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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1995-06, Collections de BAnQ.

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[" til \u2022\t\u2022 r M' Oil Volume LXXXV, numéro 6, juin 1995 \u2022 V ! \u2022 JJm ¦Nj » aar r*: *L~e- -f* T> NATIONALE Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l'index des périodiques canadiens», depuis 1948, dans «Périodex» depuis 1984 et dans «Repère» publié par SDM inc.et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Abonnement\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t40.00\t70.00 France\t300 FRF\t550 FRF Autres pays\t65.00\t115.00 Etudiant\t22.00\t38.00 Soutien\t100.00\t ISSN-0001-7469-ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale Périodicité: 10 numéros par an L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Bern, bur.320, Montréal, H2L 4C7 Tél.: (514) 845-8533 - Télécopieur: (514) 923-5755 Directeur Rosaire Morin Secrétaire Marie-Laure Prunier Abonnement Louise Plouffe Culture Jean Royer Analyse sociale Michel Rioux Éducation Jean-Claude Tardif Entrevues Jean-Pierre Bonhomme Comptes rendus Denis Monière Comité de rédaction Louise Dumas Lucia Ferretti Roben Laplante Marcel Landry Denis Monière Michel Rioux Jean Royer Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Emile Roy Janine Thériault Gérard Turcotte Prix André-Laurendeau Membres du jury: Jules Bélanger Lucia Ferretti Collette Lanthier Les photos sont une gracieuseté de Point du jour Aviation et du photographe Jean-Daniel Cossette 875 880 886 893 899 927 938 958 970 976 981 985 TABLE DES MATIERES Volume LXXXV, numéro 6, juin 1995 De Bloc en Bloc Rosaire MORIN Quand on mise sur le monde Lucie LAURIN La déportation immobile Marc VAILLANCOURT Les portes de la souveraineté Yvon Cyrenne par Jean-Pierre BONHOMME Les inconvénients des chevauchements Germain JULIEN La formation professionnelle Christian PAYEUR Trois échelons territoriaux Marc-Urbain PROULX La lutte des langues Denis MONIÈRE Vers l\u2019unité québécoise Habib RANNI L\u2019Ontario français Marc LABELLE Commission sur l\u2019avenir du Québec Jules BÉLANGER L\u2019enjeu de la question du Québec Claude BARITEAU Le Point désinforme La Commission de Montréal sur l\u2019avenir du Québec\t?999 À travers l\u2019actualité Rosaire MORIN\t?1004 Comptes-rendus «Jean Palardy peintre.» de Roger Blais par Maurice LEBEL\t?1016 «Les mensonges de l\u2019école catholique» de Daniel Baril par André THIBAULT\t?1019 Livres et revues reçus\t?1022 Nos annonceurs\t?1025 ÉDITORIAL De Bloc en Bloc et du RIN au PQ En 1942, à Ottawa, deux députés, Maxime Raymond de Beau-hamois et Édouard Lacroix de Beauce, abandonnaient le parti libéral pour s\u2019opposer à la guerre impériale.Au Québec, André Laurendeau quittait la direction de l\u2019Action nationale pour devenir la cheville ouvrière de la Ligue pour la Défense du Canada.C\u2019était la bataille du plébiciste.Les nationalistes remportaient une éclatante victoire: 993 663 NON contre 376 188 OUI.C\u2019était l\u2019occasion rêvée pour former un nouveau parti politique.René Chaloult déclarait qu\u2019il appuierait un parti dirigé par Maxime Raymond; ce dernier croyait possible l\u2019égalité des deux nations.Paul Gouin se disait prêt à suivre André Laurendeau.Le 11 octobre 1942, Maxime Raymond lançait le Bloc populaire canadien.Le mot d\u2019ordre: Le Canada aux Canadiens, le Québec aux Québécois.Le député Pierre Gauthier de Portneuf en sera l\u2019organisateur avec le docteur Philippe Hamel.Au fil des mois, Édouard Lacroix devient, à toutes fins pratiques, le véritable chef du parti dans la région du Québec.Entre Lacroix et le trio Chaloult-Gouin-Hamel, la bisbille se transforme rapidement en hostilité.Lacroix qui finance le parti affirme que «celui qui paie commande».A l\u2019élection partielle du 9 août 1943, le candidat du Bloc dans Stanstead, Armand Choquette, n\u2019est soutenu ni par Hamel, ni par Chaloult, ni par Gouin.Choquette est élu, mais le parti est divisé.Le trio nationaliste déclare la guerre à l\u2019Union nationale; le groupe fédéraliste jure que King est le premier ennemi à abattre.875 i Les divisions augmentent.Le «trio» n\u2019accepte pas l\u2019autorité d\u2019un «ignare».Il refuse de participer aux mêmes réunions que Lacroix.Les ralliements qui se poursuivent ajoutent à la confusion.Les discours du syndicaliste Philippe Girard qui déclarait que le Québec serait, dans dix ans, indépendant, politiquement et économiquement, devenaient inconciliables avec la pensée fédéraliste de Maxime Raymond qui soutenait à la fois Lacroix et Laurendeau.Le 21 mai 1944, au Palais Montcalm de Québec, une grande assemblée se déroulait sous le slogan: «Maxime Raymond à Ottawa et André Laurendeau à Québec».Ce dernier venait d\u2019avoir trente ans.On lui confiait la direction de l\u2019aile provinciale.Aux élections québécoises du 8 août 1944, sont élus députés quatre membres du Bloc populaire, Laurendeau en tête, et un député indépendant, René Cha-loult.Une rivalité profonde s\u2019installe entre Laurendeau, le chef élu, et Maxime Raymond qui se veut le chef suprême.Aux élections fédérales qui suivent, Camilien Houde soutient les candidats du Bloc et Maurice Duplessis appuie les conservateurs.Le 11 février 1945, c est la débandade.Deux députés seulement sont élus: Maxime Raymond dans Beauharnois et René Hamel dans Saint-Maurice.En 1947, le Bloc meurt à petit feu.André Laurendeau démissionne comme leader et membre du Bloc.Il entre au Devoir et il reprend la direction de l\u2019Action nationale.Aux élections de 1948, le Bloc est absent de la campagne électorale.Mais les amis d\u2019hier sont divisés.André Laurendeau, l\u2019ex-chef provincial, demande à la population de voter «libéral», tandis que le chef fédéral, Maxime Raymond, recommande de voter pour Maurice Duplessis.Ainsi s\u2019est terminée l\u2019aventure d\u2019un parti nationaliste qui regroupait des gens de toutes tendances.Il a explosé sous le poids de l\u2019amalgame.Quarante ans plus tard Quarante ans après ces divisions (elles ont ruiné les espoirs d\u2019une génération), nous assistons au perpétuel recommencement ou au jeu de la petite politique.À négliger le mode d\u2019emploi de la dé- mocratie interne, le Bloc et le PQ deviennent des partis comme les autres.Les directives partent des chefs et des états-majors.Elles sont conçues par quelques conseillers.Elles sont diffusées sous les applaudissements des partisans.Mais les aspirations populaires ne sont plus entendues.Elles ne sont même plus exprimées au niveau des comtés.Elles ne sont plus canalisées vers le sommet.Les effets sont désastreux.Alors que l\u2019action populaire devrait s\u2019intensifier, le militantisme diminue.La mobilisation est en veilleuse.On ne parle plus des raisons de faire l\u2019indépendance.On préfère s\u2019entre-déchirer sur la stratégie.La recherche d\u2019une victoire référendaire n\u2019est pas mauvaise en soi.Elle témoignerait même d\u2019une intention démocratique louable si elle n\u2019originait pas d\u2019un discours autocratique.L\u2019opportunisme politique n\u2019est pas nécessairement une vertu cardinale.A ne vouloir aller de l\u2019avant que dans l\u2019absolue certitude d\u2019un référendum gagné d\u2019avance, on court le risque de perdre les fruits d\u2019une longue lutte poursuivie depuis trente ans.Aujourd\u2019hui, les Québécois veulent vivre et voir grandir leurs enfants dans un véritable pays, celui que leurs ancêtres avaient commencé à bâtir il y a plus de quatre siècles.Ils s\u2019opposent à toute union colmatée en fonction d\u2019un résultat électoral qui pourrait prêter à interprétation.L\u2019indécision actuelle doit prendre fin.Elle provoque une confusion malheureuse: aujourd\u2019hui, les gens en sont à se demander qui va gagner?Parizeau ou Bouchard ou Dumont?Mais là n\u2019est pourtant par la question.Cette tergiversation provoque des désaffections regrettables.Déjà, des nationalistes de tendances conservatrices avaient déserté les rangs.Maintenant, des souverainistes de la première heure se retirent.Ils perdent l\u2019espoir.Ils n\u2019acceptent pas les compromis, les compromissions, la malversation.Par surcroît, des combats de coqs viennent diviser les indépendantistes.Des bloquistes tentent d\u2019imposer leurs vues aux péquistes et vice-versa.A Québec, dans le grenouillage autour du pouvoir, des altercations sérieuses surviennent.Des escarmouches éclatent.Comme jadis, les deux chefs ont leurs partisans.Et les sous-chefs, leurs ambitions.Comme Yvon Deschamps, certains seraient satisfaits d\u2019«un Québec indépendant dans un Canada uni».D\u2019autres se contenteraient de la formule nouvelle: «moins de Canada, plus de Québec».La pagaille à laquelle nous assistons est le moyen de perpétuer la province.877 Ce que nous voulons, c\u2019est un pays, un pays réel, non pas une colonie.Conclusion Est-il vraiment nécessaire d\u2019immortaliser l\u2019étemelle répétition des ruptures fraternelles?Les souverainistes sont-ils capables de reconnaître et de combattre l\u2019adversaire, au lieu de se chercher noise entre eux et de courir après les désaccords?Les chefs et les sous-chefs seront-ils les fossoyeurs du pays à portée de main?Auront-ils l\u2019humilité du service loyal, de l\u2019entraide fraternelle et de la solidarité nationale?Le pays à bâtir exige des sacrifices même pour les chefs et les sous-chefs.Il est impossible que chaque citoyen ait son propre pays.Les intérêts supérieurs du Québec exigent de l\u2019abnégation et l\u2019oubli de soi-même.Rosaire MORIN Arrêtons les folies! Le Devoir de ce matin, 6 mai, m\u2019oblige à ajouter un addenda à l\u2019éditorial d\u2019hier soir.M.Mario Dumont affirme que «les Québécois doivent exercer par voie de référendum leur droit à la souveraineté tout en proposant du même coup de créer une nouvelle union économique et politique entre le Québec et le Canada».M.Dumont propose que le Québec n\u2019ait que le quart des sièges au parlement fédéral, mais que la parité lui soit accordée au Conseil de l\u2019union, l\u2019instance décisionnelle.Il réclame aussi un droit de veto sur toute initiative budgétaire et législative.Un OUI obtenu dans cet éclairage serait sujet à interprétation restrictive.Le Québec n\u2019aurait pas la pleine liberté de manoeuvre pour négocier.Ces propositions étaient soumises dans les années 1960.La présentation des «Etats associés» y était même mieux élaborée.En 1995, rêver à l\u2019acceptation d\u2019une telle formule par le Canada anglais, c\u2019est croire au Père Noël.Qui nous a refusé Meech ne consentira 878 M.Dumont croit que «le Québec aurait avantage à se faire représenter par l\u2019union dans les négociations commerciales internationales.» «Une quinzaine de compétences seraient déléguées à l\u2019Union, dont le commerce international, les douanes, l\u2019armée, la citoyenneté de l\u2019union ainsi que les politiques générales de l\u2019environnement et de l\u2019immigration.» pas à l\u2019égalité.Le Québec ne peut pas accepter le statut de minorité perpétuelle que lui conférerait l\u2019existence du Parlement fédéral.La répartition proposée des compétences priverait le Québec de leviers indispensables à son développement.Le commerce international, clé de l\u2019avenir, ne peut être confié au voisin.L\u2019immigration doit être intégrée dans une politique québécoise de la population.L\u2019environnement doit réfléter l\u2019image du Québec, même s\u2019il sera toujours l\u2019objet d\u2019ententes avec le voisinage.M.Dumont, de bonne foi, propose ces arrangements.Cette ouverture à la bonne entente édifierait un château d\u2019Espagne.Il y a certaines réalités à respecter.L\u2019union économique que l\u2019on veut établir EXISTE.Elle existera toujours.L\u2019Ontario vend au Québec pour quelque 30 milliards $ par an.Les manufacturiers ontariens ne fermeront pas leurs usines après la séparation.Avant l\u2019accord du libre-échange, le Québec vendait aux États-Unis plus de la moitié de ses produits exportés.Tant qu'à l\u2019union politique, laissons tomber la poussière.Le Canada, grevé de dettes, devra nous inviter à la table des négociations assez rapidement.J\u2019espère de tout coeur que monsieur Mario Dumont travaillera à créer ce pays du Québec à portée de main.Il doit se rallier à l\u2019objectif de la souveraineté.Libre, le Québec pourra négocier.D\u2019ici là, monsieur Dumont pourra oeuvrer avec efficacité dans les dossiers qui le préoccupent: la dette, la création d\u2019emploi, le revenu minimum garanti, la modernisation de la fonction publique, le transport de l\u2019an 2000.L\u2019avenir économique et social du Québec dépend en partie de la qualité de la gestion publique.Contre toute espérance, j\u2019espère.Rosaire MORIN 879 Quand on mise sur le monde De tout temps, les travailleurs ont tenté, par divers moyens, d\u2019échapper à la monotonie et à l\u2019insignifiance des tâches qu\u2019une organisation tayloriste du travail leur réservait.Leurs tentatives se sont toujours heurtées, par le passé, à une volonté patronale de contrôler les moindres gestes des employé-es.Cette situation a prévalu au Canada jusqu\u2019à la décennie 1970, alors que de nouvelles formules ont été expérimentées, avec la collaboration des syndicats.Mais c\u2019est surtout ces dernières années que se sont développés et multipliés des modes de gestion bouleversant considérablement les milieux de travail.Dans plusieurs cas, la survie de l\u2019entreprise était en jeu et les employeurs cherchaient, dans une réorganisation du travail, le remède à l\u2019improductivité, à l\u2019absentéisme et à la non-qualité, et souhaitaient, grâce à une plus grande flexibilité dans la réalisation des tâches, mieux répondre aux besoins variés et changeants de la clientèle.Lucie LAURIN Conseillère syndicale, Service de V information de la CSN Le résultat de l\u2019opération leur a souvent montré qu\u2019ils avaient eu raison de faire confiance à leurs employé-es.A l\u2019usine de déroulage Temlam de Ville-Marie, un petit village monoindustriel du Témiscamingue, le succès fut éclatant. Auparavant la compagnie ne travaillait pas avec les employés.Les affaires périclitaient à Temlam depuis dix ans.La modernisation de l\u2019usine et l\u2019instauration d\u2019une technologie finlandaise unique au Québec, voici trois ans, n\u2019avaient pas réussi à relancer l\u2019entreprise.Le nouveau produit, que Temlam est seule au monde à fabriquer, est une poutre structurée à partir de feuilles de bois de tremble de 4 pieds.Même si le tremble est un arbre de peu de valeur sur le marché, la poutre fabriquée par Temlam est un produit de haute qualité qui rencontre toutes les normes de la construction.Toute la production de l\u2019entreprise est vendue aux Etats-Unis.Aujourd\u2019hui, Temlam, avec ses 110 employé-es, ne suffit pas à la demande.L\u2019entreprise songe à devoir bientôt augmenter à 200 le nombre d\u2019employé-es.Il n\u2019y a pas si longtemps, en 1993, ils étaient 45.Premières améliorations En février 1994, un nouveau directeur est entré en fonction avec le mandat de réorganiser le travail au sein de l\u2019usine.L\u2019entreprise avait perdu 4 700 000$ l\u2019année précédente, et entre février et septembre 1994, elle a enregistré une autre perte de 2 millions $.Avant de participer à une réorganisation du travail, le syndicat exigea de conclure une nouvelle convention collective.Ce qui fut fait en juin 1994, alors que les membres entérinèrent à 84% une entente leur accordant une augmentation de salaire confortable et réduisant la semaine de travail.La journée de travail dure maintenant huit heures et les employé-es en travaillent sept.Auparavant, la semaine de travail était de 42 heures et demie.Les membres se plaignaient qu\u2019après le travail, ils étaient trop fatigués pour avoir une vie sociale.C\u2019est au début de l\u2019été, en même temps qu\u2019un deuxième et un troisième quarts de travail 881 étaient introduits, qu\u2019on s\u2019attaqua à la réorganisation du travail.Le syndicat y participait pleinement et en échange, l\u2019employeur garantissait la transparence économique.Le vent tourne Le vent commença à tourner à l\u2019automne 1994.Entre octobre et décembre, on constata des profits nets.À la fin de l\u2019année, les 110 em-ployé-es se partagèrent 37 000$.Et à Noël, chacun reçut 467$ pour son effort dans la réorganisation du travail.Un revirement de situation que le président du syndicat, Noël Belhumeur, explique par le fait qu\u2019auparavant, le nouveau produit n\u2019arrivait pas à décoller parce que la compagnie ne travaillait pas avec les employés.Tout cela, cependant, ne s\u2019est pas fait sans douleur.Les plus anciens, qui avaient connu de dures batailles syndicales, s\u2019inquiétaient fort de voir leur «union» travailler en concertation avec l\u2019employeur.Il ne reste plus aujourd\u2019hui un seul contremaître dans l\u2019usine.Ce qui représente une épargne de un demi-million de dollars par année.Chaque équipe a un coordonnateur syndiqué nommé par la direction après consultation des travailleurs et du syndicat; l\u2019ancienneté, les aptitudes et la préférence des travailleurs sont les critères utilisés.Afin de se familiariser avec leurs nouvelles fonctions, tous les coordonnateurs ont participé à un programme de formation dispensé par la commission scolaire, ainsi qu\u2019à des rencontres avec l\u2019employeur et l\u2019exécutif syndical.La réorganisation au quotidien Le nombre d\u2019accidents de travail a beaucoup diminué.Les griefs sont choses du passé: le nouveau directeur est hostile aux mesures dis- II ne reste plus aujourd\u2019hui un seul contremaître dans l\u2019usine. Un comité de récupération se penche sur les moyens d\u2019améliorer la qualité du produit.ciplinaires.Il préfère régler les problèmes par des discussions avec les coordinations d\u2019équipe.Jusqu\u2019ici, les résultats ont été encourageants.Et les économies intéressantes.Toutes les décisions importantes doivent être acceptées par l\u2019ensemble des travailleurs, sinon elles ne prennent pas effet.D\u2019ailleurs, la réorganisation du travail n\u2019est pas terminée.Et elle ne le sera jamais, car il y a toujours des ajustements à faire.Par exemple, les travailleurs ont produit à un rythme élevé pendant un certain temps, pour s\u2019apercevoir ensuite que l\u2019entretien des machines avait été négligé.Comment y voir sans retarder la production?Un problème avec lequel les employeurs sont familiers mais qui, à Temlam, devra être réglé par l\u2019ensemble des travailleurs.Les travailleurs et leur syndicat ont eu l\u2019occasion, tout récemment, de faire la preuve de leur sérieux et d\u2019établir leur crédibilité auprès de l\u2019employeur.Le syndicat soupçonnait qu\u2019il y avait des pertes de production sur une machine.Une personne a été affectée pour vérifier.Le syndicat avait raison.Un comité de récupération a été formé, composé de six syndiqués et de deux directeurs, qui se penche sur les moyens d\u2019améliorer encore la qualité du produit.C\u2019est sur sa recommandation que le comité paritaire de pilotage a décidé de dépêcher à Vancouver une opératrice de composeur d\u2019âmes* * pour essayer une machine qu\u2019on dit plus performante que la sienne.Temlam: un modèle La technologie et l\u2019organisation du travail de Temlam en font un modèle.Des firmes de consultants venues constater de visu sont demeurées ébahies: elles n\u2019avaient jamais vu cela ailleurs! * Composeur d\u2019âmes: machine qui récupère les retailles de bois et les assemble pour en faire des feuilles pleines.883 Rares sont les usines, en effet, où l\u2019on peut lire sur le mur une note de service prévenant les travailleurs qu\u2019en l\u2019absence du directeur de la production, pendant la semaine, c\u2019est le président du syndicat qui s\u2019occupera de la coordination de la production.À Temlam, c\u2019est pourtant chose naturelle.Tous les matins, lorsque le président du syndicat arrive à l\u2019usine, les travailleurs qui terminent leur quart viennent lui faire rapport sur la production de nuit, les problèmes qui se sont présentés et les solutions qu\u2019ils ont trouvées.Les syndiqués contrôlent la qualité du produit à toutes les étapes, savent à quel niveau de production ils sont rentables; s\u2019ils ne le sont pas, ils en connaissent la cause.C\u2019est la transparence totale.Personne ne crie ni ne court dans cette usine propre et moderne.Les travailleurs ne se font pas mourir à l\u2019ouvrage, mais ils ne perdent pas leur temps non plus, car il en va du bon fonctionnement de l\u2019entreprise, auquel ils tiennent beaucoup.Notons que les travailleurs comptent 50% de femmes dans leurs rangs, depuis que le syndicat a exigé des normes d\u2019embauche non discriminatoires.La dure réalité Tout ne va pas de soi, cependant, dans une telle révolution des lieux de travail.Dans l\u2019ensemble des expériences tentées par les syndicats, le succès éclair de Temlam fait figure de cas rare.De nombreux facteurs humains conditionnent la réussite.ou l\u2019échec de cette réorganisation.Avant de supprimer les contremaîtres, par exemple, il faudra parfois dispenser aux travailleurs une formation technique leur permettant de fonctionner de façon autonome.L\u2019instauration du travail en équipe exigera un changement de culture de la part de travailleurs en- C est le président du syndicat qui s'occupera de la coordination de la production. Les employeurs ont tout avantage à miser sur leurs employé-es.couragés jusque-là à se concurrencer.D\u2019inévitables conflits apparaîtront, qu\u2019il faudra régler au fur et à mesure.Pour les dirigeants syndicaux, cette aventure humaine et syndicale extrêmement stimulante requiert une vigilance de tous les instants.En l\u2019absence de recette ou de modèle, ils devront s\u2019habituer à n\u2019avoir jamais de réponse à leurs questions et procéder par essais et erreurs.Des erreurs qu\u2019il faudra admettre ensuite et corriger rapidement.Ils devront s\u2019attendre à être durement critiqués sitôt que survient une difficulté.Et apprendre qu\u2019il n\u2019y a pas de ligne d\u2019arrivée, car la tâche qu\u2019ils ont entreprise ne sera jamais terminée.H leur faudra garder l\u2019équilibre entre les fonctions traditionnelles d\u2019un syndicat et celles découlant de la nouvelle situation, et prévoir une réforme des structures syndicales, s\u2019il y a lieu.Le succès de l\u2019entreprise reposant en partie sur leur crédibilité, leur force et leur conviction, ils devront mettre beaucoup de soin à préparer la relève.La voie de l\u2019avenir L\u2019expérience de Temlam démontre que les employeurs ont tout avantage à miser sur leurs employé-es.Ces derniers, formés à la connaissance des résultats de leur travail et capables de l\u2019améliorer, seront heureux de mettre à profit leur intelligence et leurs talents.La réorganisation du travail dans le sens d\u2019une plus grande responsabilisation de travailleurs respectés pour leur compétence ne peut que se traduire par une satisfaction accrue au travail et, par conséquent, une meilleure productivité.La CSN, qui encourage et appuie les démarches de ses syndicats dans ce sens, voit dans la réorganisation du travail un moyen de promouvoir l\u2019avancement de la démocratie sur les lieux de travail et des emplois de meilleure qualité.885 La déportation immobile «Un peuple sans territoire et sans religion périrait, comme Antée, suspendu entre ciel et terre.» Rivarol Marc VAILLANCOURT écrivain et poète À la suite du référendum À la suite du référendum de 1980, on dirait que la nation a perdu sa pente, que la force vive du Québec, amortie après de grands tumultes, s\u2019est évanouie dans un marais.Nous sem-blions courir droit à notre destinée, une résolution passionnée nous emportait, il semblait que nous allions dans l\u2019allégresse nous dédommager des rancoeurs séculaires.Ceux qui sortaient de l\u2019adolescence et qui étrennaient, comme un présent magnifique leur droit de vote, ont vécu ces temps avec ferveur.D\u2019autres, qui étaient de peu leurs aînés, avaient voté pour la première fois en 1976, dans une élection qui n\u2019était pas comme les autres.En cette circonstance extraordinaire, la plupart des gens étaient étonnés qu\u2019un simple scrutin puisse avoir un sens profond, ne soit pas une simple formalité; ils étaient surpris qu\u2019on ne vote pas uniquement pour «changer le mal de place», pour faire exécuter au manège des pré- 886 À la suite du référendum de 1980, la nation s'est évanouie dans un marais.bendes le demi-tour réglementaire; ils étaient abasourdis et heureux, ou irrités, ou incrédules, ou ennuyés qu\u2019on leur demande de mettre l\u2019épaule à la route du sort, d\u2019avoir à se prononcer sur l\u2019avenir et sur le bien commun \u2014 le PQ n\u2019était là-dedans, pour tout dire, que la cause instrumentale, quelque sympathie ou agacement que pouvaient inspirer ses dirigeants.On allait enfin parler des vrais problèmes, et les prendre à leurs racines.La question nationale, toujours éludée, serait mise sur le tapis, on allait lui donner son sens plein, et, pour m\u2019exprimer ainsi, supra-partisan: elle ne ressortirait plus à on ne sait quel folklore.Des idéalistes (lisez des naïfs) rêvaient même à ceci: les députés prendraient conseil du peuple qui les élit et abandonneraient, sur des points cruciaux, les lignes de partis.La ligne de parti étant, dans l\u2019espace des mouvements parlementaires, le chemin le plus court entre l\u2019inconscience et l\u2019aplatissement.Vous pouvez me compter parmi les naïfs: je parle de tout cela à mon aise.La suite, l\u2019échec du référendum, n\u2019est que trop connue.Le crève-coeur, l\u2019abaissement et l\u2019humiliation: cette résurgence d\u2019un atavisme dont même la dimension tragique est évacuée \u2014 le petit pain, qui est notre lot proverbial, nous maintenant tout juste en vie, loin d\u2019un malheur illustre.Les Belles-Soeurs, pour n\u2019être pas moins universelles que les Euménides, leur drame est d\u2019un moindre carat.Nous ne savons pas que les échecs, les traverses, les coups du sort ont, sur un individu, sur un peuple normal, cette fonction de relever le cours de l\u2019espoir, de rehausser le niveau moral: ainsi, un barrage jeté contre un fleuve au débit inconstant en régularise les crues, féconde une contrée entière, fait des eaux domptées un paisible miroir pour le ciel et devient le réservoir d\u2019une puissance gigantesque. Justement, nous ne sommes pas un peuple normal: chez nous l\u2019étiage de la confiance tend toujours à un horrible assèchement du principe même de l\u2019action.La veulerie sans nom, l\u2019opportunisme sans visage, les basses manoeuvres, le terrorisme de «bonne compagnie», celui qui gante de velours la main des oukases de fer, le terrorisme qui nous fait prendre les tours de World Trade Center pour le nouveau Sinaï et qui maquille les cotes de la Bourse en Tables de la Loi, la vieille, ladre et sordide ploutocratie, la trahison des élites d\u2019argent, tout ce qui se déguise sous le vocable commode de «réalisme» a brisé cet élan.On sait trop quelle morosité a suivi, et avec quelle facile complaisance les courages se sont débandés \u2014 alors qu\u2019il aurait fallu se dresser comme jamais, et faire front avec une opiniâtreté romaine! Nous nous sommes retrouvés piteux et tremblants comme des petits chats sous l\u2019averse.Nous étions bien les fils de nos pères, nous qui avions tant vitupéré leur lâcheté, leurs ambitions médiocres.Que demandons-nous de plus au monde, quel supplément d\u2019âme, quel surcroît de fierté?Nous ne demandons rien de cela, d\u2019évidence! Nos ambitions?Faire notre pelote, comme eux, et aller mourir comme eux dans le Sud, au soleil, échoués sur le sable fin, vides d\u2019idéaux, aseptisés de tous les rêves; vivre une déportation volontaire ou, pour les ratés, mourir au bayou froid du Nord, sans mot dire, dopés d\u2019oubli, gâteux; vivre la déportation immobile, sans piétiner dans le sur-place du petit dérangement, aliénés de tout, n\u2019ayant conclu avec l\u2019existence qu\u2019un bail emphytéotique, ayant perdu la notion même de notre indignité.Nous nous sommes retrouvés piteux et tremblants comme des petits chats sous l\u2019averse Notre devise «Je me Souviens» se charge d\u2019une ironie qui tourne au sarcasme.La disparition d\u2019un peuple locataire d\u2019un non-pays serait tout au plus, à Léchelle de l\u2019aventure humaine, une éviction légale: nous aurions cessé de verser le loyer de la persévérance qui nous maintenant en Amérique.Et pas même une âme noble, dans le vaste monde, pour crier au génocide! Déjà, une grande partie de nos gens aspirent à partir, et partent pour des Florides: c\u2019est déménager à la cloche de bois, disparaître sur la pointe des pieds \u2014 décidément, nous sommes un peuple discret, jusqu\u2019à l\u2019insignifiance! Notre devise «Je me souviens» se charge d\u2019une ironie qui tourne au sarcasme.Il faut nous dire OUI Il faut pourtant secouer cette atonie: c\u2019est un devoir que nous avons envers nous-mêmes.Il ne nous sera pas offert indéfiniment une dernière chance.Il faut nous dire oui au prochain référendum.Certains se croient bien forts, qui raillent les prophètes de malheur, et les appellent Cassandre.Mais songent-ils que Cassandre avait raison quand elle prédisait la ruine de la patrie?J\u2019ai presque envie de m\u2019exclamer, avec le Poète, tant l\u2019emphase sied à mon désespoir: Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie?Mais courage pourtant; je me suis juré, en feignant de vous l\u2019enseigner, de me donner à moi-même une leçon d\u2019énergie.Jusqu\u2019ici, nous n\u2019avons guère du Québec qu\u2019une définition en creux, définition négative, définition par l\u2019abandon et par l\u2019absence.Pays encore occupé, couvert de drapeaux taillés dans le souvenir des habits rouges.Berceau de la francophonie en Amérique; mais on ne passe pas sa vie dans un berceau, ou bien alors serions-nous collectivement retombés en enfance sans avoir connu l\u2019âge de l\u2019affirmation virile, l\u2019âge mûr des peuples, celui de la confiance en soi, sereine et radieuse, l\u2019âge des propos sensés et des projets suivis, l\u2019âge des réalisations durables?Ajournerons-nous indéfiniment d\u2019exister, jusqu\u2019à l\u2019heure du trépas? Nous avions l\u2019impression Nous avions l\u2019impression, à cette époque que j\u2019ai évoquée, que le Québec allait enfin quitter la trop longue tutelle; car nous étions les orphelins de l\u2019Histoire, et l\u2019on nous avait confiés, enfants chagrins et ronchons, inconsolables, à un parâtre Empire.L\u2019Église nous gardait dans ses jupes noires, notre Sainte Mère! Allez! nous avions la meilleure part, le paradis, que nous promettaient les lévites du délire messianique: brebis sans tache, on nous remettait aux bons offices d\u2019un peuple sourcilleux qui, ayant les appétits du lion, s\u2019était donné le lion pour emblème.Notre devoir était la modestie, serinée dans l\u2019Évangile, et répétée dans les fables: nous savions bien ce qu\u2019il arrive à la grenouille, quand elle veut se faire aussi grosse que John Bull.Nous pensions, deux cents ans après la Conquête, que nous allions enfin tirer un trait sur tout cela; l\u2019idée de nation, pour nous absurdement abstraite, allait prendre un sens charnel; nous allions redescendre du ciel, nous deviendrions des hommes incorporés à la réalité du monde, plongés dans l\u2019espace physique, géographique, territorial et social; nous serions des gens normaux, des hommes dans le temps, des gens qui n\u2019ont plus l\u2019éternité devant eux; troquant de maîtres, nous n\u2019aurions plus le passé mais l\u2019avenir pour mentor; nous refermerions la très longue parenthèse d\u2019exil qui fait de nous des apatrides au pays qui a reçu dépôt, pourtant, de la cendre de nos pères; nous cesserions d\u2019exister par procuration, nous les révoltés du samedi, les dégonflés du dimanche et les soumis de la petite semaine.Nous cesserions de demander pardon d\u2019exister.Nous rêvions encore, nous aurions une identité rénovée puisqu\u2019on nous avait confisqué jusqu'à notre nom, cette vieille injure Il ne nous sera pas offert indéfiniment une dernière chance. Pays encore occupé, couvert de drapeaux taillés dans le souvenir des habits rouges.pourtant de Canayens, après avoir fait main basse sur notre pays; nous n\u2019aurions plus peur de notre ombre dans cet empire lui-même fantôme de l\u2019Amérique du Nord britannique où nous sommes, paradoxalement, l\u2019ennemi, l\u2019alibi, la définition et le plus sûr garant: le Canada étant cette Amérique froide qui a encore une minorité à dissoudre et à résorber.Minorité gelée sur place, figée dans des coutumes absurdes, porteuse de tradition surannées: c\u2019est la thèse du plus connu des penseurs Canadian, Marshall McLu-han, thèse reprise comme les réponses de l\u2019Office des Morts, par cent folliculaires et publicistes; thèse perfidement insinuée tous les jours dans tous les quotidiens, espèce de rengaine, de turlututaine populaire \u2014 j\u2019ai vécu quelques années à Ottawa, je ne parle pas à travers mon chapeau.Minorité glacée, monolithique: dangereux iceberg.et vogue pourtant, contre vents et marées, la galère de l\u2019unité canadienne! Ailleurs, c\u2019est le chaud melting-pot, avec ses gros bouillons d\u2019iniquités, la cuisine d\u2019enfer touillée au besoin par les matraques, et l\u2019immense vapeur de l\u2019hypocrisie qui monte à point nommé voiler la vue.La recette est friande, et pas un grand chef du Canada qui ne nous serve cette fricotée accommodée au goût du jour.La baliverne des deux peuples fondateurs est une épice très prisée: les chameaux de la propagande nous l\u2019apportent à grands frais du pays fastueux des mensonges.Un petit roux (comme dans Jean-Louis) de temps en temps pour bien lier la sauce: le tour est joué, rangez le fouet! On voit, d\u2019ailleurs, comment sont accommodés les restes dans les provinces anglaises.Francophone, puis bilingue, puis.«My father used to speak French.I\u2019m proud to be French».Passez muscade! J\u2019ai entendu cela, à Hull.Québec.Demain, à Chicoutimi?! 