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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1994-03, Collections de BAnQ.

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[" I/Acl ion Volume LXXXIV, numéro 3, mars 1994 des clefs La PME de la prospérité L9A(EttndDim NATIONALE \t Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.\tDirecteur Rosaire Morin Secrétaire Marie-Laure Prunier Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.\tAnalyse sociale Robert Comeau Comptes rendus Denis Monière Éducation Jean-Claude Tardif Entrevues Yvon Leclerc Rédaction L'Action nationale peut refuser de publier un texte.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections.L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.\t \tComité de rédaction Louise Dumas Lucia Ferretti Robert Laplante Francine Lalonde Marcel Landry Denis Monière Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019index des périodiques canadiens», depuis 1948, dans «Périodex» depuis 1984 et dans «Point de repère» publié par les Services documentaires multimédia (SDM Inc.) et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.\tComité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Y von Leclerc Pierre Noreau Christiane Pelchat Janine Thériault Gérard Turcotte ISSN-0001-7469 \u2014 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale Périodicité: 10 numéros par an\t La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.\tAbonnement 10 numéros Québec, Canada\t35,005 Autres pays\t50,005 Étudiant\t20,005 Soutien\t75,005 Photographies : Banque de photos Hydro-Québec\t L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320, Montréal H2L 4C6 TéL: (514) 845-8533 - Télécopieur: (514)923-5755 I IL^ŒtlfkiDm I L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Bern, bur, 320 Montréal H2L4C6 SI VOUS N'ÊTES PAS ABONNÉ-E 200 personnes reçoivent la revue, chaque mois, sans y être abonnées.L\u2019Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend des valeurs fondamentales et elle fait la promotion d\u2019un projet de société qui facilitera à tous l\u2019accès à un travail permanent.\t\t Abonnement\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t35,00 $\t60,00 $ Étudiant\t20,00\t35,00 Autres pays\t50,00\t90,00 Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme\t\t supérieure au tarif\tde l\u2019abonnement.\t Nom\t\tPrénom Adresse\t\tCode postal Téléphone\tTélécopieur Téléphone: (514) 845-8533 Télécopieur: (514) 923-5755 Profession Supplément postal, L\u2019Action nationale, Volume LXXXIV, numéro 3, mars 1994 SI VOUS ÊTES ABONNÉ E H9ü©tiilciDm ¦\tr\u2014^ m c»] >?rJ ^ =« Deux questions: La première question: Pouvez-vous nous trouver un nouvel abonné?Si chacun le fait, nous doublons notre rayonnement.Merci de votre coopération.La deuxième question: Sur l\u2019étiquette comportant votre adresse, la date d\u2019échéance de votre abonnement est indiquée.Si le temps est venu de renouveler, vous pouvez nous faire parvenir votre remise sans autre avis.Si chacun le fait, L\u2019Action nationale économise 6000 $ par année en timbres, papeterie et temps.Abonnement 10 numéros 20 numéros Québec, Canada\t35,00\t$\t60,00 $ Étudiant\t20,00\t$\t35,00 $ Autres pays\t50,00\t$\t90,00 $ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.Nom\tPrénom Adresse\tCode postal >\u2014¦ Téléphone\tTélécopieur L\u2019Action NATIONALE 1259, me Bern, bur.320 Montréal H2L4C6 Téléphone: (514) 845-8533 Télécopieur: (514) 923-5755 Profession Table des matières Volume LXXXIV, numéro 3, mars 1994 Les PME Rosaire Morin Le service de la propagande Robert Barberis Le plein emploi et la pauvreté François-Albert Angers Le système de santé au Québec Rémy Trudel - Julie Vézina La puissance du Québec Pierre Péladeau Nos PME face à la mondialisation André Joyal La fonction publique Maurice Saint-Germain Prévenir et contrer la violence Jocelyne Picard Faire avancer la langue Louise Laurin La littérature au cégep Paul-Emile Roy La caisse de résonance Denis Monière À travers l\u2019actualité Rosaire Morin 291 Comptes rendus René Lévesque (Fournier) Pierre de Bellefeuille L\u2019abbé Groulx (Éthier-Blais) Jean-Marc Léger Gouverner ou disparaître (Vadeboncoeur) Jean-François Nadeau Les grands défis (Daigle et Rocher) Denis Monière Livres reçus Nos annonceurs ?\t403 ?\t405 ?\t407 ?\t408 ?\t410 ?\t414 292 ÉDITORIAL Les petites et moyennes entreprises Le Québec doit-il compter sur les grands investissements de l\u2019étranger pour procurer du travail à ses chômeurs et assistés sociaux?À titre d\u2019exemple, une aluminerie nécessite un placement de six cents millions de dollars; les gouvernements financent près de la moitié de ces capitaux en s\u2019associant, en subventionnant, en accordant des privilèges, des concessions, des exemptions et des passe-droits.La construction terminée, trois cents emplois sont créés.Ce sont des emplois de qualité.Deux millions par travailleur.Certes, on ne peut pas refuser le capital étranger; il faut tout de même convenir que les financiers investissent pour faire de l\u2019argent et non pour résoudre nos problèmes de sous-emploi.Le Québec doit-il compter sur de grands projets pour créer le plein emploi?L\u2019exemple de Grande-Baleine illustre l\u2019illusion du promoteur que fut Robert Bourassa.Dix mille travailleurs auraient été embauchés.Le coût du chantier aurait dépassé les quinze milliards.Un million et demi par emploi.Je laisse à l\u2019économiste Bourassa l\u2019appréciation des emplois indirects.Quatre cent mille chômeurs et cinq cent mille assistés sociaux vivent aux crochets des contribuables.Les grands projets, à cause de leur coût, ne peuvent offrir à tous un gagne-pain continu.Ils doivent cependant être conçus et réalisés en une société où la morosité paralyse les cerveaux de nos gouvernants.Le Québec doit-il compter sur les grandes entreprises pour lutter contre la pauvreté et pour respecter la dignité humaine dans toutes ses dimensions?De Gaspé à Amos, on compte 293 mille grandes entreprises.De 1978 à 1988, leur personnel a été réduit de 82 000 travailleurs.Des secteurs entiers sont en déclin: textile, vêtement, pâtes et papier.En ces dernières années, la rationalisation pratique des coupures de postes bêtes et méchantes.Des employés ayant trente ans de service se retrouvent sans emploi, avec quelques semaines de salaire pour tout partage.La grande entreprise qui paie très peu d\u2019impôt vise le rendement, le profit, la productivité.A l\u2019instar du gouvernement, elle coupe et découpe partout.Elle joue à l\u2019organigramme.Elle retranche des postes.Elle étire les fonctions.Elle rogne autant qu\u2019elle peut.Elle n\u2019embauche plus.Même si elle est essentielle, elle ne répond pas aux exigences de l'emploi.Elle se positionne pour concurrencer les multinationales qui bâtissent ici des entrepôts de produits fabriqués ailleurs.Dans la conjoncture présente, le Québec doit d\u2019abord compter sur le développement de ses PME, environ 175 000 entreprises, pour ranimer ou ravigoter l\u2019économie et créer de l\u2019emploi.Elles créent actuellement les trois quarts des nouveaux emplois.De 1978 à 1988, leur effectif a augmenté de 491 000 personnes.Et des progrès plus considérables pourraient être réalisés.Au Québec, les PME réalisent des miracles économiques.Elles obtiennent une productivité supérieure à celle des grandes entreprises, grâce à leur intégration dans le milieu et à leur capacité d\u2019évolution rapide.Elles réussissent merveilleusement, non seulement dans la Beauce, mais aussi dans les Bois-Francs, dans l\u2019Estrie et jusque dans l\u2019arrière-pays.De jeunes entrepreneurs apprennent à utiliser l\u2019informatique et les nouvelles technologies.Ils s\u2019établissent dans des industries de pointe, dans l\u2019électronique, le matériel de transport, la machinerie, l\u2019imprimerie.Ils œuvrent en sous-traitance avec de grandes compagnies.Ils implantent des services complémentaires aux besoins de leur milieu.Ils créent de petites coopératives de production.A Guyenne, on cultive en serre des plants de reboisement.À Saint-Louis du Ha! Ha!, on récolte en serre des champignons.Ici et là, naissent un atelier de meubles, une 294 confiserie, un abattoir, une conserverie, une biscuiterie, une fabrique de bijouterie, de produits en verre, de cercueils, de parquets, de placage, de chaussures, d\u2019embarcations, de peinture.On retrouve aussi des usines d\u2019appareils orthopédiques, scientifiques, chirurgicaux, ophtalmologiques et aussi de chauffage, de ventilation, de fil métallique, d\u2019outils.C\u2019est la multiplication et le développement des PME adaptées aux besoins des marchés locaux et extérieurs qui assureront la relève de l\u2019économie québécoise et la garantie d\u2019une stabilité dans le progrès.Les entrepreneurs ont le premier rôle à jouer dans la réussite de l\u2019opération.En concertation avec leur milieu, ils doivent choisir avec soin le secteur de leur intervention, acquérir les connaissances suffisantes et consentir les efforts nécessaires à la réussite.Pour donner aux hommes d\u2019affaires la formation appropriée et continue, les cégeps et les universités doivent leur offrir un enseignement adapté à la réalité de leur entreprise.Le défi de la concurrence locale et mondiale, l\u2019utilisation de la technologie et les pratiques nouvelles de communication exigent une mise à jour renouvelée des connaissances et des pratiques vécues.Face à la mondialisation de l\u2019économie, les gouvernements du Québec et du Canada ont un rôle majeur à jouer.Ils doivent établir des programmes et des services qui faciliteront la création et le développement des PME.Ces programmes et ces services doivent être conçus en concertation avec les MRC et les municipalités.Ces institutions, étant plus près des besoins, peuvent mieux évaluer les faiblesses et les forces du milieu.Elles doivent être les exécutrices des programmes.Rappelons une autre fois une vérité de La Palice: Dieu-le-père-tout-puissant-qui-siège-à-Québec ressemble souvent à une grenouille qui, du fond de son puits, n\u2019aperçoit ni les nuages dans le ciel ni le papillon qui prend son vol par-delà les fraises.?Rosaire Morin 295 Les mémoires de Pierre Elliott Trudeau à Radio-Canada L\u2019histoire au service de la propagande p ¦ \u2019est avec un vif intérêt que j\u2019ai regardé la série télévisée sur les mémoires de Pierre Elliott Trudeau.?Robert BARBERIS * Après l\u2019épisode de l\u2019apprentissage de la vie, il est vite apparu que l\u2019intention d\u2019informer historiquement a été déformée par la volonté du mémorialiste de passer son message.Ce qui était évident a été confirmé par Jean-François Lépine lui-même.Cinq jours après l\u2019émission des mémoires, dans La Presse du 11 janvier, Louise Cousineau rapporte les propos de Lépine tenus à une émission de radio.Quand Lépine remettait certaines affirmations en doute, cela a sauté au montage.«La plus grande difficulté, de dire Lépine, est que Trudeau voulait faire passer un message.Il était difficile de le surprendre, de le faire sortir de son message.» Nous avons donc assisté au long plaidoyer d\u2019un promoteur du nationalisme «Canadian» qui continue à lutter contre l\u2019indépendance du Québec.Impossible de rester serein devant cette déformation systématique du nationalisme * Docteur ès lettres de l\u2019Université Laval, professeur de littérature au collège de Sorel-Tracy et écrivain.Il est l\u2019auteur de La fin du mépris (écrits politiques et littéraires) (L\u2019Hexagone), Les illusions du pouvoir (avec Pierre Drouilly) et La Rencontre (roman).296 Trudeau a déjà dit: « le séparatisme est un crime contre l\u2019humanité ».québécois présenté comme un repliement sur soi.Jean Dorion, au nom de la SSJBM, a eu raison de dénoncer «cette entreprise éhontée de manipulation de l\u2019opinion publique par un politicien en mal d\u2019autojustification».On peut trouver Trudeau amusant quand il fait ses pirouettes, impressionnant quand il rencontre des chefs d\u2019État, émouvant quand il cite Rimbaud, sympathique quand il élève ses trois enfants, habile comme communicateur, admirable quand il porte son canot sur les épaules à soixante-treize ans.Mais je résiste à la séduction du personnage quand je m\u2019aperçois que ces aspects attachants ne sont là que pour créer l\u2019environnement affectif qui va faire mieux passer le message politique de l\u2019ennemi juré des indépendantistes.Un message politique Ce message politique est toujours le même.Dans un discours prononcé aux États-Unis, Trudeau a déjà dit: «Le séparatisme est un crime contre l\u2019humanité».Dans la série télévisée, on retrouve ce même Trudeau, adversaire implacable du nationalisme québécois.Considérer ce nationalisme dans son expression la plus vigoureuse, celle qui conduit à la souveraineté du Québec, comme «un crime contre l\u2019humanité» annonçait le Trudeau répressif de la loi des mesures de guerre et le Trudeau machiavélique des fausses promesses référendaires de renouveler le fédéralisme.À ces deux moments cruciaux, l\u2019image montrée est dévastatrice: Trudeau, les yeux exorbités, vocifère.On est loin de la démocratie et de la Charte des droits.Dans le cas de la crise d\u2019octobre 1970, s\u2019il y avait au Canada des journalistes de la trempe de Bob Woodward et de Cari Bernstein du Washington Post, on aurait déjà prouvé que ce qui s\u2019est passé à Ottawa est l\u2019équivalent du Watergate.Si on pouvait parler de la police politique de Duplessis lors de la grève d\u2019Asbestos, pourquoi serait-il interdit de parler 297 de la police politique de Trudeau lors des arrestations de 450 personnes et du vol des listes des membres du Partis québécois?Trudeau a affirmé, et la fausseté de l\u2019affirmation lui en a fait perdre son français, que les victimes ont été «indemnifies».Qui a été indemnisé?Que ces personnes aillent pleurer sur la tombe de Pierre Laporte, dit Trudeau.En anglais, on dit: two wrongs do not make one good.Un extrémisme, celui du FLQ, ne justifiait pas le non-respect des droits par celui qui a fait carrière sur la Charte des droits.Il est possible et même probable d\u2019ailleurs que le Trudeau qui, les yeux exorbités, vocifère, ait provoqué cette violence felquiste.En effet, lors de la crise d\u2019Oka provoquée par les Mohawks, imaginez un Trudeau qui vocifère à la télévision: «L\u2019Etat ne cédera pas devant des bandits qui troublent l\u2019ordre public».L\u2019affrontement se serait terminé dans un bain de sang.On aura remarqué la tentative pitoyable de Trudeau de refiler la responsabilité de la loi des mesures de guerre et de l\u2019envoi de l\u2019armée à Robert Bourassa et Jean Drapeau qui ont écrit des lettres affirmant l\u2019existence d\u2019une insurrection appréhendée.On aura aussi vu, je l\u2019espère, le cynisme de Trudeau relayé par un Marc Lalonde (qui a dicté ces lettres), suggérant que cette fois-là, le gouvernement central a respecté l\u2019autonomie du Québec.Cela prend du culot de laisser croire que ce n\u2019est pas le gouvernement fédéral qui a exercé le principal leadership lors de la crise d\u2019octobre.Camoufler sa responsabilité quand on a joué un rôle moteur, c\u2019est de la lâcheté.Mais, que voulez-vous, quand il faut essayer de sauver l\u2019image de défenseur authentique des droits de la personne, on déforme les faits en racontant ses mémoires.Un homme provocateur Mais il y a autre chose qui relève presque de l\u2019imposture.Cet homme provocateur qui vocifère en temps de crise, ne voilà-t-il pas qu\u2019il affirme que son nationalisme «Canadian» est Trudeau, les yeux exorbités, vocifère.On est loin de la démocratie et de la Charte des droits.298 l\u2019expression de la raison et que, par ailleurs, le nationalisme québécois n\u2019est fondé que sur l\u2019émotion, sur les sentiments, sur la passion.Or on sait très bien que l\u2019option indépendantiste exprime une autre rationalité que celle de Trudeau.Et bien, quand un homme politique ou un militant politique affirme avoir le monopole de la raison, on n\u2019est pas loin du fascisme.Et on ne se surprend pas que cet homme «raisonnable» ait profité de la crise d\u2019octobre pour tenter d\u2019abattre le Parti québécois de René Lévesque et profité du référendum de 1980 pour créer un faux espoir en mettant son siège en jeu pour renouveler le fédéralisme, mensonge qui a été gobé par de nombreux citoyens plus ou moins politisés et par les pleureuses du fédéralisme du genre de Solange Chaput-Rolland qui, le lendemain du référendum, regrettait d\u2019avoir voté non et d\u2019avoir cru en Trudeau.Le cynisme et l\u2019abus de pouvoir sont-ils l\u2019expression de la raison, sinon de la raison d\u2019État! Félicitons Radio-Canada.Dans sa mission de favoriser l\u2019unité canadienne, la présentation des mémoires de Trudeau est un jalon important.La fonction objective de ces mémoires télévisés est d\u2019attaquer le nationalisme québécois, de le miner idéologiquement en présentant pendant cinq longues heures le point de vue d\u2019un homme «attachant», d\u2019un grand canadien, d\u2019un homme d\u2019État aux vastes vues sur la paix dans le monde, d\u2019un père de famille qui prend ses responsabilités, d\u2019un athlète qui aime la nature, en un mot, d\u2019un modèle d\u2019humanité.De quoi faire oublier les impertinences de «Taquinons la planète» qui traitaient Trudeau de dinosaure.Dans la lutte que se livrent les indépendantistes et les fédéralistes la partie n 'est pas finie.Dans la lutte idéologique et politique que se livrent les indépendantistes québécois et les fédéralistes canadiens, la partie n\u2019est pas finie.Nous sommes au beau milieu de la partie.Au moment où le Québec vient d\u2019élire 54 députés du Bloc québécois à Ottawa, au moment où le Québec se prépare possiblement à porter le Parti québécois au pouvoir, un parti qui est 299 indépendantiste, comme vient de le répéter Jacques Parizeau, avant, pendant et après les élections et qui ne refera pas «le coup du bon gouvernement» (c\u2019est Jacques Parizeau qui parle), quel aura été l\u2019effet de cette opération de propagande qu\u2019ont été les mémoires de Pierre Elliott Trudeau?A mon avis, cet effet ne sera pas tellement grand car la réalité politique d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019exprime par l\u2019élection de 54 députés indépendantistes à Ottawa et par le Parti québécois qui mène dans les sondages.En regardant les mémoires au réseau anglais de Radio-Canada, je me disais que cet homme politique qui, au nom des droits individuels et d\u2019un bilinguisme institutionnel artificiel n\u2019a cessé de s\u2019opposer à la volonté collective des Québécois de se donner un pays français, continue de représenter les intérêts de ses électeurs anglophones du comté clôturé de Ville Mont-Royal.?Trudeau continue de représenter les intérêts de ses électeurs anglophones du comté de Ville Mont-Royal.300 François-Albert ?ANGERS Le plein emploi serait-il la solution au problème de la pauvreté?p ¦ ertains lecteurs plus attentifs auront sans doute eu une réaction spontanée, à la lecture de mon précédent article, face à mes commentaires sur les dépenses militaires, sur les coûts de recherche et de développement et sur le recyclage et la dépollution.Toutes ces activités n\u2019ont-elles pas pour effet de procurer de l\u2019emploi et par suite de tendre vers la solution du problème de la pauvreté?Mais ce point de vue, sans doute valide à certains égards, constitue une autre manifestation de l\u2019approche déficiente, au moins dans l\u2019économie d\u2019aujourd\u2019hui, de la pensée économique traditionnelle.Charles Gide l\u2019avait d\u2019ailleurs déjà constaté dès le début du présent siècle: le consommateur, pour qui l\u2019économie est censée exister, en est le parent pauvre du point de vue de la pensée.On ne parle de lui qu\u2019en termes de marketing, c\u2019est-à-dire de capacité effective d\u2019absorber des produits et de procurer des profits.Toutes les appréciations que font les économistes et les hommes d\u2019affaires sur la conjoncture économique, ne se font qu\u2019en termes de «croissance» de la production, d\u2019«investissements», de «taux d\u2019intérêt», de «politique monétaire» chez les économistes, etc., tous termes qui sont relatifs d\u2019abord aux intérêts des producteurs, et seulement indirectement à ceux 301 des consommateurs.Jamais, au grand jamais, vous ne lisez un commentaire sur l\u2019évaluation du volume et de la nature de la production qu\u2019il faudrait pour éliminer la pauvreté, c\u2019est-à-dire correspondre au minimum des besoins des consommateurs à satisfaire dans une économie où le niveau de productivité et la disponibilité des ressources rend la chose possible.C\u2019est pourtant là l\u2019objet propre de l\u2019économie! Quand on y pense un peu, n\u2019est-ce pas curieux! Mais cela s\u2019explique, tout simplement et tout normalement, par ce qui constitue les fondements de la pensée économique traditionnelle: une fois qu\u2019on a réalisé la croissance maximum de la production, pour les libéraux du XIXe siècle et pour les néo-libéraux du XXe siècle, l\u2019aspect volume et qualité de la consommation se règle tout seul, sans qu\u2019on ait à y penser.Le plein emploi Le seul vrai problème dont on prend conscience avec l\u2019arrivée du XXIe siècle, c\u2019est l\u2019emploi.C\u2019est à peine si, avec l\u2019emploi, on pense sérieusement au niveau des salaires; on se satisfait que les syndicats s\u2019en occupent: c\u2019est déjà un «progrès social» considérable si on se réfère à l\u2019attitude traditionnelle du patronat à ce sujet! Et dans tous les milieux, on est très loin de «la doctrine sociale de l\u2019Église», dont on s\u2019est si joyeusement moqué, qui, à partir au moins de la fin du XIXe siècle (1891, Rerum Novarum), faisait une obligation morale aux employeurs de payer le salaire familial à un niveau qui éliminait la pauvreté.En se plaçant maintenant du point de vue de l\u2019emploi, il faut constater d\u2019abord que le plein emploi, de soi, n\u2019a jamais réglé le problème de la pauvreté, même s\u2019il y a contribué.(Sauf que, depuis qu\u2019il existe telle chose que les allocations de bien-être social, il arrive qu\u2019il soit plus avantageux de ne pas travailler à un certain niveau de qualité d\u2019emploi).Le niveau du salaire minimum n\u2019a jamais été assez élevé pour atteindre cette fin et n\u2019a jamais visé à le Jamais, au grand jamais, vous ne lisez un commentaire sur l\u2019évaluation de la production qu\u2019 il faudrait pour éliminer la pauvreté.302 Le vrai problème se situe au plan de l'allocation des ressources et de l'accroissement de la production des biens.faire, étant lié à la capacité de payer des employeurs dans un régime de marché où la libre concurrence fait sans cesse pression sur les coûts.Ces constatations peuvent conduire à une remise en cause de toute la pensée économique traditionnelle.Bien sûr, l\u2019aventure spatiale et la dépollution sont générateurs d\u2019emplois nouveaux, en apparence prometteurs pour la réduction de la pauvreté.Mais cette vue est relativement superficielle, en vertu de la superficialité même selon laquelle on aborde le problème de la pauvreté: insuffisance du revenu en termes monétaires, niveau des prix, etc.Le vrai problème se situe sur le plan de l\u2019allocation des ressources et de l\u2019accroissement de la production des biens consommables supplémentaires qui élèveront véritablement le niveau de vie des anciens chômeurs au-dessus du seuil de la pauvreté.Ce ne sont pas les produits de l\u2019aventure spatiale et de la dépollution qui y contribueront; mais sur le marché de l\u2019allocation des ressources, ils intensifieront la concurrence à la production des biens de nécessité.Le plus fort dans ce jeu d\u2019orientation des investissements par le marché, ce n\u2019est pas le revenu du pauvre.La contribution des emplois supplémentaires à l\u2019allégement de la pauvreté risque fort d\u2019être moins significatif qu\u2019on le croit généralement.L\u2019amélioration financière du marché qui résulte des nouveaux salaires (dans la mesure seulement où elle excède les paiements d\u2019assurance-chômage et de bien-être social) tendra tout d\u2019abord à engendrer la hausse des prix des produits de nécessité.Et cette hausse des prix, après des rajustements, tendra à devenir permanente si les investissements ne sont pas détournés en proportion suffisante des biens de luxe de tous ordres pour permettre l\u2019accroissement approprié du volume des biens de nécessité.A défaut de cela, les nouveaux emplois engendreront dans une bonne mesure une vive concurrence sur les marchés pour un repartage d\u2019un volume de la production relativement stable des biens consommables essentiels entre un plus grand nombre de demandeurs.303 Le souci de l\u2019homme Autrement dit, le système économique ainsi organisé est très caractéristiquement de type nietzschéen: un monde pour le triomphe du génie sans trop de souci pour l\u2019homme du commun.Un monde qui a le culte du Surhumain, du Surhomme et qui est prêt à y sacrifier l\u2019ensemble de l\u2019Humanité.«Est-ce que je vous conseille l\u2019amour du prochain, écrit Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra.Plutôt encore je vous conseillerais la fuite du prochain et l\u2019amour du lointain.Plus haut que l\u2019amour du prochain se trouve l\u2019amour du lointain et de ce qui est à venir.Plus haut que l\u2019amour de l\u2019homme, je place l\u2019amour des choses et des fantômes.» N\u2019est-ce pas que le monde moderne aura suivi ses conseils au sens qui apparaît aujourd\u2019hui, avec les aventures spatiales, le plus littéral, au-delà même peut-être de ce que Nietzsche aurait imaginé?Et encore, ceci: «Le Surhumain me tient à cœur, c\u2019est lui qui est pour moi la chose unique, - et non point l\u2019homme; non pas le prochain, non pas le plus pauvre, non pas le meilleur.» Si ce n\u2019est qu\u2019inconsciemment que nous pratiquons cette éthique, et nous la pratiquons incontestablement par nos comportements, il faudrait, et tout particulièrement dans «le métier de dirigeant», nous tourner très ostensiblement vers le souci du plus pauvre, vers le prochain, vers un véritable humanisme.À vrai dire, d\u2019autres nous ont précédés dans cette voie.Ce sont ces réformateurs dont j\u2019ai dit précédemment qu\u2019ils n\u2019ont pas impressionné nos milieux officiels.Les socialistes et les communistes ont tenté d\u2019ouvrir des voies dans cette perspective, mais on sait sans conteste aujourd\u2019hui combien leurs moyens et méthodes les ont menés loin des objectifs envisagés tant sur le plan matériel qu\u2019idéologique, jusqu\u2019aux tyrannies les plus odieuses.Et là où les gens plus modérés de ces écoles ont eu l\u2019occasion du «Plus haut que l\u2019amour de l\u2019homme, je place l'amour des choses et des fantômes.» 