L'action nationale, 1 décembre 1993, Décembre
[" » \u2022>* sy.-s.I/Acl ion Volume LXXXIII, numéro 10, décembre 1993 «TANT VAUT UE VILLAGE TANT VAUT LE PAYS Champ d'action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d'expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019Action nationale peut refuser de publier un texte.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections.L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019Index de périodiques canadiens» depuis 1948 et dans «Point de repère», publié par les Services documentaires multimédia (SDM Inc.) et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans «l\u2019Index analytique» et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans «Radar» et dans «Périodex» depuis 1984.ISSN-0001-7469 \u2014 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale Périodicité: 10 numéros par an La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action Nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.L\u2019Action NATIONALE 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 Têl.: 514-923-5459 \u2014 Télécopieur: 514-923-5755 Directeur: Rosaire Morin Analyse sociale: Robert Comeau Comptes rendus: Denis Monière Entrevues: Yvon Leclerc Secrétaire: Gérard Turcotte Comité de rédaction: Louise Dumas Lucia Ferretti Robert Laplante Francine Lalonde Marcel Landry Denis Monière Comité de lecture: Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Yvon Leclerc Pierre Noreau Christiane Pelchat Janine Thériault Abonnement: 10 numéros Québec, Canada 35,00$ Autres pays\t50,00 $ Étudiant\t20,00 $ Soutien\t75,00 $ À vie\t1 000,00 $ IL^cstlficiDm usr^mdMsr^w=m SI VOUS N'ÊTES PAS ABONNÉ-E 200 personnes reçoivent la revue, chaque mois, sans être abonnées.L\u2019Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend des valeurs fondamentales et elle fait la promotion d\u2019un projet de société qui facilitera à tous l\u2019accès à un travail permanent.Vous pouvez nous retourner votre chèque et ce formulaire.Abonnement Québec, Canada Étudiant Autres pays De soutien 10 numéros 20 numéros 35.00\t$\t60,00 $ 20.00\t35,00 50.00\t90,00 75.00 L\u2019Action NATIONALE\tNom\tPrénom 82, me Sherbrooke ouest\t\t Montreal H2X 1X3\tAdresse\tCode postal Téléphone: 514-923-5459 Télécopieur: 514-923-5755\tTéléphone\tTélécopieur \tProfession\t Supplément postal.L\u2019Action nationale.Volume LXXXII1, numéro 9, novembre 1993 SI VOUS ÊTES ABONNÉ-E Deux questions: La première question: Pouvez-vous nous trouver un nouvel abonnement?Si chacun le fait, nous doublons notre rayonnement.Merci de votre coopération.La deuxième question: Sur l'étiquette comportant votre adresse, la date d\u2019échéance de votre abonnement est indiquée.Si le temps est venu de renouveler, vous pouvez nous faire parvenir votre remise sans autre avis.Si chacun le fait, L\u2019Action nationale économise 6000,00 $ par année en timbres, papeterie et temps.Abonnement\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t35,00 $\t60,00 $ Étudiant\t20,00 $\t35,00 $ Autres pays\t50,00 $\t90,00 $ De soutien\t75,00 $\t Nom\tPrénom Adresse\tCode postal Téléphone\tTélécopieur L\u2019Action NATIONALE 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 Téléphone: 514-923-5459 Télécopieur: 514-923-5755 Profession IL9i\\@4â(iDm NATIONALE 1333 4 1338 4 1361 4 1376 4 1387 4 1391 4 1406 4 1419 4 1424 4 1428 4 Table des matières Volume LXXXIII, numéro 10, décembre 1993 Le monde rural Rosaire MORIN J'accuse ma génération Philippe PARADIS et Denis SIMARD La souveraineté tranquille Francine LALONDE Lettre au Parti québécois Roger JULIEN Manifeste du Conseil de la coopération du Québec La formation de l'ACPAC Gaétan TREMBLAY et Michel JOLICOEUR Les mesures d'encadrement à l'école Marie GAGNON Notre survie culturelle Hélène ALEXANDRE La connaissance des langues au Québec Charles CASTONGUAY La question linguistique Michel SARRA-BOURNET 1331 Les frères divisés Pierre De BELLEFEU1LLE ?1432 La Xlle Conférence Sylvain SIMARD Henri Bourassa Paul-André COMEAU À travers l'actualité Rosaire MORIN Comptes rendus: Histoire du nationalisme Denis MONIÈRE La correspondance de Groulx Jean-Rémi BRAULT Le temps de Duplessis Pierre NOREAU Livres reçus Index des auteurs 1993 Nos annonceurs ?\t1440 ?\t1446 ?\t1451 ?\t1464 ?\t1473 ?\t1476 ?\t1483 1332 ÉDITORIAL Rosaire MORIN ^ Le monde rural Depuis septembre, nous avons parlé de plein emploi, de développement régional et d\u2019insertion sociale.Nous terminons l\u2019année 1993 par une visite dans le monde rural.Les historiens écriront probablement que l\u2019actuel dépeuplement rural est un problème aussi dramatique que l\u2019exode de jadis vers les manufactures de la Nouvelle-Angleterre.Le territoire est de moins en moins occupé.Mais le «Québec cassé en deux» ou le déclin rural n\u2019est pas une question de territoire.Il est la conséquence de choix économiques et de décisions politiques.La richesse est concentrée dans les grandes communautés urbaines.Les écarts socio-économiques grandissent et perpétuent la pauvreté dans le tiers des petites municipalités rurales dont le revenu moyen est de 30% inférieur à celui de l\u2019ensemble du Québec.Au pied de l\u2019arbre de Noël, les ruraux comptent les fermetures d\u2019écoles, d\u2019églises, de bureaux de poste, de chemins de fer, d\u2019usines, de coopératives, de fermes, de scieries, d\u2019épiceries, de stations de télévision, de villages.La réduction des écarts Au même moment, les démographes parlent de dépeuplement, de vieillissement et d\u2019exode des 1333 jeunes, les économistes scrutent toutes les données du chômage et les sociologues analysent le phénomène de la pauvreté et de la désintégration sociale.En dépit de toutes ces études, quotidiennement, la réalité rurale change.Elle s\u2019appauvrit.Mais la campagne existe toujours, avec ses différences, son charme et ses valeurs.Elle existe, mais elle est danger.Le dessein des pôles de croissance et les maquettes gouvernementales du développement régional ont démontré leur incapacité à améliorer la qualité de vie de la population rurale.Ils ont plutôt joué un rôle négatif.Ils ont contribué à vider les rangs et les villages.Ils ont causé suffisamment de ravages pour démontrer que la renaissance ne sera vraiment possible que par les forces vives du milieu.Les ruraux doivent prendre en charge leur avenir.De nouvelles voies de développement doivent être inventées pour diversifier l\u2019économie et mettre en valeur les ressources régionales.Mais un secteur rural dynamique et prospère doit compter sur une population assez nombreuse pour jouir de tous les services de base.Nous l\u2019avons dit au cours des mois précédents, nous le répétons et nous le répéterons aussi longtemps qu\u2019il le faudra: l\u2019Etat doit offrir à toute la population rurale des services de qualité dans l\u2019enseignement, la santé, les services sociaux, le transport, la poste rurale, les équipements de base.Si des services de qualité n\u2019existent pas, le dépeuplement sera continu.L\u2019agriculture L\u2019avenir du milieu rural dépend aussi du développement de l\u2019agriculture.Mais, en 1993, la vitalité rurale ne peut plus s\u2019appuyer uniquement sur l\u2019activité agricole.L\u2019agriculture n\u2019est plus dominante.Elle occupe une place de plus en plus réduite.Elle emploie moins de 300 000 personnes.Elle produit à peine le quart du panier de La campagne existe toujours, avec ses dijférences, son charme et ses valeurs.Elle existe, mais elle est danger.1334 provisions alimentaires.Elle exporte peu de produits.Le modèle productiviste a modifié radicalement l\u2019exploitation agricole.Les programmes de stabilisation des prix ont entraîné une surproduction ruineuse.Des mesures politiques insuffisantes et diverses pratiques ont abouti à la réduction des fermes, à la spécialisation des productions, à la modernisation de l\u2019équipement, à l\u2019endettement des cultivateurs.L\u2019établissement sur une terre nécessite aujourd\u2019hui des capitaux considérables.Des terres agricoles sont abandonnées dans l\u2019arrière-pays et aussi au centre du Québec.Dans le paysage des routes 20 et 40, on aperçoit de nombreuses terres en friche et des bâtiments agricoles défraîchis.Des promoteurs et des spéculateurs urbaniseront ces sols arables.Pourtant, dans l\u2019économie québécoise, l\u2019agriculture demeure un secteur fort important.Elle doit s\u2019adapter rapidement aux rajustements imposés par la libéralisation des échanges.L\u2019équilibre et la concertation entre la production, la transformation et la distribution sont à peine amorcés.La diversification de la production débute au rythme de la tortue.Les nouvelles techniques s'implantent avec lenteur.Les nouveaux produits ovins, bovins, maraîchers et autres tardent à pénétrer les marchés d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Les consommatrices et consommateurs québécois dépensent des milliards par année à l\u2019achat de produits cultivés et transformés à l\u2019étranger.La prospérité du monde agricole est nécessaire au relèvement du milieu rural et elle y contribuera si elle en respecte les rythmes de vie et les attentes.La diversification La prospérité du monde agricole est nécessaire au relèvement du milieu rural.L\u2019avenir du milieu rural dépend de la diversification de son économie.La consolidation du potentiel agricole est une pièce indispensable du relèvement des régions.Mais il faut compter davantage avec le potentiel forestier, récréatif et de 1335 pêche.Dans ces domaines, avec un peu de planification et d\u2019imagination, on peut créer des emplois durables pour retenir les jeunes à la campagne.Les emplois du futur seront toutefois reliés à 1 essor industriel et aux activités touristiques et culturelles.L\u2019industrie manufacturière demeure encore génératrice d\u2019emplois.Il importe de multiplier les PME, les TPE et les coopératives pour fabriquer des biens actuellement importés et aussi pour exporter des produits de qualité répondant à la demande des marchés extérieurs.La découverte et la formation d\u2019entrepreneurs est le point de départ d\u2019une renaissance industrielle dans les milieux ruraux.Ces femmes et ces hommes doivent choisir des secteurs viables.Nos sociétés de financement qui pointent à l\u2019horizon doivent leur fournir les capitaux nécessaires.L\u2019État doit faciliter l\u2019accès aux innovations technologiques.Dans le domaine des activités touristiques, de multiples initiatives devraient être entreprises.La structure d\u2019accueil est presque inexistante.Il est même difficile pour un Montréalais de retenir un chalet en bordure de l\u2019un de nos 30 000 lacs.Et nous n\u2019aurons qu\u2019un pédalo en location, sans autre attrait récréatif, et le tout à des conditions trop onéreuses pour la classe moyenne.Imaginez ce que nous pouvons offrir aux touristes qui sillonnent nos routes à 100 kilomètres/heure.La culture est aussi un domaine insuffisamment cultivé.Elle est un bien qui appartient également à la campagne.En relisant l\u2019article d\u2019Yvon Leclerc publié dans la revue, en mai dernier, on peut promouvoir diverses formes d\u2019activités artistiques adaptées aux valeurs locales et régionales.Le théâtre, la radio, la télévision, l\u2019édition, la presse sont des moyens de communication aussi essentiels aux ruraux qu\u2019aux citadins.«Tant vaut le village, tant vaut le pays».Un autre départ: Le monde rural doit prendre un autre départ.Vivre en milieu rural, c\u2019est adopter un style de vie La culture est un bien qui appartient également à la campagne.1336 humaine où le bonheur de vivre ne doit pas être exclu.Entre campagnards, on se connaît, on se parle, on s\u2019entraide et on apprécie le grand air et le soleil, deux compagnons fidèles que l\u2019on ne retrouve pas toujours en ville.Mais pour réaliser l\u2019épanouissement et le relèvement du milieu, il ne suffit plus de développer le sens de l\u2019appartenance à une région, il ne suffit plus de promouvoir la solidarité collective.Il est devenu prioritaire et urgent de réaliser un ensemble de mesures, de programmes et de politiques.Pour sa part, le gouvernement a la responsabilité d\u2019assurer l\u2019occupation du territoire et de redistribuer avec équité la richesse collective.A ces fins, il doit transférer aux régionaux tous les pouvoirs et toutes les ressources qu\u2019ils peuvent exploiter avec de meilleurs résultats.C\u2019est là la meilleure façon d\u2019encourager les initiatives locales de développement.Les régionaux sont capables de se donner la formation de base requise.Ils peuvent eux-mêmes choisir et acquérir les connaissances et les habiletés suffisantes aux exigences du renouveau et de la modernité.Ils sont capables d\u2019établir les concertations entre les entreprises et les syndicats de la région.Leur seule incapacité réside dans le fait qu\u2019ils ne peuvent persuader Québec de leur capacité.?Vivre en milieu rural, c 'est adopter un style de vie humaine où le bonheur de vivre ne doit pas être exclu.1337 J'accuse ma génération.* Philippe PARADIS, ?Denis SIMARD «Malheur à la génération dont les juges méritent d\u2019être jugés!» Le Talmud L\u2019indifférence révolutionnaire Il y a dans notre génération de nouvelles valeurs, un nouveau discours et de l\u2019espoir.Quoi?Vous avez quelque chose que nous n\u2019avons pas?chuchotent les sceptiques.Quoi?Vous croyez que vous pouvez faire quelque chose de nouveau?murmurent les déçus.Quoi?Vous croyez au Québec de demain?demandent les pessimistes.Mais qui êtes-vous pour dire cela?soulignent les bien-pensants.Voilà ce que raconte le discours quotidien du désespoir.La société actuelle cherche un discours et un véhicule aux malaises de cette fin de siècle.Certains intellectuels font appel à la nécessité d\u2019une deuxième révolution tranquille.D\u2019autres, plus Philippe Paradis termine des études en science politique à l\u2019UQAM.Denis Simard, professeur de science politique, est diplômé de l\u2019Institut d\u2019études politiques de Paris.MM.Paradis et Simard ont agi comme premier ministre du «Parlement Jeunesse», politiques, parlent de l\u2019opportunité d\u2019une troisième voie.Récemment, certains observateurs proposèrent même l\u2019illusion d\u2019un futur changement de génération dans une perspective toute américaine.Notre société est à la recherche d\u2019un projet rassembleur et de solutions aux problèmes modernes.La population en général passe de l\u2019exaspération au cynisme et ce, en raison des discours officiels et de nos institutions.Malgré le pessimisme ambiant, il y a l\u2019apparition d\u2019une prise de conscience que notre société ne fonctionne pas.Et si un nouveau discours était né là où on ne l\u2019attendait pas.Chaque jour, on croit faire la découverte d\u2019un nouveau discours, mais cette recherche d\u2019un projet de société porteur d\u2019avenir semble ne jamais refléter notre réalité; au contraire, le pessimisme et la déception se conjuguent avec l\u2019impuissance et la résignation chaque fois que nous y regardons de plus près.Nous ne voulons pas être la génération sacrifiée telle que la société nous y prépare.Or, un nouveau discours existe quelque part dans la nouvelle génération et, à la grande stupéfaction des bien-pensants, il n\u2019est pas apparu à la suite d\u2019une longue réflexion de la part des membres de celle-ci.Le nouveau discours tenu par la nouvelle génération se base sur ce que nous sommes.C\u2019est notre vécu quotidien qui remet en cause la société.Ce texte a comme objectifs de rassembler l\u2019ensemble des éléments communs à notre vécu comme génération afin de démontrer la présence d\u2019une logique contestataire.Notre société est à la recherche d'un projet rassembleur et de solutions aux problèmes modernes.Avant d\u2019affirmer la naissance d\u2019un nouveau discours, il faut savoir d\u2019où il vient.Dans une certaine mesure, c\u2019est en regardant de ce côté qu\u2019on pourra découvrir un discours de l\u2019espoir et la venue de changements spectaculaires.«Qui sommes-nous?», c\u2019est la mesure d\u2019une réalité que ne reflète pas les discours officiels.C\u2019est surtout la fin du rêve des années de la révolution tran- 1339 quille et la fin du pragmatisme résigné des années 1990.Certes, on pourrait interpréter notre réflexion comme un phénomène normal dans le processus du conflit des générations, mais cette analyse superficielle n\u2019explique pas la «Résistance» des nouvelles générations aux structures actuelles et aux discours des Babyboomers.Il faut comprendre que la douce continuité des valeurs et des discours de la génération précédente sera bloquée par les valeurs de ce que nous sommes.Avec l\u2019expérience des difficultés actuelles, nous ne serons pas la génération perdue, ni la génération sacrifiée telle que souhaitée.Fermement, nous croyons que l\u2019espoir réside justement dans la somme de toutes nos expériences.Nous savons que toutes nouvelles idées, solutions ou projets sont condamnés d\u2019avance dans les cadres et les réflexes actuels.Pour faire véritablement quelque chose, il faut un projet porteur, un véhicule et un cadre qui le permette.Nous croyons que «les Institutions façonnent les comportements» et c\u2019est dans cette direction que se trouve le cœur du prochain projet de société.Si nous affirmons la naissance d\u2019un nouveau discours, nous ne pouvons en promettre les résultats que dans la mesure où nous empruntons le chemin de la «Libération» de nos contraintes.Le prochain changement de société dépend de la somme de nos actions individuelles.Il existe donc des possibilités extraordinaires de faire quelque chose pour sa société et entreprendre le chemin de l\u2019«Espoir».Ce sentiment qui nous habite prendra de la grandeur qu\u2019avec nos gestes quotidiens.Les changements à venir deviendront de véritables projets si nous restons nous-mêmes.Nous croyons que notre génération possède le talent et les ressources pour assumer les défis de nos temps présents.Les Institutions façonnent les comportements» et c \u2019est dans cette direction que se trouve le coeur du prochain projet de société.1340 Qui sommes-nous?«Chaque génération sans doute se croit vouée à refaire le monde.La mienne sait qu\u2019elle ne le refera pas mais sa tâche est peut-être plus grande.Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse».André Malraux Qui sommes-nous pour n\u2019avoir ni sentiment ni émotion pour la société actuelle?Nous, qui sommes nés en même temps qu\u2019Hy-dro-Québec, l\u2019assassinat de John F.Kennedy, le «samedi de la matraque», le métro de Montréal, l\u2019Exposition universelle, le «Vive le Québec libre», Mai 68, l\u2019Ostie d\u2019show, les premiers hommes sur la lune, les cégeps, l\u2019Université du Québec, la Crise d\u2019octobre, la baie James, le front commun des syndicats, les Olympiques, l\u2019élection du Parti québécois et la loi 101, considérons ces événements comme une servitude historique qui paralyse la capacité d\u2019invention.Nous, qui ne connaissons que l\u2019instruction publique, la gratuité du régime de santé, la Caisse de dépôt, F État-providence et le statu quo constitutionnel, constatons que tout cela n\u2019est que le modèle de notre passé, non de notre avenir.Nous, qui avons vécu les déficits astronomiques, les échecs référendaires, l\u2019augmentation des frais de scolarité, les récessions larvées et la cassure sociale, constatons que tout cela fait partie de notre expérience.La société québécoise façonne notre sensibilité.Socialement Socialement, nous héritons non seulement des valeurs mais aussi 'une connaissance des réalités.Socialement, nous héritons non seulement des valeurs mais aussi d\u2019une connaissance des réalités.Nous constatons qu\u2019entre le discours officiel de l\u2019État, les sermons des animateurs médiatiques, les proclamations du corps enseignant et les 1341 dialogues parentaux existe une marge, une distance et un écart extraordinaire.Cet espace s\u2019appelle incohérence, contradiction et privilège.Ne pas croire à la société actuelle, c\u2019est un geste extraordinaire d\u2019intelligence.Quotidiennement, nous vivons, comme génération, la prolifération des programmes, des nouvelles mesures, la multiplication des règles et des restrictions partout où nous passons.Les spécialistes de tous genres et les thérapeutes de tous les maux proposent de nombreux conseils visant à entretenir l\u2019incohérence et les contradictions.Nous vivons quotidiennement des appels de solidarité et de sacrifice.Nous n\u2019y voyons que le maintien des privilèges et des exceptions.Notre imperméabilité face à tout cela est un geste extraordinaire de discernement.Politiquement Politiquement, notre désintérêt est encore plus évident.Les discours politiques sont ternes afin de ne pas offenser les 127 groupes d\u2019intérêts bien organisés qui surveillent les paroles dérangeantes.Les idées, les appels au changement, les initiatives n\u2019appartiennent plus aux partis politiques ou aux députés de l'Assemblée nationale.Les représentants démocratiques n\u2019ont ni influence ni contrôle sur les dépenses publiques comme sur les interventions gouvernementales.Ne pas croire au monde politique actuel et à nos institutions, c\u2019est faire la démonstration d\u2019une clairvoyance exceptionnelle! Selon les pratiques actuelles, on demande l\u2019opinion de notre génération pour faire «Politica-ly correct», alors que l\u2019on sait que seule l\u2019opinion de la génération dominante est publiée.On nous propose de nous tourner vers la politique pour essayer de changer les choses alors que l\u2019opinion d\u2019un seul homme prédomine.Les différentes tentatives d'implication politique nous ont vite fait comprendre que les bonnes idées ne pouvaient s\u2019appliquer car on nous expliquait très vite que le Ne pas croire au monde politique actuel et à nos institutions, c\u2019est faire la démonstration d'une clairvoyance exceptionnelle! 1342 La capacité de trouver des solutions à nos difficultés présentes passe par un geste concret, celui de valoriser ce que nous sommes.but de la politique n\u2019est pas de faire avancer et de servir la population, mais de déplacer le moins d\u2019air possible.De plus, l\u2019intervention médiatique propulse tout mauvais accord des participes passés en incident sérieux ou la présence d\u2019un furoncle sur le nez comme un scandale national.Les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ont l\u2019impression que la politique ne peut rien changer.Nous avons raison de l\u2019affirmer.Comment voulez-vous croire à des pratiques pareilles?Le plus drôle, dès l\u2019apparition d\u2019un nouveau phénomène suscitant de l\u2019espoir et pouvant amener un changement, on crée un ministère, une structure administrative, une commission bidon, une enquête, un groupe de réflexion ou encore des statistiques pour que rien ne bouge.Notre indifférence est un extraordinaire geste de démocratie.Socialement, quotidiennement et politiquement, nous mesurons chaque jour les incohérences, les contradictions et les politiques d'exception de notre société.Et pour avoir bonne conscience, on nous demande quels sont nos problèmes.Ces exercices du dialogue, ces forums de la confidence ou ces congrès du vécu, le monde du pouvoir politique les maîtrise avec art.Celui-ci connaît bien nos problèmes parce que tout ce que les jeunes impliqués politiquement ont fait depuis dix ans, c\u2019est de recenser les problèmes des jeunes Québécois.Il est temps de cesser de croire qu\u2019il suffit de connaître les problèmes pour inventer les solutions.La capacité de trouver des solutions à nos difficultés présentes ne passe pas par l\u2019obligatoire tournée d\u2019écoute des jeunes, mais plutôt par un geste concret, celui de valoriser ce que nous sommes.Il faut cesser de croire que la démocratie, c\u2019est faire parler tout le monde en même temps.Il faut cesser de croire que les solutions se trouvent dans les consensus de mille personnes.De cette façon, on ne trouve pas d\u2019idées, on ne fait que des compromis pour faire plaisir à tout le monde.Or, les consensus de mille personnes ne sont «qu\u2019une 1343 addition de soustractions dont la multiplication occasionne la division».Un appel au changement Ne pas valoriser la situation actuelle est déjà une action politique.Où sont les jeunes dans le débat actuel?Où sont les jeunes dans nos partis?Où sont les jeunes dans nos comités?Ont-ils une opinion?Oui, les jeunes ont une opinion; elle s\u2019exprime par un geste concret: l\u2019indifférence! Voilà un geste qui dérange la société de façon révolutionnaire.Ce sentiment particulier n\u2019est pas une émotion gratuite de démission, mais plutôt un geste politique.L\u2019indifférence est un jugement, non une absence d\u2019intérêt.L\u2019indifférence n\u2019est pas un repli sur soi, mais une forme de revendication de génération, une contestation individuelle, une manifestation collective et une lutte contre les incohérences.L\u2019indifférence est un prélude au prochain changement de société.Nous ne nous désintéressons pas du monde, nous en avons déjà une perception différente.Il faut comprendre en cette indifférence le premier signe de la différence.Nous n\u2019avons pas à conserver le monde présent, nous avons à le transformer ou peut-être finalement à empêcher qu\u2019il ne se défasse.Les conflits de génération apparaissent toujours comme un processus déterminant pour les sociétés dites en progrès.Pour l\u2019observateur, il n\u2019existe pas de nouveaux discours politiques ou de nouvelles références, si ce n\u2019est la douce continuité des idées de l\u2019éternelle période des années soixante.Pour notre génération, le conflit positif n\u2019a pas eu lieu.Nous avons été particulièrement absents.De plus, combien de fois avons-nous entendu que la nouvelle génération n\u2019a pas de passion ou d\u2019opinion pour l\u2019actualité?Combien de fois avons-nous entendu que la nouvelle génération ne s\u2019intéressait pas à la politique?Combien de fois avons-nous entendu que la nouvelle génération ne participait à rien?Nous ne nous désintéressons pas du monde, nous en avons déjà une perception différente.1344 Notre indifférence est porteuse de sens parce que, lorsque toute une génération a tant parlé, le silence de la nouvelle génération devient troublant.Et si nous avions fait tout cela pour rester ce que nous sommes! Et si c\u2019était la meilleure façon de remettre en question la société d\u2019aujourd\u2019hui! Il y a dans notre génération un appel au changement.Notre indifférence a quelque chose de révolutionnaire dans une période comme la nôtre.Indifférence Qui sommes-nous pour exprimer d\u2019une façon aussi évidente notre indifférence?Abondamment étiquetée de génération sans talent, sans leader et sans ambition, nous apparaissons pour certains comme une catastrophe sociologique et politique.De plus, nous nous intéressons à rien.Or, ces définitions ne viennent pas de nous, mais de ceux qui sont au pouvoir.Les charges émotives contre notre génération expriment une angoisse: la peur.La peur que nous remettions en question la société actuelle et que nous constations un échec qu\u2019il faut cacher.À leur grande déception, nous n\u2019avons pas choisi l\u2019affrontement, là où ils y étaient les meilleurs.Nous n\u2019avons pas remis en question la société, là où ils s\u2019y attendaient.Nous n\u2019avons pas offert nos meilleurs talents, là où ils croyaient nous récupérer.Il y a encore plus, notre indifférence est porteuse de sens parce que, lorsque toute une génération a tant parlé, le silence de la nouvelle génération devient troublant.Lorsque toute une génération s\u2019est glorifiée du projet moderne de la révolution tranquille, le désintérêt devient inquiétant.Lorsque toute une génération fait la conquête de la société par l\u2019action politique, la non-participation de la nouvelle génération devient déconcertante.Nous visons la société là où cela lui fait le plus mal.Dans une certaine mesure, nous avons utilisé les meilleures armes, seule stratégie pour rester ce que nous sommes.Il s\u2019agissait probablement de la meilleure chose à faire pour signifier notre remise en question de la société.Cette action a marqué le début de notre différence.1345 L\u2019indifférence face à la réalité actuelle a accéléré la prise de conscience de notre différence.Si nous commençons à accepter ce que nous sommes, nous n\u2019avons pas encore pris la parole.Or, si la parole est le premier instrument de la liberté et du geste politique, nous avons franchi maintenant toutes les étapes pour nous y rendre.Il y a longtemps que notre génération fait de la politique sans le savoir.Nous devons agir De notre indifférence qui fut notre premier geste, nous devons en faire un autre.Si nous voulons adapter la société aux nouvelles réalités, entretenir l\u2019espoir qui nous anime et rester ce que nous sommes, nous devons agir.Nous sommes fermement en faveur d\u2019un changement politique, social et économique.Nous savons que tout ce qui est jeune le désire.Nous n\u2019attendons rien des solutions politiques qui sont proposées par la société actuelle.Si, devant le pessimisme ambiant, la démission sociale et le découragement économique, notre génération avait accepté la servitude de notre époque, nous aurions peut-être pu douter.Mais ce n\u2019est pas le cas, puisque nous devons quotidiennement, devant les difficultés de la permanence du chômage, l\u2019inaccessibilité à l\u2019emploi, l\u2019absence de place dans les appareils étatiques et privés, puiser à l\u2019intérieur de nous-mêmes et dans notre imagination pour nous en sortir.Nous avons développé au cours des dernières années des talents d\u2019initiative, de création, d\u2019autonomie, de sens de l\u2019entreprise.Notre société façonne nos talents.Résistance «Les mois sont des actions à naître» Thomas Payne Nous sommes convaincus que l\u2019indifférence a été le premier geste de notre génération.Nous devons maintenant en poser un second.Sans le L\u2019indifférence face à la réalité actuelle a accéléré la prise de conscience de notre différence.1346 Si la génération précédente avait des revendications collectives pour des retombées individuelles, nous, nous avons des actions individuelles pour des retombées collectives.savoir, notre génération a déjà posé un geste révolutionnaire qui amorcera un changement spectaculaire de la société.Ce geste d\u2019indifférence a forcé la génération au pouvoir à prendre conscience que le bilan de leurs réalisations ne passera pas le test de la génération suivante.Malheureusement pour nous, cette indifférence n\u2019a pas réussi à faire les changements nécessaires: au contraire, on s\u2019appuie davantage sur les principes magiques de la révolution tranquille et la passivité générale pour perpétuer les acquis.Politiquement, c\u2019est tout à fait normal, le fonctionnement de la société actuelle fait le bonheur de ceux qui sont intéressés à ce que rien ne change.À partir d\u2019aujourd\u2019hui, notre rôle consiste à faire autre chose.Si l\u2019indifférence était porteuse de changement social, il est de notre devoir de poser les gestes qui provoqueront le changement nécessaire.Ce geste doit être conforme à ce que nous sommes comme génération.Il ne doit pas reposer sur les mêmes principes utilisés par la génération précédente.Elle les connaît trop bien.Nous appelons donc notre génération à une forme de résistance individuelle.Il ne faut pas exprimer tous nos talents dans toutes les formes de marginalité, parce que la marginalité d\u2019aujourd\u2019hui est l\u2019espace premier de la récupération.Alors pourquoi la résistance individuelle, direz-vous?Parce que ce geste est en totale conformité avec ce que nous sommes et ce que nous pouvons faire.Nous serons donc une génération qui pose des gestes individuels avec une sensibilité pour la société dans son ensemble.Si la génération précédente avait des revendications collectives pour des retombées individuelles, nous, nous avons des actions individuelles pour des retombées collectives.Il est important de comprendre que toute forme de résistance naît d\u2019abord d\u2019un refus.Ce refus, nous le signifions déjà par notre indifférence et par la naissance d\u2019un nouveau discours.La résistance individuelle consiste à propager ce que l\u2019on est, tout en refusant les incohérences de la société.1347 Notre vécu quotidien en société démontre déjà une certaine forme de résistance.Toutefois, les intérêts d\u2019une certaine société au pouvoir ont réussi jusqu\u2019à présent à évacuer les résistants du système et à éliminer tous les André Boisclair, Mario Dumont et cie.Jusqu\u2019à présent, cette marginalisation nous a été néfaste.Elle a contribué à justifier le discours de la génération sacrifiée.Allons-nous accepter d\u2019être sacrifiés pour le maintien du bonheur social d\u2019une génération?Tous les jeunes répondent non à cette question.Voilà donc un premier signe concret de refus.La résistance nécessite donc le besoin d\u2019aller aux sources du malaise social.Pour notre génération, ce malaise apparaît avec la révolution tranquille.Notre plus grande difficulté n\u2019est pas la révolution tranquille comme telle, notre malaise provient du fait qu\u2019on ne peut pas exprimer le bilan de celle-ci.Période faste de notre histoire, la révolution tranquille incarne aujourd\u2019hui la réussite du peuple québécois.Contester ce mythe s\u2019apparente de nos jours à prononcer des paroles hérétiques.Nous ne voulons pas rejeter tout de la révolution tranquille, nous voulons simplement en faire le bilan, c\u2019est-à-dire conserver ce qui a fonctionné, refaire ce qui n\u2019a pas marché et inventer ce qui n\u2019a pas été construit.Le bilan Pour l\u2019ensemble de la société, l\u2019impression générale est celle de l\u2019essoufflement.Nous vivons une période où rien ne semble bouger.Le Québec politique s\u2019épuise à maintenir les vieux principes de la révolution tranquille.Si ce n\u2019était de l\u2019éternel débat sur la souveraineté, il ne se dirait plus rien.Or, ce sentiment du non-changement est tout à fait naturel.Il découle de l\u2019épuisement d\u2019un projet de société vieux de trente ans, dont la nouvelle génération mesure toutes les conséquences.Nous sommes la première vague de Québécois qui entre dans la société en ayant vécu l\u2019ensemble des inventions de la révolution tranquille.Si notre Ce sentiment du non-changement découle de l\u2019épuisement d\u2019un projet de société vieux de trente ans, dont la nouvelle génération mesure toutes les conséquences.1348 passé et notre présent en sont fortement imprégnés, nous savons qu\u2019il n\u2019en sera rien pour notre avenir.De l\u2019assurance-hospitalisation à l\u2019assurance-automobile, de la formule Fulton-Favreau au référendum de mai 1980, de la Caisse de Dépôt au Régime épargne-actions, le discours officiel en est fortement coloré.Nous avons l\u2019impression que la société ne vit que pour ces réalisations ou pour ces aventures.Malheureusement, la société de demain ne peut reposer sur ce passé.Plus nous avançons dans la société, plus nous prenons conscience que le bilan de la révolution tranquille est déjà fait et qu\u2019il n\u2019est pas positif: ses ambitions ne donnent pas d\u2019avenir, elles donnent de la nostalgie.Notre arrivée sur le marché du travail ou du chômage fait craquer les murs des principes de la révolution tranquille.Chaque jour, par notre présence, le discours, les acquis et les réalisations correspondent de moins en moins à ce que nous vivons et à ce que nous voulons.Notre vécu d\u2019étudiants fissure la réforme scolaire de la révolution tranquille.Celle-ci a été le défenseur de la gratuité scolaire pour tous les étudiants, mais, dans la réalité, elle a tenu ses principes de gratuité et d\u2019accessibilité pour tous les étudiants d\u2019une seule génération.Notre expérience sur le marché du travail fissure le discours syndical des acquis sociaux de la révolution tranquille.Celle-ci a favorisé la syndicalisation de tous les travailleurs, mais, dans les faits, elle a favorisé la syndicalisation de tous les Chaque jour, par notre présence, le discours, les acquis et les réalisations correspondent de moins en moins à ce que nous vivons et à ce que nous voulons.travailleurs d\u2019une seule génération.Notre vécu en société fissure le discours de F État-providence de la révolution tranquille.Celle-ci a donné un État-providence à tous les Québécois, mais, dans les faits, elle a donné un État-providence à tous les Québécois d\u2019une seule génération.1349 On dit aujourd\u2019hui que nous n\u2019avons plus les moyens de maintenir les objectifs de l\u2019État-provi-dence.Nous, nous disons que le Québec n\u2019a plus les moyens de maintenir les objectifs et les réalisations de F État-privilège.Cet État-providence est dépassé.A nous de construire l\u2019État-cohérence.Qu\u2019est-ce qui nous distingue, au fond, des membres de la génération précédente?C\u2019est le pari sur l\u2019espoir.Eux, ils n\u2019ont plus que des souvenirs.L\u2019arrivée de la première vague de l\u2019après-ba-byboom sur le marché du travail démontre bien que les réalisations politiques de la révolution tranquille n\u2019ont pas été conçues pour la génération qui venait, mais pour celle qui vivait.Dans le contexte historique de l\u2019époque, il était peut-être normal de le faire.Mais nous ne serons jamais les défenseurs d\u2019une normalité vieille de trente ans.C\u2019est à notre génération de faire le bilan de tout cela.De là naîtra le prochain changement de société.C\u2019est ici comme génération que nous devrons agir.Dans une certaine mesure, nous