L'action nationale, 1 août 1999, Août
[" Édition Spéciale En collaboration avec le Mouvement National des Québécois Août 1999 II* Sommet r4cod/e LE QUEBEC ET LA FRANCOPHONIE, À L'HEURE DU VIIIe «SOMMET» Jean-Marc Léger Conseiller en relations internationales.Ancien secrétaire général de l'Agence de coopération culturelle et technique (Agence de la Francophonie).Ancien secrétaire général de l'Aupelf-Uref (Agence universitaire de la Francophonie).Le titre peut sembler présomptueux, le thème en tout cas est vaste et la place pour le traiter, plutôt modeste.Le Québec a incontestablement besoin, pour une foule de raisons, de la communauté des pays de langue française et des institutions qui l\u2019incarnent, au premier chef la nouvelle Organisation internationale de la Francophonie, consacrée lors du «Sommet» de Hanoï.Et inversement, on peut estimer sans exagération que le Canada français, singulièrement le Québec, apporte à la communauté francophone une contribution originale et précieuse.Il l\u2019a démontré depuis les débuts du mouvement qui, à partir des années cinquante, a suscité le regroupement des parlant français, sur le plan non gouvernemental d\u2019abord et, à compter de 1970, dans le cadre intergouvememental.Au moment où se réunit en Acadie (je refuse de parler de Moncton, dont le nom évoque l\u2019un des bourreaux du peuple acadien ; de plus, celui-ci n\u2019est pas confiné au Nouveau-Brunswick, il s\u2019en faut mais se retrouve dans toute la région des Maritimes, ainsi qu\u2019en Louisiane, en Nouvelle-Angleterre et, très largement, au Québec) le nouveau «Sommet», il convient de s\u2019interroger sur l\u2019évolution et les perspectives de la communauté des pays de langue française d\u2019une part, sur la place du Québec au sein de cet ensemble international, de l\u2019autre.Une évolution féconde Et d\u2019abord, la place du Québec dans l\u2019ensemble francophone.Cette place, certes et fort heureusement, ne se résume pas au statut de « gouvernement participant » que l\u2019on a pu jadis saluer, avec raison, comme une victoire.La portée et l\u2019intérêt de cette innovation ont toutefois été progressivement réduits, d\u2019une part par son extension à d\u2019autres «provinces» (le Nouveau-Brunswick dès 1977, sans doute l\u2019Ontario et d\u2019autres prochainement) avec effet de banalisation du Québec, de l\u2019autre par le durcissement de l\u2019attitude d\u2019Ottawa quant au rôle des «provinces» dans les affaires internationales.Le malheureux épisode de la visite du secrétaire général de la Francophonie au Canada, à la fin de l\u2019été de 1998, en aura été une illustration supplémentaire.Dans le même temps, on assistait, en Belgique, la Belgique désormais fédérale, à une évolution inverse : aujourd\u2019hui, la Communauté française de Belgique est membre à part entière de l\u2019Agence de la Francophonie - le gouvernement fédéral s\u2019en est retiré - cependant que les deux gouvernements, Belgique et Communauté française, participent également aux « Sommets », dans la même qualité de membres à part entière.C\u2019est dire le chemin parcouru en peu d\u2019années par nos frères de la CFB, état de choses qui ne fait que souligner davantage à la fois la fragilité de notre position et l\u2019acharnement du gouvernement canadien.La qualité de la contribution du Québec à la Francophonie - entendue dans son sens large - sa participation aux programmes et aux institutions ne sont heureusement pas fonction de son statut juridique.Il reste que, trente ans bientôt après la création de l\u2019Agence francophone, la position officielle du Québec n\u2019a pas bougé et que la notion de « gouvernement participant » fait plutôt l\u2019objet d\u2019une interprétation restrictive.Face à son tuteur soupçonneux, le Québec est contraint de reprendre certaines des luttes d\u2019antan et de faire preuve d\u2019une vigilance de tous les instants.Que ce soit dans l\u2019ordre des rapports bilatéraux ou sur le plan multilatéral, la francophonie aura constitué au cours des dernières décennies l\u2019axe central de l\u2019action internationale du Québec.Dans la mesure où toute politique étrangère est pour une large part le reflet des priorités, des problèmes, des impératifs de la politique intérieure, il allait de soi qu\u2019en décidant de nouer ou de renouer le dialogue avec l\u2019extérieur, le Québec serait conduit à privilégier ses relations avec les pays de langue française, la France au premier chef, plus tard à favoriser l\u2019avènement d\u2019institutions francophones, à concourir à leur développement, puis à y rechercher une place propre (on n\u2019ose plus dire : distincte), cette dernière ambition devant préparer l\u2019affrontement, de toute façon inéluctable, avec Ottawa.En fait, la démarche québécoise dans ses relations multilatérales et bilatérales avec les pays francophones justifie une double lecture, culturelle et politique, deux analyses et deux argumentations dont chacune rend compte d\u2019une vision cohérente, fût-elle incomplète, du réel.De même, il y a une évidente interdépendance, on pourrait hasarder une sorte de fécondation réciproque, du bilatéral et du multilatéral, pour ce qui concerne les rapports du Québec avec les pays et les institutions francophones.Selon les interlocuteurs et les circonstances, le Québec aura pris appui sur le bilatéral pour obtenir ou conforter une place dans les institutions, ou aura utilisé ce dernier forum pour amorcer des contacts avec un certain nombre de pays qu\u2019il ne savait rejoindre autrement.Chacun sait, par exemple, que sans la qualité, l\u2019intimité de ses rapports avec la France, le Québec ne serait pas allé à Libreville S\tO\tM Le Québec et la francophonie, à l'heure du VIIIe sommet Jean-Marc Léger .1 Éditorial Un perpétuel combat Robert Laplante .3 Message de la présidente du Mouvement national des Québécoises et Québécois Louise Paquet.3 Qu'est-ce que la francophonie ?Michel Têtu.4 Le monde francophone Claude Sauvage.5 Le défi démolinguistique du Québec Marc Termote.6 Tendances de la langue française au Canada Charles Castonguay.8 M\tA Tendances de la langue anglaise au Québec Charles Castonguay.8 Se donner les moyens de vivre en français Mouvement Québec français.10 Partenaires pour la souveraineté : une société civile agissante.Suzanne La Ferrière\t.11 L'Acadie des contrastes Patrice Dallaire.12 Montfort: Une lutte historique pour la francophonie canadienne Michel Gratton .14 Le Manitoba francophone Istnène Toussaint .15 La servitude sociolinguistique de la langue française Gilles Rhéaume.16 l\tR\tE La loi 101 est conforme aux principes de l'éthique Gregory Baum et Ramsey Clark .17 Fallait-il sauver le soldat Monckton.?François Baby.18 La domination de l'anglais Paul-Émile Roy.21 Lecture : « Regards sur l'Acadie et ses rapports avec le Québec » Paul-Émile Roy.22 Lecture: «Nous! 101 faits historiques de l'Ontario français » Paul-Émile Roy.22 L'université francophone en milieu minoritaire Claudette Tardif .23 L'héritage politique du Dr Camille Laurin Richard Gervais .24 et la notion de gouvernement participant n\u2019aurait pas été inventée à Niamey.Sur un autre plan, on pourrait rappeler la déclaration commune Hansenne-Lévesque de 1980, où la Communauté française de Belgique et le Québec s\u2019engageaient à ne participer qu\u2019ensem-ble à de futures instances et surtout à un éventuel «Sommet» francophone.L\u2019exemple le plus révélateur de cette sorte de mouvement dialectique du bilatéral et du multilatéral reste le groupe de travail Harvey-de-Saint-Robert sur les «enjeux de la francophonie», dont la création fut décidée par MM.Lévesque et Mauroy, fin 1983, et dont le rapport fut déposé à la veille du premier «Sommet» en février 1986.La volonté de participer aux organisations et associations internationales de langue française, puis de jouer un rôle de premier plan dans l\u2019édification de la communauté francophone, aura été une constante de la politique extérieure des Québécois depuis le début des années soixante : les divers gouvernements ont maintenu cette option pour l\u2019essentiel.Pour le Québec pendant ces trois décennies, sa participation à la communauté francophone, à la création et au développement de cette communauté, a représenté quelque chose d\u2019essentiel sur le plan politique assurément mais tout autant dans l\u2019ordre culturel et linguistique, on peut ajouter aussi : sur le plan psychologique.Il y apportait le fruit d\u2019une aventure historique singulière et l\u2019image parfois déroutante, d\u2019un statut ambigu, mais il en a bénéficié autant qu\u2019il a contribué, ne serait-ce que d\u2019avoir découvert les vertus de la «diplomatie des couloirs» et les mille moyens de tromper la vigilance d\u2019un tuteur soupçonneux.Si le Québec trouve un intérêt évident dans sa participation à la communauté francophone, à ses diverses institutions et associations, il y apporte de son côté une tonalité particulière et une contribution originale.Il représente en effet pour la francophonie un apport significatif, sous trois aspects : comme témoignage, comme fait socioculturel, comme expression française de la modernité nord-américaine et comme aventure historique singulière.N\u2019allons pas nous complaire pour autant dans quelque optimisme démobilisateur : comme le Québec français lui-même, contraint à un combat incessant parce que menacé en permanence, la francophonie reste fragile, vulnérable aux assauts de l\u2019uniformisation et dès lors ne doit point abaisser sa garde.Il y a un double et exigeant devoir de lucidité et d\u2019intransigeance pour tous les francophones : gouvernements, organisations, individus.Une perspective universelle Nous nous le devons à nous-mêmes mais nous le devons également aux autres cultures et aux autres langues également menacées par une forme nouvelle et redoutable de conquête des esprits et d\u2019asservissement des âmes.La défense du français et la construction d\u2019une communauté francophone forte s\u2019inscrivent dans une perspective universelle car elles contribuent au salut de la diversité culturelle du monde, gage de liberté des peuples et des individus.À l\u2019heure du VIIIe « Sommet », plusieurs questions fondamentales se posent à la fois quant aux priorités en matière de programmation, quant aux moyens financiers (dont la stagnation devient préoccupante), quant aux perspectives et aux conséquences d\u2019un «élargissement» qui ne saurait se poursuivre indéfiniment sans danger.Quelques priorités paraissent s\u2019imposer d\u2019évidence mais plusieurs d\u2019entre elles supposent un accroissement substantiel des ressources de la Communauté francophone.Il s\u2019agit de la formation (et d\u2019abord de l\u2019alphabétisation) dans les pays du Sud principalement, d\u2019un vaste programme de soutien à la création d\u2019emplois dans les mêmes pays, de l\u2019exploitation maximale des technologies de l\u2019information et de la communication, de la mise en place éventuelle d\u2019une formule de «volontariat pour la coopération» à l\u2019intention des jeunes de tous nos pays, du renforcement de l\u2019enseignement en français et de l\u2019enseignement du français, du développement des centres de lecture et d\u2019action culturelle.On retiendra aussi comme prioritaires le renforcement de l\u2019action de la Francophonie dans ce qui a trait à l\u2019État de droit et au respect des droits de l\u2019homme ainsi que la concertation permanente entre les pays membres dans les domaines économique et financier (compte tenu de la réussite de la première conférence des ministres de l\u2019Économie et des finances des pays membres, en avril dernier).Les priorités québécoises On peut supposer qu\u2019au cours de ce VIIIe Sommet, la délégation du Québec marquera un intérêt particulier d\u2019une part pour tout ce qui concerne les technologies de l\u2019information et de la communication - où son inventivité est déjà reconnue -, de l\u2019autre dans tout ce qui a trait à la jeunesse à laquelle il est essentiel de faire sentir, de démontrer l\u2019utilité et l\u2019efficacité de la communauté des pays de langue française, qui doit leur apparaître comme un lieu de solidarité, de créativité et de progrès.Il est aussi un autre domaine où le Québec souhaite, en liaison étroite avec la France, que l\u2019Organisation francophone envisage de nouvelles initiatives et engage une action soutenue.Il s\u2019agit de ce que l\u2019on appelle, depuis plusieurs années, d\u2019une formule discutable, «l\u2019exception culturelle», qui est, plus justement, la protection et l\u2019affirmation des cultures face aux périls que fait peser sur elles une mondialisation débridée, au danger de l\u2019uniformisation et de l\u2019hégémonie d\u2019un seul modèle socioculturel.Ce problème angoissant concerne aujourd\u2019hui l\u2019ensemble des langues et des cultures.Il appartient à la Francophonie d\u2019être à l\u2019avant-garde d\u2019un mouvement de résistance et de salut, d\u2019être un recours pour toutes les langues et les cultures pareillement menacées.Il y va du salut de la diversité du monde, de la préservation de l\u2019héritage culturel mondial et de la sauvegarde des chances de la créativité, et, à travers cette indispensable diversité, de la liberté des peuples comme des individus.L\u2019enjeu est capital.Il faut souhaiter que la Francophonie en fasse l\u2019un de ses grands combats dans les années prochaines.Cela appelle aussi le renforcement de la solidarité et de la circulation entre les pays de langue française, circulation des créateurs et des chercheurs, des professeurs et des étudiants, circulation des œuvres, approfondissement du dialogue des cultures.Dès lors, se pose de nouveau, avec insistance, la question d\u2019une large convention culturelle entre nos pays, élément indispensable à toute action en profondeur.Il appartient à ce VIIIe «Sommet» de prendre des initiatives audacieuses, en matière de développement, de jeunesse, de salut des cultures, de démocratie, de société de l\u2019information et de la communication.Cela suppose un fort accroissement des ressources, certes mais cela suppose d\u2019abord la volonté politique des États, notamment des pays de langue française du Nord.S\u2019il y a volonté politique, il y aura les moyens financiers : ceux-ci, d\u2019ailleurs, ne viendraient pas seulement des Gouvernements mais de l\u2019Entreprise, pourvu que cette dernière constate l\u2019engagement réel des pouvoirs publics.L\u2019audace, la vision, l\u2019élan sont aujourd\u2019hui les conditions essentielles de la réussite de la communauté francophone.Et cette réussite n\u2019est pas indifférente au reste du monde.En même temps, se joue là, pour une part, l\u2019avenir français comme langue internationale.La grande question qui se pose aux hommes désormais et le principal enjeu des relations internationales résident dans l\u2019avenir des cultures.Leur vitalité, leur puissance de rayonnement, leurs rapports entre elles, leur aptitude à faire échec aux assauts de l\u2019uniformisation, voilà ce qui doit faire notre constant souci.Une partie décisive a commencé à l\u2019échelle du monde, dont nous devons reconnaître et mesurer les implications, dans l\u2019ordre éthique comme dans l\u2019ordre culturel et dans l\u2019ordre économique.Il m\u2019apparaît que la plus haute tâche de la francophonie serait de susciter cette grande alliance des langues et des cultures, et de proposer une charte de la diversité en même temps qu\u2019un pacte de solidarité.Entreprise ambitieuse assurément, dessein utopique peut-être, mais qui est à la mesure des atouts et des périls de l\u2019époque : pour conjurer ceux-ci et jouer à plein ceux-là, il nous faut justement quelque grande utopie mobilisatrice et la pratique d\u2019un optimisme tragique, selon la formule chère à Emmanuel Mounier.Ce serait l\u2019honneur de la francophonie d\u2019y contribuer, ce serait celui de la langue française d\u2019en être l\u2019expression.LE QUÉBEC, PAYS FRANCOPHONE\t La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la plus grande centrale syndicale québécoise, avec près d'un demi-million de\tFédération membres, salue chaleureusement les participants\tdes travailleurs au Sommet de la Francophonie.\tet travailleuses La FTQ profite de l'occasion pour rappeler son\tdu Québec engagement indéfectible dans la lutte, plus néces-\tFTQ saire que jamais, en vue de faire du Québec un\t545, boulevard Crémazie Est pays souverain.Un pays moderne, pluraliste,\t17e étage ouvert sur le monde et.francophone !\tH2M2V1\u2019\" Henri Massé, président\tTéléphone: (514) 383-8000 René Roy, secrétaire général\tTélécopieur: (514) 383-8001 ftq@montrealnet.ca 2 UN PERPÉTUEL COMBAT Robert Laplante Directeur Numéro spécial, format inhabituel, L'Action nationale, en collabora-tion avec le Mouvement national des Québécois, tenait à marquer l\u2019événement : ce VIIIe Sommet de la Francophonie pose un jalon à une étape cruciale de notre évolution nationale.Plus que jamais, en effet, le devenir des petites nations apparaît-il lié aux capacités de traduire la solidarité dans des formes organisationnelles capables de soutenir et de relancer les capacités d\u2019initiative.Si la solidarité reste le maître-mot, l\u2019audace et le goût d\u2019entreprendre doivent marquer l\u2019esprit de décision et donner le ton aux échanges.Ce VIIIe Sommet doit fournir des occasions de traduire encore plus concrètement la volonté de faire les choses autrement, de les faire dans le respect des différences et dans le souci d\u2019élargir les domaines de coopération dans l'espace francophone.Le combat pour la langue est indissociable du combat pour la culture.Pour le Québec ce combat est perpétuel.Notre existence a toujours été et demeurera précaire sur ce continent.L\u2019indépendance nous fournira, un jour, les outils qui nous font cruellement défaut pour lutter avec toute l\u2019efficacité requise en notre condition pour assurer notre plein épanouissement.Mais elle ne sera jamais qu\u2019un moyen.C\u2019est la volonté de vivre qui, toujours, fera la différence.Cette volonté sans laquelle aucun projet de civilisation n\u2019est pensable.Et grâce à laquelle on peut triompher de l\u2019adversité.Si, au Québec et au Canada, le français donne encore des fruits qui se puissent offrir en partage aux autre peuples, francophones et du monde entier, cela tient d\u2019abord, cela tient essentiellement à cette volonté.Nulle part ailleurs, plus durement qu\u2019en ce Moncton de toutes les humiliations, la démonstration nous en est-elle faite par le courageux peuple acadien.Il faut le redire parce que c\u2019est vrai pour eux, parce que c\u2019est tragique pour toutes les communautés minoritaires ailleurs sur le territoire canadien: le fait français au Canada ne se main- R\tI\tA\tL tient que par la capacité quotidienne que démontrent ceux qui le parlent à surmonter tantôt l\u2019indifférence agacée, tantôt l\u2019hostilité larvée.Au Québec, même, les acquis restent fragiles.Erodée par un ordre constitutionnel qui nous a été imposé, la loi 101 n\u2019est plus que l\u2019ombre de ce qu\u2019elle était.Le statut du français ne cesse d\u2019y être attaqué par des forces très souvent financées et encouragées par Ottawa.Les gestes malveillants du gouvernement fédéral en ce qui a trait à la participation du Québec aux divers forums et conférences sur la diversité culturelle témoignent d\u2019une volonté de tutelle inacceptable.Par-delà les discours, le Canada tolère mal que le français soit autre chose et plus que l\u2019expression d\u2019un dynamisme subjugué.Et encore, ne le tolère-t-il que pour s\u2019en faire objet de vanité, pour se convaincre et tenter de convaincre de sa magnanimité à chaque fois qu\u2019une percée est effectuée pour élargir l\u2019horizon de ceux et celles qui ont fondé ce pays, ouvert cette portion du continent.Les francophones hors Québec ressentent bien toutes les ambiguïtés de cette attitude, qu\u2019ils en sont venus à considérer le projet indépendantiste québécois comme une menace: sans l\u2019exprimer ouvertement, ils restent tiraillés par le doute que le Canada leur accorde quelque considération ou droit que ce soit le jour où cette reconnaissance ne lui serait plus utile pour contenir le Québec.Des occasions comme ce Sommet devraient pourtant les convaincre que tous les parlant français d\u2019Amérique sont objectivement des alliés sur l\u2019essentiel et que c\u2019est par la force de cette alliance que se pourra le mieux tisser la grande toile de la solidarité.Le monde est entré dans une phase de bouillonnement exceptionnel.Sur tous les plans, les relations entre les peuples aussi bien que la dynamique interne de leur développement sont remis en cause par des forces économiques, techniques et culturelles d\u2019une puissance tellurique.Dans l\u2019ombre de toutes les menaces qui pèsent sur le devenir des petites nations comme sur les acquis de la Francophonie elle-même se cachent des occasions exceptionnelles de revoir et de changer l\u2019ordre des choses.Le Québec entend faire sa part pour les débusquer.Aux participants de ce VIIIe Sommet de trouver les moyens et les occasions de les partager pour s\u2019en faire un horizon commun.MESSAGE DE LA PRESIDENTE DU MOUVEMENT NATIONAL DES QUÉBÉCOISES ET QUÉBÉCOIS Louise Paquet Le Mouvement national des Québécoises et Québécois fut associé à toutes les grandes transformations de la société québécoise depuis sa fondation en 1947 avec une volonté ferme et constante de défendre les intérêts d\u2019un Québec français, libre et ouvert sur le monde.Il regroupe aujourd\u2019hui dix-huit Sociétés nationales et Saint-Jean-Baptiste réparties dans autant de régions du Québec.La promotion de la souveraineté, de la langue française, de la fierté québécoise et de la solidarité francophone sont au cœur de l\u2019action du MNQ et de ses Sociétés affiliées.Il s\u2019intéresse également aux autres questions qui touchent les intérêts, les aspirations et le devenir de la société québécoise, qu\u2019il s\u2019agisse de démocratie, d\u2019éducation ou de développement économique et social.Une tradition de solidarité francophone Depuis de nombreuses années, le MNQ travaille à tisser des liens privilégiés avec les autres peuples francophones, plus particulièrement en tant que membre de la Conférence des peuples de langue française (CPLF).Au sein de cet organisme fondé en 1973, le MNQ a toujours joué un rôle de premier plan, notamment en y assumant la présidence.À quatre reprises, il fut l\u2019hôte de cette organisation qui regroupe également des mouvements associatifs de l\u2019Acadie, de Bruxelles, de France, du Jura, de Romandie, du Val d\u2019Aoste et de Wallonie.La dernière rencontre, organisée par la MNQ et la Société nationale du Saguenay-Lac Saint-Jean, s\u2019est tenue à Jonquière, en août 1997.Sous le thème Francophonie d\u2019aujourd\u2019hui, francophonie des jeunes?, la Conférence de Jonquière fut un moment marquant dans l\u2019évolution de la CPLF.Réunissant près de 300 délégués, dont la moitié étaient âgés de moins de trente ans, elle avait pour principal objectif de créer une dynamique de renouvellement au sein de l\u2019organisme.C\u2019est ainsi que fut créé, à Jonquière, le Forum international des jeunes pour la Francophonie et, dans les mois qui ont suivi, les sections québécoise, française, wallonne-bruxelloise et acadienne de cette jeune organisation.Parallèlement à son implication à la CPLF, le MNQ s\u2019est engagé à renouveler son implication au sein de la francophonie nord-américaine.Depuis 1991 - année où il réunissait des leaders souverainistes québécois et des leaders francophones du Canada - le MNQ a peu participé aux rencontres réunissant les communautés franco-canadiennes et acadienne.Sa présence au Nouveau-Brunswick, dans le cadre du Sommet de la Francophonie ainsi qu\u2019au Congrès mondial acadien, qui se tenait il y a quelques semaines en Louisiane, témoignent de cette volonté de renouer ses liens de solidarité.Un État francophone, démocratique et pluraliste Le MNQ est l\u2019héritier d\u2019une longue tradition de lutte pour l\u2019émancipation du peuple québécois.Depuis la fondation des premières Sociétés Saint-Jean-Baptiste au XIXe siècle, le Québec a beaucoup évolué et le MNQ fut partie prenante de cette évolution.D\u2019abord voué à promouvoir les intérêts des Canadiens français, le MNQ a participé, à partir des années 60, à l\u2019éveil de la conscience nationale québécoise.La rupture avec la division ethnoconfessionnelle de la société québécoise fut un élément majeur dans la transformation des références identitaires du peuple québécois.La nation québécoise d\u2019aujourd\u2019hui se définit par l\u2019appartenance à un même territoire, par l\u2019adhésion aux mêmes lois et aux mêmes institutions et par le partage d\u2019une langue publique commune, le français, fil conducteur de sa continuité historique et sans doute, son trait distinctif le plus visible par rapport aux sociétés avoisinantes.Le Québec auquel nous aspirons sera celui de tous ceux et celles qui y sont nés ou qui ont choisi d\u2019y vivre, au-delà la diversité des origines, des langues maternelles ou des croyances religieuses.La démocratie, le respect des libertés, l\u2019égalité des personnes, le pluralisme religieux et idéologique sont des caractéristiques et des valeurs fondamentales du Québec moderne.C\u2019est dans cet esprit que le MNQ oriente son action et ses prises de position et plus particulièrement dans le cadre des célébrations de la Fête nationale du Québec dont il assume la coordination depuis 1984.D\u2019année en année, le thème de la Fête nationale transmet un message rassem-bleur, inclusif, et c\u2019est l\u2019ensemble de la population du Québec qui est convié à manifester son appartenance et son attachement à ce coin de planète.De plus en plus, des Québécoises et des Québécois de toutes origines répondent à cette invitation, dans la joie, la fierté et la solidarité.Le MNQ est heureux d\u2019être présent au Village de la Francophonie, à Dieppe, à l\u2019occasion de ce VIIIe Sommet.Ce sera une occasion d\u2019échanger et de fraterniser avec des francophones du monde entier et de partager avec eux nos espoirs en l\u2019avenir de notre langue commune et de nos cultures respectives.3 QU'EST-CE QUE LA FRANCOPHONIE?Michel Têtu Directeur de L'Année francophone internationale A A l\u2019approche d\u2019un Sommet de la Franco-phonie, la même question revient sur le tapis: qu\u2019est-ce que la francophonie?On découvre par exemple que la Macédoine, l\u2019Albanie et la Pologne seront à Moncton comme « membres observateurs », la Bulgarie, la Moldavie ou le Cap-Vert l\u2019étant comme membres à part entière.Or, la guerre du Kosovo nous a amenés à fréquenter, par écrans de télévision interposés, des ressortissants albanais et macédoniens qui accueillaient des réfugiés.Va encore pour les Albanais dont plusieurs dirigeants parlaient français, mais pour les Macédoniens en revanche, il fallait être très chanceux pour tomber sur un francophone même partiel, ou mieux très « occasionnel », selon la terminologie du Haut Conseil de la Francophonie.Des discours enluminés font miroiter les beautés d\u2019une « francophonie plurielle », l\u2019enrichissement par sa diversité en face de la mondialisation à relent anglo-saxon.Mais lorsque l\u2019orateur, dignitaire de haut rang, enchaîne en parlant de « la culture francophone », on se demande si on a bien compris ; surtout lorsqu\u2019il se réfère, devant un public de Québécois, d\u2019Africains et d\u2019Arabes, aux sources latines et grecques, à l\u2019enrichissement de la Renaissance et à la pureté du siècle des Lumières.On a hâte de goûter aux joies et satisfactions promises d\u2019un espace francophone fait de partenariat, de coopération responsable et de regroupement généreux dans un ensemble en construction - si la construction prend du temps, le regroupement doit être généreux à en juger par les voyages des politiciens et des fonctionnaires ! Nous simplifions l\u2019exposé, car le discours est bien plus complexe que cela, compte tenu des abstractions politico-philosophiques, émaillé toutes les 45 secondes d\u2019un acronyme forçant l\u2019admiration à défaut de la compréhension.