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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1994-09, Collections de BAnQ.

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[" 1 011 Volume LXXXIV, numéro 7, septembre 1994 Votons pour L\u2019INDÉPENDANCE! « -VV \tIL9A©Æn®im \t \t Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.\tDirecteur Rosaire Morin \tSecrétaire Marie-Laure Prunier Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.\t \tAnalyse sociale Robert Comeau Comptes rendus Denis Monière Éducation Jean-Claude Tardif Entrevues Yvon Leclerc Rédaction L\u2019Action nationale peut refuser de publier un texte.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections à son texte.L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.\t \tComité de rédaction Louise Dumas Lucia Ferretti Robert Lap 1 ante Francine Lalonde Marcel Landry Denis Monière Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019index des périodiques canadiens», depuis 1948, dans «Périodex» depuis 1984 et dans «Point de repère» publié par les Services documentaires multimédia (SDM Inc.) et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.\tComité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Yvon Leclerc Pierre Noreau Christiane Pelchat Janine Thériault Gérard Turcotte ISSN-0001-7469 \u2014 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale Périodicité : 10 numéros par an\t La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.\tAbonnement 10 numéros Québec, Canada\t35,00\t$ France\t240,00\tFRF Autres pays\t50,00 $ Étudiant\t20,00 $ Soutien\t75,00 $ Mise en pages : Rive-Sud Typo Service Inc.\t Pages couvertures : banque d\u2019images d\u2019Hydro-Québec.\t L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Bern, bur.320, Montréal H2L 4C7 Tél.: (514) 845-8533 - Télécopie : (514) 923-5755\t SI VOUS ÊTES ABONNÉ-E NATIONALE Deux questions : La première : Pouvez-vous nous trouver un nouvel abonné?Si chacun le fait, nous doublons notre rayonnement.Merci de votre coopération.La seconde : Sur l\u2019étiquette comportant votre adresse, la date d\u2019échéance de votre abonnement est indiquée.Si le temps est venu de le renouveler, vous pouvez nous faire parvenir votre remise sans autre avis.Si chacun le fait, L\u2019Action nationale économise 6000 $ par année en timbres, papeterie et temps! Abonnement :\t10 numéros 20 numéros Québec, Canada\t35\t$\t60\t$ Étudiant\t20\t$\t35\t$ Autres pays\t50\t$\t90\t$ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l'abonnement.Nom\tPrénom Adresse\tCode postal Téléphone\tTélécopieur Profession\t Supplément postal, L\u2019Action nationale Volume LXXXIV, numéro 7, septembre 1994 L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320 Montréal H2L 4C7 Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur(514)923-5755 NATIONALE SI VOUS N\u2019ÊTES PAS ABONNÉ-E Deux cents personnes reçoivent la revue chaque mois sans y être abonnées.L\u2019Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend des valeurs fondamentales et elle fait la promotion d\u2019un projet de société qui facilitera à tous l\u2019accès à un travail permanent.Vous pouvez nous retourner votre chèque et ce formulaire Abonnement : 10 numéros 20 numéros Québec, Canada\t35 $\t60$ Étudiant\t20$\t35$ Autres pays\t50$\t90$ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarifée l\u2019abonnement.\tNom\tPrénom L\u2019Action NATIONALE\tAdresse\tCode postal \tTéléphone\tTélécopieur 1259, rue Bern, bur.320\t\t Montréal H2L 4C7\tProfession\t Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur(514)923-5755 IL9A©tïn®nn\tTable des matières Volume LXXXIV, numéro 7, septembre 1994 921 ?\tIl faut détruire Rosaire MORIN 925 ?\tDestin et destination Pierre VADEBONCOEUR 930 ?\tLa littérature et le devenir du Québec Charles SAINT-PROT 939 ?\tL\u2019assimilation des allophones Charles CASTONGUAY 943 ?\tPoliticiens et crise de légitimité Christine LAMOUREUX 950 ?\tPour en finir avec la pauvreté André JOYAL 967 ?\tFermetures de bureaux de poste Clermont DUGAS 979 ?\tIl faut que roule le Chaleur Jules BÉLANGER 986 ?\tQualité de la vie André BEAUCHAMP 1003 ?\tL\u2019agriculture et l\u2019indépendance Ferdinand OUELLET 1024 ?\tLa CEQ et la question nationale Henri Laberge 1047 ?\tL\u2019hystérie canadienne Denis MONIÈRE 1051 ?\tÀ travers l\u2019actualité Rosaire MORIN 919 Comptes rendus L\u2019Atlas de Montréal (Jean-Claude Robert) Jean-Pierre CHALIFOUX Le Roman de la Francophonie (Axel Maugey) Maurice LE B EL Livres reçus ?1070 ?1068 ?1073 Prix Arès et Angers ?1076 Nos annonceurs ?1078 920 ÉDITORIAL IL FAUT DÉTRUIRE Il faut détruire ! « I e pacte de deux nations fondatrices du Canada, ¦H c\u2019est un mythe, une fable, une création de l\u2019esprit de quelques Canadiens-Français pure laine et tricotés serrés.Montcalm a perdu la bataille des Plaines d\u2019Abraham.Lévis a brûlé ses drapeaux.Le lys appartient pour toujours à la famille des oignons.Les Anglais ont été magnanimes ; ils nous ont laissé la vie, la langue et la foi.Soyons reconnaissants ! Cessons de penser que nous pourrions être maîtres chez nous, au Québec.Le Canada nous appartient usque ad mare».Tel est le crédo des «Canadians» que partagent Roger-D.Landry et l\u2019intelligentsia de Cité libre.Peu leur importe que nous soyons d\u2019étemels minoritaires, les onzièmes à table.Leur horizon politique, ce n\u2019est pas la servitude, c\u2019est la servilité.Dans la tête, le venin ! Il faut détruire ! «Cartier était un corsaire.Dollard, un aventurier.Talon, un fouineur.Bourassa, un aristocrate.Groulx, un fasciste.Minville, un rêveur.Laurendeau, un poète.Angers, un 921 visionnaire.L\u2019élite canadienne-française a conduit des combats d\u2019arrière-garde et d\u2019extrême-droite».Ainsi parlent Esther Delisle et ses comparses qui relèvent toutes les erreurs du passé, en oubliant et, parfois, en répudiant les réussites merveilleuses des prédécesseurs.Certains détracteurs ignorent que toute vérité n\u2019est pas bonne à dire.D\u2019autres, malintentionnés, souffrant de la rage ou jouant à la vedette, ont décidé de noyer leur chien et de salir leur nid.Bien vilains ces oiseaux ! D faut détruire ! «La Caisse de dépôt est trop riche.La Société des Alcools trop puissante.Hydro-Québec doit être vendue.La SGF démantelée.SOQUEM cédée à Cambior.Rexfor concédée à Produits Forestiers.La province de Québec doit demeurer une grande municipalité.Elle doit privatiser, déréglementer et pratiquer des coupures budgétaires bêtes et méchantes.Elle doit cesser de revendiquer la pleine responsabilité».Tel est le message du premier ministre désigné, Daniel Johnson, un Canadien qui obéit, un Québécois qui se plaint.Le pauvre homme est sur le trottoir ; il fait froid et il a perdu les clés de la maison.Il perpétue l\u2019illusion irresponsable de ceux qui invoquent la double allégeance pour accepter les choix qu\u2019Ottawa leur impose.Pense-t-il réellement à l\u2019avenir de nos enfants quand il nous propose comme horizon Kingston-la-ville-à-l\u2019école-française-sans-toilette ?Vraiment, il n\u2019est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ! n faut détruire ! «Mercier était une crapule.Gouin, un incapable.Duplessis, la grande noirceur.Chaloult, un vendu.Lesage, un traître.Lévesque, un coureur de jupons.Parizeau, un timoré.Lucien Bouchard, un apprenti-sorcier, un renard dans le poulailler qui colporte des mensonges fignolés depuis des lunes par une poignée de séparatistes exacerbés dont le rêve est de quitter le 922 Canada impossible pour se fabriquer une gentille petite Bosnie, heureuse et française».Voilà le discours des Jacques Hébert, André Ouellet et alias ! La mauvaise herbe pousse même au Sénat et à la Chambre des communes.Empêchons les oiseaux de malheur de faire leurs nids dans nos cheveux.Il faut détruire ! «L\u2019indépendance sera un malheur.Les péquistes pensent que la transition se fera de manière logique et civilisée.Qu\u2019ils oublient ça ! Les autochtones québécois voudront vivre au Canada et ils jouiront de la protection du gouvernement canadien, même si le Québec devient un pays souverain et séparé.Car les autochtones du Québec font partie du Canada et s\u2019ils veulent demeurer au Canada, ce sera leur choix ».Cette déclaration de Ron Irwin, ministre fédéral des Affaires indiennes, n\u2019est que le prélude des bonhommes sept-heures qui entendent bousiller l\u2019action démocratique des gens du pays.Il faut détruire ! «Et par tous les moyens.Nous voilà de nouveau dans un débat à la yougoslave.Une victoire du Parti québécois provoquera l\u2019instabilité, des taux d\u2019intérêt élevés, un dollar faible, des fardeaux supplémentaires pour les employeurs et les contribuables.Et ce ne sera qu\u2019un début.La situation future sera marquée par des tremblements de terre et des éruptions volcaniques.La dislocation sociale sera flagrante.L indépendance s\u2019annonce dévastatrice pour la communauté».Les Norman Webster et consorts ne seront pas plus chrétiens que les Brian Mulroney et Lloyd Atkinson.Ils sèmeront l\u2019inquiétude, la peur, la crainte, la frousse, la trouille, la panique.923 Ils pensent toujours qu\u2019un chat échaudé craint l\u2019eau froide.Ils ignorent que de deux maux les Québécois ont décidé de choisir le moindre.Il faut détruire, certes ! Mais surtout il ne faut pas se tromper de cible.C\u2019est le carcan canadien qu\u2019il faut rompre.Le Canada ne fonctionne plus.Il ne fonctionnera jamais à notre avantage.Nos problèmes ne disparaîtront pas sous le règne arrogant d\u2019un Jean Chrétien, le père de la constitution de 1982.Le Québec a droit à la vie.Il vivra pleinement s\u2019il possède les bons outils et s\u2019il a le courage de les empoigner.Nous avons le talent.Nous sommes capables.Soyons solidaires ! Il faut détruire ! Et la démolition est bien amorcée.Depuis trente ans, tout a changé au pays du Québec.Tout a été transformé: la religion, l\u2019identité, la famille, les traditions, les mentalités, les coutumes, les mœurs, les usages, la morale, l\u2019économie, les communications, etc.C\u2019est ce profond bouleversement qui impose, en toute urgence, à tous les Québécois et Québécoises de vieille souche ou nouveaux venus, de se retrouver ensemble pour bâtir un pays sur des valeurs nouvelles qui répondent aux exigences de l\u2019époque et du proche avenir.Aux premières lueurs de l\u2019aube, ce sera la fin du commencement.C\u2019est aujourd\u2019hnui qu\u2019il faut construire l\u2019avenir.Avec les mêmes matériaux, on peut bâtir un pays ou une colonie.Les devis et les ouvriers font la différence.Le parti libéral a opté pour la colonie.Jacques Parizeau, penché sur le passé, s\u2019accroche à l\u2019avenir.Il veut bâtir ici un pays à l\u2019image de sa population.Le programme qu\u2019il propose mérite notre appui.Le débat démocratique le complétera.Lorsque le Québec respirera en toute liberté, le Canada anglais pourra vivre selon son génie et ses attentes.Le charbonnier sera maître chez lui.C\u2019est ainsi qu\u2019il faut bâtir ! Rosaire MORIN 924 DESTIN ET DESTINATION' Pierre ?VADEBONCOEUR Écrivain Je me suis demandé ce que je vous dirais, ce que je pourrais vous dire, en cette circonstance.Par exemple - le sujet m\u2019a tenté -, j\u2019aurais pu commenter l\u2019exception culturelle contenue dans les accords du GATT, que j\u2019ai apprise avec tant de soulagement.Cette exception constitue une réponse provisoire et partielle à un problème très profond et très actuel.Il ne s\u2019agit pas seulement de protéger des industries culturelles relativement fragiles.Il s\u2019agit avant tout de savoir si on laissera le tout-puissant commerce détruire les cultures nationales, lui qui a recours à la méthode pernicieuse que son impérialisme a développée tout particulièrement en Amérique et depuis l\u2019Amérique: investir les masses en les exposant continuellement à l\u2019action d\u2019une entreprise savamment proportionnée aux attentes entretenues des plus gros publics possibles, et en inondant le marché de produits ramenés au plus bas dénominateur commun.Je ne dirai rien de plus à ce propos, si ce n\u2019est que nous comptons sur l\u2019Europe, espérant que l\u2019Europe se persuadera encore plus vivement du fait qu\u2019elle doit éminemment 1 Allocution prononcée à Bruxelles par Pierre Vadeboncoeur, le 21 avril dernier, lors de la réception par ce dernier du prix littéraire Canada-Communauté française de Belgique.925 compter sur elle-même et promouvoir sa culture.Plutôt que de continuer sur cette grande question, que vous connaissez parfaitement, je voudrais, bien plus modestement, effleurer, pendant un instant seulement, un sujet qui m\u2019est proche: la situation du Québec, puisque la Communauté française de Belgique veut bien reconnaître notre littérature et souligner par un prix quelques-unes des oeuvres qui la constituent.Je ne veux pas faire de politique ici, naturellement.Je désire seulement dire quelques mots sur le Québec et la situation morale des Québécois dans la conjoncture historique où ils sont placés.Par notre position politique, culturelle, géographique, nous nous sentons, comment dire?dans un état d\u2019indétermination, auquel correspond une mentalité caractérisée par un sentiment de perplexité.Je veux m\u2019en tenir à une courte description de cela même, sans chercher à en tirer des conclusions.On pourrait intituler mon bref propos: une situation politique d\u2019irréalité et ses drôles des conséquences.Ou encore: l\u2019étrange dépaysement plus ou moins inhérent à la condition québécoise historique et présente.Au vrai, pour développer ce sujet, il me faudrait faire une conférence, invoquer beaucoup de faits, évoquer un climat, faire de la prospective, supputer les conséquences d\u2019une défaite historique possible et d\u2019un dépérissement national définitif, et parler de ce qui nous serait alors réservé dans un état d\u2019infériorité chronique, nous, minorité, distinguée malgré tout par ses traits propres, et dominée d\u2019emblée comme il arrive toujours dans une telle condition.Je me contenterai de souligner trois ou quatre traits d\u2019ordre psychologique concernant notre situation, mais plus précisément l\u2019espèce d\u2019enfermement chronique où nous maintiennent à la fois notre condition actuelle de minorité et les étroites limites politiques dans lesquelles notre vie nationale se déroule.Dans notre situation de peuple précaire et mal posé dans l\u2019histoire et dans la politique, nous parvenons mal à sortir de ce monde bizar- Par notre position politique, culturelle, géographique, nous nous sentons, comment dire ?dans un état d\u2019indétermination.926 Nous n 'avons pour ainsi dire pas d'existence internationale, nous n 'avons qu 'une existence nationale dont plusieurs des commandes essentielles nous échappent.rement clos qui est le nôtre.Notre existence est tronquée.Nous n\u2019avons pour ainsi dire pas d\u2019existence internationale, et nous n\u2019avons qu\u2019une existence nationale dont plusieurs des commandes essentielles nous échappent.Cela se constate, cela se vit, cela se sent continuellement.Je viens ici, par exemple, dans un pays étranger, dans une circonstance plus ou moins officielle, et, à cause de ce que je représente, c\u2019est-à-dire un Québec qui n\u2019est pas un pays, une nation mal déterminée dont on se demande si elle a ce qui s\u2019appelle un avenir, j\u2019éprouve ici le sentiment très québécois de n\u2019être qu\u2019à demi représentatif de quelque chose \u2014 même littérairement.Nous communiquons mal avec le monde.Cela résulte d\u2019un empêchement de nature collective, mais cet empêchement collectif se reproduit dans l\u2019individu, qui de ce fait, éprouve bizarrement un certain manque d\u2019autorité dans ses rapports avec l\u2019étranger.Voici quelques autres perceptions singulières.Nous avons la curieuse impression que la portée de nos paroles et de nos actes ne dépasse pour ainsi dire pas notre propre milieu, à cause d\u2019une sorte de loi qui nous maintiendrait dans une relation nécessaire avec nous seuls.Un seul exemple, particulièrement saillant, de ce phénomène.Le peintre québécois Riopelle, dont la grande réputation est universelle et justifiée, doit celle-ci en bonne partie au fait qu\u2019il a vécu à Paris, s\u2019est lié avec André Breton, s\u2019est trouvé porté par la notoriété du mouvement parisien.Mais son maître québécois, Paul-Emile Borduas, sans doute un aussi grand peintre que son disciple, est pratiquement inconnu de par le monde.Nous sommes un pays à part, encore plus incertain pour les autres que pour nous-mêmes.Les étrangers ne savent comment analyser cette demi-présence au monde.Nous ne sommes pas à hauteur de peuple avec le monde, et pourtant, à l\u2019évidence, nous le savons par toutes nos fibres et par une évidence objective, nous sommes un peuple.927 L\u2019idée de ces quelques observations bien sommaires m\u2019est venue il y a quelque temps.Je m\u2019interrogeais sur les symptômes de je ne sais quelle absence qui nous caractérise et sur les traits particuliers de conscience que celle-ci détermine.Ces traits sont multiples.Par exemple, je me disais : nous avons le sentiment bizarre de vivre chroniquement une histoire qui n\u2019arrive pas.Notre propre histoire, en un sens, a ceci de particulier qu\u2019elle ne se réalise par profondément.Nous la vivons comme si elle était reportée constamment à plus tard.Dans la mesure où elle n\u2019arrive pas, dans la même mesure elle ne sert pas à nous accomplir.Ici même, dans cette réunion où nous sommes, le Québec est-il attendu?Le suis-je moi-même?Pas tout à fait, il me semblent, en un sens, c\u2019est justice.Nous sommes sans doute un peuple à part et vraiment très singulier.Je le dis, nullement pour le plaindre mais pour essayer de le définir avec précision: nous sommes un peuple curieusement isolé.Isolés en Amérique, c\u2019est évident; mais aussi par rapport au courant de l\u2019histoire: par exemple nous n\u2019appartenons pas réellement au mouvement universel de décolonisation.Notre dynamique n\u2019est pas celle de la décolonisation; c\u2019est plutôt une dynamique tout particulière de libération recherchée, originale, pour laquelle il n\u2019y a guère de modèle ailleurs, et encore moins de solidarités extérieures.Nous avons certes un destin, qui est par définition la réalité même en acte, ou la fatalité.Mais notre destinée est-elle une destinée, c\u2019est-à-dire, si on infléchit un peu ce mot, une destination?Nous travaillons depuis trente ans à faire que le destin ne nous contraigne plus autant; nous nous efforçons depuis trente ans d\u2019écarter un destin pour embrasser au contraire une destinée.Je tenais à vous parler de cela, car il me paraissait impossible de recevoir ce prix sans que vous entendiez de ma part la description d\u2019une part des réalités auxquelles cette bienveillante reconnaissance s\u2019adresse.Le Québec pose une question et je voulais que vous en Nous sommes un pays à part, encore plus incertain pour les autres que pour nous-mêmes.928 Nous nous efforçons depuis trente ans d'écarter un destin pour embrasser au contraire une destinée.entendiez quelque écho.Cette interrogation dirigée vers un réponse qui n\u2019est pas seulement une question politique.Ce n\u2019est pas uniquement une question collective.Elle se pose à l\u2019homme que je suis, comme à la plupart de mes compatriotes.Je ne voulais évidemment pas jouer les « lauréats» d\u2019un prix «international».Vous savez que la littérature na rien à voir avec ce qu\u2019on appelle « les honneurs » \u2014 un terme que je ne puis souffrir \u2014 et qu\u2019elle est tout le contraire.Je voulais simplement vous remercier en vous parlant des Québécois et un peu de leur vie, ce qui, dans mon esprit, me fournirait, pensais-je, un bon moyen d\u2019être le plus simplement du monde avec vous, dans une réunion qui vraiment en serait une, fraternelle et propice aux échanges comme à la sympathie réciproque.Je vous remercie du fond du coeur pour tout cela.Je remercie les autorités des deux pays concernés.Je remercie les membres du jury et son président.Et je vous remercie tous d\u2019avoir bien voulu m\u2019honorer de votre présence en cette circonstance.?929 LA LITTÉRATURE ET LE DEVENIR DU QUÉBEC Il n\u2019y a pas de peuple, c\u2019est-à-dire d\u2019ensemble d\u2019hommes formant une communauté de destin dans l\u2019universel, qui n\u2019ait une littérature exprimant sa spécificité, sa singularité, ses espoirs et ses croyances.Cela est si vrai, qu\u2019il est arrivé que des peuples privés de liberté, d\u2019É-tat ou même de territoire, aient été sauvés par leurs écrivains qui ont continué à témoigner de leur présence dans l\u2019histoire.Ce fut le cas pour le peuple serbe durant la longue nuit ottomane qui suivit la défaite du Kosovo (1389).L\u2019âme serbe fut conservée par les chants et les contes des raphsodes.De même, durant près de huit siècles d\u2019occupation anglaise où rien ne fut ménagé pour anéantir l\u2019Irlande, la vitalité et la résistance d\u2019Erin ne cessa de se manifester par la voix des bardes, des chroniqueurs et des poètes.Dans le combat pour la survivance, engagé dès le lendemain de la conquête de 17601, les écrivains canadiens-français ont joué un rôle presqu\u2019aussi considérable que l\u2019Église pour la préservation du fait français en Amérique du Nord.?Charles SAINT-PROT Directeur de Lettres et cultures de langue française Paris 1.La petite armée de Montcalm avait été vaincue, le 13 septembre 1759 dans les plaines d\u2019Abraham près de Québec.Dernier bastion français, Montréal tomba le 8 septembre 1760, Le traité de Paris du 10 février 1763 mit fin au régime français.930 Les écrivains canadiens-français ont joué un rôle presqu 'aussi considérable que l\u2019Église pour la préservation du fait français en Amérique du Nord.D\u2019abord exprimée dans les chansons et les contes transmis oralement, la résistance française touva ses chroniqueurs après la révolte des patriotes de 1837.L\u2019historien François-Xavier Gameau (1809-1866), auteur d\u2019une Histoire du Canada depuis sa découverte (1845), les poètes Octave Crémazie (1827-1879), Pamphile Lemay (1837-1918), Louis-Honoré Fréchette (1839-1908), William Champman (1850-1917) ont révélé aux Canadiens-français les faits de leur histoire déjà trois fois séculaire et ont œuvré à une prise de conscience nationale.Durant la seconde moitié du XIXe siècle, les écrits canadiens-français sont engagés, ce sont surtout des œuvres d\u2019action et de combat.Napoléon Bourassa, auteur de Jacques et Marie (1868), Philippe Aubert de Gaspé, dont le roman Les anciens Canadiens (1863) connut un succès considérable, l\u2019abbé Casgrain, Antoine Gérin-Lajoie (Jean Rivard, le défricheur canadien, 1862), Joseph Marmette, auteur de romans historiques patriotiques, expriment la volonté de survie de leur peuple et jettent les bases d\u2019une littérature qui va prendre son envol au tournant du siècle.Celle-ci s\u2019enrichira alors en se diversifiant.En effet, parallèlement à une veine patriotique toujours féconde qui privilégie les sujets historiques, la description du terroir (en particulier Nérée Beauchemin), les traditions et le combat pour la langue française, et qui trouve elle-même une nouvelle forme d\u2019expression dans le journalisme et l\u2019essai (Jean-Paul Tardivel, également auteur d\u2019un célèbre roman, Pour la patrie, en 1895; Olivar Asselin, Edmond de Nevers, Jules Fournier, Henri Bourassa, fondateur du Devoir, en 1910.) apparaissent des mouvements littéraires novateurs.Le plus notable est l\u2019école de Montréal qui réunit des poètes très divers : Charles Gill (1871-1918), Jean Charbonneau (1875-1960), Louis Dantin (1865-1945), Arthur de Bussières (1877-1913) et, surtout, Émile Nelligan (1879-1941).L\u2019école exotique, réunie autour de la revue le Nigog, suscite les premières polémiques littéraires.931 Le roman connaîtra également un grand développement après la parution de Maria Chapdelaine (1914).Le livre de Louis Hémon, né en France (1880) mais mort au Canada (1913), est l\u2019un des plus grands succès du XXe siècle.11 a prouvé qu\u2019il était possible de tirer de l\u2019observation des mœurs franco-canadiennes une œuvre d\u2019intérêt universel, traduite en plusieurs langues et constamment rééditée.À la suite de Louis Hémon, de nombreux romanciers s\u2019imposeront: Georges Bugnet, Léo-Paul Desrosiers (Nord-sud, 1931), Claude-Henri Grignon (Un homme et son péché, 1933), Ringuet (30 arpents, 1938), Félix-Antoine Savard (Menaud, maître dra-veur, 1937).Mais l\u2019homme qui va dominer durant plus d\u2019un demi-siècle est l\u2019abbé Lionel Groulx (1878-1967), dont l\u2019œuvre constitue une sorte de monument dans l\u2019histoire littéraire, politique et idéologique du pays.L\u2019abbé Groulx, l\u2019éveilleur Prêtre, conférencier, professuer, animateur de la revue l\u2019Action française, fondée en 1917 et plus tard appelée l'Action nationale qui demeure la publication la plus théoriquement fondée du Québec moderne, fondatuer de la Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, Lionel Groulx fut à la fois un grand écrivain et un éveilleur du peuple.Romancier (L'appel de la race, 1922 ; Au cap Blomidon, 1932), mémorialiste (Les Rapaillages, 1916; Constantes de vie, 1967; Mes Mémoires, 1970, 1974), essayiste (Méditation patriotique, 1920; Dix ans d\u2019Action française, 1926; Notre avenir politique, 1923; Notre maître le passé, 3 volumes, 1924, 1936, 1944), Lionel Groulx est un historien de première importance (La découverte du Canada, 1934; La naissance d\u2019une race, 1919; Histoire du Canada depuis la découverte, 1950; Notre grande aventure, 1958.).Il appartient à la race des historiens fondateurs, créateurs de mythes.Selon lui, l\u2019histoire n\u2019est pas seulement une science, elle n\u2019est pas 932 non plus le culte nostalgique du passé, elle est, au contraire, «ce qu\u2019il y a de plus vivant» parce qu\u2019elle enseigne que «pour continuer quelque chose, il faudra bien que nous soyons de chez nous et de notre passé ».Comme Tite Live se penche sur le passé de Rome pour inspirer aux Romains l\u2019amour de leur patrie, il met tout son talent au service de son «petit peuple».Il s\u2019agit de lui redonner confiance, de l\u2019appeler à relever la tête parce que les jours d\u2019humiliation sont terminés et de lui rappeler qu\u2019il est l\u2019héritier de ces quelques milliers d\u2019hommes qui, durant cent cinquante ans, firent une Amérique française de l\u2019extrême nord jusqu\u2019aux bouches du Mississippi.Groulx a choisi l\u2019histoire pour aider les Canadiens-français à retrouver leur fierté, à se redécouvrir et à transformer le présent pour bâtir l\u2019avenir.Son œuvre, servie par un beau style direct, incisif et viril, un style d\u2019idées, vif et précis, porte une extraordinaire puissance créatrice.Elle est de celles qui marquent le réveil d\u2019une nation et ouvrent les voies nouvelles.C\u2019est elle qui a le plus contribué à la naissance de l\u2019homme nouveau québécois.Un homme à l\u2019image de Groulx, debout et solidement campé sur sa terre, avide de réintégrer l\u2019histoire.Avec Groulx, véritable «maître-artisan d\u2019une émancipation globale »2, une nation est née.Un peuple de survivants est devenu un peuple de vivants.Selon André Laurendeau, Lionel Groulx a aidé l\u2019événement à se faire.Son influence a été considérable: toute l\u2019école historique du Québec s\u2019est réclamée de lui (Michel Brunet, Maurice Séguin, Guy Frégault); d\u2019innombrables essayistes et penseurs politiques nationalistes ont été formés par sa pensée nationale ; les fondateurs de la science économique et sociale (Edras Minville, François-Albert Angers) ont poursuivi la réflexion élaborée par le chanoine 2.Michel Brunet, Lionel Groulx, l'homme et l\u2019Œuvre dans l\u2019Action nationale, juin 1968.933 dans ses cours à l\u2019École des hautes études commerciales.Jean Ethier-Blais,3 l\u2019un des écrivains québécois les plus profonds, a écrit: «Nous lui devons tout.» C\u2019est également ce que pensait le Premier ministre René Lévesque: «Sa victoire principale fut de redonner assez de fierté à assez de Québécois pourqu\u2019on doive le tenir pour l\u2019un des principaux semeurs de la mission d\u2019avenir qui lève aujourd\u2019hui au Québec4» Une littérature québécoise Une partie de l\u2019existence de Lionel Groulx a coïncidé avec la mutation de la société québécoise.Il l\u2019avait pressentie et il en avait pris la mesure.Il concevait fort bien que le Québec changeât, que la société rurale traditionnelle se réduisit, que l\u2019industrialisation et l\u2019urbanisation fussent inéluctables.Mais il mesurait le danger de ce changement s\u2019il devait consister à tracer une croix sur le passé et à faire des Québécois un peuple sans mémoire.C\u2019est pourquoi il était convaincu qu\u2019il fallait dans un petit espace de temps donner une mémoire durable à son peuple; lui donner des repères, des jalons, des valeurs pour qu\u2019il ne succombe pas au choc brutal d\u2019une modernisation qui pouvait aussi signifier le déracinement et la perte de l\u2019identité.En effet, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les changements se précipitent.La société industrielle et urbaine s\u2019installe dans le paysage québécois, plus dure, plus sauvage, plus déroutante.Cette évolution n\u2019est pas sans influence dans le domaine littéraire.Des romanciers en prennent la mesure dans de fortes œuvres dont la plus significative est le roman de la Manitobaine Gabrielle Roy, Bonheur d\u2019occasion (1945).Une partie des écrivains se place sous les auspices de la Sainte - 3.\tJean Ethier-Blais, Le siècle de l\u2019abbé Groulx, 1993, Léméac (Montréal), Cf.notre compte-rendu de cet ouvrage essentiel dans Lettres et Cultures de langue française n° 19 (2' semestre 1993).4.\tHommage à Lionel Groulx, 1978, Léméac (Montréal).L\u2019histoire est, « ce qu 'il y a de plus vivant » parce qu 'elle enseigne que « pour continuer quelque chose, il faudra bien que nous soyons de chez nous et de notre passé ».934 Selon André Laurendeau, Lionel Groulx a aidé l\u2019événement à se faire.Trinité «Marx, Freud et Sartre» ou s\u2019inspire du surréalisme.En 1948, le peintre Borduas et les «automatistes» (Claude Gauvreau, Lapointe) publient le manifeste «refus global».Le poète Gilles Hénault explique qu\u2019il faut «penser à la révolution dans l\u2019art» La revue Cité libre de Pierre-Elliott Trudeau exprime les aspirations d\u2019une nouvelle classe moyenne, prend pour cible le nationalisme et divinise bientôt le modèle anglo-saxon.Ce sera le mérite de Gaston Miron et de ses compagnons de créer, en 1953, l\u2019Hexagone5 qui sera le creuset d\u2019une littérature québécoise où seront conciliées les forces du mouvement et la question nationale.A la suite de la parution du premier titre, un recueil de poésies de Miron et d\u2019Olivier Marchand (Les deux sangs, 1953), L\u2019Hexagone accueillera les meilleurs auteurs de l\u2019époque.Les poètes célèbrent, selon leur sensibilité propre, la poésie du pays: Jean-Guy Pilon (Recours au pays), Fernand Ouelette, Roland Giguère (L\u2019âge de la parole), Alain Grandbois, Claude Gauvreau, Paul-Marie Lapointe (Arbres, Pour les âmes), Paul Chamberland (Terre Québec), Gatien Lapointe (Ode au Saint-Laurent), Andrée Maillet, Alain Horic.Des essayistes, des philosophes et des sociologues publient leurs ouvrages de combat: Jean Le Moyne (Convergences, 1961), Gilles Marcotte (Une littérature qui se fait, 1962), Pierre Vadeboncœur (La Ligne de risque, 1963), Pierre Trottier (Mon Babel, 1963), Pierre Vallières (Nègres blancs d\u2019Amérique, 1969).C\u2019est encore à cette époque que le théâtre trouve l\u2019un de ses grands auteurs avec Jacques Ferron (Les grands soleils, 1958, La tête du roi, 1963).La revue Parti pris, créée en 1963 par Paul Chamberland et André Major, bouscule les anciennes valeurs et préconise une révolution nationale, sociale et culturelle contre toutes les oppressions6.Durant cette période foison- 5.\tCf.dossier sur l\u2019Hexagone dans Lettres et Cultures de langue française n° 19 (2e semestre 1993).6.\tCf.Robert Major, Parti pris : idéologies et littérature, 1979, Hurtubise HMH (Ville LaSalle), Prix France-Québec 1980.935 nante, la littérature s\u2019affirme définitivement comme québécoise.D\u2019ailleurs, depuis la révolution tranquille (1960-1966), le Canadien-français est devenu un Québécois.Au fur et à mesure que progresse l\u2019aspiration à l\u2019indépendance («Maîtres chez nous»), mais également un certain désir de rupture, l\u2019identité québécoise s\u2019impose dans une littérature qui est devenue majeure.Modernité ou chambardement Pourtant, à partir des années soixante-dix, certains n\u2019hésitent pas à brûler les étapes et à faire preuve de cette iconoclastic littéraire qui a toujours caractérisé ceux qui confondent modernité et chambardement.Sous l\u2019influence de l\u2019idéologie de mai 1968 et du prêt-à-penser étatsunien, toutes sortes de courants vont se développer.Prenant pour leitmotiv la «modernité» qui n\u2019est littéralement que la mode, l\u2019éphémère (modo: à l\u2019instant), une fraction de l\u2019intelligentsia, mais la plus tapageuse, se désintéresse de l\u2019identité et du devenir collectif.Comme l\u2019a noté Marcel Rioux7, la révolution tranquille a introduit un changement abrupt et plutôt chaotique, préparé depuis plusieurs années dans les antichambres des groupes minoritaires.Dans un ouvrage récent8, Paul-Marcel Lemaire dénonce les excès de rationalité critique qui ont conduit à couper le Québec de son passé, à rejeter les fondements les plus distinctifs de son identité (en particulier, le catholicisme) et, en fin de compte, à imposer dans son environnement les notions de pragmatisme et d\u2019individualisme anglo-saxon qui subordonnent l\u2019être à l\u2019avoir.La prétendue modernité avec ses aspects les plus 7.\tLe sociologue Marcel Rioux (1919-1992) est notamment l\u2019auteur d\u2019un ouvrage fondamental: La question du Québec, 1969, Seghers, Paris et 1987, Typo-l\u2019Hexagone, Montréal.8.\tPaul-Marcel Lemaire, Nous Québécois, 1993, Léméac, collection « Présent », Montréal.936 La littérature québécoise participe pleinement à la recherche pathétique de cette identité d\u2019un Québec qui reste le nom d\u2019un avenir, d\u2019un pays à portée de main.caricaturaux, comme le masochisme culturel, un féminisme outrancier et la mise en avant du culte des projets individuels, n\u2019a souvent été qu\u2019une pâle copie de la «culture» américaine (yankee) ou soixante-huitarde et a fragilisé le «nous», c\u2019est-à-dire l\u2019identité.Quand le concept de modernité s\u2019impose comme un impératif catégorique et ne tend qu\u2019à faire table rase du passé, il conduit à couper l\u2019homme de l\u2019histoire et à le déposséder de lui-même.On peut légitimement se demander si ceux qui ont rêvé de reconstituer les chapelles sectaires du Quartier latin ou de l\u2019université de Berkeley dans les cafés-cénacles de la rue Saint-Denis n\u2019ont pas participé à un travail de sape au détriment de l\u2019idée souverainiste et de l\u2019éclosion d\u2019une identité qui s\u2019inscrivent dans une tradition et une continuité.En fm de compte, il apparaît que la subjectivité et l\u2019individualisme conduisent à l\u2019anti-humanisme.Mais il serait induste de réduire la littérature québécoise à ces excès.Sa remarquable diversité qui fait précisément sa spécificité, sa richesse incontestable, le nombre d\u2019ouvrages publiés chaque année et la multiplicité des maisons d\u2019édition, le talent de nombreux auteurs qui ont une renommée internationale malgré les difficultés de diffusion, démontrent que cette littérature existe bel et bien.Elle reprend même conscience du danger de l\u2019invasion «d\u2019une transculture qui sous prétexte d\u2019ouverture au monde, induit une déculturation et un rejet masochiste de l\u2019identité collective».Elle redevient un formidable laboratoire où l\u2019on retrouve toutes les ambiguïtés et les aspirations d\u2019un peuple français, québécois, américain.La littérature québécoise participe pleinement à la recherche pathétique de cette identité d\u2019un Québec qui reste le nom d\u2019un avenir, d\u2019un pays à portée de main.Un pays qui ne serait pas seulement un territoire, mais également une nation; c\u2019est-à-dire une mémoire, une réalité spirituelle.937 Peut-être faut-il en revenir, une fois encore, à Lionel Groulx qui, le premier, a magistralement répondu au double défi du rapport de Lord Durham (1839) qui définissait les Canadiens-français comme «un peuple sans histoire et sans littérature ».Les Québécois ont aujourd\u2019hui une littérature, il leur appartient de ne plus se laisser évacuer de l\u2019histoire.?Les Québécois ont aujourd\u2019hui une littérature, il leur appartient de ne plus se laisser évacuer de l'histoire.938 Charles ?CASTONGUAY Mathématicien, Université d\u2019Ottawa LE POINT SUR L\u2019ASSIMILATION DES ALLOPHONES Des comptes rendus contradictoires en apparence ont suivi la publication par le Conseil de la langue française de mon étude sur l\u2019assimilation au cours de la période 1971-1986.La confusion vient de l\u2019orientation linguistique divergente des allophones, c\u2019est-à-dire de la population de langue maternelle ni anglaise, ni française.Ceux qui sont nés au Québec s\u2019anglicisent davantage qu\u2019en 1971.Au contraire, parmi l\u2019immigration récente, la plupart des allophones qui changent de langue se francisent.Le tout se solde par une progression plutôt lente de la francisation de la population allophone dans son ensemble.Dans le cadre de la réflexion actuelle sur le niveau d\u2019immigration souhaitable au Québec et compte tenu des dernières prévisions démographiques portant sur l\u2019avenir linguistique à Montréal, il importe de bien cerner ces différents aspects de l\u2019assimilation des allophones.Comme d\u2019habitude, nous entendons par là l\u2019adoption de l\u2019anglais ou du français comme langue d\u2019usage à la maison.Si l\u2019on ne considère que la population ayant soit le français, soit l\u2019anglais comme langue maternelle ou comme langue d\u2019usage, le Québec est à plus de 85 p.100 francophone.Par conséquent, pour maintenir l\u2019équilibre actuel entre le français et l\u2019anglais, les démographes jugent qu\u2019il faudrait que la part du français dans 939 l\u2019assimilation des allophones soit de 85 p.100 contre 15 p.100 pour l\u2019anglais.Globalement, nous nous trouvons encore presque aux antipodes de ce partage idéal.Dans mon étude, j\u2019estime que la part du français dans l\u2019assimilation de l\u2019ensemble de la population allophone progresse bien lentement, passant de 30 p.100 en 1971 à 34 p.100 en 1986.Et même si le nouveau questionnaire introduit au recensement de 1991 a gonflé l\u2019assimilation en faveur du français, la part du français demeure inférieure à 40 p.100.C\u2019est dire qu\u2019au dernier recensement, une majorité claire des allophones assimilés, soit un peu plus de 60 p.100, déclaraient encore l\u2019anglais comme langue principale au foyer.Certes, le passé pèse lourd dans ce bilan.Beaucoup des allophones anglicisés en 1986 ou 1991 étaient déjà énumérés comme tels en 1971.Mais il y a eu aussi beaucoup de nouveaux cas d\u2019anglicisation depuis 1971.En particulier, si la part du français dans l\u2019assimilation des allophones nés au Québec était d\u2019un tiers en 1971, elle n\u2019est plus que de 25 p.100 depuis 1981.L\u2019ancien régime du libre choix de la langue d\u2019enseignement et l\u2019importance de l\u2019anglais comme langue de travail, de loisirs, de l\u2019électronique et des communications, tout cela a porté fruit.Les démographes jugent qu 'il faudrait que la part du français dans l\u2019assimilation des allophones soit de 85 p.100 contre 15 p.100 pour l\u2019anglais.La francisation n\u2019a donc progressé que parmi les immigrants.Marc Termote a démontré que cette tendance a démarré dès la Révolution tranquille.De fait, la part du français dans l\u2019assimilation des immigrants a franchi le seuil de 50 p.100 auprès des allophones arrivés au Québec au cours de la période 1971-1975.Dans ma récente étude, je montre que la cause principale de cette francisation accrue réside dans un changement survenu dans l\u2019origine de l\u2019immigration allophone.