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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1996-11, Collections de BAnQ.

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[" Notre dossier L\u2019accession à la souveraineté par Henri Brun Jus 100 % naturel À la maison, au travail, partout, quand vous tirez votre «jus » d'ici, vous puisez vos watts à la source et vous êtes tout naturellement branchés sur une qualité de vie respectueuse de l'environnement et du bien-être de la collectivité.Bref, sur l'avenir ! QÎ Hydro Québec TABLE DES MATIERES NOVEMBRE 1996 5 Éditorial Rosaire Morin 9 Haro sur les parvenus de l\u2019urbanité Louis Cornellier 13 Aménagement linguistique en Lituanie Jonas Zilinskas 20 Derrière le multiculturalisme Jeanne Gagnon 29\tLe maire Bourque et le Québec Jean-Pierre Bonhomme 31 Le patriote de Lorimier Jean-François Nadeau 34 Les forces du Québec en éducation Jean-Claude Tardif 30\tL\u2019entreprenariat, une affaire de réseautage Pierre-André Julien 64 Le plan C André Synott 76 La triple mobilité des biens Rodrigue Tremblay 94 Notre patrimoine Les moulins de l\u2019île-aux-Coudres Laurence Lambert 97 Vers le fleurdelisé Luc Bouvier 108 À travers l\u2019actualité Rosaire Morin Comptes rendus de lecture 123 Les premières nations du Canada d\u2019Olive P.Dickason 130\tInexpérience Guyenne de Robert Laplante 131\tPlaidoyer pour le Québec de Daniel Latouche 133 La partition du Québec de Claude Charron 136 Lectures 149 Nos annonceurs Dossier 151 Les assises juridiques de l\u2019accession à la souveraineté Henri Brun COMITÉ ÉDITORIAL François Aquin, avocat, Montréal Louis Balthazar, politologue, Université Laval Claude Baribeau, anthropologue, Université Laval André Beauchamp, sociologue, Montréal Jules Bélanger, historien, Gaspé Jean-Guy Bissonnette, directeur de la recherche, Centraide Gérard Bouchard, sociologue, UQAC Henri Brun, constitutionnaliste, Université Laval Claudette Carbonneau, première vice-présidente, CSN Paul-André Comeau, journaliste, Montréal Marcel Couture, président, Le Devoir, Forces Fernand Daoust, administrateur, Fonds de Solidarité Bernard Descôteaux, rédacteur en chef, Le Devoir Nicole de Sève, conseillère, CEQ Clermont Dugas, géographe, UQAR Fernand Dumont, sociologue, Université Laval Andrée Ferretti, écrivaine, Cowansville Lucia Ferretti, vice-rectrice, UQAT Danielle Gagné, administratrice, Longueuil Alain-G.Gagnon, professeur, Université McGill Mona Gagnon, conseillère, FTQ Pierre Graveline, écrivain, éditeur, Montréal Jean-Claude Guérard, économiste, HEC Roger Guy, professeur, UQAT André Joyal, économiste, UQTR Pierre-André Julien, économiste, UQTR Jacques Lacoursière, historien Claude Lafleur, directeur général, UPA Danielle Lafontaine, sociologue, UQAR Guy Laforest, politologue, Université Laval Andrée Lajoie, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Lamonde, économiste, Fonds de Solidarité Simon Langlois, sociologue, Université Laval Colette Lanthier, psychologue, Secrétariat à l\u2019action communautaire Robert Laplante, sociologue, Ville de Montréal Alain Laramée, professeur, Télé-Université Léo-Paul Lauzon, professeur, UQAM Lise Lebrun, action communautaire, Montréal Jean-Marc Léger, directeur, Fondation Lionel-Groulx Pierre Marois, avocat, Saint-Lambert Yves Martin, sociologue, démographe, Lac Brome Suzanne Messier, démographe, ministère de l\u2019Éducation Denis Monière, politologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, sociologue, UQAT Ferdinand Ouellet, ex-sous-ministe, Saint-Roch-des-Aulnaies Michel Paillé, démographe, Conseil de la langue française Pierre Paquette, secrétaire général, CSN Micheline Paradis, directrice, Ma Caisse, Desjardins Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine, Outremont Henri-Paul Proulx, secrétaire général, Solidarité rurale Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Bruno Roy, président, Union des écrivaines et des écrivains Jean-Claude Tardif, conseiller, CEQ Hélène Tremblay, sociologue, UQAR Rodrigue Tremblay, économiste, Université de Montréal Daniel Turp, professeur titulaire, Université de Montréal Pierre Vadeboncœur, écrivain, Outremont Monique Vézina, présidente du MNQ Volume LXXXVI Numéro 9, Novembre 1996 Directeur Rosaire Morin Secrétaire de rédaction Laurence Lambert Administratrice Marie-Laure Prunier Analyse sociale Michel Rioux Nicole De Sève Éducation Jean-Claude Tardif Comité de rédaction Hélène-Andrée Bizier Jacques Brousseau Andrée Ferretti Robert Laplante Denis Monière Jean-François Nadeau Martin Poirier Michel Rioux Ronald-E.Laviolette Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Alain Laramée Pierre Nadeau Chistiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Infographie Composition Monika, Québec Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaboraeurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «L\u2019index des périodiques canadiens» depuis 1948, dans «périodex» depuis 1984, dans «Repères» publié par SDM Inc.et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans l\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.L\u2019ACTION NATIONALE 1259, rue Berri, bureau 320 Montréal H2L 4C7 Téléphone: (514) 845-8533 Télécopieur: (514) 286-8165 ÉDITORIAL Bouche cousue?.Dire la vérité est utile à celui à qui on le dit, mais désavantageuse à ceux qui la disent, parce qu\u2019ils se font haïr Pascal Rosaire Morin Une minute de silence est demandée.Debout, immobile, silencieux.Rendons un dernier hommage à Robert Bourassa.René Lévesque Cette minute de silence me rappelé l\u2019époque de René Lévesque.Pour ne pas nuire à la marche de l\u2019indépendance, la revue a passé beaucoup de vérité sous silence.Elle n\u2019a pas exprimé toujours ses opinions, ses sentiments.Elle a gardé le silence.Un silence boudeur que certains interprétaient comme approbateur.Mais un silence tout de même.Un silence coupable à certains égards.La revue et nombre d\u2019intellectuels avaient avalé leur langue.La mémoire leur rappelait les chicanes du Parti national, de 1 Action libérale nadonale et du Bloc populaire.La crainte des divisions intestines hantait leurs esprits et leurs jugements.Nous avions fait confiance à M.Lévesque.Nous ne voulions pas nuire à la marche de l\u2019indépendance.Alors que nous demeurions silencieux, les banquiers et leurs amis ont influencé M.Lévesque.Le L'ACTION NATIONALE .5 beau risque est apparu avec ses rêves et ses faiblesses.Il était trop tard pour la parole.L\u2019irréparable était consommé.L\u2019orientation présente La même erreur de jugement ne hante pas la direction de la revue.Toutes nos réflexions et tous nos travaux sont inspirés par l\u2019identité culturelle, par la réalité du «Québec coupé en deux», par la nécessaire mobilisation de l\u2019épargne et par l\u2019urgence de l\u2019indépendance.Le Québec doit devenir maître de son avenir.C\u2019est pour bâtir un vrai pays de langue française en Amérique que nous préconisons l\u2019indépendance.Quand on pense à l\u2019avenir d\u2019un pays, il faut être capable d\u2019espérer, de rêver et d\u2019innover.Une telle attitude est celle du «verre à moitié plein».L\u2019État du Québec travaille actuellement comme si le verre était à moitié vide.Le gouvernement imite ce qu\u2019il y a de plus conservateur.Il oublie de faire le procès du fédéralisme.Il a mis l\u2019indépendance en quarantaine.L\u2019Action nationale croit toujours que l\u2019indépendance est la seule voie du présent et de l\u2019avenir.Plus on tardera à la réaliser, plus les coûts sociaux s\u2019accroîtront pour les Québécoises et les Québécois.L\u2019indépendance représente la seule possibilité de bâtir une société meilleure et un pays démocratique de langue française.Comme c est avec le cœur que nos aïeux ont bâti le pays, c\u2019est avec le cœur que les Québécoises et les Québécois vont concevoir l\u2019avenir.Entre l\u2019arbre et l\u2019écorce Notre comportement ne plaît pas au père, au fils et à l\u2019âne.Nous devenons de plus en plus victimes de nos positions et de notre liberté d expression.Pascal avait raison.Notre message «est utile à celui à qui 6 \u2022 LACTION NATIONALE on le dit».Mais nous sommes tenus en otage par ceux-là même à qui le message est utile.Notre vie quotidienne n\u2019est pas facile.Depuis 1917, nous n avons pas reçu un seul sou du gouvernement fédéral.LÉtat du Québec n\u2019a pas souscrit à la revue plus de 40 000$ en 80 ans d\u2019activités.Quelque part, un personnage important, à sa bouche, nous a fait un signe de silence.Depuis 80 ans, les entreprises de langue anglaise n ont pas souscrit plus de 10 000$ à l\u2019ensemble de nos travaux.Elles observent un silence boudeur.La contribution de toutes les entreprises de langue française se situe environ à 120 000$ depuis 1917.Certaines sociétés nous coupent les vivres parce que nous n\u2019avons pas la langue dans leur poche.Des abonnés indépendantistes nous abandonnent parce que nous critiquons le gouvernement.Des lecteurs nous quittent parce qu\u2019ils sont déçus du Parti québécois.Démobilisés, ils ont perdu l\u2019espérance.Malgré tous les vents, la revue se développe.Elle regroupe des intellectuels qui réfléchissent, des hommes d\u2019affaires qui observent l\u2019horizon, des militants qui espèrent, des libéraux souverainistes (il y en a encore), des indépendantistes convaincus et des jeunes qui désespèrent.La revue compte 5 000 abonnés et 80% de ses revenus proviennent de l\u2019abonnement.À la croisée des chemins, LAction nationale ne se renfermera pas dans le silence prescrit par l\u2019ordre politique ou imposé par la règle des affaires.Elle parlera même si on lui recommande le silence.Elle s opposera au laisser-aller, au laisser-faire.Elle parlera pour expliquer sa pensée.Ses réflexions sont la photographie de ce quelle voit.Sa parole sera le reflet de sa pensée.L'ACTION NATIONALE \u2022 7 «En vérité, je vous le dis» L\u2019Action nationale vivra sa quatre-vingtième année en toute liberté, pour la liberté de toutes les Québécoises et de tous les Québécois.La politique devra cesser d\u2019être soluble dans l\u2019argent.Les hommes d\u2019affaires devront ne plus soumettre la collectivité aux seules règles de l\u2019économie.\u2014 8 \u2022 L'ACTION NATIONALE Louis Cornellier* Haro sur les parvenus de Turbanité «Ily a rien qu\u2019à Montréal que le Québec est arrivé en ville.» (sic) Pierre Monette Le petit provincial que je suis commence à en avoir très sérieusement marre d entendre certains branchés de Montréal, ceux que Lise Bissonnette a gentiment affublé de l\u2019appellation «parvenus de l\u2019urbanité», se péter les bretelles au nom de leur soi-disant modernité.À les écouter, il n\u2019y aurait que La Grande Ville qui serait apte a nous offrir une voie quelconque de salut.Métissée, ouverte aux tendances actuelles, pratiquant le multilinguisme (c\u2019est-à-dire l\u2019anglais surtout) comme d\u2019autres la pétanque, Montréal serait le lieu de tous les possibles et tant pis pour les arriérés qui persistent à se complaire dans ces «régions» où le sirop d\u2019érable et la ceinture fléchée tiennent encore lieu de culture.Ceux-là, minables nationaleux qui ont voté Oui en majorité, on se contentera de les mépriser, une fois ou deux par mois, dans les pages de Voir par exemple, pour ensuite retourner à nos occupations tellement modernes.Arrogant, hautain et se réclamant de l\u2019ouverture d esprit, ce discours s affiche de plus en plus Professeur de littérature au cégep de Joliette et rédacteur en chef de la revue Combats.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 9 ouvertement et semble en voir de devenir un truisme.Lisez le journaliste Benoit Aubin: «Quand on vit à Montréal, on sait d\u2019expérience que le problème du Canada n\u2019est pas causé par les citoyens.Ceux-là sont capable de surmonter les barrières de langues, de cultures, de religions et même de «par-tisannarie» politique pour partager la ville, et s\u2019y frotter, dans les embouteillages, les bars et les arénas sans jamais se battre.» (Chroniques de mauvaise humeur, Boréal, 1996, p.191).Mais, pour comprendre, il faut vivre à Montréal! Lisez, en écho, Lysiane Gagnon qui salue Aubin: «Y a-t-il quelqu\u2019un, parmi les Montréalais nés hors de Montréal, qui prenne avec autant de fougue la défense du Montréal devant lequel le reste du Québec se voile la face \u2014 le Montréal des deux langues, des «ethniques» et de «l\u2019argent»?» (La Presse, 4 avril 96.C\u2019est moi qui souligne.) Mais oui, Mme Gagnon, il y a quelqu\u2019un.Rappelez-vous Pierre-Étienne Laporte, ex-président, de triste mémoire, du Conseil de la langue française, qui, pour discréditer ses contradicteurs partisans de la Loi 101, recourait lui aussi à la thèse de l\u2019arriération des régionaux: «Ils arrivent à Montréal et ils sont toujours en état de choc.Moi, je suis optimiste et la situation du français à Montréal ne me rend pas anxieux.» [Le Devoir, 11 mars 95).Expert ouvert aux réalités du monde d\u2019aujourd\u2019hui, Laporte saisit mal les pauvres traumatisés.Ils sont trop sentimentaux, croit-il, régionalistes.Ce sont des romantiques dépassés par les événements récents, coupés de l\u2019évolution du monde parce qu\u2019ils ne vivent pas à Montréal.Vous en voulez d\u2019autres?Tiens, un exemple récent, tiré de la page «Opinions» de La Presse (27 mai 96): «Or, il est permis de se demander dans quelle mesure le déclin de Montréal est attribuable aux guerres linguistiques incessantes que livrent certains Québécois en régions qui n\u2019ont jamais rien compris de notre ville.» (Robert Dussault.C est moi qui souligne).Enfin, pour ce qui est de vous tenir à jour, Il est permis de se demander dans quelle mesure le déclin de Montréal est attribuable aux guerres linguistiques.10 \u2022 LACTION NATIONALE Une culture francophone typiquement québécoise qui serait trop régiona-liste, donc pas assez universelle.vous pouvez consulter Voir, tel que suggéré précédemment.L\u2019accumulation finit par ressembler à une table de conjugaison: je méprise le Québec profond, tu méprises les régions, il méprise les habitants, nous méprisons tout ce qui n\u2019est pas urbain, etc.Les fédéralistes, eux, en raffolent.Quoi de mieux, en effet, pour faire avancer leur cause, que ces éloges affectés de la tolérance, que ces superficielles odes à la grandeur du métissage, que ce dédain affiché à l\u2019endroit des défenseurs du fait français, des partisans de la persistance culturelle?N\u2019est-ce pas là l\u2019essence même du discours fédéraliste dans ce qu\u2019il a de plus ratoureux?Et même dans sa version hard, comme 1 écrit Claude G.Charron, ce fédéralisme reconduit la même logique: «Les partitionnistes [.] veulent prendre tous les moyens dont ils peuvent disposer pour sauver un pays qui, à leurs yeux, représente une victoire sur le «conservatisme» inhérent au nationalisme québécois.Le droit à l\u2019autodétermination du Québec doit être combattu au nom du «progrès».» (La Partition du Québec, VLB, 1996, p.96).Où l\u2019on voit, pour reprendre la formule consacrée, qu\u2019il existe toutes sortes de «progressisme».Cette concordance entre montréalistes, partitionnistes ou simplement hautains, et fédéralistes ne relève pas du hasard, les deux clans s\u2019abreuvant à la même source, c est-à-dire celle d\u2019un modernisme de pacotille qui érige la confusion identitaire au rang de vertu sublime.Regardez, par exemple, Richard Martineau, un journaliste donc un homme de mots, prendre la pose: «An to nine Maillet, qui fait du théâtre folklorique verbeux, est-elle une plus grande artiste que Gilles Maheu, qui présente un théâtre actuel sans paroles?[.] Robert Lepage est-il moins québécois depuis qu\u2019il écrit des pièces mélangeant chinois, anglais et français?» (Voir, 2-8 mai 96).C\u2019est sous prétexte que «le monde est flou» que Martineau L'ACTION NATIONALE «Il nous propose de sonner le glas d\u2019une culture francophone typiquement québécois qui serait, à ses yeux, trop régionaliste, donc pas assez universelle, c\u2019est-à-dire, pour lui, nécessairement cosmopilite.Et c\u2019est parce que Montréal serait le seul lieu au Québec où l\u2019on a saisi cela qu\u2019il faudrait en faire l\u2019éloge et déverser nos sarcasmes sur le dos des «nationaleux» qui n y habitent pas ou ne lui font pas de courbettes.Le pire, c\u2019est que même «en région», plusieurs prennent ce train du mépris et ne rêvent que de fuir ce qu\u2019il considère leur petitesse.Cette attitude est vicieuse en ce qu\u2019elle reconduit, à l\u2019intérieur même de la réalité québécoise, le réflexe du colonisé avec lequel le Québec est aux prises au sein du continent nord-américain.Y a-t-il, en effet, une différence entre le cri du grossier Elvis Gratton qui prétendait que «les Amarécains, eux autres ils l\u2019ont l\u2019affaire» et les mamours que s\u2019adressent à eux-mêmes les parvenus de l\u2019urbanité: «À Montréal, nous autres on l\u2019a l\u2019affaire»?Le mépris et la bêtise restent pas mal semblables.On se désole d\u2019être obligé de le répéter, mais puisqu\u2019il le faut: la tolérance, l\u2019ouverture d\u2019esprit et la modernité ne doivent pas être confondues avec ce qui nous est étranger.Nous n\u2019avons pas à rougir d\u2019être ce que nous sommes.En ce sens, il faut bien comprendre que ce n est ni Montreal, ni ses habitants qui sont en cause, mais bien une petite troupe d\u2019intellos prétentieux qui croient le Québec peuplé de tocsons à l\u2019extérieur de file.Que Montréal soit un centre culturel, cela va de soi.D ailleurs nous avons besoin d\u2019un tel centre et les villes en soi ne sont en rien méprisables.Que Montréal, précisément parce quelle se «déquébéquise» soit la seule voie de notre salut, à cela il faut dire «merde».La vie est partout.Ailleurs aussi.G Ce n\u2019est ni Montréal, ni ses habitants qui sont en cause, mais bien une petite troupe d\u2019intellos prétentieux.12» L\u2019ACTION NATIONALE Aménagement linguistique en Lituanie Jonas Zilinskas v Giedré Cepaitiené* Tout au long de son histoire, le peuple lituanien et sa langue ont traversé des périodes de décadence et de grandeur.Flirtant avec la mer Baltique, en équilibre instable depuis le Moyen Âge entre l\u2019existence et le néant, tantôt disparaissant pendant des siècles entiers de la carte politique, tantôt réapparaissant, la Lituanie reste toujours une énigme pour le monde et pour elle-même.Son originalité, surtout sa langue et ses moeurs, ont attiré l\u2019attention du monde du XIXe siècle après la publication par August Schleicher de la première grammaire scientifique du lituanien (Handbuch der Litauischen Sprache: Litauische Gram-matik, 1856).À la même époque, la période la plus douloureuse dans 1 histoire du peuple lituanien commence: en 1864, sur le territoire lituanien gouverné par la Russie, tout texte écrit en lituanien est prohibé, la langue maternelle est interdite dans les institutions d\u2019État, dans les écoles et même à l\u2019église.Cette période a duré pendant 40 ans, jusqu\u2019en 1904.Une autre partie du territoire ethnographique lituanien appartenait à 1 État de Prusse et a subi une forte germanisation.Maîtres de conférences à 1 Institut pédagogique de §iauliai (Lituanie).L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 13 Après la proclamation de l\u2019indépendance en 1918, les conditions favorables à l\u2019épanouissement de la Lituanie se sont développées.Après 22 ans d\u2019indépendance, la Lituanie, malheureusement, a subi l\u2019occupation soviétique.Si on ne connaissait pas la réalité, on pourrait croire que les années d\u2019occupation soviétique se sont avérées avantageuses pour le développement de la langue lituanienne.Pendant cette période, la publication des livres, des revues et des journaux en lituanien ne diminuait pas, on standardisait le lituanien des affaires.Bien qu\u2019un grand nombre de philologues aient émigré de Lituanie vers l\u2019Ouest, on poursuivait les recherces scientifiques concernant la langue lituanienne.L\u2019Institut de langue et de littérature lituaniennes de l\u2019Académie des Sciences publiait des oeuvre simportantes, l\u2019Université de Vilnius était également un centre important de recherches linguistiques appliquées aux langues baltes.On pouvait étudier la langue et la littérature lituaniennes non seulement à la capitale, mais aussi à Kaunas, Siauliai, Klaipéda.La Société de la langue lituanienne a été reconstituée et a repris ses activités.Son objectif était la normalisation pratique de la langue lituanienne et elle incitait la société à s\u2019intéresser à sa langue maternelle.Normalisation de la langue Cette situation «florissante» n\u2019était qu\u2019apparente puisqu\u2019en réalité la langue lituanienne était peu à peu remplacée par le russe dans plusieurs domaines (transport, communication, armée, marine, etc.).Souvent, dans les institutions elle n\u2019était qu\u2019une langue de communication orale, la grande partie de la documentation technique et de la correspondance étant rédigée en russe.Même les collectifs essentiellement lituaniens étaient obligés de parler russe pendant leurs réunions.Dans les écoles aussi, le nombre d\u2019heures consacrées au lituanien diminuait, on com- La langue lituanienne était peu à peu remplacée par le russe.14 .L'ACTION NATIONALE C\u2019est par l\u2019intermédiaire de sa langue que la nation réalise et impose son originalité.mençait à enseigner le russe même dans les jardins d enfants.La télévision et la radio réservaient de plus en plus de temps aux émissions en russe.La soutenance des thèses de doctorat ainsi que leurs rédactions étaient toujours faites en russe (même dans le domaine de la langue et la littérature lituaniennes.Les formulaires de la plupart des institutions (hôtels, hôpitaux, postes, établissements d\u2019enseignement, factures des impôts, etc.) était imprimés en russe.Cette politique qui a duré pendant 50 ans a porté préjudice à la génération montante pour laquelle le sentiment de la langue était dénaturé.La plupart des jeunes conçoivent le lituanien seulement comme un moyen de communication.Ils perdent les valeurs d\u2019orientation à travers lesquelles la langue aide à comprendre le monde environnant, à éclairer nos relations et les relations de nos ancêtres avec beaucoup de phénomènes.C\u2019est aussi par l\u2019intermédiaire de sa langue que la nation réalise et impose son originalité.Une partie de la société lituanienne était toujours préoccupée par ce problème.Cet intérêt s\u2019est manifesté surtout pendant la période du mouvement populaire «Sajudis», formé en 1988.En 1989, la Société de la langue lituanienne avec la collaboration d\u2019éminentes personnalités de la culture du pays a élaboré le projet de la protection de la langue lituanienne et le gouvernement a adopté un décret à ce sujet.L\u2019année 1990 en Lituanie a été proclamée Année de la langue lituanienne.Une vague de fêtes organisées pour soutenir la protection du lituanien a envahi le pays.Pendant toutes ces manifestations, on réclamait timidement les mêmes droits pour le lituanien que pour le russe et, peu à peu, on finit par affirmer que l\u2019existence et le développement naturels de la langue ne seraient possibles que dans une Lituanie devenue indépendante.L'ACTION NATIONALE «15 Une loi sur la langue Après le rétablissement de l\u2019indépendance de la Lituanie le 11 mars 1990, il fallut adopter une loi sur la langue lituanienne comme langue officielle lituanienne.La préparation de la loi n\u2019était pas facile; ni la République lituanienne (1918-1940), ni a fortiori, l\u2019Union Soviétique n\u2019avaient de pareille loi.L\u2019expérience des autres pays ne pouvait pas servir d\u2019exemple, car rares sont les pays qui ont subi, comme la Lituanie, de pareils cataclysmes.Il fallait décider quels aspects et quels domaines de l\u2019emploi de la langue seraient concernés par cette loi.Son adoption était aussi compliquée.Beaucoup de minorités ethniques (polonais, russes, biélorusses et d\u2019autres) habitent actuellement en Lituanie.Leurs leaders exprimaient leur animosité à l\u2019égard de cette loi qui, selon eux, allait enfreindre leurs droits.Ainsi, «la Loi de la République lituanienne sur la langue officielle» fut adoptée le 31 janvier 1995 (N 1-779).Rares sont les pays qui ont subi, comme la Lituanie, de pareils cataclysmes.Cette loi ne réglemente que l\u2019emploi de la langue dans la vie publique du pays (dans des institutions, des établissements, des procès judiciaires, dans l\u2019enseignement, pendant des manifestations officielles).La Loi souligne quelle ne réglemente pas la langue de la communication courante des habitants de la Lituanie, ni la langue des manifestations organisées par les communautés religieuses ou ethniques.Filp oblige les institutions à employer seulement la langue lituanienne pour leur documentation officielle et pour leur correspondance.Cela ne concerne pas, bien sûr, la correspondance avec leurs partenaires dans les pays à l\u2019étranger.La loi garantit aussi le droit des citoyens lituaniens à accéder à l\u2019information en langue officielle dans n\u2019importe quelle institution.C\u2019est pourquoi tous les employés sont obligés de connaître le lituanien.(Les auteurs de cet article se souviennent d\u2019une histoire pénible: en 1973, un étudiant ayant osé demander en lituanien du fromage 16» L'ACTION NATIONALE blanc dans le restaurant universitaire a été exclu de l\u2019université pour avoir «offensé» la serveuse russe).Ainsi, en attribuant à la langue lituanienne le statut de langue officielle, on essayait d\u2019éliminer la possibilité de revenir au bilinguisme.Sous l\u2019influence de russe on perd le sens linguistique.Une partie de cette Loi traite de l\u2019emploi régulier de la langue officielle.Ainsi, l\u2019État se préoccupe du prestige de la langue lituanienne et protège la norme linguistique du lituanien.Jusqu\u2019à présent, on avait l\u2019impression que l\u2019état de la langue lituanienne dépendait des linguistes: ils recherchaient la norme linguistique et la codifient, ils préparaient des dictionnaires normatifs, des grammaires ainsi que d\u2019autres publications.Les rédacteurs spéciaux contrôlaient le bon emploi de la langue dans les livres, les revues, les journaux.Mais aucun rédacteur n\u2019est en mesure d\u2019administrer la langue parlée.D\u2019ailleurs, on publiait aussi plusieurs articles analysant la langue des acteurs, des speakers de radio et de télévision, mais il restait énormément de professionnels qui parlaient en public et échappaient au contrôle des linguistes.Ni les politiciens, ni les savants, ni les spécialités d\u2019administration jusqu\u2019à présent n\u2019apprenaient les règles de la langue parlée.Sous l\u2019influence du russe (et maintenant surtout de l\u2019anglais), on perd le sens linguistique et il semble parfois que l\u2019on parle à moitié lituanien tant l\u2019on confond les moyens d\u2019expression, les règles de construction de la phrase, l\u2019intonation du lituanien et des autres langues.C\u2019est pourquoi l\u2019article 21 de la Loi souligne que «la connaissance de la langue officielle correcte fait partie des critères de l\u2019attestation des employés d\u2019État, des enseignants, des spécialistes, des médias et des éditions qu\u2019on applique conformément à leur qualification et leurs fonctions».Ce sont essentiellement les linguistes, les savants, les écrivains et les enseignants qui ont demandé d\u2019ajouter cet article de la loi.L'ACTION NATIONALE «17 Devoir de vigilance L\u2019expérience amère de russification pendant les Le mot de décennies nous oblige à être vigilants en ce qui con- langue d origine cerne l\u2019envahissement de la langue lituanienne par .\t°.\tr remplace par un les anglicismes.Dans la musique des jeunes, cinéma, mot d'emprunt technique, sciences, business - partout enfin, les ter- risque de mes anglais se multiplient.Évidemment, certains qui disparaître.seront acceptés comme mots internationaux s\u2019implanteront dans la langue lituanienne, d\u2019autres seront rejetés surtout si l\u2019on trouver un terme lituanien satisfaisant.Et quand il est difficile d\u2019en trouver un, la Société de la langue lituanienne organise un concours de recherches.La Commission de la langue lituanienne analyse et accepte ou rejete, justification à l\u2019appui, l\u2019emploi des termes nouveaux.Toutes ces précautions peuvent paraître étranges, inconvenables et même inadmissibles pour les spécialistes d\u2019une autre langue surtout si elle est largement répandue dans le monde entier.Il est vrai que quelques centaines de mots empruntés aux autres langues ne nuiront, peut être, pas trop à une langue utilisée par des dizaines de millions de personnes.Les petits pays ont une attitude différente envers les emprunts.Le mot de langue d\u2019origine trop souvent remplacé par un mot d\u2019emprunt risque de disparaître et par suite, nous assisterions à un appauvrissement de la langue.Les mots d\u2019une autre langue apportent leur intonation, la construction de la phrase propres à cette langue étrangère et même la mentalité du peuple qui les utilise.Chaque nation a sa propre conception du monde, elle crée ses propres formules de salutation et d\u2019adieu, d\u2019excuse et de remerciement, de consolation et de compliments.Un exemple très simple: quand on frappe à la porte, en russe on répond «Voïdité!» (entrez!), en anglais «Corne in!» et en lituanien «Prasom!» (je vous en prie!).Dans les formules pareilles, nous retrouvons souvent les restes de la mythologie du peuple qui n\u2019est pas encore suffisam- 18» L\u2019ACTION NATIONALE ment étudiée.En ouvrant la porte à une autre culture, nous ne nous rendons pas toujours compte que nous risquons de perdre bientôt la nôtre.C\u2019est pourquoi «la loi sur la langue officielle» est accompagnée en Lituanie d\u2019un vaste programme d\u2019emploi et de développement du lituanien pour la période de 1996-2005.Ce programme contient les moyens concrets du développement de la langue et de la linguistique lituaniennes, les publications non seulement pour l\u2019enseignement, la formation et les recherches, mais aussi la grammaire et les conseils linguistiques pour les spécialistes, la famille, etc.Cette loi et ce programme constituent pour l\u2019État lituanien la garantie de la protection de la langue lituanienne contre le bilinguisme.Les futures générations, éventuellement, concevront le monde autrement.?MAGAZINE Un courant d'avenir en Gaspésie-îles-de-la-Madeleine Le seul magazine Gaspésien! Public par le Musée de la Gaspésie en collaboration avec le C.R.C.D.de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine.Socio-économique, culture et arts, histoire et patrimoine.Pour ceux qui s'intéressent à la Gaspésie d'hier et d'aujourd'hui! 80, boul.de Gaspé, C.P.680, Gaspé GOC 1 RO Tél.: 418-368.1534-Téléc.: 418-368.1535 Internet : musee@quebectel.com L'ACTION NATIONALE \u2022 19 Derrière le multiculturalisme.le tendon d\u2019Achille anglais Le multiculturalisme est un faux débat.Tout le discours invoque l\u2019ouverture quand un pouvoir «gommé» s\u2019y dérobe.Pouvoir d\u2019une minorité cachant l\u2019enjeu du multiculturalisme sous la mante du pouvoir.Et pourtant, le débat se révèle aussi miroir d\u2019une réelle fracture entre les deux peuples fondateurs.Fracture du miroir d\u2019une Constitution qui cherche à se redéfinir dans l\u2019utopie du multiculturalisme, pour ne pas dire la «Tour de Babel» du prochain millénaire.Fausse démocratie d\u2019un pouvoir inhérent au peuple anglais dont le tendon d\u2019Achille bloque l\u2019évolution d\u2019une Amérique édénique quand on la compare à l\u2019autre! Et pourtant, cette «Amérique plus douce» dont parle Keith Spicer avec amour pourrait s\u2019échauffer jusqu\u2019à devenir serre «bosniaque».Le tendon d\u2019Achille du peuple Anglais réside dans ce paradoxe d\u2019une vision dépassée.D\u2019une vision incapable de suivre les transformations d\u2019un monde en mutations sur fin de millénaire.