau après avoir touché passagèrement les 90 emplois lors du creux conjoncturel de 1982.La seule bonne nouvelle est donc qu\u2019au cours de la dernière décennie la situation a cessé d\u2019empirer.Il importe de bien mesurer la dimension du problème québécois.Pour qu\u2019en 1989 la situation ait été la même au Québec qu\u2019en Ontario, il aurait fallu 428 000 emplois supplémentaires, soit 14 pour cent de plus.Ce chiffre équivaut à la somme de tous les emplois créés au Québec pendant la décennie 80.Pour rattraper l\u2019Ontario d\u2019ici l\u2019an 2000, il faudrait précisément que nous doublions d\u2019ici là notre rythme annuel moyen de création d\u2019emploi (à supposer que celui de l\u2019Ontario demeure inchangé).Il s\u2019agit évidemment d\u2019un énorme contrat.2.Une comparaison avec l\u2019évolution américaine donnerait les mêmes résultats. 346 Faible taux d\u2019activité On peut décomposer l\u2019écart d\u2019emploi de 14 pour cent par rapport à l\u2019Ontario en deux parties complémentaires.D\u2019une part, il y avait en 1989 9 pour cent plus d\u2019Ontariens que de Québécois qui étaient attirés par le marché de l\u2019emploi et faisaient ainsi partie de la population «active».En d\u2019autres mots, le taux d\u2019activité était sensiblement plus faible au Québec (64 pour cent) qu\u2019en Ontario (70 pour cent).D\u2019autre part, parmi les Ontariens qui voulaient travailler, 4,5 pour cent de plus occupaient effectivement un emploi que c\u2019était le cas au Québec.Le taux de chômage était donc plus élevé au Québec (9,3 pour cent) qu\u2019en Ontario (5,1 pour cent)3.Il s\u2019ensuit que l\u2019écart d\u2019emploi entre les deux provinces n\u2019est pas, comme on le croit généralement, seulement dû au chômage plus élevé au Québec.Cela ne constitue en fait que 40 pour cent du problème.Il provient surtout (à 60 pour cent) de l\u2019extraordinaire sous-utilisation des ressources humaines que représente, par comparaison avec le reste de l\u2019Amérique du Nord, un taux d\u2019activité aussi bas que celui qui est observé chez nous.C\u2019est principalement parce que le marché du travail québécois est très anémique qu\u2019il ne réussit à attirer qu\u2019un aussi faible pourcentage de sa population adulte, et notamment que les Québécoises entrent dans la population active avec un retard aussi important sur les Ontariennes4.Le retard de 82 emplois par 1 000 personnes en âge de travailler (14 pour cent) observé en 1989 pour la comparaison globale Québec-Ontario masque en effet une incidence fort inégale du sous-emploi d\u2019un groupe démographique à l\u2019autre.Si pour les hommes québécois de 25 ans ou plus le retard par rapport à l\u2019Ontario n\u2019était «que» de 54 emplois par 1 000 personnes (écart de 8 pour cent), pour les femmes québécoises de cette catégorie d\u2019âge et pour les jeunes de 15 à 24 ans il atteignait respectivement 92 et 94 emplois (écart de 20 pour cent).3.\tDe 1966 à 1989, les deux facteurs ont contribué à la détérioration de la situation relative du Québec: les écarts entre les taux d\u2019activité et entre les taux de chômage québécois et ontariens ont tous les deux augmenté.4.\tEn 1988, le taux d\u2019activité des Québécoises était de 53 pour cent; celui des Ontariennes, de 61 pour cent.Il est facile d\u2019observer que, d\u2019une province canadienne à l\u2019autre et d\u2019un état américain à l\u2019autre, le taux d\u2019activité féminin varie en raison directe du niveau du chômage. LE PLEIN EMPLOI SANS INFLATION 347 Une facture astronomique La montée du sous-emploi au Québec depuis 25 ans présente aujourd\u2019hui une facture astronomique pour notre société sur le plan financier et, peut-être surtout, sur le plan humain.Près de 25 milliardsS de production et de revenu national sont perdus chaque année en salaires qui ne sont pas versés, en profits qui ne sont pas réalisés, en impôts sociaux dont le seul objet est de répartir le fardeau de la dépendance5.Notre taux de pauvreté est maintenant le plus élevé des cinq régions du Canada6.Des pathologies physiques, mentales et sociales de toutes sortes se sont propagées dans les couches de la population qui sont réduites à l\u2019inactivité7.Des régions rurales et des quartiers urbains en dépérissement accéléré perdent leur population jeune au profit des régions et des quartiers en croissance8.Au moment même où notre démographie est en chute libre, notre capacité globale d\u2019attraction et de rétention des immigrants et des jeunes Québécois eux-mêmes est l\u2019une des plus faibles d\u2019Amérique du Nord., 5.\tEn 1990, notre produit intérieur brut sera d\u2019environ 165 milliardsS.S\u2019il était plus élevé de 14 pour cent, il toucherait les 188 milliardsS, soit 23 milliardsS de plus.6.\tEn 1988, 13,5 pour cent des familles québécoises avaient un revenu inférieur au seuil de faible revenu calculé par Statistique Canada (publication 13-207).La proportion correspondante était de 12,5 pour cent dans les provinces de l\u2019Atlantique, 7,5 pour cent en Ontario, 11,5 pour cent dans les provinces des Prairies et 10,1 pour cent en Colombie-Britannique.Il est vrai que le sous-emploi est encore plus prononcé dans l\u2019Atlantique qu\u2019au Québec.A la fin de 1989, on ne trouvait là-bas que 516 emplois par 1 000 personnes en âge de travailler, par comparaison à 580 au Québec.Mais la pauvreté québécoise est plus concentrée dans les villes, où le coût de la vie et, partant, les seuils de faible revenu sont sensiblement plus élevés que dans les régions rurales.7.\tPour une introduction à l\u2019étroite relation entre le milieu socio-économique et la santé, on consultera Ginette Paquet, Santé et inégalités sociales, Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 1989, chapitre 1.Une étude particulièrement révélatrice des conséquences du chômage sur la santé physique et mentale des travailleurs montréalais est celle de Francine Mayer et Paul-Martel Roy, «La relation chômage-santé: une étude longitudinale», Cahier de recherche 8802, Laboratoire de recherche sur l\u2019emploi, la répartition et la sécurité du revenu, Université du Québec à Montréal, 1988.8.\tCette dimension géo-démographique du problème a été récemment soulignée par le Conseil des affaires sociales dans son étude intitulée Deux Québec dans un, Gaëtan Morin éditeur, Boucherville, 1989. 348 2.Pourquoi l\u2019emploi s\u2019est-il détérioré depuis 1966?La médiocrité de notre rendement absolu et relatif sur le plan de l\u2019emploi soulève deux questions naturelles: (1) qu\u2019est-ce qui explique la détérioration observée depuis 1966, et (2) comment le Québec peut-il retrouver la voie du plein emploi?Bien évidemment, la réponse à la seconde question dépend de la réponse à la première.Toute explication de la hausse tendancielle du chômage au Québec doit être confrontée au paradoxe suivant, qu\u2019illustre le graphique de la figure 2.On s\u2019attend généralement à ce que le nombre de chômeurs à la recherche d\u2019emploi varie dans la direction opposée au nombre de postes d\u2019emploi vacants et offerts.Car, lorsque la conjoncture économique s\u2019améliore, il y a moins de chômeurs et plus d\u2019emplois disponibles; et, lorsqu\u2019elle se détériore, plus de chômeurs et moins d\u2019emplois disponibles.Cette relation à pente négative entre le taux de chômage et le taux d\u2019offre d\u2019emploi s\u2019observe aisément sur le graphique, par exemple pour les années 1979 à 1989.Force est cependant de constater qu\u2019entre la fin des années 60 et la fin des années 70 la relation en question a connu une dérive très prononcée vers la droite, c\u2019est-à-dire vers des combinaisons de moins en moins favorables de chômage et d\u2019offre d\u2019emploi.L\u2019importance quantitative de la détérioration est facile à visualiser sur le graphique.En gros, depuis 1979 un taux donné d\u2019offre d\u2019emploi est associé à un taux de chômage qui est plus élevé de 6,5 unités de pourcentage qu\u2019en 1966.La dérive fut de 1,5 unité de 1966-68 à 1969-71, de 1,7 unité supplémentaire de 1969-71 à 1972-74 et encore de 3,3 autres unités de 1972-74 à 1975-78.La situation a heureusement cessé de se détériorer par la suite.On peut maintenant se retrouver, comme en 1988 et en 1989, dans une situation où, paradoxalement, le nombre de chômeurs et le nombre d\u2019emplois offerts sont en proportion tous les deux beaucoup plus élevés qu\u2019en 1966.Cela permet à d\u2019aucuns d\u2019affirmer que la conjoncture de l\u2019emploi au Québec est fort préoccupante, et à d\u2019autres de prétendre, au contraire, qu\u2019elle n\u2019a jamais été aussi bonne.L\u2019arrimage entre les emplois offerts et les travailleurs disponibles s\u2019effectue donc beaucoup plus difficilement aujourd\u2019hui qu\u2019au milieu des années 60.Pourquoi?Quatre conjectures principales ont été avancées pour expliquer la hausse du chômage «structurel» au Québec de 1966 à 1979 et sa persistance dans les années 80. LE PLEIN EMPLOI SANS INFLATION 349 2.1 Des salaires excessifs?La première repose sur le comportement des salaires, qui seraient trop élevés à la fois dans l\u2019absolu et par comparaison aux salaires ontariens.Pendant la période qui s\u2019étend de l\u2019année préparatoire à Expo 67 aux années suivant les Jeux olympiques de Montréal, nous nous serions offert un pique-nique salarial «non stop».Le réalisme des années 80 aurait empêché la situation de se détériorer encore plus, mais n\u2019aurait pas réussi à corriger le mal déjà fait.Nous souffririons encore aujourd\u2019hui des salaires et des conditions de travail «olympiques» que nous nous serions accordés entre 1966 et 1979, notamment dans le secteur public et dans l\u2019industrie de la construction, où les gouvernements ont permis l\u2019établissement d\u2019une très forte concentration de pouvoir syndical.L\u2019effet de «locomotive» aurait bénéficié aux travailleurs qualifiés ou protégés de ces deux secteurs et à ceux d\u2019autres secteurs, forcés à les imiter par concurrence.On les a appelés les «vrais», ou les «nouvelles classes».Mais l\u2019engin aurait perdu en route des wagons entiers de travailleurs peu qualifiés ou mal protégés, pour qui les standards négociés étaient complètement irréalistes.Ces travailleurs seraient alors devenus chômeurs chroniques ou intermittents.Grandmaison les a appelés les «tiers»; le Conseil des affaires sociales, lui, a parlé de «deux Québec dans un».Selon cette optique, le haut rendement de l\u2019économie québécoise sur le plan de la productivité ne serait pas une évolution dont il faudrait se réjouir, mais plutôt un effet pervers.Il découlerait du niveau exorbitant des salaires, qui entraînerait l\u2019exclusion des travailleurs à faible productivité du circuit économique normal.En somme, ce ne serait pas un niveau intrinsèquement élevé de productivité qui nous permettrait de nous payer des salaires élevés; ce serait plutôt, à l\u2019inverse, le niveau artificiellement élevé de nos salaires qui inciterait les entreprises et les gouvernements à exclure de l\u2019embauche tous ceux dont la productivité ne justifierait pas le salaire correspondant, ou qui ne bénéficieraient pas déjà de protection institutionnelle.Qu\u2019en est-il dans les faits?De 1966 à 1979, les salaires dans le secteur public et dans l\u2019industrie de la construction ont effectivement progressé beaucoup plus rapidement que dans les autres secteurs au Québec et dans les secteurs correspondants en Ontario.Dans le public, la parité avec l\u2019Ontario (ou mieux) fut atteinte en 1979, à 350 partir d\u2019un retard de 12 pour cent en 1966.Dans la construction, le salaire québécois moyen finit par dépasser de 7 pour cent le salaire ontarien moyen, après lui avoir été inférieur de 4 pour cent quinze ans auparavant.Les années 80 ont simplement maintenu le niveau comparatif des salaires dans les deux secteurs9.Quantifier précisément l\u2019impact de ce phénomène sur l\u2019emploi global n\u2019est pas facile.Mais, pour exagérer délibérément les choses, supposons que le changement du rapport de force patronal-syndical dans les deux secteurs mentionnés (25 pour cent de tous les travailleurs québécois) y ait relevé le salaire moyen de 5 pour cent.Faisons encore l\u2019hypothèse, également «tirée par les cheveux», que l\u2019effet de «locomotive» favorable aux salaires des autres secteurs (75 pour cent de la main-d\u2019œuvre) ait été de 2 pour cent.Il s\u2019ensuit alors que le salaire moyen dans l\u2019ensemble de l\u2019économie en serait aujourd\u2019hui plus élevé de 3 pour cent.La réaction négative normale de l\u2019emploi à une telle augmentation de salaire serait alors d\u2019environ 1,5 pour cent.Comme notre écart d\u2019emploi global par rapport à l\u2019Ontario est de 14 pour cent, le salaire excessif causerait, dans les hypothèses prescrites, tout au plus 10 pour cent du problème.Il ne faut pas négliger ce phénomène, mais il faut aussi comprendre que notre déficit d\u2019emploi appelle d\u2019autres explications.2.2 Une démographie et des programmes sociaux débridés?La deuxième conjecture sur la hausse du chômage et sa persistance au Québec attribue la difficulté à des facteurs «structurels» comme l\u2019entrée des enfants du baby boom dans la population active, la féminisation du monde du travail, la hausse du salaire minimum et l\u2019accès plus facile aux prestations d\u2019assurance-chômage.Il faut cependant immédiatement observer à cet égard que, si tous ces phénomènes ont pu faire augmenter le chômage dans les années 60 et 70, ils ont dû le faire diminuer dans les années 80, puisqu\u2019ils ont tous agi en sens inverse depuis une décennie.Les enfants du baby boom ont depuis fort longtemps laissé la place à ceux du baby bust.Le groupe des 15-24 ans au Québec fond à un rythme supérieur à 3 pour cent par année.Le taux d\u2019activité 9.Les sources des données sont les publications 72-002, 72-005 et 72-008 de Statistique Canada. LE PLEIN EMPLOI SANS INFLATION 351 féminin continue d\u2019augmenter, mais à un rythme plus modeste qu\u2019il y a 15 ou 20 ans.Le taux de chômage des femmes n\u2019est d\u2019ailleurs pas très différent de celui des hommes.Le salaire minimum, en proportion du salaire moyen, a beaucoup diminué après 1978.Il est revenu près du niveau de 1966.Enfin, depuis le milieu des années 70, on n\u2019a cessé d\u2019accumuler les règlements restreignant l\u2019accès aux prestations d\u2019assurance-chômage.La loi de 1989 ramène cet accès tout près de la norme américaine.Il faut en conclure que l\u2019hypothèse du chômage gonflé par la démographie et les programmes sociaux ne permet pas d\u2019expliquer la persistance du problème jusque dans les années 9010.2.3 La transition vers la modernité et la francité La troisième conjecture souligne la difficile transition de l\u2019économie québécoise vers la modernité et la francité.Notre économie est depuis 25 ans en transition des secteurs traditionnels des mines (fer, cuivre, amiante, etc.), de la fabrication (cuir, textile, habillement, etc.) et du transport maritime (suite à l\u2019ouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent) vers les secteurs modernes des biens durables (transformation des métaux, matériel de transport, machinerie, produits électriques, etc.) et des services (génie-conseil, informatique, transports, communications, finance, etc.).Par exemple, les secteurs «mous» du cuir, du textile, de la bonneterie et du vêtement, qui entretenaient 156 000 emplois ou 8 pour cent du total québécois en 1966, n\u2019en soutenaient plus que 95 000 ou 3 pour cent en 1989* 11.Dans ce cas, la chute absolue de l\u2019emploi a été de 40 pour cent dans l\u2019absolu et de 60 pour cent en proportion du total québécois.Le chambardement a eu l\u2019effet d\u2019une bombe atomique dans les secteurs et les régions concernés, notamment pour les travailleurs plutôt âgés et faiblement éduqués qui occupaient une grande partie des emplois détruits.Pour eux, le recyclage dans de nouveaux emplois n\u2019a pas toujours été possible ou facile.Au mieux, un chômage transitionnel très important a été engendré.Le phénomène est maintenant familier: d\u2019importants surplus de main-d\u2019œuvre déclassée dans 10.\tJ\u2019ai tenlé de quanlifier l\u2019inversion des causes mentionnées dans l\u2019article «How \u2018natural\u2019 is Canada\u2019s high unemployment rate?» European Economic Review 33, janvier 1989, p.89-110.11.\tSource: Statistique Canada, publication 72-002. 352 les secteurs traditionnels et les régions périphériques côtoient des pénuries souvent aiguës de main-d\u2019œuvre qualifiée dans les secteurs en expansion et les agglomérations urbaines.On peut tracer ici un parallèle intéressant avec la situation analogue vécue par les secteurs «mous» de la Nouvelle-Angleterre dans les années 50 et 60.On a ainsi vu le taux de chômage du Massachusetts augmenter jusqu\u2019à 2 unités de pourcentage de plus que le taux de chômage de l\u2019ensemble des États-Unis entre 1953 et 1973.Cet État américain a eu par la suite la fortune de voir un grand secteur moderne (microélectronique, services informatiques, recherche et développement, etc.) employer les enfants nouvellement éduqués des travailleurs de la génération précédente qui avaient perdu leur emploi traditionnel quelques années plus tôt.En conséquence, le taux de chômage de l\u2019État en 1988 était 2 unités sous la moyenne américaine.Le Québec attend encore, pour l\u2019instant, son équivalent de la Route 128.Par ailleurs, l\u2019exode de l\u2019élite économique anglophone de Montréal a frappé vite et fort en 1966 et 1980.Le cœur du Québec économique a été soudain vidé de ses ressources humaines les plus dynamiques d\u2019autrefois et a rapidement perdu au profit de Toronto son statut de métropole canadienne.Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ce départ en masse, dont le déplacement général de l\u2019activité économique vers l\u2019ouest du pays et la vitalité «naturelle» de l\u2019Ontario.Mais le malaise culturel ressenti par les anglophones face aux transformations socio-linguistiques vécues par le Québec, dans un contexte où les nouvelles activités dynamiques reposaient sur la communication, les réseaux d\u2019information et le contact personnel (finance, services juridiques, services comptables, génie-conseil, informatique, etc.), m\u2019apparaît une appréciation plus juste du phénomène de l\u2019exode12.L\u2019émergence d\u2019un pouvoir économique francophone fort dans le sillage de la révolution éducative et de l\u2019engouement général du Québec français pour les affaires arrive heureusement à point nommé pour remplacer l\u2019élite anglophone disparue.Mais on n\u2019accède à la maturité économique que par un processus évolutif dont la vitesse 12.Mario Polèse, «La thèse du déclin économique de Montréal, revue et corrigée», L'Actualité économique 66, juin 1990 (à paraître). LE PLEIN EMPLOI SANS INFLATION 353 est beaucoup plus lente que celle de l\u2019exode qu\u2019il faut compenser.Dans l\u2019intervalle, Montréal passe par une douloureuse et difficile phase de restructuration économique et sociale.Elle est loin d\u2019être terminée.Parmi les 15 grandes villes canadiennes de plus de 150 000 habitants, la métropole du Québec est soumise au taux de chômage le plus élevé (9,2 pour cent en 1989); elle conservera sans doute cette palme pour quelque temps encore.2.4 Lutter contre l\u2019inflation en créant du chômage La quatrième et dernière conjecture proposée pour expliquer la malheureuse évolution du chômage au Québec depuis 1966 stigmatise le désengagement collectif de la poursuite du plein emploi comme objectif central de la politique macroéconomique canadienne.Le glissement découlerait de la gestion monétaire très restrictive de l\u2019économie qui a été appliquée à répétition pour combattre la suite de perturbations inflationnistes qui s\u2019est abattue sur le pays depuis 20 ans.Cette orientation de la politique canadienne aurait ainsi engendré une dégradation progressive et quasi-permanente de «l\u2019employabilité» de larges couches de la population.Nous avons passé le plus clair de notre temps depuis 20 ans à combattre, surtout par des taux d\u2019intérêt élevés, l\u2019inflation issue de la guerre du Viêt-nam (1966-72), des multiples hausses des prix des aliments, du pétrole et des autres produits de base (1972-74 et 1978-81), ou simplement de la surchauffe économique du moment (1966-69,1972-73 et 1987-89).La figure 3 résume l\u2019histoire en montagnes russes de l\u2019inflation au Canada depuis 1966.Comment les taux d\u2019intérêt élevés réussissent-ils à contenir ou à faire diminuer l\u2019inflation?Dans la mesure où ils gonflent le coût des prêts à la consommation et à l\u2019investissement, ils incitent consommateurs et entreprises à reporter leurs dépenses à plus tard.Les ventes au détail, les achats d\u2019équipement et la construction baissent, la production ralentit, l\u2019emploi diminue et le chômage augmente.Si la médecine est appliquée avec assez de rigueur, elle finit par convaincre entreprises et travailleurs de faire preuve de modération dans les hausses qu\u2019ils appliquent aux prix et aux salaires.C\u2019est la vieille discipline classique: on vainc l\u2019inflation en créant des récessions, des crises financières, des faillites en cascade et du chômage. 354 La trajectoire du chômage La figue 4 présente la trajectoire du chômage au Québec depuis 1966.On y discerne clairement trois phases de détérioration: de 1966 à 1972, de 1974 à 1978 et de 1979 à 1982.Elles correspondent respectivement aux trois périodes de restriction monétaire, contre l\u2019inflation vietnamienne et contre chacun des deux chocs pétroliers.Il est important de noter que les deux reprises intercalées, celle de 1972 à 1974 et de 1978 à 1979, furent brèves et anémiques.Il s\u2019ensuivit que, d\u2019un ralentissement économique au suivant, le taux de chômage maximum atteignit des niveaux successifs de plus en plus élevés: 7,5 pour cent en 1972, 10,9 pour cent en 1978, 13,9 pour cent en 1983.Les années postérieures à 1983 ont été plus heureuses que celles qui ont suivi 1972 ou 1978 en ce sens que, pendant plusieurs années de suite, aucune perturbation inflationniste extérieure n\u2019est venue troubler la reprise de l\u2019emploi.Le taux de chômage a donc pu redescendre peu à peu, pour atteindre enfin 9,3 pour cent en 1989.La question qui se pose alors naturellement est cependant la suivante: comment se fait-il qu\u2019on retrouve aujourd\u2019hui la menace d\u2019inflation à ce niveau de chômage, alors que dans les années 60 la menace ne s\u2019était pas manifestée avant que le taux de chômage n\u2019ait atteint le plancher des 4 pour cent?En d\u2019autres termes: pourquoi 9 pour cent de chômage faisait-il baisser le taux d\u2019inflation il y a 30 ans (en 1961, par exemple) et le fait-il monter aujourd\u2019hui?La réponse à cette question n\u2019est pas certaine, mais l\u2019hypothèse la plus plausible semble être que le taux de chômage structurel, c\u2019est-à-dire le noyau «dur» de chômage en-dessous duquel l\u2019inflation se met à augmenter, n\u2019est pas indépendant de l\u2019évolution du chômage effectivement observé.Une période prolongée de chômage en hausse comme celle qui a vu le taux de chômage passer de 4 pour cent en 1966 à 14 pour cent en 1983 engendrerait immanquablement une augmentation du taux de chômage structurel, en piégeant une proportion croissante des travailleurs les plus vulnérables dans un cercle vicieux de chômage chronique, d\u2019emploi instable et de dépendance sociale.La pénurie d\u2019emploi allonge la fréquence et la durée de leurs périodes de chômage, affecte leur santé physique et mentale, accroît leurs problèmes familiaux et sociaux, attaque leur confiance en eux- LE PLEIN EMPLOI SANS INFLATION 355 mêmes et les pousse au découragement.Ils finissent par s\u2019accommoder de leur dépendance de l\u2019assurance-chômage et de l\u2019aide sociale.Ils deviennent de moins en moins réemployables dans le courant principal du marché de l\u2019emploi.De façon bien compréhensible, en constatant l\u2019état de chômeurs permanents ou intermittents de ces travailleurs, les employeurs se mettent à douter de leurs capacités et deviennent de plus en plus réticents à les embaucher dans des postes d\u2019emploi stables.De plus, pour des raisons historiques, le contingent des travailleurs les plus exposés au cercle vicieux du chômage et de la dépendance est plus élevé au Québec qu\u2019en Ontario.Le Québec a donc été beaucoup plus fortement marqué que l\u2019Ontario par la hausse persistante du chômage dans les dernières décennies.La signification économique du phénomène est la suivante.À mesure que le taux de chômage augmente et demeure élevé pour quelque raison externe, le système économique transforme une proportion croissante des nouveaux chômeurs, dont l\u2019arrivée exerce une pression naturelle à la baisse sur les salaires et les prix, en chômeurs chroniques ou intermittents qui n\u2019exercent plus de telle pression parce qu\u2019ils ne font à toute fin pratique plus partie du circuit normal de la population active.Cela prend donc un chômage global plus prononcé qu\u2019au départ pour exercer la même pression contre l\u2019inflation.Le lien entre l\u2019évolution réelle du taux de chômage et celle du noyau structurel de chômage est un phénomène d\u2019hystérésis économique et social.Pour la politique économique, il apporte deux nouvelles, une bonne et une mauvaise.La mauvaise nouvelle est que le coût de la lutte contre l\u2019inflation par création de récessions et de chômage est beaucoup plus élevé et persistant qu\u2019on ne le pense encore généralement.Ceux qui croient qu\u2019une hausse temporaire de chômage suffit pour éliminer l\u2019inflation de façon permanente se trompent amèrement.A travers les expériences successives de restriction macroéconomique vécues depuis 1966, c\u2019est le plus souvent la hausse du chômage qui a été permanente et la baisse de l\u2019inflation qui a été temporaire.La bonne nouvelle est que le phénomène d\u2019hystérésis est symétrique: rien de tel qu\u2019une période prolongée de chômage faible pour faire fondre le noyau dur de l\u2019inactivité, de l\u2019instabilité d\u2019emploi et 356 de la pauvreté.Les États-Unis paraissent d\u2019ailleurs engagés dans ce cercle «vertueux», avec un taux de chômage qu\u2019ils maintiennent aujourd\u2019hui fermement sous la barre des 6 pour cent.3.Le plein emploi sans inflation est-il à notre portée?Pouvons-nous les imiter?Oui, mais à la condition expresse de mettre au point une méthode moins bête, plus civilisée et efficace de contenir les pressions inflationnistes qui nous assaillent et qui paraissent plus prononcées ici qu\u2019aux États-Unis13.Car si nous adoptons une politique monétaire qui établit et maintient le chômage à un niveau beaucoup plus faible qu\u2019aujourd\u2019hui au Canada, nous nous privons par le fait même du seul instrument dont nous disposons présentement pour nous protéger contre l\u2019accélération de l\u2019inflation.Ce n\u2019est pas que la réduction du taux de chômage, disons de 9 à 6 pour cent, ferait augmenter exagérément le taux d\u2019inflation: elle y ajouterait peut-être 2 unités de pourcentage.Mais nous resterions vulnérables à des perturbations inflationnistes en provenance de l\u2019intérieur (taxes indirectes, prix réglementés, etc.) comme de l\u2019extérieur (prix des produits de base, inflation mondiale, etc.) que notre société ne tolérerait pas longtemps.Il faut donc remplacer la restriction monétaire par un autre instrument de contrôle de l\u2019inflation qui soit socialement acceptable et économiquement efficace.Quel serait cet instrument?L\u2019inflation est un jeu décentralisé de saute-mouton des salaires qui courent après les autres salaires et les prix, et des prix qui suivent les autres prix et les salaires.Une fois que les salaires et les prix augmentent annuellement, disons, au rythme généralisé de 10 pour cent par année (sauf là où des changements dans les rapports de salaires et de prix sont requis pour répondre efficacement aux raretés sociales), il est extrêmement difficile de les ramener rapidement à une hausse généralisée de 5 pour cent en protégeant tous les rapports de prix, les pouvoirs d\u2019achat et 13.Le taux d\u2019inflation au Canada depuis 1973 a été en moyenne supérieur de 1 pour cent par année au taux d\u2019inflation américain correspondant, et ce malgré un taux de chômage moyen plus élevé de ce côté-ci de la frontière.C\u2019est d\u2019ailleurs, en longue période, la raison principale de l\u2019importante dépréciation qu\u2019a subie le dollar canadien par rapport à l\u2019américain depuis lors, soit de 1,00 dollar EU à 85 cents EU. LE PLEIN EMPLOI SANS INFLATION 357 les perceptions d\u2019équité.Car qui sera prêt à accepter 5 pour cent le premier si 10 pour cent est la norme et que personne ne peut être assuré que sa bonne foi sera imitée par son voisin?Le contrôle de l\u2019inflation pose, pour cette raison, un problème de coordination extrêmement difficile à résoudre dans une économie comme la nôtre.La désescalade harmonieuse des salaires et des prix est un défi impossible à rencontrer pour une économie de marché libre et décentralisée laissée à son fonctionnement propre.Trois solutions s\u2019offrent à nous: la création de chômage, le contrôle direct des salaires et des prix et la concertation entre partenaires sociaux \u2014 les trois «c».La création de chômage, comme on a vu, est une méthode qui «marche», mais qui est très coûteuse sur le plan économique et social.Elle ne permet pas la désescalade synchronisée et sans heurts des salaires et des prix qui est désirée, mais agit plutôt en punissant à qui mieux mieux tous les groupes, et particulièrement les moins puissants.Nous voulons la remplacer.Le contrôle direct des salaires et des prix, comme celui que le Canada a appliqué de 1975 à 1978, «marche» lui aussi14 et peut s\u2019avérer utile en situation de crise, mais il est douteux que nos concitoyens acceptent son approche plutôt militaire au problème comme moyen permanent de lutte contre l\u2019inflation.L\u2019usage prolongé ou récurrent de cette méthode comporte également de graves risques pour le fonctionnement efficient de l\u2019économie de marché à plus long terme.La concertation entre partenaires Ne fût-ce que par élimination, il faut se tourner vers la seule voie qui reste: la concertation entre partenaires sociaux.En échange d\u2019un engagement ferme de l\u2019État à assurer la stabilité de l\u2019économie, à promouvoir la croissance, à établir et a maintenir le plus bas taux de chômage possible et à redresser les inégalités de richesse les plus criantes, les principaux partenaires sociaux (patronat, centrales syn- 14.La dizaine d\u2019études quantitatives de l\u2019effet désinflationniste du contrôle de 1975-78 confirment que celui-ci aurait fait diminuer le taux d\u2019inflation de 4 à 6 unités de pourcentage à l\u2019époque.Dans leur livre intitulé Controlling Inflation (Canadian Institute for Economie Policy, Toronto, 1982, p.14-27), Clarence Barber et John McCallum expliquent les raisons du succès canadien, après l\u2019échec retentissant du contrôle nixonien de 1971-74 aux États-Unis.Ces auteurs font justement remarquer que c\u2019est surtout la garantie d\u2019équité des normes imposées qui a rendu l\u2019expérience acceptable et efficace au Canada. 