À partir de la période 1971-1975, justement, celle-ci provient majoritairement des pays de la francophonie, au sens large, ou de pays de langues latines.Les lois 22 et 101 semblent avoir eu pour effet de hausser encore d\u2019une quinzaine de points la part du français, si bien que la francisation relative tourne désor- 940 La francisation relative tourne désormais autour de 65 ou 70 p.100 parmi chacune des cohortes arrivées en 1976-1980, 1981-1985 et 1986-1991.mais autour de 65 ou 70 p.100 parmi chacune des cohortes arrivées en 1976-1980, 1981-1985 et 1986-1991.J\u2019ai également démontré qu\u2019à toutes fins utiles, la scolarisation obligatoire en français semble expliquer à elle seule la quasi-totalité de ce dernier progrès réalisé auprès des trois dernières cohortes à partir de 1976-1980.L\u2019effet de la francisation de la langue de travail paraît avoir été beaucoup moins déterminant.Il importe aussi de retenir que la part du français dans l\u2019assimilation des allophones semble avoir plafonné à environ 70 p.100 depuis la cohorte arrivée en 1976-1980, soit à un niveau encore inférieur à 85 p.100.Cela veut dire qu\u2019en termes relatifs, l\u2019assimilation favorise toujours l\u2019anglais, y inclus parmi les allophones arrivés après les lois 22 et 101.Voyons maintenant pourquoi, même avec les données plus favorables au français que Statistique Canada a obtenues au moyen de son nouveau questionnaire de 1991, la part du français ne dépasse pas encore 40 p.100 de l\u2019assimilation parmi l\u2019ensemble de la population allo-phone.Nous avons dit que la part du français dans l\u2019assimilation des allophones nés au Québec a chuté à 25 p.100.Or, les allophones nés au Québec s\u2019assimilent davantage que ceux qui ont immigré.Et si la population immigrante se renouvelle, il en va de même pour celle qui est née au pays.Par ailleurs, parmi les allophones ayant immigré au Québec avant la fin de la Révolution tranquille, la part du français se situe également à 25 p.100.Ces immigrants d\u2019avant 1966 et les natifs du Québec comptent ensemble pour un peu plus de la moitié de la population allophone recensée en 1991.La part de l\u2019anglais dans l\u2019assimilation de cette bonne moitié est donc de 75 p.100, soit plus élevée que la part du français parmi les immigrants d\u2019après 1976.Tous ces facteurs font en sorte que sur l\u2019ensemble des nouveaux cas d\u2019assimilation d\u2019allophones déclarés au Québec depuis 1971 \u2014 et même depuis 1981 \u2014 on compte à peu 941 près autant d\u2019anglicisés que de francisés.Dès lors, le lent progrès global de la part du français n\u2019étonne plus.Le pouvoir d\u2019assimilation de l\u2019anglais au Québec fait ainsi preuve d\u2019une telle inertie qu\u2019on peut rester songeur quant au moment où la part du français dans l\u2019assimilation de l\u2019ensemble des allophones atteindra le seuil de 50 p.100.Quant à la possibilité qu\u2019elle se hisse jusqu\u2019à 80 p.100, le plafonnement à 70 p.100 de la part du français parmi les trois cohortes quinquennales arrivées depuis 1976 suggère qu\u2019un tel objectif est hors d\u2019atteinte dans l\u2019état actuel des choses.Dans cette optique, la baisse du poids des francophones prévue pour le Québec et Montréal en vertu de la sous-fécondité et de l\u2019immigration n\u2019arrangera certainement rien.Il y a là matière à réflexion en ce qui concerne la planification de l\u2019immigration à venir mais, aussi, l\u2019ensemble des conditions nécessaires au maintien d\u2019un Québec français.?L\u2019assimilation favorise toujours l\u2019anglais, y inclus parmi les allophones arrivés après les lois 22 et 101.Assimilation linguistique des allophones,\t\t\t\t \tQuébec, 1991\t\t\t Statut migratoire\tTotal\tAnglicisés\tPart de\tPart du \t\tet francisés\tl\u2019anglais\tfrançais Nés au pays ou ayant immigré avant 1966\t304 000\t134 000\t75%\t25% Immigrants 1966-1970 Immigrants\t42 000\t16 000\tO© iO\t42% 1971-1975 Immigrants\t43 000\t17000\t45%\t55% 1976-1991\t193 000\t53 000\t31%\t69% Total\t582000\t220000\t61%\t39% 942 POLITICIENS ET CRISE DE LÉGITIMITÉ Christine ?LAMOUREUX Pour en sortir : pacte social et repère moral P ^ m nse de confiance, de crédibilité, de légitimité.Quelque chose de cet ordre semble ébranler la classe politique du Québec et du Canada.Plusieurs ressentent ce malaise, sans pouvoir l\u2019expliquer précisément.Intuitivement, croit-on, cela relève de la façon dont les politiciens exercent le pouvoir.On aimerait parfois que leurs attitudes d\u2019indifférence et d\u2019impuissance devant des drames collectifs ou des drames individuels en série laissent plutôt place à un certain nombre de sensibilités.Intuitivement aussi, on a l\u2019impression que ce malaise ne dépend pas tout à fait de nos politiciens, que ceux-ci sont prisonniers de jeux de pouvoirs qui sont «plus forts qu\u2019eux».Au-delà des apparences, les significations et les solutions sont complexes.Des analystes d\u2019ici peuvent cependant guider la réflexion.Ils tentent de définir ce que pourrait être la nouvelle légitimité des acteurs politiques : essentiellement un cadre d\u2019exercice du pouvoir empreint de repères moraux et cette capacité de faire renaître chez les gens une énergie de vie, un sens de la solidarité.943 Des symptômes «Tricheur!».La guillotine est tombée.L\u2019accusation de Jean-François Lisée est sans équivoque à l\u2019égard de Robert Bourassa.Commentant son dernier ouvragel, Lisée dira de ce politicien «qu\u2019il a à ce point triché le peuple sur une question centrale pour le Québec \u2014 son destin constitutionnel\u2014 qu\u2019il a «amoralisé» la politique québécoise».A l\u2019instar de cette dernière dénonciation publique, la médiatisation des abus des politiciens (démêlés avec la justice, coûts onéreux des dépenses associées à l\u2019exercice de leurs fonctions, nominations partisanes abusives, etc.) provoque l\u2019indignation.L\u2019augmentation considérable du mécontentement de la classe populaire à l\u2019égard de la classe politique n\u2019est certes pas étrangère à ces révélations.A ce sujet, un inventaire de sondages auprès d\u2019adultes du Canada démontre que les taux de non-confiance à l\u2019égard des partis politiques sont passés de 20% vers les années 1975 à plus de 45% en 19911 2.Autre source de l\u2019inconfort de notre société face au pouvoir politique : le peu de fiabilité des engagement électoraux.Plus de 58% des promesses électorales ne sont pas honorées.Tel est le résultat d\u2019une thèse de doctorat de Paulo Picard du Département de Sciences politiques de l\u2019UQAM3.Ces résultats questionnent la res- La médiatisation des abus des politiciens (démêlés avec la justice, coûts onéreux des dépenses associées à l'exercice de leurs fonctions, nominations partisanes abusives, etc.) provoque l'indignation.1.\tPropos de Jean-François Lisée recueillis par Marie-Hélène Poirier, à la radio de Radio-Canada AM \u2014 émission Les actualités\u2014 le 18 avril 1994 suite au lancement du livre: LISEE, Jean-François (1994), Le tricheur, Ed.Boréal, Montréal.2.\tDOBELL Peter et BERRY, Byron, (janvier 1992), « La colère à l'égard du régime: mécontentement politique au Canada » dans Le gouvernement parlementaire.3.\tMonsieur Picard a vérifié à travers des textes législatifs, des textes réglementaires et des rapports ministériels la traduction en mesures gouvernementales de près de 1 000 engagements électoraux recensés pour la période de campagne électorale et la période consécutive d\u2019exercice du pouvoir de trois partis politiques québécois: l\u2019Union nationale pour la période 1966-1970 ; le Parti libéral du Québec pour la période 1970-1973 et le Parti québécois pour la période 1976-1981.944 Plus de 58% des promesses électorales ne sont pas honorées.ponsabilité des candidats et des partis politiques devant leurs commettants et la moralité de leurs actions comme gouvernants.Alain Etchegoyen4, philosophe français, soixante-huitard, s\u2019est penché sur cet aspect de la responsabilité.«On a jamais autant parlé de responsabilité qu\u2019aujourd\u2019hui.mais c\u2019est toujours pour en déplorer l\u2019absence».Selon lui, c\u2019est comme si les actes posés par les gouvernants ne dépendent pas vraiment d\u2019eux et qu\u2019ils n\u2019ont pas ainsi à en répondre.On assiste à un fatalisme qui se manifeste par la perte d\u2019une valeur essentielle : la responsabilité.Enfin, le plus virulent des symptômes est sans contredit l\u2019accroissement des pratiques illégales parmi toutes les classes de la population, \u2014y compris la classe politique\u2014.Les fraudes fiscales, l\u2019abus de fonds publics, le travail au noir sont encore des exemples que quelque chose ne va pas.Des significations Retenons certains consensus des propos des observateurs de la scène politique.D\u2019une part, nous vivons une période de transition sur les plans économique, social et politique.D\u2019autre part, il existerait un décalage entre les besoins des gens liés à un mode de vie moderne et les solutions retrouvées dans les politiques gouvernementales ou dans les engagements électoraux des partis politiques, notamment pour faire face aux problèmes économiques.La confiance de la population s\u2019en trouve affectée.Notre société connaît des mutations économiques importantes selon Yvon Leclerc, chercheur invité à l\u2019UQAM et secrétaire général à l\u2019ex-Conseil des Affaires sociales du Québec.Les besoins des gens évoluent rapidement.Les politiciens continuent d\u2019expliquer ces mutations économiques avec une approche qui correspond 4.Alain Etchegoyen a publié plusieurs ouvrages dont «La responsabilité» (1993); «La démocratie malade du mensonge» (1993); «La valse des éthiques» (1991), Editions F.Bourin.945 à une réalité d\u2019il y a 20 ou 30 ans.Le discours est dépassé ; les moyens de correction, inappropriés.Il y a 20 ans, moins des deux cinquièmes des personnes sans-emploi étaient réputées aptes au travail.Aujourd\u2019hui, cette proportion est de quatre sur cinq.Deux fois plus ! Les solutions proposées au chômage en tiennent peu compte.Autre exemple: l\u2019automatisation du travail.À production égale (même supérieure !), un moins grand nombre de travailleurs suffit.Les entreprises profitent de cette création de richesses et plus encore : elles continuent de bénéficier de conditions fiscales avantageuses.Le trésor public doit, quant à lui, s\u2019appauvrir de ce progrès ( !) en assumant les coûts des pertes d\u2019emplois.En maintenant les mêmes règles fiscales qu\u2019avant, l\u2019État n\u2019a pu garantir à un plus grand nombre de gens l\u2019accès à ce nouvel apport de richesses, puisque la plus grande part de ses recettes provient de l\u2019impôt sur le revenu des particuliers.Pour la première fois, la croissance économique ne signifie plus la croissance des emplois, phénomène inédit dans les économies modernes.La croissance économique ne signifie plus la croissance des emplois.Le pouvoir politique a maintenu l\u2019harmonie sociale en misant uniquement sur la croissance économique comme porteuse de croissance de l\u2019emploi.Jacques Dufresne, philosophe et Directeur du journal l\u2019Agora, est d\u2019avis que cette croissance, particulièrement depuis la dernière guerre, tient lieu de légitimité au gouvernement.«Il n\u2019y a personne qui a vraiment gouverné depuis une quarantaine d\u2019année» affirme-t-il.«Nous avons toujours eu comme politique, sauf exception, de profiter de la croissance économique pour redistribuer la richesse et satisfaire les gens au fur et à mesure qu\u2019ils se manifestaient.La croissance n\u2019est plus au rendez-vous.Elle ne se traduit plus par des emplois, par un progrès pour tout le monde.Il y a de plus en plus d\u2019exclus».Comment faire aujourd\u2019hui?Nos gouvernants, conscients pour la plupart de ces nouvelles données qui marquent les limites de l\u2019État pourvoyeur, tentent de réagir.Les 946 Les lois incitent les gens à dilapider les biens publics au lieu d\u2019inciter à les économiser.solutions, choisies à ce déclin de l\u2019État providence, profitent le plus souvent à des intérêts privés.Èt les citoyens, selon toute vraisemblance, n\u2019ont pas davantage la possibilité de participer aux décisions qui les impliquent auprès des entreprises bénéficiaires du désengagement de l\u2019État qu\u2019ils ne l\u2019avaient jusqu\u2019à maintenant.Selon Paulo Picard, de plus en plus de gens se trouvent pénalisés par la restriction des fonds publics disponibles.Des gens qui se sentent doublement victimes puisqu\u2019ils ont l\u2019impression, plus que jamais, de ne pas pouvoir influencer le cours des choses.La déconvenue se poursuit.À cet égard, nos lois incitent à la corruption, à l\u2019égoïsme plutôt qu\u2019à la générosité.Pour Jacques Dufresne, cela est déplorable: «Pour ma part, j\u2019en suis venu à la conclusion que ce que les gens ne pardonnent pas aux politiciens, ce n\u2019est pas leurs petits vices, connus depuis toujours et plutôt moindres aujourd\u2019hui qu\u2019hier, c\u2019est d\u2019avoir corrompu tout le monde par des lois démagogiques»5.Les lois incitent les gens à dilapider les biens publics au lieu d\u2019inciter à les économiser.Les lois que l\u2019on fait pour se faire élire favorisent des groupes d\u2019intérêts qui risquent d\u2019influencer l\u2019opinion publique.Les rémunérations à l\u2019acte pour les médecins ou à l\u2019heure pour les avocats en sont des exemples.Des perspectives «Il faut cesser de tout demander aux politiciens!.Demandons-leur d\u2019administrer l\u2019État, d\u2019assurer la sécurité, le commerce extérieur, les fonctions actuelles de l\u2019État, puis occupons-nous de la vie sociale et réaffirmons l\u2019existence d\u2019une société en face de l\u2019État et de ses structures» indique monsieur Dufresne.La richesse de l\u2019État ne suffit plus pour assurer l\u2019harmonie sociale.«Et lorsqu\u2019il n\u2019y a plus cet afflux de richesse, on est devant l\u2019obligation de trouver au fond de soi-même le principe d\u2019une régénérescence, on doit faire l\u2019effort 5.DUFRESNE, Jacques, «Comment insuffler une inspiration à un peuple ?» dans L\u2019Agora, avril 1994.947 moral et spirituel de faire renaître la justice».Les jeunes, les exclus de la société et les régions qui se vident devraient en tout premier lieu bénéficier de ces efforts.Aussi, nous devons redonner un caractère inaliénable aux lois et faire en sorte qu\u2019elles incitent à la générosité.Climat de justice et recherche de vérité.La généralisation d\u2019expériences d\u2019entraide où chacun, solidaire d\u2019autres membres de la collectivité, contribue à rendre possible le respect des besoins et des attentes des gens, en témoignera.Comment se fait-il qu\u2019il y ait si peu de politiciens qui aient compris que le problème fondamental de notre société est moral, spirituel et que ce ne sont pas par des réformes administratives, pas même par une croissance économique que nous pouvons le régler?Ce pacte social souhaitable devra aussi guider les actions des politiciens.Pour recréer les conditions de la prospérité, Yvon Leclerc parle également d\u2019un cadre moral qui devrait inspirer les lois et leurs applications.Les solutions qu\u2019il préconise s\u2019inscrivent dans une telle démarche responsabilisante.Plus spécifiquement, Yvon Leclerc identifie trois avenues de solutions liées aux mutations économiques que l\u2019on vit: une meilleure redistribution de la création de la richesse incluant une révision en profondeur de la fiscalité ; une réinsertion des exclus et enfin, une nouvelle répartition des pouvoirs entre l\u2019État central, les régions et les municipalités afin de rendre les gens responsables de leurs actes.Qui devrait proposer ces solutions ?Tous croient que ce sont les politiciens.Ce sont eux qui devront amorcer cette nouvelle dynamique qui rapprochera la population et les solutions proposées par la classe politique.Un paysage politique assaini devra passer par une lutte au scepticisme de la population.Vers une période de transition Autre perspective dominante: la proposition d\u2019initiatives permettant la réalisation d\u2019un pacte social ainsi qu\u2019un contexte d\u2019exercice du pouvoir davantage empreint de repères moraux semblent annoncer les nouvelles couleurs de la rectitude politique.Selon les observateurs ren- 948 «Il y a chez tous les êtres humains sans exception, un je ne sais quoi qui s'attend à ce qu\u2019on lui fasse du bien et non du mal».contrés, ces conditions pourraient être un point d\u2019appui au passage d\u2019une période de transition vers la troisième vague de Toffler.En lieu et place d\u2019un terrain vague idéologique, un paysage politique assaini devra passer par une lutte au scepticisme de la population.Une autre transition devra s\u2019opérer, celle de tenir non plus nos politiciens en suspicion, mais de les tenir en respect ! Dans toute cette entreprise, la complexité des décisions et des situations demeure.La reconnaissance par les politiciens de cette complexité implique l\u2019acceptation de risques et d\u2019efforts.Des risques et des efforts qui assurent un engagement renvoient à un cheminement intérieur combinant connaissances et émotions.Par cet enchaînement rendu possible d\u2019essais et d\u2019erreurs, de passions et de tensions, de grandeurs et de misères, on peut penser que les attentes sourdes des gens seront mieux comprises et que nos politiciens se refuseront à l\u2019indifférence, à l\u2019impuissance devant les drames qui touchent leurs concitoyens.On peut penser aussi que ces risques et ces efforts généreront des attitudes plus responsables qui freineront les appétits d\u2019une machine bureaucratique malade de boulimie.N\u2019est-ce pas aussi pour les politiciens retrouver une liberté perdue, celle de s\u2019émouvoir et de rêver?Simone Weil6, philosophe, disait: «Il y a chez tous les êtres humains sans exception, depuis la petite enfance jusqu\u2019à la tombe, un je ne sais quoi qui s\u2019attend à ce qu\u2019on lui fasse du bien et non du mal».Voilà bien une attente sourde à laquelle pourraient tenter de répondre nos politiciens.Voilà bien un repère moral qui, par sa présence, pourra faire revivre une espérance ferme en la politique et de ce fait, en l\u2019avenir! ?6.Simone Weil a, entre autres réalisations, écrit un ouvrage intitulé: L\u2019enracinement: prélude à une déclaration des devoirs envers l\u2019être humain, Editions Gaillimard, Paris.949 POUR EN FINIR AVEC LA PAUVRETÉ 5 exclusion d\u2019une couche importante de la population, voilà un des grands problèmes contemporains des sociétés industrialisées.Comment éviter une situation où les victimes de la permutation économique en cours ne se retrouvent pas d\u2019une façon définitive à l\u2019écart du monde du travail sans autre source de revenu que l\u2019aide sociale?Comment faire pour que des jeunes sans formation professionnelle évitent d\u2019atteindre la trentaine sans avoir eu la chance de toucher un revenu régulier en retour de leur travail ?Était-ce une tentative de réponse à cette double interrogation qu\u2019avaient en tête, au printemps 93, les représentants de la petite ville de Val-des-Monts dans l\u2019Outaouais en proposant que les municipalités embauchent des bénéficiaires de l\u2019assistance sociale?Plusieurs lecteurs se rappelleront le tollé soulevé par une proposition qui s\u2019insipirait d\u2019une politique vécue dans un pays parmi les plus civilisés du monde et, qui plus est, se trouve sous la houlette d\u2019un gouvernement de centre-gauche: le Danemark.Les milieux dits progressistes, auxquels ne manquent pas de s\u2019associer occasionnellement nos chers évê- ?André JOYAL* Professeur d\u2019économie à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.Ce texte fut rédigé à l\u2019occasion d\u2019un congé sabbatique à l\u2019Université de Montpellier 1.950 ques, ont fait les gorges chaudes en évoquant le spectre d\u2019une politique qui forcerait les plus démunis de la société à travailler pour se mériter leurs allocations.Mon intention est moins de me porter à la défense des gens de Val-des-Monts que de souligner l\u2019expérience danoise à la base de leur démarche et d\u2019en tirer un enseignement utile.Une expérience danoise Il a vingt ans, Jens habite Frederikshavn, un port de pêche du nord du Danemark.Son travail consiste à ramasser des papiers jetés sur la chaussée.Étant en parfaite santé, grand et fort, on ne lui a pas laissé le choix.« C\u2019était accepter ce travail que j\u2019aime après tout, car c\u2019est un travail au grand air, ou vivre de la mendicité, car la municipalité refuse de payer les allocations d\u2019assistance sans rien recevoir en échange.Au fond, je ne regrette pas qu \u2019on m'ait contraint à travailler, à être ponctuel, à assumer la tâche qui m\u2019a été confiée.Je me sens mieux dans ma peau, rien qu\u2019à l\u2019idée d\u2019être utile à la société, de garder ma ville propre; c'est réconfortant n\u2019est-ce-pas 7»1 Combien de Steve, de Sébastien et autres Jean-François québécois du même âge et dans la même situation, pourraient tenir un langage similaire si on leur offrait la même possibilité ?Comme au Québec, les chômeurs danois représentent 12,5 % de la main-d\u2019œuvre active.C\u2019est dire que les «vraies jobs» se font plutôt rares, surtout pour les personnes les moins qualifiées.À Frederikshavn, comme dans beaucoup de nos villes moyennes, près de 20 % de la population active est privée d\u2019emploi régulier.«Nous avons exigé que les assistés soient actifs, faute de quoi ils ne pourront bénéficier d\u2019aucun soutien de notre part.Et nos exigences ne se discutent pas.Il est normal que nous nous attendions à ce qu \u2019ils fassent des efforts en retour de l'argent qu\u2019on leur donne, pour leur propre bien d\u2019ailleurs.1.Des chômeurs danois bien employés, Le Monde, samedi 5 mars 1994, p.7.951 Frederikshavn a perdu 700 assistés et s\u2019est enrichie de 700 nouveaux collaborateurs heureux», de signaler une consultante pour l\u2019Agence pour l\u2019emploi, le bureau d\u2019aide sociale et du congé de maladie2.Grâce à l\u2019audace et à l\u2019imagination, cette municipalité de 35 000 habitants a mis en route une douzaine de chantiers impliquant surtout des jeunes chômeurs chroniques qui autrement seraient complètement désœuvrés et éventuellement perdus à jamais pour une éventuelle «vraie job».Un nouveau phénomène social Chômeurs de tous âges et nouveaux pauvres, voilà le phénomène social auquel les sociétés modernes sont aux prises à la fin de ce siècle.On ne naît pas pauvre, on le devient.Chose certaine, ce n\u2019est pas la reprise de la croissance économique telle qu\u2019annoncée au printemps 94 qui fournira les emplois tant attendus de part et d\u2019autre de l\u2019Atlantique.Par rapport aux années précédentes, le produit intérieur brut, autant en France qu\u2019au Québec, devrait connaître un taux de croissance plus élevé.Mais de là à espérer que des effets sensibles se fassent sentir sur le taux de chômage et, surtout, que les plus démunis tirent profit de cette évolution, c\u2019est une éventualité que je ne peux, hélas, entrevoir.Même si notre société ne prend pas toutes les formes qu\u2019avait imaginées le sociologue américain Daniel Bell, il faut bien admettre que nous sommes bel et bien entrés dans l\u2019ère postindustrielle.Les entreprises n\u2019ont plus besoin d\u2019ouvriers.C\u2019est ce que signale François Michelin, le PDG du fabricant de pneus du même nom: on devrait pouvoir dire aux salariés qu\u2019on aura de moins en moins besoin d\u2019eux à terme.3 Une remarque qui me rappelle l\u2019observation d\u2019un collègue de retour de Lisbonne, où il a pu visiter une papetière ultramodeme opérée par une poignée d\u2019ouvri- Les PME ne peuvent créer suffisamment d\u2019emplois pour modifier un paysage social devenu trop familier.2.\tIbidem.3.\tLe Monde, 18 mai 1994, dossier Initiatives, p.I.952 La génération de mes enfants sera la première depuis la révolution industrielle à connaître des conditions de vie moins favorables que celle qui l\u2019a précédée.ers qui produisent l\u2019équivalent d\u2019une usigne de Trois-Rivières.C\u2019est dire la faiblesse des fondements sur lesquels reposent les espoirs d\u2019une venue salvatrice d\u2019importants investisseurs susceptibles de répondre à notre épineux problème du chômage, et de son corollaire, la pauvreté.En ce qui regarde les PME, j\u2019en ai donné un tableau favorable dans le numéro de mars dernier, mais elles ne peuvent créer suffisamment d\u2019emplois pour modifier un paysage social devenu trop familier.Il faudra apprendre à composer avec une situation qui, en l\u2019absence d\u2019innovations socio-économiques, risque fort de nous accabler encore longtemps.Les pages suivantes visent à montrer à la fois les formes et les conséquences associées à une économie à deux vitesses caractérisée par une clôture sociale où jeunes comme moins jeunes, dans des proportions grandissantes, tendent à se retrouver du mauvais côté.Après avoir souligné les insuffisances des mesures correctives ou compensatrices, au Québec comme en France, certaines idées avancées par des esprits innovateurs serviront de pistes de réflexion dans la recherche de voies nouvelles.Celles-ci s\u2019imposent vu la situation, qui oblige à éviter les regards nostalgiques sur une situation à jamais révolue.Qu\u2019on le sache bien, la génération de mes enfants sera la première depuis la révolution industrielle à connaître des conditions de vie moins favorables que celle qui l\u2019a précédée.Et que l\u2019on me fiche la paix avec l\u2019étiquette de prophète de malheur; qu\u2019on regarde plutôt froidement les faits tels qu\u2019ils se présentent.L\u2019aggravation de la pauvreté: chancre des sociétés modernes La pauvreté, chacun le sait, est un concept relatif.Tout est fonction de ce que possèdent les autres.Quand tout le monde se trouve sensiblement sur le même pied, personne ne se sent pauvre.C\u2019est vrai dans le tiers-monde comme dans les pays industrialisés.Une réalité qui explique l\u2019idéal social-démocrate de la recherche de la 953 meilleure répartition possible des revenus.Un principe plus facile à mettre de l\u2019avant quand le gâteau économique ne cesse de croître.Or, social-démocratie ou pas, en Occident, l\u2019amenuisement des disparités dans le partage des revenus représente l\u2019un des traits principaux des belles années d\u2019après-guerre.L\u2019essor de la société de consommation, favorisé par le plein emploi et une faible inflation, avait permis aux uns et aux autres de mettre davantage de beurre sur leurs tartines.Peu importe que certains s\u2019enrichissent beaucoup plus que d\u2019autres quand chacun voit son niveau de vie s\u2019améliorer et que la fameuse courbe de Lorenz tend à se rapprocher de la diagonale4.Or, depuis le début des années 80, la crise économique, accompagnée presque partout de politiques conservatrices, a pour conséquence de redonner à la courbe de Lorenz ses apparences d\u2019il y a trente ans.Alors que des fortunes se construisent en quelques années, la pauvreté s\u2019impose plus que jamais comme une source majeure de préoccupation.En 1990, le taux de pauvreté chez les personnes vivant seules, au Québec, dépassait les 40 %.Chez les familles monoparentales dont le chef a moins de trente ans (une femme dans la très grande majorité des cas), ce taux dépasse les 80 %5.La catastrophe.Dans les pays de l\u2019Union européenne (lorsqu\u2019elle comprenait 12 pays), les nouveaux pauvres totalisaient 53 millions de personnes, soit une personne sur sept ce qui représente une augmentation de 40 % depuis 1975.En France, selon une récente étude du Centre d\u2019étude des revenus et des coûts, pas moins de 55 % de la population affirme craindre de joindre un jour le rang des Alors que des fortunes se construisent en quelques années, la pauvreté s'impose plus que jamais.4.\tH s\u2019agit d\u2019une présentation géométrique qui montre, par exemple, la part du revenu national accaparée par la couche des 20 % les plus favorisés par rapport à celle des 20 % les moins favorisés.La diagonale représente la situation idéale où 20 % de la population se partage 20 % de l\u2019ensemble des revenus, etc.5.\tConseil permanent de la jeunesse, Dites à tout le monde qu\u2019on existe.Québec, 1993, p.10.954 En 1990, le taux de pauvreté chez les personnes vivant seules, au Québec dépassait les 40%.exclus.Près de 47 % de la main-d\u2019œuvre active (11,7 millions d\u2019individus) se trouverait en situation de «fragilité économique et sociale».Parmi ces derniers, ils sont 7 millions dont l\u2019emploi est menacé et pour qui l\u2019obtention d\u2019un autre emploi serait très problématique avec les conséquences que l\u2019on devine, entre autres, sur les liens sociaux.Ainsi, les responsables de l\u2019enquête font remarquer que «plus la situation par rapport à l\u2019emploi est dégradée, plus la difficulté est grande, en particulier pour les hommes, de former un couple »6.De son côté, la fondation Abbé-Pierre avance le chiffre de cinq millions de Français en situation précaire.Parmi eux, on dénombre 500 000 sans-abri, identifiés par un sigle maintenant incontournable au pays des ancêtres, SDF (sans domicile fixe).Quant au RMI, autre sigle célèbre, ce revenu minimum d\u2019insertion, créé à la fin de 1988 pour offrir une chance aux plus démunis de 25 ans et plus de s\u2019insérer au sein de la société, force est de reconnaître qu\u2019il n\u2019atteint pas l\u2019objectif visé.Les rimistes, au nombre d\u2019environ 800 000, dont 20 % se compose de femmes à la tête d\u2019une famille monoparentale, reçoivent 2 298 francs par mois.7 8 À l\u2019instar de nos bénéficiaires de l\u2019aide sociale, ils risquent fort de demeurer sans espoir d\u2019une autre source de revenu, car si le RMI fournit un baume pour les plaies causées par la pauvreté, il ne parvient pas à favoriser l\u2019insertion.Or, comme le précise très bien notre conseil permanent de la jeunesse : « La pauvreté ne se résume pas à un manque d\u2019argent.Elle est aussi synonyme d\u2019exclusion et conduit à un retrait de la vie démocratique.Être exclu, être dépendant, être dévalorisé et manquer d\u2019argent sont des péchés capitaux qui appellent le rejet en regard de toute forme de participation à la vie collective»*.Un spectre qui n\u2019a rien d\u2019attirant pour les jeunes qui, à bon droit, s\u2019interrogent sur la place que la société leur réserve.6.Le Monde 25 février 1994.7 Alors que la baguette se vend 3,40 F.8.Op.Cit., p.29.955 Pour les jeunes : Une difficile insertion Au Québec, les médias évoquent à la petite semaine un présumé9 taux de suicide chez les jeunes parmi les plus élevés au monde.Plus crédibles sont les données sur le décrochage scolaire : près de 40 %.Pour ces jeunes, à moins de mesures rigoureuses de réinsertion, l\u2019exclusion représente une quasi-certitude.En France, ce sont les chiffres sur les sans-emploi de moins de 25 ans que les journaux rappellent de façon continue.Même si l\u2019on reconnaît la difficulté d\u2019évaluer de façon précise la proportion des détenteurs d\u2019emplois parmi ceux qui ne cherchent pas, qui font leur service militaire, qui prennent une «année sabbatique», qui s\u2019inscrivent sans conviction à un programme de formation, on signale généralement qu\u2019un jeune sur quatre serait en quête d\u2019un emploi.Et parmi ceux-ci, tout comme au Québec, il ne s\u2019agit pas toujours de jeunes sans qualification.Car pour beaucoup de jeunes, bardés de diplômes, la seule insertion possible prend la forme de contrats à durée déterminée (CDD: autre sigle à la mode) L\u2019emploi permanent, avec toutes les garanties ou avantages qui l\u2019accompagnent normalement, c\u2019est pour plus tard, beaucoup plus tard.La situation n\u2019est pas vraiment différente au Québec.Quel diplôme autre que celui de médecine (en France, l\u2019excédent de médecins oblige certains d\u2019entre eux à vivre au salaire minimum) assure à son détenteur un emploi régulier et stable une fois obtenu ?Inutile de chercher.De brillants jeunes ingénieurs approchent la trentaine en passant d\u2019un emploi à un autre lorsqu\u2019ils le peuvent.Or, dans ce véritable parcours du combattant que constitue la quête d\u2019un premier emploi stable, les avis ne cessent de pleuvoir Plus la situation par rapport à l\u2019emploi est dégradée, plus la difficulté est grande, en particulier pour les hommes, de former un couple.9.Dans les années 60, la Suède et la Hongrie occupaient la première position au triste palmarès du taux de suicide en grande partie parce que dans ces deux pays on ne craignait pas d\u2019appeler un chat un chat et, en conséquence, sur cette épineuse question, les statistiques étaient plus fiables qu\u2019ailleurs.956 L\u2019emploi permanent, c\u2019est pour plus tard, beaucoup plus tard.selon lesquels la formation s\u2019avère toujours la meilleure police d\u2019assurance face aux aléas du marché du travail.Tout dépend de la formation acquise.En France, on parle de surdiplômation en présence d\u2019une situation qui conduit les jeunes à croire que leurs chances d\u2019obtenir un emploi intéressant sont fonction du cumul de diplômes universitaires.Comme au Québec, nombreux sont ceux qui poursuivent leurs études, à défaut de trouver un emploi en correspondance avec leurs qualifications.Les désillusions n\u2019ont pas tardé à se manifester.Les emplois ne s\u2019offrant pas davantage aux détenteurs d\u2019un bac + 5 (cinq ans de formation après le lycée), ceux-ci se voient souvent forcés de poser leur candidature là où l\u2019on n\u2019exige qu\u2019un bac + 2.Parfois, pour que la candidature soit bien considérée, le postulant a intérêt à occulter ses dernières années de formation, sinon il court le risque de se voir considérer comme étant surqualifié.À long terme pourra-t-on dire, leur formation plus poussée leur servira.Bien sûr, tout comme il vaut mieux être riche et en santé que l\u2019inverse, les chiffres révèlent que ce sont les jeunes les moins qualifiés qui risquent de demeurer en permanence sur le carreau.Compte tenu des bouleversements rapides que connaît et connaîtra le marché du travail, comment insérer les jeunes avec ou sans qualification ?Comment briser le cercle vicieux de l\u2019incapacité à obtenir un emploi à cause du manque d\u2019expérience de travail?Le gouvernement d\u2019Édouard Balladur a cru trouver la formule heureuse en proposant un contrat d\u2019insertion professionnelle (CIP: sigle tristement célèbre l\u2019hiver dernier) aux détenteurs d\u2019un bac + 2.Il s\u2019agissait de favoriser leur entrée dans le monde de l\u2019entreprise au prix d\u2019accepter.80 % du salaire minimum dans le secteur d\u2019activité concerné.Du coup, les jeunes se rendaient compte que le diplôme tant recherché se trouvait fortement dévalorisé.Exit notre fameux slogan des années de la révolution tranquille : « qui s\u2019instruit s\u2019enrichit».Non seulement, l\u2019enrichissement matériel se voyait fortement compromis 957 mais également l\u2019ascension, si importante en France, des échelons de l\u2019échelle sociale.Le pouvoir de la me a fait reculer, une fois de plus, un premier ministre en mal d\u2019assurer ses arrières pour les présidentielles de 95.Quant aux étudiants, ils n\u2019ont gagné que le statu quo.Rien d\u2019autre.Ils poursuivent leurs études, plus nombreux que jamais en psychologie (études plus agréables et moins exigeantes que les sciences exactes), avec l\u2019espoir de se qualifier à un concours leur ouvrant les portes de.l\u2019enseignement secondaire et de la sécurité d\u2019emploi (recours à Freud pour obtenir une «vraie job»).Pour ceux qui quittent les bancs de l\u2019université, bien souvent ce qui les attend ce sont des programmes équivalents à nos PDE (programme de développement de l\u2019emploi: nous aussi, nous pouvons avoir des sigles célèbres.) mais en moins payant: les CES (contrat emploi-solidarité) ou autres formes de stages qui ne font que déguiser le taux de chômage réel en permettant à des jeunes d\u2019obtenir une pitance, en retour d\u2019un travail somme toute utile.En 1993, ils étaient 282 000 jeunes à «bénéficier» d\u2019un CES avant de se rendre éligibles pour un autre contrat.Combien d\u2019employeurs ont de plus en plus tendance à recruter ce type de main-d\u2019œuvre subventionnée plutôt que d\u2019offrir des emplois réguliers?D\u2019autres employeurs, au contraire, se méfient des candidats qui ne trouvent pas d\u2019autres issues que le recours à ce type de stages.Ceci représente évidemment deux importants effets pervers de tels programmes.Le remède risque de s\u2019ajouter aux causes du mal.Alors que faire ?En mai 1968, Sartre expliquait que les jeunes manifestaient contre une société qui, si elle leur offrait la possibilité de manger à leur faim, risquait de les faire mourir d\u2019ennui.Eh bien ! Ce n\u2019est pas ce dont se plaigent aujourd\u2019hui les jeunes de part et d\u2019autre de l\u2019Atlantique.Ils veulent pouvoir répondre de façon satisfaisante à leurs besoins qui n\u2019ont pas changé à travers l\u2019histoire de l\u2019humanité.En fait, c\u2019est une place ou leur place à l\u2019intérieur de la société que réclament les jeunes.Comment ceux de ma génération, En fait, c\u2019est une place ou leur place à l\u2019intérieur de la société que réclament les jeunes.958 Faut-il le répéter, le monde du travail ne sera jamais plus comme avant.détenteurs d\u2019une «vraie job» peuvent leur assurer cette place?D\u2019abord, en s\u2019appuyant sur un bon diagnostic de la situation et ensuite en faisant preuve d\u2019imagination et d\u2019audace.Des faits et des idées Faut-il le répéter, le monde du travail ne sera jamais plus comme avant.Dans l\u2019ensemble, le salariat tel qu\u2019on l\u2019a connu, est appelé à diminuer en importance.Le secteur des services occupera une place encore plus grande dans la somme des activités.Les services aux entreprises feront appel à des formations très poussées exigeant un renouvellement continu.Par ailleurs, d\u2019autres formes de services, désignés par les expressions « services relationnels ou de proximité» seront moins exigeants au chapitre de la formation.C\u2019est pourquoi ils suscitent des espoirs chez des gens comme l\u2019ancienne ministre du travail Martine Aubry qui profite de sa nouvelle disponibilité pour se faire le hérault de la lutte à l\u2019exclusion.A la tête d\u2019une fondation qui favorise l\u2019insertion des laissés-pour-compte à partir d\u2019entreprises qui allient à la fois des objectifs sociaux et économiques, cette voix montante au sein du parti socialiste attire l\u2019attention sur des avenues nouvelles10.Ainsi, des services comme l\u2019aide à domicile pour les personnes malades ou âgées pourraient générer de précieux emplois pour des jeunes et moins jeunes sans formation universitaire.C\u2019est d\u2019ailleurs ce à quoi s\u2019appliquent déjà, en France, les nombreuses associations dites intermédiaires mise en place en 1987 par celui qui occupe actuellement le perchoir (la présidence des débats à l\u2019Assemblée nationale).L\u2019audacieux député-maire d\u2019Épinal, Philippe Séguin, avait eu recours à cette idée afin de donner du travail aux chômeurs de longue durée (ceux qui, au Québec, bénéficient de l\u2019assistance sociale).Ce sont des entreprises dites «solidaires ou sociales ou de proximité » constituées autour d\u2019une association locale qui prend la res- 10.Le choix d\u2019agrir.Albin Michel, Paris, 1993 959 ponsabilité de trouver un créneau d\u2019activité et d\u2019offrir des services aux entreprises, aux administrations de leur collectivité ou aux particuliers.L\u2019objectif au départ était, en plus de fournir une modeste mais précieuse source de revenu, de favoriser l\u2019insertion des exclus à plus ou moins brève échéance à l\u2019intérieur du marché traditionnel du travail.Peu d\u2019associations intermédiaires atteignent ce dernier objectif.Mais les observateurs admettent qu\u2019elles agissent à tout le moins comme des « amortisseurs » de la crise.En d\u2019autres mots, tout comme le Danemark, il vaut mieux aider et occuper les chômeurs que de les payer à ne rien faire.À la fin de 1992, ces associations à vocation marchande n\u2019étaient pas moins de 960 à travers le pays, ce qui représente un volume d\u2019heures travaillées équivalant à 11 600 emplois à plein temps.C\u2019est peu par rapport aux 3,2 millions de chômeurs mais c\u2019est peut-être un début qui pourrait conduire plus loin.Ceci, à partir de services de proximité tels que la garde d\u2019enfants, les soins aux vieillards, les travaux ménagers, la réparation mécanique, l\u2019aménagement des berges de lacs et de rivières ou l\u2019entretien d\u2019espaces publics, etc.