891 Faisons le Québec selon notre coeur Qui suis-je, et qu\u2019est-ce que je veux?Je ne suis pas sociologue, ou politicologue, ou quoi que ce soit d\u2019approchant.Je suis écrivain et poète, j\u2019essaie de comprendre le monde qui m\u2019entoure, de faire partager mes découvertes, mes émerveillements, mes appréhensions.Je ne crois pas que ma voix porte très loin, mais j\u2019ai le devoir de crier, de lancer des appels.Ni ciel ni terre: sommes-nous condamnés aux limbes?Il n\u2019est que trop clair qu\u2019il nous faut un pays: celui où nous nous trouvons et que nous n\u2019habitons pas.Nous sommes des gens de bonne composition, d\u2019un heureux naturel, des gens pacifiques, conciliants (nous avons même la gentillesse un peu niaise de tous les colonisés), des gens tolérants, ouverts aux influences: en fait, il suffit de prendre le contre-pied des plus absurdes pamphlets écrits contre nous pour nous peindre, comme peuple, dans nos grands traits.Ayons donc un pays qui nous ressemble.Je vous ai dit mes vieux rêves.Mon rêve d\u2019aujourd\u2019hui?Régler une bonne fois pour toutes la question nationale, qui s\u2019impose à moi malgré que j\u2019en aie, et m\u2019adonner aux seules choses dignes que j\u2019y consume mes veilles, aux seules choses que j\u2019estime sérieuses: l\u2019art, la poésie.J\u2019ai bien dit un pays normal; un pays dont je puisse insolemment critiquer les institutions, larder les ridicules, brocarder les dirigeants; un pays dont je sois, selon les points de vue, la honte et l\u2019illustration.Il faut de tout pour faire un monde, et il faut des artistes pour figurer, peindre, transfigurer le monde.A quoi sert tout l\u2019esprit qu\u2019il se peut, quand la patrie est ravalée?Faisons le Québec, selon notre coeur.Jusque-là, une seule consigne: Courage.Je suis écrivain et poète, j\u2019essaie de comprendre le monde qui m\u2019entoure.892 ENTREVUE Yvon Cyrenne par Jean-Pierre BONHOMME L\u2019actuelle mentalité «pratique» des Québécois ouvre les portes de la souveraineté nationale Les référendums se suivent mais ne se ressemblent pas.Les Québécois de 1995, en effet, sont moins émotivement emportés qu\u2019il y a quinze ans; ils ne se laissent pas perdre, autant qu \u2019en 1980, dans de grands rêves révolutionnaires brumeux, abstraits.Ils sont effectivement plus «pratiques, pragmatiques, calculateurs».Et c\u2019est justement cette nouvelle attitude réfléchie qui pourra probablement convaincre une bonne majorité de la population du Québec de se donner une existence politique souveraine; jusqu\u2019à prendre sa place dans l\u2019assemblée des nations du Monde, celle de l\u2019ONU notamment (avec ou sans une «union» avec le reste du Canada).C\u2019est un comptable qui parle, bien entendu; et un grand comptable.Yvon Cyrenne a jadis été responsable de la fiscalité à Air Canada; il a oeuvré dans diverses firmes de consultation financière, dont celle de Thome, Riddell.Et il est aujourd\u2019hui perché, à titre d\u2019«associé», donc au sommet, au 19e étage d\u2019un gratte-ciel, soit dans les bureaux de la grande maison de courtage Raymond, Chabot, Martin, Paré.Notre RCMP à nous; pas celle d\u2019Ottawa.C\u2019est de là qu\u2019il calcule tout, avec son regard concentré mais amène et avec sa froide logique.893 M.Cyrenne est bien placé pour voir les Québécois prendre le virage de l\u2019économisme et du matérialisme.Il a été membre, pour Montréal, de la Commission nationale sur l\u2019avenir du Québec (récemment créée pour sonder les coeurs des citoyens sur cette fameuse question de la souveraineté).La commission se référait fréquemment à lui pour démêler les problèmes d\u2019ordre financier.Il a, pendant ce temps, ouvert l\u2019oeil grand.Il a vu là, dit-il, pendant les séances de la Commission, bien des Québécois être conscients du riche potentiel industriel du territoire et de la compétence de sa main-d\u2019œuvre.Mais il en vu beaucoup d\u2019autres, dont une grande proportion des femmes québécoises, qui appréhendent des catastrophes financières, qui ont «peur» et qui ne voient pas les avantages pécuniaires de l\u2019affranchissement.Il faudra «les éclairer».Une grande proportion des femmes québécoises, ne voient pas les avantages pécuniaires de V affranchissement.Ainsi donc, souligne d\u2019emblée M.Cyrenne, bien des Québécois veulent savoir beaucoup de choses au sujet du prix à payer pour l\u2019indépendance (M.Cyrenne, signalons-le ici, n\u2019emploie que le mot «souveraineté», un terme qui lui paraît plus descriptif de sa volonté).Le Québec a les moyens de ses ambitions Il n\u2019y a pas de doute dans son esprit à lui en tout cas.Le Québec, même en nos temps relativement durs, a bel et bien les moyens économiques et financiers de vivre économiquement et politiquement comme un pays souverain; et cela, précise-t-il, est même reconnu par les plus puissants financiers américains.Les experts de Solomon Brothers, par exemple, voient «positivement» les perspectives économiques d\u2019un Québec souverain; car ils connaissent l\u2019état du patrimoine industriel québécois. Le Québec a bel et bien les moyens économiques et financiers de vivre comme un pays souverain.Eh bien oui! Il suffit de regarder les faits en face.Le Québec, n\u2019hésite-t-il pas à dire, possède déjà toutes les infrastructures publiques et privées d\u2019un pays très évolué et celles-là «ne s\u2019envoleront pas après» (un changement de régime).L\u2019économie, par-dessus le marché, et malgré ce que l\u2019on en dit, est en croissance: notre réseau d\u2019alumineries «compte parmi les plus forts du monde».Le secteur des pâtes et papier «va très bien»; celui des scieries aussi; notre expertise en ingéniérie, en informatique aussi «s\u2019exporte à merveille», et le reste, et le reste.Nous exportons largement nos biens et services.Un Québec souverain exporterait tout autant; et davantage aux USA si l\u2019Ontario devait un jour rechigner, ce qui est bien improbable.Et puis, après tout, 164 pays membres de l\u2019ONU sont économiquement plus faibles que le Québec; 120 ont une population moins grande.Le grand comptable dit avoir vu, pendant les délibérations de la Commission nationale, que, grosso modo, une majorité des hommes québécois ont une perception juste de cette réalité économique et des avantages qui en découleraient lors d\u2019une négociation politique avec le Canada anglais.Il croit savoir, du reste, qu\u2019une bonne majorité des hommes québécois de culture française sont actuellement favorables à un statut de souveraineté pour le Québec.Informer et montrer son jeu Les femmes québécoises, elles, «vu leur nature conservatrice, inquiète, centrée sur la famille» - peut-être plus de 60 p.cent - résistent.Mais elles «se trompent».Et il faudra «les convaincre de la valeur positive du projet de souveraineté».M.Cyrenne convient que le gouvernement ne pourra pas facilement réussir à «convaincre» 895 les réticents.Mais il le faudra bien, croit-il.Et cela pour engager les Québécois sur la voie stratégique suivante.Il faut d\u2019abord faire comme MM.Parizeau et Bouchard: rester calmes.Et démontrer - ce qui est manifestement facile - que l\u2019accès à la souveraineté «ne coûtera pas trop cher», qu\u2019elle pourra même être profitable.Voilà donc pourquoi, avant de poser la question référendaire, explique l\u2019homme d\u2019affaires, le gouvernement du Québec, devra faire connaître les grandes lignes de ses intentions de caractère économique et politique; ce qu\u2019il entend proposer au Canada anglais.Montrer son jeu, en somme, car les Québécois, qui «ont beaucoup plus à perdre que les Irlandais» veulent «avoir une idée de la note à payer».Le train de propositions pourrait aller jusqu\u2019à la création d\u2019un parlement commun confédéral - par opposition au parlement fédéral actuel - peut-être du type de celui qui rassemble des représentants des pays souverains d\u2019Europe.Sur ce parlement flotteraient les deux drapeaux des deux peuples souverains.Comme c\u2019est le cas, notamment, convient-il avec nous, pour le «condominium» de Porto-Rico.Le Québec, toutefois, devrait avoir son siège à l\u2019ONU.Et si, après un référendum favorable à la souveraineté, le Canada anglais ne manifestait pas sa volonté de négocier sur cette base connue d\u2019une entente raisonnable, alors là le Québec serait justifié de proclamer son indépendance, pardon! sa «souveraineté.» Les experts de Solomon Brothers voient «positivement» les perspectives économiques d\u2019un Québec souverain.Bon, la souveraineté du Québec est donc souhaitable pour des raisons pratiques et M.Cy-renne se fait fort de le souligner.La récupération des pleins pouvoirs donnera des moyens à l\u2019Etat de défaire certaines «monstruosités bureaucratiques» telles celles qui minent la gestion de la santé et des universités.Elle fera disparaî- 8% Toutes les infrastructures publiques et privées ne s\u2019envoleront pas après un changement.tre les «coûteux» dédoublements de juridiction.M.Cyrenne conserverait toutefois un certain esprit de partage des ressources; il ne s\u2019en prend pas à toute forme de social-démocratie comme c\u2019est la mode dans les quartiers de droite.Les progrès à faire relèvent surtout du domaine de la gestion.Faire enseigner les enseignants, pas faire disparaître l\u2019institution universitaire; diminuer les bureaucraties et briser les encadrements inutiles.Le Québec souverain pourrait véritablement, conclut-il, agir plus efficacement et mieux répondre à ses besoins.L\u2019immigration Au travers de toutes ces comptabilités, toutefois, on voit bien pointer, chez M.Cyrenne, des bouts d\u2019âme québécoise.Lors des séances de la Commission référendaire, par exemple, il a remarqué que les minorités immigrantes traitent de bien haut les Québécois qui ont forgé le pays; ils les font paraître pour des «racistes» bien plus souvent qu\u2019à leur tour; ils utilisent, pour les décrire, nous décrire, des propos «extrémistes».Or tout le monde sait bien, signale l\u2019observateur, que les Québécois sont tolérants, tolérants au point d\u2019en friser la plus grande naïveté.Cela l\u2019a «beaucoup surpris».On a comparé les Québécois aux per-pétrateurs de génocides au Bangladesh et autres Bosnies.C\u2019est inacceptable! La souveraineté, fait remarquer M.Cyrenne, donnerait aux Québécois le choix de gérer leur immigration bien davantage que maintenant et de leur permettre ainsi de maintenir ici une société québécoise à la ressemblance des Québécois.Le Canada anglais peut bien, comme il est en train de le faire, modifier sa structure so- 897 ciale au point de la rendre méconnaissable.Il ne croit pas que cela soit l\u2019intention des Québécois de trop modifier leur structure; leur existence collective est trop fragile.Conclusion Cette grave question-là, on en conviendra, est une affaire de coeur, une affaire d\u2019âme.La bonne comptabilité, les lucratives affaires, en bout de ligne, seraient-elles un moyen de maintenir la richesse d\u2019une identité et d\u2019un patrimoine culturels dont les racines plongent au fond de nos Normandies et de nos Bretagnes?164 pays membres de l\u2019ONU sont économiquement plus faibles que le Québec. Germain JULIEN* Les inconvénients des chevauchements Au Québec, le chevauchement des services offerts à la population par l\u2019administration fédérale et l\u2019administration provinciale est vu comme une source de gaspillage des fonds publics.Les Québécois estiment que les chevauchements sont un facteur important dans l\u2019explication des déficits budgétaires des gouvernements.C\u2019est pourquoi l\u2019élimination des chevauchements est devenue une préoccupation majeure de l\u2019opinion publique.Cette étude vise à démontrer que d\u2019autres motifs, tout aussi valables que la question financière, militent en faveur de la suppression des chevauchements.Ces motifs se trouvent dans les divers inconvénients produits par deux catégories de programmes gouvernementaux en chevauchement: les programmes concurrentiels et les programmes conjoints des deux ordres de gouvernement.Les nombreux exemples de chevauchements qui sont rapportés proviennent presque toujours des rapports rédigés en 1991 et 1992 par les divers ministères du gouvernement du Québec sur les conséquences des interventions de l\u2019administration fédérale au Québec.Ces rap- * L\u2019auteur est professeur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique.899 ports avaient été demandés dans la période qui a suivi la Commission Bélanger-Campeau sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec.Ils peuvent être consultés sur place à la Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale.Un rapport de synthèse a été préparé par le Secrétariat aux affaires intergouvemementales canadiennes.Les inconvénients des programmes concurrentiels Bien que les programmes conjoints dans le domaine des affaires sociales, de l\u2019enseignement et de la santé obtiennent une couverture médiatique considérablement plus grande que les programmes concurrentiels, il reste que le gouvernement fédéral dépense trois fois plus dans les programmes qui concurrencent directement les interventions provinciales.Les programmes concurrentiels découlent, dans une proportion de 71 %, de pouvoirs législatifs partagés qui autorisent le gouvernement fédéral et les provinces à légiférer dans les mêmes secteurs d\u2019action.Ils découlent, dans une proportion de 29 %, du pouvoir du gouvernement fédéral de dépenser dans les champs d\u2019activités que la Constitution canadienne réserve exclusivement aux provinces.A l\u2019aide de ces programmes, les deux niveaux de gouvernement offrent dans les mêmes champs d\u2019action des services semblables à une clientèle similaire.Ces programmes sont quinze fois plus nombreux que les programmes conjoints.Chaque programme concurrentiel comporte trois ou quatre inconvénients parmi les six suivants: la redondance dans l\u2019action des gouvernements, la surenchère dans l\u2019offre de services gouvernementaux, les contradictions dans les interventions des gouvernements, l\u2019abandon des responsabilités gouvernementales, le gaspillage des fonds publics et les tracas supplémentaires pour la clientèle.Uélimination des chevauchements est devenue une préoccupation majeure de l\u2019opinion publique. La redondance dans l\u2019action des gouvernements Les deux niveaux de gouvernement offrent dans les mêmes champs d'action des services semblables à une clientèle similaire.Les programmes concurrentiels comprennent certaines activités dont la duplication n\u2019ajoute rien à la qualité ou à l\u2019ampleur des services offerts à la population.Si l\u2019on fusionnait ces programmes pour en confier la responsabilité à un seul ordre de gouvernement, ces activités à caractère superflu pourraient n\u2019être réalisées qu\u2019une seule fois.Dans ces situations, les employés des deux gouvernements poursuivent des objectifs et offrent des services qui sont similaires.Leurs interventions s\u2019adressent aux mêmes clients ou portent sur les mêmes objets.Des duplications d\u2019activités qui sont totalement inutiles se rencontrent dans la fourniture de services techniques ou professionnels (ex.: les relations internationales, la publication par la Bibliothèque nationale du Canada et celle du Québec de bibliographies sur les documents publiés au Québec, l\u2019acquisition et la conservation de fonds d\u2019archives privées, la diffusion d\u2019émissions de télévision éducatives et culturelles, la diffusion d\u2019information en matière de santé et de sécurité du travail, l\u2019aide à la gestion des entreprises, les études de faisabilité de projets d\u2019entreprises, la formation professionnelle de la main-d\u2019œuvre).Des duplications d\u2019activités inutiles se rencontrent aussi dans la distribution d\u2019aide financière (ex.: la construction et la rénovation résidentielles, les familles, la recherche universitaire, les arts, les lettres, l\u2019industrie cinématographique, les organismes culturels, les entreprises agricoles, les pêches commerciales, les entreprises manufacturières et de services).Des activités à caractère superflu se trouvent aussi dans la réglementation et le contrôle des administrés (ex.: la perception des impôts sur le revenu, la répression de la publicité trom- 901 peuse et des pratiques commerciales interdites, le dépôt légal de toute publication, l\u2019inspection des entreprises de transformation des produits de la pêche, l\u2019évaluation des impacts environnementaux).Quant aux tâches de soutien interne, on peut notamment inclure parmi les activités inutilement doublées celles qui portent sur la définition des priorités et des politiques opérationnelles.Les travaux de planification effectués au gouvernement fédéral servent souvent à entraver les initiatives des provinces ou inversement (ex.: la création de parcs dans le nord du Québec, la restauration de sites historiques, l\u2019aménagement d\u2019habitats fauniques, la restructuration de l\u2019industrie de la transformation des produits de la pêche, la réglementation en matière de protection de l\u2019environnement).Le temps et l\u2019énergie dépensés à cette fin pourraient être employés à meilleur escient.La concurrence tend plutôt à engendrer la surenchère des dépenses.La surenchère dans l\u2019offre de services gouvernementaux La concurrence entre les deux ordres de gouvernement crée de la surenchère, comme l\u2019a si bien souligné une association québécoise de gens d\u2019affaires: «Bien qu\u2019il y ait un grain de sagesse dans le point de vue de ceux qui prétendent que la concurrence entre niveaux de gouvernement améliore la qualité des services offerts aux citoyens, une telle analogie avec le secteur privé ne pourrait être acceptable que si la concurrence faisait disparaître du champ considéré le niveau d\u2019administration le moins efficace.Or ceci ne correspond nullement à la dynamique politique propre au secteur public où, loin d\u2019éliminer le niveau le moins efficace, la concurrence tend plutôt à engendrer la surenchère des dépenses.» - ' 902 Les citoyens doivent payer des impôts supplémentaires pour défrayer les coûts de la surenchère.La concurrence intergouvemementale tend forcément à augmenter la quantité et la qualité des services offerts, puisque chaque gouvernement cherche normalement à élargir son appui populaire.Mais cette concurrence est très différente de celle que se livrent les entreprises privées: comme les citoyens ne paient pas directement pour la plupart des services qu\u2019ils reçoivent de l\u2019un ou l\u2019autre gouvernement, il n\u2019y a pas de freins à leurs demandes.En définitive, les citoyens sont perdants, puisqu\u2019ils doivent payer des impôts supplémentaires pour défrayer les coûts de la surenchère qu\u2019ils suscitent par leurs demandes immodérées.Les largesses gouvernementales provoquent à leur tour dans la population d\u2019autres demandes excessives.Ces dernières forcent les deux paliers de gouvernement à encourir des dépenses de plus en plus élevées et à augmenter toujours davantage les impôts.Il semble donc impossible de sortir de ce cercle vicieux.La recherche de la visibilité porte les deux ordres de gouvernement à rivaliser de générosité envers la clientèle.Puisque le gouvernement fédéral bénéficie d\u2019une capacité de financement supérieure, il remporte la plupart des combats.Ainsi, ses programmes concurrentiels d\u2019aide financière sont souvent plus généreux que ceux du gouvernement du Québec (ex.: l\u2019aide à la recherche et au développement technologique dans les entreprises, l\u2019aide au développement des industries culturelles, les bourses aux artistes, l\u2019acquisition des fonds d\u2019archives privées, l\u2019aide à la production cinématographique, l\u2019aide aux organismes familiaux et communautaires, l\u2019aide à l\u2019intégration au marché du travail des prestataires d\u2019aide sociale).De même, certaines infrastructures sont dotées d\u2019équipements fort différents selon que le propriétaire est le gouvernement fédéral ou le gouvernement québécois (ex.: les parcs et les aéroports).Les programmes fédéraux servent alors de référence 903 aux clients pour souligner les limites des programmes québécois similaires.En contrepartie, les programmes d\u2019aide financière qui s\u2019adressent aux agriculteurs sont plus généreux à Québec qu\u2019à Ottawa.Par exemple, le gouvernement fédéral accorde lui-même des prêts aux agriculteurs à des taux équivalents à ceux du marché, alors que le gouvernement québécois se porte garant des prêts obtenus par les agriculteurs auprès des institutions financières et, de plus, en subventionne les intérêts.La surenchère a suivi à peu près le scénario suivant en ce qui concerne la création de plusieurs parcs au Québec: le gouvernement fédéral a informé les groupes socio-économiques et les municipalités qu\u2019il était intéressé à créer un parc sur leur territoire, mais à la condition que le gouvernement du Québec lui transfère les terrains requis.La pression de l\u2019opinion publique se faisant insistante, le gouvernement du Québec a été contraint de créer lui-même un parc sur un territoire où il n\u2019avait pas l\u2019intention de le faire selon ses objectifs ou sa planification.Un autre exemple de surenchère est le projet de création à Québec du musée de la Nouvelle-France tout près du musée de L\u2019Amérique française (Séminaire de Québec), ces deux musées devant accomplir une mission similaire.Le gouvernement fédéral a aménagé des quais à Les Escoumins et à Trois-Pistoles pour un traversier secondaire, alors que le principal traversier, qui est subventionné par l\u2019administration québécoise, opère à quelques dizaines de kilomètres en amont, entre Saint-Siméon et Ri-vière-du-Loup.La recherche de la visibilité porte les deux ordres de gouvernement à rivaliser de générosité envers la clientèle.Le gouvernement fédéral attribue chaque année des bourses aux meilleurs étudiants qui amorcent des études de premier cycle en sciences naturelles et en génie.Mais ce programme ne répond pas aux besoins du Québec.Le gou- 904 Les décisions fédérales relèvent souvent d\u2019une logique pancanadienne qui est incompatible avec les intérêts du Québec.vemement québécois a déjà affecté des fonds aux mêmes fins, si bien que les inscriptions au premier cycle atteignent maintenant un niveau convenable.La priorité consiste plutôt à augmenter le nombre d\u2019étudiants aux études de deuxième et troisième cycles.Citons un dernier exemple de surenchère.Au Québec, les deux ordres de gouvernement subventionnent les associations de consommateurs.Les subventions fédérales servent principalement au financement de la publication de magazines de consommation.Ces derniers entrent en concurrence avec le magazine de l\u2019Office de la protection du consommateur, d\u2019autant plus que ce magazine doit s\u2019autofinancer.Les contradictions dans les interventions des gouvernements Plusieurs programmes concurrentiels du gouvernement fédéral et du gouvernement québécois comportent des incompatibilités fondamentales qui ont pour effet de neutraliser l\u2019action de ce dernier.Le gouvernement du Québec voit donc diminuer sa capacité d\u2019exercer un rôle d\u2019impulsion, d\u2019orientation ou de normalisation dans les secteurs du développement économique régional, du développement social et du développement culturel.Ces incompatibilités ont des conséquences incalculables.Dans le secteur du développement économique régional, plusieurs interventions fédérales ont contribué historiquement à entraver des objectifs, des projets ou des initiatives du gouvernement québécois.Dans ce secteur, les décisions fédérales relèvent souvent d\u2019une logique pancanadienne qui est incompatible avec les intérêts du Québec.Les exemples ci-dessous illustrent bien cette assertion.En matière de promotion touristique sur le marché de la France, le gouvernement fédéral, 905 en association avec Air Canada, favorise depuis plusieurs années l\u2019Ouest canadien comme destination touristique.L\u2019instauration d\u2019un programme fédéral de subventions au transport ferroviaire des céréales de l\u2019Ouest canadien a eu comme conséquence de diminuer la clientèle dans les ports du Québec au profit des ports du Pacifique.L\u2019initiative fédérale de canaliser le fleuve Saint-Laurent à l\u2019ouest de Montréal a réduit de façon importante le rôle du port de Montréal au profit des ports des Grands Lacs.La création d\u2019un deuxième aéroport international dans la région de Montréal, combinée à l\u2019octroi par le gouvernement fédéral de plusieurs droits d\u2019atterrissage à l\u2019aéroport international de Toronto, a eu comme effet de reléguer la région de Montréal au second plan dans le domaine du transport aérien international.La décision fédérale de construire un aéroport international à Mirabel a orienté le développement de Montréal vers le nord, alors que le gouvernement du Québec favorisait sa localisation à Granby et le développement vers l\u2019est.Le gouvernement fédéral s\u2019est désengagé graduellement des mesures fiscales de stimulation de l\u2019exploration minière, alors que le gouvernement québécois maintient de tels incitatifs en dépit des protestations du ministère fédéral des Finances.Dans le secteur culturel, il arrive que des interventions fédérales viennent contrecarrer des actions québécoises.Les levés et les études géoscientifiques effectués au Québec par le gouvernement fédéral répondent très rarement aux priorités régionales définies par l\u2019administration québécoise pour stimuler l\u2019exploration minière.Le gouvernement fédéral défavorise l\u2019industrie minière québécoise en approuvant la fermeture de plusieurs tronçons ferroviaires. La volonté du gouvernement fédéral de restructurer l\u2019industrie de la transformation des produits de la pêche autour d\u2019une entreprise unique, au milieu des années 1980, a contré le projet du gouvernement du Québec de créer deux entreprises indépendantes, l\u2019une en Gaspésie (Newport) et l\u2019autre aux Iles-de-la-Madeleine (Cap-aux-Meules).En resserrant les conditions d\u2019admissibilité à l\u2019assurance-chômage, le fédéral oblige de nombreuses personnes à demander des prestations sociales.Dans le secteur du développement social, les interventions des deux ordres de gouvernement sont souvent incompatibles entre elles, comme le démontrent les exemples suivants.En raison de son enchâssement dans la Constitution canadienne, la Charte fédérale des droits et libertés est invoquée de plus en plus afin d\u2019invalider des dispositions de la Charte québécoise.Le pouvoir du Québec de sélectionner ses immigrants en fonction des besoins du marché du travail est, en réalité, assez limité puisque, ces dernières années, il a été obligé d\u2019accepter annuellement l\u2019arrivée d\u2019une dizaine de milliers de personnes à qui le gouvernement fédéral reconnaissait le statut de réfugié politique.Les centres d\u2019emploi du gouvernement fédéral offrent d\u2019abord leurs services à la clientèle fédérale (les bénéficiaires de l\u2019assurance-chômage) plutôt qu\u2019à la clientèle provinciale (les prestataires de l\u2019aide sociale).Les travailleuses, enceintes ou qui allaitent, qui se prévalent de leur droit au retrait préventif du marché du travail, en vertu de la Loi québécoise sur la santé et la sécurité du travail, sont pénalisées lors du calcul de leurs prestations d\u2019assurance-chômage, parce que l\u2019administration fédérale ne les considère pas comme aptes au travail durant cette période.Le programme québécois de retrait préventif du marché du travail de la travailleuse en- ceinte ou qui allaite ne s\u2019applique pas aux employées des entreprises qui sont sous la juridiction du gouvernement fédéral.Ces employées travaillent dans les télécommunications et la radiodiffusion, le transport aérien et maritime, le transport interprovincial et international par route, par chemin de fer ou par pipeline, les banques, les minoteries et les élévateurs à grains, les mines d\u2019uranium et les sociétés d\u2019État comme Radio-Canada et la Société des postes.La réduction du budget du programme fédéral de recherche en santé met en péril le programme québécois finançant les infrastructures des équipes de chercheurs en santé qui sont capables d\u2019obtenir des fonds auprès des organismes subventionnaires.Dans le secteur du développement culturel, il arrive aussi que des interventions fédérales viennent contrecarrer des actions québécoises, comme l\u2019illustrent bien les exemples suivants.Les provinces anglophones préfèrent ne pas exercer pleinement leurs pouvoirs dans plusieurs secteurs.Les orientations des deux gouvernements divergent complètement dans le domaine des musées.Le gouvernement québécois soutient financièrement la consolidation des institutions actuelles, alors que le gouvernement fédéral accorde des subventions importantes pour l\u2019aménagement de nouvelles institutions qui, plus tard, exigeront du gouvernement du Québec leur part de subventions de fonctionnement.Lorsque le gouvernement fédéral a réduit ses avantages fiscaux visant à injecter davantage de capitaux dans les productions cinématographiques et télévisuelles, le gouvernement du Québec a bonifié ses propres mesures fiscales, mais Téléfilm Canada a neutralisé l\u2019intervention québécoise en diminuant ses investissements dans les productions francophones.908 L\u2019abandon des responsabilités gouvernementales Le chevauchement des services publics a pour effet d\u2019accroître le coût des interventions gouvernementales.Les programmes concurrentiels facilitent l\u2019abandon de certaines responsabilités gouvernementales par l\u2019un des deux ordres de gouvernement.Ceci entraîne un transfert de la clientèle et des charges financières à l\u2019autre gouvernement.Ce dernier est obligé de remplacer celui qui se désengage d\u2019un secteur d\u2019activités et de maintenir des services semblables.De plus, lorsque l\u2019abandon des responsabilités ne touche pas toutes les provinces, cette situation a pour effet d\u2019assujettir les contribuables à des charges fiscales différentes pour des services équivalents d\u2019une province à l\u2019autre.Ces caractéristiques définissent le «fédéralisme flexible».Considérons d\u2019abord quelques exemples d\u2019abandon par le gouvernement fédéral.L\u2019exemple le plus connu d\u2019abandon de responsabilités par le gouvernement fédéral concerne le secteur de la sécurité du revenu.En resserrant les conditions d\u2019admissibilité à l\u2019as-surance-chômage ou en réduisant la durée des indemnités, le gouvernement fédéral diminue sa clientèle et oblige de nombreuses personnes à demander des prestations sociales au gouvernement du Québec.Ainsi, en réduisant le soutien financier accordé aux chômeurs, le gouvernement fédéral réalise des économies aux dépens du gouvernement du Québec qui doit augmenter ses dépenses d\u2019aide sociale.Pour diminuer ses dépenses sociales, ce dernier crée de temps à autre des programmes d\u2019emploi à durée limitée, tout juste suffisante pour renvoyer les assistés sociaux au programme d\u2019assurance-chômage.Dans le secteur de la production de l\u2019électricité, des fonds fédéraux ont assuré le développement d\u2019une industrie nucléaire qui a bénéficié avant tout à l\u2019économie ontarienne (20 des 22 réacteurs nucléaires en exploitation et en cons- 909 traction sont situés en Ontario), alors que les Québécois et les habitants des autres provinces ont dû assumer seuls l\u2019aménagement de leurs ressources hydroélectriques, en plus de payer des impôts fédéraux pour financer le développement du secteur nucléaire en Ontario.En tolérant la détérioration des services ferroviaires au Québec, le gouvernement fédéral transfère graduellement le trafic lourd vers le réseau routier qui est déjà fortement exploité.Cette situation pénalise les Québécois qui, en plus de contribuer financièrement à la modernisation du réseau ferroviaire de l\u2019Ouest canadien, doivent dépenser des sommes supplémentaires pour l\u2019entretien de leur réseau routier.Dans le secteur aéroportuaire, le gouvernement du Québec s\u2019est trouvé dans l\u2019obligation de remédier aux carences de l\u2019administration fédérale, en devenant propriétaire d\u2019une vingtaine d\u2019aéroports en régions éloignées, parce que le gouvernement fédéral préférait s\u2019acquitter de ses responsabilités principalement envers les communautés les plus peuplées.Les provinces anglophones préfèrent ne pas exercer pleinement leurs pouvoirs dans plusieurs secteurs d\u2019action, mais comptent plutôt sur la suppléance du gouvernement fédéral, tandis que le gouvernement du Québec choisit toujours de prendre ses responsabilités.Cette situation est inéquitable envers les Québécois sur le plan des charges fiscales: ils doivent payer leur part des impôts perçus pour les services que le gouvernement fédéral fournit dans les provinces anglophones, en plus de défrayer entièrement les coûts des services similaires offerts par le gouvernement du Québec.Il est rare que le Québec reçoive du gouvernement fédéral des compensations financières pour ces services et, s\u2019il en obtient, elles ne sont que partielles.Près de 1000 comités fédéraux-provinciaux se réunissent pour s'informer réciproquement.910 Il serait beaucoup plus économique de confier à une seule administration la responsabilité exclusive des services offerts simultanément par les deux ordres de gouvernement.La plupart des administrations provinciales donnent au gouvernement fédéral le pouvoir de percevoir leurs impôts sur le revenu des particuliers (sauf au Québec) et des sociétés (sauf au Québec, en Ontario et en Alberta).Le Québec et l\u2019Ontario ont leurs propres corps policiers tandis que les autres provinces obtiennent ces services de la Gendarmerie royale du Canada.Le Québec et l\u2019Ontario sont les seules provinces à donner des renseignements sur le marché du travail, tandis que dans les autres provinces ce service est fourni par les Centres d\u2019emploi fédéraux.Le Québec et le Nouveau-Brunswick sont les seules provinces à ne pas avoir légué au gouvernement fédéral la responsabilité d\u2019offrir des services d\u2019information en matière de santé et de sécurité du travail.Dans les quatre provinces de l\u2019Ouest et dans deux provinces maritimes, ce sont des inspecteurs fédéraux qui s\u2019assurent, sans rétribution financière, du respect des règlements provinciaux en matière de qualité des produits alimentaires.Le Québec et le Manitoba sont les seules provinces où l\u2019administration des lois provinciales concernant l\u2019inspection des produits de la pêche n\u2019a pas été léguée au gouvernement fédéral.Le Québec et le Manitoba sont les seules provinces qui ne laissent pas entièrement au gouvernement fédéral la sélection de leurs immigrants.Le Québec est la province qui exerce le plus ses pouvoirs en matière d\u2019agriculture.Les autres provinces, notamment celles de l\u2019Ouest, s\u2019appuient largement sur les interventions fédérales.911 Le Québec administre ses propres programmes de relations internationales, de rentes de retraite, d\u2019allocations familiales, de prêts aux étudiants, de réglementation de la pêche sportive, de cueillette de données climatiques et statistiques.Dans les autres provinces, ces programmes relèvent du gouvernement fédéral.En somme, les programmes concurrentiels favorisent la dépendance des provinces anglophones par rapport au gouvernement fédéral.