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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1995-11, Collections de BAnQ.

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[" La fontaine du Carré St-Louis Vctioii Volume LXXXV, numéro 9, novembre 1995 WMMH Him mu Hommage à Gérald Godin Champ d\u2019action La revue s'intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L'Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l'avenir de la nation.ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale Périodicité : 10 numéros par an « IMPRIMÉ Ml CANADA Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilitent nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans \u201cl'index des périodiques canadiens\" depuis 1948, dans \u201cPériodex\u201d depuis 1984 et dans \u201cRepère\u201d publié par SDM Inc.et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.L\u2019ACTION NATIONALE 1259, rue Berri, bureau 320 Montréal, H2L 4C7 Téléphone : (514) 845-8533 Télécopieur : (514) 923-5755 Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée. TABLE DES MATIÈRES Éditorial 4 Pays ou province Rosaire Morin 11 La marche des femmes Nicole de Sève 15 Le temps de travail Michel Rioux 21 Histoire et culture Louis Balthazar 28 Le vieillissement et la souveraineté Laurent Martel 34 Quand un peuple prend son envol Paul-Émile Roy 36\tFaisons un pays Marie Cholette 37\tUne nation québécoise Paul-Marcel Lemaire 57 L\u2019histoire et la formation des citoyens Fondation Lionel-Groulx 73 Les cégeps, des objectifs François Beauregard 110 A travers l\u2019actualité Rosaire Morin 119 Comptes rendus : L\u2019intégration des immigrants par Richard Leclerc 121 Une histoire du Québec de Maurice Seguin par Denis Monière 123 Pierre Vadeboncoeur: un homme attentif de Paul-Emile Roy par André Joyal 127 Société, culture et religion à Montréal de Guy Lapointe par Jean-François Pelletier 132 Livres et revues reçus 137 Nos annonceurs 151 Dossier: Hommage à Gérald Godin Gérald Gaudet 86 Le choix de la monnaie André Serra SI VOUS ÊTES ABONNÉ-E Deux questions: La première : Pouvez-vous nous trouver un nouvel abonné?Si chacun le fait, nous doublons notre rayonnement.Merci de votre coopération.La seconde : Sur l\u2019étiquette comportant votre adresse, la date d\u2019échéance de votre abonnement est indiquée.Si le temps est venu de le renouveler, vous pouvez nous faire parvenir votre remise sans autre avis.Si chacun le fait, L\u2019Action nationale économise 6 000$ par année en timbres, papeterie et temps! Abonnement:\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t35$\t60$ Étudiant\t20$\t35$ Autres pays\t50$\t90$ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.Nom\tPrénom Adresse\tCode postal Téléphone\tTélécopieur Profession\t \t Supplément postal, L\u2019Action NATIONALE Volume LXXXV, numéro 9, novembre 1995 IKÊffiûfem NATIONALE Directeur Rosaire Morin Secrétaire Marie-Laure Prunier Relationniste Laurence Lambert Analyse sociale Michel Rioux Comptes-rendus Denis Monière Éducation Jean-Claude Tardif Entrevues Jean-Pierre Bonhomme Réussites Yvon Leclerc Comité de rédaction Hélène-Andrée Bizier Jacqueline Darveau-Cardinal Robert Laplante Denis Monière Michel Rioux Ronald Laviolette Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier L'Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320 Montréal H2L4C7 Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur (514) 923-5755 HQA5(taimn\tSI VOUS N\u2019ÊTES PAS ABONNÉ-E \t Deux cents personnes reçoivent la revue chaque mois sans y être abonnées.L\u2019Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend des valeurs fondamentales et elle fait la promotion d\u2019un projet de société qui facilitera à tous l\u2019accès à un travail permanent.Vous pouvez nous retourner votre chèque et ce formulaire Abonnement:\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t35$\t60$ Étudiant\t20$\t35$ Autres pays\t50$\t90$ Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.L\u2019Action NATIONALE 1259, rue Berri, bur.320 Montréal H2L 4C7 Nom\tPrénom Adresse\tCode postal Téléphone\tTélécopieur Profession\t \t Téléphone (514) 845-8533 Télécopieur (514) 923-5755 Comité éditorial François Aquin, avocat, Montréal Louis Balthazar, politologue, Université Laval Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval André Beauchamp, sociologue, Montréal Jules Bélanger, historien, Gaspé Jean-Guy Bissonnette, directeur de la recherche, Centraide Claire Bonenfant, sociologue, Québec Gérard Bouchard, sociologue, UQAC Henri Brun, constitutionnaliste, Université Laval Claudette Carbonneau, première vice-présidente, CSN Paul-André Comeau, journaliste, Montréal Marcel Couture, président, Le Devoir, Forces Fernand Daoust, président, Fonds de Solidarité Bernard Descôteaux, rédacteur en chef, Le Devoir Nicole de Sève, conseillère, CEQ, Clermont Dugas, géographe, UQAR Fernand Dumont, sociologue, Université Laval Andrée Ferretti, écrivaine, Cowansville Lucia Ferretti, vice-rectrice, UQAT Danielle Gagné, administratrice, Longueuil Alain-G.Gagnon, professeur, Université McGill Mona-Josée Gagnon, conseillère, FTQ Pierre Graveline, écrivain, Montréal Jean-Claude Guérard, économiste, HEC Roger Guy, professeur, UQAT André Joyal, économiste, UQTR Pierre-André Julien, économiste, UQTR Claude Lafleur, directeur général, UPA Danielle Lafontaine, sociologue, UQAR Andrée Lajoie, constitutionnaliste, Université de Montréal 2 Simon Langlois, sociologue, Université Laval Colette Lanthier, psychologue, Conseil de la Famille Robert Laplante, sociologue, Ville de Montréal Alain Laramée, professeur, Télé-Université Léo-Paul Lauzon, professeur, UQAM Lise Lebrun, action communautaire, Montréal Jean-Marc Léger, directeur, Fondation Lionel-Groulx Pierre Marois, avocat, Saint-Lambert Yves Martin, sociologue, démographe, Lac Brome Denis Monière, politologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, sociologue, UQAT Ferdinand Ouellet, ex-sous-ministre, Saint-Roch-des-Aulnaies Michel Paillé, démographe, Conseil de la langue française Pierre Paquette, secrétaire général, CSN Micheline Paradis, directrice, Ma Caisse, Desjardins Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine, Outremont Henri-Paul Proulx, secrétaire général, Solidarité rurale Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Bruno Roy, président, Union des écrivaines et des écrivains Jean-Claude Tardif, conseiller, CEQ Hélène Tremblay, rectrice par intérim, UQAR Rodrigue Tremblay, économiste, Université de Montréal Daniel Turp, professeur titulaire, Université de Montréal Pierre Vadeboncoeur, écrivain, Outremont 3 NATIONALE Volume LXXXV Numéro 9, Novembre 1995 Directeur Rosaire Morin Secrétaire Marie-Laure Prunier Relationniste Laurence Lambert Analyse sociale Michel Rioux Comptes-rendus Denis Monière Éducation Jean-Claude Tardif Entrevues Jean-Pierre Bonhomme Réussites Yvon Leclerc Comité de rédaction Hélène-Andrée Bizier Jacqueline Darveau-Cardinal Robert Laplante Denis Monière Michel Rioux Ronald Laviolette Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Editorial Drôle de démocratie! Au moment où ces lignes sont écrites, à seize jours du rendez-vous historique, le camp du OUI affiche un solide 49,2%.Chez les francophones, 54% favorisent le OUI.Les Québécois de langue anglaise disent NON à 95%.Drôle de démocratie! La majorité de la population serait tenue en otage par la minorité la mieux traitée de l\u2019univers.Espérons que la remontée souverainiste continuera son ascension! Pourquoi ?\u201cLe temps de la moisson\u201d est-il arrivé?Pourquoi 46% des Québécois de langue française votent-ils pour le \u201cstatu quo\u201d?Trois raisons peuvent expliquer cette attitude: l\u2019esprit de parti, le jeu des intérêts et l\u2019argumentation des souverainistes.L\u2019esprit de parti nous a toujours divisés.Il a travaillé contre les intérêts supérieurs du Québec.Il est devenu une plaie sociale mortelle.Il limite notre avenir.Il affaiblit la clarté du jugement.Les partisans aveugles ont foi en leur sainte coterie politique, même s\u2019ils n\u2019ont pas confiance à Daniel et à Jean, les chefs de la tribu.Ils tolèrent l\u2019autocratie, le despotisme et même les scandales.À l\u2019instar de son chef, un vrai partisan est borné jusqu\u2019à 4 \u201cLe ciel est bleu, l'enfer est rouge.\" la mesquinerie, mesquin jusqua la trahison, traître à la parole et à l\u2019honneur.\u201cLe ciel est bleu, l\u2019enfer est rouge\u201d.Cette caricature partisane est l\u2019une des causes de la division des francophones.Le jeu des intérêts influence certes les personnes indécises, hésitantes.La croisade du Conseil du patronat a retenu l\u2019attention.Elle modifie le verbe.Les Beaudoin, Bélanger, Dutil, Garcia et consorts sont les porte-parole du Canada anglais.Ils ne représentent pas les aspirations des PME et des grandes entreprises francophones.Ils ont épousé la philosophie du milieu dans lequel ils vivent.Les souverainistes auraient dû insister sur ce fait.Ils auraient pu rappeler davantage que les PME sont les responsables des nouveaux emplois; les grandes entreprises licencient plus de personnes qu\u2019elles n\u2019en embauchent.L\u2019argumentation des souverainistes était faible.Le projet de loi, la déclaration de souveraineté et l'entente du 12 juin parlent de la liberté de choisir, de monnaie, de citoyenneté, d\u2019employés fédéraux, de continuité des lois, de partenariat, d\u2019institutions communes, d\u2019assemblée parlementaire, de tribunal.Ce sont là des articles de cuisine.Les assiettes, les couteaux et les fourchettes sont des ustensiles utiles pour la table.On n\u2019achète pas une maison pour le plaisir de posséder un set de vaisselle.La décision de quitter le Canada repose sut deux réalités fondamentales: l\u2019incapacité d\u2019y vivre plus longtemps et le désir légitime d\u2019être maître chez soi.Le procès du fédéralisme Dans la campagne référendaire, les chefs du OUI ont omis de faire le procès du fédéralisme.Ils prennent pour acquis que le peuple est suffisamment renseigné.Pendant deux décennies, ils ont relaté les relations entre le Canada anglais 5 et le Québec.Ils ont oublié que le peuple n\u2019a pas de mémoire.En conséquence, ils auraient dû parler une autre fois des violations du pacte confédératif, des modifications unilatérales de la constitution, de l\u2019invasion des compétences exclusives du Québec, de la politique centraliste, de la politique assimilatrice de l\u2019immigration, du génocide des francophones hors Québec, de l\u2019affaiblissement progressif du seul gouvernement francophone en Amérique, de la pénétration du multiculturalisme au Québec, du pouvoir de dépenser, du coût économique du fédéralisme, de la faillite des finances publiques, du favoritisme économique en faveur de l\u2019Ontario, des chevauchements coûteux, des rebuffades de la Cour suprême, de l\u2019imposition de la langue anglaise au Québec, des incursions fédérales dans la culture québécoise, dans la sécurité sociale, dans la santé, dans le travail.C'est parce que le fédéralisme canadien n\u2019est plus vivable pour le Québec, qu\u2019il faut quitter le Canada.C\u2019est parce que le fédéralisme canadien n\u2019est plus vivable pour le Québec, qu\u2019il faut quitter le Canada.A un contre dix, le Québec est incapable d\u2019améliorer et de réformer le fédéralisme dans le sens des réclamations traditionnelles qu\u2019il revendique depuis 35 ans.Le début d\u2019un temps nouveau Pour entrer dans la modernité, le pays du Québec doit être maître de ses décisions.Il doit se doter d\u2019un projet de société.Les chefs du OUI ont peu élaboré sur les objectifs de l\u2019avenir.Ils n\u2019ont pas suscité l\u2019espérance pour les 1 250 000 personnes qui vivotent sous l\u2019aide sociale et l\u2019as-surance-chômage.Quel que soit le résultat du 30 octobre, la victoire ou la défaite du OUI doit être \u201cle début d\u2019un temps nouveau\u201d.Le gouvernement québécois doit prendre l\u2019initiative.S\u2019il ne le fait pas, 6 Jacques Parizeau doit oublier le virage de René Lévesque et s\u2019inspirer du \u201cMaîtres chez nous\".Jean Chrétien décidera pour nous.En cette minute historique, Jacques Parizeau doit oublier le virage de René Lévesque et s\u2019inspirer du \u201cMaîtres chez nous\u201d.Malgré l\u2019opposition d\u2019Ottawa, Jean Lesage avait mis en place les instruments de l\u2019indépendance économique: Hydro-Québec, Caisse de dépôt et placement, Loto-Québec, Régie d\u2019assurance-maladie, Société générale de financement, Soquem, Soquip, Rexfor, Raffinerie de Sucre.Les objectifs étaient axés sur la maîtrise de l\u2019économie par la population québécoise, notamment par les francophones.Hélas! les gouvernements qui se sont succédés ont modifié les objectifs à la première difficulté, au lieu de réviser des stratégies défectueuses.À compter du 31 octobre 1993, le gouvernement Parizeau doit être ferme à l\u2019égard du fédéral.Toute ingérence dans une compétence provinciale doit être dénoncée avec vigueur, solidité et constance.Pas par une simple déclaration.Mais avec éclat.Au Parlement.En conférence de presse.Avec un dossier clair et complet.Il faudra revenir à la charge tous les jours.Dire pourquoi.Expliquer les conséquences pour le Québec.En certains cas, il faudra recourir à la Cour suprême.C\u2019est une bataille d\u2019escarmouche nécessaire.Le temps du changement Victoire ou défaite, le Québec est prêt pour le changement.Qu\u2019il s\u2019y consacre sans délai! Qu\u2019il recherche des résultats à court terme! Qu\u2019il cesse de consulter! Les problèmes sont connus.Les solutions aussi.Le temps est à l\u2019action.Le chantier est vaste.Précisons certains travaux à entreprendre.L\u2019appareil gouvernemental est lourd, lourdaud, accablant, écrasant.La paperasse est 7 épaisse, coûteuse, inutile parfois, complexe presque toujours.Mon Dieu! est-ce que c\u2019est si compliqué de simplifier, d\u2019alléger les formulaires, de supprimer les formules inutiles, d\u2019améliorer et de réduire les guides de toutes sortes qui s\u2019entassent dans les filières?La tâche coûtera quelques millions de dollars, mais les contribuables et les entreprises économiseront des centaines de millions de dollars.Tout le monde sera content.L\u2019action prioritaire du gouvernement réside dans le rétablissement de l\u2019enseignement de l\u2019histoire à tous les niveaux scolaires.La jeunesse québécoise n\u2019a pas de mémoire.Sans racine, elle n\u2019est pas intéressée à l\u2019idée de la patrie ou du pays.La promotion de la culture multiculturelle peut même lui paraître un idéal de vie nationale.Pour consolider l\u2019identité québécoise, il n\u2019y a pas de remède supérieur à la connaissance du passé.Cette tâche est urgente.Les spécialistes du ministère de l\u2019Éducation et de l'Histoire peuvent et doivent préparer les programmes et les manuels en un temps record.En septembre 1996, les étudiantes et les étudiants des niveaux primaire, secondaire et collégial débutent l\u2019étude de l\u2019histoire; ils seront prêts demain à assumer les défis que nous n\u2019avons pas relevés.L\u2019action prioritaire du gouvernement réside dans le rétablissement de l\u2019enseignement de l\u2019histoire.La promotion et la défense de la langue française sont aussi à l\u2019ordre du jour.Le Québec est le seul pays au monde où les lois et règlements de l\u2019Assemblée nationale doivent être proclamés par l\u2019usage obligatoire de la langue de la minorité britannique.Le français doit devenir la langue du travail et la langue officielle des institutions parlementaires et judiciaires du Québec.L\u2019immigrant doit fréquenter l\u2019école française et la loi C72 cesser de s\u2019appliquer au Québec.L\u2019école québécoise doit offrir à tous la formation de base qui rend possibles les autres apprentissages.Elle doit conduire tous les élèves au 8 Le plein-emploi et la qualité de l\u2019emploi sont même les objectifs prioritaires de la politique québécoise.diplôme d\u2019études secondaires, particulièrement ceux des milieux défavorisés.La maîtrise du savoir doit être facilité.L\u2019enseignement supérieur doit s\u2019adapter aux exigences nouvelles de la science et de la technologie.L\u2019alphabétisation doit apprendre à lire, écrire et compter à tous les Québécois et Québécoises.Le plein-emploi et la qualité de l\u2019emploi sont même les objectifs prioritaires de la politique québécoise.L\u2019intervention de l\u2019Etat est capital.La concertation de tous les partenaires économiques et sociaux est nécessaire.Les réservoirs de capitaux doivent investir les épargnes populaires dans le développement économique et favoriser la création des emplois.La modernisation des entreprises qui passe par la recherche et le développement technologique doit respecter les ressources humaines.Il est possible d\u2019appartenir à la modernité, d\u2019accroître la production, de satisfaire les besoins des marchés locaux et de conquérir les marchés extérieurs, en accordant la priorité à la création de nouveaux emplois.Dans le chantier du travail, la formation professionnelle et le perfectionnement de la main-d\u2019oeuvre doivent accompagner l\u2019établissement d\u2019un système de plein-emploi.Une politique familiale cohérente offrira un système d\u2019aide et d\u2019allocations correspondant aux exigences financières.Elle conciliera le travail et les obligations familiales.Elle créera des services de garde de qualité, en quantité suffisante.Elle facilitera l\u2019accès au logement social.Elle proposera un régime pour les congés de maternité et de paternité.Elle garantira l\u2019équité salariale pour les femmes.Elle favorisera la présence de la femme à tous les échelons de la société.9 L\u2019élaboration du projet de société ne doit pas se perdre dans des débats interminables, dans des consultations perpétuelles.L\u2019analyse des problèmes qui affectent la qualité de vie des Québécoises et des Québécois présente un inventaire permanent.Le gros bon sens identifie les objectifs qui en découlent et autour desquels il est possible de rassembler le peuple tout entier.L\u2019action parallèle Victoire ou défaite, le gouvernement du Québec doit sonner le début d\u2019un temps nouveau.Il doit s\u2019engager profondément dans les changements espérés.Des tâches immenses le sollicitent.Débutons par ce qui est réalisable à court terme.Le progrès social ne peut attendre.L\u2019avenir du Québec en dépend.Si la défaite était confirmée, la tâche la plus urgente consiste à réaliser les changements de toute nature devenus nécessaires.Le progrès social ne peut attendre.L\u2019avenir du Québec en dépend.Pour préserver cet avenir, le gouvernement du Québec doit en outre ordonner l\u2019élaboration d\u2019une constitution québécoise.Une telle initiative chasserait la morosité et limiterait considérablement l\u2019intervention du gouvernement fédéral.Si le OUI triomphait, une tâche additionnelle s\u2019ajoute au chantier québécois.Le Québec souverain engage un processus de négociation avec le Canada anglais.Les discussions sont ouvertes.Pas de catimini.Ces pourparlers, si importants qu\u2019ils soient, ne doivent pas retarder le \u201cdébut d\u2019un temps nouveau\u201d et la réalisation des changements culturels, sociaux et économiques dont dépend le destin du Québec.Rosaire Morin Le 16 octobre 1995.