Évidemment, les salaires générés ne correspondent pas toujours à ce qu\u2019offraient les «vraies jobs» perdues, beaucoup s\u2019en faut, mais ils ont l\u2019avantage d\u2019être générés à la faveur de travaux utiles à la collectivité11.Créer son emploi « Et si chaque chômeur créait son emploi ?» Cette interrogation lancée sous la forme de défi en 1979 par l\u2019ancien premier ministre, Raymond Barre, m\u2019avait conduit à écrire, il y a une dizaine d\u2019années, qu\u2019il était plus facile de créer son emploi après s\u2019être fait virer par les électeurs que par une entreprise où l\u2019on a travaillé pendant des années.Or, les faits donnent raison au député de l\u2019île de la Réunion.Pour la seule année 1993, plus de 45 000 chômeurs, à 11.Pour en savoir plus sur la contribution du secteur associatif c.f.L\u2019Agora, juin 1994.960 Créer son propre emploi apparaît de plus en plus pour certaines la meilleure avenue étant donné la frilosité persistante du marché du travail.l\u2019aide d\u2019appuis gouvernementaux, ont créé une entreprise impliquant en moyenne 2,3 emplois.Une création d\u2019entreprise sur cinq émane ainsi d\u2019un ancien salarié victime d\u2019un licenciement.L\u2019enveloppe de 150 000 francs consacrés à ce type d\u2019entreprise fait dire qu\u2019il s\u2019agit des meilleurs investissements pour l\u2019emploi qui n\u2019aient jamais été imaginés12.Le volet «aide à l\u2019initiative indépendante» du programme «Développement des collectivités» de l\u2019ex-ministère Emploi et Immigration Canada connaît un égal succès.Une étude effectuée au Québec, en 1991, auprès de «Comités d\u2019aide au développement des collectivités» montrait que les chômeurs parviennent, moyennant un encadrement adéquat, à créer leur emploi, bien sûr dans 80 % des cas, dans le domaine des services.Et pour ce faire, il en coûte, par micro-entreprise créée, un montant ridiculement bas en comparaison à ce qu\u2019exigent en subventions les « vraies jobs » associées à la grande entreprise (étrangère telle Hyundai) qui, pourtant, s\u2019avèrent à leur tour parfois très précaires.Créer son propre emploi apparaît de plus en plus, pour certaines catégories de diplômés universitaires, comme la meilleure avenue étant donné la frilosité persistante du marché du travail.Mais nul n\u2019est besoin d\u2019être bardé de diplômes pour se lancer dans cette voie.En Europe, il existe une panoplie de programmes d\u2019assistance pour les femmes qui aspirent à «un second départ», comme le dit l\u2019expression consacrée au Québec.Or, ces programmes, en bonne partie, ne visent pas la simple élévation du degré d\u2019employabilité mais l\u2019élévation de «l\u2019entrepreneuriabilité».Oui, on invite les femmes qui se présentent sur le marché du travail, après en avoir fini avec leur «service familial», à créer leur propre emploi.Les exemples de réussite ne se comptent plus.12.Libération, 22 septembre 1993.961 Le partage du travail Parmi les idées émises en vue de mieux faire face aux nouvelles réalités du monde de l\u2019emploi, le partage du travail est celle qui actuellement suscite le plus d\u2019attention.Si elle fait l\u2019objet de débats au Québec comme en France, il faut reconnaître que ce sont des auteurs de l\u2019Hexagone tels les Michel Albert, André Gorz, Alain Lipietz, Jacques Robin et surtout Guy Aznar13 qui en sont les premiers et les plus ardents promoteurs.Cette avance de la France, une fois n\u2019est pas coutume, a permis l\u2019engagement d\u2019un débat à l\u2019automne 93, nulle part ailleurs qu\u2019à l\u2019Assemblée nationale.Il s\u2019agissait de se prononcer sur un projet de loi pour une semaine de 32 heures (impliquant une réduction de salaire) piloté par un jeune représentant de l\u2019actuelle majorité.Les arguments des opposants étaient d\u2019une faiblesse désarmante: «Ce n\u2019est pas de moins de travail que la France a besoin, mais de plus de travail» (dixit Pierre Madelin), ou encore, « en travaillant moins, les Français auront le temps de garder leurs enfants, ce qui fera perdre des emplois dans le secteur des garderies » (dixit un représentant de la gauche) ou encore, « en travaillant moins, les Français vont gagner moins et par le fait même ils vont moins consommer et ils feront perdre des emplois » (autre représentant de la gauche guère mieux inspiré que son collègue).Ce dernier argument fut repris le plus souvent.À en croire certains, ce n\u2019est pas la semaine de 32 heures qu\u2019il aurait fallu proposer mais le retour à celle de 48 heures pour que les gens gagnent plus et dépensent plus, afm de créer des emplois (sous l\u2019hypothèse que les produits achetés soient fabriqués en France et encore, pas par des robots.).Le premier ministre, comme ses vis-à-vis québécois toujours à l\u2019affût des sondages, a noyé le poisson en se rendant compte que, pas plus qu\u2019au Québec, la population n\u2019est préparée à une telle éventualité.Les gens préfèrent se laisser bercer d\u2019illusions par les prophètes de 13.Conférencier invité au dernier congrès de l\u2019ACFAS.962 On ne se prononce en faveur d'un principe que lorsqu \u2018il concerne les autres.bonheur dont la sœur Anne voit la croissance venir accompagnée de beaucoup de «vraies jobs».Aussi, la nature humaine étant ce qu\u2019elle est, on ne se prononce en faveur d\u2019un principe que lorsqu\u2019il concerne les autres.Au printemps dernier, les 300 employés d\u2019une usine de l\u2019Indre-et-Loire ont voté majoritairement contre une politique de partage du travail qui aurait évité le licenciement de 20 % d\u2019entre eux.Chacun a déposé son bulletin en se signant avec l\u2019espoir que la Providence leur sera favorable, comme le font les habitants des villes blotties dans les caves lors d\u2019un bombardement et qui perçoivent la chute des bombes : « Mon Dieu, faites-les tomber sur la maison du voisin.» Le partage du travail n\u2019est pas une panacée mais une idée, parmi d\u2019autres, que l\u2019on ne pourra continuellement rejeter du revers de la main.Si la nécessité est la mère de l\u2019invention, qu\u2019attend-on pour innover?Faudra-t-il laisser la situation s\u2019aggraver davantage pour faire preuve d\u2019imagination?Acceptera-t-on enfin de voir la réalité telle qu\u2019elle se présente et non pas comme on souhaiterait qu\u2019elle soit.Ou pire encore, en arrivera-t-on, par crainte du changement, à accepter la dualisation grandissante de l\u2019économie?Est-on conscient que l\u2019on pourrait alors retrouver la situation qui prévalait dans la première partie du siècle: l\u2019absence d\u2019une classe moyenne importante ?Conclusion De l\u2019imagination?Certains politiciens français n\u2019en manquent pas.Ainsi, le controversé homme d\u2019affaires et député , Bernard Tapie14, (mouvement des radicaux de gauche) propose de rendre illégal le chômage des jeunes.Et il ne s\u2019agirait pas d\u2019une boutade.Effectivement, c\u2019est possible, les pays communistes en ont fait la preuve (.) De son côté pour ne pas être de reste, Philippe Séguin avance l\u2019idée d\u2019un référendum sur l\u2019emploi.Apparemment, il ne 14.Dont on peut suivre les aventures, parfois roccambo-lesques, aux informations de TV5.963 s\u2019agirait pas de demander aux Français tout simplement s\u2019ils préfèrent la vertu au vice.Le débat porterait sur le prix que les Français seraient prêts à payer dans le cadre d\u2019une éventuelle politique de plein emploi.Une campagne référendaire a l\u2019avantage d\u2019offrir une occasion d\u2019informer la population pour autant qu\u2019elle ne s\u2019enferme pas à l\u2019intérieur des certains préjugés trop fortement incrustés.En partie pour les raisons évoquées plus haut, auxquelles on pourrait ajouter: la nouvelle concurrence venant de pays à main-d\u2019œuvre très bon marché, l\u2019inefficacité des grandes politiques d\u2019inspiration keynésienne, la faible marge de manœuvre des États hyper-endettés, une véritable politique d\u2019emploi doit prendre la forme d\u2019une société de pleine activité c\u2019est-à-dire de partage d\u2019activités et de l\u2019engagement à l\u2019intérieur de nouvelles formes d\u2019emplois sur la base d\u2019une logique différente de celle sur laquelle reposent les « vraies jobs ».Si Félix Leclerc avait raison de dire que la meilleure façon de tuer un homme est de le payer à rien faire, eh bien ! arrêtons le massacre en offrant la possibilité aux chômeurs chroniques de se rendre utiles comme on le fait au Danemark.Le maire d\u2019une petite ville du nord de ce pays affirme: «Il ne faut pas se faire d'illusions, ni croire qu\u2019il y aurau un jour du travail pour tous.Il n\u2019y en aura jamais assez.Tout le monde le sait, mais personne n\u2019ose le dire publiquement.15» Au Québec, tout le monde ne le sait pas mais certains osent le dire.au risque de voir leur grand panache du mérite de la défense des plus démunis perdre une partie de ses plumes.En fait, il faudra reprendre cette idée avancée par la municipalité de Val-de-Monts qui pourrait conduire l\u2019Assemblée nationale, à l\u2019instar du parlement danois, à adopter un projet de loi qui obligerait les villes à proposer une activité à tous les bénéficiaires de l\u2019aide sociale, surtout les jeunes pétants de santé.On le sait, l\u2019emploi est à la fois facteur d\u2019intégration et de valorisation.Pourquoi de nouvelles activités, Le partage du travail est une idée, que l'on ne pourra continuellement rejeter du revers de la main.15.Le Monde, op.Cit.964 La meilleure façon de tuer un homme est de le payer à rien faire.comme nettoyer les rives du Saint-Laurent, ne seraient pas aussi valorisantes que les anciennes « vraies jobs » tant décriées dans les années 60 par les forces de progrès.Travailler pour sa collectivité serait-il moins intéressant que pour un «boss», fut-il «bon» comme celui qu\u2019Yvon Deschamps décrivait à la même époque ?Pour ceux qui ont un travail régulier et qui désirent le conserver, le partage du travail, lorsque les conditions s\u2019y prêtent, deviendra une voie à explorer.Il en est de même pour l\u2019auto-création d\u2019emploi de la part des nouvelles victimes du chômage ou de ceux et celles qui n\u2019ont jamais eu la possibilité d\u2019obtenir un emploi stable.Pour qu\u2019une telle évolution se fasse dans les meilleures conditions possibles, je l\u2019ai déjà écrit dans ces pages, la solidarité se présente comme un impératif16.Pas question d\u2019inviter qui que ce soit à entrer dans le grand jeu de la jungle où chacun ne peut compter que sur soi.C\u2019est pour rejeter un tel scénario que les Hongrois à la fm de mai dernier ont reporté au pouvoir les anciens communistes, afin que l\u2019État puisse assurer un minimum de cohésion et de leadership dans les initiatives à adopter pour éviter l\u2019exclusion d\u2019une partie importante de la population.Les Québécois, comme tout autre peuple, à travers leurs institutions publiques et celles relevant de la société civile (associatives et privées), devront se donner un projet de société.Ici, il est intéressant de se rapporter à nouveau à l\u2019étude du Centre d\u2019étude des revenus et des coûts selon laquelle l\u2019insertion dépend de «la capacité des pouvoirs publics à définir une véritable politique de l'emploi, en concertation avec les entreprises, les partenaires sociaux, et l\u2019ensemble des acteurs qui interviennent dans le cadre de la formation et de l\u2019insertion professionnelle»17.Quelle formation favoriser et pour quel type d\u2019insertion?Autant d\u2019interrogations, parmi beaucoup d\u2019autres, auxquelles il faudra apporter 16.\tPas de souveraineté sans solidarité et sans insertion sociale, L\u2019action nationale, vol.LXXX, N° 10, déc.1990, p.1 392-1 416.17.\tLe Monde, Op.Cit.965 une réponse, sans laisser les choses suivre leur cours «normal» avec également à l\u2019esprit cette remarque du directeur du Secours catholique: «Il devient urgent de bâtir de vraies alternatives à l\u2019emploi salarié actuel qui reste identifié à l'emploi en entreprises et à plein temps.Au sein d\u2019une société où le marché est une donnée incontournable, il faut développer de l\u2019emploi nouveau, qu\u2019il soit d\u2019utilité sociale, de réponse aux besoins et services non marchands, de maintien d\u2019un environnement»18.?Il faudrait adopter un projet de loi qui obligerait les villes à proposer une activité à tous les bénéficiaires de l\u2019aide sociale.18.J.-P.Bultez, Recréer l\u2019échange social en France, Le Monde diplomatique, juillet 1992.966 Clermont ?DUGAS Département des sciences humaines Université du Québec à Rimouski FERMETURES DE BUREAUX DE POSTE ET DÉSTRUCTURATION RURALE Introduction Dans la deuxième moitié des années 1980, la Société canadienne des postes a entrepris une vaste opération de restructuration de ses services qui s\u2019est traduite par la fermeture de petits bureaux de poste situés particulièrement en milieu rural.C\u2019est une mesure administrative qui s\u2019est vite révélée très traumatisante pour de nombreuses localités impliquées.Les média d\u2019information ont largement fait état de la résistance des résidents de quelques municipalités aux changements proposés et ou réalisés comme ceux de St-Clément et de La Rédemption dans le Bas-St-Laurent mais on peut souligner l\u2019ampleur de la démarche entreprise et surtout l\u2019ensemble de ses conséquences.Les quelques mouvements de résistance populaire se sont certes mérités beaucoup de sympathie mais ont aussi été perçus comme une certaine difficulté d\u2019adaptation au changement et une action en vue de conserver des lieux de sociabi-lisation.En réalité, les implications du mouvement de fermeture débordent largement ces faits.Elles mettent en cause non seulement la qualité des services de base du milieu rural mais également l\u2019affaiblissement de facteurs de développement, des principes d\u2019équité sociale, l\u2019évolution du tissu de peuplement et la nouvelle approche de développement régional.967 Depuis décembre 1993, le nouveau gouvernement fédéral a imposé un moratoire d\u2019une durée indéterminée sur l\u2019opération fermeture.Toutefois, le monde rural n\u2019a aucune garantie absolue qu\u2019elle ne reprendra pas dans les mois ou les années à venir.Par ailleurs, à plusieurs endroits où elle a été appliquée, des dommages sérieux ont été causés qu\u2019il faudrait songer à corriger.Une étude réalisée à l\u2019Université du Québec à Rimouski pour le compte de l\u2019Association des maîtres de poste et adjoints, section du Québec, a permis d\u2019identifier un certain nombre de conséquences de la politique de fermeture.Elle montre notamment comment une décision d\u2019un organisme d\u2019État prise en fonction de ses propres finalités avec des objectifs sans doute louables, mais sans interrelations directes avec les préoccupations et orientations de développement local et régional, peut rapidement se transformer en une activité perturbante et nuisible pour de nombreuses personnes et localités.On fera donc ici état de certaines conclusions de cette étude, notamment celles se rattachant à la dimension utilitaire du service.On abordera aussi la problématique du développement local.Quelques aspects des dimensions culturelles et symboliques seront également évoqués.À eux-seuls ils mériteraient cependant une analyse beaucoup plus approfondie.Nature et ampleur du mouvement de fermeture Soucieuse de diminuer ses coûts d\u2019opération et même de faire des profits, la Société canadienne des postes avait décidé de ne plus remplacer tous ses maîtres de poste et adjoints lors de leur mise à la retraite, décès ou démission et de profiter des circonstances pour amorcer une certaine privatisation du service postal.Cette mesure touchait particulièrement les bureaux de poste où il n\u2019y avait qu\u2019un employé, donc ceux des petites localités du monde rural.Les fermetures de bureaux de poste ne devaient pas impliquer de diminution du service postal pour les résidents mais plutôt son déplacement dans un commerce de la localité, généralement un Les implications du mouvement de fermeture mettent en cause l\u2019affaiblissement de facteurs de développement, des principes d\u2019équité sociale, l'évolution du tissu de peuplement et la nouvelle approche de développement régional. Une décision d\u2019un organisme d\u2019Etat peut rapidement se transformer en une activité perturbante et nuisible pour de nombreuses personnes et localités.dépanneur, et l\u2019aménagement de nouveaux casiers postaux pour la distribution du courrier.Toute l\u2019opération de fermeture a été officiellement conduite sous le signe de la concertation, de la modernisation, de l\u2019efficacité, de l\u2019amélioration du service postal et même du renforcement des économies locales.En effet, en plus de permettre un allongement des heures d\u2019accès au service postal, l\u2019octroi de franchises postales à des commerçants était considéré comme un moyen d\u2019augmenter leur achalandage, d\u2019accroître leurs bénéfices et de consolider leur commerce.Évidemment, devant tant de bonnes dispositions et intentions, il pouvait être tentant pour tout observateur extérieur de considérer les réticences de certains résidents ruraux comme des manifestations d\u2019étroitesse d\u2019esprit et de conservatisme déplacé.Apparemment convaincus de la pertinence de l\u2019opération en cours dans une période d\u2019austérité financière, ou tout simplement solidaires de l\u2019orientation officielle de leur parti, la plupart des députés conservateurs se sont abstenus de toute intervention sérieuse dans le dossier prétextant à l\u2019occasion l\u2019autonomie de la Société d\u2019État.En six ans, soit 1986 à 1993, la mesure administrative de la Société canadienne des postes a entraîné la fermeture d\u2019au moins 1 463 bureaux de poste au Canada dont 232 au Québec.De ces derniers, 49 étaient logés dans des édifices indépendants appartenant à la Société canadienne des postes alors que les autres étaient situés dans des maisons privées.Le mouvement a commencé lentement et s\u2019est amplifié graduellement pour atteindre son apogée dans la province en 1991 avec 45 fermetures.Parallèlement à cette opération, des comptoirs postaux étaient mis en place dans des entreprises privées tant en milieu urbain que rural.Dans au moins 87 localités québécoises, ils sont venus s\u2019ajouter aux bureaux de poste existants facilitant ainsi l\u2019accès aux services postaux.C\u2019est plutôt là où ils se sont substitués aux bureaux de poste locaux que des problèmes se sont manifestés.Les localités affectées Les localités québécoises affectées par les fermetures regroupent une population d\u2019environ 250 000 personnes.Leur taille démo- 969 graphique varie entre 10 911 personnes pour Bécancour et 51 pour Ste-Anne-du-Lac.La grande majorité des municipalités a moins de 2 500 habitants.Cent neuf ont moins de 1 000 personnes et 47 moins de 500.La plupart des petites municipalités sont en décroissance démographique.Toutes les parties de la province ont été touchées par la politique de la Société canadienne des postes.Ce qui, à la Société canadienne des postes, pouvait prendre la forme d\u2019une saine mesure de rationalisation, s\u2019est transformé dans des centaines de localités en un procédé arbitraire dicté uniquement par des événements liés exclusivement au personnel postal en place.Les changements majeurs qui sont survenus dans le service postal ne se sont pas produits en fonction des besoins et particularités du milieu mais plutôt à la suite d\u2019un mauvais hasard qui a fait que le maître de poste, pour une raison quelconque, a abandonné son emploi.Ils se sont opérés selon une logique indépendante des besoins précis et volontés des principaux intéressés et du contexte socio-économique et géographique dans lequel ils vivent.Les conséquences des fermetures Une enquête téléphonique effectuée auprès des secrétaires municipaux de 183 localités où il y eut fermeture et une enquête directe réalisée auprès d\u2019un échantillon significatif de personnes de dix localités du Bas-St-Laurent qui ont également perdu leur bureau de poste ont permis d\u2019identifier un certain nombre de conséquences des fermetures.Les impacts de la mesure ont été inégaux selon les endroits en regard de leur taille et évolution démographique, de leur localisation, de leurs caractéristiques socio-économiques et de la nature des changements réalisés.Ils ont aussi affecté de façon différente les individus en fonction des besoins de chacun, de leur situation par rapport aux services postaux et de leurs habitudes et moyens de déplacement.De façon générale, il semble que le processus de fermeture a accentué les inégalités dans la Les localités québécoises affectées par les fermetures regroupent une population d\u2019environ 250 000 personnes.97» Les changements majeurs se sont opérés selon une logique indépendante des besoins précis et du contexte socioéconomique et géographique dans lequel ils vivent.qualité d\u2019un service de base qui doit être disponible à toute la population.Non seulement existe-t-il maintenant des différences dans le service postal entre les localités qui ont perdu leur bureau de poste et les autres, mais il y en a également entre celles qui ont été affectées par la mesure de rationalisation.On retrouve dans ces dernières toutes sortes de situations.Certaines ont les casiers postaux au même endroit que le service au comptoir; ailleurs les deux services sont dissociés et les usagers doivent se déplacer sur des distances plus ou moins grandes entre deux sites s\u2019ils veulent recevoir et expédier du courrier.Les casiers sont à l\u2019intérieur ou à l\u2019extérieur selon les localités ; il y a même des municipalités où il y en a à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur.Certains casiers extérieurs sont abrités alors que d\u2019autres ne le sont pas; dans certains endroits ils sont localisés à la même place alors qu\u2019ailleurs ils sont distribués en plusieurs emplacements.Mais la pire situation est celle d\u2019une vingtaine de localités pour qui la fermeture de leur bureau de poste s\u2019est traduite par la perte de tout service au comptoir.Il n\u2019y a là apparemment aucun commerçant disposé à accueillir la franchise postale.Plus de 20 000 personnes, résidant dans des localités sans comptoir postal, doivent donc maintenant franchir de 6 à 35 kilomètres pour effectuer des transactions postales courantes.Il va s\u2019en dire que cela provoque une énorme frustration chez les personnes concernées.Les coûts et inconvénients de toutes sortes qui découlent d\u2019une telle privation de service sont considérables pour tous mais particulièrement pour ceux qui ne disposent pas d\u2019automobile et pour les commerçants.Comme il s\u2019agit dans tous les cas de localités rurales où il n\u2019y a pas de transport en commun, les moyens individuels de locomotion s imposent.La nature et le niveau d\u2019entretien des routes contribuent aussi à bien des endroits à rendre les déplacements difficiles, voire même dangereux en saison hivernale.Ils coûtent aussi très cher impliquant annuellement des millions de dollars.Ces coûts sont par surcroît imputés à de petites communautés rurales dont beaucoup disposent d\u2019un très faible niveau de revenu.971 Ces localités sans comptoir postal se distribuent en Abitibi, en Estrie, sur la Basse-Côte-Nord, en Gaspésie, dans le Bas-St-Laurent, au Lac-St-Jean, en Mauricie, dans la région de Québec, etc.Pour nombre d\u2019entre elles, localisées dans de petites enclaves forestières, en marge de la zone de peuplement continu, et très pauvres en services de base, la perte du bureau de poste préfigure un abandon encore plus prononcé de la part des pouvoirs publics.Le nouveau service Même si officiellement cela ne relève pas de leurs attributions, de nombreux conseils municipaux doivent maintenant s\u2019impliquer financièrement dans l\u2019organisation du service postal pour leurs concitoyens.Leur contribution prend diverses formes passant par l\u2019entretien et le prêt d\u2019édifices, le prêt d\u2019espaces pour casiers, le chauffage, l\u2019enlèvement de la neige, la fourniture d\u2019électricité et même l\u2019utilisation du personnel de la municipalité pour la distribution du courrier et d\u2019autres services postaux.On assiste donc ici à une mesure sélective de décentralisation sans toutes les compensations monétaires appropriées.Dans quelques localités, l\u2019absence de commerçant disposé à accepter le comptoir postal a conduit les autorités municipales à assurer le service postal complet, plutôt que d\u2019en être privé partiellement.Cela se fait en utilisant les édifices municipaux et le personnel déjà en fonction et ou par l\u2019embauche de personnel occasionnel.La vente des timbres aide à couvrir les frais d\u2019opération mais ne réussit pas à empêcher partout la formation de déficit.Le déplacement du comptoir postal dans un commerce de la localité a été vu par bien des personnes concernées comme un facteur d\u2019instabilité du service et même comme la première étape avant sa perte complète.On l\u2019a vu, le scénario du pire s\u2019est réalisé dans plus de 20 cas, mais l\u2019instabilité est manifeste dans de nombreux autres.Il y eut des déménagements du comptoir postal dans au moins 73 localités.Quarante municipalités en ont connu un seul, 18 en ont vécu deux, sept en ont connu trois et une Le processus de fermeture a accentué les inégalités dans la qualité d'un service de base qui doit être disponible à toute la population.972 La pire situation est celle d'une vingtaine de localités pour qui la fermeture de leur bureau de poste s\u2019est traduite par la perte de tout service au comptoir.localité en a même éprouvé quatre.C\u2019est dans les plus petites localités, celles de moins de 1 000 habitants que l\u2019instabilité est la plus forte.Plus de la moitié d\u2019entre elles ont déjà expérimenté un changement de comptoir postal d\u2019un commerce à un autre.Quelques propriétaires de dépanneurs rencontrés ont laissé savoir que c\u2019était davantage pour rendre service à la population que par intérêt économique qu\u2019ils offraient le service postal.Dans un tel contexte, les déplacements observés n\u2019ont donc rien de surprenant.En plus de créer une insécurité sur l\u2019avenir de leur bureau de poste, les déménagements du comptoir postal d\u2019un endroit à l\u2019autre modifient les habitudes des individus et entraînent même chez certains une confusion en ce qui concerne la localisation et la nature des services dispensés.L\u2019expérimentation du nouveau système postal a fait voir à bien des gens que leur opposition à son implantation était justifiée et que leurs craintes n\u2019étaient pas sans fondement.L\u2019avantage que peut représenter l\u2019allongement des heures d\u2019ouverture est loin de compenser pour tous les usagers les nouveaux inconvénients qu\u2019ils ont à subir.Ces derniers semblent partout suffisants pour amener la majorité des personnes concernées à considérer les changements opérés comme un recul plutôt qu\u2019un progrès pour leur localité.Au moins les deux tiers de toutes les personnes interrogées partagent une telle opinion.Mais dans certaines localités, notamment celles où il n\u2019y a plus de service au comptoir, comme St-Clément et La Rédemption, c\u2019est l\u2019ensemble des résidents qui expriment cette appréciation négative.D\u2019autres problèmes D\u2019après les réponses obtenues lors des enquêtes, la liste des problèmes causés par le changement de système est assez impressionnante.Outre la perte complète de comptoir postal pour des milliers de personnes et l\u2019obligation pour elles de se déplacer à l\u2019extérieur de leur localité pour plusieurs types de transactions postales, on déplore diverses formes de dégradation du service.On fait état de manque de discrétion, d\u2019un 973 niveau de sécurité moindre, du mélange de courrier dans les casiers, de la lenteur du service, de la diminution des services offerts, de l\u2019augmentation des déplacements là où les casiers ne sont pas au même endroit que le service au comptoir, d\u2019un service plus impersonnel, d\u2019un manque de professionnalisme et d\u2019éthique, de retard dans le courrier, d\u2019erreurs dans le calcul des frais postaux et autres opérations, de l\u2019allongement des délais dans l\u2019acheminement du courrier (délai de trois jours à l\u2019intérieur de la municipalité), du changement fréquent de personnel dans les comptoirs postaux, de problèmes d\u2019accès pour les personnes âgées en perte d\u2019autonomie, d\u2019insécurité particulière pour les personnes âgées qui sont à la vue de tous quand elles vont chercher leur courrier dans le kiosque, de la mauvaise répartition des casiers à l\u2019intérieur de la zone à desservir, de l\u2019insatisfaction à avoir à régler les affaires postales dans un dépanneur, de l\u2019augmentation des coûts de déplacement, de la difficulté d\u2019accès aux casiers et du gel de cadenas durant l\u2019hiver pour les casiers extérieurs et de la perte d\u2019emplois et de personnes ressources compétentes.20 000personnes doivent maintenant franchir de 6 à 35 kilomètres pour effectuer des transactions postales courantes.La fermeture d\u2019un lieu de sociabilisation qui a été fréquemment évoquée par les médias a rarement été mentionnée par les répondants.On peut supposer que bien qu\u2019important cet aspect leur apparaissait secondaire en regard de la perte d\u2019une personne affectée spécifiquement au service postal et de la dégradation du service qui s\u2019en est suivie.L\u2019élimination d\u2019un emploi comptant parmi les mieux rémunérés et les plus stables de la communauté est en effet durement ressentie à bien des endroits, particulièrement là où la population est inférieure à 500 habitants.Il faut savoir que, dans certaines localités, le maître de poste pouvait représenter à lui seul au moms 5 % de la structure occupationnelle.L\u2019abolition d\u2019un emploi permanent prend d\u2019ailleurs beaucoup de relief dans un milieu de vie aux prises avec un taux élevé de chômage chronique où la recherche de travail et le maintien des quelques services de base sont au cœur des préoccupations quotidiennes.En raison de la place qu\u2019il occupe dans la vie sociale et communautaire et également dans 974 Dans certaines localités, le maître de poste pouvait représenter à lui seul au moins 5 % delà structure occupationnelle.l\u2019économie locale, le bureau de poste est une composante majeure de l\u2019infrastructure de services.Une forte majorité des répondants à l\u2019enquête effectuée dans le Bas-St-Laurent le situe d\u2019ailleurs sur le même plan que l\u2019église et l\u2019école primaire.Sa fermeture ne peut faire autrement que constituer une lourde perte pour la communauté.Cette perte est d\u2019ailleurs d\u2019autant plus ressentie que la localité est petite et éloignée d\u2019une ville et d\u2019une route principale.Certains y voient une diminution de leur potentiel de développement, d\u2019autres, une forme d\u2019exclusion sociale et un certain nombre, la perte d\u2019identité collective.Cette question prend une acuité particulière là où il n\u2019y a plus de comptoir postal.À peine 20 % des personnes consultées se sont montrées entièrement satisfaites des changements apportés par la Société canadienne des postes et les considèrent comme un progrès pour leur localité.L\u2019allongement des heures d\u2019ouverture constitue partout le principal motif de satisfaction.Cette faible proportion de gens pleinement satisfaits a de quoi surprendre quand on sait que dans beaucoup de localités le service postal est passé d\u2019une maison privée à un commerce privé, donc n\u2019a pas impliqué la fermeture d\u2019un édifice gouvernemental.En outre, dans certains endroits, il y a encore au moins un bureau de poste fédéral en opération.Des localisations en zones périurbaines permettent aussi à plusieurs d\u2019avoir un accès facile à un autre bureau fédéral lors de leurs déplacements habituels.11 apparaît évident que ce n\u2019est pas seulement la fermeture d\u2019un édifice sous juridiction fédérale qui est en cause mais sans doute davantage la perte d\u2019un service public spécialisé avec ses aspects utilitaires et toutes ses représentations symboliques.Une stratégie fédérale Au moins 65 % des conseils municipaux se sont opposés à la fermeture de leur bureau de poste par voie de résolutions officielles.Dans bien des endroits, l\u2019opposition du conseil a été fortement appuyée par d\u2019importantes pressions 975 populaires.11 y eut en fait opposition de la population dans au moins 75 % des localités.Parmi les conseils municipaux qui ne sont se sont pas opposés, certains se sont abstenus de le faire parce qu\u2019ils ne croyaient pas à l\u2019efficacité d\u2019une telle mesure.Les nombreuses pressions de toute part n\u2019ont pas réussi à infléchir la ligne directrice suivie par la Société canadienne des postes.Cela a mis en évidence une fois de plus le peu de pouvoir des petites collectivités locales dans la gestion de certains de leurs services essentiels.L\u2019attitude de plusieurs dirigeants politiques par rapport aux changements apportés au système postal a aussi fait comprendre à beaucoup de ruraux que leur marge de manœuvre dans le contrôle qu\u2019ils pouvaient exercer sur leur milieu de vie était très étroite.Dans beaucoup d\u2019endroits, c\u2019est la qualité, la disponibilité des services publics et même l\u2019avenir du milieu rural qui semblaient mis en cause.Beaucoup de personnes ont ressenti du mépris de la part des autorités politiques à leur égard.Mépris manifesté par les changements réalisés et aussi par la procédure utilisée pour les faire.En certains milieux, on déplorait non seulement de ne pas avoir été écoutés mais aussi d\u2019avoir été mal informés sur les implications réelles des transformations vécues.Pour la grande majorité des personnes consultées du Bas-St-Laurent, le programme de fermeture s\u2019inscrivait dans une stratégie délibérée de l\u2019État en vue de fermer des petites localités.Pour une région qui a connu trois programmes gouvernementaux de relocalisation dans la décennie 1970, une telle perception n\u2019a rien d\u2019exagéré compte tenu de l\u2019importance occupée par le service postal dans leur frêle infrastructure de services.Les pressions n \u2019ont pas réussi à infléchir la ligne directrice suivie par la Société canadienne des postes.Perspectives de développement Même s\u2019il n\u2019a pas été conçu dans cette perspective, le programme de modification du système postal implique une certaine forme de déstructuration de petites localités rurales sises à l\u2019extérieur des franges urbaines.Il y eut déstructuration du seul fait de l\u2019amputation ou de la diminution d\u2019un service essentiel et de la perte 976 Le programme de modification du système postal implique une certaine forme de déstructuration de petites localités rurales.d\u2019emplois qui s\u2019en est suivie.Parce qu\u2019elle s\u2019est effectuée de façon ponctuelle et sous le couvert d\u2019une rationalisation et même d\u2019une modernisation, elle est passée plus ou moins inaperçue, ce qui la rend plus insidieuse encore.La population extérieure aux zones concernées n\u2019en a pas toujours vu la portée et encore moins les conséquences.Ainsi de 1986 à 1993, le monde rural québécois a perdu en douce plus de 200 de ses meilleurs emplois totalisant une perte nette d\u2019au moins 7 millions de dollars en salaires.Beaucoup de localités ont aussi perdu leur seul édifice affecté exclusivement à un service gouvernemental et une dimension de leur identité collective.S\u2019ajoute à tout cela une dévalorisation de l\u2019image véhiculée à l\u2019extérieur et à l\u2019intérieur de leurs limites par de nombreuses localités.Nombreuses sont en effet les personnes interrogées qui estiment que leur localité est maintenant moins intéressante depuis qu\u2019elle n\u2019a plus de bureau de poste.Elles sont aussi persuadées que cette nouvelle situation peut nuire au développement économique local et avoir des effets négatifs sur l\u2019évolution démographique.Ces appréciations qui relèvent de la perception sont tout à fait conciliables avec les avis des experts en la matière sur le rôle des services dans le potentiel de développement socio-économique.L\u2019unanimité existe en effet sur l\u2019importance de l'infrastructure de services dans la détermination de la qualité de vie et comme facteur de rétention de peuplement et de développement économique.En regard des transformations majeures qui affectent l\u2019économie se traduisant par des pertes massives d\u2019emplois dans de nombreuses entreprises, des diminutions de salaire, des restrictions budgétaires et diverses formes de coupures de services, les modifications du système postal en milieu rural peuvent apparaître bien insignifiantes.La perspective change cependant lorsqu\u2019on considère le tout en regard des spécificités rurales.Depuis maintenant une trentaine d\u2019années, des centaines de petites localités mènent une lutte incessante pour freiner leur dévitalisation et leur marginalisation.Elles sont accablées non seulement par des problèmes de décroissance 977 démographique et d\u2019emplois, mais aussi et peut-être surtout par une érosion de leur fragile infrastructure de services.Les changements apportés par la Société canadienne des postes s\u2019ajoutent aux coupures de services des Commissions scolaires, de l\u2019Église, de Radio Canada, de Via Rail, des deux niveaux de gouvernements supérieurs et de l\u2019entreprise privée.Ils font d\u2019autant plus mal qu\u2019ils atteignent l\u2019un des services jugés essentiels et pratiquement le dernier à ne pas avoir été amputé d\u2019une façon quelconque.Ce service dont l\u2019utilité ne peut être mise en doute a aussi valeur de symbole en ce qu\u2019il représente le lien officiel avec les autres collectivités.L\u2019affaiblir c\u2019est non seulement toucher à la qualité de vie mais c\u2019est aussi mettre en cause les perspectives de survie.Cette déstructuration par des facteurs externes est arrivée durant une période où les instances politiques de tous les niveaux prônaient une concertation accrue entre les gouvernements supérieurs et les gouvernements locaux et une meilleure prise en mains des ruraux sur leur développement et leur destin.Elle est survenue en même temps que le thème de la responsabilisation des collectivités locales face à leur propre développement mis de l\u2019avant par le gouvernement provincial.Ces orientations très judicieuses à bien des égards perdent beaucoup de leur signification quand les individus n\u2019ont même plus la possibilité de maintenir une infrastructure minimale de services ou encore de réorienter selon leurs volonté et besoins, des décisions aux implications majeures qui les concernent.L\u2019impact socio-économique du programme de fermeture est sans aucun doute différencié selon les endroits où il s\u2019est appliqué.Il est beaucoup plus dommageable dans une petite communauté isolée et en décroissance démographique que dans une banlieue urbaine en pleine expansion.Son effet déstructurant peut être significatif dans le premier cas et passer presqu\u2019inaperçu dans le second.Néanmoins, où qu\u2019il soit, le changement est perçu comme une perte par la majorité des gens qui le vit.?Ce service dont l'utilité ne peut être mise en doute a aussi valeur de symbole.978 Jules ?BÉLANGER Professeur et membre de Dignité rurale, Gaspé IL FAUT QUE ROULE LE CHALEUR! Pour la santé de la Gaspésie I \u2019 histoire se répète.Et ce n\u2019est pas tou-ü^i jours heureux.Pendant des siècles, c\u2019est connu, la péninsule de la Gaspésie, fut, à toutes fins utiles, maintenue à l\u2019état d\u2019une île, isolée qu\u2019elle était par l\u2019absence de moyens de communications terrestres avec les centres nerveux du pays.Accentuant cette insularité, le 19ième siècle fait d\u2019elle l\u2019objet d\u2019une historique et douloureuse appendicectomie.Ainsi, pour permettre la Confédération, le tracé du chemin de fer national oublie la Gaspésie sur sa gauche, \u2014 avec l\u2019extraordinaire port naturel dont la nature l\u2019a dotée, à Gaspé, \u2014 et, de Matapédia, file à droite vers Halifax qui devient le port de l\u2019Est du nouveau pays et la capitale que l\u2019on sait.C\u2019est seulement après de longues luttes, d\u2019interminables attentes et de retentissants scandales que l\u2019on voit arriver à Gaspé, en 1911, une première locomotive.Voici enfin un lien quotidien vers Québec et Montréal et les autres centres du pays.C\u2019est l'espoir permis d\u2019un commencement de développement économique.Une péninsule sacrifiée Mais le signal a été donné au moment de la Confédération: on va laisser pour compte cette 979 péninsule orientale du Québec, cet appendice négligeable.C\u2019est ainsi qu\u2019à son tour, la transcanadienne en construction tourne à droite à Rivière-du-Loup, vers les Maritimes jusqu\u2019au bout de Terre-Neuve.Radio-Canada suit l\u2019exemple et ne rejoint la Gaspésie que bien longtemps après avoir couvert les Maritimes.Air-Canada fait de même, dont les appareils reliant Terre-Neuve à Montréal passent allègrement et à moitié vides au-dessus de la Gaspésie qui attend très longtemps un minimum de service aérien.Pendant ce temps, le tronçon de chemin de fer reliant Matapédia à Gaspé demeure un parent pauvre.De temps à autre, on veut bien parler d\u2019amélioration de la voie et des services.On procède à quelques modestes travaux.Mais, périodiquement, au rythme des fluctuations de la dette du pays, on se ravise, on change d\u2019idée, on parle de coupures de services et on en coupe effectivement.Les protestations surgissent: on temporise, surtout si l\u2019horizon laisse poindre une élection.Alors on formule quelques promesses de solutions nouvelles, de réorganisation du service.Mascarade répétitive pour ranimer l\u2019espoir.Façon usée d\u2019anesthésier une population.Le tracé du chemin de fer national oublie la Gaspésie sur sa gauche, \u2014 et, file à droite vers Halifax.La valse-hésitation des politiciens En 1985, Via Rail et le CN rénovent un certain nombre de gares en Gaspésie.En 1989, VIA Rail parle d\u2019abandonner son service Montréal-Gaspé.La Gaspésie multiplie ses protestations indignées, particulièrement à travers Dignité rurale du Canada1.Le caucus libéral national s\u2019insurge de son côté et produit, en novembre, une étude dans laquelle on peut lire: Nos chemins de fer sont.indispensables pour les handicapés qui souhaitent ou qui 1.B s\u2019agit d\u2019un organisme sans but lucratif, non partisan et incorporé à