À peine le lecteur moyen commence-t-il à s\u2019habituer à quelque appellation que le nom change, le sigle restant souvent néanmoins le même.Qu'on en juge plutôt : l'Association internationale des parlementaires de langue française est devenue l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF - ex-AIPLF).Quand, d'un air entendu, on vous parle de « l'Agence », vous revient à la mémoire la guerre des drapeaux de la Conférence de Niamey qui avait vu naître l'Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) : elle est devenue aujourd'hui l'Agence de la Francophonie (AF), partie de l'Organisation internationale de la Francophonie - (01F), dont le Secrétaire général (SGF) est M.Boutros Boutros-Ghali.L'AUPELF n'était pas facile à assimiler (Association des universités partiellement ou entièrement de langue française) - ne pas confondre avec l'OPEP (Association des pays producteurs de pétrole).On lui a ajouté il y a quelques années un deuxième nom (AUPELF-UREF, Université des réseaux d'expression française), puis elle est devenue l'Agence francophone pour l'enseignement universitaire et la recherche.C'est aujourd'hui l'AUF, l'Agence universitaire francophone, mais on continue à parler de l'AUPELF.Et que dire de l'Association internationale des maires et responsables des capitales et métropoles francophones (AIMF) ?À entendre de magnifiques envolées, ponctuées d'initiales mystérieuses, on comprend le linguiste Robert Chaudenson qui prétend que la langue la plus parlée dans la francophonie n'est pas le français mais.la langue de bois.Heureusement que le néophyte francophone peut se sauver avec sa foi de charbonnier.Sans quoi, il se retirerait vite de toutes les célébrations de la Journée internationale de la Francophonie (20 mars) - ou mieux de la Semaine de la Francophonie - auxquelles il contribue généreusement, de son temps et de son argent, parce qu\u2019il fait partie d\u2019une ONGF, lire Organisation non gouvernementale francophone !.Voulez-vous qu\u2019on essaie pour une fois d\u2019être simple et qu\u2019on démêle un peu les choses : La francophonie, Francophonie et l\u2019espace francophone : 1)\tLa francophonie, avec un petit f désigne l\u2019ensemble des locuteurs, des groupes de locuteurs et des peuples qui utilisent le français à des degrés divers : le français est selon le cas langue maternelle, langue seconde, langue de communication ou de culture.Le mot «francophonie» a été créé par le géographe français Onésime Reclus en 1880, repris et popularisé un siècle plus tard par le poète Léopold Sedar Senghor, ancien président de la République du Sénégal.«L\u2019avenir verra plus de francophones en Afrique et en Amérique du Nord que dans toute la francophonie d\u2019Europe.» (O.Reclus, 1887, cité par R.Chaudenson, AFI2000, p.324).2)\tLa Francophonie, avec un grand F, désigne le regroupement sur une base politique des États et gouvernements (52 en 1999) qui, réunis en Sommets tous les deux ans, définissent les orientations et les programmations de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dirigée par le Secrétaire général de la Francophonie.Le nom officiel des Sommets est Conférence des chefs d\u2019État et de gouvernement des pays ayant le français en partage.Le Sommet de Hanoï (1997) a élu Boutros Boutros-Ghali secrétaire général.«L\u2019Algérie n\u2019appartient pas à la Francophonie, mais n\u2019a aucune raison d\u2019avoir une attitude figée vis-à-vis de la langue française.» (A.Bouteflika, 30 juillet 1999, AFI 2000, p.200).3)\tL\u2019espace francophone, représentant une réalité non exclusivement géographique ni même linguistique mais aussi culturelle, réunit tous ceux qui, de près ou de loin, éprouvent ou expriment une certaine appartenance à la langue française ou aux cultures francophones.Cette dénomination, bien qu\u2019apparemment floue, est certainement la plus féconde.Elle recouvre des situations très variées : Ex.1 : « Ste-Lucie reconnaît de plus en plus son héritage français à travers le créole qui est parlé par les habitants de Me.» (Sherry Fedée, AFI 2000, p.139).Ex.2 : « Depuis le siècle dernier, le français, langue de prestige, de culture, de diplomatie, a été enseigné dans les écoles.[.] Langue de science, tous les médecins devaient la connaître.» (Esther Bermejo de Crespo, AFI 2000, p.285).Francophone et français Les anglo-saxons bénéficient de deux termes : english et british servant à désigner, l\u2019un la langue qui est parlée, l\u2019autre le pays d\u2019appartenance (on peut parler english sans être british).En français, un seul terme désignait à la fois l\u2019appartenance à la France et la langue parlée.Onésime Reclus inventa le mot «francophone», créant un deuxième adjectif pour désigner les parlants français non originaires de France.Le dictionnaire Larousse a repris cette acception du terme et, jusqu\u2019en 1983, on pouvait lire que «francophone» signifiait de langue française, hors de France.Aujourd\u2019hui, tous ceux qui parlent le français sont des francophones, Français y compris.Francophonie et francophonie canadienne Il en est ainsi des Canadiens de langue maternelle française qui parlent (encore) le français dans les dix provinces et les territoires : on peut les regrouper sous le titre général de « francophonie canadienne ».Mais il n\u2019y a pas d\u2019ensemble institutionnel, ni d\u2019ensemble politique.Il n\u2019y a pas de «Francophonie canadienne ».Le gouvernement du Québec a d\u2019ailleurs fait savoir qu\u2019il ne voulait pas s\u2019associer à certaines célébrations de 1999, qui étaient autres que linguistiques.Francophonie institutionnelle et vie associative Les associations (de bénévoles la plupart du temps) sont le terreau de la Francophonie : elles permettent l\u2019éclosion çà et là de fleurs diverses plus ou moins parfumées.C\u2019est grâce à elles que la francophonie est populaire, qu\u2019elle sait chanter et danser.La Francophonie officielle - unie - garde ses distances avec les associations car elles ne parlent pas d\u2019une seule et même voix; elles vont un peu dans tous les sens, suivant leurs spécificités ou leurs spécialités : la diversité en somme.Un rapide bilan 1)\tLe mot « francophonie » s\u2019est imposé grâce aux médias - ils ne pouvaient utiliser sans cesse des expressions trop longues (de langue française, d\u2019expression française) surtout en ce qui concerne les Sommets (des chefs d\u2019État et de gouvernements des pays ayant en commun l\u2019usage du français) ; c\u2019est vite devenu les « Sommets de la Francophonie ».Le mot est passé dans les mœurs.2)\tL\u2019institution politique de la Francophonie, née après une longue gestation et un accouchement dans la douleur, a grandi : elle est devenue une adolescente prometteuse, intelligente, parfois ingrate, et assez vigoureuse malgré quelques boutons et maladies de jeunesse.Le rôle politique de la Francophonie peut être très positif, son rôle économique aussi, sans compter ses réalisations éducatives et culturelles.3)\tPour passer à l\u2019âge adulte, il lui faut néanmoins encore réussir quelques examens, satisfaire aux rites d\u2019initiation des grandes organisations : saura-t-elle imposer la démocratie et faire respecter les droits de l\u2019homme dans les pays membres ?Pourra-t-elle sensibiliser la jeunesse, l\u2019instruire et l\u2019amener à inventer en français pour que la langue française soit une langue vivante?Saura-t-elle s\u2019appuyer sur les associations non gouvernementales et les aider à l\u2019occasion pour que la francophonie soit populaire?Nous l\u2019espérons bien sûr: souhaitons-lui bonne chance et bon anniversaire à Moncton.4 LE MONDE FRANCOPHONE Claude Sauvage Professeur Les langues devraient être traitées comme des conceptions du monde.(Gramsci) Francophone, francophonie, mots d\u2019une consonance déplaisante bien que d\u2019une constmction étymologique satisfaisante, datent de 1880, lorsque le géographe français Onésime Reclus les introduisit dans son livre France, Algérie et colonies, pour y analyser et dénombrer les «parlants français» de la Métropole hexagonale et de son domaine colonial.Cependant, le sens en était différent, dans la mesure où il était univoque, conférant aux Français de France aussi bien qu\u2019aux francophones du Maghreb, par exemple, les mêmes relations par rapport à la langue française, les peuples colonisés étant considérés comme des Français de fait ou en devenir.Lorsque les mots réapparaissent, dans les années 60, sous l\u2019impulsion de quelques francophiles de haut rang, ils évolueront et se nuanceront sémantiquement, arrivant de nos jours à désigner (à distinguer aussi) les peuples et les personnes qui ont le français comme langue maternelle, langue première, langue seconde ou langue de culture (qui le parlent en gens cultivés et non automatiquement pour refléter leur propre culture : Syrie, Liban, Égypte.); qui l\u2019emploient en tant que langue officielle, co-officielle ou administrative (supplétive), pour reprendre le classement du Groupe de recherche en géolinguistique de l\u2019Université Laval.Le terme de francophonie2 garde cependant son ambiguïté, ballotté de la langue française aux pays qui la parlent : sa définition d\u2019ailleurs de « pays ayant en commun l\u2019usage de la langue française » le dit bien.La Francophonie n\u2019est pas un Commonwealth, non plus qu\u2019une Flispanidad, un OTAN, un Pacte de Varsovie ou un Comecon (encore qu\u2019elle se rapproche de ce dernier).Elle est le rassemblement de tous les peuples des pays ou des régions qui ont décidé d\u2019en faire un véhicule (un moyen et non une fin) d\u2019échange et d\u2019entraide économiques, technologiques et culturels.Dans l\u2019ordre.Du moins pour les conférences au sommet.Car la communauté francophone, qu\u2019il faut distinguer des précédentes, s\u2019est mobilisée en dehors des pouvoirs officiels pour mettre sur pied un ensemble d\u2019institutions, d\u2019organismes et d\u2019activités concrètes (voir organigramme page 9).Tous ces organismes prouvent la vitalité des diverses couches des sociétés francophones et leur désir d\u2019échanger à tous les niveaux.Désir guidé par la communion culturelle?peut-être pour ceux qui ont été formés dans les grandes institutions françaises: Senghor, Bourguiba, Mohamed V, Sihanouk.qui sont d\u2019ailleurs à l\u2019origine du mouvement des années 60 appelant au regroupement et à la création de l\u2019organisme.Mais plus sûrement parce que, comme le disait ce diplomate égyptien qui répondait au président algérien Boumédienne, lequel voyait dans ce mouvement de nouvelles visées colonialistes françaises, « parce que le français est la langue du non-alignement ».La langue française connut deux universalités : la première aux XIIe et XIIIe siècles, lors de la période de l\u2019ancien français commun «le françois», alors que sous l\u2019hégémonie grandissante de Paris, centre politique et intellectuel, une personne «bien parlant en langue françoise» était considérée comme bien éduquée.La deuxième, au XVIIIe siècle, au temps de l\u2019Encyclopédie de Diderot et d\u2019Alembert, où elle devint la langue de la culture et de la diplomatie internationales, où Hollandais, Allemands, Russes, Polonais, Autrichiens, Italiens.cultivaient le français souvent au détriment de leur propre langue, et où les auteurs Goldini, Casanova, Becaria écrivaient leurs œuvres en français.Les écrits scientifiques y étaient aussi rédigés en français, langue de la clarté, de la nuance et de la concision, dont l\u2019aura déclinera à partir du milieu du XIXe siècle, lorsque l\u2019industrie et la technologie américaines prendront leur élan.Mais ce déclin est attribuable au vocabulaire technologique anglo-américain que le français, comme les autres langues, devra traduire, adapter ou adopter (avec donc un vocabulaire de réaction et non plus de création) ; il ne sera en rien imputable à la valeur structurale intrinsèque du français, toujours considéré comme la langue de la précision par excellence.Et ce n\u2019est pas le snobisme ou la panique de l\u2019Institut Pasteur qui viendra y changer quoi que ce soit.D\u2019universelle, la langue française deviendra mondiale au XXe siècle.Introduite dans les cinq continents par l\u2019expansion coloniale, elle y demeurera après la décolonisation.Le 17 février 1986, la «salle des congrès» du Château de Versailles accueillait le premier sommet de la Francophonie, réunissant une quarantaine de chefs d\u2019État et de gouvernements.L\u2019académicien d\u2019origine sénégalaise Léopold Sédar Senghor y était au premier rang et avec raison : il l\u2019avait créée, avec une poignée d\u2019inconditionnels de la langue française (dont le Québécois Jean-Marc Léger).Bien sûr, les besoins criants de la plupart des pays présents, en majorité africains, ont relégué les considérations culturelles au second rang, l\u2019économie et les infrastructures technologiques à redresser ou à créer ayant occupé le devant de la scène.Mais les sommets sont faits pour cela et celui de Qüébec, à l\u2019automne de l\u2019année suivante, n\u2019y échappa pas.Le gros de l\u2019action culturelle, au sens très large d\u2019avancement des choses de l\u2019esprit, est l\u2019apanage de tous ces organismes dont nous parlions plus haut, qui regroupent universitaires, journalistes, scientifiques, hommes de loi, ministres de la Culture, de la Recherche scientifique et de l\u2019enseignement supérieur, enseignants, gens de la radio et de la télévision, de l\u2019artisanat, écrivains, etc.C\u2019est là, à notre avis, que réside le véritable avenir de la francophonie : dans ces bouillons de cultures (sans mauvais jeu de mots) que le ferment de base, le français rassemble, souvent au delà des considérations individuelles, même si, comme l\u2019écrit Bernard Dorion, « Ce n\u2019est que lorsque les pays du tiers ou du quart monde francophone sentiront que s\u2019exprime concrètement, c\u2019est-à-dire par des hommes et de l\u2019argent et non par des mots, un élan de solidarité dirigé vers eux, qu\u2019ils adhéreront vraiment à un concept qui peut encore leur sembler théorique et lointain».1 C\u2019est à Dorion que nous emprunterons encore les derniers mots, faisant nôtre sa définition de la francophonie : « Pour moi, la francophonie, c\u2019est d\u2019abord LÉGALITÉ, j\u2019entends l\u2019égalité des droits de toutes ses composantes.Par là elle tourne le dos aux systèmes d\u2019asservissement, de domination, de colonisation.(.) C\u2019est ensuite la COMPRÉHENSION.La langue française, bien commun partagé par toutes les parties, n\u2019est pas une fin en soi mais un simple moyen, magnifique certes, de compréhension entre des hommes issus de toutes cultures, venant de tous horizons.(.) Enfin, la francophonie c\u2019est la SOLIDARITÉ (qui doit aboutir à promouvoir) la prise de conscience d\u2019un devoir de soutien de la part des nantis en faveur des déshérités».2 1.\tIn Jean-Marc Léger, La Francophonie : grand dessein, grande ambiguïté, Hurtubise HMH, 1987, préface, p.13.2.\tIbid.p.11 à 13.\tPopulation\tFranco-\t\tPopulation\tFranco- Pays\ttotale\tphones1\tPays\ttotale\tphones1 Afrique et Proche-Orient\t\t\t\t\t 1.Bénin\t5 370 000\t470 000\t29.Tunisie\t8 730 000\t2 370 000 2.Burkina Faso\t9 900 000\t610 000\t30.Zaïre\t42 800 000\t1 740 000 3.Burundi\t6 120 000\t165 000\tAmérique\t\t 4.Cameroun\t12 800 000\t1 940 000\t31.Canada\t29300000\t6 290 000 5.Cap-Vert\t380 000\t500\t32.Dominique\t85 000\t1 000 6.Centrafrique\t3210000\t140 000\t33.Haïti\t7 030 000\t570 000 7.Comores\t630 000\t35 000\t34.Nouveau-Brunswick\t760000\t223 000 8.Congo\t2 510000\t770 000\t35.Québec\t7 280 000\t5 650 000 9.Côte d'ivoire\t13 800 000\t3 630 000\t36.Sainte-Lucie\t150 000\t2 000 10.\tDjibouti 11.\tÉqypte\t520 000 57 600 000\t29 000 215 000\tAsie et Océanie\t\t 12.Gabon\t1 020 000\t300 000\t37.Cambodge\t9 500 000\t10 000 13.Guinée\t6 560 000\t355 000\t38.Laos\t4 730 000\t4000 14.Guinée-Bissau\t1 050 000\t1 000\t39.Vanuatu\t165000\t45 000 15.Guinée Équatoriale\t380 000\t500\t40.Viêt-Nam\t72 600 000\t70 000 16.Liban\t2 860 000\t894 000\tEurope\t\t 17.Madagascar\t14 300 000\t1 060 000\t41.Belgique\t10 080 000\t4 500000 18.Mali\t10 600 000\t890 000\t42.Bulgarie\t8400 000\t8400 19.Maroc\t26 600 000\t4 610 000\t43.Communauté\t\t 20.Maurice\t1 100 000\t270 000\tfrançaise de Belgique\t4 500 000\t4 500 000 21.Mauritanie\t2200000\t120 000\t44.France\t58 000 000\t56 800000 22.Niger\t8 600 000\t520 000\t45.Luxembourg\t380 000\t300000 23.Rwanda\t5 200 000\t210000\t46.Moldavie\t4 370 000\t175 000 24.Saint-Thomas et Prince 125 000\t\t1 000\t47.Monaco\t30 000\t27 000 25.Sénégal\t8 060 000\t720 000\t48.Roumanie\t22 700 000\t1 000 000 26.Seychelles\t71 000\t5 000\t49.Suisse\t7 000 000\t1 342 000 27.Tchad\t6 250 000\t150 000\t\t\t 28.Togo\t4 000 000\t680 000\t1 Personnes utilisant quotidiennement le français.\t\t LES DEFIS DÉMOLINGUISTIQUES DU QUÉBEC À L'AUBE DU XXIe SIÈCLE Marc Termote Professeur-chercheur à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS-Urbanisation), membre du Centre interuniversitaire d'études démographiques (CIED) et associé au Département de démographie de l'Université de Montréal.COMME LA QUASI-TOTALITÉ DES SOCIÉTÉS INDUS-triellement avancées, la population du Québec a adopté depuis plusieurs décennies un comportement de fécondité qui n\u2019assure pas le renouvellement de son effectif.Et comme la plupart de ces pays, le Québec tente, sinon d\u2019éviter, du moins de retarder la décroissance démographique qu\u2019un tel comportement implique, en faisant appel à l\u2019immigration internationale.Le Québec se distingue cependant par un déficit anticipé des naissances très élevé et par un contexte géopolitique et culturel qui rend plus difficile l\u2019intégration linguistique des immigrants.Il se retrouve donc devant le dilemme suivant: ou bien il accepte de voir diminuer, lentement mais sûrement, le nombre de ses habitants (et donc son poids démographique et politique au sein de la Confédération canadienne), ou bien il tente de remplacer les naissances manquantes par un nombre très élevé d\u2019immigrants, avec les conséquences sociales et culturelles (problèmes d\u2019intégration linguistique et économique) et territoriales (déséquilibre croissant entre Montréal et le reste du Québec) que cela implique.C\u2019est à l\u2019explicitation de ce défi qu\u2019est consacrée cette note.Alors que l\u2019indice de fécondité de la population québécoise s\u2019élevait à 4,0 enfants par femme à la fin des années 1950, en dix ans il chutait à 2,0, pour se retrouver aujourd\u2019hui à 1,4 : depuis près de trois décennies, le Québec n\u2019assure donc plus le renouvellement de sa population.Malgré l\u2019arrivée aux âges reproductifs des cohortes nombreuses de femmes nées durant la période du baby boom, la baisse de la fécondité de ces femmes a eu pour effet de faire baisser le nombre de naissances de 145000 en 1959 à moins de 85000 aujourd\u2019hui.Les quatre dernières décennies ont connu également une baisse marquée de la mortalité, mais cet allongement de la durée de vie n\u2019a pas eu pour conséquence une réduction du nombre de décès, et cela à cause du vieillissement rapide de la population, conséquence inéluctable de la baisse de la fécondité : de 1959 à aujourd\u2019hui, le nombre annuel de décès est passé de 36 000 à 55 000.Il en résulte que, avec un accroissement naturel (excédent des naissances sur les décès) d\u2019à peine 30 000 unités en 1998, le Québec se retrouve aujourd\u2019hui quasiment en croissance nulle.Sans l\u2019apport de l\u2019immigration internationale passée, l\u2019accroissement naturel du Québec serait d\u2019ailleurs encore plus faible.En effet, il faut tenir compte de l\u2019accroissement naturel des immigrants, dont la fécondité est nettement plus élevée que celle du reste de la population (en 1991-1995, l\u2019indice de fécondité des immigrantes de la région métropolitaine de Montréal s\u2019élevait à 2,5, alors que celui des non-immigrantes était de 1,6).Plus précisément, près de la moitié de l\u2019accroissement naturel de l\u2019ensemble du Québec en 1998 était dû aux seuls immigrants de la région de Montréal.Un dilemme impossible Le nombre annuel d\u2019immigrants internationaux reçus au Québec s\u2019élève actuellement à environ 27 000, ce qui est proche de la moyenne annuelle de longue période.Un tel niveau d\u2019immigration fait du Québec un des pays les plus accueillants au monde.À titre de comparaison, la France, huit fois plus peuplée que le Québec, a reçu en 1995 quelque 50000 immigrants, soit moins du double du Québec.Si l\u2019on tient compte de la capacité démographique d\u2019accueil, le Québec s\u2019est donc montré quatre fois plus ouvert à l\u2019immigration que la France.Malgré ce niveau relativement élevé d\u2019immigration, une entrée annuelle de 27000 immigrants ne permet pas de maintenir l\u2019effectif de la population québécoise à long terme.En effet, le déficit anticipé des naissances est tel qu\u2019il faudrait multiplier par trois, voire par quatre si la fécondité continue à baisser, le nombre actuel d\u2019immigrants.Les problèmes économiques (nécessité de créer des emplois pour assurer la subsistance de ces immigrants) et socioculturels qu\u2019entraînerait une telle arrivée massive sont évidemment sans aucune mesure avec les problèmes d\u2019intégration rencontrés actuellement.En d\u2019autres termes, si le Québec décidait d\u2019adopter une politique de population dont l\u2019objectif serait de maintenir le nombre d\u2019habitants au niveau actuel, il faudrait, à moins d\u2019une remontée significative et durable de la fécondité, assurer chaque année l\u2019intégration économique et socioculturelle de quelque 80000 nouveaux immigrants.Un des défis majeurs d\u2019un tel scénario réside dans le fait que la grande majorité (environ les trois quarts) des immigrants choisissent de s\u2019établir dans l\u2019île de Montréal, soit directement, dès leur arrivée sur le sol québécois, soit après quelques années de séjour dans une autre région du Québec.Il semble difficilement concevable de demander à la vingtaine de municipalités de l\u2019île de Montréal de créer les conditions économiques et l\u2019infrastructure socioculturelle permettant de recevoir chaque année environ 60000 immigrants.Les implications linguistiques d\u2019un tel afflux d\u2019immigrants et de cette très forte concentration territoriale constituent une dimension fondamentale de la problématique démographique du Québec.En effet, les trois quarts des immigrants reçus au Québec sont non francophones, et ce pourcentage atteint 80% pour les immigrants établis dans l\u2019île de Montréal.L\u2019immigration internationale a donc pour effet de faire baisser la part du groupe francophone de cette dernière région, alors qu\u2019en dehors de celle-ci, où s\u2019établissent relativement peu d\u2019immigrants non francophones, cette immigration n\u2019affecte guère la composition linguistique.Dans ces conditions, toute augmentation de l\u2019immigration internationale a nécessairement pour conséquence de réduire le poids du groupe francophone.Dans l\u2019île de Montréal, cette dynamique de décroissance du poids du groupe francophone, défini selon la langue le plus fréquemment utilisée au sein du ménage, se trouve renforcée par l\u2019étalement urbain : plus de 80 % des personnes qui quittent l\u2019île pour s\u2019établir dans le reste de la région métropolitaine sont francophones, et la perte nette du groupe francophone de l\u2019île de Montréal due à l\u2019étalement urbain s\u2019élève à près de 10000 par an, soit une perte annuelle de un pour cent de l\u2019effectif francophone de l\u2019île.Si la migration intraprovinciale a donc pour effet de réduire l\u2019effectif et la part des francophones de l\u2019île de Montréal, par contre la migration interprovinciale est la source majeure de perte pour les anglophones.Ces deux processus migratoires exercent donc des effets contraires sur le poids du groupe francophone de l\u2019île de Montréal.La cassure linguistique La conjugaison d\u2019une sous-fécondité chronique parmi les francophones (comme d\u2019ailleurs chez les anglophones), d\u2019une immigration internationale très majoritairement non francophone et fortement concentrée dans l\u2019île de Montréal, d\u2019un étalement urbain essentiellement francophone et d\u2019une émigration interprovinciale très majoritairement anglophone, produit nécessairement dans l\u2019île de Montréal une baisse du poids du groupe francophone (comme d\u2019ailleurs du groupe anglophone) et une forte croissance de la part des allophones, alors que dans le reste de la région métropolitaine de Montréal et dans le reste du Québec, peu affectés par la migration internationale et interprovinciale, la dynamique démographique n\u2019a guère d\u2019influence sur le poids du groupe francophone, sauf dans la région métropolitaine autour de l\u2019île, où l\u2019émigration en provenance de celle-ci joue en faveur de ce dernier groupe.Les processus démographiques à l\u2019œuvre au Québec conduisent donc à une allophonisa-tion » croissante de l\u2019île de Montréal et à une stabilisation du poids du groupe francophone en dehors de l\u2019île, avec à moyen terme une décroissance de l\u2019effectif de la population de l\u2019ensemble du Québec.Cette cassure linguistique croissante, couplée à la dichotomie socioéconomique bien connue entre l\u2019île de Montréal et le reste du Québec, constitue un défi majeur pour le Québec du prochain siècle.Si la population québécoise