358 dicales, producteurs agricoles, mouvement coopératif et municipalités) s\u2019accorderaient sur une politique de gestion participative de l\u2019économie et s\u2019entendraient chaque année sur une norme sociale d\u2019inflation qui serait généralement applicable aux prix et aux salaires, tout en étant assortie d\u2019une indispensable flexibilité au niveau microéconomique.Il n\u2019y a pas de recette magique pour développer et renforcer la confiance mutuelle entre le travail, le capital et le reste de la société qui est absolument essentielle au succès d\u2019une telle entreprise.J\u2019observe cependant que l\u2019esprit communautaire et coopératif a de profondes racines au Québec et que la conjoncture sociale pourrait y être particulièrement favorable au succès de l\u2019expérience, un peu comme au Japon, en Suède, en Autriche et dans d\u2019autres pays qui sont, comme nous, fortement exposés aux échanges internationaux et qui ont emprunté cette voie avec bonheur.La poursuite de l\u2019excellence internationale en matière de productivité et de compétitivité ne nuirait pas du tout à la concertation et à la détermination de la norme d\u2019inflation, ni vice versa.Au contraire, ces objectifs devraient être parfaitement compatibles et se renforcer mutuellement.Ce serait en effet l\u2019objectif de compétitivité internationale qui définirait lui-même la norme sociale d\u2019inflation.Il suffirait pour cela de retourner à un régime de parité fixe entre le dollar canadien et le dollar américain.La valeur de notre monnaie pourrait s\u2019établir, par exemple, à 75 ou à 80 cents EU.Un tel régime aurait plusieurs avantages, dont celui de rendre claires et stables les comparaisons de coûts entre le Canada et les Etats-Unis dans le nouveau contexte du libre-échange.C\u2019est l\u2019inflation américaine qui deviendrait alors la norme d\u2019inflation au Canada.Celle-ci s\u2019appliquerait non seulement aux secteurs directement exposés à la concurrence étrangère, mais, sur entente entre les partenaires, à tous les autres secteurs également.La cible poursuivie serait non pas la stabilité complète des prix, comme c\u2019est aujourd\u2019hui le vœu un peu utopique de la Banque du Canada, mais un taux d\u2019inflation inférieur ou tout au plus égal au taux d\u2019inflation américain.Les solutions de rechange à la création de chômage et au contrôle direct des salaires et des prix comme moyens de contenir l\u2019inflation ne courent pas les rues.Le seul autre instrument à notre disposition est une concertation où les partenaires sociaux s\u2019entendraient annuellement sur une norme d\u2019inflation.Dans un régime de parité fixe entre le dollar canadien et le dollar américain, la concur- LE PLEIN EMPLOI SANS INFLATION 359 rence internationale imposerait le taux d\u2019inflation américain comme norme naturelle.Si la bonne volonté et la confiance mutuelle sont telles que la norme est suivie dans l\u2019ensemble de l\u2019économie, il deviendra possible pour la politique économique de s\u2019attaquer au chômage excessif que 20 ans de lutte contre l\u2019inflation ont rendu quasi-permanent.Toute proposition comporte des risques, mais celle-ci possède deux avantages importants.Premièrement, elle est simple et facile à comprendre.Deuxièmement, si elle réussissait, le taux de chômage québécois pourrait diminuer de plusieurs unités.L\u2019enjeu est tellement important que nous ne pouvons rationnellement nous permettre de ne pas mettre la proposition à l\u2019essai.4.Résumé L\u2019économie du Québec est en quelque sorte frappée de schizophrénie.La production par personne employée, ou la productivité, y a crû rapidement depuis 25 ans.Elle atteint aujourd\u2019hui 94 pour cent de celle de l\u2019Ontario, par comparaison à 85 pour cent en 1966.Mais notre économie est loin d\u2019employer tous ceux qui pourraient travailler.Notre écart d\u2019emploi avec l\u2019Ontario est aujourd\u2019hui de 14 pour cent, alors qu\u2019il n\u2019était que de 8 pour cent en 1966.Notre retard est d\u2019environ 430 000 emplois, soit autant de postes que nous avons créés pendant toutes les années 80.Le principal défi que doit affronter l\u2019économie québécoise des années 90 est donc incontestablement celui du relèvement de l\u2019emploi.Pourquoi la situation de l\u2019emploi s\u2019est-elle tellement détériorée depuis le milieu des années 60?Essentiellement pour trois raisons: une petite, une moyenne et une grosse.La «petite» raison est le niveau excessif des salaires et des conditions de travail que nous nous sommes accordés depuis 1966, surtout dans le secteur public et dans l\u2019industrie de la construction, où l\u2019on a permis l\u2019établissement d\u2019une importante concentration de pouvoir syndical.Un calcul simple me porte à estimer la perte d\u2019emplois qui en découlerait à 45 000 tout au plus.Sans minimiser ce chiffre, il faut admettre qu\u2019il ne représente que 10 pour cent du déficit d\u2019emploi actuel du Québec par rapport à la province voisine.La «moyenne» raison est la difficile transition de l\u2019économie québécoise vers la modernité et la francité qui est engagée depuis 25 ans.De grands pans de nos secteurs économiques traditionnels 360 sont disparus, dans les mines, la fabrication et les services.Les secteurs «mous» de la fabrication, par exemple, ont essuyé une baisse d\u2019emploi de 40 pour cent depuis 1966.Les vieux employés des industries et des régions frappées en subissent un chômage transitionnel de longue durée, pendant que les secteurs modernes de la fabrication de bien durables et des services aux entreprises sont aux prises avec des pénuries souvent aiguës de main-d\u2019œuvre qualifiée.Le Québec paraît reproduire, avec 15 ans de retard, l\u2019expérience antérieurement vécue par la Nouvelle-Angleterre.En même temps, le Québec subit depuis 1966 le contrecoup de l\u2019exode massif de l\u2019élite économique anglophone de Montréal, qui a sans doute ressenti un malaise culturel important face aux transformations socio-linguistiques que nous avons vécues depuis le milieu des années 50.Montréal a ainsi perdu son statut de métropole du Canada au profit de Toronto.L\u2019émergence du pouvoir économique francophone est réelle et durable, mais sa vitesse d\u2019occurrence ne peut empêcher Montréal de présenter, pour l\u2019instant, la plus grande concentration de chômage et de pauvreté parmi les grandes villes du Canada.La «grande» raison de la détérioration absolue et relative de l\u2019emploi au Québec depuis 25 ans repose sur la gestion monétaire très restrictive qui a été appliquée depuis 20 ans pour combattre ou prévenir l\u2019inflation et qui a engendré un chômage croissant.Un nombre fort important de travailleurs particulièrement vulnérables, beaucoup plus au Québec qu\u2019en Ontario, ont ainsi été piégés dans le cercle vicieux du chômage chronique, de l\u2019emploi instable et de la dépendance sociale.La dégradation de leur «employabilité» a fait sensiblement augmenter le chômage structurel, de sorte que les pressions inflationnistes se font aujourd\u2019hui sentir à un niveau de chômage bien plus élevé (9 pour cent) qu\u2019autrefois (4 pour cent).Les solutions au problème Y a-t-il des solutions au problème de l\u2019emploi qui pourraient être appliquées à brève échéance?La manière logique d\u2019aborder le problème consiste à s\u2019attaquer résolument au trois sources de chômage élevé qui viennent d\u2019être énumérées.Il faut, en premier lieu, limiter l\u2019exercice du pouvoir économique excessif que détiennent certains groupes de producteurs et de salariés dans la détermination LE PLEIN EMPLOI SANS INFLATION 361 des prix et des salaires.Il faut, en deuxième lieu, continuer d\u2019encourager la modernisation et la compétitivité de l\u2019économie et accélérer sa prise en charge par les nouvelles générations d\u2019entrepreneurs québécois.Et il faut, en troisième lieu, remplacer la création de récessions, de crises financières, de faillites en cascade et de chômage comme outil privilégié de contrôle de l\u2019inflation par une méthode moins bête, plus civilisée et efficace d\u2019atteindre le même objectif.Sur ce dernier point, observons qu\u2019il est techniquement possible de faire fondre peu à peu le «noyau dur» du chômage en maintenant de manière persistante le taux de chômage sous son niveau structurel courant (peut-être 9 pour cent) au moyen d\u2019un relâchement de la contraction monétaire actuelle.Le taux de chômage structurel finira en effet par se conformer au taux de chômage effectivement réalisé.Mais si on ne laisse plus le chômage augmenter pour servir de harpon contre l\u2019inflation, qui donc remplacera le gouverneur de la Banque du Canada comme chien de garde de la stabilité des prix, quand de nouvelles secousses inflationnistes frapperont?Si on exclut le contrôle «militaire» direct des salaires et des prix, qui ne serait socialement et économiquement acceptable qu\u2019en situation d\u2019urgence, le seul instrument qui pourrait mettre l\u2019inflation en échec de manière efficace et permanente est une espèce de norme sociale d\u2019inflation qui serait fondée sur une entente annuelle entre les grands partenaires économiques du Québec.Si on ramenait le taux de change du dollar canadien à une parité fixe de 75 ou 80 cents EU, la norme naturelle à adopter serait la tendance de l\u2019inflation aux Etats-Unis.Ce serait simple et facile à comprendre pour tous les agents de l\u2019économie et, si l\u2019expérience réussissait, le plein emploi sans inflation serait à notre portée.Q 362 FIGURE 1 Écart Ontario-Québec dans le nombre d\u2019emplois par 1 000 personnes de 15 ans ou plus, 1966-1989 Source: Statistique Canada, publication 71-201.FIGURE 2 Relation chômage-offre d\u2019emploi au Québec, 1966-1989 (pourcentages) Source: Statistique Canada, publications 71-201 et 71-204. LE PLEIN EMPLOI SANS INFLATION 363 FIGURE 3 Taux annuel d\u2019inflation (IPC) au Canada, 1966-1989 (pourcentages) 15 0 1« h 10.0 5.0 aa oa 70\t72\t7 4,\t7*0\t7>a ao 82 B4 ae aa Source: Statistique Canada, publication 62-001.FIGURE 4 Taux annuel de chômage au Québec, 1966-1989 (pourcentages) e« «a vu\t74 7u /a ao 02\t04 ae aa Source: Statistique Canada, publication 71-201. Le rapport Allaire Bernard RACINE I\u2014/es réactions au rapport Allaire provenant du Canada anglais ont été, comme on s\u2019y attendait, défavorables.Le rapport a séparé le Parti libéral du Québec en un clan de souverainistes et un clan de fédéralistes qui s\u2019affronteront au prochain congrès du parti les 8, 9 et 10 mars.Robert Bourassa «On veut changer les structures du pays, un Canada radicalement nouveau.» (La Presse, 30 janvier) Le rapport Allaire s\u2019inscrit dans le droit fil des positions constitutionnelles que lui, Robert Bourassa, a défendues depuis plus de vingt ans.«C\u2019est la vraie minute de vérité» pour le régime fédéral.«Si on se fixe pas un échéancier contraignant, le statu quo continuera.S\u2019il ne prévoyait pas un référendum, on ne parlerait plus du rapport Allaire.On dirait: Un autre rapport ou on regarderait CNN», (le réseau de télévision qui transmet les nouvelles de guerre en direct).(La Presse, 2 février) «Mes opposants sur la scène politique québécoise prédisaient que ce serait un non absolument complet et total de la part du Canada anglais.Or, ce qu\u2019on constate depuis deux jours, c\u2019est qu\u2019il y a une réaction relativement modérée.On est prêt à discuter.La réaction du Canada anglais depuis deux jours est certainement plus modérée ou plus réaliste que celle qu\u2019on anticipait dans certains milieux.» (Le Soleil, 1er février) LE RAPPORT ALLAIRE 365 Jacques Parizeau «Le rapport Allaire est un cadeau empoisonné que met M.Bou-rassa entre les mains de M.Mulroney.» Mais la démarche suggérée est «humiliante et méprisante» pour les Québécois.C\u2019est «une machine à fabriquer l\u2019incertitude.» On recommence tout à zéro.On demande la lune au mépris aussi bien des Québécois que des Canadiens anglais.«Comme démarche c\u2019est absurde sur le fond, et sur la forme c\u2019est assez humiliant.» (Le Devoir, 30 janvier) Robert Libman, chef du Parti Égalité «Le rapport Allaire est \u2018l\u2019ébauche d\u2019un projet\u2019 pour démanteler le Canada».L\u2019accepter, c\u2019est faire table rase de toute forme d\u2019unité nationale et des valeurs communes aux citoyens d\u2019un même pays.«Le Canada ne sera plus que dix morceaux reliés par une zone de libre-échange.» (Le Devoir, 30 janvier) Brian Mulroney, premier ministre du Canada Il a refusé de dire si les demandes du rapport Allaire vont plus loin qu\u2019il s\u2019attendait et d\u2019en discuter plus longuement avant qu\u2019il n\u2019ait été adopté par le Parti libéral du Québec et par le gouvernement du Québec.La division des pouvoirs n\u2019est pas la question centrale, d\u2019ailleurs.«La question fondamentale est de savoir si les Canadiens veulent vivre ensemble.Sont-ils d\u2019accord sur les valeurs qui nous rassemblent en tant que pays?Est-ce qu\u2019ils croient que ces valeurs et nos réalisations sont assez fortes et assez réelles pour nous rassembler en tant que nation?Ce sont là les questions fondamentales auxquelles les Canadiens devront répondre et non pas décider si leur province devrait exercer une certaine juridiction.» (The Ottawa Citizen, 30 janvier) Jean Chrétien, chef du Parti libéral du Canada Les demandes du rapport Allaire sont «irréalistes et inaccep- 366 tables».Si les demandes du rapport représentent une position finale et sans appel, il s\u2019agit d\u2019une grande menace pour le Canada.» (Journal de Québec, 30 janvier) Il croit cependant qu\u2019il s\u2019agit simplement d\u2019une position initiale en vue de la prochaine ronde de négociations constitutionnelles.Les libéraux du Québec «ont mis sur la table une liste de demandes, de transferts de pouvoirs qui restent à négocier».Il n\u2019est pas d\u2019accord avec l\u2019abolition du Sénat, recommandée par le rapport ni avec la recommandation qui veut que la Charte fédérale des droits ne s\u2019applique pas au Québec.De plus, le transfert de pouvoirs doit être une avenue à deux sens pour ne pas que le gouvernement fédéral soit émasculé.(The Ottawa Citizen, 30 janvier) Mme Audrey McLaughlin, chef du NPD du Canada Le rapport n\u2019est qu\u2019un de plusieurs qui devront être pris en considération lors des négociations constitutionnelles.Il ne peut être considéré séparément.Les demandes du Québec doivent être considérées en conjonction avec celles des autres régions et des peuples aborigènes.«Nous devrons aussi regarder de quels pouvoirs le gouvernement a besoin si nous voulons avoir un pays.» (The Ottawa Citizen, 30 janvier) Lucien Bouchard, chef du Bloc québécois Les propositions du rapport ne correspondent nullement aux attentes des Québécois.La réponse du Canada ne tardera pas.«Il pourrait bien arriver que le Parti libéral du Québec ne puisse faire accepter son rapport même par son congrès de mars puisque le Canada lui aura répondu non.» (Le Devoir, 30 janvier) Frank McKenna, premier ministre du Nouveau-Brunswick Le rapport est un geste de réconciliation du Québec et un signe que la province est prête à tenter une dernière fois de négocier une LE RAPPORT ALLAIRE 367 nouvelle entente avec le reste du pays.» (The Ottawa Citizen, 30 janvier) William Vander Zalm, premier ministre de Colombie britannique «Tout ce que le Québec veut, la Colombie britannique le veut aussi.Ce qui est bon pour eux est bon pour nous.(Émission télévisée The National du 30 janvier) Gary Filmon, premier ministre du Manitoba Ce document ne représente que le point de vue d\u2019un comité de parti.«Il ne représente certainement pas une politique gouvernementale de la province à l\u2019heure actuelle.De sorte qu\u2019il ne faut pas l\u2019analyser trop profondément.Il pourrait bien ne pas être une position décisive et finale.» (The Gazette, 30 janvier) Bob Rae, premier ministre d\u2019Ontario Toute discussion sur la restructuration du Canada devra inclure les premiers ministres de toutes les provinces.«Ces discussions ne peuvent se faire seulement entre le gouvernement fédéral et Québec.» Il est prêt à négocier le plan du Québec même s\u2019il trouve qu\u2019il va trop loin dans ses demandes de nouvelles juridictions.(Globe and Mail, 31 janvier) Il n\u2019est pas d\u2019accord non plus avec la demande du rapport voulant que la Cour suprême du Canada cesse d\u2019être le tribunal d\u2019appel en dernier recours de la loi du Québec.«Il est important d\u2019avoir une constitution qui s\u2019applique d\u2019un bout à l\u2019autre du pays.» (The Toronto Star, 31 janvier) Clyde Wells, premier ministre de Terre-Neuve «Si ces propositions s\u2019appliquent à toutes les provinces du 368 Canada, on élimine la nation canadienne.On réduit le Canada à une alliance économique et militaire entre dix États relativement insignifiants sur la scène mondiale.C\u2019est la destruction de la nation canadienne et je ne crois pas que cela soit acceptable au peuple canadien.«Si par contre, les recommandations du comité Allaire ne visent que le Québec pendant que le reste du Canada demeure inchangé, ce n\u2019est guère mieux.Cela place une province dans une situation tout à fait privilégiée et, par conséquent, cela met un terme à l\u2019égalité entre les citoyens.Le citoyen du Québec serait dans une position tout à fait différente de celle des citoyens des autres provinces.» (La Presse, 5 février) Benoît Bouchard, lieutenant de Mulroney au Québec N\u2019est pas surpris des demandes du Québec.«Nous ne pourrons pas éviter de penser à l\u2019avenir du Canada.C\u2019est cela le vrai débat.» Le rapport donne deux ans aux Canadiens pour sauver leur pays.(Ottawa Citizen, 1er février) Claude Castonguay, sénateur Un bon point de départ pour la refonte du Canada tout entier.«Le débat ne fait que commencer.» (La Presse, 31 janvier) Allan McEachen, sénateur libéral Croit que l\u2019idée d\u2019abolir le Sénat n\u2019est pas très sensée.(La Presse, 31 janvier) Gérald Beaudoin, sénateur «Ce n\u2019est qu\u2019un document de travail.Ce n\u2019est pas une liste à prendre ou à laisser.» (La Presse, 31 janvier) IX RAPPORT ALLAIRE 369 Jacques Hébert, sénateur L\u2019abolition du Sénat est peu de chose quand on lit tout le document.Ce qui est plus grave, ce sont les «politiciens qui sont devenus des apprentis sorciers, qui ont parti une machine qui est en train de détruire le Canada.Ils ont l\u2019air de le faire allègrement, pensant que le Québec va s\u2019en porter mieux après.Ce n\u2019est pas mon avis.» (La Presse, 31 janvier) John Stewart, sénateur libéral de Nouvelle-Écosse «L\u2019idée d\u2019abolir le Sénat ne sera pas bien accueillie dans ma région.Pourquoi l\u2019abolir, c\u2019est une protection qui pourrait éventuellement être nécessaire.Si on s\u2019en débarrasse, il ne restera plus que les tribunaux pour surveiller les Communes.» (La Presse, 31 janvier) Thérèse Lavoie-Roux, sénateur Une piste de travail et le fruit de bien des compromis.«Si on sent qu\u2019il y a une véritable ouverture et qu\u2019on répond rapidement, je dirais qu\u2019il y en a assez dans le rapport pour négocier.» Mme Lavoie-Roux, était membre du comité qui a rédigé les recommandations.(La Presse, 4 février) Philippe Gigantes, sénateur libéral L\u2019abolition du Sénat ne sera pas la principale cause des problèmes.Ce sont les autres demandes, car elles signifient qu\u2019il faudra les accorder aussi aux autres provinces alors qu\u2019une majorité des Anglo-Canadiens ne veulent pas que les provinces aient tant de pouvoirs.De sorte que nous allons aboutir avec un Québec qui a un statut particulier.Seulement un miracle peut empêcher le Québec de devenir indépendant, au cours des deux ans et demis qui vont suivre, et avant les prochaines élections fédérales.(Émission de radio Ici, le Midi et dix, de Radio-Canada) 370 Mme Deborah Grey, seul membre du Reform Party d\u2019Alberta «J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019ils (les libéraux québécois) sont en train de négocier un mariage libre.Ils veulent les bénéfices sans aucune responsabilité.» (The Ottawa Citizen, 30 janvier) Sharon Carstairs, leader libéral du Manitoba «Les Québécois devront accepter de jouer un rôle très diminué dans le Parlement fédéral si le rapport Allaire est adopté.Ça va vouloir dire beaucoup moins de ministres québécois dans le gouvernement fédéral.» (The Gazette, 31 janvier) Michael Harcourt, chef du NPD de Colombie britannique «L\u2019époque où le Québec venait \u2018bosser\u2019 tout le monde est terminée.Nous ne nous laisserons plus dicter des conditions par Québec.» {Le Devoir, 31 janvier) Gary Lane, ministre de la Justice de la Saskatchewan Sa province va préparer une liste de changements constitutionnels qu\u2019elle voudrait voir adopter.La Saskatchewan s\u2019oppose aussi à ce que le Québec négocie seulement avec Ottawa.«Toutes les provinces doivent participer à ces négociations.» {The Gazette, 31 janvier) James Ilorsman, vice-premier ministre d\u2019Alberta Cette tentative d\u2019augmenter le pouvoir des provinces est inacceptable pour l\u2019Ouest.«Nous sommes tous égaux dans cet État fédéral.et nous n\u2019avons pas l\u2019intention de rester assis pendant que le Québec rédige l\u2019ordre du jour de ses négociations constitutionnelles avec le fédéral.» Le projet québécois n\u2019affecte pas seulement une mais toutes les provinces.L\u2019Ouest canadien s\u2019oppose aussi à l\u2019abolition du Sénat. LE RAPPORT ALLAIRE 371 11 voudrait plutôt que les sénateurs soient élus afin d\u2019augmenter le pouvoir des régions.(Toronto Star, 31 janvier) Felix Holtmann, député conservateur du Manitoba à Ottawa «Si ce projet est appuyé solidement par les Québécois, ça veut dire que le Québec ne veut pas faire partie du Canada.» (Toronto Star, 31 janvier) Preston Manning, leader du Reform Party d\u2019Alberta Le premier ministre Brian Mulroney, étant donné qu\u2019il vient du Québec, n\u2019est pas dans la position de pouvoir négocier une entente constitutionnelle avec le Québec.«Il est certain que le reste du Canada n\u2019est pas prêt à accepter que le leader d\u2019un parti fédéral qui vient du Québec, qui dépend des sièges du Québec, négocie ce genre de demandes avec Québec.» (The Gazette, 31 janvier) «L\u2019autonomie c\u2019est un autre nom pour la souveraineté-association.C\u2019est la même chose pour une structure Québec-Canada assortie d\u2019une union économique.Les libéraux devraient être honnêtes et dire ce qu\u2019ils veulent vraiment.Pourquoi M.Bourassa ne dit-il pas qu\u2019il veut la souveraineté-association?Pourquoi cache-t-il son option?(La Presse, 1er février) Jean Lapierre, leader parlementaire du Bloc québécois Le Canada anglais n\u2019acceptera jamais les demandes du rapport et ça va enfin pousser le Québec à déclarer son indépendance.» (The Ottawa Citizen, 30 janvier) Lise Bourgault, député fédéral d\u2019Argenteuil-Papineau Elle accueille le rapport qui va nettoyer l\u2019atmosphère constitutionnelle, mais comprend pourquoi ses collègues trouvent ses recom- 372 mandations inacceptables.Ils sont sous le choc.«Ils ne s\u2019attendaient pas que le dernier parti fédéraliste au Québec soulève la possibilité de la souveraineté.C\u2019est presqu\u2019un au revoir au Canada.» (The Ottawa Citizen, 31 janvier) Peter Russell, politicologue à l\u2019Université de Toronto «Le Canada n\u2019a pas d\u2019autre choix que de négocier un nouvel arrangement avec Québec s\u2019il veut éviter les conflits survenus en pareilles circonstances en Irlande, en Rhodésie et au Soudan-sud.Il faut que le Canada anglais forme une coalition assez forte pour pouvoir négocier une nouvelle confédération avec Québec.» (The Ottawa Citizen, 30 janvier) Michael Bliss, professeur d\u2019histoire, Université de Toronto Recommande aux Canadiens de ne pas trop lire le rapport étant donné qu\u2019il constitue probablement un point de départ pour des négociations constitutionnelles.S\u2019il devait devenir la position officielle du Québec il serait rejeté sans discussion.«Cela constituerait un statut particulier à l\u2019intérieur du Canada, ce que la plupart des citoyens ne sont pas prêts à accorder.Ça ne serait plus l\u2019égalité.» Le plus grand problème du Canada anglais sera de trouver un leader capable de négocier une nouvelle entente.«Sauf Pierre Trudeau, je ne sais pas qui a le charisme pour réussir.» (The Ottawa Citizen, 30 janvier) Louis Laberge, président de la FTQ «Avec ce que propose Allaire, c\u2019est nous mettre encore une fois dans la position où on se fera humilier.» La FTQ va travailler pour obtenir la tenue d\u2019un référendum avant l\u2019automne 1992, date proposée par le rapport Allaire.(Journal de Québec, 30 janvier) Gérald Larose, président de la CSN «La réponse du Canada anglais à leurs propositions, on la IX RAPPORT ALLAIRE 373 connaît déjà: c\u2019est No.Alors, pourquoi prendre 18 mois pour enclencher la deuxième proposition, qui, elle, va nous parler de superstructure, pour se faire dire No, encore une fois?Ça veut dire qu\u2019il faudrait attendre 1995 ou 1996; ce serait alors faire payer au Québec un prix extrêmement cher pour des courbettes.» {Journal de Québec, 30 janvier) Lorraine Pagé, présidente de la CEQ «Une formule ambiguë pour contenter tout le monde et son père.Quand on connaît M.Bourassa, on voit bien qu\u2019il se garde ici et du temps et de la marge de manœuvre.Le gouvernement aurait plutôt dû demander sur-le-champ un mandat à toutes la population et non aux seuls libéraux, pour s\u2019assurer un véritable rapport de force avant d\u2019entreprendre de quelconques négociations.» (Le Devoir, 30 janvier) Fernand Daoust, secrétaire général de la FTQ «Une position irréaliste après l\u2019échec de Meech.Comment penser que le Canada anglais va consentir à accorder plus de pouvoirs à Québec au cours d\u2019une autre ronde de négociations?» (The Gazette, 30 janvier) Jean Dorion, président de la SSJB de Montréal «Ou le projet est refusé par le Canada anglais, ce qui d\u2019ailleurs apparaît assez évident, et alors on se demande pourquoi perdre ainsi du temps.Ou il est accepté et nous restons une entité fédérée, loin de l\u2019idée d\u2019un pays avec toutes ses compétences comme l\u2019immigration et les affaires autochtones qui resteront partagées.» (Le Devoir, 30 janvier) Claude Béland, président du Mouvement Desjardins Un document «qui démontre qu\u2019il y a au Québec un consensus 374 plus large que je ne le croyais sur la nécessité de rapatrier une très longue liste de pouvoirs.Dans ce sens, c\u2019est un peu une surprise.» {La Presse, 1er février) Ghislain Dufour, président du Conseil du patronat «Espère que le rapport va amener le Canada anglais à la table de négociation.Le document doit être perçu comme un traitement d\u2019électrochoc destiné à rappeler au Canada anglais les demandes du Québec plutôt que comme un ultimatum.» {The Toronto Star, 31 janvier) Sylvain Simard, président du Mouvement national des Québécois «Il s\u2019agit manifestement d\u2019un rapport dilatoire.» {Le Devoir, 30 janvier) Robert Keaton, président d\u2019Alliance-Québec «Ça nous met sur la route du Canada plutôt que sur la fast track du séparatisme.» Il s\u2019agit d\u2019une hypothèse de fédéralisme \u2018énormément\u2019 décentralisé mais qui comporte une marque de manœuvre appréciable.Il faut y voir une base de négociations avec le Canada anglais.Dans cette optique, il est tout à fait normal que le Québec demande le maximum.«L\u2019erreur de l\u2019entente du lac Meech fut d\u2019avoir demandé le minimum.Ce n\u2019est pas un bluff.C\u2019est un avertissement au Canada anglais.» {Le Devoir, 30 janvier) Peter Blaikie, ancien président d\u2019Alliance Québec «Dans le rapport Allaire, on dit aux Canadiens: Acceptez de vous suicider sinon on s\u2019en va.Ça prend du culot.C\u2019est une pièce de théâtre de l\u2019absurde, écrite par des enfants gâtés, sous de grandes illusions.Les propositions libérales sont ridicules.Nous allons dénaturer le gouvernement fédéral et enlever les sous-vêtements de l\u2019em- LH RAPPORT ALLAIRE 375 pereur.C\u2019est anti-démocratique, d\u2019une absurdité totale et d\u2019une arrogance colossale.» Il a démissionné d\u2019Alliance Québec en raison de la modération avec laquelle M.Keaton avait accueilli le rapport.(La Presse, 1er février) Alex Paterson, président fondateur d\u2019Alliance Québec Restons calmes.Si nous réagissons avec hystérie, le reste du Canada fera de même.On sait à quel point l\u2019unité nationale est un problème émotionnel.(The Gazette, 2 février) Les membres du cabinet Bourassa André Bourbeau, ministre de la Main-d\u2019œuvre «C\u2019est au Canada anglais à décider si oui ou non il veut une réforme en profondeur de la structure.S\u2019il ne veut pas discuter, le projet du Parti libéral contient des dispositions pour un référendum en 1992.Sûrement qu\u2019on pourra discuter sur les modalités, mais quant au fond, ça m\u2019étonnerait que le Québec apporte des modifications substantielles.» (La Presse, 31 janvier) Lawrence Cannon, ministre des Communications «C\u2019est une position claire qui permet un temps de réaction au Canada.La balle est dans le camp du Canada.Je vais vivre avec les conséquences et les décisions qui ont été prises.» (La Presse, 31 janvier) Albert Côté, ministre des Forêts «J\u2019aime les choses claires et le rapport Allaire en est une.» (Le Dex\u2019oir, 1er février) 376 Marc-Yvan Côté, ministre de la Santé Avec ce document, le PLQ a pris un virage très «intéressant».«S\u2019il y en a qui ont des messages à entendre, qu\u2019ils les entendent.C\u2019est une position claire, on verra ce que le parti en fera.Comme c\u2019est un document de parti, le gouvernement aura aussi des gestes à exécuter.» Le ministre croit que le document est un tout donc indivisible.{La Presse, 31 janvier) Sam Elkas, ministre des Transports «Il ne suivra pas son parti si le gouvernement décide en faveur de la souveraineté.Dans ce cas il n\u2019aurait d\u2019autre choix que de démissionner.» {The Gazette, 31 janvier) Daniel Johnson, président du Conseil du Trésor «Ça prend des moyens pour négocier ces choses-là.Moi, ma job, c\u2019est de m\u2019assurer qu\u2019on a les moyens financiers de nos ambitions.» {La Presse, 31 janvier) Robert Middlemiss, ministre délégué aux Transports Un rapport à mettre sur la table pour discussion.On verra après si c\u2019est négociable et si le délai de dix-huit mois doit être allongé.Il serait ridicule de s\u2019accrocher à ce délai si «on est sur une bonne piste».{Le Soleil, 31 janvier) Pierre Paradis, ministre de l\u2019Environnement du Québec Considère le rapport comme un document pour fin de discussion seulement.Mais croit que les Québécois sont capables de convaincre le Canada anglais d\u2019accepter cette proposition constitutionnelle si celle-ci est souvenue par une forte majorité de Québécois.