l\u2019échelle nationale dont la raison d\u2019être est la préservation des communautés rurales et la promotion de la connaissance des questions rurales.Son siège social se situe au CLSC de Barachois à Malbaie, en Gaspésie (C.P.70, GOC 1 AO).98» En procédant à des coupes draconiennes dans le fonctionnement de Via Rail, le gouvernement fait preuve de myopie.doivent voyager.Les résidents de la Gaspésie ont avancé des arguments de poids à cet égard.Pour eux, comme dans de nombreuses autres régions rurales, nos chemins de fer nationaux ne sont pas simplement un pont qui nous relie au monde extérieur: ils assurent des services indispensables à la vie de la collectivité, notamment en transportant des malades dans les hôpitaux régionaux.Ils sont irremplaçables (.) en procédant à des coupes draconiennes dans le fonctionnement de Via Rail, le gouvernement fait preuve de myopie2.Ottawa décide donc d\u2019établir Le Chaleur comme train régional et, en 1991, d\u2019améliorer l\u2019exploitation du service de train-voyageurs entre Montréal et Gaspé.VIA met sur pied un service de marketing à long terme visant une clientèle de plus en plus touristique et cela tant sur les marchés intérieur qu\u2019extérieur.On dote la liaison de voitures en acier inoxydable entièrement remises à neuf.Voilà qui paraît sérieux ! Cependant les vieilles habitudes sont très tenaces.Et voici que le Canadien national, de qui VIA Rail achète le droit de passage, demande à l\u2019Office national du transport l\u2019autorisation d\u2019abandonner le tronçon reliant Chandler à Gaspé.Permission accordée.Nouvelles protestations et pressions politiques pour obtenir, en novembre 1991, que le gouvernement Mulroney annule l\u2019ordre d\u2019abandon.Mais soudain, faut-il s\u2019en étonner, la girouette gouvernementale change d\u2019orientation une fois de plus.Nous en sommes en 1993 et Ottawa manque dangereusement d\u2019argent: il faut trouver du gras où trancher.On réduira les services ferroviaires.En Gaspésie, il n\u2019y a qu\u2019un maigre, très maigre service de transport ferroviaire, mais qu\u2019à cela ne tienne !, nos planificateurs nationaux parlent maintenant de le discontinuer et même d\u2019arracher les rails de la voie, probablement pour mieux conjurer la prochaine tentation de changer d\u2019idée.Le 11 mars 2.Caucus libéral national, Rapport du groupe libéral fédéral sur VIA Rail, Novembre 1989, p.2 et 3.981 1994, le ministre Doug Young annonce que son gouvernement coupera le budget de VIA de 150$ millions, presque la moitié.Young admet que les régions éloignées et rurales seront les plus atteintes et qu\u2019il ne tiendra pas d\u2019enquête publique sur le sujet.Le 17 mars, Dignité rurale reçoit confirmation que Le Chaleur est inclus dans la recommandation de Young pour les coupures des trains.Très bientôt, en mai ou juin prochain, le premier ministre Chrétien et son cabinet donneront leur avis sur ces recommandations.Et la population de hurler encore.Mais à combien juste titre ! Lutter pour la vie- contre des politiques à la petite semaine C\u2019est l\u2019histoire qui se répète.Encore des luttes à livrer, non pas pour gagner du terrain mais pour empêcher nos décideurs de nous faire régresser.Il est éclairant de rappeler ici le cri de ralliement lancé il y a soixante-huit ans par ce bâtisseur de la Gaspésie que fut François-Xavier Ross : La question de notre chemin de fer ne sera considérée comme morte et enterrée que le jour où nous cesserons de l'agiter.La vie est dans le mouvement.C'est toujours notre tour à payer et à ne rien recevoir dans la politique ferroviaire du pays.N\u2019attendons pas qu\u2019on vienne nous offrir un chemin de fer; allons le chercher3.Mais qui sont donc ces gens qui nous gouvernent?Quelle est cette façon de construire un pays en changeant d\u2019idée comme on change de chemise ?Quelle est cette politique nationale à la petite semaine, sans vision d\u2019avenir et jouant ainsi au yo-yo avec un service dont toute une population a grand besoin?Car pour une importante partie de la population gaspésienne, il n\u2019y a pas d\u2019alternative au service de trains de passagers reliant leur péninsule à Québec et à Montréal.En Gaspésie, le taux de personnes âgées dépasse la moyenne nationale et ces gens doivent, pour des raisons familiales, médicales ou 3.Circulaire au clergé, 18 décembre 1926.982 Le Chaleur est inclus dans la recommandation de Young pour les coupures des trains.autres, voyager fréquemment vers les centres urbains où émigre depuis des générations la plupart de leurs enfants.Faut-il leur demander de prendre l\u2019avion à 500$ ou 600$ pour un aller-retour entre Gaspé et Montréal ?Faut-il demander à ces aînés qui, malades dans bien des cas, doivent se rendre en ville pour se faire soigner, de se payer douze ou quinze heures d\u2019autobus.?Non et non ! Des gouvernements qui, en encourageant l\u2019hémorragie chronique des forces vives de la Gaspésie vers les centres urbains, ont entraîné cette concentration chez nous de personnes âgées doivent avoir la décence et la logique d\u2019assumer les conséquences sociales de leurs choix.Ils doivent au moins permettre à ces régionaux d\u2019aller se faire soigner là où se concentrent aussi les services spécialisés de santé et de se rendre, de temps à autre, visiter leurs enfants partis en ville faire tourner l\u2019économie de ce pays à deux vitesses.Mais le Chaleur est déficitaire, dira-t-on?Distinguons ici.Il faut savoir qu\u2019en 1993, avec un service réduit à trois jours par semaine et des tarifs à la hausse, le Chaleur a rempli ses sièges à 69% de sa capacité.Cet achalandage surpasse même celui de VOcéan des Maritimes.La population gaspésienne retournait donc graduellement vers un service qu\u2019on l\u2019avait pratiquement incitée à bouder.Et même si le Chaleur était déficitaire, faudrait-il l\u2019abandonner?N\u2019y a-t-il pas dans un pays civilisé ce devoir de répartir les richesses et d\u2019assurer à tous un minimum de services ?Y a-t-il en ce pays une autoroute ou un aéroport qui n\u2019ait besoin de subvention gouvernementale?De plus, a-t-on évalué combien il en coûte aux trésors publics pour réparer les dommages entraînés par le camionnage, auquel on a confié le transport des marchandises, qui n\u2019emprunte plus les rails.Et l\u2019environnement?Et la pollution?Deux locomotives ne polluent-elles pas moins que cent camions ?983 Nos dirigeants croient-ils aux régions ?Où est la logique d\u2019un gouvernement qui, d\u2019un côté de la bouche, affirme vouloir le développement des régions et, de l\u2019autre côté, décide de sabrer dans les services en région et de perpétuer ainsi, sinon d\u2019accentuer, le très dommageable exode des populations vers les villes ?Est-il sérieux de lancer une campagne de promotion touristique avec un train amélioré et de penser à tout laisser tomber au moment où la clientèle nouvelle est en croissance parce qu\u2019elle commence à découvrir les charmes d\u2019un voyage en Gaspésie à bord de ce nouveau train?Ne serait-il pas d\u2019une logique élémentaire que de poursuivre, d\u2019améliorer et d\u2019élargir une telle campagne en prenant en compte la diversification nouvelle des lieux d\u2019origine, des âges et des goûts des touristes qui souhaitent visiter la Gaspésie.Ne faudrait-il pas être davantage à l\u2019écoute d\u2019observateurs comme ce journaliste new-yorkais qui écrit: Le «Chaleur» longe cette magnifique côte sud de la péninsule sur 250 kilomètres, offrant au voyageur plus de paysages maritimes que tout autre train dans l'Est de l\u2019Amérique du nord.(.) Avec une fabuleuse alternance de rivages vierges, de fermes paisibles et de pittoresques villages de pêche, le parcours de cette voie ferrée l\u2019emporte, à mon avis, sur tout autre parmi ceux qui longent les côtes de l\u2019Est du Canada et des États-unis.(.) Quand le train atteint son terminus, à Gaspé, tout près se trouve le Parc national Forillon, un parc magnifique baignant dans le golfe Saint-Laurent.Particulièrement spectaculaire, à lui seul il justifie le voyage de dix-sept heures en train*.Il faut non seulement maintenir et améliorer le service du Chaleur de VIA Rail mais aussi moderniser la voie du CN qu\u2019il utilise.Les sommes qu\u2019il en coûtera seront tout à fait justifiées.D\u2019abord, elles répondront à la nécessité pour un pays évolué d\u2019assurer à toute sa population un minimum de service de transport.Ensuite, elles constitueront un investissement national en 4.John Henry, The Gazette, Montréal, 25 mai 1991.En 1993, le Chaleur a rempli ses sièges à 69% de sa capacité.984 Il faut maintenir et améliorer le service du Chaleur de VIA Rail.contribuant à une meilleure exploitation du potentiel touristique de la Gaspésie et en épargnant à l\u2019État les frais énormes de réouverture d\u2019une région qu\u2019il aurait bêtement laissée se fermer.Pensons ici aux coûts astronomiques, en prestations de chômage, en assistance sociale, en services sociaux, en services de santé et d\u2019aide juridique, engendrés par le «transvasa-ge » en ville des populations de nos régions.Il faut que nos gouvernants reconnaissent de façon concrète que la santé du pays tout entier est largement fonction de la santé de ses régions.Or, ça presse, Messieurs les politiciens, et veuillez noter que nous vous le rappellerons au besoin.?985 QUALITÉ DE LA VIE: SOCIÉTÉ DE CONSOMMATION Le thème de la qualité de la vie me semble constituer un des défis les plus complexes et les plus essentiels pour notre temps, particulièrement dans le domaine de la santé.Défi essentiel puisque la qualité de la vie constitue le but recherché de nos activités ; défi complexe puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un terme vague, sinon abstrait, difficilement décomposable en éléments distincts, dans la mesure même où il fait appel à la globalité.«Un seul être nous manque et tout est dépeuplé » disait Lamartine.?André BEAUCHAMP Président Enviro-Sage I- Approches préliminaires On retrouve désormais les expressions «qualité», «qualité de la vie», «qualité totale» dans les multiples usages de la vie courante.Contrôle de la qualité Dans le monde industriel, on nous parle abondamment de « contrôle de la qualité » qui est un processus de vérification par lequel un producteur s\u2019assure que son produit est homogène, apte à remplir les fonctions qu\u2019il est censé assumer, qu\u2019il rencontre les standards exigés par les règlements ou par la clientèle.Il est loin le temps de l\u2019immédiat après-guerre où les produits japonais étaient synonymes de pacotille.Les Japonais ont fait de la rigueur de leurs contrôles un formidable argument de vente.986 Cercles de qualité Dans le milieu du travail, on parle également de cercles de qualité.Ici encore, l\u2019innovation est japonaise et désigne un style et des processus de gestion grâce auxquels les savoirs et les opinions de tous sont intégrés dans un double souci de rendement et de satisfaction des travailleurs.Qualité/prix Quand je vais à la Société des Alcools, on me parle constamment du rapport qualité/prix.Ici la référence est d\u2019abord économique laissant entendre que le prix est en général garant de la qualité.Nous avons tendance à penser que si ça ne coûte pas cher «ça ne vaut pas cher».Comme disent certaines gens: «on est trop pauvre pour acheter bon marché».Mais dans les cas du vin (comme pour celui des autos), il arrive que l\u2019on paie trop cher pour ce que l\u2019on reçoit.On achète un nom, un prestige, mais le produit est-il à la hauteur?Ce doute incite d\u2019autres produits à prétendre offrir finalement un meilleur rapport qualité/prix.Quelle est cette qualité?Pour les vins, c\u2019est la couleur, l\u2019arôme, le goût (avec tout le vocabulaire un peu précieux des dégustateurs), l\u2019authenticité des cépages et le mal de tête ou non du lendemain matin.Le rapport qualité/prix essaie donc de lier le prix qui est la mesure entre l\u2019offre et la demande et la qualité intrinsèque d\u2019un produit.Ce n\u2019est jamais une notion objective, mais toujours le fruit d\u2019une appréciation par un évaluateur.Thème publicitaire On parle évidemment de qualité de vie dans la publicité, thème particulièrement florissant dans le domaine immobilier.Pour les développements en banlieue, on fera allusion à la verdure, à la quiétude, à la beauté de l\u2019environnement, à l\u2019absence de bruit et de pollution.La teinte écologique est ici dominante, en nous laissant aussi entendre, sans trop le dire, qu\u2019il n\u2019y a pas de voisins ou que les voisins sont amènes.Les coûts induits pour la société: écoles, hôpitaux, routes, frais énergétiques, etc.ne sont jamais évoqués.Si, par ailleurs, la 987 publicité porte sur des condominiums, la qualité de vie prendra la couleur du luxe et du confort: piscine intérieure, aménagement paysager, insonorisation, sécurité, stationnement intérieur, prestige.On parlera de raffinement.La richesse éloigne du vulgaire.En ce cas, la qualité de vie désigne une forme d\u2019aristocratie esthétique et financière.Dans tout ce contexte, il me semble que l\u2019expression qualité de la vie n\u2019a pas de sens précis; il s\u2019agit plutôt d\u2019un ingrédient que l\u2019on soupoudre et qui joue un rôle d\u2019attracteur.Si on peut le placer quelque part dans le discours, il évoque des harmoniques à consonnance positive.Qualité de la vie signifie plus ou moins vaguement bonheur, harmonie, équilibre, satisfaction profonde en opposition à satisfaction superficielle.On le retrouve dans le discours syndical soutenant des revendications salariales à la hausse ou des réaménagements d\u2019un autre ordre: garderies, horaires variables, congés parentaux, diminution du temps de travail.Naturellement le discours politicien en fait ses beaux dimanches.H- Y a-t-il des paramètres de la qualité de la vie ?On pourrait définir la qualité de la vie comme une protestation contre le réductionnisme d\u2019une pensée purement linéaire.Le bonheur n\u2019est pas le résultat d\u2019une accumulation à l\u2019infini de biens mais repose davantage dans le pouvoir d\u2019intégration harmonieuse de certains biens.En ce sens, qualité s\u2019oppose à quantité.On pense à l\u2019enfant qui voudrait un immense dessert et qui s\u2019aperçoit à mi-chemin qu\u2019il n\u2019est plus capable de rien avaler, qu\u2019il a eu «les yeux plus grands que la panse», quand il n\u2019est pas carrément malade une heure plus tard.Qualité s\u2019oppose à quantité.Pourtant, il n\u2019y a pas de qualité sans une certaine quantité.Saint-Thomas disait qu\u2019il faut un minimum pour pratiquer la vertu.Mais la quantité laissée à elle seule devient anarchique et rate le but qu\u2019on lui fixe.C\u2019est le 988 On pourrait définir la qualité de la vie comme une protestation contre le réductionnisme d\u2019une pensée purement linéaire.cycle infernal de l\u2019argent dans notre société.Il faut gagner plus pour avoir plus.Avoir plus d\u2019objets de consommation personnelle ou ostentatoire: une maison, deux ou trois autos, des vacances à l\u2019étranger, des meubles neufs, des disques, des livres, un chalet, un yatch.Mais pour payer cela, travailler davantage : le soir, la fin de semaine, ou encore choisir les emplois les plus payants au détriment de ce qu\u2019on aime faire.Et finalement, être si préoccupés de payer et d\u2019acheter qu\u2019on n\u2019a plus le temps de jouir de ce que l\u2019on a.Le surconsommateur boulimique n\u2019est pas un usager.Sa jouissance est dans l\u2019achat.D\u2019ailleurs, le rite par excellence qui nous relie à la société, c\u2019est la visite hebdomadaire au centre commercial.C\u2019est devant cette obsession de la quantité et de la diversité des objets offerts à la consommation que la conscience se rebelle et instaure une protestation en faveur de la qualité.«Que sert à l\u2019homme de gagner l\u2019univers s\u2019il y perd sa propre vie ?» Lors du scandale Ben Johnson, une forte proportion de gens se disaient prêts à risquer irrémédiablement leur santé pour gagner une médaille.En ce cas, la chose désirée n\u2019est plus la richesse ou les objets, mais la gloire.Etre un héros, ne fut-ce qu\u2019un seul jour.Être reconnu.Être quelqu\u2019un une fois, puis retomber ensuite dans l\u2019anonymat.Ici, je pense que la frustation n\u2019est pas matérielle (la pauvreté physique) mais relationnelle: le sentiment de n\u2019être personne pour personne.Règle générale, c\u2019est par l\u2019impasse de la quantité débridée que les gens accèdent au désir de la qualité.Que sert d\u2019avoir deux maisons si on n\u2019a jamais le temps d\u2019y vivre?Pourquoi vingt habits dont dix ne seront jamais portés puisqu\u2019à la prochaine saison la mode aura changé ?Pourquoi couvrir ses enfants d\u2019or, les gâter pour se faire pardonner ses absences et découvrir qu\u2019à dix-huit ans le suicide les obsède?Je connais des enfants qui ont trois ou quatre chambres dans des maisons différentes: chez papa, chez maman, chez grand-maman à papa, chez grand-maman à maman, chez l\u2019ami de maman, chez l\u2019amie de papa, etc.Mais à vingt 989 heures, l\u2019enfant transporte sa valise sans savoir où il couchera le soir même.De temps en temps, les gens cassent le cercle infernal de leur vie.Ils changent leur style de vie, font du jogging et de la méditation, tâtent des médecines douces, découvrent l\u2019environnement, se replient sur la vie privée.Ils y viennent par une crise: dépression, burn-out, divorce, maladie grave.Et la victoire n\u2019est jamais acquise car la société de consommation vend les gadgets verts ou Nouvel-Âge au même rythme que les autres.C\u2019est l\u2019effet de mode dans ces domaines comme dans les autres.On ne sort jamais entièrement de la société où l\u2019on vit.On me dit qu\u2019à New-York «l\u2019environnement ne pogne plus ».Le thème est déjà usé.Au fond, la qualité de vie risque elle aussi de n\u2019être qu\u2019une ruse de la consommation, un concept prétexte pour nous abuser.Il ne peut y avoir de qualité de vie que dans le maintien d\u2019un regard lucide et critique sur les modes qu\u2019on nous propose.Je ne dis pas regard désabusé, mais regard critique.Tirer de son trésor du neuf et du vieux (Mt 13,52), trier l\u2019ivraie et le bon gram.Nommer ses valeurs En ce sens, pour échapper à la mode, la qualité de la vie suppose que l\u2019on puisse nommer ses valeurs, dire certains critères du bonheur social et personnel, circonscrire une sagesse de vivre.À la séquence métro, boulot, dodo, travailler, produire, dépenser, la qualité de la vie suppose une intégration de réalités essentiellement hétérogènes au sein de ce que l\u2019on devrait appeler l\u2019humanisme.Or, dans notre société, la prétention ultime et fondamentale d\u2019intégration est celle de l\u2019argent.Il s\u2019agit de tout mesurer et de tout quantifier pour arriver à faire des pondérations mesurables.Or, la mesure universellement reconnue est maintenant l\u2019argent.Par le jeu du marché, les objets et les valeurs reçoivent un prix, ce qui permet ensuite de réaliser des échanges et d\u2019établir des équivalences.Pour nous, tout a un prix et doit recevoir un prix.Une réalité sans prix est irréelle.Dans le film «Indecent Proposai», un jeune couple 990 On ne sort jamais entièrement de la société où l\u2019on vit.ruiné entrevoit le salut sous la forme d\u2019une offre alléchante: la femme se donnera une nuit à un riche séduisant pour la somme d\u2019un million.La crise de l\u2019environnement repose essentiellement sur le fait que les biens dits libres (l\u2019eau, l\u2019air par exemple) n\u2019ont pas de prix et n\u2019entrent pas dans les calculs.Si ça n\u2019a pas de prix, cela n\u2019existe pas.Il est facile de dénoncer vertueusement cette emprise de l\u2019argent sur notre société, mais il importe au préalable de comprendre que notre société fonctionne comme cela.Quand Jéremy Bentham a voulu donner un fondement universel à la morale, il n\u2019a pas cherché à la rattacher à un ordre de valeurs.Il a plutôt insisté sur le principe du plaisir et de la satisfaction.Est bien ce qui procure le plus grand bonheur pour le plus grand nombre.Sa doctrine, surnommée l\u2019utilitarisme, cherche un principe simple de jugement, une mesure hors conteste valable pour tout le monde : il parvient à une espèce de mathématique morale.Dans son esprit, le bonheur n\u2019est pas uniquement sensible et matériel.Mais Bentham applique à la morale les règles du marché au moment où l\u2019explosion industrielle en Europe change entièrement les rapports de production et instaure le marché comme phénomène économique global.Même le sprirituel doit être mesurable et quantifiable.C\u2019est cette idée d\u2019une mathématique universelle et univoque, valable pour toute réalité, qui nous impose, sans que nous nous en rendions toujours compte, un cadre de pensée déterminant dans notre société.La qualité est contrainte de se dire dans les termes de la quantité.D\u2019où les tensions jamais résolues pour opposer qualité et quantité et les ramener l\u2019une et l\u2019autre à une commune mesure qui sera donc la mesure de l\u2019argent.La tension de la qualité et de la quantité peut être véhiculée par différentes distinctions sinon oppositions.Niveau de vie et genre de vie C\u2019est ainsi, par exemple, que nous pouvons distinguer le niveau de vie du style ou genre de 991 vie.Le niveau de vie s\u2019exprime en général par le salaire, ou mieux encore par le revenu disponible.Il est essentiellement quantitatif.On pense au joueur de hockey de vingt ans qui gagne un million par année.Le style de vie au contraire déterminera la manière dont on assume sa situation économique réelle.L\u2019un emprunte, l\u2019autre économise.L\u2019un modère ses appétits, discipline la satisfaction de ses besoins, opte pour ce que Pierre Dansereau appelle une joyeuse austérité.L\u2019autre se sent malheureux parce que, courant après les nouveautés, il n\u2019est jamais satisfait.Adopter son style de vie à son niveau de vie réel, c\u2019est vivre intelligemment.Changer son genre de vie, c\u2019est pouvoir baisser son niveau de vie sans devenir malheureux.Ici la qualité restreindrait la quantité.Plaisir et réalité Pour échapper à la mode, la qualité de la vie suppose que l\u2019on puisse nommer ses valeurs.Au plan psychologique, on oppose aussi le principe du plaisir et le principe de la réalité.Le principe du plaisir n\u2019est jamais satisfait: il veut tout tout de suite et ressent chaque limite comme une injustice.Au contraire, le principe de la réalité s\u2019accommode de l\u2019existence concrète telle qu\u2019elle est: n\u2019être que tel homme, telle femme, avec une jeunesse ratée, une hérédité déficiente.Être alcoolique.Avoir été violée à dix ans.Ou battu.Ou volé.Être noir.Avoir une déficience.Et dans ces limites, construire sa vie, sachant qu\u2019entre la «vraie vie» et la «vie vraie» il faut trouver des passerelles pour survivre.L\u2019abdication pure et simple, l\u2019enfermement dans la vie vraie, dans la seule réalité atrophient la vie et enferment dans la fatalité.«Né pour un petit pain».Le désir de la vraie vie amène à secouer la vie vraie pour chercher des débouchés nouveaux.C\u2019est la source du rêve et de l\u2019espoir.Mais la supposée vraie vie n\u2019a plus de sens quand elle cesse d\u2019être une victoire sur l\u2019âpreté de la vie vraie.Combien d\u2019hommes qui rêvaient à la retraite depuis 20 ans et qui meurent avant la fin de sa première année parce que cette retraite n\u2019est plus que vide imposé par les autres.992 La qualité est contrainte de se dire dans les termes de la quantité.Marginalité et équité On peut exprimer cette tension de la quantité et de la qualité par une constatation banale: la pauvreté ne réside pas d\u2019abord dans la privation de biens essentiels, mais dans le sentiment de marginalité à l\u2019égard du reste de la société.Une étude de Otis Dudley Duncan sur le sentiment de satisfaction en relation avec le niveau de vie des femmes de la ville de Détroit entre 1955 et 1971 montre que même si le revenu durant cette période a progressé de 40% en dollars constants, le sentiment de satisfaction n\u2019a pas changé («Does money buy satisfaction», in Blair Wheaton, Editor, The Quality of Social Life, 148-154).La quantité seule ne veut rien dire.Une fois les besoins vitaux satisfaits, le sentiment de bien-être semble moins dépendre du niveau de vie comme tel que de la perception que l\u2019on a de sa place dans la société.JLa qualité de la vie traduirait alors moins la quantité que l\u2019équité.Évidemment si la quantité fait trop défaut, l\u2019équité n\u2019existe plus.Tout est-il quantifiable?Quel est donc le malaise fondamental derrière le débat qualité/quantité ?On pourrait le résumer ainsi : tout est-il quantifiable ?Il me semble que pour beaucoup de gens la forme achevée de la science serait la mathématique.On sait que la mathématique pure invente des mondes fictifs qui ne servent à rien jusqu\u2019à ce que, un jour, quelqu\u2019un en trouve l\u2019application.La mathématique est un monde idéal, abstrait.Platon aimait les mathématiques et Galilée le préférait de beaucoup à Aristote pour cette raison.Derrière l\u2019esprit de quantité, il y a le rêve, qui a habité Poincarré entre autres, de reconstituer la machine du monde jusque dans ses moindres rouages.Aussi, à partir d\u2019un point dans le temps, on pourrait reconstruire le passé et prédire rigoureusement l\u2019avenir du monde.Or l\u2019esprit de quantité dispose aujourd\u2019hui d\u2019un instrument magique: l\u2019ordinateur.Si on pouvait modéliser toute la réalité, attribuer à chaque chose une valeur, un chiffre, il n\u2019y aurait plus alors de dilemme, ni d\u2019ambiguïtés sur les déci- 993 sions.Le savoir intégral dicterait nécessairement les conduites à tenir.Plus de liberté, plus de mal.Le royaume de la nécessité dévoilé par la parfaite connaissance d\u2019un monde ramené à des équations vraies ! « Les criminels sont avant tout des hommes qui raisonnent mal, qui n\u2019entendent point leurs véritables intérêts» disait Bentham.Actuellement, beaucoup de scientifiques estiment que ce rêve de la modélisation mathématique intégrale est impossible.Il y aurait de l\u2019aléatoire au sein même de la nécessité, des effets chaotiques, une part d\u2019indétermination irréductible.Non seulement la machine du monde est plus complexe qu\u2019on ne le pensait (la crise de l\u2019environnement le montre à l\u2019envie), mais la machine agirait parfois comme une non-machine avec une part d\u2019indétermination.Impossible de tout prédire.Comme on le dit parfois, un simple vol de papillon pourrait être à l\u2019origine d\u2019un ouragan.Au fond, même si tout était quantifiable, tout ne serait pas modélisable.C\u2019est comme si à tout moment les chiffres pouvaient changer de valeur.Cette indétermination nous rend plus sympathique la fluctuante réalité humaine.Quel est le prix d\u2019une sonate de Mozart?Mozart était payé chichement et tirait le diable par la queue.Que vaut la vue d\u2019un geai dans l\u2019arbre juste à côté de ma fenêtre ?C\u2019est un moment de grâce sans prix, sans durée.Il est des instants de bonheur qui valent plus que tout.Je me rappelle du goût fabuleux d\u2019un plat de Jello deux jours après une opération.Il me semble que je n\u2019ai jamais rien mangé d\u2019aussi bon.Que l\u2019on me comprenne bien.Il n\u2019est pas vain d\u2019établir un rapport entre qualité et quantité.La qualité suppose la quantité, dans l\u2019ordre des choses humaines.Une maison chaude suppose des murs et des clous, des fenêtres, du chauffage.Et tout cela se quantifie.La quantité donne corps à la qualité.Mais à la limite, qualité et quantité sont des réalités irréductibes l\u2019une et l\u2019autre.La quantité détruit parfois la qualité comme il arrive chez la personne avide de richesses qui en oublie de vivre.Parfois la quali- Adopter son style de vie à son niveau de vie réel, c 'est vivre intelligemment.994 té pour elle-même vire au snobisme ou, pire encore, en je ne sais quel angélisme.Les mots amour, justice, bonheur, vérité, authenticité ne sont vrais que quand on peut les mesurer dans la réalité.Tant de discours vertueux ne sont qu\u2019idéologiques.Peut-on, comme se le demande l\u2019apôtre Jean, prétendre aimer Dieu qu\u2019on ne voit pas et détester son frère que l\u2019on voit?Ou prêcher la tendresse envers les pauvres sans jamais partager ses biens et privilèges?C\u2019est dans le concret que la qualité devient réelle et efficace.Le principe de la réalité s'accommode de l'existence concrète telle qu 'elle est: entre la « vraie vie » et la « vie vraie» il faut trouver des passerelles pour survivre.III- Produit national brut et développement humain Depuis l\u2019après-guerre, les pays ont cherché à comptabiliser l\u2019ensemble de leurs activités.Cela s\u2019est exprimé par un concept, le produit intérieur brut.Il s\u2019agit de calculer tous les rapports économiques dans une société donnée et d\u2019exprimer cela sous mode de chiffres.On dira par exemple qu\u2019en 1992, en Suède, le revenu annuel par personne était de 25 880 $ alors que la même année il était au Canada de 22 293 $ et en Mauritanie de 542 $ (État du monde 1993).L\u2019approche est simplement monétaire.Ces chiffres pointent un ordre de grandeur mais ils sont aussi terriblement trompeurs.D\u2019une part, les chiffres sont toujours partiellement faux et trafiqués.D\u2019autre part, la méthode est discutable.Enfin, les comparaisons d\u2019une société à l\u2019autre sont oiseuses et ne disent rien du bonheur des gens, de leurs solidarités, de leurs joies et de leurs peines.La notion de produit national brut permet de faire certaines comparaisons.Elle ne permet pas de comprendre les sociétés.Actuellement, on cherche donc à substituer la notion de produit national brut par un ensemble de facteurs qu\u2019on appelle des indices de développement humain (IDH) avec, là encore, une ample utilisation de formules mathématiques.Au lieu de simplement se référer à des critères monétaires comme le revenu, on essaie d\u2019inté- 995 grer des indicateurs sociaux objectifs et des indicateurs sociaux subjectifs.Pensons par exemple à l\u2019espérance de vie à la naissance, au niveau d\u2019éducation (alphabétisation et durée moyenne de scolarité).On peut penser à d\u2019autres éléments: la situation des femmes, l\u2019état de l\u2019information et de la participation sociale des citoyens, la sécurité, l\u2019état de l\u2019environnement.Derrière ces critères et variables, on peut soupçonner d\u2019énormes discussions idéologiques et pragmatiques sur la mesurabilité et le degré de formalisation statistique et mathématique de chaque élément retenu.S\u2019il était encore simple hier de tout ramener à l\u2019étalon de l\u2019argent, on essaie maintenant de tenir compte de d\u2019autres facteurs plus proches de la qualité.La question demeurera toutefois pertinente : tout est-il quantifiable ?La pauvreté réside dans le sentiment de marginalité à l\u2019égard du reste de la société.IV- Peut-on prendre des décisions ?Je n\u2019ai pas évoqué le monde de la santé parce que j\u2019y suis peu familier.Mais la littérature y fait souvent allusion.Vaut-il mieux un traitement de pointe coûteux pour quelques privilégiés ou des soins plus modestes disponibles pour l\u2019ensemble de la population?On accuse souvent les médecins de soigner des organes isolés et non des personnes malades, d\u2019abuser du recours à des tests coûteux, et la plupart du temps inutiles, au lieu de prendre le temps d\u2019établir un diagnostic global par le moyen d\u2019un contact personnalisé avec la personne malade, de recourir à la médication abusive provoquant de ce fait un exode plus ou moins rationnel des malades vers des guérisseurs.Dans une société où tout a un prix et où les ressources deviennent rares, faut-il soigner à tout prix ?Et qui ?Toutes les questions sont imbriquées: les limites de la science, la part d\u2019inconnu et de risques inhérente à toute découverte, le morcellement des savoirs, l\u2019ambiguïté des progrès technologiques, les querelles de statut des divers acteurs sociaux impliqués, le juste partage des coûts, le contrôle 996 La qualité suppose la quantité, dans l'ordre des choses humaines.par la société, la pression exercée sur le marché par les vendeurs de nouveautés, etc.Pendant la guerre 1939-45, on raconte que l\u2019ordre était de donner de la pénicilline aux militaires américains atteints de maladies vénériennes de préférence aux blessés du fronts car les premiers étaient plus vite retournés au combat.Or l\u2019effort de guerre primait sur le reste.En Angleterre, on accordait priorité aux aviateurs sur les fantassins.En environnement, où les intrants sociaux se juxtaposent aux intrants économiques et écologiques, les décideurs essaient d\u2019établir des grilles de pondération où l\u2019on mesure le non mesurable afin d\u2019arriver à prendre une décision.La sauvegarde du saumon dans tel ruisseau importe-t-elle plus que l\u2019impact visuel de la ligne électrique dans tel village, ou simplement la disponibilité de l\u2019électricité abondante dans telle ville ?On devine l\u2019insoluble jeu des spécialistes pour établir la pondération des critères retenus.Une décision n\u2019est jamais le résultat mathématique d\u2019une source de chiffres, pondérés ou non.Elle est plutôt une prise en compte d\u2019avantages et d\u2019inconvénients, de convictions et de peurs, d\u2019audaces et de compromis, de valeurs et d\u2019ambitions.Max Weber distingue entre l\u2019éthique de la conviction, qui est celle des militants et des apôtres qui portent certaines valeurs aux nues, et l\u2019éthique de la responsabilité qui est celle du décideur qui prend une décision en se demandant comment il peut vivre avec les conséquences de ses gestes.Dans chacun des domaines où nous sommes, il me semble que, presque toujours, il n\u2019y a pas de solutions idéales.Il y a simplement des solutions ponctuelles, provisoires, fragiles.Et si chaque décision naît d\u2019une prise en compte de certaines convictions, le doute demeure légitime, comme une question jamais résolue.La technique est le prolongement de l\u2019être humain, une extension de son corps, de son intelligence, de son industrie.Mais elle instaure toujours également une distance entre le sujet humain et la réalité.D\u2019où l\u2019ambivalence fondamentale de 997 la technique, jamais accessoire ni jamais magique.Pour prolonger la réflexion, je propose quatre repères de réflexion.1) Quel est l\u2019état des biens disponibles?Nous faisons face subitement à une pénurie de ressources sociales.L\u2019État cherche à se désengager et nous signifie de mille manières que les ressources seront plus rares et plus parcimonieusement distribuées.Le tout tout de suite est impossible.Si le qualitatif visé se traduit simplement par un quantitatif augmenté et refilé à la société, nous savons déjà que la réponse est plutôt non.Cela ne veut pas dire que rien n\u2019est possible ni que certains combats soient vains ou immoraux.Mais cela oblige à des priorisations d\u2019une part et des diversifications d\u2019autre part.L\u2019option de rechange au retrait partiel de l\u2019État est-il la privatisation ou la recherche de d\u2019autres formes de solidarités ?La notion de produit national brut ne permet pas de comprendre les sociétés.2) Comment allier l\u2019opportunité sociale et l\u2019équité?Quand les ressources deviennent rares, il se produit un stress dans la communauté.Il y a une réaction de sauve qui peut, les besoins de l\u2019un étant aussi légitimes que les besoins de l\u2019autre.Ici la raison de l\u2019État n\u2019est pas toujours raisonnable et la loi du nombre ou du plus fort ou du plus riche peut être injuste.Faut-il soigner ou prévenir, développer des garderies ou des centres d\u2019accueil, laisser mourir le fumeur et le sidéen et payer la chirurgie esthétique d\u2019une femme qui trouve ses seins trop gros, d\u2019un homme qui veut corriger un nez trop fort ?On sent qu\u2019ici les critères d\u2019opportunité stratégique et d\u2019équité interviennent constamment.Il y a quelques années, un aubergiste de mes amis a dû installer une voie d\u2019accès pour fauteuils roulants à son établissement.Pourquoi m\u2019imposer cette dépense, me disait-il, puisque depuis 25 ans je n\u2019ai jamais eu de clients handicapés et que ma clientèle n\u2019est pas dans ce milieu?Pourquoi fallait-il abolir la limite d\u2019âge obligatoire de la retraite au moment où tant de 998 La technique est le prolongement de l\u2019être humain, une extension de son corps, de son intelligence, de son industrie.jeunes sont en chômage et désespèrent de jamais trouver un emploi?Que faire quand la non-ségrégation de l\u2019âge des personnes de plus de soixante ans signifie la ségrégation effective des plus jeunes ?Comment négocier et préciser les droits et les devoirs, les avantages des uns et les inconvénients des autres ?Un discours sur les droits seulement mènera à une impasse et durcira les rapports sociaux.La simple négociation économique ne suffira pas.Il faudra pondérer le marché par l\u2019esprit du don, faire de l\u2019équité un souci primordial au moment où le libéralisme cherche à imposer sa loi d\u2019airain.3) Opportunité technique ?Jeune, j\u2019avais une mauvaise dentition.À seize ans, j\u2019ai fait une infection.Le dentiste m\u2019a dit: «il faut tout enlever».Il m\u2019a arraché 27 dents d\u2019un coup.Aujourd\u2019hui, on le poursuivrait devant un tribunal.Pourtant, jamais je n\u2019ai regretté son geste.Depuis toujours, il me semble que mes prothèses sont mes dents.Et je n\u2019ai plus jamais eu mal aux dents.Mais indubitablement, j\u2019ai perdu une part de ma sensibilité gustative.Il est des aides techniques qui sont des bénédictions.D\u2019autres qui deviennent des prisons, qui créent des distances psychologiques, financières, physiques avec soi-même ou les autres.Je pense à ce jeune jésuite moribond qui a arraché ses tubes en criant: «on me vole ma mort».Je pense aussi à ma soeur devenue légume après une blessure grave à la base du crâne et qui respirait sur le «bird».Je pense à ce vieillard qu\u2019on attache au lit et qui ne veut plus que fuir.La technique décompose et recompose le corps-machine.Parfois, c\u2019est miracle et liberté.Parfois, c\u2019est déchéance.La plupart du temps, c\u2019est l\u2019un et l\u2019autre, partie liberté, partie lumière et espérance, mais aussi partie fardeau, poids économique, luxe plus ou moins utile, esclavage pour les autres ou pour soi-même.L\u2019opportunité technique ne me semble pas automatique.Si tout le possible doit être fait, tout n\u2019est pas possible, tout n\u2019est pas opportun.999 Mais qui prendra la décision et comment?Ici l\u2019éthique est au rendez-vous, incertaine, provisoire, comme un appel à la qualité de la décision.Les choix techniques ont toujours une portée sociale.4) Le jeu des acteurs ?On parle de moins en moins de morale mais de plus en plus d\u2019éthique.Or la pratique de la médecine est actuellement un des lieux privilégiés des discussions éthiques.C\u2019est autour du corps humain, de sa dignité et de sa malléabilité que se joue le drame.Naître et mourir.Traiter le corps-machine mais aussi entendre et reconnaître la personne qui souffre, la personne qui crie, la personne qui a peur, qui hurle, qui espère.Autour du patient, qui est aussi un acteur, interviennent d\u2019autres acteurs, soignant ou administrant: le médecin, l\u2019infirmier, le spécialiste, le technicien, le gestionnaire, la famille, le psychologue, l\u2019agent de pastorale.Hommes et femmes qui ont leurs compétences, leurs convictions, leurs intérêts, leurs propres sentiments refoulés, qui défendent un statut d\u2019acteur social.Une décision médicale est le microcosme même de l\u2019humanité.Face à l\u2019esprit de quantité et aux contraintes et opportunités techniques de notre milieu, le thème de la qualité de la vie constitue un appel vers un autre paradigme.La qualité ne fait pas fi des chiffres ni de la quantité, elle intègre le mesurable et l\u2019économique.Mais elle cherche aussi à détecter le non dit, le secret, l\u2019inavoué.Elle parle globalité là où l\u2019esprit de quantité isole et segmente.Elle évoque la dignité et les valeurs quand le corps se disloque et perd ses fonctions les plus nobles ou les plus élémentaires.