n\u2019est pas prête à augmenter rapidement, durablement et significativement son niveau de fécondité (et tous les indicateurs semblent montrer qu\u2019une telle augmentation est peu probable), elle devra accepter que cette cassure s\u2019accroisse si en même temps elle entend - grâce à l\u2019immigration internationale -maintenir le nombre actuel de ses habitants, voire simplement freiner la décroissance de son effectif.Le tableau ci-contre illustre bien les principales dimensions du défi démolinguistique du Québec.La croissance démographique du Québec a été d\u2019environ 30000 unités par an entre 1991 et 1996 (contre 110000 à la fin des années 1950, pour une population bien moins nombreuse), avec une nette tendance à la baisse.Si l\u2019on découpe le Québec en trois régions, à savoir l\u2019île de Montréal, le reste de la région métropolitaine de Montréal et le reste du Québec (la province moins la région métropolitaine de Montréal), on constate que seule la région - reste de la région métropolitaine» a connu une croissance démographique entre 1991 et 1996 : l\u2019île de Montréal est déjà en déclin (malgré l\u2019apport considérable de l\u2019immigration internationale) et le reste du Québec est en stagnation.Le poids du groupe francophone dans l\u2019ensemble du Québec est resté relativement stable, mais cela est dû uniquement à la nette augmentation du pourcentage de francophones dans la région métropolitaine en dehors de l\u2019île de Montréal : sur l\u2019île proprement dite cette 6 part a significativement baissé, et en dehors de la région métropolitaine elle est restée plutôt stable.Le groupe francophone, dont l\u2019effectif en nombre est déjà en décroissance, est encore majoritaire (à 55 %) dans l\u2019île de Montréal, mais tous les scénarios de prévision montrent que dans dix à vingt ans il y sera minoritaire (le nombre d\u2019allophones dépassera alors le nombre d\u2019anglophones).Il est d\u2019ailleurs déjà minoritaire dans l\u2019île en dehors de la Ville de Montréal : en 1996, la part des francophones dans la population de la Ville s\u2019élevait à 62%, mais elle n\u2019était que de 46% dans l\u2019ensemble des autres municipalités de l\u2019Ile-de-Montréal.Comme on peut s\u2019attendre à ce que la part du groupe francophone dans les autres régions demeure relativement stable (autour de 85% dans le reste de la région métropolitaine, aux alentours de 94% dans le reste du Québec), la cassure linguistique entre l\u2019île de Montréal et les autres régions du Québec ne peut qu\u2019augmenter, et cela dans un contexte général de décroissance des effectifs, décroissance qui - à cause de la concentration de l\u2019immigration dans l\u2019île de Montréal \u2014 sera plus rapide en dehors de la région métropolitaine de Montréal.Les tendances démographiques sont des tendances lourdes, difficiles à renverser.L\u2019expérience montre qu\u2019une politique de natalité est le plus souvent inefficace.Une politique qui viserait à freiner directement la propension à émigrer vers la banlieue ou en dehors du Québec, semble difficilement défendable, car elle porterait atteinte à la libre circulation des individus.Il n\u2019y a finalement que deux moyens pour tenter d\u2019infléchir plus ou moins significativement la double tendance à la décroissance de la population et à la diminution du poids des francophones : l\u2019immigration et la mobilité linguistique.Puisqu\u2019une intervention discrimina- toire (en faveur des francophones) dans le domaine de la fécondité et de la migration interne est moralement inacceptable, et puisqu\u2019une telle discrimination en matière d\u2019immigration internationale ne peut qu\u2019être partielle, on peut se demander si des mesures linguistiques visant à favoriser la force d\u2019attraction du français auprès des membres des groupes non francophones représentent un outil efficace pour lutter contre la tendance à la décroissance démographique manifestée par le groupe francophone.La réponse est négative.De telles mesures linguistiques peuvent sans doute faire en sorte que chaque immigrant non francophone finisse par s\u2019intégrer pleinement dans le groupe francophone, ou du moins ses descendants.Mais un tel processus d\u2019assimilation linguistique prend du temps, et pendant toute la durée de ce processus, d\u2019autres phénomènes, comme la sous-fécondité des francophones, l\u2019étalement urbain autour de Montréal, l\u2019immigration internationale majoritairement non francophone, continuent d\u2019exercer un impact négatif majeur sur le poids et l\u2019effectif du groupe francophone.Les gains que ce dernier peut espérer réaliser par la mobilité linguistique ne pourront jamais compenser l\u2019effet négatif des facteurs démographiques.Une attitude périlleuse Dans notre analyse, nous avons souligné à plusieurs reprises l\u2019importance de la cassure linguistique croissante entre l\u2019île de Montréal et le reste du Québec.On peut évidemment soutenir que ce qui se passe à Montréal n\u2019a guère d\u2019importance et que tant que le groupe francophone parvient à maintenir une part supérieure à 80% dans la population de l\u2019ensemble du Québec, il n\u2019y a pas lieu de s\u2019inquiéter.Une telle attitude nous apparaît cependant éminemment périlleuse.Il ne faut en effet pas sous-estimer les conséquences de tout ordre qui résulteraient pour l\u2019ensemble du Québec d\u2019une situation où le cœur de la seule grande région métropolitaine serait majoritairement non francophone et entouré d\u2019un territoire à 90% francophone.Les effets d\u2019entraînement risquent d\u2019être rapides, surtout dans un contexte où ce dernier espace francophone en Amérique du Nord se retrouve dans une dynamique de déclin démographique prononcé.On peut également discuter de la pertinence du concept de « langue d\u2019usage au foyer » dans l\u2019évaluation de la situation linguistique d\u2019une société, et avancer que la langue utilisée au travail ou pendant les loisirs, celle adoptée avec les amis, ou encore celle à laquelle il est fait recours pour les relations avec les services publics, peut représenter une catégorie tout aussi significative.Une telle approche permet sans doute d\u2019évacuer les problèmes, mais elle néglige une dimension fondamentale, à savoir que la langue d\u2019usage au sein d\u2019un ménage est aussi en règle générale la langue maternelle des enfants de ce ménage.Dans une perspective générationnelle, donc de long terme, dans une société qui a une mémoire et qui entend transmettre son patrimoine identitaire, la langue d\u2019usage «au foyer» semble un concept incontournable.Une politique de population Il semble donc bien que la société québécoise soit très bientôt amenée à faire un choix.Ou bien elle tente, sinon d\u2019arrêter, du moins de freiner le déclin démographique en accueillant chaque année un nombre très élevé d\u2019immigrants, ce qui accélère le processus de minorisation des francophones dans l\u2019île de Montréal et augmente la fracture linguistique entre cette dernière région et le reste du Québec (à moins d\u2019envisager une immigration qui soit pour les trois quarts francophone, ce qui dans le contexte actuel est difficilement concevable).Ou bien elle accepte d\u2019entrer dans un processus de décroissance démographique rapide, avec ce que cela implique en termes d\u2019accélération du vieillissement de la population et de déclin du poids politique du Québec au sein de la Confédération canadienne (en d\u2019autres termes, des Québécois de moins en moins nombreux, de plus en plus vieux, de plus en plus marginalisés, mais francophones plus longtemps).Un tel choix est crucial pour l\u2019avenir du Québec et doit se faire de manière éclairée.Une politique de population s\u2019impose.COMPOSITION LINGUISTIQUE PAR RÉGION EN 1991 ET 1996 Effectifs (en milliers) et répartition (en %)\t\t\t\t\t\t\t\t \tPopulation totale (en 000)\t\tPourcentage du groupe\t\t\t\t\t \t\t\tFrancophone\t\tAnglophone\t\tAllophone\t \t1991\t1996\t1991\t1996\t1991\t1996\t1991\t1996 Ile de Montréal\t1 776\t1 750\t57,3\t55,6\t26,2\t25,6\t16,5\t18,8 Reste RMR Montréal\t1 358\t1 538\t84,8\t85,9\t10,6\t9,5\t4,6\t4,6 RMR Montréal\t3 134\t3 288\t69,2\t69,8\t19,5\t18,1\t11,3\t12,1 Reste du Québec\t3 762\t3 757\t94,3\t94,1\t4,4\t4,5\t1,3\t1,4 Total Québec\t6 896\t7 045\t82,9\t82,8\t11,2\t10,8\t5,9\t6,4 Reste du Canada\t20401\t21 483\t3,2\t2,9\t87,5\t86,3\t9,3\t10,8 PARTENAIRES POUR LA SOUVERAINETÉ Parce que nous croyons en un Québec solidaire, francophone souverain et ouvert sur le munu que nous croyons en un rancophone, souverain et ouvert sur le monde.7 TENDANCES DE LA LANGUE FRANÇAISE AU CANADA JUSQU'EN 1996 Charles Castonguay1 Département des mathématiques et de la statistique, Université d'Ottawa Les comptes rendus officiels sont souvent un peu trop euphoriques au sujet de la situation et de l\u2019avenir du français au Canada.Les observations suivantes devraient suffire à dissiper ce qui reste d\u2019illusion à cet égard.Toutes les données proviennent de Statistique Canada.L'effondrement démographique des populations francophones du Canada Regardez bien les chiffres du tableau suivant, et comparez notamment le nombre des enfants avec celui des adultes hors Québec.La baisse démographique n\u2019est pas attribuable, évidemment, au commissaire aux langues officielles.Mais ce qui l\u2019est, en revanche, c\u2019est l\u2019illusion qu\u2019il entretient chez les Canadiens français lorsqu\u2019il écrit : - La légère diminution des membres des communautés francophones [hors Québec] pourrait n\u2019être que temporaire - {Rapport annuel 1997, p.16).Enfants de 0-9 ans et adultes de 25-34 ans, population de langue maternelle française, 1961 et 1996 \t1961\t\t1996\t \tEnfants 0-9 ans\tAdultes 25-34 ans\tEnfants 0-9ans\tAdultes 25-34 ans Ensemble du Canada\t1 281 600\t710 800\t835 700\t1015100 Québec\t1 092 700\t586400\t746 900\t864 600 Reste du Canada\t188900\t124400\t87 800\t150 500 Le rôle essentiel de l'assimilation dans le déséquilibre linguistique au Canada Le déséquilibre linguistique entre le français et l\u2019anglais au Canada n\u2019est pas dû d\u2019abord à la sous-fécondité des Canadiens français.En effet, les taux de natalité des anglophones du Canada (langue maternelle anglaise) sont tombés sous le seuil de renouvellement des générations 10 ans avant qu\u2019une baisse similaire ne se manifeste chez les francophones.Les deux groupes linguistiques sont maintenant insuffisamment féconds.Si l\u2019on ne peut accuser la démographie, alors quelle est la cause principale du déséquilibre linguistique?C\u2019est l\u2019assimilation à l\u2019anglais, c\u2019est-à-dire l\u2019anglicisation En effet, grâce à la puissance assimilatrice de l\u2019anglais, les populations anglophones n\u2019accusent nulle part de déficits intergénérationnels aussi marqués que ceux qui minent les populations francophones.Dans l\u2019ensemble du Canada, le recensement de 1996 a montré un gain net pour l\u2019anglais de plus de 2,2 millions de personnes, à la suite de l\u2019anglicisation des francophones et des allophones (autre langue maternelle).Au contraire, le français subissait une perte nette, par voie d\u2019anglicisation, de plus de un quart de million de personnes.L\u2019anglicisation des jeunes adultes francophones et allophones produit ensuite suffisamment d\u2019enfants anglophones pour combler presque entièrement l\u2019écart créé par les taux de natalité insuffisants des populations anglophones du Canada, - et même du Québec.L\u2019anglicisation hors Québec est passée de 54% en 1971 à 67% en 1991.La disparition tendancielle Les données du recensement montrent que de 1971 à 1996, la population utilisant le français au foyer à l\u2019extérieur du Québec a diminué de 8%, et que les seules minorités de langue française qui ont connu une croissance étaient celles du Nouveau-Brunswick (du moins jusqu\u2019en 1991) et de la Colombie-Britannique (+ 5077 en 25 ans).En Ontario, la population parlant français au foyer a diminué de 13%.Les six autres minorités francophones sont fermement engagées dans la voie de la disparition tendancielle et accusent des diminutions de 20 % et plus depuis 1971.Le recul atteignait 56% à Terre-Neuve, 31% dans l\u2019île-du-Prince-Édouard, 24% en Nouvelle-Écosse, 42% au Manitoba, 63% en Saskatchewan et 21 % en Alberta.Il faut donc corriger les propos du Directeur de la démographie à Statistique Canada, et affirmer, malheureusement, que la disparition tendancielle est maintenant la règle (et non l\u2019exception) chez les minorités francophones des provinces du Canada, sauf au Québec.Le supposé progrès du français au Canada Le Directeur de la Division de la démographie à Statistique Canada a affirmé au Comité mixte permanent des langues officielles : «Il y a eu certes une augmentation du nombre et de la proportion de ce qu\u2019on peut appeler les locuteurs du français, des personnes [au Canada] qui sont capables de parler le français, soit comme langue première, soit comme langue seconde - {Délibérations, 17 février 1998, 5:13).Le nombre de ces personnes a certainement augmenté, mais leur proportion n\u2019augmente pas.D\u2019après les données du recensement, le pourcentage de Canadiens qui peuvent parler le français au Canada est passé de 32% en 1951 à 31% en 1996.Ce phénomène s\u2019explique par l\u2019augmentation du nombre des personnes bilingues anglais-français, combinée avec la diminution du nombre de personnes unilingues français (capacité de parler le français mais pas l\u2019anglais).D\u2019ailleurs, le groupe des français unilingues a diminué de 30000 entre 1991 et 1996.Il s\u2019agit là d\u2019une autre diminution historique, et cela signale sans doute le début d\u2019une tendance à la baisse.L\u2019anglais n\u2019est pas du tout dans la même situation.Depuis 1951, le nombre d\u2019unilingues anglais au Canada a augmenté en moyenne de plus de un million de personnes aux cinq ans, et la proportion d\u2019unilingues anglais est demeurée constante, soit 67%.En 1996, pas moins de 84% des Canadiens parlent l\u2019anglais comme langue maternelle ou langue seconde.Conclusion Il est illusoire de prétendre que le français progresse au Canada.Le français est en danger au Canada dans toutes les provinces anglophones.Il n\u2019est même pas à l\u2019abri de toute inquiétude au Québec.1.Ce texte est la version abrégée du Mémoire présenté au Comité mixte permanent des Langues officielles, Sénat et Chambre des communes, le 28 avril 1998.Le travail du résumé du texte a été effectué par Lucia Ferretti, Département des sciences humaines, Université du Québec, Trois-Rivières.TENDANCES DE LA LANGUE ANGLAISE AU QUÉBEC ou comment la langue qui est menacée n'est pas celle pour laquelle tant de bonnes âmes s'émeuvent Charles Castonguay1 Département des mathématiques et de la statistique, Université d'Ottawa Depuis 1991, la population anglophone du Québec est restée stable Les données du recensement montrent que la population dont la langue d\u2019usage est l\u2019anglais, au Québec, a diminué de 14% entre 1971 et 1991, mais qu\u2019elle est demeurée stable entre 1991 et 1996.On a souvent en mémoire l\u2019émigration de quelque 200000 Anglo-Québécois durant la décennie qui a suivi l\u2019élection du Parti Québécois, en 1976.Ce qu\u2019on sait moins, c\u2019est que 200000 autres départs ont eu lieu entre 1966 et 1975, après la Révolution tranquille (Statistique Canada ne recueillait pas de données sur la migration interprovinciale avant 1966).L\u2019«exode anglophone» a donc débuté bien avant 1976.Depuis le milieu des années 1980, il semble terminé.Comment expliquer que la population anglophone du Québec se soit stabilisée malgré le nombre des départs ?Non, ce n\u2019est pas grâce à la fécondité, car les anglophones du Québec n\u2019ont pas une fécondité suffisante pour assurer le remplacement des générations.La réponse, c\u2019est que le pouvoir d\u2019assimilation de l\u2019anglais, en particulier dans les régions de Montréal et de l\u2019Outaouais, compense efficacement l\u2019émigration.L'échec relatif de la francisation au Québec Dans les provinces anglophones du Canada, il n\u2019y a pas d\u2019assimilation au français.Ce n\u2019est qu\u2019au Québec, province à plus de 80% francophone, que le français profite quelque peu de l\u2019assimilation.Or, le tableau ci-dessous montre que même dans ces circonstances, les gains de l\u2019anglais demeurent autrement plus impressionnants, notamment en matière d\u2019assimilation actuelle.Effet de l'assimilation au Québec, 1991 \tAnglais\tFrançais\tAutre Origine ethnique\t488 503\t5262828\t1058963 Langue maternelle\t626 202\t5 585 649\t598454 Langue d'usage\t761 805\t5 651 790\t396695 Sources: Statistique Canada, 1993 et 1994 Une lecture rapide du tableau montre que les gens d\u2019origine ethnique anglaise comptent pour 7,17% de la population du Québec, mais que 11,2% de tous les Québécois ont l\u2019anglais comme langue d\u2019usage.L\u2019anglais attire donc nettement plus que ce à quoi on pourrait s\u2019attendre si c\u2019était une langue menacée au Québec.Dans l\u2019ensemble du Québec, on compte, en 1991 comme en 1971, un peu plus de francophones anglicisés que d\u2019anglophones francisés.Cette dominance directe de l\u2019anglais sur le français est restée remarquablement stable dans les régions à forte concentration anglophone.Par exemple, dans la partie ouest de l\u2019île de Montréal, à 47% anglophone, on constate en 1991 une anglicisation actuelle nette des francophones de l\u2019ordre de 7%, comme en 1971.Autre exemple, dans la partie de l\u2019ouest du Québec formée des comtés de Gatineau et de Pontiac, à 34% anglophone, 4% des francophones sont anglicisés.Quant aux allophones, la part du français dans leur assimilation nette n\u2019a atteint que 40% en 1996, comparée à 26% en 1971, avant la loi 101.En 1991, 129 521 allophones étaient anglicisés, et seulement 72 237 allophones étaient francisés, et ce, dans une province à 80% francophone, répétons-le.C\u2019est dire que la francisation du Québec a subi un échec relatif, malgré la loi 22 et la loi 101.Quelques vérités-choc à propos de l'assimilation des immigrés et allophones à la langue française Vérité n° 1 : Dès 1976-1980, le plafonnement du français comme langue d\u2019assimilation des nouveaux arrivants était visible.Il n\u2019y a pas eu d\u2019amélioration significative depuis près plus de 20 ans.Vérité n° 2 : De 1971 à 1996, la société d\u2019accueil de langue anglaise a profité davantage de l\u2019assimilation des allophones nés au Québec, que la société d\u2019accueil de langue française.En effet, parmi les allophones nés au Québec ou au Canada, le recensement de 1996 a compté dans la région de Montréal quelque 35000 anglicisés de plus qu\u2019en 1971, alors que le nombre de francisés n\u2019a augmenté que d\u2019environ 9000.Vérité n° 3 : Ce sont les dispositions des lois 22 et 101 relatives à la langue de scolarisation qui ont permis de hausser la part du français dans l\u2019assimilation.Si de 15 à 17% des allophones immigrés de 0 à 14 ans s\u2019assimilaient au français avant 1961, leur pourcentage est monté à 80% pour la cohorte de 1981-1985, et il plafonne depuis.Si bien qu\u2019on peut dire que depuis 15 ou 20 ans, la loi 101 semble avoir fait sentir tous ses effets en ce qui concerne la réorientation de l\u2019assimilation des immigrés.Les données de 1996 confirment simplement que la partie de la hausse de la part du français dans l\u2019assimilation qui serait directement attribuable aux lois 22 et 101 semble entièrement tributaire du nouveau régime scolaire.L\u2019essoufflement de la francisation a certainement à voir avec la défaite du «oui» au référendum de 1980 sur la souveraineté-association et, dans sa foulée, l\u2019activisme fédéral et fédéraliste en faveur d\u2019un retour du Québec au bilinguisme anglais-français.Cet activisme, du reste, s\u2019est encore accentué depuis la défaite du «oui» au référendum de 1995.Le Commissaire aux langues officielles du Canada intervient constamment en faveur de l\u2019élargissement de l\u2019accès à l\u2019école anglaise pour les enfants d\u2019immigrants.Or, c\u2019est justement la scolarisation en français qui est la seule disposition des lois linguistiques à avoir infléchi de façon sensible l\u2019assimilation en faveur du français !! C'est le français qui est en difficulté au Québec, pas l'anglais Au total, donc, après 30 ans de volonté nette de faire du français non seulement la langue officielle mais la langue commune du Québec, et malgré les lois 22 et 101, seulement 40% des allophones sont assimilés au français au Québec.Et cela, beaucoup grâce aux dispositions des lois linguistiques sur la langue de la scolarisation.On peut donc parler d\u2019un plafonnement, voire d\u2019un essoufflement de la francisation.D\u2019autant qu\u2019aux facteurs dont on a déjà parlé, s\u2019ajoute celui de la sous-fécondité des francophones.Le poids de la majorité francophone est à la baisse au Québec depuis 1986.Cela laisse prévoir que dans quelques décennies il y aura l\u2019amorce d\u2019un déclin en chiffres absolus (Termotte, 1996, 167).Dans la région de Montréal, où 80% des allophones du Québec élisent domicile, le poids des francophones passera bientôt sous le seuil de 50%.Dans ces conditions, il n\u2019est pas exclu que l\u2019anglais connaisse de nouveaux succès comme langue d\u2019assimilation des allophones.1.Ce texte est un résumé d\u2019une partie du Mémoire présenté au Comité mixte permanent des Langues officielles, Sénat et Chambre des communes, présenté par Charles Castonguay, le 28 avril 1998 ; et de l\u2019article du même auteur, «Tendances de l\u2019assimilation linguistique des allophones dans la région de Montréal», paru dans L\u2019Action nationale, LXXXVIII, 7, sept.1998, 55-68.Ce résumé a été préparé par Lucia Ferretti, de qui sont les sous-titres.LES INSTITUTIONS DE LA FRANCOPHONIE - Conférence des chefs d'États et de gouvernements («Sommets») (tous les deux ans, tous les membres) \u2014 - Conférence ministérielle de la Francophonie (C.M.F.) (une fois l'an, tous les membres) WÊÊÊ/ÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊIÊÊÊÊËËÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊIÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊIÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊtÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊ/ÊÊÊÊ Conseil permanent de la Francophonie (deux fois l'an, 18 membres) AIMF (grandes villes et métropoles) 60 villes Aupel-Uref (enseignement supérieur et recherche) 250 universités, grandes écoles et centres de recherche + 300 membres associés Secrétariat général .v ¦ ' Agence de la\t\tTV-5\t\tAIPLF Francophonie\t\t(consortium des\t\t(Assemblée des (ex-ACCI)\t\ttélévisions\t\tparlementaires; 47 membres, deux\t\tfrancophones)\t\t45 sections gouvernements\t\tTV-5 Europe\t\tnationales) participants\t\tTV-5 Québec-\t\t \t\tCanada\t\t \t\tTV-5 Afrique\t\t \t\tTV-5 Asie\t\t 9 SE DONNER LES MOYENS DE VIVRE EN FRANÇAIS Manifeste du Mouvement Québec français Le Mouvement Québec français a adopté trois manifestes depuis sa fondation au début des années 1970.Adopté en mars 1989, à l'occasion d'une grande manifestation qui réunit plus de 60000 personnes au Champs-de-Mars à Montréal, le 12 mars, le texte qui suit, 3e manifeste, fut présenté au premier ministre du Québec, au nom du MQF, par Guy Bouthillier, porte-parole du Mouvement Québec français, aujourd'hui président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Dix ans plus tard, le texte du MQF demeure d'actualité pour la Francophonie mondiale.Le MQF regroupe 10 grands organismes qui sont au cœur de la vie économique, sociale, culturelle et politique du Québec.Ce sont les grandes centrales syndicales du Québec, la Centrale de l\u2019enseignement du Québec (CEQ), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs/travailleuses du Québec, l'Alliance de professeurs et professeures de Montréal, ainsi que le Mouvement national des Québécois, l'Union des Artistes, l'Union des écrivains québécois, l'Union des producteurs Agricoles, l'Association québécoise des professeurs de français et, bien sûr, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.TOUS LES PEUPLES VEULENT VIVRE DANS LEUR langue.Le Québec aussi, qui veut vivre en français.C\u2019est ce que voulaient nos ancêtres.C\u2019est ce que nous voulons nous-mêmes.C\u2019est ce que voudront ceux et celles qui viendront après nous.Tous les peuples se donnent les moyens de vivre dans leur langue.Cela, qui est pour tous condition de vie, est pour le Québec français condition de survie, placés comme nous le sommes dans les circonstances adverses que l\u2019on sait, aux prises avec un géant qui nous pénètre par toutes les voies que lui assurent sa force et son prestige.Se donner les moyens de vivre en français, c\u2019est ce que le Québec a toujours cherché à faire.Mais ce n\u2019est que récemment qu\u2019il a pu commencer à le faire de façon à la fois juste et efficace : plus exactement, en 1977, quand l\u2019Assemblée nationale a fondé son droit et affirmé sa volonté de faire de sa langue la langue de l\u2019État ainsi que la langue normale et habituelle du travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce, des affaires, bref, la langue de sa vie comme peuple.Le combat du Canada anglais contre la loi 101 Or, ce qui est pourtant simple et naturel pour tous les autres peuples, les dirigeants du Canada anglais ne l\u2019acceptent pas pour nous, parce que cela heurte leurs intérêts, leurs habitudes et leurs ambitions.Ainsi, au poids des choses, qui pèsent déjà si lourd contre nous, les voit-on ajouter le poids de leur volonté, de leur organisation, de leurs moyens.Dans le combat qu\u2019il nous livre contre la loi 101 et pour soutenir l\u2019anglais chez nous, le Canada anglais a eu recours, depuis 10 ans qu\u2019il s\u2019y acharne, à des moyens de toute nature.La Constitution pouvait lui servir?Il s\u2019en est servi et, quand celle-ci eut épuisé son utilité, il s\u2019en est donné une autre qui faisait mieux l\u2019affaire.Il avait besoin d\u2019instruments pour agir?Il s\u2019est doté d\u2019appareils, et il en a soutenu d\u2019autres de son argent - de notre argent.Il avait besoin d\u2019un alibi?Il s\u2019est soudain aperçu qu\u2019il y avait chez lui certains des nôtres et qu\u2019en les aidant, il pourrait nous nuire.Il avait besoin de masquer l\u2019objectif qu\u2019il poursuivait?Il s\u2019est emparé du thème des droits individuels, jusqu\u2019alors inexistants dans son discours sur la langue, et il en a fait une arme de guerre contre nous.Il avait besoin d\u2019allécher?