Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

L'action nationale, 2004-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Fini le temps des ambivalences ¦Robert La plante Éditorial 2 Articles D\u2019un référendum à l\u2019autre, ou comment tourner en rond L'impact du scrutin majoritaire sur la stratégie péquiste ¦Pierre Serré\t8 NATIONALE Les aveux d\u2019adieu de Jean Chrétien ¦Christian Cagnon La place du français en Sciences au Québec ¦Frédéric Lacroix La grande méprise 22 29 .*»$>» T \u2022 A - .M , Volume XCIV numéro 2 FÉVRIER 2004 ¦Pierre Vadeboncœur\t46 Gil Courtemanche ou Le progressisme de droite ¦ Richard Cervais\t49 La grande noirceur serait-elle devant nous ?-Jean-Marc Léger\t65 Dossier RENOUVEAU TRADITIONNEL : LES ENJEUX POLITIQUES La résurgence de la parole vivante ¦Sylvain Deschênes\t74 La démarche de Monsieur Lambert ¦Sylvain Deschênes\t85 Québécitude et musique québécoise ¦Sylvie Cenest\t108 Lire En primeur Biographie d\u2019Esdras Minville \t \t \t \t \t œi'tli': A A\\t*& * Tv sk* ' * r m *\\:.Le conte est dans la lune Marie-Claude Lord 2001 Acrylique sur masonite, 12\u201d x 16\u201d St-Denis-sur-Richelieu 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1003, Montréal (Québec) H3A 3C5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca administration® action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante ' * * *\t¦ » » * \u201c Directrice adjointe : Laurence Lambert.Comité de rédaction : Sylvain Deschênes, rédacteur et conseiller en communication ; Lucia Ferretti, professeure d'histoire; Henri Joli-Cceur, administrateur; Robert Laplante ; Lise Lebrun, animatrice communautaire; Sylvie Ménard ; Pierre Noreau.Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Monique Dumais, théologienne, Université du Québec à Rimouski ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Simon Langlois ; Anne Legaré ; André Juneau.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu 3ock-Côté.Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal ».« Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada à notre adresse ». 2 ÉDITORIAL Robert Laplante FINI LE TEMPS DES AMBIVALENCES Les fédéralistes québécois sont à ce point devenus des inconditionnels du Canada que plus rien, pas même le ridicule, encore moins l\u2019autorité des institutions québécoises, ne les empêchera désormais de tout renier de l\u2019héritage, des luttes séculaires de notre peuple.L\u2019épisode du congé de compassion en aura fait une démonstration accablante - la millième mais, hélas, pas encore la dernière.La conduite des Liza Frulla et autres personnages du même acabit n\u2019a pas manqué d\u2019illustrer jusqu\u2019à quel point les plans de carrière justifient les plus vils retournements.La conduite de Jean Charest dans le dossier des congés parentaux ne pouvait que conforter les arrivistes qui font carrière à livrer le Québec à Ottawa.Quand le Premier ministre du Québec lui-même se trouve grand sous la moquette, on ne voit plus très bien où s\u2019arrêtera la mascarade.Il fut un temps où les défenseurs du lien Canadian tentaient au moins de se donner une doctrine, de définir des principes pour tenter de dessiner les contours d\u2019un destin spécifique du Québec dans le Canada.Tout est bien révolu, la seule rhétorique du pragmatisme, quand ce n\u2019est pas la plate évocation d\u2019un sondage, leur suffit désormais pour se dresser devant l\u2019Assemblée nationale du Québec.La défense de ses compétences, le devoir moral de préserver nos institu- 3 tions et, au travers elle, la possibilité de définir nos priorités, tout cela ne pèse plus rien.Le conflit des légitimités ne repose plus désormais que sur le choc des ambitions personnelles devant lesquelles se dresse un héritage que les arrivistes considèrent comme un obstacle.Ils s\u2019auto-proclament et cela leur suffit.Les échos que leur donne le cartel médiatique fait le reste.À la veille des élections fédérales, au lendemain d\u2019un budget et d\u2019un discours du Trône qui ne laissent rien voir d\u2019autre sous la rhétorique conciliante que le parachèvement du Canada unitaire, il ne reste plus que cela : l\u2019à-plat-ventrisme et la reconnaissance du primat de la légitimité Canadian.Les tenants du Canada consentent désormais ouvertement et inconditionnellement à laisser Ottawa fixer non seulement les termes des grands choix collectifs mais encore et surtout les voies que devrait suivre le gouvernement du Québec.C\u2019est Ottawa qui désormais prétend ouvertement être le lieu où se définit l\u2019avenir du Québec.Jean Charest, toujours prêt à discuter selon l\u2019ordre du jour et l\u2019échéancier dicté par Ottawa plutôt que par les intérêts et les urgences du Québec laisse le champ libre à la succursalisation de l\u2019Assemblée nationale.Les Québécois qui font carrière au Parti libéral du Canada, les aspirants au titre de baron ethnique, tous les Jean Lapierre de la bourgade ne sont que des agents actifs de minorisation.Et ceux-là qui cherchent encore à les conforter dans des rôles de définition des intérêts du Québec travaillent à ruiner l\u2019avenir.Un peuple nié ne se métamorphose pas en minorité heureuse.Tout au plus dérive-t-il au gré des rôles qu\u2019une majorité hostile veut bien lui faire jouer.Les Denis Paradis et autres tâcherons qui ne doivent leur poste qu\u2019à Lunilinguisme des ministres qu\u2019ils servent ne sont rien d\u2019autres que des icônes 4 de folklorisation.Ils n\u2019osent même pas nous définir et prôner des positions de minorité vindicative, la seule voie compatible avec la régression ethnique qu\u2019ils servent objectivement.On ne peut servir son peuple en renonçant à défendre son nom.Les fédéralistes québécois ne servent plus que les Canadians en pavant la voie à l\u2019usurpation de légitimité.Lors de la prochaine campagne électorale, le Bloc québécois sera le seul à pouvoir l\u2019établir clairement : on ne sert bien le peuple québécois qu\u2019en affirmant son existence.Il est fini le temps des ambivalences.Il y a les Québécois et les Canadians.L\u2019État Canadian n\u2019est pas le nôtre.? r\u2014LE RENOUVEAU FEDERAL SELON RAUL MARTIN ¦\\ -ET D£LA< V CAISSE DASSURANCE -emploi \\ .ET DE - Vla nation y QUÉBÉCOISE V JRESPECT DES COMPÉ- , TENCES DU v I QUEBEC SUR LES VILLES. La passion des (*§>) Desjardins Caisse d'économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs (Québec) «(.) avec la perspective de contribuer à un Québec plus juste et plus solidaire, soutenir le développement de l'économie solidaire en misant sur l'entrepreneuriat collectif, tout particulièrement au sein des quatre réseaux, soit le syndical, le coopératif, le communautaire et le culturel.» Lanaudière 190, rue Montcalm Joliette (Québec) J6E 5C4 (450)753-7055 Sans frais : 1 866 753-7055 Télécopieur : (450) 752-5589 Québec 155, boul.Charest Est, bureau 500 Québec (Québec) G1 K 3G6 (418) 647-1527 Sans frais: 1 877 647-1527 Télécopieur : (418) 647-2051 Montréal 1 601, avenue De Lorimier Montréal (Québec) H2K 4M5 (514) 598-2122 Sans frais : 1 877 598-2122 Télécopieur : (514) 598-2496 ARTICLES Articles D\u2019un référendum à l\u2019autre, ou comment tourner en rond L\u2019impact du scrutin majoritaire sur la stratégie péquiste ¦Pierre Serré Les aveux d\u2019adieu de Jean Chrétien ¦Christian Cagnon La place du français en Sciences au Québec ¦\tFrédéric Lacroix La grande méprise -Pierre Vadeboncœur Gil Courtemanche ou Le progressisme de droite ¦\tRichard Cervais La grande noirceur serait-elle devant nous ?-Jean-Marc Léger Dossier RENOUVEAU TRADITIONNEL: LES ENJEUX POLITIQUES La résurgence de la parole vivante ¦Sylvain Deschênes La démarche de Monsieur Lambert -Sylvain Deschênes Québécitude et musique québécoise \u2022Sylvie Cenest\ti En primeur Biographie d'Esdras Minville ¦Dominique Foisy-Ceoffroy Lire les essais Livres reçus Courrier des lecteurs Index de nos annonceurs 8 Pierre Serré* D\u2019UN RÉFÉRENDUM À L\u2019AUTRE, OU COMMENT TOURNER EN ROND L\u2019IMPACT DU SCRUTIN MAJORITAIRE SUR LA STRATÉGIE PÉQUISTE André Larocque le soulignait récemment (Le Devoir, 29 octobre 2003) : en 35 ans d\u2019existence, après neuf élections, deux référendums et plus de 17 ans au pouvoir, le PQ n\u2019est pas parvenu à faire l\u2019indépendance ni même à créer les conditions gagnantes.Pourquoi ?Le scrutin majoritaire minorise les francophones, empêche la constitution d\u2019une coalition gagnante et condamne à des stratégies fondées sur la victimisation.Il en découle une véritable impuissance politique, d\u2019où les nombreux reculs subis par le Québec.Reprendre le combat pour l\u2019indépendance avec la même stratégie ne donnera pas davantage de résultats.L\u2019indépendance du Québec passe par la démocratisation de la vie politique.1.Le scrutin majoritaire affaiblit le Québec.Le jeu de puissance du PLQ Les rapports intercommunautaires sont au cœur de la politique québécoise.On ne peut comprendre la politique québécoise en faisant l\u2019économie du premier facteur expliquant les comportements électoraux et la répartition des sièges.Ce premier clivage politique est de nature linguistique et consti- * Chercheur, Ph.D.sc.politique. 9 tutionnelle, et c\u2019est sur ce clivage que se greffent les conflits de classes, de générations, de régions, etc.Cette ligne de fracture fondamentale définit les acteurs et la formulation des enjeux.Sur le territoire québécois, deux groupes d\u2019allégeance nationale différente se côtoient : les Anglo-Québécois, dont moins du quart sont d\u2019origine britannique nés au Québec et auxquels s\u2019ajoute la partie non francisée des immigrants ; et les francophones, incluant fédéralistes et souverainistes, auxquels s\u2019adjoint la partie francisée des immigrants.Le premier groupe représente 15 % des électeurs votants, est fédéraliste inconditionnel et vote massivement libéral (un vote parfaitement légitime, rappelons-le).Le second est divisé, comme l\u2019est habituellement toute majorité.Le scrutin majoritaire déforme complètement les rapports politiques entre francophones et non-francophones.Mécaniquement, les francophones, péquistes ou libéraux, voient leur poids politique s\u2019effondrer face au vote bloc des non-francophones.Des majorités péquistes suffisantes pour surmonter le vote bloc des non-francophones ne se dégagent que lorsque les effectifs francophones sont au moins quatre fois plus nombreux que ceux des non-francophones dans le Montréal métro et au moins huit fois plus nombreux dans le reste du Québec.Les circonscriptions montréalaises qui n\u2019ont pas 79 % de francophones et celles qui, hors Montréal, n\u2019en comptent pas plus de 90 % ne connaissent aucune alternance partisane : seuls des libéraux s'y font élire.Ces circonscriptions étant regroupées, ce sont des régions entières qui sont exclues des enjeux partisans et laissées à la dérive.C\u2019est pourtant dans ces milieux que les francophones sont les moins protégés politiquement et que la situation du français y est la plus fragile.C\u2019est là aussi, lorsqu\u2019ils consti- TO tuent au moins la majorité de la population, qu\u2019ils sont les plus indépendantistes.Grâce au scrutin majoritaire et au vote bloc des non-francophones, les fédéralistes francophones radicaux - les partisans à tout prix de l\u2019union canadienne \u2014 s\u2019imposent aussi au sein du Parti libéral du Québec (PLQ).Leur prédominance s\u2019exprime autant lorsque ce dernier est dans l\u2019opposition que lorsqu\u2019il est au pouvoir.Depuis au moins 35 ans, tous les dirigeants libéraux sont issus de leurs rangs.Ce même vote bloc des non-francophones garantit d'autre part la survie du PLQ lui-même.En vertu du scrutin majoritaire, seuls les partis essentiellement francophones sont menacés de disparition lorsqu\u2019ils accusent un retard supérieur à 15 % des voix chez les francophones.Le scrutin majoritaire accorde de facto un droit de veto aux fédéralistes radicaux sur tout changement impliquant les rapports intercommunautaires.Leur prédominance au sein du PLQ amène l\u2019introduction et la légitimation d\u2019idées plutôt marginales chez les francophones.Exemple parmi tant d\u2019autres mais lourd de conséquences, le détournement de l\u2019élan de libération nationale issu de l\u2019échec de l\u2019Accord du lac Meech de 1990 au profit d\u2019un référendum portant sur l\u2019accord de Charlottetown, un projet constitutionnel qui s\u2019inscrivait résolument en rupture avec la conjoncture politique d\u2019alors et les revendications historiques du Québec.Le scrutin majoritaire réduit mécaniquement l\u2019influence politique des francophones : d\u2019une majorité représentant 85 % des votants, il en fait un groupe de taille à peu près égale à la minorité, parfois plus, parfois moins. n 1.2 Le jeu d\u2019impuissance du PQ Le PLQ n\u2019est pas le seul à se conformer aux impératifs dictés par le scrutin majoritaire.Le PQ en fait autant.Sa stratégie en est profondément dépendante.Comme on le sait, le scrutin majoritaire favorise le bipartisme.Le PQ doit porter seul son option politique.Il doit par conséquent chercher à « former un gouvernement » pour réaliser son projet politique.Le PQ y parvient régulièrement, mais toujours sans disposer de l\u2019appui d\u2019au moins 50 % des électeurs.Minoritaire aux voix, il a l\u2019obligation d\u2019asseoir démocratiquement la légitimité de son projet.L\u2019obtention d\u2019une majorité d\u2019appuis à l\u2019occasion d\u2019un référendum permet de fonder la légitimité d\u2019un acte fondamental rompant avec l\u2019ordre politique canadien.En d\u2019autres mots, le scrutin majoritaire impose la stratégie du référendum.