L'action nationale, 1 mars 2003, Mars
[" NATIONALE Volume XCIII numéro 3 MARS 2003 \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 'i S * ' x* 's\t.i ARTICLES \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 8 ARTICLES Maria Teresa Pérez-Hudon LES QUÉBÉCOIS SONT-ILS DES LATINO-AMÉRICAINS QUI S\u2019IGNORENT?« J\u2019ai aimé physiquement ce pays dès ma tendre enfance, passée entre les champs fertiles et les forêts, au pied des Laurentides J\u2019ai aussi aimé et admiré le peuple qui l\u2019habitait, ces hommes et ces femmes, simples et affables, qui menaient une existence laborieuse, marquée par leur strict catholicisme, mais aussi par une joie de vivre et un goût pour la fête que favorisaient latinité et longs hivers » Bernard Landry.La cause du Québec.2002 En octobre dernier, dans son article : « Les sept péchés capitaux de l\u2019ADQ », Pierre de Bellefeuille se montrait d\u2019accord avec la possibilité, évoquée par l\u2019ADQ, d\u2019initier les jeunes Québécois, dès le secondaire, à une troisième langue.Pour quelle raison ?Parce que «.les Québécois de souche française - selon le journaliste - sont des Latino-Américains qui s\u2019ignorent ».Même si je partage l\u2019opinion de M.de Bellefeuille, je trouve que ladite « auto-ignorance » est parfaitement justifiée car, selon tous les dictionnaires, l\u2019Amérique latine ne serait que 9 cette partie du continent américain où l\u2019on parle portugais ou espagnol.Par conséquent, pour mériter la dénomination « latino-américain, aine » il faudrait faire partie de cette Amérique de langue espagnole ou portugaise.Même les Haïtiens, dont l\u2019histoire a été assez liée à celle des pays du Sud, ne se considèrent pas comme des Latino-Américains.Tout cela est paradoxal puisque le « latino-américanisme » a été inventé en France et en français.Si Simon Bolivar ressuscitait aujourd\u2019hui, et si on lui disait qu\u2019il a été un grand Latino-Américain, il ne saurait pas de quoi on lui parle.Dans ses proclamations, Bolivar s\u2019adressait aux Americanos (bien sûr, rien à voir avec les États-Uniens) et, à son époque, Factuelle Amérique latine était appelée Amérique méridionale ou Hispano-Amérique.I) L\u2019invention du latino-américanisme.L\u2019idée d\u2019une Amérique « latine » apparut en France vers 1850.Napoléon III, empereur d\u2019un pays qui voulait étendre son rayonnement économique, avait besoin d\u2019une idéologie pour justifier une possible expansion.À ce moment-là, les « ismes » étaient à la mode.On parlait de « pangermanisme » et de « panslavisme ».Michel Chevalier, économiste et conseiller de l\u2019empereur, lui a fourni l\u2019idéologie dont il avait besoin.Selon Chevalier, à la France revenait la mission de faire sortir les Latins de la léthargie dans laquelle ils vivaient.Seule la France pouvait éviter que la famille latine soit noyée par les Germains, les Anglo-Saxons et les Slaves, et pouvait lui permettre d\u2019exercer son influence sur le reste du monde.On se mit à parler de TO la culture « spirituelle » des Latins par opposition à la culture « matérialiste » des Anglo-Saxons.De plus, pour Chevalier, l\u2019opposition latino-germanique qui existait en Europe s\u2019était propagée en Amérique.L\u2019Amérique du Sud, comme l\u2019Europe méridionale, était catholique et latine.L\u2019Amérique du Nord, par contre, était plutôt protestante et anglo-saxonne.L\u2019idée d\u2019une Amérique « latine » a été reçue avec beaucoup d\u2019enthousiasme par un groupe d\u2019Hispano-Américains résidant à Paris.Le premier d\u2019entre eux à écrire le nom America Latina fut le Colombien José Maria Torres Caicedo, qui dans un poème de 1856, titré « Las dos Americas », disait : La raza de la América Latina, al frente tiene la sajona raza.1 À cette époque, les États-Unis s\u2019étendaient vers le Sud.Ils avaient déjà annexé le Texas, envahi et démembré le Mexique, et William Walker, un aventurier, faisait des incursions en Amérique centrale pour le compte des États-Unis.L\u2019appellation « Amérique latine » apparut dans ce contexte historique d\u2019opposition à l\u2019expansion états-unienne.Il va sans dire que ladite expansion nuisait à la France à qui les États-Unis disputaient l\u2019accès aux marchés de l\u2019Amérique centrale et de la Caraïbe.Lors de leurs déclarations d\u2019indépendance, les pays américains avaient craint le revanchisme européen, mais maintenant les États-Unis semblaient plus dangereux que les anciennes mères-patries.En tout cas, l\u2019idée de la latinité rapprocha certains Hispano-Américains, surtout ceux qui vivaient en Europe.Torres Caicedo, pour sa 1 La race de l\u2019Amérique latine a devant elle la race saxonne. n part, avait une conception de la latinité un peu différente de la nôtre.Pour lui, il y avait une Amérique espagnole, française et portugaise à laquelle il donnait la « dénomination scientifique » d\u2019Amérique latine.La touche française d\u2019Amérique lui était fournie par Haïti.Comme on peut le constater, au moment de l\u2019apparition de l\u2019idée d\u2019une Amérique « latine », ce n\u2019est plus le nom de la mère-patrie respective qui compte mais plutôt la filiation ethnique de la population européenne qui a implanté sa culture en territoire américain.Au nord, il y a un groupe ethnique saxon ; au sud, une population d\u2019origine espagnole, portugaise et française forme un groupe ethnique latin.De toute façon, étant donné la pluralité ethnique de l\u2019Amérique (Noirs, Blancs, Indiens) le seul élément indiscutable d\u2019identité est constitué par les langues parlées, toutes d\u2019origine latine.Un exemple : en 1935, le sénateur français Béranger visitait Haïti, pays dont la population est majoritairement d\u2019origine africaine.Au nom de son gouvernement, le sénateur a dit : « Haïti est le phare avancé de la latinité en Amérique »2.Malheureusement il ne les a pas convaincus.Il) L\u2019invasion du Mexique.En 1861, le gouvernement mexicain décréta la suspension de la dette extérieure.L\u2019Angleterre, l\u2019Espagne et la France sont intervenues afin d\u2019obtenir le paiement par la force.Le gouvernement mexicain est finalement arrivé à un accord avec les Anglais et les Espagnols qui sont partis.Les Français, par contre, sont restés.Étant donné que les États- 2 Balseiro, José Agustin.Expresiôn de América latina.Primera sérié.Madrid : Editorial Gredos, 1970.p.17. 12 Unis se trouvaient en pleine guerre civile, il fallait en profiter et créer l\u2019empire latin qui servirait de rempart à l\u2019expansion de ce pays.Maximilien d\u2019Autriche est devenu empereur du Mexique, mais l\u2019aventure a mal fini.Maximilien a été fusillé en 1867 et les Français ont dû quitter le pays.Cette invasion a fait perdre un peu de ses plumes à l\u2019idée de la latinité.En 1865, par exemple, le Deuxième congrès américain (hispanophone), qui a eu lieu à Lima, a utilisé le nom « États américains ».À ce moment-là, ce qui était latin semblait impérialiste.Pourtant, Torres Caicedo a publié à Paris, cette même année, le livre Union Latinoamericana.Il ne faut pas oublier que Torres Caicedo fut commandeur de la Légion d\u2019honneur et membre correspondant de l\u2019Institut de Lrance.Le premier à écrire en espagnol : America Latina, a toujours gardé des liens très serrés avec les Lrançais.Ill) Le nom est resté.De toute façon, le nom America latina a perduré.Il ne faut pas oublier qu\u2019il entraînait une distinction face aux États-Unis, et qu\u2019il était cher à certaines élites latino-américaines très francophiles.Dans le dernier quart du XIXe siècle, presque tous les grands auteurs latino-américains l\u2019utilisaient, toutefois pas de façon exclusive.Il y a eu d\u2019autres appellations qui ont coexisté et qui coexistent, tels que Ibéro-Amérique et Hispano-Amérique.De toute façon, dans la vie de tous les jours, de l\u2019Argentine au Mexique on se considère comme des Latino-Américains 13 Notons cependant que c\u2019est dans l\u2019opinion savante que le nom n\u2019a pas toujours fait l\u2019unanimité.Les Espagnols de l\u2019Espagne le voient généralement d\u2019un mauvais œil.Il leur semble une façon de nier l\u2019œuvre de l\u2019Espagne en Amérique.Certains auteurs latino-américains pensent que c\u2019est le sang indien qui crée les liens de parenté entre les différents pays sud-américains.Ils nous rappellent aussi que même les Conquistadores espagnols ont apporté très peu de sang latin au Nouveau Monde, puisque l\u2019Espagne avait subi les grandes invasions germaniques et arabes, et avait été très marquée par elles.Mais il y a surtout deux opinions que je trouve qui nous touchent de près ici au Québec.La première est celle du Portoricain José Agustin Balseiro, qui en 1970 se demandait pourquoi on ne considérait pas le Canada comme une nation latine, étant donné que 28 % de sa population parlait français et gardait les traditions et coutumes catholiques françaises.Haïti, qui avait une plus petite proportion de citoyens parlant français, était pourtant considéré comme un pays latin.La deuxième opinion est celle du sociologue argentin José Luis de Imaz, et a été formulée en 1984.Les dénominations préférées de Imaz étaient Iberoamérica ou Sudamérica, mais il ajoutait que son opinion définitive dépendrait de la décision finale que prendrait le Québec en ce qui regarde sa « têtue affirmation culturelle » et sa fidélité à son « identité francophone ».Néanmoins, Imaz n\u2019était pas très sûr que le Québec gagnerait à se proclamer « latino-américain » car, disait-il, « en Amérique du Nord le mot latin a une connotation péjorative »b 3 Imaz, José Luis De.Sobre la identidad ibero-americana.Buenos Aires : Editorial Sud-Americana, 1984.p.10-11. Je crois que Imaz ignorait que le fait d\u2019être en Amérique du Nord ne voulait pas dire que le Québec partageait nécessairement les préjugés d'autres Américains du Nord.Je connais beaucoup de Québécois qui se définissent comme des « Latins » du Nord.Et c\u2019est logique.Tout comme les habitants au sud du Rio Grande, les Québécois ont des origines catholiques et une langue issue du latin, laquelle leur permet de se différencier du ROC anglophone.Il me semble que le moment est arrivé pour le Québec de devenir souverain, et de prendre sa place à part entière dans le monde latin d\u2019Amérique, qui fut conçu en français et qui, comme lui, tient à sa culture et à son identité.? 15 ARTICLES Dave Anctil* LA DYNAMIQUE CANADIENNE ET L\u2019EFFICIENCE QUÉBÉCOISE : UNE ÉTUDE CRITIQUE DU LIVRE DE jOSEPH HEATH On me reprochera de politiser à outrance toutes les questions.En effet, discuter d\u2019économie, de société et d\u2019efficacité, cela ne relèverait-t-il pas plutôt de calculs, d\u2019analyses de processus quantifiables et de programmes de restructuration ?J\u2019oserai répondre que ces choses savantes et utiles demandent à être inscrites dans un cadre politique.Que la question politique, justement, a non seulement des conséquences sur toutes ces choses cruciales, mais qu\u2019elle peut devenir aussi le plus formidable des instruments pour le progrès et la dynamique sociétale.C\u2019est exactement aussi ce que pense le philosophe canadien Joseph Heath, auteur de La société efficiente - Pourquoi fait-il si bon vivre au Canada ?' Mais notre accord initial atteint rapidement ses limites.Joseph Heath, s\u2019il aime discuter ouvertement de théorie économique et de théorie politique, aime beaucoup moins discuter de politique politiquement.En gros, pour lui, il y a la gauche et il y a la droite, et ce qui distingue l\u2019un et l\u2019autre se sont surtout des différends au sujet du rôle de l\u2019État dans la * Étudiant à l'Université de Montréal.i Le titre original du livre est encore plus provoquant : The Efficient Society : Why Canada Is as Close to Utopia as it Gets ?Traduction de Jean Chapdelaine Gagnon, Les Presses de l\u2019Université de Montréal, 2002. i6 société et l\u2019économie.Les débats constitutionnels et identitaires lui semblent aussi bien superficiels.En fait, ces questions semblent l\u2019ennuyer et il leur préféré les « essentiels » que sont les politiques publiques des gouvernements, les petits dilemmes de l\u2019individu-consommateur et les réalités sociales qui se manifestent bien davantage au quotidien, selon lui, que dans les grandes interprétations socio-philosophiques.Titulaire de la chaire de recherche du Canada en éthique et économie politique, Joseph Heath, qui est aussi professeur de philosophie à l\u2019Université de Montréal, signe ici son deuxième ouvrage.Comme il se doit pour un titulaire de chaire de recherche, La société efficiente commence par un panégyrique du Canada.Apparemment, au Canada, il « se pourrait que nous soyons parvenus aussi près de l\u2019utopie que nous pouvons l\u2019être », et la tâche que se donne l\u2019auteur dans ce livre en sera la démonstration.Heath nous explique en effet que l\u2019« efficience » est la valeur fondamentale des Canadiens.L\u2019unique problème étant qu\u2019ils l\u2019ignorent ! La nécessité de son bouquin (un best-seller dans le ROC) est donc l\u2019évidence même, car il répond, n\u2019en déplaise à ceux qui aimeraient retrouver une hypothétique unité canadienne autour de solides valeurs communes, à ce besoin très Canadian de se distinguer des États-Unis.Les Américains, en effet, et ce malgré leur richesse et leur puissance époustouflantes, ne sont pas très efficients.Mais les Canadiens, selon l\u2019auteur, excellent de ce côté : ils ont institutionnalisé l\u2019efficience et en ont fait un principe fondamental de leurs organisations gouvernementales et sociétales. 17 D\u2019abord : qu\u2019est-ce au juste qu\u2019une « société efficiente » ?L\u2019une des nombreuses analogies amusantes de l\u2019auteur nous résume l\u2019idée : « Une société efficiente est comme une bonne automobile.Elle ne choisit pas votre destination, elle vous aide à vous y rendre avec un minimum d\u2019ennuis.» (p.66) En économie, l\u2019efficience est un principe basique qui veut dire faire plus avec moins de ressources, plus rapidement et en quantité supérieure.Appliquez ce principe à la société dans son ensemble et les choses deviennent plus complexes.Heath, en excellent liberal democrat qu\u2019il est, nous explique ici la supposée « neutralité » du principe d\u2019efficience.Quoi de plus neutre qu\u2019un Wal-Mart ou un MacDonald ?Ces chaînes commerciales incarnent le principe d\u2019efficience, elles représentent le sommet de l\u2019évolution d\u2019un modèle d\u2019entreprise obsédé par les détails à tous les niveaux d\u2019efficacité.S\u2019ils incarnent aussi des symboles d\u2019une certaine puissance américaine, cela n\u2019enlève rien à leur valeur d\u2019efficience intrinsèque : peu importe que plusieurs d\u2019entre nous ne les aiment pas, la réalité est que MacDonald et Wal-Mart vont rester dans le paysage, ils obligeront même nos entreprises à devenir plus efficaces pour entrer en compétition avec elles.Pourtant, laissées à elles-mêmes, des entreprises aussi voraces et gourmandes, obéissant si parfaitement à leurs instincts de croissance et de domination du marché, en viendraient à nuire globalement à l\u2019efficience de la société.Car les marchés laissés à eux-mêmes, et c\u2019est la grande leçon de ce livre, en viennent à se nuire mutuellement et à générer des « inefficiences » majeures, c\u2019est-à-dire des coûts importants à l\u2019ensemble des consommateurs.D\u2019où l\u2019importance des bureaucraties, des polices et des lois. Dans cette réalité n\u2019apparaît aucun « jugement de valeur » nous explique très sérieusement le philosophe.L\u2019efficience implique néanmoins un jugement normatif : « L\u2019efficience est une valeur parce qu\u2019elle nous dit comment nous devrions agir », elle est donc aussi « un principe dont nous nous servons pour décider de la manière dont nous devons organiser nos activités de coopération.» (p.30) Une théorie de la société orientée par le principe d\u2019efficience recherchera les équilibres nécessaires entre l\u2019État, les marchés et la société civile.L\u2019efficience, à la fois neutre mais impliquant une dimension normative, nous conduirait donc vers un idéal social et rationnel d\u2019organisation humaine et c\u2019est pourquoi le Canada, qui ne craint pas l\u2019État comme les États-Unis et ne craint pas les marchés comme les Européens, est devenu le rivage d\u2019une formidable utopie moderniste : la société efficiente par excellence ! a a ?Q Tout ça est très amusant et pourtant très sérieux.Penseur de gauche qui aime cependant se moquer de la gueule des gauchistes, Heath ne réussit pas à camoufler complètement les partis pris idéologiques de sa thèse.Ses références au taylorisme, à Emerson et à Pareto, à Hobbes, Locke ou Rawls, témoignent de son parti pris libéral.C\u2019est la grande force du libéralisme en effet que de produire de telles synthèses où toutes les contradictions sont finalement subsumées dans quelque totalité optimiste.Heath le premier affirme qu\u2019il ne faut pas, comme les « perfectionnistes », confondre moralité, politique et économie.Il s\u2019empresse pourtant de parler politiquement d\u2019économie et économiquement de moralité.De toute façon pour lui, l\u2019important, dans l\u2019ensemble, est de respecter les « arrangements efficients ». 19 Par exemple, le marché s\u2019occupe beaucoup mieux d\u2019économie, mais l\u2019équilibre demande que l\u2019éthique et le politique encadrent tout cela dans la mesure du possible, afin d\u2019orienter la coopération sociale en vue de l\u2019efficience.Mais il ne faut jamais oublier cependant de séparer radicalement la morale du politique ! En effet, autant que faire se peut, l\u2019individu doit être laissé « libre » d\u2019interférences dans sa quête personnelle du bonheur.L\u2019État devient l\u2019instrument de cette sécurité individuelle : il prévient les dérives opportunistes des individus-atomes et organise au minimum leur compétition.La logique sous-jacente à l\u2019interventionnisme du philosophe peut se résumer ainsi : « Puisque notre \u201cliberté naturelle\u201d inclut le droit d\u2019être opportuniste, l\u2019exercice de cette liberté sape toutes les formes de coopération sociale et économique.» (p.89) Dans cet univers supposé « moralement impartial », l\u2019individu est donc un roi.Toute la structure logique de l\u2019argumentation de Heath est basée sur le fameux postulat de l\u2019individualisme méthodologique.Les démonstrations de l\u2019auteur sont en effet structurées à partir du fameux modèle « dilemme du prisonnier ».Je laisse aux lecteurs le soin de découvrir les subtils plaisirs de ces dilemmes appliqués au dépassement en voiture, au niveau du volume de la musique en appartement, au port d\u2019arme.Disons rapidement que, en conformité avec la logique plus ancienne de l\u2019utilitarisme, derrière toute norme morale se cache une justification d\u2019efficience (synonyme ici d\u2019un jugement d\u2019utilité).Cette position philosophique est une forme d\u2019hédonisme moral, qui stipule que « les principes n\u2019ont pas de valeur intrinsèque.Le bien-être des humains est la seule chose qui ait une valeur intrinsèque.» (p.299) 20 Ce qu\u2019il faut retenir pour notre propos est d\u2019abord le modèle réduit du choix rationnel.Ce dernier va comme suit : les individus laissés à eux-mêmes optent le plus souvent pour des « stratégies opportunistes », ils choisiront la position la plus avantageuse possible sans se soucier des conséquences de ce choix ; mais, pour tout « jeu libre » de la sorte, il y aura à la fois une super minorité de gagnants et une super majorité de perdants, ce qui équivaut à un résultat globalement inefficient ; le principe d\u2019efficience commandera alors d\u2019intervenir pour encadrer le jeu et permettre une maximisation des gains tout en assurant une distribution de ces biens, afin qu\u2019un nombre plus élevé de joueurs sortent gagnants et que les perdants ne se limitent plus à être des dupes.La stratégie de l\u2019efficience collective, par rapport à l\u2019efficience individuelle, vise en somme à augmenter les situations où une plus grande majorité des joueurs sortent gagnants, principalement en organisant la compétition naturelle des individus-atomes de manière à engendrer indirectement la coopération sociale.a ?L\u2019enracinement économique d\u2019une telle théorie atomiste est évident et ne pas reconnaître sa puissance prédictive relèverait de la mauvaise foi.Mais là ne s\u2019arrête malheureusement pas le propos de Joseph Heath.La dimension politique réapparaît autrement que sous la forme d\u2019une réflexion structurelle et normative sur les politiques publiques ; le Nation-Building d\u2019un Canada fort et uni s\u2019y retrouve aussi manifestement ! Dès le départ, ce livre se présente comme un « argument valable en faveur du Canada ».Aux arguments basés sur des 21 « valeurs robustes » des séparatistes québécois, les fédéralistes pourront en effet répondre que « nous fonctionnons avec plus d\u2019efficience comme pays unifié que nous y réussirions comme États-nations partiellement associés ».(p.18) Peut-être que le reste du Canada, advenant la sécession du Québec, en souffrirait ; mais il n\u2019y a absolument rien dans le livre de Joseph Heath qui puisse démontrer que le Québec n\u2019y trouverait pas des gains importants : bien au contraire ! Mais cet argument me semble d\u2019emblée problématique dans ses prémisses.En effet, il est tellement faux de croire qu\u2019une politique publique, même celle animée par une intention orientée vers l\u2019efficience collective, peut être de facto « neutre ».D\u2019abord, dans n\u2019importe quel régime, une politique publique se réclamera toujours d\u2019une décision politique.Or, les acteurs politiques n\u2019obéissent pas à la même rationalité que celle des acteurs intéressés (mais éclairés) que l\u2019on retrouve dans le modèle de Heath ; les politiques suivent une logique partisane, c\u2019est-à-dire stratégique, où le but n\u2019est pas du tout de favoriser objectivement le bien public, mais bien plutôt de gagner.Il est fascinant de voir à quel point les intellectuels oublient en permanence le fonctionnement de la dynamique politique ! Ce qu\u2019ils ne comprennent pas, par le fait même, est la récupération politique que l\u2019on peut faire de leurs doctrines.Nous pourrons alors les apercevoir, déçus par un univers politique « sale et injuste », se plaindre que la « politique partisane » leur répugne et qu\u2019ils ne veulent plus jamais y être associés.Cette naïveté est consternante et particulièrement ancrée en profondeur chez les intellectuels libéraux, qui ont une si grande et si paradoxale foi envers la justice et l\u2019intérêt individuel : toute leur entreprise prend alors la forme d\u2019une sursomption de ce paradoxe ; grâce à de 22 fantastiques synthèses, ils tentent inlassablement de surmonter leur culpabilité envers l\u2019État et le pouvoir politique.Ensuite, pour qu\u2019une politique publique puisse partir d\u2019une décision politique normale, celle-ci doit nécessairement apparaître dans un cadre politique.Or au Canada, particulièrement au Québec, ce cadre de « normalité » fait problème.Joseph Heath explique la nature du gouvernement à partir du modèle anonyme de la bureaucratie.Mais une bureaucratie gouvernementale est aussi un appareil politique qui sert des intérêts partisans - ou, si l\u2019on préfère employer le jargon de l\u2019auteur, elle sert des « intérêts idéologiques ».Si un tel système politique récompense la conformité et punit la déviance, si en somme la hiérarchie imposée par le cadre politique « institutionnalise la confiance nécessaire pour éliminer les problèmes d\u2019opportunisme » (p.119), il faut alors se demander deux choses.La première : qui interprète la nature des rapports d\u2019efficience et d\u2019inefficience dans la société en vue des décisions ?La seconde : quelle est la base de légitimité de ce monopole décisionnel ?Et nous voilà revenus à la question constitutionnelle que Heath juge interminable et certainement inefficiente.Pour un souverainiste, il est aisé d\u2019apercevoir le danger de la logique de Heath.Voilà un argument qui s\u2019apparente en effet à la campagne de démonisation du nationalisme québécois.Seulement nous ne sommes plus seulement des ethnocentriques menaçants, nous voilà devenus des obsédés de l\u2019indépendance qui n\u2019ont guère de souci pour l\u2019efficience de leur économie et de leur société ! Dans un cadre de valeurs modernistes et libérales comme le nôtre, l'accusation portera inévitablement un terrible préjudice à la cause. 23 Je réponds à cela qu'il ne faut pas se laisser impressionner.Heath remarque, amusé, que les Québécois affectionnent les « grosses compagnies » lorsque celles-ci sont québécoises, telles Bombardier et Québécor.Pour lui, et j\u2019en reviens à mon prologue, le sens de cette affection est que notre société « a récemment émergé d\u2019une période de relatif retard économique » ; contrairement à ce qui se passerait dans le ROC, ces géants représenteraient pour nous Québécois « le symbole d\u2019une économie moderne.» (p.200) Voilà un propos réducteur que plusieurs de nos intellectuels voudraient malheureusement entériner.La désirabilité de joueurs économiques puissants et enracinés au Québec n\u2019a pourtant rien à voir a priori avec cette explication ridicule de notre histoire ! En effet, les intellectuels québécois répètent souvent ad nauseam les succès des transformations de la société québécoise au sortir de la Révolution tranquille.Laïcisation, éducation, émancipation politique, économique et culturelle.La liste s\u2019allonge au gré des préférences marquées de chacun d\u2019eux.Je suis souvent agacé par ces ostentations excessives de notre « modernité », comme si nous sortions tout juste, depuis deux générations ou trois, d\u2019un tel bourbier historique et que nous avions tellement à apprendre de ce monde si compliqué, qu\u2019il nous fallait en permanence nous répéter l\u2019archaïsme du passé pour ne plus jamais y sombrer.S\u2019il ne s\u2019agissait-là que de mauvaises habitudes littéraires, cela pourrait passer pour une défection de style et un manque flagrant d\u2019originalité.Mais je crois que notre obsessive réminiscence du « devenir québécois » tient, encore une fois, à une non-reconnaissance de nous-mêmes comme peuple libre.Et ce manquement envers nous-mêmes nous coûte 24 cher politiquement, car il renforce plusieurs préjugés défavorables envers la particularité de la situation du Québec.Historiquement, le Dominion britannique s\u2019est structuré à partir d\u2019un système d\u2019exploitation de la minorité canadien-ne-française en préservant l\u2019étanchéité de la classe anglo-britannique, et ce jusqu\u2019aux importantes réformes apportées par la Confédéraüon.La construction de l\u2019unité canadienne, par l\u2019entremise du fédéralisme multiculturel et bilinguis-tique, a récupéré ensuite cette dynamique, l\u2019organisant de manière à réduire à l\u2019absurde la construction parallèle d\u2019une identité nationale québécoise.La désirabilité de gros joueurs économiques québécois participe donc de la même logique du conflit entre les deux nations sur le territoire canadien : le Québec, s\u2019il veut entrer en compétition avec la construction nationale de l\u2019État fédéral, doit utiliser les pouvoirs qu\u2019il détient afin de se donner l\u2019autorité et la puissance d\u2019un État.Hydro-Québéc, Desjardins et notre Caisse de dépôts répondent donc, à la base, d\u2019un intérêt politique évident, mais il s'agit aussi d\u2019un intérêt politique qui génère à son tour des efficiences pour la collectivité québécoise ! La dynamique sociétale canadienne oblige le Québec à se donner un cadre politique distinct pour ses décisions de politiques publiques.La construction nationale du Québec peut donc aussi se justifier à partir d\u2019un modèle de l\u2019efficience.Seulement, au Québec, nous ne pouvons nous permettre de ne pas penser politiquement la politique pour expliquer notre exceptionnelle capacité de générer de l\u2019efficience collective.Les chiffres de la croissance économique du Québec depuis un siècle sont tout simplement renversants.Et les Québécois doivent ce progrès en premier à leur 25 capacité d\u2019organiser collectivement leur coopération socioéconomique, et ce de manière relativement indépendante du cadre canadien.C\u2019est ce sentiment d\u2019autonomie, au cœur de nos valeurs collectives, que les fédéralistes essaient de miner en ridiculisant nos succès à de l\u2019aveuglement natio-nalitaire.C\u2019est aussi pourquoi la législation du gouvernement fédéral représente un puissant instrument pour soumettre le Québec à une dépendance accrue envers les décisions politiques d\u2019Ottawa : si le progrès économique part davantage de décisions du parlement fédéral, cela réduira automatiquement le pouvoir détenu directement par les Québécois et leurs élus sur leur propre avenir comme société distincte.Le Canada n\u2019a rien à nous apprendre au sujet de l\u2019efficience, que ce soit pour le système de santé, l\u2019économie interventionniste ou la lutte institutionnalisée contre les problèmes d\u2019action collective qui résultent du manque de contrôle des opportunismes.Si le Canada offre de fait, pour un Américain ou un Européen, un niveau plus élevé d\u2019efficience sociétale, il n\u2019ajoute rien du tout à l\u2019efficience ajoutée pour une nation culturellement et linguistiquement indépendante, qui réduit d\u2019emblée, grâce à sa distinction culturelle, les tentations opportunistes.À quoi bon rester dans un système qui prélève plus de la moitié de nos taxes, alors que nous userions de cet argent de manière plus efficiente dans notre propre cadre (complet) d\u2019action collective ?Si l\u2019argument développé par Heath dans La société efficiente est un argument en faveur de l\u2019État social-démocrate, il est d\u2019autant plus un argument en faveur d\u2019un Québec indépendant ! Tout dépend en fait des volontés et 26 des représentations politiques qui apparaissent dans l\u2019espace public.Mais de cela, le professeur Joseph Heath ne peut rien nous apprendre.Peu patriotique, le discours de Joseph Heath n\u2019est pas animé par une intention belliqueuse envers le Québec ; loin de là ! Mais je crois qu\u2019il est important de montrer comment sa logique sera inévitablement et systématiquement récupérée, dans l'arène politique, par les protagonistes de chaque côté.De plus, le philosophe, malgré son réalisme conséquent, croit aussi que la mondialisation nous « achemine vers la création d\u2019un gouvernement mondial ».(p.383) Peu m\u2019importe ici de discuter de cet optimisme typiquement libéral ; Heath suit sa logique jusqu\u2019au bout et croit que le développement d\u2019une autorité internationale diminuera les problèmes d\u2019action collective à l\u2019échelle mondiale, en réduisant les possibilités d\u2019opportunisme entre pays.En attendant, il serait stratégiquement suicidaire, pour un peuple minoritaire sur un territoire fédéré, d\u2019adopter une posture de simple bienveillance par rapport à une évolution macro-structurelle abstraitement définie ! Pour que les Québécois ne deviennent pas les dupes d\u2019une mondialisation coordonnée par les décisions d\u2019États souverains, il y va de leur intérêt le plus fondamental d\u2019exercer leur autonomie jusqu\u2019au bout et de déclarer la souveraineté du Québec.Car, pour l\u2019instant, le Québec n\u2019existe même pas dans la dynamique de compétition politique internationale ; comment pourrait-il alors favoriser la coopération ?Un livre intelligent et amusant, mais politiquement insignifiant pour les Québécois.? 