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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2003-10, Collections de BAnQ.

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[" NATIONALE Volume XCII1 numéro 8 OCTOBRE 2003 Éditorial Vivre ou s\u2019étioler -Robert La plante\t2 Articles « Les communautés culturelles » Un recul regrettable -Simone Darrieux\t8 La « diversité des cultures » -Jean-Marc Léger\t12 Mirabel : Une étude fédérale en doutait -Claude Cendron\t17 Qui ose encore parler français ?-Denis Monière\t23 Duale ruralité -\tMarc-Urbain Proulx\t27 Gaston Miron, poète engagé et dégagé -\tAndré Caulin\t33 Dossier Lire Lionel Groulx Les deux Groulx de Bouchard : un monstre de contradiction -\tJoseph-Yvon Thériault\t46 À propos de Lionel GrouLx et « Les deux chanoines » -\tDr Jacques Cenest\t52 Le livre de Boily, un pamphlet déguisé en ouvrage savant.ou presque -\tLucia Ferretti\t66 Correspondances 1894-1967 -\tCilles Rhéaume\t84 La voix d\u2019une époque -\tLucia Ferretti\t88 Lire En primeur\t124 Les essais\t134 Livres reçus\t162 Chroniques Le Bulletin du lundi\t166 Courrier des lecteurs\t174 Index de nos annonceurs\t183 ^4 \u2022r-¦ .L.'*'.'11 Clarence Gagnon Village, Charlevoix Vers 1930 Gouache sur papier Musée de Charlevoix litote 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3C5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue® action-nationale.qc.ca administration®action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante \u201d\tDirectrice adjointe : Laurence Lambert.Comité de rédaction : Sylvain Deschênes, rédacteur et conseiller en communication ; Lucia Ferretti, professeure d'histoire ; Henri Joli-Cœur, administrateur ; Robert Laplante ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Monique Dumais, théologienne, Université du Québec à Rimouski ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Simon Langlois ; Anne Legaré ; André Juneau.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d\u2019envoi postal » 2 ÉDITORIAL Robert Laplante VIVRE OU S\u2019ÉTIOLER C\u2019était prévisible.Un certain nombre de nouveaux élus libéraux commencent à réaliser dans quelle galère ils ont été conscrits.Les notables, les carriéristes de bon aloi, les candides heureux de se laisser porter par l\u2019air du temps, les inconditionnels du Canada n\u2019ayant de culture politique que celle de l\u2019indigence prête à tout pour ne pas faire de chicane, les bon-ententistes repus, ils sont plusieurs de ce beau monde à découvrir l\u2019ingratitude des rôles de figurants.Et à éprouver l\u2019inconfort de faire face à ses concitoyens avec un discours préfabriqué dont les plus vifs réalisent désormais qu\u2019il ne servira qu\u2019à miner les acquis et à compromettre l\u2019avenir.La capitulation ne sera pas confortable, la régression historique se fera dans la douleur et ils sont nombreux à réaliser qu\u2019il sera difficile de se composer un personnage, de se draper dans une légitimité prétextant la bonne foi.Le Canada a un prix et quand on y souscrit, c\u2019est en consentant à y verser la souffrance de notre peuple.On comprend que certains commencent à avoir honte.Ils ne sont malheureusement pas les premiers à qui cela arrive.Notre histoire politique est truffée d\u2019exemples de ces bonnes bouilles qui ont été broyées par la violence des rapports de domination.Elle est aussi remplie d\u2019exemples de ces carrières qui ont permis de dresser l\u2019image du politicien médiocre, souvent 3 vénal, qui ont transformé nos luttes en système de patronage, nos enjeux en pactoles à se distribuer pour se payer de gérer la dépendance.Il faut avoir le courage de regarder les choses en face et de se le rappeler : la politique qui cherche à liquider la question nationale québécoise n\u2019a jamais donné d\u2019autres fruits que ceux-là.Il faut relire Dumont (Genèse de la société québécoise) ou Stéphane Kelly (La petite loterie) pour prendre la mesure du risque que nous fait courir le gouvernement Charest.La soumission active et le consentement enthousiaste à l\u2019ordre Canadian se sont toujours payés du prix de la dégradation de la vie démocratique québécoise.Un peuple dominé n\u2019a jamais pu tirer orgueil et fierté de ceux-là qui font carrière à aménager son asservissement.Pour l\u2019instant, la grogne et l\u2019inquiétude en appellent du sort des valeurs libérales.Ah ! la compassion ! Même Claude Ryan a eu ses émois.Mais le courage qu\u2019ils n\u2019ont pas à assumer notre existence nationale, les députés libéraux ne pourront pas l\u2019avoir pour autre chose sinon pour la petite politique, celle qui leur fera chercher les gestes pouvant les assurer de leur réélection ou, à défaut, d\u2019un avenir confortable négocié sur une réputation de smart guy.Ainsi vont les choses.Un peuple s\u2019assume ou il se résigne.Ses idéaux inspirent et façonnent ses institutions et sa gouverne ou ils sont travestis.Les libéraux aiment tellement le Canada qu\u2019ils acceptent de faire du Québec ce qu\u2019Ottawa veut qu\u2019il soit.Voilà le sens profond de la réingénérie.Tout le reste n\u2019est qu\u2019accessoire.Cela ne veut pas dire inoffensif, cependant.L\u2019anti-étatisme primaire, le culte du privé et les dogmes du marché pavent la voie non seulement à l\u2019accroissement des inégalités sociales et à la dilapidation du patrimoine et des acquis historiques, mais aussi à la corruption et au dévoiement des institutions publiques.Les rappels à cet égard ont 4 été nombreux au cours des dernières semaines.Ils n\u2019ont trouvé, pour l\u2019heure, que des préventions rhétoriques.Dans les faits, ce sont les contrats et appels d\u2019offre aux sociétés privées pour conseiller le gouvernement sur son propre programme qui constituent les seules vraies réponses : celles qui font saliver les puissances d\u2019argent et ceux-là qui rêvent de jouer les barons de la bourgade.« Nous sommes prêts » nous avaient-ils pourtant seriné tout au long de la campagne électorale avec cette si habile technique de la restriction mentale qui consistait à ne pas trop laisser voir à quoi ils étaient prêts.On comprend désormais qu\u2019ils sont prêts à tout pour ne pas faire le choix du Québec.On les entend déjà se gargariser des formules creuses : « Vous verrez, les choses vont s\u2019améliorer avec l\u2019arrivée de Paul Martin ».Elles vont tellement s\u2019améliorer que l\u2019homme continue de promettre de piétiner les compétences québécoises, qu\u2019il ne manifeste pas la moindre ouverture aux appels pour corriger le déséquilibre fiscal, qu\u2019il n\u2019entend rien modifier d\u2019essentiel au pillage de la caisse d\u2019assurance-emploi.Mais qu\u2019à cela ne tienne ! Elles vont s\u2019améliorer parce que Jean-Marc Fournier est content de demander à Ottawa de lui passer par-dessus la tête pour s\u2019entendre avec les municipalités.Elles vont s\u2019améliorer parce que Benoît Pelletier est ravi de nous présenter comme le principal bassin démographique d\u2019une grosse minorité.Elles vont s\u2019améliorer parce que Jean Charest va faire la politique des autres avec son Conseil de la fédération.Elles vont s\u2019améliorer parce des compagnies vont faire de l\u2019argent à gérer notre rapetissement.Elles vont s\u2019améliorer parce qu\u2019il y aura de la business à faire à dépecer le Québec et des carrières d\u2019entremetteurs qui vont s\u2019ouvrir.Elles vont surtout s'améliorer parce que la radicalisation de nos choix collectifs n\u2019est plus maquillable.Un peuple se 5 gouverne ou il s\u2019accommode de l\u2019espace qu\u2019on lui laisse.Il lutte et mise sur sa capacité de se dépasser ou il se laisse ballotter.La question nationale trouve chaque jour davantage son ultime voie d\u2019explicitation.Un peuple vit de son courage ou il s\u2019enlise dans la médiocrité.La question du statut politique est devenue purement et simplement une question existentielle.Notre peuple est face à son destin : vivre ou s\u2019étioler.? 1 Economisez i éO % sur le prix en kiosque ! Recevez Le Devoir A VOTRE PORTE du lundi au samedi pour seulement ,74$ par semaine ( taxes en sus) Abonnez-vous par téléphone, c\u2019est facile et rapide ! 3 p Composez le (514) 985-3355 pour la région de Montréal, ou le 1 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.B* * Prix basé sur l\u2019abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot.i\tn.mâ >\t'**4 Al Sh&jfè\".i ARTICLES \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 8 ARTICLES Simone Darrieux* « LES COMMUNAUTÉS CULTURELLES » UN RECUL REGRETTABLE Après quelques années de progrès dans certaines instances gouvernementales, il semblerait que l\u2019utilisation courante de l\u2019expression « communautés culturelles » revient à la mode, un recul regrettable et troublant, même s\u2019il pourrait faire l'affaire de certains qui prétendent représenter ces « communautés ».Avec la création du ministère des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration, cette expression de nature exclusive avait enfin été écartée en faveur des expressions qui reconnaissaient mieux le statut de citoyen à part entière de ceux et de celles qui sont de teint, de foi ou d\u2019accent étranger.Le débat sur les enjeux du phénomène de la diversité croissante au Québec a continué, mais avec des façons plus inclusives d\u2019identifier les individus qui sont la source de cette diversité.Les « femmes » signifie un ensemble d\u2019individus.Les « handicapés » signifie un ensemble d\u2019individus, même que l\u2019on se réfère plus souvent aux « personnes » handicapées ou ayant une incapacité.Même chose pour les « jeunes » ou les « personnes âgées ».Mais « communautés culturelles » signifie un ensemble de groupes.Il s\u2019agit d\u2019un concept qui veut caser des individus selon leur origine, leur couleur ou leur foi.Militante du Parti québécois. 9 L\u2019expression a été adoptée dans les années 1970 par le gouvernement du Parti québécois avec la très honorable intention d\u2019éviter d\u2019autres termes considérés dans le temps exclusifs ou péjoratifs.Le ministère des Communautés culturelles voulait faciliter l\u2019intégration des « communautés culturelles ».Visons-nous vraiment à intégrer les « communautés », ou plutôt les individus ?Aujourd\u2019hui on appellerait ce genre de virage vocabulaire de la « rectitude politique ».L\u2019expression ne se trouve plus dans le programme du Parti québécois ni dans le titre du comité national mandaté de se pencher sur la question de diversité, qui se nomme maintenant le Comité national de la citoyenneté et de l\u2019intégration.Le Bloc québécois a un comité semblable.Le Parti libéral du Québec retient l\u2019ancien vocabulaire avec une Commission des communautés culturelles.Aucune autre société au monde n\u2019utilise cette expression.Un comité de l\u2019ONU a même posé une question plus tôt cette année à la délégation canadienne sur la signification de l\u2019expression « minorité visible ».Semble-t-il qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une expression typiquement (et uniquement ?) canadienne.Le Québec n\u2019est pas la seule société à inventer des expressions dans ce domaine.Il faut reconnaître que le recentrage du vocabulaire au Québec sur les termes plus inclusifs, plus en lien avec le concept de la citoyenneté, n\u2019a jamais été complètement admis dans l\u2019ensemble du discours gouvernemental.Certains ministères n\u2019avaient pas saisi la distinction et persistaient avec l\u2019expression « communautés culturelles ».Les médias n\u2019ont jamais lâché l\u2019expression non plus.Il est par contre important de réfléchir aux messages envoyés par certaines expressions.L\u2019exclusivité peut être io insidieuse.En voulant bien faire, les effets pervers peuvent surgir.Dans le passé, il circulait des histoires des personnes de couleur, pas nécessairement immigrantes, référées au ministère des Communautés culturelles pour avoir accès à une carte d\u2019assurance maladie.Une femme de couleur s\u2019est plainte qu\u2019elle devait s\u2019identifier comme Noire, et non simplement comme Québécoise, pour avoir accès à des fonds de démarrage d\u2019entreprise parce qu\u2019un fonds particulier pour les Noirs avait été créé relevant du ministère des Communautés culturelles et non du ministère de l\u2019Industrie.La mesure du succès des programmes d\u2019accès à l\u2019égalité devient presque impossible avec une expression si floue et indéfinissable.Les Portugais font-ils une « communauté culturelle » ?Les Belges ?Les Juifs ?Si oui, dans quel contexte ?Plusieurs intervenants du milieu avaient été très heureux du virage vers le discours « citoyen ».Ils trouvaient qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une meilleure reconnaissance de la véritable place visée pour les personnes venues d\u2019ailleurs ou d\u2019héritage autre que français ou anglais.De plus, le virage de vocabulaire accompagnait une politique d\u2019adaptation à la diversité des services offerts à la population générale.Les immigrants sont référés aux mêmes services gouvernementaux que tous les autres Québécoises et Québécois, question de favoriser une intégration rapide et d\u2019assurer des services de qualité avec un personnel expert dans le domaine (recherche d\u2019emploi, démarrage d\u2019entreprise, services sociaux ou éducatifs, etc.).Le contact avec des personnes de même langue ou de même culture, si l\u2019individu le cherche, se fait généralement de façon naturelle.Le rôle de l\u2019État en matière de gestion de la diversité est en évolution au Québec comme ailleurs.Le phénomène de la diversification des populations se vit dans tous les pays du n monde.Dans les pays occidentaux, il fait généralement partie d\u2019une réflexion plus large sur la cohésion sociale et sur la citoyenneté.Ici comme ailleurs il est généralement reconnu et démontré que les concentrations ethniques ne concourent pas à la cohésion sociale ou à un sentiment d\u2019appartenance à la communauté politique dans son ensemble ou même à une intégration socio-économique réussie.Une attention est de mise dans le vocabulaire et les politiques publiques pour ne pas les encourager.?Rectificatif Un mauvais génie a dévoyé le titre d'une section de l'article que signait Charles Castonguay dans notre numéro de septembre.Il faut lire « Le dévoiement [et non le dévoilement] des données sur la langue maternelle » (p.85).Nos excuses à l'auteur. 12 ARTICLES Jean-Marc Léger LA « DIVERSITÉ DES CULTURES » QUESTION PRIMORDIALE, DÉBAT VITAL, FORMULE AMBIGUË Voici une décennie bientôt que l\u2019on a commencé à parler, dans un premier temps « d\u2019exception culturelle », ensuite de « diversité culturelle » mais il n\u2019y a guère plus de quatre à cinq ans que cette dernière formule a connu une fortune aussi rapide que suspecte, favorisée par une certaine ambiguïté et par l\u2019inévitable effet de mode.Les deux formules, loin de s\u2019opposer, se complètent et font référence à deux aspects d\u2019un débat vital.« L\u2019exception » n\u2019a rien de péjoratif ni de négatif : elle explique, justifie, autorise la campagne engagée à l\u2019échelle mondiale pour la difficile mais indispensable sauvegarde de la « diversité des cultures », expression plus conforme au génie de la langue que « diversité culturelle », parfait exemple de la faute courante qu\u2019est l'abus de l\u2019adjectif.Ni la diversité ni l\u2019exception ne sont évidemment « culturelles » de soi : il s\u2019agit de sauver, de préserver la diversité des cultures, de faire reconnaître dans les diverses négociations internationales sur le libre échange et la libre circulation des produits et des biens de toutes sortes, le principe de l\u2019exception en faveur ou au titre des produits d\u2019ordre culturel et, plus largement, de faire échapper les domaines de l\u2019éducation et de la culture aux redoutables contraintes du néolibéralisme. 13 Il importe de rappeler également, tant se développe autour de ce débat une dangereuse confusion, que la diversité des cultures s\u2019entend sur le plan international, dans les rapports entre États, dans les négociations multilatérales.Elle ne fait aucunement référence aux problèmes internes, aux situations propres à chaque pays, qui sont du ressort de la loi et de la politique nationales.Le débat fondamental autour de la sauvegarde de la diversité des cultures (et, dès lors, des langues et des identités) ne saurait être détourné de son objet et de son sens pour le bénéfice ou la promotion d\u2019un quelconque communautarisme.Vers une convention internationale Cela dit, il convient de se réjouir de la nouvelle prise de conscience des dangers graves, évidents et imminents auxquels sont confrontées la plupart des cultures et de l\u2019accord apparent de la majorité des États sur la nécessité d\u2019adopter un acte de droit international, dès lors contraignant, dans le cadre de l\u2019Unesco, à l\u2019occasion de la prochaine session de sa conférence générale.Il faut saluer au passage le rôle primordial joué dans ce combat (depuis plusieurs années déjà) par l\u2019axe France-Québec, en particulier, dans le cas de ce dernier, par la ministre des Relations internationales.La partie n\u2019est certes pas gagnée, il s\u2019en faut, notamment en raison des débats, parmi les partisans eux-mêmes de l\u2019exception, sur l\u2019ampleur des domaines concernés et sur le sens même de biens ou produits culturels et en raison, par ailleurs, de la position ou de l\u2019opposition des États-Unis, soucieux de réduire au minimum les éventuelles exceptions.Nous sommes fondés néanmoins à entretenir un certain optimisme du fait que la recherche de l\u2019accord sur l\u2019adoption d\u2019un acte international se fasse au sein de l\u2019Unesco, c\u2019est-à-dire l\u2019organe qui est précisément chargé dans le cadre des Nations unies de la coopération mondiale dans les domaines de l\u2019éducation, de la culture et de la science.L\u2019entreprise sera néanmoins ardue et le sera plus encore, et de loin, lorsqu il s\u2019agira de faire reconnaître la nature et les conséquences de l\u2019éventuel acte international par la redoutable Organisation mondiale du commerce, l\u2019OMC, championne du libre échange et de la libre circulation des produits de tous ordres et gardienne de l\u2019orthodoxie en la matière.Il est acquis d\u2019avance que tout y sera mis en œuvre pour limiter au maximum la portée de tout acte ou accord visant à faire échapper la culture dans son sens le plus large (éducation, science et culture) aux impératifs du néolibéralisme.On peut prévoir, dès lors, que le débat, ou plutôt le combat, sera long et ardu et même, sous les dehors de la courtoisie internationale, féroce, tant les enjeux sont vastes et vitaux, dans l\u2019ordre éducatif et culturel largement entendu mais aussi (et c\u2019est un autre chapitre, plus complexe encore) tant les intérêts et les appétits sont exacerbés dans le domaine dit des « industries culturelles », où le premier terme l\u2019emporte de loin sur le second.Au-delà de ces affrontements, et pour importantes qu\u2019en doivent être les conséquences d\u2019ordre économique et politique, il y a plus redoutable encore .les effets du nouvel ordre mondial sur l\u2019avenir des cultures, de toutes les cultures et des langues qui en sont à la fois le fondement et l\u2019expression.La dimension linguistique Il ne saurait y avoir en effet de sauvegarde, de préservation de la diversité des cultures sans un souci permanent, attentif et exigeant du salut des diverses langues car les deux causes sont intimement liées.Or, sous ce rapport, il se produit, depuis quelques années déjà, une sorte d\u2019inquiétante 15 rupture en certains milieux qui appellent au respect de la diversité des cultures, au moins dans le discours, mais acceptent et parfois favorisent le dépérissement des langues et l\u2019hégémonie de fait d\u2019une seule d\u2019entre elles.Il n\u2019est que de constater à cet égard la montée du « tout anglais », au moins de la prédominance croissante de l\u2019anglais dans la vie quotidienne de l\u2019Union européenne, dans l\u2019activité de la fausse Europe de Maastricht, dans les directives et les pratiques de son QG de Bruxelles.La grandeur et le message de l\u2019Europe résident essentiellement dans la diversité et la créativité, sur tous les plans, des pays qui la composent, de leurs cultures au sens le plus large du terme, alors que Bruxelles, sous l\u2019appellation pudique « d\u2019harmonisation », recherche l\u2019uniformisation dans tous les domaines et impose, de fait, l\u2019usage de l\u2019anglais comme langue commune.Chez nous même, la remontée insidieuse du bilinguisme généralisé dans le secteur public depuis quelques années (les institutions de toute nature, les organismes officiels et même les ministères) constitue un phénomène préoccupant qui aboutira à annihiler partiellement dans les faits la portée de la loi ioi et qui, déjà, en trahit l\u2019esprit.Il n\u2019est pas étonnant de constater, d\u2019autre part, le recul de l\u2019usage du français comme langue de travail parmi les immigrants des récentes années, ainsi que le confirment les données du dernier recensement de Statistiques Canada.Trop des nôtres éprouvent un sentiment de fausse sécurité à l\u2019abri de la Charte de la langue française : dans la défense de la langue, surtout chez nous, rien n\u2019est jamais acquis.Abaisser sa garde, c\u2019est déjà préparer la défaite dans les esprits, avant la déroute dans les faits.Il faut savoir être intransigeant quand l\u2019essentiel est en jeu. La liberté des hommes et des nations, si elle doit encore s\u2019exprimer demain, aura nécessairement le visage de la diversité des cultures à l\u2019échelle du monde.Ce sera l\u2019ultime chance, hélas très faible, de l\u2019universalisme, face à la montée constante de l\u2019uniformisation, sous la rassurante apparence d\u2019Une fausse mondialisation.Cette entreprise de conquête sans précédent des esprits et des âmes trouve de multiples relais et de puissants alliés dans toutes les sociétés occidentales.Il faut la clarté dans les concepts et la cohérence dans l\u2019action, dans l\u2019ordre international autant que sur le plan national.On ne saurait à la fois lutter pour la sauvegarde des cultures et applaudir au néolibéralisme mondial, celui-ci allant exactement à l\u2019encontre de celle-là.La tentative de sauvegarde de la diversité des cultures sera sans doute le dernier combat mené pour l\u2019humanisme dans le monde.? 17 ARTICLES Claude Gendron MIRABEL: UNE ÉTUDE FÉDÉRALE EN DOUTAIT AU MOMENT MÊME OÙ PROGRESSAIT LE CHANTIER Le premier ministre fédéral, Jean Chrétien, s\u2019apprête à nommer l\u2019aéroport international de Dorval Aéroport Pierre Elliott-Trudeau, camouflant davantage les déboires et la faillite du projet de Mirabel qu\u2019une étude fédérale mais indépendante, menée entre 1972 et 1974, avait pourtant prévus, qualifiant la décision du gouvernement d\u2019alors de « manque de jugement ».Du fond de ma retraite, je me suis rappelé certains événements qui s\u2019étaient alors produits, au moment où, décision prise, le chantier était hâtivement entrepris.En effet, le 31 mars 1974, alors que les travaux de Mirabel progressaient, le gouvernement fédéral recevait le compterendu d\u2019une étude qu\u2019il avait lui-même commandée et qui mettait en doute le bien fondé de sa décision de construire un deuxième aéroport pour la région de Montréal et son intention d\u2019en faire autant à Pickering pour celle de Toronto.Commandée par le ministère d\u2019État chargé des Affaires urbaines, l\u2019étude, dirigée par le professeur Maurice Yates, de l\u2019Université Queen\u2019s à Kingston (Ontario), portait sur l\u2019avenir de « l\u2019épine urbaine » du Canada, c\u2019est-à-dire la vaste région urbanisée dans l\u2019axe Windsor-Québec.Ce faisant, elle * Ancien journaliste et agent d\u2019information à la retraite. devait prendre en compte l\u2019évolution du transport entre les principales villes de l\u2019axe, y compris les services aériens et notamment les besoins futurs des aéroports de Toronto et de Montréal, pour répondre à la demande éventuelle, sur les plans intérieur et international.Le rapport, dont la version française s\u2019intitulait La Grand\u2019rue, de Québec à Windsor, fut loin de plaire à tout le monde et, après délais, tergiversations et traduction, ne fut publié qu\u2019en 1975, puis vite relégué aux oubliettes.Voici, au texte, dans la version française, ce qu\u2019il disait au sujet des deux projets, mais notamment de celui de Mirabel : «.Il y a lieu de se demander, en toute franchise, si ces aéroports sont vraiment nécessaires.Dans le cas de Mirabel, l\u2019argument principal qui, à mon avis, semble avoir fait pencher la balance en faveur de cet aéroport est le fait qu\u2019il pourrait stimuler le développement régional au nord de Montréal.Dans un cas comme dans l\u2019autre, les prévisions relatives au trafic-passagers et au trafic-avion peuvent être considérées comme trop optimistes, avec le résultat que les planificateurs ont donné à leurs projets des dimensions gigantesques.« En ce qui a trait à Mirabel, il serait peut-être bon de faire ressortir que les aéroports ne sont pas, en eux-mêmes, une force entrant en jeu dans l\u2019expansion économique.Ils peuvent subir l\u2019influence des forces qui existent déjà dans une région quelconque, mais ce ne sont pas eux qui créent ces forces.Il est sûr que les aéroports, s\u2019ils sont construits sur des emplacements qui en facilitent l\u2019utilisation, créent des emplois, mais ils ne produisent pas nécessairement un effet multiplicateur sur la croissance des emplois.De fait, très peu d\u2019industries choisissent tel ou tel emplacement en rai- 19 son de l\u2019existence d\u2019un aéroport, et par ailleurs, il n\u2019est pas dit que le bruit ne crée pas un effet multiplicateur négatif.« Par conséquent, c\u2019est probablement manquer de jugement que de préconiser la construction (à grands frais pour le public) d\u2019un aéroport pour stimuler l\u2019expansion économique, surtout lorsque l\u2019aéroport existant semble aisément en mesure de répondre aux besoins présents et futurs du trafic aérien pourvu qu'il soit quelque peu agrandi.«.De fait, dans tous les travaux de planification relatifs aux nouveaux aéroports de Montréal et de Pickering, on ne trouve aucune évaluation détaillée des incidences urbaines des investissements projetés.»: On comprend que le rapport ait été enfouis quelque part et que le ministère d\u2019État aux Affaires urbaines, comme on l\u2019appelait communément, créé en 1971, fut démantelé en 1976.Des deux côtés de la.frontière J\u2019ai pensé que ma petite expérience jetterait un autre éclairage sur les événements d\u2019il y a 30 ans.La voici.Disons qu\u2019au départ, j\u2019étais attaché de presse du ministre provincial des Affaires municipales, le Dr Robert Lussier, en 1968-1969, quand ont débuté les échanges parfois épineux, sinon acrimonieux entre Ottawa et Québec sur le choix de l\u2019emplacement du nouvel aéroport de Montréal.Quelques années après, je me suis retrouvé agent d\u2019information au ministère d\u2019État chargé des Affaires urbaines de 1972 à 1976.J\u2019avais accepté un poste à Ottawa, question de vérifier 1 Yeates M., La Crand'rue de Québec à Windsor (MAIN STREET : Windsor to Quebec City), The MacMillan Company of Canada Limited, en coopération avec le Ministère d'État aux Affaires urbaines et Information Canada, Ottawa, 1975 ; p.258-260. 20 personnellement derrière les coulisses le bien-fondé de mes doutes à l\u2019endroit de la fédération canadienne (doutes qui se sont avérés vrais, mais ça, c\u2019est une autre histoire).En 1968-1969, travaillant du côté québécois, j\u2019ai remarqué que plusieurs fonctionnaires provinciaux avaient le sentiment que leurs interlocuteurs fédéraux souhaitaient, sans l\u2019avouer, que le nouvel aéroport leur fût d\u2019abord facilement accessible ainsi qu\u2019aux politiciens fédéraux, étant tous, surtout aux niveaux supérieurs, de grands voyageurs devant l\u2019Étemel.Donc, si l\u2019aéroport devait être situé au Québec, il ne fallait pas qu\u2019il fût trop loin d\u2019Ottawa.Puis, si Québec avait prolongé l\u2019autoroute 50 jusqu\u2019à Hull (pardon, Gatineau), c\u2019eût été le bonheur ! De son côté, Québec souhaitait que le nouvel aéroport desservît l\u2019ensemble de la province en même temps que la région de Montréal et le Canada, d\u2019où sa préférence pour un site à l\u2019est de Montréal, plutôt qu\u2019à l\u2019ouest.C\u2019est donc dans les tiraillements politiques et techniques que le superbe et prodigue Premier Ministre fédéral d\u2019alors s\u2019empressa d\u2019inaugurer en grande pompe dès l\u2019automne de 1975 le grandiose aéroport de Mirabel à peine terminé et, pour la circonstance, transformé en vaste salle d\u2019exposition.Les fonctionnaires n\u2019eurent que trois mois, en été, pour s\u2019y préparer.J\u2019étais du nombre.Inutile de dire que lorsque le gouvernement de Pierre Elliott-Trudeau avait choisi le secteur de Sainte-Scholastique, pas trop loin d\u2019Ottawa, pour y aménager Mirabel, celui de Jean-Jacques Bertrand s\u2019était fait tirer l\u2019oreille pour aménager le territoire et le réseau routier.D\u2019où la monstrueuse expropriation fédérale, massive et en grande partie inutile, 21 de fermes parmi les plus productrices et de propriétés entre la ville de Lachute et l\u2019autoroute des Laurentides.Par la suite, le gouvernement libéral de Robert Bourassa, ne fut guère plus enclin que celui de l\u2019Union nationale à collaborer pour l\u2019aménagement de l\u2019autoroute 13 entre Montréal et Mirabel et le prolongement de la 50 vers l\u2019Outaouais, ni pour l\u2019aménagement d\u2019une navette rapide sur rail entre Dorval et Mirabel.Le gouvernement fédéral, auquel incombait la responsabilité du choix de l\u2019emplacement, avait fondé sa décision sur les études, prévisions et recommandations du ministère fédéral des Transports, rejetant les objections et l\u2019opposition de l\u2019industrie du transport aérien en général.Les pilotes d\u2019avion, quant à eux, craignaient surtout pour la sécurité aérienne dans un secteur qui disparaît plus souvent qu\u2019autrement dans le brouillard à proximité des Laurentides.Un « conseiller » mal-aimé et mal-nommé Quant au fameux ministère d\u2019État aux Affaires urbaines, rappelons qu\u2019il avait été créé pour conseiller le gouvernement fédéral et ses ministères sur la portée en milieu urbain de ses politiques, programmes et projets, pour consulter les provinces (et, au besoin, en douce, les municipalités) sur les moyens d\u2019harmoniser le tout dans la mesure du possible.D\u2019aucuns sont même allés jusqu'à dire qu\u2019Ottawa cherchait à se montrer « bon citoyen » dans les villes où il avait pied-à-terre.Si le principe de la consultation était valable, les provinces demeurèrent perplexes devant un nouveau « ministère » fédéral œuvrant, pour ne pas dire s\u2019immisçant, dans un domaine relevant expressément de leur de compétence 22 selon la Constitution canadienne.D\u2019autre part, les ministères et organismes fédéraux ne prisèrent guère l\u2019invitation à faire examiner leurs projets par les « urbanistes ».Quelques rencontres « tripartites », fédérales-provinciales-municipales, eurent lieu mais donnèrent des résultats mitigés, si tant est qu\u2019il y en eut.La consultation avait tendance à se faire à sens unique, comme si Ottawa, le gouvernement supérieur, avait la condescendance de consulter ses vassaux, les provinces, et même les créatures de ces dernières, les municipalités.Le gouvernement fédéral laissa tomber rapidement le fabuleux ministère d\u2019État qui s\u2019avérait un simple office de consultation mal-aimé, coiffé d\u2019un titre maladroit.Les politiciens et les hauts fonctionnaires trouvent toujours le moyen de faire oublier impunément leurs erreurs, même si celles-ci coûtent des centaines de millions $, sinon des milliards $, aux contribuables.L\u2019irresponsabilité érigée en système ! ? 23 ARTICLES Denis Monière* QUI OSE ENCORE PARLER FRANÇAIS ?LA PUCE DU FRANÇAIS AU CONGRÈS MONDIAL DE SCIENCE POLITIQUE Voici quelques années, on nous disait que l\u2019anglais était simplement une langue de communication indispensable pour les sciences « dures », physique, chimie, médecine, génie.or l\u2019usage de l\u2019anglais devient aussi la norme dans les sciences dites molles comme l\u2019illustre le récent congrès mondial de science politique.Fondée à Paris, il y a plus d\u2019un demi-siècle, l\u2019Association internationale de science politique organise tous les trois ans le Congrès mondial de science politique qui a eu lieu cette année à Durban en Afrique du sud, du 29 juin au 4 juillet.Cette organisation scientifique internationale a inscrit dans ses statuts deux langues de communication, l\u2019anglais et le français, ce qui était à l\u2019époque une reconnaissance du prestige international de la science politique française qui était aussi féconde et dynamique que la science politique anglo-saxonne.Or, l\u2019usage du français est battu en brèche et tend de plus en plus vers l\u2019insignifiance dans cette association à tel point que de nombreux membres contestent ouvertement le « statut privilégié » accordé au français.Il est difficile de leur donner * Professeur de science politique, Université de Montréal 24 tort, car les politologues de langue française ont eux-mêmes déserté leur langue maternelle.Sur les 1244 communications présentées, nous en avons recensé à peine 36 qui furent prononcées en français soit une proportion mirobolante de 2.9 %.Les deux principales communautés de politologues de langue française, soit la France et le Québec, ont abdiqué et ont choisi l\u2019anglais comme langue de communication.Ceux qui ont le plus contribué à la présence du français furent les Africains puisque 55 % des communications faites en français furent prononcées par des politologues africains.Les Français arrivent au deuxième rang avec seulement 27 %.La participation québécoise au rayonnement du français fut particulièrement insignifiante, les politologues québécois présentèrent autant de communications en français que les Brésiliens, soit 2.Ce sont les Africains qui assurent l\u2019existence internationale de la langue française.Mais pour combien de temps ?Ne seront-ils pas tentés d\u2019imiter leurs collègues français et québécois et de présenter leurs prochaines communications en anglais pour être admis dans le cercle de la renommée ?Pourquoi, à long terme, le choix de leur langue de communication se différencierait-il de celui des étudiants français et québécois qui sont incités à présenter leurs communications en anglais par leurs professeurs ?Les professeurs français ne se sentent pas responsables du rayonnement international du français et se soucient uniquement de leur rayonnement personnel.Ainsi à l\u2019atelier MT3-214, 3 des 5 participants étaient de réputés professeurs français et ils ont choisi de présenter leurs travaux en anglais.Et pourtant le citoyen lambda doit se dire qu\u2019ils ne se sont pas rendus si loin à leurs propres frais, qu\u2019ils ont été 25 soutenus par des fonds publics.Sa perplexité ne peut que s\u2019accroître s\u2019il se souvient que le premier ministre Raffarin a émis une directive le 14 février 2003, rappelant les services publics à leur devoir de promotion du français et plus spécifiquement l\u2019importance de la diffusion des contenus scientifiques en français.Il y a loin des paroles aux actes.Et pourtant, ces choix qu\u2019on dit individuels ont des effets collectifs et provoqueront à terme le dépérissement des revues scientifiques de langue française.Les communications présentées dans les congrès et les colloques seront par la suite soumises pour publication aux revues de la discipline.Or, moins il y a de communications en français, moins il y aura ultérieurement d\u2019articles soumis aux revues et celles-ci auront de moins en moins de choix dans le processus de sélection.Benoît Godin a établi par exemple que « plus de 80 % des universitaires québécois publient la majeure partie de leurs articles dans des revues étrangères et le plus souvent dans les revues américaines ».