L'action nationale, 1 septembre 2003, Septembre
[" Éditorial NATIONALE Sacrifier la cohésion sociale ¦Robert Laplante\t2 Articles Élections 2003 : des abstentionnistes péquistes ?¦Christian Cagnon\t9 Le grand renouveau Les défusions municipales ¦Jean Rioux\t19 Les invasions barbares ou la lente agonie provinciale ¦Jean-Philippe Chartré\t22 La fortune du prince Arcand -Sylvain Deschênes\t34 U.S.Incorporated ¦Pierre Vadeboncceur\t47 Hommages à François-Albert Angers -Jean-Marc Léger\t53 ¦Jacques Parizeau\t57 -Serge Gauthier\t60 Hommages à Pierre Bourgault ¦Charles Saint-Prot\t63 - Jean Dorion\t65 Dossier LA LANGUE FRANÇAISE\t71 État de la politique linguistique canadienne -Benoît Sauvageau\t72 Le recensement au service de l'unité canadienne -Charles Castonguay\t82 La place du français au travail ¦René Roy\t106 Portrait d\u2019une langue seconde ¦Pierre Serré\tni Les enjeux linguistiques en éducation ¦Nicole de Sève\t145 Des anglicismes à l\u2019anglicisation ?-Jean-Marc Léger\t158 Et si la société civile se retroussait les manches ¦Claudette Carbonneau\t163 Démolinguistique 101 ¦Michel Paillé\t170 Lire Les essais\t208 Livres reçus\t218 Chroniques Volume XCIII numéro SEPTEMBRE 2003 Courrier des lecteurs Index de nos annonceurs 222 2J1 i-im Jean Côté Clef des champs 46 x 32 cm Bibliothèque nationale du Québec 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca administration@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Ê * * *\t1 \u201d * * ™ \u201d Directrice adjointe : Laurence Lambert.Comité de rédaction : Sylvain Deschênes, rédacteur et conseiller en communication ; Lucia Ferretti, professeure d'histoire ; Henri Joli-Cœur, administrateur ; Robert Laplante ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue.Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ ; Chrystiane Pelchat, enseignante; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Monique Dumais, théologienne, Université du Québec à Rimouski ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Simon Langlois ; Anne Legaré ; André Juneau.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal » 2 ÉDITORIAL Robert Laplante SACRIFIER LA COHÉSION SOCIALE L'histoire récente du Parti libéral du Québec n\u2019est pas belle à voir.Voilà un parti qui a renié à peu près tout ce qui a pu, un temps, lui valoir d\u2019avoir servi un tant soit peu les intérêts supérieurs du Québec.Du sabotage de la conjoncture créée au lendemain de la Commission Bélanger-Campeau aux manœuvres de torpillage du rapport Allaire jusqu\u2019à la récente campagne électorale en passant par la caution des actes illégaux du gouvernement d\u2019Ottawa durant la campagne référendaire, ce parti a non seulement trahi sa propre histoire et ses politiques, il a refusé d\u2019assumer l\u2019héritage du combat pluriséculaire de notre peuple.Pour rester des inconditionnels du lien Canadian les libéraux ont renoncé à servir le Québec d\u2019abord, ils ont refusé de pousser à son terme la conclusion logique des réformes qu\u2019ils avaient eux-mêmes lancées à l\u2019occasion de la Révolution Tranquille.Le programme de régression historique annoncé dans le Discours inaugural commence à donner ses fruits.Pour un grand nombre de Québécois, le changement promis pour réinventer le Québec prend les allures d\u2019une véritable punition.Centres de la petite enfance, services de garde en milieu scolaire, médicaments, tarifs d\u2019électricité, compressions de tous genres dont on n\u2019a pas encore vu tous les 3 effets, il est de plus en plus clair que le gouvernement Charest a décidé de faire payer du prix de la solidarité sociale son acceptation inconditionnelle du carcan Canadian.Fragilisation accrue des plus pauvres, érosion des classes moyennes, c\u2019est la cohésion sociale du Québec que ce gouvernement est prêt à sacrifier pour prendre la place que le Canada lui assigne.L\u2019accroissement des inégalités sociales, voilà un prix qui s\u2019ajoute à celui de la braderie de nos intérêts nationaux ; l\u2019embardée Charest va faire très mal au Québec.Ce n\u2019est pas sous le signe de l\u2019austérité que se place le gouvernement libéral mais bien sous celui du renoncement hypocrite qui maquille sous un vernis de pseudo-rationalité budgétaire sa résignation à vivre selon les consignes d\u2019Ottawa.Le Québec qu\u2019il prétend réinventer est déjà tout dessiné dans les cartons de l\u2019État Canadian.La rhétorique comptable ne sert qu\u2019à distiller le doute en nos capacités collectives pour mieux travestir la démission politique d\u2019un parti qui a d\u2019ores et déjà fait le choix de laisser à une majorité qui nous nie le soin de décider ce que sera la part de nos impôts avec laquelle nous condamnerons le gouvernement de la province de Québec à nous nous contraindre à vivre dans un état de sous-oxygénation chronique.Pour gérer le Québec avec les moyens qu\u2019Ottawa lui laisse, les libéraux sont prêts à vendre les meubles, à réduire l\u2019État du Québec au rang d\u2019une grosse agence de livraison de services - et encore, et de manière régressive, de plus en plus, des services à ceux qui auront les moyens de se les payer.Les lieux communs du néolibéralisme leur servent en fait d\u2019alibi.L\u2019éloge du secteur privé ne sert qu\u2019à couvrir la confiscation planifiée du bien public au bénéfice d\u2019un establishment 4 de parvenus qui n\u2019a pas le courage des gestes d\u2019émancipation.Il n\u2019est jamais question que de réduire la taille de l\u2019État du Québec.Les libéraux ne feront pas de bataille pour réduire la taille et le rôle de l\u2019État Canadian auquel va désormais leur loyauté première.Jean Charest peut bien se gausser de leadership dans son Conseil de la Fédération.Les provinces anglaises ne demandent pas mieux que de le voir s\u2019agiter pour faire leur politique.S\u2019il faut lui flatter la vanité pour obtenir du rendement, c\u2019est fort peu cher payer.Au cours actuel de la monnaie de singe.La rentrée politique nous annonce un automne chaud.Puisqu\u2019il apparaît d\u2019ores et déjà que le hiatus entre ce gouvernement et les forces vives du Québec menace la cohésion sociale et travaillera durement les liens de solidarité tissés par des générations de combats, il faudra s\u2019attendre à de dures batailles.Il faut faire reculer ces gérants de notre dépendance qui s\u2019acharnent à tenter de nous faire croire que nous n\u2019avons pas les moyens non seulement de ce que nous espérons mais encore, et plus dramatiquement, de ce que nous sommes.À entendre les Séguin, Forget, Charest et autres Pelletier de la résignation, l\u2019Histoire ne nous aurait portés jusqu\u2019ici que pour faire la démonstration de la vanité des aspirations que nous pouvons nourrir par et pour nous-mêmes.Ce qu\u2019ils appellent l\u2019impasse budgétaire de la province n\u2019est qu\u2019une formule rhétorique brandie pour tenter de légitimer leur consentement à une reddition sans condition II faut, dès cet automne, leur faire voir que nous n\u2019accepterons pas de les laisser brader nos acquis et saboter le dynamisme de notre société pour laisser sombrer ce pays dans une médiocrité sans nom.Le Québec passera l\u2019hiver qu\u2019ils cherchent à nous faire subir.La solidarité fera notre force.? '.â creer, soutenir Fondaction rend plus facilement accessible une épargne-retraite peu coûteuse pour des dizaines de milliers de travailleuses et de travailleurs.Grâce à cette épargne collective, Fondaction fournit du capital de développement à investir dans des entreprises au caractère plus participatif, créatrices d\u2019emplois durables.Fondaction agit dans le sens d\u2019un développement socialement responsable, plus respectueux des personnes, des collectivités et de leur environnement.FONDACTION CSN POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI (514) 525-5505 \u2022 1 800 253-6665 \u2022 www.fondaction.com Édifice Fondaction, 2100 boul.De Maisonneuve Est, Montréal H2K 4SI ® (Tftr\tW\t0\t\u2019*\u2022«* Economisez % D% 5 00% 10 00 15, -40 00% J Var.participation 13 Mais si ceux qui avaient voté pour le PQ de Lucien Bouchard ne l\u2019ont pas tous fait avec Bernard Landry, où donc sont allés leurs votes ?De la même façon que pour les abstentions, on peut aussi vérifier si, d\u2019une circonscription à l\u2019autre, il y a un rapport répétitif entre la variation du vote péquiste et celles des votes libéraux et adéquistes, toujours entre 1998 et 2003 (voir figures 2 et 3).Par régression linéaire, ont peut enfin estimer la pente de la droite - appelée coefficient de régression - que semblent décrire les points et ainsi comparer de façon quantitative vers quels autres partis se sont dirigées les défections péquistes.Les résultats obtenus sont les suivants : \tCorrélation\tCoefficient de détermination\tCoefficient de régression Variation du vote PQ versus variation du vote PLQ (1998-2003)\t-69 %\t47 %\t-70 % Variation du vote PQ versus variation du vote ADQ (1998-2003)\t-52 %\t27 %\t-57 % Variation du vote PLQ versus variation du vote ADQ (1998-2003)\t+3 %\t0,1 %\t(non significatif car corrélation trop faible) Les changements d\u2019allégeance se sont donc plutôt faits du PQ vers le PLQ et, de façon moins nette et dans une moindre mesure, vers l\u2019ADQ.Les valeurs négatives indiquent que d\u2019une circonscription à l\u2019autre, plus les appuis au PQ diminuent, plus ceux du PLQ et de l\u2019ADQ augmentent.Enfin, il y aura eu, de 1998 à 2003, pratiquement autant d\u2019ex-libéraux devenus adéquistes que d\u2019anciens adéquistes passés chez les libéraux.L\u2019abstention semble donc arriver au H troisième rang des options préférées des péquistes « défec-tionnistes ».Figure 2 : un alignement plus manifeste Corrélation entre var.vote PLQ et var.vote PQ (1998-2003) 20.00% -< 10.00%- ,«-ooe%- 30.00% 10.00% 20 00% 00% -20 00% ¦30 00%- -40 00% J Var.vote PLQ La recherche d\u2019une alternative Toutes proportions gardées, les nouveaux abstentionnistes n\u2019étaient pas davantage péquistes que libéraux ou adéquistes.Les centaines de milliers de sympathisants péquistes de 1998 qui n\u2019ont pas appuyé le PQ en 2003 ont tout simplement voté pour d\u2019autres.Voilà qui force à chercher ailleurs l\u2019explication de cet échec électoral.Bien sûr, il fallait bien que le PQ perde des élections un jour.La fameuse « usure du pouvoir » et son corollaire, le « goût du changement » avaient eu neuf ans pour s\u2019installer.Le PQ a eu beau afficher un étonnant 15 bilan de deuxième mandat fait de décisions courageuses et d\u2019initiatives imaginatives, il était patent que les électeurs se cherchaient depuis un bon moment des raisons de se convaincre que l\u2019un ou l\u2019autre des partis d\u2019opposition était digne de leur confiance.Figure 3 : un autre alignement plus convaincant Corrélation entre var.vote ADQ et var.vote PQ (1998-2003) 20.00% -1 10 00% I 0 00% 5 00%\t10 00% 15 00% 20 00% 25 00% 00% -5 00% _ 0 .\u2022 % ¦20 00% ¦30 00% -40 00% J Var.vote ADQ En février 2002, les « affaires » de lobbying ont fourni ce prétexte.Les démissions pourtant rapides du directeur du PQ, Raymond Bréard, et du ministre Gilles Baril n\u2019ont pas suffi à éviter au PQ une dégringolade telle, qu\u2019à 26 % d\u2019appuis en septembre 2002, le parti souverainiste aurait pu être rayé de la carte s\u2019il y avait eu élections.Puisqu\u2019alors, Jean Charest était jugé trop « Canadien » pour être premier ministre du Québec, c\u2019est autour de l\u2019ADQ et de son jeune chef que se sont cristallisés les espoirs de renouveau, jusqu\u2019à 47 % des intentions de vote.« Une satisfaction de 80 % à l\u2019égard de Mario Dumont, et de 84 % des francophones, c\u2019est plus élevé que Lucien Bouchard à son meilleur ! », faisait remarquer le président de Léger Marketing, Jean-Marc Léger.Mais dès février 2003, les volte-face et l\u2019amateurisme de l\u2019ADQ lui valaient le désenchantement de l\u2019électorat francophone qui, toujours incapable de considérer le PLQ de Jean Charest comme une alternative envisageable, rentra au bercail péquiste (PQ 39 %, PLQ 31 % et ADQ 29 % selon CROP).Le credo de la remise en question des acquis de la Révolution tranquille venait d\u2019être rejeté pour une deuxième fois depuis la tentative de virage à droite de Jean Charest du début de la campagne électorale de novembre 1998.Lorsqu\u2019en mars 2003, Bernard Landry appela les Québécois aux urnes, il était nettement perçu comme le meilleur chef, à la tête d\u2019un gouvernement ayant un taux de satisfaction fort défendable de 45 %.Même à une semaine du vote, tout de suite après le débat des chefs, le chef du PQ était toujours vu comme le meilleur candidat au poste de premier ministre (à 39 %, contre 33 % pour Charest et 13 % pour Dumont, selon Léger Marketing).Et le Parti Québécois, en avance de 12 points chez les francophones, tenait bon dans sa quête d\u2019un gouvernement majoritaire.Mais à l\u2019ultime limite, une meilleure perception de la performance du chef du PLQ au 17 débat des chefs a subitement fait son œuvre, avec le résultat qu\u2019on sait.Le regardant à la télévision lors du débat, les Québécois se sont finalement persuadés de se résigner à un certain moindre mal qui consistait à transmettre les rennes de l\u2019État à un Jean Charest qui ne suscite aucun intérêt chez eux, plutôt que de faire mentir cette inébranlable « règle de l\u2019alternance » des deux mandats en reportant au pouvoir un gouvernement qu\u2019ils avaient tout simplement assez vu.Les derniers sondages l\u2019ont montré : les Québécois francophones ont eu beau ne pas vouloir des référendums sur les « défusions », ne pas croire qu\u2019on puisse baisser les impôts tout en augmentant les dépenses, et ne pas adhérer à la réduction du rôle de l\u2019État, un partie d\u2019entre eux se sont convaincus que Jean Charest incarnait ce « changement » tant recherché.Le programme libéral a donc peu à voir avec la victoire de l\u2019ancien chef du Parti Conservateur du Canada.Par conséquent, il serait téméraire de soutenir que l\u2019électorat a donné au Parti Libéral du Québec un mandat clair pour la mise en pratique de son programme de démantèlement de l\u2019État.L\u2019enjeu de la souveraineté Peu avant la dissolution de l\u2019Assemblée nationale, les stratèges péquistes devaient concilier les ambiguïtés de l\u2019électorat, chez qui on notait une hausse des appuis à la souveraineté mais le maintien d\u2019un refus obstiné d\u2019entendre parler du dossier constitutionnel.Cherchant à ratisser large tout en maintenant son horizon 2005 pour que le Québec accède « au concert des nations », le premier ministre Landry déclara, « Si une fois que vous avez écouté ce que j\u2019ai dit, vous ne saviez pas s\u2019il y avait un référendum ou s\u2019il n\u2019y en avait pas, vous avez bien compris parce que c\u2019est ça que je voulais dire :je ne le sais pas moi non plus.Ce que je sais, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un parti souverainiste dans la course ». En fin de campagne, cette ambiguïté avait porté fruit.Selon Léger Marketing, dans l\u2019avant-dernière semaine précédant le vote, plus d\u2019un Québécois sur deux (54 %) ne croyait pas que le PQ reviendrait à la charge avec un troisième référendum sur la souveraineté du Québec.Et si une majorité d\u2019électeurs ayant l\u2019intention d\u2019appuyer le Parti libéral (51 %) pensaient qu\u2019un gouvernement péquiste engagerait le Québec dans une démarche référendaire, 65 % des électeurs péquistes, tout comme 55 % des adéquistes n\u2019y croyaient tout simplement pas.Dans de telles circonstances, comment se surprendre que l\u2019appel au ralliement des souverainistes n\u2019ait pas été entendu ?En bout de ligne, l\u2019avenir constitutionnel du Québec n\u2019a à peu près pas polarisé les débats.Ne se distinguant pas de ses adversaires sur ce plan, le Parti Québécois ne récolta que 33 % des suffrages exprimés alors que la souveraineté recueillait environ 45 % d\u2019appuis.Huit ans après avoir frôlé la victoire référendaire, force est de constater que les sympathisants souverainistes sont démobilisés.Le Parti Québécois doit donc rapidement rebâtir la crédibilité de sa détermination souverainiste.? 19 ARTICLES Jean Rioux* LEGRAND RENOUVEAU LES DÉFUSIONS MUNICIPALES Deux thèmes ont marqué la campagne du Parti libéral du Québec : la santé et les défusions municipales.La question des défusions, telle que présentée par le chef libéral, constitue une expression remarquable des fondements politiques de ce parti.Rappelons brièvement les faits, le précédent gouvernement a procédé aux fusions d\u2019un certain nombre de municipalités après avoir mené les enquêtes et les études nécessaires au bon déroulement des opérations prévues.Les objectifs visés étaient louables et conformes au bien commun.Un projet de loi a été rédigé, débattu et voté dans le respect des compétences des différents intervenants.La loi était bonne et conforme à la Constitution.Monsieur Charest, l\u2019actuel premier ministre, conteste la légitimité de cette loi au nom de la démocratie.Il affirme que le gouvernement d\u2019alors aurait dû, avant tout, procéder à organiser des référendums auprès des populations concernées, c\u2019est-à-dire, celles à qui la fusion imposera de nouveaux devoirs et de nouvelles exigences, c\u2019est-à-dire aux ghettos de ségrégationnistes, de nantis et de satisfaits.En somme de permettre à ces villes de démolir le projet de loi * Retraité. 20 avant qu\u2019il ne soit soumis à l\u2019Assemblée nationale.La loi ne peut s\u2019appliquer à ceux qui n\u2019en veulent pas.Ce qui intrigue également, c\u2019est que le nouveau premier ministre dit qu\u2019il souhaite le succès des fusions.Il trouve donc que celles-ci sont bonnes et légitimes.mais non démocratiques ! Ce que nous propose le nouveau gouvernement est donc une certaine vision de la démocratie.En effet, cette démocratie vise à donner aux nantis le pouvoir de dire non à l\u2019effort social et économique qui leur est demandé par le projet de loi.La nouvelle démocratie qui nous est proposée est celle qui fait des riches l\u2019autorité suprême et de la richesse le moteur de la vie politique.La nouvelle démocratie libérale se fait ostensiblement et volontairement ploutocratique, c\u2019est-à-dire un gouvernement du peuple par les riches et pour les riches.Les nantis pourront, après les référendums, se retirer dans leurs ghettos et savourer les délices d\u2019une vie sans obligations sociales.Ils resteront les bénéficiaires de la concurrence entre les villes divisées.Ils n\u2019auront pas à payer pour les calamités écologiques et les aménagements urbains nécessaires.Quand le premier ministre dit qu\u2019il souhaite le succès des fusions, cela n\u2019est qu\u2019un souhait.Ce n\u2019est pas lui qui décide, ce sont les nantis des ghettos.L\u2019idéal d\u2019une telle démocratie peut se traduire ainsi : une classe opulente dans un état faible.Trois conséquences sont à prévoir de cette opération de défusion : elle va d\u2019abord attiser les antagonismes entre les protagonistes et perturber la paix sociale ; elle va libérer ensuite les riches de leurs obligations sociales et enfin elle 21 va affaiblir l\u2019État du Québec en défaisant une législation parfaitement justifiée.L\u2019analyse de cet article important du nouveau gouvernement nous permet de comprendre que le « grand renouveau » dont il s\u2019agit n\u2019est rien de moins que la mise en place d\u2019une démocratie libérale ploutocratique.? 22 ARTICLES Jean-Philippe Chartré* LES INVASIONS BARBARES OU L\u2019AGONIE QUÉBÉCOISE EN DOUCE J\u2019étais convaincu que le réalisateur du Déclin de l\u2019empire américain s\u2019était suicidé peu de temps après la sortie de son film.J\u2019imaginais mal qu\u2019on pût trouver le goût et la force mentale de continuer à vivre dix-sept autres années.J\u2019ai donc été surpris d\u2019apprendre qu\u2019il a donné une suite à son premier film apocalyptique dans lequel, pensais-je, il avait tout dit.En général, il y a quelque chose de très esthétique, une cohérence dramatique, à conclure une œuvre, un système et une vie, par un final apocalyptique.Le Nouveau Testament, par exemple, se termine par le livre de l\u2019Apocalypse et il n\u2019y a que des drôles de mauvais goût comme les mormons pour y ajouter de soi-disant révélations.En toute logique, Arcand devait se suicider après le Déclin, ce film désespéré, pour ne laisser place à aucune ambiguïté sur son message alarmiste : pour ne pas laisser entendre que lui aussi, au fond, créateur semblable à ses personnages, illustre le parvenu hédoniste, bien confortablement assis sur les latrines dorées du cynisme, le baby boomer aux tempes grisonnantes prétendument moins écrasé par le malheur historique de son peuple grâce à son savoir nouvellement acquis.À défaut d\u2019un suicide, il devait prendre au moins une résolution tragique, le terrorisme, l\u2019exil, ou au moins, sombrer dans la folie, pour ne pas redescendre dans la vase de l\u2019ordre commun au-dessus de laquel- Étudiant à la maitrise en littérature à l'Université de Montréal. 23 le sa lucidité lui promettait de s\u2019élever.Son premier Déclin avait l\u2019apparence de la singularité : voici qu\u2019il a décidé d\u2019en faire une série.- Eh ! meurs donc ! si tu es véritablement désespéré, si tu es une vraie conscience déchirée, si tu es convaincu de la mort de toute grandeur pour nous, de l\u2019impossibilité d\u2019une refondation nationale ! Ne nous épuise pas une seconde fois avec tes croisements de sophismes crus et tes scènes mélodramatiques dignes de nos téléromans provinciaux ! L\u2019affiche des Invasions barbares nous donne à voir un fessier nu.S\u2019agit-il des fesses de Rémy, ce gauchisant luxurieux alité à l\u2019hôpital (de façon incommode, étant donné la fameuse crise de la santé) ?S\u2019agit-il des fesses d\u2019Arcand, le réalisateur nous avertissant qu\u2019il s\u2019apprête à présenter à nouveau son derrière au Québec (le Québec ce minable satellite de l\u2019« Empire en déclin ») ?On ne sait pas très bien à qui sont ces fesses en gros-plan : à Arcand, à Rémy, ou aux deux ?D\u2019aucuns affirment que le réalisateur s\u2019est représenté dans son protagoniste, Québécois soixantenaire, passionné des études historiennes et sceptique angoissé.Les pensées de Rémy ressemblent beaucoup à celles que l\u2019on peut dégager in fine de la personnalité denis-arcanienne ; elles témoignent du même pessimisme, désabusement et complexe d\u2019infériorité nationale, chapeautés par la même complaisance de parvenu.Un film comme Les Invasions compte parmi ces rares moments de communion de notre public national, durant lesquels nous regardons tous dans la même direction.Ces moments de culture largement diffusée rappellent notre âme collective à la réalité.Ils rapaillent les éléments épars de notre totalité.Vu la rareté et l\u2019importance d\u2019une telle réunion psychique, il conviendrait peut-être de chercher à reconnaître dans l\u2019œuvre ce qui l\u2019inspire et ce qu\u2019elle inspire au public.Loin de moi de n\u2019estimer que des œuvres édifiantes 24 commandées par l'idéologie d\u2019un Parti, fût-il le plus digne - le vrai artiste est un homme libre -, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019à mes yeux la consécration par une œuvre de l\u2019individualisme hédoniste joue le jeu du statu quo Canadian.Nous verrons qu\u2019insidieusement, dans le film, ce n\u2019est pas à travers l\u2019impotent Rémy qu\u2019Arcand répand ses idées pessimistes, mais plutôt à travers le personnage secondaire qui les concrétise : Sébastien.Je voudrais démontrer comment montrer son cul au Québec, chez Arcand, c\u2019est n\u2019envisager la réussite qu\u2019en dehors de nos frontières.La première scène du film est explicite : nous voyons Sébastien, le fils de Rémy et de Louise, à Londres, dans une vaste salle lumineuse où s\u2019affairent une foule de jeunes gens, « principalement des jeunes hommes » (comme l\u2019indiquent les didascalies du scénario écrit).La salle doit même ressembler « à une cathédrale ».Sébastien est opérateur de marché à la banque privée MacDougall Deutsch.« Une centaine d\u2019opérateurs surveillent les écrans de leur ordinateur tout en parlant au téléphone.Certains parlent dans deux appareils en même temps.» Sébastien rassemble visiblement toutes les qualités du leader du monde d\u2019aujourd\u2019hui tel que conçu et diffusé par la grande publicité.Il est jeune, dévoué à son entreprise, avide, anglophone polyglotte (c\u2019est à dire qu\u2019il parle aussi des langues de second ordre, comme le français) ; il a une tête de vedette du star-system, le teint bronzé du halos kagathos saxon (peut-être a-t-il un yacht ou fait-il partie d\u2019un club privé junior de la rue de la Commune) ; il porte « une cravate rayée sobre sur une chemise de coton anglais ».Il ne travaille pas à Madrid, à Berlin ou à Paris : il travaille à Londres, tête de la civilisation anglo-saxonne, « caput mundi novi liberalis », pendant que le cœur de l\u2019Empire est à New York, ville qu\u2019il ne tardera probablement pas à gagner (dans une suite qui pourrait s\u2019appeler.Les 25 Royaumes germaniques [?]).Il est avec les loups, ou, comme le dit le vulgaire, « dans les ligues majeures ».Sébastien est avec les décideurs, il s\u2019est rapproché du peuple des géants, l\u2019habitant originaire de Lilliput est arrivé à Brobdingnag et y a gagné une taille estimable.Il est devenu si grand que sa mère Louise l\u2019appelle à l\u2019aide.Enfin, voici un fils qui, affranchi du pouvoir matriarcal grâce à une force acquise à l\u2019étranger, est sur le point de laisser son père mourir tout seul, accomplissant ainsi, en quelque sorte, le parricide nécessaire du fils québécois.Cependant, parce qu\u2019il aime sa mère il choisit de se sacrifier et de revenir au chevet d\u2019un père qui n\u2019en est plus un à ses yeux.Après les images d\u2019un Sébastien britannique, nous voyons Gaëlle, sa fiancée française, dans le même décor d\u2019imperium anglo-saxon, le même décor de domination planétaire et de maîtrise absolue des quantités.Gaëlle, diplômée de l\u2019École du Louvre, travaille aussi pour des Anglais, chez Turner & Sons, « encanteurs » à Londres.On la contemple dans son rôle de médiatrice entre le grand marchand anglais et la marchandise de luxe, au milieu des voix enchanteresses du monde des grosses livres sterling : L\u2019encanteur : Lot number eleven.Again from the Robert Collection, White Sleep by Susan Scott.Start me off on this at four thousand pounds please [.] Gentleman in the back, four thousand five hundred.Gaëlle : Four thousand five hundred.L\u2019encanteur : Five thousand.Gentleman near the aisle.Gaëlle : Five thousand. 26 Quelle ivresse pour le Québécois : tous ces «four thousand », ces «five hundred » et ces « gentleman » ! N\u2019est-ce pas là une belle rêverie de pauvre ?Arcand s\u2019abandonne pour un temps au désir secret de gros sous, au désir de « think big ».Rappelons-nous un fantasme analogue en filigrane dans le Déclin, (et bien décrite dans un essai de Jean Larose1) : celui de posséder le phallus irréfléchi de Mario, l\u2019amant brutal de Diane, bien membré et au cerveau reptilien, chez qui, forcément, les instincts primaires dominent la raison.Du gros pénis de l\u2019homme primitif du Déclin, on passe donc aux gros sous de Sébastien.Diane fait taire Rémy qui se plaint de l\u2019immaturité intellectuelle de son fils, en lui lançant l\u2019argument-massue : « Y\u2019a peut-être jamais lu de livre mais ça l\u2019empêche pas de faire en un mois ce que toi t\u2019arrive à peine à faire en un an ».Et chaque spectateur nanti, chaque nouveau riche en puissance, trépigne secrètement de joie devant ce soufflet public donné à l\u2019arrogant intellectuel, avec ses détestables vues élitistes.Le chiffre imposant d\u2019un compte en banque, voilà ce qui fait cesser toute discussion.Rémy est battu, il ne répondra pas.Sébastien communique aussi avec d\u2019autres francophones grandis et grossis par leur existence en milieu anglo-saxon : son ami Maxime, par exemple, est médecin attaché au prestigieux hôpital universitaire John Hopkins de Baltimore.Tandis qu\u2019on ignore tout au Québec, et que le père raté Rémy n\u2019est pas diagnostiqué adéquatement, il suffit d\u2019un appel téléphonique de Sébastien à Maxime pour que la lumière de la connaissance scientifique perce l\u2019atmosphère opaque qui plane au-dessus de l\u2019obscure province des « ti-counes ».Sylvaine, la sœur de Sébastien, est son double féminin.En effet, elle aussi correspond aux canons de beauté établis par Larose, Jean, La Petite Noirceur, Montréal, Boréal, 1987. 