Évolution menant les petits États vers l\u2019autonomie.Dans la foulée de ce qui reste de manoeuvres pour gouverner à l\u2019heure d\u2019Internet.Jeanne Gagnon* Des ténors s\u2019égosillent pour nous convaincre d\u2019un fédéralisme suranné.Sur les tribunes, on crie à Écrivaine et fonctionnaire.20 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Quelques poignées d'intellectuels anglophones ont tenté d'élargir la vision du fédéralisme.fendre l\u2019âme pour trouver des coupables alors qu\u2019il faudrait ouvrir sur l\u2019horizon d\u2019une grande communauté acceptant l\u2019identité à partir des origines du pays.Ce qui impliquerait une vision bicéphale, tout en tenant compte ultérieurement des autochtones.Ce qui impliquerait des états souverains à l\u2019intérieur d\u2019une fédération qui, dans le concert des fédérations du IIIe millénaire, implique le nationalisme.Tout nationalisme cherchant à jouer dans la mire de son destin, l\u2019élan du peuple québécois n\u2019en serait que plus légitime.Nombreux auront été les Canadiens ayant gardé l\u2019espoir du renouvellement d\u2019une Constitution capable de respecter le Québec et sa majorité.L\u2019espoir s\u2019envola avec Meech.Les plus lucides savent qu\u2019il y eut, avec Meech, fracture décisive.Entre les coupables d\u2019identité et le Canada-anglais, il y a, depuis le dernier automne, un grand révélateur, c\u2019est-à-dire un peuple «aimable» en autant qu\u2019il s\u2019écrase.Et pourtant, au fil des générations, quelques poignées d\u2019intellectuels anglophones ont tenté d\u2019élargir la vision du fédéralisme.Cette vision tenait compte de l\u2019histoire.Encore récemment Des comptes à rendre entre les deux peuples sont remontés à la surface sous la plume d\u2019un anglophone de l\u2019Ontario.Discours qui met en relief ce que reconnaissent les plus ouverts.Propos nous ramenant à des faits que l\u2019on veut occulter et dont voici un extrait: «Les Canadiens anglais ont-ils la volonté politique d\u2019entreprendre cette démarche?La première étape consiste à reconnaître que nous avons des dettes à payer à la nation québécoise.(.) Reconnaissons-nous ce fait devant les descendants de ceux que nous avons conquis, reconquis et opprimés?Devant les descendants que nous avons exploités comme main-d\u2019œuvre à bon marché?Pouvons-nous offrir compensation pour les années de privilèges anglophones au Québec?Sommes-nous quittes pour la Loi sur les mesure de guerre, les manœuvres dirigées LACTION NATIONALE «21 par nos services secrets contre le PQ et la trahison de 1981-1982?Avons-nous effacé les injures et les affronts qui ont suivi l\u2019échec de Meech?Sommes-nous allés aussi loin que nous le pouvions lors de Charlottetown?Pouvons-nous affirmer, en conscience, que nous sommes, devant l\u2019histoire, sans tache devant les Québécois?»1 Voix isolée parmi d\u2019autres de la grande communauté anglophone, Conway et tous les autres n\u2019auront pu briser l\u2019écart ou encore favoriser un leadership susceptible de provoquer l\u2019entente.Toujours, la majorité anglophone sera demeurée réfractaire à l\u2019autonomie du Québec.Le multiculturalisme Le multiculturalisme répond bien aux menaces ressenties par la minorité anglophone du Québec.Minorité soudée au Canada-anglais par ses origines, celle-ci devra néanmoins répondre de la «Babellisa-tion» du Canada, de même que de la spoliation d\u2019un héritage orienté par les Pères de la Confédération.Aujourd\u2019hui, la politique du multiculturalisme s\u2019est fait des adeptes tout en développant l\u2019intolérance.Elle est devenue le creuset capable de générer la violence sourde d\u2019une poudrière, l\u2019intolérance échauffant les esprits autour de l\u2019ethnicité.Le peuple anglais pourra-t-il jamais progresser vers une certaine idée du fédéralisme qui soit, sinon en avance, du moins d\u2019époque?Il faudrait tout d\u2019abord voir aux faiblesses du tendon d\u2019Achille.Là où se joue l\u2019idéologie du pouvoir «Coast to Coast» et de l\u2019autorité de l\u2019Etat.Dénoncé il y a 25 ans, la faiblesse du tendon d\u2019Achille est manifestement le signe du peu «d\u2019image de soi» de ce peuple de dire un ancien de l\u2019Université 1.Des comptes à rendre (p.273) John F.Conway, VLB.Toujours, la majorité anglophone sera demeurée réfractaire à l\u2019autonomie du Québec.22 \u2022 L'ACTION NATIONALE On découvre que rien n'a changé.de Toronto.Ce dernier mettant en relief les traits suivants : « La grande faiblesse du Canada anglais, à l\u2019entrée de ces négociations, est la pauvreté de son image et de son sens de lui-même.Au lieu de se concentrer directement sur sa propre survivance culturelle et économique, il continue malheureusement à s\u2019attacher au plus petit commun dénominateur, à savoir son propre territoire et son autorité sur ce territoire.»1 Et que découvre-t-on encore aujourd\u2019hui?On découvre que rien n\u2019a changé, bref «le bras étatique» du Canada-anglais ergote toujours sur les hantises du tendon d\u2019Achille, à savoir dans la jactance de l\u2019autorité et du territoire.Faiblesse qui n\u2019a qu\u2019une volonté: assimiler un certain peuple sous couvert de multiculturalisme.Par contre, dans le multiculturalisme, certains estiment percevoir une nouvelle idéologie ou Marxisme rebaptisé.Et de l\u2019avis de Dînés D\u2019Souza, ce nouveau marxisme ne parlerait plus en terme de division des classes sociales mais plutôt de division entre ethnies.2 Malheureusement, le discours du multiculturalisme nous desservira tous tant que nous sommes.Car nous sommes de cet espace qu\u2019on appelle «L\u2019Amérique plus douce».Celle à laquelle faisait référence Keith Spicer lors d\u2019une interview par Denise Bombardier.C\u2019était en avril dernier sur les ondes de Radio-Canada FM.Ne serait-il pas urgent d\u2019afficher l\u2019identité de l\u2019un et l\u2019autre peuple en toute transparence?Ne serait-il pas urgent de voir le fédéralisme dans le prisme agrandi du IIIe millénaire?Là où se joue projet politique et souveraineté d\u2019un peuple.Cette transparence n\u2019aurait plus à composer de manipulation en 1.\tDe quoi le nationalisme Canadien-anglais est-il fait?(Abraham Rotstein, Le Devoir, 2 février 1978).2.\tMarx est vivant {Journal VOIR, 6 mai 1993).L'ACTION NATIONALE «23 manipulation sur le dos des immigrants.Les «comptes à rendre» impliquant d\u2019abord deux peuples.L\u2019immigrant(e) adhérerait à l\u2019une ou l\u2019autre communauté par affinité culturelle ou politique et l\u2019évolution d\u2019une civilisation ferait le reste.Si, avec la séparation du Québec, survenait le durcissement inexorable que laissent planer certains milieux fédéralistes, il faut penser que le Québec souverain en serait pénalisé.Par contre, cette radicalisation desservirait aussi le Canada-anglais qui, dans la nouvelle conjoncture, ne pourrait que provoquer la fin de cette «Amérique plus douce».Voisin nordique de l\u2019autre Amérique, le Canada serait devenu bien fragile face au «Big Brother» dont les idéaux de démocratie sont de plus en plus du concept dominant lié au «market democracy».1 Le décalage dans le temps Certes, on ne peut que s\u2019inquiéter avec Keith Spicer des influences qui joueront sur le devenir de cette «Amérique plus douce».La nouvelle ère pourrait obliger aux affrontements.Déjà la carte délétère du multiculturalisme nous le fait pressentir.Viendra un temps où le «tendon d\u2019Achille» de l\u2019Anglais n\u2019aura plus d\u2019autres ressources que de se fondre dans la foulée d\u2019un «Big Brother» servant plus la richesse que la culture! Le Canada, lui-même affaibli dans ce qu\u2019il pouvait présenter culturellement, à travers ses origines, cherchera vainement des «coupables» ou des «loyalistes» pour sauver les meubles.Il sera trop tard.comme en Autriche! L\u2019isolement ou l\u2019avale-ment aura fait son oeuvre.Le Conquérant aura raté le virage à travers les manipulations.Coupable d\u2019into- 1.\t(.) la démocratie fondée sur la citoyenneté céderait la place à ce que les Américains appellent « market democracy» Une Europe des Citoyens, L\u2019Outil et le projet, par Claude Julien Le Monde Diplomatique, avril 1996 (pp.17).Les idéaux de démocratie sont de plus en plus du «market democracy».24 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE lérance envers le Québec, l\u2019Anglais aura rompu avec 1 héritage d un sol fertile en boutures mais qui ne pouvait nier sa couche basale sans passer par la sécession de l\u2019État du Québec.Nous sommes revenus du rêve appelé «Le beau risque».Il nous faut maintenant un dernier sursaut pour empêcher l\u2019avalement.Je compatis à l\u2019angoisse de Keith Spicer mais, à l\u2019encontre de cet homme pour qui j\u2019ai une certaine admiration, je sais que le Québec se doit d\u2019avancer dans ses mémoires.Ce pays tente de pratiquer une politique internationale alors que sa politique intérieure est une faillite.Par contre, en comparant ce pays à l\u2019Autriche, il m\u2019oblige à évoquer la lenteur du peuple Anglais à se mettre dans le temps du IIIe millénaire.D\u2019une part, parce que ce pays tente de pratiquer une politique internationale alors que sa politique intérieure est une faillite.Cette faiblesse crée des zones d\u2019ombres tout comme en Autriche.Ce que des historiens ont dit pour l\u2019Autriche pourrait autant être évoqué pour le Canada, à savoir que peut-être le Canada aura-t-il, lui aussi, pratiqué trop tôt la politique internationale.Ce qui a fait dire aux historiens par rapport aux Habsbourg: «Ils n\u2019auront pas su choisir.Ils ont été internationaux trop tôt et nationaux trop tard.Ce lent processus de désintégration du pouvoir autrichien aura duré mille ans.1 La préface de Morand le relate ainsi: «Mille ans de luttes pour l\u2019Europe; mille ans de missions européennes; mille ans de foi européenne».2 La désintégration du Canada n\u2019attendra pas si longtemps! Qui pourrait nier cette évidence à l\u2019effet qu\u2019un peuple doive, un jour ou 1 autre, tenir compte de ses mémoires?Revenir à son identité à travers toute évolution n\u2019est que juste part des mutations à travers le 1.\tLa Dame blanche, p.30.- Auteur: Paul Morand - Éditions Robert Laffont (1963).2.\tLa Dame blanche des Habsbourg - Préface de Hugo Von Hofmansthall.L'ACTION NATIONALE *25 temps traversant toute civilisation.Dimension dont traite Hanna Arendt dans une publication autour de la culture.1 Certes, tout peuple avance entre mémoires et Tout peuple aspirations.Claude Julien en faisait l\u2019illustration avance entre ,\t,\t\u2022 i r>\t-i\ti \u2022 mémoires et, dans un recent article.Propos ou il compare les aspi- plratlons rations contradictoires de la Communauté européenne à celles des États-Unis d\u2019Amérique.Pour convenir que ce qui est bon pour les États-Unis d\u2019Amérique ne pourrait l\u2019être pour la Communauté européenne.2 Ainsi peut-on parodier en alléguant: ce qui est bon pour le Canada-anglais ne peut l\u2019être pour le Québec; ce qui est bon pour l\u2019autre Amérique ne peut l\u2019être pour le Canada-anglais.Le prochain référendum reste un autre pont.Il nécessitera aussi plus de concertations, plus de contacts avec la base, plus de compréhension entre Québécois et Québécoises de toutes les composantes ethniques.S\u2019il faut reconnaître l\u2019apport de toutes ces cultures, on ne pourra pour autant nier l\u2019identité d\u2019un peuple formant la couche basale du Québec.Si pour ce peuple, être conséquent exige de maintenir la Loi 101, gardons-nous toutefois de verser dans la négativité de l\u2019Ombre, c\u2019est-à-dire en négligeant ce qu\u2019il y a d\u2019atouts derrière la connaissance d\u2019une langue.D\u2019autant plus que cette langue est devenue celle des marchés.Le plus humble citoyen devra, n\u2019en doutons pas, élargir son horizon pour communiquer avec le village planétaire.L\u2019apprentissage fait d\u2019une pierre deux coups, car en préparant les individus à s\u2019engager dans le labyrinthe des marchés internationaux, il nous sort du nationalisme frileux.Toute langue restant un pont entre individus et sociétés.1.\tLa crise de la culture (Hanna Arendt).2.\tUne Europe des Citoyens, L\u2019Outil et le projet - par Claude Julien Le Monde Diplomatique avril 1996 (pp.16-17).26 \u2022 L'ACTION NATIONALE L'Éducation reste le chemin qui servira tant le politique que la connaissance.Il faut préparer les générations à venir dans la connaissance et l\u2019identité.L\u2019Éducation reste le chemin qui servira tant le politique que la connaissance.Par contre, l\u2019école québécoise souffre de carences graves.Lise Bissonnette vient souvent nous le rappeler.Le projet de société passe par ce creuset de la cohésion.L\u2019oublier, c\u2019est se confiner dans les classes affaiblies, dans l\u2019enseignement inégal, dans les classes surpeuplées où l\u2019enseignant se perçoit dans la solitude, parfois même jusqu\u2019à l\u2019aliénation.Celui ou celle qui devrait aimer sa tâche et l\u2019espace-temps du Savoir est contraint à hair son quotidien.Certains lieux étant infernaux par absence d\u2019encadrement.Souvent dans la demesure d\u2019un pouvoir renversé par le bas.Conclusion Par delà le fédéralisme et son miroir, il y a Lucien Bouchard.Son discours rassemble les québécois de plusieurs tendances.Il représente cette dualité de l\u2019âme québécoise, à savoir tolérance et fierté.Et si, par lui, survient cette réconciliation souhaitable entre le Québec et Ottawa, celle-ci ne pourra faire abstraction ni de la démocratie, ni de l\u2019identité d\u2019un peuple.Courage et fierté nous seront demandés.Monsieur Parizeau aura eu cette fierté, c\u2019est-à-dire ce courage à travers le langage.Car les mots prononcés le soir du Référendum réflétaient une facette du miroir.Lautre versant étant celui de nos propres faiblesses.Modèle de courage, s\u2019il en est, pour l\u2019identité manifestée; ensuite pour le refus de nier le sens profond du message.Je termine en citant l\u2019extrait d\u2019un texte très évocateur de mémoires.Un texte d\u2019un philosophe québécois qui, pour avoir vécu longtemps en France, aura reconnu sa propre vérité quelque pan entre l\u2019exil et le retour aux sources.Retour ou évolution vers l\u2019identité dont le processus ramène à ce que le LACTION NAnONALE \u2022 27 Québécois veut reconnaître, consciemment ou inconsciemment, dans son désir de demeurer au sein du Canada.Ce qui implique le besoin inaliénable d\u2019affirmation de mémoires et d\u2019aspirations pour l\u2019avenir du pays.Malgré ce que d\u2019aucuns appellent «avantages» du «Coast to Coast».Car l\u2019identité refuse toute culpabilité.Plus encore, elle exige de se reconnaître dans l\u2019espace-temps.Long trajet dont cette phrase témoigne de façon troublante: « Il nous faudra réapprendre à aimer le Québec, sans complaisance mais avec compassion, comme on porte un enfant dans ses bras, en tenant la tête haute».1 Avis de recherche La pensée d\u2019Esdras Minville par François-Albert Angers Les HEC désirent offrir une collection complète des Oeuvres de Minville.Or le tome I, de l\u2019Économie du Québec et la science économique.1979, est épuisé.Si un généreux lecteur pouvait disposer de ce tome, aurait-il l\u2019obligeance d\u2019appeler Simon-Luc Angers au (514) 445.2278.1.Ce pays comme un enfant., Serge Cantin, Revue Liberté, numéro 175, 1990.28 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le maire Bourque et le Québec Jean-Pierre Bonhomme\u2019 Cette déclaration est importante à plus d\u2019un titre.Elle montre, d\u2019abord, que du point de vue symbolique, le maire de Montréal, de facto, ne considère plus que Montréal est une ville «québécoise».L\u2019âme de la ville, pour lui, serait en quelque sorte partie en Amérique, au Canada peut-être?; elle ne serait plus en symbiose avec celle de la nation française au Québec, avec celle du peuple québécois (dont le centre symbolique et juridique se trouve à Québec, la capitale).Jusqu\u2019à ce jour, faut-il le rappeler, la souveraineté, en affaires municipales et civiles, s\u2019est toujours trouvée à Québec.Cela a établi par le Parlement de Londres, en 1867, dans l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique.Il s\u2019agissait ainsi de protéger la culture et les coutumes françaises d\u2019ici.Implicitement au moins, par cette nouvelle déclaration, le maire de Montréal indique qu\u2019il voudrait changer les textes constitutifs de 1867 pour que Journaliste.Les journaux nous disaient il y a quelques mois que le maire de Montréal, M.Pierre Bourque, pour «sauver» la métropole du Québec (en déclin économique relatif) réclame «une présence fédérale forte et visible à Montréal».L\u2019ACnON NATIONALE \u2022 29 la capitale fédérale obtienne une part de la souveraineté en affaires municipales québécoises.Du reste le maire de Montréal - c\u2019est nouveau dans l\u2019histoire de la Nouvelle France - ne passe plus par Québec pour aller au pouvoir fédéral.Il se rend directement à Ottawa, pour négocier avec le premier ministre du Canada (qui théoriquement, n\u2019a pas juridiction en la matière, mais qui a de l\u2019argent).Ceci au moment où la population française de Montréal et du Québec - 60% si j\u2019ai bien compris -réclame son affranchissement plus ou moins radical.Peut-être M.le maire n\u2019a-t-il pas parfaitement conscience de la portée juridique et historique de ses propos.Peut-être ne mesure-t-il pas l\u2019importance, pour solidariser Montréal avec le territoire québécois, de conserver la pleine souveraineté de Québec sur les administrations municipales.Peut-être est-il tout aussi soucieux qu\u2019un autre de protéger ce qui nous reste de culture française?Mais alors pourquoi ce lourd silence sur les choses essentielles?L\u2019essentiel, si l\u2019on veut ranimer l\u2019économie montréalaise, le maire a le devoir de le dire s\u2019il ne veut pas mentir, c\u2019est d\u2019obtenir du gouvernement responsable - le seul \u2014 celui de Québec, à Montréal, «une présence forte et visible», une présence plus forte qu\u2019actuellement.Sinon la métropole du Québec sera gouvernée par les autres et le reste du territoire passera au folklore.Il a ainsi dire le devoir de dire comment il entend se solidariser avec le gouvernement pour protéger le caractère français de la ville; de dire, dans ce contexte, que l\u2019esprit français, \u2014 ce qu\u2019il en reste - est directement menacé par l\u2019exode en banlieue et par une immigration massive mal digérée.Je considère pour ma part que, si M.Bourque n\u2019aborde pas ces questions fondamentales, il ne travaille pas pour nous.Montréal en tout cas, devra bien, un jour, cesser de se demander ce que l\u2019univers peut faire pour elle et se demander qu\u2019est-ce quelle peut faire pour aider le Québec à s\u2019épanouir.LU Si l\u2019on veut ranimer l\u2019économie montréalaise, c\u2019est d'obtenir du gouvernement de Québec «une présence forte et visible».30 \u2022 tACTION NATIONALE Le patriote de Lorimier Jean-François Nadeau .Le patriote Thomas Chevalier de Lorimier mourut par pendaison, le 15 février 1839, au gibet des libertés politiques bafouées par le pouvoir colonial anglais.À la veille de son exécution publique, il écrivit plusieurs lettres de son cachot pour faire ses derniers adieux et expliquer son action politique contre l\u2019oppresseur.Les lettres émouvantes de de Lorimier ont été rassemblées en volume pour la première fois cette année, soit cent cinquante sept ans après sa mort tragique.Ces lettres constituent pourtant quelques-uns des plus beaux documents de la lutte pour l\u2019indépendance nationale qui se poursuit au Québec depuis tant d\u2019années.De Lorimier resta droit jusqu\u2019au bout.Fut-il un héros?Il n\u2019est pas question de s\u2019employer à en faire un maître tiré du passé, comme voulu le faire l\u2019abbé Groulx de Dollard des Ormeaux.De Lorimier fut un homme de principe, un de ceux qui en 1837-1838 contribuèrent à faire entrer notre peuple dans l\u2019histoire, le regard tourné vers l\u2019avenir.Comme ses camarades, il était inspiré des idéaux de la Révolution française et de la Révolution américaine.Cela suffit déjà à le faire regarder à tout le moins comme un grand homme.La lettre de de Lorimier que L\u2019Action nationale reproduit ici est considérée comme son testament politique.L\u2019original est conservé aux Archives nationales du Québec, dans la vieille capitale.LACTION NATIONALE \u2022 3 1 Prison de Montréal 14 Février 1839.11 heures PM.Le public et mes amis en particulier attendent peut-être une déclaration sincère de mes sentiments.À l\u2019heure fatale qui doit nous séparer de terre, les opinions sont toujours regardées et reçues avec plus d\u2019impartialité.L\u2019homme chrétien se dépouille en ce moment du voile qui a obscurci beaucoup de ses actions pour se laisser voir en plein jour.L\u2019intérêt et les passions expirent avec son âme.Pour ma part, à la veille de rendre mon esprit à son créateur, je désire faire connaître ce que je ressens et ce que je pense.Je ne prendrais pas ce parti si je ne craignais qu\u2019on ne représentât mes sentiments sous un faux jour.On sait que le mort ne parle plus et la même raison d\u2019État qui méfait expier sur l\u2019échafaud ma conduite politique pourrait bien forger des contes à mon sujet.J\u2019ai le temps et le désir de prévenir de telles fabrications et je le fais d\u2019une manière vraie et solennelle, à mon heure dernière, non pas sur l\u2019échafaud environné d\u2019une foule insatiable de sang et stupide, mais dans le silence et les réflexions du cachot.Je meurs sans remords.Je ne désirais que le bien de mon pays dans l\u2019insurrection et l\u2019indépendance.Mes vues et mes actions étaient sincères et n\u2019ont été entachées d\u2019aucun [des] crimes qui déshonorent l\u2019humanité et qui ne sont que trop communs dans l\u2019effervescence des passions déchaînées.Depuis 17 à 18 ans j\u2019ai pris une part active dans presque toutes les mesures populaires, et toujours avec convictions et sincérité.Mes efforts ont été pour l\u2019indépendance de mes compatriotes.Nous avons été malheureux jusqu\u2019à ce jour.La mort a déjà décimé plusieurs de mes collaborateurs.Beaucoup gémissent dans les fers, un plus grand nombre sur la terre de l\u2019exil, avec leurs propriétés détruites et leurs familles abandonnées sans ressources aux rigueurs d\u2019un hiver canadien.Malgré tant d\u2019infortune, mon cœur entretient encore son courage et des espérances pour l\u2019avenir.Mes amis et mes enfants verront de meilleurs jours, ils seront libres.Un pressentiment certain, ma conscience tranquille me l\u2019assurent.Voilà ce Je meurs sans remords.Mes vues et mes actions étaient sincères.32 \u2022 L'ACTION NATIONALE qui me remplit de joie lorsque tout est désolation et douleur autour de moi.Les plaies de mon pays se cicatriseront.Après les malheurs de l\u2019anarchie d\u2019une révolution sanglante, le paisible Canadien verra renaître le bonheur et la liberté sur le St Laurent.Tout concourt à ce but; les exécutions mêmes.Le sang et les larmes versées sur L\u2019autel de la liberté arrosent aujourd\u2019hui les racines de l\u2019arbre qui fera flotter le drapeau marqué des deux étoiles des Canadas.\u2014 Je laisse des enfants qui n\u2019ontpour héritage que le souvenir de mes malheurs.Pauvres orphelins; c\u2019est vous que je plains.C\u2019est vous que la main sanglante et arbitraire de la loi martiale frappe par ma mort.Vous n\u2019aurez pas connu les douceurs et les avantages d\u2019embrasser votre père aux jours d\u2019allégresse, aux jours de fête.Quand votre raison vous permettra de réfléchir, vous verrez votre père qui a expié sur le gibet des actions qui ont immortalisé d\u2019autres hommes plus heureux.Le crime de votre père est dans l\u2019irréussite.Si le succès eût accompagné ses tentatives, on eût honoré ses Le crime fait la actions d une mention respectable.«Le crime fait la honte et non honte et non pas l\u2019échafaud.» Des hommes d\u2019un mérite pas l\u2019échafaud, supérieur au mien m\u2019ont déjà battu la triste carrière qui me reste à courir de la prison obscure au gibet.Pauvres enfants! Vous n\u2019aurez plus qu\u2019une mère tendre et désolée pour soutien [et] si ma mort et mes sacrifices vous réduisent à l\u2019indigence, demandez quelques fois en mon nom, je ne fus pas insensible aux malheurs de l\u2019infortune.Quand à vous mes compatriotes! Puisse mon exécution et celle de mes compagnons d\u2019échafaud vous être utiles.Puissent-elles vous démontrer ce que vous devez attendre du gouvernement anglais.Je n\u2019ai plus que quelques heures à vivre, mais j\u2019ai voulu partager ce temps précieux entre mes devoirs religieux et ceux à mes compatriotes.Pour eux, je meurs sur le gibet de la mort infâme du meurtrier, pour eux je me sépare de mes jeunes enfants, de mon épouse, sans autre appui que mon industrie et pour eux je meurs en m\u2019écriant: Vive la Liberté, Vive l\u2019indépendance.Chevalier de Lorimier ?rACTION NATIONALE «33 Les forces du Québec en éducation faut-il se regarder ou se comparer?« JLorsqu\u2019on se regarde, on se désole.Lorsqu\u2019on se compare, on se console.» Ce pourrait être le proverbe qui illustrerait le mieux la situation de l\u2019éducation au Québec.Près du tiers de la population adulte analphabète, 35% des jeunes qui quittent l\u2019école avant d\u2019avoir obtenu un diplôme, 800 000 assistées et assistés sociaux dont la plupart ne possèdent pas les compétences requises pour réintégrer le marché du travail, absence d\u2019une politique de services à la petite enfance (0-5 ans), voilà en gros, le côté sombre de la situation de l\u2019éducation au Québec.Mais d\u2019un autre côté, on nous informe que «les Canadiens (et par conséquent les Québécoises et Québécois) sont parmi les plus instruits au monde»1.En effet, près de 41 % des Canadiennes et Canadiens âgés de 25 à 64 ans ont fait, au moins partiellement, des études collégiales ou universitaires.À titre de comparaison, le pourcentage est de 31 % aux États-Unis et 16% en France.Plus près de chez nous, un sondage CROP révèle que les Québécoises et Québécois francophones 1.Selon un rapport du Conseil des ministres de l\u2019Éducation du Canada, La Presse, 25 novembre 1995, p.A-21.* Conseiller à la CEQ.Jean-Claude Tardif* * 34 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le taux de pauvreté au Québec était en 1994 te plus élevé au pays, se situant à 20,2% de 16 et 17 ans ont mieux réussi que leurs homologues de Belgique, de Grande-Bretagne et d\u2019Australie un test mesurant les connaissances générales1.Par ailleurs, le Québec consacrerait 8,5% de son produit intérieur brut (PIB) à l\u2019éducation, soit le plus haut taux des pays de l\u2019OCDE2, dont la moyenne se situe à 6%.Il faut noter toutefois, comme le souligne le journal Les affaires, que «l\u2019effort du Québec en proportion de son économie est, entre autres, plus important que celui des États-Unis ou du Japon parce que le Québec est relativement moins riche (PIB par habitant)»3.Et pour cause: pour la deuxième année d\u2019affilée, le taux de pauvreté au Québec était en 1994 le plus élevé au pays, se situant à 20,2%, alors que la moyenne canadienne était de 16,6% et que l\u2019Ôntario se situait à 14,1 %4.On est ici confronté à l\u2019une des principales contradictions de la société québécoise.Venue sur le tard à la modernité, elle a dû prendre les bouchées doubles pour se doter des atouts de son époque: un système d\u2019éducation et de santé, un réseau hydro- 1.\tSélection du Readers Digest, « Ignorer les jeunes Québécois», Juin 1996.Il s\u2019agit d\u2019un questionnaire par entrevue soumis à 508 jeunes Québécoises et Québécois francophones.Des éditions étrangères du Reader\u2019s Digest ont également soumis des jeunes d\u2019Europe et d\u2019Australie à un test analogue.2.\tCes données sont établies à partir des données fournies par le ministère de l\u2019Éducation, Indicateurs de l\u2019éducation, édition 1995 et l\u2019Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), Regards sur l\u2019éducation, édition de 1995.3.\tVAILLES, Francis, «Le système d\u2019éducation du Québec est parmi les plus coûteux au monde», Les affaires, 14 au 20 septembre 1995, p.5.4.\tConseil national du bien-être social, Profil de la pauvreté en 1994.Ces chiffres sont établis par Statistique Canada, à partir de la définition suivante du Conseil: sont pauvres les personnes qui consacrent 56,2% ou plus de leur revenu aux besoins de première nécessité.Ce sont les personnes seules pauvres qui font pencher la balance.On comptait 463 000 personnes seules au Québec qui vivent dans la pauvreté, ce qui représente un taux de pauvreté de 45,5%.L\u2019ACTION NATIONALE «35 électrique et routier, une administration publique et des sociétés d\u2019État susceptibles de lui permettre de réaliser les défis d\u2019un monde en mutation.En 1996, si on fait le bilan du positif et du négatif, le Québec, tout en affichant des résultats impressionnants au chapitre de ses investissements et de ses performances en éducation, on constate jusqu\u2019à quel point il reste des objectifs à atteindre et des pans complets d\u2019un système encore fragile à consolider.L\u2019objectif du présent texte consiste à rechercher des explications à cette apparente contradiction du Québec en éducation.Comment pourrait-on qualifier l\u2019état de développement du système éducatif québécois?Qu\u2019est-ce qui explique ces écarts, ces forces et en même temps ces faiblesses?Quelle perspective se profile pour l\u2019avenir?Les forces du Québec en éducation Sans aucun doute, l\u2019accessibilité est la principale force du Québec en éducation.Il faut voir d\u2019où l\u2019on partait.Avant les années 60, le Certificat d\u2019études élémentaires était le diplôme terminal.Encore qu\u2019une certaine proportion n\u2019y parvenait jamais.Il n\u2019y avait pas toujours d\u2019écoles secondaires à proximité; elles étaient souvent privées, donc payantes, et la nécessité de travailler éloignait bon nombre de jeunes de ce niveau de formation.Que dire des collèges classiques (valait mieux avoir la vocation) et des écoles spécialisées (valait mieux habiter en ville) sinon qu\u2019ils n\u2019étaient accessibles qu\u2019à une faible minorité.Sans donner dans la nostalgie, il faut le répéter haut et fort: le Québec a franchi des pas de géant en éducation.Un réseau d\u2019écoles polyvalentes dès 1965, un réseau de collèges publics dès 1967 et un réseau d\u2019universités publiques dès 1968, cela tient du prodige.On aurait tort de se comporter comme si cela avait toujours existé.Dans l\u2019histoire d\u2019un peuple, trente ans, c\u2019est court.Pourtant, puisqu\u2019en politique Le Québec a franchi des pas de géant en éducation.36 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Dans les années 60, l'avenir est prometteur.rien n\u2019est jamais acquis, la décision de doter le Québec d\u2019un véritable système d\u2019éducation est le fruit d\u2019un compromis et les compromis politiques sont toujours provisoires.Le fruit d\u2019un compromis Dans les années 60, on est en plein cœur de la croissance d\u2019après-guerre, malgré des variations inévitables.Montréal croît à vue d\u2019œil, des entreprises s\u2019installent ici et là, des emplois se créent, bref l\u2019avenir est prometteur.On assiste en même temps à un réaménagement du rapport salarial.Pour maintenir la croissance d\u2019après-guerre, fondée sur la reconstruction et le développement, les entreprises ont besoin d\u2019une relance de la consommation.Deux moyens sont alors identifiés: la prise en charge par l\u2019État de la formation et de l\u2019entretien de la main-d\u2019œuvre, en d\u2019autres mots de l\u2019éducation et de la santé; parallèlement, la population et les forces sociales de l\u2019époque (Église, syndicats, jeunes) faisaient pression sur l\u2019Etat pour les mêmes finalités, à savoir doter le Québec d\u2019un système public d\u2019éducation et de santé, tout en procurant de l\u2019emploi à la main-d\u2019œuvre en émergence.Cette demande conjuguée des forces économiques et des forces sociales donne naissance à l\u2019État-providence et sert d\u2019assise à son intervention en éducation et en santé.Voilà ce que l\u2019on appelle un compromis politique.Des consensus fragiles Où en sont les termes de ce compromis en 1996?Est-on en train d\u2019assister à son effritement ou à sa renégociation?Deux grandes réformes se préparent, en santé avec le «Plan Rochon» et l\u2019assurance médicaments et en éducation avec les États généraux sur l\u2019éducation, suivies, selon toute logique, d\u2019un «Plan Marois».Les entreprises ne cachent plus leur hantise de l\u2019État, leur migraine face à l\u2019impôt, leurs LACTION NATIONALE \u2022 37 critiques de l\u2019éducation et, en particulier, la formation professionnelle.Que veulent-elles?Laisser agir les lois du marché, réduire l\u2019intervention de l\u2019État, avoir davantage droit au chapitre en ce qui regarde la formation et la qualification de la main-d\u2019œuvre.Du côté social, les consensus sont fragiles, voire inexistants, lorsqu\u2019on aborde la question de l\u2019État ou de l\u2019éducation.Parlant de l\u2019État, la tentation d\u2019un certain désengagement est partagée aussi bien à gauche qu\u2019à droite.On lui reproche ses excès de contrôle et de réglementation, on le situe désormais du côté des problèmes et non du côté des solutions.On plaide pour une plus grande prise en charge des communautés par elles-mêmes, pour une décentralisation vers les régions et pour la reconnaissance des nouveaux mouvements sociaux dont le mouvement populaire et communautaire.On parle désormais d\u2019économie sociale pour qualifier les emplois de proximité et d\u2019utilité sociale créés par ce courant.D\u2019autres n\u2019hésitent pas à stigmatiser les échecs du communisme et à lui opposer l\u2019idéal capitaliste fondé sur l\u2019individualisme, la concurrence et l\u2019excellence, y compris en éducation.