Ü 10 Des milliers de femmes1 2 massées devant l\u2019Assemblée Nationale du Québec.Des milliers àchanter «Du pain et des roses pour changer les choses».Des milliers entourant le cortège de 400 marcheuses qui, parties de Longueuil, de Montréal ou de Rivière-de-Loup, \u2014\tI\tont, pendant 10 jours, parcouru -Là marche 200 km.Des milliers de femmes des femmes qui adressaient au gouvernement du Québec neuf demandes simples et gagnantes.Nicole de Sève\t_.\t.\t, .lout au cours de cette période, et surtout au lendemain de la rencontre historique du 4 juin 1995, les commentaires se sont multipliés.«Les retrouvailles du mouvement des femmes» ont déclaré certains.«Un nouveau départ, une renaissance après les années tabou.Les femmes reprennenet le combat, là où elles l\u2019avaient laissé: celui contre la pauvreté, la misère des enfants, pour l\u2019espoir en un monde meilleur, plus juste», d\u2019ajouter Michel Venne.3 Mais quand avions-nous abandonné?A quelle date?À quelle heure?Nous n\u2019avons jamais rien fait d\u2019autre que de le mener ce combat, dans nos quartiers, nos cités et villes et dans notre pays.Qu\u2019elles soient locales, régionales ou nationales, nos associations, nos groupes de pression ont toujours poursuivi le travail.«Loin de relever d\u2019un féminisme d\u2019un âge, (la marche) témoigne de la maturation du combat» 1.\tIl y avait aussi des hommes le 4 juin.2.\tVenne, Michel.Sept sur neuf pour les marcheuses.Le Devoir, 5 juin 1995.P.Al 11 a écrit Lise Bissonnette, contredisant superbement Alain Dubus qui, nous affublant de lunettes roses, signait «Nostalgisques, les organisatrices de l\u2019événement n\u2019ont pas seulement repris les moyens d\u2019action d\u2019autrefois, elles sont allées puiser dans le répertoire militant des années 70».Mauvaise foi ou ignorance crasse de l\u2019histoire, l'éditorialiste de La Presse confirme, si besoin était, que le mouvement des femmes est, depuis ses débuts, discrédité et interprété à la lueur de préjugés.Notre combat contre l\u2019injustice sociale, source de la pauvreté et de la misère du corps et de l\u2019âme, nous l\u2019avons mené inlassablement.Nous exprimant en français, en anglais, en italien, en créole ou en inuttitut, nous avons tenu à bout de bras des comptoirs de dépannage, des centres de femmes, nous avons multiplié les réseaux d\u2019entraide et les ressources d\u2019accueil pour les immigrantes.Nous avons soupesé nos arguments et rédigé rapport sur rapport, souvent ignorés des médias, boudés par les économistes et tablettés dans les offcines gouvernementales.Notre combat contre l\u2019injustice sociale, source de la pauvreté et de la misère du corps et de l\u2019âme, nous l\u2019avons mené inlassablement.Nos revendications sont les mêmes.Oui! Elles n\u2019ont jamais trouvé de réponses sati-safaisantes.Depuis la première politique d\u2019ensemble de la condition féminine Pour les québécoises égalité et indépendance, publiée par le Conseil du Statut de la femme en 1978, nous avons dû sans cesse réitérer nos demandes.Mais nous avons actualisé nos solutions.Le programme d\u2019infrastructures sociales que nous souhaitons vaut plus que le défaitisme économique qui nous entraîne inexorablement dans un défaitisme politique.L\u2019amélioration de la situation des femmes parrainées est un pas vers une politique globale en immigration.Le dépôt d\u2019un projet de loi sur l\u2019équité salariale sera une étape vers la reconnais- 12 sance du travail salarié des femmes.Notre message en est un d\u2019espoir.Alors, d\u2019où vient cette incompréhension, cette double lecture du même événement?Se pourrait-il que notre combat occulté et sous-financé ait fini par transgresser la loi du silence et percer le mur d\u2019invisibilité entourant le mouvement des femmes?La surprise est de taille, j\u2019en conviens.Un mouvement qualifié de moribond, sans assise réelle, est devnu tout à coup un mouvement avec lequel il faut compter.Les féministes porteuses d\u2019un discours dépassé sont subitement devenues des voix qu\u2019il faut écouter.Nous parlons d\u2019économie sociale, d\u2019emploi, du bien-être des personnes, des enfants.Nous voulons resouder en un Québec cassé en deux.Vivantes, bien vivantes et disséminées dans toutes les régions du Québec, il nous a pourtant fallu prendre la rue pour être vues et obtenir enfin l\u2019écoute de nos revendications, de nos préoccupations et des solutions aux multiples difficultés que nous vivons.Car la marche des femmes contre la pauvreté fur, sans contredit, l\u2019expression tangible que les femmes sont mobil-Nous voulons isées au quotidien.Les railleurs et les sceptiques resouder en un ont été confondus! Car on ne crée pas une mani-Québec cassé en festation d\u2019une telle ampleur, exigeant une telle ^eux' logistique, lorsque les forces vives d\u2019un mouvement sont démobilisées.Le mouvement syndical le sait, lui qui réussit à peine à mobiliser ses troupes.Fernand Dumont expliquait dans une entrevue3 que «les sociétés ont besoin périodiquement de recharger leurs batteries affectives, c\u2019est-à-dire de redonner une vitalité aux liens sociaux.» 3.DUMONT, Fernand.Par la souveraineté, redonner une vitalité aux liens sociaux.Entrevue.Virtualités, volume 2, numéro 6.Août-septembre 1995.13 La marche des femmes contre la pauvreté, pat son aspect novateur et mobilisateur, a insufflé cette vitalité.Aux problèmes soulevés, nous avons proposé des solutions.Nous avons le sentiment d\u2019appartenir à quelque chose, de prendre part au changement, d\u2019apposer une pierre à l\u2019édification d\u2019une société nouvelle.«Les sociétés ont besoin périodiquement de recharger leurs batteries affectives, c'est-à-dire de redonner une vitalité aux liens sociaux.» Bref, la marche a témoigné que «solidarité, consensus et convivialité» sont au quotidien de nos vies.Et cela est énorme.?Selon les Nations-Unies, 1,3 milliard d\u2019individus vivent dans un état d\u2019extrême pauvreté.Les femmes représentent 70% de cette population.Et les pays industrialisés ne sont pas épargnés.A preuve, au Québec:4 \u2022\t20,7% de toute la population vit dans la pauvreté; \u2022\t17,6% des familles vivent sous le seuil de la pauvreté; \u2022\tles personnes seules affichent un taux de pauvreté de 45%; \u2022\tchez les personnes âgées de 65 ans et plus, 21,4% des hommes et 34,2% des femmes vivent dans la pauvreté; \u2022\tle taux de pauvreté des enfants est de 20,9%.La précarité de l\u2019emploi dans le secteur des services est responsable en grande partie de la pauvreté des femmes qui travaillent dans ce secteur.Plus de la moitié des gens travaillent à temps plein ou à temps partiel.4.Conseil national du bien-être social.Profil de la pauvreté - 1993.Ottawa, printemps 1995.14 Il faut se rendre à levidence: les remèdes habituels ne fonctionnent plus.La crise de l\u2019emploi, dans laquelle toutes les sociétés occidentales, sans exception aucune, sont aujourd\u2019hui plongées, est révélatrice de troubles d\u2019une telle envergure que la recherche de solutions innovatrices est devenue impérative.En Espagne, plus de 30 pour cent des moins de 25 ans sont sans emploi; en Finlande, près de La question de l\u2019heure Une question de temps Michel Rioux 20 pour cent de la population active n\u2019a pas de travail; au Québec, ce qu\u2019on appelle le «chômage officiel» - à ne pas confondre avec le «chômage réel», qui est encore plus élevé - se maintient depuis des années aux alentours de 12 pour cent.Par quel bout prendre le problème?Comment reconstituer le puzzle?De plus en plus, c\u2019est sur toute la question du temps de travail qu\u2019on réfléchit.C\u2019est la question de l\u2019heure.C\u2019est une question de temps.Un débat large Dans la plupart des pays industrialisés, en France et en Allemagne en particulier, les débats autour du partage et de la réduction du temps de travail sont depuis longtemps engagés.Le puissant syndicat allemand IG Metal vient tout juste de reconduire les termes d\u2019un contrat de travail grâce auquel la réduction de la semaine de travail à quatre jours a permis de garder à l\u2019emploi plusieurs milliers de travailleurs.15 L\u2019ancien premier ministre français Michel Rocard intervient lui aussi régulièrement dans ce débat.Une donnée s\u2019impose si la productivité augmente et que de plus en plus de richesse est créée, cela a cessé depuis déjà plusieurs années de se traduire en termes d\u2019augmentation de l\u2019emploi global.On produit de plus en plus avec de moins en moins de personnes.À partir de ce constat, en rupture avec l\u2019évolution de l\u2019emploi depuis plus d\u2019un siècle, plusieurs en arrivent à la conclusion qu\u2019il n\u2019est pas possible d\u2019agir véritablement et efficacement sur l\u2019augmentation des emplois disponibles si une action vigoureuse n\u2019est pas faite du côté de la réduction et du partage du temps de travail.La question du temps de travail est la question de l\u2019heure.C\u2019est une question de temps.Un mouvement qui stagne Si on a assisté à une réduction importante de la durée du temps de travail, du début du siècle jusqu\u2019aux années soixante, on doit aujourd\u2019hui constater à cet égard une stagnation, quand ce n\u2019est pas un recul, dans la poursuite de ce mouvement.Une étude de Statistique Canada publiée en 1994 indiquait que la durée moyenne de la semaine normale de travail est passée de 60 heures réparties sur six jours à environ 36 heures réparties sur cinq jours.Mais dès 1957, la semaine de travail comptait une moyenne de 40 heures.Depuis, c\u2019est plutôt par l\u2019allongement du temps consacré aux études et par la diminution de l\u2019âge de la retraite que la durée normale du temps consacré au travail a pu être réduite.L\u2019exemple de la France est significatif.Depuis cent ans, le temps de travail moyen par personne occupée a été divisé par deux: 12 millions de personnes travaillaient en moyenne 3,200 heures par année.Aujourd\u2019hui, 25 millions de personnes travaillent environ 1,600 heures par année.On a divisé le temps de travail par deux, tout en multipliant aussi par deux le nombre de personnes à l\u2019emploi.16 On produit de plus en plus avec de moins en moins de personnes.Le Canada et les États-Unis sont même frappés d\u2019un phénomène inverse.Pendant que dans les pays européens et, dans une moindre mesure, au Japon, la durée de la semaine de travail poursuit sa courbe dans le sens d\u2019une réduction, on constate dans ces deux pays une nette tendance à l\u2019augmentation du nombre d\u2019heures travaillées.Il y a quelques explications à cela.Certains pays européens ont légiféré au début des années 80 pour réduire la durée du temps de travail.C\u2019est le cas de la France, où on a décrété la semaine de 39 heures dès l\u2019arrivée au pouvoir des socialistes.C\u2019est aussi le cas de la Belgique et des Pays-Bas.En Allemagne et en Grande-Bretagne, on attribue aux luttes syndicales les résultats constatés dans le sens d\u2019une réduction de la durée de la semaine de travail.Le cas québécois Fait significatif: réunies ensemble pour la première fois depuis 21 ans, les instances décisionnelles des trois organisations syndicales québécoises ont fait cette année du 1er mai, Fête internationale des travailleuses et des travailleurs, une journée consacrée à la réduction du temps de travail.Depuis au moins dix ans, dans leurs congrès et dans leurs recherches, tant la CSN, la FTQ et la CEQ ont insisté sur l'urgence d\u2019intervenir massivement, au niveau gouvernemental, pour que soient adoptées des mesures touchant le temps de travail, des mesures susceptibles d\u2019avoir des effets sur la création d\u2019emploi.Est-il nécessaire de rappeler à cet égard que la durée normale de la semaine de travail se situe encore à 44 heures, au Québec, 1995?Les réactions suscitées par un récent document mis en circulation en août dernier par le ministère de l\u2019Emploi du Québec sont révélatrices de l\u2019état d\u2019esprit qui anime ici les employeurs, 17 regroupés au sein du Conseil du patronat.Toutes les pistes avancées dans ce document préparé sous la direction de la ministre Louise Harel sont rejetées par le Conseil du patronat, sans autre forme de procès.Même si, dans la plupart des cas, elles ne font que reproduire des dispositions déjà en vigueur dans plusieurs autres provinces ou encore, imaginez!, aux Etats-Unis, pays qui n\u2019est pas particulièrement avancé dans ce domaine.M.Ghislain Dufour, le président du CPQ, a jugé «extrêmement coûteuse» la recommandation de rémunérer à temps et demi les heures travaillées après 40 heures plutôt qu\u2019après 44 heures.Il a jugé pareillement coûteuse la suggestion d\u2019imposer un plafond au nombre d\u2019heures effectuées en temps supplémentaire, après quoi la rémunération serait versée à temps double.Même accueil à la recommandation de permettre aux travailleurs de refuser d\u2019effectuer du temps supplémentaire après 48 heures de travail.Quant à la recommandation d\u2019accorder une troisième semaine de vacances - la loi en prévoit cinq en France - M.Dufour a expliqué qu elle était «désincarnée des problèmes économiques actuels et ne tenait pas compte de la capacité économique des entreprises québécoises.» Il n'est pas possible d\u2019agir sur l'augmentation des emplois si une action vigoureuse n\u2019est pas faite du côté de la réduction et du partage du temps de travail.Travailler sur les mentalités Depuis longtemps, les syndicats travaillent pour transformer les mentalités dans les milieux de travail.Cela a souvent demandé un courage certain, la société de consommation étant ce qu\u2019elle est et le temps supplémentaire apparaissant souvent comme le seul moyen, pour un travailleur, de se payer tout ce qui lui est offert et dont on lui dit que son bonheur et celui de sa famille en dépendent.Un exemple: à l\u2019aluminerie Reynolds de Baie-Comeau, il se travaille environ 400,000 18 heures en temps supplémentaire.Ce qui pourrait permettre de dégager de l\u2019emploi pour environ 200 nouveaux travailleurs, dans l\u2019hypothèse où on y mettrait fin.Le président de la CSN, Gérald Larose, avait été blâmé il y a deux ans pour avoir évoqué publiquement la situation.Le président du syndicat avaient indiqué que ses membres «étaient très chatouilleux sur cette question.» Le même syndicat a négocié il y a quelques mois une clause permettant à un travailleur de se constituer une banque de congés pouvant aller jusqu\u2019à 160 heures, le temps supplémentaire étant rétribué en congés plutôt qu\u2019en argent, ce qui permet de dégager de l\u2019espace pour l\u2019engagement de nouveaux travailleurs.La mesure jouirait aujourd\u2019hui d\u2019une grande popularité.La France a divisé le temps de travail par deux tout en multipliant par deux le nombre de personnes à l\u2019emploi.S\u2019ils sont de plus en plus conscients qu\u2019il y va de leur responsabilité sociale de conscientiser leurs membres sur ces questions de partage du temps de travail, les organisations syndicales et leurs syndicats se heurtent souvent à un mur d\u2019incompréhension quand sont mises de l\u2019avant des revendications portant sur la négociation de mesures concrètes favorisant la création d\u2019emplois.La grève au Casino de Montréal La récente grève au Casino de Montréal est fort révélatrice à cet égard.Voici un syndicat de 1,300 membres dont la moyenne d\u2019âge est de moins de 30 ans.Comme l\u2019a écrit le négociateur de la CSN dans ce dossier, M.Alain Brouillard, «pour la première fois, des employés ne venant pas de la génération dite privilégiée des «baby-boomers» sont aux commandes d\u2019un gros syndicat avec un réel rapport de forces.» Sur quoi porte leur principale revendication?Sur la réduction du temps de travail.Les économistes de la centrale avaient évalué à 19 128 le nombre de nouveaux emplois qui auraient été créés en ramenant sur quatre jours la semaine de travail normale de ces employés qui oeuvrent principalement de soir, de nuit et les fins de semaine.Quelle a été la réception à cette revendication dans les milieux patronaux?Dans les officines éditoriales où on détermine ce que doit en penser le peuple?Comment les jeunes libéraux ont-ils réagi face à une revendication portée par d\u2019autres jeunes et qui aurait dû aller dans le sens de leurs préoccupations pour la création d\u2019emplois?