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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1998-03, Collections de BAnQ.

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[" I .'Action DESTWwT0'Rtl KU QUÉBEC % SiU'J^ Volume LXXXVIII, numéro 3, mars 1998 Marc-Urbain Proulx 1917-1998 IM AT IOM AIT Volume IXXXVIII, numéro 3, mars 1998 Directeur Rosaire Morin Adjointe au directeur Laurence Lambert Analyse sociale Michel Rioux Recherche Claire Caron Comptes rendus Gilles Rhéaume Révision Marc Veilleux Comité de rédaction Éric Bédard Jacques Brousseau Catherine Escojido Andrée Ferretti Robert Laplante Ronald-É.Laviolette Lise Lebrun Denis Monière Michel Rioux Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Alain Laramée Pierre Noreau Christiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du lury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Misa en pages Jean-Marie Pesci Impression Marc Veilleux, Imprimeur à Boucherville Champ d'action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L'Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L'article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans ¦ L index des périodiques canadiens\u2022 depuis 1948, dans \u2022Périodex¦ depuis 1984, dans \u2022Repères\u2022 publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L'Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.L'ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 Télécopieur: 514-845-8529 TABLE DES MATIÈRES Mars 1998 Éditorial La mondialisation de la pauvreté Rosaire Morin \u2014 L'Office de la langue française Jacques Poisson Les entreprises d'économies sociales Majella Simard Développement local et coopératif Majella Saint-Pierre Faire échec à Babel Jean-Marc Léger Une évaluation du marché du travail américain Jean-Marie Rainville Invitation nationale Marie Cholette Et si le droit du travail passait par la mort de l'emploi Jeanne Gagnon Recensement 1996 Jean-Paul Perrault Regards sur l'actualité Rosaire Morin Dossier L'organisation des territoires au Québec 2e partie Marc-Urbain Proulx 15 Document visuel La prison des Patriotes Laurence Lambert Chronique francophone La Louisiane Michel Têtu Lectures Comptes rendus de lecture Courrier des lecteurs Nos annonceurs À Gaston Miron Le vieux Gaston était un homme bien gentil, très humain.Sans cesse à l\u2019écoute des autres et toujours prêt à tendre la main.Sans aucune prétention, il disait ce qu\u2019il avait à dire, d\u2019une voix forte et claire.Il était aussi un bout d\u2019entrain, chantant et giguant à l\u2019occasion.Venant d\u2019un milieu humble, dans sa jeunesse, il prit conscience de notre soumission et de notre difficulté à survivre dans notre langue et notre culture.Il a su dans des mots simples et justes dénoncer cette injustice et nous inviter à relever la tête.Nous lui sommes redevables, comme au Chanoine Groulx, d\u2019avoir secoué notre peur et de nous avoir invités à nous affirmer.Raymond Lévesque Ce texte aurait dû être publié dans le numéro de septembre 1997 rendant hommage à Gaston Miron.Une erreur impardonnable a été commise dont la rédaction s\u2019excuse auprès de l\u2019auteur. Éditorial La mondialisation de la pauvreté La culture de la pauvreté s'implante au Québec: 3 000 NOUVEAUX PAUVRES PAR MOIS Rosaire Morin Nos travaux de recherche sur l\u2019épargne québécoise doivent aboutir à des résultats concrets.L\u2019objectif visé est de récupérer 40 % des trois cents milliards de capitaux déportés.C\u2019est la meilleure politique pour contrer l\u2019appauvrissement de la collectivité québécoise.La revue diffuse des faits indéniables.Elle propose des actions précises.Elle est intervenue, entre autres, auprès de 131 sociétés de fonds mutuels.Elle a exprimé avec clarté que le traitement accordé au Québec était inacceptable et inadmissible.Elle a produit à chaque société la part de ses placements au Québec.Sur 236 milliards $ d\u2019actifs, 14 milliards $ ont été investis au Québec.C\u2019est intolérable.Quatre sociétés hors Québec nous ont demandé de traduire notre lettre en langue anglaise pour pouvoir nous répondre.Une société de Toronto nous a offert la somme de 15000$ en publicité que nous avons refusée.Quarante et une sociétés du Canada anglais ont daigné nous répondre en français par la voie de leurs présidents ou de leurs vice-présidents.Résumons les réponses et les plaidoyers : - Personne n\u2019a nié l\u2019exactitude de nos données sur leur fonds mutuels.- La diversification du risque est évoquée à maintes reprises.- Plusieurs sociétés affirment soutenir l\u2019économie québécoise par des filiales qui investissent \"énormément» dans la province de Québec.- Certaines sociétés se vantent de remettre des millions en commissions annuelles à des courtiers indépendants œuvrant au Québec.Les jeux de Nagano INTÉRESSENT DAVANTAGE LA PRESSE QUÉBÉCOISE.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 3 -\tD\u2019autres parlent d\u2019accords financiers importants avec d\u2019éminents courtiers québécois.-\tTrois entreprises disent leur enthousiasme quant aux - opportunités ¦ de placements disponibles au Québec.-\tQuelques présidents admettent que les instruments de revenu fixe sous-repré-sentent les obligations du gouvernement du Québec.-\tDes sociétés qui n\u2019ont pas placé un sou dans les obligations du gouvernement du Québec se proposent de détenir désormais des obligations offertes par le gouvernement du Québec.-\tDeux présidents signalent les restrictions légales qui encadrent les paramètres d\u2019investissement des fonds spécialisés.-\tDeux vice-présidents se vantent de refléter l\u2019héritage linguistique du pays.-\tPlusieurs sont choqués de la distinction faite entre compagnies francophones et anglophones.-\tBref, nombre de correspondants confirment leurs politiques qui privilégient la valeur partout dans le monde.Ceux-là parlent de l\u2019instabilité politique du Québec.La civilité des compagnies du Canada anglais est exemplaire.Une compagnie a même souscrit un abonnement de soutien à L\u2019Action nationale.C\u2019est leur omission d\u2019investir au Québec qui est vexatoire.Quatre-vingt-deux sociétés de fonds mutuels hors Québec ne détenaient aucune obligation du gouvernement du Québec.Incroyable, mais vrai.Consultez la page 134 de la «Déportation québécoise, deuxième partie-.Les sociétés québécoises Mais la courtoisie n\u2019est pas la mode des sociétés de fonds mutuels québécois.Sur vingt-trois entreprises, un président nous a fait parvenir un abonnement de soutien, sans aucune commentaire.Une autre société a daigné souscrire une somme assez substantielle pour nous aider dans la poursuite de nos travaux.Les vingt et une autres entreprises ont observé le silence.C\u2019est vrai qu\u2019il y a eu la grève de la poste et la crise du verglas.Il se pourrait que nous ayons aidé certains gestionnaires à prendre conscience de la réalité québécoise.Ce n\u2019est peut-être pas de Ce fait est connu, MAIS PERSONNE NE MODIFIE L'INDICE TOUT CROCHE DE « SCOTIA ».4 \u2022 L'ACTION NATIONALE notre faute.et il se pourrait aussi que la mouche du coche ait produit quelques fruits.Neuf sociétés de fonds mutuels québécois ont augmenté leurs placements au Québec en 1996 comparativement à 1995.Voici les changements heureux que nous avons constatés : Sociétés\t1995\t1996 Trust Prêt et Revenu\t29,13%\t48,30% Trust Général du Canada\t16,94%\t43,43 % InvesNat\t23,42 %\t41,40% SSS Vie\t28,10%\t40,33 % Desjardins\t16,95%\t35,47% Fi cadre\t31,10%\t33,69% Professionnels du Québec\t28,85 %\t33,40% Optimum\t24,09%\t31,92% Concorde\t25,64 %\t31,12% Si tous se donnaient la main, le développement du Québec en serait facilité d\u2019autant.La croisade continue Mais nos travaux ne s\u2019arrêtent pas à du verbiage.Nous poursuivons nos recherches, sans ressources suffisantes.Dans le chantier des caisses de retraite, les analyses se poursuivent.La CSNet la FTQ exerceront leurs influences auprès des comités de placement.La sensibilisation débute.Des gestionnaires nous promettent des améliorations sensibles.Nous examinerons les déplacements de capitaux.Des collaborateurs prennent le bâton du pèlerin et multiplieront les conférences aux quatre coins du Québec, de Sept-Iles à Hull.Au calendrier de février, le vieillard que je suis participera à 14 rencontres.- Nous sommes si peu nombreux que nous n\u2019avons pas le temps de nous reposer*.Les sociétés québécoises NE COMPRENNENT PAS QUE L'Action nationale CONTRIBUENT À LEUR DÉVELOPPEMENT À l\u2019automne, nous espérons présenter une analyse sur les portefeuilles de quelque 500 caisses de retraite totalisant plus de 50 milliards $ d\u2019actifs.Nous comptons sur la coopération de nos lecteurs et des syndicats pour la cueillette de ces documents ultra-secrets.Un L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 5 cotisant ou un retraité d\u2019une caisse de retraite doit pouvoir obtenir ce dossier si confidentiel dont on nous refuse l\u2019accès.Le silence de la presse La mondialisation de la pauvreté n\u2019intéresse pas la presse.La dernière apparition de L\u2019Action nationale à Radio-Canada, si ma mémoire est fidèle, remonte à 1963-Quatre-Saisons ne nous connaît pas.TVA nous a accordé 2 minutes l\u2019an dernier.Télé-Québec nous a invités à Droit de parole en compagnie de treize autres participants.La télévision communautaire nous accueille de temps à autre.La palme revient à Vidéotron.Gilles Proulx de CKAC est l\u2019un des seuls animateurs à nous donner la parole.La revue n\u2019est pas et n\u2019a jamais été portée sur les ailes de la presse.Les médias sont immobiles et muets.Le 3e pouvoir observe le mutisme.A quelques exceptions heureuses, les quotidiens gardent un silence presque religieux.L\u2019exemple le plus récent est la lettre ouverte adressée au Premier ministre, monsieur Lucien Bouchard.Aucun quotidien ne l\u2019a publiée à ce jour.Pourtant elle présentait un point de vue logique et de pleine actualité.Nous reproduisons cette lettre pour le bénéfice de nos lecteurs : Lettre ouverte au premier ministre, M.Lucien Bouchard \u2022\tL\u2019Action nationale poursuit depuis deux ans une campagne intensive pour le rapatriement au Québec de 40% de l\u2019épargne déportée en d\u2019autres provinces et en d\u2019autres pays.À ce jour, le gouvernement du Québec n\u2019a pas donné suite à nos propositions.« Le Premier ministre est toutefois conscient de la gravité de la situation économique.À deux reprises, lors des pannes d'électricité occasionnées par le verglas, il a fait mention des interventions des bailleurs de fonds étrangers qui lui demandaient de consolider rapidement le réseau d\u2019Hydro-Québec.