« Former un gouvernement et tenir un référendum » est un mantra séduisant mais insuffisant : il y eut quatre gouvernements péquistes mais seulement deux référendums.Pour tenir un référendum et espérer la victoire, il faut des conditions gagnantes, disposer de la certitude morale de le gagner, a fortiori après deux référendums négatifs.Cela suppose l\u2019établissement d\u2019une union sacrée qui transcende les lignes partisanes et qui parvienne à rallier les électeurs francophones fédéralistes les plus nationalistes.Aucune des stratégies péquistes utilisées jusqu\u2019à présent pour parvenir à l\u2019union sacrée n\u2019a fonctionné.Au contraire, le Québec n\u2019a fait qu\u2019enregistrer des revers politiques qui n\u2019ont cessé de rogner son autonomie politique.Premier obstacle, l\u2019impossible collaboration du PLQ.Le PQ doit compter sur l\u2019adhésion des électeurs fédéralistes les plus 12 nationalistes pour faire triompher son option.Or la prédominance des fédéralistes radicaux au sein du PLQ est telle quelle amène ce dernier et son électorat à refuser de s\u2019engager dans toute opération susceptible de renforcer les forces centrifuges.Voilà un problème de taille : une partie des troupes adverses pourrait sympathiser, mais elles se trouvent déjà rangées derrière des dirigeants hostiles en qui ils se reconnaissent davantage.Deuxième obstacle, le silence sur les rapports politiques entretenus avec l'Autre.L\u2019union sacrée aura d\u2019autant plus de chances de se matérialiser que seront mises en évidence les divergences politiques fondamentales entre communautés canadienne et québécoise.En ce sens, les échecs des Accords de Meech en 1990 et de Charlottetown en 1992 ont créé des conditions d\u2019union sacrée parce que les fédéralistes du Québec tentaient de « redéfinir » les rapports politiques entre le Canada anglais et le Québec.Malheureusement, depuis 1992, et probablement pour longtemps encore, le Québec n\u2019a plus aucun partenaire avec qui discuter.Tant les chefs fédéralistes québécois que canadiens savent que les perspectives sont bloquées.Ils fuient dorénavant comme la peste tout ce qui pourrait renforcer le sentiment autonomiste chez les Québécois.Ils prônent dorénavant l\u2019adhésion pleine et entière au cadre politique actuel.La garde baissée du PLQ convainc à tout le moins une partie de l\u2019électorat de l'inutilité de la lutte pour l\u2019indépendance et du confort du statu quo.Dans ce contexte d\u2019harmonie bien comprise qui s\u2019est installé depuis 1995, un parti voué à la sécession doit trouver une crédibilité aux yeux des fédéralistes nationalistes.En d\u2019autres termes, leur prouver qu\u2019il existe un inconfort tel qu'il faille sans plus attendre sortir de la fédération canadienne. 13 Troisième obstacle, accéder au pouvoir avec moins de 50 % des voix.Même victorieux, le PQ n\u2019est jamais parvenu à dépasser les 50 % des voix lors d\u2019élections générales - ce qui implique plus de 60 % d\u2019appuis chez les francophones.Minoritaires aux voix, les gouvernements péquistes ont tous eu l\u2019obligation de rechercher des alliances extérieures pour réaliser l\u2019union sacrée.On objectera que son option y est presque parvenue en 1995, alors que le OUI atteignait 49,4 % des voix, un résultat plus élevé que tout autre résultat obtenu par le PQ lors d\u2019élections générales.Mais le OUI de 1995 - d\u2019ailleurs le résultat d\u2019une coalition avec l\u2019ADQ -n\u2019a toutefois été obtenu que sur les cendres encore chaudes des échecs de Meech et de Charlottetown, c\u2019est-à-dire sur la base d\u2019une union sacrée créée par le PLQ à son grand dam.Bâtir une coalition n\u2019est pas chose facile en régime parlementaire : le pouvoir y est concentré à un degré extrême entre les mains d\u2019un chef de gouvernement, lui-même minoritaire aux voix.Aucun groupe de pression n\u2019accède directement au pouvoir.Tous sont refoulés à la marge et n'ont d\u2019autre choix que de promouvoir leurs seuls intérêts particuliers.L\u2019union sacrée demandée par un PQ représentant bien moins que 50 % des voix, qui se dit parti du « centre-gauche », en plus d\u2019être exigeante pour ses partenaires, n\u2019offre en contrepartie aucune participation réelle à l\u2019exercice du pouvoir.Toute union sacrée est éminemment fragile et liée à une conjoncture politique imprévisible.Quatrième obstacle, établir sa crédibilité dans l'électorat fédéraliste nationaliste.Comment être crédible auprès d\u2019un électorat qui a déjà choisi un parti fédéraliste ?Comment le convaincre de l\u2019urgence d\u2019un changement fondamental ?Pour ravir l\u2019électorat libéral le plus nationaliste, le PQ a l\u2019obligation de signifier on ne peut plus clairement son intention de jouer honnêtement le jeu politique actuel sans provoquer délibérément l\u2019affrontement.Il doit montrer qu\u2019il n\u2019est ni provocateur, ni agresseur, qu\u2019il est un partenaire raisonnable et modéré, qu\u2019il est désireux d\u2019accommoder et soucieux de respecter sa minorité.Le PQ est ainsi amené à accepter l\u2019identification et la dénonciation de « radicaux » dans ses rangs tout comme il est appelé à renoncer aux revendications politiques de la majorité dans tout ce qui touche aux relations intercommunautaires.Cette cour faite à l\u2019électorat libéral réduit les perspectives d\u2019action du PQ à la stratégie de la victimisation.Les gouvernements péquistes affirment que le Québec est modéré et qu\u2019il ne désire que prendre sa juste place.Il n\u2019est conséquemment que la victime innocente de la volonté de domination du Canada anglais.Cette stratégie de la victimisation mène à des reculs.Il est fascinant de constater combien les partis québécois refoulent hors du champ politique toutes les questions où les relations intercommunautaires sont mises en cause.Considérations politiques pour les uns, stratégiques pour les autres, le Québec est une société où on ne trouve que silences : sur la démographie et l\u2019immigration, la survie et l\u2019épanouissement de la majorité francophone, le partage des pouvoirs, la division culturelle du travail, le contrôle de l\u2019éducation, de la culture, des relations internationales, des médias.Des silences sur la démocratie municipale, la canadianisation de l\u2019Outaouais et des principales villes du Québec, etc.Par ses défaites, ses renoncements et ses mutismes, le PQ espère convaincre une partie des troupes adverses.Pour plusieurs, il s\u2019agit plutôt de déroutes, d\u2019acquiescements et d\u2019omissions qui minent sa crédibilité et sa propre cause. 15 Bref, la recherche stratégique d\u2019une empathie gagnante n\u2019a jamais permis au PQ de rassembler une majorité de l\u2019électorat derrière son projet d\u2019indépendance.En revanche, elle a bel et bien amené un ratatinement de l\u2019autonomie politique du Québec.Nul n\u2019est ainsi capable d\u2019extraire, au cours des 35 dernières années, cinq gains permanents et significatifs du Québec en matière de relations intercommunautaires qui n\u2019aient pas été combattus avec succès par la majorité canadienne (ou obtenus sans son consentement).Le statut de minorité canadienne et le partage des pouvoirs expliquent en partie cette subordination politique.L\u2019existence d\u2019une volonté politique nationale timorée, délimitée structurellement par le scrutin majoritaire, explique le reste.Le scrutin majoritaire a un prix, la mise entre parenthèses de la défense des intérêts du Québec.2.Démocratiser pour vaincre l\u2019impuissance 2.1 De nouvelles institutions démocratiques Démocratiser, c\u2019est permettre aux francophones de prendre, pour la première fois de leur histoire, une place dans l\u2019arène politique qui soit conforme à leur poids démographique.C\u2019est amener toutes les composantes de la majorité francophone à défendre les intérêts fondamentaux de leur communauté.C\u2019est redonner une voix aux francophones et mettre en place les conditions d\u2019un divorce sur simple consensus politique entre « partis québécois ».Comment ?En optant pour les institutions les plus progressistes et les plus favorables au changement.Deux éléments de base : la représentation proportionnelle - tant de voix, tant de sièges - et la séparation des pouvoirs, avec préséance de l\u2019assemblée législative sur le gouvernement. i6 Un éventuel mode de scrutin proportionnel devrait d\u2019abord traduire parfaitement les voix en sièges.Plusieurs modes de scrutin ont cette finalité : la proportionnelle compensatoire allemande, 1 intégrale néerlandaise, le modèle nordique.Toutes ces proportionnelles ont l\u2019avantage de traduire fidèlement la popularité aux voix des partis en des proportions justes de sièges.Deux de ces modèles accordent une attention particulière aux régions : l\u2019allemand et le nordique.La mixité du modèle allemand - l\u2019élection de la moitié des députés au scrutin majoritaire et de l\u2019autre moitié par scrutin de listes - a la faveur de quelques spécialistes et de quelques députés actuels.Il a effectivement l\u2019avantage de conserver le lien que l\u2019on dit « étroit » entre chaque député et son électorat.Il ne faudrait toutefois pas exagérer l\u2019importance de ce lien : l\u2019électorat vote pour les partis, non pour les candidats locaux.Les députés rendent souvent des services de fonctionnaires (comme les députés des scrutins proportionnels) qui n\u2019affectent pourtant pas les électeurs dans leur intention de vote.Une fraction importante des électeurs ne connaissent pas leur député et presque neuf sur dix ne lui ont jamais demandé quoi que ce soit (sondage rapporté dans Le Devoir, 15 décembre 2001).On pourrait même affirmer que les systèmes proportionnels servent mieux les électeurs à cet égard puisqu\u2019ils ont alors le choix parmi plusieurs députés pour acheminer leurs doléances.En réalité, si cette fonction a tellement d\u2019intérêt aux yeux des députés actuels, c\u2019est que leurs autres fonctions ont tellement décliné en importance avec la concentration du pouvoir entre les mains du chef du gouvernement et la préséance écrasante de ce dernier sur les élus.Par ailleurs, sous le mode de scrutin majoritaire utilisé dans le système allemand, les procédures de sélection des candi- 17 dats ont l\u2019inconvénient de reposer sur des forces sociales les plus monolithiques et les mieux organisées (maires et conseillers municipaux, des Chambres de commerce, des clubs de bienfaisance, de associations sportives, religieuses ou ethnoculturelles du côté libéral et adéquiste, militants du côté du PQ), et non les mieux outillées pour le travail de législateur et le rôle de surveillance du gouvernement.Sous un système québécois imitant le système électoral allemand, on peut ainsi prévoir que les fédéralistes radicaux continueront à influencer de manière marquée la sélection des candidats libéraux, qu\u2019on y retrouvera une faible présence féminine et un pâle reflet de la diversité en général.La réduction de la taille des circonscriptions électorales (puisque l\u2019on diminuerait substantiellement le nombre de députés élus au scrutin majoritaire) aurait également pour conséquence de renforcer la domination des groupes déjà mieux structurés.Le modèle nordique (Danemark, Islande, Suède), une proportionnelle régionale pour environ 80 % des élus corrigée par une proportionnelle nationale pour les 20 % restants, a l\u2019avantage d'être basé sur des listes sur lesquelles sont placés les candidats les plus valables, que l\u2019on peut par ailleurs rattacher à une région particulière (Danemark).Ce mode de scrutin offre l\u2019adéquation entre voix et sièges, un pluralisme électoral et une possibilité réelle d\u2019un personnel politique représentatif de l\u2019ensemble des segments de la société (selon le sexe, l\u2019âge, la région).Il préserve le lien entre les électeurs et non pas un député mais plusieurs, sélectionnées pour leurs compétences variées.N\u2019opter que pour des éléments de proportionnel, 30 à 40 sièges compensatoires, par exemple, diminuerait, à court terme du moins, les probabilités pour le PQ de former des gouvernements majoritaires sans entamer sérieusement i8 celles du PLQ d\u2019en faire autant.Une telle formule maintiendrait d\u2019ailleurs l\u2019ascendant exercé par les fédéralistes radicaux au sein de ce parti et produirait un système partisan avec un parti dominant, le PLQ.En la matière, la réforme du mode de scrutin doit être complète.Il ne saurait y avoir de demi-mesures.Avec une assemblée élue à la proportionnelle se pose le problème de la stabilité gouvernementale - mais non celui de la société civile : au contraire des scrutins majoritaires, le pouvoir est exercé par des coalitions représentant une majorité de l\u2019électorat.