À la limite, certaines choses ne sont plus quantifiables.Elles échappent à la société marchande pourtant si bénéfique Elles relèvent plutôt de la logique du don qui n\u2019est pas pure gratuité mais qui donne la préséance à la personne plus qu\u2019aux rôles que cette dernière assume.En un sens, la qualité sauve la quantité de l\u2019insignifiance.Aurons-nous le courage et la sagesse de choisir?La raison de l'État n\u2019est pas toujours raisonnable et la loi du nombre ou du plus fort ou du plus riche peut être injuste.1000 Bibliographie sommaire sur la qualité de la vie On parle de moins en moins de morale mais de plus en plus d\u2019éthique.Le thème de la qualité de la vie me semble avoir été peu fouillé pour lui-même, bien qu\u2019il soit à l\u2019horizon de beaucoup de réflexions philosophiques et sociologiques sur le bonheur et les valeurs.On peut signaler: BEAUCHAMP, André: «Qualité de la vie: entre le porte-monnaie et la raison d\u2019être», L\u2019Action nationale, volume LXXIX, numéro 3, mars 1989, p.266-277.Repris dans le numéro 6 de la même année (juin 1989), p.641-652.BEAUCHAMP, André : « La transformation des valeurs» in L\u2019Action nationale, novembre 1993, vol.no 9, p 1248-1265.BEAUCHAMP, André: Introduction à l'éthique de l\u2019environnement, Montréal, Éditions Paulines, 224 pages (surtout, p.76-80, 93-150).DALY, Herman E.et COBB, John B.Jr: For the Common Good, Boston, Beacon Press, 1987, 482 pages.Un livre maintenant classique sur l\u2019économie, le développement communautaire, l\u2019environnement et le développement durable.GODBOUT, Jacques T.: L\u2019Esprit du don, Montréal, Boréal, 1992, 342 pages.HIRSCH, Emmanuel : Éthique et médecine.Le devoir d\u2019humanité Paris, Cerf, 1990, 475 pages.Un survol d\u2019ensemble de l\u2019éthique médicale aujourd\u2019hui.Entrevues avec différents spécialistes.LEFÈVRE, Charles, (sous la direction de): Qualité de la vie, vie de qualité.Privât, Centre interdisciplinaire de Lille, 1977, 263 pages.À partir des problèmes concrets d\u2019environnement et d\u2019aménagement, une perspective d\u2019ensemble située dans le contexte de la tradition chrétienne.Toujours d\u2019actualité.LE SUPPLÉMENT (revue d\u2019éthique et de théologie morale, publiée par le Cerf), nos 184 (mars-avril 1993) «Hôpital et respect des personnes» et 185 (juin-juillet 1993) «Soigner et guérir?».Deux numéros très 1001 éclairants sur les questions éthiques soulevées par la pratique médicale.PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement): Rapport mondial sur le développement humain 1993.Souvent très technique, mais essentiel pour comprendre le déplacement des problématiques du développement humain (IDH).WEATON, Blair (editor): The Quality of Social Life, Copley Publishing, Littleton, 1987.Il s\u2019agit d\u2019une collection d\u2019articles parus dans diverses revues sous la plume de différents auteurs, avec une grande insistance sur les problèmes familiaux et sociaux.?La qualité sauve la quantité de l\u2019insignifiance.Aurons-nous le courage et la sagesse de choisir ?1002 L\u2019AGRICULTURE ET L\u2019INDÉPENDANCE Ferdinand ?OUELLET* Introduction Le monde agricole représente quelque 47,000 entreprises disséminées dans toutes les régions du Québec.L\u2019apport économique de ces entreprises n\u2019est pas négligeable et est même vital dans les régions dont le développement repose sur les ressources naturelles.Dans le secteur primaire, on retrouve environ 68,000 travailleurs et travailleuses qui produisent des recettes approchant les 4 milliards $.Dans le secteur secondaire, les industries de la transformation emploient 55,000 personnes et la valeur de leurs livraisons excède les 10 milliards $.Dans le commerce de gros des aliments, plus de 25,000 emplois sont créés.En plus de mettre en valeur une ressource renouvelable, l\u2019agriculture contribue au développement de plusieurs activités secondaires et tertiaires ainsi qu\u2019à plusieurs services connexes.Que l\u2019on pense seulement aux entreprises qui fournissent les intrants aux exploitants agricoles: les meuneries, les garages de machinerie, * Ex-sous-ministre, ministère de l\u2019Agriculture du Québec les transporteurs, etc.À l\u2019autre bout de la ferme, on retrouve toutes les entreprises de première et deuxième transformation.Enfin, comme entrepreneurs, les agriculteurs ont besoin des services professionnels ; ainsi en est-il des entreprises situées en amont et en aval.La régression observée des entreprises axées sur les ressources naturelles du milieu risque de modifier en profondeur le tissu social et économique de plusieurs régions du Québec.L\u2019affaiblissement économique de ces régions, accompagné d\u2019une désertion des ressources humaines les plus dynamiques, contribuent à un accroissement des coûts sociaux.La société québécoise devrait être très préoccupée par les problèmes sociaux et économiques qui confrontent les exploitants agricoles de ces milieux.Tout changement de nature à modifier l\u2019environnement économique des entreprises agricoles ne peut nous laisser indifférents.Les relations commerciales avec les autres pays Au cours des prochaines années, les agriculteurs devront s\u2019adapter à de nouvelles conditions économiques, en particulier à celles imposées par de nouvelles relations commerciales.Les producteurs évaluent actuellement le prix qu\u2019ils auront à payer pour demeurer dans le marché.Il est évident que plusieurs ne pourront pas s\u2019ajuster à ces nouvelles conditions.Des secteurs seront plus touchés que d\u2019autres; les entreprises moins efficaces ou moins solides financièrement auront de la difficulté à survivre.Les intérêts de toute la collectivité québécoise sont en jeu.Il est donc très important, si on veut que nos besoins soient considérés, de les définir clairement afin qu\u2019ils fassent partie des préoccupations de nos dirigeants politiques qui doivent négocier notre avenir constitutionnel qui peut, en définitive, devenir notre avenir tout court.1004 La première constatation met en relief la nette dominance des provinces des Prairies dans la production céréalière.Objectifs de ce texte Cet article a pour but de fournir un cadre de travail permettant d\u2019analyser l\u2019impact que pourraient avoir sur l\u2019agriculture québécoise les modifications au lien traditionnel du Québec avec le reste du Canada.Pour pouvoir évaluer l\u2019impact économique et même social, il nous faut examiner divers aspects de l\u2019agriculture québécoise et canadienne.Notre texte présente l\u2019agriculture du Québec dans le contexte canadien et international.Il définit le rôle du gouvernement canadien sur l\u2019agriculture.Il décrit les principales politiques canadiennes qui ont influencé le développement de notre agriculture.Il analyse l\u2019impact que pourraient avoir les changements constitutionnels sur notre agriculture.Il dégage différentes alternatives susceptibles d\u2019atténuer les impacts négatifs éventuels.Il examine aussi l\u2019impact du libre-échange sur les changements constitutionnels.L\u2019agriculture du Québec dans le contexte canadien et international Pour analyser l\u2019impact des changements constitutionnels sur l\u2019agriculture du Québec, il faut connaître la situation actuelle de l\u2019agriculture québécoise dans le contexte canadien.La première constatation met en relief la nette dominance des provinces des Prairies dans la production céréalière (près de 83%).Ce n\u2019est pas par hasard que le gouvernement canadien a toujours eu une grande préoccupation pour les producteurs de céréales.Ces provinces possèdent de vastes territoires agricoles peu peuplés, éloignés des centres de consommation et dépendants des marchés d\u2019exportation pour la vente de leurs produits.Pendant longtemps, les exportations de céréales ont été une source majeure de revenus pour équilibrer la balance commerciale du Canada.Il n\u2019est pas surprenant que plusieurs des politiques agricoles et commerciales canadiennes aient eu les céréales comme première préoccupation.C\u2019est une agriculture spécialisée et dépendante des marchés internationaux qui a longtemps caractérisé l\u2019agriculture 1005 de l\u2019Ouest et qui a donné naissance aux premières grandes politiques nationales.Quant aux autres provinces canadiennes, elles se sont surtout appliquées à développer une agriculture d\u2019autosuffisanse; la périssabi-lité des produits et la pauvreté des moyens de transport étant historiquement une contrainte majeure à la circulation des produits agricoles.L\u2019Ontario, à cause de ressources agricoles plus avantageuses, est celle qui a le mieux réussi dans l\u2019atteinte de ses objectifs.Par ailleurs, le Québec a longtemps axé son développement sur la production laitière, ce qui l\u2019a obligé à développer des marchés d\u2019exportation.À partir des années 40, l\u2019agriculture canadienne et québécoise se transforme très rapidement.La guerre en Europe, la reconstruction des pays touchés par cette guerre, le «boom» démographique dans le monde, le développement de nouveaux modes de transport, tout cela a favorisé le développement de marchés d\u2019exportation, en particulier pour les céréales et, à un moindre degré, pour les viandes rouges.Même s\u2019il faut reconnaître qu\u2019aujourd\u2019hui les Prairies ont diversifié leur agriculture et leur économie, les céréales leur sont encore un apport économique important, en particulier pour la Saskatchewan dont l\u2019économie et l\u2019agriculture sont très peu diversifiées.Les provinces de l\u2019Ouest sont aussi reconnues comme des régions à bœufs, 63% du marché canadien et, à un moindre degré, des régions à porcs, 31% du marché canadien.Le Québec, au cours des 40 dernières années, a diversifié son agriculture; malgré tout, ses relations commerciales agricoles avec le reste du Canada sont axées sur les produits laitiers.En fait, 50% de son lait transformé est écoulé sur le marché canadien et sur le marché d\u2019exportation.Il faut dire que les agricultures régionales du Canada reflètent assez bien les possibilités agricoles et de marché de chacune de ses régions; par ailleurs, elles ont été influen- 1006 cées dans leur développement par les politiques canadiennes.Selon la Charte constitutionnelle de 1867, les provinces étaient responsables du développement de leur agriculture.Le rôle du gouvernement canadien sur le développement de l\u2019agriculture L\u2019agriculture est un domaine à responsabilité partagée entre les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral.Selon la Charte constitutionnelle de 1867, les provinces étaient responsables du développement de leur agriculture, mais le gouvernement canadien avait la responsabilité du commerce interprovincial et international.Tout ce qui est susceptible d\u2019entraver le fonctionnement normal du commerce entre les provinces et le commerce extérieur tombe de ce fait sous la responsabilité canadienne.Aussi longtemps que les provinces produisaient pour nourrir leurs citoyens, les conflits de juridiction étaient inexistants.L\u2019entrée des provinces de l\u2019Ouest dans la Confédération a été un élément important d\u2019intervention plus grande du fédéral dans le développement des productions agricoles.Au fil du temps, les gouvernements provinciaux et le gouvernement canadien sont intervenus dans presque tous les secteurs.La multiplication des programmes par chaque palier de gouvernement n\u2019a fait qu\u2019accroître les doubles interventions.Personne, plus que les producteurs agricoles, n\u2019a eu à souffrir de ces conflits de juridiction.Le ministère de l\u2019Agriculture du Québec, dans un document publié en mai 1988, intitulé «Les interventions fédérales dans l\u2019a-gro-alimentation au Québec» mentionnait à la page 3, sous le titre: L\u2019évolution de la politique fédérale : «La Politique nationale instaurée en 1879 a défini les assises et les orientations du développement agricole au Canada.La construction d\u2019une ligne de chemin de fer a permis de transporter, à faible coût, la production agricole des nouveaux territoires vers l\u2019Est du Canada et les marchés d\u2019exportation.Les productions céréalières et bovines sont ainsi venues concurrencer celles des régions de 1007 l\u2019Est.Les mesures complémentaires qui ont été mises en place depuis plus d\u2019un siècle par le gouvernement du Canada contribuent encore à façonner et structurer l\u2019économie canadienne.On peut citer à titre d\u2019exemple, la création de stations agronomiques, la création des commissions canadiennes du blé et du lait, les lois sur la stabilisation des prix agricoles, l\u2019assurance-récolte, le crédit agricole, la loi sur la stabilisation des grains de l\u2019Ouest, les lois sur les offices de commercialisation des produits de la ferme ainsi que celles sur le transport des grains de l\u2019Ouest.La présence du gouvernement fédéral est de plus en plus importante dans le secteur agricole au Canada».Cette duplication des rôles des gouvernements fédéral et provinciaux conduit à un gaspillage de ressources et d\u2019énergie, en plus de maintenir un climat perpétuel de tension entre les gouvernements.Les principaux facteurs qui ont contribué à créer autant de conflits sont nombreux.Les agricultures, de régionales qu\u2019elles étaient, sont devenues nationales et internationales.Le développement des communications est-ouest au Canada et l\u2019évolution technologique des modes de transport sont sûrement les facteurs qui ont le plus contribué à éliminer les barrières commerciales au Canada.À titre d\u2019exemple, le transport réfrigéré a facilité l\u2019accès à des produits agro-alimentaires périssables provenant d\u2019une autre région, voire au monde entier.L\u2019élargissement des réseaux commerciaux contribuait à accroître l\u2019importance des échanges commerciaux de produits agro-alimentaires donnant ainsi plus d\u2019espace au gouvernement fédéral dans un secteur à responsabilité partagée.Un autre élément important a contribué au renforcement des pouvoirs du gouvernement fédéral dans des domaines autres que le sien, c\u2019est l\u2019inégalité des moyens de développement de l\u2019agriculture dont disposent les différentes provinces.Les provinces Maritimes ont peu de moyens financiers pour développer leur agriculture.La plupart de leurs activités économiques Cette duplication des rôles des gouvernements fédéral et provinciaux conduit à un gaspillage de ressources et d\u2019énergie.1008 Le Québec, a vu son gouvernement ne pas exercer des pouvoirs qui étaient juridiquement de son ressort.sont axées sur des ressources primaires qui génèrent peu de bénéfices économiques.Elles sont toujours en quête d\u2019aide auprès du gouvernement central pour offrir le minimum de services à leurs agriculteurs et aux transformateurs.Les provinces des Prairies sont des régions qui pendant longtemps ont axé leur développement économique sur l\u2019agriculture et, en particulier, sur le secteur des céréales.En s\u2019orientant vers une monoculture dont les débouchés sont internationaux, les producteurs des Prairies se retrouvaient dans un secteur comportant les deux plus grandes incertitudes : les marchés et le volume de production.Autant un échec de la récolte que celui de la mévente laissaient les producteurs démunis.Les gouvernements de ces provinces n\u2019avaient pas les moyens de soutenir leurs producteurs en cas de mauvaise récolte.Le gouvernement fédéral assumait cette responsabilité, d\u2019autant que le commerce des grains sur les marchés extérieurs contribuait à des entrées de fonds au Canada.Les trois provinces qui ont offert le plus de services à leurs agriculteurs et aux entreprises connexes sont le Québec, l\u2019Ontario et la Colombie-Britanique.L\u2019Ontario arrive la première parce que son agriculture est la plus avantagée du point de vue ressource, climat et marché.De plus, son développement s\u2019est fait en même temps que la croissance économique de la province.La Colombie a quelques initiatives agricoles intéressantes.Son isolement quasi naturel du reste du Canada l\u2019a forcée à développer son agriculture et à en payer le prix.Le Québec, société longtemps agricole et peu développée industriellement, a vu son gouvernement ne pas exercer des pouvoirs qui étaient juridiquement de son ressort.Au cours des deux dernières décennies, certains marchés internationaux se sont rétrécis pour les produits agricoles canadiens, en particulier pour les céréales.Alors que les politiques canadiennes s\u2019étaient développées dans une certaine harmonie entre les diverses régions du Canada, le reflux des surplus céréaliers sur le marché canadien remettait en cause les agricul- 1009 tures régionales.La vocation historique des régions, en particulier dans le secteur des viandes, devait être redéfinie.Il faut ajouter que, durant cette période, les provinces de Québec, d\u2019Ontario et de la Colombie-Britanique avaient mis en place des outils pour accroître leur développement agricole.Même une province aussi développée que l\u2019Ontario, du point de vue industriel, a pris conscience de l\u2019importance de son agriculture.La reprise en main du développement agricole par ces provinces et la mise en place d\u2019outils de développement propre à chaque province ont remis en cause plusieurs aspects des politiques nationales développées depuis près d\u2019un siècle.Elles ont remis en question certaines interventions du gouvernement canadien dans des domaines de juridiction provinciale, même si elles ne l\u2019exerçaient pas.Reprenons en détail certaines politiques agricoles canadiennes qui ont influencé le développement de l\u2019agriculture.Rôle des politiques canadiennes sur l\u2019évolution de notre agriculture Analysons les principales politiques nationales qui ont eu un impact sur l\u2019agriculture du Québec.La politique d\u2019aide au transport des céréales Cette politique mise en place après la dernière guerre mondiale avait comme objectif de permettre aux provinces déficitaires en grain de produire du porc, de la volaille, des œufs pour desservir les grands marchés du Québec et de l\u2019Ontario.Les moyens de transport n\u2019étaient pas développés pour transporter des produits périssables.Cette aide, versée sous forme de subvention au transport des céréales, a contribué à développer une industrie des viandes (porc et volaille) les plus performantes au Québec.Le Québec est devenu un exportateur de porcs dans différents pays du monde et, en particulier, aux États-Unis.Au cours des années 75, le gouvernement canadien a modifié graduellement ses mesures Le Québec est devenu un exportateur de porcs dans différents pays du monde et, en particulier, aux États-Unis.1010 d\u2019aide au transport, en mettant en place un programme pour faciliter l\u2019abandon de sa politique et assurer une autosuffisance en céréales des provinces de l\u2019Est.Cette politique a facilité le passage d\u2019une industrie animale, dépendante des céréales de l\u2019Ouest, à une industrie québécoise quasi autonome pour ses approvisionnements en céréales.De plus, le développement des viandes a été bénéfique à l\u2019économie de la province en générant de nombreuses activités économiques et en permettant un développement de nouvelles technologies, de la chaîne de production à la consommation.Les programmes nationaux de gestion des approvisionnements Pour pallier à l\u2019inefficacité de sa politique du soutien des prix et pour en diminuer les coûts, le gouvernement canadien a mis en place, en collaboration avec les provinces, des outils de contrôle de la production dans les secteurs où le volume dépend surtout des décisions des producteurs et non des aléas de la température.Le principal impact de cette mesure a été d\u2019assurer un meilleur niveau de revenus aux producteurs et une plus grande stabilité.Par un effet de retour, ces nouvelles conditions économiques ont permis d\u2019accroître la productivité des activités où de tels mécanismes existaient.Jamais les secteurs où on a établi des programmes de gestion de l\u2019offre ne se sont autant transformés.De meilleurs revenus et une stabilité accrue se sont matérialisés par des investissements à tous les niveaux de la production.Les nouveaux agriculteurs ont investi dans leur formation professionnelle, dans les nouvelles technologies et dans l\u2019amélioration du bétail et de leurs autres ressources agricoles.De plus, ce qui est devenu très important dans le contexte des négociations sur le libre-échange, c\u2019est la limitation des surplus sur les marchés d\u2019exportation.Le lait excepté, le gouvernement canadien n\u2019a pas à subventionner les productions régies par les programmes de gestion de l\u2019offre.1011 Les programmes de stabilisation des revenus S\u2019il est un programme qui a contribué au cours des dix dernières années à créer des conflits entre le gouvernement canadien et ceux du Québec et de la Colombie-Britanique, c\u2019est le programme de stabilisation des prix du gouvernement fédéral.Ce programme, mis en place en 1958, offrait une compensation aux producteurs touchés par les baisses de prix de leurs produits.Les principales sources de conflits tiennent au mode de détermination du prix de support tandis que les programmes provinciaux (Québec et Colombie-Britanique) visent à stabiliser les revenus, en prenant en compte le coût total de production.Les programmes fédéraux établissent la compensation en prenant les prix des cinq dernières années.Cette méthode est inefficace dans les périodes de décroissance répétée des prix.Le Québec a alors instauré son propre régime de stabilisation afin de créer des conditions propices aux investissements.Par ailleurs, afin de contrer le développement de certaines productions dans d\u2019autres provinces, suite au changement de politique du gouvernement canadien, il a fallu mettre en place des programmes de stabilisation provinciaux.Par mesure de représailles, le gouvernement canadien a cessé son support financier dans les productions couvertes par les programmes provinciaux, refusant même de transférer les fonds ainsi épargnés aux provinces récalcitrantes.Face aux coûts des programmes actuels et suite à des demandes répétées de la part de plusieurs provinces, le gouvernement canadien décide, en 1985, d\u2019offrir un nouveau programme de stabilisation des revenus qui met à contribution les producteurs, les gouvernements provinciaux et le gouvernement canadien.Des programmes tripartites ont été mis sur pied dans les viandes rouges en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta.En vertu de ces ententes, toute province qui désire participer au programme canadien doit abolir ses programmes.Le Québec et la Colombie-Britanique ont refusé d\u2019y participer parce que la couverture 1012 offerte par les ententes tripartites est insuffisante.Ce n\u2019est que tout dernièrement que le gouvernement canadien a accepté de transférer aux provinces non participantes l\u2019équivalent des montants qu\u2019il aurait dû débourser si elles avaient participé.Le soutien des revenus dans les viandes rouges Le cheptel porcin a augmenté de 42,5% en Alberta, alors qu 'il chutait au Québec de 9,5%.Le secteur des viandes rouges génère plus d\u2019un milliard de dollars.Il est l\u2019un des secteurs qui a le plus d\u2019effets d\u2019entraînement sur l\u2019économie par l\u2019ensemble des activités primaires et secondaires qu\u2019il génère.Il a été longtemps dépendant des politiques du transport des céréales du gouvernement canadien.La mise en place au Québec, dans l\u2019année 1977, de toute une série de programmes québécois dans le but d\u2019accroître nos céréales pour l\u2019alimentation des bovins, du porc et des volailles, a permis de renforcer les assises de nos productions animales.Mais une conjoncture économique qui engendre des prix très bas associée à des surplus de céréales dans l\u2019Ouest et à l\u2019application de programmes de subventions pour favoriser l\u2019utilisation de ces céréales dans l\u2019Ouest, tel que l\u2019« Alberta Grow Benefit Offset Program», sont en train de compétitionner nos éleveurs du Québec.Ainsi, de 1982 à 1988.le cheptel porcin a augmenté de 42,5% en Alberta, 38,9% en Saskatchewan, 30,3% au Manitoba, alors qu\u2019il chutait au Québec de 9,5%.De la même façon, alors que dans les années 1980, les provinces des Prairies exportaient 500,000 veaux vers l\u2019Ontario et le Québec pour y être engraissés, elles n\u2019exportaient en 1987 que 277,000 veaux.Il apparaît évident que les provinces des Prairies, grâce à l\u2019appui d\u2019une gamme de programmes fédéraux, sont en train d\u2019occuper le plus de place possible dans le marché canadien des viandes et de se positionner sur les marchés d\u2019exportation.Le gouvernement canadien développe ainsi une série de programmes qui remettent en cause les agricultures régionales de l\u2019Est du Canada.1013 Autres secteurs d\u2019intervention du gouvernement canadien Le gouvernement canadien, en s\u2019appuyant sur les pouvoirs donnés par la constitution de réglementer le commerce interprovincial et international, en est venu à intervenir dans tous les domaines de l\u2019agriculture.Malheureusement, l\u2019empiétement sur les juridictions provinciales s\u2019est fait avec une certaine complaisance.Il fallait voir le ministre fédéral de l\u2019agriculture remettre, souvent à l\u2019occasion des rencontres annuelles des ministres d\u2019agriculture provinciaux et fédéral, des chèques de subvention à des ministres d\u2019agriculture provinciaux.Souvent, ces interventions étaient dans des domaines de juridiction provinciale.On peut caractériser la présence du fédéral, comme une pieuvre dont les tentacules s\u2019infiltrent dans toutes les activités agricoles.Ce n\u2019est que lorsque des provinces ont décidé d\u2019exercer leurs prérogatives que les conflits d\u2019intérêts se sont manifestés en plein jour.Par exemple, lorsque le Québec et la Colombie-Britanique ont décidé de mettre en place des outils pour soutenir leur agriculture, les réactions canadiennes et de certaines provinces se sont vite manifestées.Le gouvernement du Québec, entre autres, en voulant faire de l\u2019agriculture un secteur de développement de son économie, est vite devenu une menace à l\u2019unité canadienne.Le gouvernement du Québec, en voulant faire de l\u2019agriculture un secteur de développement de son économie, est vite devenu une menace à l\u2019unité canadienne.Au Québec, les principales interventions du fédéral, outre celles déjà mentionnées, se retrouvent dans l\u2019inspection des produits agro-alimentaires, le financement par la Société du crédit agricole, la recherche, l\u2019assurance agricole et sa participation au financement de certaines entreprises par le biais de programme de développement régional et par la Banque fédérale de développement.De plus, depuis quelques années, le gouvernement canadien verse des subventions dans le cadre d\u2019un programme de transfert technologique.1014 L\u2019impact des changements aux liens entre le Québec et le Canada La contribution financière du gouvernement canadien dans les provinces des Prairies a plus que triplé.Pour faire cette analyse, on peut simuler plusieurs scénarios de changements constitutionnels passant d\u2019un extrême à l\u2019autre.Une telle approche conduirait à faire des nombreuses études dont les résultats ne s\u2019appuieraient que sur des hypothèses.Les décisions, quant à l\u2019orientation future de nos relations avec le reste du Canada, ne pourront pas prendre en compte que les intérêts des agriculteurs.De plus, le résultat final sera probablement l\u2019aboutissement de longues négociations entre le gouvernement du Québec et le reste du Canada.Il y aura de nombreux intérêts divergents qui devront être considérés.Notre approche sera plutôt d\u2019indiquer au gouvernement du Québec le type de relation que les producteurs croient être de leur intérêt de conserver.Dans cette recherche, nous prendrons en considération trois aspects différents de l\u2019impact que pourrait avoir sur notre agriculture la modification du lien fédéral actuel avec le Québec.La contribution du gouvernement canadien dans l\u2019agriculture du Québec Il convient ici d\u2019analyser les dépenses que le gouvernement canadien effectue dans chaque province pour le soutien à l\u2019agriculture.On constate que de 1981 à 1989, la participation du gouvernement canadien au développement de notre agriculture se situe à environ 300 millions de dollars annuellement, soit 40% des contributions financières des deux gouvernements; l\u2019autre 60% est la part du Québec.Il est intéressant de noter la grande variation des montants fédéraux selon les provinces.Au cours de la même période, la contribution financière du gouvernement canadien dans les provinces des Prairies a plus que triplé passant de 900 millions à 2,811 millions, alors que, durant cette même période, ces provinces n\u2019ont pas ou peu accru leur participation financière.La conjoncture 1015 céréalière est un élément important de cette augmentation rapide des dépenses fédérales dans ces provinces.Tant que les céréales sont un produit d\u2019exportation qui contribue à l\u2019équilibre de notre balance commerciale, on peut justifier au plan national une telle intervention.Mais si ce support contribue à soutenir des producteurs dans des marchés de plus en plus encombrés, ces interventions peuvent avoir des conséquences économiques désastreuses.Elles le seront davantage si l\u2019on encourage les producteurs de ces provinces, comme cela semble être le cas, à transformer leurs céréales en viande, en particulier le porc.Si on regarde l\u2019aspect des dépenses du gouvernement canadien dans l\u2019agriculture, on doit tirer les conclusions suivantes : 1.\tLa partie la plus importante de ces dépenses, versée en subvention aux producteurs de l\u2019Ouest, vient annuler les efforts du gouvernement du Québec dans le développement de son agriculture.2.\tUne partie de ces dépenses finance des services dont la responsabilité est exclusivement ou en partie de juridiction provinciale, tels que le crédit agricole, la recherche, l\u2019inspection.3.\tL\u2019apport financier du gouvernement canadien dans les provinces de l\u2019Ouest est un élément déterminant de la concurrence des producteurs de l\u2019Ouest par rapport à nos producteurs.4.\tIl est évident que du point de vue agricole, la contribution fiscale des Québécois au budget fédéral est proportionnellement plus élevée que ce que le Québec reçoit pour le secteur agricole.Ce n\u2019est pas en terme d\u2019apport financier du gouvernement canadien au développement de notre agriculture que l\u2019on retrouve les arguments les plus convaincants pour le maintien d\u2019un lien économique avec le gouvernement fédéral.Par ailleurs, il existe d\u2019autres programmes canadiens d\u2019intervention en agriculture.Ces programmes ont le mérite d\u2019avoir été négociés Une partie de ces dépenses finance des services dont la responsabilité est exclusivement ou en partie de juridiction provinciale.1016 La contribution fiscale des Québécois au budget fédéral est proportionnellement plus élevée que ce que le Québec reçoit pour le secteur agricole.entre les provinces et le gouvernement canadien.Ce sont des programmes dont le contenu est le résultat d\u2019un consensus des producteurs.Ils ne sont pas parfaits mais ils ont au moins le mérite de ne pas avoir été imposés.L\u2019évaluation de ces programmes se fait en terme de bénéfices économiques.Les programmes de gestion : lait, volailles et œufs Ces trois programmes ont été développés dans un contexte canadien mais avec la participation des gouvernements provinciaux, des producteurs et du gouvernement canadien.L\u2019établissement des règles de fonctionnement, le niveau de production, la répartition du quota national entre les provinces, le niveau des prix, le contrôle des importations et le financement de l\u2019élimination des surplus, sont autant de domaines qui ont fait l\u2019objet d\u2019un négociation où chacun a assumé des responsabilités en relation avec sa juridiction propre.Après quinze ans d\u2019opération, on doit reconnaître que ces organismes ont atteint leurs objectifs.Ils ont permis d\u2019assurer un niveau de prix aux producteurs tout en minimisant les coûts au gouvernement.Seul le programme du lait a dû faire l\u2019objet d\u2019une aide financière gouvernementale pour écouler les surplus de certains produits.Par ailleurs, la répartition du quota national et les ajustements subséquents ont pris en considération les avantages comparatifs de production et de marché.La mise en place d\u2019organismes de gestion et leur fonctionnement, malgré certaines frictions qui sont le reflet des intérêts divergents des producteurs, sont un modèle de partage des responsabilités entre le gouvernement national, les gouvernements provinciaux et les producteurs du Canada.Le gouvernement canadien et les provinces sont cosignataires des plans qui les régissent.Le fédéral assume son rôle de responsable du commerce international et interprovincial, tandis que les provinces sont responsables de l\u2019application des règles définies par l\u2019ensemble des provinces et le gouvernement canadien.1017 Les producteurs laitiers québécois sont préoccupés par tout changement constitutionnel qui ajouterait aux incertitudes actuelles et ils croient que des ententes sur des programmes de gestion pourraient être négociées quels que soient les changements constitutionnels, puisqu\u2019ils sont à l\u2019avantage de tous les producteurs.Les programmes d\u2019assurance stabilisation des revenus Un troisième type de programmes a été mis en place par le gouvernement fédéral dans le but de venir en aide aux producteurs canadiens dans les périodes de forte baisse des prix.Ces programmes, à quelques variantes près, sont la modernisation du programme de soutien des prix.Une particularité est que ces programmes, dans le secteur des viandes rouges (porc, bœuf et agneau) sont présentement des programmes à frais partagés entre les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral.Autant il a été possible d\u2019harmoniser les intérêts des producteurs, des gouvernements provinciaux et du Canada pour les programmes de gestion de l\u2019offre, autant, dans les secteurs de stabilisation (viande rouge et céréale), il a été impossible de concilier les intérêts au niveau du support des prix.La principale raison qui rend les attentes si difficiles, c\u2019est la nouvelle conjoncture agricole canadienne.Les provinces des Prairies et d\u2019Ontario sont aux prises avec des surplus de céréales.Dans ce contexte, le gouvernement canadien et les provinces à surplus ne peuvent pas être favorables à ce que les provinces historiquement déficitaires mettent en place, avec le support du gouvernement canadien, des programmes qui favorisent le développement de céréales.Leur résistance dans les viandes rouges est un corollaire de la conjoncture du marché des céréales.Nous croyons que, dans ces productions, le gouvernement du Québec doit demeurer le maître d\u2019œuvre.De toute façon, ces programmes seront soumis aux accords du libre-échange et du Gatt et les décisions qui en résulteront s\u2019appliqueront Les producteurs laitiers québécois croient que des ententes sur des programmes de gestion pourraient être négociées quels que soient les changements constitutionnels.101S aussi bien au Québec (même si celui-ci est indépendant) qu\u2019au reste du Canada.Ces programmes seront soumis aux accords du libre-échange et du Gatt et les décisions qui en résulteront s\u2019appliqueront aussi bien au Québec (même si celui-ci est indépendant).Les autres mesures du gouvernement fédéral Parmi les autres mesures, il y a les programmes d\u2019assurance récolte à frais partagés.Il existe des variantes de la contribution du fédéral selon les provinces.Même s\u2019il n\u2019y a pas vraiment de source de conflit, ces programmes devraient être la responsabilité exclusive du Québec.La diversité des productions d\u2019une province à l\u2019autre et la diversité des conditions climatiques rendent impossible la mise en place d\u2019un programme national adapté aux besoins différents des producteurs.Le crédit agricole est un autre domaine où la présence du gouvernement fédéral est fortement en régression.L\u2019assouplissement des programmes de financement de l\u2019Office du crédit agricole, qui a mis à contribution les différentes institutions de prêts aux fermes (banques, caisses populaires, etc.), a facilité l\u2019accès des producteurs pour l\u2019obtention de leur crédit.Le subven-tionnement du crédit et l\u2019émission d\u2019un bon de garantie sont les deux principaux éléments qui favorisent l\u2019accès du crédit aux producteurs agricoles.La recherche est un autre secteur où on retrouve les deux palliers du gouvernement.Les stations fédérales de recherche font partie d\u2019un réseau canadien.Au cours des dernières années, il y a eu une nette tendance à axer les programmes de recherche sur les besoins régionaux.De plus, beaucoup de recherche ou de développement technologique ont une application nationale.Nous croyons que les stations de recherche implantées au Québec doivent devenir des stations québécoises, mais il faut prévoir un lien avec le reste du réseau canadien.S\u2019il est un domaine où l\u2019isolement n\u2019est pas possible, c\u2019est bien en celui-là.La recherche étant un des moyens d\u2019améliorer la productivité, rien ne doit freiner son développement.Pendant longtemps, la recherche au Québec est demeurée très dépendante des initia- 1019 tives fédérales.Le «leadership» dans ce secteur n\u2019est sûrement pas québécois.Il existe aussi beaucoup de tiraillement entre les provinces pour le partage des ressources financières et humaines mises à la disposition des provinces par le gouvernement canadien.Plus inquiétant encore, les priorités de recherches sont définies en dehors du Québec.L\u2019intégration de la recherche à une politique québécoise de développement de notre agriculture serait plus efficace.Par exemple, la politique de développement des céréales des années 1977 a été d\u2019autant plus efficace qu\u2019elle a pu bénéficier des recherches effectuées à l\u2019Université Laval pour le développement de variétés mieux adaptées à nos conditions climatiques.Non seulement nous recommandons de maintenir des liens (pas nécessairement juridiques) avec le reste du Canada, mais surtout avec d\u2019autres états ou organismes dont les besoins de recherche s\u2019apparentent aux nôtres.Ici, on peut citer l\u2019exemple de la Coopération fédérée qui, en vertu d\u2019une entente avec une Coopérative de l\u2019État de New York, bénéficie des résultats de sa recherche et du développement de nouveaux produits ou de nouvelles technologies.Toute la différence viendra du fait que l\u2019initiative des contacts internationaux relèverait du gouvernement québécois.Les stations de recherches implantées au Québec doivent devenir des stations québécoises.Un autre domaine de duplication est le secteur de l\u2019inspection.Le commerce interprovincial et international étant de responsabilité fédérale, le commerce interne étant de responsabilité provinciale, l\u2019inspection a été une source de conflits et de duplication des ressources.L\u2019inspection des aliments est souvent un moyen utilisé pour restreindre la circulation des biens d\u2019une province à l\u2019autre.C\u2019est là une responsabilité qui pourrait être de responsabilité exclusive du Québec.Le gouvernement canadien pourrait forcer les provinces à harmoniser leur programme d\u2019inspection pour le commerce interprovincial.Comme nous vendons dans les autres provinces canadiennes, nous serions obligés d\u2019harmoniser nos programmes d\u2019inspection avec les autres provinces.D\u2019ailleurs, les accords 1020 Nous recommandons de maintenir des liens avec le reste du Canada, mais surtout avec d'autres états ou organismes dont les besoins de recherches s\u2019apparentent aux nôtres.du libre-échange et du Gatt vont forcément conduire à une harmonisation des programmes d\u2019inspection pour que ceux-ci ne deviennent pas une barrière au commerce international.Il y a aussi des organismes à caractère national qui ne concernent pas directement les gouvernements, par exemple, les associations d\u2019éleveurs de races.Les éleveurs du Québec sont regroupés pour la plupart dans des associations provinciales qui assurent la promotion de leur bétail.Les services techniques, les règlements sur les enregistrements, etc., sont définis par l\u2019Association nationale.Les Associations nationales ne sont pas responsables aux Associations provinciales ; par ailleurs, les Associations provinciales défendent les intérêts de leurs éleveurs auprès des Associations nationales.Il s\u2019agit d\u2019examiner s\u2019il est plus avantageux d\u2019accroître les pouvoirs des organismes provinciaux et de signer des ententes pour bénéficier de certains services, de la crédibilité et des liens d\u2019affaires que ces Associations nationales ont su créer au fil des temps.Le libre-échange et les changements constitutionnels Le gouvernement actuel et l\u2019opposition se sont prononcés en faveur du libre-échange et des modifications à apporter à l\u2019accord du Gatt.Les nouvelles conditions commerciales résultant des accords du libre-échange et du Gatt exerceront la même influence sur le Québec que sur le reste du Canada, quel que soit le statut du Québec.Les nouvelles règles qui découlent de ces accords n\u2019affecteront pas de façon différente un Québec uni au reste du Canada, d\u2019un Québec totalement indépendant.La nécessité qu\u2019auront tous les pays signataires d\u2019harmoniser leur politique entre eux s\u2019imposera comme à tout autre partenaire d\u2019un accord.Ainsi, à plus ou moins long terme (dépendant de la période d\u2019ajustement négociée entre les pays signataires), nos programmes d\u2019aide agricole se distingueront des autres par leur spécificité plus que par le degré des subventions.Notre 1021 politique agricole ne sera plus soumise à la politique nationale actuelle qui est le résultat d\u2019un arbitrage perpétuel entre les intérêts nationaux et ceux du Québec.Bien sûr, les exigences du Gatt et de l\u2019accord du libre-échange seront une donnée dont devra tenir compte le gouvernement du Québec dans l\u2019élaboration de sa politique agricole, mais ce sera à lui de faire les choix pour le développement de son agriculture.Conclusion En conclusion, on peut affirmer que le secteur agricole, étant reconnu dans la Constitution de 1867 comme un secteur à responsabilité partagée, devrait être celui qui s\u2019ajuste le plus rapidement à une nouvelle structure juridique.Déjà, il existe dans ce secteur plusieurs organismes qui sont opérationnels suite à des accords multiples impliquant les deux niveaux de gouvernements.Pensons ici aux systèmes de gestion dans le lait, la volaille et les œufs qui, pour être opérationnels, nécessitent des accords entre le gouvernement canadien et l\u2019ensemble des provinces.Ces ententes sont le résultat de compromis entre des producteurs de différentes provinces ayant des intérêts divergents, mais qui reconnaissent que leurs intérêts divergents sont mieux réalisés dans le cadre d\u2019une entente où chacun fait un compromis.