27 ARTICLES Pierre Vadeboncœur* CELA NE FAIT QUE COMMENCER Le droit est un principe d\u2019égalité, mais on voit souvent la politique lui imprimer des distorsions et son propre esprit d'inégalité.Elle introduit alors dans le corpus juridique même les aberrations qu\u2019elle a conçues par intérêt.La vraie notion du droit, comme une règle, permet de mesurer l\u2019écart qui se manifeste ainsi du fait de la politique, c\u2019est-à-dire de la force, entre le droit et ce qu\u2019il advient de celui-ci de cette manière.Cette adultération progresse maintenant d\u2019une manière accélérée.Depuis un an ou deux, par le fait des États-Unis, on voit de plus en plus le droit se modeler sur ce qui lui est diamétralement contraire et prendre ainsi des formes monstrueuses, présentées néanmoins comme juridiques.La politique protubère sous ce droit-là comme une tumeur.L\u2019abus prend alors un aspect légitime, la force l\u2019apparence du droit, l\u2019agression le titre de légitime défense, l\u2019impérialisme le masque de la démocratie.* Écrivain. 28 Depuis un an, chacun peut avec un peu d\u2019attention s\u2019apercevoir que la politique de force de Washington, dénuée de la moindre considération pour le droit, prend, dans le langage officiel, la forme de principes juridiques nouveaux, avec étiquettes à l\u2019avenant.C\u2019est ainsi qu\u2019on a inventé l\u2019idée de guerre préventive.Il faut voir comment la politique la plus cynique se maquille de la sorte et comment on fait du « droit » avec l\u2019arbitraire et la brutalité.Suivez attentivement cette séquence : la violence se traduisant en politique, puis cette politique s\u2019inventant une forme juridique taillée sur mesure pour se justifier.Voyons cela de plus près.Comment le « droit » à la guerre préventive est-il apparu ?On voulait envahir, s\u2019emparer, occuper, s\u2019installer, s\u2019approprier.Comme on ne pouvait revendiquer directement le droit de violer une frontière, de s\u2019installer chez le voisin, de le voler, on a pensé au droit de se défendre, lequel est absolu comme chacun sait.On a fait un pas de plus et affirmé que le droit de se défendre comportait aussi celui de prévenir, ce qui revenait à passer illico au droit d\u2019attaquer soi-même.Il ne s\u2019agissait plus de se défendre contre une agression ou contre une attaque imminente, double règle déjà prévue par le droit international.Plus question de cela.Comme l\u2019Irak n\u2019attaquait pas et même en était tout à fait incapable, c\u2019est alors que le droit de légitime défense est devenu le droit de « prévention », utilisable à toutes les sauces.Avec ce concept élastique, différent du droit classique de se défendre, on n\u2019a pas à invoquer une situation objective, évidente et définie.Il répond à une nébu- 29 leuse possibilité dont les critères ne sont pas précisés.Le droit devient alors forcément aussi vague et couvre n\u2019importe quoi.D\u2019où le discours de Bush ne cessant de clamer que l\u2019Irak devrait « désarmer », alors même que les inspecteurs de l\u2019ONU cherchant partout ne trouvaient rien.On tord les faits et cette torsion se communique au droit, qu\u2019on tord de même façon.Les États-Unis dévastent pareillement le droit sur d\u2019autres points en l\u2019ajustant aux besoins de leur action impérialiste.Plusieurs exemples viennent à l\u2019esprit.Prenez le cas des Afghans faits prisonniers pendant la guerre et conduits à Guantanamo, puis gardés au secret et sans protection dans cette geôle très spéciale.Comme on ne saurait justifier ce fait en regard du droit international relatif aux prisonniers de guerre, alors Washington, d\u2019un seul mot, supprime en l\u2019espèce ce droit jusqu\u2019ici universel.On écarte tout simplement l\u2019idée encombrante de prisonnier de guerre.Les nouveaux captifs ne sont plus des prisonniers de guerre mais des terroristes, donc de simples malfaiteurs.Mais ce n\u2019est pas encore assez.Ces malfaiteurs ne sont pas protégés non plus en tant que tels par le droit criminel, celui-ci pourtant applicable aux pires malfaiteurs et leur reconnaissant par exemple le droit à un avocat, à un procès équitable, à la présomption d\u2019innocence, à de bons traitements, etc.Donc -cela va jusque-là - les prisonniers d\u2019Afghanistan ne relèvent D\u2019AUCUN DROIT, d\u2019aucun système de droit, donc nullement du juridique.Or c\u2019est précisément ce néant juridique que l\u2019arbitraire érige en situation de droit, curieux système juridique où l\u2019individu n\u2019a absolument aucun droit. 30 C\u2019est un chef-d\u2019œuvre.On ne saurait aller plus loin dans la perversion du mot droit puisque ce mot consacre ici sa propre inexistence.La notion de droit sert alors à anéantir son objet même.Le gouvernement de M.Bush vient d\u2019inventer une chose extraordinaire : le nihilisme juridique.C\u2019est par le droit qu\u2019on abolit le droit.On ne se contente pas de le violer ou de ne pas l\u2019appliquer.On le retourne contre lui-même.Le droit s\u2019anéantit par son principe.Il y aurait d\u2019autres exemples de la force usurpant le rôle du droit, c\u2019est-à-dire de ce qui est le contraire de la force.Dans tous ces cas, on retrouve la même opération : on supprime un droit qui existait et on le remplace dans le code par un nouvel article où il est dit que cette absence fait maintenant loi.Même chez elles, les autorités américaines sont en train de saper des garanties juridiques intéressant les droits des détenus, la protection de la vie privée, la confidentialité des existences individuelles et ainsi de suite.Et le Canada semble en voie de les imiter.Il paraîtrait même, suivant le Washington Post, cité à la radio de Radio-Canada par un commentateur le 8 février, que dans les officines du législateur américain, au chapitre des droits des citoyens face à l\u2019appareil répressif, on jonglerait à des mesures pires encore, qui iraient jusqu\u2019à prévoir l\u2019administration de châtiments décidés et exécutés dans le secret.Tout cela s\u2019explique peut-être - et je dirais probablement -par une mutation profonde du régime politique et non pas simplement du système juridique.Si celui-ci change, c\u2019est 31 parce que celui-là change aussi et change d\u2019abord.Peut-être radicalement.Que se passe-t-il ?On doit soupçonner que, sous la pression d\u2019un impérialisme triomphant et cynique, l\u2019état démocratique des choses, l\u2019équilibre politique et juridique entre les nations, le droit des gens, le respect des frontières, la souveraineté des pays, les garanties des droits individuels, l\u2019inviolabilité de la politique intérieure de chaque nation, sont en train de verser dans ce qui contredit cela fondamentalement.Ne peut-on craindre qu\u2019on risque de passer de la démocratie à son contraire ?Il s\u2019agirait d\u2019un changement aussi fondamental.La base de l'Occident démocratique et libéral paraît atteinte.Cette histoire n\u2019est pas finie.Elle ne fait vraisemblablement que commencer.Cela ne s\u2019arrêtera pas là.Voici maintenant, dans le même fil, une vérité inattendue : le néolibéralisme est essentiellement antilibéral.C\u2019est là un paradoxe, mais rien n\u2019est plus réel.Le néolibéralisme instaure non la liberté mais la dictature, non le droit pour chacun mais la force sur tous.C\u2019est sa tendance profonde, dont assurément l\u2019on entrevoit déjà les conséquences à venir.Des États soi-disant de droit, mais avant tout, parmi eux, éminemment les États-Unis, travaillent à façonner le monde non pas selon le droit mais selon l\u2019absence de droit, image et conséquence de l\u2019arbitraire économique.Au pas précipité des armées.Remarquez les armées.Le phénomène des armées, soudain réapparu, représente par lui-même quelque chose qui en dit long sur l\u2019avenir.Projection et 32 signe de l\u2019immense changement qui vient.Un avenir encore voilé s\u2019annonce dans pareil signe et il s\u2019y trouve déjà ébauché et réel.Notez tous ces indices et projetez-les agrandis sur l\u2019avenir pour mieux en voir le sens et surtout en deviner les perspectives.C\u2019est jusque dans le pays même, aux États-Unis, que le droit, comme je le disais, commence à céder, contrairement à la riche tradition démocratique.Remarquez aussi que dans ce pays il n\u2019y a jamais eu de grand parti représentant une opposition radicale.Qui donc y tient une position critique ?Que font, comme parti, les démocrates ?Existent-ils seulement ?Le discours du président sur l\u2019état de l\u2019Union fut prononcé, en janvier, devant un auditoire officiel au comportement hallucinant.Comme jadis dans les pays totalitaires, chaque phrase de M.Bush devant le Congrès était applaudie à tout rompre, et par tous, toutes « tendances » confondues, celles-ci d\u2019ailleurs indifférenciées au premier chef.L'assemblée, délirante, se levait comme un seul homme à toutes les trente secondes, se rassoyait, se remettait debout, ivre, écervelée.Que font les écrivains ?Où est l\u2019indignation ?Il y a eu des manifestations populaires, mais elles ne font pas le poids devant une espèce d\u2019unanimité officielle et officieuse qui est là-bas comme l\u2019air que l\u2019on respire.Ce n\u2019est pas tant le moment actuel, si inquiétant soit-il, qui doive surtout nous préoccuper.C\u2019est la suite.C\u2019est la longue portée.Ce sont les indications que les nouvelles de l\u2019heure donnent touchant la suite.io février 2003 33 ARTICLES Pierre Bérubé* APPARTENANCE ET SYMBOLES DE L\u2019APPARTENANCE : JALONS POUR UNE RÉFLEXION QUI S\u2019IMPOSE\u2019 L\u2019image emblématique et les symboles qui caractérisent l\u2019appartenance à la nation demeurent ambigus, pour ne pas dire embarrassants au Québec.De l'Union Jack (toujours officiellement en vigueur) à la feuille d\u2019érable et à la fleur de lys, c\u2019est tout un bagage de symboles parsemé de bien d\u2019autres références identitaires territoriales, qui représentent et sollicitent l\u2019appartenance à la communauté nationale.La dernière visite au pays de la reine Elizabeth II a suscité l\u2019actuelle réflexion sur cette question de l\u2019identité nationale par rapport à la symbolique nationale.Il s\u2019agit en fait du plus haut symbole de la représentation de l\u2019État puisqu\u2019elle en est le chef.Cependant, à la réaction de la population québécoise de par les commentaires diffusés dans l\u2019ensemble des médias, ce symbole le plus important dans la hiérarchie étatique est loin de faire l\u2019unanimité.Ce qui est le plus invraisemblable et le plus déroutant à cet égard, c\u2019est que non seulement il n\u2019y a pas accord sur le faste donné à ces circonstances, mais le citoyen en général ne semble même pas réaliser ou discerner qu\u2019il s\u2019agit, dans toute sa réalité, d\u2019un évé- * Ph.D., chercheur associé à l\u2019Institut national de la recherche scientifique.Urbanisation, culture et société.Chercheur à la Chaire Fernand-Dumont.î Commentaire et analyse à la suite de la visite de la Reine Élizabeth II au pays. 34 nement politique mettant en scène le chef de l\u2019État de sa propre nation.Est-il donc possible que le poids des années coloniales passées et son extension contemporaine viennent à ce point masquer, dévier ou anesthésier une telle réalité ?En somme, y a-t-il bien des Français qui ne savent pas que Jacques Chirac est le chef de l\u2019État en France.?Quand l\u2019on connaît toute l\u2019importance et la force de cohésion et de ralliement que constitue la symbolique comme expression du sentiment d\u2019appartenance, on peut se demander comment une communauté nationale ne saisit pas ou ne répond pas plus instinctivement à une telle situation.C\u2019est pourquoi, avec un peu de recul, la présente rubrique profite de l\u2019occasion pour aborder théoriquement le thème de la référence identitaire territoriale au Québec et l\u2019influence de la symbolique comme mode d'expression du sentiment d\u2019appartenance.?Donner un nom constitue un acte de détermination et de reconnaissance Dès les premiers instants d\u2019un individu, on l\u2019identifie et on le différencie de l\u2019ensemble.Tout de suite, il est appelé à développer les caractéristiques qui marquent son authenticité.Baptême, enregistrement et autres rituels de reconnaissance sont tous des gestes significatifs qui promulguent l\u2019existence et l\u2019appartenance exclusives de cette personnalité.Ainsi, donner un nom, « appeler » quelqu\u2019un, constitue dès 35 lors la première impulsion qui initie l\u2019existence propre de l\u2019individu.Il en est de même pour un ensemble d\u2019individus qui par leur filiation, introduisent une unité de regroupement exclusive.L\u2019appeler, c\u2019est aussi désigner sa personnalité et ses caractéristiques propres.Nommer sa famille, son association, son institution, sa ville, sa région ou son pays, c\u2019est aussi faire connaître sa personnalité commune, ses critères d\u2019appartenance et ses « couleurs ».L\u2019utilisation de la symbolique (drapeaux, blasons, hymnes, logos, armoiries, écussons, etc.) : un mode d\u2019expression identitaire pratiqué depuis toujours Afin de définir, marquer et préciser encore plus la singularité ou l\u2019individualité d\u2019une entité, l\u2019humanité, depuis la nuit des temps, définit et déploie une multitude de symboles exposant ainsi les traits, la nature et même les buts qui les caractérisent et les dépeignent.Déjà dans l\u2019Ancien Testament ou la Torah, dès le XIIIe siècle avant J.-C., « Yahvé parla à Moïse et à Aaron, en disant : les fils d\u2019Israël camperont chacun sous sa bannière, sous les enseignes de leurs maisons patriarcales (.) Le départ (pour la Terre promise) (.) aura lieu chacun à sa place selon sa bannière (.), c\u2019est ainsi qu\u2019ils campèrent selon leurs bannières (.) ».Les symboles constituent tous des représentations propres de référence et de ralliement qui confirment et démarquent l\u2019identité commune et même consolident l\u2019appartenance à une unité communautaire ou sociale quelconque.Il s\u2019agit 36 d\u2019attributs, d\u2019emblèmes, de figures, d\u2019images ou d\u2019autres marques distinctes ou exclusives que l\u2019on diffuse afin de définir et de représenter l\u2019entité en cause.Ces signes ostensibles sont des manifestations concrètes que l'humanité évoque pour répondre à ce besoin inné de montrer sa différence, de faire valoir sa spécificité et de défendre son authenticité et les valeurs qui assurent sa survie et ses fondements (sociaux, culturels, économiques, etc.).Ces outils de démonstration sont d\u2019ailleurs davantage exploités dans les moments de compétition, de défense ou « lorsqu\u2019il faut soutenir, consolider ou raffermir sa connexité ».Le phénomène nouveau de la symbolique à l\u2019heure de la haute vitesse Jamais comme aujourd\u2019hui, la représentation symbolique n\u2019a pris une telle dimension.Dans un monde de communication, de haute vitesse et de rationalisation des idées et des moyens, la consolidation des expressions et des messages s\u2019ensuit.Un image (en l\u2019occurrence un signe, un symbole) vaut mille mots, dit-on.De l\u2019internet à bien d\u2019autres moyens de diffusion expresse, les symboles d\u2019expression identitaire (notamment les symboles de référence territoriale) se véhiculent à un rythme rapide.Ces moyens marquent-ils davantage le ralliement, l\u2019appartenance et les références locales, régionales ou nationales ?L\u2019internet, les nouvelles chaînes spécialisées de télévision ou la diffusion de l\u2019information, de la culture ou de l\u2019éducation par vidéocassettes font partie des nouvelles pratiques cultu- 37 relies de développement.Cette nouvelle complémentarité des médias contribue à façonner ce nouveau paysage socioculturel.Au point d\u2019ailleurs que certaines frontières auxquelles nous nous étions habitués tendent à s\u2019estomper.Dans ce contexte, assiste-t-on à un phénomène d\u2019affaiblissement ou de brouillage de nos frontières de référence ou s\u2019agit-il plutôt d\u2019un renouvellement des outils de diffusion ?Comment se traduit la représentation symbolique par rapport aux territoires d\u2019appartenance locaux, régionaux ou nationaux ?Chose certaine, l\u2019utilisation du symbole dans notre monde moderne devient davantage un outil d\u2019expression tangible, rapide et efficient.Le gouvernement fédéral l\u2019a peut-être compris plus que d\u2019autres dans sa campagne de promotion de l\u2019unité nationale qui a donné lieu à certains dérapages autour de l\u2019affaire des « commandites ».Une consolidation symbolique difficile et encore bien fragile au Québec Tel que mentionné précédemment : « qui exprime son nom et dévoile sa bannière, invoque automatiquement une référence relative au sentiment d\u2019appartenance ».On traduit ainsi son identité par cette appellation ou ce signe qui nous représente et nous qualifie.Qu\u2019en est-il donc de l\u2019image ou de la représentation du Québec particulièrement durant cette période de transformation des méthodes de diffusion ou des nouvelles relations et communications virtuelles et à haute vitesse ?Si l\u2019on se fie à ce que l\u2019on perçoit actuellement tant au plan national 38 que régional, on peut facilement déduire que l'ambivalence s\u2019exprime concrètement dans l\u2019expression symbolique.Depuis plus de deux siècles, notre société est dirigée simultanément par différents niveaux de gouvernements ou d\u2019administration (fédéral, provincial, régional divers, supramu-nicipal et municipal) et sans cesse elle doit assimiler ces références identitaires.Tant au niveau de l\u2019octroi des services qu\u2019au plan de la représentation ou de la participation aux responsabilités civiles, notre sentiment d\u2019appartenance nationale, régionale et locale est sollicité.Les résultats d\u2019études et de sondages divers nous confirment cette embrouillamini dans l\u2019expression de notre sentiment d\u2019appartenance à ces différents niveaux.De la Commission de la Capitale nationale à Ottawa à la Commission de la Capitale nationale à Québec, de l\u2019appartenance simultanée à la Beauce, aux Cantons de l\u2019Est ou à l\u2019Estrie, c\u2019est toute une série de symboles hétérogènes qui imprime et incite notre référence identitaire.Il n\u2019y a pas si longtemps, la Mauricie fut appelée « Centre-du-Québec » au plan administratif et « Cœur-du-Québec » pour les fins de promotion touristique du gouvernement du Québec.Il ne s\u2019agit encore là que d\u2019un exemple démontrant l\u2019enchevêtrement identitaire même au plan de l\u2019appellation.C\u2019est ainsi que la superposition des messages identitaires ou des symboles de référence hétérogènes se développe et entremêle les esprits de différentes façons. 39 Une histoire symbolique embrouillée significative de ce Québec ambivalent Un peuple ainsi partagé quant à son appartenance nationale se reflète pareillement par une symbolique aussi multiforme.Voyons brièvement les principales phases de notre histoire qui ont dessiné d\u2019une manière si confuse l\u2019image emblématique ou figurative du Québec.Dans un premier temps, il faut se souvenir qu\u2019il y a à peine soixante ans, les bannières britanniques flottaient sur les parlements d\u2019Ottawa et de Québec.L\u2019Union Jack constituait le symbole identitaire de l\u2019État.Pendant presque deux cents ans, l\u2019ambiguïté s\u2019inaugure et s\u2019organise sur ce plan au Québec.Pour les anglophones du Canada, cette symbolique constituait une prolongation normale de l\u2019appartenance à la mère-patrie (soulignons que l\u2019Union Jack est encore un des deux drapeaux officiels du Canada avec l\u2019unifolié).Cependant, pour les francophones du Québec, l\u2019anachronisme identitaire s\u2019instituait et l\u2019on devait apprendre à biaiser cet aspect officiel de notre expression collective.Une preuve flagrante que cette dissymétrie ne pouvait tenir ou continuer, les symboles nationaux canadiens - absolument fondamentaux - (tels le drapeau unifolié et l\u2019hymne national « Ô Canada ») furent tous empruntés du terroir ou de l\u2019héritage de cette même communauté francophone en manque de « rationalité » symbolique à cet égard.Il faut se souvenir de la vive opposition d\u2019un nombre important de Canadiens anglais dirigés par le Très Honorable John 40 Diefenbaker contre l\u2019adoption d\u2019un drapeau typiquement canadien en 1965.En outre, malgré l\u2019adoption d\u2019un drapeau québécois en 1948, les Québécois ne se sont jamais véritablement remis de ces dispositions politiques du passé qui les ont amenés à accepter des symboles et des attributs devant les représenter, mais qui ne reflétaient en rien leur personnalité ou leur identité.Il faut se rappeler que jusqu\u2019aux années i960 pour souligner les événements publics (fêtes, parades, assemblées, etc.), l\u2019on pavoisait avec toutes sortes de drapeaux et étendards combinés : le drapeau bleu avec le « M » de Marie s\u2019entrecroisait avec le fleurdelisé, le drapeau du Sacré-Cœur avec l\u2019Union Jack, le Red Ensign avec le drapeau du Vatican, etc.Pas de chicane de drapeaux ! De cette forme de « soumission symbolique », devenue pratiquement la norme, ne faut-il pas se surprendre aujourd\u2019hui que tout accrochage et même discussion sur le pavoisement ou autre type d\u2019expression nationale réveille chez nous le complexe identitaire, ce vieux système défectueux devenu tabou.Pourtant ailleurs, dans d\u2019autres sociétés, la symbolique constitue un facteur de mobilisation.Elle se veut une dynamique tout à fait gratuite qui rassemble la population autour de ce qui la représente.L\u2019influence de la symbolique comme facteur de référence identitaire devient davantage un outil de sensibilisation et de 4i mobilisation à l\u2019intérieur de nos sociétés modernes et relationnelles.Les événements du n septembre aux États-Unis et les dernières élections présidentielles en France ont été sans conteste les plus récentes manifestations d\u2019envergure qui ont témoigné de l\u2019importance de ce phénomène de rassemblement par l\u2019émission de symboles de références au territoire.Élizabeth II : reine du Canada et du Québec Autant George W.Bush est chef d\u2019État aux États-Unis ou Jacques Chirac en France, autant Élizabeth II est le chef d\u2019État ici.Aucune loi ne peut être en vigueur si elle n\u2019a pas reçu la sanction royale.La monnaie, les lettres de créances, les timbres à l\u2019effigie de la Souveraine, les terres de la Couronne, la Gendarmerie royale, la Cour du Banc de la Reine ou le passeport ne sont que quelques manifestations qui expriment bien clairement cette réalité.Cet énoncé qui veut sensibiliser les citoyens ou « les sujets de Sa Majesté » à l\u2019importance ou à l\u2019influence de la symbolique comme mode d\u2019expression du sentiment d\u2019appartenance, profite précisément des visites royales, pour diffuser cette réflexion.Par conséquent, au début des années 2000, qu\u2019en est-il de ce symbole majeur qui transcende encore la réalité québécoise, contrarie sa personnalité, exige encore des fonds publics et fige comme depuis toujours l\u2019aberration comme norme et cela à une époque où l\u2019âge colonial est depuis longtemps révolu ? 42 ARTICLES Richard Weilbrenner AUTOPSIE D\u2019UNE DÉMARCHE DÉMOCRATIQUE Introduction Le rôle d\u2019empêcheur de danser en rond est un rôle ingrat que nul ne joue à plaisir.Pour reprendre une expression du chansonnier poète Raymond Lévesque, face à des gens dont les idées tendent à virevolter dans tous les sens, ce trouble-fête aura toujours la mauvaise partie, et il sera mis à mal par ceux-là même qui se font prendre en flagrant délit de tour-nement intellectuel.Mais, plaisir ou pas, les circonstances exigent souvent une vigilance critique salutaire1, et il faut bien alors remettre en orbite les yeux de ces personnes visiblement déterminées à aller nulle part.Or s\u2019il est un espace où les esprits aiment à tournoyer au Québec, c\u2019est bien celui de la langue.On aura entendu à cet égard tout ce qu\u2019il faut entendre pour avoir tout entendu.Mais ce n\u2019est pas parce qu\u2019on aura tout entendu que tout aura été dit.Une question d\u2019actualité tenace Sans doute préoccupée d\u2019abord par la dimension très politique qui tourmente depuis toujours la question de la langue i L\u2019expression est du philosophe Alain. 43 dans notre pays, la Commission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec avait mis sur la table un certain nombre de points qu\u2019elle jugeait essentiels et sur lesquels elle comptait se pencher dans le cours de ses réflexions, par exemple Y unilinguisme français, le durcissement de la loi 101, Yintégration des immigrants, la bilinguisa-tion excessive des postes de travail, toutes questions fort pertinentes dans le contexte du mandat qui lui avait été confié.L\u2019on sait désormais que les audiences de la Commission auront cependant mis au jour les préoccupations d\u2019un grand nombre de particuliers et d\u2019organismes relativement à l\u2019usage que l\u2019on fait de la langue française ici, donc en ce qui concerne son état, c\u2019est-à-dire, au sens large du terme, sa qualité.L\u2019on sait aussi que les intervenants auront soulevé des questions pressantes quant aux fruits douteux des réformes successives qui affligent depuis au moins trois décennies l\u2019enseignement du français, langue maternelle, dans les écoles du Québec.Soulignant le lien indéfaisable qui greffe l\u2019un à l\u2019autre ces deux facteurs de l\u2019équation linguistique, les témoins de la société civile se seront présentés à la barre pour demander aux commissaires d\u2019y investir une réflexion honnête et courageuse et auront adressé à l\u2019Etat un appel pour que l\u2019on dispense dans les écoles du Québec un enseignement qui assure la maîtrise de la langue maternelle dès la fin des études primaires.2 2 Pour maîtrise de la langue, retenons la définition suivante, énoncée de manière à écarter tout malentendu : maîtriser sa langue, c'est en connaître les règles et les appliquer dans son discours et dans son écriture.L'existence de telles règles est nécessaire et leur observation n\u2019a rien à voir avec un soi-disant élitisme.Elles visent à assurer la précision, la clarté et l\u2019intelligence du discours.Elles peuvent sembler difficiles, voire arbitraires ou « capricieuses », mais elles ne sont pas facultatives. 44 Le nombre et la qualité des mémoires déposés en ce sens auraient dû suffire à établir le bien fondé de ces préoccupations et à démontrer que l\u2019usage de la langue française au Québec n\u2019était pas une affaire classée, contrairement à l\u2019opinion exprimée avant même la tenue des audiences par le président de la Commission, M.Gérald Larose, qui avait déclaré que la langue des jeunes Québécois est bien meilleure de nos jours qu\u2019elle ne l\u2019était quarante ans auparavant, suscitant ainsi des interrogations quant à l\u2019orientation que ce point de vue ne manquerait pas de donner aux travaux des commissaires.Calcul ?Faux-pas ?L\u2019intéressé ne s\u2019est pas expliqué, la presse n\u2019a pas commenté et le peuple n\u2019a point réagi.Le peuple était-il ravi d\u2019apprendre que sa langue avait accompli des progrès immenses depuis la Révolution tranquille ?La presse aura-t-elle choisi de ne pas attirer l\u2019attention sur ses propres lacunes ?M.Larose aura-t-il voulu lancer une sonde et annoncer subtilement (?) que son équipe se proposait d\u2019adopter une démarche « positive », « déculpabilisante », destinée à « valoriser » la « variété de français des Québécois » ?Le « Lousy French » craché il y a une trentaine d\u2019années par un premier ministre du Canada écumant de mépris aura-t-il été métamorphosé en une « langue belle » depuis que les Canadiens français sont devenus des Québécois ?La réalité contredit l\u2019observation de M.Larose.En effet, sauf exception, le français que l\u2019on entend dans la rue, au café, à l\u2019usine, au bureau, au marché, dans les cours d\u2019école et les corridors de nos collèges et de nos universités n\u2019est pas un français exemplaire mais une langue à la syntaxe disloquée 45 et au vocabulaire famélique, corrompue par l\u2019anglais et infestée de ces mille « petits écarts » qui lui font un discours raboteux, sinon insignifiant.Un « tour-opérateur », qu\u2019est-ce que ça mange en hiver ?Quant à la langue écrite, elle se montre à première vue de meilleure conséquence que la langue orale (ce qui est toujours le cas dans n\u2019importe quelle situation linguistique), mais on doit constater que si l\u2019érosion de la rigueur s\u2019y fait plus lente les glissements y sont par contre plus nombreux.Même les pages du Devoir n\u2019échappent pas aux dérapages, étant souvent un terrain de confusion entre les niveaux de langue, et commencent à s\u2019y répandre les impropriétés, les barbarismes et les nombreux anglicismes inutiles que des journalistes complaisants s\u2019obstinent à utiliser - pour ne signaler que les défauts les plus apparents.Par ailleurs, il est impossible de réprimer une grimace quand la porte-parole des Journées de la culture déclare qu\u2019elle a accepté de représenter cette manifestation « parce que c\u2019est le milieu.euh.duquel.euh.