devons exiger le droit de faire ce bilan.Nous avons le choix d\u2019être les gestionnaires de la décroissance d\u2019un projet dépassé ou des bâtisseurs modernes de société.Pour résumer tous les principes qui animent notre génération, nous disons que, tout en assurant le respect et le maximum de liberté pour chacun et tout en favorisant la liberté d\u2019entreprise et les initiatives, nous croyons que l\u2019intérêt particulier doit céder le pas devant l\u2019intérêt général, que les grandes ressources de notre richesse collective doivent être axées non sur le profit de quelques-uns, mais sur les avantages de tous et que la complicité des intérêts qui pèsent sur nos conditions économiques, sociales et démocratiques doit être définitivement abolie.C\u2019est cet élan que nous voulons assurer à ceux qui nous suivront: la dignité, la liberté ainsi qu\u2019une société moderne et démocratique.Le Québec n 'a plus les moyens de maintenir les objectifs et les réalisations de l\u2019Etat-privilège.1350 La libération, ce n 'est pas simplement être libéré de quelque chose, c \u2019est être libre de faire quelque chose.De la libération tranquille à la révolution tranquille «Nul n 'est plus esclave que celui qui se croit libre sans l\u2019être» Goethe Nous avons, comme génération, besoin plus que jamais, de disposer de nous-mêmes, condition indispensable pour la démocratie, la liberté et la responsabilité.Il n'existe pas de projet qui fasse plus appel à la grandeur que celui de la libération, seul chemin de l\u2019espoir sans illusion.Cependant, il ne sert à rien de proposer des réformes nécessaires si nous ne croyons pas à une démarche pour les réaliser.Nous devons composer avec les héritages que nous avons.Notre génération n\u2019a plus les moyens d\u2019acheter du rêve.La réalité veut qu\u2019il ne nous reste plus que quelques crédits pour un projet d\u2019avenir.Nous croyons que la nouvelle génération possède le talent et les ressources pour assumer le Québec de demain et que les institutions politiques sont au cœur des problèmes de société.Croire que les institutions sont au cœur du prochain changement de société, c\u2019est faire le discours de la responsabilité, de la liberté et de la lucidité.La libération, ce n\u2019est pas simplement être libéré de quelque chose, c\u2019est être libre de faire quelque chose.La libération tranquille est le pont entre l\u2019histoire et le conflit des générations.L\u2019histoire récente du Québec a vu deux ruptures politiques se produire en peu de temps.La génération de révolutionnaires tranquilles a réussi à causer une rupture en 1960 lorsqu\u2019elle a choisi de combattre l\u2019idéologie dominante obstruant la marche du Québec vers la modernisation.Ayant une jeune génération derrière eux pour justifier l\u2019ensemble des gestes de modernisation, la génération de révolutionnaires tranquilles a eu la chance de voir 1351 l\u2019idéologie dominante être incarnée par un seul homme qu\u2019elle a pu combattre pendant toute la décennie des années cinquante.Le problème que nous connaissons comme génération, c\u2019est que nous avons aussi une idéologie dominante à combattre, mais nous n\u2019avons pas le bonheur de voir cette idéologie être incarnée par un seul homme, nous avons plutôt le désespoir de voir cette idéologie incarnée par des institutions dépassées et par toute une génération.Alors, n\u2019ayant pas la force du nombre pour nous doter d\u2019un instrument de combat à notre image, nous n\u2019avons plus que notre indifférence à offrir comme cri d\u2019alarme et notre résistance comme geste de refus.L\u2019autre rupture politique s\u2019est produite entre 1967 et 1968, sous la pression de la jeune génération lorsque la question nationale est devenue un sujet de division parmi les élites.Une partie des jeunes s\u2019est alors associée aux plus nationalistes des révolutionnaires tranquilles pour pousser la modernisation du Québec à son plein épanouissement.Si la rupture de 1960 a vu ses projets se réaliser au cours des trente dernières années, celle de 1967-68 n\u2019a pas encore connu son dénouement.La génération précédente a embarqué dans l\u2019aventure nationaliste comme une fête promise pour un certain soir et non comme un projet politique.Entre le 15 novembre 1976 et le 20 mai 1980, ils ont beaucoup dansé avec espoir.Avec l\u2019échec référendaire, la fête s\u2019est terminée.Alors, déçus, ils se sont tournés vers eux-mêmes, laissant la société seule et s\u2019alourdissant peu à peu face à ses problèmes.Dans quelle mesure cette histoire du Québec nous touche-t-elle?Au moment de ces deux ruptures, la grande majorité d\u2019entre nous n\u2019étaient même pas nés.Ces deux ruptures ne sont pas le fruit de notre vécu ou de notre réflexion, mais font partie de notre héritage.Pour l\u2019instant, cet héritage laisse un Québec essoufflé et une question nationale non réglée.Nous aurons sans doute Nous n 'avons plus que notre indifférence à offrir comme cri d\u2019alarme et notre résistance comme geste de refus.1352 Le système politique ne favorise pas le changement, il impose le statu quo.le devoir d\u2019y mettre fin dans 20 ans en raison des tergiversations de nos élites.Nous l\u2019avons bien vu en 1990, alors que la volonté de l\u2019ensemble des groupes de jeunes allait vers la clarification de notre avenir collectif, le Québec tout entier se présenta devant une commission parlementaire extraordinaire, dégageant un consensus politique qui véhiculait le changement.Le résultat fut que la démocratie et l\u2019histoire se sont butées à ce moment-là à la volonté d\u2019un seul homme, Bouras-sa, car il lui fallait, avec urgence et la complicité de nos élites, gérer le dérapage lucide de la société québécoise.Après cet événement, qui constitue un point important de notre histoire, nous avons vu la génération précédente continuer de se vanter d\u2019avoir fait bouger les choses, d\u2019avoir changé la société, d\u2019avoir contesté l\u2019ancien régime et nous les avons vu dans leur salon, s\u2019intéresser beaucoup plus au sort des Filles de Caleb, qu\u2019à l\u2019avenir de sept millions de personnes.Nous voilà donc face à deux contraintes majeures: le système politique ne favorise pas le changement, il impose le statu quo; l'autre revient à l\u2019attitude de la génération précédente qui soutient le non-changement avec intérêt.Face à cela, notre héritage s\u2019est constitué d\u2019un patrimoine extraordinaire de déficits, de culs-de-sac et d\u2019égoïsme.Pour être libre de faire quelque chose, il faut donc se départir du carcan de ces deux contraintes.Comme par le passé, le Québec est en situation de connaître un changement important.Mais devrons-nous attendre la mort d\u2019un premier ministre pour profiter d\u2019une occasion?Devrons-nous voir un chef de l\u2019État français venir nous parler de liberté pour réagir?Devrons-nous nous associer à un dissident du parti libéral pour nous doter d\u2019un instrument de travail?Nous croyons que notre génération possède la lucidité nécessaire pour identifier l\u2019événement rassembleur.Nous croyons que notre génération prendra le 1353 seul chemin qui lui permettra de se libérer des contraintes.La contrainte politique Nous n\u2019emprunterons pas les concepts périmés de nationalisme et de fédéralisme, mais les concepts modernes de démocratie et de fonctionnalité qui marqueront le prochain siècle.Nous croyons que le principe premier de notre action n\u2019est pas le nationalisme, mais la démocratie.Nous croyons aussi comme principe premier, que notre action ne peut se situer dans le fédéralisme, mais dans un système politique qui fonctionne.Nous sommes convaincus qu\u2019avec les réalités actuelles, nous avons toute la légitimité pour le faire.Pour pouvoir transformer nos institutions, il nous faudra sortir du cadre fédéral actuel.Il n\u2019y a pas d\u2019autres conditions.Le système politique canadien ne permet aucun changement possible quant à nos réalités politiques, nos problèmes économiques et nos difficultés sociales.Par exemple, pour abolir le poste symbolique de lieutenant-gouverneur au Québec, il faudrait l\u2019unanimité des provinces.Rappelons-nous de la difficulté des Canadiens à reconnaître un drapeau canadien, l\u2019hymne national canadien ou encore le statut historique distinct du Québec pour sa culture, sa langue et son code civil pour comprendre que le système canadien nous condamne au statu quo perpétuel.Si la réforme de nos institutions politiques est au cœur du prochain changement de société, il nous faut donc sortir de ce qui est le cœur de nos problèmes.Le système fédéral enlève la liberté de faire quelque chose.Toute cette démarche doit être partagée par ceux qui aiment le Québec et la démocratie.La libération est le moyen de se doter de la souveraineté politique dans le contexte international d\u2019aujourd\u2019hui.En cette fin de siècle, celle-ci ne doit pas être la solution aux problèmes du passé, elle doit être une solution pour l\u2019avenir.Il n\u2019y a pas Pour pouvoir transformer nos institutions, il nous faudra sortir du cadre fédéral actuel.1354 d\u2019appel à la libération nationale, il n\u2019y a que l\u2019appel à la démocratie et à la modernité.Nous devons faire quelque chose si nous voulons voir le Québec participer au XXIe siècle parmi les grandes démocraties de ce monde.Cette libération, c\u2019est la liberté de faire quelque chose.Cette démarche est la plus sereine pour l\u2019ensemble des Québécois.Elle n\u2019est pas la solution pour une seule génération.On ne doit pas faire un projet pour régler les problèmes d\u2019une seule génération.On ne doit pas faire un projet de société en imposant sa réalité sur les générations futures, mais pour permettre de solutionner les problèmes de l\u2019ensemble des générations, passées et futures.Nous avons des devoirs d\u2019avenir.La contrainte de générations Nos devoirs d\u2019avenir ne s\u2019arrêtent pas à sortir du cadre fédéral canadien.Pour parvenir à la liberté de faire quelque chose, il nous faut élaborer ce que nous voulons et, dans une certaine mesure, le partager.Nous devons dire quelle forme de démocratie, quelle ambition de justice, quel moteur de richesse ou encore quelle forme d\u2019éducation nous voulons.Pour que cela fonctionne, ce projet de société doit se conformer aux futures réalités et non pas à la réalité de la génération précédente.Nous ne devons plus nous contenter du marché noir des idées, de la démocratie, de la justice et de la prospérité.Il n\u2019y a pas d\u2019appel à la libération nationale, il n\u2019y a que l\u2019appel à la démocratie et à la modernité.De plus, il faudra que nos solutions soient partagées par l\u2019ensemble des générations et par l\u2019ensemble des citoyens.Pour pouvoir élaborer le prochain projet commun et pour le partager avec les générations, il nous faut donc la liberté de faire quelque chose.La démarche que nous proposons, c\u2019est un geste pour faire la paix avec le passé, le présent et les futures générations qui vont venir.Cette démarche n\u2019est pas uniquement une modernisation et une démocratisation de nos institutions, mais le point rassembleur d\u2019un véritable projet de société.1355 La génération précédente doit donc retrouver la volonté de transformer la société qui habitait sa jeunesse, mais cette fois-ci avec l\u2019ardeur d\u2019un discours qui ne prônera pas le maximum de retombées individuelles, mais le maximum de retombées collectives.Si, comme génération, nous avons un projet porteur d\u2019avenir pour l\u2019après-souveraineté, la participation de la génération précédente pour F avant-souveraineté s\u2019avère essentielle.La souveraineté politique ne devient donc pas une fin en soi, mais un outil pour la mise en place d\u2019institutions qui permettront aux meilleures idées, aux solutions et à la démocratie de s\u2019appliquer.Ainsi, la souveraineté ne devient pas la fin louable des efforts de modernité de la révolution tranquille, mais le début du prochain changement de société.La souveraineté politique ne doit plus être l\u2019instrument exclusif permettant la survie de la nation, elle doit devenir le moyen par lequel l\u2019ensemble de la population québécoise se rallie pour faire naître un nouveau projet de société.Cette démarche nous paraît la plus juste pour ceux qui veulent un avenir et ceux qui veulent en laisser un.La libération La libération doit exprimer, avec les institutions, la fin des pouvoirs publics sans responsabilité, incarnés par des gouvernements sans profondeur et incohérents qui n\u2019ont d\u2019intérêts que pour le pouvoir et l\u2019élection.La libération, ce sont des institutions démocratiques, stables et équilibrées assurant la participation de l\u2019ensemble des Québécois dans la continuité de la modernité.La libération doit exprimer, avec les générations, la fin d\u2019un certain discours nombrilisme, du «chacun pour soi» et du «sauve qui peut» condamnant les générations suivantes à la frustration et à l\u2019amertume.La libération, c\u2019est une oeuvre La souveraineté politique devient un outil pour la mise en place d\u2019institutions qui permettront aux meilleures idées, aux solutions et à la démocratie de s\u2019appliquer.1356 collective dont la liberté et la démocratie vaudra le respect des citoyens envers eux-mêmes.La libération doit exprimer, avec le progrès, la fin de la résignation, du pessimisme et du statu quo qui abaisse la qualité de vie de l\u2019ensemble des citoyens.La libération, c\u2019est la possibilité de trouver une place à la mesure de ses talents et entreprendre tous les projets pour moderniser le Québec.Enfin, la libération, c\u2019est aussi, dans l\u2019ordre humain, de faire quelque chose, surtout lorsque nous possédons des talents et des ressources extraordinaires qui ne servent plus le bien-être, la culture, la liberté sociale et économique.Nous ne voulons pas, comme génération, gaspiller nos talents.La libération, qu\u2019est-ce finalement?Ce n\u2019est pas de l\u2019isolement et du nationalisme étroit.La souveraineté politique, c\u2019est la liberté de faire quelque chose, c\u2019est une ouverture sur l\u2019avenir et sur le monde.La libération veut dire que nous ne serons pas à la remorque d\u2019une décision d\u2019un Premier ministre de Terre-Neuve ou d\u2019un fonctionnaire anonyme de Saskatoon pour faire les réformes nécessaires.Cela veut dire que nous nous donnons la liberté de l\u2019action et de la décision.Faire cela, c\u2019est participer et prendre des engagements en connaissance de cause.Nous croyons qu\u2019il existe un projet pour notre génération, un projet donnant les véritables moyens de faire quelque chose.Cette simple volonté d\u2019être libre est certainement la démarche la plus extraordinaire de l\u2019espoir.Nous affirmons avec certitude que l\u2019existence de la liberté n\u2019a pas de sens si nous n\u2019avons pas les pleins pouvoirs pour agir, parce que la liberté, ce n\u2019est pas d\u2019être libre des contraintes de nos environnements politiques, économiques et sociaux.La libération, c\u2019est être libre de faire quelque chose 1357 Conclusion Le geste le plus important que notre génération devra poser pour son avenir sera celui de l\u2019affirmation de ce que nous sommes.Cette affirmation est le signe le plus évident de notre volonté de changement.C\u2019est ce sentiment qui nous fait croire à l\u2019existence d\u2019une importante transformation de notre société et à l\u2019invention de nouveaux modèles.Nous sommes déjà sensibles aux nouvelles réalités.Nous croyons avoir démontré que notre vécu quotidien constituait la preuve la plus évidente que les générations précédentes n\u2019avaient pas réussi à faire de nous ce qu\u2019ils voulaient.De plus, nous croyons que l\u2019affirmation de ce que nous sommes est un accélérateur de changements.L\u2019avenir est déjà commencé.Un nouveau discours n\u2019aura de sens que s\u2019il reflète la réalité.Il faudra comprendre que, par notre présence, la douce continuité des contradictions et des incohérences de la génération précédente ne passera pas le bilan de notre génération.Nous savons avec certitude que nous ne serons pas la génération «Passe-Perdue».On pourrait certainement entreprendre bien des études sur la nouvelle génération et la société en général, mais cela ne serait que du divertissement et de brillantes conversations mondaines.Nous partons d\u2019un désir commun et répandu dans la population: la volonté de faire quelque chose pour sa société.Jusqu\u2019à maintenant, bien des réflexions, des projets et des solutions aux problèmes que nous connaissons sont nés et morts dans nos salons.Dans un premier temps, cet essai veut contrer ce phénomène en plaçant sur la place publique un débat que notre génération est en droit de faire avec la génération précédente.Nous croyons qu\u2019il est maintenant temps de transformer cette volonté de faire quelque chose en une force de changement sans précédent.Nous savons que notre génération refusera d\u2019être la génération sacrifiée.A cela, la génération précédente devra Nous partons d\u2019un désir commun et répandu dans la population: la volonté de faire quelque chose pour sa société.1358 Pour changer les choses, il nous faudra un cadre qui le permet.Voilà pourquoi les auteurs proposent de changer les institutions.comprendre que si nous sommes indifférents à 17-30 ans, cela ne veut pas dire que nous le serons entre 40 et 50 ans.Dans un deuxième temps, cet essai est un appel pour faire partie du monde en transformation.Nous savons que nous devons convaincre ceux qui ont peur d\u2019inventer.Avec le tourbillon des incertitudes, l\u2019ouragan des nouveaux marchés et le souffle des évolutions techniques, le cœur du prochain changement de société se situe dans nos institutions.Nous croyons dans une certaine mesure que la nouvelle génération y verra le projet porteur à toutes les inventions de changement.Pour changer les choses, il nous faudra un cadre qui le permet.Voilà pourquoi les auteurs proposent de changer les institutions.Comme membres à part entière de la nouvelle génération et comme citoyens, les auteurs ont estimé qu\u2019ils devaient s\u2019interroger sur leur société et proposer quelque chose.Nous voulions surtout sortir du rite pessimiste de la réflexion, de l\u2019attitude ringarde et de l\u2019éternel discours du constat des problèmes.Nous sommes également bien conscients du fait que notre solution n\u2019englobe pas la traditionnelle analyse des problèmes économiques et sociaux touchant la population, parce que nous croyons que toute analyse qui irait de ce côté ne pourrait aller plus loin qu'un simple constat des problèmes économiques qui affectent la société québécoise.Faute de moyens, on empilera les études et les rapports.Nos archives sont suffisamment remplies de recommandations brillantes.Il faut savoir, qu\u2019en raison de la mondialisation de l\u2019économie et la libre circulation des biens, les Etats ont de moins en moins d\u2019emprise sur les décisions économiques qui influencent l\u2019économie interne à un État.Face à cela, nous croyons qu\u2019il est essentiel qu\u2019un État possède des institutions politiques lui permettant de réagir rapidement et efficacement face aux décisions prises par d\u2019autres intervenants économiques.Nous 1359 croyons qu\u2019une des solutions à la crise économique passe par la modernisation des institutions politiques qui, nous pensons l\u2019avoir démontré, empêchent tout développement efficace des idées sur le marché de la prospérité.Bien des économistes défendent la thèse que la bonne marche de l\u2019économie est liée au degré de confiance régnant dans la population.Sans aucune crainte, nous pouvons affirmer que la population n\u2019a plus confiance en ses institutions politiques; en d\u2019autres termes, la population ne croit plus au seul instrument pouvant réagir aux décisions prises par les décideurs économiques qui de toutes façons ne vivent plus ici.Dans la perspective actuelle, faute d\u2019imagination, ce sont les acquis sociaux que nous sacrifions sur l\u2019autel de la catastrophe budgétaire.De génération sacrifiée, nous voilà avec le rôle préparé de génération coupure.Il est préférable de choisir le chemin de l\u2019invention.Autres éléments, les frontières et les espaces politiques anciens disparaissant face aux nouveaux réseaux de savoir, de communication et de prospérité, la démocratie deviendra l\u2019enjeu du prochain siècle.Le prochain changement de société sera une bataille globale pour inventer une société à dimension humaine.Les institutions seront un passage incontournable pour ceux qui veulent laisser quelque chose à ceux qui viennent.Le monde de demain sera partagé en deux, ceux qui veulent conserver les anormalités actuelles et ceux qui veulent un nouveau cadre démocratique permettant les projets de société.Par ce que nous sommes, qu\u2019on le souhaite ou non, notre présence provoquera des changements spectaculaires.L\u2019avenir est déjà commencé.?Le prochain changement de société sera une bataille globale pour inventer une société à dimension humaine.1360 Francine LALONDE, 4\tHors de la souveraineté, point d'espérance députée de Mercier\tI.Un nouveau Canada Un nouveau Canada se prépare activement où il n\u2019y a plus de place pour les droits historiques de la province de Québec \tUlus personne ne peut se faire d\u2019illusion, plus ¦ personne ne peut chercher à convaincre ou se convaincre de la possibilité d\u2019une troisième voie entre la souveraineté et le fédéralisme canadien.L\u2019échec de Meech, puis le dévoiement de la démarche de référendum sur la souveraineté par la négociation de la pauvre entente de Charlottetown le prouvent à qui voudrait l\u2019oublier.Le Canada ne se laissera pas dicter sa constitution par le Québec.Le Canada ne fera même pas d\u2019exception pour le Québec.Il faut comprendre pourquoi.Le Canada est un pays du G-7 qui aligne sa restructuration et son développement sur ceux des autres grands pays développés.Recherche et développement, éducation, main-d\u2019œuvre, infrastructures, communications et environnement, tels sont les nouveaux champs d\u2019action, ceux qui permettent de remodeler les pays pour la compétition globale.Ce sont les nouveaux paradigmes 1361 internationaux du développement.Ces champs ont beau être ceux que la constitution avait laissés au Québec, ceux justement qui changent suivant la culture des pays, si le Québec ne devient pas bientôt souverain, la direction lui en échappera complètement.Cette nouvelle étape du développement économique enlève au Québec toute possibilité de retranchement «provincial» sur les acquis historiques essentiels.Il y a plus.Outre la mise en commun de certains pouvoirs souverains, la politique de nombreux pays industrialisés préconise la décentralisation vers les niveaux régional et local des actions qui peuvent y être mieux pensées et exécutées dans le contexte de la globalisation des marchés.Or, pour «Penser globalement, agir localement» il faut en avoir les moyens.Ici encore, la constitution canadienne est un obstacle qu\u2019Ot-tawa a contourné jusqu\u2019ici en utilisant son pouvoir de dépenser.Or, le Québec, qui veut poursuivre ses propres objectifs, ne veut plus se faire imposer dans ses champs de juridiction les politiques canadiennes.Ainsi, le Québec a besoin de décentraliser ses pouvoirs, mais n\u2019accepterait pas, ne peut pas accepter, que les négociations du local/régional se fassent directement avec Ottawa, sous peine de perdre toute influence.Les autres provinces canadiennes n\u2019y voient, elles, aucun inconvénient au contraire.De la crise économique et constitutionnelle émerge un nouveau Canada qui n\u2019est pas, et tellement loin de là, celui des deux peuples fondateurs.Dans ce nouveau Canada, le Québec ne peut être qu\u2019une province comme les autres, parce que les politiques y sont conçues et élaborées à Ottawa par la puissante machine fédérale.(Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, la restructuration de la fonction publique fédérale amorcée par Kim Campbell et qualifiée de «sauvage» par certains n\u2019a pas d\u2019autre objet que de la rendre plus performante dans cette nouvelle optique.) Le Québec ne peut pas accepter que les négociations du local/régional se fassent directement avec Ottawa, sous peine de perdre toute influence.1362 Plus que jamais, deux projets de pays, le Canada et le Québec, économiques aussi bien que culturels et sociaux s\u2019opposent.Des événements récents, nombreux et troublants, s\u2019inscrivent dans cette dynamique.Prenons le cas de l\u2019éducation et de la formation professionnelle: déjà l\u2019annonce faite par Wilson, en pleines discussions constitutionnelles, à une soixantaine de décideurs économiques et d\u2019éducateurs de l\u2019Ontario aurait dû attirer l\u2019attention du Québec: «.the fédéral government must become a bigger player in the educational system in order to thrive in the global marketplace».(The Ottawa Citizen, 15 juillet 1992) Jean Charest pendant la course à la direction du Parti conservateur a repris ce thème de l\u2019importance de la formation et de l\u2019obligation pour le fédéral de s\u2019en mêler.Les Libéraux pensent-ils autrement?Ils ne le peuvent pas.Les textes de l\u2019OCDE, les réflexions internationales et celles des gourous des affaires aussi bien que les engagements de Clinton reprennent à satiété cette nouvelle évidence: les pays dignes de ce nom se doivent d\u2019investir en éducation, d\u2019en assurer l\u2019orientation.Et l\u2019annonce de Jean chrétien qu\u2019il irait plus loin encore dans l\u2019ingérence à l\u2019intérieur des juridictions provinciales ne peuvent nous faire douter qu\u2019il n\u2019y a pour lui qu\u2019un pays au Canada et que c\u2019est le Canada.Peut-on compter sur le gouvernement actuel du Québec pour défendre au moins les positions historiques et plus que minimales dans l\u2019ordre du développement autonome du Québec?Que NON.Aussi bien l\u2019extraordinaire ajustement du Québec à la constitution canadienne que constitue la loi 86 pour Claude Ryan que l\u2019innommable acceptation des normes nationales et de la définition par Ottawa des besoins en matière de formation de la main-d\u2019œuvre, par le ministre québécois André Bourbeau, ne peuvent nous permettre d'en douter.Dans les faits, et plus que jamais, deux projets de pays, le Canada et le Québec, économiques aussi bien que culturels et sociaux s\u2019opposent, sont en lutte, concrètement, quotidiennement, parce qu\u2019il y a l\u2019urgence de cette grande course mondiale à la concurrence qu\u2019on voudrait bien 1363 pouvoir refuser.À l\u2019évidence, dans la situation actuelle, c\u2019est le projet canadien qui se concrétise un peu plus chaque jour, avec la collaboration active de ce qui tient lieu de gouvernement du Québec à Québec.Et le retard du Québec et sa dépendance se creusent, sans presque provoquer de réaction.Pourtant, on assiste à un gaspillage éhonté des luttes québécoises, des espoirs légitimes et des possibles à la portée de la main.II.Hors de la souveraineté Hors de la souveraineté, point de nouvel arrangement avec le Canada Bourassa a gaspillé une situation unique dans l\u2019histoire du Québec: l\u2019unité de la classe politique et un appui massif de la population en faveur de la souveraineté nationale, comme dans un pays normal.Le Québec est aujourd\u2019hui, trois ans plus tard, gravement affaibli et humilié face au Canada, sur la scène internationale et de nouveau tiraillé en lui-même par des leaders qui n\u2019ont d\u2019autre ambition que de le convaincre qu\u2019il est «né pour un petit pain».Toute espèce de «menace» de souveraineté est désormais brûlée au Canada qui ne prendra au sérieux le Québec que lorsque le référendum sur la souveraineté sera gagné.C\u2019est avec des représentants mandatés pour faire la souveraineté que le Canada négociera, pas avant.Personne ne peut plus en douter.Les fédéralistes québécois qui ont cru au renouvellement du Canada sont ainsi obligés de s\u2019accommoder du fédéralisme canadien pur et dur ou de se résoudre à revenir à la seule autre conclusion du rapport Bélanger Campeau: faire un référendum sur la souveraineté du Québec.Il faut souhaiter vivement qu\u2019ils ne suivront plus longtemps Bourassa.Lui a choisi de plier encore plus qu\u2019à Charlottetown.Il a choisi la stratégie de la terre brûlée: plutôt couler le bateau québécois que de le voir devenir souverain.Bourassa a gaspillé une situation unique dans l\u2019histoire du Québec: l\u2019unité de la classe politique.1364 En fait, Bourassa, en entraînant le Parti libéral dans une humiliante pirouette, du référendum sur la souveraineté à l\u2019entente de Charlottetown, a cantonné son parti dans une intenable opposition à la souveraineté, d\u2019autant plus intenable que le reste du Canada n\u2019est même pas prêt à faire semblant de concéder aux fédéralistes-québécois-à-tout-prix les dispositions minimales dont ils auraient besoin pour sauver la face.Au contraire, ce sont les Libéraux québécois qui sont obligés d\u2019abandonner les protections essentielles à la langue française par la loi 86 pour s\u2019ajuster à la fédération canadienne comme le disait Claude Ryan, ou de céder sur des positions historiques et unanimement partagées comme viennent de le faire Robert Bourassa et André Bourbeau sur la main-d\u2019œuvre.Malgré ces concessions du désespoir, le reste du Canada proteste avec véhémence.Inutile d\u2019insister davantage sur l\u2019introuvable «troisième voie» que plusieurs semblent appeler de tous leurs vœux, s\u2019ils la cherchent entre le fédéralisme et la souveraineté.Il faut rappeler, sans cesse parce que la tentation est forte de l\u2019oublier, qu\u2019elle suppose d\u2019abord la volonté de souveraineté chez les Québécoises et Québécois exprimée dans un référendum.C\u2019est une fois décidés à être souverains que les Québécois pourront se poser la question de leurs nouveaux arrangements avec le Canada.C'est une fois décidés à être souverains que les Québécois pourront se poser la question de leurs nouveaux arrangements avec le Canada.Il faut donc saluer l\u2019espoir que constitue le regroupement autour de Jean Allaire et Mario Dumont des Libéraux du Québec qui ne veulent pas rejoindre le Parti québécois, mais qui savent qu\u2019il n\u2019y a aucun choix véritable pour le Québec hors un référendum sur la souveraineté.Certains peuvent penser, y compris Robert Bourassa, que l\u2019élection du Bloc Québécois pourrait redonner un rapport de forces au Québec et ainsi permettre une nouvelle chance de «renouvellement» du fédéralisme canadien.Il faut bien vite rappeler que c\u2019est en bravant la proximité du 1365 référendum québécois sur la souveraineté que les premiers ministres canadiens, à l'initiative du néo-démocrate Bob Rae et sous la houlette du pape de l\u2019ouest.ont conclu l\u2019entente du 7 juillet 1992 parfaitement hostile au Québec.Bien plus, il ne faut pas perdre de vue que le parti de Jean Chrétien mène dans les sondages et que la promesse qu\u2019il a faite, c\u2019est de pousser plus loin l\u2019ingérence fédérale.Non, décidément, il n\u2019y aura que le vote sur la souveraineté qui dressera la table des négociations Canada-Québec.Dans ce contexte, le petit groupe de Libéraux et de non-alignés réunis autour de Jean Allaire et de Mario Dumont représente l\u2019espoir que rapidement la souveraineté redevienne un enjeu politique québécois réunissant les Québécois au delà de l\u2019engagement partisan pour leur plus grand bien.Qu\u2019ils s\u2019y préparent, qu\u2019ils veuillent représenter alors une alternative politique, qu\u2019ils aient un point de vue sur le type d\u2019association que le Québec devrait rechercher avec le Canada et peser sur l\u2019opinion publique, il n\u2019y a rien là que de souhaitable.Ils rendront en fait un énorme service à la démocratie et faciliteront au peuple québécois le passage à la souveraineté, ce à quoi Bourassa s\u2019est lâchement refusé.III.Un pays à penser Ainsi, Mario Dumont, Jean Allaire et les autres, s\u2019ils ne partagent pas le projet politique et social du Parti québécois ont raison de se préparer à solliciter l\u2019exercice du pouvoir dans un Québec souverain dont tous les contours pourront être redessinés.Toutes les questions concernant l\u2019organisation sociale d\u2019après la souveraineté demeurent posées et appellent la critique, la réflexion et les propositions de programme politique de parti, comme dans tout pays normal.On ne le dit pas assez.On ne lit pas assez l\u2019histoire.Le Québec a été empêché de se donner l\u2019organisation sociale et culturelle dont il a besoin et qu\u2019il a cherchée en vain depuis la révolution tranquille.S\u2019il ne se résout pas aujourd\u2019hui à la Décidément, il n 'y aura que le vote sur la souveraineté qui dressera la table des négociations Canada-Québec.1366 souveraineté tranquille, il sera incapable de s\u2019attaquer sérieusement au chômage et à la pauvreté.Il sera également rivé au stade de la survivance malgré la loi 101, confronté qu\u2019il est au triple défi de la dénatalité, de l\u2019attrait irrésistible de l\u2019Amérique du Nord sur les immigrants non francophones et même francophones, et de la révolution des communications.Lui, qui avait fait des pas de géant dans la reconnaissance des nations autochtones et l\u2019amorce de véritables négociations avec elles, se retrouve, faute de pouvoirs suffisants, à la remorque du gouvernement fédéral, dans la situation gênante de faire servir sa cause contre lui-même dans l\u2019arène internationale.La souveraineté pourtant n\u2019est pas une panacée, c\u2019est un moyen, indispensable et suprême, mais un moyen tout de même, de cesser de survivre pour enfin vivre, Français métissés d\u2019Amérique.C\u2019est un moyen pour se faire une place au soleil dans ce monde de compétition outrancière.C\u2019est un moyen pour s\u2019attaquer enfin sérieusement au chômage et à la pauvreté et à toutes les exclusions.Devenir un pays, aujourd\u2019hui, c\u2019est aussi prendre sa place et assumer ses responsabilités dans un monde en plein bouleversement économique et en ébullition politique et sociale où l\u2019idéologie fait primer l\u2019intérêt exclusif des consommateurs-rois, au prix d\u2019une déstructuration sociale coûteuse et bientôt dangereuse.Devenir un pays, aujourd\u2019hui, c\u2019est pour le peuple québécois une extraordinaire occasion de se réinventer et de mobiliser toutes ses énergies et son talent; c\u2019est aussi, ô combien, une lourde responsabilité.La souveraineté est un moyen, indispensable et suprême, pour se faire une place au soleil dans ce monde de compétition outrancière.IV.La souveraineté tranquille L\u2019incapacité à renouveler le fédéralisme a empêché les révolutionnaires tranquilles d\u2019atteindre leurs objectifs Au début des années 1960, deux grands mouvements sollicitaient les Québécoises et Québé- 1367 cois: le réformisme de la révolution tranquille, issu des idées du regroupement de jeunes de l\u2019Action libérale nationale qui avaient quitté le Parti libéral au début des années 1930, trop corrompu et fermé aux réformes jugées essentielles pour le Québec; et l\u2019indépendance du Québec, brandie par le Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale, le Ralliement national et, à sa manière le Front de libération du Québec, regroupements essentiellement composés de jeunes, nés dans la foulée de l\u2019irrépressible courant de décolonisation d\u2019après 1945.