(« Les pratiques de publication des chercheurs : les revues savantes québécoises entre impact national et visibilité internationale », Recherches sociographiques vol.XLIII, no.3, 2002, p.490) Dès lors, le vivier se raréfiant, la qualité des articles ira en déclinant et les revues elles-mêmes seront dévalorisées par la communauté scientifique elle-même.Par ailleurs, les revues anglophones, recevant un très grands nombres d\u2019articles, seront plus sélectives et surclasseront les autres revues en devenant les principales revues de référence de la discipline.Moins de qualité signifiera pour les revues francophones moins de crédibilité, de demandes et d\u2019abonnements, ce qui les mènera à la fermeture.Celles qui survivront ne pourront le faire qu\u2019avec le soutien des fonds publics.Ainsi, en bout de piste, ce sera la collectivité qui 26 devra assumer le coût culturel et économique des choix individuels.L\u2019exemple des choix linguistiques des politologues de langue française montre qu\u2019il y a des enjeux économiques dans la lutte pour la préservation de la diversité cultuelle étant entendu que celle-ci n\u2019a de sens qtie par la diversité linguistique.? 27 ARTICLES Marc-Urbain Proulx DUALE RURALITÉ* 1 L\u2019un des traits marquants dans l\u2019occupation du vaste espace québécois concerne la présence simultanée de deux grandes tendances spatiales opposées, soit la concentration croissante de la population dans les villes et la dispersion progressive de celle-ci dans les périphéries.De fait, les dominantes forces de l\u2019urbanisation n\u2019ont pas du tout éliminé celles de la dispersion rurale.Le ratio de ruralité, qui était à 80 % en 1867, a certes été réduit drastiquement à 20 % aujourd\u2019hui.Mais la dispersion des établissements humains s\u2019est néanmoins accentuée en s\u2019étendant sur une surface de plus en plus vaste.Il y eut, en ce sens de dispersion, plusieurs vagues distinctes d\u2019occupation de la périphérie.On a d\u2019abord assisté à l\u2019ouverture de nouvelles régions de colonisation au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, notamment le Saguenay, les Laurentides, le Témiscamingue, le Lac-Saint-Jean, l'Abitibi, la Haute-Mauricie.Cette vague d\u2019expansion territoriale hors de la vallée du Saint-Laurent connut un deuxième souffle avec le Plan Vautrin qui, dans les années 1930, favorisa la création de centaines de nouvelles paroisses agrofo- * Professeur en économie régionale à l'UQAC, Directeur de la revue Organisations et Territoires et membre du Centre de recherche sur le développement territorial.1 Extrait de la conférence inaugurale de l'Université rurale québécoise qui s'est tenue à Saint-Paulin, Région Mauricie, du 17 au 22 août 2003. 28 restières.Par la suite, la Côte et le Moyen-Nord furent largement occupés là où les ressources naturelles étaient disponibles.Cette vague demeure toujours effective dans certaines zones hydro-électriques ou minières.Finalement, nous pouvons aussi identifier une autre vague bien distincte de dispersion périphérique de la population.Elle prend la forme très actuelle d\u2019un envahissement marqué des campagnes par un groupe hétéroclite composé notamment de villégiateurs sédentaires, de navetteurs domicile-travail et d\u2019une panoplie de métiers et de professions largement reliés à la mise en valeur du patrimoine naturel dans une grande variété de créneaux.Ce dernier mouvement de dispersion rurale se perpétue actuellement à la faveur de nouveaux modes de vie et de la croissante mobilité des travailleurs, des consommateurs et des marchandises.Les fléaux ruraux Ce néo-ruralisme contemporain bienfaiteur pour les périphéries n\u2019est cependant qu\u2019un baume sur un exode massif douloureux causé essentiellement par les phénomènes que voici.D\u2019abord, le diktat technologique qui a modifié les opérations d\u2019extraction des ressources dans l\u2019agriculture, la forêt, l\u2019hydro-électricité, la pêche et plus récemment les mines.Ce nouveau cycle structurel basé sur les technologies informationnelles a bouleversé la périphérie en nécessitant une recapitalisation souvent exogène des activités économiques et en réduisant considérablement les emplois malgré la hausse de la production dans presque tous les secteurs.À titre d\u2019exemple, l\u2019agriculture et l\u2019élevage qui sont largement en hausse de production, ont réduit de 80 % le nombre réel d\u2019établissements depuis quatre décennies.Ainsi, les terres urbanisées, en spéculation, en friche ou reboisées représentent désormais 55 % de la surface jadis colonisée.Il s\u2019agit de 29 faits très révélateurs.Ensuite, la ruralité s\u2019avère lourdement affectée par la rupture des réserves de certaines ressources naturelles comme le bois exploitable commercialement, les terres de qualité supérieure, les poissons et crustacées et certains minerais.Malgré la vaste étendue des territoires d\u2019extraction, force est de constater que les ressources deviennent de plus en plus rares.Rareté qui, dans plusieurs cas, ne s\u2019accompagne pas d'une hausse des prix sur le marché international.Dans certains secteurs, comme dans le fer et l\u2019amiante, les marchés se sont tout simplement effondrés en causant des problèmes très graves dans plusieurs collectivités québécoises.Finalement, les collectivités rurales sont affectées par le mouvement d\u2019intégration sectorielle de la production et de la consommation, mouvement qui élimine les petites unités et effrite la propriété endogène des activités tout en concentrant celles-ci dans de nouvelles zones polari-satnces.En effet, les activités de consommation se localisent de plus en plus sur les boulevards péri-urbains des agglomérations importantes, alors que les activités manufacturières intégrées se positionnent de plus en plus dans le sud-est du Québec.Tant et si bien qu'un grand nombre des i 237 petits lieux et milieux ruraux subissent actuellement d\u2019importantes difficultés économiques.En réalité, entre les recensements de 1991 et de 2001, on constate le déclin ou la stagnation de 1 emploi dans 55 % des lieux et milieux à vocation agricole, 71 % des municipalités forestières, 62 % des petits lieux à forte vocation touristique, 64 % des villages maritimes ainsi que 66 % des municipalités à vocation minière.Bref, 682 municipalités de moins de 5 000 habitants illustrent un marché du travail moribond qui génère évidemment des répercussions économiques et sociales conséquentes. 30 Le dynamisme rural Malgré la dévitalisation de nombreux lieux et milieux ruraux, tout n\u2019est pas que fléau dans la périphérie des agglomérations urbaines.Loin s\u2019en faut.Nous n\u2019assistons certes pas à la renaissance générale tant espérée, mais le dynamisme économique, social et culturel est bien réel.La vitalité des événements culturels de Rivière-Éternité, Saint-Jean-Port-Joli et plusieurs autres Petite Vallée en témoignent clairement.D\u2019autres preuves sont illustrées par les succès de l\u2019économie sociale, des coopératives, de l\u2019entraide communautaire et du développement local en général.Quelques chiffres sur 1 emploi contrebalancent totalement ceux qui furent dévoilés ci-dessus.Signalons à cet effet qu\u2019un grand nombre de lieux et de milieux ruraux illustrent une bonne et très bonne performance en matière d\u2019emploi entre 1991\t2001 \u2022 notamment une croissance phénoménale très forte de l\u2019emploi dans plus de 200 de ces petites municipalités périphériques.Cette prospérité rurale s\u2019explique par un certain nombre de facteurs, notamment les avancées technologiques dans 1 extraction (forêts, mines), les gains de savoir-faire (agro-alimentaire, tourisme), l\u2019attractivité de certains territoires (Montérégie, Lanaudière), la recherche de la qualité de vie (Estrie, Laurentides), la découverte de nouvelles ressources naturelles (Côte et Moyen-Nord), l\u2019innovation et le leadership (Bois-Francs, Bas-Saint-Laurent, Beauce) et le nouveau dynamisme des collectivités autochtones.La diversité des situations locales est évidemment trop grande pour offrir un modèle du « milieu prospère ».On peut tout de même affirmer qu\u2019il existe au Québec une véritable contre-tendance à la dévitalisation rurale.Plusieurs indices illustrent que cette vitalité rurale contemporaine ne tire pas à sa fin.On peut même envisager quel- 31 le se multiplie davantage et se diffuse.Car beaucoup de ressources naturelles demeurent sous-utilisées, d\u2019une part par manque de transformation en produits finis dans leur zone d\u2019extraction et, d\u2019autre part, parce que leur renouvellement offre un potentiel important pour des activités nouvelles dans la forêt, l\u2019agriculture, les paysages, les ressources maritimes.À cet effet, si les mégaprojets (centrales hydro-électriques, usines infrastructures de transport.) seront probablement encore au rendez-vous dans le futur, les micro-projets deviendront de plus en plus présents dans ces segments encore largement inoccupés en amont et en aval des filières de production.Les défis de la ruralité Les défis contemporains de la ruralité québécoise demeurent importants.Nul doute qu\u2019ils seront relevés afin que la vaste étendue de 1,6 million de kilomètres carrés d\u2019espace non métropolitain puisse toujours servir la création de richesse collective.Le premier défi concerne le renouvellement des bassins de ressources.La forêt boréale doit devenir un grand jardin cultivé, alors que le golfe du Saint-Laurent deviendra une vaste zone d\u2019élevage marin.La prospection minière à 1 aide des nouvelles techniques sophistiquées livrera au marché de nouveaux bassins à exploiter.L\u2019éolien, le solaire, l\u2019hydro-électricité représentent des secteurs de R&D pour le Québec qui est bien doté en matière première.Le deuxième défi concerne la création d\u2019un véritable entre-preneuriat de petits fabricants innovateurs, spécialisés dans leurs niches, intégrés dans leur filière de production et branchés sur le marché mondial où la croissante demande de produits et de services différenciés s\u2019inscrit telle une ten- 32 dance lourde.Le processus est déjà enclenché avec l\u2019agriculture biologique, le bois de structure à haute résistance, l\u2019embouteillage d\u2019eau douce, les pièces d\u2019aluminium, le matériel de transport, les fromages affinés, l\u2019élevage exotique, etc.Les savoir-faire deviendront à cet effet un enjeu important, notamment en misant sur la formation professionnelle et sur une R&D mobile et adaptée à la dimension réelle des petites niches.La ruralité doit aussi relever le défi de la création d\u2019une classe ouvrière intermédiaire entre les travailleurs des grandes entreprises qui bénéficient d\u2019excellentes conditions salariales et les petits boulots au salaire minimum.Les 2e et 3e transformations des ressources naturelles s\u2019inscrivent dans une concurrence internationale féroce qui nécessite un marché du travail flexible.Flexibilité qui, une fois acquise, permettra d\u2019améliorer l\u2019attractivité industrielle des périphéries, de favoriser la diversification économique et de freiner l\u2019exode rural.Finalement, le repositionnement des petits pôles ruraux de services privés et publics s\u2019inscrit tel un défi important.Si la dispersion spatiale va se poursuivre dans la périphérie, tous les lieux ne peuvent revendiquer le statut de pôle de développement possédant la masse critique suffisante pour rayonner tout autour et renforcer ainsi la structure de peuplement rural.Des choix rationnels seront effectués dans un esprit d\u2019équilibre spatial et de développement.Ces quatre défis économiques nécessiteront certes des conditions sociales, institutionnelles et politiques appropriées.La vitalité rurale actuelle illustre que ces conditions sont tout à fait envisageables.? 33 ARTICLES André Gaulin* CASTON MIRON, POÈTE ENGAGÉ ET DÉGAGÉ « les hommes entendront battre ton pouls dans l\u2019histoire (.) c\u2019est le bruit roux des chevreuils dans la lumière l\u2019avenir engagé » l\u2019Octobre.Il est assez difficile de parler de l\u2019engagement de Gaston Miron qui disait à la blague n\u2019être engagé par personne ! Plus sérieusement, Gaston Miron a lutté très longtemps contre sa difficulté d\u2019écrire.Très longtemps aussi, il douta fondamentalement de lui.En témoignent ses nombreuses lettres à Claude Haeffely, poète et ami.Il faut lire à cet égard À bout portant / Correspondance de Gaston Miron à Claude Haeffely 3954-1965 que Leméac a publié en 1989.Le 29 juillet Ï954, par exemple, il écrit : « Je ne serai jamais qu\u2019une bestiole de la pensée et qu\u2019un chicot de poésie » Trois ans plus tard, le 11 septembre 1957, il se situe en perspective de son milieu qu\u2019il voit plus largement que de seulement Montréal : « ici, c\u2019est l\u2019Amérique, tu te souviens.La vie aux turbines à vide, la vie succession échevelée de temps, de gestes, etc.Et moi là-dedans, toujours le même sempitemellement, aujourd\u2019hui comme hier, tout essoufflé, à bout portant d\u2019existence, le corps en sciure de fatigue et l\u2019âme mal encrouée au corps, je ne crois plus qu\u2019il en soit autrement désormais.».Se * Ex-député. 34 décrivant ainsi dans son sentiment d\u2019impuissance, le poète Miron écrit magnifiquement, faut-il le dire1.Luttant contre la réalité doublement irréelle, lui le déraciné de la vie rustique du nord râpé et vivant à Montréal sous les signes altérants de l\u2019Autre, Miron voit mal comment celui qui veut écrire au Québec peut en avoir l\u2019énergie, l\u2019inspiration et même le vocabulaire ! Toujours dans cette lettre du n septembre 1957, annonçant déjà ses propos essentiels des « Notes sur le non-poème et le poème » de 1964 que Parti Pris publiera l\u2019année suivante, il fait à Haeffely, à propos de « tous ceux qui ont tenté une expérience du verbe, ici », cette réflexion significative : « L\u2019effort inouï, inimaginable, que nous avons dû fournir, pour nous mettre au monde.Cela nous a pompé, jusqu\u2019à notre ombre.Un jour, comme c\u2019est le cas pour moi, nous en perdons la mémoire.La mémoire martyre.Je vis depuis deux ans sous le signe de l\u2019Amnésie.Je dois produire une énergie atomique pour parvenir au simple usage de la parole.Le mal, c\u2019est la confusion.» Voilà que Miron parle ainsi de la pré-écriture ou du « non-poème » comme d\u2019un chaos, un désordre des choses, ce qu\u2019il appellera le dehors dans son magistral essai des « Notes sur le non-poème et le poème » et qu\u2019il oppose au-dedans.Autrement dit aussi, il y parle de l\u2019extérieur, entendez la vie sociale, économique de l\u2019Autre dans laquelle 1 existence « canadienne-française » est enclavée, n\u2019en faisant partie que de façon subsidiaire, un extérieur ou dehors opposé à « la vie intérieure exclusive ».Le « non-poème » est donc décrit comme le ceci (cette irréalité historique) qui fait un dedans « agonique » et générationnel jusqu\u2019à lui, « tristesse ontologique » et « souffrance d\u2019être un autre », « historicité0 vécue 1 Les lecteurs et lectrices intéressés par cette correspondance et son éclairage de l\u2019œuvre par celle-ci pourront se reporter à mon texte paru dans Québec français, 1989. 35 par substitution », « dépolitisation maintenue0 de (la) permanence », « durée inerte tenue emmurée ».Et Miron de démontrer dans cet essai qu\u2019il est un poète menacé par la folie (comme Nelligan), atteint en partie par elle, folie qui lui laisse les stigmates de ses assauts, les tics nerveux qu\u2019on lui connaissait, ce qu\u2019il a si bien décrit avec une tendresse amoureuse de son corps ciblé par le combat contre l\u2019irréel perfide dans « la Marche à l\u2019amour » : « je n\u2019ai plus de visage pour l\u2019amour0 je n\u2019ai plus de visage pour rien de rien0 parfois je m\u2019assois par pitié de moi° j\u2019ouvre mes bras à la croix des sommeils0 mon corps est un dernier réseau de tics amoureux ».À deux reprises de ma carrière d\u2019enseignant, quand j\u2019ai eu à parler de Gaston Miron en ces termes de combat engagé contre l\u2019irréalité, je me suis fait dire que ce type d\u2019approche était dépassé, que c\u2019était un discours misérabiliste disait l\u2019un des interlocuteurs alors que l\u2019autre ne voulait rien savoir de Miron pour protéger son propre équilibre.J'avais là, pourtant, la preuve de la pertinence du propos de Miron qui avait ses répercussions jusque dans l\u2019aujourd\u2019hui parce que, la réalité ayant changé notablement, le rapport de forces entre Occultant et occultés n\u2019avait pas été aboli et que le « territoire de la poésie » de Miron n\u2019était pas encore libéré (voir l\u2019essai « Situation de notre poésie »).J\u2019avais vu semblable phénomène en enseignant Émile Nelligan entre 1976 et 1980 : un ou quelques étudiants devaient quitter le cours pour protéger leur propre équilibre.Cela revenait à démontrer que les causes de l\u2019enfermement de Nelligan dans l\u2019impasse de sa folie perduraient.En ce sens, après lui et lui devant beaucoup, Miron engageait - c\u2019était là son engagement essentiel - son combat contre l\u2019irréalité.Ce qu\u2019il écrit d\u2019ailleurs dans « Les années de déréliction » (Liberté, 1964) : « poème, mon regard, j\u2019ai tente que tu existes0 luttant contre mon irréalité dans ce monde ». 36 Miron se voulait-il un écrivain « engagé » ?Le 18 avril 1970, il dit à Jean Basile du Devoir : « On colle cette étiquette aux écrivains de gauche pour les déconsidérer (.) Seul le texte est vraiment engagé ; seul le texte dit ou ne dit pas quelque chose, la responsabilité de l\u2019écrivain est son texte ».La première vocation de Miron fut donc de dégager son texte de son empêchement.Cet empêchement, il ne fait pas de doute pour Miron, était de nature politique.Toujours en nous référant aux « Notes sur le non-poème et le poème », il consiste à ne pas rendre possible la communication entre le dehors et le dedans, entre le monde de la réalité, monde civil, économique, politique et les personnes, le poète.Un homme, un femme, ne peut être sa « vie intérieure exclusivement ».Sinon, le poème « n\u2019est que la plainte ininterrompue0 de sa propre impuissance à être\" sinon il se traîne dans l\u2019agonie de tous » (Notes sur le non-poème et le poème) Il doit y avoir passage de soi à l\u2019autre (c\u2019est toute « la Marche à l\u2019amour ») et de soi au monde.La non-durée, « la connaissance infime et séculaire de n\u2019appartenir à rien » doit être brisée.Brisée par cran d\u2019arrêt comme l\u2019est la folie générationnelle dans « les Roses sauvages » de Jacques Ferron.Menant, au niveau de la réflexion, ce combat qui en a emporté plus d\u2019un et tout particulièrement Claude Gauvreau ou le flamboyant Hubert Aquin, Miron oscille entre la désespérance (« il s\u2019est mis à s\u2019tasser0 il s\u2019est mis à s\u2019manger\u201d on n\u2019a jamais vu ça° un homme qui se mange0 un homme debout qui s\u2019insère0 dans la fêlure de sa vie°° hors du vivant, vivant0 un homme que le monde enferme », « Fait divers », Amérique française, 1955) et le goût de gagner : « quand nous reviendrons nous aurons à dos la victoire0 et à force d\u2019avoir pris en haine toutes les servitudes0 nous serons devenus des bêtes féroces de l\u2019espoir », Le Devoir, 23 février 1957.Cependant, ce combat solitaire se crée des liens, se conjugue avec l\u2019effort 37 de d\u2019autres poètes, le groupe de l\u2019Hexagone créé en 1956 en particulier, et la réflexion sur la poésie que constituera la première rencontre d\u2019écrivains au Kent House en 1957 sous le thème de « la Poésie et nous » viendra briser cette solitude si néfaste à tant de poètes d\u2019hier comme Crémazie qui, à certains égards, fut semblable à Miron, incapable de produire son oeuvre totale.Il avait dans la tête plus de 6000 vers écrivait-il à l\u2019abbé Casgrain qui l\u2019encourageait à publier.C\u2019est donc Casgrain qui fera publier Crémazie en 1882, comme Dantin, prêtre fugitif, fera publier Nelligan en 1903, comme les poèmes de Miron seront publiés par des amis en 1970.Notons d\u2019ailleurs que comme Miron, Crémazie a fait à sa manière ses notes sur l\u2019empêchement de la poésie en terre d'Amérique dans ses Lettres à Casgrain, incluses dans l\u2019édition de 1882.Le fait de ne pas vouloir être publié pour Miron tenait aussi à « sa » conception de l\u2019engagement.Il craignait que l\u2019on dise, à partir d\u2019Ottawa, cette ville insolente que Jean-Guy Pilon imagine sous l\u2019image de la noyade dans ses Poèmes pour saluer une ville, que la culture québécoise pouvait s\u2019épanouir, ce qui n\u2019empêchait pas Trudeau de laisser emprisonné pendant dix jours en octobre 1970 un poète au « lazy french ».À sa manière et le plus éloquemment peut-être, Gaston Miron mène son combat pour le « dégagement » de l\u2019écriture des circonstances politiques historiques qui l\u2019entravaient.C\u2019était pour lui une implication politique qui n avait rien à voir avec la poésie.Bien au contraire, la réalité était pour lui non seulement anti-poétique mais contre-poétique.Longtemps, avant que ses amis ne le publient en 1970 en lui accordant le Prix de Liberté, Miron considérait que la poésie et la politique étaient deux mondes étanches.La militance appartenait à l\u2019homme et la poésie pouvait même être à ses yeux une échappatoire facile.Son benjamin en poésie, 38 Paul Chamberland, lui donne un peu raison, mais à sa manière.Il brise le mythe de la poésie « tour d\u2019ivoire », refuge contre « la plèbe servile » (Nelligan), il « assassine » la poésie, celle qui « n\u2019existe plus que dans des livres anciens tout illuminés belles voix d\u2019orchidées aux antres d\u2019origine » (L\u2019Afficheur hurle, 1964), il se fait disciple « pauvre et de (s)on nom et de (s)a vie » à l\u2019école du poète aîné et dénonce en un long cri délirant l\u2019inconsistance des visages des siens qui sont comme en dehors de l\u2019Histoire et du monde : « je suis un homme qui a honte d\u2019être homme0 je suis un homme à qui l\u2019on refuse l'humanité0 je suis un homme agressé dans chacun des miens et qui ne tient pas de conduite sensée cohérente devant les hommes tant qu\u2019il n\u2019aura pas réussi à effacer l\u2019infamie que c\u2019est d\u2019être canadien-français ».Le « dégagement » de Gaston Miron devait encore passer par sa tentation de ne pas adhérer à un nationalisme de droite, Duplessis vivant dangereusement quand Miron arrive à Montréal et qu\u2019il constate le sort des siens infirmés et occultés, exploités dans le « cheap labor » d\u2019une ville qui leur échappe.Ce qu\u2019il avait vécu à Sainte-Agathe pendant l'été -la vie touristique en monde parallèle et dans une autre langue - se vit à longueur de temps dans la ville « tentaculaire » (Verhaeren) de Montréal.Ce dilemme entre nationalisme et socialisme sera aussi celui de Vadeboncœur ou de Ferron.Miron s\u2019explique de ce combat plus particulièrement dans son essai « Un long Chemin » (Parti Pris, 1965).Il y constate que « seul le politique peut rendre (l\u2019homme québécois) à son homogénéité » Il évite le mot nationalisme, ambigu pour lui ou pour des Européens, et le remplace par « la conscience nationale ».La quête de Miron reste toujours la quête du mot juste.Il parlera par après de la quête « identitaire et nationalitaire ».En conférence, l\u2019une ou l\u2019autre fois, Miron racontera comment il finit par trouver, par exemple, 39 l'adjectif précis « natal » comme dans son poème « Pour mon rapatriement » : « en vue de villes et d\u2019une terre qui te soient natales » (1956).Beaucoup de gens n\u2019ont pas compris Gaston Miron qui affirmait chercher ses mots comme s\u2019ils lui attribuait une aridité langagière.Non, au contraire, Miron est toujours en quête du mot précis comme tous ses ancêtres artisans du bois cherchaient le bon outil pour tel fraisage ou telle découpe (Voir le beau film et vidéo d\u2019André Gladu, Gaston Miron (les outils du poète) publié en 1994 par les production du lundi matin).À Paris, dans le métro, Miron découvre le portillon, ce qui l\u2019amène à considérer que le bilinguisme institutionnel nous appauvrit, le porte/door nous empêchant de recourir à la famille du mot dont porche, portail, portique ou portillon.Sur une route de France, il demande même instamment à son compagnon (Paul-Marie Lapointe, semble-t-il) d\u2019immobiliser leur voiture avant de franchir un pont et le voilà en train de marcher sur le pont, d\u2019en vérifier la solidité pendant que son compagnon, médusé, lui demande ce qu\u2019il fait là, Miron lui répondant astucieusement douter de la sécurité d\u2019un pont de France qui n\u2019affiche pas pont/bridge.Calotin diront ses adversaires pendant que Miron leur affirmait déjà, dans la conclusion de ses « Notes sur le non-poème et le poème » de 1965 : « Je dresse l\u2019acte de mon art pré-poétique.(.) Dans la pratique de ma vie quotidienne0 je me fais didactique à tous les coins de rue0 je me fais politique dans ma revendication totalisante dans la pratique de mon art (.) or, donc, par conséquent, par tous les joints de la raison qui me reste0 je me fais slogan0 je me fais publiciste et propagandiste0 (.) le poème ne peut se faire que contre le non-poème0 le poème ne peut se faire qu\u2019en dehors du non-poème.» 40 Si plusieurs l\u2019en jugent fou, c\u2019est leur folie, leur tour de babel que ce poète porte.Son engagement est radical, il revendique tout l\u2019espace de sa langue, de sa culture, de sa bibliothèque.Dans une version manuscrite antérieure de « la Batêche » que publie l\u2019édition de 1970 de l'Homme rapaillé (p.131), Miron écrit à l\u2019intention de ses occulteurs et de leurs collaborateurs - le plus souvent francophones -bien payés : « je vous maganne0 je vous use je vous rends fou° je vous désinvestis de moi0 vous ne m\u2019aurez pas vous devrez m\u2019abattre0 avec ma tête de caboche, de nœuds de bois, de souches0 ma tête de semailles nouvelles0 j\u2019ai endurance, couenne et peau de babiche0 (.) j\u2019ai retrouvé l\u2019avenir » Voilà l\u2019engagement de Miron.Il répare ce « sender » (1934) « déchiré par les labours » de la première chanson de Félix Leclerc.Alors que celui-ci prendra plus de temps à faire du ruisseau de « Notre sentier » le grand fleuve indépendant du « Tour de l\u2019île », choqué que des soldats de la Canadian army lui demande ses papiers en haut de la Côte du Pont, Miron va avancer lentement et continuellement dans son engagement poétique (« j\u2019avance en poésie comme un cheval de trait tel celui de jadis dans les labours de fond », « Dans les lointains.»), il va relier à nouveau passé et avenir, refaire la durée d\u2019un collectif arrêté, briser l\u2019immobilisme ou la fixation du temps historique, redonner de l\u2019avenir à son « peuple abîmé ».Cette dernière expression est tirée de l\u2019« Héritage de la tristesse », l\u2019un des poèmes que Miron a le plus travaillé, un poème qui donne le vertige à la lecture tellement il porte une souffrance collective reniée par ceux qui l\u2019ont causée, oblitérée dans la mémoire de ceux qui veulent survivre et qui, parfois, reprochent au poète comme à un Jérémie des malheurs de la faire subsister tant que ne sera pas effacée l\u2019humiliation de ne pouvoir vivre debout dans sa culture.Cette lutte 41 du dégagement de Miron pour l\u2019avenir et qu\u2019il considère être une lutte politique va longtemps lui donner le sentiment que la poésie, chez lui, n\u2019est que fumisterie.Cependant, à la fréquentation de l'œuvre du poème à l\u2019essai et inversement (comme pour l\u2019œuvre d\u2019André Langevin), à la lecture d\u2019À Bout Portant, on se rend compte que lutte de dégagement politique et quête d\u2019engagement poétique cohabitent et forgent l\u2019œuvre mironienne (La poète Madeleine Gagnon invente le mot « Poélisie » aux Herbes rouges, en 1975).Pour Miron, comme à son insu, l\u2019œuvre est une longue gestation.C\u2019est ce « voyage abracadabrant » dont il parle si justement dans le texte initial et éponyme de « L\u2019homme rapaillé ».L\u2019œuvre de Miron s\u2019est faite malgré lui et à cause de ses deux quêtes concurrentes, irréconciliables et pourtant complémentaires : « me voici en moi comme un homme dans une maison0 qui s\u2019est faite en son absence ».Œuvre incarnée que la mort inachève, œuvre substantifique dont la mort fait un bronze : « (.) et le cœur unanime0 je serai enfin dévêtu de ma fatigue ».Cette double lutte s\u2019associe constamment à la défense de l\u2019humanité, celle d\u2019être homme où que ce soit et celle de la manière de l\u2019être.Cette double lutte soude dans les mots de la vie ancienne, ancestrale, brisée dans son évolution ceux de la vie de la dépossession qui lutte pour redevenir sujet dans l\u2019Histoire, ce qui donne une poésie qui n\u2019en finit pas de résister par le sens, par le mariage des mots et des images, faisant de Gaston Miron un poète majeur au même titre de balise historique que Crémazie, Nelligan et Saint-Denys Garneau, tous poètes inachevés et pourtant consacrés.La correspondance de Miron à Haeffely éclaire quant à elle cette gestation du texte, Miron comme Crémazie ayant une mémoire immense, toute leurs têtes devenant des lexiques et des anthologies. 42 Ce double mouvement de dégagement et d\u2019engagement qui est au cœur de la vie tourmentée de Miron et de son œuvre déclaratoire et anthropoétique ne va jamais sans l\u2019essentielle quête d\u2019amour, elle aussi objet d\u2019attraction et d\u2019« échoue-ment ».Rien n\u2019est facile pour cet homme qui « (s)e vi(t) radical » (Notes sur le non-poème et le poème).Sur l\u2019œuvre comme sur l\u2019amour de l\u2019homme, tout reste à dire et ce serait un cas d\u2019ethnopsychiatrie (voir l\u2019essai « Notes d\u2019un homme d\u2019ici », Cahier pour un paysage, 1959).Il n\u2019empêche qu\u2019à certains égards, Miron homme militant qui se voulait poète non engagé est une sorte de martyr qui a épousé le quotidien sans rédemption des siens (« Héritage de la tristesse ») et à ce titre « cent fois(.)tué » (Avec toi).Il est mort en choisissant une simple épitaphe à son nom où ne figure même pas le mot « poète » et dort près du grand père du « noir analphabète », confondu avec les siens jusque dans la mort et eux célébrés avec lui, « christ pareil à tous les christs de par le monde couchés dans les rafales lucides de leur amour qui seul amour change la face de l\u2019homme qui seul amour prend hauteur d\u2019éternité sur la mort blanche des destins bien en cible.» (Poème de séparation 1).? () Desjardins Caisse d'économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs (Québec) I «(.) avec la perspective de contribuer à un Québec plus juste et plus solidaire, ; soutenir le développement de l'économie solidaire en misant sur l'entrepreneuriat collectif, tout particulièrement au sein des quatre réseaux, soit le syndical, le j coopératif, le communautaire et le culturel.» La passion des êtres Lanaudière 190, rue Montcalm Joliette (Québec) J6E 5C4 (450) 753-7055 Sans frais : 1 866 753-7055 Télécopieur : (450) 752-5589 Québec 155, boul.Charest Est, bureau 500 j Québec (Québec) G1 K 3G6 (418) 647-1527 Sans frais : 1 877 647-1527 Télécopieur : (418) 647-2051 Montréal 1601, avenue De Lorimier Montréal (Québec) H2K 4M5 (514) 598-2122 Sans frais : 1 877 598-2122 Télécopieur : (514) 598-2496 '\u2022W*.\u2022 Vous vous sentirez bien conseillé.Les conseillers d\u2019OPTOMUM PLACEMENTS/ mettent toute leur compétence à votre profit.Un grand principe guide leur façon de travailler : le respect de vos objectifs de placement, dans un souci permanent de transparence et d\u2019écoute.Votre patrimoine financier constitue votre bien le plus précieux.Les conseillers d\u2019oPTIMUM PLACEMENTS® peuvent voui aider à le gérer de façon optimale et à mieux planifier votre retraite.Vous trouverez : \u2022\tDes solutions de placement claires en planification financière \u2022\tUn service hautement personnalisé \u2022 Des choix de fonds mutuels sans aucuns frais d\u2019achat, de rachat ou de transfert » Des rendements parmi les meilleurs du marché \u2022 L\u2019expertise d\u2019un des plus important groupes financiers québécois OPTIMUM PLACEMENTS* Communiquez avec nous afin que nous puissions dès maintenant commencer à préparer votre retraite en tonte sécurité.Région de Montréal : (514) 288-1600 Région de Québec : (418) 524-5336 Extérieur, sans frais : 1 888 OPTIMUM (678-4686) www.fond8optimum.com Cabinet rie services financiers, gérant el placeur principal des MINUS OPTIMUM» Marque de commerce de Groupe Optimum inc.utilisée sous licence. DOSSIER LIRE LIONEL CROULX \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 46 DOSSIER Joseph-Yvon Thériault* LES DEUX GROULX DE BOUCHARD : UN MONSTRE DE CONTRADICTION GÉRARD BOUCHARD Les deux chanoines.Contradiction et ambivalence dans la pensée de Lionel Croulx, Montréal, Boréal, 2003.La biographie intellectuelle de Lionel Groulx, ou plutôt des deux Groulx, présentée par Gérard Bouchard, dans Les deux chanoines, est d\u2019une froideur clinique.Pour saisir les contradictions « de la figure dominante de la vie intellectuelle » du Québec francophone au cours du XXe siècle (p.16), Gérard Bouchard se met dans la position du chirurgien disséquant un corps.Il n\u2019a ni empathie, ni antipathie pour son sujet et, sent-il le besoin de le souligner, ne procède « à aucune sélection fondée sur des choix idéologiques » (p 10).L\u2019histoire des idées que pratique Bouchard est d\u2019un genre assez particulier, il s\u2019agit après avoir mis en pièces l\u2019œuvre d\u2019un auteur d\u2019en « reconstituer la charpente »., « l\u2019architecture », en faisant abstraction du contexte de l\u2019œuvre et en s'appuyant sur « ses définitions premières » (p.11-12).C\u2019est pourquoi il n\u2019est ni question dans cette biographie de situer l\u2019œuvre de Groulx dans ses « origines » intellectuel- Sociologue/Université d\u2019Ottawa 47 le, religieuse ou historiographique, ni d\u2019interpréter en confrontation avec les événements de l\u2019époque, ni encore de le situer en lien aux « auteurs » et « courants » avec lesquels il dialoguait.Les interprètes antérieurs de Groulx sont peu utilisés, sinon pour souligner la fausse route qui était celle de vouloir trouver chez Groulx, même pour la dénoncer, une cohérence.On n\u2019y trouve, non plus, une lecture systématique d\u2019aucun texte particulier de Groulx qui en reprendrait l\u2019argumentation d\u2019ensemble.Enfin, l\u2019analyse met sur le même pied, tous les types de textes, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un roman, d\u2019une lettre à un ami, d\u2019un texte signé sous un pseudonyme, d\u2019un article historique savant ou d\u2019une opinion du lecteur.La démarche consiste partout à mettre en fiches l\u2019auteur, à retrouver les particules élémentaires de l\u2019œuvre., de toute l\u2019œuvre, ce qui conduit Bouchard a affirmer qu il s agit d une lecture définitive qui « ne risque guère d\u2019être substantiellement invalidée par l\u2019apport éventuel de nouveaux textes » (p.33).Quelle lecture ressort de cette dissection, de cette mise en fiches de l\u2019œuvre de Groulx ?Un peu comme le Frankenstein de Mary Shelly, le Groulx reconstruit de Gérard Bouchard est un monstre, un monstre de contradictions.« Je crois, précise Bouchard, que nous sommes en présence d\u2019un univers intellectuel foncièrement incohérent, imprégné de contradictions non surmontées » (p.10).