À cela, on peut répondre à tout le moins par l\u2019établissement de mandats fixes, auxquels on peut rajouter la séparation des pouvoirs et l\u2019élection séparée des élus et du chef du gouvernement.La perspective de réformes offre l\u2019occasion d\u2019établir une assemblée législative forte, avec pouvoirs étendus de nomination, de révocation et d'enquête.En prévoyant qu\u2019aucun élu ne pourrait devenir ministre, on renforce l\u2019autonomie des élus et on axe la sélection des candidats sur leurs capacités à légiférer et à surveiller les faits et gestes du gouvernement, comme ceux de tous les dirigeants des ministères, organismes et autres sociétés d\u2019État.À l\u2019heure actuelle, l\u2019Assemblée nationale n\u2019a qu\u2019un poids mineur face au Premier ministre et pratiquement aucun poids sur les décisions des grandes sociétés d\u2019État.Nul doute qu\u2019une telle assemblée serait plus apte à prendre des décisions non pas de manière purement partisane, mais d\u2019abord dans les meilleurs intérêts de la collectivité.Ses décisions auraient d\u2019autant plus d\u2019autorité qu\u2019elles s\u2019appuieraient sur de larges consensus politiques, contrairement à la situation présente : seulement deux des neuf derniers gouvernements depuis 1966 ont obtenu plus de 50 % des votes valides.Il s\u2019agit des gouvernements libéraux de 1973 et de 19 1985, qui ont rapidement connu d\u2019intenses divisions internes débouchant sur des schismes politiques importants.Quant à 2003, rappelons que le PLQ fut élu avec l\u2019appui d\u2019environ 22 % des francophones inscrits.Une telle assemblée n\u2019aurait certainement pas à se creuser longtemps les méninges pour trouver matière à légiférer en matière de relations intercommunautaires, a fortiori si les mêmes réformes s\u2019appliquaient au municipal (rappelons la mainmise exclusive et permanente du pouvoir par les forces fédéralistes à Montréal, Laval, Longueuil, Gatineau et Sherbrooke).2.2 Un fractionnement politique qui renforce la capacité de consensus En ouvrant au pluralisme, on ouvre la voie aux gouvernements de coalition et à la gouverne par consensus politique.On donne une voix aux fédéralistes nationalistes qui, souvent, n\u2019en ont aucune dans la structure de pouvoir actuelle de leur parti.Ces nationalistes sans voix ont pourtant donné naissance à deux partis politiques, le PQ en 1967-1968 et l\u2019ADQ en 1994.Ils ont amené les déchirements autour de Meech et de Charlottetown en 1990-1992 mais aussi de la loi 22 en 1974, de la loi 178 en 1989, trois crises suivies par des reculs du PLQ et une prise de pouvoir du PQ.Contre l\u2019avis des fédéralistes radicaux, l\u2019aile libérale nationaliste a amené une partie importante de l\u2019électorat anglophone à quitter le PLQ en 1976 (avec l\u2019Union nationale) et en 1989 (avec l\u2019Equality Party), tandis que l\u2019autre partie se ralliait à l\u2019orientation « nationaliste » du PLQ.Dans des gouvernements basés sur les consensus politiques, les groupes extrémistes se retrouvent rapidement isolés dans leur coin.Un Equality Party drainerait certaine- 20 ment une partie appréciable des forces libérales.Quant au fractionnement des forces souverainistes, on ne peut dire tout de go qu\u2019il affaiblirait le Québec : des souverainistes de gauche et de droite peuvent parfaitement s\u2019unir pour gouverner, ce qu\u2019ils font déjà au sein du PQ.Mais, fait nouveau, chacun se représenterait lui-même et négocierait, élément dé, sa place dans un gouvernement de coalition qui pourrait comprendre un parti fédéraliste nationaliste.La perspective d\u2019un gouvernement fédéral hostile et agressif face au Québec, lui-même issu des mêmes forces fédéralistes radicales, offre un adversaire tout désigné pour établir et raffermir des consensus politiques de plus en plus larges, se rapprochant de plus en plus d\u2019unions sacrées, préalables à des actions législatives capables de rompre avec l\u2019ordre politique canadien.Parce qu\u2019ils sont plus légitimes et qu'ils reposent nécessairement sur une majorité des voix, sous la proportionnelle, les gouvernements de coalition font apparaître, fait nouveau, la possibilité d\u2019affirmer, d\u2019agir et de vaincre.Ils ouvrent la voie vers les solidarités nécessaires au Grand saut.La voie de l\u2019avenir Pour le PQ, le choix est simple : le mythe de Sysiphe - la énième reprise du bâton du pèlerin dans l\u2019attente infinie d\u2019un improbable chef qui saura mener le peuple vers le Grand jour - ou la conquête du pouvoir politique : donner aux francophones un poids électoral équivalent à leur poids démographique (85 % des votants), faire en sorte que tous les votes comptent.Depuis l\u2019avènement du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN) et du PQ, nos institutions britanniques - d\u2019abord le scrutin majoritaire, mais aussi le régime parlementaire - sont parvenues à juguler les forces de libération nationale et à maintenir le Québec dans 21 sa situation de subordination politique.Devant le cul-de-sac actuel, il existe une alternative qui redonne aux francophones un contrôle sur leurs destinées à la mesure de leur poids démographique et de leurs ambitions.En démocratisant la vie politique, les Québécois se doteraient d\u2019une volonté politique nationale capable de faire accéder le Québec à son indépendance.? 22 ARTICLES Christian Gagnon* LES AVEUX D\u2019ADIEU DE JEAN CHRÉTIEN Lorsqu\u2019il met en sourdine son ineffable populisme, Jean Chrétien peut faire preuve d\u2019une surprenante désinvolture.On se souviendra par exemple de ce 9 juillet 1997 où, sans se douter qu\u2019un micro resté allumé captait tous ses propos au beau milieu de la grande salle de l\u2019assemblée générale des Nations unies, il confia à un homologue belge circonspect sa piètre estime pour la façon américaine de faire de la politique.« Ils vendent leur vote (.) Vous voulez que je vote pour l\u2019OTAN ?Alors n\u2019oubliez pas ce pont dans ma circonscription.C\u2019est ça qui est incroyable », déplorait le bienfaiteur de l\u2019auberge Grand-Mère, comme s\u2019il avait des leçons à donner en cette matière.Cette fois-là, l\u2019accroc diplomatique avait été accidentel.Par contre, tout au long de l\u2019automne 2003, Jean Chrétien a consciemment et progressivement baissé la garde politicienne.« J\u2019ai pas à m\u2019faire réélire.J'peux dire ce que j\u2019pense », avait-il d\u2019ailleurs lancé lors de son tout dernier déplacement officiel, au Sommet nigérien du Commonwealth à Abuja.C\u2019est manifestement ce qu\u2019il a fait au cours d\u2019une longue entrevue accordée dans le cadre du documentaire « Jean Chrétien - Jouer pour gagner », diffusée le 21 décembre dernier et que Radio-Canada qualifia à juste titre de « document-vérité ».Invité par le journaliste Patrice Roy à tracer un rapi- Président régional, Parti québécois de Montréal-Centre. 23 de bilan de ses 40 ans de carrière politique, Jean Chrétien ne peut éviter l\u2019épineux sujet de son travail de coulisse de 1990 pour torpiller l\u2019Accord du lac Meech, et de sa subséquente descente aux enfers dans l\u2019opinion publique québécoise.C\u2019est alors que se manifeste dans toute son énormité la nouvelle franchise du retraité Jean Chrétien.« Ça agaçait bien du monde au Canada anglais et ça ne représentait rien de concret.Pourquoi se battre pour quelque chose qui ne ne représentait rien de concret ?», laisse-t-il tomber.Véritables aveux d\u2019adieu, ces quelques mots sont lourds de sens.Pour bien le réaliser, faisons un bref retour en arrière.Dès la toute première mouture de la clause de société distincte, les constitutionnalistes canadiens-anglais favorables à l\u2019Accord du lac Meech se sont bousculés pour affirmer catégoriquement qu\u2019elle n\u2019aurait aucun impact sur l\u2019interprétation de la loi fondamentale du Canada.« Affirmation symbolique pour l\u2019avenir »\u2019, selon Canadians for a Unifying Constitution / Friends of Meech Lake.« Surtout honoraire ou symbolique »1 2, de l\u2019avis de Peter W.Hogg.Pour Richard Simeon, contrairement aux prétentions du gouvernement Bourassa, les tenants de l\u2019Accord considéraient que « la clause n\u2019impliquait pas de transfert de pouvoirs précis », et même que « du point de vue québécois, elle se situait bien en-deçà des objectifs proposés par tous les gouvernements modernes du Québec »3.Même après l\u2019échec de l\u2019entente, Simeon persistait à affirmer que l\u2019Accord aurait « rassuré symboliquement » le Québec et que « Meech était plus une reformulation du statu quo qu\u2019un changement radical »4.Mais le Canada anglais a nettement préfé- 1\tCanadians for a Unifying Constitution/Friends of Meech Lake, Meech Lake : Setting the Record Straight, 1990, p.8.2\tPeter W.Hogg, Meech Lake Constitutional Accord Annotated, Toronto, Carswell, 1988, p.13.3\tRichard Simeon, « Meech Lake and Shifting Conceptions of Canadian Federalism », Canadian Public Policy/Analyse de politiques, septembre 1988, p.12 (traduction). 24 rer adhérer au point de vue de Pierre Elliott Trudeau selon qui, « en particulier après que les constitutionnalistes aient discuté de préambule pendant longtemps, lorsqu\u2019on décide de ne pas mettre la « société distincte » dans un préambule, mais dans une clause d\u2019interprétation, cela ne peut vouloir dire qu\u2019une chose : on donne au gouvernement de cette société distincte des pouvoirs qu'il n\u2019avait pas auparavant »5.Bref, dans le « Rest of Canada », qu\u2019on ait été pour ou contre la clause de société distincte, tous s\u2019entendaient sur une chose : accorder au Québec le plus infime nouveau pouvoir était acceptable.Encore aujourd\u2019hui, l\u2019opportuniste Jean Chrétien se le demande.« Pourquoi se battre pour quelque chose qui ne ne représentait rien de concret ?».Mieux valait séduire les Canadiens anglais les plus farouchement opposés à tout concession, fût-elle symbolique et fédéraliste, et ainsi espérer devenir leur Prime Minister.La clause a par la suite été efficacement édulcorée par le rapport du comité Charest de mai 1990 dans l\u2019espoir de la rendre plus inoffensive encore aux yeux du Canada anglais.Cela ne sauvera pas l\u2019Accord du naufrage puisque ceux qui aujourd\u2019hui font dire à Jean Chrétien que « ça agaçait bien du monde » l\u2019emportèrent sur ceux qui étaient d\u2019avis que « ça ne représentait rien de concret ».Chrétien prétend aujourd\u2019hui qu\u2019il partageait l\u2019avis des partisans canadiens-anglais de Meech mais concède qu\u2019il trouvait plus payant d\u2019en appuyer les opposants.Quelques années plus tard, la clause de la société distincte de l\u2019Accord de Charlottetown était toujours destinée à devenir une clause interprétative de la Constitution, mais énumérait une longue liste de caractéristiques fondamentales du Canada, et minimisait par le fait même l\u2019importance 4\tRichard Simeon, « The Lessons of Meech Lake and Charlottetown », Canada Watch, mars/avril 1995, p.66.5\tPierre Trudeau, « Who Speaks for Canada ?», in Behiels (1989), p.81 (traduction). 