L'action nationale, 1 février 1998, Février
[" I^Action v:orgM4\\sM'0^ DtSTWRnO'RtS AAJ QVJtBtC i ! uïr Volume LXXXVIII, numéro 2, février 1998 Marc- Urbain Proulx 1917-1998 ]]J&©t^araii IM AT I O IM A L E Volume LXXXVIII, numéro 2, février 1998 Directeur Rosaire Morin Adjointe au directeur Laurence Lambert Administratrice Marie-Laure Prunier Analyse sociale Michel Rioux Recherche Claire Caron Comptes rendus Gilles Rhéaume Révision Marc Veilleux Comité de rédaction Éric Bédard Jacques Brousseau Catherine Escojido Andrée Ferretti Robert Laplante Ronald-É.Laviolette Lise Lebrun Denis Monière Michel Rioux Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Alain Laramée Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du lury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Mise en pages Jean-Marie Pesci Impression Marc Veilleux, Imprimeur à Boucherville Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L'Action nationale fuit appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d'écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans \u2022 L index des périodiques canadiens¦ depuis 1948, dans \u2022Périodex\u2022 depuis 1984, dans \u2022Repères\u2022 publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.L ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 TABLE DES MATIÈRES Février 1998 Éditorial Le fédéral se remet à dépenser Rosaire Morin Maurice Séguin et l'enseignement de l'histoire Bruno Deshaies Regards sur l'actualité Rosaire Morin Document visuel Les bains publics de Montréal PaulLabonne La puissance d'une certaine idée Éric Bédard - La collection du Nénuphar Jacques Michon La fiscalité et l'emploi Richard Langlois Le journal The Gazette et la question nationale Claude G.Charron Dossier L'organisation des territoires au Québec Marc-Urbain Proulx Chronique francophone Y a-t-il une culture francophone?L'exemple d'Haïti Michel Têtu mïi Lectures Comptes rendus de lecture Courrier des lecteurs -\tGa = .K/hf Nos annonceurs Le travail à temps partiel Près de la moitié des 3,5 millions d\u2019emplois créés au Canada entre 1976 et 1993 étaient à temps partiel.En 1994, l\u2019emploi à temps partiel représentait 17% de l\u2019emploi total, alors qu\u2019en 1976, il en représentait moins de 11%.En 1993, 87% de ces emplois étaient dans le secteur des services.'IFSssS) Annuaire du Canada, 1996, p.198. Éditorial Le fédéral se remet à dépenser Rosaire Morin En 1974-1975, le ministre des Finances, John Turner, avait présenté un déficit de 2 milliards $.En 1977-1978, Jean Chrétien était le premier ministre des Finances à atteindre un déficit de 10 milliards $.Il donnait le signal d\u2019une prodigalité excessive.En 1974-1975, la dette fédérale nette s\u2019élevait à 23 milliards $.Dix ans plus tard, en 1984-1985, sous le régime Trudeau-Chrétien, la dette fédérale nette atteignait les 202 milliards $.Depuis, l\u2019escalade a triplé la dette.Il fallait revenir sur terre.Le fédéral a coupé dans les dépenses.Il a pigé dans la caisse de l\u2019assurance-chômage.Il a refilé des factures aux provinces.Il a diminué brutalement les transferts de péréquation.Il a ainsi contribué à la diminution des services aux citoyens dans les domaines essentiels de l\u2019éducation et de la santé.C\u2019est ainsi qu\u2019il obtiendra cette année un surplus budgétaire dépassant les 4 milliards $, le premier excédent budgétaire du fédéral depuis le budget d\u2019Edgar Benson qui se soldait par un léger surplus de 332 millions $ en 1969-1970.Avec une maigre marge de manoeuvre, le gouvernement Chrétien se remet à dépenser dans les hélicoptères et les frégates.Il s\u2019ingère à nouveau dans les pouvoirs exclusifs des provinces.Il invente un projet d\u2019union sociale canadienne.Il décrète des normes nationales sans le consentement des provinces.Il investira dans l\u2019éducation, dans la santé et dans divers projets de politique dite sociale.C\u2019est une attitude irresponsable et inconsciente.Jadis, Pierre Elliott Trudeau condamnait sévèrement une telle invasion dans les L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 3 pouvoirs des provinces.M.Jean Chrétien devrait lire et relire les opinions de son maître.Quelques extraits de la réprobation de M.Trudeau méritent d\u2019être reproduits1: \u2022\tLe gouvernement fédéral a prélevé des richesses dans l\u2019ensemble des dix provinces pour les distribuer dans l\u2019ensemble des dix provinces, en vue d\u2019un emploi qui ne relève pas de lui.Cela s\u2019appelle peut-être centralisation, mais non préquation (p.440).\u2022\tSi une loi fédérale donne pour des fins provinciales l'argent provenant des impôts, cette loi est illégale pour l\u2019excellente raison que le fédéral ne peut pas légalement avoir dans ses coffrets de l\u2019argent qu\u2019il prétend après coup devoir servir à des fins provinciales.Nemo dat quod non habet (p.447).\u2022\tIl reste du devoir de chaque gouvernement de s\u2019assu rer qu \u2019il ne perçoit pas d\u2019impôt pour cette partie du bien commun qui ne dépend pas de lui.Et si le gouvernement fédéral a un surplus de deniers., ce gouvernement est ostensiblement coupable d\u2019avoir enfreint le principe de fiscalité proportionnelle qui sous-tend tout système fédéral (p.448).Les différents gouvernements ne doivent donc exercer leur prérogative de donner de l\u2019argent provenant des impôts qu \u2019à l\u2019intérieur de leur juridiction propre (p.451).Il est vrai qu\u2019en 1954, M.Trudeau n\u2019était pas au pouvoir.Mais les principes qu\u2019il énonçait étaient conformes à l'esprit et à la lettre de la Constitution canadienne.Les règles morales énoncées ont été bafouées et reniées par son auteur, mais elles n\u2019en demeurent pas moins légitimes, légales et juridiques.Mais le professeur Trudeau ne se contentait pas de dénoncer l\u2019incursion fédérale dans le domaine provincial.Il devenait même impitoyable envers le pouvoir fédéral : \u2022\tIl faut, affirmait-il, que le fédéral s\u2019ingénie à reviser ses pratiques fiscales de sorte que les provinces et les municipalités aient accès à une part de capacité taxable suffisamment grande pour pouvoir rencontrer leurs obligations (p.462).1.Pierre Elliott Trudeau, L\u2019Action nationale, janvier 1954, 436 à 464.4 \u2022 L'ACTION NATIONALE \u2022Si un gouvernement, ajoutait-il, dispose d\u2019une telle surabondance de revenus qu\u2019il entreprend d'assurer la partie du bien commun qui n\u2019est pas de sa juridiction, la présomption se crée qu \u2019un tel gouvernement a pris plus que sa part de la capacité taxable (p.438).Si monsieur Chrétien écoute son maître, il diminuera les impôts qui ralentissent la croissance de l\u2019économie.Il pourrait notamment réduire la taxe sur les produits et les services qui affecte particulièrement les familles à faible revenu.Il s\u2019agit de cette fameuse TPS que M.Chrétien avait promis d'abolir et qui avait conduit à la démission grotesque de madame Sheila Copps.Le professeur Trudeau proposait aussi une autre solution : - L'État fédéral devrait.faire servir (par exemple) le surplus des impôts à diminuer la dette publique (p.441).Cette dette excède les 600 milliards $.Elle est la plus élevée parmi les pays de l\u2019OCDE, après celle de l\u2019Italie.Le service de la dette canadienne s'élève à 46 milliards $ pour la présente année.C\u2019est un fardeau pour le budget et aussi pour les générations futures.Si le gouvernement Chrétien s\u2019entête à dépenser illégalement dans des domaines de juridiction provinciale, par visibilité, pour contrecarrer le «séparatisme» au Québec et en Colombie-Britannique, les Canadiens et les Québécois paieront très cher dans quelques années la mégalomanie et l\u2019orgeuil du régime fédéral.?L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 5 On n\u2019est tout à fait un homme social, digne de ce nom, que si l\u2019on a une patrie qui vous soit propre et que nul ne vous puisse contester.Le plus souvent on naît dans une patrie ; mais souvent aussi il faut, hélas, la conquérir.Jacques Madaule dans Option Québec, René Lévesque, Typo Essais, 1997, p.149 «Éclairer l\u2019action» ou Maurice Séguin et RENSEIGNEMENT de l\u2019histoire* 1 Bruno Deshaies* Comme Canadien Français, le jeune Maurice Séguin sentait sa différence de l\u2019Anglais mais il ne comprenait pas pourquoi les choses étaient ce qu\u2019elles étaient autour de lui dans la paroisse de Saint-Vincent-de-Paul à Montréal.Il étudia à l\u2019école Champlain située au 1620, rue Fullum, qui est aujourd\u2019hui le Plateau Mont-Royal/Centre-Sud.Cette école était sous direction laïque depuis sa fondation en 1870, ce qui était rare à cette époque.Un de ses instituteurs, Eugène Nepveu, qui est membre de la Société Saint-Jean-Baptiste, éveillera la conscience nationaliste de Maurice.De 1926 à 1934, soit durant son cours primaire, Maurice est intrigué par des noms de commerce comme Living Room Furniture Company Limited dans un quartier francophone à près de 100% et dont la clientèle, au surplus, est francophone ! Il sollicite l\u2019opinion d\u2019Eugène Nepveu sur cette situation qui lui semble absurde.Familier * E-mail : bdeshaie@clic.net Site : http ://www.clic.net/~bdeshaie 1.Historien de l\u2019École historique de Montréal au Département d\u2019histoire de l'Université de Montréal au cours des années 1945 à 1984, Maurice Séguin a été le chef de file de la nouvelle interprétation de l\u2019histoire du Canada.11 a été le collègue de Guy Frégault et de Michel Brunet ainsi que le successeur de l'abbé Lionel Groulx comme professeur d histoire du Canada à l\u2019Université de Montréal.Son cours de synthèse historique du Régime britannique vient d\u2019être édité par Bruno Deshaies et publié par Guérin, Éditeur, dans la collection Bibliothèque d'histoire dirigée par André Lefebvre sous le titre Histoire de deux nationalismes au Canada (1997).Des renseignements sur cet ouvrage dans ¦ Le Rond-Point des sciences humaines -(http ://www.cllc.net/~bdeshale).L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 7 avec la famille Nepveu, Maurice en a subi une grande influence.Vers douze ans, au début des années 1930, Maurice commence à comprendre - grâce aux explications d\u2019Eugène Nepveu \u2014 la dimension économique du problème national des Canadiens Français.Ce sera le point de départ d\u2019une longue quête sur l\u2019histoire de son propre peuple conquis et provincialisé.Durant les années 1938 à 1945, Séguin fait des lectures nombreuses et variées en histoire, en économique, en sociologie, en géographie, en science politique, en philosophie de l\u2019Antiquité et des XIXe et XXe siècles, ainsi que la lecture de quelques biographies de grands entrepreneurs capitalistes des XIXe et XXe siècles pour comprendre les raisons de la subordination économique des Canadiens Français.Il découvre progressivement son insatisfaction envers les explications données par les Parent, Bouchette, Montpetit, Groulx, Minville et même Angers.2 Est-ce que « Canadien » VEUT DIRE : « Canadian » ?En 1943, Séguin fait le résumé du livre d\u2019Esdras Minville, Initiation à l\u2019étude.Il note ce qui suit: -Depuis 1914 on parle beaucoup de -Canadianisme» mais est-ce que « Canadien » veut dire : - Canadian » ?» Durant les années 1944 à 1947, il entreprend une recherche doctorale en histoire économique du Canada qu\u2019il termine en moins de trois ans.Il paie lui-même ses dépenses de voyage et de séjour aux Archives publiques d\u2019Ottawa.Il lit le Rapport Durham dans l\u2019édition de C.P.Lucas.Les linéaments de sa pensée se forment pour finalement s\u2019exprimer dans sa thèse de doctorat.3 En décembre 1946, à la demande de Frégault, Séguin publie les premiers résultats de ses recherches doctorales dans L\u2019Action nationales l\u2019occasion d\u2019un numéro spécial sur la Conquête sous le titre : - La Conquête et la vie économique des Canadiens.»4 2.\tVoir Michel Brunet, - Feu Maurice Séguin.Les étapes de l\u2019historien et du maître à penser-, Le Devoir, 8 septembre 1984, p.11.3.\tLe 14 novembre 1947, Séguin soutient sa thèse portant sur La ¦ nation canadienne ¦ et l'agriculture (1760-1850).Essai d\u2019histoire économique, Faculté des Lettres de l\u2019Université de Montréal.Publication, vingt-trois ans plus tard, de sa thèse de doctorat aux Éditions Boréal Express (Trois-Rivières, 1970) avec une Préface de Jean Blain, son collègue et professeur du Régime français.8 \u2022 L'ACTION NATIONALE En juin 1956, à l\u2019occasion de l\u2019Assemblée annuelle de la Société Historique du Canada, Séguin expose son point de vue sur «la notion d\u2019indépendance dans l\u2019histoire du Canada.» De cette réflexion naîtra Les Normes.4 5 Dans Les Normes, Séguin s\u2019explique sommairement sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire.6 D\u2019entrée de jeu, il considère l\u2019importance de la «légitimité de l\u2019histoire des grands phénomènes sociaux» comme démarche historique.Selon lui, «l\u2019histoire des structures est aussi légitime que l\u2019histoire événementielle».D\u2019où «l\u2019importance de la grande histoire».Il dénonçait ces historiens qui -consacrent des années et écrivent des volumes pour débrouiller des faits de deuxième ou de troisième ordre, puis se prononcent sans trop d\u2019attention sur l\u2019essentiel, ou mieux répètent les jugements hâtifs, acceptés depuis des générations, sans jamais les vérifier ni les critiquer».Ce qu\u2019il souhaitait principalement c\u2019était de faire « avant tout la grande histoire politique des DEUX Canadas».La raison fondamentale de ce choix se trouve dans ce texte des Normes : [Tlout citoyen, dans l\u2019appréciation des événements quotidiens, se rapporte nécessairement à une conception générale de la situation politique, économique, culturelle ou sociale du milieu où il vit.Obligé de se prononcer fréquemment sur ces questions fondamentales, il ne saurait éviter de recourir à une explication historique.De sorte que la haute histoire des phénomènes primordiaux est en définitive, pour ceux qui ne sont pas des professionnels de l\u2019histoire, la seule histoire importante et irremplaçable.L'histoire DES STRUCTURES EST AUSSI LÉGITIME QUE L'HISTOIRE ÉVÉNEMENTIELLE.4.\tTexte réédité par Robert Comeau, dir., dans Économie québécoise, Montréal, Les Presses de l\u2019université du Québec, 1969, p.345-361 (coll.-Les Cahiers de l\u2019Université du Québec).5.\tVoir Robert Comeau, dir., Maurice Séguin, historien du pays Québécois vu par ses contemporains, suivi de Les Normes de Maurice Séguin.Montréal, VLB Editeur, 1987, 307 p.(coll.¦ Études québécoises ¦).6.\tVoir Y Introduction aux Normes (éd.Séguin, 1965-1996) ou Robert Comeau, ibid.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 9 L\u2019historien ne travaille pas uniquement pour son plaisir, mais surtout pour éclairer le passé et préparer l\u2019avenir.*Si l\u2019historien est avant tout un historien, écrit Séguin, et non un propagandiste au service d\u2019une cause, pourquoi, en faussant les faits, accumulerait-il volontairement les chances de voir son œuvre démolie, discréditée et remplacée plus rapidement par une œuvre plus objective ?» Malgré que toujours relative, il se proclamait pour «l\u2019effort vers l\u2019objectivité» et «l\u2019absolue sincérité»; il souhaitait que l\u2019historien n\u2019agisse pas «par intérêt personnel » ; il lui semblait possible que la recherche de la vérité puisse servir l\u2019action «dans un avenir plus ou moins lointain».«Même l\u2019action, soutenait-il, serait mieux servie par la vérité.» L\u2019historien a un rôle social à jouer.Cette fonction du métier d\u2019historien, Séguin la considérait comme inhérente à son statut de chercheur et à son rôle comme intellectuel dans la société.Le L'HISTORIEN A passé fait partie du présent tout autant que\trôle SOCIAL de son devenir.En ce sens, il se situe parmi les plus grands historiens qui vont de JOUER.Thucydide à Marc Bloch, à Henri Pirenne, à Lucien Febvre ou à Henri-Irénée Marrou.D\u2019ailleurs, n\u2019a-t-il pas hésité à écrire ce qui suit dans son Introduction aux Normes : Il ne faut pas craindre d\u2019affirmer que l\u2019élite d\u2019une collectivité se doit de savoir l\u2019entière, l\u2019exacte situation, sans ménagement, sans emphase, sans sous-entendu trompeur.Il lui était impossible d\u2019admettre qu\u2019un historien se complaise dans la connaissance du passé pour le passé ou de se contenter de faire l\u2019étude des fourchettes de la Nouvelle-France! Maurice Séguin voulait découvrir les fondements et les ressorts de l\u2019évolution historique de ses compatriotes ; il voulait de toutes ses forces leur faire comprendre à la fois leur passé et les défis de leur devenir ou de leur avenir.Dans son for intérieur, il espérait faire changer la trajectoire historique.N\u2019a-t-il pas écrit ce qui suit : Si entretenir des illusions, taire des difficultés, escamoter des déficiences peuvent paraître 10 \u2022 L'ACTION NATIONALE faciliter l\u2019action immédiate, à longue échéance, la vérité - même pénible à voir \u2014 se révélera plus profitable aux hommes d\u2019action pour élaborer la stratégie globale et organiser les forces de la collectivité.Finalement, il trouvait qu\u2019il était mieux «de comprendre d\u2019une manière réaliste la situation actuelle- que de ¦ s\u2019exposer à gaspiller en pures pertes ses meilleures énergies en combattant inutilement l\u2019inévitable (pour le moment ou pour toujours?)-.Bref, il cherchait les avenues qui assureraient à ses compatriotes la possibilité d\u2019éviter les dérapages dans des projets chimériques ou dans des illusions collectives.Il désirait «éclairer l\u2019action-.7 ?7.Voir la Préface de Bruno Deshaies dans Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, Éditeur, 1997, p.xi-xiii (coll.\u2022 Bibliothèque d\u2019histoire ¦).PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire et abonnez-vous I MtfPTfl JE M'ABONNE (Taxes incluses) 1 ! Cap-aux-Diamants NOM\t ADRESSE\tPar téléphone : (418) 656-5040 Par télécopieur: (418) 656-7282 Par la poste : C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 VILLE\tPROV.\t CODE POSTAL\t TÉL.: (\t)\t (Vous recevrez le prochain No: Mars, juin, septembre ou décembre)\t L\u2019ACTION NATIONALE «Il Non seulement tout reste à faire, en effet, mais tout restera toujours à faire aussi loin qu \u2019on puisse voir en avant.À l\u2019horizon, il n\u2019y a que changements et adaptations, et l\u2019espoir que nous aurons la sagesse de bien choisir avec la vitalité et le courage qu\u2019il nous faut pour avancer sans arrêt en relevant les défis.René Lévesque Option Québec, Typo Essais, 1997, pp.171-172. Bilan personnel d'un séjour d'études en France La puissance d\u2019«une certaine idée».Éric Bédard* Enfin il s\u2019éloigna de la France adorée.Trompé dans son espoir, brisé par le malheur Qui dira les tourments de son âme navrée?Octave Crémazie, 1859 C\u2019est mon ami Samuel qui m\u2019a le premier parlé de la France.Je veux dire de l\u2019idée de la France avec laquelle j\u2019allais tomber amoureux.Nous étions alors tous les deux étudiants au CEGEP de Maisonneuve.J\u2019étais déjà un souverainiste convaincu.Lui aussi, mais contrairement à moi, il disposait d\u2019une soupape émotive sur le plan identitaire.De façon inconsciente, il avait eu la sagesse de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.Si jamais les Québécois refusaient un jour d\u2019assumer leur destin de peuple, me laissait-il entendre, il resterait la France.Cette France, il l\u2019aimait passionnément.En plus d\u2019être distinguée et d\u2019avoir de la culture, la France vivait la tête haute et se laissait pas marcher sur les pieds.La France était l\u2019antithèse de la médiocrité américaine ; le contraire de la facilité parfois trop québécoise.Elle était le lieu de l\u2019exigence et de la dignité.Ah! -fabuleuse France-, m\u2019avait-il même écrit en exergue d\u2019un livre offert en \u2022 Maîtrise en histoire de l\u2019Université de Montréal.Diplômé de l\u2019Institut d\u2019études politiques de Paris.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 13 cadeau, contre vents et marées, elle se dressait fièrement ; attendant toujours l\u2019appel d\u2019une nouvelle bataille épique à gagner.Réaliser un rêve Avec lui, je pris part à un stage de l\u2019Office franco-québécois pour la jeunesse durant les fêtes du bicentenaire de la Révolution française.Durant ces jours de juillet 1989, la France avait revêtu ses plus beaux habits de circonstance : le dôme des Invalides venait d\u2019être redoré ainsi que les statues du magnifique pont Alexandre III et le défilé du 14 juillet fut, dit-on, l\u2019un des plus beaux avec ses participants de tous les coins de la planète au premier rang desquels de jeunes Chinois symbolisaient la résistance à l\u2019oppression totalitaire.Parallèlement à ces festivités grandioses, le Sommet des 7 attirait les représentants des plus puissantes nations de ce monde.Vers la France, tous les regards étaient tournés.L\u2019FIistoire pouvait s\u2019arrêter quelques instants.Au centre du monde, elle tenait son véritable rang : le seul digne de sa vocation universaliste.La France devint UNE SOURCE d'inspiration AUTANT QUE DE FIERTÉ.Ce spectacle magnifique qui s\u2019offrait à moi n\u2019était rien pour altérer l\u2019image que je commençais à me faire d\u2019elle grâce à l\u2019influence de mon ami.Imprégné par ce premier sentiment, je décidai de mieux connaître la France, de me rapprocher d\u2019elle.Je crus que j\u2019y arriverais en lisant sa littérature et en connaissant son histoire.Cet exercice me transporta.Trop souvent déçu et frustré des défaites de nos aïeuls, je fis miennes les gloires de la France.Je me délectai des riches heures où elle avait été un modèle pour l\u2019humanité et je méditais ses moments de malheur où la gangrène de la division l\u2019avait entraînée vers les bas-fonds.Bref, la France devint une source d\u2019inspiration autant que de fierté.En elle, j\u2019en vins à éprouver une foi quasi religieuse.Si elle était la gardienne de notre culture, elle restait par-dessus tout, par les hauts faits de son histoire et la force de ses valeurs, un phare pour le monde.En 1995, quelques mois avant le référendum, je fis un second voyage en France.À titre de porte-parole de l\u2019aile 14 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE jeunesse du Parti Québécois, j\u2019accompagnais une délégation de jeunes de différentes formations politiques d\u2019ici.Nous étions une quinzaine et le but de notre visite était de vivre le second tour de l\u2019élection présidentielle française.Nos hôtes, des militants des partis français, firent des pieds et des mains pour nous faire rencontrer les grandes personnalités de leur formation politique.Et ils réussirent.Pendant quinze jours, nous voguâmes de cocktails en réceptions officielles.Les grandes portes de la haute société nous furent ouvertes : le Quai d\u2019Orsay, l\u2019Assemblée nationale, le Sénat et l\u2019Hôtel de ville de Paris furent autant de haltes le long de notre itinéraire.Et attention, c\u2019était du sérieux.Moi, le petit porte-parole d\u2019une aile jeunesse, on me donnait même du «Monsieur le président ».Les grandes portes DE LA HAUTE SOCIÉTÉ NOUS FURENT OUVERTES.Au fil de ces rencontres intéressantes, j\u2019eus un moment l\u2019impression que quelque chose m\u2019échappait; le sentiment que ces réunions mondaines avec des gens qui connaissaient, somme toute, assez bien le Québec me distrayaient de l\u2019essentiel.Après ces deux semaines, je crus un moment n\u2019avoir aperçu qu\u2019une vitrine.Comme si la vérité de la France se trouvait ailleurs.Mais qu\u2019importe ces doutes passagers, puisque cette France qui s\u2019offrait à moi, toute fardée et distinguée, c\u2019est en elle, et en elle seule, que je voulais croire.Un jour, je le sentais, il me faudrait dépasser l\u2019ordre de la croyance pour vérifier si le rêve correspondait bel et bien avec la réalité.C\u2019est ce que j\u2019allais faire un peu plus d\u2019un an plus tard.Entretemps, il y eut le référendum.Que d\u2019énergies, que d\u2019espoirs.Pendant des mois, avec des milliers d\u2019autres à travers le Québec, je fournis le meilleur de moi-même.Rien là que de normal.Au Québec, comme ailleurs, les rendez-vous avec l\u2019Histoire sont rares.Ce fut une campagne magnifique.Pendant longtemps, je restai très prudent quant aux résultats qui nous attendaient.Toutefois, pendant la dernière semaine, j\u2019y ai vraiment cru.Même les journaux fédéralistes nous mettaient nez à nez.La veille du 30 octobre, nous étions tous réunis dans une salle sur- L\u2019ACTION NATIONALE «15 chauffée de Longueuil.Nous étions des milliers à chanter notre enthousiasme.Saoulés d\u2019espoir, nous vivions la veille du Grand Soir.Nous connaissons la suite.Une autre de ces victoires morales dont les gens de ce pays connaissent si bien le refrain.Pour moi, ce fut une défaite.Non pas définitive, mais défaite tout de même.Si on ajoute à cela les déclarations de Monsieur Parizeau, sa démission le lendemain et le vent d\u2019intolérance qui a alors commencé à souffler sur le Québec, de part et d\u2019autre de l\u2019échiquier, je vois la soirée du 30 octobre comme une blessure.Et de cette blessure, je sais que plusieurs d\u2019entre nous n\u2019en sont pas encore guéris.Quoi faire alors le lendemain d\u2019une telle défaite ?Quel espoir embrasser, quel rêve fixer?Lorsqu\u2019on se sent boudé par son propre peuple, vers où tourner notre regard?Dans mon cas, cela allait de soi ; la France.Vers la seule, la grande, la vraie France :\tQuoi FAIRE ALORS celle du général De Gaulle.Je dévorai alors L£ LENDEMAIN le C\u2019était De Gaulle d\u2019Alain Peyrefitte.À ce\t, moment precis de mon parcours, ce livre rut une bouffée d\u2019oxygène.«La vie en société, déclara-t-il un jour à son jeune ministre de l\u2019Information, consiste à être soi-même, à affirmer sa personnalité, sans porter atteinte à celle des autres.L\u2019indépendance est au peuple ce que la liberté est aux individus.Un peuple a besoin d\u2019être fier.Il faut qu\u2019il ait la fierté de dire : «Je suis le fruit d\u2019une histoire qui n\u2019est celle d\u2019aucune autre ».Notre rôle dans le monde est d\u2019encourager les nations à être fières d\u2019elles-mêmes (.) C\u2019est notre vocation, c\u2019est notre devoir.- Cette prose me regaillardit.Le Québec pouvait bien refuser son destin, la France elle, serait toujours là.Et me voilà réfugié dans les bras majestueux de cette -madone-.1 Pleurant un Québec qui refusait sa venue au monde, je séchais mes pleurs auprès de cette grande sœur compréhensive.Par sa simple présence, elle savait me 1.Dans le premier paragraphe de ses Mémoires de guerre, De Gaulle évoque la France comme -la madone aux fresques des murs- et la -princesse des contes-.Ce paragraphe que j'ai souvent relu me marque encore tant par sa poésie que par son élan patriotique.Je fus longtemps intoxiqué par cette magnifique métaphore.16 \u2022 L'ACTION NATIONALE consoler ; mieux, j\u2019avais le sentiment qu\u2019elle seule m\u2019aimait et me comprenait.Mais tout cela n\u2019était que littérature et fantasme.Au fond, je ressemblais à bien de ces femmes qui, à défaut d\u2019être vraiment aimées, se réfugient dans les romans pour mieux sublimer leur malheureuse condition.Moi, me sentant délaissé par ce Québec auquel je vouais les plus grands espoirs, je sus retrouver une dose de grandeur à bon marché dans les écrits gaulliens.Dans le cas de ces femmes mal aimées comme dans le mien, il n\u2019y avait là que fuite.Ainsi donc, l\u2019influence de mon ami, le hasard de deux voyages et une certaine mélancolie post-référendaire m\u2019amenaient à considérer la France telle la ¦ princesse des contes».Il me fallait désormais aller à sa rencontre.N\u2019ayant jamais été un adepte du baluchon, je résolus de connaître la vraie France en même temps que j\u2019effectuerais un diplôme à l\u2019Institut d\u2019études politiques de Paris.Quel heureux prétexte avais-je trouvé ! En débarquant à l\u2019aéroport Charles-de-Gaulle (nom prédestiné pour mon arrivée), je voyais la France telle une femme magnifique.De loin, je l\u2019observais depuis longtemps.Dans mon esprit, sa beauté était le résultat d\u2019un subtil mélange de raffinement, de délicatesse et de force.Si à d\u2019autres, elle apparaissait quelque peu arrogante, je lui pardonnais d\u2019avance ce péché mignon; après tout, la grandeur ne se fréquente pas facilement.Un peuple qui donne sa confiance aussi longtemps à un homme comme Robert Bourassa n\u2019a forcément pas beaucoup d\u2019accointance avec cette dimension de la vie.Cette beauté fascinante, j\u2019en étais certain, ne pouvait qu\u2019abriter un esprit intelligent et brillant.De cette France, j\u2019étais sincèrement amoureux.C\u2019était un amour platonique puisque jamais je n\u2019avais été à sa rencontre.Elle avait longtemps été une maîtresse que l\u2019on dissimule même à ses amis les plus proches, mais me sentant délaissé par mon premier amour, je me crus permis d\u2019ouvrir mon jeu et d\u2019aller vers elle.Cette année d\u2019études serait un aveu.Dans le creux de son oreille, je raconterais De cette France, j'étais SINCÈREMENT AMOUREUX.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 17 tout, du début jusqu\u2019à la fin.Comme tous les amoureux naïfs (quel pléonasme!), j\u2019étais certain que mon témoignage la toucherait et que son visage s\u2019éclairerait devant tant d\u2019affection.Non seulement elle serait sensible à mes déclarations, mais, me dis-je alors, j\u2019avais un atout: j\u2019étais Québécois.D\u2019une certaine façon, je procédais d\u2019elle.Si fière de cette progéniture, elle ne pourrait qu\u2019ouvrir ses bras.Dans l\u2019expression même de mon amour, elle y verrait l\u2019esprit de sa culture ; le souffle de sa propre passion.Une réalité décevante Hélas, je tombai de haut.Plus les mois passaient, plus je pris la mesure de ma naïveté.Comme bien des amoureux déçus, je découvris un écart immense entre mes fantasmes et la réalité.La France était moins belle que je me l\u2019étais imaginé.Je vécus les premières semaines de mon séjour dans l\u2019une de ces banlieues parisiennes : Clichy qui, visiblement, avait perdu le lyrisme dont parle Henry Miller dans certains de ses romans.En déambulant dans les petites rues de cette ville de 50000 habitants, je compris (je sais, il était temps !) que toute la France ne pouvait se résumer à la place de la Concorde ou au parc du Caroussel.Mais le choc n\u2019était pas que d\u2019ordre esthétique, il avait aussi un caractère social.Une nuit, je fus réveillé par les tirs d\u2019un pistolet.Par ma fenêtre du quatrième, j\u2019aperçus une bande de jeunes voyous qui couraient à toute vitesse, poursuivis par des policiers à bout de souffle.J\u2019évoquai cet épisode à la tenancière des lieux: - Allez, qu\u2019elle me répondit, ce n\u2019est rien.Ça arrive parfois.*.Je compris alors pourquoi les rues de cette banlieue étaient vides après 21 heures.Peu à peu, je saisis les raisons qui peuvent pousser d\u2019honnêtes gens, apeurées par un tel climat de tension, à donner leur confiance à un type comme Jean-Marie LePen.Je découvris un ÉCART IMMENSE ENTRE MES FANTASMES ET LA RÉALITÉ.Non seulement elle était moins belle que je ne l\u2019avais imaginée, mais aussi moins fière, moins orgueilleuse de sa culture.Partout, je sentis la présence américaine.Cette culture hexagonale dont j\u2019admirais tant la finesse me ren- 18 \u2022 L'ACTION NATIONALE voyait souvent l\u2019image d\u2019une nation elle-même subjuguée par l\u2019Amérique états-unienne.Chez les jeunes, j\u2019ai senti que le mythe de l\u2019Amérique-terre-de-liberté était toujours vivant; qu\u2019ils avaient toujours le sentiment que tout en Amérique est plus ouvert et accessible ; que la mobilité sociale est réelle.Signe qu\u2019on n\u2019est jamais satisfait de sa condition : moi je rêvais d\u2019Histoire et de mémoire pendant qu\u2019eux enviaient le caractère neuf de nos contrées d\u2019outre-Atlantique.Hélas pour l\u2019exotisme que je recherchais, la France que j\u2019ai vue vit toujours l\u2019après-guerre et est toujours hantée, pour reprendre le titre d\u2019un roman de Pascal Quignard, par \u201cl\u2019Occupation américaine».Il fallait voir l\u2019excitation des Français lorsque Juliette Binoche raflait un oscar à Hollywood pour son rôle dans The English Patient.C\u2019était littéralement la consécration.Elle devenait l\u2019héroïne de la nation.Même phénomène à la sortie du dernier film de Luc Besson : The Fifth Element.Sur les panneaux publicitaires du boulevard Saint-Germain, on apercevait le grand cinéaste français aux côtés de Steven Spielberg tout souriant.Pour lui aussi, c\u2019était la consécration.Il faisait désormais partie des ligues majeures américaines ! Binoche et Besson étaient au zénith de leur art : une reconnaissance à Hollywood l\u2019attestait.Et moi qui pensais depuis toujours que c\u2019est à Paris que l\u2019on tournait les plus beaux films.J\u2019avais le vague sentiment d\u2019avoir été trompé.Sans que je m\u2019y attende, on me faisait savoir que Les amants du Pont neuf et Nikita n\u2019étaient pas de si bons films, au mieux, ils n\u2019étaient que les premiers balbutiements d\u2019artistes dont le grand dessein était de percer aux USA.Moins belle, moins fière, la France, cela me prit un certain temps à l\u2019admettre vu mes puissantes convictions, était aussi moins brillante que je ne l\u2019avais imaginée.Ce troublant constat me vint au fur et à mesure que je découvrais son système d\u2019éducation.Il faut dire que face aux Français, plusieurs d\u2019entre nous éprouvons encore un véritable complexe d\u2019infériorité.Il n\u2019est pas rare, en effet, d\u2019entendre des Québécois cultivés vanter les mérites du système éducatif de nos «cousins».Le mythe de l'Amérique-terre- DE-UBERTÉ ÉTAIT TOUJOURS VIVANT.L'ACTION NATIONALE \u2022 19 L'art du « comme si » On a le sentiment que leur culture générale est plus vaste et qu\u2019ils ont une facilité que nous n\u2019avons pas à articuler des idées.Cette perception n\u2019est pas qu\u2019une illusion.Elle se fonde sur un trait de la personnalité des Hexagonaux.En effet, dans l\u2019expression de leurs propos, vous verrez rarement un Français afficher quelque doute.Cette assurance déconcerte souvent les Québécois qui, entre eux, ont une sainte horreur des -Ti-jos connaissant»! Nord-Américains, nous souffrons mal les baratineurs.«Get to the point ¦ est une devise dont nous pourrions nous approprier la paternité.À choisir, il me semble que nous préférons le silence à l\u2019erreur.Or tel n\u2019est pas le cas en France.À ma grande déception, j\u2019ai constaté dans ce pays un encouragement à entretenir avec les objets de la culture un rapport superficiel.Je m\u2019explique.Pour faire nos exposés à Sciences Po, nous ne disposions jamais d\u2019assez de temps pour nous préparer.En dix minutes bien comptées, il fallait démontrer une très grande maîtrise du sujet alors qu\u2019au fil de nos quelques lectures trop rapides, nous ne pouvions qu\u2019effleurer la question à traiter.Il fallait donc «faire comme si».Or on exigeait de nous que nous citions de manière savante des tas d\u2019auteurs que nous avions à peine lus.La pire chose était de faire acte d\u2019humilité en admettant que les termes du sujet étaient complexes, que les avis étaient contradictoires, etc.La qualité exigée était l\u2019assurance et la confiance.Nous ne disposions que de dix minutes nous disaient nos maîtres de conférence, il fallait convaincre; afficher un doute était perdre de précieuses minutes.Je compris mieux une telle approche lorsqu\u2019une amie belge ayant fait le lycée français m\u2019expliqua comment elle avait réussi à passer son bacc.à l\u2019oral (équivalent du diplôme d\u2019études collégiales).Pour venir à bout de ce test, elle n\u2019avait eu qu\u2019à faire semblant de bien connaître Proust en évoquant avec maîtrise l\u2019allégorie de la madeleine.Je compris alors que les jeunes Français se font bourrer le crâne de citations des grands auteurs sans pour autant Cette assurance DÉCONCERTE SOUVENT les Québécois.20 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE avoir digéré leurs œuvres.L\u2019objectif dans tout cela n\u2019étant pas que des adolescents de 17 ans connaissent Voltaire, Hugo ou Zola mais sachent, le moment venu, assaisonner l\u2019une de leurs discussions de salon des citations de l\u2019un de ces auteurs.Bref, «faire comme si-.Pour la France que je découvrais, la culture n\u2019était pas l\u2019espace du développement et de l\u2019épanouissement de l\u2019être, mais l\u2019ingrédient futile d\u2019un spectacle permanent : celui de la comédie humaine.Face à une telle supercherie, je devins toujours plus sceptique en écoutant certains savants nous pontifier de leur brillant savoir.Je ne pris plus au sérieux leurs certitudes et me moquai souvent de l\u2019étalage prétentieux de leurs connaissances.En écoutant une maître de conférence de géopolitique, qui n\u2019était probablement jamais sortie du chic 16e arrondissement parisien, nous parler avec assurance des problèmes de développement en Afrique, je souris en me disant qu\u2019avec un peu de temps, j\u2019aurais pu donner le cours à sa place ! De même, lorsque je vois certains de nos intellectuels et écrivains québécois ne citer que de -grands-penseurs-français -, je comprends que l\u2019aliénation culturelle n\u2019est pas que le lot du - petit peuple-.L'aliénation CULTURELLE N\u2019EST PAS QUE LE LOT DU « PETIT PEUPLE ».