304 Il faut décider si notre société accepte l'entrée dans une «civilisation des loisirs» qui considère comme normale l\u2019inactivité permanente d\u2019une partie de sa population.pouvoir, on les a vite vus, pour être efficaces, abandonner des parties essentielles de leurs programmes pour recourir aux méthodes traditionnelles de gouvernement.Dans d\u2019autres milieux où l\u2019on est resté plus près des traditions libérales, comme au Québec, on s\u2019est beaucoup tourné vers l\u2019État pour y éprouver, à travers certaines satisfactions, beaucoup de déceptions.Si bien que ce qui ressort le plus de ces milieux à l\u2019heure actuelle, c\u2019est le besoin de concertation et de collaboration entre les divers agents de la vie économique.Mais, cette vague prise de conscience tourne plutôt à l\u2019heure actuelle, en interminables palabres.Il faut plus et du plus cohérent, du plus organisé, car la situation est urgente.Choix de société Au préalable, il y a faire une étude en profondeur et des choix en fonction de nos valeurs de société.Entrons-nous dans une ère de chômage permanent pour une partie peut-être sans cesse croissante de la population?Si oui, il faut décider si notre société accepte l\u2019entrée dans une «civilisation des loisirs» qui considère comme normale l\u2019inactivité permanente d\u2019une partie de sa population, en termes de n\u2019avoir pas à compter sur un emploi rémunéré pour se procurer les biens et services nécessaires à l\u2019existence, à moins que ne soit envisagée une réduction radicale du temps de travail de chacun, qui ne pourrait sans doute pas aller jusqu\u2019à l\u2019absurde de moins d\u2019une demi-journée de travail pour chacun.De toute façon, cette solution impliquerait qu\u2019il n\u2019y aurait pas de pénalité en termes de niveau de vie pour celui qui ne pourrait pas travailler.Comment apprécier alors la pénalité implicite que représenterait le travail?Et quel niveau de vie assurerait-on à ceux qui n\u2019auraient plus de place à l\u2019emploi?Dans cette hypothèse et en fonction d\u2019une philosophie qui considère que le travail est une nécessité psychologique et morale, donc sociale, faudrait-il apprendre à manier le progrès technologique de façon à assurer le plein 305 emploi?En estimant, par exemple, qu\u2019à partir d\u2019un certain niveau de vie, mieux vaut assurer l\u2019emploi qu\u2019une recherche du maximum de productivité physique?Question délicate puisqu\u2019elle est liée au volume de la production, dont il est évident qu\u2019il laisse encore à l\u2019heure actuelle des besoins primordiaux à satisfaire.Or justement, étant donné que les économies sont loin d\u2019assurer la satisfaction de tous les besoins alors qu\u2019il reste des forces humaines sans emploi, n\u2019est-ce pas pratiquer une sorte de malthusianisme que de tendre à restreindre le volume de la production pour pouvoir mettre plus d\u2019humains au travail?Que peuvent en penser ceux qui sont ainsi volontairement rationnés?On en a quelque idée à la réaction des pays sous-développés face aux restrictions que l\u2019on veut appliquer notamment pour contrôler et éliminer la pollution.Mais alors, s\u2019il reste tant de besoins à satisfaire, comment se fait-il, puisqu\u2019il y a quand même encore des ressources naturelles disponibles, qu\u2019on ne puisse pas trouver le moyen de mettre tout le monde au travail et concevoir un mode de répartition qui permette l\u2019absorption de toute la production?L\u2019équilibre économique de plein emploi, c\u2019est tout simplement cela, sans doute plus difficile à réaliser qu\u2019à concevoir.L\u2019insuffisance de la macroéconomie Ce qui me renverse, quoique j\u2019en comprenne trop bien l\u2019origine dans la force d\u2019égoïsme des intérêts particuliers, c\u2019est que devant ces faits de plus en plus évidents, et qui s\u2019imposent depuis longtemps à notre attention, on n\u2019assiste pas à une clameur universelle, tout particulièrement chez les dirigeants, pour une forme appropriée d\u2019organisation de la gestion de l\u2019économie.Dans le domaine du microcosme, selon les termes des économistes, les termes de gestion et d\u2019organisation scientifique ou rationnelle impliquent une planification, souvent rigoureuse, et de l\u2019action.Ils ont pourtant toujours été, et même sont de plus en plus le fin mot du Comment se fait-il, qu \u2019on ne puisse pas trouver le moyen de mettre tout le monde au travail et concevoir un mode de répartition qui permette l'absorption de toute la production ?306 progrès incessant de la productivité.Comment se fait-il qu\u2019au niveau du macrocosme, de la macroéconomie, où les problèmes de fonctionnement efficace sont infiniment plus complexes, on persiste à estimer que tout cela va se régler tout seul; ou en tout cas qu\u2019il suffira de moyens globaux de macro, comme des mesures monétaires, des mesures dites sociales, etc., sans directions spécifiques minutieusement calculées par rapport aux causes spécifiques des difficultés, pour tout régler?Quelle logique et quel réalisme y a-t-il à estimer que les entreprises ne peuvent pas bien fonctionner sans des plans bien établis, un mode d\u2019organisation aux réseaux serrés et bien contrôlés pour la «qualité totale»; où rien n\u2019est laissé au hasard sans souci, disons le crûment, de la liberté de mouvement de chacun; alors que «les jeux libres» de la multitude des entreprises dans les secteurs, et de la multiplicité des secteurs dans l\u2019activité générale, seraient la règle d\u2019or qui conduit automatiquement l\u2019ensemble de l\u2019économie à des résultats optimums?Dans notre monde aux yeux fixés sur la productivité maximum, comment se fait-il qu\u2019on ne paraisse pas se préoccuper de la perte de production que représentent des millions de chômeurs obligés de puiser pour vivre à même le produit du travail des autres?N\u2019est-ce pas là en soi la preuve de l\u2019inefficacité du régime économique actuel en termes même de productivité?Je sais, nous l\u2019avons vu, des esprits réformateurs se sont intéressés à ce problème et ont presque tous failli à la tâche sous un angle ou sous un autre.La raison en est, à mon sens, simple, sinon facile à discerner.Ma fréquenta- Les politiques économiques doivent tenir compte de l'ensemble de la personnalité humaine.tion d\u2019un économiste de chez nous, Esdras Minville, m\u2019a conduit à ce discernement.Les économistes peuvent bien, s\u2019ils le veulent, dans l\u2019autonomie de leur science, isoler certaines caractéristiques de l\u2019homme total pour fin d\u2019analyse, mais les politiques économiques doivent tenir compte de l\u2019ensemble de la personnalité humaine.Celles qui faillissent, malheureusement à long terme parce que la longueur du 307 temps brouille les pistes d\u2019entendement et d\u2019interprétation correcte, sont généralement mises en échec par celles des caractéristiques humaines dont elles n\u2019ont pas tenu compte dans leur élaboration, que ce soit le milieu, l\u2019histoire, une philosophie correcte de l\u2019être et de la psychologie humaine, la cohérence des décisions, etc.Cela milite pour que les formes d\u2019organisation qu\u2019il faudrait donner à l\u2019économie se construisent à partir du bas, là où l\u2019on connaît le plus concrètement les situations dans le respect des règles de la subsidiarité, par voie décentralisée, ce qui implique la fameuse concertation dont on fait de plus en plus état, et la collaboration entre les agents dans des cadres appropriés.Car sans ces cadres suffisamment rigides pour produire l\u2019action efficace, concertation et collaboration amorcées tournent à des parlottes.Un plan de développement Mais tout ceci ne serait encore qu\u2019un cadre et une volonté.Quelle serait justement l\u2019action à entreprendre?L\u2019homme auquel il faudrait revenir, qu\u2019il faudrait lire, c\u2019est précisément encore Esdras Minville1 - dont les vues prophétiques sur tous ces sujets habitent parmi nous depuis aussi loin que 1927, et que personne n\u2019a guère écouté et surtout entendu sérieusement.Sa première proposition, c\u2019est qu\u2019il faut, pour bien développer une économie, un plan d\u2019ensemble, donc un organisme pour le préparer par des inventaires indispensables, et le tenir à jour.Dans l\u2019incohérence des situations où nous sommes plongés et l\u2019ignorance des données d\u2019ensemble, des priorités à établir en raison de la limite des moyens, du marasme des déficits budgétaires fabuleux, des taxes qu\u2019on ne veut plus payer, des dépenses que l\u2019on ne veut plus couper, etc., nous sommes dans une 1 Les œuvres complètes d\u2019Esdras Minville sont publiées chez Fides.Il en existe actuellement 12 volumes, dont 7 sont plus spécialement consacrés aux questions économiques.Il faut, pour bien développer une économie, un plan d\u2019ensemble donc un organisme pour le préparer par des inventaires indispensables et le tenir à jour.308 situation paralysante.Paralysés, donc condamnés à l\u2019inefficacité perpétuelle, parce que toute action de portée partielle non intégrée dans un plan bien établi provoque des réactions indésirables dont originent d\u2019autres cercles vicieux d\u2019inefficacité finale.Sans plan d\u2019ensemble, on n\u2019a que peu de possibilités d\u2019aller aux causes premières spécifiques des déséquilibres et de pouvoir porter remède au bon endroit.On essaie de s\u2019en tenir à des mesures macroéconomiques, donc globales et générales qui ne se portent pas toujours au bon endroit; et ne font souvent qu\u2019aggraver les problèmes, en les changeant de nature sans avoir toujours obtenu de réussite localisée à court terme.C\u2019est après le plan qu\u2019intervient la gestion de l\u2019économie.Minville s\u2019est toujours méfié des planifications rigoureuses et autoritaires.Il en a souvent signalé et analysé ou prévu l\u2019inefficacité.Le plan doit permettre de voir les problèmes réels dans leurs relations de causes à effets et leurs enchaînements à travers toute l\u2019économie.De là apparaîtront les actions rationnelles qui s\u2019imposent aux agents concernés pour dénouer les impasses.C\u2019est là qu\u2019interviendrait la concertation dans des organismes appropriés, décentralisés, par secteurs, par régions, composés des intéressés immédiats aux décisions et capables de prendre action aux points sensibles, plus souvent microéconomiques que macroéconomiques.Et la collaboration qui gérerait l\u2019action concertée permettrait d\u2019éviter les directions autoritaires.Le rôle de l\u2019homme d\u2019affaires Le plan doit permettre de voir les problèmes réels dans leurs relations de causes à effets et leurs enchaînements à travers toute l\u2019économie.Après avoir fait tout le tour du jardin, Minville a affirmé sa conviction, prophétique aujourd\u2019hui puisqu\u2019il écrivait ces choses entre 1925 et 1950, que le pivot de toute l\u2019organisation devait être l\u2019homme d\u2019affaires.Mais l\u2019homme d\u2019affaires, véritable entrepreneur plus que financier, doit avoir pris conscience de son rôle de leader social fondamental dans le 309 domaine économique.Son travail n\u2019est pas terminé, tel qu\u2019il le croit et l\u2019affirme trop aisément sur la foi d\u2019une théorie économique dépassée par les faits; sa boucle n\u2019est pas bouclée du fait qu\u2019il a démontré l\u2019existence de profits, et de profits croissants, à son assemblée générale.L\u2019homme d\u2019affaires de Minville comprend que, réclamant sa liberté d\u2019initiative, il lui appartient de construire les cadres dans lesquels il doit s\u2019intégrer avec ses pairs et ses collaborateurs, les travailleurs, pour gérer efficacement encore une fois, et en pleine connaissance des éléments en cause, la gestion de l\u2019économie.Il fait déjà l\u2019équivalent par ses intégrations pour les opérations économiques et financières en vue du profit.Pourquoi ne comprendrait-il pas qu\u2019il a le même intérêt à réaliser l\u2019équilibre général de l\u2019économie, qui garantirait la sécurité de ses profits par l\u2019équilibre des productions, la pertinence des rémunérations en fonction de cet équilibre, et le rendement optimum autant économique que financier des investissements?Le métier de dirigeant doit englober toute cette perception et la préparation à toute cette responsabilité.Après beaucoup de résistance à toute intervention de l\u2019État pour parer aux inconvénients de l\u2019absence de règlement des problèmes résultant de l\u2019inorganisation de l\u2019économie en général, à laquelle ils refusaient de s\u2019intéresser, les hommes d\u2019affaires se sont accoutumés à se servir de l\u2019État pour se dégager de ces responsabilités.et même davantage pour soutenir leurs propres initiatives à même les fonds publics.Mais cette perversion de l\u2019idéal de libre entreprise n\u2019a rien réglé; et le monde est toujours en attente d\u2019un type d\u2019organisation et d\u2019action efficace.D\u2019autres exigences Il reste au surplus d\u2019autres nuages sombres à l\u2019horizon du productivisme et de la conception qu\u2019on en a entretenue jusqu\u2019ici.Il faut bien constater que nous, les Occidentaux des classes bien nanties, avons tiré, grâce aux progrès scientifiques et techniques, des avantages Minville a affirmé sa conviction que le pivot de toute l'organisation devait être l\u2019homme d\u2019affaires.310 Ce beau progrès que nous avons connu, seule une faible partie de l'humanité y a participé.inouïs de vie facile, luxueuse, issus de l\u2019exploitation des ressources de la terre.Peut-être en avons-nous vécu la plus belle période?Nous devons faire face maintenant, nous l\u2019avons signalé en passant, à la pollution engendrée par le productivisme même.Ce serait l\u2019avenir même de la planète qui serait en jeu.D\u2019autres exigences en pleine contradiction avec les appels à la prudence et à la gestion intelligente s\u2019annoncent comme capables d\u2019engendrer une tempête majeure.Ce beau progrès que nous avons connu, seule une faible partie de l\u2019humanité y a participé, en même temps d\u2019ailleurs qu\u2019une relativement faible proportion aussi des populations de nos pays en a reçu le plein avantage.Tous ceux-là annoncent de plus en plus qu\u2019ils comptent à l\u2019avenir trouver place à notre table.Le libre-échange commercial que l\u2019on veut mondialiser comporte aussi, s\u2019il n\u2019assure pas le plein développement des pays sous-développés, la libre circulation des hommes vers les pays riches et leur réclamation de partage de nos richesses avec eux.Et les réclamations d\u2019égalité avec les autres, qu\u2019on leur impose presque en exigeant d\u2019eux qu\u2019ils pratiquent la démocratie, ne cesseront de monter.En un sens, tout cela devrait représenter de la main-d\u2019œuvre pour une montée de la production, sinon de la productivité, quasi exponentielle au cours du XXIe siècle.Mais avons-nous besoin de cette dimension pour produire?Au surplus, le massif besoin de ressources, nécessaire à ces fins, va se heurter à la menace d\u2019épuisement des ressources du globe.Le besoin de plan d\u2019ensemble et de gestion consciente et serrée des ressources va devenir crucial.Il est vrai que la science s\u2019est révélée ingénieuse à créer des produits de substitution.Suffira-t-elle à la tâche?Par là, on peut apercevoir qu\u2019il y a dans la religion de la productivité un aspect éminemment positif, qui peut contribuer à rendre possible sur une planète terre, une vie agréable pour une population croissante, à condition d\u2019y mettre beaucoup d\u2019ordre, de sage gestion d\u2019ensemble et de discipline collective.Ce qui 311 se révèle déficient, c\u2019est la prétention mise de 1 avant au siècle dit des Lumières que cette aventure prométhéenne de l\u2019être humain recevait en partant la bénédiction de la nature et que celle-ci se chargerait d\u2019en régulariser le déroulement sans souci conscient de l\u2019homme d\u2019y mettre de l\u2019ordre.Le temps des diverses formes de libéralisme économique ne paraît plus guère devoir se prolonger que dans des perspectives maintenues et consciemment appesanties d\u2019une perception nietzschéenne de l\u2019organisation, qui ne pourrait qu\u2019en apparaître plus indigne de toute conscience humaine.Le Surhumain n\u2019apparaît clairement avoir de sens humain qu\u2019en se résolvant dans le Surnaturel.Le véritable humanisme se révèle de plus en plus, à travers l\u2019évolution des événements, et tout particulièrement dans l\u2019ordre économique, être autre chose qu\u2019un effort de libération de toutes les contraintes inhérentes à la nature humaine.Conclusion De tout cela, il ressort à la réflexion que le problème de la pauvreté ne se réglera jamais, tellement le cours de la vie économique nous apporte de distractions plus emballantes, si on n'y accorde pas, dans le plan de développement à envisager, la priorité des priorités.Le premier et privilégié projet de R & D, dans ce plan, devrait être précisément, la recherche des moyens, méthodes, procédés et politiques nécessaires et efficaces pour ordonner l'économie à la solution de ce problème dans une perspective capable de respecter toutes les valeurs humanistes qui pourraient être mises en cause par son exécution.?Le seul vrai problème dont on prend conscience, c\u2019est l'emploi.312 Le système de santé au Québec* Julie VÉZINA A Rémy TRUDEL * Au fil des ans, le gouvernement du Québec et celui du Canada se sont dotés de programmes et services qui garantissent à tous de bonnes conditions de vie.Toutefois, depuis quelques années, ces mêmes gouvernements sont forcés de réduire les services qui desservent la population sans, pour autant, réduire les impôts directs et indirects.Pour qu\u2019une société se porte bien, les gouvernements doivent respecter un seuil minimal de services.Et, inévitablement, ils doivent protéger le réseau québécois de la santé, système convoité par de nombreux pays occidentaux.Pour rendre compte de la situation actuelle et pour exposer les solutions envisageables, l\u2019Action Nationale a rencontré le député de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, Rémy Trudel.Monsieur Trudel est d\u2019avis que les trois grands principes qui régissent le système de santé au Québec doivent être protégés à tout prix.Il faut intervenir rapidement puisqu\u2019ils sont menacés par le désengagement progressif * Texte rédigé par Julie Vézina, bachelière en communication, à la suite d'une entrevue avec Rémy Trudel, député de Rouyn-Noranda-Témiscamingue et porte-parole de l\u2019opposition en matière de santé et de services sociaux.313 du gouvernement fédéral.Selon le député, la seule façon de protéger le présent système est de se donner un pays, un Etat souverain.Dès lors, le Québec sera en mesure de prioriser et de rendre plus efficace ses services de santé.Un gouvernement national, dans un Québec souverain, devra instaurer une politique de lutte à la pauvreté qui se traduira par un véritable régime de plein emploi.Ces politiques seront réellement possibles lorsque le gouvernement disposera de tous les leviers politiques et économiques nécessaires.La souveraineté assure la survie du système de santé au Québec Vézina: Quels sont les grands principes qui guident le réseau de la santé au Québec?Trudel: Le réseau de la santé au Québec repose sur la solidarité sociale.Il existe actuellement trois grands principes qui le guident: l\u2019universalité, l\u2019accessibilité et la gratuité des services.L\u2019universalité des soins permet à tous, sans distinction relative à la race ou à la religion, de bénéficier des services de santé sans égard à la région où ils habitent.Ils doivent les obtenir aisément afin de préserver une bonne qualité de vie et ainsi évoluer de façon normale dans leur groupe de référence.L\u2019accessibilité, quant à elle, permet aux Québécoises et aux Québécois d\u2019avoir accès à un service de santé de qualité sans égard à leur capacité de payer et à la région où ils évoluent.La gratuité des services est le principe selon lequel chaque citoyen contribue, proportionnellement à son revenu, afin d\u2019offrir à l\u2019ensemble de la population des soins de santé de qualité.Vézina: Le fédéralisme menace-t-il la survie de ces grands principes?Trudel: Bien que le régime québécois de santé et de services sociaux soit né, au début des années 1970, sans entrave de la part du gouvernement fédéral, celui-ci menace aujourd\u2019hui la survie du système.A la fin des L'accessibilité permet aux Québécoises et aux Québécois d\u2019avoir accès à un service de santé de qualité sans égard à leur capacité de payer.314 .e gouvernement fédéral modifie considérablement les règles depuis quelques années et il prend prétexte de difficultés financières, dans certains secteurs d\u2019activités, pour réduire les subventions destinées à la santé.années 1970, le gouvernement fédéral a adopté la loi C-3 qui oblige toutes les provinces à respecter les trois grands principes du régime de santé.En contre partie, le fédéral règle la moitié de la note.Ce système a relativement bien fonctionné dans les années prospères.Cependant, le gouvernement fédéral modifie considérablement les règles depuis quelques années et il prend prétexte de difficultés financières, dans certains secteurs d\u2019activités, pour réduire les subventions destinées à la santé.Le Québec doit conséquemment s\u2019ajuster à cette situation au risque de compromettre les grands principes autrefois intouchables qui régissent le système de santé.Vézina: La souveraineté peut-elle assurer la survie du système universel de santé?Trudel: Certainement.Dans un Québec souverain, le gouvernement devra inscrire, dans sa constitution, la garantie de la protection des principes fondamentaux de son système de santé.C\u2019est une de nos plus grandes réussites que d\u2019avoir réalisé ce système devenu un acquis majeur et essentiel de notre société.Le grand défi d\u2019un Québec souverain sera de s\u2019assurer du respect de ces grands principes.Actuellement, les deux paliers de gouvernement ont élaboré deux systèmes de priorités souvent incompatibles.Par exemple, le gouvernement fédéral a décidé de prioriser le financement du transport du blé dans l\u2019Ouest canadien où il injecte 800 millions $ par année, sans rapport avec la situation économique.Cet argent n\u2019est donc plus disponible pour la réalisation des priorités du Québec, entre autres pour le financement public du système de santé.Vézina: Est-ce possible, dans un Québec souverain et en période économique difficile, de préserver ces grands principes?Trudel: Il est tout à fait possible de garantir les trois grands principes.Préserver un système universel est moins coûteux que réglementer un service privé.Par exemple, les Américains opèrent un système de santé privé qui leur 315 coûte, toute proportion gardée, 35% de plus que le nôtre.Les Américains consacrent 14% de leur produit intérieur brut (PIB) pour les dépenses de santé tandis que le Québec n\u2019en débourse que 9,6%.Le système universel a l\u2019avantage de protéger toute la population tandis que celui des Etats-Unis laisse 35 millions d\u2019Américains sans protection convenable.Il semble, économiquement parlant, qu'un système universel soit plus rentable qu\u2019un système privé puisque l\u2019Etat a l\u2019avantage d\u2019être la seule autorité qui contrôle la tarification des services santé.En plus, un Québec souverain pourrait mieux répartir la main-d\u2019œuvre médicale en imposant et en respectant les plans d\u2019effectifs médicaux préparés par toutes les régions du Québec.Les permis de travail seraient attribués selon les besoins de chaque région.Il faut se rappeler qu\u2019il n\u2019y a pas de pénurie de médecins au Québec puisque les ratios sont souvent supérieurs à ceux des pays occidentaux dotés d\u2019un système de santé actuel, le Québec n\u2019a d\u2019autre choix que de devenir souverain s\u2019il veut mieux répartir ses impôts et gérer un seul système de priorités.Vézina: La politique de santé et de bien-être dans un Québec souverain serait-elle transformée ?Trudel: La politique de santé et de bien-être au Québec est relativement bonne; elle vise à réduire la maladie.Toutefois, pour rencontrer cet objectif, il faut définir davantage les causes les plus fréquentes de la maladie.La pauvreté est considérée comme étant la principale cause de la surconsommation des services de santé et de l\u2019augmentation du coût des services.Vézina: La pauvreté est-elle une cause importante de la maladie?Trudel: La pauvreté entraîne de nombreuses conséquences sur la santé dont la mal-nutrition, le tabagisme, l\u2019alcoolisme.En 1983, le Conseil des affaires sociales et de la famille La politique de santé et de bien-être au Québec est relativement bonne; elle vise à réduire la maladie.316 Pour contrer le phénomène de la pauvreté, une seule voie s\u2019impose: une véritable politique du plein emploi.publiait un document intitulé «Objectif santé»1 qui démontre clairement le lien entre les conditions de vie et l\u2019état de santé de la personne.Le gouvernement actuel est contraint de placer ses énergies sur les symptômes de la maladie.Cette méthode de travail, crée autant de problèmes qu\u2019elle n\u2019en résout.C\u2019est un cercle vicieux qui ne cesse de s\u2019étendre.Vézina: Qui et où sont les personnes dites pauvres?Trudel: Le livre «Deux Québec dans un»2 3 publié par le Conseil des affaires sociales nous indique clairement la répartition des gens selon leur niveau de richesse, leur instruction, leur santé, etc.Il ne fait aucun doute que toutes les données sont connues pour élaborer les solutions et les stratégies correctives.Des gens, souvent sans formation, sont incapables d\u2019entrer dans le cycle de la production et de devenir rentables aux entreprises et aux organisations.Ils sont «les laissés pour compte» de la société et souvent, n\u2019ont pas la motivation d\u2019entreprendre un processus de formation.Il faut pourtant les amener à choisir cette solution pour briser le cercle de la pauvreté et ainsi protéger le système de santé au Québec.Vézina: Une politique de plein emploi diminuerait-elle la pauvreté?Trudel: Pour contrer le phénomène de la pauvreté, une seule voie s\u2019impose: une véritable politique du plein emploi.Une telle politique a comme objectif de permettre aux sans-emploi de réintégrer le circuit de la production par le biais de la formation professionnelle.Pour ce faire, il faut dégager les marges de manœuvre nécessaires et injecter 1 Conseil des affaires sociales et de la famille, «Objectifs santé», les publications officielles du Québec, Québec.1984.3 Conseil des affaires sociales, «Deux Québec dans un», Gaétan Morin Éditeur, Boucherville, 1989.317 l\u2019argent pour supporter la création d\u2019entreprises afin de relever le niveau de vie des milieux concernés.Dans ce secteur comme dans plusieurs autres, les deux gouvernements se disputent le pouvoir de décider quelles interventions adopter, quels programmes les gens sans emploi doivent suivre et quel type de formation ils doivent recevoir.Le gouvernement québécois insiste sur la nécessité de rentabiliser ses investissements par la formation des gens sans emploi.L\u2019incompréhension des deux parties favorise les chevauchements de programmes et l\u2019émergence d\u2019interventions souvent déficientes et insuffisantes.Avec ces querelles incessantes, les gouvernements dilapident pas moins de 250 millions3 qui ne rapportent ni à l\u2019État ni aux bénéficiaires d\u2019aide sociale.Conclusion Selon monsieur Trudel, le gouvernement québécois, dans un Québec souverain, pourrait préserver les trois grands principes qui guident le système de santé actuel et ainsi protéger la population d\u2019un éventuel retour favorisant les riches au détriment des moins fortunés.Le fédéralisme menace actuellement la survie du régime universel de santé.Cette menace ne cesse de croître par la réduction des subventions destinées au Québec.II incombe maintenant, aux Québécoises et aux Québécois, de se prononcer en faveur de la souveraineté pour assurer des conditions de vie décentes à toute la population.Il est d\u2019ailleurs établi que la gestion d un système de santé public est financièrement plus rentable que la gestion d\u2019un système privé et, de plus, tous sont assurés de recevoir la Document relatif à la commission parlementaire sur le financement des services de santé et des services sociaux, ministère de la Santé et des services sociaux, document non publié, février 1992.L\u2019universalité des soins permet que tous puissent bénéficier des services de santé.318 ¦ même qualité de soins.Une politique de santé qui vise à réduire uniquement la maladie n\u2019a aucune chance de réussite si elle n\u2019est pas accompagnée d\u2019une politique de plein emploi.Une telle politique n\u2019est possible qu\u2019avec une collaboration interministérielle de tous les instants, d\u2019un seul gouvernement.Pour ce faire, le gouvernement québécois doit être guidé par un seul système de priorités: celui qui répond aux besoins de sa population.Tout gouvernement qui préconise une politique de santé sans prévoir une politique de plein emploi n\u2019est pas sérieux ni crédible.?Le gouvernement devra inscrire, dans sa constitution, la garantie de la protection des principes fondamentaux de son système de santé.319 La puissance économique du Québec Les Québécois sont des entrepreneurs dans l\u2019âme et ils prennent de plus en plus conscience de cette puissance qui est la leur et qui constitue la vraie valeur du peuple francophone que nous sommes.Entre 1981 et 1991, les PME du Québec ont contribué à créer près de 500 000 nouveaux emplois.Cette situation s\u2019est produite non pas à cause de grandes multinationales étrangères, mais grâce aux efforts de petits entrepreneurs au niveau des régions, des gens ordinaires mais qui sont travailleurs et qui n\u2019ont pas peur de l\u2019effort.Plus de 98% des entreprises québécoises sont des PME de moins de 150 employés.La révolution au Québec Depuis la révolution tranquille, nous avons assisté à une véritable transformation dans la présence des francophones au sein de notre économie.Le contrôle de l\u2019économie du Québec par des entreprises francophones de chez nous est passé à plus de 65% en 1992 comparé à seulement 47% en 1961.Nous avons notre économie bien en main et la progression continue à un rythme constant.Lorsque j\u2019ai acheté mon premier journal en 1950, la situation était loin d\u2019être facile et la présence des francophones sur la scène écono- ?Pierre PÉLADEAU Entre 1981 et 1991, les PME du Québec ont contribué à créer près I de 500 000 nouveaux emplois.320 Le Québec est devenu une puissance sur le plan économique et il ourra aspirer à l'indépendance politique quand ses citoyens le jugeront à propos.mique était très clairsemée.Les banquiers ne nous laissaient même pas entrer dans leur portique.C\u2019est ma mère qui avait dû me prêter les 1 500 $ dont j\u2019avais besoin pour démarrer.Ma mère jouait pour gagner.C\u2019est le principal point de caractère qu\u2019elle m\u2019a enseigné et que les entrepreneurs québécois ont immanquablement appliqué au sein de leurs entreprises respectives pour en arriver à la situation qui est la nôtre aujourd\u2019hui.L\u2019économie mène la société Dans notre société, c\u2019est l\u2019économie qui mène.«Money talks», au Québec comme ailleurs.Je l\u2019ai dit à René Lévesque en de nombreuses occasions: «Un pays qui n\u2019est pas fort économiquement, ça fait une république de bananes, comme les pays d\u2019Afrique.Ils sont politiquement indépendants, mais ils crèvent de faim».Ce n\u2019est pas cette situation-là qu\u2019on recherche.Le Québec est devenu une puissance sur le plan économique et, grâce à cette puissance, il pourra aspirer à l\u2019indépendance politique quand ses citoyens le jugeront à propos.Bilan de l\u2019évolution québécoise Un tour d\u2019horizon de l\u2019évolution du Québec permet de démontrer la véritable force économique de notre province.Autrefois, les Québécois travaillaient pour quelques grandes entreprises anglo-saxonnes d\u2019électricité, de bois, de textiles.Aujourd'hui, nous produisons notre propre électricité et nous possédons de grandes corporations de pâtes et papiers, comme Donohue, ou Cascades, ce qui était impensable il y a 15 ou 20 ans.Le succès d\u2019Hydro-Québec est plus que phénoménal.Il faut avoir visité la Baie James pour apprécier la puissance et la grandeur de nos ressources hydro-électriques.Dans le domaine du commerce au détail, nous sommes engagés dans tous les styles de 321 commerce: des marchands de tapis jusqu\u2019aux concessionnaires d\u2019automobiles, en passant par les grandes surfaces en alimentation, comme Provigo ou Métro.Il n\u2019y a plus uniquement que Molson ou Labatt qui fabriquent de la bière.Il y a tout un groupe de petits fabricants québécois qui sont à la conquête du marché de la bière et qui, à leur niveau, sont devenus des concurrents des grandes brasseries.Même Robert Charlebois s\u2019y est lancé tête baissée.Dans les plus grandes entreprises, les francophones prennent aussi leur place.Que l\u2019on pense à Laurent Beaudoin de Bombardier; Jean Coutu, des pharmacies Jean Coutu, les plus importantes chaînes de pharmacies au Canada; Philippe Beaubien de Télémédia; André Chagnon de Vidéotron et Télé-Métropole; et évidemment, Québécor.Dans l\u2019industrie des vêtements, la famille Croteau, les Fortin des magasins Tristan & Iseut et les Roberge des magasins San Francisco.Chez les dépanneurs, Alain Bouchard des Dépanneurs Alimentation Couche-Tard.Jean-Marc Brunet avec ses 155 magasins d\u2019aliments naturels, Le Naturiste, est un autre succès.L\u2019enseignement universitaire québécois est une autre de nos richesses.Nos écoles en administration se classent très bien de sorte qu\u2019un grand nombre de nos entreprises québécoises sont maintenant gérées par des jeunes diplômés de chez nous.La liste des réalisations québécoises pourrait s\u2019étirer sur plusieurs pages.Québécor: une série de PME Le succès de Québécor est intimement lié au succès du Québec et nous en sommes très heureux.Nous sommes fiers de représenter l\u2019entre-preneurship québécois.La firme que j\u2019ai lancée et que je dirige tire ses origines directement de chez nous au Nous agissons comme une PME, car chaque division ou filiale, soit plus d\u2019une centaine au total, est responsable individuellement de ses profits.322 Québec.C\u2019est pourquoi chez Québécor nous administrons nos affaires comme si nous étions une PME locale.Nous avons à cœur l\u2019économie des différentes régions où nous opérons une entreprise: que ce soit à Montréal, à Québec, au Saguenay, en Gaspésie, en Abitibi, ou ailleurs.Nous agissons comme une PME car chaque division ou filiale, soit plus d\u2019une centaine au total, est responsable individuellement de ses profits et chacune est jugée en fonction de sa rentabilité.