À long terme, nous demeurons convaincus que la nécessité pour tous les pays d\u2019harmoniser leur programme en vue de respecter les accords de libre-échange et du Gatt exercera une plus grande influence sur nos politiques agricoles que les changements constitutionnels du Québec vis-à-vis le Canada.Quel que soit le degré d\u2019autonomie du Québec, il ne pourra certes pas se développer en vase clos.Pour progresser dans un contexte de libre-échange, avec des partenaires qui sont des géants sur le plan politique et économique, le Québec devra négocier des ententes.Qu\u2019il s\u2019agisse de recherche, de développement technologique, de formation, d\u2019échanges de biens et de services, dans tous ces secteurs et Notre politique agricole ne sera plus soumise à la politique nationale actuelle qui est le résultat d'un arbitrage perpétuel.1022 Les accords de libre-échange et du Gatt exercera une plus grande influence sur nos politiques agricoles que les changements constitutionnels du Québec.dans bien d\u2019autres, le Québec ne peut progresser dans l\u2019isolement.La différence importante sera que l\u2019initiative dans ces domaines viendra du gouvernement québécois qui est plus près de ses producteurs et, de ce fait, les partenaires de demain pourront comprendre, en plus des partenaires d\u2019hier, de nouveaux associés dont les préoccupations dans ces domaines sont plus près des nôtres.Les nouvelles ouvertures créées par les accords du libre-échange seront autant de chances nouvelles qu\u2019il faudra saisir.Il m\u2019apparaît que, dans ce processus de changement, le reste du Canada sera notre premier partenaire parce qu\u2019il est celui avec lequel nous travaillons depuis plus d\u2019un siècle.Par ailleurs, les efforts que le gouvernement canadien a faits durant ce siècle pour développer une agriculture nationale favorisant une complémentarité régionale de l\u2019agriculture canadienne risquent d\u2019être en grande partie remis en cause.Différentes mesures protectionnistes au niveau des échanges avec les autres pays ont permis de développer des réseaux commerciaux, d\u2019Est en Ouest ou d\u2019Ouest en Est, pour les produits agro-alimentaires canadiens.Les accords du libre-échange et du Gatt, autant que la remise en question du lien constitutionnel entre le Québec et le reste du Canada, sont susceptibles de modifier les circuits commerciaux des différentes régions du Canada.Une étude plus poussée pourrait permettre d\u2019évaluer dans quelle mesure tous les changements en cours n\u2019auront pas pour résultat d\u2019accroître les échanges en direction nord-sud, affaiblissant ainsi les liens qui nous unissent aux autres provinces canadiennes.?1023 LA CEQ ET LA QUESTION NATIONALE 5 ancêtre de la CEQ, la Corporation des instituteurs et institutrices catholiques (CIC), constituée en 1946, agissait à la fois comme fédération syndicale et corporation professionnelle.Elle se définissait comme une organisation catholique et canadienne-française.Elle ne se reconnaissait ni la vocation ni l\u2019ambition de regrouper l\u2019ensemble des institutrices et instituteurs du Québec.Que son champ d\u2019action se soit limité au personnel enseignant francophone des commissions scolaires catholiques n\u2019était pas une simple question de fait; c\u2019était une question de principe, la conséquence de son autodéfinition.La CIC était, par ailleurs, une organisation québécoise, la «province de Québec» étant le lieu prosaïque de l\u2019enracinement de ses luttes; mais sa très forte identification ethnique et confessionnelle atténuait son identification à la société québécoise globale et l\u2019empêchait de la reconnaître comme une collectivité nationale distincte.Tout comme la C.T.C.C., devenue la CSN) et l\u2019U.C.C., devenue l\u2019UPA, elle adhérait implicitement à un courant idéologique qui mettait plus l\u2019accent sur la défense des intérêts socio-économiques et culturels des Canadiens-Français catholiques que sur la promotion des intérêts de la collectivité québécoise.La CIC s\u2019accommodait du régime fédéral canadien, notamment des dispositions constitu- Henri LABERGE Conseiller à la CEQ 1024 tionnelles relatives au système d\u2019éducation.Elle ne remettait pas en cause la structuration à base confessionnelle du système scolaire québécois.Elle ne contestait pas le fait que le secteur français des commissions scolaires catholiques (spécialement à Montréal) soit pratiquement réservé aux enfants de la communauté canadienne-française, ni le fait que les commissions scolaires protestantes négligent d\u2019offrir l\u2019enseignement en français à leurs coréligionnaires francophones.La CIC s\u2019intéressait à la qualité de l\u2019apprentissage du français dans les écoles francophones et revendiquait une plus grande visibilité du français dans l\u2019affichage public, dans le monde du travail et dans les communications.Il ne lui serait pas venu à l\u2019esprit de revendiquer l\u2019unilinguisme français.Les premiers virages C\u2019est sous la présidence de Raymond Laliberté (1965-1970) que la CIC réalisa le premier grand virage qui permettait à l\u2019organisation syndicale du personnel enseignant des commissions scolaires de mettre en évidence son identité québécoise et de mettre en veilleuse son identification ethnique.Elle se déclara alors non confessionnelle, ouverte aux enseignantes et enseignants de toutes croyances religieuses, et adopta le nom de Corporation des enseignants du Québec.Dès lors, elle allait se définir de moins en moins comme canadienne-française et de plus en plus comme québécoise.La question linguistique allait cesser de se poser en termes de défense des droits d\u2019une minorité ethnique au Canada pour se poser en termes d\u2019affirmation d\u2019une langue nationale rassembleuse des divers éléments constitutifs de la collectivité québécoise.En 1974, sous la présidence de Yvon Charbonneau, la CEQ se départira de sa mission de corporation professionnelle et deviendra une centrale syndicale libre et démocratique sous le nom de Centrale de l\u2019enseignement du Québec.Au-delà du personnel enseignant des commissions scolaires, elle regroupe déjà des ensei- 1025 gnantes et enseignants de cégeps et d\u2019universités, des membres du personnel professionnel et de soutien des institutions d\u2019enseignement.Elle rejoindra ensuite des travailleuses et travailleurs des domaines des loisirs, des garderies, des télécommunications, des affaires sociales et de la santé, de même que le personnel de certaines institutions privées.Elle a mis de côté, définitivement, toute exclusive confessionnelle ou ethnique.Des personnes originant de communautés culturelles minoritaires (haïtienne et arabe, notamment) se signaleront parmi les militants.Elle considère les membres de ses affiliés comme des Québécoises et Québécois à part entière indépendamment de leurs origines ethniques, de leurs langues maternelles ou de leurs croyances religieuses.Elle s\u2019emploie désormais à développer sa vision du Québec comme société globale et comme entité distincte.En 1974, la CEQ deviendra une centrale syndicale libre et démocratique.De 1969 à 1977 : le front linguistique L\u2019adoption, en 1969, du tristement célèbre «bill 63» du premier ministre Jean-Jacques Bertrand produisit un choc important au sein des organisations syndicales et provoqua rapidement un réalignement de leurs positions sur la question linguistique, désormais reçue comme un élément majeur de la question nationale du Québec.Pour résoudre le conflit scolaire de Saint-léonard, le gouvernement avait décidé de consacrer, par une loi, la liberté pour les parents de choisir, entre le français et l\u2019anglais, la langue d\u2019enseignement de leurs enfants.Au plan des principes, cela établissait l\u2019égalité des statuts des deux langues dans l\u2019enseignement public, ce qui était déjà inacceptable.En pratique) la nouvelle loi allait permettre à l\u2019anglais de s\u2019imposer, principalement à Montréal, comme la langue commune de tous les non-francophones et comme la langue d\u2019intégration des familles immigrantes, reléguant par le fait le français à n\u2019être plus que la langue d\u2019une seule communauté ethnique (encore nettement majoritaire, mais de plus en plus marginalisée et isolée).1026 Le choc du « bill 63 » a amené le mouvement syndical à proposer le français comme langue distinctive et intégratrice d\u2019une collectivité québécoise.Le choc du « bill 63 » a amené le mouvement syndical québécois à désethniciser son approche de la question linguistique et à proposer le français comme langue distinctive et intégratrice d\u2019une collectivité québécoise ethniquement diversifiée.C\u2019est dans cet esprit que fut constitué, dès 1970, le Mouvement Québec français, vaste coalition d\u2019une dizaine de grands organismes québécois, réclamant l\u2019abrogation de la loi issue du «bill 63» et préconisant la proclamation du français comme seule langue officielle de l\u2019État québécois.La CEQ y adhère comme membre fondateur et participe activement à son action.Dans l\u2019ensemble des revendications du M.Q.F., ce sont celles relatives à la langue d\u2019enseignement qui attirent l\u2019attention prioritaire de la CEQ.Elle fait ressortir la décroissance, à partir de 1970, des effectifs de l\u2019école française au profit de l\u2019école anglaise.Non seulement l\u2019ensemble des anglophones et des allophones, particulièrement ceux issus de la nouvelle immigration, mais aussi des familles francophones, acheminent leurs enfants vers l\u2019école anglaise.La CEQ réclame, avec le M.Q.F., que l\u2019enseignement en anglais soit réservé aux personnes de langue maternelle anglaise originaires du Québec et que tous les enfants des familles immigrantes soient orientés vers l\u2019école française, de même que les enfants des familles francophones de souche.Le «bill 22» du gouvernement Bourassa voulait atténuer les effets pervers du «bill 63» en introduisant, comme condition d\u2019admission à l\u2019école anglaise, une connaissance appropriée de l\u2019anglais, ce qui supposait l\u2019administration de tests linguistiques qui mécontentèrent les anglophones, les allophones et les francophones.Les uns y voient un instrument de division des familles (dans la mesure où des frères et des sœurs pourraient ne pas manifester la même maîtrise suffisante de l\u2019anglais); les autres y voient une passoire et une occasion de manipulations (par exemple, des enfants étaient mis, l\u2019été, à l\u2019enseignement intensif de l\u2019anglais, 1027 pour les rendre aptes à réussir le test linguistique).La grogne consécutive à l\u2019adoption de cette nouvelle loi linguistique explique en partie la retentissante défaite des libéraux de Robert Bourassa en 1976.À l\u2019été 1977, le ministre Camille Laurin, du gouvernement Lévesque, présentait le projet de loi 101 qui allait devenir, une fois adoptée par l\u2019Assemblée nationale, la Charte de la langue française.La CEQ s\u2019en déclare satisfaite.«La Charte de la langue française est digne du Québec» dit-elle par le titre de son mémoire présenté en commission parlementaire.Cette loi répond à l\u2019ensemble des revendications du M.Q.F.et elle réalise l\u2019essentiel du programme linguistique du Parti québécois.Elle fait du français la langue officielle de l\u2019État, de la législation, de la justice, de l\u2019Administration et la langue normale et habituelle de l\u2019enseignement, des communications, du travail, des affaires et des services.Comme premier critère d\u2019admission à l\u2019école anglaise, on retient le fait vérifiable que le père ou la mère de l\u2019élève a reçu au Québec son enseignement primaire en anglais.Ce qui évite les appréciations subjectives auxquelles aurait pu donner lieu l\u2019application du critère de la langue maternelle, telle que préconisée par le M.Q.F.et la CEQ.Celle-ci appuie cependant la position qu\u2019avait semblé soutenir le premier ministre René Lévesque, sous le nom de «clause Canada» et qui aurait permis d\u2019accepter à l\u2019école anglaise tout enfant dont l\u2019un des parents a reçu son enseignement primaire en anglais au Canada.La clause Canada ayant été écartée, la CEQ soutient l\u2019ensemble de la Charte de la langue française.Elle en prendra la défense chaque fois que ses dispositions seront attaquées, soit par un jugement des tribunaux, soit par une nouvelle disposition constitutionnelle (tel l\u2019article 23 de la Loi constitutionnelle de 1982), soit par des modifications législatives qui en atténuent l\u2019esprit ou la vigueur.La CEQ réclame que l'enseignement en anglais soit réservé aux personnes de langue maternelle anglaise originaires du Québec.1028 La CEQ soutient l'ensemble de la Charte de la langue française.De 1972 à 1987 : cheminement sur la question de l\u2019indépendance C\u2019est au Congrès de 1972 que furent adoptées pour la CEQ les premières résolutions relatives à l\u2019aspect politique et constitutionnel de la question nationale québécoise.On y affirme clairement le droit de la nation québécoise à l\u2019autodétermination, en précisant que celle-ci pourra se traduire par l\u2019accession du Québec à l\u2019indépendance nationale.Une proposition déclarant l\u2019appui officiel de la CEQ à l\u2019option indépendantiste avait toutes les chances d\u2019être adoptée.Le président Yvon Charbonneau intervient personnellement pour en atténuer la portée.La résolution retenue déclare que «les délégués au congrès se prononcent en faveur de 1 indépendance du Québec, réalisée avec la participation active et critique de la classe laborieuse», mais que cette prise de position n\u2019engage pas la CEQ pour le moment.Un référendum interne subséquent était prévu pour donner l\u2019occasion aux membres des syndicats affiliés d\u2019adopter la position officielle de la CEQ.Le référendum annoncé par la direction de la Centrale ne put se tenir pour des raisons internes.Cependant, des sondages révélaient que la majorité des adhérentes et adhérents étaient tavorables à l\u2019indépendance.Un grand nombre d\u2019enseignantes et enseignants militaient activement au Parti québécois, dans les sociétés nationales ou dans d\u2019autres organisations indépendantistes.Plusieurs ex-militants de la CEQ furent candidats du Parti québécois aux élections de 1973 et de 1976.Le pourcentage d\u2019appui à l\u2019option indépendantiste n\u2019a cessé de croître chez les membres de la CEQ (il se situe aujourd\u2019hui à près de 80 %).La décennie 1970 est marquée à la CEQ par d importants débats idéologiques qui impliquent la direction politique élue de la Centrale, certains permanents affectés à l\u2019action sociopolitique et les réseaux de militants organisés et très actifs lors des congrès.Parmi les tendances qui 1029 s\u2019affrontent, il y a celles véhiculées par divers groupes marxistes-léninistes dont les uns insistent sur la spécificité de la question nationale et sur son caractère incontournable, alors que d\u2019autres opinent que la lutte pour l\u2019indépendance risque de nuire aux intérêts de la classe ouvrière en divisant les forces qui devraient normalement mener ensemble le combat contre l\u2019exploitation capitaliste.Les documents d\u2019analyse produits, à cette époque, par les permanents de la Centrale ou par les réseaux de militants et reçus par les instances comme documents de travail reflètent une partie des tensions entre tendances idéologiques, mais pas nécessairement la position officielle de la CEQ, encore moins les positions soutenues personnellement par les dirigeants politiques élus de la Centrale.Les documents d\u2019analyse réfèrent souvent au concept d\u2019oppression nationale.On y confond parfois, l\u2019oppression exercée sur une nation par un pouvoir de nature coloniale et l\u2019oppression, au sein de la nation, d\u2019une classe sur une autre ou de la catégorie ethnique dominante sur les groupes ethniques dominés (oppression sur la nation québécoise par l\u2019État fédéral canadien, héritier du conquérant britannique, mais aussi oppression sur les travailleuses et travailleurs francophones et autochtones par la bourgeoisie anglo-canadienne).On peut toutefois dégager de l\u2019ensemble des analyses effectuées à cette époque et des décisions d\u2019instances des éléments communs incontournables : 1.\tune nette affirmation du droit à l\u2019autodétermination de la nation québécoise ; 2.\tl\u2019affirmation d\u2019une solidarité naturelle et de principes entre les luttes nationales du peuple québécois et des peuples autochtones ; 3.\tla reconnaissance de ce que tout projet d\u2019indépendance nationale pour le Québec doit être indissociable de celui d\u2019instaurer une société qui réponde aux besoins et aspirations de la classe ouvrière ; 4.\tl\u2019importance qu\u2019on accorde à l\u2019indépendance de l\u2019organisation syndicale vis-à-vis les partis politiques.1030 Ce qui n 'empêcha pas la CEQ de réaffirmer le droit du peuple québécois à l\u2019autodéterminat ion et de reconnaître le même droit aux peuples autochtones.À l\u2019approche de l\u2019échéance référendaire de 1980, on observe une exacerbation des clivages idéologiques et des luttes de tendances.Certains groupes de militants ne voulaient soutenir l\u2019option indépendantiste que dans la perspective d\u2019une étape de la révolution prolétarienne; d\u2019autres n\u2019acceptaient une prise de position indépendantiste que dans la mesure où elle serait dégagée de l\u2019approche marxiste-léniniste véhiculée par plusieurs documents d\u2019analyse.Parmi les sympathisants du Parti québécois, certains préféraient que la Centrale s\u2019abstienne plutôt que d\u2019introduire dans le débat des dimensions qui risquaient d\u2019apeurer l\u2019électorat.Enfin, un regroupement de tendances minoritaires (au sein duquel se retrouvaient des libéraux et des conservateurs ainsi que le groupe «En lutte») s\u2019opposait au principe même de la souveraineté du Québec.De sorte que, pour des raisons très différentes les unes des autres, on s\u2019entendit finalement, au congrès spécial de 1979, pour s\u2019abstenir de toute prise de position officielle sur la question référendaire à venir.Ce qui n\u2019empêcha pas la CEQ de réaffirmer le droit du peuple québécois à l\u2019autodétermination et de reconnaître le même droit aux peuples autochtones.Face au coup de force Dès l\u2019été suivant la défaite du OUI au référendum, le gouvernement fédéral invitait les provinces à se mettre d\u2019accord pour rapatrier les éléments de la Constitution du Canada dont disposait toujours le Parlement britannique.Les divergences persistantes entre le fédéral et une majorité de provinces amenèrent le premier à envisager un rapatriement unilatéral.On connaît la suite: le fédéral fait front avec les neuf provinces anglaises; le Québec est isolé; le Parlement de Londres vote la révision constitutionnelle proposée par Ottawa malgré l\u2019opposition de l\u2019Assemblée nationale.Au cours du processus devant mener au coup de force constitutionnel, la CEQ présente un mémoire à l\u2019Assemblée nationale dans lequel elle réaffirme ses positions de base : « Ce qui 1031 nous intéresse, c\u2019est la conquête de la plus grande autonomie possible du peuple québécois face à tous les pouvoirs qui l\u2019oppriment».Ce mémoire propose à l\u2019Assemblée nationale de mettre en marche son propre processus de révision et de codification de la Constitution du Québec et de faire ratifier celle-ci en référendum.Il se termine par un appel à la solidarité entre le peuple québécois et les peuples autochtones.Le coup de force perpétré, la CEQ s\u2019associe aux autres centrales syndicales et aux organisations nationalistes pour le dénoncer et pour affirmer avec force: «Cette constitution n\u2019est pas la nôtre et ne sera jamais la nôtre ».Au-delà de l\u2019aspect «coup de force», qui concerne la méthode utilisée par le fédéral pour arriver à ses fins contre la volonté de l\u2019Assemblée nationale du Québec, la CEQ dénonce le contenu de la nouvelle Loi constitutionnelle.Sa critique porte principalement sur trois aspects : 1.\tles dispositions contenues aux articles 23 et 29 qui contraignent l\u2019exercice de la compétence législative du Québec en matière d\u2019éducation; 2.\tla clause dérogatoire, prévue à l\u2019article 33, qui autorise à légiférer à l\u2019encontre des droits et libertés fondamentaux de la personne humaine (libertés de religion, de presse ou d\u2019association, protection contre les emprisonnements arbitraires, droit à l\u2019habeas corpus, à la présomption d\u2019innocence et aux services d\u2019un avocat, protection contre les traitements ou peines cruels et inusités, droit à l\u2019égalité indépendamment de toute discrimination sexuelle, raciale, religieuse ou autre), mais qui ne permet pas de déroger à des privilèges garantis par la constitution à des catégories particulières de citoyennes et citoyens (notamment par l\u2019article 93 de 1867 et l\u2019article 23 de 1982); 3.\tune procédure de modification de la constitution extrêmement lourde et ayant pour effet de nier au peuple québécois et aux peuples autochtones le droit à l\u2019autodétermination.« Ce qui nous intéresse, c'est la conquête de la plus grande autonomie possible du peuple québécois face à tous les pouvoirs qui l\u2019oppriment ».1032 «¦ Cette constitution n \u2019est pas la nôtre et ne sera jamais la nôtre ».Lévesque est trop timide La CEQ n\u2019approuve pas la façon dont le gouvernement Lévesque réagit à l\u2019agression fédérale.Par exemple, celui-ci décide d\u2019utiliser de façon systématique la clause dérogatoire prévue à l\u2019article 33 et de déclarer, pour chacune de ses lois, que celles-ci s\u2019appliquent malgré les articles 2 et 7 à 15 de la Charte canadienne des droits et libertés (les seuls articles auxquels l\u2019article 33 permet de déroger).La CEQ fait remarquer que cette façon d\u2019utiliser la Charte canadienne pour faire déroger ses lois aux dispositions les moins contestables de celle-ci constitue une reconnaissance implicite de l\u2019autorité des dispositions auxquelles on ne déroge pas, et parmi lesquelles se retrouvent l\u2019article 93 de 1867 qui oblige au maintien des commissions scolaires confessionnelles et l\u2019article 23 de 1982 qui impose des critères d\u2019accès à l\u2019école anglaise différents de ceux que prévoyait la Charte de la langue française (loi 101 de 1977).La CEQ avait déjà exprimé à diverses reprises ses objections à la stratégie constitutionnelle du gouvernement Lévesque avant que celui-ci ne réalise à son tour son propre «coup de force», en 1983, dirigé cette fois contre les employés du secteur public, et ne fasse adopter par l\u2019Assemblée nationale l\u2019odieuse loi 111 qui mettait entre parenthèses les droits et libertés fondamentaux des enseignantes et enseignants du Québec.Il y était prévu qu\u2019elle s\u2019appliquait non seulement malgré les articles 2 et 7 à 15 de la Charte canadienne, mais aussi malgré toute disposition de la Charte (québécoise) des droits et libertés de la personne.La lutte acharnée que mena la CEQ contre l\u2019ignominieuse loi 111 et contre l\u2019utilisation qu\u2019elle faisait des clauses dérogatoires des deux chartes s\u2019inscrivait dans une tradition de défense des droits et libertés fondamentaux.Rappelons que, dans son mémoire de janvier 1981 à l\u2019Assemblée 1033 nationale, la CEQ avait proposé la codification de la Constitution du Québec et l\u2019enchâssement dans celle-ci de droits auxquels le législateur ordinaire n\u2019aurait pas pu déroger.Cela supposait que l\u2019adoption ou la modification de la constitution québécoise devait se faire selon une procédure spéciale, avec recours au peuple souverain (par référendum) dans les cas les plus importants.Les problèmes liés à la restructuration scolaire donnèrent à la CEQ une autre occasion de prendre ses distances par rapport à la stratégie constitutionnelle du gouvernement Lévesque.Celui-ci, on le sait, avait fait voter en 1981 une résolution à l\u2019Assemblée nationale énonçant cinq conditions pour rallier le Québec à la constitution canadienne.Or, aucune des conditions énoncées ne concernait l\u2019article 93 de 1867.En 1985, la Loi sur l\u2019enseignement primaire et secondaire public (loi 3) venait d\u2019être invalidée par la Cour supérieure pour raison d\u2019incompatibilité avec l\u2019article 93 de la constitution lorsque le gouvernement Lévesque publia, à l\u2019adresse du gouvernement Mulroney, ses propositions pour une nouvelle entente constitutionnelle.Or, celles-ci ne mentionnaient nulle part la nécessité de dégager le Québec des contraintes de l\u2019article 93.La CEQ le déplora et, tout en approuvant le contenu de la plupart des propositions, estima qu\u2019elles étaient insuffisantes et trop timides.La centrale syndicale ne s\u2019était pas encore engagée en faveur de l\u2019indépendance, mais elle considérait que, même dans une perspective fédéraliste, il était nécessaire d\u2019affirmer explicitement, dans le texte constitutionnel, le droit du peuple québécois à l\u2019autodétermination.Elle croyait aussi qu\u2019il fallait revendiquer un plus grand nombre de pouvoirs exclusifs.Enfin, elle insistait sur l\u2019importance de revendiquer l\u2019élimination de contraintes constitutionnelles telles que celles contenues aux articles 93 et 133 de 1867 ou 23 et 29 de 1982.La lutte acharnée que mena la CEQ contre l\u2019ignominieuse loi 111 s\u2019inscrivait dans une tradition de défense des droits et libertés fondamentaux.1034 De 1987 à 1990: l\u2019aventure du Lac Meech Contrairement à ce que semblait espérer le premier ministre René Lévesque lorsqu\u2019il a lancé son parti dans l\u2019aventure du «beau risque», le gouvernement Mulroney ne posa aucun geste dans le sens des revendications du gouvernement péquiste.Il attendait que le parti libéral de Robert Bourassa revienne au pouvoir et reformule à la baisse les conditions du Québec.Ce qui ne tarda pas.Sur le plan constitutionnel, le retour au pouvoir du Parti libéral à Québec est marqué par deux gestes qui provoqueront, à la CEQ, de vives réactions et accéléreront son évolution idéologique : 1)\tla décision de ne pas contester, en Cour d\u2019appel et en Cour suprême, le jugement de la Cour supérieure qui invalide, au nom de l\u2019article 93 de la Constitution de 1867, la Loi sur l\u2019enseignement primaire et secondaire public ; 2)\tla mise au rancart des dernières propositions constitutionnelles du gouvernement Lévesque, que le premier ministre Bourassa remplace par cinq propositions de son cru.Nous reviendrons plus loin sur les conséquences du premier geste.Nous nous attardons d\u2019abord à l\u2019aventure provoquée par le second.En 1987, la CEQ fit savoir au premier ministre Bourassa son insatisfaction quant au contenu des conditions posées par son gouvernement pour se rallier à l\u2019acceptation de la Constitution canadienne.M.Bourassa demandait, essentiellement, l\u2019établissement d\u2019un droit de véto pour le Québec, l\u2019accroissement des pouvoirs du Québec en matière d\u2019immigration, la participation à la nomination d\u2019une partie des juges de la Cour suprême, le resserrement du pouvoir fédéral de dépenser, une compensation financière raisonnable en cas de retrait du Québec d\u2019une modification constitutionnelle relative à un transfert de compétence au niveau fédéral et la reconnaissance du Québec comme une société distincte.1035 La CEQ reconnaissait que certaines de ces conditions devaient faire partie des conditions minimales, mais elle s\u2019opposait à la revendication d\u2019un droit de véto estimant que ce dont le Québec avait besoin, ce n\u2019était pas de pouvoir faire obstacle à l\u2019évolution constitutionnelle des autres, mais bien d\u2019être libéré du véto des autres sur sa propre évolution constitutionnelle et politique.Elle aurait voulu que le Québec revendique plutôt l\u2019enchâssement constitutionnel de son droit à l\u2019autodétermination; revendication qui aurait dû être considérée comme complémentaire de celle portant sur la reconnaissance du Québec comme société distincte.Quant à l\u2019accroissement des pouvoirs législatifs, la CEQ estimait qu\u2019il devait être revendiqué non seulement en matière d\u2019immigration, mais également dans les domaines, entre autres, de l\u2019agriculture, de la main-d\u2019œuvre, de l\u2019aménagement régional, des affaires sociales, des communications, de la culture et du droit de la famille.Enfin, elle n\u2019admettait pas que les demandes du Québec soient muettes sur les problèmes posés par l\u2019article 93 de la Loi constitutionnelle de 1867, protégeant les privilèges confessionnels en matière scolaire, alors qu\u2019une loi de l\u2019Assemblée nationale (Loi sur l\u2019enseignement primaire et secondaire public) venait d\u2019être invalidée par la Cour supérieure en vertu de cet article 93, qu\u2019elles soient muettes aussi sur les problèmes posés, en matière linguistique, par les articles 133 de 1867 et 23 de 1982, alors que la Charte de la langue française avait été attaquée principalement sur la base de ces deux articles.La CEQ aurait voulu que le Québec revendique l\u2019enchâssement constitutionnel de son droit à l'autodétermination.Ce que la CEQ a le plus critiqué de l\u2019Accord du Lac Meech, c\u2019est la fameuse clause dite «de la dualité linguistique».Celle-ci énonçait que «l\u2019existence de Canadiens d\u2019expression française.et de Canadiens d\u2019expression anglaise.constitue une caractéristique fondamentale du Canada» ; ce qui donnait la fâcheuse impression que «l\u2019existence» des citoyens qui ne sont ni d\u2019expression française, ni d\u2019expression anglaise pouvait être considérée comme non fondamentale.La CEQ dénonça cette clause comme inju- 1036 Ce que la CEQ a le plus critiqué de l'Accord du Lac Meech, c\u2019est la fameuse clause dite « de la dualité linguistique ».rieuse pour les peuples autochtones dont plusieurs ressortissants ne savent s\u2019exprimer que dans leurs langues d\u2019origine.Elle y voyait aussi un motif d\u2019inquiétude pour les populations immigrantes allophones, dans la mesure où une reconnaissance constitutionnelle privilégiée était accordée aux individus francophones et anglophones (ce qui allait bien au-delà de la reconnaissance de langues officielles).La Constitution n\u2019a pas, en effet, une fonction descriptive: elle est un texte normatif; elle indique ce qui doit être.En établissant que l\u2019existence de deux catégories de personnes est plus fondamentale que celle des autres, elle autorise une certaine discrimination à l\u2019encontre de ces dernières.Nous savons, par la lettre du 3 novembre 1989 du premier ministre du Canada à son homologue terre-neuvien, que cette clause dite «de la dualité linguistique» avait été placée là pour atténuer la portée éventuelle de la reconnaissance du Québec comme société distincte, pour l\u2019interpréter en quelque sorte.On a voulu indiquer que le caractère distinct du Québec tenait essentiellement au fait que les Canadiens d\u2019expression française y sont plus concentrés que dans le reste du Canada (et qu\u2019ils doivent y rester plus concentrés qu\u2019ailleurs).On ne pouvait mieux réussir à banaliser ce caractère distinct et atténuer l\u2019importance de la culture publique distinctive, à laquelle doivent participer tous les Québécois et Québécoises indépendamment de leurs langues maternelles respectives.Tout en justifiant à l\u2019avance des pratiques discriminatoires à l\u2019encontre des personnes qui ne sont ni francophones ni anglophones, on indiquait que le français n\u2019était pas la langue commune du Québec, qu\u2019elle n\u2019y était que la langue d\u2019usage de la majorité de ses résidentes et résidents.Dans son mémoire de novembre 1990 à la Commission Bélanger-Campeau, la CEQ jugea important de rappeler son opposition constante aux principales dispositions du défunt Accord du Lac Meech et, tout spécialement, à cette clause dite de la dualité linguistique.Elle signifiait ainsi très clairement qu\u2019elle s\u2019opposerait à 1037 l\u2019inclusion dans la Constitution du Québec de toute disposition reconnaissant l\u2019existence d\u2019une catégorie de citoyennes ou de citoyens comme plus fondamentale que l\u2019existence des autres catégories.Elle voulait indiquer que le Québec indépendant devait être un État national, au sens où le sont les grands États démocratiques, mais non un État ethnique ou biethnique.L\u2019Accord du Lac Meech n\u2019était pas mort encore lorsque le Conseil général de la CEQ, le 24 mai 1990, décida de soumettre au Congrès une proposition en faveur de l\u2019indépendance du Québec.Par la même occasion, le Conseil général adoptait la résolution suivante relative à l\u2019Accord du Lac Meech encore en discussion: « Attendu : -\tQUE la CEQ s\u2019est prononcée en 1987 contre le contenu de l\u2019Accord du Lac Meech et qu\u2019aucun événement survenu depuis ne la justifie de modifier son attitude à cet égard.-\tQUE l\u2019Accord du Lac Meech ne répond pas aux revendications historiques du Québec et ignore totalement le droit à l\u2019autodétermination qui doit être reconnu au peuple québécois et aux peuples autochtones.-\tQUE l\u2019esprit du Lac Meech est incompatible avec le projet de développer au Québec une société pluriethnique démocratique et de langue commune française.-\tQUE certaines dispositions de l\u2019Accord du Lac Meech auraient pour effet d\u2019introduire dans la Constitution canadienne des innovations dangereuses en regard des principes démocratiques, notamment une définition de la dualité linguistique qui ouvre la porte à la discrimination à l\u2019encontre des Autochtones et des populations immigrantes allophones.-\tQUE la ratification de l\u2019Accord du Lac Meech ne serait à l\u2019avantage ni du Québec, ni des peuples autochtones, ni de la démocratie.Il est résolu : 1.QUE le Conseil général de la CEQ réitère son opposition à l\u2019esprit du Lac Meech, ainsi qu\u2019au contenu de la proposition de modification constitutionnelle résultant de l\u2019Accord du Lac Meech.La CEQ s'est prononcée en 1987 contre le contenu de l'Accord du Lac Meech.1038 2.\tQUE le Conseil général de la CEQ demande à l\u2019Assemblée nationale de retirer dès maintenant son adhésion à cette proposition de modification constitutionnelle.3.\tQUE le Conseil général de la CEQ invite les organisations québécoises qui s\u2019étaient exprimées en 1987 contre l\u2019Accord du Lac Meech à réaffirmer leur prise de position à cet égard.» Un mois plus tard, l\u2019Accord du Lac Meech expirait.Certains de nos compatriotes avaient pu avoir vaguement l\u2019impression que celui-ci comportait une réponse partielle à des revendications historiques du Québec.Cette perception n\u2019était pas celle des instances de la CEQ ou de ses militants.Mais, dans la population québécoise, tout se passa, fin juin 1990, comme si l\u2019échec de Meech était bienvenu.Mis à part le mouvement d\u2019humeur injustifié du premier ministre Bourassa à l\u2019endroit du représentant des Autochtones venu célébrer, à son invitation, notre fête nationale, la réaction du public québécois en fut une d\u2019enthousiasme.Depuis 1990: engagement de la CEQ pour l\u2019indépendance nationale C\u2019est dans le contexte de la mort récente de l\u2019Accord du Lac Meech que s\u2019ouvrit le 32e Congrès de la CEQ.Celui-ci devait adopter, notamment, quelques principes généraux pour une politique de l\u2019éducation interculturelle ainsi que la résolution l\u2019engageant à militer activement pour l\u2019indépendance nationale du Québec et pour la mise en œuvre du principe de la souveraineté populaire.Ce rapprochement n\u2019en est pas un de pure coïncidence, car l\u2019option indépendantiste de la CEQ sera désormais indissociable de sa vision interculturelle du Québec.Insistons une fois de plus sur le fait que la mort de Meech ne constitue aucunement le motif justifiant la prise de position indépendantiste de la CEQ.En effet, la proposition soumise au congrès avait été adoptée par le Conseil général en mai, alors que les efforts du premier ministre Mulroney pour rallier toutes les provin- 1039 ces semblaient devoir porter fruit.Le même Conseil général avait d\u2019ailleurs pris soin de réitérer son opposition de principe au contenu de l\u2019Accord.La consultation menée par les syndicats affiliés à la CEQ auprès de leurs membres sur la question de l\u2019indépendance s\u2019est effectuée aussi dans un contexte où la ratification de Meech était considérée encore comme probable.Or, la proposition du Conseil général reçut un accueil très favorable dans toutes les régions du Québec.De plus, un sondage réalisé au cours du printemps 1990 avait révélé que plus des trois quarts des membres étaient personnellement acquis à l\u2019indépendance du Québec et qu\u2019envi-ron les deux tiers étaient d\u2019accord pour que la CEQ s\u2019engage officiellement à militer pour cette option.C\u2019est donc en toute légitimité démocratique et dans l\u2019enthousiasme que le 32e Congrès adopta le bloc de résolutions suivant : -\tATTENDU que, en raison de son histoire propre, de sa langue nationale distinctive, de son droit civil, de ses institutions juridiques, politiques, éducatives, syndicales, coopératives et autres qui lui sont particulières, le peuple québécois constitue une société distincte et une nation véritable qui a indiscutablement le droit à l\u2019autodétermination.-\tATTENDU que le Québec se veut une société démocratique et que, par conséquent, ses institutions politiques et son fonctionnement en tant que société doivent reposer sur le principe de la souveraineté populaire.-\tATTENDU l\u2019importance d\u2019affirmer et de protéger adéquatement les libertés fondamentales et les droits fondamentaux, tant civils, politiques et judiciaires qu\u2019économiques et sociaux.-\tATTENDU la composition pluriethnique de la population québécoise et le défi qui en découle de construire une société fraternelle qui reconnaisse à la fois la richesse des apports culturels des diverses communautés qui la composent et la nécessité de développer une culture commune s\u2019exprimant en français.1040 La CEQ et ses affiliés militent: pour la consécration du principe de la souveraineté populaire comme fondement de la Constitution du Québec indépendant.-\tATTENDU la nécessité de promouvoir au Québec un développement économique équilibré qui prenne en compte les objectifs d\u2019assurer une juste répartition des richesses, de réaliser le plein-emploi de la main-d\u2019œuvre et de répondre aux besoins sociaux de toutes les catégories de la population.-\tATTENDU que la Constitution canadienne ne reconnaît pas le droit à l\u2019autodétermination du peuple québécois et des peuples autochtones.-\tATTENDU que le processus de modification de la Constitution canadienne est tellement rigide qu\u2019il est à peu près impossible d\u2019obtenir quelque amélioration substantielle à cette dernière, soit en regard des droits nationaux du Québec et des peuples autochtones, soit en ce qui a trait aux droits économiques et sociaux.-\tATTENDU que, par ses positions antérieures relatives au droit à l\u2019autodétermination, à l\u2019accroissement des compétences législatives de l\u2019Assemblée nationale, à la politique d\u2019immigration, à la politique interculturelle, à la politique linguistique, à la défense et à la promotion des droits et libertés, la CEQ a poursuivi des objectifs dont on sait maintenant qu\u2019ils n\u2019ont aucune chance d\u2019être réalisés adéquatement dans le cadre constitutionnel fédéral actuel.