À Ottawa, l\u2019abandon de leurs responsabilités par les provinces anglophones, combinée à l\u2019iniquité fiscale qui en résulte pour les Québécois, porte le nom de «fédéralisme flexible».Le gaspillage des fonds publics Le chevauchement des services publics a pour effet d\u2019accroître le coût des interventions gouvernementales.L\u2019ampleur des économies que pourrait faire réaliser à la collectivité l\u2019élimination des chevauchements dépend de plusieurs facteurs.La duplication des services gouvernementaux augmente la quantité d\u2019informations nécessaires.Nous avons constaté ci-dessus que le gaspillage des fonds publics occasionné par la redondance, la surenchère et l\u2019incompatibilité des programmes concurrentiels et l\u2019iniquité fiscale engendrée par l\u2019abandon des responsabilités gouvernementales sont sans aucun doute fort considérables quoique difficilement quantifiables.Un autre élément du coût de la concurrence fédérale-provinciale a trait aux économies d\u2019échelle qui pourraient résulter d\u2019une utilisation plus rationnelle du personnel affecté de part et d\u2019autre à des activités similaires.Ces économies d\u2019échelle s\u2019appliquent aux programmes concurrentiels où une synergie plus importante et une plus grande spécialisation des tâches permettraient d\u2019accroître la productivité du person- NMMj 912 nel.Par exemple, il serait possible d\u2019obtenir des économies d\u2019échelle par la mise en commun des activités de recherche concurrentielles des deux gouvernements dans les domaines de l\u2019agriculture, des forêts, des mines, des pêches, des transports, de l\u2019énergie, de la pollution atmosphérique, de l\u2019environnement, de la santé et de l\u2019habitation.La connaissance des divers programmes concurrentiels représente une charge pénible pour les administrés.Le dernier élément du coût de la concurrence fédérale-provinciale a trait au coût des mesures de coordination intergouvemementale, comme les échanges d\u2019informations, les consultations et les négociations, qui sont amenées par la plupart des chevauchements.Près de 1000 comités fédéraux-provinciaux se réunissent pour permettre aux ministres, aux hauts fonctionnaires, aux cadres et aux professionnels des deux ordres de gouvernement de s\u2019informer réciproquement de leurs priorités et de leurs initiatives, de comparer leurs programmes d\u2019activités et de négocier des arrangements administratifs.Ces comités fédéraux-provinciaux entraînent des coûts qui pourraient être éliminés si l\u2019on faisait disparaître les chevauchements de programmes.D\u2019ailleurs, sur le plan strictement financier, même les mesures de coordination efficaces ne sont absolument pas rentables: les économies financières qui résultent de l\u2019harmonisation des programmes fédéraux et provinciaux sont annihilées par les coûts provenant du fonctionnement des divers comités.Pour conclure sur la question des conséquences financières du chevauchement des programmes concurrentiels, on peut affirmer qu\u2019il serait beaucoup plus économique de confier à une seule administration la responsabilité exclusive des services similaires offerts simultanément par les deux ordres de gouvernement au Québec. Les tracas supplémentaires pour la clientèle Les tracas supplémentaires causés aux clients qui transigent avec les administrations gouvernementales comportent trois volets: premièrement, la duplication des services gouvernementaux augmente la quantité d\u2019informations nécessaires aux administrés pour profiter des services et de l\u2019aide financière de l\u2019État et pour se conformer aux lois et aux règlements gouvernementaux; deuxièmement, les programmes concurrentiels multiplient les démarches nécessaires à l\u2019obtention des services, de l\u2019aide financière et des autorisations que les administrés doivent solliciter des autorités gouvernementales; troisièmement, la duplication des programmes de réglementation et de contrôle fait subir aux administrés un double système d\u2019inspection.Les deux ordres de gouvernement ont mis en oeuvre des programmes similaires pour fournir de l\u2019aide financière et des services techniques ou professionnels à plusieurs catégories de clients: les agriculteurs, les pêcheurs, les prospecteurs miniers, les entreprises, les chercheurs, les artistes, les cinéastes, les écrivains, les organismes culturels, les musées, les athlètes amateurs, les organismes de loisir, les municipalités, les autochtones, les immigrants, les minorités ethniques, les chômeurs, les travailleurs, les étudiants, les jeunes, les personnes âgées, les familles, les femmes, les consommateurs, les handicapés, les malades, les nécessiteux et les régions défavorisées.Ces programmes d\u2019aide technique et financière exigent de leurs bénéficiaires éventuels qu\u2019ils prennent l\u2019initiative de solliciter l\u2019intervention gouvernementale.Aussi est-il essentiel que ces derniers connaissent l\u2019existence de ces programmes pour pouvoir en profiter.Or, malgré tous les efforts déployés en Les programmes concurrentiels et de contrôle infligent à la clientèle un double système d\u2019inspection. Les programmes conjoints soulèvent des conflits intergouvemementaux.matière d\u2019information gouvernementale, la connaissance des divers programmes concurrentiels représente une charge pénible pour les administrés.Cette situation ne facilite guère l\u2019accessibilité aux programmes.On sait que de nombreux citoyens ne profitent pas de certains services offerts par l\u2019État tout simplement parce qu\u2019ils en ignorent l\u2019existence.S\u2019il est déjà difficile pour les administrés de se tenir au courant de tous les services différents mis à leur disposition par l\u2019une des administrations publiques, on comprend que la duplication des programmes concurrentiels complique encore davantage la tâche de ceux qui cherchent à se retrouver parmi l\u2019ensemble des mesures gouvernementales conçues à leur intention.De plus, il ne suffit pas de savoir que les programmes existent, il faut encore en connaître les conditions d\u2019admissibilité et les modalités d\u2019application afin de pouvoir déterminer, dans les cas de programmes mutuellement exclusifs, celui auquel il est le plus avantageux de faire appel.Au fardeau de l\u2019information s\u2019ajoute celui de la duplication des démarches nécessaires à l\u2019obtention de l\u2019aide gouvernementale.La participation simultanée à deux programmes similaires, l\u2019un fédéral et l\u2019autre québécois, est souvent permise et même encouragée.Par exemple, les agriculteurs, les prospecteurs miniers, les entreprises, les chercheurs, les artistes, les cinéastes, les organismes culturels et les associations de consommateurs sont obligés de préparer deux demandes de subventions différentes, l\u2019une adressée à l\u2019administration québécoise et l\u2019autre à l\u2019administration fédérale, pour être sûrs de profiter au maximum de l\u2019aide gouvernementale.De même, lorsqu\u2019une personne désire intenter une action en justice contre le gouvernement fédéral et une partie privée, en vertu d\u2019une loi québécoise, elle doit alors intenter deux recours, l\u2019un devant la Cour fédérale et l\u2019autre devant une cour provinciale.915 La concurrence des programmes gouvernementaux de réglementation et de contrôle soulève des problèmes semblables à ceux qui ont été exposés ci-dessus, même si les risques découlant d\u2019une mauvaise information concernant ces programmes sont beaucoup plus importants que dans le cas des programmes d\u2019aide financière, technique ou professionnelle.En effet, personne n\u2019est censé ignorer la loi: la confusion des réglementations fédérales et provinciales se rapportant à une même matière ne met pas les administrés à l\u2019abri des sanctions découlant de la transgression d\u2019une norme gouvernementale (ex.: les produits alimentaires et la protection de l\u2019environnement).La duplication des programmes de réglementation et de contrôle oblige également la clientèle à de multiples démarches (ex.: un double dépôt légal des publications des écrivains à la Bibliothèque nationale du Canada et à celle du Québec, une double autorisation pour l\u2019exploration minière sur les réserves indiennes et dans le golfe du Saint-Laurent, un double permis pour la chasse aux oiseaux migrateurs, une double poursuite judiciaire envers une entreprise suite à un même événement de pollution de l\u2019environnement).Finalement, les programmes concurrentiels de réglementation et de contrôle infligent à la clientèle un double système d\u2019inspection (ex.: l\u2019évaluation des impacts sur l\u2019environnement, la vérification des sources de pollution dans les entreprises, l\u2019inspection des usines de transformation des produits de la pêche).Les inconvénients des programmes conjoints Tous les programmes conjoints sont établis en vertu du pouvoir fédéral de dépenser dans les domaines de compétence provinciale.916 Les programmes conjoints restreignent les pouvoirs décisionnels des provinces. Ce sont des «programmes à frais partagés» où le gouvernement fédéral aide financièrement les provinces qui respectent les normes minimales établies par l\u2019autorité centrale à mettre en oeuvre des programmes d\u2019activités, notamment l\u2019assurance-hospitalisation, l\u2019assurance-maladie, l\u2019enseignement postsecondaire, les services sociaux et l\u2019aide sociale.Des vérificateurs fédéraux s\u2019assurent que les provinces respectent les conditions associées à la contribution fédérale.Les programmes conjoints peuvent avoir pour effet d'obliger les provinces à modifier leurs priorités.Tous les programmes conjoints comportent les quatre inconvénients suivants: le ralentissement de la réponse gouvernementale aux besoins des citoyens, la confusion des responsabilités des gouvernements, la réduction des pouvoirs des provinces et l\u2019accroissement du coût de l\u2019action gouvernementale.Le ralentissement de la réponse gouvernementale aux besoins des citoyens Les programmes conjoints ont pour effet d\u2019accroître considérablement les délais entre le moment où un besoin est identifié et celui où l\u2019on commence à y répondre.En plus des retards résultant de la négociation des ententes fé-dérales-provinciales (ex.: le développement régional, la stabilisation des prix du porc, les garderies en milieu scolaire), il existe d\u2019autres délais provenant des mesures de contrôle à priori prises par l\u2019administration fédérale.En effet, dans certains cas, cette dernière doit approuver les projets proposés par les provinces avant que celles-ci puissent en commencer la réalisation dans le cadre d\u2019un programme conjoint (ex.: la faune et le développement minéral).917 La confusion des responsabilités des gouvernements Les programmes conjoints atténuent la portée du principe de la responsabilité gouvernementale en compliquant la tâche des citoyens qui désirent évaluer la performance de leurs élus.En effet, comme les programmes conjoints sont réalisés concrètement par l\u2019administration provinciale, les citoyens ont tendance à lui attribuer entièrement la responsabilité des services qu\u2019ils reçoivent grâce, en partie, à des fonds fédéraux pour lesquels le gouvernement provincial n\u2019a pas eu à imposer ses contribuables.Par exemple, si les citoyens sont insatisfaits des soins de santé qu\u2019ils reçoivent, ils blâmeront inévitablement leur seul gouvernement provincial, oubliant que le gouvernement fédéral est aussi responsable, par les conditions qu\u2019il impose aux provinces ou par la réduction de sa contribution financière, de la qualité des soins offerts à la population.Par contre, le gouvernement fédéral ne profitera pas politiquement du succès d\u2019un programme auquel il a participé au point de vue financier, mais dont il n\u2019est pas le réalisateur visible (ex.: le développement économique régional, l\u2019aide sociale et les services sociaux).On peut donc en conclure que les programmes conjoints entraînent, au sein de la population, une confusion des responsabilités des deux niveaux de gouvernement.Les programmes conjoints donnent au gouvernement fédéral le moyen d'établir des normes.La réduction des pouvoirs des provinces Les programmes conjoints soulèvent des conflits intergouvemementaux parce que le gouvernement du Québec les considère comme des instruments permettant au gouvernement fédéral de contourner la Constitution et de s\u2019ingérer dans les domaines de compétence provinciale exclusive.Ces programmes réduisent l\u2019autono- Le financement global sera conditionnel au respect des normes nationales.mie des provinces sous plusieurs aspects, comme Font souligné plusieurs auteurs.Sur le plan constitutionnel, les programmes conjoints contredisent le principe sur lequel repose le partage des compétences gouvernementales au Canada.Ce principe postule qu\u2019il existe certaines matières dans lesquelles les gouvernements provinciaux sont les plus aptes à répondre aux besoins de la population.La présence de programmes conjoints dans ces champs d\u2019activités est une reconnaissance implicite de l\u2019aptitude égale des deux ordres de gouvernement à y intervenir.Sur le plan politique, les provinces sont forcées de participer aux programmes conjoints proposés par le gouvernement fédéral, pour éviter de laisser ce dernier dépenser de façon unilatérale dans leurs champs de compétence (ex.: le plan d\u2019action Saint-Laurent).De plus, il est politiquement impossible à un gouvernement provincial de refuser un programme conjoint, s\u2019il ne dispose pas des ressources financières requises pour offrir à ses citoyens un programme similaire à celui qui est offert dans les autres provinces, et s\u2019il laisse ses citoyens payer les impôts fédéraux qui sont nécessaires au financement du programme conjoint dans les autres provinces.D\u2019un autre côté, les programmes conjoints créent des attentes parmi la clientèle, de sorte que le désengagement du gouvernement fédéral du financement de ces programmes reporte entièrement sur les provinces la responsabilité politique et financière de les maintenir.De très fortes pressions s\u2019exercent alors sur les provinces pour qu\u2019elles prennent la relève du gouvernement fédéral et assurent la poursuite des activités instaurées par les programmes conjoints (ex.: la restauration des immeubles locatifs, l\u2019aménagement des forêts privées, la voirie forestière).919 Sur le plan gouvernemental, les programmes conjoints restreignent les pouvoirs décisionnels des provinces et leur enlèvent le contrôle de leurs champs de compétence exclusive, en leur imposant des priorités d\u2019intervention et des orientations d\u2019action qui diffèrent souvent de celles qu\u2019elles ont établies auparavant (ex.: le plan d\u2019action Saint-Laurent, la philosophie «jeunes contrevenants» vs la philosophie «protection de la jeunesse»).Ainsi, le gouvernement fédéral établit lui-même les grandes politiques dans les secteurs touchés par les programmes conjoints.Sur le plan budgétaire, les programmes conjoints peuvent avoir pour effet d\u2019obliger les provinces à modifier leurs priorités pour engager des dépenses qu\u2019elles ne feraient pas si elles en avaient le choix (ex.: le plan d\u2019action Saint-Laurent et l\u2019implantation d\u2019équipements immobiliers de loisir).De même, ces programmes incitent les provinces à dépenser au-delà de leurs moyens pour obtenir des fonds fédéraux.Puis, le désengagement du gouvernement fédéral du financement des programmes conjoints oblige inévitablement les provinces à compenser cette perte par des dépenses complémentaires (ex.: la santé et l\u2019enseignement postsecondaire).Il en résulte que les provinces les moins riches doivent supporter un fardeau fiscal plus lourd que les autres pour respecter les normes qui visent à maintenir des services équivalents dans chaque province.De plus, les programmes conjoints peuvent interdire aux provinces de recourir à des sources de financement qui pourraient affecter l\u2019accessibilité des services offerts à la population (ex.: la surfacturation ou l\u2019instauration de frais modérateurs dans les services de santé).Ainsi, les provinces sont limitées dans leur capacité de s\u2019adapter à la réduction des contributions financières du gouvernement fédéral.Finalement, les provinces sont limitées dans leur capacité de budgéter à long terme, à cause de Le programme de financement global permettra au gouvernement fédéral d\u2019imposer des normes nationales.920 l\u2019incertitude des politiques futures du gouvernement fédéral qui peut, de façon unilatérale, se retirer du financement des programmes conjoints ou en modifier les règles de partage des dépenses.Les négociations entre les deux gouvernements allongent les délais et accroissent le coût.Sur le plan législatif, les conditions de partage des coûts fixées dans les programmes conjoints donnent au gouvernement fédéral le moyen d\u2019établir des normes et des critères, sur la clientèle admissible et sur les modalités de prestation des services, dans des domaines de compétence provinciale.Les interventions des autorités fédérales ont pour effet d\u2019uniformiser les services offerts par les provinces d'un bout à l\u2019autre du pays, sans se soucier des besoins et des problèmes particuliers de la population des diverses régions (ex.: le logement social).Ainsi, les programmes conjoints contribuent à restreindre la liberté des provinces de déterminer l\u2019étendue et la qualité des services qu\u2019elles désirent offrir à la population.Ils limitent aussi la capacité des provinces d\u2019améliorer leurs services.Les provinces ne peuvent modifier les programmes actuels ou en implanter de nouveaux pour mieux répondre aux besoins de la population, si ces innovations ne respectent pas les normes et les critères d\u2019admissibilité fixés par le gouvernement fédéral, à moins d\u2019en assumer entièrement le financement (ex.: les prestations d\u2019incitation au travail versées aux chefs de famille à faible revenu, l\u2019allocation au logement versée aux familles démunies, la prévention des problèmes sociaux, les garderies en milieu scolaire avant 1991 et celles à but lucratif).Cette restriction à l\u2019innovation existe depuis 30 ans dans le domaine des services sociaux et de l\u2019aide sociale.Dans le plan budgétaire triennal déposé à la fin de février 1995, le gouvernement fédéral s\u2019est engagé à enlever cet obstacle en 1996 mais, en maintenant des normes nationales (ex.: la transférabilité interpro- 921 vinciale et l\u2019accessibilité des services) et en réduisant sa participation au financement des programmes sociaux, il ne supprimera aucunement les inconvénients précédents.De plus, le gouvernement fédéral a décidé d\u2019abroger les programmes conjoints existants et d\u2019établir en 1996 un programme de financement global pour les domaines de l\u2019enseignement postsecondaire, de la santé, des services sociaux et de l\u2019aide sociale (le «transfert social canadien»).Le financement global sera conditionnel au respect des normes nationales actuelles en matière de santé et d\u2019aide sociale (ex.: la gratuité, la transférabilité interprovinciale et l\u2019accessibilité des services) et de celles qui seront fixées ultérieurement pour l\u2019ensemble des domaines.Ce nouveau programme conjoint aura pour effet de soumettre à des normes nationales, non seulement les activités financées conjointement par les deux ordres de gouvernement, mais aussi toutes les activités financées exclusivement par les provinces, puisqu\u2019il deviendra impossible de différencier ces deux catégories d\u2019activités dans le programme de financement global.Ainsi, à partir de 1996, le gouvernement fédéral pourra étendre ses normes tentaculaires sur toutes les activités provinciales dans les secteurs précités.De la même façon, le programme de financement global permettra au gouvernement fédéral d\u2019imposer des normes nationales même dans un domaine ou son désengagement financier sera complet (ex.: la santé).Sur le plan administratif, les programmes conjoints fournissent l\u2019occasion au gouvernement fédéral d\u2019instaurer des services de vérification, dans des secteurs de compétence provinciale, pour s\u2019assurer que les dépenses sont faites conformément aux normes et aux critères qu\u2019il a établis (ex.: le développement régional, le logement social, l\u2019aide sociale et les services sociaux).Ce problème est illustré de façon plus détaillée dans la section suivante.922 Le programme de financement permet au gouvernement fédéral d\u2019imposer des normes nationales. L\u2019accroissement du coût de l\u2019action gouvernementale Les provinces peuvent être contraintes d'engager certaines dépenses contre leur gré.Les programmes conjoints entraînent des frais supplémentaires par rapport à ce qu\u2019il en coûterait si un seul gouvernement en était responsable.La participation financière du gouvernement fédéral à la mise en oeuvre de programmes administrés par les provinces a pour effet d\u2019accroître le coût d\u2019implantation et de fonctionnement de ces programmes.Nous avons noté ci-dessus que les provinces peuvent être contraintes d\u2019engager certaines dépenses contre leur gré.Elles sont poussées aussi à dépenser au-delà de leurs moyens pour obtenir leur part des fonds fédéraux.De plus, le désengagement du gouvernement fédéral du financement des programmes conjoints reporte sur les provinces la charge de les soutenir, de sorte que les provinces les moins riches doivent supporter un fardeau fiscal plus lourd que les autres pour se conformer aux normes nationales qui exigent le maintien de services équivalents dans chaque province.Deux autres facteurs permettent d\u2019expliquer l\u2019accroissement du coût d\u2019implantation et de fonctionnement des programmes conjoints: d\u2019abord, les négociations entre les deux gouvernements, sur les conditions associées à l\u2019obtention des subventions et sur le contenu des programmes, allongent les délais et accroissent le coût de conception des programmes; puis, l\u2019administration fédérale est amenée à mettre sur pied une équipe pour contrôler le respect des conditions associées à l\u2019aide financière versée à l\u2019administration provinciale.De ces deux facteurs, le second est sans doute celui dont les conséquences financières sont les plus sérieuses.Non pas que la négociation des ententes fédérales-provinciales ne puisse entraîner des frais considérables, en raison de 923 la durée et de l\u2019ampleur des échanges qu\u2019elle implique; mais comme ces frais initiaux peuvent être amortis sur toute la durée de l\u2019entente, leur importance s\u2019en trouve réduite.Par contre, le coût des mesures fédérales de contrôle de la conformité des programmes subventionnés par rapport aux normes fixées se répète tant et aussi longtemps que durent ces programmes.Les conséquences financières des contrôles fédéraux sont particulièrement significatives dans les domaines du développement régional, du logement social, de l\u2019aide sociale et des services sociaux.Dans les domaines de l\u2019aide sociale et des services sociaux, les mesures de contrôle fédérales engendrent des coûts importants.Chaque loi, chaque règlement et chaque programme d\u2019action conçus par l\u2019administration québécoise doivent être soumis à l\u2019approbation de l\u2019administration fédérale.Beaucoup de temps et d\u2019énergie sont alors perdus en négociations de toutes sortes.De même, chaque établissement de services sociaux doit être homologué par l\u2019administration fédérale.De plus, les demandes de remboursement des frais engagés, qui sont adressées annuellement aux autorités fédérales, doivent être très détaillées.Ces dépenses font l\u2019objet d\u2019une analyse de conformité afin de déterminer si elles sont admissibles à l\u2019aide fédérale.Ensuite, les dépenses admissibles sont soumises à une analyse financière.Ces deux types d\u2019analyse exigent un volume important de travail et entraînent de longs délais.Chaque loi d'aide sociale doit être soumise à l'approbation de l\u2019administration fédérale.De la même façon, dans le domaine du logement social, la Société d\u2019habitation du Québec subit de la part de la Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement des contrôles rigides qui occasionnent des coûts supplémentaires considérables.Par exemple, au cours de l\u2019année, elle doit lui transmettre un formulaire pour chaque engagement de dépenses qu\u2019elle effectue.Puis, à la fin de l\u2019année, elle doit lui faire parvenir les états financiers de chacun des ensembles d\u2019habitations à loyer modique gérés par les offices municipaux d\u2019habitation et de chacun des complexes immobiliers administrés par des coopératives d\u2019habitation ou des organismes sans but lucratif.Conclusion Les chevauchements remettent en question toute décentralisation au sein de la fédération.Les chevauchements sont intolérables pour le gouvernement du Québec parce qu\u2019ils remettent en question toute décentralisation au sein de la fédération canadienne.Le gouvernement fédéral profite des chevauchements pour contrecarrer ou réduire les pouvoirs du Québec, pour établir sa domination et maintenir le Québec dans un état de subordination.Les chevauchements sont utilisés pour diminuer la capacité du gouvernement du Québec d\u2019exercer un rôle d\u2019impulsion, d\u2019orientation ou de normalisation en matière de développement économique régional, de développement social et de développement culturel.Il existe aussi d\u2019autres bons motifs de s\u2019indigner contre les chevauchements: les programmes concurrentiels causent des tracas administratifs supplémentaires à la clientèle des services publics, tandis que les programmes conjoints ralentissent la réponse de l\u2019administration gouvernementale aux besoins des citoyens et engendrent, au sein de la population, une confusion des responsabilités des deux niveaux de gouvernement.Il existe finalement des motifs valables de mettre en cause les conséquences financières des chevauchements.Cette étude a identifié une dizaine de composantes des coûts des chevauchements: la redondance des activités, l\u2019offre excessive de services, l\u2019incompatibilité des interventions, l\u2019abandon des responsabilités, la perte d\u2019économies d\u2019échelle et les mesures de coordination pour les programmes concurrentiels; l\u2019engagement forcé de dépenses, les dépenses démesurées, les dépenses complémentaires, les ententes fédérales-provinciales et les services de vérification pour les programmes conjoints.De plus, il s\u2019avère que les programmes concurrentiels et les programmes conjoints sont des sources d\u2019iniquité fiscale.Ces composantes des coûts des chevauchements sont deux fois plus nombreuses que celles que nous avions considérées dans nos études antérieures.Mais cette complexification rend encore plus difficile, et même problématique, la quantification des coûts des chevauchements. UN DROIT À ASSURER Christian PAYEUR, chercheur à la CEQ L\u2019accessibilité à la formation professionnelle Le Québec a un déficit historique en formation professionnelle.Peu importe les époques, jamais plus du quart d\u2019une génération n\u2019a accédé à une formation menant à une qualification professionnelle reconnue par un diplôme.Ailleurs, dans des pays tels la Suède ou l\u2019Allemagne, c\u2019est jusqu\u2019aux trois quarts d\u2019un groupe d\u2019âge qui transite par la formation professionnelle.Sommes-nous en train de reprendre notre retard historique ?Pas du tout, si nous nous fions aux données les plus récentes à notre disposition.1) Une évolution inquiétante en formation professionnelle au secondaire Tel que nous l\u2019avons mis en évidence dans le dossier sur l\u2019accessibilité à la formation professionnelle et technique publié à l\u2019automne 1994 par la CEQ', le ministère de l\u2019Éducation n\u2019a pas été sans ambiguïtés dans les informations fournies ces dernières années concernant l\u2019évolution des effectifs en formation profes- I.Ce dossier est disponible au Centre de documentation de la CEQ sous la cote D-I0I9I. sionnelle.Néanmoins, les données les plus récentes publiées par le MEQ (1994) révèlent une évolution particulièrement inquiétante des effectifs en formation professionnelle.Ainsi, si nous prenons l\u2019ensemble des effectifs jeunes et adultes inscrits dans des programmes de formation professionnelle du secondaire financés par le MEQ, le nombre d\u2019individus passe de 105 946 en 1987-1988 à 67 499 en 1991-1992.H y a donc là un problème incontestable d\u2019accessibilité.La dernière campagne électorale a, pour sa part, donné lieu à un débat de chiffres sur l\u2019accessibilité des jeunes à la formation professionnelle.Si on peut admettre que l\u2019intégration des clientèles jeunes et adultes a pu poser des difficultés particulières pour la gestion et la fiabilité des banques de données du MEQ, un indice récent rendu public par les experts des études démographiques du MEQ permet enfin de faire le point sur la question.Ainsi, selon cette information, la probabilité d\u2019accéder à la formation professionnelle du secondaire avant 20 ans, qui était de 18 % en 1987-1988, a diminué à 10,2% en 1992-1993.Il n\u2019y a pas là matière à une guerre de chiffres mais bien l\u2019urgence d\u2019un constat : l\u2019accessibilité des jeunes de moins de 20 ans à la formation professionnelle a connu une chute dramatique.D\u2019ailleurs, la moyenne d\u2019âge des effectifs en formation professionnelle au secondaire tourne actuellement autour de 26 à 27 ans, ce qui révèle l\u2019attrait des adultes pour ces programmes de formation.Mais qu\u2019advient-il de ces jeunes en attente d\u2019une formation ?Selon une autre donnée du MEQ et publiée dans un avis du CSE intitulé : « Vers un modèle de financement en éducation des adultes» (1994), à peine 3,6 % d\u2019une cohorte générationnelle obtiendrait le diplôme de formation professionnelle du secondaire, alors que 35,3 % Le Québec a un déficit historique en formation professionnelle. abandonnerait avant l\u2019obtention d\u2019un diplôme du secondaire.Si le nouveau gouvernement du Québec veut assurer le droit à la formation professionnelle, il y a manifestement urgence d\u2019agir- 2) Au collégial: se méfier de l\u2019eau stagnante L\u2019accessibilité des jeunes de moins de 20 ans à la formation professionnelle a connu une chute dramatique.L\u2019accroissement significatif de l\u2019accessibilité aux études collégiales figure au premier rang des acquis du processus de démocratisation de l\u2019éducation qui a découlé de la mise en oeuvre des recommandations du Rapport Parent.Ce phénomène se révèle très perceptible même en se limitant à l\u2019évolution pour la décennie 1980.En effet, la probabilité d\u2019accéder aux études collégiales avant 30 ans qui était de 38,4% en 1980-1981, atteignait 56,3 % en 1990-1991 (MESS, 1993).D\u2019autres données fournies par le MEQ (1993A) mentionnent des taux légèrement supérieurs, mais une évolution allant dans le même sens : la probabilité d\u2019accéder aux études collégiales passe dans ce cas de 44% en 1980-1981 à 61,8 % en 1990-1991.Le secteur technique a-t-il bénéficié autant de cette progression ?Les chiffres témoignent d\u2019une évolution plus timorée de ce côté.Ainsi, la probabilité d\u2019accéder avant 30 ans aux études collégiales menant au DEC technique a progressé de 15,0 % à 16,9 % de 1980-1981 à 1990-1991 (MESS, 1993).Toutefois, celle-ci avait atteint un sommet de 18,8 % en 1985-1986.On doit donc conclure que la progression a été minime sur une longue période, et que celle-ci masque un déclin relatif si on considère la période allant du milieu de la décennie 1980 au début de la décennie 1990.En termes de démocratisation de l\u2019accessibilité aux études collégiales, c\u2019est davantage l\u2019accès au diplôme qui se révèle inquiétant.Se- 1MMU\u2014 929 Ion les données du Ministère, les nouveaux inscrits au collégial en 1980, dans un programme de DEC technique, ont un taux de diplomation de 36,3 % après trois ans dans le programme initial, de 58,6 % après cinq ans et de 60,8 % après six ans.On comprend, dès lors, que la probabilité d\u2019obtenir un DEC technique plafonne depuis plus d\u2019une décennie autour de 10 % d\u2019une cohorte générationnelle.En 1992, si on additionne la probabilité d\u2019obtenir un diplôme du secondaire en formation professionnelle (3,6 %) et celle d\u2019obtenir un DEC technique (9,5 %), c\u2019est à peine 13,1 % d\u2019une cohorte qui sort du système d\u2019éducation avec un diplôme attestant une qualification professionnelle.3)Une accessibilité minée par le sexisme Que l\u2019on observe la situation au secondaire ou au collégial, le portrait du partage des hommes et des femmes dans les différents programmes révèle encore le caractère sexiste des choix d\u2019orientation professionnelle.Ainsi, au secondaire, 57 % des femmes se concentrent dans un seul des 23 secteurs de formation offerts, celui de l\u2019administration, commerce et secrétariat.Pour les hommes, on constate les mêmes comportements traditionnels, mais avec une diversité plus grande de secteurs puisque 60,8 % des effectifs masculins se retrouvaient dans cinq secteurs : équipement motorisé (17,7 %), électrotechnique (17,6 %), fabrication mécanique (19 %), métallurgie (8,7 %), administration, commerce et secrétariat (7,8 %).À peine 3,6% obtiendrait le diplôme de formation professionnelle du secondaire.La situation au collégial se compare, de ce point de vue, en tout point à celle du secondaire.Ainsi, 67,4 % des femmes ayant obtenu un DEC technique en 1991 appartenaient à deux 930 familles de programmes : les techniques administratives (38,1 % des diplômées) et les techniques biologiques (29,3 % des diplômées).Chez les hommes, la moitié des diplômés se retrouvent en techniques physiques, le secteur offrant les meilleures possibilités et conditions d\u2019emploi.Fait encore plus problématique, les programmes où on remarque une sous-représentation des femmes sont non seulement dans des secteurs traditionnellement masculins mais aussi parfois dans de tout nouveaux programmes.C\u2019est à peine 13,1% d\u2019une cohorte qui sort du système d\u2019éducation avec un diplôme attestant une qualification professionnelle.4) Surplus et pénurie de clientèle Alors que l\u2019on constate un déclin des effectifs en formation professionnelle, on voit apparaître de plus en plus fréquemment un phénomène qui en surprendra plusieurs : l\u2019existence simultanée de listes d\u2019attente pour l\u2019accès à certains programmes et de programmes qui ont de la difficulté à démarrer faute de clientèle suffisante.Plusieurs problèmes sont à la source de cette incongruité.Premièrement, on doit noter les capacités d\u2019accueil insuffisantes dans plusieurs programmes.Deuxièmement, on constate que le maintien de certains comportements traditionnels alimentent les listes d\u2019attente dans plusieurs programmes mieux connus, tels mécanique automobile.Troisièmement, on apprend que très souvent ce sont les nouveaux programmes, mal connus, qui ont le plus de difficultés à démarrer.Tout ceci plaide finalement pour une véritable stratégie de développement de la formation professionnelle et de l\u2019information scolaire et professionnelle.^'4, ns.&§ 931 5) Au passé comme au futur, rationaliser la carte des enseignements menace l\u2019accessibilité La définition de la carte des enseignements en formation professionnelle et technique représente un enjeu primordial en regard de l\u2019accessibilité.En effet, c\u2019est à travers le processus d\u2019élaboration de la carte des enseignements que le MEQ autorise une institution d\u2019enseignement à offrir un programme.Une fois l\u2019autorisation accordée, on va aussi pouvoir établir le nombre de places à offrir, parfois sur la base d\u2019un contingentement serré.Même si la carte des enseignements s\u2019établit en fonction des programmes offerts au secteur régulier, elle influence directement la capacité de répondre aux besoins en formation de la main-d\u2019oeuvre puisque généralement les équipements nécessaires à la formation sont pour l\u2019essentiel liés à l\u2019enseignement régulier.La carte des enseignements affecte aussi les conditions de travail du personnel de l\u2019éducation, et en particulier des enseignantes et enseignants, puisque fermeture de programmes et régionalisation entraînent des mises en disponibilité, des déplacements, etc.Le Ministère a entrepris en 1993-1994 une démarche d\u2019harmonisation des programmes et de la carte des enseignements au secondaire et au collégial.La première phase de l\u2019opération consistera vraisemblablement à favoriser une régionalisation de la carte des enseignements au collégial, puisque cette opération a déjà eu lieu au secondaire.Or justement, il devient intéressant de faire le point sur ce qui s\u2019est passé au secondaire pour mesurer les enjeux qui s\u2019annoncent avec une nouvelle carte harmonisée et régionalisée.Au secondaire, 57% des femmes se concentrent dans l\u2019administration, commerce et secrétariat. 