À ceux qui avaient longtemps rêvé d\u2019un Canada bilingue, il a proposé le bilinguisme pour le Québec.Naturellement, dans un rapport de forces si inégal entre lui et nous, le Canada anglais n\u2019a pas tardé à marquer des points, et c\u2019est morceau par morceau, article par article, mot par mot qu\u2019il a commencé à démanteler notre loi 101.Cela nous place aujourd\u2019hui dans la situation grave que l\u2019on sait.Nous voici, en effet, plus de 10 ans après l\u2019adoption de notre grande Charte de 1977, devant la même organisation continentale, devant la même volonté politique du Canada anglais, bref devant la même menace pour notre langue, mais tous les jours un peu plus dépouillés de nos moyens, car, à force de s\u2019acharner sur notre appareil de défense, on l\u2019affaiblit au point où l\u2019on tente même de nous enlever jusqu\u2019au goût de nous défendre.Non ! Ce qui se passe sous nos yeux actuellement, ce n\u2019est pas comme le prétendent nos adversaires, pour mieux nous paralyser, le combat entre l\u2019Individu et l\u2019État, le combat entre les droits individuels des uns et les droits collectifs des autres : c\u2019est la rivalité séculaire entre deux volontés collectives, deux nationalismes, deux langues, la leur et la nôtre.Cela, qui était vrai aux siècles de William Pitt et de John-A.Macdonald, ne l\u2019est pas moins aujourd\u2019hui, et le restera tant que ces deux peuples vivront côte à côte.Seuls pourraient changer, seuls doivent changer le cadre, les moyens et les conditions du combat.Non ! Ce qui se passe en ce moment sous nos yeux, et sur notre territoire, c\u2019est le combat qui oppose un des peuples les plus menacés à l\u2019un des géants les plus ambitieux de l\u2019Histoire, qui, non content d\u2019avoir installé sa langue chez lui, s\u2019emploie activement à la répandre partout, autour de nous et même chez nous.L\u2019affaire est grave car ce qui se joue en ce moment, ce sont les conditions mêmes de notre survie comme peuple - et cela nous concerne et nous interpelle tous, chacun et chacune d\u2019entre nous.Mais elle est grave aussi, car cette affaire met en cause, au fond, le droit pour un petit peuple de partager le voisinage des géants de ce monde \u2014 et cela concerne et interpelle tous les peuples, toutes les cultures, toutes les langues aux prises avec les mêmes dangers.L\u2019heure est grave.Il faut agir et le faire maintenant.Le Mouvement Québec français invite à répondre à l\u2019appel de notre langue chacun et chacune d\u2019entre nous, quels que soient par ailleurs ses origines, ses attaches particulières, son rang.En appelant au combat, le Mouvement Québec français se fonde sur la conviction que, sur la pente de la rebilinguisation sur laquelle se trouve de nouveau le Québec, il n\u2019y a pour nous, au bout du compte, qu\u2019une lente et triste disparition comme peuple.Mais ce combat, ce nécessaire combat, le MQF a la conviction tout aussi forte que les Québécois et les Québécoises peuvent le gagner.Et nous le gagnerons à la double condition que nous reprenions à l\u2019adversaire tous et chacun des morceaux qu\u2019il nous a enlevés pour ainsi nous redonner notre loi 101, et que nous restions unis autour de notre langue, unis de cette unité de cœur, d\u2019esprit et d\u2019action que symbolise le MQF, ce rassemblement où se retrouvent côte à côte, depuis bientôt 20 ans qu\u2019ils luttent ensemble, tous ces Québécois et Québécoises qui appartiennent au monde de l\u2019activité économique, de l\u2019enseignement, de la création artistique et littéraire, ainsi qu\u2019aux mouvements patriotiques.Ce combat qu\u2019il faut mener passe d\u2019abord par la réaffirmation, à la face du monde, de notre droit absolu de vivre dans notre langue et de disposer, pour le faire, des moyens nécessaires.Cela veut dire qu\u2019une action vigoureuse doit être entreprise sans tarder par notre gouvernement pour dénoncer toutes les insinuations, toutes les contre-vérités, toutes les caricatures que l\u2019on répand ici et ailleurs contre nous, contre notre langue et contre nos lois.Mais pour réaliser pleinement ce Québec français que nous voulons tous, il faudra encore mener d\u2019autres luttes et franchir de nouvelle étapes.En particulier, il faudra se donner, ou se redonner tous les moyens pour atteindre les deux objectifs capitaux que sont l\u2019intégration harmonieuse et fraternelle des immigrants à la société francophone et l\u2019instauration du français comme langue de l\u2019activité économique, c\u2019est à-dire comme langue de la production, de l\u2019encadrement, de la conception et du commandement économiques.La lutte pour réaliser ces deux objectifs sera longue, et elle empruntera plusieurs voies : revalorisation des comités de francisation des entreprises ; renforcement de l\u2019autorité des grands organismes issus de la loi 101 ; définition d\u2019un contenu pédagogique et création de structures scolaires mieux adaptées aux exigences de la formation des futurs citoyens; francisation des structures d\u2019accueil de l\u2019immigration et des procédures de naturalisation.C\u2019est à ces luttes, et à d\u2019autres encore, que le MQF se prépare et invite les Québécois et les Québécoises à se préparer.Ces luttes passent par la réappropriation de la loi 101, de toute la loi 101.Mais elles débordent le cadre de cette loi.Quoi qu\u2019il en soit, et qu\u2019elles qu\u2019en soient les péripéties, l\u2019inquiétude pour notre langue ne s\u2019éteindra, la menace sur notre langue ne s\u2019éloignera, le combat ne sera gagné définitivement que le jour où notre Assemblée nationale, notre gouvernement, notre État seront devenus les maîtres d\u2019œuvre de la politique linguistique sur notre territoire.10 PARTENAIRES POUR LA SOUVERAINETÉ: UNE SOCIÉTÉ CIVILE AGISSANTE.Suzanne La Ferrière Pour la coalition Partenaires pour la souveraineté Favoriser l\u2019émergence d\u2019une nouvelle culture politique qui place le projet de souveraineté du Québec bien au-dessus des intérêts des partis politiques, tel est l\u2019objectif des Partenaires pour la souveraineté! Quinze organismes nationaux, issus des milieux syndicaux, culturels, communautaires, étudiants et des groupes de défense des droits nationaux, représentant plus d\u2019un million de Québécoises et de Québécois, se réunissaient en 1995, pour former la plus vaste coalition de l\u2019histoire du Québec.Quatre ans plus tard, les Partenaires pour la souveraineté poursuivent inlassablement le même objectif : remettre le projet de souveraineté à l\u2019élan créateur des citoyennes et des citoyens du Québec! Une campagne originale Convaincus que la souveraineté est une chose trop importante pour être laissée aux seules mains des politiciens, les Partenaires ont mené, en 1995, leur propre campagne en faveur de la souveraineté.Dans chacune des régions du Québec, des hommes et des femmes, de tous les âges et de toutes les couches de la société se sont en effet engagés, en dehors des partis politiques, à promouvoir la souveraineté à partir de leurs propres préoccupations et aspirations.Avec leurs mots, leurs nuances et leurs différences, ils ont insufflé un dynamisme contagieux dans un débat qui, trop souvent, tendait à s\u2019enliser dans les batailles de chiffres.Du même souffle, les organismes nationaux membres de la coalition se donnaient une plateforme commune, résolument progressiste, dans les domaines de l\u2019économie, de l\u2019éducation, des politiques sociales, des relations internationales, de la citoyenneté, de la culture et des droits et libertés.Une première au Québec ! Une série d\u2019événements publics, imaginés par la coalition Partenaires pour la souveraineté, furent autant d\u2019occasions de faire entendre la voix de la société civile québécoise.Des événements porteurs de messages faisant appel à des valeurs telles l\u2019engagement, la générosité, le courage et l\u2019estime de soi.Des messages adressés tout particulièrement aux jeunes, aux femmes, aux Québécoises et aux Québécois d\u2019adoption mais aussi aux communautés franco-canadiennes et acadienne.L'engagement des Partenaires envers la francophonie canadienne Tout affaiblissement du Québec, soutiennent les Partenaires pour la souveraineté, ne peut se traduire que par un recul du fait français en Amérique du Nord.En devenant souverain, le Québec pourra soutenir plus concrètement et fermement les communautés francophones et acadienne dans la défense et la promotion de leurs droits historiques légitimes.Dans un document intitulé Un devoir de solidarité et rendu public le 30 août 1995, les Partenaires pour la souveraineté mettaient de l\u2019avant l\u2019idée «qu\u2019un Québec souverain propose au Canada de constituer, d\u2019un commun accord, une Commission bilatérale canado-québécoise, formée en nombre égal de représentantes et de représentants des deux États, ayant comme mandat, de sa propre initiative ou à la demande de l\u2019un ou l\u2019autre gouvernement, d\u2019enquêter publiquement et de faire des recommandations sur les questions relatives au respect des droits, à la préservation des institutions et à la promotion de la culture des communautés francophones et acadienne du Canada et de la communauté anglophone du Québec».Cette proposition constituait une nouvelle avenue, encore inexplorée par les partis politiques.« De la même façon que le peuple québécois et son gouvernement ont pris un engagement solennel quant au respect des droits de la communauté anglophone dans un Québec souverain, indiquaient les Partenaires, le peuple canadien et son gouvernement doivent s\u2019engager constitutionnellement et dans les faits à préserver les droits historiques des communautés francophones et acadienne du Canada, advenant la souveraineté du Québec».Cette proposition innovatrice, qui a reçu l\u2019appui du Bloc québécois, illustre bien que l\u2019on peut donner un contenu bien concret aux possibilités d\u2019association entre le Québec souverain et le Canada, en l\u2019occurrence par le biais d\u2019un mécanisme qui accorderait enfin au Québec une capacité réelle de soutenir la francophonie canadienne.L'après-référendum Depuis 1995, l\u2019effort des Partenaires pour la souveraineté fut de lutter contre l\u2019inévitable déception qui a suivi la défaite et la tendance de plusieurs organismes à se replier sur leurs propres préoccupations internes.De fait, les grands organismes nationaux ainsi que des regroupements mis sur pied pendant la campagne référendaire ont maintenu le cap en s\u2019opposant vigoureusement aux différentes manœuvres visant à nier au peuple québécois le droit de décider de son avenir.Concurremment, la coalition Partenaires pour la souveraineté a continué à promouvoir la souveraineté, au Québec et à l\u2019étranger, dans une perspective de progrès social, de solidarité et de développement de la culture québécoise.Après tout, la souveraineté n\u2019est pas une coquille vide.Elle n\u2019est que le début de l\u2019incarnation de nos rêves ! Avis aux Internautes ! Retrouvez L\u2019Action nationale sur Internet ! http://www.action-nationale.qc.ca Vous y retrouvez : \u2022\tl'éditorial \u2022\tdes articles : social - culture - politique \u2022\tdes faits saillants sur l'épargne \u2022\tdes billets hebdomadaires \u2022\tdes textes majeurs parus dans la revue \u2022\tl'abonnement en ligne Venez naviguer et donnez-nous vos commentaires ou suggestions ! Notre courriel : revue@action-nationale.qc.ca I-1 «Kg* L \u2019Année francophone internationale édition 2000 présente le panorama de l\u2019espace francophone le plus complet à l\u2019heure actuelle dans toute la francophonie.Cet ouvrage de plus de 400 pages se divise en trois parties : Editorial ; Pays et régions ; Idées et événements.Pour chacun des pays traités dans la seconde partie le lecteur pourra prendre connaissance des faits marquants de l\u2019année dans les domaines suivants: politique, économie, société, culture, sports et une bibliographie, souvent commentée, des plus importantes parutions en français dans chacun de ces pays.La troisième partie traite quant à elle des grands courants de pensée ayant animé la Francophonie ainsi que des principales organisations internationales qui y oeuvrent.Grâce à l\u2019implication de plus de 200 collaborateurs, la plupart d\u2019entre eux étant d\u2019éminents universitaires bénéficiant d\u2019une reconnaissance internationale, 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656-5772; Fax: (418) 656-7017; Courriel: AFI@fl.ulaval.ca Site internet : http://www.francophone.net/AFI S.V.P.établir votre chèque à l\u2019ordre de L Année francophone internationale.il L'ACADIE DES CONTRASTES Patrice Dallaire Dans la foulée du 2e Congrès mondial acadien et à la veille de la tenue du 8e Sommet de la Francophonie à Moncton, en Acadie, il convient de s\u2019interroger sur ce qu\u2019est l\u2019Acadie.N\u2019étant en fait ni une région aux frontières précises et encore moins une province, l\u2019Acadie est à la fois un concept politique difficile à cerner et une réalité sociologique incontournable.C\u2019est Jean Daigle qui, dans L\u2019Acadie des Maritimes, disait que le mot Acadie cache deux réalités.En fait, l\u2019Acadie recèle des réalités aussi nombreuses que les communautés qui forment son peuple, tout en offrant à ceux qui les découvrent de multiples occasions de s\u2019interroger sur le sens à donner à la vie en milieu minoritaire ou de s\u2019émerveiller face aux efforts de ces communautés pour assurer la survie de leur langue et de leur culture.Encore aujourd\u2019hui, après bientôt 400 ans de voisinage, peu de Québécois connaissent assez bien l\u2019Acadie pour en saisir toutes les facettes.Ceux-ci n\u2019ont qu\u2019une vague idée de ce qu\u2019est le peuple acadien (qu\u2019ils perçoivent comme un monolithe alors qu\u2019il est hétérogène).Ils sont conscients de la présence d\u2019Acadiens au Nouveau-Brunswick, mais ils ignorent leur nombre réel (240000) et leur importance relative dans la population de la province (31 %).Quant à la présence d\u2019Acadiens à l\u2019île-du-Prince-Édouard (5 000 habitants et 4 % de la population) et en Nouvelle-Écosse (37 000 personnes représentant environ 4 % de la population), les Québécois la découvrent, plus souvent qu\u2019autrement par hasard, lorsqu\u2019ils sont de passage dans ces provinces.Qu\u2019il y ait des régions où les Acadiens sont majoritaires dans ces deux provinces, où la vie se déroule d\u2019abord en français ou en langue acadienne locale, devient alors une découverte qui fait chaud au cœur et qui redonne un peu d\u2019espoir quant à la survie du fait français en dehors du Québec et des régions acadiennes du Nouveau-Brunswick.Certes, nous sommes des milliers à nous prélasser, quelques semaines tous les étés, sur les plages des Maritimes ou à emprunter la « route de l\u2019Acadie » pour y découvrir le Village historique acadien de Caraquet ou le Pays de la Sagouine à Bouctouche.Ces vacances estivales, quelques jours ou quelques semaines tout au plus, ne permettent pas de découvrir véritablement l\u2019Acadie d\u2019aujourd\u2019hui, d\u2019apprécier sa littérature, son entrepreneurship et sa musique ; encore moins de cerner ce qui façonne l\u2019identité acadienne, une identité distinctive qui était reconnue dès le début de la présence française sur le continent américain.D\u2019ailleurs, la fondation de l\u2019Acadie remonte à 1604, quatre ans avant le premier hivernement de Champlain à Québec, une aînesse que les Acadiens ne se privent pas de rappeler à certains Québécois à la mémoire ou aux manières défaillantes.Les rares émissions diffusées par la Société Radio-Canada et mêmes les topos des reporters de la maison d\u2019État ont tendance à renforcer les clichés existants.Heureusement, l\u2019arrivée en ondes de l\u2019émission - L\u2019Atlantique en direct » au Réseau de l\u2019information (RDI) et la diffusion d\u2019émissions comme «Temps d\u2019affaires» et «Trajectoires» sur l\u2019ensemble du réseau canadien permettent de découvrir l\u2019Acadie moderne, celle de l\u2019entreprenariat le plus dynamique en Atlantique, celle d\u2019artistes pluridisciplinaires comme Herménégilde Chiasson, celle du cinéaste Phil Comeau, celle de poètes comme Gérald LeBlanc et Raymond-Guy LeBlanc, celle de Mari-Jo Thério, de Ronald Bourgeois ou du groupe Barachois.Bref, le dénominateur commun, pour la plupart des Québécois face à l\u2019Acadie, est l\u2019ignorance.Certes, il ne s\u2019agit pas d\u2019une ignorance qui borde le mépris, comme celle de nombreux anglophones qui sont voisins d\u2019Acadiens ou même vivent au cœur de régions acadiennes et qui ne manifestent aucune espèce de curiosité vis-à-vis le fait acadien, l\u2019histoire et la culture de ce peuple.Presque invariablement, les Québécois qui « découvrent » le peuple acadien manifestent le désir de mieux connaître et d\u2019aider ce peuple voisin qui entre dans leur vie comme un parent longtemps disparu, porté pour mort, qui refait tout à coup surface au gré du hasard.Un pays de contradictions Curieusement, pour l\u2019observateur averti, plutôt que de mieux la comprendre, l\u2019Acadie devient un pays de contradictions, sinon un pays, une notion contradictoire.D\u2019ailleurs, dès le début de la colonisation en Amérique, les autorités françaises établissaient une différence dans leur correspondance, au niveau administratif, entre l\u2019Acadie et la Nouvelle-France.Au XIXe siècle, la société acadienne s\u2019est développée en marge des majorités anglophones des provinces maritimes.Pendant que les anglophones investissaient tous les lieux de pouvoir, les Acadiens, eux, se donnaient une nouvelle cohésion intérieure et se constituaient largement en faisant fi du pouvoir établi.La renaissance acadienne fut un préalable à la reconnaissance de l\u2019Acadie, de son peuple et de ses droits.Il s\u2019est écoulé au moins un siècle entre la déportation des Acadiens, en 1755, et la renaissance de ce peuple dans les provinces maritimes.Ce qu\u2019il faut retenir, cependant, c\u2019est que toutes les victoires du peuple acadien ont été acquises de chaudes luttes, dans un contexte extrêmement hostile Historiquement, l\u2019Acadie a toujours été ballottée.Dès le début de la colonie, son isolement et sa vulnérabilité font en sorte que la population acadienne apprend à coexister et à s\u2019accommoder de ses voisins anglophones.Au XVIIIe siècle, la petite colonie était déchirée entre sa fidélité à la France ancestrale et l\u2019Angleterre qui était souveraine sur son territoire dès le traité d\u2019Utrecht en 1713- Au siècle suivant, les Acadiens, de retour en Acadie après le traumatisme de leur déportation, étaient tourmentés entre le souvenir de leur Grand dérangement et les perspectives offertes par la renaissance acadienne et la restructuration discrète de leur société en fonction de la survivance de leur peuple.Enfin, au XXe siècle, le peuple acadien, surtout dans le contexte de la problématique Québec-Canada, a vu son cœur balancer entre l\u2019État fédéral (et la relative sécurité culturelle qu\u2019il offre) et l\u2019État québécois (dont on sait, instinctivement, qu\u2019il doit demeurer fort pour aider l\u2019Acadie, mais dont on craint que l\u2019affirmation ne débouche sur la souveraineté).Comme aux XVIIe et XVIIIe siècles, l\u2019Acadie assiste impuissante au déroulement d\u2019un conflit dont dépendra son sort.Au cours du dernier siècle, les Acadiens ont intériorisé (certains diraient «sublimé») leurs contradictions.Dans le contexte du débat Québec-Canada, les Acadiens, qui se croient menacés par la perspective de la souveraineté du Québec, affirment qu\u2019ils ont besoin de sa présence dans la fédération canadienne pour assurer leur avenir en Acadie.Par contre, ils déclarent du même souffle qu\u2019ils peuvent très bien se passer des Québécois, ayant survécu à des tribulations historiques autrement plus dramatiques que la souveraineté du Québec.Cette contradiction face à nos destins séparés et collectif, les Acadiens du Nouveau-Brunswick, qui représentent la même proportion (85 %) au sein du peuple acadien que le Québec au sein de la francophonie canadienne, la vivent face à leurs frères et sœurs de la Nouvelle-Écosse et de l\u2019Ile-du-Prince-Édouard, envers le destin desquels ils sont sympathiques, mais auxquels ils refusent le droit de s\u2019objecter à leurs choix.Ainsi, les Acadiens du Nouveau-Brunswick s\u2019opposent à l\u2019Union des Provinces maritimes, par instinct de préservation, même s\u2019ils savent qu\u2019une telle union servirait leurs frères acadiens des autres provinces.Par contre, ces mêmes Acadiens du Nouveau-Brunswick demandent aux Québécois de sursoir à leur destin, de faire fi de leur propre instinct de préservation, pour assurer la survie de leurs « cousins » acadiens des Maritimes.Mais la contradiction la plus spectaculaire saute tellement aux yeux qu\u2019elle en est aveuglante.Ainsi, en observant la scène acadienne, dans l\u2019ensemble des provinces maritimes, on constate qu\u2019il n\u2019y a jamais eu autant d\u2019institutions au service des Acadiens, dans tous les domaines de la vie collective, qu\u2019aujourd\u2019hui.Voilà pour la façade aveuglante! Au même moment, les données de Statistique Canada nous offrent un portrait des plus sombres : les taux d\u2019assimilation n\u2019ont jamais été aussi élevés qu\u2019actuellement ! La formation de l'identité acadienne La notion d\u2019identité acadienne a ceci de particulier que des étrangers ont largement contribué à son façonnement.Ainsi, un Américain, Henry Wadsworth Longfellow, est à l\u2019origine de la création du personnage mythique Évangéline, en 1847, dont l\u2019histoire a contribué à faire connaître partout dans le monde l\u2019odyssée du peuple acadien.Un Québécois, Pamphile LeMay, fut le premier à traduire en français l\u2019ouvrage (1865) de Longfellow.Un autre Québécois, Mgr Lefebvre, a fondé le Collège de Memramcook, ancêtre de l\u2019actuelle Université de Moncton, qui a joué le même rôle dans l\u2019accession à la modernité de l\u2019Acadie qu\u2019a joué l\u2019Université Laval au Québec ; en outre, des congrégations religieuses du Québec sont à l\u2019origine de la fondation de presque toutes les institutions d\u2019enseignement et des hôpitaux acadiens au cours de la période I860 à 1950.En fait, il s\u2019agit bien plus que du développement de l\u2019identité acadienne, mais plutôt de l\u2019édification d\u2019infrastructures d\u2019enseignement, de formation, sociales, journalistiques et coopératives qui ont joué un rôle central dans le façonnement de cette identité.Moncton, site du 8e Sommet de la Francophonie, incarne, elle aussi, plusieurs contradictions.C\u2019est une ville dont on dit qu\u2019elle est l\u2019exemple vivant de « l\u2019harmonie » entre Acadiens et anglophones, mais où les premiers se font assimiler à un rythme deux fois plus élevé qu\u2019ailleurs au Nouveau-Brunswick.Il est tout de même curieux qu\u2019une ville nommée en l\u2019hon- 12 neur d\u2019un des commandants militaires responsables de l\u2019expulsion des Acadiens puisse prétendre aujourd\u2019hui au titre de métropole et même de capitale de l\u2019Acadie.Siège de nombreux organismes et institutions acadiennes, Moncton s\u2019affirme de plus en plus comme le principal centre où se décide, formellement et informellement, l\u2019avenir de l\u2019Acadie.Parmi les organismes officiels chargés de promouvoir la langue française ainsi que la culture et l\u2019identité acadiennes, ayant leur siège social dans la région de Moncton, on compte le fleuron de l\u2019économie acadienne, Assomption-Vie, le Conseil économique du Nouveau-Brunswick, le Conseil provincial des sociétés culturelles et la Société nationale de l\u2019Acadie.C\u2019est aussi dans cette ville que le Québec et la France ont choisi d\u2019établir leur représentation officielle pour l\u2019Est du Canada.On ne peut traiter de l\u2019Acadie moderne sans s\u2019attarder un peu au nouveau pouvoir économique acadien.Nouveau parce qu\u2019il est, à l\u2019image de celui des francophones du Québec, récent.Ce pouvoir est incarné par des gens d\u2019affaires qui ont réussi ou sont en pleine ascension, on pense ici, notamment, aux Bernard Cyr, Bernard Imbeault, Claude Savoie, Raymond Savoie, Bertrand Hall, Louis Légère, Éloi Duguay, etc.Malgré la garde montante acadienne, la situation économique des Acadiens est précaire.Comme les statistiques officielles l\u2019indiquent et comme les études du professeur André Leclerc du campus d\u2019Edmundston de l\u2019Université de Moncton l\u2019ont démontré, il est impossible de nier qu\u2019il y a une dimension linguistique associée au sous-développement des régions acadiennes.Malgré cela, les gouvernements et les médias refusent d\u2019admettre cette réalité.Ne serait-ce pas là le premier geste à poser dans l\u2019élaboration d\u2019une stratégie pour remédier à la situation ?L'Acadie : un bref portrait par province À partir du Québec, l\u2019Acadie peut paraître monolithique.L\u2019image que nous avons d\u2019elle est un peu floue.Dans notre esprit, elle est souvent assimilée à un seul accent, une seule région.Pourtant, l\u2019Acadie est tout sauf un monolithe.Pour de nombreux Québécois et, il faut bien le dire, pour de nombreux Acadiens aussi, l\u2019Acadie se limite au Nouveau-Brunswick.Pourtant, l\u2019Acadie, c\u2019est aussi la Nouvelle-Écosse qui est, en fait, le berceau historique du peuple acadien et le principal endroit d\u2019où s\u2019effectuèrent les déportations de 1755 à 1763.L\u2019Acadie, c\u2019est également l\u2019île-du-Prince-Édouard, l\u2019historique Ile Saint-Jean cédée aux Anglais par le traité de Paris de 1763- L\u2019Acadie est aussi présente au Québec, non seulement via de nombreaux villages éparpillés sur le territoire québécois (en Montérégie, en Mauricie et sur la Côte-Nord, notamment), mais surtout en Gaspésie et aux Iles-de-la-Madeleine.Il suffit de voir le nombre de drapeaux tricolores étoilés qui flottent dans ces régions pour comprendre la vivacité des racines acadiennes d\u2019une grande partie de la population de ces deux régions québécoises.Ce qu\u2019il faut noter, cependant, c\u2019est le caractère éclaté de l\u2019identité acadienne dans les trois provinces maritimes.En fait, à plusieurs égards, les Acadiens d\u2019une même province, qu\u2019il s\u2019agisse du Nouveau-Brunswick, de l\u2019île-du-Prince-Édouard ou de la Nouvelle-Écosse, ont souvent moins en commun, entre eux, que des Québécois issus de régions aussi éloignées que l\u2019Abitibi et le Bas Saint-Laurent.Le Nouveau-Brunswick Dès le départ, ne serait-ce qu\u2019à l\u2019oreille, il est évident que l\u2019Acadie du Nouveau-Brunswick est constituée de groupes différents.D\u2019abord, il y a le Sud-Est, les comtés de Kent et Westmoreland, qui englobent le Chignectou historique et ce que l\u2019on appelle aujourd\u2019hui la région d\u2019Acadie-Beauséjour.Bien que les Acadiens soient majoritaires presque partout, sauf à Moncton et dans la région à l\u2019ouest de cette ville, le parler acadien y est fortement