À leur congrès tenu en août, les jeunes libéraux ont adopté une proposition exigeant du gouvernement le congédiement pur et simple des employés du Casino qui refuseraient de rentrer au travail.Même si l\u2019un des thèmes abordés à leur congrès touchait l\u2019accès à l\u2019emploi pour les jeunes et l\u2019une des pistes de solution avancées étant.la réduction du temps de travail! Ce n\u2019est pas en allant à reculons de l\u2019histoire que la société québécoise réalisera son développement et son épanouissement.En dépit de comportements plutôt sauriens, il faut trouver à nouveau le moyen d\u2019agir.L\u2019économiste français Jacques Rigaudiat est catégorique: «Jamais, depuis le début du siècle, la croissance de l\u2019économie n\u2019a, compte tenu des gains de productivité, autorisé une évolution de l\u2019activité qui permette à elle seule d\u2019absorber l\u2019accroissement de la population active.Seule une réduction drastique de la durée du travail, le passage à un quasi mi-temps par rapport à la situation du siècle précédent a permis de réaliser un équilibre sur le marché du travail.» Ce n\u2019est pas en allant à reculons de l'histoire que la société québécoise réalisera les avancées nécessaires à son développement et à son épanouissement.?20 Louis Balthazar On a beaucoup parlé de culture publique commune au Québec, ces dernières années.L\u2019expression a été employée pour la première fois, sauf erreur, par Gary Caldwell dans un article de L\u2019Action nationale en 1989- C\u2019est là une notion très utile et féconde dans la mesure où elle englobe dans une identité québécoise repensée et redéfinie des groupes sociaux divers autrefois exclus de la définition de la culture canadienne-française.Il est vrai que les francophones du Québec se disent Québécois depuis trente ans.Mais ils continuaient souvent de se penser comme une communauté ethnique canadienne-française.Il fallait qu\u2019un anglophone québécois rappelle aux francophones qu\u2019ils partageaient une culture publique avec d\u2019autres personnes d\u2019origines diverses.Histoire et culture publique commune L\u2019idée a fait son chemin.Entre autres lieux de réflexion et de prises de conscience, le Centre Justice et Foi (sous la responsabilité des Jésuites) a tenu des sessions mémorables, en août 1993, qui nous ont amenés à mieux cerner la culture publique commune entre Québécois autochtones, anglophones, allophones et francophones.Au cours d\u2019échanges fort animés, il est apparu assez clairement que cette culture, si identifiable soit-elle, était un phénomène dynamique, directement relié à la vie, à 1 évolution, à un mouvement constant.La culture québécoise d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est plus ce quelle était hier et n\u2019est pas encore -Louis Balthazar est professeur au Département de science politique de l\u2019université Laval.Ce texte est une version légèrement remaniée d'un article publié dans la revue Relations, mai 1995, pp.107-109.21 ce qu elle sera demain.La culture est en marche, elle nous projette vers l\u2019avenir.Une culture tributaire de son passé Une culture est tributaire de son passé, d\u2019une lente germination a travers les années.La connaissance de l\u2019histoire est essentielle, non pas au titre de l\u2019érudition encyclopédique (ce qui n\u2019en est pas moins toujours valable en soi), mais tout simplement pour saisir l\u2019évolution contemporaine dans toute sa complexité.La grande question qu\u2019on est toujours en droit de se poser pour comprendre quelque chose, c\u2019est la suivante : «Comment en est-on venu là?Qu\u2019est-ce qui nous a amenés à vivre ce que nous vivons aujourd'hui?» C\u2019est l\u2019histoire qu\u2019il faut interroger pour y trouver un commencement de réponse, pour s\u2019avancer sur la voie de la compréhension, en somme, pour mieux préparer l\u2019avenir.Ce qui ne veut pas dire, il s\u2019en faut, qu\u2019il faille à tout prix maintenir une solution de continuité.La connaissance de l\u2019histoire est souvent la mère des grandes révolutions, des grandes ruptures.Histoire et pluralisme Il faut donc enseigner l\u2019histoire à nos enfants, lui redonner une place d\u2019honneur dans les pro- Ceci dit, une culture n\u2019en est pas moins tributaire de son passé, d\u2019une lente germination à travers les années.Comme tout ce qui est vivant, la culture s\u2019enracine dans une genèse, dans une histoire.J\u2019irais même jusqu\u2019à dire que son évolution - ou si l\u2019on veut, sa construction - n\u2019a guère de sens si elle se poursuit sans tenir compte de son passé.D\u2019où la nécessité de connaître son histoire et de la faire connaître aux jeunes et à ceux qui viennent enrichir notre culture.On ne saurait donc construire une culture publique commune, voire une nouvelle identité collective sans jeter un regard sur l\u2019histoire.22 grammes de l\u2019enseignement secondaire, collégial, universitaire.Car cette culture que nous vivons, ces institutions qui l\u2019animent ne sont pas des générations spontanées.Seule l\u2019histoire dégagera le sens des structures politiques, économiques, sociales et autres dans lesquelles nous vivons.Nos villes, nos villages, nos espaces, notre économie, nos partis politiques, nos institutions culturelles ne nous révéleront leur sens et leurs secrets que par le déploiement de leur histoire.Mais comment enseigner l\u2019histoire du Québec (car c\u2019est bien par celle-là qu\u2019il faut commencer si notre culture publique commune est vraiment québécoise) à des enfants dont plusieurs ne sont pas nés ici?Quel sens peuvent bien revêtir le régime français, le Bas-Canada, les luttes d\u2019Honoré Mercier, l\u2019autonomie provinciale et le mouvement souverainiste pour des jeunes musulmans, hindous, haïtiens ou autres?On entend ces jeunes protester contre l\u2019apprentissage d\u2019une histoire qui n\u2019est pas celle de leurs ancêtres.Ils vont parfois jusqu\u2019à réclamer qu\u2019on leur enseigne leur histoire à eux.ha connaissance de l\u2019histoire est essentielle pour saisir l'évolution contemporaine.Un tel phénomène comporte une large part d\u2019aberration qu\u2019il faut s\u2019empresser de corriger au plus tôt.Ces jeunes enfants venus d\u2019ailleurs vivent ici parce que leurs parents ont choisi de s\u2019intégrer à la société québécoise ou tout au moins de s\u2019y implanter durant un certain temps.Puisqu\u2019ils ont été détachés d\u2019une autre culture et entendent se joindre à la nôtre, la construire avec nous tout en jouissant des mêmes droits à l\u2019intérieur des mêmes institutions, il leur importe avant tout de bien connaître leur société d\u2019accueil et, en conséquence, d\u2019aborder son histoire.Sans doute, cela pourrait-il constituer un enrichissement pour tous que de prendre contact avec les cultures d\u2019origine de ces enfants.À cet égard, l\u2019éducation dite interculturelle a son sens.Mais la priorité doit toujours appartenir à l\u2019histoire de 23 cette société dans laquelle nous vivons tous.Cela n\u2019exclut pas, bien au contraire, que la compréhension de notre histoire nous amène à l\u2019étude de l\u2019histoire du Canada, de la France, notre mère-patrie, de celle de nos voisins, les Etats-Unis et à l\u2019histoire universelle.Mais, l\u2019histoire du Québec n\u2019est-elle pas celle d\u2019un peuple homogène, des Canadiens français fidèles à un héritage qui a, de beaucoup, perdu sa pertinence aujourd\u2019hui au moins pour une large part de la population?Cela n\u2019est pas tout à fait juste, Car l\u2019histoire du Québec est d\u2019abord celle des autochtones établis ici depuis des millénaires dont certaines traditions et modes de vie sont bien documentés.Elle est ensuite celle des Français qui ont établi très tôt des contacts (plus ou moins harmonieux) avec les populations amérindiennes.L\u2019histoire s\u2019est poursuivie dans le contexte de la conquête, de l\u2019occupation puis de l\u2019immigration des Britanniques.Cette histoire a été souvent conflictuelle mais elle comporte aussi une large part d\u2019échanges entre Britanniques et Canadiens français, parfois aussi de projets communs.Il s\u2019est même trouvé des anglophones pour participer à la rébellion des Patriotes de 1837 et 1838.Peu à peu, une profonde influence des institutions, des modes de vie britanniques s\u2019est exercée sur le Québec.L\u2019architecture de nos villes en témoigne éloquemment de même que notre système politique.Enfin, le Québec a toujours été, à des degrés divers, une terre d\u2019accueil.Outre les Américains, loyalistes et autres, des Irlandais sont venus en grand nombre au 19ème siècle (au moment de la famine de la pomme de terre et par la suite), ont été assez bien accueillis et se sont intégrés, souvent au point de ne laisser d\u2019autres traces de leur origine que leur nom.Des Juifs sont aussi apparus assez tôt et ont parfois fait très bon ménage avec la majorité francophone.On pense aux Hart à Trois-Rivières et aux Pollack à Québec.Sans doute, l\u2019antisémitisme (ici comme ha connaissance de l\u2019histoire est souvent la mère des grandes révolutions, des grandes ruptures 24 ailleurs) constitue un dossier noir de notre histoire.Mais cela aussi doit être enseigné sans pudeur pour en tirer des leçons.Quantité d\u2019autres populations, italiennes, arabes, allemandes, ukrainiennes, grecques, et combien d\u2019autres ont peuplé le Québec, la ville de Montréal surtout, au cours du 20ème siècle.Même si l\u2019intégration à la majorité francophone s\u2019est fait attendre (pour diverses raisons), l\u2019histoire de ces vagues d\u2019immigration est fort pertinente pour l\u2019intelligence de notre tissu social.L\u2019histoire, une science empirique?On pourrait encore s\u2019objecter à un tel éclairage pluraliste porté sur l\u2019histoire du Québec au nom d\u2019un certain empirisme historique.Comment nier, par exemple, qu\u2019on a cherché systématiquement à assimiler les Canadiens français au cours d\u2019une longue période?Certes les faits, les événements, des dates sont inéluctables; on ne saurait les accommoder aux goûts et aux modes de l\u2019heure.L\u2019histoire comporte une part d\u2019objectivité empirique.Seule l'histoire dégagera le sens des structures politiques, économiques, sociales et autres dans lesquelles nous vivons.L\u2019historiographie n\u2019en subit pas moins de remarquables changements.Car la réalité historique se laisse percevoir sous des angles divers.Ainsi on a insisté autrefois sur le caractère religieux des origines.Plus tard, on a mis en relief 1 aliénation d\u2019un peuple conquis.Ensuite, on s\u2019est attaché aux aspects économiques et sociaux de notre passé.Pourquoi les nécessités de la construction d\u2019une culture publique commune ne nous entraîneraient-elles pas vers l\u2019histoire d\u2019un pluralisme parfois timide, parfois récusé, qui n\u2019en a pas moins fait son chemin et constitué la trame du devenir social québécois?Étudier l'histoire, n\u2019est-ce pas toujours faire des choix?Tous les événements ne peuvent être retenus.On retient habituellement ceux auxquels 25 on veut bien donner un sens, une pertinence en fonction de nos préoccupations contemporaines.L\u2019histoire est le laboratoire de constantes redécouvertes.Ce qui apparaissait trivial hier devient tout à coup chargé de signification aujourd\u2019hui.L\u2019histoire peut encore donner lieu à des débats intenses, à diverses interprétations, diverses écoles de pensées.On dit souvent au sujet des affrontements contemporains : seule l\u2019histoire tranchera, nous révélera qui aura eu raison.Mais il arrive souvent que rien n\u2019est encore certain après des siècles.Il arrive aussi que tel personnage soit considéré comme un héros à telle époque, par telles personnes et comme un mécréant selon d\u2019autres à d\u2019autres moments.Ainsi dans notre histoire, qui dira si Papineau est plus grand que Lafontaine, si Wilfrid Laurier aura eu raison contre Henri Bourassa, si le libre-échange aurait été bienfaisant en 1911, si Lionel Groulx ou Norman Bethune ont été clairvoyants, si la révolution tranquille ouvrait la voie vers la souveraineté?La compréhension de notre histoire nous amène à l\u2019histoire universelle.L\u2019histoire est faite de réalités incontournables et d\u2019événements en quête de sens.C est à partir des réalités qui nous ont imposé de vivre ensemble que nous donnerons un sens à la chronologie à la lumière de nos aspirations communautaires contemporaines.Une histoire bien enseignée et L\u2019histoire est donc une discipline qui, tout en comportant une part d\u2019objectivité scientifique, demeure malléable, ouverte à divers éclairages, à diverses interprétations.Il est donc permis d\u2019y voir la genèse de notre culture publique commune.On peut donc s\u2019inspirer des événements passés, voire des erreurs ou des occasions ratées, pour construire une nouvelle identité collective, pour donner un sens à l\u2019évolution de notre communauté politique, pour conforter nos appartenances.26 bien accordée au dynamisme de notre évolution cultuelle pourra s\u2019avérer créatrice de solidarités et contribuer par là à développer le sens des responsabilités sociales et d\u2019une citoyenneté plus éclairée.Mais, de grâce, n\u2019ayons pas peur d\u2019y plonger, de former des historiens, des professeurs d\u2019histoire.N\u2019allons pas croire, non plus, que les jeunes ne s\u2019y intéresseront pas.C\u2019est le contraire qui est vrai.Nos contemporains sont séduits par le département historique.Le succès des médiévales de Québec en témoigne éloquemment.Et que dire des films historiques?Pourquoi notre histoire à nous, celle des bâtisseurs du Québec ne pourrait-elle pertinemment éclairée et bien enseignée, soulever les passions de nouvelles générations d\u2019étudiants?Il en va de l\u2019équilibre mental d\u2019une société qui affiche toujours sa devise : Je me souviens! ?La force du Québec: son histoire! À l'occasion de son 10e anniversaire, Cap-aux-Diamants, la revue nationale d'hisl du Québec, a fait paraître le volumineux nu Dix rendez-vous avec notre histoire.Découvrez-y: ?\tUn Québec divisé: le référendum de 1980.Octobre 70: l'occasion rêvée! i/ La Révolution tranquille: une invention?La grande crise de 1929.\u2022/ La Confédération et ses opposants.?\tL'Affaire Riel.\\/ Les Indiens et la Conquête.Aussi, d'autres textes, des rubriques et une multitude de photographies et illustrations d'époque.Abonnez-vous et recevez gratuitement ce numéro spécial 1 an: 26$ (4 nos) 2 ans: 48$ (8 n\u201c) Tél.:(418) 656-5040 C.P.609, suce.Haute-Ville Québec (Québec) G1R4S2 La passion de Chistoire l')S5 - 1995 I AMANTS On peut donc s\u2019inspirer des événements passés, voire des erreurs ou des occasions ratées.27 La baisse de la natalité au Québec et son corollaire, le vieillissement de la population, font l\u2019objet de nombreuses études qui décrivent, outre l\u2019ampleur de tels phénomènes, leurs conséquences économiques et sociales.Dans la conjoncture actuelle, il est normal que les effets les plus connus - et les plus craints - du vieillissement démographique soient la hausse des coûts reliés aux soins de santé ainsi que des cotisations versées pour les pensions de retraite.Pourtant, l\u2019accroissement de la proportion de Laurent personnes âgées au sein de la population totale Martel1 affecte de nombreux autres secteurs d\u2019activité d\u2019un pays que sa seule économie.L\u2019an dernier, un démographe2 déclarait publiquement que le vieillissement nuisait à la cause souverainiste car l\u2019attitude des personnes âgées, appelées à devenir de plus en plus nombreuses d\u2019ici 55 ans, est caractérisée par le conservatisme et la crainte du changement.En fait, cette affirmation se situe tout à fait à l\u2019intérieur d\u2019un courant de pensée qui a comme point de départ que le vieillissement d\u2019une population est forcément négatif, puisqu\u2019il constitue une menace à la croissance économique, une augmentation du fardeau des inactifs pour les actifs et, à long terme, une décroissance voire l\u2019extinction du peuple en question.Doit-on vraiment voir le vieillissement comme une menace pour le projet de sou- 1\tM.Sc Démographie (Université de Montréal).Étudiant aux cycles supérieure de l'Institut d'Études Politiques de Paris.2\tT.John Samuel, dans un article publié dans Le Devoir du 17 août 1994.Le vieillissement est-il un obstacle au projet de souveraineté ?28 Très peu de démographes ont osé marier politique et démographie.La composition de la population électorale Très peu de démographes ont osé marier politique et démographie.En fait, l\u2019histoire nous montre que ce mélange est souvent explosif! Les récentes études démolinguistiques ou celles sur l\u2019immigration réalisées par des démographes l\u2019ont encore une fois prouvé : elles ont été sources de polémiques et de débats houleux sur la place publique.Seul un article\u201d de Desjardins et Légaré, paru en 1977, faisait état de l\u2019impact de l\u2019évolution de la structure par âge de la population sur l\u2019électorat.Il était alors mentionné que \u201c(.)les élections du 15 novembre 1976 ont marqué le point culminant au point de vue de la part des moins de 30 ans dans la population électorale : un tiers des individus en âge de voter se situaient alors dans cette catégorie\u201d.Depuis, cette population a constamment vieilli si bien qu'en 1995, on ne trouve que 21,1 % de jeunes parmi l\u2019électorat québécois.