(Les jeunes ne se constituaient pas alors en regroupements exclusifs, mais représentaient l\u2019essentiel des forces de l\u2019Action libérale nationale, au moment de sa création et des mouvements indépendantistes du début des années 1960.) Quand le Parti libéral a pris le pouvoir en 1960, il héritait d\u2019un programme longtemps mûri sous la direction de Georges-Émile Lapalme.J\u2019en retiens trois idées, fondatrices de la révolution tranquille: le rattrapage économique du Québec souvent comparé à l\u2019Ontario, la lutte à la pauvreté et la promotion de l\u2019égalité par l\u2019accès universel à l\u2019éducation, aux soins de santé et à la culture québécoise rendus possibles grâce à l\u2019intervention de l\u2019État.La récupération de pouvoirs, par des amendements constitutionnels ou par des ententes administratives accompagnés de retours d\u2019argent, apparaissait comme l\u2019instrument indispensable à ces changements appelés à hauts cris dans une volonté partagée de modernisme, d\u2019adaptation aux exigences du temps.Force est de constater aujourd\u2019hui qu\u2019il n\u2019y a pas eu de rattrapage économique.Au contraire, l\u2019écart avec l\u2019Ontario s\u2019est creusé malgré les effets douloureux de la récente récession dans la province voisine.Le Québec s\u2019est quand même donné, par la Caisse de dépôts, un puissant moyen de développement dans la seule ronde de négociations constitutionnelles où il ait fait des gains, Le Québec s'est quand même donné, par la Caisse de dépôts, un puissant moyen de développement dans la seule ronde de négociations constitutionnelles où il ait fait des gains, celle de 1964-1965.1368 Le Québec n 'a pas été choyé par le Canada, sous quelque gouvernement que ce soit, malgré les préjugés couramment répétés dans le reste du Canada.celle de 1964-1965.On n\u2019ose pas penser à ce qui serait arrivé si cette négociation s\u2019était déroulée deux ans plus tard, alors qu\u2019Ottawa subissait déjà l\u2019influence de Trudeau.Mais, au fil des années, l\u2019effet combiné des actions économiques structurantes d\u2019Ottawa favorisant les provinces autres que le Québec, notamment l\u2019Ontario, et des politiques macroéconomiques comme la politique monétaire ont empêché le Québec de sortir de son retard relatif.Qu\u2019on rappelle seulement le Pacte de l\u2019Automobile, la politique énergétique et celle des transports, les subventions aux agriculteurs de l\u2019Ouest, les investissements absolument injustifiables économiquement dans le projet Hibernia ou la politique des achats gouvernementaux, on ne peut que constater que le Québec n\u2019a pas été choyé par le Canada, sous quelque gouvernement que ce soit, malgré les préjugés couramment répétés dans le reste du Canada.Quant aux politiques macro-économiques, comme la politique monétaire par exemple, toujours axée sur le contrôle de l\u2019inflation en Ontario même au détriment cette fois de toutes les autres provinces soumises à des hauts taux d\u2019intérêt alors qu\u2019elles cherchaient à stimuler leur développement, elles ont gravement nui au Québec et l\u2019ont empêché de rattraper l\u2019écart de développement.Plus récemment, les investissements en recherche et développement, les achats gouvernementaux, les politiques de subventions à frais partagés qui avantageaient les provinces les plus riches ont laissé pour compte un Québec qui développait cependant un modèle original de collaboration socio-économique qui ne demande que les moyens suffisants pour prendre son envol.Pauvreté.La lutte à la pauvreté, dont les moyens avaient été tracés par le Rapport Boucher de 1962 qui concluait à la nécessité de ce qu\u2019on appellerait aujourd\u2019hui une politique de plein-emploi, elle s\u2019est empêtrée dans les dédales des chicanes fédérales-provinciales.René Lévesque, ministre des Affaires sociales et de la famille, 1369 voulant assurer la prévention de la pauvreté par des allocations familiales, universelles et plus généreuses sous contrôle québécois, s\u2019est fait dire NON par Ottawa où Trudeau venait d\u2019arriver.Castonguay, ministre libéral du même ministère, n\u2019a pas eu en 1971 plus de succès avec Ottawa (ni avec Bourassa qui ne l\u2019a pas soutenu) dans le même dossier, et il ne s\u2019est pas représenté en 1973.Le résultat global a été que le Québec s\u2019est enferré, par les bons soins de l\u2019intransigeance d\u2019Ottawa, dans une politique où l\u2019aide aux parents démunis passait par l\u2019aide sociale, perdant du même coup la capacité d\u2019aider toutes les familles qui le voulaient à avoir les enfants qu\u2019ils voulaient et incitant tant d\u2019autres à ne pas prendre le risque de quitter l\u2019aide sociale pour un salaire et des conditions qui ne seraient jamais équivalentes.Beau gâchis.Ce n\u2019est qu\u2019un exemple des torts graves causés par les normes nationales même dans les programmes qui avaient été négociés en 1964, comme la récupération de points d\u2019impôts, sans aucune condition.Culture.Alors que la création de Radio-Québec invitait à tous les espoirs, la politique d\u2019unité nationale de Radio-Canada, le contrôle total des communications par Ottawa, la décision récente du CRTC dans les programmes transmis par satellites où il n\u2019a été tenu aucun compte des conditions particulières prévalant au Québec et, finalement, l\u2019annonce même de l\u2019abandon par Québec de son ministère des communications, pour éco-nomiser(!), sanctionnent l\u2019aplaventrisme de Québec.Or, ce geste éminemment symbolique est posé précisément dans cette ère qu\u2019on dit des communications, où le médium est le message comme nous l\u2019annonçait MacLuan.Il confirme, consacre l\u2019échec des espoirs de la révolution tranquille dans les communications.Mais ce champ de la culture s\u2019est complètement transformé.La langue française, bafouée qu\u2019elle était, comme l\u2019a si dramatiquement mon- 1370 tré la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme à partir de 1968, n\u2019était pas menacée.Aujourd\u2019hui, même la loi 101 ne serait plus suffisante pour rassurer si elle n\u2019avait été remplacée par la loi 86, ce monument défiant la loi de la gravité, élevé pour l\u2019orgueil d\u2019un homme seul.La dénatalité, a complètement changé les paramètres de l\u2019avenir du français au Québec et du Québec français au Canada et en Amérique du Nord.L\u2019hostilité à la domination et au colonialisme de la langue anglaise, canadienne ou américaine, a fait place à la crainte de la folklorisation ou de l\u2019extinction lente de la langue française.Plus, la question des rapports avec les immigrants et les nouveaux citoyens canadiens, dont l\u2019allégeance est clairement et très majoritairement envers le Canada, est désormais posée avec acuité.Les espoirs de réforme portés par la révolution tranquille sont en lambeaux.Sauf les bien-nantis satisfaits, la situation actuelle ne peut qu\u2019inquiéter fortement tous les autres, confrontés au mur du Refus canadien, à l\u2019Autre projet canadien.Celles et ceux qui en doutaient n\u2019ont qu\u2019à constater la réaction du Canada anglais à la récente entente appréhendée sur la main-d\u2019œuvre survenue à la suite de la rencontre entre Kim Campbell et Robert Bourassa, éminemment inacceptable pour le Québec entier, mais pourfendue comme une concession inacceptable ailleurs au Canada (The Gazette, 5 août 1993).La dénatalité a complètement changé les paramètres de l\u2019avenir du français au Québec.Exit l\u2019espoir de réforme dans le Canada.Même le gouvernement du Parti québécois au pouvoir pendant neuf années n\u2019est pas parvenu à tirer plus du fédéralisme, ni Robert Bourassa deuxième manière prêt à conserver le Québec dans le Canada au prix que celui-ci était prêt à payer, à Meech d\u2019abord, ensuite à Charlottetown et dans la période précédant l\u2019élection de 1993.Pour réaliser les objectifs de la révolution tranquille, il ne reste désormais qu\u2019à assumer la souveraineté tranquille.C\u2019est le seul projet réaliste, raisonnable et responsable.Celles et ceux qui 1371 sont venus à l\u2019indépendance dès les années 1960 ont finalement eu raison: le Canada s\u2019est montré irréformable et le Québec a payé cher sa dépendance.Mais nombreux étaient-ils, dans la foulée de ce qu\u2019on a appelé la décolonisation, à vouloir l\u2019indépendance pour elle-même, parce que l\u2019agir par soi vaut toujours mieux que le remplacement, parce que c\u2019est normal pour un peuple d\u2019assumer sa destinée, d\u2019être responsable de son avenir.Robert Bourassa a achevé la démonstration.Pour l\u2019avenir du Québec, comme d\u2019ailleurs pour celui du Canada, la souveraineté du Québec, et la négociation d\u2019une entente avec le Canada et les autres partenaires nord-américains et du continent, s\u2019avèrent désormais incontournables.Pourtant, dira-t-on avec raison, ces autres sujets dont la responsabilité appartenait tout entière au Québec comme l\u2019éducation qu\u2019en a-t-on fait?On ne peut ainsi mettre le blâme tout entier des problèmes du Québec sur la constitution, sur les autres?En effet.Autant la souveraineté est indispensable, autant elle est insuffisante à elle seule pour diminuer le chômage et la pauvreté, assurer l\u2019égalité et la fraternité entre les citoyens, la qualité du français et l\u2019aide intelligente à la culture, la démocratie par l\u2019information et la formation des citoyens.V.La souveraineté, nécessaire mais non suffisante La souveraineté est donc une occasion extraordinaire de rassemblement autour d\u2019un projet qui relance la poursuite des objectifs de la révolution tranquille.Mais pour avoir quelque chance de succès, ce «projet» doit être précédé, accompagné à tout le moins, d\u2019un bilan lucide et aussi largement partagé que possible de la situation, qui s\u2019attache à l\u2019essentiel.Ainsi, quand j\u2019ai vu le titre «La petite noirceur» du texte de Mario Dumont, j\u2019étais ravie.Sans doute une critique radicale (de radicus, ra- C\u2019est normal pour un peuple d\u2019assumer sa destinée, d\u2019être responsable de son avenir.1372 Les effets pervers de nos chers acquis de la révolution tranquille sont là, étalés et choquants.cine), ai-je pensé.À la lecture, je suis restée sur mon appétit.Pourtant, la situation actuelle appelle une critique serrée, une réflexion éclairée.Pour trouver des solutions qui ont une chance d\u2019être adéquates pour les trente prochaines années, il faut d\u2019abord poser correctement les problèmes.Or, à peine sortie du corset marxien, voilà notre société submergée par l\u2019idéologie néo-libérale.Que des jeunes en soient empreints, ne serait-ce que par réaction, il n\u2019y a là rien que de normal.Encore faudrait-il qu\u2019ils aient l\u2019air de savoir que le bonheur par le marché, et la prospérité générale par la globalisation ne sont pas davantage possibles que la société sans classe.Pour faire neuf et jeune, faut-il absolument revenir à la situation d\u2019avant 1930 qui a mené à l\u2019autre grande crise?Et pourtant, les effets pervers de nos chers acquis de la révolution tranquille sont là, étalés et choquants.Ils ont cent fois raison de les dire.Faut-il pour autant proposer de tout hasarder et de tout recommencer, comme si nous n\u2019avions rien appris, comme si nous ne pouvions faire la distinction entre le mythe et la réalité, entre l'idéologie et les faits?Comme si nous ne savions pas ce qui se passerait s\u2019il n\u2019y avait plus de sécurité d\u2019emploi dans la fonction publique, ou chez les professeurs; si tous les services publics étaient privatisés comme ils l\u2019étaient dans le passé et que la clameur populaire a exigé leur nationalisation pour une meilleure efficacité à meilleur coût; si les soins de santé et les services sociaux n\u2019étaient pas assumés collectivement et qu\u2019il fallait revenir au temps où les familles de revenus moyens s\u2019endettaient mortellement quand elles étaient malchanceuses; si les collèges n\u2019étaient plus accessibles et qu\u2019il faille revenir au privilège des biens-nantis; s\u2019il fallait revenir à la charité privée des dames patronnesses pour leurs pauvres?N\u2019est-il pas plutôt temps de développer patiemment des correctifs, des améliorations, jeunes et moins jeunes peinant ensemble pour perpé- 1373 tuer ce qui est efficace mais changer ce qui a été dévoyé en cours de route ou qui a produit des effets non désirés?Les exemples sont nombreux et la liste, longue, des questionnements d\u2019abord, des espoirs déçus ensuite.Bien sûr, face à l\u2019épuisement du Parti libéral, le Parti québécois offre un programme, trop mal connu.Résultat d\u2019un travail souvent extrêmement sérieux, s\u2019appuyant sur les connaissances des spécialistes du domaine et traduisant les besoins et la vision des militantes et militants, le projet du Parti québécois enrichi par le prochain congrès sera le mandat du gouvernement du Parti québécois.Il n\u2019épuise pas, pourtant, la réflexion à faire sur l\u2019organisation politique et sociale ni, notamment sur la culture.Surtout, il faut en convenir, le rôle d\u2019un parti étant de prendre et d\u2019exercer le pouvoir, il ne peut être le seul lieu d\u2019élaboration de la pensée, ni de l\u2019action politique, culturelle et sociale.C\u2019est d\u2019autant plus vrai au Québec, où l\u2019expertise provinciale reste limitée, souvent distante sinon absente des si nombreuses décisions prises à Ottawa et affectant profondément les destinées du Québec.Qu\u2019on songe au fleuve, aux ports, aux communications, aux brevets, à la défense, aux services d\u2019espionnage, à la politique internationale, aux lois qui régissent la vie et la mort, aux tribunaux supérieurs, aux nombreuses ententes internationales, aux lois sur l\u2019immigration et les réfugiés., on est souvent absent du projet souverainiste qui s\u2019est souvent édifié, et c\u2019est normal, sur ce que les Québécois connaissent le mieux, ce qui tombe sous leur juridiction.Il y a tant à faire d\u2019ici quelques années.Le Bloc québécois pourra prendre à Ottawa une expérience, acquérir des connaissances indispensables pour compléter l\u2019élaboration même du projet de souveraineté.D\u2019ici le référendum sur la souveraineté, le travail à accomplir est donc considérable.Il n\u2019est pas la seule responsabilité du Parti québécois ni du Bloc québécois.Le référendum sur la souve- Le Bloc québécois pourra acquérir des connaissances indispensables pour compléter l'élaboration même du projet de souveraineté.1374 Debout.Vienne le temps de l\u2019espérance.raineté sera en effet la naissance de l\u2019État national québécois qui n\u2019appartiendra à aucun parti mais sera l\u2019expression du peuple québécois, de la nation québécoise.Alors, mais alors seulement, toutes les voies que nous voudrons \u2014 y compris la troisième si ardemment recherchée par certains \u2014 et que nous pourrons ouvrir, seront ouvertes.Conclure autrement serait rebobiner le rouleau de notre histoire à une phase antérieure et, proprement, mentir: il ne peut y avoir de troisième voie sans la souveraineté.Bien sûr, il y aura des obstacles, mais à la différence de ceux rencontrés dans le fédéralisme canadien, ils sont surmontables.S\u2019il y a un coût, il ne sera jamais aussi terriblement lourd que celui que nous préparent les artisans du nouveau Canada et les aplaventristes québécois du fédéralisme.Aujourd\u2019hui, et depuis longtemps, nous payons un prix qui creuse notre dépendance et notre appauvrissement collectif et empêche notre élan.Debout.Vienne le temps de l\u2019espérance.?1375 Lettre ouverte au Parti québécois Un projet emballant ?Roger JULIEN Un grand nombre de Québécoises et de Québécois croient à la nécessité de définir un projet de société qui soit intéressant, emballant et qui nous ressemble; et aussi sûrement, bon nombre de militants de votre parti.Exemple, la présidente du comté de Laporte, madame Annick Bélanger, qui écrit ceci: «.D\u2019ici aux prochaines élections.notre parti doit redoubler d\u2019efforts afin de présenter à la population un projet de société emballant, porteur de solutions aux problèmes économiques et sociaux qui accablent de plus en plus de gens à qui nous devons redonner espoir et dignité.Le Congrès du comté de Laporte est pour nous tous l\u2019occasion unique de collaborer à la préparation du programme du Parti québécois».(à retenir: «occasion unique»).Le président du Parti québécois est-U du nombre de celles et ceux qui pensent «projet de société» emballant pour le Québec?Dans son discours de clôture, à l\u2019occasion d\u2019un congrès régional spécial P.Q.- Montérégie tenu le samedi 25 janvier 1992 -, monsieur Jacques Parizeau disait ceci: «.il est important que notre réflexion con- 1376 tinue sur notre projet de société.Les Québécois nous demandent: \u201cquel genre de société vous voulez?\u201d Il faut qu\u2019on puisse leur répondre.» Et de ce projet de société, monsieur Parizeau n\u2019a dit mot à cette occasion; une fraction de seconde pour dire l\u2019expression «projet de société» et vite, on passe à des choses plus importantes: «.Ce sera bientôt la campagne de financement.Y\u2019a rien de plus important qu\u2019une démarche comme celle-là.Et dans son discours à l\u2019ouverture du 12e congrès, vendredi soir le 20 août 1993, rien encore qui annonce un projet emballant, rien qui dit ce que serait un tel projet et ce que ferait le Parti québécois pour le concrétiser.Dans son discours, monsieur Parizeau prononce les mots «justice sociale», dit que «ressouder les parties d\u2019un Québec cassé en deux (lui) apparaît être le plus bel idéal à avoir», mais comment cela se fera-t-il?Pas un mot.Pour offrir aux jeunes autre chose qu\u2019un «avenir bouché», pour mettre fin à «un décrochage scolaire anormal», pour «créer les emplois» qui permettent des «finances publiques saines», toutes choses auxquelles monsieur Parizeau fait allusion dans son discours, que fera le Parti québécois?S\u2019il le sait, monsieur Parizeau ne profite pas de la belle occasion qu\u2019il a de le dire.A l\u2019ouverture du 12e congrès, le seul endroit de son discours où monsieur Parizeau dit ce qu\u2019il va ou veut faire, c\u2019est quand il dit «qu'un petit pays peut être très prospère à condition d\u2019appartenir à un très grand marché.c\u2019est ça que nous allons faire.» Est-ce là la panacée universelle et en même temps l\u2019essence même du projet sociétal du président du Parti québécois.De la responsabilité Mais quand, faisant allusion aux politiciens fédéraux qui refilent les factures aux provinces et aux politiciens provinciaux qui refilent à leur tour les factures aux municipalités, monsieur Parizeau dit que «nous vivons dans un système politique d\u2019irresponsables», et que plus loin dans son discours il dit «qu\u2019il faut créer un pays où les Québécois seront responsables d\u2019eux-mêmes», là monsieur Parizeau touche un point primordial.En effet, dans notre chère démocratie représentative, on nous apprend à devenir des «irresponsables» en nous incitant fortement à faire un «p\u2019tit paquet» de nos devoirs, obligations et responsabilités et à refiler tout ça sur le dos de quelqu\u2019un d\u2019autre par le vote une fois tous les quatre ou cinq ans.Et quand ils arrivent au «pouvoir», les élus(es) ayant tous et toutes subi le même conditionnement à l\u2019irresponsabilité font alors comme tous les citoyens, ils délèguent à leur tour.Ils délèguent à d\u2019autres gouvernements mais surtout aux fonctionnaires et aux «puissances d\u2019argent».Ce qui fait que finalement le monde est comme un bateau à la dérive avec aucun responsable au gouvernail.Ce n\u2019est sans doute pas ce que voulait dire monsieur Parizeau, mais moi je dis qu\u2019il faut créer un pays où toutes les Québécoises et tous les Québécois pourront se sentir individuellement «responsables d\u2019eux-mêmes».Un pays où toutes et tous conserveront tout leur pouvoir de penser, de parler, de décider et d'agir et arrêteront de déléguer, de donner ce pouvoir à d\u2019autres., d\u2019autres qui trop souvent monopolisent le «pouvoir de» et le transforment en «pouvoir sur», pouvoir sur les autres.Il faut donc passer d\u2019une démocratie très imparfaitement représentative à une démocratie directe ou participative où toutes et tous seront également responsables et auront un droit égal de participer à la «chose publique» ou au bien commun de la collectivité.Ce qui suppose donc une réforme, une transformation complète de notre système politique plusieurs fois séculaire.De la participation «Le sort du Québec est entre vos mains; vous allez avoir à travailler très dur durant les deux années qui viennent.» (Jacques Parizeau) Il faut créer un pays où toutes les Québécoises et tous les Québécois pourront se sentir individuellement responsables d\u2019eux-mêmes.1378 Ce parti ne m'appartient pas.Il appartient à toutes les Québécoises et à tous les Québécois.«Vous allez décider, par vos propositions, de ce que seront les futures lois d\u2019un Québec souverain.» (Bernard Landry) A.Programme Je parlerai d\u2019abord de la participation des membres à l\u2019élaboration du programme de leur parti.René Lévesque répétait souvent (dans les débuts.): «.ce parti ne m\u2019appartient pas.Il appartient à toutes les Québécoises et à tous les Québécois.» Les règlements du Parti (chap.I, article D) disent que «Lors de son adhésion au Parti, sera remis à chaque membre, par l'intermédiaire de son comté, un exemplaire du programme, des statuts et règlements.» On ne m\u2019a remis aucun de ces documents, et je sais de source certaine qu\u2019on ne remet les règlements du Parti que sur demande.Si tous les membres avaient en main ces règlements, ils sauraient peut-être que: «Conformément aux statuts (VI-4 et VII-4), le Conseil national et le Conseil exécutif du Parti ont Y obligation d\u2019insérer dans le cheminement critique annuel les fonctions et mandats suivants: .C- programme.1.\tMandat général: Assurer la connaissance, l'étude et la diffusion du programme.2.\tFonctions: Dans l\u2019exécution de ce mandat, le Conseil national et le Conseil exécutif national pourvoient aux fonctions suivantes: b) faire connaître et étudier le programme du Parti \u2014 en suscitant des réunions de comtés et de régions.Dans les faits, que se passe-t-il?Je n\u2019ai jamais été convoqué à une réunion où l\u2019étude du programme apparaissait à l\u2019ordre du jour.Réunion générale annuelle statutaire de comté, campagne de financement et élections semblent être les trois seuls motifs de correspondance avec les membres.Sauf à l\u2019approche du congrès national biennal.Là, pour donner l\u2019impression aux membres que c\u2019est bien eux qui font le programme du Parti, on convoque dans chaque comté un congrès.1379 Réfléchissons un instant! Est-il possible pour des membres, quels qu\u2019ils soient, aussi géniaux soient-ils (qui n\u2019ont jamais reçu copie du programme sauf s\u2019ils en ont fait la demande.) de pouvoir en l\u2019espace de quelques heures (c\u2019est l'unique occasion, comme l\u2019écrivait madame Annick Bélanger) prendre connaissance de tout le programme (édition 91 \u2014 272 pages) et formuler adéquatement leurs désirs, leurs souhaits sous forme de propositions en vue des congrès régionaux et du congrès national?.Et pourtant, c\u2019est le tour de force que la direction du Parti demande à ses membres en ne respectant pas le chapitre VIII des règlements du Parti à la section C-programme.Et en plus, on en est au 12' congrès et on n\u2019a pas encore trouvé (a-t-on seulement vraiment essayé d\u2019en trouver une?!) une formule qui permettrait d\u2019avoir le maximum de respect pour les membres qui ont dépensé temps et énergie à vouloir participer à l\u2019élaboration du programme.Ces personnes doivent accepter (elles n\u2019ont pas le choix) qu\u2019un très grand nombre de propositions soient «tablettées» faute de temps pour les étudier en plénière lors du congrès national.Et pourtant, j\u2019entendais samedi soir le 21 août monsieur Bernard Landry sur les ondes de Radio-Canada déclarer quelque chose qui ressemble à ceci: «.nos militants ne sont pas que des machines à ramasser des sous (campagnes de financement) non plus que des machines à ramasser des votes (élections); ce sont aussi des machines à penser.», à qui la direction du Parti demande de ne pas trop penser et pas trop souvent, aurait pu aussi dire monsieur Landry.C\u2019est aussi ça la délégation de pouvoir: déléguer mon pouvoir de penser à un exécutif qui pense très fort à ma place, à notre place.B.Constitution Parlons maintenant de la possible participation des membres du Parti (qui y ont renoncé au 12e Nos militants ne sont pas que des machines à ramasser des sous; ce sont aussi des machines à penser.1380 congrès) et de la population en général, à la rédaction de ce qui sera la loi première du pays: la constitution.«Il faut se préparer une constitution du moins provisoire» (J.Parizeau, discours d\u2019ouverture.).Les délégués(es) ont compris le message: on ne convoque pas d\u2019États Généraux pour rédiger une constitution provisoire.Mais c\u2019est quoi cette idée d\u2019une constitution provisoire?! Y aura-t-il pays provisoire et ensuite pays permanent?! Non, bien sûr; c\u2019est uniquement question d\u2019éviter un «vide juridique».car on prévoit sans aucun doute qu\u2019avec les constitutionnalistes, les juristes et les politiciens, la rédaction d\u2019une constitution non provisoire, ça risque d\u2019être très long.Constitution provisoire ou non, il ne peut y avoir de pays provisoire et la constitution est la loi qui définit le pays.Une constitution doit définir les grands objectifs que se donne un peuple.Point n\u2019est besoin d\u2019être architecte pour comprendre la comparaison que l\u2019on peut faire entre la construction d\u2019une maison et la construction d\u2019un pays.Avant de construire une maison, on dessine le plan d\u2019architecture et avant de construire un pays on doit nécessairement faire de même.Et le plan d\u2019architecture d\u2019un pays, c\u2019est le projet de société du peuple sur lequel sera fondée la constitution.La constitution doit dire ce qu \u2019est le projet de société.Et il n\u2019est que normal, pour celles et ceux qui croient en la supériorité et en la nécessité de la démocratie participative, il n\u2019est que normal pour celles-ci et ceux-là de vouloir participer de plein droit à la définition, à l\u2019élaboration, à la rédaction de la constitution.Point n\u2019est besoin de prétendus «experts» juristes ou autres, ni pour la forme, ni surtout pour le fond.Souveraineté ou fédéralisme Une constitution doit définir les grands objectifs que se donne un peuple.renouvelé?! Lors d\u2019une assemblée publique tenue au Palais des congrès le 19 novembre 1991, monsieur Jean 1381 Campeau était un des orateurs invités.Il affirma ceci: «.dans un Québec «souverain» nous disposerons de tous les pouvoirs, de tous les leviers économiques.En économie plus qu\u2019en tout autre chose, on n\u2019est jamais mieux servi que par soi-même.» Au même Palais des congrès, le samedi 21 août 1993, je m\u2019adresse devant témoin à monsieur Jean Campeau et lui rappelle ses paroles.Je lui demande s\u2019il n\u2019y avait pas dans une telle déclaration une entrave assez importante à la vérité.Je lui demande s\u2019il est bien vrai de dire que nous aurions tous les leviers économiques alors même qu\u2019il y aurait forte intégration économique Canada-Québec, que nous partagerions la même monnaie et que dans la définition de la politique monétaire, le Québec n\u2019aurait certes pas le «gros bout du bâton».Monsieur Campeau a l\u2019honnêteté d\u2019admettre qu\u2019il avait tort de dire: «tous les leviers économiques».et ajoute «mais moi, j\u2019ai l\u2019intention, c\u2019est dans mon intention qu\u2019il y ait une monnaie québécoise.».Messieurs Campeau et Parizeau auront certainement d\u2019intéressantes discussions sur ce sujet, car Monsieur Parizeau déclarait récemment qu\u2019une monnaie québécoise serait «à terre» au bout de trois jours.Quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est là un drôle de pays dont le Parti québécois préconise la création, puisque les gens qui savent ce qu\u2019est le fédéralisme s\u2019entendent tous pour dire qu\u2019une forte intégration économique Québec-Canada telle que proposée, c\u2019est du fédéralisme renouvelé.Et peut-on parler honnêtement de souveraineté ou de pays souverain ou de Québec souverain quand manque la souveraineté économique?Non, vous le savez fort bien et c\u2019est la raison pour laquelle vous précisez assez souvent: «souveraineté politique du Québec» comme Robert Bourassa dit «souveraineté culturelle» et comme quelqu\u2019un d\u2019autre pourrait se mettre à parler de «souveraineté sociale».Avec notre manie de tout com- En économie plus qu \u2019en tout autre chose, on n 'est jamais mieux servi que par soi-même.1382 partimenter, le culturel, l\u2019économique, le politique, le social.et oui, pourquoi pas la «souveraineté sociale»?! Il m\u2019apparaît donc faux de dire que la souveraineté politique, sans la souveraineté économique, puisse être une condition suffisante à une souveraineté vraie, réelle, entière.La souveraineté politique (toute relative) ne suffit pas, pas plus d\u2019ailleurs que la souveraineté culturelle.Personne n\u2019a jamais sérieusement pensé que Robert Bourassa était souverainiste parce qu\u2019il parlait de «souveraineté culturelle».Monsieur René Lévesque, «le patron qui n\u2019aura pas de successeur», a proposé la souveraineté-association, c\u2019est-à-dire une souveraineté politique associée à une non-souveraineté économique, une indépendance politique toute relative associée à une dépendance économique qui perpétue l\u2019interdépendance subie.Ce que proposait «le patron», c\u2019est encore ce que propose le Parti québécois, à la différence que ses dirigeants actuels sont moins habiles à maquiller la réalité, ou bien c\u2019est moi qui devient plus clairvoyant en vieillissant.De l\u2019indépendance Entendu à Radio-Canada, le lundi 23 août 1993 à l\u2019émission LE POINT: \u2014\tFrancine Pelletier: «Croyez-vous toujours en l\u2019indépendance du Québec?» \u2014\tDenis Vaugeois: «Comme d\u2019une chose nécessaire.oui!» \u2014\tFrancine Pelletier: «Croyez-vous qu\u2019elle va se faire cette indépendance-là?» \u2014\tDenis Vaugeois: «Normalement, non!» \u2014\tFrancine Pelletier: «Pourquoi?» 1383 \u2014 Denis Vaugeois: «Parce que y\u2019a des gens très puissants qui ont intérêt à ce que ça s\u2019fasse pas.Ce sont des gens très puissants qui sont au pouvoir à différents endroits, qui ont des moyens d\u2019empêcher que ça se fasse, qui ont la volonté déjà exprimée, on le sent par beaucoup de choses qui se passent, (d\u2019employer) des moyens de déstabiliser le Québec et s\u2019y emploient depuis fort longtemps et avec de plus en plus de succès.Dans ces conditions-là, le Québec est un État vulnérable et meurtri actuellement.» La population surtout.Le peuple québécois surtout (plus que l\u2019État) est un peuple meurtri.Meurtri par une trentaine d\u2019années d\u2019efforts de ces «gens très puissants», efforts en vue de discréditer, compromettre, galvauder, salir, dénaturer, rendre odieuse l\u2019idée d\u2019indépendance.Efforts déployés sur deux fronts principalement: 1.Récupérer l\u2019idée d\u2019indépendance et la transformer, la galvauder, la détruire.2.Diviser les gens («diviser pour régner») et si possible jusqu\u2019à la violence armée.et la boucle est bouclée.A.Récupération et transformation du concept «indépendance» Quoi de mieux, pour mettre un cran d\u2019arrêt à un mouvement indépendantiste qui allait de l\u2019avant, que de le récupérer en récupérant par le fait même l\u2019idée d'indépendance pour ensuite détruire cette idée! Ce sera l\u2019œuvre du «patron».Était-il complice conscient ou fut-il simplement habilement manipulé, utilisé?L\u2019histoire le dira.Quoi qu\u2019il en soit, la récupération se fait en quelques mois.Le R.I.N.disparaît de la carte politique et le M.S.A.se définit comme un mouvement composé de deux catégories de membres: les souverainistes «purs», ceux qui ne peuvent être traités de felquistes-communistes-séparatis-tes, etc.parce qu\u2019ils n\u2019étaient pas membres du Y\u2019a des gens très puissants qui ont des moyens de déstabiliser le Québec et s'y emploient depuis fort longtemps.1384 Un État souverain n 'est pas nécessairement indépendant, alors qu'un État indépendant est lui souverain nécessairement.R.I.N., et les ex-rinistes que l\u2019on qualifiait de souverainistes «impurs».Mais l\u2019important, pour les «gens très puissants», c\u2019est de voir à proposer ou plutôt imposer un concept qui aura du succès et qui fera oublier cette idée insensée, farfelue, saugrenue.d\u2019indépendance.Un État souverain n\u2019est pas nécessairement indépendant, alors qu\u2019un État indépendant est lui souverain nécessairement (j\u2019ai écrit État et non peuple; on ne pourra parler de souveraineté populaire qu\u2019avec l\u2019avènement de la démocratie participative; démocratie participative et souveraineté populaire qui entraîneront des transformations profondes de l\u2019État.).En jouant habilement sur ces deux concepts de souveraineté et d\u2019indépendance, bon nombre d\u2019indépendantistes s\u2019y laisseront prendre, la population en général n\u2019y verra que du feu et le tour est joué.Remplaçons donc le mot indépendance par le mot souveraineté.Le tour est joué?Non! Pour que le peuple accepte de renoncer au statut de peuple indépendant ou mature, il faut lui donner un gros bonbon ou un gros prix de consolation.Ce prix sera l\u2019assurance que dans un Québec «souverain» le peuple québécois pourra continuer à profiter des avantages économiques qu\u2019il y aurait à demeurer citoyen de ce beau grand Canada riche, prospère et privilégié (et surendetté.mais ça, c\u2019est une autre affaire.).On propose donc au peuple québécois de devenir souverain tout en demeurant économiquement associé avec le reste du Canada.C\u2019est la trouvaille du siècle: la SOUVERAINETÉ \u2014 ASSOCIATION! La souveraineté politique \u2014 association économique.«L\u2019indépendance» politique associée à la dépendance économique.Et les intérêts de nos «gens très puissants» s\u2019en trouveront ainsi très bien servis.Et vive le Canabec libre! B.Diviser pour régner Mais d\u2019abord et avant tout, ce qui assurera à ces «gens très puissants» la réussite, c\u2019est l\u2019em- 1385 ploi de ce qui fut de tout temps l\u2019arme principale de tous les pouvoirs: la division, «diviser pour régner».La seule définition acceptable d\u2019un peuple québécois indépendant ou mature serait une définition territoriale.Seront citoyennes et citoyens du Québec, pays indépendant, toutes celles et tous ceux, quelle que soit leur origine ethnique, qui habitent le Québec.Dans un Québec indépendant, on ne parlera pas de peuple francophone, de peuple anglophone et de peuples allophones.Il n\u2019y aura que le peuple québécois.Et aussi, peut-être, parmi nous et vivant en harmonie avec nous (parce que nous aurons harmonisé nos projets de société), les peuples autochtones.Eux seuls peuvent en décider; nous ne pouvons décider à leur place.Ce qui sera, découlera d\u2019ententes de nation à nations, de peuple à peuples.Un tel Québec indépendant, «des gens très puissants ont intérêt à ce que ça s\u2019fasse pas».Pour eux, la solution est toute trouvée: diviser, provoquer au sein du peuple québécois les divisions les plus profondes possibles.Conclusion Ce que je souhaite au peuple québécois, c\u2019est d\u2019apprendre et de comprendre et ce, dans les plus brefs délais, ce que signifient «indépendance nécessaire» et «projet de société» nécessaire (projet avant et non après l\u2019indépendance) de telle sorte que personne ne puisse dire, suite à un prochain référendum sur l\u2019indépendance, ce que Félix Leclerc disait du Québécois: «.il a même voté contre lui en refusant l\u2019indépendance ne sachant pas ce que c\u2019était.» Amour, Justice et Paix.Q 1386 Manifeste du Conseil de la coopération du Québec A l\u2019aube du XXIe siècle, alors que les règles du libéralisme donnent lieu à une restructuration de l\u2019activité économique ayant d\u2019importantes répercussions sur la vie de nos quartiers et de nos régions, la coopération constitue plus que jamais le moyen par excellence pour: \u2022 favoriser le regroupement des forces dans chaque milieu et à l\u2019échelle du Québec, afin de trouver des solutions adaptées aux situations d\u2019aujourd\u2019hui et aux besoins fondamentaux des personnes et des communautés; et \u2022 développer des entreprises saines et compétitives qui contribuent à enrichir le patrimoine collectif.C\u2019est à l\u2019atteinte de ces objectifs que les coopérateurs et les coopératrices invitent à travailler ensemble ceux et celles qui partagent les mêmes conceptions de la personne, du développement et de l\u2019entreprise.La coopération: des gens d\u2019abord À l\u2019instar des pionniers de Rochdale en 1844 et des signataires du manifeste du Conseil supé- 1387 rieur de la coopération publié en 1940, les coopérateurs et les coopératrices d\u2019aujourd\u2019hui fondent toujours leur action sur une même conception de la personne: ils considèrent l\u2019être humain comme ayant des besoins sociaux et culturels aussi bien qu\u2019économiques, et proposent des règles de fonctionnement qui concrétisent les valeurs de liberté, d\u2019égalité et d\u2019équité dans les activités humaines.Riche de ses valeurs fondamentales, la coopération traverse les modes et grandit avec les époques.Elle favorise la dynamique de croissance des personnes en s\u2019appuyant sur l\u2019engagement individuel, 1\u2019entrepreneurial collectif et la démocratie.Cette formule de développement à visage humain: \u2022\tencourage la recherche de solutions aux problèmes économiques et leur mise en oeuvre par les gens eux-mêmes; \u2022\tdéveloppe le sens des responsabilités et de l\u2019entraide; \u2022\tcontribue à l\u2019épanouissement des personnes grâce à l\u2019apprentissage découlant de l\u2019action collective; \u2022\tfavorise l\u2019accès à la propriété et à la richesse produite par l\u2019entreprise; \u2022\tprivilégie la concertation et la solidarité à travers la démocratie; et \u2022\tenrichit le patrimoine collectif d\u2019entreprises à caractère inaliénable et permanent.Cette conception du développement et les valeurs qui la sous-tendent sont de plus en plus reconnues par de nombreux acteurs socio-économiques.Elles inspirent une foule de projets et d\u2019initiatives qui contribuent au développement de notre milieu.La coopérative: une organisation originale La coopérative est la combinaison originale d\u2019une association et d\u2019une entreprise qui trouvent La coopération privilégie la concertation et la solidarité à travers la démocratie.1388 La coopérative est une entreprise qui fait de l\u2019éducation un de ses mécanismes de fonctionnement essentiels.leur raison d\u2019être dans la satisfaction des besoins de leurs membres.Par l\u2019association, elle vise à permettre à chaque coopérateur de grandir humainement et socialement; par l\u2019entreprise, elle saisit des occasions de développement.La coopérative est donc: \u2022\tune association de personnes qui assument collectivement leurs responsabilités d\u2019entrepreneurs; \u2022\tune entreprise dont les copropriétaires sont les usagers; \u2022\tune entreprise dont la finalité consiste à maximiser les divers avantages que les membres retirent, à la fois comme entrepreneurs, usagers et citoyens d\u2019un milieu; \u2022\tune entreprise qui utilise le capital sans en faire la mesure du pouvoir des membres; \u2022\tune entreprise dont les règles garantissent aux membres l\u2019égalité dans l\u2019exercice du pouvoir et l\u2019équité dans la répartition des contributions et le partage des résultats; \u2022\tune entreprise qui favorise F intercoopération pour développer ses affaires et contribuer au développement de son milieu; \u2022\tune entreprise qui fait de l\u2019éducation un de ses mécanismes de fonctionnement essentiels, notamment par le partage de la connaissance et de l\u2019information.Les avantages de la participation des membres à la propriété, aux activités, au pouvoir et aux résultats, s\u2019exercent à travers les défis du marché et la rigueur administrative nécessaire à l\u2019essor de toute entreprise.Aussi, les coopératives cherchent-elles à se distinguer, aussi bien par des pratiques commerciales qui respectent les valeurs de la coopération que par des méthodes de gestion qui misent sur le plein potentiel des ressources humaines et sur la qualité des produits et services.Forts des valeurs coopératives et d\u2019une formule de développement applicables à tous les 1389 contextes sociaux et économiques, les coopérateurs et les coopératrices renouvellent leur engagement à travailler au développement du milieu.Dans un effort cohérent de prise en charge et d'entraide, ils souhaitent travailler avec tous les partenaires du Québec, du Canada et des autres pays qui reconnaissent la coopération comme une formule d\u2019avenir.Ils veulent ainsi bâtir une société ouverte sur le monde et confiante en son propre avenir.d 1390 Gaétan TREMBLAY Michel JOLICŒUR -4 La formation de l'Association coopérative de productions audiovisuelles (ACPAV)* Dès après 1945, la société québécoise s\u2019engage dans une mutation irréversible qui peut être reliée à la forte croissance démographique et industrielle de l\u2019après-guerre, à la progressive remise en question des alliances avec les élites cléricales, gardiennes du patrimoine culturel traditionnel, ainsi qu\u2019à la résurgence du mouvement nationaliste doté d\u2019une nouvelle confiance dans les forces économiques et politiques d\u2019un groupe de plus en plus éduqué et attentif à l\u2019évolution rapide de ses valeurs culturelles.Désormais, les grands courants idéologiques et culturels internationaux traversent les frontières avec plus de facilité et imprègnent le Québec de nouveaux modèles constituant les bases d\u2019une dynamique, où la culture québécoise apprend à se définir et à se développer au rythme des prises de conscience de ses créateurs, de son public et des institutions qui la façonneront.Afin de saisir les éléments du contexte socioéconomique et culturel qui ont contribué au regroupement des jeunes cinéastes et à la formation de l\u2019Association coopérative de productions audiovisuelles (ACPAV), il apparaît important de 1391 Groupe de recherche sur les industries culturelles et l\u2019informatisation sociale (GRICIS). rappeler les grandes influences historiques qui marquèrent le milieu culturel québécois de la fin des années 1960.