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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2004-01, Collections de BAnQ.

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[" Volume XCIV numéro i JANVIER 2004 Éditorial L\u2019année du grand vertige ¦ Robert La plante\t2 Articles La résistance ¦Pierre Vadeboncœur\t10 La confédération à l\u2019européenne : une impossibilité décourageante ¦Guillaume Rousseau\t17 Romeo Dallaire Le Canada fait de lui un héros, le Québec saura-t-il y voir clair ?¦Robin Phil pot\t82 Dossier REVOIR LE CADRE STRATÉGIQUE \t \t \t \t \t \t NATIONALE^* L Il y a trois ans, le 14 décembre 2000.L\u2019Assemblée nationale a joué un mauvais guignol - Wes Michaud D\u2019où vient la ZLÉA ?¦Jean Ménard et Nelson Tardif L\u2019intégration linguistique après l\u2019indépendance : l\u2019exemple de l\u2019Estonie -Marie-Pierre Chouinard Prix Georges-Émile-Lapalme Bref mot de remerciement ¦André GauUn Le retour de Champlain : les usages politiques des commémorations Denis Monière Les bateleurs des dunes Nicole Tremblay 1983, acrylique et sable sur contreplaqué Tiré du livre L'œuvre de sable Les éditions du Septentrion, 2002 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1003, Montréal (Québec) H3A 3C5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue® action-nationale.qc.ca administration® action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante * * * *\t* \" ' * ™ ™ Directrice adjointe : Laurence Lambert.Comité de rédaction : Sylvain Deschênes, rédacteur et conseiller en communication ; Lucia Ferretti, professeure d\u2019histoire ; Henri Joli-Cœur, administrateur; Robert Laplante; Lise Lebrun, animatrice communautaire; Sylvie Ménard ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Monique Dumais, théologienne, Université du Québec à Rimouski ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Simon Langlois ; Anne Legaré ; André Juneau.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d\u2019aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal » 2 ÉDITORIAL Robert Laplante L\u2019ANNÉE DU GRAND VERTIGE Tout est en place.Un gouvernement servile, prêt à tout sacrifier de nos intérêts nationaux pour s\u2019ajuster à ce que le Canada lui laisse comme moyens financiers, un conglomérat de carriéristes qui salivent comme jamais à l\u2019idée de voir Paul Marin faire main basse sur la clientèle électorale de la province, des organisations syndicales en colère au seuil d\u2019une négociation qui sera brutale, la nébuleuse communautaire déstabilisée par des politiques de darwinisme social en rupture avec les acquis de notre modernité et les héritages de nos combats pour la justice et la solidarité.2004 sera l\u2019année du grand vertige.Celui que donnent les grandes régressions historiques.Une crise est ouverte dont la béance donnera, cette année, un premier aperçu de ce que pourrait bien réserver au Québec son sort Canadian.Le gouvernement Charest n\u2019est pas seulement un gouvernement conservateur habité d\u2019un credo néo-libéral qui a partout trahi ses promesses et provoqué l\u2019accroissement des inégalités.Pour la première fois depuis le gouvernement de l\u2019Union le Québec est dirigé par une élite qui fait profession de lui nier toute réalité nationale.Par le passé, les gouvernements provinciaux même les plus veules - celui de 3 Taschereau, par exemple - se contentaient de négocier les conditions de la dépendance et de tirer profit de sa gestion en engraissant des notables heureux de se mettre en scène sous les couleurs patriotiques.Le gouvernement Charest fera sans doute la même chose mais il se démarque d\u2019ores et déjà par sa volonté malsaine et pathétique de normaliser le Québec, de le transformer non seulement en province comme les autres, mais en périphérie sans couleur, en marche-pied du capital où rien de nos mœurs et des nos institutions ne fera obstacle à la conduite des affaires selon les codes du continental way.Par son refus obstiné et névrotique de se poser devant Ottawa en faisant primer nos intérêts nationaux ce gouvernement veut nous réduire au rang de minorité suicidaire.Il est tellement soucieux de se conformer aux exigences d\u2019un État qui se construit sur notre négation qu\u2019il pratique une politique qui non seulement facilite les intrusions mais les justifient en quelque sorte a priori.L\u2019insistance que met Yves Séguin à réviser ses interprétations de l\u2019état des finances publiques du Québec pour avaliser les réductions des transferts fédéraux tient de la conduite d\u2019auto-destruction.Non seulement se déshonore-t-il en choisissant de s\u2019en prendre aux institutions québécoises plutôt qu\u2019à la conduite d\u2019Ottawa, mais encore en rajoute-t-il en donnant lui-même un tour de plus au garrot en infligeant des rondes de compressions qui, à toutes fins utiles, réduisent au simulacre certaines des fonctions essentielles de l\u2019État du Québec.C\u2019est un gouvernement qui tente de nous convaincre que nous n\u2019avons plus les moyens d\u2019être ce que nous sommes.Et qui, de ce fait, laisse toute la place à Ottawa qui nous définira et nous organisera comme bon lui semble. 4 La chose est d\u2019ailleurs déjà réclamée par un grand nombre en matière de gestion urbaine là où les « poteaux » fédéralistes contrôlent les mairies c\u2019est-à-dire dans la plupart des grandes villes.La carrière de Lisa Frula vient de faire un grand bond avec les moyens que Paul Martin vient de lui confier pour saquer nos politiques sociales.Les dossiers environnementaux continuent de fermenter au point où des urgences finiront par donner bonne bouche à ceux-là qui se réjouiront d\u2019opposer l\u2019intervention d\u2019Ottawa aux « prétentions » québécoises.Sous des couverts de pragmatisme et de réalisme, le gouvernement Charest pratique en réalité la politique de la terre brûlée, celle qui non seulement consent, mais réduit chaque jour davantage les possibilités de faire autre chose que de se soumettre, frôlant toujours plus dangereusement le seuil de l\u2019irrémédiable.Sa gestion va provoquer des ruptures dans notre capacité de fixer nous-mêmes nos objectifs en plus de renoncer à doter notre État national des moyens de les traduire en politiques conformes à nos intérêts.La capacité de préserver et d'entretenir une forte cohésion sociale est un gage de survie des petites nations comme la nôtre.En refusant de mobiliser l\u2019ensemble de notre société autour d\u2019objectifs le servant en propre et en priorité, le gouvernement libéral met notre peuple à la merci d\u2019un autre et l\u2019expose à des forces qui menacent de dissoudre son originalité et sa différence.Sa politique ne vise qu\u2019à diviser le Québec contre lui-même, à remuer sa part la plus sombre pour mieux y obscurcir une ignoble proposition : celle de se laisser domestiquer, de se laisser couler dans un statut de minorité niée par refus du courage de s\u2019assumer, de se poser dans l\u2019altérité radicale, fondatrice. 5 Ce sera le plus lourd défi des souverainistes dans la conjoncture présente : faire valoir que par-delà les ravages immédiats de la politique provinciale, c\u2019est le saccage de notre capacité de définir les finalités de notre vie collective qui fera le plus de tort.La souveraineté est vitale pour notre existence nationale.Nous devons tout mettre en oeuvre pour définir et bâtir notre cohésion sociale autour de notre capacité de fixer nous-mêmes ce que nous voulons faire de notre pays.Sans cette cohésion, nulle dignité, nulle prospérité durable : un peuple sans nom, soumis à un ordre qui l\u2019oblitère n\u2019a pas d\u2019avenir.Il faudra, dans les combats qui s\u2019annoncent, faire la démonstration qu\u2019il ne suffira pas de se défendre.Il faudra faire voir les solutions dans le seul espace où elles peuvent être fécondes, celui de l\u2019indépendance.Les inconditionnels Canadian ne font pas que légitimer un ordre néfaste, ils contribuent à rendre stérile notre vie nationale.Le Canada nous enferme et nous enfermera de plus en plus dans des luttes fratricides en nous imposant des débats et des politiques qu\u2019il est seul à définir et qui nous coûtent de faramineux efforts en plus de dilapider des ressources qui nous sont pourtant essentielles.Sans cesse occupés à nous affronter dans des batailles dont une majorité étrangère définit tout à la fois les enjeux et les terrains, nous nous étiolerons en vaines manœuvres qui ne profiteront qu\u2019à quelques barons qui feront carrière à lancer des leurres.En renonçant à toute revendication constitutionnelle et à la lutte pour la reconnaissance effective de notre peuple, en prenant la place qu\u2019Ottawa lui assigne le gouvernement Charest ne fait pas le pari Canadian - il n\u2019y a rien en jeu pour le Québec dans le Canada - il joue notre existence nationale.Il place notre société tout entière au bord d\u2019un gouffre 6 vers le fond duquel une pulsion mortifère attire ce gouvernement.La politique provinciale que nous réserve le Canada ne sera pas la politique du vide mais elle videra la politique québécoise de ce que nous sommes et voulons être.Le Parti libéral du Québec ne voit l\u2019horizon que dans le regard de l\u2019autre, et il n\u2019y lit l\u2019avenir qu\u2019avec la fascination qui tient la proie saisie dans l\u2019œil du prédateur.?ATTENTION ! Nous avons déménagé de bureau, l\u2019adresse est désormais : 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1003 Montréal (Québec) H3A 3G5 Les numéros de téléphone et télécopie restent inchangés. HÇVWW w\t».\t\u2014« 4jK Economisez Æ)% ÏZ IV /sur le prix en kiosque Recevez Le Devoir À VOTRE PORTE 3 du lundi au samedi pour seulement ,74$ par semaine ( taxes en sus) Abonnez-vous par téléphone, c\u2019est facile et rapide! , Composez le (514) 985-3355 pour la région de Montréal, ouïe 1 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.i * Prix basé sur l\u2019abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot. La passion des êtres ($) Desjardins Caisse d'économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs (Québec «(.) avec la perspective de contribuer à un Québec plus juste et plus solidaire, soutenir le développement de l'économie solidaire en misant sur l'entrepreneuriat collectif, tout particulièrement au sein des quatre réseaux, soit le syndical, le coopératif, le communautaire et le culturel.» Lanaudière 190, rue Montcalm Joliette (Québec) J6E 5G4 (450) 753-7055 Sans frais : 1 866 753-7055 Télécopieur : (450) 752-5589 Québec 155, boul.Charest Est, bureau 500 Québec (Québec) G1 K 3G6 (418) 647-1527 Sans frais: 1 877 647-1527 Télécopieur : (418) 647-2051 Montréal 1601, avenue De Lorimier Montréal (Québec) H2K 4M5 (514) 598-2122 Sans frais: 1 877 598-2122 Télécopieur : (514) 598-2496 ARTICLES Articles La résistance ¦Pierre Vadeboncceur\tÎO La confédération à l\u2019européenne : une impossibilité décourageante ¦Guillaume Rousseau\t17 Il y a trois ans, le 14 décembre 2000.L\u2019Assemblée nationale a joué un mauvais guignol - Yves Michaud D\u2019où vient la ZLÉA ?¦Jean Ménard et Nelson Tardif L\u2019intégration linguistique après l\u2019indépendance : l\u2019exemple de l\u2019Estonie -Marie-Pierre Chouinard Prix Georges-Émile-Lapalme Bref mot de remerciement ¦André Gaulin Le retour de Champlain : les usages politiques des commémorations -Denis Monière Roméo Dallaire Le Canada fait de lui un héros, le Québec saura-t-il y voir clair ?¦Robin Philpot\t82 Dossier REVOIR LE CADRE STRATÉGIQUE \t \t \t \t \t \t 30 34 47 76 78 ÎO Pierre Vadeboncœur LA RÉSISTANCE On a franchi un cap historique majeur en entrant dans le XXIe siècle.Les États-Unis, dans leur langage et dans leurs ambitions, se sont imposés comme les maîtres du monde, devant toutes les puissances et sur toutes les nations.C\u2019est en ce sens le premier impérialisme réellement universel de l\u2019histoire.Il contraint des peuples jusqu\u2019au bout du monde.Tous les pays, sans exception, sont actuellement visés par l\u2019impérialisme de Washington.Tous, à un titre ou à un autre, concrètement, sont à sa portée et sont forcés d\u2019accepter telle ou telle partie de ses volontés.Si l\u2019on oublie l\u2019URSS et son idéologie révolutionnaire mondiale, largement idéaliste, l\u2019impérialisme des USA est le seul qui ait jamais vraiment voulu et pu embrasser la totalité du monde, maintenant accessible ne fut-ce que d\u2019une manière indirecte pour une part, et ne serait-ce qu\u2019en tenant en respect les plus grands pays, comme la Chine et la Russie, devant des entreprises mettant en péril leurs propres intérêts, ou bien en sanctionnant certains autres pays, s\u2019ils refusent, comme la France, de collaborer aux initiatives américaines.Que les États-Unis affrontent d\u2019une façon ou d\u2019une autre tous ces grands pays, cela n\u2019est pas douteux.Jusque-là le n monde, par sa vastitude et par les conditions de l\u2019époque, interdisait d\u2019imaginer, si ce n\u2019est par figure de style, la maîtrise directe de toutes les parties du globe, diversement si nécessaire mais efficacement.Depuis l\u2019an 2000, l\u2019imagination hégémonique universelle se rapporte à une réalité plausible, recherchée et en partie obtenue.Il n\u2019y a plus, comme au temps de l\u2019URSS, deux puissances s\u2019équilibrant.Les États-Unis, aujourd\u2019hui, entendent faire peser leur volonté, à des degrés variés mais réellement, sur tous les pays.Le fait est que, pour la guerre d\u2019Irak, ils se sont concilié quelques pays et ont carrément défié les autres, de sorte que la volonté impériale américaine, pour la conquête de l\u2019Afghanistan et de l\u2019Irak, avait le champ libre, envers et contre tous, et peut envisager d\u2019autres conquêtes similaires tout aussi souverainement et sans craindre de conflit généralisé.Il y aura guerre si la Chine touche à Taïwan mais rien de tel si les Américains envahissent la Syrie ou l\u2019Iran.La politique internationale d\u2019une seule nation se pense maintenant en termes planétaires.Elle fait des gains et dès maintenant elle se positionne en vue d\u2019une politique future où la question de la maîtrise du monde par les États-Unis continuera de se poser véritablement et avec l\u2019avantage persistant du terrain.Il y a désormais une politique réaliste bien qu\u2019aléatoire de domination universelle.Quant à ses prochaines étapes en tout cas, elle ne saurait être arrêtée par des puissances rivales.Cela est d\u2019une grande nouveauté et ne relève plus simplement du rêve.Voilà le fait central du nouvel ordre mondial.Pour le moment, on se soumet au moins passivement à cette tendance hégémonique de fait. 12 La question se pose de savoir si l\u2019ambition américaine rencontrera en cours de route un obstacle décisif.Que pense au fond la Russie ?Que pensent la Chine, la France, l\u2019Allemagne, l\u2019Union européenne ?Une histoire nouvelle est en marche.Une forme inédite d\u2019impérialisme, sorte de dictature universelle, phénomène clairement apparu depuis deux ans seulement, s\u2019annonce et déjà se réalise.Elle se signale à l\u2019heure présente par la capacité des États-Unis d\u2019envahir certains pays où gisent des richesses inouïes et de s\u2019approprier celles-ci sans qu\u2019on puisse arrêter leurs armées.Elle se caractérise aussi, comme dictature, par son pouvoir d\u2019exiger des pays leur collaboration, sous peine pour eux de se voir priver de grands avantages économiques.Les USA ne souffrent pas de ne pas être aidés dans leurs entreprises de domination.Cependant, une première fracture, un premier signe de résistance, d\u2019un ordre de grandeur comparable à celui des ambitions des États-Unis, sont apparus à l\u2019ONU dans les six mois qui ont précédé la guerre d\u2019Irak.Mais pour la suite, c\u2019est une course contre la montre.Les États-Unis se construisent une puissance militaire (déjà immense), y compris défensive, plus rapidement que le reste du monde et ils semblent posséder seuls les moyens de cette accélération, vu leur avance même.Les progrès déjà réalisés augmentent par eux-mêmes les possibilités de progrès ultérieurs.Les premiers constituent non seulement un acquis mais un moyen disproportionné auquel ne peuvent prétendre les nations moins évoluées sous ce rapport.Les réalisations passées font partie des causes directes des réalisations futures, de sorte que cet avantage ne peut guère être rattrapé.Une avance telle est par elle-même un principe actif de prédominance devant s\u2019accroître encore. 13 Mais alors voilà ! Les États-Unis dominent non seulement par leur puissance actuelle, mais, pour le futur, par un facteur spécifique et exclusif d\u2019accélération.Par conséquent, non seulement leur idée d\u2019hégémonie universelle s\u2019applique-t-elle dès aujourd\u2019hui concrètement de la manière que nous avons dite, mais elle s\u2019appuie de surcroît sur le facteur dynamique exclusif dont je parle.Dans cette ligne de pensée, il ne s\u2019agirait par conséquent plus d\u2019une situation éventuelle purement hypothétique et il faut voir que l\u2019ambition américaine n\u2019est pas simplement un rêve.S\u2019il en va bien ainsi, nous serions dès maintenant dans les conditions du futur et il conviendrait d\u2019en prendre acte pendant que tout n\u2019est pas encore joué.Le plus tôt serait le mieux.Les puissances qui ont refusé la guerre d\u2019Irak en paraissent convaincues depuis un an, quoique sans l\u2019avouer.Remarquez que l\u2019opinion est en un sens en retard et n\u2019imagine pas un avenir qui existerait déjà au moins par préfiguration.Autant dire qu\u2019elle n\u2019embrasse alors qu\u2019une seule dimension de la réalité.Cela fait qu\u2019on n\u2019a pas suffisamment recours aux moyens qui devraient en tenir compte.Ce n\u2019est pas qu\u2019un tel avenir s\u2019avance masqué.C\u2019est plutôt qu\u2019on y est aveugle et qu\u2019on n\u2019en prend pas la mesure véritable.Les opinions publiques refusent la guerre, comme on l\u2019a vu dans un grand nombre de pays, mais ne voient rien au-delà des circonstances immédiates.L\u2019Allemagne des années trente bénéficiait d\u2019un pareil aveuglement et envahissait les pays l\u2019un après l\u2019autre sans coup férir tout en s\u2019armant jusqu\u2019aux dents comme tout le monde le savait.Jusqu\u2019à Munich compris, Chamberlain et Daladier refusaient de lire dans le présent un avenir déjà dans les faits, dans les cartes, un avenir réel dès ce moment, un ave- nir qu\u2019il aurait fallu traiter comme actuel tout au long des années trente.Ne faut-il pas entrer dès aujourd\u2019hui dans diverses formes de résistance et en particulier alerter l\u2019opinion sur ce qui est déjà là d\u2019une manière voilée ?Rapprocher l\u2019événement futur, le mettre sous le regard tel qu\u2019il sera ?Les voiles qui nous le dérobent sont multiples.L\u2019opinion, inattentive, incurieuse, surtout celle des masses américaines, se raccrochent à cette illusion.Les masses européennes ne contestent guère, même en Europe, que le présent et l\u2019immédiat.Les Américains gobent les fables de leur gouvernement sur la nécessité de faire la guerre « préventive » contre la « menace » pesant sur les États-Unis de la part d\u2019armées qui n\u2019existent pas ou pour éliminer des « armes de destruction massive » qui n\u2019existent pas davantage.Résistance.Il y a tout de même résistance.Ce que l\u2019on voit croître un peu partout dans le monde, l\u2019altermondialisation, les manifestations populaires européennes contre la guerre, l\u2019obstination de la France, de l\u2019Allemagne et de la Russie contre les entreprises guerrières américaines, l\u2019attitude imperturbable de la Chine occupée à construire une économie qui fait chaque année d\u2019énormes progrès, la nouvelle politique de gauche en Amérique latine, dans des pays eux-mêmes menacés de subversion à cause des menées de la CIA comme naguère au Chili, tout cela, c\u2019est de la résistance.Mais il faut que celle-ci sache son nom.Elle ne l\u2019apprend, ce nom, hélas, que trop tard, après quelque désastre, comme on l\u2019a vu dans l\u2019histoire.Il aurait mieux valu que la Résistance française, en 1940, eût connu son propre nom bien avant la guerre.Elle aurait mesuré d\u2019avance ce qui venait et qui existait déjà en puissance dès 1933. 15 Elle aurait dû anticiper sur l\u2019événement et agir contre lui à l'avance dès ce moment-là.Il faut aujourd\u2019hui dénoncer les fausses pespectives de la propagande actuelle, comme celle de la « démocratie » qu\u2019on se vante de vouloir instaurer en Irak alors même qu\u2019on y installe au contraire l\u2019empire et qu\u2019on fait main basse, contre toute apparence de droit, sur les richesses incalculables du pays envahi.La résistance peut être efficace.Celle de grands pays, ne fut-ce que par l\u2019abstention, est par elle-même indicatrice des profondes tendances hégémoniques des États-Unis et donc elle est instructive.De plus, la non-collaboration, que ces pays ont inaugurée, constitue une forme de résistance qui dès maintenant fait ses preuves.Ses conséquences en Irak sont en effet très onéreuses pour les États-Unis dans ce pays.Les charges très lourdes de leur conquête pèsent sur les envahisseurs, qui en ont plein les bras, ce qui se répercute sur la politique intérieure américaine et retarde, à cause des coûts notamment, d\u2019autres invasions.Dans la réalité des choses, sinon du haut des airs, les USA sont vulnérables.La résistance est plus efficace qu\u2019on n\u2019aurait cru.Voilà certes une leçon d\u2019après laquelle on peut comprendre rétrospectivement le sens de ce qui s\u2019est passé à l\u2019ONU avant la guerre.La non-participation, on le sait maintenant, constitue une politique majeure et pèse directement sur les événements.De plus, elle dessine à l\u2019avance la configuration politique d\u2019un univers dont une immense partie refusera toujours de se laisser vassaliser par les États-Unis.Le monde présent est plein de facteurs visibles et bigarrés de résistance.C\u2019est à croire que la guerre d\u2019Irak a fait basculer bien des choses : les foules manifestent contre la guerre, les gouvernements de grands pays se refusent à faire les quatre volontés de Washington, les foyers de contestation des politiques mondialistes du capital s\u2019affirment davantage et enfin, l\u2019esprit critique public donne des signes de regain.La question suivante se rapproche maintenant de chacun de nous et elle nous est posée distinctement : de quel côté nous rangeons-nous ?La résistance devient un pôle, un fait lui aussi universel.? 17 ARTICLES Guillaume Rousseau* LA CONFÉDÉRATION À L\u2019EUROPÉENNE : UNE IMPOSSIBILITÉ DÉCOURAGEANTE C\u2019est avec l\u2019intention de faire du Québec un État souverain aussi indépendant que les États membres de l\u2019Union européenne (ci-après U.E.), donc lié à un ordre politique supranational, que le P.Q.s\u2019est présenté devant les électeurs au printemps dernier.Plusieurs citoyens ont mal saisi cette position, préférant s\u2019en tenir au plus simple en considérant que le P.Q.prône la séparation, alors que certains indépendantistes, ne voyant guère en quoi se démarque cette position du renouvellement du fédéralisme, sont tout simplement restés à la maison ou ont voté pour d\u2019autres formations.Maintenant que le P.Q.est dans l\u2019opposition, il faut prendre le temps de clarifier les choses eu égard à l'U.E.Il s\u2019agit d\u2019une étape essentielle avant de rebondir et de faire progresser le projet souverainiste.Évidemment, une telle entreprise nécessitera l\u2019effort de nombreux militants et intellectuels.Le présent texte tente de cerner certains aspects de la pertinence de la comparaison entre le futur statut d\u2019un Québec souverain et celui actuel des États membres de l\u2019U.E.Nous verrons dans un premier temps la validité de cette analogie, puis nous nous questionnerons pour juger à quel point ce scénario serait profitable pour les Québécois.* L\u2019auteur qui préside le Comité régional des jeunes du P.Q.de l\u2019Estrie, est diplômé en droit de l\u2019Université de Sherbrooke et a étudié le droit communautaire et européen à l\u2019Université Montesquieu-Bordeaux IV. Quand la dimension détermine la nature Comme le disait Hegel, lorsqu'un phénomène change de dimension il change de nature.De la même façon, on peut penser que deux phénomènes qui n\u2019ont pas les mêmes dimensions n\u2019ont pas la même nature.Il en va ainsi d\u2019une union Canada-Québec à deux, telle que l\u2019envisagent les partisans d\u2019une union confédérale, comparée à une association européenne à quinze et bientôt à vingt-sept.En effet, il faut savoir que toute la dynamique de la construction européenne repose sur le passage du vote au Conseil de l'unanimité à la majorité qualifiée.Ainsi, les nations commencent par prendre des mesures en votant à l\u2019unanimité, ce qui fait que ces dernières sont rares et peu contraignantes.Il s\u2019agit d\u2019un procédé typiquement confédéral puisqu\u2019il préserve la souveraineté des États qui ne peuvent se faire imposer une mesure contre leur gré.Évidemment, ce mode de votation permet à un État minoritaire de bloquer toute décision.En conséquence, il ne favorise pas le renforcement de la structure supranationale et la promotion des intérêts communs.C\u2019est pourquoi dans les domaines où les États membres de l\u2019U.E.constatent que leurs intérêts sont convergents, ils passent au vote à la majorité qualifiée qui, en plus de débloquer plusieurs questions en abolissant le droit de veto, accélère le processus.Cela a permis notamment la création du marché commun (union douanière, libre circulation des biens et des facteurs de production, application de règles communes particulièrement en matière de fiscalité et de concurrence, existence de politiques sectorielles communes et rapprochement des politiques économiques1).Il va de soi qu\u2019une telle dynamique est impossible dans une confédération à deux où seul le vote à l\u2019unanimité est envi- Denys Simon, Le système juridique communautaire, p.47. 19 sageable, à moins de vouloir sacrifier la souveraineté du Québec sur l'autel du partenariat.En effet, pour des raisons démographiques évidentes, un vote à la majorité qualifiée ne pourrait profiter qu\u2019au Canada qui ferait primer son point de vue en cas de divergence, donc précisément quand nous avons le plus besoin de nous faire entendre.Il serait absurde que le Québec qui, en tant que province, a toujours revendiqué un droit de veto y renonce une fois souverain.De plus, le passage au vote à la majorité dans les domaines où les intérêts des deux pays convergeraient serait inutile, puisque dans ces secteurs, l\u2019unanimité ne poserait pas le genre de problèmes qu\u2019on retrouve dans une union multipartite où un État membre seul, même s\u2019il représente une infime partie de la population de l\u2019ensemble, peut bloquer toute décision.On peut conclure deux choses de ces explications.Premièrement, que l\u2019U.E.n\u2019est pas une confédération puisqu\u2019elle porte atteinte à la souveraineté des États lorsqu\u2019une décision prise à la majorité s\u2019impose aux États qui ont voté contre et ce, en vertu du principe de la primauté du droit communautaire qui est inspiré par celui de la prépondérance fédérale qu\u2019on retrouve notamment en droit constitutionnel canadien.Dès lors, il est inexact de parler de « confédération à l\u2019européenne ».Deuxièmement, que l\u2019U.E., peu importe qu elle soit qualifiée d\u2019union pré-fédérale ou sui generis, ne saurait être un modèle pour une association de deux États en raison de sa dimension.Bien que l\u2019aspect dimensionnel permette à lui seul de prouver le caractère douteux de l\u2019analogie sous étude, nous verrons qu\u2019une autre caractéristique de l\u2019U.E.fait d\u2019elle une structure qui ne peut être un modèle pour nous. 20 Un transformisme intégrationniste Une des caractéristiques fondamentales de la construction européenne et qui fait son originalité est certes son transformisme permanent, expression pudique qui cache le fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un ordre institutionnel indéterminé.En effet, alors que normalement une structure étatique ou internationale est fixée définitivement et sujette à des ajustements occasionnels seulement, celle de l\u2019U.E.est continuellement transformée afin de favoriser une intégration lente mais toujours plus poussée.On se rappellera qu\u2019il y avait à l\u2019origine une communauté économique européenne qui est devenue, suite au traité de Maastricht signé en 1992, une communauté européenne chapeautée par l\u2019U.E.Il ne s\u2019agissait pas d\u2019un banal changement d\u2019appellation mais bien d\u2019une réforme en profondeur puisqu\u2019à côté d\u2019une communauté, désormais compétente dans plusieurs domaines dépassant la sphère économique, étaient instituées des coopérations intergouvemementales en matières judiciaire et de sécurité.Depuis, les traités d\u2019Amsterdam et de Nice sont venus modifier les institutions de l\u2019U.E., et bientôt, une Constitution européenne viendra à nouveau changer encore plus radicalement l\u2019ordre politique européen.Par ailleurs, il faut savoir qu\u2019il y a régulièrement des élargissements qui changent profondément le fonctionnement et la nature de la structure européenne.Enfin, il y a eu toutes sortes de périodes transitoires, que ce soit pour harmoniser les tarifs douaniers ou appliquer des politiques communes.On peut se demander si un tel transformisme, avec son lot d\u2019incertitudes et d\u2019incompréhensions pour les citoyens, sans parler des négociations perpétuelles concernant les institutions qu\u2019il suppose, serait possible et souhaitable au sein d\u2019une confédération québéco-canadienne.Les souverainistes 21 ont toujours prétendu qu\u2019un vote pour la souveraineté serait suivi par des négociations.D\u2019ailleurs, la Cour suprême du Canada a confirmé cette obligation de négocier dans son avis sur la sécession du Québec.Cependant, personne n\u2019a jamais exprimé le désir que ces pourparlers soient permanents.Pourtant, l\u2019idée d\u2019une « confédération à l\u2019européenne » suppose une telle permanence des négociations et des changements d\u2019ordre institutionnel, pour ne pas dire constitutionnel, réguliers.Nous devons donc en conclure que l\u2019idée d\u2019un partenariat limité et définitif n\u2019a rien à voir avec la construction européenne qui tend vers toujours plus d\u2019intégration.D\u2019ailleurs, les fédéralistes canadiens tiennent eux aussi le discours du transformisme en affirmant que le statut quo n\u2019existe pas, que la fédération évolue sans cesse, qu\u2019elle est flexible.histoire de nous faire oublier le processus d\u2019intégration et de minorisation en cours.Au moins les Européens ont un bon prétexte : la sacro-sainte économie.À l\u2019inverse, dans le cadre de l\u2019Amérique du Nord, une association économique avec le Canada serait de plus en plus inutile voire nuisible à mesure que le libre-échange continental progresse.Même s\u2019il est maintenant clair que l\u2019éventualité analysée est impossible pour des raisons juridiques et politiques, puisqu\u2019elle est rejetée outre-Outaouais à un point tel que le constitutionnaliste Patrice Garant parle de politique-fiction, on peut tout de même se demander si le statut d\u2019État membre de l\u2019U.E.est vraiment avantageux par rapport à celui actuel du Québec.Bien sûr, les États de l\u2019U.E.étant toujours des pays souverains, leur statut présente plusieurs avantages sur celui d\u2019une province canadienne.Par contre, il faut aussi savoir que certains désavantages inhérents à l\u2019appartenance à l\u2019U.E.existent. 22 Des États intégrés mais influents Comme on le dit souvent, le jour où le Québec sera indépendant, il participera au concert des nations.Par contre, il faut savoir qu\u2019un État intégré à une organisation supranationale dotée de compétences propres, bien que pouvant jouer un rôle important dans le monde, n\u2019a pas la plénitude des pouvoirs en matière d\u2019affaires étrangères.Par exemple, la Communauté européenne a des compétences extérieures explicites, notamment en ce qui concerne le commerce2 3, ce qui fait que généralement c\u2019est elle et non pas les pays membres qui s\u2019expriment à l\u2019O.M.C.De plus, elle a d\u2019autres compétences externes qui, elles, sont implicites.En effet, en vertu du principe du parallélisme des compétences internes et des compétences externes, dès qu\u2019il y a sur le plan interne des dispositions communautaires adoptées dans un domaine, la Communauté acquiert la compétence externe exclusive dans ce domaineh II va sans dire que les pouvoirs de l'U.E.en matière de relations internationales s\u2019accroissent sans cesse.Mais comme tout ce qui lui échappe revient aux États, ceux-ci sont toujours très autonomes et peuvent défendre leurs points de vue sur la scène mondiale dans les secteurs qui relèvent de leurs compétences, comme on l\u2019a vu lors de la crise ayant précédé la guerre en Irak lorsque la France a occupé le devant de la scène.Cependant, transformisme oblige, le développement de la Politique étrangère et de sécurité commune de l\u2019U.E.pourrait mettre en péril cette autonomie.Une chose est sûre toutefois, la situation actuelle est plus qu\u2019enviable vue du Québec qui réclame en vain l\u2019application de la doctrine Gérin-Lajoie, en vertu de laquel- 2\tArt.133 Traité instituant la Communauté européenne.3\tArrêt AETR et avis 1/94 sur l'O.M.C.rendus par la Cour de justice des Communautés européennes. 