\u2022\tDans une conférence de presse donnée le vendredi 19 décembre 1997, monsieur Bouchard déclarait: NOUS DEVONS FAIRE CE QUE LE GOUVERNEMENT DEVRAIT ACCOMPLIR.6 \u2022 L'ACTION NATIONALE \u2022Bon, zéro, c\u2019est un chiffre qui va apparaître, à un moment donné, au bas des états financiers du Québec, puis ça va plaire aux comptables, puis etc.Mais c \u2019est beaucoup plus que ça.C\u2019est de restaurer la liberté des choix de notre société.Quand on est une société endettée qui est menacée continuellement de se faire décoter par les agences de crédit, quand les marchés financiers s\u2019inquiètent, qu\u2019on n\u2019arrive plus à emprunter à des taux raisonnables et quand on a de la misère à écouler nos obligations, quand on arrive même très difficilement à renouveler, à tous les trois ans, l\u2019ensemble de notre dette, à ce moment-là, on n \u2019a pas le choix, là.Tout ce qu 'on fait, c\u2019est qu\u2019on pédale du reculons puis on répond à des appels de pompiers, puis parfois même, pire que ça, on est obligé de couper de façon féroce, irrationnelle, des choses qu \u2019il ne faudrait pas couper.Et le Premier ministre de poursuivre : \u2022 Donc, ce qu'il faut faire, comme société, c\u2019est de récupérer notre capacité de choisir puis de faire des affectations de budget où est-ce qu \u2019onpeut apporter l\u2019effort, où est-ce qu \u2019on veut avancer.Et le zéro déficit, là, ça va nous redonner la latitude, la plénitude de la capacité d\u2019un État, d\u2019une société, de décider.Est-ce qu \u2019on met plus d\u2019argent dans l\u2019environnement, est-ce qu\u2019on met plus dans la création d\u2019emplois, dans la recherche, au lieu que de passer son temps à dire: Où est-ce que je suis obligé de couper.New York veut que je coupe.Tout le monde refuse de nous prêter.Ça, c\u2019est le désastre.C\u2019est la situation du désespoir.Il faut en sortir.On en sort, actuellement.On est capable d\u2019en sortir, on en fait la démonstration ».Fin de la citation.¦On en sort, actuellement».Mais on pourrait en sortir plus facilement.Plus de 300 milliards de dollars de l\u2019épargne québécoise sont déportés en d\u2019autres provinces et en d\u2019autres pays.Dans le seul secteur des régimes de retraite, près de 100 milliards de dollars des cotisations des travailleuses et des travailleurs québécois sont placés en dehors du Québec.-Le Québec accorde un report d\u2019impôt comparable à celui du fédéral pour toute contribution à la retraite.Le fédéral oblige les régimes de retraite à placer 80% de leurs fonds au L'ACTION NATIONALE \u2022 7 Canada.Le Québec tolère que 80% des mêmes actifs soient placés hors Québec.Quelle différence ! -Le gouvernement du Québec doit poser des conditions à l\u2019exercice du même avantage fiscal.Plusieurs mesures s\u2019imposent.1.\tLes régimes de retraite doivent rendre public leur portefeuille de placement, à l\u2019instar des fonds mutuels.2.\tLe gouvernement du Québec doit limiter à 40% l\u2019exportation des épargnes qui bénéficient d\u2019avantages fiscaux québécois.3.\tSi le ratio n\u2019est pas respecté, le gouvernement doit imposer le capital exporté illégalement.4.\tLes entreprises jouissant d\u2019avantages fiscaux doivent transiger à la Bourse de Montréal pour tous les titres qui y sont disponibles.¦\tL\u2019objectif est de rapatrier 40 des 100 milliards $ de l\u2019épargne exportée par les régimes québécois de retraite.Dans Le Devoir du 16 décembre 1997, le ministre fédéral des Finances, M.Paul Martin, nous fournit la recette pour investir le premier 20 milliards $ : .\"Le Canada doit consacrer en priorité les futurs surplus budgétaires au remboursement de la partie de notre dette détenue par des pays étrangers.Tout ce qui peut affecter l\u2019économie mondiale peut avoir des effets ici.* ¦\tLe Québec est vulnérable.Les investisseurs étrangers détiennent 49% de la dette publique québécoise.D\u2019ici l\u2019an 2001, il faudra renégocier 27 milliards $ d\u2019emprunts.Nous devons au Japon, aux États-Unis, à la Suisse, à l\u2019Allemagne et à bien d\u2019autres pays.Au lieu de laisser l\u2019épargne des régimes de retraite aux quatre vents, le gouvernement du Québec pourrait se rendre maître de ses choix en prenant les mesures qui permettent de la canaliser en faveur des intérêts nationaux du Québec.\u2022 L\u2019endettement public québécois est une chaîne.La façon de nous libérer, c\u2019est de financer davantage notre dette publique.A l\u2019instar du Japon où les caisses de retraite investissent 30% dans des obligations gouvernementales, le 8 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Québec doit exiger de ses régimes de retraite un placement de 20% dans les obligations du secteur public québécois.«En Europe, les règles de l\u2019Union européenne tolèrent que 20% des actifs des assureurs et des caisses de retraite puissent être placés à l\u2019étranger.Dans la plupart des pays, les caisses de retraite placent dans l\u2019économie nationale.En Norvège, aucun placement à l\u2019étranger.En Italie, 1 %.En Espagne, 3%.En Allemagne, 5%.En France, 6%.Aux États-Unis, 10%.Au Danemark, 11%.En Suisse, 13%.En Australie, 16%.Au Québec, 80 % sont exportés.Quelle folie ! C\u2019est ainsi que le Québec est vulnérable aux pressions de messieurs W.Barrett, P.C.Gobsoe et de tous les banquiers internationaux.«Pourquoi, monsieur le Premier ministre, ne pas récupérer 20 milliards de dollars déportés hors Québec et l\u2019investir dans la dette publique ?Il vous serait alors plus facile de décider et de servir le projet d\u2019émancipation de notre peuple en élargissant son espace de liberté».Cette lettre a été ignorée par les quotidiens.Savez-vous ce signifie ce silence ?Le fait de personnes qui n\u2019ont pas la possibilité de s\u2019exprimer.Certains problèmes sont l\u2019objet d\u2019un soupir coupable.On consulte de bonnes gens.On consulte des personnes qui sont elles-mêmes le problème.L\u2019écho, même non interrogé, conseille alors la prudence.Et la presse ne souffle mot.C\u2019est la conspiration !.C\u2019est l\u2019index.C\u2019est la censure.Elle est d\u2019inspiration politique et d\u2019ori-déporte l\u2019épargne n\u2019aime pas se le faire reprocher.Et si l\u2019on pouvait réduire au silence la colère de L\u2019Action nationale'.Les gestionnaires de l\u2019argent des autres ne seraient pas troublés.Mais la presse, ce n\u2019est pas seulement un répertoire d\u2019annonces et un produit que l\u2019on vend en kiosques ou à l\u2019écran.C\u2019est le véhicule de l\u2019information.D\u2019une information qui est aujourd\u2019hui fugitive et instantanée.Le téléspectateur voit sur le petit écran Michael Forsmark Poulsen qui a décapité en janvier la Petite Sirène de Copenhague.Le lecteur apprend que Monica Lewinsky n\u2019a eu que des rapports «strictement oraux» avec Clinton.Il est informé de la participation de Londres sur les raids probables contre l\u2019Irak.Il est renseigné sur la La presse parle PLUS SOUVENT DE N'nAt Brith QUE DE L'Action nationale.gine financière.Qui L'ACTION NATIONALE \u2022 9 dévaluation des monnaies de l\u2019Asie du Sud dans l\u2019heure de l\u2019événement.Il voit à l\u2019écran les poissons des Antilles qui nagent en couleur dans leurs bancs de coraux.Il explore l\u2019univers fantastique du Parc jurassique de la mondialisation de la pauvreté.Mais il ne sait pas ce qui se passe ici.Les personnes qui écoutent ou lisent la presse écrite et parlée ignorent que les sociétés financières investissent massivement l\u2019épargne québécoise en d\u2019autres provinces et pays.Elles sont ignorantes parce que la presse est silencieuse sur cette tragique situation.Si la presse, le 3e pouvoir, expliquait que la déportation de l\u2019épargne précède le dépeuplement d\u2019une région, si elle démontrait que les financiers créent des emplois en d\u2019autres provinces et pays avec l\u2019argent des Québécoises et des Québécois, si elle montrait que l\u2019insuffisance du capital explique l\u2019appauvrissement de la population, si elle réclamait le placement au Québec d\u2019une partie raisonnable de l\u2019épargne québécoise, la population bougerait, revendiquerait et le gouvernement obéirait.La liberté de l'information C\u2019est ainsi que se pose le problème de la liberté de la presse.Cette liberté ne suffit même plus.C\u2019est aujourd\u2019hui pour la liberté de l\u2019information qu\u2019il faut se battre.Il faut exiger l\u2019obligation de l\u2019objectivité.Car l\u2019information est écrasée.Elle est isolée de son contexte.Elle est souvent exposée de façon vague et pernicieuse.La technologie a même ralenti la valeur morale de l\u2019information.La concurrence oblige à rechercher la nouvelle sensationnelle.La serviabilité envers les annonceurs et les bailleurs de fonds oblige.Ainsi la liberté de la presse et de l\u2019information est en péril.La presse parlée comprime les nouvelles à l\u2019extrême.Quinze secondes.Elle les multiplie plus que l\u2019auditeur n\u2019en veut.La presse écrite, plus elle est grosse, plus le lecteur a de choix.Il en a tellement qu\u2019il ne lit plus, ou presque pas.Qui lira toutes les nouvelles ou recettes que l\u2019on retrouve dans un journal ?AU RYTHME ACTUEL DE L'APPAUVRISMENT COLLECTIF, LE QUÉBEC COMPTERA UN MILLION D'ASSISTÉS SOCIAUX ET CINQ CENT MILLE CHÔMEURS en l'an 2008.10 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Conclusion A travers le silence, L\u2019Action nationale poursuit ses réflexions et ses travaux.Elle espère que la démocratie québécoise existe toujours.Mais facilite-t-elle la parole ?La libre expression a-t-elle un avenir dans la mondialisation de la pauvreté ?Voilà 35 ans que nous n\u2019avons pas de nouvelles de Radio-Canada ! Peu importe ! Nous poursuivons notre route, sans ressources matérielles.L\u2019action intellectuelle chemine sans bruit.Elle éclaire l\u2019opinion au lieu de la refléter.Elle l\u2019éclaire au lieu de l\u2019amuser.Depuis 1917, L\u2019Action nationale tente de remettre de l\u2019ordre dans les esprits.C\u2019est l\u2019opération première pour que l\u2019ordre règne dans la république du Québec.?ssssjd ej sed sjqnoji su sjsjAnEd ej sp sjnqns 3JJ93 sioui rsd 000Ç sp sjusuiSnE \u2018ssqsnQ nE \u2018ssja -nEd ssp sjquiou sq ¦ qojduis ssuEmssE.j snos no sjbisos spiE.j snos jusaia inb ssuuosrsd sp uoqjiui un,p snjd sjdmos ssqsnQ 9{ \u2018JUEpusuE U3 JJJOA Ai9jq 9p asjnog EJ E 6Z6X SJqojDO fZ ipnsf np injss snb jusuismp issnE siuEuSrEds ssj sddEjj J90UEUIJ -qsEjq» un,nb sjpuiEis e jss jt \u201808 sssuue ssj suEp J9!Iiqouiuii sqsjEtu np ssusqqs sssmq E[ juEjsddEJ ss us : uodEf nE js 9|S9uopuj us \u2018ssuiddqiqg xnE \u2018sistbje^ us \u2018spuBjtEqj, us sssEd ss mb ss jueuiujexs us ! snbixspv nE jinpojd iss.s mb ss juEAJssqo ug ssjiejje.p ssunuoq ssj ssd sjsinbuip jj jusuisujSAnog sj SEd sdnssosad su spoxs 533 ssssrd ej jnod suisjqojd un SEd jss,u ss \u2018sÀEd js sssuiAord ssajnE.p us ssios -sqsnb