influencé par la langue anglaise, sa syntaxe et sa structure de pensée.C\u2019est également dans cette région qu\u2019on retrouve le « chiac », une forme d\u2019expression langagière (car on ne peut pas parler d\u2019une langue, puisqu\u2019il n\u2019obéit à aucune règle grammaticale ou structurelle précise) où se mélange le français, l\u2019anglais, les anglicismes et les calques.La Péninsule acadienne ou région du Nord-Est est une région où 95% des habitants parlent le français.Bien qu\u2019il soit impossible, même là, d\u2019échapper à la présence quotidienne de l\u2019anglais, la péninsule est aussi francophone que la plupart des régions du Québec.On y retrouve une approche politique où le sentiment de former une majorité prime.De nombreux habitants de cette région n\u2019ont jamais mis les pieds à Halifax ou à St-John, mais presque tous ont visité Québec et Montréal, pourtant plus éloignées.Même Moncton, à trois heures à peine de Caraquet, est une terre étrangère pour de nombreux Acadiens de la Péninsule.Le Nord-Ouest ou région du Madawaska, la patrie des Brayons que ni les Acadiens et ni les Brayons n\u2019étaient intéressés à voir se fondre à un grand tout acadien au Nouveau-Brunswick, est influencé à la fois par le Nouveau-Brunswick anglophone et par ses voisins du Québec et du Maine.Au cours des dernières années, la situation a évolué.La «République du Madawaska» se décrit maintenant, elle-même, comme «l\u2019Acadie des terres et forêts ».La nouvelle ville d\u2019Edmundston, cœur administratif, est maintenant la plus grande ville francophone à l\u2019est du Québec.Son maire, Jacques Martin, est non seulement un grand Acadien et un promoteur infatigable de la langue française, mais aussi un ami du Québec.Beaucoup des habitants du Madawaska ont plus en commun avec le Témiscouata québécois qu\u2019avec le Sud-Est.Alors qu\u2019il faut rouler trois heures pour se rendre à Québec à partir d\u2019Edmundston, il en faut près de cinq pour se rendre à Moncton.Ce phénomène physique a joué lui aussi contre l\u2019unité des régions acadiennes et en faveur de l\u2019isolement du Sud-Est.Pour compléter le tableau néo-brunswickois, il faut ajouter le Nord de la Province et la très francophone région Chaleur, ainsi que la plus bilingue Restigouche, dont la population francophone est à la fois attirée par le Québec voisin et par son appartenance politique et généalogique à l\u2019Acadie.Les relations sont souvent tendues entre les habitants de ces quatre régions.Par contre, l\u2019évolution des dossiers politiques et une plus grande centralisation administrative ont contribué à un rapprochement entre les grandes concentrations de populations acadiennes du Nouveau-Brunswick.De nombreux organismes, de par leur action, ont aussi joué un rôle important dans le développement, sinon d\u2019une identité commune, au moins d\u2019une prise de conscience que ces régions, au-delà de leurs différences historiques, avaient des intérêts communs et que seule une solidarité renouvelée leur permettrait de prévaloir auprès des autorités provinciales (anglophones) de Fredericton.Parmi les organismes ayant animé ce courant unificateur, on note la Société des Acadiens et des Acadiennes du Nouveau-Brunswick, l\u2019Association des municipalités du Nouveau-Brunswick, la Société nationale de l\u2019Acadie, le Conseil économique du Nouveau-Brunswick et même l\u2019Université de Moncton.la Nouvelle-Écosse Les communautés acadiennes de la Nouvelle-Écosse sont aussi diversifiées que le sont les régions géographiques de cette province.En fait, à bien des égards, les Acadiens qui habitent les diverses régions de la Nouvelle-Écosse ressemblent un peu, sociologiquement, aux endroits qu\u2019ils habitent.Au Cap-Breton, les Acadiens de Chéticamp, campés près du Parc national des Hautes-Terres, à l\u2019image des montagnes spectaculaires baignées par l\u2019imprévisible golfe Saint-Laurent, sont hardis, fiers, indépendants et, même si, pour la plupart, ils réchigneront à la comparaison, les plus « Québécois » des Acadiens de la Nouvelle-Écosse.Du moins, c\u2019est là l\u2019avis de plusieurs de leurs compatriotes acadiens néo-écossais.Ceux de l\u2019île Madame sont, par définition, insulaires.Ils sont tranquilles comme les petites baies où sont campés leurs villages et lorsqu\u2019ils vous adoptent, ils sont aussi généreux que la mer qui les a si longtemps nourris.Désavantagés par une terre pauvre que le roc perce un peu partout, ils sont enracinés dans leur île de façon aussi résolue que les arbustes qui en sortent.En se déplaçant vers le sud, on traverse le détroit de Canso pour rapidement trouver sur son chemin le petit hameau qu\u2019est Pomquet.Aussi original que ne l\u2019est sa présence, ce petit peuple, complètement isolé du reste de l\u2019Acadie, a survécu à l\u2019Histoire qui l\u2019a un peu laissé pour compte.Les Acadiens de Pomquet ne sont que quelques centaines, mais ils se sont donné une raison d\u2019être aussi unique que le petit coin de pays qu\u2019ils occupent.Leur survie tient presque du miracle.Au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, nous retrouvons les régions de la Baie Sainte-Marie et d\u2019Argyle ou, dans la langue locale, Par-en-bas.Un peu plus au sud, on retrouve les villages de Par-en-Bas, dont Pubnico-Ouest où l\u2019on retrouve le plus vieil établissement acadien, habité par les mêmes familles expulsées en 1755 et retournées au cours des décennies suivantes.Parsemés entre des villages anglais ou anglicisés, les villages acadiens de cette région sont habités par des gens dont l\u2019âme est divisée.D\u2019un côté, ils se disent et sont fièrement acadiens, d\u2019un autre côté, ils demandent, dans 80% des cas, à leurs prêtres de célébrer leur mariage ou les baptêmes en langue anglaise, car il y a toujours un beau-frère ou une belle-sœur anglophone qu\u2019il faut bien se garder d\u2019offenser ! Enfin, il y a les Acadiens et autres francophones de la région de Halifax.Cosmopolite comme l\u2019est cette ville, la communauté francophone de la capitale néo-écossaise est formée d\u2019Acadiens d\u2019un peu partout en Nouvelle-Écosse, de Québécois attirés à Halifax par leur emploi dans la fonction publique fédérale ou dans les forces armées, et de Français ayant choisi de vivre en Nouvelle-Écosse.L\u2019île-du-Prince-Édouard L\u2019île-du-Prince-Édouard, dont près de 20% de la population est d\u2019origine acadienne, ne compte plus que 5 % de francophones ; témoignage des ravages de l\u2019assimilation.Aujourd\u2019hui, seule la région Évangéline, à l\u2019ouest de Summerside, possède une majorité francophone.Celle-ci a 13 survécu parce qu\u2019elle s\u2019est dotée d\u2019institutions homogènes, dont une école primaire et secondaire, dès les années I960.La région Évangéline est aussi le siège de nombreuses autres institutions comme la Société éducative, le Village historique, la Société de développement de la Baie acadienne, le bureau du Secrétariat provincial des affaires francophones, divers festivals, etc.Enfin, cette région remporte le championnat mondial de la coopération, possédant plus de coopératives per capita que tout autre endroit.Ailleurs en province, que cela soit à Souris, Rustico et Tignish, les Acadiens, dépouillés de leurs écoles de rang par la consolidation scolaire des années I960, ont perdu leur langue.Certes, certains la parlent encore, entre eux surtout, car souvent ils n\u2019osent pas l\u2019utiliser devant un étranger.De valeureux efforts de refrancisation ont lieu à Rustico et Tignish, le drapeau acadien y flotte plus souvent et plus fièrement qu\u2019il y a quelques années.L\u2019arrivée d\u2019écoles de langue française, si elle se concrétise, permettra peut-être de retarder, rêvons un instant, de renverser ce qui semble inévitable.Il faut souligner qu\u2019en Nouvelle-Écosse et à l\u2019île-du-Prince-Édouard, la lutte politique des Acadiens prend une allure plus discrète qu\u2019au Nouveau-Brunswick.Ceci peut s\u2019expliquer à la fois par la faiblesse numérique (moins de 5 %) des populations acadiennes de ces deux provinces et par leur éparpillement dans diverses communautés.Pour les Acadiens de ces deux provinces, l\u2019action politique veut dire une promotion tranquille de leurs intérêts.Être trop identifié à l\u2019activisme de certains organismes peut anéantir, avant même qu\u2019elles ne prennent leur envol, les ambitions politiques d\u2019un Acadien ou d\u2019une Acadienne.Lorsqu\u2019un sujet aussi controversé que la question scolaire devient l\u2019enjeu central d\u2019une élection, il peut signifier la défaite.Pourquoi?Parce que les Acadiens, dans certaines régions des Maritimes, craignent de «déranger» la majorité anglophone avec leurs revendications.Terre-Neuve Terre-Neuve représente un cas particulier.Sa population francophone est un unique mélange d\u2019Acadiens, de Madelinots, de St-Pierrais, de Français, de Basques, etc.Ils forment, dans trois petits villages de la Côte ouest de Terre-Neuve, une communauté d\u2019irréductibles qui résistent encore, un peu comme les Gaulois d\u2019Astérix.Ils forment, en quelque sorte, un nouveau peuple, fier et riche de l\u2019amour qu\u2019ils portent à leur région.Ils méritent qu\u2019on n\u2019oublie pas qu\u2019ils existent.Ailleurs à Terre-Neuve, des francophones sont présents à St-Jean et au Labrador.Dans ces deux derniers cas, on y retrouve une forte proportion de Québécois d\u2019origine, mais aussi d\u2019Acadiens et de Français.Ce qui est le plus épuisant dans toutes ces régions acadiennes, quoique dans une moindre mesure au Nouveau-Brunswick, c\u2019est qu\u2019il faille à chaque fois se battre pour recevoir ce que la majorité anglaise obtient automatiquement sans avoir à revendiquer.Ceci mine les esprits, décourage les moins forts, écrase les timorés.Cela résulte, en fait, en un incroyable gaspillage d\u2019énergie et de talents qui eussent été plus utiles pour les communautés acadiennes en étant consacrés à leur épanouissement plutôt qu\u2019affectés à des luttes pour l\u2019obtention de services fondamentaux.Pendant que d\u2019autres construisent, les Acadiens s\u2019épuisent à livrer des luttes souvent stériles.N\u2019eut-il pas été plus équitable de simplement reconnaître leurs droits historiques?De nombreux Acadiens croient que le Sommet de Moncton n\u2019aura aucun impact sur leur collectivité.D\u2019autres pensent qu\u2019il leur permettra de faire un pas de plus vers la reconnaissance de leur spécificité.Ils croient qu\u2019il contribuera à une prise de conscience de la précarité de leur existence, avec comme corollaire une plus forte mobilisation des organismes acadiens et des gouvernements dans l\u2019élaboration d\u2019un projet de société visant à assurer la pérennité du fait acadien.Souhaitons que ces derniers aient raison! Il faut que nous, Québécois, nous souvenions que si l\u2019on peut parler d\u2019un « peuple » acadien, celui-ci est la somme de nombreuses « communautés » acadiennes, chacune ayant développé, au cours des siècles, un caractère distinct.Ces communautés doivent toutes, à un degré ou à un autre, composer avec une majorité anglophone.Il convient aussi de se rappeler que, malgré ses contradictions, le peuple acadien existe et qu\u2019il mérite qu\u2019on s\u2019intéresse à lui, dans toute sa complexité et sa fragilité.Notre propre avenir, comme peuple francophone voisin, en dépend en partie.La devise acadienne n\u2019est-elle pas L\u2019union fait la force?MONTFORT: UNE LUTTE HISTORIQUE POUR LA FRANCOPHONIE CANADIENNE À UNE ÉTAPE DÉTERMINANTE Michel Gratton Consultant en communication, SOS Monfort L\u2019une des plus grandes luttes de l\u2019histoire de la francophonie canadienne a franchi une étape déterminante en juin dernier, alors que les défenseurs de l\u2019Hôpital Montfort plaidaient leur cause devant trois juges de la Cour divisionnaire de l\u2019Ontario.Il y a maintenant deux ans et demi que dure le combat pour sauver le seul hôpital francophone universitaire de tout l\u2019Ontario et de tout le Canada, à l\u2019ouest du Québec, un hôpital qui dessert sur son territoire immédiat quelque 200000 Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes.La communauté franco-ontarienne est donc aujourd\u2019hui dans l\u2019attente de cette décision historique, d\u2019une importance capitale pour l\u2019avenir de la francophonie en Ontario et au Canada.Montfort a déjà remporté une victoire légale importante plus tôt cette année en obtenant de la Cour qu\u2019aucune des directives touchant l\u2019hôpital francophone ne soit mise en vigueur tant que Montfort n\u2019aura pas épuisé tous les moyens légaux à sa disposition, c\u2019est-à-dire jusqu\u2019à la Cour suprême si nécessaire - une injonction d\u2019une portée exceptionnelle.Mais, les défenseurs de Montfort espèrent évidemment qu\u2019un jugement favorable viendra sous peu mettre fin à une crise qui a déjà trop duré.Les avocats de Montfort ont maintenu devant le tribunal que les coupures radicales de services à l\u2019hôpital francophone, dont le service d\u2019urgence et tous les lits de soins aigus sauf ceux d\u2019obstétrique et de santé mentale, diminueraient tellement l\u2019institution qu\u2019elle ne serait plus en mesure d\u2019exercer le rôle crucial qu\u2019elle joue depuis presque 50 ans pour la communauté francophone de la région d\u2019Ottawa et de l\u2019Ontario.Les avocats soutiennent donc que les directives touchant Montfort discriminent injustement la population francophone et vont à l\u2019encontre de l\u2019article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés qui protège les groupes vulnérables de toute discrimination.La cause de Montfort s\u2019appuie entre autres sur le récent jugement de la Cour suprême du Canada sur la sécession du Québec, qui a, selon les juristes, réécrit la loi constitutionnelle au pays en ce qui touche les droits des minorités linguistiques.En somme, ce que Montfort soutient, est qu\u2019il y a des limites aux gestes que peut poser un gouvernement lorsqu\u2019il touche si directement la minorité qu\u2019il en menace la survie.La crise de Montfort a connu plus d\u2019un rebondissement depuis ce 24 février fatidique de 1997 où une Commission provinciale de restructuration composée alors uniquement d\u2019anglophones annonçait la fermeture définitive de l\u2019établissement situé dans l\u2019est d\u2019Ottawa.L\u2019annonce complètement inattendue a immédiatement provoqué un soulèvement sans précédent au sein de la communauté franco-ontarienne se sentant autant menacée par la disparition de l\u2019institution unique et essentielle à son épanouissement qu\u2019elle ne l\u2019avait été presqu\u2019un siècle plus tôt par l\u2019imposition de l\u2019infâme Règlement 17 - qui bannissait le français des écoles de la province.Du jour au lendemain, la cause de Montfort prenait une envergure nationale.Le premier ministre du Québec, M.Lucien Bouchard, affirmait que la fermeture de Montfort causerait « un tort irréparable» à la communauté franco-ontarienne.Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, déplorait également la décision, comme une foule d\u2019autres politiciens et leaders d\u2019opinion, francophones autant qu\u2019anglophones, d\u2019un bout à l\u2019autre du pays.Quelque trois semaines après l\u2019annonce de la fermeture, le comité S.O.S.Montfort, voué à la défense de l\u2019Hôpital et dirigé par Mme Gisèle Lalonde, celle qui est devenue le symbole de cette lutte épique, parvenait à rassembler plus de 10 000 sympatisants à la cause pour un ralliement monstre au Centre municipal d\u2019Ottawa.L\u2019événement était diffusé en direct sur la télévision nationale.Une pétition protestant la fermeture de Montfort rassemble en un peu plus d\u2019un mois plus de 132000 noms.Pendant six mois, S.O.S.Montfort défraie la manchette presque quotidiennement, appuyé par le journal Le Droit qui renoue avec la tradition qui l\u2019a vu naître en réaction au Règlement 17.Le 13 août, la Commission de restructuration remet son rapport final pour les hôpitaux de la région d\u2019Ottawa-Carleton.Elle recule.Montfort ne fermera pas, mais on réduit ses services à tel point que la présidente du conseil d\u2019administration de l\u2019Hôpital, Mme Michelle de Courville-Nicol conclue qu\u2019on «ne nous laisse qu\u2019une coquille vide ».Mme Gisèle Lalonde déclare pour sa part que «la lutte de S.O.S.Montfort» continue.La communauté franco-ontarienne consternée doit en effet accepter que le renversement de la décision initiale de la Commission n\u2019est en fait que de la poudre aux yeux, et que Montfort est condamné à l\u2019insignifiance et à une mort à petit feu.14 Le conseil d\u2019administration de l\u2019Hôpital décide d\u2019adopter une stratégie à deux voies parallèles, en tentant de négocier une entente acceptable avec la Commission d\u2019une part, tout en préparant la cause légale dans l\u2019éventualité d\u2019une impasse.Les discussions avec la Commission sont une autre randonnée de montagnes russes, alors que d\u2019une semaine à l\u2019autre on voit les possibilités de règlement venir et s\u2019envoler.Le désespoir et la frustration commencent à saisir les défenseurs de S.O.S.Montfort et le personnel de Montfort.Les médecins menacent de démissionner en bloc.En juin 1998, l\u2019Hôpital est au bord de l\u2019éclatement.Acculé au mur par l\u2019intransigeance de la Commission, le conseil d\u2019administration de Montfort décide qu\u2019il n\u2019a plus le choix que de s\u2019en remettre à la justice.Le 30 juillet, une requête en révision judiciaire est déposée en Cour divisionnaire de l\u2019Ontario par Mme Gisèle Lalonde, Mme Michelle de Courville-Nicol et l\u2019Hôpital Montfort.S.O.S.Montfort lance le Fonds de la Résistance, une campagne de souscription nationale visant à aider à défrayer les coûts de la cause légale.En l\u2019espace de deux mois, le Fonds a atteint plus de 300000$, pour la plupart provenant de petis de dons de 1 $ à 20 $.Les gens de Montfort n\u2019en seront tout de même pas à leurs dernières émotions.Il s\u2019écoulera presqu\u2019un an avant que la cause ne soit finalement entendue.Durant ce temps, Montfort essaiera une fois de plus de convaincre la Commission de régler en concluant une entente avec ses partenaires locaux, l\u2019Université d\u2019Ottawa et l\u2019Hôpital d\u2019Ottawa, pour le maintien des services de Montfort.Mais, c\u2019est au mois de mai dernier, en plein cœur de la campagne électorale provinciale que les avocats de Montfort apprendront presque par hasard que le gouvernement Harris a retiré ses pouvoirs discrétionnaires à la Commission et qu\u2019elle ne peut plus changer ses directives à l\u2019endroit de Montfort.La Commission se défile donc sans prendre de décision finale quant à un règlement possible.Le gouvernement Harris est réélu et refuse de bouger sur Montfort.Il ne reste plus que la Cour.Après deux ajournements en janvier et en mars, les trois juges entendent enfin la cause de Montfort à la mi-juin.La salle du Palais de justice est bondée de Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens pendant les quatre jours d\u2019audience.Au terme des audiences, les avocats de Montfort se disent confiants et satisfaits d\u2019avoir plaidé la cause comme ils l\u2019avaient prévu.v\tLe linguiste de Claude\tHasese\tréputation inter- ,\ti\t° r\tnationale, Claude et le\tbilinguisme\tHagège, rappelle que « le problème d'une langue et de son avenir ne se pose pas dans les mêmes termes selon qu'il s'agit de l'individu ou de l'État».Pour l'individu, le bilinguisme peut être un moyen d'enrichissement intellectuel, et il peut y puiser un élargissement culturel.Pour un État, le bilinguisme peut entraîner des conséquences dangereuses, « lorsque les deux langues parlées dans un pays ont toutes deux vocation internationale et que, par ailleurs, les usagers de l'une constituent un ensemble plus nombreux et économiquement plus puissant que ceux de l'autre.Dans ce cas, le bilinguisme apparaît comme un danger redoutable pour la langue la moins favorisée.Les discours qui le prônent risquent de camoufler la réalité du rapport de forces en vertu duquel le choix massif d'une des deux langues, à plus ou moins brève échéance, loin d'être purement linguistique, est celui d'une adhésion au groupe dominant».(Claude Hagège, Le Français et les siècles, Paris, Éditions Odile Jacob, 1987, p.221-222).LE MANITOBA FRANCOPHONE: UN INCERTAIN SOURIRE.Ismène Toussaint Née à Saint-Brieuc (Bretagne), Ismène Toussaint - qui considère le Manitoba comme son second pays-est la seule spécialiste en littérature de l'Ouest répertoriée au Québec.Journaliste, chroniqueur, elle est notamment l'auteur de Les Chemins secrets de Gabrielle Roy, Témoins d'occasion, publié aux Éditions internationales Alain Stanké.C\u2019EST À L\u2019ÉTÉ INDIEN 1989 QUE j\u2019AI POSÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS LE PIED à Saint-Boniface, capitale des francophones de l\u2019Ouest.Alors étudiante en doctorat de littérature canadienne, j\u2019étais venue de France me plonger dans les racines de la romancière Gabrielle Roy.Immédiatement, j\u2019ai été séduite par l\u2019aspect riant, champêtre et accueillant de cette petite cité qui déroule le long de la rivière Rouge, parfumée de pétales de fleurs, sa ribambelle de monuments anciens, d\u2019églises, de statues, de maisonnettes en bois blanc et de bâtiments colorés.Immédiatement, j\u2019ai éprouvé un véritable coup de foudre pour ses habitants, auxquels leurs ancêtres pionniers ont légué cette simplicité, cet esprit bon enfant et ce sens de l\u2019hospitalité cjue je n\u2019ai retrouvés nulle part ailleurs au Canada.Avec son collège universitaire, son centre culturel, ses deux maisons d\u2019édition, ses journaux, ses stations de radio, de télévision et ses théâtres, Saint-Boniface offre le visage d\u2019un microcosme dynamique et entreprenant, parfaitement indépendant et organisé.Mais derrière son masque de gaieté familière et d\u2019effervescence intellectuelle, se dissimule un profond malaise.îlot francophone cerné par une immense mer anglophone, bastion de résistance sournoisement rongé, au fil du temps, par les pernicieuses attaques du gouvernement provincial, Saint-Boniface respire encore aujourd\u2019hui par le souffle de Louis Riel, à la fois héros et saint, sujet tabou et objet de culte.Devenue mois aussi, par la force des choses, une «enfant du pays», j\u2019ai été pendant près de quatre ans le témoin révolté de son silencieux et criant combat pour préserver son droit de parler et de lire, de prier et d\u2019écrire, de vivre et de mourir en français.En effet, si depuis une vingtaine d\u2019années, celui-ci a reconquis ses lettres de noblesse dans le cadre des programmes scolaires manito-bains, les francophones n\u2019en continuent pas moins de se heurter à de profondes injustices linguistiques - au bureau, dans les adminis- trations, les tribunaux, les magasins et jusque dans les autobus - et doivent encore et toujours se battre pour la défense et la survie de leur langue.Le Manitoba province bilingue?Dans les rues de Saint-Boniface, on s\u2019exprime à présent autant en anglais qu\u2019en français.Par ailleurs, les parents qui s\u2019adressent en français à leurs enfants se voient de plus en plus souvent répondre dans un anglais dernier cri.La proximité de Winnipeg, capitale anglophone de 600000 âmes, la multiplication des mariages mixtes et surtout l\u2019usage journalier de l\u2019anglais comme langue de travail ne font rien pour arranger les choses.Au sein même de la petite communauté, si la plupart des Bonifaciens s\u2019expriment couramment en français, certains d\u2019entre eux ne le parlent pas, ils le chuchotent.D\u2019autres le comprennent - parce que leurs parents sont francophones - mais sont tout juste capables d\u2019en exprimer quelques mots.D\u2019autres enfin l\u2019ont oublié ou refoulé plus ou moins volontairement dans les profondeurs de leur inconscient.Ajouté à la pendaison de Louis Riel, le poids de l\u2019oppression linguistique qui, pendant deux siècles, a fait du français la «langue de la honte» pèse lourd sur les épaules! Sur 50000 francophones répertoriés dans toute la province du Manitoba, 15000 à peine avouent encore utiliser de nos jours leur langue maternelle à la maison.Quant à la jeune génération, peu encline à l\u2019effort, elle opte spontanément pour l\u2019anglais, réputé «plus facile».Repliée sur elle-même, blessée, voire exsangue, Saint-Boniface se meurt, dit-on.De l\u2019indifférence du reste du Canada et de la terre entière.Mais le «salut», pour elle, ne réside-t-il pas désormais dans une mise en valeur intelligente et adaptée de son patrimoine culturel, touristique et architectural, unique dans notre histoire?Dans l\u2019exportation, subtilement dosée, de ses savoir-faire - car elle n\u2019en manque pas - et de ses traditions ?Pour l\u2019heure, Saint-Boniface la martyre s\u2019interroge, Saint-Boniface s\u2019organise.En 1993, mes obligations m\u2019ont rappelée en France, puis au Québec.Mais l\u2019auteur que je suis devenue aujourd\u2019hui, toute dévouée à la cause du Manitoba francophone, conserve à jamais le souvenir de celle que, dans un irrépressible élan d\u2019amour, elle avait un jour baptisée, «la Ville au cœur de son cœur».l\u2019incurable nostalgie de ce petit paradis perdu, selon les saisons, sous l\u2019aigre morsure des glaces ou la languissante caresse des branches de cerisier: Saint-Boniface.15 LA SERVITUDE SOCIOLINGUISTIQUE DE LA LANGUE FRANÇAISE Gilles Rhéaume Professeur de philosophie, chercheur en politiques linguistiques et vice-président du Mouvement souverainiste du Québec Quiconque s\u2019identifie ou s\u2019intéresse à la francophonie ne peut ignorer les difficultés rencontrées au Canada par les différentes communautés françaises et acadiennes de ce pays.Au-delà du dynamisme qui caractérise ces communautés et qui doit être salué, l\u2019histoire de la francophonie nord-américaine c\u2019est celle de sa résistance à l\u2019assimilation quand ce n\u2019est pas carrément à un linguisticocentrisme agressif et expansionniste.