(Tableau 1) veraineté du Québec ?A priori, on peut penser qu\u2019effectivement, une plus grande fraction de personnes âgées au sein de la population électorale aura pour effet de réduire les chances d\u2019un OUI majoritaire au prochain référendum.L\u2019idée proposée par le Parti Québécois est plus téméraire et comporte davantage d\u2019incertitudes pour l\u2019avenir que l\u2019option du NON, ce qui ne rassemble pas les aînés sous la bannière du OUI.Tous les récents sondages3 4 le démontrent d\u2019ailleurs : c\u2019est pour le groupe d\u2019âge des 65 ans et plus que les intentions de vote en faveur du projet de souveraineté sont les plus faibles.Lors du référendum de 1980, il en était déjà de même.3\tCréatec - Crop Som de janvier 1995 ou SRC-CBC-Crop-Environnics du 2 au 8 février 1995.4\tDesjardins, Bertrand et Jacques Légaré (1977).\"Le vieillissement de la population du Québec : faits, causes et conséquences\" Critères 16 pp.143-169.29 Tableau 1.Composition de la population électorale, Québec, 1976-2025 \t1976\t1980\t1995\t2010\t2025 18-29 ans\t33,9\t32,3\t21,1\t18,7\t16,3 30-64 ans\t55,0\t55,7\t63,2\t62,1\t55,2 65 ans et +\t11,1\t12,0\t15,7\t19,2\t28,5 Total\t100\t100\t100\t100\t100 Source : Bureau de la statistique du Québec (1995).Projections démographique du Québec et de ses régions, 1991-2041 (scénario moyen).À l\u2019opposé, la proportion de personnes âgées passe de 11,1 % en 1976 à 15,7% en 1995.La perte encourue chez les jeunes n\u2019est donc pas récupérée entièrement par les \u201cplus vieux mais aussi par les adultes qui voient leur proportion augmenter de 1976 à 1995.Par contre, cette situation ne se répète pas au XXIe siècle : 1 augmentation des personnes âgées se fait aux dépens des deux autres groupes d'âge.En 2025, la situation sera telle que près d'une personne sur trois pouvant voter sera âgée d\u2019au moins 65 ans.5 En moins de 50 ans, la situation aura donc été complètement inversée au profit des plus vieux ! En 2025, la situation sera telle que près d\u2019une personne sur trois pouvant voter sera âgée d\u2019au moins 65 ans.Les conséquences Le vieillissement de l\u2019électorat est bel et bien inéluctable : les études démographiques ont maintes fois démontré qu\u2019une reprise de la natalité et une augmentation massive de l\u2019immigration ne suffiraient pas à endiguer ce processus, du moins à court et à moyen termes.Quelles en sont alors les conséquences pour le référendum sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec de 1995 ?Et s\u2019y il avait un référendum sur le même sujet en 2010 ou en 2025 (en maintenant l\u2019intervalle de 15 ans entre les référendums comme ce fut le cas entre 1980 et 1995), comment l\u2019évolution de la 5 Évidemment, ces résultats dépendent de la réalisation des hypothèses de fécondité, de mortalité et de migration dans le futur.30 structure de la population électorale modifierait-elle les résultats ?Pour répondre à ces questions, il est d\u2019abord nécessaire de savoir dans quelle proportion chacun des groupes d\u2019âge est favorable à l\u2019idée de l\u2019indépendance du Québec.À priori, les données de sondages varient beaucoup d\u2019une période à l\u2019autre.Malgré cela, il est remarquable de constater que la proportion de personnes âgées en faveur du OUI est relativement constante autour de 30%.C\u2019est chez les jeunes (18-29 ans) que l\u2019enthousiasme pour l\u2019option du oui est généralement le plus fort, soit de l\u2019ordre de 50%.Les adultes naviguent entre ces deux extrêmes : les récents sondages font état d\u2019une proportion qui oscille entre 42 et 48% environ en faveur de l\u2019option du Parti Québécois.L\u2019effet du vieillissement de l\u2019électorat n'a pas de grandes conséquences sur le résultat d\u2019un référendum sur la souveraineté.Lorsqu\u2019on applique ces intentions de vote aux compositions par âge des diverses années du Tableau 1, on réalise pleinement que l\u2019effet du vieillissement de l\u2019électorat n\u2019a pas de grandes conséquences sur le résultat d\u2019un référendum sur la souveraineté.Les calculs font état d\u2019une proportion de 45,8 % en faveur du OUI en 1976, 44,5 % en 1995, 43,7 % en 2010 et 42,2 % en 2025.Le résultat ne varie au maximum que de 3,6 points de pourcentage entre 1976 et 2025.Par contre, si les intentions de vote étaient plus radicales, c\u2019est à dire que si 100% des jeunes votaient OUI et 100 % des aînés votaient NON, la différence maximale entre 1976 et 2025 atteindrait 19 points de pourcentage.Conclusion À la vue des résultats, il est évident que ce qui importe, c\u2019est l\u2019écart entre l\u2019opinion des jeunes et celle des personnes âgées.Dire que le vieillissement de la population québécoise constitue une barrière de plus pour l\u2019indépendance du Québec en 1995 est certainement alarmiste.31 S\u2019il ne faut pas nier que l\u2019effet existe, il est plutôt diffus et ne joue que très peu sur les résultats.Les jeunes resteront plus nombreux que les personnes âgées au sein de la population électorale pendant encore une dizaine d\u2019années.Cela ne signifie pas qu\u2019au delà de l\u2019an 2005, les chances d\u2019un OUI à un référendum sur la souveraineté du Québec diminuent de façon importante! Ou alors il faudrait une grande divergence d\u2019opinion entre ces deux groupes, chose que la conjoncture politique rend plus difficile : les sondages les plus favorables à l\u2019option souverainiste ont d\u2019ailleurs été réalisés au lendemain de l\u2019échec constitutionnel du Lac Meech, suggérant que l\u2019électorat reste sensible à l\u2019actualité politique.La jeunesse conservera toujours son enthousiasme pour le changement et donc pour l\u2019option du Parti Québécois.Si la situation démographique du Québec influence les chances d\u2019un OUI à un référendum d\u2019aujourd\u2019hui ou de demain, ce pourrait même être dans le sens inverse de celui suggéré par T.John Samuel.En effet, l\u2019incertitude concernant l\u2019avenir réside davantage dans le comportement des futurs aînés ; on peut penser que la jeunesse conservera toujours son enthousiasme pour le changement et donc pour l\u2019option du Parti Québécois.Affirmer cependant que les personnes âgées voteront toujours massivement en faveur d\u2019un NON plus conservateur, c\u2019est faire l\u2019abstraction de l\u2019histoire des générations.6 La situation démographique du Québec nécessite de plus en plus le recours à des analyses et à des projections \u201cpar générations\u201d puisque le phénomène du baby-boom (1946-1965) y a été particulièrement fort.En 2010, les premières générations du baby-boom atteindront 65 ans, accélérant du même coup le gonflement de la proportion de personnes 6 Le mot \u201cgénération\" désigne ici un ensemble ayant à peu près le même âge mais dont le principal critère d'identification réside dans des expériences historiques communes dont elles ont tiré une commune vision du monde (Attias-Donfut, Claudine (1991).\u201cGénération et âge de la vie\", Paris, PUF, coll.Que sais-je ?, 126 pages.) et non dans son sens du rapport de filiation.32 En 2010, les premibes générations du baby-boom arriveront à la vieillesse chargés d\u2019une histoire unique : enfants de la liberté.âgées dans l\u2019électorat.Quinze ans plus tard, la population âgée de 65 ans et plus sera composée en majorité par les baby-boomers.Ils arriveront à la vieillesse chargés d\u2019une histoire unique : enfants de la liberté7, ce sont eux qui auront été les premiers témoins et les premiers animateurs du mouvement nationaliste québécois et qui auront élu pour la première fois le Parti Québécois (les jeunes âgés entre 18 et 29 ans en 1976 appartiennent tous à la génération du baby-boom).Sachant qu\u2019ils ont donc, pour beaucoup, embrassé la cause souverainiste étant jeunes, il est fort possible qu\u2019ils maintiendront leurs convictions à la vieillesse.Selon ce scénario, comme ne pas penser que les meilleures chances d\u2019un OUI à un référendum sur la souveraineté seront en 2025 ?Les personnes âgées d\u2019aujourd\u2019hui, adversaires d\u2019un OUI au référendum, auront alors disparu; l\u2019effet conjugué d\u2019un vote des jeunes traditionnellement favorables à l\u2019option du Parti Québécois et d\u2019un vote des baby-boomers restés souverainistes mais devenus âgés pourrait bien favoriser la cause indépendantiste.Le mystère est là : les baby-boomers resteront-ils fidèles à leurs idées de jeunesse ou seront-ils gagnés par un conservatisme incontrôlable.que d'autres appelleront un sain réalisme ?7 Selon Ricard, François (1994).\u201cLa génération lyrique.Essai sur la vie et l'oeuvre des premiers nés du baby-boom', Montréal, Editions Boréal, 282 pages.33 Une attitude actuelle très répandue, veut que l\u2019indépendance, ça ne soit pas sérieux.Elle serait une fantaisie d\u2019artistes, d\u2019intellectuels, de rêveurs.Les gens pragmatiques savent mieux utiliser leur énergie! Ce qui est sérieux, c\u2019est le commerce, les affaires, l\u2019argent! Je veux bien, et ne méprise rien de tout cela.En même temps, je me dis: les affaires?le corn- Paul-Émile merce?la production?Nous produisons déjà Roy tellement que nous n\u2019arrivons pas à vendre tous nos produits.Nous produisons tellement que nous sommes en train d\u2019empoisonner la planète.Et le chômage est plus répandu que jamais.Les vraies questions que devrait se poser notre société ne sont-elles pas plutôt celles-ci: Comment au Québec, donner du travail à tout le monde?Pourquoi tant de jeunes se suicident-ils?Pourquoi la natalité est-elle si faible au Québec et au Canada?Pourquoi les gens ont-ds si peu le goût de se reproduire, de se projeter dans leurs enfants, dans une nouvelle génération?Pourquoi les gens s\u2019évadent-ils si fréquemment dans les stupéfiants, la drogue, les sports, les amusements de toutes sortes?C\u2019est peut-être que les gens ne se sentent pas concernés dans cette société qui ne donne du travail qu\u2019à une portion toujours plus petite de citoyens.Peut-être parce qu\u2019on a l\u2019impression que cette société n\u2019existe pas pour les êtres humains, mais pour les affaires, le commerce, l\u2019argent.L\u2019indépendance ne réglera pas tout, me direz-vous, et j\u2019en suis parfaitement conscient.Quand un peuple prend son envol 34 Mais je suis tout aussi absolument convaincu que le refus du Québec par le Canada lors du rapatriement de la Constitution, ensuite de Meech et de Charlottetown, tous ces moments historiques dégradants ont contribué à imprimer, plus ou moins clairement, dans la conscience du Québécois, le sentiment que l\u2019accès à une vie nor-L'indépendance male, à la liberté, à son épanouissement lui était apporterait la interdit.Et remarquez bien, Meech n\u2019était rien, liberté, la dig- et Charlottetown encore bien moins.Tout cela était insuffisant, on ne faisait que quelques concessions, très minces, insignifiantes, humiliantes, et même cela était refusé.Comment un Québécois normal pouvait-il ne pas rager, ne pas se culpabiliser, ne pas se sentir séquestré?Même si l\u2019indépendance ne comportait aucun avantage commercial, financier ou politique, il faudrait la faire quand même, car elle apporterait quelque chose qui vaut infiniment plus que tout cela, la liberté, la dignité.Mais ma conviction absolue, c\u2019est que si l\u2019on ne fait pas d\u2019abord l\u2019indépendance pour les affaires, le commerce, la politique, elle comporterait des avantages dans tous ces domaines, parce qu\u2019elle assainirait le terreau dans lequel la vie se développe et donne tous ses fruits.Quoiqu\u2019il en soit, la parole de Benjamin Franklin reste toujours d\u2019une grande actualité: «Ceux qui abandonnent une liberté essentielle pour une sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité».?Abonnement à la Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française (revue trimestrielle):\t\t \tCANADA\tÉTRANGER Individus et institutions\t50$\t54$ Étudiants (avec pièce justificative)\t26$\t30$ Abonnements de soutien comprenant un don de 60$ à l'INAF pour lequel est émis un reçu pour fin d'impôt.\t110$\t114$ 261, av.Bloomfield Montréal\tH2V3R6 Tél.: (514) 278-2232\t Tout abonnement comprend la cotisation de membre à l'Institut d\u2019histoire de l'Amérique française\t\t 35 Faisons un pays comme on fait un enfant, par neige ou par automne, sous le couvert des arbres rouges près des bouleaux empanachés de plumes.Mettons-y nos fougues d\u2019outardes outran-cières, leurs jappements em-brouissaillés qui chevauchent le ciel.Que nos corps se cartogra-phient d\u2019amour tendre et que le visage du pays émerge de nos sangs mêlés, des longues écorces des canots à dos des rapides de la Jacques-Cartier.Qu\u2019il surgisse d\u2019un arroi de mésanges tatoué sur la neige fine de nos hivers, du perçage de nos coeurs, de chaque partie de notre corps, en prise directe avec nos âmes, de nos peurs de vieilles branches résineuses qui pétillent dans le feu de la Saint-Jean, de nos bégaiements de plaines d\u2019Abraham enfargés dans les fleurs de lys du tapis, de nos stérilités enfuies à tire d\u2019aile.Et les mots profus en l\u2019arbre poésie, prêts à cueillir, et la taie de floride retirée des yeux, nous enfilons nos bottes et boutonnons nos parkas.Les raquettes enfoncent dans la neige cartonnée, la neige tôlée, la neige pailletée, la neige croûtée, la neige granuleuse.Oh neige d\u2019abondance, aux mille chatoiements, aux personnalités comédiennes, tu nous balises les grands espaces, en fait une mise-en-scène grandiose.Où ils se profilent comme des géants.Et nos empreintes marquées dans ta mémoire à fleur de chair.Quand accepterons-nous le pays en ses neiges et de le fouler, le parcourir de nos traces souveraines.?Faisons un pays Marie Cholette Quand accepterons-nous le pays en ses neiges et de le fouler, le parcourir de nos traces sou- 36 Une figure plus cohérente de nous-mêmes ne pourra émerger que de cette prise de parole.».Fernand Dumont Une nation québécoise?Paul-Marcel Lemaire* Fernand Dumont occupe une place à part dans la conscience du Québec.La qualité exceptionnelle de ses écrits et de son enseignement, tout comme celle de ses engagement sociaux, religieux et politiques, lui a valu l\u2019estime de tous ses compatriotes, au-delà du cercle après tout limité des militants nationalistes.C\u2019est pourquoi la moindre prise de position de Dumont ne peut que retenir l\u2019attention car on sait, au départ, quelle a été longuement réfléchie et que son expression publique de résulte jamais d\u2019une quête de gloriole.Ainsi en est-il des lignes qu\u2019il consacrait à notre nation dans son récent livre, Raisons communes, et qui en ont étonné plusieurs.Voici les principaux passages incriminés: \u201cLe Québec n\u2019est pas une nation.On doit donc y récuser un projet de souveraineté qui aurait pour objectif d\u2019identifier nation et État; il y a ici des anglophones et des autochtones, et la nation francophone ne se limite pas au territoire québécois.on n\u2019a jamais manqué de proclamer que la communauté politique québécoise est l\u2019assise essentielle à la survie et au développement de la nation française en Amérique.En Amérique du Nord, nous sommes une toute petite population française sur un continent qui, pour le reste, est anglophone.L\u2019appui d\u2019une communauté politique spécifique est d\u2019une aveuglante nécessité.Veut-on, ainsi que beaucoup le laissent enten- * Auteur de Nous, Québécois.37 dre, créer un État-NATION?En tout cas, on parle couramment de nation québécoise.Ce qui est une erreur, sinon une mystification.Si nos concitoyens anglais du Québec ne se sentent pas appartenir à notre nation, si beaucoup d\u2019allophones y répugnent, si les autochtones s\u2019y refusent, puis-je les y englober par la magie du vocabulaire?L\u2019histoire a façonné une nation française en Amérique; par quelle décision subite pense-t-on la changer en une nation québécoise.Cependant, s\u2019il est exclu que l\u2019on s\u2019engage dans la fondation d\u2019un Etat national, il est certain que le projet de parfaire par la souveraineté une authentique commemunauté politique au Québec tient d\u2019abord au sort de la nation française en Amérique et à la constatation que la communauté politique en voie de consolidation au Canada ne garantit pas à cette nation les conditions indispensables de son développement.Bien plus, n étant pas synonyme de nation, la communauté politique est compatible avec des groupes nationaux différents, comme c\u2019est le cas le plus fréquent partout au monde.La nation anglaise aurait évidemment droit de cité comme telle dans la communauté politique québécoise; on en dira autant des nations autochtones.Comment répondre au problème crucial que l\u2019on commence à percevoir dans toute son acuité: qu\u2019est-ce qui maintient ensemble les Québécois?.Si culture de convergence il y a un jour, ce ne sera pas un composé de laboratoire ou de convention; ce sera la culture française.Sinon, la question d une communauté politique québécoise, souveraine ou provinciale, deviendra sans objet\u201d.1 1 Fernand Dumont, Raisons communes, Boréal, 1995, pp.55, 59-60, 63, 64, 66, 67 La culture est fondatrice précède le politique, comme le porche la nef de l\u2019église.38 Sans vouloir faire ici l\u2019exégèse de ces textes, à la fois clairs et subtils, dont la concision fait écho à une interprétation globale de notre histoire et de la pensée politique, on peut soulever à leur propos une question fondamentale: pourquoi Dumont se refuse-t-il à identifier la \u201csociété québécoise\u201d, dont il a magistralement retracé la \u201cgenèse\u201d2, à la nation du Québec?Pour de multiples raisons sans doute,dont certaines tiennent à ses convictions de savant, d\u2019autres à ses opinions de citoyen engagé.Et d'abord quelle idée se fait-il de la nation?La nation Lui qui connaît bien les écrits de Renan et une foule