su&iEds.j sp uoijEjJodsp sp $ spjEijjiui juss siorq.L'ACTION NATIONALE \u2022 11 Durée du chômage Se maintenant à un niveau supérieur à 20 semaines depuis 1982, la durée moyenne du chômage, en 1993, atteint un niveau sans précédent, soit 27,8 semaines.De 18,5 semaines chez les moins de 25 ans, plus on avance en âge, plus elle augmente, passant à 28,2 semaines chez les 25-44 ans à 35,4 semaines chez les 45 ans et plus.Le Québec statistique, 60e édition, 1995, p.205 VOffice de la langue anglaise Jacques Poisson1 En 1986, sous le faux prétexte de permettre l\u2019accès aux soins de santé aux personnes d\u2019expression anglaise, le gouvernement par les soins méticuleux de sa ministre de la Santé, madame Thérèse Lavoie-Roux, vote la loi 142 pour démolir un autre pan de la Charte de la langue française.DU BILINGUISME INSTITUTIONNEL Voici ce que pense, de ce virage linguistique, le Comité interministériel du bilan sur la situation de la langue française formé en 1996: -L\u2019extension donnée à la définition de personne d\u2019expression anglaise ; l\u2019extension donnée aux programmes d\u2019accès en anglais (qui débordent considérablement les institutions issues de la minorité anglaise) ; le droit universel accordé par la loi de recevoir des services de santé et des services sociaux en langue anglaise ; l\u2019obligation faite par la loi aux établissements publics de fournir des services en anglais ; ces quatre facteurs créent une situation qui a pour conséquence de placer le français et l\u2019anglais sur un pied d\u2019égalité, de laisser aux citoyens le libre choix de la langue, d\u2019inciter les Québécois qui le désirent et tout particulièrement les allophones à recourir à l\u2019usage de l\u2019anglais dans leur vie publique, de compromettre le droit fondamental des Québécois de travailler en français, et finalement, en réduisant la nécessité de connaître le français, d\u2019affaiblir le statut du français comme langue commune que 1.Président, Mouvement estrien pour le français L'ACTION NATIONALE «13 tous les Québécois doivent connaître pour communiquer entre eux et avoir pleinement accès aux autres services publics.Ces conséquences vont manifestement à l\u2019encontre des objectifs que la Charte de la langue française se proposait d\u2019atteindre.2» Bref, depuis l\u2019adoption de la loi 142, les services de santé et services sociaux du Québec nagent en plein bilinguisme institutionnel à l\u2019encontre de la Charte de la langue française.En fait, l\u2019article 15 de ladite loi consacre une catégorie supérieure d\u2019usagers (les anglophones) en déclarant qu\u2019au Québec ¦ toute personne d'expression anglaise a le droit de recevoir en langue anglaise des services de santé et des services sociaux».Aucun article de la loi ne spécifie que les francophones ont droit, eux aussi, à des services dans leur langue.Et, pour satisfaire le privilège colonial de la classe anglophone, plusieurs établissements, jouant à l'Office de la langue anglaise, procèdent dorénavant à l\u2019évaluation des connaissances anglaises des travailleurs ou aspirants travailleurs de la santé! Les francophones non suffisamment bilingues sont éliminés sur la base de l\u2019anglais langue de travail.L'exigence ou bilinguisme Le 3 février 1987, le conseil d\u2019administration du CLSC Alfred-DesRochers de Magog s\u2019affaisse honteusement devant l\u2019exigence anglaise et adopte la résolution suivante : ¦ Lorsque le directeur général aura jugé qu\u2019un nouveau poste nécessite la connaissance d\u2019une langue seconde [.], la description du poste fera du bilinguisme une exigence pour l\u2019obtention du poste [.].Toute candidature qui ne répond pas de façon minimale à cette exigence ne sera pas retenue, quelles que soient les compétences de la personne dans les autres domaines reliés au poste.¦ En matière de santé, il devient donc plus En matière de SANTÉ, IL DEVIENT DONC PLUS UTILE DE SAVOIR L'ANGLAIS QUE DE SAVOIR SOIGNER.2.Rapport remis à la Ministre responsable de l\u2019application de la Charte de la langue française, page 342.14 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE utile de savoir l\u2019anglais que de savoir soigner.Cette politique discriminatoire sévit toujours.En vertu de l\u2019article 15 de la loi 142, les 67 établissements publics qui sont reconnus comme appartenant à la communauté anglophone ne suffisent pas.Aux dernières nouvelles, les 16 programmes régionaux 1996-1999 d\u2019accès aux services en langue anglaise désirent inscrire 664 établissements québécois, sur un total de 800, à leur tableau de chasse bilingue pour répondre aux droits coloniaux des anglophones.N\u2019y a-t-il pas des limites à gonfler artificiellement les besoins bilingues ?Il est vrai que, selon le Cadre de référence du Ministère de la santé et des services sociaux (MSSS) adopté en 1994, page 27, on présume que tout Québécois est un anglophone potentiel : « les personnes d\u2019expression anglaise sont celles qui [.] manifestent le désir de recevoir des services en langue anglaise ou se sentent plus à l\u2019aise d\u2019exprimer leurs besoins dans cette langue.» Est anglophone qui veut ! Ce décret ministériel est toujours en vigueur.C'est À se demander SI LES GENS PRÉFÈRENT ÊTRE TRAITÉS PAR UN PRÉPOSÉ À L'ANGLICISATION PLUTÔT QUE PAR UNE INFIRMIÈRE.L'anglicisation des soins de santé En 1989, en concocte une entente Canada-Québec pour assurer sans faute l\u2019anglicisation des soins de santé.Depuis, le Secrétariat d\u2019État d\u2019Ottawa et le MSSS du Québec ont déversé plus de 8 millions de dollars pour institutionnaliser le bilinguisme dans les soins de santé au Québec.À titre d\u2019exemple, dès 1990-1991, ils versaient précisément 1110000$ (555000$ chacun) pour parfaire les structures bureaucratiques d\u2019anglicisation.C\u2019est à se demander si les gens préfèrent être traités par un préposé à l\u2019anglicisation plutôt que par une infirmière.L\u2019année 1993 voit naître les décrets 623-93 officialisant l\u2019Office de la langue anglaise par la création du comité provincial d\u2019anglicisation et des 16 comités régionaux d\u2019anglicisation.Alliance Québec et ses succursales dirigent ces comités qui se financent à même nos impôts.En cette période pré-électorale, pour incruster définitivement L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 15 le bilinguisme institutionnel dans la santé et les services sociaux, le gouvernement Chrétien injecte 500 000$ et le gouvernement Johnson 920000$.L\u2019appétit venant en mangeant, il n\u2019y a rien de trop beau pour la classe supérieure.Incité par les Townshippers monopolisant le comité d\u2019anglicisation de la Régie régionale de l\u2019Estrie, le gouvernement du Québec décrète que certains postes seront désormais interdits aux francophones.En effet, des poste exigent « la présence d\u2019un anglophone ayant une maîtrise parfaite de la langue (anglaise) et qui est familier avec le milieu anglais de l\u2019Estrie et sa culture»3.Cette politique d\u2019exclusion des francophones existe toujours.Imaginons quelles répercussions (internationales ?) auraient le contraire : des postes réservés aux francophones dans l\u2019Administration québécoise.Mission accomplie Changement de garde à l\u2019Assemblée nationale en 1994.Une fois élu, le gouvernement actuel s\u2019empresse de reconduire dans ses fonctions le comité aviseur provincial avec à sa tête monsieur Éric Maldoff d'Alliance Québec.Tout demeure en place pour que les différents comités d\u2019anglicisation continuent de s\u2019improviser Office de la langue anglaise.Dorénavant, dans plusieurs établissements, on soumet l\u2019ensemble des travailleurs francophones du réseau de la santé à des examens d\u2019anglais lors de l\u2019embauche, promotion ou mutation.On soumet l'ensemble des TRAVAILLEURS FRANCOPHONES DU RÉSEAU DE LA SANTÉ À DES EXAMENS D'ANGLAIS.En 1996, le CLSC Alfred-DesRochers de Magog proclame servilement: mission accomplie.Son Rapport d\u2019activités étale 10 services ayant atteint le niveau linguistique 5/5.En clair, ces services ont des postes réservés aux anglophones et donc interdits aux francophones peu importe la compétence de ces derniers.On retrouve ces postes à l\u2019information, aux soins infirmiers, aux services 3.Cadre de référence, MSSS, 1994, pages 26 et 27.16 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE psychosociaux, en santé et en services sociaux, en soins à domicile pour Magog et pour les points de service, en santé maternelle et en santé dentaire.A la fin de 1996, non contents d\u2019avoir bâti un musée des horreurs racisantes et coloniales aux dépens des francophones, Alliance Québec et ses succursales proposent leurs nouveaux plans d\u2019anglicisation.encore plus agressifs par le nombre d\u2019établissements devant se bilinguiser, 664 sur environ 800 comme nous l\u2019avons mentionné.Après le coup de force du Sherbrooke Hospital (96 lits) bouffant l\u2019hôpital d\u2019Youville (3317 lits), ils se proposent de faire disparaître le CUSE comme institution francophone en bilinguisant ses 84 services.Par ailleurs, bien que non encore approuvés, ces plans d\u2019anglicisation sont déjà appliqués illégalement par beaucoup d\u2019établissements.Dans le réseau de la santé en Estrie, la démolition rigoureuse du français langue de travail est commencée depuis longtemps.Réveillez-vous ! De grâce, docteur Rochon, réveillez-vous et arrêtez cette hémorragie.Guérissez le Québec de ce cancer linguistique.Jetez à la poubelle tous ces plans d\u2019anglicisation.Revenez à l\u2019esprit et à la lettre de la loi 101 d\u2019origine : le Québec est et sera un pays de langue française.Interdisez aux établissements d\u2019exiger la connaissance de 1 anglais pour obtenir un emploi, une promotion ou une mutation dans les services de santé et services sociaux.Pour que les 9% d\u2019anglophones du Québec aient accès à leur \u2022 blood test- dans leur langue, il est inadmissible de faire subir un - language test\u2022 à 100% des travailleurs de la santé éventuels ou en place, au mépris de la Charte de la langue française qui consacre le français langue de travail.Déjà, les établissements comptent tous dans leur personnel de nombreuses ressources bilingues capables de communiquer spontanément avec les anglophones unilingues ou non.?L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 17 La main-d'œuvre Parmi la main-d\u2019œuvre occupée au Québec, on compte moins de 15 % de travailleurs autonomes, les autres étant des salariés.De 1986 à 1995, la croissance du nombre de travailleurs autonomes est huit fois plus importante que celle des salariés (23,5 % contre 2,8 %).ns^s) Le Québec statistique, 60e édition, 1995, p.206 Une réponse à la pauvreté des milieux ruraux : Le cas du JAL Majella Simard* Le JAL* 1 : La réponse d'une collectivité QUI REFUSE DE MOURIR S i nous avons choisi l\u2019expérience du JAL, c\u2019est parce qu\u2019elle met d\u2019abord l'accent sur les composantes humaines et sociales du processus de développement.Le projet du JAL s\u2019oppose à la logique productivité.La population de ces trois localités refuse de se laisser enfermer dans une stratégie de développement sectoriel qui l\u2019aurait probablement laissée avec le seul secteur forestier comme activité rentable.Elle refuse aussi de « se laisser enfermer dans une logique de développement technocratique, avec ses normes entrepreneuriales et étatiques au service exclusif de l\u2019économie de marché-2.L\u2019aspect économique n\u2019est pas écarté pour autant.Cependant, il ne constitue pas la préoccupation première des Jallois.Pour ces derniers, le développement doit plutôt s\u2019effectuer de façon intégrée, c\u2019est-à-dire, en exploitant ¦ Etudiant au doctorat en développement régional et chargé de cours a l\u2019UQAR.1 H s\u2019agit du regroupement de trois municipalités rurales (Auclair, Lejeune et Saint-Juste-du-Lac) de la MRC du Témiscouata située dans le Bas Saint-Laurent.En 1991, la population de ces trois localités s\u2019établissait à 1 566 habitants.Il s\u2019agit d\u2019une diminution de 15,3% par rapport à 1976 (1849 habitants).2.Deschênes, Marc-André et Roy, Gilles (1994).Le JAL: Trajectoire dune expérience de développement local, Coll.Témoignages et analyses.Rimouski, Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional de l\u2019Est-du-Québec, p.212.