5.1)La carte au secondaire: de la rationalisation au rationnement Au collégial 67,4% des femmes ayant obtenu un DEC appartenaient à deux familles de programmes: les techniques administratives et les techniques biologiques.Nous distinguons deux vagues au chapitre de la rationalisation de la carte des enseignements au secondaire : une première période de 1987 à 1991 dans la foulée de la Réforme Ryan et la période plus récente de 1991 à aujourd\u2019hui.Même si la première période de rationalisation a surtout eu pour objet de réviser les programmes de formation, elle a entraîné des effets notables sur l\u2019accessibilité géographique à la formation professionnelle.Ainsi, si le remaniement de certains programmes était devenu nécessaire pour élargir les perspectives de programmes trop exigus et en moderniser le contenu, la réduction combinée du nombre de programmes, du nombre d\u2019autorisations de programmes et du nombre de commissions scolaires offrant la formation professionnelle a contribué à rétrécir l\u2019offre de formation.(Voir tableau 1.) Tableau 1 Evolution de l\u2019offre de service en formation professionnelle au secondaire de 1988-1989 à 1994-1995 \t1988- 1989\t1989- 1990\t1990- 1991\t1991- 1992\t1992- 1993\t1993- 1994\t1994- 1995 Nombre de commissions scolaires\t110\t112\t111\t107\t102\t102\t97 Nombre de centres\t207\t214\t215\t210\t212\t214\t187 Somme des autorisations de programmes\t1 769\t1678\t1607\t1415\t1430\t1 471\t1343 Nombre de programmes d\u2019études en français\t211\t203\t179\t170\t166\t166\t172 933 Tiré de: Sous-comité national sur la carte des enseignements (1994).Portrait et orientations.Document déposé le 26 mai 1994, ministère de l\u2019Éducation du Québec, non paginé. Par rapport à 1985-1986, c\u2019est-à-dire antérieurement à la Réforme Ryan, on constate que le nombre de centres (ou écoles) qui offraient la formation professionnelle est passé de 289 en 1990-1991 à 187 en 1994-1995.Dans certaines régions telles la Gaspésie et le Bas St-Laurent, la Mauricie, Bois-Francs et la région de Montréal, le nombre de lieux de formation professionnelle a été réduit de moitié.Or, les clientèles ne suivent pas nécessairement lorsque les programmes offerts s\u2019éloignent de leur domicile, surtout pour les jeunes.La deuxième vague de « rationalisation » est venue accélérer ce processus par un effort de régionalisation directement subordonné au financement des équipements.De 1991-1992 à 1994-1995, le nombre de commissions scolaires autorisées à offrir la formation professionnelle et le nombre de centres chutent de façon significative.De plus, parallèlement, le Ministère a entrepris d'établir un contingentement dans certains programmes et la liste s'allonge à chaque année de nouveaux programmes contingentés.Bref, au lieu de favoriser le développement de l'offre de formation, le Ministère impose le rationnement.Dans la Gaspésie et le Bas St-Laurent, la Mauricie -Bois-Francs et la région de Montréal, le nombre de lieux de formation professionnelle a été réduit de moitié.5.2) Une menace pour le collégial Jusqu'à récemment, les collèges jouissaient d'une grande autonomie dans le développement de nouveaux programmes.L'effet sur l'accessibilité aura été des plus positifs.Ainsi, le nombre d'implantations de programmes techniques au collégial dans l'ensemble des collèges est passé de 217 pour la période allant de 1967-1968 à 1969-1970 pour atteindre 559 pour la période de 1990-1991 à 1994-1995.Dans le nouveau régime des études collégiales, on note toutefois une augmentation du contrôle ministériel sur le développement des programmes techniques. Le marché du travail exige dorénavant une formation de base solide et des compétences professionnelles de plus en plus complexes.Depuis 1992, nous constatons que le Ministère tend à réviser et à retirer des autorisations accordées préalablement aux collèges.Il se pourrait que les velléités d'harmonisation de la carte des enseignements professionnels du secondaire et du collégial servent de prétexte à une opération de rationalisation des programmes techniques similaire à celle qui a été menée au secondaire.L'échec retentissant de cette stratégie au secondaire devrait nous inciter à la plus grande prudence, particulièrement dans un contexte où nous observons une croissance soutenue de la clientèle en formation technique au collégial au cours des quatre dernières années.Pourtant, les menaces se font de plus en plus présentes depuis que le ministère de l'Education a entrepris, en 1993-1994, des travaux visant à harmoniser les programmes et la carte des enseignements professionnels et techniques.En raison des critères déjà utilisés par le Ministère dans ce dossier, les risques sont grands qu'on ouvre la voie à l\u2019accroissement des écarts entre les régions et à l'hyper-spécialisation de l'offre de formation.Plutôt que de planifier le développement de l'accessibilité, on semble plutôt en favoriser le déclin.6) Pour l\u2019accessibilité: une vision de développement Le nouveau gouvernement à Québec a admis clairement le problème de l'accessibilité à la formation professionnelle et s'est engagé à assurer le droit à la formation professionnelle.Pour y parvenir, il faudra en préalable qu'il développe une vision d'ensemble de la formation professionnelle et technique visant le rehaussement des compétences de toutes celles et ceux qui se présentent sur le marché du travail ou qui sont déjà en emploi.Considérant l'état actuel de l'accessibilité à la formation professionnelle, il fau- 935 dra aussi que ce soit une vision de développement qui comprendra une volonté claire de hausser les effectifs de la formation professionnelle au secondaire et au collégial, la mise en place de passerelles effectives entre le secondaire et le collégial et la création d'un réseau cohérent d'éducation des adultes.Le problème n'est pas tant ce qui se fait que ce qui ne se fait pas.Bref, nous ne partons pas de zéro, puisque nous pouvons compter sur des programmes et des équipements modernes au secondaire ainsi que sur des programmes de formation technique au collégial fort appréciés.Mais que devons-nous faire pour ces jeunes représentant 35 % d'une cohorte qui abandonnent les études secondaires sans diplôme et sans aucun profil de qualification professionnelle?Il ne s'agit sûrement pas de recréer le professionnel court car le marché du travail exige dorénavant une formation de base solide et des compétences professionnelles de plus en plus complexes.Mais il y a urgence de développer une approche qui réponde aux besoins de ces jeunes et peut-être avons-nous intérêt à regarder du côté d'un régime d'apprentissage sous la responsabilité des institutions d'enseignement.Les capacités d'accueil en formation professionnelle au secondaire se révèlent clairement insuffisantes.La formation menant à des emplois qualifiés du secteur des services s'avère sous-développée.Il y a manifestement là une priorité de développement.Si nous voulons assurer le droit à la formation professionnelle, il faudra aussi mettre de côté les oeillères technocratiques qui encadrent actuellement le processus de rationalisation de la carte des enseignements et préciser les principes devant guider cette opération avec une vision de développement.Enfin, il faudra agir de façon à favoriser une désexisation de l'orientation professionnelle Nous avons besoin de développer une vision permettant d\u2019assurer à toutes et à tous une insertion sociale et professionnelle réussie. et ainsi développer de nouvelles voies en orientation scolaire et professionnelle.Là aussi, nous ne partons pas de zéro puisque nous pouvons, entre autres, nous référer à l'action conjointe du MEQ et du Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail (CIAFT) sur les métiers d'avenir, ainsi qu'à de multiples initiatives prises au sein des institutions d'enseignement.Pour accroître l'accessibilité à la formation professionnelle et technique, nous avons besoin de rompre avec notre approche traditionnelle, pour développer une vision permettant d'assurer à toutes et à tous une formation et les compétences requises pour une insertion sociale et professionnelle réussie.Cela exigera de nous un effort collectif important.RÉFÉRENCES CSE (1994) Vers un modèle de financement en éducation des adultes, CSE, Gouvernement du Québec, 51 p.MEQ (1994) Statistiques de l'éducation, MEQ, Québec, février 1994, 121p.MEQ (1993A) Indicateurs sur la situation de l'enseignement primaire et secondaire, MEQ, Québec, 1993, 79 p.MEQ (1986) Enseignement professionnel -Tableau national des programmes d'études dispensés par les commissions scolaires en 1985-1986, MEQ, Québec, non paginé.MESS (1993) Regard sur l'enseignement collégial, Indicateurs de l'évolution du système, MESS, Québec, 131p.Sous-comité national sur la Carte des enseignements (1994), Portrait et orientations, Document de travail du 26 mai 1994, ministère de l'Education du Québec, non paginé.937 Légitimités des trois échelons territoriaux décentralisés au Québec La décentralisation gouvernementale devient actuellement un important sujet de débat public au Québec.De fait, les voix locales et régionales se sont d\u2019abord fortement exprimées lors de la Commission Bélanger-Campeau en 1990 et lors des États généraux du monde rural en 1991.Des moyens pour une meilleure prise en main communautaire furent à ce moment là clairement réclamés à l\u2019État.À cet effet, le Forum national sur la décentralisation en 1992 a largement indiqué la voie à suivre.Depuis, les revendications se précisent, s\u2019expriment dans les médias et s\u2019affirment quelquefois radicalement, d\u2019autant plus que le régime de gouverne libérale fut particulièrement décevant face aux demandes du milieu.C\u2019est ainsi qu\u2019à la Commission sur l\u2019avenir du Québec, plus de 600 mémoires ont traité de cette option de gestion publique applicable dans le cadre d\u2019un Québec souverain.Il faut alors y voir clair.Plusieurs grands groupes nationaux en font l\u2019objet de leur congrès annuel.Des séminaires organisés ici et là sur le sujet soulèvent des enjeux et des polémiques.Des colloques lo- Marc-Urbain PROULX1 I Professeur à l\u2019UQAC et secrétaire de l\u2019Association canadienne de sciences régionales. Tout le monde s'entend sur les vertus de la décentralisation.eaux et régionaux émergent un peu partout, de Valleyfield à St-Clément en passant par St-Élie-d\u2019Orford et St-Paulin.Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, on a même organisé un véritable Forum sur la décentralisation.Celui-ci s\u2019est tenu en quatre sessions consécutives qui ont permis de réunir dix-huit spécialistes québécois de la question tout en mobilisant plus de cinq cents acteurs locaux et régionaux autour d\u2019une quarantaine d\u2019ateliers traitant d\u2019aspects concrets à améliorer par la décentralisation gouvernementale.À l\u2019analyse de ce vaste débat, on constate que les positions respectives convergent de plus en plus sur les principes de base tels que la démocratie, la justice sociale, l\u2019efficacité administrative et le développement économique.Tout le monde s\u2019entend sur les vertus de la décentralisation.On en oublie même les vices.Cependant, dans l\u2019optique d\u2019une réforme gouvernementale sinon imminente, du moins fortement désirée, d\u2019importantes confrontations se produisent inévitablement entre les structures potentielles d\u2019accueil de nouvelles responsabilités.Chaque organisation désire bénéficier de la nouvelle manne éventuelle de l\u2019État.D\u2019autant plus que plusieurs de ces structures voient dans la décentralisation une véritable planche de salut.Plusieurs observateurs font alors judicieusement appel à l\u2019élargissement du débat au-delà du corporatisme et du simple marchandage politique entre démarcheurs afin d\u2019embrasser l\u2019intérêt général de la population.Pour ce faire, il nous faut au Québec un cadre d\u2019analyse institutionnelle globale pour mieux cerner les véritables enjeux de la décentralisation gouvernementale.Un tel cadre prend actuellement forme lentement mais sûrement.En ce sens, un article de Pierre Graveline paru dans le numéro d\u2019avril de l\u2019Action nationale, a fort bien illustré la si- tuation institutionnelle complexe dans laquelle s\u2019insère le projet de décentralisation.L\u2019auteur éclaire cette situation à l\u2019aide de principes établis, de concepts articulés et de faits réels.Il participe en réalité à l\u2019effort général souhaité, pour mieux comprendre le fonctionnement du vaste secteur public que l\u2019on désire décentraliser davantage.A cet égard de cadre global, il devient tout à fait pertinent de bien distinguer nos trois échelons territoriaux déjà décentralisés dans le Québec infranational, à la lumière de critères scientifiquement reconnus.Le texte qui suit représente un jalon en ce sens.Pour le rédiger, nous utiliserons du matériel emprunté aux diverses perspectives d\u2019analyse2 formulées en théorie de l\u2019État.Les critères théoriques utilisés nous aideront à distinguer les diverses légitimités associées aux trois échelons territoriaux décentralisés au Québec.Légitimités des trois échelons territoriaux décentralisés Légitimités\tMunicipalités\tMRC\tRégions admin.Historique\tparoisse\tcomtés municipaux\tcolonisation Idéologique\tproximité qualité de vie\tterritorialité cadre de vie\trégionalisme niveau de vie Juridique\t1840-1870-71 règlements\t1847-1979 règlements\t1966-1993 résolutions Politique\télus directs\télus indirects\tdésignés et élus Démocratique\tparticipation\tparticipation\tconsultation Fonctionnelle\tbiens et services planif.urbaine\tbiens, services aménagement\tgestion programmes, plan, région Financière\timpôt foncier\tquote-parts\tsouscriptions Economique\treproduction de la main-d'œuvre\tbassins d'emploi milieux innovateurs\tpôles de croissance - dossiers régionaux Des problèmes si différents d\u2019un lieu à un autre nécessitent inévitablement une approche décentralisée dans la gestion publique.2 Nous invitons les lecteurs à consulter notamment l\u2019ouvrage de Murry Knuttila, State theories : from liberalism to the challenge of feminism, Femwood Publishing, Halifax, 1992, 179 pages.940 Pour effectuer cette application à la réalité québécoise, nous utiliserons par ailleurs des données collectées par trois enquêtes distinctes3 ainsi que des faits présentés dans la littérature scientifique sur le sujet4.Notre description et notre analyse des légitimités historique, idéologique, juridique, politique, démocratique, fonctionnelle, financière et économique nous amèneront à souligner une dizaine de spécificités propres à nos trois échelons décentralisés territoriaux.La notion de proximité des citoyens permet un meilleur respect des besoins.Légitimité historique des 3 échelons territoriaux Nous avons, au Québec, des instances publiques locales traditionnelles représentées par les paroisses et les quelques villes fondées sous le régime français.Le changement de régime politique en 1763 ainsi que la croissante nécessité vis-à-vis la construction de chemins entre les lieux ont favorisé l\u2019utilisation d\u2019aires plus larges (cantons, comtés) pour la gestion publique.Mais la possibilité d\u2019érection de municipalités locales au Québec trouve son origine réelle dans deux ordonnances livrées en 1840 et surtout dans l\u2019Acte des municipalités et des chemins du Bas-Canada en 1855.Malgré une certaine résistance de la population de l\u2019époque, furent érigées très rapidement plus de 400 municipalités sur le vaste territoire colonisé.Par la suite, le doublement du nombre de municipali- 3 Proulx, M.U.«Le secteur public des régions MRC du Québec», dans Actes du Forum National sur la Décentralisation, Québec, 1992.Brochu, I.et Proulx, M.U.«La construction institutionnelle des régions du Québec», dans la revue Administration Publique du Canada, vol 38, n° 1, 1995.Proulx, M.U.Profil des organisations publiques, parapubliques et collectives au Saguenay-Lac-Saint-Jean, édition GR1R, UQAC, 1994, 529 pages.4 Voir notamment Baccigalupo, A.Systèmes politique et administratif des municipalités québécoises, éd.Agence D\u2019Arc inc.SM tés pendant la seconde moitié du XIXe siècle démontra clairement la pertinence des autorités locales.C\u2019est ainsi que les municipalités prirent, historiquement, une place très importante dans la gestion publique au Québec.Si bien qu\u2019en 1930, l\u2019échelon local (municipal et scolaire5) représentait le palier gouvernemental le plus important au Québec6 sur le plan des dépenses et des revenus publics.Du point de vue historique, les territoires MRC ancrent leur existence dans la mise en place, dès 1847, de conseils de comtés municipaux.Leur nombre fut en progression constante passant de 49 en 1847 à 69 en 1901 pour atteindre 76 en 1951.Les éléments du contexte géographique et historique furent inévitablement respectés dans le découpage territorial de ces comtés municipaux.La raison d\u2019être de ces territoires supra-locaux institutionnalisés fut d\u2019offrir une assise spatiale pour la solution de problèmes auxquels les maires des municipalités locales membres étaient confrontés.Le forum communautaire représenté par le conseil de chaque municipalité de comté fut à cet égard un important lieu de discussions, d\u2019échanges, de confrontations et d\u2019apprentissages pour les maires.Par conséquent, le remplacement des comtés municipaux par les municipalités régionales de comté (MRC) en 1979 ainsi que la généralisation de cette formule sur tout le territoire québécois habité furent facilement justifiés malgré l\u2019opposition de certains groupes à la réforme.La dimension régionale de l\u2019espace québécois fut forgée au fil de la colonisation7, elle-même influencée par la géographie du pays.Le premier conseil d\u2019orientation économique régio- 5\tLes commissions scolaires furent formées dès 1845.6\tVoir Parizeau, J.Rapport de la commission d'étude sur les municipalités, éd.U.M.Q., Québec, 1985, 292 pages.Pour les territoires MRC, leur légitimité idéologique s\u2019appuie sur le principe territorialité ou d'appartenance territoriale.7\tBeauce et autres régions centrales, sous le régime français; Estrie à la fin du XVIIIe; Lauurentides au début du XIXe; Saguenay-Lac-Saint-Jean (1838); Témiscamingue (1890); Abitibi (1910) Le territoire d\u2019appartenance MRC représente l\u2019assise de solidarité supra-locale.nal (COER) fut formé en 1946 au Saguenay-Lac-Saint-Jean.La formule se généralisa dans tout le Québec au cours des années cinquante8.Ainsi, les régions dites administratives furent découpées par le gouvernement du Québec en tenant compte de ces réalités géographique et politique tout en utilisant clairement le critère économique représenté par Faire d\u2019influence des pôles de croissance9.Ces trois réalités sont d\u2019ailleurs intimement reliées à l\u2019histoire de l\u2019occupation de la périphérie du Québec, puisqu\u2019elle fut favorisée et contrainte à la fois par les institutions publiques, les réseaux hydrographiques, la présence de ressources productives (forêt, mines, agriculture.) et la présence de places centrales dynamiques.C\u2019est ainsi que les 10 régions identifiées par Brouillette10 et reconnues officiellement à partir de 1966 possèdent, pour la plupart, une légitimité historique certaine.Quant aux redécoupages effectués depuis pour obtenir les 16 régions d\u2019aujourd\u2019hui, le contexte historique a sûrement influencé à un certain degré les forces en présence.Légitimité idéologique des 3 échelons territoriaux Un espace national si vaste, des ressources, des problèmes, des opportunités et des contraintes si différents d\u2019un lieu à un autre ainsi qu\u2019une faible population si dispersée, nécessitent inévitablement une approche décentralisée dans la gestion publique.D\u2019une part, l\u2019application du principe d\u2019universalité oblige ce rapprochement entre les administrateurs et les admi- 8\tVoir Simard, JJ.La longue marche des technocrates, éd.Coop.Albert Saint-Martin, Laval, 1979, 198 pages.9\tMinistère de l\u2019Industrie et du Commerce, La division du Québec en régions administratives, éd.Gouvernement du Québec.1966.10\tB.Brouillette, «Les régions géographiques et économiques de la province de Québec», dans Mélanges géographiques canadiens offerts à Raoul Blanchard, éd.Presses de l\u2019Université Laval, 1959, p.65-83. nistrés afin de préserver l\u2019égalité d\u2019accès aux services publics pour tous les citoyens.D\u2019autre part, la finalité de développement culturel, social, écologique et économique qui est généralement présente dans les politiques publiques nécessite l\u2019intervention directe sur les ressources réelles disponibles ici et là.La légitimité des autorités locales s\u2019appuie idéologiquement sur la notion de proximité des citoyens qui permet un meilleur respect des goûts, des préférences et des besoins de ceux-ci par le secteur public.La présence d\u2019un secteur public local vise en principe à assurer un bon niveau de qualité de vie\" de la population par l\u2019entremise de la consommation collective de biens et services.Cette consommation collective génère certes des effets de redistribution de la richesse.Ces effets, positifs pour les uns et négatifs pour les autres, deviennent acceptables pour tous grâce à la solidarité sociale engendrée par ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le «localis-me», c\u2019est-à-dire l\u2019esprit de fraternité qui se développe autour des clochers.Pour les territoires MRC, leur légitimité idéologique s\u2019appuie sur le principe territorialité ou d\u2019appartenance territoriale qui servit pour effectuer leur découpage officiel de 1979 à 1982.L\u2019application de ce principe vise à atténuer la dualité ville-campagne instaurée par l\u2019urbanisation du Québec au cours du XXe siècle.Cette dualité a causé un certain nombre de problèmes étant donné les domaines de plus en plus nombreux de complémentarités entre les deux réalités, notamment à l\u2019égard de l\u2019organisation du cadre de vie12.Le territoire d\u2019appartenance MRC représente dès lors l\u2019assise de solidarité supra-locale qui permet de mieux concilier les 11\tÉducation, santé, culture, services sociaux, habitation, services communautaires, loisirs, etc.12\tEnvironnement, transport, loisirs, aménagement du territoire, etc.ÙAA Un espace national si vaste nécessite certainement une approche régionalisée dans la définition de la vision, des objectifs. interdépendances entre les municipalités locale, urbaines et rurales.La légitimité politique des municipalités locales repose sur le conseil municipal.De leur côté, les régions administratives ancrent leur légitimité idéologique dans le régionalisme traditionnel.Les mésententes politiques qui ont conduit à de nouveaux redécoupages régionaux depuis 1966, la vaste étendue des espaces régionaux et le fort localisme qui s\u2019exprime constamment dans les dossiers régionaux ont cependant limité le renforcement de cette légitimité.Pour l\u2019État, la légitimité idéologique de cet échelon réside principalement dans la double nécessité de respecter les intérêts des clients du secteur public et aussi d\u2019être administrativement efficace dans l\u2019allocation des ressources issues de programmes des gouvernements centraux.En effet, un espace national si vaste, si hétérogène et si peu populeux nécessite certainement une approche régionalisée dans la définition de la vision, des objectifs, des stratégies et des politiques des différents ministères de l\u2019État.Le but visé par ces interventions concerne le maintien et l\u2019amélioration du niveau de vie de la population13.Légitimité juridique des 3 échelons territoriaux Les affaires municipales, et par extension régionales, furent considérées de juridiction exclusive des provinces par l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique (AANB) de 1867.Le gouvernement du Québec ne tarda dès lors pas à légiférer dans ce domaine par l\u2019adoption en 1870 du Code municipal et en 1871 par une loi particulière pour les villes.Cette dernière loi fut refondue à plusieurs reprises et sera désignée à partir de 1903 sous le titre de Loi des cités et 945 13 Faible taux de chômage, faible inflation, maintien du pouvoir d\u2019achat des consommateurs. villes14.Notons que le Code municipal fut entièrement révisé en 1916 afin de mieux préciser les champs de juridiction des municipalités locales et de comtés.Les municipalités sont ainsi soumises aux mandats, aux lois et aux contrôles du gouvernement du Québec.Elles ont cependant la possibilité d\u2019adopter des résolutions sur les affaires courantes de la corporation municipale, telles que la desserte de biens et services à la population.Elles ont aussi un pouvoir réglementaire leur permettant notamment de contrôler l\u2019utilisation de leur sol.Ainsi peuvent-elles se doter de règlements d\u2019urbanisme.Au niveau judiciaire, les municipalités locales peuvent opérer une cour municipale pour imposer des sanctions aux contrevenants des règlements d\u2019urbanisme.La Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme (LAU) adoptée en 1979 par le gouvernement du Québec prévoit la création des MRC (municipalités régionales de comté) au Québec.Celles-ci sont reconnues par des lettres patentes adoptées par le conseil et par le gouvernement.A l\u2019égard de ses compétences, le conseil MRC peut passer des résolutions et adopter des règlements.Les schémas d\u2019aménagement de chaque territoire MRC possèdent un statut légal et sont ainsi opposables à des tiers.Ils sont appliqués par la Commission nationale de l\u2019aménagement.Le statut juridique des régions administratives repose sur l\u2019existence de décrets.L\u2019arrêté n° 524 du 29 mars 1966 adopté par le Conseil exécutif leur donna une première légitimité à cet effet.Quelques autres décrets ont par la suite permis la mise en place d\u2019organisations publiques régionales, notamment dans le domaine de la santé, de l\u2019éducation, de la culture, du tourisme, etc.Le décret du 22 décembre 1987 visait, quant à lui, la révision de la carte des régions et Pour les MRC, leur légimité politique repose sur un conseil MRC.14 Elle deviendra lors de la refonte de 1977 la Loi sur les cités et villes le parachèvement de la régionalisation harmonisée des différents ministères québécois sur les 16 aires de gestion de l\u2019État représentées par les régions administratives.La loi 19, adoptée en juin 1992, a pavé la voie à la reconnaissance des conseils régionaux de développement par 16 décrets successifs.Il est à noter qu\u2019aucune instance régionale n\u2019a le pouvoir de réglementer.Légitimité politique des 3 échelons territoriaux Ces nouvelles fonctions publiques MRC s\u2019insèrent graduellement dans une planification territoriale globale.La légitimité politique des municipalités locales repose sur le conseil municipal.Il est composé d\u2019échevins élus dans leur quartier respectif ainsi que d\u2019un maire élu au suffrage universel direct sur le territoire de la municipalité.Par l\u2019entremise de réunions publiques présidées par le maire, le conseil municipal se réunit au moins une fois par mois.Pour les MRC, leur légitimité politique repose sur un conseil MRC.Le conseil est composé de maires et d\u2019échevins issus des municipalités membres.Le nombre d\u2019élus de chaque municipalité est déterminé selon un mode de représentation défini dans les lettres patentes de la MRC.Ce mode est généralement basé sur la dimension de la population.Le conseil MRC est chapeauté par un préfet élu pour deux ans par les membres sur la base de la majorité absolue.Il peut être destitué en tout temps par la même formule.Il s\u2019agit donc d\u2019un gouvernement de 2e niveau puisque l\u2019imputabilité des décideurs n\u2019est pas directement soumise à la population qui doit subir les conséquences des décisions.Dans le cas des régions administratives, il existe un conseil régional de développement pour le territoire ainsi que plusieurs conseils sectoriels (tourisme, culture, loisirs.).Les décideurs désignés à ces instances représentent les divers intérêts dans leur secteur d\u2019intervention.947 Les présidents(es) sont généralement élus par l\u2019assemblée générale des membres.Dans le cas du conseil régional de développement, sa composition respecte la modalité tiers - tiers - tiers (élus locaux - élus nationaux - régionaux) depuis un décret gouvernemental imposé en 1991.Par ailleurs, il faut souligner que politiquement, les directions régionales des différents ministères sont totalement dépendantes de Québec ou d\u2019Ottawa.Légitimité démocratique des 3 échelons territoriaux Les municipalités locales permettent non seulement l\u2019exercice d\u2019une démocratie représentative basée sur l\u2019élection des échevins et du maire mais aussi d\u2019une démocratie participative.En effet, les citoyens et les groupes locaux ont accès aux assemblées des conseils municipaux afin de défendre leurs intérêts.On considère en théorie politique que les multiples et divers groupes locaux compétitionnent entre eux pour l\u2019obtention de faveurs réglementaires et administratives du conseil municipal.Cependant, les citoyens n\u2019ont aucun pouvoir décisionnel direct (démocratie directe), sauf lorsqu\u2019un référendum est demandé sur une décision importante.Le conseil municipal peut cependant former des comités et des commissions consultatifs, constitués de conseillers, de représentants de groupes d\u2019intérêts, de fonctionnaires municipaux, d\u2019experts ou de simples citoyens afin de l\u2019aviser sur des dossiers spécifiques.Même s\u2019il ne s\u2019avère qu\u2019une instance politique de 2e niveau, le conseil MRC possède tout de même d\u2019importantes vertus démocratiques.D\u2019abord les membres du conseil sont des élus locaux par suffrage.Ensuite, les citoyens et les groupes peuvent participer aux assemblées du conseil MRC afin d\u2019exprimer leurs besoins et La planification sectorielle et la planification territoriale sont utilisées depuis longtemps.QIC Peu de politiques régionales sont réellement établies par les organisations régionales.désirs.Finalement, le conseil MRC peut, de la même manière que les municipalités, constituer des comités ou commissions15 pour consulter sur les enjeux importants ou encore pour administrer des responsabilités.Notons par ailleurs que les 154 commissions scolaires, dont plusieurs épousent le territoire d\u2019une MRC, possèdent chacune un conseil formé d\u2019élus par suffrage.Au niveau régional, les directions des différents ministères possèdent chacune un décideur désigné par le gouvernement central.Afin de mieux connaître les besoins et les désirs de leurs clients, la consultation s\u2019effectue généralement par l\u2019entremise des conseils régionaux ou, à défaut, par des consultations ad hoc.Les citoyens et les groupes non membres n\u2019ont généralement pas droit d\u2019accès aux séances des conseils régionaux.Des comités de consultation peuvent être formés lorsque le besoin se fait sentir dans un dossier.Légitimité fonctionnelle des 3 échelons territoriaux Les municipalités locales peuvent exercer une brochette de fonctions publiques reliées à la desserte de biens et services publics à la population, dans une dizaine de grands champs tels que la sécurité publique, le transport routier, l\u2019hygiène du milieu, l\u2019urbanisme et l\u2019aménagement, les loisirs, la culture, etc.Ces champs de responsabilités16 (compétences) leur donnent une légitimité fonctionnelle.Comme pratique de gestion, les municipalités utilisent diverses procédures de planification urbaine.15\tVoir Fortin, G.et Parent, L.«Les MRC et leur capacité d\u2019extension».Études et Documents n° 38, INRS - Urbanisation, Montréal, 1983, 86 pages.16\tVoir Gravel, RJ.Les institutions administratives locales au Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, Sillery, 1987, 94 pages.949 La légitimité fonctionnelle des MRC repose sur quatre grands champs d\u2019interventions publiques17.Il y a d\u2019abord la responsabilité de l\u2019aménagement du territoire octroyée au conseil MRC dès la création de cet échelon territorial.Chaque MRC est ainsi dotée d\u2019un schéma (plan) qui définit les grandes orientations d\u2019affectation du sol ainsi que les priorités pour la mise en place d\u2019équipements et d\u2019infrastructures.Par ailleurs, les territoires MRC servent de plus en plus d\u2019aires pour l\u2019exécution de plusieurs autres fonctions publiques qui nécessitent une assise territoriale plus grande que la municipalité locale.On y retrouve notamment la desserte de biens et services à la population (éducation, services communautaires, déchets.), la desserte de biens et services aux travailleurs (recherche d\u2019emploi, développement de l\u2019employabilité, transport en commun.) et la desserte de biens et services aux entreprises (assistance, capital, promotion industrielle.).Ces nouvelles fonctions publiques MRC s\u2019insèrent graduellement dans une planification territoriale globale qui ouvre progressivement l\u2019aménagement aux impératifs du développement18.Les échelons locaux, MRC et régionaux, permettent de rapprocher la gestion publique des citoyens.Du côté des régions administratives, leur légitimité fonctionnelle repose sur trois grandes catégories d\u2019interventions publiques19.Il y a d\u2019abord la gestion opérationnelle des divers programmes des ministères de l\u2019État central effectuée par des agences publiques et parapubliques régionalisées.Il existe aussi sur ces territoires, des organisations collectives concernées princi- 17 Voir Proulx, M.U.«Appartenance - utilités - fonctions: le cas des petites régions MRC du Québec», dans Revue Canadienne de Sciences Régionales, vol XV, n°2, 1992.18Voir Proulx, M.U.«Aménagement et développement chez les MRC du Québec: mariage ou concubinage?».Rapport pour la DGUAT du ministère des Affaires municipales du Québec, éd.GRIR, UQAC, Chicoutimi, 1991, 126 pages.19 Voir Brochu, I.et Proulx, M.U.