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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2003-04, Collections de BAnQ.

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[" Volume XCI1I numéro 4 AVRIL 2003 Le parlementarisme des Patriotes ¦Guy Tremblay À propos de l\u2019entente avec les Innus -Christian Gagnon La lézarde ¦ Pierre Vadeboncœur Sur « La mission spirituelle » du Canada français - Paul-Émile Roy Le développement économique solidaire : utopie ou réalité ?-Majella Simard L\u2019immigration : ambiguïté et pièges -Jean-Marc Léger LA LANGUE DES SCIENCES ET DES ÉCHANGES UNIVERSITAIRES : LA RÉGRESSION -Denis Monière -Charles X.Durand À tout événement -Robert Laplante En primeur Squeegee Les essais Livres reçus Le Bulletin du lundi Courrier des lecteurs Index de nos annonceurs Chroniques Éditorial Dossier Articles 1 rtV'iS\\ Noëlla Cuilmette Ressac 1994 Bibliothèque nationale du Québec 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3C5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue® action-nationale.qc.ca administration@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante ** ¦ ¦\t\u201d ** ™ ™ Directrice adjointe : Laurence Lambert.Comité de rédaction : Sylvain Deschênes, rédacteur et conseiller en communication ; Lucia Ferretti, professeure d'histoire ; Henri Joli-Cceur, administrateur; Robert Laplante; Lise Lebrun, animatrice communautaire; Sylvie Ménard ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Monique Dumais, théologienne, Université du Québec à Rimouski ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Simon Langlois ; Anne Legaré ; André Juneau.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal » 2 ÉDITORIAL Robert Laplante À TOUT ÉVÉNEMENT Lorsque paraîtront ces lignes un nouveau gouvernement du Québec aura déjà été formé.Les élections auront eu lieu dans des circonstances difficiles où les débats auront été relégués au second plan dans l\u2019espace médiatique.Le véritable déluge de sondages auquel nous aurons eu droit n\u2019aura servi qu\u2019à masquer derrière un pseudo scientisme la médiocrité généralisée de l\u2019analyse politique dont nous aurons gratifié des organes de presse qui n\u2019auront jamais si bien maquillé le sensationnalisme derrière le sérieux apparent de discussions sur des pourcentages.La faiblesse du commentaire politique dans notre merveilleux monde médiatique si bien concentré n\u2019aura jamais été si flagrante.Entre bavardage et tableaux statistiques, la campagne réelle aura été très difficile à percevoir.Même si à bien des égards on peut déplorer certains de ses effets, cette relative éclipse aura néanmoins eu le mérite de renvoyer les partis sur le terrain, dans la réalité des rapports face-à-face avec les citoyens.Les stratégies d'image n\u2019en sont pas disparues pour autant mais il est clair qu\u2019une attention plus grande aura dû être accordée à la façon dont les citoyens abordent les enjeux dans leurs milieux de vie.Il 3 faut souhaiter que cela ait pu un tant soit peu contribuer à renouveler les approches des partis.Il serait oiseux ici de jouer les devins.Une chose est certaine cependant, le résultat final, quel qu\u2019il soit, constituera une preuve accablante de la nécessité de la réforme du mode de scrutin.Les palabres et mesures dilatoires ont assez duré.Il faudra agir et donner suite à la consultation et au rapport Béland.Il n\u2019y a rien de plus nuisible à la démocratie que la ruine du langage.Il faut que les citoyens sachent qu\u2019ils n\u2019ont pas parlé pour rien, que les efforts de participation et de réflexion qu\u2019ils ont consacrés à la réforme des institutions contribuent à renforcer et élargir l\u2019espace démocratique.Ce n\u2019est ni une révélation ni un geste d\u2019audace, L'Action nationale souhaite que le Parti Québécois ait été réélu.Non pas parce qu\u2019il a donné, somme toute, l\u2019un des meilleurs gouvernements provinciaux de l\u2019histoire récente ; non pas parce qu\u2019il a présenté une équipe de qualité ; non pas parce qu\u2019il a proposé un programme relativement novateur.Il faut espérer que le PQ aura été réélu parce que c\u2019est le seul parti qui assume encore pleinement que la politique québécoise ne peut et ne doit être faite que placée sous le signe des intérêts nationaux du Québec, ce qui suppose, évidemment, qu\u2019il assume que nous formions un peuple et pose que sa reconnaissance et son affirmation sont indispensables à la formulation et à la conduite des politiques qui façonnent l\u2019avenir.PLQ et ADQ ne sont à cet égard que des agents de capitulation, des instances d\u2019accréditation de notre oblitération nationale et de notre enfermement dans une logique de minorisation débilitante. 4 Il faut souhaiter que le PQ ait été réélu pour que puisse enfin être réalisé l\u2019aggiomamento souverainiste qui nous permettra de franchir les derniers obstacles.Un troisième mandat ne permettrait plus le report d\u2019aucune échéance.Le temps presse, la vitesse à laquelle Ottawa déploie son offensive de centralisation menace à très court terme les pouvoirs et la capacité de notre Assemblée nationale.Un PQ réélu permettra aux forces souverainistes de se mobiliser pour donner la riposte aux attaques de l\u2019adversaire.Certes, ce ne sera pas chose aisée de composer avec les velléitaires qui ont toujours formé une aile très influente dans les gouvernements issus du PQ.Mais, la crise des finances publiques aidant, il est pensable d\u2019envisager une mobilisation large pour enfin défoncer le mur des lamentations et prendre l\u2019offensive pour faire advenir le Québec que nous voulons.L\u2019élection du PLQ rendrait la tâche des souverainistes plus ardue parce que ce parti fera tout en son pouvoir pour « donner le Québec » au Canada, l\u2019inscrire dans un carcan juridique qui fera paraître légitime l\u2019ordre constitutionnel conçu pour nous réduire à jamais à l\u2019état de minoritaires.Une mobilisation s\u2019imposerait pour faire surgir des lignes de défense.Ce n\u2019est pas particulièrement exaltant mais c\u2019est le détour que l\u2019Histoire nous imposerait.La résistance a toujours fait partie de notre combat.Le PLQ - le seul vraiment susceptible de former un gouvernement, l\u2019ADQ ayant montré trop tôt la médiocrité à laquelle nous condamnerait la politique du ratatinement- ne fera jamais plus d\u2019autre politique que celle qu\u2019Ottawa l\u2019autorisera à conduire.Il ne pourra tenir longtemps devant les effets déstabilisateurs de la réduction de l\u2019État du Québec à une agence provinciale de livraison de services. 5 Même s\u2019ils n\u2019ont que le mot incertitude à la bouche pour décrire le projet souverainiste, les inconditionnels du Canada mesurent mal l\u2019amplitude des crises en cascades qu\u2019infligera au Québec le Canada du nation building de Paul Martin.Cela ne les empêchera jamais d\u2019accepter d\u2019en payer le prix puisqu\u2019ils ont renoncé à définir tout seuil de rupture.Pour le PLQ ou l\u2019ADQ, le Québec n\u2019a pas d\u2019intérêts nationaux et, de ce fait, aucun recul, aucune perte ne saurait jamais justifier de rompre avec le Canada.Quoi qu\u2019il en soit, un peuple ne peut renoncer à lui-même que dans l\u2019esprit des idéologues qui cherchent à aménager sa servitude.Les souverainistes ne désarmeront jamais, quoi qu\u2019il advienne.Parce qu\u2019ils savent que la vie est plus forte que la mort.Parce qu\u2019ils savent qu'« une espérance a soulevé le monde jusqu\u2019ici » ( Gaston Miron).? 