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 19 toutes les ressources du territoire qu\u2019elles soient forestières, agricoles, industrielles ou touristiques.-Les gens réclament un lieu de vie et de travail intégrés, un développement social et culturel intégré, une intégration capital-travail dans leurs structures d\u2019entreprises, etc.J.Le développement n\u2019est pas donc synonyme de croissance économique ou de rentabilité pour les Jallois.Cette logique du développement territorial et communautaire est -intégrée\" dès le départ et à tous les moments du processus comme élément positif et essentiel à la construction du milieu.Le social d'abord, l'économique ensuite Le projet de développement local et participatif du JAL poursuit, avant toute chose, une finalité sociale.- Par leur combat, à différentes instances, par leur résistance face à l\u2019appareil étatique, par la formule coopérative qu 'ils mettaient de l\u2019avant (incubation communautaire d\u2019entreprises, gestion de coopératives d\u2019entreprises), par la démocratie de consensus social qu \u2019ils mettaient en pratique, par l\u2019animation-formation qui appuyait leurs actions, par le développement intégré des ressources qu 'ils essayaient de vivre, les acteurs jallois voulaient contrôler les normes et pratiques sociales de leur développement-3 4 Cette prise en main DE SON PROPRE MILIEU A ÉTÉ RENDUE POSSIBLE GRÂCE À LA MOBILISATION DE TOUTE LA POPULATION.Ce projet s\u2019est élaboré par la confiance dans les potentialités humaines et solidaires de développement, bien avant que les notions de développement endogène, de dynamique ascendante et d\u2019approche globale du développement deviennent courantes dans les discours et les réflexions du développement territorial.-Vivre et travailler autrement» devient, pour la majorité des Jallois, le nouveau leitmotiv.3.\tCarrier, Robert (1989-90).Les expériences coopératives du JAL: à la recherche d'une authenticité et d\u2019une spécificité coopératives, Coopératives et développement, vol.21, no 2, p.74.4.\tDeschênes, Marc-André et Roy, Gilles, op.cit., p.213.20 \u2022 L'ACTION NATIONALE Cette prise en main de son propre milieu et de son devenir a été rendue possible grâce à la mobilisation de toute la population.Il s\u2019agit d\u2019un long processus d\u2019éveil, de maturation, de luttes continuelles, d\u2019audace collective et de persévérance, bref, la réponse d\u2019une collectivité qui refuse de mourir.Bref retour dans le passé Tout commence en 1970 avec la parution d\u2019un rapport du Ministère des Affaires municipales.Dans ce document, le Ministère identifie 85 localités dites marginales et très marginales5.À la suite de cette étude, l\u2019Office de la planification et du développement du Québec (OPDQ) entreprendra un programme de restructuration de l\u2019espace.À son tour, l\u2019Office identifie un certain nombre de paroisses jugées économiquement non rentables et socialement non viables.Il propose de concentrer la population et les services dans de vastes municipalités rurales.L\u2019aménagement de l\u2019espace devient alors fonction de cette concentration de population et, par ricochet, » la fermeture de certaines zones dont le potentiel de développement est quasi nul et qui sont à l\u2019heure actuelle en pleine désintégration, constitue un corollaire de ce postulat de base-6.Les résidents du Bas Saint-Laurent et de LA GASPÉSIE CRÉENT les Opérations-Dignité 1, 2 ET 3.Devant ces menaces de fermeture, des comités de citoyens se structurent dans chaque localité et la volonté de survie se précise.Une trentaine de municipalités se regroupent et organisent diverses activités de résistance.Bien que ces comités ne réussiront pas à empêcher la fermeture de dix localités, ils parviendront tout de même à réduire l\u2019hémorragie.Les résidents du Bas Saint-Laurent et de la Gas-pésie créent, dans le but de mettre fin au programme de fermeture des paroisses, les Opérations-Dignité 1, 2 et 3.5.\tPour comprendre les critères de classification des municipalités et les méthodes utilisées pour mesurer cette marginalisation, voir à ce sujet: Dugas, Clermont (1974).L\u2019Est-du-Québec à l'heure du développement régional.Rimouski,\u2019 Université du Québec à Rimouski, p.276-289.6.\tBureau d'aménagement de l'Est-du-Québec (1966).Plan de développement, cahier n° 1: Les grands objectifs du plan, Mont-Joli, p.111.L'ACTION NATIONALE «21 À Auclair, le curé (Rodier Voisine) a peur pour sa paroisse.Dans le bulletin paroissial du 24 octobre 1971, il convie ses paroissiens à se regrouper avec ceux de Saint-Juste-du-Lac et de Lejeune - pour que ça bouge».Rodier Voisine fut un véritable leader.Il a joué le rôle de catalyseur des dynamismes du milieu.Il a permis d\u2019éveiller une conscience collective et de transformer le défaitisme général en une volonté de se serrer les coudes, de prendre en main la situation, de faire quelque chose ensemble et d\u2019assumer les risques communautaires de rénovation du milieu.Suite à sa recommandation et sous l\u2019instigation d\u2019Opérations-Dignité 2, des comités de citoyens sont mis sur pied à Auclair, Lejeune et Saint-Juste-du-Lac.Ils se réu- nissent en février 1972 pour former le Comité intermunicipal du JAL.La première tâche du Comité consiste à élaborer un plan d\u2019action.À partir des attentes exprimées par le milieu, un projet précis de formation voit le jour.La faculté des Sciences de l\u2019agriculture de l\u2019Université Laval est désignée comme ressource privilégiée.Elle assurera la prestation de 60 périodes de cours réparties sur quatre semaines.Quelque 210 personnes y participent.En accord avec le Comité intermunicipal, l\u2019accent est mis sur la foresterie.Avec l\u2019aide d\u2019un animateur communautaire, un travail s\u2019amorce pour regrouper une cinquantaine de propriétaires de lots boisés pour une période de 15 ans.Cette initiative vise la rentabilisation de la ressource ligneuse pour les travailleurs forestiers trop souvent en chômage ou obligés de s\u2019expatrier pour exercer leur métier.L\u2019accumulation de profit n\u2019est donc pas le premier objectif recherché.Le surplus est perçu davantage comme un moyen de mettre sur pied d\u2019autres initiatives, de créer ainsi de nouveaux emplois et de consolider le milieu.Un travail s'amorce POUR REGROUPER UNE CINQUANTAINE DE PROPRIÉTAIRES DE LOTS BOISÉS.Une première subvention de 37 000 $ est accordée par le Ministère des Terres et Forêts.Elle permet le début des travaux sylvicoles et met à l\u2019œuvre 25 travailleurs forestiers pendant trois mois.En juillet 1972, l\u2019équipe de l\u2019Université Laval, en raison d\u2019un retard dans l\u2019allocation d\u2019une subven- 22 \u2022 L'ACTION NATIONALE tion, envisage de se retirer du projet.¦ La population du JAL ne l'entend pas de cette manière et est bien déterminée à utiliser les grands moyens pour gagner sa cause-1.Une importante rencontre se tient en septembre 1973 et réunit plus de 600 personnes.La population du JAL est bien déterminée à affronter les fonctionnaires de l\u2019État.Le 23 janvier 1974 marque une date importante dans l\u2019expérience d\u2019autodéveloppement du JAL.En effet, c\u2019est à ce moment qu\u2019un protocole d\u2019entente est signé entre les différents intervenants gouvernementaux et la population.Le JAL est officiellement reconnu comme le gestionnaire du développement intégré des ressources de son aire d\u2019intervention.Mais la bataille n\u2019est pas pour autant terminée.Les frictions entre les acteurs locaux et les intervenants gouvernementaux seront encore nombreuses.La population du JAL EST BIEN DÉTERMINÉE A AFFRONTER LES FONCTIONNAIRES de l'État.La Coopérative de développement AGRO-FORESTIER DU ÏÉMISCOUATA: PIERRE ANGULAIRE DU PROJET JALLOIS L\u2019incorporation officielle du JAL, en février 1974, sous le nom de Coopérative de développement agro-forestier du Témiscouata, renforce l\u2019entêtement d\u2019une ruralité possible.La Coopérative est un organisme multifonctionnel dont les principaux objectifs sont la stabilisation et la création d\u2019emplois, l\u2019utilisation prioritaire des ressources (physiques et humaines) du milieu, le contrôle démocratique et la satisfaction des besoins locaux.Constituée de représentants de chacune des trois municipalités, la Coopérative est ni plus ni moins une sorte de société mère susceptible d\u2019assurer un développement intégré des ressources.Elle intervient dans tous les champs de l\u2019activité socio-économique que ce soit au niveau de la forêt, de l'agriculture, des services, de l\u2019information, du tourisme, etc.Elle encadre les différents gestionnaires de projets en leur assurant notamment un soutien technique (montage des dossiers, pilotage des projets à travers les différentes officines gouvernementales et para-gouvernementales, 7.Deschênes, Marc-André et Roy, Gilles, op.cil., p.51 L'ACTION NATIONALE \u2022 23 aide à la gestion, etc.)