27 les publicitaires, elle a un visage bronzé de starlette et elle est illettrée, aussi pleinement épanouie que son frère dans son inculture.Personnage hyper-réaliste quant à son intellect, elle parle sans honte un jouai franglophone.Elle aussi s\u2019est libérée de l\u2019étouffante province et, convoyeuse de voiliers, elle vogue au large d\u2019un autre pays anglo-saxon, l\u2019Australie.On peut être sûr qu\u2019elle parle, afin de mieux travailler, un anglais international impeccable.Sa vie au large la rend heureuse, elle a le sentiment d\u2019accomplir enfin son destin.En somme, on peut dire que même si l\u2019empire anglo-américain est déclaré décadent, en son cœur économique (son marché financier et son empire maritime), tout y est pour le mieux dans le meilleur des mondes en déclin, puisse qu\u2019il permet aux citoyens des pays satellites d\u2019y obtenir individuellement les faveurs de Fortune, disparue de leur contrée d\u2019origine.Au Québec, province de « ti-counes » et d\u2019attardés divers, il en va tout autrement.La situation dans les hôpitaux est apocalyptique : les malades jonchent les corridors, les infirmières sont épuisées par un travail trop lourd et des chambres à la peinture écaillée rassemblent les patients dans une désagréable promiscuité.Et le syndicat, on le sait, c\u2019est la pègre organisée.Rémy est cancéreux, il va mourir.En plus, son départ de l\u2019université a laissé les étudiants indifférents.Puisque l\u2019État social-démocrate, pour lequel Rémy a déjà tant donné, est incapable de le prendre en charge, le riche Sébastien fait en sorte que Nathalie, fille de Diane, amie de son père, et jeune héroïnomane (paradoxalement toute fraîche de beauté), vienne lui faire des injections afin de diminuer sa douleur.Rémy vit également des souffrances morales, il fait part à Sœur Constance, du servi- 28 ce de la pastorale du CHUDEQ, de sa sympathie pour les malheurs des Amérindiens et des Juifs de la Deuxième Guerre.Ses lamentations l\u2019amènent à injurier l\u2019Église catholique qui a permis toutes les injustices envers les Amérindiens et les Juifs.Le thème du déclin spirituel de l\u2019Église est développé plus loin lorsque le réalisateur illustre à la fois la mort du catholicisme et du souvenir même du passé catholique.Gaëlle déambule avec le Père Leclerc dans un entrepôt d\u2019antiquités religieuses pour le compte des prestigieux Turner & Sons.La scène donne lieu au douloureux constat du Père Leclerc, prêtre blasé déjà présent dans Jésus de Montréal : « Vous savez, ici, autrefois, tout le monde était catholique, comme en Espagne ou en Irlande.Et à un moment très précis, en fait pendant l\u2019année 1966, les églises se sont brusquement vidées en quelques mois.Un phénomène très étrange, que personne n\u2019a jamais pu expliquer.» Les fidèles sont devenus mécréants, donc l\u2019Église est morte, donc on avait tort de la croire perpétuelle, comme le progrès de la raison divine dans l\u2019histoire.Tandis que le sort de Rémy nous rappelle la vanité de la construction de l\u2019État socialiste (mieux vaut hélas l\u2019efficient hôpital pour riches états-unien), le sort du Père Leclerc, autre individu mortifère, nous convainc de la réalité du néant sous-jacent aux illusions fabriquées jadis par des croyants mystifiés.L\u2019histoire, semble nous dire Arcand, n\u2019est décidée ni par les intentions intellectuelles ni par la volonté des âmes, mais par la force.La seule vérité, le seul critère de jugement, c\u2019est la force effective.Les marchands anglais, et leur déléguée Gaëlle, proclament que les œuvres et objets de culte québécois qui n\u2019ont pas encore été achetés par les Américains n\u2019ont aucune valeur sur le marché.Le Père Leclerc baisse la tête vers le sol (et vers le tombeau collectif) : « Autrement dit, tout ça ne vaut absolument rien.» Il y a peut-être ici un « ô désespoir ! » du prêtre et d\u2019Arcand, cependant, je n\u2019entend guère 29 de « ô rage ! ».Tout est fini.Renversement irrémédiable.Nous nous étions trompés depuis la fondation catholique de la Nouvelle-France, tout cela était voué à l\u2019abandon inexplicable.Tout cela ne valait absolument rien.Et nous ne sommes pas à une erreur collective près, nous révèle le vieux réalisateur.C\u2019est « au chalet » que les révélations se poursuivent.Le chalet est le sanctuaire boomer des personnages d\u2019Arcand, cet endroit où les hommes se retrouvent dans le Déclin, pour parler de cul et cuisiner en attendant l\u2019arrivée des femmes.On y retourne avant l\u2019euthanasie de l\u2019agonisant, parce que celui-ci veut contempler à nouveau « le lac » qui s\u2019étend mélancoliquement près du chalet comme un vaste linceul, sur fond de musique angoissante.Sur la galerie arrière du chalet, face au lac, les intellectuels, décadents peut-être, mais instruits par leur longue expérience de la vie, font un noir bilan de ce qu\u2019ils ont naguère « été ».Le dialogue a lieu entre le moribond Rémy, dont nous avons déjà parlé, le licencieux Claude, de retour de Rome, où il vit grassement et cyniquement en parasitant le marécage budgétaire des programmes fédéraux canadiens, et Pierre, universitaire et libertin à moitié amendé qui vient de marier une femme sotte, laquelle, néanmoins, comme il le dit aux autres, le fait beaucoup bander.Rémy : Mais on a tout été ! C\u2019est invraisemblable ! Séparatistes, indépendantistes, souverainistes, souverainistes-associationnistes.Pierre : Au tout début, on avait commencé par être existentialistes ! [situationistes, maoïstes, chacun nomme un autre « -iste » exotique, puis Pierre poursuit,] Y a-t-il un « isme » que nous n'ayons pas adoré ?Claude : Le crétinisme ! 30 C\u2019est Claude qui a le dernier mot dans cette intéressante vidange de nos défunts projet collectifs, réduits en dernière analyse, à n'avoir été que des projets crétins ou, à tout le moins, que des idées vaines parce que non instituées dans l\u2019Histoire.Les « joyeux » compères vont ensuite dans leur sagesse post-référendaire fumer un joint autour du feu et se remémorer la manière dont Diane et Dominique suçaient Rémy dans « le bon vieux temps » quand leur naïve amie Louise avait le dos tourné.Stagnant dans son Québec maudit, Rémy subirait tous les malheurs du monde s\u2019il n\u2019avait pas pour le défendre son fils fortuné, et son allié à Baltimore, Maxime (le docteur compétent, chanceux d\u2019être invité à un bal de la haute société, aux États-Unis).Dans la vision réaliste-machiavélienne d\u2019Arcand, l\u2019argent mène le monde et Sébastien remporte coup sur coup la victoire pour la cause maternelle, en achetant le bon vouloir, entre autres, des infirmières, de la directrice générale de l\u2019hôpital, du chef syndical et de deux étudiants indifférents de Rémy.Sébastien, ce marchand puritain de l\u2019ère néo-libérale, ce joueur de jeux vidéo inculte, Sébastien le bâtard réaliste, triomphe.À sa guise, tantôt il aide à l\u2019agonie confortable du pseudo-père, et tantôt il le tue symboliquement par des paroles de désaveu.Le triomphe de Sébastien, au bout du compte, est celui de l\u2019Avoir, et non de l\u2019Être.Par là le film rejoint la lignée des produits de la Kulturindustrie décrite par Adorno2, qui cultivent sur le plan des idées « le fait » et « la nature des choses », plutôt que le sens et le droit.Sébastien est celui qui joue le jeu.Sa victoire, monétaire, est en fait celle du système établi, appelé à demeurer immuable et avec lui, « l\u2019escroquerie universelle ».En tant que public, reconnaître la victoire de Sébastien, c\u2019est reconnaître la 2 Adorno et Horkheimer, La production industrielle des biens culturels in La dialectique de la raison, Paris, Gallimard, 1974- 31 défaite du principe, c\u2019est prolonger la société des désespérés, c\u2019est vouloir écraser la dignité du père.Maintenant que tout a été liquidé - État social-démocrate, Église, projet souverainiste - de ce qu\u2019on croyait être des preuves de la disposition québécoise à mettre le lien social national au-dessus des intérêts individuels, maintenant que toutes les illusions ont été dévoilées, le réalisateur nous montre le lieu où reposent les « vraies » choses - les choses un peu moins mensongères - de la vie : dans le cadre privé, là où peut se développer la tendresse mutuelle des êtres.La dernière parole de portée publique de Rémy, le soir précédant sa mort, concerne son fils, qui s\u2019avance vers lui : « Le Moyen Âge.les manuscrits.demain.les barbares.partout.Voici leur prince qui s\u2019approche.» Rémy énonce cette parole mystérieuse sur la barbarie particulièrement supérieure de Sébastien, car il faut bien évoquer un peu ce thème des « invasions barbares » annoncé en grosses lettres, en haut des fesses de Rémy-Arcand, sur l\u2019affiche du film.Mais Rémy n\u2019explicite pas davantage son mot terrible, à charge pour ceux qui reçoivent l\u2019œuvre d\u2019en déchiffrer le sens, par-delà les émotions du spectacle.Rémy, qui délire, oublie en quelque sorte la présence de ses proches et entre alors en représentation devant eux pour énoncer cette parole aux accents prophétiques sur le destin de la Cité.Toute espèce de blague a cessé soudainement, le discours devient grave.Comme c\u2019est une parole publique, dite hors du cadre privé (et de l\u2019indulgente tendresse qu\u2019il oblige), sa vérité n\u2019a aucune incidence sur la réalité.Et puis, elle n\u2019est qu\u2019une manie d\u2019intellectuel isolé ; elle n\u2019a donc pas d\u2019importance.En effet, avant que Rémy finisse par mourir, il complimente son fils, le prince des barbares, dont il serre tendrement la tête : « Tu sais ce que je te souhaite : d\u2019avoir un fils aussi bien que toi ».Peu importe, après tout, que son petit-fils ait pour père le 32 prince des barbares, nous sommes dans le cadre privé, la gentillesse aveugle et aveuglante est de mise.Et puis, le fils « requin de la finance » n\u2019est pas de ces abjects capitalistes qui vendraient leurs parents pour gagner plus, Sébastien vendrait plutôt le Québec, voire la Terre entière, pour que ses proches meurent dans le confort.Rémy le trouve finalement aimable.-Des populations entières peuvent être achetées, avilies, anéanties, ce qui importe c\u2019est le confort dans mon foyer.Nos enfants sont des princes barbares mais ils sont généreux à leur manière : on leur dit merci, et on leur souhaite d\u2019avoir des enfants à leur image, aussi barbares soient-ils.Louise aussi sera convertie à la gentillesse obligée du cadre privé.Elle dira à Rémy avant sa mort qu\u2019il est « l\u2019homme de sa vie », malgré son profond dégoût pour lui.Afin d\u2019excuser la démission civique d\u2019une élite, le film glorifie ces moments de tendresse humaine (entendez mollesse de cœur), partagés entre un individu et sa famille biologique, à laquelle s\u2019ajoutent quelques complices que l\u2019individu en question appelle « amis ».J\u2019en conclus que le créateur Denys Arcand ne prendra aucune résolution tragique et qu\u2019il entamera une très longue vie de vieillard enrichi, confortablement entouré de ses proches avec qui, peut-être, tel son héros Rémy, il pourra faire d\u2019agréables soupers de libres-penseurs, et des voyages de ressourcement loin de Montréal.Il jouira d\u2019avoir étalé en public son pessimisme d\u2019apprenti Spengler.Auparavant, il ira à Cannes pour y être applaudi par une critique élogieuse.Et sa photo en gros-plan, avec un petit sourire narquois, paraîtra sur la couverture des revues, dans les épiceries du Québec moqué. 33 Corneille préférait voir le public réfléchir au lieu de pleurer sur les malheurs de ses personnages.Dans Les Invasions barbares, peut-être vaut-il mieux céder au pathos que de reconnaître l\u2019idéologie qui sous-tend l\u2019œuvre.Celle-ci justifie les ennemis de la patrie et les cœurs tièdes.Pleurons donc toutes les larmes de notre corps afin que, diverti par le pathos, nous n\u2019acceptions pas cette œuvre comme étant une immanquable représentation de nous-mêmes.Pleurons (comme on pleure devant la scène du malade alité à l\u2019hôpital dans une télé-série américaine.De toute façon, nous nous sommes exercés à ne pas nous reconnaître dans les représentations imaginaires de nos créateurs.Pensons, encore une fois, au nombre accablant de Québécois qui ont pleuré de rire en regardant 1\u2019Elvis Gratton de Falardeau, tout en demeurant à ce jour de parfaits provinciaux colonisés.Espérons que l\u2019on consommera de même Les Invasions barbares, comme un simple produit culturel de divertissement.Et puis non, j\u2019ai tort de penser cela.Consommer le film comme un produit de divertissement laissera tout de même le public, les jeunes surtout, s\u2019identifier à Sébastien-Stéphane Rousseau et Sylvaine-Isabelle Blais, les figures masculine et féminine de l\u2019employé chanceux que tous doivent obligatoirement envier et imiter.Je vois déjà des adolescents qui s\u2019achètent le blouson noir de Sébastien et qui songent à leur carrière de financier en Anglo-Saxonnie.Quelle sorte de vent mauvais souffle ici pour que le réalisateur d\u2019un film inspirant sur le Christ produise une œuvre comme Les Invasions, qui consacre la monotonie du réel ?D\u2019où vient cet essoufflement ?On s\u2019essaie à je ne sais quelle esthétique du dernier soupir.Pierre (le regard triste) : « T\u2019en fais pas pour ça.C\u2019est pas grave : c\u2019est toujours comme ça.C\u2019est la vie.» ? 34 ARTICLES Sylvain Deschênes\u2019 LA FORTUNE DU PRINCE ARCAND Le sacre Trônant au sommet de l\u2019escalier de tapis rouge du Palais du festival à Cannes, le prince Arcand, entouré de sa cour, jubilait.Parmi les comédiens déférents autour de lui, une femme se tenait dignement à sa gauche, comme l\u2019élue du souverain, rappelant John Saul dans son rôle de soutien de la gouverneure générale.Denise Robert n\u2019a pas le même statut que les interprètes de l\u2019œuvre de son mari ; elle en est la productrice.Formée en Beaux-Arts à Ottawa, elle est la clé du mariage de raison qui unit l\u2019artiste parvenu à l\u2019argent fédéral.Dès l\u2019ouverture du festival, La Presse l'a promue personnalité de la semaine1, ornant sa photo d\u2019une présentation complaisante comme la plaque soulignant le beau travail de l\u2019employé du mois dans tous les MacDonald\u2019s du Canada.La dédicace du film à la fille adoptive du couple cinquantenaire complétait, selon l\u2019exhibitionnisme familial fréquemment observé dans cette caste, la reproduction autorisée d\u2019un ordre monarchique.Les invasions barbares nous est arrivé comme le blockbuster d\u2019une machine à propagande bien huilée.Avec, pour battre * Conseiller en communications.î Denise Robert et Denys Arcand ont été nommés personnalités de la semaine par La Presse les dimanches n mai et 1er juin 2003. 35 la mesure, une Lysiane Gagnon excitée qui s\u2019acharnait, chronique après chronique, à trouver un nouvel angle extraordinaire à ce magnifique film corporatif digne des Minutes du patrimoine, La Presse nous préparait l\u2019apothéose, après la divulgation des prix, en gratifiant le collectionneur de médailles d\u2019une autre proclamation d\u2019employé de la semaine.Soulignons que Denys Arcand est un favori de cette proclamation hebdomadaire, recevant même le titre de « personnalité de l\u2019année » en 1987 par le même journal.La faveur dont il bénéficie doit peut-être quelque chose à la réalisation d\u2019un film précédent, Le crime d\u2019Ovide Plouffe (1984), basé sur l\u2019œuvre de Roger Lemelin (distribuée dans tous les bons Provigos à l\u2019époque !2), l\u2019éditeur ultrafédéraliste de ce quotidien officiel de la famille libérale.Dans ce cas-ci, un petit couac s\u2019est fait entendre.Marie-Josée Croze, la junkie du film, qu\u2019on avait renvoyée chez elle en espérant que Rémy Girard remporte la palme pour son malade grotesque, s\u2019est vue décerner le titre d\u2019interprète.Bien que la jeune comédienne puisse déjà revendiquer une participation remarquée à Cannes pour son rôle dans Ararat de l\u2019excellent cinéaste Canadian Atom Egoyan présenté l\u2019an dernier, et bien qu\u2019elle ait déjà remporté Génie et Jutra d\u2019interprétation pour son rôle dans Maelstrom de Denis Villeneuve, la cour d\u2019Arcand semblait encaisser la nouvelle de sa victoire comme un affront.Appelé à commenter une déclaration de Croze selon laquelle son succès reposait en bonne partie sur le scénario qu\u2019elle avait en main, Arcand s\u2019est fendu d\u2019un faux compliment particulièrement mesquin, comme on devait en faire à la cour des monarques finis : « Elle a dit ça ?Elle est gentille, c\u2019est pour ça qu\u2019elle gagne des prix ! » Ce n\u2019est peut-être pas pour son talent, insi- 2 Le président de Provigo, en 1984, était Paul Gobeil, élu l\u2019année suivante, en même temps qu\u2019un gouvernement libéral, dans le but de construire un « État-Provigo » ! 36 nuait le courtisan piqué.Absente à Cannes, elle l\u2019était également à l\u2019aéroport pour l\u2019arrivée du couple royal.Son sourire radieux sur toutes les unes des quotidiens du Québec, Denys Arcand ne pouvait, décemment, prendre les honneurs seul.La Presse s\u2019est donc rabattu sur une photo de Cannes - antérieure à la distribution des prix, et où les deux éventuels « palmés » figuraient - pour nous offrir une personnalité de la semaine à deux faces.Dans le commentaire, cependant, seul Arcand semblait avoir été interviewé.Le rôle de l\u2019histoire dans la carrière d\u2019Arcand Les critiques français du dernier film de Denys Arcand ont souligné avec justesse le travers bavard des Invasions barbares.Après quelques films Canadian plates, dans lesquels des comédiens québécois jouaient en anglais et se doublaient en langue indigène, Arcand se penche ici comme un charognard sur les restes humains, pourtant brillamment autopsiés dans le Déclin de l\u2019empire américain (1986), et refait inutilement le portrait d\u2019une certaine caste collaboratrice vieillissante évoquant pesamment quelques adhésions anciennes et superficielles aux modes intellectuelles de son temps.Ce diptyque cinématographique semble évoquer l\u2019œuvre d\u2019Oswald Spengler, philosophe allemand de l\u2019entre-deux-guerres dont le célèbre Déclin de l\u2019Occident, portant sur la décadence des civilisations, a probablement inspiré le cinéaste durant la période de déliquescence des forces souverainistes au cours des années quatre-vingts au Québec.Pour son remake en forme de suite, Arcand semble avoir trouver dans une autre œuvre de Spengler, L'Homme et la Technique, son thème des invasions barbares.Cette vision de l\u2019histoire le conduit à de vaseux bavardages sur l\u2019inéluctabilité de la décadence des civilisations et la vanité de toute action humaine. 37 Les dialogues enlevés du Déclin avaient fait espérer une réflexion historique plus approfondie dans ce film qui devait en constituer la suite.Il n\u2019en est rien, évidemment.Les personnages de professeurs d\u2019histoire désabusés du premier film ont considérablement perdu de leur pertinence et leurs farces plates de mononcles libidineux donnent envie de fuir cette société de fats sans intérêt.Profitant de l\u2019hommage hebdomadaire de La Presse, Denys Arcand se présente pourtant lui-même comme un ancien élève de l\u2019historien Maurice Séguin.Il faudra bien reconnaître un jour que même un cours de rattrapage intensif, donné avec un fouet par un spécialiste des Normes, n\u2019arriverait pas à bout de l\u2019entêtement fédéraliste du documentariste de l\u2019ONF.Ayant frayé avec plusieurs indépendantistes de renom durant les années soixante, de Raymond Villeneuve, interprète dans un film de 1962, à Gérald Godin, recherchiste et consultant pour son film On est au coton - censuré par les autorités fédérales avec deux autres films, dans la foulée de la crise d\u2019octobre 1970 - Arcand se comporte comme un opportuniste pour qui les idéologies ne sont que prétextes à palabres superficielles.Quand on proclame la fin de l\u2019histoire et qu\u2019on glorifie le pragmatisme, c\u2019est avant tout pour justifier son propre parcours.L\u2019alter ego d\u2019Arcand dans Les invasions barbares, c\u2019est en gros le personnage incarné par Rémy Girard, professeur d\u2019histoire sans envergure, n\u2019ayant écrit que quelques articles, autant dire quelques documentaires, et ne pouvant compter sur le respect des autorités de sa profession.Quand il se lance dans de grandes envolées erratiques comme celle sur le « massacre à la hache de 150 millions d\u2019indiens d\u2019Amérique » ou qu\u2019il s\u2019en prend à une religieuse pour le comportement de Pie XII, on voit à quoi peuvent se réduire les prétentions de l\u2019histoire selon le scénariste palmé.Dans les faits, Arcand 38 n\u2019a approché la discipline historique que pour assurer ses arrières.Il s\u2019en est servi pour participer à l\u2019aventure documentaire de l\u2019ONF, puis, en tordant le bras au documentaire, il s\u2019est tranquillement immiscé dans le grand monde du cinéma de fiction.La gloire et l\u2019argent, symboles de réussite pour le parvenu, échappent aux documentaristes comme aux obscurs professeurs d\u2019université.Arcand pose donc un regard critique sur ce qu\u2019il serait devenu s\u2019il n\u2019avait pas eu le « courage » de se faufiler dans la grande société du Beaver Club.Part of the magnificent people indeed ! Tout dans ce film sert à conforter les puissants et les démagogues qui les protègent.La charge grotesque contre le système de santé québécois qui ouvre le film est tellement forte qu\u2019on se demande si on se trouve devant du cinéma de science-fiction (ou une annonce électorale de Jean Charest du même type que celle de 1998 où il se retrouvait la tête en bas comme une chauve-souris).Le tout fait place ensuite au vaudeville, tourne à l\u2019intrigue politico-policière (genre où Arcand excelle, d\u2019où le prix à madame Croze qui en est le centre) et sombre dans le mélodrame dégoulinant à la fm malgré la brochette de grands comédiens réunis autour du barbecue.Le parcours du parvenu Parce que le film On est au coton (1970), dénonciateur des conditions de travail dans l\u2019industrie du textile et critique du système capitaliste, s\u2019est retrouvé censuré dans la foulée de l\u2019adoption de la loi des mesures de guerre, il serait tentant de classer Arcand avec des cinéastes comme Gilles Groulx, censuré en même temps que lui.Ce serait oublier que son « recherchiste et consultant » pour ce film, Gérald Godin, a, lui, bel et bien été emprisonné pour ses opinions à cette 39 époque.Arcand, pendant ce temps, a continué de faire des films financés par le fédéral.Avec Québec : Duplessis et après (1972), il s\u2019adonne ainsi à une lecture consternante - et parfaitement incongrue si l\u2019on considère la matériel archivistique dont il disposait - des élections québécoises de 1970.Avec, entre les mains, les images des acteurs politiques en action, certains parmi les plus intéressants de ces élections mémorables, Arcand joue, sans vergogne, de rapprochements douteux, et singulièrement malhonnêtes, pour étayer une thèse sans queue ni tête où chaque politicien est ramené à son adversaire dans le temps et dans l\u2019espace comme si rien ne devait être espéré ad vitam aeternam.La vue d\u2019ensemble d\u2019une réunion du Parti québécois, par exemple, avec de grandes affiches de Parizeau et de Lévesque, se voit doublée d\u2019un discours enflammé de Duplessis sans rapport.Puisque tout, dans les archives, hurle le contraire d\u2019Arcand, le voilà qui réfère, en fiction, au « catéchisme » de l\u2019Union nationale de 1936.Ce programme, fortement alimenté par l\u2019Action libérale nationale à cette époque, tenait le discours antitrust typique des années trente.Rien à voir avec le Duplessis des années cinquante utilisé en archive, mais Arcand enfile le tout jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, convaincu que le cynisme est une forme d\u2019intelligence supérieure des luttes politiques.Après l\u2019élection du Parti québécois en 1976, on a assuré une plus grande visibilité à son propos avec une série télévisée sur Duplessis, largement diffusée à Radio-Canada.Le rôle principal était assumé par Jean Lapointe, nommé sénateur libéral par la suite.Pour sa commande concernant le référendum de 1980, le pourfendeur de nationalistes indépendantistes s\u2019est ensuite rabattu sur l\u2019œuvre de Machiavel pour l\u2019analyse postmortem 40 du débat.Dans Le confort et l'indifférence, les stratèges souverainistes étaient peints en naïfs, ce qui n\u2019était pas totalement trompeur, pendant que la perfidie de Pierre-Elliott Trudeau était montée aux nues, ce qui était nettement moins acceptable.Le peuple, représenté dans ses postures les plus dévalorisantes, méritait son sort.À partir de ce constat navrant, il n\u2019était plus raisonnablement possible d\u2019envisager quelque libération que ce soit.La carrière de Denys Arcand allait par la suite prendre de l\u2019expansion, sa voile gonflée par le vent du cynisme.Un cynisme qui, comme les œuvres d\u2019Oswald Spengler écrites dans une Allemagne en désarroi, conduit au fatalisme et au désespoir.Voici comment Arcand résume aujourd\u2019hui sa vision de la question nationale à des Européens : « Bruno Brioni : Les nationalistes québécois ne vous pardonnent pas « Québec Duplessis et après » et « le Confort et l\u2019indifférence » pourquoi ?Denys Arcand : J\u2019ai eu un professeur à l\u2019université qui disait que le drame du Québec c\u2019était qu\u2019il est à la fois trop populeux, trop riche et trop bien installé pour disparaître mais qu\u2019en même temps il est trop pauvre, pas assez populeux et pas assez solide et dynamique pour acquérir son indépendance.C\u2019est une théorie que je partage.Voilà des gens qui sont à moitié des provinciaux et à moitié des nationaux, cette phrase résume l\u2019idée sous-jacente de ces deux films.Les membres du parti nationaliste disent : nous allons acquérir l\u2019indépendance à la prochaine élection, nous n\u2019aurons plus de problème etc.Mais moi je leur dis que s\u2019il gagne cela ne va pas changer grand-chose, on va être en prise avec les mêmes problèmes.On ne peut pas géographiquement déplacer le Québec, il va falloir établir des liens extrêmement forts avec le reste du Canada donc ce ne 41 sont pas des lendemains qui chantent ! Je n\u2019adhère pas du tout à leurs idées.» (Entretien de Bruno Brioni, À la découverte des arcanes de Denys Arcand http://www.6hears.com/denysarcand.html) Les restes humains Au palmarès des « chrétienneries », la réaction du plusse meilleur premier minisse à la déclaration de sa chef de cabinet concernant le président Bush figure en bonne place : « Ce n\u2019est pas un moron, c\u2019est un ami ! ».On peut bien rire, plusieurs souverainistes ont tendance à tenir le même langage quand on critique le comportement de quelqu\u2019un qu\u2019ils apprécient pour de toutes autres raisons que l\u2019indépendance nationale.« Il ne peut pas être fédéraliste, paraphrasent-ils, c\u2019est un artiste ! » La critique de la démarche politique de Denys Arcand ne doit pas laisser croire que l\u2019on néglige ses aspects artistiques.Il suffit simplement de regarder la trajectoire.Le dernier bout passe par De l\u2019amour et des restes humains et Stardom avant d\u2019aboutir aux Invasions barbares.Le premier était tiré de la pièce d\u2019un dramaturge Canadian que le critique Robert Lévesque appréciait beaucoup.Pour le plaisir, nous pouvons mettre en opposition un antinationaliste contre un autre ! « Ceux qui ont aimé la pièce de Fraser dans la traduction et la mise en scène d\u2019André Brassard au Quat\u2019Sous (l\u2019état le meilleur de cette œuvre ) ne retrouveront pas dans ce film impersonnel et froid, dans cette besogne de production, dans ce cinéma de papa estampillé Téléfilm Canada, la moindre chose (outre le canevas) qui appartenait à l\u2019uni- 42 vers hypertrophié et dévastateur, très dérangeant, de Brad Fraser.» (Robert Lévesque, Le Devoir, 22 février 1994) Le cinéaste de Téléfilm a ensuite voulu exercer son cynisme dans un film « international » en anglais sur la mode et le vedettariat.« Interviewé au dernier festival de Cannes où son film Stardom assurait la clôture, Arcand rappelait qu\u2019Alliance, qui lui avait d'abord donné carte blanche pour scénariser le film de son choix, lui proposait quatre millions pour une œuvre en français.et de dix à douze s\u2019il optait pour l\u2019anglais.« Question de marché », précisait Arcand.Stardom, qui aborde le monde des médias et de la célébrité instantanée, est donc majoritairement en anglais.Distribution planétaire oblige.» (Odille Tremblay, Le Devoir, 10 juin 2000) Odile Tremblay, qui déteste les doublages auxquels elle préfère les sous-titres, racontait ceci, quelques mois plus tard, à propos des scènes doublées de Stardom : « Quand Patrick Huard, transformé en animateur de talk-show, interview la belle, celle-ci répond : « Je ne parle pas français.» En version doublée, la réplique deviendra : « Je suis timide à la télé.» À Paris, devant un groupe d\u2019intellectuels français qui pérorent à perte de vue, la méconnaissance de la langue se transformera en incapacité de suivre la savante conversation.» (Odille Tremblay, Le Devoir, 4 novembre 2000) Vous voyez le topo ?Assez fascinant, en effet.De cette façon, Arcand finit par nous présenter la langue des intellectuels parisiens comme une langue étrangère et une incapacité à s\u2019exprimer en français comme de la timidité ! On pouvait 43 surtout comprendre sa gêne de voir son navet traduit en français ! La quête de l\u2019argent est sans doute le plus grave problème d\u2019un artiste parvenu.Un texte mis en ligne par Travelling avant, une émission de la radio communautaire de l'Estrie, constate les dégâts : « Malheureusement, Arcand, comme plusieurs autres cinéastes de sa génération, vieillit mal : il s\u2019embourgeoise, confond dimension critique et cynisme, ne fait plus la différence entre réalisme et caricature (.de la part de quelqu\u2019un formé par l\u2019ONF.?), tourne en anglais sous prétexte qu\u2019il est impossible de tourner en français pour un cinéaste de sa « stature » au Québec.Le rejet du politique, l\u2019enflure et la suffisance, vont de pair avec des films peu inspirés : et à cet égard, Stardom est sans l\u2019ombre d\u2019un doute le film le moins réussi de Arcand et le plus emblématique des contradictions qui tissent son parcours et son cheminement.» (http://membres.lycos.fr/travelavant/stardom.htm) Dans une chronique de la revue Hors-champs, une entrevue que Denys Arcand donne à Lise Payette à la télévision est prétexte à quelques réflexions senties d\u2019un jeune créateur devant un vieux cinéaste qui déclare que sa plus grande peur est de se retrouver à l\u2019Armée du salut ! « Autant Love and Human remains que Joyeux calvaire ont essentiellement montré les pires idées petites-bourgeoises sur les marginaux et les itinérants.Un cirque et une partie de plaisir.Il est passé d\u2019analyste à simple miroir embué des préjugés de sa génération.» (Joel Pomerleau, Denys Arcand ou les angoisses du cinéma petit-bourgeois, 29 août îggy, http://www.horschamp.qc.ca/gyo8/ chroniquelarcand_payette.html ) 44 Sans tomber trop lourdement dans ces histoires de « classes générationnelles », il est peut-être nécessaire de porter un regard critique sur nos contemporains à mesure que nous vieillissons.Certains travers apparaissent plus clairement à long terme.Si notre perception trop affective du comportement des plus remarquables d\u2019entre eux peut, parfois, troubler notre jugement, il faut savoir reconnaître, avec l\u2019âge, malgré le deuil que cela puisse impliquer, que des artistes qui ont joué un rôle important dans notre histoire, qu\u2019on espérait voir soutenir quelque cause nationale, se sont retournés contre leur peuple et contre ce qu\u2019ils prétendaient incarner.Le cas d\u2019Arcand me rappelle l\u2019un de ces enseignements marquants qu\u2019on trouve aux hasards des routes.Une artiste tchèque, déjà bien engagée dans une démarche artistique, m\u2019avait un jour expliqué, avec cet accent slave évocateur des grandes vérités traditionnelles et des légendes de vampires, le grave danger qui guettait celui qui se servait de son art pour payer l\u2019épicerie et conseillait de faire tout autre chose pour joindre les deux bouts afin de protéger son intégrité.C\u2019est dans ce piège classique qu\u2019Arcand s\u2019est pris.Littéralement, en réalisant des pubs de Provigo, entre autres.Les enfants, la suite Dans Les invasions barbares, Arcand a recours, pour incarner sa course à l\u2019argent, à un fils boursicoteur à.Londres ! Évidemment ! Pas à Francfort, Tokyo ou New-York.L\u2019argent qui a de la classe est britannique pour un gagnant de la petite loterie Canadian.Et, bien sûr, « sans avoir rien lu », ce fils a une grande âme, ce qui lui permet d\u2019acheter celles des autres.Les entrepreneurs loyalistes ne courent-ils pas la chance de se voir décerner quelque titre nobiliaire selon la 45 tradition anglaise ?Pensons à ce cher Conrad Black, biographe du conservateur Duplessis lui aussi, toujours en quête de son titre de lord.Peut-être que sa cession de quotidiens au groupe Gesca de la famille libérale lui permettra enfin de goûter au sacre ! L\u2019aspect pathétique de la démarche artistique d\u2019Arcand prend le visage virtuel de la fille évanescente du mourrant, dérivant au large, ballottée par tous les courants et affirmant, contre tout entendement, qu\u2019elle se sent forte alors que son image se désintègre sous nos yeux.Une formidable illustration de la réussite factice des canadiens-français fatigués décrits par Hubert Aquin.Le Québec n\u2019existe pas vraiment ici, puisqu\u2019il n\u2019est pas nommé.Peut-être que c\u2019est à force de le chercher que les membres du jury de Cannes, soumis à de grands ballets diplomatiques politico-financiers, ont choisit de primer un scénario où le bavard canadien-français vaincu était enfin achevé par quelqu\u2019un de plus conforme à leur idée du Québec actuel.Dans ce scénario publié à temps pour conforter le prix obtenu de haute lutte politicienne, on s\u2019en doute, la correctrice héroïnomane des Éditions Boréales lâche la drogue, avec laquelle elle a achevé le moribond, et hérite du repère du mort.On ne distingue, dans la bibliothèque de l\u2019intellectuel de pacotille, que deux gros livres portant le puissant titre : HITLER.Celle qui s\u2019avère la véritable héroïne du film feuillette cependant un ouvrage plus intriguant : Histoire et utopie du Roumain Émile Michel Cioran.Réjouissons-nous, Arcand aurait tout aussi bien pu lui faire choisir, du même auteur, Bréviaire des vaincus, De l\u2019inconvénient d\u2019être ou La tentation d\u2019exister ! 