d\u2019autres grands textes sait fort bien que la \u201cnation\u201d caractérise, prioritairement, soit l\u2019appartenance affective à un groupement de culture particulière, soit le choix volontariste de vivre politiquement avec d\u2019autres sur le mode de la souveraineté démocratique.Ces deux aspects de la nation sont en réalité indissociables, mais la sociologie allemande, fidèle au folkgeist , a illustré le premier, tandis que Renan, dans la ligne de la Révolution française, a privilégié le second3.La tradition s\u2019était transformée de figure vivante de la fidélité à un idéal.Selon Dumont, la situation concrète du Québec ne permettrait pas de lier, sans solution de continuité, ces deux aspects de la nationalité, ni même de leur garder le même nom de \u201cnation\u201d.Le Québec d\u2019aujourd\u2019hui et de demain s\u2019esquisserait comme le mariage de la \u201cnation 2\tFernand Dumont, Genèse de la société québécoise, Boréal, 1993.Yvan Lamonde dit de ce livre qu\u2019il est \"un essai historique sur l\u2019émergence de la conscience de soi comme nation\u201d.Sans doute vrai si distinction est faite entre \"conscience de soi\u201d et constitution historique de la nation; mais Dumont parle aussi de \u201csociété québécoise\", qui a trouvé dans les relations \u201cCanadiens vs Anglais\u201d l\u2019un des ses refondements.3\tFernand Dumont, Raisons communes, p.52, note 1.Dumont écrit que \"Renan ne marque pas la différence entre nation et communauté politique sur laquelle je vais insister.C\u2019est qu\u2019il a manifestement à l\u2019esprit l\u2019État-nation dont la France est le prototype\".Deux questions se posent: quel type d\u2019État-nation Renan avait-il en vue?pour quelles raisons rapprochait-il la nation de l\u2019État sans l\u2019y noyer?39 française en Amérique\u201d et d\u2019une \u201ccommunauté de citoyens\u201d non pas pluriethnique mais plurielle, respectueuse des \u201cdifférences nationales\u201d, dans l\u2019adhésion de tous les citoyens aux droits et obligations issus d\u2019un État vraiment démocratique.C\u2019est en particulier l\u2019existence d\u2019une forte minorité anglophone, appartenant à une autre nation que celle des Franco-Québécois, qui le pousse à postuler cette nouvelle communauté politique où cohabiteraient à tout le moins deux nations différentes.Les idéologies ont joué un rôle important dans la constitution de la nation «canadienne française» Outre les énormes difficultés théoriques et pratiques que soulève une cohabitation de nations ainsi conçue et que nous rappelle brutalement l\u2019actualité internationale, Dumont ne nous dit rien de l\u2019aménagement concret des relations entre la majorité francophone et la minorité anglophone.Le statut des minorités allophones n\u2019en serait que plus confus et incertain.Que deviendraient-elles dans la nouvelle communauté politique?Seraient-elles abandonnées à elles-mêmes, invitées à s\u2019intégrer à la majorité francophone, ou laissées libres de continuer à s\u2019assimiler à la minorité anglophone, toujours bien pourvue de moyens à cet égard?Mais, au lieu de supputer l\u2019avenir, essayons de voir ce qui \u201cmotive\u201d en profondeur la position de Dumont.Sa vision de la nation ne semble pas accorder au champ politique un rôle fondateur dans la constitution de la nation.Celle-ci est essentiellement un \u201cgroupement par référence\u201d, qui se distingue et s\u2019absente désorganisation politique\" ou du \u201cgroupement par intégration\u201d4.Il n\u2019y a pas d\u2019interpénétration entre les deux domaines.Chez Dumont, comme chez nombre d\u2019auteurs importants, Castoriadis par exemple, c\u2019est plutôt la culture qui est fondatrice, qui précède le politique, comme le porche la nef de l\u2019église, c\u2019est elle qui fabrique la nation et en fait un groupe d\u2019apparte- 4 Fernand Dumont, Genèse de la société québécoise, p.342 40 nance, de reconnaissance mutuelle et de sécurité affective.Outre cette constante et ferme distinction entre politique et nation, il y a dans l\u2019oeuvre de Dumont une fréquente critique de la \u201cnation\u201d et de son sous-produit, le \u201cnationalisme\u201d, parce que ces deux phénomènes plus ou moins imaginaires, plus ou moins \u201cidéologiques\u201d, ont souvent joué, dans l\u2019histoire du Québec, le rôle de camisole de force, de \u201ccoque mythique\u201d étouffante5, précisément parce qu\u2019ils tendaient à imposer des modèles de comportement et même de pensée plutôt autoritaires, favorisant l\u2019unanimisme plus que le pluralisme.Dumont trouve dans l\u2019histoire de la nation au Québec de multiples occasions de pratiquer la critique culturelle.Mais, ce faisant, ne risque-t-il pas de s\u2019enfermer dans une définition trop exclusivement culturelle de la nation?En ce sens, n\u2019est-il pas plus tributaire de l\u2019ancienne représentation collective (mis à part l\u2019agricultu-risme et la mission spirituelle), illustrée au mieux par Lionel Groulx, que des nouvelles représentations du Québec qui ont commencé de voir le jour dès la fin du deuxième conflit mondial, notamment avec 1 Ecole historique de Montréal?Dumont ne voit d'avenir pour la «nation française d'Amérique» que dans la souveraineté politique du Québec.Répondre positivement à cette question serait faire preuve d\u2019une méconnaissance radicale de la manière de Dumont, en plus de sa remarquable culture historique.Il n\u2019aime pas se laisser acculer aux alternatives qui nous sont familières; il préfère changer les termes de la question, la poser de façon neuve en faisant appel à des facteurs oubliés.Il a brillamment montré, par exemple, que les \"idéologies\u201d de la \u201cnation\u201d et, plus tard, du \u201cnationalisme\u201d ont finalement empêché la collectivité québécoise de devenir une véritable nation moderne.Ce rôle d\u2019obstruction a été joué, pour des raisons opposées, par les vieilles idéolo- 5 Fernand Dumont, De quelques obstacles à la prise de conscience chez les Canadien Cité libre, 19, janv.1958, p.27 41 gies de la survivance, mais aussi par une partie des idéologies nouvelles, celles qui ont enveloppé dans le même rejet méprisant le nationalisme et notre passé, après les années 60.De grands historiens de chez nous ont vu depuis longtemps que la tradition s\u2019était transformée \u201cde figure vivante de la fidélité à un idéal.(en)lieu d\u2019une illusion collective\u201d6.Dumont va plus loin.Il déniche cette illusion proprement idéologique au creux des mouvements et des stoppages culturels qui ont présidé à la genèse de notre société car, selon lui, la culture collective, comme milieu de vie et comme horizon de pensée, garde une sorte de primauté dans la constitution et la conscience d\u2019un peuple, celui du Québec en particulier.Chez lui, la communitas, la communauté ou le groupement fait de croyances et de forte solidarité, au sein d\u2019une terre longuement habitée ou d\u2019une tradition transmise de génération en génération, est le premier, mais non le seul, lieu d\u2019identification collective.Dès que l\u2019histoire vécue amène cette communauté à se distinguer de ses voisines, à s\u2019identifier en se donnant soit des légendes ou des mythes fondateurs, soit une histoire racontée, soit une mission dans le monde, elle commence à devenir une nation.Comme toute réalité vivante et évolutive, elle n\u2019échappe pas à la règle de toute vie: croître ou disparaître.Comment progresser pour exister, voilà la question.Peut-elle changer de nom si l\u2019histoire l\u2019a changée?Peut-elle faire l\u2019économie de l\u2019accession à l\u2019indépendance politique?C\u2019est sur ces questions vitales que les membres d\u2019une même communauté, ainsi que leurs savants ou experts, peuvent se départager et même s\u2019opposer violemment.Certains prétendent qu\u2019une nation n\u2019existe pas vraiment sans État souverain, ou ne peut exister longtemps sans lui; d\u2019autres (Trudeau en était) 6 Jean Lamarre, À la jointure de la conscience et de la culture, in L'horizon de la culture.Hommage à Fernand Dumont, PUL, 1995, p.295 « Trop de démocratie peut ruiner la démocratie».42 vont jusqu\u2019à nier à toute communauté culturelle le nom de nation, le réservant à des pays ou états constitués à partir des seuls droits individuels, au-delà de toutes les appartenances \u201ctribales\u201d.Comme toujours, la difficile vérité se niche sans doute quelque part entre ces deux extrêmes.L\u2019honnêteté oblige, cependant, à reconnaître dès le départ que la réponse à ces questions est toujours téléguidée, en partie du moins, par certaines croyances, politiques et autres, par une éducation, une sensibilité et une expériences particulières, toutes choses éminemment humaines, \u201condoyantes et diverses\u201d, qui donnent naissance à des préconceptions politiques, à la fois inévitables et difficiles à dépister, appelées \u201cidéologies\u201d.Dumont n\u2019échappe pas plus que quiconque à ces fatalités.Il est antidémocratique de vouloir faire cohabiter différentes communautés qui ne seraient unies que par un contrat politique.L\u2019observation et la désignation des idéologies, chez soi comme chez les autres, sont indispensables, ne fût-ce que pour se prémunir contre l\u2019intolérance et le fanatisme, qui accompagnent facilement l\u2019idéologie lorsqu\u2019elle veut rester invisible.Cette mise au jour sert aussi à mieux discerner, éventuellement orienter, des pratiques sociales, y compris des pratiques politiques, qui ne se réduisent pas à l\u2019idéologie.Par exemple, comme l\u2019a brillamment montré Dumont, les idéologies ont joué un rôle important dans la constitution de la nation \u201ccanadienne-française\u201d; mais toute l\u2019histoire de ce peuple, toute son évolution sociale, culturelle, économique et proprement politique ont travaillé dans le même sens.En ces matières si complexes, les historiens, sociologues, ethnologues, tout comme les autres citoyens, peuvent diverger dans leur interprétation.Par exemple, certains analystes québécois 7 peuvent attribuer, plus que ne le fait Dumont, un rôle très important aux pratiques politiques dans 1 édification de la nation \u201cquébécoise\u201d, dans la 7 André-J .Bélanger, La culture politique: et la lune descend sur le temple qui fut.\\n L\u2019horizon de la culture, pp.201 à 216.43 mesure où elles débordent largement la politique \u201cprofessionnelle\u201d.Selon eux, toute expression publique, festive ou conflictuelle, de la solidarité sociale, tout contrôle social de ce qui fait obstacle à ce lien social, sont pratiques politiques avant la lettre, politique pré-politicienne, tout autant que démarches culturelles.S\u2019ils ont raison, et j\u2019aurais tendance à les suivre, le politique, c\u2019est-à-dire le champ de l\u2019action politique, qui excède de loin toute organisation politique et même tout projet collectif, n\u2019aura-t-il pas dans l\u2019avenir une importance encore plus grande pour l\u2019affirmation de cette nation?L\u2019idéologie du multiculturalisme n\u2019a servi que de paravent pseudo-démocratique à l\u2019expansionnisme anglophone.La nation est-elle intrinsèquement politique?Dumont le souhaite aussi, puisqu\u2019il ne voit d\u2019avenir pour la \u201cnation française d\u2019Amérique\u201d que dans la souveraineté politique du Québec, mais chez lui les relations politiques entre la nation francophone et la nouvelle société politique restent, pour ainsi dire, tributaires des contacts externes et des influences réciproques.Dans son schéma, la nation qui est la nôtre ne développe pas ses virtualités politiques internes pour les pousser à leur plénitude.Si elle choisit la souveraineté politique, c\u2019est plutôt pour s\u2019associer à la \u201cnation canadienne-anglaise\u201d, vivant au Québec, et aux autres \u201cethnies\u201d, afin de former avec elles une nouvelle \u201ccommunauté de citoyens\u201d.Et pourquoi encore?La \u201cfragile\u201d nation francophone a besoin d\u2019un \u201cappui\u201d, d\u2019un tuteur pour se tenir debout et se développer.L\u2019État souverain prend l\u2019allure d\u2019une béquille, estimable et indispensable certes, mais béquille quand même d\u2019une nation handicapée à vie, vaincue à jamais.Avant de soulever d\u2019autres questions et d\u2019émettre certaines réticences, reconnaissons que cette position de Dumont s\u2019enracine dans un rare 44 sens démocratique (mais quelqu\u2019un a dit: \u201cTrop de démocratie peut ruiner la démocratie\u201d).Elle manifeste, au-delà d\u2019un attachement profond à la langue française et à la culture francophone du Québec, une généreuse acceptation du pluralisme culturel, notamment une reconnaissance sans ambages de la place et du rôle des anglophones dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.il se refuse totalement à un enfermement quelconque du futur pays dans une québécité d\u2019origine et même de langue françaises.C\u2019est d\u2019abord pour éviter cette confusion, qui serait exclusion de tout ce qui n\u2019est pas \u201cquébécois pure laine\u201d, qu\u2019il se refuse à parler de \u201cnation québécoise\u201d pour aujourd\u2019hui et pour demain.Tout vrai démocrate lui saura gré de plaider haut et fort contre toute exclusion, contre tout chauvinisme franco-québécois qui voudrait bouder l\u2019apport des anglophones, mais aussi des allophones, à la construction du Québec de demain.Le respect des droits de la personne n'a jamais fait à lui seul une politique juste.La démocratie exige de dire ces choses clairement, même si elles ne sont pas toujours \u201cpoli- Cet accueil et ce souhait d'un Québec authentiquement pluriel conduisent-ils Dumont à souscrire au multiculturalisme de confection canadienne, plutôt Canadian.Sûrement pas.Ses écrits et ses déclarations à ce sujet sont parfaitement clairs.L\u2019histoire passée, comme l\u2019histoire présente, au Canada, en Europe et ailleurs montre abondamment qu\u2019il est impossible et antidémocratique de vouloir faire cohabiter dans un même lieu, avec les mêmes privilèges politiques et culturels, soi-disant sur un pied d\u2019égalité, différentes communautés qui ne seraient unies que par un contrat politique.Pourquoi?Parce que la communauté majoritaire, par le nombre et par l\u2019histoire, doit normalement jouir des droits de la majorité afin que soient assurés le bon équilibre et l\u2019harmonie de la société, dans le respect des droits des minorités.45 tiquement correctes\u201d, de sorte que les discours officiels ou savants reflètent bien les comportements réels.Au Canada, surtout depuis le temps de Trudeau, l\u2019idéologie du multiculturalisme, comme il a été rappelé souvent, récemment encore par Neil Bissondath, n\u2019a servi que de paravent pseudo-démocratique à l\u2019expansionnisme anglophone, au mépris des autres cultures, y compris la culture (franco-québécoise).Dumont tient sensiblement cette critique, à une différence près qui n\u2019est pas négligeable: il répugne à utiliser les notions de \u201cmajorité\u201d et de \u201cminorités\u201d, pourtant difficiles à éviter dans la description et la régulation des liens sociaux.Ces appellations, comme quantité de vocables, peuvent certes se prêter à des abus, mais elles ne dénotent comme telles rien d\u2019autre qu un poids démographique et historique.A les éviter systématiquement, la critique du communautarisme s\u2019en trouve affaiblie.Dumont préfère avancer une autre argumentation, fort généreuse mais peut-être trop abstraite.Le respect des droits de la personne n\u2019a jamais fait à lui seul une politique juste.C\u2019est parce que la société ne peut être fissurée en ghettos communautaires et qu\u2019elle doit être unifiée autour d\u2019un idéal collectif, que Dumont refuse le communautarisme.L\u2019idéal politique réside dans la construction d\u2019un Etat souverain capable de travailler librement à assurer l\u2019égalité de tous les citoyens devant la loi, mais aussi l\u2019égalité de leurs chances dans tous les domaines de leur existence.Sont québécois tous ceux, à commencer par les amérindiens et les anglophones, qui se sont installés ici avec le désir d'y rester.Ce démocratisme vigoureux l\u2019amène à refuser fermement l\u2019État-nation, conçu comme le lien d\u2019identification absolue entre un État et une nation préexistante, en l\u2019occurrence la nation francophone vivant au Québec.On ne peut que souscrire à un tel démocratisme et même au rejet d\u2019un tel État-nation, où l\u2019État serait totalement subordonné aux intérêts d\u2019une nation, fut-elle 46 déjà plurielle, et non pas ethnique, comme celle du Québec français d\u2019aujourd\u2019hui.Chez Dumont s\u2019ajoute à cette mise en garde une vieille méfiance à l\u2019égard de l\u2019État, qu\u2019il a peut-être héritée de ses fréquentations du marxisme.Il ne souhaite nullement que l\u2019État prolonge, comme il a eu tendance à le faire depuis 35 ans, le contrôle panoptique exercé autrefois par la nation8.Entre état et nation L\u2019État canadien, n\u2019agit pas de façon démocratique lorsqu'il piétine les solidarités collectives.Une double question nous tenaille, cependant.D\u2019abord, ne peut-on penser autrement les rapports entre État et Nation?Ne peut-on concevoir et souhaiter un statut où l\u2019État servirait de médiation pour amener toute une société à former une Nation nouvelle, qui serait tout à la fois culturelle et civique?Cette nation miserait avant tout, pour s\u2019édifier sur des fondements concrets, sur l\u2019épanouissement de sa principale composante culturelle et politique, la \u201cnation\u201d francophone du Québec.Il n\u2019y aurait plus alors de hiatus, mais complémentarité organique, entre la nouvelle communauté politique souveraine et la déjà ancienne nation francophone.On pourrait