À cette époque, le milieu du jeune cinéma est intimement lié au bouillonnement social et culturel qui permet la réalisation d\u2019œuvres significatives dans un climat de spontanéité et de marginalité propre au désir de refléter les conditions spécifiques d\u2019une société en pleine métamorphose.La société québécoise entre alors dans une période turbulente caractérisée par sa volonté de rompre avec le passé et par son désir d\u2019affirmation qui s\u2019appuient sur une série de revendications et de transformations économiques, sociales et culturelles.Contexte de création de la coopérative de cinéastes Les années 1960 au Québec ont été marquées par un éveil politique, social et culturel qui a profondément modifié la société d\u2019après le régime Duplessis.L\u2019émergence de nouvelles avenues politiques et économiques aura permis, en 1962, la nationalisation de l\u2019électricité sous le thème «Maîtres chez nous» et la création de plusieurs institutions et organisations, dorénavant nommées québécoises.Dans le domaine de la production audio-visuelle, le désir d\u2019explorer et de transposer la richesse d\u2019un imaginaire propre dans une dramaturgie cinématographique aux accents d\u2019ici contribua à la vitalité culturelle québécoise et, ainsi, à une toute nouvelle vision de nous-mêmes.Le producteur Guy Bergeron retrace le contexte: L\u2019histoire des années 1960, moi, j\u2019ai vécu la révolution tranquille au théâtre avec Brassard et Tremblay en 1963, 1964, et on ne savait pas ce qu\u2019on faisait.C\u2019était la naïveté totale.On avait un élan, on profitait de l\u2019élan de la révolution tranquille qui nous donnait de l\u2019oxygène, mais on ne savait pas qu\u2019on en avait besoin.On montait Arrabal en 1964 et on sa- La société québécoise entre alors dans une période de transformations économiques, sociales et culturelles.1392 Il y avait une urgence sur le plan culturel à se définir comme étant différent.vait pas qu\u2019un an avant, il n\u2019y avait pas de théâtre à Montréal, qu\u2019il y avait Duplessis, puis que le théâtre c\u2019était quelque chose de mal vu (.) C\u2019était un élan du cœur, du corps, de l\u2019âme, c\u2019était un instinct de survie incroyable et l\u2019ACPAV fait partie de cela'.La décennie des années 1970, issue des riches expériences culturelles de l\u2019Expo 67, de l\u2019ouverture au monde et aux nouvelles possibilités technologiques, engendre dans le milieu culturel, comme dans plusieurs autres secteurs, une effervescence de revendications et de regroupements de toutes sortes dans le but de s\u2019organiser pour définir et exprimer la spécificité culturelle québécoise et les enjeux de développement qui y étaient entrevus.Le cinéaste Pierre Harel souligne le climat d\u2019effervescence sociale et culturelle de l\u2019époque en disant: C\u2019était une époque où tout bougeait, tout était en transition au Québec.Il y avait beaucoup d\u2019énergies, beaucoup de feux, beaucoup de désirs, beaucoup d\u2019espoirs, à tous les niveaux.C\u2019était l\u2019époque de Charlebois, c\u2019était l\u2019époque d\u2019une prise de conscience exacerbée.(.) Il y avait une urgence sur le plan culturel à se définir comme étant différent, déjà (.) comme étant culturellement différent, de le dire aux autres, de s\u2019organiser pour pouvoir le dire1 2.Comme plusieurs personnes interviewées lors de notre enquête, le producteur Roger Frappier qualifie cette période de bouillonnement et l\u2019associe à l\u2019affirmation culturelle du Québec.Il ajoute: Il y avait, dans la société même, un collectivisme qui n\u2019existe plus aujourd\u2019hui.(.) La collaboration, la coopération, ça faisait partie de la vie culturelle, de la vie quotidienne, de la vie économique et même de la vie psychologi- 1.\tGuy Bergeron, entrevue du 27 mai 1992, p.5.1 2.\tPierre Harel, entrevue du 2 juin 1992, p.1.1393 que de l\u2019époque.(.) [C\u2019était une] époque d\u2019ouverture, de collaboration, de travail de groupe, de découverte de média.C\u2019était le début de la vidéo, du vidéographe, des expériences d\u2019écriture communautaire qui se passaient à Montréal.(.) L\u2019esprit de travailler avec d\u2019autres faisait partie de la vie quotidienne3.Le cinéma étant, selon l\u2019angle envisagé, un produit ou une oeuvre résultant de la complémentarité d\u2019une équipe, les aptitudes à l\u2019interaction et aux discussions sont parties intégrantes du processus de création cinématographique.Pour les intervenants du milieu professionnel du cinéma, ces habiletés constituent des qualités cruciales à développer et à maîtriser pour quiconque désire travailler dans un contexte de synergie harmonieuse.Les jeunes exclus de ce milieu professionnel Avant la création de l\u2019ACPAV, en 1971, le milieu professionnel du cinéma oeuvre surtout à partir de deux pôles, soit l\u2019Office national du film du Canada (ONF), soit les quelques maisons de production privées existantes à l\u2019époque.Toutefois, ces organisations demeurent pratiquement fermées aux attentes de toute une génération de jeunes, attirés par la pratique cinématographique et la mise au monde d\u2019un cinéma de fiction propre au Québec.À cette époque, comme l\u2019indique le réalisateur Alain Chartrand, les maisons de production privées sont souvent reliées à des familles, dont les Héroux, les Fournier et les Lamy.Plusieurs de ces entreprises misent sur les films érotiques ou légers ne correspondant pas aux démarches artistiques des jeunes cinéastes.Ceux-ci ne se sentent pas attirés par ce commerce pourtant initiateur du développement de la demande de films québécois.Le producteur Marc Daigle confirme la situation du marché de l\u2019emploi pour les jeunes cinéastes de l\u2019époque: 3.Ibid., p.2 et 3.Ces organisations demeurent fermées aux attentes de toute une génération de jeunes, attirés par la pratique cinématographique.1394 Il y avait très peu d\u2019entreprises qui pouvaient embaucher, employer ou même étaient intéressées à intégrer des jeunes cinéastes.(.) Il y avait peut-être 50 à 60 personnes qui voulaient faire du cinéma ou qui se sentaient aptes à faire du cinéma, peut-être là-dessus, au moins la moitié qui en avaient déjà fait.Peut-être que le nombre de personnes versus le nombre d\u2019ouvertures était totalement disproportionné*.Le cinéaste Jean Chabot illustre bien le vacuum qui existait pour un certain nombre déjeunes attirés par les métiers cinématographiques, autant réalisateurs, aspirants réalisateurs que techniciens: On était plusieurs comme ça, à avoir des projets sans trouver de lieux de production où les installer, alors c\u2019était vrai pour tout le monde et ça reste vrai aujourd\u2019hui.C\u2019est une situation qui n\u2019a pas changé, là-dessus, je parle pour les jeunes.(.) Les compagnies qui existaient en 1970-1971, premièrement, elles n\u2019étaient pas nombreuses, deuxièmement, il n\u2019y avait pratiquement pas d\u2019infrastructures d\u2019accueil au niveau de ces compagnies-là qui avaient déjà une vie assez organisée, mais assez précaire, étroite et difficile.Ce qui fait qu\u2019arriver avec des projets qui, quand on avait 25, 26 ans, étaient quand même assez aventureux, ça installait chez les producteurs concernés, approchés, une espèce, non pas de méfiance, des fois de l\u2019intérêt, mais en tout cas une espèce de difficulté de faire cheminer un projet'.1970-1971, il n\u2019y avait pratiquement pas d\u2019infrastructu res d\u2019accueil au niveau de ces compagnies-là.De PONF aux «Cinéastes Associés» Alors que les aînés de l\u2019époque, Denys Ar-cand, Michel Brault, Pierre Perreault, Claude Ju- 4.\tMarc Daigle, entrevue du 4 juin 1992, p.1.5.\tJean Chabot, entrevue du 3 juillet 1992, p.1.1395 tras et Gilles Carie fonctionnaient pour la plupart à partir de l\u2019ONF ou des rares maisons privées de production de Montréal, les jeunes apprentis, exclus de ce milieu professionnel, se réunissaient fréquemment dans des «lieux qui étaient des bars, la plupart du temps, où les artistes se rencontraient tous, des sculpteurs, des peintres, des écrivains»6.Le cinéaste Pierre Harel explique la proximité des artistes en disant: «C\u2019était intéressant sur le plan de ce qu\u2019on pourrait appeler une «multi-médiatique».On était tous là à se parler de nos affaires, de notre point de vue.(.) Il y a eu des belles associations, à cette époque-là, en différentes disciplines»7 8.Plusieurs jeunes cinéastes se retrouvaient lors de projections à la Cinémathèque, dans des festivals amateurs ou professionnels, comme le Festival du film de Montréal en 1967 et 1968.Les cinéastes en devenir élaboraient des projets et arrivaient à produire des courts métrages de dix ou quinze minutes avec des budgets réduits au minimum grâce à la bienveillance de personnes intégrées dans les compagnies ou les institutions de l\u2019époque.Ainsi, en 1968, Mel Oppenheim, qui était alors chez Cinévision, apporte son soutien au premier long métrage de Pierre Harel en développant la pellicule et en fournissant gracieusement l\u2019équipement cinématographique*.Sur lecture du scénario d'Atta boy, le chansonnier Gilles Vi-gneault accepte de «passer» 500 $ à Alain Char-trand, ce qui lui permet de tourner le film en 16 mm, de le présenter au Festival international de la jeunesse et de remporter un prix9.La générosité de mécènes et l\u2019investissement personnel des jeunes auteurs faisaient office de système dans un milieu où les conditions de pro- 6.\tPierre Harel, entrevue du 2 juin 1992, p.2-3.7.\tIbid.8.\tIbid.9.\tAlain Chartrand, entrevue du 16 juin 1992, p.3.Les jeunes apprentis, exclus de ce milieu professionnel, se réunissaient fréquemment dans des «lieux qui étaient des bars.1396 duction et de financement étaient fort difficiles.Selon Harel, la plupart des intervenants «vivotaient, on faisait des petits films.La vidéo n\u2019existait à peu près pas, parce que les premiers (.) vidéos demi-pouce, noir et blanc, sont apparus en 1967-1968 à l\u2019Office national du film»10.Et d\u2019ajouter: «Il y en avait peut-être 5 ou 6 [sur les 32 personnes à la formation de l\u2019ACPAV] qui avaient une «job» stable, qui recevaient un salaire.Les autres, on était tous des errants ou presque, habitant ici et là»\".Le cinéaste Marc-André Forcier renchérit en évoquant la difficulté de payer les frais du matériel cinématographique: Quand j\u2019ai commencé, quand j\u2019ai tourné [mes premiers films], j\u2019ai produit tout le tournage du Retour de l\u2019Immaculée-Conception à compte d\u2019auteur et Téléfilm n\u2019existait pas, la SOGIC n\u2019existait pas.Bien, j\u2019avais pas de domicile fixe même, j\u2019avais peu d\u2019argent, j\u2019avais des petits emplois parfois, puis, mes journées consistaient à trouver de la pellicule, des chutes de pellicules.J\u2019essayais de finasser pour faire développer le matériel dans les «labos», comme ça, de temps en temps»\".Cette situation, quoique pénible pour les jeunes cinéastes, présentait aussi certains avantages.Les propos de Bernadette Payeur, productrice à l\u2019ACPAV, illustrent bien le contexte: «Le milieu du cinéma, à cette époque-là, n\u2019était pas le même, ne jouait pas avec les mêmes cartes.Il y avait moins d\u2019argent, mais, par contre, tu avais plus d\u2019espace de toutes sortes au niveau des risques, justement, du genre de produit qu\u2019on faisait et de la possibilité d\u2019intégration»13.Nous retrouvons cette même évaluation chez le producteur Roger Frappier qui évoque les bé- 10.11.12.13.Pierre Harel, entrevue du 2 juin 1992, p.1.Ibid., p.9.Marc-André Forcier, entrevue du 26 mai 1992, p.1 Bernadette Payeur, entrevue du 5 juin 1992, p.1. néfices de la spontanéité et l\u2019ordre de grandeur des budgets en déclarant: «Il y avait tout cet aspect direct, tout cet aspect quotidien faisait davantage partie de l\u2019époque que maintenant (.).Le cinéma a évolué aussi, les gens sont (.) plus exigeants et ça coûte plus cher.Il faut dire qu\u2019à cette époque-là, on faisait un long métrage au complet pour, je ne sais pas, .125 000$.C\u2019était extrêmement différent de maintenant»14.Les oeuvres et les modalités de production de plusieurs cinéastes professionnels fascinent et influencent les jeunes.Coopératio, une coopérative fondée en 1963, s\u2019est constituée à partir de permanents de l\u2019ONF, dont Pierre Patry et Jean-Claude Lord.Ceux-ci tournent de façon indépendante, les fins de semaine.Ils produiront des films comme Entre la mer et l\u2019eau douce, mais ne contrôleront pas les variables essentielles de la distribution et de l\u2019exploitation.Cette coopérative ne survivra pas plus de quatre ans et ne pourra pas profiter des investissements de la SDICC'5.Parallèlement, la compagnie «Les Cinéastes Associés» est fondée, en 1964, par quatre réalisateurs sortis de l\u2019ONF, Bernard Gosselin, Denys Arcand, Michel Brault et Jean Dansereau.En raison du contenu de leurs films, ce regroupement de cinéastes permet d\u2019entrevoir des modèles alternatifs de production.Leurs oeuvres, dont Le chat dans le sac, de Gilles Groulx, Trouble-Fête, de Pierre Patry et À tout prendre, de Claude Jutras, s\u2019inspirent de la nouvelle vague française et bouleversent les jeunes auteurs, passionnés de cinéma européen.De plus, Images en tête, l\u2019émission de Jean-Claude Bigras sur le cinéma amateur, diffusée à Radio-Canada tous les samedis, contribue à stimuler l\u2019engouement des jeunes, en les invitant à réaliser de courts métrages en 8 mm et en 14.Roger Frappier, entrevue du 15 juin 1992, p.3.15 Alain Chartrand, entrevue du 16 juin 1992, p.1 1398 organisant des concours.Plusieurs, dont Marc-André Forcier et Alain Chartrand, sont reçus en studio et commencent à articuler leurs ambitions de «faire du cinéma».Alain Chartrand estime que «c\u2019était très formateur» et poursuit en disant: «On lisait, il y avait des revues que l\u2019émission faisait sur les caméras, les projections, le son.etc.Et puis, on était stimulé par ça parce qu\u2019on avait à l\u2019écran, à la télévision, on avait des affaires qui parlaient du 8 mm.Sinon, peut-être qu\u2019on en aurait jamais fait»16.La Société de développement de l\u2019industrie cinématographique Les jeunes cinéastes et leurs oeuvres de fiction, dont on parle de plus en plus dans les journaux et dans le public nouvellement éveillé, demeurent isolés du reste de l'industrie.Planifiée depuis 1966-1967 par le gouvernement canadien, la Société de développement de l\u2019industrie cinématographique canadienne (SDICC) est constituée le 3 mars 1968 par la loi C-20417.Comme son nom l\u2019indique, elle laisse présager le développement du cinéma en une véritable industrie.Pourtant, les jeunes cinéastes et leurs oeuvres de fiction, dont on parle de plus en plus dans les journaux et dans le public nouvellement éveillé, demeurent isolés du reste de l'industrie.Aucune structure officielle ne permet de les cerner, de les identifier de manière formelle ou même d\u2019offrir, à partir des programmes existants, le soutien financier et institutionnel nécessaire à leur épanouissement.Peu enclins à considérer l\u2019organisme fédéral comme un appui, les jeunes cinéastes québécois éprouvent de la difficulté à faire accepter leurs projets individuellement à la SDICC.Comme plusieurs autres, Mireille Danse-reau ne pensait «pas du tout que l\u2019Office [ONF] 16.\tIbid., p.2.17.\tRapport du groupe de travail sur l'industrie cinématographique, Le cinéma au Canada sur un bon pied, ministère des Approvisionnements et Services, Canada, novembre 1985, p.31.1399 pouvait [les] aider à cette époque-là sur ce genre de film-là»18.Le contexte socio-politique de l\u2019époque contribue à la déprime et à la méfiance face aux initiatives du gouvernement fédéral.Le producteur Guy Bergeron illustre ce climat en disant: «On était tous très déprimés, parce qu\u2019il y avait beaucoup de monde qui voulait faire des films et c\u2019était d\u2019un gris, c\u2019était après mai [1968], (.) c\u2019était à la veille de la crise d\u2019octobre, c\u2019était pendant la crise d\u2019octobre alors tout le monde était «down», tout le monde en voulait au système»19.En 1969-1970, la SDICC, consciente de son rôle de développeur, décide de montrer un signe d\u2019intérêt envers le milieu et d\u2019accorder une mise de fonds initiale au jeune cinéma canadien: Elle donne 100 000$ à six cinéastes désireux de réaliser leurs premiers longs métrages et 25 000 $ à huit autres pour tourner du court métrage.L\u2019année suivante, d\u2019autres pressions se font sentir car les jeunes réalisateurs s\u2019organisent de plus en plus.Deux possibilités se présentent alors: aider les cinéastes à la pièce ou aider un regroupement de cinéastes.Dans un premier temps, la SDICC choisit la réalisation à la pièce1\u201d.Cent mille dollars (100 000$), répartis en parts égales de cinquante mille dollars (50 000 $), selon les deux langues officielles, sont prévus pour l\u2019ensemble du Canada.La rumeur circule parmi les cinéastes susceptibles de profiter de cet apport d\u2019argent neuf, mais Hard souligne que «ça restait au niveau d\u2019une rumeur, personne n\u2019y croyait vraiment, parce que jamais, à venir jus- 18.\tMireille Dansereau, entrevue du 9 juin 1992, p.2.19.\tGuy Bergeron, entrevue du 27 mai 1992, p.5.20.\tVÉRONNEAU, Pierre et JUTRAS Pierre, «Chronique des années de braise», in Copie Zéro, février 1981, Vol.8, p.4.1400 qu\u2019à maintenant, jusqu\u2019à cette période-là, la SDICC n\u2019avait posé un geste dans ce sens-là, étant plutôt considérée comme l\u2019ennemi»21.Devant l\u2019impossibilité de rejoindre efficacement et personnellement tous les intervenants visés par cette subvention, la SDICC publie dans les journaux de l\u2019époque un avis annonçant l\u2019octroi de 50 000 $ au jeune cinéma francophone et la tenue d\u2019une réunion d\u2019information un soir d\u2019automne 1970.Reçus dans la salle de conférence du siège social de la SDICC par Gratien Gélinas, le président et directeur général, Michael Spencer, considéré comme «le grand argentier» et Christian Rasselet, le chargé des projets français, les jeunes intervenants sont consternés d\u2019apprendre, à la lecture d\u2019un texte proposant l\u2019entente à entériner, que la subvention est destinée à l\u2019ensemble du Canada francophone, «from coast to coast».La réunion s\u2019assombrit, car les intervenants, bien qu\u2019ils se connaissent et se fréquentent régulièrement, n\u2019ont pas élaboré de stratégie commune en réponse à cette façon de distribuer la subvention.Devant la volonté fédérale de morceler l\u2019aide financière dans tout le Canada parlant français, l\u2019opposition ne tarde pas à se manifester, alléguant la dilution de la culture francophone québécoise dans la mosaïque canadienne et évoquant le statut particulier du Québec.Les velléités individuelles de tirer son épingle du jeu s\u2019estompent, les discussions s\u2019animent et s\u2019embrouillent dans des revendications multiples, mais éparpillées.Une période de discussion en privé est prévue avant de faire valider l\u2019entente de principe qui vise à consolider la proposition fédérale par des signatures individuelles.Pierre Harel raconte sa version de l\u2019événement: La fondation de l\u2019ACPAV On n\u2019avait pas prévu se constituer en groupe, on avait rien prévu de ça.Alors, ils reviennent, 21.Pierre Harel, entrevue du 2 juin 1992, p.3 1401 eux.Alors, tu sais comment c\u2019est dans un meeting, eux pensaient nous passer ça vite et dans le fond probablement que c\u2019est un mandat qui leur avait été imposé.(.) Alors, ils reviennent et, minute de silence, on étaient tous mal pris.Moi, il me passe une idée par la tête, je me dis, ça se peut pas, ça n\u2019a pas de bon sens, je me lève debout et là, je me dis, il faut que je le fasse, tu sais quand il y a quelque chose que tu veux oser, mais tu te dis je peux me casser la gueule.(.) Mais, je me dis, je prends la chance on verra.(.) On n\u2019avait pas parlé de ça.Je me suis levé et j\u2019ai dit: «Je m\u2019excuse de t\u2019interrompre, Christian, mais les règles du jeu sont changées.Durant votre absence, on a discuté, on s\u2019est mis d\u2019accord pour fonder l\u2019Association coopérative du jeune cinéma québécois».J\u2019ai lancé ça, comme ça, sans préméditation avec les autres.J\u2019ai conté une menterie, un gros mensonge, mais dans un «deal», on bluff un peu, il fallait faire ça.(.) Je dis, on s\u2019est mis d\u2019accord d\u2019une façon informelle sur le fait (.) et j\u2019ai poursuivi, et nous réclamons la totalité du 50 000$ pour le Québec(.) Moi, je m\u2019attendais que quelqu\u2019un me dise, t\u2019en as conté une belle, quelqu\u2019un qui aurait voulu ça pour lui, mais là, tout le monde savait que personne l\u2019aurait pour lui le gâteau, alors tout le monde savait qu\u2019il fallait, de toute façon, partager»21.L\u2019ensemble des 28 personnes présentes s\u2019étant rallié simplement à l\u2019idée soumise par Harel, la SDICC exige des papiers officiels d\u2019incorporation coopérative afin de formaliser l\u2019entente et de débourser le montant prévu.Le lendemain soir, les choses se précipitent, le groupe est maintenant constitué de 32 personnes qui se réunissent chez Lyse Venne-Lafontaine, avenue des Pins à Montréal, et signent une formule d\u2019attestation de pré- On s'est mis d'accord pour fonder l'Association coopérative du jeune cinéma québécois.22.\tNous soulignons.23.\tPierre Harel, entrevue du 2 juin 1992, p.4-5 1402 sence et de désir d\u2019association.Guy Bergeron évoque cette première réunion constituant le «premier geste formel de signatures des membres.(.) Il y avait des vices de forme mais peut-être des vices d\u2019interprétation de nos objectifs, on avait recommencé»24.Le surlendemain, Jean Chabot, Marc Daigle, André Théberge, et Pierre Harel se présentent, sans rendez-vous, au ministère de l\u2019Industrie et du Commerce à Québec et obtiennent du sous-ministre de l\u2019époque, ouvert au dynamisme des demandeurs, une autorisation d\u2019incorporation coopérative, sous le nom d\u2019«Association coopérative de productions audiovisuelles», dûment signée par les autorités compétentes.La SDICC s\u2019engage dès novembre 1970 à verser les 50 000 $.Le 18 janvier 1971, onze cinéastes signent une déclaration d\u2019association dans le but de former une coopérative: l\u2019ACPAV était née.Sa reconnaissance officielle date du 6 février 1971 puis, l\u2019accord officiel de la SDICC, du 14 avril 197125.Certaines des personnes interviewées soulignent que la SDICC aurait suscité la structuration du milieu des jeunes cinéastes afin de faciliter les contacts et les négociations en regroupant les acteurs sous une quelconque entité organisationnelle reconnaissable et représentative.Alain Chartrand illustre cette influence indirecte des pouvoirs publics dans la formation du regroupement de cinéastes: La SDICC avait poussé dans le dos d\u2019une couple de personnes pour se former.On peut pas dire, si on regarde ça historiquement, que c\u2019est les gens dans la [réunion] chez Pierre Harel qui ont décidé de faire une coopérative.L\u2019idée est là, mais la SDICC avait poussé beaucoup certains, à dire, organisez-vous (.), on ne veut plus vous voir un après l\u2019autre.On était des 24.\tGuy Bergeron, entrevue du 27 mai 1992, p.1.25.\tVÉRONNEAU, Pierre et JUTRAS, Pierre, op.cit., p.4.1403 quêteux pour eux-autres.Alors l\u2019idée de la coopérative n\u2019est pas venue de la SDICC, elle était venue des gens qui ont décidé de faire ça, cette soirée-là, mais on avait été poussé un peu à le faire26.Domaine d\u2019intervention et mission d\u2019entreprise À la suite de ce rassemblement enthousiaste chargé de divers quiproquos sur les objectifs explicites et implicites des membres de la coopérative et de la SDICC, la coopérative se compose de participants aux préoccupations disparates.Bien qu ils se déclarent tous habités d\u2019une même passion du cinéma, celle-ci devra néanmoins se définir une orientation viable, sinon commune, et être canalisée dans des projets individuels approuvés par la majorité.Cette entreprise collective sera bientôt soumise aux difficultés de financement et de rayonnement des premières oeuvres qui seront le résultat de choix stratégiques effectués dans la collégialité.La formule coopérative est apparue comme une alternative organisationnelle conciliable avec le désir de renouveler le mode de production cinématographique et l'espoir de concrétiser des projets individuels, en s\u2019appuyant sur la contribution financière de la SDICC et les ressources du groupe.Au départ, l\u2019évaluation, la sélection et le mode de production des projets cinématographiques s\u2019établiront selon des règles de priorité culturelle et de partage social inédites dans le secteur.Au fil des décisions stratégiques, des apprentissages professionnels et des crises organisationnelles successives, dues aux divergences d\u2019orientation de ses membres, l\u2019ACPAV doit répondre aux impératifs de sa survie économique comme entreprise.Face aux carences des structu- L\u2019idée de la coopérative n 'est pas venue de la SDICC, elle était venue des gens qui ont décidé de faire ça.26.Alain Chartrand, entrevue du 16 juin 1992, p.17.1404 res financières et aux obstacles à la diffusion commerciale de ses productions, la coopérative doit s\u2019adapter au mouvement d\u2019industrialisation accéléré du secteur de la production audio-visuelle et privilégier l\u2019équilibre entre les risques encourus par l\u2019ensemble de ses activités.À partir de la fin des années 1980, devant la transformation accélérée de l\u2019industrie et la progression des impératifs de production, la coopérative de cinéastes deviendra peu à peu une coopérative de producteurs.Tout en maintenant son intérêt pour le cinéma d\u2019auteur québécois et son attachement à la formule de gestion coopérative, l\u2019ACPAV définira ses nouvelles priorités en tenant compte de la rentabilité globale de l\u2019entreprise et de la concurrence dans l\u2019atteinte des marchés.Ces nouvelles orientations seront poursuivies par l\u2019élaboration d\u2019objectifs précis, dont la diversification dans la production télévisuelle, le resserrement de la planification stratégique et des critères de sélection de projet, ainsi que le développement d\u2019une expertise en coproduction internationale.?La coopérative de cinéastes deviendra peu à peu une coopérative de producteurs.1405 Les mesures d'encadrement à l'école secondaire La réussite éducative constitue un des deux axes prioritaires d\u2019intervention pour la Fédération des enseignantes et enseignants de commissions scolaires.À ce chapitre, on ne saurait se satisfaire de solutions mécaniques et simplistes.Il convient de se rappeler que l\u2019éducation est une entreprise collective et continue qui dépasse largement l\u2019école.Pour accomplir correctement sa mission spécifique, l\u2019école a besoin de moyens, elle a besoin d\u2019appuis, elle a besoin d\u2019estime aussi.On peut sans aucun doute intervenir directement à l\u2019école pour améliorer la réussite des élèves.On le fait d\u2019ailleurs quotidiennement et de multiples manières.On ne peut cependant tout régler par l\u2019école.La pauvreté et ses conséquences affectent lourdement de plus en plus d\u2019enfants.Bien sûr, il ne s\u2019agit pas d\u2019une fatalité mais la carte de l\u2019échec et de l\u2019abandon scolaires est en étroite relation avec la carte de la pauvreté.Cela dit, vu de l\u2019intérieur du système, on peut sans crainte affirmer que tout ce qui peut contribuer à humaniser davantage l\u2019école, à la rendre plus accueillante et plus vivante contribuera à augmenter la réussite des élèves qui la fréquentent.C\u2019est dans cette perspective que nous avons dressé un inventaire des mesures d\u2019encadrement Marie ^ GAGNON, conseillère à la Fédération des enseignantes et enseignants de commissions scolaires (CEQ) 1406 existantes dans les écoles publiques francophones dispensant l\u2019enseignement secondaire.La cueillette d\u2019informations s\u2019est faite en décembre 1992.Nous avons procédé par la structure syndicale et ainsi obtenu des informations fiables et détaillées pour près de la moitié des écoles que nous pouvions théoriquement rejoindre (254 questionnaires compilés).Nous avons choisi de faire un inventaire plutôt que de constituer un échantillon parce que nous voulions connaître l\u2019ensemble des mesures existantes et que les généralisations statistiques nous intéressaient moins que les commentaires des gens.Nous faisons état d\u2019opinions, de perceptions, ce qui présente toutes les limites ordinaires inhérentes à ce genre d\u2019enquête et les pourcentages ne doivent pas nous abuser puisqu\u2019ils renvoient parfois à des nombres très petits.Nous affirmons cependant posséder une excellente vue d\u2019ensemble de la façon dont on assure l\u2019encadrement des élèves, ici et maintenant.Les mesures d\u2019encadrement Elles sont nombreuses et diversifiées.