À mon grand désespoir, la France se montrait à moi moins brillante que je ne l\u2019avais imaginée.Son étoile ou firmament de l\u2019exigence et de la haute culture avait pâli.Non que je ne trouvai aucun mérite aux conférenciers ni que je tirai de cette année quelque satisfaction intellectuelle; toutefois je sentis très tôt qu\u2019en moi un espoir s\u2019était éteint.Cette France que j\u2019aimais tant me parla d\u2019un langage qui me déçut.Je croyais que de sa bouche, je ne pourrais qu\u2019entendre une prose intelligente et une poésie mélodieuse.Hélas, elle ne m\u2019offrit qu\u2019un langage incertain et des strophes apprises par cœur.Si elle jouait encore à la grandeur, elle ne l\u2019incarnait plus.L'indifférence française À ce dur constat allait toutefois s\u2019ajouter une autre découverte, beaucoup plus troublante : l\u2019indifférence.L'ACTION NATIONALE \u2022 21 Je faisais partie de ces souverainistes pour qui les relations internationales, c\u2019était la France ! Lors des débats sur la reconnaissance d\u2019un Québec souverain auxquels je prenais pan, j\u2019affirmais avec la certitude de la naïveté que dans les minutes qui suivraient un OUI majoritaire, la France serait à nos côtés et que, ce faisant, un tas d\u2019autres pays suivraient le bal.Or je fis le constat suivant : il y aurait reconnaissance rapide dans la mesure où les gaullistes seraient au pouvoir, tant à Matignon qu\u2019à l\u2019Élysée.Je n\u2019ai aucune crainte pour la reconnaissance d\u2019un Québec souverain avec un Philippe Séguin comme premier ministre ou président.Mais voilà tout le problème : à part lui et peut-être Jacques Chirac, je ne vois aucun homme d\u2019État français possédant le panache et la volonté d\u2019agir comme nous le désirons.Or l\u2019agenda du peuple québécois n\u2019est pas fonction des tribulations ministérielles françaises.C'est l'idée même DE NATION QUI EST EN PERTE DE VITESSE CHEZ LA JEUNE GÉNÉRATION.En côtoyant des jeunes Français très politisés, j\u2019ai rapidement pu constater que De Gaulle et ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le gaullisme sont souvent à leurs yeux quelque chose d\u2019un peu dépassé.Combien de fois ai-je entendu des jeunes me dire : - De Gaulle ?C\u2019était mon grand-père qui s\u2019y intéressait ! \u2022 Je pus constater ce désintérêt des jeunes lors d\u2019un colloque intitulé Gaullisme et modernité.Au menu : beaucoup de nostalgie mais, hélas, bien peu d\u2019esprit d\u2019entreprise.Et cela n\u2019avait rien de vraiment surprenant étant donné l\u2019âge moyen des participants.Les jeunes présents ressemblaient un peu trop à nos jeunes libéraux avec leurs convictions par trop conservatrices.Philippe Séguin est venu clore le colloque avec un discours magnifique qui reçut des applaudissements polis et qui fut l\u2019objet d\u2019un petit entrefilet dans Le Monde du lendemain.Ce déclin du gaullisme est plus profond qu\u2019il n\u2019y paraît à première vue.Car ce mouvement de pensée et d\u2019action n\u2019est pas simplement victime d\u2019une mode passagère ou d\u2019un clivage générationnel.La réalité est que c\u2019est l\u2019idée même de nation qui est en perte de vitesse chez la jeune génération.Or, De Gaulle apparaît auprès de cette dernière comme le dernier porte-parole de cette idée un peu 22 \u2022 L'ACTION NATIONALE * ringarde - (kétaine) : la nation française.Il est perçu comme un personnage qui a ralenti le processus d\u2019intégration européenne ce qui constitue, pour beaucoup de ces mêmes jeunes Français, le pire des sacrilèges.Pour ces jeunes Français, l\u2019identité nationale est à ce point intériorisée que l\u2019on ne voit plus d\u2019intérêt à défendre la France.Dans leur esprit, leur pays n\u2019est menacé de rien.Se montrer ouvert pour un jeune bien pensant, c\u2019est donc vouloir dépasser la nation.À Sciences Po comme dans les milieux bien pensants des salons parisiens, il est en effet de bon ton de se moquer de la nation.Ce qui est branché, dans le vent, c\u2019est l\u2019Europe.Pour faire quoi ?Allez savoir.L\u2019important c\u2019est d\u2019y croire : c\u2019est le nouveau sens de l\u2019Histoire, le nouvel opium des intellectuels ! Dans un tel contexte, vous vous présentez comme un souverainiste québécois.Vous faites alors face à trois types de réactions.Pour une petite minorité, vous suscitez la sympathie.Parmi cette dernière, vous trouverez un ou deux individus pour vous dire qu\u2019ils regrettent l\u2019attitude négligente de la France face à cette petite colonie d\u2019Amérique.Quelques autres, un peu condescendants, se montreront fiers du « Vive le Québec libre ! ¦ car ils ont le sentiment que sans ce vivat célèbre, les Québécois n\u2019auraient jamais pensé prendre en main leurs destinés.Chez une autre minorité, vous sentirez une certaine hostilité.Dans leur esprit, vous appartenez à la même famille politique que Jean-Marie LePen.Votre nationalisme ne peut qu\u2019avoir des odeurs d\u2019intolérance.Ils ne chercheront même pas à comprendre.Pour eux: affaire classée! Enfin, pour une vaste majorité, vous ne verrez qu\u2019indifférence.Ils hausseront les épaules lorsque vous leur expliquerez la question québécoise.Sur le plan international, vous verrez qu\u2019ils s\u2019animent davantage lorsque la discussion portera sur l'Algérie, les anciennes colonies africaines ou même l\u2019Indochine.Mais dans leur esprit le Québec, c\u2019est le Canada.C\u2019est-à-dire un membre du G7 qui a été classé par l\u2019ONU au premier rang de la qualité de vie dans le monde.Cette vaste majorité INDIFFÉRENTE NE SE MONTRE PAS TRÈS TOUCHÉE PAR CE QUI se passe au Québec.L'ACTION NATIONALE \u2022 23 Bref, cette vaste majorité indifférente ne se montre pas très touchée par ce qui se passe au Québec.Pire : on les trouve bien pleurnichards ces petits Québécois.Après tout, s\u2019ils veulent leur indépendance, ils n\u2019ont qu\u2019à la faire et qu\u2019ils arrêtent une fois pour toutes de nous emmerder avec cette question.Nous, les souverainistes québécois, serions donc bien naïfs de croire qu\u2019avec 50 % plus une voix, la reconnaissance de la France est dans la poche.Une fois notre décision prise, j\u2019en ai maintenant l\u2019intime conviction, les Français prendront le temps qu\u2019il faut pour s\u2019assurer qu\u2019une éventuelle reconnaissance ne froisserait pas le puissant allié américain.Le président Chirac a beau être l\u2019héritier légitime du Général, il hésitera à contrarier l\u2019oncle Sam si jamais ce dernier affichait une certaine froideur face à un éventuel OUI.2 Conclusion Au lecteur qui pourrait croire en lisant les dernières pages que je ne trouve désormais rien de bon à la France, je répondrai que ce serait là une lecture sommaire.Mon tableau est impressionniste.Il a été peint par un amoureux déçu.En réalité, ce pays possède d\u2019immenses richesses de mémoire que le Québec ne possédera jamais.Les Français sont fiers de cet héritage, et ils ont raison.Mon tableau a ÉTÉ PEINT PAR UN AMOUREUX DÉÇU.Mais exception faite de cet héritage, je réalise au fond que les Français nous ressemblent beaucoup.Comme nous, ils ont leurs défauts et leurs qualités ; leur ombre et leur lumière ; leur petitesse et leur grandeur.Comme nous, ils rêvent à un Ailleurs plus beau, plus grand.Comme nous, ils ont certains complexes.qu\u2019ils savent cependant mieux dissimuler! 2.C'est pourquoi je considère impératif que le gouvernement québécois multiplie les contacts avec le plus grand nombre de pays possible.Les souverainistes ne doivent pas mettre tous leurs œufs dans le même panier.Les contacts diplomatiques avec les pays d'Amérique du sud et d\u2019Afrique doivent être renforcés.La reconnaissance de plusieurs de ces pays, une fois un OUI exprimé, aurait également une très forte valeur auprès de l\u2019opinion publique mondiale.24 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Tout cela pour me rendre compte que c\u2019est ma propre candeur que je dois questionner.La France n\u2019affiche pas, ou n\u2019affiche plus, ce teint éclatant des grandes cérémonies de l\u2019Histoire.Dur constat, soit, mais constat de réalité.Et avant de donner aux Français des leçons de bonne conduite, un examen de conscience s\u2019impose de ma part.Comment ai-je pu à ce point fantasmer sur ce pays ?Pourquoi avoir tant voulu croire à cette * certaine idée- de la France qui reposait davantage sur l\u2019imagination prodigieuse d\u2019un grand homme que sur la réalité?Dur constat, soit, MAIS CONSTAT DE RÉALITÉ.À ces question, je trouve peu de réponses convaincantes.Ou plutôt je ne trouve qu\u2019une seule explication que j\u2019ai bien du mal à admettre : j\u2019avais de lourds complexes.Alors que je croyais faire partie de la première génération de Québécois marchant la tête haute, j\u2019étais encore à genoux devant une mère-patrie mythique.En être colonisé, j\u2019ai trop attendu d\u2019un pays étranger qui n\u2019avait rien à m\u2019offrir de vraiment particulier sinon une lointaine filiation historique qui, si elle continue d\u2019intéresser l\u2019homme de mémoire que je souhaite être, n\u2019a pas livré l\u2019éclat espéré à cette «madone» imaginée.Le Québec reste ma seule vraie patrie, mon amour le plus fidèle.Au-delà de cet horizon, il me reste beaucoup de choses à découvrir mais peu d\u2019attentes quant à une terre d\u2019exil édénique.La France n\u2019aura donc été pour moi qu\u2019un amour de jeunesse : c\u2019est-à-dire un beau moment de naïveté et une grande leçon de vie.?ABONNEZ-VOUS AU JOURNAL Mensuel national de l\u2019actualité pédagogique publié 10 fois l\u2019an de septembre à juin KMKM Envoyez vos noms et adresses et votre chèque ou mandat-poste à : Journal LES ENSEIGNANTS 1316, Domaine du Moulin L\u2019Ancienne-Lorette, Québec G2E 4NI Téléphone ou télécopieur: (418) 872-6966 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 25 Sur cette route où il n \u2019est pas permis de s\u2019arrêter, il y a présentement un bon nombre de choses nécessaires dont il faut s\u2019occuper sans délai.Les négliger nous exposerait à perdre tout notre élan, peut-être même à ne plus pouvoir le reprendre.René Lévesque Option Québec, Typo Essais, 1997, p.173. 60e ANNIVERSAIRE DE FlDES Les Éditions Fides fêtent cette année, leur 60e anniversaire.Fides est l\u2019une des plus anciennes maisons d\u2019édition québécoises et, surtout, l\u2019une des plus prestigieuses.Fondée en 1937 par le père Paul-Aimé Martin, la maison s\u2019est rapidement imposée sur la scène culturelle et religieuse où elle joue depuis un rôle de tout premier plan.Elle gère aujourd\u2019hui un fonds qui compte parmi les plus importants au Québec, tant dans le domaine religieux que dans les secteurs de la littérature et des sciences humaines.Son catalogue comprend plus de 1000 titres, dont bon nombre sont parus en traduction dans diverses maisons d\u2019édition à travers le monde.L'Action nationale a le plaisir de marquer le 60e anniversaire de Fides en offrant à ses lectrices et à ses lecteurs des extraits d\u2019un ouvrage de Jacques Michon qui paraîtra en mars 1998 et qui retrace l\u2019histoire de cette grande maison d\u2019édition québécoise.Michel Guay Adjoint au Directeur général de Fides L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 27 La « Collection du Nénuphar» * 1 Jacques MICHON* Pour limiter les risques inhérents au lancement de nouvelles publications, l\u2019éditeur crée des collections.Il lance des séries d\u2019ouvrages présélectionnés ou commandés.Il recycle des fonds anciens pour des publics nouveaux.Il effectue une sélection en fonction d\u2019un \u2022 public théorique» au nom duquel il recrute les écrivains et choisit les textes.Le succès d\u2019une collection repose souvent sur la justesse de cette perception qui permettra de transformer un public en clientèle.La collection permet -de baliser le champ perceptif2» à un double niveau.En amont, la collection constitue un mode de classification de la production.Elle permet de filtrer et de contrôler le flux des manuscrits et contribue, d\u2019une certaine manière, à canaliser les forces créatrices dans le sens d\u2019un projet éditorial.En aval, comme système de classement, elle facilite aussi les choix du lecteur.Elle dispose à la lisière du livre un ensemble de signes linguistiques et visuels qui servent de guide et de point de repère.Ainsi pour la plupart des théoriciens du livre, la collection surdétermine la communication littéraire en servant de représentation, d\u2019objet transitionnel ou de « pont idéologique » entre l\u2019ouvrage édité et son lecteur réel.Les Éditions Fides, issues de Mes Fiches, c\u2019est-à-dire d\u2019un périodique qui visait avant tout à former des lecteurs, étaient particulièrement \u2022 Université de Sherbrooke, Département Lettre et Communications 1.\tJe voudrais exprimer ici toute ma gratitude au père Martin pour sa généreuse et constante collaboration.Je remercie également Antoine Del Busso qui m'a permis de consulter les archives de la maison d\u2019édition, désignées ici par le sigle ACEF.2.\tJacques Dubois, L'Institution de la littérature, Bruxelles/Paris, Labor/ Nathan, 1978, p.121.28 \u2022 L'ACTION NATIONALE sensibles au phénomène de la collection et au rôle qu\u2019elle pouvait jouer dans la promotion du livre et de la lecture.Sous la direction du père Paul-Aimé Martin, de 1941 à 1978, la maison d\u2019édition va lancer pas moins de 127 collections.Dans cet ensemble, une grande place devait revenir aux collections patrimoniales.Il s\u2019agissait pour l\u2019éditeur d'offrir à la fois aux étudiants et au grand public les œuvres les plus représentatives du répertoire et dans le cadre de critères conformes à la morale chrétienne.Les trois permières collections littéraires inaugurées par la maison à ses débuts, «Le Message français*, «Selecta* et la ¦ Collection du Nénuphar *, n\u2019avaient pas d\u2019autre objectif.« Le Message français » et « Selecta» La création de collections de classiques français, dans les années 1940, doit être située dans le contexte de la guerre.Les éditeurs cherchent alors à combler la pénurie de livres provoquée par l\u2019interruption des relations commerciales avec la France.Ainsi, en 1942,\tla direction de Fides accepte de lancer - Le Message français de.», collection créée par Roger Varin, membre fondateur des Compagnons de Saint-Laurent, dont l\u2019objectif est d\u2019offrir des extraits d\u2019œuvres catholiques du XXe siècle.Cinq volumes sont publiés contenant des extraits de Péguy, de Claudel, de Pétain, de Georges Duhamel et de Guy de Larigaudie.La collection connaît un certain succès comme l\u2019atteste l\u2019écoulement des tirages.Publiés en 1942 et 1943,\tles numéros consacrés à Péguy, Claudel et Pétain sont tirés à 5 000 exemplaires et s\u2019écoulent à un bon rythme.Le tirage est épuisé en quatre ans.La collection prend visiblement partie pour la France de Pétain.Mais le succès de la série, lié aux événements, est de courte durée.Malgré la conjoncture défavorable, Fides lance une nouvelle collection de classiques français en 1946 dans l\u2019espoir de faire concurrence aux «petits classiques» des éditeurs européens.Elle veut offrir aux lecteurs des collèges et des écoles supérieures des morceaux choisis des grands auteurs dans des éditions adaptées pour le marché québécois.Une dizaine de titres sont lancés de 1946 à 1948, essentiellement des choix de textes de Ronsard, de Baudelaire, de Villon, de Lamartine, de Chénier, de Mme de Sévigné, de Théophile Gautier, de Musset, de Vigny et de Louis Mercier.Le tirage moyen, d\u2019abord établi à 5 000 exemplaires, est ramené à 3000 en 1947.Malgré ce réajustement, l\u2019éditeur reste encore avec de grandes quantités d\u2019exemplaires sur les bras.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 29 L\u2019éditeur doit se rendre à l\u2019évidence; -une fois les grandes collections françaises de classiques revenues sur le marché canadien, «Selecta» ne pouvait survivre longtemps».Alors que, à la fin des années 1940, toutes les collections de littérature française des éditeurs québécois disparaissent, Fides ne met pas de temps à comprendre la nécessité de se limiter à l\u2019édition d\u2019œuvres canadiennes.Tous ses efforts vont désormais se déployer dans cette direction.Le succès de la \u201cCollection du Nénuphar», créée en 1944, viendra renforcer la tendance.Mise en chantier du projet « Nénuphar» Le public de la littérature a une histoire et un système de valeurs qui lui sont propres.Il a ses représentants attitrés dans la presse, dans les médias, dans les maisons d\u2019enseignement et dans les maisons d\u2019édition.Ce sont notamment les critiques, les professeurs et les membres des comités de lecture qui sont désignés pour représenter le public auprès de l\u2019éditeur.Pour qu\u2019une collection littéraire réussisse à s\u2019imposer, elle doit reposer sur une convergence d\u2019intérêts entre la communauté à qui elle est destinée et ceux qui, auprès de l\u2019éditeur, la représentent et font des choix à sa place.L\u2019éditeur, avec la \u201cCollection du Nénuphar», comprendra très rapidement qu\u2019il doit se plier au système de valeurs du public auquel il s\u2019adresse, s\u2019il veut être accrédité auprès de lui et être assuré de faire les bons choix.À cette fin, il fera appel à la collaboration de critiques et d\u2019auteurs reconnus, dotés d\u2019un certain capital symbolique.C\u2019est à cette condition seulement qu\u2019il pourra prouver au milieu qu\u2019il défend ses intérêts.La -Collection du Nénuphar» est sans doute celle qui a le mieux réussi à jouer ce rôle.À l\u2019origine de la collection, il faut situer la rencontre de l\u2019éditeur avec l\u2019auteur de Menaud, maître-draveur, Félix-Antoine Savard, qui jouit alors d\u2019une grande renommée dans les milieux littéraires.Couronné par l\u2019Académie française en 1938, récipiendaire du prix David en 1939, Savard est, au début des années quarante, l\u2019écrivain qu'il faut s\u2019attacher pour lancer une collection patrimoniale.Plusieurs rencontres ont lieu entre l\u2019éditeur et l\u2019auteur de 1940 à 1943 alors qu\u2019est lancée l\u2019idée d\u2019une collection de -classiques canadiens».Dès février 1942 un contrat est signé.Entre la signature du contrat et la parution du premier - classique canadien», plusieurs lettres sont échangées.Luc Lacourcière qui agit 30 \u2022 L'ACTION NATIONALE comme secrétaire de l\u2019écrivain, participe aux délibérations.Les deux hommes font connaître leur point de vue et tentent d\u2019infléchir la décision de l\u2019éditeur en ce qui concerne le nom de la série.-J\u2019hésite, dit Savard, à coiffer Menaud du titre pesant de - classique.-.C\u2019est alors que Lacourcière avance la nouvelle proposition : Mais M.Savard est un poète et il suggère un titre symbolique qui ne manque pas de charme.Pourquoi, dit-il, ne pas appeler cette collection: -La Collection du Nénuphar- et en sous-titre, en plus petit, - choix d\u2019auteurs canadiens-, ou -les meilleurs auteurs canadiens - ou même -les classiques canadiens-, De la sorte on éviterait les critiques, sans pour cela changer le but ou les éléments de la collection.Je vous avoue que cette solution me semble heureuse.D\u2019autant plus que M.Savard met à notre disposition le dessin d\u2019André [Morency] représentant un nénuphar.Il pourrait être reproduit sur chaque volume en plus petit [.]3.Pour motiver le choix du nénuphar comme symbole d\u2019une collection consacrée à la littérature nationale, Lacourcière ajoute : M.Savard prétend en plus que le nénuphar, bien plus que l\u2019érable, au point de vue strictement botanique, symbolise le Canada, parce que c\u2019est une fleur que l\u2019on retrouve jusque dans l\u2019extrême nord et sur presque tous nos lacs.Nous pourrions lui demander d\u2019expliquer cela lui-même, si vous trouvez ce titre convenable4.La proposition est tout de suite acceptée, le dessin d\u2019André Morency adopté et Menaud maître-draveur retenu comme premier titre de la série.Puis le plan de la maquette est fixé ; le père Cordeau propose le -liséré noir et rouge imitant vaguement une ceinture fléchée5 ».La couleur du cadre indiquera le siècle auquel appartient l\u2019œuvre publiée : bleu pour le XIXe siècle, rouge pour le XXe siècle.Dans la déclaration liminaire du premier numéro, ¦ les éditeurs ¦ adoptent un ton extrêmement modeste.Il ne faut -point inférer de notre choix que ces pages soient toutes, à notre avis, d\u2019une valeur absolue», peut-on lire dans la présentation du premier numéro; 3.\tLettre de Luc Lacourcière au père André Cordeau, 2 mars 1944, ACEF.4.\tLettre de Luc Lacourcière au père André Cordeau, 2 mars 1944, ACER 5.\tEntrevue de Luc Lacourcière avec Réjean Beaudoin sur les ondes de Radio-Canada FM, réalisation d'André Major, le 10 décembre 1984.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 31 ¦ notre littérature est pauvre * ajoute-t-on.En fait Savard et Lacourcière, les co-rédacteurs de cette présentation, voudraient placer le lecteur québécois devant ses responsabilités: -Notre littérature est pauvre.Les causes en sont nombreuses.Parmi lesquelles, il faut mettre, en premier lieu, l\u2019indifférence et le mépris que nous ne cessons d\u2019avoir à l\u2019égard de nos écrivains6-.Les chefs-d\u2019œuvre sont devant nous, plutôt que derrière nous, laisse-t-on entendre.-Puisse cette Collection du Nénuphar, si elle ne témoigne pas d\u2019une très grande richesse, du moins stimuler nos jeunes à la reconnaissance et au travail7 -, affirme-t-on en conclusion.Bien qu\u2019inspirée par Savard et Lacourcière, la collection n\u2019est pas d\u2019abord placée sous leur gouverne.De 1944 à 1946, c\u2019est le père André Cordeau qui en a la responsabilité.C\u2019est lui qui voit à la préparation des manuscrits et qui prend les principales décisions éditoriales.Au moment de la création de la collection, il exerçait la fonction de directeur des éditions.C\u2019est lui qui avait la responsabilité de toutes les publications de Fides qui, à cette époque, publiait plus de 80 titres par année.Les titres du -Nénuphar- ne représentaient donc qu\u2019une très petite portion des publications dont il avait la responsabilité.C\u2019est le père Cordeau, par exemple, qui devait préparé l\u2019édition de 1945 des Poésies d\u2019Émile Nelligan constituant le deuxième numéro du - Nénuphar- et qui devra être refaite en 1952.Pour cette édition, il avait utilisé l\u2019édition du père Thomas-Marie Lamarche, publiée en 1932, qui était déjà fautive à plusieurs égards.Aux erreurs de 1932 devaient donc s\u2019ajouter celles de la nouvelle édition.Le « Nénuphar» SOUS LA DIRECTION DE LUC LACOURCIÈRE En juin 1947, un contrat est signé en juin 1947 donnant les pleins pouvoirs au nouveau directeur.Il est stipulé, entre autres, que le Directeur seul a toute autorité pour décider des textes à publier dans le-Nénuphar-, c\u2019est-à-dire que nulle autre personne, pas même l\u2019Éditeur, peut lui imposer la publication d'un texte qui ne lui agrée pas.[.] Le Directeur proposera à l'Éditeur chacun des textes qu\u2019il croira avantageux d\u2019éditer dans la - Collection du Nénuphar-.L\u2019Éditeur pourra refuser 6.\tLes éditeurs, - Collection du Nénuphar-, dans Félix-Antoine Savard, Menaud maître-draveur, coll.du Nénuphar, no 1, Montréal, Fides, 1944, pp.9-10.7.\tIbid., p.10.32 \u2022 L'ACTION NATIONALE s\u2019il croit que le texte proposé aura une vente difficile, ou exigera l\u2019engagement d\u2019une somme trop considérable, ou encore, contient des passages contraires à la foi et à la morales.Le directeur s\u2019engage à fournir au moins deux textes par année et -à faire alterner les textes anciens et les textes modernes8 9-.Il est précisé que «les récits de nos découvreurs et explorateurs, les écrits de mémorialistes et historiens de notre régime français, certaines œuvres de nos écrivains du siècle dernier et enfin les meilleurs ouvrages des auteurs canadiens contemporains» seront d\u2019abord retenus.Lorsqu\u2019on fait le décompte des titres publiés du premier numéro au numéro 6l, le dernier publié sous la direction de Lacourcière en 1984, on constate que les trois quarts des œuvres publiées (soit 46) sont des œuvres du XXe siècle.Déjà les trois premiers titres publiés sous la direction de Lacourcière en 1948, À l\u2019ombre de l\u2019Orford d\u2019Alfred DesRochers, Né à Québec: Louis Jolliet d\u2019Alain Grandbois et Le Rêve de Kamalkouk de Manus Barbeau, dataient des années vingt et trente.En 1958, voulant convaincre l\u2019éditeur de publier le Journal historique de Charlevoix, Luc Lacourcière dresse un bilan de la collection et regrette lui-même cette préférence trop absolue pour les œuvres récentes : Je pense qu \u2019il y a à considérer plus que le simple cas de Charlevoix, écrit-il, dont l\u2019édition, je l\u2019admets, n\u2019est pas une entreprise qui rapportera financièrement.Mais c'est le prestige de Fides et du «Nénuphar- qui est en cause.La réédition d\u2019un ouvrage comme celui-ci donne à la -Collection du Nénuphar- un crédit intellectuel qu \u2019elle ne peut avoir par la simple réédition d\u2019ouvrages récents.Finalement le Journal historique ne sera pas publié et le catalogue restera dominé par les œuvres du XXe siècle.Dans une entrevue de 1984, Luc Lacourcière reconnaissait sa part de responsabilité dans la sous-représentation des œuvres du passé.Les brouillons et les notes sur les Anciens canadiens de Philippe Aubert de Gaspé, les Muses de la Nouvelle-France de Lescarbot, les 8.\tLe contrat a été signé le 30 juin 1947 et approuvé par le conseil d\u2019administration le 7 juillet suivant.Une nouvelle version du contrat sera signée presque sans modification le 30 mai 1950.Source : ACER 9.\tContrat du 30 juin 1947, ACER L'ACTION NATIONALE \u2022 33 poèmes d\u2019Octave Crémazie et les oeuvres poétiques de François-Xavier Garneau resteront dans les cartons du directeur.Toutefois les œuvres modernes publiées dans le * Nénuphar-répondaient à une demande.Les statistiques des tirages, des réimpressions et des rééditions qui atteignent des sommets entre 1965 et 1974, permettent de vérifier l\u2019ampleur de la réponse des milieux littéraires.Durant les dix ans qui suivent la réforme de l\u2019enseignement, la totalité des exemplaires écoulés représente presque 50% de tous ceux qui ont été produits avant 1980.Ces œuvres répondaient à un besoin.Elles allaient constituer le corpus des œuvres enseignées dans les collèges et les universités.Les textes de Nelligan, de Saint-Denys Garneau, de Savard, de Ringuet, de Germaine Guèvremont, d\u2019Alain Grandbois et d\u2019Alfred DesRochers, réédités dans la collection entre 1949 et 1959, allaient être lues comme annonciatrices du renouveau littéraire du Québec des années soixante.Des éditions revues et corrigées Le succès impressionnant de la collection, en particulier à partir du milieu des années cinquante, découle de la demande mais aussi de l\u2019offre de l\u2019éditeur qui ne se contente pas de rééditer ou de réimprimer des œuvres reconnues mais qui tente aussi sans cesse d\u2019en donner une version améliorée.Si À l\u2019ombre de l\u2019Orford d\u2019Alfred DesRochers, réédité en 1948, peut être enrichi de - treize nouveaux poèmes du Cycle du village», c\u2019est parce que, écrit Lacourcière, ils -sont la contrepartie naturelle des sonnets forestiers».En ce qui concerne les œuvres des auteurs disparus, elles sont établies selon les données les plus récentes de la critique.Ainsi les œuvres de Nelligan et de Saint-Denys Garneau sont rééditées à deux reprises dans la même collection et dans des éditions complètement remaniées.Les Poésies complètes, 1896-1899 de Nelligan, publiées en 195210, remplacent les Poésies éditées hâtivement par le père Cordeau en 1945.Les Poésies de Saint-Denys Garneau, rééditées pour la première fois dans la - Collection du Nénuphar - en 1949, d\u2019après un texte établi par Jean LeMoyne et Robert Élie, sont remplacées par un ouvrage complètement remanié d\u2019après l\u2019édition critique de Benoît 10 II s'agissait de la première édition critique consacrée à une œuvre québécoise.A la vulgate établie par Dantin en 1903, rééditée à plusieurs reprises en 1925, en 1932 et en 1945, Luc Lacourcière ajoutait un tiers de nouveaux poèmes, inédits ou colligés dans les périodiques.34 \u2022 L'ACTION NATIONALE Lacroix et de Jacques Brault, en 1972.Les œuvres d\u2019Alfred DesRochers et de Laure Conan, rééditées une première fois dans le «Nénuphar» en 1948 et en 1950, sont, elles aussi, présentées dans des éditions refondues et complétées au milieu des années 197011.Les Œuvres poétiques de Robert Choquette, publiées en deux volumes en 1956, paraissent dans une deuxième édition revue et augmentée en 1967.Le Survenant de Germaine Guèvremont connaît, lui aussi, deux éditions différentes, parues respectivement en 1959 et en 197412.Parmi les auteurs, il faut signaler la présence exceptionnelle de Félix-Antoine Savard dont quatre titres différents figurent au palmarès du «Nénuphar» avec un tirage total de 77 714 exemplaires.Savard qui est à l'origine de la collection, est également celui qui fournit les œuvres les plus rééditées et diffusées par Fides.Si on ajoute à cela La Dalle-des-morts suivi de La Folle, paru dans la collection en 1969, on dépasse les 84,000 exemplaires.Si l\u2019on tient compte des autres collections littéraires de la maison, le bilan est encore plus impressionnant.En 1988, le père Martin, qui faisait le décompte des seules rééditions et réimpressions de Menaud, arrivait déjà au chiffre de 170 000 exemplaires.L\u2019influence de l\u2019abbé Savard se fait sentir non seulement dans la production mais aussi dans l\u2019esprit qui préside à la sélection des titres.Luc Lacourcière remplit bien le programme esthétique et patrimonial tracé par l\u2019œuvre même de Savard.La plupart des romans retenus illustrent un aspect de la vie traditionnelle du Québec.Dans Né à Québec d\u2019Alain Grandbois et Les engagés du Grand portage de Léo-Paul Desrosiers, on raconte la vie des explorateurs, dans Menaud, maître-draveur; L Abatis, La Minuit et Le Barachois de Félix-Antoine Savard, dans Maria Chapdelaine de Louis Hémon et La rivière solitaire de Marie Le Franc, c\u2019est la vie des draveurs et défricheurs qui est évoquée, puis celle des forestiers dans À l\u2019ombre de l\u2019Orford d\u2019Alfred DesRochers et des paysans dans 30 arpents de Ringuet, Marie Calumet de Rodolphe Girard, Marie-Didace et Le Survenant de Germaine Guèvremont, et Croquis laurentien du Frère Marie-Victorin.La vie des autochtones était aussi bien représentée dans Le Rêve de Kamalkouk de Marius Barbeau et Ashini d\u2019Yves Thériault.11.\tLes Œuvres poétiques (1977) de DesRochers remplacent À l'ombre de l\u2019Orford suivi du Cycle du village (1948) et les Œuvres romanesques (3 volumes, 1974-1975) remplace Angéline deMontbrun (1950).12.\tLe Survenant a été édité et réimprimé à plusieurs reprises en format poche dans la collection Bibliothèque québécoise.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 35 Avec près de soixante-dix volumes publiés de 1944 à 1994, la ¦ Collection du Nénuphar » constitue sans doute la meilleure bibliothèque de la littérature québécoise de la première moitié du XXe siècle.Elle rassemble les œuvres les plus représentatives publiées de cette période et les met en valeur dans une présentation soignée.Cette reconnaissance découle aussi en partie des manifestations que l\u2019éditeur organisait régulièrement autour de sa collection et qui ont eu pour effet, dans les cinquante et soixante, de renforcer les liens entre l\u2019éditeur et la communauté littéraire.Inaugurée plutôt discrètement en 1944, la collection avait été lancée en grande pompe en 1948, c\u2019est-à-dire au moment même où Fides abandonnait la collection «Selecta».À tous les lancements étaient conviés tous les écrivains, les journalistes et les intellectuels qui comptent.En 1956-57, au cours d\u2019une seule année, l\u2019éditeur organise pas moins de quatre lancements.Le 20 février, on souligne l\u2019entrée de Lionel Groulx dans la collection.Le 1er octobre, c\u2019est au tour de Germaine Guèvremont de faire son entrée dans «la Pléiade québécoise » avec Marie-Didace.Un mois et demi plus tard, on lance les Œuvres poétiques de Robert Choquette.Après deux mois, Fides organise encore une autre fête pour souligner la parution de Trente arpents de Ringuet.Enfin, une cinquième réception marque la parution de La Rivière solitaire de Marie Le Franc, à l\u2019autome 1957.En 1954, le 10e anniversaire de la collection avait été célébré en présence d\u2019une cinquantaine d\u2019auteurs.En 1969, le 25e anniversaire est aussi souligné avec faste de même que le 30e anniversaire, en 1974.Le père Martin garde un vif souvenir de tous ces événements qui ont permis de tisser des liens étroits avec les milieux intellectuels qui attiraient aussi sur l\u2019éditeur l\u2019attention de la presse et des médias.Les nouveaux auteurs qui se sont ajoutés au fil des ans sont venus également enrichir les autres collections patrimoniales de Fides comme les «Classiques canadiens», la collection «Alouette», la «Bibliothèque canadienne-française» et la «Bibliothèque québécoise».[.] Conclusion La - Collection du Nénuphar» a fixé l\u2019image de marque de l\u2019éditeur et elle a assuré une pérennité à des œuvres qui, sans elle, n\u2019auraient pas connu une diffusion aussi grande et sur une aussi longue période.Le succès commercial n\u2019a pas empêché non plus l\u2019éditeur de poursuivre ses efforts de renouvellement.Plusieurs éditions conçues dans les années quarante et cinquante ont été refaites et 36 \u2022 L'ACTION NATIONALE refondues dans les années soixante et soixante-dix.Pour rester à la fine pointe des connaissances, la direction a voulu s\u2019attacher les meilleures compétences.L\u2019éditeur a compris très tôt la nécessité de servir les intérêts de la littérature québécoise en faisant appel aux représentants les plus légitimés de la communauté littéraire.Sous la direction de Luc Lacourcière, la «Collection du Nénuphar» est devenue une collection de référence non seulement pour l\u2019éditeur, mais aussi pour toute la profession.En fixant la barre très haute, la direction a établi un standard qui a servi de point de repère aux écrivains, aux enseignants et aux chercheurs.Le succès de la formule a favorisé par la suite le lancement de collections à prix populaires.En ce sens Fides a suivi de près l\u2019évolution du marché.L\u2019éditeur s\u2019est adapté à la demande sociale qui exigeait des classiques contemporains dans des éditions accessibles.Les œuvres du «Nénuphar» ont alors été rééditées en format de poche.La maison a ainsi acquis une renommée qui lui a donné une longueur d\u2019avance sur ses concurrentes.À la fin des années soixante, fort de sa notoriété et soucieux de bien exploiter son fonds, Fides s\u2019est même lancé à la conquête d\u2019un troisième marché, celui des « Éditions de luxe » ; les Poésies de Nelligan (1967), Poèmes d'Alain Grandbois (1970) et Le Survenant (1977) ont été offerts aux collectionneurs accompagnés de gravures originales dans des séries à tirages limités.Le lancement d\u2019une collection représente une sorte de test et de sondage du lectorat.Parmi les 127 collections lancées par Fides de 1941 à 1978, la grande majorité (60%) n\u2019ont jamais dépassé cinq titres et, parmi elles, près d\u2019une collection sur cinq (19%) n\u2019a connu qu\u2019un seul ouvrage.Parmi les plus riches, c\u2019est-à-dire celles qui, en 1978, comptaient plus de vingt-cinq titres, la «Collection du Nénuphar» se classe, et de loin, au premier rang avec plus de 68 ouvrages publiés à ce jour, suivie par les collections de littérature pour la jeunesse et par les autres collections patrimoniales en format de poche.La réussite de ces collections repose autant sur la qualité des stratégies éditoriales que sur une demande sociale qui, dans le cas du - Nénuphar» s\u2019est développée et maintenue de façon significative durant plus de cinquante ans.?L'ACTION NATIONALE \u2022 37 Le chômage chez les jeunes Vers la fin de 1995, le taux de chômage, pour l\u2019ensemble du Canada, chez les jeunes de 15 à 24 ans qui n\u2019avaient pas l\u2019intention de poursuivre leurs études, était de 18,4% chez les hommes et de 24,5 % chez les femmes.Le taux d\u2019activité chez les jeunes (c\u2019est-à-dire ceux qui travaillent ou cherchent un emploi) avait alors atteint son niveau le plus bas en 20 ans.Annuaire du Canada, 1996. La fiscalité et Vemploi: Inexpérience québécoise récente * Richard Langlois** De l\u2019avis de plusieurs, la définition d\u2019un nouveau pacte fiscal pour le Québec commande une réforme fiscale en profondeur.Dans cette perspective, l\u2019exercice qui fut amorcé par la Commission sur la fiscalité et le financement des services publics en 1996, bien qu\u2019il fut très court, aurait pu constituer le point de départ d\u2019une série de travaux et de consultations publiques pouvant mener à une vraie refonte du dispositif.Encore aurait-il fallu qu\u2019une volonté politique assure le relais.En outre, il fallait à tout prix éviter que l\u2019engagement pris à la Conférence socio-économique de mars 1996, à l\u2019effet de parvenir à annuler le déficit budgétaire d\u2019ici l\u2019an 2000, consacre une stratégie financière qui était déjà trop centrée sur la réduction des dépenses publiques.Voilà en effet plus d\u2019une décennie que nos gouvernements (à 1 instar de ceux de plusieurs autres pays développés) intensifient les mesures de compression et de réduction des dépenses de l\u2019État au nom de la lutte au déficit, quand ce n\u2019est pas carrément en vue d'un désengagement de l\u2019État jugé trop tentaculaire.L\u2019invocation, devenue maintenant incantatoire, d\u2019un fardeau fiscal excessif, des contraintes d une fiscalité compétitive, de la crainte de décourager les initiatives, sert de prétexte pour éviter un examen attentif du dispositif fiscal et Texte présenté au colloque d\u2019octobre 1997 de l\u2019Association d\u2019économie politique, à paraître dans: Objectif plein emploi: le marché, la sociale démocratie ou l\u2019économie sociale?Sous la direction de Diane-Gabrielle Tremblay.Québec : Presses de l\u2019Université du Québec.Colloque de l\u2019Association d\u2019économie politique \"Économiste.Centrale de l\u2019enseignement du Québec L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 39 se dérober face aux exigences d\u2019un effort de financement adéquat et équitablement partagé des services publics.On sait par ailleurs que dans nos économies, toutes les étapes du processus économique sont influencées par la fiscalité : la production, la répartition du revenu, l\u2019épargne, l\u2019utilisation des biens et services, des ressources financières, etc.Les agents économiques ont tendance, dans une certaine mesure, à adapter leurs comportements de consommation, d\u2019investissement, de localisation, d\u2019épargne, d\u2019importation et d\u2019exportation, en fonction de l\u2019environnement fiscal qui les entoure.Les choix économiques sont donc en partie déterminés par la fiscalité.L'État doit par conséquent veiller à effectuer les arbitrages nécessaires à l\u2019atteinte d\u2019une plus grande efficacité économique et d\u2019une plus grande équité sociale.Lorsqu\u2019il parvient à concilier les multiples intérêts divergents qui se manifestent immanquablement, un certain «compromis social» s\u2019installe.Or, c\u2019est à l\u2019érosion de ce « compromis social » auquel nous assistons depuis quelques années au Québec, phénomène qui se traduit notamment par une grogne fiscale montante et par un effritement des solidarités indispensables au bon fonctionnement de la société.On peut certes convenir que les impôts et les taxes n\u2019ont jamais eu la faveur populaire.Mais le dérapage actuel semble indiquer que l\u2019on a dépassé le stade de la simple allergie fiscale.La contestation des taxes et impôts gagne en popularité ; la contrebande, l\u2019économie souterraine et le travail au noir prolifèrent.Le dévoilement récent d\u2019une vaste fraude fiscale dans le secteur de la restauration (on parle de plusieurs centaines de millions $) est venu confirmer ce diagnostic.Les motifs précédents permettent de comprendre l\u2019accueil favorable qui fut réservé à la mise sur pied d\u2019une commission sur la fiscalité, par celles et ceux qui sont préoccupés par les questions d\u2019équité et de financement des services publics.Un fardeau fiscal excessif?Dans la série de conjectures susceptibles d\u2019expliquer l\u2019actuel ressac de la population, vient en premier lieu celle à l\u2019effet que notre fardeau fiscal serait soi-disant trop lourd, À partir de quel seuil un fardeau fiscal devient-il trop lourd?Mystère.Personne n\u2019a jamais pu avancer de chiffre sur ce que devrait être un fardeau fiscal ¦ raisonnable».Pourquoi?Pour la simple et bonne raison qu\u2019il n\u2019existe pas de normes absolues quant à la ponction fiscale que les gouvernements peuvent effectuer dans une économie (Gouvernement du 40 \u2022 L'ACTION NATIONALE Québec, 1996).Le fardeau fiscal d\u2019un pays représente la contrepartie du panier de services publics et de programmes sociaux dont sa population choisit de se doter.Ni plus, ni moins.Bien sûr, pour celles et ceux qui rêvent d\u2019un État minimal, la fiscalité sera toujours trop lourde, d\u2019où les croisades incessantes en faveur d\u2019allégements.Mais il est clair que le malaise est plus profond et que l\u2019insatisfaction a gagné une large frange de la population.Bien que les comparaisons internationales en matière de prélèvement fiscal ne soient pas totalement fiables, elles demeurent abondamment utilisées1 et procurent néanmoins un certain éclairage.