{La Presse, 1er février) LE RAPPORT ALLAIRE 377 Claude Ryan, ministre de la Sécurité publique Le rapport Allaire est «une base de discussion», mais ce n\u2019est pas «un catéchisme».Nous en discuterons entre nous.{Le Devoir, 7 février) Raymond Savoie, ministre du Revenu Entretien des «réserves majeures» sur l\u2019impact que le rapport peut avoir sur le développement régional.Un document de travail que le congrès libéral peut amender.{Le Soleil, 31 janvier) Gérald Tremblay, ministre de l\u2019Industrie et du Commerce «Cela va enfin nous permettre de discuter de l\u2019enjeu principal de la prochaine décennie, soit le développement économique.» {Le Devoir, 1er février) André Vallerand, ministre du Tourisme «On offre au Canada anglais une autre opportunité de regarder de quelle façon on pourrait donner au Québec un régime politique qui lui permettrait d\u2019assumer sa pleine autonomie, avec des demandes beaucoup plus larges que par le passé.» {La Presse, 31 janvier) Yvon Vallières, ministre délégué à l\u2019Agriculture «Les gens devront réagir avec beaucoup de sérieux dans l\u2019ensemble du Canada, parce que c\u2019est une démarche irréversible.Le rapport Allaire est excellent et la marge de négociation est très limitée.» {La Presse, 31 janvier) 378 Les députés libéraux du Québec Guy Bélanger, député de Laval-des-Rapides Un document qui montre clairement qu\u2019il est «minuit moins une et qu\u2019il ne reste au Canada anglais qu\u2019une minute pour se réveiller» sans quoi c\u2019est la souveraineté.{Le Devoir, 30 janvier) Jean-Claude Gobé, député de Lafontaine On «n\u2019est pas rendu à dire que si ça marche on la fait (la souveraineté)».Une fois arrivée l\u2019échéance de 1992, les Québécois pourraient décider de se contenter de ce qui aura été obtenu par les négociations.Le rapport n\u2019est donc pas un ultimatum mais une ouverture à la négociation.{Le Devoir, 30 janvier) Henri-François Gautrin, député de Verdun Un document «résolument fédéraliste» qui s\u2019inscrit dans la vision historique du PLQ d\u2019un Canada décentralisé.Une «position initiale et négociable».{Le Devoir, 30 janvier) John Kehoe, député de Chapleau Accepte l\u2019idée d\u2019un référendum mais a des réserves avec le reste du rapport.«Si Québec obtient tous ces pouvoirs, que restera-t-il au fédéral?» {Ottawa Citizen, 31 janvier) Réjean Lafrenière, député de Gatineau D\u2019accord avec l\u2019idée d\u2019un référendum, de sorte que ce sera la population qui décidera.{Ottawa Citizen, 31 janvier) UE RAPPORT ALLAIRE 379 Jean-Guy Lemieux, député de Vanier Un rapport intéressant.(Le Devoir, 30 janvier) Norman MacMillan, député de Papineau «Je suis un fédéraliste.Mais il faut que quelqu\u2019un entende ce que le Québec veut.» Cette fois-ci, si le Canada refuse, nous irons vers la souveraineté.(Ottawa Citizen, 31 janvier) Russ Williams, député de Nelligan Craint que les électeurs de son comté situé dans le West Island trouvent que le rapport va trop loin et que 18 mois ne soient pas un délai suffisant pour négocier les changements proposés par M.Allaire.(Le Devoir, 30 janvier) Comme le dit le sénateur Castonguay, le débat ne fait que com-mencer.O L\u2019inconfort et la différence La littérature fantastique québécoise depuis 1980 Michel LORD chercheur Centre de recherche en littérature québécoise (CRELQ) Université Laval Résumé L\u2019auteur rappelle l\u2019évolution récente de la littérature fantastique au Québec.Il la situe dans le mouvement universel du retour au magique.Il parle du «besoin viscéral de dire des choses difficilement exprimables autrement».Il souligne plusieurs événements qui contribuent à l\u2019épanouissement du fantastique.Il présente André Carpentier comme rassemblant «les critères les plus représentatifs de cette nouvelle littérature».Il note le style différent d\u2019André Berthiaume qui hésite «entre l\u2019ombre et la lumière».Monsieur Lord voit poindre «la formation d\u2019une véritable \u2018école québécoise du fantastique\u2019».Il mentionne de nombreux auteurs qui s\u2019adonnent à la nouvelle fantastique.D\u2019autres romanciers exploitent toutes «les formes discursives: magie, humour, dérision, drame, énigme policière, LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE QUÉBÉCOISE DEPUIS 1980 381 critique sociale.» Ainsi le discours littéraire du fantastique «marque l\u2019inconfort, dans le théâtre du monde, loin de toutes les indifférences annihilantes».A J.\\.vant ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler la Révolution tranquille, la littérature fantastique n\u2019existe guère qu\u2019à l\u2019état de traces au Québec.Mais, vers 1960, cette situation change radicalement.On assiste alors à l\u2019éclosion d\u2019une véritable modernité1 modélisée dans un vaste ensemble de discours où le fantastique vient s\u2019immiscer comme un des témoins privilégiés des changements socio-culturels.Dans les années 1980, ce processus ne fait que s\u2019accentuer, malgré le traumatisme de l\u2019échec référendaire du 20 mai 1980 ou, peut-être, à cause de lui.Au début de la décennie, on assiste au reflux de l\u2019attitude militante en faveur du pays à faire, d\u2019un Québec «libre» de toute mainmise extérieure.Ce projet semble, pour un temps, impossible à réaliser, du moins selon les termes du discours élaboré, entre autres, par les artistes et les écrivains hantés par l\u2019idée du pays à faire, et qui ont, en partie, contribué à porter le Parti québécois au pouvoir en 1976 ou qui ont accompagné de leurs voix la montée de l\u2019idéologie indépendantiste.L\u2019on sait que cette attitude a prévalu jusqu\u2019à l\u2019échec des Accords du lac Meech, le 23 juin 1990, et que la problématique du pays s\u2019embrouille à nouveau, les Québécois, toujours divisés contre eux-mêmes, étant en quelque sorte condamnés à revenir sur les termes d\u2019un vieux conflit non réglé.Hubert Aquin, dont l\u2019œuvre se situe aux limites du réalisme, pointait cette problématique comme étant responsable de notre «fatigue culturelle2».1.\tModernité qui avait certes eu des précurseurs, dont les moindres ne sont pas Saint-Denis-Gameau, Borduas, Alain Grandbois, Claude Gauvreau.2.\t«Le Canadien français est, au sens propre et figuré, un agent double.Il s\u2019abolit dans \u2018l'excentricité\u2019 et, fatigué, désire atteindre au nirvana politique par voie de dissolution.Le Canadien français refuse son centre de gravité, cherche désespérément ailleurs un centre et erre dans tous les labyrinthes qui s\u2019offrent à lui.Ni chassé, ni percuté, il distance pourtant sans cesse son pays dans un exotisme qui ne le comble jamais [.] le suis moi-même cet homme \u2018typique\u2019, errant, exorbité, fatigué de mon identité atavique et condamné à elle.[.] Un jour, nous sortirons de cette lutte, vainqueurs ou vaincus.Chose certaine, le combat intérieur, guerre civile individuelle, se poursuit et interdit l\u2019indifférence autant que l'euphorie.» Hubert Aquin, «La Fatigue culturelle du Canada français», Blocs erratiques, Montréal, Quinze, 1977, p.96-97. 382 En dépit de tout, et malgré cet apparent piétinement, on remarque que depuis 1980, il s\u2019est produit un afflux de nouveaux questionnements, tant politiques que littéraires et culturels; sur le «réel» dans son ensemble.Car c\u2019est bien la complexité du réel qu\u2019interrogent, à leurs manières, les fantastiqueurs québécois; ils explorent les relations possibles entre la réalité et l\u2019imaginaire, selon des perspectives narratives particulières, alors que d\u2019autres tentent de cerner le monde de manière plus mimétique ou plus pragmatique.Ces créateurs d\u2019improbable sentent, peut-être de manière plus vive que d\u2019autres, que le monde échappe à un contrôle absolu, qu\u2019il est gouverné par des forces qui dépassent notre entendement, mais qu\u2019il est possible d\u2019entrer en relation dialectique avec les puissances de tous ordres qui entourent l\u2019être humain.Par cela même, le récit fantastique suggère non pas une fuite dans l\u2019imaginaire, mais une sorte de confrontation polémique, tantôt tragique, tantôt magique, avec le monde.Une littérature universelle S\u2019inscrivant dans un mouvement universel de retour au magique (et au maléfique), le fantastique au Québec semble à première vue se mouler sur les formes essentielles léguées par les grandes traditions européennes ou par la plus récente veine latino-américaine.Dans ce contexte, il peut paraître illusoire d\u2019y chercher une spécificité uniquement québécoise.Il faudrait plutôt accepter d\u2019emblée l\u2019image d\u2019une littérature enfin parvenue au stade de l\u2019universalité, qui véhicule dans le même temps, sous des formes complexes, nos espoirs et nos hantises.En effet, on y retrouve, de manière obsessionnelle, les thèmes de l\u2019apparition de l\u2019irréel, du double, du rapport ambigu à l\u2019Autre, de la possession, de la transmutation, de la métamorphose et de la création magiques ou maléfiques.Mais, à l\u2019intérieur de cette série thématique, il y a probablement un courant de pensée propre à un groupe qui cherche à transformer sa géographie intérieure, appelant ainsi, dans l\u2019inconfort du discours et de la conscience créatrice qui le sous-tend, une différence de quelque ordre dans la réalité.Dans les faits (de discours), on s\u2019aperçoit que les œuvres fantastiques québécoises actuelles répondent à une double nécessité: exhiber une appartenance au monde actuel (troublé) en y inscrivant un discours individué, chaque écrivain ayant son style et sa manière propre d\u2019incarner en images ses obsessions et celles du groupe auquel LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE QUÉBÉCOISE DEPUIS 1980 383 il appartient.Il n\u2019y a plus de discours unanime au Québec, comme aux belles heures du nationalisme.(Y en a-t-il d\u2019ailleurs déjà vraiment eu?) Cela est vrai, du moins, en surface.En profondeur, c\u2019est autre chose, et peut-être que désormais tous les écrivains fantas-tiqueurs ou fantasmatiqueurs, de Victor-Lévy Beaulieu à Jacques Brossard, se rejoignent pour dire non pas seulement leur désir de créer un pays bien à eux, mais plutôt pour signifier un certain désarroi devant la marche tantôt désordonnée, tantôt trop ordonnée du monde.Fort complexe, le rapport de l\u2019écriture fantastique avec la réalité actuelle du Québec et du monde exige une approche multidisciplinaire et comparatiste que nous ne pouvons, pour le moment, qu\u2019espérer3, tant la tâche nous semble d\u2019envergure, étant donné les proportions prises depuis trente ans (et surtout depuis les dix dernières années) par le champ fantastique au Québec4.Dans ce sens, soulignons tout de même qu\u2019un certain rapport pourrait être établi, par des études comparées, avec la Belgique et l\u2019Argentine, pays qui possèdent des homologies biculturelles ou coloniales communes avec le Québec, une relation problématique avec un autre «empire» et un courant fantastique très fort.Autant, sinon plus qu\u2019ailleurs, en raison de sa fragile identité culturelle constamment menacée tant par le Canada que par les Etats-Unis, l\u2019écrivain québécois ressent les secousses du monde moderne et éprouve la nécessité d\u2019inscrire au cœur même de son discours l\u2019inquiétude qui en ressort.La vie littéraire fantastique au Québec Il est difficile de savoir avec exactitude ce qui a déclenché l\u2019essor du fantastique au Québec5.Serait-ce l\u2019influence de la littérature 3.\tDepuis 1985, un groupe de recherche sur les pratiques fantastiques au Québec, incluant la science-Gction, le GRILFIQ, poursuit des travaux dans ce sens au Centre de recherche en littérature québécoise (CREUQ) de l\u2019Université Laval.4.\tPour mémoire, je rappelle que plus d\u2019une centaine d\u2019auteurs ont pratiqué, de manière continue ou sporadique, le genre fantastique entre 1960 et 1990 au Québec, que la plupart d\u2019entre eux continuent de le faire, et qu\u2019il s\u2019y ajoute à chaque année du sang nouveau.5.\tQuantitativement, on peut parler d\u2019essor, puisque, de 1960 à 1990, la production passe d\u2019une moyenne de trois ou quatre ouvrages par année, dans les années 1960-1977, à plus d\u2019une dizaine depuis 1978.Nous avons affaire à un corpus d\u2019environ 384 latino-américaine qui, avec les Jorge Luis Borges et les Julio Cor-tâzar, marquent fortement l\u2019imaginaire contemporain?Cette hypothèse demeure toujours probable, bien qu\u2019un aussi grand nombre d\u2019artistes peuvent difficilement tomber sous l\u2019emprise d\u2019une seule influence étrangère et marquer, du même coup, la vie littéraire de leur pays.D\u2019ailleurs, le corpus est si varié dans ses formes que l\u2019hypothèse de l\u2019influence unique doit être écartée, même si nous savons que bon nombre de nouvelliste québécois lisent les latino-américains* * * * 6.Ne serait-ce pas plutôt un besoin viscéral de dire des choses difficilement exprimables autrement, et aussi d\u2019ébranler les formes traditionnellement pratiquées au Québec, de 1860 à 1960 surtout, d\u2019affirmer ainsi la multiplicité des points de vue sur le «réel», d\u2019en faire ressortir le caractère incertain, problématique, puisque de toutes manières rien n\u2019est plus totalement stable en cette fin de siècle où la Terre semble évoluer vers quelque chose d\u2019innommable, d\u2019improbable?Serait-ce une exigence purement esthétique partagée mystérieusement, de manière osmotique, par plusieurs écrivains contemporains?Chose certaine, il semble y avoir convergence de deux facteurs, l\u2019un écologique et politique (la conscience du caractère improbable de l\u2019avenir de la Terre, et donc du Québec), l\u2019autre, artistique et pragmatique (la pratique d\u2019un genre du discours qui problématisé précisément la rencontre du probable et de l\u2019improbable).Sans doute est-ce pour cela que les textes fantastiques abondent.Quelques événements récents d\u2019ordre éditorial en ont marqué la poussée dans la vie littéraire québécoise et ont largement contribué à son autonomisation et à son épanouissement relatifs.Le phénomène a d\u2019abord germé dans les années 1960, puis il s\u2019est implanté, dans la décennie suivante, dans le champ général de la littérature.Grâce à des œuvres fortes comme celles des Jacques Ferron, Roch Carrier, Claude Mathieu, Michel Tremblay, Yves Thériault, Jean Tétreau, 200 œuvres fantastiques \u2014 sans compter les centaines de récits parus dans les périodiques \u2014, ce qui, pour le Québec, n\u2019est pas négligeable.Quant à la qualité, on peut dire qu\u2019elle est variable, comme en toutes choses, le fantastique ayant attiré autant de professionnels rompus au métier d\u2019écrivain que d\u2019amateurs.6.Une enquête de Gilles Pellerin à question unique («Quel est le seul recueil de nouvelles que vous apporteriez sur une île déserte?») auprès des nouvellistes québécois (Nuit blanche, n° 24 (juillet-septembre 1986), p.32-34), a montré que les Argentins avaient la faveur de certains fantastiqueurs québécois. LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE QUÉBÉCOISE DEPUIS 1980 385 Anne Hébert, Louis-Philippe Hébert, Jacques Brossard, Claudette Charbonneau-Tissot, André Berthiaume et André Carpentier, cette forme nouvelle \u2014 oscillant entre le réalisme magique et le fantastique \u2014 s\u2019est graduellement intégrée au paysage littéraire québécois, bien que le «réalisme7» domine encore largement.Sans doute faut-il considérer l\u2019année 1974 comme une année charnière et faire une place de choix à l\u2019avènement d\u2019une revue de science-fiction et de fantastique, baptisée Requiem en 1974, puis Solaris en 1979?Privilégiant surtout la SF, cette revue a toujours accordé de l\u2019importance au fantastique.Son fondateur, Norbert Spehner, a d\u2019ailleurs créé, aux Éditions le Préambule, deux collections professionnelles spécialisées8, en fantastique et en SF, en dehors du cadre de sa revue, afin de répondre à un besoin de plus en plus pressant émanant du lectorat québécois.Depuis 1979, la revue regroupe un bon nombre d\u2019amateurs de fantastique et de SF, qui se réunissent chaque année lors d\u2019un congrès nommé Boréal.Ces événements de la vie littéraire et quelques autres forment en quelque sorte des points de cristallisation qui ont sans doute permis au courant fantastique d\u2019essaimer à partir de là.Des écrivains comme André Carpentier et Marie José Thériault, par exemple, qui avaient commencé à publier du fantastique en 19789, lancent, en 1980, un numéro spécial sur le fantastique dans la Nouvelle Barre du jour10.En 1983, Carpentier, faisant cette fois cavalier seul, édite 7.\tEncore là, même Michel Tremblay, dans La grosse femme d\u2019à côté est enceinte n\u2019hésite pas à utiliser trois manières de «Parques» invisibles, mais actives, et un chat mort-vivant, Duplessis.Que dire de l\u2019utilisation des incessantes apparitions magiques dans Myriam première de Francine Noël, dont le projet littéraire paraît d\u2019abord essentiellement réaliste?8.\tCe sont les «Chroniques de l\u2019au-delà», créées en 1983, et les «Chroniques du futur», en 1979.9.\tAndré Carpentier publie, en 1978, un roman (L'aigle volera à travers le soleil) et un recueil de nouvelles (Rue Saint-Denis) chez HMH (tous deux rééditées récemment chez BQ, dans la collection «Bibliothèque québécoise»).Marie José Thériault fait paraître la même année un recueil de nouvelles (La cérémonie) aux Éditions La Presse.10.\tLe Fantastique, dans la Nouvelle Barre du jour, n° 89 (avril 1980), 92 p.(Présenté par André Belleau). 386 un recueil collectif11 et, la même année, constatant la poussée remarquable du fantastique et de la SF, un groupe d\u2019auteurs et de critiques créent un Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois.De plus, à partir de 1984, une publication annuelle, l\u2019Année de la science-fiction et du fantastique québécois, couvre la totalité de la production du champ, qui a acquis suffisamment d\u2019importance pour que l\u2019on agisse de la sorte.Une certaine postmodernité Il est difficile de trouver un seul élément qui puisse relier les différents types d\u2019écriture fantastique au Québec.La production oscille entre, d\u2019une part, une forme de baroquisme, d\u2019opulence chez des romanciers, et, d\u2019autre part, la fulgurance de la nouvelle brève.Mais dans chaque cas, on mélange allègrement et de manière éclectique les thèmes, les contenus, les idées, les styles et les formes.Porté au métissage des discours, le fantastiqueur pratique une «impureté» foncière, pour reprendre l\u2019expression de Guy Scarpetta12, qui placerait les fantastiqueurs québécois en pleine attitude postmoderne.Au Québec, la littérature participerait ainsi de «la littérature du renouvellement» dont parle John Barth13 à propos d\u2019Italo Calvino et de Gabriel Garcia Marquez, par l\u2019inscription du magique ou du cosmologique dans une trame qui transcende la relation réaliste/irréaliste.Les formes brèves Là où le fantastique semble s\u2019être implanté le plus visiblement, c\u2019est dans le domaine de la nouvelle.Car, outre une certaine effervescence provoquée par les éditeurs de livres, de revues14 et de re- 11.\tDix contes et nouvelles fantastiques par dix auteurs québécois, Montréal, Quinze, 1983, 204 p.12.\tGuy Scarpetta, L\u2019impureté, Paris, Grasset, 1985, 389 p.13.\tJohn Barth, «la Littérature du renouvellement», Poétique, n° 48 (novembre 1981), p.395-405.14.\tDans les revues spécialisées en fantastique, outre Solaris, il faut mentionner la revue Carfax (1984-1988), et, en littérature générale, la fondation de deux nouvelles revues, XYZ.La revue de la nouvelle (1985) et Stop (1986), entièrement consacrées à la nouvelle.De plus, XYZ éditeur a sa propre collection de nouvelles, «l'Ère nouvelle» et la maison L\u2019instant même publie exclusivement des nouvellistes.Ces divers lieux d\u2019édition ouvrent largement leurs portes au fantastique. LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE QUÉBÉCOISE DEPUIS 1980 387 cueils collectifs, il est remarquable de voir à quel point bon nombre d\u2019auteurs québécois se sont mis à l\u2019école de la forme brève, suivant dans ce sens la voie tracée par les Ferron, Carrier, Thériault, dans leurs Contes et autres Jolis Deuils.La nouvelle, dans sa brièveté, offre aussi l\u2019avantage de rendre compte de l\u2019appréhension fragmentaire de la réalité et de s\u2019en tenir à une vision parcellaire du monde.Elle ne vise aucune totalisation, comme le roman, bien que, de manière exactement inverse, par le procédé de la surcharge narrative, le roman fantastique baroque parvienne paradoxalement au même effet d\u2019éclatement.Depuis 1980, les nouvelles figures de proue de l\u2019imaginaire fantastique québécois manifestent une maîtrise peu commune de la forme brève15.Il s\u2019agit moins pour eux de déconstruire les codes littéraires, que de s\u2019inscrire dans une narrativité qui rende compte à la fois du non-sens apparent des choses et de leur sens profond et vice versa.Ce qui revient à dire que, à la lecture, nous ne sommes pas aux prises avec la déconstruction de la langue littéraire, sauf exception, mais avec celle du monde, d\u2019un monde réalisé/déréalisé.Le récit donne à voir un pays à la fois familier et étrange, et le lecteur, autant que le protagoniste, s\u2019y reconnaît et s\u2019y perd dans le mouvement même de la lecture du livre et du monde.Car il importe que le texte s\u2019accorde d\u2019abord normalement avec une certaine communauté de lieux (les lieux communs de la diction narrative qui semblent recréer, mimer une réalité convenue), que le texte produise des «effets de réel» (pour reprendre l\u2019expression de Roland Barthes), mais fasse glisser, doucement ou brutalement, le récit dans une forme d\u2019irréel, qui se donne pour le réel.C\u2019est bien là la force d\u2019œuvres comme celles d\u2019André Carpentier, d\u2019André Ber-thiaume, d\u2019Aude, de Gilles Pellerin et de Marie José Thériault, pour ne nommer que ceux et celles-là.Ils cherchent tous à montrer la minceur de l\u2019espace \u2014 de l\u2019interface \u2014 qui sépare le réel et ce qui peut sembler un instant \u2014 l\u2019instant de la traversée des miroirs \u2014 irréel, et qui l\u2019est peut-être.Qui sait?Les quelques exemples qui 15.Il y en a une pléiade, du plus moderne au plus traditionnel.Sous toutes réserves, j\u2019en donne ici une liste sommaire: Aude, Bertrand Bergeron, André Berthiaume, Roland Bourneuf, Gaétan Brulotte, André Carpentier, Pierre Chatillon, Anne Dan-durand, Claire Dé, Gilles Pellerin, Pierre Paul Karch, Carmen Marois, Bernard Noël, Normand Rousseau, Négovan Rajik, Daniel Sernine, Marie José Thériault. 388 suivent serviront à illustrer cette problématique de l\u2019osmose des «réels».André Carpentier ou la dérive vers bailleurs Carpentier rassemble peut-être dans son œuvre les critères les plus représentatifs de la nouvelle littérature fantastique québécoise: un imaginaire nourri de l\u2019espace moderne et historique, du mythe et du magique, d\u2019un goût prononcé à la fois pour l\u2019Ici et pour l\u2019Ailleurs, pour leur interprétation, porté par une écriture resserrée et singulière qui suggère la perméabilité \u2014 et la permutabilité \u2014 des «réels».Il est notable aussi qu\u2019il se définisse avant tout comme un nouvelliste et un défenseur de la nouvelle, et pas seulement de la nouvelle fantastique, puisque ce qui compte pour lui, plus que toute formalisation générique, c\u2019est l\u2019écriture, libre de toute attache16.C\u2019est sans doute pourquoi son penchant pour le fantastique, genre tout désigné pour la dérive (contrôlée, construite, écrite) de l\u2019imagination, est si accentué.Son deuxième recueil17 comporte une majorité de nouvelles fantastiques bien développées, pleines de magie et de maléfices, baignant parfois dans une certaine historicité québécoise et recréant, sur un fond de croyances mythiques, un monde rempli de mystères.Dans «Le déserteur», par exemple, le récit se déroule sous le Régime français, en plein décor québécois: lors d\u2019une tempête de neige sur le Saint-Laurent, un soldat, Gabriel Beausoleil, assiste à l\u2019apparition d\u2019une forme indéfinie qui semble l\u2019appeler au renoncement, à la désertion du pays.Entre Montréal et Québec, au centre de nulle part encore, d\u2019un pays qui cherche à se former, Gabriel voit (se voit?), dans les yeux d\u2019un spectre mystérieux, «deux maculages aveugles désenchantés du réel» qui finissent par l\u2019attirer dans un «gouffre insondable», lui qui «[savait] qu\u2019il n\u2019avait plus sa place parmi les défricheurs et les serviteurs du Roy18».16.\tVoir à ce sujet «Réponse d\u2019André Carpentier.Pourquoi écrire.du fantastique?», Imagine., n° 22 (vol.V, n° 5, juin 1984), p.31-35; et «André Carpentier et Michel Lord: fragments de correspondance», XYÏ.La revue de la nouvelle, n° 7 (automne 1986), p.2-15.17.\tAndré Carpentier, Du pain des oiseaux, Montréal, VLB Éditeur, 1982, 149 p.Il vient de faire paraître De ma blessure atteint, et autres détresses, Montréal, XYZ, 1990, 155 p.(Collection «l\u2019Ère nouvelle»).18.\tIbid., p.56 et 61. LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE QUÉBÉCOISE DEPUIS 1980 389 Cette étrange inscription de l\u2019Histoire dans le texte, associée au thème du désenchantement, on la retrouve sporadiquement chez Carpentier, comme s\u2019il s\u2019agissait pour ses personnages d\u2019exorciser quelque chose qui n\u2019a pas eu lieu et d\u2019appeler en creux un événement qui aurait dû avoir lieu.Quant à savoir ce que c\u2019est, le texte de Carpentier, jouant souvent sur le flou de la description et de la vision, n\u2019est pas très bavard sur le sujet.Il pourrait s\u2019agir d\u2019une métaphore du pays19 ou d\u2019une évocation de la quête d\u2019un espace personnel, intérieur, faute de se sentir à l\u2019aise dans la réalité.Cela est encore plus perceptible dans la nouvelle qu\u2019il publie un an plus tard dans le recueil collectif des Dix contes et nouvelles fantastiques.Intitulé «le \u2018Aum\u2019 de la ville20», le récit s\u2019inscrit dans un lieu moderne cette fois, l\u2019île de Montréal, mais l\u2019espace y est complètement ébranlé par un son, un «aum», graduellement amplifié.Les statues sacrées et profanes s\u2019animent sous l\u2019effet magique du «aum» et vont, sans explication rationnelle, s\u2019abîmer dans le fleuve; puis, l\u2019île au complet s\u2019arrache d\u2019elle-même de son emplacement, fait (comme Ulysse!) un beau et long voyage, et va se poser, tel un navire spatial, en aval du Saint-Laurent, sur un récif, là où la ligne des eaux départage le doux du salé.Forme de renversement biblique de la Genèse et de VApocalypse adoptée à la topographie québécoise, cette nouvelle est animée d\u2019un mouvement de déconstruction/reconstruction du monde.Elle manifeste dans son écriture même à la fois un refus du réel et un désir de l\u2019ébranler, de créer un Autre espace: l\u2019Apocalypse d\u2019abord, 19.\tEn revanche, chez André Belleau, dans sa seule nouvelle fantastique (une des plus fortes des Dix contes et nouvelles fantastiques, op.cit.), intitulée «le Fragment de Batiscan», l\u2019orientation du discours, pour jouer sur l'ambiguïté de ce qui sous-tend le phénomène étrange, n\u2019en est pas moins claire quant au symbolisme collectif rattaché au destin du personnage puisqu\u2019il est fait indirectement mention du Référendum du «20 mai 1980»: «[.] je lis [dit le narrateur protagoniste:] NIMMER [.] JAMAIS.QUELQUE CHOSE, QUELQU\u2019UN écrit à travers l\u2019histoire un message avec des signes souffrants, des lettres vivantes.Des humains sélectionnés, attirés, pris au piège puis broyés en des graphèmes sanglants [.] Le Mot réclame maintenant le signe suivant: moi [.] Aujourd\u2019hui, 20 mai 1980, je vais comme les autres chercher le fragment perdu dans la Maison qui m\u2019a été préparée.Avant la nuit, je verrai», p.88.L\u2019auteur souligne les deux derniers mots; c\u2019est moi qui souligne le reste.20.\tAndré Carpentier, «Le \u2018Aum\u2019 de la ville», Dix contes et nouvelles fantastiques, op.cit., p.131-150. 390 la Genèse ensuite! (N\u2019est-ce pas la perspective que de nombreux Québécois ont de leur Histoire depuis la Conquête?Ébranlés à la naissance, avortés, nous cherchons désespérément à (re)naître.) Ce fantastique ne problématisé pas une fuite de la réalité mais, bien au contraire, un processus de restructuration générale et fondamentale.Le narrateur ne dit-il pas lui-même: «Bref, il est question ici de la jonction de l\u2019être et de l\u2019inconscient collectif.[.] Partout une vie collective se remettait en marche.[.] l\u2019île s\u2019accrocha [à un récif] pour y mener une vie nouvelle21»?André Berthiaume ou la perméabilité des frontières Dans l\u2019œuvre d\u2019André Berthiaume, les choses se présentent de manière sensiblement différente, bien qu\u2019il soit aussi enclin à rendre compte d\u2019une certaine qualité de l\u2019étrange, vécu sur le mode de la quotidienneté, et que, pour l\u2019essentiel, ses récits font état d\u2019une même volonté de perversion du réel et d\u2019un même glissement vers d\u2019autres «réels» que chez Carpentier.Avec son plus récent recueil, Incidents de frontière'12, il a mérité le Grand Prix de la SF et du fantastique québécois 1985, en raison de sa modernité et de la qualité de son écriture.Le recueil contient vingt-quatre nouvelles brèves qui oscillent entre le fantastique et le réalisme simple ou magique, et qui parfois débordent le cadre d\u2019une seule catégorie esthétique.On revient donc à l\u2019impureté postmoderne dont parle Scarpetta.Berthiaume pratique une écriture qui cherche à trouver son point d\u2019équilibre là où aussitôt elle risque de le perdre, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle s\u2019inscrit presque toujours dans des zones intermédiaires où la perception hésite entre l\u2019ombre et la lumière.L\u2019effet de cette écriture très sensitive tient un peu de l\u2019art pictural pour lequel les jeux de clair-obscur prennent autant d\u2019importance que le dessin lui-même.Quant au tracé, ce qui est raconté, il cherche à fixer le furtif, le fragile instant qui passe, l\u2019espace d\u2019un «incident de frontière» entre le réel et l\u2019apparemment irréel.Ultimement, Berthiaume explore les limites de la perception et, en cela, il parvient à mettre en vision l\u2019avènement souvent évanescent et incertain de l\u2019étrange.Dans «La réverbération», le narrateur reçoit une femme dans le bureau de sa galerie d\u2019art.Derrière la visiteuse, un 21.\tIbid., p.149-150.22.\tAndré Berthiaume, Incidents de frontière, Montréal, Leméac, 1984, 144 p. LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE QUÉBÉCOISE DEPUIS 1980 391 masque accroché au mur semble la coiffer.Elle «devient sans le savoir une divinité mythologique».Par ailleurs, cette femme et le masque sont reflétés dans la vitre qui recouvre le bureau du galiériste.