«Du monopole vorace de l\u2019éducation, écrit un théoricien de la droite, les parents ont hérité d\u2019écoles de la médiocrité, l\u2019alourdissement du fardeau fiscal et le chômage.Corollaire: la compression du budget de l\u2019éducation vaudrait des bénéfices immédiats d\u2019allégement fiscal à près de 90% de la population et moyennant l\u2019abolition du monopole d\u2019État, une hausse marquée de la qualité du service pour les parents1.» L\u2019État est trop puissant, coûte trop cher et dispense un service de mauvaise qualité, résume assez bien la pensée des tenants du néolibéralisme.De son 1.MIGUE, Jean-Luc, «Redressement des finances publiques et pensée magique», Le Soleil, 8 août 1996, p.B-7.On parle désormais d\u2019économie sociale pour qualifier les emplois de proximité.38 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019État-providence est chose du passé.côté, le président du Conseil du patronat, monsieur Ghislain Dufour, souhaite la fin de l\u2019État-provi-dence.«Vu l\u2019ampleur de la dette publique, notre organisme s\u2019oppose à l\u2019universalité des programmes sociaux.Sans remettre en cause la qualité des programmes de santé ou d\u2019éducation, l\u2019État doit agir selon sa capacité de payer et mettre davantage les usagers à contribution.Ainsi, nous voyons d\u2019un bon oeil l\u2019adoption de tickets modérateurs et la hausse des frais de scolarité dans les universités1.» Attaqué par deux professeurs de l\u2019UQAM, Léo-Paul Lauzon et Michel Bernard, à propos de 1 accaparement de la richesse collective par les entreprises et la vente par l\u2019État de certaines de ses entreprises commerciales «pour un plat de lentilles» (Le Soleil, 16 février 1996), le président du CPQ réplique et précise sa conception du rôle de l\u2019État en ces termes: «Au fond, ce que les auteurs ne veulent pas reconnaître, c\u2019est que l\u2019État-providence au Canada comme au Québec est chose du passé et qu\u2019il est ridicule de jouer à l'autruche: au nom de quel principe, en effet, l\u2019État devrait aujourd\u2019hui continuer d\u2019agir dans des domaines strictement commerciaux comme les pâtes et papier (Domtar) ou l\u2019embouteillage et la distribution du vin et des alcools (SAQ)?2.» Non seulement l\u2019État serait un problème, mais encore il faudrait mettre un terme à son intervention qui en a fait un État de type social-démocrate, au profit d\u2019un retour à l\u2019État minimal et à l\u2019État instrument.On touche là aux principaux termes du débat.HARVEY, Claire, «L\u2019État doit foire un grand ménage», Le Devoir, 19-20 mars 1994, p.E-10.DUFOUR, Ghislain, «Privatisation: il y a mieux que les opinions d\u2019universitaires en mal d\u2019État-providence», Le Soleil, 8 mars 1996 p.B-7.L'ACTION NATIONALE \u2022 39 Dans un face-à-face entre deux députés d\u2019allégeance opposée, le libéral Jean-Claude Gobe (Lafontaine) réplique ainsi au péquiste François Beaulne (Mar-guerite-d\u2019Youville) : «Il faut ramener l\u2019État dans ses fonctions essentielles et ne pas hésiter à refaire un nouvel État qui protège dans ses actions, ses bases fondamentales: la justice, l\u2019éducation, la santé et les services sociaux.L\u2019État doit demeurer un redistributeur de la richesse collective, mais doit aussi tracer des nouvelles façons de faire et remettre en question ses rôles secondaires1.» De son côté, le porte-parole du Parti québécois a plutôt choisi de faire porter le débat sur «notre différence du reste du Canada (laquelle) repose sur une conception originale du développement économique centré sur le partenariat et la solidarité sociale», laissant entendre par là que l\u2019État québécois est traversé par les luttes sociales et qu\u2019il en reflète l\u2019État.Son action traduirait un certain rapport de forces à un certain moment donné de l\u2019histoire.Ce rapport de forces serait spécifique au Québec.Il correspondrait à l\u2019état actuel de son développement.Il ne serait pas, par conséquent, déterminé à l\u2019avance ni pour toujours.Il s\u2019agit d\u2019en faire une lecture politique.Beaulne s\u2019oppose ainsi à une lecture instrumentale, on pourrait dire fonctionnelle, du politique.Il conteste cette théorie selon laquelle l\u2019État n\u2019aurait pas d\u2019autonomie en dehors de ses fonctions juridiques, éducatives et sanitaires.Mais où se trouverait alors le lieu de la politique?Où s\u2019affronteraient les forces politiques et les forces sociales dans cette communauté qu\u2019est le Québec?À moins de nier l\u2019existence des forces politiques et de la communauté po- 1.GOBE, Jean-Claude, « Face-à-face», Le Québec a-t-il les moyens de se passer des mesures de redressement économiques à la Ralph Klein et à la Mike Harris?», Le Courrier parlementaire, semaine du 27 novembre 1995, p.5.Il faut ramener l\u2019État dans ses fonctions essentielles.40 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Au Québec, comme en Occident, le néolibéralisme s'impose comme courant dominant.litique, on est amené à penser l\u2019État en termes politiques et, par conséquent, à dépasser sa nature instrumentale et fonctionnelle pour le concevoir dans sa forme politique: le lieu où s\u2019exercent les rapports de forces politiques dans une société.On peut alors se demander qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019un rapport de forces devient politique.S\u2019agit-il uniquement qu\u2019il oppose deux camps sous la bannière des partis représentés à l\u2019Assemblée nationale?C\u2019est ici qu\u2019il convient d\u2019élargir l\u2019analyse.Les diverses institutions, mouvements sociaux et organismes de toutes sortes présents dans une société luttent pour une position stratégique vis-à-vis le pouvoir politique et les partis.Ils recherchent une certaine visibilité, une nécessaire légitimité et crédibilité, en fait, ils cherchent constamment à baliser leur zone d\u2019influence et à se ménager des avantages particuliers.Mais il n\u2019y a pas que cela.Ils cherchent également \u2014 et peut-être surtout - à faire prévaloir leur vision du développement social et économique de la société, ce qu\u2019on appelle généralement leur projet de société.Au Québec, comme en Occident, le néolibéralisme s\u2019impose comme courant dominant pour déloger un projet plus social, tantôt appelé socialiste, tantôt social-démocrate ou purement démocrate.C\u2019est justement sur une conception de la démocratie que ces deux projets s\u2019opposent.Là où un projet de type social privilégie une redistribution équitable de la richesse et l\u2019intégration de toutes et tous à la société, le projet néolibéral fabrique de l\u2019exclusion et stimule l\u2019élitisme.Là où le premier privilégie l\u2019humain, le second ne jure que par l\u2019argent.Là où le premier valorise le travail en tant que mode d\u2019actualisation du potentiel humain, le second préfère parler de productivité, d\u2019efficacité, de rentabilité, de compétitivité.Par conséquent, est politique tout ce qui est susceptible d\u2019influencer un projet de société et d\u2019agir L'ACTION NAnONALE \u2022 41 selon le fonctionnement et les perspectives de développement de la communauté politique.En ce sens, le positionnement du patronat en faveur du libre marché est aussi politique que ses prises de position en faveur du fédéralisme canadien.La question qu\u2019il convient alors de se poser est la suivante: ces données sont-elles immuables?Quelles sont les perspectives politiques pour le XXIe siècle?Quelles perspectives pour le XXIe siècle?Pour répondre à cette question, on peut analyser les déclarations de principes et prises de position de divers mouvements et organismes agissant dans la société: mouvement syndical, mouvement communautaire, mouvement des femmes, mouvement coopératif, patronat, etc.On peut lire les travaux des universitaires, intellectuels et journalistes qui font métier de réfléchir sur le devenir sociopolitique des sociétés et du Québec, en particulier.Leur timidité nous gênerait peut-être.Mais on peut également ouvrir l\u2019œil et constater qu\u2019il y a des périodes dans l\u2019histoire d\u2019une société: des périodes de fermeture et des périodes d\u2019ouverture; des périodes de consolidation et des périodes d\u2019expansion; des périodes de paix sociale et industrielle et des périodes de conflit.Après avoir traversé une zone de turbulence dans les années 70, le Québec connaît une certaine stabilité.«Le CPQconsidère qu\u2019au chapitre des relations du travail, l\u2019année 95 a été une bonne année au Québec.Selon le CPQ, en effet, les relations patronales-syndicales au Québec ont été généralement bonnes en 1995 et il faut s\u2019en réjouir.En fait, 1995 aura été l\u2019année durant laquelle il y a eu le moins de grèves depuis 15 ans, ce qui n\u2019est pas peu dire1.» 1.Conseil du patronat du Québec, Bulletin, Février 1996, cité dans Le Devoir, 26 février 1996, p.A-6.Après avoir traversé une zone de turbulence, le Québec connaît une certaine stabilité.42 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Lucien Bouchard, n\u2019a pas hésité à proposer des «remèdes de cheval» pour «sauver l'État québécois».Selon certains analystes, le mouvement syndical porterait une certaine part de responsabilité dans cette réduction de la combativité ouvrière: « En raison de la hausse du taux de chômage et de la mondialisation des marchés, le mouvement syndical est devenu moins critique envers le système capitaliste.Il a été forcé de diminuer les exigences salariales pour privilégier le maintien de l\u2019emploi et, dans une certaine mesure, il s\u2019est mis à collaborer avec le partenariat1.» «On oublie qu\u2019une meilleure redistribution de la richesse repose sur un rapport de forces et que le partenariat ne pourra jamais remplacer adéquatement ce rapport de forces2.» Est-il possible de discerner un mouvement, un virage, une radicalisation dans le rapport de forces?La question nationale a-t-elle procuré une carte nouvelle à celles et ceux qui veulent rétablir la centralité du politique?Dans un discours devant le Conseil national du Parti québécois, le 25 février 1996, le premier ministre, Lucien Bouchard, n\u2019a pas hésité à proposer des «remèdes de cheval» pour «sauver l\u2019État québécois3».Il répondait ainsi à diverses mises en garde dont celle de la présidente de la CEQ, Lorraine Pagé: «Si c\u2019est sur des bases néolibérales, c\u2019est sûr qu\u2019il n\u2019y aura pas de pacte social.Nous, on dénonce ces tendances depuis des années.Pour qu\u2019il y ait un pacte, il faudra qu\u2019on y retrouve les critères d\u2019équité et de justice4.» 1.\tDéclaration de Jacques Rouillard, professeur au département d\u2019histoire de l\u2019Université de Montréal, dans HARVEY, Claire, «Le par-tenariat peut constituer un piège pour le mouvement ouvrier», Le Devoir, 27 avril 1996, p.E-2.2.\tDéclaration de Bernard Brody, professeur à l\u2019École de relations industrielles de l\u2019Université de Montréal, Le Devoir, 27 avril 1996, p.E-2.d.\tCHARE LIE, Donald, «Au lendemain du budget.Il faudra vivre avec les manifs», Le Soleil, 26 février 1996, p.A-l.4.PRESSE CANADIENNE, «Un avertissement de la CEQ», La Presse, 23 février 1996, p.B-l.L'ACTION NATIONALE \u2022 43 C\u2019est d\u2019ailleurs à la CEQqu\u2019est apparu en plein jour un appel à la remobilisation.En effet, le 5 décembre 1995, neuf syndicats d\u2019enseignantes et d\u2019enseignants de commissions scolaires lançaient un appel aux dirigeantes et dirigeants des syndicats affiliés à la CEQ, afin d\u2019« examiner les avenues qui feront en sorte que le mouvement syndical cessera d\u2019être le géant aux pieds d\u2019argile qu\u2019il est devenu1».À la même période, fait unique dans les annales syndicales, la FTQ signait un protocole de coopération avec la CSN et un autre avec la CEQ.Du côté de la lutte des femmes, qui ne se rappelle pas cette longue marche des femmes contre la pauvreté «Du pain et des roses», en mai et juin 1995, marche qui s\u2019est répétée en juin 1996 et qui a permis aux femmes d\u2019obtenir le dépôt d\u2019un projet de loi sur l\u2019équité et à une hausse du salaire minimum, sans pour autant faire taire la révolte féministe.On pourrait jeter un regard similaire du côté de La révolte des la révolte des aînés face à la réforme Axworthy, à la jeunes: un cas réforme des pensions, à la réforme Rochon, à l\u2019assu- isole ?rance médicaments, etc.Mais regardons plutôt du côté de la révolte des jeunes, notamment l\u2019émeute de la nuit de la St-Jean, le 23 juin 1996, à Québec.S\u2019agit-il d\u2019un cas isolé, d\u2019un fait divers?Cette thèse est difficile à soutenir.L\u2019ampleur de l\u2019événement lui confère une portée politique.«On peut qualifier les émeutes de Québec d\u2019événements politiques spontanés, non orientés et non encadrés idéologiquement.(.).L\u2019émeute n\u2019est-elle pas un cri de détresse, le cri de celles et ceux qui n\u2019arrivent pas à se faire entendre et à se faire reconnaître comme citoyens à part entière2.» 1.\tCASTONGUAY, Solange et al., Pour renforcer le mouvement syndical.Faire l\u2019unité sur des bases nouvelles, 5 décembre 1995.2.\tJEFFREY, Denis, «Pour comprendre l\u2019émeute de la St-Jean», Le Soleil, 3 août 1996, p.A-17.44 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La violence et les émeutes sont les formes d\u2019expression d\u2019une radicalisation des stratégies et ces stratégies sont les plus menaçantes pour l\u2019ordre établi dans une société.Du fait qu\u2019elles sont isolées, imprévisibles, spontanées, non encadrées, elles peuvent être comparées à certaines formes de terrorisme du type de celles qui ont sévi aux Jeux d\u2019Atlanta.Leur portée dépasse le lieu où elles s\u2019exercent et le nombre de victimes qu\u2019elles font.Elles portent à croire que cela peut arriver à n\u2019importe qui, n\u2019importe où, n\u2019importe quand.Dès lors, la peur s\u2019installe.Avec elle, les réactions de défense habituelles.Serions-nous en train d\u2019assister à un retour de la conflictualité au Québec?Sans jouer au prophète de malheurs, nous ne pouvons que constater qu\u2019il y a amplement matière à conflit (l\u2019exclusion, la pauvreté, l\u2019exploitation économique, l\u2019aliénation politique), que les belligérants sont assez clairement identifiés (les forces sociales et les forces économiques), que la logique d\u2019intégration pacifique a été poussée à l\u2019excès et qu\u2019un retour de balancier semble inévitable.Des intérêts opposés aux états généraux sur l\u2019éducation Quels sont les intérêts qui se cachent derrière les prises de position aux États généraux sur l\u2019éducation ?L\u2019éducation peut-elle constituer un terrain de lutte significatif?Par le détour d\u2019une analyse politique de forces en présence et de leur logique d\u2019action, il est intéressant de chercher à discerner quels sont les intérêts qui se cachent derrière les diverses prises de position aux États généraux sur l\u2019éducation.Certes, il y a d\u2019un côté celles et ceux qui composent le monde de l\u2019éducation (élues et élus, étudiantes et étudiants, personnel, parents, etc.) et de l\u2019autre celles et ceux qui composent la communauté politique et qui cherchent à orienter le système d\u2019éducation (l\u2019entreprise, l\u2019Église, le mouvement syndical et les groupes communautaires, la santé et les services sociaux, le secteur municipal, etc.).UACTTON NATIONALE \u2022 45 Examinons plutôt les intervenantes et intervenants sous l\u2019angle de leur vision de l\u2019école et de leurs rapports respectifs.D\u2019un côté, il y a celles et ceux qui plaident en faveur de l\u2019égalité des chances, de la démocratisation de l\u2019éducation, de l\u2019accessibilité, bref d\u2019un véritable service public, sous la responsabilité de l\u2019État, sous contrôle de la population et dont les principales intervenantes et intervenants disposent d\u2019une nécessaire autonomie professionnelle.On pourrait parler de forces centripètes.De l\u2019autre côté, il y a un courant formé de forces centrifuges.On a entendu des appels à la décentralisation, des demandes de municipalisation de certains services (les bibliothèques, les gymnases, les bâtisses, le transport écolier), des volontés de balkanisation des services à la petite enfance, de privatisation de l\u2019enseignement primaire et secondaire, de démantèlement des cégeps, de contrôle par l\u2019entreprise et la Société québécoise de développement de la main-d\u2019œuvre de la formation professionnelle et technique, de différenciation et spécialisation des universités.Au moment d\u2019écrire ces lignes, nous ne connaissons pas le résultat des Assises nationales (du 3 au 6 septembre 1996) ni le rapport que produira la Commission des États généraux sur l\u2019éducation.Mais une chose est certaine, l\u2019ampleur de la réforme sera conditionnée par les ressources financières que le gouvernement sera prêt à y consacrer et le budget de l\u2019État est une question essentiellement politique, mettant en cause la nature des choix politiques et, par conséquent, soumis au rapport de forces qui s\u2019exerce sur le terrain politique.L\u2019ampleur de la réforme sera conditionnée par les ressources financières.En politique, l\u2019imprévisible arrive généralement Or, en politique, on ne peut rien prévoir avec justesse et l\u2019imprévisible arrive généralement.Une 46 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE À défaut d\u2019emplois, pas de consommation et pas d\u2019éducation.reprise de la conflictualité sociale pourrait-elle influencer les choix politiques en faveur de l\u2019éducation?Tout dépend des compromis possibles entre les forces sociales et économiques.L\u2019entreprise a certes besoin d\u2019une main-d\u2019œuvre qualifiée et compétente pour assurer sa position concurrentielle sur le plan international.Mais elle a probablement besoin d\u2019abord d\u2019une reprise de la consommation locale.Cette reprise ne peut passer que par la création d\u2019emplois.L\u2019entreprise capitaliste s\u2019avère actuellement incapable de répondre à cette condition.L\u2019emploi dans les services publics et la fonction publique semble limité en raison de la crise des finances publiques.Il reste les emplois d\u2019utilité sociale (l\u2019économie sociale ou solidaire).Les communautés seront-elles capables de compenser la baisse des emplois dans le secteur privé et public par des emplois sociaux?Il y a certes là un défi, mais on peut difficilement entrevoir une reprise rapide de ce côté?À défaut d\u2019emplois, pas de consommation et pas d\u2019éducation.Mais pas de profit non plus.Alors, on revient à la case départ.On pourrait assister à une recomposition de la lutte des classes sous la forme d\u2019une lutte entre le néolibéralisme et la démocratie, entre le marché et l\u2019État, bref entre le capital et le travail.Quelle forme prendra cette lune?Quels en seront les effets?La réponse à ces questions appartient à l\u2019histoire et l\u2019histoire a toujours le dernier mot.Si le camp des forces néolibérales est assez bien identifié, solidement installé aux commandes, relativement actif et puissant, le camp des forces démocratiques apparaît plus éclaté, éparpillé, affaibli.En éducation, il se compose, pour l\u2019essentiel, des mouvements sociaux.Ce qui surprend, à prime abord, c\u2019est la présence d\u2019éléments contradictoires dans chacun des camps.Il n\u2019était pas rare d\u2019entendre, au cours des audiences régionales des États généraux sur L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 47 l\u2019éducation, de la bouche de représentantes et représentants d\u2019entreprises ou du milieu socio-économique, un plaidoyer en faveur de la revalorisation de l\u2019éducation, d\u2019un rôle actif de l\u2019État et du MEQ, d\u2019une reconnaissance de l\u2019autonomie professionnelles des intervenantes et intervenants en éducation.D\u2019un autre côté, certaines représentantes et certains représentants des forces sociales (Église, mouvement communautaire, syndicats), avançaient des propositions qui allaient dans le sens d\u2019un conservatisme révolu, sous l\u2019apparence vertueuse d\u2019une diversification des modes de formation et d\u2019une prise en charge par les communautés locales, de l\u2019éducation de leurs enfants et de leur système scolaire.Des forces non homogènes Voilà qui complique l\u2019analyse.Non seulement les forces sont-elles difficiles à identifier, mais leurs intérêts et leurs stratégies ne sont pas homogènes.Elles sont traversées par les mêmes contradictions qui hantent la société: la démocratie ou le néolibéralisme, l\u2019équité ou la loi du marché, l\u2019accessibilité ou la sélection, le dialogue ou l\u2019autorité.Sauf qu\u2019en dernière analyse, ce sont leurs intérêts de groupes qui prédominent et qui confèrent à leurs prises de position et à leurs actions une relative unité.C\u2019est cette unité qui tend à dominer au moment des grands arbitrages.En Occident, plus spécifiquement au Québec, les grands arbitrages socio-politiques se font lors des conflits de travail, les sommets socio-économiques, les élections, les référendums, les travaux parlementaires, etc.Au Québec, les grands arbitrages sociopolitiques se font lors des conflits de travail.Dans ce contexte-là, il est davantage intéressant d\u2019observer le repositionnement des groupes et la recomposition des forces au moment d\u2019un événement tel que les Assises nationales sur l\u2019éducation ou le Sommet sur le devenir social et économique du Québec.Ces forces doivent désormais afficher leurs 48 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Ces forces doivent désormais afficher leurs choix à propos des acquis à consolider.choix à propos des acquis à consolider: l\u2019existence d\u2019un réseau public d\u2019éducation du préscolaire à l\u2019université, son accessibilité à toute la population jeune et adulte sur tout le territoire du Québec, un financement public adéquat garantissant la gratuité scolaire jusqu\u2019au collégial et des frais de scolarité raisonnables à l\u2019université.Ces forces devront de plus indiquer clairement des voies d\u2019avenir concernant les valeurs communes à transmettre, les services à la petite enfance, la réussite et la diplomation des jeunes du secondaire, l\u2019alphabétisation des adultes, le financement public de l\u2019école privée, la laïcité des écoles et des structures, l\u2019avenir de certaines zones d\u2019éducation particulières, telle l\u2019île de Montréal, et la révision des programmes et des contenus enseignés (appelés curriculum).Des affrontements inévitables Un tel repositionnement des groupes et une telle recomposition des forces suggèrent qu\u2019il y aura inévitablement des affrontements.Ces affrontements seront mis en évidence lors du Sommet, mais également lors de l\u2019adoption des prochains crédits et du prochain budget gouvernemental.De telle sorte, qu\u2019en définitive, c\u2019est au plan politique que se feront les arbitrages.Et ceux-ci seront commandés par l\u2019état du rapport de forces politiques entre les forces sociales et les forces économiques.Il n\u2019y a pas de règle absolue qui fait qu\u2019en période de décroissance, le nombre de conflits sociaux ou de travail décroît.Au contraire, il peut arriver qu\u2019une crise économique engendre des contradictions telles que le conflit devienne la seule voie de sortie.La multiplication des formes actuelles d\u2019exclusion n\u2019augure en rien une perspective de paix sociale à long terme.Si cette exclusion frappe aux deux extrêmes, soit les jeunes et les personnes âgées, il y a fort à parier qu\u2019on pourrait assister à la multiplication des formes d\u2019expression de la violence comme celle qu\u2019on a connue, à Québec, le 23 juin 1996.?L ACTION NATIONALE \u2022 49 L\u2019entrepreneurial une affaire de réseautage La vision «libérale» de l\u2019entrepreneur JLes économistes traditionnels, suivis en cela par beaucoup de spécialistes en gestion et même en entrepreneurial, ont toujours considéré l\u2019entrepreneur (au même titre que le consommateur) comme un être individuel.Ce dernier est avant tout celui qui trouve une idée nouvelle (de produit, de localisation ou de commercialisation) et réunit des ressources pour la mettre en marché de façon à générer des profits justifiant ses efforts.De même l\u2019entreprise est vue comme luttant seule pour obtenir sa part de marché face à des concurrents ne lui faisant pas de quartier.Ainsi, et à bon droit, on a trouvé qu\u2019une des caractéristiques principales de l\u2019entrepreneur était la recherche de l\u2019indépendance; c\u2019est ce qui explique entre autres que des cadres ou des employés pourtant bien rémunérés dans une grande entreprise préfèrent risquer gros en se lançant en affaires pour devenir leur propre patron.On a ainsi mis l\u2019accent, à la suite des travaux de McClelland, sur l\u2019affirmation de soi de l\u2019entrepreneur par l\u2019aventure (d\u2019affaires) dans une entreprise dont le succès (ou l\u2019échec) justifiait cet Pierre-André Julien Réal Jacob* Groupe de recherche en économie et gestion des PME (GREPME) et Chaire Bombardier en gestion du changement technologique dans les PME, Université du Québec à Trois-Rivières.50 \u2022 L'ACTION NATIONALE engagement.On a de plus mis l\u2019accent sur la grande capacité d\u2019innovation de l\u2019entrepreneur.On a discuté de sa compétence à réunir et à organiser des ressources limitées.On a enfin analysé sa façon de développer une stratégie au moins implicite, le plus souvent de court terme, reliée toutefois à des objectifs de plus long terme (sa «vision»).Mais toutes ces caractéristiques ne suffisent pas à expliquer l\u2019entrepreneur et ainsi l\u2019entrepreneuriat.Une vision qui requiert toutefois un environnement favorable Certains économistes parlent de la qualité de vie pour retenir une main-d\u2019œuvre très qualifiée.Il faut ajouter toutefois que les économistes traditionnels ont expliqué qu\u2019il fallait aussi un environnement favorable pour soutenir des entrepreneurs.Ainsi, on a montré qu\u2019une conjoncture avec des marchés en expansion et des ressources particulièrement disponibles, notamment des ressources monétaires abondantes et peu chères, favorisaient la création d\u2019entreprises et ainsi l\u2019engagement de nouveaux entrepreneurs.Au contraire, des consommateurs trop endettés ou particulièrement réticents à emprunter ou à dépenser et une concurrence féroce pouvaient conduire plusieurs entrepreneurs à repousser à plus tard leurs nouveaux investissements et entraîner plusieurs faillites.De même, on a démontré l\u2019importance de bonnes ressources en formation offrant aux entreprises une main-d\u2019œuvre variée ou encore des institutions de recherche ou de valorisation efficaces.Des économistes se sont aussi arrêtés à l\u2019importance d\u2019infrastructures modernes (routes, ports, aéroports.) pour favoriser l\u2019écoulement des produits.Certains ont prôné le développement de parcs industriels et d\u2019incubateurs pour mieux utiliser les infrastructures de transports et d\u2019implantation et pour rendre encore plus disponibles et à moindres coûts divers services aux entreprises.D\u2019autres économistes parlent L'ACTION NATIONALE \u2022 5 1 aussi de plus en plus de la qualité de vie et de la vitalité du milieu culturel pour attirer et retenir une main-d\u2019œuvre très qualifiée notamment pour des entreprises de haute technologie.On a de plus montré que la présence de grandes firmes dans une région pouvait être favorable si elles offraient de la sous-traitance et favorisaient l\u2019essaimage.Mais de même, on a rappelé que les grandes entreprises à produits primaires, comme les alumine-ries ou les firmes de pâte et papier, constituaient souvent un frein au développement des petites entreprises.D\u2019une part, ces grandes firmes faisaient peu affaire avec les PME régionales.D\u2019autre part, elles s\u2019accaparaient les meilleures ressources en main-d\u2019œuvre ; de plus elles bloquaient la création d\u2019entreprises en haussant la moyenne régionale des salaires, en orientant le système d\u2019éducation pour leurs besoins et en retenant les meilleures sources de financement.Mais comme le développement ne vient pas tout seul, certains économistes ont mis l\u2019accent sur l\u2019intervention de l\u2019État, notamment des gouvernements régionaux ou locaux directement ou par l\u2019intermédiaire de commissariats industriels, pour mobiliser les ressources et compléter celles-ci par différentes formes d\u2019aide pour la création d\u2019entreprise ou l\u2019expansion des entreprises existantes.Des conditions nécessaires à cet environnement favorable Pourtant, ces différentes formes d\u2019intervention ne suffisent pas à expliquer la multiplication ou la forte croissance des entreprises dans certaines régions, et ainsi la création d\u2019emplois.En effet, on sait que d\u2019autres régions pourtant assez proches d\u2019un grand marché, avec de bonnes ressources de formation et de recherche, telle la présence d\u2019une universi- La présence de grandes firmes pouvait être favorable si elles favorisaient l'essaimage.52 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE té, d\u2019infrastructures modernes et d\u2019un support important de l\u2019État, ne réussissent pas à compenser le déclin des grandes entreprises qui étaient à la base de leur première période d\u2019industrialisation et ne permettent pas de créer un processus de restructuration malgré les nombreuses aides accordées.Par exemple, des régions qui ont créé des zones industrielles bien garnies de toutes sortes de services ou qui ont essayé de mettre en place un parc technologique s\u2019aperçoivent que les résultats tardent énormément à venir.De même, certaines régions qui ont mis sur pied des incubateurs technologiques avec l\u2019ambition d\u2019attirer des entreprises de haute technologie ont dû se contenter d\u2019accepter toutes sortes d\u2019entreprises et de les retenir au-delà de la limite de cinq ans faute de recevoir d\u2019autres entreprises pour les remplacer.Ce qui veut dire que plusieurs conditions, pourtant nécessaires aux nouveaux investissements, ne