« La part de contradictions dans la pensée de Groulx n apparaît pas marginale mais centrale, non pas accessoire mais structurelle » (p.21), ce qui lui permet « d'affirmer à la fois le blanc et le noir ».Son œuvre souffre « d\u2019incohérence structurelle », elle confirme « l\u2019impuissance de la raison [de sa raison] à réduire les incohérences »., « l\u2019impuissance de la pensée [de sa pensée] à harnacher d\u2019une manière ou d\u2019une autre, 48 les contradictions » (p.232).Somme toute, l\u2019œuvre de Groulx doit se lire sous le thème de l\u2019échec : l\u2019échec de l\u2019homme lui-même qui s\u2019est montré incapable d\u2019assumer la position qu\u2019il est venu à occuper dans le siècle ; échec d\u2019une pensée, reflet de l\u2019échec de l\u2019homme, qui est « sur plusieurs points déphasée, éthérée » (p.242).Ce monstre de contradictions, dont l\u2019œuvre dégage « la plus grande confusion », se révèle sous plusieurs aspects dans les fiches de Bouchard.Contradiction, entre l\u2019amour immodéré qu\u2019il affirmait pour son petit peuple et l\u2019expression de « beaucoup de méchanceté, de l\u2019aigreur, du dégoût et, bien sûr, du mépris » qu\u2019il pouvait aussi exprimer envers les siens.Contradiction aussi, où tantôt est affirmée une conception traditionaliste de la nation (continuiste), tantôt une tradition révisionniste (rupture).Le chantre de la nature française de la nation d\u2019Amérique (continuité) succombe parfois à l\u2019américanité (rupture).Contradiction encore, entre l\u2019historien providentialiste, celui qui affirme la fatalité du destin des peuples et celui qui enjoint son peuple de prendre en main son devenir et sa liberté.Groulx est le penseur de la survivance, en même temps que le théoricien de l\u2019audace et de l\u2019affirmationnisme en histoire ; il fustige l\u2019industrialisation et la ville tout en soulignant l\u2019inéluctabilité et les bienfaits de ces processus.Sympathique envers les Juifs ce qui ne l\u2019empêche pas de trouver « le Juif au fond de toutes les affaires louches » (p.154) et de condamner les lois laxistes du gouvernement canadien en regard de l'immigration.Contre et pour le capitalisme, contre et pour le fascisme, contre et pour le libéralisme, contre et pour la démocratie, contre et pour l\u2019État, féministe et anti-féministe, Groulx est incapable d\u2019exprimer une pensée cohérente. 49 Il serait possible de contester certaines contradictions que Bouchard impute à Groulx.Ainsi, l\u2019opposition entre un Groulx démocrate et anti-démocrate apparaît-elle un peu surfaite, elle serait facilement résolue si on tentait de placer le « démocratisme » de Groulx dans la tradition d\u2019un romantisme social où la démocratie se combine facilement avec une virulente opposition à la liberté des modernes.Groulx aurait une conception incohérente de la nation ce qui lui permet de plaider en faveur de « notre État national » et, en même temps, de plaider pour le maintien d\u2019un lien fédéral.Contradiction certes pour la pensée souverainiste contemporaine mais ambiguité qui a nourri une large part des intellectuels canadiens-français jusqu\u2019au milieu des années i960.La contradiction enfin entre une conception déterministe de l\u2019histoire et la croyance en la capacité d\u2019agir des humains sur leur histoire est certes réelle, mais n\u2019est-elle pas au cœur même de toute l\u2019histoire des sciences sociales.De telles objections reposent toutefois sur une approche à l\u2019histoire des idées qui n\u2019est pas celle de Bouchard, elle viserait à contextualiser la production d\u2019une œuvre dans une tradition, un contexte intellectuel et politique, à inscrire celle-ci dans une intention.Mais, si l\u2019on suit la méthode bourchardienne, qui consiste à opposer les fiches les unes aux autres, à montrer l\u2019incompatibilité des différentes fragments de l\u2019œuvre de Groulx on doit convenir avec lui que sa lecture « risque guère d\u2019être substantiellement invalidée par l\u2019apport éventuel de d\u2019autres textes » (p.33).L\u2019œuvre de Groulx contient bel et bien des affirmations contradictoires.Mais, la méthode bouchardienne est-elle une méthode adéquate pour faire de l'histoire des idées ?Aucune œuvre, il me semble, même celle du plus grand des philosophes ana- 50 lytiques, ne sortirait cohérente de sa mise en pièces et de la confrontation des fragments qui surgissent d\u2019un tel procédé.Pour comprendre la démarche d\u2019un auteur ne faut-il pas postuler une certaine cohérence qui, au-delà de ses contradictions, fait d\u2019énoncés divers une oeuvre ?L\u2019histoire de la pensée, comme celle du social d\u2019ailleurs, ne peut se dégager d\u2019une empathie ou antipathie envers l\u2019intention de l\u2019auteur.Sinon, elle part du principe premier qu\u2019une telle cohérence n\u2019existe pas et que la seule cohérence de l\u2019œuvre sera celle que veut bien lui donner l\u2019interprète.C\u2019est pourquoi l\u2019argumentation de Bouchard ne convainc pas, elle ne repose pas sur la pensée de Groulx mais sur un Groulx mis en pièces.On apprend beaucoup dans ce livre sur l\u2019existence de différents Groulx, Groulx l\u2019auteur y est absent.Des questions persistent toutefois.Comment ce monstre de la contradiction a-t-il pu s\u2019imposer comme « la figure dominante de la vie intellectuelle » du Québec francophone au XXe siècle ?Au-delà de la notoriété de Groulx, pourquoi Gérard Bouchard s\u2019intéresse-t-il à un si piètre personnage ?Pour répondre à ces questions il faut revenir aux intentions premières du projet de Bouchard de lire les mythes fondateurs des sociétés du Nouveau monde.Groulx apparaît à cet effet le prototype d\u2019une tentative de pensée radicale qui aurait échoué sur les rives de la pensée équivoque, pensée caractérisée par « des mythes inopérants et par un état d\u2019impuissance ancré dans des mythes dépres-seurs.» (p.26).Si parfois Bouchard est tenté d\u2019imputer cette pathologie à l\u2019homme lui-même - Groulx - ultimement, en accord avec l\u2019ensemble de ses travaux antérieurs \u2014 De quelques arpents d\u2019Amérique à Genèse des nations et des cultures du Nouveau Monde -, c\u2019est à l\u2019ensemble de la culture canadienne-française qu\u2019il impute un tel état dépressif. 51 « En d\u2019autres mots, Groulx m\u2019apparaît, précise-t-il, comme le porte-parole d\u2019une société, ou plus exactement d\u2019un fragment de société, qui n\u2019arrivait pas à se penser clairement ni à se poser efficacement dans l\u2019histoire à partir de ses prémisses culturelles » (p.21) (.).Groulx un homme morcelé, dressé contre lui-même, tout comme la société qu\u2019il a voulu prendre en charge » (p.248).Comme Groulx, la culture canadienne-française aurait été incapable de faire surgir une « pensée organique » porteuse d\u2019un mythe où la contradiction se métamorphose en « tensions créatrices », elle s\u2019est résorbée dans la confusion et l\u2019inhibition (« cas de la pensée équivoque »).Que faire avec une tradition culturelle inutile car trop pleine de contradictions ?S\u2019en débarrasser, en attendant qu\u2019un nouveau prophète vienne nous dire comment dépasser les confusions dans lesquelles l\u2019histoire nous a entretenus jusqu\u2019ici.C\u2019est pourquoi l\u2019on attend avec fébrilité la suite de ce voyage dans l\u2019imaginaire du Québec francophone que Gérard Bouchard annonce avec cet ouvrage sur Lionel Groulx.? 52 DOSSIER Dr Jacques Genest* À PROPOS DE LIONEL CROULX ET « LES DEUX CHANOINES »\u2019 GÉRARD BOUCHARD Les Deux Chanoines, Éditions du Boréal, 2003.Monsieur Gérard Bouchard, bien connu au Québec pour ses magnifiques travaux sur la région de Chicoutimi, vient de publier un livre qui résume son évaluation de l\u2019œuvre de Groulx et qui est le fruit d\u2019une lecture quasi totale des œuvres publiées (livres, articles, lettres personnelles, journal, mémoires) par ce dernier jusqu\u2019à sa mort en 1967.Il s\u2019agit d\u2019un travail énorme provenant d\u2019un sociologue et intellectuel issu du Québec moderne.Il semble que monsieur Bouchard, comme certains sociologues du Québec, a voulu, pour se donner un air détaché et, à leurs yeux, objectif et plus « scientifique », s\u2019élever au niveau des nuages pour contempler d\u2019un œil perçant toutes les facettes de la société.Aussi le livre débute par des considérations sur les qualités de la pensée « radicale associée au mode mécanique », versus la pensée « organique, associée au monde dialectique » versus la pensée « équivoque, associée à l\u2019ambivalence ».Toute la thèse de Bouchard reposera * Médecin personnel de Lionel Groulx de 1942 à 1967.Ancien directeur et président de la Fondation Lionel-Groulx. 53 sur des « contradictions » de la pensée de GrouLx qui seraient « non pas marginales, mais centrales et structurelles ».Bouchard fait de nombreux et sévères reproches à Groulx : 1.\tde « directives conflictuelles », « d\u2019incohérences structurelles », d\u2019« ambivalences » et de « contradictions » quant l\u2019avenir du Québec ; 2.\td\u2019avoir versé dans l\u2019admiration des chefs fascistes dont Pétain ?, Salazar ?; 3.\tde propos durs et même violents, surtout contre les politiciens et qui seraient allés, d\u2019après Bouchard, jusqu\u2019au mépris du peuple canadien-français ; 4.\tde son antisémitisme ; 5.\tde ne pas s\u2019être occupé des aspects sociaux de la vie canadienne-française ; 6.\tde nombreuses omissions et silences en ne parlant pas de Charles de Gaulle, du Concile Vatican II, de l\u2019Holocauste, du Jésuite Dubé (alias François Hertel), de la conscription de 1917-1918, etc.7.\tde ne pas avoir versé dans le radicalisme pour un Québec fort dans la Confédération versus un Québec souverain ; 8.\tde quelques envolées lyriques quant au rôle de la Providence sur le peuple canadien-français et à la voca- 54 tion apostolique de ce peuple en Amérique, de « visions échevelées », des envolées grandiloquentes et pompeuses sur la France « fille aînée de l\u2019Église, porteuse de la civilisation occidentale et sur « l\u2019esprit français, créateur de la civilisation la plus saine et la plus humaine.qui « dépassait de haut l\u2019humanisme des cultures anciennes ».; 9.\td\u2019une certaine vanité, de l\u2019utilisation excessive de pseudonymes ; 10.\tde son « incapacité à gagner l\u2019appui du milieu des affaires et des politiciens ».; 11.\tfinalement, Lionel Groulx serait « l\u2019homme de l\u2019échec » ! Il y a dans ces jugements de monsieur Bouchard quelques chose de nettement excessif et injuste.Comment rester silencieux ?Pour ma part, toute autre est ma perception de Lionel Groulx.Je la propose.J\u2019avoue ne pas avoir lu la totalité des ouvrages de Groulx, mais j\u2019en ai lu une large partie.Il me semble que je peux me permettre une évaluation « raisonnable » d\u2019autant plus que j\u2019ai eu 1 avantage et le privilège de le connaître intimement ayant été son médecin depuis ma graduation en 1942 jusqu\u2019à son décès en 1967.De plus, je fus pour lui un jeune ami à qui il se confiait librement et ce pendant 25 ans.De nombreuses soirées d\u2019échanges et de discussions très ouvertes.J\u2019ai été aussi l\u2019un des 5 premiers directeurs de la Fondation Lionel-Groulx et en a été le président pendant près de 17 ans, après Maxime Raymond et Joseph Blain.Bien que j\u2019aie une profonde admiration de Groulx, je ne suis pas cependant un disciple inconditionnel de toutes ses idées. 55 Reproches de Gérard Bouchard La plupart de ces reproches ne tiennent pas debout pour quiconque a connu Groulx personnellement.Que Groulx ait eu des moments de vanité, qu\u2019il ait eu certains dérapages quant à la violence de certains termes qu'il a utilisés pour fouetter un peuple soumis, sans fierté, résigné et avec un énorme complexe d\u2019infériorité, pour caractériser certains politiciens, qu\u2019il ait eu certains élans lyrico-mystiques et grandiloquents, cela est certain.Qu\u2019il ait employé des pseudonymes, à l\u2019occasion, pour vanter ses livres.! Et puis après ! Quel homme n\u2019a pas ses petites faiblesses ?Peu de ses amis s\u2019en formalisaient outre-mesure et savaient faire la part des choses.Car il s\u2019agissait le plus souvent d\u2019explosions provenant d\u2019une frustration intense de voir si peu de résultats immédiats, de se sentir bloqué et incompris par tant de ses compatriotes, politiciens, du monde des affaires, d\u2019universitaires et même de clercs qui préféraient « rester sur la clôture » et « naviguer » selon les circonstances ! L\u2019utilisation de termes forts et même violents n avait pour autre but que de provoquer des réactions.Mais de là à dire que Groulx « méprisait » le peuple cana-dien-français est de la pure fantaisie.On ne châtie bien que ceux qu\u2019on aime bien ! Que 1 on reproche à Groulx de ne pas avoir versé dans le radicalisme est un peu fort quand on connaît sa foi profonde et sa soumission aux autorités ecclésiastiques.Que Groulx ne se soit pas aventuré dans l\u2019analyse des aspects sociaux de la vie canadienne-française et d\u2019en avoir peu parlé est quelque peu hors de la question parce que cela 56 était en dehors des objectifs que Groulx s\u2019était fixés depuis le début de sa carrière et qu\u2019il a maintenus sans dévier tout au long de sa vie ! Groulx n\u2019était pas porté aux discussions alors si souvent oiseuses durant les années 1950-1970.Il s\u2019opposait de front à la dissociation des aspects sociaux et nationaux.Il était en désaccord avec le socialisme de l\u2019époque, laïc de pensée ou athée (ce qui heurtait ses convictions profondes) et qui était marqué par une négligence des idéaux nationaux d\u2019un peuple, par le dogmatisme et une certaine intolérance de nombreux adeptes et surtout par la création d\u2019une immense bureaucratie, souvent sans humanité, ni compétence appropriée (comme on le voit actuellement dans le système de santé au Québec).Mais Groulx ne manquait pas de préoccupations sociales tel qu\u2019en témoigne Fernand Dumont2, un autre grand sociologue du Québec qui écrivait : «.les politiciens du Quebec faisaient une qualité de la docilité des ouvriers de ce pays.Quelle main-d\u2019œuvre admirable ! Groulx n\u2019usait pas de cette rhétorique : « nous aviserons-nous [.] que c\u2019est nous faire un médiocre compliment, devant les capitalistes étrangers, que de vanter à tout propos la qualité morale de nos ouvriers, quand le rôle principal de notre peuple, dans le développement économique de notre province, paraît être de fournir des manœuvres ?» Est-on allé plus loin dans le procès des conditions du développement économique du Québec ?» Groulx était conscient des déficiences de l\u2019enseignement dans les écoles catholiques, surtout dans les collèges fonctionnant alors à budget « minimaliste », de l\u2019insuffisance de préparation des maîtres (quoique toujours disponibles et 2 Fernand Dumont, Mémoire de Lionel Groulx, L\u2019Hexagone, 1987, p.269. 57 d\u2019un dévouement extraordinaire) dont le salaire annuel de l\u2019ordre de 50 à 100 $ par année, ne permettait pas aux clercs enseignants d\u2019aller en Europe pour y étudier sur place les trésors des civilisations romaine et grec dont ils devaient enseigner les langues et les valeurs humanistes ! Bien des aspects oubliés dans le Rapport Parent ! Il ne faut pas oublier que bon nombre de « grands » de la Révolution tranquille sont sortis de ces collèges comme les Benoît Lacroix, Gérard Filion, André Laurendeau, Pierre-Elliott Trudeau, Claude Ryan, Jean Lesage, Roger Gaudry, Claude Fortier, Marie Victorin et nombre d\u2019autres de même calibre.Groulx constatait aussi bien, sinon mieux que bien d\u2019autres, les déficiences du système d\u2019éducation du Québec et réclamait des réformes importantes de ce côté.Mais celles proposées par les auteurs du Rapport Parent que Groulx qualifiait « d\u2019esprits de deuxième et de troisième ordres », avaient été faites de façon précipitée, sans vision globale.Il était profondément perturbé par les accents anticléricaux et laïcisants qui dominaient ce rapport.Il n\u2019avait pas tout à fait tort, car à part des aspects très positifs surtout sur le plan des investissements et du rattrapage, on ne peut s empêcher de constater les résultats néfastes qu\u2019a eus cette réforme précipitée sur deux à trois générations de jeunes qui en ont subi les conséquences désastreuses au point de ne pas savoir écrire leur français, d\u2019être incapables de penser logiquement, d\u2019avoir grandi dans un milieu intellectuel médiocre et de se sentir « perdus » ! Des jeunes agités et sans boussole ! Un petit détail ! Bouchard prétend que Groulx « combattait le hockey » quand c\u2019était tout à fait le contraire.J\u2019ai été moi-même et à maintes reprises témoin de l\u2019avidité avec laquel- 58 le Groulx acceptait les invitations de son ami Maxime Raymond dont la famille avait une loge au Forum et qui invitait souvent Groulx pour voir le Club de Hockey Canadien et son joueur favori Maurice Richard ! Sous le couvert de termes généraux comme les « politiciens », les « Anglais », les « Juifs », Groulx, en réalité, visait des personnes précises ou des groupes bien particuliers.En ce qui a trait aux politiciens, les archives de la Fondation Groulx?contiennent de nombreux témoignages d\u2019admiration extraordinaire.Comme ceux de Jean Lesage qui « s\u2019en est inspiré à fond » pour la nationalisation de l\u2019électricité, la mise sur pied de la Caisse de Dépôt, la Régie des Rentes, sous le slogan « Maître chez-nous », créé par Groulx déjà en 1920.Comme dans une lettre du 7 décembre 1964, où Jean Lesage mentionnait que « mon admiration pour le grand historien n\u2019a fait qu\u2019augmenter avec les années » et qui ajoutait que Groulx « était en bonne partie responsable des événements des dernières années » et « je reconnais pour ma part que son influence m\u2019a profondément marqué ».De son côté, Daniel Johnson écrivait de son bureau de premier ministre : « ils sont légion dans l\u2019Union nationale ceux qui, à commencer par son chef, se réclament de votre pensée ».Johnson ajoutait : « son nationalisme était essentiellement positif, il procédait de l\u2019amour des siens et non de la haine des autres.» « Son oeuvre immense lui a mérité une réputation internationale et lui a acquis au Québec-même, au-delà des passions du moment, un prestige sans égal.» «.Groulx a contribué à susciter chez les Canadiens français, la formation d\u2019une véritable conscience nationale ».De son côté, René Lévesque, aussi Premier ministre, écri- 3 Je suis reconnaissant à monsieur François Dumas de la Fondation et du Centre de Recherche Lionel-Croulx pour l'accès à ces documents. 59 vait que « la grande figure Lionel Groulx représente aujour-d hui-même le guide le plus sûr de notre avenir ».Et à l\u2019occasion du dévoilement d\u2019une plaque commémorative au siège social de l\u2019Institut d\u2019Histoire d\u2019Amérique française, René Lévesque qualifiait Groulx « d\u2019éveilleur national.qui a vécu dans une société où les épines dorsales se présentaient plus souvent en accents circonflexes qu\u2019autrement et qu\u2019il avait laissé une contribué majeure à la nation ».De son côté, Claude Ryan renchérissait en disant que Groulx avait joué « un rôle décisif dans l\u2019évolution du Québec moderne » et qu\u2019il « passera à l\u2019histoire comme le père spirituel du Québec moderne ».Je n\u2019ai pas l\u2019intention d\u2019entrer dans l\u2019aspect si déformé de façon grossière et, semble-t-il intentionnelle, du supposé antisémitisme de Groulx.Pour beaucoup, il s\u2019agit d\u2019une campagne organisée pour décrier le nationalisme bénin -qui était aussi une forme de patriotisme éclairé et sans violence - provenant de la volonté d\u2019établir le contrôle des Canadiens français sur les ressources naturelles du Québec et sur tous les aspects de l\u2019éducation, de l\u2019industrie et de la culture.On trouve dans ce débat trop d\u2019esprits primaires, de déformations de la vérité et d\u2019acharnement à détruire un homme qui incarnait une volonté de fierté et d\u2019épanouissement des Canadiens français.Désormais d\u2019après une lettre récente adressée à monsieur Bouchard, le débat peut maintenant être accompagné de lettre d\u2019avocat ! (voir réplique de Gérard Bouchard, Le Devoir, ier mai 2003).En fait les rares propos dits « antisémites » de Lionel Groulx faisait partie d'un « antisémitisme de surface » chez de nombreux Canadiens français et que le Docteur Heinz Lehman, psychiatre réputé, avait décrit comme bénin » en 6o contraste avec celui des Européens qui, lui, était de nature violente et exacerbé comme en France, en Russie, en Allemagne.En assimilant la cause du « nationalisme-patriotisme » canadien-français au nationalisme européen, on a consciemment dévié tout le débat.Ayant eu l\u2019occasion de côtoyer Groulx de très près durant de si nombreuses années, je puis dire formellement que Groulx n\u2019avait aucun sentiment antisémite sérieux, mais qu\u2019au contraire, il vantait souvent ce groupe pour son esprit de solidarité, de défense mutuelle, de promotions de ses intérêts, toutes qualités qu\u2019il enviait pour son « petit peuple ».Il faut avouer que le Canadien français avait cette malheureuse habitude, insultante, le mot serait plus juste, d\u2019étiqueter une personne qui ne lui plaisait pas au premier abord, de « maudit Français », « maudit Anglais », « maudit Juif », sans y attacher plus d\u2019importance.C\u2019était une habitude grossière, mais qui persiste encore malheureusement ! Je me permettrai de rappeler un petit point qui avait choqué Groulx et qui avait trait à la disparition des épiciers-bouchers des quartiers, qui faisaient partie de la structure de la petite économie canadienne-française et qui, par individualisme, n'avaient pas su s\u2019unir pour concurrencer la formule des commerces « à plus grande surface », à ce moment les magasins Steinberg.La disparition de ce « petit entrepreneurship » et de ces entreprises était perçue comme un choc, comme une régression pour Groulx.Par ailleurs, Groulx admirait les pauvres émigrés juifs d\u2019Europe dans les années 30 et qui, pour vivre, achetaient à vils prix, les « guenilles » des Canadiens français en faisant le tour des nielles du Centre-ville et de l\u2019Est de Montréal.Durant ma jeunesse, j\u2019ai vu ces pauvres émigrés qu\u2019on appelait les « gue-nilloux » et qui achetaient tous les vieux vêtements et les vieilles étoffes à des prix dérisoires pour les revendre afin de faire un peu d\u2019argent et survivre ! Jamais, aurait-on vu un Canadien français ou un Canadien anglais faire ce genre de travail ! Pourquoi Bouchard reproche-t-il à Groulx de n\u2019avoir jamais parlé de l\u2019Holocauste quand on n\u2019a jamais reproché à Mordecai Richler d\u2019avoir comparé les femmes canadiennes-françaises à des truies (« sows »), parce que leur famille comptait souvent jusqu\u2019à douze enfants ! (New Yorker, 23 septembre 1991, page 46).Que viennent faire François Hertel, Vatican II, Charles de Gaulle, dans ce que Bouchard appelle les omissions et les silences de Groulx ?Espérons que le temps viendra à guérir cette offensive si fausse et si grossière contre Groulx et que nos compatriotes juifs réaliseront de plus en plus l'esprit de tolérance et de respect inné chez les Canadiens français ! Constantes de la vie de Groulx Deux constantes sont frappantes chez Groulx et ont été le centre de toutes ses activités et de sa vie.D\u2019abord et en tout premier lieu, Dieu était le point central de sa vie qui était complètement orientée vers la religion catholique de type ultramontain et vers les valeurs spirituelles.Groulx était un saint prêtre qui célébrait la messe tous les matins dans son oratoire privé et rendait visite chaque après-midi à l\u2019église Saint-Viateur après avoir cueilli ses journaux sur la rue Laurier.C\u2019est la composante-clé de sa vie.Elle vient d\u2019être décrite par Frédéric Boilyh En deuxième lieu, voyant l\u2019infériorité et les déficiences des Canadiens français sur presque 4 Frédéric Boily, Un chevalier du catholicisme : Lionel Groulx (Chapitre) Les Visages de la Foi, Fides, 2003. 62 tous les plans et cela est bien décrit par Bouchard (p.32-43), il s\u2019était fixé comme objectif de consacrer sa vie à redonner la fierté aux Canadiens français, héritiers d une histoire riche en labeurs, en courage et en petites réalisations progressives (écoles, collèges, universités, hôpitaux.) à partir de rien et sans aide, ni de la France, ni des compatriotes anglo-saxons.Il a voulu sortir les Canadiens français de leur complexe d\u2019infériorité, de leur esprit de résignation et de leur manque de vision et d\u2019envergure et les pousser à prendre le contrôle de leur société.Les accents qu\u2019il a pris, ont pu être, à l\u2019occasion, excessifs, mais toujours sans incitation à la violence.Groulx a consacré une bonne partie de ses énergies à combattre « l\u2019esprit de parti » qui a si longtemps primé chez les politiciens canadiens-français, toujours minoritaires dans les partis « bleu » ou « rouge » et preque toujours perdants dans la défense et la promotion des droits et des intérêts des Canadiens français.Il a fait de cet esprit de parti un cheval de bataille qu\u2019il a maintenu pendant des décades.Groulx rêvait d\u2019un chef « laïc », capable de continuer son acüon et dont les qualités et les orientations auraient été celles qu\u2019on retrouvait chez Groulx lui-même.Car Groulx avait les qualités d\u2019un leader avec toutes les qualités d\u2019expression orale et écrite, de caractère, d\u2019idéal et de détermination.Mais comme prêtre, il était sévèrement limité dans son action comme leader national ! Facteur primordial qui a limité l\u2019action de Groulx L\u2019action de Groulx sur le plan séculier (ou laïc) du patriotisme et d\u2019un nationalisme bénin, toujours sans violence, était 63 fortement limitée par sa foi totale et son appartenance de prêtre à l\u2019Église romaine.Ce sont ces limites qui expliquent ses propos parfois durs sur la politique et sur l\u2019État du Québec et qui l\u2019ont amené, tantôt à foncer, à « forcer le ton », tantôt à reculer, tantôt à hésiter et surtout à essuyer des rebuffades répétées, des incompréhensions, des mesquineries.Fondamentalement, la préoccupation majeure de Groulx était la création d\u2019un Québec fort, conscient de ses richesses et de ses talents.Pour Groulx, la religion avait préséance sur toutes les autres activités humaines.Dans la zone floue qui sépare le spirituel du temporel (surtout sur le plan de la politique), Groulx se sentait sur un terrain miné, écartelé entre son rêve d\u2019un peuple politiquement respecté, maître de ses richesses et son allégeance romaine totale ! Le port d\u2019une soutane était un carcan et une grande gêne quand s il s\u2019aventurait dans le domaine politique.C\u2019est cela que je ne puis accepter de la part de monsieur Bouchard qui les décrit comme des « contradictions » et des « incohérences ».Ses hésitations sur l\u2019avenir politique du Québec - Québec fort versus Québec souverain - proviennent de sa crainte de risques sérieux de mêler Église et religion à la politique.Groulx obéissait à l\u2019Épiscopat que, par ailleurs en privé, il critiquait pour ne pas être à la hauteur sur le plan intellectuel et théologique et d\u2019être trop timoré et prêt à bien des compromis pour préserver son autorité et son influence auprès des chefs temporels du temps.Groulx a toujours été déchiré dans son action publique entre la primauté du spirituel et ses activités séculières ou temporelles, Il était perturbé par la progression des 64 sciences (?) sociales, surtout à l\u2019Université Laval à Québec parce qu'on y reléguait au deuxième plan toute la question nationale.Il sentait l\u2019importance de prêcher « fort » pour sortir son « peuple » de son esprit de soumission, de résignation et pour l\u2019inciter à s\u2019épanouir à tous les plans, surtout religieux, mais aussi, économique, politique, industriel ! À devenir « maître chez-nous » selon l\u2019expression de Groulx, en 1920 et repris en i960, par Jean Lesage.En passant, je me permettrai une remarque.Il semble pour certains - et cela ne s\u2019applique pas à monsieur Bouchard -qu\u2019attaquer Groulx, minimiser son oeuvre et son rôle dans l\u2019épanouissement du Québec « fort » d\u2019aujourd\u2019hui, 1 utiliser comme bouc émissaire d\u2019une ère cléricale étouffante est bien dans la ligue du conformisme actuel, anticlérical et antireligieux, sans lequel on n\u2019est pas « quelqu\u2019un » au Québec !! Il est totalement incorrect d\u2019écrire qu\u2019il y a eu deux chanoines et de dire que la vie de Groulx a été un échec ! Cela est pour le moins inéquitable ! Échec : oui sur le plan religieux et de la foi, car l\u2019idéal catholique de Groulx pour son peuple a été balayé par les forces anticléricales depuis les années 1950-1960 et celles plus récentes de la laïcité de la société moderne.C\u2019est cela qu\u2019il a décrit comme la « faillite » de sa vie ! D\u2019autres comme Jacques Grand\u2019maison ont connu le même échec5 ! Échec : non quant aux autres aspects ! Succès extraordinaire sur les plans patriotique, politique, économique, culturel, universitaire, langue.Succès plus modeste sur le plan de l\u2019éducation.Mais dans l\u2019ensemble et dans les 50 der- 5 Jacques Grand\u2019Maison, Questions interdites sur le Québec contemporain, Fides 2003.\t,.\t. 65 nières années, quel progrès dans l\u2019épanouissement du « petit peuple » canadien-français ! Il est malheureux qu\u2019un intellectuel comme Gérard Bouchard, pour qui j\u2019ai d\u2019ailleurs beaucoup d\u2019admiration aboutisse à partir d\u2019une analyse froide de textes et sans avoir connu l\u2019homme, à des conclusions que j\u2019estime injustes.C\u2019est ce qui m\u2019a décidé à rédiger cet article pour rétablir ce qui me paraît être plus conforme à la réalité et à la hauteur du grand homme que Groulx était ! ? 66 DOSSIER Lucia Ferretti* UN PAMPHLET DÉGUISÉ EN OUVRAGE SAVANT.OU PRESQUE FRÉDÉRIC BOILY La pensée nationaliste de Lionel Groulx, Sillery, Septentrion, « Cahiers des Amériques », 2003, 229 p.Le fil conducteur de l\u2019argumentation est le suivant : 1) Groulx est un des « massifs centraux »1 (p.210) du paysage intellectuel québécois.Tous les intellectuels, « séparatistes »2 comme fédéralistes, de droite comme de gauche, ont reconnu qu\u2019il était un monument, selon le mot de Claude Ryan dans Le Devoir.Par ailleurs et surtout, il a été le « vaisseau amiral du nationalisme canadien-français ».(p.13) * Université du Québec à Trois-Rivières.1\tLes passages entre guillemets citent les propos de Boily ; ceux en italiques reprennent les termes employés par Groulx lui-même.2\tCe mot, comme ceux de « séparation » et de « séparatisme », est systématiquement employé par Boily tout au long de son texte.En adoptant sans guillemets le vocabulaire de certains groupes politiques canadiens plutôt que les concepts reconnus en droit international d'indépendance, indépendantisme et indépendantistes utilisés par Groulx dans toutes les citations rapportées, Boily se « trahit » dès la septième ligne de son livre : en dépit de toutes ses prétentions scientifiques déclarées (p.13), celui-ci appartient bel et bien à la catégorie des ouvrages politiques. 67 2)\tOr, la pensée nationaliste de Lionel Groulx est « une variante du nationalisme organiciste ou culturaliste à la Herder » (chapitre i et p.210), ce philosophe allemand de la fin du XVIIIe siècle si opposé aux Lumières et dont l\u2019héritage, même si on ne saurait le résumer à cela, est néanmoins d\u2019avoir « contribué au développement des nationalismes les plus fermés ».(p.24) 3)\tPar ailleurs, même s\u2019ils tiennent à se démarquer de lui jusqu\u2019à protester énergiquement contre toute parenté intellectuelle, les penseurs nationalistes depuis i960 ont porté et portent encore Lionel Groulx en eux.C\u2019est le cas non seulement des héritiers directs, les Seguin, Brunet, Frégault, mais aussi de Gérard Bouchard et même de Charles Taylor.Tous en effet développent le même type de nationalisme organiciste que Groulx avant eux.4)\tÀ ce stade, Body n\u2019a plus besoin d\u2019écrire, et il n\u2019écrit pas non plus : les lecteurs ont maintenant en main tous les éléments pour situer les intellectuels nationalistes contemporains sur l\u2019échiquier idéologique.° ?a ?a Il me faut expliquer le titre qui coiffe cette note critique.Un « pamphlet », parce que le livre présente une argumentation très tendancieuse, voire fallacieuse en bien des points, ce qui sera détaillé ci-après ; mais « presque », parce que Body est malgré tout assez honnête pour donner à voir, par des incises et quelques notes infrapaginales, que la pensée de Groulx n\u2019est en fait parente en rien du nationalisme 68 d\u2019extrême-droite.Un « ouvrage savant », certes : il s\u2019agit d\u2019une thèse de doctorat très bien écrite, et particulièrement habile à mettre en œuvre toutes les caractéristiques du genre, notamment un discours pondéré ainsi qu\u2019un appareil de notes impressionnant ; mais « presque », parce que malgré tout subsistent ici et là des verbes outranciers, parce que les amalgames douteux sont légion au point de constituer l\u2019armature même de la thèse, et parce que les penseurs qui ont exercé une véritable influence sur Groulx sont toujours présentés en mode mineur lorsque Body prend la peine de les mentionner, ce qui n\u2019est pas toujours le cas, et qu\u2019en outre ils restent bien souvent incompris de lui.a D a Groulx et Herder Ils errent, dit Boily, ceux qui prétendent que le nationalisme de Groulx est une forme de biologie raciale.Certes, il ne voudrait qu\u2019on pense qu\u2019il nie le « racisme » du chanoine, son « antisémitisme » notamment ; il ne voudrait pas non plus passer sous silence que Groulx se préoccupe de la question de « la pureté des origines » de la race canadien-ne-française et de la préservation de cette pureté, comme en témoigne d\u2019ailleurs si bien son « refus du mélange culturel ».Et Boily de citer à son tour les passages de son œuvre, toujours les mêmes, qui incriminent Groulx sans appel.Mais comme cette logique biologique, si elle était suivie jusqu\u2019au bout, conduirait l\u2019historien à faire du Canada français un simple rameau de la France plutôt qu\u2019une nation différente, Groulx ne peut se l\u2019approprier. 69 En fait, Groulx aurait plutôt développé une conception organiciste, culturaliste de la nation, se rattachant ainsi à un courant qui remonte jusqu\u2019à Johann Gottfried Herder.Body va jusqu\u2019à dire : « toute mon analyse repose essentiellement » sur cette idée » (p.210).Et qui est ce Herder dont B oily ne donne même pas le prénom en entier ?Qui est ce Herder dont on peut supposer que Body n\u2019a pu retrouver citation ni référence dans toute l\u2019œuvre de Groulx, puisqu\u2019il n\u2019en rapporte aucune ?« Saisir la \u201cvraie\u201d nature de la pensée du philosophe n\u2019est pas mon propos, affirme tranquillement le thésard, et je note tout simplement que celle-ci a aussi contribué au développement des nationalismes les plus fermés » (p.24).Ce n est pas non plus mon propos que d\u2019analyser la pensée de Herder.Mais je note tout de même que Body devrait mieux savoir faire la différence entre une pensée philosophique du XVIIIe siècle, et sa récupération sélective et déformatrice par des partis politiques du XXe siècle.La pensée de Herder a en effet été revendiquée par les nazis, indique le philosophe Pierre Penisson, quoique Himmler dénonçait devant ses troupes « ce mauvais Allemand qui mêlait aux racines nationales allemandes quantité de sources étrangères, volontiers juives ou slaves ou nègres »L Ce qu on peut dire de plus juste, selon Penisson, c\u2019est que Herder est probablement le philosophe qui a le plus cherché en son temps à opposer à l\u2019universalisme désincarné des Lumières, dont il pressentait qu\u2019il pouvait être aussi un véhicule de l\u2019impérialisme culturel français, un autre universalisme, fait celui-là de la réunion de tous les peuples, auxquels on aurait reconnu le droit à la spécificité culturelle.3 Pierre Pénisson, Johann Gottfried Herder, Paris, Cerf, « Bibliothèque franco-allemande », 1992, p.15. 