23 le il est le seul à avoir le pouvoir de signer les traités internationaux portant sur ses compétences.Toujours au sujet du partage des compétences en Europe, il est bon de savoir qu\u2019il existe un principe régulateur fort intéressant, soit celui de la subsidiarité.En vertu de ce principe, les décisions collectives doivent être prises au niveau le plus près possible des citoyens concernés.En théorie, la subsidiarité valorise la proximité et donc la décentralisation.Cependant, dans le cadre de l\u2019U.E.c\u2019est la Commission, reconnue pour être centralisatrice, qui se penche sur le respect de ce principe par ses propres propositions, en effectuant une estimation des coûts et des bénéfices de chacune des solutions possibles (actions au niveau communautaire vs actions au niveau national).Il va sans dire qu\u2019elle trouve ses idées étonnamment conformes à la subsidiarité.En effet, elle tente toujours de démontrer qu\u2019une mesure européenne est préférable car elle favoriserait l\u2019égalité, lire l\u2019uni-formité, et la coordination.De leur côté, les juges européens, non moins centralisateurs, se sont déclarés compétents pour juger du respect de la subsidiarité, un principe essentiellement politique, lors de l\u2019application des mesures européennes.Ici aussi, le biais en faveur des autorités centrales se fait sentir, comme l\u2019a appris à ses dépens la Grande-Bretagne qui voyait en ce principe qu\u2019elle invoquait une protection de sa souveraineté.À ceux qui dénoncent ce non-respect du principe, les euro-optimistes répondent qu\u2019il s\u2019agit au contraire de l\u2019application rigoureuse de ce principe qu\u2019ils appellent la subsidiarité ascendante.On aura compris que ce qui devait être un garde-fou contre les visées hégémoniques de Bruxelles s\u2019est retourné contre les nations.Par ailleurs, il est pertinent de mentionner que lorsqu\u2019une compétence est transférée à la Communauté, les États ne 24 perdent pas complètement celle-ci puisqu\u2019ils participent à la prise de décisions au niveau communautaire.En effet, le Conseil de l\u2019U.E.formé de ministres nationaux codécide, en collaboration avec le Parlement européen, des mesures à adopter et surveille leur application par la Commission.On retrouve un mécanisme comparable dans la plupart des fédérations où il existe un Sénat représentant les États fédérés.Malheureusement, le Sénat canadien, ne correspondant pas à ce modèle, est le complice des empiètements du fédéral alors qu\u2019il devrait être le protecteur des provinces.Autre fait à noter, ce sont les États membres de l\u2019U.E.qui proposent les candidats pouvant devenir membres de la Commission^ et nomment les juges européens4 5.C\u2019est donc dire que les pays exercent une influence importante sur les décisions prises au niveau communautaire, ce qui n\u2019est pas le cas des provinces en ce qui concerne les mesures fédérales.Malgré leur influence, les États ne semblent pas pouvoir agir efficacement face à deux phénomènes particulièrement inquiétants qui les affectent négativement eux et surtout les peuples qu\u2019ils incarnent.Du déficit démocratique à l\u2019uniformisation Un des problèmes classiques de l\u2019U.E.réside dans ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le déficit démocratique, pour ne pas dire le déficit de légitimité.En effet, depuis quelle ronge les pouvoirs des Parlements nationaux, symbole même de la démocratie, on se questionne sur son caractère démocratique et on constate qu\u2019il est questionnable.Cela s\u2019explique notamment par le fait que la Commission, formée de fonctionnaires, exerce une influence prépondérante.4\tArt.214 Traité instituant la Communauté européenne.5\tArt.223 Traité instituant la Communauté européenne. 25 Premièrement, la Commission a en général le monopole sur les propositions de mesures.Par conséquent, ni les États ni le Parlement européen ne peuvent déposer des projets d\u2019actes communautaires.À la limite, le Conseil peut toujours s\u2019écarter de la proposition de la Commission, mais il doit le faire à l\u2019unanimité.Normalement, la Commission propose, le Conseil et le Parlement acceptent, puis la Commission applique.C\u2019est donc dire que cette dernière se situe en amont et en aval de la décision.Inutile d\u2019être docteur en sciences administratives pour comprendre que la Commission a de ce fait beaucoup de pouvoirs.Le Conseil peut toujours surveiller l\u2019application faite par la Commission grâce aux comités dit de comitologie, mais cela complexifie le processus.Quant au Parlement, même s\u2019il a toujours de plus en plus de pouvoirs, il n\u2019a rien à voir avec un vrai Parlement de type britannique.Il suffit à cet égard de mentionner que sa composition n\u2019influence pas directement celle de la Commission ni celle du Conseil.Soit dit en passant, il est très difficile de distinguer ce qui correspond à l\u2019exécutif et ce qui relève du législatif car l\u2019U.E.est une structure où règne la confusion et non la séparation des pouvoirs.Il semble donc qu\u2019elle se veut non seulement post-nationale mais aussi post-moderne en reniant les thèses de Montesquieu.À la lumière de l\u2019article 16 de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 qui stipule que « Toute société dans laquelle la garantie des droits n\u2019est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n\u2019a point de Constitution », on peut se demander si cela ne contribue pas au déficit démocratique.Par ailleurs, le processus d\u2019adhésion des pays aux traités européens est parfois hautement critiquable.Par exemple, suite au rejet du Traité de Maastricht par le peuple danois lors d\u2019un référendum, les dirigeants de l\u2019U.E.ont adopté la 26 Déclaration d\u2019Edimbourg, un texte insignifiant destiné à rassurer les Danois pour obtenir leur adhésion.Puis, un an après le premier référendum un deuxième fut organisé et cette fois le OUI l\u2019a emporté, quoique par une faible majorité, ce qui a fait dire à l\u2019élite bruxelloise que la première fois, le bas peuple n\u2019avait pas compris.Cela dit, on peut se demander comment expliquer ce peu d\u2019engouement que suscite l\u2019U.E.auprès des populations.Bien sûr, il y a toute la complexité du « maquis juridique » européen qui fait de l\u2019U.E.une structure loin des citoyens et donc peu démocratique.Peut-être est-elle en train de prouver ce que le général de Gaulle prétendait il y a longtemps, soit qu\u2019il n\u2019y a point de démocratie en dehors du cadre national.Cela semble logique en effet car la loi ne peut être l\u2019expression de la volonté générale, pour reprendre les termes de Rousseau, et non simplement un outil pour aménager des droits que si elle est l\u2019émanation d\u2019une opinion publique.Or, il ne peut y avoir d\u2019opinion publique européenne en l\u2019absence d\u2019une langue commune, de médias communs, bref d\u2019un peuple unique et bien réel.Évidemment, la surenchère en matière de lobbying à Bruxelles ne peut en aucune façon combler ce vide, elle contribue au contraire à la distorsion de la perception de ce qui constitue l\u2019intérêt général.À cet effet, il est étonnant de constater qu\u2019un des dangers sous-estimés de l\u2019intégration européenne est l\u2019homogénéisation.En effet, depuis que la libre circulation des marchandises est un principe sacré et que, par conséquent, les mesures nationales visant à favoriser les produits et services locaux sont interdites, nombreuses sont les habitudes des Européens qui s\u2019uniformisent.Par exemple, alors qu'il n\u2019y a pas si longtemps il existait une Europe des vins, qui corres- 27 pondait aux pays catholiques, et une Europe des bières, correspondant aux pays protestants, aujourd\u2019hui les jeunes Français boivent de plus en plus de bières et les jeunes Allemands davantage de vins.Quand on pense au nombre important de cultures affectées par l\u2019européanisation et au fait que la gastronomie est importante pour celles-ci, comme l\u2019a démontré le mouvement anti-OGM, on comprend que cet exemple n\u2019est pas banal.Mais, plus inquiétant encore est ce récent jugement de la Cour de justice des Communautés européennes qui interdit à l\u2019Italie d\u2019exiger que les produits ressemblant à du chocolat, mais contenant très peu de cacao, circulant sur son territoire soient accompagnés d\u2019un emballage mentionnant « succédané de chocolat »6.Aux yeux de la Cour, il s\u2019agissait d\u2019une mesure équivalente à une barrière tarifaire.Comme quoi les intérêts des consommateurs, qui désirent être bien informés, et ceux des peuples, qui veulent demeurer différents, sont moins importants que ceux des compagnies avides de vendre leurs produits partout, sans encadrement.C\u2019est le même genre de raisonnement qui a fait conclure à cette cour que la France ne pouvait exiger des indications en français sur les produits en circulation sur son territoire puisque des explications dans une langue quelconque que le consommateur peut comprendre fait l\u2019affaire.On aura compris l\u2019euphémisme pour dire que l\u2019anglais et non le français doit figurer sur les produits européens.Ce dernier jugement n\u2019est pas sans rappeler ceux de la Cour suprême du Canada qui ont charcuté la loi ioi.Comme quoi l\u2019anglo-conformité menace la diversité culturelle partout.Il va sans dire que nous sommes loin de l\u2019assimilation massive qui a cours au Canada et qu\u2019une fédération d\u2019États-nations est préférable à une fédération État-nation.Néanmoins, tout cela n\u2019augure rien de bon pour une Europe qui 6 Arrêt Commission c.République italienne. 28 devrait être celle des peuples et non celle des lobbys, des juges et des bureaucrates.Ceci nous amène à conclure qu\u2019il est désormais patent que l\u2019analogie entre le statut du Québec dans une future confédération à deux et celui d\u2019un État membre de l\u2019U.E.n\u2019est pas valable, et que cette dernière est une structure bien imparfaite.On peut alors se demander si l\u2019U.E.peut tout de même servir de modèle.Il semblerait que oui, dans la mesure où l\u2019on souhaite adhérer à un fédéralisme d\u2019un genre nouveau qui serait praticable à dix provinces ou même à cinq régions (Atlantique, Québec, Ontario, Prairies/T.N.O./Nunavut et Colombie-Britannique/Yukon).Cependant, dans cette hypothèse, c\u2019est plus précisément du statut de la Grande-Bretagne qu\u2019il faudrait s\u2019inspirer puisque celle-ci jouit de plusieurs dérogations notamment en matière de circulation des personnes et de monnaie.Ce n\u2019est qu\u2019à cette condition que l\u2019éventualité deviendrait moins décourageante, quoique toujours impossible à cause de l\u2019opinion du Canada anglais et de son habitude à dominer le Québec.De toute manière, elle serait toujours infiniment moins attrayante que l\u2019indépendance.C\u2019est pourquoi les souverainistes québécois doivent éviter les chimères du genre et marcher droit vers leur objectif.D\u2019ailleurs, M.Landry a invité ses troupes à brasser des idées mais à éviter de perdre du temps à redéfinir la souveraineté.Comme la construction européenne suppose une telle redéfinition de la souveraineté, qui devient un simple faisceau de compétences, elle ne doit pas figurer parmi nos sources d\u2019inspiration principales.Bref, il est grand temps qu\u2019on cesse d\u2019embrouiller les cartes en rêvant de modèles étrangers inappropriés et qu\u2019on passe aux choses sérieuses, soit la découverte d\u2019une voie québécoise par le renouvellement du projet souverainiste et l\u2019élaboration d\u2019une stratégie fiable pour le réaliser.À cette fin, nous devons déterminer si 29 ce renouveau passe par une valorisation de l\u2019indépendance pour sa valeur intrinsèque ou par l\u2019invention d\u2019un nouveau concept partenarial qui s\u2019écarterait du modèle européen et surtout de ses aspects les plus retors.Mais alors se pose la question : est-il possible d\u2019atteindre les objectifs de libre circulation justifiant une éventuelle association sans tomber dans le piège de la supranationalité envahissante ?Si vous avez des questions ou des commentaires n\u2019hésitez pas à les faire parvenir à l\u2019adresse suivante : guillrousseau@hotmail.com 30 ARTICLES Yves Michaud ILYA TROIS ANS, LE 14 DÉCEMBRE 2000.L\u2019ASSEMBLÉE NATIONALE A JOUÉ UN MAUVAIS GUIGNOL Le I5 octobre 1894 le capitaine Dreyfus est arrêté.Le 15 juin 1906 il est réhabilité, puis le 20 juillet nommé chevalier de la légion d\u2019Honneur.Il a attendu 12 ans avant que réparation soit faite de l\u2019une des plus grandes injustices de tous les temps.Qu\u2019ai-je donc à me plaindre de trois misérables petites années consacrées à obtenir réparation de l\u2019Assemblée nationale du Québec qui m\u2019a conféré la stupéfiante distinction d\u2019être le premier « criminel d\u2019opinion » dans l\u2019histoire de quatre siècles de parlementarisme ?1095 jours ont passé.Non seulement ma colère ne s\u2019apaise pas, elle s\u2019est amplifiée au fur et à mesure que des certitudes se sont avérées : la première étant qu\u2019aucun député n\u2019a lu mes propos avant de voter l\u2019infâme motion du 14 décembre 2000 ; la deuxième voulant que Lucien Bouchard était horrifié à la perspective que je siège à l\u2019Assemblée nationale, du fait que j\u2019étais incontrôlable (sic), surtout en raison de mes prises de positions sur la défense et la promotion de la langue française, notamment l\u2019abolition de la loi 86 votée par les libéraux et le français langue d\u2019enseignement incluant les cégeps.La troisième est l\u2019inaction de l\u2019aile parlementaire du parti dont je suis membre, après quatre pro- 31 positions votées par quatre conseils nationaux successifs, propositions demeurées lettre morte, sans l\u2019ombre d\u2019un soupçon de réparation de l\u2019offense qui me fut infligée.Le Parti québécois est parfois comme la révolution française, il dévore ses enfants ! Quand il ne va pas jusqu\u2019à encenser un général qui a tiré dans le dos d\u2019un de ses soldats ! Je ne révèle rien.Ces informations sont connues des observateurs de la scène politique.Aucun journaliste d\u2019enquête, que je sache, n\u2019a été affecté aux intrigues et aux dessous de cette « ténébreuse affaire ».Et Dieu sait, s\u2019il y en a ! Omerta, silence de plomb, indifférence hautaine, petites lâchetés, la loi violée par ceux-là même qui en ont la garde, on enterre tout et on tourne la page.Les médias ont fait leurs choux gras pendant quelques semaines de l\u2019Affaire Bouchard.Elle ne les intéresse plus.Que l\u2019offensé se taise désormais et n\u2019ennuie personne avec ses jérémiades.Les offenseurs eux, vont leur petit bonhomme de chemin, impunis, certains grassement récompensés, la plupart insensibles au fait que des limites d\u2019arbitraire ont été dépassées.À de rares exceptions près, peu leur chaut que la loi des lois a été transgressée qui veut qu\u2019aucun citoyen ne puisse être condamné ou blâmé sans avoir été préalablement entendu sur les faits ou les propos allégués contre lui.Leur vie est quiète sous le masque hypocrite d\u2019une fausse immunité.La mienne depuis trois ans est faite d\u2019amers souvenirs d\u2019accusations gratuites, de boueuses calomnies, de ouï-dire chuchotés, de procès staliniens et de condamnations expéditives.N\u2019étaient-ce le soutien, la sympathie et l'appui de milliers de mes concitoyens, je me sentirais un exilé de l\u2019intérieur, un proscrit dans ma propre patrie que j\u2019ai essayé de servir au 32 mieux de mon énergie et des talents qui m'ont été donnés.Des hommes et des femmes d\u2019honneur de tous les coins du Québec ont condamné la manœuvre ourdie par deux anciens ministres fédéraux à laquelle se sont prêtés 109 députés, me privant, le répéterai-je jamais assez, de tout moyen de défense.C\u2019est peu dire de les remercier de leur inestimable appui.Au premier chef, le seul député qui a refusé de voter la motion scélérate, Jean-Claude Saint-André, député de l\u2019Assomption.Bien sur, ceux et celles qui sont présents aujourd\u2019hui en ce triste et honteux anniversaire, au nombre desquels les membres du conseil d\u2019administration et les adhérents à l\u2019association qui porte mon nom, vouée à la défense de la liberté d\u2019expression.Puis, les milliers de signataires de la pétition qui se souviennent de la bavure parlementaire du 14 décembre 2000.Tous défendent une juste cause qui dépasse ma personne.Une cause qui est celle de l\u2019ensemble de nos concitoyens qui pourraient un jour être frappés d\u2019ostracisme par un parlement croupion.Cela ne doit plus jamais, jamais, jamais arriver.La justice doit rendre un arrêt sans faille pour éviter à l\u2019avenir qu\u2019une assemblée délibérante revête l\u2019habit carnavalesque d\u2019un tribunal d\u2019inquisition et d\u2019excommunication pour censurer des propos qui sont de l\u2019ordre du débat public.« Nous donnons au monde un spectacle d\u2019une nation de fous », écrivait Clémenceau au sujet de l\u2019Affaire Dreyfus.Relativisons les choses : le 14 septembre 2000, dans un moment d\u2019égarement, l\u2019Assemblée nationale, a joué un mauvais guignol.Il reste à espérer que trois ans de réflexion et de rebondissements seront amplement suffisants pour l\u2019amener à résipiscence et réparation.Une réparation qui restera toujours à 33 faire tant qu\u2019elle ne sera pas faite.La grandeur est de reconnaître ses erreurs, la petitesse est de s\u2019y enfermer.Un espoir se lève.Mercredi dernier, io décembre, l\u2019ancien président de l\u2019Assemblée nationale, Jean-Pierre Charbonneau, demandait à son successeur une interprétation d\u2019un article méconnu des règlements de l\u2019Assemblée (324) verrouillant les motions de blâme aux seuls cas d\u2019atteinte à l\u2019honneur ou aux privilèges des députés.Cet article a été violé le 14 décembre 2000.Dans l\u2019hypothèse où la présidence de l\u2019Assemblée ne reconnaîtrait pas ce fait, l\u2019on m\u2019a donné l\u2019assurance que l'Opposition saisirait la Chambre d\u2019un amendement aux règlements limitant les motions à des personnes autres que députés, uniquement s\u2019il est allégué une atteinte aux droits ou aux privilèges de l'Assemblée ou de l\u2019un de ses membres.Amendement assorti d\u2019une obligation d\u2019entendre la personne concernée (audi alteram partem) avant l\u2019examen de l\u2019affaire par la commission de l\u2019Assemblée nationale, ce qui m\u2019a été mesquinement refusé.Je n\u2019ose croire que la députation actuelle, toutes affiliations partisanes confondues, s\u2019opposera à l\u2019élémentaire respect des principes de justice naturelle et des droits fondamentaux de la personne.Si cela devait arriver, il y aurait lieu de désespérer de la vérité, de la justice, de l\u2019honneur, de la liberté d\u2019expression, bref des plus nobles conquêtes de l\u2019esprit des lois sur l\u2019arbitraire, le despotisme, la dépravation du pouvoir et l\u2019iniquité.? 34 ARTICLES Jean Ménard et Nelson Tardif en collaboration avec le Groupe de théologie contextuelle québécoise1 D\u2019OÙ VIENT LA ZLÉA?À l\u2019occasion de la présente campagne nationale de sensibilisation et de conscientisation à propos du projet d\u2019accord sur la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA) qui pourrait être signé en 2005, des centaines de militants et militantes parcourent la province pour informer la population sur les différentes facettes et les possibles conséquences de cet accord.Nous avons pensé qu\u2019il pourrait être pertinent de présenter ici quelques jalons historiques qui devraient permettre de mieux situer la ZLÉA dans le développement séculaire du système capitaliste.Trois questions se posent : 1-\tD\u2019où vient le capitalisme ou quelles sont les principales théories qui ont présidé au façonnement de ce régime économique jusqu\u2019à nos jours ?2-\tOù se situe la ZLÉA dans la trajectoire du développement du capitalisme ?3-\tOù allons-nous avec cette logique ?1 Le Groupe de théologie contextuelle québécoise (GTCQ) est composé de Lise Baroni, Michel Beaudin, Céline Beaulieu, Richard Chrétien, Guy Côté, Mario DeGiglio-Bellemare, Claire Doran, Roger Éthier, Lise Lebrun, Raymond Levac, Jean Ménard, Basile NGono, Patrice Perreault, Eliana Sotomayor et Nelson Tardif. 35 Pour les deux premières questions, nous recourrons à l\u2019histoire, mais pour la troisième, seule la solidarité internationale nous permettra de trouver des réponses et de bâtir des alternatives qui soient à la hauteur de l\u2019humanité.Nous voudrions essayer ici de camper et d\u2019expliquer le contexte historique qui a conduit à la négociation de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA).Il s\u2019agit de mieux comprendre la logique qui se profile derrière cette nouvelle étape du processus de libéralisation économique.Le n septembre 2001 a bouleversé la conjoncture mondiale.On peut penser par exemple au développement obsessionnel de la lutte antiterroriste aux États-Unis surtout, mais aussi au Canada avec l\u2019adoption des lois C-36 et C-42 ; à l\u2019augmentation, aux États-Unis, encore, des budgets militaires aux dépens des politiques sociales ; au nouveau type de guerre qui s\u2019est déroulé en Afghanistan, non pas contre un pays, mais contre des individus cachés dans des cavernes et avec de nombreux « dommages collatéraux », un euphémisme visant à minimiser les souffrances encourues par les populations civiles ; à la faillite, en Amérique du Nord, de nombreuses entreprises, surtout dans les secteurs liés à l\u2019aéronautique, etc.Le 11 septembre a fourni un prétexte inattendu à la mise en œuvre de plans déjà existants visant la suprématie militaire et économique mondiale des États-Unis2.C\u2019est au début des années quatre-vingts que les choses ont vraiment commencé à changer profondément dans le monde avec l\u2019arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, en Angleterre, et de Ronald Reagan, aux États-Unis.La Dame de fer a commencé à dénationaliser, c\u2019est-à-dire à privatiser 2 Jooneed Khan, « La nouvelle doctrine mondiale de Bush est en gestation depuis plus de 10 ans », La Presse, 24 septembre 2002. 36 les grandes entreprises d\u2019État.Reagan s\u2019est attaqué à l\u2019État-providence, a tenté de casser les syndicats (celui des pilotes de l\u2019air, par exemple) et a entrepris d\u2019abolir les frontières économiques pour laisser la bride sur le cou à un capital en quête de plus vastes « pâturages », tous signes avant-coureurs de l\u2019énorme vague qui déferle encore aujourd\u2019hui sur le monde entier et qu\u2019on nomme le néolibéralisme.En d\u2019autres mots, c\u2019est avec la victoire de ces représentants du courant néolibéral que nous sommes entrés dans une nouvelle période historique du développement du capitalisme.Il est ici nécessaire de faire un peu d\u2019histoire pour comprendre quelles sont les principales idées qui ont structuré notre système économique, c\u2019est-à-dire notre mode de production capitaliste.Commençons par le XVIIIe siècle, au moment où le libéralisme économique prend son essor.Le libéralisme Premièrement, il y a l\u2019idée de LIBRE MARCHÉ.Adam Smith5, le père de la théorie capitaliste, a cru voir dans le marché le mécanisme régulateur universel et infaillible capable d\u2019ordonner et de structurer toute l\u2019activité économique et, par le fait même, tout le corps social3 4.Il lui reconnaissait un caractère naturel, à la manière, par exemple, de la loi de la gravité découverte par Newton.En d\u2019autres mots, la mise en concurrence libre, sur le marché, de tous les intérêts personnels « parfaitement égoïstes », comme le dit Smith, était supposée déterminer le meilleur prix possible pour le vendeur et pour l\u2019acheteur, stimuler la production et, par là, accroître la richesse de la nation et ainsi le bien-être général.3\tPhilosophe moraliste écossais du XVIIIe siècle.4\tII s\u2019agit de la théorie de la « main invisible » sensée régir le marché. 37 C\u2019est sur un tel présupposé que repose le statut donné à la loi de l\u2019offre et de la demande à laquelle on pensait pouvoir confier la conduite de l\u2019économie et même de la société.Il y aurait ainsi quatre éléments fondamentaux à la base de la science économique moderne : 1-\tle désir égoïste de chacun d\u2019améliorer son sort ; 2-\tla soif du gain, du profit, à n\u2019importe quel prix ; 3-\tle marché régi par la loi de l\u2019offre et de la demande qui exige la libre concurrence ; 4-\tle droit sacré à la propriété privée.Que penser du principe de libre marché ?Le libre marché, comme liberté totale et sans contrôle, est une liberté fictive.Cela ressemble à l\u2019histoire du renard libre dans un poulailler libre.Le loup et l\u2019agneau ne peuvent signer un pacte de libre marché qui signifie, de fait, dans le contexte d\u2019inégalité où ils se trouvent, un laisser-passer pour l\u2019agression.Actuellement, dans le monde économique, c\u2019est la loi du plus fort qui s\u2019impose, pour ne pas dire la loi de la jungle.Le marché laissé à lui-même n\u2019a aucune pitié à l\u2019égard des plus faibles.Ce qui est vrai à l\u2019intérieur d\u2019un pays l\u2019est également entre les pays.Les pays riches imposent aux pays pauvres l\u2019ouverture de leurs marchés.On se mange même entre riches.Nous le constatons aujourd\u2019hui dans nos rapports avec les États-Unis à propos du bois d\u2019œuvre.Au Canada, la surtaxe imposée par nos voisins a déjà commencé à produire des faillites et nous parlons malgré tout de « libre «-échange.C\u2019est ainsi que le système exclut du marché les petits et les moyens producteurs en concentrant la richesse produite.C\u2019est le cas pour les entreprises multinationales qui, organisées en oligopoles, contrôlent des sec- 38 teurs entiers de l\u2019économieS et imposent leurs prix.Et on ose nous parler de « LIBRE » MARCHÉ ! Le libre-échange Deuxièmement, en plus de l\u2019idée de marché, toujours au XVIIIe siècle, David Ricardo, un disciple de Smith, fit la promotion de l\u2019idée de libre-échange.Cela devait conduire à l\u2019abolition pure et simple, en Angleterre, des mesures de protection sur les céréales.Une loi, appelée « The Com Law » concernant la suppression des droits de douane, a été votée en 1846 et a permis d\u2019instaurer un libre-échange entre l\u2019Angleterre et le Dominion du Canada.Cette mesure a eu un impact négatif sur les paysans anglais, mais positif pour le Canada qui commerçait aussi bien avec l\u2019Angleterre qu\u2019avec les États-Unis.Cependant, en 1866, les États-Unis décidèrent de fermer leurs frontières avec les colonies de l\u2019Amérique du Nord britannique.On a appelé cela le protectionnisme.C\u2019est que ce pays, après la guerre de Sécession, avait décidé de développer l\u2019économie de sa partie septentrionale (dans la Nouvelle-Angleterre surtout) qui s\u2019industrialisait à un rythme fou grâce, entre autres, au « cheap labour » des Noirs venus du sud dans la première moitié du XIXe siècle et des Canadiens français dans la deuxième moitié du même siècle.En raison de la fermeture des échanges Nord-Sud, les « Pères » de la future Confédération canadienne décidèrent la construction urgente d\u2019un chemin de fer Est-Ouest afin d\u2019ouvrir un marché national.C\u2019était en 1867.Le Canada venait de naître.5 Par exemple, quatre transnationales - Philip Morris, Nestlé, Proctor & Gamble et Sara Lee - contrôlent à elles seules 70 % du marché du café.La situation est tout à fait similaire dans les secteurs des fruits et du pétrole. 39 L\u2019État-providence Troisièmement, pour revenir à notre histoire, il faut ajouter ceci : vers la fin des années vingt, la demande s\u2019affaisse en raison d\u2019une économie centrée exclusivement sur l\u2019offre et sur les coûts de production les plus bas.S\u2019ensuit le crash de la bourse en 192g, puis la généralisation de la crise dans les années trente.En d\u2019autres mots, le pouvoir de consommation est devenu presque nul d\u2019où les nombreuses faillites, un taux dramatiquement élevé de chômage et une instabilité sociale inquiétante pour les dirigeants.Le MARCHÉ avait trahi ses promesses et contredit ses idéologues.Le secours viendra d\u2019un ralliement à l\u2019idée de Henry Ford qui préconisait une hausse des salaires afin que tous ses travailleurs d\u2019usine puissent acheter les automobiles qu\u2019ils produisaient.Un théoricien économiste anglais du nom de John Maynard Keynes, qui ne croyait pas que « la main invisible » seule puisse régir correctement le marché, propose l\u2019idée de l\u2019intervention de l\u2019État dans l\u2019économie, une idée complétée par un autre Anglais, Beveridge, qui propose ce que nous connaîtrons sous le nom d\u2019État-providence, c\u2019est-à-dire des politiques sociales6 7 qui répondront à la fois aux revendications populaires et qui joueront un rôle économique favorable aux entrepreneurs en relevant la demande et en leur fournissant une main-d\u2019œuvre plus instruite, en meilleure santé, etc.Pour sauver le capitalisme face à la crise économique, au fascisme et au communisme, Théodore Roosevelt, alors président des États-Unis, proposera à la population américaine un tel « New Deal »?, en échange d\u2019une acceptation du système.La formule sera adoptée dans 6\tAllocations familiales, allocations aux mères nécessiteuses, pensions de vieillesse.et plus tard, assurance-chômage, assurance-santé, bien-être social, etc.7\tLe New Deal a été central dans la politique des États-Unis de 1932 à 1955. 40 nombre d\u2019autres pays dont le Canada.Il ressort donc de tout ceci que le marché ne pouvait et ne devait pas être laissé à lui-même, et que le pouvoir politique devait intervenir par des politiques économiques et sociales pour corriger la dérive du système en soutenant la demande, condition indispensable au relèvement des conditions de vie, à l\u2019écoulement de la production et donc au retour des profits.Le néolibéralisme Enfin, à la suite de la crise du début des années soixante-dix, sont apparus les gourous de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui le néolibéralisme : Friedrich von Hayek et son collaborateur de l\u2019école de Chicago, Milton Friedman.Ces deux théoriciens reviennent au concept de libre marché, mais à la différence de l\u2019époque où l\u2019État devait « laisser faire », celui-ci est maintenant contraint de se mettre totalement au service du capital, surtout financier.C\u2019est le général Pinochet du Chili qui sera le premier chef d\u2019État à appliquer ces théories dites des « Chicago Boys ».D\u2019où les mots d\u2019ordre de libéralisation, de privatisation, de déréglementation, de compressions budgétaires et qu\u2019on appelle, dans le tiers-monde, les programmes d\u2019ajustements structurels exigés par le FMI comme conditions des nouveaux prêts à ces pays pris au piège de l\u2019endettement.Au Québec, la politique de « déficit zéro » avec les coupures que nous connaissons, entre autres, dans les secteurs de la santé et de l\u2019éducation, a été l\u2019une des expressions du néolibéralisme.Nous sommes entrés dans une nouvelle période historique qui se caractérise par le passage du capitalisme industriel, qui s\u2019est développé à l\u2019intérieur des États-nations, au capitalisme financier mondialisé qui échappe de plus en plus au contrôle des gouvernements élus et donc de la démocratie.C\u2019est, en même temps, le passage des échanges « inter-nationaux » qui existaient depuis longtemps à la mondialisation des marchés à la manière néolibérale.Celle-ci signifie, d\u2019une part, que les frontières économiques sont abolies (bien que les plus forts ne manquent pas de faire preuve de deux poids deux mesures, selon les compétiteurs auxquels üs ont affaire) et, d\u2019autre part, que tout devient ou devra devenir marchandise comme l\u2019eau et les rivières ainsi que les services comme la santé et l\u2019éducation.Tout sera sujet à soumission aux intérêts des entreprises transnationales.La mondialisation néolibérale est l\u2019étape à laquelle nous en sommes arrivés aujourd\u2019hui dans le déploiement du système capitaliste.Cette étape qui s\u2019accélère, étape que nous vivons depuis le début des années quatre-vingts, est appelée dans le monde anglophone « globalization » parce que le marché et ces méga-entreprises que l\u2019on appelle « transnationales » se situent maintenant au-dessus des États-nations, opérant au niveau « global » et ayant la liberté de faire du chantage vis-à-vis de chacun d\u2019eux.Voici quelle vision le président de la transnationale ABB, Percy Bamevik, proposait de la mondialisation néolibérale : « Je définirais la globalisation comme la liberté pour mon groupe d\u2019investir où il veut, le temps qu\u2019il veut, pour produire ce qu\u2019il veut, en s\u2019approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de convention sociale.»8 Les entreprises exigent toujours plus de liberté de la part des États et ces derniers sont de moins en moins exigeants envers elles.Cette profonde modification de la relation entre les États et les entreprises transforme complètement le sys- 8 Définition lancée au moment où les pays de l\u2019OCDE amorçaient, à Paris, des négociations secrètes sur l\u2019Accord multilatéral sur les investissements (AMI).Cité par François Normand, « Et le bien commun ?», Le Devoir, 30 novembre 1999. 