suffisent pas à expliquer la dynamique de régions qui, sans nécessairement tout le support ou toute l\u2019aide accordée ailleurs, réussissent à se développer rapidement et à créer en peu de temps plusieurs centaines d\u2019emplois.Les conditions suffisantes pour compléter cet environnement favorable II faut voir l\u2019entrepreneur comme une personne sociale qui a besoin du soutien de son milieu pour se développer.Pour comprendre ces régions que l\u2019on appelle «régions miracles» et qui créent des centaines de nouveaux emplois par année, il faut voir l\u2019entrepreneur aussi comme une personne sociale qui a besoin du soutien de son milieu pour agir et se développer.L\u2019entrepreneur doit en particulier fonder son développement sur des réseaux informationnels dynamiques, d\u2019abord, pour trouver de nouvelles idées rentables et, ensuite, pour obtenir les ressources les moins chères et les plus efficaces possibles nécessaires à leur application.i:ACTION NATIONALE \u2022 53 Déjà, pour bien saisir cette sociabilité des entrepreneurs et leur multiplication dans certaines régions, on parle de la présence d\u2019une forte culture entrepreneuriale, culture évidemment sociale.Mais cela ne suffit pas puisqu\u2019il serait surprenant qu\u2019une telle culture particulièrement dynamique dans un coin n\u2019ait aucun effet dans les régions avoisinantes.Par exemple, peut-on démontrer que les convictions économiques des habitants de St-Georges de Beauce soient très différentes de ceux de Thetford Mines, à 60kms seulement de là, ou encore que l\u2019enseignement dans les écoles secondaires ou les CÉGEPS de ces deux localités soit particulièrement distinct?De même, peut-on prouver que les infrastructures ou l\u2019aide gouvernementale divergent depuis fort longtemps entre ces deux régions?La sociabilité des entrepreneurs dépasse cette idée d\u2019une culture entrepreneuriale particulière et d\u2019infrastructures spécifiques.Elle suppose de resituer les comportements individuels des entrepreneurs dans un contexte plus large où les liens entre ceux-ci et les ressources diverses d\u2019une région s\u2019appuient les uns sur les autres pour créer un enthousiasme stimulant de nouveaux investissements et attirant d\u2019autres ressources nécessaires pour soutenir ceux-ci et en retour expliquer d\u2019autres investissements.Ces liens sont à la base de réseaux informationnels riches et de ressources diverses et la multiplication de ceux-ci favorise la formation de milieux particulièrement entrepreneurs.La dynamique des milieux entrepreneuriaux Les milieux entrepreneuriaux sont constitués d\u2019interdépendances entre un grand nombre d\u2019entreprises de production et de services ou d\u2019acteurs interreliés dans des réseaux territoriaux mais très ouverts Les milieux entrepreneuriaux sont constitués d\u2019interdépendances.54 \u2022 L ACTION NATIONALE sur l\u2019international.Ces réseaux favorisent un processus d\u2019apprentissage collectif par l\u2019échange d\u2019information et la réduction de l\u2019incertitude du fait de cet échange et de l\u2019innovation systématique partagée.L\u2019information échangée peut être d\u2019affaires, financière, commerciale, technologique.Les réseaux permettent des transferts d\u2019information de marché (entre acheteurs et offreurs, entre fournisseurs et utilisateurs.) ou hors marchés, tel que le développement d\u2019idées nouvelles par la confrontation de différentes possibilités ou par des opportunités reconnues par le réseau.Ils tendent ainsi à multiplier ces possibilités d\u2019innovation et ainsi les occasions d\u2019affaires et, donc, l\u2019entrepreneuriat et les emplois.Les réseaux génèrent de l'enthousiasme.Les réseaux offrent en plus de l\u2019information potentielle qui rassurent en quelque sorte les entrepreneurs dans leurs projets d\u2019investissements et qui favorisent ainsi ceux-ci.Puisque, malgré toute l\u2019information que ceux-ci obtiennent avant d\u2019agir, il est rare que les choses se passent aussi bien que prévu.Il faut donc aux petits entrepreneurs une certaine assurance d\u2019obtenir les ressources supplémentaires si des obstacles nouveaux surviennent, assurance provenant des liaisons avec ces réseaux.De plus, les réseaux génèrent de l\u2019enthousiasme et des modèles d\u2019entrepreneurs («si un tel réussit, pourquoi pas moi?.»), créant ainsi de la contagion qui amène les entrepreneurs à agir entraînés par l\u2019influence des autres.De même, les réseaux peuvent permettre la liaison avec des centres de production et de transfert de l\u2019information technologique, notamment avec l\u2019information internationale souvent trop complexe ou plus ou moins inaccessible directement aux petits entrepreneurs aux ressources limitées.Enfin, les réseaux favorisent la multiplication de liaisons de sous-traitance, notamment la sous-traitance de spécialité.Ils peuvent soutenir la formation de diverses formes d\u2019alliances pour développer des nouveaux produits L'ACTION NATIONALE «55 ou exporter, et même la formation d\u2019entreprises-réseau, tel le réseau de la Chaire Bombardier Sea-Doo/Ski-Doo qui permet de développer des pièces ou des ensembles de pièces suite à des rencontres systématiques entre le donneur d\u2019ordre et plusieurs sous-traitants partenaires.Comment favoriser la création de ces milieux entrepreneuriaux?Les régions particulièrement entrepreneuriales sont fondamentalement celles qui sont capables de fournir aux entrepreneurs un support informationnel particulièrement riche.Ce support passe par la formation, la création d\u2019antennes de veille et le courtage en information.La formation La formation est un préalable nécessaire pour pouvoir utiliser l\u2019information riche et favoriser l\u2019apprentissage.Les études ont montré que les régions dynamiques avaient développé depuis très longtemps un savoir de base, un «métier» qui a évolué graduellement avec la formation afin de s\u2019adapter aux nouveaux savoir-faire.Ainsi, dans la région suisse de l\u2019Arc jurassien, les travailleurs et la maîtrise ont su adapter le métier de l\u2019horlogerie aux besoins de machines-outils à base de miniaturisation comme l\u2019étaient les montres grâce aux institutions d\u2019enseignement qui se sont transformés pour pouvoir répondre aux nouveaux besoins.Par exemple, dans le district industriel italien de Prato, les Chambres de métiers et les associations professionnelles ont fait pression et sont même intervenues avec leurs propres écoles pour que l\u2019enseignement spécialisé pour l\u2019industrie du vêtement offre des cours tant au plan du développement des nouvelles machines qu\u2019au plan du design avancé et des techniques complexes de Les régions dynamiques avaient développé depuis très longtemps un savoir de base, afin de s'adapter aux nouveaux savoir-faire.5 6 \u2022 L'ACTION NATIONALE La formation doit toutefois être poursuivie et nourrie.mise en marché.En Beauce, dès le début des années 1980, des industriels sont venus à Trois-Rivières malgré l\u2019éloignement, pour que l\u2019université offre certains cours dans des locaux qu\u2019ils avaient loués.Au point qu\u2019actuellement, ils jouissent d\u2019un service assez important de cours universitaires même si la région ne peut se réclamer d\u2019une université à part entière, compte tenu de sa trop faible population.De même, plusieurs entreprises de l\u2019industrie de plastique dans la région de St-Jean-Port-Joli se sont alliées à la commission scolaire pour développer un enseignement spécial en techniques du plastique dans le but de former les futurs employés qu\u2019ils avaient auparavant beaucoup de difficultés à obtenir.Le développement d\u2019antennes de veille La formation doit toutefois être poursuivie et nourrie, notamment la formation de la direction des entreprises.On doit continuer à l\u2019enrichir par de l\u2019information renouvelée.Pour cela, il faut soutenir ou créer des antennes de veille informationnelle.Ces antennes, ce sont des centres de recherche privés et publics et des firmes conseil qui ont entre autres pour mission de rechercher l\u2019information avancée nationale et internationale sur l\u2019évolution technologique, concurrentielle et commerciale pour les industries particulièrement présentes dans la région ou capables d\u2019alimenter les firmes nouvelles à fort potentiel de développement.La région doit donc se mettre en liaison avec diverses capacités de recherche, de filtrage, de diffusion et d\u2019analyse d\u2019information riche, d\u2019abord dans les secteurs les plus présents ou les plus prometteurs, pour ensuite s\u2019étendre graduellement à d\u2019autres besoins.Mais elle peut aussi mettre sur pied des institutions de valorisation et inviter des firmes conseil à s\u2019établir dans la région afin de répondre aux besoins d\u2019expertises et de soutien des petites firmes.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 57 Le transfert ou le courtage de l\u2019information Mais l\u2019information obtenue ou développée peut se maintenir dans un vase clos si elle n\u2019est pas partagée.Une bonne façon de faciliter le partage de l\u2019information est de créer des mécanismes d\u2019échange d\u2019information par ce que nous avons appelé le courtage en information (OCDE, 1993).Le langage des chercheurs ou même du personnel des firmes conseil habitué à traiter avec les grandes entreprises n'est pas toujours approprié aux besoins des petites entreprises.Par exemple, les liaisons entre les universités et les petites entreprises sont généralement difficiles spécialement parce que les universitaires et les industriels ne parlent pas le même langage et n\u2019ont pas les mêmes priorités ou le même mode de fonctionnement.Ainsi, on a montré que les universitaires cherchent «la meilleure solution» alors que les industriels veulent une solution satisfaisante dans un temps donné; les premiers ne font pas que de la recherche et doivent prendre quelque temps à s\u2019organiser pour démarrer alors que les industriels ont besoin d\u2019une réponse dans au plus deux ou trois mois.Il faut donc trouver des intermédiaires capables de comprendre autant les créateurs que les demandeurs d\u2019information, de traduire l\u2019offre et la demande des uns et des autres et graduellement de les habituer à travailler ensemble.Ces intermédiaires sont des courtiers en information.Il existe déjà dans la plupart de nos régions un bon nombre d\u2019intervenants auprès des PME.Il existe déjà dans la plupart de nos régions un bon nombre d\u2019intervenants auprès des PME (représentants du ministère de l\u2019Industrie et du commerce, de la Société de développement industriel, de la Banque fédérale de développement, commissaires industriels, etc.).Ces intervenants, s\u2019ils sont bien alimentés par leurs institutions, remplissent déjà une fonction de courtier en information.Ils ont souvent 58 \u2022 L'ACTION NATIONALE Il faut multiplier les entreprises innovatrices proactives dans les régions.des contacts privilégiés avec un certain nombre d\u2019entreprises, ce qu\u2019ils appellent leur clientèle régulière dont ils connaissent bien les besoins.Malheureusement, ils sont limités à certains services ou à certaines informations plutôt que d\u2019autres.Un vrai système de courtage dans une région permet d\u2019utiliser le plus grand nombre de ces courtiers potentiels en leur ouvrant le plus possible l\u2019information régionale, nationale et internationale sur les technologies disponibles ou à venir, sur les programmes d\u2019aide en financement ou en formation pour les marchés intérieurs ou internationaux, sur les spécialistes capables de répondre à tels types de problèmes, sur les différents cours disponibles ou autres formules de formation, sur les travaux de recherche en cours dans les écoles techniques ou les universités, sur les banques de brevets, etc.Si chaque courtier développe une clientèle propre, s\u2019il est relié à plusieurs sources d\u2019information nationale et internationale, s\u2019il met en liaison les firmes avec les meilleures sources, rapidement celles-ci seront alimentées par de l\u2019information riche capable de les aider à se développer et à saisir le plus d\u2019opportunités, quitte à ne plus avoir besoin de ces courtiers à mesure qu\u2019elles seront «branchées» sur des sources et des réseaux efficaces.Ce qu\u2019il faut viser pour augmenter le nombre de milieux entrepreneuriaux au Québec et ainsi la création d\u2019emplois, c\u2019est de multiplier les entreprises innovatrices proactives dans les régions, c\u2019est-à-dire des entreprises à plus fort potentiel de croissance et de développement.On sait que ce sont ces entreprises qui, une fois créées, génèrent le plus d\u2019emplois et favorisent par la suite la création de nouvelles entreprises et donc de nouveaux emplois.C\u2019est ce que l\u2019on constate dans les régions très entrepreneuriales.Alors que dans les régions «normales», on trouve moins de 5% des PME à forte croissance et qui ont cette stratégie proactive, ce pourcentage dépasse 10% dans les régions dynamiques comme en Beauce ou dans la région de Drummondville et de Victoriaville.L'ACTION NATIONALE \u2022 59 Bref, cette multiplication d\u2019entreprises à forte croissance dans les régions passe par trois moyens principaux: 1.\tUne concertation systématique formelle ou informelle (l\u2019intercommunication) entre différents acteurs aux expertises diverses (production, conseil, distribution, équipement.) de façon à échanger de l\u2019information complexe technologique, commerciale et concurrentielle afin de réduire l\u2019incertitude ou du moins mieux la contrôler.2.\tLe développement d\u2019une culture technique avec de la formation adaptée et multipliant les acteurs orientés vers l\u2019innovation et la technologie.Le milieu entrepreneurial facilite systématiquement le partage du savoir et du savoir-faire.C\u2019est-à-dire que les échanges réguliers, entre producteurs ou chercheurs d\u2019information technologique avancée et utilisateurs, soutiennent le renouvellement des pratiques techniques ou des métiers et stimulent la mise en place de nouvelles formes d\u2019organisation interne et externe.Par la confiance qui se développe entre les acteurs, ces échanges encouragent la complémentarité du savoir et ainsi l\u2019innovation diffuse entre les entreprises.3.\tLa mise en place d\u2019un processus d\u2019apprentissage et d\u2019innovation partagée par le courtage informationnel stimulant le changement interne et externe et multipliant ainsi les entreprises innovatrices capables de consolider et d\u2019envahir de nouveaux marchés.Conclusion La rationalité économique et de gestion traditionnelle met en avant une conception déformée de la réalité.Pour les économistes traditionnels, la rado- 60 \u2022 L'ACTION NATIONALE Malgré plusieurs années de bonne conjoncture, une forte création d'emploi se fait toujours attendre.nalité est utilitariste et individualiste.En ce sens, pour eux, les agents économiques agissent seuls et toujours lorsqu\u2019il y va de leurs intérêts, et ce comportement entraîne par la suite l\u2019intérêt collectif.Ainsi, lorsque les conditions sont présentes, tel un environnement économique favorable, il y a nécessairement multiplication d\u2019entrepreneurs.Or, on sait que malgré plusieurs années de bonne conjoncture au Québec ou ailleurs, une forte création d\u2019emploi se fait toujours attendre.Ceci s\u2019explique parce que la rationalité est fortement influencée par les besoins de chacun.Ainsi les entreprises (ou les entrepreneurs actifs ou potentiels) développent une vision et suivent un itinéraire qui les conduit à certains choix plutôt que d\u2019autres, comme refuser de changer ou de laisser passer des opportunités, du simple fait que «cela ne les tente pas» ou parce qu\u2019elles préfèrent attendre d\u2019autres opportunités, ou encore parce qu elles ne sont pas sûres de l\u2019information reçue.Comme on l\u2019a dit, les entrepreneurs ont besoin d\u2019une certaine assurance que, s\u2019ils sont mal pris, ils recevront un complément d\u2019information ou même un support actif du milieu pour s\u2019en sortir.Ou en d\u2019autres mots, le milieu doit fournir non seulement de l\u2019information immédiate pour multiplier les opportunités d\u2019affaires, indiquer où sont les meilleures ressources et diminuer ainsi l\u2019incertitude, mais il doit assurer une possibilité d\u2019information future si nécessaire, étant donnée que l\u2019incertitude ne disparaît jamais.De plus, l\u2019apprentissage des entrepreneurs pour apprendre à plus et à mieux innover et à mieux investir passe par des relations inter personnelles réglées par des normes nécessairement sociales ou un langage partagé dans des réseaux.De ces relations à base de ce langage partagé, c\u2019est-à-dire de la communication entre les acteurs sociaux peuvent découler systématiquement des actions si le langage est suffisamment contrôlé par le plus grand nombre et devient incitatif par un enthousiasme L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 61 partagé.Ainsi, cet apprentissage collectif a de fortes chances d\u2019entraîner les actions et de les rendre plus réfléchies avec de meilleures chances de succès.Ainsi, le succès des entrepreneurs est dépendant de l\u2019action des autres entrepreneurs et des acteurs socio-économiques.L\u2019échange d\u2019information entre ceux-ci favorise les autres actions et permet une certaine coordination de celles-ci.Le milieu qui tend à se développer par l\u2019interdépendance des actions a pour effet de soutenir ou de stimuler l\u2019action des entreprises sur un territoire, de créer la contagion à agir, dont on a parlé.Ainsi, la dynamique d\u2019une région dépendra de la qualité et de l\u2019intensité dans l\u2019échange d\u2019information riche favorisant la coordination des actions, le développement d\u2019innovations portantes permettant de se distinguer sur les marchés très concurrentiels, et ainsi des appuis des entreprises de ce territoire les unes sur les autres.La dynamique d\u2019une région dépendra de la qualité et de l\u2019intensité dans l\u2019échange d\u2019information.La question que chaque région peut se poser pour créer plus d\u2019emploi est: «comment créer de la «synergie créatrice», de manière à produire ou à stimuler le développement?».Ou, en d\u2019autres mots, quels sont les moyens de faciliter la création d\u2019un «cercle vertueux» ou un mécanisme d\u2019auto-renforce-ment dans lequel les entreprises les plus dynamiques (proactives) attireront de nouvelles ressources dans une région qui elles-mêmes favoriseront la création ou l\u2019arrivée de nouvelles entreprises.Nous avons montré que la réponse se trouvait dans la mise en place d\u2019un mécanisme d\u2019échange systématique d\u2019information riche capable de générer un certain ordre dans le développement et ainsi de créer ce processus de «synergie créatrice» entrepreneuriale et ainsi de la contagion systématique pour créer toujours plus d\u2019emplois.62 \u2022 L'ACTION NATIONALE Quelques références bibliographiques CAMAGNI, R.(1993), «Inter-firm industriel networks.The cost and benefits of co-operative behaviour», Journal of Industry Studies, vol.l,n° l,p.1-15.CARRIER, M.(1992), «Structuration d\u2019 un système industriel de PME», thèse de doctorat, Université Laval, Québec.JACOB, R.et J.DuCHARME (éd.) ( 1995), Changement technologique et gestion des ressources humaines, Boucherville, Gaétan-Morin.JULIEN, RA.et M.MaRCHESNAY (1996), L\u2019entrepreneuriat, collection Gestion/Poche, Paris, Économica.JULIEN, RA.et M.Morin (1996), Mondialisation de l'économie et PME québécoises, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec.Julien, P.A., M.E Estimé « G.Drilhon (1993), Les petites et moyennes entreprises: technologie et compétitivité, OCDE, Paris.MAILLAT, D\u201e M.QuÉVrr et L.SENN (éd.) (1993), Réseaux d\u2019innovation et milieux innovateurs: un pari pour le développement régional, Neuchâtel, EDES.?Pour aider à lire le présent et à imaginer l'avenir Les Cahiers d'histoire du Québec au XXe siècle revue semestrielle (printemps-automne) organe du Centre de recherche Lionel-Groulx abonnement annuel : 35$; le numéro 19,95$ Diffuseur ; Les Publications du Québec, Téléphone (514) 948-1222 ou l -800-465-9266.L\u2019ACTION NATIONALE «63 Le plan C.ï-ic camp fédéraliste a gagné le référendum, mais de justesse.Alors qu\u2019au début de la campagne, la victoire du non semblait acquise aussi facilement qu\u2019au référendum de 1980, l\u2019arrivée de Lucien Bouchard a renversé la tendance au point que les souverainistes ont failli gagner.Le résultat final semble avoir complètement déboussolé le camp fédéraliste qui doit maintenant appréhender un troisième référendum avec Lucien Bouchard comme premier ministre du Québec et vainqueur probable selon les commentateurs et l\u2019opinion publique.Par moments, comme une poule décapitée, le discours (et le geste aussi, parfois) fédéraliste court, affolé, dans toutes les directions, sans but précis, dirait-on.André Synott Un spectre hante le Canada: le séparatisme.Ce spectre, comme tous les spectres provoque une fuite en avant, ou ailleurs, vers la peur, la déraison, l\u2019irrationalité.Pierre Elliott Trudeau, dans un article fameux de Cité libre, citait Julien Benda et expliquait doctement que les élites québécoises, comme les élites européennes naguère, avaient trahi la raison au profit de la nation.Or, actuellement, il semble que c\u2019est au profit du fédéralisme canadien que la raison est trahie.Cette peur, cette irrationalité, s\u2019est d\u2019abord manifestée par des manipulations du corps électoral avant le référendum; et après, devant le résultat somme toute décevant pour les fédéralistes, par « une frénésie hallucinante d\u2019un large secteur de notre population pensante à se mettre - intellectuellement et 64 \u2022 L'ACTION NATIONALE Cette victoire fédéraliste est peut-être une victoire à la Pyrrhus.spirituellement sur des voies d\u2019évitement»1.Une nouvelle nouvelle trahison des clercs.À l\u2019analyse, cette victoire fédéraliste est peut-être une victoire à la Pyrrhus puisqu\u2019il en est résulté un changement à la direction du Parti québécois.Changement de chef, donc au premier abord, uniquement de personnel, mais possiblement - et cela l\u2019avenir seul pourra le confirmer \u2014 changement autant qualitatif que quantitatif quant aux potentiels d\u2019ouverture aux allophones et aux autochtones que laisse entrevoir le charisme de Lucien Bouchard.D\u2019où cette frénétique fuite des fédéralistes sur ces voies d\u2019évitement que sont la partition, la cause Bertrand et autres tentatives de faire peur aux Québécois avant un troisième référendum.De ce troisième référendum pourrait découler la mort du Canada.Pour plusieurs \u2014 j\u2019en suis - qui le regrettent déjà, un certain Canada, celui des David Lewis, des Chuck Taylor, des Morton, des Stan Ryer-son, celui de la tolérance et de l\u2019honnêteté intellectuelle est déjà mort.L\u2019idée, sinon le pays, est tuée par l\u2019action et les cris des Guy Bertrand, Don Boudria, Jean Chrétien, Sheila Copps, Stéphane Dion, Michael Hamelin et autres fédéralistes pour qui, tous les moyens, surtout les pires, sont bons pour sauver le pays.Il s\u2019agit ici de dénoncer autant que de déplorer les songes et mensonges d\u2019un certain fédéralisme, quitte à jeter le bébé avec l\u2019eau du bain puisque celle-ci a empoisonné celui-là! Le référendum: avant.Les premières basses manoeuvres des forces fédéralistes ont commencé avant le déclenchement de la campagne référendaire proprement dite.Le TRUDEAU, Pierre Elliott.«La nouvelle trahison des clercs», Cité libre, Montréal, vol.XIII, n° 46 (avril 1962) page 11.tACTION NATIONALE \u2022 65 contexte rendait sans doute cet empressement nécessaire pour certains.Bien que, pour plusieurs, la victoire semblait aussi certaine qu\u2019en 1980, il fallait composer (ou «faire») avec des données tout à fait inédites: la présence très forte d\u2019une aile séparatiste au Parlement fédéral ayant de surcroît le statut d\u2019op-posidon officielle; la déception de nombreux Québécois après l\u2019échec des accords du lac Meech; l\u2019accession à la direction des Partis libéraux (fédéral et provincial) de chefs, apparemment, les moins qualifiés, selon les Québécois, pour gagner la campagne et la création d\u2019un parti nationaliste modéré, l\u2019Action démocratique du Québec, capable de drainer les voix de fédéralistes déçus vers la souveraineté.Comme, dans un référendum, chaque vote a la même valeur sans incidence provenant du découpage de la carte électorale, il était tentant de paver la voie à toutes les voix pouvant apporter un vote de plus au camp du non.Madame, comme votre bébé a grandi! (ou comment gonfler une liste électorale?) Diverses officines, diverses magouilles furent donc mises en branle pour ratisser largement tout ce qui pouvait être logiquement et utilement une voix fédéraliste, un vote pour le non.Monique Simard avait goûté à cette médecine lorsque des électeurs, majoritairement anglophones et provenant surtout du West Island, votèrent dans Bertrand où ils possédaient une résidence secondaire.Ainsi, ce qui avait été un incident relativement mineur ou restreint (des propriétaires de BMW, Mercedes, condos, chalets, empêchaient une communauté de choisir une ancienne syndicaliste comme députée) prenait une importance beaucoup plus grande: un peuple empêché de décider de son indépendance sans ingérence extérieure.Il était tentant de paver la voie à toutes les voix pouvant apporter un vote de plus au camp du non.66 \u2022 L'ACTION NATIONALE Par U bon usage de l\u2019immigration.Le ministère fédéral de l\u2019Immigration fit preuve d'un zèle sans précédent.Durant les semaines et les mois précédant le référendum, le ministère fédéral de l\u2019Immigration fit preuve d\u2019un zèle sans précédent.La citoyenneté canadienne, cette notion si précieuse au cœur des Chrétien et Charest, fut octroyée à tout venant ou presque.Au Québec, des immigrants reçus furent acceptés comme citoyens canadiens plus tôt que prévu par rapport aux normes habituelles; certains furent mêmes invités à déposer leur demande de citoyenneté, encore là en deçà des délais réguliers.Des fonctionnaires furent mutés à Montréal ou Québec et affectés à ce surcroît temporaire de travail.Les procédures et les questionnaires permettant de mesurer le degré de connaissances des postulants sur le Canada furent simplifiés à l\u2019extrême.Les fonctionnaires travaillèrent le dimanche, des conférences remplacèrent les rencontres individuelles entre le juge de la Citoyenneté et le postulant.Les cartes de citoyenneté et les certificats plastifiés étaient préparés à l\u2019avance, sans, comme d\u2019habitude, attendre les résultats des postulants aux questionnaires.«On» était certain de la réussite de tous à ces examens; d\u2019ailleurs des traducteurs attendaient, disponibles, pour aider les allophones (majoritaires à ces conférences-entre-vues-examens-prestations de serments) qui auraient pu (on se demande bien comment?) rencontrer des difficultés après toutes ces facilités.Des immigrants comprenant qu\u2019ils étaient utilisés dans une entreprise de manipulation dénoncèrent ces agissements.Pris sur le fait, le gouvernement fédéral rétorqua qu\u2019il opérait toujours ainsi avant chaque élection provinciale ou fédérale.Ce qui ne fut pas prouvé.Plus tard, le gouvernement fédéral prouva d\u2019une certaine façon qu\u2019un immigrant devenu citoyen canadien n\u2019avait le droit que d\u2019être fédéraliste; c\u2019est ainsi que le ministre Doug Young invita le dé- LACTION NATIONALE \u2022 67 puté bloquiste d\u2019origine chilienne Osvaldo Nunez à quitter le pays qui l\u2019avait si bien accueilli.et aussi - pourquoi pas?- de l\u2019émigration Dès l\u2019annonce de la campagne référendaire, un bureau basé à Ottawa ouvrit une ligne téléphonique et créa un service postal pour aider des citoyens ayant quitté le Québec à s\u2019inscrire sur la liste électorale.En effet, la loi électorale québécoise permet à une personne ayant quitté la province depuis moins de deux ans de voter à une élection ou à un référendum sur simple déclaration d\u2019un retour au Québec dans l\u2019avenir.Les données des recensements sur les migrations inter-provinciales et la plus élémentaire des observations permettent de voir que ce sont surtout des anglophones qui ont quitté le Québec et par milliers plutôt que par centaines.Ces anglophones ayant souvent quitté la province par ressentiment à cause des lois linguistiques, avaient donc, selon le point de vue où on se place, de bonnes raisons de vouloir voter pour le non.Il est évidemment impossible de dénombrer parmi les votes provenant des autres provinces ceux des personnes qui n\u2019ont plus du tout l\u2019intention de revenir et ont donc voté frauduleusement.Compte tenu du résultat très serré du référendum, ces quelques centaines ou sans doute quelques milliers de votes légaux, mais d\u2019une valeur morale très douteuse, pèsent lourd dans la balance.Ces magouilles donnent un arrière-goût de cendres à la victoire fédéraliste.Lors du prochain référendum, le gouvernement québécois devra veiller à ce que la loi et l\u2019esprit de la loi soient respectés.