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un éternel retour qui rappelle sans cesse l\u2019état de sujétion systémique et chronique qui définit et détermine le fait français au Canada.Systémique en ce sens que le régime lui-même est source de confusion et de conflits.Pendant des générations successives la langue française connut une relative ségrégation y compris au Québec.Le Canada reconnaît depuis trente ans à peine, la langue française comme étant formellement égale à la langue anglaise.Mais cette reconnaissance n\u2019a de valeur que dans les institutions fédérales et lorsque cela est possible quand le nombre le justifie.Les droits lorsqu\u2019ils existent sont souvent difficilement praticables.Ce sont essentiellement les gouvernements provinciaux qui entretiennent des rapports continus avec les populations.Et ces gouvernements provinciaux ils sont unilingues anglais partout au Canada sauf au Nouveau-Brunswick qui a demandé la constitutionnalisation de son bilinguisme.Le bilinguisme canadien est pur maquillage.Le Canada est un pays anglais.Ce qui se passe dans l\u2019armée canadienne, par exemple, devrait interpeller toutes les consciences éprises de justice.Les francophones unilingues, contrairement aux unilingues anglophones, sont condamnés au sous-développement.Rejeté par le discours culpabilisateur des bien-pensants, l\u2019unilingue de langue française n\u2019a pas les mêmes droits ni les mêmes égards.En plus, le poids démolinguistique des francophones fond comme glace au soleil! Aucun retournement de tendance n\u2019est envisageable ni même concevable.Cette réduction enclenche nécessairement l\u2019affaiblissement politique des francophones et minorise ainsi davantage, lorsque cela est encore possible, ce qui reste de ces populations de langue française pourtant installées en Amérique du Nord depuis près d\u2019un demi-millénaire.En ce qui concerne spécifiquement le Québec, foyer linguistique et culturel de l\u2019Amérique française, les efforts immenses que requiert cette lutte incessante contre l\u2019anglicisation sont voués à la stérilité permanente.Encore pire les défenseurs du fait français et les lois linguistiques québécoises elles-mêmes sont conspués par la majorité anglophone du Canada.Un Québec français comme le Vietnam est vietnamien, un Québec français comme les Pays-Bas est néerlandais, est inimaginable.Pas plus qu\u2019un Québec français comme toutes les provinces anglaises ont le droit constitutionnel de l\u2019être n\u2019est possible dans le Canada.Cela nous est refusé! C\u2019est illégal! C\u2019est immoral! C\u2019est contraire aux droits humains ! Pendant ce temps l\u2019Ontario peut fermer le seul hôpital de langue française de la première province canadienne.Il y a plus d\u2019hôpitaux et d\u2019universités de langue anglaise au Québec qu\u2019il y peut y en avoir en langue française dans les neufs provinces réunies du Canada anglais et de ses territoires ! Sans souveraineté, c'est le bilinguisme Il faut que le Québec réalise sa souveraineté s\u2019il veut redevenir de langue française.La refrancisation du territoire québécois passe nécessairement par le bris du lien confédéral.Sans souveraineté, c\u2019est le bilinguisme et le bilinguisme en Amérique du Nord ne peut que sonner le glas de la langue française au Québec d\u2019abord et dans toutes les autres parties du continent par la suite.Mais on vous dira lors de ce sommet de la francophonie, réuni dans cette Acadie courageuse et au vitalisme renouvelé à l\u2019aube du troisième millénaire, que le Canada est un pays bilingue où la langue française est l\u2019égale de l\u2019autre langue officielle.Quel avenir radieux pour la langue de Félix Leclerc et de Gaston Miron! Voyons plutôt ce qu\u2019il en est.Après examen vous en conclurez ce que vrai vous semblera.Selon la Constitution canadienne, dont d\u2019ailleurs seule la version anglaise a valeur légale, il y aurait deux langues officielles, l\u2019anglais et le français.Vingt ans n\u2019ont pas suffi à traduire ce texte d\u2019à peine quelques pages! Les deux langues sont égales ! La Constitution le prescrit.Mais seule la langue anglaise peut spécifier le contenu de la constitution.Le Canada n\u2019est pas un pays bilingue au sens où deux langues sont également présentes comme pourraient le laisser croire la signalisation dans les aéroports, les bureaux fédéraux, les discours, les déclarations, et la papeterie fédérale.Non le Canada est un pays de langue anglaise sauf au Québec qui est bilingue.Partout ailleurs les francophones vivent en milieu minoritaire avec les difficultés que l\u2019on sait et malgré l\u2019effort inestimable fourni par les éléments les plus dynamiques de ces communautés.Ce droit de vivre dans sa langue comme celui que possèdent les autres peuples de la terre, est ici autoritairement et unilatéralement refusé en vertu d\u2019une constitution linguistico-centriste, dénoncée unanimement par les groupes parlementaires de l\u2019Assemblée nationale et par l\u2019ensemble des corps constitués du Québec.Le Québec n\u2019est pas libre de ses choix linguistiques.En cette matière c\u2019est le fédéral qui détermine la forme que peuvent prendre nos politiques linguistiques.Un bilinguisme institutionnel du type le plus orthodoxe, celui de la parité linguistique, est ainsi socialement et juridiquement installé au Québec.Ce bilinguisme avilissant qui superpose constamment deux modes linguistiques, affaiblit le français matériellement et culturellement.Ce bilinguisme généralisé est de rigueur à l\u2019Assemblée nationale où un francophone pourrait ne pas comprendre l\u2019intervention d\u2019un collègue faite en anglais.Une telle occurrence est absolument impensable partout ailleurs sur la planète.Alors qu\u2019en Sakastchewan, il y a quelques années, un député au Parlement de Regina, a dû s\u2019excuser pour avoir utilisé le français lors d\u2019une intervention à la Chambre.Pendant ce temps, au Québec, Ottawa impose le bilinguisme mur à mur, celui qui banalise le fait français.Qui plus est, cela est présenté comme la normalité des choses, comme un modèle rédempteur.Trop peu de gens au Canada et au Québec ne paraissent sensibles aux réalités sociolinguistiques du monde dont le message est pourtant d\u2019une clarté lumineuse en ce qui concerne les conséquences d\u2019un bilinguisme systématique et contraignant sur la nature même de l\u2019activité linguistique d\u2019une communauté ! Les peuples bilingues n\u2019existent tout simplement pas.Le bilinguisme généralisé étant toujours une des dernières étapes avant l\u2019assimilation complète.Une société bilingue est déjà à demi éteinte linguistiquement parlant.Une loi maudite Le Québec, il y a vingt-cinq ans cette année, en 1974, s\u2019est doté d\u2019une politique linguistique dont le but avoué était de redonner à la langue française le statut sociojuridique qui lui revient.En 1977, avec la Charte de la langue française savamment conçue par le regretté Docteur Camille Laurin, dont l\u2019œuvre sociolinguistique dépasse largement en notoriété et en influence, les frontières nord-américaines, un nouvel élan a été redonné à cette entreprise de refrancisation.La loi 101 identifiée au gouvernement de René Lévesque, demeure incontestablement et de loin, la législation la plus populaire de toute notre histoire parlementaire.Au Canada et au Québec anglais cette loi est maudite.Quand on sait qu\u2019Alliance Quebec reçoit un million de dollars par année d\u2019Ottawa depuis des années pour combattre de façon indigne et mesquine le fait français.La lecture des jugements des tribunaux canadiens, dont tous les magistrats sont nommés unilatéralement par le gouvernement fédéral, sur la Charte de la langue française, révèle l\u2019acharnement juridique d\u2019une majorité linguistique sur sa minorité.Au Québec, rien n\u2019est en français seulement ! L\u2019unilinguisme qui prévaut partout ailleurs dans le social est ici interdit de séjour.Partout la connaissance de l\u2019anglais est de plus en plus requise comme si les francophones unilingues étaient des exilés dans leur propre pays, des inadaptés sociaux, des déficients en matière linguistique.Tout cela en l\u2019an 2000.Un bref séjour à Montréal convaincra les plus sceptiques.Pendant ce Sommet historique, il serait important que ceux et celles qui se préoccupent de l\u2019avenir de la francophonie nord-américaine, se sensibilisent encore plus à la triste mais authentique réalité vécue, voire subie, par les francophones de ce pays y compris au Québec.Le droit canadien, le linguisticocentrisme des provinces anglaises et les politiques anti-québécoises du gouvernement central relèguent la langue française et le peuple québécois lui-même au rang des entités subsidiaires dépossédées des instruments de leur développement culturel.Rien d\u2019autre que l\u2019indépendance politique ne peut permettre au Québec de se dégager d\u2019un carcan qui l\u2019étouffe et l\u2019empêche de se réaliser dans sa langue.Nous comptons sur la compréhension active des dirigeants de la francophonie qui sauront distinguer le vrai du faux dans les discours officiels.Ceux-ci d\u2019ailleurs ont hélas trop souvent plus en commun avec les villages de Potemkine construits en papier mâché, avec comme habitants des comédiens mimant l\u2019abondance afin de berner l\u2019impératrice Catherine qui y passait en voiture et de lui faire constater combien son peuple était heureux et prospère sous sa direction bienveillante.16 LA LO1101 EST CONFORME AUX PRINCIPES DE L'ETHIQUE ET MÉRITE D'ÊTRE PROTÉGÉE PAR LE DROIT INTERNATIONAL Gregory Baum et Ramsey Clark, tous deux de renommée internationale, ont vigoureusement défendu la Charte de la langue française (loi 101), promulguée par le Québec en 1977.En 1993, À la demande de Guy Bouthillier, alors porte-parole du Mouvement Québec français, Gregory Baum l'a étudiée sous l'angle de l'éthique, tandis que Ramsey Clark l'a abordée sous celui du droit international.On retrouve ci-dessous des extraits des Réflexions éthiques sur la loi 101 de Gregory Baum, et la lettre d'envoi de l'Avis juridique sur le droit international, la question linguistique et l\u2019avenir du Canada francophone de Ramsey Clark.Le texte intégral des deux avis, toujours d'actualité, se trouve sur le site de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (www.cam.org/~ssjb).Gregory Baum Théologien de renommée internationale, professeur émérite, département d'Études religieuses, l'Université McGill.Les arguments éthiques invoquées à l\u2019appui de la législation en matière de langue reposent tous sur le même fondement.Les lois qui renforcent les droits collectifs aux dépens des droits individuels ne sont acceptables, du point de vue éthique, que si A) elles se fondent sur des raisons valables et urgentes, et B) qu\u2019elles n\u2019imposent que des restrictions minimales, c\u2019est-à-dire sans conséquences graves.(.) Des raisons valables et urgentes La loi 101 est le fruit d\u2019une longue lutte historique contre une domination coloniale et vise à remédier à une vieille injustice.(.) La langue française reste menacée au Québec pour diverses raisons : a) à cause de la présence envahissante de la culture et de la technologie américaines ; b) du fait que l\u2019anglais est devenu la lingua franca à travers le monde par suite notamment de l\u2019influence des États-Unis sur le plan international ainsi que de l\u2019héritage que l\u2019empire britannique a laissé aux peuples d\u2019Asie et d\u2019Afrique, et c) par suite de la condition minoritaire des Québécois au sein d\u2019un Canada qui, grâce à une immigration massive et récente, n\u2019est plus considéré comme le résultat d\u2019une union entre deux peuples.(.) La langue d\u2019un petit peuple qui vit à l\u2019ombre d\u2019une grande civilisation risque toujours de devenir folklorique et ne plus être apte à refléter tous les aspects de la vie sociale et intellectuelle.Les Québécois se souviennent du temps, qui n\u2019est pas si lointain, où ils étaient contraints d\u2019utiliser, dans le domaine des sciences, une langue qui n\u2019était pas la leur.Pour des Nord-Américains anglophones, il n\u2019est pas facile de comprendre la nécessité d\u2019institutions visant à défendre et à promouvoir la langue d\u2019un petit peuple, eux qui n\u2019ont jamais vu la leur menacée ni eu l\u2019occasion de constater avec quelle facilité une langue peut perdre son utilité culturelle pour n\u2019être plus qu\u2019un moyen de communication au sein de la famille et avec les voisins.La communauté anglophone n'est aucunement menacée Les restrictions prévues par la loi dans le domaine de l\u2019affichage ne portent pas foncièrement atteinte à la liberté d\u2019expression qui a pour but de protéger le pluralisme politique, idéologique et artistique et ne concerne que de façon très indirecte l\u2019affichage commercial.(.) La loi 101 ne menace pas la survivance des institutions historiques de la collectivité anglophone, telle que les écoles, les universités, les hôpitaux, les services de bien-être social et les autres organismes communautaires.Étant donné son passé, la communauté anglophone du Québec a bénéficié de ressources financières et d\u2019influences qui lui ont permis de se doter d\u2019institutions qui par leur solidité ne peuvent se comparer à celles des minorités francophones du Canada dont le sort dépend de la générosité de leurs gouvernements provinciaux.Au Québec, l\u2019intégrité de la communauté anglophone n\u2019est guère menacée.(.) A mon avis, les Québécois d\u2019origine française sont bien trop sensibles à l\u2019attitude négative de la presse et de l\u2019opinion publique du Canada anglais relativement à la question linguistique.À cause du caractère asymétrique de la Confédération canadienne, d\u2019un mépris et d\u2019une hostilité héréditaires et du fait qu\u2019ils n\u2019ont jamais eu besoin d\u2019institutions pour protéger leur langue, les anglophones du Canada, même les mieux intentionnés, sont généralement incapables de comprendre la situation du Québec et l\u2019importance de la Charte de la langue française.Si les Québécois devaient se laisser culpabiliser par cette attitude négative, ils feraient preuve d\u2019une irrationalité qui pourrait même compromettre l\u2019avenir de leur culture.(.) Ces réflexions éthiques démontrent bien que la loi 101 est tout à fait acceptable moralement même si des tribunaux canadiens ou un comité de l\u2019ONU jugent qu\u2019elle contredit les chartes protégeant les droits individuels.» le 29 avril 1993 Ramsey Clark Nommé à la Justice en 1961 par le président Kennedy, Me Clark en est devenu ministre (Attorney General) sous le président Johnson, poste qu'il a occupé jusqu'en 1969.À ce titre, il a dirigé la rédaction et en a assuré l'adoption des deux principales lois sur les droits civiques aux États-Unis, le « Voting Rights Act » de 1965 et le « Civil Rights Act » de 1968.Au Mouvement Québec français VEUILLEZ TROUVER CI-JOINT L\u2019AVIS QUE VOUS M\u2019AVEZ DEMANDÉ AU SUJET de la légalité de certaines dispositions de la Charte de la langue française.À mesure que j\u2019ai approfondi la recherche, j\u2019ai été frappé d\u2019apprendre à quel point le droit international relatif aux droits linguistiques est jeune et peu développé.Par conséquent, j\u2019ai tenté de mieux comprendre le rôle et l\u2019importance de la langue pour la culture et la vie et, partant, comme Droit de l\u2019homme.Voilà le sujet de la première partie de l\u2019avis.Aussi, je suis convaincu que les droits linguistiques revêtent une importance profonde et sont à la base même de la dignité humaine.J\u2019espère que le droit international de même que le droit régional et national commenceront à mieux tenir compte du rôle fondamental de la langue dans la culture et à en garantir sa pérennité.Un grand nombre des conflits critiques, voire les plus difficiles auxquels nous sommes confrontés, proviennent de tensions culturelles et linguistiques.Personne ne doit avoir honte des efforts déployés pour protéger la culture et la langue.Il s\u2019agit du combat contre l\u2019oubli, du combat de savoir qui nous sommes et de comprendre ce que nous voulons être.La diversité culturelle, sa préservation et sa revitalisation, offrent la meilleure chance à l\u2019humanité de réaliser son potentiel et d\u2019étendre son imagination.Mais, nous devons aussi créer les moyens de communiquer pleinement et ouvertement parmi les diverses langues et cultures, dans le respect, la tolérance et l\u2019amour de nos différences.Je crois que la Charte de la langue française constitue une mesure courageuse, positive et sensible, mais aussi respectueuse des droits de tous, de préserver une culture d\u2019une grande valeur.Je crois que le droit international doit, et devrait, protéger une telle législation parce qu\u2019elle est essentielle pour assurer le respect des Droits de l\u2019homme.Comme pour toute législation, son efficacité dépendra de son administration équitable.le 15 juin 1993 17 FALLAIT-IL SAUVER LE SOLDAT MONCKTON.?François Baby Professeur spécialisé en médias à l'Université Laval et ancien journaliste radio et télévision PEU DE PEUPLES ONT AUTANT MÉRITÉ DE L\u2019HIS-toire.Victime d\u2019un cruel génocide au milieu du XVIIIe siècle, le peuple acadien a su reprendre souffle et reconquérir à l\u2019arraché, son droit à l\u2019existence à travers des difficultés inouïes.S\u2019il est - encore debout», s\u2019il s\u2019est développé, c\u2019est grâce à près de deux cent cinquante ans d\u2019héroïsme de tous les instants de ces hommes et de ces femmes qui avaient décidé de faire mentir l\u2019histoire et de lui arracher le droit de vivre et celui de grandir.Ce sont eux qui sont revenus et qui ont reconquis pouce par pouce un espace de vie pour remplacer celui qu\u2019on leur avait arraché brutalement.Ce sont eux qui ont fait vivre sa langue, lui ont donné sa culture, ses institutions, sa façon d\u2019être, sa fierté et ses traditions.Les Acadiens et Acadiennes dont la trace a marqué l\u2019ensemble du continent américain ne demandent qu\u2019à vitaliser cette extraordinaire alliance de ceux et celles qui ont en commun la francité.MONCTON La ville de Moncton au Nouveau Brunswick doit son nom à l\u2019officier britannique Robert Monckton qui fut actif en Acadie de 1755 à 1758, et dans la région de Québec au cours du siège de la ville par Wolfe, en 1759.Le fait d\u2019avoir donné le nom de ce soldat à cette ville n\u2019est pas sans soulever de graves problèmes au plan social, politique et éthique.Monckton posa en effet comme militaire en Acadie et dans la région de Québec, des gestes inacceptables et d\u2019une grande cruauté qui équivalent, à n\u2019en pas douter à des crimes de génocide, à des crimes contre la paix, à des crimes de guerre et à des crimes contre l\u2019humanité, au sens où nous l\u2019entendons aujourd\u2019hui.On pourra objecter que ces actes ont été commis il y a près de deux cent cinquante ans, et qu\u2019il y aurait donc amplement prescription.Que le temps en a émoussé l\u2019acuité.Que ces notions de crime de génocide, de crime contre la paix, de crime contre l\u2019humanité et de crime de guerre n\u2019avaient pas encore été définies comme telles à l\u2019époque, comme elles le sont maintenant.Qu\u2019on ne saurait les appliquer rétroactivement à des actes commis deux cents ans plus tôt.Il faut rappeler d\u2019abord que les Nations-unies ont décidé avec raison, qu\u2019il s\u2019agissait là de crimes tellement graves, qu\u2019ils devaient être considérés comme imprescriptibles.En d\u2019autres termes, que le temps ne pourrait les effacer et libérer ceux qui les ont perpétrés de la responsabilité des actes commis à cet égard.S\u2019il en était autrement, ce serait trop facile.Il suffirait en effet pour leurs auteurs de disparaître, de se terrer pendant le laps de temps nécessaire à l\u2019acquisition de la prescription, pour pouvoir réapparaître ensuite en toute impunité.Il faut aussi rappeler que l\u2019on a également convenu que le principe de non-rétroactivité propre aux lois pénales était irrecevable dans leur cas.En d\u2019autres termes, que leurs auteurs pourraient être inculpés et éventuellement trouvés coupables, même si la commission des crimes était antérieure à leur définition juridique.Il aurait été inacceptable par exemple de penser que parce que le concept de génocide n\u2019avait été précisé et défini qu\u2019à partir du milieu de la guerre 1939-45, les atrocités commises au cours du génocide juif de l\u2019Holocauste antérieurement à cette définition n\u2019auraient pas constitué des crimes et que leurs auteurs auraient pu s\u2019en tirer impunément.Bettati (1996) rappelle que le principe de non-rétroactivité dans le domaine pénal - consiste à considérer comme injuste le fait de punir quelqu \u2019un pour un acte qui, au moment où il l\u2019a commis, n\u2019était pas considéré comme criminel.»1 Se rapportant aux travaux du juriste hollandais Bernard Rôling, il rappelle aussi que contrairement à ce que l\u2019on croit souvent, c\u2019est un principe relativement nouveau et qui « n\u2019est pas fondé sur le droit romain, mais sur le droit démocratique qui vise à protéger les gouvernés des gouvernants en assurant leur liberté politique»2.Rôling fait plus état à cet égard de légitimité que de légalité.Il écrit que ceux qui commettent ces crimes « sont bien conscients du caractère odieux de leur comportement.[.] Leur seule défense aurait pu être que la rétroactivité du droit violait le principe de liberté politique.»3 Bettati poursuit en disant que les normes dont il était question ici sont « de nature coutumière (lois et coutumes de guerre) consacrées par une jurisprudence ancienne des tribunaux militaires.A En d\u2019autres termes, même à des époques lointaines, lorsqu\u2019ils en étaient saisis, ces tribunaux sanctionnaient les auteurs de la plupart des actes qui sont considérés aujourd\u2019hui comme des crimes de génocide, des crimes de guerre ou des crimes contre l\u2019humanité.Le problème c\u2019est que ces notions ne faisaient pas encore partie d\u2019un consensus inter étatique, ce qui entraînait beaucoup plus d\u2019irrégularité et de laxisme dans leur répression.Je me permettrai aussi d\u2019ajouter que contrairement à ce que l\u2019on pense, plusieurs des concepts et notions reliées aux questions actuelles de génocide, de crimes de guerre ou contre l\u2019humanité, ne sont pas des inventions du XXe siècle et qu\u2019ils sont beaucoup plus anciens.Ainsi, déjà, dès 1625 - soit plus de 125 ans avant les actes posés par Monckton -le juriste hollandais Hugo Grotius surnommé » le père du droit des gens » avait publié son célèbre ouvrage « De jure pads ac belle » (Du droit de la paix et de la guerre) où il étudiait entre autres, la possibilité et les moyens de réglementer la façon dont on faisait les guerres.L\u2019examen de la conduite de Monckton est d\u2019autant plus d\u2019actualité qu\u2019en 1999, la ville célèbre toujours son nom.Même si par pudeur, on lui a posé une sorte de caleçon bleu ciel en modifiant légèrement son orthographe.On est donc tout à fait en droit de se demander aujourd\u2019hui, si cet honneur est toujours opportun et mérité et surtout, s\u2019il est toujours acceptable, à la lumière des codes de comportement et d\u2019éthique en vigueur maintenant en ces matières.EN ACADIE L'agression contre les forts Beauséjour et Gaspareau En juin 1755, Robert Monckton à la tête de 2 270 hommes à bord de 31 navires de transport accompagnés de 3 navires de guerre mena une expédition qui lui permit de s\u2019emparer par surprise et sans provocations antérieures de la part des défenseurs français, du fort Beauséjour, puis, quelques jours plus tard, du fort Gaspareau, tous deux situés en territoire acadien, dans la baie de Chignectou en Nouvelle-Écosse.Monckton avait minutieusement préparé l\u2019opération tenue secrète au cours de l\u2019hiver précédent depuis Boston.Ces agressions contre les deux forts français se sont produites sans déclaration de guerre, en pleine période de paix car ni l\u2019Angleterre ni la France n\u2019étaient en guerre à ce moment-là.Ce n\u2019est en effet que le 18 mai 1756 que commencera la guerre de Sept ans entre ces deux pays.En plus d\u2019être une agression contre les deux établissements français, l\u2019acte de guerre de Monckton constituait aussi une violation flagrante des traités de paix existant entre la France et l\u2019Angleterre.Était-elle pour autant l\u2019équivalent du concept actuel de crimes contre la paix?Lorsqu\u2019on a constitué par le traité de Londres le 8 août 1945 le Tribunal militaire 1.\tMario Bettati, Le Droit d\u2019ingérence, mutation de l\u2019ordre international, Paris, Éditions Odile Jacob, 1996, p.275 2.\tBettati, op.cit., p.275 3.\tBettati, op.cit., p.275 4.\tB.V.A.Rôling et Antonio Cassesse, The Tokyo Trial and beyond, Cambridge, Polity Press, 1993 te* de la CEQ ?\tPour s'i^for^er, écha»>ge*r, ^ four «Iébattre «les gr3»>«ls ewjeu*.qui influencent notre société, ?\tpour soulever des problèmes ou chercher conseil, ^ pour faire circuler l'énorme expertise que l'on retrouve «lâns nos établissements et dans la commvnauté, urne adresse : ht+P ://ceq.qc.ca/forums/foru/^sAt^ À vous la parole \\ Eiceq 18 international qui se chargera de juger les criminels nazis, on a défini à l\u2019article 6 ce qu\u2019on considérait comme crimes contre la paix : « la direction, la préparation, l\u2019initiative et l\u2019exécution de guerres d\u2019agression et de guerres entreprises en violation des traités internationaux.$ Or les gestes posés par Monckton à l\u2019endroit des établissements français étaient bel et bien des « agressions » et constituaient des « violations de traités internationauxÀ cet égard, on peut conclure qu\u2019ils étaient donc l\u2019équivalent de crimes contre la paix.Le génocide des Acadiens et Acadiennes À la séance du 28 juillet 1755, le lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse Charles Lawrence et son Conseil décidaient de déporter les Acadiens.Le procès-verbal de la réunion dit : «.Après mûre délibération, il fut convenu à l\u2019unanimité que pour prévenir le retour des habitants français dans la province et les empêcher de molester les colons qui pourraient s\u2019être établis sur leurs terres, il était urgent de les disperser dans les diverses colonies sur le continent et de noliser immédiatement un nombre de vaisseaux pour les y transporter A Trois jours plus tard, le 31, Lawrence envoie ses instructions au colonel Robert Monckton ; «.En conséquence le Conseil a résolu et décidé qu \u2019ils soient déportés hors de la province aussitôt que possible.L\u2019on devra commencer d\u2019abordpar les habitants de l\u2019Isthme quifurent pris les armes à la main et qui de ce chef n\u2019ont droit à aucune faveur de la part du gouvernement.Pour mettre ce projet à exécution, des ordres sont donnés d\u2019envoyer en toute diligence, un nombre suffisant de vaisseaux à la Baie [Chignectou]pour embarquer la population.Vous recevrez en même temps les instructions relatives aux moyens à prendre pour exécuter cette tâche ; aux endroits où les déportés seront envoyés et à tout ce qui pourra vous être nécessaire en cette occurrence.Afin de les empêcher de s\u2019enfuir avec leurs bestiaux, il faudra avoir grand soin que ce projet ne transpire pas et le moyen le plus sûr pour cela me paraît d\u2019avoir recours à quelque stratagème qui fera tomber les hommes, jeunes et vieux, surtout les chefs de famille, en notre pouvoir.Vous les détiendrez ensuite jusqu\u2019à l\u2019arrivée des transports afin qu\u2019ils soient prêts pour l\u2019embarquement.Une fois les hommes détenus, il n\u2019est pas à craindre que les femmes et les enfants ne s\u2019enfuient avec les bestiaux.Toutefois, il serait très prudent, pour prévenir leur fuite, non seulement de vous emparer de leurs chaloupes, de leurs bateaux, de leurs canots et de tous les autres vaisseaux qui vous tomberont sous la main, mais en même temps, de charger des détachements de surveiller les villages et les routes.Tous leurs bestiaux et leurs céréales étant confisqués au profit de la Couronne, par suite de leur rébellion, et devant être appliqués au remboursement des dépenses que le gouvernement devra faire pour les déporter de ce pays, il faudra que personne n\u2019en fasse l\u2019acquisition sous aucun prétexte.Tout marché de ce genre serait de nul effet, parce que les habitants français sont dépourvus de leurs titres de propriété et il ne leur sera pas permis de rien emporter, à l\u2019exception de leurs mobiliers et de l\u2019argent qu\u2019ils possèdent présentement.Les commandants du fort Pisiguit et de la garnison d\u2019Annapolis ont reçu à peu près les mêmes ordres à l\u2019égard des habitants de l\u2019intérieur.»5 6 7 C\u2019est à faire froid dans le dos.Le 8 août 1755, Lawrence donne de nouvelles instructions à Monckton : «.comme il sera peut-être très difficile de s\u2019emparer des habitants, vous devrez autant que possible, détruire tous les villages des côtés nord et nord-ouest de l\u2019isthme, situés aux environs du fort Beauséjour et faire tous les efforts possibles pour réduire à la famine ceux qui tenteraient de se cacher dans les bois.Ll faudra prendre grand soin de sauver les animaux et la récolte sur-le-champ, que vous pourrez faire rentrer sans exposer vos hommes au danger; vous devrez autant que possible empêcher les Français fugitifs et les Sauvages d\u2019enlever ou de détruire les bestiaux.