alors en toute vérité parler de 'nation québécoise\u201d pour désigner ce nouvel ensemble politique, où l\u2019ancien et le nouveau se compénètrent, où le groupe majoritaire passe contrat avec toutes les minorités, présentes et à venir, ainsi qu\u2019avec les \u201cpremières nations\u201d amérindiennes, pour servir de catalyseur, de ferment d\u2019intégration sociale et politique, pour former avec elles un peuple nouveau, solidaire et fraternel, ouvert sur le monde.8 Fernand Dumont, La vigile du Québec, HMH, 1971: \u201cLa nation était devenue le lieu de convergence d\u2019une doctrine, d\u2019un système assumant l\u2019ensemble des grands objectifs sociaux.L'obsession de la survivance nous avait fait mettre ensemble, à couvert du national, \u201cnotre langue,nos institutions, nos droits\u201d.Nous avions un peu perdu de vue la diversité et le dynamisme propre de chacun de ces secteurs du réel\u2019Xpp.79-80).47 Dumont utilise volontiers le mot \u201cquébécois\u201d, pour qualifier nombre de réalités d\u2019ici, à commencer par ses habitants de toute origine.Après tout, c\u2019est lui qui a fondé et longtemps dirigé le remarquable Institut québécois de recherche sur la culture.Mais il refuse d\u2019accoler l\u2019expression de \u201cnation québécoise soit à la communauté qui s\u2019est formée ici depuis des lustres, soit à la communauté politique à venir.Cette restriction traduit, sans doute, un profond respect d\u2019une certaine histoire passée, ainsi qu\u2019une ferme volonté de bannir tout ethnocentrisme.Il est vrai qu\u2019une partie de nos ancêtres canadiens-français ont essaimé aux États-Unis et dans les provinces aujourd\u2019hui anglophones du Canada: dans quelle mesure leurs descendants se reconnaissent-ils encore dans ce groupe majoritaire qui est resté au Québec et qui y a beaucoup évolué depuis un siècle?Il est vrai aussi qu\u2019une poignée d\u2019entre nous voudrait réserver le mot \u201cquébécois\u201d au groupe francophone d\u2019origine française, qui s\u2019est développé ici depuis plus de quatre siècles.Pourtant, pour la vaste majorité, sont québécois tous ceux, à commencer par les amérindiens et les anglophones, qui se sont installés ici avec le désir d\u2019y rester et veulent nouer des liens avec le groupe fondateur et adopter sa langue comme médiation de communication.Comme il a été dit souvent, il y a une part de métissage démographique dans la nation québécoise, comme dans toutes les nations contemporaines.Ce métissage est encore plus évident quand il s agit de la culture collective.Les deux principaux groupes minoritaire susmentionnés, mais aussi d\u2019autres groupes (on pense aux Juifs, aux Italiens, aux Chinois, etc.), ont imprimé leur marque sur notre culture d origine et en ont été façonnés à leur tour.Dans cette marmite interculturelle qu\u2019est devenu le Québec apparaît une nouvelle culture québécoise, qui a mitonné dans la langue En cette fin de siècle, la démocratie doit se réconcilier avec l'idée de nation.48 et la culture françaises, mais qui a intégré beaucoup d\u2019ingrédients étrangers.Il semble que c\u2019est à cette nouvelle culture québécoise de jouer le rôle de \u201cculture de convergence\u201d dans la nouvelle communauté politique; elle ne pourra y arriver sans cette solidarité sociale et cette communion politique qui ne sont rien d\u2019autre que le coeur battant de la nation.La deuxième question concerne l\u2019exercice concret de la démocratie.À cet égard, tout le XXe siècle rappelle deux choses.D\u2019abord qu\u2019un État soi-disant démocratique, comme l\u2019État canadien, n\u2019agit pas de façon démocratique lorsqu\u2019il piétine les solidarités collectives, tout à la fois culturelles et politiques, lorsqu\u2019il traite tous ses commettants comme des pions indifférenciés et interchangeables sur l\u2019échiquier administratif.De plus, maintes sociétés démocratiques ont fait fausse route, sont tombées dans l\u2019abstraction pseudo-démocratique, fruit habituel de la bureaucratisation, en abandonnant à des associations volontaires ou à quelque partie de droite plus ou moins fascisant la défense et l\u2019illustration des intérêts communautaires, des héritages nationaux.La nation est une réalité à la fois culturelle et politique, institutionnelle et subjective.En cette fin de siècle, la démocratie doit se réconcilier avec l\u2019idée de nation, au sens traditionnel de communauté culturelle à statut politique, tout en la poussant à se dépasser, à s(e)\u2019a-grandir dans la réalisation de la nation civique, de la communauté de citoyens.Cette sensibilité judicieusement et modérément nationaliste rejoint la double préoccupation, si chère à Dumont et si importante dans le contexte mondial actuel, pour la revitalisation des cultures collectives et pour l\u2019édification de communautés politiques vraiment accueillantes et tolérantes.En voulant réhabiliter la nation dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui et celui de demain, ferons-nous oeuvre d\u2019anachronisme antédiluvien, de rupture 49 avec la pensée politique contemporaine?Il en va tout autrement.Vers une nation québécoise achevée S\u2019il est un problème qui se dégage clairement de la démarche que nous venons de faire, dans les pas de Dumont, c\u2019est bien celui des relations entre nation et État.Il ne se réduit évidemment pas aux coordonnées très étroites d\u2019une ethnie qui pourrait ou non se donner un État pour soi seul, donc un État proprement ethnique.Ce type d\u2019États-nations est en réalité fort peu répandu dans le monde et ne correspond à aucun des pays modernes, petits ou grands, qui sont tous des États métissés, même si une langue et une tradition culturelle y prédominent.Aucun esprit sérieux ne rêve d un tel Etat pour le Quebec.Le problème est donc ailleurs.Les États modernes, qui nous retiennent ici, prétendent tous être des nations, à deux titres différents, que nous avons rappelés au départ: soit ils se réclament d\u2019une tradition, d\u2019une histoire et de coutumes particulières, en un mot d une culture, soit ils mettent de l\u2019avant un pacte politique spécifique, auquel adhèrent librement tous les citoyens.En réalité, ces deux aspects de la nation se retrouvent dans tous les pays, selon des dosages variés et des sensibilités particulières.Ce fait massif, irréfutable, devrait guider le Québec, qui n\u2019est pas seul au monde, vers un avenir moins crispé par des peurs et des culpabilités qui n\u2019ont rien à voir avec la réalité.Pourtant, les objecteurs de conscience, qui se voient souvent dans le miroir tendu par certains anglophones, ne desarment pas aussi facile-ment.Leur plaidoyer le plus fréquent, quand il devient un peu cohérent, se ramène à ceci: pourquoi la nation francophone du Québec ne resterait-elle pas dans le présent régime fédéral, La nation ne commence à exister que dans cette jonction entre des institutions, des coutumes, un mode de vie, et un sentiment d\u2019appartenance.50 Une nation n'est pas politique par accident ou par supplément, mais par nature.puisqu\u2019elle a réussi à y survivre et même à s\u2019y affirmer?pourquoi faudrait-il tenter cette aventure de la souveraineté politique, pleine d\u2019inconnus et de risques?Outre leur portée symptomatique relative à l\u2019inconscient ravagé de maints Québécois, ces propos révèlent une profonde méconnaissance de ce qu\u2019est une nation, de sa complexité et, surtout, de sa vitalité évolutive.C est pourquoi il peut être utile de revenir sur certaines définitions, non pour le plaisir de couper les cheveux en quatre, mais dans l\u2019espoir qu\u2019une certaine clarification puisse stimuler des esprits honnêtes mais effarouchés.Arrêtons-nous un moment sur les idées de nation et de nationalisme, avant de retrouver une dernière fois les rapports entre État et nation.Nation et communauté La nation, sous quelque face qu'on l\u2019observe, est une réalité duale: à la fois culturelle et politique, institutionnelle et subjective, para-étatique et étatique, inachevée et en quête d achèvement.Précisons un peu afin de mieux voir, espérons-le, comment nation et communauté politique peuvent et doivent, dans la majorité des cas, se conjuguer démocratiquement.La nation ne qualifie pas n'importe quel regroupement humain, mais celui qui a traversé le temps, des siècles même, et s\u2019est bâti une identité à travers une histoire continue.Dumont insiste à juste titre sur cette idée de \u201ccontinuité\u201d, comme caractéristique de la nation, à l\u2019opposé des associations volontaristes et bien datées, comme 1 ONU ou Greenpeace.La \u201cnaissance d une nation est une expression métaphorique qui désigne tout au plus quelque événement particulièrement marquant dans l\u2019histoire de la communauté.L histoire s\u2019emploie plutôt à retracer sa longue genèse, faite d\u2019événements et de mouvements sociaux, mais aussi d\u2019images et de légen- 51 des; nombre de \u201ccausalités\u201d génétiques resteront toujours inconnues.Car la nation est aussi l\u2019espace, reçu et construit, d\u2019actes volontaires, d\u2019adhésion consciente, de la part d\u2019individus leaders et de la masse active, c\u2019est-à-dire du peuple; on parle alors de \u201cconscience historique\u201d, de \u201csentiment national\u201d, pour caractériser cette solidarité vécue, sentie de façon plus ou moins intense selon la conjoncture.La nation ne commence à exister que dans cette jonction entre des institutions, des coutumes, un mode de vie, et un sentiment d appartenance, partagé par tous les membres, qui leur fait dire: \u201cIci, dans ce groupe et en ce lieu, c\u2019est chez moi\u201d.Un authentique statut étatique ne peut résulter que de la volonté populaire, qui s'exprime démocratiquement.Est-ce là une expérience et une réalité purement culturelles?Certes non, puisqu\u2019elles portent toutes les deux sur l\u2019être-ensemble et le bien commun du groupe, ce que les Grecs appelaient la polis, la cité.L\u2019objection qui vient tout de suite: il n\u2019y pas de politique sans structure politique et sans pouvoir politique.Précisément, tout groupe devenu national possède de telles structures et de tels pouvoirs, mais ils sont souvent disséminés, émiettés, dans des institutions et des relations humaines qui ne sont pas explicitement politiques.La \u201cpolitisation\u201d d\u2019un groupe national ne se confond nullement avec l\u2019institution étatique, qui est le trop-plein du politique, comme Dumont l\u2019a bien souligné.C\u2019est dire qu\u2019une nation n\u2019est pas politique par accident ou par supplément, mais par nature; si elle possède un dynamisme culturel, elle est poussée de 1 intérieur par une énergie politique, qui est instinct et désir d\u2019être-mieux-ensemble, qui procure au groupe d\u2019abord un statut para-étatique, puis recherche habituellement un statut étatique.Pour une nation comme celle du Québec, un authentique statut étatique ne peut résulter que de la volonté populaire, qui s\u2019exprime démocratiquement.Un peuple se choisit lui-même et se donne une constitution pour devenir une nation 52 civique accomplie, pour conférer à ses citoyens, à tous ceux qui adoptent ce peuple ou en font déjà partie la nationalité en même temps que la citoyenneté.Dans la foulée de Marcel Mauss, de Weber et déjà de Hegel, Raymond Aron parle alors de \u201cnation achevée\u201d.L\u2019expression manifeste par elle-même qu\u2019il y a continuité entre la nation de type historico-ethnologique et la nation civique.La nation achevée est à la fois élective et naturelle: des citoyens de tous horizons élisent, pour la transformer, une nation déjà donnée, une nation qui fait depuis longtemps partie de leur décor, qui est devenue une seconde nature, qui colle à leur peau, qui les rassemble en elle depuis des lustres.Ces deux propriétés, l\u2019électivité et la naturalité, sont indissociables dans la nation civique.L élection fait passer au régime universel,celui de l\u2019autodétermination en toutes matières internes et externes, celui de la loi pour tous, des droits de l\u2019homme et du citoyen, un particulier national que le peuple veut conserver.Dans la nation achevée se rencontrent, pour une dialectique et une fécondation interminables, l\u2019universel et le particulier, sans qu\u2019il soit possible de trancher le paradoxe de leur cohabitation.Rappelons que toute la pensée de Dumont se nourrit de cette tension paradoxale.S\u2019il ne l\u2019a pas retrouvée au sein même de l\u2019État souverain du Québec, c\u2019est que, à ses yeux, il y a solution de continuité entre nation et communauté civique.Dans la nation achevée se rencontrent l\u2019universel et le particulier, sans qu\u2019il soit possible de trancher le paradoxe de leur conhabitation.Pourtant, dans le passage de la nation eth-nologique à la nation civique, il y a un dépassement, un saut transcendantal qui est une sorte d éloignement des particularismes nationaux.La sociologue Dominique Schnapper, la fille de Raymond Aron, en parle admirablement dans un livre récent9.Comme son père, elle reste fidèle au libéralisme humaniste et à la philosophie des Lumières.Comme lui, elle dénonce vigoureusement les nationalismes fanatiques et 9 Dominique Schnapper, La communauté des citoyens.Sur l'idée moderne de nation.NRF Essais, Gallimard, 1994 53 les représentations de la nation qui les soutiennent et justifient.Son essai est d\u2019abord une défense, fort bien documentée et charpentée, des différents types démocratiques de nations civiques.Ses retrouvailles, pour ainsi dire involontaires, avec la nation ethnologique, qu\u2019elle appelle malheureusement \u201cethnie \u201d, n\u2019en sont que plus remarquables.La nécessaire abstraction, ou dégagement des particularismes culturels, que présuppose la fondation de la nation civique, doit être corrigée par une attention constructive aux moeurs nationales, faute de quoi cette nation, comme une fleur sans racines, risque de se dessécher et de devenir, dans l\u2019indifférence générale, la proie des bureaucrates et des manipulateurs.\u201cSi (la nation démocratique) se constitue en dépassant les enracinements particuliers, elle se maintient en entretenant et en développant des sentiments, immédiatement donnés dans l\u2019ethnie par la socialisation familiale, mais qui doivent être construits par la nation, pour créer le sentiment d\u2019appartenance et de participation grâce auquel peut se perpétuer un collectif.Pour donner corps à la communauté abstraite qu\u2019est la nation, (l\u2019État) devait aussi soutenir l\u2019élan national par des appels à une ethnicité -langue, histoire et mythologies nationales-, qu\u2019il contribuait à construire10\u201d.Plus loin, après des pages hésitantes à force de subtiles distinctions, elle avance cette formule on ne peut plus claire: \u201cDans la mesure même où la nation n\u2019est pas une pure abstraction, où elle s\u2019inscrit dans une société et une culture particulières.\u201d'1.Une nation inachevée comme celle du Québec, ne peut passer au statut de nation achevée que par le projet politique de la souveraineté.Le nationalisme moderne et démocratique est appelé au même dépassement et à la même fidélité.Dumont le disait déjà il y a 25 ans, à une 10\tDominique Schnapper, op.cit.pp.135-136.11\tDominique Schnapper, op.cit.p.141 12\tFernand Dumont, Tâches prochaines du nationalisme, in La vigile du Québec, pp.77 à 90 54 époque particulièrement troublée12.Qu\u2019est-ce donc que ce nationalisme pour aujourd\u2019hui?Il n\u2019est pas d\u2019abord idéologie, mais fierté d\u2019appartenir à telle communauté humaine particulière, volonté de cohérence dans l\u2019existence politique, souci actif et vigilant pour le mieux-être de cette société nationale.Il se nourrit avant tout du respect du passé national, de la confiance dans les possibilités du présent et d\u2019un idéal généreux et décidé pour l\u2019avenir.A ces traits du nationalisme qui s\u2019apparentent fort au simple patriotisme peut s\u2019ajouter une idéologie nationaliste proprement dite qui, elle, se donne une représentation globale de l\u2019histoire de la nation, pour répondre à une conjoncture actuelle et chercher des motivations à l\u2019action.Cette idéologie peut être soit relative, mesurée et tolérante, soit absolue, sans mesure, cultivée pour elle-même.Il n\u2019est nullement fatal qu\u2019une idéologie nationaliste devienne totalitaire.Elle se pervertit et devient dangereuse lorsqu\u2019elle s\u2019éloigne des liens et des besoins concrets de la communauté, et lorsqu\u2019elle diabolise tous ceux qui ne pensent pas comme elle.A partir de ces distinctions, on pourrait peut-être faire le diagnostic du nationalisme au Québec, pour constater que, loin d\u2019être un corps musclé et vigoureux, il a plutôt le souffle court et les jambes flageolantes.Le projet politique Un peuple, comme celui du Québec, ne peut constituer une nation civique que s\u2019il s\u2019est en même temps dit «oui à lui-même».Pour récapituler et conclure, disons qu\u2019une nation inachevée, comme celle du Québec, ne peut passer au statut de nation achevée que par le projet politique de la souveraineté.Quand ce projet est démocratique, comme c\u2019est le cas au Québec, il poursuit deux objectifs inséparables.Le premier est de se donner un État souverain pour consolider la nation ethnologique, majoritaire par le nombre et l\u2019histoire; le second est de constituer, par la médiation de cet État nouveau, 55 une communauté de citoyens, une nation civique, qui transcende les particularismes de la nation fondatrice et ceux des minorités venues s\u2019y adjoindre, pour rassembler tous les citoyens autour de certaines valeurs politiques communes.Cependant, il n\u2019y a de vraie transcendance nationale que dans l\u2019affirmation