\u2022\u2022\u2022pcndcUit*»» Durant les jours immédiatement avant et les semaines immédiatement après le référendum les Ces quelques centaines ou milliers de votes pèsent lourd dans la balance.68 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le Québec reçut les preuves de l'amour le plus débordant et les menaces les plus hargneuses.Québécois furent soumis au meilleur et au pire.Tel un suspect dans un poste de police qui fait face à deux inspecteurs, l\u2019un mielleux, l\u2019autre menaçant, le Québec reçut les preuves de l\u2019amour le plus débordant et les menaces les plus hargneuses.Le rallye de l\u2019amour (nous voyageons maintenant, vous paierez plus tard) La mise en évidence de Lucien Bouchard dans la campagne référendaire provoqua une modification dans les intentions de vote que mesurèrent tous les sondages.L\u2019avance du non fondit au point que le résultat devint impossible à prévoir avec certitude.Dans le camp fédéraliste, l\u2019initiative passa de Daniel Johnson à Jean Chrétien.Une alliance groupant des ministres fédéraux et provinciaux et des gens d\u2019affaires des provinces anglophones organisa le voyage de plusieurs dizaines de milliers de Canadiens à Montréal pour montrer aux Québécois combien ils étaient aimés et appréciés du reste du Canada.Oubliées les résolutions de municipalités ontariennes prohibant l\u2019usage du français, oubliés les drapeaux québécois brûlés et piétinés, oublié le refus de reconnaître la société distincte, oubliée la difficulté pour les francophones hors-Québec d\u2019obtenir des écoles françaises là où le nombre le justifierait.Oublié surtout d\u2019imputer, comme la loi québécoise le prescrit, les dépenses pour organiser ce rallye au budget du camp du non.Cette violation de la loi semblait tellement insignifiante que Don Boudria a déclaré le plus sérieusement du monde qu\u2019il n\u2019hésitera pas à recommencer à la prochaine occasion.Daniel Johnson, lui, a joué à l\u2019autruche et deux fois plutôt qu\u2019une: avant le rallye, il déclarait que ces dépenses allaient sûrement être comptabilisées, après, il affirmait que seules les dépenses engagées au Québec pouvaient être imputées au budget du camp du non.L\u2019argent n\u2019ayant pas d\u2019odeur, il sera très difficile de savoir exactement comment ont été payés les trains, les avions et les L'ACTION NATIONALE \u2022 69 autobus qui amenèrent tous ces nouveaux amoureux du Québec à Montréal.Les Plaideurs (Puisque vous n\u2019avez pas le droit, vous n\u2019avez aucun droit) L\u2019entrée en scène (c\u2019est le cas de le dire) de Guy Bertrand a apporté un aspect farfelu au débat constitutionnel.Heureusement, même s\u2019il n\u2019est pas Molière, Guy Bertrand a compris jusqu\u2019où il ne fallait pas aller trop loin dans le genre comique.Il a donc annoncé qu\u2019il ne poursuivrait pas, pour le moment, le gouvernement du Québec en recours collectif, au nom de chaque Québécois, en dommage pour perte de la citoyenneté canadienne.Pour le reste, il maintient ses positions.Simpliste au plus haut point, il plaide que l\u2019accession à la souveraineté est impossible et illégale puisqu\u2019elle n\u2019est pas prévue par la constitution canadienne.Sur le second point, tout le monde ou presque lui donnera raison: la séparation d\u2019une province n\u2019est pas prévue par la constitution, et alors?C\u2019est que comme toutes les constitutions, celle du Canada ne prévoit pas son démenbrement total ou partiel.Toutes sauf une: la constitution de l\u2019URSS de 1936, élaborée au temps de Staline, prévoyait théoriquement qu\u2019une république puisse quitter l\u2019Union soviétique.En théorie seulement, puisque même les États souverains de l\u2019Europe de l\u2019Est avaient une souverainté limitée.L\u2019Allemagne de l\u2019Est, la Hongrie, la Tchécoslovaquie et la Pologne l\u2019apprirent à leurs dépens.C\u2019est que le droit de sécession d\u2019un État relève plus de la légitimité et de la démocratie que d\u2019un cadre juridique forcément étroit.Il y aura bien des deux côtés des plaidoyers et des arguties juridiques, mais la seule attitude possible pour le Canada anglais c\u2019est l\u2019empathie, c\u2019est d\u2019accepter la décision des Québécois.L'entrée en scène de Guy Bertrand a apporté un aspect farfelu au débat constitutionnel.70 \u2022 CACTION NATIONALE La «partition» n\u2019est pas une idée (?) nouvelle.En attendant, des «experts» tentent de faire passer des vessies juridiques pour des lanternes politiques.Ainsi, il est souvent reproché au Parti québécois de ne pas respecter le verdict de la population parce que deux référendums ont été perdus et qu\u2019il y en aura un troisième.Ne pas respecter la volonté populaire, ce serait décréter l\u2019indépendance malgré une défaite du oui.exactement ce que prônait Guy Bertrand en 1981 ! C\u2019est très différent du droit légitime d\u2019un gouvernement ou d\u2019un parti à présenter son option à la population.Cette nuance n\u2019arrête pas les fédéralistes.Ils se complaisent à répéter un mensonge, ce qui, disait Gœbbels qui s\u2019y connaissait, le transforme peu à peu en vérité.Ces mêmes qui reprochent au Parti québécois de ne pas respecter la volonté populaire annoncent sans sourciller qu\u2019ils ne reconnaîtront pas le résultat si la question n\u2019est pas assez claire, si le pourcentage n\u2019est pas assez élévé, si toutes les régions ne se prononcent pas dans le même sens.Ce qui les amène à sortir le Bonhomme Sept heures de la «partition».La «partition» (Vous allez vous faire faire mal, vous allez être coupés en morceaux) Ici la «partition», comme dans un canon, est jouée sur deux registres: le canon anglophone et le canon autochtone.Et les deux tirent à boulets rouges sur les Québécois.La «partition» riest pas une idée (?) nouvelle: Pierre Trudeau l\u2019avait évoquée et dans les deux sens.C\u2019est-à-dire que le Québec perdrait Pontiac, le Téminscamingue et Westmount, mais devrait réclamer des parties de l\u2019Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Angleterre.1 Ce type d\u2019argumentation est fréquent chez lui: il extrapole, selon ses besoins, les positions de ses adversaires pour leur imputer une revendication ou une attitude ab- 1.Ibid., page 6.L\u2019ACTION NATIONALE *71 surdes qu\u2019il a beau jeu de dénoncer.Jean Chrétien de son coté prône une «partition» à géographie variable, à appliquer selon la cause qu\u2019il défend ou qu il combat.Depuis que l\u2019idée de la «partition» a été lancée, il ne cesse de répéter, comme si cela allait de soi, que, si le Canada est divisible, le Québec l\u2019est aussi; or, lorsqu\u2019il s\u2019est (em)mêlé de politique internationale, il déclarait contre les Serbes de Bosnie que ce n\u2019était pas parce que la Yougoslavie était divisible que la Bosnie l\u2019était également.La cohérence n\u2019a jamais été son fort.Les autochtones, eux, semblent plutôt vouloir se servir de la menace de «partition» (en voulant demeurer dans le Canada avec leurs territoires) comme d\u2019une carte à jouer entre les deux niveaux de gouvernements.Pour avoir une meilleure position de négociations face au gouvernement québécois, ils manifestent parfois un attachement surprenant pour le Canada.Cette préférence pour Ottawa ou les provinces anglophones est douteuse lorsque l\u2019on sait que, collectivement ou individuellement, c\u2019est au Québec que les autochtones sont le mieux traités par les gouvernements blancs.Et cela, malgré les tensions très vives entre Québec et les communautés mohawks de Kanawake et de Kanasatake.Cette tension est d\u2019ailleurs beaucoup plus exploitée par le Canada anglais que par les Mohawks comme le montre Robin Philpot1.La partition est présentée comme une possibilité logique, une vérité de La Palice: si le Québec veut ou peut se séparer, le West Island et Oka le pourraient aussi.Cette logique devenant un absolu au-dessus de toute contingence se heurte quand même à deux écueils.Il est évident que, par exemple, les Mohawks forment une nation, reconnue par Québec qui, dans ses ententes administratives avec eux, parle d\u2019accord de nation à nation, mais cela ne signifie qu\u2019ils doi- 1.Voir son livre: Oka, dernier alibi du Canada anglais.Les autochtones manifestent parfois un attachement surprenant pour le Canada.72 \u2022 L'ACTION NATIONALE Ce n'est pas un tribunal qui a enlevé ou qui rendra le Labrador au Québec.vent être absolument souverains.Ici, je re-joins Pierre Trudeau disant que ce n\u2019est pas l\u2019idée de nation qui est dépassée, mais celle voulant qu\u2019une nation soit nécessairement souveraine.La souveraineté n\u2019est pas une fin en soi: il faut que cette nation souveraine soit viable.C\u2019est ce que disent aussi les fédéralistes, mais en affirmant aussitôt qu\u2019un Québec souverain ne le sera pas et, donc, fini l\u2019indépendance (CQFD).Curieusement, les boutefeux qui poussent les autochtones à la partition ne questionnent jamais la viabilité de leur éventuelle souveraineté, autre manifestation de la géographie variable.Le deuxième écueil des «partitionnistes» concerne les Québécois qui voudraient que leurs régions ou leurs villes demeurent territoire canadien malgré la souveraineté du Québec.Des trois paliers de gouvernement (pays, province et municipalité), les provinces occupent la position centrale et sont génératrices des deux autres.Ce sont les provinces qui ont décidé de créer le pays et de lui confier des juridictions.De même, les provinces ont créé les municipalités à qui elles ont délégué des responsabilités.Le mouvement de formation ou de création de territoires partant des provinces vers le bas (municipalité) ou le haut (pays), les frontières d\u2019une province ne devraient pas être modifiées sans son consentement.Cette question concerne d\u2019ailleurs plus le domaine politique que le juridique.La preuve?Ce n\u2019est pas un tribunal qui a enlevé ou qui rendra le Labrador au Québec.après Il est évidemment difficile de spéculer sur ce qui se passera après un référendum, à plus forte raison un référendum victorieux.Dans le cas d\u2019une défaite, nous l\u2019avons vu, hélas, deux fois: constitutionnellement, juridiquement rien ne change, la province continue à faire partie du Canada, les Québécois à y payer des impôts, à y voter etc.Par contre L'ACTION NATIONALE \u2022 73 dans le cas d\u2019une victoire du oui, tout peut ou pourrait arriver, le meilleur ou le pire.Actuellement et tant que la question n\u2019est pas réglée (par un oui ou par un abandon définitif de son option par le Parti québécois), le pire plutôt que le meilleur se manifeste dans le discours sur ce qui arrivera après (.) et dans les gestes que le fédéral ou les provinces anglophones peuvent poser.Ainsi, la défaite du référendum de 1980 a causé, entre autres désagréments, le rapatriement unilatéral de la constitution, l\u2019invalidation de plusieurs articles de la loi 101.Quant au discours, il est variable en tant qu\u2019élément de la stratégie fédéraliste.Les fédéralistes peuvent promettre, s\u2019ils gagnent comme en 1980, qu\u2019un non sera un oui au changement ou menacer des pires représailles s\u2019ils perdent.C\u2019est pourquoi on nous annonce que le Québec ne pourrait pas faire partie de l\u2019ALÉNA, ne serait pas admis à l\u2019ONU, que les provinces anglophones cesseraient de commercer avec nous.Tout ce discours va à l\u2019encontre non seulement du bons sens, mais des pratiques courantes.Par exemple, durant la campagne référendaire, le Canada négociait avec Israël pour faire disparaître des droits de douane.Il peut s\u2019entendre avec un pays assez lointain, qui lui achète peu, mais ne le pourrait pas avec son plus proche, et nouveau, voisin et son meilleur client?Pour ce qui est de l\u2019admission à l\u2019ONU, le Canada n\u2019y a pas un droit de veto.Le Québec sera admis à l\u2019ONU, ou ailleurs, s\u2019il est reconnu par un nombre significatif d\u2019autres États et «il s\u2019agit là, non de droit ou de linguistique, mais de stratégie géopolitique dans un contexte historique précis».1 Il serait assez difficile, pour ne pas dire suicidaire, pour le Canada de tenir un autre discours.En 1.ROUSSEL, François-Gabriel.Le Monde diplomatique, n° 508, juillet 1996, page 32 (l\u2019auteut donne en exemple l\u2019État chypriote turc qui riest reconnu que par U Turquie, cette unique reconnaissance lui vaut de ne pas être reconnu par d\u2019autres pays et donc de ne pas exister véritablement.Tout ce discours va à l\u2019encontre non seulement du bons sens, mais des pratiques courantes.74 \u2022 L'ACTION NATIONALE effet, annoncer courageusement que l\u2019on négociera après un oui ne peut qu\u2019apporter de l\u2019eau au moulin du Parti québécois et nuire tactiquement au camp fédéraliste.Le plan A est plus ou moins voué à l\u2019échec.Ce que le Canada offre au Québec, et qui est parfois considéré comme beaucoup trop au Canada anglais, est perçu au Québec comme trop peu pour être accepté.Tout dans les offres et les demandes est à l\u2019image de la société distincte: certains Canadiens pourraient peut-être reconnaître, après beaucoup de réticences et de tordage de bras, le caractère distinct du Québec à la condition expresse que cela ne lui ajoute aucun droit ou pouvoir supplémentaires.Le problème, c\u2019est que la notion de société distincte est demandée non pas pour être décorative, mais pour justifier des pouvoirs supplémentaires.On dirait deux sourds qui argumentent sur la quadrature du cercle.Toutefois, à défaut de plan A et à trop rouler des mécaniques avec le plan B, les Canadiens devraient s\u2019inspirer d\u2019un grand fédéraliste, non pas Lord Acton si cher au cœur et à l\u2019esprit de Pierre Trudeau, mais Lincoln, et penser que, si on peut faire peur à certaines personnes tout le temps et qu\u2019on peut faire peur à tout le monde un certain temps, on ne peut pas faire peur à tout le monde tout le temps.! L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 75 La triple mobilité biens-travail-capital ou l\u2019incohérence des politiques économiques I.L\u2019incohérence des politiques actuelles En cette fin de siècle, le contexte économique dans lequel opère l\u2019économie canadienne en est un d\u2019ouverture des économies et de concurrence internationale.Ce contexte se caractérise par l\u2019existence simultanée, pour la première fois dans l\u2019histoire des économies industrialisées, d\u2019une triple mobilité internationale des biens, des travailleurs et celle des capitaux et des entreprises.Cependant, ce contexte international d\u2019ouverture peut tout aussi bien être source d\u2019enrichissement et d\u2019emplois bien rémunérés qu\u2019une source d\u2019appauvrissement, de chômage et d\u2019abaissement des salaires.En fait, l\u2019économie canadienne est présentement à la croisée des chemins: une voie conduit à terme vers une économie à haute valeur ajoutée, à hauts taux d\u2019investissement, à hauts salaires, à hauts taux d\u2019emploi, avec une force ouvrière stable mais spécialisée.Une autre voie, celle que semblent malheureusement Rodrigue Tremblay* Économiste, Université de Montréal.76 \u2022 L'ACTION NATIONALE avoir adoptée les gouvernements canadiens et québécois, mène à une économie à bas taux d\u2019investissements, à basse productivité, à bas salaires, à hauts taux de chômage, avec une main-d\u2019œuvre abondante et relativement peu spécialisée, mais qui néanmoins est en concurrence avec les travailleurs des pays en voie de développement.Le résultat qui prévaudra dans vingt-cinq ans dépendra donc de la cohérence ou non des politiques gouvernementales en matière économique.Dans le passé, les politiques économiques canadiennes étaient raisonnablement cohérentes.Elles visaient grosso modo à créer un marché intérieur en croissance, à renforcer l\u2019infrastructure industrielle et technologique par des invesdssements nadonaux et multinationaux, à attirer des travailleurs étrangers qualifiés et à ouvrir de nouveaux territoires et de nouvelles sources de matières premières.L\u2019incohérence des politiques économiques II en a résulté une économie canadienne qui fonctionne à deux vitesses.Depuis une vingtaine d\u2019années, cette cohérence dans les politiques économiques canadiennes semble s\u2019être détraquée.Les politiques économiques se sont succédées d\u2019une façon plus ou moins improvisée, sous la pression d\u2019objectifs politiques et sociaux.Il en a résulté une économie canadienne qui fonctionne à deux vitesses: le premier tiers de l\u2019économie, celui de la haute technologie et des ressources naturelles attire des travailleurs spécialisés, des investissements et procure des emplois bien rémunérés; les deux autres tiers de l\u2019économie ressemblent de plus en plus aux économies des pays en voie de développement.Ils regroupent les secteurs peu performants de l\u2019économie, où les investissements sont peu importants et où s\u2019entassent des excédents de main-d\u2019œuvre peu qualifiée, à côté d\u2019une masse grandissante de chômeurs chroniques ou d\u2019assistés sociaux.L'ACTION NATIONALE \u2022 77 D\u2019où vient cette incohérence dans les politiques économiques canadiennes et pourquoi doit-elle être corrigée dans les meilleurs délais?Cette incohérence découle de l\u2019interaction des phénomènes suivants: 1.\tLa libéralisation internationale et continentale des échanges sous le GATT et sous l\u2019ALÉNA; 2.\tLe renchérissement des programmes sociaux de soutien du revenu et la fossilisation des marchés du travail par la réglementation; 3.\tL\u2019endettement excessif des gouvernements dont une partie importante fut contractée à l\u2019étranger; 4.\tL alourdissement des taxes, des impôts et des réglementations pour financer les programmes de soutien du revenu, initialement lancés à crédit; 5.\tL\u2019ouverture des portes de l\u2019immigration à des travailleurs étrangers de plus en plus nombreux et de moins en moins qualifiés; 6.\tLa diminution des investissements industriels, soit des entreprises nationales, soit des entreprises multinationales.7.\tL\u2019encouragement fiscal à l\u2019exode des capitaux financiers.Les conséquences des incohérences Ces politiques gouvernementales à incidence économique constituent, lorsqu\u2019elles sont appliquées simultanément, un cocktail néfaste pour l\u2019économie.En réalité, l\u2019effet conjugué de ces politiques économiques incohérentes est d\u2019affaiblir l\u2019économie, en faisant chuter les investissements productifs, en décourageant la production intérieure, en créant un chômage chronique, en accentuant la crise des finan- 78 \u2022 L'ACTION NATIONALE Depuis trente ans le chômage est en hausse au Canada.ccs publiques et en abaissant les salaires et les niveaux de vie.La manifestation la plus éloquente de ce qui précède est la baisse observée, depuis quinze ans, dans les salaires réels des jeunes travailleurs canadiens de 25 à 34 ans.En effet, selon Statistique Canada1, les revenus annuels réels chez les hommes de 25 à 34 ans, travaillant à temps plein, ont chuté de 12% de 1979 à 1992.Pour les travailleurs plus jeunes, de 18 à 24 ans, travaillant à temps plein, la baisse des revenus réels a été encore plus forte, s\u2019établissant à 25%.Depuis trente ans, en effet, le chômage est en hausse au Canada.En 1966, le taux de chômage canadien atteignait 3,4%.En 1976, le chômage atteignait 7,1 %.En 1986, le taux ce chômage au Canada se situait à 9,5%, et en 1996 (juin), il oscillait autour de 10%.2 Il est paradoxal qu\u2019au cours des trente dernières années, contrairement aux années précédentes, l\u2019immigration des travailleurs étrangers au Canada ait été délibérément augmentée, tandis que les exigences en qualifications aient été systémanquement abaissées, malgré une hausse continuelle dans le taux de chômage.Simultanément, le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux, afin de plaire à l\u2019industrie financière, ont permis aux fonds de retraite, jouissant de dégrèvements fiscaux, d\u2019exporter jusqu\u2019à 20% de leurs capitaux à l\u2019étranger.Les politiques gouvernementales actuelles concernant l\u2019immigration et l\u2019exode des capitaux sont indéfendables.Elles sont, en effet, en conflit direct avec le besoin de renforcer la compétitivité des entre- 1.\tStatistique Canada, l'Emploi et le revenu en perspective, 1995 n° 75-001F.2.\tAu Québec, en juin 1996, le taux de chômage était égal à 11,3%.L'ACTION NATIONALE «79 prises canadiennes et celui de créer des emplois bien rémunérés dans le contexte de la libéralisation internationale et continentale des échanges.Voyons donc l\u2019évolution historique des grandes politiques gouvernementales canadiennes, comment elles en sont venues à devenir incohérentes et contreproductives, et comment l\u2019analyse économique peut aider à identifier les changements nécessaires.II.Les Politiques concernant la Triple Mobilité: Biens-Travail-Capital a) La mobilité internationale des biens et des services La libéralisation des échanges commerciaux s\u2019est faite sur une période de 50 ans, sous l\u2019égide de l\u2019Accord Général sur les Tarifs et le Commerce (GATT), lequel entra en force le 1er janvier 1948.Le GATT a été remplacé en 1995 par l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC).Sous son égide, huit ententes générales d\u2019abaissement des obstacles au commerce international furent conclues, dont les principales furent celle du «Kennedy Round» en 1967, du «Tokyo Round» en 1979, et de l\u2019«Uruguay Round» en 1994.1 La libéralisation des échanges commerciaux s\u2019est faite sur une période de 50 ans.En conformité avec l\u2019article XXIV du GATT, des unions douanières et des zones de libre-échange régionales furent établies en Europe (Traité de Rome de 1957) et en Amérique (Accord de libre-échange Canada-États-Unis de 1989 et Accord de Libre-échange nord-américain de 1994).La conséquence pour le Canada est un commerce extérieur virtuelle- 1.Les conférences générales du GATT furent : la première conférence de Genève en 1947, suivie de celles de Annecy, France (1949), Torquay, Angleterre (1951), Genève, Suisse (1956), Dillon Round (1960), Kennedy Round (1964-67), Tokyo round (1973-79) et de rUruguay Round (1986-94).80 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Le développement économique du Canada devait se faire dans une direction Est-Ouest.ment libre et un renversement complet de la politique industrielle adoptée il y a plus d\u2019un siècle et intitulée la «Politique économique nationale» de 1879.En effet, la cohérence de la stratégie industrielle nationale du Canada de 1879 reposait sur trois politiques interreliées: le protectionnisme douanier pour protéger les industries naissantes, l\u2019immigration de travailleurs étrangers pour créer un marché intérieur et fournir la main-d\u2019œuvre appropriée, et l\u2019ouverture des terres de l\u2019Ouest canadien par la construction de chemins de fer.Dans cette optique, le développement économique du Canada devait se faire dans une direction Est-Ouest, et non pas Nord-Sud, compte tenu de la menace politique que représentait une annexion éventuelle aux États-Unis.Après la Deuxième Grande Guerre, la stratégie industrielle de la «Nadonal Policy» fut graduellement mise au rancart à l\u2019occasion de l\u2019entente Canada-États-Unis sur le commerce de la machinerie agricole (1944) et sur le commerce des produits de l\u2019automobile (1965).En septembre 1985, la Commission MacDonald sur les perspectives économiques du Canada recommanda qu\u2019une entente générale de libre-échange soit conclue avec les États-Unis.Le Gouvernement conservateur, élu le 17 septembre 1984 avec M.Brian Mulroney a sa tête, fit siennes les recommandations de la Commission MacDonald et conclut les ententes de libre-échange qui s\u2019appliquèrent les 1er janvier 1989 et 1994, respectivement.1 Ce n\u2019est cependant pas le libre-échange avec les États-Unis qui pose problème, puisque le Canada 1.En 1911, un accord de libre-échange Canada-États-Unis fut défait lors des élections de septembre avec la défaite du Gouvernement Laurier et l\u2019arrivée du gouvernement Borden.En novembre 1989, l\u2019élection générale qui porta surtout sur un tel accord vit le Parti conservateur du Canada obtenir une majorité de 43 sièges (161 PC, 83 Lib et 43 NPD).Cette majorité nationale reposait essentiellement sur la majorité de 31 sièges que le Parti conservateur obtint au Québec (63 PC, 12 Lib).L'ACTION NATIONALE \u2022 81 enregistre année après année des excédents commerciaux croissants avec le pays voisin.En 1995, l\u2019excédent commercial du Canada avec les États-Unis a été de l\u2019ordre de 33 milliards de dollars.Par contre, avec l\u2019ensemble des autres pays, le Canada avait un déficit commercial égal à - 4,6 milliards.Le Canada devrait donc rechercher plus de réciprocité dans l\u2019accès aux marchés étrangers des pays avec lesquels il enregistre des déficits commerciaux importants, notamment avec les pays de l\u2019Union européenne (3,5 milliards$), et les autres pays de l\u2019OCDE (3,5 milliardsî).1 b) La mobilité internationale des capitaux et des entreprises La mobilité internationale des capitaux et des entreprises s\u2019est aussi accélérée après la Deuxième Grande Guerre sous les encouragements du Fonds Monétaire Internadonal (F.M.I.), et sous la pression des besoins de financement des nouvelles exploitations minières, pétrolifères et manufacturières au Canada.Alors que de 1933 à 1950, le Canada était un exportateur net de capitaux, il est redevenu à partir de cette dernière date un importateur net de capitaux étrangers.2 En conséquence, l\u2019endettement international net du Canada est passé de 4 milliards de dollars qu\u2019il était en 1945, à 339,5 milliards de dollars en 1995.C\u2019est dire que les Canadiens doivent 339,5 milliards de dollars de plus aux invesdsseurs étrangers que ce qu\u2019ils détiennent sous forme d\u2019avoirs internationaux.Depuis quelques années, cependant, le passif international net du Canada progresse plus lentement, ne s\u2019étant accru en 1995, par exemple, que de 1.\tStatistique Canada, Commerce international de marchandises du Canada, n° 65-001.2.\tVoir Bernard Bonin, L\u2019Investissement étranger à long terme au Canada, Les Presses de l\u2019École des Hautes Études Commerciales, Montréal, 1967.La mobilité internationale des capitaux et des entreprises s'est aussi accélérée.82 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE 0,5%.En proportion du Produit intérieur brut (PIB), le passif international net du Canada est passé d\u2019un sommet égal à 45% en 1993 à 43% en 1995.1 28% de la dette publique négociable du Gouvernement fédéral est détenue par des non-résidents.Les créanciers nets du Canada sont, par ordre d\u2019importance, les États-Unis (50%), le Royaume-Uni (15%) et le Japon (14%).À titre d\u2019exemple, 28% de la dette publique négociable du Gouvernement fédéral est détenue par des non-résidents.En fait, les gouvernements fédéral et provinciaux canadiens, et leurs entreprises, ont accumulé une dette totale égale à 314 milliards de dollars envers des non-résidents.Cette dette publique étrangère est attribuable aux gouvernements provinciaux et à leurs entreprises publiques (53%), au gouvernement fédéral et à ses entreprises publiques (46%) et aux municipalités (1 %).En fait, si ce n\u2019était des gouvernements, les dettes privées brutes des Canadiens envers l\u2019étranger (358 milliards$) seraient approximativement couvertes par les avoirs privés bruts des Canadiens à l\u2019étranger (333 milliards$).Le phénomène de l\u2019endettement international net de Canada est donc presqu\u2019entièrement attribuable aux lourds emprunts que les gouvernements canadiens ont effectués à l\u2019étranger dans le passé.Ce sont, en effet, les emprunts publics à l\u2019étranger qui font du Canada un importateur net de capitaux.À la fin de 1995, les entreprises canadiennes détenaient des investissements directs à l\u2019étranger pour un montant de 142 milliards de dollars, tandis qui les entreprises étrangères détenaient 168 mil- 1.Statistique Canada, BiLzn des investissements internationaux du Canada, n° 67-202-XPB.À la fin de 1995, le passif international brut du Canada était égal à 672,7 milliards$, tandis que son actif international brut représentait 333,4 milliards$.En d\u2019autres termes, le Canada a un passif international de deux dollars pour chaque dollar d\u2019actif.L\u2019ACTION NATIONALE *83 liards de dollars en investissements directs au Canada.1 Par contre, de 1990 à 1995, les investissements directs étrangers au Canada se sont accrus moins rapidement (28,2%) que les investissements directs à l\u2019étranger des entreprises canadiennes (55,5%%).(Voir Tableau 2).2 De leur côté, les fonds de pension et les fonds communs de placement canadiens avaient investi 83 milliards de dollars dans les valeurs mobilières étrangères en 1995, surtout dans les actions.Globalement, les Canadiens possédaient 82,6 milliards d\u2019obligations et d\u2019actions étrangères en 1995.3 En contrepartie, les étrangers possédaient des obligations et des actions canadiennes au montant de 352 milliards de dollars à la fin de 1995.Les Canadiens possédaient 82,6 milliards d\u2019obligations et d\u2019actions étrangères en 1995.La raison pour laquelle la dette extérieure nette du Canada s\u2019accroît lentement depuis quelques années vient de la réduction substantielle observée dans la balance courante extérieure du Canada.Alors que dans le passé, les déficits annuels au compte courant se situait entre 20 et 30 milliards de dollars, le déficit enregistré en 1995 était le plus bas en dix ans, soit 13,1 milliards de dollars.Cependant, à cause de son importante dette extérieure nette (339,5 milliards $), le Canada enregistre un lourd déficit chaque année au chapitre des revenus nets de placement, ce dernier atteignant 32,9 milliards de dollars en 1995.4 Pour éviter un déficit au compte courant, et donc pour 1.\tLes entreprises étrangères œuvrant au Canada touchèrent 28,4% des bénéfices de l\u2019ensemble des sociétés en 1994, dont 19,1% allèrent à des entreprises américaines.2.\tEn 1990, la dette extérieur nette du Canada était égale à 246,7 milliards$, avec un passif extérieur brut égal à 455,3 milliards$ et des avoirs extérieurs bruts de l\u2019ordre de 208,6 milliards$.3.\tStatistique Canada, CALURA-Partie I, Contrôle étranger de l\u2019économie canadienne, no.cat.6l-220-XPB.4.\tEnviron 8 milliards de dollars représentaient des réinvestissements de bénéfices réalisés au Canada par des firmes étrangères, œuvrant surtout dans les industries du bois, du papier, du matériel de transport et des métaux et minéraux.84 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Tableau 1 L\u2019endettement extérieur net du Canada, 1995 (milliards de dollars)\t I Dettes extérieures brutes\t672,7 - investissements directs au Canada\t168,1 \u2014 obligations\t329,8 \u2014 actions\t32,1 - titres monétaires à court terme\t47,5 - autres dettes\t32,0 - position nette des banques en devises\t étrangères\t19,3 \u2014 autres engagements\t43,9 II Avoirs extérieurs bruts\t333,4 - investissements directs étrangers\t142,3 - obligations\t18,8 - actions\t63,8 \u2014 autres dettes\t4,1 \u2014 prêts publics à l\u2019étranger\t31,0 - réserves officielles de change\t20,7 III Endettement extérieur net\t339,5 Source: Statistique Canada, Bilan des investissements internationaux du Canada, n° 67-202-XPB\t Tableau 2 Variations dans les dettes et avoirs étrangers canadiens, 1990-1995 (pourcentages)\t I Dettes extérieures brutes\t47,7% - investissements directs au Canada\t28,2% - obligations\t82,1% - actions\t55,8% \u2014 titres monétaires à court terme\t79,9% - autres dettes\t4,6% \u2014 position nette des banques en devises\t étrangères\t-32,8% - autres engagements\t19,3% II Avoirs extérieurs bruts\t59,8% - investissements directs étrangers\t55,5% - obligations\t84,3% - actions\t79,7% - autres dettes\t10,8% - prêts publics à l\u2019étranger\t42,2% - réserves officielles de change -\t4,2% III Endettement extérieur net\t37,6% Source: Calculs de l\u2019auteur.\t CACTION NATIONALE \u2022 85 empêcher un accroissement dans sa dette extérieure nette, le Canada se doit d\u2019enregistrer un excédent commercial qui couvre les paiements nets d\u2019intérêts et de dividendes à l\u2019étranger et les transferts nets sans contrepartie pour l\u2019aide étrangère et les autres dépenses de même nature.Le Canada se doit d\u2019enregistrer un excédent commercial.Ralentir les placements privés canadiens à l\u2019étranger, sans simultanément ralentir les emprunts publics canadiens à l\u2019étranger et sans encourager les investissements industriels canadiens au Canada, pourrait accentuer le déficit extérieur annuel au chapitre des revenus nets de placement avec l\u2019étranger.C\u2019est en effet le service annuel de la dette extérieure nette du Canada qui constitue un fardeau pour l\u2019économie canadienne, puisque chaque année, la production canadienne doit dépasser les dépenses de consommation d\u2019un montant équivalent.Les principales politiques gouvernementales qui encouragent l\u2019exode des capitaux de portefeuille sont, premièrement, l\u2019autorisation faite aux fonds de retraite bénéficiant de dégrèvements d\u2019impôts, d\u2019investir jusqu\u2019à 20% de leurs capitaux à l\u2019étranger, et, deuxièmement, la déduction permise des frais d\u2019intérêts pour les emprunts qu\u2019effectuent les entreprises canadiennes pour investir à l\u2019étranger.Une révision de la fiscalité et de ses encouragements à l\u2019exode des capitaux s\u2019impose donc.c) La mobilité internationale des travailleurs L\u2019immigration de travailleurs étrangers a longtemps fait partie de la stratégie économique de Canada moderne, même si à la fin du 19ème siècle, le Canada enregistra un important exode net de population.En effet, pour l\u2019ensemble des quatre décennies de 1861 à 1900, le Canada a subi un exode net total de quelque 662 000 personnes, surtout vers les États-Unis (voir Tableau 3).Le phénomène se répéta au cours de la Dépression économique des 86 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Tableau 3 Immigration et émigration nettes du Canada, 1861-1995 (milliers)\t\t\t \tImmigration\tÉmigration\tImmigration (?) ou émigration (\u2014) nettes 1851-1860\t209\t86\t123 1861-1870\t187\t377\t-190 1871-1880\t353\t439\t-86 1881-1890\t903\t1 110\t-207 1891-1900\t326\t505\t-179 1901-1910\t1 782\t1 067\t715 1911-1920\t1 400\t1 089\t311 1921-1930\t1 200\t970\t230 1931-1940\t149\t241\t-92 1941-1950\t548\t382\t166 1951-1960\t1 543\t563\t980 1961-1970\t1 429\t707\t728 1971-1980\t1 429\t630\t799 1981-1990\t1 329\t481\t848 1991-1995* (5 ans)\t1 167\t227\t940 * Préliminaire.