- Elle conseille, consulte, stratégies, réunit les promoteurs de projets et nants locaux, rédige des chartes, confronte les politiciens et les fonctionnaires, etc.Elle exerce le rôle de commissariat industriel et d\u2019incubateurs d\u2019entreprises.Enfin, elle est responsable de chercher du financement pour assurer la réalisation des différents projets.Une fois devenues viables, les entreprises créées par la Coopérative se séparent de celle-ci pour devenir soit des propriétés coopératives autonomes ou des privées.élabore des les interve- la Coopérative est UNE SOCIÉTÉ MÈRE SUSCEPTIBLE D\u2018ASSURER UN DÉVELOPPEMENT INTÉGRÉ DES RESSOURCES.propriétés Les principales réalisations de la Coopérative La Coopérative de développement agro-forestier tient une position centrale dans le développement socioéconomique du JAL.Hormis le regroupement des producteurs forestiers, qui constitue l'une de ses principales initiatives, elle a favorisé la concrétisation de nombreux autres projets dont notamment celui de la pomme de terre de semence, d\u2019une érablière et d\u2019une usine de fabrication d\u2019huiles essentielles.a) Le projet de pommes de terre de semence Le projet de pommes de terre de semence constitue la première véritable réalisation de la Coopérative du JAL (celui du regroupement forestier ayant été fait sous la supervision du Comité intermunicipal).Le projet se concrétise sous la forme d\u2019une Coopérative de production.Les 400 membres sont invités à se perfectionner rapidement pour faire face aux contraintes techniques de production et de mise en marché ainsi qu\u2019aux difficultés juridiques de fonctionnement et de gestion.Les instruments, le fond de terre et les bâtiments sont la propriété des différents actionnaires de la Coopérative.En août 1974, l\u2019Union des caisses populaires Desjardins envisage de souscrire un montant de 10000$ (sous forme de parts) au projet à la condition que la population en fasse autant.La Coopérative suggère une souscription populaire de 30000$.La suggestion est accueillie favorablement auprès 24 \u2022 L'ACTION NATIONALE des citoyens.En décembre de la même année, les souscripteurs au projet sont au nombre de 404.La Coopérative parvient à accumuler la somme de 29750$.La concrétisation du projet est assurée.Après de multiples démarches, le ministère de l\u2019Agriculture du Québec accepte d\u2019investir 100000$ pour la construction d\u2019un entrepôt, la mise en production des sols, l\u2019équipement, l\u2019engrais et la semence.Pour diverses raisons, le Ministère ne consentira à fournir que 66000$, la différence devant être complétée par le gouvernement fédéral.Pour obtenir les 34000$ manquants, la Coopérative aura à se battre très fort.En effet, cette dernière ne répond pas aux normes fédérales lui permettant l\u2019octroi d un prêt agricole.De plus, elle est, aux dires des fonctionnaires du gouvernement, incompatible avec la politique fédérale de subvention aux entrepôts pour la conservation de produits périssables.Néanmoins, elle réussira, en passant par divers programmes de création d\u2019emplois, à obtenir les fonds nécessaires à la réalisation des travaux.Ces derniers débuteront le 22 mai 1975.Quatre mois plus tard, plus de 1 000 personnes se retrouvent dans les champs de Lejeune pour une cueillette symbolique de pommes de terre.Une récolte de 1 295 000 livres est vendue pour la consommation.En 1989, l\u2019entreprise est récipiendaire d\u2019une médaille de bronze de l\u2019Ordre du mérite agricole.Plus de 1 000 PERSONNES SE RETROUVENT DANS LES CHAMPS DE Lejeune pour une CUEILLETTE SYMBOLIQUE DE POMMES DE TERRE.b) L\u2019Érablière JAL Inc.L Érablière JAL Inc.est une autre initiative de la Coopérative de développement agro-forestier du Témiscouata.Ce dossier est mis de l\u2019avant pour diverses raisons.Premièrement, le projet apparaît rentable et donc vendable auprès des instances gouvernementales.Il est donc plus susceptible d\u2019obtenir du financement, de réussir et d\u2019avoir un impact majeur sur le milieu.¦ De plus, pour plusieurs le développement acéricole est perçu comme un projet de développement intégré puisqu\u2019il veut développer toutes les facettes de l\u2019acériculture-8.Le projet voit officiellement le L'ACTION NATIONALE \u2022 25 jour en 1976.Au moment de sa création, l\u2019érablière est la propriété exclusive de la Coopérative.De 1977 à 1984, cette dernière possède 49 % des actions alors que la balance est détenue par une coopérative de travailleurs agricoles.La séparation des actifs de l\u2019érablière s\u2019explique de la façon suivante.D\u2019abord, pour diverses raisons, les banques exigeaient une séparation nette et légale des groupes d\u2019actifs des deux entreprises.De cette façon, il était plus facile d\u2019identifier les prises de garantie et les responsabilités des gestionnaires.Puis, il y avait le gouvernement qui, au moment de l\u2019accord de la subvention permettant le démarrage du projet, avait posé comme exigence que les travailleurs soient les propriétaires majoritaires.Enfin, après trois années de dur labeur pour bâtir le projet, les travailleurs eux-mêmes avaient demandé une part majoritaire de propriété dans l\u2019entreprise.Depuis 1984, elle appartient aux membres d\u2019une seule et unique famille.En 1989, la Corporation de développement économique du JAL (instituée en 1986 par la Coopérative de développement agro-forestier du Témiscouata) procède à la création d\u2019un syndicat de gestion pour les producteurs acéricoles.La création de ce syndicat a pour effet d\u2019élargir l\u2019aire de rayonnement de la corporation.Ainsi, son territoire d\u2019intervention comprend maintenant, en plus des trois localités du JAL, celles de Biencourt, Squatec et du Lac-des-Aigles.Le modèle de l\u2019Érablière JAL Inc.a été le précurseur de nombreuses autres entreprises québécoises.Il aura favorisé l\u2019instauration d\u2019une nouvelle forme de structure participative à la gestion, à la L'ÉRABLIÈRE JAL INC.propriété et aux résultats, tout en conser- A EtE LE précurseur vant le modèle d\u2019entreprise capital-actions.\tNOMBREUSES La formule aura également permis d intro- autres ENTREPRISES duire une alternative habile à la syndicali- québécoises.sation des travailleurs.Elle a aussi permis de briser partiellement le concept de salariat privé puisque les travailleurs sont leur propre employeur.Sans aucun doute, ce modèle a marqué une 8.Ibid., p.183 26 \u2022 L'ACTION NATIONALE étape importante dans la transition des structures d\u2019entreprises traditionnelles vers d\u2019autres plus coopératives et plus démocratiques.c) Les autres réalisations de la Coopérative En 1977, un autre projet voit le jour dans le domaine de la transformation des ressources, il s\u2019agit d\u2019une usine de production d\u2019essences de sapin et de cèdre : les Essences Jalles.Une fois de plus, la population fait preuve de solidarité et de générosité afin d\u2019assurer le financement du projet.Elle fournit une contribution de 27 300$.Le Groupement forestier et la Coopérative de développement apportent une aide équivalente.La propriété des actions est répartie de façon équitable entre la Coopérative, le Groupement forestier et les actionnaires individuels.L\u2019inauguration de l\u2019entreprise a lieu le 11 septembre 1977.Sa production dépasse les 45 gallons par jour.JAL PARTICIPE AU REDRESSEMENT D'UNE FABRIQUE DE PRODUCTION DE CERCUEILS.Parmi les autres réalisations de la Coopérative, mentionnons la création d\u2019une corporation touristique (qui s implique dans la mise sur pied d\u2019un centre équestre et dans 1 élaboration d\u2019un circuit de canot-camping), l\u2019achat de 1 ancienne salle paroissiale d\u2019Auclair (comme centre administratif du JAL), le projet de radio communautaire (JAL-Jase) et la construction d\u2019un deuxième entrepôt pour pommes de terre.En outre, la Coopérative contribue au développement et à l\u2019amélioration des infrastructures de services (route, téléphone, logement, etc.).Elle devient aussi un important facteur d\u2019éducation populaire et de socialisation des individus (soutien au développement de l\u2019entrepreneurship, croissance personnelle, perfectionnement de la main-d\u2019œuvre, animation et formation dans le milieu, etc.).Elle participe au redressement d\u2019une fabrique de production de cercueils.Enfin, elle assure le suivi de différents dossiers notamment celui de la charcuterie Bégin, de l\u2019atelier de couture Lejeune, d\u2019Inter-Pif et de l\u2019étude de faisabilité concernant l\u2019élevage du corégone.« Ces quelques exemples laissent soupçonner comment la population du JAL a tendance à privilégier alors la propriété L'ACTION NATIONALE \u2022 27 sociale des principaux moyens de production susceptibles de contribuer véritablement à la survie du milieu»9.Bref, la Coopérative a apporté une contribution remarquable à l\u2019amélioration de la situation socio-économique du J AL.Elle a été au cœur du développement du milieu.Elle a permis l\u2019exploitation et l\u2019intégration de toutes les ressources du territoire.Elle a aussi favorisé la consolidation du tissu social de la collectivité jalloise (animation, formation, croissance personnelle, augmentation de la capacité d\u2019entreprendre, etc.).Les contraintes imposées par l'État et les INSTITUTIONS FINANCIÈRES La Coopérative de développement agro-forestier du Témiscouata n\u2019a pas connu que des jours heureux.Elle a fait l\u2019objet de nombreuses contestations auprès des officines gouvernementales et des diverses institutions financières.Robert Carrier décrit très bien cette problématique.« Très rapidement, ce sont les institutions financières qui refusent cette grande structure intégrée.Elles ont de tout temps les mêmes exigences.diversification de leurs prêts, séparation et identification claires des actifs pris en garantie; garanties personnelles des propriétaires dûment identifiées.Pour cela, il faut des entreprises distinctes, bien identifiées au sens de la loi.La coopérative mère ne peut pas être une entreprise à multiples fonctions.Elle doit être plusieurs entreprises.Ce sont également les gouvernements qui, avec leurs lois, refusent la charte coopérative à certains projets-10.En fait, la Coopérative du JAL n\u2019a pas vraiment été une coopérative multifonctionnelle au sens de la loi, c\u2019est-à-dire un organisme qui reconnaît de multiples usagers, des pouvoirs démocratiquement répartis entre eux avec des mécanismes d\u2019opérationnalisation et de contrôle des activités.9.\tIbid., p.110.10.\tCarrier, op.cit., p.76.Les institutions FINANCIÈRES REFUSENT CETTE GRANDE STRUCTURE INTÉGRÉE.28 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Étant donné que la plupart des entreprises créées ne rapportent pas de profits, la Coopérative connaîtra rapidement des difficultés financières.De plus, les subventions accordées par le gouvernement passeront de 90 000 $ en 1979 à 30000$ en 1985.Cette même année, le ministère de 1 Industrie, du Commerce et de la Technologie annonce à la Coopérative qu\u2019elle devra soit disparaître ou soit se transformer radicalement.L\u2019aide de 30 000$ qu\u2019il lui octroie n\u2019est pas récurrente, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle n\u2019est pas renouvelable.