À peine 11 écoles de notre inventaire n\u2019auraient mis en place aucune mesure spécifique visant l\u2019encadrement de leurs élèves, à l\u2019opposé 21 écoles bénéficieraient de quatre mesures différentes.Le tutorat est le modèle d\u2019encadrement auquel on a le plus recours (72,7 %).Selon nos chiffres, le tutorat est le modèle d\u2019encadrement auquel on a le plus recours (72,7 %).Il est suivi du regroupement des élèves en unités plus réduites, selon le cycle ou l\u2019année; c\u2019est le concept des petites écoles dans la grande (49,3 %).Le titulariat vient au 3e rang (40,3 %).On a aussi mis en place des formules d\u2019aide par les pairs (30 %) et utilisé la catégorie autre (28 %) pour toutes sortes d\u2019autres mesures qui diffèrent plus ou moins des catégories précédentes.1407 D'une manière générale, la satisfaction est grande à l\u2019égard des mesures mises en place.Si l\u2019on s\u2019en tient à la satisfaction globale exprimée, 1 ordre serait le suivant: l'aide par les pairs, le regroupement en unités plus réduites, le titulariat, le tutorat et les autres mesures.La participation à la décision de mise en place d\u2019une mesure augmente la satisfaction à son égard.Les différences d\u2019appréciation du climat de 1 école et de la relation avec les élèves, selon qu\u2019on applique l\u2019une ou l\u2019autre mesure d\u2019encadrement, sont ténues.Bref, les gens sont satisfaits de leurs mesures d\u2019encadrement, ils le sont davantage quand ils participent à la décision de mise en place.Ils ne s\u2019opposent profondément à aucune d\u2019entre elles et ils n\u2019en tiennent aucune pour une panacée capable à elle seule de satisfaire tous les besoins et toutes les exigences.Le regroupement en unités plus petites Rappelons d\u2019abord la définition que nous avions donnée de cette mesure.Il s\u2019agit du regroupement des élèves en unités plus réduites (par degré, par cycle, etc.) encadrées par des personnes-ressources (adjointe ou adjoint, animatrice ou animateur).Cette mesure existe dans 49,3 % des écoles de notre inventaire.C\u2019est une mesure qui s\u2019adresse le plus souvent à l\u2019ensemble des élèves de l\u2019école (78,2 %), mais elle peut aussi être réservée aux élèves d\u2019un cycle en particulier (9,6%) ou alors aux élèves des cheminements particuliers ou à ceux présentant des difficultés importantes d\u2019apprentissage ou de comportement.Les gens sont satisfaits de leurs mesures Précisions, avantages, inconvénients Les principaux avantages mentionnés se regroupent autour des éléments suivants: les élèves s\u2019identifient davantage, établissent de meilleurs contacts entre eux et avec les adultes chargés de d\u2019encadrement; ils le sont davantage quand ils participent à la décision de mise en place.1408 les encadrer.Les rapports humains sont ainsi plus faciles et plus personnalisés.Les enseignantes et enseignants peuvent travailler en commun, les échanges sont plus féconds, lors des journées pédagogiques par exemple.Le suivi pédagogique est facilité.Le dépistage des élèves en difficulté est plus prompt et plus efficace.Il est possible d\u2019adopter des exigences communes, des règlements adaptés et des projets spécifiques convenant davantage à l\u2019âge et aux intérêts des élèves.Au chapitre des inconvénients, on mentionne le morcellement et le manque de cohérence entre les unités, du point de vue disciplinaire par exemple.L\u2019information circule moins bien, les ressources consenties ne sont pas toujours égales.Il arrive aussi que les charges de surveillance soient plus lourdes et que l\u2019appartenance à l\u2019unité entraîne l\u2019obligation d\u2019enseigner plusieurs matières.La création d\u2019unités plus petites entraîne une meilleure identification à l\u2019unité elle-même, réduisant plus ou moins l\u2019identification à l\u2019école dans son ensemble.On peut tenter d\u2019atténuer la contradiction, on arrive difficilement à l\u2019évacuer.Les avantages cependant doivent primer sur les inconvénients, compte tenu du niveau de satisfaction exprimé.Le titulariat Nous avions défini cette mesure d\u2019encadre- Le suivi pédagogique est facilité.Le dépistage des élèves en difficulté est plus prompt et plus efficace.ment de la manière suivante: assignation d\u2019un groupe d\u2019élèves à une enseignante ou un enseignant qui devra enseigner à ce groupe, deux, trois ou plusieurs matières, un peu selon le modèle du primaire.La fréquence de recours à cette mesure d\u2019encadrement est de l\u2019ordre de 40,3 %.C\u2019est la 3e mesure en importance.Elle est présente dans tous les types d\u2019écoles, à l\u2019exception de celles réservées au seul 2e cycle du secondaire.On la retrouve 1409 ailleurs dans des proportions analogues avec une légère pointe dans les polyvalentes.On n\u2019observe guère de variations de fréquence en ce qui concerne la taille de l\u2019école.Cette mesure, là où elle existe, s\u2019adresse à tous les élèves de l\u2019école (26 %) ou alors aux élèves du 1\u201c cycle seulement dans une proportion de 11.5\t%.Elle est très souvent réservée aux élèves des cheminements particuliers (38,5 %) ou à certains élèves seulement (24 %).La répartition des réponses obtenues à la question «à qui cette mesure s\u2019adresse-t-elle?» nous entraîne à distinguer deux grands ensembles.Le premier rassemble les réponses «aux élèves du 1er cycle seulement» et «à tous les élèves de l\u2019école» et représente 37,5 % du total.Nous parlerons alors de titulariat généralisé.Le deuxième rassemble les réponses «aux élèves des cheminements particuliers» et à «certains élèves seulement».Cette dernière catégorie est celle des élèves qui connaissent des difficultés importantes d\u2019apprentissage ou de comportement.Ce dernier regroupement représente, lui, 62.5\t% du total; nous l\u2019identifierons comme titulariat spécialisé.Si cette mesure est jugée très (36,4 %) ou assez satisfaisante (53,5 %) dans les écoles où on l\u2019applique sans distinction à propos des clientèles à qui elle s\u2019adresse, on peut voir des variations au niveau de la satisfaction quand on sépare les deux groupes.La satisfaction est plus grande du côté du titulariat spécialisé.Précisions, avantages, inconvénients D\u2019une manière générale, au chapitre des avantages, on mentionne que cette mesure permet une meilleure relation maître-élève, qu\u2019elle favorise la communication et le suivi.Les contacts seraient aussi favorisés avec les parents des élèves.L\u2019enseignante ou l\u2019enseignant serait plus rapidement en mesure de dépister les difficultés et d\u2019y L'enseignante ou l\u2019enseignant serait plus rapidement en mesure de dépister les difficultés et d\u2019y apporter les correctifs nécessaires.1410 apporter les correctifs nécessaires.Le titulariat offrirait encore un excellent relais entre la direction et les élèves.Au chapitre des désavantages, on parle d\u2019abord et surtout d\u2019un accroissement de tâche, en termes de préparation et de la difficulté centrale d\u2019avoir à assumer des matières pour lesquelles on n\u2019a ni formation ni intérêt particulier.On parle aussi d\u2019un plus grand isolement.Certains commentaires traitaient en parallèle les avantages et les inconvénients et faisaient ainsi apparaître des nuances assez intéressantes.On affirmait, par exemple, que, malgré l\u2019effort de conversion qu\u2019il avait fallu faire au début et l\u2019augmentation considérable des travaux de préparation qu\u2019il fallait toujours consentir, on était par ailleurs satisfait de «moins répéter le même cours» et de rencontrer chaque semaine moins d\u2019élèves différents.On ajoutait encore que cela permettait une meilleure intégration des matières.D\u2019autres commentaires mentionnaient que la mesure avait des mérites, mais que la difficulté croissait en proportion de la difficulté du groupe et, qu\u2019en cas de «mauvais contacts» entre l'élève et son titulaire, la fréquence des rencontres n\u2019arrangeait rien.On serait donc en présence d\u2019une mesure dont l\u2019effet serait ambivalent, propre à améliorer l\u2019identification de l\u2019élève, la persévérance et la réussite quand «on s\u2019entend bien», propre à précipiter le désintérêt et l\u2019abandon «quand ça va mal».Certaines répondantes et certains répondants qui vivaient le titulariat auprès des élèves des cheminements particuliers ou des élèves ayant des difficultés importantes d\u2019apprentissage ou de comportement mentionnaient, à l\u2019occasion, qu\u2019un tel mode d\u2019encadrement, réservé spécifiquement à des clientèles particulières, contribuait à renforcer «l\u2019étiquette» et, en conséquence, la marginalisation de ces élèves.1411 Le tutorat Voici la définition que nous avions donnée à cette mesure d\u2019encadrement: l\u2019assignation d\u2019un certain nombre d\u2019élèves à une enseignante ou un enseignant qui fournira à ces élèves l\u2019aide nécessaire aux plans personnel et social.C\u2019est la méthode d\u2019encadrement la plus répandue (72,7 %).On la retrouve dans tous les types d\u2019école et un peu plus fréquemment dans les écoles de 1er cycle et les polyvalentes.Sa fréquence semble très faiblement liée à la taille de l\u2019école.Cette mesure est jugée très (20,4%) ou assez satisfaisante (67,1 %).Elle est appliquée à partir d\u2019une décision patronale (44 %), un peu moins fréquemment qu\u2019à partir d\u2019une décision collective de l\u2019équipe-école (48,8 %).Elle s\u2019adresse souvent à tous les élèves de l\u2019école (62%) ou à certains élèves identifiés (17,8 %).Précisions, avantages, inconvénients Cette mesure d\u2019encadrement est très utilisée et, contrairement au titulariat, c\u2019est une mesure à portée générale s\u2019adressant le plus souvent à tous les élèves de l\u2019école ou alors à ceux du 2e cycle, quand le titulariat encadre déjà le premier.Elle revêt à l\u2019occasion un caractère particulier d\u2019assistance plus «spécialisée» visant alors un certain nombre d\u2019élèves identifiés: élèves présentant des difficultés particulières d\u2019apprentissage ou de comportement ou présumés décrocheurs pour toutes sortes de motifs.Ce n\u2019est pas de cette forme un peu spéciale dont nous parlerons ici.Le mot tutorat recouvre bien des modèles diversifiés.Convenons, pour fins de compréhension, qu\u2019il s\u2019agit de confier la responsabilité plus spécifique d\u2019un certain nombre d\u2019élèves à une enseignante ou un enseignant.Cette subdivision de la population scolaire peut s\u2019opérer de bien des façons.On peut procéder par ordre alphabétique et créer ainsi une tutelle individualisée, ou alors décider d\u2019attribuer 1412 en tutelle à une enseignante ou un enseignant le groupe inscrit à son horaire au jour deux, période quatre, par exemple.On pourra encore constituer un tutorat d\u2019ensemble, confiant la totalité des élèves de lrc secondaire, par exemple, à l\u2019ensemble des enseignantes et enseignants qui leur enseignent.Les méthodes précédentes pourront être ensuite appliquées et on pourra aussi voir apparaître une possibilité relative de choix par l\u2019élève, de son tuteur ou sa tutrice.Ce concept de tutorat peut être à caractère presque exclusivement administratif (faire circuler l\u2019information ou compléter des formulaires) ou alors à forte teneur d\u2019accompagnement pédagogique, disciplinaire dans certains cas, mais visant le plus souvent à fournir un support global à l\u2019élève.Ces précisions sont absolument nécessaires si l\u2019on veut comprendre les mérites et les reproches que nos répondantes et répondants attribuent à la mesure.Quelles que soient les positions à son propos et les nuances selon le modèle spécifique, on reconnaîtra, pour ainsi dire toujours, que ce modèle d\u2019encadrement permet à tout le moins un contact, une référence humaine, un minimum d\u2019identification pour l\u2019élève et pour ses parents.Au chapitre des avantages, s\u2019il s\u2019agit de groupe-tutelle, on mentionnera une identification renforcée «non seulement à un professeur, mais encore à un groupe de pairs».Le temps du contact est alors évidemment prévu à l\u2019horaire.Cependant, les désavantages sautent aux yeux: le nombre d\u2019élèves évidemment et la difficulté accrue quand il s\u2019agit d\u2019un groupe où les élèves en difficulté sont concentrés.S\u2019il s\u2019agit d\u2019un tutorat à caractère administratif, on pourra toujours y arriver.Autrement, il faudra dénicher des moments de rencontres individuelles et «on se retrouvera souvent tantôt père ou mère, vaguement psychologue, travailleuse ou travailleur social».La char- 1413 ge affective grandira sans que croissent les moyens qui permettraient de l\u2019alléger.On attendra de la tutrice ou du tuteur qu\u2019il serve de médiateur, de consultant et qu\u2019il règle une foule de problèmes parfois simples, mais souvent très complexes, en lui accordant pour ce faire «le dixième du temps qui serait nécessaire».Dans le cas des tutelles individualisées, c\u2019est-à-dire constituées autrement qu\u2019à partir d\u2019un groupe matière, la difficulté principale consistera à trouver un temps de rencontre, les horaires n\u2019étant pas nécessairement compatibles.Les rencontres seront rarement systématiques et rarement suffisantes.Quand elles seront libres, les gens nous diront que les élèves ne viennent pas toujours, spécialement ceux qui en auraient le plus besoin.On peut pallier cette difficulté en mettant à l\u2019horaire des temps «tutorat», «foyer» à un moment ou à l\u2019autre; il faut cependant soigner le choix de ce moment.Cette mesure ne dispose cependant pas de tout et, en commentaire, un de nos répondants notait: «le problème avec ça, c\u2019est que la direction pense avoir fait tout son travail et se déleste de ses responsabilités en chargeant les tuteurs».Un autre ajoutait «qu\u2019on pense alors avoir tout réglé et qu\u2019on néglige des aspects importants, par exemple, les activités étudiantes».L\u2019aide par les pairs Pour les fins de notre enquête, nous avions ainsi défini la mesure: certains élèves aident d\u2019autres élèves au plan pédagogique ou personnel.Cette mesure semble plus nouvelle et moins fréquente.Elle est présente dans 30% des écoles de notre ensemble.Elle serait beaucoup plus utilisée dans les polyvalentes et les écoles regroupant les deux cycles de l\u2019enseignement secondaire général.Elle serait également plus présente dans les écoles regroupant plus de 1 500 élèves.Certains élèves aident d'autres élèves au plan pédagogique ou personnel.1414 Là où elle existe, elle est surtout réservée à certains élèves seulement (55,4 %), mais il arrive dans 23,1 % des cas qu\u2019elle soit généralisée à l\u2019ensemble des élèves de l\u2019école.On la juge très (22 %) ou assez satisfaisante (72 %).Cette mesure voit le jour beaucoup plus souvent (52,6%) à la suite d\u2019une décision collective de l\u2019équipe école qu\u2019en application d\u2019une directive patronale (17,6%).Ajoutons, qu\u2019alors, c\u2019est très généralement une décision émanant de la direction de l\u2019école.Précisions, avantages, inconvénients L\u2019idée en elle-même ne vient pas de naître, mais elle est encore peu mise en pratique, autrement qu\u2019en classe comme initiative pédagogique individuelle.L\u2019instaurer au niveau de toute une école relève de la nouveauté et plusieurs de nos répondantes et répondants mentionnent son existence à titre d\u2019expérimentation ou de projet à mettre en place dans les mois qui viennent, en conséquence de quoi ils réservent évidemment leur jugement.Cette mesure recouvre trois aspects d\u2019aide.L\u2019aide personnelle (décrocheurs potentiels, élèves en difficultés d\u2019existence ou familiales).On a alors recours au personnel professionnel de l\u2019école pour former les élèves aidants.Ce n\u2019est pas, on s\u2019en doute, la formule la plus répandue.Le 2e aspect s\u2019assimile à un parrainage d\u2019intégration.Les anciens (5e secondaire) prennent plus ou moins en charge les nouveaux (lrc secondaire), principalement à l\u2019occasion des activités culturelles ou sportives.Le 3e aspect est axé à proprement parler sur l\u2019apprentissage.Il s\u2019agit d\u2019activités de récupération et d\u2019aide aux devoirs et leçons.Les anciens (5e secondaire) prennent en charge les nouveaux (1K secondaire).L\u2019aide par les pairs est souvent le résultat d\u2019initiatives individuelles.Ce modèle, quand il surgit, est rarement le produit d\u2019une directive de la commission scolaire.Il est suggéré par un ou quelques membres de l\u2019équipe école: direction, 1415 personnel enseignant, professionnel ou de soutien, dans le cas surtout des techniciens d\u2019éducation spécialisée.À certains endroits, il fut même mis en place à partir d\u2019une initiative des élèves eux-mêmes.Quand il s\u2019agit de mettre en place un projet d aide par les pairs, à caractère pédagogique, on ira chercher les «aidants» chez les élèves de 4e ou 5e secondaire qui réussissent bien.Soit, ils aideront alors ceux de leurs pairs qui éprouvent des difficultés, soit ils seront chargés d\u2019assister les plus jeunes (lrc ou 2e) qui en arrachent un peu ou beaucoup.Le tout se fera sur une base volontaire.Certains de ces projets prévoient l\u2019octroi de deux crédits, en français notamment, pour des élèves de 5e secondaire assistant systématiquement des élèves de première secondaire.Il arrive aussi que l\u2019on consente un peu d\u2019argent aux pairs aidants.Ces sommes sont probablement symboliques.Cette formule semble très positive, tant pour l\u2019élève qui aide que pour celui qui est aidé, à 1 exception de certains élèves qui «préféreraient l\u2019assistance de leur professeur».«Les aidants s\u2019engagent, leur motivation s\u2019accroît, leur sens des responsabilités grandit.» «Cela raffermit leurs propres connaissances et les incite à développer une méthode de travail plus rigoureuse.» Les élèves aidés s\u2019en tirent généralement au moins un peu mieux.«Ils acceptent bien l\u2019aide offerte, s\u2019encouragent et réussissent.» Il arrive que les «aidants» ne soient pas «toujours d'excellents pédagogues» affirme un de nos répondants, alors qu\u2019un autre note «que le niveau de langage et les explications adaptées» sont souvent très efficaces.Ceux qui depuis plus ou moins longtemps ont mis en place cette formule pédagogique, à l\u2019intérieur même de leurs cours, notent que cela aide ceux qui en ont besoin, «que ça rend les cours plus intéressants pour les plus avancés», que la 1416 classe est «plus vivante et forcément plus bruyante».Autre mesure Nous avons inscrit cette catégorie afin de permettre aux répondantes et répondants d\u2019y recourir pour différentes raisons, sachant cependant que nous y trouverions finalement plus de variations sur un même thème que de mesures radicalement différentes d\u2019encadrement des élèves.On pourrait, dans la plupart des cas, assimiler la mesure «autre» décrite à l\u2019une ou l\u2019autre des catégories préidentifiées.Ainsi en est-il du «regroupement par famille autour d\u2019un psychoéducateur ou d\u2019un conseiller aux étudiants».Plusieurs de nos répondantes et répondants ont utilisé cette catégorie pour décrire de multiples formes de suivi ou de soutien pédagogique incluant l\u2019aide aux devoirs, l\u2019école du samedi, la récupération sous toutes ses facettes.On a aussi recouru à cette catégorie pour regrouper d\u2019autres efforts de soutien plus psychologique ou social: encadrement spécial des élèves ayant des troubles de comportement ou vivant des situations perturbantes; ou alors pour faire état des mesures visant à garder à l\u2019école certains élèves qui menaçaient de l\u2019abandonner avant terme.Reste un certain nombre de descriptions nous ramenant à des programmes spéciaux, l\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes par exemple; à des modes d\u2019organisation scolaire: la semestra-lisation; à des modèles d\u2019enseignement: «le team teaching».Conclusion L\u2019école publique québécoise fait toujours face à de nombreuses critiques.Si l\u2019on devait se fier à ses détracteurs, on n\u2019y trouverait jamais aucun 1417 motif de satisfaction.On mesure mal les conséquences de cet alarmisme devenu de bon aloi.S\u2019il risque d\u2019entraîner le public vers la désillusion, c\u2019est à la désespérance qu\u2019il confinera bientôt les femmes et les hommes de bonne foi qui font tout ce qu\u2019ils peuvent à tous les jours pour éduquer les enfants qu\u2019on leur confie.Les gens qui font l\u2019école au quotidien sont satisfaits de son climat et des relations avec les élèves.Ces élèves ne sont pas laissés à l\u2019abandon, on les encadre de multiples manières.Peut-on faire plus, faire mieux?Bien entendu, mais il faut des moyens pour agir, il faut du temps et de l\u2019espace pour vivre une relation satisfaisante et significative avec les élèves.Il faut des ressources spécialisées pour répondre aux multiples besoins de ces élèves, confrontés aux multiples problèmes de leur existence.?Note: On peut se procurer le rapport détaillé de cette enquête au Centre de documentation CEQ.Inventaire des mesures d\u2019encadrement des élèves à l'école secondaire, A9293-CF-100.(Tél.: 418-627-8888) Il faut du temps et de l\u2019espace pour vivre une relation satisfaisante et significative avec les élèves.1418 Hélène ALEXANDRE 4 L'immigration ne fera pas l'ouvrage à notre place Notre survie culturelle L\u2019avenir de la société québécoise est indissociable de sa démographie.Or, le taux de natalité des Québécois est en chute libre depuis les années 1960 et les vingt dernières années n\u2019ont pas généré de relais naturel de population.Si l\u2019immigration internationale a permis, depuis 1985, de stabiliser un bilan démographique en déroute, il n\u2019est pas dit que l\u2019avenir du Québec francophone est assuré pour autant.En fait, la décroissance démographique des natifs ébranle déjà les pivots assurant depuis toujours la survie de cette culture originale qui a pris racine en Amérique il y a plus de 400 ans.Terre d\u2019accueil de près de 90% des nouveaux arrivants, l\u2019île de Montréal est la première atteinte par cette érosion culturelle qui risque de pulvériser les fondements traditionnels d\u2019ici peu.En fait, de 1986 à 1991, Montréal a vu son bassin d\u2019allophones s\u2019enrichir de 4,3 %, pendant que la part des francophones chutait de 3,8 %, pour ne représenter que 58 % de la population.A ce rythme, dans moins de dix ans, les Montréalais de langue maternelle française seront minoritaires sur leur propre territoire.Tout indique que notre survie culturelle est loin d\u2019aller de soi.L\u2019avenir invite à de nouveaux défis d\u2019autant plus ardus que la langue, le cœur même de notre 1419 culture traditionnellement léguée de génération en génération, risque désormais de devoir se transmettre par immigrant interposé.Formant déjà 22,1 % de la population montréalaise, le bloc allophone est, de toute évidence, en constante progression.Si la tendance démographique se poursuit, il faut d\u2019ores et déjà considérer les nouveaux Québécois comme les vrais porteurs de l\u2019avenir de la culture française au Québec.En fait, ou notre culture fait en sorte de s\u2019enrichir au contact des autres ou elle éclate et se perd en une mosaïque multiculturelle sans la chaleur d\u2019un lieu de rassemblement commun.Les Québécois ont tout intérêt à prendre conscience dès maintenant que l\u2019accroissement naturel, base de leur survivance au cours des deux derniers siècles, n\u2019est plus la donnée fiable qu elle a déjà été.Confronté à un environnement ethnique éclaté, le noyau culturel mobilisateur qui a permis aux Québécois de faire front commun et de rester bien vivants, est au bord de l\u2019étranglement.Le démographe Michel paillé estime que le rapport naissance/immigrant qui oscillait entre 4,4 et 1 de 1956 à 1960, ne sera plus que de 2 naissances par immigrant dès 1997.Le francophone du Québec, qui sait d\u2019instinct qui il est et pourquoi il se bat, sera bientôt une espèce de plus en plus rare.C\u2019est la folklorisation de notre culture qu'il faut envisager si le flambeau langue/culture n\u2019est pas sérieusement partagé avec les nouveaux arrivants, lesquels entreront au Québec au rythme de 35 000 par an au cours des dix prochaines années.Sélection et intégration Va pour cette entrée massive d\u2019immigrants susceptibles de donner du nerf à notre démographie déclinante, mais à la condition expresse de ne pas laisser notre propre survivance au hasard de 1 immigration.D\u2019abord au niveau premier de la sélection, mais aussi à celui de l\u2019intégration.Le Il faut d'ores et déjà considérer les nouveaux Québécois comme les vrais porteurs de l\u2019avenir de la culture française au Québec.1420 La langue est le centre névralgique de la culture québécoise, mais elle n \u2019est pas toute la culture.bain doit être certes linguistique, mais il est inutile s\u2019il n\u2019atteint pas les mécanismes culturels des nouveaux arrivants.Aussi utiles soient-elles pour l\u2019image, les lois 101, 178 et 86 ne sont qu\u2019un maillon de la chaîne de notre survie en tant que peuple distinct.pas toute la chaîne.La langue est le centre névralgique de la culture québécoise, mais elle n\u2019est pas toute la culture.«Le visage français du Québec?.La chirurgie plastique ne lui vaut rien.Il faut du muscle sous la peau.C\u2019est en renforçant la langue et la culture qu\u2019on change le visage; pas l\u2019inverse», a déjà dit fort à propos l\u2019éditorialiste Jean Paré.Il y a manifestement un danger de tout mettre ses espoirs dans un masque légal n\u2019effleurant le problème qu\u2019en surface seulement.Apprendre techniquement la langue, c\u2019est une chose, mais apprendre à vivre et à penser dans cette langue pour s\u2019imprégner de la mentalité et de la civilisation qu\u2019elle sous-tend, voilà qui est beaucoup plus ardu et qui n\u2019est pas donné sur un plateau d\u2019argent au premier immigrant venu.C\u2019est ici qu\u2019entre en jeu l\u2019obligation pour le Québec de sélectionner judicieusement ses alliés de demain.Pourquoi pas de la discrimination positive, selon l\u2019expression généralement admise pour conjurer certains retards.Dans les faits, la similarité de la langue est bien loin d\u2019être le critère premier.En 1987, 45 % des nouveaux arrivants ne s\u2019exprimaient qu\u2019en anglais, contre 32 % en français.En 1988, des 17 000 demandants européens de langue française, seulement 1 000 ont été acceptés.Bizarre tout de même que le Québec, dit français et soucieux de le demeurer, se prive d\u2019une classe d\u2019immigrants déjà linguistiquement intégrés en débarquant chez nous.On se rabat bien à tort sur notre système scolaire pour franciser et intégrer culturellement les nouveaux arrivants.Même obligatoire, l\u2019école française de premiers niveaux ne transforme pas automatiquement tous les immigrants en Québécois.En ce qui nous concerne, l\u2019apprentissage 1421 d une langue est inutile si aucun fondement culturel ne s y rattache et si la volonté de faire fructifier cet héritage commun est absente du processus.L\u2019école, même française, n\u2019a pas le nerf qu\u2019il faut pour développer chez les nouvelles ethnies un sentiment d\u2019appartenance significatif et mobilisateur.On est encore bien loin de cette intégration où chaque immigrant se voit comme une partie agissante d\u2019un tout.D\u2019abord, l\u2019école n\u2019affecte que le quart des immigrants, ceux qui ont ou auront des enfants.De plus, elle ne rejoint pas également tous les membres d\u2019une même famille.Ce qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas étranger au fait que, dans le quotidien, le noyau familial vit souvent dans sa langue d\u2019origine, selon ses coutumes, quand il ne choisit pas délibérément l\u2019isolement du ghetto.Les écoles ethniques Plus grave encore, le cas de ces écoles «ethniques» qui jouissent d\u2019un régime de faveur de la part du ministère de l\u2019Éducation; une quarantaine fonctionnant même dans la plus totale illégalité1.Comptant pas moins de 10 000 élèves, ces écoles, principalement d\u2019obédience juive, arménienne, grecque et musulmane, vont jusqu\u2019à défier l\u2019équité en recevant des subventions gouvernementales pour l\u2019éducation préscolaire alors que le même traitement est refusé au secteur privé conventionnel.Par ailleurs, c\u2019est à juste titre que la commission consultative de l\u2019enseignement privé s\u2019inquiète du fait que ces écoles «ghettos» ou «Eglises» fonctionnent en marge de la politique de francisation du Québec, souvent même au niveau de l\u2019enseignement profane qui y est dispen- 1.Voir à ce sujet, Vincent CLICHE, Selon la Commission consultative de l\u2019enseignement privé «Les écoles privées ethniques doivent perdre tout passe-droit», Le Soleil, 2 mai 1993, page A 4.L\u2019école française, n\u2019a pas le nerf qu\u2019il faut pour développer chez les nouvelles ethnies un sentiment d\u2019appartenance significatif et mobilisateur.1422 sé.Enfin, la Commission invite le ministère de l\u2019Éducation à s\u2019assurer que «les philosophies ou les enseignements religieux qui servent de fondement à ces écoles sont conciliables avec les valeurs fondamentales de la culture publique commune.» Dans le contexte actuel, la multiplication de ces enclaves subventionnées est indéfendable et même préjudiciable à une politique de francisation qui prétend défendre un tout autre Credo.Conclusion Au niveau scolaire, la phase critique est à nos portes.Les francophones sont déjà minoritaires dans certaines écoles de Montréal et l\u2019anglais gagne du terrain hors des salles de cours.Pour les immigrants, l\u2019anglais reste une langue attrayante.Comme plusieurs la maîtrisent mieux que le français, il va de soi pour eux de parler anglais entre les cours, à la maison et que leurs choix culturels aillent aux émissions, aux magazines et aux films anglais.Il est d\u2019ailleurs significatif de constater que 30 % des finissants allophones du secondaire sont récupérés par les cégeps anglophones, les universités anglophones et en bout de ligne par la communauté anglophone.30 % des finissants allophones du secondaire sont récupérés par les cégeps anglophones, les universités anglophones et en bout de ligne par la communauté anglophone.C\u2019est le Père Julien Harvey qui, à son corps défendant, (il faut être solide pour aller contre le Dieu du multiculturel) disait qu\u2019il ne suffit pas que les nouveaux arrivants tentent d\u2019apprendre le français scolaire pour devenir automatiquement «solidaires des Québécois de vieille souche».Si «la convergence culturelle» ne prime pas sur les autres critères au moment de la sélection des immigrants, il est bien possible qu\u2019il faille d\u2019ores et déjà se préparer à débattre de la question de la survie nationale sous un tout autre thème que celui de la société linguistiquement et culturellement distincte qui est depuis toujours au coeur de la philosophie indépendantiste québécoise.?1423 La connaissance des langues au Québec Quel que soit l\u2019intérêt du débat sur la langue d\u2019affichage, cela ne doit pas nous distraire des aspects plus fondamentaux de la question linguistique.Parmi ceux-ci figure la simple connaissance du français et de l\u2019anglais.Sur ce plan, on fait souvent état d\u2019un progrès décisif du français.Cependant, les données de recensement suscitent quelques réserves à cet égard.Charles ^ CASTONGUAY, mathématicien, Université d\u2019Ottawa 1.La progression du bilinguisme chez les francophones Comparons d\u2019abord l\u2019évolution du bilinguisme chez les francophones et les anglophones, énumérés selon la langue maternelle.Sous ce titre, on se contente trop souvent de souligner la forte croissance du pourcentage d\u2019anglophones qui déclarent pouvoir soutenir une conversation en français.Il est vrai que la progression du taux de bilinguisme est plus modeste chez les francophones.Toutefois, les chiffres réels qui sous-ten-dent l\u2019évolution des pourcentages font voir les choses assez différemment.Notre premier tableau montre que, depuis 1971, le nombre d\u2019anglophones bilingues au Québec n\u2019a augmenté que de 90 000 environ.De plus, cette croissance s\u2019est réalisée en totalité au cours des années 1970.1424 Tableau 1 Progression du bilinguisme parmi les anglophones et les francophones, Québec, 1971 à 1991\t\t\t \t1971\t1981\t1991 Population anglophone\t788 830\t694 915\t626 205 Connaissant le français\t289 750\t383 115\t380 122 Pourcentage de bilingues\t37%\t55%\t61 % Progression des bilingues en chiffres réels\t_\t93 365\t(2 993) Population francophone\t4 866 410\t5 248 440\t5 585 650 Connaissant l\u2019anglais\t1 250 635\t1 508 250\t1 765 076 Pourcentage de bilingues\t26%\t29%\t32% Progression des bilingues en chiffres réels\t\u2014\t257 615\t256 826 Le nombre de francophones qui se déclarent bilingues a augmenté, au rythme d\u2019un quart de million tous les dix ans.À partir des mêmes chiffres, on peut estimer que le nombre d\u2019anglophones unilingues a baissé d\u2019environ 253 000 en vingt ans.Le départ de nombreux unilingues a donc puissamment contribué à faire bondir le taux de bilinguisme des anglophones demeurés au Québec.En fait, une étude du Conseil de la langue française a déjà confirmé que la connaissance accrue du français chez les non-francophones au cours des années 1970 s\u2019explique en majeure partie par le départ du Québec d\u2019un grand nombre d\u2019unilingues anglais.En revanche, chez les francophones, le bilinguisme ne progresse aucunement par défaut.Le nombre de francophones qui se déclarent bilingues a augmenté d\u2019un bon demi-million, au rythme d\u2019un quart de million tous les dix ans.Sous cet angle, donc, la progression en chiffres réels de la connaissance de l\u2019anglais chez les francophones écrase celle de la connaissance du français chez les anglophones.Dans la mesure où les données de recensement sont dignes de foi, ces observations dégonflent quelque peu certains mythes faciles.D\u2019une part, les anglophones qui quittent le Québec ne sont pas nécessairement bilingues.D\u2019autre part, il ne semble pas manquer de francophones bilingues, au Québec, pour disputer aux anglophones bilingues les emplois éventuels qui exigeront le bilinguisme.1425 2.Quelle langue d\u2019intégration?Examinons maintenant la connaissance de l\u2019anglais et du français parmi la population allo-phone.En 1971, un peu moins de la moitié des allophones connaissaient le français, contre un peu plus des deux tiers qui pouvaient parler l\u2019anglais.Le tableau 2 indique que, vingt ans plus tard, l\u2019aptitude à «soutenir une conversation» en français, selon les termes du recensement, a rejoint celle de converser en anglais.On voit aussi que ce rattrapage s\u2019est surtout accompli au cours des années 1970.Tableau 2 Connaissance du français et de l\u2019anglais chez les allophones, Québec, 1971 à 1991\t\t\t \t1971\t1981\t1991 Population allophone Connaissant le français Connaissant l\u2019anglais\t372 525 47% 69%\t425 710 62% 71 %\t615 565 69% 68% Toutefois, le nouvel équilibre des connaissances chez l\u2019ensemble des allophones recouvre des compétences souvent fort différentes d\u2019un groupe à un autre.Pour apprécier cette variabilité dans ses grandes lignes, il suffit de distinguer les groupes qui connaissent surtout le français de ceux qui connaissent surtout l\u2019anglais.Il n\u2019est pas surprenant d\u2019avoir ainsi à compter comme plutôt francisants les allophones de langue maternelle latine (espagnol, italien, portugais, roumain), arabe, créole ou indochinoise.En effet, les personnes de langue latine apprennent plus facilement le français, et la période coloniale a laissé l\u2019empreinte du français au Moyen-Orient, en Haïti et en Indochine.Le reste des allophones font partie de groupes plutôt anglicisants, davantage portés à connaître l\u2019anglais que le français.Le tableau 3 montre que, depuis 1971, la connaissance du français a progressé un peu plus Les personnes de langue latine apprennent plus facilement le français.1426 lentement chez les anglicisants que chez les francisants.Cependant, il fait voir également qu\u2019entre-temps, les francisants sont devenus plus nombreux que les anglicisants.Cela explique pourquoi la connaissance du français a progressé aussi rapidement que nous l\u2019avons vu dans l\u2019ensemble de la population allophone.Tableau 3 Intégration linguistique des allophones francisants et anglicisants, Québec, 1971 et 1991\t\t\t \t1971\t1981\t1991 Allophones francisants\t170 355\t221 975\t324 260 Connaissant le français\t63%\t80%\t83% Connaissant l'anglais\t55%\t61 %\t59% Allophones anglicisants\t202 170\t203 740\t255 750 Connaissant le français\t34%\t43%\t50% Connaissant l\u2019anglais\t81 %\t82%\t78% Néanmoins, au dernier recensement, les anglicisants comptaient encore pour près de la moitié de la population allophone, et 50 p.100 d\u2019entre eux ne pouvaient toujours pas «soutenir une conversation» en français.De toute évidence, malgré tous les efforts consacrés à la promotion du français sur les vingt années à l\u2019étude, l\u2019anglais demeure la langue d\u2019intégration au Québec d\u2019une part appréciable d\u2019allophones.Que pourrait-on imaginer pour faire connaître et aimer encore plus la langue officielle du Québec?L\u2019école française joue assurément un rôle déterminant en ce sens, mais les trois quarts des immigrants arrivent à l\u2019âge de 15 ans ou plus.S\u2019il est vraiment indispensable, pour agir comme citoyen à part entière dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, de connaître le français, il faudrait envisager autre chose pour que s\u2019efface enfin de façon définitive l\u2019ignorance du français, source de frustration tant pour les allophones anglicisants que pour la majorité francophone, en particulier dans la région de Montréal.?1427 La question linguistique et la question nationale* Le débat linguistique était déjà mal engagé.D\u2019abord jugée à l\u2019aune de la Charte canadienne des droits des libertés, notre Charte de la langue française est maintenant dépendante des bons sentiments que nous portons à nos compatriotes qui utilisent habituellement une autre langue que le français.Voici donc que le débat s\u2019enlise, de projets de compromis en rêves de pactes, laissant le gouvernement Bourassa/Ryan s\u2019échapper avec une politique toute décidée d\u2019avance.Il aura fallu le comité des droits de l'homme des Nations Unies pour nous rappeler que la question linguistique est d\u2019abord une question nationale.On ne peut légiférer en cette matière de la même manière selon qu\u2019il s\u2019agit de la langue minoritaire ou de la langue majoritaire.Or, il est clair que tant que le Québec fera partie du Canada, le français sera ici comme ailleurs sur ce continent, une langue minoritaire.Un peu partout dans le monde, les citoyens et les nouveaux arrivants utilisent la langue de la majorité comme véhicule d\u2019intégration.Au Canada, quoi qu\u2019en pensent une bonne partie des Fran- Michel SARRA-^BOURRET L\u2019auteur termine actuellement un doctorat en histoire politique à l\u2019Université d\u2019Ottawa où il a également enseigné.1428 Dorénavant, il faudra parler de la majorité francophone à l'intérieur du pays du Québec co-Québécois, c\u2019est la langue anglaise.La Charte de la langue française, et notamment ses dispositions sur l\u2019affichage, ont agi en substitut de l\u2019indépendance.En faisant, entre autres, du français la seule langue officielle, elle devait inciter tous les Québécois à l\u2019adopter comme langue commune.Or, à ce niveau, nos lois linguistiques ont eu un impact mitigé, toujours difficile à mesurer.Elles ont toutefois eu une série d\u2019effets pervers, dont les moindres ne sont pas le sentiment de persécution des Anglo-Québécois, mais notre réputation d\u2019intolérance qui circule un peu partout dans le monde, et la fausse sécurité linguistique dont nous souffrons et qui tire ses sources de deux moments forts de l\u2019évolution du mouvement nationaliste.La première date, c\u2019est 1968, lors des États généraux du Canada français.La rupture entre les Canadiens français du Québec et du reste du Canada y fut consommée.Dorénavant, il faudra parler de la majorité francophone à l\u2019intérieur du pays du Québec.Sauf qu\u2019il n\u2019y a toujours pas de pays du Québec.Il ne suffit pas de le souhaiter pour qu\u2019il existe.Ce fut l\u2019invention de la majorité francophone québécoise.Et cette rhétorique majoritaire est aujourd\u2019hui habilement retournée contre les nationalistes qui l\u2019ont adoptée, qui se voient traités de tortionnaires.Et même si les Nations Unies nous rappellent que les francophones québécois font encore partie de la minorité canadienne-française, et nous disent, en substance, qu\u2019un gouvernement est justifié de promouvoir une langue minoritaire, il s\u2019en trouve encore pour rétorquer, aveuglés par leur propre écran de fumée, que de leur lointaine Genève les juges du Comité des droits civiques et politiques n\u2019ont rien compris à la dynamique des deux majorités au Canada.Personne, à part certains nationalistes, ne considère sérieusement que le Canada est fondé sur ce genre de dualisme.1429 La seconde date, c\u2019est l\u2019adoption de la loi 101.Oui, la Charte de la langue française! Elle a fait plus pour éteindre le sentiment indépendantiste que tous les coups de la Brink\u2019s.En nous installant dans ce faux confort, en camouflant notre condition minoritaire, le docteur Laurin a distribué l\u2019opium au peuple.En fait, en adoptant ces dispositions «sécurisantes», le Parti québécois a contribué à remettre l\u2019indépendance aux calendes grecques.Et si aujourd\u2019hui le peuple est en faveur d\u2019un assouplissement sur le front linguistique, ce n\u2019est pas à cause d\u2019un quelconque esprit colonisé, mais parce qu\u2019à la longue il s\u2019est convaincu que les francophones sont vus comme la majorité, que le français est dorénavant plus attirant que l\u2019anglais au Québec, bref que c\u2019est comme si le Québec était un pays.Mais le Québec n\u2019est toujours pas indépendant.En se substituant à l\u2019indépendance, les lois linguistiques sont un instrument éminemment fédéraliste.L\u2019ironie dans tout cela, c\u2019est qu\u2019elles soient défendues par un parti souverainiste et démantelées par un gouvernement fédéraliste.Tout cela s\u2019explique par des raisons tactiques et idéologiques.Les libéraux courtisent la clientèle anglophone et allophone.Ils considèrent qu'ils pourront aller y chercher les votes qui leur manqueront pour être reconduits l\u2019an prochain.Les péquistes croient pouvoir arracher la victoire en courtisant les nationalistes à tous crins.Y compris ceux qui croient qu\u2019il est possible d\u2019avoir un Québec français à l\u2019intérieur du Canada.Côté idéologique, les deux partis partagent les principes du libéralisme, sauf que les libéraux croient que les droits individuels doivent primer en tout temps et en tout lieu, et ne croient pas que la langue française doit être la langue commune de tous les Québécois.D\u2019où l\u2019assouplissement de la Charte de la langue française.Quant à eux, les péquistes considèrent que l\u2019exercice des droits individuels dépend des circonstances et ils pour- La Charte de la langue française a fait plus pour éteindre le sentiment indépendantiste que tous les coups de la Brink\u2019s.1430 Tant que le Québec fera partie du Canada, il faudra plus, pas moins de protection.