46 Mais ce n\u2019est pas là que l\u2019histoire finit.Dans une entrevue donnée deux mois après la sortie cannoise des Invasions barbares}, Marie-Josée Croze annonce qu\u2019elle a choisi, entre une quinzaine de propositions, une comédie romantique avec Edouard Baer, sorte de Marc Labrèche français, paraît-il.Elle raconte, en outre, les effets surprenants de la notoriété d\u2019une jeune comédienne dans le monde marchand.Le président de Provigo, par exemple, veut lui payer ses billets d\u2019avion pour aller en France ! « Donnez à manger aux enfants qui ont faim si vous voulez faire une bonne action, moi, je paie mes billets toute seule et quand je veux, j\u2019aime mieux ça comme ça ! » répond-elle en substance.Et elle ajoute, espiègle et entêtée, quelle aimerait bien qu\u2019on lui donne enfin le trophée de Cannes : « Ma mère aimerait bien l\u2019avoir ! » C\u2019est gentil, ça aussi, ne trouvez-vous pas monsieur le cinéaste officiel du Dominion3 4 ?Alors, maintenant, si le prince Arcand veut bien monter encore quelques marches, il faudrait lui demander de s\u2019incliner et dire enfin : COUPEZ ! ?3\tLa Presse, samedi 26 juillet 2003.4\tLes supermarchés « Dominion » ont pris le nom de Provigo en 1979 au Québec ! 47 ARTICLES Pierre Vadeboncœur U.S.INCORPORATED Voilà un pays politique, voilà un gouvernement caractérisés, à certains égards majeurs dont la guerre, par la quasi absence d\u2019opposition.À ces points de vue, le régime est dépourvu de contrepoids significatifs à l\u2019intérieur, comme de suffisants à l\u2019extérieur.Quel système politique le structure et l\u2019oriente, non seulement par les formes mais dans la réalité des choses, et par les choses elles-mêmes qui à la fin font des formes ?Je crois bien qu\u2019il faudrait inventer un nom pour qualifier ce système inédit.Qu\u2019est-ce que cela en effet ?Une démocratie largement exempte d\u2019opposition politique interne.Un pouvoir étatique mu de manière nettement décisive par le contraire d\u2019une force publique, c\u2019est-à-dire par des forces privées.Un pays démocratique dont l\u2019opinion publique est puissamment déterminée par l\u2019action concertée d\u2019immenses médias gravement aliénés à ces forces privées.Et ce qui résume tout et explique comme par un nouveau modèle le cas dont il s\u2019agit : une démocratie qui a laissé se développer en elle une sorte de double d\u2019elle-même, mais un double qui est l\u2019antithèse de l\u2019original.Cette étonnante contrefaçon remplit le cadre des institutions, mais en porte-à-faux.De ces dernières, congrès, 48 ministères publics, elle joue en apparence le rôle mais le pervertit jusqu\u2019à une profondeur qu\u2019on n\u2019imagine pas.Qu\u2019est-ce donc que cela ?On savait déjà que la différence entre le parti démocrate et le parti républicain n\u2019était en grande partie qu\u2019une fiction.Cette fiction s\u2019est trouvée placée dans une lumière brutale dans les six mois qui ont précédé la guerre d\u2019Irak.Le parti démocrate était un corps mort.Il ne bougeait plus.Il se trouvait paralysé non seulement par le fait qu\u2019il est, lui aussi, le bras politique des grands intérêts d\u2019argent, mais aussi parce que l\u2019opinion publique, bombardée de messages à sens unique par les grands médias, menaçait de le prendre à revers et le rivait dans son mutisme.Il faisait plus, du reste : il se donnait en spectacle.Rappelez-vous le discours de Bush sur l\u2019état de l\u2019Union devant le Congrès.Représentants et sénateurs, démocrates comme républicains, applaudissaient à tout rompre, se levaient comme un seul homme, se rassoyaient, se levaient à nouveau à tout moment : le triomphe de la guerre était complet.Cette unanimité totalitaire était un scandale.Celle-ci éclairait d\u2019une manière soudain si vive le fait longtemps familier de la dépendance comparable des deux partis à l\u2019égard du capital qu\u2019elle a comme soulevé d\u2019emblée, d\u2019une manière fort indiscrète, cette fois, la question d'une certaine inauthenticité générale de la démocratie américaine.Qu\u2019est-ce que le double dont j\u2019évoque la présence incongrue dans cette démocratie ?Qu\u2019est-ce que cette excroissance si considérable qu\u2019elle s\u2019empare des fonctions mêmes de la démocratie qu\u2019elle parasite ?Elle décide de la guerre, elle limite à son gré la fonction d\u2019opposition et même l\u2019annule, elle détermine les politiques même extrêmes, elle actionne les institutions législative et exécutive selon ses vœux.Presque toujours dans les formes, elle agit et fait agir, elle 49 soulève à sa fantaisie l\u2019opinion, et en somme elle gouverne.La « démocratie » n\u2019est pas pour elle un obstacle mais un moyen.Mais alors ce qui engendre tous ces effets, ce n\u2019est pas la démocratie mais le cancer qui, de l\u2019intérieur, en se développant au maximum, en accapare à son profit les principales fonctions, qu\u2019il fait d\u2019ailleurs exercer par les institutions elles-mêmes.L\u2019illusion est complète.Il n\u2019y a personne pour la dénoncer.La gauche n\u2019existe pas aux États-Unis, ou si elle existe, elle est à peine visible.Dans cette république, il y a toute cette incongruité, plus prononcée qu\u2019ailleurs à cause de l\u2019absence d\u2019une opposition véritable qui serait structurée et appuyée sur une pensée et des partis.L\u2019ensemble des principes et des institutions, y compris le suffrage universel, y compris les chambres, y compris les textes fondateurs, y ont moins d\u2019importance que ce qui déjoue tout cela dans les faits : les lobbies, un financement électoral monstrueux, la répartition indifférente de ces fonds corrupteurs entre les deux partis, la collusion permanente de la politique publique et des intérêts privés.Ces derniers ont tout fait pour dévoyer à leur profit la machine, tout en en conservant les mécanismes institutionnels et le vocabulaire.Ils se sont installés dans la république comme une république, Je ne sais si l\u2019analyse théorique de cette anomalie a jamais été faite rigoureusement, par exemple avec le génie d\u2019un Montesquieu.Elle le mériterait pourtant.J\u2019aimerais voir écrite par un grand philosophe la formule de cette république substantiellement livrée à une autre « république ».Le phénomène paraît original, vu l\u2019importance qu'il a prise dans ce pays, un pays à ce point politiquement conformiste qu\u2019il ne semble pas pouvoir même en relever le fait.La critique fondamentale de la démocratie américaine, le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est quelle ne tient 50 pas beaucoup de place dans les débats ayant cours dans ce pays.C\u2019est pourtant là qu\u2019elle devrait prendre naissance, comme y sont apprarues il y a plus de trente ans, dans la jeunesse, des remises en question d\u2019un autre ordre.Des principales démocraties d\u2019Occident, c\u2019est dans celle-là que la carence démocratique dont il est question est la plus singulière, la mieux protégée, - et la plus dangereuse, vu l\u2019extrême puissance du pays.La démocratie américaine, ainsi détournée, passée pour une grande part dans des mains qui ne sont pas celles des institutions, si elle étend son pouvoir sur une partie de l\u2019univers comme c\u2019est présentement le cas, projette sur celui-ci sa force et sa formule, devenues celles d\u2019un pays oublieux de ses propres principes.Ce n\u2019est pas la république qui alors agit sur le monde.Ce sont ceux qui en détiennent à leur profit les rouages et décident à sa place où et pourquoi porter les coups.Cela donne la guerre du pétrole et les mensonges de cette guerre.Cela représente l\u2019excroissance impérialiste d\u2019une démocratie plus que jamais sortie de ses principes, \u2014 mais il est vrai que cette tendance ne date pas d\u2019hier, bien que cette fois, avec Bush, Cheney, Rumsfeld et les autres, celle-ci ait à son tour évolué radicalement, présentant pour la première fois au monde entier un défi visant directement ou indirectement toutes les nations.« U.S.Incorporated » n\u2019est pas qu\u2019un titre faisant image.Les États-Unis sont à tel point pétris d\u2019entreprises privées, remplis à capacité de ces sociétés de toute dimension, que celles-ci sont en réalité sa matière même, sa substance, informant et dominant profondément son esprit, projetant par devant et de manière irrésistible leurs projets, leurs volontés (dont la guerre), leur logique de business, leur indifférence pour l\u2019avenir de la terre.Ils sont en train de jeter dans des projets de guerre et de défense insensés des sommes si colossales -auxquelles d\u2019autres pays devront opposer si possible l\u2019équi- 5i valent - que cela privera l\u2019humanité des ressources qu\u2019il faudrait, de toute urgence, dès les débuts du présent siècle, employer à essayer de sauver - si possible - toutes les sociétés humaines, dont l\u2019américaine, contre des dégradations déjà fort avancées et qui seront en tout état de cause infiniment difficiles à corriger, à prévenir.L\u2019enjeu immense est là.Il n\u2019est pas devant des canons.La guerre s\u2019annonce comme l\u2019erreur par excellence de ce siècle à peine commencé, et non pas uniquement à cause des destructions prévisibles ou bien de l\u2019injustice des invasions.D\u2019une certaine manière, ce qui s\u2019appelait, dans la légende et même dans l\u2019histoire, les États-Unis tend à disparaître.Ils sont remplacés de l\u2019intérieur par leur produit, qui n\u2019est pas de même nature mais qui a pris l\u2019envergure du pays, depuis une autre concentration, suivant une autre pensée, celle-ci indépendante de la république mais se servant d\u2019elle par tous les moyens, dont les partis, dont le jeu « démocratique ».Les États-Unis sont maintenant cela : cette démocratie soi-disant globale, démocratique encore sans doute par bien des aspects, mais faite surtout maintenant d\u2019un contenu dont on ne sait trop s\u2019il n\u2019est pas devenu plutôt son contenant.Qu\u2019est-ce qui informe les États-Unis - au sens de leur donner forme ?Qu'est-ce qui informe, par exemple, leur pouvoir législatif?Qu\u2019est-ce que ces deux chambres, dans la réalité ?Qui dirige le pouvoir exécutif ?Les États-Unis sont devenus semblables à leur contenu d\u2019affaires, mais ils deviennent jusqu\u2019à un certain point ce contenu même par intime symbiose ou assimilation entre la fonction officielle et la fonction privée, et par compénétration de l\u2019une et de l\u2019autre dans les faits.Le développement du privé dans ce pays est exorbitant, non seulement par ses dimensions mais par l'idéologie unique qu\u2019il y fait régner.Cet État 52 dans l\u2019État est l\u2019État.La république américaine est pleine à craquer de ce qui n\u2019est pas elle-même.Elle est ce qui n\u2019est pas elle.Les États-Unis ont en un sens une forme unique, malgré la complexité de leur société, qui possède par ailleurs des quantités de lois vraiment démocratiques.Les choses y sont donc complexes, mais le privé domine en tant de domaines.Mentionnons celui de la sécurité sociale, tenu en relatif échec par les lobbies et par l\u2019entreprise privée, pour ne donner que cet exemple.Le pays se confond avec l\u2019entreprise privée, est investi de toutes parts par elle, sociologiquement, psychologiquement, idéologiquement et à tous les niveaux, jusqu\u2019à la cime du gouvernement, en passant par les organes de représentation que sont les partis.La politique suprême résulte évidemment de cette espèce d\u2019unanimité, un peu plus à droite avec les républicains, un peu moins avec les démocrates.Mais le jeu depuis deux ans, sous les républicains, pousse la droite dans son propre sens avec une énergie dont le pays aurait pu se passer, car celui-ci tend maintenant à se laisser entraîner tout entier dans une logique qui risque de n\u2019avoir plus grand-chose à voir avec l\u2019esprit démocratique, ni avec un ordre international stable et sensé.Qu\u2019est-ce que les Américains exportent-ils donc, armes au poing, comme modèle, comme fait, comme philosophie ?Guère autre chose que U.S.Incorporated.? 53 HOMMAGES Jean-Marc Léger pour la Ligue d\u2019Action nationale FRANÇOIS-ALBERT ANGERS*, aft H L'UNIVERSITAIRE ET LE COMBATTANT (1909-2003) Un dessin de Pierre Vadeboncoeur Un clerc dans le siècle ! Ils furent et ils sont rares celles et ceux qui parmi nos intellectuels et chefs de file de tous horizons ont incarné, comme François-Albert Angers, et au même point que lui, une sorte de permanente synthèse entre la recherche, la création, l\u2019enseignement d\u2019une part, l\u2019apostolat et l\u2019engagement de l\u2019autre, sans que ceux-ci, si profonds et parfois si intransigeants fussent-ils, aient en rien compromis la qualité, l\u2019authenticité de celles-là.Il n\u2019y eut point entre les deux missions, les deux formes de combat, solution de continuité.Son action inlassable et multiforme, d\u2019ordre politique, au sens élevé du terme, pendant plus de cinq décennies, aura fait oublier ou rejeté au second plan son rôle de professeur et d\u2019économiste pendant près de quarante ans à l\u2019Ecole des Hautes études commerciales.Héritier et collaborateur d\u2019Edouard Montpetit et surtout d\u2019Esdras Minville, longtemps rédacteur puis directeur de la revue l\u2019Actualité économique, il aura éveillé de nombreuses générations d\u2019étudiants à la science économique, à l\u2019économie internationale autant qu\u2019aux réalités économiques du Canada, surtout du Canada français (comme on disait alors).L\u2019étude de la situation économique de notre collectivité, locataire et prolétaire dans sa * Directeur de L'Action nationale (1959-1968), président de la Ligue d'Action nationale (1955-1985). 54 propre patrie, allait conforter chez lui la conviction de la nécessité, de l\u2019urgence de la libération économique, puis de la libération tout court.Mais il était également sensible, très attentif à l\u2019évolution des courants économiques internationaux, à la « mondialisation » de l\u2019économie et lecteur scrupuleux de la production des grands théoriciens américains et européens, en particulier de Schumpeter et de François Perroux ; avec ce dernier, il entretenait un commerce régulier et il l\u2019a souvent accueilli à Montréal.En fait, c\u2019est à partir de la situation économique des nôtres, principalement, de l\u2019écoute attentive de Bourassa puis de Groulx, qu\u2019Angers allait progressivement déterminer les priorités et les objectifs de son action politique.Tout son œuvre de chef de fde, d\u2019entraîneur, s\u2019exprimera dans trois combats dominants, interdépendants : notre libération économique, la défense et l\u2019affirmation de l\u2019autonomie « provinciale » , de la singularité du Québec et, logiquement, plus tard, la recherche de la souveraineté, la défense de la langue française, surtout, qui à son sens, résumait et justifiait tout le reste.Economie, Autonomie, Langue résument bien ses trois engagements majeurs.Il convient d\u2019y ajouter notre anémie démographique, le drame démographique dont l\u2019acuité l\u2019angoissait, au point de devenir sa première préoccupation à partir des années soixante-dix.A quoi bon tout le reste si nous nous résignons à disparaître, si nous n\u2019avons plus envie de nous perpétuer, si nous nous apprêtons inconsciemment à sortir de l\u2019Histoire sur la pointe des pieds ! Il reliait ce phénomène à la perte du sens de la transcendance, des valeurs spirituelles, à une modernisation mal assimilée et à une sorte d\u2019immense frivolité comme si ce peuple consentait dans son for intérieur à courir à sa perte. 55 Il est incontestable que François-Albert Angers aura été l\u2019un des précurseurs de notre « révolution tranquille », aussi généreuse et féconde qu\u2019éminemment ambiguë, même si nombre des prétendus héritiers de celle-ci en sont inconscients et, davantage, se croient autorirés à le classer parmi les « réactionnaires », se montrant par là aussi superficiels qu\u2019injustes.Il est vrai qu\u2019à certains égards Angers était conservateur en ce sens qu\u2019en économie, il adhérait pleinement au libéralisme ou, plus largement, à la doctrine libérale, ce qui le conduisait à se méfier de l\u2019intervention de l\u2019Etat et expliquait ses fortes réserves, pour ne pas dire plus, lors du processus d\u2019étatisation de l\u2019électricité (il estimait que la voie coopérative aurait été préférable).Il finit par s\u2019y rallier, sans enthousiasme, parce que pour lui la priorité absolue était désormais la souveraineté du Québec dans tous les domaines et que l\u2019action de l\u2019Etat était naturellement déterminante.Je serais enclin à qualifier d\u2019un mot ce combattant admirable de « rebelle conservateur » ou encore de traditionna-liste contestataire et innovateur.D\u2019ailleurs, il aura été l\u2019un des acteurs de notre « première révolution tranquille », accomplie par la seule société civile, à ce moment-là.On oublie trop, en effet, notamment chez les convulsionnaires du changement permanent et du procès systématique du passé, que dans la période de 1920 à 1935, en gros, il y eut chez nous une extraordinaire floraison d\u2019idées et d\u2019initiatives dans les domaines idéologique, économique et social : les Semaines Sociales, l\u2019ACJC (mouvement de jeunesse catholique), l\u2019élan nouveau du syndicalisme, l'influence, bien sûr, du Nationaliste de Olivar Asselin et du Devoir, la revue Relations, l\u2019audience grandissante de Groulx chez les jeunes, les premières campagnes de Philippe Hamel contre les « trusts », l\u2019apparition du parti l\u2019Action libérale nationale dans le paysage politique, l\u2019École sociale populaire, etc.bref 56 un extraordinaire boullonnement qui aura été à la fois comme le creuset et une sorte de préface de l'autre « révolution tranquille », celle des années soixante.Fidèle à quelques convictions nationales et spirituelles fortement ancrées chez lui mais aussi contestataire en permanence d\u2019un certain ordre ou désordre établi, Angers a été l\u2019un des acteurs intellectuels et politiques majeurs dans le Québec des années 1940 à 1980.L\u2019École des Hautes études commerciales d\u2019un côté, L'Action nationale (la Ligue et la revue) de l\u2019autre ont illustré chez lui les deux faces d\u2019un même service de la collectivité ou, plus justement, de la nation.Sa contribution à L\u2019Action nationale, tout au cours de presque cinq décennies, aura été déterminante.C\u2019est en 1937\tqu\u2019Angers publiait son premier article dans la revue, en 1938\tqu\u2019il adhérait à la Ligue.Ainsi, il aura collaboré à la revue pendant plus de cinquante ans et en fut d\u2019ailleurs directeur de 1939 à 1969.Il a été président de la Ligue de 1954 à 1985 et, depuis lors, président honoraire.C\u2019est assez dire qu\u2019il a incarné l\u2019une et l\u2019autre pendant plusieurs décennies et qu\u2019il en a été la figure de proue.François-Albert Angers a illustré avec une particulière éloquence la définition que Malraux a donnée un jour de l\u2019intellectuel : celui dont une idée, un grand dessein, engagent et ordonnent la vie.Dès lors, il est nomial et naturel que la Ligue d'Action nationale veuille rendre un vibrant hommage et marquer sa gratitude émue à cet admirable rebelle, aussi novateur que conservateur, dans le sens le plus élevé des deux termes, qu\u2019elle lui voue une sorte de profonde et permanente piété.Il est non moins normal que tous les nationalistes, surtout les souverainistes, s\u2019y associent.? 57 HOMMAGES Jacques Parizeau FRANÇOIS-ALBERT ANGERS, MON PATRON Avec François-Albert Angers, disparaît un des derniers fondateurs de l\u2019Université québécoise, c\u2019est-à-dire de ceux qui ont lancé, ici, l\u2019étude systématique, approfondie d\u2019une discipline de l\u2019esprit, d\u2019une démarche intellectuelle.Il en reste encore quelques-uns.Pierre Dansereau, en écologie ou Jacques Henripin en démographie, par exemple, dans des domaines qui, chez nous, se sont développés plus récemment.L\u2019étude de l\u2019économie, en français, commence à Montréal, aux HEC, avec Édouard Montpetit et Esdras Minville mais c\u2019est François-Albert Angers qui va vraiment lancer la recherche, l\u2019analyse et faire école.De même à l\u2019Université Laval, c\u2019est le père Lévesque qui va fournir l\u2019inspiration et Maurice Lamontagne, entre autres, qui va vraiment lancer l\u2019étude de la discipline.Tout le reste (à l\u2019Université de Montréal, à l\u2019UQAM, ailleurs) est venu après.On ne sait plus aujourd\u2019hui dans quelles conditions invraisemblables se sont développés les secteurs non traditionnels dans les années qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale.Il n\u2019y avait pas de fonds de recherche (sauf à McGill), les salaires étaient minables, les départements se dépeuplaient de professeurs de carrière. 58 Angers réunissait autour de lui des jeunes de qui il obtenait tout ce qu\u2019il voulait.Il tenait à bout de bras une revue, l\u2019Actualité Économique, dont les comptes gonflés par l\u2019imprimeur permettaient de publier ouvrages et brochures que le gouvernement refusait de financer.C\u2019est ainsi qu est née la première collection (Notre milieu) consacrée à l\u2019économie québécoise, comportant, aussi pour la première fois, une compilation cohérente et précise des statistiques économiques du Québec.Avec l\u2019aide d\u2019Esdras Minville (dont il éditera, après la mort de ce dernier, l\u2019œuvre complète, en une douzaine de volumes), François-Albert Angers envoya en France, surtout, pendant des années, des assistants pour y finir leurs études, constituant petit à petit une équipe d\u2019économistes dont le rayonnement s\u2019affirmera rapidement.Nous lui devons une formation intellectuelle de premier ordre, une rigueur de l\u2019esprit qui est la marque d un grand enseignement.Le patron avait aussi un goût illimité de la discussion, de la confrontation des idées qui forçait chacun à préciser sa pensée et à être capable de la défendre.Cet homme qui avait des vues si tranchées sur l\u2019évolution de la société dans laquelle il vivait et un point de vue souvent radical, parfois pamphlétaire sur la chose politique, était d\u2019autre part tolérant presque respectueux à l\u2019égard de ceux qui exprimaient des vues qu\u2019il ne partageait pas à la condition que l\u2019opposant soit capable de défendre ses vues avec un tant soit peu de rigueur.François-Albert Angers était un esprit conservateur ce qui l\u2019a amené à être parfois très critique des débordements inévitables de la Révolution Tranquille, mais aussi de certaines des orientations qui l\u2019ont marquée.C\u2019était un rôle ingrat que celui qu\u2019il assumait mais qui présentait l\u2019avantage de provo- 59 quer des débats sérieux là où l\u2019enthousiasme ambiant tenait parfois lieu de réflexion.On a tendance à oublier aujourd\u2019hui l\u2019influence qu\u2019il exerça sur le mouvement coopératif à la fois par ses études et son action.En fait, c\u2019est dans son attachement pour le Québec et pour la langue et la culture française que François-Albert Angers va demeurer dans la mémoire de bien des gens.La direction qu\u2019il donna à la Ligue d\u2019Action Nationale et à sa revue L'Action Nationale, à la Société Saint-Jean Baptiste, au Mouvement du Québec français, souligne la ferveur de ses convictions, sa persistance, et son efficacité.François-Albert Angers laisse une œuvre importante pour comprendre l\u2019évolution de la société québécoise.Il laisse le souvenir d\u2019un grand professeur, d\u2019un intellectuel engagé.Ce n\u2019est pas sans une profonde émotion que je salue une dernière fois, celui qui fut le patron de mes jeunes années.? 6o HOMMAGES Serge Gauthier* LA RACINE CHARLEVOISIENNE DE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Grand économiste, fervent nationaliste, bâtisseur du Québec moderne, François-Albert Angers s\u2019est éteint à Montréal le 14 juillet 2003 à l\u2019âge de 94 ans.Il a demandé à être inhumé au cimetière de La Malbaie et certains s\u2019en étonneront s\u2019ils ne savent pas que ce grand intellectuel québécois possède un enracinement profond dans la région de Charlevoix.Né à Québec en 1909, fils d\u2019Albert Angers, médecin, et d\u2019Odulie LaRoche était donc par son père descendant d\u2019une lignée familiale dont le premier ancêtre est Simon Lefebvre, gentilhomme d\u2019Angers, anobli par Louis XIV, et qui s\u2019établit à Québec en 1667.Au XIXe siècle, certains membres de la famille Angers sont établis dans Charlevoix dont Élie Angers, forgeron de La Malbaie, père de Laure Conan (Félicité Angers) célèbre écrivaine québécoise auteure notamment du roman L\u2019oublié.Le forgeron Élie Angers est aussi le père de Charles Angers, avocat et député libéral de Charlevoix au fédéral de 1896 à 1904.François-Albert Angers n\u2019est pas parent directement avec Laure Conan mais il n\u2019est pas inconvenant d\u2019évoquer qu\u2019il portait le même patronyme que cette famille malbéenne d\u2019où sont issue de remarquables intellectuels devenus des notables de la région de Charlevoix.* Président de la Société d\u2019histoire de Charlevoix. François-Albert Angers était aussi Malbéen et Charlevoisien.Son père s\u2019établit à La Malbaie autour de 1920 et il y pratique la médecine.Étudiant, François-Albert Angers revient durant l'été à La Malbaie où il travaille même à la pharmacie que son père opère dans cette localité.La famille de François-Albert Angers est donc établie dans Charlevoix et celui qui devient un grand économiste québécois fréquente ainsi cette région tout au long de sa vie.Après ses études en Europe, au tournant des années 1940, François-Albert Angers travaille à réaliser un impressionnant inventaire des ressources naturelles et industrielles de Charlevoix paru en 1942.D\u2019approche monographique, cet inventaire contient des descriptions fouillées mais plus encore une vision : celle de créer en Charlevoix une base économique plus solide en tenant compte des forces locales qu\u2019étaient alors la forêt, l\u2019agriculture, le cabotage.François-Albert Angers s\u2019intéresse aussi dans son inventaire à la relance de l\u2019industrie touristique alors un peu en désuétude et dont il est en quelque sorte un des premiers à imaginer le développement important que cette activité connaîtra plus tard dans Charlevoix.Il écrit même : « Les deux grandes ressources du comté de Charlevoix sont le bois et le tourisme », ce qui se vérifie sans problème dans la suite de l\u2019histoire de Charlevoix.L\u2019intérêt de François-Albert Angers pour l\u2019économie de Charlevoix ne s\u2019arrête pas à ce premier rapport.En 1964, François-Albert Angers participe à une réflexion économique demandée par la Chambre de commerce de Charlevoix-Est sur les relations de Charlevoix avec la Côte-Nord.Dans un texte publié dans le journal régional Le Confident son analyse est visionnaire lorsqu\u2019il parle par exemple de l\u2019éternel projet de construire un pont reliant les deux rives du Saguenay 62 : « Le coût d\u2019un tel pont, avec ses approches, étant nécessairement de l\u2019ordre des centaines de millions, l\u2019évidence s\u2019est imposée qu\u2019il n\u2019y avait guère l\u2019utilité pratique à essayer de démontrer la valeur économique d\u2019une telle entreprise publique.» Un message qui nous concerne toujours.Souvent les penseurs universitaires parlent aussi pour l\u2019avenir ; il s\u2019agit en quelque sorte de prendre date.François-Albert Angers était aussi un résident estival, pour ne pas dire un villégiateur en Charlevoix.Il possédait une résidence secondaire le long du lac Nairne à Saint-Aimé-des-Lacs.Modeste, le célèbre économiste se mêlait à la population locale dont il appréciait le contact.Amoureux de l'arrière-pays charlevoisien, il rédige même dans la Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française un relevé d\u2019une monographie historique portant sur la paroisse de Notre-Dame-des-Monts écrite par une historienne du lieu.François-Albert Angers a même été quelque temps membre de la Société d\u2019histoire de Charlevoix.L\u2019œuvre de François-Albert Angers a marqué l\u2019évolution du Québec contemporain.Plus discrètement, ce grand penseur a aussi influencé celle de son Charlevoix d\u2019adoption où il avait une racine si profonde.Pour toujours désormais, il reposera en terre charlevoisienne comme un témoignage inaltérable, de son amour pour cette région du Québec.? 