(elle fait) partie », ou quand un professeur de littérature, écrivain, invité d\u2019honneur au Salon du livre de Montréal, lance avec flamme, au cours d\u2019une entrevue radiophonique, des immmannné et des quand qu'on assaisonnés de il y a des avantages à n\u2019en mettre, des indices, dans un roman policier.On dira ce qu\u2019on voudra, ce n\u2019est pas brillant.Ma propre grand-mère, qui ne se prenait ni pour Sarah Bernard ni pour la comtesse de Ségur, s\u2019exprimait avec plus de bonheur et disait moins de bêtises.Les énormités ci-dessus ne sont pas rares.De la grosse orteil de Mme Fourchue à l\u2019initier un programme (sic) d\u2019implantation d\u2019usines de ce président d\u2019entreprise jusqu\u2019au « Yes! » 46 fervent de nos vedettes de la presse ou des arts de la scène et de certains personnages de nos téléromans à la mode, en passant par les « sentiments mélangés », « sauver l\u2019argent investi », « un auteur dont je me sens familière (sic-sic) avec l\u2019œuvre », « quant à la faisabilité de demander des questions à propos de l\u2019orientation sexuelle », etc., notre langue s\u2019embourbe dans les ornières de l\u2019ignorance et du laisser-aller.Que d\u2019aussi grosses bêtes chaussées d\u2019aussi gros sabots aient échappé à l\u2019attention de M.Larose et de ses collègues a de quoi surprendre.Le jouai n\u2019est pas un ovni.Ses occurrences ne sont pas des hallucinations.Nombre de témoins absolument crédibles en ont démontré l\u2019existence.Cette réalité n\u2019est pas virtuelle.On rétorque à tout coup que les Français font pire que nous et que leur snobisme angloma-ne est sans limite.Certes, l\u2019universitaire qui inscrit des « céréales quileurs » (serial killers) au menu de son discours pour bien faire savoir qu\u2019il lit le New York Times comme tout bon soldat de la modernité galopante ne prêche que par le mauvais exemple.Mais ce n\u2019est pas parce que le cousin se jette par la fenêtre qu\u2019on doive le suivre.Il faut en finir avec ces excuses qui n\u2019en sont pas.Le « français des Français » ne vaut pas mieux que le nôtre ?La belle affaire ! C\u2019est plus de rigueur qu\u2019il faut à notre langue, toute québécoise soit-elle.Quoi qu\u2019en semble vouloir penser M.Larose, le jouai a le vent dans la crinière : il a le mors aux dents et file à la fine épouvante.Les cabrioles de ce canasson déglingué qu\u2019est le jouai ne sont pas une preuve de dynamisme ni l\u2019émanation d\u2019une quelconque créativité ou originalité, ni même d\u2019une évolution naturelle.Elles témoignent plutôt de sa dégénérescence.Signe des temps ?Oui : la descente aux enfers 47 négociée par notre langue n\u2019est qu\u2019une facette du diamant noir d\u2019illusoire opulence qu\u2019agitent sous nos yeux les menteurs professionnels qui promettent que le bonheur est à portée de gratteux et qui vantent les mérites de la loi du moindre effort.Cette langue tordue qu\u2019est le jouai est celle d\u2019une société amenée par le tintamarre et le clinquant à préférer à la lecture d\u2019un bon livre une émission de télévision aussi plate que La fureur.Cette réalité constitue une menace pour le devenir non seulement de notre langue mais aussi de notre culture et du fait français en Amérique.Mais qu\u2019appelle-t-on le jouai ?Le jouai se reconnaît surtout à ce qu\u2019il recèle de plus évident.Le jouai, c\u2019est d\u2019abord une affaire de son.Par ailleurs, le jouai n\u2019est pas une langue, mais un dialecte.En soi, il n\u2019y a rien à redire à cela.La langue française telle quelle existe de nos jours est elle-même issue du francien, qui était le dialecte de l\u2019Ile-de-France.Du XIIe au XVIe siècle, le francien a pris le pas sur les dialectes des langues d\u2019oïl et d\u2019oc.Ce n\u2019est qu\u2019à la faveur de la puissance et du rayonnement des souverains de l\u2019Ile-de-France que le francien est devenu la langue française.On peut douter que semblable phénomène se produise jamais en nos terres.Pas plus que le shiak acadien le jouai québécois ne peut aspirer à devenir une norme d\u2019usage du français correct.Puissance et rayonnement, logique et cohérence manquent au tableau.Pourtant, le jouai est un « code linguistique » dans tous les sens du terme, surtout en ce qui concerne les langages chiffrés.Mais il n\u2019est pas un code pensé et voulu par ses utilisateurs, qui le subissent plutôt qu\u2019ils ne le maîtrisent.Le jouai 48 procède de l\u2019ignorance des règles et du lexique de la langue mère.On ne fait pas exprès de parler jouai : on y est réduit.L\u2019expression « les derniers 24 heures » appartient au jouai, elle n\u2019est pas française.Selon la définition donnée par les aménagistes de cette variété québécoise du français dont ils rêvent de faire l'étalon de référence, elle serait acceptable.Telle serait la langue nationale des Québécois : un jouai « valorisé », élevé du rang de picouille à celui de pur-sang.La position officielle de la société civile La Commission Larose aura tenu audience dans toutes les régions du Québec.Citoyens et organismes ayant répondu avec empressement à l\u2019invitation de participer aux travaux et de présenter un mémoire, les commissaires auront eu droit à l\u2019éventail d\u2019opinions et à l\u2019exposé de situation les plus complets jamais réunis sur la question de la langue au Québec.Mentionnons, en particulier, le mémoire de l\u2019Académie des lettres du Québec, qui souligne le rapport organique qui existe entre langue, enseignement et culture : « Au ministère de l'Éducation, depuis plus de vingt ans, on a mis de côté l\u2019enseignement de la langue par la littérature, à laquelle on a préféré ce qu\u2019on a appelé la langue de la communication.Nos fonctionnaires et nos pédagogues (.) ont prôné l\u2019enseignement de la langue sur la base de communiqués de presse, de slogans publicitaires ou de chansons populaires.Mais la langue comme véhicule de communication de masse vise le plus bas dénominateur commun.(.) Le plus bas dénominateur commun, qui semble le rêve des technocrates et qui est, en fait, une motivation des politiciens électoralistes, nous conduit tout droit à la perte de la qualité du français au Québec.La perte de la langue dans 49 sa qualité et dans son avenir culturel.Car la langue est le moteur fondamental d\u2019une culture.>^ Mentionnons aussi l\u2019un des mémoires les plus pertinents que la Commission aura eu l'honneur de recevoir, celui, dense, réfléchi, de l\u2019Association des professionnels de l\u2019enseignement du français au collégial.Véritable réquisitoire contre la démagogie populiste qui orne le discours fonctionnaire, ce mémoire balaie d\u2019une lumière crue le tortillard psychopédagogique dans lequel les trouvailles de nos illustres « éducrates » auront fini par faire monter l\u2019enseignement du français, langue maternelle.Les auteurs attribuent la «piètre qualité » du français des collégiens à l\u2019inefficacité d\u2019un enseignement de la langue maternelle saboté obstinément par les changements de boussole constants ordonnés par des personnes qui, semble-t-il, n\u2019auraient jamais remis les pieds dans une classe depuis qu\u2019elles ont elles-mêmes quitté l\u2019école.Ces deux mémoires traduisent bien la pensée de la majorité des particuliers et des organismes venus dénoncer nos mauvaises manières de langage et réclamer l\u2019intervention de l\u2019État pour que la langue que l\u2019on affirme vouloir protéger soit enseignée de façon normale.Pourtant, malgré les apparences, la Commission ne portera au gouvernement ni le message de l\u2019Académie des lettres ni celui de l\u2019Association 3 Académie des lettres du Québec, La langue de l'écrivain, mémoire présenté à Montréal le i'r mars 2001 par Jean Royer, président de l\u2019Académie, Denise Desautels, vice-présidente, et André Ricard, secrétaire général, avec la collaboration d\u2019André Brochu, Louise Dupré, Nairn Kattan, Claude Lévesque, Réginald Martel, Edmond Robillard, membres de l\u2019Académie, ainsi que par le professeur Jacques Allard.Précisons que l\u2019Académie a compté et compte parmi ses membres des personnalités importantes du milieu littéraire, notamment Roger Duhamel, Fernand Dumont, Jean Êthier-Blais, Germaine Guèvremont, François Hertel, André Laurendeau, Simone Routier et Robert Rumily; Yves Beauchemin, Marie-Claire Blais, Marcel Dubé, Monique LaRue, Antonine Maillet, et Hubert Reeves. 50 des professionnels de l\u2019enseignement du français au collégial, et encore moins celui des particuliers.Les commissaires choisiront plutôt d\u2019encadrer la position de la société civile dans un « vaste chantier d\u2019aménagement linguistique », retenant presque mot à mot la position défendue par un linguiste québécois réputé dont les thèses font des adeptes dans les milieux universitaires et intellectuels.La Commission aura entendu 276 mémoires dans le cadre de ses audiences.Si l\u2019on exclut de ce nombre les mémoires aux intérêts étrangers à l\u2019usage de la langue et à l\u2019enseignement du français, langue maternelle4, et quelques mémoires portant sur des aspects périphériques ou carrément à côté de la question (comme celui d\u2019un groupe promettant une lutte acharnée en vue d\u2019assurer la partition du Québec en cas de déclaration de souveraineté), l\u2019on constate qu\u2019une majorité d\u2019organismes nationaux et de citoyens ont exposé devant la Commission Larose leurs préoccupations quant à l\u2019état de la langue française et de son enseignement dans les écoles.Il n\u2019est pas possible de dresser ici la liste des mémoires présentés en ce sens, mais le lecteur pourra constater en visitant le site de la Commission à l\u2019adresse http://www.etatsge-neraux.gouv.qc.ca que leurs auteurs composent un ensemble représentatif et majoritaire.Tous ces témoins de la société civile auront nourri l\u2019espoir que l\u2019autorité compétente leur accorderait une attention généreuse et donnerait suite à leurs observations.Tous auront légitimement pensé qu\u2019il y avait là un appel difficile à ne pas entendre.4 Par exemple les mémoires d\u2019Alliance Québec, de l\u2019Association des commissions scolaires anglophones du Québec, de la Commission de l\u2019éducation en langue anglaise, du Parti Égalité, de la Société pour la promotion de l\u2019anglais langue seconde au Québec, de la Fondation Pauline-Blanchet pour la lecture de la Bible, etc. 5i Par ailleurs, dans leur mémoire à la Commission Larose, les Professionnels de l\u2019enseignement du français au collégial se sont penchés sur le projet de normalisation d\u2019une éventuelle langue québécoise et sur les positions de ces « experts » qui prônent un divorce culturel et linguistique entre le Québec et la France.Selon ces intellectuels, la France, ci-devant mère-patrie des Anciens Canadiens, serait devenue une terre d\u2019oppression colonialiste qui de sa grammaire persécuterait les Québécois et entendrait les soumettre aux cruelles exigences d\u2019une langue « d\u2019un autre lieu et d\u2019un autre temps » dans laquelle nos contemporains ne se reconnaîtraient pas ! À ce sujet, on a pu lire dans Le Devoir du lundi n février 2002 un article dans lequel Louis Comellier, critique littéraire, professeur au CEGEP de Joliette, affirmait vouloir décoloniser l\u2019enseignement de la littérature et proposait de retirer des programmes d\u2019études littéraires les Rabelais, Ronsard, Voltaire ou Lamartine sous prétexte que ces auteurs n\u2019auraient rien à dire aux jeunes Québécois.M.Cornellier conviendra que Rabelais est l\u2019un des plus grands écrivains de langue française qui soient, celui dont les livres brillent toujours par le style et la verve et feraient pâlir d\u2019envie (ou rougir de honte) nombre de nos auteurs québécois qui gagneraient à fréquenter l\u2019œuvre réjouissante, puissante et pissante de ce grand esprit qui s\u2019entendait si bien à démasquer les pédants, les hypocrites et les vaniteux.L\u2019actualité de Rabelais ne se dément pas, et son inventivité langagière reste un trésor d\u2019émerveillements.Nul doute que des élèves invités à parcourir quelques pages bien choisies du Tiers-Livre, par exemple, voudraient en visiter d\u2019autres et, 52 qui sait, peut-être y dresser une tente et y séjourner quelque temps, question de se bien nourrir la panse sincipitale, comme dirait Rimbaud.Louis Cornellier se trompe de colonisateur : ce n\u2019est pas la culture française qui ratatine l\u2019identité culturelle des Québécois, mais son absence, voire sa quasi-inexistence, remplacée qu\u2019elle est par l\u2019omniprésente culture anglo-américaine, qui imprègne tout de ses pires défauts et qui exerce sur notre langue une influence si dévastatrice.Le diplômé en psychologie qui multiplie dans son discours les « de d\u2019autres » et affirme que « les jeunes désistent (les) comportements répréhensibles après une période de temps » est plus colonisé que ne le sera jamais le collégien à qui l\u2019on propose la lecture de Villon.À ces propositions étonnantes, l\u2019Association des professionnels de l\u2019enseignement du français au collégial oppose ceci : « La langue est une demeure, qui a ses coins dorés par la patine du temps, où l\u2019on aime se recueillir et se pelotonner, rêver et imaginer, havres de sécurité et de bien-être ; et ses aires qu\u2019il faut rafraîchir, dans la dynamique du changement et du mouvement vital : \u201cOn n\u2019habite pas un pays, on habite une langue\u201d, citions-nous en exergue à ce mémoire.Cet habitat doit avoir les qualités de sa fonction : beauté, sécurité, refuge et dignité.On parle de la qualité de vie que l\u2019on recherche constamment, il faut nous convaincre de la même nécessité de recherche quand il s\u2019agit de la qualité de notre langue.»5 5 Ce sont les auteurs qui soulignent. 53 Or les langues sont des organismes vivants qui, en raison de leur faculté d\u2019adaptation, évoluent, se transforment au contact d\u2019autres langues, auxquelles elles empruntent, et dont elles épousent parfois les tournures et les formes, même si, d\u2019aventure, celles-ci ont pour effet d\u2019en pervertir les systèmes propres comme la syntaxe, la phonétique, la morphologie, le lexique, voire de larges pans de la grammaire.Quand, par suite de fréquentations plus ou moins intimes et prolongées les unes avec les autres, les langues perdent ou gagnent des caractères, adoptent de nouveaux modes ou procédés d\u2019expression ou en délaissent d\u2019autres, forgent de nouveaux mots tandis que certains glissent imperceptiblement dans l\u2019oubli, il n\u2019y a pas lieu de s\u2019alarmer, puisque ces phénomènes sont ceux d\u2019une évolution naturelle.Voilà qui semble d\u2019une logique imbattable.La langue française n\u2019est plus ce qu\u2019elle était au Moyen Âge.C\u2019est donc qu\u2019elle a évolué, et personne de nos jours ne pleure la disparition des formes en usage au temps des croisades.Or, aux temps anciens des expéditions contre les Sarrasins, le français était encore en formation et il n\u2019atteindra sa maturité et la forme que nous lui connaissons que plus tard, notamment avec les Vaugelas et Richelieu.Et si, à l\u2019instar de tout organisme vivant, les langues évoluent, elles sont sujettes aux maladies et parfois, faute de soins ou de remèdes, elles en meurent.Toutes les langues sont soumises aux vicissitudes et aux avatars de l\u2019évolution, mais on doit tenir pour préférable que cette évolution ait pour conséquence de les enrichir, et non pas de les appauvrir.Sans doute agacés par la perspective d\u2019avoir une fois de plus à aborder ce « débat récurrent » sur le bon usage de notre 54 langue, les commissaires auront voulu en finir une fois pour toutes et proposer à cette affaire une solution définitive, faisant « consensus », c\u2019est-à-dire la solution avancée par les aménagistes québécois.Prenant appui sur l\u2019hypothèse que les Québécois en auraient assez de s\u2019entendre dire qu\u2019ils parlent une langue déclassée et qu\u2019ils souhaiteraient affirmer la légitimité de leur parler national, et posant que les dénonciations des « puristes » sèmeraient la consternation chez des locuteurs qui se sentiraient méprisés quand d\u2019aventure un mauvais coucheur dénonce leurs habitudes de langage6, les commissaires auront opté pour un détour habile : la langue des Québécois n\u2019est pas une langue bâtarde, un créole, un sabir ou un baragouin, mais une « variété de français distincte du français (de Paris) ».Nul ne conteste la légitimité des provincialismes ou des régionalismes dont toutes les langues s\u2019enrichissent au cours de leur évolution normale.Les mots nouveaux, les acceptions nouvelles, les expressions du terroir ont leur place dans le trésor de toutes les langues.La création de vocables neufs pour décrire une réalité spécifique à un coin de pays est un phénomène naturel, nécessaire, qui participe de la dynamique d\u2019une langue en santé.Il est donc approprié d\u2019intégrer ces particularités au vocabulaire général d\u2019une langue en les faisant accompagner des marques d\u2019usage et des définitions qui permettent d\u2019en retracer les origines, de les apprécier et de les comprendre quand on les rencontre pour la première fois, voire de les faire comprendre quand on les utilise dans un discours s\u2019adressant à 6 Ce soi-disant « mépris » est une vue de l\u2019esprit.Il n\u2019est pas agréable de se faire dire ses quatre vérités, mais certaines vérités ne sont pas agréables à dire non plus.Il ne faut pas méprendre reproche pour mépris.À cet égard, il y aurait plus de mépris dans l\u2019accusation de « purisme » que dans celle de « laxisme ». 55 des étrangers.Tel était le but poursuivi par Louis-Alexandre Bélisle, auteur du Dictionnaire général de la langue française au Canada7.Ouvrage couronné d\u2019un prix de l\u2019Académie française, le Bélisle est une mine de renseignements du plus grand intérêt pour l\u2019amateur de particularités parfois savoureuses, cocasses ou étonnantes, et le lecteur trouvera son compte à découvrir dans les pages de ce dictionnaire essentiel les fleurs de langage que l\u2019imagination populaire, l\u2019invention technique ou le génie poétique de ses ancêtres ou de ses contemporains auront fait éclore.Sans la moindre «prétention à l\u2019infaillibilité », comme il le dit lui-même dans la préface de la première édition de son ouvrage, M.Bélisle traite son sujet avec une modestie qui l\u2019honore et rehausse encore la noblesse de ses intentions.Rien à voir avec le projet de dictionnaire des aménagistes, qui n\u2019aurait pour néfastes conséquences que de légitimer les emplois fautifs, de valoriser une langue corrompue par l\u2019ignorance de ses règles et de déresponsabiliser les locuteurs quant à l\u2019usage qu\u2019ils en font.Pour être logiques avec eux-mêmes, en effet, les auteurs d\u2019un éventuel dictionnaire du québécois n\u2019auraient d\u2019autre choix que d\u2019y fourrer tout ce qu\u2019ils dénicheraient d\u2019écarts de langue sur le territoire du Québec et d\u2019en exclure tous les mots de la langue française que les Québécois n\u2019utilisent pas dans leurs « communications » pour ne retenir que les tournures du « français québécois standard ».À cet égard, il faudrait qu\u2019ils acceptent des expressions comme travailler sur comment trouver une solution ou s\u2019envoyer des imêles et trouver ça le fonne, puisque ces formules sont aussi répandues 7 Bélisle, Éditeur (1971). 56 que le hideux babaille, si profondément enraciné dans le cerveau des Québécois, que ces derniers l\u2019utilisent sans y penser, oubliant ce faisant qu\u2019ils poussent vers la sortie les si belles salutations adieu et au revoir.Le rapport Larose : un détournement de démocratie ?La Commission Larose n\u2019avait pas prévu que la question du bon usage de notre langue serait « au cœur des mémoires et des communications »s qui lui ont été présentés, et il faut lui savoir gré d\u2019en avoir fait état dans son rapport.Mais on doit déplorer que les appels pressants en faveur d\u2019un redressement de l\u2019enseignement du français, langue maternelle, soient restés sans réponse.Il faut regretter aussi que, pour le volet de son mandat qui portait expressément sur la qualité de la langue écrite et parlée au Québec, la Commission n\u2019ait retenu que les positions défendues par les tenants de la création d\u2019un « vaste chantier d\u2019aménagement linguistique liant statut et qualité de la langue », s\u2019appuyant sur « une politique (.) globale qui valorise la langue qui est ici écrite et parlée (et vise à) légitimer le français standard en usage au Québec » ; et à « établir un consensus sur la norme (.) en usage au Québec », le français au Québec (.) (ayant) donné lieu à une variété distincte de la langue source ».Dans ce contexte, la Commission recommande : « Que soit mis (sic) en œuvre une politique de valorisation du français standard en usage au Québec.Que cette politique contribue à l\u2019élaboration, à l\u2019instrumentation et à la diffusion d\u2019une norme linguistique conciliant le respect de la langue française telle que parlée par les autres francophones et francophiles et la 8 Rapport final, p.78. 57 légitimité des particularismes des usages de la langue française au Québec.» (recommandation n° 63).La contradiction entre la définition d\u2019une « norme québécoise » et la notion de « respect de la langue française telle que parlée par les autres francophones » est flagrante.Les commissaires l\u2019énoncent en toutes lettres à la page 84 de leur rapport : « Il importe d\u2019abord de préciser que les spécificités caractérisant le « français standard en usage au Québec » touchent très peu l\u2019orthographe, la grammaire, la syntaxe, la morphologie, c\u2019est-à-dire la structure et l\u2019essence même de la langue française commune à tous les francophones de la planète.Règle générale, le français écrit utilisé au Québec se conforme aux normes traditionnelles de la grammaire et de la syntaxe françaises.Ces spécificités concernent essentiellement la prononciation et le vocabulaire.» Eh bien, si les spécificités de notre soi-disant « variété autonome de français » ne concernent que la prononciation et le vocabulaire, on ne voit pas pourquoi il y aurait lieu de les décrire dans des « outils linguistiques appropriés (dictionnaires de divers types, grammaires, manuels scolaires, guides, logiciels de rédaction, de traduction et de correction) », comme le proposent la Commission Larose et ses amis aménagistes.À noter qu\u2019il y a une différence entre prononciation et accent, la première pouvant se marquer de nombreux défauts, tandis que l\u2019accent, quel qu\u2019il soit, sera toujours légitime.Souhaitons que les auteurs du rapport Larose ne les confondent pas. 53 Conclusion Tout indique que l\u2019exercice démocratique auquel auront donné lieu les audiences de la Commission Larose aura été détourné de son cours.Il reste encore et toujours à savoir quelle langue française nous voulons affirmer pour le Québec, même si le président de la Commission et ses amis aménagistes tiennent cette question pour réglée.La prétention voulant que le Québec aurait désormais « rapatrié (son) modèle linguistique »9 de la France est pour le moins téméraire.Par ailleurs, si la « norme du français standard en usage au Québec » correspond à celle de la langue des autres francophones, on se demande bien pourquoi il faudrait que l\u2019État engage dans une aventure aux lendemains incertains les ressources et l\u2019énergie dont nous avons si grand besoin dès maintenant pour trouver une solution enfin durable aux difficultés de toutes sortes qui empêchent l\u2019enseignement approprié de notre langue, la langue française.?9 Pierre Martel, Mémoire à la Commission Larose (non paginé). du jeu.u-delà \u2022 Nous employons plus de 6 800 personnes.\u2022 Plus de 82 % de nos achats sont faits au Québec.\u2022 Plus de 36 millions de dollars sont remis chaque année à des organismes sans but lucratif et au secteur communautaire.\u2022 Plus de 180 événements dans toutes les régions du Québec bénéficient de notre soutien.Loto-Québe in r* - Hnefoi'ce économique et sociale LOTO QUÉBEC La passion des rg êtres () Desjardins Caisse d'économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs (Québec) «(.) avec la perspective de contribuer à un Québec plus juste et plus solidaire, soutenir le développement de l'économie solidaire en misant sur l'entrepreneuriat collectif, tout particulièrement au sein des quatre réseaux, soit le syndical, le coopératif, le communautaire et le culturel.» Lanaudière 190, rue Montcalm Joliette (Québec) J6E 5G4 (450) 753-7055 Sans frais : 1 866 753-7055 Télécopieur : (450) 752-5589 Québec 155, boul.Charest Est, bureau 500 Québec (Québec) G1 K 3G6 (418) 647-1527 Sans frais : 1 877 647-1527 Télécopieur : (418) 647-2051 Montréal 1601, avenue De Lorimier Montréal (Québec) H2K 4M5 (514) 598-2122 Sans frais : 1 877 598-2122 Télécopieur : (514) 598-2496 DOSSIER LA FORÊT AUTREMENT \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 62 DOSSIER Bertrand Harvey* GESTION ET EXPLOITATION DES FORÊTS : UNE VISION GOUVERNEMENTALE PASSÉISTE Procéder à un survol de l\u2019histoire des forêts québécoises, c\u2019est essayer de comprendre ce blocage qui, depuis 1763, et contre les opinions répétées des citoyens les plus concernés, maintient en place un système désuet et néfaste qui favorise toujours les mêmes personnes.À peine quelques exceptions, quelques modifications ou accidents de parcours, sont apparus, sporadiquement, à travers desquels on prenait bien soin de ne pas perturber les usages des privilégiés.« Puis ce fut la conquête.Le gouvernement impérial introduit dès 1763 un nouveau régime foncier.Les instructions qui accompagnaient la proclamation royale l\u2019introduisant stipulaient que les lots à concéder seraient de 100 acres ».' En 1778, 10 000 « Loyalistes » s\u2019établirent au Québec ; l\u2019ordre venait de Londres, il fallait élargir la distribution des terres.C\u2019est par la suite que surgirent les grands propriétaires ; le « Système des chefs associés » fit passer à lui seul, entre 1796 et 1800,1 457 209 acres de bonnes terres entre les mains de 70 individus.En 1811, on évalue globalement * Retraité.1 Minville, Esdras, Études sur notre milieu, p.282. 63 que plus de TROIS MILLIONS (3 M) d\u2019acres de bonnes terres ont ainsi été distribués à 200 favorisés.Dans la distribution de ces TROIS MILLIONS D\u2019ACRES de bonnes terres, il y avait également des arbres d\u2019une grande valeur - chênes, érables, pins - qui faisaient partie d\u2019une des plus belles forêts du monde.Les ébénistes québécois d\u2019aujourd\u2019hui sont maintenant contraints d\u2019importer un bois d\u2019une pareille qualité des États-Unis.Cette situation amenait l\u2019un de ces derniers à dire que, au Québec, il ne reste plus que du bois à barreau de chaise.L\u2019histoire des forêts québécoises se poursuivant, dans les années 1800, le « Régime des réserves forestières » prend la forme d\u2019une loi.Dès 1868, les forêts affermées couvrent une superficie de 17 997 milles carrés.Moins de cent ans plus tard, en 1940 au moment de la publication des études de Minville (op.cit.), les forêts affermées atteignent plus de 80 000 milles carrés et sont parmi les plus riches et les plus accessibles des forêts.2 Une vingtaine d\u2019années plus tard, dans les années i960, Jean Lesage et son « équipe du tonnerre » arborent l\u2019étendard du « Maîtres chez nous ».Lesage, dans ses discours et ses exposés, dira « Nous possédons comme territoire une puissance énorme.J\u2019ai dit comme territoire parce que, comme peuple, nous sommes bien pauvres ».Ce qui, en 2002, est toujours le propre d\u2019un trop grand nombre de Québécois et de Québécoises.2 Les données sont tirées de l'ouvrage de Minville cité plus avant. 64 Les années 60 et de grands brassages d\u2019idées font entrer le Québec dans le groupe des sociétés modernes.Cependant, .et étrangement., rien n\u2019est proposé pour amâiorer un système forestier dont la création remonte aux années 1800 ! Le gouvernement des années 60 a tenté de prendre possession de cet immense territoire composé à 90 % de forêts et d\u2019eau.Un certain René Lévesque est alors pressenti pour prendre la charge des Terres et Forêts.La réaction ne s\u2019est pas fait attendre ; des instances qui ont la puissance d\u2019un gouvernement à l\u2019intérieur des gouvernements québécois ont vite fait de faire annuler cette « promotion ».Elles ont fait reculer le plus puissant gouvernement que le Québec n\u2019avait jamais eu ! En 1987, après plus de cent ans d\u2019existence, le système des concessions forestières est aboli par la Loi 150 qui stipule que nos forêts seront dorénavant du domaine public.Dans cette nouvelle redistribution, sont incluses les forêts domaniales.Ces dernières représentent à elles seules 88 300 milles carrés et sont dispersées ici et là à travers la forêt habitée.Ceci aura un effet majeur sur un autre sujet de première importance, imbriqué dans la question des terres du domaine privé, dont on fera mention plus loin.Le 2T, mai 2001, cette loi est de nouveau modifiée par la Loi 136.À la suite de ce survol extrêmement succinct3 l\u2019histoire d\u2019une forêt québécoise autrefois majestueuse - et des 3 65 conduites qui ont mené à l\u2019état de dégradation dans laquelle elle se trouve maintenant - nous sommes en droit de nous demander si le nouveau système possédera le pouvoir de corriger les abus du passé.À cette question, M.Louis Bélanger, professeur de foresterie et de géomatique à l\u2019Université Laval répond par un article sur la Loi 136 paru dans Le Devoir en juin 2001.Nous citerons quelques extraits de cet article intitulé « Pour la forêt, le Parti québécois est un parti de droite » : « Reniant ses promesses aux régions, ne respectant pas ses engagements envers les utilisateurs de la forêt, le gouvernement formé par le Parti québécois vient d\u2019adopter une nouvelle Loi sur les forêts qui perpétue la mainmise de l\u2019industrie forestière sur la forêt publique du Québec.» « Le refus du gouvernement de déposer une politique sur la forêt habitée est l\u2019omission la plus choquante du nouveau régime.» « C\u2019est par un lobbying efficace que l\u2019industrie forestière a réussi à tuer dans l\u2019œuf la politique de la forêt habitée.Malgré les promesses électorales, malgré les 15 projets témoins, malgré la consultation publique, M.Brassard ne s\u2019est pas gêné pour dire à l\u2019Assemblée nationale que l\u2019élaboration d\u2019une politique spécifique à la forêt habitée ne lui apparaissait pas utile.Dans l\u2019histoire forestière du Québec, 2001 sera retenue comme l\u2019année des occasions manquées.» M.Bélanger conclut que la forêt demeure, depuis 1763, dans les mains des spéculateurs, asservie à leurs intérêts financiers, et que les forestiers québécois conservent, encore et toujours, leur statut « d\u2019opérateur ». 66 Déjà en 1981, Mgr Gérard Drainville (évêque d\u2019Amos), en arrivait aux mêmes conclusions lors du 61e Congrès des ingénieurs forestiers : « Il n\u2019est pas exagéré d\u2019affirmer, du moins pour l\u2019Abitibi, que la population dans son ensemble et même ceux qui travaillent en forêt n\u2019ont rien à dire actuellement au sujet du mode d\u2019exploitation forestière.Tout est décidé ailleurs, ou dans les bureaux des entreprises, ou dans les ministères du gouvernement.On fait d\u2019eux de simples exécutants.Ils sont comme des gens sur le quai de la gare qui regardent le train passer.» La preuve est faite que nos politiciens, peu importe leur appartenance à un parti ou à un autre, n\u2019accordent que très peu d\u2019intérêt à la forêt habitée (dont la superficie est évaluée à 90 000 milles carrés) - à preuve la déclaration de M.Brassard en juin 2001 qu\u2019une politique la concernant ne « lui apparaissait pas utile ».De surcroît, on assiste à une démobilisation des citoyens mêmes qui demeurent dans les localités de la forêt habitée.C\u2019est ainsi que l\u2019exprime le ministre responsable de l\u2019époque qui souligne leur indifférence, leur ras-le-bol des tergiversations et des plans d\u2019action qui ne sont et ne demeurent que du papier, (Extrait du document intitulé « Mise à jour du Régime forestier »).De même, on trouve, à la page 37 d\u2019un document intitulé « Les consultations publiques 1998, la remarque suivante : « Les lacunes constatées se traduisent, notamment, par une très faible participation populaire ».Dans le contexte actuel, où l\u2019on imagine une « Politique de ruralité » (fin 2001), suivie d\u2019un « Sommet des régions » (novembre 2002), afin d\u2019enrayer l\u2019exode qui mine les régions du Québec, et pour en finir enfin avec ces hésita- 6 7 tions sur la valeur et l\u2019importance de la FORÊT HABITÉE, je suis de ceux qui réclament que l\u2019on mette en place, que l\u2019on fasse la promotion de fermes forestières 4 dans tout le Québec rural, afin d\u2019enrayer le démantèlement éventuel d\u2019une centaine de paroisses, prélude à une blessure sociale à jamais ouverte.Cette mesure aurait un impact à la fois sur la vie des régions et sur l\u2019exode, mais également sur l\u2019environnement et sur la forêt québécoise.Que ce projet constitue une mesure de reconstruction et de développement rural et forestier.Un pays à naître, comme le prônait il n\u2019y a pas si longtemps le gouvernement en place, devra, en plus de ses usines, de son béton, de ses cités du multimédia et sa « nouvelle » économie, posséder un milieu rural vivant, constitué de localités habitées par les citoyens de tous âges, des personnes qui ne demandent qu\u2019à vivre de leur travail, dans un milieu stable et prospère, capable de susciter cette paix sociale que l\u2019on se souhaite tous.