L'action nationale, 1 avril 2000, Avril
[" Michel Duquette Volume XC, numéro 4, avril 2000 Lü [:clitU[LL(c L.|\tU\t1_ IIJTf I .'Vol ion IL^NffîilnciDm IM AT ION ALE Directeur Directrice adjointe Communications Secrétaire administrative Comité de rédaction François Aquin, avocat Jean-Yves Duthel, administrateur Henri Joli-Cœur, administrateur Robert Laplante Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Denis Monière, politicologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, Université de Montréal Michel Rioux Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon Lucia Ferretti, professeure d'histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Émile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau.Membres du jury Jules Bélanger, historien Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès.Membres du jury Roland Arpin, directeur, Musée de la civilisation du Québec Gérard Bouchard, directeur de l'IREP, professeur UQAC Henri Brun, professeur de droit international, Université Laval Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy Couverture Photo : MRN-Diane Barry 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 - Télécopieur: 514-845-8529 Courriel : revue@action-nationale.qc.ca - Site : http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 Robert Laplante Laurence Lambert Michel Rioux Claire Caron TABLE DES MATIÈRES Volume XC, numéro 04, avril 2000 Éditorial Pour une loi sur l'expérimentation SOCIALE Robert Laplante Débats Faire l'indépendance du Québec Pierre Serré Des risques DE L'INCULTURE, HISTORIQUE ET POLITIQUE Jean-Marc Léger 1! La culture DANS LES RÉGIONS Richard Poulin 19 Le français en REGRESSION CONSTANTE À l'Université de Montréal Yvette Delliac, Claudette Gariépy, Michel Moisan 43 Les malheurs de Françoyse Richard Weilbrenner 49 L'Acte de Québec assises DE l'Indirect rule Claude Bariteau 65 Marcel Pepin\t__ et le Québec français 77 Gilles Rhéaume\t Mon action nationale Raoul Duguay\t79 Dossier La pqlitique québécoise DE l'Energie\tCe\t Les origines de L'Action nationale Rosaire Morin\t99 Le Bulletin du lundi\t113 Lectures\t127 Comptes rendus de lecture\t131 Courrier des lecteurs\t139 L\u2019Action nationale Orientation et Comités\t144 Index des annonceurs\t Index des annonceurs 112 Allard, Pierre, C.A.111\tAnnée francophone internationale 126 Bijouterie emblématique Lamond & fils 64 Caisse d\u2019économie des travailleurs de Québec 17\tCap-aux-diamants 13 CSN 8 Devoir, Le 48 FondAction C3 Fonds Optimum C4 Fonds de Solidarité 76 Forces 41\tInternautes 63 Laboratoire Dr Renaud 42\tLoto-Québec 47 Magazine Gaspésie 63 Maxima Capital 112\tMouvement national des Québécoises et Québécois 126 Poitras, Larue & Rondeau inc.63 Sansregret, Taillefer et Associés 63 Services financiers Option 18\tSociété des Alcools du Québec 112 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 112 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 125\tSociété nationale d\u2019assurance 126\tSyndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 126 Tassé & Associés Limitée 126 Translatex Communications + 125 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc.2 \u2022 L'ACTION NATIONALE Éditorial Pour une loi sur Vexpérimentation sociale Robert Laplante Les statistiques économiques commencent à peine à traduire cette chose pourtant palpable depuis un bon moment déjà un peu partout: le Québec bouillonne.Le dynamisme entrepreneurial qui se manifeste dans l\u2019économie n\u2019en est qu\u2019une illustration.La société québécoise, en dépit de la morosité que la guerre de propagande essaie de lui accoler, fait preuve d\u2019une indéniable créativité.Les succès s\u2019accumulent, ici et à l\u2019étranger et dans toutes sortes de domaines : les sports, la nouvelle économie, la recherche scientifique, les arts de la scène, la lutte à la pauvreté, etc.C\u2019est une chose dont les politiciens n\u2019ont pas encore saisi toute la portée : la société civile québécoise bouge et elle a le goût de le faire avec une audace de plus en plus affirmée.Une audace qui tranche nettement avec la façon dont les partis politiques posent les problèmes.Et qui s\u2019éloigne de plus en plus rapidement du paradigme de la gestion provinciale dans laquelle semble s\u2019engluer le gouvernement du Québec.Les forces vives du Québec s\u2019affairent à bâtir un pays qui fait craquer de toutes parts le carcan de la vision provinciale : une conscience de nos intérêts nationaux s\u2019im- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 3 pose de plus en plus.En agriculture, dans les télécommunications, dans la promotion culturelle, des gestes sont posés, des analyses s\u2019imposent qui contribuent à donner une plus grande cohésion à notre société en lui donnant une meilleure compréhension de la nécessité du contrôle stratégique des leviers de son développement.Les manoeuvres autour des transactions de Culinar ou de Vidéotron en sont des exemples éloquents.Les discours ambiants sur l\u2019économie et la croissance font une large part à la rhétorique de l\u2019audace et de l\u2019initiative.Mais c\u2019est d\u2019abord l\u2019État et la réglementation qu\u2019ils visent.L\u2019idée qu\u2019il faille tout sacrifier au marché et diminuer le rôle de l\u2019État n\u2019est pas seulement dangereuse et simpliste.Elle est contraire à nos intérêts nationaux.Nous n\u2019avons pas à brader nos acquis pour que quelques idéologues soient approuvés dans les salons de New York.Le modèle québécois a donné ses meilleurs fruits lorsqu\u2019il a su conjuguer le dynamisme de la société civile avec une vision large et exigeante de ce que doit être notre État.Il suffit, pour s\u2019en convaincre, d\u2019essayer d\u2019imaginer comment seraient accueillis dans le paysage idéologique actuel, des promoteurs soutenant la création d\u2019une Caisse de dépôt et placement.Il suffit de voir comment les libéraux de Jean Charest s\u2019acharnent sur la SGF dont, pourtant, il n\u2019y a à redire que sur le principe qu\u2019elle s\u2019est imposée de rester partenaire minoritaire.Il est un fait cependant que les logiques bureaucratiques briment l\u2019initiative.La déréglementation n\u2019est qu\u2019un moyen de réduire les entraves.Il en existe d\u2019autres.Et la meilleure façon de les trouver ne consiste pas à opposer le marché à l\u2019État mais bien plutôt à soumettre aussi bien la gestion de l\u2019État que l\u2019encadrement du marché à une approche elle-même centrée sur l\u2019innovation plutôt que sur le dogme idéologique.Pour traiter des exigences nouvelles du développement, pour faire face aux problèmes inédits avec des solutions novatrices, il faut institutionnaliser les conditions de la recherche créatrice.Cela peut se faire en dotant 4 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE le Québec d\u2019un outil législatif à fort potentiel : une Loi sur l'expérimentation sociale.Une telle loi permettrait d\u2019aborder les problèmes avec pragmatisme.Et surtout, elle permettrait d\u2019explorer les solutions avant de les généraliser ou de les idolâtrer parce qu\u2019elles correspondent aux canons idéologiques du moment.Cette loi permettrait d\u2019établir les conditions et les paramètres sur lesquels les partenaires sociaux devraient se mettre d\u2019accord pour expérimenter certaines pistes de solutions.Au lieu de risquer de saccager le climat social et tout notre régime de relations de travail en décrétant des solutions « mur à mur » qui nous placeront devant des résultats trop souvent irréversibles, il vaudrait mieux se doter d\u2019un mécanisme juridique définissant les encadrements qui pourraient justifier un régime d\u2019exception, dans un domaine limité, pour une durée déterminée, avec une portée limitée etc.Il deviendrait alors possible d\u2019associer tous les intéressés à la recherche des solutions : les entreprises, les services publics, les simples usagers, etc.Une loi sur l\u2019expérimentation sociale nous permettrait ainsi d\u2019ouvrir à tous les groupes sociaux, à toutes les institutions, à toutes les régions, les possibilités d\u2019explorer pour trouver de nouvelles avenues de réalisation du bien commun.Il ne s\u2019agirait plus de concertation mais bien de coresponsabilisation.Cette loi permettrait de fixer les cadres et les conditions suivants lesquelles de nouvelles pistes pourraient être explorées en matière de redéfinition du rôle de l\u2019État.La concertation doit cesser d\u2019être une affaire de tables et de parlotte.Il faut qu\u2019elle se fasse sur le partage des moyens d\u2019action.Il faut que syndicats, gouvernements, secteurs communautaires et privés puissent s\u2019entendre sur une façon d\u2019essayer d\u2019aller au-delà des formes actuelles.Pour expérimenter, il faut poser explicitement et clairement des objectifs communs.Il faut chercher à aller le plus loin possible dans la conciliation des intérêts, de manière à éviter L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 5 que les inévitables divergences et les contradictions ne ruinent tout l\u2019ensemble.Il serait tout à fait concevable de définir les conditions à réunir pour expérimenter sur une zone, un territoire spécifique, un secteur industriel, un service public, un ensemble de citoyens, une institution, etc.Ces conditions pourraient concerner les dispositions relatives au droit du travail, à la fiscalité, à la gestion des ressources naturelles, à des modalités d\u2019organisation ou de prestation de service, etc.Le principal étant évidemment que l\u2019expérimentation se fasse par et auprès de volontaires, consentant par voie démocratique (référendum à l\u2019échelle municipale, régionale, assemblée générale dans le cas de groupes coopératifs ou communautaires, par conventions entre patrons et syndicats etc.).Pour que cette expérimentation puisse être une véritable avenue de société, il faut que l\u2019État établisse dans la loi elle-même les dispositions entourant la création d\u2019un Fonds d\u2019expérimentation sociale qui servirait à soutenir les efforts d\u2019innovation.Dans le cas des services publics, on pourrait même concevoir la création, par la même loi, d\u2019un Office de la réorganisation des services (établi dans chaque région du Québec) dont le mandat explicite serait d\u2019instrumenter la recherche de nouveaux modes d\u2019organisation et de prestation de services.Il serait ainsi possible d\u2019envisager des projets-pilotes visant, par exemple, l\u2019intégration sur une base territoriale de tous les services de première ligne (école, santé, loisirs, etc) de manière à se dégager de l\u2019enchevêtrement des organigrammes et faire primer le point de vue de l\u2019usager.Des questions comme celles de la décentralisation et des réformes des lois municipales prendraient alors une tout autre dimension.Le projet de société dont on a beaucoup parlé ces dernières années, ne naîtra pas dans les colloques : il prendra forme dans l\u2019expérimentation.Il se fera en se faisant, nous rapprochant ainsi des conditions d\u2019une indépendance nationale réussie, avec un État, des moyens et un contrat 6 \u2022 L'ACTION NATIONALE social adaptés aux exigences du siècle qui vient.Une Loi sur l\u2019expérimentation sociale constituerait un moyen efficace de s\u2019assurer que la gestion des interventions de l\u2019État reste en phase avec le dynamisme créatif de la société civile.Le modèle québécois pourrait bien trouver dans une telle loi à la fois son expression la plus audacieuse et la meilleure illustration de sa capacité de renouvellement.?L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 7 TTfcr W\t\u2014\u2018 4J 4> S [ EconomisezfVÆ'kiJque1f f\t1 c Recevez Le Devoir jj 1 À VOTRE PORTE du lundi au samedi pour seulement Q,74$ v-/ par semaine (taxes en sus) Abonnez-vous par téléphone, 1 »\tc\u2019est facile et rapide! jjj Composez le (514) 985-3355 pour la région de Montréal, ! ou le 1 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.i » « i I §i II j>.m*\t* Prix basé sur l\u2019abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot.> v u,.x>.' 's 4 k.4 Ê-?Â*'.i 8 \u2022 L'ACTION NATIONALE Débats Faire l'indépendance du Québec Pierre Serré1 Réaliser l\u2019indépendance du Québec exige qu\u2019un certain nombre de conditions soient réunies.Deux d\u2019entre elles nous apparaissent plus importantes que les autres.La première relève de la démographie, la seconde du politique.Toute communauté désirant son indépendance doit, en premier lieu, constituer une masse suffisamment importante de l\u2019électorat pour espérer en déterminer l\u2019orientation politique.En démocratie, les collectivités dominées comme le sont les Québécois possèdent la caractéristique d\u2019être divisées face au pouvoir central.Il s\u2019agit précisément d\u2019un des paramètres principaux définissant un sous-champ d\u2019analyse dans les études sur le nationalisme, celui portant sur les mouvements nationalistes dans les sociétés occidentales.L\u2019étude du démographe Marc Termote prévoit le déclin du poids relatif des francophones au Québec au 1.Ph.D., sc.politique L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 9 cours des prochaines décennies.Les causes en sont connues : déclin démographique (faible fécondité et mortalité élevée des francophones), et difficultés d\u2019intégration des immigrants (en lieu et place des 40% de transferts linguistiques actuels qui se font en direction du français, il en faudrait 90% pour simplement maintenir le poids des francophones face aux anglophones).En ce sens, si les conditions actuelles devaient se maintenir - notamment avec un volume d\u2019immigrants stable à 32 000 annuellement -, les francophones passeraient de 82,8% de la population totale en 1996 à 78,3% de la population totale en 2041, soit un recul de 4,5%.Si rien n\u2019est fait, tout indique donc que les probabilités d\u2019accession à la souveraineté iraient en s\u2019amenuisant.Ainsi, s\u2019il s\u2019avérait que les francophones ne devaient plus constituer que 78,3% de la population en 2041, ils auraient alors de grandes difficultés à outrepasser le vote massif de 21,7% de non-francophones pour en arriver à un OUI majoritaire.Tandis qu\u2019aujourd\u2019hui, alors qu\u2019ils font environ 82,8% de la population québécoise (quoique davantage parmi les électeurs votants), les francophones doivent appuyer le OUI à la hauteur de 60,4% pour que ce dernier soit vainqueur à l\u2019échelle du Québec (par une bien modeste marge de 50% + 1), avec 78,3% de francophones, il leur faudrait alors obtenir un vote d\u2019au moins 63,9% en faveur du OUI.Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019obtenir une majorité de 50% + 1 mais plutôt de plus de 60,4 % et plus chez les francophones.La différence est considérable.S\u2019il avait été possible de se contenter d\u2019une simple majorité chez les seuls électeurs, nul doute qu\u2019un vote favorable au OUI aurait été atteint tout juste après les événements de 1981 (le rapatriement de la Constitution du Canada, l\u2019adoption d\u2019une Charte des droits et d\u2019une formule d\u2019amendement de la Constitution par le fédéral et les neuf autres provinces), et peut-être même avant.10 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019analyse doit donc tenir compte de la présence et du vote parfaitement légitime des non-francophones.Comment dès lors arriver à atteindre, voire à dépasser le seuil de 60,4% au Québec, seuil qui ira d\u2019ailleurs vraisemblablement en augmentant dans les années à venir?Disposer d\u2019une union sacrée de tous les partis serait la solution idéale, comme en 1990 sous la gouverne du PLQ et de Robert Bourassa.Quand les fédéralistes se font dire NON par leurs partenaires canadiens-anglais, quoi de plus convaincant pour amener les fédéralistes de bonne volonté à épouser l\u2019option souverainiste.Hormis les effets propres à ces situations plutôt extraordinaires, un gouvernement indépendantiste n\u2019a d\u2019autre option que de prouver encore et toujours à l\u2019électorat que le Québec est dominé par le Canada anglais.Pour illustrer cette domination, il faut alors provoquer des occasions de contacts directs avec le Canada anglais et éviter autant que possible de centrer l\u2019attention de l\u2019électorat autour des représentants francophones du Canada anglais (Chrétien, Dion, Charest comme tant d\u2019autres avant eux).Mais l\u2019histoire montre que l\u2019adversaire est puissant et doté de ressources financières de loin supérieures.Elle montre également que l\u2019opinion publique bouge très lentement, que les attaches partisanes sont très profondes (d\u2019autant plus que le nationalisme est d\u2019abord une émanation montréalaise que l\u2019on tente de propager en province) et que les perspectives d\u2019obtenir l\u2019adhésion de 60,4% et plus de francophones restent soumises à des conditions historiques plutôt exceptionnelles (comme en 1995).Il y a pourtant une autre solution : changer le mode de scrutin.Redonner aux francophones le pouvoir qu\u2019ils devraient avoir dans l\u2019ensemble de la société québécoise, un pouvoir proportionnel à leur poids démographique.Donner aux fédéralistes l\u2019obligation éthique d\u2019enregistrer les défaites et les affronts reçus par L'ACTION NATIONALE «Il le Québec et d\u2019agir en conséquence.Comment?Un mode de scrutin proportionnel qui traduirait de près les divers courants d\u2019opinion en élus permettrait de libérer les fédéralistes francophones de la tutelle des anglophones du PLQ.En permettant la mise sur pied d\u2019un parti politique fédéraliste mais nationaliste et vraiment francophone, on introduirait dans la société québécoise beaucoup plus d\u2019éthique en substituant à un PLQ contrôlé par les anglophones et les fédéralistes purs et durs un parti d\u2019opposition francophone.Cela permettrait de donner beaucoup plus de légitimité aux représentants nationalistes (même s\u2019ils sont fédéralistes) de la communauté francophone et permettrait de débattre de manière beaucoup plus approfondie des relations de pouvoir que le Québec entretient avec le Canada anglais.Il s\u2019agit, en quelque sorte, d\u2019une reconquête de l\u2019arène politique québécoise, d\u2019un refaçonnement de la culture et de l\u2019identité politiques des francophones.Il s\u2019agit de mettre un terme à l\u2019éternelle attente d\u2019un sauveur de la nation, d\u2019en finir avec les atermoiements si épuisants des élus, de cesser la recherche de l\u2019ultime affront et de la fièvre nationaliste qui s\u2019ensuivrait.Cette reconquête amènerait la fin des sempiternels refrains exposant la faiblesse et l\u2019aliénation dans l\u2019espoir de secouer les francophones, pour ne pas dire pointer en direction de ce rejet que certains expriment de temps à autres à l\u2019égard de notre frilosité collective.De tels changements pourraient évidemment provoquer certaines divisions dans les partis actuels, mais elles solidifieraient en contrepartie la collectivité dans ses rapports avec un Canada anglais qui, lui, n\u2019abandonnera certainement pas sa volonté de domination face au Québec.?12 \u2022 L'ACTION NATIONALE L'âme de CE PAYS S\u2019il est venu le temps de se donner un pays, il importe de savoir ce que nous en ferons.L'Action nationale a accompagné le Québec tout au long de ce siècle.Elle apporte à nouveau une pièce majeure dans la patiente construction de notre projet collectif.La CSN salue cette initiative qui contribue à la qualité de nos débats.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 13 L\u2019Action nationale s\u2019associe à tous ses collaborateurs et abonnés pour rendre hommage à M.Jean-Marc Léger, récipiendaire du Prix Camille-Laurin décerné par l\u2019Office de la langue française.Le gala des Mérites du français, animé par M.Edgar Fruitier, porte-parole de la Francofête, avait lieu le 20 mars au Musée d'art contemporain de Montréal.Huit trophées et mentions ont été décernés par l'Office de la langue française afin de souligner les réalisations exemplaires pour la promotion du français, notamment dans les milieux du travail et du commerce.La cérémonie marquait l'ouverture de la Francofête semaine du français et de la francophonie.Mme Louise Beaudoin, ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française, a remis le prix Camille-Laurin à M.Jean-Marc Léger, qui a consacré sa vie à la promotion du français au Québec et dans la francophonie.Journaliste à La Presse, puis grand reporter, responsable de l'information internationale et éditorialiste au Devoir, M.Jean-Marc Léger a présidé l'Union canadienne des journalistes de langue française, puis l'Association internationale des journalistes de langue française.Désireux d'élargir les horizons du Québec dans la francophonie, il participe, en 1961, à la création de l'Association des universités de langue française et dirige, de 1969 à 1974, le secrétariat général de l'Agence de coopération culturelle et technique des pays de langue française (maintenant Agence de la francophonie).Après avoir occupé les fonctions de délégué général du Québec à Bruxelles et travaillé au sein de l'Administration comme sous-ministre adjoint au ministère de l'Éducation puis au ministère des Affaires internationales, il quitte son poste en 1989 pour se consacrer, au cours des dix années suivantes, à la Fondation Lionel-Groulx, centre de recherches en histoire de l'Amérique française.Docteur honoris causa des universités de Paris-Sorbonne, de Montréal, d'Aix-en-Provence et de Kinshasa, M.Léger a aussi été le premier directeur de l'Office de la langue française.?14 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Des risques de Viticulture, historique et politique Jean-Marc Léger Qui donc a dit, au siècle dernier, que « le journal est l\u2019école du peuple»?On serait enclin à souhaiter que cette parole se vérifie de nos jours et que la presse (au sens le plus large de «médias») assume d\u2019autant plus et mieux cette exigeante et redoutable responsabilité que l\u2019école, le système d\u2019enseignement, est en voie de déliquescence dans la plupart des pays occidentaux.Et en particulier chez nous.Encore faudrait-il que la presse dans son ensemble démontre le niveau de culture historique et politique que suppose l\u2019accomplissement d\u2019une telle mission.Il n\u2019est pas excessif de dire que nous sommes assez loin du compte à cet égard.Les façon de dire et d\u2019écrire ne sont pas neutres et entraînent des conséquences souvent lourdes tant en ce qui a trait à la qualité de la langue qu\u2019à la précision des concepts.Le vocabulaire politique de nos médias révèle trop souvent la confusion dans les concepts de base comme dans les termes qui les expriment.