63 HOMMAGES Charles Saint-Prot* HOMMAGE À PIERRE BOURG AU LT, LE HÉRAUT DU QUÉBEC LIBRE1 (1934-2003) Avec la mort de Pierre Bour- gault, le 16 juin dernier à Montréal, c\u2019est l\u2019une des plus grandes voix du Québec libre qui s\u2019est tue.Cet homme qui ne fut jamais ni député ni ministre, demeurera comme l\u2019un des principaux artisans du réveil du peuple québécois.Engagé dès i960 au sein du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (le RI N), tribun extraordinaire, ce héraut du Québec libre prononça des centaines de discours et il fut l\u2019une des figures de proue du nationalisme dont il a été la voix la plus éloquente et la plus dérangeante.Devenu président du RIN, il organisa notamment la manifestation du « samedi de la matraque », lors de la venue de la reine d\u2019Angleterre le 10 octobre 1964.À cette occasion, il déchira son certificat de l\u2019armée canadienne.En 1968, afin de ne pas diviser les forces indépendantistes lors des élections de 1970, Pierre Bourgault décida de mettre fin à l\u2019aventure du RIN.Il invita les militants à joindre les rangs du nouveau Parti québécois au sein duquel il resta jusqu\u2019au milieu des années 1970, avant de rompre avec René Lévesque.Les causes de cette rupture sont connues.Passionné et lucide, Bourgault voulait plus qu\u2019un État pour * Écrivain français, rédacteur en chef de la revue gaulliste Libres.î Hommage publié sur www.voxlatina.com, dans la revue Libres et prononcé le 30 juin 2003 sur la chaîne de radio française : radio Courtoisie 64 le Québec.Il voulait un pays.Il avait la conviction que le Québec devait accéder à l\u2019indépendance pour assumer pleinement la maîtrise de son destin.Selon lui, c\u2019était la seule manière d\u2019être une nation à part entière et non une nation entièrement à part.En fait, ce que Pierre Bourgault contesta tout au long de sa vie c\u2019est la stratégie étapiste, dont il pressentait qu\u2019elle ne pouvait que conduire à des compromis et à une impasse.Pour ce révolutionnaire pas tranquille, il ne faisait aucun doute qu\u2019un peuple n\u2019existe pas à moitié.Un peuple libre est celui qui assume entièrement la maîtrise de son destin, et cela commence par être maître chez soi.Comme l\u2019a écrit Jean-Marc Léger dans le bel hommage qu\u2019il a rendu à Bourgault dans le quotidien Le Devoir, on n\u2019est pas « à demi maître chez soi ».Refusant l\u2019idée d\u2019un pays au rabais, Pierre Bourgault répéta sans relâche que la souveraineté ne se partage pas et un peuple qui n\u2019est pas indépendant n\u2019est pas libre.Il croyait fermement à cette loi immuable selon laquelle de toutes les libertés humaines la plus précieuse est l\u2019indépendance de la nation.C\u2019est une loi qui n\u2019est pas valable que pour le seul Québec ! Pierre Bourgault ne cessa de guetter dans l\u2019ombre « la lueur invisible de l'espérance.» Beaucoup regretteront qu'il n\u2019ait pas eu les obsèques nationales auxquelles il aurait pu prétendre, mais il a eu bien davantage : l\u2019honneur de ne jamais plier, le courage de conserver jusqu\u2019au bout ses convictions.S\u2019il ne fut pas un consolidateur, il fut un fondateur, un éveilleur de peuple.Plus qu\u2019aucun autre Pierre Bourgault a contribué à allumer l\u2019étincelle qui finira bien par donner la lumière parce qu\u2019il n\u2019est tout de même pas possible que tout puisse s\u2019éteindre après plus de deux cent quarante ans de résistance, d\u2019opiniâtreté et d\u2019héroïsme.? 65 HOMMAGES Jean Dorion ALLOCUTION AUX OBSÈQUES DE PIERRE BOURGAULT Ma génération fut la première où l\u2019on épousa, en grand nombre, le projet d\u2019indépendance du Québec.Le RIN est né juste comme j\u2019atteignais 18 ans.J\u2019ai assisté à sa première séance d\u2019information.À 22 ans, vice-président dans St-Henri, j\u2019ai pris part au Congrès qui a fait de ce mouvement un parti, et porté Pierre Bourgault à sa tête.Je n\u2019étais pas alors, et ne suis pas devenu par la suite, un proche de Pierre Bourgault.Dans les années soixante, le personnage m\u2019intimidait, moi, un petit étudiant d\u2019une famille ouvrière de Ville-Émard.Mais je suivais toutes ses apparitions publiques : au Gésu, au débat avec D\u2019Allemagne contre Tmdeau et Pelletier, à l\u2019assemblée des 6000 jeunes à Montréal-Nord, à l\u2019émeute policière de la Saint-Jean.Je suis arrivé au RIN partagé entre deux sentiments : d\u2019abord, et surtout, celui inculqué à nos aînés, selon qui tenter d\u2019échapper à notre sort de peuple vaincu et occupé, c\u2019était impensable.J\u2019allais au RIN rencontrer des fous qui prêchaient le contraire.J\u2019y allais avec d\u2019autres parce que l\u2019impensable, nous commencions à y penser, malgré nos craintes et nos hésitations.À nous demander si nous n\u2019avions pas le droit de rêver à un VRAI pays, gouverné par notre peuple, un pays français et quand je dis français ce n\u2019est pas l\u2019origine des gens qui me préoccupait, je m\u2019en fichais alors autant qu\u2019aujourd\u2019hui ; je Président de la SS)B Montréal. 66 ne m\u2019inquiétais pas de leurs ancêtres mais de leur descendance.Pour être plus clair, je m\u2019inquiétais du choix de l\u2019école que faisaient les immigrants.À Montréal, à notre humiliation face au traitement infligé au français s\u2019ajoutait de l'angoisse à l\u2019idée que, bientôt, nous perdrions même les moyens démographiques, donc politiques, de corriger la situation.L\u2019oppression que nous subissions s\u2019appuyait sur un vaste armement idéologique, une anthologie de sornettes parfaitement intériorisée, prétextant la fatalité historique, les droits sacrés des minorités, surtout quand elles sont anglophones, la libre entreprise, la liberté de choix et que sais-je encore.C\u2019est Bourgault qui, dans cette forêt de sophismes, nous a guidés vers la vérité.Et nous aimions cette vérité qui nous rendait libres.Oui, Bourgault nous a lavé le cerveau, et c\u2019est un lavage dont nous avions grandement besoin.En 1967, j\u2019ai monté chez mes parents une assemblée de cuisine avec Bourgault.S\u2019y mêlaient à la famille des camarades d\u2019université et des voisins, certains presque illettrés.Tous gens traînés là non sans peine, sceptiques au début, puis fascinés et à la fin convaincus.Des assemblées du genre, Bourgault en a fait des centaines, ne vous étonnez pas de la multitude qui nous entoure ce matin.Je le revois debout dans la cuisine, répondant encore aux questions à trois heures du maün tout en mordant à belles dents dans un gros concombre mariné : une force de la nature, ce Bourgault.Dans tous ses discours, il ne mordait pas avec moins de force dans les mots, déchiquetant les sophismes de nos adversaires et nous ménageant d\u2019hilarantes surprises.De mémoire, voici des échantillons : « Travailler dans sa langue chez soi, c\u2019est normal ; les Français travaillent en français, chez eux, les Allemands travaillent 67 en allemand, chez eux, les Japonais travaillent en japonais, chez eux, et les Anglais travaillent en anglais, chez nous.» Il disait encore : « Nous ne voulons pas être la minorité la mieux traitée au monde, nous voulons être une majorité.» Et encore, contre le statut particulier : « Nous ne voulons pas être une province-pas-comme-les-autres, nous voulons être un pays comme les autres.» Ou sur la langue : « On ne fait pas une législation linguistique pour être bien vu à l\u2019étranger, mais pour être bien chez soi ! » Bourgault n\u2019a pas cherché de compromis avec nos préjugés et nos idées reçus ; il les a au contraire confrontés.D\u2019autres dirigeants ont été portés par la vague indépendantiste, Bourgault, lui, a contribué à la créer.Pour ce faire, il a fait appel chez ceux et celles qui l\u2019écoutaient, à la capacité de se dépasser.Cette capacité, elle existe en chacun et chacune d\u2019entre nous.Grâce à lui, beaucoup parmi nous ont appris que la vie a un sens, elle a celui que nous lui donnons.Bien sûr, il y aura toujours des cyniques, des désabusés, des épais, les pieds rivés au sol, pour trouver tout cela ridicule : plus on vole haut, plus on paraît petit à ceux qui ne peuvent pas voler.Bourgault n\u2019a été ni premier ministre, ni ministre, ni même député, il a été bien plus que cela : voyez la reconnaissance qu\u2019on lui en témoigne aujourd\u2019hui.Bourgault disait qu\u2019il ne craignait pas la mort, qu\u2019une seule vie, c\u2019est assez.Hélas, des vies comme la sienne, il nous en faudrait plus.? delà jeu Nous employons plus de 6 800 personnes.«îfàf Plus de 82 % de nos achats sont faits au Québec.\u2022 Plus de 36 millions de dollars sont remis chaque année à des organismes sans but lucratif et au secteur communautaire.\u2022 Plus de 180 événements dans toutes les régions du Québec bénéficient de notre soutien.\u2022\"PHOT Loto-Québe ime /o/'ce économique/ et socài/e c y\t/ LOTO QUÉBEC La passion des êtres () Desjardins Caisse d'économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs (Québec) «(.) avec la perspective de contribuer à un Québec plus juste et plus solidaire, soutenir le développement de l'économie solidaire en misant sur l'entrepreneuriat collectif, tout particulièrement au sein des quatre réseaux, soit le syndical, le coopératif, le communautaire et le culturel.» anaudière 90, rue Montcalm oliette (Québec) J6E 5C4 450)753-7055 'ans frais : 1 866 753-7055 élécopieur : (450) 752-5589 Québec 155, boul.Charest Est, bureau 500 Québec (Québec) G1 K 3G6 418) 647-1527 «ns frais : 1 877 647-1527 Télécopieur : (418) 647-2051 Montréal 1601, avenue De Lorimier Montréal (Québec) H2K 4M5 (514) 598-2122 Sans frais : 1 877 598-2122 Télécopieur : (514) 598-2496 - y>., .Vous trouverez : \u2022\tDes solutions de placement claires en planification financière \u2022\tUn service hautement personnalisa Vous vous sentirez bien conseillé.Les conseillers «l\u2019OPTIMUM PLACEMENTS,' mettent toute leur compétence à votre profit.Un grand principe guide leur façon de travailler : le respect de vos objectifs de placement, dans un souci permanent de transparence et d\u2019écoute.Votre patrimoine financier constitue votre bien le plus précieux.Les conseillers d\u2019OPTIMl M PLACEMENTS® peuvent voit aider à le gérer de façon optimale cl à mieux planifier votr» retraite.\u2022 Des choix de fonds mutuels sans aucuns frais d\u2019achat, de rachat ou de transfert * Des rendements parmi les meilleurs du marché * \u2022 L\u2019expertise d\u2019un des plus importanl groupes financiers québécois OPTIMUM PLACEMENTS.Communiquez avec nous afin que noua puissions dès maintenant commencer à préparer votre retraite en toute sécurité.Région de Montréal : (514) 288-1600 Région de Québec : (418) 524-5336 Extérieur, sans frais : 1 888 OPTIMUM (678-4686) www.fondsoptim uni.com * Cabinet «le service» financiers, gérant et placeur principal «les FONDS OFT1M1 M, ?Vlanpic de commerce de Groupe Optimum inc.utilisée sous licence. DOSSIER LA LANGUE FRANÇAISE Le présent dossier réunit les textes des participants à la journée d'échanges sur les enjeux linguistiques à la lumière des données du dernier recensement.L'événement était organisé conjointement par L\u2019Action nationale, Le Mouvement National des Québécoises et des Québécois et les Intellectuels pour la souveraineté.La rencontre a eu lieu à Montréal le 3 mai dernier à la Maison Ludger-Duvernay.\t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 72 DOSSIER Benoît Sauvageau* ÉTAT DE LA POLITIQUE LINGUISTIQUE CANADIENNE Dans le cadre d\u2019un colloque qui s\u2019intitulait « Les enjeux linguistiques du Québec », je m\u2019étais engagé à prononcer un discours sur la politique linguistique du gouvernement fédéral canadien.De prime abord, je me suis interrogé sur la portée excessivement large du thème mais aussi, et surtout, sur la pertinence de traiter ce sujet à l\u2019intérieur d\u2019une thématique portant essentiellement sur le Québec.En effet, il n\u2019est pas rare de voir un colloque, une commission parlementaire, un numéro spécial d\u2019une revue, des articles de journaux ou des reportages télévisés, portant sur des problématiques linguistiques ne s\u2019articuler qu\u2019autour de questions qui relèvent d\u2019un seul palier gouvernemental.Ainsi, il n\u2019est pas rare de voir le thème des législations linguistiques provinciales être exclu des réflexions faites par des spécialistes de la Loi sur les langues officielles fédérale ou, inversement, de voir l\u2019étude des lois linguistiques fédérales être exclue (en grandes parties et parfois même totalement) des chantiers de réflexions orientés sur la Charte de la langue française du Québec.* L\u2019auteur est député du Bloc Québécois à la Chambre des communes et, à ce compte, porte-parole en matière de langues officielles et de Francophonies canadienne et internationale.Il est aussi membre de l\u2019Association des Parlementaires de la Francophonie (APF) et a récemment été décoré du titre de Chevalier de l\u2019Ordre de la Pléiade pour sa contribution à l'avancement de la Francophonie. 73 Pourtant, cette attitude tend à faire oublier un problème important, voire crucial, de la dynamique des questions de politique linguistique au Canada et conduit parfois à des réflexions qui ne tiennent pas suffisamment compte d\u2019une donnée non négligeable : le gouvernement fédéral peut s'immiscer dans les champs de compétences linguistiques du Québec.Et il le fait à l\u2019occasion via, entre autres, son pouvoir de dépenser ou à l\u2019intérieur du cadre défini par la Charte des droits et libertés.Des groupes de pressions se servent parfois de la législation fédérale pour tenter de restreindre la portée de la législation québécoise.Pour s\u2019en convaincre, il suffit de se rappeler la cause, présentement devant la Cour suprême, des francophones désirant fréquenter l\u2019école anglaise, pour comprendre l\u2019utilisation que l\u2019on fait parfois de la Charte des droits et libertés dans l\u2019objectif de porter atteinte à la Charte de la langue française du Québec.Le jugement qui a été rendu sur l\u2019affichage commercial au Québec nous conduit aussi à un constat analogue.Ainsi, il devient évident que nous ne pouvons étudier isolément les politiques linguistiques du Québec et celles du Canada.Le cadre législatif canadien a) La Charte des droits et libertés Les deux principales législations sur les langues officielles au Canada sont la Charte des droits et libertés et la Loi sur les langues officielles.Les langues officielles du Canada sont, dans un premier temps, enchâssées dans la Charte des droits et libertés aux articles 16 à 23, ce qui pour ainsi dire coule dans les fondements mêmes de l\u2019État canadien le droit à l\u2019égalité linguistique.L\u2019article 16 de la Charte est une disposition qui consacre dans la Constitution du Canada le 74 principe d\u2019égalité des deux langues officielles.Actuellement, la portée réelle de cet article pose des problèmes d\u2019interprétation fort importants : S\u2019agit-il d\u2019une disposition de nature déclaratoire ou exécutoire ?.La distinction est très importante.Par exemple, une loi fédérale peut-elle être déclarée inconstitutionnelle du fait qu\u2019elle ne respecte par les principes de l\u2019article 16 ?L\u2019article 20 donne au public le droit d\u2019employer l\u2019une ou l\u2019autre des langues officielles pour communiquer avec les institutions fédérales à l\u2019égard desquelles il existe une demande importante.Cette notion de « demande importante » n\u2019est pas définie et il en va donc de la bonne volonté du gouvernement fédéral de définir exactement quel nombre le justifie.Finalement, l\u2019article 23 concerne le droit à l\u2019instmction dans la langue de la minorité et l\u2019étendue des droits prévus à cet article dépend aussi de la notion du « nombre qui le justifie ».b) La Loi sur les langues officielles La Loi sur les langues officielles de 1969 faisait suite aux recommandations de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Commission Laurendeau-Dunton) d\u2019élargir la portée et l\u2019application de l\u2019article 133 de la Loi constitutionnelle de i86j.Elle avait pour objectif d\u2019accorder à la langue française et à la langue anglaise un statut égal, non seulement au Parlement et devant les tribunaux canadiens et québécois, comme le prévoit l\u2019article 133, mais dans toute l\u2019administration fédérale.Depuis son adoption en 1969, l\u2019ancienne Loi sur les langues officielles n\u2019avait subi aucune modification.L\u2019entrée en 75 vigueur de la Charte des droits et libertés en 1982 rendait essentielle la réforme de la Loi sur les langues officielles : le gouvernement devait adapter sa loi à la Charte des droits et libertés et définir les modalités d\u2019application de cette dernière.Il souhaitait également fournir un fondement législatif plus large pour ses politiques et ses programmes linguistiques.Compte tenu de l\u2019ampleur des modifications envisagées, il a choisi d\u2019abroger l\u2019ancienne loi et de la remplacer par la loi C-72, appelée, elle aussi, la Loi sur les langues officielles.Le législateur a remédié à l\u2019une des faiblesses de l\u2019ancienne loi, entre autres, en instituant la possibilité d\u2019un recours judiciaire en cour fédérale.Ainsi, en théorie, la structure législative linguistique canadienne semble vouloir protéger et assurer les droits et l\u2019épanouissement du français au Canada.Mais force est d\u2019admettre qu\u2019après presque 35 ans d\u2019application des politiques linguistiques canadiennes, les intentions du législateur n\u2019ont pas connu les succès anticipés.Avant d\u2019expliquer plus en détail l\u2019application de la Loi sur les langues officielles, voici quelques chiffres révélateurs sur les résultats obtenus depuis sa promulgation.Portons notre attention sur le taux d\u2019assimilation des francophones hors-Québec.En 1996, il était de 67 % dans l\u2019ensemble des provinces de l\u2019Ouest, de 54 % au Manitoba, de 40 % en Ontario pour en arriver à une moyenne canadienne, excluant le Québec, de 37 %.Encore aujourd\u2019hui, le gouvernement nie cette réalité statistique et il lui est d\u2019évidence difficile de solutionner un problème qu\u2019il refuse de reconnaître et aisé de sombrer dans une attitude de complaisance regrettable et inappropriée. 76 Si nous portons plutôt notre attention du côté de l'application de la Loi sur les langues officielles, nous observons peut-être que le processus législatif, s\u2019il semble clair, nous force à reconnaître que son interprétation laisse une large place à la volonté d\u2019action du gouvernement fédéral.D\u2019abord, le gouvernement fédéral doit mettre en place des politiques de promotion des langues officielles comme la Loi sur les langues officielles lui impose de le faire à l\u2019article 41 : « Le gouvernement fédéral s\u2019engage à favoriser l'épanouissement des minorités francophones et anglophones du Canada et à appuyer leur développement, ainsi qu\u2019à promouvoir la plaine reconnaissance et l\u2019usage du français et de l\u2019anglais dans la société canadienne.» Puis attardons-nous à l\u2019article 42 de la Loi sur les langues officielles qui stipule que : « Le ministre du Patrimoine canadien suscite et encourage la coordination de la mise en œuvre par les institutions fédérales de cet engagement.» Ensuite à l\u2019article 46 : « Le Conseil du trésor est chargé de l\u2019élaboration et de la coordination générale des principes et programmes fédéraux d\u2019applications des parties 4, 5 et 6 dans les institutions fédérales.» Toujours dans le domaine de l\u2019application de la Loi sur les langues officielles, avril 2001 nous apportait son lot de bonnes intentions alors que le ministre des affaires intergouvemementales et président du Conseil privé était nommé ministre « chargé de la coordination des dossiers touchant aux langues officielles » avec comme mandat de produire le plus rapidement possible un plan d\u2019action en matière de langues officielles.À la lumière des articles 41, 42 et 46, il est surprenant que cette nomination n\u2019ait pas été accompagnée d\u2019une modification législative qui aurait 77 légitimé le mandat du nouveau ministre des langues officielles alors que son rôle tel que défini au moment de sa nomination n\u2019apportait rien d\u2019autre que de la confusion supplémentaire quant à savoir qui est responsable de quoi en matière de langues officielles au sein du gouvernement canadien.Dans la Loi sur les langues officielles, il y a plusieurs responsables mais dans les faits, il n\u2019y en a vraiment aucun de clairement identifié.Et tous autant qu\u2019aucun sont responsables d\u2019une loi dont de grands pans sont de nature déclaratoire.En effet, le ministre de la Justice est venu dire de façon bien candide au comité mixte et permanent sur les langues officielles que la portée de l\u2019article 41 de la Loi sur les langues officielles est interprétée par son ministère et le gouvernement comme déclaratoire, par opposition à exécutoire.Ainsi, l\u2019article en question ne serait rien d\u2019autre qu\u2019une déclaration de bonne volonté qui n\u2019aurait aucune application exécutoire mais révélerait plutôt les bonnes intentions du gouvernement.Le plan d\u2019action Le plan d\u2019action du ministre Dion voit le jour près de deux ans après sa nomination et ne contient pratiquement rien de concret : il formule plutôt des vœux qui se font l\u2019écho de près de 35 ans d\u2019une histoire législative et politique parsemée de vœux pieux.Un exemple parmi d\u2019autres : la fameuse imputabilité des ministères pour ce qui est de la mise en œuvre de la Loi sur les langues officielles.28 institutions et ministères étaient déjà jugés prioritaires dans la mise en œuvre des bonnes intentions du gouvernement et s\u2019étaient vus dans l\u2019obligation de produire un rapport annuel qui visait à permettre un suivi de l\u2019évolution dans ces ministères des réussites et des échecs en matière de langues officielles.Les résultats furent lamentables.De nombreux 78 ministères et institutions « oublient » de déposer leur rapport annuel ou encore ne le déposent annuellement que pour reconduire, année après année, les mêmes médiocres résultats de l\u2019année précédente, à quelques nuances près.Par le dépôt du plan d\u2019action du ministre Dion, cette recette a été étendue à près de 200 institutions et ministères.Voilà pour l\u2019imputabilité.Le gouvernement s\u2019est tout de même donné des objectifs en matière de langues officielles : entre autres domaines d\u2019intervention, portons une attention particulière à l\u2019immigration et la fonction publiques.Champs d\u2019intervention : immigration Si le taux de natalité est inférieur au maintien démographique d\u2019une communauté et que les « ayants droit » ne fréquentent pas les écoles francophones, l\u2019immigration devient la planche de salut de la communauté.Dans ce cas précis, certains des principaux acteurs politiques - le Comité permanent sur les langues officielles, la Commissaire aux langues officielles, etc.- ont reconnu que le gouvernement fédéral ne démontrait pas suffisamment de bonne volonté pour assurer une place significative à l\u2019immigration francophone en milieu minoritaire.Un chiffre des plus révélateurs est le montant accordé à la formation linguistique pour les immigrants qui ne parlaient pas le français à leur arrivée au Canada, excluant le Québec.Ils étaient plus de 200 000 en 2001 (sur un total de 212 000 immigrants), dont 143 000 en Ontario, 37 000 en Colombie-Britannique et 15 000 en Alberta.L\u2019immigration étant importante à l\u2019équilibre démographique, le programme « cours de langue pour les immigrants au 79 Canada (CLIC) » du gouvernement fédéral dispose en 2002-2003 d\u2019un budget total de près de 94 millions $.De ce montant, plus de 93 millions $ sont attribués à la formation de langue anglaise des nouveaux immigrants et 333 000 $ à la formation française.Pire encore, de ce dernier montant, 324 000 $ vont à l\u2019Ontario et 9000 $ au Nouveau-Brunswick.Pas un seul sou pour les autres provinces et territoires.Champs d\u2019intervention : la fonction publique Un autre champ d\u2019intervention du gouvernement, celui-ci encore plus direct, est la fonction publique.D\u2019abord, établissons clairement les exigences de la Loi sur les langues officielles à l\u2019article 20 en matière de fonction publique.Ce n\u2019est pas l\u2019ensemble de la fonction publique qui a l\u2019obligation de garantir au public le droit d\u2019employer l\u2019une ou l\u2019autre des langues officielles pour communiquer avec les institutions fédérales, mais bien celles à l\u2019égard desquelles il existe une demande importante.Dans la fonction publique canadienne, seuls 37 % des emplois ont des exigences de bilinguisme, soit 59 790 emplois sur les 159 948 qu\u2019elle compte.Aussi, notons que la « fonction publique » n\u2019inclut pas les institutions fédérales ou les sociétés d\u2019État et de la Couronne telles que Via Rail ou Air Canada.Récemment, la présidente du Conseil du trésor prévenait, à grand renfort de conférences de presse et d\u2019entrevues télévisées, 442 employés de la haute-fonction publique qu\u2019ils allaient devoir respecter les exigences linguistiques de leur poste à partir de la date butoir du 31 mars 2003.Pourtant, ces hauts-fonctionnaires arrivaient au terme d\u2019une période de grâce de 5 ans qui leur avait été accordée en 1998.Au 31 mars dernier, ils étaient encore plus de 27 % de récalci- 8o trants chroniques à ne pas rencontrer les exigences de la Loi sur les langues officielles et à ne pas appliquer les consignes du Conseil du trésor.Ceci est révélateur de maux importants qui existent : d\u2019abord un sérieux problème d\u2019attitude qui caractérise le groupe de direction de la fonction publique canadienne quant au respect de la Loi sur les langues officielles, ensuite une incapacité ou un manque de volonté de la part du gouvernement canadien à faire respecter les législations linguistiques dans sa propre cour.Toutefois, il n\u2019est pas anodin de préciser que la présidente du Conseil du trésor s\u2019enorgueillissait de ne contraindre qu\u2019un misérable 0,7 % des postes désignés bilingues de la fonction publique à respecter, en partie, la Loi sur les langues officielles en vigueur depuis 1969 ! Pourtant, la présidente du Conseil du trésor passe volontairement sous silence tous les autres postes désignés bilingues qui ne sont pas occupés par du personnel possédant ces qualifications dans l\u2019ensemble de la fonction publique.En effet, 9000 fonctionnaires, soit 15 %, occupent toujours un poste dont ils ne remplissent pas les exigences linguistiques.C\u2019est ce que les spécialistes en ressources humaines appellent la « dotation non impérative », c\u2019est-à-dire qu\u2019il est possible d\u2019embaucher une personne unilingue sur la simple promesse qu\u2019elle suivra éventuellement une formation linguistique en français.Mais combien de personnes sont embauchées comme comptables ou avocats dans la fonction publique avec la promesse qu\u2019ils s\u2019inscriront éventuellement à une formation pertinente ?Et pour conclure.Ainsi, malgré la promulgation d\u2019une loi-cadre et d\u2019un plan d\u2019action, malheureusement tous deux très ambiguës, incomplets et peu respectés, les résultats sont désastreux car la politique du gouvernement fédéral est uniquement une politique de grands principes, de slogans, de mots -une politique d\u2019image.Aussi, ce gouvernement continue de favoriser la dépendance de certains groupes linguistiques minoritaires en générant, volontairement et pour des raisons politiques, une division entre la Francophonie canadienne et le Québec, berceau de la langue française en Amérique.Ce faisant, les difficultés rencontrées par le communautés francophones perdurent et malheureusement leur érosion se poursuit.Il en va de la bonne santé de la langue française au Québec d\u2019avoir une Francophonie canadienne vivante et une Francophonie internationale dynamique.La santé du français au Canada constitue un rempart, une protection pour les politiques linguistiques du Québec.Ainsi, on ne saurait imaginer que la langue française reste forte et dynamique de manière permanente au Québec sans l'épanouissement et le développement du français au Canada et dans le monde.Non pas pour préserver l\u2019unité canadienne, mais plutôt pour assurer la pérennité de notre langue au Québec.? 82 DOSSIER Charles Castonguay* LE RECENSEMENT AU SERVICE DE L\u2019UNITÉ CANADIENNE : COMMENT DISSIMULER LA FAIBLESSE DU FRANÇAIS** Les gouvernements utilisent les recensements pour mieux assurer leur pouvoir.En particulier, la finalité politique des questions de recensement portant sur la langue dans divers pays est devenue en soi un objet d\u2019étude1.Examinons dans cette optique comment le gouvernement canadien et la « plus meilleure agence statistique au monde » ont graduellement modifié leur questionnaire depuis 1971 de façon à nous rassurer quant à la situation du français sur le plan de l\u2019assimilation.Le sabotage de la question sur l\u2019origine ethnique Depuis 1921, les données sur l\u2019origine ethnique ont servi de point de départ pour mesurer l\u2019effet cumulatif de l\u2019anglicisation sur la population canadienne d\u2019ascendance française.Il suffisait à cette fin de les comparer avec les données sur * Professeur, département de mathématiques, Université d\u2019Ottawa.