concomitante de l\u2019immanence.Un peuple, comme celui du Québec, ne peut constituer une nation civique vraiment ouverte à tous ceux qui veulent en être, une nation dont le premier critère soit l\u2019égalité de tous les citoyens, que s\u2019il s\u2019est en même temps dit \u201coui à lui-même\u201d.Est-il besoin d\u2019insister et de rappeler que cette ouverture aux autres au sein du Québec et cette volonté d\u2019égalité démocratique appartiennent à l\u2019essence même du projet souverainiste, alors que les alliances, de nature politique ou économique, peuvent ou non s\u2019y ajouter?A écouter certains discours souverainistes, on pourrait croire que le Québec ne deviendrait souverain que pour mieux assurer le libre-échange ou la sécurité économique, au mieux que pour avoir la possibilité de s\u2019associer à d\u2019autres pays.Dans les pages qui précèdent, on a voulu réconcilier de l'intérieur et dans une vision plus directement politique de la nation, deux \u201créalités\u201d distinguées jusqu\u2019à la séparation par Dumont,en fonction d\u2019un certain contexte historique, celle de la communauté culturelle et celle de la communauté politique.Ainsi pouvons-nous mieux \u201craccorder ce que la survivance avait dissocié, réconcilier la communauté nationale avec un grand projet politique\u201d13.?13 Fernand Dumont, Genèse de ta société québécoise, p.335 56 Hélène Pelletier-Baillargeon Fernand Dumont Jean Ethier-Blais Jean-Marc Léger* Conçus à la fois comme l\u2019occasion d\u2019un constat, comme un lieu de réflexion et comme le moyen d\u2019un nouveau départ, les États généraux de l\u2019éducation seront naturellement conduits à dégager quelques priorités, tant sous l\u2019angle de l\u2019analyse de situation que sous celui des conditions de redressement.Parmi ces priorités, au premier rang d\u2019entre elles, s\u2019inscrit la question des contenus de l\u2019enseignement dans les divers cycles et aux divers niveaux, c\u2019est-à-dire la reconnaissance des disciplines considérées comme fondamentales dans la formation des jeunes Québécois (de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle), la place respective de ces disciplines dans les programmes d\u2019enseignement, de même que leurs relations entre elles.L\u2019Histoire, élément essentiel de la formation des futurs citoyens Parmi les disciplines qui sont essentielles à la formation de base de l\u2019enfant et de l\u2019adolescent et qui, en conséquence, doivent figurer au premier plan du programme d\u2019études, se trouve 1 histoire, entendue à la fois comme histoire nationale et comme histoire universelle.Et reconnaître à l\u2019histoire une place importante, cela doit se traduire par des actes concrets comme l\u2019attribution d\u2019une tranche horaire significative et l\u2019étalement de cet enseignement sur l\u2019ensemble du cursus, depuis le niveau primaire jusqu\u2019au col- * Pour le Conseil d'administration de la Fondation et du Centre de recherche Lionel-Groulx.57 POURQUOI L\u2019HISTOIRE?Pourquoi donc, nous demandent encore certaines personnes, faut-il accorder pareille importance à l\u2019histoire, pourquoi la considérer comme l\u2019une des disciplines de base?A cette question fort légitime, nous répondons: pour trois raisons principales et impératives, particulièrement en cette veille du 2le siècle.Ces trois raisons se résument ainsi: 1) l\u2019histoire permet à l\u2019enfant et à l\u2019adolescent de se situer dans le temps et dans l\u2019espace, à la fois comme individu et comme membre d\u2019une collectivité, d\u2019un peuple, elle lui permet aussi de mesurer et de comprendre l\u2019évolution des sociétés; 2) elle constitue un nécessaire et fécond apprentissage de la qualité, du statut de citoyen, citoyen d\u2019un pays donné mais aussi citoyen du monde, tout comme elle révèle l\u2019apport propre des générations successives au progrès commun, qu\u2019elle éveille ou renforce la notion de solidarité, dans le temps autant que dans l\u2019espace; 3) l\u2019histoire conforte chez les jeunes le sens vital de l\u2019appartenance, le sentiment de leur identité, la connaissance de leurs origines comme peuple et comme culture, connaissance qui à son tour entretient le respect de soi, la confiance en soi et, dès lors, une ouverture sans crainte et sans complexe vers l\u2019extérieur.Vecteur d\u2019avenir Il faut ajouter que l\u2019histoire, maîtresse de vie, (histoire nationale et universelle) aide les jeunes et les citoyens en général à penser, à préparer et à assumer l\u2019avenir.Et on ne peut prévoir demain que si on connaît parfaitement hier: il est bien connu que les immémorants sont des imprévoyants.Aussi, a-t-on pu dire justement que «priver les jeunes de leur histoire, c\u2019est à la fois les spolier de leur héritage, les mutiler dans leur âme et les interdire d\u2019avenir».L'histoire permet à l\u2019enfant et à l\u2019adolescent de se situer dans le temps et dans l\u2019espace.58 L\u2019histoire, est avec la langue maternelle, l\u2019une des deux disciplines qui, à la fois préservent l\u2019identité, favorisent la rencontre des cultures et peuvent conjurer le péril de l\u2019uniformisation.Bref, peu d\u2019époques ont eu autant que la nôtre besoin d\u2019un commerce étroit et permanent avec l\u2019histoire et peu de peuples sont autant que le nôtre pressés par la géographie et par la conjoncture, de trouver dans leur histoire des raisons de durer et d\u2019innover, des leçons de persévérance et d\u2019inventivité.En somme, bien plus qu\u2019un lieu de connaissances, quelle qu'en puisse être l\u2019importance, l\u2019histoire est un élément essentiel de la culture, un des facteurs de la formation de base, par quoi le monde et son peuple se révèlent à l\u2019enfant, ce par quoi il apprend le sens de la durée et les raisons de durer.Elle est par nature porteuse d\u2019avenir.Les jeunes Néo-Québécois L'histoire est un élément essentiel de la culture, un des facteurs de la formation de hase.Il y a aujourd\u2019hui, de surcroît, une autre et pressante raison de rendre à l\u2019histoire, surtout l\u2019histoire nationale, une place importante tout au long du cursus scolaire: c\u2019est la présence parmi nous, et dès lors dans nos écoles, d\u2019une importante population immigrée aux origines très variées.L\u2019intégration de ces Néo-Québécois, nécessaire et d\u2019ailleurs souhaitée logiquement par la plupart d\u2019entre eux (sans quoi l\u2019immigration n\u2019a pas de sens) suppose au premier chef l\u2019acquisition progressive d\u2019une connaissance approfondie de la société d\u2019accueil.Et celle-ci a le devoir insigne envers elle-même et envers ses nouveaux membres (sinon, elle les considère en permanence comme éléments étrangers) de dispenser un enseignement de l\u2019histoire nationale d\u2019autant plus poussé et étendu qu\u2019il s\u2019adresse à des enfants en état de découverte, en quête d\u2019intégration.59 Il est bien connu que lecole constitue dans les sociétés modernes, autant que le milieu de travail et le milieu d\u2019habitation, et parfois davantage, un facteur-clé du processus d\u2019intégration.Nombre de jeunes Néo-Québécois réclament eux-mêmes un véritable enseignement de l\u2019histoire du Canada français et s\u2019étonnent d\u2019ailleurs de l\u2019ignorance de leur propre histoire dont témoignent leurs jeunes collègues québécois.L\u2019école constitue dans les sociétés modernes, facteur-clé du processus d\u2019intégration.LA PLACE DE L\u2019HISTOIRE, HIER ET AUJOURD\u2019HUI Jusqu\u2019au début des années soixante, l\u2019enseignement de l\u2019histoire chez nous, en particulier de l\u2019histoire nationale, occupait une place considérable dans les programmes du niveau primaire et du niveau secondaire, ce dernier embrassant ou incluant la tranche qui constituerait plus tard le \u201cniveau collégial\u201d.Si on tient compte d\u2019autres disciplines voisines de l\u2019histoire ou comportant une dimension \u201chistoire\u201d, on peut considérer que celle-ci occupait globalement une place digne de son importance, sinon parfaitement satisfaisante.Ainsi, à l\u2019école primaire, à partir de la 3e année, l\u2019histoire (d\u2019abord l\u2019histoire nationale uniquement, et universelle à compter de la 7e année) occupait de une heure et demie à deux heures par semaine.Si on y ajoute ce qui s\u2019appelait alors \u201cl\u2019histoire sainte\u201d, élément non-négligeable de l\u2019initiation à l\u2019histoire de l\u2019Antiquité autant qu\u2019à la Bible, cela faisait aisément deux heures d\u2019histoire par semaine, voire un peu plus.Cet enseignement était naturellement dispensé, comme celui des autres matières, par l\u2019instituteur, titulaire unique de la classe.Au niveau secondaire, alors représenté principalement par les collèges classiques, l'enseignement de l\u2019histoire occupait environ trois heures de l\u2019horaire hebdomadaire, et cela dans chaque classe, depuis les \u201céléments latins\u201d à la classe de 60 \u201crhétorique\u201d selon la terminologie d\u2019alors.En ce qui a trait à l\u2019histoire nationale, on reprenait, en approfondissant, ce qui avait déjà été vu sommairement à l\u2019école primaire et on allait jusqu\u2019au traité de Westminster (1931); pour l\u2019histoire universelle, on étudiait, selon un déroulement chronologique, l\u2019Antiquité, le Moyen Age, les Temps modernes, l\u2019époque contemporaine, celle-ci s\u2019achevant avec la fin de la première guerre mondiale.Le temps consacré à l\u2019histoire dépassait nettement les trois heures par semaine, si on tient compte de disciplines complémentaires comme l\u2019histoire de la littérature (française, surtout) et l\u2019histoire de l\u2019Église.Au terme d\u2019une scolarité moyenne de onze années, le jeune Québécois d\u2019avant I960 avait fréquenté l\u2019histoire pendant huit ou neuf ans, à raison de deux, trois ou quatre heures par semaine, au minimum.Si on retient une moyenne de trois heures, cela représentait environ 850 heures.Un rapide effondrement Le temps consacré à l'histoire est d\u2019environ cent heures d\u2019histoire nationale en 4e année secondaire.Aujourd\u2019hui, le temps consacré à l\u2019histoire est d\u2019environ deux cents heures, soit cent heures d\u2019histoire universelle, en 2e année de secondaire et cent heures d\u2019histoire nationale en 4e année secondaire.En d\u2019autres mots, on ne \u201cfait\u201d de l\u2019histoire que pendant deux années, 2e et 4e secondaire, et on est contraint de parcourir au pas de course, d\u2019abord l\u2019histoire de l\u2019humanité en cent heures, puis dans le même laps de temps les quatre siècles et demi de U\u2019histoire du Canada\u201d.Ainsi, en peu d\u2019années, l\u2019histoire a été dramatiquement réduite à la portion congrue.Certes, on a institué à l\u2019école primaire une initiation aux sciences humaines qui correspond à deux heures par semaine et dont l\u2019histoire nationale fait partie en principe.Mais le contenu exact de cette période hebdomadaire est laissé à 61 l\u2019appréciation de l\u2019enseignant qui peut choisir entre quatre matières et répartir le temps alloué à chacune.De surcroît, on constatait voici trois ans que moins de 40% des commissions scolaires exigeaient le respect de l\u2019attribution d\u2019une plage de deux heures aux sciences humaines.Facteurs aggravants Pour ce qui est du secondaire, niveau déterminant dans la formation de base des élèves, l\u2019histoire (matière obligatoire il est vrai) n\u2019est désormais présente que deux années sur cinq, l\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale n\u2019étant dispensé que dans la quatrième année.Comme il y a de fortes chances pour que l\u2019élève n\u2019ait pas fait d\u2019histoire nationale au primaire et comme il n\u2019en fera pas au collège, cela veut dire qu\u2019il n\u2019aura été sensibilisé à sa propre histoire, celle de son peuple, que pendant une année, une centaine d\u2019heures (4 périodes de 50 minutes par semaine pendant 30 semaines) pour survoler au pas de course, quatre siècles et demi (1534-1990).L\u2019histoire générale ou universelle n\u2019est pas mieux lotie avec 100 heures aussi, (dans ce cas en deuxième année) pour survoler l\u2019aventure de l\u2019homme des origines à nos jours.De surcroît, même si ce cours est obligatoire, les élèves ne sont pas tenus de réussir l\u2019examen.On devine dès lors la force de leur motivation et l\u2019importance qu\u2019ils attacheront ultérieurement à l\u2019histoire.Notons qu\u2019il existe un programme d\u2019histoire contemporaine en 5e secondaire (dernière version en 1993) mais il est purement optionnel et n\u2019attire que la nette minorité des élèves.D\u2019ailleurs, il appartient aux commissions scolaires d\u2019offrir ou non cet enseignement dans les établissements de leur circonscription: aussi, seule la minorité des écoles secondaires le proposent.L\u2019enseignement devrait accompagner le cheminement du jeune, depuis le primaire jusqu\u2019à la fin du secondaire au moins, de préférence jusau\u2019à la fin du cycle collégial.La sensible diminution du temps consacré à l\u2019enseignement de l\u2019histoire, nationale et uni- 62 verselle, se trouve aggravée par d\u2019autres facteurs, en particulier la disparition de disciplines qui rejoignaient directement ou indirectement l\u2019histoire comme l\u2019histoire de la littérature, l\u2019étude des littératures grecque et latine, l\u2019histoire de l\u2019Église, etc.Par ailleurs, la solution de continuité (histoire générale en 2e, histoire nationale en 4e) dans l\u2019enseignement d\u2019une matière est toujours néfaste, sans compter que s\u2019agissant de l\u2019histoire nationale, elle devrait accompagner le cheminement du jeune, depuis le primaire jusqu\u2019à la fin du secondaire au moins, de préférence jusqu\u2019à la fin du cycle collégial.En France, l\u2019histoire est redevenue matière fondamentale et obligatoire au primaire, au collège et au lycée.Il est vrai que la remise en cause de la place de l\u2019histoire dans la formation de base s\u2019est produite dans la plupart des pays occidentaux, à partir des années cinquante: ce fut le cas notamment aux États-Unis mais aussi dans les principaux pays de l\u2019Europe occidentale, sans que le phénomène toutefois y ait été aussi radical que chez nous.Dès la fin des années soixante, on observait un retour du balancier, avec le résultat que dans la plupart de ces pays (Italie, Prance, Royaume-Uni), l\u2019histoire a retrouvé entre 1970 et 1985 sa place et son importance traditionnelles.En Prance, à l\u2019issue d\u2019une étude commandée par le Ministère de l\u2019éducation et de deux colloques nationaux, l\u2019histoire est redevenue matière fondamentale et obligatoire au primaire, au collège et au lycée (l\u2019équivalent en gros de notre école secondaire et de notre collège).Il faut souligner aussi que l\u2019histoire dans la plupart des pays occidentaux est enseignée dans chacune des classes de chaque cycle: il n\u2019y a pas de rupture comme c\u2019est le cas chez nous.Un paradoxe québécois La restauration dans les horaires de larges périodes dévolues à l\u2019histoire s\u2019accompagne d\u2019un 63 retour à ce qu\u2019on appelle l\u2019enseignement chronologique, du moins pour le primaire et le premier cycle du secondaire.L\u2019enquête de la Commission Girault en France avait fait ressortir le besoin de revenir à un enseignement qui exprime une continuité et donne des repères aux élèves: événements et acteurs, faits dominants et grands personnages.Cela ne constituait nullement le rejet de l\u2019histoire thématique, considérée comme nécessaire dans une phase ultérieure, le deuxième cycle du secondaire, avec le développement de l\u2019histoire des idées, de l\u2019histoire économique et de l\u2019histoire sociale.Depuis 1982, pour en revenir au Québec, l\u2019histoire constitue de nouveau une matière obligatoire dans les classes où est elle est enseignée, et la réussite de l\u2019épreuve d\u2019histoire est nécessaire à l\u2019issue de la classe de 4e secondaire.Cela ne saurait masquer ni le caractère superficiel d\u2019un enseignement de l\u2019histoire nationale réduit à cent heures, ni les effets néfastes d\u2019un enseignement dispensé pendant une seule des onze années de scolarité obligatoire, alors que l\u2019imprégnation suppose un enseignement étalé tout au long des cycles primaire et secondaire (et même durant les deux années du collégial).Le Québec aujourd'hui est l'une des sociétés occidentales où la part faite à l\u2019histoire est la plus mince.Au total, nous devons constater que le Québec aujourd\u2019hui est l\u2019une des sociétés occidentales où la part faite à l\u2019histoire est la plus mince, alors que son évolution et sa situation présente devraient entraîner un état de choses exactement contraire.QUELQUES EXEMPLES À L\u2019ÉTRANGER Si l\u2019école (entendue au sens large avec ses trois niveaux: primaire, secondaire et collégial) redevient le lieu par excellence des apprentissages fondamentaux et de la formation de base, l\u2019his- 64 L\u2019histoire permet à l\u2019enfant et à l\u2019adolescent de se situer dans le temps et dans l\u2019espace.L\u2019histoire doit naturellement y retrouver sa place, celle de la discipline majeure.toire doit naturellement y retrouver sa place, celle d\u2019une discipline majeure.Cela a trait non seulement au volume horaire mais aussi à la présence dans chaque année des trois cycles, à la formation des maîtres, à la qualité des manuels et plus largement des moyens didactiques.Cela explique que la plupart des pays occidentaux ont préservé ou restitué une place importante pour l\u2019histoire dans les programmes d\u2019enseignement des divers cycles.