70 Boily n\u2019a pas lu Herder.Ce qu\u2019il en sait, c\u2019est seulement à travers le prisme des analyses de spécialistes français des pensées politiques de droite.C\u2019est pourquoi il donne du nationalisme organiciste une définition forcée par rapport à celle qu\u2019a développée le philosophe allemand.En faisant de la nation un véritable individu collectif, un être historique dont on peut suivre la naissance et la croissance à travers les âges de la même façon qu\u2019on peut le faire pour un individu (p.210), le nationalisme organiciste tel que compris par Boily confère donc à chacune un caractère distinct, une âme, c\u2019est-à-dire une spécificité culturelle (marquée essentiellement par la langue et la religion), et un destin.Mais laissons-là Herder, puisque Groulx ne l\u2019a probablement jamais lu.Ce qui est plus important, c\u2019est de noter que Michelet (qui avait lu Herder, lui) et Croce avaient eux aussi une concepüon de la nation comme individu collectif construit non sur la race mais sur la culture.Ces historiens que Boily ne mentionne pas du tout mais que Groulx connaît bien, c\u2019est chez eux certainement qu\u2019il a trouvé son inspiration la plus directe.Au total, comme finit par le dire Boily, il s\u2019agit tout simplement de reconnaître qu'au fondement de la nation chez Groulx, ce n\u2019est pas le mythe du sang qu\u2019on retrouve, pour employer les mots mêmes du chanoine, mais bien plutôt une culture unique et spécifique.Groulx et les intellectuels catholiques du XIXe siècle On peut douter que Groulx se soit abreuvé, sinon très indirectement, à la philosophie de Herder ; en revanche, c\u2019est sans nul doute qu\u2019on reconnaît ses références catholiques.Ici, Boily souligne - aidé par Groulx lui-même, qui s\u2019en morfondait un peu à la fin de ses jours (p.135-136) - que le 71 prêtre historien s\u2019est surtout attaché à développer la conscience nationale de ses compatriotes plutôt que leur conscience catholique (p.51).C\u2019est sans doute pourquoi il ne s'entendait pas avec le père Georges-Henri Lévesque.L\u2019historien ne voulait pas dissocier l\u2019action catholique de l\u2019action nationale, le sociologue y tenait, rappelle Boily.L\u2019un se méfiait du centralisme d\u2019Ottawa, l\u2019autre pas du tout, au contraire, et là est le véritable nœud de leur opposition.Pour Groulx, les nations n\u2019ont pas seulement un destin ; certaines ont même une mission, qu\u2019elles ont reçue de Dieu.C\u2019est le cas justement du Canada français.Dieu a voulu la naissance du Canada français et il lui a donné pour mission de « faire vivre une nation catholique en Amérique [du Nord] » (p.72).Ainsi, selon Groulx, il est du devoir de chaque Canadien français en particulier, et de tous en commun, de résister aux forces d\u2019assimilation à l\u2019œuvre dans notre histoire.Boily dresse ici avec force un portrait tout à fait juste du « sens de l\u2019histoire » à l\u2019œuvre chez l\u2019historien.Il aurait dû s\u2019en tenir là.Mais en voulant aller plus loin, le politicologue ne fait que montrer son ignorance des subtilités des courants de pensée catholiques du début du XIXe siècle.Selon Boily, les idées de Groulx proviennent en droite ligne de celles développées par le catholicisme du XIXe siècle, dans sa version libérale comme dans sa version la plus « intransigeante » (sic) : comme Montalembert et comme Joseph de Maistre, Groulx serait motivé par un catholicisme d\u2019action, ou pour mieux dire, par un esprit de croisade (p.55).Mais Boily, qui n\u2019est pas historien, ne comprend pas d\u2019où leur vient ce catholicisme d\u2019action.Il évoque à peine (p.56) 72 ce qui a tant inspiré Groulx et dont il parle si souvent dans son œuvre, à savoir la situation de l\u2019Irlande, des Pays-Bas du sud (Belgique) et de la Pologne avant 1840, toutes contrées catholiques dominées par des rois non seulement protestants ou orthodoxes, mais surtout étrangers.Dans tous ces pays, oppression religieuse et oppression nationale se superposent et se renforcent, et c\u2019est contre les deux que se soulèvent maintes fois les populations, suivies plus ou moins par le clergé, selon l\u2019endroit.Réduire à une croisade la lutte des tous ces peuples pour leur libération nationale, voilà l\u2019axe de l\u2019idéologie de Boily.Groulx, continue l\u2019auteur, s\u2019inspire aussi d\u2019un autre courant catholique, l\u2019ultramontanisme de Joseph de Maistre, qu\u2019il décrit comme un « traditionnalisme ».C\u2019est méconnaître absolument le côté tout à fait novateur (ce qui ne veut pas dire progressiste, j\u2019espère que Boily saisit la différence !) de la pensée de ce fondateur de l\u2019ultramontanisme moderne.Jusqu\u2019à la fin de l\u2019Ancien Régime, l\u2019ultramontanisme français revendiquait simplement l\u2019indépendance de l'Église face à un État très porté à vouloir intervenir dans ses affaires, jusqu\u2019à nommer les évêques comme l\u2019on sait.Après la révolution française, les vrais conservateurs catholiques se retrouvent aux côtés de Louis de Bonald, qui continue de présenter la monarchie de droit divin comme la seule forme légitime de gouvernement.C\u2019est alors qu\u2019intervient Joseph de Maistre, tout aussi opposé aux idées de la révolution, mais qui comprend que quelque soit la forme politique que prennent désormais les États (république ou monarchie constitutionnelle notamment), le seul contrepoids réel ne peut venir que du pape, et non d\u2019un retour à la tradition de la monarchie de droit divin.Voilà pourquoi, dès le début du XIXe siècle, de Maistre fait de l\u2019autorité 73 infaillible du pape la clé de voûte de la restauration contre-révolutionnaire de l\u2019ordre européen : rultramontanisme est en passe de se muer en doctrine de suprématie de l\u2019Église sur l\u2019État.Certes, l\u2019ultramontanisme est une pensée de droite, et certes les ultramontains se sont opposés non seulement aux nostalgiques de l\u2019Ancien Régime, mais aussi aux catholiques libéraux.Vatican I, soixante ans plus tard, leur devra beaucoup.Boily, qui prétend analyser des pensées politiques, a raté ici une belle occasion de se montrer subtil.Pas lu Michelet, pas lu Lammenais ni Montalembert, pas lu de Maistre, pas lu l\u2019histoire des nations catholiques opprimées du début du XIXe siècle : et après cela se targuer de retracer les influences majeures subies par Groulx !! Groulx et Heidegger Les forces d assimilation à l\u2019œuvre au Canada français ont deux visages, selon Groulx, bien saisi par Boily.Le premier est politique ; il s\u2019appelle impérialisme britannique à partir de la Conquête de 1760, puis centralisme fédéral depuis la Confédération.Le second est économique et culturel : pour être plus récent, 1 American Way of Life ne constitue pas un moindre danger, car par sa puissance industrielle, sa fascination pour la technique et son credo individualiste il contribue à 1 uniformisation et à la déshumanisation du monde.Là encore, Boily aurait dû s\u2019arrêter, l\u2019essentiel était dit.Mais il veut ajouter quelque chose.Il a lu Heidegger, ou en tous cas il a lu ceux qui l'ont lu.Donc, il dit que l\u2019antimo-demisme de Groulx rappelle la philosophie heideggerien-ne.(p.95).Heidegger est assez connu pour que l'auteur n ait pas besoin d\u2019appuyer : les lecteurs savent déjà que ce philosophe donna d\u2019abord son adhésion officielle au parti 74 nazi.Toutefois, continue Boily, la critique antimodeme de Groulx ne s\u2019enracine pas chez Heidegger (p.97).Dans ce cas, pourquoi parler de lui ?Elle trouve plutôt son fondement chez des penseurs français comme Henri Bergson, cet autre philosophe dont il n\u2019est pas dit que juif, il fut tenté par le catholicisme mais resta finalement solidaire de ses coreligionnaires persécutés par Hitler.Boily aurait pu ajouter que la critique de l\u2019« âge de la technique » est aussi une constante chez les penseurs des divers courants humanistes du XXe siècle, ainsi que chez les praticiens de l\u2019analyse phénoménologique, un type de philosophie qui a beaucoup inspiré Groulx et dont Boily ne souffle mot.L\u2019heure est grave, selon Groulx ; or, les Canadiens français n\u2019en semblent pas conscients.Il s\u2019agit donc de faire naître dans la nation un profond sentiment national, une conscience de son être.C\u2019est la dimension politique de la pensée de Groulx.Groulx, Maurras et Fichte Certes, avance Boily, la plupart des commentateurs ont soutenu que la pensée du chanoine a été apolitique ; et en un sens elle peut en effet être jugée ainsi puisqu\u2019elle n\u2019aboutit pas à soutenir un parti politique particulier au cours des luttes électorales.Comment en serait-il autrement puisque Groulx « exècre » (p.104) et « rejette » (p.106) la démocratie représentative et le principe égalitaire sur quoi repose la démocratie ?Pour lui, les politiciens dissocient trop le politique et le national ; de plus, ils sont asservis aux intérêts du grand capitalisme industriel et financier ; sans envergure, ils font de la petite politique politicienne.Pourtant, continue Boily, on ne saurait s\u2019arrêter à ce premier jugement. 75 Groulx s\u2019intéresse passionnément au politique, et ce qu\u2019il veut, c\u2019est une « métapolitique », soit l\u2019élaboration d\u2019un discours et de pratiques qui contribuent à construire l\u2019âme de la nation, à faire à terme de l\u2019État un allié et un défenseur de la nation plutôt que son cheval de Troie.En somme, il s\u2019agit pour Groulx de mener une guerre d\u2019idées, et de promouvoir une certaine conception du monde au sein des milieux intellectuels afin de transformer la culture politique de la nation (p.106), de lui donner une vision d\u2019avenir.Jusque-là, tout va bien.Pourquoi cette manie d\u2019en rajouter ?Or, glisse Body, c\u2019est précisément parce qu\u2019il a su proposer une vision d\u2019avenir à l\u2019Italie que Groulx admire Mussolini (p.108), et ce pourquoi on peut discerner chez cet éminent intellectuel l\u2019influence de Charles Maurras (p.121).Pourtant, on ne saurait soutenir que Groulx est maurrassien ; plus profondément, il s\u2019inspire de la philosophie de Fichte4.Autre chose : même s\u2019il souhaite l\u2019avènement d\u2019un État français, et même s\u2019il a flirté brièvement avec l\u2019idée en 1922, Groulx n\u2019est pas en faveur de la « séparation » ; car la nation canadienne-française déborde les frontières du Québec.Ici, deux remarques.D\u2019abord Groulx n\u2019exècre ni ne rejette la démocratie représentative, il ne « dédaigne » (p.ni) pas la démocratie libérale.Son Histoire du Canada français depuis la découverte fait une grande place à Louis-Hyppolite Lafontaine, par qui le Canada-Uni a obtenu le gouvernement responsable ; elle fait aussi du Statut de Westminster, qui marque en 1931 1 indépendance du Canada et consacre 4 Les lecteurs ne sauront pas ici que Fichte, auteur d\u2019un Discours à la nation allemande, a été avant tout un philosophe humaniste, républicain libéral en politique et auteur aussi d'une Défense de la Révolution française. 76 sa capacité de se gouverner par lui-même, une date si importante qu\u2019elle ouvre l\u2019époque contemporaine de l\u2019histoire du Canada français.Mais Groulx déplore vigoureusement que les hommes politiques québécois n\u2019utilisent pas mieux, c\u2019est-à-dire au profit du développement collectif du Canada français, cet outil essentiel bien qu\u2019imparfait qu\u2019est l\u2019État provincial du Québec.Après tout, le peuple canadien-français n\u2019en a pas de trop, des outils de développement.Ne pas lutter contre les « trusts », ou donner le fer à une cenne la tonne, comme le font Taschereau puis Duplessis, cela enrage Groulx.et bien d\u2019autres au Canada français.Faire du patronage l\u2019alpha et l\u2019oméga de la politique québécoise, et en cela faire passer les intérêts de l\u2019IJnion nationale avant ceux du Québec, cela répugne à Groulx, oui, mais aussi à Georges-Émile Lapalme et à d\u2019autres.Autre remarque : Body continue de pratiquer l\u2019amalgame.De Charles Maurras, la mémoire collective a retenu qu\u2019il a soutenu non seulement Mussolini, mais aussi Franco et Pétain.Le fait est assez notoire pour que ce lecteur assidu des spécialistes de la pensée d\u2019extrême droite qu\u2019est notre thésard puisse se dispenser de le souligner de nouveau.Mais puisqu\u2019il reconnaît que Groulx ne suivait pas Maurras, encore une fois la question s\u2019impose : pourquoi parler de lui ?Si au moins Boily avait pris la peine de dire qu\u2019après la mise à l\u2019index par Rome des œuvres du bouillant polémiste français, Groulx tint à changer le nom de sa propre revue L\u2019Action française, en LAction nationale, pour bien éviter toute confusion.Mais non, pourquoi Boily dirait-il toute la vérité quand celle-ci détruirait l\u2019entreprise qu\u2019il poursuit, à savoir faire passer Groulx pour ce qu\u2019il n\u2019a pas été, tout en offrant tout de même, mais toujours en mode soft, les éléments qui permettent de situer Groulx dans la mouvance 77 qui fut réellement la sienne ?Ce Fichte, par exemple, auteur d\u2019un Discours à la nation allemande, a été avant tout un philosophe humaniste, républicain libéral en politique, accusé d\u2019athéisme, et auteur aussi d\u2019une Défense de la Révolution française.Groulx ne l\u2019a peut-être pas plus lu qu\u2019il n\u2019a lu Herder, mais pourquoi Fichte n\u2019a pas droit par Boily au même traitement que son contemporain ?Groulx, Barrés et le Fürher De ce qui précède, et ici je reprends le fil de la démonstration de Boily, on aura compris que pour Groulx, les dites ont un rôle crucial à jouer.Selon Boily, Groulx « ne veut nullement d\u2019une élite soucieuse de faire accéder à une plus grande autonomie intellectuelle le plus grand nombre possible d\u2019individus » (p.129) ; cette affirmation du doctorant n\u2019est cependant justifiée par aucune citation de Groulx, et est vue comme l\u2019opposée de l\u2019assertion qui suit immédiatement.Non, ce que veut le prêtre historien, c\u2019est que les élites créent une mystique, portent la cohésion nationale à son plus haut niveau, en un mot fassent accéder la nation à la conscience de son être.Ici, Boily aurait pu dire qu\u2019en ce sens, Groulx prolonge bien la lignée de tous ces intellectuels nationalistes qui, partout en Europe, ont depuis le XIXe siècle entrepris de donner conscience d'elles-mêmes à leurs nations.On a évoqué Michelet et Croce tout à l\u2019heure, mais on pourrait le dire de la majorité des historiens, les libéraux surtout d\u2019ailleurs, qui ont vu dans le peuple le véritable siège de la nation, et considéré comme de véritables élites seulement celles qui savaient le révéler à lui-même.Mais ce n\u2019est pas ce que dit le thésard, qui préfère consacrer un développement subs- 78 tantiel à Maurice Barrés, dont la conception, paraît-il, serait « emblématique » (p.130-133) de ce courant pro-mystique, et surtout assez proche de celle de Groulx.Vigoureusement opposé à la modernité libérale et démocratique, Barrés est un écrivain et un homme politique en qui d aucuns ont voulu voir le précurseur intellectuel du fascisme et du nazisme.Body éprouve tout de même un certain embêtement : il est obligé de noter que Groulx s\u2019est toujours méfié de Barrés, et que le « point de contact » entre les deux hommes est seulement que tous deux croient « à la valeur intrinsèque de l\u2019enracinement [des intellectuels] dans une tradition nationale particulière » (p.133) ! Tout compte fait, il ressort du propos de Body que Groulx voit surtout dans les intellectuels des éveilleurs de conscience, des hommes dont le rôle est de faire vivre l\u2019être national, et de contribuer à mieux enraciner le peuple dans la tradition vivante et évolutive dont il est le véritable porteur sans toutefois en avoir suffisamment conscience.Parmi les élites, le chef, à son tour, joue un rôle majeur.Comme le dit Body avec force références incluant Malraux, le mythe du sauveur est bien présent dans la tradition historique et politique française, de Napoléon à de Gaulle, car combien de fois les Français ont-ils voulu faire de leurs grands hommes des sauveurs ; ce mythe est aussi, sans surprise, bien présent dans la tradition catholique.Le chef, c\u2019est celui qui, aux heures de crise, est l'homme-peuple, expression empruntée par Groulx à Victor Hugo et qui s'applique à Dollard des Ormeaux, et à Louis-Joseph Papineau autant qu\u2019à Henri Bourassa ; le chef, en somme, c\u2019est l\u2019incarnation de la nation.Mais Body sent utile d\u2019ajouter encore quelque chose : dans les propos de Groulx, il croit aussi 79 reconnaître « la conception allemande du Fürher » (p.147), sans toutefois pouvoir citer les lectures de Groulx sur ce point.J\u2019aime la fin de ce chapitre, parce qu\u2019elle montre le fond de la visée de Body (p.152).Il n\u2019a pu fonder aucun des rapprochements qu\u2019il a tentés, ni entre Groulx et Barrés, ni entre Groulx et Hitler.Du coup, que reste-t-il au politicologue ?De reprocher à Groulx d\u2019avoir développé une conception du chef « qui fait l\u2019économie de toutes les effusions de violence et de sang, nécessaires pour que les chefs parviennent au pouvoir ».En fait, Groulx n\u2019a pas eu à s\u2019intéresser à cette question, puisqu\u2019aucun des chefs qu\u2019il donne au Canada français n\u2019a réussi à accéder au pouvoir ! La violence et le sang, c\u2019est contre le Canada français qu\u2019on les a exercés : depuis les politiques d\u2019assimilation répétées jusqu\u2019aux envois de troupes britanniques contre les Patriotes et de troupes canadiennes dans les rues de Québec en 1917 ! Groulx : un professeur qui déteste l\u2019instruction et un historien peu soucieux de vérité historique Groulx « abhorrant »(p.157) la modernité et la technologie, on ne s\u2019étonnera pas qu\u2019il fasse des humanités classiques la clé de voûte du système d\u2019éducation et les seules qui conviennent à la formation de véritables chefs.Par ailleurs, comme les politiciens actuels ne sont que des chefs de pacotille, il faut à tout prix soustraire l\u2019éducation de leurs mains, et donc de celles de l\u2019État.Groulx « méprise » (p.165) l\u2019instruction, car ce qu\u2019il poursuit, ce n\u2019est pas tant le projet de doter les individus de connaissances, que de renforcer les liens entre eux et la nation, de les placer dans 8o la « dépendance » (p.171) de la nation à laquelle ils appartiennent.Aux élites, un enseignement classique qui forme l\u2019esprit aux plus grandes sources du génie occidental, un enseignement religieux incarné et national ; au peuple, un enseignement agricole qui le rapproche de la terre et de ce fait renforce la nation (p.170) ; à tous, un enseignement de l\u2019histoire qui ne cherche pas tant à établir des « vérités historiques » qu\u2019à tirer « des leçons » (p.174) et à susciter un sentiment d\u2019appartenance et de fierté nationales.Voilà ce que retient Body de la conception groulxiste de l\u2019éducation.Quelle réduction, mais quelle réduction de la pensée de Groulx ! Je ne nierai pas, absolument pas, que les humanités classiques aient représenté pour lui le summum de la formation de l\u2019esprit.Il faut lire le Journal du jeune Groulx pour saisir comme il a eu le sentiment d\u2019être privilégié de suivre le cours classique.Il était orphelin, né en 1878 du premier mariage de sa mère, beau-fils de cultivateur, parmi les aînés d\u2019une famille de dix-sept ou de dix-neuf enfants ; son beau-père lui a offert le cours comme s\u2019il était son propre fils, les prêtres du séminaire en ont payé une partie, tout comme ils lui ont payé ses médicaments, car Groulx, jeune, n\u2019avait pas de santé.Partisan de l\u2019éducation classique, Groulx, certes ! Mais partisan de l\u2019instruction aussi, que diable.Et ici, c\u2019est les Mémoires qu\u2019il faut lire, surtout le passage consacré à sa mère enfant : elle marchait une heure deux fois par jour pour aller et revenir de la petite école, parce qu\u2019elle voulait plus que tout savoir lire, écrire et compter ; elle a dû quitter tôt, bien trop tôt à son goût.Combien de fois Groulx n\u2019a-t-il pas rappelé qu\u2019il se sentait le devoir de s\u2019instruire, pour combler en quelque sorte l'appétit de savoir que sa mère n\u2019avait pu étancher pour elle-même. Le problème avec Boily, c\u2019est qu\u2019il considère que si l\u2019on veut que l\u2019école développe le sens de l\u2019appartenance nationale des enfants, alors forcément c\u2019est qu\u2019on est contre le développement de leur esprit critique voire celui de leurs facultés intellectuelles (p.165).C\u2019est ridicule ! Il semblera à tous les lecteurs que la France et les États-Unis pour ne parler que de ces deux pays, ont produit quantité de connaissances, d\u2019intellectuels et de savants, et pourtant tout l\u2019enseignement y est orienté en faveur du développement du sens national, voire même carrément du patriotisme.Mais le plus ridicule et le plus faux, c\u2019est de faire dire à Groulx que l\u2019historien ne doit viser « pas tant à établir des vérités historiques qu\u2019à tirer des leçons ».Voilà vraiment un coup d\u2019épée dans l\u2019eau, puisque nul ne conteste plus, sauf lui, l\u2019apport de Groulx non seulement dans l\u2019élaboration d une histoire scientifique du Canada français, mais aussi dans l\u2019institutionnalisation de l\u2019histoire comme discipline universitaire, grâce notamment à la création du département d\u2019histoire de l\u2019Université de Montréal, de l\u2019Institut d\u2019histoire de l\u2019Amérique française et de la Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française.La postérité de Groulx Groulx est-il mort, se demande finalement Boily ?Non, répond-il aussitôt.Sans doute, des éléments essentiels du nationalisme de Groulx ne sont-ils plus repris du tout par les intellectuels québécois depuis les années i960 ; c\u2019est le cas du catholicisme, qui n\u2019est plus perçu comme l\u2019un des traits identitaires fondamentaux de la nation, ou de « l\u2019antidémocratisme » et de « l\u2019antisémitisme »(p.180) de Groulx, dont personne n\u2019oserait plus se réclamer.Mais tout de 82 même, sa conception de la nation est encore présente, et sa conception du rôle de l\u2019histoire nationale aussi.Ainsi, malgré tout ce qui semble les distinguer, les historiens de l\u2019École historique de Montréal (Séguin, Frégault, Brunet) dans les années i960, Gérard Bouchard et Charles Taylor aujourd\u2019hui, ont tous une conception organiciste de la nation, une volonté de parler du « nous » national, même si chez certains, comme Bouchard, ce « nous » n\u2019est plus seulement canadien-français et même si, chez d\u2019autres tels Taylor, ce « nous » canadien-français est en fait surtout un « eux ».Par ailleurs, bien des historiens actuels continuent à vouloir faire de l\u2019histoire « le ciment d\u2019une cohésion nationale » (p.208) qu\u2019ils jugent indispensable à la conscience nationale.Je ne m\u2019attarderai pas à défendre les intellectuels mentionnés ici.Ils ont pour eux leurs œuvres.Qu\u2019on les lise, et on pourra juger.De toutes, on pourra dire au moins qu\u2019elles sont honnêtes.Mais je voudrais simplement demander à Body : tout nationalisme est-il forcément organiciste ?Peut-il nous donner l\u2019exemple d\u2019intellectuels nationalistes québécois des cinquante dernières années qui ne pratiqueraient pas un nationalisme organiciste ?Je pose ces questions parce qu\u2019il est clair que Body ne connaît rien d\u2019autre que le nationalisme organiciste.Dès que des intellectuels disent « nous », dès qu\u2019ils cherchent à délimiter le contenu de ce « nous » et quels que soient ceux qu\u2019ils y incluent, on est devant du nationalisme organiciste, selon Body.Cela atténue grandement la spécificité du chanoine, on en conviendra.Cela atténue aussi la crédibilité de Body dans la mesure où l\u2019on remarque une fois de plus son incapacité de se livrer à une lecture subtile des penseurs qu\u2019il prétend analyser. 83 a ?a a Que reste-t-il de la pensée nationaliste de Groulx, une fois qu\u2019on a éliminé toutes les fausses généalogies que lui dresse Body ?La nation, chez Groulx, n\u2019est pas fondée sur la race, mais sur la culture.Elle s\u2019incarne dans un peuple concret, historiquement modelé, mais toujours libre à son tour de façonner la suite des choses.Certes, une nation n\u2019est pas une simple collection d\u2019individus atomisés.C\u2019est une terre, d\u2019origine ou d\u2019adoption ; une langue, maternelle ou seconde ; une manière d\u2019être et un regard sur le monde incluant la religion ; une spécificité qui est un morceau de 1 universel ; et surtout une volonté de poursuivre ensemble la route.La nation canadienne-française, quant à elle, c\u2019est un petit peuple dominé et fragile, soumis à des forces d\u2019assimilation considérables, et qui pour cette raison ne peut se payer le luxe d\u2019une classe intellectuelle et d\u2019une classe politique engluée dans ce que Denis Arcand nommera plus tard « le confort et l\u2019indifférence ».Toute sa vie, Groulx s\u2019est donné la mission de secouer ceux qui avaient le pouvoir et le savoir, celle de distiller la fierté dans le cœur des prolétaires et des cultivateurs de l\u2019Amérique française, et celle de communiquer à tous le désir de continuer à faire advenir ce peuple francophone en Amérique : C\u2019est la diversité qui fait la beauté du monde, écrivait-il.Et si tout cela, c\u2019est du nationalisme organisciste, alors pourquoi pas ? 84 DOSSIER Gilles Rhéaume* LES CORRESPONDANCES DE GROULX, UNE ŒUVRE MONUMENTALE LIONEL GROULX Correspondances 1894-1967, tome 3, édition critique par Giselle Huot, Juliette Lalonde-Rémillard et Pierre Trépanier, 2003, Fides, Montréal, 1045 p.Ce troisième tome de la correspondance de Groulx s\u2019inscrit dans une démarche éditoriale de longue haleine qui mérite la plus haute considération tellement ces publications sont truffées de renseignements pertinents et porteurs qui éclairent hautement près d\u2019un siècle d\u2019histoire d\u2019un peuple.L\u2019œuvre de Groulx est immense, colossale ; elle commande le recours aux méthodes d\u2019analyse les plus éprouvées ainsi qu\u2019une largeur de vue sans laquelle la pénombre risquerait de ternir voire de disqualifier l\u2019une des écritures parmi les plus denses, les plus signatives et les plus essentielles qui soient en Amérique française.Peu de personnes ont entretenu une correspondance aussi importante.Des milliers et des milliers de pièces comme autant de pierres d\u2019un vaste édifice à reconstruire afin de mieux comprendre une réalité déjà séculaire.Les responsables de cette édition critique ont relevé ce défi avec brio.Celles et ceux qui aiment l\u2019histoire raffoleront de * Professeur de philosophie. 85 cet ouvrage ; ils ne le liront pas ils le dévoreront.Non seulement le lectorat pourra se brancher directement, sans intermédiaire, sur la pensée de cet exceptionnel animateur de peuple que fut Lionel Groulx mais il pourra de surcroît faire l\u2019apprentissage des grands débats qui ont marqué le XXe siècle ainsi que des principaux acteurs de cette époque si efferverscente de notre histoire nationale.Il faut bien le dire, malgré ce que Wilfrid Laurier a bien pu dire, le XXe siècle aura été celui du Québec et non pas celui du Canada.Et ce Québec en puissance puis en devenir, cette québécitude qui semble si anodine en 2003, nous le devons en grande partie à l\u2019auteur de cette correspondance.Le sous-titre retenu par les responsables de cet ouvrage remarquable publié chez Fides est très évocateur du contenu qui attend celles et ceux qui se procureront le volume : L\u2019intellectuel et l\u2019historien novices 1909-1915.En effet, ce sont les dernières années de Groulx à Valleyfield qui constituent l\u2019arrière-plan de cette correspondance aussi volumineuse que dense.C\u2019est dans ce séminaire qu\u2019il aura mis sur pied un groupe d\u2019étudiants qui sera les prémisses de l\u2019AClC et dont la naissance et le parcours constitueront l\u2019essentiel de son ouvrage Croisade d\u2019adolescents.L\u2019Association catholique de la jeunesse canadienne fournira, entre autres, les cadres du mouvement nationaliste tant à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et dans les autres sociétés nationales qu à la Ligue des droits du français qui deviendra la Ligue d Action canadienne-française puis la Ligue d Action nationale.Revenons vers 1910 dans le petit collège.Groulx prend de la place, ses disciples se font remarquer.Cet éclat ne peut naturellement pas plaire à tout le monde.Des conflits de personnalités puis d\u2019idées font leur apparation dont l\u2019envie n\u2019est pas totalement exclue.Après Valleyfield il 86 se rendra à Montréal pour y connaître une carrière brillante et sillonnée aussi de difficultés auxquelles il fera face et sur lesquelles il faudra revenir.Valleyfield, c\u2019est son diocèse, son pays, la terre des siens.Il a fait toutefois ses études classiques à Saint-Thérèse et plusieurs de ses correspondants sont des anciens de cet Alma Mater.Qu\u2019ils aient été professeurs ou confrères d\u2019études, ses correspondants lui resteront longtemps fidèles ; plusieurs s\u2019entremettront pour lui trouver une place plus convenable à ses talents.Groulx a connu, durant ses dernières années dans son diocèse, des rapports souvent tendus avec son évêque, ce dernier étant un partisan du chef libéral Wilfrid Laurier tandis que Groulx et ses amis favoriseront plutôt Henri Bourassa qui fonde Le Devoir en 1910.Les lettres qu\u2019il écrit réfèrent souvent à ces difficultés avec les autorités diocésaines.Il espère quitter Valleyfield et oeuvrer ailleurs.Plusieurs de ses corespondants, dont certains ont étudié avec lui à Rome et à Fribourg, militent activement pour ce transfert vers une autre Église diocésaine.Groulx a toujours voulu œuvrer dans l\u2019enseignement, le monde de l\u2019éducation est le sien.Il n\u2019est donc pas surprenant que le tout nouveau Collège de Saint-Jean dans le diocèse qui porte le même nom et se situe sur la Rive-Sud du fleuve Saint-Laurent ait été perçu comme un des lieux possibles où il pourrait poursuivre sa carrière d\u2019éducateur, ses recherches et ses travaux.Tous les rebondissements de ces projets sont relatés dans ses lettres.Les notules explicatives que l\u2019on retrouve nombreuses nourriront intellectuellement le lecteur qui pourra, grâce aux données qu\u2019il y trouvera baigner dans l\u2019atmosphère de cette époque et se familiariser avec les tenants et les aboutissants des enjeux qui n\u2019ont pas manqué de jalonner toutes ces années.Les responsables de 87 cette édition ont bien des mérites ; le Québec leur doit déjà beaucoup.Parmi les raisons de ce crédit, mentionnons la richesse de la documentation étudiée et utilisée.Les notices biographiques des différents correspondants de Groulx, par exemple, rendent davantage intelligibles les échanges qui sont colligés dans ce millier de pages.C\u2019est donc avec enthousiasme que nous recommandons la lecture attentive et renouvelée de cet ouvrage sans doute parmi les plus importants pour qui veut comprendre ce qui est advenu au Québec depuis le début du XXe siècle jusqu\u2019à aujourd'hui.Lionel Groulx est la figure de proue du renouveau nationaliste canadien-français devenant de plus en plus québécois.Adulé par les uns, diabolisé par les autres, celui que plusieurs qualifient d\u2019historien national a laissé une œuvre monumentale qui ne peut qu\u2019éblouir celui qui prend le temps de s\u2019y pencher quelque peu.La publication de sa correspondance constitue donc une étape éditoriale importante qui ne peut que réjouir celles et ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019histoire du Canada français et du Québec.Nous ne pouvons que souhaiter que la suite des publications ne se fera pas trop attendre.? 88 DOSSIER Lucia Ferretti* LIONEL GROULX LA VOIX D\u2019UNE ÉPOQUE Le texte que L\u2019Action nationale reproduit dans ce numéro a d\u2019abord été publié sous la forme d\u2019une brochure, qui accompagnait l\u2019exposition Lionel Croulx, la voix d\u2019une époque.Cette exposition des livres de Lionel Croulx a été présentée en octobre 1983 dans le Hall d'honneur de l\u2019Université de Montréal avant de faire le tour des Maisons de la culture de Montréal, durant l\u2019année 1983-1984.La brochure, tirée à plusieurs centaines d\u2019exemplaires à l\u2019époque, a été distribuée gratuitement aux visiteurs de l\u2019exposition, mais elle est disponible dans un tout petit nombre de bibliothèques seulement.C\u2019est pourquoi, à l'heure où la pensée du prêtre historien font l'objet de deux nouvelles études qui, à mon sens, la trahissent profondément, j\u2019ai cru bon d\u2019offrir à L\u2019Action nationale de rééditer ce texte.Il me semble, encore aujourd\u2019hui, rendre en effet compte beaucoup plus justement de la complexité et de la portée des écrits de Lionel Groulx et de sa place dans notre culture et notre société, je remercie la revue de m\u2019ouvrir ses pages.1 Les ouvrages marquants de la jeunesse de Groulx En septembre 1891, Lionel Groulx entre au Petit Séminaire de Ste-Thérèse, où il complétera les huit années de son cours classique.Malgré la médiocrité des professeurs-sémi- * Département des sciences humaines, Université du Québec à Trois-Rivières. naristes qui se chargent des premières années d\u2019études et grâce entre autres à l\u2019attention que lui prodigue son professeur de versification, Groulx s\u2019initie progressivement aux auteurs principaux des « humanités » et, par eux, se forge peu à peu une vision du monde, acquiert la maîtrise de l\u2019écriture et du langage savant.La formation des jeunes collégiens d\u2019avant 1900 est surtout littéraire et repose essentiellement sur l\u2019intégration, par mnémotechnie et exercices d\u2019écriture, des procédés propres aux auteurs grecs et latins, aux classiques français et aux écrivains catholiques du XIXe siècle.À travers eux, on apprend à haranguer les auditoires ou à brosser énergiquement tableaux d\u2019histoire et portraits de caractères, à rédiger son journal intime ou sa correspondance, à exprimer ses débats intérieurs ou à régler les questions théologiques et philosophiques, à composer des poèmes ou à rédiger des essais.Les quelques œuvres canadiennes-françaises au programme servent, quant à elles, à fortifier chez les étudiants l\u2019amour de leur patrie et le sentiment de leur appartenance à une culture propre, différente de la culture française bien qu\u2019étroitement apparentée.Dans son cahier de notes de lecture, dans son journal intime, qui font tous deux actuellement l\u2019objet d\u2019une édition critique, ainsi que dans ses Mémoires, Lionel Groulx nous indique quels furent les auteurs marquants de ses années de collège.Outre Homère, Virgile et Ovide, l\u2019influence est donc d\u2019abord française : LaFontaine dont on récitait une fable chaque matin au début de la classe, Corneille, Racine, Fénelon ; mais surtout Eugénie de Guérin, qui le décide à tenir lui aussi son journal, Louis Veuillot, dont il dévore toute l\u2019œuvre, Lacordaire, Ozanam, Montalembert et 90 Lamennais et le fervent disciple de cette école catholique libérale de 1830 : Henri Perreyve, à qui Groulx voue une admiration particulière.Parmi les auteurs canadiens-fran-çais, on note sa prédilection pour le juge Adolphe-Basile Routhier, lui-même ancien élève du Séminaire de Ste-Thérèse et ultramontain convaincu.Plus tard, autour de 1900, Groulx s\u2019initiera à la doctrine nationaliste de Jules-Paul Tardivel, directeur de la Vérité et à celle, défendue par Henri Bourassa, d\u2019un nationalisme pancanadien.Avec Edmond de Nevers, ces deux journalistes seront au principe de sa réflexion sur la question nationale.Il Le monde selon Groulx Lionel Groulx, conservateur ou novateur, élitiste ou démocratique, raciste ou ouvert à la différence ?Engagé profondément dans les débats de son temps, les provoquant plus d\u2019une fois, il a suscité de son vivant autant d\u2019oppositions que de ralliements ; aujourd\u2019hui encore des controverses se nouent autour de sa conception du monde et autour de la place et du rôle qu\u2019il y a assignés au Canada français.Les écrits et l\u2019action de Groulx relatifs à cette question s\u2019échelonnent sur près de soixante-dix ans, de la fondation, en 1900, d\u2019un mouvement de jeunesse au Collège de Valleyfield, jusqu\u2019à sa mort, en 1967.La durée tout à fait inhabituelle de cette réflexion chez un même individu, les évolutions qu\u2019elle a subies et les nuances dont elle s\u2019est enrichie imposent d\u2019en circonscrire les étapes marquantes.Entre 1900 et les années 1920, dates évidemment arbitraires dans le mouvement d\u2019une pensée en continuelle élaboration, Groulx adhère encore volontiers à l\u2019idéologie dite 91 de conservation et son discours en reprend fréquemment les thèmes.Placée sous la protection de la Providence, la « race » canadienne-française, héritière des deux plus hautes civilisations, celle de la France du « grand siècle » et celle de la Rome catholique, s\u2019est vue confier la suprême mission d\u2019assurer la primauté des valeurs spirituelles dans un continent nord-américain si profondément matérialiste.Pour remplir cette mission, le Canada français doit rester fidèle à ses traditions et à sa culture : l\u2019agriculture, la famille nombreuse, la langue française et la religion catholique constituent à la fois sa fortesse et son tremplin.Dans les articles qu\u2019il écrit pour le Semeur, journal de l\u2019A.C.J.C., dans des conférences comme « Méditation patriotique », « Consignes de demain », « Comment servir ?», publiées dans l\u2019Action française au tout début de sa collaboration, Groulx révèle une pensée nationaliste encore empreinte de providentialisme, d\u2019agriculturisme et d\u2019autant plus conservatrice sur le plan social qu\u2019il ressent plus violemment comme des menaces les changements de tous ordres qui bouleversent alors le Canada français.Certains ont estimé que le nationalisme de Groulx tourne au racisme : n\u2019affir-me-t-il pas la pureté des origines de la « race » canadienne française, ne se méfie-t-il pas des mariages mixtes, ne cède-t-il pas à l\u2019occasion à une sorte d\u2019atavisme supérieur ?