«Dans cette atmosphère magique, comment ne pas être ému par certains dédoublements féminins?» Elle devient pour lui une naïade, puis «voilà que son visage se met à bouger sous la vitre [.] et glisse vers lui23».Le narrateur n\u2019ose vérifier la réalité de sa vision, de peur de perdre le sentiment exquis de cette résurgence du sacré, du mythique dans l\u2019espace profane.Nous pourrions sans doute appliquer en partie à l\u2019œuvre de Ber-thiaume la remarque que Borges fait à propos de celle d\u2019Henri Michaux: «Nous ne devrions pas parler de littérature fantastique, car la fantaisie est une partie, non dédaignable c\u2019est certain, de ce que nous avons convenu d\u2019appeler la réalité.Par ailleurs, nous ignorons si l\u2019univers relève du genre réel ou du fantastique24.» Une «école québécoise du fantastique» Ces exemples, ajoutés à un certain nombre d\u2019autres manifestations récentes, laissent croire que l\u2019on assiste présentement à la formation d\u2019une véritable «école québécoise du fantastique25».D\u2019une part, il y a de nombreux auteurs qui s\u2019adonnent à la même activité, dont Roland Bourneuf26, qui manifeste une grande maîtrise des glissements narratifs fantas(ma)tiques; chez les plus jeunes, quelques écrivains de la même veine se distinguent nettement: Gilles Pellerin27 23.\tIbid., p.117-118.24.\tBorges, Henri Michaux, Paris, les Cahiers de l\u2019Herne, 1966.25.\tDès 1979, lors de la parution de Rue Saint-Denis, Michel Truchon recueillait ces mots de Carpentier: «Cette éclosion de Técole québécoise\u2019 du fantastique, André Carpentier [.] la voit poindre de plus en plus», Michel Truchon, «le Fantastique québécois est en voie de s\u2019affirmer», le Soleil, vol.LXXXIII, n° 62 (9 mars 1979), p.B-4.26.\tRoland Bourneuf, Reconnaissances.Récits, Sainte-Foy, les Éditions Parallèles, 1981, 100 p.; Mémoires du demi-jour, Québec, L\u2019instant même, 1990, 152 p.27.\tGilles Pellerin, Les sporadiques aventures de Guillaume Untel, Asticou, 1982, 172 p.; réédition en 1989; Ni le lieu ni l'heure, Québec, L\u2019instant même, 1987 [Grand Prix de la SF et du fantastique québécois 1988]. 392 et Bertrand Bergeron28, dont les ouvrages contiennent plusieurs nouvelles fantastiques.Il existe, d\u2019autre part, un courant proche du merveilleux ou du magique qui continue de se pratiquer (à la suite des Ferron et des Carrier), avec des représentants comme Pierre Chatillon29, Denys Gagnon30 et Bernard Noël31, tout comme un courant plus proche de la tradition avec Daniel Sernine32, Michel Bélil33, Carmen Marois34 et Pierre Paul Karch35.Parmi les «revenants», si j\u2019ose dire, il y a Jacques Renaud, qui a donné récemment un fort recueil de nouvelles36, qui n\u2019est pas sans affinité avec le Cassé, faisant se rejoindre ainsi l\u2019époque de Parti pris et les temps actuels.Mentionnons enfin trois écrivains \u2014 nouvellistes et romancières \u2014 qui ont donné des romans fantastiques remarquables dans les années 1980: Anne Hébert37, Aude38 et Marie José Thériault39.Héloïse et l\u2019Assembleur 28.\tBertrand Bergeron, Parcours improbables.Nouvelles, Québec, L\u2019instant même, 1986, 109 p.29.\tPierre Chatilion, La fille arc-en-ciel, Montréal, Libre Expression, 1983, 215 p.; la Vie en fleurs, Montréal, XYZ éditeur, 1989, 138 p.(Collection «l\u2019Ère nouvelle»).30.\tDenys Gagnon, Haute et Profonde la nuit, Verdun, Éditions Internationales Pilou, 1982, 139 p.31.\tBernard Noël, Contes pour un autre ceil, Longueuil, Le Préambule, 1985, 154 p.(Collection «Murmures du temps»).32.\tDaniel Sernine, Quand vient la nuit.Contes fantastiques, Longueuil, Le Préambule, 1983, 188 p.(Collection «Chroniques de l\u2019au-delà», n° 1).La manière de ce dernier se modernise dans son dernier recueil, Nuits blêmes, Montréal, XYZ éditeur, 1990, 126 p.(Collection «l\u2019Ère nouvelle»).33.\tMichel Bélil, Déménagement (24 contes fantastiques), Québec, Chasse-galerie, 1981, 76 p.34.\tCarmen Marois, L'amateur d'art, Longueuil, Le Préambule, 1985, 265 p.(Collection «Chroniques de l\u2019au-delà», n° 2).35.\tPierre-Paul Karch, Nuits blanches, Sudbury, Prise de parole, 1981, 95 p.36.\tJacques Renaud, L\u2019espace du diable.Nouvelles, Montréal, Guérin, 1989, 263 p.37.\tAnne Hébert, Héloïse.Roman, Paris, Éditions du Seuil, 1980, 124 p.38.\tAude [pseudonyme de Claudette Charbonneau-Tissot], l\u2019Assembleur.Roman, Montréal, Pierre Tisseyre, 1985, 157 p.; elle a récemment publié un recueil de nouvelles, Banc de brume, Montréal, du Roseau, 1987, 144 p.39.\tMarie José Thériault, Les demoiselles de Numidie, Montréal, Boréal Express, 1984, 244 p.Cette dernière est revenue à la nouvelle a\\tcL\u2019envoleur de chevaux et Autres contes, Montréal, Boréal, 1986, 175 p. LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE QUÉBÉCOISE DEPUIS 1980 393 s\u2019apparentent d\u2019ailleurs plus à de longues nouvelles qu\u2019au roman, par leur caractère resserré et concentré autour d\u2019une seule idée fixe (la possession).Mais avec Les demoiselles de Numidie, nous entrons de plain-pied dans l\u2019écriture touffue du fantastique romanesque «baroquisant».Les romanciers baroques Si la brièveté a ses adeptes, il reste de nombreux écrivains qui préfèrent une écriture et des formes non pas plus exigeante, mais plus amples, à l\u2019exemple de Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez, pour nommer la plus célèbre des œuvres du genre.Les plus notoires parmi ces romanciers40 exploitent des formes narratives romanesques traversées, perverties par des écritures qui drainent dans leur courant à peu près toutes les formes discursives: magie, humour, dérision, drame, énigme policière, critique sociale.Ce phénomène n\u2019est pas sans faire penser au baroque historique lui-même, et il est par ailleurs intéressant de se rappeler que la question préoccupait Hubert Aquin41.À une volonté de tout nommer, au risque de la confusion, ou encore pour désigner la confusion contemporaine, en se situant au cœur même de celle-ci, les Denys Chabot, François Barcelo, Jean Basile, Francine Noël et alii disent avec énergie, candeur, bonhomie 40.\tJean Basile, Le piano-trompette, Montréal, VLB Éditeur, 1983, 404 p.; François Barcelo,Agénor, Agénor, Agénor et Agénor, Montréal, Quinze, 1980, 318 p.; la Tribu, Montréal, Libre Expression, 1981, 303 p.; Ville-Dieu, Montréal, Libre Expression, 1982, 269 p.; Michel Bélil, Greenwich, Montréal, Leméac, 1981, 228 p.; Jacques Benoit, Gisèle et le Serpent, Montréal, Libre Expression, 1981, 252 p.; Evelyne Bernard, La Vaironne, Montréal, Guérin, 1988, 251 p.(Grand Prix de la SF et du fantastique québécois 1989); Denys Chabot, La province lunaire, Montréal, Hurtubise HMH, 1981, 273 p.(Prix du Gouverneur général); François Gravel, La note de passage, Montréal, Boréal Express, 1985, 199 p.; Francine Noël, Myriam première, Montréal, VLB Éditeur, 1987, 532 p.; Marie José Thé-riault, Les demoiselles de Numidie, op.cil.; André Vanasse, La saga des Lagacé, Montréal, Libre Expression, 1980, 166 p.41.\tLa notion de baroque hante Pierre X.Magnant, le personnage central de Trou de-mémoire'.«[J]e tiens le roman qui me brûle intérieurement et par lequel je prendrai possession de mon pays ambigu, maudit et de ma propre existence [.] Continuer avec la volonté nette de faire baroque: me renseigner plus sur la notion de baroque.Note de l\u2019auteur», Hubert Aquin, Trou de mémoire.Roman, Montréal, le Cercle du livre de France, 1968, p.63, note 1). 394 ou malice que l\u2019espace littéraire au moins demeure pour actualiser les forces magiques et maléfiques par la parole créatrice.Le monde peut donc se présenter comme il veut, la représentation littéraire garde pour prérogatives de l\u2019agrandir à des dimensions incommensurables.Faisant donc fi de la représentation réaliste exacte, ces romanciers convoquent monstres et merveilles, en se moquant de l\u2019application studieuse des procédés narratifs traditionnels, mais en se servant de certains thèmes classiques, dédoublements, apparitions.Sans toujours pratiquer le fantastique au sens strict, les baroques \u2014 qui sont le plus souvent des réalistes magiques \u2014, paraissent emblématiques d\u2019un certain discours actuel, en sur-nommant et en survalorisant par la profusion verbale l\u2019innommable, et en inscrivant l\u2019invraisemblable, l\u2019incroyable dans des trames narratives labyrinthiques où se tente à chaque fois l\u2019impossible aventure de la recréation de nouvelles cosmogonies.Vivant dans un monde où les mythes unifiants n\u2019existent plus, chaque discours défait/refait l\u2019unité du monde, mais paradoxalement et de manière kaléidoscopique.Afin d\u2019illustrer quelques-uns de ces bouleversements de l\u2019imaginaire narratif, je me référerai h La province lunaire de Denys Chabot, à Ville-Dieu de François Barcelo et à Gisèle et le Serpent de Jacques Benoit.Dans La province lunaire, roman d\u2019une extrême densité, l\u2019espace apparaît autant comme une représentation du désir que comme une image de la réalité.Cette «province lunaire», reliée secrètement à la géographie réelle (une sorte d\u2019Abitibi délirante), s\u2019apparente à un labyrinthe fantastique par lequel le héros, tel un Thésée moderne, incarne la quête de désirs impossibles qui prennent soudain forme sous les yeux des personnages.Tout le roman consiste alors en une perpétuelle agitation dont le but est de permettre à l\u2019esprit de retrouver un point d\u2019appui, non pour se reposer mais, au contraire, pour se catapulter dans un nouvel Ailleurs.Le narrateur du premier roman de Chabot ne craignait pas d\u2019affirmer que «tout est dans la tête.Tous les «ailleurs» s\u2019y retrouvent pour qui sait chercher42».Celui de La province lunaire semble répondre à ce dernier, comme piqué du 42.Denys Chabot, L'Eldorado dans les glaces, Montréal, Hurtubise HMH, 1978, p.24. LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE QUÉBÉCOISE DEPUIS 1980 395 même virus: «Ailleurs?Ailleurs! Changer d\u2019élément.Où vont ceux qui cherchent?Cela ressemblait presque à une fuite hors de l\u2019espace43.» Entre 1980 et 1982, François Barcelo a donné, pour sa part, trois des romans parmi les plus exubérants et les plus sains de toute la littérature québécoise.De facture épique, les deux premiers44 racontent, dans un esprit voltairien, mais qui rappelle aussi grandement le fantastique humoristique de Marcel Aymé, les aventures époustouflantes de personnages drolatiques, qui viennent tantôt d\u2019autres planètes, comme un des Agénor, ou sont tantôt vieux de milliers d\u2019années.La tribu retrace notamment, sur le mode de la dérision, une sorte d\u2019histoire déformée du Québec.Dans son troisième roman, Ville-Dieu, au terme d\u2019une série de tableaux, donnant en fragments un aperçu de la vie peu commune de certains habitants de Ville-Dieu (Hervé Dubois, par exemple, vit des phénomènes de transfert et de transmutation de corps et d\u2019esprit), le narrateur finit par décrire, dans une finale apocalyptique, les effets d\u2019une énorme tristesse qui a tellement humidifié l\u2019atmosphère de la ville qu\u2019il se met à pleuvoir pendant vingt-quatre jours et vingt-quatre nuits, tant et si bien que ce déluge moderne provoque l\u2019ensevelissement de la ville sous la boue.De drolatique, l\u2019humour se change en «fantaisie» noire, en paysage d\u2019apocalypse.Dans une veine plus humoristique encore, le roman Gisèle et le Serpent, de Jacques Benoit, est axé sur les aventures d\u2019un médecin aux prises avec un personnage étrangement diabolique qui se prend pour un psychiatre, possède le pouvoir de se changer en serpent et parvient à conclure un pacte avec une de ses anciennes patientes.Entraîné malgré lui dans cette aventure, il n\u2019en comprend pas toujours le sens.Mais qu\u2019importe, puisque l\u2019essentiel du récit consiste justement à faire jouer au langage le jeu de l\u2019impossible, à aller au-delà du sens et des lieux communs, à dépasser les limites de l\u2019entendement normal, à rejoindre une certaine folie heureuse (à bien des égards, c\u2019est une merveilleuse histoire de fous!), le fantastique tenant autant de la réification éventuelle de l\u2019improbable que de l\u2019hésitation quant à la nature réelle ou irréelle des phénomènes étranges perçus par les protagonistes en situation d\u2019inquiétante étrangeté.43.\tIdem, La province lunaire, op.cit., p.164.44.\tFrançois Barcelo, Agénor, Agénor, Agénor et Agénor et La tribu, op.cit. 396 Une foule d\u2019autres romans, apparentés de près ou de loin au genre fantastique, pourraient être cités ici comme, par exemple, Le piano-trompette^, qui mélange allègrement un décor postcataclysmique de SF, des apparitions fantastiques et un humour caustique à la Boris Vian.Le lecteur qui voudra se faire une idée plus précise du paysage fantastico-baroque québécois aura avantage à lire: La saga des Lagacé, d\u2019André Vanasse, avec sa famille un peu folle, et dont la fille, Cybèle, aux pouvoirs troublants, accouche, en mourant dans les décombres de la maison familiale effondrée comme par magie, d\u2019un enfant symbolisant «l\u2019aube d\u2019une révolution tranquille44»; La note de passage47, pour son voyage amusant et mordant à travers l\u2019espace-temps grâce au champignon magique; Greenwich4S, avec ses apparitions morbides et son discours panique sur le vieillissement accéléré, la paternité, la mort et l\u2019exil inquiétant loin du pays; Les demoiselles de Numidie49 et ses ensorcellements maritimes.D\u2019autre part, il serait difficile d\u2019exclure de cette nomenclature l\u2019œuvre d\u2019Esther Rochon50, nouvelliste et romancière se situant parmi les prometteuses pour l\u2019avenir de la littérature québécoise.Une musique dérangeante J\u2019aimerais rappeler que ce survol ne porte que sur un nombre 45.\tJean Basile, Le piano-trompette, op.cit.46.\tAndré Vanasse, La saga des Lagacé, op.cit.y p.166.47.\tFrançois Gravel, La note de passage, op.cit.48.\tMichel Bélil, Greenwich, op.cit.49.\tMarie José Thériault, Les demoiselles de Numidie, op.cit.50.\tEsther Rochon pratique en fait une forme de science-fiction, mais elle pourrait aussi faire partie des «fantastiqueurs», par son usage de la magie, de sorciers et de prodiges: elle est pratiquement la seule au Québec à s\u2019inscrire dans le courant de ce que la critique anglo-saxonne appelle la fantasy, genre frontière, s\u2019il en est, entre la SF et le fantastique.Elle a mérité le Grand Prix de la SF et du fantastique québécois en 1986 pour son roman intitulé L\u2019épuisement du soleil, publié aux Éditions le Préambule.U s\u2019agit d\u2019un récit remarquable qui raconte l\u2019histoire de la grandeur et de la décadence du peuple Asven.On peut y lire, entre autres, une métaphore du pays québécois.Un autre roman, intitulé Coquillage, aux Éditions de la Pleine Lune, a valu un autre Grand Prix de la SF et du fantastique à son auteure en 1987.Tout aussi fort que le premier, mais plus intimiste, Coquillage raconte l\u2019histoire de la passion trouble qu\u2019éprouvent des personnages pour un monstre/nautile, doté de pouvoirs télépathiques, installé en bordure d\u2019un fleuve dans un espace imaginaire. LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE QUÉBÉCOISE DEPUIS 1980 397 limité d\u2019exemples de textes fantastiques québécois contemporains.Il faudra plusieurs études et des monographies d\u2019auteurs pour faire le tour de la question, et encore, il en restera toujours à couvrir, car le champ ne cesse de s\u2019étendre.De ce rapide tour d\u2019horizon se dégage une tendance pour le moins paradoxale du discours fantastique québécois: celle, assez répandue de la co-occurrence, à l\u2019échelle du texte global \u2014 du «texte national» \u2014, d\u2019un certain humour et du sens du tragique.L\u2019inquiétude engendrée par la confrontation des personnages avec des phénomènes étranges et incontrôlables n\u2019amène pas toujours forcément une réaction humoristique \u2014 qui de toute manière ne résout rien en fantastique \u2014, mais toujours «nerveuse», l\u2019attitude fantastique étant essentiellement constituée, dans l\u2019écriture narrative elle-même, par la tension résultant de la rencontre de deux réalités irréconciliables, l\u2019une de ces «réalités» relevant du domaine de la raison, l\u2019autre, du mythe ou de la «magie».Mais, en définitive, le fantastique n\u2019est jamais délire, la raison traversant l\u2019ensemble du discours, toujours fortement organisé pour produire du vraisemblable dans la représentation de l\u2019irréel lui-même.Si l\u2019on y cherche une signification ou une symbolisation, ce phénomène littéraire pourrait être la manifestation, entre autres choses, de la réaction actuelle à un certain mal du siècle nourri du sentiment de l\u2019écart irrémédiable qui se creuse entre le rêve et la réalité troublante d\u2019une Terre qui s\u2019autodétruit.André Belleau soutient, pour sa part, «que le fantastique donne forme aux hantises et aux fantasmes du groupe [.] le fantastique, quoi qu\u2019on dise, est un signe de maturité: une société commence à se donner à elle-même le spectacle figuré de ce qui sourdement, profondément la travaille51».Il ne s\u2019agit donc jamais d\u2019un miroir direct braqué sur la société \u2014 le fantastique et même la littérature n\u2019ayant jamais cette fonction \u2014, mais certainement d\u2019un miroir déformant, rendant des images anamorphosées du réel et la figure émouvante d\u2019un imaginaire par lequel un groupe d\u2019écrivains cherche à donner «du sens» à notre fin de siècle et à s\u2019interroger sur les formes possibles de relations et de transitions entre deux mondes.51.André Belleau, «Préface» à Le fantastique, dans la Nouvelle Barre du jour, loc.cit.y p.5-6.C\u2019est l\u2019auteur qui souligne.[Reproduit dans André Belleau, Surprendre les voix.Essais, Montréal, Boréal, 1986, p.70]. 398 De manière plus spécifique, l\u2019obsession de la catastrophe, présente dans la plupart des exemples que j\u2019ai donnés, marquerait cette idée de la fin d\u2019une certaine Histoire et de la coupure entre les acteurs sociaux.Finalement, de quoi s\u2019agit-il, sinon de solution de continuité dans la communication?Au Québec, comme l\u2019a bien senti et illustré Denys Arcand dans son film sur le Référendum du 20 mai 198052, le «contribuable» vit dans «le confort et l\u2019indifférence».Le fantas-tiqueur refuse viscéralement cette attitude.Il en résulte une volonté de secouer la réalité.Cette prise de position, dût-elle demeurer fictive, textuelle, n\u2019en reste pas moins publique, publiée \u2014 toute parole est action \u2014, et cherche à représenter quelque chose de fortement relié à la réalité.En ce sens, l\u2019arrachement de l\u2019île de Montréal de son emplacement et le déluge de boue qui déferle sur Ville-Dieu, tels qu\u2019on les retrouve dans les œuvres de Carpentier et de Barcelo, pourraient bien être les deux faces d\u2019un même désir québécois oscillant entre la fondation magique et la destruction maléfique.L\u2019écart ressenti entre le rêve et la réalité, ou au sein même de la réalité, peut se combler ou s\u2019agrandir par la représentation déformante du monde du désir et de celui de la crainte.En somme, le fantastique grossirait de manière hyperbolique \u2014 et sans jamais nommer spécifiquement le problème énoncé53 \u2014 une des zones les plus sensibles, un des points aveugles de la conscience québécoise contemporaine: contrairement à ceux qui croient que le fantastique est mort ou qu\u2019il est une manifestation typique du XIXe siècle54, il montre, comme le suggère avec justesse Charles Grivel, qu\u2019«on ne déreprésente pas l\u2019application du désir [car] le fantastique n\u2019est pas simplement ou pas seulement la mauvaise conscience du XIXe siècle positiviste.Il s\u2019articule à la confiance quant au réel; il est promis, sous une forme ou sous une autre, je pense, [à] un assez 52.\tDenys Arcand, Le confort et l\u2019indifférence, [Montréal], Office national du film, 1981, 113 min.53.\t«D se construit, ne l\u2019oublions pas, autour de l\u2019irrésolu et de l\u2019innommé, car il suspend toute réponse au doute formulé sur la nature véritable de l\u2019événement ou d\u2019une série d\u2019événements», André Belleau, loc.cil., p.6.54.\tÀ ce sujet, Tzvetan Todorov soutient, dans son Introduction à la littérature fantastique (Paris, Seuil, 1970) que «la psychanalyse a remplacé (et par là rendu inutile) la littérature fantastique» (p.169) et que «la littérature fantastique n\u2019est rien d\u2019autre que la mauvaise conscience de ce XIXe siècle positiviste» (p.176). LA LITTÉRATURE FANTASTIQUE QUÉBÉCOISE DEPUIS 1980 399 bel avenir55».Selon Irène Bessière, le récit fantastique «paraît lorsque la culture ne porte pas encore ou ne porte plus les indices directionnelles de l\u2019action.L\u2019évidente fonction de l\u2019invraisemblable est alors de montrer que les modèles culturels institutionnalisés ne circonscrivent le réel ni dans ses phénomènes ni dans sa régularité56».Ne dirait-on pas qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une description de la société québécoise et du monde contemporain depuis deux ou trois décennies?Le discours littéraire québécois a peut-être cessé d\u2019être le moteur du pays, mais le récit fantastique accompagne de plus en plus le Québec contemporain, comme sa mauvaise conscience, comme une musique de l\u2019inconscient, dérangeante, dissonante et fantasque.Il suggère la nécessité de marquer l\u2019inconfort, dans le théâtre du monde, loin de toutes les indifférences annihilantes.O 55.\tCharles Grivel, «Idée du fantastique», dans Mana (Mannheim-Analytika/Man-nheim Analytiques), n° 1 (1983), p.21.56.\tIrène Bessière, Le récit fantastique.La poétique de l\u2019incertain, Paris, Larousse, 1974, p.159 (Collection «Thèmes et Textes»). Un modèle de puissance linguistique: le cas du français Jacques LECLERC sociolinguiste Résumé M.Leclerc étudie les facteurs qui contribuent à l\u2019expansion du français au Québec, au Canada et dans le monde.Il analyse les variables des forces démographiques qui influencent la puissance d\u2019une langue: poids numérique, taux de natalité, incidences migratoires, distribution géographique et transferts linguistiques.L\u2019auteur observe divers faits économiques qui participent à la puissance de la langue française.Il note l\u2019action des échanges commerciaux, l\u2019indice du produit national brut et le revenu moyen par habitant.La puissance culturelle de la francophonie est démontrée par le nombre des publications, le développement des industries linguistiques et le degré de scolarisation des habitants.Enfin, les forces politiques françaises assurent la puissance de la langue, tant au niveau des États que sur le plan diplomatique.M.Leclerc termine son étude par un regard sur UN MODÈLE DE PUISSANCE LINGUISTIQUE 401 la politique des langues appliquées par les gouvernements du Canada et du Québec.P arler de la puissance d\u2019une langue, c\u2019est parler nécessairement de la puissance des locuteurs de cette langue.L\u2019histoire nous révèle que, lorsqu\u2019elles sont en contact, les langues cherchent à s\u2019éliminer et à se vaincre.Cette guerre est inévitable parce que, pour des raisons de sécurité et de rentabilité économique, les langues ont tendance à rechercher la dominance et l\u2019exclusivité sur leur territoire.De fait, une langue est en péril dès qu\u2019elle n\u2019est plus en état d\u2019expansion.Le contact et les impératifs de la communication entre les langues favorisent la langue la plus forte, celle qui détient le nombre et le pouvoir.Dans le domaine de la puissance linguistique, tout est relié et le poids numérique des locuteurs d\u2019une langue peut entraîner des incidences économiques, militaires, culturelles et politiques considérables.C\u2019est ce qui explique la prépondérance de l\u2019anglais aujourd\u2019hui et la position privilégiée de quelques autres langues comme l\u2019espagnol, le russe, le français, l\u2019arabe et le chinois.À l\u2019heure actuelle, ces langues imposent leur suprématie dans une foule de secteurs et elles exercent une force d\u2019attraction considérable sur les langues plus faibles.Dans le cadre de cet article, contentons-nous d\u2019analyser les facteurs qui contribuent à l\u2019expansion du français, au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde.1.Les forces démographiques Le nombre des locuteurs d\u2019une langue constitue un facteur décisif dans la puissance d\u2019une langue.Cependant, le nombre n\u2019est pas tout: il faut considérer d\u2019autres variables telles la fécondité d\u2019un groupe linguistique, la capacité d\u2019absorption des forces migratoires et la distribution des langues dans l\u2019espace.1.1 Le poids numérique Le français a été la première langue de l\u2019Europe à l\u2019époque où la France était le pays le plus peuplé de ce continent.Aujourd\u2019hui, 402 le français se situe au 11e rang des langues du monde pour son importance numérique avec plus de 80 millions de locuteurs.Bien qu\u2019ils soit dépassé par le chinois, l\u2019anglais, l\u2019espagnol, l\u2019hindi, le russe, l\u2019arabe, le bengali, le portugais, l\u2019allemand et le japonais, le français demeure en position de force.C\u2019est là une situation enviable, quand on sait qu\u2019il existe plus de 6 000 langues sur la planète et que l\u2019écrasante majorité d\u2019entre elles (99%) est en état de faiblesse numérique.En effet, moins de 70 langues sont parlées par plus de 10 millions de personnes.Ici, en Amérique du Nord, le français est en position de faiblesse numérique, puisque ses 6,2 millions de locuteurs ne contribuent que pour 2,3% de l\u2019ensemble nord-américain et pour 25,6% de la population canadienne.Cependant, cette faiblesse est quelque peu contrebalancée par son importance ailleurs dans le monde.1.2 Le taux de natalité Le taux de natalité est une variable importante, car il augmente ou affaiblit à long terme le poids numérique d\u2019un groupe linguistique.Dans les prochaines décennies, certaines langues vont voir leur vitalité augmenter en raison de l\u2019explosion démographique de leurs locuteurs: l\u2019espagnol, le portugais et l\u2019arabe, puis l\u2019hindi en Inde, le swahili en Afrique subtropicale, etc.À l\u2019inverse, d\u2019autres langues vont régresser; c\u2019est le cas pour l\u2019anglais, le russe, l\u2019allemand, le japonais.La sous-fécondité des anglophones aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada, des rus-sophones en URSS, des germanophones en RFA et des Japonais fera que le nombre des locuteurs de ces langues diminuera dans les prochaines décennies.Le cas du français semble particulier.Le taux de fécondité des Français est l\u2019un des moins bas du monde industrialisé: plus de 1,94 enfant par femme.Ce taux devrait même s\u2019élever et osciller autour du taux de remplacement de la population (2,1).De plus, la sur-fécondité des pays francophones d\u2019Afrique fera augmenter le nombre des parlants français.Toutefois, tel n\u2019est pas le cas dans d\u2019autres régions francophones où le français est utilisé comme langue maternelle.En effet, la Belgique wallone, la Suisse romande et le Québec accusent une sous-fécondité qui affaiblira la vitalité de la langue française dans ces régions.Par exemple, avec une sous-fécondité de 1,5 enfants par UN MODÈLE DE PUISSANCE LINGUISTIQUE 403 femme, la population québécoise atteindra son sommet vers 2001 (6,9 millions) et elle déclinera par la suite.Selon le démographe Jacques Henripin, la population québécoise devrait tomber en deçà de cinq millions vers 2050.Le problème de la dénatalité pour une petite population constitue l\u2019un des aspects les plus inquiétants pour sa survie et la vitalité de sa langue.Ainsi, les Québécois deviendront proportionnellement de moins en moins nombreux dans l\u2019ensemble anglo-canadien.De 25%, ils baisseront à moins de 20% dans quelques décennies avec ce que cela va impliquer sur le plan des rapports de forces dans la fédération canadienne.Les allophones, qui affichent un taux de fécondité supérieur aux francophones avec 2,19 enfants par femme, contribueront à affaiblir le français au Québec dans la mesure où ils s\u2019intégreront à l\u2019anglais.Bref, en ce qui a trait à la fécondité des locuteurs francophones, on peut dire que la vitalité du français augmentera en Afrique, qu\u2019elle se maintiendra en France, mais qu\u2019elle se détériorera partout au Canada, ainsi qu\u2019en Belgique wallone et en Suisse romande.1.3 Les forces migratoires Les déplacements de population ont contribué, dans le passé, à l\u2019expansion de certaines langues.Les États-Unis, le Canada et l\u2019Australie, par exemple, ont connu une formidable expansion grâce à l\u2019arrivée de milliers d\u2019immigrants pendant plus de deux siècles; les Européens ont ainsi réussi à minoriser les populations autochtones et à imposer leur langue.En France, en Belgique (Wallonie et Bruxelles-Capitale) et en Suisse romande, l\u2019immigration joue en faveur du français dans la mesure où l\u2019assimilation est forte et la fécondité des immigrants élevée.Il n\u2019en est pas de même au Canada où les mouvements migratoires ont favorisé l\u2019anglais au détriment du français.Cette minorisation va s\u2019accroître au cours des prochaines décennies.Si le Canada anglais a reçu 83,5% des immigrants internationaux entre 1971 et 1981, le Québec n\u2019en a accueilli que 16,5%, alors qu\u2019il représente 25% de la population canadienne.Pendant que le Canada anglais a vu croître sa population de 12,4%, le Québec ne l\u2019a augmentée que de 4,8%.Cette minorisation du Québec au sein de la fédération canadienne constitue l\u2019un des facteurs défavorables au français en Amé- 404 rique du Nord, d\u2019autant plus que la minorisation des francophones hors Québec est appelée à s\u2019accentuer inexorablement.1.4 La distribution des langues dans l\u2019espace La distribution des langues dans l\u2019espace demeure une variable non négligeable dans la vitalité linguistique.C\u2019est ainsi que 300 millions de locuteurs d\u2019une langue concentrés dans un seul pays n\u2019auront pas la même influence que 300 millions de locuteurs répartis dans plusieurs pays.La dispersion géographique d\u2019une langue forte s\u2019avère positive, car elle lui assure le prestige et des fonctions de communications accrues.Avec 600 millions de locuteurs, le chinois est une langue moins forte que l\u2019anglais avec ses 350 millions répartis dans 50 pays et le français avec ses 80 millions de locuteurs répartis dans 35 pays.Par rapport à la variable de la dispersion dans l\u2019espace, l\u2019anglais et le français sont les langues les plus puissantes de la planète; elles sont suivies par l\u2019espagnol et l\u2019arabe.Par contre, la dispersion géographique est mortelle pour les langues faibles, c\u2019est-à-dire celles qui ne peuvent compter que sur un petit nombre de locuteurs.Compte tenu des tendances démolinguistiques observées au Canada et au Québec depuis plus d\u2019un siècle, on peut croire que le poids