** La présente contribution s\u2019inscrit dans le cadre de travaux subventionnés par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.Elle est dédiée à la mémoire de M.Pierre Bourgault.1 Lire, par exemple, David I.Kertzer et Dominique Arel (dir.), Census and Identity : The Politics of Race, Ethnicity and Language in National Censuses, Cambridge University Press, Cambridge, 2002 ; jean-Guy Prévost et Jean-Pierre Beaud, « Statistical Enquiry and the Management of Linguistic Plurality in Canada, Belgium and Switzerland », Journal of Canadian Studies, vol.36, n° 4 (2002), p.88-117 ; ou mon compte rendu critique du livre de Kertzer et Arel dans Journal of Multilingual and Multicultural Development, vol.23, n° 6 (2002), p.557-560. 83 la langue maternelle ou, encore mieux, avec celles sur la langue d\u2019usage, c\u2019est-à-dire la langue parlée le plus souvent à la maison par le répondant au moment du recensement, recueillies pour la première fois au recensement de 1971.C\u2019est ainsi que les résultats de 1971 nous ont appris qu\u2019à l\u2019extérieur du Québec, la population d\u2019origine française était anglicisée à raison de 52 %.On y comptait 1 420 760 personnes d\u2019origine française mais seulement 675 925 qui parlaient le français comme langue première à la maison.Après vingt ans de bilinguisme officiel à la canadienne, le recensement de 1991 a permis de constater que le même taux d\u2019assimilation cumulative était passé à 67 %, soit 1 905 875 personnes d\u2019ascendance française hors Québec contre 636 640 qui parlaient le français comme langue d\u2019usage au foyer.Cette tendance lourde est embêtante pour Ottawa.Aussi Statistique Canada s\u2019est-il empressé de céder aux revendications d\u2019un groupe de pression peu recommandable en proposant comme groupe ethnique canadien/Canadian en réponse à la question sur l\u2019origine au recensement de 1996.J\u2019ai relevé dans un précédent article2 3 avec quels sophismes les statisticiens fédéraux ont justifié ce sabotage, fût-ce au prix de compromettre la réputation scientifique de l\u2019organisme5.Il n\u2019existe pas de groupe ethnique « canadien » et « Canadian », pas plus qu\u2019il n\u2019existe de groupe ethnique « belge » ou « suisse ».Toutefois, les Canadiens français se qualifiaient jadis de « Canadiens ».C\u2019est pourquoi la réponse canadien/Canadian a décimé avant tout la population d\u2019origine française.Plus 2\t« Call me Canadian ! », L'Action nationale, vol.89, n° 9 (1999), p.35-38.3\tVoir Prévost et Beaud, op.cit., p.105. 84 de sept millions de personnes auraient dû se déclarer d\u2019ascendance française au recensement de 1996 : le questionnaire truqué en a compté moins de quatre millions.Fort de ce succès, Statistique Canada a promu canadien/Canadian au premier rang des origines proposées dans le questionnaire de 2001.Le résultat était prévisible.Au lieu d\u2019environ huit millions il y aurait, selon les dernières données fédérales, moins de trois millions de personnes d\u2019origine française au Canada.Impossible, désormais, de compter la population d\u2019ascendance française et, du coup, de suivre la tendance de son assimilation cumulative.Les tendances de l\u2019assimilation courante Il existe une autre façon de mesurer l\u2019assimilation, qui emploie comme point de départ la langue maternelle au lieu de l\u2019origine ethnique.En comparant les données sur la langue maternelle à celles sur la langue d\u2019usage au foyer, ce qui est possible depuis 1971, on peut suivre la tendance de l\u2019assimilation courante qui se réalise entre la petite enfance des répondants et le moment du recensement.Au fil des recensements, cette mesure de l\u2019assimilation a apporté une bonne et une mauvaise nouvelle touchant la situation du français.La mauvaise : comme l\u2019assimilation cumulative, à l\u2019extérieur du Québec l\u2019assimilation courante de la populaüon de langue maternelle française évolue régulièrement à la hausse depuis 1971.La bonne : la part du français dans l\u2019assimilation courante des immigrés allophones arrivés au Québec depuis 1971 est supérieure à celle de l\u2019anglais.Encore mieux, en raison de la sélection par le Québec d\u2019une partie de ses immigrants et, dans une moindre mesure, de la loi 101, la part du français atteint environ les deux tiers des immigrés allophones arrivés depuis 1976. 85 Qu\u2019importe, il se trouve des esprits chagrins pour souligner que l\u2019attrait relatif du français auprès des nouveaux immigrés allophones au Québec demeure bloqué à deux tiers.Ce qui veut dire que l\u2019anglais continue à en attirer le tiers, soit une part trop gourmande vu le poids beaucoup plus faible (moins de ro %) de la population anglophone au Québec.À ceux-là de soutenir alors que seul un Québec souverain saurait attirer au français sa juste part d\u2019allophones.Au nom de l\u2019unité canadienne, l\u2019appareil fédéral s\u2019emploie donc à infléchir ses statistiques sur l\u2019assimilation courante de manière à dissimuler l\u2019érosion du français à ce chapitre à l\u2019extérieur du Québec et, en même temps, à faire mousser le pouvoir d\u2019attraction du français auprès des Québécois allophones.Voyons d\u2019abord comment il s\u2019y prend quant au premier objectif.Le dévoilement des données sur la langue maternelle Au tout début de la série d\u2019informations sur l\u2019assimilation courante, soit au recensement de 1971, la question sur la langue maternelle était relativement bien formulée.Sous le titre « LANGUE MATERNELLE », le questionnaire précisait « la PREMIÈRE langue parlée et ENCORE COMPRISE ».Cela laissait toutefois une ambiguïté dans le cas de personnes de langue maternelle française profondément anglicisées au point de ne plus comprendre le français.Devaient-elles se déclarer de langue maternelle anglaise ?Certaines ont dû le faire, se soustrayant du coup des statistiques officielles sur le nombre de francophones anglicisés.La question courait deux lièvres à la fois, en cherchant à déterminer la langue maternelle du répondant et à savoir s\u2019il la comprenait encore. 86 Statistique Canada fait bifurquer la question sur la mauvaise voie dès le recensement de 1981.Il supprime le titre « LANGUE MATERNELLE ».La question devient une simple phrase interrogative qui vise une langue « apprise » au lieu de « parlée » : « Quelle est la langue que vous avez apprise en premier lieu dans votre enfance et que vous comprenez encore ?», ce qui peut donner l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agit le cas échéant d\u2019une langue seconde apprise en bas âge.Car le répondant n\u2019a pas nécessairement conscience d\u2019avoir « appris » sa langue maternelle.Et il est plus courant de perdre la faculté de comprendre une langue apprise comme langue seconde que de perdre l\u2019usage passif de sa langue maternelle.Ces modifications ont sans doute porté davantage de francophones profondément anglicisés à se déclarer par erreur, en 1981, de langue maternelle anglaise, ce qui aurait réduit davantage qu\u2019en 1971 l\u2019anglicisation courante de la population de langue maternelle française hors Québec.De fait, on sait qu\u2019aux recensements des années 1980, cette formulation fautive sous-estimait d\u2019environ 5 % la population qui était véritablement de langue maternelle française à l\u2019extérieur du Québec, et de 10 % la même population à l\u2019extérieur des régions à forte population francophone du Nouveau-Brunswick et de l\u2019Ontario4 5.Le pourcentage manquant se déclarait évidemment de langue « maternelle » anglaise, ce qui se traduit par une sous-estimation appréciable de l\u2019anglicisation courante des francophones les plus exposés à l\u2019assimilationL 4\tPrévost et Beaud, op.cit., p.m.5\tCela vaut également pour l\u2019anglicisation des francophones dans au moins une région du Québec, le Pontiac.Lire Luc Bouvier, Les sacrifiés de la bonne entente : histoire des francophones du Pontiac, Éditions de l\u2019Action nationale, Montréal, 2002. 87 L\u2019appareil statistique fédéral impose à partir de 1991 une formulation qui pousse définitivement la réponse dans le sens d\u2019une éventuelle langue d\u2019assimilation profonde à laquelle le répondant aurait été exposé dès son jeune âge, soit l\u2019anglais : « Quelle est la langue que cette personne a apprise en premier lieu à la maison dans son enfance et qu\u2019elle comprend encore ?Si cette personne ne comprend plus la première langue apprise, indiquez la seconde langue quelle a apprise.» La directive ajoutée en italiques ne laisse plus aucun choix : toutes les personnes de langue maternelle française qui se trouvent anglicisées au point de ne plus comprendre le français doivent se déclarer de langue « maternelle » anglaise et disparaissent ipso facto de la population des francophones anglicisés.Ce que la meilleure agence statistique au monde persiste à appeler leur langue « maternelle » - pratique que nous devrons suivre faute d\u2019une question plus juste - ne correspond plus du tout dans pareils cas à leur langue maternelle véritable.Cette directive, qui fait désormais partie intégrale de la question, réduit le niveau « officiel » d\u2019anglicisation des francophones à l\u2019extérieur du Québec encore davantage dans les données les plus récentes que dans celles des années 1980.En somme, les modifications successives apportées par Statistique Canada à la question sur la langue « maternelle » depuis 1971 ont fait en sorte que d\u2019un recensement à l\u2019autre, les réponses recueillies sous-estiment de plus en plus l\u2019assimilation courante réelle des minorités francophones.Néanmoins, malgré ces efforts, même les données faussées indiquent toujours une tendance régulière à la hausse de leur assimilation depuis 1971.Nous verrons plus loin comment l\u2019organisme fédéral cherche de nouveau à 88 dissimuler cette réalité en modifiant cette fois la question sur la langue d\u2019usage.L\u2019effet euphorisant du questionnaire de 1991 sur le pouvoir d\u2019assimilation du français au Québec Statistique Canada a apporté à son questionnaire de 1991 d\u2019autres changements qui ont une incidence significative sur les données touchant l\u2019assimilation courante.Les questions portant sur la langue, éparpillées auparavant au fil du questionnaire, ont été regroupées l\u2019une à la suite de l\u2019autre dans un module unique.En outre, l\u2019ordre des questions linguistiques a été entièrement inversé.Au contraire de la série de recensements de 1971 à 1986, la question sur la connaissance des langues officielles vient désormais en premier, suivie par celle sur la langue d\u2019usage à la maison - « Quelle langue cette personne parle-t-elle le plus souvent à la maison ?» - et, en dernier lieu, par celle sur la langue dite « maternelle ».Les recensements de 1996 et 2001 ont repris ce nouvel agencement qui a eu pour effet de gonfler artificiellement, par rapport aux résultats des recensements antérieurs, le pouvoir d\u2019assimilation du français au Québec.Statistique Canada a cependant pris soin d\u2019occulter la raison du caractère subit de cette hausse, de manière à soutenir l\u2019optimisme des Québécois à l\u2019égard de la situation du français chez eux, en particulier à Montréal.Aux recensements de 1971 à 1986 la population parlant le français comme langue d\u2019usage à la maison au Québec était d\u2019abord égale puis, en 1981 et 1986, légèrement inférieure à celle de langue maternelle française, ce qui indiquait une certaine anglicisation nette de la majorité de langue française.Mais voilà que selon les résultats de 1991, la population de langue d\u2019usage française devient soudainement supérieure de quelque 66 ooo personnes à celle de langue maternelle française.Un renversement de tendance d\u2019une telle envergure en l\u2019espace de cinq ans seulement est tout à fait invraisemblable.Statistique Canada en a fait une manchette lors du dévoilement des résultats de 1991, en passant sous silence qu\u2019une bonne partie de ce soudain pouvoir d\u2019assimilation du français était attribuable à l\u2019effet du nouveau questionnaire6.Par ses modifications au questionnaire de 1991, l\u2019appareil fédéral a donc réussi un doublé.Le dévoiement définitif de la question sur la langue maternelle balayait sous le tapis le segment le plus profondément anglicisé de la population francophone au Canada anglais, tandis que la permutation des questions linguistiques dopait le pouvoir d\u2019assimilation du français au Québec.Ottawa s\u2019est donc contenté au recensement de 1996 de mettre au monde un groupe ethnique, canadien/Canadian, sans toucher aux questions linguistiques.La contestation fédérale de la mesure de l\u2019assimilation courante Dans les officines, on caressait néanmoins de nouveaux changements.Mais on avait besoin de les justifier.Le commissaire aux langues officielles du Canada s\u2019y est prêté de bonne grâce : Les questions du recensement portant sur la langue sont plutôt grossières [.] nous avons proposé [.] que soient 6 Statistique Canada, Le Quotidien, 12 janvier 1993, p.13.En revanche, l'organisme fédéral n'a pas manqué d\u2019évoquer justement cet effet pour minimiser la hausse, entre les recensements de 1986 et 1991, de l\u2019anglicisation des francophones à l'extérieur du Québec : « Il est possible qu'une partie de l'augmentation soit attribuable à l'amélioration [sic] de la qualité des données obtenues [au moyen du nouveau questionnaire] » (ibid., p.12). 90 recueillies de nouvelles données [.] plus complètes et plus détaillées [.] sur l\u2019usage réel de la langue, tant au foyer qu\u2019à l\u2019extérieur [.] certains se servent de l\u2019écart entre les chiffres portant sur la langue maternelle et [.] la principale langue parlée à la maison comme mesure de l\u2019assimilation des Canadiens d\u2019expression française.C\u2019est une équation trop simple pour être juste [.] L'assimilation est une réalité, mais il est malheureux que les statistiques à notre disposition soient trop imprécises pour en mesurer l\u2019amplitude avec justesse7.Statistique Canada a mis par conséquent à l\u2019essai de nouvelles questions, notamment sur la langue de travail.Celle-ci n\u2019a pas été retenue pour le recensement de 1996 parce que la version testée ne faisait pas ressortir les comportements linguistiques secondaires au travail8.Car si un francophone déclarait l\u2019anglais aussi bien comme langue d\u2019usage à la maison que comme langue principale de travail, il fallait savoir s\u2019il employait tout de même le français en quelque part comme langue seconde, afin de le soustraire si possible du « juste » calcul de l\u2019assimilation.Voilà la genèse des nouveautés de 2001 touchant la langue d\u2019usage et la langue de travail.Il fallait bien trouver quelque chose puisque le recensement de 1996 montrait que l\u2019assimilation courante des francophones hors Québec s\u2019obstinait toujours à croître.En outre, les données de 1996 indiquaient que la francisation des allophones au Québec augmentait plus lentement 7\tVictor C.Goldbloom, Rapport annuel 1994, Commissariat aux langues officielles, Ottawa, 1995, p.9.8\tStatistique Canada, Test du recensement national de 1993.Analyse des variables linguistiques. 91 que Statistique Canada ne l'avait donné à croire avec son questionnaire chamboulé de 1991 : de 66 000 en 1991, le surplus de la population québécoise de langue d\u2019usage française par rapport à celle de langue maternelle française n\u2019avait progressé qu\u2019à 88 500 en 1996.Cette fois, c\u2019est le Conseil du Trésor qui a soufflé la solution aux statisticiens fédéraux.Mais gardons cela pour le dessert.L\u2019assimilation adoucie des francophones hois Québec L\u2019un des changements importants au questionnaire de 2001 touche la question sur la langue parlée le plus souvent à la maison.L\u2019appareil fédéral y a ajouté un second volet (volet b) : « Cette personne parle-t-elle régulièrement d\u2019autres langues à la maison ?» De l\u2019aveu même des analystes fédéraux, l\u2019interprétation des réponses fait problème en raison du sens flou de l\u2019adverbe « régulièrement^ ».Cela recouvre une trop vaste gamme de situations, allant d\u2019un usage quotidien à occasionnel, par exemple, lors de la visite des grands-parents.L\u2019information serait plus significative si l\u2019on avait employé l\u2019adverbe « quotidiennement ».Cette formulation n\u2019a pas été retenue parce que, suivant la pensée fédérale, les réponses au second volet doivent servir à minimiser le taux d\u2019anglicisation, en jouant sur le fait qu\u2019un nombre aussi élevé que possible de francophones anglicisés à l\u2019extérieur du Québec persistent à parler le français comme langue seconde à la maison : « Le volet b vise à établir le taux de mobilité linguistique [euphémisme officiel pour assimilation] des personnes [.] à la maison.Toutes celles qui l\u2019utilisent [leur langue maternelle] de façon habituelle bien que pas le plus souvent ne devraient pas faire partie du calcul de ce taux9 10.» 9 Statistique Canada, Test du recensement national de 7998.Analyse des variables linguistiques, section 2.3, sous-section « Faiblesse de la question ». 92 Notons que le volet b est formulé au pluriel (« autres langues »), ce qui encourage aussi la déclaration de langues utilisées de façon superficielle.Si la meilleure agence statistique au monde avait cherché non pas à minimiser l\u2019assimilation mais à en améliorer vraiment la mesure, au lieu de concocter ce douteux pendant à la question sur la langue d\u2019usage elle aurait remis sur les rails la question sur la langue maternelle, en la scindant en deux volets dont le premier porterait sur la première langue parlée en bas âge et le second, sur l\u2019aptitude à la comprendre encore.Comme prévu11, lors du dévoilement des résultats du recensement de 2001 les analystes fédéraux se sont servi des réponses au volet b pour détourner l\u2019attention de la hausse continue de l\u2019anglicisation des francophones hors Québec : Moins de francophones à l\u2019extérieur du Québec parlent le français le plus souvent à la maison, mais plusieurs le parlent encore régulièrement [.] Autrement dit, le fait qu\u2019ils emploient l'anglais de manière prédominante à la maison ne veut pas nécessairement dire qu\u2019ils ont abandonné l\u2019usage du français [.] Parmi les francophones de l\u2019Ontario, la proportion de ceux qui utilisaient l\u2019anglais le plus souvent à la maison a augmenté [.] Cependant, quatre de ces francophones sur dix [.] ont déclaré parler le français à la maison de façon régulière12.10\tIbid., section 2.3, sous-section « Analyse de l'effet de la nouvelle question en deux volets sur la mobilité linguistique ».11\tCharles Castonguay, « Le recensement dissimulera la faiblesse du français au Canada », Le Devoir, 15 mai 2001.12\tStatistique Canada, Profil des langues au Canada : l'anglais, le français et bien d'autres langues, recensement de 2001, série « Analyses », Ottawa, 10 décembre 2002, p.11-12. 93 On en fait tout un plat, comme si qui que ce soit prétendait que les francophones qui parlent l\u2019anglais comme langue principale à la maison n\u2019y parlent plus aucun mot de français.Ajoutons que l\u2019appareil statistique fédéral prend soin de ne montrer qu\u2019un côté de la médaille.Comme s\u2019il n\u2019existait pas de francophones persistants - c\u2019est-à-dire de langue d\u2019usage française - qui parleraient « régulièrement » aussi l\u2019anglais à la maison.Ottawa ne tarde pas à faire jouer sa nouvelle logique.Notant que seulement trois francophones sur cinq hors Québec parlent leur langue maternelle comme langue d\u2019usage à la maison, M.Stéphane Dion rectifie aussitôt : [L\u2019Jindice d\u2019utilisation du français [comme langue principale] à la maison par rapport au nombre de francophones de langue maternelle [.[a trop souvent été confondu, par le passé, avec un taux d\u2019assimilation [.] Les données [de 2001] révèlent que près de quatre francophones sur cinq vivant à l\u2019extérieur du Québec utilisent le français à la maison régulièrement ou le plus souvent\u2019h Autrement dit, selon le ministre de la Clarté, seulement un francophone sur cinq hors Québec serait « réellement » anglicisé.Non seulement ce raisonnement est faux, il escamote l\u2019envers de la médaille : les mêmes données font voir que parmi les francophones hors Québec qui se déclarent de langue d usage française, un sur trois parle régulièrement aussi 1 anglais à la maison.Si l\u2019on voulait forcer la note à la 13 Gouvernement du Canada, Le prochain acte : un nouvel élan pour la dualité linguistique canadienne.Le plan d\u2019action pour les langues officielles, Bureau du Conseil privé, Ottawa, 12 mars 2003, P- 35- 94 manière de M.Dion, on pourrait affirmer de manière tout aussi inexacte que lui que trois francophones minoritaires sur cinq sont anglicisés, puisque les données de 2001 « révèlent » que trois francophones sur cinq vivant à l\u2019extérieur du Québec utilisent l\u2019anglais à la maison régulièrement ou le plus souvent.L\u2019usage de l\u2019anglais au foyer chez les francophones minoritaires est encore plus répandu parmi les adultes de 25 à 44 ans : les francophones plus jeunes, dont la grande majorité habitent toujours chez leurs parents, n\u2019ont pas encore atteint l\u2019âge de l\u2019autonomie où l\u2019anglicisation s\u2019exprime librement, et les comportements des 45 ans et plus témoignent de l\u2019attrait de l\u2019anglais une ou plusieurs décennies avant le recensement plutôt que de son attrait actuel.Il convient aussi d\u2019étudier séparément les francophones du Nouveau-Brunswick, dont les comportements linguistiques se rapprochent nettement plus de ceux des francophones du Québec que de ceux des autres provinces.Mais avant d\u2019examiner tout cela, il faut fixer un cadre d\u2019analyse adéquat.La gamme complète des comportements linguistiques au foyer Les données de 2001 permettent de mesurer chacune des étapes du processus d\u2019anglicisation identifiées par le regretté sociologue franco-ontarien Roger Bernard : Le transfert linguistique [du français à l'anglais] est une forme d\u2019assimilation culturelle caractérisée par le passage d\u2019un unilinguisme [français] à un autre [anglais], dans l\u2019espace de trois générations, passage qui se fait normalement par l\u2019entremise de deux bilinguismes asymétriques, 95 l'un franco-dominant au début, l\u2019autre anglo-dominant lorsque le transfert entre dans sa phase finale14.C\u2019est au passage du bilinguisme franco-dominant au bilinguisme anglo-dominant que se réalise ce que Bernard appelle avec justesse la secondarisation du français qui, de langue maternelle, devient effectivement une langue seconde, cédant sa place à l\u2019anglais comme langue première à la maison.Au milieu de ce schéma, on peut insérer une étape de bilinguisme symétrique où le français et l\u2019anglais seraient pratiqués sur un pied d\u2019égalité, étape mitoyenne entre les bilinguismes franco-dominant et anglo-dominant.Bernard considérait sans doute ce type de bilinguisme - qu\u2019il qualifie d\u2019ailleurs d\u2019utopie^ - trop instable et éphémère.Les résultats de 2001 lui donnent raison en confirmant le peu de place qu\u2019occupe ce genre de comportement.Il existe une correspondance biunivoque naturelle entre les diverses combinaisons de réponses à la question en deux volets sur la langue d\u2019usage et les étapes de l\u2019anglicisation selon Bernard.Les réponses indiquant le français comme langue parlée le plus souvent à la maison sans qu\u2019aucune autre langue ne soit déclarée au volet b mesurent le degré d\u2019unilinguisme français ; celles qui indiquent le français le plus souvent et l\u2019anglais régulièrement correspondent au bilinguisme asymétrique franco-dominant ; les réponses donnant 1 anglais le plus souvent et le français régulièrement marquent le bilinguisme asymétrique anglo-dominant ; enfin, les déclarations de l\u2019anglais comme langue d\u2019usage sans autre mention se rapportent à l\u2019unilinguisme 14\tRoger Bernard, Le Canada français : entre mythe et utopie, Les Éditions du Nordir, Ottawa, 1998, p.44.15\tIbid., p.183. 96 anglais.Conservons telles quelles les rares déclarations doubles de l\u2019anglais et du français en tant que langues principales parlées aussi souvent l\u2019une que l\u2019autre, pour mesurer le bilinguisme symétrique anglais-français.À l\u2019extérieur du Québec et du Nouveau-Brunswick, les jeunes adultes francophones parlent plus souvent l\u2019anglais à la maison que le français La figure i présente la fréquence relative des étapes analysées par Bernard et du bilinguisme symétrique parmi les jeunes adultes francophones dans les huit provinces à très forte majorité de langue anglaise.Force nous est de reconnaître que parmi les francophones parvenus à cette période de la vie où les générations s\u2019emploient habituellement à se remplacer, l\u2019unilinguisme anglais et le bilinguisme anglo-dominant sont plus courants que le bilinguisme franco-dominant ou l\u2019unilinguisme français.Figure 1 Comportement linguistique à la maison, francophones de 25 à 44 ans, Canada moins Québec et Nouveau-Brunswick, 2001 50- 40- a o O, 30- o 20- 10- Unilingue\tBilingue Bilingue français\tfranco-\tsymétrique dominant Bilingue\tUnilingue anglo- anglais dominant 97 9 Même en Ontario, l\u2019anglais est la langue principale ou seconde au foyer de près des trois quarts des jeunes adultes francophones - et deux fois plus souvent comme langue principale ou exclusive que comme langue seconde.Rappelons que si l\u2019appareil statistique fédéral n\u2019avait pas dévoyé la question sur la langue « maternelle », les déclarations de comportements unilingues anglais seraient plus fréquentes encore que ce que nous montrent les données de 2001.Par ailleurs, la fréquence des déclarations de bilinguisme symétrique est à peu près négligeable.Pareil comportement semble, en effet, sans lendemain.L\u2019anglais joue surtout le rôle d\u2019éventuelle langue seconde au foyer chez les francophones du Québec et du Nouveau-Brunswick La situation au Nouveau-Brunswick et au Québec se distingue très nettement de celle de l\u2019Ontario et des autres provinces.Au Québec, 93 % des francophones de 25 à 44 ans parlent uniquement le français de façon habituelle à la maison.Plus de 5 % y parlent le français comme langue principale et « régulièrement » l\u2019anglais, à comparer à seulement un peu plus de 1 % qui déclarent l\u2019anglais comme langue principale ou exclusive.De même, 70 % des jeunes adultes francophones du Nouveau-Brunswick pratiquent l\u2019unilinguisme français.Et parmi ceux qui parlent l\u2019anglais au foyer, 17 % se déclarent bilingues à dominance française en regard de seulement 12 % qui optent pour l\u2019anglais comme langue principale ou exclusive, c\u2019est-à-dire pour le bilinguisme anglo-dominant ou l\u2019unilinguisme anglais.C\u2019est là une différence essentielle entre les francophones du Québec et du Nouveau-Brunswick et ceux du reste du Canada. 