6 \u2022LA QUESTION NATIONALE- BMH| PASSONS A AUTRE CHOSE ! L//p DESEQUILIBRE FISCAL rs ~*J M\tPLAN 5 ET\t Vf\tPROPAGANDE\t :/\t7/\t \ty / /\t /// 7 / / /\tINGERENCES FEDERALES \t/ / LOI C-20 SUR LA CLARTE mm9fer 'QZWWtit* \u2022H Economisez AT)% /sur le prix en kiosque è » » Recevez Le Devoir À VOTRE PORTE du lundi au samedi pour seulement '2,74$ v-/ par semaine ( taxes en sus) Abonnez-vous par téléphone, c\u2019est facile et rapide! Composez le (514) 985-3355 pour la région de Montréal, ou le 1 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.* Prix basé sur l\u2019abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot. delà jeu \u2022 Nous employons plus de 6 800 personnes.\u2022 Plus de 82 % de nos achats sont faits au Québec.\u2022 Plus de 36 millions de dollars sont remis chaque année à des organismes sans but lucratif et au secteur communautaire.sali \u2022 Plus de 180 événements dans toutes les régions du Québec bénéficient de notre soutien.if/ie ff>rce écono/niaue> et socài/e WKÊÊKÊÊÊSÊSÊÊBÊÊÊÊ LOTO QUÉBEC ARTICLES \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t ÎO Guy Tremblay* LE PARLEMENTARISME DES PATRIOTES Dans le cadre du débat sur la réforme des institutions démocratiques du Québec, notre régime parlementaire a subi de dures attaques.C\u2019est de justesse que les participants aux États généraux le 23 février 2003 ont opté pour le conserver.Ses adversaires, toutefois, reviendront sûrement à la charge, surtout s\u2019ils continuent de voir dans ce régime la marque « britannique ».Ainsi, le ministre responsable de la réforme, M.Jean-Pierre Charbonneau, déclarait à l\u2019ouverture des États généraux que le peuple québécois n\u2019a jamais été associé au choix des institutions politiques qui le gouvernent ; à ses yeux, les institutions seraient « donc le fruit d\u2019un autoritarisme impérial et colonial » (Le Devoir, 22 et 23 février 2003, p.A-4).Dans la même veine, les collègues Claude Bariteau, André Campeau et Jean-Pierre Roy avaient associé le régime actuel au système mis en place en 1791 afin d\u2019assujettir les francophones à la minorité anglaise et aux intérêts de la métropole.Selon ces auteurs, les « transformations politiques qui ont ultérieurement influé sur le Québec (1840, 1867 et 1982) se sont réalisées conformément au parlementarisme britannique et ont toujours fait en sorte que le Québec ne * Professeur, Faculté de droit, Université Laval. 11 soit qu\u2019une zone subalterne de pouvoir » (Le Devoir, 26 novembre 2002).Dans la séquence ainsi évoquée, la seule transformation politique qui porte directement sur le parlementarisme est omise.Elle constituait en fait une véritable révolution : il s\u2019agit de la conquête du gouvernement responsable en 1848.Le régime parlementaire qui prévaut au Québec aujourd'hui est aux antipodes du régime de 1791.L\u2019Acte constitutionnel qui créa alors le Bas-Canada ne donnait pas aux élus le droit de désigner le gouvernement ni celui de le démettre par un vote de non-confiance.Le gouverneur, représentant de Londres, choisissait librement les membres du Conseil exécutif, ces ministres qui allaient gouverner la colonie.L\u2019assemblée législative n\u2019avait même pas le contrôle des dépenses de ce gouvernement.À l\u2019inverse, les moyens d\u2019action du gouverneur à l'encontre de l\u2019assemblée étaient absolus : en particulier, aucun projet de loi ne pouvait devenir loi sans l\u2019aval d\u2019un Conseil législatif à la solde du gouverneur et sans la sanction de ce dernier, qui pouvait aussi à son entière discrétion dissoudre l\u2019assemblée.Le régime de 1791 établissait entre l\u2019exécutif et le législatif des rapports de domination à sens unique, au profit du gouvernement impérial.Dans ce contexte, les députés bas-canadiens se sont mis à lutter dans le but de conquérir le contrôle du gouvernement de la colonie.La Querelle des subsides à compter de 1818 et les 92 Résolutions de 1834 sont des moments forts de cette avancée, qui culmina avec la légitime Insurrection de 1837-1838.C\u2019est l\u2019absence d\u2019un gouvernement responsable devant les représentants du peuple qui a mené à l\u2019action des Patriotes.Et c\u2019est leur soulèvement qui 12 en a rendu la concession inéluctable : dès 1839, Durham proposait dans son rapport d\u2019octroyer la responsabilité ministérielle, ce qui advint en 1848.À partir de ce moment, la subordination des Canadiens français ne tenait plus du tout au parlementarisme, mais bien à une union ouvertement assimilatrice, puis à une fédération accordant par nature des pouvoirs limités.Si on s\u2019en tient au régime parlementaire lui-même, on peut voir le gouffre qui existe entre le mécanisme de 1791 et celui d'aujourd\u2019hui.En 1791, un exécutif métropolitain possède un droit de vie ou de mort sur l\u2019assemblée locale élue et celle-ci n\u2019a aucun contrôle sur le pouvoir exécutif.À compter de 1848, l\u2019assemblée élue dispose d\u2019un droit de vie ou de mort sur le pouvoir exécutif, un simple vote de non-confiance pouvant faire tomber le gouvernement selon le principe de la responsabilité ministérielle.Un droit de vie ou de mort correspondant appartient à l\u2019exécutif local responsable : sur les ordres de Londres, le gouverneur est désormais obligé d\u2019agir selon les avis d\u2019un gouvernement issu de l\u2019assemblée élue et il se doit donc de dissoudre l\u2019assemblée lorsque ce gouvernement le lui demande.Rien, absolument rien de ce qui constituait le système de 1791 ne se retrouve dans le parlementarisme québécois.Celui-ci est un système autochtone gagné de haute lutte par nos ancêtres.C\u2019est seulement en 2048 qu\u2019on aurait dû célébrer le bicentenaire de notre régime parlementaire.Le fait que le parlementarisme au Québec soit nôtre, qu\u2019il soit celui des Patriotes, qu\u2019il ait été arraché à Londres plutôt qu\u2019imposé par lui, n\u2019implique pas qu\u2019il faille le préserver ad vitam aetemam, ni le mettre à l\u2019abri des modifications.Ce qui importe, c\u2019est de ne pas le rejeter pour les mauvaises rai- 13 sons.À part l\u2019idée qu'il s\u2019agirait d\u2019une institution coloniale, une autre mauvaise raison tiendrait à la présence dans le système du lieutenant-gouverneur, ce représentant personnel au Québec de la reine Élisabeth II.Or, on peut fort bien se débarrasser de la monarchie tout en conservant un pur régime parlementaire.(Je ne tiens pas compte ici de la difficulté technique résultant de la procédure de modification de la Constitution du Canada, qui protège la charge de reine, de gouverneur général et de lieutenant-gouverneur).On peut même s\u2019en débarrasser tout en conservant le parlementarisme d\u2019origine britannique, comme l\u2019ont fait l\u2019Irlande et l\u2019Inde, qui ont un président comme chef d\u2019État.Une solution plus simple consisterait à éliminer le lieutenant-gouverneur et à confier ses fonctions, qui sont essentiellement protocolaires et arbitrales, au juge en chef du Québec.Le choix véritable qui s\u2019impose au Québec porte sur le parlementarisme ou la séparation des pouvoirs à l\u2019américaine.En effet, le parlementarisme se caractérise par l\u2019intégration des pouvoirs exécutif et législatif, puisqu\u2019il implique un gouvernement issu de l\u2019assemblée élue.Souvent, donc, le gouvernement contrôle le pouvoir législatif en régime parlementaire, ayant la confiance d\u2019une majorité d\u2019élus, et il dispose d\u2019une marge de manœuvre considérable.Contrairement au président des États-Unis, le premier ministre du Québec peut normalement faire adopter les lois et les mesures budgétaires qu\u2019il désire.Cette efficacité étatique, inscrite dans un système élaboré de contrôle démocratique, convient parfaitement à une nation fragile comme le Québec.En tout cas, s\u2019il faut en changer, plutôt que d\u2019opter pour le système américain, on pourrait s\u2019inspirer d\u2019un des modèles qui ont fait leurs preuves en Europe occidentale.Or, sur ce 14 continent, aucun pays n\u2019a adopté la séparation des pouvoirs américaine.Monarchies ou républiques, ils vivent tous, sauf la Suisse, sous l\u2019égide du bon vieux régime parlementaire.? 