À cet égard, la source généralement utilisée provient des études de l\u2019OCDE.On note en premier lieu que parmi les pays du G-7, le Québec est l\u2019une des juridictions ayant le fardeau fiscal le plus élevé.En 1993, seuls l\u2019Italie et la France ont un ratio recettes fiscales/PIB plus élevé (Gouvernement du Québec, 1996).Ainsi, avec 39,6% de sa richesse nationale qui transite par l\u2019État sous forme de taxes et d\u2019impôts divers, le Québec possède certainement un niveau élevé de prélèvement.Toutefois, lorsqu\u2019on élargit le champ de comparaison à l\u2019ensemble des pays de l\u2019OCDE, il se classe au treizième rang parmi les 24 pays membres, ce qui est inférieur à la médiane et environ égal à la moyenne de l\u2019ensemble de la zone.Même la très néolibérale Nouvelle-Zélande affiche un niveau de prélèvement fiscal comparable.Il est donc faux de prétendre (comme plusieurs le font) que la pression fiscale globale est excessive relativement à la majorité des pays occidentaux.Pourtant, l\u2019érosion du niveau de vie d\u2019une part importante de la population québécoise, sous l\u2019effet conjugué de taxes de toutes sortes, semble en revanche bien réelle.Là-dessus, des estimations gouvernementales indiquent qu\u2019entre 1980 et 1993, 74% de l\u2019augmentation de la richesse a été absorbée par la hausse du fardeau fiscal.Bien qu\u2019exactes, ces données reflètent également la faible progression des revenus au cours de cette période ainsi que les répercussions catastrophiques du chômage élevé sur nos finances 1.Dans les statistiques de l'OCDE, les prélèvements obligatoires sont considérés comme tels seulement s\u2019ils sont perçus par une administration publique et non en regard de la fonction qu\u2019ils remplissent.Par exemple, les cotisations de retraite au Canada sont considérées comme des prélèvements obligatoiresparce qu'elles sont perçues par un organisme centralisé public.Mais elles sont exclues en Allemagne parce qu\u2019elles sont gérées par des structures professionnelles.Cela entraîne des écarts purement artificiels.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 4l publiques.En effet, parallèlement à la croissance des prélèvements fiscaux, la part des revenus de transfert dans le revenu total des individus a fortement augmenté au cours de cette période.Vers une atténuation du fardeau fiscal ?Il faut savoir qu'au Canada, le fardeau fiscal total a progressé sensiblement comme en Europe jusqu\u2019en1974.Dans la première moitié des années 1970, les recettes en proportion du PIB ont fortement chuté, contrairement à la tendance observée en Europe.Les déficits qui ont suivi ont poussé les gouvernements à relever les impôts à compter de 1980.De 1981 à 1985, le niveau total des prélèvements fiscaux est demeuré relativement constant, aux environs de 33 % du PIB.Par la suite, le ratio des recettes fiscales au PIB s\u2019est remis à grimper.D\u2019un côté, les impôts et les taxes ont été majorés pour faire face à des charges d\u2019intérêts sur la dette de plus en plus lourdes; d\u2019autre part, la récession économique du début des années 1990 a contribué à hausser le ratio recettes/PIB.Les indications les plus récentes laissent entrevoir un allégement du fardeau fiscal global au fur et à mesure que l\u2019économie se redressera.Quant aux sempiternelles comparaisons interprovinciales, nous en dirons peu de chose sinon qu\u2019il faut les manipuler avec prudence.Par exemple, selon les données du ministère des Finances, le fardeau fiscal au Québec était de 6% plus élevé qu\u2019en Ontario en 1995.On contribue davantage au palier provincial au Québec qu\u2019en Ontario (18%); en revanche, on contribue beaucoup moins au niveau local (-19%).De plus, il importe de noter que les frais de programmes sociaux tels l\u2019assurance-automobile, défrayés de manière privée en Ontario, sont nettement plus élevés qu\u2019au Québec.Puis, lorsqu\u2019elles se limitent à la composante fiscale, les comparaisons entre les diverses juridictions demeurent limitées.Elles omettent ainsi de prendre en considération que le niveau de la fiscalité et les coûts des biens et services tant privés que publics sont des éléments indissociables du niveau de vie des individus et des familles.Le tableau 1, qui intègre ces deux dimensions, compare la situation des ménages habitant Montréal et de ceux habitant d\u2019autres agglomérations urbaines situées en Amérique du Nord (Ministère des Finances, 1994).Il en ressort clairement qu\u2019à Montréal, le coût relativement moins élevé des biens et services compense largement pour le fardeau fiscal supplémentaire que doivent supporter les ménages montréalais en 42 \u2022 L'ACTION NATIONALE comparaison avec ceux de d\u2019autres grandes villes canadiennes et américaines.Ce phénomène s\u2019explique non seulement parce que le prix du logement favorise les consommateurs montréalais, mais aussi par le fait que, en tant que résidents du Québec, ils peuvent bénéficier de nombreux services publics gratuits ou peu onéreux.Bref, de tels résultats illustrent de façon éclatante la nécessité de situer l\u2019analyse du fardeau fiscal dans un contexte économique et social plus large.Ils suggèrent également de se méfier de celles et ceux qui montent aux barricades contre la lourdeur de la fiscalité en agitant le spectre de l\u2019exode massif des contribuables fortunés.Tableau 1 INDICE DU COÛT DE LA VIE POUR L'ENSEMBLE DES COMPOSANTES FISCALES ET NON FISCALES DANS DIVERSES AGGLOMÉRATIONS URBAINES (Montréal = 100) Coût à\tMontréal\tToronto\tVancouver\tBoston\tChicago\tDétroit\tNew York\tPhiladelphie Pers.seule 15 000$\t100,0\t125,3\t115,3\t137,7\t137,1\t118,9\t153,2\t135,8 Couple 1 enf.3 ans 30 000 $\t100,0\t128,9\t111,3\t144,6\t139,9\t131,4\t170,5\t142,1 Pers.seule 30 000 $\t100,0\t109,7\t101,4\t108,6\t105,9\t102,2\t121,7\t107,0 Couple 2 enf.5 et 8 ans 50 000 $\t100,0\t116,7\t107,0\t117,3\t105,0\t102,7\t121,8\t109,2 Pers.seule 100 000$\t100,0\t122,7\t98,5\t99,4\t90,4\t90,5\t101,4\t90,2 Couple 2 enf.17 et 18 ans 100 000$\t100,0\t123,4\t100,0\t111,2\t98,8\t100,6\t112,8\t101,1 Source : Ministère des Finances, La fiscalité des particuliers et le coût de la vie Quoi qu\u2019il en soit, il est vrai que le niveau élevé de sous-utilisation de nos ressources humaines a accru sensiblement la charge fiscale des personnes actives.De plus, l\u2019évolution récente de notre structure fiscale a modifié sensiblement la répartition du fardeau des taxes entre les diverses catégories de contribuables.Par ailleurs, avec le développement accéléré du travail autonome, une réalité à laquelle le système fiscal ne s\u2019est guère adapté, les salariés (et singulièrement ceux de la L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 43 classe moyenne) sont devenus des cibles de choix.Enfin, la répartition inéquitable du fardeau entre les entreprises et les particuliers, de même que la montée de l\u2019évasion fiscale, ont accentué la perception de lourdeur excessive des ponctions de l\u2019État.Alors trop taxés les Québécoises et les Québécois?Peut-être.Mais surtout mal taxés.Le mythe du système fiscal fortement redistribute Un autre ballon qu\u2019il convient de dégonfler est le caractère soi-disant fortement redistributif de notre dispositif fiscal.On sait que l\u2019inégalité des revenus issus du marché a fortement augmenté depuis une vingtaine d\u2019années.En 1973, le revenu gagné par les 20% les plus riches représentait 41 fois celui des 20% les plus pauvres.En 1993, ce ratio s\u2019élevait à 193! Heureusement, l\u2019intervention de l\u2019État a permis d\u2019atténuer grandement ce degré de disparités.En ajoutant les revenus de transferts (avant prélèvement des impôts), le même ratio est passé de 10 à 9 entre 1973 et 1993- Après impôts, il diminuait de 9 à 7 (Gouvernement du Québec, 1996).Ces résultats appellent trois remarques.Premièrement, ces données montrent clairement que l'effet redistributif provient beaucoup plus des transferts sociaux que de la fiscalité.Deuxièmement, le choix de la période (1973 à 1993) teinte assurément les résultats dans la mesure où d\u2019importantes réformes fiscales ont remodelé l\u2019impôt fédéral et l\u2019impôt québécois au milieu des années 1980, les rendant moins progressifs.En prenant pour année de référence l\u2019année 1984 par exemple, on obtiendrait des résultats sensiblement différents.Troisièmement, et c\u2019est là à notre avis la principale lacune de ce type d\u2019étude ; on porte un jugement sur la totalité du système fiscal à partir des seuls effets de l\u2019impôt sur le revenu.Or, le Canada est le pays de l\u2019OCDE qui recoure le plus aux taxes sur les biens et services, des taxes nettement régressives qui atténuent grandement la progressivité du système pris globalement.Par conséquent, afin d\u2019obtenir une idée plus juste de l\u2019impact redistributif de notre système fiscal, il faut non seulement prendre en compte toutes les taxes et tous les impôts, mais également formuler des hypothèses concernant le report possible de leur fardeau sur d\u2019autres agents.Par exemple, on sait que les entreprises, peuvent faire supporter une partie de leurs taxes par leurs employés et par les consommateurs.Une étude analysant les incidences de l\u2019ensemble du système fiscal au Canada entre 1951 et 1988 (incluant les taxes 44 \u2022 L'ACTION NATIONALE fédérales, provinciales et locales), a été réalisée par Vermaeten et al.Des principaux résultats, il se dégage que : \u2022 (.) les taux moyens d\u2019impôt pour les 10 pour cent des familles les plus pauvres et les 2 pour cent des familles les plus riches ont baissé, alors que les taux d\u2019imposition pour la majorité des autres familles ont augmenté; alors qu 'en 1951 l\u2019incidence des impôts était régressive pour les gens à revenu faible et fortement progressive pour les gens dans la couche supérieure des revenus, la structure ressemble maintenant à un système à taux unique avec une certaine progressivité pour les familles à faible revenu et pour les 2 pour cent des familles les plus riches.- (Vermaeten et al., 1995) Voilà qui pourrait faire réfléchir les promoteurs de l\u2019impôt à taux unique ! Le graphique 1 illustre de façon évidente la faible progressivité du dispositif fiscal canadien en 19882.Le scénario standard correspond à une situation où il y a un degré modéré de report d\u2019impôt des entreprises vers d\u2019autres agents ; le scénario progressif, un faible degré de report et le scénario régressif, un fort degré de report.Rappelons qu\u2019il s\u2019agit de résultats reflétant la situation canadienne et qui ne peuvent être intégralement transposés au Québec sans certains ajustements.Toutefois, ils donnent un ordre de grandeur du degré de progressivité (et par-delà de l\u2019équité) du système fiscal québécois.Compte tenu des mesures fiscales adoptées au fédéral et au Québec depuis 1988 (l\u2019adoption des taxes sur la valeur ajoutée notamment, TPS et TVQ) on peut raisonnablement supposer que le système fiscal actuel est encore moins progressif, et donc moins redistributif que ce qu\u2019indique l\u2019étude Vermaeten et al.Par ailleurs, dans un régime fiscal équitable, le fardeau fiscal total devrait être basé sur le niveau de revenu, quelle que soit sa provenance, et tous les contribuables se trouvant dans la même situation financière devraient payer le même montant d\u2019impôt.Selon les calculs que nous avons effectués à partir des statistiques fiscales du Québec de 1993, le taux effectif d\u2019imposition varie sensiblement en fonction de la source principale de revenus.Le tableau 2 montre que les détenteurs de capitaux demeurent les contribuables les plus 2.Les données sont tirées du document 19 (p.27) de la collection publiée lors de la consultation publique sur la fiscalité en 1996 et proviennent de l\u2019article de Vermaeten, Vermaeten et Gillespie (1994), ¦ Tax incidence in Canada-, Revue fiscale canadienne 42, 348-416.L'ACTION NATIONALE \u2022 45 choyés avec un taux effectif moyen d\u2019imposition qui atteint à peine 6,7%.Les salariés sont pour leur part imposés à 14,2% en moyenne.De toute évidence, en perdurant, ce traitement inégalitaire des revenus du travail par rapport à ceux du capital mine la crédibilité de notre système fiscal.Graphique 1 TAUX EFFECTIFS DE TAXATION AU CANADA (1988 EN %) à 150 et plus Revenus (en milliers $) ?\tScénario standard B\tScénario progressif -A- Scénario régressif 46 \u2022 L'ACTION NATIONALE Tableau 2 TAUX EFFECTIF D'IMPOSITION SELON LA SOURCE PRINCIPALE DE REVENUS Québec-1993 Source principale de revenus\tTaux effectif d\u2019imposition Emploi\t14,2% Placements\t12,3% Affaires\t10,1 % Gains en capital\t6,7% Calculs effectués à partir des statistiques fiscales de 1993 Les ENTREPRISES ET LE MANTRA DE LA COMPÉTITIVITÉ FISCALE Cela en étonnera sans doute certains.Malgré les sempiternelles complaintes du monde patronal qui nous décrit le Québec comme en enfer fiscal, nos entreprises sont loin d\u2019être surtaxées lorsqu\u2019on les compare avec celles de la zone OCDE.Leurs charges totales (mesurées avec le ratio charges fiscales et parafiscales/PIB) atteignent 21,5% du PIB alors que les pays du G-7 se situent dans une fourchette qui varie de 18% à 40% (Gouvernement du Québec, 1996).En revanche, selon ce même indicateur, elles auraient un fardeau fiscal plus élevé que celles des autres provinces canadiennes.Cela peut s\u2019expliquer en partie par le fait que certaines sociétés qui œuvrent dans plusieurs provinces cherchent, afin de profiter des faibles taux d\u2019imposition en vigueur chez nous, à imputer la part la plus élevée possible de leur revenu imposable au Québec.Cela a pour effet d\u2019accroître la valeur de leur fardeau fiscal exprimé en pourcentage du PIB.De plus, ce type de comparaison exclut les taxes à la consommation et les taxes locales, qui sont souvent plus élevées ailleurs au Canada.Résultat : on surestime l\u2019écart entre le Québec et les autres provinces.Enfin, il faut relever le fait que les règles fiscales qui déterminent le revenu imposable des entreprises, les régimes publics et leur financement, de même que les types d\u2019impôts et taxes prélevés auprès des entreprises, diffèrent d\u2019une juridiction à l\u2019autre, rendant les comparaisons d\u2019autant plus difficiles à interpréter.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 47 Mais trêve de comparaisons, revenons à l\u2019essentiel du débat autour de la compétitivité fiscale.Dans un document portant sur la fiscalité des entreprises, le ministère de Finances écrit que : \u2022 L\u2019internationalisation des marchés ainsi qu\u2019une mobilité accrue des capitaux incitent le Québec à mettre en place un régime fiscal des sociétés qui soit compétitif par rapport à celui de ses principaux partenaires commerciaux \u2022 (Gouvernement du Québec, 1996).Certes, il est vrai que la mondialisation a modifié les termes du débat fiscal.L\u2019ouverture débridée des économies a provoqué une régression des systèmes fiscaux dans plusieurs pays.L\u2019extension du libre-échange a entraîné une mise en concurrence des systèmes fiscaux, poussant à ce qu\u2019on pourrait qualifier de dumping fiscal généralisé (Le Duigou, 1995).La délocalisation potentielle de certaines activités, et donc de revenus fiscaux éventuels, fait désormais partie intégrante du paysage.Mais il ne faut pas exagérer.Pour la plupart des entreprises, les taxes ne représentent qu\u2019un faible pourcentage des frais généraux.Avant de s\u2019installer quelque part ou d\u2019effectuer un investissement, elles attachent souvent plus d\u2019importance aux frais se rattachant à l\u2019immobilier, à la main-d\u2019œuvre, aux matières premières, à l\u2019énergie ou au transport.La qualité des infrastructures sociales influe également sur leurs choix de localisation.À cet égard, une étude récente effectuée pour le compte de la Banque Royale et de l\u2019Ontario Hydro (KPMG, 1997) présente une comparaison des coûts des entreprises œuvrant au Canada, en Europe et aux États-Unis.Avec cette étude, qui porte sur 8 secteurs d\u2019activités présents dans 42 villes nord-américaines et européennes, la firme KPMG dévoile des résultats tout simplement accablants pour ceux qui continuent de colporter que la taxation des entreprises est trop élevée au Canada.Le Canada est non seulement un pays où les taxes des entreprises sont parmi les plus faibles, mais cela est également vrai pour l\u2019ensemble de leurs coûts ! Sur les 20 villes où les coûts d\u2019investissement sont les plus bas, 17 sont canadiennes ! Par conséquent, en multipliant les allégements fiscaux aux entreprises, nos gouvernements surestiment grandement l\u2019incidence de la fiscalité sur les décisions d\u2019investissements et sur leur localisation.Cette remarque vaut également pour les taxes sur la masse salariale que l\u2019on accuse un peu trop rapidement de détruire l\u2019emploi, alors qu\u2019aucune preuve sérieuse n\u2019a jusqu\u2019à ce jour validé cette affirmation.48 \u2022 L'ACTION NATIONALE Les cotisations sociales au banc des accusés À écouter les ténors du monde patronal, les - taxes sur la masse salariale \u2022 assumées par les entreprises dissuaderaient énormément la création d\u2019emplois.Ces -charges sociales- seraient si excessives qu\u2019elles expliqueraient pour une large part la grave stagnation du marché de l\u2019emploi que nous connaissons.Ce discours, repris par nombre d\u2019observateurs et de commentateurs, gagne de plus en plus d\u2019adeptes.Pourtant, en creusant un peu, les choses sont loin d\u2019être aussi claires.Notons au passage le caractère biaisé de la terminologie dans ce débat.L\u2019utilisation récurrente d\u2019expressions péjoratives comme -charges sociales» et «taxes sur la masse salariale» pour désigner les contributions aux programmes sociaux s\u2019inscrit dans la campagne de dénigrement dont ces derniers sont victimes.Préférable est l\u2019expression «cotisation sociale».Quoi qu\u2019il en soit, il faut rappeler que même si les contributions patronales aux programmes sociaux ont augmenté au Canada et au Québec, elles se situent à un niveau singulièrement bas par rapport à celles des pays de l\u2019OCDE.Respectivement à 4,1 % et 5,5% du PIB (données de 1993), elles atteignent un niveau nettement inférieur à la moyenne des pays du G-7 qui s\u2019élève à 8%.Des pays comme la France (13,6%) et l\u2019Italie (14,8%) recourent d\u2019ailleurs beaucoup plus fortement à ce type de contributions pour financer la protection sociale.Tableau 3 COTISATIONS SOCIALES DES ENTREPRISES EN % DU PIB EN 1993 Pays\tCot.soc./PIB Québec\t5,5 Canada\t4,1 États-Unis\t5,2 Italie\t14,8 Allemagne\t8,5 Royaume-uni\t3,8 France\t13,6 Japon\t6,1 Source : OCDE et ministère des Finances du Québec L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 49 En revanche, il est vrai que le Québec demeure la province canadienne où les cotisations sociales des entreprises sont les plus élevées, les autres provinces se situant à l\u2019intérieur d\u2019une fourchette variant de 2,6% à 4,4% du PIB.On s\u2019étonne tout de même que cette question soulève autant de tollés puisque de nombreuses études estiment qu\u2019à long terme, les employeurs ne supportent qu\u2019une faible part des cotisations sociales.À cet égard, les résultats d\u2019une revue exhaustive de la littérature montrent qu\u2019à long terme, environ 80% du fardeau de ces taxes imposées aux employeurs sont reportées sur les travailleurs (Dahlby, 1993).Une étude gouvernementale conclut même qu\u2019à long terme, ces taxes ont plus d\u2019impact sur les salaires que sur l\u2019emploi.De toute évidence, les employeurs ont le pouvoir d\u2019arbitrer les salaires directs avec les avantages sociaux et ils ne s\u2019en privent pas.Mais ce pouvoir n\u2019est pas illimité et il semble tout de même qu\u2019une portion des cotisations ne soit pas reportée et qu\u2019elle contribue à court terme à augmenter légèrement le coût de l\u2019emploi pour les entreprises.Même l\u2019OCDE concède dans une étude récente portant sur le coût du travail et l\u2019emploi que toutes les tentatives de relier les cotisations sociales et le chômage ne font apparaître aucune corrélation significative entre les deux variables (OCDE, 1994).Par conséquent, il serait hasardeux de compter sur une baisse de cotisations sociales pour faire reculer significativement le chômage.Cette vision est également partagée par une foule d\u2019analystes qui se sont penchés sur la question.En somme, tout semble indiquer que la fameuse compétitivité dont on nous rabat les oreilles continuellement repose davantage sur le coût global des entreprises que sur celui de l\u2019une de ses composantes, qu\u2019il s\u2019agisse des salaires, de la fiscalité ou de la parafiscalité.Les observations précédentes ne signifient pas pour autant que le statu quo soit souhaitable en matière de cotisations sociales.À l\u2019époque où la salarisation de la société avait le vent dans les voiles et où le chômage était négligeable, la masse salariale représentait une assiette fiscale en expansion rapide et cette dynamique assurait à l\u2019État un volume croissant de recettes publiques.Or, le chômage élevé, conjugué avec le développement des emplois non standards (travail précaire et autonome) et le vieillissement de la population, ont provoqué une érosion de cette assiette fiscale.En outre, le caractère régressif de ces prélèvements a souvent été souligné.On sait en effet que la présence de taux uniformes et de 50 \u2022 L'ACTION NATIONALE plafonds assurables a pour effet de pénaliser les secteurs à haute utilisation de main-d\u2019œuvre par rapport aux branches plus capitalistiques3, en plus de réduire l\u2019assiette de prélèvement.Le phénomène est relativement bien documenté.Ces motifs militent en faveur d\u2019une refonte des prélèvements sociaux en vue de les rendre plus efficaces et plus équitables et, pourquoi pas, plus incitatifs à l\u2019embauche.Mais gardons-nous bien d\u2019anticiper une miraculeuse relance de l\u2019emploi.La fiscalité et l'emploi : LES ORIENTATIONS DE LA COMMISSION SUR LA FISCALITÉ Dans son rapport, la Commission sur la fiscalité a souscrit à plusieurs des arguments évoqués précédemment même si le degré d\u2019appréciation pouvait parfois différer C\u2019est l\u2019éternelle différence de perception entre le verre à demi plein et le verre à demi vide.De manière plus spécifique, elle a consacré un chapitre entier à l\u2019enjeu du développement de l\u2019emploi et formulé une quinzaine de propositions destinées à rendre le système fiscal plus efficace à cet égard (Commission sur la fiscalité et le financement des services publics, 1996).Fait à souligner, sur la question du fardeau fiscal, elle s\u2019est rangée du côté de la très grande majorité des groupes, individus et experts qu\u2019elle a entendus à savoir, que la ponction fiscale globale ne devrait pas augmenter au Québec et ce, ni pour les entreprises, ni pour les particuliers.Cette balise très restrictive a donc teinté l\u2019ensemble du rapport et conséquemment, la quasi-totalité des propositions sur l\u2019emploi a consisté en des réaménagements de la structure fiscale existante.On ne s\u2019étonnera pas non plus, compte tenu des rapprochements idéologiques qui s\u2019avéraient parfois difficiles au sein de la Commission - c\u2019est bien sûr un euphémisme -, qu\u2019aucun consensus ne soit intervenu au sujet de la délicate question du repartage du fardeau fiscal entre les divers agents économiques ou les classes de revenus.Comme on pouvait s\u2019en douter, la fiscalité des entreprises a été au cœur du débat et la Commission a tranché en proposant d\u2019abaisser les taxes sur le capital et sur la masse salariale et de hausser, en contrepartie, l\u2019impôt sur les profits.L\u2019idée était de moduler l\u2019effort fiscal des entreprises en fonction de la conjoncture économique en modifiant 3.La discussion porte ici sur les cotisations des entreprises mais on peut formuler la même critique envers les cotisations des salariés qui pénalisent ceux qui sont au bas de l\u2019échelle.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 51 la part relative des charges fixes et des charges variables.Un tel modèle était jugé davantage favorable à la création d\u2019emplois.Le tout devait toutefois s\u2019effectuer à fardeau constant.En effet, considérant l\u2019état des finances publiques, il était jugé primordial de procéder de façon à ce que la réforme n\u2019engendre pas de coût pour l\u2019État.La Commission avait également le mandat de proposer des moyens d\u2019assurer un financement adéquat des services publics.Elle a donc pressé le gouvernement de procéder à une évaluation en profondeur de la structure fiscale des institutions financières entre autres, pour modifier les dispositions en matière de report des impôts et de taxation des transactions financières.Par ailleurs, l\u2019idée (suggérée par plusieurs) d\u2019implanter un impôt minimum dans la structure de taxation des entreprises a été examinée attentivement.On sait qu\u2019un tel mécanisme existe en Ontario ainsi qu\u2019au États-Unis et que son absence au Québec soulève l\u2019indignation de plusieurs, qui estiment avec raison que toutes les entreprises profitables devraient contribuer davantage aux finances de l\u2019État.La Commission n\u2019a pas retenu une telle avenue, jugeant qu\u2019un réexamen en profondeur des dépenses fiscales des entreprises était préférable en vue d\u2019atteindre l\u2019objectif précédent.Elle a par conséquent formulé des propositions visant à resserrer ou même à abolir certaines mesures fiscales préférentielles destinées aux entreprises.À cet égard, la proposition la plus importante concernait l\u2019aide fiscale à l\u2019égard de la recherche-dévelopement (R-D).Pour la Commisssion, l\u2019injection annuelle de plusieurs centaines de millions $ en fonds publics dans la R-D justifiait le gouvernement de prendre tous les moyens nécessaires pour que cette aide fiscale serve à des projets ayant un maximum de retombées en termes de création d\u2019emplois et d\u2019investissements.En outre, la Commission a noté que le crédit pour R-D à l\u2019égard des technologies de l\u2019information (développement de logiciels) avait des allures de passoire et que par conséquent, son efficacité était douteuse.Elle a donc recommandé que l\u2019État limite significativement cette dépense fiscale sans toutefois aller jusqu\u2019à jeter le bébé avec l\u2019eau du bain.Dans la même optique, elle a suggéré qu\u2019on modifie ou qu\u2019on abolisse carrément d\u2019autres dépenses fiscales jugées coûteuses, inéquitables et inefficaces.Au chapitre des mesures fiscales plus directement orientées vers la création d\u2019emplois, la Commission s\u2019est inspirée des suggestions 52 \u2022 L'ACTION NATIONALE qui lui ont été soumises lors des audiences publiques et y est allé de quelques propositions de son cru.Quatre types de mesures ont été examinées : 1)\tdes mesures destinées à attirer les investissements étrangers ; 2)\tdes modalités de partage du temps de travail ; 3)\tdes mesures favorisant la structuration de l\u2019offre dans le domaine de l\u2019économie sociale ; 4)\tla mise en place d\u2019une contribution de solidarité sociale pour la création d\u2019emplois.En ce qui a trait aux investissements étrangers, l\u2019idée était de doter le Québec d\u2019un ensemble cohérent de mesures incitatives, incluant une aide fiscale particulière, pour attirer ici des entreprises oeuvrant dans des domaines d\u2019activités spécialisées.Comme deuxième volet, la formule du partage du temps de travail, malgré les difficultés qu\u2019elle comporte, est apparue promeneuse aux yeux des commissaires, dans la mesure où elle s\u2019appuie sur l\u2019adhésion des travailleurs et des employeurs.Ne voulant pas entrer dans la quincaillerie, la Commission a suggéré de confier à la Société québécoise de développement de la main-d\u2019œuvre (SQDM) le mandat d\u2019élaborer une mesure spécifique.Par ailleurs, dans le but de soutenir le développement de la demande et de mieux structurer l\u2019offre dans le domaine de l\u2019économie sociale, la Commission a invité le gouvernement à déployer une stratégie fiscale appropriée.Enfin, partant du constat que la crise de l\u2019emploi frappe plus durement les nouveaux arrivants sur le marché du travail ainsi que les individus ayant une expérience limitée, la Commission a estimé urgent d\u2019instaurer un fonds d\u2019urgence destiné à la création d\u2019emplois, en accordant la priorité à l\u2019emploi chez les jeunes.Le fonds devait être alimenté à même une contribution de solidarité sociale consentie par les particuliers et les entreprises.Cette proposition devait être soumise au Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi qui s\u2019est tenu à Montréal en octobre 1996.La réforme fiscale : rien de majeur Suite au dépôt du rapport de la Commission sur la fiscalité, on a pu à deux occasions tester le degré de volonté politique du gouvernement du Québec, de mettre en œuvre une réforme fiscale L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 53 d\u2019envergure : le Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi de l\u2019automne 1996 et le budget de 1997.Dans un premier temps, les participants au Sommet économique ont entériné le principe d\u2019une contribution de solidarité sociale mais non sans l\u2019avoir amputée des deux tiers.Il en est ressorti en bout de course un fonds de 250 millions $ pour une période de trois ans.C\u2019est relativement peu et il reste à voir à quels projets précis servira le financement.Mais on peut d\u2019ores et déjà craindre que ce fonds serve surtout à colmater les brèches importantes que le gouvernement a lui même créées dans la sécurité du revenu.Le Sommet a également retenu l\u2019idée d\u2019alléger les - taxes sur la masse salariale» mais en préconisant un mécanisme plus astucieux qu'une simple baisse des taux.Il s\u2019agit d\u2019accorder un remboursement de ces contributions aux entreprises créant des emplois à plein temps.On s\u2019est donc servi de l\u2019allégement pour inciter les entreprises à créer de nouveaux emplois plutôt qu\u2019à recourir au temps supplémentaire, ce qui devrait favoriser un meilleur partage de l\u2019emploi existant.Quelques mois plus tard, le gouvernement a même bonifié cette mesure dans son budget de 1997 (Ministère des Finances, 1997).Or, parallèlement, il élargissait de façon injustifiable la définition d\u2019emploi à plein temps, la ramenant de 30 heures/sem à 26 heures/sem.En abaissant ainsi la barre, le gouvernement a donc envoyé des signaux contradictoires aux entreprises.Dans ce même budget, le ministre des Finances a aussi annoncé en grande pompe une réforme fiscale.Partant du constat que l\u2019impôt sur le revenu des particuliers au Québec est le plus élevé au Canada, il a décidé de suivre la tendance canadienne en l\u2019abaissant à partir de 1998.On sait que l\u2019Ontario a emprunté cette voie et qu\u2019elle se prépare à aller plus loin d\u2019ici 1999.Les objectifs que prétend rechercher Québec sont : -\tla réduction du fardeau fiscal des contribuables ; -\tla recherche d'une plus grande équité ; -\tl'amélioration de la situation fiscale des contribuables à faibles revenus ; -\tla simplification du régime fiscal.Divers moyens sont déployés à eerie fin, dont l\u2019adoption d\u2019une nouvelle table d\u2019imposition, des crédits d\u2019impôt plus généreux, un régime simplifié, une hausse de la taxe de vente, etc.54 \u2022 L'ACTION NATIONALE Pour apprécier correctement les répercussions de cette réforme sur le revenu disponible des ménages, il faut considérer l\u2019ensemble des changements qui seront apportés à l\u2019impôt sur le revenu et à la taxe de vente.Comme pour les deux premières années d\u2019application (1997-1998 et 1998-1999), la réforme s\u2019effectuera à coût nul pour l\u2019État, cela signifie que globalement, les ménages donneront d\u2019une main ce qu\u2019ils auront gagné de l\u2019autre.Ce n\u2019est que la troisième année qu\u2019ils profiteront de modestes gains.Sur le plan de l\u2019équité, les changements (dont on ne pourra mesurer les incidences réelles que dans quelques années) ne devraient pas modifier significativement la répartition du fardeau fiscal, ni entre les entreprises et les particuliers, ni entre les diverses catégories de revenus.Il semble néanmoins acquis que les travailleurs à faibles revenus verront leur sort s\u2019améliorer, notamment en raison du relèvement des seuils d\u2019imposition et l\u2019introduction d\u2019une déduction forfaitaire.Ce genre d\u2019ajustements ponctuels ne doit toutefois pas occulter le fait qu\u2019une véritable indexation de l\u2019impôt sur le revenu serait nettement plus profitable à cette catégorie de contribuables.De leur côté, les contribuables à revenu élevé profiteront également de l\u2019exercice puisqu\u2019on n\u2019a pas donné suite aux recommandations de la Commission sur la fiscalité concernant le resserrement de plusieurs dépenses fiscales.Compte tenu de son faible niveau, l\u2019adoption d\u2019une taxe sur les véhicules de luxe apparaît dans ce contexte plus symbolique qu\u2019autre chose.Et la classe moyenne?Les données préliminaires et incomplètes semblent indiquer qu\u2019elle y gagnera mais comme pour les autres catégories de contribuables, il est difficile d\u2019y voir clair sans prendre en compte les effets d\u2019une foule d\u2019autres mesures apparaissant dans le Budget ou qui furent annoncées avant.On pense ici à la hausse des taxes sur le tabac et des droits d\u2019immatriculation ainsi qu\u2019au délestage massif de factures vers le palier local.Il serait étonnant que cette dernière annonce ne se répercute pas au moins partiellement sur le niveau des taxes locales.On pense également aux récentes hausses des taxes scolaires et des tarifs d\u2019électricité ainsi qu\u2019à l\u2019adoption de la contribution de solidarité.En ce qui a trait au volet fiscalité et emploi, le gouvernement est allé plus loin pour tenter d\u2019attirer les investisseurs.Il a en effet adopté des mesures fiscales ciblées dont un congé de taxe sur le capital pour L'ACTION NATIONALE \u2022 55 les nouveaux investissements, une bonification de la déduction pour amortissement accéléré, un congé fiscal de cinq ans pour les nouvelles sociétés, de même que de nouvelles subventions directes.Le développement de l\u2019économie sociale sera encouragé non pas par le biais de la fiscalité mais par de l\u2019aide directe, ce qui devrait créer quelques milliers d\u2019emplois.Alors que dire de cette réforme fiscale que le ministre des Finances qualifie d\u2019historique?Premièrement, malgré certains efforts déployés pour simplifier le système, disons plutôt qu\u2019elle est globalement modeste et qu\u2019elle ne devrait pas modifier sensiblement la répartition du fardeau fiscal.Les centaines de millions $ qui seront brassés se traduiront par une série d\u2019ajustements dans la structure fiscale québécoise et ce, en vue de préserver une certaine compétitivité avec le dispositif fiscal ontarien.Le ministre des Finances se vante d\u2019avoir repris plusieurs recommandations de la Commission sur la fiscalité mais la sélection qu\u2019il a effectuée est plutôt limitée, particulièrement au chapitre de la révision des dépenses fiscales.Côté emploi, malgré certaines mesures positives, c\u2019est toute la trame de fond qui soulève des interrogations.L\u2019essentiel de la stratégie consiste en effet à tenter de relancer l investissement privé par l\u2019utilisation de divers leviers financiers et fiscaux destinés aux entreprises.