25 accordée à la différence québécoise.En gros, le Québec était distinct à condition que toutes les provinces, incluant le Québec, soient égales et donc, non distinctes.Si de l\u2019aveu même de celui qui fut le Premier Ministre du Canada des dix dernières années, la notion de société distincte telle qu\u2019énoncée dans l\u2019Accord du lac Meech « ne représentait rien de concret », que penser de celle rendue carrément homéopathique dans l\u2019accord de Charlottetown ?En qualifiant ainsi la société distincte de Meech, Jean Chrétien avalise d\u2019abord a posteriori la décision de Lucien Bouchard de quitter le gouvernement de Brian Mulroney pour fonder le Bloc québécois.Par cette courte déclaration du 2i décembre 2003, Chrétien donne également raison aux souverainistes québécois qui, lors de la campagne référendaire de 1992, qualifiaient le concept de société distincte de « coquille vide ».En deux courtes phrases, il admet aussi implicitement que l\u2019insignifiante motion sur la société distincte, issue de son gouvernement et adoptée aux Communes le 28 novembre 1995 pour feindre de respecter sa promesse faite en ce sens lors de la campagne référendaire de 1995, n\u2019a jamais eu la moindre valeur juridique ou politique.La suite des choses l\u2019aura d\u2019ailleurs largement démontré.La dite motion avait beau prier nos bienveillants législateurs fédéraux de « se laisser guider par cette réalité » afin que jamais plus comme en 1982, les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale ne soient diminués et ses votes unanimes ignorés, le gouvernement Chrétien ne s\u2019en est aucunement formalisé avant d\u2019enfoncer dans la gorge des Québécois l\u2019Union sociale canadienne, les Bourses du millénaire, la Loi sur la Clarté, la répressive nouvelle Loi sur les jeunes contrevenants et tant d\u2019autres initiatives fédérales décriées par les trois partis présents à l\u2019Assemblée nationale.La dénégation acharnée de Jean Chrétien de quelque 26 déséquilibre fiscal que ce soit, malgré le consensus québécois, peut aussi être ajoutée à cette triste liste.Toujours par cette déclaration du 21 décembre dernier, le vil-légiateur du lac des Piles avoue également qu'à chaque fois qu\u2019il a reproché au Bloc québécois d'avoir voté contre cette motion de novembre 1995, il usait de la pire des démagogies.Celle qui se résume à prononcer des paroles qu\u2019on savait trompeuses avant même de les avoir proférées.Celle qui consiste à se mentir à soi-même en se laissant croire qu\u2019en se tirant d\u2019affaire ainsi, on a de quoi être fier.Tout comme l\u2019avait fait son mentor, Pierre Elliott Trudeau, lorsque le 16 mai 1980 au centre Paul-Sauvé, il avait mis en jeu son siège et ceux des autres députés libéraux fédéraux du Québec en promettant d\u2019« obtenir du changement » en échange d\u2019un NON, sans préciser que le changement qu\u2019il envisageait irait dans dans le sens contraire des « demandes traditionnelles du Québec ».Impossible d\u2019oublier la scène du même Jean Chrétien qui, à l\u2019automne 1992, est pourchassé par une horde de journalistes sollicitant sa réaction devant la mort annoncée de l\u2019Accord du lac Meech que Pierre Elliott Trudeau vient de descendre en flammes dans son lapidaire discours de la Maison du Egg Roll.« Qu'en pensez-vous ?», demandent-ils a capella.« J'en pense que ça passera pas », répond le prochain chef du PLC.« Mais pourquoi pensez-vous que ça ne passera pas ?», insistent les journalistes.« Parce que les gens n\u2019en veulent pas », se défile le supposé leader.« Mais pourquoi pensez-vous que les gens n\u2019en veulent pas ?», répliquent les scribes.« Parce que ça passera pas », tranche l\u2019édifiant futur chef d\u2019État, trop heureux d\u2019avoir si bien sous-traité à d\u2019autres le soin de convaincre le Canada anglais que la société distincte concédait trop au Québec pour se mouiller lui-même. 27 De Meech à Charlottetown, la quadrature du cercle que devait accomplir Brian Mulroney a chaque fois consisté à convaincre les Québécois que la société distincte était ce dont ils avaient toujours rêvé tout en persuadant le Canada anglais qu\u2019il ne s\u2019agissait au contraire que d\u2019une claque dans le dos sans effet réel sur le partage des pouvoirs.La ratification de Meech ou une victoire du OUI à Charlottetown aurait probablement compliqué la tâche des souverainistes que Chrétien a toujours combattus au Québec.Mais elle aurait bien davantage nui aux ambitions de l\u2019aspirant Premier ministre face à un Brian Mulroney triomphant.Très tôt dans sa carrière, Jean Chrétien a compris que la façon la plus simple de succéder à Mulroney était d\u2019obtenir l\u2019appui du groupe linguistique majoritaire de ce pays.C\u2019est ainsi que l\u2019homme prendra la tête de son parti, le lendemain de la mort de Meech.Ce jour-là était un 24 juin, fête nationale des Québécois dont il n'a jamais cessé de répéter que « les immigrants ont pas d\u2019affaire à Jeter ça », sous prétexte que « la Saint-Jean-Baptiste, c\u2019est la fête des Canadiens français ».Par de telles déclarations réitérées de si impénitente manière, Jean Chrétien a chaque fois démontré de façon criante que, comme le Duplessis de l\u2019après-guerre, dès le 15 novembre 1976, le « p\u2019tit gars de Shawinigan » n\u2019était vraiment plus de son temps.De toute la partie de son héritage entourant la question constitutionnelle et à la lumière de sa tardive franchise du 21 décembre 2003, une seule conclusion s\u2019impose.Sachant trop bien que la notion de société distincte proposée par l\u2019Accord du lac Meech était essentiellement symbolique, l\u2019opposition de Jean Chrétien à cette clause était strictement opportuniste.De son propre aveu, sa motivation n\u2019avait aucun lien avec son « amour du Canada » et tout à voir avec ses ambitions personnelles.Selon ses propres dires, la motion des Communes du 28 novembre 1995 reconnaissant « que le Quebec forme 28 au sein du Canada une société distincte » était authentiquement bidon.L\u2019histoire finira bien par le juger en conséquence.?-STATUT J£ SOCIÉTÉ DISTINCTE \u2022 POUR LE QUÉBEC \u2022-\tCrôJS .UES $ gQdlJTmm\t'(< BECAUSE IT WILL CHANGE E'ÆRrjyftfa m /AWîiS 29 ARTICLES Frédéric Lacroix* LA PLACE DU FRANÇAIS EN SCIENCES AU QUÉBEC Introduction Les travaux de la commission Laurendeau-Dunton dans les années soixante avaient mis en évidence une division linguistique du travail au Québec qui tendait à favoriser l\u2019anglais dans les sphères de travail plus rémunératrices et nécessitant un degré d\u2019éducation plus élevé, et laissaient une place au français d\u2019autant plus grande que l\u2019on descendait dans l\u2019échelle des salaires et des diplômes.La commission avait noté (en parlant du secteur privé) : « De tous les domaines d\u2019activités communs aux grandes entreprises, exception faite de la direction, c\u2019est dans le génie, la recherche et le développement que la présence francophone et la place du français sont les plus restreintes.Dans tout notre échantillonnage, 22 % seulement des salariés affectés à ces activités sont francophones.Moins de 10 % des ingénieurs, scientifiques et techniciens anglophones occupent des postes exigeant le bilinguisme* 1 ».Le français était quasi-absent du domaine des sciences et du génie à l\u2019époque.Ce qui faisait dire au sociologue Jacques * Ingénieur et chercheur en optique.1 Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Volume 3B, p.516, Ottawa, 1969. 30 Brazeau : « à plusieurs égards le français est une langue non employée au Canada »2.C\u2019était il y a quelque quarante ans.Quelle est la situation aujourd\u2019hui ?Quelle est la place du français en sciences3 au Québec ?Et d\u2019abord, pourquoi s\u2019intéresser à ces questions ?Laissons répondre Fernand Dumont, qui a peut-être le mieux formulé le problème : « S\u2019il est vrai que la langue française est dotée d\u2019un statut précaire dans le monde du travail lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019occupations liées à l\u2019information, donc au savoir, on jugera d\u2019autant mieux son destin en s\u2019interrogeant sur son rôle dans la communication scientifique.Il y a là une illustration extrême de notre problème, une situation limite qui peut éclairer toutes les autres ; ce qui me justifie d\u2019insister sur ce point ».4 Le statut et la présence du français en sciences peuvent servir d\u2019indicateur avancé en quelque sorte, sa régression ou son essor annonçant l\u2019évolution du français dans la société en général.Quelle est aujourd\u2019hui la place du français dans le domaine des sciences au Québec ?Posons quelques repères et quelques pistes de réflexions en nous attardant aux aspects suivants : i) Financement des universités anglophones et francophones par les gouvernements fédéral et québécois 2) La langue des demandes de subventions 3) La langue des publications 4) La langue de travail.2\t« Language differences and occupational experience », The Canadian Journal of Economics and Political Science, novembre 1958, Vol.XXIX, No 4, p.536.3\tJ'utilise « sciences » pour englober les activités et professions reliées au sciences pures et au génie telles que physicien, chimiste, biologiste et ingénieur.4\tFernand Dumont, Raisons Communes, Boréal, 1995, p.139. 31 i) Le financement des universités anglophones et francophones par les gouvernements fédéral et québécois Commençons par une banalité : Le recensement de 2001 indique qu\u2019il y a 82 % de francophones, 7,9 % d\u2019anglophones et 10,1 % d\u2019allophones au Québec (selon la langue maternelle).Ces chiffres devraient guider notre réflexion sur le financement des systèmes universitaires au Québec.Une répartition équitable des sommes entre systèmes anglophone et francophone devrait refléter la proportion relative de francophones et d\u2019anglophones.Notons que notre analyse pourrait être modifiée s\u2019il existait un réseau d\u2019universités francophones au Canada ailleurs qu\u2019au Québec et si nos calculs pouvaient ainsi se faire au niveau canadien.On pourrait alors calculer si le total des sommes consenties correspond à peu près au pourcentage de francophones au Canada (22,9 % en 2001).Comme un tel réseau n\u2019existe pasL notre analyse se circonscrira au Québec.Subventions du gouvernement du Québec En 2002-2003, le gouvernement du Québec versait 1 766 379,10 $ en financement aux universités du Québec5 6.Ce financement était réparti de la façon suivante entre les établissements : 5\tHors l\u2019université de Moncton.6\tSource : Ministère de l'Éducation du Québec (MEQ) 32 Tableau i Repartition du financement québécois SELON LES UNIVERSITÉS Université\tPourcentage du Total (%) Bishop\u2019s\t1,6 Concordia\t9.3 Laval\t16,0 McGill\t12,4 Montréal\t17,4 HEC\t4'1 Ecole Polytechnique\t3.5 Sherbrooke\t7.9 Université du Québec\t27,8 Si on fait le total pour les systèmes francophone et anglophone respectivement : Tableau 2 Répartition du financement des systèmes anglophone ET FRANCOPHONE Francophones\t76,8 Anglophones\t23,2 Nous constatons donc que les établissements anglophones sont surfinancés d\u2019un ratio de 2,9 soit presque au triple du poids démographique des anglophones au Québec.Subventions du gouvernement fédéral Le gouvernement fédéral, pour sa part, bien qu\u2019il ne possède pas de compétences en éducation selon la Constitution canadienne, versait également des sommes importantes aux universités par le biais de fondations échappant au contrôle du Parlement (la « Canadian Foundation for Innovation » ou 33 CFI).Les sommes cumulatives relatives au 25 juin 2003 versées par la CFI se chiffrent ainsi : Tableau 3 Répartition du financement fédéral selon les universités Universités\tMontant Relatif Bishop\u2019s\t0,034 Concordia\t4,28 Laval\t26,16 McGill\t28,97 Montréal\t00 cS K HEC\t0,29 Ecole Polytechnique\t7.63 Sherbrooke\t3.58 Université du Québec\t10,35 Total\t98,577 Faisons à nouveau le total pour les systèmes francophone et anglophone respectivement : Tableau 4 Répartition du financement des systèmes anglophone ET FRANCOPHONE Francophones\t65,28 Anglophones\t33.28 On constate que les anglophones récoltent 4,2 fois leur poids démographique dans les subventions du gouvernement fédéral.La différence est particulièrement évidente dans le cas de l\u2019université McGill qui dépasse toutes les autres universités au Québec au chapitre du pourcentage de fonds récoltés.7 Le reste des sommes est distribué aux CÉGEPS, que j'exclus de mon analyse. 34 Présence d\u2019étudiants canadiens non résidents dans les universités du Québec Le tableau 5 présente le pourcentage d\u2019étudiants canadiens non résidents du Québec dans les universités québécoises pour l\u2019année 2001-2002.On peut remarquer que les étudiants canadiens sont massivement présents dans les trois universités anglophones du Québec alors qu\u2019ils sont plutôt présents en doses homéopathiques dans les universités francophones.Tableau 5 Pourcentage d\u2019étudiants canadiens non résidents dans LES UNIVERSITÉS QUÉBÉCOISES8 Universités\tPourcentage de canadiens non-résidents Bishop\u2019s\t40 Concordia\t9.8 Laval\t0,7 McGill\t25 Montréal\t0.7 HEC\t0,5 Ecole Polytechnique\t0,5 Sherbrooke\t0,5 Université du Québec\t0,6 Cette présence massive d\u2019étudiants canadiens non résidents dans les universités québécoises couplée avec l\u2019écart dans les subventions accordées aux universités francophones et anglophones constitue un sujet d\u2019interrogation.Quel est le comportement de ces diplômés des universités anglophones ?Intègrent-ils le milieu québécois du travail ?8 Source : MEQ (http://www.meq.gouv.qc.ca/ens %2Dsup/ftp/Cal-def-oi02.pdf).Le calcul est basé sur le nombre d'étudiants équivalents temps plein (EETP). 35 Utilisent-ils l\u2019anglais comme langue de travail dans leur milieu de travail au Québec s\u2019ils choisissent de rester ?Vont-ils tout simplement ailleurs au terme des leurs études ?Une étude récente de l\u2019Association des facultés de médecine canadiennes (AFMC) indique qu\u2019environ 60 % des médecins formés à McGill quittent le Québec9.Cet exode affecte également les natifs du Québec.