42 tème, gouverné de plus en plus par les joueurs-clés de l\u2019économie.Non seulement ces grandes compagnies réclament-elles de pouvoir produire, acheter et vendre sans se préoccuper des frontières, mais elles demandent aussi une réduction de leurs obligations sociales et environnementales.Comme nous le constatons, il s\u2019agit d\u2019une politique de dépolitisation de nos États.Pierre Bourdieu, sociologue et philosophe français, décédé récemment, écrivait les réflexions suivantes : « Il s\u2019agit [.] d\u2019une politique qui vise à conférer une emprise fatale aux forces économiques en les libérant de tout contrôle et de toute contrainte en même temps qu\u2019à obtenir la soumission des gouvernements et des citoyens aux forces économiques et sociales ainsi libérées [.] Tout ce que l\u2019on décrit sous le nom à la fois descriptif et normatif de « mondialisation » est l\u2019effet non d\u2019une fatalité économique mais d\u2019une politique, consciente et délibérée, celle qui a conduit les gouvernements libéraux ou même sociodémo-crates d\u2019un ensemble de pays économiquement avancés à se déposséder du pouvoir de contrôler les forces économiques.» Il parle aussi de ces « grands organismes internationaux, comme l\u2019OMC [.] qui sont en mesure d\u2019imposer, par les voies les plus diverses, juridiques notamment, leurs volontés aux États »9.Les traités de libre-échange Alors, comment s\u2019est opérée chez nous la mondialisation néolibérale ?Le cadre juridique nécessaire au nouveau cours de l\u2019économie s\u2019est mis en place grâce à des traités successifs de libre-échange dont le dernier en date se pointe sous le nom de Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA).9 Extrait de « Contre la politique de dépolitisation » dans Pierre Bourdieu, Contre feu II, Éditions Raisons d'agir, Paris, 2001. 43 ALÉ En 1989, le Canada a signé un traité de libre-échange (ALÉ) avec les États-Unis, traité soutenu et défendu par Brian Mulroney et Ronald Reagan.Quelques années auparavant, Mulroney avait dit de ce projet que c\u2019était comme si on obligeait une souris à coucher avec un éléphant ! Mais la pression des 150 plus grosses compagnies canadiennes, associées dans The Business Council on National Issues, a fait plier le Canada.Que pouvons-nous en penser maintena rt ?S\u2019il est incontestable qu\u2019en termes de PIB, le pays se soit enrichi, par contre, la population, elle, s\u2019est appauvrie, dégradation reflétée dans le fait, par exemple, qu\u2019au Canada, un enfant sur cinq vive maintenant dans la pauvreté.C\u2019est peut-être Clayton Yeutter, le représentant commercial des États-Unis au Canada au moment du débat sur le libre-échange, qui a le mieux prédit ce qui allait arriver au Canada.Le Canadian Action Party rapporte qu\u2019après la signature du traité de libre-échange, M.Yeutter aurait dit, dans une conversation informelle : « Les Canadiens ne comprennent pas ce qu\u2019ils ont signé.Dans vingt ans, l\u2019économie canadienne aura été absorbée par l\u2019économie américaine »\u2018°.ALÉNA Puis, en 1994, le Canada a signé l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) avec les États-Unis et le Mexique.Or, depuis avant même sa ratification beaucoup de gens s\u2019insurgent contre certaines dispositions contenues dans ces traités et le Forum social mondial de Porto Alegre est devenu un catalyseur de cette opposition, depuis les groupes populaires et syndicaux jusqu\u2019aux évêques en passant par les déclarations de Jacques Parizeau et de Louise Beaudoin.On 10 Canadian Action Party/Parti action canadienne, Les Canadiens ont été dupés, les propos de Clayton Yeutter ont été trouvés sur le site Internet du Canadian Action Party : http://www.canadianactionparty.ca/Partylnfo/Nafta.asp ?Language=French. 44 s\u2019en prend notamment à l\u2019article n de l\u2019ALÉNA qui permet aux transnationales d\u2019imposer la recherche de leurs profits aux dépens des lois gouvernementales et du bien commun.L\u2019exemple d\u2019Ethyl Corporation est éloquent : poursuivi pour un montant de 250 millions $ en dédommagement pour perte de profit à cause d\u2019une loi qui protégeait la santé du peuple canadien contre les effets du MMT, un dangereux additif dans l\u2019essence, le gouvernement fédéral a retiré la loi et payé 13 millions $ à la transnationale américaine qui continue de nous empoisonner11.En 2000, Pierre Pettigrew, notre ministre du Commerce international, affirmait faiblement que l\u2019article n était mauvais pour le Canada.Depuis 2001, il affirme que celui-ci est bon pour l\u2019économie du pays et que de toute manière le Canada ne peut pas changer cette clause à cause de nos partenaires.En d\u2019autres mots, les États-Unis ne veulent pas.ZLÉA Ce n\u2019est pas tout, le Canada se prépare maintenant à signer un accord créant la Zone de libre-échange des Amériques en 2005, c\u2019est-à-dire l\u2019extension de l\u2019ALÉNA et de son chapitre n à l\u2019ensemble des pays des Amériques, sauf Cuba.Voilà comment nous sommes passés de l\u2019intemationalisa-tion à la mondialisation néolibérale du capital industriel et financier.Si, d\u2019une part, le capitalisme industriel a produit, depuis deux siècles, des prolétaires salariés et exploités, mais inclus dans le système car nécessaires à son fonctionnement, la mondialisation, quant à elle, fabrique de plus en plus d\u2019exclus, inutiles au fonctionnement du système dans les Amériques comme dans le monde.Comment garder tous ces exclus et ces pauvres dans l\u2019obéissance et la sou- 11 Rémi Bachand, « Les poursuites intentées en vertu du chapitre il de l\u2019ALÉNA », dans Continentalisation, Cahier de recherche 2000-2013, août 2000. 45 mission pour empêcher une explosion insurrectionnelle ?Nous voyons ici la nécessité, pour les « grands de ce monde », de développer des façons d\u2019endiguer les révoltes par des moyens de répression massive, subtils ou non.Ainsi voyons-nous se développer la militarisation sous prétexte de guerre au terrorisme et des États policiers pour préserver le système.Si Adam Smith, en se référant au marché, a parlé de la « main invisible », il est maintenant de plus en plus évident qu\u2019elle va de pair avec une main très visible.Le grand analyste et chroniqueur du New York Times, Thomas Friedman, affirme, pour sa part : « La main invisible du marché ne peut fonctionner sans un poing caché - McDonald\u2019s ne peut prospérer sans McDonald Douglas, qui construit les F-15.Et le poing caché qui rend le monde sûr pour les technologies de Silicone Valley s\u2019appelle l\u2019armée, la force aérienne, la force navale et les marines des États-Unis.»12 Ainsi, contrairement à ce que l\u2019on nous dit, à savoir que le libre-échange et la mondialisation vont de pair avec la démocratie et la liberté, les faits démontrent que la logique de libéralisation économique ou du libre marché exigera de plus en plus le développement de lois répressives et d\u2019une militarisation de plus en plus extensive1}.La résistance à cette logique créatrice d\u2019exclusion continue à s\u2019organiser à l\u2019échelle continentale par le développement 12\tThe Lexus and the Olive Tree, New York, Farrar, Strauss and Giroux, 1999, p.372-373.13\tPar exemple, le Plan Puebla-Panama ne pourra se concrétiser sans une militarisation de plus en plus grande de l'Amérique centrale et du sud du Mexique.Celle-ci va permettre de contenir la rage des paysans et des autochtones qui devront être expulsés de leurs terres pour y construire les infrastructures nécessaires - autoroutes, chemins de fer, etc.- à l\u2019exploitation - pour ne pas dire le pillage - des richesses naturelles de la région.Par ailleurs, une guerre en Irak va permettre, au nom de la démocratie et de la liberté, de renverser la dictature de Saddam Hussein, d\u2019installer un gouvernement fantoche pro-occidental et d\u2019y instaurer le libre marché.Nous le voyons, la militarisation et la guerre deviennent des instruments au service de l'imposition du libéralisme économique partout dans le monde. 46 d\u2019une mondialisation des solidarités.En tant que citoyens et citoyennes responsables, avec les ioo ooo personnes présentes au Forum social mondial de Porto Alegre et les millions d\u2019autres travaillant de par le monde à humaniser la vie économique et sociale, nous croyons en la possibilité de transcender la fatalité et nous affirmons notre espérance : « Oui, un autre monde est possible ! » ? 47 ARTICLES Marie-Pierre Chouinard* L\u2019INTÉGRATION LINGUISTIQUE APRÈS L\u2019INDÉPENDANCE : L\u2019EXEMPLE DE L\u2019ESTONIE L\u2019Estonie est l\u2019un des dix nouveaux pays qui accéderont à l\u2019Union européenne en 2004.Pour plusieurs raisons, l\u2019Estonie était un candidat de choix.Depuis l\u2019accession du pays à l\u2019indépendance en 1991, l\u2019Estonie a réussi à créer une démocratie et un État de droit stables, tout en mettant sur pied une économie de marché se comparant avantageusement aux autres pays d\u2019Europe centrale et orientale.La principale faiblesse de la candidature estonienne concernait la question de la minorité russe et son intégration à la société estonienne.La période d\u2019occupation soviétique de 1945 à 1991 a mené à l\u2019établissement dans la République d\u2019une importante minorité russe qui comptait, lors de l\u2019accession à l\u2019indépendance, pour plus de 30 % de la population de la République.Comme bien des pays d\u2019Europe centrale et orientale, le destin de l\u2019Estonie a été en bonne partie déterminé par sa situation géopolitique : ce petit pays enclavé entre deux grands empires, russe et allemand, n\u2019a cessé d\u2019être convoité par les grandes puissances, dû à son emplacement stratégique.Pendant de longs siècles d\u2019occupation, tout d\u2019abord par les Vikings, puis par les Danois, qui furent suivis des Chevaliers teutoniques, ainsi que des Suédois et des Russes, l\u2019Estonie * Étudiante à l\u2019Université de Montréal.\u2019 1 Je remercie Benoît Dubreuil pour avoir bien voulu relire le document. 48 n\u2019a connu que la guerre, les conquêtes et la servitude.Son annexion à la Russie en 1721, par le tsar Pierre Le Grand, lui fera connaître deux siècles d\u2019asservissement tranquille qui prendront fin en 1917, avec la Révolution d\u2019octobre et le désordre qui s\u2019ensuivit.Inspiré par les différents courants nationalistes qui venaient de traverser l\u2019Europe de l\u2019Est, c\u2019est vers la fin du XIXe siècle que le peuple estonien prend conscience de son existence collective.Cette émergence de la conscience nationale estonienne suit la première politique de russification de la région par Moscou.Le règne du tsar Alexandre III est effectivement marqué par la mise en place de politiques réactionnaires, particulièrement intolérantes à l\u2019égard des minorités de l\u2019Empire.La montée du nationalisme estonien à la fin du XIXe siècle et du début du XXe préparera le terrain pour ancrer dans la conscience populaire l\u2019idée de l\u2019indépendance.La chute de l\u2019Empire russe, la Révolution d\u2019octobre et le désordre généralisé qui s\u2019étend sur l\u2019Europe centrale et orientale à l\u2019automne et à l\u2019hiver 1917-1918 créèrent un contexte propice aux luttes de libération nationale menées par les peuples de la région.Le 24 février 1918, la République d\u2019Estonie proclama son indépendance.Celle-ci sera suivie d\u2019une guerre de libération de deux ans.Ce n\u2019est qu\u2019en 1920 que l\u2019URSS reconnaîtra l\u2019indépendance du pays, en même temps que celle de la Lettonie et de la Lituanie.Or, l\u2019Estonie ne sera souveraine que pendant deux décennies : dès 1940, elle sera de nouveau annexée à l\u2019URSS, suite au pacte germano-soviétique (le pacte Molotov-Ribbentrop).Un an avant cette ré-annexion, les Soviétiques avaient déjà posé leurs bases militaires sur le territoire estonien.Comme on le sait, les Allemands ne respecteront pas longtemps le pacte Molotov-Ribbentrop, car ils 49 occuperont la région de 1941 à 1944.Les troupes soviétiques reprendront le contrôle de la région de la Baltique en 1944 et l\u2019occuperont jusqu\u2019en 1991.Pendant les 50 ans que durera l\u2019occupation soviétique, l\u2019Estonie sera de nouveau confrontée à une phase de russification, qui deviendra particulièrement intense à la fin des années 1970 et au début des années 1980, malgré de nombreux mouvements de résistance.En 1988, le Soviet de la RSS d\u2019Estonie affirme le droit de la République à l\u2019autodétermination.L\u2019année suivante, la première loi linguistique entre en vigueur et l\u2019estonien devient la seule langue officielle du pays.L\u2019épuisement du régime soviétique, la multiplication des troubles internes et l\u2019effervescence qui s\u2019emparent de l'Europe centrale et orientale de 1989 et 1991 viendront accélérer le cours de l\u2019histoire.Au cours de cette période, les Estoniens commencent à manifester de manière dynamique en faveur de la souveraineté de leur pays ; ces manifestations furent d\u2019abord tolérées par les autorités soviétiques, mais celles-ci comprirent rapidement qu\u2019elles risquaient de perdre le contrôle dans la région.Le KGB chercha donc à mettre sur pied des mouvements d\u2019opposition, dans le but de bloquer le mouvement estonien à la faveur de l\u2019autodétermination.Les autorités soviétiques de Moscou appuyèrent les mouvements Interdvijenie, qui surgirent grâce au travail de militaires russes à la retraite et « qui, durant l\u2019été 1989, organisèrent des grèves massives de russophones : ils protestaient contre l\u2019obligation qui leur était faite d\u2019apprendre la langue estonienne s\u2019ils voulaient devenir citoyens de la République et contre la loi électorale de justifier de quinze ans de résidence dans le pays, ce qui écartait tous les militaires russes.»2 Les tensions entre la majorité estophone et la minorité russophone culminent 2 CHAMPONNOIS, Suzanne et François de Labriolle.L'Estonie.Des Estes aux Estoniens.Éditions KARTHALA, Paris, 1997.P.244. 50 lors du 20e Congrès du Parti communiste estonien, au mois de mars 1990.Une minorité, composée essentiellement de députés russophones, réitère sa fidélité à Moscou.La majorité, dirigée par Vaino Valjas, affirme son désir de négocier avec Moscou l\u2019indépendance de l\u2019Estonie.L\u2019élection de Arnold Rüütel à la présidence de la RS SE devait paver la voie à l\u2019indépendance de l\u2019Estonie.Le 8 mai 1990, le Parlement estonien déclare que les lois estoniennes auront préséance sur les lois soviétiques : la République soviétique socialiste d\u2019Estonie se transforme en République d\u2019Estonie.Le mouvement des Républiques soviétiques pour l\u2019indépendance est alors activement encouragé par Boris Eltsine, qui cherche à tout prix à saper l\u2019autorité de Mikhaïl Gorbatchev.Au cours des mois de février et mars, les trois pays baltes organisent des sondages nationaux en invitant leur population à s\u2019exprimer en faveur de l\u2019indépendance.Les taux de participation sont très élevés : en Lituanie, 84,4 % de la population participe à l\u2019exercice.Le résultat est éclatant : 90,4 % se prononce en faveur de l\u2019indépendance.En Lettonie, avec un taux de participation de 87,6 %, 73,7 % de la population est en faveur de la restauration de la souveraineté nationale.En Estonie, le taux de participation est également élevé : 82,8 %.Le 77,8 % que récolte le « oui » indique que plusieurs non-Estophones se prononcent en faveur de l\u2019indépendance.Le boycott du référendum pan-soviétique organisé par Gorbatchev, le coup d\u2019État manqué des communistes soviétiques au mois d\u2019août 1991 annoncent bel et bien la fin de l\u2019URSS : le mois suivant, l\u2019indépendance de l\u2019Estonie était reconnue par la communauté internationale, en même temps que celle de la Lettonie et de la Lituanie.Les premières années suivant l\u2019accession à l\u2019indépendance représentent une période de consolidation de l\u2019État et de la 5i citoyenneté estonienne.En 1992, la loi sur la citoyenneté est introduite dans la constitution du nouveau pays.En 1994, les dernières troupes militaires de l\u2019Armée rouge quittent le pays.En janvier de l\u2019année suivante, une entente de libre-échange entre en vigueur entre l\u2019Estonie et l\u2019UE.Au cours des pourparlers, l\u2019Estonie acquiert le statut de « membre associé » de l\u2019UE, alors même qu\u2019elle se trouve dans une intense période de transition, autant politique que sociale, économique et culturelle.En 1998, elle dépose sa candidature d\u2019adhésion à l\u2019UE.10 ans à peine après qu\u2019elle eut retrouvé sa souveraineté, le sommet de Copenhague, au mois d\u2019octobre 2002, annonce l\u2019adhésion de l\u2019Estonie à l\u2019Union européenne pour 2004.Le développement de la minorité russe pendant la période d\u2019occupation Tout au long de ces siècles d\u2019occupation, l\u2019Estonie s\u2019est retrouvée au carrefour de multiples influences, tant pour ce qui est de sa population que de son identité.Au fil des siècles, celle-ci a été la terre d\u2019accueil de diverses minorités, que ce soient les Danois, les Finnois, les Suédois, les Allemands ou les Russes.Mais ce n\u2019est qu\u2019après son annexion à l\u2019URSS que l\u2019écart numérique entre les alloch-tones et les Estoniens s\u2019est vraiment rétréci.Lors de sa première indépendance (1920-1941), la population estonienne demeurait plutôt homogène.Au cours du XXe siècle, divers recensements ont été effectués en Estonie.Ceux-ci nous permettent aujourd\u2019hui d\u2019esquisser l\u2019histoire de sa population et de ses minorités.Il faut dire que de tous les groupes culturels présents (Suédois, Juifs, Allemands, Russes), il n\u2019y a que la minorité russe qui joue un rôle significatif.Lors du recensement de 1934, l\u2019Estonie 52 compte une population de i 126 416 habitants.De ceux-ci, 84 % sont Estoniens d\u2019origine, 8 % sont Russes et 1,5 % sont Allemands3.La minorité historique allemande, issue des grandes conquêtes teutoniques et en déclin depuis la fin du XIXe siècle, disparaîtra pratiquement à la veille de la Seconde Guerre mondiale.En effet, à la suite du pacte germano-soviétique de 1939, près de 21 000 Allemands de la Baltique regagneront leur mère patrie.La Seconde Guerre mondiale représente une période difficile pour la population estonienne, qui subit tour à tour l\u2019invasion soviétique et nazie : pendant la seule année 1941, l\u2019Estonie perd 60 000 de ses habitants ; plusieurs seront déportés ou exécutés.L\u2019occupation nazie s\u2019accompagnera elle-aussi d\u2019une vague de terreur : 5 000 Estoniens seront exécutés pendant les trois années que durera l\u2019occupation allemande.Faisant fuir les différentes minorités, les deux occupations successives ont pour effet d\u2019homogénéiser la population estonienne.À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pourcentage d\u2019Estoniens d\u2019origine frôle les 97 %, tandis que seulement 23 000 habitants sont d\u2019une origine autre qu\u2019estonienne.Comme l\u2019indiquent les trois recensements réalisés au cours de la période soviétique, cette situation sera de courte durée.Le premier, datant de 1959, montre que la population estonienne a augmenté à près 1 197 000 habitants, sur ce nombre, il ne reste plus que 74 % d\u2019Estoniens.La proportion de Russes est de son côté passée à 20 %.Cette augmentation de la minorité russe est sans doute la principale conséquence de la soviétisation de l\u2019État balte et, plus particulièrement, de l\u2019industrialisation de la région de Narva et de la mise en place de bases militaires de l\u2019Armée rouge.La relative prospérité de la Lettonie et de l\u2019Estonie au cours 3 Toivo U.Raum, Estonia and the Estonians, Hoover Institution Press, 2001 (1987, iè,e Ed.), p.130. 53 de la période attirera de nombreux travailleurs en provenance des autres républiques soviétiques.Un deuxième recensement, réalisé en 1970, montre que la population s\u2019élève désormais à 1 356 000 habitants ; sur ce nombre, on retrouve désormais 68 % d\u2019Estoniens et 24 % de Russes.Le recensement de 1979 indique une nouvelle perte d\u2019influence pour les Estoniens d\u2019origine, qui ne représentent plus que 64 % de la population.Cette proportion diminuera de nouveau, pour atteindre 61 % en 1989.Pendant cette période, l\u2019importance de la minorité russe dans la population est en constante augmentation : elle passe de 27 % en 1979, et atteindra 30 %, dix ans plus tard.La population totale d\u2019Estonie est passée de 1 464 000 habitants en 1979 à 1 565 000 en 1989.Cette immigration est principalement due à l\u2019immigration en provenance des autres républiques soviétiques.Selon, le Bureau estonien de la Statistique, la population du pays s\u2019élevait au début 2003 à 1 356 000, dont 68 % d\u2019Estoniens d\u2019origine et 28 % de Russes4.L\u2019accession à l\u2019indépendance de l\u2019Estonie a donc permis d\u2019inverser la tendance en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.La proportion d\u2019Estoniens est désormais en hausse, notamment à cause du départ de nombreux russophones vers la Russie ou du retrait des rus-sophones sans-papiers des statistiques officielles.Si le nombre de Russes, en 1989, s\u2019élevait à 475 ooo5, il n\u2019était plus que de 407 000 en 20006.4\tCIA - The Wolrd Factbook 2002 - Estonia (consulté le 31 mars 2003).http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/print/en.html 5\tNeil, J.Melvin, Post-Imperial Ethnocracy and the Russophone Minorities of Estonia and Latvia, dans Jonathan P Stein.(Ed.), The Politics of National Minority Participation in Post-Communist Europe, EastWest Institute, New York, 2000.P.135.6\tStatistikaamet, http://www.stat.ee, (consulté le 31 mars 2003). 54 La consolidation de la langue et de la citoyenneté après l\u2019indépendance Après l\u2019indépendance de 1991, les non-Estoniens ont été invités à choisir entre les citoyennetés russe et estonienne.Ceux qui désiraient le passeport estonien ont dû se soumettre à une lourde loi linguistique.En quelque temps, les Russes d\u2019Estonie ont cessé d\u2019être une population majoritaire dans une grande puissance et sont devenus une minorité linguistique dans un petit pays.L\u2019Estonie reçut beaucoup de reproches venant des organismes pour la défense des droits de l\u2019Homme par rapport à la sévérité de sa nouvelle politique linguistique.On lui reprochait de mettre sur pied un processus d\u2019estonification.« Après 1992, l\u2019Estonie a reçu la visite de nombreux experts étrangers venus vérifier sur place, individuellement ou en groupe, la validité des accusations de violations des droits de l\u2019homme portées contre les autorités estoniennes.Ces accusations portaient sur la question de la citoyenneté et des modalités de la naturalisation, en particulier sur les examens de langue pour obtenir la citoyenneté.»7 Bien que certains experts ne virent pas que les lois allaient à l\u2019encontre des droits de l\u2019Homme, d\u2019autres estimèrent que les exigences en vue de l\u2019obtention de la citoyenneté étaient exagérées.La nouvelle législation estonienne faisait la promotion de l\u2019État nation classique, « ce type de démocratie explicitement exclusive, qui fait en toute conscience et en toute ouverture la promotion des intérêts d\u2019un groupe ethnique au détriment des autres, est « toléré », voire défendu, par l\u2019opinion internationale et par les politiciens étrangers pour des raisons historiques et du fait que la langue estonienne est considérée comme une langue minoritaire menacée.»8 La loi affichant l'estonien comme langue officielle 7 Toomsalu, Marju et Leeni Simm.Les exigences linguistiques pour obtenir la citoyenneté et occuper un emploi en Estonie.In Terminogramme - Hors série - Les politiques linguistiques des Pays baltes.Jacques Maurais (dir.).Les Publications du Québec, Québec, juillet 1998.P.49. 55 et obligeant les non-Estoniens à l\u2019apprendre, afin d\u2019être fonctionnels dans la nouvelle nation, ne tenait pas compte des difficultés qu\u2019entraînerait une telle politique pour ces derniers.Sous le régime communiste, l\u2019enseignement de l\u2019estonien comme langue seconde dans les écoles russophones était quasi inexistant.À cette époque, les Russes d\u2019Estonie ne ressentaient pas le besoin d\u2019apprendre l\u2019estonien, celui-ci n\u2019étant pas un outil nécessaire pour l\u2019intégration sociale.Au moment de l\u2019indépendance, l\u2019enseignement de l\u2019estonien auprès des russophones devait se faire à partir de zéro.Si la grande majorité des locuteurs estoniens pouvaient s\u2019exprimer en russe, seule une très faible minorité de Russes étaient en mesure de comprendre l'estonien.Il faut ajouter à cela que les deux langues sont très éloignées l\u2019une de l\u2019autre, puisque le russe fait partie des langues indo-européennes, alors que l\u2019estonien fait partie des langues finno-ougriennes.L\u2019élaboration de la loi sur la langue de 1989 a mené à de nombreux débats.Un premier groupe prônait le bilinguisme officiel (estonien-russe), tandis que l\u2019autre était en faveur d\u2019une seule langue officielle, soit l\u2019estonien.C\u2019est ce dernier groupe qui réussit à faire valoir le mieux son point de vue sur la question linguistique.Notons que si l\u2019administration gouvernementale avait fait un référendum pour entériner cette nouvelle loi, elle se serait heurtée à un refus dans la population non estonienne : « La loi sur la langue de 1989 réserve à l\u2019estonien le statut de langue officielle et le rôle de la langue des structures gouvernementales en Estonie.Elle décrète que l\u2019estonien est la langue de communication des entreprises, des commerces 8 Toomsalu, Marju et Normand Labrie.Les Politiques linguistiques officielles et officieuses des années 1980 et 1990 en Estonie.In Terminogramme - Hors série - Les politiques linguistiques des Pays baltes.Jacques Maurais (dir.).Les Publications du Québec, Québec, juillet 1998.P.19. 56 et des organismes sociaux.Des exigences linguistiques devaient être élaborées pour chaque catégorie d\u2019employés.Les employés étaient censés faire l\u2019acquisition des compétences linguistiques requises et réussir des examens pour conserver leur emploi.Des concessions temporelles ont été faites : la langue russe fut encore permise dans les administrations gouvernementales, dans les commerces et dans les établissements pendant une période de transition qui pouvaient varier d\u2019un à quatre ans selon les divers articles ou sections de la loi.Les services publics offerts aux individus et la communication entre fonctionnaires et citoyens devaient se faire en estonien et en russe ; là où il était « jugé nécessaire », l\u2019usage du russe était permis : pour les communications entre représentants de la République et ceux de l\u2019Union.»9 Lors de l\u2019entrée en vigueur de cette loi, près de 39 % de la population de la République estonienne faisait partie des non-Estoniens.À l\u2019époque, leur connaissance de la langue estonienne était quasiinexistante.Ce n\u2019est pas un hasard si la nouvelle loi linguistique a entraîné une grande insécurité parmi la minorité russe, plusieurs personnes craignant, bien entendu, de perdre les emplois obtenus à l\u2019époque soviétique.Avec l\u2019entrée en vigueur de cette loi, les autochtones se retrouvaient favorisés dans plusieurs milieux.Ce fut notamment le cas dans le milieu de l\u2019éducation.La loi garantissait désormais une éducation complète en estonien.À l\u2019inverse, la loi ne contenait aucun programme pour recycler les professeurs et les professionnels d\u2019origine non estonienne qui composaient la majeure partie de l\u2019élite de la République à l\u2019époque soviétique.Dans plusieurs domaines, 9 Toomsalu, Marju et Normand Labrie.Les Politiques linguistiques officielles et officieuses des années tgSo et 1990 en Estonie.In Terminogramme - Hors série - Les politiques linguistiques des Pays baltes.|acques Maurais (dir.).Les Publications du Québec, Québec, juillet 1998.P.21. 57 le pays se retrouvait désormais face à une pénurie de professionnels compétents.Après l\u2019indépendance de 1991, l'Estonie met en place une première loi sur la citoyenneté, en 1992, puis une loi sur les étrangers non naturalisés en 1993.Cherchant à mettre en place une démocratie moderne, basée sur l\u2019État de droit, l\u2019Estonie doit donc « définir ses responsabilités et ses droits, de même que les rapports entre l\u2019État et ses habitants.»ro À la suite de l\u2019effondrement de l\u2019Union soviétique, l\u2019Estonie rejette l\u2019option zéro qui consistait à accorder automatiquement la citoyenneté à tous les habitants de l\u2019État.Ils élaborèrent donc une loi sur la citoyenneté qui octroyait automatiquement la citoyenneté estonienne à ceux et celles qui étaient de descendance estonienne.Pour les autres, qui étaient d\u2019origines diverses, ils devaient choisir entre la nationalité estonienne, la nationalité russe ou une autre nationalité.Ceux et celles qui choisissaient la citoyenneté estonienne devaient apprendre la langue officielle du pays et passer avec succès l\u2019examen obligatoire de la loi sur la langue de 1989.Notons qu\u2019un des articles de cette loi rejette la double citoyenneté.Plusieurs personnes non estoniennes choisirent la citoyenneté estonienne et passèrent l\u2019examen linguistique, tandis que d\u2019autres optèrent pour la citoyenneté russe, mais reçurent un permis de résidence estonien, ce qui leur permit de rester dans ce pays.Les autres, qui ne purent se décider entre la nationalité russe ou estonienne sont, encore aujourd\u2019hui, pour la plupart des apatrides.Six années plus tard, une nouvelle loi sur la langue, celle de I995> entra en vigueur.Cette loi se voulait un moyen d\u2019évaluer les compétences linguistiques de la population non estonienne.10 Ibid., p.22. 58 « La nouvelle loi sur la langue adoptée le 2g février 1995, qui allait entrer en vigueur le ier avril de la même année, déclare l\u2019estonien comme langue officielle et toutes les autres langues comme langues étrangères.Elle stipule que tous les fonctionnaires (tant centraux que locaux) se doivent de maîtriser la langue officielle en conformité avec les exigences linguistiques établies par le gouvernement.En fonction des divers types d\u2019emplois, tous les employés doivent réussir des tests linguistiques à des niveaux établis par décret (niveaux faible, intermédiaire ou élevé).»n Cette nouvelle loi sur la langue était également appuyée par une nouvelle loi sur la citoyenneté.Ces deux nouvelles lois remplacèrent celles de 1989 et de 1992.La nouvelle loi sur la citoyenneté vint transformer les règles de naturalisation et fixa de nouvelles exigences linguistiques pour l\u2019obtention de la citoyenneté estonienne.Du même coup, elle faisait passer le temps d\u2019attente pour pouvoir faire une demande de citoyenneté de deux à cinq ans.Plusieurs personnes ont soutenu que le rigorisme et la complexité des exigences linguistiques pour l\u2019obtention de la citoyenneté estonienne ou pour l\u2019obtention de plusieurs catégories d\u2019emplois ont rendu difficile l\u2019intégration des russophones à la société estonienne.Regardons maintenant de plus près les deux principales lois linguistiques qu\u2019a connues l\u2019Estonie de 1989 à aujourd\u2019hui.La loi sur la langue de 1989 Dans la loi sur la langue de 1989, l\u2019examen sur les compétences linguistiques était divisé en six catégories : «A - Compréhension de la langue officielle ; 11 Toomsalu, Marju et Normand Labrie.Les Politiques linguistiques officielles et officieuses des années 1980 et 1990 en Estonie.In Terminogramme - Hors série - Les politiques linguistiques des Pays baltes.Jacques Maurais (dir.).Les Publications du Québec, Québec, juillet 1998.P.23. 