À la fin, bien sûr, nous consolidons, mais la gestion est décentralisée et soumise à des critères très simples.Chaque filiale doit produire un profit et en faire profiter sa région en créant des emplois et en faisant tourner la roue de l\u2019économie.Sans profit, ii n\u2019y a pas de business.L\u2019an dernier, pour 1993, notre chiffre d\u2019affaires atteignait plus de trois milliards $.Nous nous classons la 12e plus importante entreprise du Canada au niveau du nombre d\u2019employés et la 6e du Québec au niveau du chiffre d\u2019affaires.Les résultats de Québécor sont le produit des efforts constants d\u2019une équipe de gestionnaires et d\u2019employés de grande qualité en poste au Québec, comme ailleurs dans le monde.Nous sommes plus de 20 000 employés qui œuvrons partout au Québec, dans les autres provinces du Canada, aux États-Unis, au Mexique, en France et, depuis quelques mois, en Inde.Ouverture sur le monde Un entrepreneur doit savoir prendre des risques et les réussir.Québécor est une réussite car nous n\u2019avons pas eu peur d\u2019ouvrir nos horizons et de voir grand.Nous sommes ouverts sur le monde et nous n\u2019hésitons pas à nous associer avec d\u2019autres groupes de l\u2019extérieur qui sont bien au fait de leur spécialité et qui peuvent nous apporter les connaissances qui nous manquent.À titre d\u2019exemple, mentionnons le New York Times, qui est notre associé dans Donohue, et 323 Hachette, le plus important éditeur français qui est notre associé dans le Centre Éducatif et Culturel.Nous sommes également à travailler d\u2019autres partenariats avec des intérêts mexicains et hollandais.Notre expérience nous démontre clairement que les grandes entreprises étrangères sont toujours très heureuses de s\u2019associer avec des entreprises du Québec car notre réputation en est une de gens dynamiques et vaillants.Le succès: savoir prendre des risques Un entrepreneur doit savoir prendre des risques et les réussir.Les Québécois ont bien compris cette réalité et c\u2019est une autre raison de notre succès.«Le risque, c\u2019est la matière première de la croissance».La poursuite de notre développement économique sera assurée si on continue à créer des emplois, à prendre des risques et à foncer.Si tous et chacun nous nous fixons comme objectif de créer un emploi, le nôtre au départ, notre progression continuera d\u2019être phénoménale.Un emploi de créé, et le système commence à tourner.Si on attend après les gouvernements pour faire marcher l\u2019économie, on risque d\u2019attendre longtemps.Il faut que l\u2019argent circule ailleurs qu\u2019en direction des gouvernements et ce ne sont pas les taxes qui créeront de l\u2019emploi.L\u2019économie s\u2019est effondrée parce qu\u2019il y a trop de taxes.Ne l\u2019oublions pas.Les Québécois sont des entrepreneurs dans l\u2019âme et c\u2019est là notre force.L\u2019économie repose sur l\u2019échange et sur le profit provenant de cet échange.Continuons de prendre nos affaires en main et de reconnaître la valeur du langage économique.Notre cheminement est bien entrepris et nous pouvons aller encore plus loin.Comme l\u2019a dit un homme célèbre: «L\u2019avenir nous appartient».?Comme l\u2019a dit un homme célèbre: «L\u2019ave nir nous appartient».324 Nos PME face au défi de la mondialisation André A JOYAL * De l\u2019audace, encore de l\u2019audace, toujours de l\u2019audace, voilà ce qui caractérise nos entrepreneurs qui croient en leurs moyens.Comment ne pas avoir à l\u2019esprit la célèbre harangue de Danton proférée en présence de la menace grandissante des envahisseurs autrichiens?Deux siècles plus tard, de ce côté-ci de l\u2019Atlantique, la menace prend la forme des produits des États-Unis, d\u2019Asie, d\u2019Europe et bientôt du Mexique.Il n\u2019y a pas de Valmy québécois pour les arrêter.La seule véritable défense, c\u2019est l\u2019attaque, le recours aux armes utilisées par - ne parlons pas d\u2019ennemis - nos concurrents.Relever le défi sur leur propre terrain, telle doit être la stratégie à adopter.Et, fort heureusement, c\u2019est bien celle que met en pratique un nombre grandissant de PME québécoises depuis quelques années.Mais elles sont toujours moins de 15 % à s\u2019aventurer sur les marchés extérieurs en n\u2019exportant en moyenne que 8 % de leur chiffre d\u2019affaires, alors que pour l\u2019ensemble du secteur manufacturier cette proportion s\u2019élève à 20 %.Il y a donc place à amélioration, c\u2019est évi- * Professeur d\u2019économie et membre du GREPME de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.325 dent, mais tout prête à croire que nos entreprises sont sur la bonne voie en ce sens.L\u2019intérêt envers l\u2019exportation de la part de nos PME manufacturières est relativement récent.Peut-être y a-t-il cause à effet: les récentes enquêtes du GREPME révèlent qu\u2019un grand nombre d\u2019entreprises étudiées ont effectué leurs premières tentatives d\u2019implantation en sol américain au moment du débat sur le libre-échange'.Pour plusieurs, l\u2019expérience est relativement récente et avant que leurs retombées exercent des effets d\u2019incitation auprès d\u2019autres PME potentiellement exportatrices, quelques années pourront s\u2019avérer nécessaires.Et, on le devine bien, ce mouvement devrait s\u2019accompagner de création d\u2019emplois, ô combien! indispensables.Hors des PME point de salut?On le croirait en faisant foi au discours véhiculé par tous les partis politiques depuis maintenant quelques années.Inutile ici de reprendre les données familières à tous sur l\u2019importance des emplois créés par les PME dans tous les pays industrialisés.Mais pour se faire plaisir, comment résister à la tentation de signaler cette étude de la Fédération canadienne de l\u2019entreprise indépendante selon laquelle, durant les années 1980, le nombre de nouvelles sociétés a quintuplé au Québec alors que l\u2019Ontario n\u2019a pu faire mieux que de passer du simple au double.En fait, les PME québécoises sont responsables de plus de 45 % de la totalité des emplois.Cette proportion est appelée à s\u2019accroître; la mutation économique force les grandes entreprises à réduire leur personnel, et les administrations publiques n\u2019assument plus leur rôle de compensateur.S\u2019il faut considérer les PME comme l\u2019un des principaux agents économiques d\u2019un Québec appelé à être davantage maître de son destin, C.f.«La PME manufacturière en région et le libre-échange avec les États-Unis», L\u2019Action nationale, vol.LXXXIII, no 1, 1993.Les PME québécoises sont responsables de plus de 45 % de la totalité des emplois.326 En exportant vers les Etats- Unis, nous préservons les emplois.celles-ci, inutile d\u2019insister, se doivent d\u2019être dynamiques.Or, la propension à exporter constitue un excellent indice de dynamisme.Les pages qui suivent veulent précisément fournir un témoignage de cet engagement envers l\u2019exportation affiché de plus en plus par les entrepreneurs québécois qui ont vraiment relégué aux poubelles de l\u2019histoire l\u2019adage de mon enfance voulant que les affaires étaient du domaine exclusif des «Anglais».La démonstration s\u2019appuiera sur des observations effectuées non pas auprès d\u2019entreprises confortablement installées dans un grand parc industriel de la région métropolitaine, mais auprès d\u2019entreprises en région centrale pour reprendre l\u2019expression de l\u2019ancien Office de planification et de développement du Québec3.Mieux encore, certaines entreprises, malgré une relative isolation en milieu rural, ne manifestent aucun complexe.Si l\u2019éloignement des grands centres peut présenter un handicap pour des entreprises ainsi privées des effets de synergie de l\u2019environnement immédiat, on verra que les dirigeants d\u2019entreprise, où qu\u2019ils se trouvent, parviennent à trouver les informations indispensables au bon développement de leurs activités.Enfin, si la PME doit prendre la relève de la grande entreprise en matière de création d\u2019emplois, nous verrons la nécessité de tenir compte que les salaires générés dépassent à peine les 50 % de ce qu\u2019offrent les pâtes et papier, la métallurgie, la pétrochimie ou autres grandes entreprises manufacturières.Il est temps de reprendre certaines idées associées au mouvement écologique en ce qui regarde les modes de vie appropriés.«Nos salaires ne sont pas élevés, mais nos travailleurs savent que nous faisons pour le mieux et ils préfèrent leur situation à l\u2019assistance sociale.En exportant vers les États-Unis, nous préservons les emplois et nous espérons tous en profiter, 2 Rebaptisé Secrétariat au développement régional.327 cadres comme simples ouvriers.» Cette remarque d\u2019un dirigeant d\u2019entreprise des Bois-Francs caractérise assez bien la situation d\u2019un bon nombre de nos PME.Les PME exportatrices En septembre dernier, de retour d\u2019un colloque en France, confortablement assis en tête de section d\u2019un Bœing 747, l\u2019agréable surprise de partager la compagnie d\u2019un entrepreneur de Drummondville m\u2019a été offerte.Ce dernier venait de rencontrer un partenaire français qui allait lui permettre de hausser à 20 % la part de son chiffre d\u2019affaires destinée à l\u2019exportation.Dans son cas, comme dans beaucoup d\u2019autres, la sollicitation résulte d\u2019un «heureux hasard»: une proposition des services commerciaux de l\u2019ambassade canadienne à Paris.Eh oui! Si la plupart des amoureux se rencontrent une première fois par hasard, très souvent, il en est ainsi pour une entreprise en ce qui regarde les premières commandes à l\u2019étranger.Mais, on sait que le poids de la solitude conduit les gens à ne plus se fier uniquement au hasard pour rencontrer l\u2019âme sœur (les agences ou organismes divers de rencontres ne prolifèrent pas pour rien).Encore une fois, le rapprochement peut se faire avec les dirigeants de PME désireux de mettre le pied en territoire étranger.Ainsi, eu égard au marché américain, mon compagnon de voyage n\u2019entendait pas cette fois se fier au seul hasard.La participation prochaine à une foire commerciale à Atlanta, en compagnie d\u2019un commissaire industriel et d\u2019autres entrepreneurs intéressés, était perçue comme une première démarche en vue de faire de «bonnes rencontres».Pour d\u2019autres, les rencontres opportunes se font à la faveur d\u2019un engagement à l\u2019intérieur d\u2019un club d\u2019exportateurs comme c\u2019est le cas pour cette entreprise d\u2019eau de source de Saint-Justin qui ambitionne rien de moins que de compétitionner sur le terrain des géants que sont Vitel, Perrier et autres Badois.Le rapprochement peut se faire avec les dirigeants de PME désireux de mettre le pied en territoire étranger.328 Cette idée de réunir les PME exportatrices ou potentiellement exportatrices à l\u2019intérieur d\u2019un club à l\u2019échelon local est assez récente.On n\u2019en trouve pas moins d\u2019une vingtaine dans tout le Québec.Le dernier en date a connu son lancement au début d\u2019octobre 1993 à Joliette.Réunissant 26 PME de Lanaudière, il vise à mettre à profit l\u2019expérience des entreprises déjà exportatrices afin de faciliter la tâche aux entrepreneurs qui en sont à leurs premières armes.Car, on le devine, exporter n\u2019est pas une sinécure.Les obstacles et surtout les inconnus ne manquent pas: taux de change, réglementations, assurances, services après-vente, modalités de remboursement, fiabilité des représentants, exigences particulières des clients, etc.Vers de nouveaux comportements Parmi les facteurs internes de nature à entraver la percée sur les marchés extérieurs, l\u2019absence de détermination de la direction constitue une des causes les plus évidentes.Les dirigeants des PME désireux de s\u2019engager dans des activités d\u2019exportation, pour ne pas voir leurs chances de succès à l\u2019étranger compromises, doivent absolument développer de nouvelles habiletés ou de nouveaux comportements.La simple prise en compte de différents types d\u2019aide gouvernementale constitue un premier pas qui a incité 85 % des entreprises étudiées, lors de notre première enquête, à utiliser, à un moment ou un autre, un programme spécifiquement conçu pour faciliter l\u2019accès aux marchés étrangers.Entre autres comportements à considérer, notons la détermination conduisant à répandre une image de supériorité dans la gamme de produits proposés, le développement et l\u2019entretien des contacts avec certains intermédiaires et le désir de voyager.À cet effet, lors de notre dernière enquête, le dirigeant d\u2019une entreprise, spécialisée dans la fabrication de ventilateurs, n\u2019a pas manqué d\u2019affirmer: «Je vais moi-même, en Europe, voir sur place quelles sont les nouvelles 329 possibilités.Je voyage ainsi depuis plus de vingt ans et je n\u2019imagine pas d\u2019autres façons de fonctionner pour continuer à exporter.» Un comportement, faut-il le souligner, qui n\u2019est pas à la portée de la majorité des dirigeants, surtout ceux à la tête d\u2019une petite entreprise de création récente.Les témoignages de commissaires industriels, très au fait de la situation des entreprises de leur milieu, permettent aisément de vérifier la pertinence des observations issues des travaux de différents chercheurs.Pour ces acteurs privilégiés, les dirigeants de PME, tout en étant sensibilisés aux avantages de l\u2019exportation, demeurent fort hésitants, persuadés qu\u2019ils sont d\u2019être privés des outils requis pour s\u2019engager dans une telle démarche.Certains n\u2019y voient une possibilité qu\u2019au moment où leur entreprise a un urgent besoin d\u2019écouler des surplus de production.Or, comme on le sait, les retombées issues des efforts en vue d\u2019exporter exigent du temps pour se concrétiser.Plusieurs craignent de s\u2019engager dans une aventure susceptible de les introduire dans un monde inconnu.Pourront-ils seulement remplir les commandes leur venant des États-Unis?Ont-ils toutes les informations nécessaires pour répondre à toutes les préoccupations qui leur viennent à l\u2019esprit?Si, dans le passé, la tenue de séminaires d\u2019information a pu servir comme élément incitatif, cette formule est de plus en plus boudée par les entrepreneurs québécois qui n\u2019y trouvent pas de véritables réponses à leur questionnement.Certaines entreprises ont vécu de mauvaises expériences.Ainsi, nous a-t-on affirmé à plusieurs reprises: «Les Américains sont de mauvais payeurs».Cette affirmation rend les entrepreneurs hésitants.Les déceptions survenues suite à une première tentative se transforment en un élément désincitatif auprès d\u2019entrepreneurs qui estiment plus sage de se limiter au marché local.C\u2019est surtout le cas de la «vieille garde» caractérisée par des comportements conservateurs qui entretiennent le scepticisme envers l\u2019exportation.Les choses se présentent Les «jeunes loups» n 'hésitent pas à tenter de nouvelles expérience < et de fournir les efforts nécessaires.330 L'allusion à des besoins de formation pour mieux répondre aux sollicitations du marché international revient fréquemment.différemment pour ceux que nos informateurs qualifient de «jeunes loups» qui, à l\u2019encontre des premiers, n\u2019hésitent pas à tenter de nouvelles expériences (par exemple, à l\u2019aide d\u2019innovations technologiques) et de fournir les efforts nécessaires en temps et énergie, étant bien conscients qu\u2019à long terme leur entreprise en sortira gagnante.Mais avant que l\u2019effet de démonstration issu de l\u2019initiative de ces derniers puisse se manifester, la course à obstacles conduisant au fil d\u2019arrivée demeure longue et ardue.Importantes constatations L\u2019allusion à des besoins de formation pour mieux répondre aux sollicitations du marché international revient fréquemment.Mais curieusement, la formation ne constitue pas une priorité aux yeux de plusieurs dirigeants d\u2019entreprise.Or beaucoup de PME souffrent d\u2019une absence de travailleurs spécialisés, et c\u2019est surtout le cas pour les entreprises situées en milieu rural où le recrutement et la rétention de tels travailleurs posent parfois problème.A cette situation, certains programmes gouvernementaux devraient remédier.Ceux-ci ne manquent pourtant pas, mais le trop grand nombre d\u2019intervenants (appareils gouvernementaux, institutions d\u2019enseignement, associations diverses) engendrent des difficultés de coordination ayant pour conséquence une incapacité de répondre adéquatement aux besoins des entreprises.De plus, celles de moins de vingt employés, en régions éloignées, ne bénéficient pas toujours du déplacement des agents responsables des divers programmes.Lors de notre enquête de 1991 à laquelle ont accepté de participer 242 entreprises de trois régions différentes, 86 d\u2019entre elles ont répondu à une question portant sur les raisons de ne pas exporter.En plus des sous-traitants (au nombre de 14) pour lesquels la question ne s\u2019appliquait pas, on obtient un assortiment varié de réponses qui confirment les témoignages recueillis 331 auprès des commissaires industriels: taille insuffisante, sous-capitalisation, problèmes de transport, manque de main-d\u2019œuvre qualifiée, sensibilisation insuffisante.Ce sont là autant de constats que des collègues «cousins» ont pu vérifier auprès d\u2019entrepreneurs français.Heureusement, une plus grande confiance s instaure à la faveur des premières tentatives.Les enseignements dégagés permettent de réajuster le tir; les contacts à l\u2019étranger acquièrent une plus grande fiabilité et, bien sûr, la réputation des entreprises et de leurs produits devient un atout majeur.Exporter n\u2019inquiète plus mais devient un élément clé de la stratégie de 1 entreprise avec la consolidation des acquis.Tableau 1 Traits particuliers des entreprises \tNon exportatrices\tIntéressées à exporter\tExportatrice Applications Informatique de production déjà possédées\t\t\t Aucune\t78,0 %\t72,9 %\t43,2% Une au moins\t21,6%\t27,1 %\t56,8 % Indice de difficulté, d\u2019effort de recrutement de la main-d\u2019œuvre (Indice: 0 à 7)\t3,1\t3,1\t4,0 Indice moyen de formation du dirigeant (1 = primaire; 8 = 2° cycle)\t3,5\t4,6\t5,2 Caractéristiques des entreprises Cette consolidation prend différentes formes: embauche de travailleurs spécialisés, recours à des équipements plus performants, initiatives touchant la formation professionnelle, cueillette d information sur l\u2019évolution des marchés et de la concurrence, mise à profit de programmes gouvernementaux, etc.Le tableau 1 fait préci- Exporter n 'inquiète plu: mais devient un élémeni clé de la stratégie de l'entreprise.332 Les représentants \u2019entreprise insistent sur l'avantage que représente la qualité de leurs produits.sèment ressortir certains traits caractéristiques des entreprises de notre précédente enquête.Pour l\u2019une et l\u2019autre des caractéristiques, on enregistre une différence très significative suivant que les entreprises sont exportatrices ou pas.Très soucieuses de la qualité de leurs produits, condition de succès indispensable pour conquérir le marché américain, les entreprises exportatrices n\u2019hésitent pas, de façon générale, à se munir des meilleurs équipements.En corollaire, ces mêmes entreprises éprouvent davantage de difficultés à recruter la main-d\u2019œuvre spécialisée susceptible de leur permettre de satisfaire leurs critères de qualité.D\u2019ailleurs, cette inadéquation entre les besoins de main-d\u2019œuvre des PME et l\u2019offre disponible se rencontre fréquemment.Les licenciements dont sont victimes les travailleurs de la grande entreprise n\u2019offrent pas nécessairement le terreau dont les PME ont besoin pour atteindre les plus hauts niveaux à la fois de qualité et de productivité.Enfin, on voit que plus un dirigeant s\u2019intéresse à l\u2019exportation, plus son niveau de formation académique s\u2019en trouve élevé (5,2 contre 3,1).Par rapport à leurs concurrents américains, les représentants d\u2019entreprise insistent sur l\u2019avantage que représente la qualité de leurs produits.Elle est jugée supérieure à celle de leurs vis-à-vis d\u2019outre frontière.Il s\u2019agirait là d\u2019un des facteurs de succès parmi les plus importants.Moins avantagés sur le plan de la productivité, ne pouvant compter sur les mêmes économies d\u2019échelle, et étant aux prises très souvent avec des coûts de main-d\u2019œuvre plus élevés, les exportateurs québécois misent sur la qualité; il serait vain de compter sur une politique de prix plus concurrentiels pour attirer l\u2019attention d\u2019éventuels acheteurs.Dans de telles conditions, innover en offrant un produit exclusif s\u2019est rapidement imposé comme leitmotiv que s\u2019échangent les exportateurs tout en veillant à assurer, lorsqu\u2019il est pertinent, un service après-vente de très bonne tenue.333 Comme autres désavantages évoqués, deux d\u2019entre eux relèvent essentiellement de la macro-économie, à savoir la valeur du dollar canadien par rapport à son vis-à-vis américain et les taux d\u2019intérêt élevés au moment de l\u2019enquête.Si la majorité des dirigeants d\u2019entreprise s\u2019étaient montrés favorables à l\u2019ALE au moment où il n\u2019était qu\u2019à l\u2019état de projet, il importe de tenir compte qu\u2019un an après son entrée en vigueur le dollar canadien s\u2019était renforcé de plus de 10 %.Une évolution qui a compliqué la situation des entreprises déjà handicapées par des prix difficilement concurrentiels.Quant aux taux d\u2019intérêt, d\u2019élevés qu\u2019ils étaient au moment de l\u2019adoption de TALE, ils n\u2019ont pratiquement pas cessé de diminuer depuis la fin de 1991.Les entreprises dans le besoin d\u2019emprunter, afin d\u2019acquérir les équipements indispensables à leurs projets de conquête de marchés extérieurs, se trouvent depuis lors dans une position nettement plus confortable.Étant donné la faible proportion (18 %) des entreprises exportatrices à l\u2019intérieur de l\u2019échantillon considéré, il est apparu opportun de s\u2019intéresser de façon exclusive aux entreprises exportatrices, sur la base évidemment des informations soutirées à la faveur de cette première enquête.Toujours autour des secteurs d\u2019activité touchés par l\u2019ALE, un nombre de PME exportatrices ont pu être identifiées au sein de différentes régions du Québec.Une vingtaine d\u2019entre elles, localisées parfois dans un environnement essentiellement rural ou périurbain, ont été sélectionnées pour faire l\u2019objet d\u2019une nouvelle enquête à partir d\u2019une approche méthodologique différente et d\u2019un nouveau questionnement.Pour l\u2019essentiel, il s\u2019agissait de faire ressortir, s\u2019il y a lieu, les différents comportements des dirigeants d\u2019entreprise avec une attention particulière à l\u2019utilisation des diverses ressources de leur milieu environnant.Il s'agissait de faire ressortir les différents comportements des dirigeants d'entreprises.334 IUne nouvelle recherche fut entreprise afin de mieux cerner la problématique du comportement stratégique des dirigeants de PME exportatrices.Le dirigeant et son milieu Admettre que l\u2019acte entrepreneurial repose avant tout sur l\u2019initiative individuelle, ne doit pas conduire à sous-estimer l\u2019influence du milieu sur les orientations stratégiques de l\u2019entreprise.Cette dernière émerge et se développe dans un environnement qui lui transmet, directement ou indirectement par effet de démonstration, les informations indispensables à son évolution.Dans un monde en profonde mutation, les informations de nature variée touchant notamment, la formation de la main-d\u2019œuvre, les nouvelles technologies, l\u2019évolution des marchés, les politiques gouvernementales, les partenariats possibles, les nouveaux produits, etc., doivent faire l\u2019objet d\u2019une attention constante de la part de l\u2019entreprise dynamique.S\u2019il est plus facile pour la grande entreprise d\u2019être constamment à l\u2019affût d\u2019idées et de faits nouveaux, il en va autrement pour la PME et surtout pour la petite entreprise œuvrant à l\u2019extérieur des grands centres urbains.Si, dans le passé, des PME en région ont pu connaître une évolution favorable en misant essentiellement sur un marché local sans devoir recourir de façon importante aux diverses ressources du milieu environnant, il ne peut plus en être ainsi avec l\u2019ouverture des frontières.Autant pour défendre leur marché actuel face aux importations, que pour profiter de la levée des barrières douanières afin de consolider leurs acquis, les PME se doivent d utiliser au mieux les appuis disponibles dans leur environnement immédiat.Une nouvelle recherche fut entreprise afin de mieux cerner la problématique du comportement stratégique des dirigeants de PME exportatrices.L\u2019étude en profondeur d\u2019un échantillon de 20 cas de PME manufacturières a permis d\u2019identifier trois typologies d\u2019entreprises exportatrices: des exportateurs confirmés, des exportateurs en phase de transition et des exportateurs occasionnels.Ces typologies résultent d\u2019un niveau d\u2019engagement différencié manifesté par ces entreprises en matière d'exporta- 335 tion, et plus spécifiquement en ce qui a trait à leurs orientations stratégiques, leurs stratégies marketing et leurs stratégies fonctionnelles.Par ailleurs, nous avons relevé que la performance à l\u2019exportation de ces entreprises est liée à leur niveau d\u2019engagement dans leur milieu immé- \t\t\t\t\t\t \t\tTableau 2\t\t\t\t Répartition sectorielle et géographique des entreprises étudiées\t\t\t\t\t\t Secteur d\u2019activité\tLOCALISATION GÉOGRAPHIQUE\t\t\t\t\t \tMauricie\tEstrie\tChaud.Ap.\tLanaudière\tLaurentides\tTo Machinerie\t2\t2\t1\t1\t\t Habillement\t1\t\t\t\t\t1 Produits plastiques Meubles & connexes\t2 1\t!\t2\t1\t\t: s Produits électriques et électroniques Fabrication métallique\t1 2\t\t\t1 1\t1\t3 3 Total\t9\t3\t3\t4\t1\t2( diat ou sur le marché convoité.Sur le plan théorique, ces résultats confirment en outre que les PME exportatrices ne constituent pas un groupe homogène.On trouve, en effet, une variété de situations.Les 20 entreprises échantillonnées proviennent de 6 régions du Québec: Mauricie, Estrie, Chaudière-Appalaches, Lanaudière et Laurentides (Tableau 2).Elles opèrent dans 6 secteurs d\u2019activité: la machinerie, l\u2019habillement, les produits en matière plastique, les produits électriques et électroniques, et la fabrication métallique.Les données concernant les caractéristiques globales montrent qu\u2019il s\u2019agit d\u2019entreprises plutôt âgées (tableau 3).En effet, leur moyenne d\u2019âge (depuis la fondation) est supérieure à 28 années.Cependant, tel que mentionné plus haut, leur engagement dans des activités d\u2019exportations est relativement récent.Du point de vue de la taille, ce sont des entreprises de taille moyenne.Elles comptent en moyenne 80 employés et elles réalisent un 336 chiffre d\u2019affaires moyen de plus de 9 millions de dollars.Enfin, elles ont en moyenne plus de 9\tans d\u2019expérience sur les marchés internationaux et elles y réalisent environ 18 % de leurs ventes totales.Presque la moitié exportent pour 10\t% et moins de leur chiffre d\u2019affaires et seulement le quart au-delà de 39 %.Ces données confirment d\u2019une certaine façon l\u2019implication limitée des PME à l\u2019exportation et, malgré des percées significatives, il faudra davantage d\u2019efforts pour occuper une meilleure position.Pour que cette remarque ne demeure pas un vœu pieux, encore une fois faut-il le signaler, le milieu environnant de la PME a un rôle clé à exercer.On pense ici à toute l\u2019information requise par les entrepreneurs.En relation avec l\u2019importance du milieu dans la propagation de l\u2019innovation, Pierre-Paul Proulx donne l\u2019exemple du réseau beauceron d\u2019innovation3.Une sorte de dynamique régionale permet aux entrepreneurs de s\u2019échanger de l\u2019information sur les multiples aspects du fonctionnement de leur entreprise.Tableau 3 Caractéristiques globales des entreprises Caractéristiques\tValeurs\t\t \tMoyenne\tMinimum\tMaximum âge des entreprises\t27,7\t7\t53 Chiffre d\u2019affaires (en millions $)\t9,2\t0,8\t26 Effectif total du personnel\t80,4\t9\t200 Expériences à l\u2019exportation (années)\t9,8\t1\t43 Part relative des exportations (% C.A.)\t18,6\t0\t90 Une sorte de dynamique régionale per-: met aux entrepreneurs de s'échanger de l'information.Autant pour les opportunités de marché que pour les innovations technologiques, on se rapporte ici à la veille commerciale et technologique.Le milieu sert de véhicule d\u2019information.Il n\u2019en va pas autrement quand il s\u2019agit de '.