À l\u2019inverse, les facultés de langue française ont un taux de rétention qui oscille autour de 88 %.Il semble donc y avoir un net clivage linguistique dans les comportements migratoires.Des données exhaustives n\u2019existent pas pour d\u2019autres facultés et filières professionnelles.Les salaires pour les ingénieurs, les scientifiques, sont généralement plus élevés en Ontario et aux États-Unis.Des études prenant en compte le clivage linguistique ne devraient-elles pas être réalisées afin d\u2019avoir une idée plus claire de l\u2019impact des universités anglophones sur le fameux exode des cerveaux ?Car il ne s\u2019agit plus ici de simplement financer des programmes de formation pour servir les besoins de la communauté anglophone du Québec, mais bien de financer des programmes de formation pour servir les besoins de la communauté anglophone du Canada.Les universités anglophones du Québec semblent fonctionner - en partie -comme composantes du réseau des universités canadiennes hors-Québec.Le surfinancement des universités anglophones du Québec équivaut à favoriser le secteur anglophone au détriment du secteur francophone (comme le tableau i l\u2019a montré).Le Québec est-il tenu à tant de générosité ?9 Isabelle Paré, Le Devoir, 4 avril 2003, 36 Soyons clair.Le nœud du problème est le fait qu\u2019il n\u2019y pas de réciprocité entre le Québec et le reste du Canada ; le Québec finance des études pour plus d\u2019une dizaine de milliers d\u2019étudiants canadiens non résidents par année dans la langue de la minorité alors que dans le reste du Canada, les universités et collèges francophones sont rares comme des zèbres albinos.Notons aussi que les études en français ne semblent pas beaucoup intéresser les étudiants anglophones (tel que le montre le tableau 5).2) La langue des demandes de subventions La langue des demandes de subventions peut servir d\u2019indicateur du statut d\u2019une langue dans divers laboratoires et universités.Un chercheur aura logiquement tendance à écrire la demande dans la langue officielle qu\u2019il maîtrise le mieux ou d\u2019utiliser la langue qui lui paraît maximiser les chances d\u2019obtenir une réponse positive au concours.Le fédéral prônant une norme bilingue où l\u2019anglais et le français sont juridiquement égaux et cette norme se substituant aux lois québécoises, la présence de l\u2019appareil fédéral dans le domaine de l\u2019éducation au Québec est susceptible d\u2019avoir un impact sur la langue des demandes de subventions au Québec.Notons que cet impact serait symbolique avant tout, car les demandes de subventions qui sont adressées au Fonds de recherche sur la nature et les technologies (NATEQ) peuvent être rédigées en anglais ou en français10.On peut acquérir une idée de la fréquence de l\u2019utilisation de l\u2019anglais dans les demandes de subventions adressées au NATEQ en se penchant sur les résultats de concours pour 10 Ceci m\u2019a été confirmé par un responsable du Fonds dans une communication personnelle. 37 2002-2003.Si on fait le total pour le « Programme de soutien aux équipes de recherche » et « Établissement de nouveaux chercheurs » on obtient les résultats indiqués au tableau 6.Notons au départ que l\u2019échantillon est assez réduit (17 demandes pour McGill au total et 13 pour Concordia), ce qui peut diminuer la précision des résultats, il faudrait colliger plus de données du NATEQ afin d\u2019avoir un échantillon statistiquement significatif et isoler le comportement par chercheur à l\u2019aide d\u2019un questionnaire individuel.Cependant, ces résultats peuvent être utilisés pour indiquer la tendance.Tableau 6 Pourcentage des demandes de subventions en anglais au NATEQ selon les universités Université\tPourcentage des demandes en anglais (%) Bishop\u2019s\tO Concordia\t76,9 Laval\tO McGill\t7°,5 Montréal\tO HEC\tO Ecole Polytechnique\tO Sherbrooke\tO Université du Québec\tQ.3 On remarque qu\u2019une grande proportion des demandes en provenance des universités anglophones sont rédigées en anglais.Par contre, les demandes en provenance des universités francophones sont presque toujours rédigées en français.Voyons ce qu\u2019il en est pour la CFI. 38 Tableau 7 Pourcentage des demandes de subventions en anglais AU CFI SELON LES UNIVERSITÉS Université\tPourcentage des demandes en anglais (%) Bishop\u2019s\tIOO Concordia\tIOO Laval\t19,8 McGill\tIOO Montréal\t35.6 HEC\t0 Ecole Polytechnique\t16,6 Sherbrooke\t28,8 Université du Québec\t20,5 Le tableau 7 fournit un pourcentage relatif à chaque institution.Notons que pour l\u2019ensemble du Québec, 46,7 % des demandes sont rédigées en anglais.Les données ne se recoupent pas nécessairement entre la CFI et le NATEQ, c'est-à-dire que ce ne sont pas nécessairement les mêmes chercheurs qui sont en cause dans chaque université.On remarque tout de suite que les résultats sont assez différents pour la CFI versus le NATEQ.Les demandes adressées au CFI par des chercheurs appartenant à des institutions anglophones sont exclusivement en anglais.Un grand nombre de demandes en provenance des universités francophones sont aussi rédigées en anglais alors que le comportement est presque inversé pour les demandes adressées au NATEQ.Comment comprendre ces données ?Sont-ce là des chercheurs qui ont été formés en anglais et qui ont adopté cette langue comme partie intégrante de leur outillage intellectuel ?Est-ce un effet de système, les individus se conformant à la norme linguistique en vigueur dans leur milieu ?Il faudrait creuser un peu cette question.Quoi qu\u2019il en soit, 39 ces données démontrent que la langue des demandes de subvention semble être influencée par le destinataire.Les chercheurs semblent percevoir qu'ils ont intérêt à rédiger leurs demandes de subventions au gouvernement fédéral en anglais.On peut conclure que la présence du gouvernement fédéral dans ce domaine contribue à diminuer l\u2019utilisation et le prestige du français au Québec dans les universités.5) La langue des publications La problématique de la langue des publications est trop complexe pour être résumée en quelques lignes ; mentionnons simplement que l\u2019anglais s\u2019est impose comme langue de communication écrite de façon presque exclusive en sciences et ce, à la grandeur de la planète.Le degré de déclin des autres langues face à l\u2019anglais varie cependant par pays : ainsi, 1.8 % des publications en sciences naturelles, en génie et en sciences biomédicales étaient en français au Québec en 1993 contre 13.3 % en France11.On voit que si le contexte mondial a un impact certain, l\u2019environnement local ne peut non plus être négligé.Il y avait quand même proportionnellement dix fois moins de publications en français au Québec qu\u2019en France a cette époque.Parions que la situation s\u2019est encore dégradée dans les dix dernières années.En outre, une étude datant de 1991 a montré que dans les universités francophones, 50 % des manuels utilisés dans les cours de premier cycle sont en anglais, cette proportion atteignant 61 % en informatique, 71 % en chimie et 72 % en physique12.La raison pour cet état de choses n\u2019est pas claire.11\tBenoît Godin, « Parle, parle, jase, jase : L\u2019utilisation du français dans les communications scientifiques, INRS Urbanisation, Conseil supérieur de la langue française, Voir : http://www.cslf.gouv.qc.ca/Publications/ PubKic>5/Kic>5-2.html.12\tYves Gingras et Camille Limoge, La langue de publication des chercheurs québécois en sciences naturelles, génie et sciences biomédicales, recherche réalisée pour le ministère de l\u2019Enseignement supérieur et de la Science, Québec, 1991, p.24. 40 Il faudrait probablement des mesures pour favoriser l\u2019édition scientifique en langue française.En effet, si tout le matériel d'enseignement dans les universités francophones est anglo-américain, on comprendra certains étudiants francophones de vouloir aller directement à la source et de choisir McGill avant l\u2019université de Montréal pour leurs études.4) La langue de travail Voyons maintenant ce qu\u2019il en est pour la langue de travail.Pierre Serré a récemment publié une étude basée sur les données du recensement de 2001 qui s\u2019intéressait à la place de l\u2019anglais au travail au Québec1?.Il y démontrait, entre autres, que la langue de l'insertion socio-économique est un déterminant primordial des choix linguistiques qu\u2019effectuent les immigrants dans leur nouvelle société.C\u2019est-à-dire que la langue de travail détermine le profil d\u2019assimilation.Nous récapitulons brièvement ses résultats pour le secteur qui nous intéresse afin de compléter notre portrait (tableau 8).On constate donc que, relativement, semble exister le libre choix de la langue de travail a Montréal ; les anglophones travaillant en anglais et les francophones en français.Cependant, le Québec étant à 82 % francophone, les pourcentages sont trompeurs car 10 % de francophones représentent beaucoup plus de personnes que 15 % d'anglophones.En effet, si on multiplie le nombre de francophones dans la communauté métropolitaine de Montréal (3 237 540) par le pourcentage de francophones travaillant dans les services professionnels, scientifiques et techniques (5 %) par le pourcentage travaillant en anglais (10 %) on obtient le nombre de professionnels, scientifiques et techniciens fran- 13 Pierre Serré, « Portrait d\u2019une langue seconde : Le français comme langue de travail au Québec au recensement de 2001 », L'Action nationale, Volume XCIII, Numéro 7, septembre 2003. 41 cophones travaillant en anglais (16 187 personnes).Si on fait la même opération du côté anglophone (316 103 x 0,10 x 0,15), on obtient 4742 personnes.On constate donc qu'en chiffres absolus, il y a 3,4 fois plus de francophones qui travaillent en anglais que d\u2019anglophones qui travaillent en français dans ce domaine.Remarquons également qu\u2019une nette majorité d\u2019allophones travaillent en anglais.Bref, le libre choix profite beaucoup plus souvent aux anglophones ! Tableau 8 La langue la plus souvent utilisée au travail SELON LES CROUPES D\u2019INDUSTRIES, PAR CROUPE LINGUISTIQUE, RM R de Montréal, recensement de 2001.Langue le plus souvent utilisée au travail\tServices professionnels, scientifiques et techniques N Anglophones\t Anglais\t77% Français\t15% Francophones\t Anglais\t10 % Français\t84% Allophones\t Anglais\t49% Français\t34% Conclusion Nous avons pu constater qu\u2019il existe un important surfinancement du système universitaire anglophone au Québec, ces universités étant surfinancées par rapport au poids démo- 14 Notons que la définition du système de classification des industries de l\u2019Amérique du Nord utilisé par Statistiques Canada inclut des professions comme avocats, architectes et publicitaires avec les professions reliées à la recherche et au développement scientifiques dans cette catégorie.Il n'est pas possible d\u2019isoler le comportement des seuls scientifiques et ingénieurs. 42 graphique de la communauté anglophone d'un ratio de 2,9 par le gouvernement du Québec et d\u2019un ratio de 4,2 par le gouvernement fédéral.Le Québec est la seule province où ce phénomène est présent.Aucune autre province hors le Nouveau-Brunswick ne subventionne d\u2019université dans la langue de la minorité15.Les gouvernements fédéral et québécois se trouvent à sous-financer le réseau d'universités francophones et à fournir des « bourses d\u2019études » pour des milliers d\u2019étudiants canadiens non résidents.Les autres provinces canadiennes sont loin d\u2019être aussi généreuses.Par exemple, si l\u2019Ontario versait l\u2019équivalent de 2,9 fois le poids démographique de la communauté franco-ontarienne à chaque année (soit 4,3 % de la population selon le recensement de 2001), il y aurait 335 millions de dollars en 2002-200316 distribués à une ou des universités francophones.Imaginons la floraison de la culture franco-ontarienne que cette somme permettrait.Cette distorsion dans le financement entre systèmes francophone et anglophone constitue à la fois un facteur d\u2019anglicisation et une injustice sociale.McGill récolte la majorité des fonds versés par la CFI au Québec, ce qui lui permet de se doter des équipements les plus modernes et d\u2019attirer les chercheurs les plus éminents.L\u2019UQAM et l\u2019université de Montréal ont présentement dans leurs cartons divers projets visant à offrir une partie de leurs cours en anglais afin d\u2019attirer des étudiants anglophones.Ne devrait-on pas plutôt commencer par corriger le sous-financement dont souffrent les universités francophones afin d\u2019augmenter leur attractivité avant d\u2019appliquer des mesures pour les angliciser ?15\tJ\u2019exclus l\u2019université d\u2019Ottawa en Ontario qui est « bilingue » et qui ne me semble pas constituter un équivalent de McGill ou Concordia où les anglophones peuvent étudier sans être en contact avec la langue de la majorité au Québec.16\tVoir le site du ministère des Finances de l\u2019Ontario.http://www.gov.on.ca/FIN/ budc>3e/statement.htm. 43 Une évaluation précise de l\u2019exode des diplômés des universités selon la langue, l\u2019université d\u2019appartenance et les filières professionnelles reste à faire.Loin d\u2019être « politiquement incorrecte », une telle étude nous permettrait de sortir des vœux pieux et des discours vides lamentant « l\u2019exode des cerveaux » et de nous rattacher au réel en nous faisant comprendre ses mécanismes.