démographique des anglophones va augmenter partout au Canada sauf au Québec où il diminuera, alors que celui des francophones va régresser au Canada sauf au Québec où il s\u2019intensifiera.Depuis 1930 plus particulièrement, les anglophones quittent le Québec, alors que de nombreux francophones du Canada anglais s\u2019assimilent ou affluent vers le Québec.Même les immigrants internationaux ont tendance à choisir le Québec s\u2019ils parlent français et à le quitter lorsqu\u2019ils parlent l\u2019anglais.Le Canada semble s\u2019acheminer vers une situation semblable à celle de la Belgique et de la Suisse: la séparation territoriale des langues.Et ce, malgré les politiques de bilinguisme prônées par le gouvernement fédéral.11 en résulte que les francophones du Canada se concentrent au Québec et qu\u2019ils sont de moins en moins nombreux ailleurs au Canada.La concentration des francophones au Québec demeure la force la plus sûre dont dispose cette langue au Canada.Il s\u2019agit là d\u2019un phénomène porteur d\u2019avenir pour le français au Québec, mais qui laisse présager un avenir plutôt sombre pour le français hors UN MODÈLE DE PUISSANCE LINGUISTIQUE 405 Québec.Par ailleurs, les tendances démolinguistiques pour la grande région de Montréal sont inquiétantes: les francophones quittent de plus en plus le centre-ville pour s\u2019établir en banlieue; ce faisant, ils laissent la place aux allophones qui, à 18,4%, sont plus nombreux que les anglophones (12,6%).Selon toute vraisemblance, il deviendra plus difficile d\u2019intégrer les allophones à la majorité francophone, du moins à Montréal.Cette situation démontre que les francophones éprouvent de la difficulté à gérer le phénomène de l\u2019immigration.1.5 Les transferts linguistiques L\u2019un des problèmes auquel est confronté tout pays d\u2019accueil, c\u2019est celui de l\u2019intégration des immigrants à la langue et à la culture de la majorité.Tant que les immigrants sont peu nombreux et dispersés géographiquement, ils ne paraissent pas une menace pour la majorité, parce qu\u2019ils s\u2019assimilent facilement.Les transferts linguistiques se faisant à l\u2019avantage de la majorité, ils renforcent d\u2019autant la langue dominante.Ainsi, les transferts linguistiques favorisent le français dans la région de Bruxelles-Capitale (aux dépens du néerlandais) et en Suisse romande.Même s\u2019ils peuvent sembler une menace pour certains, la francophonie de France finit par s\u2019enrichir de nouveaux parlants français.Il en est de même en Afrique francophone, où la dynamique sociale et économique favorise le français plutôt que les langues nationales.Le cas du Canada est très différent.Dans les provinces anglaises, le taux des transferts linguistiques du français vers l\u2019anglais est très élevé: le tiers des effectifs francophones s\u2019assimile à l\u2019anglais dans des proportions variant entre 30% à 90%.Entre 1981 et 1986, par exemple, le nombre de francophones a diminué de 5%; c\u2019est une situation tragique.La situation du Québec devrait aussi faire réfléchir les planificateurs linguistiques.Malgré les tendances démolinguistiques positives au Québec, malgré la loi 101, malgré la relative francisation des allophones dans les écoles, la dynamique sociale et géopolitique favorise les transferts linguistiques vers l\u2019anglais.Entre 1971 et 1981, 100 000 francophones et 102 000 (24%) allophones ont opté pour l\u2019anglais comme langue parlée à la maison; seulement 11% des allophones ont adopté le français.Sur le plan des transferts linguistiques, le solde est négatif pour le français: plus de Québécois passent à 1 anglais qu au français.11 s\u2019agit d\u2019une variable nettement 406 négative pour le français au Québec, car ces transferts linguistiques réduisent la vitalité de la langue française.On peut conclure que si les variables démographiques sont positives pour le français international, elles sont négatives pour le Québec en ce qui concerne le poids numérique, le taux de natalité et les transferts linguistiques; la seule variable démographique positive tient dans la concentration géographique du français au Québec.2.Les forces économiques De tout temps, la prépondérance économique des États riches a contribué au prestige et à la diffusion de la langue de leurs locuteurs.Voyons ce qu\u2019il en est de la puissance économique du français.2.1 Les échanges commerciaux En cette fin du XXe siècle, cinq pays s\u2019accaparent à eux seuls environ 40% des imports et des exports internationaux: les États-Unis, la RFA, le Japon, la France, le Royaume-Uni.Si l\u2019on tient compte des dix premiers pays (incluant les Pays-Bas, l\u2019Italie, Belgique-Luxembourg, l\u2019URSS, le Canada), on observe que la langue anglaise revient trois fois et le français deux fois.En principe, la position privilégiée de ces pays favorise la langue de chacun d\u2019eux; dans les faits, l\u2019anglais a une puissance supérieure à son importance numérique, puisque certains pays non anglophones (RFA, Pays-Bas et Japon) transigent de plus en plus en anglais.Il n\u2019en demeure pas moins que le français reste une langue privilégiée dans le commerce international.Au Québec, l\u2019un des rameaux de cette francophonie, seulement 5% du commerce extérieur se fait en français contre 95% en anglais; cela s\u2019explique par le fait que le Québec traite surtout avec le Canada anglais, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon et la RFA.À l\u2019ère de la mondialisation des marchés, cette tendance est appelée à s\u2019accentuer.En revanche, 83,9% des échanges intérieurs, c\u2019est-à-dire au Québec même, se font en français; ce qui démontre que l\u2019économie peut être à la fois un facteur positif (marché intérieur) et négatif (marché extérieur) pour une langue.Toutefois, le Québec pourrait apprendre à diversifier ses marchés extérieurs et tenter de conquérir une part de l\u2019espace économique francophone. UN MODÈLE DE PUISSANCE LINGUISTIQUE 407 2.2\tLe produit national brut (PNB) Le produit national brut est également un indice de la puissance linguistique, car il mesure la richesse collective d\u2019un pays.Sur le plan international, les pays dont le PNB est le plus élevé sont d\u2019abord des pays de langue anglaise (31% de la richesse mondiale), puis russe (11%), japonaise (9,6%) allemande (8,9%) et française (6,6%).Bref, quelque 12 langues s\u2019accaparent 90% de toute la richesse collective mondiale.Compte tenu du nombre considérable des langues dans le monde (plus de 6 000), le français (au 5e rang) demeure dans les premiers rangs du palmarès des langues.Au Québec, les francophones ont réussi à reprendre leur place dans l\u2019économie.Les entreprises québécoises sont devenues dynamiques et jouent un rôle important dans l\u2019économie canadienne.Le monde des affaires francophone a été l\u2019un des grands bénéficiaires des législations linguistiques québécoises; celles-ci ont apporté une sécurité et une plus grande assurance.Les entrepreneurs n\u2019ont plus à choisir entre être riches en anglais et pauvres en français.Plus nombreux, les entrepreneurs québécois jouent sur les deux tableaux: ils se servent de l\u2019anglais tout en donnant un bon coup de pouce à l\u2019économie francophone.Le Québec agit comme une société distincte en contrôlant de plus en plus ses institutions financières et en dirigeant ses propres affaires; mieux, au Canada, les Québécois francophones sont devenus des modèles de «l\u2019entreprenariat» et de la réussite économique individuelle.2.3\tLe revenu moyen par habitant La répartition de la richesse individuelle se présente de façon différente de la richesse collective.Première langue du monde par sa richesse collective (PNB), l\u2019anglais chute au neuvième rang au chapitre du revenu moyen par habitant; cinquième par son PNB, le français n\u2019occupe plus que le quatorzième rang pour le revenu annuel.Cette richesse relative de l\u2019anglais et du français s\u2019explique par l\u2019insolvabilité chronique des États anglophones et francophones du tiers monde.Le fait d\u2019établir, par exemple, une moyenne entre le revenu annuel d\u2019un Américain et d\u2019un Ougandais (pour l\u2019anglais) ou celui d\u2019un Français et d\u2019un Haïtien (pour le français) ne favorise pas le niveau moyen de la richesse individuelle accordée à l\u2019anglais ou au français.Quoi qu\u2019il en soit, les anglophones et les franco- 408 phones des pays industrialisés demeurent des privilégiés quant à leurs revenus individuels.Mais le maintien du français en Amérique impliquera toujours des coûts économiques du fait que 98% de la population du continent fonctionne en anglais.Certaines recherches1 ont révélé que le revenu moyen des francophones au Québec représentait 65%, en 1960 du revenu moyen des anglophones et 70%, en 1971.Toutefois, il faut tenir compte que cet écart entre le revenu des anglophones et le revenu des francophones était dû en grande partie à la sous-scolarisation des francophones.De 30% qu\u2019il était, l\u2019écart des revenus était déjà passé à 7 ou 8% en 1977 et il s\u2019est considérablement atténué depuis, car il se situerait aujourd\u2019hui autour de 1 à 2%.S\u2019il veut éviter les changements d\u2019allégeance linguistique chez les francophones en raison de l\u2019écart des revenus avec les anglophones, il est essentiel que le gouvernement du Québec maintienne une scolarisation poussée chez les francophones, accroisse le contrôle québécois sur les entreprises et tentent de hausser davantage la représentation francophone dans les postes de cadres.Malheureusement, dans l\u2019avenir, la vitalité économique du Québec risque de dépendre de plus en plus des décisions prises par le gouvernement du Canada.Dans la mesure où les politiques économiques du gouvernement fédéral vont favoriser les provinces anglaises, le Québec perdra de ses citoyens.C\u2019est pourquoi la volonté des francophones à fonctionner en français sera déterminante pour l\u2019avenir de cette langue en Amérique.3.La puissance militaire L\u2019histoire nous montre que les grandes langues doivent leur réussite première à la conquête militaire et à la colonisation, suites de l\u2019occupation: le grec, le latin, l\u2019arabe, le chinois, l\u2019espagnol, le portugais, l\u2019anglais, le français, le russe, etc.Les conquêtes militaires constituent un facteur déterminant dans l\u2019expansion ou la régression des langues, car elles renforcent les vainqueurs et affaiblissent les vaincus ou les éliminent (par génocide).1.Albert Breton et Peter Mieskowski, «L\u2019investissement linguistique et la francisation du Québec», dans Économie et langue, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1985, p.81-100. UN MODÈLE DE PUISSANCE LINGUISTIQUE 409 À l\u2019heure actuelle, les langues les plus puissantes par leur budget militaire et leur nombre de soldats sont, dans l\u2019ordre, l\u2019anglais, le russe, le chinois, l\u2019arabe, l\u2019allemand, le français et l\u2019espagnol.Encore une fois, le français se classe, dans ce domaine comme dans d\u2019autres, parmi les premières langues du monde: la 6e place.Cependant, la puissance militaire ne suffit pas à assurer la suprématie d\u2019une langue.Seuls des facteurs combinés d\u2019ordre démographique, économique, militaire et culturel assurent la prédominance d\u2019une langue.C\u2019est là où le français gagne plusieurs points.4.La puissance culturelle Ce sont les langues des pays riches et puissants qui peuvent se permettre de diffuser la quasi-totalité du savoir universel sur de vastes territoires.La richesse culturelle d\u2019une langue est indiscutablement un fait porteur d\u2019avenir; parfois, elle est ce qui lui reste après avoir perdu la dominance numérique, militaire ou économique.4.1\tLe nombre des volumes édités Il se publie 700 000 volumes par année dans le monde.Seulement une trentaine de langues, parmi les 6 000, publient annuellement au moins 1 000 volumes.Le français vient au 4e rang après l\u2019anglais, le russe et l\u2019allemand; il est suivi de l\u2019espagnol, du japonais, du coréen, du chinois, etc.Un Québécois francophone publie proportionnellement 30 fois plus de volumes qu\u2019un arabophone.On admettra sans peine que, sur le plan de l\u2019édition, le français demeure l\u2019une des premières langues du monde.4.2\tLes publications scientifiques Sur le plan international, six langues (anglais, russe, japonais, espagnol, français et chinois) assurent 95% de toute la production scientifique mondiale.On assiste à un net recul de toutes les langues nationales devant l\u2019anglais, à l\u2019exception du russe.Le français scientifique a beaucoup reculé.Ainsi, 30% des chercheurs français publient en anglais; au Québec, c\u2019est 80%; et 90% pour l\u2019ensemble du Canada.Même si le français demeure une langue scientifique, l\u2019avenir paraît sombre de ce côté, à moins qu\u2019une action concertée au plan de la francophonie internationale puisse modifier le déterminisme qui joue contre le français.À court terme, il ne faut pas comp- 410 ter sur la détermination de la France à cet égard: l\u2019affaire de l\u2019Institut Pasteur a montré où se situaient les chercheurs au chapitre de la langue.Il n\u2019est alors pas surprenant que, dans le domaine scientifique, la puissance linguistique du français soit devenue secondaire comparativement à l\u2019anglais.4.3\tL\u2019informatique et les industries de la langue Sur le plan des industries de la langue, toutes les langues nationales reculent devant l\u2019anglais, et le français ne fait pas exception.En effet, on estime que l\u2019anglais accapare toute la place avec 95% de la documentation mondiale et la production des logiciels.À moins que le monde francophone n\u2019accepte de se laisser distancer dans ce secteur et perdre le défi de la révolution technologique, il faudra effectuer des recherches et réaliser des produits qui fonctionneront en français.La meilleure solution est d\u2019envisager des travaux conjoints entre les pays de la francophonie pour en arriver à des produits dont tous pourront se servir.Cette stratégie favoriserait le rayonnement du français sans entraver le développement économique.Dans les domaines tant scientifique que technologique, le Québec ne peut promouvoir la cause du français s\u2019il agit seul.4.4\tLa scolarisation On sait que le degré de scolarisation d\u2019une population a des incidences culturelles, sociales et économiques importantes.C\u2019est pourquoi l\u2019analphabétisme et la sous-scolarisation engendrent la pauvreté et le sous-développement.Sur le plan de la francophonie mondiale, on compte 145 millions de personnes scolarisées en français, tous les secteurs d\u2019enseignements réunis (langue maternelle, langue seconde, langue étrangère).En fait, jamais dans l\u2019histoire du français autant de personnes n\u2019ont appris et parlé cette langue.Le déclin du français langue seconde ou étrangère, qui avait commencé dans les années 60, semble avoir pris fin.Certains pays: Finlande, Irlande, Norvège, Suède, Autriche, Bulgarie, Égypte, Turquie, Israël, Brésil, Colombie, Pérou, États-Unis, Canada, etc.connaissent une nette augmentation des élèves du français langue étrangère. UN MODÈLE DE PUISSANCE LINGUISTIQUE 411 Mais c\u2019est en Afrique francophone et dans les pays du Maghreb que la proportion des effectifs scolaires a le plus augmenté.La population des élèves scolarisés en français est passée de 8% (1960) à 33% (1981).Il faudrait que les États francophones plus riches aident les pays pauvres à réduire leur analphabétisme chronique et à hausser leur niveau de scolarisation.Au Canada, la scolarisation en français a augmenté depuis une vingtaine d\u2019années, et ce, jusqu\u2019à l\u2019université où les francophones du Québec ont rejoint la moyenne canadienne.Avant la loi 101 (1977), les enfants d\u2019immigrants au Québec s\u2019inscrivaient à l\u2019école anglaise dans une proportion de 85%.En 1985-86, 60% des enfants d\u2019immigrants fréquentaient l\u2019école française.Si les tendances actuelles se maintiennent, entre 93% et 95% de tous les élèves du primaire et du secondaire seront bientôt inscrits dans les écoles françaises du Québec; il devrait en rester de 5 à 7% dans le réseau anglais à l\u2019échelle du Québec et moins de 15% à Montréal.Cette réduction de la clientèle anglaise rendra l\u2019accès à l\u2019école anglaise de moins en moins facile (et moins attrayant).Ainsi, la loi 101 témoigne de l\u2019effet protecteur d\u2019une législation linguistique sur la vitalité d\u2019une langue.Toutefois, une ombre inquiétante au tableau: on constate, au Canada, un écart considérable au niveau de la scolarisation entre les francophones et anglophones.Au Québec, la fréquentation universitaire chez les francophones est inférieure de moitié à celle des anglophones.Cet écart constitue un élément négatif pour le français, car la sous-scolarisation des francophones avantagera les anglophones au niveau des emplois, des salaires, voire au niveau de la prime au bilinguisme.De plus, au Canada anglais, l\u2019expansion et la popularité des cours d\u2019immersion en français demeurent impressionnantes, d\u2019année en année, les programmes immersifs destinés aux anglophones prennent de l\u2019ampleur.C\u2019est dire qu\u2019au niveau des effectifs scolaires le français se trouve dans une situation avantageuse.On peut prédire que, au chapitre de l\u2019enseignement du français langue seconde et langue étrangère, la vitalité du français sera plus grande dans l\u2019avenir qu\u2019elle ne l\u2019est présentement. 412 5.Les forces politiques Le pouvoir politique demeure l\u2019une des forces les plus puissantes dont dispose une langue pour assurer sa vitalité.Le poids du nombre, la force économique, la puissance militaire et la richesse culturelle entraînent presque toujours la puissance politique.Louis-Jean Calvet a raison d\u2019écrire: «Les langues sont au pouvoir politique ou ne seront pas des langues.» Grâce à l\u2019appareil de l\u2019État et de ses institutions (parlement, justice, école, armée, police, médias, etc.), les gouvernements peuvent influencer le destin des langues et augmenter ou réduire la puissance de celles-ci.Si elle veut survivre et s\u2019épanouir, toute langue doit exercer le contrôle des instruments de gouvernement, établir sa dominance et rechercher l\u2019exclusivité sur un territoire donné.Or, cette dominance et cette exclusivité s\u2019obtiendront plus facilement qu\u2019une langue aura le contrôle d\u2019un État souverain ou associé.Une langue sans État ou sans gouvernement, c\u2019est une langue à l\u2019avenir compromis.Or, parmi les 6 000 langues du monde, une centaine de langues seulement bénéficie de la protection d\u2019un gouvernement.5.1 Le français comme langue étatique L\u2019anglais arrive au premier rang avec 50 États, le français au second avec 35 États, l\u2019arabe au troisième avec 22, l\u2019espagnol au quatrième avec 21; suivent le portugais (7 États), l\u2019allemand (6) le chinois (4), etc.Grâce à son statut de langue officielle (ou co-officielle) dans quelque 35 États, le français reste la deuxième langue du monde sur le plan de la puissance politique.Même s\u2019il n\u2019est pas la langue maternelle de tous les citoyens dans les pays concernés, le français occupe des positions stratégiques privilégiées comme langue administrative et comme langue de l\u2019enseignement, de l\u2019armée, de la justice, des médias, du commerce ou des affaires, etc.; avouons que ce n\u2019est pas peu.Ajoutons que le français est déclaré langue officielle (ou coofficielle) dans des États non souverains du Canada (Québec et Nouveau-Brunswick), en Suisse (cantons de Genève, de Neuchâtel, de Vaud, du Valais, de Fribourg et de Berne), en Italie (Val d\u2019Aoste) et en Inde (Pondichéry).Il conserve aussi des positions stratégiques UN MODÈLE DE PUISSANCE LINGUISTIQUE 413 dans des pays comme l\u2019Algérie, le Maroc, la Tunisie, l\u2019Égypte, le Liban, Djibouti, la Guinée-Bissau, l\u2019île Maurice, le Laos, le Viêt-nam, etc.Le rôle politique du français constitue le facteur le plus puissant dont dispose le français sur le plan international.Ce statut n\u2019est pas sans incidence sur le français au Canada et au Québec.5.2\tLe français comme langue diplomatique La situation du français comme langue diplomatique n\u2019est plus ce qu\u2019elle était.Néanmoins, le français a gardé une position enviable.qu\u2019il doit partager avec l\u2019anglais.Ainsi, le français est, depuis la création de l\u2019Organisation des nations unies, l\u2019une des six langues officielles avec l\u2019anglais, l\u2019espagnol, le russe, l\u2019arabe et le chinois; le français demeure utilisé par 23% des délégations contre 32% pour l\u2019anglais.Il continue d\u2019occuper la seconde place après l\u2019anglais comme langue du travail; ce statut lui donne une totale parité avec l\u2019anglais dans les procédures et les communications.De plus, mentionnons d\u2019autres organisations internationales où le français sert de véhicule de communication: l\u2019Unesco, l\u2019Alliance atlantique, les Communautés européennes, l\u2019Union internationale des postes, l\u2019Aviation civile internationale, l\u2019Organisation des jeux olympiques, etc.Ce statut du français au niveau diplomatique contribue à la promotion du français dans le monde.5.3\tLe français et le gouvernement canadien Depuis que le gouvernement du Canada a reconnu l\u2019anglais et le français comme les deux langues officielles en 1969, on ne peut nier l\u2019importance du poids politique du gouvernement fédéral dans le destin des langues au pays.Le français a connu des progrès au parlement fédéral depuis 20 ans.Le bilinguisme a progressé dans l\u2019administration fédérale, qui est, en principe, bilingue.Les services en français sont rendus en français partout au pays, là où le nombre le justifie.De plus, les lois fédérales obligent les compagnies à fournir un étiquetage bilingue sur tous les produits de consommation et reconnaissent aux minorités le droit d\u2019avoir recours à des réseaux nationaux de radio et de télévision.Quant à la Loi constitutionnelle de 1982, elle oblige toutes 414 les provinces canadiennes à donner un enseignement en français (ou en anglais) à tout citoyen canadien qui veut faire instruire ses enfants aux niveaux primaire et secondaire dans la langue dans laquelle il a reçu lui-même son instruction.Le Canada s\u2019est même impliqué dans la francophonie internationale.Il a établi des contacts nouveaux avec la France et a accru le budget de son aide extérieure avec les pays francophones du tiers monde.Le gouvernement canadien a été l\u2019un des instigateurs des Sommets francophones, où il s\u2019est révélé un intervenant de poids avec la France.Ce sont là des apports positifs pour le rayonnement du français dans le monde.Mais les interventions fédérales en matière linguistique constituent une arme à deux tranchants.Si elles se révèlent positives pour le français hors Québec, il n\u2019en est pas ainsi dans la seule province francophone.L\u2019un des problèmes provient du fait que les politiques fédérales sont axées sur les droits linguistiques accordés sur une base individuelle aux minorités provinciales: il existe pas de statut définissant la minorité francophone du Canada.On compte 10 minorités provinciales dont une seule est anglophone: celle du Québec.Etant donnée que les francophones du Québec sont considérés comme une majorité, ils n\u2019ont pas besoin de protection; c\u2019est la minorité anglophone provinciale qui a droit à la protection fédérale.La majorité anglaise du pays a pris soin d\u2019inclure ce principe des minorités provinciales dans la Loi constitutionnelle de 1982.Le Québec s\u2019est alors vu imposer des contraintes dans sa marge de manœuvre en matière linguistique.Cette réduction de la marge de manœuvre diminue la puissance du français au Québec sans l\u2019augmenter au Canada anglais.L\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits a eu pour résultats d\u2019empêcher le Québec de se doter d\u2019une protection efficace de type territorial en matière d\u2019enseignement.A cela s\u2019ajoute les dispositions de la nouvelle Loi sur les langues officielles de 1988.Par le biais des subventions, cette loi permet au gouvernement fédéral de promouvoir le bilinguisme partout au Canada, y compris au Québec, et ce, auprès des associations, des syndicats, des municipalités, etc.La puissance politique du gouvernement canadien est telle qu\u2019elle a eu pour effet de mettre en pièce tous les articles majeurs de la législation linguistique québécoise.C\u2019est tout dire de la force UN MODÈLE DE PUISSANCE LINGUISTIQUE 415 politique du Québec en cette matière, puisqu\u2019il peut voir ses législations linguistiques annulées par des lois constitutionnelles adoptées par la majorité anglaise du pays et appliquées au Québec.5.4 Le français et le gouvernement québécois Ce n\u2019est qu\u2019en 1974 avec la Loi sur la langue officielle (loi 22) que la langue française a été proclamé langue officielle du Québec.Toutefois, cette loi était assortie de tant de réserves que cela revenait à assurer à l\u2019anglais la place qu\u2019il avait toujours occupée.En revanche, la Charte de la langue française (ou loi 101) est venue modifier les règles du jeu entre l\u2019anglais et le français en raison de l\u2019affirmation du statut de la langue française dans tous les domaines.Il s\u2019agissait que le français, plutôt que l\u2019anglais, devienne la langue commune de tous les Québécois, étant donné que la population québécoise (1986) est formée de 84,5% de francophones, de 9,2% d\u2019anglophones et de 6,3% d\u2019allophones.C\u2019est pourquoi la majorité devait obtenir plus de droits que les minorités.D\u2019où le rejet du bilinguisme officiel ou généralisé dont l\u2019expérience passée a démontré qu\u2019il constituait la plus grande menace à la vitalité du français, parce qu\u2019il entraînait la dégradation de la langue de la majorité, favorisait l\u2019unilinguisme des anglophones et assurait la prédominance de l\u2019anglais dans tous les secteurs.Toutefois, le fait que le gouvernement du Québec ait vu tailler en pièces tous les articles majeurs de sa loi linguistique démontre que sa force politique s\u2019est réduite.Le Québec ne pourra plus «trop protéger» le français sans essuyer les foudres de la majorité anglaise du pays.Même la désormais célèbre clause dérogatoire, qui a permis au Québec de se soustraire au jugement de la Cour suprême, semble un moyen de temporiser (pour une période ne dépassant pas cinq ans), en attendant que la marmite linguistique saute à nouveau.D\u2019ailleurs, cette clause nonobstant constitue une arme à deux tranchants dans la mesure où elle force les affrontements entre francophones du Québec et francophones hors Québec dont les intérêts sont divergents.Il n\u2019est pas dit que la majorité anglaise ne réussira jamais à retirer cette clause dérogatoire de la Constitution canadienne, et ce, parce que le Québec l\u2019a utilisé à des fins linguistiques.Le fameux accord du lac Meech illustre cette force politique réduite du Québec au sein de la fédération canadienne.Une bonne 416 partie du Canada anglais refuse maintenant cette petite clause interprétative reconnaissant au Québec le statut de «société distincte», clause dont on ignore ce qu\u2019elle contient vraiment et qui, au surplus, serait interprétée par une instance que le Québec ne contrôlera jamais: la Cour suprême.Le plus paradoxal de la situation, c\u2019est que la non-adoption de l\u2019accord constitutionnel rendra le Québec plus libre d\u2019agir à sa guise et lui permettra d\u2019utiliser presque impunément la clause nonobstant.Cette situation laisse croire que les conflits linguistiques sont là pour durer au Canada et que la marmite risque de sauter à tout moment, que ce soit au Manitoba, en Alberta, en Ontario, au Québec, etc.Lorsque les Québécois commenceront à représenter moins de 20% de la population canadienne, le rapport de force diminuera encore entre francophones et anglophones, tant au Canada qu\u2019au Québec.Il est probable que, dans le futur, certains politiciens canadiens demanderont de réviser à la baisse les politiques de bilinguisme au Canada, pendant que les politiciens québécois feront de même dans leur province, avec comme conséquence des revendications accrues de la part des francophones et des anglophones, et de nouvelles guerres des langues.Conclusion La puissance linguistique du français est réelle dans le monde.Elle se situe dans les toutes premières places, et ce, dans tous les facteurs de vitalité.Les variables plus faibles ont trait aux publications scientifiques et aux produits informatiques.Un facteur faible ou négatif sur le plan international entraîne toujours des effets négatifs au Québec et dans le reste du Canada.Par contre, ce qui est positif pour le français sur le plan international ne l\u2019est pas nécessairement pour le français au Québec et ce qui est positif pour le Québec peut se révéler négatif pour le français hors Québec.Les faits démontrent que, dans le cadre fédératif canadien, promouvoir le français dans les provinces anglaises revient à l\u2019affaiblir au Québec et promouvoir la dualité linguistique au Québec aide la cause des francophones hors Québec.Or, à long terme, tout affaiblissement du français au Québec diminuera son importance dans le reste du Canada.Dans l\u2019ensemble, la situation du français hors Québec dépend de la vitalité du français au Québec et UN MODÈLE DE PUISSANCE LINGUISTIQUE 417 celle-ci de la vitalité du français ailleurs dans le monde.C\u2019est pourquoi, tout interventionnisme en faveur du français doit tenir compte de cette interrelation.Bibliographie ARNOLD, Thierry, Jean-Claude CORBEIL et David DALBY.Les langues et l\u2019espace du français, Montréal, Publications CIRELFA, 1985,\t54 p.BLOUIN, Jean.«Interview: What does Canada want?», dans L\u2019actualité, Montréal, 1er mars 1990, p.12-16.BRETON, Albert et Peter MIESKOWKI.«L\u2019investissement linguistique et la francisation du Québec», dans Économie et langue, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1985, p.81-100.CARATINI, Roger.La force des faibles, Paris, Larousse, 1986, 399 p.COMMISSAIRE AUX LANGUES OFFICIELLES.Rapport annuel 1988, Ottawa, Approvisionnements et Services Canada 1989, 339 p.DE SAINT-ROBERT, Philippe.«Une idée neuve: la francophonie» dans Hérodote, Paris, juillet-septembre 1986, n° 42, p.127-139.DION, Léon.«Les marécages linguistiques» dans Le Devoir, Montréal, 23-24 décembre 1986.GENDRON, J.-D., McCONNEL, G.et al.Dimensions et mesures de la vitalité linguistique, vol.1, Québec, CIRB, publication G-9, 1988, 170 p.HAUT CONSEIL DE LA FRANCOPHONIE.État de la francophonie dans le monde, Rapport 1985, Paris, La Documentation française, 1986,\t373 p.HENRIPIN, Jacques.Naître ou ne pas être, Québec, Institut Québécois de recherche sur la culture, 1989, 141 p.LAPONCE, Jean A.Langue et territoire, Québec, CIRB, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1984, 265 p.LECLERC, Jacques.Langue et société, Laval, Mondia, 1986, 530 p. 418 MACKEY, William F.Bilinguisme et contact des langues, Paris, Klincksieck, 1976, 534 p.MACKEY, William F.