¦ Cette aide doit permettre à la Coopérative de fonctionner en attendant la formation d\u2019un commissariat industriel-11.Les Jallois se battront fort pour obtenir officiellement ce commissariat dit ¦ rural - et conserver, de ce fait, une certaine emprise sur le développement de leur collectivité.C\u2019est dans cette optique que la Coopérative crée, en 1986, la Corporation de développement économique de l\u2019est du Témiscouata dont nous avons brièvement fait mention à la section Les Jallois se BATTRONT FORT POUR OBTENIR OFFICIELLEMENT CE COMMISSARIAT DIT « RURAL ».précédente.Désormais, la Coopérative ne s\u2019occupe plus que de l\u2019administration de ses actifs immobiliers.Elle peut toujours servir de point de ralliement mais l\u2019avenir passe par l\u2019entrepreneurship privé comme base de développement plutôt que par le volet communautaire.Elle constitue ni plus ni moins un complément indispensable au bon fonctionnement de la Corporation.Cette dernière agit comme organisme officiel de développement.Elle assure le support logistique nécessaire au démarrage de PME et sert d\u2019intermédiaire entre le milieu et les diverses instances gouvernementales.En somme, elle constitue le fer de lance de l\u2019entrepreneurship jallois.Malgré les nombreux obstacles qu\u2019elle a rencontrés, la Coopérative de développement du JAL reste fidèle à sa vocation.Nous pouvons affirmer avec certitude qu\u2019aucune entreprise n aurait vu le jour si elle n\u2019avait pas existé.11.De La Durantaye, Jean (1990).L'aménagement du territoire au Québec dans le nouveau contexte de la loi 125: le cas des municipalités régionales de comté dans l'Est-du-Québec, Rimouski, Université du Québec à Rimouski, mémoire de maîtrise, p.166.L'ACTION NATIONALE \u2022 29 Situation actuelle et bilan L\u2019action menée au JAL fut à la fois sociale, économique, communautaire et politique.À maintes reprises, la population s\u2019est montrée solidaire.À travers leurs interrelations de voisinage, leurs manifestations communautaires de confiance mutuelle et leur connivence rurale, les Jallois se sont donnés des moyens concrets (expertise, entreprena-riat, développement sectoriel, etc.) dans le but d\u2019améliorer leur qualité de vie et leur niveau de bien-être.Certaines entreprises, créées grâce à l\u2019approche coopérative, occupent toujours le cœur de la vie socio-économique locale.Elles demeurent toutefois extrêmement fragiles puisqu\u2019elles se situent à la périphérie de l\u2019économie dominante.De plus, la formule coopérative révèle ses limites dans la gestion des entreprises et dans le processus de prise de décisions face aux stratégies de développement.L\u2019action communautaire, comme nous le verrons à la section suivante, dispose de moyens relativement restreints afin de freiner les tendances lourdes de l\u2019idéologie néolibérale qui continuent à dévitaliser les milieux faiblement peuplés.Par ailleurs, elle peut s\u2019avérer fort utile pour remettre à l\u2019avant-plan les valeurs de solidarité, d\u2019équité et de dignité humaine remises en question par l\u2019actuel courant néolibéral.Ces valeurs trouvent leur expression dans le discours, les revendications, les actions et les rapports aux membres de la communauté.L\u2019expérience du JAL l\u2019a, à notre avis, clairement démontré.Il reste maintenant à savoir si les gains de l\u2019époque, où prédominait la rationalité locale du développement intégré et communautaire, pourront se maintenir.Dans le contexte socio-économique qui prévaut présentement, tout porte à croire que la lutte est loin d\u2019être terminée.?30 \u2022 L'ACTION NATIONALE Développement local et développement coopératif Majella St-Pierre* Une crise qui remet en cause le modèle TRADITIONNEL DE DÉVELOPPEMENT Notre société vit une triple crise : une crise de l\u2019emploi, une crise du travail et une crise de l\u2019État.La crise de l\u2019emploi est facilement décrite par les données suivantes : grosso modo 420 000 chômeurs et 760 000 bénéficiaires de prestations de la sécurité du revenu.Un taux de chômage réel qui serait de 20 ou 25% dans plusieurs régions du Québec.Les trois quarts des bénéficiaires de l\u2019aide sociale seraient en mesure d\u2019occuper un emploi si les emplois existaient.Cette crise est alimentée à la fois par l\u2019émergence de nouveaux pays producteurs dotés d\u2019une main-d\u2019œuvre abondante et bon marché et par la crise du travail dans les pays développés.Cette dernière crise est largement le résultat des nouvelles conditions dans lesquelles les entreprises sont appelées à opérer.Les exigences de la concurrence découlant, entre autres, des nouvelles règles du commerce mondial, font en sorte que les entreprises doivent mettre l\u2019emphase sur leurs coûts et, en même temps, sur la qualité de leurs produits et services.D\u2019où la recherche de flexibilité dans l\u2019utilisation de leur main-d\u2019œuvre, la nécessité de la créativité dans la conception des produits et du marketing et * Président, Conseil de la coopération du Québec L'ACTION NATIONALE \u2022 31 l\u2019utilisation des nouvelles technologies dans les appareils de production et de gestion.Ces nouvelles règles du jeu ont des conséquences importantes sur la gestion des ressources humaines.Elles modifient les attentes des employeurs par rapport aux compétences de leur main-d\u2019œuvre et transforment en profondeur les conditions de travail.L\u2019un des effets caractéristiques de la réorganisation de la production est une augmentation de la productivité et des profits sans qu\u2019il y ait augmentation équivalente du nombre d\u2019emplois.Quant à la crise de l\u2019État, c\u2019est bien sûr la crise des finances publiques.Mais c\u2019est peut-être surtout la crise occasionnée par la remise en question du rôle de providence que nous avons collectivement attribué à l\u2019État depuis une trentaine d\u2019années que nous connaissons aujourd\u2019hui.Le Sommet sur le devenir social et économique du Québec que nous avons vécu il y a un an le manifestait.L\u2019État québécois doit se livrer à un exercice complet de révision de ses processus de livraison de services.Cette » réingénierie - se traduira par des responsabilités nouvelles pour les structures régionales et locales.Puisqu\u2019on n'a plus les moyens de faire du - mur à mur-, on laissera les citoyens à la base faire du -sur mesure¦.Cette triple crise a fait en sorte que les sources traditionnelles de développement qu\u2019étaient l\u2019entreprise par l\u2019investissement et l\u2019État par le programme ciblé et normé, ont été remises en cause.Heureusement, depuis 15 ans, se sont expérimentées et développées des stratégies plus efficaces de développement économique et social et même de lutte à la pauvreté.En effet, la création des corporations de développement communautaire, des corporations de développement économique communautaire, des sociétés d\u2019aide au développement des collectivités (SADC), le travail effectué en certains milieux par les professionnels du développement économique, organisent autrement le développement au niveau local.L'État québécois DOIT SE LIVRER A UN EXERCICE COMPLET DE RÉVISION DE SES PROCESSUS.32 \u2022 L'ACTION NATIONALE Approche globale et approche coopérative Une corporation de développement économique communautaire, par exemple, s\u2019attaque en même temps et selon les milieux, aux problèmes de logement, d\u2019alphabétisation, d\u2019employabilité et de création d\u2019emplois.Elle repose sur 1 action collective par le maillage des ressources locales, privées et institutionnelles, la circulation de l\u2019information, le renforcement du sentiment d\u2019appartenance.Elle vise à créer un ou des lieux de pouvoir qui redonnent à tous les citoyens un contrôle sur le développement local.La stratégie appliquée par les groupes qui animent le développement local est, selon l\u2019expression de Bill Ninacs, une stratégie d\u2019-empowerment- qui tente d\u2019inverser le processus d\u2019appauvrissement du milieu et d\u2019exclusion de plus en plus de citoyens.Recréer un carrefour solidaire de réseaux locaux, donner une voix aux sans voix, permettre la participation aux décisions, fournir des conditions pour s\u2019attaquer aux causes individuelles et collectives de la pauvreté, soutenir les initiatives de création d\u2019entreprises et d emplois constituent les principaux axes de l\u2019intervention en développement local.Si la philosophie coopérative prône une approche globale de développement des personnes, elle n\u2019a pas la prétention et n\u2019a pas les outils pour assurer le développement complet d\u2019un milieu comme on l\u2019aborde aujourd\u2019hui en développement local.La réalité entrepreneuriale de la coopérative la force à répondre à un nombre limité de besoins et ceux-ci doivent faire l\u2019objet d\u2019une demande solvable pour que l\u2019entreprise soit viable.Par contre, pour bon nombre des besoins d\u2019une population, y compris certains besoins de ceux et celles qui vivent une situation de pauvreté et d'exclusion, la coopérative est probablement le meilleur outil économique qui ait été inventé.On peut en donner un certain nombre de raisons.La coopérative est PROBABLEMENT LE MEILLEUR OUTIL ÉCONOMIQUE QUI AIT ÉTÉ INVENTÉ.