59 B - Compétence limitée en langue orale ; C - Compétence limitée à l\u2019oral et à l\u2019écrit ; D - Compétence en langue orale et compétence limitée à l\u2019écrit ; E - Compétence à l\u2019orale et à l\u2019écrit ; F - Pleine compétence en langue officielle »12.La réussite de cet examen était nécessaire pour l\u2019obtention de plusieurs emplois.Selon Toomsalu et Simm, les catégories A et B correspondaient à un emploi qui ne demandait qu\u2019une éducation de niveau primaire ; les catégories C et D correspondaient à une éducation de niveau secondaire, tandis que E et F équivalaient à une éducation de niveau supérieur.Les fonctionnaires devaient avoir un niveau E ou F, lors du passage de l\u2019examen, ainsi que toute profession ayant un contact direct avec les citoyens.Les chefs d\u2019entreprises, quant à eux, devaient avoir le niveau E, tandis que le niveau F devait être atteint par tous ceux qui exerçaient des postes de haute direction dans les écoles, les instituts et autres.Il était donc pratiquement impossible pour les Russophones qui avaient un emploi de haut niveau de le conserver.Si les Russes voulaient obtenir la citoyenneté estonienne, ils devaient obtenir le niveau E.Toujours selon Toomsalu et Simm : « Ceux qui se présentent aux examens de la catégorie E doivent faire preuve qu\u2019ils sont capables de communiquer en estonien grâce à un vocabulaire de 2 500 mots ou expressions (ce vocabulaire est établi d\u2019après une liste de fréquences).Ils doivent connaître la terminologie de leur spécialité.Ils doivent de plus être capables de compiler et de commenter la 12 Toomsalu, Marju et Leeni Simm.Les exigences linguistiques pour obtenir la citoyenneté et occuper un emploi en Estonie.In Terminogramme - Hors série - Les politiques linguistiques des Pays baltes.Jacques Maurais (dir.).Les Publications du Québec, Québec, juillet 1998.P.43. 6o documentation relative à leur travail.On leur demande aussi de faire la preuve d\u2019aisance et de variation stylistique dans leur pratique de l\u2019estonien.»[3 Plusieurs Russes, qui avaient complètement négligé l\u2019apprentissage de l\u2019estonien pendant la période soviétique, se mirent ainsi à apprendre l\u2019estonien en vue de préserver leur emploi ou d\u2019obtenir la citoyenneté, mais les questions posées dans l\u2019examen étaient des plus complexes ; on y demandait une excellente connaissance de l\u2019Estonie, que ce soit sur son histoire nationale, sa géographie, son système politique, son économie et d\u2019autres domaines qui ne sont pas nécessairement connus par les Estoniens eux-mêmes ; on rapporte « par exemple, qu\u2019une question demandait de nommer un des produits que l\u2019Estonie exportait en 1931 »14.Cet examen comportait de nombreux défauts, dont celui de ne pas pouvoir faire la distinction entre les compétences linguistiques et les compétences de culture générale.Plusieurs personnes étaient contre un tel examen, car selon eux, même les Estoniens n\u2019auraient pas été en mesure de répondre à plusieurs des questions.Avec les réformes apportées à la loi sur l\u2019obtention de la citoyenneté de 1992 et la loi sur les étrangers non naturalisés de 1993, les non-Estoniens ne doivent plus réussir la catégorie E de l\u2019examen de langue, mais plutôt en réussir un, peu importe le niveau.Les lacunes en compétences linguistiques seront comblées par des cours d\u2019estonien.En plus des questions inadéquates de l\u2019examen, la formation des évaluateurs n\u2019aidait pas les Russes.Les évaluateurs avaient reçu une formation et des directives imprécises, ce qui les laissait libres de faire en sorte que les candidats passent ou échouent leur examen.Dans certains cas, les échecs 13\tIbid., p.43.14\tIbid., p.46. 6i étaient notamment dus à de la rancœur vis-à-vis des Russes et dans d\u2019autres cas, la réussite de l\u2019examen est due au fait que les évaluateurs ont été soudoyés.Il y avait donc un manque de contrôle des examens, ce qui permit la vente sur le marché noir de faux certificats de réussite de l\u2019examen de langue estonienne.Plusieurs russophones se procurèrent des faux diplômes dans le but d\u2019obtenir la citoyenneté ou un emploi.L\u2019écart entre la connaissance moyenne de l\u2019estonien chez les russophones (de faible à inexistante) et les niveaux de compétence relativement élevée qu\u2019on exigeait pour accéder à la citoyenneté favorisaient de telles stratégies : « Les torts psychologiques causés par ce genre de fraude sont aggravés par le fait que les candidats, au lieu de penser à réussir leur examen de langue, cherchent plutôt des moyens d\u2019obtenir le certificat.»r5 Cela fit en sorte que certains employeurs engagèrent des Russes pour une fonction « x », sans que ces derniers aient les compétences linguistiques pour l\u2019exercer.La mise en place d\u2019un marché noir de diplômes linguistiques a été favorisée par le fait que la population russe était généralement très qualifiée, alors que la population manquait de ressources humaines dans plusieurs secteurs-clés de l\u2019économie.Il faut dire que la pratique des faux diplômes est loin d\u2019être exclusive à l'Estonie ; en Russie et dans les autres pays du bloc de l\u2019Est, il est possible de se procurer des faux certificats ou autres faux diplômes très facilement.Dans les rues de Moscou, n\u2019importe qui peut acheter de faux diplômes universitaires, ceux-ci permettant de contourner toutes sortes d\u2019exigences légales dans une foule de domaines.La lutte contre ce type de trafic aura été au centre des préoccupations du gouvernement estonien depuis l\u2019accession du pays à l\u2019indépendance.15 Toomsalu, Marju et Leeni Simm.Les exigences linguistiques pour obtenir la citoyenneté et occuper un emploi en Estonie.In Terminogramme - Hors série - Les politiques linguistiques des Pays baltes.Jacques Maurais (dir.).Les Publications du Québec, Québec, juillet 1998.P.48. 62 Un autre élément caractéristique des lois linguistiques en Estonie aura été la faiblesse de l\u2019enseignement proposé pour l\u2019apprentissage de la langue estonienne.Selon Toomsalu et Simm, l\u2019État estonien offrait dix heures d\u2019enseignement gratuit aux candidats qui désiraient passer l\u2019examen, alors qu\u2019on estime qu\u2019il fallait entre 300 et 900 heures de cours d\u2019estonien aux candidats avant d\u2019être aptes à réussir l\u2019examen.Les heures supplémentaires d\u2019enseignement, nécessaires à la préparation de l\u2019examen, sont bien entendu aux frais du candidat.Il faut aussi noter que l\u2019enseignement a parfois été davantage orienté vers la réussite de l\u2019examen que vers la maîtrise véritable de la langue.Ainsi, même si les enseignants possèdent tout le matériel didactique nécessaire à l\u2019apprentissage de la langue, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019ils vont aider les candidats à mémoriser les réponses des questions d\u2019examens, plutôt que de s\u2019orienter vers un développement durable des compétences linguistiques.Encore une fois, cette stratégie a eu pour effet de retarder l\u2019intégration des russophones à la société estonienne.Les experts internationaux ont tous suggéré aux évaluateurs estoniens de concevoir un test plus standardisé, tel que le TestDaF (Test Deutsch als Fremdsprache) ou le ZMP en Allemagne, le DELF ou la DALF en France, ou encore le TOEFL pour les pays de langue anglaise, comme le Canada ou les États-Unis.La loi sur la langue de 1995 Une nouvelle réforme a eu lieu en 1995, afin de modifier les lois sur la langue et sur la citoyenneté.Les experts estoniens en pédagogie travaillaient depuis 1994 à mettre sur pied un nouvel examen.Cet examen fut prêt au début 1995, lors de l\u2019entrée en vigueur de la nouvelle loi, mais ce n\u2019est qu à partir de novembre 1995 que les candidats purent le passer. 63 L\u2019examen de langue pour obtenir la citoyenneté est maintenant standardisé.Selon l\u2019article 8 de la nouvelle loi, les exigences linguistiques pour l\u2019obtention de la citoyenneté sont désormais : -\tla connaissance de la langue estonienne nécessaire dans la vie quotidienne.Les quatre savoirs estimés nécessaires et qui doivent être contrôlés au moyen d\u2019un test sont : -\tla compréhension orale (communiqués et annonces, avertissements de danger, nouvelles, descriptions d\u2019événements et descriptions de phénomènes) ; -\tla capacité de s\u2019exprimer (converser et raconter, poser des questions, donner des explications et des ordres, exprimer son opinion, exprimer ses volontés) ; -\tla capacité de lire (communiqués et annonces, nouvelles, formulaires, articles de journaux, messages, catalogues, mode d\u2019emploi d\u2019un appareil, signalisation routière, questionnaires, procès-verbaux, règlements) ; -\tla capacité d\u2019écrire (demande d\u2019emploi, permis, explications, curriculum vitae, questionnaires, formulaires, tests).Désormais, l\u2019évaluation se concentre sur les capacités linguistiques du candidat et non plus sur sa connaissance générale de l\u2019Estonie.Plusieurs candidats avaient des craintes face à ce nouvel examen, ils croyaient qu\u2019il serait plus difficile que le premier.De nombreux russophones se sont donc inscrits en vitesse dans le but de passer l\u2019examen sous l\u2019ancienne version.Il n\u2019en demeure pas moins que le nouvel examen de compétence linguistique représente une amélioration considérable par rapport au précédent : « tous les examens linguistiques pour l\u2019obtention de la citoyenneté sont complètement stan- 64 dardisés depuis le ier janvier 1997 et ils ont été approuvés par des experts étrangers.L\u2019évaluation se fait en pourcentage.La note de passage est de 60 %.Les candidats nés avant le ier janvier 1930 n\u2019ont pas à passer la partie écrite de l\u2019examen.»lS Avant le nouvel examen, celui de 1995, il n\u2019existait pas de base de données permettant de compiler les résultats et le nombre de candidats qui se présentaient à l\u2019examen.Les autorités estoniennes ont désormais suppléé à ce manque.La citoyenneté et les exigences linguistiques Dans leur texte, Les exigences linguistiques pour obtenir la citoyenneté et occuper un emploi en Estonie, Toomsalu et Simm mentionnent que sur 600 000 résidents étrangers, environ 355 252 ont demandé un permis de séjour (permis de résidence)17.Selon la loi estonienne, tous ceux qui veulent faire un séjour prolongé sur le territoire estonien doivent en faire la demande, même s\u2019ils ne désirent pas obtenir la citoyenneté.La plupart d\u2019entre eux l\u2019ont reçu.On sait qu\u2019après l'indépendance, environ 125 000 personnes ont également fait la demande pour l\u2019obtention du passeport russe, la plupart d\u2019entre eux ont également décidé de demeurer en Estonie et de demander un permis de séjour.Ainsi, selon le Bureau de la Citoyenneté et de la Migration, sur plus 300 000 personnes bénéficiant d\u2019un permis de résidence en Estonie (qu\u2019on appelle maintenant « Passeport d\u2019étranger »), 32 % ont la citoyenneté russe et 64 % ont une citoyenneté indéterminée (i.e.aucune citoyenneté).16\tToomsalu, Marju et Leeni Simm.Les exigences linguistiques pour obtenir la citoyenneté et occuper un emploi en Estonie.In Terminogramme - Hors série - Les politiques linguistiques des Pays baltes.Jacques Maurais (dir.).Les Publications du Québec, Québec, juillet 1998.P.52.17\tToomsalu, Marju et Leeni Simm.Les exigences linguistiques pour obtenir la citoyenneté et occuper un emploi en Estonie.In Terminogramme - Hors série - Les politiques linguistiques des Pays baltes.Jacques Maurais (dir.).Les Publications du Québec, Québec, juillet 1998.P.53. 65 Selon le Bureau de la Citoyenneté et de la Migration, 116 854 personnes ont été naturalisées de 1992 à 200118.La période de 1994 à 1996 a été la plus intense sur le plan des naturalisations : 22 474 personnes ont acquis la citoyenneté estonienne en 1994, 16 674 en 1995, puis 22 773 en 1996.Contrairement à ce que l\u2019on peut penser, le test de connaissance de la langue estonienne est loin d\u2019être appliqué de manière systématique pour toutes les demandes de naturalisation.En fait, il s\u2019agit d\u2019une procédure assez rare.Toujours selon Toomsalu et Simm, les données des statistiques pour les années 1995 et 1996, mentionnent que seulement 3 694 candidats se sont présentés à l\u2019examen EKTEKT (Eesti kodakondsustaotlejate eesti keele test, « Test standardisé d\u2019estonien pour candidats à la citoyenneté »)r9 et l\u2019ont réussi avec une moyenne de 82 %.Pour la question de l\u2019emploi, le nouveau test de langue a aussi redéfini les catégories à atteindre linguistiquement pour les divers secteurs d\u2019activités.« Le décret n°ji du 29 octobre 1996 établit {.} la concordance entre les anciennes catégories (de A à F) et les niveaux de compétence ; inférieur (anciennes catégories A à C), intermédiaire (D) et supérieur (E et F).»2° Malgré la réforme de l\u2019examen de connaissance linguistique en 1995, il n\u2019en demeure pas moins que tout n\u2019est pas encore parfait et que le mécontentement demeure palpable, notamment parmi la minorité russe.La perspective de l\u2019adhésion à l'Union européenne a mené à de nouvelles réformes concernant la législation linguistique et d\u2019enseignement de la 18\tBureau de la Citoyenneté et de la Migration, http://www.mig.ee, (consulté le 1er avril 2003).19\tToomsalu, Marju et Leeni Simm.Les exigences linguistiques pour obtenir la citoyenneté et occuper un emploi en Estonie.In Terminogramme - Hors série - Les politiques linguistiques des Pays baltes.Jacques Maurais (dir.).Les Publications du Québec, Québec, juillet 1998.P.54.20\tIbid.P.55. 66 langue estonienne pour les non-Estoniens.Néanmoins, le Rapport sur l\u2019Estonie de la Commission européenne contre le racisme et l\u2019intolérance insistait toujours sur « la nécessité d'offrir un enseignement suffisant de l\u2019estonien aux locuteurs dont ce n\u2019est pas la langue maternelle ».Sans porter un blâme univoque contre le gouvernement estonien, il soulignait que celui-ci avait « encore à faire preuve de plus de compréhension et de prendre des mesures complémentaires à cet égard.»21 L\u2019attitude de la minorité russophone face à l\u2019intégration La position des institutions internationales sur la question de la minorité russe en Estonie demeure ambiguë.La plupart des groupes cherchent à poser une critique équilibrée du gouvernement estonien, en insistant sur la nécessité d\u2019assouplir les critères de naturalisation et de normaliser le statut des résidents permanents.Cette critique demeure bien souvent insuffisante pour Moscou et pour les groupes d\u2019intérêts représentant la minorité russe.Ceux-ci aimeraient voir la communauté internationale critiquer de manière plus directe le sort réservé à la minorité russe en Estonie.Les questions les plus sensibles concernent l\u2019accès des rus-sophones à la citoyenneté, de même que la discrimination linguistique, dont on accuse de faire preuve les autorités estoniennes dans la distribution des postes d\u2019influence.La minorité russe est cependant divisée sur la stratégie à suivre pour améliorer son sort.Pour plusieurs, la voie à suivre est celle de l\u2019intégration à la société estonienne, notamment par l\u2019apprentissage de la langue et l\u2019accès à la citoyenneté.Pour d\u2019autres, l\u2019objectif demeure la reconnaissance d\u2019un certain bilinguisme qui permettrait aux russophones d\u2019éviter les contraintes légales à l\u2019usage de leur langue.Les Estoniens 21 Commission européenne contre le racisme et l\u2019intolérance, Rapport sur l'Estonie, Strasbourg, 26 janvier 1999.(consulté le 31 mars 2003) 67 demeurent en général sceptiques par rapport à l\u2019intégration des Russes.La colonisation intensive dont a été victime le pays dans les années i960 et 1970 a laissé des plaies profondes dans la conscience populaire.Pour plusieurs Estoniens, l\u2019apprentissage de la langue nationale par la minorité russe n\u2019est tout simplement pas assez rapide.Il faut dire que plusieurs russophones parviennent encore très facilement à travailler sans utiliser d\u2019aucune façon la langue estonienne.C\u2019est notamment le cas dans la capitale Tallinn ou dans la région de Narva, où se trouve une très forte majorité russophone.La ville de Narva représente sans doute le principal problème du gouvernement estonien en matière d\u2019intégration.Cette région industrielle a subi une très forte augmentation de son taux de chômage depuis la fin de l\u2019époque soviétique, à cause de la fermeture de plusieurs usines.La grogne de la population russophone envers le gouvernement estonien a été canalisée par plusieurs personnages politiques et notamment par Iouri Michine, directeur de l\u2019Association de citoyens russes de Narva, « poursuivi pour avoir organisé un référendum illégal sur l\u2019autonomie de la région de Narva en 1993.»22 Celui-ci proteste depuis plusieurs années contre les doubles standards du gouvernement estonien en matière de citoyenneté et sur l\u2019exclusion de la minorité russe des structures politiques.Les propos de Michine deviennent parfois incendiaires, notamment lorsqu\u2019il critique l\u2019attitude des représentants de la Commission européenne, qui refusent selon lui de reconnaître la gravité de la situation des non-citoyens en Estonie : « Une telle position de la Commission européenne pousse les gens à d\u2019autres méthodes et d\u2019autres moyens de lutte pour faire valoir leurs droits et leur futur en Estonie », mentionne Michine, en remarquant que cela peut aussi bien signifier une 22 À Narva, futur avant-poste estonien de l\u2019UE, le scepticisme règne, Le Monde, 10 décembre 2002. 68 voie diplomatique à la résolution du conflit, par exemple par une plainte à la Cour des droits de l\u2019homme à Strasbourg, ou encore par un développement d\u2019un « conflit semblable à celui qui se déroule en Macédoine ».2J La situation dans la région demeure encore aujourd\u2019hui très préoccupante pour le gouvernement estonien et la stabilité de celle-ci au cours des années à venir est loin d\u2019être assurée.Plusieurs investissements y sont concentrés en vue d\u2019améliorer les conditions de vie des citoyens et de faciliter leur intégration à la société estonienne, mais la partie est loin d\u2019être gagnée.Malgré le fait que l\u2019Estonie échange de plus en plus avec les pays membres de l\u2019Union européenne, et plus particulièrement avec la Finlande et la Suède, il n\u2019en reste pas moins que la Russie continue d\u2019exercer une très forte influence sur elle, surtout en ce qui concerne sa très grande minorité russe.Au fils des ans, la situation de la minorité russopho-ne s\u2019est de beaucoup améliorée, notamment grâce au travail de madame Katrin Saks, responsable « du portefeuille des « ethnies » c\u2019est-à-dire de l\u2019intégration des non-estophones »24, dans le gouvernement de Mart Laar, de mars 1999 à janvier 2002.On comprend que les non-estophones sont essentiellement des Russes ou les autres groupes culturels qui utilisent le russe comme lingua franca dans leur vie quotidienne (Ukrainiens, Biélorusses et autres groupes de la CEI).Elle créa divers projets, avec un appui financier étranger, pour facilité l\u2019intégration des russophones à la société estonienne.Un des projets qui a obtenu la plus grande popularité des investisseurs danois, suédois, finlandais, consistait à organiser des séjours d\u2019été de jeunes Russes dans des familles estoniennes.Elle chercha également à créer une campagne 23\t_________________________________________________________________________, 30 août 2002.24\tKatrin Saks rêve de réconcilier Estoniens et Russes, Le Monde, 8 octobre 2002. 69 publicitaire ayant comme objectif « de sensibiliser l\u2019opinion publique et à rapprocher les deux communautés linguistiques.»25 La relation entre russophones et estophones est davantage une relation d\u2019indifférence qu\u2019une relation de conflit.Bien sûr, il y a toujours une rancœur chez les Estoniens à l\u2019égard des Russes, mais celle-ci prend rarement la forme d\u2019une véritable animosité.L\u2019Estonie et l\u2019Union européenne Les tensions entre Russes et Estoniens, la question de la naturalisation et de l\u2019intégration des minorités était sans doute la préoccupation principale des autorités européennes dans l\u2019évaluation de la candidature de l\u2019Estonie.On sait en effet que sur le plan économique, l\u2019Estonie a beaucoup mieux réussi le passage à l\u2019économie de marché que la plupart des pays d\u2019Europe centrale et orientale.Grâce à une transformation rapide de son économie, l\u2019Estonie a réussi à attirer très tôt de nombreux investissements étrangers, celle-ci est « aujourd\u2019hui le troisième pays qui attire le plus d'investissements étrangers par habitant en Europe orientale, derrière la Hongrie et la République tchèque »20.Le petit balte bénéficiait de plusieurs avantages comparatifs qu\u2019il a su exploiter avec intelligence : « Comme la Russie, l\u2019Estonie offrait une main-d\u2019œuvre qualifiée pour des salaires 10 fois moins élevés qu\u2019en Finlande et, contrairement à la Russie, la loi et l\u2019ordre régnaient dans le pays.Qui plus est, la capitale estonienne, Tallinn, se trouvait à 60 km à peine d\u2019Helsinki, de l\u2019autre rive de la Baltique.»27 Aujourd\u2019hui, les observateurs félicitent non seulement la transition économique réussie de l\u2019Estonie vers le capitalisme, mais également la rapide 25\tKatrin Saks rêve de réconcilier Estoniens et Russes, Le Monde, 8 octobre 2002.26\tLe formidable renouveau des États baltes, Courrier International, 31 mars 2003, tiré de la revue Newsweek, New York.27\tIbid. 70 consolidation démocratique, puisque les élections depuis 1992 s\u2019y sont déroulées de manière très satisfaisante et ont permis l\u2019alternance des partis au pouvoir.Contrairement à plusieurs autres pays candidats, ce n\u2019est donc pas la question de la consolidation de l'état de droit ou de l\u2019économie de marché qui attira l\u2019attention de la Commission européenne, mais bien la question de l\u2019intégration des minorités à la société estonienne.Cette question est au centre du Rapport régulier 2002 sur les progrès réalisés par l\u2019Estonie sur la voie de l\u2019adhésion, préparé par la Commission européenne et publié le 9 octobre 2002 à Bruxelles.Le plus grand problème concerne encore la question de l\u2019accession à la citoyenneté pour la minorité russe.On peut lire dans le rapport que l\u2019Estonie « n'a pas encore signé la Convention des Nations unies sur le statut des apatrides, l\u2019Estonie utilise l\u2019expression « personnes à nationalités non déterminées » plutôt que le terme « apatrides » pour définir ses non-ressortissants qui sont en mesure d\u2019acquérir la nationalité russe ou d\u2019autres types de nationalités.Il semble donc que la définition des apatrides, telle quelle est pratiquée par l\u2019Estonie, soit très restrictive et qu\u2019elle devrait être élargie à l\u2019ensemble des personnes qui sont en séjour permanent régulier dans le pays, mais qui ne sont ressortissants ni de l\u2019Estonie ni d\u2019un autre État.»2S La Commission reconnaît néanmoins les efforts qui ont été faits par l\u2019Estonie pour encourager l\u2019intégration de la minorité russe, même si elle soutient que le travail en faveur de la normalisation du statut de la minorité russe demeure en bonne partie insuffisante.Selon la Commission européen- 28 Rapport régulier 2002 sur les progrès réalisés par l'Estonie sur la voie de l'adhésion, Commission européenne, Bruxelles, 9 octobre 2002, p.28. 71 ne, la lenteur du processus de naturalisation est principalement due « à la motivation relativement limitée des non-ressortissants de se présenter aux examens de naturalisation, parce qu\u2019ils estiment que les efforts requis à cet effet ne sont pas justifiés par les avantages potentiels.»29 La Commission pointe également du doigt les autorités estoniennes qui auraient dû faire davantage pour inciter les non-ressortissants à se présenter aux examens de naturalisation, notamment en tenant compte de l\u2019âge dans l\u2019établissement des critères de sélection ou en rendant plus accessible l\u2019apprentissage de la langue estonienne, par exemple aux personnes à faible revenu.Le gouvernement estonien a mis en œuvre plusieurs mesures pour répondre aux exigences de la Commission européenne et favoriser l\u2019intégration de la minorité russe à la société estonienne.Ces mesures sont résumées dans le document National Programme for the Adoption of the Acquis 2002-2003, préparé par le Secrétariat à l\u2019Union européenne de l\u2019Estonie.On y propose entre autres de renforcir les mesures pour l\u2019apprentissage de la langue estonienne dans les écoles russes, de multiplier les contacts entre étudiants estoniens et russes au niveau supérieur, de favoriser les échanges entre les communautés par le biais de séjours linguistiques dans des familles d\u2019accueil ou dans des camps d\u2019été.On veut également encourager les « échanges de travailleurs » sur le marché du travail dans le but « d\u2019augmenter la compétitivité de la population non estonienne sur le marché du travail »3°.Le gouvernement s\u2019engage également à multiplier les initiatives pour faciliter l\u2019apprentissage de la langue estonienne par les non-Estoniens.Il s\u2019agit, par exemple, du programme « Interest », qui prévoit le rem- 29\tIbid., p.31.30\tNational Programme for the Adoption of the Acquis 2002-2003, Secrétariat à l\u2019Union européenne de l\u2019Estonie, 2002, p.10. 72 boursement de 50 % des frais de scolarité reliés à l\u2019apprentissage de la langue estonienne pour ceux qui réussissent l\u2019examen de compétence en estonien.On propose également des programmes visant l'achat de nouveau matériel didactique destiné aux non-estophones, la mise en place de programmes d\u2019échange ou de mise à niveau pour les professeurs dans les écoles estoniennes et russes, la formation de 200 enseignants supplémentaires spécialisés dans l\u2019enseignement de l\u2019estonien langue seconde, ou encore la distribution de 600 cours gratuits d\u2019apprentissage de l\u2019estonien destinés aux adultes sans emploi de la région Ida-Virumaa (Nord-Est du Pays).En s\u2019engageant en plus à lancer une campagne de promotion pour encourager les non-ressortissants à s\u2019inscrire aux examens linguistiques, on répond à une recommandation de l\u2019Union européenne.Conclusion Avec l\u2019arrivée au pouvoir le 2 avril 2003 dernier d\u2019une nouvelle coalition qui sera dirigée par le Premier Ministre Juhan Parts, chef du parti de centre-droite Res Publica, l\u2019adhésion à l\u2019Union européenne et à l\u2019OTAN continuera d\u2019être au cœur des priorités du gouvernement estonien.Celui-ci, formé du Parti Res Publica, du Parti réformiste et de l\u2019Union populaire, devait convaincre les électeurs estoniens, le 14 septembre dernier, de prendre part à l\u2019aventure européenne.Même si l\u2019issue du référendum était garantie d\u2019avance, ne serait-ce qu\u2019à cause des promesses de prospérité découlant de l\u2019accès au marché européen, il semble bien que l\u2019attitude des Estoniens envers l\u2019Europe demeure ambiguë.Pour plusieurs, l\u2019Europe sera un mélange entre un grand marché et une garantie de protection contre la Russie.Plusieurs Européens se plaignent déjà de cette vision tronquée de l\u2019Europe : 73 « Car ce qui frappe chez les Estoniens - comme dans les autres pays candidats, selon l\u2019Eurobaromètre de Bruxelles -, c\u2019est l\u2019ignorance de ce qui les attend.S\u2019ils savent à quoi ressemblent la Russie ou l\u2019Amérique, on peut se demander quel négociateur européen a bien pu leur mettre dans la tête que l\u2019UE n\u2019était qu\u2019une simple zone de libre-échange.»?' L\u2019attitude des Estoniens envers l\u2019Union européenne risque ainsi de se modeler sur celle qui avait caractérisé jusqu\u2019à maintenant les Scandinaves?2 : à savoir un engouement certain pour le libre-échange et la concertation intergouvemementale, mais un dégoût à peine voilé pour une Europe « politique » ou tout ce qui peut annoncer le passage à une Europe fédérale ou supranationale.C\u2019est ce que les observateurs les plus perspicaces auront tôt fait de découvrir : On entend évoquer par des sceptiques - en général ruraux, modestes, moins jeunes et peu éduqués - un douteux parallèle entre Moscou et Bruxelles, entre l\u2019ancienne Union soviétique et l\u2019Union européenne, dont une lointaine Commission imposerait à son tour ses oukases.C\u2019est jouer sur les peurs d\u2019un petit pays qui vient de recouvrer sa souveraineté et craint d\u2019y perdre son « estonitude »JJ L\u2019enthousiasme des petits États d\u2019Europe centrale et orientale face à l\u2019adhésion à l\u2019Union européenne pourrait ainsi masquer un malentendu plus profond entre les élites politiques d\u2019Europe de l\u2019Ouest et les nouveaux candidats de l\u2019Est.Ainsi, même si c\u2019est avec enthousiasme que les Baltes entreront dans l\u2019UE, il n\u2019est pas du tout certain qu\u2019ils ne résisteront 31\tL\u2019Estonie, entre l\u2019Amérique et l'Europe, Le Monde, 28 mars 2003.32\tCf.Soren Dosenrode, Les Danois, l\u2019Union européenne et la prochaine présidence, Croupe d\u2019étude Notre-Europe, juin 2002, 58 pages ; de même que Olof Petersson, Le débat suédois sur l'Europe, Groupe d\u2019étude Notre-Europe, décembre 2000, 40 p.33\tL'Estonie, entre l'Amérique et l'Europe, Le Monde, 28 mars 2003. 74 pas à l\u2019objectif d\u2019une Union toujours plus étroite comme on l\u2019a désiré dans l\u2019axe Paris-Bruxelles-Berlin.Comment réagiront les membres plus anciens lorsqu\u2019ils prendront pleinement conscience de la frilosité des nouveaux membres face à l\u2019intégration politique ?Bibliographie BOLLERUP, Soren Rinder.Nationalism in Eastern Europe.Causes and Consequences of the National Revivals and Conflicts in Late-Twentieth-Century Eastern Europe.Macmillan Press Ltd, London, 1997.290 p.CHAMPONNOIS, Suzanne et François de Labriolle.L\u2019Estonie.Des Estes aux Estoniens.Éditions KARTHALA, Paris, 1997.287 p.DOSENRODE, Setren, Les Danois, l\u2019Union européenne et la prochaine présidence, Groupe d\u2019étude Notre-Europe, juin 2002, 58 pages ; de même que Olof Petersson, Le débat suédois sur l\u2019Europe, Groupe d\u2019étude Notre-Europe, décembre 2000, 40 p.GEISTLINGER, Michael.Estonia : a new frameword for the Estonian majority and the Russian minority.Braumiiller, Vienna, 1995.159 p.MALDEIKIS, Eugenijus, et Gediminas Rainys.Transformation of Post-Communist States.Estonia, Latvia, Lithuania : the way to Europe.Macmillan Press Ltd, London, 2000.p.133-151.MAURAIS, Jacques (dir.).Terminogramme.Hors série.Les politiques linguistiques des Pays baltes.Les Publications du Québec : Gouvernement du Québec ; Office de la langue française, Québec, juillet 1998.230 p.MELVIN, Neil J.The Politics of National Minority Participation in Post-Communist Europe.Post-Imperial Ethnocracy and the Russophone Minorities of Estonia and Latvia.Jonathan P Stein.(Ed.).EastWest Institute, New York, 2000.P.129-167.RAUN, Toivo U.Estonia and the Estonians.Hoover Institutions Press, Standford, 2001.366 p.UNWIN, Tim.Nested Identities : Nationalism, Territory, and Scale.Place, Territory, and National Identity in Estonia.Rowman & Littelfield Publishers, Inc., Lanham, Boulder, New York, Oxford, 1999.P.151-171- 75 VI 1RES, Ants.Europe : Cultural Construction and Reality.Identity Problems in Present-Day Estonia.Museum Tusculanum Press, University of Copenhagen, Copenhagen, 2001.Pp.133-137.Rapport régulier 2002 sur les progrès réalisés par l'Estonie sur la voie de l\u2019adhésion, Commission européenne, Bruxelles, 9 octobre 2002,160 p.National Programme for the Adoption of the Acquis 2002-2003, Secrétariat à l\u2019Union européenne de l\u2019Estonie, 2002, p.10.Articles de journaux _________________________________________,__________, T5 ma 2003.Le formidable renouveau des États baltes, Courrier International, 3r mars 2003, tiré de la revue Newsweek, New York.L\u2019Estonie, entre l\u2019Amérique et l\u2019Europe, Le Monde, 28 mars 2003.__________________________,__________, 22 janvier 2003.Neue Stars im Europaischen Himmel, Welt am Sonntag, 8 décembre 2002.À Narva, futur avant-poste estonien de l\u2019UE, le scepticisme règne.Le Monde, 10 décembre 2002.Katrin Saks rêve de réconcilier Estoniens et Russes.Le Monde, 8 octobre 2002.____, 30 août 2002.Sites Internet CIA - The Wolrd Factbook 2002 - Estonia (consulté le 31 mars 2003) http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/print/en.html ECRI : Commission européenne contre le racisme et l\u2019intolérance.Approche pays-par-pays de l\u2019ECRI : Rapport sur l\u2019Estonie, (consulté le 31 mars 2003) http://www.coe.int/T/F/Droits_de_l\u2019homme/ecri/5-Archives/i-Travaux_de_l\u2019ECRI/i-Pays_par_pays/Estonie/CBCi-Estonie.pdf Statistikaamet, http://www.stat.ee, (consulté le 31 mars 2003).Bureau de la Citoyenneté et de la Migration, http://www.mig.ee, (consulté le Ier avril 2003). 