«La mortalité des langues et le bilinguisme des peuples», dans Anthropologie et société, vol.7, n° 3, département d\u2019Anthropologie de l\u2019Université Laval, 1983, p.3-23.MARCHAND, Jean-Paul.Maudits Anglais! Lettre ouverte aux Québécois d\u2019un Franco-Ontarien indigné, Montréal, Stanké, 1989,151 p.MATHEWS, Georges.Le choc démographique, Montréal, Boréal Express, 1984, 204 p.PAILLÉ, Michel.«Immigration et dénatalité» dans La Presse, Montréal, 23-24 décembre 1986.VALASKAKIS, Kimon.Prospective de la langue française au Québec, Québec, CLF, Éditeur officiel du Québec, 1986, 283 p.Q De Gaulle et l\u2019émergence internationale du Québec Claude MORIN professeur École nationale d\u2019administration publique du Québec Résumé Le professeur Morin démontre que «l\u2019émergence internationale du Québec» est la résultante de deux facteurs: les prérequis canado-québécois et le soutien magistral de de Gaulle.Les prérequis sont de diverses natures: difficultés du fédéral à mettre en œuvre dans les provinces des accords internationaux, affirmation du Québec à prolonger à l\u2019externe sa compétence interne, besoin québécois d\u2019un «oxygène francophone».L\u2019auteur décrit ensuite le soutien de de Gaulle au rapprochement de la France et du Québec.C\u2019est d\u2019abord, en 1961, la création de la Délégation générale du Québec à Paris; puis, la signature des premières ententes franco-québécoises de coopération en 1965.Le «Vive le Québec libre!» de juillet 1967, la guérilla de Trudeau et les conférences de presse du général ont fait psychologiquement entrer le Québec dans le concert des nations. 420 Par la suite, des gestes concrets ont été posés, même si Ottawa s\u2019est souvent «enfargé» dans les fleurs du tapis.O n risque peu de faire erreur en présumant que les Québécois, en majorité, associent Charles de Gaulle à son «Vive le Québec libre!» Ces quatre mots symbolisent pour eux tout le personnage, en même temps qu\u2019ils résument son apport au Québec lui-même.Bien qu\u2019elle laisse entrevoir une appréciation un peu courte de la vie et de l\u2019œuvre du président français, une telle réaction est normale et surtout compréhensible.Normale, car le public retient les aspects les plus spectaculaires, les plus frappants, d\u2019un événement.Compréhensible, car les quatre mots ont eu chez nous un impact politique et médiatique extraordinaire qui a marqué et qui marque encore la perception populaire.Le recul de plusieurs années, qui nous aide aujourd\u2019hui à revoir les événements d\u2019alors, à les replacer dans leur contexte et à les décanter, ne nous les a d\u2019ailleurs pas fait oublier, au contraire.Il nous permet cependant d\u2019identifier et de mesurer les retombées, pour le Québec, de paroles, d\u2019attitudes et d\u2019actes de de Gaulle dont les effets se sont prolongés dans le temps, bien au-delà de ce qu\u2019on aurait pu imaginer à l\u2019époque.La contribution de de Gaulle Peut-être est-ce dû aux circonstances grâce auxquelles j\u2019en ai été acteur et témoin pendant des années?Peut-être est-ce dû à ma propre échelle d\u2019appréciation, personnelle et rétrospective, comme responsable à un titre ou à un autre des relations intergouvemementales du Québec?Toujours est-il qu\u2019il se trouve un apport précis de de Gaulle que j\u2019ai tendance à situer au premier plan.Je veux parler de l\u2019émergence internationale du Québec.C\u2019est en effet à de Gaulle qu\u2019on la doit, comme c\u2019est à partir de lui qu\u2019il faut, corollairement, en retracer les conséquences sur le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Aussi curieux que cela puisse paraître, compte tenu d\u2019un certain DE GAULLE ET L\u2019ÉMERGENCE INTERNATIONALE DU QUÉBEC 421 nombre de vérités reçues, j\u2019estime que son appui à cet aspect particulier de l\u2019évolution québécoise a été plus déterminant pour la suite des choses que les répercussions de toute nature qu\u2019on peut, légitimement et à bon droit, attribuer, par exemple, au «Vive le Québec libre!» Cette exclamation a certes agi sur la conscience politique québécoise et sur la perception, à l\u2019extérieur de nos frontières, de la problématique vécue par notre peuple, mais l\u2019acquisition, par le Québec et grâce à de Gaulle, d\u2019une certaine personnalité internationale a eu selon moi davantage de portée.Tout le monde s\u2019entend, cela va de soi, pour reconnaître le soutien de de Gaulle au rapprochement de la France et du Québec, et ce dès 1961, lorsqu\u2019il a facilité l\u2019établissement d\u2019une Délégation générale en France.Il n\u2019en reste pas moins, toujours selon moi, que l\u2019instrument politique nouveau qu\u2019il nous a permis d\u2019acquérir, en aidant l\u2019État québécois à accéder à l\u2019international et à y affirmer sa personnalité propre, complète et dépasse cette relation bilatérale en nous donnant, sur l\u2019avenir, une prise qui, autrement, nous aurait peut-être manqué encore longtemps.Les prérequis Pour que le Québec puisse franchir le pas international et qu\u2019il aille plus loin à cet égard qu\u2019aucun autre État fédéré de la planète, il était indispensable qu\u2019un certain nombre de prérequis fussent réunis.C\u2019est en les évoquant et en les examinant tout d\u2019abord qu\u2019on comprendra mieux, ensuite, l\u2019influence décisive de l\u2019action de de Gaulle.Ils ne sont pas tous bien connus, ils n\u2019eurent pas tous le même poids, mais leur convergence fut capitale.Un de ces prérequis existait depuis longtemps.Il n\u2019a été réalisé ni par le Québec, ni par de Gaulle, mais la vérité historique enjoint d\u2019en faire état ici.Il s\u2019agit d\u2019une donnée antérieure à l\u2019évolution des années 1960, d\u2019un acquis obtenu sans beaucoup de mérite, mais réel tout de même dans la mesure où il rendit moins ardue la démarche québécoise ultérieure.1) Une situation constitutionnelle particulière Dans les années 1930, saisis d\u2019un conflit constitutionnel à la suite de la signature, par le Canada, d\u2019un traité international dans le domaine du travail, les tribunaux décidèrent que ce traité n\u2019entraînait 422 pas l\u2019obligation pour les provinces canadiennes d\u2019en appliquer, sur leur territoire, les composantes qui relevaient de leurs compétences internes.En d\u2019autres termes, était admis le droit du gouvernement fédéral de négocier et de conclure des accords internationaux dans tous les domaines, mais non celui de les mettre entièrement en œuvre lui-même.Cette caractéristique, propre à notre fédéralisme, conféra aux provinces un certain rôle, au moins un rôle indirect, dans la conception et la mise en application de la politique étrangère du Canada.Elle entraîna aussi des incertitudes quant à l\u2019étendue réelle des pouvoirs fédéraux en matière de relations avec l\u2019étranger.Résultat pratique: pour respecter ses engagements à l\u2019endroit d\u2019autres pays et contrairement à ses préférences, le gouvernement fédéral ne pouvait plus dorénavant se passer des provinces, encore moins leur imposer sa volonté à la faveur de tels engagements.D\u2019une manière ou d\u2019une autre, avant la négociation d\u2019un accord ou après, il lui fallait trouver un moyen de les associer aux actes internationaux du Canada, en tout cas à ceux d\u2019entre eux qui concernaient leurs compétences internes.Par la voix de son ministre de l\u2019éducation de l\u2019époque, le gouvernement québécois des années 1960 tira une conclusion pratique et politique de cette situation: pourquoi les compétences internes du Québec n\u2019auraient-elles pas un prolongement externe?Pourquoi, dans des cas comme celui de l\u2019éducation, par exemple, le Québec ne négocierait-il pas et ne signerait-il pas lui-même ses propres accords internationaux, tout en se conformant, bien entendu, aux grandes orientations de la politique étrangère du Canada?Face aux réactions fédérales négatives, cette position n\u2019était pas toute-puissante.Elle n\u2019allait sûrement pas faire changer Ottawa d\u2019avis quant à son point de vue sur la participation des provinces aux relations avec l\u2019extérieur, ni propulser le Québec sur la scène internationale.L\u2019importance de l\u2019argumentation du Québec tenait plutôt au fait qu\u2019elle exploitait une faille apparente dans la base juridique des prétentions plus ou moins impérialistes d\u2019Ottawa en matière de politique étrangère, y compris dans des domaines provinciaux.Elle fournissait une justification logique, et même de sens commun, à des ambitions internationales québécoises rendues plausibles par des décisions de DE GAULLE ET L\u2019ÉMERGENCE INTERNATIONALE DU QUÉBEC 423 tribunaux, en plus d\u2019être nécessaires vu la nature de ses besoins, comme on le constatera dans un instant.Le public intéressé par ce genre de débats en garda l\u2019impression générale que le Québec pouvait invoquer de sérieuses raisons pour asseoir légalement son désir de contacts directs avec l\u2019étranger.2)\tLa volonté politique Encore fallait-il que ce désir existât.Or c\u2019était le cas.Ainsi se trouvait concrétisé un second prérequis à l\u2019émergence internationale du Québec: la volonté politique de son propre gouvernement sans laquelle les choses seraient peut-être restées en l\u2019état.Celle-ci se fondait en partie sur un fait depuis longtemps déploré par les milieux québécois les plus politisés.Pendant des générations, le Canada fédéral n\u2019avait nourri qu\u2019un souci bien secondaire, pour ne pas dire distrait, envers le monde francophone.Toute son attention, ou presque, était traditionnellement orientée vers la Grande-Bretagne et les pays du Commonwealth, et vers les États-Unis.Pour des raisons économiques et historiques, ces pays, tous de langue anglaise, étaient à l\u2019avant-plan des préoccupations fédérales de politique étrangère.Dans l\u2019horizon d\u2019Ottawa, la France et les pays francophones étaient visibles, mais loin au fond, en retrait.À tout le moins, c\u2019est ainsi que les Québécois, non sans raison, percevaient la réalité.Ils comprenaient en conséquence fort bien que le gouvernement du Québec, par ses propres contacts éventuels avec l\u2019extérieur, et surtout avec un extérieur francophone, vienne corriger des lacunes qui ne semblaient pas beaucoup inquiéter le gouvernement fédéral.Cette prise de conscience en accompagnait une autre, bien ancienne celle-là, mais devenue plus aiguë en 1950-1960: l\u2019insécurité des 6 millions de francophones québécois, entourés par plus de 250 millions d\u2019anglophones canadiens et américains.Comme l\u2019affirmera plus tard le premier ministre Daniel Johnson, les Québécois ressentaient le besoin d\u2019un oxygène francophone qu\u2019Ottawa avait négligé de leur procurer.3)\tUn besoin de rapprochement Pourquoi, se disaient bon nombre de Québécois, n\u2019irions-nous 424 pas, nous-mêmes, par l\u2019entremise de notre gouvernement, chercher cet oxygène-là où il se trouvait, en France par exemple?Ce réflexe était d\u2019autant plus normal que le Québec d\u2019alors était engagé dans la voie de réformes ambitieuses, sans précédent.Elles concernaient l\u2019éducation, l\u2019administration publique, le développement des richesses naturelles, la reprise en mains, par les Québécois, de leur propre économie, et bien d\u2019autres domaines.Des retards considérables s\u2019étaient accumulés.Il fallait faire vite et, selon certains, tout faire en même temps.Dès lors, n\u2019irait-on pas plus rapidement et les réformes ne seraient-elles pas plus efficaces si, au lieu de compter sur nos seuls moyens \u2014 et ce, pendant des années \u2014, on pouvait emprunter à la France, tout de suite, certains des spécialistes dont on avait grand besoin?On gagnerait ainsi du temps et on éviterait peut-être des erreurs en comparant, avec celles de la France, les expériences innovatrices tentées au Québec.De la même manière, il serait utile que des Québécois fassent des stages dans des établissements français, universités, centres de recherche, sociétés publiques, etc.Bref, se disait-on, le Québec pourrait profiter d\u2019un apport de la France et, qui sait, la France elle-même aurait peut-être avantage à connaître les expériences québécoises.À ce qu\u2019on a appelé le besoin d\u2019oxygène, d\u2019ordre plus culturel, s\u2019ajoutaient ainsi, pour le Québec du début des années 1960, des impératifs plus matériels nés des transformations alors en cours ou envisagées.Le premier souci international du Québec consistait donc, pour les raisons mentionnées, à se tourner d\u2019abord du côté de la France.Voilà comment naquit la substance à partir de laquelle s\u2019édifièrent les premières ententes franco-québécoises de coopération, signées en 1965.De la création de la Délégation générale en 1961, on passa ainsi à des rapports plus étendus, à des échanges plus systématiques et à la mise au point des structures et organismes appropriés.4) L\u2019obligation d\u2019agir Souci de rapprochement avec la France, fort bien, sauf qu\u2019il ne faut pas négliger un facteur moins connu, mais qui, lui aussi, explique pourquoi le Québec, en plus d\u2019en ressentir le besoin, devait de toute façon s\u2019intéresser activement aux relations internationales DE GAULLE ET L'ÉMERGENCE INTERNATIONALE DU QUÉBEC 425 en général, et pas seulement à celles qui concernaient la France.Ce facteur tient à l\u2019évolution du contenu des rapports internationaux et à la dynamique du fédéralisme canadien.On observait, d\u2019une part, que les échanges entre nations s\u2019adressaient désormais, et de plus en plus, à des domaines qui, en droit constitutionnel canadien, tombent en tout ou en partie dans les catégories de compétences réservées aux provinces: éducation, santé, développement régional, culture1, etc.Tout laissait prévoir que l\u2019avenir confirmerait et accentuerait cette tendance.D\u2019autre part, le Québec savait par expérience que les lignes de force du fédéralisme canadien \u2014 et aussi celles, probablement, de tout fédéralisme \u2014 amenaient spontanément les autorités politiques et administratives centrales (fort consentantes d\u2019ailleurs) à considérer comme relevant d\u2019elles tous les secteurs d\u2019intervention stratégique, c\u2019est-à-dire ceux qui, sous le contrôle d\u2019un gouvernement, peuvent contribuer à façonner la société de demain.Les accords internationaux, à cause des matières sur lesquelles ils portaient de plus en plus, renfermaient justement un tel contenu stratégique.Il n\u2019était pas exclu que, si le Québec se désintéressait des nouvelles tendances visibles en relations internationales, Ottawa s\u2019empresserait de se donner les moyens d\u2019en profiter, dans le but, dirait-on, de mieux faire face à ses obligations de politique étrangère.Dans notre régime politique, on avait depuis longtemps constaté que le «vide» attirait le centre.D\u2019où un danger non négligeable pour la marge de manœuvre du Québec.L\u2019exercice de ses propres compétences était en cause.S\u2019il demeurait inactif, le gouvernement central en viendrait peu à peu à s\u2019occuper lui-même d\u2019échanges portant sur l\u2019éducation et le reste, ce qui lui donnerait l\u2019occasion, sous prétexte d\u2019exigences nées de contraintes internationales, de s\u2019introduire par le biais dans des champs ne lui appartenant pas en vertu de la constitution canadienne et éventuellement d\u2019y jouer un rôle influent.De la même façon que le Québec aspirait à jouir du prolongement externe de ses compétences internes, Ottawa prétendrait disposer du prolongement interne de ses compétences externes! Pour ces 1.Telle qu\u2019elle est comprise ici, la culture va plus loin que la langue: en effet, contrairement au reste du Canada, le Québec est régi par le droit civil, caractéristique qui fait partie de son identité, donc de sa culture. 426 motifs et parce que le Québec de la révolution tranquille tenait à occuper tout le champ de ses attributions constitutionnelles, il lui était indispensable de s\u2019intéresser aux relations internationales.Une condition essentielle J\u2019ai jusqu\u2019ici beaucoup insisté sur la présence, en 1960-1965, d\u2019un certain nombre de prérequis à l\u2019émergence internationale du Québec.Ceux-ci, on l\u2019a noté, provinrent de causes variées: situation juridique, volonté politique, besoin d\u2019un apport extérieur, tendances du régime fédéral canadien.Leur simultanéité leur donna sans l\u2019ombre d\u2019un doute une force significative d\u2019entraînement, mais la question se pose maintenant de savoir si leur convergence aurait pu suffire, à elle seule, pour permettre au Québec, comme Etat fédéré, de franchir le pas international.À l\u2019époque, soit au début des années 1960, sous le premier ministre fédéral Pearson, on aurait pu penser que oui.Cet homme politique n\u2019était pas mal disposé envers le Québec de Jean Lesage, à preuve son attitude au moment de l\u2019établissement d\u2019une Délégation générale en France.Il ne s\u2019opposa pas tout d\u2019abord au rapprochement franco-québécois.Les choses commencèrent à se compliquer lorsque le Québec voulut conclure ses propres accords en éducation et en culture avec la France, en 1965, mais, là encore, après quelques secousses, le gouvernement fédéral finit par consentir à ces ententes dont il ne saisissait pas encore (à vrai dire, nous non plus) la portée et l\u2019ampleur qu\u2019elles devaient finir par prendre avec les années et la multiplication des échanges.Inutile de dire qu\u2019avec le «Vive le Québec libre!» de 1967, sous le gouvernement de Daniel Johnson, et compte tenu des aspirations du Québec à participer en son propre nom à l\u2019activité internationale, les choses changèrent d\u2019allure, même sous Pearson.Avec l\u2019arrivée à Ottawa du successeur de Pearson, Pierre-Elliott Trudeau, on s\u2019engagea dans une guérilla qui dura seize ans, jusqu\u2019en 1984.Le Québec finit par en sortir vainqueur, pas totalement mais de manière appréciable, sous Brian Mulroney et grâce à une plus grande ouverture de sa part.C\u2019est alors qu\u2019il accéda finalement au Sommet des chefs d\u2019États et de gouvernements francophones.Le recul historique et l\u2019analyse de l\u2019expérience vécue entre 1960 et 1985 nous forcent à conclure que les prérequis québécois ne DE GAULLE ET L'ÉMERGENCE INTERNATIONALE DU QUÉBEC 427 représentèrent pas, en définitive, des leviers aussi puissants qu\u2019on aurait pu le croire au début des années 1960, à l\u2019époque où ils convergèrent.Ils auraient certes donné de bons arguments au Québec pour soutenir ses positions politiques auprès de la population, pour les défendre devant le gouvernement central et même, sait-on jamais, pour réaliser quelques modestes gains sectoriels dans la mesure où Ottawa les aurait acceptés ou tolérés.Mais c\u2019est à peu près tout.C\u2019est pourquoi, en 1990, un fait s\u2019impose à l\u2019attention et à la réflexion: c\u2019est par l\u2019addition, à ces prérequis, du soutien de de Gaulle qu\u2019il devint possible au Québec d\u2019acquérir la capacité internationale qui est aujourd\u2019hui la sienne et dont on ne retrouve pas d\u2019exemple dans d\u2019autres fédérations.Bref, rien de comparable à ce qui s\u2019est produit en ce domaine ne serait survenu sans l\u2019apport absolument indispensable de de Gaulle.On peut bien sûr penser qu\u2019en l\u2019absence de conditions internes favorables, l\u2019impulsion de de Gaulle aurait eu passablement moins d\u2019impact: par exemple, imaginons-le, une seconde, offrant son soutien à l\u2019émergence internationale du Québec d\u2019avant 1960! En revanche, comme on vient de le dire, la présence de ces seules conditions internes n\u2019aurait pas suffi.Au fond, le succès de la démarche québécoise exigeait la combinaison de deux types d\u2019éléments: d\u2019un côté, les prérequis canado-québécois et de l\u2019autre, le soutien de de Gaulle.C\u2019est le second qui permit aux velléités contenues dans les premiers de s\u2019actualiser en leur donnant une forme concrète et durable.Comment, en effet, le Québec aurait-il pu acquérir une personnalité internationale quelconque, si limitée soit-elle dans le régime fédéral canadien, dans l\u2019hypothèse où aucun autre pays n\u2019aurait accepté d\u2019établir, avec lui, des contacts d\u2019État à État ou des rapports directs?L\u2019absence de preneur n\u2019aurait pas fatalement anéanti les aspirations internationales du Québec, mais elle l\u2019aurait obligé à procéder d\u2019une façon plus «classique», dépendante du bon vouloir d\u2019un gouvernement central peu porté, en cette matière, à l\u2019indulgence.De ce fait, ses chances auraient été plus que minces, sinon inexistantes.Une constante de la politique française De Gaulle fut ainsi le premier \u2014 et jusqu\u2019à nouvel ordre le 428 seul \u2014 chef d\u2019État du monde à avoir encouragé l\u2019établissement de relations directes, suivies et structurées avec le Québec.Cohérente et tenace, son action à cet égard s\u2019est exercée à divers moments et sur plusieurs dossiers.D\u2019abord, on l\u2019a vu, au moment de l\u2019établissement d\u2019une Délégation générale du Québec en France, en 1961, mais aussi, en 1964, lorsqu\u2019il s\u2019est agi de reconnaître à cette Délégation un statut et des privilèges qui, à toutes fins utiles, la hissèrent au niveau d\u2019une véritable ambassade.En 1965, il favorisa la conclusion des ententes sur l\u2019éducation (février) et sur la culture (novembre).Après sa visite de juillet 1967 (et le «Vive le Québec libre!»), le consulat général de France à Québec releva directement du ministère des affaires étrangères et n\u2019eut plus désormais, dans ses rapports avec ce ministère, à utiliser le canal de l\u2019ambassade de France à Ottawa.Un autre précédent.En septembre de la même année, il chargea le ministre Alain Peyrefitte d\u2019une mission particulière envers le Québec, celle d\u2019accroître par tous les moyens le volume et la variété de la coopération entre les deux États.Puis ce fut la création de l\u2019Office franco-québécois de la jeunesse et d\u2019autres initiatives, à peu près toutes réprouvées par Ottawa.Que dire aussi des déclarations de de Gaulle, en conférences de presse, sur l\u2019évolution canadienne et québécoise?Chaque fois, tout comme ses paroles de Québec et de Montréal en juillet 1967, elles faisaient connaître le Québec aux autres nations du monde.De la même manière je me rappelle avec émotion l\u2019accueil chaleureux et impressionnant réservé aux premiers ministres Lesage, en octobre 1961, et Johnson, en mai 1967.La qualité de cet accueil s\u2019étendit même \u2014 précédent peu de nature à réjouir les fédéraux \u2014 à des ministres du gouvernement québécois.Au début de 1968, il favorisa la présence du Québec (sans celle d\u2019Ottawa) à la conférence des ministres de l\u2019éducation des pays francophones à Libreville, au Gabon, permettant par là au Québec d\u2019accéder à un forum qui, autrement, lui aurait été interdit.Cette conférence fut suivie de plusieurs autres, tant sur l\u2019éducation que sur la jeunesse, où le Québec fut toujours présent, même si le gouver- DE GAULLE ET L'ÉMERGENCE INTERNATIONALE DU QUÉBEC 429 nement fédéral réussit éventuellement à s\u2019y faire inviter lui aussi, mais sans réussir à en exclure le Québec.Puis ce fut l\u2019admission du Québec à l\u2019Agence de coopération culturelle et technique, en 1969-1970, réalisée après le départ de de Gaulle, mais rendue possible à cause de l\u2019impulsion venant de lui.Même si elle survint des années plus tard, on pourrait en dire autant de l\u2019accession du Québec au Sommet des chefs d\u2019État et de gouvernement des pays francophones, en 1985.De Gaulle a en effet suscité une complicité franco-québécoise qu\u2019ont maintenue tous ses successeurs, malgré l\u2019opposition souvent virulente des autorités fédérales et leurs nombreuses interventions visant à «remettre le Québec à sa place».Il faut toujours se souvenir que le caractère durable de cette complicité, on le lui doit également.Si l\u2019appui français s\u2019était terminé avec son départ \u2014 Ottawa misait là-dessus \u2014, la trajectoire du Québec en aurait été profondément modifiée.Des outils nouveaux Par son soutien à l\u2019affirmation de la personnalité internationale du Québec de Gaulle nous a donné des clefs, des outils, dont il nous appartenait de nous servir selon nos priorités et nos besoins.Le Québec de la Révolution tranquille avait entrepris de se donner des instruments comme Hydro-Québec, la Société générale de financement ou la Caisse de dépôt et placement (inspirée du modèle français).Il avait les cadres législatifs et des organismes publics permettant des réformes devenues urgentes en administration publique, en éducation, en culture, en santé, en politique sociale ou en développement régional.Il visait aussi à contrôler davantage son économie et ses flux financiers.Le bilan de la Révolution tranquille et de ses suites immédiates doit désormais inclure la percée internationale du Québec.Elle s\u2019ajoute aux instruments collectifs déjà en place alors ou encore en gestation.Dans les années 1960, nous n\u2019aurions pas été en mesure, sans de Gaulle, de fabriquer nous-mêmes cet outil particulier d\u2019affirmation et d\u2019épanouissement.Comme toute innovation, le rapprochement franco-québécois a suscité bien des espoirs et, il faut le dire, conduit à quelques décep- 430 tions.Certaines de ces déceptions étaient assez prévisibles, une entre autres.Ainsi, comment pouvait-on espérer, comme ce fut le cas chez plusieurs Québécois, y compris des hommes politiques, un afflux soudain d\u2019immenses capitaux français dont la dimension aurait pu, à la longue, diminuer de façon sensible l\u2019importance relative des investissements américains chez nous?À supposer qu\u2019il eût été souhaitable, un tel renversement de situation n\u2019était pas possible, même sous la pression insistante du président français.Le même genre de remarque peut s\u2019appliquer à d\u2019autres dossiers.Il est intéressant de constater que le soutien français, en se manifestant à propos de l\u2019émergence internationale du Québec, s\u2019est en réalité produit dans le domaine où de Gaulle pouvait nous être le plus durablement utile, où il avait la plus grande capacité d\u2019agir et où lui seul pouvait fournir un appui impensable de la part de tout autre chef d\u2019État.Cet aspect des choses mérite d\u2019être fortement souligné.S\u2019il va de soi aujourd\u2019hui que l\u2019action de de Gaulle a puissamment contribué au rapprochement franco-québécois comme tel, on ne doit pas en perdre de vue les retombées ou, si l\u2019on préfère, les effets multiplicateurs: car il nous a ouvert des portes et en même temps qu\u2019il nous a fait connaître.Concernant d\u2019abord l\u2019éducation et la France, la démarche internationale du Québec a vite débordé ce cadre initial, grâce aux contacts qu\u2019il était désormais en mesure d\u2019établir.Elle a touché bien d\u2019autres secteurs: sciences, communications, petite et moyenne entreprise, fonction publique, immigration, politique linguistique, commerce, finance, industrie, santé, jeunesse, richesses naturelles, développement régional, etc.Au fil des années, le Québec s\u2019est intéressé à plusieurs autres pays, particulièrement à ceux de la francophonie, mais pas exclusivement.Sur le plan interne, le gouvernement du Québec s\u2019est graduellement doté du personnel, des budgets et des organismes (ministères, services et délégations à l\u2019étranger) exigés par ses relations avec l\u2019extérieur.Il a même donné à cet égard l\u2019exemple à d\u2019autres provinces canadiennes qui, bien entendu, n\u2019ont jamais autant innové que lui en la matière.En pratiquant les relations internationales, le gouvernement du Québec a beaucoup appris.Plus étonnant encore, d\u2019autres États fédérés et certaines communautés nationales se sont mises à porter attention à l\u2019expérience DE GAULLE ET L\u2019ÉMERGENCE INTERNATIONALE DU QUÉBEC 431 québécoise, pas nécessairement dans le but de l\u2019imiter, mais au moins pour s\u2019en inspirer dans leur propre démarche vers une plus grande prise en charge de leurs affaires.L\u2019intérêt des autres envers nous, joint aux rapprochements et aux contacts nouveaux permis par le processus d\u2019ouverture à l\u2019extérieur, tout cela a contribué à changer les mentalités au Québec.Le monde contemporain se rétrécit et, entre les nations, les rapports de tous ordres croissent.Si, face aux défis qui arrivent, nous avons davantage confiance en nous-mêmes, si nous avons plus d\u2019assurance, si nous sommes mieux outillés qu\u2019avant comme peuple, nous le devons en partie aux retombées de l\u2019impulsion inspirante et créatrice donnée par le Général de Gaulle à l\u2019émergence internationale du Québec.Q A nos deux commissions dites «nationales» Jacques BOUCHER économiste La commission Bélanger-Campeau et la commission Spicer devraient préparer les mentalités à l\u2019indépendance du Québec Pour débuter avec l\u2019essentiel de mon texte, je tiens à signaler que commissions, superstructure, fédéralisme renouvelé qualifié de souveraineté-association, Lac Meech II, ententes Québec-Ottawa ou pas, les Québécois en sont désormais à un point de non-retour.Ce n\u2019est pas en jouant sur les mots qu\u2019on va les convaincre.Il y a des gens qui prennent plus de temps que d\u2019autres à opter pour une option donnant au régime le maximum de chances.Mais quand ils se sont branchés, n\u2019essayez plus de les faire changer d\u2019idées, vous perdez votre temps.Les Québécois vont rejeter tout maquillage qui peut ressembler à du fédéralisme renouvelé et qu\u2019on va essayer de faire passer pour de la souveraineté-association.Les Québécois vont également rejeter toute superstructure qui pourrait s\u2019apparenter à un régime fédéral.Bourassa a tout intérêt à faire attention, s\u2019il s\u2019imagine que les Québécois qui vivent ce régime depuis des décennies vont se laisser berner.Avant de créer une commission, Mulroney aurait été mieux de régler son litige avec le Québec en matière d\u2019immigration.