À l\u2019heure de la globalisation, alors que les ententes commerciales des États signataires permettent à une multinationale de bâtir où elle veut, d\u2019acheter ce qu\u2019elle veut, de produire ce qu\u2019elle veut, d\u2019établir les conventions de travail qu\u2019elle veut et de quitter quand elle veut, les Québécois et les Québécoises ont un intérêt certain à garder une emprise sur leurs terres, dispensatrices d\u2019eau et de forêts en abondance qui leur procurent, encore pour un temps, un air acceptable.Il existe présentement, du moins dans mon environnement (Québec et Chaudière-Appalaches), un mouvement 68 qui se doit d\u2019être signalé à propos d\u2019un certain « repeuplement » des campagnes : Dans les années 1940, des centaines de paroisses ont connu l\u2019exode de leurs citoyens qui s\u2019en allèrent occuper des emplois en milieu urbain.Ils ont laissé libres des terres de 100 acres que l\u2019on pouvait, à l\u2019époque, acheter pour quelques centaines de dollars.Aujourd\u2019hui, lorsqu\u2019elles sont mises en vente, ces terres atteignent des valeurs marchandes allant jusqu\u2019à 100 000 $.Plusieurs de ces terres, jadis abandonnées sont aujourd\u2019hui devenues propriété de retraités qui y ont construit des résidences secondaires.Il n\u2019y a plus de terres, du moins dans mon environnement, qui n\u2019appartiennent à un citoyen ordinaire, et on peut supposer qu\u2019il en va de même autour des autres grands centres urbains.Cette situation laisse prévoir que d\u2019ici quelques années, ces paroisses, d\u2019où l\u2019agriculture a disparu, vont devenir des propriétés forestières de grande valeur, semblables à celles de la Suède ou de la Finlande, des pays où les forêts appartiennent aux citoyens dans une proportion de 65 %.Cette dernière réussite est possible au Québec qui devra, cependant, afin de mettre ces propriétés forestières à l\u2019abri de la globalisation et des grands marchés, agir par décret gouvernemental, et accorder à ces propriétés le statut de fermes forestières protégées, c\u2019est-à-dire non aliénables.Cette mesure devra être accompagnée de l\u2019obligation de ne couper que des arbres matures servant à alimenter les usines de transformation et de l\u2019obligation subséquente d\u2019une 69 plantation aérée qui permette la croissance naturelle des jeunes arbres.On dissipera peut-être ainsi les craintes d\u2019un ministre déjà cité qui, toujours en juin 2001, craignait de voir les forêts du Québec devenir des « jardins à la française » ! Il a omis de signaler, dans cette déclaration on ne peut plus démagogique, que les forêts du Jura (France) sont des forêts en constante exploitation depuis des siècles, qu\u2019on y « trouve des arbres [aussi] majestueux » que ceux qui ont déjà peuplé le Québec, et dont le Larousse peut dire, pour illustrer l\u2019emploi du mot : « Les forêts fournissent d\u2019importants revenus aux villageois.et de nombreuses petites industries utilisent la main-d\u2019œuvre locale ».Au Québec, et par comparaison, nos politiciens soutiennent toujours un système forestier dénoncé par les citoyens depuis plus de 100 ans.Le morcellement des terres qu\u2019on invoque comme des obstacles à la création des fermes forestières est devenu un problème du passé qui s\u2019est résolu par l\u2019achat de ces terres par des citoyens de différents milieux, soucieux de leurs biens et qui en prennent un grand soin, tout en n\u2019excluant pas une exploitation sous leur contrôle.Les nouveaux propriétaires, des retraités ou des gens en voie de le devenir, bénéficient déjà d\u2019un revenu assuré et n\u2019entendent donc pas retirer, à court terme, des revenus de leurs investissements dans la forêt ; leur contribution à la 70 restauration de la forêt québécoise est considérable et constitue un début de redressement économique du milieu rural.Cependant, ceci n\u2019est pas suffisant pour assurer la stabilité de ces campagnes et il faut énormément plus, notamment la présence de forestiers qui vivent dans le milieu en question.Les personnes aptes à faire ce métier ne possèdent cependant pas le capital pour acquérir de telles fermes forestières, d\u2019autant plus que ces terres sont en pleine croissance et non encore rentables.Ces gens ont besoin d\u2019un revenu régulier pour vivre et les forêts publiques, autrefois forêts domaniales, sont là, disséminées parmi les terres de la forêt habitée.Un partenariat pourrait lier l\u2019État et les citoyens moins nantis, conjointement propriétaires de ces terres forestières.Il s\u2019agit là d\u2019un projet qui pourrait être réalisé à peu de frais par un gouvernement qui se dit préoccupé du développement rural.PROPOSITION D\u2019UN NOUVEAU SYSTÈME DE GESTION ET D\u2019EXPLOITATION DES FORÊTS Préambule La critique du système forestier actuel ne peut se justifier que si une formule de remplacement peut être envisagée qui réponde à la fois aux intérêts de l\u2019État et à ceux du citoyen.La proposition qui est faite ici repose sur la l\u2019idée de départ suivante : d\u2019une part, l\u2019État dispose du sol et des fonds, et il s\u2019attend à ce que la « ferme forestière » soit rentable et, d\u2019autre part, le forestier, par son travail, collabore à l\u2019enrichissement du patrimoine national, tout en recevant un revenu qui lui permet de vivre de ce travail.Cette for- V mule doit correspondre à du « donnant/donnant » : rien n\u2019est accordé sans contrepartie de part et d\u2019autre.Les règles proposées ci-dessous sont différentes selon que l\u2019on parle de « terres publiques, propriétés de l'État » ou de « terres privées » à protéger.En ce qui a trait aux terres publiques, le régime proposé suppose que des fermes forestières seront constituées par l\u2019État.Comme il a été dit plus haut \u2022\tL\u2019État demeurerait le propriétaire foncier de ces terres.\u2022\tLeur gestion serait toutefois confiée, par entente, à un mandataire (le forestier) qui, s\u2019étant engagé à respecter les normes et les règles d\u2019exploitation, ainsi que des obligations de gestion comprises dans l\u2019entente, pourrait jouir d\u2019un usufruit de ces terres.Cet usage aurait comme objectif ultime d\u2019augmenter la qualité des boisés en cause sans en diminuer la valeur.Les droits de coupe octroyés seraient donc limités à ceux nécessaires à un aménagement durable et à long terme des terres exploitées de la sorte.Les terres publiques Une ferme forestière de l\u2019État serait constituée de 400 à 500 hectares de sol arable propice à la sylviculture.Cette superficie nous semble celle requise pour permettre un développement adéquat de la ferme et pour que le travail proposé présente un intérêt pour le forestier.Il s\u2019agit donc de constituer une « unité de gestion » viable, c\u2019est-à-dire une forêt dont l\u2019exploitation est susceptible de rapporter à son gestionnaire (le forestier) un revenu annuel compa- 72 rable à celui qu\u2019offrent des activités analogues réalisées sur des terres agricoles.Les massifs forestiers privés qui couvriraient, d\u2019un seul tenant, une superficie de la taille indiquée par le projet de fermes forestières sont rares au Québec.Ceci explique pourquoi nous proposons, notamment, d\u2019utiliser les terres publiques dans une relation de partenariat entre l\u2019État et les travailleurs de la forêt.Les normes d\u2019une ferme forestière Les normes applicables à une telle ferme forestière seraient celles établies dans le livre blanc publié par le ministère des Terres et Forêts (1970-1972, p.45 et 46).Les engagements du gouvernement Le gouvernement s\u2019engagerait, pour chacune de ces fermes forestières, publiques ou privées : -\tÀ en identifier les limites.-\tÀ faire effectuer un inventaire de son potentiel par un ingénieur forestier du ministère des Ressources naturelles, cet inventaire devant être accepté par le forestier.-\tÀ tenir, dans un registre, un état mis à jour du développement de chacune d\u2019elles.-\tÀ supporter et à guider le forestier dans ses travaux d\u2019aménagement.-\tÀ garantir à ce forestier une allocation (qui pourrait être égale au double du salaire minimum) pour les travaux 73 effectués sur la ferme forestière avant qu\u2019une exploitation intégrée et financièrement viable de celle-ci puisse être effectuée, ce qui inclut notamment les plans de reboisement de celle-ci.- À céder au forestier l\u2019usufruit des produits du sol de la ferme aux conditions prévues plus loin.Le forestier Le forestier pourrait, lorsqu\u2019il aménagerait une ferme forestière, être aidé par l\u2019État jusqu\u2019à ce que cette ferme atteigne son niveau de rentabilité.En effet, l\u2019objectif ultime est que ce forestier puisse, à terme, effectuer à temps complet et de façon permanente la coupe des arbres qui ont atteint la maturité, sans obtenir d\u2019aide monétaire supplémentaire de l\u2019État.Le travail d\u2019un forestier exige de celui-ci des connaissances approfondies de la forêt, acquises par des études en foresterie ou par le travail qu\u2019il a effectué dans ce milieu.Ce forestier devrait avoir, en outre, une certaine force physique, puisqu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un métier ardu et être capable de travailler dans un environnement difficile, compte tenu notamment des caprices de la température.Il devrait également avoir l\u2019habilité de travailler avec les outils requis et de veiller à leur entretien.Il devrait enfin être déterminé à se bâtir un avenir dans le milieu forestier.Le foresüer de carrière est un citoyen autonome qui accepte et assume que son travail doive donner des résultats concrets.Ce forestier verra que son travail assidu donne effectivement de tels résultats ; il constatera un accroisse- 74 ment de la production de la nature, laquelle générera des fruits qui lui permettront de répondre à ses besoins et à ceux de sa famille.Ce travail d\u2019aménagement, en quelque sorte « d\u2019accompagnement de la forêt » qu\u2019il cultivera nécessite plus qu\u2019un salaire, il requiert aussi une reconnaissance du travail effectué et de sa valeur à long terme.À l\u2019âge de la retraite, un tel forestier aura, en effet, par son engagement, contribué à l\u2019avancement de la collectivité à laquelle il appartient.Il aura la satisfaction d\u2019avoir participé à la création d\u2019un patrimoine national.Ce forestier, à la fin de sa carrière, aura laissé par son labeur journalier une empreinte permanente.Il faut rappeler, à ce sujet, le témoignage d\u2019un forestier en fin de carrière, Léonard Otis qui, dans son livre Une forêt pour vivre, écrit : « La fierté est grande pour une personne qui travaille pour gagner sa vie.La fierté et la joie sont doublement grandes pour une personne qui, par son travail, contribue à créer de l\u2019emploi pour que d\u2019autres gagnent leur vie.Mais la fierté et la joie de quelqu\u2019un qui, par son travail, contribue à développer son coin de pays, ça ne s\u2019écrit pas, ça ne se dit pas, ça se vit.» Le forestier - ses droits Rappelons d\u2019abord que le sol forestier, patrimoine national, n\u2019est pas aliénable.Le forestier mandataire qui a cultivé et aménagé une ferme forestière, conformément aux règles d\u2019aménagement applicables, se voit toutefois accorder un usufruit de cette ferme.En outre, après un travail d\u2019une durée minimum de cinq ans, (soit le temps requis pour 75 qu\u2019il y ait une plus-value assez significative de la ferme), il peut, dans des limites à être fixées par l\u2019État, céder cet usufruit à un nouvel acquéreur qui doit rencontrer les conditions applicables à l\u2019usufruitier initial.Le forestier - ses responsabilités Un forestier doit s\u2019engager : -\tÀ travailler à plein temps au développement de la ferme forestière dont la gestion lui est confiée et dont il a obtenu l\u2019usufruit.-\tÀ respecter les règles d\u2019aménagement et de gestion applicables.-\tÀ effectuer le reboisement requis.-\tÀ faire les travaux de sylviculture.-\tÀ effectuer les coupes d\u2019arbres nuisibles à la croissance des tiges choisies pour la création d\u2019une forêt adulte ainsi que celles des arbres malades (infections dues aux insectes - feux - chablis).-\tÀ effectuer la coupe des arbres matures et voir à leur transport aux chemins de camionnage afin d\u2019assurer l\u2019alimentation en bois des usines de sciage ou de transformation du bois.L\u2019aménagement L\u2019aménagement est considéré ici dans une perspective de développement durable et avec l\u2019objectif de permettre à des individus, génération après génération, de vivre d\u2019une ferme forestière. 76 Les feuillus constituent, selon nous, les essences à privilégier.Dans Les feuillus en priorité : études sur notre milieu ; la forêt (collection dirigée par Esdras Minville), L.Z.Rousseau écrivait, en effet, ce qui suit, à cet égard : « Pendant la saison de croissance, les feuillus accumulent dans leurs tissus du calcium, du magnésium, du potassium, du phosphore, du soufre, du fer et maints éléments en quantités qui varient selon les espèces.Les essences déci-dues, telles que le frêne, l\u2019érable, le tilleul ont ainsi, dans leurs feuilles, plus de bases que les résineux, et en particulier l\u2019épinette et la pruche.Quand les feuilles tombent, leur composition chimique se reflète dans la quantité de matière organique qui s\u2019accumule, et joue un rôle important dans l\u2019évolution du sol.La litière des peuplements feuillus, à cause de sa teneur élevée en bases solubles, favorise les activités des micro-organismes qui s\u2019attaquent aux débris forestiers dont elle est constituée et en incorpore la matière organique humidifiée au sol minéral.Riche en bases, cet humus doux, le mull comme on l\u2019appelle, retarde les processus d\u2019éluviation, de délavage, qui sont coutumiers sous nos climats.Inversement, la pauvreté des conifères en fer et en calcium, etc., retarde leur décomposition, conduit à l\u2019accumulation d'humus brut ou mor, à l\u2019acidification du sol et à sa podzolisation.Il y a donc, à ce point de vue, des essences améliorantes et d\u2019autres qui ne le sont pas.» (page 49).C\u2019est en tenant compte des objectifs qui précèdent et des choix qu\u2019ils supposent que les critères suivants nous semblent devoir être retenus : \u2022 La machinerie lourde ne sera permise sur une ferme forestière que pour la seule construction des chemins. 77 \u2022\tLes cours d\u2019eau et leurs rives devront être conservés dans leur état d\u2019origine (respect des croissances d\u2019aulnes, de saules, des hautes herbes, etc.).\u2022\tLes marais ne pourront être ni modifiés, ni asséchés.\u2022\tPourront être utilisés pour effectuer les travaux d\u2019aménagement et la coupe des arbres, le tracteur de ferme ; le tout terrain ainsi que les outils conventionnels tels la scie à chaîne, la hache, la débroussailleuse ou la faux.\u2022\tEn cas d\u2019épidémie naturelle, aucun produit chimique ne pourra être utilisé.\u2022\tLa plantation d\u2019arbres effectuée devra être précédée d\u2019une analyse des sols à reboiser afin que la plantation corresponde à la nature de ces sols et à ses essences d\u2019origine.L\u2019État distribuera, sans frais, les essences de bois à être plantées mais, dans toute plantation, une priorité devra être accordée aux feuillus.De telles plantations, des essences dites nobles, dont le chêne, l\u2019érable, le merisier et le hêtre, pourront être accompagnées de subventions de l\u2019État.- Une telle plantation ne pourra être retenue que pour les terres non propices à la culture.La sélection des essences de mise en valeur (jardinage) devra être effectuée dans tous les espaces déjà en jeunes pousses.Dans une forêt détruite à la suite d\u2019un feu de forêt ou d\u2019une épidémie, un laps de temps de l\u2019ordre de io ans devra 78 s\u2019écouler avant que toute intervention de reboisement, autre que le jardinage, puisse être subventionnée.Critères rattachés aux droits de coupe Une coupe commerciale doit avoir été autorisée par un ingénieur forestier du ministère des Ressources naturelles.Le forestier doit, avant de procéder à cette coupe, obtenir un permis stipulant la quantité et la qualité de bois qui lui est accordée, selon la formule des « quota » actuellement en vigueur.Un arbre ne peut être coupé avant d\u2019avoir atteint sa maturité, sauf s\u2019il s\u2019agit d\u2019un arbre malade ou pour les fins de l\u2019entretien de la forêt.Toute coupe à blanc est prohibée, sauf lorsqu\u2019une d\u2019épidémie a causé la mort de 80 % ou plus des arbres d\u2019une forêt.Dans ce cas, les arbres restants doivent être conservés comme reproducteurs naturels.Transfert de l\u2019usufruit Le principe de base demeure, c\u2019est-à-dire que le sol forestier des terres publiques, patrimoine du peuple québécois, n\u2019est pas aliénable.L\u2019usufruit d\u2019une ferme forestière peut toutefois être transféré d\u2019un forestier à un autre forestier selon ce qui suit : Le forestier qui a aménagé une ferme forestière, conformément aux règles applicables, peut après une durée minima- 79 le de cinq années, transférer l\u2019usufruit de cette ferme forestière à un autre forestier en contrepartie de sa plus-value et suivant les règles fixées par l\u2019État.Un comité d\u2019évaluation détermine la valeur monétaire de la plus-value apportée à la ferme forestière par le travail de l\u2019usufmitier initial, compte tenu de la valeur du marché au moment ou le transfert est effectué.Ce comité choisit, en outre, le nouvel usufruitier (le nouveau forestier), en fonction de ses compétences.Ce comité d\u2019évaluation est composé des sept membres suivants : a)\tUn représentant désigné par le Ministère, lequel agit comme président d\u2019assemblée sans droit de vote.b)\tUn membre de la municipalité régionale de comté, lequel n\u2019a pas de droit de vote.c)\tCinq lauréats du mérite forestier attribué par le gouvernement dans l\u2019année au cours, lesquels sont choisis par tirage au sort.Un tel transfert doit faire l\u2019objet d\u2019un appel d\u2019offres de trente jours, publié dans les principaux médias de la région.Tous les candidats possèdent le droit de prendre connaissance du dossier du comité en ce qui a trait au candidat retenu.Afin d\u2019assurer la relève, et pour favoriser l\u2019établissement de jeunes forestiers, le gouvernement pourrait, en outre, créer un fonds pour permettre à ces jeunes de disposer du capital requis pour l\u2019achat de l\u2019usufruit d\u2019une ferme forestière 8o au stade de production.Ce fonds pourrait être alimenté par des droits de coupe perçus sur la vente du bois commercial de toutes les fermes forestières.Les prêts ainsi consentis seraient remboursables, sans intérêt ou avec un intérêt réduit, par le nouvel usufruitier.Bris d\u2019entente Une entente liant un forestier et le gouvernement peut être résiliée à la demande de ce forestier.Une telle entente peut également être résiliée par le gouvernement lorsque le forestier refuse ou néglige d\u2019effectuer les travaux d\u2019aménagement déterminés, ou qu\u2019il effectue des coupes de bois en contravention des règles applicables (arbre abattu avant qu\u2019il ait atteint la maturité, arbre coupé sans qu\u2019au préalable un quota soit obtenu etc.) ; Le gouvernement doit, lorsque au moins deux manquements graves ont été constatés, annuler l\u2019entente le liant à un forestier.Ce forestier perd, en outre, son statut et ne peut signer une telle entente avec l\u2019État.Dans un tel cas, le forestier peut demander à un arbitre désigné par les deux parties de revoir la décision du gouvernement.Si l\u2019annulation est maintenue, l\u2019usufruit de la ferme forestière est cédé à un nouveau forestier et la plus-value apportée, le cas échéant, par le travail du forestier d\u2019origine lui est remise.Lorsque l\u2019arbitre annule la décision du gouvernement, les frais sont à la charge de ce dernier. 8i Les fermes forestières du domaine privé À la suite d\u2019une demande adressée au ministre des Ressources naturelles, un propriétaire de boisé privé peut obtenir pour celui-ci le statut de forêt protégée.Le propriétaire d\u2019un tel boisé a droit aux subventions versées par l\u2019État pour l\u2019aménagement de celui-ci.Lorsque ce boisé est vendu ou cédé le contrat de vente ou de cession doit stipuler que ce boisé bénéficie du statut de forêt protégée et qu\u2019en conséquence son sol n\u2019est pas aliénable.Les responsables de la mise en œuvre et du suivi des fermes forestières Avant que ne soient instituées des fermes forestières, il incombe à l\u2019État de déterminer les règles à suivre pour l\u2019aménagement de ces fermes.Il faut que les personnes désignées pour ce faire aient une autorité reconnue par tous les intervenants.Il est essentiel qu\u2019elles soient issues du milieu forestier, qu\u2019elles soient des « mordues » de la forêt dont l\u2019État a déjà reconnu les qualités en leur accordant la distinction de lauréat du mérite forestier.Ces personnes, outre la détermination des règles d\u2019aménagement, auraient aussi pour fonction d\u2019évaluer le nouveau système mis en place et de faire, au besoin, des propositions pour en améliorer le fonctionnement.Cette évaluation devrait se faire en tenant compte du système actuel, afin qu\u2019à terme le meilleur système puisse être identifié et favorisé.Il faut éviter que ne se répètent les erreurs d\u2019un passé peu lointain (les années 70), lorsque l\u2019implantation de projets 82 pilotes dans les paroisses de la Gaspésie, à Sainte-Paule et à Notre-Dame-des-Monts s'est avérée un fiasco.C\u2019est à cette même époque que le Bureau d\u2019aménagement de l\u2019Est du Québec recommandait la fermeture de 84 paroisses afin que les terres en cause retournent au domaine public.Combien de paroisses dans l\u2019ensemble du Québec sont aujourd\u2019hui en attente d\u2019un jugement tel celui qui fut posé en Gaspésie ce qui ne devrait pas se reproduire ?Pour qu\u2019un projet d\u2019une telle envergure se réalise, projet dont dépendent de multiples paroisses du milieu rural, il faut d\u2019abord croire « que les fermes forestières sont une solution au problème rural » (Dr J.R Pelletier, agronome, Actualité agricole, juin 1972, p.30).Conclusion Nous voulons en terminant citer ce témoignage du docteur Louis-Jean Lussier qui, dans La réorganisation de l'activité forestière rurale, décrivait ainsi les avantages de la ferme forestière : « Le grand avantage de la ferme forestière est qu\u2019elle assure au propriétaire un droit de jouissance exclusif.Le droit de propriété est sans contredit un facteur important de motivation au travail, ce qui pour l\u2019État peut constituer une excellente garantie d\u2019efficacité, garantie dont il aura besoin pour minimiser ses investissements.La ferme forestière permet aussi un contrôle efficace du volume et de la qualité de la production de chaque individu, puisque le travail de chacun peut être précisément localisé sur le terrain. 83 Un autre avantage de la ferme forestière est qu\u2019elle constitue pour son propriétaire un élément qui ajoute à sa vie de la noblesse, de la fierté, de la sécurité, de la liberté.Il correspond à ce besoin fortement ancré chez tous les humains et plus particulièrement chez les ruraux, de posséder son coin de terre bien à soi et d\u2019être son propre maître » (P- 44)- ? 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PHILOSOPHIE DU LANGAGE ET DE L\u2019HISTOIRE Extraits Le langage fait être véritablement, en vérité.Le langage conduit à terme.Il est un peu comme un enfantement.Il est origine, il laisse venir au monde.En ce sens, on dit assez couramment que la parole et l\u2019écriture libèrent.Elles libèrent non pas d\u2019abord parce qu\u2019elles débarrassent de troubles inquiétants, ni parce qu\u2019elles éconduisent de l\u2019âme des hôtes importuns, non plus parce qu\u2019elles suppriment des entraves encombrantes pour la liberté d\u2019agir et la paix intérieure, même si généralement on leur reconnaît à ces égards une valeur thérapeutique certaine.Mais la parole et l\u2019écriture libèrent en premier lieu et surtout parce qu\u2019en elles et dans leur surgissement même s\u2019initie et s\u2019achève la gestation des besoins et des poussées d\u2019être.Ces besoins se font sentir chez tous.Mais ils parviennent au langage excellemment chez les gens de paroles et d\u2019écriture comme les conteurs, les poètes, les écrivains, les chanteurs.Ceux-ci doivent chanter, écrire et dire comme entraînés dans une nécessité, propulsés par un besoin.Chez eux le langage arrive comme le jaillissement obligé d\u2019une source ou le déversement d\u2019un trop plein.Ils doivent prendre la parole qui s\u2019offre à leur dire et la proférer, ou écri- 89 re les mots qui affluent sous leurs doigts parce que c\u2019est dans la parole et l\u2019écriture que les émotions, les pensées, les situations, les événements arrivent à terme, viennent à maturité, parviennent en plein épanouissement, en pleine manifestation, voire en plein être.Ils doivent prendre la parole et écrire parce que c\u2019est dans leur langage surtout que les interpellations des choses et du monde reçoivent écoute et réponse.Ainsi le langage peut libérer de troubles et revêtir une valeur thérapeutique uniquement parce qu\u2019il est de sa nature d\u2019achever l\u2019être des humains et des choses.Aussi peut-on penser que des événements et des gestes sont devenus des traumatismes et des obstacles qui barrent la route et troublent la quiétude parce que les mots leur ont manqué pour se dire, ou bien encore parce qu\u2019on leur a défendu d\u2019une manière ou d\u2019une autre, par gêne, par peur, par honte, par culpabilité, d\u2019accéder à la parole ou au langage.Ils s\u2019imposent et se font sentir alors comme des gestations bloquées ou interrompues.Tout ceci ne vaut pas seulement sur le plan strictement individuel, mais concerne toute la vie en société.Ce qu\u2019on appelle maintenant la rectitude politique, par exemple, peut fort bien être compris comme une défense d\u2019amener les choses à se manifester, une interdiction de laisser paraître, une consigne de laisser voilé, de ne pas dire en vérité.Ce qui est de la sorte empêché d\u2019arriver à la parole n\u2019est pas annulé.Cela s\u2019organise en sourdine et continue de produire des effets à titre de structure prégnante et latente influençant en catimini le cours de la vie commune.La responsabilité a démissionné.L\u2019humain ne répond pas, ne correspond pas, comme c\u2019est sa mission essentielle, au besoin des choses, des événements de se manifester, d\u2019arriver au jour ou au monde, d\u2019être.N\u2019est à plein et véritablement que ce qui est dit.Le langage est l\u2019achèvement et l\u2019aire 90 de liberté de toute chose, y compris de l\u2019humain.L\u2019être et le langage sont des associés d\u2019origine.La poète québécoise, Suzanne Jacob, a dit magnifiquement : « Le lait vient toujours à travers le récit que fait de notre texte-visage et de notre cri la mère qui nous lit.»' Ce que dit le cri, prémices de la parole, et que donne à comprendre l\u2019appel affolé du visage affamé, ce que répond ensuite la mère nourricière à l\u2019écoute et à la lecture de ces voix et message, constituent le milieu langagier d\u2019où surgit le lait, le lait de l\u2019existence.Le besoin s\u2019affiche en langage et le don qui y répond surgit du même élément.Le langage est vital.L\u2019élément de la vie humaine.La parole poétique dit ainsi en un raccourci admirable ce que l'interprétation peut tenter d\u2019expliciter en généralisant : le langage fait venir et maintient tout dans la manifestation.Il est pourvoyeur d\u2019être.Il fait venir au jour, il introduit dans la déchirure éclairée au sein du caché, au milieu du non-encore-dévoilé.Ce que, en somme, à l\u2019origine de notre pensée occidentale, les Grecs appelaient alhqeia ou le non-voilement, le dé-voilement, et qu\u2019on a par la suite traduit sans grande précaution par veritas, et puis par vérité.Ce dé-voilement survient grâce à une déchirure du voile ou une sorte de dégagement pratiqué au sein du non-manifeste.Cela se produit chez l\u2019humain dans la mesure où il existe comme ce vivant qui est doué de langage (to zwon logon ekon).Il en résulte un espace libéré où, la perception et la compréhension devenant possibles, chaque humain et ses semblables, de concert avec les choses, se lient de multiples façons pour habiter ensemble la terre.Mais restant néanmoins toujours et de toutes parts entourés et intimement pénétrés d\u2019ineffable et d\u2019encore-à-dire qui i Suzanne Jacob, La Bulle d'encre, Boréal, 1997, p.18. 91 interpellent sans cesse et qui appellent la levée du voile par l\u2019écoute attentive à l\u2019origine de la parole et de l\u2019écriture ; et de nouveau par l\u2019écoute de la parole dite et par la lecture.Cela, indéfiniment.Le dialogue du langage dégage et élargit originellement et continûment Faire de la manifestation où se déroule le cours de l'existence.L\u2019être des humains sur cette terre advient en aire langagièrement libérée.Et pourquoi ne pourrait-on pas dire tout aussi justement : en aire de liberté langagière ?La vérité y retrouvant ainsi sa teneur originelle.Et Pierre Perrault, dans une autre évocation poétique féconde, met en lumière l\u2019imbrication habituellement inaperçue du même état de choses : « La terre n\u2019est-elle pas charnelle comme la langue qu\u2019on boit avec le lait des premières paroles ?»2 La terre habitable et l\u2019humain qui y demeure forment un genre de symbiose.La terre et l\u2019humain se trouvent à être ensemble, unis indissolublement par le support qu\u2019el-le lui offre silencieusement et dans les projets concrets d\u2019existence que cet humain peut alors donner à ses propres rêves et idéaux, justement en les appuyant sur cette terre avec l\u2019espoir de l\u2019accueil, la confiance en la fidélité basée sur sa solidité.C\u2019est en cette guise que la terre devient chamelle ou participe de l\u2019humain.D\u2019autre part, le lait et la langue, cette langue matrice et nourriture originelle de l\u2019esprit, de l\u2019imaginaire et de la pensée, s\u2019unifient aussi charnellement.Ils deviennent un dans cette chair qui, pour sa teneur et sa subtilité proprement humaines, relève mystérieusement à la fois du corporel et du spirituel.Cette langue est bue dès l\u2019origine, mélangée qu\u2019elle est au lait d\u2019un sein s\u2019offrant dans un murmure maternel réconfortant et inspirateur.Ici les mots de Perrault rejoignent ceux de Jacob.Ils disent la même chose.2 Pierre Perrault, dans Option Québec, Typo, 1997, p.353. 92 Et expérimentant en profondeur l\u2019être de l\u2019humain dans son essentielle interdépendance avec les autres, le poète élargit la portée de ses paroles jusqu\u2019au peuple lui-même.