15 ARTICLES Christian Gagnon* À PROPOS DE L\u2019ENTENTE AVEC LES IN NUS Les trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale ont eu beau adopter, la veille du déclenchement de la campagne électorale, une motion appuyant unanimement la poursuite des négociations avec la nation innue, le sujet n\u2019a pas pour autant été évacué, notamment parce que deux candidats indépendants (dans Duplessis et René-Lévesque) avaient essentiellement pour plate-forme leur opposition à l\u2019Approche commune.Leur mentor, le député fédéral de Chambly Ghislain Lebel, a martelé durant toute la campagne que si Québec signait l\u2019entente, « avec le Nitassinan, pas moins de 18 % du territoire québécois passera ainsi sous juridiction fédérale » et qu\u2019alors, il faudrait « dire adieu à la souveraineté », comme il l\u2019a répété le 24 mars à Baie-Comeau, lors d\u2019une rencontre du groupe Equité territoriale.Le 4 février dernier, le député fédéral de Chambly présentait à la commission parlementaire sur l\u2019entente de principe avec les Innus de Mamuitun et de Natushkuan, un mémoire farouchement opposé au projet de traité.Ghislain Lebel recommande le rejet de la proposition qui, selon lui, « pose comme premier jalon, la loi du sang ».Aussi, l\u2019entente serait * L'auteur est président régional du Parti québécois de Montréal-Centre. trop propice à nourrir ce qu\u2019il appelle « une très prospère industrie de la revendication qui encourage les Premières nations [.] à se convaincre de leur victimisation (sic) », et ne réglera rien puisqu\u2019elle propose « une autonomie gouvernementale insuffisante à satisfaire la gloutonnerie de certains de leurs dirigeants ».Il est pour le moins regrettable d\u2019entendre un député souverainiste lancer aux peuples autochtones les mêmes accusations d\u2019ethnocentrisme et de pleurnichage que les Brent Tyler, William Johnson et Diane Francis de ce monde profèrent à l\u2019endroit des Québécois francophones insatisfaits du fédéralisme canadien.Se réclamant de l\u2019école de pensée d\u2019un Jacques Parizeau qui s\u2019est pourtant dissocié de lui, M.Lebel propose de tout reprendre à zéro dans un futur lointain à partir d\u2019une autre « toile de fond » qui ne constituera pas à ses yeux une trahison des souverainistes.Mais ce faisant, se doute-t-il qu\u2019au contraire, il déroge lui-même à la stratégie pré-référendaire de Jacques Parizeau ?En effet, une analyse sommaire de ce passé récent suffit à constater que, plutôt que d\u2019apporter à ce projet de traité les correctifs nécessaires, la suggestion de le mettre « sur la glace » risque plutôt d\u2019avoir un effet tout autre que celui qu\u2019escompte Ghislain Lebel, soit de reporter toute entente - et la souveraineté - aux calendes grecques.À l\u2019opposé, ratifier avec les Innus un traité liant également le gouvernement du Canada, avant un éventuel référendum, constitue la meilleure façon de mettre fin, dès l\u2019accession du Québec à la souveraineté, au rôle fédéral de fiduciaire des autochtones du Québec.De plus, l\u2019entente ferait immédiatement en sorte que les anciennes réserves, devenus Innu Assi, ne seraient plus des terres fédérales.Elle mettrait aussi un terme à l\u2019application de la Loi fédérale sur les Indiens à 17 ces communautés innues, ce qui a tout pour plaire aux souverainistes.Dans les faits, les grandes lignes de ce projet de traité trouvent leur source dans le virage majeur qui fut introduit en 1991 au programme du PQ sur les nations autochtones, sous la présidence de M.Parizeau lui-même.De plus, la démarche de reconnaissance de droits ancestraux et constitutionnels, aujourd\u2019hui décriée par l\u2019ex-bloquiste Lebel, se retrouvait implicitement dans l\u2019« avant-projet de loi sur la souveraineté du Québec » de 1994 et le projet de loi 1 de 1995, intitulé « Loi concernant l\u2019avenir du Québec » et devant servir de proclamation de souveraineté en cas de victoire référendaire.La reconnaissance des droits ancestraux M.Lebel reproche à la proposition d\u2019entente de ne pas prévoir la renonciation des Innus aux territoires ancestraux par l'extinction des droits autochtones, comme ce fut le cas pour la Convention de la Baie James de 1975 et l\u2019offre que fit le gouvernement Parizeau aux Innus et aux Atikamekws en 1994.Or, c\u2019est justement sous l\u2019égide de Jacques Parizeau qu\u2019en janvier 1991, l\u2019ex-ministre David Cliche parraina, avec la bénédiction de son chef, l\u2019amendement au programme péquiste qui précisait textuellement que les ententes définissant « les pouvoirs de chacun des gouvernements » seraient « conclues sans extinction des droits autochtones ».Cet élément du programme du PQ demeura inchangé au Congrès national de 1993, toujours sous Jacques Parizeau Dans son mémoire, Ghislain Lebel soutient aussi que les revendications des Innus ne se justifient pas du fait de leur « métisation (sic) extrême ».De la même façon, au Congrès du PQ de 1991, une poignée de délégués opposants avaient brandi une étude généalogique des chefs Hurons-Wendat Max Gros-Louis et Konrad Sioui et avaient vainement tenté de remettre en question la notion de droits ancestraux en recensant les nombreux ancêtres non-autochtones des deux chefs.Tout cela malgré le fait que M.Parizeau se soit dit « 100 % d\u2019accord » avec ce « nouveau contrat social ».La référence de Ghislain Lebel à la proportion de sang indien constitue une triste négation du fait que de nos jours, l\u2019identité nationale ne se définisse plus par les origines mais plutôt par l\u2019appartenance à une culture et l\u2019identification à un territoire.En vérité, ce sont plutôt la très coloniale Loi sur les Indiens du Canada et l\u2019actuel système des réserves qui constituent un véritable apartheid dont l\u2019entente proposée nous débarrassera, comme le fit la Convention de la Baie James pour les Cris en 1975.