\t\t\t Sources: N.Keyfitz, «The Growth of the Canadian Population», Population Studies, juir 1950, chiffres jusqu'en 1910.Annuaires du Canada, chiffres de 1910 à 1995.\t\t\t années \u201930, quand la migration internationale nette du Canada fut de - 92 000 personnes.1 2 Historiquement, donc, le Canada n\u2019a pas toujours été un pays d\u2019immigration.Pendant de longues périodes, il a aussi été un pays d\u2019émigration.Initiale- 1.Au cours du dernier tiers du 19e siècle, deux phénomènes expliquent la forte émigration vers les États-Unis: 1.\tD\u2019une part, on assiste à une émigration massive des Canadiens-français vers les villes américaines de la Nouvelle-Angleterre.De 700 000 à 1 500 000 de Québécois quittèrent le Canada entre 1850 et 1930.Seulement de 1871 à 1891, au moins 350 000 personnes quittèrent le Québec.Voir, D.Vaugeois et J.Lacoursière, Canada-Québec, Synthèse historique, Montréal, 1977, p.419.2.\tDeuxièmement, une part importante des immigrants utilisaient le Canada comme tremplin pour pénétrer plus facilement aux États-Unis.Voir, W.T.Easterbrook et H.G.J.Aitken, Canadian E-conomic History, MacMillan, 1958, p.395.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 87 ment, évidemment, le Canada a été une terre de colonisation avant de devenir une terre d\u2019immigration.En effet, quand les Français vinrent en Nouvelle-France de 1534 à 1760, il s\u2019agissait de citoyens français qui venaient coloniser et défricher de nouvelles terres à l\u2019intérieur de l\u2019Empire français.De même, après 1760, quand des Anglais vinrent s\u2019établir au Canada, il s\u2019agissait de citoyens britanniques qui venaient coloniser une colonie britannique, membre à part entière de l\u2019Empire britannique.Les Français et les Anglais n\u2019ont pas été des immigrants au Canada, mais des colonisateurs.La logique économique en faveur de l\u2019immigration était la plus forte quand le Canada avaient des terres vierges à défricher et lorsque l\u2019objectif de l\u2019industrialisation introvertie rendait nécessaire l\u2019élargissement du bassin intérieur de consommateurs.Aujourd\u2019hui, l\u2019immigration est devenue essentiellement une affaire urbaine, alors que le contexte commercial continental et international est celui du libre-échange, dans lequel la mobilité des biens est un substitut à la mobilité des personnes.Le besoin d\u2019une main-d\u2019œuvre abondante et à bon marché n\u2019existe plus au Canada, ni pour défricher de nouvelles terres, ni pour alimenter en personnel des usines à bas salaires.Néanmoins, depuis 1990, le Canada accueille immigrants et réfugiés au rythme de 200 à 250 mille par année.C\u2019est donc environ un million de personnes que le Canada accueille de l\u2019étranger à tous les quatre ans.1 Et qui plus est, depuis 1978, une pro- Depuis 1990, le Canada accueille immigrants et réfigiés au rythme de 200 à 250 mille par année.1.À titre de comparaison, en vertu de leur Loi de l\u2019immigradon de 1990, les États-Unis ont établi leur niveau d\u2019immigration à 700 000 personnes par année.Puisque le Canada est un pays environ 10 fois plus petit que les États-Unis, un chiffre comparable pour le Canada serait de 70 000 immigrants par année.Or, en réalité, le Canada accueillera annuellement plus de trois fois ce nombre.88 \u2022 L'ACTION NATIONALE portion grandissante des travailleurs immigrés est moins qualifiée qu auparavant et se destine à des industries dont le Canada peut de moins en moins assurer la survie, dans un contexte de concurrence avec les pays à bas salaires.La politique fédérale d\u2019immigration d\u2019avant 1978, et surtout d\u2019avant 1967, était très sélective et très restrictive.Ainsi, au début de la Grande Dépression, un ordre-en-conseil fut promulgué, le 18 mars 1931, lequel établissait que seuls pouvaient immigrer au Canada: 1.\tles sujets britanniques qui originaient de la Grande Bretagne, de l\u2019Irlande du Nord, de l\u2019Irlande, de Terre-Neuve, des États-Unis, de la Nouvelle-Zélande, de l\u2019Australie ou de l\u2019Afrique du Sud; 2.\tles citoyens américains autosuffisants ; 3.\tl\u2019épouse et tout enfant de moins de 18 ans d\u2019un résident canadien autosuffisant; 4.\tun agriculteur qui était en mesure d\u2019établir une ferme au Canada.Les immigrants asiatiques étaient spécifiquement exclus.Toute province pouvait refuser les immigrants admis en vertu des catégories 2 et 4.1 Ce ne sera qu\u2019en 1948 que les immigrants d\u2019origine française recevront le même traitement que les sujets britanniques.En 1950, ce privilège sera étendu aux ressortissants italiens et allemands, et à d\u2019autres ressortissants européens, en autant que leurs «qualifications» étaient requises au Canada.Dans un discours célèbre, en mai 1947, le premier ministre canadien, William Lyon Mackenzie 1.En vertu de l'article 95 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique de 1867, l\u2019immigration est un domaine à juridiction partagée entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux.L\u2019ACTION NATIONALE «89 King, réitéra les principaux critères de la politique canadienne d\u2019immigration: «.Le gouvernement entend recourir aux lois, aux règlements et à l\u2019administration de manière à s\u2019assurer que la sélection minutieuse et l\u2019établissement des immigrants se fassent en nombre tels qu\u2019ils puissent être absorbés dans l\u2019économie nationale.En ce qui a trait à la sélection des immigrants, beaucoup de choses ont été dites concernant la discrimination.Je veux qu\u2019il soit bien clair que le Canada est parfaitement dans ses droits de sélectionner les personnes à qui il souhaite accorder le statut de citoyens.Aucun étranger n\u2019a un «droit humain fondamental» d\u2019entrer au Canada.Il s\u2019agit d\u2019un privilège.Il s\u2019agit d\u2019une question de politique nationale.Nous nous entendons tous, je suis certain, sur le principe que les Canadiens ne souhaitent pas qu\u2019une immigration massive vienne modifier le caractère fondamental de notre population.Une immigration massive en provenance de l\u2019Orient changerait la composition fondamentale de la population canadienne.»1 «Aucun étranger n'a un «droit humain fondamental» d\u2019entrer au Canada.» Les principes de base sur lesquels reposait la politique canadienne d\u2019immigration, lesquels allaient se retrouver dans la loi de l\u2019immigration de 1952, étaient donc la capacité de l\u2019économie d\u2019absorber des travailleurs immigrés et l\u2019équilibre dans la provenance des immigrants afin de ne pas fondamentalement bouleverser la composition ethnique de la population canadienne.En 1957, le gouvernement conservateur de John Diefenbaker poursuivit une politique d\u2019immigration sélective en encourageant l\u2019immigration «créatrice d\u2019emplois» plutôt que l\u2019immigration «source de déplacement des emplois».1.Alain G.Green, Immigration and the Postwar Canadian Economy, MacMillan, 1976, p.21.90 \u2022 L\u2019ACTTON NATIONALE La loi fédérale d\u2019immigration de 1967, faisait des liens familiaux la pierre d\u2019assise de l\u2019immigration au Canada.En 1967, le gouvernement libéral de Lester B.Pearson abandonna la politique sélective d\u2019immigration pour s\u2019en remettre à une politique universelle et ouverte.Le 1er octobre 1967, en effet, une nouvelle politique de sélection neutre des immigrants, à partir d\u2019une grille de «points», fut introduite.La réglementation de 1967 comportait même une clause, la section 34, en vertu de laquelle toute personne en visite au Canada pouvait faire application pour obtenir le statut d\u2019immigrant reçu, et pouvait, en cas de refus, faire appel.Quand 4 500 «visiteurs» arrivèrent, en octobre 1972, en une seule semaine à l\u2019aéroport de Toronto, le gouvernement fédéral révoqua la section 34.Et, le 1er janvier 1973, il posa un geste additionnel en exigeant un visa d\u2019emploi à toute personne étrangère cherchant un emploi au Canada.Cependant, la loi d\u2019immigration qui a transformé de fond en comble la politique fédérale d\u2019immigration fut déposée en catastrophe par le gouvernement libéral de Pierre E.Trudeau et son ministre Bud Cullen, le 22 novembre 1976, avant même que ne soient terminées les audiences publiques sur le Livre Vert du Gouvernement fédéral sur la politique d\u2019immigration auprès du public en général, et exactement une semaine après l\u2019élection du gouvernement du Parti Québécois à Québec.Ce projet de loi avait été préparé par le prédécesseur de M.Cullen, Robert Andras.La nouvelle loi fut adoptée le 5 août 1977,\tsoit au cours du même mois que l\u2019adoption de la loi 101, la Charte de la langue française, adoptée à Québec le 26 août 1977.La loi fédérale d\u2019immigration de 1977, laquelle entra en vigueur le 10 avril 1978,\tremplaçait la loi de 1952 et faisait des liens familiaux la pierre d\u2019assise de l\u2019immigration au Canada, plutôt que les compétences et les qualifications, ou la capacité d\u2019absorption de l\u2019économie.1 1.Voir, sur cette question, le livre apologétique et prosélytique de Freda Hawkins, Critical Years in Immigration: Canada and Australia Compared, McGill-Queens University Press, 1991.L'ACTION NATIONALE \u2022 91 Le gouvernement conservateur de Brian Mul-roney, élu en 1984, renforça le caractère universel, ouvert et peu sélectif de la politique d\u2019immigration canadienne en élargissant la porte ouverte que constitue le programme de réunification des familles.Le 18 octobre 1989, la ministre d\u2019Emploi et Immigration, Barbara McDougall, annonça l\u2019introduction des plans quinquennaux d\u2019immigration.Et dans le programme de 1991-95, annoncé en pleine récession économique le 25 octobre 1990, le gouvernement fédéral fixait comme objectif que les niveaux annuels d\u2019immigration au Canada passeraient de 200 000 à 250 000 à compter de 1992.Aujourd\u2019hui, comme conséquence de la politique ouverte et non-sélective d\u2019immigration du gouvernement fédéral, de 80 à 90% des immigrants qui entrent annuellement au Canada sont soumis à peu ou pas de sélection pour leurs compétences économiques ou pour leur capacité à contribuer positivement à l\u2019économie canadienne.80 à 90% des immigrants sont soumis à peu ou pas de sélection pour leurs compétences économiques.À cause des hauts taux de chômage au Canada et à cause du libre-échange commercial, le Canada a désespérément besoin d\u2019un retour à une politique d\u2019immigration qui soit en harmonie avec l\u2019économie et qui privilégie les travailleurs spécialisés pour lesquels le Canada a de véritables pénuries.1 La politique d\u2019immigration fédérale actuelle de la porte ouverte ne peut conduire qu\u2019à une baisse des salaires réels des travailleurs canadiens les plus vulnérables, au chômage chronique de large segments de la population et à l\u2019abaissement du niveau de vie de l\u2019ensemble de la population canadienne.1.Si les entreprises canadiennes prennent l\u2019habitude de s\u2019en remettre aux spécialistes étrangers, il en résulte une pratique qui peut être dangereuse à la longue pour le développement des ressources humaines au Canada.Il devient, en effet, moins nécessaire que les institutions canadiennes s\u2019adaptent aux besoins et entraînent les travailleurs qualifiés que recherchent nos industries.92 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Ill Conclusion La tendance indique que le Canada serait sur le point de devenir un exportateur net de capitaux.L\u2019ordre du jour d\u2019une future conférence fédé-rale-provinciale des premiers ministres devrait spécifiquement porter sur l\u2019incohérence actuelle des politiques économiques, tant au niveau fédéral que provincial.Si les gouvernements canadiens et québécois continuent dans la voie actuelle, avec leurs politiques économiques incohérentes, ils placeront l\u2019économie sur une trajectoire de stagnation économique, de chômage et de baisse du niveau de vie.Les politiques actuelles créent, en effet, un cercle vicieux: le soutien public des revenus devient un attrait irrésistible pour des travailleurs immigrants de moins en moins qualifiés, les détenteurs de capitaux recherchent de meilleurs rendements à l\u2019étranger, le chômage s\u2019accroît, les gouvernements accroissent les taxes, les impôts et les réglementations, et la croissance économique de même que la création d\u2019emploi sont anémiques.Il n\u2019est donc pas surprenant que l\u2019on observe que les entreprises canadiennes trouvent de plus en plus profitable d\u2019investir à l\u2019étranger, et que le Canada attire de moins en moins d\u2019investisseurs étrangers.La tendance indique que si ce n\u2019était des lourds emprunts publics à l\u2019étranger, le Canada serait sur le point de devenir un exportateur net de capitaux.Mais paradoxalement, le Canada est encore un très important importateur net de travailleurs étrangers.Cependant, si rien n\u2019est fait, dans quelques années, le Canada pourrait redevenir ce qu\u2019il a déjà été dans le passé, c\u2019est-à-dire une terre d\u2019émigration plutôt qu\u2019une terre d\u2019immigration.Dans le passé, en effet, il a existé un rapport très étroit entre les mouvements de personnes et les mouvements de capitaux.D\u2019une façon ou d\u2019une autre, les forces économiques vont se rééquilibrer.Il serait souhaitable, cependant, que les gouvernements contribuent, par la cohérence de leurs politiques, à améliorer les choses plutôt qu\u2019à les empirer.?LACTION NATIONALE \u2022 93 Notre patrimoine Les moulins de l\u2019Ile -aux-Coudres Le Québec recèle des trésors: maisons historiques, musées, chapelles et autres monuments.Ils sont des témoignages du passé qui nous aident à comprendre l\u2019histoire du Québec.Inconnus ou méconnus, ils méritent qu\u2019on les redécouvre.Dans la région de Charlevoix, sur le majestueux fleuve Saint-Laurent, se trouve une petite île: l\u2019île-aux-Coudres.C\u2019est sur la rive sud-ouest, à Saint-Louis de l\u2019Isle-aux-Coudres que sont réunis, au même endroit, un moulin à eau et un moulin à vent.Cette particularité en fait un site unique au Québec et même au Canada.Laurence Lambert C\u2019est Jacques Cartier, qui, lors de son deuxième voyage en septembre 1535, mouilla ses trois navires dans la baie de la Prairie, explora l\u2019île et la dénomma « Isle es Couldres».Plus tard, en 1677, le comte de Frontenac concède l\u2019île à Étienne Lessard de Beaupré.Celui-ci, pauvre et découragé, n\u2019ayant pas pu établir de colons, la cède à son tour au Séminaire de Québec dix ans plus tard pour, dit-on, un plat de lentilles, soit cent francs.Malgré la construction d\u2019un premier moulin à vent à la pointe de l\u2019îlette en 1727 et un autre à la Baleine en 1773, ils ne suffirent plus aux besoins de la population.Faute d\u2019un débit d\u2019eau suffisant pour 94 \u2022 LACTION NATIONALE «Le moulin à vent» alimenter un moulin, les insulaires devaient se rendre à Baie-Saint-Paul ou aux Éboulements pour moudre leurs grains.Ce n\u2019est qu\u2019après maintes requêtes auprès du Séminaire de Québec, qu\u2019un moulin à eau fut érigé en 1825, au sud de l\u2019île, à la Rivière Rouge par Alexis Tremblay.On constate vite, que là aussi, le débit de la rivière est parfois insuffisant pour le faire fonctionner.On se dit alors, qu\u2019un moulin à vent de grande envergure pourrait y suppléer.Il sera construit 11 ans plus tard par le fils d\u2019Alexis: Thomas Tremblay, en 1836.En 1963, les moulins furent classés monuments historiques et appartiennent désormais à la municipalité de l\u2019île-aux-Coudres.Ce n\u2019est qu\u2019au L'ACTION NATIONALE «95 début de 1980 qu\u2019on entreprit leur restauration.Les deux moulins sont fonctionnels, mais seul le moulin à eau est utilisé.Le moulin à vent, dit aussi moulin tour, est construit en pierre et les planchers sont en bois.Il a une envergure de 46 pieds.(L\u2019envergure étant mesurée d\u2019une extrémité d\u2019une aile à l\u2019autre.) Il s\u2019élève à environ 33 pieds de haut.Les fondations et le rez-de-chaussée du moulin à eau sont aussi en pierre.Les étages supérieurs sont en bois, pièce sur pièce.Le système d\u2019engrennage ainsi que la roue à godets, mesurant vingt pieds de diamètre, sont en bois.Comme autrefois, un meunier moud le blé et le sarrazin sur de véritables meules en pierre, devant des touristes ébahis et enchantés.(Ils sont environ 35 000 par année).On y produit actuellement entre 7000 et 8000 kilos de farine de blé ou de sarrazin.La qualité du site et des installations leur a permis d\u2019obtenir le Grand Prix du Tourisme québécois, et depuis janvier 1996, le site est devenu Econo-musée.Des démarches sont en cours afin d\u2019obtenir une protection du site des moulins de l\u2019île-aux-Coudres.[ ] 96 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Du tricolore canadien au fleurdelisé québécois* * ** Vers le fleurdelisé Luc Bouvier\u201d Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la campagne en faveur d\u2019un drapeau québécois reprend de plus belle.Par rapport à celle du début du siècle qui permit l\u2019éclosion de plusieurs projets de drapeau distinctif pour les Canadiens-Français, celle qui s\u2019ouvre aec la fin de la guerre est marquée par un consensus autour du drapeau à privilégier: la majorité opte pour le fleurdelisé.Même l\u2019absence du Sacré-Cœur ne soulève plus de vagues au sein du clergé québécois.Dans une lettre à Anatole Vanier du 3 mai 1947, René Chaloult signale qu\u2019à son grand soulagement, «la Fédération des œuvres de charité de Montréal [lui] a écrit quelle acceptait la formule du fleurdelisé \u201cavec ou sans Sacré-Cœur\u201d1».La querelle se concentre tout simplement sur l\u2019opportunité, pour le Québec, de se donner un drapeau disünctif.La campagne va porter sur deux fronts: le front législatif, alors que René Chaloult va parrainer des résolutions à la législature provinciale, et le front promotionnel, grâce à 1.\tCentre de recherche Lionel-Groulx (CRLG), fonds Anatole-Vanier P29/K.147.* La première partie a été publiée en mars 1996, pp.123-134.La deuxième partie en avril 1996, pp.83-94.La troisième partie en juin 1996, pp.91-102.** Professeur.L\u2019ACTION NATIONALE *97 diverses sociétés dont l\u2019Ordre de Jacques-Cartier, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et les Jeunes Laurentiens (Jeunesses Laurentiennes).Le front promotionnel La première tentadve de créer un organisme de promotion du fleurdelisé date de mars 1936.Sous le nom de Ligue de propagande du drapeau des Canadiens-Français, se cache Thérien Frères limitée, qui espère ainsi ne pas «donner naissance à certaines discussions qui seraient de nature à nuire au mouvement et à nous causer un certain préjudice1».La Ligue d\u2019action nationale, donc L\u2019Action nationale, à l\u2019origine du mouvement en faveur du fleurdelisé, accepte de parrainer le nouveau comité2.Mais c\u2019est en 1939 avec le Comité du drapeau Carillon-fleurdelisé, dont le secrétaire est Roland Chapleau, que la campagne prend son envol.En novembre 1939, le Comité offre, en plus des drapeaux, des banderoles, buvards, cartes de bonne année, cartes postales, coussins, décalqueurs, écussons, enveloppes, insignes, timbres, carters (Promesse de fidélité, Nos traditions) aux couleurs du fleurdelisé.Dans une circulaire du 29 juillet 1940, le Comité du drapeau Carillon-fleurdelisé a transformé son nom en celui de Comité du drapeau.Il prend finalement le nom de Comité de propagande du drapeau dans une circulaire du 26 février 1945 alors que le notaire Michel-E.Robillard en est le secrétaire.La mort d\u2019Orphir Robert, âme dirigeante du Comité, oblige les Jeunes Laurentiens et Rosaire Morin à le prendre en charge.Sous le nom de l\u2019agence Dollard, le Comité de propagande du drapeau offre, dans une circulaire du 7 février 1947, La première tentative de créer un organisme de promotion du fleurdelisé date de mars 1936.1.\tLettre de Thérien Frères limitée à Lionel Groulx, 3 mats 1936, CRLG, fonds Anatole-Vanier P29/F, 112.2.\tLettres Anatole Vanier-Thérien Frères limitée, 5, 9 et 10 mars 1936, CRLG, fonds Anatole-Vanier P29/F,112.98 \u2022 L'ACTION NATIONALE drapeaux, buvards, décalqueurs, enveloppes, mouchoirs, insignes, photographies, plaques, promesse de fidélité, timbres, tablettes.Quant à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, qui avait entrepris des démarches en vue de l\u2019obtention des droits d\u2019auteur du drapeau, elle fait la promotion du fleurdelisé par l\u2019entremise de l\u2019Agence Duvernay qui, dans une circulaire du 22 janvier 1943, offre drapeaux insignes, décalqueurs, banderoles, plaques, buvards, enveloppes, timbres1.Derrière ces comités, trois sociétés agissent: l\u2019Ordre de Jacques-Cartier, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et les Jeunes Laurentiens.L'implication de l\u2019Ordre de Jacques-Cartier est indéniable.L\u2019implication de l\u2019Ordre de Jacques-Cartier est indéniable, et à plusieurs reprises, René Chaloult le reconnaîtra, entre autres lors du congrès anniversaire de l\u2019Ordre en 1953.Lors d\u2019une plénière qu\u2019il préside, il affirme: «Je me réjouis d\u2019apercevoir à ma droite le drapeau de la province de Québec, votre drapeau! Je dis votre drapeau en effet, parce que c\u2019est vous qui l\u2019avez donné à la province de Québec.Il y avait des résistances et des résistances nombreuses: c\u2019était le drapeau des séparadstes, le drapeau nationaliste et le drapeau de la ligue rouge, de l\u2019abbé Groulx2».T.-Damien Bouchard, farouche adversaire de l\u2019Ordre, reconnaît la présence de ce dernier dans la campagne en faveur du fleurdelisé: «Les récents événements indiquent que, plus que jamais, l\u2019underground [lire l\u2019Ordre] est à l\u2019œuvre».Selon lui, la promotion du 1.\tArchives nationales du Canada (ANC) MG 28/98, vol.126, dossier «Drapeau fleurdelisé 1943-1953».2.\tCité par G.-Raymond Laliberté, Une société secréte: l\u2019Ordre de Jacques-Cartier, Montréal, Hurtubise/HMH, 1983, p.240.L\u2019auteur ajoute en note: «On appelait ainsi parfois à cette époque, les nationalistes ardents de la suite du chanoine Groulx; était «rouge» en ce sens, tout ce qui était radical.Il est intéressant de noter que le Secrétariat de la CX, en reproduisant l\u2019allocution verbale de Chaloult, biffa l\u2019expression «ligue rouge».même appliquée au nationalisme.» L'ACTION NATIONALE «99 fleurdelisé camoufle des visées séparatistes.«M.Cha-loult, en soulevant la question de l\u2019établissement d\u2019un drapeau pour le province qu\u2019il a décrite, lui aussi, par les mots état français, démontre que les menées séparatistes sont encore en pleine activité1».Dans Une société secrète: l\u2019Ordre de Jacques Cartier, G.-Raymond Laliverté souligne que la campagne en faveur du fleurdelisé a représenté et représente aux yeux des membres de l\u2019Ordre l\u2019un de ses «bons coups».La première implication de l\u2019Ordre dans le dossier remonte à 1939.Dans une circulaire datée de novembre 1939 du Comité du drapeau Carillon-fleurdelisé et adressée à toutes les comman-deries locales (XCC) du Canada, Roland Chapleau rappelle que « [l]ors du dernier congrès à Ottawa un vœu a été adopté pour que le drapeau CARILLON-FLEURDELISÉ soit mis en évidence dans tout le Canada2».La promotion du fleurdelisé fait partie du programme de l\u2019Ordre pour l\u2019année 1942.En novembre 1946, Rosaire Morin, président des Jeunes Laurentiens, demande à la chancellerie (CX) de l\u2019Ordre de Jacques Cartier la publication de deux circulaires: la première, à paraître immédiatement, «consisterait en un mot d\u2019ordre précis dans lequel on ferait connaître l\u2019origine, l\u2019historique et le sens de notre fleurdelisé» et la deuxième, à paraître en février 1947, «demanderait aux membres de propager dans toutes les paroisses notre drapeau national et de le faire arborer fièrement dans toutes les manifestations».La CX accepte et la circulaire générale n° 473 du 3 mars 1947 reprend à son compte les deux demandes des Jeunes Laurentiens: explication du drapeau et propagation3.Le 11 décembre 1947, La première implication de l\u2019Ordre dans le dossier remonte à 1939.1.\t«Canadien ou Québec?», U Clairon, 11 avril 1947, p.1,8.2.\tANC MG 28/98, vol.126, dossier «Drapeau fleurdelisé 1943-1953».3.\tANC MG 28/98, vol.126, dossier «Drapeau fleurdelisé 1943-1953».100 \u2022 L'ACTION NATIONALE en prévision de la discussion sur la motion Chaloult qui doit se tenir le 21 janvier 1948, le secrétaire de la CX veut intensifier la campagne en faveur du drapeau provincial.Il fait parvenir aux commanderies locales du Québec (XC) un mot d\u2019ordre qui marque le départ de la troisième phase1 de la campagne en faveur du fleurdelisé et qui consiste à «faire adopter des résolutions par le plus grand nombre possible de corps publics, conseils municipaux, conseils de comté, associations de tout genre, d\u2019obtenir l\u2019appui de la presse, spécialement de la presse rurale, en faveur de l\u2019adoption du fleurdelisé2».Le front législatif La question du drapeau est une boîte de Pandore que King hésite à ouvrir.Dans Fridolinons 44 intitulé La Conférence du rire (Conférence de Québec), Fridolin-Gratien Géünas dans le rôle de King s\u2019écrie: «Oui, luttons pour la défense de notre drapeau».John Bouboule (Churchill) lui fait remarquer que ce n\u2019est pas le sien.King-Fridolin réplique: «Luttons alors pour notre unité nationale!».L\u2019oncle Sam (Roosevelt) lui signale que cette unité est tout aussi inexistante que son drapeau.La question du drapeau est une boîte de Pandore que King hésite à ouvrir quand la demande vient des francophones.Ainsi le 9 juin 1943, il élude les deux questions du député de Québec-Montmorency, M.Wilfrid Lacroix: Y Union Jack drapeau de l\u2019An- 1.\tLa première phase est la circulaire 473 (3 mars 1947) ; la deuxième phase, le dépôt de la motion Chaloult (2 décembre 1947).À noter qu\u2019il semble y avoir un certain flottement puisque, dans une lettre envoyée aux conseils régionaux (CR) du Québec, le 15 avril 1947, le secrétaire de la CX signal que la CX «n\u2019a pas jugé opportun de prendre une attitude caractérisée à ce jour et demande aux CR d\u2019attendre le novueau mot d\u2019ordre à ce sujet [Quel drapeau choisir?]», ANC MG 28/98, vol.126, dossier «Drapeau fleurdelisé 1943-1953».2.\tLettre du secrétaire de la CX (3874) au XC de la province de Québec, 11 décembre 1947, ANC MG28/98, vol.20, dossier «CPO drapeau fleurdelisé».LACTION NATIONALE *101 gleterre, est-il celui du Canada et le gouvernement a-t-il l\u2019intention de doter le Canada d\u2019un drapeau distinctif?Quand, le 11 août 1944, l\u2019anglophone John Diefenbaker s\u2019intéresse à la question, King prend la chose au sérieux et se dit favorable à l\u2019adoption d\u2019un drapeau distinctif pour le Canada.Le 24 novembre 1945, le gouvernement fédéral institue un comité parlementaire «dans le but de faire étude et rapport sur un motif approprié» pour le drapeau canadien.Le 27 février 1946, l\u2019assemblée législative du Québec adopte à l\u2019unanimité une proposition qui «prie le comité parlementaire fédéral de choisir un drapeau véritablement canadien, c\u2019est-à-dire un drapeau qui exclut tout signe de servage, de colonialisme et que peut arborer fièrement tout Canadien sans distinction d\u2019origine», Attendu que M.Louis-Stephen St-Laurent, en sa qualité de ministre de la Couronne et de mandataire du Québec, a déclaré, au cours du débat, qu\u2019il serait «bien surpris et bien déçu» si le Comité ne recommandait pas l\u2019inclusion de l\u2019Union Jack dans le dessin du drapeau; Attendu que ces sentiments n\u2019expriment pas ceux du peuple canadien-français, cofondateur du pays et représentant le plus fort groupe ethnique au Canada; Attendu que l\u2019Union Jack est un emblème anglais, dont la présence sur notre drapeau décèlerait des traces de racisme et symboliserait un assujettissement à l\u2019Angleterre tout à fait incompadble avec notre statut d\u2019indépendance et notre dignité de nation souveraine.Le comité parlementaire fédéral se penche sur la question et reçoit des centaines de projets (2 041 selon d\u2019autres sources).Malgré la résolution que l\u2019Assemblée législative a fait parvenir au président et aux membres du comité fédéral, un Red Ensign remanié est adopté par la chambre des Communes le 11 juillet 1946.À Québec, l\u2019Union Jack flotte tou- Le gouvernement a-t-il l\u2019intention de doter le Canada d\u2019un drapeau distinctif?À Québec, l\u2019Union Jack flotte toujours.102 \u2022 L'ACTION NATIONALE jours sur le Parlement, le gouvernement québécois refuse, par ce geste, d\u2019entériner le choix fédéral.Certains posent des gestes d\u2019éclat.Le 8 août 1946, l\u2019abbé Joseph Ferland, curé de St-Roch refuse d\u2019admettre dans son église la bière d\u2019un soldat recouvert d\u2019un Union Jack.On lui substitue un drapeau noir.«Je respecte l\u2019Union Jack, a dit l\u2019abbé Ferland aux reporters américains, mais je le respecte à sa place et ce drapeau n\u2019est pas à sa place dans les églises canadiennes-françaises.Je ne permettrai plus qu\u2019il entre dans mon église.Nous ne devrions pas recouvrir de l\u2019Union Jack le cercueil de nos soldats canadiens, anglais comme français.J\u2019estime en effet que c\u2019est là manifester du servilisme et faire insulte à notre propre pays.Qu\u2019on note toutefois que je n\u2019entends pas manifester du mépris pour le drapeau de l\u2019Angleterre.Encore une fois, je le respecte, mais à sa place1».Le 19 mars 1947, René Chaloult, député indépendant de Québec-Comté, appuyé d\u2019André Laurendeau, chef du Bloc populaire, «invite le gouvernement du Québec à arborer sans délai sur la tour centrale de son hôtel un drapeau nettement canadien et qui symbolise les aspirations du peuple de cette province».Le gouvernement réplique par un amendement dilatoire: «Qu\u2019un comité spécial composé de douze membres de l\u2019Assemblée législative soit formé pour étudier les questions et les aspects que soulève la motion en discussion».Formé d\u2019Qnésime Gagnon, élu président, de Camille-Eugène Pouliot, de Jonathan Robinson, de Patrice Tardif, d\u2019Adélard Godbout, de James Arthur Mathewson, de Jacques Dumoulin, de Maurice Bellemare, de Joseph-François-Albert Gatien, d\u2019Henri Vachon, de René Chaloult et d\u2019André Laurendeau, le comité se réunit 1.Yves Du Taillis, «Le drapeau britannique est banni d\u2019une église catholique du Québec», le Clairon de St-Hyacinthe, 27 septembre 1946.L'ACTION NATIONALE «103 à deux reprises: les 9 et 23 avril 1947.À la deuxième rencontre, Onésime Gagnon et René Chaloult «soumettent [.] la volumineuse correspondance reçue [.] ainsi que quelques motifs de drapeau».De ces projets de drapeau, René Chaloult ne se rappelle, dans une lettre à Raoul Roy du 6 octobre 1962, outre le fleurdelisé, que du drapeau de la Ligue du drapeau national dont aurait parlé Godbout et dont le bla-sonnement est Tranché de gueules et d\u2019argent, une feuille d\u2019érable de sinople sur le toutb Deux membres unionistes soumettent une résolution qui demande au gouvernement canadien d\u2019arborer «dans le plus court délai [.] un drapeau exclusivement et véritablement canadien».«Ils constatent que la motion présentée par le député de Québec-Comté, et qui fait l\u2019objet de leurs délibérations, n\u2019est pas susceptible d\u2019exécution immédiate».Ils se disent favorables à un drapeau particulier ne comportant aucun signe de séparatisme».Seuls André Laurendeau, chef du Bloc populaire, Jacques Dumoulin, libéral, et René Chaloult votent contre la résolution.André Laurendeau, appuyé par René Chaloult, réplique par l\u2019amendement suivant: «1- Ils expriment l\u2019opinion qu\u2019il est opportun de choisir immédiatement un drapeau provincial; 2- Ils expriment le vœu que ce drapeau soit le fleurdelisé, arboré depuis plus de 40 ans par la population du Québec comme un drapeau distinctif».Le président unioniste du comité juge l\u2019amendement «irrégulier, comme n\u2019étant pas conforme aux instructions de la Chambre, lors de la formation du comité».Aux trois opposants s\u2019ajoute alors Adélard Godbout chef du parti libéral.Le comité se dissout après avoir appuyé le principe d\u2019un drapeau pour le Québec1 2.Le 29 avril 1947, René Chaloult, en répli- 1.