«Le secteur public des régions administratives du Québec», communication présentée au congrès ACFAS, Rimouski, 1993, 29 pages.950 paiement par l\u2019écoute des besoins du milieu et l\u2019animation du développement socio-économique dans leur domaine d\u2019activités.Finalement, on peut considérer que la recherche de la cohérence sectorielle (inter-territoriale) et de la cohérence territoriale (inter-sectorielle) représente une fonction à part entière qui légitimise la région administrative.A cet effet de cohérence, la planification sectorielle et la planification territoriale sont utilisées depuis longtemps afin d\u2019établir, par la concertation des différents acteurs, des grandes orientations stratégiques dans un sens de coordination des actions dispersées.La densité des relations entre les individus (acteurs, entreprises, décideurs.) engendre de la solidarité et des synergies sur le territoire.Légitimité financière des 3 échelons territoriaux Les municipalités locales possèdent une importante assise fiscale autonome basée sur la perception de l\u2019impôt foncier.Elles peuvent ainsi élaborer des politiques locales dans leurs champs de compétences.Puisque certains services ont des effets de débordements à l\u2019extérieur des limites des municipalités dispensatrices et que les impératifs de redistribution interlocale de la richesse nationale sont toujours présents, le gouvernement offre un certain nombre de subventions (transferts) aux municipalités.Par ailleurs, les autorités locales utilisent de plus en plus la tarification de certains services.Elles tentent aussi de générer des revenus avec les ressources (rivières, bâtiments, équipements.) de leur domaine.Les petites régions MRC n\u2019ont pas d\u2019assise fiscale autonome.Le financement de leur fonctionnement provient en grande partie de quote-parts des municipalités membres.Ces cotisations sont généralement déterminées en fonction des tranches de population.Sur cette petite base financière, le conseil MRC peut établir des politiques territoriales dans ses champs de compétences.951 La légitimité financière n\u2019existe pas non plus à l\u2019échelon des régions administratives.Bien que les cotisations des membres représentent une petite part du financement des conseils régionaux, force est de constater que la grande partie du financement nécessaire au bon fonctionnement des organisations présentes à cet échelon, provient des gouvernements centraux.Afin d\u2019alléger la bureaucratie, les transferts directs sont de plus en plus utilisés comme modalité de financement des responsabilités régionalisées.Soulignons notamment l\u2019existence d\u2019un fonds régional de développement qui offre beaucoup de crédibilité à cet échelon territorial.Néanmoins, peu de politiques régionales sont réellement établies par les organisations régionales.Puisque les cordons de la bourse demeurent entre les mains des bailleurs de fonds à Québec, le degré d\u2019autonomie financière s\u2019avère finalement très faible à cet échelon.Légitimité économique des 3 échelons territoriaux Les principes de base devront être clairement établis à la lumière d\u2019un portrait détaillé de la situation institutionnelle.La légitimité économique des municipalités locales repose sur leur finalité implicite concernée par la reproduction de la main-d\u2019œuvre.En effet, les spécialistes de l\u2019économie publique locale20 considèrent que les services publics offerts par les autorités locales servent non seulement la cause d\u2019une certaine justice sociale mais aussi l\u2019accroissement de la productivité de la force de travail tout en réduisant les pressions sur les salaires et en socialisant certains coûts de production.La profitabilité du secteur privé en est ainsi facilitée.Les petites régions MRC ancrent leur légitimité économique sur deux concepts fort utili- 20 Voir Derycke, P.H.et Gilbert, G.Économie publique locale, éd.Economica, Paris, 1988, 308 pages.952 sés actuellement, soit les «bassins d\u2019emploi» et les «milieux innovateurs».Les MRC représentent de véritables bassins d\u2019emploi.Grâce à leur petite dimension territoriale, les MRC représentent de véritables bassins d\u2019emploi tel qu\u2019entendu par l\u2019OCDE,21 qui propose à ses pays membres l\u2019établissement de programmes ILE22.En réalité, ce concept sert très bien pour asseoir des mesures actives reliées au développement de l\u2019employabilité des travailleurs.Il sert aussi fort bien pour appliquer concrètement des programmes d\u2019aide aux initiatives visant la création d\u2019emplois.Les territoires MRC ont ainsi, dans le passé récent, servi d\u2019aires de gestion pour plusieurs mesures concernées par l\u2019emploi, initiées par des ministères nationaux et fédéraux.Le concept de milieux innovateurs25 repose quant à lui sur le postulat suivant : la qualité du milieu permet l\u2019émergence et la croissance des activités économiques.Il sert ainsi d\u2019assise spatiale dans les interventions publiques, notamment pour la mise en oeuvre de services publics aux entreprises et pour l\u2019application de stratégies d\u2019interaction, de créativité et de synergies.Dans le cadre des MRC du Québec, les corporations de développement économique, les SADC24, les SOLIDE25 et autres groupes d\u2019animation et de promotion représentent fort bien le type d\u2019organisations qui légitimisent économiquement cet échelon territorial.Notons aussi que les schémas d\u2019aménagement MRC contiennent de nombreux projets d\u2019équipements et d\u2019infrastructures qui participent directement à la construction de milieux fertiles pour les entreprises.21\tOrganisation de coopération et de développement économique.22\tInitiatives locales pour l\u2019Emploi.23\tVoir Proulx, M.U.«Milieux innovateurs, concept et application», dans Revue Internationale PME, vol 7, n° 1, 1994.24\tSociétés d\u2019aide au développement des collectivités.25\tSociétés locales d\u2019investissement et de développement de l\u2019emploi. La légitimité économique des régions administratives a initialement reposé sur le concept de pôles de croissance qui a largement servi à leur premier découpage.Bien que l\u2019idée enthousiasmante de «technopoles» demeurent encore très vivace dans les capitales régionales, la légitimité économique des régions s\u2019appuie maintenant beaucoup sur l\u2019existence de dossiers structurants typiquement régionaux.Il s\u2019agit en réalité d\u2019infrastructures régionales de transport, d\u2019équipements régionaux dans la santé, les loisirs, l'éducation, la culture, l\u2019agriculture., de certains services supérieurs spécialisés, notamment dans la R & D (recherche - développement), ainsi que des projets industriels majeurs.Spécificités des 3 échelons territoriaux décentralisés La description des diverses légitimités reliées aux trois échelons territoriaux décentralisés au Québec nous permet, à l\u2019analyse, de dégager quelques observations intéressantes à l\u2019égard de spécificités propres à ces paliers décentralisés de gestion publique.S.1 Le caractère historique.Les paliers municipal et supra-municipal (MRC) plongent leurs racines au milieu du XVIIIe siècle tandis que les grandes régions représentent une dimension importante de la colonisation du Québec.S.2 La proximité des citoyens, des travailleurs et des entreprises.Cette proximité possède en principe un certain nombre de vertus, notamment à l\u2019égard de la perception et du respect des besoins, des goûts et des préférences des clients du secteur public.Les échelons locaux, MRC et régionaux permettent ainsi de rapprocher la gestion publique des citoyens. L\u2019interaction entre les individus engendre de la solidarité et des synergies sur le territoire.S.3 L\u2019interaction entre les individus grâce aux réseaux de proximité.La communication, l\u2019interaction, les échanges et la densité des relations entre les individus (acteurs, entreprises, décideurs.) engendrent de la solidarité et des synergies sur le territoire.S.4 L\u2019ouverture démocratique des structures.Cette spécificité permet d\u2019une part, la participation des citoyens aux instances décisionnelles.D\u2019autre part, elle offre aux multiples et divers petits groupes l\u2019opportunité de représentation de leurs intérêts sur les conseils.S.5 La gestion de biens et services publics.E s\u2019agit cependant d\u2019une spécificité non exclusive26.Les gouvernements centraux, quant à eux, s\u2019occupent surtout du maintien de l\u2019ordre social (sécurité sociale, assurance-chômage, pensions.) et de la régulation de l\u2019économie (politique fiscale, politique d\u2019investissements, et politique monétaire).S.6 L\u2019exécution de fonctions opérationnelles politiquement peu profitables pour l\u2019Etat.On reconnaît ici tout le champ de l\u2019application et de la gestion des programmes gouvernementaux, y compris la priorisa-tion des investissements publics, n s\u2019agit là d\u2019une spécificité à peu près exclusive aux échelons décentralisés.S.7 La responsabilité de contrôle de l\u2019utilisation du sol.Ici aussi, il s\u2019agit d\u2019une spécificité non exclusive aux échelons décentralisés27.Toutefois, les autorités municipales ont juridiction sur l\u2019utilisation de leur sol.Des infrastructures, des équipe- 26\tCette spécificité n\u2019est pas exclusivement locale et régionale puisque certains biens et services (défense, communication.) sont desservis par les gouvernements centraux.27\tLe zonage agricole est géré par le gouvernement du Québec depuis la Loi de 1978.955 merits et des services publics sont alors gérés dans un sens de construction d\u2019un cadre de vie.S.8 L\u2019impôt foncier.Les municipalités locales perçoivent l\u2019usufruit généré par l\u2019exploitation du sol comme ressource productive grâce à une fiscalité spécifique.Il s\u2019agit d\u2019un impôt foncier qui s\u2019applique surtout sur la valeur des terrains et des bâtiments.Notons qu\u2019aucune redevance réelle sur la valeur ajoutée aux ressources naturelles (terres, forêts, mines, eau.) n\u2019est perçue par les échelons publics décentralisés.S.9 La planification territoriale.Il s\u2019agit de la planification urbaine, l\u2019aménagement du territoire et la planification régionale.Puisque la planification s\u2019avère de plus en plus considérée tel un mode important de régulation économique, les échelons décentralisés au Québec ont inévitablement un rôle important à jouer dans ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la nouvelle économie émergente.Afin d\u2019ajouter à ces spécificités qui permettent de distinguer les trois échelons territoriaux présents dans le Québec infranational, terminons en soulignant encore une fois le caractère éclaté et fragmenté du secteur public décentralisé.Il s\u2019agit là d\u2019une spécificité fortement ancrée dans la culture administrative québécoise.Conclusion La description et l\u2019analyse des légitimités historique, idéologique, juridique, politique, démocratique, fonctionnelle, financière et économique des trois échelons territoriaux décentralisés dans le Québec infranational nous a permis Les échelons décentralisés ont un rôle important à jouer dans la nouvelle économie émergente. Les principes de base de la nécessaire décentralisation devront être clairement établis à la lumière de la situation institutionnelle.de mettre en évidence des critères de distinction entre chaque palier de gestion publique.Il existe de fait une dizaine de spécificités typiquement territoriales qui représentent des acquis distinctifs par rapport à l\u2019État central.Est-ce suffisant pour signifier que nous avons un État décentralisé ?Sûrement, mais à un certain degré seulement ! Nous avons des territoires locaux, MRC et régionaux bien délimités, qui s\u2019emboîtent parfaitement les uns dans les autres.Nous avons des conseils élus par suffrage et d\u2019autres fort bien représentatifs des divers intérêts reliés à leur mission.Nous avons une fiscalité propre basée sur l\u2019impôt foncier.Nous avons des champs spécifiques d\u2019interventions publiques qui concernent l\u2019animation socio-économique, la gestion de programmes élaborés par les gouvernements centraux, la consultation des clients du secteur public, la gestion de biens et services collectifs, la gestion du sol ainsi que la planification urbaine, MRC et régionale.Dans plus d\u2019une quarantaine de secteurs d\u2019activités publiques exercées à nos trois échelons territoriaux décentralisés, nous avons en réalité d\u2019excellents acquis concrets pour asseoir le débat actuel sur la nécessaire décentralisation gouvernementale.Pour ce faire cependant, les principes de base devront être clairement établis à la lumière d\u2019un portrait détaillé de la situation institutionnelle.Il s\u2019agit là, à notre avis, d\u2019une condition sine qua non pour que la décentralisation au Québec atteigne réellement ses objectifs démocratiques et économiques. La lutte des langues dans le contexte post-référendaire Contrairement à ce qu\u2019on veut nous faire croire la bataille du français n\u2019est pas gagnée au Québec.L\u2019histoire des sociétés nous apprend que les rapports de force linguistiques ne sont pas stables et que les pouvoirs d\u2019attraction et d\u2019assimilation d\u2019une langue varient dans le temps en fonction de facteurs économiques, démographiques et politiques.Pendant plus de deux siècles, le français au Québec a été préservé par la forte natalité et le faible niveau d\u2019interaction avec l\u2019environnement anglophone.Denis MONIÈRE, politologue, Université de Montréal Mais avec l\u2019entrée du Québec dans l\u2019ère moderne, ce cocon protecteur de la culture et de la langue françaises s\u2019est désintégré sous la pression de l\u2019industrialisation et de l\u2019urbanisation.Les francophones ont donc subi les effets assimilateurs de l\u2019anglais.Si on combine les effets de la modernisation et ceux de l\u2019immigration, on constate une forte érosion démographique de la population francophone dans l\u2019ensemble canadien.Depuis 1867, nous sommes passés du tiers au quart de la population canadienne et nous ne serons plus que le cinquième au début du troisième millénaire. La bataille du français n'est pas gagnée au Québec.Au Québec, avant les années soixante-dix, le laisser-faire prévalait, il n\u2019y avait pas de législation linguistique.La langue des affaires, du travail, de l\u2019affichage commercial, de la réussite sociale était celle de la minorité anglophone, ce qui incitait les nouveaux arrivants à s\u2019intégrer à la communauté anglophone.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019est apparu un nouveau type de nationalisme qui a politisé la question linguistique, qui a cherché à utiliser le pouvoir politique pour changer les rapports de force linguistiques.On peut donc observer une corrélation entre l\u2019affirmation du fait français et la montée du nationalisme québécois.Le nouveau nationalisme québécois a mobilisé la conscience collective afin de structurer une nouvelle identité centrée sur le Québec et sur la reconquête du pouvoir politique.La montée du nationalisme québécois a conduit à la formation de nouveaux partis politiques et à la prise du pouvoir du Parti québécois qui a mis en place une politique linguistique cohérente visant la francisation de la société québécoise.Cette loi obtint un large appui dans la communauté francophone mais fut contestée par les anglophones, qui ne pouvaient accepter l\u2019hégémonie de la langue française au Québec et qui, au nom de la liberté d\u2019expression, réclamaient plutôt une politique de bilinguisme allant jusqu\u2019au libre choix de la langue d\u2019enseignement.Cette résistance à la francisation du Québec a été favorisée par le caractère conflictuel de l\u2019identité québécoise et ensuite par l\u2019intervention du gouvernement fédéral dans les compétences linguistiques du Québec.Je vais maintenant exposer ces deux phénomènes qui ont conditionné le débat constitutionnel des trente dernières années. Les contradictions du nationalisme québécois C\u2019est le caractère conflictuel de l\u2019identité qui caractérise la culture politique québécoise.Les débats qui ont cours depuis trente ans au Québec traduisent des divergences profondes de valeurs et d\u2019attitudes vis-à-vis le sens de l\u2019appartenance, les Québécois ne partageant pas la même conception du pays.Les enquêtes d\u2019opinions montrent que les Québécois, tout en ayant une double loyauté, sont plus attachés au Québec qu\u2019au Canada et qu\u2019ils s\u2019identifient plus au gouvernement du Québec qu\u2019au gouvernement fédéral.' Leur identité première est québécoise, celle-ci étant soit exclusive ou partagée avec le sentiment d\u2019appartenance au Canada.Au début des années 70, il y avait 44% des francophones qui se définissaient comme Canadiens français, 21% comme Québécois et 34% comme Canadiens.Vingt ans plus tard, la référence à l\u2019identité québécoise était devenue nettement majoritaire avec 59%, l\u2019identité cana-dienne-française avait régressé à 28% et l\u2019identité canadienne à 9%1 2.Ces données illustrent aussi à quel point pour une proportion non négligeable de Franco-Québécois, le sens de l\u2019appartenance est problématique et pourquoi ils vivent une double loyauté politique, ce qui les rend ambivalents et indécis dans le choix du pays.Nous ne serons plus que le cinquième au début du troisième millénaire.Cette ambivalence se traduit par la concurrence entre deux types de nationalisme: 1\tVoir J.-M.Léger et M.Léger, Le Québec en question, Montréal, Québécor, 1990, p.169.2\tMaurice Pinard, «The Quebec Indépendance Movement: A Dramatic pre-emergence» Journal of International Affairs, Hiver 1992.Lorsqu\u2019on demande aux individus de 18 ans et plus d\u2019indiquer leur degré d\u2019attachement au Canada sur une échelle de 1 à 10, on observe que c\u2019est au Québec où cet attachement est le plus faible, 6.5 comparativement à 8.8 dans le reste du Canada.Voir Rapport Canadian Facts, 4-15 avril 1991.960 La référence à l\u2019identité québécoise était devenu majoritaire avec 59%.le nationalisme canadien-français qui définit la nation comme un groupe ethnique minoritaire à l\u2019intérieur du système politique canadien, et le nationalisme québécois qui se réclame du statut de peuple majoritaire et qui définit la nation sur une base politique et territoriale.Contrôler le pouvoir politique et en faire le levier du développement collectif est l\u2019objectif des nationalistes québécois, alors que les Canadiens-Français fédéralistes soutiennent que l\u2019appartenance du Québec à la fédération canadienne offre de meilleures garanties de survie.C\u2019est entre ces deux options que navigue l\u2019opinion publique québécoise.Cette ambivalence a eu un effet de blocage sur l\u2019affirmation politique du Québec et a miné les efforts de francisation de la société québécoise.Elle s\u2019est manifestée au référendum de 1980 par le rejet de l\u2019option souverainiste.Cet échec a par la suite enclenché la réforme du fédéralisme qui s\u2019est traduite par le rapatriement unilatéral de la Constitution et l\u2019adoption de la Charte des droits qui, au dire même de Jean Chrétien, a été conçue pour contrer les effets de la loi 101.Au nom de cette Charte des droits, la Cour suprême du Canada invalida une vingtaine d\u2019articles de la Charte de la langue française et restreignit de ce fait les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale en matière linguistique.Les effets de l\u2019ambivalence Au Québec, les conditions socio-historiques et l\u2019environnement économique ont depuis longtemps imprimé dans les consciences l\u2019idée qu\u2019il était préférable de posséder deux langues plutôt qu\u2019une.Ce lieu commun est même véhiculé par les plus farouches partisans de la souveraineté comme Jacques Parizeau, qui affirmait récemment qu\u2019il botterait le derrière de ceux qui n\u2019apprendraient pas l\u2019anglais.Les don- 961 nées les plus récentes montrent que cette socialisation par la condition de minoritaire a été efficace, puisque la proportion des francophones de la région de Montréal qui disent connaître le français et l\u2019anglais s\u2019est accrue de 38,3% à 43,8% entre 1971 et 1986.Mais si cette nécessité valait pour les francophones, elle ne s\u2019imposait pas d\u2019emblée aux anglophones et aux allo-phones, qui étaient proportionnellement moins nombreux que les francophones à connaître le français et l\u2019anglais.3 Le développement du nationalisme québécois et l\u2019adoption des politiques linguistiques ont changé les mentalités.Alors qu\u2019avant les années 70, les francophones étaient pratiquement les seuls à se préoccuper de l\u2019apprentissage d\u2019une langue seconde, depuis la loi 101 le mouvement s\u2019est inversé en faveur de la bilin-guisation des anglophones qui, selon les données du Conseil de la langue française, seraient environ 56% (1986) à connaître la langue française.Mais en dépit de ces progrès obtenus par la force de la loi, le statut du français demeure fragile, car ces données globales cachent d\u2019autres réalités quant aux rapports de forces démolinguistiques.L\u2019anglais a conservé son pouvoir d\u2019attraction et son statut de langue dominante.Les transferts linguistiques sont toujours favorables à l\u2019anglais puisque 63% des immigrants optent pour l\u2019anglais comme langue d\u2019usage (1991).Cette tendance lourde affecte les rapports démographiques et, selon Marc Termotte, dans 25 ans, les francophones seront en minorité sur les îles de Montréal et Jésus.4 La situation est encore plus dramatique pour l\u2019île de Montréal, où les francophones seront en minorité dans La Charte des droits, au dire même de Jean Chrétien, a été conçue pour contrer les effets de la loi 101.3\tConseil de la langue française, Indicateurs de la situation linguistique au Québec, 1992, p.7.4\tMarc Termotte, «L\u2019évolution prévisible de la population francophone du Québec», L'Action nationale, juin 1994, p.763.962 Le statut du français demeure fragile.cinq ans à peine.Cette minorisation est liée à la faible fécondité des francophones, à l\u2019étalement urbain et à la concentration massive (90%) des nouveaux arrivants dans la région de Montréal.Rien n\u2019indique que ces tendances s\u2019inverseront dans un avenir prévisible.Au contraire, les rapports démographiques seront de plus en plus défavorables aux francophones, parce qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une infime portion de ceux qui viennent s\u2019établir au Québec qui sont de langue maternelle française, soit environ 10%.L\u2019école ne pourra pas à elle seule assumer la francisation des immigrants dans un contexte urbain où les francophones seront en minorité.Certes, il y a plus de jeunes immigrants qui apprennent le français grâce à la loi 101, mais force est de constater que 60% des allophones choisissent de faire leurs études collégiales en anglais, ce qui réduit d\u2019autant les effets intégrateurs de l\u2019école française.De plus, la majorité des allophones choi sissent d\u2019étudier dans les universités anglophones (57% en 1990).Enfin, il y a aussi une différence entre dire qu\u2019on connaît le français, parce que cela est politiquement valorisé, et le pratiquer dans la vie de tous les jours.Il faut compléter ce portrait d\u2019ensemble par un aperçu de la conscience linguistique des jeunes Québécois, ceux qui feront le Québec de demain.Dans une étude réalisée pour le Conseil de la langue française auprès des jeunes, Uli Lo-cher a montré que même s\u2019il y a eu chute démographique de la population anglophone, celle-ci n\u2019a pas entraîné de chute notable dans l\u2019usage de la langue anglaise chez les jeunes.Son étude démontre que l\u2019anglais a accru sa présence dans la vie des jeunes francophones, qui sont plus bilingues aujourd\u2019hui qu\u2019au moment de l\u2019adoption de la loi 101, que le français a même connu un recul dans les activités culturelles des jeunes entre 1978 et 1991 et que cette baisse est plus prononcée chez les jeunes allophones, même lorsqu\u2019ils ont été scolarisés dans des écoles françai- 963 ses.Locher concluait son étude en disant que «la force d\u2019attraction de l\u2019anglais surpasse de loin celle du français.En ce qui concerne le groupe allophone, l\u2019attraction générale de l\u2019anglais semble avoir augmenté depuis 1978.»5 Si la Charte de la langue française a réussi à bloquer l\u2019érosion démographique des francophones, elle n\u2019a pas accru de façon significative la capacité d\u2019intégration de la communauté francophone.Il y a des limites aux effets de la politique de francisation dans un contexte provincial.Cette incertitude linguistique est fortement ressentie par les jeunes générations, puisque la proportion des jeunes francophones qui croyaient que l\u2019avenir du français était assuré a baissé de 29,4% à 9,4% entre 1978 et 1991.Un récent sondage effectué auprès de 2 000 étudiants de l\u2019Université de Montréal indiquait que 41% des répondants pensaient que la situation du français allait se détériorer d\u2019ici 10 ans, si le Québec demeurait dans la fédération canadienne.6 L\u2019anglais a conservé son statut de langue dominante.Les comportements individuels sont aussi révélateurs de la domination psychologique de l\u2019anglais.Une étude sur la convergence linguistique, c\u2019est-à-dire sur la tendance à adopter la langue de notre interlocuteur lorsque celui-ci ne parle pas notre langue, faite par Léna C.Moise et Richard Bourhis a montré que les francophones sont beaucoup plus ouverts que les anglophones à employer la langue seconde dans une relation d\u2019aide et que le français est toujours considéré comme une langue de faible statut par les anglophones.Après presque 20 ans de politique linguistique, les deux chercheurs ont constaté qu \u2019en 1991, 86% des francophones convergeaient vers l\u2019anglais lorsqu\u2019on leur demandait 5\tUli Locher, «La force d\u2019attraction du français et les attitudes et les comportements des jeunes», Contextes de la politique linguistique québécoise, Québec, Conseil de la langue française, 1993, p.180.6\tForum, 6 février 1995.964 63% des immigrants optent pour l\u2019anglais comme langue d\u2019usage ( 1991 ).en anglais où était la station de métro la plus proche, comparativement à seulement 63% des anglophones qui convergeaient vers le français lorsque la demande était faite en français.Cette proportion était la même en 1977 avant l\u2019adoption de la loi 101.Le critère de convergence utilisé était minimal: être capable de dire un mot simple comme pardon ou bonjour dans l\u2019autre langue.Autrement dit, les anglophones ne sont pas plus enclins à converger vers le français en 1991 qu\u2019en 1977 en dépit de tous les efforts de francisation.Ils ont constaté que ce comportement de maintien langagier ne s\u2019expliquait pas par la compétence linguistique mais était relié à des motivations politiques.Selon les auteurs de l\u2019étude, ce comportement est caractéristique «de celui d\u2019une minorité dominante de haut statut»7 alors que le comportement des francophones est caractéristique de celui d\u2019une majorité dominée de moindre statut.Les anglophones adoptent donc une stratégie de dissociation intergroupe qui exprime le refus du Québec français.Après ce bilan des comportements linguistiques, on peut se demander si le statut de province dans un pays majoritairement anglophone est suffisant pour développer les capacités d\u2019intégration de la société québécoise.De toute évidence, les mobilisations politiques des 20 dernières années ont à peine réussi à maintenir le rapport de force entre le français et l\u2019anglais.Et cet investissement collectif dans l\u2019affirmation du français a constamment été miné par les politiques du gouvernement canadien et les jugements de la Cour suprême.Comment alors envisager l\u2019avenir du processus de francisation s\u2019il n\u2019y a pas de changement du statut politique du Québec?Si les Québécois disent NON à la souveraineté, un recul de la francisation n\u2019est-il pas plausible?7 Léna Cléline Moise et Richard Bourhis, «Langue et ethnicité: communication interculturelle à Montréal, 1977-1991», Études ethniques au Canada, vol.XXVI.no 1 1994, p.104.965 Les coûts linguistiques d\u2019un référendum négatif Après le refus du Canada de reconnaître la société distincte et advenant un nouveau rejet de la souveraineté au prochain référendum, il sera très difficile de renforcer les mesures de francisation, car les Québécois auront refusé de devenir une majorité politique.Ils auront choisi d\u2019être une minorité ethnique dans l\u2019ensemble canadien.Ils devront alors accepter la logique canadienne du bilinguisme officiel.On peut prévoir qu\u2019il y aura intensification des pressions pour restaurer la politique du libre choix de la langue d\u2019enseignement, non seulement de la part des allophones mais aussi de la part des francophones qui désirent envoyer leurs enfants à l\u2019école anglaise afin de mieux les préparer à s\u2019intégrer au marché du travail nord-américain.Cette tendance est déjà amorcée par un récent jugement de la Cour supérieure du 30 mars 1995 qui, en vertu de l\u2019article 23 (2) de la Charte canadienne des droits, a confirmé le droit de parents francophones d\u2019envoyer leur enfant dans une école publique anglaise après un séjour d\u2019un an dans une école anglophone privée non subventionnée.La Charte prévoit en effet le droit de fréquenter l\u2019école anglaise au Québec à la condition d\u2019avoir reçu son instruction au primaire et au secondaire en anglais au Canada, sans préciser de fréquentation minimale.Or, tant que le Québec fait partie du Canada, les parents francophones qui voudront payer ne seront plus obligés d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école française.Selon Josée Legault, ce jugement invalide un aspect majeur de la loi 101 et le gouvernement du Québec ne peut rien y faire car la clause nonobstant ne s\u2019applique pas aux critères d\u2019accès contenus dans l\u2019article 23.2.60% des allophones choisissent de faire leurs études collégiales en anglais.La thèse de la francisation des immigrants deviendra plus difficile à défendre, car pourquoi 966 La force d'attraction de l'anglais surpasse de loin celle du français.ceux qui choisissent de venir s\u2019établir au Canada n\u2019auraient-ils pas la possibilité de faire éduquer leurs enfants en anglais, qui est une des deux langues officielles du Canada?Au nom de quoi pourra-t-on les forcer à subir la loi d\u2019une minorité linguistique et les priver des mêmes chances de mobilité et de réussite économique qu\u2019ont ceux qui s\u2019établissent en Ontario ou en Alberta.Si la société québécoise refuse de s\u2019affirmer comme majorité politique, il serait absurde de demander à un immigrant d\u2019investir dans l\u2019apprentissage du français et de travailler dans cette langue.On peut comprendre qu\u2019un immigrant trouve illogique de s\u2019intégrer à un groupe minoritaire.Nous aurions sans doute la même réaction si nous étions à leur place.Il faut aussi tenir compte du contexte idéologique qui favorise la promotion des droits individuels au détriment des droits collectifs.Une fois la menace de la souveraineté écartée, les pressions seront de plus en plus fortes pour que le Québec se conforme à la logique canadienne, c\u2019est-à-dire que les droits individuels primeront sur les droits collectifs et que la volonté de l\u2019État québécois de maintenir des règles contraignantes à l\u2019endroit des immigrants et des francophones sera contestée.Il deviendra très difficile de faire obstacle à ces pressions, car ces nouvelles demandes se feront dans un contexte où le nationalisme aura perdu son emprise sur les attitudes des francophones, qui voudront avoir les mêmes droits que les anglophones d\u2019envoyer leurs enfants dans l\u2019école de leur choix.La société québécoise sera forcée de revivre un débat linguistique et les tensions risquent d\u2019être plus exacerbées dans la mesure où le consensus des francophones eux-mêmes sur la nécessité de mesures contraignantes sera affaibli.Le nationalisme qui avait permis l\u2019adoption d\u2019une politique linguistique n\u2019aura plus la même capacité mobilisatrice.967 La prédominance du français n\u2019est pas assurée dans une société qui ne maîtrise pas les pouvoirs politiques et qui est enclavée dans un environnement économique et politique dominée par l\u2019anglais.Si le Québec persiste dans son statut de province, il ne pourra pas endiguer les effets du bilinguisme canadien.La seule façon d\u2019enrayer les pressions assimilatrices, c\u2019est par la création d\u2019un espace politique indépendant qui par son existence même pourra garantir l\u2019existence du fait français en Amérique.Règle générale, on constate que la persistance d\u2019une langue s\u2019appuie sur une forte identité nationale qui l\u2019impose comme langue commune sur un territoire.A ma connaissance, il n\u2019y a pas de cas d\u2019une langue minoritaire qui ait réussi à devenir une langue assimilatrice.La question linguistique est en ce sens un des enjeux majeurs du débat politique, et elle restera problématique tant que le Québec sera une province dans un pays majoritairement anglophone, parce qu\u2019une politique d\u2019unilinguisme dans un pays légalement bilingue suscitera toujours la controverse.Il ne faut jamais perdre de vue que si le Canada a dit non à Charlottetown c\u2019est en raison de la clause de la société distincte et au nom de l\u2019égalité des individus et des provinces.Après un référendum négatif, il n\u2019y aura plus d\u2019obstacle politique à la contestation des vestiges de la loi 101 qui interdisent aux nouveau arrivants de choisir l\u2019anglais.Le Québec devra se conformer à la volonté de la majorité canadienne.Les anglophones adoptent donc une stratégie qui exprime le refus du Québec français.Conclusion Nous pouvons dégager les conclusions suivantes de cette rétrospective: 1- dans l\u2019histoire récente du Québec la valorisation sociale du français a été conditionnée par la force politique du mouvement nationaliste; 2- en dépit d\u2019une La prédominance du français n\u2019est pas assurée dans une société qui ne maîtrise pas les pouvoirs politiques.mobilisation sans précédent des forces vives du Québec de 1970 à 1990 l\u2019affirmation de la langue française comme langue d\u2019usage au Québec n\u2019est pas définitive; 3- le maintien du statut politique actuel rendra la capacité d\u2019intégration de la société québécoise aléatoire.Si la montée du nationalisme québécois a favorisé l\u2019affirmation du Québec français, l\u2019ambivalence de ce même nationalisme peut aussi avoir des effets délétères à long terme sur la capacité d\u2019aménager des rapports linguistiques qui favorisent l\u2019intégration des immigrants dans une société où le pouvoir politique est subordonné à un autre niveau de gouvernement.La lecture de l\u2019histoire nous montre que de l\u2019échec des Patriotes en 1837-38 à l\u2019échec du référendum de 1980, toutes les défaites politiques du Québec ont été sanctionnées par un recul des droits du français.Tant et aussi longtemps que les Québécois seront ambivalents quant à leur identité et à leur vouloir vivre collectif, ils devront porter le fardeau d\u2019un destin incertain et réducteur. Vers l\u2019unité québécoise Habib RANNI* La condition de l\u2019immigrant, dans quelque pays que ce soit, est toujours difficile; il s\u2019installe, avec son passé, dans une société dont il a l\u2019impression de briser la cohésion.C\u2019est là comme une marque indélébile, attachée à la consonance de son nom, à ses