À titre d\u2019exemples, voici la situation actuelle de quelques pays.En Italie, enseignement de l\u2019histoire et de la géographie dans chaque classe (\u201cannée\u201d) du 2e cycle du primaire, des deux cycles du secondaire; 2 heures par semaine pour l\u2019histoire au primaire; 2 heures d\u2019histoire et 2 heures de géographie par semaine pendant chaque année de chacun des deux cycles du secondaire.A noter que l\u2019enseignement de l\u2019histoire est ainsi réparti sur neuf ans: une année, l\u2019histoire nationale, une année histoire de l\u2019Europe, une année histoire du monde.Cette trilogie est répétée trois fois.Chaque élève doit avoir son propre manuel, à raison d\u2019un manuel pour chaque cycle de trois ans.En France, l\u2019histoire est présente pendant les cinq années du primaire et les sept du se- condaire.selon la répartition suivante.Il y a deux heures d\u2019histoire et de géographie par semaine, pendant chacune des cinq années du primaire.Au niveau secondaire (collège), l\u2019histoire et la géographie occupent 2h30 par semaine de la 6e à la 3e inclusivement et 3h45 par semaine en classe de seconde.Au lycée (plus ou moins équivalent à notre collège), il y a 4 ou 5 heures par semaine selon les sections, pour l\u2019histoire et la gégogra-phie en classe de première et 3 ou 4 heures en classe terminale.65 Au Royaume-Uni, il y a un programme national de base pour toutes les disciplines pendant la durée de la scolarité obligatoire, de 5 à 16 ans inclus.Les onze années de scolarité sont réparties en quatre cycles de durée inégale.L\u2019histoire est matière obligatoire pendant les trois premiers cycles, soit pendant neuf années de sco- larité.Depuis le 1er août 1995, un nouveau programme national d\u2019enseignement de l\u2019histoire (avec les objectifs que les élèves doivent atteindre) est entré en vigueur pour les trois premiers cycles de l\u2019enseignement.Pendant les deux premiers cycles (six ans), l\u2019enseignement porte principalement sur l\u2019histoire nationale mais aussi sur l\u2019Antiquité grecque et romaine.Pendant le troisième cycle, le temps est divisé en gros comme suit: deux tiers pour l\u2019histoire nationale, un tiers pour l\u2019histoire universelle avec accent mis sur l\u2019Europe.(Nous n\u2019avons pu obtenir de précisions sur la part de l\u2019horaire hebdomadaire consacré à l\u2019histoire).En Belgique (plus précisément, la Communauté française de Belgique, responsable de l\u2019éducation nationale pour la population francophone), voici la part faite à l'histoire dans l\u2019horaire hebdomadaire des programmes des divers cycles.Primaire - 2e cycle (3e et 4e année) et 3e cycle (5e et 6e année), lh 1/2 par semaine.Secondaire - 1ère et 2ème année, 2 heures pour l\u2019histoire et 2 heures pour la géographie; 3e et 4e année, 2 heures pour l\u2019histoire; 5e et 6e année: 2 heures pour l\u2019histoire et 1 heure pour la géographie.C\u2019est dire que l\u2019histoire est présente pendant 4 des 6 années du primaire, et les 6 années du secondaire, soit au total 10 ans.En Italie, 2 heures par semaine pour l\u2019histoire au primaire; 2 heures d\u2019histoire et 2 heures de géographie par semaine pendant chaque année de chacun des deux cycles du secondaire.66 On notera que l\u2019enseignement fait la part à peu près égale à l\u2019histoire nationale et à l\u2019histoire universelle, y compris les grands phénomènes scientifiques, économiques et sociaux.L\u2019examen d\u2019histoire est éliminatoire en fin d\u2019année dans le secondaire, sauf en première.En France, l\u2019histoire est présente pendant les cinq années du primaire et les sept du secondaire.Au Royaume-Uni, l'histoire est matière obligatoire pendant neuf années de scolarité.En Belgique, l\u2019histoire est présente pendant 4 des 6 années du primaires, et les 6 années du secondaires.LES CONDITIONS DU RÉTABLISSEMENT Le rétablissement de l\u2019enseignement de l\u2019histoire à une place et dans des conditions correspondant à son importance est étroitement lié au renouveau du système éducatif et en particulier à la priorité accordée à la formation de base et à la culture générale.Ceci non seulement implique mais appelle cela: c\u2019est dans la mesure même où demain on reviendra aux valeurs fondamentales de l\u2019humanisme et au respect de l\u2019enfant que l\u2019histoire se retrouvera en première ligne, tout comme son déclin, hier, a coïncidé avec l\u2019appauvrissement général du système.Tout se tient en effet dans les choix que fait une société et il y a une sorte de logique inexorable dans les conséquences, sur les divers plans, des priorités retenues.Pour que l\u2019histoire, redevenue une des disciplines majeures, puisse remplir efficacement et durablement sa mission formatrice, il y faut quatre conditions principales a) une part précise et stable de l\u2019horaire hebdomadaire; b) un enseignement dispensé de façon continue sur une dizaine d\u2019années au moins, y compris au niveau du collège; c) une formation exigeante des professeurs d\u2019histoire (secondaire et collégial) avec au moins deux ans d\u2019enseignement d\u2019histoire et de solides notions d\u2019histoire pour l\u2019ensemble des futurs professeurs qui tous, doivent dans une certaine mesure et à leur façon, contribuer à diffuser la connaissance de l\u2019histoire comme celle de la 67 langue maternelle; d) des manuels adaptés aux divers niveaux, tant pour l\u2019histoire universelle que pour l\u2019histoire nationale.A)\tune part substantielle et stable de l\u2019horaire hebdomadaire: A la lumière de notre situation propre en Amérique du Nord et compte tenu des mesures appliquées dans nombre de pays occidentaux (comme nous l\u2019avons signalé précédemment), il nous semble nécessaire de prévoir les dispositions suivantes: 1)\tà l\u2019école primaire, à partir de la 3e année, une plage horaire précise pour l\u2019enseignement de l\u2019histoire, qui ne doit pas être fondu dans les «sciences humaines» mais être traité distinctement.Il nous paraît qu\u2019une heure par semaine en 3e et 4e année pour l\u2019histoire nationale est un strict minimum.En 5e ou 6e année, cette part hebdomadaire passerait à deux heures, et pourrait inclure des notions de géographie, dont les liens avec l\u2019histoire sont évidents.2)\tà l\u2019école secondaire, la part de l\u2019horaire consacrée à l\u2019histoire (cette fois, histoire universelle et histoire nationale) doit être de trois heures par semaine dans chaque classe, la géographie se voyant attribuer, distinctement, une heure pleine par semaine.3)\tIl faut d\u2019autre part introduire l\u2019enseignement obligatoire de l\u2019histoire au collège, aussi bien dans la fdière générale que dans la filière professionnelle.C\u2019était le cas dans les anciens «collèges classiques», dans les classes correspondant à l\u2019actuel cours collégial et on a vu qu\u2019il en va ainsi dans nombre de pays occidentaux.Il conviendrait de consacrer deux heures par semaine à l\u2019histoire et cela pendant deux ans.B)\tun enseignement continu: l\u2019enseignement de l\u2019histoire comme celui des autres disciplines fondamentales, (langue maternelle, mathéma- À l\u2019école primaire, une heure par semaine en 3e et 4e année pour l\u2019histoire nationale est le strict minimum.En 3e ou 6e année, cette part hebdomadaire passerait à deux heures.A l\u2019école secondaire, la part consacrée à l\u2019histoire doit être de trois heures par semaine dans chaque classe.68 tiques, etc.) appelle la durée, la continuité et ne saurait être un enseignement à éclipses.À cet égard, le système actuel est aussi aberrant qu\u2019inefficace.Absente à toutes fins utiles depuis le début du processus scolaire, l\u2019histoire surgit soudain en 2e secondaire comme l\u2019histoire universelle puis disparaît, refait surface en 4e, cette fois avec le visage de l\u2019histoire nationale, avant de s\u2019effacer définitivement.Il est nécessaire en restaurant l\u2019enseignement de l\u2019histoire d\u2019en assurer la continuité pendant au moins dix ans, soit depuis la 3e année du primaire jusqu\u2019à la fin de la 2e année du collégial, ce qui comprend naturellement toutes les classes du secondaire.Par là seulement peut être atteint un niveau d\u2019imprégnation suffisant pour que la conscience historique accompagne le jeune toute sa vie durant.L\u2019enseignement de l\u2019histoire appelle la durée, la continuité et ne saurait être un enseignement à éclipses.Il importe que l\u2019apprentissage de l\u2019histoire nationale et celui de l\u2019histoire universelle s\u2019étendent sur l\u2019ensemble du processus d\u2019enseignement et qu\u2019ils progressent simultanément.D\u2019ailleurs, les points de convergence sont nombreux, surtout dans notre cas, entre histoire nationale et histoire générale (ou universelle) puisqu\u2019elle rejoint depuis le 16e siècle jusqu\u2019au 20e siècle, celle de la France et du Royaume-Uni, tour à tour et, pour une part, celle des États-Unis.C) la formation des maîtres: Le problème de la formation des maîtres se pose sous deux aspects, la formation des professeurs d\u2019histoire évidemment mais aussi celle de l\u2019ensemble des enseignants, puisque tous assument une certaine responsabilité dans le développement du sens de l\u2019identité chez leurs élèves.Sur ce dernier point, il nous paraît nécessaire que les programmes de formation des enseignants du primaire fassent une part importante à l\u2019histoire nationale, puisque ces institutrices et insti- 69 tuteurs sont appelés à l\u2019enseigner comme les autres matières et, nous l\u2019espérons, seront appelés à l\u2019enseigner comme l\u2019une des disciplines de base.D\u2019autre part, tous les futurs professeurs du secondaire devraient, quelle que soit leur discipline propre, recevoir au titre de leur formation générale un enseignement de l\u2019histoire, nationale et universelle, qui les rende aptes ultérieurement à contribuer, fut-ce indirectement, à encourager chez l\u2019élève la conscience de l\u2019importance de l\u2019histoire.Il va de soi que l\u2019effort de formation doit porter surtout vers les futurs professeurs d\u2019histoire du secondaire, puisque c\u2019est eux qui assumeront la tâche essentielle et la principale responsabilité dans l\u2019enseignement rénové de l\u2019histoire.La durée de la formation devrait idéalement passer de trois à quatre ans mais ce qui importe d\u2019abord, c\u2019est de valoriser les contenus, qui ont été négligés depuis longtemps au profit des aspects psycho-pédagogiques.Dans toutes les disciplines, la qualité des maîtres, ce qui veut dire la qualité de leur formation, conditionne naturellement la qualité de leur enseignement et la réussite de leurs futurs élèves.Et si la réforme du système fondamental d\u2019enseignement comporte effectivement la restauration de l\u2019enseignement de l\u2019histoire, il sera d\u2019autant plus urgent de revoir le programme de formation des enseignants en liaison avec les responsables universitaires.D) Les outils - le manuel Comme il en va pour toute autre discipline, l\u2019initiation à l\u2019histoire suppose un éventail d\u2019instruments didactiques, d\u2019intérêt et d\u2019importance variables.Là aussi, la technologie est venue à l\u2019aide des enseignants, tant pour leur faciliter La qualité des maîtres conditionne naturellement la qualité de leur enseignement et la réussite de leurs futurs élèves.70 leurs propres recherches que pour les aider à rendre plus attrayantes ou plus vivantes leurs leçons.Il reste que l\u2019instrument de base est encore le manuel, s\u2019il est bien choisi, judicieusement exploité et utilisé pour inculquer à l\u2019adolescent l\u2019envie d\u2019aller au-delà, le désir de dépasser le manuel: c\u2019est lorsqu\u2019il a atteint pareil résultat, qu\u2019un professeur peut estimer avoir rempli sa mission.Pour le niveau collégial, il n\u2019y a à l\u2019heure actuelle et pour cause aucun manuel d\u2019histoire nationale.Pour le secondaire, la gamme de titres parmi lesquels peuvent choisir les professeurs est considérable et ces ouvrages, du moins pour l\u2019histoire nationale, sont généralement convenables, de contenu et de présentation.On peut toutefois regretter que, prenant sous cet aspect carrément le contrepied du temps jadis (comme s\u2019il fallait corriger un excès par un autre) nombre de ces manuels, sous prétexte d\u2019impartialité, adoptent une approche dite de neutralité.Or, l\u2019objectivité n\u2019est pas synonyme de neutralité, et moins encore d\u2019indifférence.Pour le niveau collégial, il n\u2019y a à l\u2019heure actuelle et pour cause aucun manuel d\u2019histoire nationale.Ces manuels, comme d\u2019ailleurs la structure du programme d\u2019histoire en général, (et cela vaut pour l\u2019histoire universelle comme pour l\u2019histoire nationale), doivent privilégier l\u2019approche chronologique indispensable pour que l\u2019enfant et l\u2019adolescent disposent de points de repère dans le déroulement du temps.Cela n\u2019exclut pas la pratique de l\u2019histoire thématique, en particulier au niveau du collège où elle se révèle d\u2019autant plus féconde que l\u2019élève possède déjà un cadre de référence dans lequel il situe naturellement les diverses dimensions de l\u2019évolution des sociétés humaines et peut mieux en apprécier l'interaction.71 CONCLUSION Dans le monde actuel (et plus encore, dans celui qui se dessine), le développement au sens le plus large du terme est désormais fonction du niveau intellectuel et moral autant que professionnel des citoyens.Cet impératif s\u2019impose davantage aux petits peuples et parmi eux aux peuples auxquels l\u2019histoire et la géographie ont conféré une singularité culturelle dont l\u2019affirmation est aussi nécessaire que la défense est exigeante.Un peuple qui entend maîtriser l\u2019avenir et s\u2019inscrire dans le mouvement de la modernité attache à l\u2019étude de son passé, comme d\u2019ailleurs à celle de l\u2019histoire universelle, une importance primordiale.La véritable présence au monde passe par la profondeur de l\u2019appartenance, par la vigueur de l\u2019enracinement, par le sens aigu de l\u2019identité.?I disponible en kiosques ou à nos bureaux: I 1212 Panet, Montréal, Qué., H2L 2Y7, tél.: 523-5998 I____________________________________________________________1 LE MAGAZINE DE VIE OUVRIÈRE 72 Le débat sur l\u2019enseignement collégial a pris une ampleur considérable au cours des dernières années.Les commissions parlementaires de l\u2019au- Le cégep: des missions, des objectifs, une stratégie accroître la réussite formation collégiale tomne tyyz et du printemps 1993 ainsi que le projet de renouveau auquel elles donnèrent lieu ont contribué à alimenter les discussions sur les moyens à prendre pour et améliorer la qualité de la François Beauregard Conseiller Service de recherche CEQ Des questions centrales se posent à nouveau au réseau de l\u2019enseignement collégial mais, cette fois-ci, c\u2019est dans le cadre inédit d\u2019une réflexion globale sur le système éducatif et d\u2019un débat public qu\u2019est convié l\u2019ensemble de la population.La double mission de formation préuniversitaire et technique doit-elle être maintenue?Quels objectifs d\u2019accès et de réussite peut-on réaliste-ment se donner, compte tenu des moyens dont nous disposons?Quelle stratégie de réussite faut-il mettre en oeuvre pour atteindre nos objectifs?Telles sont, à notre avis, quelques-unes des questions centrales que la Commission des Etats généraux ne saurait éluder.La première de ces questions et non la moindre, est celle-là même du maintien de cet ordre d\u2019enseignement dans sa conception originale.Réaffirmer la double mission des cégeps Le cégep fait souvent office de bouc émissaire des difficultés du système éducatif.Deux aspects 73 particuliers du cégep québécois lui valent de périodiques remises en question: son caractère quelque peu distinct en tant que lieu polyvalent de formation où se retrouve l\u2019enseignement préuniversitaire et technique et sa fonction charnière comme voie de passage obligée du secondaire à l\u2019université.La singularité du cégep québécois a très souvent fait l\u2019objet d\u2019exagérations.Une étude récente du Conseil des collèges1 sur l\u2019enseignement collégial et son équivalent, dans quelques provinces et pays, conclut qu\u2019il existe des différences majeures dans la façon dont les pays prennent en charge la scolarité des jeunes entre leur douzième et quatorzième année de scolarité.Il importe donc de démystifier le caractère distinct du cégep québécois, puisque chaque pays a un modèle de formation qui lui est en quelque sorte unique et qui est le produit de choix historiques.La polyvalence de la formation se justifie aujourd\u2019hui plus que jamais, alors que les personnes sont dorénavant appelées à changer d\u2019emploi plusieurs fois au cours d\u2019une vie.L\u2019évolution des fonctions sur le marché du travail nous indique d\u2019autre part que les nouvelles habiletés exigées renvoient à une forme ou à une autre de polyvalence: culture générale de base, aptitude à la formation, capacité de diagnostic et de résolution de problèmes, aptitude à la communication orale et à la communication écrite, etc.Les enquêtes2 auprès des employeurs démontrent la pertinence d\u2019une formation polyvalente au cégep.Dans une proportion très élevée (87 %), les employeurs affirment que la formation technique collégiale répond à leurs 1\tConseil des collèges, L\u2019Enseignement collégial ou son équivalent, dans quelques provinces et pays, Coll.Études et réflexions, avril 1992, p.310.2\tMESS, La formation technique au collégial: les employeurs se prononcent, octobre 1992.Dans une proportion très élevée
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