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 15 Ainsi, pour nous en tenir à quelques-unes des erreurs les plus graves et les plus courantes, des expressions comme : niveaux ou paliers de gouvernement, gouvernements supérieurs, gouvernement municipal, révèlent une ignorance préoccupante de la part de qui les emploie.Dans un système de type fédéral, les divers ordres de gouvernement ne sont pas dans un rapport de subordination mais de coordination, chacun étant souverain dans son ordre propre.Aucun des deux ordres n\u2019est supérieur à l\u2019autre : le laisser entendre, fût-ce involontairement, c\u2019est contester le fondement même du régime fédéral et faire le jeu des tenant de la centralisation.Dans le système fédéral, il n\u2019y a d\u2019ailleurs que deux ordres de gouvernement, l\u2019État central et les entités fédérées.On ne saurait donc parler de \u201cgouvernement municipal», c\u2019est à la fois une hérésie et un anglicisme.Les villes, les communes, ne sont à aucun titre des gouvernements : elles tiennent leur existence, chez nous, de l\u2019État provincial.Leurs élus n\u2019adoptent pas de lois mais des règlements, dans le cadre des compétences octroyées par Québec et selon les dispositions de leur \u201ccharte» elle-même soumise périodiquement à l\u2019Assemblée nationale.Sur un autre plan, on ne doit pas confondre l\u2019administration et le gouvernement, les pouvoirs législatif et exécutif, les notions de chef d\u2019État et de chef de gouvernement, comme il arrive, hélas, souvent.Ainsi, il n\u2019y a pas «l\u2019administration Bouchard» mais le «Gouvernement Bouchard» (on confond trop souvent la politique et l\u2019administratif) ; ainsi, il n\u2019y a qu\u2019un chef d\u2019État, au Canada, qu\u2019on le déplore ou non : la reine, ou le roi, selon le cas.Enfin, on ne devrait plus, depuis le temps, confondre Confédération et Fédération : le Canada est à peine une fédération (en fait, système hybride fait d\u2019éléments de fédération d\u2019État unitaire) et à mille lieues de la Confédération.On ne trouve d\u2019ailleurs pas de véritable confédération dans le monde actuel.Mais le vocable le plus dangereux, le mot-piège par excellence est celui de «Province», qui d\u2019une part est un 16 \u2022 L'ACTION NATIONALE anglicisme, de l\u2019autre ne rend aucunement la réalité politique et constitutionnelle.Le mot «province» anglais ne se rend pas par «province» en français car dans notre langue, ce terme fait référence à une réalité géographique, à un découpage territorial et à des institutions administratives, relevant d\u2019un autre pouvoir, comme les provinces de Belgique ou d\u2019Italie, par exemple.Au Canada, les entités fédérées sont des États.C\u2019est par ce terme qu\u2019il faut rendre le «province» anglais, sinon nous cautionnons une conception anti-fédérale et dangereusement réductrice.Est-il permis d\u2019espérer que nos médias, «école de peuple >\u2022 auront à cœur d\u2019être à la hauteur de cette mission non seulement, d\u2019ailleurs, en matière de concepts et de vocables d\u2019ordre politique et constitutionnel mais bien plus encore quant à la qualité de la langue en général, où la dégradation ne cesse de s\u2019accélérer?Il faudrait une prise de conscience, un fierté, une volonté de redressement dont on ne voit pas encore les signes.?PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! 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JE M'ABONNE (t™, incluses) Pour 1 an ?(4 N08 30$), pour 2 ans ?(8 Nos 55$) NOM ________________ iLap-aux-Uiamants POUR VOUS ABONNER ADRESSE VILLE I .PROV.CODE POSTAL TEL.: ( ) (Vous recevrez le prochain No: Mars, juin, septembre ou décembre)* -j Par téléphone : (418) 656-5040 j Par télécopieur: (418) 656-7282 i Par la poste : i -i C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 17 Qu\u2019esfrce iw® r La moderation a bien meilleur goût SAO 18 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La culture dans les régions l\u2019enjeu du lieu, du lien avec le lieu et des politiques gouvernementales Le cas de VOutaouais Richard Poulin* L\u2019enjeu du lieu et du lien avec le lieu Poser la question de la culture en régions**, c\u2019est poser l\u2019inévitable interrogation de son éventuel rapport avec le lieu d\u2019où elle émane.Cela peut engendrer, dès lors, une discussion fort intéressante sur les différences entre culture régionale, culture régionaliste, culture de région ou même région culturelle* 1.A contrario, cela pose également la question de l\u2019existence d\u2019une culture « nationale » et de son rapport avec les cultures émanant de différentes régions.Mais cette dis- Professeur titulaire, Faculté sciences sociales.Université d'Ottawa.\u201cRésultat d\u2019une investigation préliminaire, ce texte s\u2019inscrit dans une recherche plus vaste sur les politiques culturelles des différents paliers gouvernementaux, du fédéral au municipal, et leur impact sur l\u2019activité culturelle en régions.Il s\u2019intéresse plus particulièrement aux politiques de subventions à l\u2019activité culturelle dans deux régions limitrophes, la vallée d\u2019Ottawa (Ontario) et l\u2019Outaouais (Québec), et les compare aux subventions accordées aux industries culturelles et aux artistes professionnels des centres.1.Voir à ce sujet, Dionne René, La littérature régionale aux confins de l\u2019histoire et de la géographie, Sudbury, Prise de parole, 1993; Harvey Fernand, dir., La région culturelle, problématique interdisciplinaire, Québec, IQRC, 1994 ; Harvey Fernand et Andrée Fortin, La nouvelle culture régionale, Québec, IQRC, 1995 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 19 cussion ne semble valable que pour les régions, car pour celle concernant le(s) centre(s), rarement de tels questions ne sont soulevées.Il semble que la culture produite dans les centres n\u2019ait qu\u2019un vague rapport avec le lieu d\u2019où elle émane, comme si les centres ne constituaient pas en soi des régions spécifiques.Tout étant relatif, un centre s\u2019avère souvent la périphérie d'un autre centre.Et là, dans ces conditions, ceux qui ont la tâche d\u2019examiner la culture produite dans ce «centre désormais périphérie», inévitablement, posent la question du rapport avec le lieu de sa production, de son impact et de son influence.Il est possible de contourner le problème du rapport avec le lieu d\u2019où émane cette culture en région(s) en adoptant une solution administrative : tout ce qui est produit à l\u2019intérieur d\u2019une aire délimitée par des frontières administratives relève de cette région.Dans ce cas, peu importe si cette culture est régionale ou non, ou encore traite de la région ou non.C\u2019est, par exemple, l\u2019attitude de l\u2019Association des auteur-es de l\u2019Outaouais québécois (AAOQ) qui, selon ses statuts et règlements, n\u2019accepte l\u2019adhésion d\u2019auteurs qu\u2019à la condition que leur lieu de résidence permanent soit dans la région administrative 07, c\u2019est-à-dire l\u2019Outaouais.C\u2019est aussi, bien évidemment, l\u2019attitude de la très grande majorité des paliers gouvernementaux.Ne sont reconnus que les organismes ou les créateurs dont le siège social ou le lieu de résidence permanent se situe dans leur aire administrative2.Cela pose un certain nombre de problèmes, notamment lorsque certains organismes, qui font des demandes de subventions à une municipalité (niveau local), ont des activités qui les «classent» 2.Dans une région frontière, cela veut dire que les créateurs qui -dorment- en Outaouais sont québécois, même si leurs activités principales sont ontariennes.La -citoyenneté- provinciale est déterminée par là où l\u2019on -rêve- (le lieu d\u2019habitation) et, en conséquence, par là où l\u2019on paie ses impôts.Pourtant, ces derniers ne peuvent leur revenir s\u2019ils sont, par exemple, professeurs d une université ontarienne.Ils n\u2019ont pas accès aux subventions de recherche québécois du FCAR (Fonds pour la formation et l\u2019aide à la recherche).Par leurs impôts, ils subventionnent ainsi leurs collègues québécois.Bizarrement, eux-mêmes ne sont plus québécois ! 20 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE comme régionaux.Puisque, au Québec, il n\u2019existe pas de gouvernements régionaux.En définitive, ces organismes sont dépendants de la vision restrictive ou ouverte des dirigeants des municipalités, tant fonctionnaires que politiciens.D\u2019autres solutions peuvent être adoptées.Pour René Dionne, spécialiste de la littérature québécoise et franco-ontarienne, la définition de l\u2019activité culturelle littéraire régionale doit être d\u2019abord d\u2019ordre « sociologique ».Il s\u2019agirait alors d\u2019appartenance à un territoire donné ou à une collectivité : La littérature régionale se définit comme étant la somme des œuvres produites par une région ou portant sur une région.Il n\u2019est donc pas nécessaire que ces œuvres décrivent la région ou en traitent; il suffit qu\u2019elle s\u2019y rattache de façon certaine, que ce soit, par exemple, par le lieu de naissance, de résidence ou de travail de leurs auteurs ou encore par leur contenu (sujet, thèmes, personnages, situation d\u2019une action romanesque, etc.).3 Autrement dit, si le producteur culturel a un lien quelconque avec la région (son origine notamment), il peut être considéré comme l\u2019un des producteurs culturels régionaux, même si son oeuvre a peu à voir avec sa région d\u2019origine.Ainsi, malgré une carrière toute québécoise, cet artiste restera, par exemple, franco-ontarien car son lieu de naissance le rattache définitivement à sa communauté d\u2019origine.Cette attitude n\u2019est pas partagée par l\u2019AAOQ qui, par son choix délibéré de critères plus restrictifs, veut rendre compte de la vie littéraire et du dynamisme réels de la région qu\u2019elle dessert.La définition de René Dionne a, par ailleurs, une portée tangible en Ontario français, car un écrivain peut postuler à des programmes d\u2019aide à la création en Ontario.même s\u2019il habite au Québec.Du moins, certains écrivains d\u2019origine ontarienne ou étant actifs dans la communauté franco-ontarienne vivant en sol québécois et travaillant en Ontario peuvent 3.Dionne René, op.cit., p.23.