76 ARTICLES André Gaulin PRIX GEORGES-ÉMILE-LAPALME1 BREF MOT DE REMERCIEMENT \u2022\tEn me désignant lauréat du Prix Georges-Émile-Lapalme 2003, le jury me fait l\u2019honneur de recevoir une haute distinction de l\u2019État du Québec.Merci à lui.Merci au professeur/ docteur Aurélien Boivin qui a parrainé ma candidature.\u2022\tJe reçois pourtant ce Prix avec modestie parce que, d\u2019une part, j\u2019ai conscience d\u2019avoir travaillé avec l\u2019appui de beaucoup de militants de la question linguistique québécoise.Par ailleurs, je sais que rien n\u2019est acquis solidement tant que le français n'aura pas comme point d\u2019appui un territoire qui lui soit propre et unique.Cela s\u2019appelle la souveraineté dont jouissent quelque deux cents pays, souvent plus petits et moins riches, de la planète terre.Il faut libérer la licorne toujours enchaînée dans les deux Salons de notre Assemblée nationale.\u2022\tSi j'avais occupé le temps dépensé à la défense du français à apprendre d\u2019autres langues, je serais aujourd\u2019hui largement polyglotte.Il n\u2019en fut pas ainsi mais je ne regrette pas d\u2019avoir refusé notre assimilation fortement encouragée dans un pays qui ne mérite pas qu\u2019on le nomme.Je le dis à regret.Nous nous sommes faits malgré lui.C\u2019est là notre clause « Nonobstant ».1 Ce Prix du Québec a été remis le 18 novembre 2003. 77 \u2022\tAvec d\u2019autres collègues que je salue, j\u2019ai aussi inscrit la littérature québécoise dans le champ universitaire y incluant la chanson, une littérature que j\u2019ai contribué à faire connaître dans une quinzaine de pays et qui, les Québécois l\u2019ignorent souvent, s\u2019enseigne dans une soixantaine d\u2019universités du monde.\u2022\tC\u2019est d\u2019ailleurs le syndrome d\u2019échec rencontré dans l\u2019imaginaire québécois d\u2019avant i960 qui a fait de moi un militant, voulant comme Ferron ou Miron mettre un cran d\u2019arrêt à l\u2019errance ainsi qu\u2019à la « tristesse héréditaire ».J\u2019ai passé pour un littéraire qui faisait de la politique et pour un député qui faisait de la littérature.Je suis donc ce soir un inclassable primé.\u2022\tJ\u2019appartiens à une grande langue qui m\u2019appartient.Je la chante depuis ma mère avec mes frères et sœurs que je salue.Et je sais que le Saint-Laurent monte toujours au bout de nos regards.Avis, Avis ! La marée a d\u2019ailleurs déjà fait reculer ce roi qui voulait l\u2019arrêter de monter même s\u2019il se disait, dit-on, martin-pêcheur ! Madame la ministre, merci et bonne chance à la succession de celui qui donne son nom à ce prix qui me touche.\u2022\tEt puisque j\u2019ai toujours fait la promotion de la langue de Molière et de Miron, je termine en citant le poète de l\u2019Homme rapaillé qui m\u2019a fait l\u2019honneur de sa stimulante amitié : « Les mots nous regardent, le mot liberté, le mot égalité, le mot fraternité, ils nous demandent de partir avec eux jusqu\u2019à perte de vue car il n\u2019est pas question de laisser tomber notre espérance ».2 ?2 « l\u2019Espoir », extrait du spectacle « La Marche à l'amour » cité sur la vidéocassette Gaston Miron (les outils du poètes), un film d\u2019André Cladu, les Productions du lundi matin, I994. 7» ARTICLES Denis Monière* LE RETOUR DE CHAMPLAIN : LES USAGES POLITIQUES DES COMMÉMORATIONS À qui et à quoi servent les rappels de l\u2019histoire ?Guerres, révolutions, événements politiques, leaders politiques, grands écrivains font un retour sur la scène de l\u2019histoire à l\u2019occasion de commémorations le plus souvent organisées par le pouvoir politique pour édifier le peuple.Les commémorations ont certes des fonctions pédagogiques et culturelles, elles proposent et diffusent des modèles de comportements, elles posent des jalons dans les consciences pour relier le présent et le passé et ainsi construire une représentation du monde qui soit consensuelle.Mais, elles ont aussi des fonctions plus politiques ou idéologiques, car elles servent à justifier l\u2019ordre social existant et à en reproduire les valeurs dominantes.L\u2019enjeu de toute commémoration est la construction de l\u2019identité collective.À cet égard, la devise du Québec « Je me souviens » s\u2019inscrit dans l\u2019histoire comme résistance aux pressions assimilatrices du système politique canadien.Qu\u2019un peuple se donne une telle devise est en soi révélateur d\u2019un conflit d\u2019identité.* Université de Montréal. 79 On sait que l\u2019identité n\u2019est pas figée dans le temps, qu\u2019elle évolue en fonction des rapports de forces démographiques, politiques et idéologiques qui la façonnent.Le retour sur le passé ou le travail de mémoire sert à donner un sens à l'histoire collective, à identifier précisément ce qui doit être préservé pour assurer la continuité, ce qui doit persister, ce qui peut changer.Ce travail de mémoire est un processus de sélection déterminé par des conflits, des relations de pouvoir et qui distingue ce qui est mis en relief et ce qui est oublié.C\u2019est ce qu\u2019on pourrait appeler la politique de l\u2019identité.Définir l\u2019identité et la mémoire collective est toujours fonction des intérêts et de positions idéologiques, car cette opération a pour fonction de légitimer un ordre social et politique, une distribution particulière du pouvoir qu\u2019il s\u2019agit de rendre consensuelle, c\u2019est-à-dire de faire accepter comme naturelle et indiscutable afin de faire partager par tous une histoire et une appartenance communes.Autrement dit, par la commémoration on fait porter au passé le poids de l\u2019avenir du vouloir-vivre collectif.Dans le cas particulier de la commémoration de l\u2019arrivée de Champlain au Québec en 1603, les organisateurs des festivités ont choisi de donner une image positive de la relation des Français avec les « Sauvages », comme Champlain les appelait alors.Mais le sens des commémorations varie selon les époques.Ainsi, il y a 50 ans, pour le 350e anniversaire, on a peu insisté sur cette relation et on a plutôt développé un discours sur les vertus évangélisatrices de l\u2019implantation française en Amérique du Nord.Il y a dix ans, la célébration de la bonne entente entre les Autochtones et les Québécois aurait été impensable.Aujourd\u2019hui, Champlain est présenté comme un pionnier du dialogue des cultures parce qu\u2019il aurait conclu une enten- 8o te avec les autochtones pour venir s\u2019établir au Québec.Il aurait été un civilisateur et non un colonisateur.Ce choix interprétatif est conditionné par la conjoncture politique canadienne où les Autochtones ont été incités à faire barrage à l\u2019aspiration du Québec au changement de statut politique.À partir du référendum d\u2019autodétermination du Québec tenu en 1980, les autochtones ont été utilisés politiquement par le gouvernement canadien pour faire échouer le projet de souveraineté du Québec.En opposant les droits autochtones aux droits des Québécois le gouvernement canadien a fait peser la menace de partition du territoire québécois dans l\u2019éventualité d\u2019une accession à la souveraineté.Le conflit Québec-Canada a incité les autorités québécoises à chercher, elles aussi, à se réconcilier avec les communautés autochtones.On a ainsi commémoré en 2001 « la paix des braves ».Chaque gouvernement tente de projeter une image d\u2019ouverture envers les droits des autochtones.Il s\u2019agit d\u2019une bataille pour la légitimité politique dans un contexte international où les droits des peuples autochtones ont été valorisés.Champlain est un héros positif dans un pays qui en a si peu.Son épopée peut aussi donner lieu à des lectures polysémiques, l\u2019éloignement dans le temps donnant libre cours à l\u2019imaginaire dans la fabrique de l\u2019histoire.Commémorer Champlain pourrait signifier que la France a été la première à développer la vallée du St Laurent et qu\u2019elle possédait un empire en Amérique, que l\u2019Amérique aurait pu être française, cela pourrait servir à consolider l\u2019enracinement historique de l\u2019identité française du Québec.Il faudra sans doute attendre 2008 pour entendre ce discours.Mais, pour l\u2019instant, ces célébrations ont d\u2019autres finalités car le gouvernement canadien cherche lui aussi à utiliser l\u2019histoire pour construire l\u2019identité canadienne.C\u2019est d\u2019ailleurs le gouvernement canadien qui finance à hauteur de 18 millions $ les principaux événements commémoratifs de 2004 et qui pour l\u2019instant contrôle le sens de l\u2019histoire sous le haut patronage du premier ministre du Canada.On insistera donc côté canadien sur l\u2019établissement de Champlain en Acadie qui fut d\u2019ailleurs un échec en 1604.Dans un registre plus moderne, un représentant de l\u2019ambassade du Canada, ne reculant pas devant le ridicule de l\u2019anachronisme, a proclamé, lors d\u2019un colloque tenu au Sénat français le printemps dernier, Champlain, précurseur du multiculturalisme canadien.On hésite pas non plus à présenter Champlain comme le père fondateur du Canada ce qui est une mystification puisque le Canada n\u2019existe que depuis 1867.Ce télescopage historique a pour effet d\u2019occulter la conquête britannique et deux siècles de conflits politiques pour la définition du Canada justement.On veut faire croire qu'il y a eu continuité de Champlain à nos jours.Le passé est récupéré et reconstruit pour célébrer le présent.Comme l\u2019écrivait Michel de Certeau, « un événement est ce qu\u2019il devient ».? 82 ARTICLES Robin Philpot* ROMÉO DALLAIRE LE CANADA FAIT DE LUI UN HÉROS, LE QUÉBEC SAURA-T-IL Y VOIR CLAIR ?Le Canada voudrait faire du général Roméo Dallaire un héros d\u2019envergure internationale.Méfions-nous ! Le Québec n\u2019a aucun intérêt à suivre le Canada sur ce chemin.Le livre que Roméo Dallaire a récemment signé (J\u2019ai serré la main du diable, La faillite de l\u2019humanité au Rwanda Libre Expression 2003) fournit beaucoup de raisons pour ne pas le faire.De même, un croisement simple d\u2019informations sur la tragédie rwandaise devrait permettre à tout observateur attentif de voir qu\u2019il y anguille sous le socle du monument qu\u2019on est en train d\u2019ériger en l\u2019honneur de cet ancien chef de la Mission des Nations unies au Rwanda.Rappelons d\u2019abord que le Rwanda a été, jusque 1994, le fleuron de la coopération internationale québécoise en Afrique.Des milliers de Québécois et de Québécoises y ont travaillé depuis l\u2019indépendance du Rwanda en 1962.Le père Georges-Henri Lévesque a fondé l\u2019Université nationale du Rwanda en 1963.Par ailleurs, l\u2019un des trois volumes de ses mémoires intitulés Souvenances (Éditions La Presse 1989) est consacré presque entièrement au Rwanda.Pierre Crépeau, anthropologue et ancien vice-recteur de l\u2019Université nationale du Rwanda, qui habite maintenant la région de Gatineau, a écrit dans son livre Rwanda, le kidnapping média- Auteur de l\u2019essai Ça ne s'est pas passé comme ça à Kigali, Les Intouchables 2003. 83 tique (Vents d\u2019Ouest 1995) : « Un flot continu de coopérants québécois s\u2019y sont succédés durant des décennies, de nombreux projets de développement ont été mis en œuvre dans des domaines aussi diversifiés que l\u2019agriculture, la santé la coopération et surtout l\u2019éducation au niveau supérieur.» Ne nous trompons pas : si nous acceptons le récit de la tragédie au Rwanda tel que raconté par le général Dallaire, nous remettons en question la pertinence, le mérite et la qualité de l\u2019œuvre réalisée par tant de Québécois entre i960 et 1990.Le récit de Roméo Dallaire contient implicitement une critique virulente de tout ce qui a pu se faire au Rwanda avant 1990.À ce sujet, dans un de ses derniers écrits (Le Devoir ier février 1995), le père Lévesque, sentant justement que le « récit officiel » le visait personnellement, a dénoncé le procès d\u2019intention dont il était victime ainsi que les rapprochements entre sa personne, son œuvre et le pouvoir auquel on attribuait les massacres.Notons aussi que le Canada anglais aime Roméo Dallaire parce qu\u2019il est un Canadien Français dévoué corps et âme à l\u2019unité canadienne.Ardent partisan de Pierre Trudeau, il parle fièrement dans son livre de son travail de militaire chargé de disperser des manifestations nationalistes dans les années i960, dont celle contre la compagnie Murray Hill.Et il dit avoir goûté pour la première fois « aux joies d\u2019un vrai commandement ».au Québec, en octobre 1970 ! Par ailleurs, avant que Dallaire ne publie son livre, certains journalistes et auteurs avaient déjà commencé à rédigé son hagiographie, souvent pour les pires raisons.Dans un livre sur la crise rwandaise, la journaliste de CBC, Carol Off, le félicite pour « s\u2019être aventuré dans les eaux politiques chez lui quand, en 1990, il avait persuadé un groupe d\u2019officiers de se joindre à lui pour faire une intervention critiquant la séparation 84 du Québec.» (Commission Bélanger-Campeau) Elle ajoute que, grâce à des amis bien placés, Dallaire a pu éviter d\u2019être sanctionné pour ce comportement pour le moins inusité de la part d\u2019un militaire.1 Mais le Canada anglais aime Roméo Dallaire aussi, beaucoup, parce qu\u2019il a une antipathie viscérale pour la France et pour ce qu\u2019il appelle les Franco-Africains.Par ailleurs, si on remonte au processus de nomination de Roméo Dallaire, on s\u2019aperçoit que c\u2019est justement cet aspect de sa personnalité qui explique sa nomination comme commandant de la MINUAR.À l\u2019exception de Dallaire et d\u2019un adjoint, le Canada n\u2019a pas participé à la mission de maintien de la paix au Rwanda jusqu\u2019après la tragédie.En effet, lorsque l\u2019ONU a convenu d\u2019envoyer une mission au Rwanda, elle cherchait, ou, plus précisément, les États-Unis cherchaient, un commandant francophone.Mais pas n\u2019importe quel Francophone : un Francophone anti-français.La raison étant que les États-Unis, appuyés en cela par le très fidèle Royaume-Uni, voulaient, et veulent toujours, supplanter la France en Afrique francophone.(La rivalité Washington-Paris, que nous avons vue lors de la guerre en Irak, s\u2019était déjà manifestée fortement en Afrique au début des années 1990.Elle est d\u2019ailleurs la toile de fond de la tragédie rwandaise et elle explique la présence d\u2019un nombre considérable de Canadiens dans cette crise.) Nous savons que ce genre de Francophone anti-français se trouve à Ottawa, notamment aux Affaires étrangères ou dans les hautes sphères de la Défense nationale.Depuis Trudeau, et même bien avant, la méfiance à l\u2019égard de la 1 The lion, The Fox & the Eagle, A story of generals and justice in Rwanda and Yugoslavia, Carol Off, Vintage Canada 2000, p.35. 85 France républicaine constitue une assise de la politique étrangère du Canada.Au Rwanda, Roméo Dallaire a été fidèle à la volonté de ceux qui l\u2019ont nommé commandant de la MI NU AR.Et son livre le confirme.Il n\u2019est donc pas surprenant que la France a demandé officiellement au Canada de le destituer du poste de commandant militaire avant le début des massacres en avril 1994.Le problème principal du livre signé par Roméo Dallaire, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019« Histoire officielle » écrite en gros caractères.Le livre se lit, dans sa version originale anglaise comme dans sa traduction française, exactement comme ce qu\u2019il est : le travail d\u2019une équipe de rédacteurs qui avaient comme mission de redonner de la vie à une version convenue, mais de plus en plus contestée, de la tragédie rwandaise.L\u2019une de ses rédactrices a également participé à la rédaction du livre de Carol Off référencé plus haut.Certains paragraphes du livre d\u2019Off sont repris quasi textuellement dans le livre du général Dallaire.Mais le pire, c\u2019est que ce livre qu\u2019il signe présente une version que Dallaire lui-même ne partageait pas en 1994.Une semaine après son retour du Rwanda, participant au Point de Radio-Canada le 14 septembre 1994, Roméo Dallaire a répondu de façon claire à une question sur l\u2019éventuelle planification d\u2019un génocide contre les Tutsis : « Moi je dirais qu\u2019il y a eu génocide national, mais un génocide de philosophie politique, non pas purement ethnique.Beaucoup de Hutus comme beaucoup de Tutsis ont été tués.Je pense que le débordement qu\u2019on a vu a été au-delà de pouvoir être conçu.Mais jamais, je pense, personne n'aurait pu planifier l\u2019ampleur du débordement.» 86 Il a exprimé exactement les mêmes doutes quant à l\u2019existence d\u2019un « master plan qui viserait une confrontation » lorsqu\u2019il a briefé des ambassadeurs de pays concernés aux bureaux de l\u2019ONU, à New York, le 28 mars 1994, une semaine avant l\u2019attentat du 6 avril contre les présidents Habyarimana et Ntaryamira du Rwanda et du Burundi qui a déclenché les massacres.(Note de l\u2019Ambassadeur belge P.NOTERDAE-ME au ministère des Affaires étrangères) Or dans son « histoire officielle », il se contredit en conclusion « la responsabilité du génocide rwandais incombe exclusivement aux Rwandais qui l\u2019ont planifié, commandé, supervisé et finalement dirigé, » et il le répète sur presque toutes les 700 pages, soit par insinuations et allusions soit par accusation directe.Par contre, il ne présente aucune nouvelle preuve de planification, tout comme personne n\u2019a pu en présenter depuis 8 ans de procès au Tribunal pénal international sur le Rwanda à Arusha.Qui croire : le Dallaire qui répond spontanément au lendemain de son retour du Rwanda ou le Dallaire de l\u2019histoire officielle écrite par une équipe près de 10 ans plus tard ?Depuis la sortie du livre de Dallaire, la réaction des médias, surtout à Radio-Canada, a été extrêmement décevante.Aucun journaliste n\u2019a osé poser des questions difficiles au général.Tous lui ont permis de s\u2019épancher librement et de divaguer sur la main froide du diable qu\u2019il aurait serrée ou sur ses rencontres avec Dieu.Outre les préjugés profonds de ces élucubrations, que les journalistes laissent passer, il y a là une complaisance inacceptable au sujet d\u2019une tragédie d\u2019une grande ampleur.L\u2019ampleur de la tragédie exige plus de rigueur.Aussi, si les Québécois ne veulent pas se faire imposer un héros qui ne 87 partagent pas leur vision du monde, il faut demander des réponses au général Dallaire.Voici quelques questions soulevées par son livre.Contrairement à ce que l\u2019on dit généralement, Roméo Dallaire n\u2019était pas le chef de la mission de l\u2019ONU, mais seulement le commandant de la composante militaire.Jacques-Roger Booh-Booh, représentant spécial du secrétaire général de l\u2019ONU, était le chef de la mission.Alors que Roméo Dallaire, de son propre aveu, ne savais pas où se trouvait le Rwanda avant d\u2019y aller en 1993, et prétend ne rien connaître en politique - a-t-il oublié son intervention devant la Commission Bélanger-Campeau ?- M.Booh-Booh était un diplomate camerounais chevronné ayant été ambassadeur de son pays notamment en URSS (15 ans) et en France (4 ans) et ministre des Affaires étrangères.Pourquoi Dallaire s\u2019est-il permis d\u2019enfreindre les règlements les plus élémentaires d\u2019une mission de maintien de la paix - et de s\u2019en vanter (p.272) - en communiquant directement, par-dessus la tête de son chef, avec son ami le général Maurice Baril à l\u2019ONU ainsi qu\u2019avec le chef des missions de maintien de la paix, Kofi Annan ?N\u2019est-il pas venu à l\u2019esprit de Dallaire que M.Booh-Booh, même en étant « Franco-Africain », pouvait comprendre mieux que lui les complexités de la politique rwandaise et des relations internationales en Afrique ?Ne sait-il pas que la meilleure façon de miner une mission est de contourner le chef et surtout de le faire savoir à l\u2019une des parties à la guerre, en l\u2019occurrence l\u2019armée du Front patriotique rwandais (FPR) soutenue par les États-Unis et l\u2019Angleterre ?Le livre du général Dallaire démontre clairement qu\u2019il avait un parti pris flagrant en faveur de l\u2019armée du FPR ?Dallaire 88 a accepté de coucher au quartier général du FPR à plusieurs reprises.En racontant son départ du Rwanda, Dallaire rappelle tendrement une soirée pendant les massacres passée avec Pasteur Bizimungu, dirigeant du FPR et futur président : « Après avoir évoqué nos discussions à Mulindi (quartier général du FPR), où nous causions entre amis, tard dans la nuit, nous avons terminé la rencontre de manière officielle, du personnel circulant un partout autour de nous.» Une mission de l\u2019ONU a l\u2019obligation suprême de rester neutre.De toute évidence, Dallaire ne l\u2019était pas.De plus, il fournissait des renseignements militaires sur l\u2019armée rwandaise au chef du FPR, Paul Kagame.Fe texte qui suit, tiré de la version originale anglaise, est curieusement absent de la traduction française.« I also ensured that the existence of these officers was passed on to Kagame so that RPF would realize there were moderates they could potentially work with inside the present security forces.» (p.t2i, Shake hands with the devil) Fa façon dont Roméo Dallaire traite deux événements critiques de la tragédie rwandaise laisse croire que son but est de brouiller les pistes, non pas d\u2019élucider les causes.Ce sont l\u2019invasion du Rwanda en octobre 1990 et l\u2019assassinat du président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994.Sans invasion, sans attentat, il n\u2019y aurait pas eu de massacres en 1994.Fa guerre au Rwanda a commencé par l\u2019invasion du pays, le Ier octobre 1990, par des régiments entiers de l\u2019armée ougandaise : 4000 troupes, des officiers supérieurs, un ancien ministre de la Défense, un chef des renseignements militaires de l\u2019Ouganda, tous aguerris par des années de guerre en Ouganda.Au moment de l\u2019invasion, le futur chef Paul Kagame, que Dallaire qualifie d\u2019« homme extraordinai- 89 re », était en formation militaire à Fort Leavenworth, aux États-Unis.Pourquoi le général Dallaire occulte-t-il cette invasion ainsi que l\u2019origine des envahisseurs ?Voilà comment il les décrit : « Alors que nous cheminions dans ce paysage bleu-vert (vers Mulindi), mes pensées allèrent vers Paul Kagame, le chef militaire du FPR.J\u2019étais curieux de rencontrer l\u2019homme qui avait réussi à transformer une horde de guérilleros loqueteux en une force capable de donner à deux reprises du fil à retordre aux soldats français sur le terrain.» (p.ioo) Pire encore est son traitement de l\u2019attentat du 6 avril.Comment peut-il continuer à qualifier d\u2019« accident » ou d\u2019« écrasement » l\u2019attentat au missile sol-air contre l\u2019avion qui transportait les présidents du Rwanda et du Burundi, attentat qui a déclenché le cataclysme ?Surtout que le missile a été tiré d\u2019un endroit dont Roméo Dallaire avait la responsabilité, la KWSA (Kigali Weapon Secure Area).Pourquoi, dans un livre de 700 pages, cet attentat ne mérite-t-il pas plus que quelques paragraphes ?Pourquoi ne donne-t-il pas sa version de cet attentat qui n\u2019a toujours pas fait l\u2019objet d\u2019une enquête internationale ?Pourquoi ne pèse-t-il pas les diverses hypothèses à ce sujet ?Par ailleurs, Roméo Dallaire décrit ses pensées, pour le moins surprenant, le 6 avril lorsqu\u2019il participe à la réunion du Comité de crise établi à la suite de l\u2019attentat : « La présence de Bagosora (en prison à Arusha) ébranlait le maigre espoir que j\u2019entretenais : celui que ce coup d\u2019État - si coup d\u2019État il y avait - ait été planifié par des éléments modérés de l\u2019armée et par la Gendarmerie.» 90 Ce surprenant « espoir d\u2019un coup d\u2019état » par les éléments que Dallaire qualifie de « modérés » l\u2019a-t-il aussi poussé à refuser les consignes du Comité de crise et à faire amener, par les troupes de l\u2019ONU, la première ministre Madame Agathe Uwilingiiyimana à la radio rwandaise pour s\u2019adresser à la nation ?Pensons-y ! Le président du pays et le chef de l'État major de l\u2019armée sont tués.Roméo Dallaire, qui ne connaît rien en politique, passe outre au Comité de crise, décide qui devait prendre le pouvoir et parler à la nation, même si, selon un récent témoignage d\u2019un témoin à charge, Madame Agathe Uwilingiiyimana ne voulait pas aller à la radio elle non plus.Cette question en amène une autre plus grave.Est-ce que Roméo Dallaire agissait seul ou recevait-il des ordres de quelqu\u2019un d\u2019autre ?Au nom de l\u2019histoire et de la vérité, le général Dallaire se doit de répondre.? 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DOSSIER REVOIR LE CADRE STRATÉGIQUE \t \t \t \t \t \t 94 DOSSIER Robert La plante* REVOIR LE CADRE STRATÉGIQUE Le cycle politique ouvert avec la Révolution tranquille n\u2019est pas mort avec la défaite du Parti québécois en avril dernier.C\u2019est le Clarity Bill qui marque à la fois la conclusion du débat politique amorcé avec la Commission Laurendeau-Dunton et l\u2019éclatement du cadre et de la logique politiques qui structuraient les rapports Québec-Canada.La réponse de l\u2019État Canadian au référendum de 1995 vient clore la relation dialogique qui s\u2019était imposée au fil des décennies et qui avait fini par donner sa forme et son cadre au « débat » constitutionnel.Il n\u2019y a plus désormais une telle chose que ce débat.Le Canada a fait ses choix, la question du Québec est réglée.Non seulement n\u2019est-il plus disposé à envisager quelque révision que ce soit, mais encore et surtout s\u2019est-il octroyé le droit de définir lui-même la légitimité des demandes recevables de la part des souverainistes.L\u2019État Canadian a dit clairement que les sou-verainistes-partenairistes n\u2019ont plus d\u2019interlocuteur.La démission de Lucien Bouchard a consacré la mort du cycle : il n\u2019y aura pas de conditions gagnantes à prétendre dialoguer avec le Canada.En dépit de ses protestations, le Parti québécois n\u2019a pas saisi la portée politique de la loi C-20.Lucien Bouchard a eu beau * Directeur de la revue L'Action nationale.http://www.action-nationale.qc.ca 95 dire son étonnement devant la réaction populaire à ce coup de force, il n\u2019a rien trouvé d\u2019autre à dire qu\u2019à l\u2019en blâmer.Bernard Landry et son gouvernement n\u2019ont pas été en mesure de rajuster le tir par une riposte politique systématique.Ils sont restés enlisés dans la gestion provinciale où les avait conduits un Lucien Bouchard velléitaire et bon-ententiste.Pis encore, le gouvernement du P.Q.a été tenté de renoncer à assumer sa responsabilité de leader du mouvement historique en se lançant dans une apologie de la société civile qui semblait porter toutes les vertus, y compris celle d\u2019avoir les idées plus claires et la volonté mieux trempée que les élus responsables du seul instrument utile à la réalisation de l\u2019objectif : l\u2019État du Québec.La création du Conseil de la souveraineté est certes une initiative louable qui saura sans doute prouver son utilité, mais elle n\u2019épargnera pas au Parti québécois la tâche douloureuse, ardue et périlleuse de revoir son cadre stratégique.Certes la souveraineté appartient au peuple, c\u2019est un combat qui doit mobiliser toute la société, mais c\u2019est un combat qui ne se peut gagner que par l\u2019action rigoureuse d\u2019un parti politique qui accédera à la gouverne pour traduire l\u2019idéal en réalité.Le temps presse Le Parti québécois a un peu de temps devant lui pour démontrer qu\u2019il peut encore être l\u2019instrument du mouvement historique qui fera accéder le Québec à son indépendance.La saison des idées restera néanmoins très brève car l\u2019histoire s\u2019accélère.Au rythme où se conjuguent la politique de régression libérale et la construction du Canada unitaire, il ne restera bientôt plus grand chose des moyens d\u2019action du gouvernement du Québec pour faire l\u2019histoire.Des reculs de l\u2019envergure de ceux qui s\u2019annoncent font des 96 dégâts majeurs dans une société.Il ne faut pas sous-estimer les effets dépresseurs de ces défaites en cascades qui mettront à mal la cohésion sociale et mineront la confiance en soi de notre peuple au point de le faire douter de sa propre volonté de persévérer dans son être.Un peuple qui se folk-lorise a tout son temps parce qu\u2019il sort de l\u2019histoire.Ceux-là qui pensent notre condition et notre politique en dehors de l\u2019urgence ne savent pas jusqu\u2019à quel point ils poussent dans le sens du courant qui nous fera échouer sur tous les écueils de la rhétorique compensatoire, de la petite politique de la médiocrité politicienne et de la résignation besogneuse et opportuniste.Il y a quelque chose de profondément affligeant à devoir le redire quand toute la culture politique carbure à la minimisation des pertes, mais le temps joue réellement contre nous.Un peuple ne peut pas toujours vivre en dessous de son potentiel et passer le meilleur de ses énergies à se refaire une raison quand l\u2019horizon se dérobe.Les réponses aux défis propres à l\u2019évolution interne de notre société ne peuvent être indéfiniment reportées ou déformées par des formulations politiques inadéquates sans que ne s\u2019instaure un climat démissionnaire sans cesse justifié par des inconditionnels du Canada toujours heureux de se résigner, contents, à la gestion provinciale.Il se pourrait que la politique Canadian parvienne à casser certains des ressorts les plus puissants de notre dynamisme collectif.C\u2019est une perspective angoissante, dont l\u2019éventualité est d\u2019autant plus difficile à évaluer qu\u2019il s\u2019en trouvera toujours pour estimer que les pertes ne sont pas si graves, qu\u2019il n\u2019y a pas lieu de s\u2019alarmer, qu\u2019une défaite n\u2019abolit pas nécessairement toutes les perspectives, qu\u2019il y aura moyen de moyenner, etc.De fait, c\u2019est une perspective intenable du point de vue du discours 97 collectif, et c\u2019est la raison pour laquelle les rhétoriques compensatoires sont d\u2019ores et déjà si séduisantes et efficaces.Les raisonneurs sont toujours prompts à travestir les choses en les présentant comme des dramatisations exagérées alors qu\u2019il est si facile de se payer de mots pour se consoler de consentir à l\u2019impuissance.Penser l\u2019indépendance dans le contexte où des forces agissantes distillent le défaitisme c\u2019est donc penser dans la conscience aiguë de la précarité de nos acquis en se faisant le devoir de regarder en face la béance historique qui s\u2019ouvre devant un échec éventuel de l\u2019accession à l\u2019indépendance.On ne brandit pas impunément un idéal aussi engageant que celui de la souveraineté.Un peuple qui a assumé son aspiration à l\u2019indépendance en s\u2019en faisant le projet porté par un parti politique ne peut y renoncer sans piétiner ce qui fait en lui la dignité des peuples.Il se peut cependant qu\u2019il n\u2019ait pas le courage de sa force et se contente de vivre en-deçà de ce que sa propre histoire exige de lui.Il arrive parfois que le nécessaire se perde dans l\u2019inaccompli et c\u2019est alors plus dévastateur que la défaite.Il ne faut pas sous-estimer les dégâts que la résignation peut infliger à notre vie collective.Il en peut résulter un délabrement intellectuel malsain, prélude lui-même à la dégénérescence de la vie politique et à une dérive culturelle avilissante.Et c\u2019est maintenant qu\u2019il faut s\u2019en méfier parce que c\u2019est cette résignation qui est au cœur de la politique du gouvernement Charest.C\u2019est celle-là qui est au fondement des positions politiques des inconditionnels Canadian qui vont tout mettre en œuvre pour empêcher que ne se formule en projet politique fécond la radicalisation même à laquelle nous condamne le carcan Canadian.Et c\u2019est parce qu\u2019elle va se donner pour norme qu\u2019il faut s\u2019en méfier.Il faut éviter de 98 réfléchir en inversant les catégories qu\u2019elle cherche à nous imposer.Il faut éviter de répondre par l\u2019exaspération ou la conduite impulsive.Il faut éviter de placer et de penser notre projet politique en dialogue avec cette résignation.Ses ténors ne sont que des relais d\u2019un rapport de domination qui, lui-même, exclut désormais tout dialogue avec le Québec.Ils ne sont plus que des lanceurs de leurres, des artisans du penser-en-rond alors qu\u2019il faut revoir nos façons de faire pour mieux bondir en avant.Il nous faut penser l\u2019indépendance dans l\u2019inachevé et non pas contre la résignation.Revoir avec lucidité le parcours des dernières décennies pour faire le bilan, certes, mais surtout pour imaginer de nouveaux trajets.Le mouvement souverainiste ne doit pas seulement changer son pas parce que les urgences nécessaires l\u2019y contraignent, il doit changer sa trajectoire et son parcours parce que les chemins balisés où il se sent en sécurité ne lui permettront pas de se rendre à destination.Il n\u2019y a rien de plus qu\u2019un confort incantatoire à compter les jours avant le prochain référendum, à se répéter que les derniers obstacles seront franchis avec les mêmes méthodes alors que la nature même du parcours a changé, que les chemins sont minés et que nos adversaires ne demandent pas mieux que de nous voir nous y lancer avec des cartes périmées.Le combat se déroule désormais sur un autre terrain.Le Parti québécois a du mal à en prendre acte.Cela ne veut pas dire pour autant qu\u2019il y ait des raccourcis pour accéder à l\u2019indépendance.L\u2019impatience est mauvaise conseillère.