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 33 1 C\u2019est un outil d\u2019accès à la propriété dans la solidarité.La coopérative est le résultat d\u2019une mobilisation collective où plus riches et moins riches, plus instruits et moins instruits se donnent ensemble une organisation économique.Dans bon nombre de cas, la présence active des mieux nantis rend possible la viabilité de l\u2019entreprise et permet l\u2019accès à un outil de production de biens et de services que les moins nantis seuls ne pourraient se donner.Une coopérative peut ainsi contribuer à briser l\u2019isolement des exclus et à recréer des liens dans un contexte où le tissu social tend à se déchirer.Ainsi, une coopérative n\u2019est pas une organisation de pauvres pour les pauvres.Elle est une organisation où tout le monde est membre sans distinction de fortune et où chacun doit bénéficier des mêmes droits dans l\u2019égalité et assumer les mêmes responsabilités dans l\u2019équité.La coopérative est un outil d\u2019accès au mieux-être pour tous les membres.Regrouper non pas DES CAPITAUX ET DES INVESTISSEURS MAIS DES PERSONNES CONSTITUE A LA FOIS UN HANDICAP ET UNE OCCASION D'APPRENTISSAGE.2 C\u2019est un outil de pouvoir.La coopérative est la seule organisation économique qui se donne comme exigence de faire des copropriétaires avec ses usagers.La propriété étant une source de pouvoir, on comprendra que cette exigence fonde l\u2019accès à la direction stratégique de l\u2019entreprise pour tous les membres sans exception.Ceux-ci, sans distinction de conditions, ont un pouvoir égal dans les décisions qui sont soumises à l\u2019ensemble des membres.Dans une coopérative, les propriétaires ne décident pas pour les clients ou les membres pour les usagers et les bénéficiaires.Tous les membres sont collectivement propriétaires et ont un vote égal sur les grandes décisions de leur entreprise.Tous n\u2019utilisent pas ce pouvoir mais tous y ont droit et c\u2019est une exigence particulière de la coopérative de prendre les moyens pour que le plus grand nombre possible de membres exerce ce droit.La coopérative est donc un outil collectif d\u2019- empowerment ».34 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE 3 C\u2019est une école de formation.Le fait de regrouper non pas des capitaux et des investisseurs mais des personnes qui s\u2019engagent comme membres d\u2019une entreprise collective sans avoir nécessairement les connaissances et l\u2019expérience de l\u2019entreprise constitue à la fois un handicap et une occasion d\u2019apprentissage.La mobilisation, l\u2019engagement et la militance ne peuvent dispenser les coopérateurs et coopératrices de savoir-faire technique et de rigueur administrative.Par contre, une participation effective des membres à leur projet coopératif exige qu\u2019ils s\u2019initient à ces différentes facettes de l\u2019entreprise et, qu\u2019au moins, une certaine partie d\u2019entre eux en apprennent suffisamment pour prendre des décisions éclairées en ces matières.Tous, cependant, doivent apprendre à travailler en groupe et à partager le pouvoir et l\u2019information.C\u2019est une contribution importante de la coopérative à la démocratisation de l\u2019économie et de formation à la citoyenneté.C\u2019est ce qui faisait dire à Alphonse Desjardins qu\u2019une coopérative était aussi -une école ».4 C\u2019est une entreprise durable.On estime que le taux de mortalité des nouvelles entreprises est aussi élevé (selon les auteurs de 70 à 85 % sur 5 ans) soit parce que leurs promoteurs n\u2019ont pas suffisamment de talents en gestion, soit parce qu\u2019elles ne bénéficient pas de suivi après leur démarrage.C\u2019est une situation que les nouvelles coopératives n\u2019ont pas nécessairement à subir.En effet, elles peuvent, avant, pendant et après leur démarrage, faire partie des réseaux de soutien que sont les coopératives de développement régional et les fédérations.Plusieurs y adhèrent et peuvent bénéficier de services professionnels ou de l\u2019entraide de la part d\u2019autres coopératives qui sont passées à travers les difficultés que toute entreprise est appelée à connaître à différentes étapes de son développement.La durabilité (sept coopératives sur dix ont plus de dix ans d\u2019existence) n\u2019est pas une caractéristique génétique La durabilité n'est pas une CARACTÉRISTIQUE GÉNÉTIQUE DES COOPÉRATIVES.L'ACTION NATIONALE \u2022 35 des coopératives.Elle est plutôt une conséquence de l\u2019application des règles de bonne gestion de l\u2019association et de l\u2019entreprise et de leur appartenance à des réseaux de solidarité.On voit donc que la coopérative, par son approche entrepreneuriale particulière, est un outil de développement local et qu\u2019elle fait partie des formules organisationnelles susceptibles d\u2019être un atout indispensable pour ceux et celles qui travaillent au développement de leur milieu.Cela devrait être évident.À la lumière des résultats au plan de la création de nouvelles coopératives depuis quelques années, cela n\u2019est malheureusement pas le cas.Il y a, à mon avis, deux raisons principales à cet état de fait.La première est liée à la mort de Québec inc.En effet, je ne vois plus beaucoup de préoccupations chez nos leaders, à part le combat mené à ce sujet par la revue Action nationale, pour le contrôle québécois de nos entreprises.C\u2019est comme si les milliards de dollars dépensés par nos gouvernements en mesures de toutes sortes pour soutenir soit l\u2019implantation, soit le démarrage, soit la croissance d\u2019entreprises, ne comptaient plus et qu'il soit maintenant indifférent de voir de belles réussites passer sous contrôle étranger, déménager leur siège social et éventuellement fermer leurs usines au profit d\u2019autres plus rentables à l\u2019étranger.On ne semble pas non plus très préoccupé par le contrôle du milieu sur les entreprises que les efforts des animateurs du développement local contribuent à créer.Est-on en train de préparer avec des efforts collectifs et du financement public une nouvelle génération de millionnaires qui, dans 25 ou 30 ans, vendront leurs entreprises au plus offrant pour se retirer en Floride ou au Mexique ?J\u2019invite tous ceux et celles qui militent en développement local et communautaire à réfléchir à cette problématique.Il ne s\u2019agit pas de brimer la liberté d\u2019entreprendre et de disposer de ses biens.Il s\u2019agit plutôt de travailler ensemble à faire mieux connaître l\u2019entrepreneuriat à pro- II s'agit plutôt DE TRAVAILLER ENSEMBLE À FAIRE MIEUX CONNAÎTRE L\u2019ENTREPRENEUR!AT À PROPRIÉTÉ COLLECTIVE.36 \u2022 L'ACTION NATIONALE priété collective et l\u2019entreprise coopérative comme source de développement durable des personnes et de leur milieu, parce qu\u2019appartenant aux personnes qui y vivent.Le développement coopératif: UN EFFORT COLLECTIF On a déjà dit que la « coopérative était une fille de la misère-, À mon avis, cela n\u2019est pas exact.Il est vrai que les périodes de crise donnent naissance à de nombreuses coopératives.Mais les années 40 et 50 au Québec ont donné davantage de coopératives que les années 30.C\u2019est en raison, à mon avis, des efforts intenses d\u2019éducation à la coopération qui ont pris place dans nos universités, collèges et écoles spécialisées, dans nos cuisines avec les cercles d\u2019études de l\u2019UCC et dans les sous-sols d\u2019églises.LA FORMULE COOPÉRATIVE N'APPARTIENT PAS EXCLUSIVEMENT AU MOUVEMENT COOPÉRATIF.Mais la coopérative est aussi le résultat de l\u2019organisation des ressources de soutien au démarrage et au développement des coopératives comme on le voit avec la création du Conseil de la coopération du Québec et des fédérations de caisses populaires dans les années 40 et 50.Mais la formule coopérative n\u2019appartient pas exclusivement au mouvement coopératif et elle a aussi besoin de la collaboration des partenaires de l\u2019économie sociale, des professionnels du développement économique et des artisans du développement local pour sensibiliser la population aux enjeux du contrôle de nos outils économiques et de la place et des avantages de l\u2019entrepreneuriat collectif et de l\u2019entreprise coopérative pour un développement durable.C est une question qui est au cœur de notre survie comme peuple au 21e siècle, peu importe nos choix politiques personnels.C\u2019est une cause qui devrait rallier tous ceux et celles qui ont à cœur le développement du Québec par la mise en valeur du potentiel humain dans chacun de nos milieux.?L'ACTION NATIONALE \u2022 37 Sécurité du revenu En 1992, les personnes seules représentaient la majorité des unités familiales bénéficiaires de la sécurité du revenu (65,1 %).Elles sont suivies des familles monoparentales (20 %), des familles biparentales (9,4%) et des couples sans enfant (5,5 %).Pour 1992, 437158 unités familiales, regroupant 717 694 personnes, touchaient des prestations de sécurité du revenu.Le Québec statistique, 60e édition, 1995, p.226. Faire échec à Babel Jean-Marc Léger Une nation ne se résume pas à un rassemblement de groupes ethniques pas plus qu\u2019elle ne saurait se constituer à partir de l\u2019addition de -communautés culturelles», sans un principe intégrateur, (histoire, langue, grand projet commun), la nation serait menacée de dissolution ou interdite d\u2019avènement.Depuis le milieu du dix-neuvième siècle environ (et même, un peu plus tôt), le Québec, comme le Canada dans son ensemble, a accueilli de nombreuses vagues d\u2019immigration, (surtout de 1880 à 1910 environ, puis à partir de 1945), sans pourtant se doter d\u2019un politique cohérente.Un ministère de l\u2019Immigration (1967) et des critères de sélection ne peuvent tenir lieu de politique.On aurait d\u2019ailleurs dû commencer, on devra bien un jour commencer, si on a un souci élémentaire de l\u2019avenir, par une politique globale de la population, dans laquelle s\u2019inscrit la politique de l\u2019immigration.Une politique d'immigration Pas plus qu\u2019aucune autre et moins que toute autre, une politique d immigration ne se définit isolément ni ne se fait avec de bons sentiments.Elle est déterminée par les impératifs de 1 intérêt national dans une perspective à long terme, ce qui d\u2019ailleurs n\u2019exclut aucunement la prise en compte de la part de responsabilité internationale qui incombe à chaque peuple au titre de la solidarité humaine.La réussite d\u2019une politique d\u2019immigration tient d\u2019abord à L'ACTION NATIONALE \u2022 39 la santé et à l\u2019équilibre du pays d\u2019implantation, à la gestion ordonnée de sa démographie, à sa vertu et à ses possibilités d\u2019accueil et d\u2019intégration, de même qu\u2019à l\u2019aptitude des immigrants agréés à une assimilation progressive et fructueuse.L\u2019apport de l\u2019immigration ne peut toujours être qu\u2019un complément au développement d\u2019un pays qui doit, pour l\u2019essentiel, assurer lui-même son propre renouvellement démographique.Un peuple ne saurait en effet sans consentir à sa perte s\u2019en remettre en quelque sorte sur autrui du soin de le perpétuer.On voit mal, d\u2019ailleurs, quel intérêt des immigrants venus des horizons les plus divers auraient à assumer une histoire, une culture, une langue, des valeurs qui leur sont étrangères, alors même que le peuple concerné les aurait allègrement bradées et aurait renoncé à assurer sa propre survivance.Communautés culturelles?Naguère encore, nous appelions les nouveaux venus, naturellement, et ils se nommaient eux-mêmes, des immigrants.Ils étaient normalement conduits à s\u2019intégrer, puis à s\u2019assimiler à la société où ils avaient choisi de vivre.Pour quelle mystérieuse raison, sous l\u2019empire de quelle soudaine nécessité, les immigrants sont-ils devenus un jour, sans qu\u2019on les ait consultés, des ¦ membres de communautés culturelles»?Que le propos de départ ait pu être généreux chez l\u2019un ou l\u2019autre inspirateur de la formule ne modifie pas le caractère inopportun et potentiellement dangereux