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 21 recevoir des bourses du Conseil des arts de l\u2019Ontario4, mais sans doute pas tous.En effet, l\u2019Ontario français «adopte» certains artistes, nonobstant leur lieu de résidence.Cela exige des critères plus flous et malléables.Ces derniers engendrent toutefois des énigmes : tel auteur, Québécois d\u2019origine, vivant en Outaouais, mais travaillant en Ontario, peut postuler aux bourses d\u2019écriture au Conseil des arts de l\u2019Ontario (et, évidemment, à celles du Québec).Tel autre auteur, dont le nom se retrouve dans plusieurs dictionnaires franco-ontariens, qui travaille également en Ontario, ne le peut pas.Il existe donc des politiques d\u2019adoption dont les frontières imprécises permettent à ceux qui orientent les politiques culturelles ontariennes de choisir les artistes qui font partie des leurs.Question de réseau, d\u2019allégeance à des individus ou à des institutions.Il y a là, tout au moins, un problème qui demande réflexion et, peut-être, recherche.Bien sûr, ces propos n\u2019invalident nullement la définition proposée par René Dionne.Ils n\u2019en soulignent que certains impacts dont le chercheur n\u2019est nullement responsable.Il n\u2019en reste pas moins que cette définition de l\u2019activité culturelle «régionale» (essentiellement littéraire pour René Dionne) pose un certain nombre d\u2019interrogations, d\u2019autant que nous ne sommes pas persuadés que la francophonie ontarienne relève d\u2019une question régionale ou régionaliste5.C\u2019est, à tout le moins, désormais, une question identitaire qui pour certains relèverait plutôt de l\u2019ethnicité, pour d\u2019autres de la nationalité.D\u2019autre part, il existe en Ontario français différentes régions avec leurs dynamismes propres: l\u2019Est, le Nord, etc.4.\tEn 1996-1997, 4 artistes franco-ontariens habitant au Québec ont reçu des subventions du Conseil des arts de l\u2019Ontario (CAO).En 1994-1995, ils étaient 10 artistes dans cette condition à bénificier de l\u2019aide du CAO et, en 1995-1996, 9.5.\tVoir à ce propos Gilbert Anne, -Espace régional en milieu francophone minoritaire-, dans dans Harvey Fernand, pp.167-178.22 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Toutefois, nous pouvons souligner un fait troublant : l\u2019aire culturelle non dominante est souvent ravalée au statut de région.La question de la région et de la périphérie Parler de culture dans une région, c\u2019est aussi examiner à la fois la vitalité culturelle de lieux dits périphériques, la diffusion de produits culturels ainsi que les interventions des différents paliers gouvernementaux, de l\u2019État central à l\u2019État local.C\u2019est aussi questionner les politiques de centralisation ou de décentralisation.Le concept de région doit être compris à différents niveaux, car il recouvre des réalités fort divergentes.D\u2019une part, il existe la région administrative.Du point de vue culturel, cette région peut apparaître, à certains égards, aberrante.La Montérégie, par exemple, recouvre presque toutes les \u2022'périphéries» de la Communauté urbaine de Montréal.Rien de plus artificiel du point de vue économique ou culturel.Les échanges entre Longueuil et Rigaud sont des plus restreints, sinon inexistants.La région de l\u2019Outaouais, recouvre, elle aussi, des réalités culturelles et sociales, si ce n\u2019est linguistiques, très différentes.Entre le Pontiac où les francophones sont minoritaires et la Petite-Nation, il y a un monde de différence.Mais d\u2019autres régions ont un substrat social et culturel réel.Le Saguenay/Lac Saint-Jean est l\u2019une d\u2019elles.Cette diversité régionale interpelle.Elle recouvre une question identitaire et administrative qui peut à la fois coïncider et diverger.Au Québec, la région ¦\u2022 culturelle » ne recoupe pas nécessairement la région administrative, surtout en l\u2019absence de gouvernements régionaux, qui par des politiques appropriées pourraient créer une dynamique de développement culturel régional, comme c\u2019est le cas en France avec l\u2019existence des Directions régionales d\u2019action culturelle (DRAC).Mais s\u2019interroger sur le lien entre le lieu de la production culturelle et sa nature régionale, n\u2019est-ce pas tomber à coup L'ACTION NATIONALE \u2022 23 sûr dans le piège des déterminations souvent unilatérales?En quoi peindre, sculpter ou écrire dans une région confère-t-il à l\u2019œuvre un cachet régional ?En quoi cette œuvre ne participe pas à l\u2019universel ?Peut-on penser que la culture est totalement soumise au lieu de sa production?Et même si c\u2019était le cas, en quoi cette soumission ne fonde-t-elle pas l\u2019universel ?Que celles et ceux qui ont fait leur cours classique se rappellent : nous connaissions mieux les arrondissements de Paris que les quartiers de Montréal! Pourtant, lorsque l\u2019on parle de cette littérature, on fait référence à une prétendue «culture générale».À nouveau, on 1 impose dans les cégeps, au détriment de la littérature produite ici, au-delà, cette fois-ci, de son fondement régional ou.«national».Car, faut-il bien le souligner, au caractère régional d\u2019une production culturelle s\u2019oppose, en général, un caractère dit «national»! L\u2019enjeu est bel et bien là.Il détermine en bonne partie les politiques du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ)6 et de la Société de développement des industries culturelles du Québec (SODEC).Par exemple, Musiqu\u2019en août, un festival de musique créé en 1994 dans la Petite-Nation, en Outaouais, a peiné pendant des années avant d\u2019être admis aux subventions gérées par la SODEC.C\u2019est qu'il ne rencontrait pas le critère de «rayonnement national».Comment peut-on juger d\u2019un tel critère?Par les artistes invités?Non, certes pas, sinon, dès le départ, ce festival aurait reçu une aide de la SODEC.En général, un tel critère exige que les médias « nationaux » couvrent (en fait, décou- 6 Dans le bulletin du CALQ (n°7, avril 1998), on peut lire le titre significatif suivant: -Selon le Conseil des arts et des lettres du Québec, une politique gouvernementale de la lecture doit s\u2019engager fermement envers une littérature nationale (nous soulignons] et ses créateurs.- Dans le texte de la déclaration du CALQ, on regrette que la Bibliothèque idéale présentée par Bernard Pivot ne comporte qu\u2019un seul titre québécois et on conclut à l\u2019importance de ¦ soutenir le rayonnement international de la littérature québécoise-.Quand un centre devient périphérie, le réflexe n\u2019est certes pas de penser que les auteurs -nationaux - québécois ne sont qu\u2019une sorte de relève pour les éditeurs français.Que non! Ce n\u2019est, en fait, qu\u2019une question de moyens à mettre en place pour soutenir ces auteurs si talentueux, mais mal diffusés.Deux poids, deux mesures.Si ce discours s\u2019appliquait aux différentes régions du Québec, nous assisterions à une vraie révolution ! 24 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE vrent!) l\u2019événement.Or, qui vit en région, sait que les prétendus médias nationaux sont régionaux, c\u2019est-à-dire montréalais7.De toute façon, les ressources de ces médias interdisent souvent l\u2019envoi, surtout pendant la période estivale, d\u2019un journaliste pour couvrir de tels événements en régions.C\u2019est la quadrature du cercle pour les régions ! Ce qui est sûr toutefois, c\u2019est que les politiques culturelles du gouvernement québécois s\u2019élaborent souvent au désavantage des régions.Comme si ces dernières n\u2019étaient considérées que comme un simple bassin à la relève ou encore un commode lieu de diffusion.Mais pour le(s) centre(s), tout est permis.Que penser des sommes d\u2019argent faramineuses investies dans le musée de l\u2019Humour?Que dire des politiques québécoises de la lecture et du livre qui, après avoir constaté les déficiences importantes des bibliothèques publiques en matière de financement et d\u2019acquisition, proposent l\u2019érection d\u2019une (Très) Grande Bibliothèque à Montréal au profit de toutes les régions du Québec?Pourtant, les bibliothèques du Québec accusent un retard extrêmement important sur les bibliothèques du Canada anglais, tant au niveau budgétaire qu\u2019au niveau des acquisitions.La comparaison entre l\u2019Outaouais et la Vallée d\u2019Ottawa montre bien l\u2019état du problème ainsi que son ampleur.La Bibliothèque municipale de Hull compte quatre bibliothécaires, celle de Gatineau, trois, et celle d\u2019Aylmer, un seul.En comparaison, la Ville d'Ottawa en compte cinquante-sept, Nepean, dix-neuf, et Gloucester, sept.La nouvelle politique du livre du gouvernement québécois tentera, en partie, de remédier à la pauvreté du fonds des bibliothèques québécoises (moyenne de 1,9 livre par habitant contre 2,5 pour les autres provinces).Pour les municipalités qui ont moins de trois livres par habitant, le gouvernement s\u2019engage à rembourser 55% des coûts d\u2019achat de livres, au lieu de 50%.Les 7.Au point tel que Le Devoir consacre une page hebdomadaire à la vie en région ! Au nombre de régions au Québec, on risque fort peu de lire dans ce journal quelque chose sur la région où l'on réside ! L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 25 municipalités qui offrent un accès gratuit à leur clientèle pourront recevoir jusqu\u2019à 65% de leurs dépenses d\u2019achats de livres.Pour les trois prochaines années, on évalue cet investissement à trente millions de dollars.Mais l\u2019érection de la seule Grande Bibliothèque drainera à Montréal des fonds extrêmement importants, notamment en immobilisations.On a beau prétendre que cette Grande Bibliothèque sera pour le bénéfice de tous, on ne peut qu\u2019en douter.Tableau I LIVRES ET BUDGETS DES BIBLIOTHÈQUES EN OUTAOUAIS ET DANS LA VALLÉE D'OTTAWA, 1998 Ville\tPopulation\tBudgets/(per captita)\tLivres / (per capita) Ottawa\t323340\t13716500/(42$)\t*1 102346/(3,4) Vanier\t17200\t290479/(17$)\t53220/(3,1) Hull\t62300\t1 936000/(31 $)\t177 000/(2,8) Gloucester\t104020\t3104 477/(30$)\t*267713/(2,6) Aylmer\t34900\t608000/(17$)\t77190/(2,2) Nepean\t111 264\t4 587112/(41 $)\t*238778/(2,1) Gatineau\t100700\t1915160/(19$)\t145949/(1,4) Note : Pour toutes les municipalités, le montant indiqué pour le budget alloué comprend les salaires, les coûts d\u2019opération, d'entretien et d'achat de documents.Le nombre total de livre et de documents tient compte des livres et des documents audio, vidéo et informatiques.Les chiffres précédés d'un astérisque indiquent des données de 1997.Source : Article de Mathieu Thurbide, Le Droit, 12 mars 1999.