Éprouver les limites du présent cadre stratégique ne signifie pas qu\u2019il faille revenir à celui contre lequel il s\u2019est jadis imposé.On peut certes estimer que l\u2019approche du référendum comme mode d\u2019obtention du mandat de négocier/réaliser la souveraineté a été sinon une erreur, à tout le 99 moins une voie trop laborieuse, mais on ne peut pour autant penser revenir en arrière.On ne refait pas l\u2019histoire.Pour saisir la conjoncture politique présente dans ce qu\u2019elle a d\u2019inédit, pour trouver les voies nouvelles qui nous conduiront là où il faut aller en nous gardant le plus possible hors de la portée de nos adversaires, il faut se méfier des idées simples.La précipitation n\u2019est pas toujours le bon moyen d\u2019aller vite au but.Revoir le parcours Pour façonner une conjoncture ou tirer profit de celle que les événements dressent devant nous, il faut avoir le cadre conceptuel approprié.Et pour l\u2019élaborer, il faut d\u2019abord savoir repérer ce qui a fait les lacunes de celui qui a prévalu jusqu'ici et nous a conduits dans l\u2019actuel rapport des forces.C\u2019est à cet exercice qu\u2019il faut se livrer avec intransigeance et lucidité.Il faut le faire non seulement pour s\u2019assurer de faire les bons choix dans l\u2019ordre des moyens mais aussi, et même d\u2019abord et avant tout, pour s\u2019assurer d\u2019aborder la question des moyens avec une philosophie d\u2019action politique conforme aux exigences du combat que nous menons.Le fétichisme des moyens a trop souvent servi de paravent à une classe politique velléitaire, incapable, craintive ou hésitante (selon les périodes et les partis) à accorder son action aux exigences d\u2019une mobilisation de l\u2019ensemble des forces vives de la nation.C\u2019est depuis l\u2019Acte d\u2019union que ces rapports entre le peuple et ses politiciens restent dominés par le pseudo-pragmatisme qui applique le « réalisme » comme un éteignoir sur les aspirations populaires, qui pratique le compromis plutôt que les appels au dépassement au point d\u2019en ériger implicitement la méfiance à l\u2019égard de son propre peuple comme une règle de bon gouvernement.Dans le TOO cadre Canadian une bonne politique est toujours la politique qui parvient le mieux à contenir le peuple québécois.Le Parti québécois, s\u2019il a paru s\u2019en affranchir un moment, a fini par retomber lui, aussi, dans les ornières de cette vieille culture politique façonnée par l\u2019Indirect rule.C\u2019est celle qu'imposent les catégories mentales sous-jacentes à la gestion provinciale et qui consiste à gouverner en se convainquant soi-même de la nécessité de prévenir les débordements d\u2019un peuple qui, laissé à lui-même, pourrait se laisser aller à des gestes estimés radicaux.C\u2019est la politique de la moindre audace qui confond la fermeté et le radicalisme, la détermination et l\u2019entêtement.Sauf en de rares moments, le P.Q.a eu du mal à conduire une action politique déterminée congruente avec la philosophie d\u2019action requise par son objectif.Comme parti, il a eu du mal à canaliser l\u2019énergie de ses militants.Au pouvoir il a eu encore plus de mal à composer avec les forces populaires l\u2019exhortant à miser davantage sur notre capacité de dépassement.Les premières audaces sur la politique linguistique, sur le front culturel ou en matière de relations internationales, ont fini par céder la place aux mesures timorées, aux propos démobilisateurs et à l\u2019attentisme.Le P.Q.ne s\u2019est pas tant attiédi qu\u2019égaré dans les servitudes du rôle politique dévolu aux élites provinciales.Il a fait son temps avec ses idées molles en se dédouanant avec les « purs et durs » pour se convaincre de l\u2019utilité de la navigation à vue là où il lui aurait fallu un radar sophistiqué.S\u2019il a, globalement, été un peu plus constant sur le plan social, il n\u2019a pas réussi, au plan national, à garder le cap sur l\u2019essentiel, à se laisser voguer au gré des vents, il a produit cette étrange césure qui nous vaut désormais de constater un appui plus grand à la souveraineté qu\u2019au parti qui se donne pour mission de la réaliser. 101 La peur du conflit et le gaspillage de la conjoncture Le mouvement de masse reposant sur une large mobilisation populaire s\u2019est effiloché au fur et à mesure que les succès électoraux plaçaient ses chefs dans les rôles de politiciens provinciaux.L\u2019épuisement des possibilités du cadre stratégique référendaire est largement responsable de cet état de fait.Pour se donner une vue d\u2019ensemble des distorsions que cet épuisement a pu provoquer un détour par la politique fiction peut s\u2019avérer particulièrement éloquent.Imaginons qu\u2019au soir du 30 octobre 1995, le Premier ministre du Québec ait décidé de retenir son interprétation des résultats du référendum.Devant les violations de la loi québécoise par le gouvernement Canadian et en raison des nombreuses irrégularités et exactions commises par des sociétés de la Couronne et des groupes organisés, le chef de l\u2019État québécois aurait pu décider d\u2019attendre les résultats d\u2019une commission d\u2019enquête désignée par l\u2019Assemblée nationale avant de conclure quoi que soit sur le résultat du référendum et le sens à donner à l\u2019événement.Le gouvernement du Québec aurait ainsi conservé l\u2019initiative.Fin du rêve éveillé.Le retour à la politique réelle est néanmoins révélateur.La réalité, ici encore, a dépassé la fiction, il faut bien le reconnaître même si ce dépassement s\u2019est effectué dans le sens opposé de ce que l\u2019Histoire exigeait d\u2019un gouvernement voué à l\u2019émancipation nationale.La politique réelle, c\u2019est celle qui a consisté à nier les faits, plus précisément à faire comme s\u2019ils n\u2019avaient jamais eu lieu, à faire comme si le référendum s\u2019était déroulé correctement si ce n\u2019est que pour quelques accrochages mineurs. 102 La politique réelle, c\u2019est celle qui a consisté à laisser des forces Canadian organisées se lancer dans des accusations de détournement du vote fédéraliste, dans les théories du complot pour écarter des électeurs, bref de laisser encore davantage les adversaires du Québec souiller la légitimité du projet souverainiste.Et garder le gouvernement Bouchard, d\u2019abord, Landry ensuite, sur la défensive en poursuivant un activisme judiciaire bien relayé par les médias anglophones en particulier.Pendant ce temps, pas de retour critique d\u2019envergure sur le déroulement des événements, pas d\u2019action politique digne de ce nom.Mais, en compensation, la circulation dans des cercles de plus en plus étendus, de l\u2019interprétation du vol.Tard le soir à la fin des réunions, lors de conversations privées d\u2019abord et puis, de temps à autre, un peu plus ouvertement, des déclarations accréditant les interprétations voulant que les souverainistes se soient fait voler le résultat.Cette thèse du vol a ceci de particulièrement intrigant qu\u2019elle est évoquée, non seulement par des militants proches du terrain mais aussi, et de plus en plus souvent, par des acteurs de premier plan qui n\u2019hésitent pas à en parler publiquement.Ce qu\u2019il y a de curieux, ce n\u2019est pas tant qu\u2019elle ressurgisse mais bien qu\u2019elle vienne si tard et surtout qu\u2019elle apparaisse comme un simple objet de ressentiment alors qu\u2019elle a une charge politique éminemment dévastatrice.Il est déjà curieux mais explicable que l\u2019hypothèse de suspendre l\u2019interprétation du résultat n\u2019ait pas été envisagée avant l\u2019événement.Après tout, on peut toujours plaider que de nombreux scénarios de repli étaient plausibles et que celui-là n\u2019a pas été envisagé - si tant est que des scénarios de défaite furent bel et bien élaborés.Mais comment se fait-il que des gens qui avaient le pouvoir de convoquer une corn- 103 mission d\u2019enquête pour faire la lumière après le référendum ne l\u2019aient pas fait ?C\u2019est cette chose incongrue qui est le véritable révélateur des ressorts profonds de la dynamique péquiste.L\u2019idée de retenir le résultat pointe immédiatement vers une donnée politique capitale : une crise majeure aurait surgi.L\u2019État québécois aurait pu se faire juge des pratiques de l\u2019État Canadian et du gouvernement Chrétien.On imagine aisément dans quel embarras ce dévoilement aurait pu placer les chantres québécois du camp du non.On peut comprendre en quoi l\u2019exercice aurait pu servir à rendre visible la logique d\u2019occupation qui tient lieu de cadre stratégique fondamental à Ottawa dès lors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019expliciter les fondements de ses choix politiques pour maintenir le Québec dans le carcan Canadian.Quiconque se souvient de l\u2019effet dévastateur de la télédiffusion des audiences de la commission d\u2019enquête sur le crime organisé peut imaginer la puissance formidable qu\u2019aurait pu avoir son équivalent appliqué aux magouilles référendaires.Si tant est que les acteurs qui ont continué d\u2019agir après la démission de Jacques Parizeau soient sincères lorsqu\u2019ils répondent aux militants qu\u2019ils partagent eux aussi la thèse du vol et de la fraude, le scénario évoqué s\u2019en trouve métamorphosé.Il ne s\u2019agit plus dans ce cas de politique-fiction mais bien d\u2019un choix politique réellement effectué.Les témoignages de nombreux militants viennent d\u2019ailleurs conforter cette thèse : le cabinet de Lucien Bouchard a fait des pieds et des mains pour mettre le couvercle sur la mannite.Il s\u2019agit là, sans aucun doute, de l\u2019événement-clé du mandat Bouchard et de ce qui s\u2019en est suivi.Le consentement, l\u2019acceptation de facto qu\u2019un détournement de processus démocratique a bel et bien eu lieu et qu\u2019un gouvernement souve- 104 rainiste ait choisi de fermer les yeux sur le fait n\u2019est pas une affaire banale.C\u2019est un geste immensément lourd de conséquences puisqu\u2019il impliquait - en plus d\u2019exposer le Québec aux mesures de rétorsion de la riposte Canadian - de faire courir un risque grave pouvant compromettre l\u2019avenir du mouvement souverainiste pour éviter de faire face à ce qui apparaissait comme le cœur de la conjoncture : la possibilité de provoquer une crise politique majeure, la possibilité pour le gouvernement souverainiste de placer le conflit de légitimité au cœur de son action.(L\u2019on retiendra qu\u2019Ottawa n\u2019avait pas tant de scrupules en préparant un scénario qui aurait, en cas de victoire, remis de l\u2019avant l\u2019idée qu\u2019il aurait considéré le référendum comme un simple exercice consultatif).Québec a choisi non seulement de se taire mais de se comporter comme si le résultat était exécutoire.Le choix d\u2019écarter ce combat, le déploiement d\u2019efforts pour éviter même qu\u2019il ne soit évoqué par l\u2019aile militante la plus aguerrie, c\u2019est le choix de ne pas gouverner dans une logique de crise alors que l\u2019agression allait se déployer avec une rigueur implacable.Lucien Bouchard venait de donner carte blanche à Ottawa.Par cette censure, par cette peur panique du conflit, Lucien Bouchard et son gouvernement ont littéralement gaspillé la conjoncture.Loin de saisir le résultat et de s\u2019en servir comme un coin pour faire éclater le cadre constitutionnel, ils ont eux-mêmes accepté de le considérer comme un garrot.Étouffé par un résultat qu\u2019il avait refusé de retourner contre ses auteurs, le gouvernement Bouchard s\u2019est alors enfoncé dans une logique non seulement défensive mais schizophrénique : un parti souverainiste allait gouverner « pour tout le monde » sauf pour ses électeurs et ses militants.Le refus de la crise, le refus du combat politique réel s\u2019est tra- 105 duit par une conduite d\u2019exutoire : les conditions gagnantes, la certitude morale de gagner le prochain, tout le bataclan rhétorique allait désormais tenir lieu de politique pendant que la peur allait se donner le visage de la gouverne responsable de la province de Québec.Ottawa, qui n\u2019en demandait pas tant, s\u2019est vite mis à la besogne et avec les mêmes méthodes.Pendant que se mettait en branle la machine d\u2019enfermement législatif qui allait aboutir au Clarity Bill, les campagnes de propagande, le recours aux actes illégaux et autres stratagèmes répugnants allaient faire les beaux jours de Patrimoine Canada, des mercenaires et amis du régime.Le gouvernement Chrétien avait la partie d\u2019autant plus facile qu\u2019il pouvait compter également sur une donnée nouvelle apparue lors de la campagne référendaire et qui dotait son arsenal d\u2019une arme supplémentaire : les fédéralistes du Québec étaient désormais devenus des inconditionnels qui ne reculeraient devant rien pour justifier le lien Canadian.Tout un establishment bien relayé par le cartel médiatique s\u2019est alors mis à jouer les vierges pures et à cautionner sur toutes les tribunes les manœuvres d\u2019enfermement.C\u2019est une action à laquelle le gouvernement Bouchard est resté d\u2019autant insensible que les humeurs du grand patronat et de ses accointances dans le monde anglophone semblaient l\u2019inquiéter bien davantage que celles de ses militants effarés de voir leur chef renoncer à toute initiative sur les questions essentielles.C\u2019est le discours du Centaure et le fameux congrès du miroir qui vont fixer les paramètres du bon-ententisme dans lequel le gouvernement Bouchard allait s\u2019enliser jusqu\u2019à se faire une vison mystique de la gestion provinciale.Les tourments du chef incapable de se voir dans un miroir dès lors qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019assumer sa responsabilité historique à l\u2019égard de notre combat fondamental ont servi à accréditer davantage les calomnies sur nos législations linguistiques, sur la légitimité de notre vouloir-vivre en français dans notre pays.Ils ont surtout pavé la voie à d\u2019autres assauts sur la langue.Et ce fut la ronde de chasse aux « irritants », l\u2019humiliante entreprise de séduction de l\u2019establishment qui ne cessait de demander des accommodements pour que ses cadres supérieurs puissent vivre ici sans être incommodés par notre présence et nos lois.Bien sûr, tout cela au nom de la bonne entente, du réalisme qui rendait nécessaire de faire des gestes, d\u2019envoyer des signaux pour désamorcer la crise, pour faire baisser les tensions.Bref, tout cela pour tourner le dos à toute possibilité d\u2019action pour tenter d\u2019exploiter la conjoncture.Ce gouvernement avait peur de la chicane.Il l\u2019a redit sur tous les tons à ses militants médusés : les sondages disaient ce que l\u2019establishment et les inconditionnels Canadian disaient, il fallait donc se rendre à l\u2019évidence.C\u2019est-à-dire se rendre.Les tensions et les revendications de régression linguistique n\u2019ont évidemment pas disparu.Les militants et les alliés de la cause du français se sont retrouvés encore davantage sur la défensive, placés là par un chef qui avait plus d\u2019égards pour ses adversaires que pour ses alliés.C\u2019était le temps où le gouvernement du Parti québécois posait au raisonnable, décidé à contenir les débordements possibles de son aile militante qui, après tout, ne lui demandait que d\u2019assumer ses responsabilités à l\u2019égard de l\u2019héritage malmené de la loi ioi.De mouvement d\u2019humeur en effet de toge, de colère d\u2019opérette en indignation pathétique, le dossier linguistique a fini par paraître comme une plaie lépreuse.Le tout s\u2019est terminé dans un marasme lamentable aux alentours de l\u2019Affaire Michaud qui allait donner prétexte à une sortie où 107 l\u2019inélégance le disputait au déshonorant en laissant insinuer en pleine Assemblée nationale que certaines des allégations de nos adversaires les plus vicieux n\u2019étaient peut-être pas dénuées de fondement.Il n\u2019était pas l\u2019homme de la situation.Il a mis trop de temps à en tirer les conclusions cependant.Un véritable détournement de sens avait eu lieu.Les militants qui avaient suivi les orientations du Gouvernement avec une loyauté inébranlable n\u2019en finissaient plus de se perdre en perplexité.Plusieurs sont rentrés dans leurs terres.Il devenait de plus en plus difficile de justifier les choix de base : le gouvernement s\u2019était enfermé dans la gestion provinciale avec un zèle suspect.Il avait même franchi les limites de l'indécence en sacrifiant ses délégations à l\u2019étranger, confirmant du même coup son inaptitude profonde à accorder son action aussi bien au sens profond de notre combat qu\u2019aux exigences de la mondialisation.Un ministre plastronnait sur l\u2019austérité en faisant la politique des maîtres qui veulent nous enfermer dans la bourgade.Un gouvernement souverainiste se faisait l\u2019artisan d\u2019un recul stratégique majeur dans un domaine absolument névralgique pour l\u2019issue de notre lutte.Des économies de bout de chandelle pour une pensée de l\u2019indigence, la quête des sous pour le budget provincial a littéralement fait perdre le nord.Qu\u2019un apprenti-sorcier se gonfle le jabot en se donnant du gestionnaire de haut vol, passe encore ; mais que tout un conseil des ministres se laisse ainsi déporter dans l\u2019insignifiance comptable, cela défie l\u2019entendement.Le gouvernement Bouchard a démontré alors qu\u2019il était prêt à faire exactement et absolument le contraire de ce que lui dictait sa responsabilité historique.Plutôt que de pousser la crise à son point d\u2019éclatement le gouvernement Bouchard a choisi non pas de retourner io8 contre notre adversaire, l\u2019État Canadian, mais bien contre notre propre société la pression et les contraintes.La lutte au déficit s\u2019est faite dans un contexte où Ottawa engrangeait les surplus en pillant la caisse d\u2019assurance-emploi, en changeant les règles du jeu pour réduire unilatéralement ses contributions au financement de la santé etc.Le gouvernement du Parti québécois a demandé aux Québécois de faire des efforts dramatiques pour s\u2019ajuster aux contraintes que nous impose Ottawa.Un gouvernement souverainiste a dès lors déployé des prodiges d\u2019imagination pour s\u2019adapter à un cadre qu\u2019il prétendait vouloir abolir ! Réflexe culturel profond, maintes fois décrit par Hubert Aquin, Pierre Perrault, Jean Bouthillette et tant d\u2019autres : la peur de se poser Autre qui incite à tourner contre soi une agressivité qui refuse de se dire parce qu\u2019elle refuse de nommer l\u2019adversaire.La politique des lamentations, c\u2019est le détournement d\u2019une lutte d\u2019émancipation, c\u2019est le vertige au bord du saut, le recul au moment de donner le dernier effort pour rompre la laisse, le repli sur la vie agonique.La rhétorique a dès lors confisqué l\u2019effort militant disponible.Les dénonciations ont tenu lieu de politique.Lucien Bouchard y excellait en âme souffrante et prophète impuissant.Le Gouvernement qui dénonçait l\u2019imposition de la Constitution de 1982 n\u2019arrêtait pas de répéter qu'il allait néanmoins la respecter.Et qu\u2019il allait le faire mieux que l\u2019État Canadian lui-même qui piétine sans vergogne les règles qu\u2019il nous a imposées.Ottawa pillait les contributions des travailleurs québécois à la caisse d\u2019assurance emploi, réduisait l\u2019accessibilité et laissait des dizaines de milliers de chômeurs québécois dans le besoin, et notre Premier ministre refusait de provoquer la crise en créant une caisse québécoise d\u2019assurance emploi parce que l\u2019ordre constitutionnel, pourtant 109 dénoncé, l\u2019en empêchait.Mais il se lamentait.Le gouvernement d\u2019Ottawa a décidé qu\u2019il était conforme aux valeurs Canadian de mettre les enfants en prison pour mieux les réhabiliter, il a passé outre aux protestations québécoises unanimes.Et notre Premier ministre se lamentait.Ottawa empêchait la création d\u2019un régime de congés parentaux sur lequel l\u2019unanimité avait été faite au Québec mais le gouvernement du Québec refusait de procéder.Et notre Premier ministre se lamentait.Et il s\u2019est lamenté jusqu\u2019à son départ, pour avoir voulu éviter la chicane.Pour avoir refusé de canaliser l\u2019énergie du peuple québécois dans des batailles où des enjeux tangibles auraient donné à tous l\u2019occasion de faire valoir leur loyauté pour servir nos intérêts nationaux.Le prix politique de cet enfermement dans la gestion provinciale est énorme.Non seulement le Québec s\u2019est-il fait tondre par les manœuvres Canadian, mais encore et surtout a-t-il dû accepter que son gouvernement mette à mal la coalition qui l\u2019avait placé au pouvoir, que les politiques provinciales l\u2019obligent à faire subir à notre peuple des souffrances qui lui étaient infligées par refus de combattre le détournement de ses propres impôts.Le tort le plus grave cependant, a consisté à faire du Gouvernement du Québec un relais des politiques d\u2019Ottawa non seulement en ce qui concerne l\u2019accaparement des ressources mais encore et surtout en l\u2019amenant à se faire lui-même un allié objectif de la campagne de propagande qui consistait à brouiller les repères et à fausser les perceptions et les formulations de nos intérêts nationaux.Le refus du conflit ouvert nous a enfermés dans des définitions de nos problèmes construites sur des catégories conceptuelles étrangères - quand ce n\u2019est pas contraires -au combat national.On pourrait épiloguer longtemps sur la notion de déséquilibre fiscal. no La politique des lamentations a trouvé son expression ultime dans un débat surréaliste sur l\u2019utilisation des fonds publics pour la promotion de la souveraineté.Le refus du conflit, c\u2019est le refus d\u2019utiliser l\u2019État et la gouverne pour faire avancer sa cause.Succédant à Lucien Bouchard, Bernard Landry n\u2019a pas su s\u2019affranchir de la gestion provinciale, les choix stratégiques du gouvernement étant déjà trop déployés et l\u2019équipe au pouvoir trop empâtée dans le cadre conceptuel de politique de la crainte des débordements du peuple.L\u2019enfermement dans la rhétorique a été consacré par un faux débat sur la pertinence de singer les manoeuvres Canadian en matière de propagande.Tout le contraire d\u2019une approche misant sur la mobilisation citoyenne, ce débat traduisait bien la carence d\u2019une philosophie d\u2019action politique qui, refusant le conflit, refuse le combat et le travestit en discours creux par le défaut qu\u2019elle a de ne pas affronter son adversaire sur le terrain de la lutte concrète.Au lieu de bouger et de faire des gestes pour contrecarrer Ottawa, les souverainistes se chamaillaient pour savoir s\u2019il était légitime de dépenser des fonds publics pour en parler ! Et tout cela au surplus pour débattre de moyens dérisoires - ceux-là que laissent justement des finances provinciales exsangues.L\u2019approche partenariale avait en effet bouclé la boucle : un adversaire qui est en même temps un partenaire dont on veut se ménager l\u2019acceptation est difficile à dépeindre comme un pillard qui ne reculera devant rien pour vous dépouiller et vous réduire à l\u2019impuissance.Pas étonnant qu\u2019en campagne électorale Bernard Landry se soit mis à inviter les fédéralistes à voter pour un parti souverainiste.Héraut d\u2019un combat national sans adversaire le P.Q.?Condamné à se battre contre son ombre à grands coups de formules incantatoires, en tous cas.C\u2019était bien assez pour m qu\u2019une grande part de l\u2019électorat reste à la maison.Et tout cela alors que quelques mois auparavant des centaines de milliers de personnes défilaient dans les rues pour protester contre la guerre en Irak.Toute cette énergie disponible que le parti souverainiste n\u2019a pas su canaliser.Une autre philosophie d\u2019action pour franchir les derniers obstacles La transformation du Parti québécois ne s\u2019est pas faite instantanément.Il a dérivé.Et comme dans toute dérive, il est possible d\u2019observer de temps à autre les effets d\u2019un redressement de cap temporaire.C\u2019est ce qu\u2019avait réussi à faire Jacques Parizeau en replaçant les militants au fondement de l\u2019action, en les concevant comme les principaux artisans de la mise en oeuvre du combat.Il est sans doute le seul chef de ce parti à n\u2019avoir jamais eu peur de ses militants et à n\u2019avoir pas craint son propre peuple.Ses efforts, pour exemplaires qu\u2019ils aient été, ne pouvaient cependant pas avoir d\u2019effets durables en raison même du cadre stratégique dans lequel se trouve enfermé le Parti québécois depuis l\u2019adoption de l\u2019approche Morin.L\u2019approche du bon gouvernement a peut-être servi à faire la démonstration qu\u2019on pouvait être capable d\u2019administrer tout en étant souverainiste.Elle a peut-être même réussi à sécuriser des timorés sur la compétence des péquistes.Mais elle a l\u2019immense inconvénient d\u2019associer la gouverne provinciale à la démarche d\u2019accession à la souveraineté.Elle a servi à semer la confusion en laissant croire qu\u2019une solution de continuité pouvait exister, que la bonne gestion provinciale finirait par devenir un argument en faveur de la souveraineté.Cela revenait à dire que le meilleur moyen de rompre 112 avec le Canada était d\u2019en utiliser toutes les possibilités pour développer le Québec.Tant qu\u2019Ottawa fonctionnait dans son vieux cadre fédératif, il y avait un espace politique plus grand qui pouvait laisser assez de jeu pour couvrir la contradiction.Aussitôt que la modernisation unitaire a été mise en branle sur l\u2019initiative de Trudeau, cet espace a commencé de se réduire.Et il s\u2019est réduit de plus en plus rapidement sur l\u2019initiative de Paul Martin qui a bien servi la logique étatique Canadian.Il a su manoeuvrer avec hypocrisie et audace.Et il a réussi à ruiner complètement cet espace disponible.Les péquistes au pouvoir ont mis du mal à comprendre d\u2019abord, et n\u2019ont pas été capables ensuite de réagir efficacement.Ils ont continué d\u2019agir en pensant que la stratégie du bon gouvernement pourrait fournir les arguments les plus éloquents en faveur de l\u2019accession à la souveraineté.Ils ont déployé le meilleur de leur énergie à s\u2019accommoder d\u2019un ordre qu\u2019ils disaient vouloir briser.Ils ont été enfermés dans les limites de leur cadre stratégique.En posant la continuité, en restant dans l\u2019ambiguïté à l\u2019égard d\u2019un Canada qu\u2019ils s\u2019entêtent à voir comme un partenaire à séduire plutôt qu\u2019un adversaire à qui il faut imposer le respect, en se faisant les champions du fair play devant les exactions, les coups fourrés et les assauts les plus vicieux, ils ont assisté impuissants et rageurs au dévoilement de la contradiction dans laquelle leur programme les avait enferrés.Le Québec est devenu ingouvernable dans le cadre Canadian, il n\u2019y est pas possible de défendre nos intérêts nationaux même en rusant.Cet espace de la résistance a disparu.Il n\u2019y a plus moyen de moyenner.Le gouvernement de Bernard Landry avait commencé à le dire.Mais il n\u2019a pu faire davantage parce qu\u2019il ne pouvait pas se représenter adéquatement un modèle d\u2019action approprié.Pour agir dans la crise, il faut ii3 non seulement la reconnaître, mais encore et surtout se savoir capable de la dénouer en acceptant de rompre.Et cela est impensable dans la démarche étapiste.Rompre, cela suppose mettre fin au dialogue, plus précisément à la recherche - névrotique - du dialogue à tout prix.Or, le Canada a beau avoir tranché, il ne dialogue plus, il dicte et impose, le Parti québécois s\u2019est entêté et s\u2019entête encore à redire qu\u2019il veut dialoguer.En politique, c\u2019est la force et l\u2019intérêt qui dressent l\u2019espace du dialogue, pas la bonne volonté.L\u2019incapacité de rompre, d\u2019envisager la rupture crée une distorsion majeure : faire l\u2019indépendance, c\u2019est mettre à mort la gestion provinciale et non pas s\u2019en accommoder.Le cadre stratégique étapiste confond l\u2019accès à la direction de l\u2019État avec la gestion provinciale.Sur le plan de l\u2019action militante cette confusion a eu des effets catastrophiques.Elle a substitué l\u2019approche de séduction par le marketing politique à la mobilisation citoyenne en faisant du taux de satisfaction à l\u2019égard de la politique provinciale un indicateur de progression de la cause.Cela n\u2019a jamais manqué de conforter l\u2019ambivalence puisque les succès provinciaux venaient redire aux sceptiques et aux craintifs que le système était réformable, que le Canada pouvait bien nous servir.Mais cela avait surtout pour effet de faire paraître les militants comme des radicaux, des empêcheurs de séduire en douce.Cela avait pour conséquence de transformer l\u2019action militante en scénario appendice des stratégies de marketing, de placer les meilleurs éléments à la remorque des zélotes de la communication, des faiseurs d\u2019images et des vendeurs de clichés.Enfin, cela ne manquait pas d\u2019effet inhibiteur sur l\u2019initiative, puisque la mobilisation sur un objectif sans cesse différé ne pouvait qu\u2019engendrer frustration et conduite compensatoire. 