«L\u2019économie québécoise à l\u2019heure des choix» L'Agora, vol.1, no 2, octobre 1993.337 connaître de nouvelles occasions de débouchés sur les marchés étrangers et d\u2019obtenir les informations pertinentes afin d\u2019en tirer profit.Reste à voir maintenant, ce faisant, comment ces PME, tout en fournissant des emplois aux travailleurs de leur région, permettent à ceux-ci de répondre à leurs besoins de consommation.Les salaires des travailleurs Nos enquêtes confirment la teneur des statistiques officielles: la moyenne des salaires générés par nos PME se situe autour de 10,00$ l\u2019heure.Ce n\u2019est pas le Pérou des conquistadors, mais, c\u2019est mieux que le Pérou du Sentier lumineux.Force est de reconnaître qu\u2019une PME de Matane offre beaucoup moins que les très bons, mais ô combien! éphémères salaires de la triste célèbre papetière Donohue.Est-il possible de bien vivre avec un salaire annuel d\u2019environ 21 000$?Oui, s\u2019il s\u2019agit d\u2019un deuxième salaire familial, entend-on souvent.Cette remarque fait fi qu\u2019un mariage sur deux se termine par un divorce dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui et que les gens concernés peuvent très bien ne pas trouver un nouveau partenaire détenteur d\u2019un emploi.Comment arriver à verser les paiements sur l\u2019hypothèque, sur la voiture, payer la nourriture pour une famille, les vêtements pour les enfants, les dépenses pour le loisir et toutes les dépenses courantes associées à notre mode de vie avec un salaire horaire de 10,00$ l\u2019heure.Impossible?Force est de reconnaître, et surtout il faut le dire, que promouvoir la PME, c\u2019est pour favoriser l\u2019emploi; cependant, il ne faut pas vendre des illusions aux travailleurs invités à répondre à l\u2019appel.Mais attention! Dans cette revue, au début des années 1980, j\u2019ai écrit sur les avantages d\u2019une consommation appropriée, mieux centrée sur les valeurs ou les besoins véritables.Et, pour avoir réfléchi et écrit passablement sur un mode de vie autre que celui proposé par les sirènes de la société de consommation, je suis en mesure de soutenir qu\u2019il est pos- Promouvoir la PME, c \u2019est favoriser l'emploi.338 \tsible de «bien vivre» avec un salaire horaire de 10,00$\\ Toutefois, plusieurs conditions doivent être remplies.Elles vont de la sensibilisation à une consommation conforme aux véritables besoins, à l\u2019implication au sein d\u2019un secteur associatif dynamique, en passant par une plus grande attention à la croissance intérieure (accorder la priorité à l\u2019être plutôt qu\u2019à l\u2019avoir).En somme, il faut reconnaître que l\u2019enrichissement matériel, auquel tout le monde croyait il y a vingt ans, ne se concrétise pas, au Québec comme ailleurs.Le réalisme s\u2019impose.La vision d\u2019un système socioéconomique, marqué par un important taux de sous-emploi chronique, doit susciter d\u2019autres espoirs que la maison unifamiliale et son garage à double entrée.L\u2019accent doit nécessairement porter sur la qualité de la vie.Et ici, les propos d\u2019un dirigeant d\u2019une entreprise agro-alimentaire de Matane, lors d\u2019un colloque sur le développement local, me viennent à l\u2019esprit: «Chez nous les travailleurs gagnent moins que dans une grande entreprise de Montréal, mais ils n\u2019ont pas à faire trois heures d\u2019embouteillage par jour.S\u2019ils le veulent, ils peuvent venir à l\u2019usine en bicyclette.» Très juste.\tÀ moins de parvenir à accroître la productivité de façon très sensible, nos PME ne peuvent guère offrir davantage comme rémunération.La mondialisation, nous le savons que trop, implique une concurrence de pays, tel le Mexique, où les salaires sont de dix fois inférieurs aux nôtres.Un état de fait avec lequel nous devons composer.Comme ailleurs, il faudra apprendre à vivre, et pourquoi pas mieux, avec moins.s Nos PME ne peuvent guère offrir davantage I comme rémunération.\t4 «Les Québécois et la société de consommation», L\u2019Action nationale, Octobre 1981, 161-168.339 Conclusion Nos travaux sur les PME en région permettent de caresser tous les espoirs.Les entrepreneurs sont de plus en plus sensibilisés aux exigences d\u2019une économie ouverte.Si des ajustements s\u2019avèrent nécessaires pour assurer les arrières des entreprises les plus fragiles, l\u2019exemple de celles qui ont déjà pris les devants ne tardera pas à faire effet.La conjugaison des efforts venant d\u2019abord des premiers intéressés, à savoir les dirigeants d\u2019entreprise, conjugués avec ceux des commissaires industriels, des représentants des organismes gouvernementaux et d\u2019autres acteurs socio-économiques, dans chaque région du Québec, pourront faciliter les nécessaires adaptations aux caractéristiques de la nouvelle économie mondiale.Ainsi, à défaut de ne pouvoir favoriser le plein-emploi, tel que les pays industrialisés l\u2019ont connu durant les trois décennies d\u2019après-guerre, les Québécois peuvent quand même contribuer à créer beaucoup d\u2019emplois grâce au dynamisme de leurs PME.Mais pour que les travailleurs qui bénéficieront de ces emplois puissent vivre convenablement, des initiatives à l\u2019échelon local devront compléter les efforts déployés.Les acteurs reliés au monde associatif - ils existent fort heureusement en grand nombre - devront intervenir afin que l\u2019interre-lation entre eux et la PME facilite l\u2019amélioration des conditions de vie des travailleurs d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.?La PME facilite l'amélioration des conditions de vie des travailleurs d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.340 LA FONCTION PUBLIQUE D\u2019UN QUÉBEC SOUVERAIN Maurice SAINT-GERMAIN La transition du Québec vers la souveraineté pose un certain nombre de défis au niveau de la monnaie, du partage des actifs, de l\u2019intégrité du territoire ou des droits des autochtones.L\u2019avenir des employés fédéraux et, en particulier, de ceux de l\u2019Outaouais, constitue aussi l\u2019un des dossiers qui doivent être examinés pour préparer cette accession à la souveraineté.La mise en place du nouvel État signifie une réorganisation administrative qui concerne l\u2019ensemble des employés fédéraux et provinciaux.Elle affectera toutes les régions du Québec par la masse des emplois concernés, mais le changement de capitale qu'elle entraîne touchera de façon particulière l\u2019Outaouais, partie de l\u2019actuelle capitale fédérale, et Québec, nouvelle capitale nationale d\u2019un État souverain.La question est importante puisqu\u2019en 1990 les employés fédéraux représentent 103 387 emplois au Québec (Statistique Canada, 1991), auxquels s\u2019ajoutent 11 160 militaires et quelques milliers de Québécois travaillant hors du Québec ou du Canada.Leur rémunération totale atteint près de quatre milliards de dollars 341 Professeur, Département de Science économique, Université d\u2019Ottawa. auxquels s\u2019ajoute un demi milliard de soldes des militaires.De plus, l\u2019État souverain du Québec devra fusionner ces emplois fédéraux avec les 109 991 emplois provinciaux d\u2019administration générale et les 36 452 emplois des entreprises publiques provinciales.C\u2019est donc un quart de million d\u2019employés publics dont le Québec aura la charge.Enfin, le gouvernement du Québec peut orienter l\u2019emploi d\u2019environ 300 000 salariés du secteur parapublic (éducation, santé et services sociaux).Nous allons d\u2019abord considérer le cas du Québec dans son ensemble, avant de voir plus en détail celui de l\u2019Outaouais, en dégageant les éléments qui renforcent la faisabilité du projet tant pour le Québec tout entier que pour l\u2019Outaouais.1- Le cas du Québec Deux questions générales se posent: 1-\tUn Québec souverain aura-t-il besoin de tous les fonctionnaires fédéraux actuels?2-\tPourra-t-il les payer?A la première question, nous répondrons que le Québec aura besoin de cet ensemble de fonctionnaires et d\u2019employés d\u2019entreprises publiques fédéraux qui travaillent et résident au Québec.Ils remplissent des fonctions dont un État souverain pourrait difficilement se passer.Le Québec n\u2019a actuellement que 18% des fonctionnaires fédéraux du Canada qui travaillent sur son territoire.Le Québec aura besoin d\u2019un effectif de fonctionnaires au moins égal au 18% qui travaillent sur son territoire et, en ce sens, peut garantir un emploi à tous les fonctionnaires fédéraux qui s\u2019y trouvent déjà.En effet, ce 18% peut être estimé bien faible, quand on sait que le Québec représente 25,5% de la population canadienne et que c\u2019est cette population qu\u2019il faudra administrer avec un ratio fonctionnaires/administrés Les employés fédéraux représentent 103 387 emplois au Québec.Le Québec aura besoin de cet ensemble de fonctionnaires et d\u2019employés d'entreprise publiques fédéraux.342 Le Québec contribue financièrement depuis ies années à 22,8% des dépenses fédérales.qui devrait être assez proche du ratio actuel pratiqué par le gouvernement fédéral.Cependant, le besoin en effectif soulève d\u2019autres questions sur lesquelles nous allons revenir.La prise en considération de certains aspects peut faire apparaître, soit des surplus d\u2019effectifs (lieu de résidence des fonctionnaires, chevauchements de programmes fédéraux et provinciaux), soit des manques d\u2019effectif (sièges sociaux de ministères à développer ou à créer, déséconomies d\u2019échelle, départs de fonctionnaires vers l\u2019administration canadienne, attrition).Mais pourra-t-il les payer?Oui, un Québec souverain aura la capacité financière de payer l\u2019ensemble de ces fonctionnaires fédéraux au niveau de rémunération déjà atteint et de garantir tous les avantages sociaux existants (pensions de retraites, congés, etc.), car cette capacité financière le Québec la possède déjà.Ainsi que le précise le rapport Bélanger-Campeau: «Le montant des dépenses de personnel s\u2019élève à un peu plus de trois milliards de dollars, ce qui représente 18% des dépenses fédérales à ce chapitre.Or, le nombre d\u2019employés fédéraux travaillant au Québec correspond justement à 18% du total des employés fédéraux»(Éléments d\u2019analyse.p.468).Ceci est d\u2019autant plus vrai que le Québec contribue financièrement depuis des années à 22,8% des dépenses fédérales et que son économie représente 23,4% du produit intérieur brut canadien.En conséquence, le gouvernement d\u2019un Québec souverain peut garantir leurs niveaux de rémunérations, leurs avantages sociaux et droits acquis à tous les employés fédéraux du Québec, car ils ne représentent que 18% du total canadien des dépenses fédérales en personnel.Une autre question intervient alors: Un Québec souverain peut-il garantir aux employés fédéraux un emploi dans la région où ils résident et travaillent déjà?C\u2019est sans doute là le plus grand défi, non pas pour Montréal ou Québec, mais pour 343 1 Outaouais et dans une moindre mesure pour certaines villes où il y a une assez forte concentration de certains types d\u2019emplois fédéraux (Shawinigan, Jonquière, Matane,.).Nous allons revenir sur le cas de Hull qui est de loin le plus complexe.Une dernière question peut encore être formulée: Sera-t-il possible d\u2019offrir dans chaque région des emplois donnant lieu à la même masse salariale, afin de maintenir le pouvoir d\u2019achat régional et le niveau d\u2019activités déjà atteint?Là encore, comme à la question précédente, il existe plusieurs voies de solution que nous allons examiner.Mais revenons à l\u2019Outaouais où se trouve le vrai défi.2- Le cas de l\u2019Outaouais On peut retenir deux caractéristiques de cette région: La première vient du fait que le quart des emplois de la région métropolitaine de Hull sont des emplois fédéraux, environ 25 000 sur 104 000.La deuxième caractéristique est d\u2019être la seule agglomération frontalière du Québec, ce qui signifie des migrations quotidiennes de main-d\u2019oeuvre des travailleurs des secteurs publics et privés entre les deux rives de l\u2019Outaouais au sein d\u2019une vaste région métropolitaine de près d\u2019un million de personnes.Chaque jour, seulement pour leur travail, environ 40 000 Québécois se rendent à Ottawa tandis qu\u2019environ 20 000 Ontariens, dont 80% d\u2019entre eux travaillent dans la fonction publique fédérale, font de même vers Hull.Ces deux caractéristiques expliquent la vulnérabilité de l\u2019économie régionale et les risques que la souveraineté fait courir à l\u2019Outaouais.Quel est alors le défi de l\u2019Outaouais?Ce défi consiste à maintenir le niveau d\u2019emploi, c\u2019est l\u2019objectif prioritaire, le seul qui soit stimulant et mobilisateur pour la population outaouaise.L\u2019importance des risques est connu.Dès l\u2019été 1990, nous disions qu\u2019on ne peut fermer Hull comme on a fermé Le quart des emplois dt\\ la région métropolitain J de Hull sont des emploi j fédéraux, environ 25 Où I sur 104 000.344 Il faut une politique concertée de décentralisation administrative à la grandeur du Québec.Shefferville ou certaines paroisses de la Gaspésie.Une absence de mesures d\u2019intervention déstabiliserait une société et une économie régionale d\u2019un quart de million de personnes et un Outaouais abandonné se tournera vers Ottawa.Comment relever le défi?Pour atteindre l\u2019objectif du maintien du niveau d\u2019emploi et de la masse salariale nous faisons appel à un ensemble de principes, d\u2019arguments et de mesures spécifiques: Une première condition nécessaire est la prise de conscience, la décision d\u2019intervenir et les pressions exercées par la région elle-même.Mais ce n\u2019est en aucun cas une condition suffisante.Il faut en plus d\u2019une prise de conscience s\u2019étendant aux autres régions du Québec, une volonté politique et la mise en oeuvre par le gouvernement d\u2019une politique concertée de décentralisation administrative à la grandeur du Québec et dans laquelle s\u2019incrira l\u2019Outaouais.Les fonctionnaires fédéraux et provinciaux devront être consultés et la population devra être tenue au courant des mesures envisagées.Il faudra examiner avec attention des expériences canadiennes ou étrangères comparables.Au Canada, on peut ainsi considérer le transfert de juridiction des fonctionnaires fédéraux vers l\u2019administration publique provinciale pour l\u2019administration de la TPS et de l\u2019Immigration.Les expériences fédérales de décentralisation de plusieurs milliers de fonctionnaires fédéraux hors de la région de la capitale fédérale au cours des années 80, ainsi que le déplacement de 15 000 d\u2019entre eux d\u2019Ottawa à Hull au cours des années 70, méritent d\u2019être examinées.À l\u2019étranger, et parmi les expériences les plus récentes, on peut considérer le déplacement de la capitale fédérale allemande de Bonn à Berlin, ou la dissolution de la fédération tchécoslovaque et les effets de l\u2019indépendance slovaque sur les emplois publics à Prague, ou encore la politique de délocalisation pratiquée en France.345 La libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux entre deux États souverains, ainsi que la réciprocité de traitement entre États, apparaît comme un principe fondamental.Québécois et Ontariens veulent maintenir cette liberté de circuler aussi facilement que cela se fait aujourd hui entre Windsor (Canada) et Détroit (États-Unis), ou encore aussi librement que cela se fait entre les douze pays souverains du Marché commun européen où des milliers de personnes des villes frontalières vont travailler chaque jour dans le pays voisin.On pourrait appliquer à Hull et Ottawa ce qui se fait déjà pour Windsor-Détroit, où existe une convention fiscale canado-améri-caine datant de 1940, qui permet aux Canadiens et aux Américains de payer les impôts dans le pays où ils travaillent (Assemblée nationale, Journal des débats, Commission Bélanger -Campeau 5/12/1990).Les milliers d\u2019Ontariens qui veulent se rendre sur la rive québécoise pour gagner leur vie ou pour d\u2019autres raisons doivent pouvoir continuer à le faire aussi librement que les Québécois sur la rive ontarienne.Le gouvernement d\u2019un Québec souverain, et non plus celui d\u2019une province, devra mettre en oeuvre tout son pouvoir pour que cette libre circulation et cette réciprocité de traitement soit appliquée dans l\u2019intérêt mutuel bien compris des deux rives de l\u2019Outaouais.Trois pôles administratifs La politique de déconcentration et de décentralisation régionale d\u2019un Québec souverain devra consacrer le rôle de l\u2019Outaouais comme l\u2019un des trois pôles administratifs majeurs du pays.Au lendemain d\u2019une proclamation d\u2019indépendance, le Québec héritera de l\u2019implantation géographique actuelle des employés fédéraux et devra pendant les premières années vivre avec cette contrainte.Ainsi, sa politique de déconcentration ou même de décentralisation régionale de l\u2019administration lui est déjà dictée.Elle devra reposer sur la répartition tricéphale actuelle qui montre On pourrait appliquer i Hull et Ottawa ce qui si fait déjà pour Windsor-Détroit.346 qu\u2019environ les trois quarts des fonctionnaires fédéraux et provinciaux sont déjà rassemblés dans les trois plus grandes régions métropolitaines du Québec: Montréal, Québec et Hull.La tête de l\u2019État qui rassemble déjà à Québec 30,5% du total des fonctionnaires fédéraux et provinciaux (région 03) serait renforcée et atteindrait environ le tiers des emplois d\u2019administration générale surtout ceux qui sont liés aux fonctions centrales de l\u2019État (cette proportion est d\u2019ailleurs celle des fonctionnaires fédéraux dans la capitale fédérale).Montréal serait maintenue dans son rôle actuel de deuxième centre administratif du Québec avec 22,3% des emplois d\u2019administration générale (région 06) auxquels s\u2019ajoutent les emplois des entreprises publiques.Montréal conserverait les effectifs déjà atteints et maintiendrait les sièges sociaux des entreprises publiques et son rôle prépondérant à ce titre.Hull serait maintenue dans son rôle actuel de troisième centre administratif du Québec qui rassemble 18,9% du total des emplois fédéraux et provinciaux (région 07).Cependant, nous avons fait l\u2019hypothèse dans notre premier scénario, et dont nous reprenons ici les chiffres, que Hull pourrait perdre des emplois publics (environ 3 500) qui seraient compensés en cinq ans par la création d\u2019un nombre équivalent d\u2019emplois parapublics (éducation, santé et services sociaux) qui lui font actuellement défaut.Hull reconvertie dans des emplois moins liés aux fonctions centrales de l\u2019État et plus opérationnels rassemblerait alors environ 15% des fonctionnaires et employés publics d\u2019un Québec souverain.Une batterie de mesures Une décentralisation administrative vise à garder en Outaouais le plus grand nombre des employés fédéraux actuels.Une batterie de mesures qui s\u2019inscriraient bien dans une politique de décentralisation régionale peuvent être envisagées et nous avons déjà proposé les suivantes: 1- Une déconcentration et une décentralisation administratives qui visent à garder en 347 Outaouais le plus grand nombre des employés fédéraux actuels (environ 16 000 d\u2019entre eux).2-\tUne déconcentration et une délocalisation administrative de services situés à Québec qui a pour but de transférer à Hull des postes (environ 6 500 postes en moins de 30 mois) compensant une partie de ceux que l\u2019Outaouais devra céder dans les fonctions centrales de l\u2019État.3-\tUne création d\u2019emplois parapublics (environ 3 500 emplois en cinq ans dans l\u2019éducation, la santé et les services sociaux,.) auxquels s\u2019ajouteraient des emplois dans des chantiers de construction d\u2019infrastructures.4-\tUne compensation financière éventuelle (exemptions fiscales, subventions, facilités de crédit,.) dans le cadre d\u2019un contrat de région.Ce transfert serait indexé au déficit éventuel non compensé de la masse salariale de la fonction publique fédérale en Outaouais.5-\tAu delà de ces mesures qui dépendent directement de décisions et de fonds publics, on peut ajouter la promotion des emplois privés (de 5137 à 10 374 emplois créés en dix ans) par l\u2019application d\u2019une politique de diversification de l\u2019économie régionale et grâce aux moyens de la nouvelle Société de diversification économique de l\u2019Outaouais.La réussite des mesures de déconcentration administrative repose sur la capacité de gestion des Québécois.Cette preuve n\u2019est plus à faire.Quand on est capable de gérer des institutions financières ayant chacune plusieurs dizaines de milliards d\u2019actifs, on a la capacité de s\u2019occuper d\u2019un dossier d\u2019un milliard de dollars pour Hull.Quand on est capable de gérer des négociations comprenant un front commun de 300 000 employés, on est capable de s\u2019occuper d\u2019une négociation d\u2019une vingtaine de milliers d\u2019employés à Hull.Le gouvernement du Québec qui a déjà su intégrer, pour le monde de l\u2019éducation lors de la Révolution tranquille, un La réussite des mesurer de déconcentration administrative repose i sur la capacité de ges- I tion des Québécois.348 ensemble de 900 conventions collectives a la capacité d\u2019en intégrer une centaine en Outaouais! Le fait qu\u2019un grand nombre de ministères et d\u2019emplois aient un caractère décentrali-sable, et soient même dans certains cas localisés à Hull, aide à répondre au défi de l\u2019Outaouais.De plus, s\u2019il y a des fonctions gouvernementales non décentralisables, les employés publics le sont davantage, car ils effectuent souvent un type de travail commun à bien des ministères (par exemple: commis, gestionnaire de personnel, comptable, informaticien, etc.).Ainsi, le transfert de juridiction devrait être marqué beaucoup plus par des ouvertures ou fermetures de postes dans une ville que par des déménagements d\u2019employés.De plus, un élément important à retenir est que les transferts ne s\u2019effectueront pas du jour au lendemain, ce qui serait contraire à l\u2019intérêt des deux parties, mais nécessiteront du temps qui sera dans plusieurs cas un allié précieux.L\u2019ampleur du projet de mise sur pied d\u2019une nouvelle fonction publique au service du nouvel État demandera la création d\u2019un ministère délégué à l\u2019intégration des employés fédéraux et à la décentralisation administrative.Le négociateur principal du transfert des fonctionnaires fédéraux devrait résider à Hull et sa fonction pourrait être complétée par celle d\u2019un haut responsable de la reconversion administrative et du développement économique de l\u2019Outaouais.Parmi les garanties souhaitables, on pourrait inscrire «dans le Code du travail du Québec les accréditations accordées et les conventions collectives conclues sous le règne de la législation fédérale qui s\u2019appliqueraient automatiquement à l\u2019égard des salariés du Québec» (J.L.Blackburn, Journal des Débats, 5/12/90).Les diverses législations pourraient être harmonisées par la suite.349 Des contrats de régions Comme l\u2019Outaouais est la région affectée négativement par le changement de capitale et que Québec est la région bénéficiaire, il apparaît nécessaire de jumeler ces deux régions métropolitaines.D\u2019abord en rappelant à Québec qu\u2019il y aura une réorganisation administrative et des mesures de décentralisation et même de délocalisation de certaines régies, commissions ou administrations.Ensuite, en établissant une péréquation entre les deux villes dans un système de compensation financière dans lequel une taxation des plus values foncières de la région métropolitaine de Québec (P.Fortin, Journal des Débats, p.403-404, 10/12/91) contribuerait à une partie de ce qui pourrait être versé à l\u2019Outaouais dans le cadre d\u2019un contrat de régions.Ces contrats de régions, dont pourrait bénéficier l\u2019Outaouais, mais aussi toute ville ayant à affronter une reconversion administrative ou économique, viendraient s\u2019ajouter aux autres mesures que nous avons déjà évoquées.Ils feraient jouer la solidarité nationale par l\u2019intermédiaire de l\u2019État et, en visant l\u2019objectif du maintien de la masse salariale locale ou régionale, combleraient le manque à gagner pour la région.Ils feraient bénéficier une région d\u2019un versement de subventions, d\u2019exemptions ou de déductions fiscales, ou autres formes d\u2019aides gouvernementales, pour un montant égal à la différence éventuelle entre la masse salariale actuelle et les montants que le gouvernement aurait effectivement versés en rémunérations dans la région.Les besoins des sièges sociaux à Ottawa et au Québec Du fait d\u2019emplois incompressibles au niveau des sièges sociaux et des pertes d\u2019économies d\u2019échelle, la diminution des effectifs fédéraux dans Ottawa-Carleton serait de l\u2019ordre de 10% à 15% et non pas de 25,5%, part du Québec dans la population canadienne.Autrement dit, c\u2019est en moyenne 87,5% des 350 emplois fédéraux qui seraient maintenus dans la région d\u2019Ottawa-Carleton.Ceci est important et pourrait permettre le maintien du niveau d\u2019activité économique de la région d\u2019Ottawa-Carleton de façon analogue à ce qui s\u2019est passé entre 1986 et 1990, période pendant laquelle la population d\u2019Ottawa-Carleton a augmenté pendant que les emplois dans la fonction publique fédérale diminuaient (Comité Outaouais, tableau 9, p.34).Une pareille évolution aurait aussi des effets favorables sur la vie économique et l\u2019emploi de la rive outaouaise.De plus, il ressort que cette logique des désé-conomies d\u2019échelle s\u2019appliquera aussi à l\u2019administration publique d\u2019un Québec souverain et entraînera des besoins au niveau des sièges sociaux des divers ministères et organismes à développer ou à créer et nécessitera des effectifs qu\u2019il faudra engager pour répondre aux exigences d\u2019un État souverain.En conséquence, il faudra embaucher davantage de personnel pour constituer les sièges sociaux des ministères et organismes gouvernementaux du nouvel État, surtout localisés à Québec, mais aussi en partie à Hull.?principal défi réside dans le maintien du Jean d'emploi et de la nasse salariale locale ou régionale, dans quelques villes, mais surtout dans l\u2019Outaouais.Par ailleurs, la fusion des deux fonctions publiques qui doit donner lieu à des économies résultant de certaines rationalisations agira en sens inverse et viendra réduire les accroissements d\u2019emplois et de dépenses évoqués plus haut.Une rationalisation sur laquelle comptent beaucoup les gestionnaires des deniers publics, et que les syndicats redoutent tout autant, est celle que permettrait la souveraineté en mettant un terme aux chevauchements de programmes fédéraux et provinciaux.Il reste alors à s\u2019entendre sur l\u2019importance de ces chevauchements de juridictions, dont certains espèrent économiser des milliards de dollars, tandis que d\u2019autres y craignent plutôt de perdre des milliers d\u2019emplois.351 Conclusion Ainsi donc, un Québec souverain aura besoin, pour effectuer les tâches accomplies jusqu\u2019à ce jour par les gouvernements fédéral et provincial, d\u2019un nombre de fonctionnaires au moins aussi élevé que le nombre actuel de fonctionnaires fédéraux et provinciaux qui travaillent sur son territoire.De plus, un Québec souverain aura la capacité financière de payer l\u2019effectif actuel de fonctionnaires fédéraux et provinciaux sans augmenter la charge fiscale de ses contribuables.Le principal défi réside plutôt dans le maintien du niveau d\u2019emploi et de la masse salariale locale ou régionale, dans quelques villes, mais surtout dans l\u2019Outaouais.Là encore, un ensemble de mesures pourrait pallier les difficultés de la période de transition et contribuer à rétablir, du moins le niveau d\u2019emploi et de la masse salariale de la région, à défaut de celui du nombre total de fonctionnaires.Sans doute rien ne sera jamais assuré et le dossier de l\u2019Outaouais peut être jugé parfois complexe, mais des ressources humaines, financières et matérielles suffisantes existent dans la région et au Québec et peuvent répondre au défi posé par la région métropolitaine de Hull.La prise de conscience qui est amorcée préparera le terrain des décisions politiques.Des ressources humaines et financières suffisantes existent.Elles seront disponibles quand s\u2019exprimera la volonté politique d\u2019y recourir.Bibliographie Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec, «Éléments d\u2019analyse économique pertinents à la révision du statut politique et constitutionnel du Québec», Document de travail numéro 1, 1991, 566 p.Comité Outaouais, «L\u2019Outaouais et son avenir économique», Rapport sur l\u2019avenir économique de l\u2019Outaouais dans une perspective 352 de changements au statut politique et constitutionnel du Québec, février et avril 1992.Consortium Lamonde-Mallette, «Gestion de la prise en charge des services fédéraux», Rapport (73 p.) et Annexes, mars 1992.Parti québécois, «Une nouvelle fonction publique» , Rapport du Comité ad hoc de l\u2019exécutif formé suite au mandat du congrès national de 1991, 81 p.1993.Saint-Germain, Maurice, Changer de capitale, étude du transfert de juridiction des fonctionnaires fédéraux du Québec, dans «Les implications de la mise en oeuvre de la souveraineté: les aspects économiques et les finances publiques», (deuxième partie), Commission d\u2019étude des questions afférentes à l'accession du Québec à la souveraineté, Assemblée nationale, Québec, 1992, p.157-265.Saint-Germain, Maurice, «Les fonctionnaires fédéraux et la souveraineté du Québec», L\u2019Action nationale.Vol.LXXXIII, no 6, juin 1993, p.705-730.Secor, «L\u2019impact de nouveaux arrangements constitutionnels sur l'emploi du gouvernement fédéral dans la région de la Capitale», Étude préparée pour le Comité d\u2019étude sur l\u2019avenir économique de l\u2019Outaouais, 63 p., novembre 1991.Statistique Canada, «Emploi et rémunération dans le secteur public 1990/1991», Catalogue 72-209 annuel, octobre 1991, 97 p.?353 Prévenir et contrer la violence à l\u2019école* Au Colloque sur la violence organisé par la CEQ, le 26 mars 1993, Charles E.Caouette nous disait «que nous avons, chacun de nous, un pouvoir réel pour contrer la violence qui nous entoure.Et ce pouvoir, il est impératif et urgent que nous l\u2019exercions tous ensemble.» ?Jocelyne PICARD** L\u2019école, comme milieu d\u2019éducation, peut être un des meilleurs endroits pour prévenir et contrer la violence.Mais face à ce phénomène, nous avons bien du mal à nous reconnaître «un pouvoir réel pour contrer la violence».Nos besoins, en ce qui a trait à la violence, sont grands.C\u2019est pourquoi il faut miser sur la concertation et la participation pour trouver des solutions propres à chaque établissement.