__________________________________ Les déficiences des bibliothèques québécoises ont des effets également sur les revenus des auteurs et les éditeurs francophones du pays.Il existe un programme fédéral qui accorde des redevances aux écrivains en fonction du nombre de bibliothèques où l\u2019on retrouve leurs livres.Bien évidemment, avec la situation qui caractérise les bibliothèques au Canada, les écrivains anglophones profitent beaucoup plus de ce programme que les francophones.Et, les éditeurs francophones du Canada vendent moins de livres aux bibliothèques que leurs pendants anglophones.La pauvreté du réseau québécois affecte donc le développement 26 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE culturel global de la société québécoise, tant en aval qu\u2019en amont.Sans compter que les régions sont, en général, nettement défavorisées par rapport aux centres ce qui ne semble pas être vraiment pris en compte par l\u2019actuelle politique du livre et de la lecture.L\u2019action des pouvoirs publics québécois en régions Au cours des dernières années, au Québec, nous avons assisté à une politique à la fois de décentralisation et de centralisation.Le gouvernement québécois a créé les conseils régionaux de développement (CRD) (et plus récemment les conseils locaux de développement - CLD) et, en culture, la SODEC et le CALQ.Il est remarquable de noter que la création du CALQ8 a eu des effets désastreux pour les régions, notamment lors de sa première année d\u2019attribution des fonds (1994-1995), comme en fait foi le Tableau IL Pour les onze régions concernées, de 1992-1993 à 1994-1995, on est passé de 280 artistes boursiers à 119 seulement, soit une chute de 57,5% du nombre d\u2019artistes admis aux subventions à la création.Pour la même période, au niveau monétaire, les politiques du CALQ ont représenté un manque à gagner en régions de 509 505 $, soit une baisse de 40,9% de l\u2019argent remis aux artistes oeuvrant dans les onze régions concernées.8.Selon Soui Durand, Guy, \u2022 L\u2019art excentrique au Québec : les nouveaux métissages contre le centralisme ¦ (dans Harvey Fernand et Andrée Fortin, op.cit., p.63): - Les [.] premières décisions de ce CALQ confirment le risque que court la régionalité artistique : -\trefus d'être itinérant, c\u2019est-à-dire de s\u2019ajuster symboliquement, idéologiquement et concrètement à la réalité multiterritoriale de la culture québécoise ; -\trefus de garantir pour chacune des régions un montant minimum régional [.]¦ D'autre part, l\u2019auteur souligne: -Le CALQ se compose de membres, nommés, qui sont quasiment tous montréalais.Il a d\u2019emblée adopté une approche qui ne tient pas compte des spécificités régionales.\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 27 Tableau II SUBVENTIONS AUX ARTISTES PROFESSIONNELS VERSÉES PAR LE MCCQ (1992-1993, 1993-1994) ET LE CALQ (1994-1995, 1995-1996) \t1992-1993\t1993-1994\t1994-1995\t1995-1996 Régions\t\t\t\t Bas St-Laurent\t114 920 $\t92 240 $\t43 139 $\t25 850 $ Saguenay/Lac St-Jean/Chibougamau/Chapais\tM3 555 $\t143 970 $\t160 426 $\t203 794 $ Mauricie Bois-Franc\t192 507 $\t188 100 $\t53 208 $\t68 250 $ Estrie\t128 500 $\t141 975 $\t70 550 $\t83 725 $ Outaouais\t138 000 $\t133 800 $\t30 060 $\t135 616 $ Abitibi-T émiscamingue\t94 900$\t90 100 $\t25 618 $\t33 949 $ Côte-Nord\t66 800 $\t64 900 $\t4 000 $\t24 932 $ Gaspésie/île de la Madeleine\t64 164 $\t51 324 $\t0$\t22 145 $ Lanaudière\t112 091 $\t63 860 $\t13 910 $\t52 682 $ Laurentides\t191 600 $\t63 998 $\t118 130$\t157 469 $ Montérégie\t420 433 $\t210 599 $\t216 320 $\t339 310 $ Total\t1 666 970 $\t1 244 866 $\t735 361 $\t1 147 722 $ Sources: Pour le ministère de la Culture et des Communications, Document de travail, Conférence des conseils régionaux de la culture, mai 1996; notre compilation.Pour le CALQ, Rapport annuel, 1995-1996, p.31.On doit souligner ici que les chiffres des subventions accordées en 1994-1995 inscrits dans le Rapport annuel de 1995-1996 ne concordent pas nécessairement avec ceux du Rapport annuel de 1994-1995.Pour les subventions aux organismes, nous retrouvons un phénomène similaire, bien que moins accentué au niveau monétaire.La perte entre 1993-1994 et 1995-1996, s\u2019établit à 660684 $, ce qui représente une baisse de 13,3% du financement des organismes culturels en régions.Ainsi, les directions régionales du ministère de la Culture et des Communications de ces onze régions ont distribué, en 1993-1994, 4959848$ à 121 organismes artistiques et, en 1994-1995, le CALQ a subventionné 90 organismes et distribué 4462 057$.En 1995-1996, le CALQ a distribué 4 299 164 $ à 78 organismes seulement.Le manque à gagner dans les régions était relativement moins important que dans le cas des artistes professionnels, mais, tout de même, le CALQ, par ses politiques de subvention, menaçait la survie de 43 organismes culturels œuvrant en région, soit 35,5% de tous les organismes en question des onze régions concernées.Peut-on imaginer l\u2019impact de ces politiques dans une région, lorsque plus du tiers de ses organismes culturels risque de fermer ses portes ?28 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Le CALQ décide ainsi quels organismes culturels pourront poursuivre leurs opérations.En moyenne, les organismes des régions ont reçu, en 1995-1996, 55117$ contre 40990$ en 1993-1994.Le CALQ peut donc prétendre permettre la « consolidation » et la « stabilisation » des organismes jugés les plus « performants » et les plus « professionnels », car, bien sûr, c\u2019est la notion de qualité qui importe dans le jugement des jurys composés de pairs.Nul ne peut contester qu\u2019un jury doit établir des critères pour être en mesure de distribuer des fonds publics.Le critère de la qualité en est un, bien entendu.Mais comment un jury composé de gens n\u2019ayant jamais vu les productions d\u2019un organisme d\u2019une région ou ne les voyant qu\u2019occasion-nellement, peut être à même de les juger sur une base équitable?Comment croire que les conditions d\u2019existence des activités culturelles seraient les mêmes partout?Une chose est certaine : plus on sabre dans les fonds des régions, plus il y a d\u2019argent disponible pour le ou les centres (la capitale et la métropole) et les organismes choyés.Nous connaissons un cas dramatique en Outaouais, celui du Théâtre Dérives urbaines qui, en 1994-1995, a reçu 60 000$ (fonctionnement), en 1995-1996, 30000$ (production).En 1996-1997 et en 1997-1998, il n\u2019a pas reçu de fonds du CALQ.Pourtant, au même moment, ce théâtre était invité en France (théâtre en résidence, ce qui n\u2019est pas rien!) Sa qualité est reconnue.mais ailleurs.Le Théâtre Triangle vital n\u2019a rien reçu en 1995-1996 et en 1997-1998.En 1994-1995, il a obtenu 20000$ (production) et en 1996-1997, 30000$ (production).La troupe Triangle vital est disparue tandis que Dérives urbaines a reçu, en 1998-1999, une subvention du Conseil des arts du Canada, ce qui lui a permis de survivre.Au fédéral, on reconnaît son professionnalisme, ce que le provincial lui dénie.Comprenne qui peut ! En 1995-1996, les Conseils régionaux de la culture du Québec sont intervenus auprès du CALQ pour que ce dernier crée une enveloppe protégée en faveur des artistes des L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 29 régions.Le CALQ, à la suite de cette pression, a réservé aux régions une enveloppe d\u2019un million de dollars (l\u2019enveloppe n\u2019est pas réservée pour chacune des régions, mais pour l\u2019ensemble des régions).L\u2019Outaouais a pu ainsi récupérer près de 100000$ cette année-là (pour un total de 135616$).Mais, dès 1996-1997, la région perdait plus de 30000$ et, en 1997-1998, elle perdait à nouveau 15000$, soit 45000$ en deux ans.En 1997-1998, le CALQ a distribué en Outaouais, aux artistes, un maigre 85800$.Presque toute cette somme a été dévolue aux arts visuels et aux arts médiatiques.Le phénomène de centralisation est tellement visible que les auteurs de l\u2019Outaouais, découragés ou cyniques, ne postulent guère aux programmes de bourses d\u2019écriture du CALQ.C\u2019est le cas, à tout le moins, pour l\u2019année 1998-1999, où aucun auteur de la région n\u2019aurait postulé pour une bourse.Depuis la formation du CALQ, il n\u2019y a eu que trois bourses d\u2019écriture en Outaouais et ce, dans une région qui compte plus de 250 écrivains ainsi qu\u2019une dynamique association professionnelle d\u2019auteurs, composée de plus d\u2019une centaine de membres.L\u2019AAOQ est elle-même menacée par le CALQ qui voulait lui retirer, en 1998-1999, le maigre 8 000$ au fonctionnement qu\u2019elle lui verse depuis 1995-1996 (somme auparavant attribuée par la Direction régionale du ministère de la Cultture et des Communications).Encore une fois, la région doit se mobiliser pour que soit sauvegardée cette petite subvention vitale pour l\u2019AAOQ.Le prétexte invoqué par le CALQ pour mettre fin à cette subvention récurrente montre bien comment est considérée l\u2019activité culturelle en région: puisque le gouvernement québécois a adopté une nouvelle politique de la lecture et du livre dans laquelle était libérée une enveloppe de 150000$ au profit de l\u2019animation littéraire en régions, l\u2019AAOQ devait dorénavant faire une demande annuelle (qui, par définition, est aléatoire) sur la base de projets d\u2019animation.N\u2019est donc pas pris en compte le fait que l\u2019AAOQ, depuis 20 ans, anime la région avec ses lundis de la poésie, ses soupers littéraires, ses ateliers de formation, son implication dans le Prix lit- 30 \u2022 L'ACTION NATIONALE téraire jeunesse des Éditions Vents d\u2019Ouest, etc.Le mythe de Sisyphe est un mythe qui semble bien coller à la réalité des régions.Une chose est sûre, au CALQ, le passé de l\u2019AAOQ (ainsi que celui des autres associations régionales d\u2019auteurs, notamment celle de l\u2019Estrie9, elle aussi menacée) n\u2019est pas garant de l\u2019avenir.Des représentations ont été faites auprès du CALQ, ce qui a permis à l\u2019AAOQ de conserver en 1998-1999 sa petite subvention.Aux yeux du centre, les associations professionnelles des régions n\u2019ont guère de légitimité.Découvrant soudainement l\u2019existence de ce pactole dévolue aux régions, l\u2019Union nationale des écrivains (l\u2019UNEQ)10 nomme des responsables régionaux juste après avoir mis fin à son comité des régions (composé de représentants de différentes associations régionales d\u2019auteurs).Leur tâche sera sans doute de trouver les moyens nécessaires pour obtenir une bonne partie des fonds dévolus à l\u2019animation littéraire des régions.Comme de raison, seront organisées des tournées d\u2019auteurs du centre vers la périphérie.Comme à l\u2019accoutumée, ces fonds risquent donc d\u2019animer les périphéries au profit du centre.Entre-temps, de l\u2019autre côté de la rivière des Outaouais, l\u2019Association des auteurs de l\u2019Ontario français, qui est composée elle aussi de plus d\u2019une centaine de membres, dont un certain nombre habite le Québec, a reçu, en 1996-1997, une subvention au fonctionnement du Conseil des arts de l\u2019Ontario de 16000$.Elle reçoit également d\u2019autres subventions des gouvernements fédéral, provincial, régional et municipal.Son budget total tourne autour de 70000$ par année.9.\tEn 1996-1997, l\u2019Association des auteurs des Cantons de l\u2019Est recevait du CALQ une subvention au fonctionnement de 7000$.10.\tEn 1996-1997, la SODEQ a versé une subvention de fonctionnement à l\u2019UNEQ de 95000$ et deux subventions spéciales de 3000$ et de 5000$ respectivement.