-\tATTENDU qu\u2019il faut que la CEQ intervienne dans ce débat pour porter le point de vue propre de ses adhérentes et adhérents, pour défendre comme personne d\u2019autre ne peut le faire, la place et l\u2019importance de l\u2019éducation, de la santé et des services publics dans notre société d\u2019avenir.Le 32e Congrès de la CEQ adopte les propositions suivantes : -\tQUE la CEQ et ses affiliés militent : a)\ten faveur de l\u2019indépendance nationale du Québec ; b)\tpour la consécration du principe de la souveraineté populaire comme fondement de la Constitution du Québec indépendant; 1041 c)\tpour l\u2019adoption d\u2019une constitution québécoise démocratique et progressiste : -\tqui assure la protection des libertés fondamentales, des droits fondamentaux de la personne humaine, des droits politiques des citoyennes et citoyens, ainsi que des droits économiques et sociaux; -\tqui garantisse le caractère français des lieux de travail et des institutions et le rôle du français comme langue commune de la société québécoise ; -\tqui reconnaisse les droits de la minorité anglophone et des communautés culturelles ainsi que le droit à l\u2019autodétermination des peuples autochtones; d)\tpour la convocation d\u2019une assemblée constituante élue, représentative de toutes les composantes de la société québécoise, qui aurait le mandat de susciter un large débat populaire, puis de rédiger un projet de constitution qui serait soumis au peuple québécois pour ratification en référendum.Pour que cet engagement puisse se réaliser et que les membres puissent y être associés tout au long du processus, que la CEQ mette de l\u2019avant dès l\u2019automne un plan d\u2019action facilitant aux membres l\u2019appropriation de l\u2019ensemble de ces éléments et les invite à y injecter leurs points de vue.La CEQ reconnaisse comme faisant partie du peuple québécois toutes les personnes établies à demeure au Québec, sans distinction.-\tQUE la CEQ reconnaisse comme faisant partie du peuple québécois toutes les personnes établies à demeure au Québec, sans distinction d\u2019origine, de croyance religieuse ou de langue maternelle et que la CEQ et ses affiliés combattent énergiquement toute manifestation de racisme.-\tQUE la CEQ réaffirme son indépendance vis-à-vis les partis politiques.-\tQUE sans exclure la participation éventuelle à des forums plus larges, la CEQ s\u2019engage à soutenir prioritairement, et à susciter au besoin, une démarche de concertation des groupes progressistes, à commencer par les centrales syndicales, pour élaborer des revendications communes et une stratégie commune d\u2019intervention, pour mettre de l\u2019avant la 1042 La CEQ réaffirme son indépendance vis-à-vis les partis politiques.défense et la promotion des intérêts populaires et syndicaux (notamment la reconnaissance du droit de négocier et du droit de grève) de façon à ce que ceux-ci soient priorisés dans l\u2019ensemble du processus d\u2019accession à l\u2019indépendance et d\u2019adoption d\u2019une constitution québécoise.- QUE les organismes affiliés à la CEQ soient invités à s\u2019engager positivement dans la démarche devant conduire le Québec à l\u2019indépendance et dans les concertations nécessaires à la prise en compte des intérêts populaires.» La lutte pour l\u2019indépendance En prenant cette position claire, la CEQ de 1990 se démarque très nettement de la position ethniciste et confessionnaliste de l\u2019ancienne CIC; elle se dégage également de certains aspects parfois ambigus du discours qu\u2019elle avait elle-même tenu sur la question nationale de 1972 à 1980.D\u2019une part, elle affirme le caractère pluriethnique et pluraliste de la société québécoise et revendique l\u2019égalité des citoyennes et citoyens, indépendamment de leurs origines, de leurs langues maternelles ou de leurs croyances, dans une société démocratique fonctionnant en français.D\u2019autre part, il est maintenant clair qu\u2019elle appuie l\u2019indépendance nationale à la fois comme un objectif valable en soi et comme une condition essentielle, quoique non suffisante par elle-même, à la réalisation de son projet de société démocratique et progressiste.La CEQ continue de lier entre elles toutes les luttes qu\u2019elle s\u2019engage à mener pour l\u2019indépendance nationale, pour la démocratisation des institutions politiques, pour l\u2019égalité entre les hommes et les femmes, pour l\u2019intégration des communautés culturelles, pour une politique de plein emploi, pour le développement durable, pour les droits syndicaux et pour de meilleures conditions de travail et de vie.Elle est consciente de ce que les objectifs propres de chacune de ces luttes se rejoignent et se soutiennent les uns 1043 les autres.Mais elle sait très bien qu\u2019il serait contreproductif de poser comme condition à la légitimité de chaque lutte la réalisation des objectifs de toutes les autres.Les syndicats ne peuvent pas refuser le droit de négocier, le droit de grève et les autres droits syndicaux pour la raison qu\u2019ils ne seraient pas accompagnés d\u2019une politique de plein emploi.Les mouvements féministes ne peuvent pas refuser l\u2019égalité juridique des hommes et des femmes ou ne l\u2019accepter qu\u2019à condition qu\u2019on assure aussi l\u2019intégration des communautés culturelles.Considérer les divers objectifs comme des conditions opposables les unes aux autres est la meilleure façon de paralyser toutes les luttes progressistes.C\u2019est pourquoi la CEQ refuse aussi bien de mettre entre parenthèses un projet de société, d\u2019ici à ce que l\u2019indépendance soit réalisée, que de délaisser la lutte pour l\u2019indépendance nationale jusqu\u2019à ce que soit garantie la réalisation de ses autres objectifs.L\u2019option indépendantiste de la CEQ n\u2019est ni conditionnelle, ni détachée du projet de société dont l\u2019indépendance constitue une condition nécessaire quoique non suffisante par elle-même.C\u2019est pourquoi aussi la CEQ, tout en reconnaissant la nécessité de participer à des regroupements larges pour soutenir la lutte pour l\u2019indépendance nationale, tient comme à la prunelle de ses yeux à son indépendance à l\u2019égard des partis politiques.La CEQ revendique l\u2019égalité des citoyennes et citoyens, indépendamment de leurs origines, de leurs langues maternelles ou de leurs croyances.Depuis l\u2019adoption de sa position sur la question nationale au congrès de juin 1990, la CEQ a, notamment, autorisé sa présidente, madame Lorraine Pagé, à agir comme membre de la Commission Bélanger-Campeau sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec, présenté un mémoire à ladite commission, participé aux activités de Mouvement Québec, tant au niveau national qu\u2019à celui des régions et participé à la campagne du NON à Charlottetown, lors du référendum d\u2019octobre 1992.Dans ses prises de position publiques sur la politique culturelle, sur la politique d\u2019immigration et d\u2019intégration, sur la question autochtone, sur la laïcité, sur la question linguistique, sur la restructuration sco- 1044 L'option indépendantiste de la CEQ n\u2019est ni conditionnelle, ni détachée du projet de société dont l'indépendance constitue une condition nécessaire.laire, sur la décentralisation ou sur la promotion de l\u2019emploi, elle met constamment en lumière la nécessité de l\u2019indépendance nationale pour répondre le mieux possible aux problèmes soulevés.Pour une école québécoise commune Par exemple, la CEQ est fortement préoccupée des effets prévisibles de la refonte de la Loi sur l\u2019instruction publique opérée par la loi 107 de 1988, dont les dispositions relatives à la restructuration scolaire ne sont pas encore en vigueur.Cette loi prévoit la mise sur pied de commissions scolaires francophones et anglophones sur tout le territoire du Québec, mais sans éliminer les commissions scolaires confessionnelles ou dissidentes qui existent déjà.L\u2019éventualité de sa mise en œuvre sera particulièrement néfaste à Montréal, où l\u2019on se retrouvera avec quatre commissions scolaires et au moins six réseaux différents d\u2019écoles du secteur public (sans compter les écoles privées dotées de caractères ethniques ou confessionnels particuliers).La commission scolaire catholique et la commission scolaire protestante auront, en effet, chacune un réseau francophone et un réseau anglophone.Aux quatre réseaux linguistiques des commissions scolaires confessionnelles, il faut ajouter les deux réseaux constitués par les écoles de chacune des deux commissions scolaires linguistiques.Ce n\u2019est là qu\u2019un minimum puisque ces écoles pourront, conformément à la loi, être déclarées catholiques, protestantes ou non confessionnelles (ce qui ouvre la porte à la constitution de six nouveaux réseaux s\u2019ajoutant aux quatre réseaux des commissions scolaires confessionnelles, pour un total de dix).Mais ce n\u2019est pas tout, les privilèges déjà consentis aux catholiques et aux protestants constituent une invitation permanente aux autres groupes confessionnels de revendiquer, à leur tour, des écoles qui leur soient attribuées en propre ; on pourrait donc avoir bientôt des écoles orthodoxes, juives, musulmanes, hindoues, bouddhistes, scientologistes, raëliennes ou autres, toutes 1045 financées par les fonds publics pour tenir leurs adeptes dans un superbe isolement.C\u2019est à un véritable émiettement de notre système scolaire que risque de nous conduire l\u2019application de la loi 107.La CEQ dénonce, depuis 1988, ce projet démentiel et réclame une révision en profondeur de la loi, de façon à ce que l\u2019école publique de quartier soit vraiment accessible à tous les élèves et de sorte que chacun s\u2019y sente pleinement accepté, indépendamment de son origine ou de ses croyances religieuses.Or, une telle révision de la loi est impossible à réaliser dans le cadre constitutionnel présent, compte tenu de ce que l\u2019article 93 de 1867 protège l\u2019existence des commissions scolaires confessionnelles.C\u2019est pourquoi la CEQ revendique depuis longtemps la suppression des contraintes que contient ledit article.L\u2019expérience des tentatives avortées de révision constitutionnelle incite la CEQ à penser que l\u2019accession du Québec à l\u2019indépendance nationale est probablement la seule façon efficace de procéder pour faire lever cet obstacle constitutionnel, pour sauver l\u2019école publique et pour en faire le lieu de l\u2019intégration harmonieuse des communautés culturelles.?La CEQ est fortement préoccupée des effets prévisibles de la refonte de la Loi sur l\u2019instruction publique opérée par la loi 107 de 1988.1046 L\u2019HYSTÉRIE CANADIENNE Un des avantages de la présence souverainiste sur la scène fédérale est de pouvoir utiliser le statut de député et surtout celui de chef de 1 opposition officielle pour expliquer le projet souverainiste sur la scène internationale.Avoir le statut d\u2019opposition officielle permet de faire des visites officielles à l\u2019étranger de sorte que Lucien Bouchard est allé, en avril et mai, à Washington et à Paris, pour sensibiliser les responsables politiques américains et français à la souveraineté du Québec.Sur la scène diplomatique Sur la scène diplomatique, Lucien Bouchard a plus de marge de manœuvre que Jacques Parizeau car, comme représentant de l\u2019opposition officielle d\u2019un État souverain, il lui est plus facile de se faire recevoir dans les grandes capitales qu\u2019un chef de l\u2019opposition officielle d une province.Il utilise en quelque sorte la souveraineté canadienne comme outil de promotion de la souveraineté québécoise.Ces démarches sont cruciales dans le procéssus d\u2019accession à la souveraineté, car elles permettent de contrer les préjugés et la propagande canadienne distillée par les représentants du Canada à l\u2019étranger qui sont payés à même nos taxes pour déblatérer contre le Québec.Elles ouvrent aussi des portes à une éventuelle reconnaissance internationale.Les discours de Lucien Bouchard ont provoqué des ondes de choc au Canada.Ses déclarations ont fait craquer les illusions de l\u2019unité canadienne et du business as usual entretenues par le gouvernement Chrétien qui cherchait à occulter le débat sur l\u2019unité canadienne.1047 Réactions d\u2019intolérance L\u2019élite politique canadienne s\u2019est indigné que le Bloc fasse la promotion de la souveraineté sur les tribunes internationales en se servant de son statut parlementaire.On lui a aussi reproché de prendre la défense des droits des francophones du reste du Canada et on a tenté d\u2019empêcher les représentants du Bloc de prendre la parole à l\u2019extérieur du Québec en intimidant les responsables des communautés francophones hors-Québec.On s\u2019est déchaîné contre le Bloc sur les lignes ouvertes en le dénonçant comme illégitime et subversif.La ministre Diane Marleau a aussi participé à ce délire collectif en accusant les députés du Bloc de trahison.Le réputé colomnist Peter C.Newman a succombé à cette surchauffe mentale en souhaitant publiquement la mort de Lucien Bouchard dans le prestigieux Macleans et il semble avoir été lu puisque le chef du Bloc a effectivement reçu de telles menaces de la part d\u2019esprits agités.D\u2019autres agités du Québec, ceux du Parti égalité, se proposent de réclamer l\u2019intervention de l\u2019armée canadienne pour empêcher la souveraineté du Québec.Même l\u2019ancien chef du NPD, Ed Broadbent, y est allé de son couplet catastrophiste en menaçant les Québécois des réactions irrationnelles de ses compatriotes canadiens.Ces réactions d\u2019intolérance montrent que la culture démocratique canadienne est fragile et que le respect « des traditions démocratiques» peut devenir problématique.On peut au Canada contester la liberté d\u2019expression des élus sans soulever l\u2019indignation générale.On peut s\u2019attaquer physiquement à une Québécoise comme on l\u2019a fait à Vancouver uniquement parce qu\u2019elle était Québécoise.Ces attitudes racistes ne font pas de vagues.On n\u2019a pas entendu les protestations des grands défenseurs des droits de la personne et des libertés individuelles.Lorsqu\u2019il s\u2019agit du Québec, l\u2019élite politique canadienne se fait complaisante à l\u2019endroit de l\u2019intolérance.Elle oublie facilement les règles élémentaires de la démocratie.Ces réactions intempestives qui se manifestent dans la classe politique canadienne révèlent un fond de racisme anti-francophone puisqu\u2019on accepte l\u2019idée selon laquelle tous les moyens sont justifiés pour empêcher le Québec d\u2019assumer son destin politique.Climat de panique Ce climat d\u2019agressivité montre aussi que les élites canadiennes ne se bercent plus d\u2019illusions sur la stabilité du régime fédéral et commencent sérieusement à envisager l\u2019avènement de la souveraineté du Québec.Si la chose était improbable, on ne 104S s\u2019exciterait pas autant.Le discours souverainiste du Bloc a fait comprendre au Canada anglais que le point de non-retour était atteint.La haine qu\u2019il suscite démasque l\u2019hypocrisie de la bonne entente qui est au cœur de l\u2019idéologie canadienne, et creuse le fossé entre le Québec et le Canada.Cette intransigeance fait aussi comprendre aux Québécois qu\u2019ils ne seront acceptés par les Canadiens que s\u2019ils se soumettent à leur conception unitaire du Canada et qu\u2019ils ne peuvent plus entretenir d\u2019illusion sur la réforme du fédéralisme.Chaque prise de position qui agresse les représentants du Québec est un clou de plus dans le cercueil de l\u2019unité canadienne et contribue à renforcer la solidarité et la détermination nécessaires à l\u2019accession à la souveraineté.Les initiatives du Bloc ont fait déraper la stratégie du gouvernement Chrétien qui a perdu le contrôle de l\u2019ordre du jour politique.Celui-ci aurait voulu retarder le plus possible la confrontation sur l\u2019enjeu constitutionnel et maîtriser le momentum politique pour ne pas apporter d\u2019eau au moulin des souverainistes.On aurait sans doute préféré à Ottawa réserver pour la période pré-référendaire les tactiques d\u2019intimidation pour en maximiser l\u2019impact au moment jugé opportun.Le Bloc a fait éclater les cartouches canadiennes avant que la bataille ne commence véritablement.Ce climat de panique s\u2019est aussi manifesté sur le plan économique où les fédéralistes ont été obligés de mobiliser plus tôt que prévu l\u2019arme de l\u2019instabilité politique pour attiser l\u2019insécurité économique des Québécois, en accusant Lucien Bouchard et Jacques Parizeau d\u2019être responsables de la baisse du dollar canadien et de la montée des taux d\u2019intérêt.Au risque de jeter de l\u2019huile sur le feu, de freiner la relance et d\u2019entraver la lutte au déficit, les politiciens fédéraux ont choisi de tenir un discours alarmiste accusant le Bloc de mettre en péril la création d\u2019emplois.Alors que depuis des années, on expliquait la différence des taux d\u2019intérêts au Canada et aux États-Unis par l\u2019ampleur du déficit et les fluctuations de la valeur du dollar par les cycles économiques en Europe et au Japon, soudainement à l\u2019approche des élections québécoises, l\u2019incertitude politique devenait la cause de 1 augmentation du loyer de l\u2019argent.Cette argumentation s\u2019appuyait sur les déclarations des milieux financiers et sur les décisions de la Banque du Canada de hausser les taux d\u2019escomptes.L\u2019avance du Parti québécois dans les sondages a précipité le recours à la stratégie de la peur qu\u2019on aurait préféré déployée durant la campagne référendaire.On a calculé que l\u2019unité canadienne valait plus que la relance économique et que, dès lors, tous les moyens devaient être mis en œuvre pour faire échouer le projet souverainiste.Les fédéralistes jouent le tout pour le tout et sont prêts à faire payer par l\u2019ensemble de l\u2019économie canadienne le coût de la lutte contre le Parti québécois.1049 Leur priorité est de faire battre le Parti québécois à tout prix et si le Parti québécois est élu, ils chercheront ensuite à déloger le Bloc de sa position stratégique avant la campagne référendaire.Le statut d\u2019opposition officielle du Bloc est précaire, il est à la merci d\u2019élections partielles.Son maintien dépend de la bonne santé des élus du Bloc ou encore de la mauvaise santé des élus des autres parfis.Ce sont en fait les intérêts stratégiques des libéraux qui détermineront l\u2019avenir du Bloc comme opposition officielle.Les libéraux pourraient facilement se départir de deux de leurs députés en Ontario en les nommant à des postes prestigieux et déclencher des élections partielles où les candidats réformistes chercheraient à se faire élire en promettant de débarrasser le Canada du Bloc comme parti de l\u2019opposition officielle.Dans un contexte référendaire, la présence du Reform sur les banquettes de l\u2019opposition officielle serait moins dangereuse pour l\u2019unité canadienne que celle du Bloc, car Manning serait alors forcé de soutenir le gouvernement fédéral pour ne pas porter l\u2019odieux de la désunion canadienne.Si ce scénario se concrétisait, quelle serait l\u2019attitude du député indépendant de Beauce-Sud?Son passage au Bloc pourrait faire échouer temporairement la manœuvre libérale ou à tout le moins la rendre très coûteuse politiquement.Conclusion Compte tenu de ces possibilités, le Bloc doit intensifier l\u2019utilisation des ressources que lui fournissent son statut actuel.Lucien Bouchard doit continuer sa tournée des capitales des pays dont la voix compte aux Nations-Unies.Les députés du Bloc doivent occuper toutes les tribunes et multiplier les tournées dans les provinces canadiennes, afin de dénoncer les manœuvres d\u2019intimidation de l\u2019élite politique canadienne.Ils servent de contrepoids à la démagogie canadienne.Le 21 juin 1994 Denis Monière 105» À TRAVERS L\u2019ACTUALITÉ À la prochaine fois.Le pays du Québec est à portée de main.Le référendum le proclamera.La bataille sera rude.Le Canada anglais peut compter sur le parti libéral du Québec pour diviser les Québécois.Malgré cette alliance anormale, l\u2019espérance doit nous guider.Depuis 1980, l\u2019idée de l\u2019indépendance progresse à un rythme accéléré.En 1980, seule la FTQ s\u2019était engagée.Aujourd\u2019hui, sur le front, on retrouvera la CSN, la CEQ, le MNQ et un grand nombre d\u2019organismes qui étaient jadis demeurés silencieux.Et des centaines d\u2019hommes d\u2019affaires renommés appuient le mouvement vers la liberté.Citons quelques noms : Claude Béland, Jean Campeau, Richard LeHir, Pierre Péladeau.Un autre motif d\u2019espoir réside dans la faiblesse certaine des chefs fédéralistes.Jean Chrétien n\u2019a pas le panache de Pierre Elliott Trudeau et il ne pourra surtout pas nous promettre, sur sa tête, des changements profonds au fédéralisme canadien; il pourra tout au plus nous offrir le choix entre l\u2019indépendance et le statu quo dont personne ne veut.Daniel Johnson ne jouit pas non plus du prestige qui auréolait Claude Ryan, le pape de la rue Notre-Dame que la \u2018main de Dieu\u2019 protégeait.En outre, les 20 députés fédéraux québécois n\u2019ont plus la résonnance des 75 députés fédéralistes qui siégeaient en 1980 et qui défendaient la «National Unity» et le «One Canada.Dans notre camp, un Jacques Parizeau mobilisera toutes les énergies de son parti et un Lucien Bouchard sèmera la trouille et la frousse chez les fédéralistes.Mais, comme disait mon grand-père, ne vendons pas la peau avant d\u2019avoir tué l\u2019animal et travaillons avec ardeur et constance pour bâtir ce pays qui est à notre portée de main.Témoignages sur l\u2019indépendance À long terme «Comme économiste, je peux très bien prouver que l\u2019indépendance du Québec se fera sans aucune baisse du niveau de vie des Québécois comme je peux également démontrer qu\u2019il se produira une baisse de 50 p.c.dans le niveau de vie.Les choix du 1051 Québec en matière constitutionnelle ne peuvent se comprendre qu\u2019à long terme et il ne faut pas essayer de les détruire en utilisant des arguments à court terme ».(Otto Thur, économiste, La Presse, 23 octobre 1967) Égalité «Il est clair qu\u2019aujourd\u2019hui il faut aller plus loin.La reconnaissance de deux nations au Canada est une nécessité vitale.Également vitale est la reconnaissance du fait que le Québec est le foyer national des Canadiens-Français.Et troisième principe fondamental : le Québec doit obtenir le maximum d\u2019autonomie qu\u2019exige la sauvegarde de ses intérêts économiques, sociaux et culturels en Amérique du Nord».(Jean Lesage, Le Devoir, 19 septembre 1967) Faute d\u2019égalité «De quoi aujourd\u2019hui est-il fait?Il est fait, en ce qui nous concerne, d\u2019une nation qui recherche pacifiquement une égalité, faute de laquelle cette nation n\u2019a d\u2019autre alternative que l\u2019indépendance.Et comme le Québec est au Canada le principal foyer de cette nation, il en découle que le statut constitutionnel du Québec à l\u2019avenir devra être profondément modifié».(Daniel Johnson, Le Monde, 5 septembre 1967 ; c\u2019était le père du Premier ministre actuel) Relations commerciales Le gouverneur du Vermont s\u2019attend à ce que «l\u2019État du Vermont et le Québec, qu\u2019il devienne ou non un pays séparé, maintiennent leurs excellentes relations commerciales qui se traduisent par des échanges de 2,5 milliards de dollars par année.Nous avons déjà vécu avec un gouvernement péquiste et nous avions de très bonnes relations avec M.René Lévesque.M.Johnson est un excellent leader, mais il n\u2019est pas étemel et nous devrons maintenir nos relations peu importe qui sera là».(Howard Dean, gouverneur du Vermont, Le Devoir, 17 juin 1994, A.4) Référendum « Mr Clark reminded the convention of the 1980 referendum: «When we took part in the campaign it meant we were going to accept the result», he said».(Joe Clark, ministre fédéral des Affaires intergouvemementales, Globe and Mail, 10 août 1991) Société libre «Le Canada anglais doit comprendre d\u2019une façon très claire que, quoi qu\u2019on dise et quoi qu\u2019on fasse, le Québec est, aujourd\u2019hui et pour toujours, une société, distincte, libre et capable d\u2019assumer son 1052 destin et son développement».(Robert Bourassa, premier ministre du Québec, Journal des débats, 22 juin 1990) Au bilan de Joe Clark Affaire étrangères «M.Chrétien a obtenu des affirmations d\u2019appui au fédéralisme canadien de la part de M.Mitterand et Balladur».(André Ouellet, ministre fédéral des Affaires étrangères, Le Devoir, 19 mai 1994, A.8) Autochtones «Le PQ pense que le Québec pourrait se séparer et s\u2019emparer de toutes les terres.Ils auront de grosses surprises.Nous allons décider nous-mêmes de notre propre avenir».(Matthew Coon Corne, chef des Cris, Le Devoir, 19 mai 1994, A.8) Autochtones « Les autochtones du Québec pourront maintenir le lien qu\u2019ils ont avec le Canada et continuer à jouir de la protection du gouvernement canadien, advenant que le Québec devienne un pays souverain et séparé.Les autochtones du Québec font partie du Canada et s\u2019ils veulent demeurer au Canada, ce sera leur choix».(Ron Irwin, ministre fédéral des Affaires indiennes, Le Devoir 18 mai 1994, A.l) Bosnie québécoise «Avec bien d\u2019autres Canadiens-Français, Québécois \u2018pure laine et tricoté très serré , je m\u2019indigne de voir ce personnage ambigu (Lucien Bouchard), créature de l\u2019apprenti sorcier Mulroney, colporter aux Américains, aux Français et bientôt, aux Albanais, des mensonges fignolés depuis des lunes par une poignée de séparatistes exacerbés.dont le rêve collectif et bien sûr légitime est de quitter ce Canada impossible.pour se fabriquer une gentille petite Bosnie libre, heureuse et française ! » (Jacques Hébert, sénateur libéral Le Devoir, 29 mai 1994, A.13) Colonel Sanders (L\u2019Association canadienne-française de l\u2019Ontario a invité Lucien Bouchard lors de son assemblée annuelle) «Je trouve ça dégueulasse, a commenté.Don Boudria, qui a enjoint l\u2019ACFO de retirer l\u2019invitation, probablement due à des \u2018tendances suicidaires\u2019, faite à celui dont l\u2019option \u2018menace la survivance de la francophonie canadienne.Les poules n\u2019invitent pas ie colonel Sanders ».(Don Boudria, député libéral de Glengarry -Prescott-Russell, Le Devoir, 26 mai 1994, A.l) 1053 Course aux pouvoirs «Je ne veux pas parler de constitution.J\u2019ai été élu pour ne pas parler de constitution.Les pouvoirs reviendront à l\u2019ordre de gouvernement qui pourra le mieux faire le travail».(Jean Chrétien, premier ministre, Le Devoir, 17 mai 1994, A.8) Déstabilisateurs (Une victoire électorale du Parti québécois), «cela poussera les taux d\u2019intérêt à la hausse au Canada et causera encore plus de dommages au dollar canadien.D\u2019un point de vue économique, ces événements seront déstabilisateurs.La situation économique future sera marquée par des tremblements de terre et des éruptions volcaniques, ainsi que par la dislocation sociale et un fort mouvement inflationniste ».(Lafferty, Harwood & Partners Ltd dans The Lafferty Canadian Report, Le Devoir, 17 juin 1994, A.l et A.10) Deux nations «Je refuse de prendre la tête d\u2019un parti qui acceptera l\u2019idéologie des deux nations au sein de la confédération.Pourquoi revenir 100 ans en arrière, à l\u2019année 1841, à Louis XIV peut-être, alors que Cartier, McDonald et Laurier savaient que la conception des deux nations était fausse».(John Diefenbaker, premier ministre, Le Journal de Montréal, 8 septembre 1967) Indécence « Au diable, le bon sens, la décence et le compromis ».(Peter C.Newman, Le Devoir, 19 mai 1994, A.l) One nation «Ne parlez pas de séparatisme, ne parlez pas d\u2019ériger des États au Canada.Il n\u2019y a qu\u2019un État, qu\u2019une seule nation.Et cela doit être établi très clairement».(John Diefenbaker, La Presse, 21 janvier 1963) Peur «Les propos (sur l\u2019indépendance) \u2014 dans les marchés \u2014 va créer pas mal d\u2019inquiétude, énormément de peur probablement et beaucoup d\u2019incertitude.Cela va non seulement maintenir nos taux d\u2019intérêt beaucoup plus élevés, mais il est aussi fort possible qu\u2019on assiste à une volatilité démesurée.en ce qui a trait au dollar».(Lloyd Atkinson, économique en chef de la Banque de Montréal, Le Devoir, 31 mai 1994, B.2) * * * « Nous voilà de nouveau dans un débat à la tchécoslovaque portant sur la rupture de notre pays.Déjà, nous souffrons tous de 1054 l\u2019instabilité causée par le projet séparatiste : des taux d\u2019intérêt bien au-dessus de leur niveau normal, un dollar faible, des fardeaux supplémentaires pour les employeurs et les contribuables.Et ce n\u2019est qu\u2019un début.Les Québécois n\u2019ont pas le droit de ne penser qu\u2019à eux-mêmes dans cette affaire.L\u2019indépendance s\u2019annonce dévastatrice pour la communauté ».(Norman Webster, Le Devoir, 1 juin 1994, A-8, page éditoriale) Renard dans le poulailler « Dans la même veine, Jean-Robert Gauthier.a reproché à l\u2019ACFO d\u2019avoir \u2018invité le renard dans le poulailler\u2019.\u2018Lucien Bouchard est un ennemi de mon Canada, a-t-il dit, quelqu\u2019un qui a comme principe fondamental de détruire ce pays.Je ne comprends pas».(Jean-Robert Gauthier, député libéral d\u2019Ottawa-Vanier, Le Devoir, 26 mai 1994, A.l) Représailles «Ils pensent que les choses se feront de manière logique et civilisée.Oubliez ça».(Michael Harcourt, premier ministre de la British Columbia, Le Devoir, 19 mai 1994, A.l) Représailles « La probabilité de négociations paisibles avec le reste du Canada.est une dangereuse illusion».(William Johnson de la Gazette, Le Devoir, 19 mai 1994, A.l) Territoire «L\u2019intégrité territoriale du Québec ne serait pas garantie en cas d\u2019indépendance».(Roy Romanow, premier ministre de la Saskatchewan, Le Devoir, 19 mai 1994, A.8) TVaitres et niaiseux «Les représentants du Bloc québécois sont des traîtres au Canada, et particulièrement à la cause des francophones hors Québec, qu\u2019ils \u2018traitent comme des niaiseux\u2019 en les abreuvant de \u2018mensonges ».(Diane Marleau, ministre fédérale de la Santé, Le Devoir, 6 juin 1994, A.l) Unité canadienne «La séparation ne pourra être présentée comme un fait accompli, ni atteinte par une déclaration unilatérale d\u2019indépendance.Les Canadiens devront consentir à toute entente portant sur la partition, sans quoi le Québec sera traité comme une république malhonnête (rogue) par les milieux diplomatiques et financiers».(Toronto Star en éditorial, Le Devoir, 19 mai 1994, A.l) 1055 Le train «Chaleur» Doug Young, ministre des Transports dans le gouvernement Chrétien, a décidé de couper le budget de Via Rail de 150 millions de dollars et dans ses recommandations, il propose l\u2019abandon du train «Chaleur» qui relie la Gaspésie à Montréal.Il refuse de tenir des audiences publiques.Le Cabinet décidera.«Dignité rurale» ne l\u2019entend pas ainsi.Elle organise elle-même des audiences.Elle reçoit les mémoires d\u2019une cinquantaine d\u2019organismes: municipalités, églises, associations touristiques, communautaires, environnementales.Les Gaspésiens tiennent au train «Chaleur».C\u2019est une liaison qui leur paraît essentielle au développement de leur région.Une société civilisée se doit d\u2019offrir à toute sa population un minimum de transport public.Trop longtemps la Gaspésie a été oubliée.Le chemin de fer de la Confédération l\u2019a ignorée et lui a préféré Halifax.La route Transcadienne a également bifurqué vers les Maritimes.Et depuis toujours, le gouvernement du Québec est incapable d influencer les décisions fédérales.Les femmes agricultrices L\u2019accès des femmes à la propriété agricole progresse à un rythme fort intéressant.De 5000 qu\u2019elles étaient en 1986, elles sont aujourd\u2019hui plus de 10 500 à posséder des titres de propriété.Une telle tendance constitue un mouvement qui s\u2019accentue.C est un changement de mentalité heureux.La mise en commun du savoir-faire devient une forme rentable d\u2019investissement.L\u2019implication physique et intellectuelle de l\u2019agricultrice lui apporte un bénéfice qui n\u2019est pas au détriment du conjoint ou d une autre personne.L\u2019ère de ma grand-mère est révolue.Le rôle de l\u2019agricultrice d\u2019aujourd\u2019hui ne consiste pas à traire les vaches et à besogner durement dans le seul but d\u2019aider son mari.L\u2019agricultrice travaille pour elle-même.Elle œuvre davantage dans la gesüon, la tenue de livres, la comptabilité, la mise en marché.Elle est généralement plus instruite que son conjoint.Cette transformation de la femme est due pour une large part à la Fédération des femmes agricultnces (FFA).La FFA est devenue un instrument de promotion pour la femme.Elle leur facilite l\u2019accès à la propriété.Elle les sensibilise à leurs droits et à leurs obligations lors d\u2019une cessation d\u2019activités agricoles Elle fait connaître aux gouvernements les besoins des agricultrices.Elle insiste sur la nécessité d\u2019une formation adaptée aux activités de l\u2019agriculture et du syndicalisme agricole.Elle organise plusieurs activités : Fondation de soutien aux agricultrices, missions d\u2019études, gala des agricultrices, encan-bénéfice, etc.Espérons que les objectifs seront rapidement dépassés ! 1056 La Caisse du Domaine Saint-Sulpice Le développement local en milieu urbain existe, même à Montréal.La Caisse populaire du Domaine Saint-Sulpice en fait la démonstration.Dès 1978, les dirigeants de la Caisse s\u2019inquiètent; ils craignent que les vastes champs avoisinants ne deviennent la convoitise de promoteurs capables de s\u2019engager dans un développement résidentiel sauvage.Ils décident d\u2019intervenir et de jouer un rôle de leader dans l\u2019aménagement du Domaine.Dès 1982, cinq coopératives d\u2019habitation sont créées.Cent cinquante logements sont construits, répartis entre 28 et 32 logements par coopérative.Ils sont destinés à de jeunes familles gagnant moins de 30 000 $ par année.En 1994, les membres de ces coopératives paient une moyenne mensuelle de 500 $ pour un logement comprenant trois chambres, deux salles de bain, un salon, une cuisine et une cour intérieure.En 1984, un vaste projet coopératif prend forme.Les Retrouvailles sont construites.Il s\u2019agit de grandes résidences pour personnes retraitées.En 1986, des coopératives de propriétaires viennent de compléter le développement résidentiel.Cent soixante unités de copropriétés sont bâties.La valeur marchande des propriétés coopératives atteint les 30 millions.D\u2019autres initiatives du même genre sont projetées.Mais l\u2019action de cette Caisse ne s\u2019est pas limitée à l\u2019habitation.Elle collabore à diverses activités sociales et communautaires.Par la Fondation La Clairière qu\u2019elle administre, elle aide une centaine de jeunes en difficulté avec le résultat concret que la criminalité a diminué de 80% dans la quartier, selon le témoignage même de la police.La Caisse organise aussi des stages pour initier au travail de jeunes étudiants.J\u2019aimerais être sociétaire d\u2019une Caisse aussi dynamique.MRC de Coaticook Les Caisses populaires de Coaticook, Compton, East Elereford, Martinville et Saint-Edwidge se sont associées à une dizaine d\u2019acteurs économiques de la région pour établir un «Centre d\u2019initiative en agriculture de la région de Coaticook» (CIARC).Cet organisme s\u2019est engagé dans le développement du secteur agricole.Un budget global de 2,5 millions de dollars a été réuni, dont la moitié provient de la région.Le CIARC autofinance ses activités par diverses initiatives, notamment par les revenus d\u2019une entreprise laitière qu\u2019il possède.Il a réalisé le «Centre régional d\u2019initiatives et de formation agricole» (CRIFA), en collaboration avec la Commission scolaire de Coaticook, pour dispenser une formation en agriculture au secondaire et au collégial.Il a aussi suscité la création d\u2019un «Comité d\u2019adaptation de la main-d\u2019œuvre en agriculture» (Camo) qui réunit les producteurs et les travailleurs agricoles pour 1057 améliorer et valoriser leur travail.Le CIARC poursuit des études pour promouvoir la commercialisation des produits de la région.Il a également conçu un babillard électronique, le Téléferme, pour permettre aux agriculteurs d\u2019échanger des renseignements au moyen de leurs micro-ordinateurs, d\u2019un logiciel de communication et d\u2019un modem.Cette concertation régionale dans la région de Coaticook est un exemple de concertation qui doit être vécu dans toutes les régions.Kahnawake Kahnawake, c\u2019est un baril d\u2019explosifs lorsque les Blancs travaillent avec leurs pieds.Kahnawake présente un modèle de relations fraternelles et porteur d\u2019avenir.Une collaboration exemplaire s\u2019est établie entre Mohawks et Québécois.En cette réserve de la rive sud de Montréal, on retrouve 6 000 personnes dont le revenu familial atteint 30 000 dollars.200 entreprises emploient près de 700 personnes dans les services et la construction.Le chômage varie de 30% en été à 50% en hiver.Jusqu\u2019en 1987, les banques environnantes répondaient aux demandes de services d\u2019épargne et de crédit.A peine dix pour cent de l\u2019argent qui circulait dans la communauté y était réinvesti.En 1987, les Mohawks établissent leur Caisse populaire.Aujourd\u2019hui, l\u2019institution possède un actif de 45,2 millions de dollars et un portefeuille de prêts de 15,8 millions.Elle est gérée par les autochtones eux-mêmes.Ces derniers ont dû créer un système d\u2019actes de fiducie qui contourne l\u2019article 89 de la Loi sur les Indiens qui leur interdit de grever leurs biens meubles ou immeubles en faveur d\u2019un non-Indien.L\u2019impact de la Caisse Kahnawake est considérable sur l\u2019économie de la réserve.On affirme qu\u2019à peu près tous les prêts commerciaux, les deux tiers des prêts hypothécaires et plus de la moitié des prêts personnels auraient été refusés par les banques.La Caisse permet une injection de plusieurs millions de dollars dans l\u2019achat de biens et de services qui contribuent au développement économique de la communauté Mohawk.Espérons que cette expérience heureuse servira de modèle pour les relations à établir entre autochtones et québécois.Michel Robert devrait s\u2019en inspirer.Coupures et santé Le gouvernement a annoncé des compressions de 900 000 000 $, au cours des prochaines années, dans le domaine de la santé et des services sociaux.La ministre, madame Lucienne Robillard, rêve d\u2019offrir «les mêmes services à meilleur coût».Les directeurs généraux d\u2019hôpitaux lui ont dit qu\u2019il était « impossible de maintenir les services dans les hôpitaux du Québec » avec la premire coupe 1058 de 750 000 000 $.Déjà, 25 000 malades doivent attendre une moyenne de huit mois avant de subir une intervention chirurgicale.Des dizaines de milliers de patients n\u2019ont pas de médeçin de famille et utilisent les services de l\u2019urgence ou de cliniques médicales, perdant des heures dans des salles d\u2019attente.Des dizaines de milliers de patients doivent attendre entre trois à dix mois pour rencontrer leur médeçin spécialiste.La situation est dramatique.Le réseau des services sociaux et de la santé est gravement malade.Des réformes en profondeur, et non des coupes de budget, s\u2019imposent.Seul un réseau public peut répondre aux besoins de la population de façon efficace et à un meilleur coût.Des expériences américaines et autres ont prouvé que la privatisation du réseau de la santé offrait des services à un coût plus élevé et de façon moins équitable.Pour financer adéquatement le système de la santé, des mesures précises s\u2019imposent: révision de la fiscalité, modification des honoraires médicaux, révélation aux patients de tous les coûts occasionnés, contrôle du prix des médicaments, etc.L\u2019IRMC, une réussite sensationnelle Nous parlons sonvent de nos défaites et rarement de nos réussites.La lecture d\u2019une conférence prononcée par le docteur Jacques Genest à l\u2019Institut Pasteur me donne l\u2019occasion de souligner le succès extraordinaire de l\u2019Institut de recherches cliniques de Montréal.Fondé en 1967 par le docteur Genest, cet Institut contribue à la promotion de la santé et à l\u2019amélioration de la qualité de vie.Il recherche les causes des maladies.Il développe de nouveaux modes de diagnostic, de traitement et de prévention.Il utilise les nouvelles technologies associant la physique, la chimie à la biologie cellulaire et moléculaire et aux ordinateurs de dernière génération.Il compte 65 cliniciens-chercheurs et un personnel de plus de 450 personnes.Il est reconnu comme un des plus importants leaders de la recherche biomédicale au Canada.Par ses contributions scientifiques majeures, il s\u2019est taillé une réputation enviable dans le monde international de la science médicale.Louise Laurin au MNQ Louise Laurin est la nouvelle présidente du Mouvement national des Québécoises et des Québécois.Nos meilleurs vœux à cette militante «sans peur et sans reproche» ! Mme Laurin est diplômée en histoire et en pédagogie.Elle est commissaire indépendante à la C.E.C.M., porte-parole de la Coalition contre la loi 107 et vice-présidente de la SSJB de Montréal.Elle dirigera les destinées du MNQ, un organisme de 200 000 membres.Elle fera la promotion de la souveraineté, défendra la langue française et portera une attention particulière au problème de l\u2019immigration.1059 Le SS J B de Montréal Le 14 novembre, à la salle Ludger-Duvemay du Monument national, Jean-Claude Germain, dramaturge et historien, présentera le spectacle du lôOième anniversaire de la SS JB.Réservez dès maintenant votre soirée.Cette représentation théâtrale sera unique.Ne la manquez pas.A la Société, les anniversaires ne se comptent plus.Le Prêt d\u2019Honneur a été fondé il y a déjà 50 ans.C\u2019est un événement dont il faut se souvenir.La dette du Québec Le gouvernement du Québec a vécu au-delà de ses moyens.La révolution tranquille a développé des airs de mégalomanie.Depuis 1970, la dette a monté en flèche, vers des sommets imaginables pour un peuple habitué au «bas de laine».Le tableau qui suit souligne la progression invraisemblable de l\u2019endettement de notre gouvernement.