114 Il s\u2019en est suivi un appauvrissement considérable de la culture politique, un dépérissement des compétences argumentaires non seulement des militants mais de l\u2019ensemble des souverainistes.Les slogans ont remplacé les débats, la mise en scène des événements a pris le pas sur le déploiement de l\u2019arsenal citoyen.La claire définition et la limpide lecture de nos intérêts nationaux en ont été mis à mal.Et cela a été d\u2019autant plus dévastateur que se déployait en parallèle une gigantesque entreprise de « déréalisation » et d\u2019aseptisation des enjeux collectifs sous l\u2019action d\u2019un récit médiatique qui présente toutes choses dans une égale insignifiance.Le P.Q.s\u2019est ainsi lentement déporté lui-même à la marge de son combat.Cela explique certainement une grande partie de l\u2019écart entre l\u2019appui à la souveraineté et l\u2019appui à un parti qui n\u2019est plus que l\u2019ombre de ce qu\u2019il a été et qui n\u2019attire plus, comme il l\u2019a déjà fait, les forces militantes les plus dynamiques.On peut toujours tenter de se consoler en se disant que l\u2019approche a néanmoins permis de se rendre jusqu\u2019ici en raffermissant le noyau dur des souverainistes.Mais c\u2019est aller un peu vite en besogne et surtout prendre des raccourcis avec la réalité historique.Ce n\u2019est pas tant l\u2019étapisme lui-même que les deux grands exercices de mobilisation de la décennie 90 qui sont largement responsables de la progression de l\u2019appui à la souveraineté.La Commission Bélanger-Campeau a donné lieu à un premier grand mouvement des troupes qui a permis d\u2019amener des gens de tous les milieux à se voir et se projeter comme au contrôle de leurs affaires.En établissant la faisabilité de la souveraineté, le rapport de la Commission a fait davantage que la stratégie de bon gouvernement pour asseoir la crédibilité du projet et de ses porteurs.Avec le recul, la trahison de Robert Bourassa n\u2019en paraît que plus ignoble encore.Il a brisé un élan et dilapidé une force qui aurait pu propulser le Québec d\u2019une manière exceptionnelle.En détournant l'énergie du formidable courant qui avait pris forme à l\u2019occasion de cette Commission, Bourassa et le Parti libéral du Québec ont commis une faute impardonnable qui les déshonore à jamais.Ils ont non seulement dérouté notre peuple dans un cul-de-sac, ils ont sapé sa confiance dans la délibération publique, transformant un formidable exercice de prise de parole en parlote de diversion.Dans ce contexte c\u2019était un véritable exploit de tenir les Commissions sur l\u2019avenir du Québec et d\u2019en faire le forum qu\u2019elles ont été.Le Québec que nous voulons s\u2019est vraiment exprimé et dessiné lors des audiences.La suite des événements cependant n\u2019aura fait que rajouter aux effets délétères sur la confiance en soi et dans le processus délibératif : une parole sans cesse entravée, qui ne trouve pas à s\u2019incarner dans l\u2019Histoire finit par donner le contraire de ses effets libérateurs.La politique des lamentations a accru le sentiment que les porteurs de notre projet étaient en train de ruiner le langage à force de se payer de rhétorique.Les risques sont toujours trop grands que les souverainistes restent « enfermés dans des temples de paroles », comme le disait Félix Leclerc.Une politique de la rupture Il nous faut donc une politique de la rupture, inspirée par une philosophie de l\u2019action qui place et considère l\u2019accession à la direction de l\u2019État comme le moment inaugural où les souverainistes deviennent sujets de l\u2019Histoire et non pas des candidats à une éventuelle mise en œuvre de leur programme.Il faut cesser de considérer le référendum comme un moment inaugural.C\u2019est l\u2019élection qui donne la légitimité d\u2019agir.Un parti souverainiste à qui les citoyens confient la gouverne de l\u2019État québécois doit être un parti qui a le mandat de faire les gestes de rupture qui prépareront l\u2019indépendance.Cela ne veut pas dire que le recours au référendum soit écarté.Il doit changer de nature et de signification.C\u2019est un des succès de propagande d\u2019Ottawa que d\u2019avoir réussi à diaboliser l\u2019outil pour faire déraper le débat.La question de la souveraineté a été évacuée au profit de la question référendaire.Le cadre stratégique étapiste a été retourné contre ses artisans.Voilà bientôt dix ans que les souverainistes tentent de se dépatouiller avec un problème de toutes pièces inventé par nos adversaires qui exploitent une faiblesse stratégique.Au lieu de s\u2019acharner à y remédier, les efforts ont été déployés surtout pour ne pas reconnaître cette faiblesse même, la nier et enterrer la négation par la fuite en avant dans l\u2019invention de toutes sortes d\u2019artifices de substitution (conditions gagnantes, assurance morale, etc.) qui jamais n\u2019ont permis de reprendre l\u2019initiative.La raison en est simple, c\u2019est que la démarche étapiste attribue un caractère inaugural au référendum, caractère qui inévitablement place un gouvernement souverainiste dans un entredeux politique intenable qui le condamne à ne jamais pouvoir poser les gestes congruents avec son option, à toujours différer la mise en œuvre des moyens, et à réduire son action à la persuasion sans objet puisqu\u2019il ne peut structurer le débat sur des choix tangibles mais seulement sur des hypothèses, des souhaits, des « un jour nous pourrions.» Par ce caractère inaugural le référendum emprisonne ainsi le gouvernement lui-même dans un dilemme anti-démocratique.Un gouvernement élu avec un programme ne peut entreprendre de la réaliser en raison d\u2019un élément qu\u2019il consent lui-même à y maintenir.Logique castratrice ou d\u2019au- 117 to-annulation, c\u2019est selon, mais logique qui condamne à ne pas voir que la légitimité d\u2019agir est différente de la légitimité du résultat.Le référendum en tant qu\u2019instrument démocratique est un instrument de validation de l\u2019action gouvernementale et non pas un instrument de légitimation du gouvernement.Dans notre régime, c'est l\u2019élection qui conféré et établit la légitimité du gouvernement.Le référendum doit être utilisé pour soumettre au peuple non pas une deuxième validation des intentions qui l\u2019ont amené à soumettre son programme à l\u2019électorat mais bien plutôt comme un moyen d\u2019obtenir ou pas l\u2019adhésion solennelle du peuple à un geste qui découle de son action.Loin d\u2019être le point de départ, le référendum est un point d\u2019arrivée, un aboutissement.C\u2019est un instrument de ralliement et de ratification qui vient clore un processus démocratiquement enclenché par l\u2019élection.C\u2019est à la fois la force et la faiblesse du Clarity Bill que d\u2019avoir été conçu sur la logique intrinsèque de la stratégie étapiste.C\u2019est sa force, parce qu\u2019il dresse effectivement cm nombre impressionnant d\u2019obstacles à la tenue d\u2019un référendum sur la souveraineté tel qu\u2019il est actuellement conçu.Ottawa s\u2019est donné des armes pour lancer dès le déclenchement d\u2019une campagne des attaques juridiques qui auraient pour effet premier de contaminer complètement tout le débat public.Seuil de majorité, clarté de la question, superposition du débat à la Chambre des communes sur celui de l\u2019Assemblée nationale, brouillage médiatique, bref de quoi polluer complètement l\u2019exercice.Et le faire de telle façon que même en admettant que le sens politique de l\u2019exercice finirait par primer malgré tout sur son sens juridique, il est certain que le cafouillis serait tel que l\u2019exercice est voué d\u2019avance à finir dans un marécage nauséabond.De ce point de vue, la seule existence du Clarity Bill devrait être un argument suffisant n8 pour revoir le cadre stratégique.C\u2019est une règle élémentaire du combat, on ne s\u2019y présente pas là où notre adversaire nous attend.Il y a tout de même des limites à la candeur et à la peur de vaincre.La plus grande faiblesse du Clarity Bill - et ce n\u2019est pas le moindre paradoxe - c\u2019est qu\u2019il repose sur une conception dialogique du référendum.En ce sens, il est une contradiction splendide : voilà un instrument conçu pour dicter, mais dont la logique procède de la démarche même qu\u2019il entend confisquer.Le Canada a réglé la question du Québec mais il pense son rapport avec lui en continuant de penser que le Québec va maintenir une démarche de dialogue avec lui.Le Clarity Bill repose sur l\u2019idée que le P.Q.va rester étapiste.Voilà bien une raison suffisante pour ne plus l\u2019être.Mais il y en a une autre plus forte encore.Le Canada pense s\u2019être arrogé un droit de veto sur la volonté démocratique québécoise et se prétend juge de la légitimité de la façon dont elle pourrait s\u2019exprimer par voie référendaire consultative.Il dicte et voudrait même nous ordonner de dialoguer avec lui comme il l\u2019entend.Le point aveugle du Clarity Bill c\u2019est l\u2019exercice de la démocratie québécoise s\u2019exerçant pour elle-même dans le cadre d\u2019un exercice où le peuple débat pour lui-même et se met d\u2019accord avec lui-même sur le cadre de sa destinée.Le Canada ne voit pas que le projet souverainiste change radicalement la donne provinciale : le droit à l\u2019auto-détermina-tion s\u2019exerce, il ne se négocie pas.Ce sont les modalités résultant de l\u2019exercice de ce droit qui définissent un objet de négociation.Le référendum que les souverainistes doivent tenir n\u2019est pas celui d\u2019Ottawa, c\u2019est un référendum dont le résultat sera exécutoire, marquant l'assentiment du peuple à ng ordonner son devenir selon les valeurs, les règles et les institutions qu\u2019il aura choisi de se donner.Il faut donc concevoir le recours au référendum en lien avec le Québec seul.Il faut prendre acte d\u2019une rupture que consacre le Clarity en même temps qu\u2019il faille, pour soi-même, rompre avec ce qui l\u2019a rendu possible.Une démarche souveraine On peut donc concevoir un cadre stratégique défini en fonction de l\u2019exercice du droit à l\u2019autodétermination dans un contexte oir le Québec est à lui-même sa seule référence.Il faut le dire haut et fort : les souverainistes placent les Québécoises et les Québécois au centre de leur monde.C\u2019est dire que l\u2019action d\u2019un gouvernement souverainiste doit viser essentiellement à mettre en place les lois, les institutions et les moyens qui permettront de le faire.C\u2019est en ce sens qu\u2019il mettra à mort la logique provinciale.Ce n\u2019est pas la population de la province de Québec qui sera conviée à dessiner le Québec indépendant mais bien le peuple québécois tel qu\u2019il peut s\u2019exprimer dans les formes qu\u2019il est seul à définir et à contrôler.C\u2019est le Canada qui nous divise mais c\u2019est autour du Québec que nous voulons que nous ferons notre unité.Sans prétendre épuiser le sujet, il est néanmoins possible de tracer les grandes lignes de ce que pourrait être, schématiquement, le cadre stratégique et la démarche d\u2019accession à l\u2019indépendance.\u2022 L\u2019élection d\u2019un parti souverainiste est un moment inaugural.Le parti souverainiste élu a le mandat de mettre en place l\u2019appareil législatif et administratif pour réaliser la souveraineté. 120 \u2022\tPromulgation d\u2019une constitution provisoire.La loi 99 adoptée par l\u2019Assemblée nationale peut constituer le noyau dur de cette constitution provisoire.Son but est de marquer qu\u2019un gouvernement souverainiste n\u2019est pas un gouvernement provincial.La constitution comporterait en conséquence des ajouts substantiels à la loi 99, entre autres : o Création d\u2019une citoyenneté québécoise définissant l\u2019éligibilité et les conditions de participation au processus constituant qui mettra au monde le Québec indépendant.o Création d\u2019une cour constitutionnelle québécoise ayant juridiction sur toutes les compétences constitutionnelles définies à l\u2019Acte d\u2019Amérique du Nord britannique de 1867.Le Québec proclame qu\u2019il a l\u2019autorité sur tous les domaines de compétence sauf sur ceux qui sont nommément attribués au gouvernement fédéral.La ratification d\u2019une constitution par voie référendaire viendra remplacer cette constitution provisoire et elle constituera une proclamation d\u2019indépendance.\u2022\tConvocation d\u2019une commission spéciale de l\u2019Assemblée nationale chargée d\u2019élaborer la Constitution du Québec indépendant.Cette commission aurait dix-huit mois pour élaborer un projet.Le projet peut évidemment contenir les balises dans lesquelles le Gouvernement du Québec entend conduire les discussions avec Ottawa pour ce qui est du partage des biens, de la dette, du calendrier de dévolution etc.O Création d\u2019un comité d\u2019observateurs internationaux qui pourront témoigner de la transparence et de l\u2019intégrité démocratique de la démarche.Ce comité aura également le mandat de rendre compte de la démarche référendaire de ratification. 121 \u2022 Référendum de ratification de la Constitution.La campagne référendaire portera sur les mérites intrinsèques de ce projet.Dessine-t-il les contours du Québec que nous voulons ?o S\u2019il est ratifié, le référendum devient exécutoire, le Québec devient indépendant ipso facto.o Si le projet est rejeté, plusieurs scénarios sont plausibles.Celui qui a le plus grand potentiel : la convocation d\u2019une Assemblée constituante tenue de faire le point et mandatée pour faire une proposition de ralliement qui pourrait consister soit en une série d\u2019amendements à la constitution provisoire, soit en un nouveau projet complet de constitution.o Le nouveau texte issu de la Constituante serait soumis à ratification lors du scrutin électoral de fin de mandat.Les partis politiques auraient alors le devoir de faire campagne pour ou contre, de proposer de l\u2019amender, le bonifier etc.On le voit, c\u2019est une démarche qui suppose et met en acte le peuple du Québec et son Assemblée nationale comme seule instance de légitimité.On peut aisément imaginer qu\u2019Ottawa ne restera pas indifférent.Mais le combat, dès lors, se fera sur une idée très précise non pas seulement du statut du Québec mais de la forme juridique qu\u2019il entend se donner comme meilleur soutien d\u2019expression et de développement de la nation.Une constitution ratifiée par le peuple à l\u2019occasion d\u2019un référendum, voilà une légitimité puissante qui neutralisera les arguties du Clarity Bill.Voilà également qui balisera le discours des inconditionnels du Canada : ils auront le fardeau de démontrer que cette constitution servira moins bien notre peuple que le Canada unitaire. 122 Tout le processus évoqué doit pouvoir se tenir dans un seul mandat.Le Québec n'a plus les moyens de se laisser ballotter par le Canada.L\u2019action déstructurante des politiques Canadian menace non seulement nos acquis, elle compromet notre capacité de conduire nos propres affaires car elle produit d\u2019ores et déjà des lézardes profondes et inquiétantes dans la cohésion sociale et nationale.L\u2019indépendance n\u2019est pas seulement souhaitable.Elle est nécessaire et chaque jour qui passe la rend plus urgente.C\u2019est une nécessité vitale.Un programme de mobilisation nationale L\u2019avenir du Parti québécois se joue sur sa capacité de renouvellement.Ce n\u2019est pas tant l\u2019argumentaire de la souveraineté qui doit être remis à jour que la façon de se la représenter pour mieux la réaliser.Il faut se débarrasser de l\u2019obsession référendaire et se concentrer sur une action militante centrée non pas seulement sur des abstractions eu égard au statut politique mais bien surtout sur le visage concret du Québec que nous voulons.Pour faire bonne mesure, il faudra certes revenir plusieurs fois et de bien des manières sur les perspectives ici évoquées mais il faudra aussi s\u2019imposer de réfléchir sur le programme de gouverne qui devra accompagner la démarche.On peut certes imaginer une refonte du programme, réviser les engagements etc.la voie la plus porteuse reste sans conteste celle de la simplicité.La prochaine élection ne doit pas être une élection provinciale ordinaire.Cette fois-là sera la bonne.Il faut lancer une offensive de tous les diables pour en finir avec le rapetissement provincial.Au train où vont les choses les libéraux de Jean Charest auront laissé le Québec dans un état lamentable de résignation et de consentement à une vie nationale disloquée, totalement à la merci d\u2019un Canada plus hostile 123 que jamais à reconnaître ce que nous sommes et voulons être.Il n'y aura pas de temps à perdre à imaginer des propositions de rafistolage des structures provinciales.Il faudra penser à rénover entièrement la maison Québec.Un Programme de mobilisation nationale devrait traduire en quelques projets majeurs, l\u2019urgence d\u2019agir enfin dans le sens de nos intérêts nationaux.On pourrait imaginer, par exemple, une brève liste, disons, dix projets pour lancer le Québec sur la voie de son développement national.Il s\u2019agirait de dix grands projets fondateurs, de véritables grands gestes d\u2019arrachement, traduisant notre audace et notre volonté de réunir enfin en un ensemble cohérent les conditions de réalisation du formidable potentiel de notre peuple.Conduits dans autant de domaines névralgiques, ces projets lanceraient la véritable mobilisation qui donnerait forme et incarnation au pays que nous portons en nous depuis quatre siècles.Avant de les définir, il faudra d\u2019abord s\u2019assurer d\u2019accorder nos moyens et nos volontés dans un cadre stratégique approprié.Et choisir de miser sur notre capacité de dépassement.Le Québec est un fleuve puissant dont toute l\u2019énergie se perd dans le delta marécageux de la rhétorique compensatoire.Il faut renouer avec l\u2019esprit du large.Le Québec est notre pays.Nous le ferons dans la force des vers de Miron, avec le souffle des poèmes de Perrault et avec toute l\u2019audace refoulée dans les siècles de l\u2019hiver.Nous sommes nés pour être libres.Nous ferons le pays.Dans le labeur et l\u2019achamation.Pour que notre voix porte et que tous les humains de la terre y entendent vibrer les accents du partage et de l\u2019espérance.? TRANSLATEX.Communications* RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca te Masse mb le me rit ^Pays Souverain Unum Quebec Patria Nostra Est Québec, notre seule patrie C.P.244, succursale Place d\u2019Armes, Montréal (Québec) H2Y 3G7 Tél.: (450) 491-5437 Courriel : roy.b@videotron.ca - Site internet : www.rpsquebec.qc.ca Allard & Carrière SOCIÉTÉ NOMINALE COMPTABLES AGRÉÉS Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@sta-conseil.com www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Télécopieur : (450) 471-0026 Téléphone : (450) 471-2662 Terrebonne (Québec)\t(514)355-7923\t(514)355-7869 J6W 3E1\t(800) 782-5799 \t \t \t \t \t \t \t 126 LIRE LES ESSAIS LUCIA FERRETTI Histoire des Dominicaines de Trois-Rivières, « C'est à moi que vous l\u2019avez fait », Sillery, Septentrion, 2002, 192 p.L\u2019auteure est historienne, professeure à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.Elle s\u2019intéresse à la vie paroissiale, à l\u2019Église et aux congrégations religieuses, et éclaire les liens entre le catholicisme et la société du Québec au cours des deux derniers siècles.Son travail est extrêmement précieux, car les Québécois connaissent très mal leur histoire, l\u2019interprètent bien souvent de façon fantaisiste, ou encore avec un fort sentiment de culpabilité qui les porte à se flageller et à flétrir tout ce qui les concerne.Lucia Ferretti, qui a déjà publié un livre remarquable, Brève histoire de l\u2019Église catholique au Québec, s\u2019intéresse cette fois à une congrégation religieuse féminine, les Dominicaines de Trois-Rivières.Cette communauté fondée en 1902, se dévoue au service du clergé et des enfants orphelins ou abandonnés.La vie de ces religieuses est faite d\u2019une grande austérité, de spiritualité et du dévouement total à autrui.Nous assistons, à la lecture du livre, à la naissance de la communauté, à son développement et aux bouleversements qu\u2019entraînent les transformations de la société québécoise autour des années i960.Bien des tâches qui jusque-là 127 étaient assumées par les religieuses le sont maintenant par l\u2019État, et les religieuses doivent se redéfinir et se resituer dans la société et dans l\u2019Église.Les circonstances les amènent à rayonner en Afrique, aux Philippines, au Pérou.Le Concile Vatican n déclenche un fort mouvement d\u2019évolution de la vie religieuse qui tente de se ressaisir.La vie religieuse doit en quelque sorte se réinventer, dans un contexte inédit, comme d\u2019ailleurs toutes les institutions qui ont permis l\u2019avènement du monde actuel.On sera reconnaissant à Lucia Ferretti de raconter avec objectivité et sympathie l\u2019histoire d\u2019une communauté religieuse qui a illustré le passé récent du Québec et qui témoigne, encore aujourd\u2019hui, des ressources spirituelles dont est doté le Québec.Ghislaine Raymond JEAN ZIEGLER Les nouveaux maîtres du monde / et ceux qui leur résistent, Paris, Éditions Fayard, 2003, 364 p.L\u2019ouvrage de Jean Ziegler se dévore comme un roman policier : une poignée de capitalistes néo-libéraux et leurs mercenaires de l\u2019OMC, de la BM et du FMI pillent la planète, dévastent la nature, détruisent les États et affaiblissent les grandes institutions internationales comme l\u2019ONU, au strict profit de leur appétit de richesse et de pouvoir.Des vents encore épars de contestations anti-mondialistes ou alter-mondialistes se soulèvent un peu partout dans le monde pour les combattre.Contrairement à plusieurs ouvrages portant sur le même sujet, Ziegler a le talent de vulgariser ses connaissances, de 128 les transmettre dans un langage simple, avec beaucoup d\u2019images fortes, accessibles au grand public.Ziegler est un homme de terrain.Il est Rapporteur spécial pour le droit à l\u2019alimentation à l\u2019Organisation des Nations unies.Il n\u2019a rien du rêveur pris dans la tour d\u2019ivoire d\u2019une chaire universitaire.Ce qu\u2019il soutient, c\u2019est du vécu vérifié et contre-vérifié par plusieurs collaborateurs.Pour lui, la Troisième Guerre mondiale est en cours, sans avoir été déclarée.En journaliste courageux, il est allé voir des deux côtés, mais la dédicace du livre au jeune journaliste italien Carlo Giuliani abattu à Gênes, en juillet 2001 alors qu\u2019il manifestait contre le Sommet du G-8, et à Pierre Bourdieu, le grand sociologue français « théoricien de la nouvelle société civile planétaire » ne laisse aucun doute sur l\u2019engagement militant de son auteur.La lettre trouvée sur l\u2019un des deux jeunes ados guinéens de 14 et 15 ans retrouvés gelés dans le train d\u2019atterrissage d\u2019un Boeing 747 de la Sabena en 1999 donne le ton.Adressée aux « grands personnages du monde » (sic) elle les supplie de venir en aide à l\u2019Afrique qui souffre trop de faim, de soif, d\u2019épidémies et de guerres.« C\u2019est à vous que nous devons nous plaindre de notre faiblesse » alors que la planète croule sous les richesses, que le produit mondial a doublé, que le volume du commerce mondial a été triplé (.) et que la consommation d\u2019énergie double en moyenne à tous les quatre ans (cf.p.13).Ziegler répercute ce véritable coup de poing dans la face des oligarchies capitalistes.Il informe, actualise, et convainc.Les faits sont là : chaque jour 100,000 personnes meurent de faim.Plus de 826 millions d\u2019êtres humains souffrent de sous-alimentation.Un être humain sur trois vit dans la misère absolue, et pourtant la planète pourrait faire vivre le double de sa population, soit 12 milliards d\u2019êtres humains. 129 Les trois premières parties de l\u2019ouvrage, la mondialisation, les prédateurs, les mercenaires expliquent cette aberration.La quatrième : démocratiser le monde explore les sources d\u2019espoir pour l\u2019humanité.L\u2019histoire de la mondialisation, c\u2019est l\u2019histoire du néo-colonialisme des États-Unis dont la stratégie consiste essentiellement à « utiliser désormais le terrorisme comme argument moralement et politiquement imparable pour organiser le monde à la manière qui leur convient.Ils l\u2019invoquent pour se démettre unilatéralement des traités qui leur déplaisent, pour imposer leur justice sommaire sur la terre, ou pour écarter des concurrents commerciaux gênants.(.) Le terrorisme a profondément blessé les États-Unis, mais cette blessure, habilement exploitée, est en train de leur servir à simplifier le monde, à le réordonner, à aménager leurs intérêts » (cf.p.59).Ce que veulent les idéologues du Consensus de Washington c\u2019est obtenir « le plus rapidement possible, la liquidation de toute instance régulatrice, étatique ou non, la libéralisation la plus totale et la plus rapide de tous les marchés (des biens, des capitaux, des services, des brevets, etc.) et l\u2019instauration à terme d\u2019une Stateless Global Governance, d\u2019un marché mondial unifié et totalement autorégulé » (cf.p.63-64).Autrement dit, la Loi du marché est au-dessus de toutes les valeurs qui fondent d'autres lois.Comment se comportent les prédateurs qui annexent le monde à leur profit ?« À partir d\u2019un certain volume d\u2019affaires, les dirigeants d\u2019un empire financier, d\u2019une société transcontinentale ne peuvent se permettre d\u2019agir selon la morale.Leur progression constante, la survie et la constante extension de leur empire exigent une conduite totalement amorale » (cf.p.103) (.) Les prédateurs ne se rattachent à aucune école de pen- 130 sée, ne plongent leurs racines dans aucune aventure collective, ne connaissent pas d\u2019horizon historique, ne concluent d\u2019alliances qu'avec leurs congénères et sont totalement dépourvus de motivations - si ce n\u2019est le goût du pouvoir et de l\u2019argent.(.) Ce sont des êtres perdus » (cf.p.116-117).Selon Mitchell Kertzman, grand connaisseur des oligarques nord-américains, la devise « Tuer ou être tué, dévorer ou mourir » (cf.p.93) s\u2019applique autant à Bill Gates (Microsoft) et Larry Ellison (Oracle), les deux hommes les plus riches de la terre, qu\u2019aux dirigeants sans scrupules d\u2019Enron.Dans cette guerre d\u2019une violence encore jamais égalée, les prédateurs sont mus par « l\u2019avidité furieuse du succès, du profit maximal, de la puissance » (cf.p.95) et ces fortunes ainsi amassées proviennent de l\u2019argent du sang (blood-money).Il faut dire que les célèbres sweat-shops sont loin d\u2019être une exclusivité et une spécialité nord-américaines.Les Européens et plus particulièrement les Suisses profitent du pillage des États du tiers-monde, grâce au secret bancaire, à la libre convertibilité des monnaies et à l\u2019évasion fiscale.La privatisation du monde affaiblit les États, mine la société politique.La globalisation, c\u2019est le terrorisme au quotidien par les menaces de représailles économiques, la destruction du secteur public, la destruction de la liberté de l\u2019homme et des sociétés humaines, l\u2019anéantissement de la citoyenneté et la dévastation de la nature.Il existe une myriade de cas de destructions irréparables infligées par les prédateurs à la nature, avec la complicité de politiciens corrompus qui saignent leur peuple et empochent l\u2019argent de l\u2019aide internationale dans des paradis fiscaux.Cette partie du livre en détaille plusieurs pour réveiller les consciences. i3i Dans la troisième partie, Ziegler attaque les mercenaires de la mondialisation, souvent invisibles et dispersés.À l\u2019OMC, par exemple, ce sont, en principe, les représentants des États qui négocient.En réalité les négociations sont menées en sous-main par les deux cents plus puissantes sociétés trans-nadonales qui dominent l\u2019économie.Ziegler attire notre attention sur l\u2019accord TRIPS, qui permet aux transnationales de contrôler la fabrication et les prix des médicaments.Cet accord est mortellement dangereux pour la biodiversité et pour les méthodes de production traditionnelles des communautés du tiers-monde.Il prive les pays producteurs des ingrédients de base des médicaments de l\u2019accès à ces médicaments, trop coûteux pour leurs moyens.C\u2019est ce que Susan George du mouvement ATTAC appelle la « biopiraterie » (cf.p.189).D\u2019autres accords et organismes et même l\u2019Organe de règlement des différends (ORD) sont énergiquement dénoncés.Les traités sont si volumineux et compliqués qu\u2019ils nécessitent l\u2019embauche d\u2019experts et de firmes d\u2019avocats hautement spécialisés pour les interpréter, ce que les pays pauvres ne peuvent bien évidemment pas s\u2019offrir.Les postes de direction sont occupés par des économistes formés dans les pays riches qui se cooptent entre eux et contrôlent les orientations dans l\u2019intérêt exclusif du marché souverain.Les pays du Sud sont obligés de s\u2019ouvrir au libre-échange, c\u2019est-à-dire aux produits des pays du Nord, et les pays du Nord pratiquent une forme de protectionnisme déguisé sous forme de normes et de brevets, particulièrement frappants dans le domaine de l\u2019agriculture.La « Banque pour la reconstruction et le développement » plus souvent appelée Banque mondiale, c\u2019est-à-dire la Banque de 132 la mondialisation, cache sous les flottements d\u2019une philosophie de façade des stratégies qui ne développent que le modèle néo-capitaliste.Le fonctionnement du FMI reflète exactement cet état de fait : les 183 États membres votent chacun selon leur pouvoir financier respectif.Un dollar, un vote ! Le vote des États-Unis, évidemment, pèse très lourd, mais quarante-neuf pays n\u2019ont même pas leur mot à dire ! La remise de la dette aux pays pauvres se discute en termes « niveau supportable » égal à 150 % des exportations (cf.p.225) ! La catastrophe financière de l\u2019Argentine ruinée par les exigences d\u2019une dette en expansion galopante est un exemple d\u2019autant plus éloquent que ce pays était autrefois prospère.La tutelle du FMI l'a mené à la ruine.Au Brésil, le FMI oblige à vendre les entreprises d\u2019État rentables pour payer les intérêts de la dette.La pauvreté et la violence sont omniprésentes, pas seulement dans les films ! Pour ajouter l\u2019injure à l\u2019insulte on parle désormais des populations non rentables ! 10 % de la population mondiale, concentrée surtout en Afrique en Asie, dans le Pacifique et les Caraïbes.Quatre exemples de pays hyper endettés, le Niger, la Guinée, la Mauritanie et la Zambie montrent les dégâts engendrés par les PAS (plans d\u2019ajustements structurels) imposés par le FMI (cf.p.245-268) ! Comment briser un tel aveuglement ?« Que faire pour préserver les valeurs humaines de solidarité, de justice sociale, de disposition de soi, comment s\u2019y prendre pour empêcher l\u2019homme de régresser ?» (cf.p.279).On pourrait fonder quelque espoir dans la revalorisation de l\u2019État républicain démocratique, et de l\u2019ONU en tant qu\u2019in- 133 carnation de la conscience publique internationale.La BM et le FMI relèvent de l\u2019ONU et non de l\u2019OMC qui n\u2019en fait pas partie.À l'heure où la main invisible du marché va jusqu\u2019à détourner à son service les agences de l\u2019ONU, seule l\u2019émergence d\u2019une nouvelle société civile planétaire pourra dénoncer la coalition antiterroriste de George W.Bush qui criminalise toute opposition à sa mondialisation.Cette nouvelle société doit remettre à jour la pertinence et la nécessité d\u2019une véritable social-démocratie.Elle doit permettre à l\u2019individu de revenir au principe de générosité, un mélange de passion et d\u2019action pour mener la lutte.On sent chez Ziegler une profonde influence de la culture chrétienne et de la théologie de la libération.À l\u2019individu fonctionnalisé, esclave de la machine du marché qui exige l\u2019élimination des concurrents doit succéder une personne consciente à la fois de son appartenance à la communauté et de sa différence légitime.La révolte gronde contre le nivellement par le marché au service du capital, et la résistance s\u2019organise sur six fronts différents : les manifestations comme le Forum social de Porto Alegre (janv-fév.2002), le mouvement des paysans sans terre du Brésil [Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (MST)J, les marches internationales des femmes de 1995-1999 inspirées par la FFQ (Fédération des femmes du Québec) sous l\u2019égide de Françoise David, la résistance culturelle des peuples autochtones et des société traditionnelles pré-capitalistes, les mouvements écologistes et, finalement, certaines ONG, comme ATTAC qui a mis de l'avant la taxe Tobin, sur les mouvements de capitaux, ou le mouvement chrétien « Jubilé 2000 » pour l\u2019abolition de la dette extérieure des pays du tiers-monde. 134 Ces 6 fronts constituent un « Internet vivant » pour le développement d\u2019une conscience régionale et locale.« On ne peut déconstruire.que si on est dépositaire d\u2019une mémoire, d\u2019un imaginaire et d'une identité sûrs » (cf.p.313).Les armes de la lutte sont « la revendication de l'impératif moral qui sommeille en chacun de nous » (cf.p.315).Il faut briser le silence de l\u2019empire du capital mondialisé qui impose sans convaincre, qui est partout et nulle part.Il faut proposer une alternative là où il se manifeste, c\u2019est-à-dire lors des réunions du G-8, Conférences de l\u2019OMC, assemblées annuelles du FMI, etc.Depuis le dernier Forum social mondial, la nouvelle société civile planétaire se structure et s\u2019organise.Les grandes marches, comme celles des Noirs aux États-Unis avec Martin Luther King, ont toujours marqué l\u2019histoire « c\u2019est une expression collective deforce.depuis Moïse » (cf.p.325)- H faut bre tout ce chapitre pour voir se tisser peu à peu le fil de cette société civile planétaire qui déjà dérange les prédateurs.Ziegler termine son livre avec une Ode au Brésil, intitulée La terre et la liberté qui présente le Movimento sem terras comme un grand laboratoire d\u2019idées, une immense force de mobilisation et un contre-pouvoir devenu incontournable.La nouvelle société civile planétaire est en marche.rien ne doit l\u2019arrêter.elle luttera pour un autre monde tant et aussi longtemps que la justice, l\u2019égalité, la dignité et la liberté des peuples seront mises en cause.Quel sera son visage ?Nul ne le sait ! Jean-Louis Bourque 135 PIERRE VADEBONCŒUR Le pas de l'aventurier, À propos de Rimbaud, Montréal, les Presses de l'Université de Montréal, 2003,118 p.(Prix Études françaises).Rimbaud naît en 1854.Très tôt il se consacre à la poésie.À dix-neuf ans, il publie Une saison en enfer et à vingt ans un autre recueil, Illuminations, qui feront de lui un des poètes les plus importants du XIXe siècle.Puis il abandonne la poésie, voyage en Europe, part en Afrique en 1880.Il revient en France en 1891 pour y être amputé d\u2019une jambe et y mourir.Pourquoi Rimbaud a-t-il rompu avec la littérature ?C\u2019est la question que tous les amateurs de Rimbaud, et ils sont nombreux, ne cessent de se poser.Et voilà que Pierre Vadeboncœur à son tour se met de la partie.Il fallait s\u2019y attendre de la part d\u2019un homme qui depuis des années s\u2019interroge sur le sens de la littérature, de la peinture, de l\u2019art en général.Fidèle à sa démarche coutumière, Vadeboncœur ne recourt pas à une approche théorique, ou systématique.Il se place dans l\u2019œuvre, il considère la démarche de Rimbaud et tente de la comprendre en s\u2019aidant de ses connaissances et de sa culture, qui sont immenses.Il évoque Duchamp, les surréalistes, Verlaine, Miron, d\u2019autres.Vadeboncœur n\u2019explique pas la littérature, ne la critique pas, il la pratique.Rimbaud présente sa rupture par une phrase péremptoire : « Je ne m\u2019occupe plus de ça ».Le ffl, c\u2019est la poésie, l\u2019art, la littérature.Il y a du mépris dans cette formule, remarque Vadeboncœur.La littérature, quelle futilité ! L\u2019art promet ce qu\u2019il ne peut donner.