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 31 Il y a un monde de différence entre des subventions au fonctionnement et celles au projet (production).La subvention au projet est ponctuelle tandis que celle au fonctionnement permet la pérennité de l\u2019organisme, lui donnant les moyens de développer ses activités au-delà du seul court terme.La région, si elle a établi que la culture est l\u2019une de ses priorités, peut aider des organismes culturels (pas les artistes toutefois) sur projet.Mais les régions québécoises, contrairement à certaines régions de l\u2019Ontario, n\u2019aident pas au fonctionnement.Cela échoit à la SODEC et au CALQ.Aussi, par exemple, le Conseil régional de développement de l\u2019Outaouais (CRDO) a investi, entre 1993 et 1998, 1 573887 $ dans les activités reliées au secteur culturel.Cela représente environ 17,6% de l\u2019enveloppe globale du programme FIR (Fonds d\u2019intervention régionale) du CRDO.Ces interventions au projet sont très diversifiées : achat de livres par le Centre régional des bibliothèques publiques de l\u2019Outaouais, aménagement de la Caverne Laflèche, promotion des «Artistes dans leur milieu» (promoteur: Alliance Outaouais), achat d\u2019équipements pour le musée des Pionniers, aide au démarrage des Éditions Vents d\u2019Ouest, aménagement de l\u2019Écomusée de Hull, réaménagement du Centre culturel de l\u2019Auberge Symmes (Aylmer), etc.Certaines de ces subventions pallient tout simplement aux déficiences de ministères.Ainsi, le Centre régional des bibliothèques publiques de l\u2019Outaouais (bibliothèques dans les zones rurales) a fait appel aux fonds régionaux pour corriger des carences inacceptables, dues à la pauvreté des budgets du ministère concerné.En 1994, il a reçu 183000$ et, en 1996, 138000$.La région a également aidé Musiqu\u2019en Août pendant quatre ans, soit de 1994 à 1997, dans 1 attente que la SODEC se décide enfin à subventionner ce festival.De telles subventions régionales ne sont toutefois pas supposées être récurrentes.En 1998, ce festival a enfin obtenu 10000$ de la SODEC (pour un budget d\u2019opération d\u2019environ 225 000 $).32 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Ces aides du CRDO ont pour origine le fait que la culture a été déclarée prioritaire dans la région de l\u2019Outaouais, ce qui n\u2019est pas nécessairement le cas pour les autres conseils régionaux de développement d\u2019autres régions québécoises.Il reste les municipalités.Certaines, la plus grande partie, donnent des subventions au projet, d\u2019autres au fonctionnement.Malgré que le ministère de la Culture et des Communications ait forcé les municipalités à adopter des politiques culturelles, cela a rarement changé quelque chose pour les producteurs et les diffuseurs de la culture des différentes régions québécoises.En 1998, la Ville de Hull a versé 104 905 $ en subventions à 22 organismes locaux et régionaux.La même année, la Ville de Gatineau, a versé 18000$ à 14 organismes.La Ville de Hull compte près de 65 000 habitants, tandis que celle de Gatineau, plus de 105000.Comparativement, la ville ontarienne de Gloucester, une ville équivalente à celle de Gatineau, distribue 120000$ en subventions.Outre ces aides directes, ces municipalités offrent aussi des services (salles gratuites, locaux gratuits ou subventionnés, etc.).Il n\u2019en reste pas moins que, malgré les velléités récentes de régionalisation de la culture en Outaouais, cette région, comme bien d\u2019autres régions périphériques québécoises, souffre de l\u2019absence d\u2019un conseil régional des arts et des lettres.La créa-trion d\u2019un tel conseil n\u2019est pas prévue dans la régionalisation outaouaise.C\u2019est dire que les artistes outaouais n\u2019auront pas plus accès que maintenant à des subventions à la création de la région.Cette régionalisation vise essentiellement à rééquilibrer, d\u2019ici 2004, entre les municipalités de la Communauté urbaine de l\u2019Outaouais, les subventions aux organismes culturels.Entre autres malheurs, ce rééquilibrage oblige les organismes culturels à se battre pour faire augmenter immédiatement leurs budgets, d\u2019une part, et, d\u2019autre part, à lutter pour se faire reconnaître par les municipalités.Certains organismes régionaux ne pouvaient recevoir d\u2019aide de certaines municipalités sous prétexte que ces dernières n\u2019ai- L'ACTION NATIONALE \u2022 33 daient que les organismes locaux.Et si un nouvel organisme culturel apparaît, il devra attendre la fin de cette régionalisation, prévue en 2004, avant de pouvoir postuler à une aide.De l\u2019autre côté de la rivière, le Conseil des arts de la Municipalité régionale d\u2019Ottawa-Carleton (MROC) a distribué, en 1998, 841000 $ aux artistes et aux organismes.En outre, il existe aussi différents conseils des arts municipaux (Gloucester, Ottawa, etc.) qui subventionnent et leurs artistes et leurs organismes culturels.Les régions québécoises font donc figure de parents pauvres, non seulement par rapport aux centres, mais aussi par rapport à d\u2019autres régions canadiennes.La centralisation québécoise est telle que l\u2019on est en droit de se demander comment expliquer une vitalité culturelle régionale qui ne se dément pas.Des carences québécoises et à leur renforcement canadien l\u2019exemple de l\u2019édition Le fait frontalier de l\u2019Outaouais est un facteur supplémentaire à prendre en compte lorsque 1 on examine la situation de la culture en régions.En quelque sorte, à part quelques exceptions (notamment pour les centres autogérés d\u2019artistes qui ont réussi à s\u2019imposer depuis un bon nombre d\u2019années en régions), les artistes et les industries et organismes culturels ont non seulement avantage à s\u2019expatrier vers les centres québécois, mais aussi à quitter le Québec pour la province voisine.Cela devient évident lorsque l\u2019on examine l\u2019industrie du livre, entre autres.À 1 exception des Éditions David qui publient moins de quatre livres en moyenne par année (ce qui ne les qualifie pas au programme du Conseil des arts du Canada) et qui concentrent leurs opérations sur des logiciels de français 34 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE pour les écoles, les trois autres éditeurs francophones d\u2019Ottawa reçoivent, en moyenne, par titre publié, au fonctionnement, plus du double, si ce n\u2019est le triple, de ce que reçoivent les Éditions Vents d\u2019Ouest.Cela tient à deux facteurs : les subventions provinciales et les subventions régionales.Soulignons ici que ces données ne comprennent pas les subventions aux projets ni celles des municipalités ontariennes*.Cette situation crée, bien évidemment, une conjoncture de concurrence déloyale.Cette situation frontalière pousse tout éditeur outaouais, conscient de son désavantage géographique régional, à envisager de déménager ses activités.Pour rentabiliser ses opérations et faire face à cette concurrence indue, il doit trouver des moyens exceptionnels pour percer le marché et faire sa marque.Tableau III SUBVENTIONS AU FONCTIONNEMENT DES ÉDITEURS FRANCOPHONES DE L'OUTAOUAIS ET DE LA VALLÉE D'OTTAWA, 1997-1998,1998.\tVents d'Ouest\tDavid\tInterligne\tNordir\t Année de fondation\t1993\t1993\t1981\t1988\t Titre* au catalogue\t85\t19\t23\t90\t Titre* par année (1998)\t24\t5\t7\t\t Moyenne de* titres par année\t17\t3.8\tÜ5\t9\t10.3 Subventions fédérales 1997-1998\t\t\t\t\t * Conseil des Arts du Canada\t42 600 $\t0$\t17 500 $\t59 700 $\t \u2022 Patrimoine canadien (PADIÉ)\t13 975 $\t0$\t0$\t0 $\t Subventions provinciales (1997-1998)\t15 783 $\t0$\t30 000 $\t24 000 $\t Subventions régionales (1998)\t-\t2 000 $\t8 000 $ i\t10 000$\t6 600 $ Subventions municipales (1998)\t3 500 $\tt\t\t\t Subventions totales\t75 8S8 $\t2 000 $\tSS 500 $\t93 700 $ 9 370 $\t8S 264 $ 7 I0S $ Moyenne des subventions par titre (19981\t3 161 $\t400 $\t7 929 $\t\t Sources.Le Conseil des arts du Canada, supplément au Rapport annuel 1997-1998; Programme d'aide au développement de l'industrie de i'édition aide aux éditeurs, contribution du Padié, 1997-1998 ; Rapport d'activités 1997-1998, Programme d'aide aux entreprises culturelles, annexe II, SODEC; Conseil des arts de l'Ontario, subventions, 1997-1998; Ottawa-Carleton, Rapport sur les subventions aux arts, 1998; Commission permanente sur la culture de la Ville de Hull, subventions versées 1994 à 1998.Notre compilation.Nous n avons pas reçu les données, malgré les promesses.L'ACTION NATIONALE \u2022 35 Contrairement au Conseil des arts de l\u2019Ontario, qui a une enveloppe spécifique pour les activités culturelles francophones et qui a établi des critères de subventions qui rejoignent ceux du Conseil des arts du Canada, à savoir la qualité des livres produits (jugement d\u2019un jury) ainsi que le nombre de titres publiés, la SODEC elle, établit ses subventions sur les revenus nets des ventes de livres, modulées par le genre publié (roman, poésie, essai, etc.).N\u2019est pas pris en compte, contrairement au Conseil des arts du Canada, le fait qu\u2019un éditeur publie en région ou qu\u2019il œuvre dans un milieu où sa communauté est minoritaire.N\u2019est pas pris en considération non plus le fait qu\u2019un éditeur développe de nouveaux auteurs, qui, moins connus, sont en général moins rentables et exigent plus d\u2019investissements pour leur promotion.En fait, la SODEC ne prête quasiment qu\u2019aux riches.Les deux volets de son programme d\u2019aide aux éditeurs renforcent visiblement le programme PADIÉ de Patrimoine canadien (basé sur les revenus nets de vente modulés par la valeur de l\u2019entrepôt).Ces deux programmes mis ensemble interdisent aux nouveaux éditeurs littéraires, plus encore s\u2019ils sont situés en région, de concurrencer véritablement les éditeurs du centre.On peut se poser la question : est-ce que la SODEC ne développe que l\u2019industrie ou a-t-elle un réel mandat culturel?Si elle a un mandat culturel, elle devrait donc prendre en compte les efforts de ceux qui développent la culture en prenant le risque de publier de nouveaux auteurs et d\u2019animer des régions.L\u2019impact d\u2019une maison d\u2019édition en région est autrement différent de celui d\u2019une maison basée à Montréal, tout simplement parce qu\u2019elle crée une dynamique.«Mais est-ce vraiment important?» questionneront certains.Si l\u2019on se fie aux politiques du CALQ et à celles de la SODEC, on peut en douter.La structure actuelle des subventions a un effet pervers évident : elle concentre les moyens financiers aux mains de ceux qui ont déjà le plus de moyens.Un éditeur comme 36 \u2022 L'ACTION NATIONALE Boréal, qui recrute les auteurs à succès des autres éditeurs, qui publie rarement de nouveaux auteurs et qui a des tirages importants (donc qui est normalement rentable), reçoit en moyenne presque plus de deux fois plus d\u2019argent par titre publié (6 352 $ contre 3 234 $) qu\u2019un jeune éditeur en région, comme Vents d\u2019Ouest, qui, lui, développe un bon nombre de nouveaux auteurs et, par conséquence, l\u2019activité culturelle.Il n\u2019est donc pas surprenant que l\u2019édition en région comme bien d\u2019autres activités culturelles régionales (sauf, évidemment, la diffusion des produits culturels des centres\"), soit souvent condamnée à n\u2019être qu\u2019une activité éphémère.Si l\u2019activité culturelle en Abitibi était qualifiée, en 1996, par l\u2019historienne, Odette Vincent, d\u2019« ébullition culturelle au Nord»12, ce n\u2019est plus le cas de l\u2019édition qui a disparu depuis.11.