À plusieurs occasions depuis l\u2019automne dernier, le député de Chambly a évoqué le jugement de la Cour suprême dans l\u2019affaire Delgamuukw c.Colombie-britannique (1997) qui a créé une incertitude quant à l\u2019application de la législation provinciale sur les territoires grevés d\u2019un titre ancestral.M.Lebel en conclut hâtivement qu\u2019en vertu de la Loi constitutionnelle de 1867, tout territoire sur lequel est reconnu un droit ancestral tombe dans le champ de compétence fédérale.Or, à cet égard, le Barreau du Québec écrit justement dans son mémoire, « une des solutions à l\u2019incertitude juridique est de définir plus précisément les droits que les uns et les autres possèdent sur les mêmes territoires en regard des mêmes ressources y compris les limitations aux droits et l\u2019indemnisation pour atteinte passée aux droits.La négociation de traités modernes est un 19 moyen qui permet d\u2019en arriver à une définition claire, sûre et durable des droits des autochtones, des gouvernements et des tiers à l\u2019égard des terres et ressources.» La Loi constitutionnelle de 1982 M.Lebel fait sien l\u2019avis de M.Parizeau selon qui les références répétées du texte de l\u2019entente aux articles 25 et 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 feraient en sorte que Québec « ratifierait implicitement » cette constitution illégitime et honnie par tous les gouvernements du Québec depuis 20 ans.Or, l\u2019offre de 1994 aux Innus contenait les mêmes clauses référant à la constitution de 1982, jugées inoffensives à l\u2019époque par le gouvernement Parizeau.L\u2019article 25 de la Charte et l\u2019article 35 de la loi Constitutionnelle de 1982 reconnaissent et confirment les droits existants, qu'ils soient ancestraux, issus de traités ou de règlements de revendications territoriales.L\u2019article 25 prévoit également que si un avantage est accordé aux peuples autochtones en vertu de traités, les non-autochtones qui ne reçoivent pas cet avantage ne pourraient faire valoir que leurs droits à l\u2019égalité, énoncés à l\u2019article 15 de la même Charte, ont été enfreints.L\u2019article 35 ajoute que tous les traités s\u2019appliquent également aux hommes et aux femmes.Ces deux articles ne font donc pas partie de ceux qui ont réduit unilatéralement les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale.Ils sont la conclusion d\u2019interminables recours aux tribunaux que les autochtones ont gagné en vertu de traités et d\u2019une jurisprudence (bien antérieurs à la Loi constitutionnelle de 1982) dont le Québec ne se défera pas en accédant à la souveraineté.Le gouvernement du Québec l\u2019a toujours su.Cette reconnaissance se retrouve elle aussi depuis 1991 dans le programme péquiste 20 qui indique que « le gouvernement du Parti Québécois respectera les traités et les acquis des nations autochtones jusqu\u2019à ce qu\u2019ils soient remplacés par de nouvelles ententes entre le gouvernement du Québec et les nations autochtones ».En 1994, Jacques Parizeau mettait en pratique le programme de son parti en déposant l\u2019avant-projet de loi sur la souveraineté du Québec dont l\u2019article 7 stipulait, « Le Québec assume les obligations [.] contenus dans les traités auxquels le Canada est partie [.] conformément aux règles du droit international ».Le 6 septembre 1995, la déclaration de souveraineté lue au Grand Théâtre de Québec par Gilles Vigneault et Marie Laberge disait elle aussi, « [.] nous préserverons les droits des Premières Nations et nous comptons définir avec elles une alliance nouvelle ».Effectivement, le lendemain, Jacques Parizeau déposait le projet de loi 1 intitulé « Loi concernant l\u2019avenir du Québec », véritable acte de naissance du Québec souverain advenant une victoire du OUI, qui assurait que « [la nouvelle constitution du Québec] reconnaîtra également aux nations autochtones le droit de se gouverner sur des terres leur appartenant en propre [.] ; en outre, les droits constitutionnels existants des nations autochtones y seront reconnus.» Fidèle à sa nature progressiste, M.Parizeau a donc tout fait pour reconnaître aux autochtones leurs droits acquis de la Constitution de 1982.La tutelle fédérale des autochtones du Québec Sur les terres ancestrales (Nitassinan), les Innus obtiennent une part de l\u2019ordre de 3 % des redevances perçues par Québec sur l\u2019exploitation des ressources naturelles et le droit de pratique traditionnelle de chasse, de pêche, de piégeage 21 et de cueillette, pour fins de subsistance et dans le respect des compétences du gouvernement du Québec en matière de conservation de la ressource, de protection des habitats et de leur environnement ainsi que de préservation de la santé publique et de sécurité du public.Le programme autochtone du PQ de Jacques Parizeau de 1991 et 1993, inchangé depuis, énonce que les autochtones exerceront « leurs activités traditionnelles de chasse, pêche et piégeage sur de vastes territoires qui sont aussi exploités par d\u2019autres utilisateurs » et dont « les gouvernements autochtones pourront recevoir une part des revenus ou des royautés que le gouvernement du Québec retirera de l\u2019exploitation des ressources ».Dans le cas des territoires autonomes (Innu Assi), qui auront la taille d\u2019une municipalité de leur région, le programme de M.Parizeau projetait de déléguer des pouvoirs de perception de taxes et d\u2019impôts à d\u2019éventuels gouvernements autochtones autonomes.Cette « harmonisation entre la nation québécoise et les nations autochtones » devait être basé sur des ententes leur reconnaissant de nombreux pouvoirs « tels la définition de leur code de citoyenneté, les régimes fiscaux, l\u2019éducation, la langue et la culture autochtone, la santé, la gestion de l\u2019environnement et des ressources, le développement économique et les travaux publics, etc.» Voilà qui correspond à la proposition d\u2019entente de principe présentement sur la table, qui s\u2019avère donc un héritage direct de la démarche pré-référendaire de M.Parizeau mais que Ghislain Lebel considère comme un acharnement du gouvernement Landry « à mettre des obstacles entre lui et son option ».Est-ce à dire que la stratégie de 1995 était mauvaise ?Non, puisqu\u2019elle correspond en tous points à l\u2019esprit et à la lettre 22 de la Convention de l\u2019Organisation internationale du travail des Nations Unies concernant les peuples indigènes et tribaux dans les pays indépendants, entrée en vigueur en 1990.Il en sera de même pour la future Déclaration des droits des autochtones de l'ONU, projet mis sur pied en 1994 mais non encore adopté.L\u2019Approche commune ne pourra que faciliter la reconnaissance internationale du Québec souverain, cette dernière rendant caduques toutes les arguties d\u2019interprétation du droit international en matière de sécession.De plus, l\u2019avocate spécialiste du droit relatif aux Autochtones Renée Dupuis affirme qu\u2019advenant la souveraineté, les obligations fédérales de fiduciaire obligeront le Canada à maintenir sa relation avec les peuples autochtones au Québec aussi longtemps qu\u2019il le faudra pour protéger leurs intérêts.Le professeur de Droit constitutionnel José Woehrling soutient qu\u2019en cas de déclaration unilatérale, une sécession pacifique, sans perte de territoire, exigera un accord entre les peuples autochtones au Québec et le gouvernement du Québec.Selon lui, le Québec devra alors inscrire les droits des autochtones dans sa constitution et conclure un accord avec le Canada pour garantir aux autochtones la jouissance de leurs droits.Un gouvernement souverainiste a donc tout intérêt à conclure dès maintenant des traités le liant aux nations autochtones du Québec et au gouvernement du Canada.Terminant sa comparution du 4 février à cette commission parlementaire, le député Lebel est sorti de son texte pour lancer, « Je n\u2019irai pas me pendre au grenier, moi, si demain matin c\u2019est signé, adopté.Je ferai une croix sur mon rêve d\u2019enfance -fini la souveraineté ; elle ne m\u2019intéressera plus - mais je vais continuer à vivre.» Force est de constater que l\u2019ex- 23 bloquiste a tout faux, tout comme une autre ex-bloquiste - la députée de Saint-Bruno-Saint-Hubert, Pierrette Venne - qui, se réclamant paradoxalement de son collègue de Chambly, exigeait à la fois un référendum sur le projet d\u2019entente et la mise en veilleuse de la souveraineté.Dans les faits, la ratification de cette proposition d\u2019entente de principe, bonifiée par deux ou trois années de consultations et d\u2019ajustements à venir, est un gage d\u2019unité québécoise et une étape importante de l\u2019accession harmonieuse du Québec à la souveraineté, à l\u2019abri