À ce propos nous réitérerons ici deux remarques déjà souvent exprimées : d\u2019une part le mot « race », avant les horreurs racistes de la deuxième guerre mondiale, s\u2019employait à l\u2019ordinaire comme synonyme d\u2019ethnie, de peuple ; ensuite, la complaisance de Groulx à souligner la supériorité de son peuple peut être interprétée comme un moyen plutôt pitoyable de sublimation, comme une tentative de conjurer par le discours une médiocrité qui, dans les faits, le heurtait jusqu\u2019à l\u2019angoisse. 92 Lionel Groulx a passé les années 1920 à l\u2019Action française.Période de réflexion intense sur une multitude de questions, pendant laquelle il s\u2019est dégagé de plus en plus des solutions proposées par l\u2019idéologie traditionnelle et a élaboré sa propre définition de la situation nationale puis de la situation mondiale.En 1920, Groulx a quarante-deux ans.Jusqu\u2019à la vieillesse il défendra les conceptions qu\u2019il s\u2019est forgées à cette époque particulièrement fructueuse de sa vie.La question de la survie et de l\u2019épanouissement culturels du Canada français le préoccupe autant qu\u2019avant mais il la pose différemment.D\u2019une part il s\u2019interroge maintenant sur les conditions matérielles de la vitalité culturelle ; d\u2019autre part il n\u2019inscrit plus la nécessité de cette vitalité dans un projet épique de conquête spirituelle de l\u2019Amérique du Nord mais dans la lutte commune des petites nations contre l\u2019uniformisation du monde contemporain.Dès 1918, mais surtout après 1920 et pendant les dures années de la Crise, Groulx fait de l\u2019autonomie économique sa grande priorité.Elle lui semble désormais la condition première de l\u2019épanouissement culturel et il exhorte ses compatriotes à reprendre en main le contrôle de leur destin économique : leur patrimoine national, leur travail, leurs salaires et leurs épargnes doivent fructifier pour eux d\u2019abord avant d\u2019enrichir une bourgeoisie étrangère.Un peuple et une culture viables ne se développent pas dans l\u2019asservissement économique ; il faut donc que les Canadiens français en sortent.Tel est l\u2019idéal que Groulx leur propose après 1920.D\u2019autre part, c\u2019est à cette même époque que Groulx commence à situer la question de la survie du Canada français 93 dans celle plus englobante de l\u2019impérialisme culturel contemporain.Contre ceux qui prétendent que l\u2019attachement à ses particularismes nationaux détourne un peuple de la fraternité universelle, il répond que c\u2019est en restant le plus fidèle à lui-même que ce même peuple parlera le mieux aux autres : Défendre son identité nationale « cela ne veut pas dire, comme d\u2019aucuns essaient de le faire croire, que l\u2019on veuille cloîtrer son esprit ni s\u2019interdire la vérité et la beauté universelles ; mais cela veut dire, par exemple, que l\u2019on entend mettre sur toutes choses le reflet de son âme à soi, que l\u2019œuvre originale vaut mieux que l\u2019œuvre pastichée ; et qu\u2019agir ainsi n\u2019est point servir fanatiquement la vérité et la beauté de son pays, mais la vérité et la beauté dans son pays.» (Si Dollard revenait, 3919J D\u2019un texte à l\u2019autre, Groulx poursuit la même idée : « Au surplus, qu\u2019artistes ou intellectuels ne s\u2019effraient point : je ne leur demande pas défaire chrétien ou catholique.Je ne leur demande pas davantage de faire cana-dien-français ; Canadiens-Français, je leur demande simplement de l\u2019être.Qu\u2019ils soient hommes en plénitude ; et que, pour l\u2019être, ils soient racés et racinés (.) et je ne m\u2019inquiète plus de leur œuvre.Qu\u2019ils n\u2019imaginent pas, non plus, je ne sais quelle antinomie entre l\u2019originalité et l\u2019universalité, entre la culture nationale et la culture humaine.L\u2019originalité jaillit, avons-nous dit, lorsque l\u2019homme arrive à révéler son fond d'homme.Sans l\u2019ombre d\u2019un paradoxe, l\u2019on peut soutenir que plus une littérature, plus un art sont originaux, plus ils sont humains, et par cela même, plus 94 ils portent en eux de l\u2019universel.» (Notre mission française, 1941) Par ces textes, Groulx reste encore aujourd\u2019hui on ne peut plus actuel puisqu\u2019il touche un problème dont nous sentons plus que jamais la gravité.Pour lui, l\u2019affirmation du Canada français comme société distincte contribue au maintien de la diversité du monde et au recul des forces de nivellement et d\u2019uniformisation : « Rassurons-nous.Il y a encore de l\u2019avenir et il y en aura encore longtemps pour les petites nations, aussi longtemps du moins que la beauté de ce monde ne pourra se passer de quelque élément de variété et que, pour échapper à l\u2019oppression asphyxiante de l\u2019univers concentrationnaire, la liberté humaine défendra ses derniers refuges.» (Crise de fidélité française ?, 1952) Par la reconnaissance des liens entre l\u2019économique, le politique, le social et le culturel, par les raisons pour lesquelles il estime nécessaire la survie du Canada français, le Groulx des années 1920-1950, pour n\u2019être plus contemporain, demeure encore très actuel.Sur la fin de sa vie, 1 accent se déplace à nouveau.Bien qu\u2019il tienne encore un discours semblable à celui des années 1920-195°\u2019 on dirait que Groulx insiste de nouveau davantage sur la vocation apostolique du Canada français.Il le fait moins dans des conférences d\u2019ailleurs que dans ses articles et ouvrages historiques tels « La conquête missionnaire de l\u2019Arctique » ou Le Canada français missionnaire. 95 m La position constitutionnelle de Lionel Croulx Grossièrement parlant, on peut dire que Groulx est résolument indépendantiste autour de 1922 et qu\u2019avant comme après cette date, il milite en faveur de la plus grande autonomie possible pour le Québec à l\u2019intérieur d\u2019une Confédération scrupuleusement respectueuse de « l\u2019esprit » de 1867, tel du moins qu\u2019il l\u2019envisage.Pour Groulx, comme pour l\u2019ensemble des historiens de son époque, 1867 marque un sommet dans l\u2019histoire canadienne.Après plus d\u2019un siècle de dure reconquête de l\u2019autonomie, les Canadiens français entrent de leur plein gré dans une union confédérative basée sur l\u2019égalité des deux nations, sur la reconnaissance de leurs différences et la résolution de les respecter.L\u2019entrée en vigueur de la Confédération, dont P« esprit » est avant tout pacifique et amical, constitue la plus importante victoire politique des Canadiens français.À 1 impossible unité, qui suppose l\u2019absorption d\u2019un peuple par l\u2019autre, les deux nations veulent, d un commun accord, substituer l\u2019union nationale, fondée sur la compréhension et la concorde.Groulx ne changera pas sa conception du « pacte » confédératif.Il se distingue cependant d une partie de ses collègues historiens lorsqu\u2019il observe la faillite de la Confédération : on n\u2019a pas suivi l\u2019« esprit » de 1867.Pour Groulx, cet échec paraîtra toujours plus imputable aux ambitions et aux faiblesses des hommes politiques qu\u2019aux institutions mêmes du régime.Bien que ses écrits fassent toujours une large place aux facteurs de politique internationale et au contexte social et économique du Canada français, c\u2019est dans la volonté des dirigeants canadiens-anglais d\u2019annihiler le fait français au Canada et dans la mollesse de leurs collègues canadiens- 96 français à la défendre qu\u2019il voit l\u2019origine essentielle, constituante en quelque sorte, de l\u2019état de crise perpétuel que continue de vivre, même après 1867, son « petit peuple ».Tout au long de sa vie, Groulx réclamera le retour à cet « esprit » de 1867 qu\u2019il estime seul capable de fonder une véritable confédération, c\u2019est-à-dire une union de provinces aussi autonomes que possible, jalouses de leur originalité propre et décidées pourtant à favoriser le développement de leur patrie commune.Servir la Confédération, rappelle Groulx sans relâche pendant près de cinquante ans, ce n\u2019est pas se fondre dans la majorité anglophone, c\u2019est au contraire affirmer sa spécificité.En ce sens, sans contradiction aucune, augmenter la force du Canada français, et du Québec en particulier, contribue à accroître celle du Canada tout entier.Voilà pourquoi, sa vie durant, Groulx s\u2019est assigné la tâche de développer la conscience nationale de ses compatriotes, assoupie selon lui depuis 1867.Habités parle sentiment de leur existence comme peuple, les Canadiens français posséderaient le meilleur outil pour la défense de leur personnalité nationale.Car, faut-il le rappeler, le nationalisme de Groulx reste exclusivement défensif : prendre conscience de soi comme nation conduirait forcément les Canadiens français à lutter pour l\u2019autonomie politique, pour la réappropriation des richesses naturelles cédées au capital étranger, pour le contrôle des leviers de décisions économiques, pour le développement de leur organisation sociale, pour la sauvegarde de leur identité culturelle.Voilà également pourquoi Groulx a toujours favorisé les mouvements et les actions susceptibles de contribuer à 97 l\u2019éclosion et à l\u2019épanouissement de la conscience nationale canadienne-française.Il réclame des cours d\u2019éducation nationale à l\u2019école ; il salue la parution de journaux comme le Devoir ou la Relève ; il milite activement dans la ligue d\u2019Action française puis collabore à la ligue d\u2019Action nationale qui produisent toutes deux leur revue ; il encourage les manifestations proprement nationales : commémoration des grands événements historiques et diffusion d\u2019un drapeau canadien-français par exemple ; il prône « l\u2019achat chez nous » et l\u2019expansion d\u2019un mouvement coopératif susceptibles d\u2019assurer l\u2019ascension économique des Canadiens français ; il espère dans les mouvements de jeunes et les appelle à réfléchir sur la situation de leur nation, à imaginer des idées, des solutions et des projets.Surtout, il en appelle à la constitution d\u2019un idéal national.Telle est la position constitutionnelle de Lionel Groulx.Selon les auditoires et les époques, elle s\u2019exprime en un vocabulaire plus ou moins hardi, des formules plus ou moins frappantes, des expressions plus ou moins nouvelles.À l\u2019occasion, Groulx se laisse tenter par la perspective de l\u2019indépendance du Québec ; mais contrairement à toutes ses habitudes, il se fait alors attentiste : il en ajourne l\u2019échéance à plus d\u2019une génération, il en perçoit l\u2019avènement moins comme le résultat d\u2019une provocation, d\u2019un acte volontaire, que comme la conséquence inévitable de l\u2019effondrement de la triple domination (britannique, américaine et canadienne) qui s\u2019exerce sur le Québec, effondrement causé toujours par les tensions internes qui minent ces trois puissances.Une exception : 1922.L\u2019Action française dont Lionel Groulx assume alors la direction, poursuit chaque année une 98 enquête sur un thème national d\u2019importance.En 1922, elle choisit de s\u2019interroger sur l\u2019avenir politique du Canada français.Lionel Groulx rédige l\u2019introduction et la conclusion de cette enquête menée par une dizaine de collaborateurs.Considérant le déclin que la première guerre mondiale a fait subir à l\u2019Europe et à l\u2019impérialisme britannique en particulier, considérant les problèmes sociaux et raciaux considérables qui secouent les États-Unis et considérant enfin les rivalités est-ouest qui ne cessent de s\u2019accentuer au Canada compromettant selon lui l\u2019avenir de la Confédération, Lionel Groulx et les membres de son équipe croient justement que le temps approche où l\u2019étau des dominations se desserrera sur le Québec et qu\u2019en conséquence, sans toucher en rien le statu quo constitutionnel, il importe dès maintenant de préparer l\u2019avenir politique du Québec.La logique et l\u2019histoire s\u2019unissent alors pour leur suggérer sans hésitation et sans atermoiement possibles la solution de l\u2019indépendance, conforme à la fois à la tradition autonomiste québécoise et aux aspirations de tout peuple à posséder tous les organes nécessaires à son plein épanouissement.Les textes de 1922 sont les seuls où, hors de tout doute, Groulx s\u2019affirme nettement et immédiatement indépendantiste.Par la suite, moins convaincu de l\u2019éclatement prochain de la Confédération, il redeviendra le chef de file de toute une génération fortement autonomiste mais encore fédéraliste.Dans l\u2019esprit de tous, la question de l\u2019avenir politique du Québec est d\u2019ailleurs inséparable de celle du sort des francophones des autres provinces.Seraient-ils capables, sans la pression d\u2019un Québec canadien sur Ottawa, de résister aux menées assimilatrices des gouvernements fédéral et provinciaux ?En 1922, Groulx croit pouvoir répondre affir- 99 mativement : un Québec souverain lui parait davantage en mesure de négocier le respect des minorités canadiennes-françaises en assurant celui de la minorité anglo-québécoise.Cependant à d\u2019autres époques, Groulx nuance ses espoirs ; la crainte de l\u2019assimilation des francophones hors Québec constitue l\u2019un des facteurs principaux de son hésitation à trancher définitivement en faveur de l\u2019indépendance.Du Manitoba à la Louisiane, de l\u2019Ontario au Massachusetts ou à l\u2019Acadie, Groulx a saisi toutes les occasions de rencontrer les auditoires francophones de la diaspora.Partout il diffuse le même message : la lutte pour la survivance doit continuer et c\u2019est dans la conscience de la noblesse de leur histoire, de la légitimité de leur culture et dans la fierté de leur nationalité que les « freres de la dispersion » puiseront les forces nécessaires à la poursuite de leur effort.La survie de la francophonie en Amérique passe par celle de chacune de ses groupes.IV L\u2019appel à la jeunesse Former la jeunesse, favoriser l\u2019épanouissement de son sens moral et de ses capacités intellectuelles, lui inspirer le goût du dépassement, susciter chez elle une action solidement ancrée dans la réalité nationale, bref lui révéler un idéal de vie, telle est l\u2019ambition que Lionel Groulx porte dès le début des années 1900, la mission qu\u2019il s\u2019est assignée.Historien par obéissance à ses supérieurs ecclésiastiques, il est « éveilleur de conscience » par vocation et c\u2019est pourquoi, tout au long de sa vie, il multiplie les appels à la jeunesse, ou plutôt à cette partie de la jeunesse qu\u2019il connaît le mieux et en qui il place le plus d\u2019espoir, la jeunesse étudiante. TOO Tout au long de sa vie, certes, mais plus particulièrement à trois époques assez cruciales de l\u2019histoire québécoise du XXe siècle : pendant la décennie qui précède la première guerre mondiale ; pendant celle, marquée par la crise, qui prépare la seconde et enfin lors des années les plus fertiles de la Révolution tranquille.Constance, chez Groulx, de la vision de la société ; voilà sans doute ce qui frappe le plus à la lecture des écrits, échelonnés sur soixante ans, destinés à la jeunesse.Le Canada français est une petite société, une société isolée et une société menacée.Ne pouvant s\u2019appuyer sur personne, c\u2019est en eux-mêmes et en eux seuls que les Canadiens français doivent puiser leur désir de la vie et le goût de combattre.Dans cette lutte pour la vie, la jeunesse instruite constitue « le cœur et le cerveau » de la nation, sa « réserve d\u2019énergie intellectuelle et morale », l\u2019exemple à donner aux masses qu\u2019il faut guider.Ainsi, Groulx assigne à cette jeunesse une grande responsabilité : « C\u2019est toujours une mission grave, pour une génération, qu\u2019une mission de redressement » (Orientations, 1935).Pour la préparer à la remplir convenablement, Lionel Groulx lui propose un programme d\u2019éducation basé sur un nationalisme ancré dans l\u2019action concrète et sur un catholicisme véritablement intériorisé et intégré au reste de l\u2019existence ; un programme de discipline, de volonté et d\u2019ascèse.Bien que sa conception de la société canadienne-française et du rôle qu\u2019il veut pour la jeunesse se soit précisée très tôt (Dès 1906, dans sa conférence sur L\u2019éducation de la volonté en vue du devoir social elle est déjà clairement exposée) et n\u2019ait pour ainsi dire pas varié par la suite, on peut observer, 101 au cours des périodes, que Groulx modifie quelque peu ses préoccupations.Avant la première guerre mondiale Groulx enseigne au collège de Valleyfield.Au début du siècle il a fondé avec l\u2019abbé Emile Chartier un mouvement de jeunesse.Par ailleurs dès 1903, l'A.C.J.C.voit le jour.Groulx s\u2019y intéresse de très près.Ses écrits de l\u2019époque montre que c\u2019est en toute cette jeunesse prise comme force collective organisée qu\u2019il a mis son espoir et que c\u2019est sur cette force qu\u2019il compte pour assurer « ce rêve qui parait insensé de la suprématie intellectuelle en Amérique ».Or, dès les années 1920, à travers entre autres ses nombreuses conférences sur Dollard des Ormeaux, dont il a fortement contribué à asseoir la renommée, on note un double déplacement qui s\u2019accentuera encore durant la décennie suivante.D\u2019une part, dans la foulée des petits pays occidentaux sans tradition démocratique bien ancrée, bouleversés par la crise, et qui réagissent sur le plan idéologique par le culte de la jeunesse et celui du chef, on observe que Groulx demande à ses jeunes auditoires de produire eux aussi un chef, capable de rassembler autour de lui l\u2019ensemble de la nation dans une unité et une unanimité plus nécessaires que jamais ; de l\u2019autre, il leur propose une série de tâches plus définies et plus limitées, propres à assurer sinon la suprématie intellectuelle, du moins la survie nationale.C\u2019est dans les années 1920 et 1930 que Groulx explicite réellement les liens qu\u2019il voit entre l\u2019économique, le politique, le culturel et le national, qu\u2019il pose les conditions d\u2019une réelle bonne entente avec les Anglo-canadiens, qu\u2019il précise sa conception de l\u2019État français en Amérique et qu\u2019il 102 suggère les moyens concrets de pratiquer un nationalisme de défense.Enfin, alors octogénaire et à l\u2019apogée d'une révolution qu\u2019il ne juge pas si tranquille que ça, Lionel Groulx édite en 1964 ses Chemins de l\u2019avenir la dernière de ses œuvres spécifiquement dédiée à la jeunesse.C\u2019est pour brosser d\u2019elle un tableau sans aménité mais lui proposer un programme d\u2019éducation et d\u2019ascèse joint à des tâches nationales nombreuses dans tous les domaines.Ce programme est destiné à ramener la jeunesse dans le chemin de la morale et de la foi, seule façon, pour Groulx, d\u2019assurer le relèvement de la nation.V La conception groulxienne de l\u2019histoire À l\u2019inverse d\u2019une pléiade d\u2019historiens français qui, depuis Langlois et Seignobos en 1897 (Introduction aux études historiques) ont écrit au moins un livre sur leur conception de l\u2019histoire, Lionel Groulx, comme en témoignent les documents présentés dans cette vitrine, n\u2019a jamais consacré de volume à ce sujet.Communiquée oralement dans ses cours à l\u2019université, exposée brièvement dans les préfaces de quelques-uns de ses ouvrages, tout au plus a-t-il consenti à systématiser la sienne dans une conférence donnée à la télévision de Radio-Canada en 1959 et reproduite dans L\u2019Action nationale quelques mois plus tard.« Ne serait-ce qu\u2019une illusion ?En remontant des faits aux états d\u2019âme qui les ont préparés, nous avons conscience d\u2019embrasser plus parfaitement la complexité de la vie et de Xatteindre dans ses causes profondes.L\u2019histoire se doit à elle-même de faire effort vers ces nobles reconstructions. 103 Elle ne saurait demeurer le spectacle inférieur d'une exposition archéologique, le musée des grands noms et des dates célèbres, simples ossements de l'histoire.La tâche de l'historien, c\u2019est d\u2019assembler ces débris, c\u2019est de les ajuster pour leur infuser leur vie ancienne ; c\u2019est de ressusciter du passé ce qui en demeure l\u2019élément le plus élevé, celui par lequel l\u2019histoire vaut d\u2019être écrite, je veux dire : la psychologie des époques, l\u2019âme des générations successives, toute la poussière humaine qui demande à revivre » (préface à Lendemains de Conquête, ic)2o) Ainsi, dès 1915-1 à20, la conception groulxienne de l\u2019histoire se rapproche de celle que défendront un peu plus tard Marc Bloch et Lucien Febvre dans la revue des Annales et surtout de celle que Henri-Irénée Marrou exposera en 1954 dans De la connaissance historique.Comme eux trois, Groulx privilégie l\u2019explication plutôt que la simple narration ; comme eux trois, Groulx considère l\u2019histoire comme la science du passé humain et il veut replacer les êtres humains concrets dont il parle dans leur environnement, dans la complexité de la vie, tenir compte pour l\u2019explication historique de l\u2019ensemble des facteurs qui conditionnent l\u2019évolution humaine : politique, économique, social, culturel, religieux, etc.Avec Marrou, il insiste sur le rôle de la Providence, dont l\u2019action, dans l\u2019histoire, n\u2019est pas toujours facilement discernable mais dont on doit faire cas pour une véritable compréhension du « drame humain ».Avec tous, il affirme la nécessité de communiquer dans une langue sobre mais belle, claire et lisible les résultats de l\u2019enquête historique.Scientifique par ses méthodes et par l\u2019impartialité de l\u2019historien, l\u2019œuvre historique doit être littéraire dans sa forme. 104 Impartialité, mais pas neutralité, pas indifférence.L\u2019historien, être engagé dans son époque, interroge l\u2019histoire à partir des problèmes que son propre temps se pose.Avec les matériaux dont il dispose, il doit reconstruire le passé, en donner une vision organique.Car l\u2019histoire, pour Groulx, est essentielle à la vie d\u2019un peuple.Une nation ne peut continuer à se développer que si elle a la connaissance de son histoire.C\u2019est le cheminement suivi dans le passé qui indique les voies où s\u2019engager pour l\u2019avenir.L\u2019histoire assure la continuité entre les ancêtres et les descendants ; c\u2019est elle qui donne à un peuple sa cohésion, qui lui indique ses projets d\u2019avenir.Un peuple ne survit et ne se fortifie que dans la fidélité aux choix fondamentaux faits par les aïeux.C\u2019est en ce sens qu\u2019il faut comprendre l\u2019expression : « Notre maître le passé ».Et c\u2019est justement la mission qu\u2019il assigne à l\u2019histoire qui permet d\u2019expliquer l\u2019insistance de Groulx à présenter sans relâche les lignes de forces qu\u2019il discerne dans celle du Canada français.Autant il traite rarement de sa conception générale de l\u2019histoire comme discipline (bien qu\u2019elle se dégage de tous ses ouvrages), autant il revient fréquemment sur sa vision de l\u2019histoire du Canada français.Pour Groulx, cette histoire, c\u2019est celle de la lutte entre les forces de vie et les forces de mort.Elle compte trois moments principaux : le régime français, la période qui s\u2019étend de la Conquête à la Confédération et celle écoulée depuis 1867.Sous le régime français, une nouvelle nation naît progressivement et laborieusement malgré les difficultés naturelles et matérielles considérables qui menacent constam- 105 ment sa survie dans cette contrée neuve et immense et malgré la négligence de la France à peupler, à financer et à défendre la colonie.Grâce à la bienveillance matérielle de i\u2019Eglise et à l\u2019activité du Gouvernement colonial, la Nouvelle-France se dote cependant peu à peu des structures et des organes d\u2019une véritable société tandis que se forge un type particulier d\u2019habitant : indépendant, courageux, volontaire, fort, entreprenant et infatigable.Vers le milieu du XVIIIe siècle le triomphe de la vie sur les forces hostiles de la nature et, en partie, sur celles de la métropole même semble gagné et une nouvelle nation, déjà consciente de son originalité, s\u2019affirme sur les rives du St-Laurent.Mais la Conquête arrête brusquement la croissance de la jeune nation.Désorganisée, décapitée, la mort la traque de nouveau dans la volonté et les projets répétés d\u2019assimilation de la part de l\u2019Angleterre et des Britanniques installés ici.Jusqu\u2019en 1867, seules la volonté de vivre des Canadiens français, leurs revendications à exister et les luttes qu\u2019ils mènent pour reconquérir leur autonomie politique, juridique, culturelle et religieuse assurent la survie.Demeure encore la subordination économique, mais elle n\u2019est pas irrémédiable.1867, que Groulx considère comme un pacte entre deux nations égales et qui donne un État national aux Canadiens français, aurait pu marquer un sommet dans notre histoire.Cependant, après 1867, Groulx note deux phénomènes.D\u2019une part, les menaces contre la nation canadienne-fran-çaise se renouvellent.Elles s\u2019appellent mépris de l\u2019esprit de la Confédération par les Anglo-canadiens, impérialisme britannique, émigration et prolétarisation des Canadiens français.D\u2019autre part, alors que la vigilance s\u2019impose, Groulx aperçoit après 1867, en même temps qu\u2019une division extrême entre les Canadiens français, contaminés par « \u2019l\u2019esprit de parti », un fléchissement dans la détermination à conserver leur nationalité, une résignation à la sujétion - et une démission face à l\u2019avenir.Toute l\u2019œuvre historique de Groulx vise à redonner à son « petit peuple » la fierté de son histoire, à lui révéler la loi de la vie qu\u2019elle lui commande, à lui réinsuffler le goût de combattre pour son existence nationale.La volonté de vivre des ancêtres doit rester la « loi suprême de la vie ».Car, affirme Groulx, tous les peuples ont droit à la vie, les grands comme les petits ; « C\u2019est la diversité qui fait la beauté du monde ».Un peuple français et catholique, qui tranche sur le reste de l\u2019Amérique du Nord, est un témoignage qui doit rester.Si Dieu ne peut vouloir la mort d\u2019un peuple catholique, encore faut-il que celui-ci désire vivre.Groulx a voulu lui en donner le goût.VI Groulx historien Le régime français C\u2019est dans les deux premiers tomes de son Histoire du Canada français depuis la découverte, parus en 1950, que Groulx a présenté pour la première fois une explication d\u2019ensemble de tout le régime français.Ses recherches antérieures, échelonnées sur près de quarante ans, avaient permis l\u2019approfondissement de certains points d\u2019histoire qu\u2019il jugeait fondamentaux et jeté les bases de cette vaste synthèse.Les titres mêmes des articles et des volumes antérieurs révèlent les questions que Groulx se pose sur les facteurs de vie d\u2019un peuple et sur la part respective des individus et du contexte dans le cours historique. 107 Part des individus : « Rien de grand ne s\u2019accomplit en histoire, à moins que quelqu\u2019un de grand ne s\u2019en mêle » (HCFD, tome i, page 61) : Jacques Cartier, Champlain, Jeanne Mance et Maisonneuve, Marguerite Bourgeois, Dollard des Ormeaux, Madeleine de Verchères, Jean Talon, Mère d\u2019Youville et Marie de l\u2019Incarnation : ces femmes et ces hommes se caractérisent par la fermeté de leur volonté, leur don de soi, l\u2019organicité de leur vision de la colonie et l\u2019ampleur des projets qu\u2019ils forment pour son avenir.C\u2019est à elles et à eux, mais aussi à tous et chacun des habitants, forts, courageux et décidés que la colonie a dû de vivre et de se développer.Vivre en dépit de tout.Car, contre les individus, il y a le contexte, et un contexte hostile : un climat peu invitant, une nature à apprivoiser ; une France entrée plus tardivement que l\u2019Espagne et l\u2019Angleterre dans la course à la colonisation et qui ajoute à son retard sa négligence à assister la colonie naissante ; d\u2019où une disproportion sans cesse croissante des forces en Amérique du Nord, la pression des colonies du sud et la menace constante des ambitions anglaises sur l\u2019Acadie et la vallée du St-Laurent ; une économie écartelée entre une agriculture de subsistance et la traite des fourrures, seul produit d\u2019exportation, qui oblige à un continuel élargissement du territoire de prises, à la dispersion conséquente du peuplement, à l\u2019affaiblissement des postes habités et à la multiplication des conflits avec les Iroquois.L\u2019histoire de la Nouvelle-France est celle d\u2019un peuple qui naît dans un milieu adverse, qui, dès les premiers temps, ne peut compter que sur lui même et qui doit affronter seul une tâche qui l\u2019écrase : mettre en valeur et défendre, pour une métropole qui s\u2019en désintéresse trop, un territoire aux dimensions d\u2019un empire. Et pourtant, un peuple nouveau se constitue en Amérique du Nord, avec une conscience de plus en plus nette de son originalité.D\u2019une fertilité remarquable, la population augmente rapidement malgré les décimations des guerres et les faibles apports extérieurs.Les défrichés gagnent, le territoire de culture s\u2019agrandit, les seigneuries prospèrent.L\u2019habitant, le seigneur, le coureur des bois, le milicien : des types sociaux se burinent.Quelques industries s\u2019implantent.Des institutions plus libérales qu\u2019en France régissent la vie politique.Mais c\u2019est l\u2019Eglise qui reste le principal facteur de cohésion de ce nouveau peuple : Eglise missionnaire et Eglise sédentaire.C\u2019est elle qui le dote de ses cadres sociaux principaux : La famille, la paroisse, le système hospitalier et le système scolaire.Peu à peu la vie intellectuelle et artistique peut même commencer à s\u2019épanouir.Après 1760 Après plus d\u2019un demi-siècle d\u2019historiographie occupée uniquement du Régime français, Thomas Chapais et Lionel Groulx, bien que d\u2019orientations idéologiques différentes, marquent un tournant par le renouveau d\u2019intérêt qu'ils portent tous deux à l\u2019époque qui suit la conquête.Chapais ouvre son Cours d\u2019histoire du Canada sur la dernière heure de la Nouvelle-France et Groulx inaugure les siens en 1915 par l\u2019analyse des luttes constitutionnelles menées par les Canadiens français après 1791.1760-1867 : sans doute, pour Groulx, la période la plus cruciale de notre histoire.Un peuple a été conquis en 1760 et sa croissance arrêtée.Devant la volonté britannique d\u2019assimilation, combattra-t-il pour vivre ou se résignera-t-il à mourir ?D\u2019emblée, il opte pour la vie, choisit de rester lui même et engage la lutte sur un nouveau terrain : elle était 109 surtout militaire, elle sera d\u2019abord politique.Autant l\u2019histoire de la Nouvelle-France qu\u2019a écrit Groulx était, longtemps avant sa récente popularité au Québec, une véritable histoire sociale, autant son histoire du régime anglais est avant tout politique.C\u2019est celle de la conquête progressive, à travers maintes entraves, de l\u2019autonomie politique, condition jugée essentielle à l\u2019épanouissement national dans les autres domaines.Cette volonté de survie nationale explique la position d\u2019avant-garde des Canadiens français dans les luttes pour l\u2019implantation d\u2019institutions libérales au Canada.N\u2019ayant pas d\u2019autre patrie, insiste Groulx, ils n\u2019ont pas cet attachement des Anglo-canadiens pour la métropole et ont pu ainsi revendiquer très tôt l\u2019abolition du régime de colonie de la couronne, l\u2019instauration d'un véritable système parlementaire, l\u2019avènement du gouvernement responsable de même que, plus tard, ils s\u2019élèveront contre l\u2019impérialisme britannique.Cette volonté de survie nationale explique aussi, avant 1867, leur farouche détermination à obtenir une participation toujours plus complète au pouvoir politique, considéré comme le meilleur outil de promotion de leurs intérêts économiques, de sauvegarde des lois françaises et de la religion catholique, de développement de leurs institutions sociales et scolaires.Malgré la Proclamation royale de 1763, les projets d\u2019union de 1810 et 1822, malgré les conflits répétés entre les Conseils et l\u2019Assemblée, malgré les défaites de 1837 et 1838, malgré le Rapport Durham, l\u2019union législative de 1841 et les vexations qui l\u2019accompagnent, les Canadiens français obtiennent en 1774 l\u2019Acte de Québec, le régime parlementaire en 1791, la participation au gouvernement de no l\u2019Union dès sa formation, le gouvernement responsable en 1848 et finalement, en 1867, l\u2019union fédérative.Cependant, aucune de leur victoire constitutionnelle n\u2019est vraiment complète.Malgré ses concessions territoriales, juridiques, linguistiques et religieuses, l\u2019Acte de Québec maintient le régime de colonie de couronne.C\u2019est un parlementarisme volontairement « truqué » qu\u2019instaure l\u2019Acte de 1791 en provoquant les oppositions entre la chambre d\u2019Assemblée, élue démocratiquement par une population majoritairement canadienne-française et les deux conseils, conseil législatif non électif, conseil exécutif non responsable, tous deux dominés par l\u2019élément britannique.Seul le pacte confédératif, respectueux en esprit de la diversité canadienne, aurait pu constituer une vraie victoire pour les Canadiens français puisque enfin l\u2019égalité de droit leur est reconnue comme nation avec le peuple anglo-canadien et puisqu\u2019un territoire et un État nationaux leur sont concédés.Cependant, même après 1867, ils continuent d\u2019être victime d\u2019une discrimination flagrante au Québec tandis qu\u2019hors Québec la volonté assimilatrice reste tout aussi inflexible.Après comme avant 1867, les Canadiens français doivent continuer de défendre leurs droits, et, pour cela, rester convaincus de la valeur intrinsèque de la petite nation qu\u2019ils forment et de la nécessité d\u2019en conserver la présence en Amérique du Nord.VII Les femmes dans l\u2019œuvre de Lionel Croulx Les historiennes actuelles reprochent avec justesse à leurs confrères d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui de rétrécir considérablement leur capacité de compréhension, donc d\u2019explication du déroulement historique, par leur négligence et leur indiffé- m rence à considérer l\u2019apport des femmes dans l\u2019évolution sociale.