« Et la meilleure preuve du sang de la mère, écrit-il, c\u2019est la langue des enfants.Et la preuve du sang d\u2019un peuple c\u2019est le langage tout entier nourri de terre et de mer.»3 Nous offre-t-on à respirer ici des relents d'un biologisme et d\u2019un racisme primaires ?Que non ! Nous avons bien plutôt affaire à une évocation poétique de la plénitude d\u2019un état de choses originel que la rectitude politique contemporaine, contrecoup de la dépravation nazie des années trente et quarante d\u2019un siècle à peine passé, s\u2019obstine encore à ne pas voir ou à taire.Ici le langage n\u2019est pas biologisé, mais plutôt le sang ou l\u2019appartenance parentale sont portés à leur véritable dimension humaine qui est langagière.La preuve du sang de la mère est le langage de l\u2019enfant.En lui s\u2019inscrit la descendance.Et puis à force de céder au penchant scientiste et de concevoir plus ou moins sciemment la langue comme un pur instrument de communication détaché de l\u2019être même de l'humain, on en vint à la désincamer, ou peut-être mieux, à la déchamer.Ce faisant, on ne l\u2019a même pas ennoblie ou spiritualisée.Car le spirituel de l\u2019humain, pour ne pas être une pure abstraction vide de substance, doit rester associé au corporel par un lien d\u2019intégration.Si paradoxal que cela puisse être, le spirituel humain est charnel.C\u2019est du moins ce qui se manifeste à l\u2019attention qui embrasse l\u2019ensemble du phénomène humain dans son unité.Une métaphysique intellectualiste occidentale a tellement insisté sur la distinction entre l\u2019âme et le corps, le spirituel et le charnel chez l\u2019humain, qu\u2019elle en est venue à laisser imagi- 3 Ibid, p.353. 93 ner leur nette division ou fondamentale séparation.C\u2019est en expérimentant et en pensant plus adéquatement l\u2019unité du spirituel et du corporel chez l\u2019humain que l'on arrive à pouvoir dire et penser, comme le poète, que son langage est charnel.Universellement charnel, chez tous les humains, chez tous les peuples, sur tous les continents, indépendamment des lieux et des temps.Alors la langue, considérée dans toute sa concrétude, se plu-ralise et s\u2019irise au gré des diversités humaines associées aux particularités régionales de la terre.Il y a des langues multiples et variées.La filiation véritable s\u2019inscrit dans la langue, a dit le poète ; dans la langue chamelle, dans la langue imbue de corporel et de spirituel.Le sang de la mère, l\u2019appartenance parentale et la descendance, est signifié authentiquement dans cette composition chamelle de la langue maternelle, parlée par l\u2019enfant.À cet égard, le sang des analyses sanguines s\u2019avère une réduction, utile et nécessaire soit, mais quand même une réduction de la réalité.Par ailleurs, comme le suggère aussi le poète, « la preuve du sang d\u2019un peuple », c\u2019est-à-dire la caractéristique essentielle ou la marque identitaire d\u2019un peuple, s\u2019établit dans le langage charnel où émerge l\u2019élément terrestre porteur et nourricier.Les langages, en effet, reçoivent leurs mots à partir des interpellations et des appels variés lisibles sur la physionomie différenciée des territoires multiples et divers qu\u2019offre la terre pour le séjour des humains, et sur lesquels se constituent et s\u2019établissent les peuples.Les langages puisent tous leur identité respective dans l\u2019inspiration plurielle de ces sources territoriales multiples et variées.Mais la langue, objet des investigations scientifiques, est, pour les besoins de la recherche, découpée artificiellement dans cette sub- 94 stance vivante des langages, et comme mise à l\u2019écart de la réalité concrète de l\u2019humain.C\u2019est compréhensible.Cependant les langues parlées, les langages des gens au quotidien de leur vie au sein de peuples habitant différents coins de terre, constituent, chacun à sa manière, un état de choses touffu, d\u2019une densité insondable, ayant ses propres capacités d\u2019évocation et de communication ainsi que ses propres pouvoirs de rassembler pour une vie en commun.Ainsi le langage se laisse vraiment comprendre comme le flux vital d\u2019un peuple.C\u2019est bien ce que veut dire Perrault : « Et la preuve du sang d\u2019un peuple c\u2019est le langage tout entier nourri de terre et de mer.».Un peuple s\u2019identifie par son langage qui anime son être et le différencie.Et l'on peut alors mesurer l\u2019étroitesse de la compréhension du « sang » qui prévaut dans les leitmotive racistes de tous acabits.La réduction biologisante y est à l\u2019œuvre.Mais, comme on peut le voir, l\u2019expérience poétique, le dire à l\u2019écoute des choses, fait ressortir d\u2019autres dimensions du phénomène humain.Qui inspirent le respect et l\u2019admiration.Se situant dans un autre registre, René Lévesque écrivait : « Être nous-mêmes, c\u2019est essentiellement de maintenir et de développer une personnalité qui dure depuis trois siècles et demi.Au cœur de cette personnalité se trouve le fait que nous parlons français.Tout le reste est accroché à cet élément essentiel, en découle ou nous y ramène infailliblement.»4 Le langage est au cœur même de notre personnalité, de notre identité ou de notre être collectif.Nous 5 sommes devenus peuple par le langage, nous sommes maintenant un peuple par le langage et nous le resterons dans la mesu- 4\tPierre Perrault, dans Option Québec, Typo, p.161.5\tL\u2019extension de ce « nous » sera précisée dans un paragraphe ultérieur. 95 re où le français demeurera le langage de la société que nous formons.Comme peuple, nous tenons notre essence de notre langue, la langue française.Et tout ce qui peut nous caractériser par ailleurs vient de cette essence langagière de notre être collectif et s\u2019y rapporte de quelque façon : qu\u2019il s\u2019agisse de nos manières rurales et urbaines d\u2019habiter la terre, ou encore de nos façons particulières d\u2019édifier notre monde, de l\u2019ouvrir et de le transcender.« Au cœur de cette personnalité se trouve le fait que nous parlons français.» Les mots de notre langue française qui résonnent dans l\u2019atmosphère en laquelle nous baignons sont les battements de cœur qui propulsent vitalité et fécondité dans toutes les ramifications matérielles et spirituelles de notre être en commun de peuple.Notre personnalité se particularise et arrive à son identité en ces mots.(p.30-35) À propos de notre première et fondamentale identification, qui fut canadienne dès le XVIIe siècle, Jean Bouthillette écrivait en 1972 : « C\u2019est en étant de langue française que nous sommes naturellement Canadiens, sans distance entre l\u2019identité et la langue, qui forment un tout homogène.»6 L\u2019identité et la langue forment un tout.Un tout homogène, c\u2019est-à-dire de même origine.L\u2019épaisseur, la teneur ou la substance de notre être comme peuple, être qui embrasse tout à la fois son enracinement dans un territoire, son élargissement en monde, le développement de ses coutumes, l\u2019acquisition de ses comportements, la multiplication de ses actions et de ses créations, etc., donc tout ce qui constitue notre identité, est langage, est français.C\u2019est normalité.Normalité universelle.Le problème surgit quand un autre 6 Jean Bouthillette, Le Canadien français et son double, Editions de l'Hexagone, 1989, P- 29 ; sq- 96 peuple s\u2019empara de cette identité canadienne en la transférant dans une autre langue, l\u2019anglais, pour s\u2019établir et se développer à proximité et en opposition.Et ce problème a consisté à détacher la langue de l\u2019essence même de l\u2019identité canadienne.L\u2019identité a été comme séparée en deux tranches.La première, la tranche canadienne, servant de dénominateur commun ou caractéristique fondamentale à tout citoyen du Canada, et l\u2019autre, la tranche linguistique, servant à caractériser à un niveau second les citoyens du Canada comme Canadiens anglais et Canadiens français.Appariüon de la scission dans la détermination de l\u2019identité et instauration subséquente de l\u2019usage du trait d\u2019union pour signifier cette coupe.La langue française mais aussi la langue anglaise deviennent ainsi subrepticement des attributs secondaires ou accidentels ou complémentaires dans la définition de l\u2019identité canadienne.Et au lieu de s\u2019atténuer au cours de l\u2019histoire, le problème est allé s\u2019aggravant.À tel point que dans les années i960, pour pouvoir rétablir et garder le français au niveau de l\u2019essence identitaire, la nécessité se fit sentir chez beaucoup de Canadiens français de se tasser en quelque sorte sur le territoire plus restreint du Québec et de se dire tout simplement Québécois.Mais ce n\u2019est pas chose simple que de modifier son identité, surtout quand on y est contraint par une nécessité extérieure.Ainsi peut-on comprendre la difficulté de beaucoup de Québécois à renoncer à l\u2019identité canadienne.Surtout s\u2019ils ne voient pas bien, pour une raison ou pour une autre, le danger de perdre à plus ou moins brève échéance leur identité française elle-même en demeurant canadien dans les conditions qui se sont établies solidement au cours de l\u2019histoire et que seul, semble-t-il, un séisme important dans l\u2019opinion générale serait en mesure de changer. 97 L\u2019être et le langage, disions-nous, sont des associés d\u2019origine.Nous sommes en langage.Les choses se manifestent en langage.Et comme tous les langages ont leur tournure particulière, tout peuple acquiert en son langage son identité propre.Toute chose y trouve également une manière particulière d\u2019être manifeste et d\u2019être perçue.Grâce aux langages, les peuples développent chacun une physionomie aux traits particuliers, et semblablement les choses arrivent à présenter des aspects diversement nuancés.Les peuples humains et les myriades de choses accèdent langagièrement à la manifestation de manière différenciée.Ils se dévoilent en langage ; ils entrent ainsi par aspects divers dans leur vérité plurielle et inépuisable.La vérité de l\u2019être d\u2019un peuple est langagière.La vraie stature des choses l\u2019est aussi.Tout peuple, dans son environnement de choses, peut ainsi offrir en spectacle une diaprure quasi-infinie.Il présente un visage inépuisable de poésie et fascinant pour la pensée, (p.30-36) ? 98 LIRE LES ESSAIS E.-MARTIN MEUNIER, JEAN-PHILIPPE WARREN, PRÉFACE D\u2019ÉRIC BÉDARD Sortir de la « Grande noirceur », L'horizon personnaliste de la Révolution tranquille, Septentrion, 2002, 207 p.C'est d\u2019abord sous la forme d\u2019un article publié dans la revue Société (numéro spécial le chaînon manquant, Nos 20-21, été 1:999) qu\u2019est paru cet essai de Jean-Philippe Warren et de E.-Martin Meunier sur l\u2019horizon personnaliste de la Révolution tranquille.Salué par la plupart des chercheurs en études québécoises, sa réédition aux éditions du Septentrion rend possible une meilleure diffusion de cette thèse qui propose une interprétation originale du dernier demi-siècle québécois.Nous cherchons à remémorer quelques finalités oubliées des engagements de l\u2019après-guerre québécois.Car ce n\u2019est pas tout de faire de la Révolution tranquille un vaste mouvement de professionnalisation qui aurait frappé l\u2019Occident au XXe siècle, une manifestation des transformations de la société capitaliste, un moment de l\u2019apparition d\u2019une nouvelle classe d\u2019experts de l\u2019encadrement social, un objet des joutes d\u2019intérêts ou de luttes des classes, ou même l\u2019expression de l\u2019inévitable désenchantement du monde.Encore faut-il, pour apprécier au plus juste ce que nous sommes 99 devenus, comprendre la spécificité du projet de la modernisation du Canada français en tenant compte de ses particularités historico-culturelles1.Autrement dit, c\u2019est du particulier dont il sera question.Les auteurs se gardent bien ici d\u2019appliquer une grille méthodologique qui évacuerait la spécificité de la situation historique qu\u2019ils se proposent de thématiser.« La sociologie compréhensive convie le sociologue à prendre en compte les motivations profondes des acteurs ; elle suggère que pour comprendre la genèse d\u2019un événement, pour révéler les assises d\u2019une idéologie, il ne faut pas hésiter à considérer la foi des protagonistes, puisque celle-ci peut comporter, plus qu\u2019une simple piété individuelle, une vision du monde ».Autrement dit, le monde des croyances, celui des traditions, n\u2019est pas simplement le reflet de conditions socio-économiques objectives, mais possède son autonomie relative qu\u2019il s\u2019agit d\u2019abord de reconnaître, ensuite d\u2019étudier pour lui-même.Cette sensibilité méthodologique est fort justement soulignée par le préfacier, Éric Bédard, qui souligne que l\u2019histoire que nous racontent Meunier et Warren « n\u2019est pas qu\u2019une superposition de « structures impersonnelles » mais un lieu humain dans lequel les hommes et les femmes d\u2019hier s\u2019efforcent de construire un fil conducteur dans l\u2019espoir de mieux se mesurer à un futur incertain ou se démènent à trouver du sens là où il n\u2019y en a pas toujours »2.Voyons la thèse.Les auteurs proposent d\u2019abord une genèse de la philosophie personnaliste qui allait entraîner une frange non négligeable de l\u2019Église catholique à se réconcilier 1\tSortir de la grande noirceur, p.35.2\tibid., p.18. TOO avec la modernité, à travers la recherche de nouvelles formes de solidarité à même de réaliser l\u2019utopie évangélique d\u2019une société réconciliée avec elle-même dans le monde historique.Cette réconciliation de l\u2019Église de Rome avec le monde moderne passe par une éthique catholique incarnée, un catholicisme social qui se propose de réaliser, au nom d\u2019une certaine idée de l\u2019homme et de sa vocation, plusieurs aspirations jusque-là portées par le socialisme et certains mouvements révolutionnaires.C\u2019est parce que la fraternité humaine ne doit pas se cloîtrer dans l\u2019au-delà et dans le monde clos de la conscience que le chrétien doit s\u2019engager dans la société pour y faire œuvre véritablement de rénovation sociale.La modernité, à travers notamment les valeurs canoniques de la Révolution française, est une idée chrétienne, affirment les premiers personnalistes.Le catholique ne doit pas fuir le monde moderne dans la mystique contre-révolutionnaire mais chercher plutôt à réaliser ces idéaux, à les incarner, ce qui suppose qu\u2019il accepte suffisamment ce monde pour aspirer à le changer.L\u2019avenir n\u2019est pas dans la réaction et l\u2019Église doit se garder de condamner en bloc cette époque qui porte virtuellement le projet d\u2019une émancipation véritable de l\u2019homme.Il y a non seulement une critique catholique de la modernité, mais le projet d\u2019une modernité catholique portée par l\u2019aspiration d\u2019une réconciliation de l\u2019homme avec lui-même.L\u2019Église doit se penser comme le cœur vivant de la modernité, comme la source d\u2019une irrigation des principes humanistes à travers ses veines.Meunier et Warren parlent ainsi d\u2019une « nouvelle attitude de l'Église face au monde moderne.Du déni, elle passe dorénavant à l\u2019offensive ; hier nostalgique de l\u2019Ancien régime, elle espère désormais l\u2019avènement d\u2019un nouveau monde chrétiennement inspiré »3.3 P-48. TOI Le personnalisme est une philosophie.Les auteurs y reconnaissent trois traits qui pourraient compter pour une définition : d\u2019abord, le réalisme.Les personnalistes se méfient d\u2019un certain contractualisme philosophique qui plaque un schéma mécanique pour rendre compte de la dynamique interne d\u2019une société.C\u2019est au sens commun davantage qu\u2019aux constructions théoriques qu\u2019il faut faire appel dans le projet d\u2019une rénovation sociale.La personne doit être envisagée dans tous les aspects de sa vie concrète, et l\u2019essentiel de cette personnalité ne s\u2019épuise pas dans une citoyenneté formelle vite qualifiée de bourgeoise.Ensuite, l\u2019antidétermi-nisme.L\u2019homme, la personne, nous disent les personnalistes, conserve une part de liberté, nécessaire justement, pour l\u2019amener à s\u2019engager au service des siens dans sa communauté particulière.Certaines philosophies qui privent l\u2019homme de sa liberté, les doctrines racistes qui enferment l\u2019individualité dans une biologie, sont autant d\u2019idées antichrétiennes.Si l\u2019homme est libre, il est libre d\u2019agir, et en ce sens, le personnalisme « est une pensée infiniment ouverte sur l\u2019événement »4.L\u2019homme peut librement se convertir à la vérité chrétienne.L\u2019homme peut faire l\u2019histoire.Enfin, selon Meunier et Warren, la troisième balise du personnalisme est l\u2019idée d\u2019un socialisme chrétien qui ne se confond pas cependant avec la doctrine et la pratique du marxisme appliqué.Le socialisme n\u2019est pas fatalement totalitaire, laissent entendre les personnalistes.À travers la conversion de l\u2019Église catholique d\u2019ici à l\u2019utopie sociale du personnalisme, Warren et Meunier se proposent de dévoiler la dimension fondamentalement religieuse de la Révolution tranquille comme projet de rénovation sociale au 4 P- 73- 102 tournant dans la dynamique des années 50 et 60.Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit : contre l\u2019historiographie dominante qui a longtemps posé la religion comme frein à l\u2019émancipation sociale et économique des Canadiens français, les auteurs affirment que c\u2019est justement dans le langage de la religion que ces derniers, à travers les mouvements d\u2019Action catholique, ont au tournant du demi-siècle pensé leur sortie de la grande noirceur.Les chrétiens d\u2019ici furent aussi des personnalistes qui voulaient faire de la Révolution tranquille une Révolution catholique.« Le nouveau catholicisme engagé allait leur fournir l\u2019occasion exceptionnelle de conquérir la modernité au nom d\u2019une authentique tradition chrétienne »5.Ils conviennent eux-mêmes de l\u2019étrangeté de leur propos : Devant le pragmatisme gestionnaire de la société actuelle, comment sérieusement croire que notre monde qui s\u2019ingénie à profaner tout ce qu\u2019il touche et s\u2019évertue à rationaliser tout ce qu\u2019il entreprend, procède jusqu\u2019à un certain point d\u2019une idéologie religieuse ?Pourtant, il est possible de retrouver les traces de cet engagement personnaliste à l\u2019origine [.] des réformes des années 60.Il est aussi possible de voir la distance entre l\u2019espérance initiale et le résultat historique de cet engagement.Mais nous reviendrons là-dessus.C\u2019est à travers les mouvements d\u2019Action catholique que s\u2019est formée cette génération personnaliste.« Il ne s\u2019agit pas seulement pour l\u2019Église de modifier, mais désormais d\u2019attaquer résolument les structures économiques de la société tout entière »6.À travers la plupart des milieux sociaux, le nou- 5\tP-57 6\tP.61 103 vel apostolat catholique prendra une importance réelle au point de compter parmi les mouvements sociaux qui constitueront alors les forces de changement les plus progressistes de la société canadienne-française.L\u2019Action catholique se propose de rejoindre les masses, surtout ouvrières, qui sont potentiellement plus réceptives à ce discours que d\u2019autres franges de la population.L\u2019ordre chrétien, qui doit naître de cette rénovation du tissu social à même la conversion de chacun aux idéaux d\u2019une modernité catholique, exige une critique radicale du capitalisme bourgeois, souvent plus d'ailleurs que d\u2019un socialisme athée dont on veut se faire indirectement le compagnon de route.L\u2019Action catholique devra parler le langage des déclassés de la société moderne en rendant compte de leurs aspirations, tout en les raccrochant à l\u2019idéal d\u2019une re-christianisation de la société.Car la foi, on le comprend maintenant, ne doit plus se contenter de l\u2019intimité de la conscience.« Le Christ partout » est un mot d\u2019ordre de l\u2019Action catholique.On a souvent fait grief au personnalisme de ne pas porter un projet institutionnel.C\u2019est juste, nous répondent Meunier et Warren, le personnalisme n\u2019est pas d\u2019abord un programme politique, mais une mystique, la recherche d\u2019une appréhension fondamentale du vivre-ensemble qui ne saurait se réduire à quelques correctifs institutionnels au sein de nos démocraties libérales.S\u2019il en est un, le programme du personnalisme est celui d\u2019une régénération morale, nécessairement spirituelle.C\u2019est en ce sens un projet conforme à une critique profonde de la modernité, qui y décèle un appauvrissement de la condition humaine par la fermeture graduelle de la transcendance qui encore hier irradiait les cœurs et les âmes.Renan lui-même ne parlait pas d\u2019abord 104 d\u2019un redressement politique, mais bien d\u2019une réforme intellectuelle et morale.Les personnalistes, eux, plaident pour une conversion intérieure, ce qui est une autre façon de dire que « le mal est dans l\u2019homme ».L\u2019Action catholique est une entreprise d\u2019évangélisation en terre chrétienne, qui recherche les conditions d\u2019une revitalisation de la foi nécessaire à la transformation profonde de la société en fonction des idéaux de liberté, d\u2019égalité et de solidarité libérés par l\u2019appel d\u2019une émancipation radicale de l\u2019homme.« Les personnalistes ne cherchèrent pas tant à réaliser le passage d\u2019un type de régime à un autre, mais plutôt à consolider les fondations sur lesquelles pourrait s\u2019asseoir une authentique révolution personnelle et sociale »7.On peut alors parler du personnalisme comme une interprétation de la tentation révolutionnaire qui traverse la modernité, mais qui, c\u2019est son originalité, n\u2019est pas d\u2019abord une révolution politique.Le personnalisme aura une audience particulière chez les intellectuels d\u2019ici, notamment par la diffusion ici des thèses de la revue Esprit.De Cité libre à l\u2019École des sciences sociales de Laval, l\u2019imprégnation personnaliste est profonde.Meunier et Warren citent ainsi l\u2019appel de fondation de cette dernière : Motivée par l\u2019anarchie économie et sociale présente, l\u2019École des sciences sociales, économiques et politiques répond à l\u2019appel pressant de l\u2019Église et au besoin d\u2019une rénovation sociale.Par son ambiance, elle communiquera à ses élèves la science et la formation qui feront d\u2019eux une élite nouvelle au service de notre peuple8.7\tP-43 8\tP.109. 105 Pour Meunier et Warren, la figure de Dumont est particulièrement révélatrice de cette réconciliation du progrès social avec le christianisme.On retrouvera cependant cette éthique tout autant chez Pierre Trudeau que chez Gérard Pelletier.Car si, selon les personnalistes canadiens-français, il fallait sortir de la grande noirceur, il fallait une certaine idée de la rénovation sociale qu\u2019on se proposait de réaliser.Le régime duplessiste, « clérico-nationaliste » pour reprendre la formule convenue, était à abattre.La corruption minait tant la pratique religieuse que les institutions politiques.À la veille des élections de i960, le mot d\u2019ordre sera donné par les abbés O\u2019Neil et Dion.La critique de la grande noirceur, d\u2019un Canada français incarnant un idéal chrétien perverti, est une constante de la génération personnaliste.C\u2019est une critique interne au catholicisme, multiforme d\u2019ailleurs.Ainsi, dans les collèges classiques, ce sera Theilhard de Chardin qu\u2019on opposera à Thomas d\u2019Aquin.Dans les mouvements sociaux, ce sera l\u2019Action catholique qu\u2019on voudra substituer aux sociétés nationales.Pourtant, cette critique est compromise dans ses fondements mêmes.Quelques années suffiront pour dévier le projet de rénovation sociale dans celui d\u2019un Québec bureaucratisé, épuisant l\u2019aspiration à la solidarité dans une planification centralisée de services technocratiques.Très rapidement s\u2019impose la gestion scientifique du social.Ici, le propos de Meunier et de Warren s\u2019inspire nettement de Jean-Jacques Simard qui, parmi les premiers, a proposé une critique de la raison « cybernétique ».Ce passage rapide à la bureaucratie centralisée s\u2019explique surtout, par l\u2019incapacité de l\u2019Église à répondre de façon coordonnée et intégrale au mouvement de modernisation qui s\u2019amorçait.Or, l\u2019Église, mi-aveugle mi-hostile, ne s\u2019est pas engagée à travers un projet institutionnel spéci- io6 fique de modernisation.Très vite, le monopole du changement social coordonné revient à l\u2019État, laissant à l\u2019Église un rôle résiduel.Et l\u2019Église elle-même voit dans l\u2019État le meilleur gestionnaire possible de la question sociale, au point où certains laïcs formés à l\u2019école de l\u2019Action catholique s\u2019engagent dans la bureaucratie d\u2019État en en faisant un nouvel apostolat.L\u2019Église participe à sa marginalisation légitime comme institution et neutralise ainsi sa capacité d\u2019offrir une résistance organisée au mouvement qui se dessine.Fidèle en cela aux encycliques Mater et Magistera et Pacim in terris, l\u2019Église canadienne-française reconnaîtra à l\u2019État provincial la première des responsabilités en ce qui concerne la question sociale.« Le temps n\u2019est plus aux croisades des chrétiens-militants ; l\u2019ère des idéologies cède à une ère de gestion « technoscientifique » où compte davantage l\u2019esprit des politiques que l\u2019utopie qu\u2019on cherche à promouvoir à travers les modifications de structures »9.Nous avons connu une sortie religieuse de la religion, pour reprendre l\u2019expression des auteurs.La critique du cléricalisme au nom de l\u2019authentique catholicité préparait l\u2019effondrement institutionnel de l\u2019Église.Les idéaux de la Révolution tranquille, qui avaient fermenté dans les mouvements d\u2019Action catholique, dans plusieurs lieux de pensée, sont « trahis » et c\u2019est vite un sentiment de déception, au mieux d\u2019indignation, qui habite plusieurs anciens militants.La critique interne du catholicisme n\u2019a pas régénéré la foi, mais fait le lit de l\u2019athéisme.L\u2019erreur des premiers révolutionnaires fut de croire que l\u2019homme était nécessairement croyant, et qu\u2019il pourrait y avoir tout à la fois décléricalisation et rechristianisation.En cela, le redressement espéré n\u2019a pas donné autre chose qu\u2019un avachissement.9 P.146. 107 ?a ?D ?Dans sa préface, Éric Bédard parle de ce livre comme d\u2019une véritable interprétation de notre passage à la modernité.Nul doute, c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit.Un fragment d\u2019histoire est proposé à la mémoire collective.La religion, dont on a minimisé l\u2019importance dans notre parcours historique, redevient ici une matrice importante de l\u2019identité canadienne-française.Apparemment inspirés par les idées de Marcel Gauchet sur « le désenchantement du monde, nos auteurs rendent compte finalement du moment charnière où la religion a cessé d\u2019être le principe structurant de la société cana-dienne-française.L\u2019originalité de leur propos consiste à dire que c\u2019est dans une tentative de reformulation des idéaux de la chrétienté que s\u2019est ici effondrée la chrétienté.« Une sortie religieuse de la religion », comme il est très bien dit.Reconnaissons l\u2019originalité méthodologique des auteurs.Tenter d\u2019appréhender l\u2019intention à l\u2019origine de l\u2019action, comprendre l\u2019état d\u2019esprit d\u2019une époque et les évidences partagées qu\u2019on peut y reconnaître, est à cent lieues de la critique des idéologies telle qu\u2019on la pratiquait jusqu\u2019à peu, et telle qu\u2019on la pratique encore souvent, dans les cénacles néomarxistes.Pour Meunier et Warren, les idées ne sont plus simplement le reflet d\u2019intérêts de classe, mais correspondent à une intentionnalité personnelle ou collective qu\u2019il s\u2019agit d\u2019interpréter en tant que formulation contingente ou permanente d\u2019un projet culturel ou politique.Cependant, certaines orientations semblent discutables.L\u2019image d\u2019un Canada français sclérosé parce que conservateur est sous-jacente au propos.Qu\u2019on se rassure cepen- ioS dant ! Car la religion était elk aussi du côté du progrès ! Une frange assez significative, à tout le moins, pour se voir reconnaître un rôle positif dans notre histoire.Ils seront plus nombreux maintenant au décompte des modernes.Si on élargit ainsi le bassin des gens respectables, parce que progressistes d\u2019une manière ou d\u2019une autre, on ne cesse cependant d'associer le conservatisme canadien-français à une forme de crispation identitaire et sociale qui voulait faire du Québec un camp retranché de la réaction.Ceux qui n\u2019ont pas ici, et ailleurs, fait le pari de la modernité sont un peu caricaturés.Il y eut, finalement, des mauvais chrétiens, les conservateurs, et des bons chrétiens, les personnalistes.La religion ne semble finalement les intéresser qu\u2019en tant que foyer d\u2019une éthique sociale.L\u2019Église n\u2019a plus d\u2019intérêt qu\u2019en tant que lieu de formulation d\u2019une doctrine sociale.