des incertitudes juridiques et de la menace « parti-tionniste ».Souhaitons donc que l\u2019exemple des Innus soit suivi.Et le jour où l\u2019établissement d\u2019une société reconnaissant pleinement les droits collectifs des peuples autochtones sera devenu réalité, il sera difficilement imaginable que le peuple québécois n\u2019en déduise pas qu\u2019il faille qu\u2019il en soit autant pour lui-même.? 24 ARTICLES Pierre Vadeboncœur* LA LÉZARDE On n\u2019associe pas spontanément les États-Unis à l\u2019idée de conquête du monde puisque cela ne correspond pas à leur histoire.Celle-ci, si souvent violente à l\u2019extérieur tout comme chez eux, ne le fut, hors de leurs frontières, que sur des théâtres limités bien que nombreux.Quant aux deux guerres mondiales, ni l\u2019un ni l\u2019autre de ces conflits n\u2019étaient de leur initiative.Des pays européens furent conquérants, notamment l\u2019Angleterre, la France, pendant quelques siècles, puis l\u2019Allemagne, contre ses voisins, sur trois quarts de siècle.Mais les États-Unis avaient autre chose à faire et, comme puissance, ils s\u2019agrandissaient autrement qu\u2019en lançant leurs armées sur une grande partie du monde.On ne se serait pas attendu de leur part à des desseins militaires hégémoniques comme ceux de l\u2019Europe impérialiste et guerrière.Jusqu\u2019à Bush, on n\u2019aurait jamais cru qu\u2019on les verrait se lancer dans des guerres de conquête.Leur image, à un certain niveau, était autre, libérale et pacifique ; grande différence avec la France napoléonienne puis colonialiste à Essayiste. 25 la pointe du fusil, ou avec l\u2019Allemagne, belliqueuse depuis Bismarck, ou avec l\u2019Angleterre mondialement impérialiste.Les États-Unis donnaient l\u2019impression d\u2019appartenir à une nouvelle ère, post-impérialiste, commerciale et différente de la vieille Europe, celle-ci empêtrée dans ses nationalismes et dans ses haines ancestrales.Les USA semblaient représenter un nouvel esprit qu\u2019on n\u2019imaginait pas trop étranger à l\u2019idéal démocratique général qu\u2019ils professaient.Ils ne partaient pas à la conquête armée du monde et n\u2019avaient pas à le faire.Au point de vue de la politique de puissance, entendez de puissance militaire, ils se posaient plutôt seulement comme des remparts contre l\u2019esprit de domination mondiale propre à d\u2019autres pays, par exemple l\u2019URSS.Malgré leurs menées subversives et dominatrices en Amérique latine et ailleurs, malgré une politique réactionnaire et sans ménagement envers des pays contrôlés économiquement et politiquement par eux, ils étaient, sur un plan international plus général, un facteur d\u2019équilibre mondial et, en définitive, leur politique servait une certaine paix à l\u2019échelle universelle.Surprise et scandale ! Voilà maintenant qu\u2019ils annoncent et entreprennent une série de campagnes militaires d\u2019envergure sur des parties considérables et significatives du monde.Remarquez le ton de proclamation dans les messages de Bush et de Rumsfeld.Il s\u2019agit d\u2019une déclaration de guerre plus générale qu\u2019on n\u2019ose le croire.Pour la première fois dans leur histoire, ils prennent l\u2019initiative de déclarer la guerre les premiers et de leur seul chef 26 pour des objectifs de domination géopolitique déterminante.C\u2019est une révolution.Ils s\u2019avancent militairement en leur nom propre non plus ponctuellement sur un pays secondaire donné mais sur une partie d\u2019univers d\u2019une valeur économique et stratégique majeure.Pareille poussée impérialiste, en apparence relativement circonscrite, ne peut se concevoir qu\u2019en vue d\u2019une suprématie éventuelle plus étendue encore.Ils progressent à pas de loup, d\u2019ailleurs.Cela rappelle assez l\u2019Allemagne.Un morceau à la fois.En choisissant les maillons les plus faibles.Un pas, pour les naïfs, en obnubile un autre, le pas qui précède et celui qui suivra, même si Washington a rendu public tout un programme de guerres « préventives ».Les États-Unis se trouvent soudain dans un rôle inédit, sous une figure non moins nouvelle.L\u2019histoire universelle vient une fois de plus de se rompre quelque part et ils sont le point de rupture.Leur propre histoire se rompt aussi.On n\u2019aperçoit encore qu\u2019une grande fissure sur la statue de la Liberté.Cette fêlure annonce une lézarde entre deux siècles américains : le précédent et celui qui commence, dans lequel le premier ne se reconnaîtrait plus.Une nouvelle Amérique, cachée sous l\u2019ancienne et s\u2019étant contenue jusqu\u2019ici, surgit à travers le traditionnel idéal américain.Nouvelle réalité américaine sans commune mesure avec le passé.Il se passe quelque chose de grave et d\u2019historique.Une fracture s\u2019annonce et ce n\u2019est pas seulement une fissure.Les États-Unis, devenus la seule super-puissance, cessent-ils 27 d\u2019être ce qu\u2019ils étaient ?L\u2019effet de leur toute-puissance se fait-il sentir ainsi ?Cela a pour conséquence de modifier profondément leurs intentions mondiales.En fait, ce qui change, c\u2019est leur gouvernement, pour l\u2019extérieur mais même pour l\u2019intérieur, pour leurs propres institutions et pas seulement pour le monde qu\u2019ils se sont mis à défier, alliés comme adversaires.Déjà leurs lois chez eux commencent à être touchées, ainsi que leur respect de principe pour les libertés civiles.La fracture s\u2019observe encore d\u2019un autre angle, précisément par son effet sur l\u2019équilibre international.Les États-Unis avaient de grands alliés.Des puissances, alliées ou non mais concurrentes, gardaient une espèce de neutralité envers eux comme eux envers elles, largement fondée sur le commerce.Sur la question irakienne, ces grands alliés, France, Allemagne, Russie, se détournent et une grande puissance concurrente, la Chine, s\u2019éloigne, et cela devient soudain visible à l\u2019ONU.Le monde se divise-t-il ?À cette échelle ?Deux blocs géopolitiques semblent commencer à s\u2019écarter comme des blocs géodésiques.Jamais on n\u2019aurait cru cela possible.De grands pays, des puissances, refusent ostensiblement la politique américaine de guerre, autant dire cet impérialisme, qui inquiète les autres impérialismes, moins forts sans doute mais qu\u2019il ne peut être question de refouler.Les États-Unis, plus tôt que prévu, commencent à se rendre inacceptables presque universellement à cause de leur politique martiale et de leurs ambitions insolentes et démesurées.La force se joue plutôt mal contre la force, et celle des États-Unis, qui ne compte pas d\u2019égale, ne peut néanmoins s\u2019em- 28 ployer à fond contre d\u2019autres grands pays.Une division du monde commence à se dessiner sur cette ligne critique.On n\u2019aurait pas aisément prévu que des puissances économiques tout de même liées par le commerce et dominant ensemble le monde entier se scindent ainsi, ne serait-ce que sur la question en apparence épisodique d\u2019une guerre et que pour un temps seulement peut-être.Le mal visé est certainement plus profond que celui d\u2019un simple épisode ; le malaise, plus symptomatique ; le différend, moins ponctuel qu\u2019il n\u2019y paraît ; l\u2019avenir, davantage en cause qu\u2019on ne croirait.Ce n\u2019est pas sans étonnement qu\u2019on voit la France, la Russie et peut-être même la Chine menacer les États-Unis d\u2019un veto.Cela ne peut être que très significatif.Un veto trahirait certainement une divergence profonde, tant sur l\u2019opportunité d\u2019une guerre que sur le partage mondial des intérêts.Déjà l\u2019opposition de grands alliés, avant le vote du Conseil de sécurité, indique une étrange séparation politique dans le monde.Après la guerre d\u2019Irak, le problème de la souveraineté impérialiste américaine va probablement se poser d\u2019une manière encore plus aiguë, à cause d\u2019une logique de force devenant encore plus inacceptable et plus dangereuse pour de grandes nations qui n\u2019entendent pas se faire faire la loi par les États-Unis.Le 5 mars 2003 29 ARTICLES Paul-Émile Roy* SUR « LA MISSION SPIRITUELLE » DU CANADA FRANÇAIS Raconter l\u2019histoire, c\u2019est toujours l\u2019interpréter.Le récit historique n\u2019est jamais innocent.Il comporte un narrateur qui a son angle de vision, ses schèmes d\u2019analyse, ses points d\u2019intérêt, ses convictions et ses préjugés.Raconter l\u2019histoire, c\u2019est la réinventer, et c\u2019est pourquoi chaque génération recommence toujours l\u2019opération.Dans le récit du passé le présent tente de se redéfinir.Les jugements que l\u2019on porte sur le passé sont bien souvent plus révélateurs de l\u2019état d\u2019esprit du narrateur que du passé même.