À notre connaissance, elles n\u2019ont cependant jamais adressé à Groulx de critique de ce genre.Quelque soit en effet le jugement qu\u2019on porte sur son interprétation de notre histoire, la lecture de ses écrits révèle à l\u2019envie que la vision organique et intégrée qu\u2019il en avait exigeait qu\u2019il tienne compte de la présence des femmes et de la part qu\u2019elles ont prises à la naissance, à l\u2019enracinement, à l\u2019agrandissement et à la conservation du peuple canadien-français.« S\u2019il est une beauté particulière dans notre histoire, c\u2019est la collaboration de la femme à toutes les grandes choses que nous avons accomplies.Cette collaboration ardente et constante, je la trouve même plus dévouée, plus héroïque aux heures périlleuses » (Notre maître Le passé, i, page 265).Parücipation, collaboration, certes, mais dans quels domaines et de quelle façon ?Voilà posée la question de la conception groulxienne de la femme.Groulx vit et écrit à une époque où, sans exercer de monopole absolu dans la pensée québécoise, l\u2019idéologie dite « de conservation » reste sans conteste l\u2019idéologie dominante.Or la femme est au cœur même de ce discours, pris dans une contradiction irréductible entre la nature mauvaise qu\u2019il lui attribue et le rôle salvateur qu\u2019il lui assigne.D\u2019une part, la femme est moralement inférieure à l\u2019homme ; responsable du péché originel, elle participe du démon.Intellectuellement inférieure à l\u2019homme, elle ne peut raisonner large, conceptualiser ; c\u2019est un esprit concret, léger et romanesque.Naturellement jalouse et égoïste elle n\u2019égale pas non plus l\u2019homme sur le plan du cœur.Ainsi la femme est un être plus qu\u2019imparfait. 112 Mais d\u2019autre part, c\u2019est par elle que la vie se perpétue, que les traditions se conservent et se transmettent, que les caractères propres à la nation canadienne-française se gardent et se lèguent.Le salut de la nation, la sauvegarde de son être français et catholique, à travers les multiples épreuves qui l\u2019assaillent et s\u2019appellent émigration, industrialisation, urbanisation, mépris anglo-canadien du pacte confédératif et impérialisme britannique, dépend, et à la limite exclusivement, de la fidélité des femmes à la nature et aux rôles que « Dieu » leur a dévolus : maternité prolifique et éducation catholique et française.En réponse aux discours plus novateurs et en particulier aux revendications féministes des années 1900, 1920 et 1940, le discours nationaliste conservateur répond sans relâche que c\u2019est parce que les femmes ont failli à leur mission que le Canada français est si menacé.Groulx intègre ce discours mais le dépasse.Il lui redonne sa cohérence : les femmes de Groulx, sa mère et les héroïnes nouvelles-franciennes, sont généreusement douées par la nature des qualités nécessaires à l\u2019accomplissement de leur rôle salvateur.Elles se caractérisent par leur héroïsme, leur grandeur morale et intellectuelle, par la puissance de leur foi et leur zèle religieux, et par leur force.Elles sont courageuses, pleines d\u2019initiative, décidées, entreprenantes, actives socialement, dures à la besogne et surtout autonomes.Pour assurer la survie de la colonie, il a fallu que tous y mettent la même détermination : des hommes comme des femmes, Groulx exige qu\u2019on soit prêt à aller jusqu\u2019au sacrifice de sa vie.Chez eux comme chez elles, il célèbre la force de caractère, la force morale, l\u2019endurance et la volonté. Contrairement donc à ses contemporains masculins, Groulx revendique pour les deux sexes l\u2019exercice des mêmes vertus et l\u2019appel au même dépassement.Il les rejoint cependant lorsqu\u2019il maintient la division sexuelle des spères d\u2019action.La tâche des femmes est de peupler, peupler sans relâche puisque de nous seuls nous pouvons espérer la croissance démographique ; elle est aussi d\u2019éduquer les jeunes générations dans la légitime fierté de leur nationalité et de leur transmettre cette volonté de vivre et de durer comme peuple qui a animé les aïeux.L\u2019action publique des femmes doit se limiter au domaine social : l\u2019enseignement, le service aux malades ainsi qu\u2019au domaine religieux : il n\u2019y aura jamais trop de missionnaires.Par contre, alors qu\u2019il la considère comme le lieu par excellence de la prise de décision, Groulx n\u2019a jamais admis la participation des femmes à la vie politique.Une telle restriction atténue singulièrement le caractère novateur de sa conception de la place des femmes dans l\u2019histoire.VIII Le critique historique Tout en poursuivant dans les deux dernières décennies de sa vie la préparation d\u2019études historiques d\u2019envergure, Lionel Groulx a entrepris, à partir de l\u2019avènement de la Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française une nouvelle carrière de critique historique.Il avait déjà, à de très rares occasions toutefois, rédigé des comptes-rendus d\u2019ouvrages canadiens-français et étrangers publiés dans les pages du Devoir, de l\u2019Action française et de L\u2019Action nationale.À partir de 1947, en plus d\u2019assurer la direction de la R.H.A.F, il y fait paraître à chaque livraison plusieurs recensions, près de trois cents au total jusqu\u2019en 1967. \u201d4 Comme l\u2019on s\u2019en doute bien, la grande majorité des notes critiques, environ 85 %, traitent de sujets relatifs à l\u2019histoire du Canada ou de l\u2019Amérique française.L\u2019on ne remarque pas chez Groulx de prédilection particulière pour l\u2019une ou l\u2019autre des périodes historiques.Toutes sont considérées.Cette insistance sur la production historique canadienne-française s\u2019explique par la vocation que la Revue s\u2019est donnée dès le début d\u2019en relever la qualité et de l\u2019amener à s\u2019astreindre plus régulièrement aux exigences scientifiques.Cependant Groulx tient à ouvrir sa revue sur le monde.Environ 15 % de ses recensions soulignent la parution d\u2019ouvrages historiques, sociologiques ou religieux portant sur l\u2019Europe, le Japon, les Antilles, l\u2019Afrique etc.La plupart d\u2019entre eux ont été écrits par des Québécois ; mais Groulx rapporte toujours avec plaisir la publication des derniers écrits des auteurs français qu\u2019il a connus et fréquentés : Pierre Gaxotte et René Bazin entre autres.Le plus souvent les notes critiques sont assez brèves : de quelques lignes à une page ou deux, surtout si le sujet lui est moins familier.En ce cas, Groulx se contente de présenter le nouveau livre et d\u2019en recommander la lecture le cas échéant.Cependant il arrive qu\u2019un compte rendu devienne le prétexte à une discussion des thèses de l\u2019auteur étudié.Il fustige, de façon à peine voilée, la pauvreté d\u2019idées et la faiblesse d\u2019argumentation du manuel d\u2019histoire du Québec et du Canada préparé en 1958 par Mgr Albert Tessier de même que le mode épique et grandiloquent plutôt qu\u2019his-torique utilisé par Alain Grandbois dans son étude sur Louis Jolliet.Par contre, au milieu des inquiétudes que suscite en lui le rapport Parent, il loue sans réserve le projet de 115 manuel d\u2019histoire de Denis Vaugeois sur « La civilisation française et catholique du Canada » dont le titre même lui parait prometteur.Il interroge tous les courants d\u2019idées : l\u2019ouvrage, marxiste, de Stanley B.Ryerson sur la NouvelleFrance et les années qui suivent la Conquête, lui parait de bonne facture même s\u2019il déplore la grille d\u2019analyse de l\u2019auteur ; Gustave Lanctôt demeure sa tète de turc, mais il polémique moins avec la nouvelle génération de l\u2019« École de Québec » : Hamelin, Ouellet, Trudel dont il apprécie le travail sérieux.Cependant, c\u2019est avec les « jeunes » historiens de l\u2019« École de Montréal », ceux qu\u2019il a lui-même formés : Séguin, Brunet, Frégault, qu\u2019il préféré s\u2019entretenir.Les recensions qu\u2019il consacre à leurs ouvrages sont toujours longues et étoffées.Groulx n\u2019admet pas sans discuter le pessimisme et la morosité de leur vision de l'histoire du Canada français.À la petite société laissée tout à fait désarticulée par la Conquête et sans avenir autre que celui forgé par la domination étrangère, Groulx oppose sa conception d\u2019un Canada français qui, même après la catastrophe de 1760, reste poussé par les forces de vie et poursuit, étape après étape, la reconquête de son autonomie.IX « Les délassements » Unité et constance de la pensée, diversité des moyens d\u2019expression et de propagande : peu nombreux dans son œuvre et considérés par lui comme des délassements au milieu de ses autres travaux, les poésies, contes et romans de Groulx ont tous été écrits expressément pour favoriser dans le public la diffusion des idées qu\u2019il développe dans ses n6 ouvrages historiques et ses discours de militant nationaliste.Les 20 ooo exemplaires de l'Appel de la race enlevés dès la première année, ses multiples rééditions et même sa publication en bandes dessinées ; les 90 000 de tirage atteints par les éditions successives des Rapaillages,- le bon succès de librairie d\u2019Au cap Blomidon lui aussi paru en bandes dessinées, montrent bien qu\u2019à défaut d\u2019avoir forgé l\u2019unanimité autour de ses idées, Lionel Groulx les a au moins largement « semées ».Les années 1900-1936 sont marquées par la résurgence du questionnement sur l\u2019identité nationale.Les mouvements nationalistes ne posent pas le problème national en termes politiques, économiques et sociaux uniquement.Ils s\u2019interrogent aussi profondément sur l\u2019existence d\u2019une culture canadienne-française et sur la spécificité de ses productions.C\u2019est ainsi, entre autres, qu\u2019ils se demandent si le Canada français peut se créer une littérature propre et quelles doivent en être les caractéristiques.C\u2019est dans ce contexte d\u2019une réflexion et d\u2019un effort collectif pour fonder une littérature authentiquement canadienne-française qu\u2019il faut étudier les oeuvres de Groulx.Un courant minoritaire et marginalisé, formé surtout de poètes qu\u2019on a surnommés « exotiques » parce qu\u2019ils sont tournés vers le Parnasse et édités à Paris, réclame la liberté du choix et du traitement des sujets et affirme quelle seule favorise l\u2019épanouissement du talent.Niant l\u2019existence d\u2019une littérature canadienne-française originale, ils incluent les productions locales dans la littérature française.Cependant, dès le début du XXe siècle, alors que le Québec est écartelé entre le triomphe de l\u2019industrialisation rapide et le triomphe de l\u2019idéologie de conservation, le courant régionaliste » affirme, contre ce courant exotique et contre le dédain de la petite bourgeoisie francophone qui se nourrit surtout d\u2019auteurs français, qu\u2019une littérature originale, distincte de la littérature française, peut et doit exister ici et qu\u2019elle doit avoir pour mission de fortifier le sentiment national et de contribuer à la survivance du caractère catholique et français des lecteurs.En ce sens, elle doit être représentative du terroir.Elle doit défendre le mode de vie traditionnel, vanter les charmes de la vie rurale, aviver la conscience de la protection que la campagne assure à la survivance cana-dienne-française et favoriser le retour à la terre.Le premier ouvrage littéraire de Groulx, ses Rapaillages (1916) s\u2019inscrivent de plain-pied dans ce courant.Sur le mode du conte, il y rapporte ses souvenirs d\u2019enfance à Vaudreuil dans une langue simple et populaire.Il fait aussi une large place aux dictons et aux croyances des vieux « habitants » de même qu\u2019à leurs travaux durs mais sains.Dans les années qui suivent, Groulx, qui milite très activement à l\u2019Action française et multiplie les discours où il expose sa « doctrine » nationaliste, s\u2019éloigne de plus en plus de la pensée agriculturiste et, au-delà de la conservation, il promeut la reconquête.Reconquête dans tous les domaines et particulièrement dans le domaine économique, après le fameux Emparons-nous de l\u2019Industrie- d\u2019Errol Bouchette.L\u2019Appel de la race (1922) et Au Cap Blomidon (1932) sont tous deux des romans de la reconquête.Reconquête par un Franco-Ontarien, marié à une Anglo-canadienne de la fierté d\u2019être Canadien français, de la volonté de combattre les injustice de la Confédération telles le règlement XVII et de reprendre en main l\u2019éducation de ses enfants ; reconquête par un Acadien, des terres n8 de ses pères occupées aujourd\u2019hui par un anglophone et, par là même, accroissement de l\u2019influence politique des Canadiens français.Dans la littérature comme ailleurs, Groulx fait œuvre militante, convaincu que les intellectuels portent une responsabilité devant le peuple, surtout dans une nation dépendante et isolée : celle de « défendre sa vie contre les puissances de mort », de témoigner de son existence comme entité distincte.Écrits dans un style généralement détendu bien que polémique à l\u2019occasion, les Mémoires, dont la rédaction s\u2019est étalée sur treize ans, entre 1954 et 1967, se présentent comme le bilan de la contribution de Groulx à l\u2019époque qu\u2019il a vécue et influencée.Bien qu\u2019essentiellement centrés sur l\u2019auteur, ses projets, ses ambitions, ses activités, ses réalisations, ses déboires et ses succès, les ouvrages qu\u2019il a écrits et l\u2019accueil qu\u2019ils reçurent, les voyages effectués et les personnalités rencontrées, les Mémoires, à travers souvenirs, portraits, analyses et citations, dépassent de beaucoup l\u2019autobiographie personnelle et brossent le tableau de l\u2019évolution politique et idéologique du Québec entre 1880 et 1967.Étant donné l\u2019implication précoce et persévérante de Groulx dans tous les débats qui ont soulevé le Québec durant ces années, étant donné la consécration qu\u2019il connut de son vivant, même de la part de ses adversaires, étant donné l\u2019activité vraiment exceptionnelle qu\u2019il déploya, ne se dérobant que très rarement aux sollicitations qui lui venaient de tous côtés, les Mémoires nous présentent un témoignage de premier ordre sur l\u2019effervescence de son époque.En ce sens, bien que n\u2019étant pas conçus comme un ouvrage historique, les Mémoires sont peut-être celui de Groulx qui nous renseigne le mieux sur un pan important de notre histoire contemporaine.Retrouvez, en exclusivité sur notre site Internet, deux autres textes de Lucia Ferretti : \u2022\t« Lionel Groulx : une heureuse coïncidence entre un homme et son temps », \u2022\t« Lionel Groulx, une anthologie » (compte-rendu) www.action-nationale.qc.ca delà jeu perse \u2022 Nous employons plus de 6 800 \u2022 Plus de 82 % de nos achats sont faits au Québec.\u2022 Plus de 36 millions de dollars sont remis chaque année à des organismes sans but lucratif et au secteur communautaire.\u2022 Plus de 180 événements dans toutes les régions du Québec bénéficient de notre soutien.Loto-Québe fme /once économique et socài/e LOTO QUÉBEC OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC.confiance stratégie performance \u2022\tGestion active en actions et en obligations\t\u2022 Gestion indicielle \u2022\tGestion équilibrée\t\u2022 Gestion privée Le succès de Optimum gestion de placements repose sur l'expertise de ses gestionnaires appuyés par une équipe de spécialistes qualifiés, sur des styles de gestion bien définis et sur une collaboration étroite et durable avec chacun de ses clients.Pour de plus amples informations : Sophie Lemieux, M.Sc , Directrice, Développement des affaires Éric Ouellet, B.A.A., PI.Fin , Directeur.Développement des affaires 425.boul de Maisonneuve Ouest, bureau 1740, Montréal (Québec) Canada H3A 3G5 Téléphone: (514) 288-7545 Télécopieur: (514) 288-4280 www.groupe-optimum corn ® Marque dt commerce de Groupe Optimum inc.utilisée sous licence PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! 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Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex,com@sympatico.ca Rassemblement pour un Ratjs Souverain Unum Quebec Patria Nostra Est Québec, notre seule patrie C.P.244, succursale Place d\u2019Armes, Montréal (Québec) H2Y 3G7 Tél.: (450) 491-5437 Courriel : roy.b@videotron.ca - Site internet : www.rpsquebec.qc.ca Allard & Carrière SOCIÉTÉ NOMINALE COMPTABLES AGRÉÉS Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@sta-conseil.com www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Télécopieur : (450) 471-0026 Téléphone : (450) 471-2662 Terrebonne (Québec)\t(514)355-7923\t(514)355-7869 J6W 3E1\t(800) 782-5799 LIRE \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \til \tn 124 EN PRIMEUR ANNE LEGARS Anne Legaré* Le Québec otage de ses alliés U* roi allons Ou Québec avec la Franco el'lt» Étals-Unis LE QUÉBEC OTAGE DE SES ALLIÉS LES RELATIONS DU QUÉBEC AVEC LA FRANCE ET LES ÉTATS-UNIS L\u2019ALENA n\u2019aurait jamais été signé sans le soutien des Québécois, qui estiment par conséquent avoir démontré à leurs voisins américains qu\u2019ils étaient des alliés sûrs.Par ailleurs, leurs retrouvailles diplomatiques, déjà anciennes, avec la France les portent à penser que la « non-indifféren-ce » de la mère patrie recouvre une solide sympathie.Or ils se leurrent : la France et les États-Unis ne se sentent pas d\u2019obligation envers eux et ne prendront pas leur parti dans le conflit constitutionnel qui les oppose au reste du Canada.En fait, le Québec est un otage : on a besoin de lui, mais on ne veut pas qu\u2019il bouge.Constat amer à partir duquel Anne Legaré souhaite qu\u2019on repense avec lucidité les relations internationales du Québec.Ce livre de la collection Parti pris actuels, paraît chez vlb fin octobre.vlb éditeur Introduction La décennie qui vient de s\u2019écouler a profondément changé le monde.De nouveaux modes de concentration de la richesse et de domination ont renforcé les formes multiples de l\u2019individualisme.Les représentations de soi sont de plus en plus fragmentées et les citoyens consentent sans trop réagir à la * Anne Legaré enseigne la science politique à l\u2019Université du Québec à Montréal.Elle a été déléguée du Québec à Boston et à Washington. 125 dilution sans limites des représentations de leurs appartenances collectives.Leur rapport à la chose publique tend à se réduire à sa plus simple expression.Les formations politiques sont confrontées à l\u2019urgence de soumettre les choix sociaux à une logique de privatisation.Le Québec n\u2019échappe pas à ces transformations.De façon concrète, on peut voir à l\u2019origine de ces mutations de nouvelles stratégies développées par les États-Unis sous l\u2019effet des contraintes qu\u2019ils subissent sur la scène mondiale : « Au moment même où le monde, en cours de stabilisation éducative, démographique et démocratique, est sur le point de découvrir qu\u2019il peut se passer de l\u2019Amérique, comme le souligne Emmanuel Todd, l\u2019Amérique s\u2019aperçoit qu\u2019elle ne peut plus se passer du monde1.» Cette nouvelle dépendance accroît pour les États-Unis la nécessité de régner d\u2019abord sur la portion du monde qu\u2019ils peuvent plus naturellement maîtriser, c\u2019est-à-dire sur la région qui les entoure.Le projet d\u2019extension des règles de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui réunit les États-Unis, le Canada et le Mexique à l\u2019ensemble des 34 États des deux Amériques, constitue la première expression de cette ambition.La création d\u2019une Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), appelée par les pays au sud des États-Unis Accord de libre commerce des Amériques (ALCA), outre le fait d\u2019ouvrir cet espace à de nouveaux marchés, vise à subordonner les droits sociaux aux droits civils et à instrumentaliser ainsi les sociétés dans le sens des intérêts privés.Il s\u2019agit donc de transformations structurelles.La perspective d\u2019en tirer un avantage stratégique supplémentaire et de renforcer leur puissance vient ajouter encore à la détermination des États-Unis.Comme l\u2019écrivent certains experts, la i Emmanuel Todd, Après l\u2019empire.Essai sur la décomposition du système américain, Paris, Gallimard, 2002, p.25.Souligné dans le texte. 126 formation de ce bloc régional pourrait « servir [aux États-Unis] de levier dans leurs négociations avec les autres grandes puissances économiques et faire valoir un autre modèle d\u2019intégration régionale que celui préconisé par l\u2019Europe ou que seraient tentés de proposer d\u2019autres pays comme le Brésil, par exemple, ou comme le Japon ou la Chine2 ».Le Canada et le Québec n\u2019échappent pas à cette logique de domination.Il ne faut pas croire en effet que les intentions américaines sont totalement étrangères aux tribulations de la scène politique québécoise où ont fleuri ces dernières années divers projets de libéralisation.Dans cette foulée, on doit mesurer les conséquences pour le Québec d\u2019un rétrécissement de la souveraineté canadienne du fait des nouveaux enjeux de sécurité à l\u2019échelle du continent et prendre en compte les effets symboliques (et réels) de la présence américaine dans le périmètre de sécurité englobant le territoire du Canada aussi bien que celui du Québec.Les tiraillements observés dans les prises de position du Canada à l\u2019occasion de la crise irakienne en ont été la plus nette expression.La conjoncture nouvelle à laquelle est confronté le Québec d\u2019aujourd\u2019hui entremêle ces réalités.La volonté politique signifiera peu de chose au-delà du court terme si elle ne s\u2019accompagne pas d\u2019une analyse rigoureuse des forces qui s\u2019opposent tout autant que des dynamiques qui favorisent le projet d\u2019affirmation du Québec vis-à-vis de l\u2019ensemble canadien.Cette préoccupation est à l\u2019origine de ce livre.Prendre acte des transformations en cours ne signifie pas vouloir freiner l\u2019affirmation de l\u2019identité politique du Québec.Il m\u2019apparaît cependant important de souligner, d\u2019entrée de jeu, qu\u2019un contexte international nouveau pèse sur les choix du Québec.À l\u2019époque de la formation du Parti 2 Voir Christian Deblock et Mathieu Arès, « Les États-Unis », Sylvain F.Turcotte (dir.), L\u2019intégration des Amériques.Pleins feux sur la ZLEA, ses acteurs, ses enjeux, Montréal, Fides-La Presse, coll.« Points chauds », 2001, p.67. 127 Québécois, en ig68, l\u2019affirmation du droit des peuples à l\u2019autodétermination était la marque indubitable du progrès démocratique.Aujourd'hui, le droit international est plutôt devenu un insirument de refoulement de cette aspiration.Les États ont intériorisé la règle du droit international qui soumet leur individualité à l\u2019élargissement croissant des espaces de contrainte interétatique, et ce, au détriment des espoirs de libération de ceux qui sont encore soumis à des tutelles relevant de conceptions dépassées du politique et de l\u2019État.Le Québec n\u2019étant pas un État souverain, il souffre de cette incapacité à agir en son nom propre et à définir lui-même les paramètres de ses engagements.Malgré cette faiblesse intrinsèque, les trente dernières années l\u2019ont amené non seulement à surmonter le mieux possible les obstacles politiques que fait peser sur lui le fédéralisme canadien, mais à atteindre des niveaux de performance et de développement qui le placeraient, s\u2019il était reconnu comme État, parmi les vingt premiers pays industrialisés de l\u2019Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).Avec un PIB de 228 milliards, pour une moyenne de 30 000 dollars de revenu par habitant et une économie d\u2019une taille comparable à celle de la Suisse ou de la Suède, le niveau de richesse du Québec pourrait se comparer à celui de l\u2019Allemagne3.La décennie qui s\u2019écoule a aussi été marquée par l\u2019entrée du Québec sur la scène internationale par deux actes symboliques majeurs.L\u2019Assemblée nationale a d\u2019abord signifié son appui à la signature de l\u2019ALENA, puis elle a adopté à l\u2019unanimité le projet de loi 99, qui affirmait l\u2019existence du peuple québécois et son droit à l\u2019autodétermination.Au moment de la signature de l\u2019ALENA et de l\u2019élection du Parti Québécois, 3 Pour envisager l'avenir autrement : la souveraineté, Montréal, Éditions Saint-Martin, 2002, p.17. 128 en 1994, le Québec jouissait d\u2019une conjoncture régionale éminemment favorable.Aujourd\u2019hui, dix ans plus tard, compte tenu à la fois de son expérience et des transformations de son environnement, le Québec devrait être en mesure de tirer quelques leçons de cette période afin de revoir ses ambitions nationales et internationales, en les contextualisant davantage et en mesurant, par exemple, les gains et les pertes que lui vaudrait un continentalisme sans véritable contrepoids.Définir des ambitions nationales suppose de subordonner les stratégies aux objectifs et non l\u2019inverse.En d\u2019autres mots, il faut savoir clairement à quoi les stratégies doivent servir, quel projet de société elles veulent renforcer, à partir de quels choix on voudra construire l\u2019idenüté nationale.Tout le monde l\u2019a dit : la souveraineté n\u2019est pas une fin en soi.Avec l\u2019effritement du sentiment collectif qui caractérise le monde actuel, l\u2019ambition nationale du Québec ne peut se contenter de faire l\u2019addition du vote de millions d\u2019électrons libres.C\u2019est d\u2019abord le sens d\u2019un vouloir-vivre ensemble qu\u2019il faut continuer d\u2019explorer.Ce livre vise à établir des liens entre les choix de politique internationale du Québec et le sens à donner à cette ambition nationale, dans un contexte marqué par de fortes tendances à l\u2019intégration qui ne se limitent pas à l\u2019économique.La toile de fond sur laquelle se profile cette réflexion est la construction de l\u2019identité québécoise.Cette étude cherche à poser solidement les liens qui existent entre la dynamique internationale et les transformations de la société.Je pose comme prémisse que la politique internationale du Québec doit être en grande partie définie par des choix de société.Mon propos cependant n'est pas d\u2019analyser l\u2019ensemble des relations internationales du Québec.J\u2019ai été forcée d\u2019ignorer 129 de multiples terrains sur lesquels se déploie cette action.Ce choix pourra paraître injuste dans la mesure où il laisse dans l\u2019ombre une action appréciable et qui correspond aux attentes des citoyens.Il s\u2019agit pour moi de bien mettre en relief une position axiomatique : le Québec, par les effets d\u2019une option continentaliste, est de plus en plus amené à endosser, sans qu\u2019il y ait eu de débat, les conséquences sociales et culturelles d\u2019une intégration régionale croissante.Si le domaine couvert par cette réflexion n\u2019est pas exhaustif, il renvoie cependant au noyau dur de la stratégie internationale du Québec.De plus, comme les études économiques sur les échanges entre le Canada (et le Québec) et les États-Unis abondent, je m\u2019appliquerai plutôt à faire ressortir la dimension politique d\u2019une relation faussement présentée comme exclusivement économique ou commerciale, pour mieux fonder l\u2019effort de déplacement que je voudrais suggérer.Selon la plupart des experts, les relations internationales conditionnent la politique intérieure.Elles ont un effet manifeste sur la politique intérieure des États et sur les sociétés qu\u2019ils encadrent.Ce constat est encore plus vrai dans le cas du Québec.Une attitude déterministe en politique internationale ne laisse aucune place aux choix de société.Les comportements des principales puissances extérieures à l\u2019endroit du Québec ont un poids certain dans les représentations que se font les Québécois de leur lien à l\u2019autre.On peut penser qu\u2019une des causes du piétinement de l\u2019option souverainiste est l\u2019absence de soutien international dont a souffert ce projet depuis sa mise en place.Les relations internationales et le lien à l\u2019autre Le gouvernement a consacré, depuis 1994, d\u2019immenses efforts et des crédits considérables (même si ces sommes 130 sont insuffisantes) à mieux faire connaître le Québec, à accroître ses échanges commerciaux et à mieux faire comprendre la cause de la souveraineté par ses principaux partenaires politiques, les États-Unis et la France.Le rayonnement du Québec à l\u2019étranger et, en particulier, auprès de ces deux États a indéniablement profité de cette action et il est impératif de la poursuivre.Malgré tous ces efforts, il est clair que le Québec n\u2019a pas obtenu le soutien officiel ni même l\u2019appui tacite, discret et tranquille, sur lequel il comptait de la part de ses éventuels alliés dans son projet d\u2019accession à la souveraineté.Les États-Unis ont manifestement exprimé leur préférence pour un Canada uni et la France s\u2019est repliée sur la non-ingérence.Ces deux puissances, chacune pour des raisons différentes, sous prétexte de ne pas intervenir dans les affaires canadiennes, ont refusé d\u2019accorder le moindre signe d\u2019encouragement ou d\u2019ouverture au projet québécois.Certains rappelleront, cependant, que les avis sont partagés en France à propos de la souveraineté du Québec et qu\u2019un important courant gaulliste a tenu à ce que la France exprime sa « non-indifférence » à l\u2019endroit du choix des Québécois sur leur avenir politique, quel que soit ce choix.Mais cette déclaration, reconnaissance formelle du jeu démocratique, est loin de laisser entendre aux Québécois que la France pourrait leur apporter un soutien politique efficace et contribuer à la reconnaissance du nouvel État par ses alliés de l\u2019Union européenne.Du côté des États-Unis, les choses ne se présentent guère mieux.Les États-Unis ont choisi de cacher leur position derrière leur relation privilégiée avec le Canada.Ils ont préféré une approche à la fois prudente et pragmatique, en s\u2019efforçant, dans leurs déclarations officielles, de louer les vertus du modèle canadien.La position américaine ne s\u2019est pas modifiée depuis l\u2019élection du Parti Québécois.Cet état de fait peut certainement expliquer en partie le peu d\u2019enthousiasme et de foi dans la réussite du projet qu\u2019on a pu détecter chez une grande partie de la population du Québec depuis le référendum de 1995.Tout appui symbolique de la part de l\u2019une ou de l\u2019autre de ces puissances, ou même une ouverture, fût-elle à peine sensible, à la souveraineté aurait pu être ressenti comme un encouragement à aller de l\u2019avant, comme la caution d\u2019un projet jugé faisable par l\u2019étranger, comme le signe de la légitimité du rêve à poursuivre et comme autant d\u2019arguments à faire valoir devant des adversaires coriaces.Au lieu de cela, les médias ont montré les faux pas, les occasions manquées, les soutiens avortés dans la quête acharnée des dirigeants politiques souverainistes pour obtenir l\u2019esquisse d\u2019appuis internationaux.Pourtant, tout n\u2019est pas perdu.Ce qui a été fait doit être poursuivi afin que les retombées de ce long travail puissent un jour être recueillies ou simplement transformées en signes de reconnaissance politique de la spécificité du Québec.Lucidité et victoire Reconnaître ces difficultés, les mettre au jour, les analyser et les nommer ne signifie pas renoncer.Bien au contraire.Sans un degré élevé de lucidité de la part des partisans de la souveraineté, l\u2019atteinte de l\u2019objectif perdrait de sa force.Les dirigeants souverainistes ont la responsabilité de faire suffisamment confiance aux citoyens pour partager avec eux les difficultés qu\u2019il leur reste à surmonter et les obstacles qu\u2019ils ont à vaincre ensemble. 132 La nécessité de la victoire semble parfois faire croire aux acteurs politiques que les tactiques de manipulation, d\u2019occultation et autres formes d\u2019atténuation des obstacles réels sont justifiées dans la mesure où elles garantissent des résultats.Dans le cas de la souveraineté ou de la reconnaissance politique de la spécificité du Québec, la mesure de ce changement, non seulement pour le Québec lui-même, mais aussi pour ses partenaires et alliés, ne doit pas être dissimulée au regard des citoyens.Au lieu de s\u2019engager dans une quelconque dilution du projet pour le ramener à un dénominateur qui plaise à tous, l'affirmation politique du Québec doit être porteuse de signification pour une communauté qui se dit distincte.D\u2019après les résultats d\u2019un important sondage, en 2002, trois Québécois sur quatre estimaient que « le réseau de bureaux et de délégations est utile pour représenter le Québec à l\u2019étranger4 ».Dans son rapport dissident sur la politique étrangère du Canada, le Bloc Québécois notait, en 1994, que « malgré l\u2019indifférence agacée et, dans certains cas, l\u2019hostilité d\u2019Ottawa, le Québec, de toutes les provinces, a déployé le plus vaste réseau de représentations à l\u2019étranger5 ».Les efforts du gouvernement du Québec pour consolider sa position internationale et les sommes investies pour élargir ses représentations à l\u2019étranger sont bien connus des Québécois.L\u2019absence de résultats clairs et manifestes fait partie du lot de frustrations au compte desquelles on mettra une relative perte d\u2019élan et de confiance à l\u2019endroit de l\u2019objectif souverainiste.L\u2019ambivalence des Québécois, compte tenu des difficultés qui s\u2019élèvent devant eux et du manque 4\tLa Presse, 15 mai 2002, p.D7.5\t« La politique étrangère du Canada : principes et priorités pour l\u2019avenir.Opinions dissidentes et annexes », Comité mixte spécial du Sénat et de la Chambre des communes chargé de l\u2019examen de la politique étrangère du Canada, rapport dissident du Bloc Québécois, Ottawa, 1994, p.to. 133 de véritables appuis extérieurs, est légitime.Car on aurait tort de comparer leur comportement politique à celui des peuples colonisés qui ont démontré plus de détermination dans leur affranchissement des tutelles coloniales, parfois avec l\u2019appui de l\u2019URSS ou soutenus par une tendance mondiale lourde.Le Québec n\u2019est pas une colonie, il est immergé dans un contexte régional qui est à la pointe des grandes tendances idéologiques du monde occidental et, dans cet environnement, la force corrosive d\u2019un projet de souveraineté appuyé par 40 % de la population est plutôt l\u2019indice d\u2019une société profondément démocratique, capable de débattre de son destin.Ce qui est certain, et c\u2019est sur cette question que je me pencherai dans les pages qui suivent, la présente phase de piétinement ou de recul de l\u2019objectif de souveraineté satisfait, pour des raisons différentes, aux intérêts spécifiques de chacun des deux alliés éventuels du Québec, les États-Unis et la France.Ce livre sera consacré à explorer les fondements de ce constat.? 134 LIRE LES ESSAIS MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE Entre-mondes, Leméac, Montréal, 2003, 126 p.\u201cÀ la fin, on mourait sans savoir ce qu\u2019était le bonheur.\u201d Dans les nouvelles de Marie-Andrée Lamontagne, l\u2019expression, souple, le récit, alerte, le style, heureux, tout cela va admirablement mais court au-dessus de quelque chose qui, dans les situations décrites, ne va pas du tout et nie toute espérance.Dans l\u2019ombre, un secret, un malheur, une cause permanente de misère, lancinants, une réalité traîtresse, sont dans une contradiction sourde avec le bonheur de l\u2019art de l\u2019écrivain.Quelque chose de désolé gît dans ces nouvelles, se manifestant à travers le texte comme à travers le tissu de l\u2019existence même et cela est bien le fond des choses dans l\u2019univers narratif de l\u2019auteur.C'est ce que le lecteur sent, inquiet, renseigné par touches successives, instruit à petites doses de ce qui se montre ainsi ou plutôt se dévoile, l\u2019échec du bonheur chez des personnages de femmes désabusées par la vie, par la vie de couple ou par la rencontre de ce qui devrait être l\u2019amour mais ne 135 l\u2019est pas, ou ne l\u2019est plus, ou ne le sera jamais, mais plutôt son radical contraire, odieux, l\u2019indignité, la déchéance, à quoi répond le mépris qu\u2019il inspire.J\u2019ai lu et relu, ces dernières années, la plupart de ces nouvelles, d\u2019abord au fur et à mesure de leur publication dans des périodiques, principalement la revue Liberté.Je me suis familiarisé avec leur esthétique romanesque, qui tient au fond de tragédie quelquefois à peine suggéré qu\u2019il y a dans ces récits.