- À Monckton revint l\u2019honneur d\u2019être le premier à exécuter les ordres de Lawrence ce qu\u2019il fit fidèlement et avec efficacité.À cause de la méfiance des gens vis-à-vis des Britanniques, il n\u2019a pas eu de succès avec sa convocation de la population de la région de Beaubassin pour une réunion, le 9 août 1755.Il utilisa alors un stratagème mensonger.Il les convoqua pour le lendemain en assurant que la réunion « était l\u2019arrangement du gouverneur d\u2019Halifax pour la conservation de leurs terres.« Sous ses ordres, tous ceux qui se présentèrent à la réunion furent faits prisonniers et furent embarqués de force sur les bateaux de la déportation.Il envoya même des détachements de soldats pour s\u2019emparer de ceux qui s\u2019étaient enfui dans les bois voisins.Une lettre du 9 août d\u2019un de ses adjoints à Beauséjour, John Winslow - jour même où Monckton donnait les assurances en question - en dit long sur les véritables motifs qui animaient les Britanniques quant à cette déportation et sur le caractère odieux des tromperies auxquelles eut recours Monckton : «.Si nous pouvons accomplir cette expulsion, cela aura été une des plus grandes actions qu\u2019aient jamais accomplies les Anglais en Amérique.Car, entre autres considérations, la partie du pays qu\u2019ils occupent est une des meilleures terres qui soient au monde et dans ce cas, nous pourrions placer quelques fermiers anglais dans leurs habitations et nous verrions bientôt une abondance de produits agricoles dans cette province.»8 Au cours des opérations de «nettoyage ethnique» dont il assuma la responsabilité, Monckton fit déporter plus de 2 100 Acadiens et Acadiennes de la région de Beaubassin, de Beauséjour et de l\u2019isthme de Chignectou.Il confisqua leurs terres et leurs biens, fit brûler leurs demeures, leurs granges et dépendances et s\u2019empara de leurs bestiaux.Les actions odieuses posées par Monckton en cette circonstance constituent à n\u2019en pas douter un crime de génocide car elles correspondent tout à fait à la définition adoptée à cet effet par les Nations-unies, qui stipule ce que constitue un génocide : «L\u2019assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout autre acte inhumain commis contre toute population civile avant ou pendant la guerre ou les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux.» Pour tenter de diminuer la responsabilité de Monckton, on ne saurait plaider qu\u2019il ne faisait qu\u2019exécuter les ordres reçus.Depuis le procès de Nuremberg de 1945, il est établi hors de tout doute que cette prétention ne constitue nullement une défense qui diminue la responsabilité de l\u2019auteur de ces crimes.Aucun militaire n\u2019est obligé d\u2019exécuter des ordres criminels.S\u2019il n\u2019était pas d\u2019accord, Monckton devait s\u2019opposer - ce qu\u2019il fit d\u2019ailleurs avec Wolfe dans un autre domaine en 1759 - ou démissionner.Il préféra exécuter les ordres reçus ; il doit donc en porter la responsabilité.L\u2019efficacité de Monckton lui valut d\u2019être nommé lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse en remplacement de Lawrence en décembre 1755.À ce titre, il porte aussi la responsabilité par la chaîne de commandement de l\u2019opération de capture et de déportation en Angleterre en 1758, de plus de 3000 Acadiens et Acadiennes qui s\u2019étaient réfugiés dans l\u2019île Saint-Jean.Avec à son actif la responsabilité directe ou indirecte de la déportation de plus de 5000 Acadiens et Acadiennes, Robert Monckton fut donc un des principaux auteurs et artisans de la réalisation des crimes de génocide commis par les Britanniques contre les Acadiens et Acadiennes entre 1755 et 1758.Mais les actes qu\u2019il a posés en regard de ce génocide équivalent aussi à des crimes contre l\u2019humanité tels que le conçoivent les Nations-unies qui en ont accepté la définition suivante : «L\u2019assassinat; l\u2019extermination, la réduction en esclavage, l\u2019expulsion, l\u2019emprisonnement, la torture, le viol, les persécutions pour des raisons politiques, raciales et religieuses et tout autre acte inhumain lorsque commis dans le cadre d\u2019une attaque généralisée et systématique dirigée contre une population civile quelle qu \u2019elle soit, en raison de son appartenance nationale, politique.ethnique, raciale ou religieuse.9 DANS LA RÉGION DE QUÉBEC La dévastation de la Côte-du-Sud En 1759, Monckton fut nommé commandant en second de la campagne menée par Wolfe pour réaliser le siège et la prise de Québec.Monckton s\u2019établit à la Pointe-Lévy, à Lauzon, devant Québec, avec les quatre régiments dont il avait le commandement.Il y fit aussi installer le 20 juin de très puissantes batteries d\u2019artillerie lourde qui lui permettaient d\u2019atteindre Québec directement avec ses tirs.La distance qui les séparait de la basse-ville de Québec était de 3/4 de mille, Il s\u2019agissait de batteries comprenant 33 pièces d\u2019artillerie dont 13 mortiers.Les canons tiraient des boulets pouvant peser jusqu\u2019à 32 livres et les mortiers, des bombes mesurant jusqu\u2019à 13 pouces10.Le 6 août, Wolfe donna ordre à Monckton de dévaster la campagne située sur la rive sud.Monckton fit d\u2019abord brûler toutes les maisons, 5.\tBettati, op.cit., p.270 6.\tGuy Frégault et Marcel Trudel, L\u2019Histoire du Canada par les textes, Tome I, Montréal, Fides, 1963, p.93 7.\tJacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, Sillery, Les Éditions du Septentrion, 1995, p.265-266 8.\tBona Arsenault, L\u2019Acadie des ancêtres, Québec, Le Conseil de la Vie française en Amérique, 1955, p.276.9.\tCité par Bettati, op.cit., p.271 10.\tLe siège de Québec en 1759 par trois témoins, présentation de Jean-Claude Hébert, Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1972, p.125.19 granges et autres bâtiments de même que les récoltes qui se trouvaient entre Beaumont et la rivière Chaudière.Par la suite il chargea un de ses officiers, le major George Scott, de dévaster la Côte-du-Sud.Entre le 9 et le 17 septembre - donc même une fois le siège terminé depuis cinq jours - Scott et ses hommes brûlèrent pas moins de 998 maisons, granges et dépendances entre Kamouraska et Cap-St-Ignace11.Scott était considéré comme le spécialiste de ce genre de dévastation.Ses exactions sur la Côte-du-Sud lui valurent d\u2019accéder au rang de lieutenant-colonel.12 La dévastation sur la rive sud et sur la rive nord de Québec était telle que c\u2019est en ces termes qu\u2019un de ses auteurs sentit le besoin de la décrire : *Nous avons brûlé et détruit jusqu\u2019à quatorze cents belles fermes, car, pendant le siège, nous étions les maîtres de leur pays, le long de la rive et nous envoyons presque continuellement des groupes pour ravager la campagne, si bien que cela leur prendra un demi siècle pour réparer les dégâts.- J3 La première partie de la définition des crimes de guerre adoptée par les Nations-unies pour le Tribunal pénal international est claire.Elle stipule en effet que, sont des crimes de guerre : -L\u2019homicide intentionnel, la torture, les traitements inhumains, y compris les expériences biologiques, le fait de causer de grandes souffrances ou de porter des atteintes graves à l\u2019intégrité physique ou à la santé, la destruction ou l\u2019appropriation de biens non justifiées par des nécessités militaires et exécutées sur une grande échelle de façon illicite et arbitraire.Avant même d\u2019entreprendre sur le terrain la campagne contre Québec, pendant la traversée qui allait amener le corps expéditionnaire britannique en Amérique, Wolfe avait déjà décidé de semer la dévastation dans la région de Québec.Il écrivait à Amherst à ce sujet : \"Si nous nous apercevons que Québec ne semble pas devoir tomber entre nos mains (tout en persévérant jusqu\u2019au dernier moment), je propose de mettre la ville à feu avec nos obus, de détruire les moissons, les maisons et le bétail tant en haut qu\u2019en bas [de Québec] et d\u2019expédier le plus de Canadiens possible en Europe et de ne laisser derrière moi que famine et désolation ; belle résolution et très chrétienne; mais nous devons montrer à ces scélérats à faire la guerre comme des gentilshommes».15 Les véritables motifs qui ont guidé les Britanniques et Monckton dans cette destruction barbare sont donc limpides.Il s\u2019agissait de prendre la population civile en otage en détruisant tout et en ne laissant que « famine et désolation ».La dévastation réalisée soit directement par Monckton soit, sous sa responsabilité par la chaîne de commandement, tout le long de la Côte-du-Sud, de la Chaudière jusqu\u2019à Kamouraska, constitue sans aucun doute selon la définition des Nations-unies, citée précédemment des crimes de guerre.La destruction de Québec À partir du 4 juin,16 Monckton ordonna à ses batteries de bombarder directement les maisons de la ville avec des pots à feu ou des boulets rouges pour y mettre le feu.Les bombes de Moncton allumèrent cinq incendies majeurs dans Québec, dont un en particulier, celui qui avait commencé dans la nuit du 15 août, fut particulièrement violent.Le bombardement systématique général et massif de la ville commença le 11 juillet.17 Il fut dévastateur.On estime que jusqu\u2019au 24 juillet au soir, plus de 15000 bombes et boulets avaient été lancés en moins d\u2019un mois sur la ville de Québec par l\u2019artillerie de L'expression « grand dérangement » cache pudiquement sous des mots en apparence anodins, une réalité d'une grande cruauté : le génocide des Acadiens perpétré par les Britanniques au milieu du XVIIIe siècle.Leur acharnement inhumain contre le peuple acadien s'étala sur sept ans, de l'automne 1755 à 1762.Il se concrétisa en trois phases-principales.Une première en octobre, novembre et décembre 1755, au cours de laquelle pas moins de 6 000 Acadiens et Acadiennes furent brutalement arrachés à leurs terres par les Britanniques et déportés vers les colonies anglo-américaines de la côte est américaine.Une seconde, où les Britanniques s'emparèrent en 1758 et 1759 de 3 000 autres Acadiens et Acadiennes qui s'étaient réfugiés dans l'île Saint-Jean et les déportèrent en Angleterre, où la moitié moururent de misère ou d'épidémies avant 1763.Une troisième eut lieu en 1762, où les Britanniques s'emparèrent d'environ 1 500 Acadiens et Acadiennes et les déportèrent vers le Massachusetts qui refusa de les accueillir.On les déporta alors en Angleterre.L'action des Britanniques en Acadie aboutit à la réalisation d'une entreprise systématique de brutalité, de violence et de destruction dont la virulence émeut encore à deux siècles et demi de distance.Le bilan est tragique : Déportation par les forces militaires britanniques en trois vagues successives de plus 10 000 Acadiens et Acadiennes parqués sur de vieux rafiots servant au transport des marchandises, tenant souvent à peine la mer et la plupart du temps vétustes, insécures et insalubres; \u2022Dispersion des quelque 6 000 déportés de 1755 dans les colonies britanniques éloignées situées tout le long de la côte est américaine où se trouvaient des populations souvent hostiles et où ils eurent à subir des conditions d'exil et de vie pénibles ; Monckton.Le 20 septembre, la dévastation était telle que le capitaine John Knox écrivit dans son journal : «De fait, le ravage est inconcevable.Les maisons restées debout sont toutes plus ou moins perforées par nos boulets.La ville basse est tellement en ruines qu \u2019il est presque impossible de circuler dans les rues.Les parties les moins endommagées de la ville sont les rues qui conduisent aux portes Saint-Jean, Saint-Louis et du Palais.Cependant, quoique plus éloignées de nos batteries, elles portent des marques d\u2019une destruction presque générale.» On ne s\u2019entend pas bien sur le nombre exact de maisons incendiées, détruites ou endommagées pendant le siège par les canons et mortiers de Monckton.On parle même de 535 maisons et édifices.18 Quel que soit ce nombre véritable, la description fournie par Knox ne laisse aucun doute sur l\u2019étendue des dommages.\u2022\tRecours systématique à la tromperie, à la duperie, aux subterfuges mensongers et malhonnêtes pour pouvoir s'emparer des populations qui se méfiaient et qu'on voulait déporter; \u2022\tSéparations, dislocations et désunions imposées aux familles par l'embarquement forcé des hommes, des femmes et des enfants sur des navires différents, sans égard aux liens familiaux ; \u2022\tAssassinat de ceux qui étaient parvenus à s'enfuir qu'on pourchassait et quand on parvenait à les rattraper ; \u2022\tDévastation et terre brûlée pour affamer ceux qui s'étaient réfugiés dans les bois et les forcer à se rendre; \u2022Emprisonnement arbitraire de 4 500 autres Acadiens en 1758 et 1762 qui ont été maintenus dans des conditions souvent inhumaines et dégradantes, déportés ensuite vers l'Angleterre où ils furent soumis à la misère et à la maladie; \u2022Incendie systématique de toutes les maisons, granges, bâtiments, dépendances et des moulins des Acadiens déportés ou qui étaient parvenus à s'enfuir et destruction de leurs villages ; \u2022\tConfiscation au profit de la couronne britannique de toutes les terres et des biens appartenant aux Acadiens; \u2022\tConfiscation au profit de la couronne britannique de 120 000 têtes de bétail et de toutes les céréales appartenant aux Acadiens « devant être appliqués au remboursement des dépenses que le gouvernement devra faire pour les déporter de ce pays.»1 \u20222 Somme toute, le tableau de chasse britannique est d'une rare brutalité.Il est difficile dans les circonstances de ne parler que de « dérangement », même « grand ».C'est d'un véritable génocide qu'il s'agit.1.\tLettre du 31 juillet 1755 de Charles Lawrence, lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse à Robert Monckton 2.\tÀ ce sujet et sur les Acadiens en général, voir l'intéressant ouvrage de Jean-Marie Fonteneau, Les Acadiens, citoyens de l'Atlantique, Rennes, Éditions Ouest-France, 1996.L\u2019objectif fixé par Wolfe était le même que pour la destruction de la Côte-du-Sud : prendre la population civile en otage pour y semer désolation et famine et lui imposer des souffrances inutiles .La destruction de Québec réalisée directement par Monckton ou sous sa responsabilité par la chaîne de commandement, constitue donc indéniablement un ensemble de crimes de guerre en vertu du texte des Nations-unies cité précédemment.LE GÉNOCIDE ACADIEN 11.\tGaston Deschênes, L\u2019année des Anglais, la Côte-du-Sud à l\u2019heure de la conquête, Sillery, Les Éditions du Septentrion, 1988.12.\tSur tout cet épisode de la guerre de la conquête voir l\u2019excellent ouvrage de Gaston Deschênes, L \u2019année des Anglais.13- A Journal of the Expedition up the River Saint-Lawrence, New York Mercury, N° 385, 31 décembre 1759.14.\tCité par Bettati, op.cit., p.271.15.\tLacoursière, op.cit., p.301 16.\tLe siège de Québec., p.37 17.\tLe siège de Québec., p.125 18.\tLe Siège de Québec., p.48 20 Il y a eu diverses tentatives pour essayer de présenter un portrait plus flatteur de Monckton, dont celle de Steel qui, au sujet de son rôle en Acadie parle de - ses conceptions humanitaires* (sic), d\u2019une exécution des ordres « sans montrer d\u2019enthousiasme *19, etc.La tentative ne convainc pas.D\u2019abord l\u2019auteur ne divulgue pas les sources sur lesquelles il se base pour faire de telles affirmations et il ne cite aucun texte à cet effet.Mais il y a plus, les faits montrent le contraire.Si, mû par des «sentiments humanitaires» Monckton n\u2019avait pas été d\u2019accord avec les ordres reçus de Lawrence au sujet de l'Acadie, il aurait pu et dû les contester.Comme il l\u2019a fait auprès de Wolfe avec deux autres officiers supérieurs - Murray et Townshend - au cours de l\u2019été 1759, au sujet des plans de campagne du siège de Québec.On sait qu\u2019à cette occasion, les relations entre Wolfe et ses trois adjoints ont été extrêmement tendues, car ils contestaient âprement la façon dont Wolfe voulait réaliser la prise de Québec.Monckton n\u2019a pas contesté les ordres de Lawrence au sujet de l\u2019Acadie.Par la suite, comme lieutenant-gouverneur, il aurait eu beau jeu de mettre un terme à la préparation et à la réalisation des exactions commises par les Britanniques contre la population acadienne.Et pourtant, il n\u2019a pas fait cesser la capture et la déportation des 4000 Acadiens et Acadiennes de l\u2019île Saint-Jean.Pendant le siège de Québec, il aurait pu contester les ordres de Wolfe de semer la désolation sur la Côte-du-Sud, mais il ne l\u2019a pas fait.Bien plus, quelques années plus tard, il fit accorder une promotion très importante au major Scott, l\u2019ancien brûlot qu\u2019il avait utilisé pour incendier la Côte-du-Sud.Contre Québec, il aurait pu se limiter à ne faire bombarder que les objectifs militaires de la ville.Il ne l\u2019a pas fait, au contraire.Il a mis beaucoup d\u2019ardeur à bombarder les objectifs civils.À mon avis, la tentative de dilution de la responsabilité de Monckton dans les divers actes qu\u2019il a commis ou auxquels il a été relié en Acadie et dans la région de Québec tourne court.Il a bel et bien été impliqué soit directement, soit par la chaîne de commandement, dans des actes qui équivalent à ce que l\u2019on considère de nos jours comme des crimes contre la paix, des crimes de génocide, des crimes contre l\u2019humanité et des crimes de guerre.Donner et conserver son nom à une des deux métropoles acadiennes - l\u2019autre étant Caraquet - c\u2019est faire une insulte permanente au peuple acadien, c\u2019est montrer une insensibilité totale à l\u2019endroit des souffrances inouïes qu\u2019il a endurées.C\u2019est l\u2019obliger à devoir honorer et glorifier celui qui l\u2019a maltraité.C\u2019est tenter de l\u2019humilier de façon permanente, en voulant le réduire à un rôle de vaincu qu\u2019on force à rendre «foi et hommage» au peuple vainqueur.C\u2019est tenter de souiller son honneur.C\u2019est inacceptable.Comme c\u2019est aussi faire injure permanente au peuple québécois en glorifiant celui qui l\u2019a maltraité et surtout, qui commandait en second, les forces qui nous ont vaincus en 1759- Comme c\u2019est aussi une insulte au peuple acadien et au peuple québécois, que Québec, la capitale nationale du seul État français d\u2019Amérique compte parmi ses rues, une avenue qui porte le nom de Moncton.C\u2019est aberrant.Le Canada est un des rares pays au monde en dehors de l\u2019ancienne Union soviétique, où, sans vergogne et avec autant de cynisme et de satisfaction, on afflige orgueilleusement et de façon permanente à ceux qui ont été défaits, des représentations symboliques qui tentent de les humilier, de vouloir consacrer leur condition de vaincus et de glorifier leurs vainqueurs.Avec des villes qui s\u2019appellent Moncton, Colborne, etc., ou des rues qui s\u2019appellent Wolfe, Amherst, Murray, Fraser, Moncton, etc.Non vraiment, ce n\u2019était pas la peine de sauver le soldat Monckton.de l\u2019oubli, comme on l\u2019a fait.On aurait dû plutôt laisser la poussière de l\u2019histoire le revêtir d\u2019un épais manteau de défaillance de la mémoire.19.Dictionnaire biographique du Canada, Vol.IV, Québec et Toronto, Les Presses de l\u2019Université Laval et University of Toronto Press, diverses années de publication, Vol IV, p.584 des rfiots pour s'affirmer, vivre et Travailler en fronçais La force des mots un magazine de promotion du français publié par la Confédération des syndicats nationaux, la principale centrale syndicale d\u2019expression française en Amérique du Nord.Disponible sur notre site Internet.www.csn.qc.ca LA DOMINATION DE L'ANGLAIS Paul-Émile Roy Écrivain F AUT-IL, DANS LE CONTEXTE DE LA MONDIALI- r sation, subir passivement la domination de l\u2019anglais?Dans le domaine des langues, plus encore peut-être que dans tout le reste, la mondialisation ne signifie pas échange, enrichissement mutuel, mais domination.L\u2019anglais est la première langue internationale, ce qui est un fait, et ce qui en soi n\u2019a rien de spécialement odieux.Le français l\u2019était au XVIIIe siècle, le grec, le latin l\u2019ont été aussi à d\u2019autres époques.Mais dans le contexte de la mondialisation, l\u2019anglais tend à n\u2019être pas seulement la langue la plus répandue, mais à supprimer les autres.Jean-Louis Roy écrit qu\u2019en 1995, «92% des données véhiculées sur Internet sont rédigées en langue anglaise ».Il ne faut pas croire que la diffusion de l\u2019anglais dans le monde se produit comme une nécessité naturelle, en marge de toute préoccupation politique.Claude Hagège écrit que «les pays anglo-saxons ne se contentent pas de profiter passivement de la puissance de diffusion de leur langue».Ils adoptent en ce domaine une attitude ferme.On pourrait parler, dit-il, d\u2019« entreprise concertée de promotion de l\u2019anglais».Des centaines et des centaines de millions de dollars sont affectées à cette fin.On sait que le Cambodge était autrefois un pays en très bons termes avec la France.Le français y était la langue étrangère de beaucoup la plus répandue.Après le désastre de la guerre civile que l\u2019on sait, il constituait un instrument précieux pour la reconstruction du pays.Or, ce que nous apprend une coopérante au Cambodge, Chantal Malien, c\u2019est que l\u2019ONU en a jugé autrement et a substitué l\u2019anglais au français, ce qui rend encore plus difficile la coopération avec les Cambodgiens.Les grandes puissances, paraît-il, comme les États-Unis et l\u2019Australie, tendent à éliminer le français, dans ces régions, comme lien avec l\u2019Occident.Elles se servent de l\u2019ONU pour arriver à leur fin.On pourrait dire que dans certains domaines, les Américains font preuve d\u2019ouverture et s\u2019intéressent aux civilisations étrangères.Qu\u2019on pense, par exemple, aux «Culture Studies» qui présentent à première vue une forme de cosmopolitisme généreux, mais en fait, cette nouvelle conception des études «confirme l\u2019hégémonie des pouvoirs qu\u2019exerce la langue de traduction dans un contexte d\u2019échanges généralisés ».Le problème que l\u2019anglais, langue internationale, pose à l\u2019épanouissement des cultures nationales est extrêmement complexe.Il ne faut pas le considérer avec légèreté.Tout comme le phénomène de la mondialisation qui est encore trop nouveau, pour qu\u2019on puisse l\u2019évaluer adéquatement.(Tiré de Paul-Émile Roy, Propos sur la culture, Éditions Humanitas, 1997, pp.52-53).21 i'&Ki ÎÏ*S.» COMPTERENDU DE LECTURE Regard sur l\u2019Acadie et ses rapports avec le Québec Patrice Dallaire REGARD SUR L\u2019ACADÏf « tajjpw* «vk*.J«- Préface de Benoît Duguay, Moncton, Les Éditions d'Acadie, 1999, 222 p.L\u2019auteur a été conseiller principal puis délégué du Québec dans les provinces atlantiques, de 1991 à 1998.Il nous livre dans cet ouvrage le fruit de sa réflexion sur l\u2019Acadie contemporaine et ses rapports avec le Québec.C\u2019est le point de vue d\u2019un homme qui a connu l\u2019Acadie de l\u2019intérieur, qui est profondément attaché à la francophonie canadienne, et qui analyse sans complaisance ni parti pris les relations de l\u2019Acadie avec le Québec.L\u2019Acadie a été profondément marquée par son histoire tragique.Elle s\u2019est habituée au cours des siècles à se contenter des restes que lui laissait le conquérant.Quand au vingtième siècle elle prend conscience de la situation inique qu\u2019on lui a imposée, elle réagit avec une grande timidité, elle hésite, elle prend peur, elle n\u2019ose se prendre en main.