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019homme et les sociétés ne peuvent faire l\u2019économie de leur passé puisqu\u2019il est le sceau de leur enracinement dans la réalité, la forme même de leur durée.Il est donc important d\u2019apprécier le passé avec le plus de vérité possible, car c\u2019est la qualité de la vie présente elle-même qui en dépend.Un article de Dominique Foisy-Geoffroy, paru dans la revue Mens, à l\u2019automne 2002, intitulé « La vocation de la race française en Amérique, de Monseigneur Louis-Adolphe Pâquet », m\u2019a beaucoup intéressé.Il propose une lecture d\u2019un texte de Mgr Pâquet très différente de celle que l\u2019on en * Écrivain. 30 faisait vers 1960-1970, au moment de l'effervescence de la Révolution tranquille, et elle a provoqué chez moi quelques réflexions que je voudrais tenter de formuler, tout simplement, en toute sympathie avec l\u2019auteur, sans l\u2019engager cependant par mes propres propos.La présentation que l\u2019on faisait de Louis-Adolphe Pâquet, à une certaine époque, n\u2019était rien moins que caricaturale.Le théologien québécois était l\u2019illustration d\u2019un cléricalisme nationaliste, ou si l\u2019on préféré, d\u2019un nationalisme clérical, qui tenait en quelque sorte le peuple québécois en tutelle et l\u2019empêchait d\u2019accéder à la modernité, de participer au développement industriel pour se consacrer corps et âme à la tâche quasi mystique de la survivance.Une Église catholique cléricale, animée d\u2019une mystique désincarnée, était en quelque sorte responsable de la mince participation des Canadiens français à la vie industrielle et à la gouverne du pays.Or, c\u2019est une image du théologien du XIXe siècle assez différente de celle-là que Dominique Foisy-Geoffroy retrouve dans son discours du 23 juin 1902 prononcé lors de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, et où l\u2019on « célèbre le cinquantenaire de l\u2019Université Laval et le soixantième anniversaire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec.L\u2019orateur explique comment la société est un tout organique lié par une multitude de liens : famille, nation, classes sociales sur lequel Dieu, source de toute autorité, veille.La nation a sa vocation propre, sa raison d\u2019être.Elle répond à un ordre du monde voulu par Dieu.La « race française » en Amérique a une vocation sacerdotale, celle d\u2019être « les pionniers de la civilisation ».Et Pâquet explique que « la race française » doit être fidèle à elle-même, à la langue française qui exprime et 31 incarne la pensée française, aux valeurs spirituelles, à sa religion, etc.Dominique Foisy-Geoffroy conclut que certains passages de Mgr Pâquet évoquent une sorte de complexe du Canadien français « face à sa position défavorable sur le plan économique ».Il semble que l\u2019orateur encourage les Canadiens français à laisser aux autres l\u2019industrie et la finance pour ambitionner avant tout « l'honneur de la doctrine et les palmes de l\u2019apostolat ».Mais l\u2019essentiel du message de Pâquet n\u2019est pas là.Ce qu\u2019il propose aux Canadiens français, c\u2019est « un idéal traditionaliste soucieux de porter l\u2019homme à ses sommets et qui ne néglige pas la part, subordonnée mais décisive, des aspects temporels de la vie humaine - y compris de l\u2019économique - dans la réalisation des plus hautes aspirations humaines.Bien plus que quelque aliénation du Canadien français, c\u2019est donc avant tout une vision du monde, complète, nuancée, exigeante, et un véritable projet de civilisation, qui sont exposés ici »r.Bref, le Pâquet que nous propose Foisy-Geoffroy est beaucoup plus pertinent que celui qu\u2019on nous propose la plupart du temps et qu\u2019on assimile à une espèce de fantoche clérical qui se serait octroyé la mission de garder le Québec dans l\u2019ornière conservatrice.Le texte de Pâquet est marqué par son époque.Il est daté dans les idées, dans le style, dans l\u2019intention.Il m\u2019arrive d\u2019essayer d\u2019imaginer la réaction des gens qui dans un siècle liront les « productions écrites » de notre époque, nos dissertations savantes sur les nationalismes civique et ethnique, sur l\u2019« approche dialogique » des relations interethniques, sur les « lieux identitaires » « pensés comme des espaces de dialogue plurivoque et dissensuel », etc.i Dominique Foisy-Geoffroy, « La Vocation de la race française en Amérique », de Monseigneur Louis-Adolphe Pâquet, Mens, Automne 2002, Vol.Ill, no 1, p.76. 32 ?Pour mieux comprendre le discours de Pâquet, essayons de saisir l\u2019esprit, l\u2019atmosphère du Québec de la fin du dix-neuvième siècle, du début du vingtième.L\u2019histoire ne nous avait pas épargnés.En 1760, la Nouvelle-France avait été décapitée.Commerçants, cadres, administrateurs français étaient retournés en France, et les Canadiens avaient été chassés du pouvoir, forcés de se replier sur la paroisse, la terre.Le clergé était, avec le petite bourgeoisie, l\u2019élite de cette société canadienne dominée par les conquérants.Et c\u2019est pourquoi le clergé prend alors, dans la société canadienne, une importance qu\u2019il n\u2019avait pas sous le régime français.Avec L\u2019Acte de Québec de 1791, les Canadiens français participent à la vie parlementaire.Ils sont même en majorité au Parlement, mais très tôt ils s\u2019aperçoivent que malgré les apparences, la majorité ne gouverne pas.L\u2019Exécutif ne vient pas d\u2019en bas, des représentants du peuple, mais de la métropole.Les conflits de 1837-1838 étaient inévitables et la défaite des Canadiens était scellée par L\u2019Acte d\u2019union qui leur était imposé de façon injuste et méprisante, comme on le sait.La Confédération de 1867 ne sera pas le résultat d\u2019une démarche démocratique.Le peuple n\u2019est pas consulté, il n\u2019y a pas de référendum.On constatera très rapidement, à la façon par exemple dont l\u2019enseignement du français sera traité dans les provinces anglaises, que la Confédération canadienne, concoctée par une poignée d\u2019anglophones et de Canadiens français séduits par la Petite loterie, pour reprendre l\u2019expression de Stéphane Kelly, prolongera l\u2019esprit du Rapport Durham et de 1\u2019Union. 