98 Notons qu\u2019il ne faut pas sous-estimer la pénétration de l\u2019anglais au foyer chez les francophones du Québec puisque, dans leur cas, de petits pourcentages correspondent à de gros chiffres absolus.Tous âges confondus, pas moins de 243 000 francophones au Québec - soit près d\u2019un quart de million - ont indiqué au volet b parler l\u2019anglais de façon « régulière » à la maison en 2001.Matière à réflexion que Statistique Canada se garde certes de mettre en évidence.En revanche, il faut aussi éviter de grossir le trait : l\u2019usage « régulier » d\u2019une seconde langue ne signifie pas nécessairement un usage quotidien.Le Conseil du Trésor à la rescousse En plus de montrer que l\u2019anglicisation n\u2019est pas tellement grave à l\u2019extérieur du Québec, l\u2019appareil statistique canadien se devait aussi de trouver quelque chose pour embellir la position du français au Québec à l\u2019aube du nouveau millénaire.Pour apprécier l\u2019astuce, il faut savoir que dès le recensement de 1971, tant dans la version française du questionnaire que sa version anglaise le mot « anglais » précédait le mot « français » dans la formulation des questions linguistiques ainsi que dans l\u2019ordre des réponses proposées.Or, il semble que selon une directive du Conseil du Trésor, tout texte officiel du gouvernement fédéral doit, dans sa version française, donner préséance au mot « français » sur le mot « anglais ».Statistique Canada aurait résisté à cette directive le temps de quelques recensements, sans doute pour ne pas perturber la comparabilité, d\u2019un recensement à l\u2019autre, des réponses au questionnaire en langue française.Mais voilà que Statistique Canada décide de modifier son questionnaire dans le sens du Conseil du Trésor.Ainsi, dans 99 l\u2019aire de réponse aux questions sur la langue maternelle et la langue parlée le plus souvent à la maison, le questionnaire offrait jusqu\u2019en 1996 inclusivement une première case à cocher, étiquetée « Anglais », suivie d\u2019une seconde, étiquetée « Français », puis d\u2019un espace où inscrire le cas échéant une autre langue que l\u2019anglais ou le français, tandis que dans la version française du questionnaire de 2001, Statistique Canada a inversé l\u2019ordre des langues à cocher, proposant en premier lieu « Français » puis en second lieu « Anglais ».Il fallait prévoir que dans les parties du Canada où le questionnaire français est couramment employé, cette inversion troublerait la comparabilité des résultats de 2001 sur l\u2019assimilation au regard de ceux de la série 1971-1996.Il était vraisemblable en particulier que cela provoquerait entre 1996 et 2001 une hausse artificielle de l\u2019attrait du français relativement à celui de l\u2019anglais au sein de la population allophone dans la région de Montréal.Hausse d\u2019autant plus probable que depuis le chambardement de 1991, les questions sur la connaissance de l\u2019anglais et du français et sur la connaissance d\u2019autres langues que l\u2019anglais et le français -dans lesquelles les mots « anglais » et « français » figurent à la fois dans le libellé et dans l\u2019aire de réponse - précèdent désormais la question sur la langue d\u2019usage.Au regard des recensements antérieurs, leur inversion en 2001 a dû encourager les répondants allophones à se déclarer capables de parler le français et, par la suite, à se dire de langue d\u2019usage française plutôt qu\u2019anglaise16.16 Rien ne vaut un coup d\u2019œil au questionnaire pour apprécier l'effet probable de cette modification sur les réponses.Dans le module des quatre questions linguistiques, l\u2019inversion de 2001 fait en sorte que « français » précède « anglais » pas moins de 38 fois sur les deux pages en cause, dont deux fois dans le libellé des questions et 36 fois dans les aires de réponse, conçues pour recueillir les données sur chaque membre d'un ménage pouvant comporter jusqu\u2019à six personnes. TOO La comparaison des données de 1991 et 1996 demeure à cet égard d\u2019un intérêt exceptionnel du fait qu\u2019en ce qui concerne les questions linguistiques, l'instrument d\u2019observation n\u2019a - une fois n\u2019est pas coutume ! - subi aucun changement entre ces recensements.Il convient de leur accor- ; der par conséquent une attention particulière.Comme à la suite du remaniement du questionnaire en 1991, avec ses données de 2001 Statistique Canada fait pleuvoir les bonnes nouvelles pour le français au Québec, sans la moindre allusion à la nouvelle priorité accordée au français sur l\u2019anglais dans le questionnaire : Dans la communauté urbaine de Montréal (CUM) la proportion de personnes qui parlaient le français le plus souvent à la maison a crû [et] la proportion de personnes qui utilisaient l\u2019anglais le plus souvent à la maison a diminué [alors que depuis 1971] la proportion de personnes qui parlaient le français le plus souvent à la maison avait continuellement régressé [.] Le français devient de plus en plus la langue utilisée à la maison par les allo-phones du Québec.Environ 20,4 % des allophones de la province ont déclaré parler le fiançais le plus souvent à la maison en 2001, par rapport à 16,6 % en igç6 et 15,4 % en 1991.La proportion d\u2019allophones qui utilisaient l\u2019anglais le plus souvent à la maison a légèrement fléchi, passant de 22,4 % en 1996 à 22,1 % en 200117.On ne peut évidemment qu\u2019applaudir à la préséance du français sur l\u2019anglais préconisée par le Conseil du Trésor.Le côté perfide de la chose, c\u2019est que l\u2019appareil fédéral se corn- 17 Statistique Canada, Profil des langues au Canada : l'anglais, le français et bien d'autres langues, p.10-13.Fait cocasse, la soudaine vertu de Statistique Canada vis-à-vis des finesses du Conseil du Trésor ne va pas jusqu\u2019à donner préséance à la langue de Molière dans le titre de ce document euphorisant. plaise à étaler les résultats de 2001 sans avertissement quant à l\u2019effet probable de l\u2019inversion en cause sur la comparabilité des données touchant la situation du français vis-à-vis de l'anglais.Il faudra du temps avant de pouvoir départager la part du réel et de l\u2019artificiel dans ces subites améliorations de la situation relative du français18.Examinons, par exemple, la progression de la part du français relativement à celle de l\u2019anglais dans l\u2019assimilation des allophones, qui paraît plus marquée entre 1996 et 2001 qu\u2019entre 1991 et 1996.Cela évoque l\u2019amélioration subite du même indicateur entre 1986 et 1991, à la faveur de l\u2019introduction d\u2019un questionnaire très remanié en 1991.Mettons ces informations en relief en traçant l\u2019évolution de la part relative du français dans l\u2019intégration linguistique des allophones, du recensement de 1971 à celui de 2001.Pour calculer cette valeur, on simplifie d\u2019abord les déclarations de langue maternelle ou de langue d\u2019usage (principale) doubles ou multiples en les répartissant de façon égale entre les langues déclarées (pour 1971, les seules données disponibles ont été simplifiées au préalable par Statistique Canada).On établit ensuite le nombre net d\u2019allophones francisés en soustrayant du nombre brut d\u2019allophones francisés le nombre relativement faible de francophones ayant adopté comme langue d\u2019usage une autre langue que le français ou l\u2019anglais.On calcule de même le nombre net d\u2019anglophones anglicisés.Puis on divise le nombre net d\u2019allophones francisés par la somme du nombre net de francisés et d\u2019anglicisés.La part de l\u2019anglais dans l\u2019assimilation des allophones se calcule de même façon.18 Une invitation cordiale est lancée à tout chercheur, jeune et moins jeune, intéressé à poursuivre ce sujet, d\u2019entrer en contact avec l'auteur. 102 La figure 2 montre l\u2019évolution de cet indicateur clé de la vitalité du français relativement à l\u2019anglais au Québec.Ce qui frappe d\u2019abord c\u2019est la croissance brusque - de dix points de pourcentage - de l\u2019attrait du français sur la période 1986-1991, suite à l\u2019introduction du questionnaire remodelé en 1991.Cependant, la poursuite de la hausse après 1991 fait aussi problème.Figure 2 Part de l\u2019anglais et du français dans l\u2019intégration LINGUISTIQUE DES ALLOPHONES AU QUÉBEC c 70- 1976*\t1981 I I Part de I anglais HH Part du français * l a question sur la langue parlée le plus souvent à la maison n a pas été posée au recensement de 1976 103 Le questionnaire n'ayant subi aucun changement en 1996, l\u2019augmentation de quatre points de pourcentage sur la période 1991-1996 reflète sûrement une hausse réelle du pouvoir d\u2019attraction du français auprès des allophones relativement à l\u2019anglais19.Mais pourquoi la hausse est-elle ensuite de six points entre 1996 et 2001 ?Son accentuation en regard de la hausse de la période précédente traduit-elle une accélération réelle de l\u2019attrait relatif du français auprès des allophones ?Ou s\u2019explique-t-elle par la nouvelle priorité donnée au français sur l\u2019anglais dans la version française du questionnaire de 2001 ?Il est également possible que la progression de l\u2019attrait du français se soit en réalité ralentie depuis 1996, ce qui nous serait caché si l\u2019effet, sur notre indicateur, de l\u2019inversion en cause a été de plus de deux points de pourcentage.Tout ce que je puisse dire dans l\u2019état actuel de mes vérifications, c\u2019est que l\u2019inversion paraît bel et bien avoir gonflé de façon non négligeable l\u2019attrait relatif du français auprès des allophones.Qu'est-ce que l\u2019appareil fédéral pourrait encore inventer ?Au début de mes recherches sur les données linguistiques des recensements, Statistique Canada me semblait un organisme scientifique voué au développement et à la diffusion de connaissances objectives touchant la société canadienne.Mais à mesure que se précisait sa réaction à la montée de l\u2019indépendantisme québécois, il a fallu déchanter.Les recensements se font au service du pouvoir, et le maniement de l\u2019information linguistique par Statistique Canada n\u2019y fait pas exception.19 Pour en apprécier les causes, lire Charles Castonguay, « Tendances de l'assimilation linguistique des allophones dans la région de Montréal », L'Action nationale, vol.88, n° 7 (1998), p.55-68 et « Assimilation linguistique et remplacement des générations francophones et anglophones au Québec et au Canada », Recherches sociographiques, vol.43, n°i (2002), p.149-182. 104 J\u2019ai décrit comment la meilleure agence statistique au monde modifie continuellement le questionnaire de façon à dissimuler la faiblesse du français au Canada et au Québec sur le plan de l\u2019assimilation, tout en passant au besoin ces modifications sous silence lors de la diffusion des résultats et dans les analyses « officielles ».Les changements présentés - sabotage de l\u2019origine ethnique, dévoiement de la langue maternelle, réagencement du questionnaire en 1991, second volet sur la langue d\u2019usage en 2001, priorité de « français » sur « anglais » dans le questionnaire de 2001 - sont tous de la même eau.Ils témoignent d\u2019une culture d\u2019entreprise qui se retrouve jusque dans la dissimulation fédérale du rôle clé joué par l\u2019assimilation dans l\u2019affaiblissement démographique de la population de langue française au Canada20.C\u2019est à se demander ce qu\u2019Ottawa va encore inventer pour dissiper les appréhensions quant aux tendances de l\u2019assimilation et à l\u2019avenir du français.À tout prendre, pourquoi ne pas s\u2019aligner sur la rectitude exemplaire de la Commission Larose et mettre tout bonnement fin à la distinction entre francophones, anglophones et allophones, en agitant le risque de « dérives sociales majeures21 » - l\u2019indépendance du Québec en serait bien une - pour éliminer entièrement les questions linguistiques des recensements ?Au fait, Statistique Canada s\u2019est déjà appuyé sur une dérive appréhendée - qu\u2019un groupe de pression lance un boycott du recensement - pour torpiller la question sur l\u2019origine ethnique.20\tVoir, par exemple, Charles Castonguay, « French is on the Ropes.Why Won\u2019t Ottawa Admit It ?», Policy Options/Options politiques, vol.20, n° 8 (1999), p.39-50 et « Assimilation linguistique et remplacement des générations.», op.cit.21\tCommission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec, Le français, une langue pour tout le monde.Une nouvelle approche stratégique et citoyenne, Gouvernement du Québec, Québec, 2001, p.4. 105 Mais trêve de science-fiction.Avec les formidables moyens à leur disposition, le gouvernement fédéral et son appareil statistique peuvent faire prévaloir le biais médiatique voulu à leurs informations linguistiques.Et ce ne sont pas les pontes du département de démographie de l\u2019Université de Montréal ni le Conseil de la langue française qui y mettront un bémol22.De même, la Commission Larose a fait preuve d\u2019une désolante incurie dans l\u2019exécution de son tout premier mandat qui était de préciser la tendance des principaux indicateurs de la situation du français, dont nommément celle de son pouvoir d\u2019assimilation2b L\u2019une des tâches du nouvel Office québécois de la langue française est de faire le point périodiquement sur l\u2019évolution de la situation.Peut-être saura-t-il exercer la vigilance critique nécessaire vis-à-vis des données de recensement et des analyses statistiques fédérales.Il est aussi à souhaiter que de jeunes chercheurs se « langagent » dans des évaluations averties de la situation du français ainsi que des discours officiels s\u2019y rapportant.?22\tLire Charles Castonguay, Pierre Dubuc et Jean-Claude Germain, Larose n'est pas Larousse.Regards critiques - La Commission des États généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec.Éditions Trois-Pistoles et Éditions du Renouveau québécois, Paroisse Notre-Dame-des-Neiges et Montréal, 2002, p.21-37.23\tIbid., p.63-68. io6 DOSSIER René Roy* LES ENJEUX LINGUISTIQUES AU QUÉBEC LA PLACE DU FRANÇAIS AU TRAVAIL En tout premier lieu, j\u2019aimerais remercier monsieur Pierre Noreau et le Mouvement national des Québécois et des Québécoises pour cette invitation.Un peu plus de 25 ans après l\u2019adoption de la Charte de la langue française, nous devons reconnaître que la situation a changé dans les milieux de travail grâce aux nombreuses entreprises qui se sont conformées à la loi.Même si la situation a progressé, elle n\u2019en demeure pas moins fragile.Mais avant de regarder de plus près la place du français au travail en 2003, rappelons-nous qu\u2019en 1977, dans son énoncé de poliüque, le gouvernement québécois dénonçait l'anglicisation des milieux de travail, l\u2019infériorité de statut et de salaires des travailleurs et travailleuses francophones et de leur exclusion des postes les plus prestigieux des entreprises québécoises et que pour pallier cette situation, il fut décidé de promulguer par la Charte de la langue française le droit fondamental de travailler en français et ce, dans le but de faire du français « la langue normale et habituelle du travail ».Si du même souffle on fait un peu d\u2019histoire syndicale, on constate que bien avant l\u2019adoption de la Charte, des tra- * Secrétaire général de la FTQ. 107 vailleurs et des travailleuses revendiquaient le droit de travailler en français.Cette revendication n\u2019est pas née avec l\u2019arrivée du Parti québécois au pouvoir.On a tendance à oublier que des travailleurs et des travailleuses syndiqués ont fait de longues et difficiles grèves pour obtenir le droit que leur employeurs d\u2019adressent à eux en français.C\u2019est le cas notamment des travailleurs de la General Motors à Sainte-Thérèse à la fin des années i960.(Ici, tu peux citer l\u2019exemple de Bell Canada : le cas des téléphonistes qui devaient s\u2019adresser au public en anglais.Une téléphoniste m\u2019a déjà raconté qu\u2019avant la loi 101, la chef d\u2019équipe exigeait que les téléphonistes parlent anglais entre elles) Vingt-cinq ans plus tard, où en sommes-nous ?Le français n\u2019est pas encore « la langue normale et habituelle du travail » surtout dans la région de Montréal.Ce constat est présenté dans le Rapport du comité interministériel sur la situation de la langue française publié en 1996.Cinq ans plus tard, la Commission Larose fait de même.Lors des audiences de la commission, des témoignages de travailleurs et de travailleuses font état d\u2019entreprises de l\u2019aérospatiale où les manuels d\u2019instructions sont encore en anglais et où des francophones doivent parler anglais entre eux, une journée par semaine, pour pratiquer leur anglais.Où est la place du français dans un tel contexte ?Nous savons que le processus de certification des entreprises joue un rôle capital en matière d\u2019utilisation du français.S\u2019il est bien appliqué il donne de bons résultats.Le Comité interministériel de 1996 souligne que « l\u2019utilisation du français par les travailleurs est plus forte dans les entreprises avec un certificat que dans les entreprises sans certi- ficat, aussi bien dans les communications écrites que dans les communications orales ».La certification d\u2019une entreprise est une démarche administrative posée par l\u2019Office québécois de la langue française à la suite d\u2019une évaluation de sa situation linguistique.Elle s\u2019applique aux entreprises de 50 employés ou plus.Elle constitue en quelque sorte une reconnaissance officielle de l\u2019atteinte des objectifs de francisation déterminés dans un contexte de négociation.Ces objectifs décrits à l\u2019article 141 de la Charte visent une généralisation du français à tous les niveaux de l\u2019entreprise.La Charte exige, pour les entreprises qui emploient plus de 100 personnes, la mise en place d\u2019un comité de francisation.Ce comité est composé d\u2019au moins 6 personnes dont la moitié doit représenter les travailleurs et les travailleuses.Le résultat des récentes recherches montre qu\u2019environ 30 % des entreprises n'ont pas encore complété leur processus de certification et que dans les grandes entreprises, seulement 12 % des comités de francisation seraient actifs (recherche de Pierre Bouchard de l\u2019OQLF, décembre 2002).Il existe aussi une foule de milieux de travail, des PME, où l\u2019anglais est la langue du travail.Ces lieux échappent aux dispositions de la Charte.S\u2019il est vrai que la langue du travail est tributaire d\u2019un ensemble de facteurs comme la mondialisation, la démocratisation des technologies de l\u2019information et des communications et la méconnaissance du français chez les travailleurs et travailleuses concentrés dans la région de Montréal, nous croyons qu\u2019il y a moyen d\u2019arriver par diffé- 109 rentes stratégies d\u2019intervention à intéresser tous les travailleurs et travailleuses à utiliser le français au travail, et, ainsi à en faire la langue commune du travail.Il est souvent facile pour les employeurs de mettre la francisation sur la voie d\u2019évitement en raison de la mondialisation, de l\u2019informatisation des postes de travail ou des fusions d\u2019entreprises.Le français n\u2019a toujours pas la place qui devrait lui revenir au travail, plus particulièrement dans la région métropolitaine de Montréal.Après un quart de siècle d\u2019efforts de francisation, selon le Conseil de la langue française, on constate que seulement 54 % des travailleurs et travailleuses de cette région affirment travailler généralement en français (90 % ou plus de leur temps de travail).D\u2019autres données tirées d\u2019études de l\u2019Office québécois de la langue qui ont été menées auprès de petites et moyennes entreprises montrent que seulement 40 % des dirigeants des petites entreprises manufacturières de Montréal affirment travailler généralement en français, alors que, dans le cas des travailleurs de la production, on atteint 59 %.S\u2019ajoutent à cela les données de Statistique Canada selon lesquelles l\u2019anglais devient davantage la langue de travail des immigrants qui s\u2019établissent au Québec.Selon Statistique Canada, 42 % des immigrants allophones des années 1996 à 2001 utilisent surtout l\u2019anglais au travail, contre 43 % pour qui le français est la langue du travail, si on tient compte que 56 % des immigrants arrivés au Québec en 1976 et 1980 utilisent surtout le français contre 29 % qui communiquent en anglais.Sept arrivants sur 10 sont allophones.C\u2019est bien sûr Montréal qui est touché par ce phénomène.La responsabilité de la francisation repose sur la vigilance de quelques organismes de la langue.Le gouvernement a no une responsabilité de promotion et d\u2019éducation.Entendez-vous souvent parler de promotion du français au travail ?La francisation engage aussi les travailleurs et travailleuses, plus particulièrement ceux et celles qui sont syndiqués puisque la loi intègre leur participation.À-t-on assez insisté auprès des entreprises pour qu\u2019elles se sentent responsabilisées ?Le fardeau est lourd pour les travailleurs et travailleuses syndiqués.Que peuvent faire les travailleurs quand le patron refuse de réunir son comité et de respecter son engagement d\u2019appliquer un programme de francisation ?Le projet de francisation des entreprises est un projet dont on parle peu.Il y a des entreprises qui sont en parcours de francisation depuis plus de 25 ans.Le secteur de l\u2019aérospatiale et celui de l\u2019automobile en sont des exemples.D\u2019année en année, les entreprises délinquantes négocient avec l\u2019OQLF des prolongations d\u2019application de programmes et les générations de membres de comités de francisation se succèdent sans qu\u2019elles soient en mesure de laisser un héritage.Il faut aussi s\u2019interroger sur le fait que, 25 ans après l\u2019adoption de la Charte, un si grand nombre d\u2019immigrants travaillent en anglais au Québec.Le processus de certification sur lequel on a fondé l\u2019espoir de franciser les milieux de travail doit être accéléré et raffermi.Le mouvement syndical répond par ce qui nous apparaît une évidence : favoriser la syndicalisation, bien sûr, parce que l\u2019employé syndiqué est beaucoup mieux outillé pour faire respecter son droit de travailler en français.Aussi, interpeller davantage le monde patronal pour que les entreprises délinquantes cessent de se défiler.? m DOSSIER Pierre Serré* PORTRAIT D\u2019UNE LANGUE SECONDE : LE FRANÇAIS COMME LANGUE DE TRAVAIL AU QUÉBEC AU RECENSEMENT DE 2001 Malgré les demandes répétées du Québec, il a fallu attendre 30 ans pour voir Statistique Canada introduire dans son recensement une question sur la langue de travail.Ce silence s\u2019explique par le caractère sensible de la question.On a qu\u2019à se remémorer l\u2019impact considérable qu\u2019eut la publication du Rapport Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme au Canada : en 1961, l\u2019enquête censitaire révélait que les Canadiens français se classaient, au chapitre du revenu, au 12e rang parmi les 14 groupes ethniques considérés, tout juste devant les Italiens et les autochtones.Deux langues en concurrence La langue de travail est révélatrice de la concurrence que se livrent le français et l\u2019anglais dans les sociétés québécoise et canadienne.Ce n\u2019est que récemment, dans les derniers 40 ans, que le français s\u2019y est taillé une place un peu plus conforme à son poids démographique.Au Québec comme dans les autres provinces canadiennes, ceci s\u2019explique par les pressions continues en faveur de l\u2019intervention de l\u2019État.Des populations plus instruites et plus exigeantes politiquement ont recherché un soutien plus actif de l\u2019État au * L'auteur tient à remercier Charles Castonguay pour ses commentaires nombreux et fort appréciés. 112 développement endogène, quitte à ce que ce dernier recoure à l\u2019endettement public.L\u2019entrepreneurship local s\u2019est donc développé intensivement jusqu\u2019au début des années quatre-vingt-dix, au Québec comme partout dans les autres provinces canadiennes.La signature des premiers accords de libre-échange avec les États-Unis a entraîné la remise en question ce modèle de développement.Ces transformations ont revêtu un caractère particulier au Québec.La recherche d\u2019une démocratisation de la vie collective - recherche qui n\u2019était pas la caractéristique exclusive des francophones québécois - s\u2019est traduite sur le plan individuel par une volonté de démocratisation des politiques publiques et de modernisation de l\u2019État et, sur le plan collectif, par des demandes croissantes de correction de la situation de subordination des francophones au Québec comme au Canada.Non pas que cette dernière assertion ait été partagée par tous, mais qu\u2019elle a tout de même marqué l\u2019évolution des débats politiques au Québec et au Canada.Il est bon de rappeler que cette volonté collective ne s\u2019est pas traduite de manière aussi explicite dans les politiques publiques que dans la perception et l\u2019interprétation qui en furent proposées depuis.En effet, aucun gouvernement québécois n\u2019a jamais visé expressément, par ses politiques, à relever les conditions d\u2019existence des seuls francophones.Universelles, les politiques publiques étaient destinées à l\u2019ensemble des citoyens québécois, sans distinction de langue.Les interventions de l\u2019État n\u2019ont donc pas eu pour finalité de remettre en question la division linguistique du travail au Québec même, telle que décrite dans le Rapport Laurendeau-Dunton (soit la concentration différenciée de chaque groupe linguistique dans des activités ou profes- n3 sions plus ou moins rémunératrices).L\u2019État s\u2019est plutôt attelé à la tâche de redresser la place du français en appuyant l\u2019entrepreneurship francophone (dont une bonne partie était constituée de petites et moyennes entreprises), tout en mettant en place des mécanismes de formation et de redistribution sociale qui devaient faciliter la mobilité sociale et bénéficier aux plus démunis.La progression économique des francophones au Québec s\u2019explique donc d\u2019abord par des transformations de la structure économique (le délestage des industries manufacturières à forte concentration de main-d\u2019œuvre non spécialisée, et le recentrage sur les secteurs de haute technologie), par une formation et un niveau d\u2019instruction supérieurs, par le développement d\u2019un entrepreneurship local, et par une sensibilité plus forte des entreprises étrangères à l\u2019égard d\u2019une population plus nationaliste et plus en moyens.C\u2019est ainsi que l\u2019on affirmait, vers la fin des années quatre-vingts, que les francophones, forts de leur Québec Inc., avaient reconquis une place économique plus conforme à leur poids démographique : au début des années quatre-vingt-dix, à bilinguisme égal, les francophones étaient dorénavant mieux payés que les anglophones1.Cette progression spectaculaire, centrée sur le Québec, masque cependant le fait que les francophones (tous les groupes sont définis selon la langue maternelle, à moins d\u2019avis contraire) demeurent toujours, en 2001, moins instruits.moins présents dans les professions et les secteurs 1 (Vaillancourt, François (1988), Langue et disparités de statut économique au Québec, 7970 et 1980, Québec, Conseil de la langue française, 230 p., Dossier no.28 ; Vaillancourt, François (1991), Langue et statut économique au Québec, 7980-7985, Québec, Conseil de la langue française, 218 p., Dossier no.34; Béland, Paul (1995), Les revenus de travail des groupes linguistiques de la région métropolitaine de Montréal, 7970, 7980 et 7990, Québec, Conseil de la langue française, 9 p.). n4 d\u2019activité économique les plus rémunérateurs (tableaux i et 2), bref, occupant une position socio-économique plus précaire que celle occupée par la communauté anglo-québécoise dans son ensemble.Les transformations démographiques subies par cette der- ; nière n\u2019ont certainement pas été étrangères à la transformation de la place occupée par les francophones dans l\u2019économie du Québec.Alors que la population d\u2019origine britannique représentait un anglophone sur deux au début des années soixante-dix, cette proportion est passée à moins de un sur quatre 20 ans plus tard.L\u2019anglicisation des francophones et des anciennes cohortes d'immigrants (d\u2019avant la loi 101), l\u2019arrivée de nouvelles cohortes d\u2019immigrants anglophones ou anglotropes (c\u2019est-à-dire tournés vers l\u2019anglais) qui se sont anglicisés, conjuguée aux nombreux départs d\u2019anglophones (solde interprovincial négatif de près de 430 000 individus de 1966 à 2001, estimation), ont eux aussi contribué à la transformation de la division linguistique du travail.Après toutes ces transformations, il reste remarquable que la place occupée par les anglophones ne se soit pas modifiée plus substantiellement au cours des dernières décennies.Les traités de libre-échange, signés au début des années quatre-vingt-dix, ont marqué l\u2019avènement de nouvelles transformations économiques dans l\u2019ensemble du paysage canadien.Partout, dans les provinces canadiennes, les entreprises locales se sont de plus en plus tournées vers l\u2019exportation tandis que pénétraient, en contrepartie, les capitaux américains, notamment à la faveur de ventes d\u2019entreprises locales et des nombreuses privatisations de sociétés d\u2019État.En conséquence, la nouvelle économie québécoise voit les entreprises locales exporter davantage vers les Tableau i Profil des croupes linguistiques* selon les grands croupes de professions, recensement de 2001 115 Groupes linguistiques\tAllophones\tCO GA 00 CO\t11%\tnP QÂ AO\tnP 0s OO\tsp 0s\tsp 0s-\tSp O^ CO\tSP 0s- csl\t11 %\t1%\tnP O'' \tFrancophones\tO ^1\" LO CO (S ro\t\\P 0s- GA\tsO 0s- 00\t% 9\t% 9\t8%\tSp 0s CO\t\\0 0^ \"3-\ts9 0s LO\tNp 0s CO\t8% \tAnglophones\tCO GA VÛ cO\t\\P 0s CO\t21 %\t7%\tSP 0^ LO\tso 0^ GA\tn9 0s LO\tNP 0s- co (S\t>9 0s O\t2%\t6% Total\t\t10 cO us 00 CO GA CO\tnP 0^ GA\tsP 0s OO l-H\t6%\tnP 0s- LO\tVP 0s- 00\tSp 0s- CO\tSp CN N\tnO cN J\t\\9 0s CO\tsP 0s- GA Grands groupes professionnels\t\tPopulation active totale\tA- Gestion\tB- Affaires, finance, administration\tC- Sciences naturelles\tD- Santé\tE- Sc.sociales, enseignement, adm.publique, religion\tF- Arts, culture, sports et loisirs\tG- Ventes et services\tH- Métiers, transport et machinerie\tI- Secteur primaire\tJ- Transformation, fabrication et services d\u2019utilité publique * Langue maternelle, réponses multiples réparties également entre les réponses mentionnées.Source : Statistique Canada, Recensement de 2001. Tableau 2 Profil des croupes linguistiques- selon certains secteurs d\u2019activité économique, recensement de 2001 n 6 Groupes linguistiques*\tAllophones\tPO Gn ¦sj- 00 po\t6 %\tnP 0s O\tsP 0s\t1 %\tvP cN r-N\tNp GN\tsP cN LO\tnP 0s- PO\t55% \tFrancophones\t0 10 PO N PO\tnP O'' ¦s}-\t12 %\tsP cN\t1%\tnP o\\ LO\t6 %\tNP LO\t7%\t55% \tAnglophones\tPO Os V.0 PO\tnP cN OO\t10 %\tsP 0s LO\t2 %\t10 %\t6%\tse\t\t54% Total\t\t0 LO 00 PO G\\ PO\tnP LO\t12 %\tSP 0s-\t1 %\t% 9\t6 %\t\\P cN LO\t6%\t\\P 0s LO LO Secteurs d\u2019activité économique (groupes d\u2019industries)\t\tTotal\t41- Commerce de gros\t44-45- Commerce de détail\t52- Finance et assurances\t53- Services immobiliers et services de location\t54- Services professionnels, scientifiques et techniques\t72-Hébergement et restauration\t81-Autres services, sauf administration publique\t91-Administrations publiques\tAutres groupes d\u2019industries * Langue maternelle, réponses multiples réparties également entre les réponses mentionnées.Source : Statistique Canada, Recensement de 2001. 