pratiques religieuses, à ses coutumes.Il a quitté son pays, forcé par les circonstances, ou par choix.Il a cru aux promesses du pays d\u2019accueil, qui ont, en partie, étouffé en lui la crainte de l\u2019inconnu.Sitôt arrivé, il doit s\u2019adapter à de nouveaux codes: langue, religion, en somme toutes les règles du jeu humain dans le travail comme dans la vie courante.Il est le témoin de la création en lui d\u2019un nouveau patriotisme, d\u2019un sentiment d\u2019appartenance qui, sans qu\u2019il rejette ses origines, fait de lui le citoyen à part entière (du moins l\u2019espère-t-il?) d\u2019un nouveau pays.Dans le conflit qui oppose aujourd\u2019hui le Québec au Canada, et dont l\u2019enjeu est la souveraineté du Québec d\u2019une part, et la mise en place d\u2019un nouveau Canada, d\u2019autre part, l\u2019immigrant de bonne foi a du mal à trouver sa place.C\u2019est au Canada qu\u2019il est venu, c\u2019est au Québec qu\u2019il se trouve.La plupart des immigrants sont *Les auteurs: Habib Ranni, administrateur pédagogique \u2014 Moncef Gharbi, agent de relations humaines \u2014 Mohamed Sounni, informaticien gestionnaire \u2014 Moncef Guitouni, psycho-sociologue \u2014 Andrée-M.Dupont.conseillère en communication \u2014 Marcel Quirion.animateur pédagogique 970 Dans le conflit qui oppose aujourd\u2019 hui le Québec au Canada.amenés, par la force des choses, à choisir l\u2019anglais comme véhicule de communication.Vivant au Québec, ils ignorent ce qu\u2019ils sont.Soumis aux contraintes du groupe canadien dominant, ils sont incapables de départager les thèses en présence et se rangent donc, automatiquement, du côté du groupe linguistique le plus fort, auquel ils appartiennent.Pour ces immigrants de langue anglaise d\u2019origine, ou qui ont choisi de parler anglais, le Canada est donc à la fois le pays juridique et le pays affectif.Il n\u2019en va pas de même dans le cas des immigrants francophones venus du Maghreb.Pour eux, la question se pose.Le Canada est, de toute évidence, le pays juridique, mais le Québec devient vite le pays affectif.L\u2019importance de la culture française, dans sa modalité québécoise, est ici prépondérante, indiscutable, évidente.Malgré la différence des passés historiques, des affinités naturelles, issues de l\u2019usage d\u2019une langue commune, sont vite perçues comme facilitant les rapports.Les ressemblances dans le comportement entre Maghrébins et Québécois méritent, à cet égard, d\u2019être soulignées.Dans cet article, nous tenterons de cerner certains éléments qui donnent aux rapports des immigrants avec les Québécois leur valeur humaine propre et de proposer des axes de politique dans un contexte réaliste.Le point de vue est celui des Maghrébins vivant au Québec, qui se considèrent comme faisant partie à part entière de la société québécoise, et d\u2019amis du Maghreb qui souhaitent une intensification des rapports entre les pays maghrébins et le Québec.L Le droit d\u2019être Québécois Le Québec n\u2019est pas, comme la France ou les États-Unis, un pays de réelle immigration; et cette immigration, de caractère massivement anglophone, a toujours, dans l\u2019esprit des Québé- 971 cois, joué contre le Québec.Le Canada est présenté aux candidats d\u2019immigration comme un pays de langue anglaise.La réaction de l\u2019ensemble des Québécois à l\u2019endroit des immigrants est donc négative mais, dans les circonstances, normale et compréhensible.L\u2019intégration de l\u2019immigrant à l\u2019Autre ne peut être perçue que comme une atteinte à l\u2019équilibre historique de la nation, à l\u2019intérieur du Québec.Le poids de la majorité québécoise de langue française au Québec est diminué; le rapport des forces linguistiques au Canada est peu à peu transformé; la crainte de perdre son identité historique se fait plus présente.L\u2019immigrant de langue anglaise devient objectivement un facteur de stress.Il ne devrait pas en aller de même lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019immigrants parlant français et dont la vocation naturelle est de s\u2019intégrer à la population française.A leur égard, il est éminemment souhaitable que la neutralité québécoise de repli évolue.L\u2019immigrant de langue française doit être envisagé, au départ, comme un allié culturel et économique et comme un ami.Nous comprenons que, dans la conjoncture historique où il se trouve, le Québécois réagit comme tous les peuples sujets à de fortes doses d\u2019immigration, non de façon ouvertement hostile, mais par une attitude de méfiance plus que de rejet automatique.Sans interdire à l\u2019immigrant le droit de choisir le Québec comme sa terre d\u2019adoption, il ne lui facilite pas la tâche.C\u2019est à cette indifférence et à ses causes que Québécois et immigrants devraient être amenés à réfléchir ensemble.L'immigrant de bonne foi a du mal à trouver sa place.2.L\u2019immigrant dans le contexte du travail De façon générale, le rejet de l\u2019immigrant ne s\u2019affiche pas ouvertement.Il se traduit plutôt par des comportements passifs que l\u2019immigrant perçoit, bien qu\u2019il ne puisse les rationaliser dans L\u2019immigrant de langue française doit être envisagé comme un allié culturel et économique.l\u2019immédiat; c\u2019est un rejet subtil qui finit par créer chez lui le sentiment d\u2019être constamment agressé.Le message subliminal est le suivant: Votre place n\u2019est pas ici.Ce scénario est encore plus marqué lorsque l\u2019immigrant, dans son rôle d\u2019employé ou de travailleur, a l\u2019impression qu\u2019il vole la place qu\u2019il occupe même si sa compétence est supérieure et unanimement reconnue comme telle.Souvent, parce qu\u2019il est immigrant, on mettra sa compétence en doute.On exigera de lui une performance supérieure à la moyenne.En ceci, le statut de l\u2019immigrant ressemble à celui de cette autre catégorie de citoyens que sont les femmes.En somme, l\u2019immigrant doit constamment lutter pour faire connaître ce qu\u2019il estime être son droit.3.L\u2019immigration et l\u2019éducation L\u2019un des problèmes fondamentaux dans l\u2019absence de rapports positifs entre Québécois, anciens et néo, est l\u2019ignorance.Nous en constatons l\u2019existence à tous les niveaux.Il est normal qu\u2019en arrivant au Québec, un immigrant ignore l\u2019histoire de son pays d\u2019accueil; d\u2019autant plus normal que les Québécois eux-mêmes se soucient peu de leur passé.Ce qui est anormal, c\u2019est qu\u2019on n\u2019enseigne cette histoire ni à lui, ni, à l\u2019école, à ses enfants.Pourquoi les cours du COFI ne sont-ils pas harmonisés avec l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Québec?Pourquoi une partie de la programmation de Radio-Québec, en fonction de son mandat, n\u2019est-elle pas orientée vers une meilleure connaissance par les immigrants de ce qu\u2019est leur nouveau pays?D\u2019une certaine façon, ils pourraient aussi bien être ailleurs.Mais ce qui nous frappe surtout, c\u2019est l\u2019ignorance où se trouvent les Québécois de leur propre histoire.Pourquoi n\u2019enseigne-t-on pas l\u2019histoire du Québec et, parallèlement, celle de la francophonie! La participation à un modèle historique est le moteur premier de l\u2019intégration.973 Toute l\u2019histoire des États-Unis, par exemple, le démontre.C\u2019est autour de ce modèle qu\u2019est l\u2019histoire du Québec, à laquelle les immigrants ajoutent une nouvelle dimension, que se construira l\u2019unité future du peuple québécois.C\u2019est dans cet esprit que nous proposons les éléments suivants de réflexion, susceptibles d\u2019être mis en pratique, certains à court et d\u2019autres à long terme: 1.\tQue les rapports entre le Québec et le Maghreb soient intensifiés et, d\u2019abord, qu\u2019on crée au ministère des Affaires internationales une Direction des Affaires maghrébines avec des fonctionnaires qui parlent arabe; la suite logique de cette proposition est l\u2019ouverture, dans la capitale, de l\u2019un des pays du Maghreb, d\u2019une délégation générale du Québec.2.\tQue cette délégation participe de près au choix des immigrants originaires du Maghreb.3.\tQue l\u2019immigration francophone au Québec ait la priorité absolue.4.\tQue les médias québécois se démarquent des préjugés nord-américains et suivent à l\u2019endroit de l\u2019Islam une politique d\u2019information qui ne soit ni hostile, ni schématique ou stéréotypée.5.\tQue soit revue en profondeur la politique sur le multiculturalisme, créateur de ghettos et qui alimente le sentiment hostile à l\u2019immigration que peuvent avoir les Québécois.6.\tQue le Gouvernement du Québec cesse de privilégier les groupes de pression qui, forts de leur ancienneté et de leur ressources, déforment la réalité du combat des immigrants et l\u2019orientent dans le sens de leur intérêts propres.974 Souvent, parce qu\u2019il est immigrant, on exigera de lui une performance supérieure à la moyenne. Le but de l\u2019action que nous proposons est de permettre aux immigrants francophones, en particulier Maghrébins, non pas de s\u2019assimiler, ce qui signifie la perte de toute identité historique, donc, à long terme, une diminution du patrimoine culturel québécois, mais de nous intégrer à la vie de ce pays et à son peuple d\u2019origine.Nous avons l\u2019impression que les Québécois ont peur de nous intégrer, comme si notre présence dynamique pouvait leur enlever quelque chose.Ils ont tort.Nous sommes, comme eux, des tenants de la langue et de la civilisation françaises et à ce titre l\u2019avenir du Québec, tributaire d\u2019une acceptation mutuelle, dépendra autant de nous que d\u2019eux.Pourquoi les cours du COFI ne sont-ils pas harmonisés avec l\u2019enseignement de l'histoire du Québec? Le développement humain de l\u2019Ontario français Depuis l\u2019été dernier, les tenants (ou les pseudo-ennemis) du statu quo \u2014 le premier ministre Jean Chrétien en tête \u2014, affirment sans relâche que le Canada est le-meilleur pays au monde.Ce sont surtout les Franco-Ontariens qui font les frais de ce mythe.En fait, sous un aspect essentiel, la qualité de vie de l\u2019Ontario français s\u2019apparente à celle du Tiers-Monde.Marc LABELLE porte-parole du Groupe pour le développement Le classement annuel des pays est établi dans le Rapport mondial sur le développement humain par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).L\u2019outil de mesure, l\u2019indice de développement humain (IDH), est fondé sur trois éléments fondamentaux de valeur égale: la longévité, le savoir et le niveau de vie.Le savoir est mesuré par deux sous-indices: le taux d\u2019alphabétisation des adultes (qui compte pour les deux tiers) et le nombre moyen d\u2019années d\u2019études par adulte (pour un tiers).Analphabétisme réel Depuis le premier Rapport en 1990, le PNUD recourt à la notion d\u2019«alphabétisme formel» pour évaluer la performance des pays.Il est fondé sur l\u2019équivalence du taux d\u2019alphabéti- mmmsm 976 La qualité de vie de l\u2019Ontario français s'apparente à celle du Tiers-Monde.sation avec le taux de scolarisation.Pourtant, depuis le début des années 1980, des travaux de recherche, dont des ouvrages publiés par l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019éducation, la science et la culture (UNESCO) \u2014 de laquelle le PNUD obtient ses données concernant l\u2019indice composite du savoir \u2014 révèlent qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une corrélation partielle entre les deux taux.Selon les données réalistes de l\u2019analphabétisme fonctionnel, l\u2019IDH réel du Canada est inférieur à celui du Japon, de la France et des États-Unis.L\u2019IDH de l\u2019Ontario français se situe à mi-chemin sur l\u2019échelle du groupe de 10 pays ou communautés étudiés, entre le Japon au premier rang et la Colombie au dernier rang.En termes d\u2019écart avec le premier rang, l\u2019Ontario français est près de trois fois plus éloigné du premier rang que ne l\u2019est l\u2019Ontario anglais.Cela est dû au taux d\u2019analphabétisme fonctionnel désastreux des Franco-Ontariens, qui est évalué à 31%, comparativement à 16% pour les Anglo-Ontariens.Rappelons que lors de l\u2019Année internationale de l\u2019alphabétisation en 1990, l\u2019UNESCO avait estimé à 35% le taux moyen d\u2019analphabétisation des pays sous-développés.Cette tendance à un taux d\u2019analphabétisme deux fois plus élevé chez un groupe minoritaire est confirmée par l\u2019étude de Statistique Canada de 1989 sur les capacités de lecture des groupes francophone et anglophone du Nouveau-Brunswick: les Acadiens affichent un taux d\u2019analphabétisme fonctionnel de 27% alors que celui des anglophones de la province est de 14%.De même, 17% des francophones nés au Canada, comparativement à 9% des anglophones nés au Canada, sont des analphabètes fonctionnels.De plus, alors que la scolarisation des nouvelles générations est considérée en Occi- 977 dent comme la méthode privilégiée pour abaisser le taux d\u2019analphabétisme de la population en général, le test de lecture et d\u2019écriture réalisé en 1993-1994 par le ministère de l\u2019Éducation et de la Formation de l\u2019Ontario a établi que le taux des étudiants francophones de 9e année qui ont obtenu des résultats en deçà des normes provinciales est de 29,5%, comparativement à 9,0% pour les étudiants anglophones, soit un taux qui est plus de trois fois plus élevé.À peine 1% des analphabètes fonctionnels franco-ontariens bénéficient actuellement de programmes d\u2019alphabétisation.Plan de redressement global Pour renverser la situation et assurer notre avenir, il faut rien de moins qu\u2019un plan de redressement global dont voici quelques points saillants: m- l\u2019établissement immédiat du Fonds des réparations historiques dont le montant sera déterminé d\u2019après l\u2019estimation des pertes financières cumulatives subies à cause de l\u2019oppression linguistique et scolaire depuis plus d\u2019un siècle (1885); vf l\u2019engagement concret de chacun des 58 ministères et institutions du gouvernement canadien à appuyer le développement et l\u2019épanouissement des communautés francophones en vertu de la partie VII de la Loi sur les langues officielles; vf des programmes énergiques d\u2019alphabétisation culturelle \u2014 c\u2019est-à-dire autant collective qu\u2019individuelle \u2014 mis au point et gérés par la communauté francophone, en particulier par les groupes d\u2019alphabétisation populaire; vf l\u2019établissement du Secrétariat franco-ontarien de l\u2019alphabétisation; Cela est dû au taux d\u2019analphabétisme des Franco-Ontariens, qui est évalué à 31%, comparativement à 16% pour les Anglo-Ontariens. À peine 1 % des analphabètes franco-ontariens bénéficient du programmes d'alphabétisation.ts- un régime de formation professionnelle pour les francophones et géré par eux; ts- la création sans délai d\u2019une université franco-ontarienne; m\u2022 la remise urgente de la gestion scolaire, accompagnée d\u2019un financement équitable; m- l\u2019établissement d\u2019une superstructure française sur l\u2019autoroute de l\u2019information; tsr un réseau de médias français géré par les francophones, accompagné d\u2019un droit de veto de la communauté francophone sur le volet français du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC); tw l\u2019adaptation des enquêtes et des méthodes statistiques de Statistique Canada, pour assurer une ventilation par province des données concernant les minorités francophones en fonction de l\u2019IDH des Nations unies; m- la signature, aussi tardive soit-elle, par le Canada et l\u2019Ontario, de la Convention contre la discrimination dans l\u2019enseignement adoptée dès 1960 par l\u2019UNESCO; m- la même protection constitutionnelle que celle de la communauté anglo-québécoise pour toutes les minorités francophones, quel que soit l\u2019avenir du Canada; la reconnaissance officielle et constitutionnelle d\u2019un espace de vie géré par les communautés francophones du Canada anglais.À l'heure où les partisans du statu quo remettent en cause la légitimité de la démarche québécoise, il est scandaleux de constater que les gouvernements du reste du Canada ne respectent pas depuis des générations les droits fondamentaux des francophones, comme si la 979 Constitution canadienne était pour eux un buffet où ils ne pigent que ce qui leur convient, alors que les minorités francophones sont constamment réduites à quémander leur pitance existentielle.L\u2019ère de l\u2019information qui s\u2019amorce pourrait exclure impitoyablement les peuples ou les communautés dont la langue ou la culture sont menacées.Les gouvernements sont avertis: leur inertie signifierait que le statu quo est leur politique implicite pour aggraver le sous-développement de notre communauté dans le but d\u2019en faire un otage inconscient.Toutefois, l\u2019Histoire ne l\u2019oublierait pas.Pour renverser la situation, il faut l\u2019établissement immédiat du Fonds des réparations historiques.980 Commission nationale sur l\u2019avenir du Québec Jules BÉLANGER Président de la Commission de la Gaspésie et des Iles-de-la-Madeleine.Monsieur le Premier ministre, Vous avez invité le peuple du Québec à prendre la parole, et il a parlé.Pendant deux mois, que d\u2019aucuns ont nommés «l\u2019hiver de la parole», s\u2019est déroulée à travers le Québec l\u2019expérience de démocratie la plus pure qui fut jamais imaginée.Des milliers de Québécois et de Québécoises de tous horizons, tant sociaux que géographiques, ont réfléchi, se sont concertés, ont discuté et ont tracé, tantôt de main d\u2019expert, tantôt avec les moyens du bord et la simplicité du gros bon sens, sur le coin de la table de cuisine, les composantes du projet de société dans laquelle ils veulent maintenant vivre et voir grandir leurs enfants.Plus de 55 000 citoyennes et citoyens se sont déplacés pour participer aux 435 activités publiques tenues par dix-huit commissions sur l\u2019avenir du Québec.Ces femmes et ces hommes ont fait 5 000 interventions verbales ou écrites, en plus de déposer auprès des commissions quelque 5 500 mémoires.Ces milliers d\u2019intervenantes et d\u2019intervenants ont été entendus et écoutés comme ils ne 981 Cérémonie de remise officielle du rapport de la Commission nationale sur l\u2019avenir du Québec.Salle du Conseil législatif, Hôtel du parlement, le mercredi, 19 avril 1995 à 14h30 l\u2019avaient jamais été auparavant, et ils ont compris que l\u2019opération était sérieuse.Ils y ont participé avec un intérêt sans cesse croissant.Ils ont compris que vraiment, pour un moment, ils agissaient comme des députés et participaient au processus législatif de leur pays.Singulièrement valorisés par ce rôle qui leur était offert, ils l\u2019ont assumé avec un sens civique remarquable, dans la dignité, la fierté, l\u2019émotion.les larmes parfois.Le passé et l\u2019avenir Comme du haut d\u2019un site panoramique d\u2019où l\u2019on considère le paysage de tous côtés et plus loin, cette prise de parole sans précédent a conduit notre population à embrasser, d\u2019un même regard lucide, son passé et son avenir.Et c\u2019est ainsi que l\u2019on a vu émerger à travers le pays de larges consensus sur les aspirations et les volontés qui indiquent les voies de notre avenir.Ce que le peuple du Québec vous dit aujourd\u2019hui, il vous le dit en continuité avec trois siècles d\u2019histoire, il vous le dit en toute fidélité avec son passé, il vous le dit en filial respect d\u2019un héritage qui lui fut confié jadis.Nos ancêtres avaient commencé à bâtir ce pays, il y a plus de quatre siècles.Il y eut les événements de 1760 qui perturbèrent leurs travaux, mais la conquête ne devait pas avoir raison de leur idéal.Elle donna lieu plutôt à deux siècles de résistance opiniâtre, courageuse, héroïque, à deux siècles d\u2019une résistance irréductible contre une puissante volonté d\u2019assimilation.À titre d\u2019évocation symbolique de tout ce noble passé qui impose le respect et la continuité, rappelons ces jours de 1765 où, dans le couvent des Ursulines de Québec, l\u2019unique grammaire française du pays était devenue intoucha- 982 Des milliers de Québécois ont tracé les composantes du projet de société dans laquelle ils veulent vivre. On a vu émerger à travers le pays de larges consensus sur les aspirations qui indiquent les voies de notre avenir.ble, sur son lutrin fragile., la religieuse dépositaire seule étant autorisée à en tourner les pages devant les enfants à qui on allait confier la mission de maintenir au pays la présence de la langue française.C\u2019est ainsi que, malgré la famine, on conserve précieusement les trop rares grains de semence.dans l\u2019espoir confiant de la moisson, à venir, après les semailles.Au même titre, rappelons aussi ces millions de bûcherons, de draveurs, de mineurs, de travailleurs et de travailleuses d\u2019usine qui, pendant des générations, résistant à la constante pression ambiante, se sont fait un devoir sacré de sauvegarder et de promouvoir, partout où c\u2019était possible, la langue de leurs pères, même s\u2019ils ne pouvaient pas la parler avec leurs patrons.Rappelons le sort de ces pêcheurs gaspé-siens qui, pendant plus d\u2019un siècle et demi, de génération en génération, furent contraints de pêcher pendant tout l\u2019été pour payer leurs dettes de l\u2019hiver, sans pouvoir dire un mot ni du prix du poisson ni du prix des denrées, toujours fixé unilatéralement par des étrangers qui, systématiquement, s\u2019opposaient à la scolarisation et à l\u2019agriculture de subsistance, ces deux leviers majeurs de la libération d\u2019un peuple.L\u2019âge de la maturité Ces ancêtres qui bâtissaient et espéraient avait besoin de croître en nombre.Il leur fallait du temps.De 60 000 qu\u2019ils étaient en 1760, dans la générosité et l\u2019espoir, ils sont devenus les millions d\u2019aujourd\u2019hui auxquels ils ont transmis, allumé encore et de plus en plus brillant, malgré toutes les bourrasques de l\u2019histoire, le flambeau d\u2019une culture distincte et enrichie des apports de diverses communautés culturelles.983 C\u2019est donc en se souvenant de la persévérance de leurs ancêtres, et en dignes légataires d\u2019un héritage sans prix que les Québécois et Québécoises sont heureux aujourd\u2019hui de faire connaître solennellement le projet d\u2019avenir qu\u2019ils voient enfin poindre à l\u2019horizon.Monsieur le Premier ministre, en nous écoutant vous livrer le rapport de la Commission nationale sur l\u2019avenir du Québec, il vous faut voir et sentir derrière nous la présence du peuple du Québec, un peuple fier, conscient de la responsabilité dont il a hérité et soucieux de fidélité envers ses valeureux ancêtres, ceux de la vieille France et ceux qui sont venus d\u2019autres civilisations enrichir le patrimoine culturel du Québec.Il vous faut voir et sentir derrière nous un peuple qui, debout, tête haute, regarde droit devant lui, vers l\u2019avenir et, surtout Monsieur le Premier ministre, surtout il vous faut voir et sentir derrière nous UN PEUPLE QUI SE SOUVIENT.Nos ancêtres avaient commencé à bâtir ce pays, il y a plus de quatre siècles. L\u2019ENJEU DE LA QUESTION DU QUÉBEC Claude BARITEAU Anthropologue Université Laval Avec l\u2019élection du Parti québécois en 1994, la question du Québec et de son avenir n\u2019en est plus une de normalité, de survie, de langue ou de société distincte.Encore moins d\u2019économie.Elle n\u2019a d\u2019intérêt qu\u2019en regard de l\u2019accession ou non d\u2019un peuple, celui du Québec, au titre de membre à part entière de la communauté internationale, avec les droits et les devoirs que ce titre confère aux Etats-nations d\u2019aujourd\u2019hui.Et parce que se pose ainsi la question du Québec, notamment depuis 1982, il est inévitable qu\u2019elle soulève des passions et provoque des tensions.La revendication du statut d\u2019État conteste par définition un état de fait.Aussi est-elle sujette à être contestée par les forces sociales qui ont créé cet état de fait et en tirent avantage.Rien de plus nomal.Dans un tel contexte, il importe surtout que le génie d\u2019un peuple, puisque la revendication du statut d\u2019Etat l\u2019interroge sans détour, puisse s\u2019exprimer en connaissance de cause.Cette connaissance passe, à mon avis, par une prise en compte de deux composantes déterminantes de la question du Québec: la conjoncture internationale actuelle et la spécificité que le Québec pourrait y faire valoir. Ces deux composantes sont au coeur de la question du Québec.Elles l\u2019ont d\u2019ailleurs toujours été.Leur négligence peut conduire à poser la question du Québec en relation avec le Canada alors qu\u2019elle n\u2019a de sens que sous l\u2019angle de la relation du Québec avec le monde.Mieux, ce n\u2019est qu\u2019après avoir contextualisé et dégagé les contours actuels de chacune de ces composantes qu\u2019il sera possible d\u2019évaluer si l\u2019insertion du Québec au sein du Canada est un moyen plus approprié que l\u2019accession du Québec au titre d\u2019État-nation pour affirmer la spécificité actuelle du peuple québécois.1.À propos de la conjoncture internationale La question du Québec et de son avenir se pose en 1995 dans un contexte international totalement différent de celui des années 1970.Au moins deux changements majeurs sont à souligner: 1) la mort du monde de Yalta suite à l\u2019effondrement du bloc communiste peu après la chute du mur de Berlin; 2) l\u2019émergence d\u2019un monde globalisé, sans maître ni empire, au sein duquel s\u2019exprime la société des nations dans un espace ouvert et autorégulé, certes imparfait mais combien plus perméable à l\u2019expression de la diversité même si de nouveaux ensembles supranationaux s\u2019y manifestent.La revendication du statut d\u2019Etat conteste par définition un état de fait.L\u2019effondrement du bloc communiste, ce fut la fin du monde de Yalta créé après la Deuxième Guerre mondiale.Ce monde comprenait trois sous-ensembles: le bloc communiste, le bloc capitaliste et le tiers-monde.Le démantèlement du bloc communiste a redonné souffle au libéralisme économique.Il en a découlé un renforcement de la manifestation, ici et là, d\u2019une droite politique qui, pour faire réapparaître la main invisible du marché, a accentué la remise en question des remparts sociaux et des filets de sécurité progressivement déployés dans les an- nées 1960 et 1970.L\u2019heure serait maintenant aux coupes aveugles dans les construits d\u2019hier au nom d\u2019une dette collective dont les forces de droite, devenues amnésiques du passé, refusent la responsabilité.Cette dérive n\u2019est pas généralisée.Elle est surtout le propre d\u2019un certain nombre de pays industrialisés, en particulier la Grande-Bretagne, les États-Unis, la France, l\u2019Espagne et le Canada.Là où elle s\u2019exprime, entre autres, par des coupures sociales et un abaissement des normes du travail, elle n\u2019a pas eu pour effet d\u2019influencer le développement économique et la création d\u2019emplois.Il en est plutôt ressorti un accroissement des riches, une multiplication des pauvres et un rétrécissement de la classe moyenne.Bizarrement, les pays qui ont mieux réussi en matière de développement économique et de création d\u2019emplois, entre autres le Danemark, l\u2019Autriche et la Belgique, sont ceux qui ont conservé, redéfini et parfois accru les protections sociales.Du moins, est-ce là la conclusion d\u2019une étude, publiée en 1994, traitant des effets de la déréglementation et de la privatisation au cours des 20 dernières années dans les pays de l\u2019OCDE.En quelque sorte, si l\u2019effondrement du bloc communiste a facilité le renforcement des forces de droite, le bloc capitaliste n\u2019est pas pour autant devenu monolithique.Il subsiste en son sein une variété d\u2019aménagements nationaux, chacun d\u2019eux étant une expression particulière de rapports de force ayant des assises historiques importantes et auxquelles il est nécessaire de recourir pour décoder, dans la conjoncture actuelle, le sens de cette expression.De fait, depuis cet effondrement, seul l\u2019ordre de Yalta a disparu et, avec lui, la démarcation Est-Ouest comme le clivage Nord-Sud.Le monde est depuis globalisé.Ce changement si- 987 tôt apparu, ce sont les repères d\u2019hier qui ont sauté et ce sont des affirmations nationales de toutes sortes qui s\u2019expriment.Aussi, ce monde nouveau, encore prisonnier des échafaudages du monde précédent, est-il difficilement déchiffrable.Il est devenu source d\u2019angoisse et d\u2019incertitude et ce, d\u2019autant plus que les analystes le présentent en devenir tantôt sous l\u2019angle de la société des nations, tantôt sous celui d\u2019ensembles régionaux supranationaux en compétition.Selon cette dernière thèse, tout n\u2019aurait désormais de sens qu\u2019au niveau supranational, là où se consolideront des entités hier encore indépendantes et souveraines, ou au niveau infra-national, lieu des régions et de l\u2019expression de la diversité culturelle, voire ethnique.Le modèle européen, celui de Maastricht, en serait la porte d\u2019entrée même si celle-ci fut conçue dans les chantiers du monde de Yalta.Dans son sillon, d\u2019autres modèles analogues verraient le jour: un en Amérique, l\u2019ALENA, un autre en Asie, etc.Au sein de chacun d\u2019eux, les frontières nationales disparaîtraient comme disparaîtraient aussi toutes les autres caractéristiques des Etats-nations, en particulier leur dimension politique, c\u2019est-à-dire ce qui rattache tout citoyen à l\u2019État, favorise l\u2019élaboration d\u2019un projet commun et crée le lien social.Les pays qui ont mieux réussi en matière de développement sont ceux qui ont conservé et parfois accru les protections sociales.S\u2019il peut être imaginé, ce monde des blocs de demain demeure un monde virtuel.Pour plusieurs analystes, les ensembles qu\u2019il annonce deviendront tout au plus des zones de libre-échange entre les États qui y participent.Si leur développement va au-delà, ils y voient un risque, celui de constituer de nouveaux pôles d\u2019affrontement d\u2019une ampleur insoupçonnée.Aussi, Maastricht leur apparaît-il, dans le contexte présent de globalisation, une construction forcée et peu adaptée.Une sorte de chimère dangereuse imaginée par des eurocrates et dont il importe de surveiller étroitement l\u2019expression.MH Mi 988 ¦. La question du Québec s\u2019est posée avec de plus en plus de constance après la Deuxième Guerre mondiale.Pour ces analystes, c\u2019est l\u2019autre thèse, celle de la société des nations, qui s\u2019imposera.A leurs yeux, Maastricht ne parviendra pas à l\u2019union monétaire recherchée, encore moins à développer une politique étrangère commune et à mettre au point une sécurité militaire européenne.Il y a trop de pressions tant internes qu\u2019externes qui poussent en sens contraire.Et puis, le monde nouveau valorise plus la passion de l\u2019indépendance et la recherche de la coopération que la soumission à un modèle imposé et le goût de la hiérarchie.Ce serait là d\u2019ailleurs sa principale force et celle-ci conduirait à une valorisation de la diversité des États, l\u2019État-nation étant le seul modèle d\u2019organisation politique ayant droit de cité.La protection de l\u2019expression de cette diversité serait d\u2019ailleurs le défi du monde nouveau.Cette protection existe déjà.Il suffirait de la renforcer quelque peu pour que les États-nations, ceux d\u2019hier comme ceux de demain, puissent coexister tout en affirmant leur spécificité.Dans cette perspective, la communauté internationale prendra forme autour d\u2019organismes tels l\u2019ONU et le GATT.Et, au sein de cette communauté, les liens entre les membres seront souples et demeureront le fait de contextes particuliers qui en auront favorisé l\u2019instauration.Il est fort possible qu\u2019aucune de ces thèses ne se concrétise.Qu\u2019émerge plutôt un monde nouveau plus hétéroclite comprenant des traits propres à l\u2019une ou l\u2019autre de ces thèses, voire d\u2019autres traits.Chose certaine, toutefois, ce monde nouveau sera le produit des États-nations qui le composent car c\u2019est uniquement d\u2019eux qu\u2019il naîtra.Et, puisqu\u2019il en est ainsi, aucun peuple et aucune nation n\u2019échapperont à la nécessité de s\u2019y définir.Leurs actes respectifs révéleront leurs choix.