À défaut d\u2019une telle étude, on peut évaluer très grossièrement que la perte sèche pour la société québécoise due au surfinancement des universités anglophones se chiffre dans les centaines de millions de dollars par année17.Curieusement, la correction de cette inéquité flagrante n\u2019est jamais à l\u2019ordre du jour des divers efforts de « rationalisation » des budgets de l\u2019État québécois tant sous les gouvernements péquistes que libéraux.On veut à tout prix - et au mépris des faits - considérer que le français a triomphé comme langue commune pour éviter d\u2019avoir à apporter des correctifs.Presque la moitié des demandes de subventions émanant de chercheurs québécois sont rédigées en anglais.La norme bilingue basée sur le principe de personnalité prônée par le gouvernement fédéral semble favoriser la domination de l\u2019anglais et n\u2019assure pas sa juste place au français.On peut logiquement s\u2019attendre à ce qu\u2019une présence toujours plus marquée du gouvernement fédéral de par son « pouvoir de dépenser » en viendra, à terme, à marginaliser la langue française en ce domaine.Enfin, l\u2019ancienne domination anglophone des milieux de travail reliés au savoir à Montréal est toujours présente, quoique sous une forme atténuée par rapport à ce qui avait cours dans les années soixante.La langue de travail semble 17 II n\u2019y a qu\u2019à faire le calcul : nombre d\u2019étudiants canadiens hors-Québec présents au Québec fois 9000 $ de subvention par année fois 60 % de départs annuels. 44 pourtant déterminer la langue d\u2019assimilation.Or presque la moitié des immigrants travaillent principalement et exclusivement en anglais dans le secteur des sciences à Montréal.Ainsi, la place laissée au français en sciences ne correspond toujours pas au poids de la majorité francophone du Québec et demeure loin de satisfaire l\u2019objectif de faire du français la langue commune au Québec.Une étude récente18 concluait d\u2019ailleurs que l\u2019avantage de l'anglais sur le français dans les milieux de travail et dans l\u2019univers de l\u2019éducation supérieure semblait contrebalancer les efforts de francisation par la langue de scolarisation, l\u2019effet de la durée du séjour au Québec n\u2019exerçant pas d\u2019influence notable sur la francisation des immigrants et la majorité des transferts linguistiques continuant de se faire au profit de l\u2019anglais (grosso modo 67 %).Ces faits étonnent moins quand on prend conscience que le réseau des universités anglophones au Québec est financé presque au triple du poids de la population anglophone au Québec par le gouvernement québécois et au plus du quadruple par le gouvernement du Canada.Que faire face à ce constat ?Peut-être devrait-on s\u2019inspirer d\u2019un passage du rapport de la Commission Laurendeau-Dunton afin de restructurer le système universitaire anglophone : « Même au Québec, d\u2019égales possibilités d\u2019études universitaires pour la minorité anglophone ne supposent pas une réplique exacte de l\u2019enseignement supérieur en français.Les trois universités québécoises de langue anglaise dispensent une grande variété de cours des premier et deuxième cycles.Mais parce que la population francophone 18 Charles Castonguay, « Analyse critique de l\u2019amélioration de la situation du français observée en 2003.Quelle est la force d'attraction réelle du français au Québec ?», Le Devoir, 10 décembre 2003. 45 est plus nombreuse, l\u2019enseignement supérieur en langue française se développera plus rapidement et disposera de moyens, dans l'enseignement spécialisé et la recherche, qu\u2019on ne pourra trouver dans les établissements de langue anglaise.Les anglophones désireux de se spécialiser dans ces domaines devront ou continuer leurs études en français, ou les poursuivre à l\u2019extérieur de la province.»19 Nous pourrions par exemple ; i) Obliger les chercheurs à fournir une version en français de leurs demandes de subventions ; 2) Favoriser l\u2019édition scientifique en français et l\u2019utilisation de manuels en français dans les universités francophones ; 3) Faire une étude sur la langue de travail à Montréal qui nous renseigne sur l\u2019utilisation du français et de l\u2019anglais à l\u2019écrit comme à l\u2019oral, à l\u2019interne comme à l\u2019externe dans les entreprises, notamment dans les communications entre travailleurs de langues maternelles différentes ; 4) Demander aux provinces anglophones d\u2019ouvrir un réseau d\u2019universités francophones à l\u2019extérieur du Québec financé à égale hauteur (relativement) du réseau anglophone du Québec.En cas de refus de cette dernière demande, il serait envisageable d\u2019imposer des tests de français aux étudiants canadiens candidats à l'admission aux universités anglophones du Québec pour s\u2019assurer de leur habileté d\u2019exercer leur métier en français au Québec à la fin de leurs études.Les voies d\u2019actions permettant de redresser la situation sont donc nombreuses ; ne manque que la volonté politique.?19 Rapport de la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Tome II, Ottawa 1969, p.188. 46 ARTICLES Pierre Vadeboncœur* LA GRANDE MÉPRISE Jadis et même hier, la guerre et les conquêtes n\u2019engendraient que des effets relatifs, bien que terribles.Elles chambardaient la carte politique, les rapports de force entre les nations, la puissance matérielle des unes et des autres, et entraînaient des dommages de tous ordres.Mais c\u2019était toujours comme de l\u2019histoire ancienne.Les bouleversements se refermaient à la fin sur des situations changées certes mais rétablies sous d'autres formes.L\u2019histoire classique reprenait, les guerres aussi, mais dans des limites similaires bien que sans cesse agrandies : Napoléon par rapport à Louis XIV, puis les deux grandes guerres par rapport à Napoléon.Différences seulement quantitatives jusque-là, bien qu\u2019immenses.Le sort physique du monde ne se jouait pas encore.Mais voici que ce sort est devenu le premier en cause, ce qui est d\u2019une nouveauté formidable.Il faut absolument saisir cette différence radicale entre les conséquences des entreprises hégémoniques d\u2019autrefois et celles d\u2019aujourd'hui.Ces effets n\u2019ont de part et d\u2019autre aucune commune mesure.Les conséquences de l\u2019actualité guerrière sont désormais de deux niveaux, dont l\u2019un saute aux yeux comme de tout temps et dont l\u2019autre reste caché, mais celui-ci est de loin le plus grave.Essayiste. 47 Vous faites la guerre, vous entreprenez d\u2019envahir une partie de l\u2019univers, vous lâchez des bombes et vous vous imaginez que les résultats de ces actions ne sont que ceux que vous observez d\u2019évidence, comme jadis : des cités plus ou moins dévastées, une armée qui s\u2019installe, une conquête faite, un pouvoir politique ennemi brisé, des résistants pourchassés : bref, ce que racontent jour après jour les manchettes.Les manchettes ne disent pas que l\u2019on a fait un pas d\u2019une toute autre envergure.Ce deuxième niveau est on ne peut plus profond.Nos actes présents agissent directement sur les fondations de l\u2019humanité et de son existence.Mais on guerroie quand même.Les manchettes ne mentionnent pas que ces événements provoquent ce vers quoi l\u2019humanité dévale rapidement.La politique de guerre, absurde, forcenée, made in USA, est extrêmement inquiétante.C\u2019est que les sommes fantastiques canalisées par les guerres présentes ou qui se préparent ne représentent rien de moins que le capital de l\u2019humanité.Tout s\u2019engouffrera, perdu dans ce creuset : les œuvres de paix, l\u2019aide au tiers-monde, mais surtout les sommes inouïes qu\u2019il faudrait investir de toute urgence, pour un siècle, dans le but de redresser le destin physique de la terre, dont l\u2019évolution catastrophique est déjà fort avancée.Nous voilà dans une relation immédiate avec cette fatalité récemment apparue et tout à coup rapprochée de nous radicalement.L\u2019histoire classique est tout à fait dépassée, bien que les politiciens continuent de fonder d\u2019après elle leurs calculs.Ils persistent à travailler la politique en tout point comme jadis, ignorant que leurs actions portent maintenant sur une réalité toute autre, définitive, fatale, qui n\u2019est plus de l\u2019ordre du 48 relatif et de la circonstance.Il s\u2019agit, sous notre nez, du sort collectif de l\u2019humanité.Pour la première fois, le fond de l\u2019histoire est atteignable et à notre portée.Tout comme le fond de la nature, aujourd'hui, par notre activité quotidienne.Le fond de l\u2019histoire, c\u2019est lui que nos actions maintenant font bouger.Directement.Des conséquences de cette nature s\u2019avancent, bien au-delà de celles qui n'intéressent que les empires, les hégémonies et les questions particulières qui s\u2019y rapportent.Les intérêts nationaux, de même que ceux des classes dominantes, à quoi semblent se réduire malheureusement les raisons souveraines de la politique d\u2019aujourd\u2019hui comme celle d\u2019hier, rien de cela n\u2019a plus objectivement d\u2019importance à comparer à ce qui s\u2019en vient d\u2019un destin que l\u2019esprit de guerre et de profit, qui est l\u2019ancien esprit politique, obnubile.Le présent n\u2019aboutira pas à un avenir qui lui ressemblerait, qui serait comme autrefois dans sa logique et serait encore vivable, au sens propre.L\u2019avenir qui viendra, complètement différent, aura pourtant dépendu des mêmes causes : la guerre, la folie des intérêts, la bêtise des pensées anachroniques.Ce qui apparaîtra à la fin pourrait être ruine et, précisent nombre de savants, résolution de l\u2019aventure humaine.L\u2019abstraction a changé de pôle.Ce qui jadis était abstrait, c\u2019étaient les spéculations sur l\u2019avenir de l\u2019humanité dans son ensemble.Les entreprises particulières des empires semblaient au contraire n\u2019appartenir qu\u2019au domaine concret.Cette distinction est désormais inversée.Est aveugle autant qu\u2019abstrait ce qui continue les poursuites d\u2019antan comme si de rien n\u2019était.La méprise est totale.? 49 ARTICLES Richard Gervais* CILCOURTEMANCHE OU LE PROGRESSISME DE DROITE Trop loin à l\u2019est, c\u2019est l\u2019ouest.Lao-Tseu Une tentation antinationale guette la social-démocratie de gauche au Québec.Elle jette dans les bras des ennemis extérieurs du Québec certains éléments gravitant autour par exemple de l\u2019Union des forces progressistes (UFP), des collectifs d\u2019abord solidaires ou autres groupes progressistes.À la base de cette tentation - outre bien sûr l\u2019hégémonie canadienne et sa propagande, qui exercent un effet déréalisant sur la politique « provinciale » - il y a une préoccupation mal comprise, ou à moitié comprise, du bien commun, d\u2019où la dimension politique disparaît au profit de la seule dimension socioéconomique.Certains poussent cette logique jusqu\u2019à dénigrer ouvertement la lutte des Québécois contre leur dépendance politique, alignant leur discours sur celui des contempteurs traditionnels du Québec.Sur la question nationale, se vantant de faire de la politique « autrement », ils rattrapent simplement la meute criante des politiciens d\u2019outre-Outaouais tout ce qu\u2019il y a de plus traditionnels.C\u2019est le cas de Gil Courtemanche.Son plaidoyer de chemise déchirée pour une Seconde Révolution tranquille Philosophe. 50 illustre bien le tropisme réactionnaire en question1.Ce Uo-pisme, faut-il dire, est très loin d\u2019emporter toute la gauche, mais il la travaille ; assez pour que l\u2019analyse du « programme » courtemanchien présente un intérêt, par-delà son caractère assommant et verbeux.Se méfier du roman-reportage Avant d\u2019aborder le Courtemanche de La seconde Révolution tranquille, un mot sur le Courtemanche romancier, auteur du fameux Un dimanche à la piscine à Kigali2-.Le contraste entre les deux est frappant et sans doute instructif.Car si Courtemanche s\u2019anime contre de teiribles oppressions étrangères, c\u2019est en se fermant à celles que subissent ses propres compatriotes et en tournant même en dérision leur volonté d\u2019y résister.Par quel travers le sentiment d\u2019humanité l\u2019amène-t-il à joindre sa voix aux colporteurs du « fédéralisme enculatif », comme dirait Gérald Godin (Les can-touques, 1967) ?Car il n\u2019y a pas de liaison nécessaire de l\u2019un à l\u2019autre.Il n\u2019y a pas nécessité non plus à ce que l\u2019altermondialisme conduise chez les rapetisseurs du Québec.