* Devant les proportions prises depuis quelques années par la violence à l\u2019école, la CEQ a demandé à une enseignante du primaire de produire un instrument d\u2019appropriation de cette question.Cet instrument est destiné aux intervenantes et intervenants scolaires, mais il peut servir d\u2019éclairage à celles et ceux qui se préoccupent de ce phénomène dans la société et chez les jeunes.** Enseignante, membre de la CEQ.354 Pour prévenir et contrer la violence: les 3 «C» Il faut prendre la violence au sérieux, quelles qu\u2019en soient les manifestations.Elles peuvent être visibles et vivement réprimées comme le vandalisme, le vol, les bagarres.Elles peuvent aussi prendre d\u2019autres formes plus cachées et insidieuses, entre autres, paroles blessantes ou irrespectueuses, menaces, intimidation ou chantage, la «petite violence» moins spectaculaire, mais dont les effets sont tout aussi néfastes.Il est primordial d\u2019indiquer clairement aux jeunes que toute manifestation de violence à l\u2019école est intolérable et que tous joindront leurs efforts pour la contrer.La lutte contre la violence à l\u2019école est vitale pour tout projet éducatif qui vise à offrir à tous les jeunes une école dont le climat favorise l\u2019enseignement et l\u2019apprentissage des connaissances et de la vie en société.Cependant, il n\u2019existe pas d\u2019action miracle pour prévenir et contrer la violence.Les facteurs de risque liés à la violence sont nombreux et de divers ordres: individuel, relationnel ou environnemental.C\u2019est de 1\u2019interrelation de ces facteurs que naissent les situations de conflit qui se règlent souvent dans la violence.C\u2019est pourquoi les actions qui visent à la contrer doivent être variées et s\u2019adresser à plus d\u2019un facteur à la fois.Face à la violence, nous avons tendance à nous replier, à nous isoler, alors qu\u2019il faudrait en parler, communiquer pour briser le cercle vicieux et qu\u2019ensemble, direction, personnel, élèves, parents, nous puissions trouver, inventer nos solutions.Prévenir et contrer la violence exigent de la communication, de la concertation, et de la constance dans l\u2019action.il est primordial d\u2019indiquer clairement aux jeunes que toute mani-j festation de violence à l'école est intolérable.Communication Pour reconnaître la violence et ses manifestations, briser l\u2019isolement et sensibiliser 355 celles et ceux qui vivent dans le milieu, il faut en parler: -\tentre collègues, pour bien cerner le problème, mais surtout pour s\u2019aider et s\u2019appuyer collectivement; -\tavec la direction, pour qu\u2019elle soit bien informée de la situation dans l\u2019école.C\u2019est important pour qu\u2019elle n\u2019ait pas l\u2019alibi de l\u2019ignorance pour ne pas agir; -\tavec les parents, pour qu\u2019ils puissent intervenir dès qu\u2019un problème se manifeste et éviter qu\u2019ils ne soient informés que lorsque la situation a pris trop d\u2019ampleur; -\tavec les jeunes, pour les sensibiliser et les informer sur les effets de la violence et les responsabiliser face à leurs actes.Taire la violence, l\u2019ignorer ou la camoufler n ont comme effet que de l\u2019encourager et de l\u2019amplifier.Concertation Toute intervention pour prévenir et contrer la violence risque d\u2019être stérile ou sans effet à moyen ou à long terme, si elle n\u2019est pas le fruit de la concertation de toute l\u2019école.Qu\u2019il s\u2019agisse du choix des valeurs véhiculées à l\u2019école par le projet éducatif, des règles de vie et des moyens de les appliquer ou de l\u2019implantation d\u2019un programme d\u2019intervention sur la violence, toutes et tous, parents et jeunes inclus doivent participer.Et pour favoriser cette participation, il faut bien l\u2019organiser.Une bonne connaissance du milieu est importante et nous pouvons l\u2019obtenir par une large consultation sur la vision, l\u2019opinion et les besoins du personnel, des parents et de jeunes, et ce, même au primaire.Les personnes participent, adhèrent à un projet dans la mesure où elles s\u2019y reconnaissent.Des rencontres bien structurées et pourvues d\u2019un contenu signifiant rassembleront celles et ceux qui sont réellement intéressés à intervenir.Taire la violence, l\u2019ignt I rer ou la camoufler n 'ont comme effet que 11 l\u2019encourager et de l\u2019amplifier.356 La violence est un moyen inacceptable de solutionner un conflit ou de parvenir à ses fins.De plus, il ne faut pas craindre d\u2019avoir recours à des personnes-ressources qui peuvent apporter connaissances et expertise.Rencontres entre adultes, rencontres entre jeunes, mais aussi rencontres communes pour que les jeunes soient réellement partie prenante lors des choix et des décisions.Ensemble, nous déterminons ce que nous voulons faire.Ensemble, nous clarifions les rôles.Tous et chacun auront à cœur la mise en œuvre et le succès d\u2019un projet, s\u2019il leur appartient vraiment.Il faut que cette même concertation s\u2019établisse lors de l\u2019évaluation de l\u2019action entreprise pour en appuyer les points forts et apporter les améliorations nécessaires afin d\u2019en assurer la continuité.Constance Lorsque la communication est bien établie, que la concertation a réuni toutes les intervenantes et tous les intervenants, il reste un ingrédient important à ne pas oublier: la constance.Projets, règles de vie, programmes de prévention ou d\u2019intervention n\u2019auront d\u2019effets que s\u2019ils sont appliqués régulièrement et jusqu\u2019en bout de ligne.Les trois «C»: communication, concertation, constance.Pour prévenir et contrer la violence: Agir Dans notre intervention pour contrer la violence, il faut, dans un premier temps, réprimer toutes les manifestations de violence.Le message doit être clair, la violence est un moyen inacceptable de solutionner un conflit ou de parvenir à ses fins.Mais la répression a ses limites et il ne faut pas en abuser.L\u2019école est un lieu d\u2019éducation et, de ce fait, elle doit œuvrer à prévenir la violence, à favoriser le développement d\u2019attitudes et d\u2019habiletés pour solutionner les conflits de façon non violente.357 Eduquer, c\u2019est en grande partie prévenir, et la prévention peut se faire de bien des manières, par des interventions visant à améliorer la qualité de vie de l\u2019école et par l\u2019implantation ou l\u2019utilisation ponctuelle de programmes de prévention.Des documents Deux documents, entre autres, présentent des moyens d\u2019intervention pour prévenir la violence en intervenant directement sur la vie et l\u2019organisation à l\u2019école: La violence à l\u2019école: objectif zéro (CEQ, 1992) et Prévenir et contrer la violence à l\u2019école (MEQ, 1988).Ils proposent des actions concrètes, réalistes et applicables dans les écoles.Des programmes Il existe aussi des programmes de sensibilisation et de prévention qui peuvent être utilisés selon les besoins et les attentes du milieu.Certains programmes s\u2019adressent directement aux jeunes et peuvent se vivre sous forme de journée ou de semaine thématiques dans l\u2019école ou par le biais des programmes d\u2019études réguliers et d\u2019activités parascolaires.D\u2019autres s\u2019adressent aux adultes pour les outiller afin d\u2019intervenir auprès des jeunes.Dans cette catégorie, nous retrouvons «Les petites violences à l\u2019école primaire, éduquer et prévenir».Il s\u2019agit d\u2019un guide d\u2019animation comprenant une trentaine d\u2019exercices et de mises en situation permettant aux adultes de négocier avec les petites violences quotidiennes et d\u2019équiper les élèves pour faire face à la violence1.Plusieurs des programmes s\u2019adressent aux jeunes.Deux d\u2019entre eux présentent un intérêt Éduquer, c 'est aussi favoriser le développement d'attitudes, d\u2019hak letés.Ce guide a été préparé par deux psychologues en milieu scolaire, Roger Matha et Louis Leroux, et sera diffusé par le ministère de l\u2019Éducation.358 particulier, compte tenu du type de violence particulier auquel ils s\u2019attaquent.«La vie.c\u2019est pour la vie» est un programme de prévention du suicide chez les jeunes axé prioritairement sur la prévention primaire en milieu scolaire.Le programme mise avant tout sur la valorisation de la vie et le support par le biais de l\u2019entraide naturelle.Il s\u2019adresse à tous les élèves du secondaire.Certaines activités visent l\u2019amélioration du climat et de la qualité des relations interpersonnelles dans l\u2019école2.Le programme VIRAJ (Violence dans les relations amoureuses chez les jeunes) a pour but principal de faire la promotion de relations égalitaires entre jeunes ainsi que la prévention et des interventions lorsque la violence se manifeste.Il a été mis sur pied conjointement par une équipe de l\u2019école de psychologie de l\u2019Université Laval, dirigée par Francine Lavoie, et par une équipe d\u2019Entraide-Jeunesse.Le ministère de l\u2019Éducation offrira ce programme à toutes les commissions scolaires dès l\u2019automne 19933.Un autre volet de la prévention de la violence est le développement de l\u2019estime de soi des enfants et des adolescentes et adolescents.«Développer l\u2019estime de soi des enfants», de la psychologue Danielle Laporte, est un guide très pratique d\u2019interventions auprès des enfants.Il s\u2019adresse d\u2019abord aux parents, mais il peut être intéressant de le consulter.Il sera en vente dans les librairies à l\u2019automne 1993.2 Les menaces, la violence ou la fuite ne règlent rien.Pour de plus amples informations, il faut s'adresser à La Fondation J.E.V.I.- 86, 13e avenue Nord, Sherbrooke, J1E 2X7 -(819) 564-1354 Plusieurs autres programmes existent.Dans Nouvelles CEQ, mars-avril 1993, le Comité de la condition des femmes de la CEQ en présente quelques-uns.359 D\u2019autres moyens Éduquer, c\u2019est aussi favoriser le développement d attitudes, d habiletés, de techniques pour solutionner les conflits de façon non violente et intervenir plus adéquatement face aux comportements agressifs.Les conflits sont inévitables, il faut donc apprendre à les résoudre.Les menaces, la violence ou la fuite ne règlent rien.Il faut présenter aux jeunes d\u2019autres moyens de résoudre leurs conflits.La négociation, l\u2019explication et l\u2019excuse sont des moyens connus, la médiation l\u2019est beaucoup moins.La médiation est un processus volontaire pour régler un conflit à l\u2019aide d\u2019une tierce personne qui aide les parties dans la recherche d\u2019une solution équitable.Chacune des personnes raconte son problème et exprime ses émotions.La médiatrice ou le médiateur écoute, résume, questionne sans juger ni blâmer personne.La solution doit venir des deux opposantes ou opposants, non de la médiatrice ou du médiateur.En milieu scolaire, on parle de plus en plus de médiation par les pairs, c\u2019est-à-dire de jeunes spécialement formés, soutenus et encadrés par des adultes ayant eux aussi reçu une formation.Promouvoir les conduites pacifiques: la médiation, un instrument précieux est une brochure4 qui présente la médiation, ce qu'elle est et ses avantages, de même que le processus de la médiation à partir d\u2019exemples.4 Cette brochure est disponible au Centre Mariebourg - 2901, boulevard Gouin, Montréal, H2B 1Y3 -(514) 387-3729.Un séminaire de formation de deux jours, pour celles et ceux qui interviennent auprès des jeunes, est offert depuis septembre 1993.Pour information, s\u2019adresser au Centre Mariebourg.à Québec, on peut recevoir information et formation auprès de madame Kathleen Bell, éducatrice à l\u2019école Marguerite Bourgeois de la CECQ (418) 525-8599 et de madame Marie-France Chabot à l\u2019Université Laval (418) 656-5332.360 Lorsque nous nous retrouvons face à des comportements agressifs ou à des jeunes ayant des troubles de comportement, il n\u2019est pas toujours facile de réagir de façon adéquate.Dans de telles situations, notre répertoire d\u2019interventions est assez limité: patience, avertissements, menaces, retrait.D\u2019autres techniques d\u2019intervention pourraient s\u2019avérer plus efficaces en atténuant la pression ou en dénouant l\u2019impasse.Nous pouvons en retrouver plus d\u2019une vingtaine, soit dans un guide du ministère de l\u2019Éducation (1983), soit dans le livre de Jacques Hébert La violence à l\u2019école.Ce dernier présente et explique les techniques à partir de scénarios et d\u2019exemples de la vie quotidienne.Conclusion Lutter contre la violence à l\u2019école c\u2019est avant tout travailler à l\u2019amélioration du climat, de la qualité de vie et des relations interpersonnelles à l\u2019intérieur de l\u2019école.C\u2019est promouvoir les conditions nécessaires au mieux-être de chacune et de chacun.La tâche n\u2019est pas facile, il existe peu de modèles.Le sujet soulève un vif intérêt et plusieurs recherches sont en cours dans divers milieux.Au CRIRES, une recherche sur la violence en milieu scolaire au secondaire est en cours.Le Comité de la condition des femmes de la CEQ, en concertation avec d\u2019autres groupes, poursuit un inventaire de ce qui a été fait sur ce sujet.Prévenir et contrer la violence à l\u2019école, c\u2019est faire un premier pas vers un monde meilleur avec tous les jeunes qui nous sont confiés.«On ne doit pas craindre de faire de petits pas; on doit les faire avec son voisin, (.) entraîner quelqu un d autre à marcher dans la même direction que soi».(A.Jacquard) Références pratiques Prévenir et contrer la lolence à l'école, c 'est ire un premier pas vers ut monde meilleur avec tous les jeunes.Cette brève bibliographie présente les références citées dans le document et quelques textes dont la lecture pourrait alimenter la réflexion et soutenir l\u2019organisation des interventions à l\u2019école. CAOUETTE, Charles E.Si on parlait d\u2019éducation, Pour un nouveau projet de société, Montréal, VLB Éditeur, 1992, 263 p.CONSEIL QUÉBÉCOIS POUR L\u2019ENFANCE ET LA JEUNESSE.Faire face aux phénomènes d'agressivité, dossier technique, Montréal, Conseil québécois pour l\u2019enfance et la jeunesse, 1988, 79 p.CSR JEUNESSE ET CLSC STE-FOY-SILLERY.Un conflit, ça se règle sans violence, dépliant, CSR Jeunesse et CLSC Ste-Foy-Sillery.CUSSON, Maurice.«La violence à l\u2019école: le problème et les solutions», dans Apprentissage et socialisation, volume 13, numéro 3, septembre 1990, p.213-221.HÉBERT, Jacques.La violence à l'école.Guide de prévention et techniques d\u2019intervention, Montréal, Les Éditions Logiques, 1991, 136 p.MINISTÈRE DE L\u2019ÉDUCATION DU QUÉBEC.La mésadaptation socio-affective.Guide pédagogique, primaire, Québec, ministère de l\u2019Éducation, 1983, 53 p., (16-1521-01).MINISTÈRE DE L\u2019ÉDUCATION DU QUÉBEC.Prévenir et contrer la violence à l\u2019école, document d\u2019information, Québec, ministère de l\u2019Éducation, 1988, 69 p., (28-1974).La CEQ a déjà publié quelques textes sur ce sujet: CENTRALE DE L\u2019ENSEIGNEMENT DU QUÉBEC.La violence à l\u2019école: objectif zéro, avril 1992, (D9829).CENTRALE DE L\u2019ENSEIGNEMENT DU QUÉBEC.«Pour comprendre la violence à l\u2019école», dans Options, printemps 1993.CENTRALE DE L\u2019ENSEIGNEMENT DU QUÉBEC.Nouvelles CEQ, mars-avril 1993.CENTRALE DE L\u2019ENSEIGNEMENT DU QUÉBEC.Nouvelles CEQ, mai-juin 1993.362 Quelques vidéocassettes sont aussi disponibles aux tarifs habituels au Centre audiovisuel de la CEQ: La petite violence (24 min.).Commentaires et réflexions d\u2019élèves et de membres du personnel sur la violence à l\u2019école.Le conseil de coopération (26 min.).Une gestion de classe permettant une résolution non violente des conflits.Tentative de vie (50 min.) et la brochure «Le suicide chez les jeunes, à nous d\u2019agir».Présentation du programme J.E.V.I.et d\u2019une table ronde de jeunes.Un Cercle vicieux (27 min.).La violence dans la vie des jeunes à l\u2019école et à la maison, La vidéo, réalisée conjointement avec le CLSC Ste-Foy-Sillery, est accompagnée d\u2019un guide d\u2019animation.Elle peut être utilisée avec des adultes ou avec des élèves du secondaire.?363 Faire avancer la langue Le ministère de l\u2019Éducation convie la population québécoise à «faire avancer l\u2019école».Toute personne préoccupée par l\u2019avenir serait malvenue de refuser une telle invitation.Mais ce document, à la fois recueil de propositions et de questions, est aussi limpide qu\u2019une certaine réclame télévisée qui clame que la «Ice est Black».Il est fait d\u2019impressions, d\u2019idées reçues, d\u2019illusions même.Aussi se permet-il à l\u2019occasion d\u2019être racoleur en courtisant certains préjugés populaires tenaces.Nous sommes en grande partie d\u2019accord avec le tableau des problèmes car il énumère des difficultés connues depuis une quinzaine d\u2019années et même davantage.Cependant, les véritables causes n\u2019ont pas été identifiées et, en ce sens, les propositions nous interrogent énormément.Aussi ne relèvent-elles d\u2019aucune vision d\u2019ensemble ni de l\u2019éducation en général, ni du rôle de l\u2019école québécoise, ni de l\u2019enseignement de la langue maternelle en particulier.Elles ne semblent reliées entre elles que par une seule trame de fond, celle de faire écho aux préoccupations mais aussi aux préjugés de groupes particuliers de la société.* Vice-présidente du M.N.Q.et vice-présidente de la S.S.J.B.de Montréal.?Louise LAURIN* 364 La période propice à l\u2019apprentissage d\u2019une ngue étrangère s'étend jusqu 'à l\u2019âge de vingt-cinq ans et même plus tard.1.Le français, langue maternelle et l\u2019anglais, langue seconde Nul ne s\u2019étonnera que nos deux organismes prennent d\u2019abord et plus longuement position sur la question de la langue maternelle et sur celle de la langue seconde1.Considérons d\u2019abord une première idée reçue: Plus on est jeune, plus il est facile d\u2019apprendre une langue étrangère La conception de l\u2019enseignement de l\u2019anglais qui sous-tend le document rejoint généralement l\u2019opinion populaire qui affirme que plus on est jeune, plus il est facile d\u2019apprendre une langue étrangère.Il s\u2019agit d\u2019un jugement hâtif qui s\u2019appuie sur le fait que des enfants de langues différentes, qui jouent entre eux, apprennent très vite quelques mots pour établir le contact.Mais lorsque nous parlons de la maîtrise utile et fonctionnelle d\u2019une langue étrangère, et lorsque nous en parlons en termes d\u2019efficacité, d\u2019économie de temps et de qualité de rétention, la recherche démontre que la période propice à l\u2019apprentissage d\u2019une langue étrangère s\u2019étend jusqu\u2019à l\u2019âge de vingt-cinq ans et même plus tard.Cet apprentissage doit cependant s\u2019appuyer sur trois conditions.La première est une maîtrise de qualité de la langue maternelle.Il s\u2019agit d\u2019une condition pédagogique essentielle.D\u2019ailleurs, le document le reconnaît puisqu\u2019il affirme que: «l\u2019apprentissage de la langue maternelle est littéralement la clé de tous les autres apprentissages» (p.13).Deuxièmement, le statut sociologique de la langue maternelle doit constituer un véritable pôle d\u2019attraction et il ne doit surtout pas être menacé par le statut de la langue étrangère.Peut-être conviendrait-il mieux d\u2019utiliser l\u2019expression «langue étrangère», qui correspond à l\u2019usage français courant, au lieu de «langue seconde» qui est un calque de l\u2019anglais.365 Troisièmement, il faut prendre en compte que sur le plan psycholinguistique, l\u2019identification à un groupe culturel, même si elle peut commencer à s\u2019opérer dès l\u2019âge de huit ans dans un milieu linguistique et culturel normal, risque d\u2019être hasardeuse dans une situation confuse et fragile comme la nôtre et de s\u2019opérer bien plus tard, plus spécifiquement vers l\u2019âge de 12 ou 13 ans, à la période de la propension au gang.En ce sens, il faut éviter que l\u2019apprentissage trop précoce d\u2019une langue étrangère de prestige ne défavorise l\u2019adhésion au groupe culturel de base et à la langue qui le caractérise quand ce groupe et cette langue sont en situation de vulnérabilité.Considérons une deuxième idée reçue: La qualité de la langue parlée est bonne En ce qui concerne la qualité du français langue maternelle, le document pose comme jugement: «.bon pour la langue orale, faible pour la langue écrite» et on peut encore y lire: «On observe généralement, chez les jeunes, un bon degré d\u2019aisance et de spontanéité dans l\u2019expression orale.Mais, les parents, les employeurs et les journaux ne cessent de dénoncer leur faible maîtrise du français écrit.» (p.9).Nous ne sommes pas d\u2019accord avec cette assertion.La qualité de la langue parlée dans les écoles du Québec est faible comme elle l\u2019est sur l\u2019ensemble du territoire.Plus même, nous affirmons qu\u2019il n\u2019y a jamais eu d\u2019enseignement systématique et méthodologique soutenu de l\u2019oral dans les classes du Québec.Il ne faut pas confondre le véritable enseignement de l\u2019oral avec de petites improvisations devant la classe ou la lecture à haute voix du vendredi.Seules quelques centaines d\u2019enseignants avant-gar-distes ont abordé avec leurs élèves la grammaire de l\u2019oral, tant dans sa morphologie que dans sa syntaxe, et ont utilisé des approches évaluatives qui respectent minimalement les règles de la docimologie.La qualité de la langue parlée dans les écoles Québec est faible.366 «Aisance et spontanéité» disions-nous.D\u2019aucuns confondent justement «aisance et spontanéité» avec qualité.Ils prennent l\u2019emballage pour le produit.La langue des médias électroniques s\u2019est détériorée de façon notable depuis une dizaine d\u2019années.La langue de la publicité est souvent volontairement relâchée.Elle véhicule, et partant enseigne, des erreurs de vocabulaire et de construction.La langue des jeunes comédiens et comédiennes est farcie d\u2019anglicismes et d\u2019erreurs de structure.La langue du merveilleux monde du sport est terriblement mise en échec.La langue des artisans de la radio et de la télévision et celle des musiciens populaires est aussi parsemée de mots anglais.Ils se donnent le eue, prennent le lead, se donnent du back up, des tunes et des show.Et qu\u2019en est-il de la langue de monsieur Tout-le-monde?Elle est aussi articulée et étoffée que la sulfureuse langue québécoise de l\u2019humour.Comment les auteurs du document peuvent-ils affirmer à la page 13: «C\u2019est pourquoi les parents et toute la population suivent de près la qualité de l\u2019enseignement du français, langue maternelle.»?Quant au français écrit, les verdicts et les autoflagellations ne manquent pas.La qualité du français écrit au Québec nous inquiète, mais dans la même mesure et pour les mêmes raisons que le français oral.Nombreuses sont les personnes qui confondent le piteux état de l\u2019orthographe avec la qualité générale de la maîtrise de la langue.Il faut éviter que l\u2019apprentissage trop précoce d\u2019une langue étrangère de prestige ne défavorise l'adhésion au groupe culturel de base.Il y a de sérieux problèmes de maîtrise de langue au Québec et notre situation géographique et historique particulière sur le continent justifie des interventions étatiques sur lesquelles le document ministériel reste muet.On nous propose un retour à l\u2019écrit alors que les enseignantes et les enseignants ne l\u2019ont jamais vraiment quitté et alors qu\u2019ils l\u2019ont même remis à l\u2019honneur depuis quatre ou cinq ans.On nous propose un émondage des programmes.Soit! Mais nous avons l\u2019impression que l\u2019émondage a eu lieu depuis long- 367 temps dans les classes.Il faut donc chercher ailleurs les causes de la faiblesse de l\u2019écrit.Les auteurs de «Faire avancer l\u2019école» ne peuvent ignorer que les enseignantes et les enseignants ne suivent généralement pas les programmes.Aussi, les auteurs semblent avoir plus d\u2019imagination et de créativité pour le projet de renouvellement de l\u2019enseignement de l\u2019anglais car ils proposent une panoplie de régimes, qui contraste avec leur mutisme quand il s\u2019agit du français.On ne parle pas de la fonction de lire dont la nécessité fonctionnelle augmente dans la société et qui est indissociable de la maîtrise de l\u2019écrit.On ne parle pas de la lecture qui est bonne garante de la maîtrise grammaticale et qui est indissociable de la maîtrise de l\u2019écrit.On ne parle pas de la bibliothèque et de son rôle majeur alors que les Québécois francophones sont reconnus pour être ceux qui lisent le moins au Canada.Considérons une troisième idée reçue: Il faut parler anglais pour vivre au Québec Tout le projet de renouvellement de l\u2019enseignement de l\u2019anglais préconisé par le document tend à accréditer le vieux réflexe de colonisé selon lequel les vrais bons emplois se trouvent du côté des anglophones.Sans ignorer que certaines fonctions nécessitent la connaissance d\u2019une ou de plusieurs langues étrangères reconnaissons pourtant que près de 70% des travailleurs québécois gagnent leur vie presque exclusivement en français.Il reste bien ici et là quelques poches de résistance illégales qu\u2019un gouvernement complaisant tolère silencieusement.Sauf cette réserve, la situation d\u2019ensemble constitue un progrès par rapport aux années 60.Il faut maintenant la protéger, la consolider et la faire progresser.Toutes les activités de notre société francophone doivent converger vers la création d\u2019un pôle d\u2019attraction linguistique très fort.Il faut que ce soit rentable culturellement, sociologiquement et Le projet tend à accréditer le vieux réflexe de colonisé seh lequel les vrais bons emplois se trouvent du côté des anglophones.368 économiquement de vivre en français au Québec.A cause de la précarité de notre situation, il faut toujours rester d\u2019une très grande vigilance et ce, sur tous les fronts.Considérons une quatrième idée reçue: L\u2019immersion est le régime le plus efficace pour apprendre une langue étrangère.Les gens disent généralement: «Si tu veux apprendre l\u2019espagnol, va en Espagne».On comprend que nécessité fait loi et que le fait d\u2019être phonétiquement immergé motive au premier chef.La recherche la mieux documentée montre cependant que ce type de bain linguistique, efficace au tout début de l\u2019apprentissage, stagne très rapidement.Pour aller plus loin, il faut que l\u2019immersion dans une langue soit complétée par un enseignement systématique de cette langue.Compte tenu de ce qui vient d\u2019être énoncé, il faut douter profondément de l\u2019efficacité de l\u2019immersion proposée par le document, à savoir l\u2019enseignement en anglais d'une ou de plusieurs autres matières - maximum de 250 heures au deuxième cycle du cours primaire et maximum de 500 heures au cours secondaire -en sus du temps imparti par le régime pour l\u2019enseignement proprement dit de la langue seconde.Ce nouveau régime risque non seulement d\u2019être improductif, mais il est par nature carrément dangereux.H faut que ce soit heritable culturellement, sociologiquement et économiquement de vivre en français.En effet, il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une immersion vraie dans une culture autre, mais de l\u2019enseignement en anglais de matières de formation dans un contexte francophone.Ce pourrait être les mathématiques, les sciences.Or on sait que les matières ont une économie et la langue un génie.Imaginons alors nos élèves qui sortent du cours secondaire avec une tournure d\u2019esprit et un vocabulaire anglais pour leur vécu scientifique et mathématique.Imaginons en plus que cela se passe à Montréal où la force d\u2019attraction de l\u2019anglais est très forte.Imaginons encore que ces élèves soient des allophones de naissance, que leur maîtrise du français soit dou- 369 teuse et que nous leur offrons l\u2019enseignement de matières importantes dans une autre langue qui a beaucoup d\u2019attraits pour eux.Nous savons qu\u2019à Montréal, la population de langue maternelle française est en voie de minorisation rapide et que l\u2019avenir du français dépendra de notre capacité de franciser les allophones; nous savons, entre autres, selon une étude récente2 que les jeunes allophones inscrits à l\u2019école française passent les deux tiers du temps d\u2019écoute à la télévision anglaise; ils sont donc déjà en immersion anglaise.Ils n\u2019ont certainement pas besoin qu\u2019on leur enseigne la géographie ou les mathématiques en anglais à l\u2019école française.Bref, il ne faut vraiment pas être sensible aux réalités montréalaises et aux aspects pédagogiques, sociologiques et psycholinguistiques de l\u2019apprentissage de la langue maternelle ou commune pour faire des propositions de cet ordre, à moins que l\u2019on ne désire rendre l\u2019école bilingue par la porte de service.Le document ministériel ne propose pas que l\u2019immersion mais aussi le régime ordinaire, le régime intensif et le régime à deux vitesses.C\u2019est obsessionnel! On veut tellement améliorer l\u2019apprentissage de la langue seconde qu\u2019on se voue à tous les diables.Ce sera un véritable fouillis dans les écoles du Québec.Si votre enfant fréquente une école voisine d\u2019une école anglaise, il apprendra un meilleur anglais.Si le hasard fait que le professeur de 5e année est parfaitement bilingue, on instaurera l\u2019immersion.Si l\u2019enseignant ne connaît pas l\u2019anglais, il fera jouer des cassettes.C\u2019est l\u2019instauration de l\u2019inégalité des chances dans l\u2019apprentissage de la langue seconde, un apprentissage qui sera tributaire des aléas géographiques, de la disponibilité des ressources humaines et du bon vouloir des décideurs et plus particulièrement des commissaires.2 Département des communications de l\u2019Université de Montréal, «Les adolescents montréalais et la télévision de langue française», 1992, p.84.L\u2019avenir du français dépendra de notre capo cité de franciser les alh phones.370 xi recherche a démontré que l\u2019éparpillement sur huit années de cours est le régime le moins efficace pour enseigner une langue étrangère.Quant au régime ordinaire qui est actuellement en vigueur, il n\u2019est pas suivi au cours primaire parce que les maîtres ne maîtrisent pas l\u2019anglais.La réponse du document à ce problème est de trois ordres.Premièrement, inscrire dans le régime qu\u2019il s\u2019agit «d\u2019un temps minimal garanti», deuxièmement, préparer un plan de perfectionnement pour les maîtres en exercice et, troisièmement, attendre les nouvelles enseignantes et les nouveaux enseignants au sortir des facultés.Or, écrire des garanties dans le régime ne garantit justement rien.