À cet égard, il est d\u2019ailleurs assez paradoxal de voir s\u2019ajouter de nouvelles dépenses fiscales alors que, de l\u2019avis quasi général, il faudrait plutôt faire le ménage dans celles qui existent.En outre, on peut anticiper qu\u2019à terme, les allégements de cotisations salariales devront être compensés par d\u2019autres prélèvements, sans doute puisés dans les goussets des ménages.Bien que bénéfiques aux entreprises, les scénarios visant à transférer certains prélèvements sociaux vers les ménages n\u2019ont probalement que peu d\u2019incidences positives sur le volume de l\u2019emploi.De toute façon, aucune simulation n\u2019est avancée pour appuyer les orientations retenues.Plus grave cependant, de telles mesures produisent d\u2019importants effets pervers.Elles ouvrent en effet la porte à une accentuation de la déresponsabilisation sociale des entreprises.De plus, elles s\u2019inscrivent dans la logique d\u2019abaissement du coût du travail qui consiste, on le sait, à sacrifier les besoins sociaux sur l\u2019autel de la compétitivité.Enfin, elles appellent presque inévitablement des contre-mesures de la part des concurrents, lesquelles annuleraient les effets positifs escomptés.56 \u2022 L'ACTION NATIONALE De toute évidence, on ne décèle aucune intention à Québec d\u2019initier une réforme fiscale qui modifierait sensiblement les principaux paramètres du dispositif.On semble plutôt obnubilé par le déficit zéro et complètement mobilisé par les contrecoups de la spirale de coupes budgétaires qui, on le sait, tient désormais lieu de stratégie financière.Sortir de ce carcan exigera que l\u2019on délaisse le credo de la compétitivité fiscale et qu\u2019on élargisse la perspective, notamment en regard de la question de l\u2019emploi.Il faudra entre autres amener les entreprises, par le biais de mesures fiscales, à véritablement internaliser la préoccupation de l\u2019emploi dans leur gestion plutôt que d\u2019en rejeter continuellement les coûts sur la société.À ce moment seulement, on pourra rêver à un authentique pacte fiscal favorisant une croissance plus riche en emplois.Mais dans le contexte actuel, il y a probablement lieu de questionner l\u2019idée même que l\u2019outil fiscal puisse s\u2019avérer un moyen efficace de relance de l\u2019emploi.La nature occulte de l\u2019aide fiscale consentie et la quasi-impossibilité de mesurer les incidences en termes d\u2019emplois créés nous font plutôt croire à une vaste supercherie redistributive en faveur des entreprises.Bibliographie COMMISION ONTARIENNE SUR L\u2019ÉQUITÉ FISCALE (1994), Rapport final.DAHLBY, B.(1993), ¦Payroll taxes», dans A.M.Maslove, éditeur, Business taxation in Ontario, Toronto : University of Toronto Press.GOUVERNEMENT DU QUÉBEC (1996a), Les finances publiques du Québec, document thématique n° 3 de la 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coût de la vie : comparaison entre Montréal et différentes villes nord-américaines-, Québec.MINISTÈRE DES FINANCES (1997), Discours sur le budget.MINISTÈRE DES FINANCES DU CANADA (1994), Programme: emploi et croissance, un nouveau cadre de politique économique.OCDE (1994), Coût du travail et emploi : une nouvelle donne, groupe Perspectives économiques, présidé par Gérard Maarek, Paris, La Documentation française.VERMAETEN, A., VERMAETEN, F., ET GILLESPIE, W.I.(1995), Who paid the taxes in Canada, 1951-1988?, dans Analyse des politiques, XXI n° 3.?(-\" ^ Pour aider à lire le présent et à imaginer l\u2019avenir Les Cahiers d\u2019histoire du Québec au XXe siècle Revue semestrielle (printemps-automne) organe du Centre de recherche Lionel-Groulx Abonnement annuel : 35 $ ; le numéro 19,95 $ Téléphone: (514) 272-1373 ou 1 888 272-1373 Diffuseur : Les Publications du Québec L' 58 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le journal The Gazette et la question nationale pendant les six derniers mois de 1997 Claude-G.Charron* Dans les mois à venir, j\u2019aurai la lourde tâche d'informer les lecteurs de L'Action nationale des perles cultivées dans les pages éditoriales du journal The Gazette en ce qui concerne la question constitutionnelle.Surtout depuis un certain 30 octobre, il y a dans le seul quotidien anglo-montréalais une progression constante du niveau d\u2019agressivité envers le nationalisme québécois.Cette agressivité se faufile de plus en plus dangereusement et jour après jour dans le traitement qu\u2019on accorde à tout ce qui touche ce que le journal dénomme : the National Unity Question.En fait, la direction du seul quotidien anglophone de Montréal agit depuis quelques années selon la mission qu\u2019il s\u2019est donné : rétablir le rapport de force qui prévalait avant la Révolution tranquille.Cette politique éditoriale n\u2019est pas seulement aliénante pour la communauté anglo-québécoise.À plus ou moins long terme, elle pourrait également, si elle se perpétue, détériorer gravement les rapports existant entre la majorité francophone et la minorité anglophone, des rapports qui demeurent encore assez harmonieux malré tout.Dans cette première chronique, je convie le lecteur à survoler les parutions des six derniers mois de 1997.En juillet, le spectre de De Gaulle hante The Gazette.En juillet 1997, le trentième anniversaire du fameux cri du général De Gaulle est souligné dans The Gazette en y occupant un espace tel \u2019Membre de l\u2019IPSO, (Les intellectuels pour la souveraineté) Auteur de La partition du Québec de Lord Durham à Stéphane Dion L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 59 que cela nous permet en quelque sorte de jauger tout le traumatisme qu\u2019a causé l\u2019événement chez les Anglo-Montréalais.Le 24, jour même de cet anniversaire, Aislin transmet tout leur ressentiment dans une accrocheuse caricature.On y voit la gestuelle du personnage historique, fin prêt pour lancer son célèbre vivat.Mais en lieu et place, c\u2019est un «Merde» retentissant qui sort de la bouche du général en même temps qu\u2019il reçoit une tarte à la crème en plein visage.En légende, Aislin crie sa déception : «Dommage que, trente ans plus tôt, personne n\u2019ait eu le courage de fermer la trappe de ce vieux sénile ».À l\u2019instar d\u2019Aislin, les médias anglophones avaient souvent évoqué la sénilité du géant, alors âgé de 76 ans, pour dénigrer une audace qui eut l\u2019heur de provoquer des ondes de choc mémorables au Canada anglais.Mais à l\u2019heure où l\u2019on tente de démontrer l\u2019illégalité de la démarche référendaire, The Gazette semble préférer la thèse qui veut que De Gaulle se soit senti investi du rôle de «Grand libérateur» des «Français canadiens».Cette interprétation de la visite du général a d\u2019ailleurs déjà été faite en 1974 par Michael Goldblomm, l\u2019actuel editor de The Gazette, alors qu\u2019il défendait sa thèse de doctorat.Le 20 juillet, à la veille du dévoilement d\u2019une statue contestée à l\u2019honneur de De gaulle, The Gazette publie trois pleines pages de la thèse de son editor.Le directeur du journal anglo-montréalais y soutient que ce n\u2019est pas la sénilité qui a motivé De Gaulle mais l\u2019âge avancé y est quand même pour quelque chose puisqu\u2019il se désespérait, écrit-il, du peu de temps qui lui restait pour marquer en permanence de son empreinte le rôle qu\u2019il voulait donner à la France dans le monde.Un de ces rôles était de «libérer» les «Français canadiens».Goldbloom écrit que l\u2019organisation de la visite avait été préparée selon un plan précis, concerté avec le gouvernement de Daniel Johnson.Il y a d\u2019abord eu le refus, de la part de De Gaulle, d\u2019inaugurer la visite à Ottawa comme l\u2019avait manifesté le gouvernement canadien.Le général devait donc arriver à Québec par voie fluviale et descendre très symboliquement du Colbert, un croiseur de la Marine française, au pied des Plaines d\u2019Abraham à l\u2019Anse au Foulon dénommée Wolfe\u2019s Cove par les anglophones, souligne Goldbloom.Il fait remarquer ensuite que, pour son périple vers Montréal, de Gaulle portait le costume militaire.Et le pdg de The Gazette d\u2019ajouter que, même si ce n\u2019était pas aussi évident qu\u2019à Montréal, toutes les 60 \u2022 L'ACTION NATIONALE harangues du général aux foules lors des escales le long du Chemin du Roy avaient une saveur sécessionniste à peine voilée.Michael Goldbloom s\u2019appuie sur L\u2019année politique en France -1967', pour démontrer que le général manifestera clairement son hostilité envers les États-Unis et la Grande-Bretagne au cours des derniers jours de juillet.Bonne façon pour les Anglo-Montréalais de se faire des alliés chez leurs cousins ! Cette supposée ¦ haine des Anglais » de De Gaulle pourra un jour être utilisée.Elle aurait comme avantage de préparer l\u2019isolement d\u2019une France, laquelle, suite à une éventuelle victoire du Oui, aurait l\u2019intention de s\u2019associer à la déclaration unilatérale de souveraineté du Québec.Tout le long des célébrations, The Gazette et d\u2019autres journaux anglophones ont martelé que, lors de sa célèbre visite, De Gaulle s\u2019est révélé hostile envers les Canadiens qui ont libéré la France.Josée Legault a bien fait d\u2019écrire (Le Devoir, 23 juillet) que tout cela est démagogie : les soldats canadiens - et il y a eu des Canadiens français qui sont morts pour cette cause - ont d\u2019abord combattu pour la liberté et contre le nazisme et, de ce fait, ont libéré la France.Il s\u2019avère donc malhonnête de racoller les problèmes d\u2019aujourd\u2019hui sur les conflits d\u2019hier.En août, de la sénilité d'un général ON PASSE À L'iMBÉCILITÉ DU PEUPLE.Mis à part Ed Bantey et Michel David, Don Macpherson est le plus modéré des columnists du journal.N\u2019a-t-il pas été plus souvent qu\u2019à son tour pris à partie par Bill Johnson et dans des lettres de par-titionnistes l\u2019accusant d\u2019être un traître au Canada?Il reste que depuis quelque temps, Macpherson semble se rapprocher du grand patron : Conrad Black.C\u2019est du moins l\u2019impression qu\u2019il donne quand il remet en cause la possibilité pour le gouvernement canadien de reconnaître un vote référendaire de 50% plus un puisque, à son avis, ce résultat serait entaché par ce qu\u2019il appelle 1\u2019-idiot vote».(Beware of the idiot vote, 19 août) Macpherson écrit qu\u2019il a le plus grand respect pour ceux qui, \u201cknowingly, voted yes in the last referendum» : mais qu\u2019il a moins de respect - for people who, after 30 years of public discussion of the subject, still persist in the belief that of a sovereign Quebec will remain a province of Canada-.Macpherson semble se poser de drôles de questions sur l\u2019intelligence de la population.D\u2019après sa logique, on est en droit de se demander si le columnist n\u2019en viendrait L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 6l pas, à l\u2019instar des Petits-blancs du Deep-South américain, à proposer que pour avoir le droit de vote, les électeurs du Québec soient obligés de répondre à un questionnaire évaluant leur niveau de connaissance des institutions démocratiques de ce pays.Que non.Notre journaliste sait trop bien que cela déqualifierait cette pléthore de nouveaux Canadiens à qui l\u2019on accorde un certificat de citoyenneté à la veille d\u2019un référendum sur la souveraineté du Québec.En septembre, The Gazette presse le PLQ à rester coi On aurait pu croire que le journal The Gazette pouvait être derrière le Parti libéral du Québec pour enfin permettre aux fédéralistes de faire connaître les revendications traditionnelles du Québec.Il aurait pu ainsi gagner des points à Calgary et peut-être déloger le Parti québécois aux prochaines élections.The Gazette est incapable d\u2019une telle générosité à l\u2019égard du Québec comme le démontre bien l\u2019éditorial du 9 septembre où le journal trace le chemin constitutionnel à suivre pour Daniel Johnson à deux jours de la rencontre de Calgary.Cet éditorial prescrit au PLQ de ne rien réclamer du reste du Canada.Pas question en tout cas de revenir sur le concept de société distincte, lequel, dans une constitution canadienne renouvelée, donnerait plus de pouvoirs à l\u2019Assemblée nationale.Les premiers ministres de l\u2019Alberta et de la Colombie Britannique s\u2019y objecteraient, insiste un journal aussi cohérent avec lui-même qu\u2019en 1988.Cette année là, The Gazette avait fortement dénoncé le gouvernement Bourassa d\u2019avoir utilisé la clause dérogatoire et permis par la loi 178 d\u2019outrepasser le jugement de la Cour suprême sur l\u2019affichage.Cette véhémente dénonciation de la part de ce journal envers un gouvernement, qui prenait position sur une question de société concernant au plus haut point les Québécois, a fait en sorte que la clause de la société distincte dans l\u2019accord du lac Meech a été rejetée par le ROC.The Gazette sait très bien que la Charte des droits et des libertés de Trudeau votée en 1982 avait d\u2019abord pour but d\u2019éroder les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale du Québec dans les domaines aussi stratégiques que la langue et la culture et ce, en fonction des intérêts de la minorité anglaise.The Gazette pense encore aujourd\u2019hui que, pour protéger encore ces intérêts, elle doit défendre la Constitution de 1982 contre tout changement au statu quo qui ferait en sorte que le Québec ne soit plus une province comme les autres.¦ C\u2019est ça où Y Equality Party-, semble dire The Gazette à ce pauvre Johnson.62 \u2022 L'ACTION NATIONALE En octobre, The Gazette donne des « leçons de réalisme » À Bouchard Le 9 octobre, The Gazette interpelle directement le premier ministre dans un éditorial caustique qui, avec une économie de mots, regroupe presque tous les clichés que reporters, analystes et columnists de ce journal véhiculent jour après jour dans le but de faire achopper le projet souverainiste.L\u2019éditorial : Bouchard Needs Reality Check sert de réplique au discours du premier ministre devant les membres de l\u2019Association des manufacturiers et des exportateurs du Canada.L\u2019intention du journal est de ramener Bouchard ¦ sur le terrain de la réalité ».Elle l\u2019accuse d\u2019avoir fait aux dirigeants d\u2019entreprises un discours «plein d\u2019envols fantaisistes qui semblait venir d\u2019une autre planète *.À l\u2019instar de Macpherson, le journal semble mettre en doute l\u2019intelligence des électeurs qui appuient encore très majoritairement leur premier ministre.Et si Bouchard était plus près des réalités québécoise et canadienne que ne l\u2019est The Gazette?Comment croire en effet qu\u2019au lendemain de la victoire d\u2019un Oui, le Canada anglais refuserait toute forme de partenariat économique avec le Québec, lui qui tient tellement à créer des alliances économiques avec des pays aussi lointains que le Chili ?Et que dire des menaces de partition du Québec qui sont à peine voilées dans cet éditorial ?The Gazette sait très bien que, pour qu\u2019une telle chose se réalise, le gouvernement canadien aura besoin de toutes les ressources de son armée pour s\u2019opposer à la volonté du peuple québécois.Il devra donc rapatrier des Balkans nos troupes qui, avec celles d\u2019autres pays du monde, travaillent avec les hommes de bonne volonté de la région à l\u2019application de principe de Yutipossidetis, la règle de droit international qui veut que -ce que tu avais avant l\u2019indépendance, tu l\u2019as après».Tout ce branle-bas pour une petite république, la Bosnie-Herzégovine, qui s\u2019est arrogée le droit (oh my Lord !) de faire sécession d\u2019avec la fédération yougoslave.Et, elle a été reconnue! The Gazette tente de faire entrer dans la gorge de Lucien Bouchard la » dure réalité » que le Canada actuel n\u2019est plus celui de Lester B.Pearson, mais bien la ¦ Konfédération ¦ de Bill Johnson où, nécessité oblige, on peut facilement transformer un Chrétien en un féroce Milosevic.Passons sur l\u2019obsession maladive de la » police de la langue » que se devait de véhiculer cet éditorial pour parler de l\u2019attaque en règle qu\u2019on y fait à Lucien Bouchard parce que son gouvernement s\u2019oppose L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 63 à ce que l\u2019on oblige systématiquement des employés à être bilingues pour occuper quelque poste que ce soit dans des institutions de santé hors-Montréal.The Gazette cache délibérément à ses lecteurs le fait qu\u2019il soit rare au Québec qu\u2019une infirmière ou un médecin ne parle pas suffisamment l\u2019anglais pour être compris de ses patients.Tout ça, à l\u2019heure où Harris transforme le seul hôpital francophone de l\u2019Ontario en moins qu\u2019un CLSC ! En novembre, coup de chapeau à Bertrand ET AMALGAME DISGRACIEUX Si l\u2019avocat Guy Bertrand passe souvent pour un clown dans la presse francophone, le journal The Gazette lui accorde une crédibilité jusqu\u2019à consacrer un éditorial à la nouvelle trouvaille de l\u2019avocat caméléon : celle de demander aux tribunaux de se prononcer sur la possibilité que tout citoyen puisse placer en fiducie le montant des impôts qu\u2019il devrait payer au gouvernement du Québec le jour d\u2019une déclaration d\u2019indépendance.L\u2019éditorial du 15 novembre (Canada\u2019s Banks and UDI Threat), s\u2019interroge sur le rôle des banques devant une telle éventualité.Il y aura forcément, y prédit-on, une fuite des capitaux puisque le PQ a déjà ouvertement manifesté son intention de geler les dépôts banquaires pour qu\u2019ils ne sortent pas du Québec.S\u2019appuyant sur la récente étude des « consultants \u2022 Michel Demers et Marcel Côté, The Gazette écrit qu\u2019il y a danger pour le Québec d\u2019être entraîné dans une tourmente financière semblable à celle qu\u2019ont connue le Mexique il y a quelques années, et plus récemment encore, la Thaïlande et la Malaisie.Une telle hypothèse relève de la plus haute fantaisie du fait que l\u2019économie du Québec est intrinsèquement reliée à celle du Canada.Dans le cas où le Canada encouragerait nos grandes banques à pratiquer la politique de la terre brûlée vis-à-vis d\u2019un Québec qui aurait déclaré unilatéralement son indépendance, ces dites banques se nuiraient à elles-mêmes et, par conséquent, à toute l\u2019économie canadienne.Il est évident qu\u2019il n\u2019est pas dans l\u2019intérêt de ces grandes banques de suivre les traces de ces Pieds-noirs nouvelle version.On se souvient que dans les années 1970, The Gazette se complaisait à associer PQ et FLQ.Le 27 novembre, on devait récidiver dans un éditorial qui réduisait Jacques Parizeau dans la sauce de l\u2019activiste Raymond Villeneuve.Il est heureux que dans sa colonne du lendemain, Michel David ait blâmé sans réserve ce disgracieux amal- 64 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE game que constituait le Disgracing Quebec de la veille1.Pour quelle raison, l\u2019éditorialiste avait accusé Parizeau de noicir l\u2019image du Québec à l\u2019étranger?Simplement, parce que l\u2019ancien premier ministre du Québec avait, devant les étudiants de l\u2019université d\u2019Alberta, félicité les Congrès juif et italien pour leur efficacité dans leur combat contre la souveraineté du Québec au référendum de 1995.Ce que n\u2019avait pas le droit de dire Parizeau à Edmonton, le président de la section ontarienne du Congrès hellénique pouvait le dire : «Nous venons de Grèce, mais n\u2019oubliez pas que nous sommes des Canadiens, nous sommes des Patriotes».Nous, nous, nous! Il semble que ce ne soit que les Franco-Québécois qui n\u2019aient pas le droit de s\u2019approprier du fameux pronom.Comme l\u2019écrivait récemment Pierre Vadeboncoeur {L'Action Nationale, Le nous des autres, oct.1997): « notre souci identitaire à nous, contrairement au leur (les Canadians), est en fin de compte si imparfait qu\u2019il nous laisse gravement divisés contre nous-mêmes.Nous sommes difficilement capables d\u2019arriver à nos fins politiques pour cette raison.Notre conscience identitaire est moins forte que la leur, tout comme celle de notre intérêt collectif».Devait donner entièrement raison à Vadeboncoeur, l\u2019éditorial du 20 novembre : « Opportunity lost on school rights », au lendemain du vote libre à la chambre des Communes sur la révocation de l\u2019article 93 de la Constitution de 1867.The Gazette y démontre que la toile de fond des droits individuels qu\u2019elle déploie, ne sert qu\u2019à masquer la sauvegarde des intérêts de la minorité la plus choyée au monde.Le journal est amer à souhait: on se plaint que l'article 23 de la Constitution de 1982 ne s\u2019applique pas au Québec comme pour (.les chanceaux!) les minorités françaises hors-Québec.The Gazette en profite pour revenir sur les recommandations du Comité Chambers, lesquelles proposaient en 1992 que tous les enfants d\u2019immigrants venant de pays anglophones soient éligibles à l\u2019enseignement en anglais.Or, à l\u2019époque, le Gouvernement Bourassa n\u2019a pas osé se lancer dans un tel bouleversement qui aurait complètement changer l\u2019esprit de la loi 101.Celle-ci se voulait de portée universelle en ne créant pas deux catégories d\u2019immigrants, en ouvrant la porte à l\u2019école anglaise pour les uns et la fermant pour les autres.À cela, The 1.L\u2019auteur de cet éditorial indigne (et comme toujours, non signé) continue de véhiculer l\u2019interprétation erronnée que, le soir du 30 octobre 1995, Jacques Parizeau ait jeté le blâme de la défaite sur l\u2019argent et le vote ethnique alors qu\u2019il le mettait sur l\u2019argent et des votes ethniques.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 65 Gazette de 1997 répond : «Si vous ne faites pas deux catégories d\u2019immigrants, vous faites tout au moins deux catégories d\u2019Anglo-Québécois ».En décembre, arrimage complété avec les champions du Plan B Le 2 décembre, l\u2019éditorial «Supreme Court and the PQ» commente le projet de référendum sur la notion de peuple, de droit à l\u2019autodétermination et d\u2019indivisibilité du territoire proposé aux hautes instances du Parti Québécois par quatre universitaires.On se rappelé que cette proposition a été rejetée par Lucien Bouchard lors du dernier Conseil national du Parti québécois.Ce projet, y lit-on, serait uniquement une affaire de stratégie : une nouvelle astuce qui se fonde sur la présomption à l\u2019effet que la décision de la Cour va rallumer le sentiment d\u2019humiliation que les Québécois ont ressenti lors de l\u2019échec de l\u2019Accord du lac Meech.The Gazette s\u2019inscrit en faux contre cette façon de voir pour trois raisons.La première : il est erroné de prétendre que la Cour suprême tranchera complètement en faveur d\u2019Ottawa.The Gazette espère que la crédibilité de la Cour suprême auprès des Québécois soit renforcée si, dans sa décision sur le renvoi d\u2019Ottawa, elle rend encore un jugement à la Salomon, sa marque de commerce, depuis les premières fois qu\u2019elle a eu à se prononcer à propos de la loi 101.Elle en fait toujours l\u2019éloge, avant de procéder au dépeçage.Idem avec la loi référendaire.Dans sa deuxième raison, The Gazette table justement sur une plus grande crédibilité de la Cour suprême acquise par ses jugements voilés pour renforcer sa légitimité aux yeux de nombreux Québécois : « il n\u2019est pas certain que les Québécois vont rejeter une décision de la Cour déclarant que le droit de sécession est illégal ».The Gazette espère donc que le bon peuple se pliera au jugement de cette cour, comme jadis il se pliait au jugement de leurs évêques, alors trop souvent hélas, bons collaborateurs du régime en place et des puissants de ce monde.Troisième raison enfin : The Gazette ne croit pas que les fédéralistes francophones voteront Oui à un référendum sur la notion de peuple parce qu\u2019« ils refuseront de cautionner un nationalisme aussi ethnique qui exclut les autres nationalités » (on est tout prêt ici de la réthorique du «nationalisme tribal» de Bill Johnson).Cet argument donne raison aux quatre universitaires : un tel référendum diviserait les fédéralistes car il n\u2019est pas si sûr, comme le suppose The Gazette, 66 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE que les sympathisants du PLQ endosseraient sans réserve la perception « ethnique ¦ du nationalisme québécois que ce journal lui prête jour après jour.En conclusion, la direction de The Gazette manifeste entre les lignes qu\u2019elle a peur d\u2019un tel référendum mais démontre clairement qu\u2019elle a fait son lit avec le Plan B quand elle écrit que si Lucien Bouchard croit que le Québec peut défier la loi et briser l\u2019union canadienne sans le consentement du Canada et sans la reconnaissance de la communauté internationale, qu\u2019il aille en élection là-dessus et les électeurs jugeront à propos d\u2019un tel manque de respect pour la loi.Le 18 décembre, dans un époque de l\u2019année où l\u2019on parle de paix, The Gazette publie dans sa page Comments un texte incendiaire intitulé: -Wimping out» qui peut être traduit par -Se retirer de la bataille par manque de couilles».Les auteurs de ce torchon: William Shaw et Allen Nutik reprochent à Chrétien et Dion de ne plus supporter les partitionnistes au moment même où le Plan B prouve son efficacité.Nous sommes ici à la quintessence du discours Grand-Serbe ! Qu\u2019on en juge : - But partitionists also advocate that, at a minimum, all the territory south of Ottawa and St.Lawrence rivers, including the island of Montreal - all the way to the United State border - would remain Canadian territory».Nous attendons toujours l\u2019éditorial de The Gazette qui dénoncera un tel terrorisme verbal.Un tel déni du droit des gens ! Conclusion De la tarte à la crème dont Aislin aurait voulu qu\u2019elle arrête le cours de l\u2019histoire au silence complice d\u2019un journal n\u2019ayant pas le courage de dénoncer tous les Shaw et Nutik de la terre, tout au long de ces six longs mois de notre histoire, The Gazette a comme jamais démontré qu\u2019il est devenu un journal de propagande, de désinformation.Au lieu de chercher à intégrer les Anglo-Montréalais à la vie québécoise, ce journal ne fait que diviser pour régner selon la bonne vieille tradition britannique.Par la démonisation quotidienne des chefs politiques québécois et par le dénigrement systématique de nos institutions, The Gazette participe activement à l\u2019exode des jeunes de sa communauté vers des cieux dont la - stabilité politique» est sup-posément coulée dans le béton.Le quotidien se tire ainsi lui-même dans le pied en diminuant son lectorat.L'ACTION NATIONALE \u2022 67 The Gazette refuse d'admettre que le bilinguisme de Montréal dont il se tappe tellement les bretelles, 1 - est l\u2019héritage du nationalisme québécois et de la loi 101 qu\u2019il dénonce par monts et par vaux, 2 - ne résistera pas à la globalisation des marchés sans l\u2019indépendance du Québec ou sans tout au moins une forte dose d\u2019autonomie pour le seul gouvernement où les francophones sont majoritaires en Amérique du Nord.The Gazette devrait au moins reconnaître cette alternative en s\u2019opposant au concept de l\u2019égalité des provinces proposé par les autres premiers ministres provinciaux.Au lieu d\u2019agir comme médiateur entre les deux Canadas à la veille de la rencontre de Calgary, The Gazette a supplié Daniel Johnson de ne rien réclamer.L\u2019émasculation constitutionnelle du PLQ! En retour d\u2019une telle castration, promesse est faite à Johnson de l\u2019aider en 1998 à reprendre le pouvoir.Depuis le 30 octobre 1995, The Gazette a tellement souvent qualifié de tribal le nationalisme québécois, celui de Robert Bourassa tout autant que celui des Lévesque, Parizeau et Bouchard, qu\u2019on ne serait aucunement surpris que bon nombre de ses lecteurs en viennent à préférer Keith Henderson à Daniel Johnson.Mais il y a pire que le clivage linguistique du vote que cette politique éditoriale risque de produire.On doit aussi redouter qu\u2019à mesure que se rapproche l\u2019échéance référendaire, l\u2019arrimage The Gazette au Plan B provoque une situation socio-politique explosive.À quelques nuances près, la position constitutionnelle du journal est tout près des Bill Johnson et Guy Bertrand.L\u2019opinion de ces dignes héritiers de Durham est celle-ci : si jamais le Oui l\u2019emporte, les règles de droit tels que définis par les représentants du Canada anglais auraient préséance sur la volonté du peuple québécois.A défaut de quoi, on nous menace de banthoustannisation.Dire que l\u2019été dernier, Michael Goldbloom fustigeait les Mesmer et Séguin venus célébrer avec nous le trentième anniversaire du fameux vivat du balcon.À son avis, ces politiciens d\u2019allégeance gaulliste venaient fêter ici, non pas le coup de pouce du général pour l\u2019émancipation des \"Français canadiens\u201d, mais bien un exercice de néo-colonialisme hexagonal.Goldbloom semble de plus en plus enclin aujourd\u2019hui à porter l\u2019habit de geôlier.À lire The Gazette, j\u2019ai quelquefois l\u2019impression que le jour n\u2019est pas loin où quelqu\u2019un aura toute l\u2019inspiration nécessaire pour créer la version québécoise de la chanson: -Les loups sont entrés dans Paris-.Le mois prochain : The Gazette et le cardinal Jean-Claude Turcotte.68 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Regards.à travers Vactualité Rosaire Morin Pierre Bourgauit reçoit le prix Georges-Émile Lapalme L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 69 Photo : M -André Grenier Pierre Bourgault reçoit le prix Georges-Émile Lapalme Le prix Georges-Émile Lapalme a été décerné à Pierre Bourgault.C\u2019est la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine de la qualité et du rayonnement de la langue française.Pierre Bourgault a été président du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale de 1964 à 1968.Il prononçait en moyenne 235 discours par année.Il est l\u2019un des plus grands orateurs du Québec.Le verbe est de feu.La langue est son principal outil de travail.Il s\u2019en est servi sur les tribunes politiques, à la radio, à la télévision, à l\u2019université, dans les journaux et les revues.L\u2019historien Jacques Lacoursière affirme qu\u2019il est le -promoteur idéal d\u2019une langue «bien de chez nous», mais une langue dépouillée de tout ce qui pouvait la ternir».Lise Bissonnette dira de lui qu\u2019il sera ¦ un maître de la langue».Bourgault est un journaliste-chroniqueur au franc parler.Depuis 1975, on a pu le lire dans L'Actualité, Perspectives, Le Devoir, The Gazette et The Globe & Mail.En 1976, il devient professeur à l\u2019Université du Québec à Montréal, au Département des communications.À la radio, de 1990 à 1993, il anime l\u2019étonnante émission Plaisirs.Il enseigne toujours à l\u2019UQAM.Bourreau de travail, il signe trois chroniques par semaine dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec.Il anime Point de vue à Télé-Québec où il présente de grands documentaires.Pierre Bourgault méritait hautement la bourse, le parchemin calligraphié et la médaille d\u2019argent des Prix du Québec.Cette reconnaissance lui était due.Les services exceptionnels que l\u2019homme a rendus au Québec justifient le choix des membres du jury.L\u2019Action nationale félicite le médaillé et lui rend hommage pour la justesse de son combat.Vivian Labrie PREMIÈRE MINISTRE Vivian Labrie, c\u2019est la première femme qui devient Première ministre du Québec.Son Parlement vient d\u2019installer une immense « corde à linge » de réflexions antipauvreté, coin d\u2019Auteuil et chemin Saint-Louis, près du Parlement et du célèbre cercle de la Garnison.70 \u2022 L'ACTION NATIONALE Une quarantaine de messages de solidarité sociale expriment le désespoir et l\u2019espoir des pauvres.» Chacun dans leur coin, les flocons de neige sontfragiles.Mais rassemblés les uns aux autres, ils peuvent devenir très solides ».« On peut arracher une fleur, puis une autre, puis plusieurs.Mais on ne peut pas empêcher le printemps d\u2019arriver».On se souvient de l\u2019historique jeûne à relais d\u2019octobre 1996 dans une église de Saint-Roch de la basse-ville.Cette année, c\u2019est à la haute-ville que la militante sociale rallie des individus sans travail qui proviennent d\u2019une vingtaine d\u2019organisations populaires de la région de Québec.Le Parlement est - une zone libre d\u2019oppression, un élargissement du territoire politique, un lieu d\u2019écriture et de lecture de l\u2019encyclopédie de la rue».¦ Quand on constate les injustices sociales, dit Mme Labrie, il y a trois options qui s\u2019imposent d\u2019elles-mêmes.On les ignore.On les tolère.Ou on les combat».C\u2019est à cette troisième option que le Parlement de la rue veut convier le Parlement des députés et ministres.-Notre stratégie, s\u2019il y en a une, poursuit Mme Labrie, c\u2019est de ne pas se laisser tirer par l\u2019agenda du gouvernement.On se bat contre la résignation de la pauvreté ».Et les actions « achalantes » suivent les paroles.L\u2019Assemblée nationale a été envahie par une colonne de balounes.La guerre à la pauvreté est entreprise d\u2019une manière originale et dure à la fois.Des télécopies géantes ont été adressées aux députés pour leur rappeler que les pauvres trouvent les jours très, très longs.Un camp des mallogés est établi dans Saint-Sauveur, coin Bagot et Saint-Vallier.Et le crescendo prévoit d\u2019autres initiatives que le vrai Parlement doit écouter.Vivian Labrie travaille au Carrefour de pastorale en monde ouvrier.Agée de 44 ans, elle est docteure ès ethnographie et mère d\u2019une fille de 18 ans qui, en mai dernier, participait au retentissant -sit in jeunesse» devant la Banque Nationale.La mère et la fille ne veulent pas - avaler n\u2019importe quel mensonge ou pirouette électorale».À Montréal À Montréal, les policiers de la C.U.M.ont arrêté une centaine de pauvres.Ces derniers dénonçaient la pauvreté grandissante des gens qui souffrent de la faim.Le Comité des sans emploi de Montréal-Centre avait organisé la manifestation.Sous le thème - On a faim», les L'ACTION NATIONALE \u2022 71 pauvres ont pénétré dans le chic hôtel Reine-Elizabeth de Montréal, propriété du Canadian Pacific dirigé par Paul Tellier.Ils ont saisi des bols pleins de nourriture, des assiettes et des couverts et ils se sont installés devant l\u2019hôtel pour un dîner pacifique.Les policiers les ont arrêtés.Ils seront accusés de méfaits.C\u2019est la troisième fois que ce groupe organise un tel coup d\u2019éclat.En juin, l\u2019organisme avait envahi un supermarché et volé du pain.Le « panier à salade - n\u2019est pas pour les personnes qui volent des millions de dollars.Feu le partenariat Le 19 décembre, le Premier ministre Lucien Bouchard rencontrait les équipes parlementaire et éditoriale du journal Le Soleil.«Les structures politiques, écrit Jean-Marc Salvet, esquissées dans l\u2019entente conclue entre le PQ, le Bloc et l\u2019ADQ lors du référendum de 1995 sont sommaires et le resteront.Il n\u2019est plus question pour Lucien Bouchard de les étoffer, contrairement à ce qu\u2019il avait fait valoir en juin dernier».Quelques extraits des commentaires de M.Bouchard peuvent redonner de l\u2019espérance aux indépendantistes.« Je me rends de plus en plus compte qu \u2019il faut que ça reste sommaire.Ce que les gens veulent, c\u2019est un partenariat économique.Il est indéniable qu\u2019à partir d\u2019un partenariat économique, on en arrive à un traité.Le Canada n\u2019est plus une fédération.Le fédéral et les provinces anglophones ont tourné le dos à la Constitution.S\u2019il y a des fédéralistes québécois qui pensent encore qu 'on peut renouveler le fédéralisme, ils savent maintenant que ce n\u2019est plus possible.C\u2019est une farce Calgary.- Il n\u2019est donc plus question de structurite politique et du renard qui court après sa queue.Le cinquantenaire du MNQ Le Mouvement national des Québécois célébrait en janvier son 50e anniversaire d\u2019animation «et d\u2019éducation à la fierté, à la responsabilité et à la solidarité.Le MNQ existe parce que dans les villes et les villages du Québec, au sein des Sociétés nationales et Saint-Jean-Baptiste, des hommes et des femmes se consacrent à la promotion d\u2019un pays, le Québec1 ».Lors de cet événement mémorable de 50 années d\u2019activités nationales, le MNQ a reconnu la valeur et les mérites d\u2019un 1.Monique Vézina, présidente du MNQ, janvier 1997 72 \u2022 L'ACTION NATIONALE collaborateur émérite de L\u2019Action nationale- Pierre Perrault.Nous reproduisons un extrait de l\u2019allocution de madame Vézina : - Ce Québec que nous voulons fidèles à ses racines et confiant en sa destinée, Pierre Perrault a su le dire avec tant d\u2019amour et de justesse qu 'il était normal pour le Mouvement national des Québécoises et des Québécois de lui rendre hommage à l\u2019occasion de son 50e anniversaire.Entre le MNQ et le poète cinéaste, il y a, ma foi, une passion commune pour le Québec et pour son monde.