33 Il faut avoir à l\u2019esprit ce contexte politique si l\u2019on veut tenter de saisir les raisons et la portée du discours du Mgr Pâquet, en 1902.L'orateur parle comme théologien, comme intellectuel, comme clerc mais aussi, jusqu\u2019à un certain point, comme chef spirituel, comme interprète de l\u2019histoire de « la race française » en Amérique.Au début du dix-neuvième siècle, l\u2019identité canadienne et l\u2019identité canadienne-françai-se s\u2019opposent.Il n\u2019y a jamais eu, pour prendre les termes de Jean Hamelin dans sa préface au tome IV de l\u2019Histoire populaire du Québec, de Jacques Lacoursière, de « consensus entre ces deux identités ».« L\u2019affirmation de l\u2019identité canadienne et sa quête de souveraineté dans les affaires internationales, écrit-il, continue d\u2019en nourrir une autre : l\u2019identité canadienne-française.Ces deux nationalismes, parce que tous deux basés sur une société définie en termes ethniques et culturels, sont exclusifs »2 3.Le nationalisme canadien-français en avait pris un coup en 1838 et en 1840.Plusieurs chefs de la rébellion de 1837-1838 étaient passés du côté du pouvoir.« Si la solution Durham triomphe après 1837, écrit Stéphane Kelly, c\u2019est bien moins à cause du clerc, lequel s\u2019oppose farouchement à l\u2019Acte d\u2019Union, que du parvenu, qui succombe à l\u2019attrait de la petite loterie »b L\u2019Union avait triomphé du mouvement d\u2019affirmation des Patriotes et l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique avait confirmé l\u2019Union et lui avait donné des bases nouvelles.Louis Riel, que certains voudraient maintenant proclamer Père de la Confédération, avait été capturé par les troupes canadiennes, accusé de haute trahison, trouvé coupable et pendu 2\tJean Hamelin, Préface à Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, tome IV, Sillery, Septentrion, 1997, p.8.3\tStéphane Kelly, La petite loterie, Comment la Couronne a obtenu la collaboration du Canada français après 1837, Boréal, 7997, p.25. 34 à Regina en novembre 1885.Au Manitoba, et partout dans les autres provinces de la Confédération, l\u2019enseignement du français est loin d\u2019aller de soi.Bourassa écrira bientôt : « L\u2019histoire de la Confédération canadienne, c\u2019est la série lamentable de nos déchéances et de nos défaites par la fausse conciliation ».C\u2019est cette même Confédération qu\u2019Esdras Minville qualifiera plus tard de « traquenard » pour les Canadiens français.Il faut donc reconnaître, à l\u2019arrière-plan du discours de Pâquet, le caractère lugubre et menaçant du contexte national.L\u2019orateur proclame ici qu\u2019il ne faut pas se laisser emporter par les événements, qu\u2019il faut être fidèle à soi-même, et faire l\u2019histoire au lieu de la subir.Faut-il parler de résistance, de survivance ?Il est bien évident que le Canada français est attaqué, menacé, et qu\u2019il doit se ressaisir, s\u2019il ne veut pas disparaître.C\u2019est dans cette perspective qu\u2019il faut comprendre les développements de l'orateur sur l\u2019identité du peuple canadien-français, sur la vocation de la nation, sur sa raison d\u2019être.C\u2019est Dieu, ou si vous voulez l\u2019Ordre universel, qui a voulu que l\u2019homme appartienne à une famille, à une nation, à l\u2019humanité.Si la nation est menacée, ce sont ses membres qui le sont.Si une nation est détruite, c\u2019est l\u2019humanité qui est diminuée, car chaque nation apporte au monde son témoignage particulier.C\u2019est pourquoi, dit Pâquet, la « race française en Amérique » a une « mission sacerdotale ».Il ne s\u2019agit pas, dans cette « mission sacerdotale », de la mission du clergé, ou même de l\u2019Église, mais de tout le peuple, de la « race », comme on disait à l\u2019époque.Chaque peuple, pourrait-on dire aujourd\u2019hui, a sa propre vocation spirituelle, a quelque chose de particulier à apporter à la civilisation. 35 Pour l\u2019essentiel, il me semble que c\u2019est là le sens de la pensée de Pâquet qui est formulée dans un contexte historique et culturel différent du nôtre.Qu\u2019on ait fait de cette pensée l\u2019illustration d\u2019une idéologie conservatrice axée sur la survivance me semble pour le moins discutable.Qu'on ait affirmé que Pâquet ait invité les Canadiens français à s\u2019évader, par compensation, dans une supposée « Mission spirituelle » coupée de tout lien avec la réalité, me semble injuste et simpliste.Après avoir reconnu que nous entrons dans une ère de progrès, que le commerce se développe, que la richesse n\u2019est interdite à aucun peuple, et que ce sont là des bienfaits de la Providence, Pâquet met ses auditeurs en garde contre la quête immodérée de « l\u2019or et des jouissances ».« Laissons, dit-il, à d\u2019autres nations, moins éprises d\u2019idéal, ce mercantilisme fiévreux et ce grossier naturalisme qui les rivent à la matière ».Et un peu plus loin : « Usons du progrès, non pour nous étioler dans le béotisme qu\u2019engendre trop souvent l\u2019opulence, mais pour donner à nos esprits des ailes plus larges et à nos cœurs un plus vigoureux élan »1 En entendant évoquer ces notions de « progrès » et de « béotisme », comment ne pas penser à Baudelaire qui, à la même époque, critiquait sévèrement le « progrès » et à Flaubert qui fustigeait les « philistins », ces riches bourgeois fermés à la culture et au sens de l\u2019art ?Il faut nuancer aussi, il me semble, le jugement selon lequel Mgr Pâquet et les nationalistes de l\u2019époque auraient été inspirés par l\u2019idéologie agriculturiste et auraient encouragé les Canadiens français, au nom d\u2019une spiritualité désincarnée, à abandonner aux autres le développement de l\u2019industrie 4 Op.Crt., p.87-88. 36 pour se consacrer à la tâche plus noble du développement agricole.Il faut au moins nuancer ce jugement en se rappelant que les conquérants avaient forcé les Canadiens à se replier sur les terres.Les nouveaux maîtres détenaient le pouvoir politique et contrôlaient le commerce du pays.Ce n\u2019est qu\u2019à la Révolution tranquille, après deux siècles de domination, que le Québec sera en mesure de réagir contre cette tutelle et réussira à se prendre un peu plus en main.Mais il n\u2019y avait pas lieu, dit Gérard Filion, d\u2019inventer « le terme agriculturisme pour ce qui était pour des gens démunis la simple recherche du pain quotidien »5.Et Fernand Dumont explique très bien en quoi le slogan « Emparons-nous du sol », au XIXe siècle, n\u2019était pas nécessairement « un plaidoyer pour l\u2019agriculture », mais « avant tout la revendication d\u2019occupation du territoire sous la menace d'une désappropriation »5 6.Ajoutons à cela qu\u2019un mouvement très fort, aux États-Unis et ailleurs, à XIXe siècle, prônait le développement rural, en réaction contre les abus et la prolétarisation qu\u2019entraînait un essor industriel sauvage.On a parlé du « messianisme » de Pâquet.L\u2019Église catholique canadienne-française aurait eu pour mission de convertir l\u2019Amérique à la religion catholique.Et il est vrai que l\u2019Église catholique, comme toutes les Églises, s\u2019est toujours reconnu une vocation missionnaire.Il faut noter d\u2019ailleurs que toute culture et toute civilisation tendent à s\u2019étendre, à rayonner.Mais ce que je veux faire ressortir, c\u2019est que le « messianisme » canadien-français n\u2019était pas nécessairement une forme d\u2019aliénation qu'aurait empruntée notre « aliénation nationale ».Si ce messianisme était né au lendemain de la 5\tGérard Filion, Fais ce que peux, Boréal, 1989, p.149.6\tFernand Dumont, Genèse de la société québécoise, Boréal, 1993, p.262. 