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un manque de bonne volonté, il s\u2019agit de méconnaissance.Il ne faut pas perfectionner les maîtres, ils connaissent les méthodologies, mais il faut leur enseigner l\u2019anglais.Il y a quelques années, la CECM a investi beaucoup de temps et d\u2019argent dans une telle entreprise de recyclage.Les résultats ont été à peu près nuis à cause des clauses de sécurité d\u2019emploi et d\u2019affectation des enseignantes et des enseignants.Le gouvernement ne devrait tout simplement pas investir dans l\u2019enseignement d\u2019une deuxième langue au cours primaire puisque la recherche a démontré que l\u2019éparpillement sur huit années de cours est le régime le moins efficace pour enseigner une langue étrangère.Line recherche longitudinale britannique, qui porte sur dix années d\u2019observation, a comparé les résultats de groupes d\u2019élèves qui avaient étudié la langue étrangère, tant au cours primaire qu\u2019au cours secondaire, avec les résultats de groupes qui ne l\u2019avaient étudiée qu'au cours secondaire.Les résultats de ces derniers étaient toujours aussi bons que ceux des premiers.Cette recherche démontre donc que la façon la plus économique et la plus pédagogiquement rentable d\u2019apprendre une langue étrangère c\u2019est de le faire au cours du secondaire.Or, comme le document ministériel propose une fin strictement utilitaire à l\u2019apprentissage de l\u2019anglais langue seconde, il est on ne peut plus logique que cet enseignement soit donné exclusivement au cours secondaire, et même au second cycle 371 du cours secondaire, de façon intensive et économique, c\u2019est-à-dire au moment le plus rapproché de l\u2019utilisation réelle de cette langue.Il va sans dire qu\u2019on aura alors recours à des maîtres habiles et compétents.En bref, le document ministériel nous laisse profondément sur notre appétit.Il veut tellement se modeler sur les courants populaires qu\u2019il en devient simpliste.Il veut tellement les contenter tous qu\u2019il perd toute direction.Trente ans après le Rapport Parent, là où il faudrait une véritable réforme, nous n\u2019avons droit qu\u2019à une courtepointe que l\u2019on coud à la petite semaine au gré des retailles des tissus à la mode.Ne s\u2019agit-il que d\u2019une cheville dans le dernier trou d\u2019une rénovation pédagogique d\u2019ensemble du système scolaire entreprise à l\u2019envers?Que d\u2019une séduction pré-électorale?Considérant la totale absence de vrais moyens concrets et le recours fréquent à la pensée magique dans ce document, comme s\u2019il suffisait de dire et d\u2019écrire les choses pour qu\u2019elles se fassent, il serait loisible de le croire.Nos propositions sur les langues Il nous semble nécessaire de faire certaines propositions concernant la langue.Elles sont issues de l\u2019analyse que nous faisons de la situation à Montréal et au Québec.Le milieu du grand Montréal est particulièrement fragile sur le plan linguistique à cause de sa très grande diversité ethnique et du déficit culturel d\u2019un grand nombre d\u2019enfants, d\u2019autant plus que l\u2019on constate l\u2019absence de politiques adéquates de soutien.L\u2019immersion Les dangers pédagogiques, sociolinguistiques et psycholinguistiques du modèle d\u2019immersion proposé risque de pousser les jeunes, et particulièrement les jeunes allo-phones, vers le pôle d\u2019attraction de l\u2019anglais en provoquant l\u2019interférence linguistique et cultu- Des recherches effectuées en Grande-Bretagne nous démontrent qu\u2019il n'y a pas de hâte à enseigner une langue étrangère.372 'ous proposons d\u2019abolir l\u2019enseignement de l'anglais au cours primaire dans les écoles françaises.relie et en jetant la confusion dans le processus d\u2019identification culturelle.Nous sommes convaincus qu\u2019il existe une façon plus rapide, plus efficace et plus économique que l\u2019immersion proposée pour enseigner une langue étrangère, d\u2019autant plus que l\u2019apprentissage de l\u2019anglais vise chez nous une connaissance pratique et fonctionnelle.Nous rejetons totalement l\u2019enseignement de l\u2019anglais par immersion, c\u2019est-à-dire l\u2019enseignement de toute autre matière que l\u2019anglais en anglais.Le document laisse entendre que l\u2019immersion en anglais pourrait relever des commissions scolaires.Nous refusons que ce procédé soit «balayé dans la cour des commissions scolaires», ceci étant un arbitrage qui revient de droit au ministère de l\u2019Éducation.Les commissions scolaires pourraient se retrouver exposées aux groupes militants et à des conflits internes nuisibles.Il pourrait également se développer, entre les commissions scolaires, une concurrence malsaine pour s\u2019attacher des clientèles au détriment des élèves et de l\u2019éducation.Enseignement de l\u2019anglais, langue seconde Nous avons vu également que des recherches effectuées en Grande-Bretagne nous démontrent qu\u2019il n\u2019y a pas de hâte à enseigner une langue étrangère.Dans la situation spécifique du Québec, il peut être néfaste sur le plan sociologique et sur le plan psycholinguistique de procéder à un enseignement précoce de l\u2019anglais langue seconde.Le manque évident de ressources humaines compétentes pour l\u2019enseignement de l\u2019anglais langue seconde dans les écoles françaises au cours primaire et la difficulté majeure de gérer les différents aspects du dossier de la préparation des enseignantes et enseignants nous inquiètent.Nous proposons d\u2019abolir l\u2019enseignement de l\u2019anglais au cours primaire dans les écoles françaises et de reporter l\u2019apprentissage de l\u2019anglais au cours secondaire qui devra être confié à des maîtres spécialisés, compétents et habiles.373 L\u2019enseignement du français, langue officielle Nos écoles doivent prendre tous les moyens pédagogiques souhaitables pour assurer un enseignement de très grande qualité de la langue maternelle, la maîtrise de la langue française étant généralement faible au Québec.Le statut du français, langue maternelle, souffre d\u2019ailleurs d\u2019une énorme compétition à cause de notre situation géographique et historique.Le milieu métropolitain est particulièrement fragile sur le plan linguistique par sa très grande diversité ethnique et par le manque de fermeté des politiques de soutien du français langue officielle.On pourrait même ajouter que l\u2019évolution démographique du Grand Montréal y mettra en péril le statut de majorité des francophones si des mesures sérieuses et soutenues n y sont strictement appliquées en faveur de la francisation des immigrants.La qualité du français Le Québec a clairement opté pour que les activités professionnelles s\u2019exercent en français au Québec.II est nécessaire d\u2019augmenter le temps d\u2019enseignement du français langue commune au cours primaire et au cours secondaire.Le cours primaire pourra bénéficier des plages horaires dégagées par le report au cours secondaire de l\u2019enseignement de l\u2019anglais.Nous croyons qu\u2019il faut viser l\u2019apprentissage usuel de la grammaire, dans l\u2019enseignement du français écrit, sans pour autant minimiser la pratique systématique de l\u2019oral.Il sera nécessaire, lorsque nous aurons réalisé que la qualité du français écrit et parlé est la responsabilité et le devoir non seulement de l\u2019école, mais aussi des autorités et décideurs à tous les niveaux ainsi que de la société tout entière, de dégager des budgets pour enrichir les bibliothèques scolaires et faire la promotion de la lecture.Il faudrait peut-être inviter les institutions en général et les médias en particulier à promouvoir la correction, la propriété, la clarté, bref la «qualité totale» de la langue, et non seulement l\u2019appren- II est nécessaire d\u2019aug menter le temps d\u2019enst gnement du français langue commune au cours primaire et au cours secondaire.374 Comment forger l'iden-\\é d'un peuple sans une connaissance, une fréquentation tant soit peu sérieuse de l\u2019histoire?tissage orthographique par la dictée, qui conserve toujours une valeur symbolique exagérée.On peut penser d\u2019ailleurs qu\u2019il serait pertinent d\u2019offrir aux jeunes du deuxième cycle du cours primaire la lecture de textes relatant des faits historiques.Il serait également utile d\u2019exercer les élèves à la lecture et à l\u2019analyse de textes de qualité en leur faisant découvrir les résonances sociologiques, historiques et psychologiques de ces textes.Nous ne pouvons passer sous silence que la tâche du professeur de français au cours secondaire est très lourde et que cela nuit à l\u2019efficacité de l\u2019enseignement.Il faudrait donc inclure dans le calcul de la tâche du professeur la partie du temps de préparation et de correction.L\u2019apprentissage de la langue est d\u2019abord la responsabilité du titulaire ou du spécialiste mais il est aussi celui de l\u2019ensemble de l\u2019équipe/école.Il serait nécessaire d\u2019imputer à toutes les enseignantes et à tous les enseignants de l\u2019école la responsabilité de l\u2019apprentissage de la langue maternelle par les jeunes.La formation de base et l\u2019enseignement de l\u2019histoire Le document ministériel ici a peu de chances d\u2019y faire avancer la connaissance de l\u2019histoire.Sans doute reconnaît-il l\u2019histoire comme «élément essentiel» de l\u2019éducation, qui consiste, entre autres, et nous citons «à sortir l\u2019élève de lui-même pour l\u2019initier au fonds culturel commun de son peuple et de l\u2019humanité entière.».Mais qu\u2019en est-il dans les faits?Au cours primaire, c\u2019est le statu quo, c\u2019est-à-dire presque rien, sinon rien en pratique.Au secondaire, un seul cours en 2e année pour toute l\u2019histoire uni-verselle(l) et un cours d\u2019histoire du Québec et du Canada en 4e année.C\u2019est nettement insuffisant.On est bien loin en tout cas de la «vaste culture» dont le document ministériel (voir en p.6) prétend, sans craindre le ridicule, pourvoir les élèves du primaire et du secondaire.En his- 375 toire, nos écoles continueront de produire des ignares.Cette lacune dans la formation de nos jeunes est extrêmement grave et nous la dénonçons avec force.Où vont-ils dans ces conditions retrouver leurs racines culturelles, qu\u2019elles soient françaises, ou européennes, ou américaines, ou autres?Comment définir et nourrir une culture, comment forger l\u2019identité d\u2019un peuple sans une connaissance, une fréquentation tant soit peu sérieuse de l\u2019histoire?Comment ne pas reconnaître le rôle essentiel et indispensable de l\u2019histoire dans la formation de l\u2019identité des individus et des collectivités?Le peuple québécois est appelé en outre à une présence de plus en plus grande et à une action de plus en plus considérable sur la scène internationale.Ses écoles doivent en conséquence dispenser le meilleur enseignement possible, infiniment meilleur qu\u2019aujourd\u2019hui en tout cas, de l\u2019histoire et de la géographie.Un enseignement véritable de l\u2019histoire devrait commencer au plus tard au second cycle du cours primaire par la connaissance des faits historiques, en particulier ceux de l\u2019histoire nationale.Il devrait être augmenté de façon significative au cours secondaire et être obligatoire pour tous.L\u2019importance de l\u2019histoire dans la formation du sens civique et du sens démocratique est indéniable.L\u2019enseignement de l\u2019histoire constitue d\u2019ailleurs un facteur d\u2019intégration des immigrants, elle-même garante de l\u2019harmonie sociale.La formation de base et l\u2019organisation pédagogique Nous ne ferons pas l\u2019analyse du document au chapitre de la formation de base et de l\u2019organisation pédagogique.Nous nous limiterons à émettre quelques points de vue, à soulever quelques questions et à exprimer surtout certaines inquiétudes.L\u2019importance de l'histoire dans la formation du sens civique et du sens démocratique est indéniable.376 Il n\u2019est pas question d\u2019élèves en difficulté dans ce document.Dans l\u2019esprit du ministère, la question est-elle réglée?Nous entendons pourtant encore parler de problèmes d\u2019intégration dans les classes.Et de manque de ressources.N\u2019y a-t-il plus d\u2019immigrants à Montréal?S\u2019il y a un consensus à peu près général, un consensus qui rallie les parents et les pédagogues avertis, c\u2019est la nécessité de l\u2019augmentation du temps de classe.Le document est silencieux sur ce point.Ce silence nous intrigue et nous inquiète.Il nous semble également que beaucoup de gens soient favorables à l\u2019instauration de périodes d\u2019études obligatoires après la classe.Compte tenu de la nécessité d\u2019un bon suivi pédagogique pour assurer les apprentissages, compte tenu du nombre important de familles à parent unique et compte tenu aussi du fait que souvent les deux parents travaillent à l\u2019extérieur du foyer, cette mesure ne serait-elle pas souhaitable?Comme témoins et aussi comme consommateurs d\u2019éducation, nous croyons que l\u2019encadrement du 1C[ cycle du secondaire par le titulaire fait l\u2019objet d\u2019un très large consensus.Nous craignons que la formule du tutorat ne vienne contaminer cette idée.Une des voies privilégiées par le document pour faire avancer l\u2019école, c\u2019est de donner plus d\u2019autonomie aux enseignantes et enseignants dans leur classe.Soit encore! Mais nous sommes en même temps très inquiets que l\u2019imputabilité soit à l\u2019étude pour encore probablement très longtemps.lous sommes à définir u nouvel ordre social et 'anomique.Nous conclurons en disant que le document ministériel prend nommément partie pour l\u2019école de la scolarisation, celle qu\u2019il est convenu d\u2019appeler des acquis de connaissances par rapport à celle basée sur les apprentissages.C\u2019est l\u2019école de la «diplômation».C\u2019est l\u2019école des administrations comptables.«Conduire 80 p.100 des jeunes à l\u2019obtention d\u2019un diplôme 377 d\u2019études secondaires en 1996-1997».Mais à l\u2019obtention de quel diplôme?On ne connaît pas sa vraie valeur puisqu\u2019on n\u2019a pas encore statué sur «le profil de sortie» de l\u2019enseignement général et que l\u2019on ne sait quoi englober dans la formation professionnelle.Nous le répétons, l\u2019avenir d\u2019un peuple ne se construit pas à la sauvette.L\u2019équilibre mondial est bouleversé.Les secousses sociales sont multiples et continues.Nous sommes à définir un nouvel ordre social et économique.Cela nécessite plus qu\u2019une «réformette» cosmétique; cela nécessite une réforme en profondeur qui exige une large consultation d\u2019une durée de plusieurs mois et non de quelques semaines.Il faut faire plus que rassurer les conservateurs inquiets.Mettons notre peuple à la réflexion.?Bibliographie Billy, L., Labelle, S., Duplantie, N., Comtois, L., et Charbonneau, D., Rapport d'une évaluation post-factum en éducation bilingue, 1977-1978, t.I et IV, Commission scolaire des Mille-Iles, Laval.Bessette, E., Bibeau, G., Compte rendu Pour une politique cohérente de l\u2019enseignement des langues secondes, Le Devoir, Montréal, le 10 novembre 1980.Bibeau, G., L\u2019apprentissage précoce des langues secondes: état de la question.I et II, Québec français, nos 30 et 31.Bibeau, G.L\u2019éducation bilingue en Amérique du Nord, Guérin, Montréal, 1982.Burstall, C., Jamieson, M., Cohen, S., et Hargreaves, M., Primary French in the Balance, Windsor (G.B.), NFER, 1974.Burstall, C., French in the Primary School, The British experiment, Revue canadienne des langues vivantes, no 31, 1975.Paulston, C.B., Bilingual Education: Theories and issues, Rowley (Mass.), Newsbury House, 1980 Un enseignement véritable de l'histoire devrait commencer au plus tard au second cycle du cours primain 378 La littérature québécoise au cégep Paul-Émile ROY ?Au moment où j\u2019écris ces lignes, au début de janvier 1994, il n\u2019est pas possible de se faire une idée exacte de ce que seront les cours de français au cégep quand la réforme en cours sera complétée.Je ne m\u2019attarde ici qu\u2019à un point, la place de la littérature québécoise dans ce réaménagement du programme d\u2019enseignement.Je ne suis pas loin de penser que la nouvelle réforme rend l\u2019enseignement de la littérature québécoise facultatif, ou du moins ne lui donne qu\u2019un statut subsidiaire.On peut imaginer qu\u2019un professeur organiserait son cours en faisant abstraction de la littérature québécoise sans pour autant déroger vraiment au programme qui lui sera imposé.La place qui est faite à la littérature québécoise semble ici surérogatoire, une espèce de concession aux revendications des tenants de la spécificité québécoise.Qu\u2019on ne pense surtout pas que je plaide pour un repli sur le Québec et que je boude la littérature française et la culture universelle.Je pense au contraire que nous avons tout intérêt à nous ouvrir à la culture universelle et à rester solidaires de la culture française et francophone.Et je suis persuadé, tout comme Jean-Marc Léger qui le rappelait récemment, que la langue française est notre voie d\u2019accès à l\u2019universel.Le Québec y perdrait à prendre ses dis- 379 tances par rapport à la culture et la littérature françaises.Il perdrait à s\u2019imaginer qu\u2019il va inventer une langue québécoise indépendante de la langue française.Au lieu de s\u2019isoler, il doit plutôt se rattacher à la littérature et à la culture françaises et faire de la langue française la sienne.La grille des cours proposée Mais il s\u2019agit ici d\u2019un cours de français de deux ans, quatre sessions, au cégep.Dans les documents dont je dispose, on ne parle que des cours des trois premières sessions.Des rumeurs voudraient que le quatrième cours en soit un de «service», c\u2019est-à-dire adapté aux pratiques linguistiques des différentes spécialisations.Je n\u2019insiste pas, car je ne peux imaginer qu\u2019on tombe dans une telle aberration.Vous voyez cela: le professeur d\u2019une spécialité enseignerait sa matière, mais il reviendrait au professeur de français d\u2019apprendre aux étudiants la langue de cette spécialité! J\u2019aime mieux croire que cette rumeur est fausse.Il reste que l\u2019on propose une série organisée pour les trois premiers cours et que la grille s\u2019arrête là pour le moment.Que sera le quatrième cours?La grille des trois premiers cours est construite sur les grands courants littéraires français auxquels sont intégrés quelques éléments de la littérature québécoise.Cela me semble extrêmement confus, emphatique, mais surtout, réducteur.On ne tente pas de saisir la littérature québécoise dans son déploiement propre, on l\u2019utilise à la pièce pour compléter une grille.On lui fait faire du remplissage.Je comprendrais très bien que les deux premiers cours de français au cégep soient consacrés à l\u2019étude de la littérature française et des littératures francophones autres que québécoises.Il s\u2019agirait de donner une vue d\u2019ensemble de cette matière, de dégager les caractéristiques des grandes périodes: Moyen Âge, Renaissance, classicisme, etc., d\u2019étudier quelques textes.Cela tout en effectuant un ajus- La langue des Québécois est le français, mais la littérature des Québécoi est la littérature québécoise.380 tement des connaissances grammaticales, en améliorant la pratique de l\u2019écriture, de la lecture, etc.La littérature française est à l\u2019origine de la nôtre et elle ne cesse de l\u2019influencer tout au long de son développement.Aussi doit-elle jouer un rôle important dans la formation de nos jeunes.Pourtant, la littérature française n\u2019est pas la littérature québécoise, et quand il s\u2019agit d\u2019un programme pédagogique, il faut accorder à la littérature québécoise un traitement particulier parce qu\u2019elle est «notre» littérature.C\u2019est pourquoi je verrais très bien que les deux derniers cours soient consacrés à l\u2019étude de la littérature québécoise.La littérature nationale La langue des Québécois est le français, mais la littérature des Québécois est la littérature québécoise.Malgré tout l\u2019attachement que nous pouvons avoir pour la littérature française, nous devons admettre qu\u2019elle n\u2019est pas notre littérature nationale.Elle ne rend pas compte de notre aventure en Amérique du nord, de notre enracinement dans le temps et l\u2019espace américains.La littérature québécoise traduit une expérience différente de celle de la France.Cette histoire faite de mythes, d\u2019utopies, de rêves, de déceptions, d\u2019enthousiasmes, de frustrations que vient d\u2019esquisser Fernand Dumont dans Genèse de la société québécoise, ce n\u2019est pas la littérature française mais la littérature québécoise qui en rend compte et qui peut nous permettre de l\u2019assumer.La littérature nationale n\u2019entre pas dans la problématique du projet de réforme de l\u2019enseignement au cégep.Les œuvres littéraires ici n\u2019existent pas pour elles-mêmes.Elles viennent illustrer des théories, alimenter la réflexion sur des «notions» de linguistique ou d\u2019esthétique.On pourrait aussi bien choisir des œuvres chinoises ou péruviennes sans que la démarche en soit affectée.Or quand il s\u2019agit de préciser la place de l\u2019enseignement de la langue et de la littérature 381 dans une perspective pédagogique, il faut d\u2019abord assurer la connaissance de la littérature nationale.Peut-on imaginer que les Anglais établissent un programme de cours d\u2019anglais au niveau collégial en ignorant Chaucer, Shakespeare, Keats, Tennyson, Dickens, etc.?Peut-on imaginer que les Américains n\u2019enseigneraient, dans les cours correspondants, que des auteurs anglais parmi lesquels seraient intercalés quelques auteurs américains?Tous les pays savent que l\u2019étude de la littérature nationale est un des éléments de toute éducation un peu évoluée.C\u2019est elle qui permet de développer le sentiment d\u2019appartenance nationale, de susciter la conscience historique.C\u2019est sur cette base que s\u2019appuie l\u2019ouverture aux autres cultures et aux autres littératures.Si la réforme était une réforme Dans cette perspective, il ne suffit donc pas, à l\u2019intérieur d\u2019une démarche portant sur les grands moments de la littérature française, de soumettre quelques œuvres québécoises à des grilles critiques modernes: sémiologique, linguistique, sociologique, structuraliste, formaliste ou autre.Il s\u2019agit plutôt de voir la littérature dans son développement, dans sa continuité, depuis ses racines dans la littérature française et ses premières tentatives de dire ce pays jusqu\u2019au foisonnement actuel des formes créatrices.Il me semble qu\u2019il ne serait pas exagéré que de jeunes Québécois scolarisés consacrent quelques heures par semaine, pendant un an, à l\u2019étude de leur littérature.Les jeunes Québécois de souche découvriraient la courbe de leur devenir, l\u2019origine du mouvement de civilisation qui les a portés jusque dans le présent, l\u2019imaginaire de la communauté dont ils font partie.Les Néo-Québécois s\u2019ouvriraient tout naturellement à la société qui les accueille et pourraient ainsi s\u2019y intégrer plus facilement.Si la réforme instaurait une démarche comme celle-là, il faudrait offrir des instru- II s'agit plutôt de voir h littérature dans son développement, dans sa continuité, depuis ses racines dans la littérature française.382 merits pédagogiques précis de façon à lui assurer toutes les chances de réussite.Tout d\u2019abord, un manuel simple et illustré, répartissant toute la matière sur deux sessions.De plus, un recueil de textes limités mais judicieusement choisis parmi les tout premiers écrits français en Amérique jusqu\u2019à ceux d\u2019aujourd\u2019hui.Il me semble inacceptable que l\u2019on oublie complètement, dans la formation de nos jeunes, l\u2019étude des premiers textes français écrits en Amérique.Je me permets de citer quelques lignes de Fernand Dumont qui pourraient fonder la démarche que je décris ici: «Ne serait-ce pas avant tout la poésie qui garde vivante la présence de l\u2019origine?La redécouverte contemporaine des écrits de la Nouvelle-France a restitué la fraîcheur des commencements, le neuf émerveillement de la reconnaissance du territoire.Les récits de Cartier, de Champlain, de Sagard, les Relations» des Jésuites ne sont pas d\u2019abord des documents historiques, mais le premier langage français qui nomma ce pays (Genèse de la société québécoise, p.58).Ce recueil pourrait aussi contenir quelques textes du XIXe et du Il me semble inacceptable que l'on oublie complètement, dans la normation de nos jeunes, l\u2019étude des premiers textes français écrits en Amérique.XXe siècles.Il serait divisé en deux parties dont chacune correspondrait à une session.Le professeur ajouterait à cela deux ou trois œuvres marquantes de son choix.L\u2019utilisation d\u2019un manuel répond à plusieurs fins.Il permet à l\u2019élève de se retrouver dans ses études, de replacer un auteur dans son époque, dans son contexte.On ne peut en une année étudier toutes les œuvres importantes.Le manuel fournit certaines données sur l\u2019ensemble de la littérature, les courants d\u2019idées, les regroupements ou écoles d\u2019écrivains.L\u2019enseignement est actuellement éclaté, laissé en grande partie à la fantaisie des enseignants qui, d\u2019un cours à l\u2019autre, bien souvent se répètent ou se contredisent.Un manuel permettrait de réaliser une démarche un peu plus suivie, et surtout de combler des vides qui sont absolument inacceptables.La très grande majorité des étudiants qui sortent du cégep actuellement ne connaissent rien des mouvements 383 d\u2019idées qui ont secoué notre société au XIXe siècle.Ils ne savent pas ce qu\u2019a été la Révolution tranquille et les transformations culturelles, sociales, religieuses qu\u2019elle a provoquées dans la société québécoise.Ils ne savent pas qui sont François-Xavier Garneau, Lionel Groulx, Alain Grandbois, Germaine Guèvremont, Jean LeMoyne, Gilles Marcotte, Pierre Vadeboncœur, Michel Brunet, Maurice Séguin, Marcel Trudel, et on pourrait allonger la liste.Un cours de littérature nationale doit faire état de ceux qui ont participé d\u2019une manière ou d'une autre à la vie littéraire et intellectuelle du pays, qui ont contribué à préciser notre physionomie collective.On ne peut atteindre cet objectif sans recourir à un bon manuel qui présente les connaissances dans une vue d\u2019ensemble ordonnée et à un recueil de textes qui permettent de s\u2019ouvrir à la pensée créatrice qui s\u2019est exprimée sous les formes les plus variées.J\u2019avais espéré que la réforme des cégeps axerait l\u2019enseignement du français sur la démarche et les grandes œuvres de la littérature nationale.Il semble que ce sera pour la prochaine fois.O Un cours de littérature nationale doit faire état de ceux qui ont participi à la vie littéraire et intellectuelle du pays.384 SUR LA COLLINE PARLEMENTAIRE La caisse de résonance Depuis sa naissance, le mouvement souverainiste a toujours compté sur le débat public et l\u2019intelligence des Québécois pour faire avancer le projet de libération nationale.La conquête de l\u2019indépendance est donc au Québec un processus pédagogique dont le succès repose sur la capacité d\u2019accéder aux tribunes politiques.