À travers la diversité de ses moyens d\u2019expression, Pierre Perrault a raconté le Québec, de ses commencements au pays à inventer, à travers nos mots et nos manières de faire.Par le hasard de la naissance ou en suivant nos rêves, nous sommes devenus les habitants de ce -pays sans bon sens» et apprenons, patiemment, à passer -de la parole aux actes-.Hydro-Québec Hydro-Québec revient aux petits projets.C\u2019est le retour au gros bon sens.L\u2019entreprise possède des droits sur plus de l60 emplacements de petite envergure.Certains de ces sites n\u2019ont aucune infrastructure.D\u2019autres sont fermés.Certaines exploitations pourraient produire davantage si on investissait en travaux d\u2019amélioration.Le président André Caillé prévoit de développer assez rapidement le site des Sept-Chutes à Saint-Ferréol et celui des chutes Bell.C\u2019est là une orientation qui créera des emplois à un coût abordable et qui fournira de l\u2019électricité à un prix inférieur accordé jadis à des entrepreneurs privés.Hydro-Québec envisage aussi de développer le bassin hydroélectrique de la rivière Churchill.L\u2019approche du président Caillé est pratique et rationnelle.«Nous avons convenu, déclarait-il, à Bangkok, en janvier, de ne pas regarder le passé mais plutôt l\u2019avenir qui nous rapproche.Nous avons beaucoup à gagner ensemble à regarder le futur».C\u2019est une démarche positive qui mettrait fin au litige Terre-Neuve/Québec.La SGF et le Fonds de solidarité La Société générale de financement, le Fonds de solidarité des travailleurs et Sofinov investissent 30 millions $ dans l\u2019implantation d\u2019une industrie de la transformation du magnésium au Québec.C\u2019est là une initiative heureuse dont il faut saluer l\u2019annonce.Le magnésium sera transformé à l\u2019intérieur de nos frontières.Plus de 700 emplois seront créés.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 73 La très Grande Bibliothèque nationale La très Grande est devenue la Grande Bibliothèque nationale.C\u2019est déjà une tendance dans la bonne direction.Le Comité Clément Richard s\u2019est contenté d\u2019une Grande Bibliothèque provinciale.Que voulez-vous?Nous ne sommes pas encore un pays.Un Très Grande Bibliothèque demeure un rêve d\u2019avenir.Pour le moment, réjouissons-nous, sans perdre de vue l\u2019établissement futur d\u2019une cité des arts, de la littérature et de la culture.La Grande Bibliothèque offrira un modeste accès à la culture et au savoir à un plus grand public.Elle contribuera ainsi à l\u2019épanouissement de la collectivité.Elle valorisera la lecture.Dans un régime \u2022 zéro*, madame Beaudoin a remporté une victoire dont il convient de se réjouir.Le bilinguisme Au recensement de 1996, les Canadiens anglais sont unilingues à 91 %.Les francophones sont bilingues à 41 %.Le français au Canada est en baisse: 29% en 1951 ; 24,3% en 1991 et 23,53% en 1996.Le français, selon la langue d\u2019usage, est tombé à 22,6%.Dans les neuf provinces anglaises du Canada, 618 529 francophones ont conservé le français comme langue d\u2019usage sur une population d\u2019origine française de 1,8 million de personnes.Les taux d\u2019assimilation sont tragiques: 70,7% en Saskatchewan, 67,7% en Alberta, 58,1% à Terre-Neuve, 57,2% dans les Territoires-du-Nord-Ouest, 53,7% au Yukon, 52,9% au Manitoba, 46% à l\u2019île-du-Prince-Édouard, 42,9% en Nouvelle-Écosse, 38,6% en Ontario.Le déclin démographique francophone se poursuivra jusqu\u2019à l\u2019extinction dans le régime fédéral anglophone.Seule l\u2019indépendance du Québec peut assurer un regain de vie française dans certaines provinces anglophones.Déjà, en 1922, dans L\u2019Action française, le père Rodrigue Villeneuve exprimait cette opinion.Plusieurs années plus tard, il était consacré cardinal.Les fonds mutuels Ce n\u2019est peut-être pas de notre faute.et il se pourrait aussi que la mouche du coche ait produit quelques résultats.Neuf fonds mutuels québécois ont augmenté leurs placements au Québec en 74 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE 1996 comparativement à 1995.Voici les changements heureux que nous avons constatés : Sociétés\t1995\t1996 Trust Prêt et Revenu\t29,13%\t48,30 % Trust Général du Canada\t16,94%\t43,43% InvesNat\t23,42 %\t41,40% SSS Vie\t28,10%\t40,33 % Desjardins\t16,95%\t35,47% Ficadre\t31,10%\t33,69% Professionnels du Québec\t28,85 %\t33,40% Optimum\t24,09%\t31,92% Concorde\t25,64 %\t31,12% Si tous se donnaient la main, le développement du Québec en serait facilité d\u2019autant.La Banque Nationale Le procès des banques comporte une médaille à deux revers.André Bérard, le président de la Banque Nationale, vient de faire un appel pressant en faveur du Fonds de développement de l\u2019économie sociale.«Je les (entreprises) supplie d\u2019aller chercher dans leurs goussets, qui sont assez bien garnis ces temps-ci» pour obtenir les 16 millions $ manquants sur l\u2019objectif de 23 millions $.Le Fonds de développement de l\u2019économie sociale offre des prêts sans garantie pour permettre aux entreprises d\u2019économie sociale de compléter le financement auprès des institutions financières.Les assurances Le ministre Bernard Landry dépose un projet de loi qui accordera aux institutions financières le droit de vendre de l\u2019assurance dans leurs succursales, à condition de ne pas mêler les activités traditionnelles de prêts et dépôts avec la vente de ces produits.À court terme, seul le mouvement Desjardins bénéficiera de cette libération du marché, parce que les banques à charte ont besoin de l\u2019autorisation du gouvernement fédéral.Le président Claude Béland s\u2019est réjoui : «Le ministre a choisi la modernité et ça me plaît beaucoup».M.Béland oublie que ce projet causera un tort considérable aux compagnies québécoises d\u2019assurances.L\u2019invasion des banques torontoises dans le L'ACTION NATIONALE \u2022 75 domaine triplera les gains de Desjardins et diminuera encore l\u2019importance des sociétés québécoises d\u2019assurances.La courte vision.L'union sociale canadienne D\u2019ici juillet 1998, Ottawa pénétrera plus profondément dans les pouvoirs exclusifs des provinces.Une entente-cadre à la «fédérale* précisera «une série de principes de politique sociale*.«favorisant la collaboration dans l\u2019exercice du pouvoir fédéral de dépenser*.Pour un instant, les provinces anglaises ont cru avoir un droit d\u2019intervention sur l\u2019application de la Loi canadienne de la santé.Mais le ministre fédéral Allan Rock a vite dissipé leurs illusions.Il a affirmé catégoriquement que la Loi sur la santé ne ferait pas partie de la politique sociale.Ce qui est plus grave, c\u2019est l\u2019invasion fédérale dans les pouvoirs provinciaux.Les provinces anglophones ont de fait consenti à partager leur juridiction exclusive dans le domaine de la santé avec le gouvernement fédéral.Un jour ou l\u2019autre, l\u2019intrusion dans le secteur de l\u2019éducation qui a débuté par des chemins détournés deviendra un champ d\u2019intervention directe du fédéral.Une telle orientation peut convenir à la municipalité de l\u2019île-du-Prince-Édouard et à la petite ville de Terre-Neuve.Mais cette usurpation fédérale n\u2019est pas acceptable au Québec qui a bâti depuis des décennies une politique sociale, même si les gouvernements des dix dernières années y ont appliqué des coupures bêtes et méchantes.C\u2019est ainsi que nous en revenons à l\u2019époque de Jean Lesage qui avait négocié et obtenu le retrait du Québec d\u2019une vingtaine de programmes partagés et une compensation fiscale de points d\u2019impôt.La crise japonaise Dans La déportation québécoise de novembre, nous avions prévu l\u2019ébranlement des entreprises financières japonaises.Depuis, la Tokyo Bank a fermé ses portes.Le courtier Yamaichi Securities a disparu ; il était l\u2019une des quatre plus grandes sociétés de courtage du Japon.Le courtier Sanyo Securities et la Hokkaido Takushoku Bank ont cessé leurs activités.Partout, en Asie, au 12 décembre 1997, les bourses ont tourné au rouge: -2,3% à Singapour, -2,6% à Tokyo, -2,7% à Taïpei et -5,5% à Hong Kong.La contagion a atteint l\u2019Europe : -3,5% à Paris, -2,1 % à Francfort et -1,8% à Londres.Le Dow Jones a reculé de 1,7% et la Bourse de Toronto de 1,6%.76 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Les fluctuations des devises et la volatilité des bourses en Asie devraient inquiéter les gestionnaires québécois et canadiens de l\u2019argent des autres.Les Québécoises et les Québécois ont placé 8 milliards $ de leurs épargnes dans l\u2019Asie du Sud-Est.La Corée du Sud La crise financière s\u2019aggrave.La Bourse de Séoul dérive.Le «won» est à son plus bas niveau face au dollar américain.La Banque Mondiale a approuvé un prêt de 57 milliards US $.Le nouveau président, Kim Dae-jung craint que son pays fasse «faillite demain ou après-demain-.Standard and Poor\u2019s place la 11e puissance économique de la planète au même niveau que le Pakistan ou Le Vénézuela.Un plan d\u2019urgence est adopté par le gouvernement.Une réduction radicale des dépenses est ordonnée.La croissance de l\u2019économie sera réduite.Les taux d\u2019intérêt subiront une montée en flèche.Des banques et des conglomérats fermeront leurs portes.Un million d\u2019emplois seront perdus2.Mais les gestionnaires de Toronto continuent à placer nos épargnes dans cette contrée.«Après la tempête, ce sera le beau temps et le profit » me confiait un grand gestionnaire de fonds mutuels.La Colombie-Britannique La Colombie-Britannique dont la population atteindra les 7,2 millions d\u2019habitants en l\u2019an 20793, quelques milliers de plus que le Québec, pose des exigences à l\u2019égard du gouvernement fédéral qui excèdent celles du Québec.Le gouvernement de Glen Clark est en pleine réflexion quant à son avenir au sein de la fédération canadienne.Il s\u2019intéresse peu à la déclaration de Calgary.Il a mis sur pied un comité de 22 personnes (députés, syndicalistes, gens d\u2019affaires) pour consulter la population.Le conseiller constitutionnel du premier ministre néo-démocrate, Gordon Wilson, compare ce comité à la Commission Bélanger-Campeau qui, dans la foulée du lac Meech en 1990, avait pour mission d\u2019étudier toutes les options qui s\u2019offraient au Québec, y compris la souveraineté.Dans un rapport déposé auprès du premier ministre Clark, M.Wilson écrit que la Colombie-Britannique doit évaluer toutes les options au cas où le Québec devienne un pays indépendant.Il réclame plus de pouvoirs du gouvernement d\u2019Ottawa.2.\tLe Soleil, 24 décembre 1997, 1,2.3.\tLe Soleil, 14 avril 1997, A l et A.2, Simulations effectuées par Statistique Canada pour Le Soleil.L'ACTION NATIONALE \u2022 77 Des pêcheurs sans port Pêches et Océans Canada démolit 23 quais de pêches au Québec : Aguanish Est, Baie de Brador, Barachois, Cap-Chat, Cap de Maria, Fatima, Sandy Beach, Havre-Aubert, île Brin, L\u2019Anse-à-Jersey, L\u2019Anse-aux-Canards, Magpie, Manche d\u2019Épée, Marsoui, Moisie, Rivière Caplan, Rivière-Nouvelle, Rivière-Saint-Paul, Salmon Bay, Saint-Yvon, Sainte-Félicité, Anse-à-la-Croix et Petite-Vallée.Les quais de Pointe-au-Pic, de Gros-Cacouna vont être transférés à un comité local.Les quais de traversiers représentent une autre manière de désistement à Rivière-du-Loup, Saint-Siméon, Saint-Joseph-de-la Rive et l\u2019île-aux-Coudres.Le Québec ne comptera plus que 39 ports commerciaux.Les pêcheurs de l\u2019Islet-sur-Mer ne peuvent même plus pêcher à côté du Musée maritime Bernier, le dépositaire de la tradition maritime sur le Saint-Laurent.Mais les quais du Labrador resteront tous ouverts.Ils jouissent d\u2019un statut spécial.Ottawa a accordé 3 000 permis de pêche aux Terre-Neuviens du côté du golfe et 1 000 permis aux pêcheurs de la Gaspésie, des îles-de-la-Madeleine et de la Côte-Nord.On en arrive à une situation où l\u2019île-du-Prince-Édouard compte autant de ports de pêche que les 3600 kilomètres de côtes du Saint-Laurent.Et dans cette destruction orchestrée par le ministre fédéral Collenette de l\u2019Ontario, le gouvernement fédéral garde le fonds de terrain des ports comme propriété fédérale.C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019occupation du territoire d\u2019une colonie.Sauvons Montréal La 29e édition de Sauvons Montréal a décerné les prix Orange pour signaler les bons coups architecturaux et les prix Citron pour souligner les mauvais.Le prix Orange en nouvelle construction est accordé au Centre sportif de la Petite Bourgogne pour sa mise en valeur de la vocation communautaire.Le Cirque du Soleil s\u2019est aussi mérité un prix Orange pour ses bureaux à Saint-Michel dont l\u2019architecture est admirable.Les prix Citron ont été décernés à Benny Farm et Loblaw\u2019s pour leur projet de la gare Jean-Talon.Le Complexe Desjardins a reçu une mention déshonorable en rénovation pour la dénaturation de son rez-de-chaussée.78 \u2022 L'ACTION NATIONALE Les capitaux étrangers Owens Corning ferme son usine de Candiac et licencie 265 employés.L\u2019entreprise a son siège social à Toledo, en Ohio.Elle a enregistré des ventes de 3,8 milliards US $ en 1996.Elle a décidé qu\u2019elle n\u2019a ¦plus besoin de trois mais de deux usines pour desservir le marché canadien*.Démontrant beaucoup de compassion, elle veut - faciliter au maximum* la période de transition des employés licenciés.(Le Devoir, 4 décembre 1997.La papetière Repap déménage son siège social de Montréal à Stamford au Connecticut.Le président, Stephen Larson, a quitté ses bureaux de Montréal le 15 décembre dernier.Repap est une entreprise fondée en 1978 par le Montréalais George Petty.* Louer pour acheter * est une société filiale de RTP Entreprises, compagnie albertaine.Elle est spécialisée dans la location du mobilier de maison.Neuf succursales québécoises sont établies dans des communautés plutôt pauvres.Les pratiques sont douteuses.Le Devoir du 3 décembre 1997 dénonce un fait qui contrevient à la justice : Mme Ditchbum a conclu quatre ententes avec l\u2019entreprise, qui lui ont permis de louer, entre autres choses, une télévision et un lit superposé.Ce dernier lui a coûté 1351.86$.Or, unexpert évaluateur a estimé la valeur marchande à neuf d\u2019un tel lit à 650 $.Les frais de crédit payés par Mme Ditchbum dépassent ainsi 110%.Ce qui n\u2019est pas exceptionnel chez *Louer pour acheter-, selon Option Consommateurs, où le coût d\u2019un article est souvent deux ou trois fois plus élevé qu \u2019ailleurs.C\u2019est un procédé usurier que le gouvernement devrait interdire.Lifestyle Resorts de Barrie, Ontario, se portera acquéreur des Entreprises Stoneham, montagne, installations, hôtel, condos et terrains adjacents.Ce sont les étrangers qui feront de Stoneham un petit Mont-Tremblant {Le Soleil, 2 décembre 1997).Sommes-nous capables ou incapables?Noranda de Toronto construit une usine de magnésium de 720 millions $ à Asbestos.L\u2019usine Magnola produira son magnésium à partir de résidus miniers d\u2019amiante {Le Soleil, 19 décembre 1997).Alternative Resources, une entreprise américaine en informatique, veut implanter à Québec une équipe qui développera des logiciels L'ACTION NATIONALE \u2022 79 pour le Canada et d\u2019autres pays.Elle soumet un plan d\u2019affaires pour profiter des avantages fiscaux reliés aux CDTI.Utiliser les technologies de l\u2019extérieur est un avantage ; en confier la gestion à des capitaux étrangers est une tutelle.Et l\u2019occupation étrangère continue avec l\u2019aide des gouvernements: Fair Group de Vancouver, Insight de San Diego, Rider Travel Group de Toronto et Ubi Soft de France.Et le Québec ne connaît pas de carence de capitaux ?Il confie à des entreprises étrangères le développement québécois.Découvrir le Canada Cette publication fédérale ne s\u2019améliore pas.Les «mordus de la culture \u2022 (c\u2019est l\u2019un des titres) peuvent au Québec visiter le Casino de Montréal, le Carnaval de Québec, le Festi-Glace de Montréal et le Twelfth Night au Centaur.On ne retrouve aucun autre lieu de culture au Québec cité par l\u2019éditeur.Mais dans le désordre de la loterie, et tel que présenté dans la revue, l\u2019éditeur nous invite au festival d\u2019hiver de Calgary, au Labatt Brier de Winnipeg, au 98 East Coast Music Awards d\u2019Halifax, au Metro Home Show de Toronto, au Regina Sparkles, à l\u2019Ottawa\u2019s Winterlude, au Local Heroes International Screen d\u2019Edmonton, au Christmas Festival de Victoria, à la St.Patrick de St-John du Nouveau-Brunswick, au 125e anniversaire de l\u2019île-du-Prince-Édouard, au 150e anniversaire de Fredericton, au Marble Mountain de Terre-Neuve, au Whistler de la Colombie-Britannique, au Niagara-on-the-Lake, au Gulf Harbour Resort de Winnipeg, au festival de Basttleford de la Saskatchewan, au Banff/Lake Louise, au Whalefest de Vancouver, à Annapolis en Nouvelle-Écosse, au Sheffield Mills Eagle Watch, à l'Artic Winter Games de Yellowknife, au Yukon Quest International Sled Dog Race, à Hpewell Cape de la baie de Fundy, à Biscaye, à 111e Grand Maman de Nouvelle-Écosse, à Grand Falls, à la rivière Miramichi, au parc national Kouchibouguac, au golf de St.Andrews, à Shediac, au Riverdance Ford Centre de Vancouver, au Arts Club Theatre de Toronto, au festival de Stratford, au festival de Shaw dans le sud de l\u2019Ontario, au Theatre New Brunswick à Frédéricton, à l\u2019Imperial Theatre de St.John, au Edmonton\u2019s Citadel Theatre, au Delicate Balance à Ottawa, au Tap Dogs du Centre national des Arts, au Neptune Theatre d\u2019Halifax et au Winnipeg Symphony et au Muskwa Dechika de Vancouver.80 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Cette publication du Comité de Marketing Canada, Commission du tourisme a une connaissance du Québec qui correspond à celle du gouvernement fédéral.Sa présidence, Christena Keon Sirsly, sera certes promue au Comité de l\u2019Unité canadienne.L\u2019Unité canadienne, c\u2019est neuf provinces anglophones.Option Canada Le ministère du Patrimoine a versé à Option Canada une subvention de 4,8 millions $ qui ont servi au Conseil pour l\u2019unité canadienne, lors du dernier référendum.Une semaine avant le déclenchement de la campagne référendaire, un versement d\u2019un million $ a été effectué et le solde a été versé durant et après la campagne.Option Canada est une coquille vide.Aucun bilan.Aucun rapport financier.Aucun procès-verbal.Alliance Québec, l\u2019Association des Townshippers, l\u2019Association des journaux communautaires anglophones, l\u2019Association des fermiers anglophones du Québec et l\u2019Association des anglophones de la Vallée de la Châteauguay et une dizaine d\u2019autres organismes anglophones du Québec du moindre importance reçoivent et recevront de 12 millions $ pour protéger le développement des communautés de langue anglaise au Québec.Elles jouissent déjà d\u2019un réseau d\u2019enseignement financé par le gouvernement du Québec : écoles primaires et secondaires, cégeps, universités.Elles possèdent leurs radios, télévisions, hebdomadaires, quotidiens.Elles maîtrisent une partie de l\u2019économie québécoise qui triple leur proportion de la population québécoise.Mais la pauvre petite Action nationale ne fait pas partie de ce club.Elle est l\u2019objet d\u2019une attention particulière des autorités fédérales.Elle est harcelée.Depuis 80 ans, elle possède un tarif privilégié pour l\u2019envoi de la revue.Le ministère du Patrimoine l\u2019oblige à s\u2019inscrire à nouveau pour la jouissance du tarif privilégié postal.Dans «le guide d\u2019enregistrement du candidat », il est indiqué : « Aucun de ces principes directeurs ne devrait être interprété de manière à limiter le pouvoir discrétionnaire du Ministère du Patrimoine canadien de refuser une demande de tarifs postaux subventionnés ou de retirer l'enregistrement à une publication bénéficiant de tarifs postaux subventionnés ».Notre demande a été déposée le 30 juillet et la gestionnaire adjointe accusait réception le 2 septembre dernier: «Votre demande a été acheminée à un agent de programme qui procédera à son évaluation».L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 81 En juin 1993, L\u2019Action nationale était «sélectionnée pour vérification en accord avec la Loi canadienne de l\u2019impôt sur le Revenu-relativement à notre permis d\u2019organisme charitable.Une seule remarque est formulée : inscrire l\u2019adresse du donateur sur le reçu.La correction a été faite.En octobre 1997, L\u2019Action nationale est à nouveau sélectionnée pour une autre vérification.La sélection fédérale dépasse le sort de la loterie.Pendant trois jours, le vérificateur a examiné la déclaration T3010, les états financiers de 1996, le grand livre, le journal général, la caisse-recettes, la caisse-déboursés, les relevés bancaires, les chèques annulés, les conciliations bancaires, le journal des salaires, les T4, T4A & sommaire, les bordereaux de dépôts de 1995 et 1996, les reçus officiels de 1995 et 1996, les factures, les pamphlets d\u2019information, les autres documents décrivant les activités, les certificats d\u2019enregistrements, les procès-verbaux des réunions du 1er janvier 1996 jusqu\u2019à ce jour, la balance de vérification, les écritures de fermeture, les feuilles de travail et de conciliation du formulaire T3010, la conciliation du total des reçus officiels.Il a lu pendant 5 ou 6 heures les textes qui critiquaient la politique fédérale.On vient vérifier nos livres, nos reçus, nos procès-verbaux et les documents de la Ligue.La liberté d\u2019expression est en danger.La Saskatchewan De la Fédération des Francophones de Saskatoon, nous recevons des nouvelles4 dont nous reproduisons quelques extraits : ¦ Si le gouvernement tient à ce que le Québec intègre la Constitution de 1982, il doit démontrer qu \u2019il tient à protéger la communauté fransaskoise en déclarant la province officiellement bilingue comme elle l\u2019était de 1905 à 1987 avant que le gouvernement Devine ne la déclare unilingue anglaise en 1988*.\u2019Laprémisse de base de l\u2019Entente (de Calgary) nous laisse fort sceptique.Aussitôt rendue publique, les premiers ministres du Canada anglais nous soulignaient que cette entente se voulait servir de \u2022 munitions électoralistes ¦ pour le chef de l\u2019Opposition officielle du Québec, le libéral Daniel Johnson.Qu\u2019en utilisant les sept principes de l\u2019Entente de Calgary, le Parti libéral du Québec serait en mesure de prendre le pou- 82 \u2022 L'ACTION NATIONALE voir et ainsi rayer de la carte politique du Québec, la volonté des souverainistes à créer un État-nation du Québec ».Suaves et délicieuses intentions.-En 1986, on comptait 111980 citoyennes et citoyens de la Saskatchewan étant d\u2019origine française, cependant seulement 23 700 avaient le français langue maternelle et seulement 8980 avaient le français comme langue parlée à la maison.Dans le recensement de 1991, le nombre diminuait car 7155 avaient le français comme langue parlée à la maison *.La leçon de cette assimilation : le Québec devient bilingue et le Canada anglais devient de plus en plus anglais.\u2019Mais soyons Canadienne et Canadien jusque dans la moelle des os et reconnaissons que le gouvernement du Québec, non seulement protège le fait français, mais il protège également la culture de sa minorité de langue officielle mieux que l\u2019ensemble des provinces unilingues anglophones à protéger leur minorité francophone Ces extraits expriment mieux que je ne peux le faire l\u2019esprit de bonne entente que démontre le gouvernement anglophone de M.Chrétien.?4.Mémoire présenté au gouvernement de la Saskatchewan, Richard Nadeau, président, 2 novembre 1997.relations Revue d\u2019analyse sociale, politique et religieuse Pour comprendre le fond des choses ! ¦ un an ( 10 nos) : 26 $ ¦ deux ans : 47 $ ¦ à l\u2019étranger : 27 $ taxes incluses Communiquer avec Mme Hélène Desmarais 25 ouest, rue Jarry, Montréal H2P IS6 Tél.: 387-2541 L'ACTION NATIONALE \u2022 83 Diplôme = emploi?En 1994, plus d\u2019un Canadien sur huit détenait un grade universitaire, lequel laisse présager un niveau de vie confortable.En effet, en 1993, un diplômé universitaire touchait un revenu moyen de 40247$ alors qu \u2018un diplômé du secondaire ne gagnait en moyenne que 23 644 $.Un grade universitaire ne garantit toutefois pas un emploi rémunérateur.En 1992, 11 % des diplômés du baccalauréat et 10% des diplômés des écoles de formation professionnelle et technique n\u2019arrivaient pas à se trouver du travail.En 1993,17% des décrocheurs du secondaire étaient en chômage.Il en allait de même pour 16,5% des personnes qui n\u2019avaient fréquenté que l\u2019école primaire.Annuaire du Canada, 1996, pp.140, 141. Document visuel Les bains publics de Montréal PAUL LABONNE1 En 1876, Montréal remporte la triste palme de troisième ville la plus meurtrière du monde, après Calcutta et Alexandrie.En raison de ses conditions d\u2019hygiène misérables, la métropole tue plus que n\u2019importe quelle ville industrielle d\u2019Angleterre dont Liverpool et Manchester.Dans les faubourgs industriels, la mortalité infantile fait des ravages en fauchant un enfant sur trois avant l\u2019âge d\u2019un an.Les premiers logements ouvriers sont surpeuplés et dépourvus de commodités aussi élémentaires que la baignoire et l\u2019eau chaude quand ils ne sont pas tout simplement dépourvus de toilettes intérieures.Ces logements présentent des risques importants pour la santé et sont des foyers d\u2019infection qui facilitent la propagation du typhus.Encouragée par les classes bourgeoises qu\u2019effraie la propagation de maladies contagieuses, l\u2019Administration municipale érige des bains publics, d\u2019abord dans le canal Lachine et en bordure du fleuve Saint-Laurent, en 1869 ; elle construit ensuite des baraques qui servent de bains d\u2019été à compter de 1890.Le premier bain permanent, dont l\u2019eau est chauffée hiver comme été, ouvre ses portes en 1909 ; il s\u2019agit du bain Lévesque, situé à l\u2019angle des rues Marie-Anne et Boyer.Montréal compte encore aujourd\u2019hui le plus grand nombre de bains publics au Canada, soit 13 au total.7 de ces bains sont 1.Commissaire de l\u2019exposition sur les bains publics de Montréal et directeur de l\u2019atelier d\u2019histoire Hochelaga-Maisonneuve.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 85 toujours en service.Il importe de les préserver puisqu\u2019ils constituent un patrimoine unique et qu\u2019ils sont des témoins discrets mais bien visibles de l\u2019ère industrielle.La plupart sont situés dans les quartiers ouvriers de Pointe-St-Charles, du Centre-Sud et de Hochelaga-Maisonneuve.Réalisée par l\u2019Atelier d\u2019histoire Hochelaga-Maisonneuve, l\u2019exposition itinérante «Prendre son bain aux bains.L\u2019histoire des bains publics de Montréal (1860-1960).» évoque la grande époque des bains publics, celle des problèmes d\u2019hygiène aigus et des préoccupations sociales naissantes.Les photographies des pages suivantes sont tirées de cette exposition qui a été présentée pour la première fois, en 1996, dans un bain public du quartier Hochelaga-Maisonneuve.Elle prendra à nouveau l\u2019affiche du 4 juin au 7 septembre 1993 au Centre d\u2019histoire de Montréal, ce musée du Vieux-Montréal dont l\u2019exposition permanente raconte de façon vivante et accessible toute l\u2019histoire de la ville.Pour informations : 872-3207 ou le 523-5930.86 \u2022 L'ACTION NATIONALE Au XIXe siècle, les eaux du Canal Lachine et du fleuve Saint-Laurent deviennent rapidement polluées par le déversement des égouts, forçant la construction de bains intérieurs.* \"\u2022«SK.\"¦ Hi - Le bain d'été Gallery dans le quartier Irlandais du Centre Ouest, sera démoli en 1932 pour faire place au tunnel Wellington.\u2019Su I.ACTION NATIONALE \u2022 87 Source : Ville de Montréal.Gestion de documents et archives.\tSource : Ville de Montréal.Gestion de documents et archives.Mars 1931 La construction des bains publics montréalais s'est effectuée en deux phases, soit durant les années 1910 et durant la crise des années '30.Ici, la construction du bain Mathieu, sur la rue Ontario Est, en 1931.à- 4 iÜt «Si IWHMtU \u2022?S» *ï Les intérieurs des bains qui sont souvent très dénudés les font ressembler à de petites manufactures.88 \u2022 L ACTION NATIONALE Source : Ville de Montréal.Gestion de documents et archives.\tSource : Ville de Montréal.Gestion de documents et archives. IMl(MRS MW cfl lTl ^oui^yV -O o QJ CJ maximum une heure de voiture entre tous les lieux du territoire MRC » furent des références très utiles.Sur la base de ces critères, de tels territoires microrégionaux (supralo-caux) devaient explicitement servir d\u2019assise pour l\u2019émergence de solidarités, notamment au plan des nouvelles initiatives de développement L'ACTION NATIONALE «121 à encourager par des services publics.Malheureusement, le dynamisme réformateur de cet échelon territorial s\u2019est largement éteint au lendemain du référendum de 1981.Le Rapport Gendron qui a servi de politique régionale en 1983 laissait aux acteurs locaux et régionaux des MRC, le choix de s\u2019organiser à leur guise en se servant de la concertation.Avec une telle permissivité, l\u2019État central lançait par le fait même la balle dans le camp des autorités décentralisées.À cette époque, les spécialistes de la question ont largement déploré l\u2019absence d\u2019une politique explicite et irréversible du gouvernement québécois à l\u2019égard de la décentralisation.En réalité, s\u2019est structuré tout de même de 198218 à 1992, un véritable secteur public MRC grâce à l\u2019occupation des 95 territoires par diverses organisations qui y exercent des fonctions.Il s\u2019agit d\u2019un secteur public aux responsabilités fragmentées et au pouvoir éclaté sur les divers territoires.Outre l\u2019aménagement, ces fonctions concernent trois grands champs19 de desserte de biens et services, soit à la population, aux travailleurs et aux entreprises.C\u2019est-à-dire que les territoires MRC servent maintenant d\u2019aires de gestion pour plusieurs fonctions publiques et collectives.Il existe cependant une importante inégalité interterritoriale dans l\u2019occupation fonctionnelle de ces petites régions.Sur les 25 secteurs d'activités aptes à être occupés par des organisations publiques, parapubliques ou collectives, nous avons en effet mesuré en 1992 le degré d\u2019occupation pour chaque territoire MRC (tableau 2.4).On constate ainsi qu\u2019après seulement dix ans d\u2019existence, les 95 territoires MRC sont déjà construits à près de 50% par un ensemble d\u2019organisations qui occupent le territoire (+ ou -10%) dans l\u2019exercice de leurs fonctions.Depuis ce temps, la construction institutionnelle s\u2019est poursuivie, notamment dans le domaine du développement économique.Ce progrès rapide dans l\u2019occupation des territoires MRC démontre bien la pertinence de cet échelon territorial dans la gestion publique au Québec.Ceci est d\u2019autant plus vrai puisque cette occupation territoriale croissante s\u2019effectue malgré les faibles incitatifs financiers de l\u2019État central.Le pourcentage d\u2019occupation des MRC qui est tout de même encore assez faible (- de 50 %) pour la majorité (+ de 80%) de ces petites régions du Québec s\u2019explique 18.\tBien que la Loi 125 fut votée en 1979, ce n'est qu'à partir de 1982 que les régions MRC furent réellement opérationnelles.19.\tVoir à cet égard M.-U.Proulx, -Appartenance - Utilités - Fonctions-, dans Revue canadienne de sciences régionales, vol.XV, n' 2, 1992, pp 307-325.122 \u2022 L'ACTION NATIONALE par la faiblesse de l\u2019assise fiscale locale, le manque d\u2019expertise professionnelle et la faible disponibilité des élus pour prendre en main les dossiers.Des progrès importants demeurent impératifs dans un esprit de renforcement du pouvoir d\u2019action des collectivités territoriales.Tableau 2.4 OCCUPATION INSTITUTIONNELLE DES TERRITOIRES MRC Régions MRC\tOrganisations\tRégions MRC\tOrganisations Iles-de-la-Madeleine\t48%\tMemphrémagog\t52 % Avignon\t48 %\tSherbrooke\t8 % Bonaventure\t32 %\tVal Saint-François\t52% Pabok\t68%\tOr Blanc\t52% Côte-de-Gaspé\t44%\tBrome-Missiquoi\t40% Denis Riverin\t56%\tHaut-Richelieu\t48% Matane\t92%\tJardins-de-Napierville\t36% Matapédia\t88 %\tHaut-Saint-Laurent\t32 % Mitis\t44%\tBeauharnois-Salaberry\t24% Rimouski-Neigette\t44%\tVaudreuil-Soulanges\t56% Fjord-du-Saguenay\t44%\tRoussillon\t12% Lac-Saint-Jean-Est\t56%\tChamplain\t24% Domaine-du-Roy\t60%\tVallée-du-Richelieu\t16% Maria-Chapdeleine\t40%\tRouville\t24% Témiscouata\t52%\tHaute-Yamaska\t28% Basques\t52 %\tActon\t40% Rivière-du-Loup\t40%\tLes Maskoutains\t32 % Kamouraska\t76%\tBas-Richelieu\t27% L\u2019Islet\t40%\tLa Jammerais\t28% Montmagny\t36%\tLaval\t8% Etchemins\t88%\tDeux-Montagnes\t24% Beauce-Sartigan\t44%\tMirabel\t8% L\u2019Amiante\t48 %\tThérèse-de-Blainville\t16% Robert-Cliche\t32 %\tLes Moulins\t44 % Nouvelle-Beauce\t40%\tL\u2019Assomption\t28% Bellechasse\t40%\tD'Autray\t56% L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 123 OCCUPATION INSTITUTIONNELLE DES TERRITOIRES MRC (suite) Régions MRC\tOrganisations\tRégions MRC\tOrganisations Desjardins\t28%\tJoliette\t28% Chutes-de-la-Chaudière\t36%\tMontcalm\t28% Lotbinière\t20%\tRivière-du-Nord\t28% Portneuf\t36%\tArgenteuil\t20% Jacques-Cartier\t28%\tPays-d\u2019en-Haut\t20% île d\u2019Orléans\t20%\tLaurentides\t36% Côte-de-Beaupré\t32%\tMatawinie\t48% Charlevoix\t48%\tPapineau\t36% Charlevoix-est\t60%\tVallée-de-la-Gatineau\t52 % L'Érable\t24%\tPontiac\t44% Arthabaska\t40%\tAntoine-Labelle\t76% Drummond\t28%\tTémiscamingue\t88% Nicolet-Yamaska\t44%\tRouyn-Noranda\t76% Bécancour\t52 %\tVallée-de-l\u2019Or\t56% Francheville\t16%\tAbitibi\t64% Centre-de-la-Mauricie\t52%\tAbitibi-Ouest\t44% Maskinongé\t40%\tMinganie\t36% Mékinac\t60%\tSept-Rivières\t16% Haut-Saint-Maurice\t48%\tManicouagan\t40% Le Granit\t52 %\tHaute-Côte-Nord\t32% Haut-Saint-François\t80%\tCaniapiscau\t16% Coaticook\t56%\t\t 2.5 La réponse par la planification territoriale Nous avons vu que les régionalismes fonctionnel et politique ont pris place au Québec entre les échelons locaux et nationaux traditionnels, causant un éclatement vertical supplémentaire du pouvoir décisionnel dans le secteur public.Cette fragmentation des responsabilités représente un choix de gestion publique.Choix qui comporte certes des faiblesses mais aussi des forces de nature démocratique et économique20.11 devient possible d enrichir ces forces, notamment 20.Voir M.-U.Proulx, .Gouvernement du Québec et gouvernance territoriale-, dans Paquerot, S.L\u2019État aux orties?, éditions Ecosociété, Montréal, 1996, 279 pages.124 \u2022 L'ACTION NATIONALE par un ajout de cohérence administrative.Des modalités de coordination territoriale des fonctions publiques deviennent essentielles à cet égard; coordination verticale entre les échelons territoriaux et coordination horizontale sur chaque territoire.Pour ce faire, Québec s\u2019est largement appuyé sur la planification territoriale.Depuis le début des années soixante en effet, l\u2019application de la politique régionale du gouvernement du Québec a occasionné l\u2019utilisation de la planification territoriale.On a confectionné des plans à l\u2019échelon des régions administratives et à celui des MRC.On a aussi élaboré des plans d\u2019urbanisme à l\u2019échelon municipal.En réalité, huit procédures de planification (et leurs variantes) furent utilisées depuis 35 ans.Elles ont servi à ajouter de la rationalité dans la vaste réforme territoriale en cours.On définit la planification telle une démarche ou un processus permettant de faire la liaison entre connaissance (rationalité) et actions (initiatives, interventions).Lorsque la procédure utilisée est appropriée, cette liaison génère de l\u2019innovation pour l\u2019objet planifié.Pour ce faire, le planificateur doit respecter un certain nombre d\u2019étapes, de conditions et de critères.La planification territoriale est ainsi généralement concernée par la mise en œuvre d\u2019une procédure (ou démarche) précise et articulée afin d\u2019établir essentiellement quatre grandes composantes qui lui offrent son contenu réel : 1)\tune vision territoriale : valeurs collectives, finalités, tendances futures, grands enjeux, portrait détaillé des ressources disponibles, forces et faiblesses, opportunités, contraintes, projets-moteurs, etc.j 2)\tun cadre d orientation : stratégies telles que concentration - dispersion - accroissement - réduction - diversification - etc.pour guider les actions ; 3)\tdes décisions : montage de dossiers de faisabilité multicritères pour l\u2019évaluation, la comparaison, la priorisation, l\u2019engagement et l\u2019exécution des actions concrètes de production d\u2019un bien ou d\u2019un service ; 4)\tune dynamique d\u2019interaction : mise en relations des acteurs de la gestion et du développement afin de provoquer la recherche collective de solutions innovatrices à exécuter souvent en partenariat.Dans la littérature scientifique sur le sujet, trois grandes formes potentielles de planification territoriale sont offertes : la planification allocative ; la planification radicale et la planification innovatrice.Deux buts explicites sont essentiellement visés, au Québec et ailleurs, par l'utilisation de la planification territoriale.Il s\u2019agit de la gestion L'ACTION NATIONALE «125 rationnelle des ressources publiques et l\u2019impulsion du développement social, culturel et économique.À l\u2019aide des composantes d\u2019analyse énoncées, nous pouvons concevoir un modèle d\u2019observation de la planification territoriale qui fut exercée aux trois échelons territoriaux du Québec.Par la mesure de variables reliées à ces grandes composantes du modèle exposé21, nous pouvons positionner chaque procédure utilisée depuis 35 ans (schéma 2.1).Schéma 2.1 LES HUIT PROCÉDURES DE PLANIFICATION TERRITORIALE DU QUÉBEC Connaissances Cadre Vision Allocation Innovation Radical Décisions Interaction Actions Outre l\u2019expérience du BAEQ (1) dans l\u2019est du Québec ainsi que -l\u2019enquête-participation» expérimentée au Saguenay-Lac-Saint-Jean durant les années soixante, les procédures positionnées sur le schéma ci-dessus sont en réalité les \u2022 missions ¦ de planification (2) effectuées dans plusieurs régions en 1969-1970-1971-1972, les -schémas régionaux» (3) réalisés dans toutes les régions administratives en 1975-1976-1977-1978, les - schémas d\u2019aménagement MRC» (4) confectionnés dans les années quatre-vingts, les deux générations de - confé- 21.Voir M.