(D\u2019ailleurs, il n\u2019y a pas davantage de rapport nécessaire entre indépendantisme et néolibéralisme.) Mais chez Courtemanche, quelque chose tient du nègre blanchi, version de gauche.En tout cas, l\u2019éreinteur aux verdicts sûrs qui prononce dans les gazettes - et qu\u2019on peut lire, non sans profit parfois, dans Le Devoir par exemple - affiche de piètres principes quand il lui prend de conseiller positivement le prince, c\u2019est-à-dire le peuple.De même, le romancier d\u2019Un dimanche à la piscine à Kigali, touchant, saisissant parfois, n\u2019est pas l\u2019essayiste réformateur qui, dans La seconde 1\tCil Courtemanche, La seconde Révolution tranquille - Démocratiser la démocratie, Montréal, Boréal, 2003,173 pages.2\tCil Courtemanche, Un dimanche à la piscine à Kigali, Montréal, Boréal, 2000, 284 p. 51 Révolution tranquille, méprise au fond la population en croyant la défendre et se fait les griffes sur l\u2019indépendantisme.D\u2019ailleurs, même le roman, s\u2019il puise à la seule compassion humaine en faisant sienne sans critique la propagande des bourreaux ou celle des nouveaux écumeurs du monde, il faudrait s\u2019en méfier.Sous ce rapport, la différence ici signalée entre le romancier et le réformateur serait surtout de forme.Et l\u2019on comprendra aussi que, règle générale, ceux qui connaissent la réalité rwandaise n\u2019aiment pas le roman de Courtemanche.Comme dans la bande dessinée de Stassen, Déogratias, également sur la crise rwandaise (Dupuis, « Aire libre », 2000), la perspective est confinée aux amis et à la famille.La dimension politique ou géopolitique est remplacée par les poncifs de la culpabilité blanche bcbg ou ensevelie sous la morale abstraite des droits de l\u2019homme.L\u2019explication du drame, d\u2019essence au fond religieuse, accuse le mal inhérent au cœur de l\u2019homme (le général Dallaire, lui aussi, n\u2019a-t-il pas là-bas « serré la main du Diable » ?).L\u2019espèce de déni de jugement politique qui se commet là n\u2019est-il pas pourtant le meilleur moyen de faire que l\u2019horreur se répète dans l\u2019histoire et que le « plus jamais ça ! », dont on asperge volontiers sa conscience, reste incantation creuse ?Si Un dimanche à la piscine à Kigali captive du début à la fin, donne l\u2019impression de faire vivre comme de l\u2019intérieur la tuerie rwandaise, fait compatir à l\u2019humanité qu\u2019on martyrisait là et vomir face au mutisme et à l\u2019immobilisme coupables de la coopération « blanche », La seconde Révolution tranquille, en revanche, ennuie par ses propositions nunuches, son culte de la société civile, son catéchisme participatif, son lyrisme régionaliste, son populisme, ses poncifs sur le pouvoir de la rue, sur la démocratie au quotidien, les appartenances locales et autres douceurs.Côté social- 52 démocratie, on se sucrera le bec avec plus de profit auprès des éditions Écosociété, qui offrent - ce n\u2019est pas difficile -de meilleurs ouvrages, plus rigoureux, mieux documentés, moins bavards.Un dimanche à la piscine à Kigali est un roman, mais aussi une « chronique » et un « reportage », prévient l\u2019auteur en préambule.Je ne vais pas redire que c\u2019est un morceau d\u2019écriture percutant et qui, en rapport avec la tragédie rwandaise, remue son homme.Je vais seulement citer quelques passages choisis pour leur force propre, leur qualité littéraire.« Bruyance » L\u2019auteur forge un mot : « bruyance ».On est au début du roman.Bernard Valcourt, personnage principal, est journaliste de télévision en mission au Rwanda.« Autour de la piscine [à l'hôtel des Mille-Collines, au centre de Kigali, capitale du Rwanda], des coopérants québécois rivalisent de rires bruyants avec des coopérants belges.Ce ne sont pas des amis ni des collègues, même s'ils poursuivent le même but : le développement, mot magique qui habille noblement les meilleures ou les plus inutiles intentions.Ce sont des rivaux qui expliquent à leurs interlocuteurs locaux que leur forme de développement est meilleure que celle des autres.Ils ne s\u2019entendent finalement que sur le vacarme qu\u2019ils créent.Il faudrait bien inventer un mot pour ces Blancs qui parlent, rient et boivent pour que la piscine prenne conscience de leur existence.Choisissons le mot \u201cbruyance\u201d, parce qu\u2019il y a du bruit, mais aussi l\u2019idée de continuité dans le bruit, l\u2019idée d\u2019un état permanent, d\u2019un croassement étemel.Ces gens, dans ce pays timide, réservé et souvent menteur, vivent en état de bruyance, comme des animaux bruyants.Ils vivent égale- 53 ment en état de rut.Le bruit est leur respiration, le silence est leur mort, et le cul des Rwandaises, leur territoire d'exploration.Ce sont des explorateurs bruyants du tiers-cul » (P- I3-I4)- La néologie, chez Courtemanche, est sobre mais singulièrement efficace.Il y a la « bruyance », déjà très parlante - c\u2019est le cas de le dire ! -, mais ce « tiers-cul » aussi est terrible -embarrassant même.Critique de la raison ecclésiastique Plus loin dans le roman, Valcourt discute avec le père Louis, missionnaire français directeur de Caritas et administrateur des dons du Programme d\u2019alimentation mondiale.L\u2019homme d\u2019Église fait l\u2019aveu suivant : « J\u2019ai un petit côté vieux jeu, Valcourt, vous le savez.Les phrases de curé me viennent facilement, les clichés dont l'Église et les bien-pensants se nourrissent parce qu\u2019ils vivent dans les Écritures plutôt que dans la vie.Ce que je vous ai dit plus tôt, vous l\u2019admettrez, c\u2019est le langage de la raison [le père Louis vient de déconseiller à Valcourt, Canadien d\u2019âge mûr, d\u2019épouser Gentille, jeune Rwandaise qui n\u2019a pas vingt ans].Un piège pervers dans lequel je me débats depuis des années.Que dit la raison raisonnable ?Que les jeunes ne vont pas avec les vieux.Que le malheur fait partie de la vie.Que quand il y a des hommes, il y a de l\u2019hommerie.[.] Je croyais me battre contre ce monde qui m\u2019entoure.Comment ?En sauvant un enfant affamé, en lavant un sidéen, en distribuant des médicaments, en prêchant ce qu'on appelle la Bonne Parole, en disant la messe qui est le sacrifice totalement déraisonnable du fils de dieu.Oui, j\u2019y crois.Ne froncez pas vos sourcils d\u2019athée.Mais je regarde ce qu\u2019ont accompli tous ces gens raisonnables.Ils nous ont 54 précipités dans deux guerres mondiales.Ils ont organisé l'Holocauste, comme on planifie le développement économique d\u2019une région ou l\u2019expansion d\u2019une multinationale.Ils ont aussi fait le Viêt-nam, le Nicaragua, l\u2019apartheid en Afrique du Sud et les cent guerres ou plus qui ont ravagé ce continent depuis le départ des colonisateurs.Ces meurtriers ne sont pas des fous.Il y a bien eu quelques névrosés, comme Hitler, Mais sans les gens raisonnables, sans des centaines de milliers de croyants, de bons chrétiens raisonnables, aucune de ces plaies de l\u2019humanité n\u2019aurait sévi.[.] Valcourt.je ne me sens plus chrétien depuis que je vous ai demandé de ne pas rapporter mes propos sur les massacres de l\u2019année dernière.J\u2019en ai assez d'être raisonnable.Oubliez ce que j\u2019ai dit au sujet de votre mariage.J'ignore si ce n\u2019est qu\u2019un vieux réflexe de curé ou une tentative pour rire un peu de moi.Bien sûr que je vais vous marier et j\u2019oublie que vous m\u2019avez déjà confié que vous étiez divorcé » (P- 178-179)- Véritable pièce d\u2019anthologie contre ce que j\u2019appelle ici la raison ecclésiastique.Dans la même veine, on lisait quelques pages auparavant, à propos de Valcourt cette fois : « Pour tout chrétien de gauche comme lui, même s\u2019il ne croyait pas en Dieu, le bonheur était une sorte de péché » (p.163).Shoah et « génocide » rwandais Un dernier passage, sur la Shoah celui-là.Pour l\u2019auteur, la différence entre l\u2019extermination des Juifs européens et celle, prétendue, des Tutsis rwandais n\u2019est que de modalité, non de nature.« Sur les collines, dans les petits villages, dans les lieux-dits, aux carrefours où s\u2019organisent les marchés et les rencontres, les histoires se répétaient.Des voisins, des amis, parfois des 55 parents étaient venus et ils avaient tué.Dans le désordre peut-être, mais efficacement.On les connaissait, on les nommait.Chaque cadavre possédait un assassin connu.Dans les petites villes et les chefs-lieux, le génocide avait été plus systématique.On avait organisé des réunions, lancé des mots d'ordre, donné des directives, tracé des plans.Si les méthodes paraissaient aussi inhumaines, si les assassins tuaient avec une telle sauvagerie, ce n\u2019est pas qu\u2019ils agissaient dans l\u2019improvisation et le délire, c\u2019est tout simplement qu\u2019ils étaient trop pauvres pour construire des chambres à gaz » (P- 256).La chose, on en conviendra, est exprimée de façon saisissante.Sauf que sur le plan historique, on peut se demander si la chose en question est vraie.Ce que les annales de l\u2019histoire contemporaine semblent avoir déjà consigné comme « génocide », plus précisément comme extermination des Tutsis par les Hutus, cela est-il avéré ?Pour Courtemanche, cette extermination est un fait et il insiste même ici pour dire quelle a été le résultat d\u2019une planification délibérée.Or, d\u2019autres pensent le contraire.Robin Philpot notamment soutient que « ça ne s\u2019est pas passé comme ça à Kigali » (Ça ne s'est pas passé comme ça à Kigali, VLB, 2003).Dans une enquête étonnante pour tout lecteur nourri jusqu\u2019ici de la seule version « médiatique » des événements, Philpot réexamine le dossier et prend à partie Courtemanche au passage, ainsi que les protagonistes canadiens du drame (les généraux Dallaire et Baril, la juge Arbour, l\u2019ambassadeur Raymond Chrétien).Une de ses conclusions est que la thèse du génocide planifié des Tutsis par les Hutus ne tient pas la routeb Dans l\u2019affaire rwandaise, Courtemanche aura fait sien sans critique le récit des vainqueurs, l\u2019interprétation « officielle » 3 Voir, tians le présent numéro, mon compte rendu de l\u2019essai de Philpot. 56 des événements répandue tant par le FPR pour justifier la contre-révolution tutsie, que par ses alliés américains, les États-Unis, qui voulaient, eux, sous prétexte de droits de l\u2019homme et de chasse aux « génocidaires », couvrir leur manoeuvre d\u2019évincement de la France en Afrique centrale.Courtemanche aura donc repris le récit des vainqueurs comme il reprend au Canada le discours des hégémonistes canadiens contre les Québécois et leur aspiration à l'indépendance politique.Si donc, comme roman, Un dimanche à la piscine à Kigali vaut le détour - à condition de ne pas trop farfiner sur la vérité historique ou de lire Robin Philpot en parallèle ! -, La seconde Revolution tranquille est sans détour aucun l\u2019essai tape-à-l\u2019œil d\u2019un populiste rabâcheur et d\u2019une espèce de progressiste de droite.Néo-révolutionnaire tranquille Si l\u2019on veut comparer le petit au grand, l\u2019auteur de La seconde Révolution tranquille fait penser aux utopistes européens du XIXe siècle.More, Fourier, Owen, Saint-Simon et autres surent dénoncer le système injuste de leur époque, l\u2019exploitation industrielle de l\u2019homme par l\u2019homme, la polarisation de la société entre riches et pauvres ; mais leurs projets de réforme ne pouvaient que faire long feu.Opposer au monde réel, fût-ce avec génie, le monde tel qu\u2019il devrait être ne suffit pas.Les tableaux idylliques de la contre-société qu\u2019ils brossaient étaient propres à soulager leurs auteurs bien davantage que les victimes du système, dont ils plaignaient la misère sans mouvoir la grandeur.De même, l'utopiste Courtemanche ne sait qu\u2019opposer la collectivité idéale à la réelle, la vraie démocratie à la fausse.Il en dort sans doute mieux la nuit.Mais il endort aussi ses lecteurs de tautologies édifiantes. 57 Manie tautologique La société manque-t-elle de vie collective ?Qu\u2019à cela ne tienne : « Il faut instaurer la notion de vie collective » (p.63).La politique traditionnelle est-elle éloignée de nos vies ?Eurêka : « Il faut renouer le lien entre la politique et nos vies » (p.77).La société est-elle dominée d\u2019en haut ?Voyons donc : « Il faut inverser la pyramide du pouvoir » (p.93).Un abîme s\u2019est-il creusé entre gouvernants et gouvernés ?Vite : « Il faut remplir le trou.Tout simplement » (p.112).Inutile de poursuivre l\u2019énumération, le sous-titre déjà nous livrait la méthode : « démocratiser la démocratie ».Avec ce genre de vœux pieux, Courtemanche ressemble à s\u2019y méprendre aux poliüciens en campagne électorale, qu\u2019il se plaît à railler pourtant.Le leitmotiv de Courtemanche, son idéal de démocratie, c\u2019est la « démocratie sociale », la « démocratie économique », qu\u2019il baptise d\u2019autres noms affectueux tels « démocratie de participation », « démocratie solidaire », « démocratie plus démocratique », « démocratie citoyenne », « nouvelle démocratie », etc.Au regard de pareil idéal, Courtemanche n\u2019est pas obligé de soutenir que notre démocratie est « l\u2019une des plus pauvres de l\u2019Occident ».C\u2019est ce qu\u2019il fait quand même (p.33).Imaginez : elle n\u2019est que de partis, parlementaire, libérale, notre démocratie.Prétendant parler pour sa part « le langage, encore expérimental et embryonnaire, d\u2019une autre politique », il propose, toujours aussi tautologique, de « revenir aux fondements de la démocratie, le citoyen et les communautés de citoyens, pour s\u2019assurer que, cessant d\u2019être uniquement parlementaire, la démocratie devienne solidaire et.démocratique » (p.18).Démocratie sociale, donc.Quel rapport avec la Révolution tranquille ?C\u2019est qu\u2019historiquement celle-ci aurait tourné 58 court sans aller au bout de son inspiration initiale.