\tANQ, fonds Chaloult 659/005, dossier 4,2.2.\tJournaux de l'Assemblée législative 1947, volume LXXXII, p.199, 203, 334,436,437.Ils expriment le vœu que ce drapeau soit le fleurdelisé.104» L'ACTION NATIONALE Duplessis semble peu intéressé à donner«un drapeau à sa province».que au refus du gouvernement de consacrer le fleurdelisé drapeau national, souligne que «nos gouvernements provinciaux sont habituellement pusillanimes.Ils éprouvent la crainte, la hantise constante de la minorité.[.] C\u2019est infiniment triste, mais c\u2019est ainsi.Toujours notre réflexe de vaincu.Il est trop commode de reprocher à Ottawa son hésitation à nous doter d\u2019un drapeau pour faire oublier qu\u2019on n\u2019ose pas s\u2019en donner à soi-même».Et le député de promettre qu\u2019il réinscrira sa motion l\u2019année prochaine1».Le 2 décembre 1947, Chaloult récidive: «Cette Chambre prie le gouvernement de doter cette province, au cours de la présente session et, à l\u2019exemple de la Nouvelle-Écosse, d\u2019un drapeau véritablement québécois».Même si dans la population et au Parlement la pression monte en faveur du fleurdelisé, ce drapeau «séparatiste», Duplessis semble peu intéressé à donner «un drapeau à sa province» pour reprendre le slogan de ses futures campagnes électorales.À la fin de décembre 1947 ou au début de janvier 1948, il convoque sans préavis Burroughs Pelletier, alors directeur du Service provincial de l\u2019urbanisme au ministère des Affaires municipales et futur membre-fondateur de la Société héraldique du Canada.Outre le Premier Ministre s\u2019y trouvaient, entre autres, Onésime Gagnon, trésorier de la province, Orner Côté, secrétaire de la province, Paul Sauvé, ministre du Bien-être social et de la Jeunesse.Gagnon fait les présentadons.Duplessis lui demande son opinion «sur le sujet et le dessin d\u2019un drapeau pour la Province».Pelletier lui explique que le Québec peut utiliser ses armoiries comme drapeau.Côté parle d\u2019un projet de drapeau imaginé par un frère d\u2019une communauté religieuse enseignante: un tricolore bleu-blanc-rouge en bandes diagonales disposées de droite 1.\t«M.René Chaloult et le drapeau québécois», U Devoir, 29 avril 1947, p.7.INACTION NATIONALE «105 à gauche, marqué dans le coin supérieur gauche de l\u2019Union Jack et dans le coin inférieur droit d\u2019une feuille d\u2019érable ou d\u2019une fleur de lis (?).Pelletier s\u2019oppose à tout drapeau faisant référence au bleu-blanc-rouge parce que ce drapeau «n\u2019avait rien à faire avec le Canada».Au cours de la discussion, Burroughs Pelletier offre à Maurice Duplessis de lui soumettre un certain nombre de projets de drapeau.Sur l\u2019acceptation du Premier Ministre, Pelletier se met à a tâche.Lors d\u2019une rencontre subséquente, en janvier 1948, et où étaient réunis à peu près les mêmes personnes, il soumet à Maurice Duplessis 7 projets de drapeaux, numérotés A, B, Cl, C2, C3, D, E, et dont les dessins ont été exécutés par Gérard Gallienne, alors fonctionnaire au Service de la cartographie du ministère des Mines.Le modèle A représente les anciennes armes de la province de Québec, telles que reçues par décret de la reine Victoria le 26 mai 1868: D\u2019or, à la fasce de gueules chargée d\u2019un lion d\u2019or passant regardant et accompagnées en chef de deux fleurs de lis d\u2019azur et en pointe de trois feuilles d\u2019érable sinoples tigées.En accord avec les principes qu\u2019il défendait depuis une dizaine d années, c\u2019est le projet que Pelletier favorisait.En fait, ce modèle de drapeau avait déjà flotté sur une institution québécoise.À l\u2019été 1938, A.-0.Dufresne, alors sous-ministre au ministère des Mines, souligne à Burroughs Pelletier, employé au même ministère, qu\u2019il aimerait arborer un drapeau québécois distinctif à r occasion de l\u2019ouverture officielle de la Mine-École près de Val-d\u2019Or en Abitibi.Pelletier lui suggère d\u2019arborer un drapeau aux armes du Québec.L\u2019idée plaît et Dufresne fait confectionner deux drapeaux qui servirent lors de l\u2019inauguration de la Mine-École, le 24 septembre 1938.Le modèle B représente le second choix de Pelletier.Les anciennes armes du Québec se retrouvent dans le canton supérieur gauche sur fond bleu à L\u2019élément commun à tous ces projets: les anciennes armes du Québec.106 \u2022 L'ACTION NATIONALE croix blanche.Le modèle Cl et ses variantes C2 et C3 sont le troisième choix du spécialiste.Cl est sur fond bleu à croix blanche avec, au centre, les anciennes armes du Québec surmontées d\u2019une couronne avec au-dessus la devise: Je me souviens.C2 est identique sauf que la devise a disparu et que les armes empiètent sur les cantons.Quant à C3, il est identique à C2, sauf que la couronne a disparu.En ce qui concerne les deux derniers projets, ils ont été soumis mais non recommandés.Le premier, D, est sur fond bleu avec les anciennes armes du Québec dans le coin supérieur gauche.Le second.E, est formé de 7 bandes horizontales rouge, bleu, blanc, blanc, bleu, blanc, rouge avec les anciennes armes du Québec dans le coin supérieur gauche.L\u2019élément commun à tous ces projets est les anciennes armes du Québec.Lors de cette deuxième rencontre, Burroughs Pelletier avait apporté avec lui deux plaquettes en plastique illustrant les armes du Québec et un des deux drapeaux ayant servi lors de l\u2019inauguration de l\u2019école provinciale des mines en 1938.L\u2019instigateur a «insisté sur la beauté de ce drapeau et sur le bel effet qu\u2019il ferait lorsqu\u2019il serait arboré sur la tour principale du Parlement».Paul Sauvé semble pencher en faveur de ce projet.Puis la rencontre se clôt, pour Burroughs Pelletier, sans qu\u2019aucune décision ne soit prise1.En ce mois de janvier 1948, les partisans du fleurdelisé ignorent l\u2019existence de ces projets et se préparent en vue d\u2019une bataille qui n\u2019aura pas lieu.1.\tMémoire sur la part que j\u2019ai prise en rapport avec le choix du drapeau actuel de la province de Québec (fonds Burroughs Pelletier).L\u2019ACTION NATIONALE «107 À travers l\u2019actualité Le 16 novembre 1885 lin 1869, à la Rivière Rouge, aujourd\u2019hui le Manitoba, on comptait 6 000 Métis français, 4 000 Métis anglais et écossais et 2 000 indiens et blancs de divers groupes.La Compagnie de la Baie d\u2019Hudson nommait un gouverneur et un conseil pour l\u2019administration du territoire.Les Métis et les Indiens élisaient leurs chefs qui organisaient la défense du pays.Louis Riel, métis canadien-français, fut élu secrétaire du Conseil national dont John Bruce était le président.Il incarna la résistance contre l\u2019invasion de la Rivière Rouge.Le gouvernement canadien avait nommé McDougall comme lieutenant-gouverneur du territoire.Il lui avait donné l\u2019ordre de se rendre à Pembina et d\u2019attendre la prise officielle de la contrée.Mais McDougall voulut lui-même conquérir la région.Un détachement anglais tenta de s\u2019emparer du fort Garry.Riel fit quelques prisonniers dont Thomas Scott.Ce dernier, très arrogant, passe en cour martiale.Il fut fusillé.Rosaire Morin Les Orangistes de Toronto criaient vengeance.Pour calmer les esprits, Mgr Taché est rappelé de Rome.Il se rend à la Rivière Rouge.Au nom du gouvernement canadien, il promet une amnistie complète à toutes les personnes qui ont défendu le pays.Riel et les Métis ont confiance.Ils rendent les armes.En 1874, Riel est élu député de Provencher.Il 108 \u2022 L'ACTION NATIONALE prête le serment à la Reine, mais il ne siégera pas.Le gouvernement canadien avait réussi à l\u2019éloigner de la Chambre des Communes et le gouvernement de l\u2019Ontario offrait 5 000$ à celui qui s\u2019emparera de Louis Riel.Ce dernier doit s\u2019expatrier aux Etats-unis.Lors de l\u2019amnistie, on avait promis à chacun des Métis 240 acres de terre en réparations des dommages subis lors de l\u2019arpentage du territoire.Mais nombre de Métis furent oubliés.Après quinze ans de réclamations, ils se soulèvent.À leur demande, Riel revient dans les Prairies.Il organise un gouvernement provisoire pour valoriser les droits des Métis.Le gouvernement canadien ne veut rien entendre.Il lève des volontaires pour mater les insurgés.Après quelques engagements, les Métis sont vaincus.Riel se livre au général Middleton.Remis à la justice, il est accusé de haute trahison.Il est déclaré coupable.Il montait sur l\u2019échafaud le 16 novembre 1885.Nous sommes « par derrière le président, tournant le dos à l\u2019assemblée».À droite ou à gauche Sommes-nous à droite ou à gauche?Les gens de droite nous accusent d\u2019être à gauche.Les personnes de gauche nous accusent d\u2019être à droite.Des lecteurs m\u2019ont demandé de préciser notre position.Nous ne sommes à ni droite, ni à gauche.S\u2019il faut nécessairement nous situer, je répéterai ce que j\u2019ai déjà écrit plus fois: nous sommes à mi-chemin entre l\u2019extrême droite et l\u2019extrême gauche.En termes parlementaires, comme dirait Robert Aron, nous sommes «par derrière le président, tournant le dos à l\u2019assemblée».Mais nous, nous tournons le dos au président, face à l\u2019assemblée, avec le peuple du Québec.En général, les personnes qui nous posent une telle question n\u2019ont pas des idées de gauche.La démocratie britannique En régime britannique, la liberté politique est la propriété de la majorité britannique.L'ACTION NATIONALE «109 Un peuple qui n\u2019accepte pas cette notion n\u2019a pas le choix.En 1775, les colonies américaines se révoltent contre les monopoles commerciaux de la métropole et, après la victoire des armées, elles proclament la république des États-unis.Aux Indes, dès 1920, Gandhi lançait une campagne de désobéissance civile, mais l\u2019indépendance ne sera proclamée qu\u2019en 1947; l\u2019Inde sera divisée en deux états: le Pakistan et l\u2019Union indienne.En Irlande, les actes terroristes se succèdent; le gouvernement de John Major n\u2019accepte pas le partage du pouvoir avec les catholiques qui représentent plus de 40% de la population du Nord.Au Canada, en 1982, les représentants du Canada anglais, Jean Chrétien et Pierre Elliott Trudeau, imposent au Québec une constitution malgré l'opposition du gouvernement québécois et de la population québécoise.Quinze ans plus tard, les délégués du Canada anglais, Jean Chrétien, Allan Rock et Stéphane Dion, obligent le Québec à obtenir le consentement du Canada anglais pour sortir d\u2019une constitution que les Québécois n\u2019ont pas approuvé.C\u2019est une domination qui se perpétue.Le gouvernement fédéral anglophone n\u2019accepte pas le partage du pouvoir avec les francophones.Le Québec est une colonie.La liberté du Québec est la propriété du Canada anglais ?C\u2019est une domination qui se perpétue.Quelques témoignages « Il y aura une question claire, une discussion complète de toutes les conséquences, un processus juste et égal et une possibilité pour tous les Canadiens d\u2019avoir quelque chose à dire concernant l\u2019avenir de leur pays».Allan Rock, ministre de la Justice, Le Devoir, 29 septembre 1996, A.12 110» L'ACTION NATIONALE «Le juge pourra dire si le gouvernement du Québec est fondé ou non de dire que c\u2019est à lui et à lui seul de fixer les règles et d\u2019en changer à volonté».Stéphane Dion, ministre des Affaires intergouvemementales, Le Devoir, 27 septembre 1996, A.12 Douces répliques «Il n\u2019y a qu\u2019un tribunal pour déterminer l\u2019avenir du Québec et c\u2019est le peuple du Québec.Cet avis (de la Cour suprême) sera sûrement classé dans les archives de la bibliothèque à Québec.Cela ne changera rien à la détermination du peuple du Québec de tenir un autre référendum sur la souveraineté».Lucien Bouchard, premier ministre Le Devoir, 27 septembre 1996.«Ce n\u2019est pas avec des raisonnements purement juridiques qu\u2019on va retenir le Québec dans la fédération.On ne peut pas occulter le problème, qui demeure politique».Gérald Beaudoin, sénateur et constitutionnaliste Le Devoir, 27 septembre 1996.«Le discours sur la règle de droit est jusqu\u2019à un certain point biaisé en faveur du gouvernement central, qui est à la fois juge et partie.Il nomme les juges, il leur donne une orientation particulière, une Constitution qu\u2019ils doivent interpréter et qui n\u2019est pas reconnue par le gouvernement du Québec».Alain Gagnon, professeur à l\u2019Université McGill Le Devoir, 27 septembre 1996.Les questions à la Cour suprême Le gouvernement fédéral pose trois questions à la Cour Suprême.Il interroge les juges qu\u2019il a nommés.Il les a choisis pour leur fidélité au fédéralisme et au gouvernement fédéral.Il paie leurs salaires.Il tACTION NATIONALE \u2022 111 leur demande d\u2019interpréter trois questions politiques non prévues dans la Constitution.Il leur demande de se substituer au gouvernement fédéral.Les trois questions sont les suivantes: « 1.L\u2019Assemblée nationale, la législature, ou le gouvernement du Québec peut-il, en vertu de la Constitution du Canada, procéder unilatéralement à la sécession du Québec du Canada?2.\tL\u2019Assemblée nationale, la législature, ou le gouvernement du Québec possède-t-il, en vertu du droit international, le droit de procéder unilatéralement à la sécession du Québec du Canada?À cet égard, en vertu du droit international, existe-t-il un droit à l\u2019autodétermination qui procurerait à l\u2019Assemblée nationale, la législature, ou le gouvernement du Québec le droit de procéder unilatéralement à la sécession du Canada?3.\tLequel du droit interne ou du droit international aurait préséance au Canada dans l\u2019éventualité d\u2019un conflit entre eux quant au droit de l\u2019Assemblée nationale, de la législature ou du gouvernement du Québec de procéder unilatéralement à la sécession du Québec du Canada?» Chambre des Communes, 26 septembre 1996 Et la Cour suprême répondra selon les volontés du gouvernement fédéral qui nomme les juges.Le verdict sera légal, mais non légitime, à l\u2019exemple de la Constitution de 1982.Dans son allocution pour présenter ces trois questions à la Chambre des Communes le ministre Allan Rock a encore joué du violon du père Josaphat: le pauvre petit Québec, il aura de la misère, beaucoup de misère: «Il est probable que le Québec ne serait pas reconnu par la communauté internationale ou la majeure partie et serait dans l\u2019impossibilité de gérer ses relations avec les États souverains.Il serait incapable d\u2019émettre des passeports reconnus pour ses citoyens 112» L'ACTION NATIONALE ou de défendre leurs intérêts à l\u2019étranger.Cette mesure unilatérale rendrait pratiquement impossible le financement de sa dette publique sur les marchés internationaux.» Allan Rock, ministre de la Justice du Canada Chambre des Communes, 26 septembre 1996 À écouter les bonhommes Sept-Heures ou les présidents des banques Royal et Montreal, nous n\u2019en sortirons jamais.Nous jouerons toujours les seconds violons.Bibliothèque nationale Le maire Bourque improvise, imagine, brode, rêve.On est bien dans la lune.Mais il faut vite descendre sur terre.Notre premier magistrat rêve d\u2019établir la Bibliothèque nationale chez Simpson, l\u2019ancien magasin à rayons.L\u2019édifice est vide.Personne n\u2019en veut.C\u2019est pour le maire une raison suffisante pour y installer la Bibliothèque nationale.Il aurait pu penser la relocaliser dans un poste de police abandonné depuis quinze ans.Ca n\u2019aurait pas été pire.Monsieur Bourque, la bibliothèque, ce n\u2019est pas un commerce.C\u2019est même plus que l\u2019Hôtel de ville.La Bibliothèque nationale, c\u2019est la mémoire du Québec.C\u2019est un lieu de culture.Son emplacement doit se situer dans un environnement culturel.La Gaspésie La fermeture, c'est ce qu\u2019on appelle la décentralisation, la régionalisation ?Le 28 mai dernier, Revenu Canada fermait son bureau de douanes à Gaspé.À la fin de juin, le même ministère fermait ses bureaux de Cap-aux-Meules et de Rimouski.Les activités sont centralisées à Québec et à Rivière-du-Loup.La fermeture, c\u2019est ce qu\u2019on appelle la décentralisation, la régionalisation?Des agents de douane étaient basés à Gaspé depuis 1767.Le port de Gaspé a occupé pendant 150 ans un rôle important dans le transport des pro- LACTION NATIONALE «113 duits marins et du bois.Il avait même obtenu le statut de port franc pendant plusieurs décennies.En 1995, l\u2019agent des douanes de Gaspé intervenait dans le mouillage de 71 navires à Gaspé ou Chandler.Mais désormais la centralisation à Québec de l\u2019enregistrement des navires effectué à Gaspé a conduit à la fermeture du bureau des douanes.Ainsi, lentement, mais sûrement, la centralisation généralisée par les divers ministères provoque les disparités régionales.Le traversier des îles-de-la-Madeleine Le gouvernement fédéral n\u2019a pas encore rem- filacé le traversier Voyageur qui fait la liaison entre les les-de-la-Madeleine et la Grand\u2019Terre.Au printemps 1995, le fédéral acceptait d\u2019investir 30 millions $ pour l\u2019acquisition d\u2019un vaisseau plus récent.Mais durant la campagne référendaire, le député fédéral de Bonaventure, le seul libéral à l\u2019Est de Trois-Rivières, avait déclaré «Si vous votez OUI, peut-être que le gouvernement fédéral ne voudra plus vous accorder les 30 millions».Et les Madelinots ont voté OUI à 59%.Le fédéral cherche encore un traversier.Il en avait trouvé un en Irlande.le Isle of Irishmore.Il avait déposé une option qui s\u2019est terminée au 31 mai 1996.Cette option avait coûté 25 000$.Le délai est expiré et la mise de fonds est perdue.Le fédéral cherche-t-il encore?L\u2019indépendance en Amérique En Amérique, le Bas-Canada ou le Québec Nous sommes d\u2019aujourd\u2019hui est la seule colonie encore existante, en retard.De Qu\u2019attendons-nous?Nous sommes en retard.De plus d\u2019un siècle.plus d\u2019un siècle.Les colonies d\u2019Amérique, le Bas-Canada excepté, ont conquis depuis belle lurette leur liberté.Voici les dates de la proclamation d\u2019indépendance: 114» L\u2019ACTION NATIONALE Le Bas-Canada sera bientôt l\u2019une des seules colonies subsistantes.1783\tÉtats-unis\t1822\tBrésil 1810\tArgentine\t1822\tÉquateur 1811\tParaguay\t1824\tPérou 1813\tMexique\t1825\tBolivie 1818\tChili\t1828\tUruguay 1821\tGuatemala\t1839\tCosta Rica 1821\tHonduras\t1843\tRépublique Dominicaine 1821\tNicaragua\t1901\tCuba 1821\tSalvador\t1903\tPanama 1821\tVénézuela\t\t En Amérique, en 1996, le Bas-Canada est encore isolé, dépendant de la majorité anglophone et de son bon vouloir, selon leurs intérêts.Mais, dans le monde, le Bas-Canada sera bientôt l\u2019une des seules colonies subsistantes.Dans les années 1940, ont acquis leur indépendance les colonies: Birmanie, Ceylan, Jordanie, Mandchourie, Mongolie, Philippines et Syrie.Dans les années 1950, treize pays ont acquis leur indépendance: Cambodge, Égypte, Ghana, Indonésie, Irak, Koweit, Laos, Libye, Malaysie, Maroc, Soudan, Tunisie et Vietnam.Dans les années 1960, trente-cinq pays ont proclamé leur indépendance: Algérie, Bénin, Cameroun, Congo, Côte-d\u2019Ivoire, Gabon, Haute-Volta, Jamaïque, Kenya, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Ouganda, Rwanda, République Centre-africaine, Sénégal, Sierra-Léone, Somalie, Tanzanie, Tchad, Togo, Trinidad et Tobago, Zaïre et Zambie.Dans les années 1970, treize colonies ont accédé au statut de pays: Angola, Bahamas, Bangladesh, Bhoutan, Fidji, Grenade, Guinée-Bissau, Mozambique, Nouvelle-Guinée, Saint-Vincent, Salomon, Seychelles et Surinam.Depuis, plusieurs colonies ont conquis leur liberté: Arménie, Azerbaïdjan, Belize, Estonie, Géorgie, Letonie, Lituanie, Pologne, Tchécoslovaquie, Ukraine, Vanuata et Zimbabwé.L'ACTION NATIONALE «115 Colonie britannique depuis 1760, le Bas-Canada est entré dans la Confédération sans référendum populaire.En 1982, on lui a imposé une constitution et des règles nouvelles, sans l\u2019acceptation de l\u2019Assemblée nationale et du peuple québécois.Dans la conjoncture actuelle, le Québec devient une province comme une autre, une succursale du Canada anglais.Le Québec n\u2019a pas la liberté de faire des lois conformes à sa volonté.Il doit subir les législations de la majorité et vivre avec les décisions d\u2019une Cour fédérale où il n\u2019est vraiment représenté.1 Le bilinguisme des institutions Ce qui était probable est devenu réel.Nos universités francophones ont découvert les répondeurs bilingues.L\u2019observation est vérifiée pour Montréal, Laval et UQAM.Les professeurs qui ne s\u2019appellent pas ignorent pour la plupart que les répondeurs parlent en français et en anglais.Les universités qui deviennent bilingues ressembleront dans quelques années à l\u2019Université d\u2019Ottawa où le français est rarissime.Nos universités francophones ont découvert les répondeurs bilingues.Les lectrices et lecteurs de L\u2019Action nationale sont priés d\u2019écrire à messieurs les recteurs pour leur rappeler que le bilinguisme simultané dans l\u2019enseignement aboutira inévitablement à l\u2019unilinguisme anglais dans 20 ans ou 30 ans.À travers l\u2019histoire, et dans tous les pays, la langue de la majorité a toujours «écrasé» la langue de la minorité.Ici même, au Canada, l\u2019anglais a assimilé les deux-tiers des francophones dans les autres provinces, le Nouveau-Brunswick excepté.À ce que je sache, les francophones représentent une poignée de la population américaine 1.(Les dates de libération m\u2019ont été remises par M.Paul-Émile Roy) 116* L\u2019ACTION NATIONALE La Société de l\u2019assurance automobile du Québec Ma fille, Christiane, est mariée à un Pelletier, un vrai francophone.Elle a reçu de la SAAQ Registration (two or more passanger vehicles) Attention! Pay by the due date to avoid carrying charges.Les deux pages du formulaire sont en langue anglaise.La seule ligne française est la suivante: «Version française disponible sur demande».Un Anglophone de Toronto ou de Vancouver qui recevrait une formule française alerterait le pays.La trompette sonnerait sur toutes les collines.Les voisins de ma fille ont aussi reçu une formule anglaise.Aucun ministre n\u2019a été invité à démissionner.Les fiducies familiales Dans le temps des fêtes, les fonctionnaires ont autorisé les Bronfman à retirer du Canada plus de deux milliards de dollars en actifs.Ils ont ainsi privé les gouvernements du Canada et du Québec de centaines de millions de recettes fiscales qui sont perdues à jamais.Le vérificateur général, monsieur Denis Désautels, a dénoncé la décision des fonctionnaires qui, certes, était connue du Ministre.Voilà que la majorité libérale du comité permanent des Finances remet en question le travail du vérificateur.Dans un rapport sur les fiducies familiales déposé aux Communes le 18 septembre, on peut lire: «Le vérificateur ha pas pour rôle de dissiper les ambiguïtés ou les incertitudes à caractère technique dans un domaine donné.Autrement dit, on ne peut pas demander au vérificateur de se substituer aux L'ACTION NATIONALE «117 fonctionnaires dans l\u2019exercice raisonnable de leur jugement professionnel».Les députés libéraux du Comité vont même jusqu\u2019à dire que le vérificateur ne devrait pas agir de la sorte, même si la décision des fonctionnaires se révèle erronée.Oh! quel toupet! Quelle sorte de députés avons-nous?Des fonctionnaires privent l\u2019État de centaines de millions $ de revenus et le silence serait de rigueur?Le ministre complice d\u2019une transaction illégitime demeurerait impuni?Les fonctionnaires seraient au-dessus du vérificateur?Hydro-Québec Le gouvernement Bouchard a invité Yvon Martineau à remettre sa démission comme président du conseil d\u2019administration d\u2019Hydro-Québec.L\u2019homme était trop indépendant.Pas assez soumis.Le ministre de l\u2019Énergie ne veut pas d\u2019un président trop fort.Il entend intervenir, donner des ordres, imposer ses idées, ses directives.Il ne veut pas d\u2019un Conseil d\u2019administration qui administre.Représentant l\u2019actionnaire, c\u2019est-à-dire le gouvernement, M.Chevrette, ne s\u2019entendait pas avec M.Martineau.Il lui a reproché sévèrement des erreurs commises à Hydro-Québec, alors que M.Martineau n\u2019était même pas à Hydro-Québec.Le Ministre a terni, inconsciemment peut-être, l\u2019image d\u2019Hydro-Québec.Il ressemblait à certains moments à Maurice Duplessis qui pourchassait des libéraux lors de l\u2019enquête des comptes publics.En conclusion, le Ministre est trop présent dans la société d\u2019État.Le Gouvernement est trop présent.Il devrait nommer à la présidence et au Conseil d\u2019administration des personnes compétentes, de vrais gestionnaires.Il devrait fixer les objectifs prioritaires et même prévoir le calendrier de réalisation.Puisse le Gouvernement sortir de la gestion quotidienne des sociétés d\u2019État et laisser les adminis- Les fonctionnaires seraient au-dessus du vérificateur?118.L'ACTION NATIONALE trateurs qu\u2019il a choisi lui-même accomplir leur travail, avec rapports d\u2019étapes et débats en commissions parlementaires! Le pays se désagrège à petits pas.Radio-Canada Les bijoux de la Couronne sont dilapidés.Pé-tro-Canada a été privatisée.Le Canadien national aussi.Air Canada traîne de l\u2019aile.Les sociétés des ports et des postes ont trouvé preneurs.Téléglobe, Télésat et Via Rail sont sortis du patrimoine.Les centres et les conseils des arts, de recherches, du cinéma, des films et des musées sont amputés.Voilà que Radio-Canada mettra à pied 2 500 employés au cours des prochains mois! Le Téléjournal sera bientôt entrecoupé de publicité.Monsieur Chrétien qui a été le premier ministre des Finances à présenter un budget déficitaire de 10 milliards $ et plus est incapable de gérer les affaires publiques et de créer les emplois promis.Le pays se désagrège à petits pas.La qualité du français L\u2019Association des usagers de la langue française fait trois recommandations majeures au gouvernement québécois.La première demande à la Charte de préciser qu\u2019un texte est en langue française s\u2019il respecte les codes orthographique, grammatical, syntaxique et lexical de cette langue.La seconde est de revenir au texte original de l\u2019article 118 de la Charte par la réinsertion des mots «ainsi que dans l\u2019affichage public».La troisième est de prévoir la possibilité d\u2019une intervention médiatrice de l\u2019Office pour aider un employeur et un syndicat à rédiger leur convention collective dans une langue correcte.Qui s\u2019oppose à ces propositions ?Personne.Le gouvernement agira-t-il?Non.Pourquoi cette inaction?L\u2019ACTION NATIONALE «119 Jean-Louis Roux La nomination du sénateur à la fonction désuète de lieutenant-gouverneur nous a valu une avalanche de réactions: 14 lettres de colère.Résumons brièvement cette correspondance: - la brillante carrière du comédien est assombrie par ses déclarations fracassantes comparant notamment le séparatisme et le nazisme; La nomination du lieutenant-gouverneur nous a valu une avalanche de réactions.le représentant de la Reine incarne le colonialisme; le lieutenant-gouverneur occasionne une dépense inutile d\u2019un million de dollars; une personnalité publique n\u2019a pas droit à la bêtise; la brutalité verbale du sénateur est une provocation ; le Premier ministre du Canada qui n\u2019a pas consulté le Premier ministre du Québec démontre un manque de jugement.La relance de Montréal Selon le maire Pierre Bourque, «le débat constitutionnel porte préjudice à l\u2019économie de Montréal qui nécessite l\u2019injection massive de fonds publics pour redonner confiance aux investisseurs privés».Et le maire d\u2019ajouter: «On a besoin de stabilité, c\u2019est évident.On a besoin de confiance.L\u2019économie fonctionne beaucoup par la confiance».Et le maire attend beaucoup des autres, du fédéral, du provincial, du sommet socio-économique.«Montréal.c\u2019est l\u2019avenir du Québec.Pour remettre la machine en marche, il faut injecter beaucoup d\u2019argent à Montréal».Et pour redonner confiance, le maire Bourque a commandé une étude à la firme américaine Arthur 120» L'ACTION NATIONALE La Caisse de retraite des employés de la Ville de Montréal place à peine 300 millionsS au Québec.Anderson pour «savoir pourquoi il y a ce climat de morosité à Montréal».Pour redonner confiance, le maire Bourque ferme les yeux sur les placements de la Caisse de retraite des employés de la Ville de Montréal qui place à peine 300 millions $ au Québec sur un actif de 1,6 milliards.M.Bourque, sortez de la lune! Revenez sur terre! Les Amitiés acadiennes Les Amitiés acadiennes, c\u2019est une association de liaison entre les communautés du peuple acadien et leurs amis de France.L\u2019association célèbre son 20e anniversaire.Elle est née, comme l\u2019a voulu le général de Gaulle.Elle vit son 20e anniversaire grâce à un Philippe Rossillon qui lui a donné pignon sur rue à Paris et à la Société nationale de l\u2019Acadie qui a répondu à l\u2019appel.Des rencontres d\u2019amitiés sont organisées en France.Une revue trimestrielle a publié plus de 2700 pages.Des échanges culturels se développent entre la France et l\u2019Acadie.Le Prix France-Acadie encourage les écrivains et les poètes acadiens dont la fierté dépasse celle des Québécois francophones.Les Francophones de l\u2019Ouest Dans la foulée des compressions de 127 millionsS annoncées par le président de Radio-Canada, Perrin Beatty, la radio française est menacée de disparaître dans l\u2019Ouest.Dans ces quatre provinces, les bulletins provinciaux et quotidiens de nouvelles télévisées seraient remplacés par un seul bulletin émanant de Winnipeg.Le budget de la radio de la Colombie serait amputé de 40% et celui de l\u2019Alberta de 50%.Mme Sheila Copps défend les compressions.Elle affirme que les Francophones de l\u2019Ouest «seront tout aussi bien servis qu\u2019aupa-ravant».Démissionne-ra-t-elle si on lui prouve le contraire?Pour sa part, la Fédération des communautés francophones et acadiennes continue à jouer sur les deux faces de la médaille.D\u2019une part, elle soutient que Radio-Canada L'ACTION NATIONALE «121 «est le meilleur outil pour unifier les Canadiennes et les Canadiens ».Ce jugement confirme le rôle de propagande de la société d\u2019État.D\u2019autre part, la FCFAC fait appel au Bloc québécois pour interpeller M.Chrétien et sa compagne, madame Copps.On se souvient du succès obtenu par le Bloc dans l\u2019histoire de Kingston.M.Chrétien avait dû promettre la construction d\u2019une école française dans cette ville très anglophone.Dans cette opération, L\u2019Action nationale appuie le maintien des programmes actuels de français à la télévision et à la radio de l\u2019Ouest.Comparée à la situation privilégiée de la minorité anglophone du Québec, les francophones de l\u2019Ouest sont traités injustement et odieusement.Le juge Bienvenue Les propos de ce magistrat sur les femmes «qui peuvent s\u2019élever plus haut que l\u2019homme dans la vertu mais aussi s\u2019abaisser davantage dans le vice» avaient soulevé la réprobation générale.La magistrature a dû réagir.La réprimande a pris beaucoup de temps à être exprimée.Un Comité du Conseil canadien de la magistrature a délibéré pendant plusieurs jours.En juillet, il recommandait la destitution du magistrat.Plusieurs pleines lunes se sont écoulées avant que le Conseil canadien ne demande au ministre fédéral de la Justice de destituer le Juge.Alors que Allan Rock s\u2019apprêtait à enclencher la procédure de révocation, M.Bienvenue décide de prendre sa retraite.Une pleine pension.Une retraite dorée.Plus de 100 000 $ par année.Désormais, un juge ne sera plus un polémiste ou un avocat qui plaide.Il évitera de s\u2019immiscer dans les questions sociales et politiques.Il demeurera une personne impartiale.La justice doit être impassible, objective, égale et juste pour toute personne.Les juges interprètent la loi.Hélas! parfois la loi est injuste.?M.Bienvenue décide de prendre sa retraite.Une retraite dorée.122 \u2022 L'ACTION NATIONALE COMPTES RENDUS André Joyai Olive Patricia Dickason Les premières nations du Canada, Les Éditions du Septentrion, Québec, 1996, 511 p.Que veulent les Indiens?» pourrait-on se demander pour reprendre la célèbre interrogation du Canada anglais envers le Québec.Il est temps de se poser la question au moment où certains représentants des premières nations revendiquent à leur tour une forme de souveraineté-association, et surtout depuis que l\u2019on constate que les autochtones pourraient représenter une grosse pierre dans la cour d\u2019un Québec souverain.Peu d\u2019entre nous peuvent prétendre connaître la portée des revendications des premiers occupants de notre territoire.Dans quelle mesure doit-on attribuer cette incapacité au fait que les premiers intéressés, loin de constituer un bloc homogène, arrivent difficilement à faire consensus sur leurs aspirations?Ou doit-on y voir de la part des québécois, comme des Canadiens d\u2019ailleurs, une certaine insouciance ou indifférence, les priorités étant ailleurs.C\u2019est bien ce que m\u2019avait laisser entendre, il y a près de 20 ans, un ancien ministre du Parti québécois en poste depuis peu.