Évoquons finalement la question nationale, un peu rapidement escamotée.Peut-être est-elle sous-entendue, ce qui est bien possible, car on se questionne de fait sur le passage de la nation canadienne-française à la modernité, et non sur la nation canadienne-anglaise ou bulgare.En réhabilitant l\u2019explication générale par celle des causes particulières de notre modernité, Meunier et Warren permettent certainement une approche herméneutique de l\u2019histoire nationale qui fait défaut à l\u2019histoire socio-économique contemporaine.Pourtant, une insuffisance demeure.Les personnalistes se sont quand même divisés, finalement, sur cette question fondamentale qui traverse l\u2019histoire du Québec.Entre le fédéralisme et l\u2019indépendance, ce sont deux cadres politiques concurrents qui sont apparus en toute clarté.Cette question n\u2019est pas accessoire.On ne peut esquiver le politique.Ce fut peut-être la grande erreur des personnalistes, d\u2019ailleurs, de croire qu\u2019on pouvait 109 esquiver la question des institutions par le détour de la conversion intérieure.Nulle intention ici de discréditer cette approche.Mais la question fondamentale du spirituel ne nous dispense pas de poser la question du régime politique.D\u2019ailleurs, est-ce vraiment par le personnalisme qu\u2019on peut expliquer l\u2019essentiel de la Révolution tranquille ?Il nous semble que celle-ci, par-delà le renversement du régime duplessiste, correspond à une tentative de redressement national, d\u2019affranchissement collectif porté par la sourde mais constante aspiration canadienne-française à l\u2019indépendance politique.L'idée d\u2019indépendance ne disparaît pas après l\u2019échec des insurrections de 1837-38, mais se réfugie alors dans l\u2019intimité de l\u2019âme nationale.Elle est constante dans l\u2019histoire du peuple québécois.Pendant « l\u2019hiver de la survivance », chaque moment qui laissait présager un sursaut collectif la vit réapparaître, comme si elle incarnait finalement ce « vieux rêve d\u2019achèvement » dont nous parle Jacques Beauchemin.Dans les années 20, avec Groulx et l\u2019Action française de Montréal.Avec le tumulte des années 30, dans une forme malheureuse.Dans les années 50, avec Maurice Séguin.Et puis trois mois seulement après l\u2019élection de i960, avec la fondation du RI N.Le peuple québécois n\u2019a cessé de rêver à une existence pleine dans la souveraineté politique.Cette espérance, transmise de génération en génération, a trouvé des relais à chaque moment de notre histoire.Elle a pu, en i960, croire enfin propice le moment de son accomplissement.Bien davantage que « le Christ partout », c\u2019est « Maître chez nous » qui rend compte de ce qui se voulait, en continuité avec notre plus profond passé, une entreprise de libération nationale.La question sociale n\u2019en est pas pour autant évacuée.Elle ne rend cependant pas no compte de la trame fondamentale qui traverse l\u2019histoire de notre peuple.Ainsi, l\u2019interprétation personnaliste de l\u2019intentionnalité originaire de la Révolution tranquille est-elle, selon nous, partielle.Elle rend certainement compte du malaise d\u2019une génération à la recherche d\u2019une foi authentique et incarnée, contemporaine de la Révolution tranquille.Mais elle ne rend pas compte de la signification que peut prendre le redressement national de i960 si on intègre ce moment dans une réflexion attentive à notre condition historique.?a ?D ?Le malaise que semblent partager les auteurs avec les déçus de la Révolution tranquille est perceptible.On sent chez eux une nostalgie de l\u2019espérance, d\u2019un temps où on pouvait encore discerner des possibles.La critique de la modernité ici sous-entendue est celle d\u2019une déshumanisation des structures sociales propre à toute gestion scientifique du social.Si le terme n\u2019était pas usé, on pourrait parler d\u2019un « communautarisme moderne ».D\u2019un personnalisme, simplement, nous répondraient-ils sûrement.Reste à voir ce que cette interprétation encore en voie de formulation trouvera comme principe de continuité dans l\u2019histoire québécoise.Notre histoire est-elle d\u2019abord religieuse ?Nous en doutons, mais nous laisserons cependant aux auteurs le soin d\u2019étayer cette interprétation avant de rendre compte des intentions qui animent leurs démarches.Mathieu Bock-Côté m BÉATRICE RICHARD La mémoire de Dieppe, radioscopie d\u2019un mythe, vlb éditeur, 2002 Pour avoir fait couler beaucoup de sang, Dieppe ne pouvait s\u2019évanouir dans les méandres du temps sans également faire couler beaucoup d\u2019encre.Soixante ans après le raid, le sujet n\u2019est pas encore tout à fait épuisé.Malgré cela, il est opportun, comme Béatrice Richard le fait dans ce livre, de présenter une analyse rétrospective du débat historiographique traitant de la participation des Canadiens français à la bataille de Dieppe.Que les amateurs de récits guerriers et sanglants s\u2019abstiennent, on ne retrouvera pas dans cette « radioscopie » une nouvelle version revue et corrigée des événements survenus sur les plages françaises.Bien que l\u2019histoire débute au moment même où la mer se colore du précieux sang Canadian et canadien-français, ce sont les événements et les interprétations subséquentes qui intéressent davantage l\u2019auteur.Traiter de la guerre n\u2019est pas chose aisée au Québec, société marquée dans son imaginaire populaire par les défaites successives (1760, 1837) et par les crises de conscription (1917, 1942) d\u2019une armée qui n\u2019est pas la nôtre.Pour un Canadien français, servir au sein de l\u2019armée est synonyme de collaborer aux forces d\u2019occupation anglaises.L\u2019équation ne se fait peut-être plus aussi facilement aujourd\u2019hui, mais pour un Canadien français ayant servi dans les années quarante et ayant dû subir l\u2019ostracisme des officiers anglais, rien n\u2019était plus clair.Mal perçu par la population et rejeté par les officiers anglais, le soldat francophone n\u2019est pas vraiment un héros adulé de tous.C\u2019est d\u2019ailleurs là une situation fort regrettable. 112 Comme l\u2019indique Béatrice Richard, Dieppe, dès le moment où les médias font leurs premiers comptes-rendus, n\u2019est déjà plus un simple événement quelconque d\u2019une guerre lointaine, il est devenu un mythe national dont l\u2019évocation est déjà douloureuse et chargée d\u2019émotions.Selon l\u2019auteur : « Au Québec, l\u2019opération prend un visage canadien-français.Malgré leur rôle secondaire sur le terrain, les Fusiliers du Mont-Royal se retrouvent à l\u2019avant-scène médiatique » (p.48).Cependant, cette vision est orchestrée par les services de propagande fédéraux et vise davantage à créer un « sentiment national » commun et unifié face à l\u2019ennemi et à cacher la mauvaise préparation de l\u2019assaut qui se conclut par un massacre inutile.La réaction des Anglais du Québec sera d\u2019ailleurs fortement hostile à cette déformation de la vérité qui tend à camoufler les actes des régiments anglophones, tout aussi glorieux que les hommes du Colonel Dollard Ménard.Comme quoi le fait de mourir côte à côte face au même ennemi ne réussit pas toujours à enrayer les dissensions nationales.Le chapitre IV portant sur la « décolonisation » de la mémoire (1960-1979) est l\u2019un des plus intéressants, passant en revue une période peu reluisante dans notre conception de la mémoire de la Deuxième Guerre mondiale.Après une période partagée entre la reconnaissance timide des héros de Dieppe et la volonté de l\u2019oubli, succède l\u2019époque glorieuse de prise en main de notre destin national par le peuple du Québec qui aura une influence majeure sur la conception que nous nous faisons de Dieppe.Dans cette « décolonisation des esprits », il n\u2019y a guère de place pour ceux qui sont allés mourir bêtement sous les ordres des Anglais.Dieppe redevient pourtant un symbole, utilisé cette fois au profit du 113 nationalisme québécois, pour représenter les conséquences de vivre sous domination étrangère.En plus d\u2019être utilisé comme nom de cellule par le FLQ, « Dieppe devient un complot contre les Canadiens français » (p.103).De plus, on commence à révéler le manque de préparation de l\u2019état-major et le caractère profondément inutile du sacrifice des Nôtres.Pour les descendants des soldats, le débat est déchirant, comme le rappelle l\u2019auteur en citant Pierre Vennat, fils d\u2019un soldat mort sur les galets : « Dieppe fut-il un sacrifice inutile ?Par pudeur, je ne désire pas répondre.Je ne voudrais pas que mon père, qui croyait de son devoir d\u2019être là, fut mort inutilement » (p.104).Le chapitre suivant de l\u2019ouvrage traite de la « féminisation » de la mémoire de Dieppe, c\u2019est-à-dire la période la plus récente dans le débat historiographique entourant le raid et, plus largement, la participation à la guerre.Cette nouvelle interprétation du rôle des Canadiens français lors de la Seconde Guerre mondiale fait l\u2019objet d\u2019un traitement dévastateur de la part de l\u2019auteur.Relevant l\u2019importance, au cours des années \u201880 et \u201890, des oeuvres (pièces de théâtre, romans, téléromans, etc.) « mettant en scène des antihéros masculins » (p.133), elle met le doigt sur le danger des réinterprétations historiques au service des idéologies dominantes actuelles.Ainsi, le sacrifice héroïque du soldat sur les champs de batailles est banalisé, voire à nouveau mis de côté.Certains auteurs, comme celui de L\u2019ombre de l\u2019épervier, vont même jusqu\u2019à glorifier l\u2019homme qui se cache, présenté en vainqueur au côté des femmes, alors que les soldats revenant du front sont des aventuriers sans cervelle. n4 Appliquée au Québec, cette interprétation est lourde de sens, on ne fait plus que critiquer ceux qui sont allés combattre sous les drapeaux du colonisateur, on tourne en ridicule le fait même de lutter, militairement parlant, pour une cause aussi forte que la liberté.Il est parfois dommage de constater combien la volonté de mettre en évidence certains personnages oubliés de l\u2019histoire cède souvent la place à une razzia destructrice du contexte historique global.Consciemment ou non, cet essai écorche les tentatives révisionnistes de certains penseurs, animés davantage par des considérations d\u2019ordres idéologiques plutôt qu\u2019historiques.Ce livre mérite réflexion.Même ceux qui ne sont pas passionnés par les affaires militaires y trouveront là un sujet majeur de notre histoire nationale et aborderont, de biais, le thème de la dualité identitaire (Canadien/Québécois) et les effets qu\u2019elle peut avoir sur la perception de notre histoire propre.Dans un même sens, la pensée nuancée qu\u2019énonce Béatrice Richard sur le rapport entre histoire et mémoire est une bouffée d\u2019air frais dans une discipline (l\u2019histoire) malheureusement sclérosée par une vision socio-économique souvent réductrice.L\u2019histoire de la guerre (par exemple) ne peut se résumer au décompte des soldats en présence, mais doit plutôt tenir compte de l\u2019imaginaire populaire et des perceptions, même mythiques, qu\u2019on se fait des événements passés.Béatrice Richard fait-elle partie de cette frange d\u2019historiens pour qui l\u2019histoire est organique, contextualisée et liée à une collectivité humaine particulière ?Nous le souhaitons vivement.Guillaume Ducharme PIERRE SERRÉ Deux poids, deux mesures, l\u2019impact du vote des non-francophones au Québec, VLB éditeur, 2002, 266 p.On dit de notre mode de scrutin qu\u2019il a pour principale vertu la simplicité.Le problème est que les gains en simplicité qu\u2019il procure se dissipent rapidement dans la complexité des distorsions qu\u2019il induit.Docteur en sciences politiques à l\u2019Université de Montréal, Pierre Serré examine depuis déjà plusieurs années le visage tordu de notre mode de scrutin.Ce qui l\u2019intéresse plus particulièrement, c\u2019est l\u2019impact du vote des non-francophones au Québec au cours des trente dernières années, c\u2019est-à-dire depuis l'apparition du Parti québécois.Il est difficile de discuter du vote linguistique sans tomber dans les clichés et les accusations.Les démocrates reconnaissent à chacun la valeur de son vote, son droit à faire pencher la balance de son côté.Il serait cependant naïf de se cacher derrière cette pudeur démocratique et d\u2019éviter ainsi d\u2019analyser la manière dont notre mode de scrutin transforme les préférences des citoyens en représentation et, finalement, en pouvoir politique, car c\u2019est bien de cela dont il est question.Si tout le monde a le droit de faire pencher la balance de son côté, il est des balances qui penchent plus facilement d\u2019un côté que de l\u2019autre : [Notre] mode de scrutin est l'un des modes de représentation les plus susceptibles d\u2019engendrer des distorsions entre les voix exprimées et les sièges accordés à chaque parti (p.14), nous dit-il avec raison.L\u2019intuition de Serré est très simple : le vote massif des non-francophones en faveur du Parti libéral du Québec, de pair avec les distorsions induites par notre mode de scrutin majoritaire, entraîne la sur-représentation des non-francophones dans ce parti et leur permet de jouer un rôle déterminant dans la définition d\u2019un des deux pôles fondamentaux de la vie politique québécoise.Les sièges sûrs et les cabinets libéraux Le côté le plus tordu de notre mode de scrutin se manifeste principalement dans le fait qu\u2019il permet l\u2019apparition de « sièges sûrs » pour le PLQ dans un bon nombre de circonscriptions montréalaises, ce qui entraîne la création de liens privilégiés entre ce parti et la clientèle non francophone.Un des volets les plus intéressants du travail de Serré est sans doute l\u2019analyse des seuils linguistiques dans la région montréalaise, à savoir à quel moment le nombre de non-francophones dans une circonscription est-il suffisant pour que l\u2019élection d\u2019un député péquiste devienne impossible ?Serré établit que le seuil linguistique aux élections provinciales varie entre 72 % (lors de la victoire du PQ en 1976) et 89 % (lors de la victoire libérale de 1985) et se maintient généralement autour de 80 % (comme en 1998).C\u2019est-à-dire qu\u2019en 1998, aucune circonscription comptant moins de 80 % de francophones n\u2019a élu de député péquiste.On connaît depuis longtemps l\u2019existence des sièges sûrs et le rôle qu\u2019ils jouent dans la dynamique du PLQ.Ce que le livre de Serré nous permet de faire, c\u2019est de mieux mesurer l\u2019ampleur du phénomène.Il détermine l\u2019impact du vote monolithique des non-francophones à différents niveaux : Si les non-francophones représentent 15 % de l\u2019électorat, ils comptent pour environ 30 % de la clientèle libérale et jouent 117 un rôle significatif dans l\u2019élection de 73 % des députés libéraux.Pour plus d\u2019un député libéral sur deux (53 %), c\u2019est le vote des non-francophones qui permet de renverser le vote des francophones (majoritairement péquiste).Serré ne se penche pas uniquement sur la représentation à l\u2019Assemblée nationale, il transporte son analyse là où ça compte vraiment : la distribution des portefeuilles.Il découvre ainsi qu\u2019en moyenne un ministre libéral sur deux (49 %) était élu dans une circonscription où le vote des non-francophones renversait le vote des francophones et que trois ministres libéraux sur quatre (75,5 %) étaient élus dans des circonscriptions où le vote des non-francophones était significatif (5 % et plus).Si on réduit notre analyse aux huit ou neuf ministres libéraux les plus importants, on constate que les non-francophones jouent un rôle dans l\u2019élection de 91 % de ceux-ci et qu\u2019ils renversent le vote des francophones dans 53 % des cas.Le centre-ville de Montréal, bastion péquiste et souverainiste qui s\u2019ignore ?Parmi les conclusions de Serré qui ne manqueront pas de nous surprendre, il y a sans doute celles découlant de l\u2019analyse des lignes de force des partis québécois et libéral dans la région montréalaise en fonction des groupes linguistiques.Contrairement à la « sagesse populaire », qui nous indique que les principaux bastions péquistes de la région montréalaise se trouveraient dans les quartiers francophones situés dans l\u2019est de l\u2019île, Serré nous démontre que c\u2019est plutôt au centre-ville de Montréal et dans les quartiers situés autour du mont Royal que se trouvent les principales lignes de pénétration du Parti Québécois chez les francophones.Serré nous invite donc à nous méfier de la « lecture superficielle » des résultats électoraux qui mesure la force d\u2019un parti à l\u2019ampleur de ses majorités électorales.C\u2019est en décomposant les résultats en fonction de la composition linguistique des circonscriptions que l\u2019on découvre que le succès du PQ chez les francophones est plus fort au centre-ville de Montréal que partout ailleurs au Québec.Serré explique cette donnée par la polarisation du vote aux surfaces de contact entre les groupes linguistiques.L\u2019intuition populaire selon laquelle le Parti québécois et l\u2019option souverainiste ne sont pas très populaires au centre-ville de Montréal est une illusion d\u2019optique causée par notre mode de scrutin.Il en est ainsi parce que celui-ci jette dans l\u2019apesanteur le vote des francophones les plus souverainistes et les plus péquistes.Apprendre à haïr notre mode de scrutin Le livre de Pierre Serré nous donne les outils théoriques pour formaliser une intuition de plus en plus répandue chez les souverainistes : le système majoritaire est en partie responsable du blocage du Québec sur le plan constitutionnel.Le vote en bloc des non-francophones leur assure une place privilégiée à la tête du PLQ, contribuant ainsi à marginaliser la place des nationalistes autonomistes au sein de ce parti.Comme le mentionnait déjà Pierre Serré en 1999 dans cette même revue : Cette prépondérance des non-francophones au sein du PLQ équivaut à la mainmise sur l\u2019un des pôles définissant le cadre de légitimité à l\u2019intérieur duquel évoluent les acteurs Tig politiques et l\u2019électorat.Elle leur permet d\u2019intervenir de manière déterminante tant en ce qui a trait aux principaux problèmes qu\u2019aux priorités retenus des autorités gouvernementales10.En d\u2019autres mots, les distorsions introduites par le mode de scrutin majoritaire font en sorte que le fédéralisme radical, courant largement minoritaire chez francophones, devienne la position officielle du PLQ.Le mode de scrutin majoritaire entraînerait donc la marginalisation systématique des nationalistes modérés à l\u2019Assemblée nationale.On peut facilement s\u2019imaginer ce qu\u2019aurait été l\u2019histoire récente du Québec si un tel frein n\u2019avait pas été apposé au mouvement souverainiste québécois.Un mode de scrutin proportionnel aurait historiquement permis aux nationalistes modérés du PLQ de s\u2019allier aux souverainistes du PQ et, vraisemblablement, de rejeter massivement le cadre fédératif canadien.À l\u2019inverse, le mode de scrutin majoritaire a permis au Parti libéral d\u2019adopter la ligne dure de ses éléments les plus radicaux : Daniel Johnson, John Parisella, Robert Bourassa et maintenant Jean Charest, autant de politiciens pour qui la Fédération canadienne est une fin en soi.Si une réforme du mode de scrutin permettait de faire resurgir l\u2019autonomisme modéré chez les francophones, elle donnerait également aux communautés non francophones du Québec la possibilité de se libérer de l\u2019emprise des « barons communautaires ».Le rejet massif de l\u2019option souverainiste chez les non-francophones les oblige à vivre dans un monde de « scrutin à l\u2019albanaise ».La mise en place d\u2019un scrutin proportionnel permettrait de surmonter l\u2019apparente unité des non-francophones en autorisant la dissension à s\u2019exprimer.10 Pierre Serré, La souveraineté interdite, L'Action nationale, avril 1999. 120 Est-il trop tard pour la proportionnelle ?La transformation massive des intentions de vote survenue à la suite de la « montée de l\u2019ADQ » nous donne une raison supplémentaire d'examiner les effets déformants de notre mode de scrutin.Le cadre d'analyse proposé par Serré s\u2019applique à une situation de lutte entre le PQ et le PLQ, où le vote des non-francophones est polarisé en faveur du PLQ.Que pouvons-nous dire des distorsions qui seront induites par notre mode de scrutin au terme de la lutte à trois qui surviendra aux prochaines élections ?Le PLQ sera-t-il balayé des régions ?L\u2019ADQ parviendra-t-elle à percer le vote des non-francophones ?Le PQ parviendra-t-il à se faufiler entre les deux ?On n\u2019en sait rien, sinon que la volonté générale des Québécois risque d\u2019être déformée au point de n\u2019être plus reconnaissable.Peu importe le résultat des prochaines élections, les distorsions qui surgiront mettront en doute la légitimité du vainqueur et limiteront la capacité d\u2019action du futur gouvernement.Est-il trop tard pour introduire des éléments de proportionnalité dans notre mode de scrutin ?Non.Je dirais même que la montée de l\u2019ADQ et la nouvelle lutte à trois viennent créer un contexte particulièrement favorable à l\u2019instauration de la proportionnelle.Avec la nouvelle donne politique, des élections avec un mode de scrutin majoritaire représenteraient un risque considérable pour chacun des trois partis.La montée de l\u2019ADQ auprès de la droite francophone augmente le risque pour le PLQ de se retrouver isolé chez les non-francophones.De son côté, le PQ risque d\u2019être carrément rayé de la carte alors que l\u2019ADQ, malgré la faveur des sondages, est bien consciente que son succès repose en bonne partie 121 sur la spéculation.Comme on peut le voir, la fin de l\u2019histoire est encore bien incertaine et de nombreux revirements demeurent possibles.Le PQ peut jouer la carte de la crédibilité face à ses adversaires, alors que les libéraux n\u2019ont pas encore perdu l\u2019espoir d\u2019effectuer un retour auprès de la droite francophone.Dans ce contexte, l\u2019introduction d\u2019un mode de scrutin proportionnel permettrait d\u2019assurer à chaque parti une représentation respectable (autour de 30 %) et empêcherait la mise en place d\u2019un gouvernement dont la capacité d\u2019action serait extrêmement limitée.Avec le déséquilibre fiscal et la diminution de la marge de manœuvre de l\u2019État québécois, l\u2019arrivée au pouvoir d\u2019un gouvernement faible pourrait avoir des conséquences extrêmement fâcheuses.En revanche, on peut penser qu\u2019un mode de scrutin proportionnel permettrait de réduire l\u2019importance dans l\u2019espace public de certaines positions extrémistes (comme le fédéralisme radical) et renforcerait la capacité de l\u2019Assemblée nationale et du Gouvernement du Québec à s\u2019opposer à l\u2019entreprise centralisatrice du Gouvernement fédéral.Benoît Dubreuil, étudiant à la maîtrise en philosophie à l\u2019Université de Montréal JEAN-CLAUDE CHARVOZ Les Francoricains, Montpellier (Québec), Écrits des Hautes Terres, Coll.« Résistance », 2002, 290 p.L\u2019auteur est originaire de Savoie, docteur ès Lettres et linguiste, directeur de l\u2019Institut lyonnais pour la diffusion de la langue française, doyen de l\u2019Université francophone inter- 122 nationale de Lyon, etc.C\u2019est un livre consternant sur ses compatriotes qu\u2019il nous propose.Les Francoricains, ce sont les Français qui sont tellement américains, ou américanisés, qu\u2019on ne sait plus comment les appeler.Dans son carnet qu\u2019il tient tout au long de l\u2019année 2002, l\u2019auteur dresse la description de cette démission aussi décevante qu\u2019incompréhensible.La maladie atteint la langue des journaux, de la télévision, des médias en général et de la publicité, particulièrement les sociétés d\u2019État, la fonction publique.Air France impose l\u2019anglais à ses pilotes et à ses contrôleurs aériens (p.89).On emploie des mots anglais comme si le français était une langue morte.Cette anglomanie envahissante atteint des proportions invraisemblables.Il faut voir tous les exemples que nous fournit l\u2019auteur pour prendre conscience de la gravité de la situation.« À la face du monde, écrit-il, la France crache sur sa langue et renie son patrimoine » (p.157).Mais ce n\u2019est pas seulement la langue américaine qui fascine les Français, c\u2019est la culture américaine, la manière de vivre américaine, les modes américaines.Tout ce qui est américain jouit d\u2019un prestige incomparable.« Il n\u2019est d\u2019important que l\u2019Amérique et les Américains » (p.43).Tout ce qui se fait aux États-Unis est, aux yeux d\u2019une grande majorité de Français, merveilleux.Pourtant, en ce qui concerne la santé, par exemple, on sait que le système français, selon l\u2019avis de l\u2019OMS, est le meilleur au monde.Les États-Unis arrivent en 37e place (p.134).On sait qu\u2019au pays de l\u2019Oncle Sam, une forte proportion de citoyens vivent sous le seuil de la pauvreté, que la violence y règne davantage que dans la plupart des autres pays au monde. 123 Comment peut-on expliquer qu\u2019un pays comme la France, qui a une grande culture, universellement reconnue, soit à ce point fasciné par un pays jeune et assez mal dégrossi comme les États-Unis ?On dirait que la France a perdu la conscience de son identité.La grande majorité des Français, par exemple, se disent Européens d\u2019abord, alors que les Anglais, les Allemands, les Danois et tous les autres peuples d\u2019Europe sont d\u2019abord eux-mêmes et Européens en second lieu (p.116).L\u2019allemand est la première langue parlée en Europe et le français la seconde.Or les Français semblent trouver normal que l\u2019anglais soit la langue de la communauté européenne (p.153).Il semble que pour beaucoup de Français, la vie internationale se passe en anglais, c\u2019est-à-dire en américain.Les États-Unis sont la puissance la plus forte, ils arbitrent la « mondialisation ».Leur propagande porte tous ses fruits.Ils réussissent à se faire passer pour le pays de la liberté alors qu\u2019ils sont le pays le plus brutal au monde.L\u2019impérialisme américain s\u2019impose à toute la planète et les Français s\u2019y soumettent sans protester.La mondialisation, ce n\u2019est pas la réciprocité des échanges, c\u2019est la forme mondiale de l\u2019expansion américaine.« Les cowboys appartiennent à notre culture, leur culture ignore nos chevaliers » (p.137).Le 18 août, l\u2019auteur note dans son carnet : « Un des plus anciens et plus prestigieux cinémas de Paris, le Rex, pour ses 10 salles, affiche 10 films américains » (p.170).Il faut bien comprendre que l\u2019invasion des réalités internationales par la langue anglaise n\u2019est pas un phénomène spontané qui serait l\u2019effet d\u2019une situation mondiale nouvelle.Bien au contraire.Des personnes influentes, des institu- 124 tions prestigieuses militent en faveur de l\u2019expansion de l\u2019anglais.David Rothkopf, ancien responsable de l\u2019administration Clinton, affirmait : « Il y va de l\u2019intérêt économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune, ce soit l\u2019anglais » (p.190).L\u2019auteur rapporte qu\u2019à l\u2019aéroport de Copenhague, « un passager est éconduit par Air France, car le dit passager s\u2019exprimait en français chez Air France » (p.67).Peut-on espérer que la France se ressaisisse un jour et comprenne que la langue française est la fine fleur de sa culture et de sa civilisation, et mérite d\u2019être aimée et défendue contre les atteintes d\u2019une certaine « mondialisation » ?Paul-Émile Roy MAUDE BARLOW ET TONY CLARKE L\u2019Or bleu/L\u2019eau, nouvel enjeu stratégique et commercial, Préface de Louise Vandelac, Montréal, Les Éditions du Boréal, 2003, 390 p.On se bat pour l\u2019or noir.On se battra pour l\u2019Or bleu.L\u2019eau est incontestablement la ressource la plus précieuse de notre planète, sans eau, pas de vie, pas de croissance et pas de développement.Or l\u2019eau se raréfie graduellement et la menace d\u2019une pénurie mondiale en fait un enjeu stratégique et commercial.L\u2019eau pourrait être la source de la plus grave crise écologique, économique et politique du XXIe siècle, affirment les environnementalistes canadiens Maude BAR-LOW et Tony CLARKE dans leur ouvrage sur l\u2019Or bleu.Cette crise serait pire que celle du pétrole parce l\u2019eau est source de VIE et que sans elle plus rien n\u2019est possible. 125 Pour le commun des mortels dont je suis, les problèmes de l\u2019eau proviennent de la pollution des lacs, des fleuves, des cours d\u2019eau et des océans par l\u2019agriculture, les industries et le commerce des produits toxiques ce qui entraîne une forte consommation d\u2019eau embouteillée et la nécessité d\u2019acheminer l\u2019eau vers les pays qui ont soif par pipelines, supercontainers ou cargos qui traînent des icebergs ou d\u2019immenses sacs de plastique remplis d\u2019eau douce.On se rassure avec la conviction que le Québec avec ses 500, 000 lacs, son fleuve Saint-Laurent et ses magnifiques rivières est pour toujours à l\u2019abri de la crise mondiale de l\u2019eau.N\u2019est-ce pas là faire l\u2019autruche ?se cacher la tête dans le sable pour ne pas voir ?Le livre fait le point sur la destruction de cette ressource vitale et non renouvelable.La préface de l\u2019édition québécoise (Boréal) ajoute à l\u2019édition française (Fayard) la perspective d\u2019ici et fait bien ressortir le peu de cas que les Canadiens font de l\u2019expérience québécoise en matière de gestion, de protection, de préservation, de distribution et de partage de l\u2019eau.L\u2019édition portugaise pour sa part a été présentée de vivo au Forum social (23-28 janvier 2003) de Porto Alegre.C\u2019est un véritable cri du cœur, un cri d\u2019alarme et un appel « eau secours ».Les notes, références et adresses électroniques de sites Internet citées à la fin du livre témoignent du sérieux de l\u2019étude.L\u2019argumentation est solide, irréfutable.La crise provient de la privatisation insidieuse, de la marchandisation de cette ressource au profit de quelques entreprises transnationales soutenue par la BM, le FMI et l\u2019OMC et cela au détriment de populations entières qui commencent à peine à comprendre ce qui se passe et à se révolter. 126 Les causes sont bien identifiées : la destruction systématique des écosystèmes, la surexploitation des nappes souterraines d\u2019eau à un rythme deux fois supérieur à celui du renouvellement naturel, l\u2019utilisation d\u2019énormes quantités d\u2019eau pour l\u2019industrialisation tout azimuts, le développement de l\u2019agriculture extensive, ou pour l\u2019exploitation des sables bitumineux en Alberta.On dénonce la consommation domestique irresponsable des pays du Nord (lavage du véhicule récréatif, arrosage de pelouses, terrains de golfs, piscines, gaspillage dû à la capacité démesurée de millions de chasses d\u2019eau de toilettes, etc.).Le ministère de l\u2019Environnement du Québec nous apprend, par exemple, que le Québécois consomme en moyenne 400 litres d\u2019eau par jour alors que c\u2019est 200 au Royaume-Uni, 150 en France et 137 dans le monde.Il y a de quoi réfléchir et vouloir passer à l'action le plus tôt possible.Les grands lacs canado-américains sont à l\u2019agonie (p.64) et le fleuve Saint-Laurent est si pollué qu\u2019on ne s\u2019y baigne plus et qu\u2019il empoisonne le béluga et plusieurs autres espèces marines.Le Danube, la Volga, l\u2019Amazone, le Congo, le Niger, le Nil, le Gange, le Yang-tseu-kiang, le Rio Grande, le Mississipi, le Yukon, tous les grands fleuves nourriciers sont imbuvables.L\u2019aquifère d\u2019Ogallala, dans l\u2019Ouest États-Unis, est épuisé par l\u2019irrigation.Le niveau des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent baisse.Lacs et mers s\u2019asséchent et disparaissent comme par exemple la mer d\u2019Aral en Russie ou le lac Tchad en Afrique centrale.La construction des barrages pour « produire de l\u2019hydroélectricité, faciliter la navigation, créer des réservoirs pour les 127 villes et l'irrigation, et maîtriser les crues » (p.81-82), déplace des millions de citoyens, détruit l\u2019environnement et les écosystèmes naturels en libérant des métaux toxiques comme le mercure à la Baie James (responsable de la maladie de Minamata).La décomposition des matières organiques submergées provoque la prolifération de bactéries nocives pour la santé humaine particulièrement en Afrique et en Amérique latine.Des désastres de pollution comme celui de Walkerton, Ont.avec la bactérie E.coli, se comptent par centaines dans les pays en émergence.En Chine 80 % de la population boit de l\u2019eau contaminée.En Inde on se baigne religieusement dans un Gange sacré certes mais ultra contaminé.Le livre déclenche l\u2019« alerte rouge sur cette « planète en danger » où des peuples et des pays « meurent de soif ».Déjà plus de 3 milliards et 1/2 d\u2019êtres humains n\u2019ont pas suffisamment d\u2019eau potable et de services sanitaires.En 2025, la population mondiale souffrira terriblement d\u2019une pénurie d\u2019eau potable.Cinq des 8 milliards d\u2019êtres humains qui connaîtront un terrible génocide hydrique à nul autre comparable, à cause de la bêtise et de la cupidité humaines, de la consommation démesurée et de l\u2019exploitation mercantile de l\u2019eau.Déjà chaque jour, nous rappelle en préface la sociologue Louise VANDELAC de l\u2019UQAM, plus de xi 000 enfants meurent dans le monde à cause d\u2019un manque crucial d\u2019eau potable, plus que trois fois le nombre de victimes de l\u2019attentant du 11 septembre 2002.