À cet égard, la faiblesse du mouvement souverainiste a été jusqu\u2019à présent l\u2019absence d\u2019un médium de masse qui serve de courroie de communication entre le mouvement et les citoyens et l\u2019absence de représentants de l\u2019option souverainiste sur la scène fédérale.Pendant deux décennies, les fédéralistes ont mobilisé toutes les ressources de l\u2019État fédéral pour vendre le Canada aux Québécois.Ils ont sans vergogne imposé la logique canadienne sur les ondes de Radio-Canada et ils se sont servis des fonds publics et de leur légitimité de représentants élus au parlement canadien pour bloquer le changement de statut politique du Québec.La bataille se faisait toujours à deux contre un, puisque les porte-parole souverainistes devaient affronter à la fois les fédéralistes du Parti libéral du Québec et ceux de tous les partis canadiens qu\u2019ils soient libéraux, conservateurs ou néo-démocrates.Depuis l\u2019échec référendaire de 1980, nous nous sommes employés à corriger cette faiblesse stratégique en soutenant la création d'un parti qui, sur la scène fédérale, puisse faire entendre la voix du Québec souverain.Les Québécois, après dix ans de tergiversations et un détour par le Parti conservateur ont donné une réalité politique à cette nécessité stratégique en élisant une forte majorité de députés souverainistes à Ottawa.385 L\u2019action du Bloc Depuis l\u2019ouverture des travaux de la Chambre des communes, nos attentes n\u2019ont pas été déçues.Le discours de Lucien Bouchard en réponse au discours du trône ainsi que les nombreuses interventions des députés du Bloc ont fait entendre clairement la voix du Québec.Ils ont donné l\u2019heure juste sur la volonté de changement politique du Québec.Ils ont réussi à imposer le thème de la souveraineté comme enjeu central du débat parlementaire.Le Parlement fédéral sert en quelque sorte de caisse de résonance qui fait entendre le discours souverainiste aux Québécois, aux Canadiens, mais aussi aux États-Unis et en Europe.C\u2019est un outil de communication indispensable pour le combat crucial qui s\u2019annonce.Le rôle du Bloc en est un d\u2019information et d\u2019enquête.Il sert de chien de garde des intérêts du Québec.Il a aussi la mission de surveiller et de contrôler les politiques du gouvernement libéral.Sur ce plan, la députation du Bloc s\u2019est montrée d\u2019une efficacité remarquable et d\u2019une pugnacité redoutable.Les questions posées en Chambre par le député Gauthier sur les incidents entre l\u2019armée et les Mohawks d'Oka ont mis en échec les tentatives de camouflage de Jean Chrétien et de son ministre de la défense et ont dévoilé la collusion entre les autorités fédérales, la GRC et les Autochtones.Déjouer les manœuvres Ces interventions sont essentielles pour assurer que le débat sur l\u2019avenir du Québec se fasse dans les meilleures conditions possibles et pour déjouer les manœuvres sournoises des adversaires de la souveraineté.Elles éclairent les Québécois sur l\u2019état d\u2019esprit des dirigeants canadiens envers le Québec.Elles démontent les tentatives de déstabilisation et de manipulation de l\u2019opinion publique auxquelles se livrent le gouvernement fédéral.Elles forcent de nombreux Québécois à se poser des questions sur le comportement des autorités fédérales qui appliquent la politique du deux poids deux mesures.Comment ne pas être interpellé comme citoyen lorsqu\u2019un gouvernement fait arrêter d\u2019honnêtes commerçants qui, pour protester contre l\u2019inaction gouvernementale, vendent illégalement des cigarettes, alors que ce même gouvernement ne fait rien pour empêcher les Autochtones de vendre au vu et au su de tous des cigarettes de contrebande dont les profits gigantesques servent par ailleurs à financer l\u2019achat d\u2019armes qui, elles, servent à chasser les militaires canadiens des réserves et à proclamer la souveraineté autochtone au bout du fusil?386 Pour cause d\u2019insurrection appréhendée en 1970, les libéraux n\u2019ont pas hésité à proclamer les mesures de guerre et à envoyer l\u2019armée terroriser le Québec.Comment alors expliquer que les mêmes libéraux prêchent l\u2019inaction alors qu il y a insurrection armée dans certaines réserves?Cette tolérance envers le pouvoir des armes n\u2019est-elle pas suspecte?Comment peut-on accepter que les contrebandiers fassent la loi et que l\u2019État ajuste ses politiques fiscales en fonction des prix pratiqués par les criminels?Décidément, l\u2019obsession de l\u2019unité nationale est en train de détraquer la démocratie canadienne.Dans ces conditions n\u2019est-il pas légitime de se demander à qui profite le pourrissement de la situation?Qui a intérêt à entretenir le plus longtemps possible une zone de tension au Québec?Le Bloc doit maintenir sa vigilance dans ce dossier.Nos porte-parole Dans les mois qui viennent, les députés du Bloc devront surveiller étroitement les manœuvres des libéraux fédéraux et provinciaux dans le dossier de la formation de la main-d\u2019œuvre.Ils auront aussi l\u2019occasion de pourfendre la nouvelle offensive centralisatrice qui s\u2019annonce avec le projet de réforme de la sécurité sociale où le gouvernement fédéral s\u2019apprête à faire main basse sur les compétences du Québec.Qui sont les députés du Bloc qui interviendront le plus souvent dans les débats parlementaires?Le chef du Bloc a procédé à la nomination des 33 porte-parole officiels de l\u2019opposition en Chambre.Pour occuper les fonctions les plus exposées, le chef du Bloc a désigné les députés qui avaient déjà acquis une certaine expérience parlementaire, c\u2019est le cas de Michel Gauthier député de Roberval qui est le leader de l\u2019Opposition et de Gilles Duceppe (Laurier-Ste-Marie) qui agira à titre de Whip du parti.Francine Lalonde (député de Mercier) s\u2019occupera des ressources humaines, Yvan Loubier (St-Hyacinthe-Bagot) surveillera les finances, Pierre Brien (Témiscamingue) a été affecté au revenu, Jean-Marc Jacob (Charlesbourg) à la défense, Jean-Guy Chrétien (Gaspé) à l\u2019environnement, Osvaldo Nunez (Bourassa) à l\u2019immigration, Pauline Picard (Drummond) à la santé, Yves Rocheleau (Trois-Rivières) à l\u2019industrie.Aucun député n\u2019a été assigné au dossier de la politique étrangère, le chef du Bloc se réservant ce domaine qui exige de l\u2019expérience et du doigté.Lucien Bouchard a une lourde tâche devant lui car il devra intervenir sur de nombreux fronts et affronter la hargne de toute la classe politique canadienne.Pour la plupart, les députés du Bloc n\u2019ont pas d\u2019expérience parlementaire de sorte que, dans les pre- 387 miers mois, ils devront se familiariser avec le fonctionnement des institutions fédérales et assimiler les règles parlementaires.Mais le travail du député ne se fait pas qu\u2019à la Chambre des communes.Ils sont aussi appelés à participer aux comités permanents et législatifs créés par la Chambre pour étudier les projets de loi et contrôler l\u2019administration publique.Ce rôle est plus discret mais tout aussi important, car il permet de questionner le gouvernement et les fonctionnaires et d\u2019aller chercher des informations qui seront par la suite utilisées sur la place publique.L\u2019usage de l\u2019anglais Les députés du Bloc représentent l\u2019opposition du Québec au fédéralisme canadien et c\u2019est aux Québécois dont ils ont reçu leur mandat qu\u2019ils doivent s\u2019adresser en priorité.Pour cette raison, nous doutons de la pertinence de l\u2019usage de l\u2019anglais dans leurs interventions à la Chambre des communes.Ce faisant, ils légitiment en quelque sorte le bilinguisme canadien et envoient un signal ambiguë au reste du Canada et aux Québécois eux-mêmes.Us accréditent une conception aliénante du bilinguisme qui oblige le francophone à s\u2019exprimer en anglais sous le prétexte qu\u2019il se fera mieux comprendre des anglophones.Il est illusoire de penser que les députés du Bloc pourront de cette façon mieux communiquer avec les Canadiens afin de les sensibiliser au projet souverainiste, car de toutes façons leur message sera filtré par les médias anglophones qui tenteront de les marginaliser.Nous nous interrogeons sur le bien-fondé de cette attitude, car il est pour le moins paradoxal d\u2019entendre ceux qui parlent en notre nom parler dans une autre langue que la nôtre.?Denis Monière, politologue, Université de Montréal 388 À TRAVERS L\u2019ACTUALITÉ Rosaire Morin In memoriam Nos amis nous quittent les uns après les autres.Pour le moment, Dieu me prête vie pour souligner le départ de Gérard Parizeau et de Gilbert-A.Latour.M.Parizeau est décédé à l\u2019âge de 94 ans.Il a été le fondateur de plusieurs sociétés d\u2019assurances qui ont donné naissance à Sodarcan.Il était une personnalité connue à l\u2019échelle internationale.Il a enseigné aux Hautes Études Commerciales de 1928 à 1965.Il a écrit une dizaine d\u2019ouvrages dont plusieurs traitaient de la société cana-dienne-française au XIXe siècle.Membre de la Société royale du Canada, Chevalier de la Légion d\u2019honneur, Grand officier de l\u2019Ordre national du Québec, il a reçu des doctorats «honoris causa» des universités Laval, de Montréal et York.M.Gilbert Latour a quitté notre planète à l\u2019âge de 86 ans.Il a été le directeur général de la Chambre de commerce de Montréal pendant une trentaine d\u2019années.Il était l\u2019un des pivots de la lutte contre la centralisation des pouvoirs à Ottawa.Il avait obtenu de M.Duplessis la création de la Commission royale d\u2019enquête sur les problèmes constitutionnels.Aux États généraux du Canada français, il jouait le rôle de conseiller à la Commission technique et son expérience nous avait permis d\u2019éviter la pagaille délibérante.Aux deux familles, nous offrons nos sympathies et l\u2019union de prières.qui disparaît de plus en plus.L\u2019armée des Warriors Dans «Le Devoir» du 28 janvier, il est écrit qu\u2019un signal de détresse a été émis à partir d\u2019un bâtiment où était caché un avion possiblement utilisé par des contrebandiers.Le signal est capté par un avion de la Défense nationale dans le ciel de Kanesatake.L\u2019armée envoie des hélicoptères.Les deux appareils militaires sont 389 la cible d\u2019une soixantaine de tirs.Le pilote de l\u2019hélicoptère atterrit à Kanesatake pour voir s\u2019il est touché.Des autochtones l\u2019enjoignent de quitter les lieux.Des reportages télévisés, des journaux et des autochtones confirment les coups de feu.Si on avait tiré sur l\u2019armée à Toronto ou à Vancouver, la GRC et les Forces armées auraient été mobilisées.Mais au Québec, la conjoncture est différente.Il y aura bientôt un référendum.D\u2019un côté, on retrouve des personnes qui aspirent à la liberté et qui utilisent des méthodes démocratiques; dans l\u2019autre barricade, les fédéralistes regroupent onze gouvernements, de grandes entreprises et les Warriors.À l\u2019heure X, ce groupe, soudoyé par Ottawa, sera probablement le baril de poudre qui permettra à l\u2019armée d\u2019envahir le Québec.Ce jour-là, nous serons devant une insurrection préméditée; les gouvernements ne sont pas intervenus pour faire cesser une contrebande dont les profits arment les Warriors.Les contrebandiers autochtones, même s\u2019ils sont très minoritaires dans les réserves, déprécient la cause amérindienne.Les intellectuels commencent à peine à espérer une réconciliation avec les autochtones.Les sentiments de la population québécoise évoluaient dans le même sens.La «Commission royale sur les peuples autochtones», qui coûtera des millions de dollars, aurait pu trouver un climat favorable à leurs propositions.Mais l\u2019apartheid, dans lequel les chefs de bande maintiennent leur population, est en train de détruire les sentiments de sympathie qui commençaient à s\u2019exprimer.Aujourd\u2019hui, on est tenté de mettre dans le même sac les populations autochtones et les trafiquants.Il n\u2019est pas rare d\u2019entendre que deux légalités existent au Québec.De plus en plus, le système des réserves devient un véritable apartheid social et culturel.En Afrique du Sud, les Blancs opprimaient les populations visibles.Ici, les chefs de bandes empêchent les personnes autochtones d\u2019accéder à l\u2019égalité des droits et libertés.Sous le couvert de l\u2019autonomie, ils refusent l\u2019insertion des leurs dans les sociétés québécoise et canadienne.Us acceptent cependant les cinq milliards de dollars que les gouvernements leur versent annuellement.Au nom de la souveraineté autochtone, les chefs de bandes réclament jusqu\u2019à l\u2019impunité contre toute faute commise par un amérindien.La situation est tendue.Les gardes-côtes canadiens ne patrouillent plus de nuit les eaux de la contrebande; ils craignent les tirs sans avis.Les forces policières n\u2019arrêtent pas les contrebandiers à l\u2019intérieur des réserves; ils ont peur de l\u2019arsenal.La SQ et la GRC ne pénètrent pas sur la réserve d\u2019Akwesasne où dix morts violentes surviennent annuellement; les coupables demeurent impunis.Les chefs autochtones défient les gouvernements quotidiennement.Dans la controverse des cigarettes, le chef Jerry Peltier réclamait la 39» juridiction exclusive dans ses réserves et il ajoutait avec insolence: «Il y a eu beaucoup d\u2019aboiements de la part du premier ministre et de ses ministres.Avant de mordre, ils doivent discuter».Joe Norton, grand chef de la bande Kahnawake, affirmait: «Nous avons droit à une base économique, que ce soit par la vente de cigarettes, de chaussures ou de vêtements».Le 4 février, le chef de la réserve d\u2019Akwesasne, Mike Mitchell, déclarait que «tout corps policier canadien qui tenterait de pénétrer en territoire indien pour y faire respecter la loi serait accueilli par les armes.Il a même averti le gouvernement canadien de ne pas sous-estimer l\u2019arsenal militaire.«On va leur rappeler qu\u2019il existe encore beaucoup d\u2019armes à Akwesasne et que s\u2019ils tiennent à poser des actes violents, ils feront face également à des réactions hostiles».Pendant ce temps, le gouvernement patine, tergiverse.Après avoir affirmé que la GRC faisait son travail, le premier ministre Chrétien a fait valoir qu\u2019on ne pouvait agir sans la collaboration des provinces.Quelques heures plus tard, il déclarait que la loi était la même pour tous.Mme la vice-première ministre est venue soutenir que la contrebande n\u2019était pas le seul fait des autochtones.Et M.Chrétien de préciser «qu\u2019aucun territoire ou réserve indienne au Canada n\u2019est au-dessus des lois quant aux règles régissant le commerce des produits du tabac».Face à la gravité d\u2019un tissu social qui se désagrège, les «gens ordinaires» se demandent si nous avons un gouvernement à Ottawa, ayant acquis l\u2019assurance que nous n\u2019avons plus de gouvernement à Québec.Collenette patine Il fait froid.Trente degrés sous zéro.Le ministre de la Défense nationale, David Collenette, patine dans une assiette de porcelaine.On ne peut pas être plus menteur.Il faudrait «une boussole pour retrouver le nord dans les explications qu\u2019a égrenées de lundi à vendredi le ministre de la Défense nationale sur les mésaventures vécues par un équipage d\u2019hélicoptère, à Kanesatake, la semaine précédente.Lundi, le ministre Collenette livrait ainsi à la Chambre cette version des événements.«Il s\u2019est posé à Oka où les membres de l\u2019équipage ont dû faire face à des habitants de la réserve qui ont admis avoir tiré sur l\u2019hélicoptère et leur ont demandé de quitter le territoire.» A sa sortie des Communes, le même jour, le ministre en rajoutait.«Les Mohawks ont menacé les soldats» précisait-il, en expliquant qu\u2019ils avaient quitté les lieux «parce qu\u2019ils avaient peur».Selon les déclarations de M.Collenette, ce jour-là, la Sûreté du Québec enquêtait.391 Mais mardi, les choses s\u2019étaient passées différemment et le ministre n\u2019était plus tout à fait certain que la SQ faisait enquête.«Un individu s\u2019est approché de l\u2019équipage de l\u2019hélicoptère et l\u2019a informé que celui-ci était la cible de tir d\u2019armes à feu» déclarait en Chambre David Collenette.Ces commentaires étaient informatifs et non menaçants.» Mercredi, le ministre fédéral n\u2019était désormais plus certain que l\u2019incident était vraiment à l\u2019origine du départ des soldats de la réserve.Quant à la SQ, elle ne faisait définitivement pas enquête.«Comme ils s\u2019apprêtaient à repartir, un individu s\u2019est approché d\u2019eux et leur a dit que des coups de feu avaient été tirés.La SQ n\u2019a plus rien à faire dans cette affaire.», répondait-il aux questions du Bloc, qu\u2019il devait par ailleurs accuser le lendemain d\u2019attiser, avec ses interrogations, les tensions entre autochtones et Québécois pour promouvoir la souveraineté.» (La Presse, 29 janvier 1994, Gl) Et la télévision parlait de 60 coups de feu.Si les citoyens de Saint-Louis du Ha! Ha! avaient tiré sur un hélicoptère de l\u2019armée, qu\u2019aurait fait M.Collenette?.Le millionnaire Johnson Le premier ministre désigné, Daniel Johnson, a visité l\u2019Europe en passant par Davos, Paris et Londres.Il a reçu les honneurs militaires.Il a passé la moitié de son temps en réceptions et rencontres avec les grands de ce monde.Le voyage a coûté quelques millions de dollars pour annoncer des investissements déjà projetés.L\u2019investissement d\u2019Astra Pain Control de Suède a fait l\u2019objet en septembre dernier d\u2019un bail pour les nouvelles installations.La phase II du projet Ericsson était déjà connue depuis plus d\u2019un an.L\u2019entente entre Gaz de France et la Caisse de dépôt-Soquip est intervenue en novembre dernier.Contrairement à ce que disait ma mère, les politiciens sont capables de «faire du neuf avec du vieux».Notre premier ministre désigné s\u2019est aussi rendu coupable de bourdes impardonnables.A Paris, oubliant la mémoire de son père, Daniel a rejeté dans la fosse aux lions le «Vive le Québec libre!».Le 4 février, au 10 Downing Street, il a fait une déclaration anti-péquiste: «Faire sauter l\u2019union économique canadienne, comme le cherche le Parti québécois, serait une sinistre farce».Le farceur, c\u2019est M.Johnson lui-même.Un vice-président de Power peut se permettre de telles interventions.Quand on est premier ministre, on ne parle pas des histoires de famille en pays étranger.La réserve de la fonction l\u2019exige.Mais M.Johnson est un double farceur.Il parle d\u2019austérité.Il vit comme un millionnaire.Je ne parle pas de l\u2019opulence de son voyage princier; je fais allusion à 392 l\u2019une de ses dernières décisions avant de devenir premier ministre.En sa qualité de président du Conseil du trésor, il autorisait le déménagement du conseil.Le décret a entraîné le déplacement du ministère des Affaires sociales.Cet emménagement s\u2019est terminé par la construction d\u2019un nouvel édifice pour le ministère de l\u2019Environnement.Le coût de l\u2019opération: quarante millions $.L\u2019austérité, c\u2019est pour les «gens ordinaires»; ce n\u2019est pas pour le parti libéral.M.Johnson a dévoilé ses priorités économiques lors d\u2019un dîner à 1500$ US le couvert.Cette conférence a été tenue à l'hôtel Quatre-Saisons de Montréal.La démocratie victorienne Dans Le Devoir du 1\" février, Norbert Morin (aucun lien de parenté) révèle que 132 députés ont été élus par une minorité des électeurs, c\u2019est-à-dire que la majorité des votes exprimés a été accordée aux candidats défaits.La non-représentativité équivaut à une illégitimité.Cinquante parlementaires ont été dédaignés par plus de 60% de leur électorat respectif.L\u2019auteur conclut en affirmant qu\u2019il faut «rendre le système électoral canadien (et québécois) conforme à la volonté populaire».Pour qu\u2019il en soit ainsi, il propose «un système électoral à deux tours, comme en Lrance.Les candidats qui récolteront la majorité absolue au premier tour seront évidemment déclarés élus.Les candidats qui n\u2019ont pas obtenu la majorité absolue devront se représenter devant l\u2019électorat le lundi (ou le dimanche, par économie) suivant, en éliminant évidemment les candidats marginaux».(Le Devoir, 1er février 1994) Mais le bon sens a peu de chance de triompher.On devra vivre longtemps avec des «Lorseth de New Westminster-Burnaby» qui siègent à la Chambre des Communes alors que 71% des 55 417 électeurs du comté ont voté contre lui.Semaine de la francophonie Le 20 mars soulignera la Lête de la francophonie.Une vingtaine d\u2019organismes et d\u2019associations ont uni leurs efforts pour en assurer le succès.L\u2019initiative est coordonnée par le Conseil de la vie française en Amérique.Le thème proposé est «En français.bien sûr».Le 20 mars, on rappellera le rôle «international» du français.Le 21 mars, on mettra en évidence «les Affaires».Le 22 mars, «l\u2019Accueil et l\u2019intégration» seront au premier plan.Le 23 mars, les activités seront inspirées par la «Culture».Le 24 mars sera consacré à «l\u2019Éducation» et le 25 à la «Coopération».Le 26, la principale activité consistera en une soirée québécoise et acadienne.Soyez de la Lête! 393 La Semaine du français Du 21 au 25 mars, L\u2019Office de la langue française propose diverses activités pour promouvoir le français.«Le français, c\u2019est bien plus que des mots», tel est le slogan.Des exercices de français nous sont proposés.L\u2019un de ces devoirs vous est soumis: Comment appelle-t-on les gens: 1.de F île d\u2019Anticosti\t11.de Kamouraska 2.de Beauharnois\t12.de La Martre 3.de Cap-Rouge\t13.de Mont-Laurier 4.de Desbiens\t14.de Neufchâtel 5.de l\u2019Estrie\t15.d\u2019Outremont 6.de Fermont\t16.de Papineau 7.de Grand-Mère\t17.de Rock-Forest 8.de Havre-Saint-Pierre\t18.de Saint-Denis 9.des îles de la Madeleine\t19.de Tracy 10.de Jal\t20.de Yamaska Les réponses apparaissent à la page 402.L\u2019exode de l\u2019ONF Les régions ont perdu les bureaux de Radio-Canada, les bureaux de poste et d\u2019autres services gouvernementaux.Bientôt, Chicoutimi, Québec, Rimouski, Rouyn et Sherbrooke perdront les bureaux de l\u2019Office national du film.La société fédérale abandonnera ses films et ses cassettes aux bibliothèques municipales.Le cinéma de l\u2019ONF sera désormais sans promotion, sans gestion dans les régions.Les films resteront sur les étagères, au lieu d\u2019un usage fréquent.À titre d\u2019exemple, en 1991-1992, le bureau de l\u2019ONF de l\u2019Abitibi avait prêté 1525 vidéocassettes et 320 films 16 millimètres et permis 1085 visionnements sur place.En 1995, l\u2019usage ne dépassera pas la centaine pour les vidéocassettes.Ainsi progresse la société fédéraliste.Les employés régionaux de l\u2019ONF, pour la plupart, bénéficieront de l\u2019assurance-chômage et, par la suite, de l\u2019aide sociale.À Montréal, la Ciné-Robothèque deviendra le seul centre de production au Québec.L\u2019ONF économisera un million de dollars au détriment du tissu social et culturel des régions.394 Les Fransaskois L\u2019histoire de la francophonie en Saskatchewan relève du miracle.La survivance n\u2019a pas été facile.Sur dix personnes d\u2019origine française, quatre seulement parlent encore le français.Leur résistance est héroïque.La chronologie souligne leurs difficultés et leur détermination.1892 L\u2019Assemblée législative adopte l\u2019anglais comme langue d\u2019usage unique.1909\tL\u2019anglais est la seule langue d\u2019enseignement, l\u2019usage du français étant permis à l\u2019école primaire.1910\tLes Fransaskois fondent «Le Patriote de l\u2019Ouest», journal hebdomadaire de combat.1912 «L\u2019Association catholique franco-canadienne de la Saskatchewan» est fondée.1918 L\u2019Enseignement du français est limité à une heure par jour.Les parents francophones se regroupent dans «L\u2019Association provinciale des parents fransaskois».Le «Collège Mathieu» ouvre ses portes à Gravelbourg.1931 La loi scolaire proclame l\u2019anglais comme seule langue d\u2019enseignement en Saskatchewan.Dans un tel contexte, les luttes scolaires occupent une place dominante.L\u2019ACFC organise des cours de français et diverses activités post-scolaires.1952 Grâce à l\u2019appui de l\u2019Ordre de Jacques-Cartier et des mouvements nationalistes, deux postes de radio française sont établis, CFNS à Saskatoon et CFRG à Gravelbourg.1965 À travers les luttes qui se poursuivent, notons la grève des élèves francophones de Saskatoon pour obtenir l\u2019enseignement de la catéchèse en français.1967 La loi scolaire de la Saskatchewan permet l\u2019enseignement du français.1971\tLe journal «L\u2019Eau Vive» est fondée.1972\tRadio-Canada fait l\u2019acquisition des deux postes de radio française.1974 La «Commission culturelle fransaskoise» est créée.1983\tLa «Fédération des aînés fransaskois» est fondée.1984\tLes «Édition Louis Riel» sont établies; Louis Riel avait été pendu à Réginaen 1885.1986 Le «Centre fransaskois de ressources culturelles et pédagogiques» et le «Service fransaskois d\u2019éducation des adultes» sont établis.395 1987\t«L\u2019Association des juristes d\u2019expression française de la Saskatchewan» est fondée.1988\tLe gouvernement de la Saskatchewan déclare la province unilingue anglaise avec la loi 2.1989\tFondation de «L\u2019Association des artistes de la Saskatchewan» et de la «Fédération provinciale des Fransaskois».1993 Après plusieurs refus et maintes batailles, le gouvernement de la Saskatchewan accorde à la communauté fransaskoise le plein droit d\u2019éduquer leurs enfants en français dans des écoles fransaskoises gérées par les parents francophones.À l\u2019heure actuelle, on attend la signature et le chèque d\u2019Ottawa pour conclure cette entente ainsi que l\u2019établissement des règlements par l\u2019Assemblée législative de Régina.La discrimination sexiste L\u2019égalité des chances, l\u2019équité salariale et les programmes d\u2019accès à l\u2019égalité sont encore des thèmes de discours et de dissertations qui ne correspondent pas à la réalité.En un secteur où les salaires sont égaux, des gestes de discrimination ont été posés de façon si évidente que la Commission des droits de la personne du Québec a condamné la Commission scolaire de l\u2019Industrie à verser la somme de 5 000 $ à 35 de ses enseignantes qui ont été victimes de «discrimination systémique».Ce jugement survient après trois ans d\u2019enquête.Les plaintes étaient multiples: procédures d\u2019embauche, attribution de tâches, d\u2019horaires et de groupes d\u2019élèves, mesures administratives, accès aux postes de cadres, augmentation du nombre de professeurs, personne «trop grosse», «femme ménopausée», etc.La Commission des droits de la personne propose une série de mesures de «redressement»: instauration d\u2019un programme d\u2019accès à l\u2019égalité, affichage de postes, modifications dans l\u2019embauche, recrutement des femmes, etc.Gérald Larose Le discours de Larose vise à mettre fin à la «déroute».«Les politiques néo-libérales sont à bout.Les résultats qu\u2019elles ont produits sont là sous nos yeux: davantage de chômage, davantage de pauvreté».Et Larose de poursuivre: «La déroute sociale et économique dans laquelle le Québec a plongé encore plus profondément en 1993 doit cesser.Le nerf du développement économique et social réside dans l\u2019emploi et celui-ci demeure toujours le véritable défi que nous avons à relever comme société.Ce qui, par ailleurs, ne doit pas occulter le combat syndical et social à mener cette année 396 pour bloquer le démantèlement des programmes sociaux de l\u2019État québécois amorcé par Daniel Johnson».Et la CSN pousse plus à fond «ses expériences en matière d\u2019organisation du travail, elle investira aussi le champ du développement sectoriel et régional, et elle continuera à mettre de l\u2019avant les projets spécifiques issus des consensus survenus lors du Rendez-vous économique 1993».Voilà un engagement qui mérite l\u2019appui de tous les Québécois et Québécoises! Mon chauffeur de taxi Il était 4h 05 de l\u2019après-midi.Mon chauffeur de taxi n\u2019avait pas de change pour un vingt dollars.Il sortait du casino où il avait perdu les cent dix-huit dollars qu\u2019il avait gagnés durant la journée.Le pauvre homme! Il avait débuté à 7 heures le matin; il devait faire la commande d\u2019épicerie avant d\u2019entrer à la maison.Ce drame, des milliers de familles le vivent quotidiennement.Le casino qui devait attirer les touristes est surtout fréquenté par les Québécois.Ce sont les Québécois qui assument les coûts du casino, de sa construction et de son entretien.Ce sont les Québécois qui versent à de petits profiteurs les sommes qu\u2019ils gagnent au jeu.Ce sont les Québécois qui versent de gigantesques surplus à Loto-Québec, vache-à-lait du gouvernement.Comme il aurait été sage d\u2019investir dans des secteurs productifs et générateurs d\u2019emplois les sommes considérables misées dans le casino.Et bientôt, il faudra dire dans les casinos, car l\u2019appétit de la Loto et du ministre des Finances sont insatiables.Que ferez-vous pour arrêter cette hémorragie?Des juges sans jugement On m\u2019a reproché d\u2019avoir critiqué ce juge de Lachine qui avait condamné une femme à la prison pour n\u2019avoir pas remis à temps trois livres empruntés à la bibliothèque.Mon propos de ce jour n\u2019est pas de rappeler que la juge X a décrété que sodomiser une fillette n\u2019est pas un acte de violence.Je ne veux pas commenter non plus les paroles malheureuses du juge Y qui déclarait que ça ne l\u2019empêcherait pas de dormir si l\u2019homme qu\u2019il venait de libérer assassinait par la suite son ex-conjointe.En leur âme et conscience, les juges exercent un rôle si important dans notre société et sur la vie des personnes, que le temps est venu de modifier leur mode de nomination.Le comité de sélection actuel est une formalité trop simpliste pour inspirer la confiance à une population qui respire la méfiance.Trop de procureurs deviennent juges parce qu\u2019ils ont servi le parti.Le pouvoir exécutif qui choisit les magistrats a la tendance facile de 397 récompenser les amis.La partisannerie fait place aux normes de sélection.C est 1 une des raisons pour laquelle nous comptons quelques juges sans jugement.Le Québec aurait intérêt à s\u2019inspirer des expériences vécues en d\u2019autres pays, particulièrement en France.S\u2019il est devenu nécessaire à un nouveau chauffeur de taxi de s\u2019inscrire à une École de taxi et de payer quelque 500 dollars pour son cours, il devient urgent d\u2019établir des normes rigoureuses de sélection et d\u2019instituer une école de formation pour les juges.La force et la police La police est une institution sociale fort importante.Elle assure le maintien de l\u2019ordre public.