À cet égard, tout refus de s\u2019ouvrir à la communauté internationale leur fermera les portes de la reconnaissance nationa- le et les conduira à l\u2019exclusion de l\u2019histoire.Aussi, ne doit-on pas se surprendre des revendications d\u2019autodétermination et de souveraineté qui s\u2019expriment avec force dans ce nouveau monde et obligent à revoir les aménagements d\u2019hier.2.A propos de la spécificité du Québec avant 1982 Paradoxalement, la question du Québec, telle qu\u2019elle se présente aujourd\u2019hui, ne trouve son sens qu\u2019en relation avec ce qui s\u2019est passé au Canada et dans le monde après la Deuxième Guerre mondiale.Non pas parce que le peuple du Québec fut contraint par le Gouvernement canadien.Mais plutôt parce que ce peuple s\u2019est constitué de façon spécifique durant cette période en lien avec le Canada et le monde.Deux moments importants y ont contribué: 1) la Révolution tranquille au début des années 1960; 2) le rapatriement de la Constitution du Canada en 1982, sans l\u2019accord du Québec.Les aspirations du peuple québécois ont des racines profondes et se sont manifestées à plusieurs occasions de différentes façons, chacune d\u2019elles étant associée à des contextes particuliers.La manifestation la plus dramatique fut sans contredit les insurrections de 1837 et de 1838.Depuis, la question du Québec s\u2019est posée dans le cadre canadien avec toutefois de plus en plus de constance après la Deuxième Guerre mondiale.Seul le Canada s'est renforcé à l\u2019occasion du rapatriement de la Constitution en 1982.L\u2019un des facteurs qui expliquent cette constance est la transformation du Canada au cours des cinquante années qui ont suivi cette guerre.Les débuts de cette transformation remontent à l\u2019adoption du Statut de Westminster en 1931.C\u2019est cependant avec la Deuxième Guerre mondiale qu\u2019elle a pris son envol.Lors de cette guerre, les provinces furent invitées par le Gouvernement canadien à céder leurs droits 990 Aujourd\u2019hui le Canada ne peut plus être conçu en recourant à la thèse des deux nations fondatrices.de taxer les individus et les compagnies.Elles acceptèrent à la condition de les reprendre peu après la fin de la guerre.Le gouvernement canadien renia sa parole.Il décida de conserver l\u2019accès exclusif à ces taxes et offrit aux provinces des subventions en contrepartie.Depuis, tous les gouvernements du Québec ont revendiqué le respect de la Constitution de 1867.Sans succès.C\u2019est pour cette raison que les élections québécoises des cinquante dernières années ont toutes été traversées par cette préoccupation.Sous le régime Duplessis, le Québec a refusé les subventions du Gouvernement canadien, ce qui eut des répercussions sur les services de santé, l\u2019éducation et l\u2019aide sociale.En 1960, le Parti libéral de Québec s\u2019est fait élire en tablant sur cette corde sensible avec une approche différente.S\u2019il refusa les subventions, ce parti accepta par contre de développer les programmes auxquels elles étaient destinées.Un accord fut conclu en ce sens.Il consista en un transfert de «points d\u2019impôt».De cet accord est née la Révolution tranquille.Si le Québec n\u2019a jamais récupéré le terrain perdu en 1946, avec cet accord il a néanmoins pu connaître un développement majeur dans plus d\u2019une douzaine de domaines, se doter d\u2019institutions financières variées et faire une percée sur la scène internationale.En quelques années, le Québec s\u2019est transformé de fond en comble.D\u2019une province alors définie par deux solitudes entretenues par des institutions religieuses, le voilà devenu une société qui, avec l\u2019appui d\u2019un appareil politico-bureaucratique, est en voie d\u2019homogénéisation et entend davantage s\u2019autonomiser.Dans la foulée de cette Révolution tranquille, il s\u2019est constitué un type particulier de relations entre les forces syndicales, les milieux coopératifs, les groupes populaires, le monde des artistes, le pouvoir politique, les entreprises 991 étatiques et le capital privé, principalement francophone.De ces relations, diverses réalisations ont vu le jour.Dans leurs sillons a pris forme une nouvelle conception du Québec, des Québécois et des Québécoises.Elle n\u2019est pas indépendante de l\u2019émergence d\u2019un modèle original de développement dont l\u2019inspiration fut keynésienne, les assises, ethniques, et la mise en opération, fortement technocratique.Ainsi refait, le Québec parut en marche vers toujours plus de souveraineté.La classe politique fédéraliste du Québec et les groupes d\u2019intérêts qui y sont associés s\u2019en inquiétèrent.Le Gouvernement canadien, Pierre Elliott Trudeau en tête, chercha à contrer cet élan.Il tenta de revaloriser le pouvoir des francophones au sein du Canada, adopta une politique de bilinguisme institutionnel et dépensa des sommes importantes dans toute sorte de domaines, y compris dans les champs de compétence provinciale, dans le but de promouvoir le nationalisme canadien.La dette canadienne en fut la conséquence, ce qu\u2019on oublie trop souvent.L\u2019entente de Charlottetown a révélé la fermeture du Canada à l\u2019égard d\u2019un système à deux vitesses.Alors que se développait cette dette, au Québec, le Parti québécois prit le pouvoir et essaya de canaliser les énergies libérées par la Révolution tranquille en vue de créer le pays du Québec.On connaît la suite.Après une entrée en force avec la promulgation de plusieurs lois importantes dont la loi 101, le projet fondamental de ce parti, la souveraineté-association, ne reçut qu\u2019un appui mitigé à la suite de l\u2019engagement solennel de Pierre Elliott Trudeau à modifier et à rapatrier la Constitution canadienne.Les opposants au projet de souveraineté-association, notamment ceux qui espéraient des modifications assurant au Québec un statut particulier, constatèrent rapidement que seul le Canada s\u2019est renforcé à l\u2019occasion du rapatriement de la Constitution en 1982.De fait, le Québec n\u2019obtint aucun pouvoir nouveau.Bien au con- 992 L\u2019affirmation de la québécité est bloquée au Canada et ne peut dorénavant s'exprimer qu\u2019en relation avec le monde.traire, il en perdit dans la mesure où la loi fondamentale du Canada fut complétée d\u2019une Charte des droits et libertés et d\u2019un dispositif d\u2019amendement rendant presque impossible tout changement majeur.Aussi, c\u2019est à la quasi-unanimité que l\u2019Assemblée nationale du Québec s\u2019opposa à ce rapatriement.Ce coup de force eut des suites.L\u2019une d\u2019elles fut l\u2019appui du gouvernement Lévesque à Brian Mulroney lors des élections fédérales de 1984.Une autre, l\u2019engagement de ce dernier à faire de l\u2019adhésion du Québec à la Constitution canadienne son principal cheval de bataille.Elu, il tint parole.Il en résulta l\u2019accord du Lac Meech que Pierre Elliott Trudeau discrédita lors d\u2019une charge à l\u2019emporte-pièce sur le concept de «société distincte» et le droit de retrait avec compensation, deux conditions qui risquaient d\u2019engendrer des inégalités de droit entre les citoyens canadiens.Cet accord remisé le 23 juin 1990, le Premier ministre du Québec, Robert Bourassa, parut en plein désarroi.En octobre de la même année, il mit sur pied la Commission Bélanger-Campeau.De cette commission, il ne s\u2019est toutefois aucunement senti lié.Il en fut néanmoins prisonnier, ce qui l\u2019obligea à la transparence.Et cette transparence fut l\u2019acceptation, par le Parti libéral du Québec, de l\u2019entente de Charlottetown après la mise au rancart du rêve des «allai-ristes».Plus que tout autre événement, cette acceptation a révélé que ce parti n\u2019existe sur la scène provinciale que pour assurer la pérennité de la classe politique fédéraliste.3.Le nouveau visage du Québec au sein du Canada L\u2019entente de Charlottetown rejetée au Québec, l\u2019élection de députés du Bloc québécois à la Chambre des communes et le retour du 993 Parti québécois au pouvoir étaient prévisibles.Le coup de force de 1982 n\u2019a pas eu que des suites politiques.La Charte canadienne des droits et libertés aidant, il a ouvert la voie à une redéfinition des rapports entre les différentes composantes de la population du Canada comme celle du Québec.Ce point est des plus importants.L\u2019Accord de Meech et l\u2019entente de Charlottetown se sont tous les deux heurtés à la difficulté de définir le Canada en tenant compte des conceptions qui prévalaient en 1867.Malgré leur rejet, il en est ressorti qu\u2019aujourd\u2019hui le Canada ne peut plus être conçu en recourant à la thèse des deux nations fondatrices.Depuis 1982, un Canada nouveau est en marche.Ce Canada privilégie un modèle de développement à l\u2019américaine et véhicule une conception de la nation et des provinces qui ne peut laisser place à l\u2019expression de différences majeures.Surtout pas à la constitution d\u2019une société distincte autonome au Québec.Le contenu de l\u2019entente de Charlottetown a révélé la fermeture du Canada à l\u2019égard d\u2019un système à deux vitesses.Mieux, les prises de positions récentes des ministres canadiens laissent clairement entendre que l\u2019entreprise privée, «Team Canada» en tête, et la formation de la main-d\u2019œuvre seront au cœur de ce nouveau Canada, les provinces étant invitées à assumer les frais d\u2019entretien de leur population respective selon les normes canadiennes en vigueur.À ce nouveau Canada, s\u2019oppose aujourd\u2019hui un Québec défini sur des bases nouvelles.L\u2019une d\u2019elles est la volonté exprimée de construire au Québec une nation plutôt que d\u2019en affirmer une issue du passé.Une autre, celle d\u2019enraciner cette construction dans un projet de société qui, reconnaissant le caractère pluriel du Québec, valorise le déploiement d\u2019une plus grande sœiabilité grâce à l\u2019implication des citoyens et des citoyennes dans la définition de Le Québec possède tout pour affirmer une spécificité originale au sein de la communauté des nations.994 Ce qui permettra de trancher en faveur de V indépendance du Québec, c'est l\u2019affirmation du nouveau Québec dans un projet social.leur environnement politique, social, économique et culturel.Ce nouveau Québec est plus qu\u2019en chantier.Déjà présent à l\u2019époque de la Révolution tranquille, il s\u2019affirme de plus en plus sous l\u2019angle de l\u2019individualisme démocratique.Aucunement en lien avec le désir communautaire de type ethnique.A cet égard, il importe de souligner que le coup de force de Pierre Elliott Trudeau a contribué à cette transformation.Ce Québec nouveau est par ailleurs toujours promu par des groupes sociaux qui, au travers les ans, se sont concertés pour définir des politiques québécoises de création et de redistribution de la richesse à l\u2019aide de mesures sociales appropriées.En cela, ce Québec nouveau est aux antipodes du Canada de demain, celui qui est en train de se définir en démantelant les acquis de l\u2019Etat-providence sous l\u2019oeil approbateur de la classe politique fédéraliste du Québec.Ce nouveau Québec est aussi présent au sein des forces régionales et des mouvements sociaux divers.Il s\u2019est révélé à l\u2019occasion des commissions sur l\u2019avenir du Québec et dans la redéfinition du projet souverainiste par le Parti québécois, le Bloc québécois et l\u2019Alliance démocratique du Québec.A mon avis, c\u2019est beaucoup plus de ce nouveau Québec que de l\u2019ancien que les revendications des autochtones, les espoirs des francophones, les attentes des anglophones et celles des diverses communautés culturelles peuvent recevoir une réponse peut-être pas totalement satisfaisante mais à tout le moins intéressante.En somme, si la Révolution tranquille a conduit au rapatriement de la Constitution du Canada, ce rapatriement a ouvert la voie à une redéfinition de la question du Québec.Aujourd\u2019hui, cette question ne se pose plus en des termes ethniques ou nationalistes.Son fondement est d\u2019abord social, économique et politi- 995 que.De ce fait, il interpelle toutes les composantes de la population du Québec parce qu\u2019il concerne un mode de vie qui renvoie aux construits découlant de la Révolution tranquille.D\u2019ailleurs, ce sont précisément ce mode de vie, ces construits et ceux qui pourraient s\u2019y ajouter qui sont l\u2019enjeu principal de la question du Québec en 1995.Ou bien, ils sont définis au Québec en lien avec un projet social, ou bien c\u2019est le Canada qui décide de leur sort et du sort du Québec dans l\u2019optique présentée précédemment.Face à ces deux options, la population du Québec est présentement à un tournant de son histoire.La première option implique, dans la conjoncture canadienne actuelle, l\u2019inscription du Québec sur la scène internationale en devenant un Etat-nation car c\u2019est la seule façon, aujourd\u2019hui, de faire valoir sa spécificité; l\u2019autre, sa transformation en une grosse municipalité et la mise au rancart d\u2019outils devenus inutilement coûteux, ce que le Parti libéral du Québec a entrepris de faire dès 1985 et entend finaliser s\u2019il reprend le pouvoir.Si la question se pose en ces termes, c\u2019est tout simplement parce que l\u2019affirmation de la québécité est bloquée au Canada et, de ce fait, ne peut dorénavant s\u2019exprimer qu\u2019en relation avec le monde.Dans un tel contexte, les relations du Québec avec le Canada ne pourront se préciser qu\u2019après avoir choisi l\u2019une des deux options.A cet égard, prôner une redéfinition du Canada sur le modèle de Maastricht n\u2019a aucun sens tant que le Québec n\u2019est pas indépendant.Et puis, ce modèle, faut-il le rappeler, n\u2019est pas le plus approprié pour définir les relations entre le Canada de demain et un Québec souverain.Il conviendrait mieux pour doter l\u2019ALENA d\u2019un cadre politique, ce qui n\u2019est même pas encore imaginé en Amérique du Nord.L'affirmation de la québécité est bloquée au Canada et ne peut s\u2019exprimer qu'en relation avec le monde.996 Conclusion La lutte s\u2019annonce impitoyable.Le Québec possède tout pour affirmer une spécificité originale au sein de la communauté des nations.La conjoncture actuelle s\u2019y prête favorablement.Beaucoup plus qu\u2019en 1980 dans la mesure où s\u2019expriment et sont reconnus des mouvements de libération analogues à celui qui a cours présentement au Québec.Dans la mesure aussi où les promoteurs de ce mouvement désirent, par la création d\u2019un État-nation, non pas construire au Québec une économie nationale isolée, mais surtout participer pleinement à la solution des problèmes qui affectent l\u2019univers.Et parce qu\u2019il en est ainsi, le Gouvernement canadien, en collaboration avec le monde des affaires et la plupart des médias, déploie beaucoup d\u2019énergies pour discréditer la démarche actuelle du peuple québécois.Ensemble, ces forces sont liguées contre un peuple un peu comme le furent, à l\u2019époque des Patriotes, le haut clergé, les forces conservatrices du Québec francophone d\u2019alors, le monde anglophone des affaires et les représentants du pouvoir britannique.La lutte s\u2019annonce impitoyable.Ce n\u2019est pas la formulation de la question, ni le moment du vote, qui va changer quoi que ce soit.Ce qui permettra de trancher en faveur de l\u2019indépendance du Québec, c\u2019est uniquement l\u2019affirmation du nouveau Québec dans un projet social qui sert de code d\u2019accès à l\u2019universel tout en maintenant et valorisant une ouverture à la diversité.Seul un tel projet est susceptible de rallier les diverses composantes de la population du Québec.Il doit donc se faire avec elles.Demain, les États-nations seront des lieux de référence de ce type.Le Québec a tout pour en devenir un qui soit exemplaire.Si la population du Québec s\u2019y refuse, elle tournera le dos à l\u2019histoire et à la sienne.Le Québec deviendra 997 alors une terre de refuge pour apatrides en mal de cocons ethniques.Un lieu de lamentations, d\u2019isolement et de désespoir.Le témoignage de l\u2019indécision et le théâtre des petits bonheurs et des prouesses individuelles. Le Point désinforme La Commission de Montréal sur l\u2019avenir du Québec* Jamais deux sans trois!.» Après les reportages controversés sur le Rwanda et sur la désaffection supposée des artistes à l\u2019égard de la souveraineté, voilà le tour de la Commission de Montréal sur l\u2019avenir du Québec de faire l\u2019objet d\u2019un traitement tout à fait spécial de la part de la société d\u2019Etat.Si spécial en effet que nos deux prédécesseurs au Point ont cru bon d\u2019exiger un droit de réplique.Comme on ne saurait se présenter à une vingtaine pour donner la réplique à M.Jean-François Lépine, les membres soussignés et solidaires de ladite Commission ont plutôt décidé d\u2019informer les téléspectateurs du Point de la désinformation dont leur expérience d\u2019écoute et de dialogue avec le public montréalais a été l\u2019objet le mardi 21 mars dernier.Quelques rappels essentiels permettront aux lecteurs d\u2019en juger.La Commission de Montréal, qui a tenu 18 journées d\u2019audiences, comptait 22 membres parmi lesquels 4 représentants élus de partis politiques: 1.madame Louise Harel, député du Parti québécois d\u2019Ho-chelaga-Maisonneuve à l\u2019Assemblée nationale, ministre de l\u2019Emploi et ministre d\u2019Etat à la ?Les Commissaires: Gisèle Ampleman, Hélène Pelletier-Baillargeon.Me Jacques Bellemare, Claude Chagnon.vice-président, Jean-Guy Cha-put, Chanh Chau-Tran, Guy Cousineau, Martine Époque, Me Andrée Lajoie, Lise Lebrun, Marcel Masse, président, André Ménard, représentant de l\u2019ADQ, Jean-François Nadeau, Arthur Sandbom, Renzo Viero.999 concertation; 2.le docteur Camille Laurin, député du Parti québécois du comté du Bourget et délégué régional de Montréal; 3.M.Réal Ménard, député du Bloc québécois du comté d\u2019Ho-chelaga-Maisonneuve; 4.M.Konstantinos Georgoulis, conseiller municipal du Rassemblement des citoyens de Montréal à l\u2019hôtel de ville de Montréal.M.André Ménard représentait également l\u2019Action démocratique du Québec à la Commission de Montréal.Les 17 membres non élus, ne représentant qu\u2019eux-mêmes et leurs compétences respectives, y constituaient donc une imposante majorité.Enfin parmi ces membres, 5 étaient issus des minorités culturelles et 6 étaient des femmes.Tout cela aurait mérité, à tout le moins selon nous, une brève photo de famille! Une sélection inverse En lieu et place de cette réalité foncière de la commission, de sa composition, de sa diversité et de la dynamique toute particulière qui en a résulté dans les échanges avec le public.Le Point s\u2019est livré à une sélection inverse: parmi les 11 interventions retenues à l\u2019émission, 3 provenaient des non-élus et 8 des élus.Parmi ces 8 élus présentés, 2 n\u2019étaient même pas membre de la Commission: M.Gilles Duceppe, député du Bloc québécois du comté de Laurier-Ste-Marie n\u2019a passé que deux demi-journées parmi nous et le ministre délégué à la restructuration, M.Richard LeHir, moins d\u2019une heure!.Sur un total de 805 interventions entendues au cours des dix-huit journées d\u2019audiences, 685 (soit 85%) étaient le fait des non-élus et 110 (soit 15%) celui des élus.C\u2019est dans une proportion complètement inverse pourtant, soit 82% pour les élus et 18% pour les non-élus que Le Point a procédé à un montage de citations.Ce montage, que nous jugeons opportun de dénoncer, est loin d\u2019être innocent.Le Point avait une thèse bien précise à soutenir. Une thèse à soutenir Ce faisant, en effet, Le Point avait une thèse bien précise à soutenir et c\u2019était visiblement la suivante: 1.La Commission de Montréal, comme toutes les autres d\u2019ailleurs, ne constituait qu\u2019une vaste opération de propagande souverainiste.2.Les fédéralistes qui se présentaient devant elle avaient l\u2019impression de comparaître devant un véritable tribunal inquisitorial.3.Le peuple du Québec est incapable de débattre sereinement et démocratiquement de son avenir.Le Point a perfidement cherché à mettre en doute notre capacité de conduire une opération démocratique.Pour parveni à ses fins, la journaliste Michèle Paré a donc donné la vedette aux élus sans égard à leur représentativité à la Commission et privilégié les interventions à caractère polémique opposant les deux options fédéraliste et souverainiste.L\u2019axe majeur autour duquel n\u2019ont pourtant cessé de s\u2019articuler la plupart des mémoires présentés à la commission était d\u2019abord celui du «projet de société», la pièce maîtresse de notre rapport.L\u2019équipe du Point, qui nous a pourtant accompagnés durant presque toute la durée de nos travaux, n\u2019a apparemment rien vu de tout cela.Elle n\u2019en a, en tout cas, pas soufflé mot, ni retenu la moindre intervention en ce sens dans son reportage.Parce que nombre d\u2019entre nous, parmi les non-élus, étions souverainistes de conviction, Le Point a perfidement cherché à mettre en doute notre capacité de conduire une opération démocratique selon les règles et de tenir des audiences dans un climat d\u2019écoute respectueuse de l\u2019opinion d\u2019autrui.Au contraire, La Point a insisté lourdement sur l\u2019incontournable évidence, à savoir que les fédéralistes n\u2019étaient pas représentés parmi les commissaires.Le Point omettait bien sûr, de rappeler à ses auditeurs que les libéraux de MM.Chrétien 1001 et Johnson s\u2019étaient exlcus eux-mêmes, de par leur propre choix, de ce vaste exercice de démocratie populaire.Encore un peu et nous aurions dû nous sentir coupables d\u2019en être, alors que les autres s\u2019en privaient! Le Point, enfin, a bien sûr passé sous silence l\u2019exceptionnel consensus des commissaires de Montréal au moment de la signature et de la remise du rapport.Pas la moindre dissidence, ni le plus petit addendum.Quelle frustation lorsqu\u2019on fait son miel de l\u2019affrontement politique.Bien sûr, une coopérative d\u2019habitation, un resto populaire, une coalition de chômeurs en recherche d\u2019emploi et qui viennent s\u2019entretenir avec les commissaires de solidarité, de partenariat, de créativité et de partage de compétences, cela ne fait pas la manchette! Les valeurs de vie en société, la priorité donnée à la personne, ça remet pourtant les choses en perspective.Ça prête même davantage à la réflexion qu\u2019à la controverse.Ces valeurs-là, surtout, permettent d\u2019imaginer ce que\u2019elles donneraient comme force si, du quartier à la coopérative, ou du resto au regroupement, on les transposait désormais sur le projet du pays à bâtir.Le Point a passé sous silence V exceptionnel consensus des commissaires de Montréal.Mais tout ça, bien sûr, n\u2019intéresse guère Le Point.Le Point a une thèse à défendre.Le Point privilégie donc un échange marginal de propos un peu vifs entre un ministre de passage qui se croit encore à la période des questions en Chambre et un citoyen qui ne pense pas comme lui.Le choc et la vedette, voilà la formule privilégiée au Point.Pour les contenus, prière de s\u2019adresser ailleurs! The Gazette a aussi une thèse à défendre.Elle le fait abondamment en éditorial.Cette thèse n\u2019est pas souverainiste, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire.Mais durant toute la durée de la Commission, The Gazette a informé ses lecteurs de tout ce qui s\u2019y discutait.Jour après jour.Seule parmi les directions des autres journaux montréalais, celle de The Gazette y avait affecté un journaliste à plein temps.Informer ses propres troupes de tout mouvement nouveau en train de prendre forme sur le terrain: élémentaire, mon cher Watson! Le Point, lui, a préféré désinformer pour mieux servir sa thèse.Il a confondu information et éditorial.Le public devrait s\u2019en souvenir dans les mois qui viennent.Après trois récidives en deux mois, ce sont des habitudes qui laissent des mauvais plis.Le choc et la vedette, voilà la formule privilégiée au Point. A travers l\u2019actualité Rosaire MORIN L\u2019Action nationale Depuis le 1er janvier 1990, L\u2019Action nationale n\u2019a pas augmenté le coût de l\u2019abonnement, même si elle a doublé le nombre des pages publiées.Pourtant, les factures qu\u2019elle acquitte se sont gonflées.Tous les frais sont haussés, majorés: composition, correction, impression, expédition, timbres, transport.Pour poursuivre son expansion, la revue doit augmenter le taux de l\u2019abonnement.Ce qu\u2019elle propose est nettement raisonnable et moins coûteux que les livres de même taille.\tDix numéros TPS Total\tVingt numéros TPS Total Québec, Canada Étudiant France Autres pays\t40.00\t2,80\t42,80$ 22.00\t1,54 23,54 300FF 65.00\t65,00\t70.00\t4,90\t74,90$ 38.00\t2,66\t40,66 550FF 115.00\t115,00 Ces nouveaux tarifs seront en vigueur le 1er septembre 1995. Daniel Johnson Le fils Daniel a-t-il lu les discours de son père?Peut-il lire cet extrait d\u2019une déclaration reproduite dans La Presse du 26 janvier 1963: «Pendant quinze ans, nous de l\u2019Union nationale, Dieu sait si nous l\u2019avons essayée la Confédération! Pourparlers sur pourparlers, enquêtes sur enquêtes, conférences sur conférences: nous avons fait tout ce qu\u2019il était humainement possible de faire.Eh bien! Moi, je n\u2019ai pas le goût d\u2019attendre encore quinze ans pour obtenir par exemple un autre dix pour cent de l\u2019impôt sur le revenu!.«La constitution de 1867 a été tellement galvaudée qu\u2019elle est devenue irrécupérable.Il faut la refaire.Et au COMPLET.L\u2019autonomie a été valable en son temps.Maintenant il faut beaucoup plus.C\u2019est pourquoi l\u2019Union nationale s\u2019est fixé une échéance: ou bien nous aurons une nouvelle constitution claire et sans équivoque avant 1967, ou bien il ne restera pas d\u2019autre issue que l\u2019indépendance du Québec.» Le fils a-t-il perdu la mémoire?A-t-il oublié ses racines?À un contre onze, le Québec est réduit au rôle d\u2019une infime minorité.La déclaration d\u2019indépendance En 1973, Jacques Parizeau déclarait: «Le Québec est entré dans la Confédération sans référendum et il se retirera de la Confédération sans référendum, conformément aux règles du parlementarisme britannique.Le Parti québécois n\u2019a pas inventé ces règles, mais vous pouvez être assuré que, cette fois, elles seront appliquées de la même façon».(La Presse, 27 février 1973, Cl) Depuis, la pensée démocratique a évolué.Trudeau l\u2019autocrate Pierre Elliot a souvent manqué de nuances.Le 12 février 1973, madame Charlotte Gobeil l\u2019interrogeait au programme «Weekend» de Radio-Canada.La transcription de l\u2019entrevue a été distribuée aux courriéristes parlementaires le 14 février et publiée dans le Montréal-Martin le jeudi 15 février 1973, 8.1005 «Ayant établi mes lettres de créance, je pense, comme un adversaire passablement acharné du séparatisme au Québec au point, à un moment donné, d\u2019y avoir envoyé l\u2019armée, ce qui n\u2019obtint pas l\u2019approbation de quelques radicaux, je crois que, ayant combattu le séparatisme avec cet acharnement au Québec, cela me donne le droit de combattre le séparatisme ailleurs quand je le vois poindre».Quelle subtilité! Le Premier ministre ne faisait aucune distinction, au sujet de la crise d\u2019octobre, entre sa lutte contre le terrorisme felquiste et le mouvement indépendantiste résolument démocratique.Gilles Vigneault L\u2019émission Le Point n\u2019a pu rejoindre Gilles Vigneault.Entre les lignes, il fallait lire que l\u2019ardeur indépendatiste du célèbre artiste s\u2019était refroidie.Quelques jours plus tard, Vigneault accordait une entrevue dont nous reproduisons quelques extraits: À ceux qui se demandent si je suis pour la souveraineté, ça s\u2019écrit avec un O, un U, un I et ça se lit OUI.Si je ne l\u2019étais pas, je me trahirais et je me sentirais trahir mes ancêtres qui, eux, avaient un goût du risque que nous avons peut-être perdu, mais que nous pouvons retrouver.Le goût du risque, c\u2019est une chose, mais le sens du risque, c\u2019est davantage.Surtout quand je parle du périple qu\u2019ont fait mes propres ancêtres.Déportés en Géorgie en 1755, ils se sont bâti un bateau pendant l\u2019hiver avec du bois qu\u2019on leur a permis de couper; ils ont traversé à Terre-Neuve et de là, ils ont été redéportés aux îles-de-la-Made-leine où, en 1855, ils ont eu des problèmes avec le seigneur Coffin.Obligés de partir à nouveau, ils ont navigué en goélettes pour aller, cette fois, s\u2019établir à Natashquan.Ils n\u2019avaient aucune garantie.Aucune garantie qu\u2019on leur permettrait de bâtir un bateau, qu\u2019ils traversaient, qu\u2019on les accueillerait, qu\u2019ils seraient bien reçus par les Montagnais de la Côte-Nord, mais ils sont partis.Ils avaient le sens du risque.L\u2019aurions-nous encore que ce serait commode aujourd\u2019hui.(Le Journal de Montréal, 22 mars 1995, 55) Cette leçon d\u2019histoire mérite d\u2019être racontée. La petite histoire du drapeau «Proclamé officiellement par arrêté ministériel le 21 janvier 1948, le drapeau du Québec ne connut la sanction légale que deux ans plus tard, en mars 1950.Quelque temps avant la troisième lecture du projet de loi, M.Duplessis demanda à Onésime Gagnon, alors ministre des Finances, de préparer un grand discours par lequel le gouvernement U.N.affirmerait à la face de la province sa paternité indiscutable à l\u2019égard du drapeau.«M.Gagnon qui, en son temps, avait été un excellent orateur, prit très au sérieux la demande de son chef.Pendant des semaines, il prépara avec le plus grand soin un discours qui devait faire époque dans les annales de l\u2019Assemblée législative.«Le jour fatidique de la troisième lecture, le «cheuf» n\u2019était visiblement pas dans son assiette; il semblait préoccupé, on ne sait par quoi.Bravement, M.Gagnon commença quand même son discours fait pour durer une bonne demi-heure, péroraison comprise.Après quelques minutes seulement, M.Duplessis commença à donner des signes d\u2019impatience; il se tournait sur son siège, jettant des regards agacés vers son voisin de droite qui, rapidement, s\u2019échauffait au souffle de sa propre éloquence.«Puis, ce qui devait arriver arriva.Tout à coup, M.Duplessis tira sur la manche de son veston et lui dit d\u2019une voix forte, de façon à être entendu de toute l\u2019Assemblée législative: «Nésime, c\u2019t\u2019assez».Le rouge monte aussitôt au front de l\u2019interpellé qui, selon son habitude en de telles circonstances, part comme une balle pour aller se réfugier dans l\u2019antichambre de l\u2019Orateur.Dans toute cette histoire du fleurdelisé, les plus beaux discours sont probablement ceux qui n\u2019ont jamais été prononcés!» (Cyrille Fecteau, La Presse, 8 février 1973, Bl) La coopérative collégiale de l\u2019Outaouais Les étudiants du Collège de l\u2019Outaouais ont créé en 1983 une coopérative en milieu scolaire qui gère aujourd\u2019hui deux centres informatiques, deux librairies, des services alimentaires, une école de conduite et un service de location de minibus.La Coop compte 32 employés permanents.Son chiffre d\u2019affaires s\u2019élève à trois millions de dollars.Tous les services sont conçus en fonction des besoins des membres et de leur formation.Les étudiants vivent l\u2019apprentissage du monde des affaires.1007 C\u2019est un modèle pratique de formation qui devrait être reproduit dans tous les collèges du Québec.La Coop de camionnage de Saint-Félicien Il y a dix ans, au Lac Saint-Jean, à Saint-Félicien, les travailleurs d\u2019une entreprise qui fermait ses portes ont décidé de se mettre ensemble et d\u2019acquérir la compagnie de leur ex-employeur.Aujourd\u2019hui, la Coop embauche trente employés.La masse salariale est passée de 0,5 million à 1,2 million$.L\u2019entreprise s\u2019est modernisée.Elle renouvelle constamment sa flotte de camions.Elle vient de faire l\u2019acquisition d\u2019un imposant garage.Elle investit continuellement dans la formation de ses membres et de ses gestionnaires.Elle opère dans le transport et le chargement de bois en longueur.De telles initiatives pourraient se multiplier avec l\u2019intervention de tous les intervenants économiques et sociaux.Des travailleurs deviennent leur «boss».Les francophones de langue maternelle française Statistique Canada publie des renseignements qui nous incitent à voter OUI au référendum.La proportion des citoyens de langue maternelle française diminue à un rythme alarmant.Du recensement de 1986 à celui de 1991, la courbe est décroissante au Québec, hors Québec et au Canada Proportion de langue maternelle française, 1986-1991 Lieu\t1986\t1991 Québec*\t81,4%\t81,2% Québec**\t84,6%\t83,3% Hors Québec\t4,5%\t4,4% Hors Québec**\t5,6%\t5,2% Canada*\t24,3%\t23,8% Canada**\t28,0%\t24,9% * Déclaration comme seule langue maternelle ** Déclaration à réponse multiples, le français et une autre langue.1008 En 1951, 29% de la population déclarait le français comme langue maternelle.Le déclin démographique est amorcé.Notre poids politique sera réduit d\u2019autant.L\u2019immigration au Canada de personnes dont la langue maternelle est autre que le français est la cause principale de la décroissance numérique des francophones.La diminution est aussi attribuable à la faible fécondité des francophones.Bilingue, la capitale?Le journaliste, Michel Vastel, racontait l\u2019autre jour quelques incidents sur le français de la Capitale.Avec son neveu débarqué de France qui voulait changer des francs, il dut servir d\u2019interprète à la Scotia Bank de la rue Sparks, au pied du Parlement.Quand il a acheté sa maison à Gloucester, en banlieue d\u2019Ottawa, M.Vastel a dû signer un contrat hypothécaire rédigé entièrement en anglais.Il n\u2019y avait qu\u2019une petite phrase en français: «Le débiteur et le créancier hypothécaire exigent expressément que le présent contrat ainsi que tout avis et autre document s\u2019y rattachant soient rédigés en anglais».Au quartier général de la police de Gloucester, M.Vastel déclare la perte de son passeport.La secrétaire prend la déclaration en français, mais elle inscrivait les réponses en anglais dans l\u2019ordinateur.«Les rapports de police sont destinés à des juges ou à des ministères installés à Toronto.», lui a expliqué le maire.Un de ses amis est arrêté par l\u2019Ontario Provincial Police pour excès de vitesse.Il feint de ne pas comprendre l\u2019anglais.L\u2019agent lui remet alors une carte où les mots suivants sont écrits: «Je ne parle pas français, mais je vous procurerai les services d\u2019un agent qui parle français si vous le désirez».Au bord de la route 401, l\u2019ami de Vastel a attendu son «service en français» durant plus d\u2019un heure.Ainsi s\u2019applique la nouvelle loi sur les services en français.Le bilinguisme de la Capitale vous persuade de l\u2019égalité de traitement?Si c\u2019est le cas, vous vous appelez Daniel Johnson fils.Billet de la Saskatchewan Richard Nadeau de Saskatoon écrit: «Le jour où la Saskatchewan verra au développement et à l\u2019épanouissement des Fransaskois au même titre que le Québec prend 1009 soin de sa minorité anglo-québécoise, à ce moment-là nous pourrons croire les Shillington de ce monde.D\u2019ici là, parlons d\u2019un eth-nocide de la communauté francophone minoritaire au pays (les taux d assimilation le démontrent!) Ethnocide orchestré par le ROC sous l\u2019oeil paternaliste d\u2019Ottawa».La Royal Bank En 1969, quatre Canadiens francophones siégeaient au Conseil d\u2019administration de la Royal Bank qui se composait de 47 membres.En 1993, cinq Canadiens francophones siégeaient au même Conseil.Le nombre des membres avait été réduit à 37.Au premier coup d\u2019oeil, la promotion des nôtres dans une entreprise anglophone avait progressé.Ne nous réjouissons pas trop vite! Le lieu de domicile des administrateurs révèle une concentration du pouvoir vers Toronto.Le mouvement qui s\u2019est effectué ne favorise certes pas les intérêts du Québec.Lieu de résidence\t1969 *\t1993 ** Canada français\t4\t5 Québec anglais\t17\t2 Ontario\t9\t10 Nouvelle-Ecosse\t3\t2 Terre-neuve\t1\t1 Nouveau-Brunswick\t0\t1 Manitoba\t1\t3 Saskatchewan\t1\t2 Alberta\t2\t3 Colombie-Britannique\t3\t3 Pays étrangers\t6\t5 Total\t47\t37 * Rosaire Morin, La Prospérité, août 1969, 2.** Banque Royale du Canada, Rapport annuel 1993, 23.Si le Canada français gagne un siège, le Québec anglais en perd quinze; c\u2019est une perte d\u2019influences importantes pour le développement québécois.La représentation de l\u2019Ouest augmente de 4 membres.La présence de l\u2019Ontario passe du cinquière au tiers.1010 Dans les comités du conseil d\u2019administration, les Francophones et les Québécois de langue anglaise font figure de parents pauvres.Dans le Rapport de 1993, cette affirmation est démontrée: Comités\tMembres\tFrancophones\tAnglo-Québécois vérification\t7\t1\t0 révision\t8\t0\t1 stratégie internationale\t9\t1\t0 politique de prêt\t8\t0\t0 nominations\t7\t1\t0 personnel et rémunération\t5\t0\t0 affaires publiques\t8\t2\t0 Total\t52\t5\t1 L\u2019influence québécoise dans l\u2019établissement des politiques de la banque est presque inexistante.Six représentants dont deux aux Affaires publiques sur 52 membres.Est-il nécessaire de commenter?La situation se détériore davantage au niveau de la haute direction, là où les décisions sont prises et appliquées.Les dirigeants vivent à Bay Street, 103 sur 139.Services\tQ u é français\tbec anglais\tToronto\tAutres lieux Dirigeants\t0\t1\t1\t0 Services bancaires à l\u2019entreprise\t0\t0\t28\t1 Services de détail\t0\t9\t2\t1 Trust Royal\t0\t0\t9\t1 Trésorerie et marchés des capitaux\t1\t0\t7\t0 Marchés des capitaux\t0\t0\t5\t2 Gestion des risques de crédit\t0\t0\t19\t0 Planification et organisation\t0\t3\t5\t0 Services économiques et aff.int.\t0\t1\t2\t1 Finances\t0\t7\t7\t0 Ressources humaines\t0\t5\t1\t0 Exploitation et prestation des ser.