À peine suggéré ou bien masqué par la banalité ordinaire du malheur, mais n\u2019empêche : ce fond est le tragique même, bien que commun et quotidien, mais non moins réel pour cela.Il remplit la scène de sa négativité, il répond de la portée et du poids de l\u2019œuvre, comme toujours le tragique dans la littérature.Comme lecteur, je n'attachais alors à cet art-là qu\u2019un intérêt d\u2019ordre littéraire ou artistique.Le bonheur de la littérature ! À chaque lecture, je sentais l\u2019espèce de menace diffuse que l\u2019art de Marie-Andrée Lamontagne laissait se répandre dans la trame de son récit.L\u2019art rachetait ce malheur, comme il se doit.Mais un jour, plus profondément, par hasard, soudain, j\u2019ai senti davantage, par ma réaction, la réalité vraie qu\u2019il y avait dans ces tristesses inventées par l\u2019auteur : le fond en était bien là, non comme littéraire mais comme objectif.Curieuse expérience : je m\u2019apprêtais à lire une nouvelle déjà lue, Le jour de son visage, dont je connaissais le contenu, la lamentable situation d\u2019une prisonnière exposée au mépris et aux abus d\u2019une soldatesque au service d\u2019un régime arbitraire.Je n\u2019en ai pas relu même la première ligne.La tristesse.Celle-là et la mienne, laquelle refusait net d\u2019entrer dans l\u2019autre.Etrange constatation empirique de l\u2019authenticité des sentiments douloureux évoqués par l\u2019auteur.La littérature ne sauvait plus cette réalité crue.Il n\u2019y avait pas là que litté- 136 rature.D\u2019ailleurs, antérieurement, à chaque fois que je lisais une nouvelle de Marie-Andrée Lamontagne, j\u2019éprouvais non seulement ce qu\u2019elle y avait mis de tel par l\u2019écriture et par l\u2019émotion, mais je croyais sentir que cela engageait d\u2019elle je ne sais quoi de profond, de difficile, dans son âme non pas d\u2019auteur mais de personne réelle.Ce qu\u2019elle nous racontait, bien qu\u2019imaginaire, me paraissait pénible pour elle-même, avait cette résonnance.Etrange identification, peut-être seulement imaginée par le lecteur que je suis.Mais significative en tout état de cause et preuve en tout cas d\u2019un investissement personnel qui est la première qualité d\u2019un écrivain et, pour l\u2019œuvre, un indispensable gage de sa valeur.Il me semblait que je touchais du doigt la réalité de cet investissement en lui supposant, d\u2019une manière hasardeuse, une incidence personnelle chez l\u2019auteur.Quoi qu\u2019il en soit, on peut certes dire que les nouvelles de Marie-Andrée Lamontagne sont chargées d\u2019expérience de vivre, lourdes d\u2019un savoir que de toute façon un écrivain de talent possède indistinctement au fond de lui, d\u2019où il tire ses intuitions.Les poèmes de Marie-Andrée Lamontagne, par exemple Prière, aux Editions du silence, Montréal, 1996, portent une charge semblable, encore mieux gardée par le vers et ses complexités, mais lourde elle aussi d\u2019un secret difficile et peu heureux.Il y a quelque chose de concentré dans les meilleures œuvres de Marie-Andrée Lamontagne, nouvelles et poésies.Je croirais que ce sont des œuvres conçues lentement, médi-tativement, et réalisées avec le plus grand soin.Mais comment savoir ?Peut-être lui viennent-elles parfois comme une grâce ?Mais cela est sans importance.L\u2019essentiel, c\u2019est leur densité.Elle ne fait pas de doute.Pierre Vadeboncœur 137 SOUS LA DIRECTION DE DAVID R.CAMERON ET JANICE GROSS STEIN Contestation et mondialisation / Repenser la culture et la communication, Les Presses de l'Université de Montréal, 2003, 218 p.Ce collectif de politologues de l\u2019Université de Toronto et de sociologues et spécialistes de la communication des universités de Montréal et de Calgary, ajoute une pierre de plus à l\u2019édifice de la compréhension du phénomène de la mondialisation.Au-delà de l\u2019économie, la mondialisation pose des problèmes de culture et de communication.C\u2019est un « processus social et culturel » dont l\u2019influence sur le fonctionnement et la gouvernance de nos sociétés contemporaines est relativement peu étudiée, même s\u2019il a des conséquences pour le Canada et le Québec.Précisons que le titre de la traduction française « Contestation et mondialisation » n\u2019est pas tout à fait adéquat pour désigner le contenu réel de l\u2019ouvrage publié d\u2019abord en anglais.En effet, le titre original anglais « Street Protest and Fantasy Parles » évoque beaucoup plus le rôle de la culture et les communications dans la contestation de la mondialisation.Il aurait été plus indiqué de mettre en valeur le sous-titre, car l'objectif de l\u2019ouvrage est précisément de Repenser la culture et la communication dans le contexte de la mondialisation ! En effet, les auteurs démontrent que la contestation violente dans la rue, souvent sans lendemain, n\u2019est pas sans lien avec la culture des parcs d\u2019amusement, reflets de la décadence de la culture de l'empire américain. i38 Ce qui intéresse les collaborateurs de Cameron et Gross Stein, ce sont « les réalités culturelles et sociales de la communication et de l\u2019intégration mondiales, ainsi que le nouveau rôle de l\u2019Etat dans un monde unifié » (p.9-10).Au cœur de ces réalités se trouvent les nouvelles technologies de l\u2019information.Les banques de données que l\u2019on retrouve sur Internet ne sont plus réservées à l\u2019usage exclusif des entreprises multinationales et des groupes financiers internationaux.Désormais même la contestation de la mondialisation profite du développement de réseaux sur Internet pour organiser de puissants lobbies.La Toile a le pouvoir de relier l\u2019individu à des groupes de pression et d\u2019intérêts sans cesse plus nombreux qui contestent des questions d\u2019ordre mondial.Plus de 600 organisations non gouvernementales provenant d\u2019au moins 70 pays ont ainsi réussi à faire avorter l\u2019AMI (Accord multilatéral sur les investissements) en 1998.Cette nouvelle forme de militantisme transnational, un militantisme assis et sans dangerosité, constitue une nouvelle force vitale et significative dans l\u2019arène politique.Désormais l\u2019on ne pourra plus ne pas tenir compte de la « société civile globale » dans la prise de décision concernant les grandes questions reliées à la mondialisation.Le sociologue John Hannigan de l\u2019Université de Toronto parle abondamment de l\u2019américanisation de la culture canadienne (ch.2).La multiplication des centres d\u2019achat, de divertissement et de loisirs entraîne l\u2019homogénéisation des valeurs et de la conscience.Les mass médias journaux, radio, TV, cinéma, musique, nivellent les goûts.Le célèbre « MacWorld » décrit par le politologue Benjamin Barber, auquel même les Français, les Russes et les Chinois ont du mal à résister, séduit les Canadiens.L\u2019empire de Walt, 139 Disney, McDonald, Rainforest Café, Planet Hollywood, Batman et Star Wars, et ce que l\u2019on appelle le « shop-enter-tainment », malheureux mélange de consommation et de divertissement, exercent une influence stérilisante.Toronto, par exemple, possède son Technodôme de i milliard de dollars avec plage, forêt tropicale, pente de ski intérieure, salles de cinéma, réplique de la rue Bourbon de la Nouvelle-Orléans, etc.Edmonton est frère de son « West Edmonton Mail » le plus grand centre commercial au monde avec ses 800 magasins et services, ses no restaurants, ses 7 parcs thématiques et ses 2 hôtels, sa plage de sable, ses palmiers en plastique, ses vagues océanes artificielles (sic), etc.! C\u2019est la culture étasunienne du « Biggest in the World » à tous égards y compris dans la mal-bouffe et la corporalité maladive ! Ces « Fantasylands » artificiels ont déjà des impacts nocifs énormes sur la vie collective de société sans cesse urbanisées, stressées et infantilisées.Une nouvelle culture mondiale se dessine.Elle recouvre de plus en plus les différentes cultures nationales nivelées par le bulldozer de l\u2019Empire américain.Cette « Mac-culture » envahissante et dominatrice devient la norme universelle (p.21).« La culture se déterritorialise ».Tout cela met en évidence le dilemme fondamental engendré par la mondialisation, cette tension entre l\u2019État facilitateur de l\u2019économie mondiale et gardien de la protection des citoyens contre les répercussions négatives du capitalisme mondial (cf.p.48). 140 On parle beaucoup de la diminution du rôle de l\u2019État dans nos sociétés .peut-être vaudrait-il mieux parler d\u2019un autre rôle pour l\u2019État car il sera de plus en plus difficile pour lui de maintenir un filet de protection sociale, des services publics et l\u2019assurance d\u2019une gouvernance légitime, responsable et indépendante (cf.p.17).Les politiques publiques ne sont pas à l\u2019abri des assauts répétés de la mondialisation qui impose des restrictions aux souverainetés nationales.Pour le professeur de communication publique de l\u2019Université de Montréal Marc Raboy, le nouveau système de gouvernance mondiale oblige les États à repenser leur rôle dans l\u2019élaboration des politiques publiques (ch.5).« L\u2019économie mondiale se caractérise par le rôle toujours plus grand des entreprises transnationales et par une concentration transnationale du pouvoir économique » (cf.p.139).Les États ont de plus en plus de mal à protéger leurs industries culturelles qui sont de plus en plus envahies par le quasi-monopole de la culture américaine, une culture qui devient de plus en plus la culture mondiale dominante, le Mc World très bien décrit par le politologue Benjamin Barber.L\u2019affaiblissement des États-nations provient de l\u2019émergence de nouveaux réseaux mondiaux et laisse place à de nouvelles structures de gouvernance, comme l\u2019ALÉNA, l\u2019Union européenne (UE), l\u2019OCDE.Le G-11, « un environnement politique de facto pour la communication mondiale a été mis en place.il évolue selon sa propre logique, ses propres exigences, ses propres règles » (cf.p.124).Les souverainetés nationales s\u2019en trouvent fortement ébranlées. M1 Lloyd L.Wong, prof, en sociologie à Calgary, constate l\u2019évolution rapide des notions d\u2019identité et de citoyenneté au Canada et dans le monde (cf.ch.3).Un même individu peut certes avoir plusieurs appartenances, mais « la nation n\u2019est plus un lieu privilégié de médiation entre le régional et le mondial » (cf.p.65).On parle alors désormais en terme de transnationalisme, un nouveau paradigme qui veut que les nouveaux immigrés conservent des liens avec plusieurs sociétés.Ils deviennent « multiidentitaires.Le transnationalisme est pour eux un style de vie ».Nos immigrants acquièrent la citoyenneté canadienne, mais pas l\u2019identité nationale canadienne.Les transnationaux introduisent des disfonctionnements, vivant selon de nouvelles formes de citoyenneté qui remettent en cause les conceptions inclusives des politiques d\u2019immigration.La mondialisation va-t-elle entraîner une « déterritorialisation » de la citoyenneté ?On assiste à la constitution de communautés transnationales qui sont « ensemble à distance » et qui brouillent les efforts d'inclusion nationaux, ce qui fait que l\u2019État-nation n\u2019est plus le seul interlocuteur de la loyauté nationale et de la légitimité citoyenne.La citoyenneté canadienne octroyée par le rituel du serment d\u2019allégeance à la Reine d\u2019un autre pays présente bizarrement un visage transnational aux immigrants, sans exigence d\u2019identité culturelle.D\u2019ailleurs, qu\u2019est-ce que la culture canadienne ?Comment la mesurer ?L\u2019imposer ?Un peu ironiquement, Monsieur Wong cite en exemple le cas suivant : si un immigrant est incapable de participer à une conversation « canadienne » sur le hockey, notre sport national, peut-on espérer pour lui une éventuelle intégration harmonieuse et pleinement réussie ? M2 La conclusion de ce chapitre à la fois intéressant et quelque peu ardu nous laisse sur une certaine ambiguïté : « les forces sociales de la mondialisation et du transnationnalisme contestent, aujourd\u2019hui plus que jamais, l\u2019État canadien dans sa fonction de définition de la souveraineté ; la réponse de cet État ne doit pas prendre la forme d\u2019une résistance en imposant une citoyenneté étoffée et exclusive, axée sur le sol, la langue, l\u2019allégeance et la loyauté » (cf.p.ioi).« Il serait beaucoup plus réaliste que l\u2019État canadien assure une citoyenneté différenciée et multiculturelle qui s\u2019harmonise avec les forces sociales ».La question est posée mais il est permis de penser que la réponse est un peu vague.De là à penser à une citoyenneté mondiale, la marche est encore très haute, même si on assiste à l\u2019émergence d\u2019une société civile mondiale grâce aux grands réseaux de communications.« L\u2019infrastructure informationnelle mondiale est un signe avant-coureur d\u2019un système de réglementation mondial et d\u2019un futur système de gouvernance mondiale » (.) « Ce projet a d\u2019énormes conséquences pour l\u2019avenir de la démocratie et des droits de l\u2019homme, dans la mesure où il repose sur des décisions politiques prises à un niveau où il n\u2019y a aucun compte à rendre, où il y a autonomie des capitaux privés et une exclusion formelle des institutions de la société civile » (cf.p.155).La communication par le réseau Internet fait-elle partie du patrimoine mondial ?Peut-on la réglementer ?A-t-on le choix de ne pas le faire ?Plusieurs pays refusent toute forme de réglementation globale et s\u2019en remettent à l\u2019auto-régle-mentation par les consommateurs.D\u2019autres voudraient confier ce rôle aux institutions internationales comme H3 l\u2019ONU et l\u2019UNESCO.de grandes organisations supranationales comme le G-8 et l\u2019OMC préféreraient l\u2019ICANN (l\u2019Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) créée à l'initiative du gouvernement américain en 1998, dans le but de diriger le trafic sur Internet (p.162).L\u2019enjeu est grave : la communication peut être mise au service du développement humain ou tout simplement ajouter une technologie de pouvoir et de domination au service du développement économique, financier et industriel.La conclusion du Chapitre 6, de Cameron et Stein, est lapidaire : l\u2019État est devenu un lieu parmi d\u2019autres.Il n\u2019est plus le lieu incontesté des espaces politiques, culturels et économiques à l\u2019intérieur de ses propres frontières.Cela ne signifie pas pour autant que l\u2019État perde toute sa pertinence, car : 1) la mondialisation n\u2019est ni irréversible, ni linéaire ; plusieurs scénarios sont possibles ; 2) la mondialisation est un processus « laminé » ; certaines de ses caractéristiques vont devenir plus importantes, d\u2019autres moins ; 3) l\u2019État-nation demeure une institution indispensable en tant que gardien de la justice sociale et en tant qu\u2019entité responsable envers ses citoyens en matière de gouvernance et de sécurité et, finalement, 4) l\u2019État pourra continuer à faire des choix concernant les différents rôles qu\u2019il doit jouer dans les investissements économiques, sociaux et culturels, mais son rôle sera de plus en plus déterminé par le rythme et l\u2019intensité de la mondialisation, la qualité du leadership politique et la résistance de la société (cf.p.170-171).En résumé, l\u2019État sera toujours ancillaire [serviteur] et gardien, mais les tensions resteront fortes entre l\u2019État et le marché, entre les gouvernements nationaux et les institutions inter- 144 nationales, entre les diverses loyautés, entre les citoyens et les États, entre les exigences de justice et de prospérité.« Contestation et mondialisation » est un ouvrage de spécialistes.pour des spécialistes.Il n\u2019est pas de lecture facile, mais il apporte quelques éléments prospectifs épars qui peuvent contribuer à domestiquer la mondialisation.Jean-Louis Bourque WILL KYMLICKA La voie canadienne, Boréal, 2003 Deux ans après la publication en français de La citoyenneté multiculturelle (Boréal, 2001), le journaliste québécois Antoine Robitaille récidive en nous présentant un autre livre du philosophe canadien-anglais Will Kymlicka.La voie canadienne, titre enchanteur s\u2019il en est, est la traduction française de Finding Our Way : Rethinking Ethnocultural Relations in Canada, publié en 1998, aux Presses de l\u2019Université de Oxford.Ceux qui ont suivi le parcours de Kymlicka depuis déjà une quinzaine d\u2019années ne doivent pas s\u2019attendre à trouver dans La voie canadienne beaucoup de nouvelles idées.Kymlicka y reprend une bonne partie des thèses exposées dans La citoyenneté multiculturelle, en prenant cependant le soin de les appliquer plus directement à la réalité canadienne.Le ton du livre se distingue des critiques vigoureuses qu\u2019avait formulées Kymlicka à l\u2019égard du multiculturalisme canadien.Le philosophe se propose en introduction de faire une appréciation globale des relations ethnoculturelles au 145 Canada, il souligne que, au-delà des difficultés qu\u2019ont rencontrées les politiques de « gestion de la diversité », le fait que nous ayons réussi à concilier simultanément toutes ces diversités et à vivre ensemble dans la paix et la civilité constitue, à l\u2019aune de n\u2019importe quel critère objectif, un véritable exploit.(p.io) Il faut admettre que la comparaison avec la Bosnie ou le Rwanda donne du Canada une image avantageuse.Mais Kymlicka ne soutient pas pour autant que le Canada a résolu les problèmes contemporains liés à la diversité.Il en demeure plusieurs, notamment en ce qui concerne le Québec.Sur ce plan, Kymlicka est un des rares Canadiens anglais à être parvenu à une évaluation de la situation qui puisse avoir un sens pour les Québécois.Reprenant le flambeau du pédagogue, Kymlicka prend le temps de bien expliquer à ses compatriotes des choses qui, pour le lecteur du Québec, prennent souvent la forme de lieux communs ou de truismes.Le Québec n\u2019est pas une communauté ethnique, dont l\u2019appartenance culturelle pourrait être ramenée à la sphère privée, mais plutôt une « culture de société » ou, comme on dirait chez nous, une « société globale ».Les « cultures de société », dont l\u2019objectif est la reproduction d\u2019un ensemble d\u2019institutions permettant la socialisation de l\u2019individu, se distinguent des groupes issus de l\u2019immigration, dont l\u2019objectif est l\u2019intégration à une société d\u2019accueil.Comme toutes les « cultures de société », la culture québécoise n\u2019est pas incompatible avec le pluralisme des valeurs et la passion du bien-être individuel.Au contraire, elle en fait la promotion autour d\u2019institutions partagées.Toutes ces distinctions permettent à Kymlicka d\u2019expliquer à nouveau le sens des revendications d\u2019autonomie des 146 Québécois : puisqu\u2019ils forment une société globale dont les institutions publiques fonctionnent essentiellement en français, les Québécois ont besoin d\u2019autonomie politique, afin de reproduire ces institutions.Si tout cela relève pour nous de l\u2019évidence, il faut garder à l\u2019esprit que Kymlicka s\u2019adresse à un public anglophone, habitué à regarder la réalité à travers la lunette déformante d\u2019un libéralisme obtus et, par conséquent, a priori insensible à une compréhension plus socio-logique des rapports de force politiques.Kymlicka comprend que la trêve dans le débat sur l\u2019avenir du Québec dans le Canada n\u2019est que temporaire : la vraie menace à la stabilité à long terme du Canada est l\u2019incapacité chronique de conclure une entente satisfaisante avec les minorités nationales non immigrantes du Canada, soit les Québécois et les peuples autochtones, (p.203) Comment pourrait-il en être autrement ?, demande-t-il à ses compatriotes, puisque la question de l\u2019appartenance à un système « multinational » se pose toujours de manière différente pour le minoritaire que pour le majoritaire.Pour les Québécois, la question centrale n\u2019est pas « pourquoi devrions-nous réclamer plus d\u2019autonomie ?», mais plutôt « pourquoi devrions-nous encore accepter que notre droit inhérent à l'autonomie politique demeure limité ?(p.204) Comme l\u2019ont déjà fait Charles Taylor ou Kenneth McRoberts, Kymlicka cherche à retracer le désaccord fondamental à la source du problème Québec-Canada.La conclusion est la même : les Canadiens anglais n\u2019ont jamais appris à vivre avec leurs nations intérieures (p.209), ils n'ont jamais pris conscience d\u2019eux-mêmes en tant que groupe et, par conséquent, ne sont jamais parvenus à comprendre les revendica- tions des francophones ou des autochtones en tant que cultures de société, ayant leurs propres espaces politiques.Lorsqu\u2019ils ont cherché à aménager un système fédéral plus respectueux de la diversité, ils n\u2019ont rien trouvé de mieux que d\u2019introduire une politique du multiculturalisme qui, en renvoyant la langue, les normes et les valeurs dans la sphère privée, détruisaient les prétentions des Québécois à instituer un espace politique autonome.En ramenant la langue et la culture dans la sphère privée, dans la sphère du marché et du choix individuel plutôt que politique, ils s\u2019assuraient du même coup la domination encore plus complète de leur idiome déjà hégémonique sur le continent.Kymlicka comprend ici l\u2019essentiel : le multiculturalisme n\u2019est pas un véritable outil de promotion de la diversité.C\u2019est cette vision mononationale du Canada qui doit être rejetée par les Canadiens anglais.Ceux-ci doivent reconnaître le droit inhérent du Québec à l\u2019autodétermination et, par conséquent, reconnaître le droit du Québec à un traitement « asymétrique ».Mais le principe d\u2019asymétrie que propose Kymlicka n\u2019est-il pas, au fond, qu\u2019une nouvelle tentative de mystification ?Si ce principe est en vogue chez les fédéralistes (se réclamant de plus en plus de Kymlicka), c\u2019est qu\u2019il permet de réconcilier artificiellement des positions en réalité contraires.Il n\u2019est plus rare d\u2019entendre les plus ardents défenseurs du système politique canadien soutenir que le Canada est déjà un système multinational basé sur une asymétrie en faveur du Québec.Après tout, le Québec n\u2019a-t-il pas son propre régime de droit civil ?Les Québécois n\u2019ont-ils pas obtenu un contrôle sur leur politique d'immigration ?N\u2019ont-ils pas conclu des arrangements particuliers avec le gouvernement fédéral dans une foule de domaines, dont la fiscalité et la 148 culture ?Et puis, ne les laisse-t-on pas violer allègrement la Charte canadienne en imposant leur conception ethnicisante de la langue dans les écoles publiques ?Par sa généralité coupable, le principe d\u2019asymétrie est compatible avec une panoplie d\u2019arrangements administratifs distincts et n\u2019est d\u2019aucune utilité pour résoudre les querelles politiques qui surgissent dans les systèmes politiques multinationaux.La question nationale ne se résoudra pas dans des arrangements administratifs, comme on le laisse entendre avec le principe d\u2019« asymétrie ».À la base, elle est le fait d\u2019une volonté politique qui s'oppose à une autre.De son côté, la véritable revendication des nationalistes québécois demeure pratiquement inchangée depuis l\u2019époque du Canada français : elle vise à soustraire le Québec du pouvoir arbitraire d\u2019un système politique contrôlé par une majorité anglophone incapable de prendre en compte ses intérêts nationaux.Sur le plan institutionnel, cela n\u2019implique pas seulement certains « arrangements asymétriques », mais bien un « droit de veto généralisé » en faveur du Québec.Ce qu\u2019exigent les nationalistes québécois, ce n\u2019est donc pas de « ne plus faire affaire » avec le reste du Canada, mais bien le droit de dire « non » lorsque la coopération ne se déroule pas selon les termes qu\u2019ils désirent.En d\u2019autres mots, ils exigent d\u2019être traités comme peuple, ce qui ne peut se réduire à une obscure asymétrie administrative.Benoît Dubreuil, étudiant à l\u2019Université de Montréal 149 PIERRE CODIN René Lévesque, L\u2019Espoir et le chagrin (1976-1980), Les Éditions du Boréal, 2001, 632 p.Ce livre, le troisième tome de la biographie de René Lévesque, fait suite à René Lévesque.Un enfant du siècle (1922-1960), et René Lévesque.Héros malgré lui (1961-1976).Il s\u2019ouvre sur la campagne électorale d\u2019octobre-novembre 1976, qui conduira le Parti québécois au pouvoir, et se termine par l\u2019échec du premier référendum du 20 mai 1980.Une réforme importante sera effectuée pendant cette courte période : promulgation de la Loi 101, réforme électorale, assurance automobile, zonage agricole, etc.L\u2019auteur sait parfaitement agencer la petite histoire factuelle et les grandes perspectives historiques.Puisant dans une documentation considérable, il nous présente des tableaux très vivants de la vie politique et des portraits inoubliables de nos principaux hommes politiques.La période qu\u2019il étudie a été marquée des moments d\u2019exaltation et d\u2019enthousiasme, et aussi par des échecs retentissants, dont en premier lieu celui du référendum de 1980.La plus grande réussite de ce gouvernement du Parti québécois, sa réalisation la plus importante pour le Québec est sans doute la promulgation de la Loi 101 qui n\u2019a été possible que grâce à la ténacité de Camille Laurin qui a dû combattre la timidité de ses collègues et les hésitations du Premier ministre lui-même.Sans Camille Laurin, le Québec ne serait pas ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui.C\u2019est une période exaltante de l\u2019histoire du Québec qu\u2019étudie Pierre Godin, et en même temps une période décevante, quand on voit qu\u2019elle se termine par l\u2019échec du référendum, 150 un échec qui en annonçait plusieurs autres et qui, dans une perspective à long terme, prend l\u2019allure d\u2019une catastrophe.Quand il a parcouru toutes ces pages, le lecteur ne peut pas ne pas se poser la question suivante : Comment expliquer que cette équipe péquiste qui prenait le pouvoir en 1976, qui de l\u2019avis même de ses adversaires était l\u2019une des plus compétentes jamais formées au Canada (p.271), ait échoué, n\u2019ait pas atteint ses objectifs.Les éléments de réponse à cette question sont épars dans le livre de Godin et je tente de les regrouper à ma façon.Le premier obstacle à la réalisation de l\u2019indépendance du Québec a été l\u2019opposition ferme, obstinée, machiavélique d\u2019Ottawa, des fédéralistes, à l\u2019émancipation du Québec.Tous les moyens étaient bons pour intimider les Québécois qui après deux siècles de soumission avaient perdu confiance en eux-mêmes.Lors de la campagne du référendum de 1980, le comité du non a eu recours à des moyens d\u2019une bassesse incroyable.Un Jean Chrétien considère les péquistes comme de la « gangrène » (p.532).André Ouellet affirme que dans tout autre pays du monde, « les séparatistes se seraient fait casser la gueule, assommer et fusiller » (p.532).Claude Ryan compare le Québec à un second Cuba.Marc Lalonde prévient les gens âgés que si l\u2019indépendance se fait, ils risquent de perdre leurs pensions de vieillesse.Certains assimilent les péquistes à des « racistes, des nazis, des communistes » (p.532).Cette campagne d\u2019intimidation et de propagande haineuse n\u2019avait pas attendu le déclenchement de la campagne référendaire pour se mettre en marche.Au lendemain de la prise du pouvoir par le Parti québécois, la presse canadien- ne-anglaise avait fait croire aux Américains que les péquistes étaient « un ramassis de radicaux et de communistes » (p.129), et Trudeau en avait ajouté devant ses hôtes de Washington en associant l\u2019indépendance du Québec à un « crime contre l\u2019humanité » (p.141).Bronfman, qui crut bon de se rétracter par la suite, mais le mal était fait, disait des péquistes qu\u2019ils étaient « des bâtards qui veulent nous tuer » (p.61).Même l'ancien syndicaliste Jean Marchand y allait des pires accusations en comparant René Lévesque à Staline et à Castro (p.56).Toute cette propagande haineuse est inqualifiable et discrédite à jamais ses artisans.Mais l\u2019effet de cette guérilla sur les timides Québécois était dévastateur et explique pour une part l\u2019échec du Parti québécois.Indépendamment de la question de l\u2019indépendance, je n\u2019arrive pas à comprendre pourquoi les fédéralistes et spécialement l\u2019équipe de Pierre Trudeau étaient tellement opposés à ce que le Québec ait dans le Canada un statut qui lui aurait permis de s\u2019épanouir.Je n\u2019arrive pas à comprendre comment un homme comme Trudeau pouvait prétendre que la Loi 101 brimait les droits des anglophones (p.356) quand on sait comment les francophones ont été traités dans les autres provinces depuis 1867.Ni non plus pourquoi un homme comme Gérard Pelletier était si fanatiquement opposé au rayonnement du Québec à l\u2019étranger (p.377).Une deuxième explication de l\u2019échec du référendum serait à chercher dans la personnalité de René Lévesque lui-même dont on se demande s\u2019il voulait vraiment l\u2019indépendance.Il s\u2019était identifié au peuple québécois au point d\u2019avoir épousé sa timidité, ses hésitations, ses tergiversations.Lui qui a pu dire que la compagne du non avait été un « infatigable délu- 152 ge de mensonges, de menaces et de chantages » (p.534), n\u2019a pas su attaquer fermement et proposer une stratégie cohérente et efficace.D\u2019ailleurs, pour lui, le référendum n\u2019était qu'un outil de négociation pour arracher des concessions à Ottawa (p.87).Et comme on le sait, la fameuse question du référendum ne porte pas sur l\u2019acceptation ou le refus de la souveraineté, mais sur l\u2019opportunité de négocier une entente entre le Québec et le Canada (p.507).Lévesque avait affirmé clairement en 1978 : « Je ne veux pas briser mais transformer radicalement notre union avec le Canada » (p.294).Il n\u2019était pas facile pour le pauvre citoyen québécois de ce retrouver dans ce fouillis ! Une troisième cause de l\u2019échec du référendum est le manque de cohésion du gouvernement québécois qui étalait ses divergences sur la place publique, ce qui est la meilleure façon de décourager et démoraliser les électeurs.Pierre Godin affirme même que dans cette bataille du référendum, le chef manquait de motivation : « Pas de ligne directrice, pas de stratégie claire, pas de direction politique » (p.511).J\u2019ajouterais une quatrième cause : Le Parti québécois ne semble pas avoir compris, ni au moment du premier référendum ni plus tard, que nous vivons à l\u2019ère des médias électroniques et qu\u2019aucune action politique d\u2019envergure ne peut réussir si elle n\u2019utilise pas les médias.Or les médias, qui sont la place publique des sociétés actuelles, étaient et sont encore contrôlés par les fédéralistes.Les indépendantistes n\u2019y occupent qu\u2019une place discrète, celle qu\u2019on veut bien leur concéder pour éviter le scandale.Et ils se contentent de ce qu\u2019on veut bien leur donner. 153 Je ne saurais assez recommander la lecture de ce livre de Pierre Godin.Peut-être la phrase qui le résume le mieux est-elle celle-ci : « On ne peut faire avancer une idée en s'excusant de l\u2019avoir » (p.557).Paul-Emile Roy MARC BRIÈRE Pour sortir de l\u2019impasse : Un Québec républicain, 2002, Éditions Varia, Collection « Sur le vif », 246 p.On peut différer d\u2019opinion sur de nombreux éléments de la pensée de Marc Brière ; on peut penser, en particulier, que son juridisme, qui peut paraître excessif à d\u2019aucuns, l\u2019empêche de saisir certaines réalités.Il reste que ses travaux ne laissent jamais indifférent et qu\u2019ils contribuent à alimenter sainement la pensée politique québécoise.Muni d'une préface d\u2019Yves Martin, son dernier livre, Pour sortir de l\u2019impasse : Un Québec républicain, a été publié à la fin de 2002, aux Éditions Varia, dans la Collection « Sur le vif ».Il se divise en quatre parties portant respectivement les titres suivants : « La Nation : toujours elle ! » « L\u2019impasse » ; « Pour un Québec républicain » ; « Le Parti libéral, la Constitution et la question nationale ».Le tout étant précédé d\u2019un prologue intitulé « Avanie et framboise » et suivi d\u2019un épilogue et de cinq annexes contenant des textes variés dont, en particulier, celui de Jacques-Yvan Morin ayant pour titre « La constitution du Québec actuel et d\u2019un Québec souverain ».Marc Brière s\u2019y emploie à analyser, « avec le plus de rigueur possible », pourquoi « la démarche vers souveraineté stagne » (p.31). 154 Dans la première partie, il revient essentiellement sur des idées qui lui sont chères et qu\u2019il a déjà exprimées, en particulier, dans Point de départ (Hurtubise HMH, 2000), au sujet de la notion de nation québécoise.Selon lui, le Québec serait composé d\u2019un certain nombre de nations : la franco-québécoise, l\u2019anglo-québécoise et les Premières Nations (dans Point de départ, p.137, il y avait en outre les Franco-Canadiens du Québec).Il ne constituerait donc pas, en soi, une nation, contrairement à ce que pense Bernard Landry, par exemple.Marc Brière consacre d\u2019ailleurs tout un chapitre à réfuter la position de ce dernier sur ce point : le Québec, y répète-t-il, est « un État plurinational comprenant une majorité francophone et deux minorités nationales, anglophone et autochtone ».(p.29) « Les souverainistes, écrivait-il déjà dans Point de départ (p.153), veulent leur État-nation, mais leur nation - au sens sociologique ethnoculturel ou au sens politique civique - n\u2019existe pas puisqu\u2019elle est multiple.».Aujourd\u2019hui, il va jusqu\u2019à affirmer, en outre, que les Anglo-Canadiens du Québec « sont aussi un peuple fondateur du Québec » au même titre que ce qu\u2019il appelle « le peuple fondateur francophone ».À l\u2019inverse de Bernard Landry, et de bien d\u2019autres, Marc Brière estime donc que le Québec, ne constituant pas une nation, serait plutôt un État, dont « il faudrait qu\u2019on s\u2019occupe, car c\u2019est lui, bien plus que la nation, qui est porteur de projets et de réalisations ».Par conséquent, pour que l\u2019on soit, un jour, justifié de parler de nation québécoise, il importerait d\u2019abord de créer, chez nos minorités, un sentiment d\u2019appartenance à une nation civique, car « les nations minoritaires anglophone et autochtone [.] ne semblent pas destinées à s\u2019assimiler à la nation franco-québécoise ».Ce que l\u2019auteur semble oublier, mais peut-être son juridisme lui interdit-il d\u2019en tenir compte, c\u2019est que le 155 sentiment d\u2019appartenance à une nation ne peut certes pas se développer si l\u2019on ne sait à quoi l\u2019on appartient.C\u2019est sans doute pourquoi il intitule le chapitre II de son Québec républicain « L\u2019Impasse ».On peut se demander si nous ne touchons pas, dans les considérations qui précèdent, le cœur même de la pensée de Marc Brière.