-U.Proulx, -Trois décennies de planification territoriale au Québec-, dans Proubt, M.U.Le phénomène régional au Québec, P.U.Q., 1996, 317 pages.126 \u2022 L'ACTION NATIONALE rences socio-économiques régionales - (5) mises en œuvre aussi au cours de la décennie quatre-vingt et les -forums ou colloques territoriaux- (MRC et régions administratives) animés ponctuellement selon les besoins (6).Récemment, les régions administratives ont effectué un important exercice de planification stratégique (7).La procédure n° 8 représente les plans d\u2019urbanisme effectués au Québec depuis trente ans.Dans le passé ces derniers plans n\u2019étaient qu\u2019une vision et un cadre, dans le traditionnel style -blue print-.Depuis le début des années quatre-vingts, il sont beaucoup plus des instruments réels pour la prise de décisions.Signalons finalement que les territoires MRC sont actuellement en cours de révision de leur schéma d\u2019aménagement en utilisant une procédure de planification que nous ne pouvons pas encore positionner sur notre schéma.On constate que ces exercices de planification territoriale furent largement concernés par la mise en œuvre d\u2019un cadre stratégique pour orienter les décisions effectuées dans le champ, par le secteur privé, le secteur communautaire ainsi que par le secteur public.2.6 Conclusion Nous venons de voir que la nécessaire réforme de l\u2019organisation des territoires mise en œuvre depuis 30 ans au Québec, a occasionné l\u2019actualisation de quatre catégories de réponses de l\u2019État.L\u2019échelon municipal traditionnel fut consolidé à un certain degré.On assista aussi à la construction institutionnelle de deux nouveaux échelons territoriaux intermédiaires entre les municipalités traditionnelles et l\u2019État.L\u2019échelon MRC sur lequel s\u2019exercent des responsabilités publiques à l\u2019égard de l\u2019aménagement du territoire et de la gestion de biens et services à la population, aux travailleurs et aux entreprises.La fragmentation du pouvoir décisionnel qui découle de cette présence de nouveaux pouvoirs intermédiaires représente un choix spécifique de gestion publique.Choix qui possède ses forces et ses faiblesses.Il a permis notamment à deux types distincts de régionalismes de s\u2019exprimer par l\u2019institutionnalisation de diverses organisations publiques et collectives.Aussi, ce choix de gestion publique infra-nationale à trois échelons territoriaux fut accompagné de la mise en œuvre de procédures de planification territoriale.Afin de visualiser plus en détail la complexité institutionnelle du Québec infranational, il apparaît pertinent de tracer un tableau global de la situation.Tableau global commencé dans ce chapitre et qui se poursuivra au cours du prochain chapitre.L'ACTION NATIONALE «127 \t \t \t \t CHAPITRE 3 L'héritage institutionnel territorial au Québec 3.1\tIntroduction Après 30 ans de réforme territoriale continue au Québec, il est intéressant de faire le point sur la situation de notre héritage institutionnel.Nous avons vu que deux nouveaux échelons territoriaux furent institutionnellement construits entre l\u2019échelon municipal traditionnel et l\u2019échelon national.Nous disposons ainsi au Québec de trois échelons territoriaux infranationaux (1 433 municipalités ; 96 régions MRC - 3 communautés urbaines; 16 régions administratives).Les responsabilités publiques exercées hors de la capitale sont maintenant éclatées verticalement à ces trois échelons.Chacun possède ses légitimités et ses spécificités22.Nous verrons dans ce troisième chapitre que l\u2019observation de la réalité de ces échelons illustre la fragmentation horizontale des responsabilités dans plus d\u2019une quarantaine de secteurs d\u2019activité publique.Ce choix de fragmentation horizontale des fonctions publiques fut certes rationnel dans le cadre de la réforme effectuée progressivement depuis 30 ans.Il répond à une logique d\u2019organisation territoriale bien identifiée dans ses vertus et ses vices par les spécialistes de la science politique, de l\u2019administration publique et de l\u2019économie publique territoriale (chapitre 6).3.2\tLes municipalités locales À l\u2019échelon local, le Québec se retrouve en 1991 avec encore un très grand nombre de municipalités.Le tableau 3.1 nous permet de constater que parmi les 1 433 municipalités locales du Québec, 44 % possèdent une population inférieure à 1000 habitants, 68 % n\u2019ont pas 2 000 citoyens alors que 78 % servent une population moindre de 3000 électeurs.Le point important à souligner ici concerne le fait que les 1116 municipalités de dimension inférieure à 3000 habitants n\u2019ont généralement pas l\u2019assise fiscale suffisante pour desservir et gérer beaucoup de services à leur population, qui pourtant y a droit au nom de la justice sociale.De fait, la capacité de ces municipalités d\u2019assumer 22.Voir M.-U.Proulx (1995) .Légitimité des trois échelons territoriaux décentralisés au Québec-, dans Action Nationale, vol.LXXXV, n' 6.L'ACTION NATIONALE «129 des responsabilités en gestion publique est assez réduite, d\u2019autant plus que plusieurs de celles-ci couvrent un territoire rural très large ou un territoire urbain à forte demande de services.En conséquence, le débat actuel sur la réforme territoriale au Québec questionne cet éternel problème en soulignant inévitablement l\u2019importante faiblesse politico-administrative de notre système municipal.Tableau 3.1 MUNICIPALITÉS PAR CLASSE DE POPULATION AU QUÉBEC Classe de pop.\tNombre\t% mun.\tPop.totale\t% pop.0-\t10\t,70 %\t0\t0% 1 -499\t251\t17,50%\t82 234\t1,16% 500 - 999\t368\t25,68 %\t269 431\t3,76 % 1000- 1 499\t214\t14,93%\t260 939\t3,64 % 1 500 - 1 999\t130\t9,07 %\t225 312\t3,14% 2 000 - 2 999\t143\t9,98 %\t347 726\t4,85 % 3 000 - 3 999\t81\t5,65 %\t282 346\t3,94 % 4 000 - 4 999\t41\t2,86 %\t183 050\t2,55 % 5 000 - 5 999\t73\t5,09 %\t498 412\t6,95 % 10 000 -24 999\t73\t5,09 %\t1 137 843\t15,86% 25 000 - 49 999\t28\t1,95%\t991 745\t13,83% 50 000 - 99 999\t17\t1,19%\t1 215 589\t16,95% 100 000 et plus\t4\t,28 %\t1 677 860\t23,39 % Total\t1 433\t100 %\t7173 487\t100 % Source : Répertoire des municipalités du Québec; compilation à partir des données du recensement de de 1991.Nous héritons en réalité d\u2019un système municipal fragmenté en de multiples petites unités fonctionnelles23.Système qui avait certainement sa raison d\u2019être auparavant, lorsque la distance représentait une contrainte importante dans le découpage des aires de gestion et lorsque le nombre de services collectifs à gérer par nos municipalités était très limité.Aujourd\u2019hui, une réflexion sérieuse s\u2019impose sur l\u2019efficacité économique globale d\u2019un tel système.D\u2019autant plus que les 23.Ayant moins de 3 000 habitants, près de 80 % des municipalités du Québec n'exercent en réalité que quelques fonctions publiques.130 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE regroupements naturels et spontanés ne se réalisent que très lentement, tandis que le système des ententes intermunicipales possède aussi ses limites effectives.De ce constat, plusieurs spécialistes réclament une réforme de nos institutions municipales, encore plus en profondeur que celle effectuée graduellement sur une base volontaire depuis 30 ans.Il est à noter qu\u2019une telle réforme profonde fut effectuée dans plusieurs pays européens sous l\u2019angle de la consolidation des multiples petites municipalités locales dispersées.À titre d\u2019exemple, la Suède, le Danemark, la Norvège et la Belgique, pays qui possèdent beaucoup de similitudes avec le Québec, tout en ayant un territoire de dimensions moins vastes, ont largement réduit, par étapes, le nombre de leurs municipalités locales au cours des dernières décennies en utilisant l\u2019échelon supralocal (district - petites régions).Notons en contre-exemple que plusieurs pays européens tels que la France et la Grèce ont conservé une système municipal effrité en petites unités de gestion tandis que d\u2019autres encore ont opté pour un système municipal à deux échelons (local - supralocal) de gestion.Afin d\u2019obtenir une base comparative plus large, le tableau 3.2 illustre le nombre de municipalités24 qui existent dans plusieurs pays, ainsi que le ratio entre ce nombre et la population totale (par tranche de 100 000 habitants) du pays observé.On constate que le Québec se situe au-dessus de la moyenne du Canada et bien au-dessus du ratio de plusieurs pays européens.On peut affirmer que nous possédons comparativement un très grand nombre de municipalités.Ces données nous permettent ainsi d\u2019avancer que les échelons local et supralocal au Québec sont proportionnellement très fragmentés en de multiples municipalités.Il est important de souligner cependant que notre vaste espace québécois, faiblement peuplé et aux lieux très dispersés, ressemble beaucoup à celui de plusieurs États américains et des provinces australiennes pour lesquels nous n\u2019avons malheureusement pas de données précises disponibles actuellement.24.Les données traitées pour élaborer ce tableau sont issues de diverses compilations (sources).Elles considèrent sous la même rubrique, les municipalités locales (communes) ainsi que les municipalités régionales (comtés, districts.).L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 131 Tableau 3.2 NOMBRE DE MUNICIPALITÉS PAR TRANCHE DE POPULATION Provinces canadiennes\tMunicipalités\tpar 100 000 hab.Saskatchewan\t834\t84 I.P.-É.\t89\t68 Terre-Neuve\t295\t52 Québec\t1 578\t23 Manitoba\t201\t18 Nouveau-Brunswick\t118\t16 Alberta\t352\t14 Ontario\t828\t8 Nouvelle-Écosse\t66\t7 Colombie Britannique\t178\t5 Total Canada\t4 539\t17 (moyenne) Certains États européens\tMunicipalités\tpar 100 000 hab.France\t36 500\t65 Grèce\t5 618\t56 Luxembourg\t118\t33 Espagne\t8 150\t20 Allemagne\t8 737\t14,4 Italie\t8 000\t14 Norvège\t472\t11,2 Danemark\t291\t5,7 Belgique\t569\t5,4 Pays Bas\t714\t5,26 Suède\t303\t3,6 Angleterre\t457\t,96 Sources : O'Brien, A.(1993) Municipal Consolidation in Canada and its Alternatives, Intergovernmental Committee on Urban and Regional Research Press, Toronto.Ministère des affaires municipales (1992), « Des expériences de restructuration du territoire », Documents de travail non publié.Alain Delcamp (1990), Les institutions locales en Europe, éd.Que sais-je?, Presses Universitaires de France.132 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE 3.3\tLes régions administratives À l\u2019analyse du graphique 3.1, il apparaît clairement que les régions administratives sont utilisées, à un haut degré, comme aires de gestion par les différents ministères provinciaux.On constate toutefois une forte inégalité intersectorielle dans cette occupation institutionnelle.En effet, certains ministères sont fortement régionalisés sous la forme de directions et-ou de conseils régionaux25 tandis que d\u2019autres le sont moins.De plus, il apparaît aussi que les régions administratives québécoises soient peu utilisées comme territoire de gestion par le gouvernement fédéral.En effet, le graphique illustre que seulement cinq agences (bureaux de service) des ministères fédéraux épousent les territoires des régions administratives québécoises dans leurs activités.Soulignons par ailleurs que le graphique 3-1 illustre des dédoublements dans les organisations qui œuvrent à l\u2019échelon des régions administratives.En effet, le secteur de la santé est à la fois desservi par les gouvernements provincial et fédéral.Aussi, les secteurs de l\u2019environnement, de l\u2019industrie, de la culture et des loisirs sont desservis par deux organisations (direction et conseil), du gouvernement québécois.Notons aussi que le développement régional et la main-d\u2019œuvre bénéficient, en régions administratives québécoises, de trois différentes organisations dispensatrices de services publics.Cette présence simultanée de deux ou trois organisations dans le même secteur d\u2019activité publique questionne nos gouvernements sur le maintien et le fonctionnement de plus de 90 organisations régionales (directions - conseils - agences).Par l\u2019entremise d\u2019une rationalisation, une partie de ces organisations pourrait être réaffectée dans les régions où il en manque.3.4\tLes territoires MRC À l\u2019échelon territorial MRC, nous avons aujourd\u2019hui trois types d\u2019organisations fonctionnelles.Il existe d\u2019abord les 95 (maintenant 96) corporations MRC, avec chacune son conseil des maires et sa régie interne.Ensuite, des organisations publiques (et parapubliques) de l\u2019État qui étaient déjà présentes auparavant ou s\u2019y sont localisées depuis la création de ces territoires régionaux.Nous faisons référence 25.Plusieurs ministères continuent d'utiliser leur propre découpage régional, notamment les neuf districts de la Sûreté du Québec, les onze régions du ministère de la Justice, les dix régions d\u2019Hydro-Québec et les onze régions de la Société québécoise de la main-d\u2019œuvre.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 133 notamment aux l6l CLSC, aux 127 corporations de développement économique, aux 87 SOLIDE (société locales d\u2019invesüssements et de développement économique), aux 53 SADC (sociétés d\u2019aide au développement des collectivités), aux 99 SAJE (sociétés d aide aux jeunes entrepreneurs), à plusieurs commissions scolaires, à certains Graphique 3.1 OCCUPATION INSTITUTIONNELLE DES RÉGIONS ADMINISTRATIVES Santé/serv.soc.Qc Santé/Bien-être Ca Dév.régional Qc Aff.régionales Qc Dév.régional Ca Tourisme Qc Main-d\u2019oeuvre Qc Empl/imm.Ca Form, profess.Qc Ind.Com.Tech.Qc Promo, industri.Qc Environnement Qc Environnement Qc Transport Qc Centraide Qc Loi., Ch.Pêche Qc Loisirs Qc Lo.des handic.Qc Age d\u2019or Qc Justice Qc Education Qc Communication Qc Cond.féminine Ca Culture Qc Culture Qc Educ.popul.Qc Forêts Qc Qualité Qc Agriculture Qc Aff.municipales Qc Energie/Ress.Qc Consommation Ca Comm.culturelle Qc \"\tt 68,80% l 93,80°/ 93,80°/ 50.00% 3 93,80% ' 25,00% 68,80% 87,50% 1 81,30% \u2014I ______ 87,50% 75,00% ¦ 81,30% 68,80% 81,30% ¦¦¦ \"H 81,30% 0% 68,80% 81,30% 81,30% 68,80% 68,80% 68,80% 68,80% 68,80% 68,80% 68,80% 0% Aganres Ca I 1 \"j Conseils régionaux Qc Directions régionales Qc I 134 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE ^ centres de R&D, à des centres d\u2019accueil et aux carrefours jeunesse-emploi.Finalement, plusieurs organisations collectives ont émergé sur ces nouveaux territoires disponibles pour les initiatives nouvelles.Pensons notamment aux diverses organisations sectorielles (industries, tourisme, forêts, etc.) ainsi qu\u2019à une multitude de comités, associations, clubs et autres groupes concernés par la desserte de biens et services collectifs.Sans oublier les nombreux de syndicats, unions et groupes d\u2019intérêts qui épousent de plus en plus ces territoires MRC, comme référence spatiale.Le graphique 3-2 illustre, sans distinction de catégories fonctionnelles, le pourcentage des 95 régions MRC où est présente (en 1992) une organisation qui épouse le territoire (+ ou - 10 %) dans chaque secteur.Graphique 3.2 OCCUPATION TERRITORIALE MRC PAR DES ORGANISATIONS SECTORIELLES Occupation 40%\t50%\t60% Aménagement territoire\" Évaluation foncière' Santé/serv.sociaux' Travail Québec Éducation Gestion des déchets Tourisme Industries Aide au dév.collectivités' Dévelop.économique' Commerce Aide aux entreprises Travail Canada Emploi Dévelop.rural Environnement Culture Motels industriels Forêts Agriculture Sports et loisirs Voirie tertiaire Pèches Mines Autres services communs' 100% 100% L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 135 Ce graphique26 nous permet de constater que de 198227 à 1992, il s\u2019est effectué une occupation des 95 territoires MRC par des organisations qui y exercent certaines fonctions publiques.Outre 1 aménagement du territoire, ces fonctions concernent trois grands champs28 dont la desserte de biens et services à la population, la desserte de biens et services aux travailleurs et la desserte de biens et services aux entreprises.C\u2019est-à-dire que les territoires MRC servent de plus en plus d\u2019aires de gestion pour l\u2019exercice de fonctions publiques.Le graphique 3-2 illustre cependant une importante inégalité intersectorielle dans l\u2019occupation de ces territoires supralo-caux.Il existe aussi certains dédoublements de fonctions dans le secteur du travail (emploi) et dans celui du développement économique (entreprises).Il est à noter par ailleurs qu\u2019un certain nombre d\u2019organisations présentes, notamment dans les secteurs tourisme, culture, industries et pêche, s\u2019avèrent très précaires puisque généralement structurées de manière ponctuelle, selon la conjoncture de la dynamique régionale et de la disponibilité des ressources.Pour les 25 secteurs illustrés par le graphique 3-2, nous constatons qu'après seulement dix ans d\u2019existence, de nombreuses fonctions publiques utilisent les territoires MRC comme aire de gestion.Ce progrès rapide dans la construction institutionnelle MRC démontre bien la pertinence de cet échelon territorial dans la gestion publique au Québec.Ceci est d\u2019autant plus vrai puisque ce progrès s\u2019est effectué malgré les très faibles incitatifs financiers de l\u2019État et les difficultés financières des municipalités locales.Le pourcentage d utilisation des territoires MRC qui est tout de même encore assez faible (- de 50 %) pour la majorité (+ de 80 %), s\u2019explique en outre par le manque d\u2019expertise professionnelle, la faible disponibilité des élus pour s occuper des dossiers supralocaux ainsi que le protectionnisme des municipalités de dimension importante.26.\tM.-U.Proulx, - Le secteur public MRC 1992-, dans Actes du Forum national sur la décentralisation, Québec, 1992, pp.1-28.27.\tBien que la Loi 125 fut votée en 1979, ce n'est qu\u2019à partir de 1982 que les régions MRC furent réellement opérationnelles.28.\tVoir à cet égard M.-U.Proulx, .Appartenance - Utilités - Fonctions-, dans Revue Canadienne de sciences régionales, vol.XV, n 2, 1992, pp.307-325.136 \u2022 L'ACTION NATIONALE 3-5- Les agglomérations urbaines Si 78 % des municipalités du Québec possèdent une population inférieure à 3 000 habitants, force est de constater aussi qu\u2019autour de 80 % de la population du Québec vit dans une agglomération urbaine de plus de 12 000 habitants.Il s\u2019agit là d\u2019une donnée fondamentale à considérer dans la problématique de l\u2019organisation territoriale au Québec.À cet effet, les moyennes et grandes agglomérations urbaines nécessitent des modalités spécifiques pour la gestion de certaines fonctions publiques.Pour ce faire nous disposons déjà depuis 1969, d\u2019une structure communautaire dans les agglomérations urbaines de Montréal, Québec et Outaouais.Elles regroupent à elles seules autour de quatre millions d\u2019individus.Aussi, il existe 28 autres agglomérations urbaines (tableau 3-3) qui regroupent 150 municipalités, représentant ainsi autour de 20 % de la population du Québec.Ces 28 pôles urbains possèdent chacun une population dénombrée se situant entre 12 000 et l60 000 habitants.Mais la majorité de ces agglomérations possèdent entre 25 000 et 60 000 habitants localisés sur un territoire certes contigu mais toutefois morcelé en divers territoires municipaux.Selon les données de Statistique Canada, 75 % de ces agglomérations urbaines ont vu leur population augmenter entre 1986 et 1991.Ces agglomérations auraient certainement beaucoup d\u2019intérêts à se consolider29 afin d\u2019éliminer les iniquités fiscales, les incohérences dans la prestation des services, l\u2019étalement urbain coûteux et la perte générale de la qualité de vie.Des gains importants pourraient en effet être obtenus en matière d\u2019aménagement du territoire, de desserte de services et de gestion de l\u2019environnement.Notons aussi que le développement économique pourrait bénéficier de l\u2019intégration des efforts de promotion sur de tels espaces urbains grâce à ce qu il est convenu d\u2019appeler les économies de proximité.Soulignons à cet égard que plusieurs agglomérations furent déjà consolidées au cours des années soixante-dix, notamment Gaspé en 1971, Gatineau en 1975, Jonquière en 1975, Beauport en 1976, Saint-Agapit en 1979 et Drummondville en 1981.Elles forment déjà des noyaux urbains importants.Un effort dans cet esprit s\u2019avère encore nécessaire au Québec.29.Voir R.Pétrelli, - Les collectivités territoriales au Québec : une vision d'avenir-, dans Proulx, M U.(1995) Regards sur la Décentralisation gouvernementale au Québec éditions GRIR, UQAC, Chicoutimi.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 137 Tableau 3.3 AGGLOMÉRATIONS URBAINES DU QUÉBEC Agglomérations\tNbre de municip.\tPopulation Alma\t2\t30 191 Baie-Comeau\t5\t32 823 Chicoutimi\t10\t160 928 Cowansville\t2\t12 510 Dolbeau\t2\t15 023 Drummondville\t6\t60 092 Granby\t4\t59 410 Joliette\t5\t37 525 La Tuque\t3\t13 050 Lachute\t1\t11 730 Magog\t3\t20 426 Matane\t3\t14 858 Rimouski\t10\t47 818 Rivière-du-Loup\t6\t23 457 Rouyn-Noranda\t10\t38 739 Saint-Georges\t3\t23 095 Saint-Hyacinthe\t6\t50 193 Saint-Jean-sur-le Richelieu\t4\t68 378 Saint-Jérôme\t4\t51 986 Salaberry-de-Valleyfield\t3\t40 061 Sept-îles\t3\t25 712 Shawinigan\t11\t61 672 Sherbrooke\t14\t139194 Sorel\t6\t46 365 Thetford-Mines\t7\t30 279 Trois-Rivières\t9\t136199 Val-d\u2019Or\t4\t30 041 Victoriaville\t3\t39 826 Source: Statistique Canada, Recensement 1991.138 \u2022 L'ACTION NATIONALE 3.6 Le positionnement des organisations Nos données sur les organisations publiques, parapubliques et collectives qui œuvrent sur le territoires locaux, supralocaux (MRC et communautés urbaines) et régionaux au Québec nous permettent d enrichir notre analyse de quelques composantes mesurées.Nous avons notamment constaté un bon degré de fragmentation des fonctions exercées à chaque échelon territorial local, supralocal et régional.En se référant à 1 analyse en termes de régionalismes fonctionnel et politique qui fut effectuée au chapitre 2, nous pouvons aussi positionner chaque organisation présente dans le Québec infrana-tional selon le diptyque fragmentation - intégration, c\u2019est-à-dire leur caractère mono ou multifonctionnel.À cet effet, trois variables furent mesurées pour catégoriser les organisations et les positionner sur notre modèle d\u2019analyse (graphique 3.3).Ce sont le nombre de fonctions exercées (axe horizontal) ainsi que l\u2019imputabilité politique des décideurs et l\u2019autonomie financière (axe vertical).Dans le quadrant supérieur gauche qui représente le régionalisme fonctionnel fragmenté, se localisent les directions (bureaux et agences) des différents ministères québécois et canadiens.Certaines de ces organisations publiques et parapubliques possèdent un degré de pouvoir décisionnel et un certain degré d\u2019autonomie financière se rapprochant ainsi de l\u2019axe horizontal.Par ailleurs, certaines organisations sont dotées d\u2019une vocation bi ou multifonctionnelle, notamment les régies régionales de santé et services sociaux (RRSSS).Celles-ci se localisent ainsi plus près de l\u2019axe vertical qui sépare la fragmentation de l\u2019intégration territoriale.Dans le quadrant supérieur droit, se localisent les organisations qui cherchent 1 intégration des diverses fonctions exercées par les directions des ministères de l\u2019État.On retrouve dans cette zone, le S.D R.(secrétariat au développement des régions), le BFDR (bureau fédéral de développement régional) et quelques organisations multifonctionnelles.Notons que le CRD (conseil régional de développement) se localise un peu plus près de l\u2019axe horizontal étant donné son degré d\u2019autonomie décisionnelle et financière.La position illustrée à 1 extrême de cette zone d\u2019intégration du régionalisme fonctionnel est représentée par la CAR (conférence administrative régionale).L'ACTION NATIONALE «139 Graphique 3.3 POSITIONNEMENT DES ACTEURS DE L'ORGANISATION TERRITORIALE Régionalisme fonctionnel Intégration Fragmentation X X x Régionalisme politique Dignes représentantes du régionalisme politique fragmenté, les municipalités se localisent toutes dans le quadrant inférieur gauche.Certaines se positionnent plus près de l\u2019axe vertical étant donné leur nombre plus élevé de fonctions exercées (aqueduc, voirie, sécurité, loisirs, etc.).C\u2019est le cas des municipalités de dimensions plus importantes, notamment celles qui furent consolidées récemment grâce aux fusions et regroupements.Plusieurs municipalités sont dépendantes des transferts de l\u2019État à un certain degré (peu d\u2019autonomie financière) et se rapprochent ainsi davantage de l\u2019axe horizontal.Précisons aussi que les commissions scolaires sont localisées dans ce même quadrant, très à gauche puisqu\u2019elles sont unifonctionnelles, et assez près de l\u2019axe horizontal étant donné leur faible autonomie financière.140 \u2022 L'ACTION NATIONALE Les corporations MRC, quelques grandes municipalités et les communautés urbaines représentent finalement la volonté de consolidation pour intégrer les fonctions exercées dans le cadre du régionalisme politique.Elles se situent ainsi dans le quadrant inférieur droit.Les SADC (sociétés d\u2019aide au développement des collectivités) se localisent aussi dans cette zone bien que leur désir d\u2019intégration territoriale des diverses fonctions exercées soit davantage basé sur le simple volontariat de leurs partenaires.Il en est de même pour les \u2022 guichets uniques -, les forums et tous les autres mécanismes collectifs de coordination volontaire élargie, qui se localisent plus vers l\u2019extrême droite dans ce quadrant.Le cadre d analyse formalisé par cette figure est fort utile pour comprendre un peu mieux l\u2019organisation des territoires du Québec, territoires sur lesquels œuvrent de nombreuses et diverses organisations publiques, parapubliques et collectives.Il illustre que le vaste secteur public infranational au Québec est largement fragmenté par 1 entremise d\u2019un ensemble d\u2019organisations effectuant un nombre limité de fonctions.3.7 Les acquis de la planification territoriale Bien qu il existe des organisations publiques mandatées spécifiquement pour effectuer la coordination entre les fonctions publiques exercées sur les territoires locaux, supralocaux et régionaux, les modalités d\u2019intégration territoriale privilégiées par Québec se sont largement appuyées sur des procédures de planification.Nous avons vu au chapitre précédent (en incluant les plans locaux d\u2019urbanisme) que huit procédures (et leurs variantes territoriales) de planification territoriale furent mises en application depuis trente ans au Québec.L\u2019évaluation des retombées de cette planification n\u2019est certes pas un exercice facile.Elle ne fut d\u2019ailleurs jamais effectuée d\u2019une manière formelle et exhaustive.Néanmoins, notre analyse à l\u2019aide du modèle présenté au schéma 2.1, nous permet de tirer certaines leçons pertinentes.Nous pouvons ainsi avancer que, d\u2019une manière générale, le but relié à la gestion rationnelle des ressources publiques fut atteint à un degré certes encore insuffisant mais relativement bon.Le cadre décisionnel formel mis en place et amélioré progressivement au fil des exercices de planification territoriale, a permis d\u2019augmenter considérablement l\u2019efficacité et la cohérence dans la gestion publique L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 l4l territoriale.Malgré les persistantes inefficacités et incohérences, des gains importants furent identifiés.En effet, les diverses ressources publiques (naturelles, humaines, construites et financières), rares par essence, sont certainement gérées beaucoup plus efficacement qu\u2019auparavant.L\u2019allocation de ces ressources converge davantage vers des objectifs spécifiques reliés aux besoins des clients desservis.Plusieurs imperfections du marché furent corrigées par la desserte de services publics pertinents.Des chevauchements fonctionnels ont été éliminés.Des regroupements et des fusions de fonctions furent réalisés afin d\u2019obtenir des économies d\u2019échelle tout en évitant, généralement, les pesanteurs bureaucratiques de la concentration.Des duplications de tâches furent abolies.Bref, les impacts administratifs positifs dans les missions sociales, culturelles, environnementales et économiques de l\u2019État sont clairement perceptibles en régions.Nous disposons maintenant au Québec d\u2019un système global de gouvernance territoriale (local - supra local -régional) certes beaucoup plus rationnel que celui qui présidait il y a 35 ans.À cet effet, il est important de noter que les huit procédures de planification territoriale utilisées depuis 30 ans aux trois échelons, furent largement empreintes de la volonté gouvernementale d\u2019établir un cadre d\u2019orientation.Des instruments de gestion ont été mis en œuvre en ce sens, notamment portraits de la situation (visions, diagnostics, répertoires, inventaires.) et surtout des schémas directeurs (stratégies, contrôles, normes, conventions, règles administratives, règlements d\u2019urbanisme.).Plus récemment, la formule des ententes-cadre Québec - régions a servi l\u2019enrichissement de ce désir d\u2019encadrement formel des actions et interventions effectuées sur le vaste espace québécois.3.8 Le développement territorial insuffisant Il est pertinent de souligner que l\u2019autre grand but visé par la planification territoriale au Québec, soit l\u2019impulsion du développement, s\u2019avère largement questionné sur plusieurs fronts.Car les disparités spatiales, de nature économique et sociale, persistent toujours sur le territoire national.De plus, ces inégalités de développement s\u2019intensifient à certains endroits malgré une lutte vigoureuse à l\u2019aide de moyens assez importants appliqués sur des territoires souvent relativement bien dotés en ressources.En outre, la croissance économique globale du Québec stagne en-dessous du 142 \u2022 L'ACTION NATIONALE taux canadien depuis plusieurs décennies, tout en ayant subi d\u2019importants ratés inflationnistes dans les années soixante-dix et réces-sionistes à deux reprises en dix ans (1982-1983; 1990-1992).Il apparaît évident que 1 impulsion du développement sur les territoires locaux, supralocaux et régionaux par l\u2019entremise de la planification à ces échelons, n\u2019atteint pas pleinement ses objectifs socio-économiques.Les causes reliées à ce trop faible degré de développement sur les divers territoires du Québec sont par essence nombreuses, complexes et interreliées.Sans épuiser ici l\u2019énumération, nous avons regroupé les principales leçons tirées de l\u2019expérience en nous inspirant des théories du développement (tableau 3.3).En fixant des objectifs généralement très élevés dans les années soixante, il apparaît clair à notre lecture actuelle que les facteurs de développement régional furent surestimés par nos experts.La présence abondante d un facteur détecté sur un territoire n\u2019est de toute évidence pas toujours suffisante pour générer le développement sur une longue période.D\u2019autres facteurs divers jouent un rôle essentiel.Furent à cet égard largement sous-estimées dans le passé certaines conditions territoriales secondaires mais essentielles pour l\u2019émergence de l\u2019innovation qui est, faut-il le rappeler, à la base de la dynamique culturelle, sociale et économique.À cet effet d\u2019innovation, les exercices de planification territoriale effectués n\u2019ont que très peu impliqué les acteurs du secteur privé.Aussi, les acteurs de la société civile (groupes) ne furent pas assez sollicités et mobilisés par le processus de planification.Bref, les ressources humaines furent quelque peu négligées par nos divers exercices de planification territoriale.On a ainsi insuffisamment focalisé sur le montage systématique (faisabilité multicritère) d\u2019actions concrètes et structurantes pour les territoires en quête de développement.Montage qui demande des porteurs de dossiers, des forces vives, des leaders.appelés communément entrepreneurs.Si l\u2019on se réfère à notre modèle d\u2019analyse exposé au schéma 3.1, la volonté d\u2019encadrement formel (stratégies) selon une vision du futur et afin de mettre de l\u2019ordre sur les territoires planifiés, a de toute évidence trop limité le degré de désordre nécessaire à l\u2019action, à l\u2019interaction et à l\u2019innovation.La planification territoriale au Québec fut, de l\u2019avis de plusieurs analystes, trop institutionnalisée et trop technocratisée par les experts professionnels friands de gestion rationnelle et d\u2019encadrement.On a insuffisamment misé sur l\u2019interaction.Bref, L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 143 l\u2019enveloppe rigide mise en place par la planification territoriale a, sinon considérablement nui à l\u2019émergence du développement, du moins insuffisamment participé à son impulsion et à son cumul.Le dynamisme et le développement ne se décrètent pas.Ils peuvent cependant être sécrétés et encouragés par des conditions territoriales appropriées30.Tableau 3.3 PRINCIPALES CAUSES RELIÉES AU FAIBLE DEGRÉ DANS LE DÉVELOPPEMENT TERRITORIAL AU QUÉBEC -\tles industries attirées en régions périphériques par les ressources naturelles ne furent pas à terme aussi industrialisantes que prévu par les experts -\tl\u2019exportation des ressources naturelles semble générer insuffisamment de retombées sur place, afin d\u2019assurer la croissance territoriale continue ; -\tle processus cumulatif de croissance après le démarrage « take-off » n\u2019est pas aussi magique en périphérie du Québec que dans les modèles théoriques généraux souvent conçus pour les grandes régions métropolitaines de l\u2019Europe, de l\u2019Amérique et de l\u2019Asie -\tle déclin du pôle Montréal depuis 4 décennies, laisse en conséquence à la périphérie des effets de drainage des ressources plus importants que les effets de diffusion du développement -\tles pôles de développement tels que Rimouski, Gaspé, Chicoutimi, Trois-Rivières, Baie-Comeau, etc.ne diffusent pas beaucoup d\u2019effets de croissance autour tout en drainant les ressources de la périphérie pour s\u2019alimenter -\tdrainés de leurs ressources (naturelles, humaines et financières), les territoires périphériques ne disposent plus des conditions endogènes pour réagir adéquatement aux impulsions exogènes de développement -\tles salaires élevés versés par les grandes entreprises limitent souvent la création d\u2019activités économiques basées sur la substitution des importations -\tles opportunités de valeur à ajouter aux ressources naturelles disponibles sont fort difficiles à traduire en processus de production -\tl'innovation nécessaire dans les activités de production n\u2019apparaît pas spontanément malgré la présence de ressources humaines qualifiées -\tl\u2019entrepreneurship local et régional est demeuré généralement trop faible et trop fragile pour prendre en main le nécessaire virage de l\u2019auto-développement 30.Voir M.