117 marchés américains, tandis que les marchés locaux consomment davantage de produits américains et que les populations actives travaillent davantage pour des filiales étrangères.Lorsque la dynamique économique change, l\u2019utilité des langues change aussi.La progression importante des francophones pendant 40 ans n\u2019a toujours pas abouti à la prédominance du français dans l\u2019économie québécoise, ce qui est encore plus marquant dans le cas des immigrants.Après avoir connu une progression importante, la langue française semble battre en retraite.Le libre-échange constitue un défi supplémentaire à cet égard.La dimension vitale de la langue de travail : la langue de l\u2019intégration La langue de travail implique la langue utilisée non seulement par les francophones et les anglophones nés au Québec mais aussi celle utilisée par les immigrants, dont 85 % sont de langue maternelle autre que française ou anglaise.La langue de l\u2019insertion socio-économique est le tout premier déterminant des choix linguistiques qu\u2019effectuent les immigrants dans leur nouvelle société.Cette question est cruciale pour l\u2019avenir du français au Québec.Environ la moitié des immigrants déclarent connaître le français ou l\u2019anglais à leur admission au Québec.Les uns connaissent le français du fait des critères de sélection du Québec, tandis que les autres connaissent plutôt l\u2019anglais pour diverses raisons : beaucoup ont été admis en tant que revendicateurs du statut de réfugié ou dans le cadre du programme de réunification familiale ; d\u2019autres sont arrivés au Québec en tant que travailleurs temporaires ; d\u2019autres enco- n8 re sont arrivés d\u2019abord dans une autre province pour migrer ensuite au Québec, et d\u2019autres, enfin, sont arrivés et vivent illégalement au pays.Pour au moins 40 % des immigrants, la connaissance du français ou de l\u2019anglais s\u2019acquièrent au Québec, principalement à Montréal où se concentrent la grande majorité d\u2019entre eux (89 % des allophones y furent recensés).Pour un allophone, la détermination d\u2019une langue de travail ne relève pas du hasard.Ce choix est le reflet de rapports de force inégaux existant entre communautés francophone et anglophone et correspond à l\u2019utilité du français et de l\u2019anglais sur le marché du travail.Il reflète également la socialisation des individus, laquelle comprend des prédispositions prémigratoires à l\u2019égard du statut des langues ainsi que des prédispositions plus générales envers les communautés francophone et anglophone elles-mêmes.Ainsi, un sondage SOM réalisé à l\u2019automne 2001 révèle que la majorité des immigrants répondant spontanément en anglais, lors des entrevues, ne reconnaissent pas au français le statut de langue publique commune ni celui de langue normale du travail.Ils contestent également l\u2019obligation de fréquenter les écoles primaires et secondaires françaises pour les immigrants et les enfants d\u2019immigrants, estimant même que la taille de la communauté francophone est voisine de 50 % (quelle légitimité a un groupe minoritaire qui veut imposer ses choix au reste de la population ?).Les réponses sont exactement inversées dans le cas des immigrants répondant spontanément en français.Qui plus est, l\u2019obligation de fréquenter les écoles françaises primaires et secondaires n\u2019implique nullement une substitution linguistique automatique en faveur du français.Lorsque les parents immigrants travaillent en anglais, l\u2019in- ii9 citation est forte pour qu\u2019ils adoptent cette langue comme langue parlée le plus souvent à la maison (ou langue d\u2019usage au foyer).Ils créent alors un environnement linguistique appuyant l\u2019usage de l\u2019anglais chez leurs enfants : lorsque ceux-ci sont eux-mêmes immigrants de langue maternelle anglaise et sont passés par l\u2019école primaire et secondaire française, la proportion de substitutions en faveur du français reste voisine de o %.Les données sur la langue de travail de 2001 Définition La question sur la langue la plus souvent utilisée au travail se subdivise en deux volets, le premier portant sur la langue « la plus souvent » utilisée au travail, le second sur les autres langues utilisées « régulièrement » dans l\u2019emploi en question.Ainsi définie, la langue principale « utilisée » au travail recouvre plusieurs dimensions qu\u2019il est difficile de hiérarchiser.Une langue peut prédominer à l\u2019oral, mais une autre peut dominer à l\u2019écrit ou à l\u2019électronique.Les communications peuvent être ou non importantes dans les tâches quotidiennes ; les communications avec les supérieurs peuvent être plus importantes que les conversations des pauses, etc.La rédaction de rapports annuels ou semestriels ou la simple facturation peut se faire dans une langue tandis que les communications avec les clients se font dans une autre.Cependant, chaque individu était appelé à juger de la langue qu\u2019il utilisait le plus souvent sans que soit précisé le type de communication effectuée.Si cette imprécision peut laisser le chercheur sur son appétit, elle a néanmoins le mérite de simplifier les situations et de permettre une première ébauche de la dynamique des langues. 120 Nous n\u2019avons retenu que les réponses indiquant la (ou les) langue(s) utilisée(s) le plus souvent au travail.Les réponses au second volet de la question concernant d\u2019autres langues utilisées « régulièrement » au travail sont trop ambiguës pour leur donner un sens précis.Dans leur évaluation des résultats du test du recensement de 2001 (le TRN98), les analystes de Statistique Canada reconnaissaient eux-mêmes qu\u2019une langue « régulièrement » utilisée au travail peut être une langue utilisée seulement occasionnellement au contraire de quotidiennement.La langue utilisée le plus souvent offre au moins une idée de la hiérarchisation dans l\u2019utilisation des langues.Si imprécis qu\u2019il soit, le portrait qu\u2019elle permet d\u2019esquisser demeure malgré tout fort éclairant.Prédominance globale de l\u2019anglais comme langue de travail Nul ne sera surpris d\u2019apprendre que les anglophones travaillent presque exclusivement en anglais dès lors qu\u2019ils habitent hors du Québec.Il demeure toutefois surprenant de constater que la langue française n\u2019est à peu près pas utilisée par les anglophones dans les provinces et les agglomérations comptant une minorité de francophones importante (tableau 3).Les anglophones de l\u2019Ontario, de la partie ontarienne de la région de la capitale canadienne (région d\u2019Ottawa), du reste de l\u2019Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la région de Moncton utilisent à peu près exclusivement l\u2019anglais.Au Québec, la proportion passe à 80 % dans la région de Gatineau (la partie québécoise de la région métropolitaine de recensement d\u2019Ottawa-Gatineau), puis à 70 % dans la RM R de Montréal.Pour l\u2019ensemble du Québec, les deux tiers des anglophones affirment travailler le plus souvent en anglais, contre seulement 23 % le plus souvent en français (10 % y utilisent les deux langues également). Tableau 3 __________La LANGUE DE TRAVAIL CHEZ LES CROUPES LINGUISTIQUES, RECENSEMENT DE 2001 Langue la pins Québec Montréal Ottawa- Gatineau Ottawa Ontario Ontario Nouveau- Moncton souvent utilisée\t(RMR) Gatineau (région)* (région)*\tmoins Brunswick iréoinnt 121 > h > > c > ° S'5b 5 > NP O £ nO O'' \\0 \\0 \\0 on on on NP ON O O \\P O nP ON nO O' SP O û on NO ON NP cN nP o nO ON C' ON nO O C' ON O ON ¦ a o '\u2022P ON aS NP o à?O o P ON VP ON SP o as nP o *Nous distinguons les parties ontarienne (Ottawa) et québécoise (Gatineau) au sein de la région métropolitaine de recensement (RMR) d'Ottawa-Gatineau.**Langue maternelle, réponses multiples réparties également entre les réponses mentionnées. 122 Chez les francophones du Québec, une proportion sensible affirme utiliser le plus souvent l\u2019anglais au travail.Cette pénétration de l\u2019anglais chez les francophones correspond essentiellement aux situations montréalaise et, surtout, outaouaise.Tandis que 6 % des franco-montréalais utilisent le plus souvent l\u2019anglais au travail (et 6 % les deux langues également), près du quart (24 %) des franco-gatinois en font leur principale langue de travail.La similitude entre la région de Gatineau et l\u2019ensemble du Nouveau-Brunswick est étonnante : 24 % des francophones y utilisent surtout l\u2019anglais, les deux tiers le français, et de 8 % à 10 % les deux langues.Le fait que de nombreux fonctionnaires fédéraux demeurent en Ontario mais travaillent à Gatineau, et inversement, modifie certainement les usages linguistiques.Quant aux allophones, la place occupée par le français reste assez limitée.À Montréal, seulement une faible majorité relative déclarent travailler surtout en français (42 % contre 36 % en anglais).Cette proportion s\u2019inverse à dans la région de Gatineau (50 % en anglais contre 36 % en français) et s\u2019accentue encore à Moncton (69 % en anglais contre 21 % en français).Partout ailleurs, l\u2019usage de l\u2019anglais est la règle, y compris dans la région d\u2019Ottawa (90 % en anglais contre 2 % en français).La place détenue par le français semble par ailleurs régresser parmi les cohortes arrivées depuis la période 1976-1985 (tableau 4).Dans leur ensemble, les immigrants arrivés au Québec au cours des dernières cinq années (1996-2001) utilisaient davantage l\u2019anglais comme principale langue de travail que ceux arrivés dans les cinq ans précédents (36 % contre 32 % dans la période 1991-1995)- Il s\u2019agit clairement d\u2019une remontée de l\u2019anglais par rapport aux décennies 1981-1990 et 1971-1980 (respectivement 30 % et 31 %).Il Tableau 4 La LANGUE LA PLUS SOUVENT UTILISÉE AU TRAVAIL CHEZ LES IMMIGRANTS, PAR PÉRIODE D\u2019IMMIGRATION, Québec et RM R de Montréal, recensement de 2001 123 Période d'immigration\tO O N V£> G\\\tQuébec - total immigrants\tnO O'' PO\tsO os CO\t10 %\t6 %\tRégion métropolitaine de Montréal - total immigrants\tSp 0s- OO PO\tSp os LO\t11%\t% 9 \t10 G\\ G\\ CTs\t\tNO Os rq PO\tNP QS\t\\P 0s-\tNp 0s- LO\t\tSP O'' s}- PO\tSP 0s- IX si-\tNO 0s- 10\t0?LO \tO G\\ G\\ CO\t\tVP cN O po\t\\P 0s- rq LO\tSP 0s- 2\"\tnP 0s- s}\u201d\t\t# PO\tsp OS 0 LO\tsp OS\tnP OS si- \tO OO ix Gn\t\tNP QS PO\tnO OS PO LTV\t\\P 0s PO\tnO 0s PO\t\tNP os PO PO\tsP 0s LO\tsp os 2\"\tsp OS PO \tO ix C\\ v3 G\\\t\t\\P QS rx PO\tnP OS IX sî\"\tnP os N\t* si-\t\tSP OS C* PO\tSP O'- si- si-\tsp OS PO\tsp os si- \t3 G\\ fi C3 >, Bulletin d'histoire politique, vol.11, n° 1, automne 2002, p.140-141. 196 situait autour de 60 % dans File de Montréal - soit jusqu\u2019au recensement de 1986 inclusivement -, nul ne s\u2019opposait à l\u2019intérêt que l\u2019on pouvait lui porter.Mais dès que l\u2019on a entrevu une diminution substantielle du poids des francophones57, les réactions n\u2019ont pas tardé5*.Cet aspect de la question démolinguistique mériterait, à lui seul, un long développement que nous ne pouvons pas faire ici.Néanmoins, il est possible et utile de l\u2019aborder dans ses grandes lignes.Certains observateurs affirment « que les analyses portant sur la langue parlée au foyer dans la seule île de Montréal présentent un portrait démolinguistique trompeur du Montréal francophone »59.Il suffit de consulter quelques ouvrages en démolinguistique pour réaliser qu\u2019ils débordent largement le cadre de File.C\u2019est le cas par exemple des projections, dont les résultats couvrent, entre autres, File de Montréal, la couronne métropolitaine et l\u2019ensemble de la région métropolitaine60.Il est donc abusif de dire que la démolinguistique ne s\u2019intéresse qu\u2019à File.Au mieux, la critique s\u2019exprime mal ; au pire, elle souhaiterait que l\u2019on cache, dans l\u2019ensemble de la région métropolitaine, ce qu\u2019elle ne voudrait pas voir de File de Montréal.Que File de Montréal ne soit pas coupée du reste du Québec, en particulier du pourtour de la région métropolitaine, les ouvrages de démolinguistique Font admis tout 57\tMichel Paillé, Nouvelles tendances démolinguistiques dans l'île de Montréal, 7977-7996, Québec, Conseil de la langue française, 1989, xvii-i73 pages.58\tJack Jedwab, « Ce sont les francophones banlieusards qui menacent le plus l'élément français à Montréal », La Presse, 28 septembre 1989.59\tMarc V.Levine, « Le français menacé à Montréal ?», La Presse, 17 février 2001, p.A21.60\tMarc Termote, Perspectives démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal à l'aube du XXIe siècle, Québec, Conseil de la langue française, 1999, ii- ]95 P\t________ 197 naturellement depuis longtemps : « de nombreux francophones qui résident à l\u2019extérieur de File de Montréal s\u2019y rendent chaque jour pour travailler, renforçant ainsi la majorité d\u2019expression française dans l\u2019île »6:.C\u2019est d\u2019ailleurs en vertu de ces « migrations alternantes »(yl liées au travail que les limites des régions métropolitaines sont déterminées par Statistique Canada.Aux déplacements attribuables au travail, s\u2019ajoutent tous ceux suscités par les loisirs, la consommation, les besoins en santé, les études collégiales et universitaires, etc.Toutefois, une dimension importante échappe presque totalement à ces migrations quotidiennes : il s\u2019agit du bassin de recrutement des écoliers inscrits dans les trois commissions scolaires francophones de File de Montréal.Sauf très rares exceptions, il n\u2019y a pas d\u2019échanges entre les enfants domiciliés dans l\u2019île et ceux qui demeurent à l\u2019extérieur, y compris à proximité comme à Laval ou à Longueuil.Il s\u2019ensuit que, contrairement aux milieux de travail par exemple, la composition linguistique de l\u2019ensemble des écoles de File reflète celle de la population qui y habite.Or, comme la plupart des écoliers s\u2019inscrivent à proximité de leur demeure, il s\u2019est formé au fil des ans un nombre de plus en plus important d\u2019écoles où les enfants immigrés, ou nés de parents immigrés récemment, se retrouvent presque exclusivement entre eux6f 61\tMichel Paillé, Nouvelles tendances., op.ci't., p.8-9.62\tRoland Pressât, op.cit., p.119.63\tDes échanges quotidiens d'écoliers au moyen d'autobus, au sein de l\u2019île ou entre l\u2019île et la couronne, ne représentent pas une solution.Ils obligeraient à étendre de plus en plus le rayon de redistribution « pour assurer une répartition plus égale des allophones dans les écoles françaises » (Marco Micone, « D\u2019un ghetto à l\u2019autre », Voir, 12-18 novembre 1992).Procéder par le « voluntary busing » suggéré par Micone (loc.cit.) serait illusoire.Car il y a gros à parier qu'une large proportion des volontaires, voire la majorité, se trouveraient parmi ceux que l\u2019on voudrait garder dans les écoles où ils se trouvent déjà. La critique reste également silencieuse devant les nombreuses études portant justement sur ces écoles « à forte concentration ethnique ».Puisque leurs bassins de recrutement se limitent principalement à quelques quartiers, il va sans dire que la référence territoriale de base est nettement inférieure à celle de File de Montréal.Si nous pouvons, en toute quiétude, nous intéresser aux « usages linguistiques qui ont cours entre les élèves lors des contacts informels »64 dans des écoles à forte densité ethnique, nous ne voyons pas pourquoi il faudrait écarter toute réflexion de même nature à l\u2019échelle de l\u2019ensemble de la population de File65.Par ailleurs, retenir toute la population de la couronne métropolitaine de Montréal dans sa relation avec celle de File est pour le moins exagéré.Il y a gros à parier, qu\u2019à cet égard, la contribution de la couronne à File de Montréal ne soit pas uniforme.D\u2019une part, de nombreux travailleurs viennent dans File quotidiennement en provenance de Laval, de Longueuil et de File Perrot par exemple.D\u2019autre part, des localités excentriques contribuent beaucoup moins à ces déplacements ; c\u2019est le cas par exemple de Saint-Jérôme au nord, de Beauhamois au sud et de Saint-Amable à l\u2019est66.63\tDes échanges quotidiens d'écoliers au moyen d'autobus, au sein de l'île ou entre l\u2019île et la couronne, ne représentent pas une solution.Ils obligeraient à étendre de plus en plus le rayon de redistribution « pour assurer une répartition plus égale des allophones dans les écoles françaises » (Marco Micone, « D'un ghetto à l'autre », Voir, 12-18 novembre 1992).Procéder par le « voluntary busing » suggéré par Micone (loc.cit.) serait illusoire.Car il y a gros à parier qu\u2019une large proportion des volontaires, voire la majorité, se trouveraient parmi ceux que l\u2019on voudrait garder dans les écoles où ils se trouvent déjà.64\tMarie Mc Andrew et al., Concentration ethnique et usages linguistiques en milieu scolaire, Montréal, Immigration et métropoles, 1999, p.9.65\tGroupe de travail ministériel, Les défis de la langue française à Montréal et au Québec au XXIe siècle : constats et enjeux, Québec, Gouvernement du Québec,' 2000, p.20-21.66\tPaul Béland et al., Les navetteurs et la dynamique des langues sur l'île de Montréal, Québec, Conseil de la langue française, 2001, p.25. 199 Réalise-t-on pleinement, qu\u2019advenant une reprise de la baisse du poids des francophones qui demeurent dans l\u2019île, il faudrait compter sur un nombre de plus en plus important de déplacements quotidiens pour au moins maintenir le poids des locuteurs du français ?Encore faut-il que ces milliers de francophones de la couronne qui travaillent à Montréal aient des contacts en français avec des non-francophones dans l\u2019exercice de leurs fonctions.À moins que l\u2019on fasse reposer davantage l\u2019avenir du français à Montréal sur un nombre de plus en plus important de personnes qui y résident et pour qui le français est une langue seconde, voire une troisième langue ?Compte tenu de la propension de milliers de francophones à parler anglais dès qu\u2019ils en ont l\u2019occasion - si ce n\u2019est qu\u2019ils la suscitent eux-mêmes -, peut-on vraiment compter sur ces deux facteurs sans glisser vers un bilinguisme français-anglais si répandu qu\u2019il ne manquerait plus que de le rendre officiel ?Quoi qu\u2019il en soit du découpage territorial à retenir, ce qui importe, « c\u2019est de déterminer qui parle à qui, dans quelle langue, où et dans quelles circonstances.Ce qu\u2019il nous faut, ce sont des enquêtes sur les contacts linguistiques entre individus.Que l\u2019on établisse clairement le degré de contacts en français des francophones de la couronne avec la population non francophone de Montréal »6?.En ce domaine, tout est à faire, car le seul essai qui a été tenté68, outre qu\u2019il n\u2019a pas traité de cet aspect spécifique, présente ses résultats selon le lieu de résidence, même dans le cas des travailleurs, plutôt que selon le lieu d\u2019occurrence.67\tMichel Paillé, « Le français à Montréal : effets de la francisation et facteurs démographiques », dans : Enjeux démographiques et intégration des immigrants, colloque thématique de la Commission des états généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec, Montréal, 25-26 janvier 2001.68\tPaul Béland, Le français, langue d\u2019usage public au Québec en 1997, Québec, Conseil de la langue française, 1999,123 p. 200 CONCLUSION Spécialité de la démographie, la démolinguistique est un domaine de recherche utile à la compréhension de la dynamique des groupes linguistiques qui composent une société comme le Canada en général et le Québec en particulier.Depuis les années i960, cette discipline a joué un rôle important aux époques les plus marquantes de l\u2019histoire linguistique tant canadienne que québécoise.Qu\u2019il s\u2019agisse de la politique canadienne à l\u2019égard des minorités de langues officielles, ou qu\u2019il s\u2019agisse de la poliüque québécoise implantée pour assurer la pérennité de la langue française, la démolinguistique a guidé les législateurs aux étapes de la conception et de l\u2019élaboration de leur politique linguistique respective.Par la suite, la démolinguistique se devait, en toute légitimité, de constater et de mesurer les effets directs et indirects de ces politiques.En ce qui a trait à la langue d\u2019enseignement, domaine d\u2019intervention publique par excellence, elle a rapidement fait état des inscriptions dans les écoles où l\u2019enseignement primaire et secondaire se donne dans la langue dont on voulait assurer numériquement un meilleur avenir.La démolinguistique s'est également penchée sur les effets induits des chartes et des lois, notamment sur la vitalité démographique des francophones, majoritaires au Québec, minoritaires dans le reste du Canada.Vu la richesse des données statistiques canadiennes et québécoises, il est relativement aisé de distinguer, pour chaque groupe linguistique, un accroissement naturel (naissances moins décès) et un accroissement migratoire (immigrants moins émigrants) particuliers.De même pour les migrations intérieures, qu\u2019il s\u2019agisse des mouvements entre les provinces canadiennes ou entre les diverses régions du 201 Québec par exemple.Pour faciliter le travail d\u2019analyse dans des études générales, on a coutume au Canada de distinguer trois grands groupes linguistiques : les francophones, les anglophones et les allophones, ces derniers englobant l\u2019ensemble des langues n\u2019ayant pas de statut officiel.A défaut de pouvoir « définir » des groupes linguistiques dont les « frontières » bougent sans cesse, il importe de les cerner ou de les saisir de manière à donner un sens à leur dynamique démographique.En jumelant les données concernant la première langue apprise dans l\u2019enfance -appelée langue maternelle - à celles portant sur la langue parlée le plus souvent à la maison au moment d\u2019un recensement, le chercheur est alors en mesure de distinguer les personnes qui font toujours usage de leur langue maternelle de celles qui ont changé de comportement.Au Québec comme dans l\u2019ensemble du Canada, les unions entre personnes de langues différentes ne sont pas négligeables.Si parfois les enfants issus de ces « unions mixtes » sont élevés dans les deux langues parentales, la plupart cependant auront pour langue maternelle celle que les parents auront choisie.Étant donné la force générale de l\u2019anglais en Amérique du Nord, on a observé que la grande majorité des enfants des couples mixtes sont de langue maternelle anglaise, en particulier à l\u2019extérieur du Québec.Ce mécanisme universel de transmission des langues des parents aux enfants, outre qu\u2019il conduit à l\u2019hétérogénéité des groupes linguistiques, peut modifier sensiblement l\u2019importance d\u2019une langue au sein d\u2019une population, surtout dans le contexte d\u2019une fécondité qui n\u2019assure plus, depuis 30 ans, le renouvellement complet des générations. 202 Il va de soi que les pouvoirs publics s\u2019intéressent aux effets indirects de leurs politiques linguistiques.Dans le cas de la Charte de la langue française, bien que les objectifs premiers du Québec concernent « la langue normale et habituelle du travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce et des affaires », elle vise aussi d\u2019autres domaines de manière indirecte.En ce sens, la loi ioi ne fait pas exception à une règle générale voulant qu\u2019en démocratie, aucune loi ne puisse toucher directement à la vie privée des personnes.À l\u2019instar de la Loi sur le tabac qui n\u2019interdit pas formellement de fumer, la Charte de la langue française n\u2019exige pas que l\u2019on parle français, en particulier au foyer.Si la politique de santé qui a conduit à la première a pour objectif ultime d\u2019amener des milliers de personnes à cesser de fumer ou à ne jamais s\u2019adonner à cette pratique, la politique linguistique qui a mené à la seconde souhaite expressément que le français remplace désormais l\u2019anglais comme langue d\u2019adoption des familles issues de l\u2019immigration internationale récente et à venir.C\u2019est donc en toute légitimité que la démolinguistique s\u2019est penchée sur les transferts linguistiques des derniers lustres, pour montrer qu\u2019il y a effectivement eu progrès pour le français.En autant que la confidentialité des données est respectée, il n\u2019y a pas intrusion dans la vie privée, ni de la part des pouvoirs publics qui colligent l\u2019information, ni de la part des chercheurs qui en font l\u2019analyse.S\u2019intéresser aux personnes qui ont librement choisi de parler plus souvent le français à la maison que leur langue maternelle n\u2019est pas plus motivé par un dessein d\u2019« assimilation » des immigrants qu\u2019à l\u2019époque où l\u2019anglais dominait très largement.Dire de toutes ces personnes qui privilégient le français quelles sont « assimilées », c\u2019est confondre 203 quelques cas particuliers - et encore ! - et un ensemble de situations fort variées que la démolinguistique ne peut pas saisir.Plutôt que de rejeter la démolinguistique en l\u2019accusant d\u2019aller à l\u2019encontre d\u2019une volonté politique d\u2019« intégration pluraliste », il serait préférable de faire en sorte que la sociolinguistique prenne le relais.On saurait mieux, par exemple, ce que parler français chez soi signifie pour les personnes dont c\u2019est la langue seconde, voire une troisième langue.On saurait sans doute mieux aussi que parler français au foyer enrichit sans appauvrir ceux qui désirent garder, voire aviver, les caractéristiques ethnoculturelles qui les distinguent.Aussi, s\u2019intéresser aux allophones qui parlent toujours leurs langues maternelles à la maison ne reflète pas une attitude d\u2019« exclusion » de la part de ceux qui se sont spécialisés en démolinguistique.Corollaire de l\u2019idée voulant que l\u2019étude des transferts linguistiques se fasse dans une optique d\u2019assimilation, la critique enferme la démolinguistique dans un cul-de-sac en lui prêtant le dessein d\u2019exclure de la famille francophone toute personne ne parlant pas d\u2019abord le français à son domicile.En somme, en ne voyant que des « assimilés » d\u2019une part ou des « exclus » d\u2019autre part, la critique a, inconsciemment, reclassé tous les Québécois à partir d\u2019une caractéristique qu\u2019elle a préalablement figée, voire réifiée : la langue maternelle.Puisque la démolinguistique repose essentiellement sur le mouvement, dont celui de la substitution linguistique, la critique se trouve alors à nier toute sa pertinence.En prêtant aux données statistiques portant sur les langues les plus souvent parlées à la maison un caractère essentialiste, voire un caractère identitaire primordial, on ne pouvait qu\u2019aboutir à ces concepts d\u2019« assimilation » et d\u2019« exclu- 204 sion ».Comme l\u2019ethnicité, la langue - qui en est une caractéristique - n\u2019est pas un donné héréditaire.L\u2019approche de Max Weber montre qu\u2019elle est plutôt un acquis découlant de la socialisation, de l\u2019humanisation au sein de la famille.Si les frontières ethniques bougent, les frontières linguistiques bougent aussi, sans doute plus rapidement que les premières.L\u2019une des tâches de la démolinguistique est justement de faire état de ces changements que la politique linguistique québécoise cherche à orienter, depuis un quart de siècle, en faveur du français.Enfin, en ce qui a trait à la situation montréalaise, il faut regretter que les critiques formulées à ce jour ne soient pas allées jusqu\u2019au bout de leur démarche.Outre qu\u2019il est faux de dire que la démolinguistique ne s\u2019est intéressée qu\u2019à l\u2019île de Montréal, compter sur les migrations quotidiennes en provenance de la couronne métropolitaine pour augmenter le bassin de francophones dans l\u2019île exige quelques nuances.Encore faut-il faire remarquer que ce type de migrations ne touche pas les écoliers des ordres d\u2019enseignement primaire et secondaire ; encore faut-il ajouter aussi que les navet-teurs en provenance de la périphérie de la couronne y contribuent beaucoup moins que ceux demeurant tout près de l\u2019île ; encore faut-il reconnaître enfin qu\u2019il ne suffit pas que des milliers de francophones viennent dans l\u2019île de Montréal chaque jour pour que leurs contacts linguistiques avec des non-francophones, si contacts il y a, se fassent en français.Il faut déplorer qu\u2019en ce qui a trait à nos connaissances sur la langue commune entre personnes de langues différentes, tout soit encore à faire.? OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC.confiance stratégie performance \u2022\tGestion active en actions et en obligations\t\u2022 Gestion indicielle \u2022\tGestion équilibrée\t\u2022 Gestion privée Le succès de Optimum gestion de placements repose sur l'expertise de ses gestionnaires appuyés par une équipe de spécialistes qualifiés, sur des styles de gestion bien définis et sur une collaboration étroite et durable avec chacun de ses clients Pour de plus amples informations : Sophie Lemieux, M Sc.Directrice.Développement des affaires Éric Ouellet, B .A.A., PI.Fin , Directeur, Développement des affaires 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1740, Montréal (Québec) Canada H3A 3G5 Téléphone: (514) 288-7545 Télécopieur: (514) 288-4280 www.groupe-optimum.com ® Marque de commerce de Groupe Optimum inc utilisée sous licence PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire\t JE M\u2019ABONNE\t(Taxes incluses) Pour 1 an ?(4 Nos 30$), pour 2 ans ?(8 Nos 55$) NOM\tKEUUuM ta Lap-aux-Diamants \t ADRESSE\tPar téléphone :\t(418) 656-5040 Par télécopieur : (418) 656-7282 Par la poste : C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R 4M8 VILLE\tPROV.\t CODE POSTAL\t TEL.: (\t)\t (Vous recevrez le prochain No : Mars, juin, septembre ou décembre)\t TRANSLATEX .Communications' RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca rmm ie Rassemblement po\u201erMPays Souverain Unum Quebec Patria Nostra Est Québec, notre seule patrie C.P.244, succursale Place d\u2019Armes, Montréal (Québec) H2Y 3G7 Tél.: (450)491-5437 Courriel : roy.b@videotron.ca - Site internet : www.rpsquebec.qc.ca Allard & Carrière SOCIÉTÉ NOMINALE COMPTABLES AGRÉÉS Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@sta-conseil.com www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Télécopieur : (450) 471-0026 Téléphone : (450) 471-2662 Terrebonne (Québec)\t(514)355-7923\t(514)355-7869 J6W3E1\t(800)782-5799 LIRE \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 208 LIRE LES ESSAIS SOUS LA DIRECTION DE JEAN-PAUL BAILLARGEON Transmission de la culture, petites sociétés, mondialisation Je m\u2019étais pourtant promis de ne plus jamais lire un livre dont le titre comprendrait le mot « mondialisation ».Il est de ces concepts dont on ne peut plus user sans tomber dans le verbiage.Depuis une quinzaine d\u2019année, le discours englobant sur la mondialisation s\u2019est emparé de la littérature subventionnée.On pourrait même dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une nouvelle idéologie, si ce second terme n\u2019avait pas lui-même été victime d\u2019une idéologisation excessive Plus que jamais, la mondialisation représente une nouvelle méta-trame narrative sur laquelle doit être jaugée toute expérience particulière.Doit-on parler du génocide au Rwanda, juger la baisse de compétitivité de l\u2019industrie japonaise au cours des années 1990, critiquer l\u2019incapacité du gouvernement Poutine à s\u2019attaquer sérieusement à la corruption, un seul mot s\u2019impose : mondialisation.Comme tout bon méta-discours, il se rapporte à tout et à rien à la fois.Il nous permet de passer du plus grand au plus petit, sans avoir à distinguer les détails de l\u2019ensemble, ou le tout des parties.Lorsqu\u2019il figure sur la page couverture d\u2019un ouvrage, le terme « mondialisation » témoigne presque toujours d\u2019un échec de la pensée. 