À force d\u2019être malmené, on finit par perdre confiance en soi.Pourtant, l\u2019Acadie connaît à la fin du vingtième siècle un renouveau remarquable.C\u2019est tout cela que nous raconte Patrice Dallaire dans un livre bien documenté dont la lecture est prenante et parfois douloureuse.L\u2019Acadie ne se relève que difficilement.Le peuple acadien a perdu confiance en lui-même, ce qui explique qu\u2019il a peur des débats, qu\u2019il n\u2019y a pas de place pour la dissidence, qu\u2019il se résigne.Dans ce contexte, la démocratie ne joue pas sainement.Il n\u2019y a pas de place pour la dissidence.Le discours politique acadien qui s\u2019était formé entre 1978 et 1982 a été étouffé.Beaucoup d\u2019Acadiens, surtout en Nouvelle-Écosse et dans l\u2019Ile-du-Prince-Edouard n\u2019osent formuler leurs revendications, de peur de déplaire aux anglophones.Pendant ce temps, l\u2019assimilation va son train.C\u2019est tout un système qui fonctionne rondement, sous couvert de bilinguisme et de tolérance.Dans l\u2019éducation, par exemple, 16 ans après l\u2019entrée en vigueur de la charte de 1982 qui devait instaurer le bilinguisme, « le droit de gérer leurs écoles est nié à plusieurs communautés francophones du Canada» (p.80).Et l\u2019auteur donne de nombreux exemples.Quand on compare le sort qui est fait aux minorités françaises en dehors du Québec à celui des minorités anglaises du Québec, on ne peut qu\u2019être transporté d\u2019indignation.Le fédéralisme canadien est pour le moins étrange.Qu\u2019on pense, par exemple, que les Acadiens forment un peuple répandu dans les quatre provinces maritimes, mais que le Canada ne reconnaît pas ce peuple.Il semble bien que lors du Sommet de la Francophonie à Moncton, en septembre, ce ne sera pas l\u2019Acadie qui recevra les visiteurs mais le Canada.Le drapeau acadien ne flottera pas sur ces festivités.Pourtant, «la Belgique, pays bilingue s\u2019il en est un, n\u2019éprouve aucune gêne à ce que la partie française de sa personnalité nationale, sa dimension et son identité wallonnes, soit mise de l\u2019avant sur la scène internationale.Pourquoi ne pourrait-il en être ainsi pour le Nouveau-Brunswick, sans gêne linguistique et sans pudeur politique?» (p.121).Mais au Canada, on ne reconnaît ni l\u2019identité acadienne, ni l\u2019identité québécoise d\u2019ailleurs.L\u2019Acadie, comme le Québec, est victime du fédéralisme canadien qui nie l\u2019existence des peuples et éteint progressivement leurs droits (p.152).Est-il possible de changer la situation?L\u2019Acadie essaie de se ressaisir.Le Parti acadien a tenté un moment de mener le peuple acadien à une certaine émancipation.Il a été abandonné par ceux qu\u2019il voulait sauver.Plusieurs institutions ont été créées, ces dernières années, pour promouvoir les intérêts des Acadiens.En même temps, «les taux d\u2019assimilation n\u2019ont jamais été aussi élevés qu\u2019actuellement » (p.25).On pourrait souhaiter que les Acadiens se joignent aux Québécois pour mener un combat commun, mais beaucoup d\u2019entre eux condamnent la fermeté des Québécois.On sait pourtant combien ces derniers peuvent être indécis, hésitants.L\u2019auteur parle de quelque chose qui ressemble au complexe de Stockholm.Dans certaines communautés, « on embrasse plus facilement le conquérant anglais ou un Américain qu\u2019un nouveau venu d\u2019origine québécoise » p.32).La volonté d\u2019affirmation de l\u2019Acadie est bien timide.Pourtant, l\u2019auteur croit en son avenir.Mais il faut que les Acadiens n\u2019aient pas peur de revendiquer.Au N.-B., dans une province pourtant officiellement bilingue, rien n\u2019est gagné facilement.« Des dossiers récents, comme ceux de la gestion scolaire et de la création d\u2019écoles francophones, ainsi que la refonte de la carte électorale fédérale au détriment de la représentation acadienne, démontrent qu\u2019il faut, pour les Acadiens, sans cesse revendiquer, sans cesse se battre pour obtenir ce que les autres reçoivent automatiquement» (p.173).L\u2019auteur voit l\u2019Acadie et le Québec comme deux partenaires qui ont beaucoup à s\u2019apporter l\u2019un à l\u2019autre.Il faut que les Acadiens s\u2019affirment et se fassent reconnaître comme peuple.Il parle même de la tenue d\u2019États généraux qui permettraient à tout le peuple acadien de se donner un projet de société, de réagir, par exemple, à des événements qui pourraient se présenter, comme l\u2019indépendance du Québec.En 1867, les Acadiens avaient été étrangers aux décisions qui avaient été prises et qui les concernaient.Bref, « les Acadiens, s\u2019ils veulent être maîtres de leur destinée, s\u2019ils souhaitent se donner une société à leur image et répondant à leurs besoins, doivent le plus rapidement possible prendre acte de leur pouvoir collectif, le maîtriser, l\u2019exploiter au maximum» (p.179).Ce livre nous offre donc une somme de renseignements considérables sur l\u2019Acadie et ses relations avec le Québec.Il faut lui souhaiter un grand succès en Acadie mais aussi au Québec.Paul-Émile Roy COMPTE RENDU DE LECTURE Nous! 101 faits historiques de l\u2019Ontario français Yves Saint-Denis Illustrations: Christian Quesnel et Félix Saint-Denis, Fédération de la jeunesse franco-ontarienne, 1999.VOICI UN magazine d\u2019un genre tout à fait spécial qui devrait ren-dre de grands services à la jeunesse franco-ontarienne, mais aussi à tout lecteur désireux de connaître les principaux événements qui ont marqué l\u2019histoire des Franco-Ontariens.L\u2019auteur ne nous donne pas un récit détaillé de l\u2019histoire ni une analyse de l\u2019enchaînement des événements mais il rappelle en quelques mots ou quelques lignes des moments importants ou caractéristiques de l\u2019histoire des franco-Ontariens, depuis le geste des premiers découvreurs jusqu\u2019à la bataille pour sauver l\u2019hôpital Montfort, le seul hôpital français de la province, jusqu\u2019au renouveau culturel et social provoqué par des jeunes qui croient en l\u2019avenir.Des textes courts, voilà ce qui accroche le lecteur sans le lasser.Et tout cela agrémenté d\u2019illustrations vivantes, diversifiées.Pourquoi « 101 » faits historiques?Peut-être pour faire un clin d\u2019œil au Québec! Une manière d\u2019exprimer une solidarité française en Amérique ?Et cette solidarité, elle est fondée sur la communauté linguistique, sur l\u2019histoire.Ce sont les français qui ont été les premiers européens à explorer l\u2019Ontario.Ce sont eux et leurs descendants, les canadiens français, qui ont fondé l\u2019Ontario.Et dire que pour nos hommes politiques à Ottawa, l\u2019histoire du Canada commence en 1867! Il faudrait leur raconter l\u2019histoire d\u2019Étienne Brûlé qui, dès le début du XVIIe siècle, s\u2019est rendu en Huronie et y a vécu de nombreuses années.Yves Saint-Denis évoque en quelques mots l\u2019histoire de ces missionnaires, des explorateurs, de la traite des fourrures, etc.C\u2019est une histoire passionnante que celle de l\u2019Ontario, non seulement depuis 1867, mais avant 1867 et même avant 1760.L\u2019auteur nous rappelle à juste titre, ce qu\u2019on oublie aujourd'hui, que ce sont les canadiens français qui ont fondé l\u2019Ontario.Il nous rappelle aussi que les Loyalistes ont été les premiers séparatistes, eux qui ont séparé le pays en deux en 1791, et réussi à le réunir sous leur férule en 1840.Et bien d'autres faits et événements, dont les luttes pour sauver l\u2019enseignement du français, combattre l\u2019assimilation.En lisant ce magazine, je me disais que l\u2019auteur contribuait à combler un vide culturel grave, celui de l\u2019ignorance, de l\u2019histoire.Je me réjouissais que des jeunes aient collaboré à la réalisation de cet ouvrage, et la Fédération de la jeunesse ontarienne en assure la diffusion.Je me disais aussi qu'une publication analogue devrait être produite chez nous, au Québec et utilisée dans toutes les écoles secondaires.Paul-Émile Roy 22 L'UNIVERSITE FRANCOPHONE EN MILIEU MINORITAIRE : UN ENJEU CULTUREL PARADOXAL Claudette Tardif Doyenne de la Faculté St-Jean, Université d'Alberta L\u2019institution universitaire francophone est appelée à jouer un rôle de leadership et à contribuer au développement global des communautés francophones de sa région.Privés des institutions d\u2019une collectivité nationale, les francophones s\u2019identifient de plus en plus avec leurs centres francophones d\u2019une façon tout à fait privilégiée.Dans un sondage auprès de la population francophone d\u2019Edmonton dans les années quatre-vingts, la Faculté Saint-Jean était identifiée comme l\u2019appui principal de la communauté francophone par la majorité des répondants (Tardif et McMahon, 1989).En somme, en plus de sa mission d\u2019assurer un enseignement de qualité et de faire avancer la connaissance par la recherche, il y a des attentes de la part des communautés francophones que l\u2019institution s\u2019engage auprès de la communauté.Ce double rôle de l\u2019université peut être conflictuel entre l\u2019université pour le savoir et l\u2019université pour la communauté.Cardinal (1995, p.55) considère que les chercheurs francophones sont trop souvent » appelés à investir dans la communauté ainsi que la bureaucratie universitaire, à y faire du bénévolat\u2014ce qui est très bien, mais là n\u2019est pas leur rôle.» Il n\u2019y a pas de doute que ce rôle additionnel, auquel nos collègues anglophones ne sont pas confrontés, ajoute un fardeau supplémentaire à des tâches déjà lourdes, surtout pour les petites institutions qui n\u2019ont souvent qu\u2019un seul professeur dans la plupart des départements et qui assume déjà de lourdes charges administratives.Un rattrapage réussi Le recensement de 1996 démontre que le nombre de diplômes universitaires francophones a presque doublé en quinze ans au pays.Selon l\u2019étude commandée par l\u2019Association de la Presse francophone auprès de Statistique Canada, le Canada comptait 381 170 diplômés universitaires francophones en 1981.Quinze ans plus tard, 750 630 complètent des études universitaires, ce qui représente une hausse de 96% (journal Le Gaboteur, 1998).En comparaison avec le nombre de diplômés universitaires anglophones pour cette même période, 7,84 % de la population de langue maternelle française détenait un diplôme universitaire en 1996, comparativement à 7,47 % chez ceux de langue maternelle anglaise.Il y a évidemment beaucoup de variation dans les différentes régions du pays.Le progrès des francophones a été plus important que chez les anglophones dans l\u2019Est du pays et en Colombie-Britannique, de même qu\u2019au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest.Selon les statistiques du recensement de 1991, il semblerait que les francophones aient rattrapé leur pairs anglophones dans le niveau d\u2019éducation atteint.Dans presque toutes les provinces du Canada, le pourcentage de personnes entre 20-29 ans avec un premier diplôme universitaire (BA ou diplôme professionnel) est comparable chez les francophones et les anglophones (Nouveau Brunswick, Ontario, Saskatchewan) et même plus élevé dans certaines provinces (Colombie-Britannique, Alberta, Manitoba, Nouvelle Écosse).Il n\u2019y a que dans les provinces de l\u2019île-du-Prince-Édouard, du Québec, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest que le pourcentage d\u2019étudiants francophones entre 20-29 ans ayant un premier diplôme universitaire est inférieur au pourcentage d\u2019un groupe comparable d\u2019étudiants anglophones.L'immersion française : des effets imprévus Les institutions universitaires francophones hors Québec, symboles de la réalité franco-canadienne en Amérique du Nord à l\u2019extérieur du Québec, desservent le plus souvent la minorité francophone de la région, mais ils sont de plus en plus fréquentées par un nombre grandissant d\u2019étudiants issus de l\u2019immersion française des écoles secondaires du Canada anglophone.Il n\u2019y a aucun doute qu\u2019il y a une clientèle d\u2019étudiants pour les institutions francophones/bilingues chez les étudiants inscrits dans les programmes de français langue seconde (immersion et français de base).Les statistiques indiquent des effectifs dans les programmes de langue dans les écoles publiques des provinces et territoires du Canada, à près de 2 millions (2 050 071) d\u2019étudiants dans les programmes de français langue seconde et 157811 étudiants dans des programmes de français langue maternelle dans les écoles à l\u2019extérieur du Québec1.La popularité des programmes d\u2019immersion à travers le Canada a augmenté le nombre d\u2019élèves désireux de poursuivre des études postsecondaires en français.À la Faculté Saint-Jean, les statistiques des inscriptions des derniers dix ans indiquent que la proportion d\u2019étudiants anglophones comparativement aux étudiants francophones augmente, et dépasse même le nombre d\u2019étudiants francophones.Quels sont les effets de cette situation?Beauchemin (1985, p.63) considère que «l\u2019impact des élèves d\u2019immersion dans une institution bilingue doit être abordé à deux niveaux, à savoir, l\u2019impact quantitatif et l\u2019impact qualitatif de l\u2019intégration des \u2018immergés\u2019 aux cours et programmes en français».McMahon et Tardif (1989, p.22) voient deux genres de questions comme étant importantes dans la problématique d\u2019une institution mixte au niveau postsecondaire : 1) la qualité de la langue et 2) les valeurs et l\u2019idéologie culturelles.Dans plusieurs institutions francophones, on fait face à l\u2019usage trop fréquent de l\u2019anglais dans les couloirs, de manuels de classe en anglais et la nécessité de maintenir un système d\u2019encadrement linguistique.Ces difficultés ne sont pas uniques aux institutions francophones hors Québec car plusieurs universités et collèges au Québec ont dû reconnaître les lacunes du français écrit de leurs étudiants.Cependant, l\u2019institution en milieu minoritaire, ayant une clientèle mixte, a des défis encore plus grands.Non seulement doit-elle composer avec une clientèle d\u2019étudiants pour qui le français n\u2019est pas la première langue, mais elle doit aussi composer avec une clientèle francophone ayant vécu les effets de l\u2019assimilation à la culture anglophone.Le poids de l\u2019assimilation des francophones minoritaires à la culture anglophone au cours des années ainsi que le nombre grandissant d\u2019étudiants anglophones (en grande partie le résultat du succès de l\u2019immersion) qui s\u2019inscrivent aux universités francophones hors Québec apportent des défis linguistiques et socio-culturels de taille.À qui l'immersion profite-t-elle?Les recherches en immersion et l\u2019expérience des parents francophones ayant lutté pour la mise sur pied d\u2019écoles francophones soulèvent toute la question de l\u2019épanouissement culturel et linguistique des francophones dans un milieu mixte où il y a des finissants des programmes d\u2019immersion.Selon McMahon et Tardif (1989, p.25), «l\u2019élève d\u2019immersion s\u2019intéresse à la langue française sans incorporer les éléments culturels de cette communauté.Les élèves d\u2019immersion n\u2019auraient pas le même sentiment d\u2019appartenance à l\u2019histoire, au système de valeurs, aux coutumes, aux institutions et à la langue qu\u2019ont les élèves francophones.» L\u2019expérience albertaine aux niveaux primaires et secondaires démontre, comme dans bien d\u2019autres provinces, que les valeurs et l\u2019idéologie culturelles des deux groupes peuvent être conflictuelles.Au Collège universitaire de Saint-Boniface, Legal (1992) exprimait ainsi ses inquiétudes au sujet du nombre d\u2019étudiants voulant s\u2019inscrire dans l\u2019enseignement en immersion: «On ne saurait passer sous silence les inquiétudes exprimées autour d\u2019un certain déséquilibre au niveau des inscriptions causé par une demande démesurément grande pour satisfaire le phénomène immersion.» (p.48) Or, en termes instrumentaux, à qui l\u2019immersion profite-t-elle?Sert-elle principalement à la classe moyenne (semi-professionnelle) anglophone ?En termes systémiques, on pourrait croire qu\u2019elle augmente la légitimité de la francophonie.Pourtant, l\u2019appui au bilinguisme est, au mieux, stagnant et les droits des minorités demeurent impopulaires2.Y a-t-il un paradoxe dans cette situation?Peut-on répondre aux besoins de la communauté francophone minoritaire et promouvoir la langue et la culture françaises dans une institution ayant une clientèle d\u2019étudiants mixtes (anglais langue première et français langue première) ?Comment réconcilier la nécessité d\u2019être viable sur le plan économique avec la mission communautaire de l\u2019institution de promouvoir la langue et la culture francophones ?Une institution comme la Faculté Saint-Jean doit recruter des étudiants anglophones afin de maintenir un niveau d\u2019inscriptions suffisamment élevé pour offrir un éventail de choix de cours et de programmes intéressants pour tous ses étudiants.Elle doit investir des ressources considérables dans le perfectionnement linguistique et l\u2019animation socio-culturelle.Par exemple, à la Faculté, un Centre d\u2019aide en français opère chaque jour offrant aux étudiants des ateliers d\u2019écriture, de lecture, des cercles de conversation et de l\u2019appui selon le besoin individuel.Je dirais cependant que la question la plus difficile est l\u2019intégration de tous les étudiants sur le plan socio-culturel.Comment créer un climat où les francophones se sentent chez eux et peuvent renforcer leur identité culturelle et où les francophiles se sentent à l\u2019aise de s\u2019exprimer tout en développant un désir de participer et de s\u2019engager dans la vie culturelle francophone ?Ce texte est tiré de la conférence d'ouverture au colloque du Centre de recherche en civilisation canadienne-française, « L'université et la Francophonie » à l'Université d'Ottawa, les 6 et 7 novembre 1998.Cette synthèse a été préparée par M.Robert Laplante.1.\tStatistique Canada, n° 81-229-XPB, l\u2019éducation au Canada, 1997 2.\tExtrait d\u2019une conversation avec le professeur Claude Denis de la Faculté St-Jean, 1998.Références bibliographiques \u2022\tAssociation de la presse francophone, « Le nombre de diplômés universitaires francophones a doublé au pays », Le Gaboteur (journal de langue française à Terre-Neuve et au Labrador), vol.14, no 12, le 27 avril 1998.\u2022\tBeauchemin, C, « L'impact négatif de l'arrivée des élèves d'immersion », Actes du Colloque national sur l'enseignement postsecondaire en langue française à l'extérieur du Québec, 1985, Fédération des francophones hors Québec, Ottawa, 1985, pp.63-67.\u2022\tCardinal, L., « L'émergence d'un champ d'étude : les conditions de la recherche sur la francophonie en milieu minoritaire », dans Y.Grisé (dir ).États généraux de la recherche sur la francophonie à l'extérieur du Québec, Ottawa, CRCCF/Les Presses de l'Université d'Ottawa, 1995, pp.51-57' \u2022\tLégal, R., « Le Collège universitaire de Saint-Boniface », Éducation et francophonie, vol.20, no 3, 1992, pp.43-49.\u2022\tTardif, C.et F.McMahon, « Les francophones et les études postsecondaires », La Revue canadienne d'enseignement supérieur, vol.19, no 3, 1989, pp.19-28.23 L'HÉRITAGE POLITIQUE DU Dr CAMILLE LAURIN Richard Gervais Membre des Intellectuels pour la souveraineté (IPSO) Ce texte n'engage pas l\u2019opinion des autres membres AU MOMENT OÙ DES ÉTUDES DÉMOLINGUIS-tiques viennent confirmer la minorisation du français dans la région montréalaise, il convient de se repencher sur la «loi 101 », censée enrayer cette minorisation?Il faut s\u2019interroger sur le sens profond que cette «charte» pouvait revêtir aux yeux de son principal promoteur, le Dr Camille Laurin, à qui l\u2019on a fait récemment des obsèques officielles?La formule consacrée, qui fait à bon droit du Dr Laurin le «père de la loi 101 », ne tend-elle pas aussi à enfermer dans une étroite dimension linguistique l\u2019action proprement politique du célèbre député de Bourget?Vingt ans de « loi 101 » Il ne fait aucun doute que la «loi 101 », promulguée en 1977, a ralenti l\u2019anglicisation systématique et généralisée des allophones.Mais l\u2019étude démo-linguistique d\u2019ensemble de Marc Termote (Le Devoir, 30 mars 1999) démontre que leur assimilation linguistique à la minorité anglophone se perpétue à un taux qui tient de la pathologie sociale.La baisse démographique des francophones (passés de 60% à 55,1% de la population de la C.U.M.entre 1981 et 1996) et le quasi maintien des anglophones (passés de 26,9 % à 25,3 %) ne s\u2019expliquent pas par les taux de natalité, sensiblement les mêmes dans les deux populations.L\u2019explication réside dans les transferts linguistiques vers l\u2019anglais.Considérant les 28 villes de la C.U.M., les allophones passent à l\u2019anglais dans près de 60 % des cas.Cela, conclut le démographe, « fait partie de l\u2019incroyable réalité de la langue à Montréal, une réalité unique au monde».Cette réalité, Camille Laurin l\u2019appelait le « scandale » : scandale de l\u2019assimilation des immigrants à la minorité, scandale de la transformation à terme de l\u2019immigrant en assimilateur.À ce scandale voulait mettre fin la Charte de la langue française.Vingt-deux ans plus tard, le scandale continue.Le «père de la loi 101 » aurait-il échoué?Il faut dire que, sous les assauts du Canada et en particulier de Canadiens anglais de Montréal farouchement opposés à l\u2019idée d\u2019un Québec français, on s\u2019est mis à lui trouver bien des «irritants» à la pauvre Charte de la langue française.Si bien que la Cour suprême du Canada, se moquant de la vaste majorité de la population québécoise, a réussi à en invalider des pans entiers.Camille Laurin mort, The Gazette ironise.Le quotidien anglo-montréalais salue ce «grand Canadien » qui aurait fait la preuve, dans la pratique, que la protection du français est possible dans le cadre du fédéralisme canadien.Pour un journal qui, au cours de toutes ces années, n\u2019a pas raté une occasion de fustiger Laurin et sa loi « fasciste », la récupération est méprisante et hypocrite.Les vingt dernières années, vécues sous le régime de la « loi 101 » ou de ce qui en restait, font au contraire la preuve que le cadre canadien a desservi la cause du français au Québec.Ce cadre a été la condition même du charcutage de la « loi 101 » : point d\u2019appui de ses contempteurs, aussi bien que bâillon de ses défenseurs.C\u2019est d\u2019ailleurs invariablement dans le camp «fédéraliste» que cette loi, pourtant avalisée par la population québécoise, a trouvé et trouve toujours ses détracteurs les plus acharnés (y compris bien sûr ceux que The Gazette publie à pleines pages).Clarification des oppositions politiques Dès l\u2019origine, la « loi 101 » contenait l\u2019idée à la fois de sa nécessité et de son insuffisance.Le Dr Laurin voyait dans la Charte de la langue française une «thérapie collective» nécessaire, non seulement pour contrer le phénomène susdit d\u2019assimilation contre-nature, mais aussi pour éveiller les Québécois à la réalité de leur propre cause, pour les élever à la hauteur de leur destin national.La «loi 101» était l\u2019instrument d\u2019une prise de conscience et d\u2019une émancipation politiques.Le ministre Laurin savait qu\u2019une intervention législative majeure s\u2019imposait en matière linguistique, mais il savait aussi qu\u2019une telle intervention resterait insuffisante si elle n\u2019était pas à terme conjuguée avec la pleine indépendance politique du Québec.Le Dr Laurin savait aussi que la Charte allait susciter non tellement l\u2019hostilité des adversaires du Parti québécois, des « amis d\u2019en face » comme on les appelle à l\u2019Assemblée nationale, mais celle plus profonde et décisive des adversaires de la cause québécoise elle-même.La Charte allait peut-être réveiller nos démons, mais elle allait surtout lever le voile sur nos véritables adversaires.Laurin entrevoyait que la Constitution de l\u2019«autre nation» serait mise à contribution pour combattre sa loi.Il savait que cette question supposément sectorielle commandait en réalité le positionnement de l\u2019ensemble des forces politiques ; sans parler du fait que, dans l\u2019immédiat, la paix sociale à Montréal dépendait de la solution de cette question « linguistique ».La «loi 101» a porté le combat politique du peuple québécois aux limites de ce qui est possible dans le cadre « provincial » et elle a mis ipso facto en évidence l\u2019étroitesse et le caractère inadéquat de ce cadre.Elle a permis de rallier la presque totalité des Québécois derrière une cause commune, leur cause à eux, comme peuple.Pour la première fois, les Québécois (nous ne disons pas les Canadiens français) de toutes origines se sont levés à la défense d\u2019une cause afférente à leur identité politique, à un élément constitutif de leur nationalité.Acte d\u2019une nation accompli par « son » gouvernement, la «loi 101» ne pouvait pas ne pas enseigner justement que, par-delà des clivages partisans dépassés, parlementaires ou électoraux, les Québécois constituaient une cause commune.Là réside toute la portée historique de la «loi 101 », en même temps que sa limitation : instrument d\u2019une cause qu\u2019elle ne pouvait accomplir seule et à laquelle elle ne saurait se substituer.Politiquement, donc, la Charte de la langue française a eu l\u2019effet d\u2019un révélateur.Elle força les opposants à manœuvrer à découvert (Parti Égalité ; Alliance Québec).Elle éroda l\u2019alliance entre «Anglais» et «Canadiens français», sur laquelle a toujours compté le Parti libéral du Québec.En prise directe avec la volonté d\u2019existence d\u2019un peuple, elle força les négateurs de ce peuple à se montrer et braqua le projecteur sur les oppositions réelles.On sait aujourd\u2019hui avec précision, grâce aux études scientifiques des professeurs Termote et autres, ce que l\u2019expérience directe de la vie à Montréal laissait deviner: la «loi 101 » n\u2019a pas su assurer le « Québec français », ni mettre fin à l\u2019anglicisation des immigrants, ni tenir tête aux contestations judiciaires canadiennes.Mais on doit savoir aussi qu\u2019elle a été l\u2019occasion et l\u2019instrument d\u2019une formidable clarification politique, dont nous sommes redevables au Parti québécois et en particulier au jugement et à l\u2019opiniâtreté de Camille Laurin.Cette mise au clair des antagonismes réels était indispensable à la nation québécoise en voie d\u2019émancipation politique.On sait maintenant que pour que Montréal parle français à l\u2019unisson du Québec, il faudra qu\u2019elle cesse d\u2019être une tête de pont du Canada anglais.Pour cela, il faudra faire du Québec un État souverain.Devant l\u2019évolution de la situation démolinguistique montréalaise, proposer la restauration intégrale de la «loi 101 » n\u2019aurait guère de sens et serait impraticable, sauf à sortir enfin de l\u2019«erreur fédérale».Tête de caboche Une idée ça vrille et pousse l\u2019idée du champ dans l\u2019épi de blé au cœur des feuilles l\u2019idée de l\u2019arbre qui va faire une forêt et même, même forcenée, l\u2019idée du chiendent c\u2019est dans l\u2019homme tenu sa tourmente aiguisée sa brave folie grimpante à hue, et à dia Non, ça n\u2019déracine pas ça fait à sa tête de travers cette idée-là, bizarre ! qu\u2019on a tête de caboche, ô liberté Gaston Miron L'homme rapaillé L\u2019Action nationale est une revue qui œuvre à la promotion de la culture québécoise et de la langue française.Elle travaille à la libération sociale et à l\u2019indépendance politique des Québécoises et des Québécois.Elle est produite par une équipe de 200 collaboratrices et collaborateurs qui proposent des orientations claires.Elle constitue un lieu de débat indispensable au Québec.Z \u2019ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur: 514-845-8529 Site : http://www.action-nationale.qc.ca Courriel : revue@action-nationale.qc.ca Directeur de la publication : Robert Laplante Coordination : Laurence Lambert Mise en pages : Jean-Marie Pesci, Méca Mag, Rawdon Impression : Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville ISSN-0001-7469 \u2022 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Abonnement 10 numéros - 1 an Tarif : 42 $\tÉtudiant : 22 $ France : 300 FF Autres pays : 70 $ 24 "]
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