Ç\u2019aurait été un meilleur signe de compréhension des demandes du Québec que la création d\u2019une commission.Bourgault qualifie le moment présent du plus propice pour réaliser l\u2019indépendance.C\u2019est vrai que À NOS DEUX COMMISSIONS DITES «NATIONALES» 433 politiquement, c\u2019est le meilleur moment.Les fédéralistes comptent donc sur le temps, mais le temps joue plutôt en faveur du Parti québécois.Spicer est toujours apparu comme un type ouvert.Il couvait dans les coulisses du Parti québécois.Mais quand est venu le référendum, c\u2019est viscéral, il a rapidement compris d\u2019où il venait.Aujourd\u2019hui, il apparaît encore dans le décor au moment où le Canada est en flammes.Au lieu de tenter le sauvetage de la dernière chance, devant l\u2019inévitable indépendance du Québec à l\u2019horizon, son apport serait nettement plus important s\u2019il préparait les Canadiens à l\u2019acceptation d\u2019un Québec indépendant politiquement et aux formes de coopérations possibles.Autrement, ils vont avoir la face longue après la prochaine élection québécoise.Pour ce qui est de la commission Bélanger-Campeau, je lui conseillerais elle aussi de fonctionner dans un cadre de Québec indépendant et de laisser de côté les formules de fédéralisme renouvelé déguisé en souveraineté-association où les superstructures maintiendraient le lien fédéral.C\u2019est le plus mauvais service qu\u2019on pourrait rendre au Québec, car on retarderait tout simplement l\u2019échéance et on poursuivrait pendant une autre décennie un débat qui doit désormais être clos.La seule option envisageable, c\u2019est celle de la récupération par Québec de toute sa fiscalité, taxes et impôts, et la souveraineté politique du pays.Il reste alors à la Commission de préciser si on conserve la monnaie canadienne, le souci de Bourassa, ou si l\u2019on opte pour une monnaie québécoise.On peut toujours être tenté d\u2019appliquer une solution européenne, mais il ne faut pas oublier qu\u2019en Europe les pays sont d\u2019abord souverains et ont leur propre monnaie.Il faut cesser de berner la population en présentant l\u2019Europe comme du fédéralisme, quand on sait que tous les membres de la communauté sont d\u2019abord des pays indépendants.Sur ce point bien précis, je posais dernièrement la question à l\u2019économiste Klaus-Peter Schmid, journaliste au journal Die Zeit de Hambourg, en Allemagne, sur les pouvoirs du parlement européen.Herr Schmid m\u2019a dit ceci: 1- Le parlement européen n\u2019a pas de pouvoirs.C\u2019est pour l\u2019image politique.C\u2019est un ramassis de vieux politiciens qui veulent terminer une 434 carrière, et de jeunes qui vont se pratiquer pour faire de la politique, et ça nous coûte très cher.2-\tL\u2019union monétaire, ce n\u2019est pas pour demain et c\u2019est loin d\u2019être fait.3-\tL\u2019écu, ce n\u2019est pas une véritable monnaie.C\u2019est pour des fins comptables.On devrait donc cesser de se laisser berner par cette superstructure à l\u2019Européenne, à moins que l\u2019on ne fasse du Québec un pays vraiment indépendant avec toute sa fiscalité; autrement, la population sera là pour faire savoir aux politiciens ce qu\u2019elle veut vraiment et qu\u2019elle sait différencier une véritable indépendance d\u2019un maquillage fédéral.Quand je vois des études où on tente de démontrer la force de nos liens avec le reste du Canada en examinant notre part de production et la destination de nos produits, ça me fait plutôt rire.Quand le Québec vend à l\u2019étranger, ce n\u2019est pas pour nos beaux yeux, c\u2019est parce qu\u2019on a des avantages concurrentiels en termes de ressources naturelles, ou de qualité-prix.De la même manière, ce n\u2019est pas pour les beaux yeux des Américains qu\u2019on importe des bananes ou pour ceux des Japonais qu\u2019on importe des magnétoscopes.C\u2019est tout simplement parce qu\u2019on ne produit pas de bananes au Québec et qu\u2019on n\u2019est pas compétitif pour la production de magnétoscopes.11 est temps qu\u2019on cesse de tenter de nous effrayer, même si André Ray-nauld a choisi le mois de l\u2019Halloween pour masquer son fédéralisme renouvelé sous forme de souveraineté-association.Je lui dédie donc la belle chanson «Its too late, Baby, now».Q In memoriam Robert Choquette Bernard RACINE P JL remier grand disparu québécois cette année: le Prince des poètes, Robert Choquette, poète, écrivain, journaliste, dramaturge et diplomate, qui s\u2019est éteint à Montréal, le 22 janvier, à l\u2019âge de 85 ans.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal lui avait décerné le prix Duvernay, en 1954.«C\u2019était un personnage absolument étonnant», a dit de lui le comédien Gérard Poirier, qui lui a rendu hommage dans le cadre de l\u2019émission télévisée «L\u2019heure G».«C\u2019était un mélange d\u2019une distinction rare, un homme d\u2019une autre époque, qu\u2019on pourrait appeler \u2018vieille France\u2019, et à côté de cela, ce qui appartient aussi à la vieille France, une truculence presque rabelaisienne qui en faisait un personnage unique, très attachant.» «C\u2019était un perfectionniste qui n\u2019était jamais satisfait de ce qu\u2019il écrivait et qui changeait ses textes jusqu\u2019à la dernière minute», a ajouté M.Poirier, qui le connaissait bien pour avoir joué dans «Les Velder».Au moment même d\u2019enregistrer, il faisait remettre une nouvelle feuille pour changer celle qu\u2019ils avaient en mains, s\u2019est souvenu le comédien.«Il tenait jusqu\u2019à la moindre virgule.» Mme Françoise Faucher, qui a aussi joué dans «Les Velder», garde le souvenir d\u2019un «homme très civilisé, d\u2019une grande finesse, très méticuleux, très sensible et amoureux des mots».«Pour lui, les mots, avec leur signification véritable, n\u2019étaient ROBERT CHOQUETTE 436 pas interchangeables.Il mettait donc un grand soin à peaufiner ses sketches.», a déclaré Mme Faucher, qui a noté aussi son élégance.Ce dernier trait a aussi été rappelé par le président de l\u2019Académie canadienne-française Jean-Guy Pilon, dans l\u2019hommage qu\u2019il a rendu au poète dans La Presse.«Il était l\u2019élégance même, élégance physique certes, mais surtout élégance du cœur et de l\u2019esprit.» M.Pilon a révélé que, jusqu\u2019à l\u2019année dernière, M.Choquette était resté assidu aux séances de l\u2019Académie.L\u2019écrivain Jean-Éthier Blais, croit, de son côté, que M.Choquette passera à la postérité comme «le créateur d\u2019une nouvelle forme littéraire: le feuilleton radiophonique qu\u2019il a perfectionnée et dont les réalisations n\u2019ont jamais été égalée depuis».Selon le «Dictionnaire des auteurs québécois» la poésie de Robert Choquette «est jeune et vigoureuse, aussi largement humaine qu\u2019elle est profondément nationale; essentiellement lyrique, elle se double, surtout dans \u2018Suite marine\u2019, d\u2019un souffle épique rarement atteint dans la poésie canadienne-française.» Il était né en 1905 à Manchester, au New Hampshire, où habitaient ses parents, le Dr Alfred Choquette et Ariane Payette.11 avait huit ans quand il est venu habiter Montréal.Il fréquente le Collège Notre-Dame, l\u2019école supérieure Saint-Laurent et le Collège Loyola, où il gradue en 1926.L\u2019année même de sa graduation, il remporte le Prix David, prix de poésie de la province de Québec pour son premier recueil de poèmes «A travers les vents» qu\u2019il avait publié l\u2019année précédente.Précipité ainsi à vingt ans sur la scène littéraire, il y est resté.Il publie, deux ans plus tard, «La Pension Leblanc» son premier roman.11 remporte, en 1930, le Prix Lord Willingdon (devenu depuis le Prix du Gouverneur général) et de nouveau le Prix David, en 1931, ex aequo avec Alfred Desrochers, pour son deuxième recueil de poèmes: «Metropolitan Muséum» qu\u2019il vient tout juste de sortir.Il commence à tâter de la radio et écrit, pour CKAC, «Au coin du feu» une série de récits.«Poésies nouvelles», un autre recueil de poèmes, paraît en 1933, alors qu\u2019il se lance dans le journalisme.Il entre à la «Revue moderne», un magazine extrêmement populaire à l\u2019époque, comme directeur littéraire, et en devient éventuel- 437 lement rédacteur en chef.En même temps, il cumule, durant trois ans, la fonction de secrétaire de l\u2019École des Beaux-Arts de Montréal.Il contribue à des publications de Nouvelle-Angleterre, une pratique qu\u2019il gardera durant des années.Il rédige pour CKAC des émissions qu\u2019il lit lui-même au micro.À partir de 1935, il écrit pour CKAC «Le curé de village», le premier roman radiophonique français d\u2019Amérique, qui, dans les foyers qui ont déjà une radio, rassemble durant une demi-heure chaque semaine tous les membres de la famille autour du petit appareil.Il fait paraître une pièce de théâtre, «Le fabuliste La Fontaine à Montréal» et, en 1936, remporte le Prix David pour la troisième fois.Il crée, en 1938, pour Radio-Canada, un autre radio-feuilleton célèbre: «La pension Velder», qui sera plus tard adapté pour la télévision.Son roman «Les Velder» paraît, en 1941, préfacé par André Maurois.Il passe 1942 au Smith College, Mass., comme auteur résident et en revient avec «Métropole», un autre feuilleton célèbre dont l\u2019action se déroule à Montréal et qui en raconte la vie trépidante.Il durera 13 saisons radiophoniques.Le Prix La Flèche, du meilleur scripteur radiophonique de l\u2019année lui est décerné en 1951 et 1952.Sa célèbre «Suite marine», un poème en douze chants, écrit au rythme de 50 vers par jour, au cours d\u2019une vacance en Gaspésie, paraît en 1953 et lui vaut, en 1954, un Prix extraordinaire de l\u2019Académie française.La même année, il écrit six téléthéâtres d\u2019une heure pour Radio-Canada.En 1955, il produit pour Radio-Canada une mini-série intitulée «Quatuor» et, l\u2019année suivante, fait paraître «Œuvres poétiques», en même temps qu\u2019il reçoit le Prix Edgar Poe.En 1957, il adapte les Velder pour la télévision et, en 1958, publie son roman: «Élise Velder».Le lieutenant-gouverneur du Québec lui décerne sa Médaille d\u2019or, en 1959 pour sa contribution à la télévision canadienne et la Société des poètes canadiens-français le nomme, en 1961, Prince des poètes».Il s\u2019éloigne de la littérature à ce moment et devient Commissaire associé de la Commission du centenaire du Canada (1963-64) puis consul général du Canada a Bordeaux, poste qu\u2019il conserve jusqu\u2019en ROBERT CHOQUETTE 438 1968.Par la suite, il est durant deux ans, ambassadeur du Canada en Argentine, au Paraguay et en Uruguay et, durant deux autres années, directeur d\u2019information Canada pour le Québec.Il prend alors sa retraite mais continue à écrire des téléthéâtres, des pièces radiophoniques et publie trois livres.Il continue aussi à appartenir à nombre d\u2019associations, notamment la Société des Écrivains canadiens, qu\u2019il préside de 1971 à 1973; et l\u2019Académie canadienne-française, dont il a été un membre fondateur en 1944 et dont il est président de 1974 à 1980.Il appartenait aussi à l\u2019Académie Ronsard, au PEN Club international et à nombre d\u2019autres sociétés du Canada et de la France.Il a reçu le Prix international des amitiés françaises, en 1962, est fait Compagnon de l\u2019Ordre du Canada, en 1969 et Grand Officier de l\u2019Ordre du Québec, en 1989.L\u2019Université de Sherbrooke lui avait décerné un doctorat honoris causa, en 1972.Il travaillait depuis quelques temps à la rédaction de ses mémoires.Il laisse dans le deuil son épouse, née Marguerite Canac-Marquis, qu\u2019il avait épousée en 1937, et deux enfants, Michel et Danielle-Ariane, à qui L\u2019Action Nationale offre ses condoléancesQ Marcel Chaput ou la fidélité au service de l\u2019Indépendance Gilles RHÉAUME -L/e 19 janvier dernier s\u2019est éteint, à l\u2019hôpital Jean-Talon de Montréal, des suites de la maladie de Parkinson, à l\u2019âge de 72 ans, Marcel Chaput.Les manchettes des médias annonçant sa mort ont qualifié ce militant de la première heure de «grand ténor de l\u2019indépendance» et de «pionnier du mouvement indépendantiste».La Ligue d\u2019Action Nationale, dont il était membre honoraire, tient à ajouter sa voix aux nombreux témoignages de reconnaissance que ce triste événement a suscité dans les rangs nationalistes.Marcel Chaput a été et demeurera, aux yeux de l\u2019histoire, l\u2019un des premiers parmi les nôtres, avec les Raymond Barbeau, les Raoul Roy, les André D\u2019Allemagne et quelques autres, dans le Canada-Français d\u2019après la deuxième guerre mondiale de 1939-1945, à s\u2019être levé pour affirmer envers et contre tous la nécessité pour le Québec de se libérer du joug fédéral afin de doter notre peuple de tous les attributs d\u2019un État moderne.Président du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN), fondateur du Parti républicain du Québec, Marcel Chaput n\u2019a reculé devant rien pour servir dignement la cause de l\u2019Indépendance.Quelle leçon pour les «ouvriers de la dernière heure»! Le mouvement «souverainiste» actuel aurait intérêt à se rappeler de celui qui n\u2019a pas hésité à exprimer ses idées dans un livre au titre lumineux, éblouissant de clarté intitulé Pourquoi je suis séparatiste. 440 Le courage de ce visionnaire, son désintéressement et sa consistance non seulement devraient être admirés mais surtout imités! Au moment où l\u2019émancipation nationale du Québec est souhaitée par le peuple, au moment où toute la classe politique jongle dangereusement avec des concepts marqués au coin de l\u2019ambiguité, au moment où de tous les horizons s\u2019élève une volonté de se dégager de la tutelle d\u2019Ottawa, le message de Marcel Chaput, message d\u2019humilité, message de simplicité et de noblesse, ce message également de lucidité prend des allures prophétiques.L\u2019histoire du mouvement indépendantiste reste à écrire.Dans cette œuvre qui relatera les différents moments et les principales figures de notre marche vers la Liberté, le nom et l\u2019action de Marcel Chaput apparaîtront dès les premières lignes de cette épopée.La mémoire populaire retiendra les deux grands jeûnes de ce docteur en biochimie à l\u2019emploi du gouvernement fédéral qui a quitté ses fonctions pour rester fidèle à ses convictions.Mais la mémoire devra aussi se souvenir des trop nombreux sacrifices qu\u2019a dû supporter cet indéfectible militant pour lequel l\u2019espoir de voir l\u2019idée de l\u2019Indépendance du Québec progresser dans le peuple était la raison d\u2019être! En 1991, il est facile de se dire nationaliste quand plus de 70% de la population partage le même sentiment.C\u2019est même rentable, aujourd\u2019hui, de s\u2019afficher «souverainiste», mais, en 1960, il en fallait de la détermination pour se dire indépendantiste alors que le nombre des indépendantistes recensés n\u2019atteignait peut-être pas la centaine d\u2019individus.Cet universitaire séparatiste n\u2019a pas eu la vie facile après ses déclarations politiques.Heureusement, il a pu compter sur le soutien, la compréhension et l\u2019assistance de son épouse Madeleine et de leur famille qui en savent beaucoup plus que nous sur le cheminement de ce pionnier de notre libération nationale.Nous ne pouvons achever ces lignes sans leur rendre hommage au nom de la communauté indépendantiste.Il nous reste à souhaiter qu\u2019à l\u2019exemple de Marcel Chaput, de nombreuses personnes, dans toutes les régions du Québec, notamment dans l\u2019Outaouais dont il est un des fils les plus illustres, se lèveront pour poursuivre et achever le combat dont il a été un des précurseurs les plus dévoués, celui de l\u2019Indépendance de notre pays, le QuébecO Section La prospérité Hommage à la mémoire de Gaston BEAUDRY Cette section de L\u2019Action Nationale, en collaboration avec le Conseil d\u2019expansion économique, vous présente les nouvelles de la revue et de la Ligue, les mots d\u2019ordre du Mouvement Québec français, des documents historiques.Des chroniques seront aussi publiées: \u2022\tA travers l\u2019univers Jean CHAPDELAINE \u2022\tQuestions d\u2019action nationale Rosaire MORIN \u2022\tComptes rendus de volumes Questions d\u2019action nationale Rosaire Morin Relations L\u2019Action Nationale est heureuse de souligner le 50e anniversaire de la revue Relations.Le nom «Relations» trace un programme.Il suscite une réflexion sur la concertation nécessaire en notre société.Il encourage les Québécoises et les Québécois à se parler pour définir ensemble un projet collectif à base de spiritualité, d\u2019humanisme, de solidarité, de démocratie et de fraternité.Depuis le début de son histoire, Relations occupe une place privilégiée dans les revues mensuelles qui paraissent au Québec.La publication associée à la Compagnie de Jésus, mais libre dans son expression, offre à ses lecteurs et lectrices un contenu remarquable par la qualité de son analyse et la rigueur intellectuelle de ses collaborateurs.L\u2019affinité qui existe entre nos deux revues nous a permis d\u2019apprécier Relations de très près.Nos lecteurs se souviennent peut-être que cette revue est née en 1940 du bulletin bi-mensuel, l\u2019Ordre nouveau publié par les Semaines sociales du Canada et l\u2019École Sociale Populaire, organisme dirigé par le père Joseph-Papin Archambault, le fondateur de notre Ligue.Ils se souviennent aussi que le père Richard Arès, membre de notre Ligue pendant 40 ans, a été longtemps directeur de Relations.Le chemin parcouru ensemble, sur des routes parallèles, nous permet de mieux comprendre l\u2019évolution de Relations.A cette re- QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 443 marquable revue, L\u2019Action Nationale formule le souhait d\u2019une durabilité infinie et d\u2019une diffusion sans cesse croissante.Mulroney s\u2019en va-t-en guerre «Un pays en banqueroute», c\u2019est M.Mulroney qui l\u2019a dit un jour, un pays qui n\u2019a pas d\u2019argent pour les personnes défavorisées, un pays qui n\u2019a pas d\u2019argent pour les garderies, un pays qui n\u2019a pas d\u2019argent pour les régions périphériques, un pays qui compte 5 millions de pauvres, un tel pays peut-il partir en guerre contre l\u2019Irak, la troisième puissance militaire du monde?Déjà, des centaines de millions de dollars sont investis par Ottawa pour préparer un carnage qui sera meurtrier et coûteux.Nos trois chaloupes ne font pas le poids.Elles résistent à peine aux marées de l\u2019océan.Nos 800 marins tremblent déjà sous la chaleur du soleil.Us ne sont pas friands de tuerie.Vraiment, c\u2019est un geste de folie que pose M.Mulroney en voulant intervenir dans la guerre du Golfe persique.Oh! certes, il faut dénoncer l\u2019Irak qui a envahi le Koweit.Il faut imposer des sanctions économiques énergiques.Il faut protester, discuter, parlementer, négocier.Il faut dénoncer la guerre comme moyen de règlement d\u2019un conflit d\u2019intérêts qui affectent principalement les États-Unis.C\u2019est la paix qu\u2019il faut promouvoir.La conciliation harmonieuse conduit à des accords raisonnables.La guerre détruit, anéantit, démolit, extermine, massacre, tue, assassine, fusille.C est bête, barbare, cruel et inhumain que de lancer le pays dans une conflagration.La guerre à la pauvreté M.le premier ministre, vous vous trompez de champ de bataille.Ce n est pas la guerre à l\u2019Irak qu\u2019il faut entreprendre.La guerre la plus importante pour les Canadiens, la guerre qui évitera en notre pays des conflits sociaux très violents, la guerre qui écartera des émeutes prévisibles à l\u2019horizon de l\u2019an 2000, la guerre la plus urgente, la plus pressante, c\u2019est la guerre à la pauvreté.Si 5 millions de Canadiens et de Canadiennes qui ne paient pas d\u2019impôts, parce qu\u2019ils vivent sous le seuil de la pauvreté, si ces 5 millions travaillaient et s\u2019ils gagnaient des salaires familiaux, les gouvernements encaisseraient des revenus suffisants pour payer les 444 dettes publiques, au lieu d\u2019emprunter pour acquitter les intérêts.Et la stabilité économique serait assurée.L\u2019économie connaîtrait une progression de 33% en produit national, au lieu de 1 affaissement que provoquera votre décision imbécile de participer aux guerres de l\u2019empire américain.Un autre geste que vous pourriez poser: réduire le budget de la défense nationale de 14 milliardsS à 1,4 milliards.Des soldats recyclés seraient un atout pour l\u2019économie canadienne.Mais, parce que vous ne ferez pas cela, monsieur le premier ministre, je redis la phrase célèbre: «Vive le Québec libre!» Un pays en banqueroute À la fin de l\u2019année 1991, la dette du Canada s\u2019élèvera à 400 milliardsS, à quelques sous près.Dans l\u2019entrevue accordée à Pierre Nadeau le 2 décembre, le premier ministre expliquait les problèmes du fédéral par «l\u2019imprévoyance des gouvernements antérieurs».Il faut avoir du culot pour ainsi parler.Son ministre des Finances, Michael Wilson, a augmenté la dette de 214,9$ milliards en sept ans.Ce ne sont pas des années de vaches grasses.La croissance galopante de la dette est la responsabilité du régime Mulroney.Que les prédécesseurs n\u2019aient pas été à la hauteur, il faut l\u2019admettre.Le grand stratège Marc Lalonde avait été un très mauvais gestionnaire: 70 milliardsS de déficits en deux années fiscales.Avant lui, Allan MacEachan, le chef de la présente comédie au Sénat, avait connu des déficits budgétaires de 56 milliardsS en trois ans.C\u2019est sous la gestion de Jean Chrétien aux Finances que la débâcle a commencé.En 1977-78, le déficit Chrétien se chiffrait à 10 milliardsS, pour la première fois, et l\u2019année suivante, il grimpait à 12,6 milliardsS.Le meilleur ministre.,des Finances de toute cette gang de «pas bons», c\u2019était John Turner.De 1971 à 1976, les déficits budgétaires s\u2019élevaient à 12,9 milliardsS pour les cinq années.Il était trop conservateur.Les libéraux n\u2019en ont pas voulu.Mais avec Mulroney, le paiement des intérêts coûte plus de 40 milliardsS par année.Le Canada emprunte pour payer les intérêts.C\u2019est ce que le premier ministre appelle un «pays qui est assez valable et assez fort et assez courageux».C\u2019est peut-être en pensant à la situation financière du Canada qu\u2019il disait en novembre dernier: «Va demander à un journalier de Baie-Comeau qu\u2019on n\u2019est pas cer- QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 445 tain comment on va payer sa pension après 30 ans de service à la Québec North Shore».Un Canada joliment différent Solennellement, M.Mulroney s\u2019engage à nous donner «un Canada joliment différent».Mais il n\u2019a pas d\u2019idée.Il lui est «difficile de répondre».Il attend les rapports des commissions sur l\u2019avenir du pays.Après la commission Spicer, il annonce un comité conjoint des Communes et du Sénat pour établir une stratégie.Ce cher M.Mulroney accuse des Québécois de profiter de la «déception profonde au lendemain de Meech».«Ça ne marche pas» déclare-t-il péremptoirement.«On ne parle pas d\u2019une affaire de broche à foin».Nous avons un «pays qui est assez valable et assez fort et assez courageux».On ne peut «oublier 125 ans d\u2019histoire ensemble».Il faut «bâtir sur les acquis qui sont déjà puissants».Il faudra «beaucoup de leadership», osera-t-il même affirmer.Continuez, M.le premier ministre, à tenir des discours aussi vagues, aussi obscurs.Il n\u2019est même pas nécessaire de relever vos propos.Ils sont si vaporeux que personne ne vous croit.Nous nous rappelons la réintégration dans «l\u2019honneur et l\u2019enthousiasme».Nous avons choisi.Nous avons choisi la liberté.Du pain et des jeux Le pain et les jeux sont d\u2019étranges compagnons.Ceux dont l\u2019appétit est satisfait aiment se délasser, se réjouir, s\u2019amuser, se distraire.Les personnes qui ne peuvent pas manger un vieux coq dans une année, faute d\u2019argent, n\u2019assistent jamais à une partie de baseball.Or, notre gouvernement, qui pratique le régime des coupures bêtes et méchantes, trouve le moyen d\u2019organiser les loisirs de ceux qui peuvent en payer le prix; en notre société, ils sont encore les plus nombreux.Voilà une raison suffisante pour réaménager le terrain de jeu des Expos, pour installer un nouveau système sonore, pour ériger de nouveaux gradins, pour dresser un nouveau tableau indicateur.À ces fins, on dépensera 13 millionsS, tout en diminuant d\u2019un million de dollars le loyer du Stade.N\u2019oublions pas que le gouvernement a en outre prêté sans intérêt 18 millionsS aux bailleurs 446 de fonds des Expos et que la Ville de Montréal a dû acquérir 15 millionsî d\u2019actions du club Les Expos, nos amours.Pendant ce temps, les sans-logis, les clochards, les indigents, les miséreux, les pauvres doivent prendre leur mal en patience.Ils sont minoritaires.Ils ne sont qu\u2019un million de besogneux et de prolétaires.«Et des pauvres, il y en aura toujours.Pourquoi tant s\u2019énerver, m\u2019écrivait l\u2019un de mes bons amis.En d\u2019autres contrées il y a des malheurs plus grands que les nôtres.» C\u2019est en raisonnant ainsi que nos misères dépasseront un jour les leurs.Ne me demandez pas quand ni comment cela surviendra.Une chose dont je suis certain, c\u2019est que l\u2019explosion sociale survient toujours quand les pauvres d\u2019une société commencent à se donner la main pour s\u2019opposer à la tyrannie de l\u2019argent.Aujourd\u2019hui, on ne compte qu\u2019un nécessiteux sur quatre personnes.Demain, ce sera un sur trois.au rythme de la courbe de l\u2019appauvrissement.Le Mouvement Desjardins Trois de nos abonnés, dont un gérant de banque, me reprochent d\u2019accorder trop d\u2019importance au Mouvement Desjardins.Pour ma part, je crois encore que ces trois personnes n\u2019accordent pas, elles, assez d\u2019importance à Desjardins.Le jour même où j\u2019entendais la dernière remontrance, je prenais connaissance du mémoire du Mouvement Desjardins à la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec.Un paragraphe entre autres répondait à mes trois amis.Le voici: «Le Mouvement des caisses Desjardins compte à lui seul, avec ses fédérations de caisses francophones hors-Québec, 4,7 millions de membres, 19 700 dirigeants bénévoles, 35 760 employés et 45 milliardsS d\u2019actif.D\u2019un peu partout dans le monde, on observe ses activités, ses moyens d\u2019action, son organisation démocratique et fonctionnelle, ses structures, ses ramifications, ses alliances, son enracinement dans la collectivité et plusieurs délégations étrangères viennent chaque année voir de plus près ce réseau coopératif de services financiers.Par l\u2019intermédiaire de la Société de développement international Desjardins (SDID), le Mouvement partage d\u2019ailleurs son expérience auprès des populations de plusieurs pays d\u2019Afrique, d\u2019Amérique latine et d'Asie.La SDID a diversifié ses champs d\u2019intervention, notamment dans les secteurs financiers et agroalimentaires, s'est associé la Coopérative Fédérée de Québec et l\u2019Université Laval et contracte maintenant des ententes avec des gouvernements et des organismes internationaux tels que la Banque Mondiale.De plus, QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 447 la Caisse centrale Desjardins du Québec, quant à elle, entretient des relations d'affaires avec plus de trois cents correspondants dispersés à travers le monde, assure la présence de Desjardins sur les marchés financiers nord-américains, européens et japonais et supporte ses clients et les composantes de Desjardins dans leurs transactions et leurs opérations à l\u2019étranger.» Cet extrait du mémoire est assez impressionnant.Dira-t-on encore que j\u2019accorde trop d\u2019importance à Desjardins?Ma réponse: on n\u2019est jamais prophète dans son pays.Royale and Delsey Au sixième mois de notre enquête, les renseignements portent sur les essuie-tout, le papier hygiénique et les mouchoirs.Facelle, filiale de Produits Forestiers du Canadian Pacific, offre les essuie-tout, le papier hygiénique et les mouchoirs de marque Royale.Avec ses milliards de dollars, le Canadian Pacific demeure anglophone dans son conseil d\u2019administration, dans sa direction, dans la langue d\u2019usage, dans ses activités.Les produits dont il est ici question sont fabriqués à Scarborough, selon les renseignements inscrits sur les enveloppes.Canadian Pacific est un trust qui exploite nos richesses naturelles, qui emploie un bon nombre de Québécois, mais qui ne contribue nullement à la communauté francophone.Personne de ce monde n\u2019est abonné à l\u2019Action Nationale, mais l\u2019usine de La Tuque est l\u2019usine canadienne qui rejette le plus de dioxanes et de furanes dans l\u2019environnement.Kimberly-Clark Canada de Mississauga vend des essuie-tout de marque Hi-Dri (quel beau nom français), du papier hygiénique Delsey, des mouchoirs Kleenex et des serviettes de tables.L\u2019argent s\u2019en va en Ontario.Le nombre des assistés sociaux grandit au Québec.Les administrateurs de Kimberly-Clark ne sont pas abonnés au Devoir, ni à Relations, ni au théâtre de Jean Duceppe.Scott Paper Ltd présente l\u2019essuie-tout Scottowels, le papier hygiénique Swan et Cottonelle et les mouchoirs Scotties (la langue française est honorée).Scott Paper est une entreprise anglophone dont le siège social est à Vancouver.Elle possède des usines à Crabtree et à Lennoxville.Avec une loupe, on aperçoit un Québécois sur le Conseil d\u2019administration et apparemment personne à la direction générale.La contribution à la communauté francophone est très, très 448 faible, mais l\u2019embauche de quelques centaines de travailleurs doit nous inviter à utiliser leurs produits de préférence à ceux des Produits Forestiers et de Kimberly-Clark.Perkins Papiers propose à la clientèle l\u2019essuie-tout Decor.Le siège social est à Laval.Près de 400 employés y gagnent leur vie.Les membres du Conseil d\u2019administration sont anglophones, mais des Québécois œuvrent au sein de la direction.Il y a une chance sur dix d\u2019avoir un vote pour l\u2019indépendance du Québec.Des produits québécois Dans les tablettes, les produits étalés étaient étrangers.Le répertoire du CRIQ recense d\u2019autres fabricants de ces produits.Produits E.B.Eddy, dont l\u2019usine est à Hull, fabrique des essuie-tout, du papier hygiénique et des papiers-mouchoirs.Conversion Kindsey fabrique des essuie-mains en papier et du papier hygiénique; Lionel Lemieux est le président d\u2019une compagnie de 15 employés.Ford Ltée est située à Portneuf; Joseph-B.Ford est le président; quelque 350 travailleurs y gagnent leur vie et l\u2019usine fabrique du papier hygiénique.Industries Cascades de Kingsey-Falls produit des essuie-mains en papier et du papier hygiénique sous la marque Wyant.Papiers Marlboro fabrique à Drummondville du papier hygiénique; environ 30 travailleurs et travailleuses.Papiers Grande Ville de La Salle emploie 40 employés et produit des essuie-mains en papier et du papier hygiénique.Dans ce dernier groupe, L\u2019Action Nationale compte quelques abonnés.Hélas, aucun de ces produits n\u2019est offert au public dans mon Métro de Trois-Rivières-Ouest.Les grandes chaînes distribuent ce qui les paie, sans se soucier d\u2019aucune façon des retombées économiques, fiscales, sociales et culturelles qui sont nettement différentes, selon que l\u2019on donne notre argent à des entreprises étrangères ou à des compagnies de chez nous.Comme nous avons la tête dure.Les architectes de Toronto sont les meilleurs Le cher Benoît, tout confus, depuis avril 1990, a remis à diverses reprises l\u2019annonce du nom de la firme d\u2019architectes qui construira l\u2019agence spatiale de Saint-Hubert.Notre Benoît national, ministre de l\u2019Industrie, des Sciences et de la Technologie, n\u2019avait QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 449 pas encore annoncé l\u2019identité de la firme, ni le budget de construction, au moment où les présentes lignes sont écrites.Mais le pauvre Benoît a été trahi par la députée conservatrice de Saint-Hubert, Mme Pierre Venne.Elle a osé révéler que les architectes WZMH, bureau torontois, avaient été choisis et que la facture s\u2019élèverait à 60 millionsS et non pas aux 40 millions$ prévus.Le ministre n\u2019aura pas une grande nouvelle pour sa conférence presse.Il sera une autre fois confus.Vraiment, on commence à se demander si nos architectes sont compétents.Drapeau a bâti son stade avec un professionnel de Paris et l\u2019agence spatiale fait appel à l\u2019expertise de Toronto.Naturellement, pour faire taire la rumeur publique, un bureau, choisi quelque part au Québec, sera associé.Gageons qu\u2019il aura souscrit à la caisse bleue.Pitié pour les anesthésistes Il faut vraiment prendre en pitié les anesthésistes, les cardiologues, les psychiatres, les chirurgiens et tous les médecins spécialistes.Il gagne à peine 140 000$ par année.La journée de grève des anesthésistes a vraiment attiré la compassion de tous les assistés sociaux, de tous les chômeurs et de tous les miséreux qui tirent le diable par la queue.Tous ceux qui crèvent de faim ont sympathisé avec les anesthésistes pour la misère qu\u2019ils éprouvent avec leur faible salaire de 135 000$ par année, me dit-on.C\u2019est épouvantable comme les richesses sont mal distribuées en ce pays! Comment peut-on ne pas accorder au moins 140 000$ à ces spécialistes qui nous endorment?L\u2019équilibre du niveau de vie l\u2019exige.Ce sont les 500 000 Québécoises et Québécois qui occupent des emplois précaires et au salaire minimum qui réclament justice pour ces hommes de profession dont les études sont payées par l\u2019État et dont les traitements sont payés par nos taxes.Je viens de relire ce que j\u2019ai écrit.Mon propos s\u2019arrête ici; ce n\u2019est pas le goût d\u2019être plus amer qui me retient.Nous perdrons assez d\u2019abonnements à la suite du commentaire qui précède. 