\tsuivent l\u2019objectif d\u2019un Québec français.Ainsi, des mesures pour protéger le français sont aussi justifiées qu\u2019exceptionnelles.Le comble de l\u2019ironie, c\u2019est qu\u2019un assouplissement soudain des lois linguistiques, en nous replaçant devant la situation minoritaire du français, favoriserait une remontée de l\u2019indépendantisme.Cela devrait réjouir le P.Q.Mais ce qui se trame dans les officines de la Grande-Allée, c\u2019est un lent sevrage de nos protections linguistiques.Avant que nous nous en rendions compte, la langue française sera irrémédiablement passée du rang de langue commune des Québécois à celui de langue de la plus grosse minorité ethnique au Canada.Alors, pour l\u2019amour du français en Amérique, tant que le Québec fera partie du Canada, il faudra plus, pas moins de protection.Oui à la libéralisation de l\u2019affichage, mais dans un Québec indépendant.?1431 Les frères divisés Pierre de ^ BELLEFEUILLE Pour mieux régner, le gouvernement central du Canada cultive les divisions entre Québécois et francophones des autres provinces.C\u2019est d\u2019abord le Québec, plus fort que les groupes minoritaires, qui doit briser ce piège, jeter des ponts et traduire en gestes concrets la solidarité des francophones d\u2019Amérique.journaliste, ancien député à l\u2019Assemblée nationale du Québec C\u2019est bien connu, les Québécois et les francophones des autres provinces ne filent pas le parfait amour.A travers l\u2019histoire de la Confédération canadienne, les rapports entre les rameaux de ce même peuple d\u2019origine française ont été marqués par l\u2019ambivalence.Les froids et les coups fourrés ont alterné avec les effusions, les beaux gestes et les grands discours laissés sans suite.Depuis une vingtaine d\u2019années, ces rapports ne se sont pas améliorés.Les velléités d\u2019indépendance du Québec inquiètent les Canadiens français qui craignent d\u2019être abandonnés dans une mer anglophone.La crise constitutionnelle qui s\u2019effiloche depuis treize ans a exacerbé cette inquiétude.Brimés par leurs gouvernements provinciaux, les groupes minoritaires francophones se tournent vers Ottawa qui prétend les protéger, grâce à la loi 1432 sur les langues officielles et à la Charte fédérale des droits.Les associations canadiennes-françaises ont voulu saisir ces bouées de sauvetage.La plupart d\u2019entre elles, sinon toutes, affichent un fédéralisme militant qui déplaît souverainement aux nationalistes québécois.En outre, du point de vue québécois, la loi sur les langues officielles et la Charte fédérale des droits sont frappées d\u2019un vice fondamental.En effet, elles mettent sur le même pied les francophones des autres provinces et les Anglo-Québécois, tous «minorités de langues officielles» selon un parallélisme qui n\u2019est pas fondé, étant donné que le français est une langue menacée partout en Amérique et que l\u2019anglais ne l\u2019est évidemment pas.Même si elles ne remédient pas aux brimades infligées par les gouvernements provinciaux, notamment ceux de l\u2019Alberta et de la Saskatchewan dans le domaine des droits scolaires, les interventions du gouvernement fédéral en faveur des minorités francophones sont bénéfiques, par exemple les subventions aux associations, aux publications et aux projets communautaires.Au Québec, les interventions parallèles du gouvernement central à l\u2019appui de la minorité anglophone sont mal vues d\u2019une partie de l\u2019opinion, dans la mesure où elles ajoutent aux pressions en faveur de la bilinguisation du Québec.Il suffit parfois de quelques mots pour creuser un fossé.René Lévesque exprimait naguère l\u2019avis que les francophones des autres provinces étaient des «dead ducks» condamnés à disparaître.Cette parole malheureuse allait tomber dans l\u2019oubli, mais l\u2019écrivain Yves Beauchemin a repris la même idée devant la commission Bélanger-Campeau, traitant ces groupes minoritaires de «cadavres encore chauds».On ne peut que s\u2019insurger contre pareille insensibilité, pareil mépris.Mais il faut aussi constater l\u2019efficacité des stratégies du gouvernement central qui divise pour régner.1433 Dans le passé, à certains moments, le Québec s\u2019est montré solidaire des francophones des autres provinces.Ainsi, la pendaison de Louis Riel, en 1885, a provoqué des émeutes à Montréal.Les associations québécoises ont appuyé la lutte des Franco-Ontariens contre le règlement 17 qui, édicté en 1915, interdisait l\u2019enseignement en français.Elles ont mobilisé l\u2019opinion pour soutenir, dans les années 1940, la radio française dans l\u2019Ouest.Elles ont entendu les appels à l\u2019aide de la petite collectivité de Maillardville, en Colombie-Britannique.Mais à d\u2019autres moments, les interventions québécoises ont causé de grands torts.Ce fut notamment le cas en 1929 lorsque, se soumettant aux positions antinationalistes du pape Pie XI, Henri Bourassa publia dans Le Devoir une série d\u2019articles dénonçant le mouvement «sentinel-liste» chez les Franco-Américains.Ces articles eurent autant de retentissement au Canada qu\u2019outre-frontière.À l\u2019époque, les Franco-Américains, dont les porte-parole s\u2019exprimaient dans le journal La Sentinelle, subissaient une véritable persécution de la part de l\u2019évêque irlandais de Providence (Rhode Island), Mgr Hickey.Ces Franco-Américains, pour la plupart, étaient des Québécois exilés (on disait alors des Canadiens) qui avaient tissé des liens étroits avec les francophones partout au Canada.Leur vif attachement à leur langue s\u2019inspirait en bonne partie du nationalisme dont, suprême ironie, Henri Bourassa était depuis le début du siècle le principal maître à penser.Les choses se sont gâtées.Mgr Hickey, avec l\u2019appui du Vatican, a excommunié les sen-tinellistes qui refusaient de se soumettre.Un schisme naissait.Bourassa, dont la ferveur religieuse croissait avec l\u2019âge, était allé s\u2019agenouiller aux pieds de Pie XI pour qui seule la foi et la soumission à l\u2019autorité comptaient, la langue n\u2019étant que peu de chose.II ne serait peut-être pas trop fort d\u2019affirmer que par ses articles dénonciateurs, Henri Bourassa a brisé Dans le passé, à certains moments, le Québec s'est montré solidaire des francophones des autres provinces.1434 les reins des mouvements d\u2019émancipation des francophones en Nouvelle-Angleterre et aussi dans les provinces anglaises.À tout le moins, il a brisé leur élan et a donné pour longtemps un mauvais nom au Québec auprès des militants de la francophonie nord-américaine.Pourtant, les «dead ducks» respiraient encore.Malgré des taux d\u2019assimilation effarants, leurs associations survivaient et entretenaient la flamme.En 1967, quelques semaines après la scission au sein du Parti libéral du Québec qui a provoqué la fondation du Mouvement souveraineté-association de René Lévesque, les États généraux du Canada français, tenus à Montréal, rejettent le fédéralisme canadien et réclament les pleins pouvoirs pour le Québec.L\u2019indépendantisme se fait respectable.Cet événement considérable marque en quelque sorte l\u2019arrêt de mort du Canada français.Les Canadiens français du Québec deviennent Québécois.Délibérément ou non, ils rompent avec les autres composantes de la francophonie canadienne.Les francophones des provinces anglaises, désormais premiers sinon seuls titulaires du nom de Canadiens français, se tournent vers Ottawa où, bientôt, Pierre Elliott Trudeau leur fera la cour.Les conditions faites aux Canadiens-français seraient modelées sur celles dont jouissent les Anglo-Québécois.Devenu premier ministre du Québec en 1976, René Lévesque, dès sa première grande rencontre avec ses homologues d\u2019Ottawa et des autres provinces, à St.Andrews-by-the-Sea (N.-B.), met de l\u2019avant une idée prometteuse pour garantir la protection et le développement des minorités françaises dans les provinces anglaises.Cette idée, c\u2019est un accord de réciprocité en vertu duquel les conditions faites aux Canadiens français seraient modelées sur celles dont jouissent les Anglo-Québécois.Preuve évidente de leur mauvaise foi, les premiers ministres des autres provinces rejettent l\u2019idée.On peut estimer qu\u2019il serait opportun de la ressusciter aujourd\u2019hui, mais elle est peut-être trop simple et trop vigoureuse pour notre bonas- 1435 sérié congénitale, surtout par les temps de «political correctness» qui courent.Ce n est pas vain nationalisme que d\u2019affirmer que les Canadiens-français sont nos frères.C\u2019est reconnaître les rapports de forces.(En réalité, au sens strict, qu\u2019ils le veuillent ou non, les Québécois sont encore des Canadiens français!) Le devoir de solidarité transcende les aléas de la politique au jour le jour, comme l\u2019ont compris la plupart des associations canadiennes-françaises, en 1980, à l\u2019approche du référendum sur la souveraineté-association.Celles de l\u2019Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan, environ la moitié de celles des provinces atlantiques et la fédération qui les chapeautait toutes se sont prononcées en faveur du oui, sans nécessairement favoriser la souveraineté du Québec, s\u2019élevant ainsi au-dessus des contingences et jugeant que la force du Québec était aussi la leur.Cet état d\u2019esprit n\u2019a malheureusement pas survécu aux années 1980 qui ont été marquées non seulement par les manoeuvres d\u2019Ottawa, mais aussi par l\u2019incurie des gouvernements québécois.Durant l\u2019affrontement constitutionnel du début des années 1980, le gouvernement Lévesque a adopté la stratégie concoctée par Claude Morin et a conclu une alliance avec un groupe de provinces anglophones, sans se rendre compte que pour ces provinces, l\u2019alliance ne représentait qu\u2019une tactique momentanée.Elle s\u2019est en effet effondrée rapidement: ce fut «la nuit des longs couteaux».Mais dans l\u2019intervalle, pour sauvegarder l\u2019alliance, le Québec s\u2019était bêtement abstenu de soutenir la cause des minorités francophones, ce qui aurait déplu à ses alliés éphémères.En particulier, il n\u2019a pas exigé que l\u2019article 133 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique (AANB), qui prévoit le bilinguisme institutionnel, s\u2019applique non seulement au Québec mais aussi à l\u2019Ontario, comme cela était prévu au moment où la Confédération de 1867 se négociait.René Lévesque s\u2019est ainsi fait le complice de Pierre Elliott Trudeau qui 1436 Le gouvernement du Québec a plaidé contre eux, en appuyant le gouvernement provincial qui brimait les Canadiens français.avait conclu un pacte indigne avec Bill Davis, premier ministre de l\u2019Ontario, renonçant à réclamer le bilinguisme en Ontario en échange de 1 appui de Davis dans les négociations constitutionnelles.Rappelons que durant la conférence des premiers ministres en septembre 1980, ce même Trudeau montait sur ses grands chevaux et accusait les provinces de l\u2019Atlantique de troquer «freedom against fish».Mais en cette matière, il revenait au gouvernement Bourassa d\u2019atteindre le sommet de la bêtise.Lorsqu\u2019en 1989, les parents francophones de l\u2019Alberta se sont présentés en Cour suprême du Canada pour revendiquer les droits qui leur étaient reconnus par l\u2019AANB révisé en 1982, le gouvernement du Québec a plaidé contre eux, en appuyant le gouvernement provincial qui brimait les Canadiens français.Le prétexte?Il fallait éviter, paraît-il, que le jugement de la Cour suprême puisse être invoqué par les Anglo-Québécois.C\u2019est, de deux façons, le comble du ridicule.D\u2019abord, il est clair que les Anglo-Québécois jouissent déjà des droits revendiqués par les Fran-co-Albertains, et bien au delà.De plus, ce prétexte suppose l\u2019acceptation par le Québec du parallélisme des minorités de langues officielles.Or, nous l\u2019avons déjà vu, ce parallélisme est inacceptable.Mais il y avait l\u2019entente de Meech Lake qu\u2019il fallait sauver, et monsieur Bourassa ne voulait déplaire à aucun de ses homologues.Les francophobes d\u2019Edmonton, d Ottawa et d ailleurs gloussaient d\u2019aise, pendant que de nombreux Canadiens français se résignaient à ranger les Québécois parmi leurs adversaires.Qui peut les blâmer?L\u2019attitude du gouvernement Bourassa en cette affaire était un comble, mais ce n\u2019était que la pointe de l\u2019iceberg.Ce gouvernement n\u2019a jamais protesté contre les tracasseries et les injustices répétées que les Canadiens français subissent de la part des gouvernements des autres provinces.11 pratiquait la politique du chien couchant, comme 1437 on 1 a vu au moment de la prétendue entente de Charlottetown.Paradoxalement, l\u2019étroitesse d\u2019esprit qui s allie à 1 opportunisme du gouvernement Bourassa se retrouve aussi dans certains milieux indépendantistes.Ainsi, à l\u2019émission «Droit de parole» de Radio-Québec, on a pu entendre le président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal réclamer le rappel de la loi fédérale des langues officielles, à cause de certains effets pervers de cette loi \u2014 effets pervers qui disparaîtront dès 1 accession du Québec à la souveraineté \u2014 sans se soucier de l\u2019importance de cette loi pour les minorités francophones.Dans ces milieux qu\u2019on pourrait décrire comme ceux du nationalisme passif, on n\u2019a pas compris qu\u2019on peut, sans renoncer à l\u2019identité québécoise, affirmer et concrétiser la solidarité des francophones d\u2019Amérique.Ainsi, au cours des dernières années, les Canadiens français ont dû s\u2019adapter tant bien que mal à une conjoncture marquée aussi bien par les sollicitations du fédéral que par les attitudes étonnantes (j allais dire l\u2019abandon) du Québec.Leur fédération des francophones hors-Québec est devenue en 1991 la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFAC).On comprend le désir de nos compatriotes des autres provinces d\u2019avoir pour définition ce qu\u2019ils sont plutôt que ce qu\u2019ils ne sont pas.On comprend moins bien ce nouveau nom qui, si les mots ont un sens, inclut le Québec, alors que cette fédération ne peut en aucune façon prétendre représenter la communauté québécoise.À moins que le Québec ne fasse plus partie du Canada.Ce serait mon plus cher désir, mais il n\u2019est pas encore réalisé.En courtisant cette fédération, les représentants du gouvernement central ne se gênent pas pour exprimer leurs sentiments antiquébécois.Je me souviens d\u2019un discours du ministre Bernard Valcourt, à l\u2019occasion d\u2019un colloque sur la dualité linguistique tenu à Ottawa en juin 1992, sous les On peut, sans renoncer à l\u2019identité québécoise, affirmer et concrétiser la solidarité des francophones d'Amérique.1438 L\u2019émergence de la francophonie mondiale invite tous les francophones à s'élever au-dessus de leurs divergences pour soutenir ensemble la langue et la culture qui sont leur dénominateur commun.auspices de la FCFAC, discours qui ressemblait à un film de cowboys, avec des «bons»: Ottawa et les groupes canadiens-français, et des «méchants»: le Québec et la France.Vu l\u2019ambivalence québécoise, les pressions du gouvernement central sont efficaces.Un certain esprit antiquébécois a par exemple poussé la FCFAC à organiser en mars 1993, dans le cadre des préparatifs canadiens en vue du sommet de la Francophonie à Maurice, un «Symposium du monde associatif francophone d\u2019Amérique» auquel la participation du «monde associatif» québécois était à peu près inexistante.Fins renards, les dirigeants de la FCFAC ont masqué cette quasi-absence en choisissant Québec comme lieu du symposium et en obtenant des collaborations plus protocolaires et touristiques que substantielles, notamment celle des services de l\u2019Assemblée nationale et celle du musée du Séminaire.Mais la FCFAC, elle aussi, est ambivalente.Peu après ce symposium, elle a présenté à l\u2019Assemblée nationale et au gouvernement du Québec un énoncé de politique de rapprochement.Voilà une occasion qu\u2019il faudrait saisir.La conjoncture se prête en effet à un rapprochement.L\u2019émergence de la francophonie mondiale invite tous les francophones à s\u2019élever au-dessus de leurs divergences pour soutenir ensemble la langue et la culture qui sont leur dénominateur commun.Les échecs de Meech et de Charlottetown ont mis au tombeau le renouvellement d\u2019un fédéralisme mal conçu qui s\u2019est révélé incapable de répondre aux aspirations du Québec et d\u2019assurer le développement des collectivités francophones des autres provinces en butte depuis toujours à des vexations incessantes.Il faudrait d\u2019abord que les Québécois et leur gouvernement comprennent que c\u2019est à eux, qui sont les plus forts, qu\u2019il appartient de tendre la main aux autres francophones d\u2019Amérique.?1439 Bilan de la XIIe Conférence de peuples de langue française Delémont (Jura suisse) 10 et 11 septembre 1993 Trois jours avant qu\u2019il nous quitte, les participantes et participants des huit délégations membres ont ouvert cette XIIe Conférence des peuples de langue française en rendant un bel hommage à son père fondateur, Roland Béguelin, en le faisant président d\u2019honneur.Cet homme a également été l\u2019instigateur du Rassemblement jurassien au cœur de la création de la République et Canton du Jura.La Conférence voulait ainsi le remercier pour la détermination dont il a fait preuve dans toutes les luttes qu\u2019il a menées.Monsieur Béguelin est décédé quelques jours plus tard.La XIIe CPLF s\u2019est achevée le 11 septembre 1993 à Delémont par l\u2019adoption d\u2019une quinzaine de résolutions ayant trait au rappel de grands principes comme le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes, aux différents sujets qui guidaient cette conférence sous le thème de l\u2019État et les législations linguistiques et à l\u2019appui répété de la CPLF aux combats menés par chacun des organismes membres.Sylvain ?SIMARD, président du Mouvement national des Québécoises et Québécois 1440 Une résolution pour la reconnaissance d\u2019un Québec souverain De façon plus précise, la XIIe Conférence s\u2019est penchée sur la question du respect, par les autorités concernées, des décisions démocratiques prises par les peuples membres de la CPLF à l\u2019égard de leur avenir.C\u2019est ainsi que la XIIe Conférence a rappelé, dans sa résolution finale, qu\u2019elle entendait tout mettre en oeuvre pour que soit reconnue le plus rapidement possible, par la Communauté des nations, la souveraineté du Québec, dès lors que celui-ci aura confirmé cette volqnté par référendum.Cette résolution particulière quant au Québec présentait pour les participantes et participants réunis à Delémont un caractère urgent puisque les choses se précipitent actuellement au Québec et que, selon toute éventualité, le Québec aura tenu, ou sera sur le point de tenir, le référendum sur sa souveraineté au moment où nos mouvements se réuniront à nouveau en Conférence à l\u2019automne de 1995.C\u2019est en quelque sorte un nouveau rôle que viennent de s\u2019attribuer les différents organismes de la CPLF en se faisant «lob-byistes» auprès de leur gouvernement respectif pour que la reconnaissance, par la communauté internationale, d\u2019un nouvel Etat de la francophonie se fasse diligemment.La XIIe Conférence a rappelé, dans sa résolution finale, qu\u2019elle entendait tout mettre en oeuvre pour que soit reconnue le plus rapidement possible, la souveraineté du Québec, dès lors que celui-ci aura confirmé cette volonté par référendum.Le Québec, par son représentant la MNQ, est fort conscient que sa souveraineté, sur le plan international, n\u2019a de valeur que si elle est reconnue par ses pairs, c\u2019est-à-dire par les autres pays membres de l\u2019Organisation des Nations Unies.La CPLF a donc une fonction de premier ordre en ce qu\u2019elle permettra que se mette en branle le processus de reconnaissance du nouvel Etat québécois.Les législations linguistiques Puis, la Conférence de Delémont a voulu marquer, d\u2019une façon indubitable, son désir de voir 1441 renforcer les lois linguistiques de protection de la langue française dans les États y étant représentés.Le néo-colonialisme culturel étatsunien, aux yeux de toutes les délégations présentes, constitue un danger pour le rayonnement du français tant en Europe qu\u2019en Amérique.À l\u2019heure où les luttes se font de plus en plus rudes dans les institutions parlementaires européennes pour la définition d\u2019une langue d\u2019usage commune, il apparaît clairement pour la CPLF que la langue française ne doit catégoriquement pas abdiquer son autorité morale et historique.D\u2019autant plus, soutiennent les participants à la conférence, que la Grande-Bretagne, dont la langue est de plus en plus prisée partout dans le monde, n\u2019a que très tardivement et péniblement manifesté son désir d\u2019être associée au marché commun européen.Le français est toujours la langue d\u2019usage la plus répandue en Europe occidentale, et nos partenaires commerciaux étatsuniens, tout puissants soient-ils, ne sauront faire fonctionner toutes les institutions européennes au rythme de l\u2019anglais.C\u2019est pourquoi la XIIe Conférence a tenu à faire savoir au ministre français de la Culture et de la Francophonie, monsieur Jacques Toubon, toute son approbation à l\u2019égard du nouveau projet de loi français de défense de la langue française, en lui faisant parvenir un télégramme signé par les chefs de toutes les délégations.Nous ne saurions trop insister sur le soutien le plus total des membres de la Conférence des peuples de langue française à la résistance de la France aux pressions exercées en vue de modifier les quotas d\u2019émissions américaines dans les domaines cinématographique et audiovisuel.En matière de législation linguistique, thème central de la Conférence de Delémont, certains des mouvements membres vivent dans des États qui ont quelque expérience à ce sujet: le Québec et la Romandie sont de ceux-là.Le vice-président et ancien ministre du Parti québécois, monsieur Bernard Landry, a honoré la Conférence de sa présence, lui qui a participé de près à l\u2019élaboration de la politique linguistique du Québec au Le français est toujours la langue d\u2019usage la plus répandue en Europe occidentale.1442 début du premier mandat du gouvernement pé-quiste en 1976.Le Québec, au moment de l\u2019adoption de la loi 101, mettait sur pied un organisme parallèle de gestion de la Charte de la langue française, l\u2019Office de la langue française.Son président, monsieur Jean-Claude Rondeau, présentait la partie de la Conférence portant sur cette question et faisait part, par la même occasion, de l\u2019expérience québécoise.La Conférence soulignait que le fait pour un peuple de vouloir protéger sa langue nationale n\u2019est pas une attitude rétrograde et ethnocentriste comme on tenterait souvent de nous le faire croire; que plusieurs pays dont la langue n\u2019est même pas menacée \u2014 comme certains Etats des États-Unis par exemple \u2014 ont adopté des lois en ce sens.La Conférence a plaidé vigoureusement pour l\u2019utilisation, du moins par les pays dont c\u2019est la langue officielle, du français dans les communications, les rencontres internationales, les revues scientifiques, etc.L\u2019épanouissement de la langue française L\u2019atelier sur l\u2019enseignement et la langue française, thème d\u2019une seconde partie de la Conférence, a confirmé l\u2019importance que les États francophones doivent accorder à la qualité de la langue, aux moyens de l\u2019accroître, à la continuité de la transmission de la langue par nos enseignants, à l\u2019intégration des nouveaux arrivants par l\u2019école et l\u2019enseignement en français, et à la sensibilisation de nos concitoyens à l\u2019avenir du fran- La coopération entre les Etats francophones constitue la condition sine qua non de la survie et de l\u2019épanouissement de la langue française.çais.La coopération entre les États francophones constitue certainement la condition sine qua non de la survie et de l\u2019épanouissement de la langue française.Les congressistes s\u2019y sont arrêtés et ont convenu du caractère impérieux du renforcement des liens entre nos États.A ce chapitre, les réseaux de communications jouent un rôle 1443 essentiel; la télévision de langue française TV5 et le Réseau Francité, la banque informatisée de renseignements sur la francophonie mise sur pied par le Centre René-Lévesque, sont des outils majeurs que nous devons perfectionner et exploiter dans l\u2019avenir.Au début de ce bilan de la Conférence de De-lémont, il est dit que nous avions adopté des résolutions concernant chacun des organismes de la CPLF.En effet, la XIIe Conférence a rejoint le Mouvement romand dans son opposition à la révision de l\u2019article 116 de la Constitution fédérale qui modifierait les acquis du principe de la territorialité des langues.Nous avons également, je l\u2019ai mentionné, manifesté au peuple québécois notre plein et entier appui pour la détermination de son avenir.Également, la XIIe Conférence a approuvé la détermination des autorités municipales de Moutier au Jura dans leur combat pour le rattachement de la première cité du Jura-Sud à l\u2019État jurassien déjà existant.La Commune des Fourons, injustement rattachée à la Flandre, fut l\u2019objet d\u2019une résolution réclamant son statut biré-gional.La Conférence a plaidé pour l\u2019autonomie wallonne et le statut de Bruxelles comme région à part entière avec pleins pouvoirs politiques pour sa majorité francophone.De la même façon, la CPLF souhaite que le peuple valdôtain atteigne le niveau d\u2019autonomie et de reconnaissance justement demandé par ses représentants./ Le Prix Jean-E.Humblet Les participantes et participants de la XIIe Conférence ont également procédé au lancement du Prix Jean-É.Humblet.C\u2019est en 1992 que le sénateur wallon en retraite, Jean-Émile Humblet, a rendu possible la constitution d\u2019une fondation destinée à favoriser la solidarité et l\u2019amitié entre les peuples de langue française.Monsieur Humblet a chargé le Mouvement national des Québécoises et Québécois de gérer et 1444 d\u2019administrer la Fondation et le Prix international bisannuel.La Fondation a choisi de primer une contribution à l\u2019étude ou 1 illustration des solidarités ou des échanges entre les peuples de langue française.Elle décernera tous les deux ans le Prix Jean-É Humblet dont le montant s\u2019élève à 4 000$.Par la remise de son prix, la Fondation souhaite participer activement aux échanges entre les peuples de langue française.Elle veut promouvoir la solidarité entre ces peuples et reconnaître les contributions de ceux et celles qui travaillent à la renforcer.En conclusion, la Conférence des Peuples de langue française est plus vivante que jamais; les travaux de cette XIP rencontre bisannuelle l\u2019ont à nouveau confirmé.Plusieurs de nos mouvements membres ont fait des avancées considérables sur le plan de la représentation politique.La CPLF assume pleinement son rôle de soutien des revendications légitimes des peuples membres.A ce titre, elle réaffirme continuellement le caractère indispensable de son existence sur la scène internationale.?1445 Henri Bourassa Le legs d\u2019un journaliste se jauge à l\u2019importance et, dans la meilleure des hypothèses, à la pérennité des débats qu\u2019il aura suscités, animés ou soutenus, au fil des ans.À plus forte raison, si ce journaliste a confié à son entreprise la mission de promouvoir des principes et de tracer les lignes de vie d\u2019une collectivité.A la fin du siècle dernier, Zola a entraîné toute la société française dans une démarche douloureuse, à la faveur d\u2019un débat dont les échos trouvent encore résonance dans la France de la Ve République.Son «J\u2019accuse» a obligé tout un peuple à remettre en question certitudes et préjugés qui définissaient, jusque-là, le rôle et la place d\u2019une minorité au sein de la nation.Dès la fin du siècle dernier, Henri Bourassa pose les premiers jalons d\u2019une entreprise intellectuelle et idéologique qui va baliser le cheminement de la collectivité canadienne-française durant des décennies.Les coups de cœur et les exhortations du fondateur du Devoir se devinent, encore aujourd\u2019hui, dans la lancinante interrogation qui hante et divise tout à la fois cette même collectivité.Cette affirmation me semble se vérifier d\u2019abondance en ce qui a trait à la définition même du nationalisme et, corollaire important, à l\u2019appréciation du rôle et de la si- Paul-André ^ COMEAU 1446 Notre nationalisme à nous, écrit-il, est le nationalisme canadien, fondé sur la dualité des races (.).gnification de la diaspora canadienne-fran-çaise.Henri Bourassa peut, à juste titre, revendiquer la paternité de l\u2019une des deux options fondamentales qu\u2019a épousées et qui rallient toujours la collectivité canadienne-française, devenue québécoise au tournant de la révolution tranquille.Le nationalisme, manière Henri Bourassa, s\u2019est peu à peu imposé depuis les balbutiements de la Ligue nationaliste, lancée en 1899, au moment du débat contre la participation du Canada à la guerre des Bœrs.Dès lors, le descendant de Louis-Joseph Papineau, cristallise le sens et la portée du nationalisme canadien-français: Notre nationalisme à nous, écrit-il, est le nationalisme canadien, fondé sur la dualité des races (.).La nation que nous voulons voir se développer, c\u2019est la nation canadienne, composée des Canadiens-français et des Canadiens-anglais, c\u2019est-à-dire de deux éléments séparés par la langue et la religion (.), mais unis dans un commun attachement à la patrie commune.En fondant Le Devoir, il se donne un instrument permanent pour raffiner et promouvoir une doctrine qui, concession au jargon à la mode d\u2019aujourd\u2019hui, se veut mobilisatrice et structurante.Cette vision d un Canada indépendant, c\u2019est-à-dire dégagé de tout lien avec la Grande-Bretagne, a effectivement tenu lieu de dessein, accepté plus ou moins consciemment, dans l\u2019évolution du Dominion depuis le statut de Wesminster, en 1931.Ce nationalisme nous rejoint et nous interpelle toujours, même sous de nouveaux habillements.Il suffit de penser un instant au credo et aux actions d\u2019un Pierre Elliott Trudeau pour s\u2019en convaincre.La politique de bilinguisme de l\u2019ancien Premier ministre du Canada s\u2019inscrit dans une trajectoire qui n\u2019aurait pas connu le moindre infléchissement depuis Henri Bourassa.En ce sens, cette filiation s\u2019est maintenue, malgré plusieurs 1447 tentatives «d\u2019aggiornamento», illustrées notamment par un autre membre du Panthéon du journalisme, André Laurendeau.Depuis, l\u2019hypothèse-Canada, selon le mot de Claude Ryan, troisième successeur de Henri Bourassa à la tête du Devoir, s\u2019oppose au projet d\u2019un État québécois.Dès le début du siècle, l\u2019option de Bourassa a contré les visées de certains nationalistes d\u2019une autre école, à commencer par Jules Tardivel, un autre journaliste.Pour ce dernier, les Canadiens français ne pourront guère ou jamais s\u2019épanouir dans la confédérations canadienne.C\u2019est l\u2019autre pôle de la pensée nationaliste au Québec: depuis les timides essais en faveur d\u2019une Laurentie, jusqu\u2019à la définition de l\u2019actuel projet de souveraineté issu de l\u2019échec des accords du Lac Meech, sans oublier la souveraineté-association du référendum de 1980.Entre ces deux options, il ne paraît guère y avoir de place pour une voie mitoyenne.La leçon se dégage, impitoyable, de la démarche courageuse, mais déchirante menée par André Laurendeau.D\u2019où la durée éphémère des thèses de la coexistence des deux nations, en faveur du pacte confédératif, du statut particulier.Le décor, côté jardin, a donc été planté par Henri Bourassa, au tournant du siècle dernier.Y évoluent encore avec aisance un contingent appréciable de Québécois et les minorités francophones du reste du Canada.Indéniable empreinte de l\u2019homme et de son projet collectif où le concept de nation tente de se réconcilier avec celui de patrie.À la recherche du statut idéal pour la collectivité canadienne-française, Henri Bourassa aurait-il logiquement été amené à placer en perspective la place des différents rameaux de la famille francophone sur ce continent?Cette vision de l\u2019esprit pousserait insidieusement à nier, à tout le moins, minimiser l\u2019ampleur de l\u2019exode qui se gonflait au moment où le jeune député de Labelle faisait ses premières armes aux Communes.Les Canadiens français ne pourront guère ou jamais s'épanouir dans la confédérations canadienne.1448 Et Bourassa, dès la création du Devoir, affiche sympathie et intérêt envers cette diaspora en voie de constitution.Vers l\u2019Ontario, vers l\u2019Ouest du Canada où le chemin de fer achevait de relier les deux océans, les francophones du Québec jettent alors les bases de nouvelles collectivités, de communautés, comme on dirait aujourd\u2019hui.Mais c\u2019est surtout vers les petites localités industrielles de la Nouvelle-Angleterre qu\u2019émigrent massivement des centaines de milliers de Canadiens français, à la recherche de travail, à la poursuite de leur vision du «rêve américain».Et Bourassa, dès la création du Devoir, affiche sympathie et intérêt envers cette diaspora en voie de constitution.Il multiplie visites et conférences, dans tous les coins de la fédération, de l\u2019Acadie jusqu\u2019en Alberta.Il met son journal au service d\u2019une cause qui s\u2019assimilera un jour à une forme de coopération à la survivance.Il parraine de véritables pèlerinages en Acadie, en Nouvelle-Angleterre.À ses lecteurs du Québec, il recommande l\u2019appui actif aux francophones hors-Québec, qui subissent injustice sur injustice et voient leurs droits constamment brimés, bafoués.Mais, Bourassa est aussi l\u2019homme de son temps.Et, faut-il l\u2019ajouter, d\u2019une époque où l\u2019alliance entre l\u2019autel et la langue constituait la base, l\u2019assise de la nation canadienne-française.En 1929, après deux ans d\u2019hésitations et de déchirements, il préconise la soumission à Rome, et exhorte une minorité de Canado-Américains \u2014 pour ne pas dire: il leur ordonne \u2014 de mettre fin à leur rébellion contre l\u2019évêque irlandais du lieu.Déjà excommuniés par le Vatican, les Croisés et les Sentinellistes de la Nouvelle-Angleterre viennent de perdre leur dernier appui de taille.Les «petits Canadas» de Lowell, de Wonsocket et d\u2019ailleurs vont peu à peu se folkloriser.Déjà partagés quant à cette diaspora, les Canadiens français du Québec en viennent assez rapidement à délaisser, puis à oublier ces francophones de l\u2019extérieur du Québec, à l\u2019exception peut-être des Franco-Ontariens et des Acadiens.1449 Ainsi, au nom de l\u2019obéissance à Rome, Bou-rassa a-t-il sacrifié la survivance du fait français en Nouvelle-Angleterre.Son choix a sans doute été déchirant, mais il s\u2019inscrit dans la durée.On peut même y lire, de façon prémonitoire la genèse d\u2019une constante du comportement du Québec institutionnel et des Québécois eux-mêmes.Un demi-siècle après le triste épisode des Sen-tinellistes, le Québec de la révolution tranquille restera insensible aux appels des leaders de ces mêmes minorités.Une froide analyse de géopolitique engendre une incompréhension totale.Une insensibilité qui semble se nourrir à cette même analyse amène politiques et écrivains à verser au passif la présence de ces francophones d\u2019outrefrontière, quand ce n\u2019est pour les accabler du coup de l'âne.À vrai dire, fidèle à la pensée première de Bourassa, Le Devoir demeure pratiquement le seul organe de presse au Québec à consacrer éditoriaux et reportages aux rameaux de la famille, dispersés et isolés sur un continent.Bref, politique et journaliste, Henri Bourassa a énoncé des positions qui ont soulevé des débats passionnés et provoqué des déchirements profonds.Heureusement, le recul du temps permet désormais une appréciation plus sereine et plus dégagée de son héritage.Au moment de lancer Le Devoir, il a inscrit l\u2019entreprise à l\u2019enseigne d\u2019un programme et d\u2019un pari, tout à la fois: «Fais ce que dois».L\u2019un de ses successeurs, plus modeste, se contentera de creuser un sillon analogue avec les moyens du bord.«Fais ce que peux», a écrit Gérard Fillion, dans ses Mémoires.C\u2019est traduire sobrement la tension entre l\u2019idéal et le pragmatisme où s\u2019inscrit inévitablement l\u2019histoire des peuples.C\u2019est aussi porter un jugement réaliste sur l\u2019héritage qui mérite aujourd\u2019hui à Henri Bourassa son intronisation au Panthéon des journalistes du Québec.?Le Devoir demeure pratiquement le seul organe de presse au Québec à consacrer éditoriaux et reportages aux rameaux de la famille.1450 À travers l'actualité Rosaire MORIN Nos souhaits de bonne année Nous adressons à nos amis nos souhaits de bonne année.A tous nous disons, selon la formule traditionnelle: Bonne et heureuse année et le paradis à la fin de vos jours.