Être dans la police, c\u2019est représenter l\u2019ensemble de la société.Le métier de policier est noble.Hélas! quelques agents le déprécient et la Fraternité qui les regroupe rabaisse et discrédite l\u2019ensemble de ses membres.Lorsque le syndicat punit cinq policiers pour le port de leur uniforme (au lieu des «jeans» ordonnés), on atteint le fond du baril.Cet incident n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg.On connaît la brutalité de certains policiers qui s\u2019arrogent le droit de poser des gestes pour lesquels le citoyen ordinaire serait emprisonné.L\u2019affaire «Richard Barnabé» s\u2019inscrit dans la série des horreurs.Elle révèle qu\u2019il y a deux justices au Québec, l\u2019une pour les «gens ordinaires», formaliste et souvent tatillonne, l\u2019autre pour les grands de ce monde et les policiers.L\u2019affaire Barnabé étant «sub judice», mes commentaires porteront sur les événements qui précèdent le procès.Des actes de violence flagrante ont été posés.Comment expliquer qu\u2019il a fallu plus d\u2019un mois à la Sûreté du Québec pour faire enquête?Quelle justification donnera-t-on pour éclaircir le mystère qui a entouré la remise du rapport au Directeur de la police de la CUM?Est-il normal et juste d\u2019avoir mis autant de temps pour procéder à la mise en accusation des prévenus?Pourquoi la Couronne n\u2019a-t-elle porté qu\u2019une seule accusation contre les six accusés, rendant plus difficiles et plus incertaines les procédures?Pourquoi les empreintes digitales ont-elles été prises à une heure différente de celle prévue?Pourquoi ces policiers ont-ils comparu sans uniforme, contrairement aux habitudes de la cour?Pourquoi a-t-on procédé dans l\u2019anonymat, sans identification, avec la complicité des policiers d\u2019office?Pourquoi le juge a-t-il toléré une telle mascarade?Pourquoi ces accusés ont-ils eu le privilège de sortir par une porte arrière de la cour, issue qui conduit habituellement au fourgon et qui a permis aux six policiers d\u2019éviter la presse?Et comment ces personnes qui ont commis des actes de violence (la victime est encore dans le coma) peuvent-ils plaider «non-coupables» et obliger les contribuables à un procès qui coûtera des millions de dollars?398 Des relations payantes Une nouvelle pratique est en train de s\u2019institutionnaliser.Avant de quitter sa limousine de ministre, Michel Pagé s\u2019était assuré de la présidence de Donohue, une société de la Couronne.Alors qu\u2019il était ministre du cabinet Bourassa, Gil Rémillard négociait son engagement comme professeur à l\u2019ENAP; il vient de joindre le bureau de Byers Casgrain (membre de McMillan Bull Casgrain avec bureaux à Montréal, Toronto, Vancouver, Mississauga, Surrey, Hong Kong et Taipei).Lawrence Cannon, ministre des Communications du Québec, annonçait, avant d\u2019avoir démissionné comme député, qu\u2019il accéderait à une vice-présidence d\u2019Unitel à compter de la mi-février.On se souvient que Richard French, ex-ministre des Communications du Québec, s\u2019était retrouvé chez Bell, après avoir démissionné comme ministre.De tels agissements sont condamnables.Dans le cas de M.Cannon, tout respire le conflit d\u2019intérêts.Il a négocié sa vice-présidence alors qu\u2019il était ministre des Communications et que son ministère accordait des contrats à son futur employeur.Possédant des renseignements privilégiés sur Bell, il vend à une entreprise rivale de l\u2019information confidentielle et l\u2019influence qu\u2019il a acquise dans le monde des communications.La stature de l\u2019homme public en est diminuée.Utiliser le pouvoir gouvernemental à des fins personnelles est inadmissible et intolérable.L\u2019État devra légiférer puisque les politiciens sont incapables d\u2019éthique et d\u2019intégrité.Un gaspillage éhonté Le vérificateur général du Canada, Denis Desautels, a dénoncé la dilapidation des fonds publics dans un rapport de 750 pages passé presque inaperçu.Il a identifié un gaspillage de cinq milliards de dollars par année.Ottawa perd plus de six cents millions de dollars par le fait d\u2019entreprises qui se financent avec la TPS.Il perd deux milliards par année en tolérant l\u2019investissement à l\u2019étranger en des paradis fiscaux non imposables au Canada.Il accorde un budget de cinq milliards aux autochtones dont 2,6 milliards échappent à tout contrôle.Il dépense par l\u2019ACDI plus d\u2019un milliard par année en des projets qui ne répondent pas aux objectifs.Il verse sept milliards de dollars aux agriculteurs et seize milliards aux entreprises sans savoir si les objectifs ont été atteints.Il gaspille un milliard en construisant un pont pour l\u2019île-du-Prince-Edouard dont la population correspond à celle de Longueuil.Il verse deux cents millions de dollars en prestations d\u2019invalidité et de revenu garanti à des personnes non admissibles.Le rapport du vérificateur est accablant.Rien ne change.Et le gaspillage continue.Et les cerveaux au gou- 399 vernement sont paralysés.Revenu Canada perdra plus d\u2019un milliard de dollars avec la pétrolière Gulf, alors qu\u2019un amendement à la loi aurait évité cette perte et un procès fort coûteux.Et les chevauchements de ministères, de programmes et de projets occasionnent des coûts qui excèdent les deux milliards.Ainsi fonctionne le fédéralisme canadien.Le guichet unique Le nouveau ministre de l\u2019Emploi du Québec, Serge Mardi, est naïf, très candide et pour le moins inexpérimenté.Après avoir rencontré Lloyd Axworthy (ça ressemble à un Lord), il annonce en se pétant les bretelles qu\u2019il a obtenu le consentement d\u2019Ottawa à un «guichet unique», cette bagatelle en colocation qui est l\u2019espoir de M.Johnson.Le renard ne jouira même pas de ce fromage.M.Axworthy, ministre du Développement des ressources humaines, vient de déposer à la Chambre des communes un document dans lequel il déclare que la formation de la main-d\u2019œuvre est au centre de la politique fédérale.Quelques jours plus tôt, le ministre des Affaires intergouvemementales, M.Marcel Massé, affirmait sans ambages que toute entente avec le Québec devait reposer sur des «principes généraux applicables à tout le pays».A la Chambre des communes, le premier ministre du Canada déclarait que le «fédéral devait conserver son autorité dans le domaine de la formation de la main-d\u2019œuvre».Ce dossier de la main-d\u2019œuvre reviendra sous toutes les formes possibles de promesses d\u2019ici les prochaines élections.Libre-échange L\u2019Action nationale devrait se réjouir, m\u2019écrit-on, de la signature de l\u2019ALENA.«Cette entente ouvre aux entreprises québécoises un marché de 370 millions d\u2019habitants».Notre ami semble oublier que ce marché est dominé par les États-Unis et que la libre circulation des services et des capitaux a été négociée pour répondre en premier lieu aux exigences des multinationales étasuniennes qui ont besoin de nouveaux débouchés pour supporter leur colossale structure.Certes, les grandes firmes québécoises bénéficieront de la coopération intergouvemementale entre le Mexique, les États-Unis et le Canada.Mais le libre-échange ne doit pas augmenter notre dépendance à l\u2019égard de nos voisins du sud qui représentent plus des deux tiers de notre commerce extérieur.Il devient de plus en plus important de conquérir de nouveaux marchés à l\u2019échelle mondiale.C\u2019est là un objectif à envisager.Pourquoi ne pas tenter une association 400 avec l\u2019Espace économique européen qui regroupe les douze pays de la CEE et six des sept pays de l\u2019Association européenne de libre-échange: l\u2019Autriche, la Finlande, la Suède, la Norvège, l\u2019Islande et le Liechtenstein.C\u2019est là un autre marché de 370 millions d\u2019habitants qui nous serait aussi accessible que le Texas.Je réponds à cet ami que le Québec ne doit pas dépendre de la seule économie américaine.Akwesasne La réserve du chef Peltier a d\u2019abord été habité par des Mohawks de Kahnawake, vers 1750.Deux ans plus tard, les Jésuites y établissaient une mission catholique sous le patronage de Saint Jean-François Régis, connue sous le nom de Saint-Régis ou de St.Regis.Dans des ouvrages de 1763 et de 1768, on retrouve les dénominations Aghquissasne et Aghquesaine.Mais le bureau de poste ouvert en 1864 reprend le nom de Saint-Régis.Au début des années 1980 l\u2019usage d\u2019Akwesasne est repris et il sera définitivement consacré en 1988 par la toponymie officielle.Le terme Akwesasne signifie «là où la perdrix bat des ailes».Près de 10 000 Mohawks vivent sur ce territoire d\u2019une dimension de 90 kilomètres carrés situé entre le Québec, l\u2019État de New York et l\u2019Ontario.La moitié de la population vit du côté canadien.Un peu d\u2019histoire Le 1er mars 1903, Olivar Asselin fonde la Ligue nationaliste.Le 1er mars 1927, le Conseil privé de Londres rattache le Labrador à Terre-Neuve, colonie britannique.Le gouvernement de Québec ne conteste pas la décision.Le 12 mars 1957, la grève éclate à Murdochville.La compagnie s\u2019oppose à la reconnaissance syndicale.La violence éclate entre les grévistes et les «scabs».Cent cinquante agents de la police provinciale interviennent.Des gaz lacrymogènes sont utilisés à plusieurs reprises.Le règlement n\u2019interviendra que le 5 octobre, sans que le syndicat ne soit reconnu.Le 19 mars 1649, naissance à Montréal de Marie Morin, première religieuse hospitalière née au Canada.Le 19 mars 1964, la loi créant un ministère de l\u2019Éducation est adoptée.401 Réponses de la page 394: 1.\tAnticostien, Anticostienne 2.\tBeauharlinois, Beauharlinoise 3.\tCarougeois, Carougeoise 4.\tDesbienois, Desbienoise 5.\tEstrien, Estrienne 6.\tFermontois, Fermontoise; Fermontais, Fermontaise 7.\tGrand-Mérois, Grand-Méroise 8.\tCayen, Cayenne 9.\tMadelinot, Madelinienne 10.\tJalois, Jaloise 11.\tKamouraskois, Kamouraskoise 12.\tMarthelais, Marthelaise 13.\tLaurentien, Laurentienne 14.\tChâtelois, Châteloise 15.\tOutremontais, Outremontaise 16.\tPapinois, Papinoise 17.\tForestois, Forestoise 18.\tDionysien, Dionysienne 19.\tTracéien, Tracéienne; Tracien, Tracienne 20.\tMaskoutain, Maskoutaine.?402 COMPTES RENDUS Claude Fournier, René Lévesque, Portrait d\u2019un homme seul, Montréal, Éditions de l\u2019Homme, 1993.Voilà un livre qu\u2019on dévore en quelques heures, à condition, bien sûr, de n\u2019être pas complètement écœuré de la politique et des politiciens.Le style est vif, le récit, absorbant, et le héros, bourré de contradictions, est une passionnante énigme.On sent que l\u2019auteur s\u2019amuse.On s\u2019amuse avec lui.Mais le battage publicitaire qui a entouré la parution de l\u2019ouvrage a révélé quelques pots aux roses.Interrogé par des interviewers, l\u2019auteur a reconnu avoir fabriqué certains épisodes de toutes pièces.Cela diminue considérablement l\u2019intérêt du livre.René Lévesque étant un des hommes qui ont exercé la plus forte influence sur le destin du Québec, on n\u2019a vraiment pas besoin d\u2019inventer pour le rendre intéressant.Cet aveu de l\u2019auteur est déroutant.On ne sait plus où est la réalité, ni où est le roman.Justement parce qu\u2019elles sont ingénieuses et vraisemblables, les fictions de l\u2019auteur se confondent avec les éléments véridiques recueillis lors d\u2019entretiens avec une trentaine de personnes.Au moment du lancement, on a fait tout un plat des rendez-vous galants que l\u2019auteur prête à Lévesque.Fournier a raison de prétendre que dans le portrait d\u2019une personnalité disparue, tous les aspects sont pertinents.En principe, on a le droit de tout dire, mais vu que certaines des personnes mises en cause sont bien vivantes et bien en vue, l\u2019auteur aurait pu se montrer plus discret.S\u2019agit-il vraiment d\u2019un portrait, comme l\u2019auteur l\u2019a maintes fois répété, se défendant d\u2019avoir voulu écrire la biographie du grand homme?Il y a dans le livre les matériaux d\u2019un portrait, mais il y manque le ciment, l\u2019agencement.La méthode de l\u2019auteur, qui procède par dialogues faits de réparties brèves, ne facilite ni l\u2019analyse ni la synthèse.403 La vie de Lévesque a été marquée par au moins trois virages importants.Premier buisson ardent: le journaliste, une des premières vedettes de la télévision québécoise, se lance en politique (1960); deuxième buisson ardent: le député libéral, ex-ministre dans un gouvernement fédéraliste, choisit la souveraineté (1967); troisième buisson ardent: le premier ministre, président du Parti québécois, envoie la souveraineté aux calendes grecques, sous prétexte du «beau risque» de collaborer avec le gouvernement Mulroney (1984).Or on trouve à peine dans le livre de Fournier l\u2019esquisse d\u2019explications de ces trois points tournants qui correspondent à trois moments-clés de l\u2019histoire du Québec moderne: le déferlement de la révolution tranquille, l\u2019émergence d\u2019un nouvel indépendantisme en écho au grand mouvement de décolonisation dans le monde, et le désenchantement qui a suivi la non-victoire référendaire de 1980 (plusieurs soutiennent que le vote des francophones s\u2019étant partagé à peu près moitié-moitié, il ne s\u2019agissait pas vraiment d\u2019une défaite).A la décharge de Fournier, on peut soutenir qu\u2019en ce qui concerne le «beau risque», nul ne peut expliquer l\u2019inexplicable.La description que Fournier fait de son personnage est sommaire.Quelle espèce d'homme était René Lévesque, au-delà de son magnétisme, au-delà du fumeur à la chaîne, buveur de gin et macho incorrigible que Fournier dépeint?Ce «portrait d\u2019un homme seul» (c\u2019est le sous-titre de l\u2019ouvrage) aurait pu décortiquer l\u2019impulsivité de cet homme tout à la fois velléitaire, hésitant et volontaire, rappeler ses qualités d\u2019improvisateur, ses vastes connaissances, sa curiosité insatiable, ses convictions démocratiques souvent en conflit avec des tentations despotiques.Bourré d\u2019états d\u2019âme, René Lévesque tolérait mal ceux des autres.Solitaire et autonome, il avait pourtant ses moments de grégarité, par exemple lorsque le parti, en conseil national, organisait une fête du samedi soir avec bière et danse.La trame de l\u2019ouvrage est chronologique, mais il y a des trous.Ainsi, de 1962 (élections sur la nationalisation de l\u2019électricité) à 1966 (nouvelles élections), il ne se passe rien.Pas un mot.À partir de la page 302, le «beau risque» de 1984 apparaît.Fournier attribue un rôle important à Claude Charron, mais omet de dire que l\u2019idée a d\u2019abord été lancée publiquement par Pierre-Marc Johnson et par le conseiller au programme du parti, Jules-Pascal Venne.Il y a quelques erreurs.Fournier écrit (page 65) qu\u2019en 1966, le Parti libéral «en a tant fait qu\u2019on commence déjà à qualifier son règne de Révolution tranquille.Or en 1966 cette expression avait déjà cinq ans d\u2019âge.Il affirme (page 83) que Lévesque a toujours eu 404 du mépris pour les Français.Ce n\u2019est pas exact.Il s\u2019agissait plutôt, comme chez beaucoup de Québécois, de respect mêlé d\u2019un certain agacement.Aussi des vétilles, comme par exemple quand l\u2019auteur fait dire à Louise Beaudoin «monsieur Lévesque» et «monsieur Morin».Mme Beaudoin tutoyait aussi bien le premier ministre que le ministre dont elle dirigeait le cabinet.En somme, le livre de Fournier est une bonne lecture qu\u2019il ne faut pas prendre trop au sérieux.Un portrait impressionniste et incomplet.Pierre de Bellefeuille, journaliste et ancien député Jean Éthier-Blais, Le siècle de l\u2019abbé Groulx, Montréal, Léméac, 1993.Contribution à l'histoire autant qu\u2019à la littérature, tout ensemble essai critique, analyse psychologique, mélanges et commentaires, Le siècle de l\u2019abbé Groulx est un grand livre, dont on a trop peu (et parfois assez mal) parlé.Bien plus et bien autre chose qu\u2019une splendide collection de portraits, si bien campés en soient les personnages (sept, en plus de Groulx lui-même), ce livre est d\u2019abord une méditation sur l\u2019idée de nation, sur l\u2019histoire, sur la langue française et, fondamentalement, sur le Québec, objet de l\u2019affection passionnée mais inquiète, déçue, blessée, de l\u2019auteur.Ouvrage percutant et pénétrant, tour à tour ardent et désabusé dans le ton, porté par l\u2019admiration et la piété puis soulevé par de grandes et tonifiantes colères, il relève tout autant du poète que du polémiste, il évoque aussi bien le critique que l\u2019universitaire, ces deux professions que Jean Éthier-Blais aura exercées d\u2019exemplaire façon.D\u2019aucuns ont jugé le titre provocant: pourtant, ce n\u2019est pas pour la dérisoire satisfaction de choquer quelques esprits chagrins ou bornés que Jean Éthier-Blais a choisi d\u2019intituler son dernier ouvrage: Le siècle de l\u2019abbé Groulx.C\u2019est qu\u2019il lui apparaît que, chez nous, le 20e siècle aura été dominé par la pensée et par l\u2019action de Groulx, par cette personnalité immense, singulière, rédemptrice, dont la grande ombre gêne et irrite naturellement, et heureusement, la foule des médiocres.Dans ce livre vibrant, émouvant, coloré, où le sens de la formule le dispute à celui de l\u2019image, où la langue est somptueuse, l\u2019auteur fait revivre à côté de Groulx, (qui les a influencées ou marquées à des titres divers) sept personnalités (Frégault, Hertel, Laurendeau, Roger Duhamel, Marie-Victorin, Marcel Rioux, Olivier Maurault), dont il a jadis esquissé le portrait dans des articles ou des confé- 405 rences mais qu\u2019il reprend et approfondit, en les situant dans ce «siècle de Groulx».Le chapitre principal, et de loin, (près d\u2019un tiers de l\u2019ouvrage) est naturellement consacré à Groulx lui-même, véritable amorce d\u2019une biographie par l\u2019intérieur, celle qui rejoint l\u2019essentiel et nous conduit à souhaiter qu\u2019un jour, pas trop éloigné, ce chapitre devienne un ouvrage.L\u2019action intellectuelle et politique de Groulx, son évolution spirituelle, la densité de sa foi, l\u2019éminente et permanente curiosité de son esprit, son humanisme profond, sont admirablement rendus, tout autant que son souci de la dimension internationale.Artisan de la fidélité et de l\u2019innovation, de la durée et du renouveau, Groulx apparaît aussi comme le premier inspirateur de la «révolution tranquille», dans sa générosité initiale et sans ses excès bêtement iconoclastes, bien sûr.Le plus riche, le plus émouvant passage est assurément celui où l\u2019auteur, et le poète en l\u2019auteur, analyse «les mains de l\u2019abbé Groulx», rappelant que «la main de l\u2019homme est liée à l\u2019avenir», et fait la comparaison avec, par exemple, les mains d\u2019Erasme, à partir de son portrait par Holbein, ou avec celles de Cocteau, l\u2019enchanteur.Jean Éthier-Blais «sent» Groulx autant qu\u2019il connaît admirablement bien son œuvre.Personne n\u2019aura à ce point perçu l\u2019homme dans sa totalité et l\u2019œuvre dans toutes ses dimensions.«Qu\u2019on l\u2019aime ou qu\u2019on ne l\u2019aime pas, il est là», écrit Jean Éthier-Blais dans sa préface; «grand historien, grand écrivain, père intellectuel de notre nationalisme» et par là-même artisan de notre avenir, pour peu que nous ayons la volonté et le courage de nous en donner un.Certains lecteurs ont été ou seront gênés, il est vrai, par le chapitre considérable consacré à Charles Maurras, celui d\u2019ailleurs qui ouvre le livre.Il y fallait un certain courage, tant pour la majorité de nos contemporains - si d\u2019aventure ils connaissent même le nom de Maurras - l\u2019homme et l\u2019œuvre se résument en deux mots: collaborateur, antisémite.Jean Éthier-Blais ne tait rien des errements de Maurras dans la dernière partie de sa vie mais ennemi aussi bien du simplisme que de la pensée totalitaire, il refuse de se laisser enfermer dans des jugements sommaires et dans les fanatismes nive-leurs.Il rappelle avec bonheur la richesse de l\u2019œuvre littéraire comme de la pensée politique de Maurras, dont l\u2019influence en France mais aussi ailleurs en Europe et dans le monde (y compris chez nous) a été considérable au début de ce siècle et entre les deux guerres.À travers ce livre, témoignage capital autant que fête de l\u2019esprit, c\u2019est le Québec entier qui est évoqué, ausculté, interrogé, et c\u2019est 406 l\u2019action déterminante de Groulx qui est rappelée de lumineuse façon.On mesure mieux et on comprend davantage après avoir lu Le siècle de l'abbé Groulx, que lorsqu\u2019on attaque Groulx, c\u2019est en fait le Québec même que l\u2019on vise et que l\u2019on veut affaiblir jusqu\u2019à l\u2019éliminer.La pitoyable ignorance de trop de nos contemporains les rend parfois complices involontaires mais empressés de nos ennemis.Citons en terminant ce passage de la préface de Jean Éthier-Blais à son livre: «(Groulx) a laissé une œuvre unique dans nos lettres, qui recouvre tous les aspects de l\u2019homme.A cet égard, il est à la fois notre Goethe et notre Mommsen.Il a imprimé à notre nationalisme un mouvement qui fait de lui la seule force progressiste de notre histoire».Oui, décidément, il faut lire et relire Le siècle de l\u2019abbé Groulx.Jean-Marc Léger Pierre Vadeboncoeur, Gouverner ou disparaître, Montréal, Éditions Typo, 1993, 272 p.Quiconque jurerait que les textes rassemblés dans ce livre ont tous été écrits ces derniers mois.Or il n\u2019en est rien.Sauf un inédit -dont le titre donne d\u2019ailleurs celui de l\u2019ouvrage -, ces textes ont tous été publiés entre 1970 et 1992.Aucun n\u2019a vieilli.Cela tient assurément à autre chose qu\u2019à la grande qualité d\u2019écriture de l\u2019auteur.C\u2019est que la situation politique du Québec évolue à pas de tortue.Le premier mérite de ce livre très riche est donc de nous faire sentir que la situation du Québec demeure entière, que les enjeux demeurent les mêmes et que cela marque l\u2019expression de possibilités menaçantes.Voyez-vous cela: même le personnel politique n\u2019a pratiquement pas changé.Pensez à Chrétien, Parizeau, Ryan, Trudeau, Bourassa.Nous sommes dans les mêmes ornières depuis trente ans.Les écrits de Pierre Vadeboncoeur ne sont jamais prisonniers d\u2019un système de pensée.Ce n\u2019est pas un théoricien.L\u2019analyse de Vadeboncoeur procède de l'intuition, de la sensibilité et du raisonnement.Son attitude est résolument critique sur tout et en tout.Les objets de son attention sont disséqués finement.Il utilise sa plume comme un véritable scalpel.Vadeboncoeur procède par petites touches.Le point de gravité existe rarement dans un texte de Vadeboncoeur.Ses textes sont des spirales d\u2019idées qui reprennent, se développent et se complètent sans cesse.Chez lui, l\u2019essentiel est partout.Son écriture se forme et se renouvelle à mesure qu\u2019elle s\u2019aventure dans sa propre pente.407 Quelle est la nature du problème politique québécois?Vadeboncoeur la donne en dix, en cent, en mille.Je la résumerais ainsi: une certaine inconscience collective quant aux perspectives malheureuses que pourrait réserver l\u2019avenir à la société québécoise si celle-ci ne prend pas conscience de la nécessité de faire un meilleur usage des forces politiques actuelles.Vadeboncoeur réclame dans cette ligne une pensée politique moins complaisante, plus dynamique et rigoureuse.Le temps presse.«Des peuples mieux placés que nous dans l\u2019histoire ont plus de temps pour eux et ne distinguent pas dans un avenir prévisible une extrémité.Ce n\u2019est pas notre cas.(.) Nous devons être conscients qu\u2019un jour il pourrait n\u2019y avoir plus de temps.» Tout presse au pays du Québec, à commencer par lire ce livre d\u2019un de nos plus grand essayistes.Signalons au passage que la maison Fides vient de rééditer, dans sa prestigieuse collection du Nénuphar, le premier livre de Pierre Vadeboncoeur, La ligne du risque.Jean-François Nadeau Gérard Daigle et Guy Rocher, Le Québec en jeu : comprendre les grands défis, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 1992, 811 p.Il est impossible de rendre compte de façon exhaustive d\u2019un livre qui fait le bilan de l\u2019évolution du Québec des trente dernières années et dont l\u2019ambition est de présenter toutes les facettes de la société québécoise.On y retrouve les contributions de 49 spécialistes qui reconstituent en 28 chapitres, tous originaux, la trame de notre évolution collective.Les auteurs cherchent à mettre en évidence pour chaque aspect traité les tensions, les enjeux et les défis qui se dégagent de ces développements.Il s\u2019agit évidemment d\u2019un livre de référence qu\u2019on consultera selon ses champs d\u2019intérêts particuliers.L\u2019organisation du contenu est classique.On y présente d\u2019abord le monde de l\u2019économie et du travail où des chapitres spécialisés sur la sécurité du revenu, l\u2019emploi, le mouvement syndical et la négociation collective complètent une analyse des changements structurels.Suivent les chapitres sur le social où sont abordés plus spécifiquement les problèmes démographiques, la place des femmes dans la société, le système de santé et la composition de la structure sociale.Dans la partie sur la culture, on traite des transformations de la famille, de la «vitalité» de la religion catholique, de la démocratisation de l\u2019éducation, de la question linguistique, du pluralisme et des relations ethniques, de la situation des anglophones et enfin du rôle des médias.Comme il se doit, le tout est chapeauté 408 par l\u2019analyse du politique où on passe en revue pour la centième fois les réalisations de la Révolution tranquille.On s\u2019intéresse à l\u2019évolution des partis politiques (sans aborder toutefois les partis fédéraux), aux transformations de l\u2019administration publique, à l'évolution du nationalisme québécois ainsi qu\u2019à divers mouvements sociaux dont les femmes, les Autochtones et les Verts.Il faut souligner le travail gigantesque que représente cette entreprise éditoriale et la minutie et la rigueur des analyses présentées.Au-delà des inévitables redites, nous entretenons toutefois trois réserves.Si on expose avec force détails les résultats de ces trente dernières années, les auteurs ont tendance à négliger la dynamique qui les a produits et à faire peu de place aux débats qui ont animé ces transformations; on fait un peu comme si le changement allait de soi.Il manque aussi à notre avis un chapitre sur l\u2019évolution des attitudes et des comportements politiques.Nous déplorons enfin l\u2019absence d\u2019un chapitre de synthèse qui réfléchisse sur les lignes de forces et de faiblesses de la société québécoise et qui relève les tendances les plus significatives pour l\u2019avenir.On a l\u2019impression que les deux directeurs ont voulu rester en dehors du livre.On connaît mieux les problèmes sectoriels et on sait mieux d\u2019où l\u2019on vient que là où on va collectivement.Certes, les sciences sociales sont plus reconnues pour leurs capacités rétrospectives que prospectives, mais à quoi bon faire des bilans si on ne peut en dégager de conclusions.La prudence de l\u2019universitaire l\u2019a emporté sur la vision du citoyen.Denis Monière 409 LIVRES ET REVUES REÇUS Association québécoise d\u2019histoire politique, Bulletin P 1993, Montréal, 88 p.Aubin, Anne-Marin et al., Ici, Montréal, Québec/Amérique, 1993, 128 p.Avard, François, Les Uniques, Guérin, 1993, 216 p.Bélanger, Yves, Nicole Desbiens et Pierre Fournier, Les défis économiques du désarmement, vers la 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2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: 527-9891 Télécopieur : 527-9460 Avec les hommages du MNQ et de ses sociétés affiliées 414 àlH , f l\\ SOCIETE Mm I i ! \u2018 \\ NATIONALE Æ I % » - i D\u2019ASSURAN 425, boul.de Maisonneuve ouest, bureau 1500, Montréal H3A 3G5 (514) 288-8711 Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins 415 ALIMENTATION Industrie Lassonde Inc.Boissons et jus divers 170, 5e avenue, Rougemont JOL 1M0 (514) 469-4926 ALIMENTATION Alimentex Inc.HENRI-LOUIS GAGNON, président-directeur-général C\u2019est tout naturel m Aliments de santé ¦\tLivres naturistes ¦\tExtracteurs à jus ¦\tSuppléments alimentaires ¦\tPrescriptions naturopatiques 1188, 1ère Avenue, Québec G1L3K8 (418) 529-7988 - Fax: (418) 529-6939 ASSURANCES Poitras, Larue & Rondeau Inc.Courtier d\u2019assurances 3925, rue Rachel est, bur.200 Montréal H1X3G8 (514) 899-5377 AVOCAT Philippe Gélinas, c.r.10, rue St-Jacques, bur.812 Montréal H2Y 1L3 (514)845-3229\t_______________ AVOCAT Jutras & Associés Germain Jutras, LL.L.- Normand Jutras, LL.L.Suzanne Paradis, LL.B.- Louis Savoie.LL.L.Patrick Dubé, LL.B.- Chantal Grondin, LL.B.Marie-P.Jutras, LL.B.- Christine Jutras, LL.B.449, rue Hériot, Drummondville J2B 1B4 (819) 477-6321 - Fax: (819) 474-5691 BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, président 1065, rue de Bleury, Montréal H2Z1N1 (514) 861-3491 - Fax: (514) 866-7056 COMPTABLES AGRÉÉS Gagnon, Roy, Brunet et Associés Gratien Roy, c.a., Associé 3925, rue Rachel est, bur.202 Montréal H1X3G8 (514) 255-1001 - Fax: (514) 899-5378 GESTIONNAIRES CONSEILS J.-C.Martin & Ass.Inc.Jacques-C.Martin, président 550, rue Sherbrooke ouest, Montréal H1X3G8 (514) 735-3436 - Fax: (514) 843-9491 416 L\u2019UNION CANADIENNE COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE Société membre du groupe unidal Siège social:\tPlace d\u2019affaires: 2475, boul.Laurier,\t625, Président Kennedy Sillery (Québec) GIT 104 Bureau 625 Téléphone: (418) 651-3551 Montréal (Québec) H3A 1K9 Télécopieur: (418) 651-9301 Téléphone: (514) 847-8000 Téléœpieun (514) 847-8080 Denis Laberge Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boul.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE À L\u2019AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 \t\t \tSemb Saq\tSyndicat des employés \t\tde magasins et de bureaux de la SAQ Depuis le temps,\ti\t1065, rue Saint-Denis Montréal H2X 3J3 Tél.: (514) 849-7754 1-800-361-8427 (extérieur de Montréal) 417 CA Pierre Allard Comptable agréé Chartered Accountant 5115, avenue de Gaspé Bureau 330 Montréal (Québec) H2T 3B7 Téléphone: (514) 272-1572 Télécopieur : (514) 271-4749 -\tAttestation d\u2019états financiers -\tPlanification financière et fiscale -\tFinancement privé et public -\tSystèmes comptables -\tEvaluation d\u2019entreprise - Achat - Vente -\tConseils de gestion X9 «L'IMPRIMEUR» LES ATELIERS GRAPHIQUES MARC VEILLEUX INC.LES MAITRES DU COURT TIRAGE 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Jolicoeur André Joyal Pierre-André Julien Roger Julien Henri Laberge Richard Lachance Danielle Lacombe Érich Laforest Francine Lalonde Marcel Landry Colette Lanthier Robert Laplante Alain Laramée Camille Laurin Louise Laurin Léo-Paul Lauzon Jacques Leclerc Yvon Leclerc Jean-Marc Léger Gilles Lesage Luc Loslier Doris Lussier Richard Marceau Denis Marion Jeannine McNeil Denis Monière Claude Morin Rosaire Morin Jean-François Nadeau Pierre Noreau Louis O\u2019Neill Edmond Orban Roméo Paquette Philippe Paradis Pierre Péladeau Hélène Pelletier-Baillargeon Jean-Paul Perreault Jocelyne Picard Jacinthe Pilon Michel Plourde Charles Ramangalahy Gilles Rhéaume Ghislaine Roquet Bruno Roy Paul-Émile Roy Maurice Saint-Germain Michel Sarra-Bourret Andrew Savage Denis Simard Sylvain Simard Jean-Claude Tardif Gaétan Tremblay Miville-M.Tremblay Rodrigue Tremblay Rémy Trudel Pierre Vadeboncoeur Julie Vézina 419 La Ligue d\u2019Action nationale Président honoraire Président Vice-président Secrétaire Trésorier Conseillers Ex-officio François-Albert Angers Robert Laplante Alain Laramée Delmas Lévesque Claude Duguay René Blanchard Marie-Noëlle Ducharme Danielle Gagné Yvon Groulx Jacques Martin Rosaire Morin Membres honoraires Thérèse Bacon, Christiane Bérubé, Jacques Boulay, Hélèle Chénier, Jean-Marcel Paquette, Juliette Rémillard.Membres émérites: Louise-C.Brochu, Michel Brochu, Marcel Laflamme, Georges Mayers, Anna-L.Normand.L\u2019Action nationale Les 75 000 pages publiées par la revue depuis 77 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix Richard Arès et François-Albert Angers Le prix Angers a pour objectif de promouvoir la culture nationale et le prix Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la Ligue.Fondation Gaston Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.1259, rue Berri, bur.320, Montréal H2L 4C6 Tél.: (514) 845-8533 - Télécopieur: (514) 923-5755 Membres André Beauchamp Nicole Boudreau Sylvain Boudreault Guy Bouthillier J.-Charles Claveau Jean-Claude Dupuis Pierre Dupuis Lucia Ferretti Philippe Gélinas Jean Genest Léo Jacques Francine Lalonde Pierre Lamy Yvon Leclerc Jean-Marc Léger Denis Monière Jacques-Yvan Morin Pierre Noreau Gilbert Paquette Roméo Paquette Hélène Pelletier Baillargeon Gilles Rhéaume Jean-Jacques Roy Louis-Philippe St-Martin Pierre Trépanier Gérard Turcotte 420 in U- ^ W ÜÜ -w D O' O ui Ch ¦a w c- Cti 2 w
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