-U.Proulx (1994) - Milieu innovateur: concept et application-, dans Revue Internationale PME, vol.7, n\u2018 1.144 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE 3-9 Mais il y eut tout de même du développement territorial Il est impératif de reconnaître ce diagnostic sur la faiblesse importante de la planification territoriale effectuée depuis trois décennies à l\u2019échelon local, supralocal et régional.Une fois ce constat douloureux admis, l\u2019analyse attentive de la situation héritée illustre des apports ponctuels fort intéressants à l\u2019égard du dynamisme, de l\u2019innovation et du développement socio-économique localisés dans le Québec des territoires.Fut notamment parachevée l\u2019occupation de l\u2019espace national exploitable et habitable grâce à l\u2019aménagement extensif du territoire.Aussi, et non la moindre, la spéculation foncière fut limitée dans ses excès mercantiles par la fortement bienvenue Loi sur le zonage agricole, suivie de près par la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme.Soulignons par ailleurs les actions structurantes mises en oeuvre sur la Côte-Nord et dans le Moyen-Nord ; une stratégie régionale qui s\u2019est avérée très pertinente pour le Québec.L\u2019exportation actuelle de nombreuses ressources naturelles rapporte des bénéfices importants en matière de salaires, d\u2019impôts, de taxes, et aussi de redevances.Pensons aussi au dynamisme économique de la Beauce et des Bois-Francs.Dynamisme endogène qu\u2019il faudrait impérativement reproduire dans d\u2019autres milieux qui en démontrent tant le besoin.Signalons aussi les initiatives innovatrices prises à Bécancour, en Abitibi, à Laval, sur la Côte-Sud, dans les Laurentides, en Estrie, en Montérégie, en Lanaudière, et dans de nombreux milieux.Et que dire des multiples équipements et infrastructures publics construits partout au Québec, dans les transports, l\u2019éducation, la santé, la culture, les loisirs, le tourisme, le communautaire, l\u2019environnement, etc.! L\u2019uniformisation du coût de la vie sur le vaste territoire s\u2019avère aussi un résultat très important.Les multiples et divers services publics sont disponibles partout au Québec (ou presque), en quantité et en qualité, à l\u2019image d\u2019un pays hautement développé.Bref, les divers territoires métropolitains, centraux et périphériques ont largement participé au développement global du Québec.Participation concrète et mesurable qui soulève de l\u2019espoir, en anticipant qu\u2019elle se répète et se multiplie par l\u2019entremise notamment de nos prochains efforts planifiés pour mobiliser les ressources des territoires locaux, supralocaux et régionaux, en particulier les ressources humaines.Nous avançons ainsi que la planification territoriale a atteint plusieurs de ses objectifs, mais à un degré encore insuffisant pour L'ACTION NATIONALE \u2022 145 assurer l\u2019autodéveloppement territorial (local - supralocal - régional) continu sur une longue période.La dépendance territoriale à l\u2019égard des investissements exogènes demeure.Mais les assises d\u2019une développement à long terme sont bel et bien présentes.Il s\u2019agit d\u2019intervenir judicieusement pour créer les conditions d\u2019un développement auto-entretenu.Devant ce constat, nous préconisons alors que la prochaine procédure de planification territoriale au Québec soit moins concernée par le cadre stratégique de gestion, déjà très présent, mais plus par le montage (faisabilité) d\u2019actions concrètes de développement.Elle devrait être moins obnubilée par l\u2019enveloppe et beaucoup plus par le développement social, culturel et économique.Le Québec des territoires locaux, supralocaux et régionaux nécessite une planification interactive.3.10 Conclusion sur les résultats de trente ans de réformes À quel degré les problèmes soulevés durant les années cinquante et soixante à propos de l\u2019organisation des territoires au Québec furent-ils solutionnés par le vaste mouvement de réforme amorcé lors de la Révolution tranquille?Question tout à fait pertinente mais à laquelle une réponse adéquate ne peut être formulée actuellement.D\u2019abord, parce que la mesure précise des progrès vis-à-vis chaque élément du diagnostic général effectué à l\u2019époque (tableau 1.3) n\u2019a pas été effectuée systématiquement depuis.Nous savons notamment très peu de choses sur l\u2019application réelle des outils d\u2019aménagement du territoire, l\u2019amélioration réelle de la fiscalité municipale, les causes du manque d\u2019initiatives innovatrices, l\u2019efficacité de la régionalisation de fonctions publiques, etc.On s\u2019en tiendra ici à souligner que la réforme de l\u2019organisation territoriale amorcée avec beaucoup d\u2019optimisme au début des années soixante est demeurée inachevée.Or, les spécialistes s\u2019entendent à considérer que l\u2019entrée du Québec dans le prochain millénaire serait favorisée si l\u2019organisation de ses territoires était plus optimale.Optimum qui pourrait être atteint, en principe, par de nouveaux arrangements institutionnels appropriés.Avant d\u2019analyser ces nouveaux arrangements institutionnels désirés, le prochain chapitre sera concerné par une rapide description du contexte institutionnel d\u2019une région type, soit le Saguenay-Lac-Saint-Jean.146 \u2022 L'ACTION NATIONALE CHAPITRE 4 L'exemple du Saguenay-Lac-Saint-Jean 4.1 Introduction Pour le bénéfice de l\u2019analyse globale de l\u2019organisation territoriale au Québec, nous avons observé en détail le contexte institutionnel d\u2019une région témoin, soit le Saguenay-Lac-Saint-Jean.Tableau 4.1 PORTRAIT INSTITUTIONNEL 02, 1996 \t\tTERRITOIRE D\u2019ACTIVITÉS\t\t SECTEURS D\u2019ACTIVITÉS\tLocal\tSupra-local\tRégional\tTotal Affaires municipales\t60\t4\t1\t65 Affaires sociales\t1\t14\t7\t22 Culture et Communication\t1\t0\t10\t11 Éducation\t0\t12\t7\t19 Services publics et collectifs\t0\t3\t20\t23 Loisirs et environnements\t0\t0\t7\t7 Commerce\t4\t0\t2\t6 Industrie et construction\t4\t4\t8\t16 Agriculture et alimentation\t1\t3\t6\t10 Travail et main-d\u2019œuvre\t0\t1\t4\t5 Forêts, énergie et ressources\t4\t3\t15\t22 Développement économique\t38\t8\t5\t51 Total\t113\t52\t92\t257 Pourcentage par territoire\t44,0%\t20,2 %\t35,8 %\t100% Source : Profil des organisations publiques, parapubliques et collectives du Saguenay-Lac-Saint-Jean, éditions GRIR, UQAC, Chicoutimi, 516 pages, 1996.Le Royaume du bleuet dispose de 257 organisations publiques, parapubliques et collectives, réparties à trois échelons territoriaux (municipalité - MRC - région).Elles exercent plus de 40 fonctions publiques dans une douzaine de grands champs d\u2019activités publiques (tableau 4.1).En réalité, il existe 60 municipalités, 11 commissions scolaires, 13 chambres de commerce, 30 bureaux régionaux des différents ministères fédéraux et québécois, 39 syndicats, 11 conseils régionaux, L'ACTION NATIONALE \u2022 147 12 centres de R&D, 8 centres hospitaliers, 8 coopératives importantes, 8 CLSC, 8 corporations de développement économique, 5 agences de promotion touristique, 5 SADC, 4 Cegeps, etc.Il s\u2019agit de l\u2019héritage institutionnel31 du Saguenay-Lac-Saint-Jean.Héritage collectif que cette région doit actuellement rationaliser, consolider et renforcer dans le cadre de la réforme actuelle de l\u2019organisation territoriale au Québec.4.2\tLa consolidation municipale Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la politique gouvernementale à l\u2019égard des regroupements et fusions municipaux, volontaires à base d\u2019incitatifs, a porté des fruits fort intéressants.Les objectifs en matière de regroupements de type village-paroisse furent presque totalement atteints.Les petites agglomérations furent majoritairement consolidées à l\u2019exception de quelques-unes.En réalité, cette région s\u2019avère celle dont la consolidation de ses municipalités est la plus réussie32, puisqu\u2019elle a éliminé 37 de celles-ci afin de passer de 97 municipalités en 1961 (villages, paroisses, sans dénomination, cantons) à 60 municipalités actuellement (tableau 4.2).Cette belle réussite de consolidation municipale souhaitée au Québec cache un échec important.Il s\u2019agit de la consolidation de la moyenne agglomération du Haut-Saguenay.Depuis 1976, date à laquelle la fusion de Jonquière, Chicoutimi et La Baie devait en principe être effectuée, cette agglomération n\u2019a pas réussi à trouver la formule institutionnelle appropriée pour rationaliser systématiquement la gestion des services publics et surtout pour coordonner les efforts de développement sur ce territoire.4.3\tLe contexte institutionnel général L\u2019observation du profil particulier de chaque organisation publique, parapublique et collective permet de saisir quelques dimensions globales intéressantes à l\u2019analyse du contexte institutionnel de gestion sur lequel reposent les efforts de développement socio-économique au Saguenay-Lac-Saint-Jean.On constate que le vaste secteur public régional33 dispose en 1996, d\u2019un budget de fonctionnement de l\u2019ordre de 1.3 milliard de dollars répartis aux trois échelons territoriaux.31.\tVoir M.-U.Proulx (1992) Profil des organisations publiques, parapubliques et collectives du Saguenay-Lac-Saint-Jean, éditions GRIR, Chicoutimi, 516 pages, réactualisé en 1994 et 1996.32.\tVoir Le regroupement des municipalités: un choix judicieux, M.A.M., Québec, 1994, 20 pages.148 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Tableau 4.2 REGROUPEMENTS ET ANNEXIONS MUNICIPAUX 1961-1992 Municipalité nouvelle\tAnnée\tNbre de municipalités Alma\t1962\t4 Saint-Prime\t1968\t2 Saint-André-du-Lac\t1969\t2 Arvida\t1970\t2 Lac-Bouchette\t1971\t2 Saint-Ambroise\t1971\t2 Chambord\t1971-1973\t3 Hébertville\t1973\t2 Saint-Fulgence\t1973\t2 Saint-Honoré\t1973\t2 Jonquière\t1975\t4 Métabetchouan\t1975\t2 Saint-Bruno\t1975\t2 Saint-Gédéon\t1975\t2 Lac-à-la-Croix\t1975\t2 Alma\t1975\t2 Chicoutimi\t1976\t4 Mistassini\t1976\t2 La Baie\t1976\t4 Roberval\t1976\t2 Saint-Félicien\t1976\t2 Shipshaw\t1977\t2 Normandin\t1979\t2 Delisle\t1979\t2 Laterrière\t1983\t2 Albanel\t1990\t2 Saint-Alban\t1991\t2 33.Cette compilation exclut le budget de fonctionnement des institutions religieuses, des quelque 750 groupes sociaux, des coopératives petites et grandes ainsi que des unions.Certaines organisations n\u2019ont livré à notre enquête qu\u2019un budget approximatif que nous avons vérifié et ajusté selon le mode de fonctionnement de l\u2019organisation.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 149 Il est à noter que les ressources allouées dans la région par les programmes gouvernementaux ne sont pas comptabilisées ici, étant donné la non-disponibilité des données.Ce budget de fonctionnement réparti à trois échelons (graphique 4.1) sert globalement à la gestion de biens et services collectifs ou encore à la gestion de programmes gouvernementaux.Graphique 4.1 DÉPENSES DE FONCTIONNEMENT PAR TERRITOIRE, 1996 Budget total : 1 292 689 327 $ 23% 43% 34% ?LOCAL\t¦ RÉGIONAL ¦ SUPRA-LOCAL Source: Profil GRIR, 1996, op.c/f.Pour exercer les diverses missions publiques de ses 257 organisations, le Saguenay-Lac-Saint-Jean dispose d\u2019un effectif de plus de 20 500 ressources humaines.Le graphique 4.2 illustre la répartition de cet effectif à chacun des trois échelons territoriaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean.Chaque organisation possède sa mission définie et ses objectifs précisés.Chacune exerce aussi sa ou ses propre(s) fonction(s) ainsi que les tâches qui y sont reliées.Notre analyse nous permet de soulever trois points importants.Le premier concerne le chevauchement de certaines fonctions exécutées.Précisons que ce vice administratif n\u2019existe pas vraiment entre les divers secteurs d\u2019activités.Les chevauchements se retrouvent plutôt dans les mêmes secteurs, d\u2019une part, entre les échelons territoriaux, particulièrement dans le tourisme, la formation professionnelle et le développement économique (services à l\u2019entreprise) ainsi que, d\u2019autre part, au même échelon, tels que dans la culture, le développement régional et la main-d\u2019œuvre.150 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Graphique 4.2 EFFECTIFS PAR ÉCHELON TERRITORIAL, 1996 20 653 ressources humaines 9% ?LOCAL ¦ SUPRA-LOCAL ¦ RÉGIONAL Source: Profil GRIR, 1996, op.cit.Soulignons aussi les nombreuses duplications de tâches effectuées par les ressources humaines, notamment en ce qui concerne la collecte et le traitement de données quantitatives et qualitatives (information) nécessaires a nos organisations dans leur processus décisionnels.Il est intéressant de signaler pour terminer cette rubrique que les missions des organisations furent très peu modifiées depuis notre première enquête effectuée dans cette région en 1992.La mission de chaque conseil régional et de chaque corporation de développement n\u2019a notamment aucunement été transformée.On constate ainsi que la planification stratégique largement utilisée au cours des dernières années n\u2019a pas suscité de changement organisationnel majeur vis-à-vis la raison d être de ces structure d animation du développement.Le portrait institutionnel du Saguenay-Lac-Saint-Jean illustre aussi la présence de 213 conseils d\u2019administration (C.A.).Puisqu\u2019il existe 257 organisations, on constate que 44 d\u2019entre elles ne possèdent effectivement pas de C.A.Ces conseils présents offrent 2 215 sièges aux citoyens de la région.Les modalités de représentation à ces sièges sont illustrées au graphique 4.3.On constate que seulement 33 % des membres des C.A.de la région sont désignés directement par la population.Le développement économique représente un enjeu important au Saguenay\u2014Lac-Saint-Jean.En réalité la plupart des organisations du vaste secteur public participent, d\u2019une manière ou d\u2019une autre, à créer les conditions propices à ce développement.Cependant, L\u2019ACTION NATIONALE «151 67 organisations possèdent une mission explicite à cet égard, dont 26 petits comités ou corporations locaux qui possèdent malheureusement très peu de moyens pour ce faire.Néanmoins, on dépense annuellement près de 8 millions $ pour l\u2019animation du développement aux trois échelons territoriaux de la région (graphique 4.4).Graphique 4.3 MODE DE REPRÉSENTATION DES C.A., 1996 2215 membres dans tout le secteur public 02 AUTRES PAR LE CONSEIL PAR L'ASSEMBLÉE PAR LA POPULATION Source: Profil GRIR, 1996, op.c/'t.Graphique 4.4 FINANCEMENT DE L'ANIMATION ÉCONOMIQUE, 1996 Total région : 7 862 010 $ 44% 31% ?LOCAL\t¦ RÉGIONAL\t¦ SUPRA-LOCAL Source: Profil GRIR, 1996, op.cit.152 \u2022 L'ACTION NATIONALE 4.4 Le régionalisme fonctionnel À l\u2019instar des 15 autres régions administratives du Québec, l\u2019échelon régional au Saguenay-Lac-Saint-Jean est une création d\u2019inspiration nationale.Région qui correspond, il est vrai, à une réalité géographique qui offre une forme et des limites au territoire.Ce régionalisme fonctionnel tel que défini au chapitre 2 s\u2019est concrétisé à cet échelon avec la mise en place de directions régionales des différents ministères, de divers bureaux administratifs et de conseils régionaux peu autonomes.Ces organisations régionales défendent certes, dans la mesure du possible, les intérêts de la région auprès des instances supérieures.Leurs possibles sont fort limités en ce sens.Car elles sont totalement sujettes aux mandats offerts par les gouvernements supérieurs.Québec statue non seulement sur de nombreuses normes nationales mais aussi sur des règles politico-administratives, notamment sur les modalités de représentation des membres sur les conseils régionaux.Pour effectuer ses missions reliées, d\u2019une part, à la gestion de programmes gouvernementaux et de certains services ainsi que, d\u2019autre part, à l\u2019animation sectorielle de la consultation, de la concertation et du développement, on retrouve à l\u2019échelon régional 36 % de toutes les organisations publiques, parapubliques et collectives (tableau 4.1), 50 % de tous les ressources humaines (graphique 4.2) et 34 % de toutes les ressources financières de fonctionnement (graphique 4.1) du vaste secteur public au Saguenay-Lac-Saint-Jean.Tableau 4.3 SOURCES DE FINANCEMENT Sources de\t\tTYPE D\u2019ORGANISATION\t\t financement\tLocale\tSupralocale\tRégionale\tTous Central\t10,7%\t84,9 %\t78,0 %\t69,5 % Local\t61,7%\t8,1 %\t0,7 %\t12,6% Autres\t27,5 %\t6,9 %\t21,2%\t17,8% Total\t99,9 %\t100,0%\t99,9 %\t99,9 % Source: Profil GRIR, 1996, op.cit.L\u2019autonomie à l\u2019échelon régional s\u2019avère très relative, puisque le financement pour le fonctionnement des organisations régionales relève à 78 % des gouvernements centraux (tableau 4.3).Et ce, sans L'ACTION NATIONALE «153 compter les importantes ressources financières allouées dans la région par les divers programmes québécois et canadiens.En réalité, l\u2019échelon régional au Saguenay-Lac-Saint-Jean et ailleurs au Québec, est largement dépendant financièrement des gouvernements supérieurs pour son fonctionnement.L\u2019imputabilité des décisions prises à l\u2019échelon régional s\u2019avère aussi largement tributaire des gouvernements supérieurs.Notons à cet égard que sur les 44 organisations qui ne possèdent pas de conseils d\u2019administration (C.A.) dans toute la région, 39 sont localisées à cet échelon territorial le plus élevé.En réalité, sur les 92 organisations qui œuvrent à l\u2019échelon régional, 42 % n\u2019ont pas de conseil d\u2019administration (graphique 4.5).Ces organisations reçoivent totalement leurs directives de Québec ou d\u2019Ottawa.Pour ce faire, le principe hiérarchique régule les relations centre - régions et marque la dépendance des segments inférieurs, localisés en régions.Malgré un certain nombre de lourdeurs administratives connues et largement reconnues, cette verticalité fonctionne assez bien dans la perspective des donneurs d\u2019ordres, grâce aux procédures techniques formalisées, notamment la nouvelle formule des ententes cadres qui guident désormais l\u2019allocation des ressources issues des programmes québécois.Graphique 4.5 ORGANISATIONS RÉGIONALES AVEC OU SANS C.A.S AVECC.A.¦ SANSC.A.Source: Profil GRIR, 1996, op.cit.Dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, sur les 2 215 sièges à combler aux 213 conseils d\u2019administration (C.A.) du secteur public, 29 % des sièges se retrouvent à l\u2019échelon régional.Les conseils régionaux sont cependant très peu imputables directement devant la population.En effet le graphique 4.6 illustre que 88 % des 629 membres présents sur les conseils d\u2019administration des organisations publiques, parapubliques et collectives régionales sont élus par l\u2019assemblée générale.154 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Graphique 4.6 MODE DE REPRÉSENTATION DES C.A.À L'ÉCHELON RÉGIONAL, 1996 90,0% 80,0% 70,0% 60,0% 50,0% 40,0% 30,0% 20,0% 10,0% 0,0% Source: Profil Ce sont les directions régionales des ministères qui gèrent la majorité des mesures dans leur secteur d\u2019intervention en régions.Notons à cet égard que le conseil de la RRSSS (Régie régionale de la santé et des services sociaux), celui de la SQDM (Société québécoise de la main-d\u2019œuvre) et du CRCD (Conseil régional de concertation et de développement) s\u2019avère en partie responsable des sommes allouées dans leur secteur respectif.En partie seulement, car leur C.A.est lui aussi non imputable directement devant la population.Les autres conseils régionaux ne sont en réalité pas vraiment responsables des ressources financières allouées dans leur secteur à l\u2019échelon régional.Ils servent surtout à d\u2019autres tâches connexes tout à fait essentielles au développement régional.En réalité, les conseils régionaux sectoriels représentent les oreilles sur le milieu (consulta-ti°n), des lieux d expression de la base (leadership), des promoteurs de projets (analystes), des défenseurs de leurs clients (démarchage), des dispensateurs de certains services (entrepreneurial) et des sélectionneurs de priorités dans leur secteur respectif (concertation).629 membres PAR LA\tPAR\tPAR LE\tAUTRES POPULATION LASSEMBLÉE CONSEIL GRIR 1996, op.cit.L'ACTION NATIONALE «155 Région géographique, région de colonisation, région de planification, région administrative.d\u2019accord, mais l\u2019échelon régional au Saguenay\u2014Lac-Saint-Jean n\u2019a pas, en réalité, de légitimités caractéristiques d\u2019un État régional54.Il existe certes un conseil économique régional depuis 1946, un découpage régional officialisé depuis 1966 et de nombreuses institutions régionales qui travaillent très fort dans le cadre de leur mission.Il est vrai aussi qu\u2019un certain régionalisme politique, visionnaire à ses périodes, revendicateur à d\u2019autres, a fait progresser la défense des intérêts de la région.Il se mélange trop souvent par contre à du simple corporatisme, conservateur des acquis et trop peu innovateur.Il n\u2019y a, par ailleurs, aucun pouvoir réglementaire à cet échelon territorial et fort peu de pouvoir exécutif.Les résolutions adoptées par les conseils n\u2019ont en conséquence que très peu de portée sur l\u2019organisation territoriale.Il n\u2019y a pas non plus de véritable hiérarchie entre les organisations régionales, qui tirent pour la plupart leur pouvoir de Québec.Ainsi, la coordination horizontale des fonctions exercées sur le territoire, notamment par l\u2019entremise de la C.A.R.(conférence administrative régionale) a historiquement toujours eu d\u2019importantes difficultés d\u2019application dans un sens de gains de cohérence régionale et d\u2019efficacité économique globale.Après 50 ans de dite construction de la région, force est de constater que le pouvoir régional demeure effectivement très limité à cet échelon territorial.4.5 Le régionalisme politique Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, mis à part le Ministre responsable de la région, les députés membres du caucus régional et, dans une moindre mesure, les conseils régionaux, le pouvoir politique dans la région réside à l\u2019échelon local (municipalités) et supralocal (MRC -agglomérations).Les faits parlent d\u2019eux-mêmes.Sur les 165 organisations publiques, parapubliques et collectives qui prennent assise territoriale à ces deux échelons locaux, seulement cinq d\u2019entre elles ne possèdent pas de conseils d\u2019administration.De plus, 44 % des membres de ces l60 conseils locaux et supralocaux sont élus directement au suffrage par la population.Soulignons aussi que 77 % de tous les C.A.du vaste 34.Voir M.-U.Proulx (1995) ¦Légitimités des trois échelons territoriaux décentralisés au Québec-, dans L\u2019Action nationale, vol.LXXXV, n' 6.156 \u2022 L'ACTION NATIONALE secteur public régional se retrouvent à ces deux échelons territoriaux (graphique 4.7).Graphique 4.7 C.A.PAR TERRITOIRES DANS LA RÉGION, 1996 213 organisations avec un C.A.?LOCAL B SUPRA-LOCAL I RÉGIONAL Source : Profil GRIR, 1996, op.c/'f.Ce pouvoir régional d\u2019action largement ancré aux échelons local et supralocal s appuie sur une longue tradition d\u2019organisation territoriale des collectivités de vie (seigneuries, paroisses, cantons, villages.) qui fut institutionnalisée par le régime municipal à partir de 1847.Ce pouvoir local qui s\u2019est constitué, notamment au Saguenay-Lac-Saint-Jean, fut cependant érodé tout au long du XXe siècle par la centralisation gouvernementale (chapitre 1).Notons en contrepartie un certain renforcement de ce pouvoir avec la création des conseils régionaux sectoriels au cours de la décennie soixante-dix, la réforme de la fiscalité municipale en 1978 et la création des conseils MRC à la suite de la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme en 1979.Soulignons aussi que les deux conférences socio-économiques régionales effectuées durant la décennie quatre-vingts a permis le renforcement substantiel mais ponctuel du régionalisme politique.Récemment, la multiplication des petits conseils, comités et minisommets de développement économique représente un pas de plus dans cette direction de progrès du régionalisme politique au Saguenay\u2014Lac-Saint-Jean.Il s\u2019appuie sur quelques autres légitimités étatiques reconnues qui lui offrent sa raison d\u2019être.En matière de financement, 89 % du financement des organisations locales est issu de sources locales grâce à l\u2019impôt foncier (62 %) L\u2019ACTION NATIONALE «157 et à d\u2019autres formes telles que la tarification et les revenus du domaine (27 %).Le tableau 4.2 nous permet aussi de noter que 15 % du financement des organisations supralocales est issu des sources locales ou supralocales et que seulement 7 % du financement des organisations régionales vient de sources locales.Il est à noter pour terminer que les conseils municipaux et les conseils MRC permettent la présence et la participation des citoyens et de leurs groupes.Il existe autour de 750 groupes dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean.Ils sont très largement ancrés localement, ce qui ne les empêche pas d\u2019investir des espaces supralocaux35.Ces groupes compétitionnent entre eux pour l\u2019orientation des politiques locales.4.6 Les exercices de planification territoriale À ce chapitre aussi la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean fut un précurseur en exerçant une opération de planification dès 1961 par l\u2019entremise d\u2019une vaste Enquête - Participation.Par cet exercice de mobilisation, de réflexion collective et d\u2019orientation stratégique des interventions régionales, le C.E.R.(conseil économique régional) qui vivotait depuis 1946, a beaucoup gagné en crédibilité parmi les élites locales36.Depuis ce temps, la planification territoriale est devenue la formule privilégiée pour rationaliser la gestion publique et stimuler le développement social, culturel et économique dans la région.On a même inventé de nouveaux mécanismes à cet effet, notamment un congrès progressif sur l\u2019éthique qui a généré une vocation de développement durable pour la région.Après plusieurs exercices de planification dont la dernière en lice fut la planification dite stratégique, on constate que le Saguenay-Lac-Saint-Jean a beaucoup amélioré la connaissance de son territoire.De nombreuses études furent effectuées, notamment pendant les années soixante-dix.Les forces, les faiblesses, les opportunités et les contraintes au développement ont bien été identifiées par les diagnostics et les portraits de la situation.La vision régionale s\u2019est certes enrichie, sauf que la prospective est demeurée d\u2019une qualité médiocre étant donné le manque de méthode appropriée.De plus, certains secteurs 35.\tVoir J.-L.Klein 0989) -Les mouvements sociaux et le local dans la régulation postkeynésienne -, dans Gagnon, C.et al.Le local en mouvement, éditions GRIR, Chicoutimi, 395 pages.36.\tVoir J.J.Simard (1979) La longue marche des technocrates, éditions Saint-Martin, Laval, 198 pages.158 \u2022 L'ACTION NATIONALE et certains thèmes furent délaissés ou peu scrutés affectant ainsi la globalité de l\u2019exercice de planification.En matière de stratégies, la région a été bien servie dès les années soixante.Les bleuets, les scieries et le plein emploi furent d\u2019abord priorisés.Avec la mission de planification en 1969, le Saguenay-Lac-Saint-Jean disposait des stratégies et actions stratégiques nécessaires pour orienter son futur dans plusieurs secteurs.En 1977, le schéma régional fixait cinq grandes orientations de développement qui demeurent encore valables aujourd\u2019hui.Le grand oublié de ce cadre stratégique en progrès fut l\u2019aluminium, laissé totalement aux forces du marché.Et la grande faiblesse des stratégies régionales réside dans leur caractère indicatif et trop permissif, à l\u2019exception de celles contenues dans les schémas d\u2019aménagement des MRC qui ont un statut coercitif.Dans ses derniers plans locaux, supralocaux et régionaux, la région dispose actuellement de quelque 410 stratégies pour orienter la gestion publique et les efforts de développement.Des actions innovatrices furent initiées par l\u2019entremise de la planification régionale.Les conférences socio-économiques (Sommets) tenues pendant les années quatre-vingts furent particulièrement riches à ce chapitre.D\u2019autres exercices furent par contre trop conservateurs et trop concernés par la simple allocation des ressources de l\u2019État.La région s\u2019est tout de même dotée d\u2019un certain nombre d\u2019outils de développement, notamment des services spécialisés offerts aux entreprises.Ils participent actuellement de plein fouet à la nécessaire transformation de la structure industrielle.Aussi efficaces soient-elles individuellement, ces actions demeurent cependant trop fragmentées, éclatées et incohérentes.Par ce constat, nous touchons ici à la grande faiblesse de la planification régionale effectuée depuis 35 ans par l\u2019entremise de plusieurs exercices.Pourtant, le Saguenay-Lac-Saint-Jean fut animé par différents mécanismes d\u2019interaction et de concertation.Dès 196l, l\u2019Enquête -Participation mobilisait plus de 1 500 foyers et 30 municipalités.Les conférences socio-économiques ont mobilisé plus de 2 000 personnes.Des colloques, forums, tables, comités et autres événements ponctuels ont permis de susciter le dialogue et la concertation.D\u2019une manière certes inégale, la planification régionale effectuée dans le passé a suscité la coopération et la coordination parmi les élites locales et régionales.Le grand oublié de tous les exercices fut le secteur privé tandis que le secteur communautaire n\u2019a jamais été très confortable à travers un secteur public monopolisateur des tribunes, L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 159 des contenus et des résultats.Les grands consensus régionaux furent ainsi possibles mais sans inclure réellement les principales forces de changement social et économique.En conséquence, la planification régionale est demeurée plus réactive que proactive, se confortant dans le maintien de l\u2019ordre existant plutôt que de stimuler un certain désordre si nécessaire à une communauté en pleine mutation sociale et économique.Bref, le système socio-économique initial fut protégé et maintenu au fil du temps alors qu\u2019il devait impérativement être modifié radicalement dans une recherche continue d\u2019alternatives.4.7 Conclusion L\u2019exemple du Saguenay-Lac-Saint-Jean illustre bien l\u2019importance des trois échelons territoriaux (local - MRC - régional) dans la gestion publique au Québec.L\u2019analyse en détail du contexte institutionnel de cette région nous révèle un certain nombre de faiblesses et de problèmes dans le cadre d\u2019une organisation territoriale plus optimale.On constate notamment que le pouvoir décisionnel régional est fragmenté entre 257 organisations publiques, parapubliques et collectives.Participent aussi à ce pouvoir régional, autour de 800 groupes d\u2019intérêts, coopératives et unions ainsi que des milliers d\u2019entreprises, notamment 1 200 dans l\u2019agriculture et 550 dans l\u2019industrie.Pouvoir régional certes éclaté à trois échelons, dans une quarantaine de secteurs d\u2019activités et au sein de très nombreuses organisations.Cette situation institutionnelle comme assise pour la prise de décisions collectives au Saguenay-Lac-Saint-Jean rend tout projet de réforme ou de réorganisation territoriale assez complexe.Si l\u2019éclatement actuel du pouvoir nous interpelle à propos de la nécessité pour un minimum de cohérence et de convergence, il demeure tout de même que la consolidation totale apparaît tout à fait utopique en l\u2019état actuel de la fragmentation verticale et horizontale des diverses fonctions exercées.Malgré les impératifs de consolidation partielle à l\u2019échelle des agglomérations, à l\u2019échelon territorial MRC, et à l\u2019échelon de la région administrative, il demeure tout de même que les élites locales et régionales sont condamnées à dialoguer, à se concerter et à coordonner leurs actions par divers mécanismes institutionnels.Dans cette région jadis à 1 avant-garde de 1 organisation de ses territoires, il n\u2019y a malheureusement aucun débat ouvert sur le sujet actuellement.Des initiatives sporadiques émergent ici et là heureusement.?160 \u2022 L'ACTION NATIONALE Chronique francophone Y a-t il une culture francophone ?L'exemple d'Haïti par Michel Têtu Professeur à l\u2019Université Laval, Directeur de L\u2019Année francophone internationale Une culture et une littérature françaises prestigieuses Pendant plusieurs siècles, la littérature française brilla de tous ses feux et la culture française influença le monde entier.-Il n\u2019est bon bec que de Paris » dit l\u2019adage populaire qui résume bien l\u2019importance de la capitale française dans l\u2019esprit et le cœur des écrivains et des artistes du monde entier.» J\u2019ai deux amours, mon pays et Paris», chantait la Noire américaine Joséphine Baker alors que la peinture impressionniste dominait le monde et que Paris était le centre des arts au début du XXe siècle.Le quartier du Montparnasse attirait avant 1914 tout ce que la planète comptait de peintres novateurs aussi bien d\u2019Italie (Modigliani) que de Russie (Soutine) ou du Japon (Foujita).L\u2019École de Paris, en peinture, était la plus prestigieuse.Tout prospérait dans la France de la Belle Époque, pas seulement dans les arts et la culture, mais aussi dans les sciences et la technologie : elle inventait le cinéma (les frères Lumière en 1895) et la radioactivité (Pierre Curie avec sa femme d\u2019origine polonaise, en 1896).Pierre et Marie Curie obtenaient d\u2019ailleurs le prix Nobel de physique en 1903, Marie celui de la chimie en 1911, alors qu\u2019un autre Français, Henri Moissan, l\u2019avait déjà eu en 1906 pour l\u2019invention du four électrique et surtout que Sully-Prudhomme en avait été le premier récipiendaire pour la littérature à la création du prix en 1901, suivi trois ans après par Frédéric Mistral en 1904.pour ne citer que quelques exemples du rayonnement et du prestige de la France.Qu'en est-il aujourd'hui ?Un peu d\u2019histoire Le Roi-Soleil (le nom qui lui restera est déjà éloquent), Louis XIV, avait imposé la France dans tous les domaines depuis son château de Versailles.Le siècle des Lumières avait \"universalisé» la langue et la pensée françaises, au moins dans toute l\u2019Europe, par l\u2019intermédiaire des philosophes.(Seule l\u2019Europe comptait vraiment alors dans le monde des lettres et de la connaissance.) Les armées de Napoléon ne laissèrent pas toujours un bon souvenir mais Victor Hugo, après avoir gagné pacifiquement un autre conflit \u2014 lui, littéraire \u2014 la «bataille d\u2019Hernani», s\u2019imposait pour devenir le patriarche des lettres françaises dans le monde.Ses poèmes furent appris et récités sur tous les continents ; il fut même l\u2019objet d\u2019une religion en Indochine, religion qui a toujours des adeptes aujourd\u2019hui.162 \u2022 L'ACTION NATIONALE La relève de ce prestige fut assurée par les poètes symbolistes et les romanciers.Qui ne connaît à travers le monde les noms fameux de Baudelaire, Rimbaud, Nerval, Valéry, Saint-John Perse, Balzac, Flaubert, Gide, Proust, Mauriac, Camus, Sartre, etc.?Mais la France, affaiblie en 1918 quoique victorieuse, le fut davantage en 1945.Elle perdit comme l\u2019Angleterre son empire colonial pendant que de nouvelles puissances, économiques et politiques, s\u2019imposaient.La rivalité des deux -super-grands-, les États-Unis et l\u2019URSS, prit le devant de la scène.La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, entraîna le démantèlement de l\u2019URSS et la fin du communisme conquérant.L\u2019Asie également révélait sa force avec la poussée industrielle fulgurante du Japon suivi par les autres - dragons - de la région.Seule la nouvelle Allemagne émergeait dans cette Europe où les anciennes grandes puissances se voyaient amenées à imaginer un regroupement multinational qui naquit officiellement et tout récemment avec le Traité de Maastricht.De nouveaux modèles référentiels ont apparu, la diversité culturelle est à l\u2019honneur, en raison inverse des alliances et des fusions économiques qui uniformisent à une vitesse étonnante les produits manufacturés et les habitudes alimentaires ainsi que l'habitus culturel en général.La culture et la littérature françaises ont perdu de leur prestige.Elles sont toujours très importantes mais ne jouent plus le rôle de catalyseur essentiel qu\u2019elles ont eu pendant de longues décennies.La naissance de la Francophonie semble être venue à point pour apporter un sang nouveau et de nouvelles options, comme si - l\u2019image a été largement employée - les enfants venaient prolonger, développer et renouveler l\u2019action de la mère patrie.Une longue période d\u2019imitation Tout au long du XIXe siècle, l\u2019imitation de la France était de rigueur partout où le français était utilisé.Il est tout à fait normal alors que le premier recueil poétique dont on ait gardé la trace, publié au Canada en 1830 sous la plume de Michel Bibaud, soit intitulé Épîtres, satires, chansons, épigrammes et autres pièces de vers, et que son auteur exprime sa prétention de la suivante façon: -Si je ne suis Boileau, je serai Chapelain-, Son ambition très légitime était donc d\u2019être reconnu comme un poète français de deuxième classe.Il en va de même en Haïti, première république noire au monde1, indépendante depuis 1804.Le rêve du poète Etzer Vilaire en 1900, soit un siècle après l\u2019indépendance, est - l\u2019avènement d\u2019une élite haïtienne L'ACTION NATIONALE \u2022 163 dans l\u2019histoire littéraire de la France, la production d\u2019œuvres fortes et durables qui puissent s\u2019imposer à l\u2019attention de notre métropole intellectuelle».Étienne Léro dira plus tard de ses compatriotes, avec dépit: d\u2019Antillais se fait un point d\u2019honneur qu'un Blanc puisse lire tout son livre sans deviner sa pigmentation».Le Guyanais Léon Gontran Damas s\u2019étonnait que presque toutes les œuvres écrites hors de la France fussent alors des œuvres d\u2019imitation.On le conçoit pour les poésies des Blancs, mais celles des Noirs ?Damas parle avec sévérité d\u2019une « littérature de décalcomanie-.On peut le comprendre lorsqu\u2019on lit Etzer Vilaire, descendant d\u2019esclaves et bon poète, mais auteur d\u2019alexandrins post-parnassiens, parfois post-romantiques, qui semblent plutôt déplacés dans les difficultés économiques que connaissait déjà Haïti : ¦ Tais-toi, mon cœur, soit humble! Et toi, front orgueilleux, Incline-toi!.La gloire est l\u2019éclair dans les deux.Et rien de ce qui luit ne s\u2019arrête en l\u2019espace.La gloire est un oiseau mystérieux qui passe Et dont l\u2019aile brillante, en son rapide essor, N\u2019effleure que les fronts endormis, C\u2019est un bruit qui nous trompe, un mirage qui pare L\u2019immensité déserte où notre pas s\u2019égare.« Lorsqu\u2019on s\u2019éloigne tant soit peu à l\u2019étranger de la culture française de l\u2019époque, c\u2019est pour revenir - en version locale - à des valeurs sûres considérées dans l\u2019optique de la France majestueuse de l\u2019Ancien Régime, le temps supposément béni d\u2019avant la Révolution.Ainsi peut-on lire la conclusion de Patrice Lacombe, à son roman La terre paternelle publié à Québec en 1846.Dans une sorte de petit catéchisme du bon roman québécois, l\u2019auteur s\u2019en prend aux romans français de l\u2019heure et affiche son conservatisme agriculturiste : Laissons aux vieux pays que la civilisation1 2 a gâtés leurs romans ensanglantés, peignons l\u2019enfant du sol tel qu\u2019il est et doit demeurer, religieux, honnête, paisible de mœurs et de caractère, jouissant de l\u2019aisance et de la fortune sans orgueil et sans ostentation, supportant avec résignation et patience les grandes adversités.1\tOn s\u2019imagine parfois à tort que c'est le Libéria, indépendant en 1847 après le fondation d\u2019un établissement pour les esclaves libérés en 1822.2\tLe mot -civilisation» a été inventé sous la Révolution française par le père du célèbre Mirabeau.164 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE On comprend que les œuvres d\u2019importance publiées en France au milieu du XIXe siècle et qui commencent à circuler paraissent trop hardies pourqu\u2019on les imite carrément ! D\u2019où le commentaire humoristique de Maurice Piron à l\u2019endroit de cette littérature, une littérature «née sous le signe du souverain poncif.» Parfois, dans la francophonie de ce siècle révolu, émergent quelques points de vue originaux comme ceux des frères Dominique et Adrien Rouquette, poètes louisianais de la Nouvelle-Orléans.Ils ont lu Attala et les autres textes de Chateaubriand ; ils rappellent le grand poète de France à la réalité et à la véracité des situations amérindiennes; ils n\u2019ont pas retrouvé les «vrais» Noirs ni les «vrais» Indiens des bords du Mississippi.J\u2019admirai, j\u2019admirai, mais rien ne me parla, écrit Adrien qui s\u2019adresse à Chateaubriand : Poète mais aveugle, et peignant sans modèle Tu créas, à ton gré tout un monde infidèle.Ta pensée n\u2019a rien peint, elle a tout transformé.Et son frère Dominique de l\u2019enjoindre : Européen blasé, viens te faire sauvage3 4.La prise de conscience des francophones : Changement de point de vue La guerre de 1914-1918 devait avoir, principalement pour les pays éloignés de la France, une importance parfois plus grande que la Révolution.Les transports se sont développés, les échanges sont plus nombreux ; les régionalismes se font jour alors que le conflit a fait perdre à la France et à l\u2019Europe leur aura d\u2019universalité et de supériorité indiscutable.On commence à voir la réalité avec d\u2019autres yeux que ceux de Chimène pour Rodrigue.Le point de vue se déplace, de Paris vers les divers points du globe.Ce n\u2019est pas sans raison que le Sénégalais Léopold Sédar Senghor parlera de « cette guerre civile européenne que les historiens français persistent à appeler la Première Guerre mondiale».3.