\tDette directe\t\tRégime-retraite\t\tDette totale\t Année\tMillionsS\t%PIB\tMillionsS\t%PIB\tMillionsS\t%PIB 1970-71\t2 478,5\t11,0\t\u2014\t\u2014\t2 478,5\t11,0 1974-75\t4 029,9\t11,1\t67,2\t0,2\t4 097,1\t11,3 1978-79\t8 325,0\t14,3\t915,4\t1,6\t9 240,4\t14,9 1982-83\t16 485,0\t19,4\t4 488,7\t5,3\t20 973,7\t24,6 1986-87\t25 606,0\t21,8\t9 352,7\t8,0\t34 958,7\t29,8 1990-91\t29 636,7\t19,2\t16 227,2\t10,5\t45 863,9\t29,8 1993-94\t45 158,0\t28,2\t20 548,0\t12,8\t65 706,0\t41,0 Voilà où nous en sommes ! Sur le bord du précipice ! Si vous avez le vertige, ne vous penchez pas.Et ne croyez pas que la course à la faillite prendra fin demain matin.Un appétit insatiable s\u2019est développé.Le régime de minceur n\u2019est pas pour le prochain dîner.La guerre au gaspillage n\u2019est pas entreprise.Les chevauchements entre gouvernements et entre ministères ne cesseront pas.Les riches et les richissimes continueront de pratiquer l\u2019érosion fiscale.Les entreprises persisteront à quêter des subventions, des privilèges, des faveurs.La technologie perpétuera le chômage en produisant davantage avec moins de travailleurs.Et le renard n\u2019aura de cesse de courir après sa queue, car les intérêts sur la dette totale représentent en 1994 la jolie somme de 5 316,4 milliards de dollars, soit 708 $ par personne, jeune ou âgée, homme ou femme.De ce sujet tragique, il n\u2019en sera pas question pendant les élections.1060 La crédibilité du budget Le Ministre des Finances du Québec annonce dans chaque budget que dans cinq ans il n\u2019y aura plus de déficit.Et ainsi, de budget en budget, le déficit budgétaire est reporté à une éventuelle cinquième année.Cette prévision quinquennale ne trompe plus personne.Le Ministre est même incapable de prévoir douze mois à l\u2019avance.Un coup d\u2019œil sur les exercices financiers des dernières années le démontre avec clarté.Exercice\tPrévisions du déficit\tRésultats\tErreur 1990-\t1991 1991-\t1992 1992-\t1993 1993-\t1994 1994-\t1995\t1 750 000 000 3 480 000 000 3\t790 000 000 4\t145 000 000 4 425 000 000\t2 825 000 000 4 191 000 000 4 932 000 000 4 895 000 000\t1 075 000 000 = 61% 711 000 000 = 20% 1 142 000 000 = 30% 750 000 000= 18% Une entreprise qui budgéterait ainsi ferait banqueroute.Pouvons-nous avoir confiance dans les promesses des politiciens ?Le présent ne nous donne aucune assurance sur les perspectives projetées.L\u2019espérance fait place à l\u2019illusion.Que faire ?Ventes de feu Le gouvernement possède encore des valeurs d\u2019investissement de 1,3 milliard dans des sociétés d\u2019État, autres qu\u2019Hydro-Québec.Il entend relancer le processus de la privatisation, « afin notamment de concentrer le rôle de l\u2019État sur ses missions fondamentales, de renforcer la structure économique du Québec et d\u2019améliorer la compétitivité de ses entreprises».Le gouvernement vendra à l\u2019encan l\u2019ensemble des placements de la SGF et l\u2019usine d\u2019embouteillage de la SAQ, ainsi que certaines de ses opérations : vente au détail, distribution, etc.Normines et Sidbec-Dosco seront aussi offerts aux enchères.Les placements de Soquip seront liquidés.Rexfor se départira de ses intérêts dans Tembec, les Produits forestiers Saint-Alphonse, les Produits forestiers Bellerive Ka\u2019N\u2019Enda et les Panneaux Chambord.La liste d\u2019épicerie affectera aussi Soquia qui cédera ses actions dans Culinar et les Aliments Carrière.La Sepaq, la Soquem, la SIQ et la SDBJ vendront les placements détenus.Même la RIO devra se défaire du Village olympique.Ainsi le veut le néo-libéralisme du gouvernement Johnson.Il faut remettre la production de biens et de services à un secteur privé qui demeure incapable de développer l\u2019économie québécoise conformément aux besoins de la population.Il faut détruire ce qui a été bâti difficilement au cours des trente dernières années.Il faut tout détruire.1061 Le mirage des privatisations Depuis 1985, le gouvernement Bourassa a réalisé 38 privatisations.Il a vendu des sociétés évaluées à 1 400 000 000 $ pour la somme de 295 000 000 $.Il a ainsi réduit le rôle de Soquia, de Soquem, de Rexfor, de Soquip, de la Sogic et de la SGF, des instruments de développement économique mis en place par Jean Lesage, sans avoir renforcer l\u2019économie québécoise.Dans certains cas, on a vendu à rabais des bijoux de la Couronne.Même certains canards boiteux ont profité à des amis.Voici le tableau des opérations de privatisation réalisées entre 1986 et 1994.Société\tDate de clôture\tTransactions\tPrix-vente millions $ Provigo Inc.Distex-SNA Lupel-SNA Cambior Rafmerie Sucre Scierie Beam J.-E.Landry Pêches Nordiques Donohue Grande-Entrée Cascades Cabano Québécair Panofor Soc.minière Louvain Madelipêches Soquip Alberta Pêches de Newport Filaq-SNA Industries 3-R Scierie Outardes Mines Seleine Atlas Turner Crustacés-des-Des Industries Tanguay Bio Méga Roto-SNA Fusoroc Enerpan Bois de l\u2019Est Tembec Forex Groupe MIL Place Desjardins Bell, SAL, Atlas ScierieGrandRemous Congélation St-Bruno Cambior Disque Améric\t17-3-86 26-6-86 25-7-86 13-8-86 19-9-86 5-12-86 19-1-87 4-\t3-87 7-\t7-87 15-8-87 31-8-87 8-\t9-87 29-10-87 5-\t11-87 19-\t11-87 23-\t12-87 8-2-88 10-2-88 10-2-88 1-4-88 294-88 5-5-88 24-\t5-88 1-6-88 1-8-88 12-9-88 20-\t9-88 8-\t2-89 1-3-89 9-\t3-89 3-4-89 19-7-91 26-3-92 5-9-92 1-10-92 31-10-92 7-4-93 31-7-93\tActions, 6,8% à Unigesco Echlin Cascades Actif à Cambior Inc.Actions à Sucre Lanctic Actions à Tembec Actions (42%) à Provigo Actions (94,4%) à Fruits de Mer Actions (56%) à Mircor Actif au Groupe Hubert Actions (30%) à Cascades Actions à Nordair-Métro Actif à Normick-Perron Actions à Ressources Ste-Geneviève Actions au Groupe Delaney Actif à Sceptre Resources Actions (39%) aux pêcheurs Industries 3-R Actions (30%) à Industries 3-R 60% à Cie de Papier Ontario Actions à Soc.canadienne de Sel Actif à Supradur Canada Actions au Groupe Delaney Actions à Canam Manac & Fournier Actions à Boehringer Ingleheim Can.Actions à Precision Industries Actif à Industries Cafco Actif à Panfibre et Uniboard Canada Actif à Donohue Matane Part de Rexfor à Tembec Participation de 20% à Forex A GEC Alsthom Électromécanique Actions à Place Desjardins.Actions à Soc.exp.minière Mazarin Actif à Produits forestiers Gatineau Bleuets Sauvages du Québec.Actions (14%) à un syndicat Actions à MPO Canada\t48,4 5,7 9.0 180,0 43,2 4,4 3.3 7.0 320,0 0,5 11.0 73,8 14.0 8.4 16.1 196,5 3.5 0,3 0,2 20,0 35,0 3.0 4.6 5.3 23,4 1.3 2.9 6,8 35.6 10.9 2.5 90.0 98.3 34.3 5,3 2.6 53.7 19,6 1062 La SAAQ victime d\u2019un vol Le 6 juin dernier, le juge Jean Moisan de la Cour supérieure du Québec a jugé illégale et inconstitutionnelle l\u2019appropriation par le gouvernement d\u2019une somme de 2,2 milliards de dollars effectué dans la caisse de la Société de l\u2019assurance automobile du Québec.Le savant juge décrète que les quatre lois votées depuis 1987 sont ultra vires.«Les assurés ont versé, non pas à titre de taxe devant alimenter le fonds consolidé de la province, mais à titre de contribution d\u2019assurance destinée à les couvrir dans le cadre du régime».Ce jugement ouvre la porte à un recours collectif pouvant bénéficier à quatre millions d\u2019assurés.C\u2019est le docteur Carol Villeneuve de Charlesbourg qui a pris l\u2019initiative de la requête en jugement déclaratoire qui devrait conduire à un recours collectif.Avec toute l\u2019innocence qu\u2019on lui connaît, le ministre de la Justice, Roger Lefebvre, ira en appel.Le contribuable paiera un million de dollars et plus en frais d\u2019avocats.La cote du Canada Le 2 juin 1994, l\u2019agence de crédit Moody\u2019s a abaissé la cote de crédit du Canada de Aaa à Aal pour la partie de la dette canadienne libellée en devises étrangères.La veille, la même agence a maintenu la cote de crédit du Québec.L\u2019ineffable André Ouellet, ministre des Affaires étrangères, déclarait «que c\u2019est un signe d\u2019une certaine inquiétude en fonction de l\u2019instabilité qui prévaut et qui est tributaire de la venue de l\u2019élection provinciale (au Québec) et des visites de M.Bouchard à l\u2019étranger.Cette décote vient après les visites intempestives, inappropriées, inacceptables du Chef de l\u2019opposition à Ottawa».Pauvre monsieur Ouellet ! Il n\u2019a pas compris que Moody\u2019s a évalué l\u2019importance de la dette canadienne et de son poids sur les finances publiques.Ce ne sont pas les voyages de M.Bouchard qui influencent une agence de crédit.La cote reflète la santé économique du Canada et sa capacité d\u2019honorer ses obligations.Ce n\u2019est pas la cote du Québec qui a été abaissé, c\u2019est celle du Canada.Kingston, une erreur Selon le Comité présidé par Claude Castonguay, «la fermeture du Collège militaire royal de Saint-Jean constituerait une erreur irréparable».Le jugement est sévère.Le rapport parle de désastre politique, académique et économique.Il en coûterait 60 pour cent de plus pour former un élève-officier au Royal Military College of Kingston qu\u2019au Collège militaire de Saint-Jean.La formation d\u2019un élève coûte 52 000 $ par année à Saint-Jean et 83 000 $ à Kingston- 1063 la-ville-à-l\u2019école-française-sans toilette.L\u2019aménagement des installations de Kingston pour recevoir les élèves de Saint-Jean comporterait une dépense d\u2019environ 60 000 000 $, soit le triple des prévisions établies pour la fermeture du CMR.L\u2019erreur du fédéral en ce dossier est «irréparable».La politique du bilinguisme est foulée aux pieds.A Kingston, l\u2019anglais est et continuera d\u2019être la langue de l\u2019enseignement pour les officiers de l\u2019armée.Le recrutement d\u2019élèves francophones sera difficile.Les solutions de rechange proposées représentent des compromis improvisés et inacceptables.Le Québec n\u2019a pas besoin d\u2019un nouvel établissement collégial et universitaire.Le gouvernement éprouve déjà de grandes difficultés à financer nos maisons d\u2019enseignement.A court terme, il imposera de nouvelles compressions budgétaires aux institutions existantes pour financer ces études stratégiques et diplomatiques qu\u2019on veut implanter à Saint-Jean et qui auraient pu être établies en l\u2019une ou l\u2019autre de nos universités.La Francophonie d\u2019Amérique Le Bloc québécois a élaboré une politique de réconciliation et de fraternité avec les francophones des autres provinces.Il reconnaît «l\u2019existence d\u2019un espace francophone canadien \u2014 dont le Québec est le point d\u2019appui \u2014 et qui trouve son expression dans la vitalité de ses communautés francophones et acadiennes ».Les propositions exposées à Shédiac par Lucien Bouchard vont dans le sens des énoncés de L\u2019Action nationale en ces dernières années.Le Bloc s\u2019engage à appuyer les revendications des communautés francophones à la Chambre des Communes, au Québec et dans les instances internationales.Il demande au gouvernement du Québec d\u2019accorder un appui fraternel et concret à ces communautés «pour faciliter leur présence au sein de la francophonie».M.Bouchard est d\u2019avis que le discours souverainiste ne l\u2019empêche pas de réclamer le respect dû aux minorités francophone et acadienne.Au nom de son parti, il affirme qu\u2019un Québec souverain devra: -\t« reconnaître l\u2019existence, la vitalité et la diversité des communautés francophones et acadiennes ; -\tappuyer, dans toutes les instances internationales appropriées, la revendication des droits historiques et constitutionnels de ces communautés ; -\tappuyer les demandes de services en français formulées par ces communautés et la reconnaissance du droit à des institutions homogènes distinctes ; -\tpromouvoir le fait français en Amérique, en tenant compte de la diversité des communautés francophones et acadiennes ; -\tbonifier les ententes de coopération interprovinciale existantes et en créer de nouvelles pour y inclure un volet portant sur les 1064 besoins et aspirations des communautés francophones des provinces visées par ces ententes ; -\tdonner au ministère responsable de la Francophonie les ressources budgétaires suffisantes pour qu\u2019il s\u2019acquitte de sa mission de promotion des intérêts des communautés francophones et acadiennes, au Québec, au Canada, en Amérique et dans la francophonie mondiale ; -\tconférer à ses ministères à vocation sectorielle un rôle de soutien plus actif auprès des institutions, organismes ou associations de la francophonie canadienne ; -\ttravailler de concert avec ces communautés sur toute question d\u2019intérêt commun, notamment dans le domaine de l\u2019éducation».L\u2019espoir de la réconciliation et de la fraternité dissipera la méfiance et l\u2019incompréhension qui ont marqué les relations entre les francophones du Québec et de la diaspora.Les Franco-Ontariens l\u2019ONU L\u2019Association canadienne-française de l\u2019Ontario appuie la démarche de Marc Labelle d\u2019Ottawa et de Roland Desroches de Penetanguishene qui demandent aux gouvernements du Canada et de l\u2019Ontario de respecter leurs droits fondamentaux, notamment dans le domaine de l\u2019éducation.«Nous réclamons, disait M.Labelle en conférence de presse, la fin de l\u2019endiguement séculaire de nos droits scolaires, la fin également du subtil nettoyage linguistique actif ou par omission, qui entraîne le génocide culturel » (des Franco-Ontariens).La plainte déposée à l\u2019ONU accuse le gouvernement du Canada de ne pas respecter le «Pacte relatif aux droits civils et politiques » dont il est le signataire.Elle accuse le gouvernement de l\u2019Ontario de ne pas respecter la Charte canadienne des droits et libertés qui reconnaît le droit des minorités francophones du Canada à la gestion de leurs écoles.Ce droit a été confirmé par la Cour suprême en 1990.Mais les francophones n\u2019ont toujours pas accès «à un enseignement de qualité égal à celui de la majorité anglophone en Ontario».«L\u2019assimilation semble être la politique de choix du gouvernement de l\u2019Ontario».L\u2019ACFO admet que «la moitié des 500 000 Franco-Ontariens seront assimilés au tournant du siècle», si la tendance actuelle se poursuit.(Le Devoir, 23 mai 1994, A.4) Kingston et le français En Ontario, une agglomération a droit à des services en français si elle devient «zone désignée» en vertu de la loi 8.Pour le devenir, elle doit compter au moins 5000 personnes ou 10 pour cent de la population parlant français.Or, Kingston, la-ville-à-l\u2019école- 1065 française-sans-toilette, compte 4820 parlants français et quelque 300 cadets francophones du Collège militaire royal de Saint-Jean s\u2019inscriront au Royal Military College Kingston dès l\u2019automne.Le Commissaire aux langues officielles du Canada, Victor Golbloom, demandait au gouvernement de Bob Rae de faire une exception et d\u2019accorder à Kingston des services en français.Le ministre des Affaires francophones (et non pas des Affaires anglophones), Gilles Pouliot, a rejeté catégoriquement la proposition du Commissaire.«Lorsque les critères seront remplis, nous agirons», a-t-il déclaré.(Le Journal de Montréal, 5 juin 1994, 31) L\u2019acadi e- N ou velle Nos meilleurs voeux à l\u2019Acadie-Nouvelle qui célébrait son dixième anniversaire le 7 juin dernier ! Le quotidien acadien lancé à Caraquet par une poignée d\u2019homme d\u2019affaires était voué à l\u2019échec.Il avait débuté dans le sous-sol d\u2019un vieux couvent; la salle de rédaction se trouvait dans l\u2019ancienne cuisine.Aujourd\u2019hui, il loge dans un édifice moderne qui appartient à Acadie-Presse, la société qui imprime le quotidien et des hebdomadaires acadiens.Le tirage s\u2019élève à 18 500 exemplaires dont 4 500 sont distribués dans la région de Moncton où les Acadiens doivent encore se battre pour vivre en français.Le journal est dirigé par Gilles Haché ; le rédacteur en chef est Nelson Landry et le directeur de l\u2019information, Henri Motte.L\u2019Acadie-Nouvelle a pris la relève de l\u2019Évangéline.Pour toujours ! Un peu d\u2019histoire 3\tseptembre 1888: Première célébration de la fête du travail à Montréal.4\tseptembre 1952: Première émission télévisée au Canada.5\tseptembre 1755: John Winslow, lieutenant-colonel et commandant des troupes de Sa Majesté britannique, décrète la déportation des Acadiens en l\u2019église de Grand-Pré.Elle fut ordonnée d\u2019une façon révoltante.Un extrait de la déclaration de Winslow en exprime la répugnance : «Grâce à la bonté de Sa Majesté, disait l\u2019émissaire, j\u2019ai reçu l\u2019ordre de vous accorder de prendre avec vous votre argent et autant de vos effets que vous pourrez emporter.Je comprends que cette déportation doit vous causer de grands ennuis.J\u2019espère que dans quelque partie du monde où le sort va vous jeter, vous serez des sujets fidèles, paisibles et heureux.» 7 septembre 1889 : Pour la première fois depuis l\u2019érection du Manitoba en province, la gazette officielle ne fut imprimée qu\u2019en 1066 anglais.C\u2019était l\u2019époque où le gouvernement Greenway abolissait la langue française dans tous les services publics du Manitoba.11 septembre 1755 : Winslow ordonne, sous la menace de la baïonnette, d\u2019embarquer sur un bâteau 141 jeunes gens et 89 hommes mariés.23 septembre 1665: Jean Talon, le grand intendant, siégeait au Conseil souverain de la Nouvelle-France, pour le première fois.L\u2019œuvre de Talon est considérable.L\u2019homme avait de la vision.À titre d\u2019exemple, il établissait un chantier maritime sur la rivière Saint-Charles et il faisait construire des navires pour l\u2019exportation des produits canadiens.Aujourd\u2019hui, le fédéral détruit les chantiers maritimes du Québec.Le 23 septembre 1871, à Montebello, disparaissait Louis-Joseph Papineau.Il était âgé de 85 ans.27 septembre 1873: Ambroise Lépine est arrêté.Il est condamné à mort.Mgr Taché intervient et la peine est commuée en deux ans d\u2019emprisonnement.Lépine avait participé à toutes les luttes des Métis.Lorsque sa tête est mise à prix, il s\u2019enfuit.Lorsque les Féniens envahissent l\u2019Ouest canadien, Lépine revient au pays avec Riel.Les deux hommes prennent la tête des Métis pour combattre les Féniens.Dès que la menace fénienne disparaît, les Orangistes réclament à nouveau la tête de Riel et de Lépine.27 septembre 1839: 58 patriotes sont exilés en Australie.Ils viennent d\u2019Alburg, Châteauguay, L\u2019Acadie, Montréal, Napierville, Saint-Césaire, Saint-Clément, Saint-Constant, Saint-Edouard, Saint-Philippe, Saint-Rémi, Saint-Timothée, Saint-Vincent et Terrebonne.Au nombre des exilés, deux de mes ancêtres, Gabriel-Achille et Pierre-Hector Morin.?Rosaire MORIN 1067 Comptes rendus Axel Maugey, Le Roman de la Francophonie, Montréal, Humanitas, 1993.Paris, Éditions Jean-Michel Place, 1993,219 pages (24 x 21 cm).Axel Maugey, professeur de civilisations du monde francophone à l\u2019Université McGill, est avantageusement connu pour avoir publié jusqu\u2019ici une dizaine d\u2019ouvrages, entre autres pour ses deux livres sur la francophonie: La Francophonie en direct, Tome I.L Espace politique et culturel; Tome II: L\u2019espace économique.Vers l\u2019entente francophone.Ces deux essais, dont j\u2019ai fait un compte rendu dans mon volume D'un livre à l\u2019autre L esprit des livres (1993), ont paru respectivement entre 1987 et 1989, soit avant les Sommets de Québec (1987) et de Dakar (1989).En publiant Le Roman de la Francophonie, il a fait beaucoup plus que «rebaptiser» (p.54) Vers l\u2019Entente francophone, il en a sensiblement amélioré la présentation - elle a fait toilette neuve -, il a augmenté la bibliographie, perfectionné l\u2019Index des noms propres, corrigé ou nuancé plus d\u2019une phrase des treize chapitres, fait des ajouts ou des soustractions à la Conclusion, sans oublier qu\u2019il a remis à jour l\u2019Introduction.Cet Essai comporte, au départ, le limpide et nouvel Avant-Propos du Professeur Michel Guillou, la Préface légèrement remaniée de Pierre Laporte, président de l\u2019Office de la langue française du Québec, et les Remerciements chaleureux de l\u2019auteur, originaire de la Provence au soleil.Quant au titre, il est imagé, original et piquant.Le terme de roman est pris ici, bien sûr, dans l\u2019acceptation métaphomque, car en l\u2019occurence il ne s\u2019agit pas d\u2019un récit avec intrigue, d\u2019une histoire, d\u2019un dialogue, d\u2019une description de passions ou de sentiments, d\u2019une étude de caractères ou de mœurs, mais plutôt d une aventure livresque à la recherche de la Francophonie, d\u2019un voyage d\u2019un quart de siècle accompli par l\u2019auteur autour de sa chambre, soit d une analyse de treize livres sur la francophonie parus de 1966 à 1988.Autant dire que Le Roman de la francophonie ne se lit pas d affilée comme un roman.Le lecteur ferait bien de lire lentement, à dose faible, un chapitre après l\u2019autre, pour en assimiler la substance.Il aura tôt fait de constater que deux auteurs sur treize sont anglophobes ou améri-canophobes, ce qui ne rime à rien et n\u2019est pas à leur honneur.11 verra aussi que plusieurs se contredisent, ce qui ne manque pas d intérêt.Variés sont donc les points de vue exprimés, ce qui justifie l\u2019heureux choix fait par l\u2019auteur du volume.Les treize chapitres, 1068 dont six correspondent exactement au titre même de l\u2019ouvrage analysé, se lisent comme suit: I Parlez-vous français?(p.19-30).II La Francophonie en péril (p.31-38).III Défense et illustration de la langue française (p.39-49).IV Appel aux francophones (p.51-61).V Projet pour la francophonie (p.62-74).VI Rencontre avec la belle clocharde (p.75-86).VII Lettre ouverte à ceux qui en perdent leur français (p.87-98).Le français pour qu\u2019il vive (p.99-111).Le français à son destin (p.112-127).La francophonie de la dernière chance (p.128-143).Un nouveau discours sur l\u2019universalité de la langue française (p.144-160).Les chemins de l\u2019avenir (p.161-174).Ce que je crois (p.125-174).Une mémoire pour demain (p.175-188).Suivent la Conclusion (p.189-197), la Bibliographie générale sur le français et la francophonie (p.198-212) et l\u2019Index général des auteurs cités dans le volume (p.214-216).Voici maintenant les auteurs les plus souvent cités: Thierry de Beaucé, Gabriel de Broglie, Charles de Gaulle, Xavier Deniau, René Étiemble, Michel Guillou, Claude Hagège, Philippe Lalanne-Berdouticq, Jean-Marc Léger, Philippe Rossillon, Philippe de Saint-Robert, Léopold Sédar Senghor, Gérard Tougas, Auguste Viatte.«J\u2019aime ce qui naît», se plaisait à répéter Paul Valéry.Sans doute aimerait-il le terme de francophonie et surtout ce qu\u2019il représente, s\u2019il lui était donné de revenir parmi nous.Le mot ne figure pas dans le Dictionnaire Littré.Il fut employé pour la première fois en 1860 par le grand géographe français Onésime Reclus dans son ouvrage France, Algérie et Colonies.Qu\u2019il ait mis environ un siècle à se répandre et à s\u2019imposer ne doit point nous surprendre; il est nouveau, lourd de signification et évolue de décennie en décennie depuis une trentaine d\u2019années.Axel Maugey trace l\u2019aventure de la francophonie depuis lors jusqu\u2019à 1988, en analysant et critiquant de façon sereine, teintée d\u2019humour ou d\u2019ironie, les treize meilleurs essais publiés sur le sujet au cours de cette période.Il va sans dire que pareil thème ne tire pas à la une de la presse écrite, orale et télévisée ; le public de Montréal ou de Paris préfère de beaucoup Madonna ou la musique africaine.Le concept de francophonie repose fondamentalement sur l\u2019enseignement et l\u2019usage du français, tout en encourageant le pluralisme linguistique ou le multiculturalisme.Loin d\u2019être vindicatif, anti-anglais ou anti-américain, il vise à éviter toute hégémonie linguistique, notamment dans les domaines d\u2019ordre culturel, littéraire, scientifique, médiatique.Il travaille à la réalisation d\u2019un projet de société, avec les moyens ad hoc, fondé sur les valeurs communes à quarante pays unis par la langue française comme moyen d\u2019expression et de vie sociale, de communication et de progrès.Il tient à tout prix à conserver et à répandre le riche héritage qui est le sien.Au chapitre des lacunes, on me permettra d\u2019en relever deux: 1° l\u2019absence de la table d\u2019abréviations ou de sigles en tête du livre.1069 Comme nous vivons dans un monde d\u2019acronymes - il en sort au moins une dizaine par année, je connais même des gens qui ne peuvent dire deux phrases sans me déverser sur la tête BN, HEC, PRIE, HLM, CIBC, BES, ENAP, et alia -, il est sage de présumer que tout lecteur n\u2019est pas aussi familier avec l\u2019AUPELF qu\u2019avec le mot SIDA.Aussi convient-il de dresser en bonne place une liste de ces vocables ou mots-valises.2° L\u2019auteur, qui enseigne à Montréal depuis plus d\u2019un quart de siècle, aurait pu mentionner dans sa bibliographie a) le Rapport annuel du Commissaire aux deux langues officielles du Canada, b) les Actes du Congrès annuel de l\u2019ACELF (Association canadienne d\u2019éducation de langue française); cet organisme, qui compte aujourd\u2019hui 46 ans d\u2019âge, publie aussi chaque année trois numéros intitulés Éducation et Francophonie.L\u2019essai d\u2019Axel Maugey touche à divers aspects de la francophonie et constitue une pénétrante vue d\u2019ensemble sur le sujet, dont les enseignants et les politiques, les historiens et les sociologues ne manqueront point de faire leur miel.Il soulève aussi une question fondamentale: les francophones s\u2019aiment-ils toujours?Sont-ils encore conscients et fiers de leur héritage ?Sont-ils prêts à le maintenir et à le faire rayonner sur les cinq continents ?L\u2019action est toujours d\u2019actualité.Axel Maugey prêche d\u2019exemple.Son Essai est constructif, optimiste et utile.Il est aussi bien composé, bien pensé, bien rendu et bien senti.Maurice Lebel Université Laval Jean-Claude Robert, L\u2019Atlas historique de Montréal, Montréal, Art Global inc.et Éditions Libre Expression, 1994.167 p.Il y a très peu de villes, à travers le monde, qui possèdent leur propres atlas historique.Montréal a depuis peu cet avantage, grâce au travail de l\u2019historien Jean-Claude Robert.Un atlas historique est un outil d\u2019analyse original.Il permet de suivre, à travers les siècles, l\u2019évolution d\u2019un territoire et de son aménagement en fonction de l\u2019accroissement de la population et du développement des divers services.Au Québec, nous connaissions l\u2019Atlas historique du Canada publié par tranches aux Presses de l\u2019Université de Montréal depuis 1987 et dont la mise au point avait nécessité la collaboration de plus de 250 personnes.Le travail de Jean-Claude Robert a été réalisé grâce à l\u2019appui d\u2019une très petite équipe.La qualité du contenu et la valeur de la présentation graphique n\u2019en souffrent pas pour autant, loin de là.Cet ouvrage, publié à l\u2019initiative et sous les auspices de la Fondation Lionel-Groulx, a bénéficié d\u2019une subvention du ministère du Patrimoine canadien dans le cadre des projets de recherches 1070 élaborés pour souligner le 350e anniversaire de fondation de Montréal, en 1992.La table des matières annonce six parties.En réalité, l\u2019essentiel du document repose sur quatre blocs de textes découpés chacun en dix chapitres fondés sur autant de cartes ou de planches, comme disent les géographes, et qui «traitent d\u2019un thème de l\u2019histoire de Montréal pour une période donnée ».L\u2019auteur rappelle dans chacun de ces quatre blocs, qui correspondent en définitive aux quatre siècles pour lesquels l\u2019occupation et l\u2019organisation du territoire de la ville nous sont connues, comment, d\u2019une île située au milieu d\u2019un fleuve en Amérique, s\u2019est constituée progressivement, la vie de deux communautés humaines particulières concentrées l\u2019une à l\u2019est et l\u2019autre à l\u2019ouest.L\u2019une francophone, l\u2019autre anglophone.La première communauté, la plus ancienne, est francophone.Elle a gravité du sud de l\u2019île vers l\u2019est.Elle est plus nombreuse, mais elle est aussi moins scolarisée.Elle compte davantage de familles à faibles revenus qui souffrent plus du chômage.L\u2019autre communauté, concentrée dans le secteur ouest, est anglophone.Elle est plus scolarisée.Elle jouit de meilleurs revenus.Quand il explique l\u2019organisation de son Atlas historique, Jean-Claude Robert note, en page 13, que «l\u2019évolution des structures de la ville et le développement de son économie répondent à d\u2019autres stimulations et obéissent à un autre rythme » que le simple déroulement chronologique.L\u2019analyse du vocabulaire de la table des matières nous renvoie sans cesse à des phénomènes de «développement, d\u2019émergence, de nouveauté, d\u2019essor, de mutation, d\u2019intégration, de transformation et de révolution.» Au-delà de ce dynamisme, persistent cependant les tensions sociales et les clivages ethniques.Fondamentalement, l\u2019Atlas nous le démontre, le passage du temps n\u2019est pas, en soi, un régulateur.Le temps n\u2019arrange pas, à lui seul, les choses pour le mieux et pour tous.Très documenté, l\u2019Atlas ne comporte pas moins de 525 renvois à des notes d\u2019appui placées à la fin des 150 pages de textes.Plus d\u2019une centaine d\u2019illustrations composées de photographies, de cartes, de plans, de graphiques, de schémas et de tableaux statistiques occupent 60 % de la surface de l\u2019ensemble.Le texte lui-même, disposé sur deux colonnes est riche de faits, de dates et de données quantitatives.Un tableau chronologique aurait bien eu sa place dans ce cadre méthodologique.Il aurait pu servir de résumé.L\u2019aménagement graphique de l\u2019Atlas repose sur l\u2019utilisation d\u2019un jeu de couleurs d\u2019encre qui varient et découpent la présentation successive des parties, depuis le début jusqu\u2019à la fin de l\u2019ouvrage.1071 Chose étonnante, les sources iconographiques citées dans l\u2019Atlas proviennent de plusieurs dépôts d\u2019archives européens et canadiens.Rien n\u2019émane cependant des Archives de la ville de Montréal.L\u2019avant-dernière image de Montréal présentée par l\u2019Atlas est une vue du territoire obtenue par satellite.Cette présentation spectaculaire fait bien ressortir les transformations morphologiques apportées à «cette île en forme de boomerang située à un carrefour de voies d\u2019eau exceptionnel», au cours des trois siècles et demi de son histoire.Jean-Pierre Chalifoux 1072 LIVRES ET REVUES REÇUS Assemblée intern, des parlementaires de langue française, Bulletin Amérique, Aiple, 1994 Association québécoise d\u2019histoire politique, Bulletin, 1994, 58 p.Bélanger, Réal, Richard Jones, Marc Vallières, Les grands débats parlemantaires, Presses de L\u2019Université Laval, 1994,488 p.Bernard, André, Problèmes politiques, Canada Québec, Québec, Presses de 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file du mouvement nationaliste depuis cinquante ans, monsieur Angers a 1076 consacré sa vie professionnelle à l\u2019enseignement et à la recherche, en vue de contribuer au développement de l\u2019économie canadienne -française et québécoise, notamment par le système coopératif.Objectif La création du prix François-Albert Angers s\u2019inscrit dans une démarche visant à promouvoir la coopération au Québec.Ce prix sera attribué, à tous les trois ans, à l\u2019auteur, ou aux auteurs de la meilleure contribution ayant pour but de promouvoir la coopération par la recherche, l\u2019analyse, l\u2019étude et l\u2019information.Nature du prix Le lauréat se verra remettre une bourse de 2 000 $ offerte par le Mouvement Desjardins.Règlements 1.\tLes candidatures seront reçues jusqu\u2019au 31 décembre de l\u2019année pour laquelle le prix est attribué.2.\tL\u2019auteur désireux de participer doit faire parvenir six exemplaires d\u2019un ouvrage paru au cours de l\u2019année, au secrétariat du prix, à l\u2019adresse suivante: Prix Arès et Angers Ligue d\u2019Action nationale 1259 rue Bern, bureau 320 Montréal, H2L 4C7 3.\tLe prix sera remis au cours du mois de mars.4.\tLe jury du prix Arès est formé de personnes désignées par la Ligue d\u2019Action Nationale.Pour 1994, les membres sont: Fernand Dumont, Jean Éthier-Blais et Julien Harvey.5.\tLe jury du prix Angers est formé de personnes désignées par la Ligue d\u2019Action nationale.Pour 1997, les membres sont: Yvon Daneau, Madeleine Gauthier, Pierre Marois et Jeannine McNeil.6.\tLa recommandation du jury prend effet quand elle est confirmée par la Ligue.1077 Ne jetez jamais un numéro de U Action nationale Souvenez-vous toujours que L'Action nationale accepte tous les exemplaires qu\u2019on lui offre, particulièrement les numéros 1917- 1918- 1944 1951 à 1961 - 1968 Ne jetez jamais un numéro de VAction nationale Nous acceptons aussi U Ame des livres et VAlmanach de la langue française 1259, rue Bern, bur.320, Montréal H2L 4C7 Téléphone (514) 845-8533, télécopieur (514) 923-5755 1078 Nous retournons à la source.Nous réaffirmons notre objectif premier: offrir à la population québécoise le meilleur service au moindre coût possible a Hydro-Québec Le meilleur de nous-mêmes /m SOCIETE NATIONALE D'ASSURANCE 425, boul.de Maisonneuve ouest, bureau 1500, Montréal H3A3G5 (514) 288-8711 Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins 1080 y L\u2019UNION CANADIENNE COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE Société membre du groupe unidal Siège social:\tPlace d'affaires: 2475, boul.Laurier,\t625, Président Kennedy Sillery (Québec) G1T 104 Bureau 625 Téléphone: (418)651-3551\tMontréal (Québec) H3A 1K9 Télécopieur (418) 651-9301\tTéléphone: (514) 847-8000 Télécopieur (514) 847-8080 Denis Laberge Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boul.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 \t\t 1\t\tLES ATELIERS GRAPHIQUES MARC VEILLEUX INC.1^ \"\" LES SPECULE Production et ventes 203, Des Pionniers Ouest Cap-Saint-Ignace (Québec) GOR 1H0 (418) 246-5666 wSËtéÊ Bureau de Montrent (514) 848-9766 télécopieur : (418) 246-5564 Télécopieur : (514) 848-0160 «L'IMPRIMEUR* NATIONALISME ET CONFLITS DE DROITS Le débat du droit privé au Québec 1760-1840 1 \\ » i \\ N K O I.1 - H NATIONALISMES ET CONFLITS DE DROITS.LE DÉBAT DU DROIT PRIVÉ AU QIJÉBEC 1/0OT840 Collection Cahiers du Québec - Histoire n° 108 330 pages - 29,95 $ En vente chez votre libraire Faillite, saisie, bureau d'enregistrement, hypothèque tacite.ces termes devenaient, entre 1760 et 1840, des symboles nationaux dans un débat parfois féroce, parfois larvé entre Canadiens et Britanniques au Québec/Bas-Canada.Dans les deux chambres de la législature et sur les bancs des tribunaux s'affrontaient les partisans des deux systèmes juridiques : le français et l'anglais.Pour l\u2019une ou l'autre partie, imposer son droit était le moyen de faire triompher sa vision de l'avenir de la société québécoise.Il est bon de connaître l'histoire du combat en terre québécoise des deux systèmes juridiques français et anglais au moment où naît le nouveau Code civil du Québec.HURTUBISE HMH 7360, boul.Newman, Ville LaSalle (Québec) H8N1X2 Téléphones : (514) 364-0323 1-800-361-1664 Télécopieur: (514) 364-7435 HL Hiiinii ut \t\t \tSemb Saq\tSyndicat des employés \t\tde magasins et de bureaux de la SAQ Depuis le temps,\t\t1065, rue Saint-Denis Montréal H2X 3J3 *2*-\t0\tï\t\tTél.: (514) 849-7754 1-800-361-8427 (extérieur de Montréal) 1082 Heures d'ouvertures Lundi - mardi : 10 heures à 15 heures Mercredi - jeudi : 10 heures à 18 heures Vendredi : 10 heures à 16 heures LA CAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES DE MONTRÉAL 1255, rue Berri, Montréal H2L 4C6 Tél.: 849-3581 - Fax : 849-7019 Service des prêts 1259, rue Berri, bureau 230, Montréal H2L 4C7 Tél.: (514) 849-3581 - Fax : (514) 849-7019 GHISLAIN BEAULIEU, directeur général é DU CENTrI DU QUÉBEC 449 Notre-Dame, Drummondville (819) 478-2519.Plus de 33 500 membres au Coeur du Québec.HOMMAGES de la SSJB de Montréal Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: 527-9891 Télécopieur : 527-9460 Avec les hommages du MNQ et de ses sociétés affiliées 1083 449, rue Hériot\tTél.: (819) 477-6321 Drummondville J2B 1B4\tFax: (819) 474-5691 Jutras & Associés\t AVOCATS\t Germain Jutras\tNormand Jutras Suzanne Paradis\tLouis Savoie Chantal Grondin\tMarie-Pierre Jutras Christine Jutras\tSylvain St-Onge ALIMENTATION Alimentex Inc.HENRI-LOUIS GAGNON, président-directeur-général C\u2019est tout naturel m Aliments de santé .Livres naturistes .Extracteurs à jus .Suppléments alimentaires ¦ Prescriptions naturopatiques 1188, 1ère Avenue, Québec G1L3K8 (418) 529-7988 - Fax: (418) 529-6939 BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, président 1065, rue de Bleury, Montréal H2Z1N1 (514) 861-3491 - Fax: (514) 866-7056 COMPTABLES AGRÉÉS Gagnon, Roy, Brunet et Associés Gratien Roy, c.a., Associé 3925, rue Rachel est, bur.202 Montréal H1X3G8 (514) 255-1001 - Fax: (514) 899-5378 ASSURANCES Poitras, Larue & Rondeau Inc.Courtier d\u2019assurances 3925, rue Rachel est, bur.200 Montréal H1X3G8 (514)899-5377 ____________ GESTIONNAIRES CONSEILS J.-C.Martin & Ass.Inc.Jacques-C.Martin, président 550, rue Sherbrooke ouest, Montréal H1X3G8 (514) 735-3436 - Fax: (514) 843-9491 % )nTq FONDATION f QUÉBÉCOISE DU CANCER 2075, rue de Champlain, Montréal (Québec) H2L 2T1 Téléphone : 527-2194 IDEES M 0 N T R É AI,, I 9 9 4 Un rendez-vous avec le quotidien.LE DEVOIR 1085 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président honoraire Président Vice-président Secrétaire Trésorier Conseillers Ex-officio Membres honoraires François-Al bert Angers Robert Laplante Alain Laramée Delmas Lévesqe Claude Duguay Marie-Noëlle Ducharme Danielle Gagné Yvon Leclerc Jacques Martin Rosaire Morin Membres André Beauchamp René Blanchard Nicole Boudreau Sylvain Boudreaull Guy Bouthillier J.-Charles Claveau Jean-Claude Dupuis Pierre Dupuis Lucia Ferretti Philippe Gélinas Jean Genest Yvon Groulx Léo Jacques Lysiane Laberge Francine Lalonde Pierre Lamy Colette Lanlhier Isabelle Le Breton Jean-Marc Léger Denis Monière Jacques-Yvan Morin Jean-François Nadeau Pierre Noreau Gilbert Paquette Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Gilles Rhéaume Jean-Jacques Roy Louis-Philippe St-Martin Denis Simard Jean-François Simard Pierre Trépanier Gérard Turcotte Thérèse Baron, Christiane Bérubé, Jacques Boulay, Hélène Chénier, Jean-Marcel Paquette, Juliette Rémillard.Membres émérites: Louise-C.Brochu, Michel Brochu, Marcel Laflamme, Georges Meyers, Anna-L.Normand.L\u2019Action nationale Les 75 000 pages publiées par la revue depuis 77 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix Richard Arès et François-Albert Angers Le prix Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale et le prix Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la Ligue.Fondation Gaston-Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.1259, rue Berri, bur.320, Montréal H2L 4C7 Tél.: (514) 845-8533 -Télécopieur: (514) 923-5755 10X6 \t\t François-Albert\tÉdith Gendron\tFerdinand Ouellet Angers\tRita Giguère\tGilbert Paquette Louis Balthazar Robert Barberis\tMichel Guillou Julien Harvey\tPhilippe Paradis Christian Payeur André Beauchamp\tAndré Joyal\tPierre Péladeau Jules Bélanger\tHenri Laberge\tMarcel Pépin Lionel Bellavance\tDanièle Lacombe\tJocelyne Picard Bernard B lier\tGeorges Lafond\tJacinthe Pilon Gary Caldwell\tChristine\tBernard Pilote Serge Cantin\tLamoureux\tLadislas Pordan Mario Carrier\tRobert Laplante\tFernand Rouillon Charles Castonguay\tAlain Laramée\tPaul-Émile Roy Jean-Pierre\tLouise Laurin\tMaurice Chalifoux\tLéo-Paul Lauzon\tSaint-Germain Alain Chanlat\tMaurice Lebel\tCharles Saint-Prot Denise Côté\tY von Leclerc\tPierre Shooner Pierre DeBellefeuille\tJean-Marc Léger Ginette Lepage\tDenis Simard Jean-François Roger Dehaybe\tRichard Marceau\tSimard Clermont Dugas\tJacques Maurais\tJean-Jacques Simard Fernand Dumont\tDenis Monière\tRené Simard Micheline Dumont\tRosaire Morin\tMarc Termote Jean Éthier-Blais\tJean-François\tJean-Claude Tardif Andrée Ferretti\tNadeau\tRémy Trudel Jean-Charles Gagné\tRichard Nadeau\tPierre Vadeboncoeur François Gardner\tPierre Noreau\tJulie Vézina L\u2019Action nationale ouvre ses pages à un grand nombre\t\t de collaboratrices et de collaborateurs.\t\t 1087 Se servir de son imagination, de son talent, de sa passion, de sa volonté, de son inspiration pour créer.Pour insuffler la vie à une oeuvre musicale, un poème, un tableau, un personnage, une sculpture, une comédie, un bijou.Desjardins Titre : Annonce CRÉÉR horizontale VERSION QUARKXPRESS Cela fait vibrer, émeut, bouleverse, émerveille le monde.et votre caisse Desjardins, votre complice dans la réalisation et la diffusion de vos oeuvres.La caisse populaire Desjardins L\u2019incroyable force de la coopération. Mon PAYS le î Québec! hiver! est est Envoi de publication Enregistrement numéro 1162 4,95 $ 977022722700929 "]
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