« L\u2019or bleu » est un ouvrage fondamental qui raconte aussi la belle histoire de l\u2019eau, son importance pour la vie, pour la Nature et pour tous les peuples de la Terre.Les peuples 128 autochtones l\u2019ont compris bien avant que la civilisation occidentale ne vienne perturber l\u2019équilibre fragile de leur milieu.Sans Eau, sans Terre et sans Soleil, nous ne sommes plus rien.Le drame de l\u2019eau est lié au fait que, sous l'influence de l\u2019idéologie néo-libérale on en vient à considérer l\u2019eau comme une marchandise, une ressource que tout entrepreneur est en droit d\u2019exploiter et de commercialiser.« La trinité impie », soient l\u2019OMC, la BM et le FMI (cf.p.294) et les transnationales du « cartel de l\u2019eau » servies par les barons mafieux des entreprises multinationales, les seigneurs mondiaux de l\u2019eau qui n\u2019ont que le seul profit en tête, s\u2019approprient ce bien collectif sans aucun égard pour les populations et sans se soucier de la conservation et de la préservation des ressources hydriques.Or, avoir accès à l\u2019eau est un droit humain, un droit fondamental.L\u2019eau fait partie du patrimoine de l\u2019humanité tout entière et les stratèges politiques ont ignoré ce fait fondamental.L\u2019homme a droit à la vie, donc à l\u2019EAU.L\u2019eau douce ne peut et ne doit être ni privatisée, ni transformée en marchandise.Elle doit absolument être exclue de tout accord international ou bilatéral, présent ou futur, en matière de commerce et d\u2019investissement.C\u2019était l\u2019exigence de l\u2019ex-premier ministre du Québec Jacques PARIZEAU, dans le cadre de l\u2019ALÉNA et de la ZLÉA.C\u2019est celle de la grande Coalition québécoise pour une gestion responsable de l\u2019eau, Eau Secours Iwww.eausecours.org), représentant plus de 3/4 de million de personnes au Québec.Au contraire, en vertu du chapitre 7 de l\u2019ALÉNA, les Américains pensent qu'ils ont le droit d\u2019acheminer l\u2019eau 129 canadienne chez eux par pipeline, comme si la souveraineté canadienne n\u2019existait pas (cf.p.112).On mesure la portée dramatique de traités comme l\u2019ALÉNA et la ZLÉA et des accords de l\u2019OMC qui affirment que tout est marchandise, y compris l\u2019eau, et que rien ne doit s\u2019opposer à sa vente et à son exportation par la sacro-sainte entreprise privée, sous peine de sanctions, de représailles économiques et de poursuites judiciaires.À l\u2019ère de la mondialisation, les géants de l\u2019eau que sont Vivendi Universal et Suez (70 % du marché à eux seuls) ainsi que Thames Water, Bechtel et Enron (ce géant aux pieds d\u2019argile) et quelques autres font leurs quatre volontés et dictent leur loi, la loi du profit aux États et aux gouvernements.Des populations entières sont prises en otage par ces pieuvres géantes, qui s\u2019emparent des réseaux de distribution et des réseaux d\u2019exportation.En conséquence, les populations paient de plus en plus cher pour l\u2019eau et obtiennent de moins en moins de services en retour.La France et la Grande-Bretagne souffrent déjà de ces privatisation qui poussent leurs tentacules en Argentine, Bolivie, Corée, Japon, Allemagne, Hongrie, Afrique du Sud, etc.Les multinationales se précipitent sans vergogne pour exploiter le filon.C\u2019est la ruée vers l\u2019or bleu ! Une ville comme Montréal n\u2019est pas à l\u2019abri d\u2019une mainmise de l\u2019entreprise privée sur les services de distribution de l\u2019eau.Un jour, on aura peut-être l\u2019idée de privatiser et de vendre de l\u2019air pur.Le politique doit réagir.Dans la dernière partie, les auteurs BARLOW et CLARKE, qui ont déjà produit « La bataille de Seattle », un livre paru 130 également chez Fayard en 2002, proposent des solutions et donnent des armes à ceux qui veulent confondre et arrêter les coupables.L\u2019avant-propos qui mettait de l\u2019avant un projet de « Traité de partage et de protection des réserves d\u2019eau douce de la planète » qui a été discuté à Vancouver en 2001 est repris à la fin de l\u2019ouvrage sous forme de décalogue.En définitive, la solution à la crise passe par la mobilisation des populations.Des citoyens se rassemblent pour lutter contre le vol et défendre leur droit à l\u2019eau.Certains coups d\u2019éclat font école.À Cochabamba (Bolivie), à Grenoble en France, au Ghana ou en Uruguay et même à Vancouver, les populations se sont révoltées et ont contesté publiquement et devant les tribunaux ces façons de faire reliées à la privatisation et à la mainmise des entreprises.Un peu partout les guerriers de l\u2019eau se mobilisent.Le Sierra Club, les Amis de la Terre, le Blue Planet Project de Vancouver, ce nouveau mouvement international issu de la société civile, axé sur la protection de l\u2019eau partout dans le monde www.canadians.org, appuient et diffusent le Manifeste de l\u2019eau et le contrat mondial qui y est associé, un manifeste courageusement écrit par le spécialiste mondial de l\u2019eau, l\u2019Italien Riccardo Petrella.Des croisades s\u2019organisent pour sauver des cours d\u2019eau.Au Québec des citoyens s\u2019opposent à la construction de mini-barrages hydroélectriques.En Inde et en Amérique latine, ils ont procédé à la démolition de barrages.Jean CHAREST du parti libéral du Québec et ses barons financiers à l\u2019appétit vorace devraient lire ce livre pour comprendre les conséquences de la reprise des constructions de 131 mini-barrages hydro-électriques qu\u2019il préconise contre la volonté des populations riveraines.Espérons que le nouvel Observatoire sur la mondialisation saura diffuser toute l\u2019information nécessaire à ce sujet.L\u2019eau appartient au patrimoine commun.Elle doit être respectée et répartie équitablement pour redevenir source de PAIX et de VIE.Elle doit être par le public et par les gouvernements.L\u2019ouvrage propose un « décalogue » pour la préservation et la conservation de l\u2019eau et pour sa distribution juste, équitable et durable.Il faut donc : « i- rédiger une « convention relative au minimum vital d\u2019eau » ; 2- établir des « conseils locaux de gestion de l\u2019eau » ; 3- préconiser « des lois nationales sur la protection de l\u2019eau » ; 4- nous opposer au commerce de l\u2019eau ; 5- soutenir le mouvement de lutte contre les barrages ; 6- résister au FMI et à la BM ; 7- défier les barons de l\u2019eau ; 8- examiner la question de l\u2019équité à l\u2019échelle mondiale ; 9- promouvoir le Projet de Traité de partage et de protection des réserves d\u2019eau douce de la planète, et 10- appuyer une convention mondiale relative à l\u2019eau.» (p.339).Les gouvernements devront faire leur part avec fermeté, chez eux comme dans les institutions internationales y compris l\u2019OMC.Ils ne la feront que sous la pression des sociétés civiles mobilisées pour affirmer les grands principes fondamentaux et exiger leur application.La crise de l\u2019eau est soluble.Le livre de BARLOW et CLARKE montre l\u2019urgence de nous mettre à la tâche.Tous ceux qui ont à cœur d\u2019éclairer la conscience mondiale doivent se faire un devoir de lire ce livre.Jean-Louis Bourque 132 JEAN-CHRISTIAN PLEAU La Révolution québécoise, Fides, 2002 Dans le répertoire des expressions linguistiques traditionnellement chéries par l\u2019usage courant, celle de « Révolution tranquille » a la cote.On peut supposer que pour certains, elle initie un bref et confus élan de nostalgie.Pour d\u2019autres, spécifiquement pour les moins de trente ans qui ont vu le jour alors que l\u2019époque dont ils ne connaissent que le nom s\u2019apaisait ou s\u2019éclatait peu à peu, elle pourrait se résumer aux quelques traces de mémoire qu\u2019ils y ont découvertes.Mais la force initiale de l\u2019expression, celle qui peut-être la destinait à la pérennité qu\u2019on lui connaît mais qui se trouve aujourd\u2019hui dans un surprenant état d\u2019affadissement, tient plus qu\u2019on ne semble vouloir se rappeler au paradoxe qu\u2019elle porte comme une vérité à notre horizon historique : dans quelle parcelle, même la plus discrète, pourrions-nous imaginer surprendre ne serait-ce qu\u2019un soupçon de tranquillité lorsque l\u2019urgent, l\u2019impératif et le radical occupent déjà tant de place dans ce que nous supposons en concevant la révolution ?La Révolution québécoise, dernier essai de Jean-Christian Pleau, remonte habilement au point où l\u2019espoir d\u2019une révolution était encore, dans l\u2019esprit des intellectuels québécois, incompatible avec l\u2019idée d\u2019une issue qui ferait dire de toute une époque qu\u2019elle ne serait non pas explosive ni absolue mais.tranquille ! Le contraire aurait naturellement été pour eux l\u2019équivalent d\u2019un échec.L\u2019essai de M.Pleau revoit les pensées d\u2019Aquin et de Miron au sein de la petite famille intellectuelle québécoise, en plein tournant des années soixante, avec une intention bien éloi- 133 gnée de celles qui ont motivé les études menées jusqu\u2019à présent sur leurs œuvres.L\u2019aspect politique de leur travail littéraire et l\u2019importance qu\u2019y accordaient leurs contemporains ne sont souvent considérés aujourd\u2019hui que comme des indices faibles, voire négligeables de leur pensée créatrice, qui ne contribueraient que très peu à une meilleure compréhension de leurs œuvres.M.Pleau ne tente pas uniquement de reconnaître la dimension politique pour permettre un nouvel éclairage des qualités littéraires de quelques-uns de leurs grands textes ; il plonge au cœur du contexte historique et politique québécois du début des années soixante pour y faire ressortir le lien inextricable entre ces deux figures majeures de l\u2019époque et le rôle qu\u2019elles ont joué dans le paysage politique qui se dirigeait peu à peu vers la nécessité d\u2019une recomposition.La première partie de l\u2019essai, « La fatigue d\u2019Hubert Aquin », s\u2019ouvre avec une étude qui nous pousse d\u2019emblée à une reconsidération de la pensée politique d\u2019Aquin.La lucidité avec laquelle il envisageait les différents enjeux d\u2019une position nationaliste comme seule conséquence cohérente d\u2019une critique de tout ce qui constituait et perpétuait la « Grande Noirceur », apparaît formellement dans un débat de 1962, tenu autour de la question du nationalisme, opposant Aquin, alors rédacteur de Liberté, à Pierre Elliott Trudeau, journaliste de Cité Libre.La nouvelle trahison des clercs, texte de Trudeau écrit en réaction à un premier texte d\u2019Aquin et joint au grand bonheur du lecteur en appendice à la fin du volume11, fait d\u2019abord l\u2019objet d\u2019une explicitation minutieuse.M.Pleau n\u2019hésite pas à par- 11 II en va de même pour tous les textes à l\u2019étude dans l\u2019essai 134 courir plusieurs stratégies argumentatives organisées par Trudeau lui-même ou empruntées à ses penseurs favoris, certaines échappant de peu à la grossièreté et d\u2019autres s\u2019alliant plus joliment avec quelques subtilités, mais toutes lui servant à édifier les premiers fondements de sa position face au nationalisme et, plus généralement, face au Canada aux prises avec les Canadiens français du Québec.À cet article, Aquin répondra par un véritable rugissement intellectuel qui n\u2019aura curieusement que peu d\u2019écho dans les sphères de l\u2019intelligentsia québécoise ; c\u2019est dans la jeune revue Liberté qu'Aquin publiera son article au titre à l\u2019éloquence troublante : « La fatigue culturelle du Canada français ».L\u2019étude pointue et détaillée qu\u2019en fait M.Pleau nous met directement face à l\u2019intention d\u2019Aquin, cherchant à faire prendre conscience de la menace qui guette les peuples minoritaires non vigilants, risquant de basculer dans une anémie culturelle, signe ultime de la domination achevant son engloutissement.L\u2019édifice conceptuel d\u2019Aquin est rejoint dans tous ses détails par le travail de M.Pleau qui ne manque pas de renvoyer à des références appartenant à une multitude d\u2019horizons : philosophiques, historiques, sociologiques, politiques.L\u2019avant-gardisme et la lucidité de la pensée politique d\u2019Aquin ressortent donc avec vigueur de la première partie de l\u2019essai, parallèlement à la mise en évidence de son originalité intellectuelle l\u2019éloignant considérablement de la pensée bourgeoise d\u2019un Trudeau complaisant, « doublé sur sa gauche » par un discours qui s\u2019étendait avec souplesse et assurance dans le cours de l\u2019époque.Si la deuxième partie de l\u2019essai poursuit un but semblable à celui de la première, mais cette fois en prenant la poésie de Gaston Miron pour en montrer l\u2019indéniable caractère poli- 135 tique, la méthode de M.Pleau s\u2019y développe d\u2019une façon fort différente.L\u2019analyse que l\u2019on trouve dans « Miron en état d\u2019émeute », porte principalement sur un seul poème de Miron, L'homme agonique.M.Pleau en suit tous les indices donnés dans la forme et le sens, susceptibles d\u2019aider à retracer les préoccupations politiques du poète.On a affaire ici à un riche exercice historique et littéraire qui sait repérer les ambiguïtés du style de Miron pour leur redonner une clarté reliant de façon évidente le désir de révolution de Miron, écrit à l\u2019intérieur même du poème, et le désir de révolution naissant dans une partie de la nation québécoise.Finalement, l\u2019impressionnant travail de M.Pleau nous oblige à admettre, au terme de la lecture de l\u2019essai, que le défi fixé au départ est admirablement relevé.L\u2019importance de la dimension politique pour les deux auteurs, à l\u2019intérieur même de leurs œuvres, mais aussi à l\u2019intérieur de la société québécoise du début des années soixante, se révèle incontestable.Avec élégance, M.Pleau réussit à encadrer et à préciser certains éclats de leur pensée qui jettent sur la société québécoise contemporaine une ombre de déjà-vu ; en effet, certaines problématiques actuelles évitant de peu l\u2019asphyxie gagneraient à se retourner vers des œuvres puissamment originales, d'une pertinence qui nous laisse souvent pensifs sur l\u2019évolution de quelques-unes de nos politiques.Ces œuvres ont certainement traversé leur époque et atteint la nôtre grâce à leur richesse artistique, mais elles ne se sont pas vidées pour autant de leur profondeur politique.Ne pas reconnaître cet apport, ne pas s\u2019y référer même, c\u2019est nous plonger encore une fois dans le risque d\u2019une nouvelle cécité.Andrée-Anne Gratton 136 ROLAND ARPIN Territoires culturels, Montréal, Bellarmin, coll.L\u2019essentiel, 2002, 297 p.« Un épisode social important bouleversera le Québec au cours des prochaines années.Ce sera la fin de sa gouverne par des dirigeants issus de la filière des collèges privés » nous dit Roland Arpin dans un ouvrage qui assurément contribue d\u2019ores et déjà à nourrir la réflexion sur le sens et la portée du changement de la garde qui s\u2019annonce.Artisan de plusieurs des réalisations les plus fécondes de la modernisation du Québec, Roland Arpin donne dans cet ouvrage un témoignage éloquent de ce qu\u2019il y a de meilleur dans la culture de l\u2019administration publique québécoise.Haut fonctionnaire qui s\u2019est illustré par la préoccupation qu\u2019il a toujours eue de ménager, sans manquer à son devoir de réserve, des ouvertures sur la place publique à des débats que les réflexes bureaucratiques auraient eu tendance à garder en vase clos, l\u2019auteur nous offre un recueil d\u2019articles fort utiles pour comprendre certains des enjeux fondamentaux qui ont marqué l\u2019entreprise de modernisation de l\u2019État du Québec et ses impacts sur notre société et sa façon de se penser, de se projeter.Insistant pour situer son ouvrage dans une préoccupation qu\u2019il maintient toujours sous le signe de l\u2019action, Arpin est moins soucieux d\u2019inventaire qu\u2019en quête de sens, toujours à la recherche des voies de l\u2019avenir : « .j\u2019ai eu la chance de vivre la transformation du Québec, depuis les années 1960 jusqu\u2019à maintenant.Ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est l\u2019avenir, c\u2019est le développement fulgurant de notre société.Réflexion - action -réflexion : tel est le mouvement que j\u2019ai toujours privilégié et qui donne à ces pages un certain éclectisme que je ne saurais nier » 137 (p.9) La diversité des sujets (langue, urbanisme, muséologie, spiritualité, etc,) abordés ne reflète pas seulement l\u2019immense appétit de connaître que l\u2019on sent à chaque page de cet ouvrage, elle témoigne aussi de l\u2019étonnant parcours d\u2019un homme que sa carrière a conduit aux principaux carrefours stratégiques du Québec des quarante dernières années.C\u2019est ce qui fait la richesse et l\u2019intérêt de l\u2019ouvrage : les exemples qui sont apportés pour étayer, questionner ou enrichir le raisonnement sont toujours tirés d\u2019expériences de première main, ce qui donne à ce travail une valeur exceptionnelle.Parce qu\u2019il jette un éclairage sur le processus de pensée et sur le matériau et les outils utilisés par le gestionnaire, il permet de saisir pour ainsi dire de l\u2019intérieur certains des aspects essentiels du contexte décisionnel dans lequel il a œuvré et dont il a contribué à façonner et définir les paramètres.Ce livre peut donc se lire à la fois comme un témoignage, une trace et une projection.L\u2019auteur ne cache pas ses choix fondamentaux.Il place son travail et sa réflexion sous le signe de ce qu\u2019il désigne comme l\u2019option culture, « un regard nouveau sur le monde qu\u2019il faut domestiquer ».L\u2019ouvrage s\u2019ouvre sur présentation qui s\u2019amuse à prêter au Premier ministre du Québec des propos pour justifier de rompre avec l\u2019économisme dominant en plaçant la culture au centre et au fondement des enjeux de notre développement.Le fonctionnaire se fait plaisir en s\u2019imaginant entendre du côté du pouvoir les échos de son propre choix d\u2019une orientation qui « relègue la démarche économique en deuxième ligne » et la subordonne.Mais Roland Arpin est instituteur de formation et son procédé rhétorique ne sert pas seulement son plaisir d\u2019auteur, il fait comprendre d\u2019entrée de jeu que c\u2019est d\u2019une rupture qu\u2019il s\u2019agit. 138 On conviendra que ce n\u2019est pas fréquent de voir les gestionnaires soutenir une telle approche sur la place publique.Du coup cela le situe dans le camp des innovateurs et l\u2019oblige pour les fins de sa propre démarche à combiner l\u2019esprit critique avec le pragmatisme dont il se fait une règle dans tous les territoires qu\u2019il nous invite à explorer.Et cela n\u2019est pas simple quand on pense que l'auteur se penche sur des domaines où sa réflexion doit composer avec les résultats de sa propre action en tant que gestionnaire public.La marge est mince entre ce que lui impose son devoir de réserve et ce qu\u2019exige de rigueur son engagement pour l\u2019option culture qui lui commande de refuser la réduction instrumentale de la culture et des valeurs.Il parvient à le faire sans complaisance.On en jugera par le bilan que dresse l\u2019artisan du rapport Une politique de la culture et des arts qui donnera lieu à l\u2019adoption d\u2019une première véritable politique culturelle et à la création du ministère de la Culture et des Communications : « Au fil des programmes de travail ministériels, il m\u2019a semblé que l\u2019essentiel des mesures proposées dans la politique a été mené à bien, mais de façon plus studieuse qu\u2019innovatrice et avec un sens du devoir accompli, dont la passion et la vision paraissent trop souvent absentes.Tout se passe comme si l\u2019on vaquait encore aux affaires culturelles alors que le gouvernement s\u2019est doté d\u2019un ministère de la Culture et des Communications en igç)2.Ce changement d\u2019appellation laissant présager des audaces et un nouvel aménagement du pouvoir culturel qui se font attendre » (p.8y).C\u2019est dit sereinement, mais le jugement n\u2019en tombe pas moins dru.L\u2019audace et l\u2019innovation Arpin les salue néanmoins quand il les constate et qu\u2019il a la « chance » d\u2019y participer.Ses pas- 139 sages sur la création de la Place des Arts, du Musée de la civilisation encore de la construction de la Grande Bibliothèque ne font pas de quartier aux frileux et l\u2019on comprend bien que le gestionnaire pausé doit quand même bouillonner intérieurement devant le sort réservé à son rapport sur la future politique du patrimoine.Il en a vu d\u2019autres, c\u2019est certain, et en vieux routier de l\u2019administration publique il doit bien connaître les vertus de la patience et de la détermination.Il n\u2019en livre pas moins une matière riche et stimulante dès lors qu\u2019il réfléchit sur la notion de patrimoine, qu\u2019il y place au fondement la langue, sa maîtrise comme instrument d\u2019expression des valeurs et de la pensée aussi bien qu\u2019outil de création (chap.2).À la recherche d'un humanisme renouvelé, Arpin donne très certainement la meilleure illustration de sa pensée et de sa démarche dans les chapitres qu\u2019il consacre à la place de la science (chap.9) aux rapports entre l\u2019art et la société (chap.10) ou à la culture comme lecture du monde (chap.3) et à la place de l\u2019héritage religieux et spirituel (chap.11).C\u2019est très certainement le chapitre huit, Éducation et action culturelle dans les musées, qui donne le mesure la plus tangible de la richesse de la combinaison d\u2019un parcours et d\u2019une réflexion confrontée aux défis du réel.Dressant à grands traits un bilan de la réforme scolaire vue par un de ses artisans de première ligne et en tirant les leçons pour mieux penser le rôle des musées Arpin donne ici une illustration remarquable non seulement de la clarté de pensée dont il est capable mais aussi de l\u2019espace culturel dans lequel il voit et inscrit l\u2019action des musées.Dans ce chapitre comme en plusieurs autres de ce livre, il parvient à montrer toute l\u2019originalité de ce qui s\u2019est accompli ici en muséologie 140 et à en proposer une lecture bien en prise sur les enjeux sociaux et politiques structurés par les besoins de la « démocratie cognitive » expression qu'il emprunte à Edgar Morin., pour traduire la nécessité d\u2019outiller les citoyens pour débattre des sujets complexes.Ce souci démocratique traverse de part en part la réflexion et trouve une expression intéressante au chapitre 5, La tentation de l\u2019État.S\u2019inscrivant en faux contre le tout-au-marché, Arpin plaide en faveur du rôle indispensable de l\u2019État à l\u2019égard de la culture, ce « ciment de la nation », tout en retenant la nécessité de revoir les modes d\u2019intervention et d\u2019ajuster l\u2019action gouvernementale à une réalité culturelle en pleine mutation.Ses observations sur le rôle de la structuration en réseau des équipements culturels, sur la nécessité d\u2019y articuler des stratégies de diffusion adaptées aux divers publics et aux réalités de la structure de peuplement de notre territoire ne manqueront pas de stimuler ceux et celles qui réfléchissent aux meilleurs moyens de combattre les clivages inquiétants qui opposent trop souvent la métropole et les régions.Les problèmes d\u2019accessibilité ne sont pas que matériels et Arpin le sait bien que les clivages sociaux sont très difficiles à vaincre et qu\u2019il faut sans relâche chercher les moyens de les réduire par des approches adaptées à la diversité des publics.On pourra néanmoins déplorer que l\u2019auteur riait pas consacré davantage d\u2019efforts à saisir le sens et la portée de cette réalité que les sociologues de la culture ont désigné comme les « non-publics », les couches non rejointes par les institutions et leurs stratégies de diffusion.Il y a là des défis énormes pour les administrateurs culturels. M1 Pragmatique, Arpin pense toujours qu\u2019il vaut mieux « unir nos efforts plutôt qu\u2019exciter nos craintes » mais cela ne l\u2019empêche pas d\u2019affirmer que les liens culture et marketing constituent des liaisons dangereuses.Il n\u2019en pense pas moins qu\u2019il soit nécessaire de prendre les risques de courtiser le marché de la publicité pour assurer de meilleures ressources aux institutions.Le chapitre (chap.12) qu\u2019il consacre à la question est intéressant mais laisse le lecteur sur son appétit.C\u2019est peut-être le seul endroit dans l\u2019ouvrage où le pragmatisme du gestionnaire fait ombrage au sens critique de l\u2019humaniste.La réflexion, même si on peut trouver qu\u2019elle n\u2019est pas conduite jusqu\u2019à ses aboutissements, n\u2019en reste pas moins riche et stimulante.Sur cet aspect comme sur les autres elle a toujours le mérite de bien mettre en perspective le contexte québécois, de bien le situer par rapport à ce qui se fait ailleurs.Somme toute, ce livre propose un parcours fort invitant.L\u2019auteur y donne à penser et c\u2019est ce qu\u2019on attend de mieux d\u2019un ouvrage de ce genre.Roland Arpin y évite le principal écueil où aurait pu échouer son entreprise en dressant un bilan pondéré des réalisations d\u2019une Révolution tranquille où il a joué un rôle important et en y trouvant le matériau d\u2019une lecture du présent qui ne manque pas d\u2019avenir dans la pensée.Il prend la mesure du chemin parcouru, il le fait avec une satisfaction certaine en regard de ce qui a été réalisé mais sans fatuité, avec un sens de la mesure qui ne perd jamais de vue que ce qui importe le plus, c\u2019est ce qui reste à accomplir. M2 LIVRES REÇUS Roland Arpin Territoires culturels, Bellarmin, 2002, 296 p.Jean-Paul Baillargeon (sous la direction) Transmission de la culture, petites sociétés, modialisations, 2002, 293 p.Jacques Beauchemin L'histoire en trop, La mauvaise conscience des souverainistes québécois, vlb Éditeur, 2002 Roméo Bouchard Plaidoyer pour une agriculture paysanne, pour la santé du monde, Éditions Écosociété, 2002, 228 p.Jean-Pierre Boyer Appel à la justice de l\u2019État de Pierre du Calvet, Septentrion, 2002.Marc Brière Pour sortir de l\u2019impasse : un Québec républicain !, Éditions Varia, 2003, 246 p.David R.Cameron et Janice Gross Stein Contestation et mondialisation, repenser la culture et la communication, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2003, 220 p. M3 Dianne Casoni, Louis Brunet La psychocriminologie, Presses de l\u2019Université de Montréal, Collection paramètres, 2003, 239 p.David Cheal, (sous la direction de) Vieillissement et évolution démographique au Canada, Presses de l\u2019Université de Montréal, Collection Tendances, 2003, 295 p.Rapport du Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites (rapport Nolin) Le cannabis, version abrégée du Rapport, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2003, 268 p, Gérard Duménil et Dominique Lévy Crises et renouveau du capitalisme, Le XXL siècle en perspective, Presses de l\u2019Université Laval, 2002,164 p.Raoul Étongué Mayer, Yann Roche, Dieudonné Monafo Dictionnaire des termes géographiques contemporains, Guérin Éditeur, 2003, 352 p.Jean Ferguson \u2022\tUn amour de poète, roman, Éditions Lettresplus, 2002,145 p.\u2022\tLe bonheur a des candeurs d\u2019enfance griffonnées à la main, Éditions Lettresplus, 2002, 91 p.\u2022\tDans le blanc des yeux, Mémoire du présent, Humanitas, 137 p.Andrée Ferretti La passion de l\u2019engagement, Discours et textes (1964-2001), Lanctôt Éditeur, 2002,190 p.Lucia Ferretti Histoire des Dominicaines de Trois-Rivières, Septentrion, 2002, 190 p. 144 Michel Freitag L\u2019oubli de la société, Pour une théorie critique de la post-modernité, Presses de l\u2019Université Laval, 2002, 433 p.Gilles Gagné \u2022 Simon Langlois Les raisons fortes, nature et signification de l\u2019appui à la souveraineté du Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2002,187 p.Bernard Gagnon La philosophie morale et politique de Charles Taylor, Presses de l\u2019Université Laval, 2002, 303 p.Jacques Grand\u2019Maison Réenchanter la vie, Fides, 2002, 285 p.Bertrand Guay Un siècle de symphonie à Québec, Septentrion, 2002,163 p.Joseph Heath La société efficiente, Pourquoi fait-il si bon vivre au Canada ?Presses de l\u2019Unversité Laval, 2002, 430 p.André Joyal Le développement local, Comment stimuler l\u2019économie des régions en difficulté, Éditions de l\u2019IQRC, Presses de l\u2019Université Laval, 2002, 156 p.Stéphane Kelly (sous la direction de) Les idées mènent le Québec, essais sur une sensibilité historique, Presses de l\u2019Université Laval, 2003, 219 p.Jacques Lacoursière Une histoire du Québec, Septentrion, 2003,194 p.Robert Lahaise Canada-Québec, Entrouverture au monde, i8g6-igi4, Lanctôt Éditeur, 2002, 256 p. 145 Denis Lazure Médecin et citoyen, Éditions Boréal, 2002, 400 p.Albert Legault La lutte antiterroriste ou la tentation démocratique autoritaire, Presses de l'Université Laval, 2002, 165 p.Manon Leroux Les silences d'octobre, Le discours des acteurs de la Crise de 1970, vlb éditeur, 2002.Paul-Louis Martin Les Fruits du Québec, Histoire et traditions des douceurs de la table, Septentrion, 2002, 224 p.Denis Monière Internet et démocratie, Monière et Wollank éditeurs, 2002, 187 p.Francis Moreau Hannah Arendt, l'amour de la liberté, Essai de pensée politique, Presses de l\u2019Université Laval, 2002, 236 p.Jean-Christian Pleau La Révolution québécoise, Hubert Aquin et Gaston Miron au tournant des années soixante, Fides, 2002, 270 p.Jean-Denis Robillard Combien de fois encore ?Les relations conflictuelles Canada/ Québec depuis les 50 dernières années, JDR Éditions, 2001, 656 p.Pierre Serré Deux poids, deux mesures, L'impact du vote des non francophones au Québec, vlb éditeur, 202, 266 p. 146 Nicole Tremblay L\u2019œuvre de sable, Septentrion, 2002, 156 p.Rodrigue Tremblay Pourquoi Bush veut la guerre, Éditions les Intouchables, 2003, 275 P- Pierre Vadeboncœur, La justice en tant que projectile, Lux Éditeur, 2002, 98 p.Denis Vaugeois America, L\u2019expédition de Lewis et Clark et la naissance d\u2019une nouvelle puissance, Septentrion, 2003, 263 p.Surveillez notre site Internet ! Vous pourrez bientôt payer votre abonnement en ligne avec votre carte de crédit en toute sécurité.www.action-nationale.qc.ca FONDS de solidarité FTQ La force du travail Levier économique, partenaire de votre croissance, le Fonds de solidarité FTQ contribue avec force au développement des entreprises dans tous les secteurs de l'économie québécoise.1 800 361-5017 wwwi.fondsftq Envoi de publication Enregistrement numéro 09113 Pour bâtir une économie, TRANSLATEX , Communications' RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca te Rassemblement pour un Pays Souverain Unum Quebec Patria Nostra Est Québec, notre seule patrie C.P.244, succursale Place d\u2019Armes, Montréal (Québec) H2Y 3G7 Tél.: (450) 491-5437 Courriel : roy.b@videotron.ca - Site internet : www.rpsquebec.qc.ca Allard & Carrière SOCIÉTÉ NOMINALE COMPTABLES AGRÉÉS Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info @ sta-conseil.com www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Télécopieur : (450) 471-0026 Téléphone : (450) 471-2662 Terrebonne (Québec)\t(514)355-7923\t(514)355-7869 J6W 3E1\t(800) 782-5799 CHRONIQUES \t \t \t \t 150 LE BULLETIN DU LUNDI Vous souhaitez recevoir ce bulletin par courriel chaque lundi ?C\u2019est simple, il suffît de nous envoyer votre adresse de courrier électronique à administration (g) action-nationale.qc.ca ou de s\u2019abonner à partir de notre site Internet.Bulletin du 25 novembre 2002 L\u2019ENCERCLEMENT CONTINUE François Legault se démène comme un forcené pour tenter de faire comprendre une évidence.La raréfaction des ressources financières du gouvernement du Québec n\u2019est pas un thème idéologique, c\u2019est une réalité brutale.Le ministre vient de lancer des chiffres qui font frémir.Le Québec est désonnais enfermé dans une logique qui l\u2019amène inéluctablement à chauffer sa maison en bridant ses meubles.Il n\u2019y a aucun moyen réaliste de permettre à l\u2019État du Québec d\u2019assumer même ses missions provinciales dans le cadre financier actuel.Le PLQ et l\u2019ADQ ont choisi d\u2019adapter le Québec à l\u2019espace qu\u2019Ottawa lui laisse.La gestion de la pénurie ne fera pas apparaître les revenus manquants.Tous deux proposent désormais le rapetissement comme horizon.Ils sont d\u2019accord sur l\u2019essentiel, c\u2019est-à-dire pour accepter l\u2019accroissement des inégalités et la dislocation des moyens de solidarité collective et pour renoncer au contrôle sur les leviers stratégiques qui permettraient à l\u2019État québécois de soutenir et promouvoir nos priorités collectives.