\tAdrien ROUQUETTE, Les Savanes, 1841.Dominique ROUQUETTE, Exil et patrie, 1839 4.\tUn des fondateurs de la Revue indigène avec Cari Brouard et Antonio Vieux partisan de «l'indigénisme» et auteur du Caiman étoilé, charge anti-yankee.L'ACTION NATIONALE \u2022 165 Après la guerre, des intellectuels haïtiens quittent leur pays envahi par les États-Unis (de 1916 à 1934) et viennent en France se ressourcer à leurs racines françaises.Ils sont surpris de ne plus trouver, dans la littérature française, matière à alimenter leur nationalisme.Ils fondent la Revue indigène et la revue Les griots (- Nous autres, griots haïtiens, devons chanter la splendeur de nos femmes et les exploits de nos ancêtres - (Cari Brouard).Ils ne peuvent reproduire les métaphores occidentales, telle -la femme aux seins blancs de colombe-.Us se rendent compte qu\u2019il leur faut inventer, par eux-mêmes, de nouvelles images et être plus originaux, au sens étymologique du terme.Leurs tentatives sont parfois maladroites mais elles sont touchantes comme dans ce poème d\u2019Émile Roumer4 écrit en 1930 et que l\u2019on chante encore.Marabout de moncæur5 Marabout de mon cœur aux seins de mandarine, tu m\u2019es plus savoureux que crabe en aubergine.Tu es un afiba dedans mon calalou, le doumbœuil de mon pois, mon thé de z\u2019berbes à clou.Tu es le bœuf salé dont mon cœur est la couane.L\u2019acassan au sirop qui coule en ma gargane.Tu es un plat fumant, diondion avec du riz, des akras croustillants et des thazars bien frits.Ma fringale d\u2019amour te suit où que tu ailles; ta fesse est un boumba chargé de victuailles.6 Commence alors la prise de conscience du métissage linguistique et culturel, qui ne trouve pas toujours à s\u2019exprimer facilement.Tous les écrivains francophones sont encore, à cette époque, très profondément attachés à la France, mais en même temps, ils veulent se détacher de son influence pour exprimer l\u2019âme de leur propre pays.5.\tMarabout : femme à la peau très noire et aux cheveux lisses Afiba : viande séchée Calalou : soupe (herbes et légumes) Doumbœuil : boulettes de pâte Pois: haricots rouges Z'herbes à clou: tisane Acassan : bouillie de maïs qu\u2019on prend sucrée au petit-déjeuner Gargane : gorge 6.\tDiondion : champignon noir Akras : beignets de farine et morue, ou de haricots Thazar : poisson de mer Boumba : canot (bounda : fesse en créole) 166 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Ils ressentent un conflit intérieur entre leur désir et leur culture et sont de plus en plus mal à l\u2019aise.Ainsi, pouvons-nous imaginer le trouble de cet autre Haïtien Léon Laleau, à la fois descendant d\u2019esclaves et héritier de la culture classique française, qui écrit en 1928 un poème intitulé Trahison.Il n\u2019ose le publier sous ce titre ; il l\u2019appelle en 1930 Musique nègre et obtiendra avec lui une grande renommée.On le récite encore de nos jours, tant le propos est juste et l\u2019émotion vraie.Dans ce poème, Léon Laleau tente d\u2019exorciser, en français, le dilemme qui 1 habite.La synthèse ne sera pas toujours évidente.En Afrique noire et surtout en Afrique du Nord, plusieurs refuseront ce compromis culturel.Ce sera parfois l\u2019occasion de drames personnels très douloureux.Musique nègre D\u2019Europe, sentez-vous cette souffrance Et ce désespoir à nul autre égal D'apprivoiser avec des mots de France Ce cœur qui m'est venu du Sénégal.Ce cœur obsédant qui ne correspond Pas avec mon langage et mes coutumes Et sur lequel mordent comme un crampon Des sentiments d\u2019emprunt et des costumes.J\u2019entends en moi glapir, certains soirs, le Iambi7 Qui ralliait mes ancêtres sur la montagne, Je les revois, membres fourbus, couteau fourbi, Avec le meurtre aux yeux et du sang sur leur pagne.Mais aussitôt j'entends un air lent de Rameau Qui s\u2019englue aux clameurs de haines et de guerres.Aux cris nègres se mêle alors un chalumeau Et de fins escarpins aux savates vulgaires.Même en Europe, il n est pas si facile d\u2019écrire en français et se réclamer de deux traditions.Le Suisse C.-F.Ramuz employait une langue qui paraissait » terrible » au critique du Figaro \u2014 qui pourtant aimait ses constructions romanesques.Ce n'est pas parce qu\u2019il ne savait pas écrire ; c\u2019est que sa perception de la vie, de la montagne et de ses habitants devait être ressentie dans sa respiration.Mais il n\u2019aimait pas qu\u2019on révélât sa nationalité, craignant que cela lui fasse Lambi : gros coquillage avec lequel les nègres marrons, c\u2019est-à-dire ceux qui s'étaient sauvés pour échapper à l'esclavage, soufflaient comme dans une trompe pour se repérer et se regrouper la nuit.L'ACTION NATIONALE \u2022 167 du tort dans les milieux littéraires français.Il préférait se dire originaire du canton de Vaud.¦ Qu\u2019est-ce qu\u2019un Vaudois», précisait-il avec humour?«C\u2019est un Français qui n\u2019est pas français».Le métissage culturel, l'expression de nouveaux IMAGINAIRES EN FRANÇAIS Le problème de l\u2019expression culturelle distincte, au sein de la francophonie, dépasse la simple différence de point de vue.La dramaturge québécoise Marie Laberge (l\u2019écrivaine comme on dit au Québec) l\u2019a dit très clairement: « Ce n'est pas parce qu\u2019on parle la même langue, que l\u2019on partage le même imaginaire».La montée des nationalismes puis Les Soleils des indépendances en Afrique (1950-1960) devaient entraîner, bien au-delà d\u2019un simple changement de point de vue, l\u2019expression d\u2019imaginaires très différents.La génération de Léon Laleau et de Ramuz était sans doute la dernière à tenter de garder l\u2019équilibre entre les deux pôles d\u2019attraction que sont la culture française de la métropole et l'attachement à sa civilisation d\u2019appartenance, considérée comme trop locale ou non raffinée, mais à laquelle l\u2019écrivain est viscéralement attaché et qu\u2019il se doit de développer en lui.La génération suivante ne se pose plus cette sorte d\u2019interrogation : elle a choisi.«Mon passeport est déjà périmé» écrit le Québécois Hubert Aquin dans la revue Parti pris.«Puis je ne sortirai plus jamais de mon pays natal.Je veux rester ici.J\u2019habite mon pays».Pour lui, une partie du problème était au départ résolue puisque le français était sa langue maternelle ; ce qui n\u2019est pas le cas de la majorité des francophones d\u2019Afrique noire, du monde arabe ou de l\u2019Asie.Mais tous veulent d\u2019une façon ou d\u2019une autre couper avec la tradition de se conformer à la littérature française, au sens traditionnel.8 Roch Carrier s\u2019est aussi expliqué là-dessus : .je voulais vivre et surtout je voulais écrire, ce qui est pour moi une façon de vivre.Je refusais de succomber, je refusais de mourir par ce déchirement qui a tué tant d\u2019aînés, écartelés entre une culture originale, française, étrangère, et leur culture québécoise; ils n'avaient pas pu, écartelés qu\u2019ils 8 Auteurs d\u2019un essai sur l\u2019évolution de la notion de culture par rapport à la montée de nouvelles civilisations, J.Laloup et J.Neslis n\u2019hésitent pas à écrire dès leur introduction : - La période de l\u2019entre-deux-guerres a connu le chant du cygne de la culture européenne.-J.Laloup et J.Neslis, Culture et civilisation, Paris, 1950.168 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE étaient, s\u2019inventer un langage.Cette culture, que je nomme d\u2019emprunt, ne peut être assimilée sans que l\u2019on ait d'abord accepté sa culture propre ; autrement, elle est agent d\u2019aliénation : la culture d\u2019emprunt maîtrisera trop aisément notre culture autochtone.Quel homme, quel écrivain survivrait à un tel écartèlement.-Si l\u2019on compare mes romans avec les recherches actuelles qui passionnent les jeunes écrivains de France, apparaîtra un océan de différence entre ce que je fais et ce qu \u2019ils écrivent ».Pour mieux comprendre ces différences, prenons trois exemples, simples mais clairs.Envisageons quelques beaux vers de Verlaine, de Léon Gontran Damas et de Gaston Miron.La différence saute aux yeux.Quelques exemples francophones d'univers poétiques DIFFÉRENTS a)\tPaul Verlaine, sur un rythme mélodieux, utilise les voyelles longues et joue sur le e muet en une tendre prière adressée à Mathilde Mauté pour la convaincre de reprendre la vie commune : \"Écoutez la chanson bien douce Qui ne pleure que pour vous plaire Elle est discrète, elle est légère Un frisson d\u2019eau sur de la mousse \".(Sagesse) Dans un autre poème, très célèbre, il exprime sa tristesse ; l\u2019assonance des vers se prolonge : Les sanglots longs Des violons De l\u2019automne Blessent mon cœur D\u2019une langueur Monotone (Chanson d\u2019automne, Poèmes saturniens) b)\tLéon Gontran Damas, mulâtre de la Guyane, est encore proche de l\u2019esclavage qu\u2019ont connu ses parents.Il en espère avec fièvre l\u2019abolition définitive et la vie plus humaine.Le seul moyen d\u2019expression des esclaves est la musique, le chant et la danse mais leur seul instrument de musique est le tam-tam improvisé; et ils n\u2019ont retenu du français des maîtres que les mots courants du vocabulaire, non la L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 169 syntaxe9, si ce n\u2019est quelques expressions.La répétition a pour eux valeur d\u2019incantation.Bientôt Bientôt je n 'aurai pas que dansé bientôt je n 'aurai pas que chanté bientôt je n 'aurai pas que frotté bientôt je n 'aurai pas que trempé bientôt je n 'aurai pas que dansé chanté frotté trempé frotté chanté dansé Bientôt (Pigments) La fin de chaque vers tombe brutalement.Le son du tam tam ne se prolonge pas comme celui du violon! Ce poème n\u2019en est pas moins un petit chef-d\u2019œuvre de la langue française moderne.c) Du Québécois Gaston Miron, nous n\u2019avons besoin de citer que deux vers.Pour qui connaît le Québec, son histoire, ses hivers, sa culture et ses aspirations à l\u2019indépendance, ils suffisent.-Québec, ma terre amère, ma terre amande- [.] -Mon cœur serré comme les maisons d\u2019Europe -(L\u2019homme rapaillé) Trois sociétés, trois façons d\u2019éprouver, trois visions du monde, trois civilisations.trois cultures d\u2019expression française! Le XXe siècle en développera bien d\u2019autres en Afrique noire, au Maghreb, au Proche Orient, dans l\u2019Océan Indien et ailleurs.9.La syntaxe du créole contemporain doit davantage à la syntaxe africaine qu\u2019à la grammaire française (voir les conjugaisons ou la façon de placer les articles définis après les noms).C\u2019est pourquoi on parle souvent du créole -à base lexicale française \u2022.170 \u2022 L'ACTION NATIONALE L 'Année francophone internationale édition 1998 présente le panorama de l'espace francophone le plus complet à l\u2019heure actuelle dans toute la francophonie.Cet ouvrage de plus de 400 pages se divise en trois parties : Éditorial ; Pays et régions ; Idées et événements.Pour chacun des pays traités dans la seconde partie le lecteur pourra prendre connaissance des faits marquants de l\u2019année dans les domaines suivants : politique, économie, société, culture, sports et une bibliographie, souvent commentée, des plus importantes parutions en français dans chacun de ces pays.La troisième partie traite quant à elle des grands courants de pensée ayant animé la Francophonie ainsi que des principales organisations internationales qui y œuvrent.Grâce à l\u2019implication de plus de 200 collaborateurs, la plupart d\u2019entre eux étant d\u2019éminents universitaires bénéficiant d\u2019une reconnaissance internationale, L Année francophone internationale est un ouvrage de référence incontournable tant pour le spécialiste que pour ceux, de plus en plus nombreux, qui souhaitent une analyse sérieuse et une synthèse complète de l\u2019actualité récente.L\u2019Année francophone internationale est disponible dans toute bonne librairie ou en retouniant le bon de commande ci-dessous.Bon de commande i Veuillez m expédier-exemplaire(s) de L Anneefrancophone internationale ! édition 1998 au prix de 19,95$ chacun plus 5,00$ de frais de port unitaire.i Nom:_________________________________________________ i Adresse :________________________ ! Vi\"e : -Codepostal :___________________ ! Pays :___________________________________________________ j Adresse de retour: L Année francophone internationale Faculté des lettres Université Laval Sainte-Foy (Québec) G1K 7P4 CANADA j- S.V.P.établir votre chèque à l'ordre de L\u2019Année francophone internationale.L'ACTION NATIONALE *171 Comment mener à terme l\u2019idée même d\u2019indépendance quand, par stratégie politicienne, on l\u2019envoie tous les soirs se coucher en dessous du lit ?Cette mentalité du pot de chambre n\u2019a jamais fait d\u2019enfants très fort.Partout où on s\u2019y est adonné, elle a contribué à la mongolisation, aussi bien celle de l\u2019Etat que celle de l\u2019individu.Victor-Lévy Beaulieu Le Devoir, 29 novembre 1997 Lectures NOUS AVONS REÇU I Pierre Anctil, TurMalka, Flâneries sur les cîmes de l\u2019histoire juive montréalaise, Septentrion, 1997, 199 p.Michel Arseneault, Un rêve pour la vie, Une biographie de Lucille Teasdale et Piero Corti, Libre Expression, 1997, 406 p.Michel Bernard, L'utopie néolibérale, Éditions du Renouveau québécois et Chaire d\u2019études socio-économiques de l\u2019UQAM, 1997, 318 p Réal Bertrand, Lionel Groulx, Collection célébrités, Lidec, 1997, 64 p.Mb Robert Boily, (sous la direction de) L\u2019année politique au Québec, 1995-1996, Fides, 1997, 232 p Claude Boudreau, Serge Courville, Normand Séguin, Atlas historique du Québec, Le territoire, Presses de l\u2019Université Laval, 1997, 114 p.Serge Cantin, Ce pays comme un enfant, Collection la ligne du risque, L\u2019Hexagone, 1997, 211 p.4C Linda Cardinal, L\u2019engagement de la pensée, Le Nordir, 1997, 190 p.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 173 & Michel Cartier, Le nouveau monde des infostructures, Fides, 1997, 189 p.Michel Chartrand, Les dires d\u2019un homme de parole, Lanctôt Éditeur, 1997, 341 p.Gaston Cholette, L\u2019action internationale du Québec en matière linguistique, Presses de l\u2019Université Laval, 1997, 197 p.Arlette Corcos, Montréal, les Juifs et l\u2019école, Septentrion, 1997, 305 p.Roch Côté, (sous la direction de) Québec 1998, Fides-Ze Devoir, 1997, 347 p.Clermont Gauthier, (sous la direction de) Pour une théorie pédagogique, Recherche contemporaine sur le savoir des enseignants, Presses de l\u2019Université Laval, 1997, 352 p.Pierre Godin, René Lévesque, Héros malgré lui, tome 2, Boréal, 1997, 736 p.Pierre-André Julien, Le développement régional, Les éditions de l\u2019IQRC, 1997, 142 p.Nairn Kattan, Figures bibliques, Des patriarches aux prophètes, Guérin littérature, 1997, 169 p.Michael Keating, Les défis du nationalisme moderne, Québec, Catalogne, Écosse, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1997, 296 p.Alain Lacombe, Errol Bouchette, un intellectuel, Fides, 1997, 237 p.Jacques Lacourcière, Histoire populaire du Québec, 1896 à I960, T.4, Septentrion, 1997, 412 p.François Landry, Beauchemin et l\u2019édition au Québec, Une culture modèle, 1840-1940, Fides, 1997, 367 p.174 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE tü.Gilles Lapointe, Paul-Émile Borduas, Collection Célébrités, Lidec, 1997, 64 p.Vincent Lemieux, La décentralisation, Collection Diagnostic, IQRC, 1997, 129 p René Lévesque, Option Québec, Typo Essais, 1997, 354 p.André Lussier, Les visages de l\u2019intolérance au Québec, Textes d\u2019hier et d\u2019aujourd'hui, Septentrion, 1997, 247 p.Israël Medresh, Le Montréal juif d\u2019autrefois, Septentrion, 1997, 272 p.Marcel Martel, Le deuil d un pays imaginé, Collection Amérique française, Presses de l'Université Ottawa, 1997, 203 p.Nelson Michaud, Praxis de la science politique, Presses de l\u2019Université Laval 1997, 245 p.ClL Nous tous un soleil.Nos passés, notre avenir, Un projet d\u2019éducation interculturelle 1997, 129 p.France Normand, Naviguer le Saint-Laurent à la fin du XIXe siècle P U L 1997 296 p.jûL.Marcel Olscamp, Le fils du notaire, Jacques Perron 1921-1949 Fides 1997 425 p.CL! Guy Paiement, L\u2019économie et son arrière-pays, Fides, 1997, 104 p.ifÉ.Jacques Parizeau, Pour un Québec souverain, VLB éditeur, 1997, 355 p.Lise Payette, Des femmes d\u2019honneur, Une vie privée 1931-1968, Libre expression, 1997, 277 p.L'ACTION NATIONALE \u2022 175 ÙA Maurice Pinard, Robert Bernier, Vincent Lemieux, Un combat inachevé, Presses de l\u2019Université du Québec, 1997, 368 p.^SA Jacques Saint-Pierre Histoire de la coopérative fédérée, Presses de l\u2019Université Laval / Éditions de l\u2019IQRC, 1997, 287 p.^SA Maurice Séguin, Une histoire du Québec, Vision d\u2019un prophète, Guérin, 1997, 215 p.Histoire de deux nationalismes au Canada, Guérin, 1997, 452 p.Donald Smith, D\u2019une nation à l\u2019autre, Stanké, 1997, 166 p.Cr\\ Maurice Tardif, Hélène Ziarko, Continuités et ruptures dans la formation des maîtres au Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 1997, 299 p.^A Françoise Têtu de Labsade, Littérature et dialogue interculturel, Presses de l\u2019Université Laval, 1997, 248 p.Michel Têtu, (sous la direction de) L\u2019année francophone internationale, AFI, 1997, 352 p.BULLETIN D\u2019HISTOIRE POLITIQUE Prix : 30 $ - étudiants : 20 $ - Vol.6, n° I (oct.1997) : L'histoire sous influence -V0I.6, n°2 (fév.1998): Québec au 19e siècle : quand le social est politique -Vol.6, n°3 (avril 1998) : Le gouvernement responsable Faites parvenir un chèque à : AQHP, a/s P.Drouilly, Département de Sociologie UQAM, C.P.8888, Suce.Centre-ville, Montréal, H3C 3P8 Téléphone : (514) 987-8427 176 \u2022 L'ACTION NATIONALE Comptes rendus Réginald Hamel (Sous la direction de) Panorama de la littérature québécoise contemporaine, Guérin, 1997 - 822 pages.Cet ouvrage impressionnant couvre la période qui commence avec la Crise d\u2019octobre (1970) et s\u2019étend jusqu\u2019à nos jours.On y présente toutes les facettes de la vie littéraire au Québec pendant ces trois décennies.Une trentaine d\u2019auteurs, sous la direction de Réginald Hamel, ont collaboré à ce travail.On a adopté ici une conception très large de la littérature.En plus d\u2019étudier les genres littéraires traditionnels : théâtre, roman, poésie, essai, critique, on a examiné de près les formes modernes d\u2019expression qui influencent d\u2019ailleurs les genres traditionnels.Le premier chapitre traite de la littérature des médias : radio et télévision, qui comportent un intérêt en eux-mêmes, et qui influencent aussi l\u2019écriture et le traitement des genres traditionnels.De même, le cinéma est étudié comme une partie intégrante de la littérature, ce qui se défend très bien, il me semble.Un chapitre sur les revues fait ressortir le rôle important qu\u2019elles jouent dans le monde littéraire et dans la vie culturelle en général.On n\u2019a pas oublié la science-fiction et la bande dessinée, ni la chanson, ni la littérature de jeunesse qui a pris chez nous un essor remarquable.La philosophie, 1 historiographie, la réflexion sur la langue, la francophonie, les Néo-Québécois font aussi l\u2019objet d\u2019une attention particulière.Sans oublier un chapitre sur l\u2019édition et l\u2019avenir du livre au Québec.Somme toute, ce sont à peu près tous les aspects du phénomène littéraire qui sont abordés et décrits à profusion.L\u2019ACTION NATIONALE «177 Il est impossible de nommer les auteurs qui ont réalisé ce travail considérable.Il est remarquable qu\u2019ils aient réussi à traiter les sujets qui leur avaient été confiés sans empiéter sur ceux des autres tout en leur apportant des compléments éclairants.L\u2019impression qui se dégage de cette somme d\u2019analyses et de réflexions, c\u2019est que la littérature québécoise, depuis 1970, est vigoureuse, grouillante, ouverte à toutes sortes d\u2019expériences, cherchant par tous les moyens à se renouveler.Cela donne une jungle épaisse que la prospérité élaguera sans doute, mais il est bon de tenter de contempler la récolte présente dans tout son foisonnement.La démarche de l\u2019équipe qu\u2019on a réunie sur ce chantier est plus descriptive ou analytique que critique, et cela est louable, car il ne s agit pas ici de penser à la place du lecteur, mais de lui offrir une visite guidée de la contrée littéraire, de lui proposer un instrument de travail, de lui suggérer des sentiers à parcourir.Le maître d\u2019œuvre de cet ouvrage imposant, Réginald Hamel, est un artisan infatigable de la recherche sur la littérature québécoise.Il a réussi cette fois à élever un véritable monument à nos lettres.Il écrit en conclusion: «Au-delà des différentes interprétations - c\u2019est ce qui fait de cet ouvrage sa couleur et son originalité - à travers les écrits de nos collaborateurs, le lecteur pourra noter que durant ces quarante années de manifestations socioculturelles et littéraires, s\u2019est forgée, au Québec, une identité puissante qui dépasse largement toutes les promesses contenues dans les ouvrages des années 1900» (p.721).Cette constatation lui permet d\u2019affirmer que « notre destinée culturelle est irréversible».Ce qu\u2019atteste la production littéraire des trente dernières années, c\u2019est que le Québec est prêt à faire face aux défis nouveaux qui se présenteront à lui au tournant du troisième millénaire.Paul-Émile Roy Louis-Edmond Hamelin Écho des pays froids.Les Presses de l\u2019Université Laval, 1996.487 pages.Figures, photographies et tableaux.Le titre fait tic : il est à la fois ambivalent et pittoresque, poétique et symbolique, puisqu\u2019il s\u2019agit ici des Mémoires de l\u2019auteur et des pays de la froidure, de géographie et d\u2019histoire, de lexicologie et de linguistique, de sociologie et de toponymie.Géographe-historien-professeur-sociologue, L.-E Hamelin prend toujours bien soin de 178 \u2022 L'ACTION NATIONALE situer faits et gestes, créations et développements dans leur contexte, bien plus, d en dégager des idées.Pour se rendre compte de la pluridisciplinarité de cet ouvrage étoffé, solidement charpenté et abondamment illustré, il suffit de jeter un coup d'œil sur la Table des matières (pp.478-482), détaillée et lumineuse.Grâce aux balises partout réparties, on peut lire et parcourir le texte à loisir avec autant d\u2019intérêt que de profit ; si l\u2019auteur a mis trois ans à le composer, le lecteur peut consacrer plus d\u2019une soirée à le lire et à le méditer.Il y trouvera toute une mine de renseignements et de tableaux, les observations et les réflexions d\u2019un géographe de réputation internationale.C\u2019est pour faire profiter les autres de sa riche expérience et, éducateur-né, pour prêcher l\u2019exemple.Labor improbus omnia vinrir Ce monument, car c\u2019en est un, est beaucoup plus qu\u2019un écho des pays froids, il est aussi le produit d\u2019un universitaire qui a la chaleur et l\u2019intelligence du cœur.Il serait illusoire et prétentieux de vouloir le résumer.\\oici une gerbe de citations qui se passent de commentaires : «.les colonisés autochtones sont demeurés les oubliés des Découvertes.Aujourd\u2019hui, à la bourse des souvenirs, être politicien, sportif ou producteur de disques rassemble la meilleure mise; or, mes valeurs, activités et émotions ne présentent pas un profil à la mode.C\u2019est dans ces conditions quej offre plutôt une lecture des milieux, gens et événements qui ne m\u2019ont pas été indifférents et que j\u2019ai pu influencer.Le passé ne débute pas à ma naissance (1923).Bref, il sera question de ce que j\u2019ai reçu, acquis et essayé de construire dans les *pays de neige-.Dans l\u2019ensemble, je fais mien le titre de la tapisserie murale haute lisse L\u2019inesDéré se réalise créée par Scabarini-Niquet à Nicolet en 1950.Une échelle progressive de complexité rassemble des disciplines de proximité (sociologie et littérature ; histoire et géographie).(sciences de la nature, sciences de l\u2019homme).- Écho des pays froids révèle un éducateur-né et porte la marque d\u2019un bon livre : il pose plus de questions qu\u2019il n\u2019offre de solutions ; il incite à lire et à penser ; il déboulonne les idées reçues et répétées ad nauseam ; il multiplie chronologies et tableaux ; il affectionne les analyses et les aperçus; il suggère plus d\u2019une recherche à entreprendre.Féru de linguistique, de terminologie et de toponymie, il L'ACTION NATIONALE «179 prend un évident plaisir à créer des mots : nordicana, nordicité, nordiste, nordologie, hiverniste, régiologie (le mot Régionalisme est dans l\u2019air au pays comme en Europe) et alia.Imposante en est la liste.Que les 40 Immortels de l\u2019Académie française qui travaillent inlassablement à leur septième ou huitième édition de leur Dictionnaire les acceptent ou les rejettent, c\u2019est une autre histoire.Hamelin a fait sien le Grand Nord québécois, habitants et territoire compris ; il est son meilleur ami, pas toujours, car il a failli un jour lui coûter la vie : ne résiste pas à la froidure qui veut seulement.S\u2019il est quelque peu porté à vouloir le «québéciser», il ne va tout de même pas aussi loin que F.-A.Savard qui, voyant partout du folklore au pays, cherchait à faire sien le vieil Homère qui a vécu huit siècles avant Jésus-Christ.Ses deux maîtres, Raoul Blanchard (1877-1965) et André Siegfried (1875-1959), tenaient la géographie et l\u2019histoire (deux mots d\u2019origine grecque) pour deux disciplines connexes et indissociables ; l\u2019histoire n\u2019existe pas sans la géographie et vice versa.Hamelin a bien retenu le mot prophétique d\u2019André Siegfried - ce dernier fut, soit dit en passant, le premier maire, honoraire, d\u2019Edmonton au début du siècle - ainsi exprimé en 1920 dans L'Ame des peuples : \u2022 Si les Canadiens français ne s\u2019occupent pas bientôt de leur Nord, d\u2019autres s\u2019en occuperont à leur place».Tant il est vrai qu\u2019on possède ce que l\u2019on nomme.Comme le font sous nos yeux les Américains et les Anglais, les Français et les Russes avec INTERNET et WORLD WIDE WEB, le TGV et le SPOUTNIK.On modifie son milieu, comme on est modifié par lui.Si Hamelin a été influencé par le Grand Nord québécois, il a beaucoup contribué aussi à le modifier à son tour, d\u2019abord en créant des contacts avec les Cris et les Esquimaux, puis en rendant ces derniers conscients de la présence de francophones, leurs voisins, enfin en incitant commerçants, hommes d\u2019affaires, industriels, fonctionnaires, ingénieurs, artistes, écrivains, éducateurs à leur rendre visite et à se familiariser avec le faciès hivernal de Maria Désy.Mais, je me hâte de le dire, et n\u2019en déplaise à mon ancien élève, Gilles Vigneault, mon pays, c est beaucoup plus que l\u2019hiver (la neige) ; il y a aussi des moustiques et des maringouins, il n\u2019y fait pas toujours froid à longueur d\u2019année.Écho des pavs froids a paru avec le concours de plusieurs organismes culturels, tels que le Conseil des Arts du Canada et le ministère des Affaires culturelles du Québec.Ce volume fait honneur à l\u2019auteur lui-même et aux Presses de l\u2019Université Laval qui l\u2019ont édité.180 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Il se doit d'être lu, relu, car on ne lit bien que ce qu\u2019on relit, plume à la main.C\u2019est le fond, l\u2019intérêt et la variété qui y manquent le moins.Maurice Lebel Nelson Michaud, Praxis de la science politique, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 1997, 254 pages.Les Presses de L\u2019Université Laval nous proposent sous la plume de Nelson Michaud, politologue à l\u2019Université Laval, un guide méthodologique.S\u2019adressant principalement à des étudiants de science politique, Praxis de la sciencepolitique se veut une ouverture sur les méthodes, les champs, les approches de cette discipline des sciences sociales.Ce précieux guide a pour but d\u2019expliquer les notions de base que tout politologue en devenir se doit de posséder le plus rapidement possible.Que ce soit le rôle de l\u2019hypothèse dans les recherches en science politique, l\u2019approche systémique ou le rôle des méthodes qualitatives, ce guide se veut complet et précis.De plus, une impressionnante bibliographie est une invitation à l\u2019approfondissement des connaissances en science sociale.Bref, une référence utile pour tout étudiant en science politique.Jean-François Béland Étudiant en science politique Université de Montréal.L\u2019ACTION NATIONALE *181 Je récuse la prétention qu \u2019on ne puisse être nationaliste et humaniste.Au contraire, dans notre cas à nous, le nationalisme fait partie de l\u2019humanisme, tout comme le souci de justice.Le nier, c\u2019est refuser de reconnaître que certaines sociétés ont plus de pouvoir que d\u2019autres.Fernand Dumont La Presse, 31 décembre 1993 Courrier des lecteurs Un hommage La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a décerné la médaille d\u2019argent «Bene merenti de Patna» au directeur de L\u2019Action nationale, Rosaire Morin.Elle exprimait ainsi toute sa reconnaissance «envers l\u2019homme, le militant, sa constance et son dévouement et souligner la justesse de son combat».Ce témoignage rappelle cette pensée d\u2019Édouard Montpetit: «Nous sommes si peu nombreux que nous n\u2019avons pas le temps de nous reposer».Joseph Labelle, Montréal Un témoignage Je suis heureux que l\u2019occasion des fêtes me soit offerte pour vous dire combien j\u2019apprécie la lecture de L\u2019Action nationale.Une revue ne va pas de soi, pas plus que la liberté dont on voudrait qu\u2019il fut synonyme.L\u2019un et l\u2019autre sont fragiles.Il faut les soutenir et les appuyer.Il faut, comme le poète Paul Éluard, dans la France enchaînée de 1942, invoquer la liberté : «sur mes cahiers d\u2019écolier, sur mon pupitre et les arbres, sur le sable, sur la neige.j\u2019écris ton nom : Liberté ».Claude Ghanimé, Montréal L\u2019ACTION NATIONALE *183 Campagne du Canada anglais Trop, c\u2019est trop.Afin de ne pas laisser sans ripostes les attaques mensongères et infamantes dont le Québec, ses institutions et sa langue font de, plus en plus, sournoisement l\u2019objet de la part du Canada anglais, nous invitons nos concitoyens et concitoyennes du Québec et le Francophonie à intervenir rapidement et en grand nombre pour rétablir les faits.En effet, il est urgent de dénoncer auprès des mêmes instances où elle a cours, soit les organismes internationaux (Nations-Unies, ambassades, consulats, etc), les O.N.G.(organismes non gouvernementaux), les gouvernements étrangers, voire les simples citoyens des autres pays, l\u2019avilissante campagne contre le Québec à laquelle se livre actuellement le Canada anglais, en les informant que tout cela n\u2019est que intolérance et hargne colonialiste à l\u2019égard de la langue française, de la francophonie canadienne et des légitimes aspirations des Québec.Jean-Paul Perrault, président, L'Impératif français La langue française Le jouai est esclavage.La Souveraineté du Québec se fera dans la langue française universelle et le français québécois de bon aloi, ou elle ne se fera pas du tout.La pudeur nous interdit de la faire en jouai.Une langue parlée correctement, qui permet d\u2019énoncer des idées claires et des sentiments nobles, qui exalte fierté de soi et donne du cœur au ventre, voilà le catalyseur manquant désespérément à la la réalisation de notre souveraineté nationale.François Perrier, Vanier, Ontario Les primes d'assurances Le gouvernement du Québec paie depuis longtemps des primes d\u2019assurance responsabilité professionnelle des médeçins.à un organisme ontarien - Canadian Medical Association \u2022.Beaucoup d\u2019argent, année après année, sans compter les emplois perdus ici et l\u2019expertise 184 \u2022 L'ACTION NATIONALE absente.D\u2019autres professionnels, par exemple les avocats, ont mis sur pied des fonds d\u2019indemnisation et réussi à plafonner le niveau des primes.Pierre-M.Chaput, Montréal Un homme courageux Ne voyez-vous pas que l\u2019option séparatiste fait que le Québec, de plus en plus, une région défavorisée ?Que cela enlève le futur aux jeunes Québécois?Que nos grandes paroles d\u2019être «Maîtres chez nous\" nous mèneront à ce que nous soyons «esclaves chez d\u2019autres».Ne ruinez pas notre peuple, notre culture, avec de grandes pensées idéalistes.Pensez-y vraiment.Anonyme Le problème Ce qui fait problème dans le mouvement indépendantiste, ce n\u2019est pas 1 idéal qu il représente ; ce qui fait problème, c\u2019est le ¦ péquisme » ! Le Parti québécois, le parti politique qui dit vouloir conduire le Québec à la « souveraineté », a grandement besoin de se moraliser, de se ressourcer et de s enrichir d\u2019éléments qui se tiendront debout, notamment à sa direction, sans quoi il risque l\u2019effondrement.G.Brosseau, Saint-Jean-sur-le-Richelieu L'ACTION NATIONALE \u2022 185 Index des annonceurs 193 Allard, Pierre, C.A.176 Bulletin d\u2019histoire politique 58 Cahiers d\u2019histoire du Québec 11 Cap-aux-diamants 195 Club des 100 associés 188\tDevoir, Le 187 Fondation du Devoir, La C3 Fonds Optimum C4 Fonds de solidarité 189\tHydro-Québec 25 Journal des enseignants 191 Labelle, Pierre-Bernard, notaire 191\tLaboratoire Dr Renaud 192\tLamond & Fils Ltée 193\tMouvement national des Québécoises et Québécois 191\tPesci, Jean-Marie, infographiste 192\tPoitras, Larue & Rondeau inc.83 Relations 191\tSansregret, Taillefer et Associés 193\tSociété Saint-Jean-Baptiste de Montréal 193 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 190\tSociété nationale d\u2019assurance 192\tSyndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 192 Tassé & Associés Limitée 192 Translatex Communications Plus 190 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc.186 \u2022 L'ACTION NATIONALE Bmm aux 80 années de succès de l\u2019Action nationale ! une alliée dans la diffusion de l'essence de la société québécoise.Hommages à ses fidèles lecteurs et amis dont l\u2019appui soutenu est un gage de pérennité.Fondation du DEVOIR Moteur et stimulant reflet de l\u2019évolution culturelle de la société québécoise depuis 87 ans, Le Devoir s\u2019est doté d'un important élément de santé financière: la Fondation du Devoir.Fondée en 1956 et relancée en 199Ü, la fondation du Devoir joue un rôle de soutien crucial en ce qui a trait aux appels de fonds, aux offres d\u2019actions au grand public, à la sollicitation de placements publicitaires et au recrutement d\u2019abonnés.L'ACTION NATIONALE «187 LE DEVOIR Un journal engagé 'pour des gens exigeants Devoir \\ IC est un journal\t\u2019 WÜS&r moderne, conçu pour ses hl< lecteurs qui sont des gens H actifs, présents dans leurs milieux, l C\u2019est un journal i igent crédible, influent.Un journal d\u2019information qui traite de toutes les grandes ques- i , lions, qu elles soient locales ou JS ! Internationales, politiques ou^H » économiques, culturelles ou mK 'sociales, l'n journal de réfé- JH ^ ronce incontournable par sa rigueur et sa \u2022.The Society o(Sev* ftiprn Design» à lorrain on de non quinzième ronwvrs annuel à décerné N pris au Deroir.188 \u2022 L'ACTION NATIONALE 05 Jus 100 % naturel À la maison, au travail, partout, quand vous tirez votre «jus » d'ici, vous puisez vos watts à la source et vous êtes tout naturellement branchés sur une qualité de vie respectueuse de l'environnement et du bien-être de la collectivité.Bref, sur l'avenir ! GC Hydro Québec L'ACTION NATIONALE «189 Marc Veilleux Imprimeur ,nc.*Livres (200 à 10 000 exemplaires) *Manuels techniques *Listes de prix *Rapports internes *Catalogues *Listes de membres et répertoires *Rapports annuels et agendas *Dépliants *Brochures 1340, rue Gay-Lussac, section 4, Boucherville, Qc J4B 7G4 Tél.: (514) 449-5818 \u2022 Fax: (514) 449-2140 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE FILIALE D\u2019OPTIMUM GÉNÉRAL INC.Partenaire Optimum® 425, boul.de Maisonneuve Ouest, Bureau 1500, Montréal H3A 3G5 (514) 288-8711 190 \u2022 L'ACTION NATIONALE LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE A L'AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 Successeur de M Jacques Brien M Pierre Gravel M Ronald-E.Laviolette Notaires Me Pierre-Bernard Labelle, d.e.c\u201e ll.l\u201e d.d.n.NOTAIRE ET CONSEILLER JURIDIQUE Édifice Girardin 1259, rue Berri, bureau 325\tTél.: 845-2255 Montréal, Québec H2L 4C7\t844-4514 ^STAN\tMichel Taillefer Sansregret, Taillefer & Associés inc.\t Conseillers et administrateurs en avantages sociaux\tprésident Téléphone : (514) 355-7869/ 1-800-782-5799\t Télécopieur : (514) 355-7923\t 5125, rue du Trianon, bureau 308, Montréal (QC) HIM 2S5\t L'ACTION NATIONALE \u2022 191 BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, Président 125, rue Alfred St-Gabriel-de-Brandon (Québec) JOK 2N0 Tél.: 1 800 567-9721 LA SOCIÉTÉ DES ALCOOLS DU QUÉBEC, INDISPENSABLE DANS UN QUÉBEC SOUVERAIN PRÉSENTE DANS 55 PAYS.Depuis le temps, ^ y*
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