37 conquête, il avait été, comme l\u2019explique Yvan Lamonde, relancé par des Français au dix-neuvième siècle7.Il faut dire surtout que le messianisme, ou le militantisme des Canadiens français, était bien pâle si on le compare à celui des Irlandais catholiques et à celui des Protestants anglais.Pour ce qui est des Irlandais catholiques, qu\u2019on lise, par exemple, l\u2019ouvrage de Luc Bouvier, Les sacrifiés de la bonne entente, pour constater, chez les évêques irlandais de Pembroke, la volonté d\u2019anglicisation des Canadiens français, ce que Lionel Groulx avait déjà noté dans ses Mémoires.Qu\u2019on se rappelle le fameux discours, à Notre-Dame, de Francis Bourne, archevêque de Westminster, en 1910, auquel Bourassa donna la réplique.Qu\u2019on pense surtout à la politique de Londres et du Canada anglais depuis la Conquête jusqu\u2019à nos jours, au militantisme anticatholique des Orangistes, comme nous l\u2019explique en long et en large Normand Lester dans Le Livre noir du Canada anglais, tomes 1 et 2.Mais surtout, il faut considérer que l\u2019on assiste au début du vingtième siècle, au triomphe de l\u2019impérialisme britannique qui a pris son essor au dix-huitième siècle et qui, selon Hannah Arendt, est aux origines des totalitarismes modernes.Cet impérialisme s\u2019est répandu aux quatre coins du monde, au nom, dit Hubert Guindon, « de la mission civilisatrice d\u2019une race supérieure »8.C\u2019est cet impérialisme orgueilleux et méprisant qui inspirait Lord Durham, qui inspirera plusieurs hommes d\u2019État canadiens, dont Wilfrid Laurier, auquel se rallieront Trudeau et Chrétien et la plupart de nos fédéralistes.Cet impérialisme donnera sa pleine mesure avec l\u2019impérialisme américain 7\tYvan Lamonde, Histoire sociale des idées au Québec, 7760-1896, Fides, p.389-395.8\t« L\u2019insoumission sociologique », Rencontre avec Hubert Guindon, Propos recueillis par Stéphane Stapinsky, Les Cahiers d'histoire au XXe siècle, No 8, automne 1999, p.210. 38 actuel qui tente de s\u2019imposer par la force à la planète entière avec la brutalité et la morgue la plus dégradante.(J\u2019écris ceci au début de mars 2003).Au-delà des problèmes de style et de rhétorique, ce qu'il faut voir chez Mgr Paquet, c\u2019est l\u2019homme qui se lève à un tournant dramatique de l\u2019histoire et qui proclame que les Canadiens français ont le droit d\u2019exister, comme tous les peuples, que tous les peuples ont une vocation particulière et qu\u2019il ne faut pas céder aux ambitions démesurées d\u2019un impérialisme qui se croit le détenteur de tous les droits et le dispensateur de la civilisation.Certains Québécois ont considéré les propos de Pâquet sur la mission de la « race française » en Amérique comme une fuite de la réalité, comme une forme d\u2019évasion dans une spiritualité factice, comme une forme d\u2019aliénation nationale.Or l\u2019aliénation nationale, je la vois plutôt chez ceux qui se flagellent, qui se culpabilisent, qui intériorisent le regard que porte sur eux le conquérant.Dans la lutte contre l\u2019impérialisme, la suprême erreur, c\u2019est de mépriser ou de dénoncer ceux qui sont menacés par lui, ceux qui ne veulent pas se laisser emporter par lui, qui proclament, même de façon maladroite, leur volonté de liberté et d\u2019indépendance.Je n\u2019ai aucunement l\u2019intention d\u2019imposer mes opinions à Foisy-Geoffroy, mais son article est à mon sens très stimulant, et j\u2019ai cru bon de formuler quelques-unes des réflexions qu\u2019il avait provoquées chez moi.? 39 ARTICLES Majella Simard- LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE SOLIDAIRE : UTOPIE OU RÉALITÉ?QUELQUES JALONS POUR L\u2019AVÈNEMENT D\u2019UNE TROISIÈME VOIE À l\u2019heure de la mondialisation, aucune économie nationale ne peut exister et se développer sans être branchée sur le monde.Or, le libéralisme économique est devenu, en fait, le seul modèle accepté dans nos sociétés démocratiques.Partout, il impose ses lois et son emprise en accordant plus d\u2019attention à l\u2019argent et aux capitaux qu\u2019à l\u2019humain.Il devient aussi générateur de « structure de violence » bien illustrée par un taux de chômage élevé, une pauvreté croissante, une exclusion sociale qui atteint même les classes moyennes, une course des multinationales et des banques vers le profit et la rentabilité.En corollaire à cette emprise du capital sur l\u2019humain apparaît le phénomène de corruption qui semble devenir une pratique généralisée.On peut observer cette pratique immorale au regard de la loi jusque dans les sphères de la haute finance, sous forme de trafic d\u2019influence, de fraudes fiscales, de pots-de-vin, de combines louches.Il en résulte une perversion de la conscience et une perte de confiance dans les dirigeants politiques.Dans un tel climat, aucune société ne peut vivre en paix et progresser.* L\u2019auteur est candidat au doctorat en développement régional à l'Université du Québec à Rimouski. 40 Dans cet article, nous nous proposons d\u2019avancer un certain nombre de propositions susceptibles de réconcilier l\u2019économique et le social.Nous exposerons les conditions nécessaires à l\u2019élaboration d\u2019un modèle de développement plus solidaire.Enfin, nous identifierons quelques réalisations qui émergent à diverses échelles géographiques, autant d\u2019initiatives qui laissent entrevoir l\u2019avènement d\u2019un nouveau modèle.1.La nécessaire réconciliation de l\u2019économique et du social On ne peut s\u2019abandonner aux forces aveugles de l\u2019idéologie néolibérale pour résoudre les problèmes des petites localités rurales.Les règles de l\u2019économie ne peuvent organiser seules la mosaïque du peuplement et la distribution des activités de production.La logique productiviste, issue du système capitaliste, ne permet pas d\u2019assurer le développement harmonieux de tous les territoires et encore moins celui des milieux qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour contrer ou du moins limiter les effets dévastateurs de ce système1.Or, le développement, pour qu\u2019il soit authentique, ne peut se concevoir sans la recherche de l\u2019équité sociale, sans le renforcement du lien social d\u2019où l\u2019importance d\u2019élaborer une autre approche qui permettra de concilier les objectifs économiques avec la finalité sociale de toutes les activités humaines.i L\u2019histoire nous apprend qu\u2019une réflexion éthique a souvent accompagné l\u2019effort de compréhension des mécanismes économiques.SCHUMPETER (1954) l\u2019avait bien remarqué : la quête éthique associée à la détermination du prix s\u2019est avérée un puisant stimulant intellectuel pour l\u2019analyse rigoureuse des mécanismes de formation des prix réels.Plus récemment, l\u2019attribution du prix Nobel d\u2019économie 1998 à Amartya Sen en est une autre illustration témoignant, en outre, que l\u2019actualité des faits économiques (mondialisation des marchés, compétition économique, inégalités de développement, etc.) produit en retour de nouvelles inflexions académiques dans la dimension normative de la science économique. 41 Parce qu\u2019ils se sont dotés de vigoureuses politiques de développement social, plusieurs pays membres de l\u2019Union européenne (notamment la Grèce, le Portugal, l\u2019Espagne et l\u2019Irlande) ont enregistré des avancées significatives en matière de lutte à la pauvreté, de coordination d'emplois, de pensions ou de sécurité sociale2 3.En outre, de plus en plus d\u2019économistes (WEAVER, MERCIER, SEN, etc.) reconnaissent d\u2019ailleurs que « le développement est avant tout une question éthique, une intention politique à la recherche du bien commun » (MERCIER, 1989 : 7
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