À chacun: Santé, bonheur et prospérité! Au pays du Québec: la liberté et la prospérité.Que sera l\u2019année 1994 pour le Québec?Des nuages à l\u2019horizon inquiètent les meilleurs esprits.Souhaitons-nous de la lucidité et du courage! L\u2019avenir du peuple québécois dépend des décisions qui seront prises ou non au cours des prochains mois.Jean-Marc Léger La revue ne pratique pas l\u2019adoration mutuelle.Mais l\u2019équité commande à l\u2019occasion d\u2019honorer des personnes qui le méritent.Justice oblige.M.Jean-Marc Léger vient de recevoir la décoration de Commandeur de l\u2019Ordre national des arts et Lettres (France).La distinction lui a été décernée par M.Jacques Toubon, le ministre français de la Culture et de la Francophonie.M.Léger possède une licence en droit et en sciences sociales, une maîtrise en histoire et un certificat en relations internationales (Institut d\u2019études politiques, Paris).Il est journaliste à La Presse et au Devoir En octobre, une erreur de la maison d\u2019expédition a reproduit nos étiquettes d\u2019adresse avec une ligne en moins.L\u2019adresse civique ou la ville a été omise.Nos excuses.Si vous n\u2019avez pas reçu la revue, veuillez nous en aviser.1451 de 1951 à 1969.Il exerce les tâches de secrétaire, puis de président à l\u2019Union canadienne des journalistes de langue française de 1955 à 1961.Il préside aux destinées de l\u2019Association internationale de langue française de 1960 à 1962.Il est le secrétaire général de l\u2019Association des universités partiellement ou entièrement de langue française de 1961 à 1978.De 1969 à 1974, à Paris, il occupe la fonction de secrétaire général de l\u2019Agence de coopération culturelle et technique.Dans la fonction publique nationale, on le retrouve successivement directeur de l\u2019Office de la langue française, délégué général du Québec à Paris, sous-ministre adjoint au ministère de l\u2019Éducation, sous-ministre adjoint au ministère des Relations internationales et chargé de mission auprès du Comité international des Sommets francophones.Il est actuellement conseiller en relations internationales, directeur général du Centre de recherche Lionel-Groulx et de la Fondation Lionel-Groulx.M.Léger est secrétaire général honoraire de l\u2019ACCT et de l\u2019AUPELF.Plusieurs décorations ont souligné sa contribution exceptionnelle au fait français: Officier de l\u2019Ordre de l\u2019Étoile équatoriale (Gabon), 1965; Prix Olivar-Asselin de la SSJB de Montréal, 1965; Grand prix Léopold-Sedar-Senghor de la Francophonie, 1971; Commandeur de l\u2019Ordre national du Lion (Sénégal), 1972; Docteur honoris causa de l\u2019Université de Provence, 1972; Commandeur de l\u2019Ordre national du Niger (Niger), 1973; Grand officier de l\u2019Ordre national de Léopold 11 (Belgique), 1974; Titulaire du Mérite du Mouvement national des Québécois, 1976; Docteur honoris causa de l\u2019Université de Montréal, 1979; Docteur honoris causa de l\u2019Université nationale du Zaïre, 1980; Docteur honoris causa de l\u2019Université Paris-Sorbonne, 1986; Commandeur de l\u2019Ordre national de la Légion d\u2019honneur, 1989; En plus de publier quelques volumes et des centaines d\u2019articles dans les journaux et revues, Jean-Marc Léger est demeuré et demeure un pilier de L\u2019Action nationale.Ce court témoignage tend à souligner l\u2019apport immense qu\u2019il a apporté à la Ligue et à la Revue pendant quatre décennies.Son premier article date de décembre 1948 «Urgence d\u2019une doctrine nationale».Il est encore d\u2019actualité.Il exprime la vigueur de convictions qui, depuis, ne se sont jamais démenties.M.Jean-Marc Léger appartient à ce groupe privilégié auquel L\u2019Action nationale doit une vive reconnaissance.Roland Béguelin J\u2019ai le regret de vous faire part du décès de Roland Béguelin.L\u2019homme était le secrétaire général du Rassemblement jurassien et de 1452 la conférence des peuples de langue française.Il était l\u2019ancien président de Parlement de la République du Jura et le rédacteur en chef du Jura libre.Il a été le héros d\u2019une lutte sans laquelle il n\u2019y aurait pas aujourd\u2019hui de Canton du Jura.Les Jurassiens pleurent l\u2019homme qui a établi leur souveraineté après 150 ans de nuit bernoise.Grâce aux batailles que M.Béguelin a conduites, le Jura deviendra un pays de liberté, du lac de Bienne aux portes de la France.À son épouse, Denise, à sa famille et aux Jurassiennes et Jurassiens, nous offrons nos sincères condoléances.Les élections Le 25 octobre, la démocratie a parlé.Les électeurs ont confirmé le verdict du référendum tenu le 26 octobre 1992.En ce pays, le désaccord est total.Les divergences sont profondes.Le Reform Party et le Bloc québécois ont brisé le consensus des trois partis traditionnels.Le leadership fédéral est en grande difficulté.Le cheval de Troies est dans les murs.Le Reform de Manning, le Parti libéral de Chrétien et le Parti conservateur de Mme Campbell n\u2019accepteront jamais une entente égalitaire Québec-Canada.Le succès du Reform Party confirme le «NON» des anglophones à l\u2019Accord de Charlottetown.Il illustre les perceptions différentes des Canadiens et des Québécois face à l\u2019avenir constitutionnel.Les Canadiens-anglais du Québec et d\u2019ailleurs n\u2019ont démontré aucune ouverture à l\u2019égard du Bloc et du pays Québec à portée de main.Au contraire, on peut observer un durcissement de leurs attitudes.La réussite du Bloc démontre que le Québec est engagé dans une marche vers la souveraineté.Désormais, les fédéralistes d\u2019Ottawa ne peuvent répéter à la Trudeau qu\u2019ils représentent le Québec.L\u2019appui accordé aux deux partis est inférieur au Québec au nombre de votes recueillis par le Bloc québécois.Il est d\u2019ailleurs concentré dans l\u2019Ouest de Pile.La force du Bloc est indéniable.Les Québécois francophones le soutiennent très majoritairement.Ils se souviennent du rapatriement unilatéral et vexant, de l\u2019espoir raté de Meech et de l\u2019offre insolente de Charlottetown.Ils sont maintenant convaincus qu\u2019une entente n\u2019est pas possible et qu\u2019il faut bâtir ici deux pays pour deux peuples fondamentalement différents.L\u2019avenir politique québécois dépend en partie de la bataille que le Bloc conduira à Ottawa.Nous allons connaître un gouvernement libéral majoritaire.M.Chrétien, avec sa pensée antédiluvienne, devra négocier avec M.Bouchard et M.Manning.Il devra consulter, écouter.Quel paradoxe! Ainsi coincé, M.Chrétien sera-t-il capable de livrer la marchandise promise à ses électeurs de Saint-Maurice: nouveaux équipements touristiques, 1453 centre de congrès, hôtels, motels, agrandissement du Parc national de la Mauricie, ouverture du Centre d\u2019interprétation industrielle?.Le rôle du Bloc sera complémentaire à celui des personnes qui travaillent à bâtir le Québec souverain.Sa présence aux Communes contribuera à modifier largement la dynamique politique canadienne.Les revendications traditionnelles du Québec seront désormais diffusées largement auprès du peuple canadien.Les réactions populaires ne ressembleront probablement pas à celles des politiciens bleus et rouges, tous liés par la solidarité partisane.La solidarité nationale des députés du Bloc produira des résultats favorables à l\u2019émancipation du Québec.Nous le souhaitons ardemment.Diverses tâches les attendent: 1.\tdéfendre les intérêts du Québec dans tous les domaines et s\u2019opposer radicalement à toute intervention fédérale dans les compétences provinciales; 2.\tprésenter les réclamations québécoises exprimées depuis les années 1960; 3.\tdémontrer que les différences culturelles Québec-Canada-anglais exigent le transfert au Québec de la compétence exclusive en éducation, culture, main-d\u2019œuvre, travail.; 4.\tprendre toutes les mesures nécessaires pour l\u2019élimination de tout déficit fiscal et gouvernemental; 5.\tréduire les dépenses de gestion par la suppression du gaspillage, l\u2019élimination des chevauchements, la rationalisation des opérations, la fusion de services; 6.\tréduire le budget de la défense nationale selon les besoins réels du pays; 7.\tvoir au maintien d\u2019un faible taux d\u2019intérêt; 8.\tfavoriser la création de l\u2019emploi par le développement des coopératives et des PME; 9.\trépartir la fiscalité en diminuant le fardeau des classes populaires; 10.\tpromouvoir un nouveau partage des revenus exigé par la rareté du travail et l\u2019augmentation du taux de chômage; IL sauvegarder les programmes sociaux, leur universalité et leurs objectifs; 12.réclamer une répartition des budgets et des dépenses proportionnelle à la population.L\u2019accomplissement de ces tâches qui amélioreront le système fédéral ne doit pas modifier l\u2019objectif premier d\u2019œuvrer à l\u2019indépendance du Québec, droit international reconnu à tout peuple qui aspire à la liberté d\u2019être maître de sa destinée.1454 La voix de Bay Street Le grand démocrate Bob Rae est irrespectueux du droit d\u2019un peuple à la vie?Écoutez-le s\u2019opposer à l\u2019émancipation du Québec.Je ne resterai pas silencieux devant quelqu\u2019un qui veut briser mon pays.Les gens disent que cela ne concerne que le Québec.C\u2019est faux.Cela concerne le Canada tout entier.Les conséquences sont énormes.C\u2019est la rupture d\u2019une relation de 125 ans» (Le Devoir, 6 octobre 1993, A.5).Mon cher Bob, la Confédération n\u2019est pas éternelle.Cent fois et plus le Canada anglais a limité les pouvoirs du Québec sans son consentement.«Les conséquences sont énormes» pour nous.Désormais, occupez-vous des affaires du Canada anglais et laissez les Québécois et les Québécoises organiser leur vie collective, en toute liberté, selon leur culture et leurs besoins.La démocratie pétersienne David Peterson n\u2019est pas le premier venu.Ce n\u2019est pas un orangiste.C est un ami de monsieur Bourassa.Il a été premier ministre de I Ontario avant Bob Rae.Il est habituellement rationnel, modéré.Il vient d\u2019attraper le syndrome incurable de la tremblote (SIT).Le SIT est un mal répandu chez certains fédéralistes.La maladie frappe les personnes qui croient que la Confédération est indestructible, impérissable, indissoluble, immortelle, éternelle.M.Peterson vient d\u2019attraper ce mal inguérissable et imaginaire.Son jugement en est affecté.Lisez ces lignes reproduites dans Le Devoir du L'octobre 1993, page A5 et vous prierez assurément pour son impossible guérison, car tous les malades de la SIT sont irrécupérables: La chose la plus destructrice que l\u2019on puisse faire serait d\u2019institutionnaliser les partis régionaux au Parlement du Canada.Ça peut faire éclater le pays.Vous allez voir une baisse de confiance, une augmentation du chômage, une détérioration de l\u2019économie à travers le pays.Ce serait une terrible erreur et une tragédie pour le Canada.M.Bouchard veut aller à Ottawa pour l\u2019affrontement.Son agenda, c\u2019est de détruire la nation.Il va créer de nouvelles tensions avec les autres régions du Canada.Il est heureux quand le reste du Canada est fâché contre le Québec.La stabilité politique est importante pour l\u2019économie, pour les investisseurs du Canada et des pays étrangers.Ce serait très mauvais pour l\u2019économie du Québec.Et je 1455 suis certain que le Québec va en souffrir s\u2019il élit des députés du Bloc en grand nombre.Pauvre monsieur Peterson! Il est aveugle.Il est sourd.Il ne voit pas.Il n\u2019entend pas.Il aurait avantage à rester muet.Mais il est revenu à l\u2019attaque avec un propos assez bizarre pour un homme de son rang: Bouchard construit sa campagne sur la base de l\u2019humiliation.Hitler a basé le mouvement nazi sur la base de l\u2019humiliation de l\u2019Allemagne.Exploiter ces sentiments est très puissant en politique, mais aussi très dangereux à mon avis.On l\u2019a fait en Yougoslavie, en Tchécoslovaquie; on l\u2019a fait dans le temps du débat sur le lac Meech, avec l\u2019incident du drapeau qui a été montré une centaine de fois à la télévision.(Le Devoir, 2 octobre 1993) M.Peterson a dépassé la mesure.Son discours sonne faux.Personne ne le croit.Le Conseil du patronat Ghislain Dufour est le porte-parole des grandes entreprises.Loin du peuple, il est l\u2019ami, le conseiller, le traducteur, l\u2019interprète et le commentateur des multinationales.Il conseillait aux Québécois de pondérer la protestation.Ce que l\u2019on souhaite, dans le contexte économique actuel, c\u2019est un gouvernement majoritaire.On n\u2019a pas intérêt à avoir un gouvernement minoritaire.Plus on élit de Bloquâtes, plus on a tendance à favoriser un gouvernement minoritaire.Ce n\u2019est pas la meilleure des choses qu\u2019on peut faire au Canada.Quel argument! Quelle ignorance du système parlementaire! Les gouvernements minoritaires au Canada ont toujours été les meilleurs.Et M.Dufour de poursuivre: On a une certaine crainte que s\u2019il y avait une très, très majorité de Bloquistes à Ottawa \u2014 c\u2019est au chapitre des craintes, ce n\u2019est pas qu\u2019on est pour ou contre le Bloc \u2014 une certaine crainte donc qu\u2019au Canada anglais, on interprète l\u2019élection des bloquistes comme un vote souverainiste.Si c\u2019est le cas, il y a bien des anglais qui ne nous aiment pas; ils ne nous aimeraient pas plus.(Journal de Montréal, 4 oct.1993, p.8) Quelle grandeur d\u2019âme! Quelle vision de l\u2019avenir! M.Dufour, malgré et à cause de tous les coffres-forts qui l\u2019alimentent, souffre d\u2019un mal inguérissable.Le syndrome de la peur affecte tout son être.L\u2019homme frissonne en entendant le nom de Parizeau.Il redoute le mot «souveraineté».Il panique à l\u2019idée de l\u2019indépendance.1456 Le Club Laurier M.Chrétien parle de transparence.Il se présente pour défendre les «Canadiens ordinaires» et non les intérêts des biens nantis.Ses vibrants plaidoyers en faveur des démunis viennent de subir l\u2019épreuve du détecteur de mensonge.Personne ne croira plus que «c\u2019est la responsabilité de la classe politique de s\u2019assurer que les plus faibles soient entendus».En pleine campagne électorale, le mardi 5 octobre, le Club Laurier organise une réunion secrète.Le sénateur Léo Kolber et l\u2019ex-ministre Marc Lalonde invitent les grands de ce monde à rencontrer M.Chrétien à la résidence sénatoriale, au 100 Summit Circle, dans les hauteurs de Westmount.Le coût d\u2019admission est de 1 000$ et il comporte un privilège d\u2019un crédit d\u2019impôt de 450$.Cette rencontre n\u2019était pas à l\u2019agenda du chef libéral.Pour les journalistes qui le suivent, la soirée était libre; ils s\u2019étaient fait répondre qu\u2019aucune activité reliée à la campagne n\u2019était prévue.Par hasard, deux journalistes de la télévision apprennent la tenue du cocktail.Ils se rendent à la résidence du sénateur Kolber.Impitoyablement, la police les chasse.Mais avant leur départ, nos deux compères ont vu entrer Richard French qui s\u2019occupe des relations gouvernementales de Bell Canada et l\u2019homme d\u2019affaires Charles Bronfman qui est intéressé à la privatisation de l\u2019aéroport Pearson de Toronto.200 invités participent au cocktail.La recette s\u2019élève à 200 000$.La somme représente les dons recueillis par la Ligue d\u2019Action nationale sur une période de dix ans.Pauvre M.Chrétien! Le lendemain, il défendait la légitimité de ce Club de patroneux qui prélève des fonds de façon honteuse.L\u2019homme vient de se démasquer.Il pratique une activité qu\u2019il reprochait aux conservateurs.Mettre en vente l\u2019accès à un chef de parti qui est candidat à la tâche de premier ministre, c\u2019est infamant, dégoûtant, dégueulasse.Robert Bourassa Le Prince est parti.Il a été Premier ministre du Québec pendant 15 ans.La politique était l\u2019activité qu\u2019il croyait la plus importante.Stratège, il bifurquait à gauche, à droite, selon les sondages.Le Prince a réalisé quelques bons coups: un système d\u2019aide juridique, un régime d\u2019assurance-maladie, le développement de l\u2019énergie du Nord, une Loi sur les producteurs agricoles, un programme d\u2019aménagement forestier et j\u2019en passe.1457 Mais le Prince avait toujours un verre de lait à moitié vide.Par son attitude, il a démobilisé les forces vives du Québec.Après l\u2019échec de Meech, la population 1 aurait couronné s\u2019il avait proclamé l\u2019indépendance, au pays, il a préféré la province.En acceptant l\u2019entente de Charlottetown, il a divisé les Québécois et renié le programme de son parti.Trop souvent, il a agi à la vitesse de la tortue, espérant que le temps allait résoudre les problèmes.Il a géré la décroissance d\u2019une façon bête et méchante.C est ainsi qu\u2019il porte sa part de responsabilité dans la tragique situation économique d\u2019un Québec «coupé en deux».L\u2019éducation coopérative Dans la coopération, ce qui manque le plus, c\u2019est l\u2019éducation coopérative.Sans la connaissance et la pratique des principes coopératifs, un coopérateur devient un consommateur ordinaire, le directeur d\u2019une coopérative ressemble à un gérant de magasin et la coopérative elle-même est alors le frère tout craché d\u2019une entreprise capitaliste.Un sommet sur l\u2019éducation coopérative se tenait à l\u2019UQAM les 12-14 novembre.Selon le programme, on y a parlé de l\u2019éducation coopérative dans le réseau coopératif, dans les institutions d\u2019enseignement et dans les milieux de travail.Nous reviendrons le mois prochain sur les initiatives proposées.Le monde à l\u2019envers Wayne Gretzky gagnera 30$ millions pour trois ans, soit une somme 4 fois plus considérable que le total des salaires des 28 ministres du Cabinet Bourassa au cours de trois années.Mario Lemieux possède une entente de 42$ millions pour sept ans, soit le total du salaire minimum versé à 850 chefs de familles qui travaillent 40 heures par semaine.Barry Bonds détient un contrat de 43$ millions pour 6 ans.Il n\u2019y a pas un seul homme d\u2019affaires qui reçoit un salaire semblable.Et nous parions des centaines de millions $ sur le gros lot avec une chance sur 14 000 000 de gagner! Marchons-nous sur la tête?Quel renversement des valeurs! Le travail bénévole des personnes assistées D\u2019abord une municipalité, puis 500, et ensuite un chef de parti et deux ministres songent à obliger les personnes assistées sociales à du travail bénévole.Mon petit dictionnaire Larousse qualifie le bénévo- 1458 lat, un acte volontaire.Le terme s\u2019oppose nettement à l\u2019imposition, à l\u2019obligation dont on nous parle.Et il n\u2019y a pas qu\u2019un effet de signification.Déjà, on peut apercevoir la longue file de fonctionnaires et de travailleurs qui se présenteraient à l\u2019assurance-chômage.Des entreprises en difficultés et des municipalités qui en arrachent s\u2019empresseraient de mobiliser les bénéficiaires de l\u2019aide sociale et de mettre à pied de leurs employés pour diminuer leur déficit.La mesure proposée serait pire qu\u2019un cataplasme; ce serait une catastrophe.Et la catastrophe s\u2019en vient.Nos politiciens ont franchi la limite de l\u2019invalidité.Un nouveau juge Je connais un juge de la dernière cuvée.Je ne voudrais jamais comparaître devant lui.C\u2019est un petit organisateur libéral de carrière.Même si la profession confère la sagesse et que le Saint-Esprit éclaire la magistrature, il m\u2019est impossible d\u2019avoir confiance dans le jugement de cet homme partisan qui a côtoyé le grotesque et qui s\u2019est enrichi par des manoeuvres plutôt douteuses.Le temps ne serait-il pas venu d\u2019établir un système respectable pour le choix et la nomination des juges et des responsables des organismes quasi-judiciaires.La sélection par le Prince a assez duré.Le choix d\u2019amis et de partisans a trop longtemps perduré.Le projet de loi 105 sur la justice que présentait M.Rémillard laisse la porte ouverte à l\u2019arbitraire du Prince.Le sens d\u2019une Fête Au Québec, et à Montréal en particulier, la fête nationale est une journée apolitique, impartiale.Ce n\u2019est pas l\u2019occasion d\u2019un événement.C\u2019est le moment d\u2019une chanson, d\u2019une parade.Un peu de musique.De la danse dans les quartiers.Des discours sobres.Aucune provocation.C\u2019est la fête.Pas question de se diviser.Il faut cesser «nos luttes fraticides».La libération nationale et sociale n\u2019est pas à l\u2019ordre du jour.Là-dessus le peuple du Jura nous rappelle le sens de la Fête.Les 10, 11 et 12 septembre dernier, les Jurassiennes et les Jurassiens célébraient.Le «Jura libre» résume le sens de la Fête: «Dans la longue marche du Jura vers l\u2019indépendance, la Fête du peuple a été un levier politique décisif.Chacun s\u2019accorde aujourd\u2019hui à reconnaître que sans ce grand rassemblement populaire annuel, l\u2019Etat jurassien n\u2019aurait certainement pas vu le jour.Jamais en Suisse une manifestation politique devenue traditionnelle n\u2019a connu un aussi grand succès.C\u2019est grâce à elle que les Jurassiens 1459 ont réussi l\u2019impossible exploit de créer un nouveau canton au sein de la Confédération».(9-9-93) Les Fêtes de 1994 au Québec incarneront-elles l\u2019avenir?Trop de prudence, c\u2019est imprudent.Le Québec est figé?La bougeotte est universelle.Yitzhak Rabin a donné une poignée de main à Yasser Arafat.L\u2019Occident en récession participe au relèvement de l\u2019Est.Depuis Maastricht, l\u2019Angleterre, la France, le Danemark.entendent participer à la CEE sans perdre leur souveraineté.Le Bloc russe s\u2019est pulvérisé; il frissonne encore, s\u2019agitant sans cesse et se redressant lentement.L\u2019Europe centrale bouillonne, se détruit et se refait.L\u2019Australie se tourne de plus en plus vers l\u2019Asie et son premier ministre Paul Keating vient d\u2019informer Sa Majesté Notre Reine de son intention de la remercier de ses fonctions de chef d\u2019État.Mais le Québec ne bouge pas.Le Québec, muet, silencieux, accepte d\u2019être dominé et dirigé par le Canada anglais.Le Québec, sourd, aveugle et aphone, voit la pauvreté augmenter à un rythme effarant et il assiste, taciturne et muselé, à un exode rural qui excède les départs massifs de familles québécoises vers les manufactures de la Nouvelle-Angleterre.Notre bougeotte suit la pente descendante.Québec ou Canada?Les Québécoises et les Québécois vont-ils enfin se décider?Après le refus de Meech, si Bourassa l\u2019avait voulu, très, très majoritairement, nous aurions choisi le Québec.Le 25 octobre, nous avons témoigné à nouveau, et dans le sens du référendum 1992.Le témoignage n\u2019était-il qu\u2019une protestation?Exprimait-il une simple opposition aux jeux politiques des vieux partis?Représentait-il une plainte contre les déficits croissants et les chevauchements de nos gouvernements?Avons-nous protesté contre la piètre performance économique du Canada, la pire de tous les pays du Groupe des Sept?ou contre la catastrophe d\u2019un endettement public de 100$ millions par jour?ou contre le taux de chômage le plus élevé des pays industrialisés?Ou avons-nous indiqué une volonté ferme de prendre en main notre avenir?de le bâtir selon notre culture et selon nos besoins?C\u2019est avec des points d\u2019interrogation que je pose les questions.Friands de libertés personnelles, préférons-nous l\u2019indépendance à la dépendance nationale et à la servitude économique?1460 Chez IKEA Un membre de l\u2019ASULF a acheté une lampe dans un magasin IKEA de Québec.Le feuillet d\u2019explication contenait une traduction pour le moins boîteuse et honteuse: ATTENTION pour prévenir les chocs lectriques ne pas utiliser cette fiche polarisée avec un prolongateur, une prise de courant ou une autre sortie de courant, sauf si les lames peuvent etre inserees a pond sans en laisser aucune partie a découvert Insatisfait de la qualité de la langue, il a retourné la lampe.En une situation semblable, qu\u2019auriez-vous fait?Le 400e anniversaire de l\u2019Acadie En l\u2019an 2004, l\u2019Acadie célébrera son 400e anniversaire de fondation.Pour préparer l\u2019événement, en août 1994, un congrès mondial acadien est convoqué.Il regroupera les Acadiens et des francophones du monde entier.Un bilan de l\u2019Acadie actuelle sera établi.Des pistes de réflexion viseront à définir les perspectives d\u2019avenir du peuple acadien.Les «retrouvailles» 1994 espèrent une participation de plus de 200 000 personnes venues de France, des Etats-Unis et d\u2019un peu partout au Canada.Les fêtes se dérouleront dans neuf municipalités, du 12 au 22 août.Une attention particulière sera accordée à la Fête nationale des Acadiens, le 15 août.La fierté collective s\u2019exprimera par des conférences, des spectacles, des rassemblements, des expositions et diverses activités culturelles, artistiques et sportives.Si vous désirez des renseignements sur le premier grand rassemblement des Acadiens et Acadiennes depuis la déportation, vous pouvez écrire au Congrès mondial acadien, Case postale 4530, Dieppe, Nouveau-Brunswick, Canada E1A 6G1; téléphone: 506-859-1994; 506-857-2252.Un Fransaskois qui a du courage Depuis le 6 octobre 1992, René Rottiers de Régina poursuit son combat juridique pour la langue française en Saskatchewan.Il conteste la validité d\u2019une contravention écrite uniquement en anglais.Il exige un procès en français sans interprète.Le gouvernement s\u2019entête et impose la présence d\u2019un interprète.Le jugement devrait être rendu au moment où vous lirez ces lignes.M.Rottiers soutient que la loi du 1461 gouvernement Devine de 1988 qui rend la province unilingue est nulle et sans effet, parce que l\u2019Acte des Territoires du Nord-Ouest qui garantissait le caractère officiel de la langue française n\u2019a jamais été aboli.Le Canada, un pays bilingue?Au Québec seulement.La France aura sa loi 101 Le ministre de la Culture et de la Francophonie, Jacques Toubon, vient de présenter un projet de loi pour définir la place du français dans tous les aspects de la vie nationale.La Loi possédera des dents.Elle réglementera l\u2019affichage, les raisons sociales, les contrats, les colloques, l\u2019enseignement et le monde du travail.La France sent le besoin d'assurer la prédominance du français dans tous les domaines.Désormais, l\u2019anglais ne pourra plus être la langue de travail unique dans 45 % des congrès internationaux organisés en France.Désormais, Airbus Industrie et l\u2019Aérospatiale ne pourront plus publier des documents, notices et bordereaux en anglais seulement.Désormais, on ne pourra plus tourner en anglais une production télévisée subventionnée par le gouvernement français.Au moment où le gouvernement de Balladur établit une législation linguistique inspirée par la Loi 101 du docteur Laurin, le Québec assouplit sa loi linguistique et ouvre les écluses.La tour de Babel En Angola, la guerre fait 1 000 morts par jour et les cimetières manquent de place à Luanda.En Somalie, le général Mohamed Farah Aidid est maître de la moitié de la capitale et il défie ouvertement l\u2019ONU.Dans les ex-républiques soviétiques, des guerres ensanglantent F Azerbaïdjan, la Géorgie et le Tadjikistan, des dizaines de milliers de personnes quittant leurs biens, leur ville, leur pays.En Bosnie, les Croates et les Serbes s\u2019entretuent depuis un an.En Chine, plus de 1 000 personnes sont exécutées chaque année.Au Cambodge, chaque année, 36 000 personnes perdent un membre dans l\u2019explosion d\u2019un mine.A Port-au-Prince, quelques dizaines de voyous ont fait reculer un puissant bateau de l\u2019armée américaine, le Harlan County.Haïti n\u2019est pas le Koweit, le pays le plus riche du monde.Haiti, c\u2019est l\u2019un des pays le plus pauvre et le plus terrorisé.Comme représailles, en imposant un embargo, on aggrave les misères du peuple haïtien, mais on bâtit quelques fortunes américaines.La CIA et le Pentagone s\u2019en réjouissent et M.Clinton impose au président Aristide les conditions dictées par Cedras, un bandit terroriste.1462 Même à Washington, la capitale mondiale de nos voisins du Sud, à quelques minutes de la Maison-Blanche, près de 1 000 personnes ont été tuées par balles au cours des deux dernières années et l\u2019hôpital général s\u2019attend cette année à soigner plus d\u2019un millier de victimes de fusillades.Un peu d\u2019histoire Le Ie' décembre 1937, la tête de Papineau est mise à prix et le député Cherrier est arrêté.Le lendemain, c\u2019est au tour du député Jacques Dorion d\u2019être emprisonné.Le 8 décembre, les députés Louis Lacoste et Pierre Amyot sont arrêtés, tandis que Wolfred Nelson le sera le 12 décembre et William Henry Scott le 19 décembre.Le lendemain de Noël, les députés Jean-Joseph Girouard et André-Benjamin Papineau, se constituent prisonniers.Le 6 décembre 1900, Alphonse Desjardins fonde la caisse populaire de Lévis.Le 8 décembre 1853, l\u2019Université Laval est fondée.C\u2019est la première université francophone en Amérique.Le 14 décembre 1837, les patriotes sont battus à Saint-Eustache.Le 14 décembre 1961, Claire Kirkland-Casgrain est la première femme élue députée au Québec.Le 21 décembre 1838, Joseph Duquet, notaire et Joseph-Narcisse Cardinal, notaire et député de Laprairie avant la suspension de la constitution, sont pendus pour crime politique.Ils ont été condamnés par un tribunal militaire et la grâce leur a été refusée par le gouverneur Colborne.Le 21 décembre 1917, Joseph-Napoléon Francoeur inscrit à l\u2019Assemblée la motion qui suit: «Que cette Chambre est d\u2019avis que la province de Québec serait disposée à accepter la rupture du pacte fédératif de 1867 si, dans les autres provinces, on croit qu\u2019elle est un obstacle à l\u2019union, au progrès et au développement du Canada».Le 28 décembre 1893, Honoré Mercier prononce son dernier discours en Chambre.Pendant deux heures, il répond à ses anciens détracteurs.Le 31 décembre 1857, Victoria, la reine de l\u2019Angleterre et du Royaume-Uni, annonce que la ville de Bytown sera le siège du gouvernement du Canada.?1463 COMPTES RENDUS Gilles Gougeon, Histoire du nationalisme québécois, Montréal, VLB Éditeur, 1993, 171 p.Dans le contexte du débat constitutionnel, l\u2019émission Le Point de Radio-Canada a présenté en janvier 1992 une série d\u2019émissions sur le nationalisme au Québec.Pour reconstituer l\u2019évolution de l\u2019identité nationale des Québécois, le journaliste Gilles Gougeon avait interrogé sept spécialistes, provenant en majorité du département d\u2019histoire de l\u2019Université du Québec à Montréal.Cet ouvrage présente l\u2019intégrale des entrevues ainsi réalisées.Si la télévision a un pouvoir séminal incomparable, elle ne laisse qu\u2019une impression fugace dans l\u2019esprit de ceux qui la regardent et ne permet pas la réflexion.Le livre atteint certes un auditoire plus restreint mais il permet d\u2019aller en profondeur dans la réflexion et laisse une impression plus durable.Le médium télévisuel se prête bien à l'approche des historiens qui est essentiellement descriptive et peu analytique ou explicative.Mais cette absence de perspectives sociologiques est frustrante dans le cadre d\u2019un livre où on s\u2019attend à plus de profondeur.C\u2019est la contradiction qu\u2019implique la superposition de deux médias.Le premier chapitre retrace l\u2019évolution de l\u2019identité canadienne et les éléments de différenciation entre les Français et les Canadiens sous le régime français.Robert Lahaise expose ensuite les effets de la défaite qui a été convertie par le clergé en «Conquête providentielle».Jean-Paul Bernard montre les rapprochements entre le nationalisme du PQ qu\u2019il qualifie de «nationalisme d\u2019ouverture» et le nationalisme des Patriotes.Il soutient que l\u2019identité canadienne-française est un sous-produit de l\u2019échec de la rébellion de 1837-38 qui permet l\u2019émergence du cléricalisme et force le repli sur soi en instituant notre situation de groupe minoritaire.1464 Réal Bélanger couvre la période 1867-1917.Il montre qu\u2019il y a deux visions du pays à construire qui s\u2019affrontent: celle des Canadiens français qui soutiennent la thèse du pacte entre les deux nations et celle des Canadiens anglais qui préconisent le «One Nation» et l\u2019intégration à l\u2019empire britannique.L\u2019affaire Riel, la guerre des Bœrs et la crise de la conscription sont les temps forts de cette lutte.Robert Comeau présente les effets de la crise économique des années trente sur le projet nationaliste qui s\u2019inspire alors de l\u2019idéal corporatiste.Il distingue nettement le nationalisme conservateur de Groulx et Bouchard du mouvement fasciste d\u2019Adrien Arcand qui était un fédéraliste centralisateur.Pierre Trépanier examine plus spécifiquement le nationalisme de Groulx et justifie son élitisme.Il fait de Groulx un apôtre de l\u2019interventionnisme étatique.Il précise toutefois que sur le plan constitutionnel la pensée politique de Groulx était hésitante: «il n\u2019est pas contre le fédéralisme canadien, dit-il, dans la mesure où le caractère bi-national de ce dernier est respecté», (p.93) Il démontre que la pensée de Groulx n\u2019était ni raciste, ni antisémite.Richard Desrosiers couvre la période duplessiste.Duplessis incarne le nationalisme autonomiste à finalité conservatrice.Église, famille, agriculture, autorité, traditions sont les thèmes favoris de son discours.Duplessis n\u2019est pas contre le fédéralisme, il s\u2019oppose aux politiques centralisatrices du gouvernement fédéral qui envahit les champs de compétence des provinces pour instaurer un État-providence.C\u2019est F anti-étatisme qui est la clé de voûte de l\u2019idéologie duplessiste.Les chapitres consacrés à la période contemporaine de la révolution tranquille à nos jours décrivent les conditions d\u2019émergence de l\u2019indépendantisme.Richard Desrosiers et Robert Comeau rappellent le rôle déterminant joué par Georges-Émile Lapalme dans la modernisation du Québec.Louis Balthazar propose une interprétation du nationalisme québécois ouvert sur le monde et aux autres cultures.Malheureusement ce dernier chapitre est trop sommaire, seulement dix pages.Le temps présent n\u2019est pas très prisé par les historiens qui se sentent plus à l\u2019aise dans la distance historique.Ce livre sera utile au lecteur qui veut se rafraîchir la mémoire sur les grands moments du nationalisme québécois.Il y trouvera une synthèse facile d\u2019accès où se dégage une constante: le combat incessant pour l\u2019affirmation des droits politiques d\u2019une nation.Denis MONIÈRE 1465 La correspondance de Groulx Groulx, Lionel.Correspondance, 1894-1967; volume II, 1906-1909.Édition critique par Giselle Huot, Juliette Lalonde-Rémillard, Pierre Trépanier.Introduction par Giselle Huot et Pierre Trépanier.[Montréal] Fides [1993] LXXXIV, 839 p.ill., portr.Le présent volume reproduit 451 lettres retrouvées parmi celles que le chanoine Lionel Groulx écrivit entre 1906 et 1909, c\u2019est-à-dire durant la période au cours de laquelle il vécut en Europe.On sait que, durant ces trois années, il étudia d\u2019abord à Rome, pendant deux ans, à l\u2019Université dominicaine de la Minerve, puis pendant une année, à la Faculté des lettres de l\u2019Université de Fribourg.Il revint d\u2019Europe en juillet 1909, avec des doctorats en philosophie et en théologie, mais surtout avec une vision sociale renouvelée.Car le jeune homme qui s\u2019embarque pour Rome, à l\u2019âge de 28 ans, en octobre 1906, sait bien que «d\u2019autres chocs l\u2019attendaient», avoue-t-il dans ses «Mémoires».Il «n\u2019est ni un savant, ni un homme du monde», rappelle fort pertinemment Pierre Trépanier.Il a peu voyagé.En un sens même, il a peu étudié: des études théologiques «écourtées», mais une vie intellectuelle constante et une activité pédagogique et pastorale intense l\u2019ont obligé à se préoccuper de sa propre formation et à se mettre à l\u2019écoute d\u2019un monde plus diversifié que celui où il avait vécu jusque-là.Cette correspondance permet donc de découvrir cet homme qui s\u2019imprègne d'une civilisation pour lui nouvelle tout autant, sinon plus, qu\u2019il poursuit des études arides.Rappelant ces années studieuses dans ses «Mémoires», il avouera: «Nous osions garder un œil ouvert sur les nouveautés littéraires, sur les grands débats du temps, surtout ceux de l\u2019Europe, alors en pleine crise moderniste.Et nous nous passions livres et revues qui nous ouvraient ces pâturages clandestins».On comprend «ce choc culturel» quand on se souvient que son auteur avait vécu surtout dans un milieu «campagnard sans enracinement urbain», que ce soit à Vaudreuil, à Sainte-Thérèse ou à Valleyfield.