À la veille du dépôt du rapport Romanow, on comprend bien que le ministre Legault cherche à définir la problématique dans les termes et les paramètres en accord avec nos intérêts nationaux.Il faut souhaiter qu\u2019il ne s\u2019enlisera pas lui-même dans la gestion provinciale en se contentant de poser la chose sous l\u2019angle d\u2019une inévitable hausse des impôts du Québec.Il y a des limites à pratiquer l\u2019auto-strangulation.C\u2019est la souveraineté qui permettra de régler le problème des revenus, c\u2019est la seule façon de sortir de l\u2019inéluctable accroissement du fardeau fiscal des Québécois.Il n\u2019y a rien à attendre des réactions au rapport Romanow.Il est évident que le document fédéral va semer de la confusion dans le débat québécois.Et, du même coup, fournir un espace aux pseudo-pragmatiques qui vont proposer de troquer notre État pour des civières en consentant à laisser Ottawa fixer les « normes nationales », les objectifs « nationaux » et les modalités d\u2019allocation des ressources.Pendant que l\u2019attention se concentre sur la santé, Ottawa continue l\u2019encerclement.Il suffisait de lire Le Devoir du mercredi 20 novembre dernier pour constater jusqu\u2019à quel point le Québec est de plus en plus exposé aux vents froids d\u2019une histoire Canadian qui s\u2019accélère.Pendant que le ministre Legault faisait connaître ses besoins financiers les nouvelles fusaient tout autour laissant bien voir au milieu de quels tourbillons la barque provinciale tangue dangereusement.Éparpillés sur deux cahiers, les articles de l\u2019édition de ce mercredi s\u2019imbriquaient comme les pièces d\u2019un puzzle inquiétant.Environnement, réglementation du secteur financier, questions urbaines, commerce international, Ottawa bouge et tout laisse penser que ses mouvements laisseront le Québec 152 bien loin des décisions stratégiques qui façonneront son destin.« Des libéraux veulent un ministre fédéral des Villes » nous dit un article de Hélène Buzetti (p.A3) relatant que certains de nos valeureux représentants réclament un « Stéphane Dion des Affaires municipales » tout en se défendant de vouloir financer directement les municipalités.Beau programme, belle inspiration avec un homme qui doit sa carrière à ses recommandations pour éreinter le Québec.On doit les croire, Ottawa ne cherche pas à empiéter sur les compétences du Québec.Il a l\u2019intention et la ferme volonté de le faire ! Voilà au moins deux que Paul Martin et plusieurs autres font déclarations en ce sens.L\u2019État Canadian sait bien que les politiques économiques dans un monde globalisé exigent de prendre appui sur les centres métropolitains et il le fera, au nom des intérêts nationaux du Canada.C\u2019est à Ottawa qu\u2019on fixera ce que devront être la place et le rôle de Montréal.Métropole québécoise ?pour les affaires de la bourgade seulement.Le deuxième cahier de la même édition publiait un article nous apprenant que le gouvernement d\u2019Ottawa, malgré ce qu\u2019il avait laissé entendre, s\u2019apprêterait à faire des ouvertures très grandes au sujet du fameux chapitre n de l\u2019ALENA.L\u2019Assemblée nationale peut bien se voter les lois qu'elle voudra en ce qui concerne la ratification des traités, le Canada mène les négociations à sa manière.On verra bien quand tout sera formulé dans les versions finales ce qu\u2019il restera des prétentions du Québec.Et on peut compter sur Pierre Pettigrew pour agir en toute transparence et se soucier des intérêts du Québec dans le respect de ses insti- 153 tutions.Comme on peut également compter sur la grande probité d\u2019un Paul Martin dont Manon Comellier nous décrit (p.A3) les manoeuvres pour retarder la ratification du protocole de Kyoto aux seules fins de raffermir ses positions dans la guerre intestine qui se déroule au PLC et pour se faire du capital politique auprès des barons pollueurs.Encore là, il est évident que les intérêts du Québec dont la situation est si singulière eu égard aux engagements de Kyoto, ne pèsent pas lourd dans le jeu des alliances, quoi qu\u2019il en paraisse dans les conférences provinciales.On sait ce que valent ces consensus quand Ottawa met son argent dans la balance pour faire valoir le point de vue « national ».C\u2019est cette même préoccupation qu\u2019invoque par ailleurs un comité qui déposait cette semaine aussi un rapport au ministre Manley.« Les valeurs mobilières doivent être davantage encadrées » titre Le Devoir du même jour (Bi).Ottawa continue de jouer ses billes pour faire émerger une agence « nationale » qui passerait par-dessus la tête du Québec et ferait fi des compétences des provinces.Bien sûr, le rapport Martineau, la création d\u2019une nouvelle agence regroupant toutes les organismes d\u2019encadrement des services financiers œuvrant au Québec, tout cela ne compte pas dans les préoccupations de John Manley et de l\u2019establishment torontois qu\u2019il sert.Just another pain in the.Pendant que les partis fédéralistes du Québec mettent tout en œuvre pour garder les débats au ras des pâquerettes, la machine de l\u2019État Canadian se donne des horizons.Refusant de reconnaître que ne s\u2019y profile aucun destin spécifique pour le Québec, les inconditionnels du lien Canadian ne ménagent rien pour faire en sorte que nos débats publics 154 tournent en rond.Ils ne se donnent même plus la peine de commenter les gestes d\u2019Ottawa, se contentant de faire mousser les faits divers auxquels ils réduisent la politique québécoise.Ils parlotent pour mieux cacher sous la rhétorique le choix qu\u2019ils ont déjà fait d\u2019une capitulation sans condition.Robert Laplante Bulletin du 9 décembre 2002 EN BEAU FUSIL Un milliard !!! Des coûts de programme presque cinq cents fois supérieurs à la prévision et ce n\u2019est pas fini.Un gouffre qui s\u2019est creusé à l\u2019insu du Parlement mais avec la complicité active du gouvernement.Déficit démocratique ?Allons donc, Ottawa knows best ?C\u2019est si peu cher payer la vertu.Les armes à feu, on sait bien.Un milliard !!! C\u2019est la moitié de ce qu\u2019il manque à François Legault pour faire face aux besoins en santé.C\u2019est trois fois plus qu\u2019il n\u2019en faut pour assurer la gratuité universitaire à nos étudiants.C\u2019est plusieurs dizaines de fois plus qu\u2019il n\u2019en faut pour équiper convenablement nos lamentables bibliothèques scolaires, pour se donner une audacieuse politique d\u2019accessibilité à la culture.Un milliard !!! 155 C\u2019est deux fois plus qu\u2019il n\u2019en faut pour doter le Québec de la politique de restauration forestière dont il a besoin de toute urgence.C\u2019est deux fois plus qu\u2019il n\u2019en faut pour se donner un Régime québécois de congés parentaux à la hauteur des besoins des jeunes familles, pour se donner de véritables moyens de soutien à la natalité.C\u2019est ce qu\u2019il faudrait pour donner une impulsion décisive au transport collectif.Un milliard !!! Et ce n\u2019est toujours pas assez pour donner la nausée terminale, le grand haut-le-cœur Canadian.Ce n\u2019est même pas assez pour que Martin Cauchon cesse de faire le jar rue Laurier.C\u2019est encore trop peu pour donner son congé au petit Dion qui, cette fois-ci, n\u2019a pas cru bon de jouer les donneurs de leçon et qui s\u2019est caché pour laisser fermenter sa bile.Un milliard !!! Et ce n\u2019est toujours pas assez pour faire taire Jean Charest qui déblatère sur le modèle québécois tout en ne demandant pas mieux que de s\u2019agenouiller devant les « normes nationales ».Ce n\u2019est toujours pas suffisant pour faire admettre à Mario Dumont qu\u2019il y a trop de fonctionnaires Canadian dans les affaires québécoises.C\u2019est encore trop peu pour calmer les fantasmes provinciaux de Guy Laforest qui s\u2019imagine régler la question du Québec par des pèlerinages à Moncton et des cocktails à Charlottetown.Un tout petit milliard.mais ça se dépense à Ottawa, loin de la bourgade ! Un tout petit gaspillage, à peine suffisant pour que tous les éditorialistes de Gesca fassent semblant d\u2019être 156 offusqués et se mettent à beurrer large en fabriquant la fausse symétrie « Ottawa-Québec - c\u2019est du pareil au même ».Après tout, rien ne peut faire paraître plus objectif que de placer les deux gouvernements dos à dos pour fuir la seule conclusion qui s\u2019impose : le lien Canadian est une ruineuse aberration.Un petit milliard qui s\u2019additionne aux dizaines de milliards détournés de la caisse d\u2019assurance-emploi, des cinq cents millions engloutis par Développement et ressources humaines Canada du temps de Pettigrew, des centaines de millions aux copains de Gagliano et Chrétien, des dizaines de millions pour la Clarkson et tout le fatras monarchique, tout cela reste encore trop insignifiant pour penser que ça va faire.Il n\u2019y a jamais de trop grosse perte pour le Québec qui est tellement plus beau, plus digne lorsqu\u2019il se lamente.Le prix n\u2019est jamais assez élevé pour justifier la rupture.Rien n\u2019est jamais trop cher lorsqu\u2019il s\u2019agit de ravaler.Un milliard !!! Pour continuer de subir la médiocrité du plus meilleur pays du monde.Et dire que la nouvelle tombe la semaine même où Romanow, ses vingt millions dépensés, est venu nous dire qu\u2019Ottawa devrait encadrer la gestion des provinces.La bureaucratie fédérale sait tellement mieux faire les choses lorsqu\u2019il s\u2019agit des « valeurs nationales ».Un milliard !!! Pour nous rappeler que la bêtise ne tue pas.Un milliard pour faire donner en millième reprise le spectacle de la servilité des fédéralistes québécois.Que faudra-t-il donc à tous ces mollassons du lien Canadian inconditionnel pour se mettre en beau fusil ?À croire que la colère 157 même c'est trop cher payer pour une si petite perte que la dignité.Robert Laplante Bulletin du 16 décembre 2002 TERRE HOSTILE C\u2019est un portrait lamentable que nous livrent les données du recensement publiées cette semaine.Comme le sujet est toujours explosif au Canada, on a pu constater les efforts considérables déployés pour enrober dans la nuance le constat accablant qui ressort de ces résultats.Le Canada est une terre hostile pour la langue française et pour ceux qui la parlent.L\u2019assimilation continue de progresser dramatiquement et le poids relatif des francophones continue de baisser.Les modifications techniques apportées à la formulation des questions, les restrictions méthodologiques subtiles qui rendent difficile et complexe la comparaison avec les recensements antérieurs, on voudrait bien croire que tout cela a été fait pour le bénéfice de la science démographique et pour une meilleure connaissance de la réalité.La vérité, malheureusement, c\u2019est que le brouillage de la compréhension de la dynamique d\u2019ensemble de l\u2019évolution linguistique au Canada fait partie intégrante de la stratégie de désinformation mise en œuvre par l\u2019État Canadian depuis la liquidation du rapport de la Commission Laurendeau-Dunton.La méfiance s\u2019impose donc à l\u2019égard des résultats publiés cette semaine, il faudra décortiquer très attentivement ces données pour avoir une compréhension dépouillée des distorsions Canadian. i58 La situation des minorités françaises au Canada est plus tragique que jamais.Elle démontre l\u2019échec de la Loi sur les langues officielles.L\u2019approche formaliste mise de l\u2019avant par le gouvernement Trudeau n\u2019a servi qu\u2019à enrober dans une hypocrisie bureaucratique le refus tout Canadian de tenir compte du fait français comme réalité sociale et culturelle globale - comme réalité nationale, disait André Laurendeau.Pour nier cette évidence, pour refuser toute forme d'arrangement constitutionnel qui aurait consacré son caractère bi-national, le Canada a choisi le multiculturalisme et une reconnaissance instrumentale du français.Résultat, les solutions bureaucratiques ont permis de donner un vernis de légitimité à l\u2019État Canadian tout en continuant d\u2019avaliser l\u2019intolérance de la société Canadian et sa fermeture à la réalité française.Partout au Canada, on refuse de reconnaître le soutien aux institutions des minorités, partout Ottawa compense par de l\u2019argent la mauvaise foi des provinces qui se hâtent toujours très lentement en appliquant la même règle d\u2019intervention : trop peu trop tard.Il faut refuser de blâmer les victimes.Les minorités méritent tout notre soutien.Mais surtout, il faut dénoncer l\u2019imposture de l\u2019approche Canadian.D\u2019habitude si prompt à pérorer sur la place publique, le petit Stéphane s\u2019est fait discret cette semaine.Le plan qu\u2019il promet ne vient toujours pas.Et l\u2019on comprend la difficulté qu\u2019il éprouve à le livrer : la majorité Canadian ne voit plus d\u2019intérêt à dépenser tant d\u2019argent pour faire semblant.C\u2019est une question de vision de ce qu\u2019est la société Canadian.À Ottawa, on ne voit dans le fait français qu\u2019un instrument pour domestiquer le Québec.La réaction de Sheila Copps aux résultats du recensement illustre parfaitement cette façon de voir : la solution à l\u2019assi- 159 milation ?non pas un meilleur soutien aux communautés par le renforcement d\u2019un réseau institutionnel complet mais seulement le remplacement des locuteurs assimilés par des immigrants francophones.En clair, maintenir un bassin de clientèle pour continuer de tenter de justifier l\u2019offre de services individuels.Et continuer de se comporter au Québec comme un État voyou.Le Canada a tout mis en œuvre pour briser la législation linguistique québécoise.Il a fait sa réforme constitutionnelle dans ce but explicite, adoptant la Charte canadienne des droits pour mieux piétiner les droits du Québec à vivre dans sa langue.Il pratique une politique de déstabilisation qui a d\u2019abord passé par le financement de groupes voués à la guérilla juridique permanente et qui a été, par la suite, inscrite dans la stratégie globale d\u2019une guerre de propagande financée à coup de centaines de millions.À tout cela il faut ajouter son refus obstiné de respecter la législation linguistique québécoise sur le territoire du Québec.Ottawa pratique une guerre incessante et ses résultats sont partout visibles.Au Canada, par le déclin que l\u2019on sait.Et au Québec, par ce que l\u2019on voit partout dans toutes les manifestations bilingues de la présence fédérale au mépris de nos lois aussi bien que par la concurrence des modèles d\u2019intégration des immigrants que sa guerre de propagande nourrit et entretient.Car en dépit des manœuvres de Statistiques Canada pour brouiller les pistes (en modifiant, par exemple, son questionnaire au Québec seulement) le fait le plus accablant de ce recensement reste bien le fait qu\u2019en matière de transfert linguistique, c\u2019est encore à l\u2019anglais que passe une majorité d\u2019allophone (54 %.) Vingt-cinq après l\u2019adoption de la loi ioi, il peut sans doute s\u2019en trouver encore pour se consoler des quelques progrès réalisés.Quels que soient les motifs justifiant ou expliquant cette attitude, ils ne devraient pas faire perdre de vue le sens d\u2019un fait brut qu\u2019établit clairement ce recensement : l\u2019anglicisation de Montréal et du Québec repose en grande partie sur les faiblesses du modèle d\u2019intégration des immigrants et des allophones.Ces faiblesses tiennent pour l\u2019essentiel de deux facteurs : la guerre à la francisation que mène Ottawa et la lacune grave que représente l\u2019absence d\u2019obligation de fréquenter le CEGEP français.Cette obligation faite, l\u2019intégration à l\u2019ensemble du réseau institutionnel francophone serait grandement accrue et l\u2019intégration culturelle facilitée.Le combat linguistique changerait de visage et de cible.L\u2019agression fédérale ne se terminera que par la rupture du lien Canadian.Mais son efficacité pourrait être atténuée par une détermination québécoise plus affirmée.La dérive anglicisante du Québec repose sur une dynamique nourrie par des forces institutionnelles qui sont maintenues artificiellement dans une orbite anglophone qui n\u2019a rien à voir la place réelle et les droits de la communauté anglophone du Québec et qui tient dans les hésitations à tout mettre en œuvre pour intégrer les allophones à la culture québécoise.En leur faisant l\u2019obligation de fréquenter le CEGEP français le message sera clair : la langue française ne sert pas seulement à commander un litre de lait au dépanneur pendant qu\u2019on vit dans un réseau institutionnel qui fonctionne en anglais et sur des repères Canadian. i6i COURRIER DES LECTEURS CANADIAN OU CANADIEN ?Pourquoi évitez-vous systématiquement l\u2019adjectif canadien ou canadienne au profit de l\u2019adjectif Canadian ?Une fois de temps en temps, Canadian fait bel effet et transmet une nuance de pensée utile.Mais il y a une autre nuance de pensée qui serait utile et qui se perd hélas dans l\u2019évitement systématique en question.On dirait une gêne, un empêchement théorique qui réfrénerait chez vous l\u2019usage normal de l\u2019adjectif français canadien dès qu\u2019il s\u2019agit de désigner la réalité canadienne ou outaouaise.Par exemple, dans le bulletin de cette semaine (« Terre hostile », 16 déc.2002), où aurait été le problème à parler de la stratégie de désinformation mise en oeuvre par l\u2019État canadien ?Pourquoi, ici comme la plupart du temps, écrire à la place État Canadian ?Cela n\u2019est pas une faute, bien sûr ; cela est significatif.Plus précisément, c\u2019est la répétition de ce tour, le fait de préférer systématiquement Canadian à canadien qui me semble significatif.On dirait une hésitation à rompre avec le canadien.On se dit que, pour vous, canadien, contrairement à Canadian, ça pourrait encore être nous malgré tout.Il y a là, se 1 62 dit-on, quelque chose de la désunifoliation non parachevée (Loco Locas : « Désunifoliez-vous ! », trouvaille géniale) ; quelque chose du québécois pas tout à fait abouti, encore canadien-français.(minuscules délibérées).Pour ma part en tout cas, j\u2019ai cessé à un moment donné de me servir de ce truc rhétorique, quand je me suis rendu compte que canadien faisait pratiquement toujours mieux l\u2019affaire.Les Québécois doivent apprendre à ne plus se nommer eux-mêmes Canadiens (français), apprendre que la désignation canadienne n\u2019est définitivement plus leur et qu\u2019elle se trouve très précisément être en l\u2019occurrence celle de leur principal ennemi politique.Je sais que vous savez vous-même tout cela.Mais comprenez-vous l\u2019avantage qu\u2019il y aurait, pour un éducateur politique comme vous, à préférer au contraire systématiquement canadien à Canadian ?En répétant État Canadian, stratégie de minorisation Canadian, politique d\u2019étranglement Canadian, carcan Canadian, fédéralisme Canadian, unitarisme Canadian, etc., vous sous-entendez volens nolens que ces réalités seraient moins odieuses si elles étaient canadiennes.Dans ce tic rhétorique s\u2019exprime à mon avis un reste d\u2019idéologie canadienne-française.Disons ça de même.C\u2019est strictement sans aucune animosité que j\u2019écris ces lignes.Je vous félicite au contraire de votre beau bulletin, comme d\u2019autres en félicitent d\u2019autres de leur beau programme.Richard Gervais 163 UN APPEL À LA MOBILISATION Je viens de lire l'article de Michel Venne dans L\u2019Action Nationale de janvier 2003 et je le trouve très intéressant et positif.C\u2019est un appel à la mobilisation pour remettre le Québec en marche et la souveraineté en marche.J\u2019étais découragé par les attaques du gouvernement canadien contre le Québec.L\u2019article me donne des espérances de pouvoir bâtir un Québec qui réponde aux aspirations des Québécois.Marcel Longpré, Repentigny POURQUOI LE FOSSÉ ENTRE PAUVRETÉ ET RICHESSE S\u2019AGRANDIT Notre Canada participe allègrement à l\u2019augmentation de la pauvreté, et cela m\u2019écœure profondément.Quand les agents d\u2019immigration de mon pays établissent des critères de qualification, basés sur la formation technique ou professionnelle du candidat, ou sur le capital ($$) que l\u2019immigrant apporte avec lui, au Canada, ils participent, sur le plan de l\u2019éthique et de l\u2019humanisme, à une profonde injustice.En effet, trop souvent, nos agents écrément les peuples pauvres de la terre, en les privant de leurs meilleurs citoyens.Ce n\u2019est sûrement pas le bon moyen, en tous cas, pour résoudre les problèmes de la pauvreté.(.) Et il me semble que l\u2019invention de rectitude politique sous contrôle médiatique, ne fait pas souvent allusion à cette situation.(.) Nous imitons là-dessus, notre énorme voisin, les USA, qui sont à l\u2019heure actuelle le pays le moins généreux de la terre tout en étant 100 fois plus riche que tous les autres pays. 164 Alors que les Nations unies s\u2019étaient entendues, le 24 octobre 1970, pour fixer à 0,7 % de son PNB, (Produit national brut) l\u2019objectif raisonnable que tous et chacun de ses membres, se devaient de consacrer à « l\u2019AIDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT », on constate aujourd\u2019hui que, parmi les pays riches, seulement 5 pays ont atteint l\u2019objectif de l\u2019ONU, et que les USA arrivent les 22e, avec moins de 0.2 % de son PNB.Ne cherchons plus pourquoi le fossé se creuse entre riches et pauvres.On assiste aujourd\u2019hui à la mondialisation de la pauvreté.Et mon beau Canada, lui, le « plusse meilleur » de tous, qui me siphonne les 2/3 de mes impôts, quel rang arrive-t-il sur les 22 pays riches mentionnés dans le nouvel ATLAS du Monde diplomatique, publié en Janvier 2003 ?Mon Canada est classé 17e, avec moins de 0,3 % de son PNB.Peut-on alors continuer à se péter les bretelles, en croyant que la charité « chrétienne » va combler le fossé.Ce que je sais par contre, c\u2019est que le pays dont je rêve, depuis tant d\u2019années, mon Québec, est composé d\u2019une majorité de citoyens, qui misent sur la justice, et non plus sur la charité, pour combler l\u2019énorme fossé entre riches et pauvres.A.Marceau, retraité, Sillery(Québec) Sources : Le nouvel « Atlas » du monde diplomatique, et : http ://www.undp.org/teams/french/ http ://www.worldbank.org/poverty/french/strategies/index.htm 165 LE NOUVEL ORDRE MONDIAL AMÉRICAIN, LAMENTABLE! « Le silence du mot lui était plus impossible que celui de la pensée.» Olivar Asselin, essayiste québécois, 1874-1937.Il y a des moments dans la vie d\u2019un homme où il est nécessaire de faire entendre sa voix.Lorsque les enjeux dépassent les préoccupations quotidiennes et nous interpellent dans nos plus vives convictions, nous avons le devoir de citoyen de nous engager, sans fard, sans tabou, formellement, solennellement.La situation explosive actuelle, l\u2019avenir du monde, voire celui de nos enfants, exigent que nous rompions le silence.Je le soutiens haut et fort, de concert avec tous les démocrates que l\u2019effroyable duo Bush-Sharon et sa démentielle politique de va-t-en-guerre, l\u2019implacable occupation israélienne des territoires palestiniens, le brutal embargo imposé au peuple irakien, la cruelle menace de conflagration, l\u2019incertitude et la peur qui sont le lot quotidien de populations entières, tout cela nous commande de faire front, et pour cela, de puiser dans nos énergies et de faire le pari de la paix négociée dans la dignité et dans l\u2019honneur.L\u2019idée simple mais profonde qui domine chez moi, faire reculer le recours à la guerre afin que l\u2019humanitaire triomphe du militaire.J\u2019aimerais en faire une mission universellement partagée ayant valeur d\u2019exemple.Rêvons à l\u2019impossible, disait l\u2019autre.Le désespoir est un péché.Je n\u2019entends pas me résigner à une logique de fatalité.Nous devons tous lutter avec fermeté et détermination pour que notre capacité d\u2019intervention, notre droit de dire et d\u2019écrire, voire d\u2019exister, soit préservé et confirmé. 166 Nous devons abandonner pour toujours notre politique fondée sur nos intérêts personnels et poursuivre sans relâche l\u2019idéal plus généreux visant l\u2019intérêt du plus grand nombre.Nous n\u2019y parviendrons qu\u2019au prix d\u2019efforts infatigables, du soutien massif de la population ainsi que de l\u2019invincible solidarité internationale.« Quand la victoire est obtenue par l\u2019artifice, disait Proudhon, elle reste inefficace.» Le Grand Belliqueux américain prétend qu\u2019une menace plane sur son soi-disant Nouvel ordre mondial, tout entier conçu pour les seuls privilégiés.Voilà, selon lui, qui devrait nous affliger.Cependant, tous les gens épris de liberté reconnaissent que nous ne réglerons pas les problèmes de l\u2019heure en ouvrant les hostilités.Mieux valent mille diplomates que la guerre.L\u2019avenir n\u2019est interdit à personne et personne n\u2019a le droit de bloquer celui de quiconque.À Bush père et à Bush fils, nombre de peuples font le grief de se comporter comme si la planète appartenait aux seuls puissants.Or, elle appartient à tous.Penser autrement, c\u2019est commettre une grave injustice.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019un grief est ancien qu\u2019il est faux.Ce n\u2019est pas non plus parce qu\u2019une injustice se perpétue qu\u2019elle est moins injuste ou que ceux qui la dénoncent sont moins pertinents.Pour paraphraser le grand cinéaste Pierre Perreault, « La Paix, c'est un mot qui grandit ».Rien n\u2019est aussi puissant que la volonté des peuples qui ne se couchent pas.Au nom de cette belle ambition, j\u2019ajoute ma voix à la vôtre, et la vôtre à celle de tous les autres.À bon entendeur, salut ! Claude Ghanimé, Club des ioo Associés 167 DES AMBASSADEURS QUÉBÉCOIS Je suis d\u2019accord avec vous.Nous sommes oubliés et marginalisés.En lisant les articles du journal le Monde.fr d\u2019hier sur les manifestations [contre la guerre en Irak] on se rend compte qu\u2019il n\u2019y aucune mention de Montréal.On parle de Washington, Paris, Bruxelles, Londres, Moscou, et même la Suède a été soulignée.Je dis alors : même les médias Français nous ignorent ?Pour moi, il ne fait aucun doute, il faut publiciser la candidature du Québec dans le monde.Et pour cela, à cause de l\u2019indépendance de nos valeurs et de notre culture unique au monde, j\u2019ai cru très à propos de créer une organisation parallèle à l\u2019ONU qui, dans le futur, pourrait même remplacer l\u2019ONU qui est une organisation désuète, sous la tutelle des États-Unis.(.) Ainsi, je crois fermement qu\u2019il faut former des ambassadeurs québécois afin de présenter le Québec comme une puissance diplomatique dans le monde.Et l\u2019on obtiendrait la puissance diplomatique seulement si nous nous associons symboliquement à des pays d\u2019envergure comme la France, l\u2019Allemagne, la Russie et la Chine.Jacques Poincaré tél.: (450)449-5818 fax.: (450)449-2140 courriel : adm@marcveilleux.com Marc Veilleux Imprimeur uk.A votre service plus que jamais ! 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Le vrai mécénat regroupe des amis dispersés dans l\u2019espace, réunis par un même but et un même goût du pays.L\u2019entraide est la forme la plus démocratique de la volonté des citoyens d\u2019améliorer le tissu de leur vie et de leur avenir collectif.Le mécénat assurera le développement de L\u2019Action nationale et lui permettra de prendre des initiatives qui contribueront à bâtir ce pays maintenant à portée de main.Certains donateurs nous ont laissé des legs qui augmentent le capital de notre Fondation.Nous exprimons notre gratitude à ces généreux mécènes : Monsieur Patrick Allen Monsieur Gaston Beaudry Monsieur Henri-N.Guilbault Monsieur Émile Poissant Monsieur Hector Roy Monsieur Bernard Vinet.D\u2019autres amis de la revue adhèrent au CLUB DES too ASSOCIÉS en souscrivant 1000 $ et plus.Leurs noms apparaissent dans la page voisine.À tous, nous exprimons notre reconnaissance par une volonté indéfectible de produire une revue qui présente des analyses sur les enjeux du développement au pays du Québec. 173 CLUB DES too ASSOCIÉS Fernand Allard Patrick Allen y François-Albert Angers Gaston-A.Archambault \u2022f fean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron Yvan Bédard Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin j\u2018 Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Lucie Lafortune | Anna Lagacé-Normand y Bernard Lamarre Denis Lazure Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin y Reginald O\u2019Donnell Arthiu Prévost René Richard y Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier y Réal Trudel Cécile Vanier Claude-P.Vigeant Madeleine Voora VMm Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de io à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par S DM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Révision Marc Veilleux Mise en pages Jean-Marie Pesci, Atoumédia, Rawdon Impression Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville 175 INDEX DES ANNONCEURS 148 Allard & Carrière 60 Caisse d\u2019économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs 84 Cap-aux-Diamants 6 Devoir, Le 169\tFondAction 147 Fonds de solidarité 59 Loto-Québec 170\tMouvement national des Québécoises et Québécois 84 Optimum, Gestion de placements 86 Optimum placements 168 Optimum, Société d\u2019assurance 148 Rassemblement pour un Pays souverain 148 Sansregret, Taillefer et Associés 85 SAQ 170 Société Saint-Jean- Baptiste de la Mauricie 170 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 170 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 148 Translatex 168 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc. ABONNEMENT TO\t20 numéros numéros Abonnement 51 $\t-\t95 $ Institution 90 $\t-\t150\t$ Abonnement de soutien 150 $\t-\t250\t$ Étudiants 30 $\t-\t50\t$ Autres pays 90 $\t-\t150\t$ Paiement par VISA accepté Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 Courriels pour joindre : - la rédaction : revue@action-nationale.qc.ca - l\u2019administration : administration@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca LES SACRIFI DE LA BONNË,ENTENTE HISTOIRE DES FRANCOPHONES {T&Æ du, PONTI>5|C \u201dY\\ Æ.au\tf N j4v\tBouvier'¦-¦\t^ Artinn Comité d'action iran(,ujj|uineP( h f- Cackica , SI \\i CHELLE: .LES AU POUCE 240 PAGES D\u2019HISTOIRE ILLUSTRÉE DES FRANCOPHONES DU PONTIAC Commandez le livre de Luc Bouvier à seulement 16,45 $. il&Rim volume XC1I1 numéro 3 MARS 2003 envoi de publication enregistrement N° 09113 "]
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