de cette innovation.C\u2019est le cas de constater, une fois encore, que la générosité non éclairée par la lucidité peut conduire au désastre, et de mesurer les effets de la confusion des plans, des concepts, des vocables.L\u2019intégration ou l\u2019assimilation à la nouvelle société est une démarche personnelle, celle d\u2019un individu et non d\u2019une collectivité : le rassemblement des immigrants d\u2019une même origine dans une structure propre n a de soi aucune vertu intégratrice, tout au contraire.D\u2019autre part, l\u2019apport Pour quelle raison, LES IMMIGRANTS SONT-ILS DEVENUS UN JOUR, DES « MEMBRES DE COMMUNAUTÉS CULTURELLES » ?40 \u2022 L'ACTION NATIONALE ou la contribution de telle ou telle culture à celle de la société d\u2019accueil n\u2019est pas liée à l\u2019immigration, il s\u2019en faut.Le nécessaire dialogue des cultures emprunte d\u2019autres voies.De surcroît, il n\u2019incombe pas au pays d\u2019accueil d\u2019inciter les nouveaux venus à ¦ préserver leur culture > : c\u2019est à eux seuls d\u2019en décider et, s\u2019ils le souhaitent, de s\u2019y employer comme ils l\u2019entendent, par leurs propres moyens.Les pouvoirs publics du pays d\u2019accueil n\u2019ont pas à intervenir dans ces activités d\u2019ordre privé, moins encore à décider que les immigrants seront représentés par des associations correspondant aux diverses origines ethniques.L\u2019État ne doit connaître que des citoyens égaux, utilisant les mêmes canaux dans ses rapports avec lui, jouissant des mêmes droits et soumis aux mêmes obligations.Sinon, on risque d\u2019encourager toutes les dérives, de susciter ou de nourrir les revendications les plus diverses et les plus âpres, dont on s\u2019étonnera et s\u2019alarmera demain mais trop tard.La notion ambiguë de communauté culturelle ne peut que gêner l\u2019intégration, confiner l\u2019immigrant dans un statut équivoque, perpétuer une mentalité d\u2019immigrant, d\u2019étranger, même une fois la citoyenneté acquise, et ouvrir la voie d\u2019un néfaste multiculturalisme.C\u2019est jouer l\u2019ethnicité contre l'unité, c\u2019est comme si l\u2019on souscrivait à une logique de l\u2019émiettement ou si l\u2019on prêtait quelque vertu thérapeutique au parcellarisme.Loin de marquer le respect de l\u2019autre, d'encourager «l\u2019ouverture à l\u2019autre - (autre formule galvaudée à souhait), comme le croient des naïfs, abusés ou manipulés par de beaucoup moins naïfs, l\u2019invention de la communauté culturelle risque de se transformer objectivement en une manifestation d\u2019exclusion, de déboucher sur l\u2019atomisation de la société et, au-delà, sur une sorte de tribalisation.On pouvait en voir une malheureuse illustration l\u2019an dernier, dans la participation, comme entités séparées, distinctes, aux États généraux de l\u2019éducation, d\u2019un certain nombre de « communautés noires - ! pourquoi pas la La notion ambiguë DE COMMUNAUTÉ CULTURELLE NE PEUT QUE GÊNER L'INTÉGRATION.L'ACTION NATIONALE \u2022 41 ¦ communauté jaune-?).Maladresse insigne, grave erreur politique et psychologique, car si un lieu doit être par excellence l\u2019outil et l\u2019expression de l\u2019intégration, c\u2019est bien l\u2019école au sens large, le système d\u2019enseignement à tous les niveaux et la réflexion commune sur l\u2019école.C\u2019est en qualité de Québécois, de Néo-Québécois si l\u2019on veut, que les immigrants devaient participer à ces assises avec tous les autres, parmi les autres, non pas comme catégorie discriminée, étiquetée.Assez curieusement, on les conçoit différemment selon les régions, ces communautés, on les classe par pays, par continent, par couleur même.Personne apparemment ne sait dire combien il y a de \u2022 communautés culturelles ¦ : quant à en définir la notion, le contenu, les réponses varient selon les interlocuteurs.À la limite, pourquoi ne formerions-nous pas nous aussi, Québécois d\u2019origine française, une grosse -communauté culturelle-?Comme le clamait dans un débat, à la fin de l\u2019an dernier, un zélateur excité du multiculturalisme: -Nous somme tous des allophones», pendant logique de l\u2019autre formule, pareillement farfelue : ¦ Nous sommes tous des immigrants * ! Personne apparemment NE SAIT DIRE COMBIEN IL Y A DE « COMMUNAUTÉ CULTURELLES ».La démarche normale À la faveur de l\u2019inutile et néfaste notion de - communauté culturelle ¦ tend à se développer une logique de la ségrégation.C\u2019est l\u2019exact contraire de la démarche normale vers l\u2019assimilation.Je ne peux m\u2019empêcher d\u2019évoquer ici l\u2019attitude combien plus réaliste et plus saine, soucieuse à la fois des siens et du pays d\u2019accueil, d\u2019une grande dame originaire d\u2019Europe centrale, qui avait choisi la langue française et le Québec, clairement, complètement, et qui disait: -Mes enfants ne seront pas des immigrants, il suffit que moi je l\u2019aie été.Ils ne seront pas un peu d\u2019ici, un peu de là-bas, mais des Québécois de langue française à part entière-, ce qu\u2019elle a d\u2019ailleurs magnifiquement réussi.Inutile de dire que la seule mention de - communauté culturelle- la faisait se hérisser.42 \u2022 L'ACTION NATIONALE C\u2019est aussi le cas d\u2019un ami d\u2019origine libanaise qui me demandait, voici quelques mois, avec ironie et une certaine amertume : « Quand donc cesserai-je d\u2019être un allo-phone»?Et il ajoutait: -Mes enfants sont-ils aussi des allophones ¦ ?Son irritation était d\u2019autant plus vive qu\u2019il venait de mettre à la porte un recenseur borné qui s\u2019obstinait à lui faire admettre qu\u2019il était allophone et tenait à le considérer, du fait de son origine, comme membre d\u2019une communauté culturelle.Or, cet homme est arrivé chez nous voici plus de vingt ans : parfaitement assimilé à la société québécoise, connaissant et assumant notre histoire, partageant les luttes pour la langue française, il n\u2019acceptait plus l\u2019étiquette d\u2019allophone.Il me faisait aussi remarquer, comme d\u2019autres avant lui, que les immigrants, en particulier ceux des dernières vagues, sont fréquemment déroutés par le double discours des pouvoirs publics et par les deux visages de Montréal.D\u2019une part, on les presse de s\u2019intégrer à la société d\u2019accueil sans toujours leur faciliter la tâche, notamment en matière linguistique, mais dans le même temps, on valorise les communautés culturelles et on paraît vouloir y rattacher d\u2019office tous les immigrants, estimer qu\u2019elles en sont les porte-parole naturels (ce que nombre d\u2019entre eux contestent).Quant à Montréal, \"je constate que c\u2019est une ville de plus en plus bilingue, de moins en moins francisante», poursuivait cet ami.Il rejoignait par là les propos d.un intellectuel juif de langue française, installé parmi nous depuis près de trente ans, qui me disait ses craintes devant la nouvelle -bilinguisation» de la métropole et devant la régression du français dans son propre milieu, chez les jeunes surtout : «je ne reconnais plus ma communauté» concluait-il, en exprimant son étonnement de l\u2019inaction des pouvoirs publics.Quant à Montréal, « JE CONSTATE QUE C'EST UNE VILLE DE PLUS EN PLUS BILINGUE, DE MOINS EN MOINS FRANCISANTE ».Chez nous comme ailleurs, la vocation naturelle de l\u2019immigrant est de rejoindre la nation où il a choisi de se fixer, c\u2019est-à-dire au bout d\u2019une ou deux générations, d\u2019être devenu pleinement l\u2019un des siens, assumant son L'ACTION NATIONALE \u2022 43 héritage et ses valeurs, s\u2019identifiant à ses aspirations, contribuant à faire son avenir.Au reste, il y va de l\u2019intérêt évident du pays d\u2019accueil aussi bien que de l\u2019immigrant.À moins de ne considérer les immigrants que comme des résidents de statut précaire ou comme des travailleurs temporaires, le pays d\u2019accueil est naturellement conduit à les assimiler par le jeu normal de l\u2019école, du milieu de travail, des médias, des institutions.L\u2019immigrant, de son côté, à moins d\u2019opter pour une sorte de marginalisation permanente et d\u2019imposer à ses enfants une situation d\u2019ambiguïté nocive et même de déchirement et d\u2019écartèlement moral et culturel, souhaitera s\u2019intégrer à sa nouvelle société et entendra que ses enfants soient considérés comme des nationaux à part entière.Favoriser l'intégration Ce n\u2019est pas en multipliant les institutions, les filières et les structures à l\u2019intention des immigrants, en les constituant en catégories nettement discriminées, qu\u2019on favorisera l\u2019intégration, bien au contraire.Il faut leur assurer plutôt le bénéfice des institutions communes à tous les Québécois.Il faut surtout faire en sorte que par la maîtrise de la langue française et la connaissance de notre histoire - qui deviendra la leur - les enfants de ces Néo-Québécois se sentent, eux, pleinement Québécois francophones.D\u2019où l\u2019importance vitale de la mission de l\u2019école.Il faut se réjouir de ce Ministère qui s\u2019appelait depuis une quinzaine d\u2019années ¦ de l\u2019Immigration et des Communauté culturelles».Heureuse initiative qui contribue à rappeler qu\u2019il n\u2019existe qu\u2019une catégorie de citoyens.L\u2019État cesse de cautionner les - communautés culturelles»: il lui revient de favoriser l\u2019intégration déjà par les mots, dont le pouvoir reste considérable.Les façons de dire ne sont pas innocentes.Cessons de confondre la dialogue des cultures avec Babel, qui en est l\u2019exact contraire, de saluer dans l\u2019immigration désordonnée et le développement du -melting Ce n'est pas en MULTIPLIANT LES INSTITUTIONS QU'ON FAVORISERA l'intégration, BIEN AU CONTRAIRE.44 \u2022 L'ACTION NATIONALE pot» l\u2019aube de sociétés «multiculturelles».Le cosmopolitisme, étourdiment célébré par certains, loin d\u2019être une manifestation d\u2019universalisme, n\u2019en est que la caricature.Nous avons à inventer une véritable politique de l\u2019immigration mais encore une fois, cela suppose d\u2019abord une politique de la population, la plus haute et la plus pressante des priorités nationales (avec le retour au sens de la transcendance et à la hiérarchie des valeurs).Si l\u2019anémie démographique des Québécois de souche française devait se perpétuer, on voit mal quel sens auraient encore la recherche de la souveraineté et la défense de la langue française.?PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire\t JE M\u2019ABONNE\t(Taxe# incluses) Pour 1 an ?(4N°® 30$), pour 2 ans ?(8N08 55$) NOM\tUap-aux-Uiamants | \t ADRESSE\tPar téléphone :\t(418) 656-5040 Par télécopieur : (418) 656-7282 Par la poste : C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 VILLE\tPROV.\t CODE POSTAL\t TÉL.:
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