\tUn exemple: lorsqu'il est question de diffusion du livre, la SODEC ne lésine pas.Les subventions accordées aux 9 salons du livre du Québec, qui couvrent presque toutes les régions québécoises, ont atteint, en 1996-1997, 539 500 $ (une augmentation de plus de 7% par rapport à l'année précédente).La somme minimale accordée à un salon a été de 45000$, la somme maximale 84 500$.L\u2019Association des salons du livre a reçu, en outre, une subvention de 144000$.Cette association administre, entre autres, les fonds d'aide à la participation des éditeurs aux salons du livre.Rappelons ici que les éditeurs paient chèrement leurs stands et que les visiteurs doivent défrayer un coût d\u2019entrée.II importe que les régions puissent conserver et même développer de tels événements.Elles ont ainsi un accès privilégié au livre ainsi qu\u2019à leurs créateurs.Il n\u2019en reste pas moins qu'un des effets du système est le renforcement de la diffusion des produits des centres.À Montréal, en Outaouais et dans bien d\u2019autres salons du livre, les plus importants éditeurs et diffuseurs, qu\u2019ils soient québécois ou non, mais qui sont tous situés dans les centres, participent à un tirage pour les meilleures places au salon et les restes - en périphérie, à la marge - sont ensuite distribués aux autres.12.\tVincent Odette, dir., Histoire de l Abitibi-Témiscamingue, Québec, IQRC, 1995, titre du chapitre XIV, p.561.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 37 Tableau IV SUBVENTIONS AU FONCTIONNEMENT DE DIFFÉRENTS ÉDITEURS QUÉBÉCOIS DE LITTÉRATURE GÉNÉRALE, 1996-1997 Maison d\u2019édition\t\tSubventions fédérales\t\tSODEC (96-97)\tSubven- tions totales\tMoyenne des subventions par titre \tTitres par année (1997)\tConseil des Arts du Canada (96-97)\tPatrimoine canadien (PADIÉ) (96-97)\t\t\t Vents d\u2019Ouest\t2I\t34 100$\t13 690 $\t16899$\t64 689 $\t3 234$ Boréal\t65\t147 200$\t179 437$\t86218$\t412855$\t6352$ Herbes rouges\t20\t79 500 $\t8516$\t9 434$\t97 450$\t4 873 $ Instant même\tI7\t76 800$\t29015$\t16424$\t122239$\t7 191 $ JCL\t20\t22 600$\t59 692 $\t30955$\t1 13247$\t5 662$ Leméac\t55\t81 300$\t103 798$\t86218$\t271 316$\t4 933$ Québec Amérique\t70\t94 400$\t255 777$\t86218$\t439 395$\t6 234$ Tisseyre\t33\t71 50$\t68 188$\t82 763$\t222451 $\t6 741 $ Trois\tI2\t49 000$\t\u2014\t438$\t49438$\t4 120$ Trois- Pistoles\t15\t18 160$\t\u2014\t12344$\t30 504 $\t2 034$ Tryptique\t20\t65 700$\t\u2014\t20 550$\t86 250$\t4313$ Ville- Marie*\t50\t136 300$\t80015$\t84571 $\t300 886$\t6018$ XYZ\t30\t81 600$\t32 100$\t35016$\t149716$\t4 957$ Sources: Le Conseil des Arts du Canada, supplément au Rapport annuel 1996-1997; Programme d'aide au développement de l'industrie de l'édition, aide aux éditeurs, contribution du Padié, 1996-1997 ; Rapport d'activités 1996-1997, Programme d'aide aux entreprises culturelles, annexe II, SODEC, Annuaire 1997-1998 de l'édition au Québec et au Canada français, Livre * Le groupe Ville-Marie littérature réunit 3 maisons d'édition : VLB Éditeur, L'Hexagone etTypo.Il a été fondé en 1990 et est une division de Sogides.Il n\u2019y a présentement que trois éditeurs de littérature générale importants en région.L\u2019un deux, les Éditions Trois-Pistoles, animées par Victor-Lévy Beaulieu, a suspendu ses opérations à l\u2019automne de 1998 (il les a reprises en 1999 en 38 \u2022 L'ACTION NATIONALE bénéficiant d\u2019un prêt important).Par ailleurs, il existe un certain nombre d\u2019éditeurs spécialisés, notamment en poésie ou en musique, qui ont réussi à faire leur niche hors des grands centres : les Écrits des Forges (Trois-Rivières) et Chant de mon pays (Saint-Hilaire), par exemple.La spécialisation serait-elle le lot des régions périphériques?Fernand Harvey constate : Après quelques années, bon nombre d\u2019éditeurs [en région] qui ont réussi déménagent dans la région de Montréal alors que d'autres disparaissent à la suite d\u2019un échec financier.En somme, l'industrie du livre étant une activité économique précaire à l \u2019échelle du Québec, on peut deviner qu elle soit encore plus vulnérable en région, particulièrement dans les régions périphériques éloignées du marché, des centres de distribution et des médias nationaux centralisés à Montréal.Il est d'ailleurs significatif de constater que le nombre de titres offert dans les catalogues des petits éditeurs régionaux qui persistent se situe généralement entre 25 et 60 et que rares sont ceux qui ont plus d'une centaine de titres.13 Se pose alors cette question : On peut, dès lors, se poser la question de la pertinence de l\u2019édition en région si la rentabilité financière, et la viabilité même de telles activités fait problème.Il faut, pour expliquer la persistance, voire le développement récent de l 'édition régionale, recourir à une autre rationalité: celle de l'affirmation culturelle.14 Fernand Harvey ajoute : Or, le système des éditeurs agréés a tendance [.] à privilégier quelques régions centrales (Montréal, Montérégie, Laval, Québec) au détriment des autres régions.15 13.\tHarvey Fernand, - L'édition régionale au Québec : entrepreneurship, affirmation culturelle et reconnaissance institutionnelle-, dans Harvey Fernand et Andrée Fortin, op.cit., p.220.14.\tIbidem.15.\tIdem, p.221.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 39 On reste avec l'impression que les éditeurs littéraires en région ont pour tâche de développer des auteurs qui, une fois reconnus par l\u2019institution littéraire, changeront inévitablement d\u2019éditeur.Ce dernier profitera des investissements à long terme des premiers et recevra, en prime, des bonifications de la part de Patrimoine canadien et de la SODEC parce que les ventes de ces auteurs seront dorénavant plus intéressantes.« Les lois du marché », prétendront cyniquement certains, notamment ceux qui le dominent.Si c\u2019était le cas.L\u2019intervention gouvernementale, plus particulièrement celle du Québec, crée un biais certain dans ces prétendues lois du marché, au profit de certains et au détriment d\u2019autres, au profit notamment d 'une concentration de l industrie culturelle dans les centres.Plus encore: les interventions gouvernementales, notamment celles de Patrimoine canadien et de la SODEC, interdisent la concurrence.Lorsque des éditeurs rentables comme Boréal et Québec/Amérique reçoivent plus de 400000$ en subventions chacun, comment peut-on croire que d\u2019autres éditeurs, notamment ceux situés en régions, peuvent rivaliser un tant soi peu avec ces maisons d\u2019édition?L\u2019ancienne ministre de la Culture et des Communications, Mme Beaudoin, prétendait que le développement de la relève était dévolu aux régions québécoises.On ne peut que la croire si l'on se fie aux politiques pratiquées par son ministère! Doit-on préciser ici qu\u2019il n\u2019y a guère de différences entre les politiques culturelles du Parti libéral et celles du Parti québécois?Lorsque l\u2019on examine la situation d'une région frontière comme celle de l\u2019Outaouais, on est immédiatement mis devant un fait impitoyable : la concurrence des centres québécois et de l\u2019Ontario est tellement déloyale que, tant pour les artistes que pour les industries ou les organismes culturels, sauf pour 40 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE de rares cas exceptionnels, il est quasiment impossible de survivre à long terme sans quitter la région.Outre le fait que Montréal reçoit la grande part des subventions du CALQ et de la SODEC, cette région » s\u2019est dotée en plus d\u2019un Conseil des arts qui aide ses créateurs.En périphérie, il n\u2019y a pas de tels conseils, ce qui rend les créateurs encore plus dépendants que jamais des politiques centralistes d\u2019organismes provinciaux québécois comme le CALQ et la SODEC.À cet égard, vivre en région pour y pratiquer son art semble relever du plus pur héroïsme.?Avis aux Internautes ! Retrouvez L\u2019Action nationale sur Internet ! http://www.action-nationale.qc.ca Vous y retrouvez : \u2022\tl'éditorial \u2022\tdes articles : social - culture - politique \u2022\tdes faits saillants sur l'épargne \u2022\tdes billets hebdomadaires \u2022\tdes textes majeurs parus dans la revue \u2022\tl'abonnement en ligne Venez naviguer et donnez-nous vos commentaires ou suggestions ! Notre courriel : revue@action-nationale.qc.ca L'ACTION NATIONALE \u2022 4l UN ATOUT ¦CONOMIE IJ QUÉBEC POUR loto-québec 42 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le français en régression constante à VUniversité de Montréal Yvette Delliac, Claudette Gariépy, Michel Moisan1 Depuis plusieurs années, nous dénonçons l\u2019inertie, voire un laisser-aller consenti, de la part des autorités de l\u2019Université de Montréal face à la progression constante de la langue anglaise dans les activités d\u2019enseignement et de recherche, situation qui, par ailleurs, ne rend plus crédible le titre qu\u2019elle s\u2019est décerné de première université francophone en Amérique du Nord.Le clientélisme est le moteur sous-jacent de cet abandon progressif du français comme langue commune de l\u2019ensemble des activités au profit de l\u2019emploi de l\u2019anglais dans certaines activités d'enseignement et comme langue de communication dans plusieurs groupes de recherche.Ainsi, à titre d\u2019exemple, notre Direction a maintenant tendance à exiger la connaissance de l\u2019anglais de la part de nombreux membres de son personnel (sauf le per- 1.Yvette Delliac, Syndicat des employés de l'Université de Montréal, SCFP-1244-FTQ.Claudette Gariépy, Syndicat des employés de l\u2019Université de Montréal SCFP-1244-FTQ.Michel Moisan, professeur de physique, Université de Montréal.L'ACTION NATIONALE \u2022 43 sonnel d\u2019entretien) sans par ailleurs s\u2019assurer de la qualité du français de ses futurs employés, y compris des professeurs, qu\u2019ils soient québécois ou étrangers.Au premier cycle, les étudiants continuent pour la plupart à mal écrire le français sans être sanctionnés (et surtout corrigés) et le nombre de thèses rédigées en anglais ne cesse de croître, principalement depuis que l\u2019on peut présenter celles-ci sous forme d\u2019un ensemble d\u2019articles (évidemment rédigés en anglais).On sera également surpris d\u2019apprendre que les instructions d\u2019utilisation des appareils des laboratoires de recherche sont pour la plupart disponibles en anglais, de même que les consignes de sécurité correspondantes (ce qui n\u2019est pas conforme aux exigences de la CSST).Notons, enfin, que cette progression de l\u2019anglais et la mauvaise qualité du français continuent d\u2019être dénoncés tant par les étudiants que par le personnel enseignant et non enseignant.Pourtant, dès 1993, nous avions demandé à la Direction de l\u2019Université d\u2019établir une politique linguistique pour la promotion du français au sein de l\u2019institution, ce qui nécessitait une analyse linguistique dans les facultés, départements et services.Ce n\u2019est qu\u2019en 1995, sur nos instances et à la suite d\u2019articles dans les journaux, que l\u2019Assemblée universitaire a chargé un Groupe de travail de « préparer un état de question sur la place du français » dans notre établissement.Ce comité s\u2019est contenté d\u2019effectuer un sondage, plutôt superficiel, des facultés, départements et services.Présenté à l\u2019Assemblée universitaire en mars 1996; ce rapport n\u2019était accompagné d\u2019aucun plan d\u2019action ni même de prise de position au vu des résultats de l\u2019enquête.Cependant, toujours à la suite de pression, deux ans plus tard, l\u2019Assemblée universitaire instituait un Comité ad hoc sur la place du français à l\u2019Université de Montréal, avec mandat de préparer un rapport diagnostique sur les problèmes et pratiques en matière de français et de suggérer des mesures correctives.Ce rapport n\u2019est sans doute pas dans la liste des priorités de notre administration à l\u2019Assemblée universitaire puisque sa présentation devant cette instance est sans cesse remise à plus tard.44 \u2022 L'ACTION NATIONALE Comme point de départ d\u2019une politique du français à l\u2019Université, nous avions déjà suggéré l\u2019application des obligations de la Charte de la langue française concernant les entreprises.Cette idée a d\u2019ailleurs été reprise dans un rapport préparé en juillet 1999 par M.Jacques Maurais pour le compte du Conseil de la langue française, rapport dont nous citons quelques-unes des propositions.