450 L\u2019informatique Dans l\u2019informatique, depuis des années, le gouvernement du Québec encourage d\u2019abord les entreprises étrangères.À titre d\u2019exemple, en 1989-1990, les dépenses du gouvernement en matériel informatique et en logiciels s\u2019élève à 183 millionsS.Une vingtaine de multinationales étrangères fournissent le gouvernement.Robert Dutrisac écrivait dans Le Devoir du 3 novembre 1990: «Dans un rapport récent, le gouvernement fédéral estimait, quant à lui, que 98% de ses achats en informatique étaient faits auprès de multinationales étrangères.La situation n\u2019est pas différente au Québec.» M.Dutrisac mentionne les noms des principaux fournisseurs: IBM, Digital, Apple, Sun Micro-systems, AT&T, Hewlett-Packard, Autodesk.Cette politique est aveugle.Elle n\u2019aide pas au développement des entreprises québécoises.Privées de l\u2019appui gouvernemental, ces dernières auront difficulté à survivre et surtout à conquérir les marchés extérieurs.D\u2019excellentes compagnies québécoises pourraient servir le gouvernement.Cet appui les aiderait à grandir.Chez nous se sont développées des entreprises dont les performances sont intéressantes: ACSI-Biorex, Groupe CGi, Groupe DMR, Groupe LGS, Groupe Quantum, Groupe Sobeco, IST-Services Informatiques, Systematix.Si on veut que ces firmes traversent les frontières, il faut d\u2019abord leur permettre de vivre ici.L\u2019informatique et l\u2019information M.Lawrence Cannon, ministre des Communications, formait récemment un groupe de travail pour établir une politique pour commercialiser des banques de données.Au Québec, il existe quelque 3 600 organismes publics, ministères, sociétés d\u2019état, municipalités, commissions scolaires, etc., qui possèdent plus de 2 500 banques de données.Le ministre croit que plusieurs de ces banques peuvent être mises en vente.Déjà 26 banques sont offertes au premier preneur.Elles proviennent du ministère de la Justice, de l\u2019Office de la langue française, du Centre de recherche industrielle.Messieurs, attention.La mesure est dangereuse.La confidentialité des informations est menacée.Il est facile d\u2019imaginer ce qui peut survenir.Le recoupement d\u2019une banque à une autre fournit à l\u2019uti- QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 451 lisateur une nouvelle information utile, mais elle est utilisée à des fins nettement différentes de celles pour lesquelles elle a été fournie.Ce n\u2019est pas un détournement d\u2019avion, mais c\u2019est une déviation qui modifie la fin pour laquelle le renseignement avait été donné.On s\u2019engage dans un processus de commercialisation grandissant qui violera inévitablement la protection des renseignements fournis sous le sceau de la confidentialité.La valeur économique risque une autre fois de l\u2019emporter sur l\u2019éthique.Les réfugiés et l\u2019humanisme Ce soir, à la télévision, on annonce qu\u2019un réfugié est banni du pays.Il est illégal.Il doit retourner en sa patrie.Pourtant, sa sœur a été acceptée comme réfugiée par Immigration Canada, et son oncle aussi.Quelle tragédie! Quelque 85 000 personnes vivent ainsi dans l\u2019insécurité, dans l\u2019attente, dans l\u2019angoisse.Pour étudier et décider de l\u2019avenir de ces personnes entrées illégalement au pays, on dépensera près de 1 milliards.En l\u2019an 2000, le problème des présents réfugiés ne sera pas encore résolu.On est engagé dans un système de paperasse.On prête des intentions.On spécule.La personne ne sera peut-être pas persécutée si elle retourne dans son pays.L\u2019attitude du gouvernement fédéral dans ce dossier est abominable, répugnante.Pour chasser 100 000 personnes du pays, chaque citoyen canadien paiera 40$.Et combien nous en coûtera-t-il pour recruter 100 000 nouveaux immigrants?La ministre de l\u2019Immigration, Mme Barbara McDougall, est intraitable.La loi est la loi.En Saskatchewan, le génocide de la nation À André Ouellet et à Jean-Pierre Hogue, je dédie les lignes qui suivent.Il serait suicidaire de confier à une majorité canadienne-anglaise l\u2019avenir d\u2019une minorité canadienne-française.Il y a urgence pour nous, et pour le Québec, à devenir une majorité politique, pour être «maîtres chez nous».En 1867, 65 députés québécois siégeaient dans un parlement fédéral de 194 membres.En 1990, nous ne comptons que 75 députés québécois sur 295 parlementaires à la Chambre des Communes.Notre proportion est passée de 33,5 pour cent à 25,4 pour cent.La diminution de notre poids politique s\u2019accélérera encore 452 avec l\u2019immigration massive qui se dessine et qui peuplera le Canada anglais.MM.Ouellet et Hogue, aidez-nous à engager le Québec sur la voie de la liberté.C\u2019est la seule façon d\u2019assurer la survivance d\u2019un peuple français en Amérique du Nord.À une croisée des chemins, il faut penser, comme disait monsieur Mulroney «à nos enfants et à nous petits-enfants».Il faut davantage garantir leur avenir que nos pensions de vieillesse.13 municipalités à l\u2019honneur La Communauté urbaine de Québec vient de prendre une heureuse décision.Dans moins d\u2019un an, les 13 municipalités de la CUQ feront le ramassage sélectif des déchets domestiques.Un centre de tri sera construit au cours des prochains mois.Le ramassage sera opérationnel d\u2019ici la fin de 1991.À l\u2019heure actuelle, on s\u2019applique à régler les détails de l\u2019opération: mode du ramassage et du tri, utilisation des sacs verts ou de bacs à déchets.Cette pratique réduira d\u2019au moins 42 pour cent le volume des déchets.Le papier, le plastique et le verre représentent une proportion importante de matières que l\u2019on pourra recycler.Puisse l\u2019ensemble de nos villes imiter ce geste! La finance avant les droits Les tribunaux ont décrété que la population française de la Saskatchewan a le droit légal de gérer ses propres écoles.À cette fin, le fédéral a prévu d\u2019accorder 26 millionsS, mais le premier ministre, Grant Devine, retarde l\u2019application de la décision judiciaire.L\u2019état précaire des finances de la province doit être pris en compte, déclare-t-il.Pourtant, M.Devine avait promis de légiférer sur cette question avant l\u2019échec de Meech.Mais l\u2019homme manque à sa parole.Il se justifie en disant que les habitants de la province «diront que nous devrions nous occuper d\u2019abord des écoles existantes et que nous avons aussi besoin d\u2019argent pour l\u2019agriculture.Avons-nous vraiment besoin de consacrer des fonds à des projets d\u2019enseignement de second ou de troisième niveau?» Voilà un langage arrogant.À l\u2019insulte, M.Devine ajoute une QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 453 fin de non-recevoir.Dans l\u2019après-Meech, dit-il, «ce qui intéresse en premier ce pas seront les priorités locales, et non ce qui selon certains est inscrit dans la Constitution».Devant un tel geste, des parents francophones de Gravelbourg ont entrepris des démarches judiciaires pour obliger le gouvernement à défrayer le coût d\u2019une école élémentaire qu\u2019ils ont établie en septembre.La poursuite est basée sur la Charte des droits et libertés qui accorde aux minorités linguistiques le droit de posséder leurs propres écoles élémentaires.Contre cette action odieuse commise par M.Devine, MM.Hogue, Ouellet et Associés du fédéralisme renouvelé n\u2019ont pas protesté.Monsieur Benoît Bouchard Certaines paroles nous reviennent comme l\u2019écho.Il est valable de s\u2019en souvenir.Le lieutenant québécois de M.Mulroney, Benoît Bouchard, disait, il y a quelque temps: «Tant que le Canada sera le Canada et que le Parti conservateur sera un parti fédéraliste, on est fédéraliste.» Et il ajoutait: «La base conservatrice est confuse.En ce moment, ce n\u2019est pas nécessairement un mal.» Et il s\u2019est décrit lui-même comme «un pauvre Canadien, un pauvre Québécois et un pauvre ministre qui est en maudit parce que le lac Meech n\u2019a pas marché, mais qui essaie de s\u2019en sortir.» (Le Devoir, 5 novembre 1990) Que cette confession est admirable! Quel courage! Quelle conviction! Monsieur Holden À l\u2019Assemblée nationale, la parlotte n\u2019est pas toujours drôle.Mais parfois, c\u2019est comique.Dans les Débats de l\u2019Assemblée nationale du 23 octobre 1990, aux pages 4563 et 4564, on peut lire: «M.Holden: Avant de procéder au vote, M.le président, j'aimerais une clarification parce que la version anglaise et la version française de la motion ne sont pas identiques.En anglais, à la dernière ligne, on dit: \u2018The credibility of the Québec Government and its institutions\u2019 et, en 454 français, on dit: \u2018La crédibilité de l\u2019État québécois et de ses institutions'.Alors j\u2019aimerais, M.le président, savoir laquelle est la version officielle.» Et le président de l\u2019Assemblée explique longuement que les deux textes sont indissociables.«M.Holden: Si vous me le permettez, M.le président, j'aimerais qu\u2019il soit noté au procès-verbal que le député de Jacques-Cartier, le député de D\u2019Arcy-McGee et moi-même votons sur la version anglaise».Comprenez-vous que les anglophones ne nous comprennent pas?.Deux pages plus loin, 4566, un député dit: «M.le président, s\u2019il vous plaît! Le poulailler se déplace, il est maintenant derrière vous.» Un peu d\u2019histoire Le 25 avril 1849, le gouverneur du Canada, lord Elgin, signe la loi accordant une indemnité de 500 000$ aux Canadiens du Bas-Canada qui ont subi des pertes lors de l\u2019insurrection de 1837-1838.Les personnes condamnées par la Cour ou qui s\u2019étaient avouées coupables ne recevraient aucune indemnité.Il convient de noter que quatre ans plus tôt, en 1845, un montant de 200 000$ avait été voté pour indemniser les Anglais du Haut-Canada.L\u2019indemnité en faveur du Bas-Canada provoqua un débat houleux à la Chambre.Sir Allan McNab accusa les Canadiens-Français d\u2019étrangers et de rebelles.Le docteur Wilfrid Nelson, jadis le chef de la bataille de Saint-Denis, réplique d\u2019une voix remplie de colère: «Je déclare à ceux qui nous appellent, mes amis et moi, des traîtres, qu\u2019ils ont menti par la gorge.Je dis à ces messieurs en pleine figure que ce sont eux et leurs pareils qui font les révolutions.» À la suite de ce discours, les visiteurs qui avaient pris place dans les galeries s\u2019agitent.Certains applaudissent; d\u2019autres protestent.Des batailles s\u2019engagent à coups de poings et de cannes.C\u2019est le tumulte.Pendant plusieurs jours et nuits, comme au Sénat canadien d\u2019aujourd\u2019hui, les députés discutent, menacent et se chicanent.La loi est votée avec 25 voix de majorité; 24 députés anglophones avaient voté avec les Canadiens-Français. QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 455 Lord Elgin sanctionne la Loi.À son départ du parlement, il est insulté, sifflé et menacé de mort.Il est reconduit à sa résidence à coups de pierres et d\u2019œufs pourris.Le même soir, au Champ-de-Mars, des émeutiers se rassemblent.Ils entrent au Parlement.Ils lancent des pierres aux députés qui s\u2019enfuient.Ils brisent les fauteuils.Ils mettent le feu.Le parlement de Montréal est complètement détruit.La Fontaine est brûlé en effigie et on tente d\u2019incendier sa maison.La bibliothèque du parlement est détruite; elle comptait 22 000 volumes, dont 1 600 volumes de la célèbre collection de Faribau sur l\u2019Amérique.Après ces incidents, le parlement siéga à Toronto, puis à Québec, avec alternance à tous les 4 ansQ La soixante-quinzième année de L\u2019ACTION NATIONALE Rosaire MORIN Le premier directeur de la revue: Orner Héroux Orner Héroux fut associé à notre Ligue avant même qu\u2019elle ne soit fondée.Au début de l\u2019année 1913, le père Joseph-Papin Archambault, S.J., songeait à établir un secrétariat pour promouvoir la langue française et lui redonner la place qui est la sienne.Il expose son projet au docteur Joseph Gauvreau et à Orner Héroux qui lui suggère d\u2019employer le nom de «ligue» pour donner plus de poids aux interventions.Le 11 mars 1913, la Ligue des Droits du français est formée, mais Orner Héroux est absent.Il adhère à la Ligue en 1916.Il sera le premier directeur de l\u2019Action française.Le père Archambault vous le présente: «Le vrai fondateur de la revue, celui qui y songea dès les débuts de notre œuvre, qui lui choisit son nom et sa toilette, qui la produisit en public chaque mois, durant quatre ans, le journaliste vaillant, resté jeune sous sa barbe et ses cheveux gris, inlassablement fidèle au même idéal, le premier journaliste canadien de notre époque, ce fut Orner Héroux1.» Les collaborateurs Orner Héroux dirige la revue de 1917 à 1921.Ses premiers 1.Joseph-Papin Archambault, S.]., L\u2019Action Nationale, mars-avril 1963, 653. LA SOIXANTE-QUINZIÈME ANNÉE 457 collaborateurs sont les directeurs de la Ligue des Droits du français.Quatre d\u2019entre eux: Joseph Gauvreau, Lionel Groulx, Louis Hurtu-bise et Anatole Vanier dirigent les destinées de la Ligue durant ces quatre années (Héroux est aussi directeur de la Ligue).En 1917, Pierre Homier ou le père Joseph-Papin Archambault, S.J., est membre de l\u2019équipe.En 1919, Hervé Roch apparaît et disparaît, mais l\u2019abbé Philippe Perrier devient directeur de la Ligue; il en sera le président de 1922 à 1933.En 1921, Antonio Perrault se joint au groupe des directeurs qui collaborent régulièrement à la rédaction de la revue.Orner Héroux a conçu un mode de recrutement d\u2019auteurs qui subsiste dans notre revue, après 75 ans.Il a su regrouper des équipes remarquables de personnes qui réfléchissaient sur la question sociale et sur la question nationale.Ce travail ne s\u2019improvise pas.C\u2019est le résultat de maintes démarches et d\u2019une patience angélique.Il suppose aussi un plan de rédaction rigoureux.Pour situer la tâche accomplie par Orner Héroux, il faut aussi tenir compte de l\u2019époque.La liste des collaborateurs de ces quatre années est très impressionnante: Hermas Bastien, Henri Bourassa, Émile Bruchési, J.-N.Cabana, Jos.-E.Caron, Alfred Charpentier, L.-O.David, Léo-Paul Desrosiers, C.-E.Dorion, Jules Dorion, Louis Dupire, Louis-D.Durand, E.Fabre-Surveyer, Albert Ferland, Donatien Frémont, S.-M.Genest, Léon-M.Gouin, Philippe Landry, Arthur Laurendeau, Arthur Letondal, Léon Lorrain, Albert Lozeau, C.-J.Magnan, Fr.Marie-Victorin, F.-Z.Massicotte, Amédée Monet, Édouard Montpetit, Jean Nolin, Fernand Rinfret, Eugène Rouillard, Benjamin Suite, Gérard Tremblay, Anatole Vanier, Guy Vanier, François Vézina, Thomas Vien.Mais ce relevé n\u2019est pas complet.Il faut y ajouter les noms de grandes dames dont l\u2019enseignement était riche et édifiant: Marie-Claire Daveluy, Fadette, Marie-J.Gérin-Lajoie, Blanche Lamontagne, Joyberte Soulanges, Michelle Le Normand.Pour terminer la liste des collaborateurs mobilisés par M.Héroux, voici les noms de religieux et de membres du clergé dont l\u2019apport fut très enrichissant: Fr.Alexis, Mgr Arthur Béliveau, Étienne Blanchard, Émile Chartier, Georges Courchesne, Henri d\u2019Arles, Adélard Dugré, Alexandre Dugré, Mgr Georges Gauthier, Alphonse de Grandpré, Mgr David 458 Gosselin, François Hertel, Théophile Hudon, Louis Lalande, Mgr Latulippe, Mgr Olivier Maurault et Mgr L.-A.Pâquet.Les articles de M.Héroux Vous aurez l\u2019occasion, si Dieu me prête vie, d\u2019en apprendre davantage sur les thèmes commandés à ces auteurs dans l\u2019Action Française.Ceux qui connaissent l\u2019histoire des années peuvent déjà soupçonner les sujets abordés.Pour le moment, attardons-nous à la pensée et à l\u2019écriture de M.Héroux.Notre premier directeur écrivait des éditoriaux.Les 27 articles signés par lui étaient brefs, deux ou trois pages, rarement quatre: un fait, une dépêche, un détail et le sens de l\u2019événement.Mais de nombreux textes non signés laissent la trace de son style et de sa personnalité.Rien de ce qui affectait la race ne lui était étranger.Pour faire comprendre, il pratiquait la loi de la répétition.Sous l\u2019aspect national, il affirmait et il réaffirmait qu\u2019un peuple minoritaire comme le nôtre ne pouvait vivre que s\u2019il s\u2019adonnait à la supériorité.Il rappelait avec émotion le geste de Louis-Hippolyte Lafontaine.Traitant de la langue française et réclamant pour le client le droit au service dans sa langue, il déclarait que «nous sommes les seuls bilingues».Sous le thème de la fraternité française, il soutenait que «le respect absolu de l\u2019autonomie politique de chaque groupe est la condition de toute coopération efficace.» A l\u2019occasion de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, il demandait à chaque compatriote de faire «quelque chose de concret, d\u2019immédiatement réalisable.» Un autre jour, il souhaitait que le peuple prolonge «plus loin encore l\u2019écho de la chanson française.» Puis, reprenant le mot de Laurier, il disait qu\u2019«il nous faudra combattre longtemps.» M.Héroux a toujours été préoccupé par le sort fait aux minorités françaises.Le premier texte qu\u2019il a signé dans la revue, en janvier 1917, porte sur la lutte des institutrices de l\u2019École Guigues qui avaient reçu des tribunaux l\u2019ordre de quitter l\u2019École.Dans ses «méditations dans la tranchée», il déplorait qu\u2019«il n\u2019(y eût) pas un coin du pays où l\u2019on ne conteste, sous une forme ou sous une autre, notre droit au plein épanouissement national».Sur le front ontarien, il relatait les luttes de la Commission scolaire d\u2019Ottawa.Dans «l\u2019orage qui vient», il craignait que les difficultés des Franco-Américains ne se transportent au Québec.À l\u2019occasion de la fête de LA SOIXANTE-QUINZIÈME ANNÉE 459 l\u2019Assomption, dans ses «pensées d\u2019août», il saluait le «souvenir du peuple martyr».L\u2019inquiétude de M.Héroux pour l\u2019avenir des minorités s\u2019est aussi traduite de façon significative par l\u2019insertion en fin de revue de documents sur la vie française dans les autres provinces: lettres de Philippe Landry et de Mgr McNeil, discours de Mgr Sinnott, de Mgr Béliveau et de Mgr Gauthier, textes du règlement XVII et des bills 153-154, etc.Pour que grandisse Dans ses chroniques sur L\u2019Action Française, le directeur Héroux démontrait une finesse d\u2019esprit et une sensibilité d\u2019expression.Il savait comment demander.L\u2019un de ses thèmes favoris était «Pour que grandisse L\u2019Action française».C\u2019était toujours un souhait délicatement exprimé, un appel à la bonne volonté.\u2014\t«Tous peuvent nous aider.En est-il un qui soit incapable de nous procurer un nouvel abonnement?.» \u2014\t«Nous voulons que L\u2019Action Française grandisse parce que nous devinons l\u2019immensité de la tâche qui l\u2019attend.» \u2014\t«Propagande! propagande!, c\u2019est pour la cause commune.» \u2014\t«C\u2019est magnifique et nous en remercions de tout cœur nos amis.Mais il faut que le mouvement se continue et s\u2019accélère.\u2014\t«L\u2019Action Française pourrait faire bien davantage si elle disposait de moyens plus considérables.Ces moyens, c\u2019est à nos amis qu\u2019il appartient de les fournir.» \u2014\tLes directeurs tendent «sans scrupule leur main ouverte.nous avons des carnets d\u2019abonnement.» \u2014\t«C\u2019est par la multitude des efforts associés que grandira notre œuvre.» Ces appels «à la bonne volonté et à des dévouements nouveaux» étaient entendus; la revue comptait 4 000 abonnés en 1921.Un peu d\u2019histoire Orner Héroux est né à Saint-Maurice, dans le comté de Cham- 460 plain, le 8 septembre 1876.Il a fait ses humanités au petit Séminaire de Trois-Rivières.À l\u2019âge de 19 ans, le 7 mars 1896, il commence sa carrière de journaliste au Trifluvien de Pierre McLeod.Il rédige des articles, fait des reportages, corrige des épreuves, traduit des annonces.Il gagne 6,00$ par semaine.En 1898 et en 1899, il écrit successivement dans Le Monde Catholique, La Patrie, La Vérité, Le Pionnier et L\u2019Action sociale.Il entre ensuite au Journal de Montréal, quotidien fondé en 1899 qui devait durer jusqu\u2019en 1905 (Le Journal de Montréal d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est pas le continuateur de l\u2019ancien).Il devient secrétaire de La Ligue nationaliste que préside Olivar Asse-lin, pour finalement entreprendre au Devoir la carrière d\u2019un Louis Veuillot.La grandeur de l\u2019homme J\u2019ai eu l\u2019honneur de connaître M.Héroux au début des années 1940.Dans son bureau du 430 rue Notre-Dame est, au-dessus des piles de journaux, de revues et de livres entassés pêle-mêle, on apercevait la blanche chevelure de l\u2019homme.Il fallait faire un pas pour l\u2019entrevoir avec sa barbe blanche et pour lui parler.Le sexagénaire était encore alerte, nerveux.Ses yeux étaient vifs.Sa voix était claire.Sa mémoire était phénoménale.Sa phrase était élégante et simple à la fois.Il avait le sens de Péquilibre.Q NOUS COMPTONS SUR VOUS Depuis 75 ans, L\u2019ACTION NATIONALE analyse les événements sociaux, politiques et économiques et fait le point sur la situation du Québec.De fait, c\u2019est la plus ancienne des revues québécoises, mais également la plus engagée.De Lionel Groulx à nos jours, L\u2019ActionNationale a su s\u2019adjoindre des collaborateurs de renom, qui ont marqué leur époque.Faites une ACTION.NATIONALE et recrutez un nouvel abonné.Remplir le coupon et retourner à: l\u2019Action Nationale, 82 rue Sherbrooke ouest, Montréal, Québec, H2X1X3 - Téléphone (514) 845-8533 Nom _____________________________________ Prénom___________________________________ Adresse__________________________________ Ville____________________________________ Code postal______________________________ Téléphone: Bureau_____________ Résidence Profession Abonnement\t1 an (10 numéros)\t2 ans (20 numéros) \t35,00$\t60,00$ Autres pays\t45,00$\t75,00$ Abonnement de soutien\t75,00$ et plus\t Étudiants\t20,00$\t On peut se procurer les numéros de la revue Grâce aux nombreux collaborateurs qui se sont joints à L\u2019ACTION NATIONALE, tous les numéros publiés depuis janvier 1988 ont suscité un vif intérêt, tant par les sujets traités que par la compétence et le prestige de leurs auteurs.On peut se procurer des exemplaires de ces numéros, au coût de cinq dollars l\u2019unité, en s\u2019adressant à L ACTION NATIONALE, tél.845-8533, 82 Sherbrooke ouest, Montréal, H2X 1X3.Quatre numéros spéciaux, qui constituent des dossiers de grande actualité, méritent particulièrement d\u2019être signalés: celui de janvier-février 1988, sur la situation linguistique au Québec, traitée notamment par Jacques-Yvan Morin et Gaston Cholette; celui de mai 1988, consacré à la situation présente et à l\u2019avenir de la population du Québec, préparé par Jacques Henripin et Yves Martin, avec la collaboration de spécialistes chevronnés; celui de juin 1989 sur la situation présente et l\u2019avenir du nationalisme canadien-français auquel ont collaboré dix-sept personnalités dont les énoncés méritent d\u2019être lus et vécus; celui d\u2019avril 1990 sur la jeunesse, signé de quinze personnalités québécoises.La plupart des numéros des années antérieures, soit depuis 1933, sont également disponibles.Q Le réseau électrique du Québec pourrait faire trois fois le tour de la terre.¦ L'hiver, il traverse la neige et le froid pour apporter lumière et chaleur. Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins SOCIETE NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, boulevard de Maisonneuve ouest bureau 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 â HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE du Centre du Québec SSJB HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Avec les hommages du Mouvement National des Québécois et Québécoises et de ses sociétés affiliées Mouvement National des Québécois et Québécoises 2207, rue Fullum Montréal H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur: (514) 527-9460 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM ADRESSE Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 40,00$\t44,00$ 20.00\t24,00 60.00\t64,00 40.00\t44,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Que.H2V 3R6 Tel.: 271-4759 relations\t Le magazine québécois de\t l'actualité sociale, politique et\tABONNEMENT religieuse.\t1 an (10 nos): 20,35$ Notre monde est trop malin, disait\t(TPS incluse) l\u2019économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.\tà l'étranger: 24,00$ Dans un monde fébrile et désenchanté,\t le souci de la justice et l\u2019espérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe,\tRELATIONS mais un guide de survie.\t25, rue Jarry ouest Chaque mois, l\u2019équipe de Relations\tMontréal QC vous invite à dépasser l\u2019anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Église.\tH2P 1S6 Rappel Avez-vous fait parvenir votre souscription à la Fondation Esdras-Minville?Sinon, il est toujours temps de le faire.Libellez et adressez votre chèque à: LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE 82 ouest, rue Sherbrooke Montréal H2X 1X3 Vous recevrez un reçu qui rend votre don déductible des impôts fédéral et provincial.Nous déposerons votre don à la FONDATION ESDRAS-MINVILLE.DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 tél.: 845-8533 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London - Ontario N6B 2R3 Nos collaborateurs 1990-1991 Pierre ANC 1 IL François-Albert ANGERS Louis BALTHAZAR André BEAUCHAMP Jules BÉLANGER Léon BERNIER Louise BISSON Aurélien BOIVIN Gérard BOUCHARD Jacques BOULAY Gilles BOULET Jean-Louis BOURQUE Odina BOUTET Guy BOUTHILLIER Henri BRUN André BZDERA Jean CHAPDELAINE Solange CHAPUT-ROLLAND Guy CHARTRAND Roland CHAUSSÉ Gaston CHOLETTE Jean-Charles CLAVEAU Édouard CLOUTIER Paul-André COMEAU Daniel CÔTÉ Jean-Marc DALPÉ Sylvie d'AUGEROT-AREND Gilles de la FONTAINE Bernard DENAULT Léon DION Gilles DORION Clermont DUGAS Fernand DUMONT Micheline DUMONT Jean-Pierre DUPUIS Philippe FALARDEAU Michel FICHET Carole GALAISE Madeleine GAUTHIER Philippe GÉLINAS Jean-Luc GOUIN Réginald GRÉGOIRE Denis GRENON Jean-Claude GUÉRARD Pierre HAMELIN Fernand HARVEY Julien HARVEY Jacques HENRIPIN André JOYAL Marcel LAFLAMME Simon LANGLOIS Ann LAPERRIÈRE Robert LAPLANTE Gaston LAURION Jacques LAZURE Michel LE BEL Jacques LECLERC Jean-Marc LÉGER Vincent LEMIEUX Brigitte LEPAGE Delmas LÉVESQUE Jean L\u2019HÉRIAULT Ligue d\u2019Action Nationale Doris LUSSIER Yves MARTIN Georges MATHEWS Jacques MAURAIS Julie MERCIER Rosaire MORIN Lise NOËL Edmond ORBAN Laurent OUIMET Roméo PAQUETTE Roland PARENTEAU Madeleine PLAMONDON Jacques POISSON Gilles PRONOVOST Jacques PROULX Bernard RACINE Marc RENAUD André RICHARD Jean-Jacques SIMARD Aurèle THÉRIAULT Marc TERMOTE Marc-Adélard TREMBLAY Rodrigue TREMBLAY Gérard TURCOTTE Pierre VADEBONCŒUR Pierre-André WILTZER La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président: Rosaire MORIN Vice- présidents: René blanchard Claude duguay Conseillers: Yvon GROULX Léo JACQUES Pierre lamy Marcel laflamme Robert laplante Secrétaire- trésorier: Gérard turcotte Ex-président: Delmas Lévesque Membres: Thérèse BARON André beauchamp Christiane BÉRUBÉ Nicole BOUDREAU Guy BOUTHILUER Michel brochu Louise-C.BROCHU Hélène CHÉNIER J.-Charles claveau Pierre dupuis Lucia FERRETTI Philippe gélinas Jean GENEST Léo JACQUES Denise julien Jacques houle Marcel LAFLAMME Pierre lamy Robert laplante Alain laramée Yvon LECLERC Jean-Marc LÉGER Jacques MARTIN Georges meyers Denis MONIÈRE Jacques-Yvan MORIN Jean-Marcel paquette Roméo PAQUETTE Hélène p.-baillargeon Juliette RÉMILLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques ROY L.-Philippe st-Martin André thibaudeau Pierre trépanier Membre honoraire: Jacques BOULA Y Membre émérite: Anna L.NORMAND L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, L\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras-Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assumant la permanence de la publication de L Action Nationale.Éditions de L\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, L Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 L\u2019Action Nationale 75e année «.Or, c\u2019est ordinairement là que nous manquons de sens pratique et de fierté nationale.Et si nous n\u2019y prenons pas garde, il en sera un peu, pour nous, du bilinguisme, comme il en est trop souvent de l\u2019union sacrée.«Regardons un peu, par exemple, la façon d\u2019agir du gouvernement fédéral.Il admet le principe du bilinguisme.Il décide même, pressé par d\u2019énergiques revendications, de le pratiquer.Et il publie des cartes postales bilingues.Jusque-là, tout est bien, mais voici où nous nous faisons proprement rouler.Ces cartes postales, le ministère des postes ne les met en circulation que dans les centres français, et il continue à ne fournir dans les centres anglais que des cartes exclusivement anglaises.Est-ce juste?Ainsi entendu, le bilinguisme ne devient-il pas une arme contre nous?n\u2019est-il pas un paravent trompeur derrière lequel se déchire, comme un vulgaire \u2018chiffon de papier\u2019, la charte de nos droits?» Pierre Homier L\u2019Action Française, mars 1917, p.84-85.Plus ça change, plus c\u2019est pareil."]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.