\t0\t2\t8\t0 Secrétariat\t0\t1\t2\t0 Technologie et systèmes\t0\t0\t6\t0 Technologie.exploitation services\t0\t0\t1\t0 Total\t1\t29\t103\t6 1011 À la haute direction, l\u2019influence française est nulle et la présence québécoise est limitée à deux secteurs de services, détail et finances, qui exécutent ce qui est décidé par d\u2019autres.La Royal Bank possède tout un rameau de filiales qui opèrent dans l\u2019immeuble, les valeurs mobilières, les assurances, les fonds mutuels, les prêts sur hypothèques, etc.Elle a des filiales bancaires en divers pays.En outre, les trente-sept administrateurs de la Royal Bank sont imbriqués dans quelque 400 grandes et très grandes entreprises.Ils prennent des décisions économiques selon leur philosophie et à l\u2019avantage de leur milieu.Us pratiquent entre eux une solidarité naturelle qui dessert inévitablement la vie collective des francophones québécois qui déposent à la Royal des milliards d\u2019épargne populaire.Comme des paniers percés, des Québécoises et des Québécois continuent de verser à Toronto le fruit de leur travail, leur épargne.Jean Chrétien Il faut inviter le Premier ministre du Canada à adresser la parole dans tous les villages et dans tous les quartiers de ville.C\u2019est le meilleur propagandiste de l\u2019indépendance.En son discours de clôture au congrès libéral de Trois-Rivières, il n\u2019a rien trouvé de mieux que de répéter: «les souverainistes veulent avoir le Canada tel qu\u2019on le connaît, avec la même monnaie, le même passeport, la même citoyenneté, la même union économique et avec en plus une union politique».L\u2019homme n\u2019a rien compris.Il a poussé la démagogie et la mauvaise foi en opposant constitution et pauvreté.À Valcartier, le 22 avril, il a admis qu\u2019il ne fallait pas s\u2019attendre à ce que «le mouvement séparatiste meure au Québec, même après une autre défaite du camp du OUI.«La question de la séparation ne mourra jamais, a-t-il affirmé; il y avait des séparatistes il y a des centaines d\u2019années, il y en aura toujours.Us n\u2019ont jamais réussi dans le passé et ils ne réussiront pas encore cette fois-ci».«Cette fois-ci» est une admission de la montée souverainiste; «cette fois-ci» indique que «la prochaine sera la bonne»?U a aussi déclaré à Valcartier que «si la tenue de la prestigieuse rencontre du G7 se déroulera à Halifax plutôt qu\u2019à Québec à la mi-juin, c\u2019est par ce que le drapeau du Canada ne flotte pas à l\u2019hôtel de ville de Québec».Québécois, qu\u2019en pensez-vous?1012 Marchi et Hafsa Zinaï Koudil Marchi, c\u2019est le ministre de l\u2019Immigration du Canada.Généreux le matin, il est mesquin le soir.M.Marchi a permis l\u2019admission au Canada d\u2019intégristes islamistes en voie d\u2019établir ici même leur loi pour un ordre nouveau.Mais M.Marchi a d\u2019abord refusé d\u2019accorder un visa à Hafsa Zinaï Koudil.Madame Koudil est une cinéaste algérienne.Elle est menacée de mort par le mouvement islamique.Elle vit exilée en Tunisie.Mme Koudil voulait présenter au Festival de Montréal son film «Le démon au féminin» qui raconte la résistance des femmes algériennes à la violence islamique d\u2019Algérie.M.Marchi a d\u2019abord refusé, mais il avait autorisé à la même époque l\u2019entrée au Canada d\u2019un repris de justice, Terry Randall, pour lui permettre de prononcer une conférence à l\u2019église Notre-Dame, sous les auspices des intégristes de Human Life International.M.Marchi était incapable de distinguer entre l\u2019extrémisme de Randall et le combat de madame Koudil pour la libération des femmes du Maghreb.Il a fallu une avalanche de protestations pour qu\u2019un visa soit émis.Cette absence de jugement a été démontrée en plusieurs circonstances.Ce ministre n\u2019a pas la capacité de ses fonctions.La culture est-elle divisible?Depuis le rapport de la fameuse Commission Massey, le gouvernement fédéral intervient régulièrement dans le domaine culturel, pourtant une compétence exclusive des provinces.C\u2019est ainsi que les Québécoises et les Québécois font face à des dédoublements coûteux.Un double réseau d\u2019institutions culturelles a été établi.Pour doubler le ministère de la Culture du Québec, Ottawa a créé le ministère du Patrimoine confié à un anodin ministre.Le Conseil des arts du Canada concurrence le Conseil des arts et des lettres du Québec.Radio-Canada chevauche Radio-Québec.Les Archives nationales du Canada rivalisent avec les Archives nationales du Québec.La Bibliothèque nationale du Canada compétitionne la Bibliothèque nationale du Québec.Téléfilm Canada fait de la surenchère avec la SOGIC.Le Centre national des arts est souvent en conflit avec le Grand Théâtre.Bref, des institutions, des programmes, des législations et des mesures fiscales existent au niveau des deux gouvernements.La concurrence qui s\u2019établit ainsi aboutit souvent à de la surenchère.Elle contredit souvent les orientations et la détermination des priorités québécoises.Ce sont là des faits incontestables d\u2019intrusion fédérale que le Québec ne peut tolérer.1013 Les communications En juin 1994, le gouvenement Chrétien présente la loi C-62 qui confirmait la mainmise d\u2019Ottawa sur les télécommunications.Cette loi représentait la première législation fédérale d\u2019importance dans ce secteur vital pour l\u2019épanouissement de la société québécoise.Elle confie au CRTC un pouvoir exclusif de réglementation sur la radiodiffusion et les télécommunications.Elle permet à Ottawa de compléter la déréglementation dans la téléphonie.Le Québec ne pourra plus mettre en oeuvre une politique des télécommunications qui reflète l\u2019identité et les intérêts de la société québécoise.Le dédoublement en communication Depuis janvier 1995, le gouvernement fédéral s\u2019est retiré du guichet conjoint de renseignements gouvernementaux de Communication-Québec.Il a mis sur pied son propre service, dédoublant ainsi le réseau québécois.Désormais, tout citoyen devra s\u2019adresser aux deux administrations gouvernementales pour un même service.Au lieu d\u2019améliorer le réseau existant, le gouvernement Chrétien, par souci de visibilité, crée un dédoublement coûteux.Ces chevauchements sont décriés par tous.Au lieu de les faire disparaître, Ottawa les perpétue.Power DirecTV Le gouvernement Chrétien déposait, le 26 avril, un projet de politique sur la radiodiffusion à domicile par satellite.Il ordonne au CRTC de modifier sa position dans la distribution des chaînes télévisées.Il lui enjoint de suspendre l\u2019autorisation d\u2019exploitation accordée il y a huit mois à la compagnie canadienne Expressvu.Cete compagnie devait commencer en septembre le service de 100 canaux de télévision dont une majorité en français et distribués par satellite canadien.Une compagnie rivale, Power DirecTV, avait lancé un ultimatum au gouvernement Chrétien le 19 avril dernier en indiquant qu\u2019elle abandonnait la course si les règles du jeu n\u2019étaient pas modifiées avant le 24 avril.C\u2019est là qu\u2019on voit l\u2019importance de connaître les bonnes personnes.Power DirecTV est une filiale de Power Corporation et de la société américaine Hughes Aircraft.Elle se branche sur un satellite américain.Elle est aussi branchée à Power Broadcasting Corporation que préside André Desmarais, fils de Paul et époux de la fille du premier ministre Jean Chrétien.Naturellement, monsieur Chrétien a déclaré: «Même si je n\u2019ai aucun intérêt personnel, pour ne prêter flanc à aucune critique, je n\u2019ai participé à aucune discussion.Lorsque le temps est venu de discuter de ce dossier devant le cabinet, je me suis abstenu et le premier ministre suppléant a présidé la séance.Je n\u2019ai parlé à personne, ni à aucun ministre».(La Presse, 26 avril 1995, Dl) Quelle candeur! Spontanément, tous les ministres ont oublié que le gendre était intéressé.Avec la plus grande objectivité chrétienne, ils ont jugé.Et ils jugeront que Power n\u2019est pas un monopole.Power est propriétaire de La Presse, du Nouvelliste, de La Tribune, de La Voix de l\u2019Est.Power détient 21,4% des actions de Southam, propriétaire de 17 quotidiens dont The Gazette et The Citizen.Paul Desmarais, président de Power, est le président de Southam.Il annonçait qu\u2019André, son fils, gendre de Chrétien, serait dans deux ans le président de Southam.Avec Power, Southam et le satellite Power DirecTV, André sera plus puissant que son beau-père.La réforme de la TPS En campagne élctorale et même en décembre dernier, Jean Chrétien avait promis la réforme de la TPS pour janvier 1996.Malgré de multiples rencontres entre ministres et hauts fonctionnaires des Finances, l\u2019harmonisation des taxes à la consommation est remise aux calendes grecques.La dernière proposition du gouvernement fédéral a été rejetée par les provinces.Elle aurait permis de remplacer les taxes de ventes provinciales et la TPs par une seule taxe à la consommation de 12%.Ottawa aurait encaissé 5% et les provinces 7%.Les négociations continuent.La fédéral tient à la réforme.Le président du Comité permanent des Finances, Jim Peterson, déclarait: «Toutes les provinces reconnaissent que l\u2019harmonisation des taxes présente de nombreux avantages.Nous avons prévu la possibilité de ne pas avoir toutes les provinces dans un système harmonisé.Mais si nous avons cinq provinces de notre côté, nous pourrons faire quelque chose».(Le Devoir, 15 avril 1995, A5) Ce «quelque chose» est laborieux.Que de temps perdu à rechercher des consensus pour imposer la décision fédérale, à la fin du processus! Et voilà que la formule 7/50 de l\u2019amendement constitutionnel évolue vers un 5/?s\u2019il s\u2019agit d\u2019une entente administrative! Quelle tour de Babel! 1015 Comptes rendus Roger Blais, Jean Palardy Peintre témoin de son époque.Montréal, Stanké, 1993, 80 pages, 22 cm x 26 cm Cet essai, orné de 23 photographies des tableaux de Jean Palardy par Michel Thomas d\u2019Hoste et de deux photos noir et blanc de l\u2019artiste peintre, comprend aussi bon nombre de ses croquis, détaillés et précis, marqués au coin de la finesse et de la rigueur.Il est agréablement présenté sur papier glacé et relié (carton rigide glacé).Olivier Lasser, responsable de la conception graphique et du montage, n\u2019aurait pu faire de choix plus judicieux pour illustrer le recto et le verso de la couverture où figurent respectivemetn deux huiles sur toile évocatrices et originales: Les Maquignons (1937) et Champs de sarrasins en gerbes à Saint-Urbain avec esquisses de personnages (1937).Ce livre d\u2019art a pour auteur Roger Blais, qui fut le collègue et l\u2019ami de Jean Palardy pendant plus d\u2019un demi-siècle.Artiste peintre, professeur de peinture, cinéaste, fondateur de l\u2019équipe française de l\u2019ONF, récipiendaire de plus de 80 prix nationaux et internationaux, plus d\u2019une fois chargé de missions au Maroc et au Sénégal, en Haiti et en Nouvelle-Guinée, il était tout désigné pour traiter pareil sujet et nous entretenir de celui qu\u2019il a si bien connu.La matière étant abondante, il a dû pratiquer un choix, car l\u2019art en est un, et biffer à regret plus d\u2019un détail et d\u2019un fait.De peur aussi d\u2019être accusé de préjugé ou d\u2019exagération, il a demandé à Gérard Lavallée et à François Tremblay de faire précéder son texte proprement dit (pp.19-74) d\u2019un bref article en guise d\u2019introduction.Gérard Lavallée, historien de l\u2019art ancien du Québec qui fit connaissance avec Jean Palardy en 1960, écrit entre autres ce qui suit dans son «Esquisse pour un portrait» (pp.9-11): «L\u2019homme s\u2019était révélé tout entier dàs le début de notre relation.Car Jean Palardy était un passionné et un curieux.Curieux selon l\u2019acception absolue du terme.Toujours avide d\u2019en savoir et d\u2019en connaître davantage, il n\u2019a cessé de scruter l\u2019âme, l\u2019histoire et la nature de cette Nouvelle-France qui allait par la suite s\u2019épanouir dans son Canada bien-aimé.Et c\u2019est sans doute pourquoi l\u2019enthousiasme des visiteurs fut unanime quand vint le moment de rendre hommage à Jean Palardy et de célébrer sa carrière, lors de l\u2019exposition que je présentai au Musée d\u2019art de Saint-laurent en 1984».François Tremblay, ancien directeur-fondateur du Musée Laure -Conan à la Malbaie et auteur de Jean palardy et Charlevoix, écrit ce qui suit dans son article (pp.13-15) «Jean Palardy le Révélateur»: «Lors du lancement de l\u2019exposition de Jean Palardy et le Charlevoix des années trente, au Musée de Charlevoix, en 1982, Jean Palardy confiait à l\u2019assemblée: «Je crois qu\u2019il est plutôt rare pour un homme de pouvoir faire un saut d\u2019un demi-siècle en arrière et de retrouver tant de témoins de sa jeunesse» .Jean Palardy aimait aussi rappeler le souvenir de Marius Barbeau.Grâce à cette amitié, l\u2019artiste de formation devint aussi ethnologue».Roger Blais entre ensuite de plain-pied dans son portrait-récit qu\u2019il brosse par touches successives et où il révèle et fait partager son admiration et son attachement pour son compagnon de route.Il fait ressortir à bon droit la richesse de Charlevoix comme véritable laboratoire de culture matérielle; peut-être est-il même le plus riche centre d\u2019études des arts et des traditions populaires.Comté on ne peut plus cher à Marius Barbeau, Félix-Antoine Savard, Luc Lacourcière, aux Stewart, à Jean-Marie Gauvreau et Roger Matton, à Jean des Gagniers qui vient de publier un magnifique Charlevoix Enchanté (1994) aux Presses de l\u2019Université Laval.C\u2019est là que Palardy se lia d\u2019amitié, dès 1932, avec Marius Barbeau qui rêvait alors d\u2019un Musée de l\u2019Homme à Ottawa.Sont aussi hautes en couleur les pages relatives à la formation dispensée par des maîtres à la jeune Ecole des beaux-arts de Montréal; on peut en dire autant de l\u2019activité débordante de l\u2019atelier de Petite-Rivière-Saint-François ou de celui de la rue Sainte-Famille, à Montréal, où l\u2019on voit défiler admirateurs et amis, entre plusieurs autres Borduas, Sylvio Daoust, Maurice Cullen, Philip Surrey, Stanley Cosgrove, Alfred Pellan, Francesco Iacurto, Louise Gadbois et Jean-Paul Lemieux.Rendez-vous de bon nombre d\u2019artistes et d\u2019intellectuels.La chronologie (pp.75-78) révèle comme en un clin d\u2019oeil les deux périodes les plus productives de Palardy: 1941-1960, alors qu\u2019il est 1017 cinéaste et réalise plus de 80 documentaires dont plusieurs furent primés à Cannes et à Hollywood; 1960-1985 où il est tour à tour auteur, chercheur, commissaire d\u2019exposition et restaurateur d\u2019édifices, de meubles et de sites anciens, comme Louisbourg, Port-Royal et Saint-Malo.Les Références (p.7-9) renvoient, non seulement au Dictionnaire du cinéma québécois (2), mais aussi surtout à des articles de journaux et de revues concernant Louisbourg (4) et Saint-Malo (3).Quant aux citations qui fourmillent dans ce volume, je tiens à le souligner tout particulièrement, parce que bien choisies et bien dégagées, montées en exergue, celles qui sont empruntées à Léonard de Vinci (2), Georges-Emile Lapalme (2), Alfred Pellan (3), Eugène Bussière (3), Robert La Palme (3), Jean-Paul Lemieux (3); elles sont si judicieuses qu\u2019elles mériteraient toutes de longs commentaires.On le voit par ce qui précède, Jean Palardy aimait profondément son pays, son patrimoine et son passé.Faute de maturité, les media aidant \u2014 ils constituent l\u2019École parallèle et tentaculaire dans l\u2019État \u2014 notre société a eu tort de rejeter presque tout son passé.Mais par bonheur, Roger Blais, tel un scout, vient de faire une bonne action en nous rappelant fort à propos que son ami connaissait, aimait et respectait notre patrimoine et notre passé, ce qui ne l\u2019a pas empêché de connaître et d\u2019aimer le présent.Bien au contraire.Car qui connaît et aime les deux bâtit l\u2019avenir, voire est mûr pour la gloire.Loin d\u2019être obsédé par une seule idée, Palardy fut plutôt éclectique et polygraphe.Il débordait tellement d\u2019énergie et aimait tellement la vie que tout ce qui était humain l\u2019intéressait, comme Térence; Humanum nihil a me alienum; il fut plutôt, au grand étonnement de ses admirateurs et amis, un homme-orchestre, l\u2019artiste peintre original surtout de la nature, des humbles gens et objets, caméraman et cinéaste, chercheur, conteur, curieux de nos origines et de notre patrimoine, décorateur, écrivain, éducateur, érudit, ethnologue, pionnier devenu spécialiste en meubles anciens et en objets d\u2019art sacré, en argenterie et orfèvrerie, et cela grâce en très grande partie, à l\u2019influence heureuse de son maître, Marius Barbeau.Soit dit en passant, il aimait les canulars, comme son ami Jean-Paul Lemieux, qui le tenait «pour le meilleur de nous tous».Il concevait le paysage comme un décor pour ses personnages.Fondations et musées, organismes gouvernementaux et sociétés firent souvent appel à son expertise en art, décoration, exposition, reconstitution et restauration.Pour se perfectionner et enrichir ses connaissances, que de voyages et de séjours d\u2019étude n\u2019a-t-il pas faits au Canada et aux U.S.A., en Angleterre et en France, en Espagne et en Italie! Tel est le portrait de l\u2019homme et de l\u2019artiste, si attachant, qui se dégage du livre de Roger Blais. «Jean Palardy Peintre témoin de son époque» a paru avec le concours du Conseil des Arts du Canada.Il fait honneur à son auteur, aux éditions internationales Stanké et aux presses de l'imprimerie Interglobe Inc.de Beauceville-est (Québec).Le grand écrivain français François Mauriac (1885-1970) se plaisait à dire et à écrire: «Un livre, c\u2019est une maison».Je tiens le beau volume de Roger Blais pour l\u2019entrée de la maison du maître d\u2019oeuvre, c\u2019est-à-dire pour une splendide introduction à l\u2019étude de la riche personnalité et des oeuvres diverses de J.P.Reste à lui cosnacrer un solide volume qui pourrait s\u2019intituler: Jean Palardy (1905-1991) Sa vie Son temps Son oeuvre.Quel sujet en or pour un historien! Maurice Lebel, Université Laval Daniel Baril, Les mensonges de l\u2019école catholique, Montréal : VLB éditeur, 1995, 186 pp.«En plus de la division linguistique, écrit Daniel Baril dans Les mensonges de l\u2019école catholique, nous avons à Montréal, des écoles publiques et privées catholiques et protestantes, des écoles privées juives, musulmanes, grecques orthodoxes, arméniennes ainsi qu\u2019une école allemande et une école pour Noirs! Nous sommes déjà allés trop loin sur la voie de cette logique insensée» (p.69).Les faits semblent clairs.Cependant, à défaut de comprendre de quelles réalités il s\u2019agit, il est peu pensable de renverser, ou même simplement d\u2019infléchir, cette tendance.Quelle contribution ce livre apporte-t-il à une telle démarche de compréhension?L\u2019auteur a choisi de réduire à tout le moins l\u2019incompréhension, en s\u2019attaquant à une de ses sources, soit un certain nombre d\u2019idées toutes faites qui circulent à propos de la confessionnalité scolaire (ce qu\u2019il désigne comme «les mensonges de l\u2019école catholique»).Ses arguments, très rationnels, n\u2019ébranleront sans doute pas ceux qui adhèrent à ces points de vue sous l\u2019effet d\u2019une impulsion émotive, mais ils pourront démystifier un certain nombre d\u2019«indécis».À un autre point de vue, il arrive ici et là que l\u2019argumentation de Baril ajoute à l\u2019énigme plutôt qu\u2019elle ne l\u2019éclaircit.Ainsi, il n\u2019a guère de difficulté à montrer (pp.77-81) qu\u2019historiquement, les stratégies conservatrices de la hiérarchie ont bloqué plusieurs démarches d\u2019émancipation de la société québécoise.Ce qui demeure intriguant, c\u2019est la facilité avec laquelle cette société l\u2019a accepté ou même toléré.Héritier de la philosophie des Lumières, épris de droits fondamentaux, l\u2019auteur y puise la forme de ses évidences: «Lorsqu\u2019une tradition se révèle discriminatoire, il importe de changer le cours des choses», (p.82).Il importe, oui bien sûr! Mais comment?Ici encore, il ne s\u2019avérera possible de renverser un tel courant que si on arrive à l\u2019interpréter.Le matériel pour le faire est paradoxal.La résistance actuelle du statut confessionnel de l\u2019école ne tient même pas à la solidité des contenus tels qu\u2019ils sont effectivement transmis.L\u2019auteur démontre aisément la tiédeur de l\u2019engagement religieux (voire son absence) chez plusieurs de ceux qui doivent enseigner la catéchèse.Entre mille arguments, il cite un sondage de l\u2019Association québécoise des professeurs de morale et de religion, où par exemple «40 (.) enseignantes signalent qu\u2019une des difficultés qu\u2019elles rencontrent dans l\u2019enseignement de la catéchèse vient du fait qu\u2019elles enseignent des choses auxquelles elles ne croient pas» (p.117).A l\u2019emprise de la religion sur le système scolaire, le livre oppose, en citant Renan, «l\u2019État neutre entre les religions, tolérant pour tous les cultes et forçant l\u2019Église à lui obéir en ce point capital» (p.141).Si les sociétés humaines s\u2019orientaient et prenaient leurs décisions avec une cohérence logique d\u2019une telle clarté, une question comme le statut de Jéru-salem serait réglée depuis belle lurette.Mais voilà: bien loin géographiquement du Québec, Jérusalem est un symbole identitaire que se disputent des collectivités plutôt paniquées que rassurées par l\u2019idéal de l\u2019égalité républicaine.Je rédige cette recension en pleine semaine sainte.Au réseau FM de Radio-Canada, et l\u2019archevêché de Montréal n\u2019y est pour rien, un Sta-bat Mater n\u2019attend pas l\u2019autre.Est-ce à dire que la majorité des auditeurs et des réalisateurs croit au dogme de l\u2019Immaculée-Conception ou même à la véracité historique intégrale des Évangiles?Les recherches faites sur les croyances religieuses actuelles des Québécois font écarter ces explications.Il reste l\u2019archétype culturel, peaufiné depuis deux mille ans, qui fait que bien des gens se sentent par moments plus ou moins crucifiés et que l\u2019imagerie mille fois contemplée de cette mère compatissante a quelque chose de rassurant.Une partie substantielle de la population, y compris chez les politiciens, ne se décide pas à rompre de façon claire avec toute une symbolique religieuse, même si elle ne correspond plus à des croyances réelles et encore moins à des pratiques.Cela donne ces nombreux parents non pratiquants qui continuent à choisir l\u2019enseignement religieux et des décideurs qui reportent sans cesse aux calendes grecques la déconfessionnalisation du système lui-même, patate chaude s\u2019il en est.1020 | Aucun acteur n\u2019a de contrôle sur l\u2019évolution d\u2019un imaginaire social, ne serait-ce qu\u2019en raison de l\u2019immense part obscure qui entre dans sa constitution.Quand donc une majorité de Québécois sera-t-elle, non plus seulement laïque dans son quotidien, mais prête à en assumer les conséquences politiques?On n\u2019a même pas encore inventé de rituels suffisamment séduisants pour remplacer la messe en cas de mariages et de décès (tout ce que j\u2019ai pu trouver pour ma part, ce sont d\u2019«astucieu-ses» excuses personnelles pour faire acte de présence auprès des personnes «chères» l\u2019avant-veille plutôt que le matin de la cérémonie).Aussi, le Mouvement Laïque, tout en menant une lutte structurelle dont il faut bien situer l\u2019aboutissement dans une échéance difficile à déterminer, s\u2019évertue aussi dans l\u2019immédiat à supporter les parents et élèves qui sont prêts dès aujourd\u2019hui à profiter des droits d\u2019exemption de l\u2019enseignement religieux, dans les nombreux cas où l\u2019exercice de ces droits subit des entraves.L\u2019ouvrage de Daniel Baril fourmille à leur intention de précieux conseils pratiques; c\u2019en est la partie la plus efficace pour le moment.Le reste est loin d\u2019être inutile.On profite encore aujourd\u2019hui de certaines luttes qui furent menées jadis par Montesquieu, Beaumarchais, Jefferson, Thoreau.etc.André Thibault LIVRES ET REVUES REÇUS Baillargeon, Noël, Le Séminaire de Québec de 1800 à 1850, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1994, 410 p.Baril, Daniel, Les mensonges de l\u2019école catholique, VLB éditeur, 1995, 182 p.Bélanger, Paul R., Michel Grant, Benoît Lévesque, La modernisation sociale des entreprises.Presses de l\u2019Université de Montréal, 1994, 318p.Bélanger, Réal, Richard Jones, Marc Vallières, Les grands débats parlementaires, Presses de L\u2019Université Laval, 1994, 488 p.Berthelot, Jocelyn, Une école de son temps, Editions Saint-Martin, 1994, 288 p.Boileau, Pierre, Précis de généalogie: Le temple des ancêtres de René Lévesque, Guérin, 1995, 112 p.Bourque, Gilles, Jules Duchastel, Jacques Beauchemin, La société libérale duplessiste, Presses Université de Montréal, 1994, 435 p.Bouthillier, Guy, À armes égales.Septentrion, 1994, 150 p.Caldwell, Gary, La question du Québec anglais.Institut de recherche sur la 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Index des annonceurs Alimentex.1034 Allard, Pierre, C.A.1034 Ateliers graphiques Veilleux.1026 Banque Nationale.1027 Caisse populaire St-Jacques.1029 Cap-aux-Diamants.1035 Devoir, Le.1033 Fondation québécoise du cancer.1028 Groupe Vie Desjardins-Laurentienne.1030 Hydro-Québec.1030 Journal les Enseignants.1036 Laboratoire Dr Renaud.1028 Lamond & Fils Ltée, C.1034 Lecture.1034 Librairie Michel Wilkie.1030 Magazine de vie ouvrière.1034 Martin & Ass.Inc.J.C.1034 MNQ.1032 Mouvement Desjardins.1031 Poitras, Larue & Rondeau Inc.1034 Relations.1032 Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française.1036 SEMBSAQ .1028 Société nationale d\u2019assurance.1026 SSJB du Centre du Québec.1032 SSJB de Montréal.1032 Tassé & Associés.1028 1025 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, boul.de Maisonneuve ouest, bureau 1500 Montréal H3A3G5 (514) 288-8711 Le CAP ^ sur l'excellence Notre nouvelle presse S couleurs donnera fière allure à vos couvertures AGMVlnc CAP-SAINT-IGNACE Téléphone : (418) 246-5666 Télécopieur ; (418) 246-5564 MONTRÉAL Téléphone: (514) 848-9766 Télécopieur : (514) 848-0160 IMPRESSION SOIGNÉE DE VOS LIVRES, PERIODIQUES ET BROCHURES.1026 Entreprendre, c\u2019est agir ensemble.Nous sommes la banque des gens d\u2019action.Des gens d\u2019affaires.Nous sommes au cœur des réalisations de ceux qui ont l\u2019esprit d\u2019initiative.Partenaires pour entreprendre.Et réussir.BANQUE NATIONALE Notre banque nationale 1027 y »nTq FONDATION T QUEBECOISE DU CANCER 2075, rue de Champlain, Montréal (Québec) H2L 2T1 ___________Téléphone : 527-2194_______ \t\t \tSemb\tSyndicat des employés \t\tde magasins \tSaq\tet de bureaux de la SAQ Depuis le temps,\t\t1065, rue Saint-Denis *2*-\t&\t\tMontréal H2X 3J3 Tél.: (514) 849-7754 1-800-361-8427 (extérieur de Montréal) Denis Laberge Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boul.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE À L\u2019AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 1028 Nous retournons à la source.Nous réaffirmons notre objectif premier: offrir a la population québécoise le meilleur service au moindre coût possible Hvdro-Québec Le meilleur de nous-mêmes 1029 LIBRAIRIE MARCEL WILKIE -INC.LIVRES ¦ PAPETERIE \u2022 JEUX ÉLECTRONIQUES - JOUETS 89, rue George, Sorcl (face eu bureau de posle) Tèl.743-644) SPECIALITE: JOUETS EDUCATIFS Heures d ouvertures Lundi - mardi : 10 heures à 15 heures Mercredi \u2022 |eudi : 10 heures à 18 heures Vendredi : 10 heures 8 16 heures LA CAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES DE MONTREAL 1255, rue Bern, Monlréal H2L 4C6 Tél.: 849-3561 - Fax : 849-7019 Service des prêts 1259, rue Bern, bureau 230, Montréal H2L 4C7 Tél.(514) 849-3581 - Fax (514) 849-7019 GHISLAIN BEAULIEU, directeur général Avec les hommages de Groupe vie Desjardins-Laurentienne 1030 FETER PERMIS Quelle que soit l\u2019occasion, la fête met des chansons dans nos coeurs.Elle est un moment de répit, de détente, de plaisir, de fraternité.Un moment privilégié dans chacune de nos familles, dans chacune Un moment qui nous rapproche.Un moment que le Mouvement des caisses Desjardins veut partager, au quotidien, en joignant sa voix aux vôtres, en toute simplicité ! de nos vies.($) Desjardins L\u2019incroyable force de la coopération.1031 relations Revue d\u2019analyse sociale, politique et religieuse Pour comprendre le fond des choses! i un an (10 nos): 26$ ¦ deux ans: 47$ ¦ À l\u2019étranger: 27$ Communiquer avec Mme Hélène Desmarais, taxes incluses 25 ouest, rue Jarry, Montréal H2P 1S6 Tél.: 387-2541 S.S.B.J.DU CENTRE DU QUÉBEC 449, Notre-Dame, Drummondville (819)478-2519\t/ 4, Plus de 33 500 membres au Coeur du Québec.-4*-___ MIIIBIIIH1 HOMMAGES SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 Tél.: 843-8851\tTélécopieur: 844-6369 Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: 527-9891 Télécopieur : 527-9460 Avec les hommages du MNQ et de ses sociétés affiliées 1032 LD E E S MONTRÉAL, 1995 Un rendez-vous avec le quotidien.LE DEVOIR 1033 Pierre Allard\t\tJ.-C.Martin & Ass.Inc.COMPTABLE AGRÉÉ 980, rue Saint-Antoine ouest Bureau 308 Montréal, H3C 1A8\t\tGESTIONNAIRES CONSEILS Jacques C.Martin, président 550, rue Sherbrooke ouest Montréal, H1X 3G8 Tél.: 514-874.0838 Te.: 514-875.9668\t\tTél.: 514-735.3436 Te.: 514-843.9491 ALIMENTEX INC.Henri-Louis Gagnon, président-directeur-général C\u2019est tout naturel!\t\tC.Lamond & Fils Ltée BIJOUTERIE EMBLÉMATIOUE Robert Bourget, président 1065, rue de Bleury Montréal, H2Z INI Aliments de santé Livres naturistes Extracteur à jus Suppléments alimentaires Prescriptions naturopathiques\t\tTél.: 514-8613491 Te.: 514-866.7056 \t\t \t\tPoitras.Larue & Rondeau Inc.1188,1ère Avenue Québec, GIL 3K8 Tél.: 418-529.7988 Te.: 418-529.6939\t\tCOURTIER D\u2019ASSURANCES 3925, rue Rachel est bureau 200 Montréal, H1X 3G8 Tél.: 514-899.5377 disponible en kiosques ou à nos bureaux: 1212 Panet, Montréal, Qué., H 2 L 2Y7, tel.: 523-5 998 LE MAGAZINE DE VIE OUVRIÈRE POP! P PE PPA/S/P DE 1/PE ! un nom pareil pensez-vous que nous sommes lus pour notre calendrier culturel, notre système de rencontre par boîtes vocales, nos pages cinéma, ou pour les livres.?avec 1034 iA force du Québec: son histoire! À l'occasion de son 10e anniversaire, Cap-aux-Diamants, la revue nationale d'histoire du Québec, a fait paraître le volumineux numéro Dix rendez-vous avec notre histoire.Découvrez-y: \u2022/ Un Québec divisé: le référendum de 1980.?\tOctobre 70: l'occasion rêvée! La Révolution tranquille: une invention?\tLa grande crise de 1929./ La Confédération et ses opposants.?\tL'Affaire Riel.?\tLes Indiens et la Conquête.Aussi, d'autres textes, des rubriques et une multitude de photographies et illustrations d'époque.Commencez votre abonnement avec ce numéro spécial: 1 an: 26$ (4 nos) 2 ans: 48$ (8 nos) Tél.:(418) 656-5040 C.P.609, suce.Haute-Ville Québec (Québec) GIR 4S2 1985 - 1995 ÎO La passion de Cfiistoire ABONNEZ-VOUS AU JOURNAL R9B91 mensuel national de l'actualité pédagogique publié 10 fois l'an de septembre à juin 25$ par année ou 42$ pour deux ans: taxes incluses Envoyez vos nom et adresse et votre chèque ou mandat-poste à: Journal LES ENSEIGNANTS 1316, Domaine du Moulin L'Ancienne-Lorette.Québec G2E 4NI Téléphone ou télécopieur (418) 872-6966 Abonnement à la Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française (revue trimestrielle): \tCANADA\tÉTRANGER Individus et institutions\t50$\t54$ Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien\t26$\t30$ comprenant un don de 60$ à l'INAF pour lequel est émis un reçu pour fin d\u2019impôt.Abonnement à vie pour les aînés\t110$\t114$ (65 ans et plus)\t600$\t600$ (à raison de 40$ par année pour 15 ans) Tout abonnement comprend la cotisation de membre à l\u2019Institut d\u2019histoire de l\u2019Amérique française 1035 Membres André Beauchamp René Blanchard Nicole Boucreau Sylvain Boudreault Guy Bouthiliier J.-Charles Claveau Pierre Dupuis Philippe Gélinas Jean Genest Francine Lalonde Pierre Lamy Colette Lanthier Jean-Marc Léger Denis Monière Jacques-Yvan Morin Jean-François Nadeau Pierre Noreau Gilbert Paquette Roméo Paquette Gilles Rhéaume Louis-Philippe St-Martin Denis Simard Jean-François Simard Pierre Trépanier Gérard Turcotte LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président honoraire Président Vice-président Secrétaire Trésorier Conseillers Ex-officio François-Albert Angers Robert Laplante Alain Laramée Delmas Lévesque Claude Duguay Lysianne Laberge Daniel Gagné Isabelle Le Breton Yvon Leclerc Jacques Martin Lucia Ferrette Yvon Giroux Rosaire Morin Membres hororaires Thérèse Baron, Christiane Bérubé, Jacques Boulay, Hélène Chénier, Léo Jacques, Jean-Marcel Paquette, Hélène Pelletier Baillargeon, Juliette Rémillard.Membres émérites Louise-C.Brochu, Michel Brochu, Marcel Laflamme, Georges Meyers, Anna-L.Normand.L\u2019Action nationale Les 75 000 pages publiées par la revue depuis 78 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix Richard-Arès et François-Albert Angers Le prix Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale et le prix Angers vise à susciter un intérêt accrue pour la coopération.Prix André-Laurendeau Le prix reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la Ligue.Fondation Gaston-Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.1259, rue Berri, bur.320, Montréal, H2L 4C7 Tél.: (514) 845-8533 - Télécopieur: (514) 923-5755 1036 NOS COLLABORATRICES ET COLLABORATEURS 1994-1995 François-Albert Angers Richard Arteau Louis Balthazar Robert Barberis Daniel Baril Claude Bariteau André Beauchamp Claude Béland Jules Bélanger Lionel Bellavance Gisèle Belzile Jocelyn Berthelot Bernard Blier Claire Bombardier Jean-Pierre Bonhomme Jean-Louis Bourque Luc Bouvier Gary Caldwell Serge Cantin Linda Cardinal Mario Carrier Charles Castonguay Jean-Pierre Chalifoux Alain Chanlat Louis Comellier Denise Côté Danielle Cyr Pierre deBellefeuille Gilles de La Fontaine Roger Dehaybe Yvette Delliac Nicole de Sève Patrice Duclos Clermont Dugas Fernand Dumont Micheline Dumont Jean Ethier-Blais Andrée Ferretti Philippe Gabelier Jean-Charles Gagné François Gardner Claudette Gariépy Louis Gauthier Michel Gay Edith Gendron Rita Giguère Pierre Graveline Ethel Green Michel Guillou Julien Harvey Bruno Jean André Joyal Germain Julien Pierre-André Julien Marc Labelle Henri Laberge Danyèle Lacombe Georges Lafond Michel Francis Lagacé Andréanne Laliberté Christine Lamoureux Colette Lanthier Robert Laplante Alain Laramée Brigitte Larocque Louise Laurin Lucie Laurin Léo-Paul Lauzon Jules Lebeau Maurice Lebel Jacques Leclerc Richard Leclerc Yvon Leclerc Gérard Lefebvre Jean-Marc Léger Paul-Marcel Lemaire Ginette Lepage Georges Lessard Richard Marceau Henri Masse Jacques Maurais Normand Maurice Michel Moisan Denis Monière Claude Morin Rosaire Morin Jean-François Nadeau Richard Nadeau 1037 Pierre Noreau Aubert Ouellet Ferdinand Ouellet Edmond Orban Eve Ouimet Michel Paillé Gilbert Paquette Philippe Paradis Christian Payeur Pierre Péladeau Marcel Pépin Pierre Perrault Jean-Paul Perreault Jocelyne Picard Jacinthe Pilon Bernard Pilote Ladislas Pordan Jacques Proulx Habib Ranni Gilles Rhéaume François Rocher Fernand Rouillon Paul-Emile Roy Charles Saint-Prot Claire Sauriol André Serra Pierre Shooner Denis Simard Jean-François Simard Jean-Jacques Simard René Simard Jean-Claude Tardif Marc Termote André Thibault Benoît Tremblay Henri Tremblay Rodrigue Tremblay Rémy Trudel Pierre Vadeboncoeur Marc Vaillancourt Julie Vézina Marcelle Viger UNE MAISON?The domotic village page 4 Chaque semaine, plus de 227 000 personnes lisent Habitabec pour être mieux informées en matière d'habitation ABOUT UNE PUBLICITE BIEN LOGEE. », ** v« '\u20224./ £ 1\t¦\t \t?\t- \ti\tr P\"\u2019\ti\t m .: .~I ¦\t\t L ¦MEff'E* \u2022\tMC\t
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