\u2022\tEn premier lieu, on pourrait étudier la possibilité de décrire la situation du français dans les universités, un peu sur le modèle de l\u2019analyse linguistique que doivent faire les entreprises.Cette étape franchie, les universités pourraient adopter une politique linguistique.Même si cela n\u2019est pas prévu dans la loi, il serait bon que cette politique reçoive l\u2019assentiment de l'Office de la langue française.Le ministère de l\u2019Éducation, qui tient les cordons de la bourse aux subventions, pourrait même «inciter fortement» les universités à collaborer avec l\u2019Office.La politique devrait s\u2019adapter aux différents cycles universitaires et tenir compte évidemment de la nécessité de connaître une deuxième, voire une troisième langue, dans certaines disciplines.\u2022\tEn deuxième lieu, les services d\u2019achats des universités devraient recevoir des consignes très strictes pour faire en sorte que le matériel qu'ils achètent ait des inscriptions en français et que la documentation de base soit aussi disponible en français.Il faudrait porter un soin particulier au matériel informatique.Les consignes pourraient s\u2019inspirer de la politique d\u2019achat du gouvernement du Québec et de la politique d\u2019utilisation du français dans les technologies de l\u2019information.\u2022\tEn troisième lieu, les universités pourraient évaluer l\u2019application des 38 recommandations du Conseil de la langue française dans son avis sur le français dans les sciences.Dans ce texte, le Conseil émettait en particulier la proposition suivante en ce qui concerne le milieu universitaire : «Le Conseil croit que toute sensibilisation, toute réflexion ou encore toute action qui pourraient engager les L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 45 instances supérieures des milieux universitaires à prendre acte en faveur de la promotion du français scientifique et technique seraient d\u2019un poids certain auprès des scientifiques.Il incombe non seulement à ces derniers mais aussi à l\u2019ensemble de la communauté universitaire d\u2019engager des actions qui soutiendraient la place du français dans l\u2019information scientifique et technique.{La situation du français dans l\u2019activité scientifique et technique, Québec, 1991, p.70).\u2022\tEn quatrième lieu, il faudrait s\u2019assurer que les demandes de subventions adressées aux organismes fédéraux soient rédigées en français.Évidemment, cela pose un problème car plusieurs évaluateurs recrutés par ces organismes seraient incapables de lire le français.Mais s\u2019il y a front commun des universités et des centres de recherche du Québec, on peut croire que les organismes subventionnaires fédéraux finiront bien par s\u2019adapter.\u2022\tEn cinquième lieu, on pourrait songer sérieusement à imposer, sous peine de renvoi, «une connaissance pratique » du français à toute personne au service d\u2019une université francophone depuis plus de deux ans (comme nous l\u2019avions déjà suggéré).En ce qui concerne plus particulièrement la qualité de la langue proprement dite, on pourrait envisager les mesures suggérées par Marie-Éva Villers, directrice de la qualité de la communication à l\u2019École des HEC, que l\u2019on peut résumer sous les rubriques suivantes : 1-\tAdoption de l\u2019épreuve de la note de synthèse (Test de français du MEQ, adopté en 1989, que l\u2019on pourrait administrer à nos étudiants du premier cycle à l\u2019instar de l\u2019École des hautes études commerciales de Montréal et des grandes écoles françaises.) 2-\tMise à jour et diffusion des terminologies françaises 3-\tQualité de la langue des recueils de cours et des manuels 46 \u2022 L'ACTION NATIONALE 4-\tCompétence linguistique des futurs enseignants 5-\tProgramme de subvention à l\u2019édition de manuels en français Finalement, de guerre lasse devant l\u2019inertie de notre Direction et constatant que l\u2019employeur se soustrayait de plus en plus aux maigres obligations de la Charte de la langue française (chapitre 6, articles 46 et suivants : postes bilingues), nous avons écrit à madame Louise Beaudoin, ministre responsable de la francophonie et de l\u2019application de la Charte de la langue française.Nous attendons actuellement les résultats de cette communication (aucun accusé de réception un mois après l\u2019envoi) en souhaitant que la ministre et ses collaborateurs viendront soutenir nos efforts pour faire de l\u2019Université de Montréal une institution réellement francophone.?MAGAZINE Un courant d'avenir en Gaspésie-îles-de-la-Madeleine Le seul magazine gaspésien ! Publié par le Musée de la Gaspésie en collaboration avec le CRCD de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine.Socio-économique, culture et arts, histoire et patrimoine.Pour ceux qui s\u2019intéressent à la Gaspésie d\u2019hier et d'aujourd\u2019hui.80, boul.De Gaspé, C.P.680, Gaspé GOC 1R0 Téléphone: 418-368-1534-Télécopie: 418-368-1535 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 47 mm rendement avantageux! WRÉO/75 D7/MPÔT lüMl/fMT M une i épargne ! retraite I admissible uux déductions hmmmm 1\\ titre de reer ADHÉRER À FOND ACTION C'EST PARTICIPER À UNE ENTREPRISE COLLECTIVE QUI VISE À MAINTENIR ET À CRÉER DES EMPLOIS AU QUÉBEC, TOUT EN BÉNÉFICIANT D'AVANTAGES FISCAUX FACILITANT D'ÉPARGNE POUR LA RETRAITE maintien jr CREATION D'EMPLOIS INVESTISSEMENT DANS L'ENTREPRISE OIIESECOISE DÉVELOPPEMENT DURABLE.,, UNE CONSCIENCE SOCIALE EN ACTION! FONDACT/ON LE FONDS DE DÉVELOPPEMENT POUR LA COOPÉRATION S ET L EMPLOI FORMULAIRE D'ADHÉSION AU : SIÈGE SOCIAL 2100, de Maisonneuve Est, Montréal (Québec) H2K 4S1 POUR TOUT RENSEIGNEMENT Téléphoner au : 1 800 253-6665 ou (514) 525-5505 Ceci n'est pas une offre publique de valeurs.Pour de plus amples renseignements, consulter le prospectus FONDATION disponible au siège social.48 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE 92831918 Les malheurs de Françoyse Richard Weilbrenner1 Impossible de ne pas le voir, inutile de se le cacher : la langue française, en Amérique du Nord, a du plomb dans l\u2019aile.Depuis le temps qu\u2019elle subit les assauts de la bêtise et de l\u2019ignorance, qu\u2019elle est assiégée par la paresse, la facilité et le snobisme ; depuis le temps qu\u2019elle croule sous le poids des emprunts inutiles et des calques indéfendables, qu\u2019elle se prend dans les pièges des barbarismes, des solécismes et des anacoluthes ; depuis le temps qu elle se voit bafouée par les professionnels mêmes qui devraient se faire un point d\u2019honneur d\u2019en user au moins correctement (ces personnes qui font métier de communiquer, soit par la parole, soit par l\u2019écriture) ; depuis le temps qu\u2019elle n\u2019est plus enseignée de façon appropriée dans nos écoles et qu\u2019elle s\u2019épuise à vouloir survivre dans un contexte sociopolitique qui, selon toute évidence, ne lui est pas favorable - la pauvre s\u2019enlise et se créolise inexorablement, et ce, dans l\u2019indifférence générale.1.Traducteur.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 49 Seules quelques voix cherchent à se faire entendre dans l\u2019espoir de secouer les puces aux irresponsables qui occupent le pouvoir (ne devrait-on pas dire qui encombrent le pouvoir?), et qui se montrent peu disposés à prendre les mesures nécessaires au redressement de la situation.Quant à la société québécoise en général, le réflexe de l\u2019autruche domine toute autre manifestation d\u2019un hypothétique état de conscience.Faut-il s\u2019en étonner?Les gens aiment à rêver en couleurs (d\u2019où l\u2019extraordinaire popularité des jeux de hasard), accordant volontiers et sans réfléchir une valeur péjorative à l\u2019expression «perdre ses illusions».Il faudra bien, pourtant, que les pouvoirs publics (et leurs éminences grises) sortent de l\u2019absurde brume électo-raliste et financière où ils errent en égrenant leurs chapelets d\u2019obsessions comptables et actuarielles, et qu\u2019ils se penchent sérieusement, pour une fois, sur les conséquences fâcheuses de l\u2019immobilisme et des décisions à la petite semaine qui caractérisent les administrations hyperfonctionnements, ultra bureaucratisées.C\u2019est au loin qu\u2019on porte le regard quand on est un chef.Autrement, on éteint un petit feu par-ci, par-là, et on tourne le dos à l\u2019incendie qui fait rage et dévaste tout.Il n\u2019y a aucune exagération, du reste, à parler de dévastation, quand, dans les pages d\u2019un journal aussi respecté que Le Devoir, Paule des Rivières rejette la notion de «avant-dernier» et se rabat sur une aberration logique répandue comme la peste au Québec: \"le deuxième moins élevé quand Valérie Dufour écrit «filtre d'amour», reléguant aux oubliettes un mot d\u2019autant plus précieux qu\u2019il est rarement utilisé ; et quand Antoine Robitaille cède à la tentation endémique des Québécois de «préciser» leur pensée en se servant ici d\u2019un mot anglais, là d une catachrèse, parfois dans un seul et même membre de phrase, comme ceci: \"(.) se 2.À rapprocher du -pluss' meilleur pays du monde-, du - moins pire des deux-, du - ça va pas pire - (quoique, si ça ne va pas pire, ça ne va certainement pas mieux) et du - quatrième plus important-.Si, au classement dun groupe de 30 élèves, le premier est le meilleur et le deuxième est - le deuxième meilleur-, faut-il donc conclure que le trentième est - le dernier meilleur-?50 \u2022 L'ACTION NATIONALE montre attentif (.) à la « story » ou à
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