À ses yeux, les quelque 600 000 chômeurs et assistés sociaux comptaient plus que 50 000 Amérindiens sans pouvoir électoral.Aujourd\u2019hui, force est de le reconnaître, à défaut d\u2019être plus nombreux, ces derniers se font plus bruyants et ce non sans raison.Et pour y voir clair l\u2019ouvrage de L'ACnON NATIONALE «123 Mme Dickason, professeure d\u2019histoire à l\u2019Université d\u2019Ottawa, d\u2019origine métis, vient à point nommé.On l\u2019aura deviné, l\u2019auteure ne cache pas un préjugé favorable envers ceux qui font l\u2019objet de son volumineux et très bien documenté ouvrage dont la version originale (Canadas First Nations) lui a valu le prix J.A.Macdonald de la Société historique du Canada.Cet ouvrage ressemble peu aux nombreux volumes publiés sur les Indiens d\u2019Amérique du Nord depuis le début des années 70.Je pense ici, plus particulièrement, au très pathétique Enterre mon coeur à Wounded Knee de Dee Brown dont la lecture, à défaut de nous faire comprendre la réalité actuelle, nous informe sur les faits d\u2019armes et les tragédies vécues par des peuples victimes du choc avec une autre civilisation (ce dernier mot n\u2019est, hélas, pas toujours approprié).Non, l\u2019ouvrage de la professeure Dickason n\u2019a pas pour but de faire jaillir quelques larmes ni quelques sentiments de culpabilité.L\u2019objectif visé est L\u2019objectif visé d\u2019informer non sans bien montrer que, comme pour est d\u2019informer.l\u2019histoire de n\u2019importe quel peuple ou civilisation, rien n\u2019est simple, d\u2019où la nécessité d\u2019éviter les jugements trop hâtifs.En conséquence, comme on le pense bien, ce volume ne se lit pas tout d\u2019un trait.Mieux vaut en parcourir des extraits suivant l\u2019intérêt porté envers une période en particulier ou envers une région et, bien sûr, envers une ethnie spécifique (j\u2019hésite à utiliser le mot tribu que l\u2019auteure n\u2019utilise qu\u2019avec parcimonie).Pour avoir une idée de l\u2019érudition de l\u2019auteure, il ne suffit que de jeter un coup d\u2019œil aux 25 pages de texte très serré contenant les sources de l\u2019un et l\u2019autre des 27 chapitres.Doit-on lui en vouloir d\u2019attribuer la fondation de Trois-Rivières à Champlain plutôt qu\u2019au très peu connu Sieur de Lavio-lette?Sûrement pas.Combien étaient-ils avant que Christophe Colomb, Jovani Caboto (mieux que John Cabot, non?) 124» L'ACTION NATIONALE et autres conquistadores fassent aux habitants d\u2019alors une visite non sollicitée.C\u2019est sur cette polémique que débute l\u2019ouvrage.En l\u2019absence de recensement tout ce que les historiens peuvent dégager c\u2019est que la table était pleine: l\u2019équilibre malthusien entre les populations et les moyens de subsistance, était atteint il y aurait tout lieu de croire.Autre polémique sur laquelle l\u2019auteure s\u2019étend de façon intéressante: leur origines.En fait, la polémique porte sur différentes origines.Bien sûr, il y a eu le détroit de Béring, mais les indices ne manquent pas pour laisser croire que, parmi les premiers arrivants, certains pouvaient avoir de grands talents de marins.Mais puisqu\u2019il faut s\u2019en tenir au Canada, force est d\u2019oublier Aztèques, Mayas, Incas et autres civilisations, qui, comme dans la chanson de Charlebois, ont eu le génie de s\u2019installer à l\u2019ombre des cocotiers plutôt que de se satisfaire de celle des bouleaux.La Ligue des Cinq-Nations se voit accorder l\u2019importance qu\u2019elle mérite.Dès les premiers chapitres, la Ligue des Cinq-Nations se voit accorder l\u2019importance quelle mérite.On associerait sa fondation à l\u2019avènement d\u2019une éclipse du soleil survenue en Iroquoisie en 1451.Voilà pour la légende.Ce sont ses diverses composantes qui, par un malheureux concours de circonstances et un engrenage irréversible, vont devenir la principale menace de la Nouvelle-France.Pour cette longue et interminable guerre, l\u2019auteure montre bien, qu\u2019à l\u2019instar de toute guerre (mis à par la deuxième guerre mondiale), les origines sont complexes et que l\u2019on peut difficilement trancher entre les «bons» et les «méchants».Par ailleurs, en ce qui regarde les non moins interminables conflits entre ethnies rivales, notre historienne les explique par l\u2019existence de vieilles rancunes d\u2019où l\u2019expression vendetta perpétuelles comme si les premières nations avaient des affinités avec les habitants de l\u2019île de Beauté et de Sicile.Ici, j\u2019estime que, pour eux, comme pour toute autre population, les motifs économiques ne devaient pas êtres absents.Quand une population subissait les rACTION NATIONALE «125 affres d\u2019une sécheresse ou les caprices des déplacements du gibier, elle ne devait pas se gêner pour empiéter sur un territoire où l\u2019herbe était plus verdoyante.L\u2019 histoire écrite n\u2019existant que depuis l\u2019arrivée des blancs, l\u2019auteure doit donc situer l\u2019essentiel de son récit à partir du début du milieu du I6è siècle.Ce qui nous permet de recueillir certaines perles sur les premières impressions de ceux qui eurent alors de courage de faire la traversée et d\u2019en assumer les conséquences.Ainsi, un certain historien, François de Belleforest (un nom prédestiné pour se montrer le nez de ce côté-ci de l\u2019Atlantique) qui ne devait pas regretter son voyage, aurait vu en Hochelaga une ville rivalisant en splendeur avec Moscou.Parions qu\u2019il faisait abstraction de la place Rouge et de Saint-Basile alors en voie de construction.Ce contact avec les blancs, les premières nations vont le payer très cher.Et ce, pas seulement sous la forme de guerres et d\u2019appropriation éhontée de territoires, mais davantage par l\u2019introduction de maladies qui les frappaient étant donné leurs déficiences immunitaires.En 1634, les Jésuites rapportent que la variole, après avoir fait son apparition chez les Montagnais, avait décimé en moins de quatre ans les deux-tiers des Hurons.L\u2019auteure revient à plusieurs occasions sur les conséquences désastreuses des maladies qui expliqueraient qu\u2019à une époque, en Nouvelle France, malgré la faiblesse de la population blanche, celle-ci était évaluée au double de la population amérindienne.Le chapitre sur les peuples du Levant devrait intéresser plus particulièrement les Québécois.Il s\u2019agit ici des Abénaquis, «ceux qui vivent au Levant».En allant visiter la petite réserve d\u2019Odanac et son intéressant musée près de la rivière Saint-François, il faudrait se rappeler, comme le montre l\u2019auteure, que les ancêtres des résidants actuels ont été les plus fidèles alliés des Français.Le témoignage d\u2019un mission- Ce contact avec les blancs, les premières nations vont le payer très cher.126» L'ACTION NATIONALE Les Iroquois s\u2019avèrent incontournables.naire à Versailles en fait foi:«De tous les sauvages de la Nouvelle-France, les Abénaquis sont ceux qui ont rendu et qui sont toujours en mesure de rendre les plus grands services.» Mais, comme on le devine, les Iroquois s\u2019avèrent incontournables.L\u2019auteure s\u2019étend beaucoup sur leur art de la guerre (pas assez fous pour se battre en rangée comme on le faisait en Europe).Bien avant Fidel Castro et le Front national de libération au Vietnam, les ancêtres des Mohawks de Kanesatake et de Kahnawake étaient passés maître dans la guerre de guérilla.Le jésuite Georges d\u2019Ende-marre se plaint de devoir combattre un ennemi invisible dont le contrôle exigerait de raser toutes les forêts.Les Américains, trois siècles plus tard, sous d\u2019autre deux, ne se gêneront pas pour mettre en pratique cette remarque.Alors qu\u2019aux États-Unis les grands chefs indiens ont tous été immortalisés par les écrits des historiens ou par les cinéastes, on ne peut en dire autant pour leurs homologues du nord du 45è parallèle.La personnalité à laquelle l\u2019auteure accorde le plus d\u2019importance, Tecumseh (étoile fdante 1768-1813), s\u2019est baladée en fait de pan et d\u2019autre de l\u2019actuelle frontière entre le Canada et les États-Unis.Il serait rien de moins que le plus grand chef amérindien de la période de résistance à la colonisation britannique.La légende veut qu\u2019il ne soit pas mon en combattant mais qu\u2019il n\u2019aurait été que blessé parce qu\u2019il ponait sa «magie» sur lui.C\u2019est au plein cœur de son ouvrage que l\u2019auteure signale un fait d\u2019importance capitale.En 1830, deux idées dominent la pensée des Britanniques concernant les Amérindiens: primo, ils sont en voie de disparition et, secundo, ceux qui restent devraient être relégués dans des collectivités à part, soit être assimilés.Pour bien comprendre ce qui va suivre et ce qui se passe encore de nos jours, ces deux points doivent demeurer bien à esprit.Ils pourront aider à LACTION NATIONALE «127 comprendre le plus grave problème auquel la jeune Confédération eu à faire face dans ses premières années: la demande de reconnaissance formelle exigée des Métis.Ce n\u2019est pas depuis 1990 que le Canada a du mal à reconnaître les distinctions des peuples qui le composent.Avec «l\u2019affaire Riel» l\u2019auteure nous présente à nouveau, dans toute sa complexité, les différentes données permettant de comprendre, les raisons à la base des troubles qui conduisirent à la pendaison du leader métis.Comme le tout se déroule sur une période de 15 ans, fidèle à son approche chronologique, l\u2019auteure ne facilite pas la compréhension de tous les éléments qui entrent en jeu.Néanmoins, le lecteur attentif trouvera l\u2019essentiel de l\u2019information sur une situation qui fera dire plus tard à Wilfrid Laurier que s\u2019il avait été là-bas, il aurait combattu aux côtés de Riel.Avant d\u2019en arriver à son exécution, l\u2019auteure s\u2019attarde à démontrer les années de braise que furent celles qui ont vu disparaître de façon très drastique l\u2019une des principales sources de subsistance que constituait le bison.Quand viendra le temps d\u2019envoyer les troupes, le lecteur peut constater que la tactique de la désinformation, tout comme celle de la guérilla, ne date pas d\u2019hier.En présence de l\u2019incompréhension générale, en 1883, trois chefs Cris écrivirent une lettre à J.A.Macdonald en la terminant avec la devise indienne: «Si nous devons périr par la violence, faisons-le vite».Et c\u2019est bien ainsi que plusieurs périrent.Mais pas tous, du moins en ce qui regarde les Métis, car nombreux d\u2019entre eux vont se fondre dans la voie de l\u2019assimilation comme le souhaitaient les Britanniques.C\u2019est ainsi que l\u2019on peut apprendre que Maurice Duplessis et Peter Lougheed en seraient des descendants.C\u2019est avec le chapitre XXII intitulé «Sur la voie d\u2019un changement administratif» que l\u2019auteure conduit son lecteur vers les temps présents.Jusqu\u2019à la fin il sera fait allusion à plusieurs reprises à la fameuse Loi des Indiens qui donne toujours au gouvernement La tactique de la désinformation, tout comme celle de la guérilla, ne date pas d\u2019hier.128» L'ACTION NATIONALE Les Amérindiens veulent qu\u2019on reconnaisse qu'ils disposent d'un droit inhérent à se gouverner eux-mêmes.le droit de prendre unilatéralement des décisions, y compris celle de mettre fin à tout traité.Malgré la Charte canadienne des droit et libertés, qui prévaut théoriquement sur tous les autres actes du Parlement, cette fameuse loi, signale l\u2019auteure, continue de définir le droits des Indiens.Mais que veulent donc les Indiens pour reprendre l\u2019interrogation du début de ce compte rendu?Selon le sociologue Rick Ponting, les Amérindiens ne cherchent pas tant à se faire concéder une autonomie qu\u2019à obtenir la reconnaissance de l\u2019existence de gouvernements amérindiens viables longtemps avant l\u2019arrivée des Européens.Autrement dit, ils veulent qu\u2019on reconnaisse qu\u2019ils disposent d\u2019un droit inhérent à se gouverner eux-mêmes.L\u2019Accord de Charlottetown qui, à leur yeux, concédait tant au Québec, les déçurent profondément, nous rappelle la professeure d\u2019Ottawa.Celle-ci juge opportun de citer notre bon ami Phill Fontaine pour qui, si le Québec est distinct, ses congénères le sont encore plus.La suite de l\u2019ouvrage se rapporte à une histoire bien récente.Dickason signale que les réclamations des Amérindiens ne s\u2019associent en rien à un mouvement séparatiste.Tout au contraire, selon elle, les Amérindiens demandent une participation complète et égale dans le Canada d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.Il revient au lecteur de deviner comment.Et, en toute dernière page elle rend hommage au «courage» d\u2019Elijah Harper qui, à juste titre, selon elle, aurait fait échouer l\u2019Accord du lac Meech, «malgré les pressions exercées pour le ramener dans le rang».Ces pressions ne venaient sûrement pas du parlement manitobain ni du côté de Jean Chrétien.Tout ça pour dire que l\u2019on n\u2019est pas sorti du bois.Et pour comprendre pourquoi ce livre fournit une excellente contribution.L'ACTION NATIONALE «129 Robert Laplante L\u2019expérience de Guyenne, Guyenne: Corporation de développement de Guyenne, 1995, 554 p.P eu connu par le grand public, le village de Guyenne situé en Abitibi, a été depuis sa fondation, un théâtre d\u2019expérimentation du coopératisme.L\u2019expérience de Guyenne était novatrice en 1947 et elle l\u2019est encore aujourd\u2019hui.Jamais une communauté québécoise n\u2019a vécu avec autant d\u2019intensité le modèle social popularisé au Québec par Alphonse Desjardins.Troisième voie de développement, la coopération était perçue par les élites nationalistes, comme un outil d\u2019émancipation adapté aux conditions socio-économiques du Québec.Fort des conseils et de la confiance de dirigeants religieux de l\u2019époque, des jeunes, originaires de la région de Québec, s\u2019établirent avec beaucoup d\u2019enthousiasme aux limites de l\u2019écoumène québécois.Le syndicat de travail des Pionniers de Guyenne était né.Un nouveau modèle de société plus égalitaire et respectueux des valeurs chrétiennes s\u2019offrait à eux.Avec passion, Robert Laplante présente l\u2019histoire palpitante d\u2019un village surnommé la Petite Russie.Les choses qui s\u2019y passaient étaient révolutionnaires.L\u2019auteur raconte avec simplicité les hauts et les bas de cette expérience.Bien documenté, il utilise avec finesse des archives écrites et les témoignages des principaux acteurs qui contribuèrent à l\u2019édification de cette communauté.Au fil des pages, le lecteur apprend à mieux connaître l\u2019organisation de la vie quotidienne et les problèmes auxquels furent confrontés ces coopérateurs dans leurs relations avec l\u2019État et les entreprises privées, qui ne partageaient pas nécessairement leur philosophie sociale.Chercheur.Richard Leclerc* 130» L'ACTION NATIONALE Madeleine Bellemare Malgré le fait que le livre s\u2019intitule L\u2019expérience de Guyenne, Robert Laplante consacre plus de la moitié du document à présenter les bases idéologiques ayant mené à la naissance du village.Dans la première partie de l\u2019ouvrage, il en profite pour faire l\u2019historique du mouvement coopératif et de colonisation en Abitibi.Bien qu\u2019à la lecture du titre l\u2019on s\u2019attend à plonger dès le début dans l\u2019histoire du coopératisme guyennais, cette longue introduction est nécessaire pour mieux comprendre le contexte ayant favorisé la création de la Petite Russie.En conclusion, L\u2019expérience de Guyenne est aussi un livre essentiel pour toute personne qui s\u2019intéresse au coopératisme et à l\u2019histoire du Québec.Daniel Latouche Plaidoyer pour le Québec, Boréal, 1995, 244 p.Placés dès l\u2019«Introduction» sous le signe de la raison, l\u2019essai de Daniel Latouche se propose de «mettre de l\u2019ordre dans les discours» actuels sur la souveraineté (p.16) et de faire contrepoids à la pauvreté de ces discours (p.19).Il examine, en 14 chapitres, l\u2019Union fédérale canadienne, compare le cadre fédéral avec ce qui se vit ailleurs et réfléchit sur la situation politique au lendemain d\u2019un référendum gagnant: «situation somme toute fort sympathique de voir le monde et d\u2019y accéder» (p.221).L\u2019état souverain dont l\u2019auteur souhaite la réalisation sera fondé sur la démocratie, définie au chapitre 1 et décrite au chapitre 6: «Le Québec sera une société libre et démocratique ou il ne sera plus» (p.24).Il s\u2019inscrira dans la modernité: «être moderne, c\u2019est être soi» (p.150).Or, cette démocratie a été pour le moins malmenée, en 1867, alors que la constitution a été adoptée sans les citoyens, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick refusant CACT!ON NATIONALE *131 même de la soumettre à leur législature, Ottawa rejetant l\u2019idée d\u2019un référendum qui est pourtant «la nation en action» (p.65).Même en 1982, le référendum proposé par Lévesque et Trudeau est apparu comme un exercice vide de sens pour les autres provinces.Le chapitre 4 décrit lucidement la constitution de 1982, la paralysie quelle a engendrée et qui mine le Québec de l\u2019intérieur.L\u2019injustice quelle a créée (organisation scolaire, langue, criminalité et justice, remise aux juges des pouvoirs des représentants du peuple, p.98) est verrouillée si solidement que seule une rupture pourra permettre de s\u2019en sortir: «n\u2019importe quel statut, sauf celui de province» (p.191), avec tout ce que ce statut comporte de provincialisme et de petites mesquineries, déclare Daniel Latouche.Le Québec serait alors un petit pays?Il figurerait pourtant parmi les trente premiers pays économiquement et politiquement avancés.Alors que les journaux et les revues n\u2019en finissent plus d\u2019aligner des chiffres sur le coût de la souveraineté, Daniel Latouche conclut son Plaidoyer pour le Québec par une «estimation du budget du Québec comme «une» province qui serait devenue un simple gouvernement provincial sans responsabilité particulière au chapitre du développement du Québec comme État-nation» (p.211): une façon d\u2019économiser plusieurs milliards de dollars et de combler les déficits! Daniel Latouche, avec l\u2019ironie mordante qui le caractérise souvent («l\u2019impertinence a parfois bien meilleur goût», p.19) pousse ainsi son lecteur dans ses derniers retranchements.Veut-on vraiment d\u2019un État aussi exsangue qui s\u2019en remettrait au gouvernement central pour sa vie et sa survie?Si l\u2019histoire et la prospective occupent une bonne place dans ce livre, Plaidoyer pour le Québec s\u2019avère surtout une excellente réflexion théorique, un dialogue critique intelligent sur les institutions et la citoyenneté (cf.les 18 pages de «Notes») dans un Québec aux confins de son avenir.?132 \u2022 L'ACTION NATIONALE Pierre de Bellefeuille Claude G.Charron La partition du Québec - De Lord Durham à Stéphane Dion \u2014 VLB éditeur Un Québec charcuté?-Lorsque le bruit a couru que Claude G.Charron préparait un ouvrage sur les menaces de démembrement du Québec, advenant la victoire référendaire du oui, certains ont prétendu qu\u2019il valait mieux ne pas donner d\u2019importance à la thèse partitionniste, celle-ci n\u2019étant que pur délire.Le livre a maintenant paru.En deux cents pages, l\u2019auteur démontre amplement la réalité du danger.Il est vrai que le droit international, de même que la constitution canadienne elle-même, protège les frontières du Québec.Mais selon une hypothèse vraisemblable, le Canada anglais, face à la séparation du Québec, serait dans un état de rage qu\u2019il ne reculerait devant aucun obstacle pour contrer l\u2019émancipation de «la belle province».Cela vaut autant pour les Anglos-Québécois que pour les provinces anglaises, si l\u2019on en juge par les Galganov, les Henderson et la page éditoriale de « The Gazette».Celle-ci, en effet, avant même la destitution de Joan Fraser que l\u2019on considérait pourtant «modérée», n\u2019a pas pris position contre la partition.(Ce mot, malgré les puristes, a été accepté en français à la suite du démembrement de l\u2019Inde en 1947).Certains éléments, parmi les Anglos-Québécois, ont fait connaître leur opposition à la thèse partitionniste, mais ces quelques personnes n\u2019ont que peu d\u2019audience au Canada anglais.La coexistence de deux peuples, deux nations (sans compter les autochtones) dans la fausse confédération canadienne n\u2019a jamais reposé que sur un malentendu.Alors que les leaders canadiens-français L'ACTION NATIONALE «133 énonçaient la théorie du pacte entre deux nations, les Canadiens anglais, de leur côté, se percevaient comme la majorité régnante faisant parfois des concessions magnanimes à une minorité rétive.L\u2019opposition farouche, notamment dans l\u2019Ouest, à la loi sur les langues officielles de Pierre Elliott Trudeau a montré les limites de la magnanimité.L\u2019ancien premier ministre a joué en effet le rôle d\u2019un révélateur.Grâce à lui, les Québécois ont appris qu\u2019on ne les considérait que comme une minorité parmi les autres, pendant que les Canadiens anglais donnaient libre cours à leur nationalisme intransigeant.Nous sommes en effet en présence de l\u2019opposition entre deux nationalismes.Charron montre combien cette réalité est gênante pour les partition-nistes qui ne cessent de dénoncer le nationalisme québécois en l\u2019associant sans vergogne aux pires excès, y compris le nazisme.L\u2019ouvrage de Charron est remarquablement documenté.Il fait voir que le partitionnisme, loin d\u2019être purement la fantaisie récente de quelques hurluberlus, est une constante de l\u2019histoire du Canada.Charron décortique la littérature partitionniste, qui est plus considérable qu\u2019on ne le croit généralement.Pour ces auteurs, le droit de libre disposition des peuples serait à géométrie variable, de façon à ne pas s\u2019appliquer au Québec.Charron fait également état des ouvrages de quelques Canadiens anglais modérés, les Conway, Drache, Perin et Smith.Il conclut: «Je veux encore croire au fair-play de nos compatriotes canadiens-anglais».Une autre conclusion s\u2019impose: le Québec ne deviendra souverain que si le peuple québécois ne se laisse pas effaroucher par les épouvantails partition-nistes.C\u2019est une question de fermeté et de détermination.On peut douter que le bon-ententisme d\u2019un Lucien Bouchard soit à la hauteur de ce défi.Il fait voir que le partitionnisme, est une constante de l'histoire du Canada.134» L'ACTION NATIONALE Charron me permettra deux petites observations.Il affirme qu\u2019après Durham, «les Canadiens français entrèrent alors dans une longue hibernation qui allait durer cent vingt ans, de 1840 à 1960».C\u2019est faire peu de cas des luttes menées par les Antoine-Aimé Dorion, Jules-Paul Tardivel, Arthur Buies, sans oublier Henri Bourassa.C\u2019est oublier les batailles un peu ridicules, je l\u2019admets, mais victorieuses, pour la monnaie bilingue et les chèques bilingues.En second lieu, Charron intitule un chapitre: «Montréal, a city to re-conquests.Il confond le substantif «conquest», d\u2019une part, et d\u2019autre part, le verbe «to conquers.?L'ACTION NATIONALE «135 LECTURES Nous avons reçu: Bélanger, André-J., Introduction à l\u2019analyse politique, PUM, 1996, 326 p.Bocquel, Bernard, Au pays de CKSB, 50 ans de radio française au Manitoba, Les éditions du blé, 1996, 383 p.Bourque Gilles, Duchastel Jules, L\u2019identité fragmentée, Fides, 1996, 380 p.Charron, Claude-G., La partition du Québec, VLB éditeur, 1996, 204 p.Cyr, Hubert, Duval Denis, Leclerc, André, L\u2019Acadie à l\u2019heure des choix, Édition d\u2019acadie, 372 p.Dickason, Olive, Les premières nations du Canada, Septentrion, 1996, 511 p- Dumont, Fernand, Raisons communes, Boréal, 1995, 255 p.Frégault, Guy, Iberville le conquérant, Guérin, 1996, 415 p.Gagnon, Alain-G.et Noël, Alain, L\u2019espace québécois, Québec/Amérique, 1995, 304p.Gélinas, Pierre, La neige, roman, Tryptique, 1996, 214 p.Graveline, Pierre, Une planète nommée Québec, VLB éditeur, 1996, 346 p.Guimont, Jacques, La petite ferme du Cap-Tourmente, Septentrion, 1996, 228 p.Huot, Cécile, Wilfrid, Pelletier: Un grand homme, une grande oeuvre, Guérin, 1996.136 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Kerbiriou, Hélène, Les indiens de l\u2019Ouest canadien vu par les oblats, Septentrion, 294 p.Lacoursière, Jacques, Histoire populaire du Québec, T.3, Septentrion, 1996, 494 p.Le Congrès mondial acadien, Lacadie en 2004, Éditions d\u2019acadie, 1996, 690 p.Lefebvre, André, De l\u2019enseignement de l\u2019Histoire, Guérin, 1996, 207 p.Les Amitiés acadiennes, n° 76, 2e et 3e trimestre 1996, numéro spécial du 20e anniversaire.Martel, Pierre et Cajolet-Laganière, Hélène, Le français québécois, P.U.L., 1996, 141 p.Monière, Denis et Jean H.Guy, La bataille du Québec, T3, Fides, 1996, 266 p.Paquette, Pierre, Un Québec pour l\u2019emploi, St-Martin, 1995, 145 p.Morrissette, Roland, Réprouvés, malvats, hurlots et autres gentilshommes, Guérin littérature, 1996, 315 p.Peters, Guy et Savoie, Donald J., Les nouveaux défis de la gouvernance, Presses Université Laval, 1996, 306 p.Rocher, Guy, Études de sociologie du droit et de l\u2019éthique, Éditions Thémis, 1996, 327 p.Roy, Paul-Émile, La magie de la lecture, Humanitas, 1996, 156 p.Roy, Robert, L\u2019internet à l\u2019école, Guérin, 1996, 379 p.Saint-Aubin, Bernard, Une histoire universelle, Guérin, 1996, 427 p.Sauvageau, Florian, Les politiques culturelles à l\u2019épreuve, IQRC, 1996, 394 p.Sauvé, J.R.M., Géopolitique et avenir du Québec, Guérin littérature, 1996, 348 p.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 137 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président honoraire François-Albert Angers Président Robert Laplante Vice-président Danielle Gagné Secrétaire Jean-François Nadeau Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers Gilles Rhéaume Paul-Émile Roy Ex-officio Rosaire Morin Secrétariat Directrice Marie-Laure Prunier Claire Caron Louise Crépel Yves Fortin Denise Joyal Laurence Lambert Régine Le Bourhis Relationniste principal Jean-Paul Champagne Membres Pierre Allard René Blanchard Nicole Boudreau Guy Bouthillier Jean-Jacques Chagnon Jean-Charles Claveau Claude Duguay Jean-Pierre Dupuis Pierre Dupuis Jean Genest Pierre Lamy Colette Lanthier Alain Laramée Yvon Leclerc Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Jacques Martin Denis Monière Jacques-Yvan Morin Pierre Noreau Gilbert Paquette Denis Simard Jean-François Simard Pierre Trépanier Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Jacques Boulay Hélène Chénier Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Jean-Marcel Paquette Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Juliette Rémillard Membres émérites Louise-C.Brochu Michel Brochu Marcel Laflamme Georges Meyers Anna-L.Normand 138 \u2022 L'ACTION NATIONALE Abonnement 1 an\t\tL\u2019Action nationale 10 numéros\t\tLes 80 000 pages publiées par la Québec, Canada\t38,00$\trevue depuis 79 ans constituent une Étudiant, Québec\t22,00$\tconstitution efficace au France\t300.00FF\tdéveloppement du Québec Autres pays\t65,00$\t Abonnement\t\tPrix Richard-Arès de soutien\t100,00$\tLe prix Arès a pour objectif de Abonnement à vie\t1,000,00$\tpromouvoir la culture nationale.Abonnement 2 ans\t\tPrix F.-Albert Angers 20 numéros\t\tLe prix Angers vise à susciter un Québec, Canada\t70,00$\tintérêt accru pour la coopération.Étudiant, Québec\t40,00$\t France\t540.00FF\tPrix André-Laurendeau Autres pays\t118,00$\tLe prix reconnaît les meilleurs articles (Taxes incluses)\t\tpubiés dans la revue au cours de ISSN-0001-7469\t\tl\u2019année.Fondation Esdras-Minville ISBN-2-89070\t\tCette fondation recueille des fonds Dépôt légal:\t\tdont les revenus financent en partie Bibliothèque nationale\t\tles activités de la revue.Périodicité : 10 numéros Dar an\t\tFondation Gaston-Beaudry LACTION NATIONALE\t\tCette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.1259, rue Berri, bureau 320\t\t Montréal H2L 4C7 Téléphone: (514) 845-8533\t\t Télécopieur: (514) 286-8165\t\t Ne jetez jamais un numéro de L\u2019Action nationale Souvenez-vous toujours que l\u2019Action nationale accepte tous les exemplaires qu\u2019on lui offre, particulièrement les années: 1917 - 1918 - 1944 - 1951 à 1968 - octobre 1994 Nous acceptons aussi l\u2019Âme des livres et l\u2019Almanach de la langue française 1259, rue Berri, bureau 320, Montréal H2L 4C7 _______________Téléphone: (514) 845-8533_______________ L'ACTION NATIONALE «139 INDEX DES ANNONCEURS 28 Angers, François-Albert 144\tAssurance vie Desjardins-Laurentienne 63 Cahiers d\u2019histoire du Québec 148 Caisse populaire Saint-Jacques de Montréal 146\tCap-aux-Diamants 145\tCentre généalogique AD 148 Club des 100 associées 142\tDevoir, Le Couverture 3 Ferretti, Andrée Couverture 4 Fonds de solidarité 144\tGaz Métropolitain Couverture 2 Hydro-Québec 145\tImprimerie Gagné 147\tJournal les Enseignants 144\tLaboratoire Dr Renaud 145\tLamond & Fils Ltée 19 Magazine Gaspésie 148\tMouvement national des Québécoises et Québécois 145 Poitras, Larue & Rondeau inc.147 Québec français 147\tRelations 148\tSociété Saint-Jean-Baptiste de Montréal 148 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 143\tSociété nationale d\u2019assurance 145 Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 145\tTassé & Associés Limitée 143 Veilleux Impressions 141 Vidéotron 147 Vie ouvrière 146\t45e parallèle 140» L'ACTION NATIONALE D\tÜXkSTÏncîDD\tm \t\t à la télévision en collaboration avec\tVidéotron Itée.présente LE QUÉBEC DE L'AN 2000 Gabi Drouin, animateur assisté de Josée Legault et de Jean-François Nadeau Il est question du projet de société présenté en septembre 95 dans la revue l'Action nationale.Les sujets traités: \u2022\tl'économie \u2022\tla langue \u2022\tl'emploi \u2022\tla culture \u2022\tla sécurité sociale \u2022\tl'histoire nationale \u2022\tles finances publiques \u2022\tla condition féminine \u2022\tla régionalisation \u2022\tl\u2019environnement Consulter la station locale de votre télévision communautaire pour connaître les heures de diffusion.LACTION NATIONALE \u2022 14 1 IDEES MONTRÉAL, 1996 Un rendez-vous avec le quotidien.LE DEVOIR 142 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Impression de livres et périodiques de qualité! 1340, rue Gay-Lussac, section 4, Boucherville, Québec J4B 7G4 Tél.: (514)449-5818 Fax: (514) 449-2140 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCE FILIALE D\u2019OPTIMUM GÉNÉRAL INC.Partenaire Optimum® 425, boul.de Maisonneuve Ouest, Bureau 1500, Montréal H3A3G5 (514) 288-8711 L\u2019ACTION NATIONALE «143 LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE À L\u2019AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 M Gaz Lui Métropolitain LA FORCÉ DE LËNERGIE Æ ,
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