À la vérité, cette découverte d\u2019un milieu social, culturel et politique complètement différent de celui où il avait vécu, constitue un des principaux intérêts de cette correspondance.Même dans certaines lettres qu\u2019il fait parvenir aux membres de sa famille, surtout dans les lettres destinées à sa mère, lettres toutes ruisselantes, comme il convient, d\u2019une immense affection et d\u2019une grande convivialité familiale, le lecteur actuel retrouve cette préoccupation de Groulx pour la ques- 1466 tion politique, pour l\u2019évolution sociale, pour les rapports entre l\u2019Église et l\u2019État, pour la liberté religieuse.Surtout, il constate l\u2019orientation «socio-politique» de cet auteur qui souffre de l\u2019anticléricalisme romain et du combisme français.Si cette orientation n\u2019est pas essentiellement différente d\u2019un certain ultramontanisme que Groulx pratiquait déjà, il semble bien certain que ces années européennes sont décisives pour l\u2019élaboration d\u2019un corpus de convictions qui guideront toute sa carrière et qui éclaireront son activité d\u2019historien et de polémiste.Tous les admirateurs de Lionel Groulx se régaleront donc à la lecture de cette abondante correspondance.Deuxième tome d\u2019un ensemble qui en comprendra quinze, à l\u2019intérieur d\u2019un «opéra omnia» d\u2019une cinquantaine de volumes, ce pavé de plus de neuf cents pages répond à toutes les exigences d\u2019une édition critique.Car on ne saurait trop insister sur l\u2019érudition, la patience, l\u2019esprit de recherche, la minutie scientifique des responsables de cette publication.Que d\u2019efforts pour identifier certains personnages qui avaient sombré depuis longtemps dans le répertoire des illustres inconnus.Que de science «groulxienne» pour renvoyer le lecteur d\u2019une lettre à une autre, ou pour établir le lien entre telle lettre et un passage du «Journal» ou un autre des «Mémoires», voire avec l\u2019un ou l\u2019autre des nombreux ouvrages de Groulx.Que de soucis pour corriger certaines inexactitudes linguistiques ou syntaxiques de cet épistolier, soit parce que l\u2019auteur n\u2019a pas encore atteint la maturité de l\u2019écrivain remarquable qu\u2019il deviendra bientôt, soit surtout parce que ce genre littéraire et les circonstances de sa pratique n\u2019autorisent pas toujours de «vingt fois sur le métier remettre son ouvrage».Le lecteur, surtout celui qui a acquis une certaine connaissance de l'auteur et de son oeuvre abondante, constatera que le Groulx des soixante années subséquentes est déjà tout entier présent dans la correspondance de l\u2019épistolier de vingt-huit ans.Fortement ancré à la glèbe de sa «petite patrie», indissolublement lié à l\u2019Église et surtout à celle qu\u2019il a connue dans sa petite enfance, dans son patelin rural, épris de liberté, celle de l\u2019esprit et toutes les autres, homme de culture qu\u2019il voudrait universelle, Lionel Groulx apparaît déjà dans ces lettres comme le militant qu\u2019il ne cessera d\u2019être tout au long de sa vie.Militant en faveur d\u2019une jeunesse qu\u2019il veut conduire aux cimes les plus élevées de la vie intellectuelle, morale et religieuse, militant aussi pour une société québécoise (ou canadienne) qu'il croit investie d\u2019une mission particulière, d\u2019une mission chrétienne, en cette terre nord-américaine, militant pour l\u2019épanouissement de ce «petit peuple» à qui \u2014 il n\u2019est pas exagéré de le dire \u2014 il donnera sa vie, de ce peuple qu\u2019il voudrait digne de ce mandat exceptionnel.1467 Malgré tout, d\u2019aucuns se demanderont s\u2019il était pertinent de publier l\u2019exhaustivité de cette correspondance et s\u2019il n\u2019eut pas été suffisant de ne retenir que les lettres les plus significatives, celles qui apportent un éclairage valable sur l\u2019élaboration de la pensée de l\u2019auteur.Il est certain que plusieurs lettres, sous forme de brèves cartes postales, ne présentent qu un intérêt fort limité.Un certain nombre, surtout celles qui sont destinées à sa famille, sauf bien sûr les lettres qu\u2019il écrit à sa mère, ajoutent peu de connaissance de l\u2019auteur, sinon qu\u2019il leur était fort attaché, ce qui étonnera peu.Cette interrogation en sous-tend une autre: pour quelle(s) raison(s) publie-t-on la correspondance d\u2019un auteur ou de toute autre personne qui a joué un rôle important au sein d\u2019une collectivité?Qu\u2019est-ce qui justifie les efforts considérables déployés pour rechercher ces écrits?Qu\u2019est-ce qui légitime les sommes souvent importantes qui sont requises pour réaliser ce travail?Il va de soi que la réponse à ces questions est relativement facile: les responsables de ces entreprises travaillent afin de faire connaître tel auteur ou tel personnage, afin de jeter un éclairage nouveau, voire vraiment nécessaire, sur son oeuvre et sur son action.En ce sens, cette correspondance permet certainement de mieux comprendre 1 oeuvre de Lionel Groulx.Elle éclaire sur l\u2019élaboration de sa pensée.À cet égard, rien n\u2019est plus révélateur de l\u2019évolution de Lionel Groulx que la lecture en parallèle de sa correspondance, de son «Journal» [surtout le tome 2, pages 791 à 848] et de ses «Mémoires» [volume 1, pages 109 à 170].L\u2019une éclairant l\u2019autre, quelquefois la complétant, la publication de cette correspondance prend une coloration nouvelle.Il est, par ailleurs, certain qu\u2019avoir voulu faire un tri dans cet immense corpus épistolaire, à partir de critères sans doute subjectifs, aurait comporté autant de risques et suscité autant de réticences que ne le fait la publication exhaustive.Aussi, une telle entreprise mérite d\u2019être soulignée.Elle constitue une entreprise remarquable dans le monde de l\u2019édition québécoise.Le rôle essentiel joué par Lionel Groulx dans le processus de l\u2019identification de notre collectivité et dans l\u2019élaboration d\u2019une véritable historiographie québécoise, méritait que tout soit mis en oeuvre pour qu\u2019il soit mieux connu.Jean-Rémi BRAULT 1468 Les intellectuels et le temps de Duplessis de Léon Dion Léon Dion, Québec 1945-2000 (tome 2): Les intellectuels et le temps de Duplessis, Sainte-Foy, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1993.Qui sommes-nous, qui étions-nous et à quoi nous destinons-nous?Cette triple interrogation est à l\u2019origine d\u2019une oeuvre exigeante à laquelle Léon Dion consacre depuis bientôt cinq ans l\u2019essentiel de ses énergies.Il nous a offert, cette année, le deuxième d\u2019une série de cinq volumes sur le Québec, intitulé: Les intellectuels et le temps de Duplessis.Léon Dion, que j\u2019ai eu le privilège de rencontrer à la fin de cet été, m\u2019avouait qu\u2019il considérait ce livre comme son meilleur et son plus achevé.Je n\u2019ai pas voulu accorder foi à cette évaluation qui sous-estime la valeur relative d\u2019une oeuvre importante, qui aborde déjà tant d\u2019aspects de notre vie collective.En lisant son dernier ouvrage, j\u2019ai mieux compris à quoi référait l\u2019auteur.Ce que nous propose Léon Dion, c\u2019est une lecture profondément articulée et compréhensive de notre passé récent; l\u2019analyse d\u2019une période souvent scrutée, mais parfois mal comprise et trop régulièrement abordée sous l\u2019angle de la polémique: la période 1945-1960.Tant de choses ont été écrites sur cette période dite de grande noirceur qu\u2019on peut s\u2019interroger sur ce qui restait à en dire.Mais Dion a su contourner le problème en faisait la démonstration d\u2019une thèse souvent évoquée mais rarement exploitée: aucune révolution, fut-elle tranquille, n\u2019est le fruit de processus inattendus.Les artisans du changement social viennent bien avant qu\u2019apparaisse le changement lui-même.C\u2019est pourquoi le livre de Dion porte d\u2019abord sur l\u2019apport des intellectuels qui ont, tout au long des années cinquante, préparé la modernisation du Québec.Le livre compte deux parties.Une première évoque la période, dominée par l\u2019image du chef.La deuxième, l\u2019activité et le cheminement des intellectuels de l\u2019époque.La première, richement documentée, rappelle des faits souventes fois mis en forme: la personnalité de Maurice Duplessis, ses pratiques politiques, ses rapports avec l\u2019Église et les institutions de la société civile.C\u2019est moins sous ces dimensions que l\u2019apport de Dion nous intéresse que dans la capacité qu\u2019il a eu de décrire avec nuance l\u2019homme, son régime et ses idées.Ce portrait, plus fin que celui auquel on nous a habitué, remet la période en perspective, sans la caricaturer.Ce faisant, Dion redonne aux années cinquante leur profondeur et leur couleur.Il apporte au lecteur une connaissance plus 1469 articulée de la pensée politique de l\u2019époque en mettant en évidence les grands principes du libéralisme conservateur (p.56 ss.) dont on trouve une description précise et éclairante.Cette mise en perspective des postulats idéologiques de la période Duplessis permet surtout au lecteur de mesurer les contraintes intellectuelles que les penseurs d\u2019alors ont dû dépasser.Elle permet surtout une description moins polémique et des acteurs qui s\u2019y sont côtoyés.Les années cinquante ont en effet trop souvent été analysées à partir de la critique qu\u2019en faisait les adversaires du régime de Duplessis.Aussi, possède-t-on peu d\u2019informations concrètes sur les réalités et les réalisations de l\u2019époque, sur 1 orientation des politiques publiques, sur la place réelle de l\u2019État ou 1 évolution des services publics et des services sociaux.S\u2019agissant des réalités politiques, 1 anecdote a souvent tenu lieu de démonstration.La force du travail de Léon Dion réside au contraire dans sa capacité à faire saisir les véritables blocages de cette période.Car si l\u2019immobilisme et les lenteurs d\u2019alors ont été entretenus par un certain style de gouvernement, ils l\u2019ont également été par l\u2019état des mentalités et la nature des rapports sociaux, toutes choses sans lesquelles aucun régime politique ne parvient à se maintenir.Ce faisant, Dion «dépersonnalise» l\u2019époque de Duplessis et redonne à cette partie de notre histoire sa dimension sociologique.C\u2019est cependant dans l\u2019analyse qu\u2019il fait du rôle critique des intellectuels que Léon Dion nous donne le meilleur de son œuvre.En restituant le dialogue des penseurs traditionnalistes, transitionistes et modernistes de l\u2019époque (p.169), il situe mieux que bien des auteurs avant lui les enjeux de la période.En décrivant la démarche d\u2019un certain nombre d\u2019entre eux, il évoque celle de nombreux penseurs.Il met en évidence le rôle des institutions qu\u2019ils ont supporté ou qui les ont supportés: le mouvement syndical, le parti libéral provincial, la faculté des sciences sociales ou la revue Cité Libre.Le procédé présente évidemment l\u2019inconvénient de limiter la description des intellectuels à quelques figures dominantes dont on évoque souvent les noms: Maurice Lamontagne, Jean Marchand, André Laurendeau, Pierre Elliott Trudeau, Jean-Charles Harvey, Paul-Émile Borduas, Jean-Paul Desbiens ou Georges-Henri Lévesque.Mais dans la présentation de ces destinées exemplaires, Dion parvient à rendre compte de la démarche de toute une génération de penseurs issus de la tradition moderniste.Encore ici, l\u2019auteur garde le sens critique qu\u2019il convient, en corrigeant au besoin les interprétations qu\u2019il avait pu faire lui-même de certains épisodes de notre histoire.Il sait notamment mettre en évidence les limites des entreprises intellectuelles de l\u2019époque, les contradictions dont on s\u2019est souvent nourri, les ruptures des acteurs de la première heure.Ce faisant, il refuse de présenter l\u2019activité et la 1470 démarche des intellectuels des années Duplessis comme l\u2019expression d'une pensée cohérente.Et même lorsqu\u2019il est amené à évoquer les événements et les institutions auxquelles il a lui-même été associé, il contourne les pièges de l\u2019auto-justification.Dans le même sens, il reconnaît l\u2019apport des penseurs transitionalistes, parfois celle des auteurs traditionnalistes et rappelle la difficulté d\u2019une partie des modernistes à passer du registre de la critique à celui de l\u2019action, à l\u2019aube des années 1960.Bien sûr, certaines dimensions propres à l\u2019époque auraient pu faire l\u2019objet d\u2019une attention plus spécifique.Ainsi, une partie des difficultés rencontrées par les penseurs de Cité libre au début de la révolution tranquille vient vraisemblablement de la défense purement esthétique que certains de ses auteurs ont fait de la pensée libérale, souvent plus enclins à répondre aux impératifs de la rationalité pure (associée aux conditions strictement institutionnelles de la démocratie) qu\u2019à ceux d\u2019une rationalité plus matérielle, voire plus sociologique.Cette question, rappelée au passage, aurait pu faire l\u2019objet d\u2019un développement plus complet.De même, Léon Dion présente L\u2019Action nationale comme une revue plus proche de la pensée traditionnaliste que de la pensée moderniste.Cette perception est assez juste si on se rapporte à ce que fut la revue à une certaine époque.Cela dit, il convient sans doute aussi de rappeler le rôle joué à la revue par André Laurendeau et sa contribution au renouvellement de la pensée et des orientations de L\u2019Action nationale, au cours des années 1940 et, de façon plus épisodique, au cours des années 1950.En contrepartie, Dion remet en perspective toute la période qu\u2019il analyse: Dans les années cinquante, explique-t-il, la possibilité existe de changer la vie, de faire évoluer la société.Les contemporains y parviennent plus qu\u2019ils ne le croient; des revues se créent, des universités se développent, des institutions accèdent à la maturité, des nouveaux médias accroissent l\u2019ouverture sur le monde et rapprochent les intellectuels du peuple.Malheureusement, les pouvoirs rétrogrades en place freinent l\u2019évolution des composantes dynamiques de la société.Ils bloquent son accession à la modernité, (p.320) Ce faisant, Léon Dion inscrit ses conclusions dans la continuité des travaux de Jean-Louis Roy (La marche des Québécois) qui ont permis, il y a quelques années, de mieux comprendre l\u2019importance des bouleversements de la période 1945-1960.Bien sûr, on pourra trouver que la part des mouvements sociaux et des initiatives collectives de l\u2019époque sont peu mise en perspective dans l\u2019ouvrage qui nous est présenté 1471 aujourd hui.Mais ce n\u2019était pas le but poursuivi par l\u2019auteur.Au delà de l\u2019étude d\u2019une période spécifique de notre histoire, le dernier livre de Léon Dion met en évidence le rôle social des intellectuels.C\u2019est, là aussi, une des qualités importantes de l\u2019ouvrage.Il redonne son sens à 1 action intellectuelle et trace les contours d\u2019une façon de faire qui a autant de raisons d\u2019être aujourd\u2019hui qu\u2019à l\u2019époque.?Pierre NOREAU 1472 Livres et revues reçus Assemblée des Évêques, L\u2019Église du Québec, 1988-1993, Montréal, Fides, 96 p.Bélanger, Yves, Nicolke Desbiens et Pierre Fournier, «Les défis économiques du désarmement, vers la reconversion des économies militaires», VLB éditeur, 1992, 189 p.Black, Conrad, Conrad Black par, Québec-Amérique, 1993, 490 p.Boisvert, Aurélien, Histoire du Montréal, Montréal, Les Éditions 101 Enr\u201e 1992, 232 p.Caouette, Charles-E., «Si on parlait d\u2019éducation, Pour un nouveau projet de société», Montréal, VLB éditeur, 1992, 267 p.Chalifoux, Gaston, «L\u2019École à recréer», Décrochage: réalités et défis, Éditions Saint-Martin, 1993, 170 p.Cloutier, Édouard, Jean-H.Guay et Daniel Latouche, «Le virage, l\u2019évolution de l\u2019opinion publique au Québec depuis 1960 ou comment le Québec est devenu souverainiste», Montréal, Québec/Amérique, 1992, 184 p.Comité de la santé mentale du Québec, Le défi de l\u2019égalité: La santé mentale des hommes et des femmes, Éditions Gaëtan Morin, 1993, 190 p.Conseil permanent de la jeunesse, «Avis sur la pauvreté des jeunes», 1993, 116 p.Coopérative et Développement, directeur: Daniel Côté, Montréal, Ci-riec Canada, 1993, vol.24, 154 p.Corbo, Claude, «Mon appartenance, Essais sur la condition québécoise», Montréal, VLB éditeur, 1992, 124 p.Daigle, Gérard et Guy Rocher, «Le Québec en jeu», Montréal, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1992, 811 p.DeBellefeuille, Pierre, «L\u2019ennemi intime», Montréal, L\u2019Hexagone, 1992, 194 p.1473 Dubé, Jean-Eudes, «Du banc d\u2019école au banc fédéral», Guérin, 1993, 248 p.Éthier-Blais, Jean, Les mères, Montréal, Poésie Leméac, 1993, 60 p.Fédération des communautés francophones et acadiennes, La francophonie canadienne, Ottawa, 1993, 48 p.Ferretti, Andrée et Gaston Miron, «Les grands textes indépendantistes, écrits, discours et manifestes québécois 1774-1992», Montréal, L\u2019Hexagone, 1992, 504 p.Gagnon, Alain-G.et François Rocher, «Répliques aux détracteurs de la souveraineté du Québec», Montréal, VLB éditeur, 1992, 509 p.Giguère, Robert, De l\u2019aumônerie d\u2019hôpital au service de pastorale, Éditions Gaëtan Morin, 1993, 330 p.Giroux, Nicole, Changement stratégique dans une institution, Le cas Visa Desjardins, Éditions Gaëtan Morin, 1993, 244 p.Godbout, Jacques-T., L\u2019esprit du don, La découverte, 1992, 345 p.Grand\u2019Maison, Jacques, «Le drame spirituel des adolescents, profils sociaux et religieux», Montréal, Fides, 1992, 245 p.Grand\u2019Maison, Jacques, «Vers un nouveau conflit des générations, Profils sociaux et religieux des 20-35 ans», Montréal, Fides, 1992, 400 p.Helly, Denise, «L\u2019immigration pour quoi faire», Québec, IQRC, 1992, 230 p.Huot, Giselle, Juliette Lalonde-Rémillard, Pierre Trépanier, Lionel Groulx, Correspondance 1894-1967, Montréal, Fides, 1993, 844 p.Jouve, Edmond et Charles Saint-Pro, Lettres et cultures de Langue française, Paris France, 1er semestre 1992, 160 p.; 1er semestre 1993, 120 p.Laramée et al., Les communications au Québec, Montréal, Éditions Saint-Martin, 1993, 250 p.«L\u2019Eau vive», Régina, nov.1993.Minville, Esdras, préparé par François-Albert Angers, Fides/H.E.C.: 1.\tL\u2019économie du Québec et la science économique, 1979, 480 p.2.\tSystèmes et structures économiques, 1980, 772 p.3.\tPlan et aménagement, les données fondamentales, 1981, 384 p.4.\tPlan et aménagement, les secteurs de base, 1981, 516 p.5.\tLe travail, Montréal, 1982, 454 p.6.\tPropos sur la conjoncture des années 1925-1938, 1984, 620 p.7.\tPropos sur les finances publiques, les relations internationales, 1984, 720 p.1474 8.\tSyndicalisme, législation ouvrière et régime social, 1986, 620 p.9.\tLes étapes d\u2019une carrière, causeries.et textes, 1988, 484 p.10.\tVisions d\u2019histoire du Canada et du Canada français, 1992, 546 p.11.\tLe nationalisme canadien-français, 1992, 572 p.Monière, Denis et al., «L\u2019Année politique au Québec 1992», Montréal, Département de science politique, Université de Montréal, 1993, 420 p.Monière Denis, «Le combat des chefs», Montréal, Québec/Amérique, 1992, 288 p.Monière, Denis, «L\u2019indépendance», Montréal, Québec/Amérique, 1992, 156 p.Morin, Jacques-Yvan et José Wœhrling, Les constitutions du Canada et du Québec du régime français à nos jours, Montréal, Les Éditions Thémis, 1993, 978 p.Morin, Michel, «Souveraineté de l\u2019individu», Montréal, Les Herbes Rouges, 1992, 121 p.MNQ, «Lexique de termes politiques et constitutionnels», 1993, 54 p.Nadeau, J.-Marie, Que le tintamarre commence, Éditions d\u2019Acadie, 1992,\t175 p.Orban, Edmond, «Fédéralisme, Super état fédéral?Association d\u2019états souverains?», Montréal, Hurtubise HMH, 1992, 172 p.Pelletier-Baillargeon, Hélène et al., Simonne Monet-Chartrand, Un héritage et des projets, Éditions Fides/Éditions du remue-ménage 1993,\t284 p.Rencontre, Se connaître d\u2019abord.L\u2019année internationale des populations autochtones, Secrétariat aux affaires autochtones, 1993, 28 p.Revue de la politique française.Lectures françaises, Portraits de ministres, 37e année, n° 433, mai 1993, 52 p.Rocher, François, Bilan québécois du fédéralisme canadien, Montréal, VLB éditeur, 1992, 413 p.Royer, Jean, «Dans la maison des littératures, Les vingt ans de la rencontre québécoise internationale des écrivains», Montréal, L\u2019Hexagone, 1992, 127 p.Tessier, Robert et Jean-Guy Vaillancourt, «Gestion de l\u2019environnement, éthique et société», Montréal, Fides, 1992, 312 p.Vachon, Bernard, Le développement local, «Théorie et pratique», Éditions Gaëtan Morin, 1993, 330 p.1475 INDEX DES AUTEURS 1993 ALEXANDRE.Hélène Notre survie culturelle\tdéc.\t1419-1423 ANGERS, François-Albert Le lauréat a raison\tsept.\t997-999 AUCLAIR, Robert Liste d\u2019erreurs,\tjanv.\t109-111 Salaberry-de- Valleyfield\toct.\t1101-1104 BARITEAU, Claude La conception de l\u2019État-nation\toct.\t1051-1061 BAUM, Gregory Réflexions éthiques sur la loi 101\tjuin\t731-740 BEAUCHAMP, André La transformation des valeurs\tnov.\t1248-1265 BÉLANGER, Jules En Gaspésie, la qualité du français\tavril\t493-495 BÉLANGER, Liane Principales préoccupations démographiques\tjanv.\t11-42 Principales préoccupations démographiques\tavril\t496-530 BELLEFEUILLE, Jean Claude Corbo, lauréat du prix Richard-Arès\tmai\t662-663 BERNARD, Louis De fonctionnaire à gestionnaire, un défi\tavril\t421-434 BERTHELOT, Jocelyn École québécoise, les défis de l\u2019intégration\tavril\t454-460 1476 BONNEVILLE, Juliette-L Redécouvrir nos valeurs.\tmai\t587-596 BOUCHARD, Marie-J.L\u2019habitation coopérative à l'heure du changement\tsept.\t940-963 BOUCHER, Normand Ecole et crise identitaire.autochtone\tsept.\t964-977 BOUDREAULT, Pierre-W.Capital culturel et mutation post-industrielle\tjuin\t807-822 BOURBONNAIS, Désirée Pierre de Bellefeuille, L\u2019ennemi intime\tjanv.\t115-116 Lettres et cultures de langue française\tfév.\t265-266 Christian Dufour, La rupture tranquille\tmars\t401 BOUTHILLIER, Guy Le français et les écoles anglaises\tfév.\t216-220 Lettre à une péquiste\tnov.\t1266-1280 BRAULT, Jean-Rémi La correspondance de Groulx\tdéc.\t1464-1466 BROUILLET, Louise Les relations avec les États- Unis\toct.\t1131-1147 BRUN, Henri La charte des droits dans un Québec souverain\tsept.\t892-918 BZDERA, André La réforme de la Cour suprême\toct.\t1092-1100 CAMERON, Guy Une préoccupation collective pour l\u2019environnement\tjanv.\t93-97 L\u2019intérêt d\u2019une véritable différence\tfév.\t275-280 CARON, Laurier La condition enseignante à l'aube de l\u2019an 2000\tfév.\t267-274 CASTONGUAY, Charles Le droit d\u2019assimiler\tnov.\t1281-1284 La connaissance des langues\tdéc.\t1424-1425 COLLIN, Bruno Étalement urbain: mal de vivre ou incurie politique\tjuin\t796-806 1477 COMEAU, Paul-André Henri Bourassa\tdéc.\t1444-1449 CONSEIL DE LA COOPÉRATION DU QUÉBEC Manifeste de la coopération\tdéc.\t1387-1390 CORBO, Claude Mon appartenance\tmai\t661-662 CYR, Hermel Le souverainisme.et le nationalisme européen\tjanv.\t63-75 De BELLEFEUILLE, Pierre Notre démocratie chancelante.\tmars\t337-351 Les frères divisés\tdéc.\t1430-1437 De SÈVE, Nicole Les garçons décrochent plus que les filles\tjuin\t741-755 DESCHÊNES, Gaston Feu la Société des Artisans\tmars\t392-395 DUFFY, Michel Le renouveau des collèges: réforme ou contre-réforme\tjuin\t756-760 DUGAS, Clermont Le service postal en milieu rural: St-Clément\tavril\t475-487 Décentralisation et développement régional\tmai\t597-617 DUMAS, Alain La restructuration de l\u2019économie par les PME\tavril\t468-474 DUSSAULT, Gabriel La culture inventée\tsept.\t1022-1023 ÉTHIER-BLAIS, Jean Claude Corbo, lauréat du prix Richard-Arès\tmai\t659-661 La réforme de l'éducation\tnov.\t1232-1236 GAGNÉ, Danielle La Fête nationale du Québec\tjuin\t767-775 GAGNON, Marie Les mesures d\u2019encadrement à l'école\tdéc.\t1406-1418 GIGNAC, Jean-Luc La formation en philosophie au cégep\tjuin\t761-766 GIRARD, Nicolas et Denis MARION Le discours de la jeunesse\toct.\t1072-1077 1478 GOUIN, Jean-Luc Les Rois de Valet\tjanv.\t112-113 G R AVELINE, Pierre\t\t Une politique de la population\tjanv.\t42-51 GUINDON, Hubert\t\t Vie académique\tnov.\t1215-1231 JOLICOEUR, Michel et Gaétan TREMBLAY\t\t La formation de l\u2019AC PAC\tdéc.\t1391-1405 JULIEN, Pierre-André\t\t La PME en région et le libre-échange\tjanv.\t98-108 La loi 86\toct.\t1062-1071 JULIEN, Roger\t\t Lettre au Parti québécois\tdéc.\t1376-1386 LABERGE, Henri\t\t Pourquoi enseigner le français à Vécole\tjanv.\t77-86 LACHANCE, Richard Partenariat.pour une synergie créatrice LACHAPELLE, Guy\tjuin\t823-828 Le Québec dans un monde nouveau\tsept.\t1019-1022 L\u2019ACTION NATIONALE\t\t Les livres reçus\tjanv.\t114-115 Les livres\tfév.\t262-263 Les livres\tmai\t664-666 Les livres\tjuin\t837-839 Les livres\tsept.\t1015-1018 Les livres\toct.\t1169-1171 Les livres\tnov.\t1313-1315 Les livres\tdéc.\t1471-1473 LAFOREST, Erich\t\t Le syndicalisme, c \u2019est ma vie de Louis Laberge\tmai\t670-672 LALONDE, Francine\t\t La souveraineté tranquille\tdéc.\t1361-1375 LANDRY, Marcel\t\t L\u2019autre Québec: le monde rural\tmai\t561-586 LANTHIER, Colette\t\t Comment concilier le travail et la famille\tsept.\t926-939 1479 LAPLANTE, Robert L\u2019expérience de Guyenne\tjuin Guyenne, un modèle de développement coopératif\tsept.LAPLANTE, Robert et Rosaire MORIN A la veille des élections\toct.LAURIN, Camille La question de l'affichage au Québec\tfév.LECLERC, Yvon Je veux ma chance\tjanv.La culture, facteur de développement\tavril La nécessaire ouverture\tmai Québec au travail\tnov.LÉGER, Jean-Marc Cahiers d\u2019histoire\tnov.LESAGE, Gilles Le débat sur les langues: le premier choc avril LOSLIER, Luc Les disparités de la santé\toct.LUSSIER, Doris La langue, signe et ciment de la nation\tmars MARION, Denis Le discours de la jeunesse\toct.McNEIL, Jeannine Le prix François-Albert Angers\tsept.MONIÈRE, Denis Michel Morin, Souveraineté de l\u2019individu janv.Alain Finkielkraut, Comment peut-on dire croate?\tma\u2018 De la publicité clandestine\toct.Les grands textes indépendantistes\toct.L\u2019Agora, un journal idéologique\tnov.Dans les revues\tnov.Histoire du nationalisme québécois\tdéc.MORIN, Claude Tout est-il réglé?\tmars MORIN, Rosaire Le Québec au travail\tjanv.781-795 995-997 1047-1050 192-199 57-62 435-453 618-624 1200-1214 1245-1247 488-492 1078-1083 385-391 1072-1077 993-995 118-121 667-670 1105-1109 1172-1173 1316-1318 1318-1320 1462-1463 363-368 3-5 1480 Rencontres nationales\tjanv.\t6-10 Questions sur le défi démographique\tjanv.\t51-54 À travers l'actualité\tjanv.\t123-132 C\u2019est sur les ailes de l\u2019espérance que\t\t le Québec.\tfév.\t143-148 Enquête sur les institutions politiques\tfév.\t149-150 Rencontres nationales\tfév.\t151-155 La bataille du français\tfév.\t156-244 A travers l\u2019actualité\tfév.\t285-292 L'éducation, le centre des priorités\tmars\t311-317 Rencontres nationales\tmars\t402-404 Enquête sur les institutions politiques\tmars\t404-405 L\u2019Action nationale, un instrument de travail\tavril\t419-420 A travers l\u2019actualité\tavril\t531-539 Comme l\u2019eau de Val J albert.\tmai\t557-560 Claude Corbo, lauréat du prix Richard-Arès\tmai\t659 A travers l\u2019actualité\tmai\t673-683 Une Chinoise et un Québécois\tjuin\t699-704 À travers l\u2019actualité\tjuin\t853-867 La fête du travail\tsept.\t883-891 À travers l'actualité\tsept.\t1000-1014 La solidarité des régionaux\toct.\t1035-1046 La minorité britannique du Québec\toct.\t1110-1117 Les rencontres nationales\toct.\t1148-1152 L\u2019insertion sociale\tnov.\t1183-1199 A travers l\u2019actualité\toct.\t1153-1168 A travers l'actualité\tnov.\t1302-1312 Le monde rural\tdéc.\t1333-1337 A travers l\u2019actualité\tdéc.\t1449-1461 MORIN, Rosaire et Robert LAPLANTE\t\t À la veille des élections\toct.\t1047-1050 NADEAU, Jean-François\t\t Itinéraire de la pensée d\u2019André Laurendeau\tmai\t645-658 NOREAU, Pierre\t\t Les intellectuels et le Temps de Duplessis\tdéc.\t1467-1470 O\u2019NEILL, Louis\t\t La langue, vecteur de développement\tfév.\t239-243 1481 ORB AN, Edmond Régime présidentiel ou parlementaire?\tfév.\t245-260 PAQUETTE, Romé La solidarité francophone\toct.\t1118-1130 PARADIS, Philippe J\u2019accuse ma génération\tdéc.\t1338-1360 PELLETIER-BAILLARGEON, Hélène Rétablir la crédibilité de la connaissance\tmars\t303-310 PERRAULT, Jean-Paul Une législation linguistique à renforcer\tjuin\t776-780 PICARD, Jocelyne Ecole, oeuvre commune\toct.\t1084-1091 PICARD, Paulo Évolution du nationalisme à la CSN\tmars\t369-384 PLOURDE, Michel Le français et la culture\tfév.\t222-238 RAMANGALAHY, Charles Rôle des gouvernements dans le développement des PME\tjuin\t829-836 RHÉAUME, Gilles François Dollier de Casson, Histoire du Montréal\tjanv.\t116-118 La signalisation routière\tfév.\t199-205 Esdras Minville, pages d\u2019histoire du Canada.\tfév.\t263-265 Edmond Orban, Le fédéralisme ?Super état fédéral\tmars\t399-400 Bulletin de l'AQHP\tmars\t400-401 ROQUET, Ghislaine Pays à bâtir\tjuin\t848-852 ROY, Bruno Culture québécoise et enseignement\tmars\t352-362 ROY, Paul-Émile Un blagueur nostalgique, Philippe Aubert de Gaspé\tmars\t396-398 Vadeboncoeur et la langue\tnov.\t1285-1287 Pierre Vadeboncoeur et le devoir d\u2019indépendance\tsept.\t978-992 1482 SAINT-GERMAIN, Maurice Les fonctionnaires fédéraux et la souveraineté\tjuin\t705-730 SARRA-BOURNET, Michel La question linguistique\tdéc.\t1426-1429 SAVAGE, Andrew L\u2019employabilité des assistés sociaux\tnov.\t1288-1302 SAVARD, Luc La formation fondamentale\tnov.\t1237-1244 SIMARD, Denis J\u2019accuse ma génération\tdéc.\t1338-1360 SIMARD, Sylvain Une victoire à confirmer\tjanv.\t87-92 Vers la souveraineté\tfév.\t281-284 La XIIe Conférence\tdéc.\t1438-1443 S S JB DE MONTRÉAL 101, du français, il en faut plus, pas moins\tmai\t625-644 TARDIF, Jean-Claude L'éducation au centre de nos priorités\tmars\t318-336 TREMBLAY, Gaétan et Michel JOLICOEUR La formation de l\u2019AC PAC\tdéc.\t1391-1405 TREMBLAY, Miville Troc Québec, Pourquoi pas?\tavril\t461-467 TREMBLAY, Rodrigue Les Québécois francophones forment-ils un peuple?\tsept.\t919-925 VADEBONCOEUR, Pierre Cinquante ans d\u2019histoire vécue\tjuin\t840-847 SANTE ET SÉCURITÉ AU TRAVAIL Depuis le temps, Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 1065, rue Saint-Denis, Montréal H2X3J3 TéL: 849-7754 1-800-361-842\" (eité rieur de Montréal) 1483 Ne jetez jamais un numéro de L'Action nationale Souvenez-vous toujours que L'Action nationale accepte tous les exemplaires qu'on lui offre, particulièrement les numéros 1917- 1918- 1934 - 1944 1951 à 1961 - 1968 - avril 1993 Ne jetez jamais un numéro de L'Action nationale! Nous acceptons aussi L'Âme des livres L'Almanach de la langue française 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 1484 j-m SOCIETE NATIONALE D'ASSURANCE 425, boul.de Maisonneuve ouest, bureau 1500, Montréal, H3A3G5 (514) 288-8711 Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins 1485 m\tHeures d\u2019ouverture Lundi - mardi: 10 heures à 15 heures Mercredi - jeudi: 10 heures à 18 heures Vendredi: 10 heures à 16 heures LA CAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES DE MONTRÉAL 1255, rue Berri, Montréal H2L4C6 Tél.: (514) 849-3581 - FAX: 514-849-7019 SERVICE DES PRÊTS 1259, rue Berri, Bureau 230, Montréal H2L4C7 - Tél.: 514-849-3581 -FAX: 514-849-5145 GHISLAIN BEAULIEU, directeur générai\t \t\t A\tSSJB du Centre du Québec IjiCO IB\t449, Notre-Dame wWVD\tDrummondville (81) 478-2519\t\t \tPlus de 33 000 membres au Coeur du Québec.\t HOMMAGES de la SSJB de Montréal Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur: 527-9460 G2& Avec les hommages du MNQ et de ses Sociétés affiliées 1486 Les Ateliers Graphiques Marc Veilleux inc.L'IMPRIMEUR 203, Des Pionniers Ouest, Cap-Saint-Ignace (Québec) GOR1H0 Cap-Saint-Ignace: (418) 246-5666 Montréal: (514) 848-9766 Composition Monika Typographie \u2022 Infographie Conception graphique Conversion de disquettes 1293, de la Sapinière, St-Rédempteur, (Qué.) G6K 1A8 Tél.: 418-831-7851 Télec.: 418-831-5214 Compagnie dÂssurances Assurances générales et assurance sur la vie Siège social, Sillery (Québec) Membre du Groupe UNINDAL Denis Laberge Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boulevard René-Lévesque Ouest, Bureau 1200 Montréal (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 LABORATOIRE DR RENAUD Société québécoise à l'avant-garde de la science dermocosmétique 1040, avenue Rockland, Outremont H2V 3A1 1487 ALIMENTATION\t\tAVOCAT Industries Lassonde Inc.Boissons et jus divers 170, 5e Avenue, Rougemont J0L1 MO-514-469-4926\t\tJutras & Associés Germain Jutras, LL.L, - Normand Jutras, LL.L., Suzanne Paradis, IL.B., - Louis Savoie, LL.L.Patrick Dubé, IL.B., - Chantal Grondin, LLB .Marie-Pierre Jutras, LL.B., - Christine Jutras, LL.B.449, rue Hériot, Drummondville, J2B1B4 819-477-6321 - Téléc.: 819-474-5691 \t\t ALIMENTATION\t\tBIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE Alimentex Inc.\t\tC.Lamond & Fils Ltée HENRI-LOUIS GAGNON, président-directeur-général C'est tout naturel\t\tRobert Bourget, président 1065, rue de Bleury, Montréal H2Z1N1 861-3491 - Téléc.: 866-7058 \u2022 Aliments de santé\t\t \u2022\tLivres naturistes \u2022\tExtracteurs à jus \u2022\tSuppléments alimentaires \u2022\tPrescriptions naturopatiques\t\tCOMPTABLES AGRÉÉS Gagnon, Roy, Brunet et Associés 1188,1ère Avenue, Québec G1L3K8 529-7988 Téléc,: 529-6939\t\tGratien Roy, c.a., Associé 3925, rue Rachel est, bur.: 202, Montréal H1X3G8 255-1001 - Téléc.: 899-5378 \t\t ASSURANCES\t\tGESTIONNAIRES CONSEILS Poitras, LaRue & Rondeau Inc.Courtier d'assurances\t\tJ.-C.Martin & Ass.Inc.Jacques-C.Martin, président 3925, rue Rachel, bur.: 200 Montréal H1X3G8 Tél.: 899-5377\t\t105, Thornton, Montréal H3P1H7 735-3436 - Téléc.: 843-9491 \t\t AVOCAT Philippe Gélinas, c.r.\t\t-jT] Voyages Club Aventure Robert Plante 10, St-Jacques, bureau 812, Montréal H2Y1L3 845-3229\t\t1221, rue St-Hubert, suite 101 Montréal (Québec) H2L3Y8 286-9290 - Téléc.: 289-9776 1488 «En 199a la Fondation du Prêt d'Honneur a attribué cinq bourses postdoctorales de 15 000 $ chacune.» Les boursiers: BEAUDOIN, MARIO École Polytechnique Sujet: «Développement d'un laser et d'un modulateur optique à base de multipuits quantiques INASP/ INP.» CRÉPEAU, FRANÇOIS Centre de recherche de l'Institut de réadaptation de Montréal Sujet: «Développer une méthode d'évaluation de l'employabilité des personnes ayant subi un traumatisme crânien sévère.» LECLERC, RICHARD Carrefour Japon - Université Laval Sujet: «Accroître la compréhension souvent ambiguë qu'ont les Québécois de leur mission au sein de la communauté internationale et de la société japonaise.» ROY, MARIE-ANDRÉE Institut de recherches et d'études féminines - Université du Québec à Montréal Sujet: «Les rapports entre sexe et genre dans le champ religieux.» VAUGEOIS, PIERRE Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS) Lyon - France Sujet: «Mise au point de nouveaux dispositifs d'alerte et de maintien de la vigilance chez les camionneurs, afin de réduire les accidents.» Fondation du Prêt d'Honneur La Fondation du Prêt d'Honneur est actuellement en campagne de financement, on peut lui faire un don déductible d'impôt (enregistrement d'organisme de charité) en s'adressant au: 82, RUE Sherbrooke Ouest Montréal Qc H2X 1X3 téléphone: (514) 843-8851 1489 Nos collaborateurs 1993 Hélène Alexandre François-Albert Angers Robert Auclair Claude Bariteau Gregory Baum André Beauchamp Jules Bélanger Liane Bélanger Jean Bellefeuille Louis Bernard Jocelyn Berthelot Juliette L.Bonneville Marie-J.Bouchard Normand Boucher Pierre-W.Boudreau Désirée Bourbonnais Guy Bouthillier Jean-Rémi Brault Louise Brouillet Henri Brun André Bzdera Guy Cameron Laurier Caron Mario Carrier Charles Castonguay Bruno Collin Paul-André Comeau Hermel Cyr Pierre de Bellefeuille Gaston Deschênes Nicole De Sève Laurent Deshaies Michel Duffy Clermont Dugas Alain Dumas Jean Éthier-Blais Danielle Gagné Jean-Luc Gignac Marie Gagnon Nicolas Girard Jean-Luc Gouin Pierre Graveline Michel Jolicoeur André Joyal Pierre-André Julien Roger Julien Henri Laberge Érich Laforest Richard Lachance Francine Lalonde Marcel Landry Colette Lanthier Robert Laplante Camille Laurin Yvon Leclerc Gilles Lesage Luc Loslier Doris Lussier Denis Marion Jeannine McNeil Denis Monière Claude Morin Rosaire Morin Jean-François Nadeau Pierre Noreau Louis O\u2019Neill Edmond Orban Roméo Paquette Philippe Paradis Hélène Pelletier-Baillargeon Jean-Paul Perreault Jocelyne Picard Paulo Picard Michel Plourde Charles Ramangalahy Gilles Rhéaume Ghislaine Roquet Bruno Roy Paul-Émile Roy Maurice Saint-Germain Michel Sarra-Bourret Andrew Savage Denis Simard Sylvain Simard Jean-Claude Tardif Gaétan Tremblay Miville-M.Tremblay Rodrigue Tremblay Pierre Vadeboncoeur 1490 H9iWt8(m NATIONALE MEMBRES André Beauchamp Nicole Boudreau Sylvain Boudreault Guy Bouthillier J.-Charles Claveau Jean-Claude Dupuis Pierre Dupuis Lucia Ferretti Philippe Gélinas Jean Genest Léo Jacques Francine Lalonde Pierre Lamy Yvon Leclerc Jean-Marc Léger Denis Monière Jacques-Yvan Morin Pierre Noreau Gilbert Paquette Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Gilles Rhéaume Jean-Jacques Roy Louis-Philippe St-Martin Pierre Trépanier La Ligue cTAction Nationale Président honoraire: Président: Vice-président: Secrétaire: Vice-trésorier: Trésorier: Conseillers: Ex-offïcio: François-Albert Angers Robert Laplante Alain Laramée Delmas Lévesque Claude Duguay Gérard Turcotte René Blanchard Marie-Noelle Ducharme Danielle Gagné Yvon Groulx Jacques Martin Rosaire Morin Membres honoraires: Thérèse Baron, Christiane Bérubé, Jacques Boulay, Hélène Chénier, Jean-Marcel Paquette, Juliette Rémillard.Membres émérites: Louise-C.Brochu, Michel Brochu, Marcel Laflamme, Georges Meyers, Anna-L.Normand.L\u2019Action Nationale Les 75 000 pages publiées par la revue depuis 77 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix Richard Arès et François-Albert Angers Le prix Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale et le prix Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Fondation Esdras-Minville Cette société recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la Ligue.Fondation Gaston Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.1491 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 - Télécopieur: (514) 923-5755 LE DEVOIR Des idées qui inspirent, des opinions percutantes.Les pages ÉDITORIAL et IDÉES tous les jours dans Le Devoir.Le Devoir.La nouvelle nouvelle 1492 Nous retournons à la source.Nous réaffirmons notre objectif premier: offrir bécoise le Heur service noindre t possible Hydro-Québec )us-memes L'Action NATIONALE Envoi de publication Enregistrement numéro 1162 3,95 $ 977022722700934 "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.