À partir du moment en effet où l\u2019on nie la réalité de la nation québécoise, au nom d'un juridisme rigoureux et exclusif, où d\u2019ailleurs les notions de peuple et de nation se confondent, il devient difficile d\u2019envisager l\u2019indépendance pour un proche avenir.Si le Québec ne constitue pas une nation, d\u2019abord il ne dispose pas du droit d\u2019autodétermination : seule la nation franco-québécoise jouit de ce droit ; l\u2019État québécois, en revanche, ou la province fédérée de Québec, est doté d\u2019un droit de sécession, mais bien entendu selon les modalités fixées par la Cour suprême (p.37), c\u2019est-à-dire, tout bien considéré, fort aléatoire.Or les peuples ne se définissent pas par leur caractère plurinational, réalité fort répandue, mais par leur ethnie1 dominante.S\u2019il en était autrement, il serait difficile de parler de la nation française avec ses Bretons, ses Basques et ses Corses, sans compter aujourd\u2019hui ses Arabes.Et que dire des Gallois et des Écossais de Grande-Bretagne et de quantité d\u2019autres nationaux dans le monde ?Tout ce beau monde constitue pourtant des nations au même titre que nos Amérindiens et nos Anglos.Il serait donc utile de nettoyer d\u2019abord notre 1 Répétons qu\u2019il ne faut pas confondre ethnie et race comme cela se produit trop souvent.Le Petit Robert définit bien l'ethnie comme un « ensemble d\u2019individus que rapprochent un certain nombre de caractères de civilisation, notamment la communauté de langue et de culture (alors que la race dépend de caractères anatomiques) ». 156 vocabulaire ; du coup, notre pensée s\u2019en trouverait assainie et nous cesserions peut-être de réagir en timorés.Le Québec forme bel et bien un peuple et même une nation, dont la population est à 85 % de langue et de culture françaises.Ce n\u2019est pas parce que s\u2019ajoutent à ce noyau quelques minorités nationales que nous cessons d\u2019être une nation, contrairement à ce que pense Marc Brière, comme beaucoup d\u2019autres.Pour lui, nous l\u2019avons vu plus haut, le Québec étant constitué de plusieurs nations, il n\u2019y a pas de Québécois.L\u2019auteur semble donc faire partie de ceux de nos compatriotes qui, ne sachant pas très bien qui ils sont, s\u2019en trouvent réduits à se dire Franco-Québécois, comme ils se disaient autrefois Canadiens français, après avoir perdu leur qualité de Canadien détournée par nos conquérants.Allons-nous maintenant perdre celle de Québécois ?Pour ma part, je m\u2019y refuse et engage mes compatriotes à faire de même.Notons, de nouveau, que Marc Brière, puisqu\u2019il s\u2019agit de son livre et non de mes états d\u2019âme, veut bien accorder aux Franco-Québécois que nous serions devenus, mais non sans restrictions toutefois, le statut juridique de nation : « Les Franco-Québécois, écrit-il (p.37), constituent certainement un peuple ou nation jouissant, en droit international, d\u2019un droit à disposer de lui-même, mais ce droit d\u2019autodétermination ne va pas jusqu\u2019à l\u2019indépendance ou à la souveraineté externe, il s\u2019arrête à l\u2019autonomie ou la souveraineté interne suffisante pour assurer, à l\u2019intérieur de l\u2019État où se trouve cette nation, sa survie et son épanouissement comme peuple distinct.» Il faudrait peut-être s\u2019arrêter ici au sens du mot survie, puisque aussi bien notre auteur est friand de définitions.Ce 157 mot, d\u2019après le Petit Robert signifie « Vie après la mort [.] Le fait de survivre, de se maintenir en vie ».Le verbe survivre, lui, peut vouloir dire « Échapper à (une mort violente et collective) ».Est-ce bien l\u2019avenir que l\u2019auteur entrevoit pour nous ?Avouons qu\u2019il n'est guère réjouissant.Mais il y a peut-être lieu de se demander, sans trop pousser cependant le procès d\u2019intention, si ce n\u2019est pas cette pensée qui sous-tend l\u2019analyse juridique qui conduit Marc Brière à nous nier le statut de nation.Ne serions-nous, selon lui, qu\u2019un peuple condamné à survivre ?Admettons qu\u2019il se pourrait bien qu\u2019il ait raison si l\u2019on en juge par le résultat de nos deux référendums.Voilà peut-être pourquoi, ne croyant sans doute pas à notre capacité de survivre, sans l\u2019apport du Canada, il refuse de s\u2019affirmer comme indépendantiste : « C\u2019est ainsi, écrit-il (p.35), que, depuis 1967, je m\u2019identifie comme souverainiste-fédéraliste ou confédéraliste, ainsi que je me suis défini lors de la dernière réunion du groupe de libéraux entourant René Lévesque [.] ».Que voilà une belle, stable et fixe continuité dans la pensée ! Plus loin, Marc Brière écrit (p.39) : Je suis pour une politique menant à un degré satisfaisant de souveraineté du Québec dans une association fédérative avec le Canada, si cela est possible, sinon à l\u2019indépendance, lorsque des circonstances favorables le permettront, notamment l'adhésion d\u2019une majorité forte et stable de Québécois, obtenue après l\u2019adoption d\u2019une constitution québécoise illustrant le projet de société qui le rassemble - indépendance déclarée après la négociation de ses modalités, telle que définie dans l\u2019Avis de la Cour suprême du Canada sur le droit de sécession d\u2019une province. 158 C\u2019est donc à la quadrature du cercle que s\u2019attaque Marc Brière.Aussi, sachant au fond que ce qu\u2019il envisage, dans sa rigueur juridique, n\u2019est pas près de se réaliser, devant cette impasse (c\u2019est le terme qu\u2019il utilise), il nous propose de nous attaquer à la constitution interne du Québec pour rénover celle-ci, en attendant que le grand jour se lève, je suppose, où le peuple québécois aura décidé de son avenir.C\u2019est essentiellement cette question qui fait l\u2019objet de la troisième partie, la plus importante de l\u2019ouvrage, qui commence par cette question : « Qu\u2019attendent les Québécois pour se donner une constitution bien à eux ?» Car pour Marc Brière, qui est le fondateur du Monocoq (Mouvement pour une nouvelle constitution québécoise), après deux référendums perdus, en grande partie à cause de notre minorité anglophone et de ceux, parmi nous, qui refusent de se considérer comme faisant partie de la naüon québécoise, nous nous trouvons dans une impasse constitutionnelle.Selon lui, l\u2019élaboration et la rédaction d\u2019une nouvelle constitution interne propre au Québec, dont il nous donne une ébauche en annexe (p.179-86), permettraient de dénouer « l'impasse actuelle, en créant une nouvelle synergie » (p.87), par l\u2019institution, en particulier, d\u2019une citoyenneté civique qui pourrait rassembler tous les citoyens d\u2019un Québec républicain.Celle-ci serait « complémentaire de la citoyenneté canadienne, comme la citoyenneté française se conjugue avec la citoyenneté européenne ».(p.83) L\u2019entreprise constituerait « une étape dont les souverainistes ne sauraient faire l\u2019économie : sans nation civique, pas de nation souveraine ! » On peut donc facilement soupçonner qu\u2019en nous soumettant aux exigences de Marc Brière, nous ne sommes pas près d\u2019obtenir un État souverain.Ces exigences font d\u2019ailleurs suite à une autre de celui-ci qui consiste à ne cosidérer un référendum comme 159 contraignant que si le « oui » l\u2019emporte à au moins 60 % (Le Québec, quel Québec, Stanké, 2001, p.124-30) Du train où vont les choses, notre peuple aura eu le temps, bien avant de seulement entrevoir l\u2019État en question, de s\u2019angliciser (c\u2019est là que mène le bilinguisme généralisé dont on nous menace) et donc de se fondre culturellement dans le grand tout doré nord-américain.Ajoutons, pour être complet, que la démarche que propose Marc Brière s\u2019adresse autant aux fédéralistes qu\u2019aux indépendantistes : « Que le Québec fasse ou non partie d\u2019une fédération ou d\u2019une confédération canadienne, écrit-il (p.87), il devra avoir sa propre constitution [.] » Sur ce point nous ne pouvons que le féliciter de souligner une réalité dont trop peu de nos compatriotes sont conscients, à savoir que le Québec a le pouvoir constitutionnel de modifier sa constitution telle qu\u2019elle est contenue essentiellement dans l\u2019Acte d\u2019Amérique du Nord Britannique (art.92-1) et la Loi Constitutionnelle de 1982 (art.45), sauf pour ce qui est de la fonction de lieutenant-gouverneur.Cette idée n\u2019est pas nouvelle et Marc Brière fait l\u2019historique du projet de renouvellement de la constitution québécoise, de 1963 à nos jours.Or nous savons que rien n\u2019a été fait jusqu\u2019ici, en dehors de la mise en œuvre d\u2019États généraux sur la question, qui se sont tenus du 7 octobre 2002 au 31 mars 2003.Il est cependant douteux que le gouvernement libéral actuel veuille tenir compte de toutes les conclusions de cet exercice.Car, en réalité et en gros, les fédéralistes s\u2019arrangent très bien avec la constitution actuelle, sauf à modifier quelques détails au moyen d\u2019ententes à l\u2019amiable avec le gouvernement fédéral.Pourquoi alors apporteraient-ils des modifications de fond à ce qui les a si bien servis jusqu\u2019ici.J\u2019irais même jusqu\u2019à affir- mer que tout changement pour eux apparaîtrait comme dangereux et qu\u2019ils le refuseraient.Si Marc Brière croit que les anglophones du Québec, en particulier, se rallieront à l\u2019instauration d\u2019une nouvelle constitution républicaine et d\u2019une citoyenneté civique québécoise qui doublerait la canadienne, si attrayante soit cette innovation pour quelques idéologues, il se fait beaucoup d\u2019illusions.Le seul combat réaliste consiste à persuader les nôtres, c\u2019est-à-dire les francophones du Québec, les Québécois en somme, de la nécessité de l\u2019indépendance pour que vive, et non pas seulement survive notre peuple dans le fameux contexte socioculturel de l\u2019Amérique du Nord, que l\u2019on invoque trop souvent à tort, pour nous angliciser, par exemple.Malgré toutes ces réserves, il n'en reste pas moins que la démarche de Marc Brière est utile et stimulante.Pour utopique qu\u2019elle soit, il ne peut en résulter qu\u2019un bien.Au fond, il s\u2019agit toujours de la même tâche, celle de démontrer aux nôtres (parfois au moyen de gestes vains ou d\u2019échecs) que, si nous ne voulons pas, majoritairement, nous approprier notre pays, nous périrons, c\u2019est-à-dire que nous perdrons notre langue et notre culture pour adopter comme pays l\u2019Amérique anglo-saxonne.Néanmoins bénéfique la démarche de Marc Brière parce que son livre nous fournit des quantités de renseignements intéressants sur le cheminement de nos dirigeants, qui, durant le dernier demi-siècle, ont cherché en vain le moyen d\u2019affirmer l\u2019unicité du Québec, tout en lui conservant son statut de province du Canada, ce qui est impossible.Deux civilisations aussi différentes que la nôtre et celle du Canada ne pourront pas cohabiter longtemps sur un même sol ; l\u2019une d\u2019elles périra, et nous savons laquelle. « Ceux qui veulent prôner l\u2019indépendance, écrivait George Grant à notre sujet en 1964, dans Lament for a Nation, veulent également les avantages de l\u2019âge du progrès ».Si nous sommes un peuple à vendre au plus offrant, à notre Parti libéral, par exemple, ou à celui d\u2019Ottawa, ce n\u2019est pas une constitution républicaine, aussi louables soient les intentions de son promoteur, qui nous sauvera.Seule l\u2019indépendance, conquise de haute lutte et sans compromission, y parviendra.Gaston Laurion SALON DU LIVRE DE MONTRÉAL L'Action nationale sera à la Place Bonaventure du jeudi 13 au lundi 17 novembre prochain.(Stand O-26) M.Luc Bouvier, dédicacera son livre Les sacrifiés de la bonne entente - Histoire des francophones da Pontiac le samedi 15 entre 16 h et 17 h et entre 19 h et 20 h.Venez le rencontrer ! VOUS AVEZ DU TEMPS LIBRE ?NOUS AVONS BESOIN DE BÉNÉVOLES POUR TENIR LE STAND.Renseignez-vous au (514) 845-S533 ou par courriel revue@action-nationale.qc.ca 1Ô2 LIVRES REÇUS Stéphane Bauzon, Le métier de juriste, Du droit politique selon Michel Villey, Presses de l\u2019Université Laval, 2003, 226 p.Jacques Beauchemin L'histoire en trop, La mauvaise conscience des souverainistes québécois, vlb Éditeur, 2002 Jeannette Biondi Le jeune homme en colère, Biographie de Pierre Gauvreau, Lanctôt Éditeur, 2003, 478 p.Denis Blondin La mort de l'argent, Essai d\u2019anthropologie naïve, Éditions de la pleine lune, 2003, 306 p.Gérard Bouchard Les deux Chanoines, contradiction et ambivalence dans la pensée de Lionel Groulx, Boréal, 2003, 314 p.Gérard Bouchard Raison et contradiction, le mythe au secours de la pensée, Éditions Nota bene/Cefan, 2003,130 p.Marc Brière Pour sortir de l\u2019impasse : un Québec républicain !, Éditions Varia, 2003, 246 p. 163 Dorval Brunelle Derive globale, Boréal, 2003, 228 p.David R.Cameron et Janice Gross Stein Contestation et mondialisation, repenser la culture et la communication, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2003, 220 p.Raphaël Canet Nationalisme et société au Québec, Éditions Athéna, 2003, 232 p.David Cheal, (sous la direction de) Vieillissement et évolution démographique au Canada, Presses de l\u2019Université de Montréal, Collection Tendances, 2003, 295 p.Alain Cognard La belle province des satisfaits, vlb éditeur, 2003, 264 p.Mathieu Denis Jacques-Victor Morin, Syndicaliste et éducateur populaire, vlb éditeur, 2003, 256 p.Lucia Ferretti Histoire des Dominicaines de Trois-Rivières, Septentrion, 2002, 190 p.Michel Freitag L\u2019oubli de la société, Pour une théorie critique de la post-modernité, Presses de l\u2019Université Laval, 2002, 433 p.Joseph Heath La société efficiente, Pourquoi fait-il si bon vivre au Canada ?Presses de l\u2019Université de Montréal, 2002, 430 p.Stéphane Kelly (sous la direction de) Les idées mènent le Québec, essais sur une sensibilité historique, Presses de l\u2019Université Laval, 2003, 219 p. Denis Lazure Médecin et citoyen, Éditions Boréal, 2002, 400 p.Albert Legault La lutte antiterroriste ou la tentation démocratique autoritaire, Presses de l\u2019Université Laval, 2002,165 p.Paul-Marcel Lemaire Portrait inachevé de Fernand Dumont, Éditions du Marais, 189 p.Francis Moreault Hannah Arendt, l\u2019amour de la liberté, Essai de pensée politique, Presses de l\u2019Université Laval, 2002, 236 p.Nelson Tardif Au nom du marché, Regards sur une dimension méconnue du libéralisme économique : sa violence sacrificielle, MNH, 2003,192 p.Pierre Vadeboncœur, La justice en tant que projectile, Lux Éditeur, 2002, 98 p.Pour assister aux lancements ou remises de prix, appelez-nous ! Nous vous inscrirons sur la liste de nos invités (à Montréal ou en région). CHRONIQUES \t \t \tm \t i66 LE BULLETIN DU LUNDI Vous souhaitez recevoir ce bulletin par courriel chaque lundi ?C\u2019est simple, il suffit de nous envoyer votre adresse de courrier électronique à administration®action-nationale.qc.ca ou de s\u2019abonner à partir de notre site Internet.Bulletin du 8 septembre SA PLACE DANS LE CANADA « L'unanimité.à neuf » titre Le Devoir (5 septembre 03) pour rendre compte de la réunion des ministres de la Santé qui a débouché sur l\u2019annonce de la création éventuelle du Conseil national de la santé.Il faut vraiment sombrer dans la résignation crâneuse pour se convaincre de trouver ironique une telle manchette.Le Canada s\u2019organise et peu lui chaut de laisser braire le Québec, voilà plutôt ce qu\u2019il faut en comprendre.Comme à l\u2019habitude, les provinces récalcitrantes ont fini par rentrer dans le rang, les intérêts nationaux du Canada suffisant à les rallier.Les recommandations du rapport Romanov font leur chemin, les Canadians sont d\u2019accord pour consacrer le leadership d\u2019Ottawa dans l\u2019organisation d\u2019un système qu\u2019ils jugent utile de soumettre à des normes conformes à ce qu\u2019ils lisent comme leur intérêt national.Rien de plus normal que d\u2019avoir des attentes de ce type à l\u2019égard du gouvernement national.Et il n\u2019y en a qu\u2019un au Canada.Le Québec peut toujours se répéter ses prétentions à propos du sien, mais la vérité, c\u2019est que son gouvernement provincial ne peut que se payer de mots et s\u2019en consoler dans son Assemblée nationale. 167 Ce qui s\u2019est mis en place à l\u2019occasion de la signature de l\u2019entente sur l\u2019Union sociale canadienne continue donc de se déployer dans le plus grande sérénité.Plus personne au Canada ne s\u2019offusque de laisser le Québec en rade.Après tout, la province a fait maintes fois la démonstration qu\u2019elle s\u2019accommode fort bien de n\u2019être plus qu\u2019un tigre de papier.Hier encore la rhétorique d\u2019un gouvernement souverainiste pouvait toujours faire tiquer devant la manœuvre, mais l\u2019arrivée d\u2019un gouvernement d\u2019inconditionnels du Canada rend désormais parfaitement inutile le moindre remords, fut-il de convenance.La province à l\u2019écart, cela ne fait plus broncher personne à Ottawa, le Canada fait sans le Québec.Il ne lui en coûte rien, pas même le prix des apparences du compromis bidon pour avoir l\u2019air de l\u2019accommoder.Les inconditionnels du Canada ne sont, par ailleurs, même plus prêts à se battre pour maintenir les simulacres.Non seulement sont-ils toujours disposés à minimiser les pertes, mais encore s\u2019efforcent-ils désormais de présenter la marginalisation comme un gain.Ainsi Jean Charest voit-il un espace de liberté dans le champ où le Québec s\u2019est fait envoyer paître : « J\u2019y vois là que le Québec a la liberté défaire les choses comme il l\u2019entend sans pour autant qu\u2019il soit conscrit à des institutions qui sont d\u2019ordre national » (Le Devoir p.Aïo, 5 septembre 03) a-t-il déclaré pour tenter de voir là autre chose que la confirmation de la pusillanimité de son gouvernement et de son option.Pour le « leader » de la fédération, rien ne vaut une bonne défaite travestie sous les oripeaux de la souplesse administrative.Le Québec a beau tenir sa position « historique », celle qu\u2019il pense tenir d\u2019un partage des compétences constitutionnelles qu\u2019Ottawa piétine allègrement, le gouvernement du Québec ne tient plus en fait qu\u2019une coquille vide.Jean Charest 168 reconnaît bien un ordre national Canadian et il accepte qu\u2019il se déploie en le laissant faire les normes qui finiront bien, tôt ou tard, par fixer les règles du financement qu\u2019Ottawa imposera au Québec.« C\u2019est un exemple que le Québec peut manifester et marquer sa différence sans que cela ne contredise ce que les autres proposent comme projet dans un domaine où on partage des objectifs communs.» En d\u2019autres termes, le Canada s\u2019organise et le Québec se targue de le laisser faire sans contrepartie.(Les fédéralistes québécois ne sont plus capables de proposer - et encore moins de réaliser - un quelconque destin spécifique du Québec dans le Canada).La différence québécoise ne fera pas obstacle à la construction Canadian.Le Québec ne sèmera pas la discorde.Il agitera sa différence comme un hochet et tiendra la place qu\u2019on lui assignera dans l\u2019indifférence condescendante.Les libéraux de Jean Charest, malgré leur rhétorique, ont bel et bien accepté que le Canada fixe le destin du Québec.Ils se réclament de la continuité historique des positions traditionnelles du Québec pour mieux consentir à se laisser enfermer dans une différence inoffensive.Leur province de Québec a trouvé sa place dans le Canada.Bulletin du 15 septembre 2003 LE GARDIEN DE L\u2019ENCLOS L\u2019Aéropet1 viendra redire à tous que le Canada se dresse comme un mur devant le Québec.Il est bien resté fidèle à lui-même, à sa manière, c\u2019est-à-dire à la grossièreté frondeuse.Jean Chrétien ne s\u2019est pas présenté à la cérémonie officielle qui consacrait son dernier 1 NDLR : L'aéroport de Dorval à Montréal a été renommé depuis septembre 2003, l\u2019aéroport Pierre-Elliott Trudeau (PET). coup de jarnac.Il avait déjà produit son effet, le reste ne lui apparaissait sans doute plus que de la figuration.Les protestations ayant été faites, les récriminations pour la millième fois redites sur l\u2019arrogance de Trudeau, sur l\u2019outrecuidance de faire porter son nom au symbole d\u2019un gâchis immonde, tout cela ce n\u2019était plus que pour la galerie.Foin cependant de l\u2019envergure historique de l\u2019événement, de sa contribution à élever le sentiment de fierté patriotique des Canadians.On a beau chasser le naturel, il revient au galop, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de manipuler l\u2019univers symbolique.Tout dans cette affaire, en effet, ne prend son sens qu\u2019en faisant une lecture inversée des événements.Jean Chrétien peut bien donner dans le nation building, sonner les trompettes de la grandeur historique, l\u2019événement qui a été mis en scène était on ne peut plus local.Il ne s\u2019agissait que de faire une démonstration de force pour émous-tiller l'establishment local et quelques barons ethniques.Quitte à faire sortir les thuriféraires et les anciens commis, les Marc Lalonde, Jacques Hébert et autres Great Canadians qui ont fait carrière aux basses œuvres.Une cohorte d\u2019intermédiaires s\u2019est offerte un trophée de guerre, un symbole pour marquer la logique d\u2019occupation, consacrer l'enfermement.C\u2019est leur Canada qui fixe au Québec les conditions d\u2019échange avec le monde, ils tenaient à le redire avec un symbole fort, pour clamer la joie mauvaise de ceux-là qui se sentent du côté de l\u2019ordre et de la puissance et qui trouvent grandeur à oblitérer leur peuple.Nation wide, l\u2019intérêt de cette inauguration ?Allons donc ! Pas d'invitation au chef de l\u2019opposition officielle, non plus qu\u2019à celui du N PD, mais un carton pour barber Gilles Duceppe.L\u2019État Canadian se déployait en région et fournis- 17° sait aux petits lieutenants du Parti Libéral du Canada l\u2019occasion de se payer la tête des Québécois.Pas même d\u2019invitation officielle au gouvernement du Québec qui a sans doute fait des pieds et des mains pour ne pas en recevoir, trop heureux de rester apparemment en rade du nation building auquel il souscrit si hypocritement.L\u2019Aéropet, comme l\u2019a déjà désigné l\u2019ironie populaire, n\u2019est qu\u2019une goujaterie de plus que s\u2019est offert une engeance qui fait carrière à se négocier les privilèges de tenir le Québec en laisse.De la politique de gérants, de sous-fifres qui voient de la grandeur à contribuer à la négation de leur peuple.Il ne pensait pas si bien faire, le p\u2019tit gars de Shawinigan, en affligeant le principal aéroport du Québec du nom de l\u2019un de ses plus farouches détracteurs.Celui qui a fait carrière à nous dire fermés au monde, à prétendre que nous représentions un danger pour nous-mêmes en dehors de la tutelle d\u2019Ottawa, celui qui a emprisonné sans motif en brandissant la Loi des mesures de guerres et qui voyait un crime contre l'humanité dans notre démarche démocratique d\u2019émancipation, est vraiment à sa place au faîte de la tour de contrôle.Le Canada qu\u2019il a servi a tout fait et continue de s\u2019acharner à tout mettre en oeuvre pour s\u2019interposer entre le Québec et le monde.L\u2019Aéropet viendra redire à tous que le Canada se dresse comme un mur devant le Québec.Grâce à Jean Chrétien, Pierre Elliott-Trudeau trouve enfin sa place dans l\u2019histoire de notre peuple : gardien de l\u2019enclos.Bulletin du 22 septembre UNE POLITIQUE D\u2019AUTOMUTILATION L\u2019État québécois pèse de plus en plus lourd sur la saine gestion de la province de Québec.Ce que nous sommes, les 171 outils collectifs que nous nous sommes donnés au fil du temps et bien souvent au terme de combats séculaires, tout cela nous coûte à ce point cher aux yeux des libéraux, qu\u2019il faut désormais sabrer dans ce luxe que nous nous sommes offerts trop longtemps, réfugiés que nous avons été dans ce que Jean Charest a appelé « la pensée magique ».Notre différence nous coûte trop cher.Les fonctions que nous attendons de notre État seraient un obstacle à notre développement.Les ministères du Revenu, de la Culture, des Relations internationales, nos structures de développement local et régional, tout cela est-il bien nécessaire ?L\u2019Ontario, le Nouveau-Brunswick et les autres provinces s\u2019en passent et on y paie moins d\u2019impôt qu\u2019au Québec, cela devrait suffire pour qu\u2019on les abolisse.Pourquoi diable, ne vaudrait-il pas mieux laisser faire ce travail par notre gouvernement « national », qui, comme chacun sait, se trouve à Ottawa pour notre plus grand bien.« Nous avons vécu avec l'impression que si nous étions moins prospères que nos voisins, si nous étions plus taxés que nos voisins, c\u2019était le prix de notre différence ».Jean Charest s\u2019adressait ainsi à ses militants à l\u2019occasion du conseil général de son parti la fin de semaine dernière ne voyant dans les taxes qu\u2019une outrance destinée à entretenir le luxe d\u2019un État québécois superfétatoire.Déterminé à ramener la fiscalité québécoise à la moyenne Canadian, le gouvernement libéral considère donc que ce que nous sommes représente le principal obstacle à notre développement.Nous sommes nocifs pour notre propre prospérité.Autant donc transformer notre normalisation en occasion d\u2019affaire et laisser les forces du marché sanctionner le mérite et la viabilité de nos institutions. 172 Tout cela ne vaut cependant que pour l\u2019État du Québec.Jean Charest ne trouve jamais que le Canada nous coûte trop cher.Cela fait partie de ses valeurs Canadian auxquels lui et sont partis sont si attachés - dans tous les sens du terme.Ainsi lorsque Le Devoir nous annonce en manchette que le ministère des Finances du Québec craint que l\u2019impasse budgétaire ne se chiffre à quatre milliards (Le Devoir, jeudi 18 septembre) et ne rende très douloureuse la promesse de réduire les impôts de un milliard dès l\u2019an prochain, il faut comprendre que les Québécois seront conviés à un exercice de ratatinement sans précédent.Le ralentissement économique entraînerait une réduction des revenus qui fait paraître encore plus obscènes nos ambitions de faire de l\u2019État du Québec autre chose qu\u2019une simple agence de livraison de services.Et qui fait paraître plus folle encore l\u2019idée d\u2019accélérer l\u2019érosion des moyens du seul État que nous contrôlons.En bons zélotes du marché les libéraux vont continuer de prescrire le remède de cheval du non-interventionnisme et tenter de faire passer la dissolution du politique pour un projet de société mobilisateur.Nous pouvons compter sur Monique Jérôme-Forget, pour fixer les priorités à la solidarité sociale et à la justice redistributive.L\u2019hiver va être dur et se prolonger bien au-delà de la saison.Bernard Landry considère que la gestion économique libérale a fait plus de tort au Québec que le S RA S à l\u2019économie de l\u2019Ontario (Le Devoir 19 septembre 03).Si l\u2019on ne peut qu\u2019être d\u2019accord sur l\u2019état des dégâts, force nous est cependant de constater que son image n\u2019est pas la bonne.Ce n\u2019est pas à une maladie infectieuse qu\u2019il faut comparer cette gestion mais bien plutôt au ravage de la maladie mentale.La conduite libérale est littéralement schizophrénique.Ce gouvernement vit dans ses dogmes au point d\u2019en perdre le 173 contact avec la réalité.Et de se livrer à des actes d\u2019automutilation.Les intérêts nationaux du Québec sont incompatibles avec la gestion et les moyens d\u2019un gouvernement provincial.Gérer le Québec avec les moyens que le Canada lui laisse conduit à programmer la régression historique et à laisser à une majorité et à un État qui nous nient le pouvoir de décider de ce nos priorités, de nos aspirations.Les finances publiques de la province de Québec ne fournissent qu\u2019un portrait tronqué de la réalité.Nous ne pouvons penser notre situation globale qu\u2019en tenant compte du fait que nous envoyons à Ottawa plus de la moitié de nos ressources fiscales.Le discours des libéraux repose sur la censure d\u2019une question fondamentale : que pourrions-nous faire et comment pourrions-nous le faire si nous avions le plein contrôle de nos moyens ?Il faut travailler sans relâche à lever cette censure.C\u2019est seulement ainsi que les Québécois pourront finir par sortir de la hantise hallucinée qu\u2019entretiennent les inconditionnels du Canada à l\u2019égard de notre capacité collective à assumer la maîtrise de nos affaires.Du nouveau sur notre site Internet ! Vous pouvez payer votre abonnement en ligne avec votre carte de crédit en toute sécurité.www.action-nationale.qc.ca 174 COURRIER DES LECTEURS LE TRANSPORT EN COMMUN ET LA TAXE FÉDÉRALE SUR L\u2019ESSENCE Un ami et ex-fonctionnaire fédéral a attiré mon attention sur un document concernant le financement des trains de banlieue « Go transit » de même que pour la phase « Quick start » du plan de transport en commun de la région de York, en banlieue de Toronto1.Il y est fait mention d\u2019une entente entre l\u2019Ontario et le gouvernement du Canada pour financer la Go Transit de Toronto.La contribution d\u2019Ottawa est de 435 millions de $.(Communiqué de Transport-Canada, 26 mars 2003) Bien qu\u2019Ottawa ait consenti à financer la société de transport de Toronto, les gens sont mécontents, parce qu\u2019il faut toujours le faire à la pièce.Qui plus est, Ottawa, qui collecte une taxe sur les carburants à travers le pays, agit de façon discriminatoire.On se souvient de l\u2019époque où les maires du Québec devaient faire la courbette à Québec pour obtenir des subventions.Il fallait être du bon bord ou avoir de bons amis, alors qu\u2019il s\u2019agissait des taxes des citoyens.i On peut consulter ce document sur le site internet : www.torontocitysummit.ca. 175 Actuellement, les grandes villes du Québec et le gouvernement québécois assument de grandes responsabilités en matière de transport, alors que c\u2019est Ottawa qui empoche les 10\tcents du litre d\u2019essence.Le rapport suggère qu\u2019une partie de la taxe sur l\u2019essence soit retournée aux provinces pour les transports publics.On parle de 3 cents du litre ! Or, on sait qu\u2019Ottawa n\u2019a pas de responsabilité en matière routière.Notre argent est donc dépensé selon « le bon vouloir du prince », c\u2019est-à-dire de fonctionnaires qui, trop souvent, sont anglophones, ce qui laisse peu de place à la réceptivité d\u2019une demande formulée en français, on en conviendra.Est-ce pour ce motif que Toronto reçoit une bonne attention comme on peut le constater dans le rapport, alors que Montréal est toujours en attente ?Les députés de la région de Montréal à Ottawa sont-ils au fait de ce que les fonctionnaires et les politiciens de l\u2019Ontario accordent à Toronto mais pas à Montréal ?11\tserait peut-être temps que les députés fédéraux du Québec reconnaissent que la taxe sur les carburants servirait mieux les Québécois et les Québécoises, si le produit de cette taxe revenait directement au Québec, quitte à obliger la province à la partager avec les municipalités dans des termes bien définis.Roger Fournier, Brossard (Longueuil) LE QUÉBEC À N\u2019IMPORTE QUEL PRICE Au printemps dernier, le magazine Voilà Québec (le Guide touristique officiel - bilingue - de l\u2019Association hôtelière de la région de Québec, dirigé par Mme Lynn Magee) publiait 176 l\u2019une de ses éditions trimestrielles.En page couverture, on y apercevait bien en vue l\u2019Édifice Price (sis rue Sainte-Anne, en Vieux-Québec), dans lequel incidemment, et ce depuis déjà plusieurs années, sont logés (outre ceux de la Caisse de Dépôt et Placement) les bureaux du Premier ministre du Québec.Or que ne constatons-nous pas au premier regard.?Les couleurs du Québec, coiffant comme il se doit et très officiellement ledit Édifice, ont été tout simplement éradiquées de la photographie.Que nous faut-il donc comprendre, Mrs Lynn Magee ?Que le Québec constitue à vos yeux une persona non grata, et qu\u2019il est par conséquent indécent de pavoiser le Fleurdelysée sous les yeux de vos lecteurs - susceptibles sans doute de subir quelque traumatisme à la vue du symbole fondamental de l\u2019unique État francophone d\u2019Amérique du Nord.?Pour l\u2019anecdote, qui n\u2019en est pas une sans signifiance, on se rappellera que Staline, au gré de l\u2019Histoire et des Événements tout au long de son tsarissime règne de quelque trente et une années, avait également l\u2019habitude de « reformuler » pudiquement les parlantes photographies du passé selon les « nécessités » égo-despoto-historiques du moment.(.) « Si c\u2019est ça le Québec moderne, Moij\u2019mets mon drapeau en berne ! » Les Cowboys fringants Jean-Luc Gouin, Québec La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec B 449 rue Notre-Dame, Drummondville (819) 478-2519 ou 1 800 943-2519 Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 37 000 membres au Centre-du-Québec SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal H2X 1X3 Tél.: (514) 843-8851 Télécopieur : (514) 844-6369 Le réseau de la fierté québécoise Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Souveraineté du Québec Langue fra rannaise Tête nationale Assurance vie \u20ac/ fm Société Saint-Jean-Baptiste deh MAU RICIE mm.s * J hacu r i c i «.«sc.c* 375-4001 o 1-000-021-4001 % A votre service plus que jamais ! 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Le vrai mécénat regroupe des amis dispersés dans l\u2019espace, réunis par un même but et un même goût du pays.L\u2019entraide est la forme la plus démocratique de la volonté des citoyens d\u2019améliorer le tissu de leur vie et de leur avenir collectif.Le mécénat assurera le développement de L\u2019Action nationale et lui permettra de prendre des initiatives qui contribueront à bâtir ce pays maintenant à portée de main.Certains donateurs nous ont laissé des legs qui augmentent le capital de notre Fondation.Nous exprimons notre gratitude à ces généreux mécènes : Monsieur Patrick Allen Monsieur Gaston Beaudry Monsieur Henri-N.Guilbault Monsieur Émile Poissant Monsieur Hector Roy Monsieur Bernard Vinet.D\u2019autres amis de la revue adhèrent au CLUB DES 7oo ASSOCIÉS en souscrivant 1000 $ et plus.Leurs noms apparaissent dans la page voisine.À tous, nous exprimons notre reconnaissance par une volonté indéfectible de produire une revue qui présente des analyses sur les enjeux du développement au pays du Québec. i8i CLUB DES too ASSOCIÉS Fernand Allard Patrick Allen j François-Albert Angers Gaston-A.Archambaixlt j fean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron Yvan Bédard Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin | Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Lucie Lafortune f Anna Lagacé-Normand Bernard Lamarre Denis Lazure Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin f Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost René Richard ¦)' Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier \u2018j\u2019 Réal Trudel Cécile Vanier Claude-P.Vigeant Madeleine Voora Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de io à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Révision Marc Veilleux Mise en pages Jean-Marie Pesci, Atoumédia, Rawdon Impression Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville 183 INDEX DES ANNONCEURS 122 Allard & Carrière C3 Bouvier 43\tCaisse d\u2019économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs 121 Cap-aux-Diamants 6 Devoir, Le 120\tLoto-Québec 177\tMouvement national des Québécoises et Québécois 121\tOptimum, Gestion de placements 44\tOptimum placements 178\tOptimum, Société d\u2019assurance 122 Rassemblement pour un Pays souverain 122\tSansregret, Taillefer et Associés 177 Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie 177 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 177\tSociété Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 122 Translatex Communications + 178\tVeilleux, Marc, Imprimeur Inc. ABONNEMENT ÎO\t20 numéros numéros Abonnement 51 $\t-\t95\t$ Institution 90 $\t-\t150\t$ Abonnement de soutien 150 $\t-\t250\t$ Étudiants 30 $\t-\t50\t$ Autres pays 90 $\t-\t150\t$ Paiement par VISA accepté Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.ISSN-OOOI-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 Courriels pour joindre : - la rédaction : revue@action-nationale.qc.ca - l\u2019administration : administration@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca LES SACRIFIES DE LA 30NN£ ENTENTE HISTOIRE DES FRANCOPHONES ,-rÆjiF DU PONTIAC r- d£\\\tLuc Bouvier\tn Aotinn Comité d'action L.Calabogit, t» IMS» mm CHELLE:\t .LES AU POUCE\t * \u2022\t=d 240 PAGES D'HISTOIRE ILLUSTRÉE DES FRANCOPHONES DU PONTIAC Commandez le livre de Luc Bouvier à seulement 16,45 $ à LAction nationale. ilâfïim volume XCIII numéro 8 OCTOBRE 2003 envoi de publication enregistrement N° 0911} "]
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