209 Ce livre n\u2019est pas une exception.Publié sous le couvert de l\u2019Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), il est le fruit d\u2019un colloque tenu à l\u2019Université Laval, les 25 et 26 mai 2001.Il rassemble les textes de 23 auteurs qui s\u2019étalent sur un peu moins de 300 pages.Bien qu\u2019il ait pour ligne directrice les « politiques culturelles » à l\u2019heure de la mondialisation, plusieurs présentations sont plutôt des digressions allant tous les sens, comme c\u2019est souvent le cas dans ce genre d\u2019ouvrage.Du point de vue du contenu, ce livre contient une très haute teneur en lieux communs.La plupart des textes hésitent entre les généralités banales et les détails insignifiants.Plusieurs articles ressemblent à du remplissage.Voici quelques exemples : 1) Michael Cross nous montre comment la mondialisation entraîne la perte de pouvoir des États souverains, 2) Serge Proulx analyse le rôle d\u2019Internet dans le processus d\u2019« hybridation » des cultures, 3) Frits Pannekoek, de l\u2019Université de Calgary, n\u2019hésite pas à nous expliquer comment Internet peut déboucher sur un « cyberimpérialisme » particulièrement dominateur dans le cas des peuples autochtones.On comprend mieux maintenant pourquoi l\u2019on a jugé bon de mettre une toile de Kandinsky en couverture.Quelques rares textes parviennent à surmonter l\u2019insipidité générale de l\u2019ouvrage.Il est simplement dommage que la plupart d\u2019entre eux soient hors sujet.On peut penser au texte de Claude Martin sur le développement des industries culturelles au Québec.Mais je voudrais surtout mentionner celui de Joseph Yvon Thériault qui est, comme toujours, excellent.Sa courte contribution d\u2019une dizaine de pages explore la complexité de la transmission de la culture chez les communautés francophones hors Québec.À lire.Au-delà de la contribution de Thériault, qui en vaut vraiment la peine, nous pouvons dire que ce petit bouquin est sympto- 210 matique d'un malaise de notre temps qui ne manquera d\u2019intriguer ceux qui, dans cent ans, se pencheront sur l\u2019histoire des idées au Québec.Il nous permet d\u2019apprécier toute la confusion qui subsiste à ce jour autour de la référence Québec-Canada.Les auteurs canadiens-anglais n\u2019hésitent pas à poser unanimement le Canada comme référence pour leur pensée, mentionnant ci et là le Québec dans une ode à la diversité canadienne.De l\u2019autre côté, l\u2019incapacité des intellectuels québécois à trancher entre la référence québécoise et canadienne donne à leur discours le caractère tragi-comique de ceux qui essaient d\u2019éviter le débat sur la question nationale.Dans plusieurs textes, comme celui de Fernand Harvey, on n\u2019hésite pas à mettre le Québec et le Canada côte à côte et à les définir comme des « petites sociétés ».Comme si cela allait de soi.Comme si le Canada n\u2019était pas un pays souverain, reconnu par l\u2019ordre international, capable d\u2019imposer sa souveraine volonté au Québec, simple province de ce pays.Comme tant de livres depuis le dernier référendum, ce recueil nous invite à penser la politique québécoise au-delà du sempiternel débat sur le statut politique du Québec.Bien entendu, il n\u2019y parvient pas, car cela impliquerait que l\u2019État canadien ait surmonté son déficit de légitimité dans notre belle province.Cet entêtement de nos intellectuels à éviter le débat national marque une pathologie particulière de la pensée québécoise depuis 1995.On veut parler des politiques culturelles, mais on ne veut pas parler de politique ni de culture.Définitivement, il y a quelque chose de pathétique à présenter du Québec comme d\u2019un pays souverain, sans que ce statut ne soit garanti par le droit.Benoit Dubreuil Étudiant, Université de Montréal. 211 NORMAND LESTER Le Livre noir du Canada Anglais 2, Montréal, Les Intouchables, 2002, 304 p.L\u2019auteur a publié en 2001 le tome 1 de cet ouvrage dont nous avons fait un compte rendu (voir L\u2019Action nationale, janvier 2002, p.123-126).Il y décrivait la conduite du Canada anglais qui, depuis la Conquête, « s\u2019est rendu coupable de crimes, de violations des droits humains, de manifestations d\u2019exclusion envers tous ceux qui n\u2019avaient pas le bonheur d\u2019être Blancs, anglo-saxons et protestants ».Ce livre, à ce que je sache, n\u2019a pas été réfuté.Il est accablant, mais peut-on reprocher à un écrivain de dire la vérité ?Si l\u2019on croit qu\u2019il a tort, qu\u2019on le prouve.Et voici que l\u2019auteur récidive et annonce un tome 3.Dans ce deuxième tome, il poursuit sa recherche en décrivant la lutte du Ku Klux Klan canadien-anglais contre les Canadiens français des provinces de l\u2019Ouest.Le Ku Klux Klan et les Orangistes mènent le même combat fanatique, raciste, qui ne recule devant rien pour arriver à ses fins.Puis l\u2019auteur raconte l\u2019histoire de Meech et Charlottetown en montrant de façon irréfutable le rôle ignoble qu\u2019y ont joué Trudeau et Chrétien.Un chapitre est consacré au référendum de 1995.On y voit que le Canada anglais et le gouvernement d\u2019Ottawa font tout, au grand mépris du jeu démocratique, pour influencer les résultats du vote.Le mépris des médias anglophones pour le Québec est inimaginable.Pour eux, « les Québécois sont des analphabètes ignorants qui suivent aveuglément des chefs autoritaires sans se poser de questions » (p.173).Ce mépris va aussi aux immigrants et aux autochtones.Le génocide des Béotuks de Terre-Neuve, par exemple, dépasse toutes les bornes.La ségrégation raciale envers les Noirs a été pratiquée au Canada anglais de façon révoltante au début 212 du vingtième siècle, et elle était « entérinée par l\u2019appareil judiciaire canadien et ontarien » (p.257).Et enfin, le dernier chapitre du livre traite de la discrimination raciale envers les Asiatiques, et spécialement les Chinois, en Colombie-Britannique et dans tout le Canada anglais.Le premier tome du Livre noir du Canada anglais avait valu à son auteur sa suspension de Radio-Canada.Ce n\u2019est pas celui-ci qui va lui mériter le pardon de la Société d\u2019État ! Bien au contraire, car la duplicité de cette institution, son manque d\u2019objectivité à l\u2019endroit du Québec sont encore plus patents dans ce dernier ouvrage que dans le précédent.Mais au-delà des faits ponctuels et des conflits circonstanciés, ce que ce livre de Lester et le précédent illustrent de façon flagrante, c\u2019est que le Québec ne pourra s\u2019entendre avec le Canada anglais sans se renier lui-même, car ce dernier est toujours inspiré par l\u2019impérialisme britannique qui ne souffre pas qu\u2019existe tout ce qui lui est réfractaire, tout ce qui s\u2019affirme différent.L\u2019impérialisme anglais est négateur de tout ce qui n\u2019est pas lui.C\u2019est pourquoi il est impossible de réformer la Confédération pour que le Québec y soit à l'aise.Tous les débats, toutes les mesures de réconciliation ou d\u2019entente sont inefficaces parce que faussés au point de départ, comme cela est apparu à Meech, à Charlottetown.Trudeau et Chrétien, dupes autant que fourbes, ont pataugé dans ce bourbier.Les Québécois, les Canadiens français qui ne font pas le jeu passent pour des intolérants, et Mordecai Richler et les journaux anglophones les présentent aux États-Unis et en Europe comme des racistes, des xénophobes, des antisémites, alors qu\u2019ils veulent tout simplement et timidement être eux-mêmes.Le livre de Lester rapporte des faits qui parlent par eux-mêmes.Je ne pense pas que le Canada anglais soit disposé 213 à en prendre connaissance.Les Québécois devraient eux les connaître afin de comprendre le contexte dans lequel se situent leurs luttes et leurs revendications, afin de ne pas se bercer l\u2019illusions.Paul-Émile Roy DENIS VAUCEOIS America, Les éditions du Septentrion, Sillery, 2002 C\u2019est de la belle ouvrage, du travail d\u2019édition comme seuls peuvent en faire, ici, Denis Vaugeois et le Septentrion.America est un fort beau livre.On en tirera un plaisir de lecture comme il n\u2019est pas donné souvent d\u2019en éprouver.Denis Vaugeois y jette un regard fort original sur l\u2019expédition de Lewis et Clark qui visait à trouver la vie navigable la plus directe pour atteindre le Pacifique.Cette expédition aura conduit à une formidable expansion territoriale, à la conquête de l\u2019Ouest qui donnera au peuple américain certains de ses plus puissants mythes fondateurs.Cette expédition, Vaugeois ne l\u2019examinera pas tant en analysant son impact sur la culture et géographie des États-Unis qu\u2019en la raccordant avec la plus méconnue de ses conditions de réussite.C\u2019est la contribution indispensable des guides canadiens, leur intime connaissance du territoire, leur érudition en matière de langues amérindiennes et leurs solides amitiés avec les diverses nations des régions à traverser qui aura permis à Lewis et Clark de passer à l\u2019histoire.Vaugeois entreprend donc de nous faire connaître ces « sans-grade », ces humbles mais farouches et indépendants artisans de l\u2019expédition.L\u2019Amérique française s\u2019y laisse entrevoir d\u2019une manière fascinante. 214 Les Toussaint et Jean-Baptiste Charbonneau, Henri Chatillon, Georges Drouillard, Pierre Ménard et tant d\u2019autres sortent de l\u2019ombre sous la plume alerte de Vaugeois.Ce sont des intrépides qui ne reculent devant rien ni personne, des aventuriers qui ont su se faire connaître et apprécier des peuples amérindiens dont ils connaissent les langues et les moeurs.Un grand nombre d\u2019entre eux y ont pris épouse et sont eux-mêmes métissés.L\u2019auteur a beau nous mettre en garde, il est difficile de retenir notre imagination et de ne pas se délecter d\u2019un peu d\u2019histoire conjecturelle.Qu\u2019aurait été l\u2019Amérique française, qu\u2019aurait donné cette culture synthétique que les truchements et coureurs des bois avaient commencé de faire émerger dans les échanges avec les peuples autochtones ?Comment auraient cohabité cette culture métissée et les colonies plus homogènes des premières colonies ?Les questions fusent, des pistes inouïes s\u2019ouvrent laissant regretter encore plus amèrement le rendez-vous manqué.Inéluctablement, tristement surgissent entre les lignes le souvenir tragique du peuple Bois-Brûlé, le destin pathétique de Gabriel Dumont, l\u2019exécution de Louis Riel comme en écho au massacre de Wounded Knee, à la guerre d\u2019extermination menée contre les tribus des Plaines.Une autre civilisation a bien failli être possible.Reprenant le fil de la lecture, l'on ne peut qu\u2019être à nouveau transporté par la finesse d\u2019observation d\u2019un Vaugeois qui a su allier la critique de ses sources avec l\u2019aventure en elle-même que constitue l\u2019édition des neufs volumes du rapport d\u2019expédition.L\u2019éditeur et le chercheur se rejoignent pour nous faire connaître les auteurs des plus importants travaux et nous faire découvrir à travers leurs contributions les richesses des archives.C\u2019est un véritable trésor iconographique et cartographique que l\u2019ouvrage nous laisse apercevoir.Suivant pas à pas les explorateurs, Vaugeois fait de son lecteur un aventu- 215 rier découvrant avec eux des paysages fabuleux, y rencontrant des personnages non moins éblouissants telle cette Sacagawea, indienne Snake, épouse de Toussaint Charbonneau, marchand canadien vivant chez les Hidatsas.Elle servira de guide, son mari d'interprète.La place qu\u2019elle tient dans la vie quotidienne de l\u2019expédition fournira la matière et la trame d\u2019un grand mythe littéraire qui fera d\u2019elle une figure emblématique qui n\u2019est pas sans rappeler celle de Dollard Des Ormeaux.Des milliers de statues, de topo-nymes, de plaques commémoratives, d\u2019œuvres d\u2019art de toutes sortes perpétuent sa mémoire embellie par le souffle épique.Vaugeois montre bien l\u2019écart entre le mythe et la réalité du personnage, écart qui n\u2019a pas empêché le gouvernement américain de retenir le personnage de Sacagawea en effigie sur une pièce de monnaie.Ces pages mériteraient d\u2019être lues et relues par tous les pourfendeurs du mythe de Dollard.America constitue d\u2019ores et déjà un incontournable.Ce livre constitue une formidable introduction à l\u2019histoire de ce continent.Vaugeois ne s\u2019y gargarise pourtant pas d\u2019américanité.Il assume tout simplement une tradition historiographique et il le fait de manière éclatante.L\u2019Amérique française n\u2019est pas un fantasme compensatoire.Elle a été un possible civilisationnel.Il est nécessaire d\u2019y revenir en cette période où nous menace la régression identitaire.Le rappel de la contribution de ces obscurs « Frenchmen », de ces engagés qui ont été de véritables passeurs entre des mondes ne va pas sans imposer la réflexion sur le rôle fondateur de la différence.Un peuple est né en Nouvelle-France dont tout le potentiel n\u2019a pu se déployer par l\u2019effet de la Conquête et des mouvements continentaux.Mais l\u2019Amérique française qu\u2019il avait entrepris de façonner peut encore servir sa mémoire et, 216 surtout, lui inspirer un avenir.Denis Vaugeois apporte ici un précieux matériau.À déguster.Robert Laplante SIR ARTHUR CONAN DOYLE Les Réfugiés, Roman historique, traduit et adapté de l\u2019anglais par Ismène Toussaint, Montréal, Stanké, 2003, 360 p.Ce roman historique, écrit par Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes, a été publié en 1908 sous le titre The Refugees.Ismène Toussaint en donne ici une version française élégante qui intéressera tous ceux qui veulent mieux connaître la civilisation française du dix-septième siècle et la Nouvelle-France à l\u2019époque de Louis XIV.Figurent dans ce récit Louis XIV, Madame de Montespan, Madame de Maintenon, Bossuet, le père LaChaise, Frontenac, entre autres.Le drame est provoqué par la révocation de l\u2019Édit de Nantes qui chasse les protestants du Royaume de France.Le personnage romanesque, Amory de Catinat, est un jeune officier des Gardes du roi.Il est amoureux de la fille d\u2019un riche marchand de draps huguenot.Comme Garde du roi, il assiste au conflit qui s\u2019élève entre Mme de Montespan et Madame de Maintenon, et doit s\u2019effacer avec ses amis s\u2019il ne veut pas subir les foudres de la répression royale.C\u2019est ainsi qu\u2019il se réfugie en Nouvelle-France où il se retrouve au milieu de conflits entre les Français et les Iroquois.Ce roman est écrit à la manière des romans historiques du XIXe siècle qui situent dans un cadre d\u2019époque des aventures sensationnelles.Intrigues, batailles, fuites, histoires 217 amoureuses s\u2019entremêlent dans un récit nerveux qui accroche le lecteur.C\u2019est moins la vérité historique qui est évoquée qu\u2019une certaine couleur locale constituée de détails réalistes et de données fantaisistes.J\u2019ai retenu un portrait des anciens Canadiens qui intéressera, je crois, les lecteurs de L\u2019Action nationale.Je cite le paragraphe au complet car il me semble remarquable.Arthur Conan Doyle écrit : « Alors que les colons anglais se contentaient de vivre dans des domaines prospères, les Français avaient lancé d\u2019audacieux pionniers jusqu\u2019aux confins les plus éloignés de l\u2019Amérique : des missionnaires en robe noire ou des chasseurs en veste de cuir avaient dessiné la carte des lacs et fait du troc avec les Sioux féroces des grandes plaines.Marquette avait descendu l\u2019Illinois jusqu\u2019au Mississipi et suivi le cours de ce grand fleuve jusqu\u2019au rapide Missouri.La Salle s\u2019était aventuré encore plus loin, franchissant l\u2019Ohio jusqu\u2019au golf du Mexique, portant le drapeau français à l\u2019endroit où s\u2019édifierait plus tard la ville de la Nouvelle-Orléans.D\u2019autres avaient poussé vers les montagnes Rocheuses et les étendues sauvages du Nord-Est : ils prêchaient, faisaient du troc, trichaient, baptisaient.Le courage inébranlable et l\u2019imagination fertile dont ces aventuriers faisaient preuve leur permettaient de faire face à tous les dangers.Les Français étaient au nord des colonies anglaises ; ils étaient au sud, ils étaient à l\u2019ouest.Aujourd\u2019hui, si le continent n\u2019est pas français, la faute n\u2019en incombe certes pas à cette race de fer que formaient les premiers Canadiens ».Dans Journal et Souvenirs, 1, Félix-Antoine Savard cite un autre texte magnifique sur les Canadiens de Sir Arthur Conan Doyle que j\u2019ai moi-même traduit et reproduit dans Lectures québécoises et indépendance.Comme dirait Savard, ces deux textes forment une heureux constaste avec les propos de Durham.Paul-Émile Roy 218 LIVRES REÇUS Gérard Bouchard Raison et contradiction, le mythe au secours de la pensée, Éditions Nota bene/Cefan, 2003, 130 p.Josiane Boulad-Ayoub et Luc Bonneville Souverainetés en crise, Presses de l\u2019Université Laval, L\u2019Harmattan, 2003, 569 p.Raphaël Canet et Jules Duchastel (sous la direction de) La nation en débat, Entre modernité et postmodemité, Éditions Athéna, 2003.Gil Courtemanche La seconde révolution tranquille, Démocratiser la démocratie, Boréal, 2003, 176 p.Stéphane Courtois Enjeux philosophiques de la guerre, de la paix et du terrorisme, Presses Université Laval, 2003, 341 p.Daniel Dagenais Hannah Arendt, le totalitarisme et le monde contemporain, Presses Université Laval, 2003, 609 p.Nelson-Martin Dawson Des Attikamègues aux Têtes-de-Boule, Mutation ethnique dans le Haut Mauricien sous le régime français, Septentrion, 2003,168 p. 219 Lucie Desrochers Œuvres de Femmes, 1860-1961, Publications du Québec, 2003, 207 p.Jules Duchastel (sous la direction de) Fédéralismes et mondialisation, L\u2019avenir de la démocratie et de la citoyenneté, Éditions Athéna, 2003.Lucia Ferretti Histoire des Dominicaines de Trois-Rivières, Septentrion, 2002,\t190 p.Corinne Gendron, Jean-Guy Vaillancourt (sous la direction de) Développement durable et participation publique, De la contestation écologiste aux défis de gouvernance, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2003.Marie-Lise Gingras Wilbrod Bherer, Un grand Québécois, 1903-1998, Septentrion, 2003,\t475 p.Gilles Havard Empire et métissages, Indiens et Français dans le Pays d\u2019en Haut, 1660-1713, Septentrion - Presses de l\u2019Université de Paris-Sorbonne, 2003, 864 p.Gisèle Huot, Pierre Trépanier et Juliette Lalonde-Rémillard Lionel Groulx, Correspondance 1894-1967, L\u2019intellectuel et l\u2019historien novices, 1909-1913, Tome3, Édition critique, Fides, 1050 p.Josée Kaltenback Les plages et les grèves de la Gaspésie, Fides, 2003, 323 p.Denis Lazure Médecin et citoyen, Éditions Boréal, 2002, 400 p. 220 Yvon Leclerc, Claude Béland (sous la direction de) La voie citoyenne, Pour renouveler le modèle québécois, Éditions Plurimedia, 2003.Paul-Marcel Lemaire Portrait inachevé de Fernand Dumont, Éditions du Marais, 189 p.Lucie Piché Femmes et changement social au Québec, L\u2019apport de la jeunesse ouvrière catholique féminine, 1931-2966, Presses Université Laval, 2003, 349 p.Daniel Tanguay Léo Strauss, Une biographie intellectuelle, Éditions Le Collège de philosophie - Grasset, 2003, 338 p.Nelson Tardif Au nom du marché, Regards sur une dimension méconnue du libéralisme économique : sa violence sacrificielle, MNH, 2003, 192 p.Laurier Turgeon Patrimoines métissés, contextes coloniaux et postcoloniaux, Éditions de la Maison des sciences de l\u2019homme, Paris et des Presses de l\u2019Université Laval, 2003, 234 p.Pierre Vadeboncœur, La justice en tant que projectile, Lux Éditeur, 2002, 98 p.Denis Vaugeois America, L\u2019expédition de Lewis et Clark et la naissance d\u2019une nouvelle puissance, Septentrion, 2003, 263 p.Jean-Philippe Warren L\u2019engagement sociologique, la tradition sociologique du Québec francophone, Boréal, 2003. CHRONIQUES La publication des bulletins du lundi dans la revue reprendra dans le prochain numéro.En attendant, vous pouvez les consulter sur notre site Internet www.action-nationale.qc.ca Chroniques 222 23! Courrier des lecteurs Index de nos annonceurs 222 COURRIER DES LECTEURS JEAN CHAREST PELERIN ET PATINEUR Jean Charest a fait son pèlerinage à New York.Il doit faire allégeance à ses maîtres.Il fera sans doute la même chose à Ottawa sous peu.Il est l\u2019élu, par électeurs québécois frileux interposés, de la libre entreprise et des politiciens de tous les statu quo.On ne peut s\u2019attendre à plus de cet homme qui a quitté Ottawa la mine basse et les fesses serrées.Son allégeance est totale.Il a trouvé Colin Ex-colombe Powell charmant.Il trouvera sans doute Stéphane Dion tout à fait parlable.Cela dit, Jean Charest se met en branle et commence à patiner.Son programme électoral, il le trouve lourd à porter.Trop de promesses, trop de largesses, l\u2019embarras est manifeste.L\u2019éducation, la santé, le dossier des défusions, ça faisait bien, il y a peu, de tout promettre, comme si on n\u2019était pas assuré de prendre le pouvoir.Priorité à la santé, priorité à l\u2019éducation, place aux citoyens dans le dossier des défusions, démocratie !, et puis après ?Moins d\u2019impôts aussi, beaucoup moins.Mais la liberté d\u2019agir est moins grande par la faute de Pauline Marois, évidemment.Alors, on attend, on tente de lancer des projets ou des idées, on patine avec un art pas très assuré.Jean Charest s\u2019aperçoit que c\u2019est moins facile qu\u2019il n\u2019y paraît de gouverner 223 avec conscience, efficacité et sérieux.La chance au coureur ?Si vous voulez, mais le coureur était bien prêt à gouverner quand il montait aux barricades durant la campagne électorale.Je ne lui pardonnerai jamais sa déclaration malhonnête sur les propos de Jacques Parizeau lors du débats des chefs.Là, pas de chance au coureur.Il fut petit, il le restera, malgré sa gouverne.Richard Desgagné, Chicoutimi LA VACHE FOLLE M.le ministre, Au moment où j\u2019écris ces quelques lignes, le SRAS et la maladie de la vache folle, qui font des ravages économiques en Ontario et dans l\u2019Ouest, font aussi des victimes économiques au Québec.Que votre gouvernement prenne tous les moyens techniques et financiers à sa disposition pour combattre ces 2 fléaux de fait pas de doute dans l\u2019esprit de la population.Toutefois, l\u2019obligation d\u2019être solidaire du seul fait que nous appartenons au Canada est tout à fait injuste pour les secteurs de l\u2019industrie qui sont aussi fiables, que si nous vivions dans un pays totalement indépendant.Monsieur Dion, l\u2019immobilisme commence à faire mal dans l\u2019ensemble des régions du Québec.Pourquoi ne pas entreprendre une campagne qui favorise que chacune des régions du pays puisse être considérée comme autonome, lorsqu\u2019il s\u2019agit de ne pas nuire à l\u2019économie de cette région, le Canada en étant le premier bénéficiaire, fiscalement parlant. 224 La flexibilité que réclame le Québec à l\u2019intérieur du Canada, depuis 50 ans et qui était défendu par votre père, Léon Dion, ne peut trouver meilleure justification que ce que nous vivons actuellement.Croyez-vous aider le gouvernement de monsieur Jean Charest, en laissant la pression monter dans l\u2019opinion publique et dans le secteur économique, pour des problèmes dont nous pouvons être solidaires sur le plan fiscal, mais dont on ne voit aucun avantage à souffrir par solidarité, cela ne profite à personne.Pendant le verglas, on n\u2019a pas demandé aux canadiens de couper leur approvisionnement en électricité par solidarité.Toutefois, on a apprécié leur support qu'ils nous ont apporté.Gouverner, c\u2019est aussi avoir de l\u2019imagination, monsieur Dion.André Mainguy, retraité, Longueuil PIERRE BOURGAULT (.) La mort de Pierre Bourgault survient un jour où les Québécois ont élu deux députés fédéralistes pour remplacer deux bloquistes.Il n\u2019est pas inutile de souligner cette ironie de l\u2019histoire.Les Québécois se résignent-il une fois de plus à une capitulation tranquille ?Il reste à espérer que le décès de ce grand indépendantiste qu\u2019était Bourgault fasse réfléchir les Québécois français sur leur avenir dans la fédération canadienne.Normand Rousseau, Gatineau La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 44g rue Notre-Dame, Drummondville (81g) 478-2jig ou 1 800 g4j-2jig Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec \tSOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL À\tMaison Ludger-Duvernay M/*\t SS JB /AV\t ?\t82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal H2X 1X3 \tTél.: (514) 843-8851\tTélécopieur : (514) 844-6369 Le réseau de la fierté québécoise Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca \u2022Souveraineté du Québec Cnncjue franr/iise Tête nationale Assurance vie Société Saint-Jean-Baptiste deh MA URICIE «Mmt.ttjb8MBurici9.qc.ee 375-4881 o 1-808-821-4881 À votre service plus que jamais ! Qualité et service assurés tel.: (450) 449-5818 fax.: (450) 449-2140 courriel : adm@marcveilleux.com Marc Veilleux Imprimeur \u2022\tLivres ( 200 à 10 000 exemplaires ) \u2022\tManuels techniques \u2022\tListes de prix \u2022\tRapports internes \u2022\tCatalogues \u2022\tDépliants \u2022\tBrochures Marc Veilirtix.président OPTIMUM SOCIÉTÉ D'ASSURANCE INC.Anciennement connue sous le nom de Société Nationale d\u2019Assurance inc.425.boul.de Maisonneuve Ouest Bureau 1500 Montréal (Québec) H3A 3G5 (514) 288-8711 227 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président Pierre Noreau Vice-président Alain Laramée Secrétaire Jacques Brousseau Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers Robert Ladouceur Jean-Marc Léger Paul-Émile Roy Ex Officio Robert Laplante Secrétariat Yves Fortin Laurence Lambert Membres Pierre de Bellefeuille Mathieu Bock-Côté Jean-Jacques Chagnon Lucie Clément Marie-Noëlle Ducharme Christian Gagnon Jean Genest Colette Lanthier Jacques Martin Yves Michaud Jacques-Yvan Morin Gilles Rhéaume Michel Seymour Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Nicole Boudreau Jacques Boulay Guy Bouthillier Hélène Chénier Delmas Lévesque Pierre Dupuis Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard Jean-Charles Claveau Georges Meyers Çot^ei txo/pp f^écèt^e / Protégez l'avenir de L\u2019Action nationale ! Le vrai mécénat regroupe des amis dispersés dans l\u2019espace, réunis par un même but et un même goût du pays.L\u2019entraide est la forme la plus démocratique de la volonté des citoyens d\u2019améliorer le tissu de leur vie et de leur avenir collectif.Le mécénat assurera le développement de L\u2019Action nationale et lui permettra de prendre des initiatives qui contribueront à bâtir ce pays maintenant à portée de main.Certains donateurs nous ont laissé des legs qui augmentent le capital de notre Fondation.Nous exprimons notre gratitude à ces généreux mécènes : Monsieur Patrick Allen Monsieur Gaston Beaudry Monsieur Henri-N.Guilbault Monsieur Émile Poissant Monsieur Hector Roy Monsieur Bernard Vinet.D\u2019autres amis de la revue adhèrent au CLUB DES 100 ASSOCIÉS en souscrivant 1000 $ et plus.Leurs noms apparaissent dans la page voisine.À tous, nous exprimons notre reconnaissance par une volonté indéfectible de produire une revue qui présente des analyses sur les enjeux du développement au pays du Québec. 220 CLUB DES too ASSOCIÉS Fernand Allard Patrick Allen y François-Albert Angers Gaston-A.Archambault f Jean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron Yvan Bédard Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin f Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Lucie Lafortune 'f Anna Lagacé-Normand Bernard Lamarre Denis Lazure Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin y Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost René Richard f Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier y Réal Trudel Cécile Vanier Claude-P.Vigeant Madeleine Voora Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L'article demandé peut comprendre de io à 20 pages.Le compte rendu d'un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Révision Marc Veilleux Mise en pages Jean-Marie Pesci, Atoumédia, Rawdon Impression Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville 231 INDEX DES ANNONCEURS 206 Allard & Carrière C3 Bouvier 69\tCaisse d\u2019économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs 205 Cap-aux-Diamants 6 Devoir, Le 5 FondAction 68 Loto-Québec 225 Mouvement national des Québécoises et Québécois 205 Optimum, Gestion de placements 70\tOptimum placements 228 Optimum, Société d\u2019assurance 206 Rassemblement pour un Pays souverain 206 Sansregret, Taillefer et Associés 225 Société Saint-Jean- Baptiste de la Mauricie 225 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 225 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 206 Translatex Communications + 228 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc. ABONNEMENT Prix Richard-Arès TO\t20 numéros numéros Abonnement 51 $\t-\t95\t$ Institution 90 $\t-\t150\t$ Abonnement de soutien 150 $\t-\t250\t$ Étudiants 30 $\t-\t50\t$ Autres pays 90 $\t-\t150\t$ Paiement par VISA accepté Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.ISSN-OOOI-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 Courriels pour joindre : - la rédaction : revue@action-nationale.qc.ca - l\u2019administration : administration@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca LES SACRIFIÉ?DE LA ÉONNE ENTENTE HISTOIRE DES FRANCOPHONES ¦rÆjF ;Ætof!ONTIfl|C m.Jn\ty \\ ¦L r&S.\tLuc Bouvier\tri Action Comité d'action f » ELLE: uLES AU POUCE 240 PAGES D\u2019HISTOIRE ILLUSTRÉE DES FRANCOPHONES DU PONTIAC Commandez le livre de Luc Bouvier à seulement 16,45 $ à L'Action nationale. i&i&ifiQ volume XCIII numéro 7 SEPTEMBRE 2003 envoi de publication enregistrement N° 09113 "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.