« Les raisons suprêmes existent, mais elles n\u2019appartiennent pas à la littérature » (p.15).Contre la 136 futilité, Rimbaud choisit la « réalité », « le fait à tout prix », l\u2019aventure, le commerce.Mais on peut voir les choses autrement, poursuit le commentateur.La rupture, chez Rimbaud, elle était là dès le début, dans la vie et l\u2019œuvre de Rimbaud.Rupture avec le romantisme, rupture avec l\u2019éloquence, rupture avec l\u2019époque, rupture avec soi-même.Mais toutes ces raisons sont insuffisantes.L\u2019aventure de Rimbaud, comme n\u2019importe quel fait d\u2019art, « provoque indéfiniment le sens sans livrer de réponse » (p.43).Et d\u2019ailleurs, Rimbaud lui-même ne savait probablement pas pourquoi il rompait.Vadeboncœur remarque que le cœur, l\u2019humain sont étrangers à cette œuvre.Ce qui me semble très juste.Rimbaud, un banni, dit-il.Et je dirais un écorché vif.Il a voulu dérober le feu du ciel et a été repoussé.Devant Rimbaud, dit Vadeboncœur, on aurait tort de se « sentir timide et inhibé ».« Il faut être libre, avoir des préjugés, n\u2019en pas avoir, anticiper sur l\u2019idée, risquer facilement ce qui vient à l\u2019esprit, car quelque chose de cela rejoint, c\u2019est probable, une facette, un fragment du secret qu\u2019il y a dans une poésie qui naturellement garde ce secret-là ou bien attend indéfiniment de le livrer sans que jamais cela soit possible » (p.91).Je cite un peu longuement pour donner au lecteur une idée de cette prose toute en nuances, investigatrice.Pour m\u2019autoriser moi-même à proposer ma propre lecture de Rimbaud.Le Je est très important dans Rimbaud.Le poète voudrait réinventer le monde, se poser au principe de tout.Rimbaud n\u2019est pas un artisan, un fabricant, comme les Parnassiens.Il a écrit des poèmes parnassiens qui sont excellents.Il s\u2019est détourné de cet exercice.Rimbaud est un inspiré, pas 137 comme Victor Hugo qui invente des formes grandioses, Les Misérables, La Légende des siècles.Pas comme Lamartine qui chante sans s\u2019arrêter.Rimbaud tente toutes sortes d\u2019expériences.Il est emporté par l\u2019Esprit.Il ne sait pas ce qu\u2019il est, il n\u2019est pas ce qu\u2019il pense.Il est un autre.Il est un inspiré qui fait tout éclater, la phrase, la poésie, la langue.Il veut tout recommencer, réinventer la monde.Une espèce de mystique barbare qui poursuit une expérience qui devient insupportable.La pratique de la littérature réveille, stimule, exaspère le besoin d\u2019absolu.Si je ne suis pas Dieu, ça ne vaut pas le peine ! Or, je ne suis pas Dieu.Fermons les yeux et plongeons tête baissée dans l\u2019aventure.Rien comme le commerce pour endormir son homme, pour rendre inconscient, pour faire taire les voix intérieures.Rimbaud se retire au désert.Quoi qu\u2019il en soit de mes élucubrations, Le Pas de l\u2019aventurier intéressera tous ceux qui aiment Rimbaud, et permettra de saisir un peu plus, peut-être, les raisons secrètes qui portent l\u2019œuvre de Pierre Vadeboncœur.Paul-Émile Roy LOUISE BIENVENUE Quand la jeunesse entre en scène, L'Action catholique avant la Révolution tranquille, Boréal, 2003, 291 p.Avec cette monographie sur l\u2019Action catholique avant la Révolution tranquille, l\u2019historienne Louise Bienvenue entend présenter une introduction complète aux mouvements d\u2019Action catholique spécialisée qui ont animé la jeunesse canadienne-française de 1930 à 1950.Malgré la multiplication des publications sur le sujet au cours des dernières 138 années, cette introduction demeurait nécessaire.D\u2019abord pour les néophytes et les non-historiens (dont nous sommes) qui, animés d\u2019une honorable paresse, préfèrent toujours voir rassemblés les principaux faits dans un même livre, de manière à pouvoir participer aux grands débats historiographiques sans avoir à subir l\u2019épreuve de l\u2019archive.Livre nécessaire, d\u2019autant plus que l\u2019intérêt pour les « phénomènes générationnels » est de prime abord mystérieux : Les historiens hésitent encore à considérer l\u2019âge et la génération comme des facteurs pertinents de la dynamique sociale, préférant fixer leur attention sur des variables sans doute moins évanescentes comme les classes sociales, les groupes ethniques ou le genre, (p.8) Dans le contexte québécois, la chose semble pourtant nécessaire.Elle est la conséquence directe de l\u2019entreprise de déconstruction du mythe révolutionnaire tranquille : Longtemps négligés par la communauté historienne, ces mouvements d\u2019Église, naguère taxés en bloc de conservatisme, suscitent, depuis environ une décennie, un véritable engouement.De plus en plus spontanément, on leur accorde une place de choix à l\u2019intérieur de ce qu\u2019une nouvelle génération de chercheurs a appelé « le chaînon manquant » du récit épique de la Révolution tranquille, (p.18) Dans l\u2019histoire du Québec, les boomers n\u2019ont donc plus le monopole de la rupture : les années i960 et îgyo ne constituent pas, nous l\u2019avons vu, le moment zéro de l\u2019affirmation publique de la jeunesse (p.256), mais bien la poursuite d\u2019une rupture amorcée par les mouvements d\u2019Action catholique au début des années trente et dont l\u2019étude permet aujourd\u2019hui le renouvellement et l\u2019élargissement du récit de l\u2019accès du Québec à sa modernité, (p.18) Mis sur pied au début des années 1930, au cours de la grande crise et dans le but d\u2019encadrer la jeunesse catholique canadienne, les mouvements d\u2019Action catholique spécialisés 139 formeront bel et bien une entreprise générationnelle.Louise Bienvenue s\u2019intéresse aux quatre principaux mouvements : la Jeunesse ouvrière catholique (JOC), la Jeunesse étudiante catholique (JEC), la Jeunesse agricole catholique (JAC) et la Jeunesse indépendante catholique (JIC).La période étudiée s\u2019étend de 1930 à 1950, date à partir de laquelle les mouvements d\u2019Action catholique spécialisés subiront un sérieux déclin.Pensés pour compléter le travail de l\u2019Action catholique de la Jeunesse canadienne (ACJC), les nouveatix mouvements se veulent « spécialisés », c\u2019est-à-dire adaptes à leur milieu et, par définition, plus efficaces dans le cadre de la société moderne spécialisée : Au début des années 1930 toutefois, la vieille ACJC semble éprouver de plus en plus difficultés à se poser comme une représentante crédible de la jeunesse canadienne-française.Son credo nationaliste, appuyé sur la notion de survivance, a du mal à susciter l\u2019enthousiasme de la nouvelle génération, qui doit affronter les réalités urbaines et industrielles et qui est surtout touchée par des problèmes économiques concrets liés à la dépression, (p.31 ) En offrant à leurs membres des services adéquats, en sortant du milieu traditionnel des collèges classiques, les nouveaux mouvements parviennent rapidement mobiliser une jeunesse délaissée par les structures d\u2019intégration traditionnelles.D ?Pour les leaders de la nouvelle génération, la rupture face aux « vieux mouvements », la création d\u2019un catholicisme renouvelé, signifie également la rupture par rapport à la politique.Avec les nouveaux mouvements spécialisés, surgit une tension que le clérico-nationalisme avait longtemps passé sous silence, la tension somnolente entre le catholicisme et la nation : C\u2019est bien autour de la question des rapports entre « action catholique » et « action nationale » que se déchi- 140 rent les intervenants, (p.ig) Pour les leaders des mouvements d\u2019Action catholique spécialisés, la disjonction entre la nation et la religion est désormais un mot d\u2019ordre.Ceux-ci répondent en partie à la directive de Pie XI qui, face aux tensions qui animent l\u2019Europe, exige la dépolitisation de l\u2019Action catholique.Malgré la réticence de l\u2019ACJC et des groupes nationalistes à dissocier le religieux du national, la directive sera appliquée jusqu\u2019à la fin par les mouvements spécialisés, qui comprennent rapidement que cette dépolitisation officielle des associations de jeunesse catholique, dans les années 3930, [est] le prix à payer pour l\u2019obtention d\u2019une plus grande autonomie.(P- 7°) Les leaders des mouvements spécialisés posent donc leur action en dehors de la politique, désormais reléguée au monde de l\u2019impur et du croupissement.Louise Bienvenue commente : Dans les années 3930 particulièrement, qui sont celles de la condamnation de la politique politicienne et de la glorification du social comme lieu d\u2019intervention supérieur, le discours des mouvements se résume ainsi : « aux vieux la politique, aux jeunes, le social ».(p.83) Le renouveau catholique implique la création d\u2019une sphère non compromise, d\u2019une sphère vierge où il ne sera plus question de soumettre la personne humaine à l\u2019entité supérieure qu\u2019est la Nation, (p.3) Au contraire, l\u2019Action catholique a le devoir de se situer au-dessus des écoles particulières dépensée nationale ou politique.(p.179).La nouvelle sphère d\u2019action ne sera donc pas le politique, mais bien le social.Non pas le monde de la loi, mais celui de l\u2019engagement total.Les mouvements spécialisés deviennent peu à peu le lieu par excellence de l\u2019observation, notamment grâce à la méthode du « Voir-Juger-Agir », une invitation directe à l\u2019étude des réalités sociales, (p.15).À travers cette nouvelle sphère, la jeunesse acquiert une vocation universelle : Il 141 revient donc à la jeunesse, par ses mouvements volontaires, de mener la lutte pour la régénérescence morale et sociale, (p.76) Par la découverte du social, les leaders des mouvements spécialisés découvrent un monde où la personne moderne pourrait se réconcilier avec elle-même.Ce monde n\u2019est pas celui de l\u2019économie capitaliste qui broie les solidarités et s\u2019attaque à la dignité même de l\u2019homme.Il n\u2019est pas non plus celui de la tradition, de la fidélité au passé.Au contraire, la nouvelle jeunesse se tourne vers l\u2019avenir, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle est cosmopolite et internationaliste par principe : Elle [la vraie Jeunesse] est plutôt citoyenne du monde, sans œillères, résolument inscrite dans la modernité et ouverte au progrès.(p.201) Elle est avide de différence, avide d\u2019explorer les possibles extérieurs et de rompre par rapport à l\u2019autorité de la tradition en laquelle, de toute manière, plus personne ne croit.Louise Bienvenue nous raconte les aventures de cette jeunesse voyageuse, les péripéties dans les vieux pays de Gérard Pelletier, Claude Ryan ou Jeanne Sauvé, elle nous raconte cet engouement pour l\u2019international [qui] contraste avec la distance, toujours maintenue depuis la fondation des mouvements, par rapport à la cause nationaliste (p.22).Le langage catholique devient soudain celui de la vie, de l\u2019intériorité et, puisqu\u2019il faut bien dire le mot, de l\u2019authenticité : Par opposition à un catholicisme déphasé, purement extérieur et formel, les mouvements spécialisés prétendent donc incarner la « vraie » jeunesse catholique (p.126).Les leaders des mouvements spécialisés trouveront chez les penseurs personnalistes français un appui théorique de taille pour penser leur stratégie de rupture et pour formaliser un projet total à l\u2019attention du chrétien : les penseurs de la philosophie « personnaliste » leur sont d\u2019un grand secours afin d\u2019imaginer des solutions au mal de l\u2019individu moderne, cet être déraciné, automate et livré à une société de plus en plus matérialiste.(p.246).Puisque le 142 mal moderne est complet, la solution ne peut être que révolutionnaire.Il faut un retour intégral de la personne, la mise sur pied de nouvelles solidarités sociales autour d\u2019un catholicisme vrai, porté par une jeunesse véritable : Le slogan « entre eux, par eux, pour eux » n\u2019était pas une formule creuse pour les mouvements spécialisés qui considéraient que chaque milieu de vie, même le plus défavorisé, devait se prendre en charge lui-même et former ses propres leaders (p.51).L\u2019utopie autogestionnaire ne serait donc pas une innovation de la République des Beaux-Arts, du retour à la terre ou du Forum mondial de Porto Alegre, elle ferait plutôt partie de notre imaginaire collectif depuis l\u2019écroulement des modes de socialisation traditionnels.1=1 ?a a La stratégie de rupture générationnelle, geste par excellence d\u2019émancipation, refus unilatéral de l'hétéronomie des contenus culturels, serait donc elle-même une forme culturelle durable, inlassablement reproduite par l\u2019absence de transmission ?C\u2019est ce que semble insinuer Louise Bienvenue.La thèse la plus intéressante de l\u2019auteure demeure pourtant peu développée : Ce regard porté sur la jeunesse d'avant la Révolution tranquille témoigne aussi de certaines similitudes troublantes entre la jeunesse d\u2019hier et celle d\u2019aujourd\u2019hui (p.256).Le mot à retenir est bien sûr le mot « troublant ».Si on peut voir dans la génération personnaliste de l\u2019Action catholique le chaînon manquant de la modernisation québécoise, il faut garder à l\u2019esprit que ce n\u2019est pas dans la succession des chaînons que se trouve la signification de la chaîne.Comme pour la philosophie kantienne, l\u2019appréhension d\u2019une série en tant que série est un geste distinct de l'appréhension de ses éléments. M3 La jeunesse personnaliste, la jeunesse marxiste, la jeunesse altermondialiste, l\u2019analogie est effectivement troublante.À chaque génération, c\u2019est la permanence de l\u2019utopie, la permanence des mouvements de pensée esthétisants et compensatoires.N\u2019est-ce pas là que se trouve la continuité derrière le défilement des générations ?La jeunesse personnaliste proposait un rapport non contraignant à la tradition, à la culture ; la jeunesse marxiste, un rapport non contraignant à l\u2019économie et au social, la jeunesse altermondialiste, un rapport non contraignant à la démocratie et à la politique.Or, l\u2019identité, l\u2019économie et la politique n\u2019existent pas en dehors des rapports de contrainte.Penser la soumission de ces rapports à la loi, dans l\u2019existence politique d\u2019une communauté légitime, voilà la tâche du simple démocrate.C\u2019est précisément cette tâche qu\u2019ont fui les mouvements spécialisés.C\u2019est précisément elle qu\u2019il nous reste à accomplir.Contrairement à ce que soutient Christian Roy, le personnalisme ne peut donc pas être défini comme une uchronie, c\u2019est-à-dire comme une utopie n\u2019ayant pas fait l\u2019épreuve de l\u2019histoire.Au contraire, comme le communisme, le personnalisme a subi un échec historique, échec qui était inscrit dans sa nature même en tant que mouvement de pensée totalisant.Dans un cas comme dans l\u2019autre, c\u2019est le projet d\u2019une formation totale de la jeunesse, qui ne soit pas orientée vers les seuls impératifs économiques et instrumentaux mais qui vise le développement de l\u2019ensemble des dimensions de la personne (p.256).Dans les deux cas, c\u2019est l\u2019horizon d\u2019un homme qui se délivre de l\u2019autorité du passé, sans pour autant passer à une communauté politique nécessairement contraignante.Dans les deux cas, c\u2019est la tentative d'instituer la vie collective en dehors de la sphère de la tradition, sans pour autant s\u2019embarrasser dans la sphère politique.D\u2019où le volontarisme exacerbé qu\u2019affichent les leaders des mouvements d\u2019Action M4 catholique spécialisés.D\u2019où l\u2019importance accordée au dévouement et à la bravoure, d\u2019où la moralisation excessive de toutes les sphères de l\u2019existence, d\u2019où la multiplication des distinctions entre les membres sains (les vrais jeunes, les vrais catholiques, les gens vraiment engagés dans leur milieu) et les membres malsains (les adultes, les faux jeunes, les politiciens, les nationalistes, les fainéants) de l\u2019organisme social.C\u2019est la distinction entre le pur et l\u2019impur, qui survient inévitablement lorsque l\u2019utopie prétend à l\u2019institutionnalisation.Derrière cette conduite a-politique, se trouve également une conduite blasphématoire.Le blasphème qui surgit toujours lorsqu\u2019on oublie la finitude de l\u2019homme et le mal radical en lui.Certains leaders des mouvements spécialisés transposeront plus tard cette attitude a-politique et moralisatrice dans la sphère politique elle-même.Comment ne pas voir la continuité entre cette volonté d\u2019une jeunesse à s'approprier le monde, à le faire sans médiation, en dehors de la politique et en dépit des rapports de force politiques ; comment ne pas voir le lien entre ce volontarisme pathologique qui exige que les hommes soient des chrétiens complets plutôt que d\u2019honnêtes citoyens, faillibles et incapables de surmonter, par le simple jaillissement de leur foi sur le monde, les tensions inhérentes à la vie collective ; comment ne pas voir le lien entre cela, et le volontarisme ultra-libéral qui fera plus tard le succès des Claude Ryan, de Jeanne Sauvé et de Gérard Pelletier ?Comment ne pas voir là le maintien d\u2019une seule même forme de pensée radicale et malsaine ?Il ne faut pas voir dans l\u2019échec des mouvements spécialisés l\u2019échec d\u2019une génération, mais bien l\u2019échec d\u2019une élite, d\u2019une élite davantage préoccupée à se faire récupérer qu\u2019à donner au peuple un fondement politique durable.Ce n\u2019est ]45 donc pas un échec au sens esthétique, dans la mesure où ces organisations ont su donner au moins à quelques-uns de leurs membres l\u2019impression d\u2019avoir fait quelque chose de beau, d\u2019authentique.C\u2019est plutôt un échec au sens politique, dans la mesure où le but atteint (la socialisation au niveau nationale d\u2019une élite catholique relativement progressiste) n\u2019a aucune commune mesure avec le but fixé (le renouvellement de la société à partir de la personne réelle, engagé dans son milieu).Sur le plan artistique, c\u2019est toujours la beauté du geste qui compte.Sur le plan politique, on s\u2019intéresse aussi aux conséquences de l\u2019action.Un peu comme François Ricard nous avait donné le portrait tragique d\u2019une génération lyrique, Louise Bienvenue nous trace le portrait tragique d\u2019une génération qui s\u2019auto-socialise avant de s\u2019autodétruire.De ce point de vue, il s\u2019agit bel et bien du chaînon manquant d\u2019une chaîne manquée.Car cette liberté totale des générations à toujours tout recommencer à zéro, à toujours se socialiser soi-même, en dehors de l\u2019autorité menaçante de tout ce qui vient avant, en dehors de l\u2019autorité menaçante de la loi, apparaît bel et bien comme la pire des servilités.Le mal est grave, le diagnostic doit être univoque : cette expérience de pensée est pathologique.C\u2019est la fùite dans l\u2019utopie et le refus du politique.Benoît Dubreuil 146 LIVRES REÇUS Jean-Claude Picard Camille Laurin, l\u2019homme debout, Boréal, 2003, 561 p.Michel Venne (dir.) Justice, démocratie et prospérité, l\u2019avenir du modèle québécois, Québec-Amérique-CRÉQC, 254 p.Marcel Deschênes L\u2019art de qui ?, Analyse et description chiffrées de ce qui nous tient lieu de marché de l\u2019art, collection essais et poémiques, Éditions Varia, 2003, 177 p.Mens, revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française, automne 2003, volume IV, numéro 1,176 p.Robin Philpot Ca ne s\u2019est pas passé comme ça à Kigali, Les Intouchables, 2003.Ménard Sylvie Des enfants sous surveillance, La rééducation des jeunes délinquants au Québec (1840-1950), vlb éditeur, 2003, 254 p.Louis Cornellier À brûle-pourpoint, Interventions critiques, Septentrion, 2003, 132 p. Jean Ferguson L\u2019Algonquin Gabriel Commandant, Biographie romancée d\u2019un pionnier de l\u2019Abitibi, Septentrion, 2003, 372 p.Jean-Jacques Simard La réduction, l\u2019autochtone inventé et les Amérindiens d\u2019aujourd\u2019hui, Septentrion, 2003, 430 p.Pierre Dubuc L\u2019autre histoire de l\u2019indépendance, Éditions Trois-Pistoles, 2003.Solange Hamel Les Patriotes oubliés de la Montérégie, 1837, Collection Patrimoine, Éditions de la Paix, 2003, 136 p.Jacques B.Gélinas Le virage à droite des élites politiques québécoises, Écosociété, 2003, 247 p.René Boudreault Du mépris au respect mutuel, Clefs d\u2019interprétation des enjeux autochtones au Québec et au Canada, Écosociété, 2003, 224 p.Michel Venne, Sous la direction de L\u2019annuaire du Québec 2004, Fides, 2003,1006 p.Stéphane Paquin Paradiplomatie identitaire en Catalogne, Presses de l\u2019Université Laval, 2003, 132 p. 148 COURRIER DES LECTEURS LE LAC SAINT-PIERRE « DÉCORÉ » PAR LA DÉFENSE NATIONALE Malgré les protestations, le ministère de la Défense nationale a fait installer à grands frais une très longue série de bouées en métal jaune voyant portant inscription DANGER qui dévisage un site de la Réserve mondiale de la biosphère.Ces dangers à la navigation sont présents strictement dans le but de protéger le ministère contre des poursuites éventuelles advenant un accident causé par la présence d\u2019obus dans ce paradis environnemental.Pendant plus de cinquante ans, la défense nationale a saccagé ce bijou qu\u2019est le lac Saint-Pierre en l\u2019utilisant pour expérimenter et vérifier des projectiles, obus, et munitions de toutes sortes en tirant dans le lac.On est même allés jusqu\u2019à tirer sciemment des projectiles chargés d\u2019explosifs mais non amorcés en sachant très bien qu\u2019ils y demeureraient enfouis dans les sédiments du lac.On n\u2019a fait aucun cas de la protection de l\u2019environnement et de la sécurité des riverains et des utilisateurs du lac sans compter les riverains en aval menacés par la dérive des glaces qui emprisonnent des obus.Le lac Saint-Pierre est tellement riche en ressources qu\u2019il a alimenté la pêche commerciale depuis des générations.Il 149 est aussi reconnu comme la capitale de la chasse à la sauvagine au Québec.La pêche sportive y est pratiquée intensément en toutes saisons de même que la navigation de plaisance, la planche à voile.et bien d\u2019autres activités nautiques.(.) Les argents investis pour cette ridicule installation de bouées minimisent les budgets disponibles pour dépolluer le lac de ces obus idiots.(.) Il existe des obus dangereux partout dans le monde où il y a eu des champs de bataille.Je ne veux pas ici minimiser les dangers de manipuler ou de déplacer un obus non explosé comme ceux qui sont bien présents dans le lac.On estime qu\u2019environ 8000 des 350 000 obus tirés dans le lac sont potentiellement dangereux.(.) Il semble qu\u2019ici on recherche à réinventer les boutons à quatre trous pour trouver une méthode bien à nous de faire le ménage.On prétend que le choc écologique serait beaucoup trop grand pour nettoyer leurs dégâts, donc il faut attendre pour trouver une invention hypothétique et augmenter le risque car les années ajoutent à la détérioration des obus les rendant encore plus fragiles.(.) Marcel Bouchard, Pierreville L\u2019AFRIQUE VICTORIENNE Ayant lu récemment des articles traitant du lac Victoria en Afrique orientale, le deuxième plus grand lac d\u2019eau douce au monde, « découvert » et dénommé ainsi par le Britannique John Hanning Speke en 1858, en l\u2019honneur de la reine Victoria, je m\u2019étonne de ce que ce lac n\u2019ait pas encore offi- 150 ciellement recouvré son ancien nom - « Nyanza » (qui signifie la « grande masse d\u2019eau ») - ou été rebaptisé.Comme les trois pays - le Kenya, l\u2019Ouganda, la Tanzanie -qui ceinturent le lac sont dirigés par des autochtones, pourquoi ne pas entrevoir la possibilité, d\u2019ici le 150e anniversaire de sa « découverte », de revenir aux sources ou de le rebaptiser du nom d\u2019une figure de proue africaine qui fasse consensus (j\u2019en suggérerais bien une, exceptionnelle, mais elle est toujours vivante) ?Il en va de même des spectaculaires chutes Victoria, en Afrique australe, « découvertes » et dénommées par le Britannique David Livingstone en 1855, qu\u2019enserrent la Zambie et le Zimbabwe, à mi-chemin entre les villes de.Livingstone et de.Victoria Falls (où gambadent à proximité les.springboks, ces sauteuses antilopes).Avant cette « découverte », déjà, les Ngunis les avaient dénommées « Mosi-oa-Tunya » (qui signifie la « fumée qui tonne »).La dénomination actuelle de plusieurs grands sites naturels africains, connue à travers le monde, apparaît comme une noire empreinte du colonialisme, mais délébile.Plusieurs pays d\u2019Afrique ayant déjà modifié leurs noms pour affirmer leur indépendance et célébrer leur histoire, pourquoi n\u2019en irait-il pas de même des sites les plus prestigieux, qui, avant la venue des colonialistes et des « grands découvreurs », étaient « pur laine » africains ?Les cinq pays en question, membres du Commonwealth, en auraient le pouvoir.Sylvio Le Blanc, Montréal (Québec) LAVOIE MARITIME Le Ier mai dernier, le gouvernement fédéral a signé une entente avec les Américains pour financer une étude conjointe dans le but d\u2019agrandir la Voie maritime du Saint-Laurent.En termes clairs, le gouvernement fédéral demande aux Québécois(es), de financer une étude d\u2019agrandissement de la Voie maritime qui aurait pour effet de diminuer de 40 % les activités du port de Montréal.(Lire Le Devoir du 4 avril 2003, p.Ai) Les conséquences d\u2019une telle réalisation seraient la perte de milliers d\u2019emplois parmi les débardeurs, les cols blancs d\u2019entreprises d\u2019arrimage, les camionneurs, les employés du Port de Montréal, etc.Ce projet de 20 milliards SUS consiste à agrandir la Voie maritime pour permettre aux nouveaux navires (Panamax) de 1000 pieds de long provenant de la haute mer, d\u2019ignorer Montréal et de se rendre directement dans les ports des Grands Lacs.Les Québécois doivent-ils payer pour un projet qui va nuire à leur économie ?Roger Fournier, président, Bloc québécois Brossard-La Prairie PUBLICISER LES DÉCISIONS FÉDÉRALES Je reçois régulièrement vos bulletins, et je les lis occasionnellement.Pas qu\u2019ils ne soient pas intéressants, au contraire, mais de toujours se faire dire que nous ne pouvons rien faire car c\u2019est la cause d\u2019un autre gouvernement, ça on le sait.Votre façon de documenter la politique québécoise influencée des décisions fédérales devient redondante et m\u2019incite à moins vous lire, car je sais d\u2019avance ce que seront vos conclusions. 152 Je ne veux pas prendre votre place, car je ne pourrais porter une opinion aussi « pointue » sur les agissements de nos gouvernants, mais par contre, je constate que nous sommes influencés par des décisions fédérales et que certaines, plus concrètes, devraient être mieux publicisées par votre organisme et tous ceux qui veulent nous conscientiser vers l\u2019indépendance ou quelque chose comme ça.La grève des techniciens de Radio-Canada en début d\u2019année a été prolongée indûment car c\u2019est le gouvernement fédéral qui s\u2019occupait de régler ce litige car le syndicat est Canadian, ÇA c\u2019est très grave et parce que c\u2019est réglé, personne n\u2019en parle plus - mais combien de personnes au Québec ont été privées d\u2019un service d\u2019information de qualité et ont dû soit attendre ou s\u2019abonner à un cablo-distributeur et donc payer des coûts supplémentaires.Pourtant, nos taxes elles sont bien perçues par ATTAWA et on paie comme tous les autres Canadians même si nous n\u2019avions pas de service.Même chose pour le problème à Vidéotron qui traîne en longueur à cause de beaucoup de mauvaise volonté de part et d\u2019autre, mais aussi à cause du syndicat qui est Canadian et qui permet à l\u2019employeur de contourner nos lois anti-briseurs de grève.On rentre si facilement dans le rang sans rien dire.Pourquoi les problèmes de santé sont si aigus dans toutes les provinces et que nous ne pouvons rien faire car le fédéral, qui empoche les surplus occasionnés par nos paiements de taxes, ne daigne le régler?Même chose pour les accords de Kyoto, qui vont favoriser l\u2019Alberta au détriment des autres provinces. 153 Et combien d\u2019autres situations du même genre devraient être soulevées et présentées dans les premières pages des journaux, soulevées par les éditorialistes, tout en vous assurant qu\u2019un suivi soit fait pour chaque situation et non pas l\u2019oublier dès qu\u2019un autre événement survient, pour qu\u2019éventuellement nous puissions prendre des décisions éclairées lorsque viendra le temps de nous affirmer.Il y aurait tellement de choses à lister qu\u2019on en finirait plus.Louise Quenneville, Laurentides La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec B 449 rue Notre-Dame, Drummondvïlle (819) 478-2510, ou 1 800 943-2519 Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal H2X 1X3 Tél.: (514) 843-8851 Télécopieur : (514) 844-6369 Le réseau de la fierté québécoise Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Souveraineté du Québec Langue fn française Tête nationale Assurance (n .Société Saint-Jean-Baptiste deI» MAURICÎE mm.Jb®«uricâ®.qc.e® dis-m&i o i-aee-œi-^sai 155 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président Pierre Noreau Secrétaire Jacques Brousseau Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers Robert Ladouceur Jean-Marc Léger Paul-Émile Roy Ex Officio Robert Laplante Secrétariat Yves Fortin Laurence Lambert MISSION Etre un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d'indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Membres Dave Anctil Pierre de Bellefeuille Mathieu Bock-Côté Jean-Jacques Chagnon Lucie Clément Benoît Dubreuil Christian Gagnon Jean Genest Colette Lanthier Jacques Martin Yves Michaud Jacques-Yvan Morin Gilles Rhéaume Michel Seymour Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Nicole Boudreau Jacques Boulay Guy Bouthillier Hélène Chénier Delmas Lévesque Pierre Dupuis Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard Jean-Charles Claveau Georges Meyers tel.: (450)449-5818 fax.: (450)449-2140 courriel : adm@marcveilleux.com Marc Veilleux Imprimeur me.Marc Veilleux, président À votre service plus que jamais ! Qualité et service assurés \u2022\tLivres ( 200 à 10 000 exemplaires ) \u2022\tManuels techniques \u2022\tListes de prix \u2022\tRapports internes \u2022\tCatalogues \u2022\tDépliants \u2022\tBrochures OPTIMUM SOCIÉTÉ D'ASSURANCE INC.Anciennement connue sous le nom de Société Nationale d'Assurance inc.425, boul.de Maisonneuve Ouest Bureau 1500 Montréal (Québec) H3A 3G5 (514) 288-8711 157 CLUB DES too ASSOCIÉS Fernand Allard Patrick Allen f François-Albert Angers Gaston-A.Archambault -(¦ Jean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron Yvan Bédard Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin y Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Henri Joli-Cœur Lucie Lafortune j' Anna Lagacé-Normand y Bernard Lamarre Denis Lazure Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin y Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost René Richard y Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier ¦)¦ Réal Trudel Cécile Vanier Claude-P.Vigeant Madeleine Voora i^rMi Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de io à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par S DM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Révision Marc Veilleux Mise en pages Jean-Marie Pesci, Atoumédia, Rawdon Impression Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville 159 INDEX DES ANNONCEURS 124 Allard & Carrière 8 Caisse d\u2019économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs 91 Cap-aux-Diamants 7 Devoir, Le 154 Mouvement national des Québécoises et Québécois 91\tOptimum, Gestion de placements 92\tOptimum placements 156 Optimum, Société d\u2019assurance 124 Rassemblement pour un Pays souverain 124 Sansregret, Taillefer et Associés 154 Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie 154 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 154 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 124 Translatex Communications + 156 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc. ABONNEMENT ÎO\t20 numéros\tnuméros Abonnement 55 $\t-\tioi$ Institution 98 $\t-\t160 $ Abonnement de soutien 150 $\t-\t250 $ Étudiants 32 $\t-\t55 $ Autres pays 98 $\t-\t160 $ Paiement par VISA accepté Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.ISSN-OOOI-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1003 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 Courriels pour joindre : - la rédaction : revue@action-nationale.qc.ca - l\u2019administration : administration@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca NATIONALE REVOIR LE CADRE STRATÉGIQUE Robert Laplonle lR *»«¦( -TW Jpw REVOIR LE CADRE STRATÉGIQUE Tiré à part du numéro de janvier 2004.32 pages POUR COMMANDER : -\tTéléphonez à nos bureaux au (514) 845-8533 pour un paiement par carte Visa (minimum 10 exemplaires) -\tou envoyez un chèque à nos bureaux : 425, boul.de Maisonneuve O.Bureau 1003, Montréal H3A 3G5 TARIFS pour 10 exemplaires : 25 $ (frais d'envoi inclus) volume XCIV numéro i JANVIER 2004 envoi de publication enregistrement N° 09113 "]
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