« Au cours des années i960, écrit Courtemanche, nous nous sommes [.] donné les outils de l\u2019équité, mais c\u2019est comme si nous nous étions arrêtés en chemin, quelque part autour de 1980 » (p.133).L\u2019objectif est donc tracé : parachever la Révolution tranquille, faire ce qu\u2019il appelle la « seconde Révolution tranquille ».Vice de fond Courtemanche se fait de la démocratie une excellente idée.de la société ! Cette grossière assimilation vicie l\u2019ouvrage de fond en comble.Pour lui, la démocratie n\u2019est pas un régime politique, c\u2019est un état de la société, l\u2019état d\u2019une société qui n\u2019est plus politique, qui a remplacé la politique par la solidarité ; c\u2019est la coopération enfin réalisée entre les hommes, la paix donc, le bonheur.C\u2019est l\u2019extinction de la politique puisque celle-ci a pour fonction, d\u2019après Courtemanche, « d\u2019organiser le bonheur des citoyens » (p.77).Plus haut que la rue, que le quartier, que la localité, au-delà donc de nos « premières » et « fondamentales » appartenances, il n\u2019y aurait rien que les sparages des politiciens, leur démagogie, leurs vaines querelles, leurs carrières.Ou plutôt si, il y a quelque chose d\u2019autre.Il y a le capital mondialisé contre lequel la société civile elle-même en voie de mondialisation mène le vrai combat d\u2019aujourd\u2019hui (chap.5 « La société civile riposte »).Avec Courtemanche, on ne sort pas de l\u2019orbite économique, on reste à jamais enfermé dans ce que Hegel appelait la « sphère des besoins », à laquelle on ramène le politique.Il est significatif que, des misères populaires, notre don Quichotte ignore les nationales.Lui qui croit rejoindre les gens du peuple dans les lieux de leurs premières et fondamentales solidarités, il les réduit à leurs besoins matériels, à la lutte pour le pain et le beurre.Populisme typique de poli- 59 ticiens qui ont quelque chose à cacher au peuple : ses intérêts proprement politiques, et en particulier nationaux.Gil Courtemanche, « intellectuel organique » de.Jean Chrétien ! Remarquez : on peut être tout aussi altermondialiste que notre néo-révolutionnaire sans escamoter comme il le fait la dimension politique de la vie nationale et aplatir la démocratie sur la solidarité sociale.Mais que voulez-vous ?Son postulat est que démocratie égale solidarité, coopération à ras du sol, dans le quotidien, le voisinage, la proximité.(« La solidarité, ancêtre de la démocratie » ; « Cela s\u2019appelle la démocratie, cela s\u2019appelle la solidarité » ; « La démocratie, et donc la solidarité », p.88, 112 et 163).L\u2019idée que la démocratie soit un régime proprement politique, un type d\u2019organisation du pouvoir, un mode de légitimation, d\u2019exercice et de transmission de l\u2019autorité politique, une méthode pour permettre l\u2019expression non violente des conflits de partis, cette idée, qui vaudrait y compris dans la plus coopérative des sociétés, est trop traditionnelle pour notre rimbaldien qui veut réinventer la politique (« une autre politique » ; « se gouverner autrement », p.18 et 19).Si donc Courtemanche est de mauvais conseil à peu près sur toute la ligne, c\u2019est qu\u2019il se trompe au principe.C\u2019est la société, pas la démocratie, qu\u2019on peut effectivement définir comme une entreprise de coopération, un « opérateur de distribution », comme dirait par exemple le philosophe Paul RicœurL Sur cette faute d\u2019enfant d\u2019école, Courtemanche 4 Entre autres, dans sa discussion de la théorie rawlsienne de la justice (Paul Ricœur, Le juste, Paris, Esprit, 1995 ; « Le cercle de la démonstration » in : collectif, Individu et justice sociale, Seuil, 1988).John Rawls lui aussi suppose la société une entreprise de coopération quand il met à son fondement structurant (basic structure) la justice distributive (>A Theory of Justice, Cambridge, 1971 : chap.î « Justice as Fairness »).De toute façon, c'est là un lieu commun de la pensée.Même chez Hobbes, le plus politique peut-être des philosophes, l'homme cesse d\u2019être un loup pour l\u2019homme dans l\u2019état de société. 6o bâtit son « programme », qui revient à abolir la démocratie politique au profit de la « démocratie sociale » ; c\u2019est rêver d\u2019une société de frères débarrassée des luttes de pouvoir.Il y a donc de quoi sourire à entendre l\u2019utopiste Courtemanche parler du « cul-de-sac de l'utopie indépendantiste » (p.73).Il y a de quoi rire quand on l\u2019entend déplorer la « dépréciation du politique et le triomphe de la consommation » (p.160), lui qui par système fait l\u2019impasse sur le politique.Celui qui, de son propre dire, « observe la politique depuis quarante ans » (p.150), ne sait littéralement pas de quoi il parle.Un « vrai démocrate » chez les « dictateurs » L\u2019autre grand défaut viciant le programme de Courtemanche, et qui découle de son réductionnisme socio-économique, est le mépris pour la question nationale, question éminemment politique.Pour lui, l'appartenance nationale est factice : elle tient « plus ou moins de l\u2019adhésion théorique, du raisonnement » (p.96).Nos solidarités premières et fondamentales sont la rue, le quartier, le village.Et à partir de ça, dit-il, il faudra bien un jour affronter le « pouvoir des transnationales » ! (p.99) Entre les deux, niet.Entre le pain quotidien et le Forum social mondial, entre la rue et Porto Alegre, rien que des diversions comme la lutte du Québec pour l\u2019autodétermination, rien que la « politique traditionnelle ».De toute façon, pontifie Courtemanche : « La solidarité n\u2019est jamais nationale et surtout pas nationaliste » (p.140).Qu\u2019était donc, en 1940, l\u2019appel de de Gaulle à la solidarité française contre les « gouvernants de rencontre qui ont sacrifié la nation » ?Et qu\u2019est donc aujourd\u2019hui chez nous le mot d\u2019ordre d\u2019« unité canadienne », sinon l\u2019expression de la solidarité grand-nationale des ennemis du Québec ?Pourquoi par exemple, jusqu\u2019à tout récemment, le Nouveau parti démocratique interdisait-il ses rangs aux séparatistes, sinon par solidarité canadienne ?Et l\u2019unité des Palestiniens derrière leur « Autorité », qu\u2019est-ce sinon de la solidarité nationale ?Mais Courtemanche réserve aux Québécois des solidarités de petit pain, de la démocratie de cordes à linge (Jean-Paul Desbiens me passera l\u2019image - en attendant de repasser dans le camp du oui !).Il leur réserve la démocratie « vraie », celle des pâquerettes.Que les Québécois laissent donc la grande politique aux autres, puisque de toute façon elle est fausse, elle est sale.Et pendant qu\u2019un pouvoir étranger tient leur gouvernement en laisse, Courtemanche les enjoint de « réinventer la politique » ! Quand notre don Quichotte reproche aux amis progressistes leur tendance à « s\u2019engager ailleurs plutôt qu\u2019ici », c\u2019est à des enjeux strictement socio-économiques qu\u2019il pense, comme si « ici » la dépendance nationale n\u2019existait pas, comme si « ici » des enjeux proprement politiques ne devaient revêtir aucun intérêt pour la « gauche ».Dans le journal Alternatives, Courtemanche signe un billet où il fait grief aux altermon-dialistes de trop délaisser les causes d\u2019ici pour s\u2019intéresser plutôt aux enjeux mondiaux.Aussi leur rappelle-t-il que le gouvernement Charest, c\u2019est simplement l\u2019Organisation mondiale du commerce de chez nous, notre Zone de libre-échange des Amériques à nous.« Le gouvernement Charest, c\u2019est l\u2019OMC et la ZLEA.Les mêmes principes, les mêmes tactiques, la même philosophie, la même bêtise commerciale et économiste.Mais ici, parce que c\u2019est ici et que ce n\u2019est pas le monde, nous sommes incapables de réagir comme nous l\u2019avons fait contre la ZLEA ou contre la guerre en Irak.Nous préférons nous battre collectivement contre les meurtres énormes qui se 5 « S'engager ailleurs plutôt qu\u2019ici », Alternatives, vol.10, no 4, décembre 2003. 62 commettent à l\u2019étranger que contre les petits meurtres qui se commettent ici, quotidiennementL » Non, le billettiste n\u2019est pas en train d\u2019alerter les troupes à la question nationale, si brûlante et lancinante quelle soit ici.Aucun des problèmes nationaux dont il parle n\u2019est politique.Il est question d\u2019assistance sociale et d\u2019équilibre budgétaire, de banlieues riches et de centres urbains pauvres, de sécurité d\u2019emploi et de syndicats, de tarifs de garderies ou de transport en commun, de financement des bibliothèques scolaires, de lutte à la pauvreté.L\u2019effet global est comique.L\u2019altermondialisme doit fuir les problèmes d\u2019ici quand ils sont politiques, mais il devrait fuir l\u2019altermondialisme quand ils sont socio-économiques.Autrement dit, du Québec politique, Courtemanche ne veut tout simplement pas entendre parler.À ses yeux, tout ce qui relève du Québec comme centralité politique est évacué ou frappé d'irréalité.C\u2019est que Courtemanche regarde le Québec les lunettes uni-foliées sur le nez.À l\u2019instar des marxistes du début du XXe siècle, qui s\u2019opposaient aux guerres « impérialistes » entre États nationaux sous prétexte que la classe ouvrière est internationale, Courtemanche trouve aujourd'hui que, dans le contexte de la mondialisation capitaliste, les luttes contre l\u2019assujettissement national sont des prismes déformants, des voies de dérivation, des culs-de-sac.C\u2019est du moins ce qu\u2019il dit de l\u2019indépendantisme québécois.Il feint d\u2019haïr le nationalisme, quand il ne fait qu\u2019embrasser le nationalisme canadien et que refaire Trudeau, version communautaire.Le chapitre 6 de La seconde Révolution tranquille est plein de ce dédain canadien à l\u2019endroit du Québec, dédain qui se prend pour du progressisme. 63 « La question nationale a tué le PQ progressiste », déclare notre gauchiste de droite (p.70).Il se plaint même qu\u2019elle ait « paralysé la démocratie canadienne pour la transformer en dictature démocratique et marginaliser encore davantage la gauche canadienne » (idem).Faut-il lui rappeler que la gauche canadienne, qu\u2019il voudrait moins marginale, se range presque unanimement dans le camp de ceux qu\u2019il appelle les « dictateurs démocratiques » en guerre contre le Québec ?Pour bien mesurer encore la force de raisonnement de Courtemanche, sachez qu\u2019il met sur le dos des souverainistes le quasi monopartisme qui sévit à Ottawa : « Au Canada, la question québécoise garantit la pérennité du Parti libéral au pouvoir » (p.71).Primo, on s\u2019en fout.Deuzio, et surtout, c\u2019est la mainmise du Canada sur le Québec qui explique cette distorsion.Qu\u2019Ottawa laisse aller le Québec à son indépendance et la division structurelle du vote pancanadien disparaît.Je disais tout à l\u2019heure qu\u2019en matière politique Courtemanche ne sait pas de quoi il parle.Il faut ajouter que parfois il ne sait pas ce qu\u2019il dit.Courtemanche, c\u2019est le gars qui martèle l\u2019idée que notre démocratie n\u2019est qu\u2019un simulacre (chap.2 « Une fausse démocratie »), mais qui ne s\u2019en récrie pas moins, deux chapitres plus loin, contre la mondialisation néocapitaliste qui vient l\u2019éroder (chap.4 « Le nouveau capitalisme contre la démocratie »).C\u2019est le gars qui crie que la démocratie des partis manipule et instrumentalise le peuple (p.82) et qui salue en même temps la loi, adoptée en 1977 par le gouvernement Lévesque, pour assainir le financement de ces partis (p.144).C\u2019est le gars qui proclame que « la politique, c\u2019est la rue » (p.74) et qui avoue en même temps ne pas croire à l'option de descendre dans la rue (p.146). 64 Conclusion en forme d\u2019ouverture Un mot sur le tour anarchisant du « néo-révolutionnarisme » à la Courtemanche.On a vu que, pour lui, la politique, comme lutte partisane pour le pouvoir, disparaît pour faire place à l\u2019opposition de la société civile et de l\u2019État, à l\u2019opposition de la société civile et de la classe politique ou, si l\u2019on veut, à l\u2019opposition du peuple et du politique.Dans cette optique, l\u2019obstacle n\u2019est plus l\u2019adversaire politique organisé dans son parti et que je combats au parlement, en campagne électorale ou dans les médias, c\u2019est la politique elle-même.Par là, Courtemanche rejoint le refus anarchiste de tout pouvoir contraignant sur l\u2019individu, la visée d\u2019une société débarrassée du pouvoir.Et si vous considérez qu\u2019à l\u2019échelle du monde il n\u2019y a justement pas de gouvernement, vous comprendrez pourquoi l\u2019anarchisme peut avoir de beaux jours devant lui dans le mouvement altermondialiste.?Une malencontreuse erreur s'est glissée dans le numéro de nov./déc.2003, p.8 (N.d.p.).Christian Gagnon est bien Président régional, PQ Montréal Centre et membre de la Ligue mais n\u2019est pas sociologue ni chargé de cours à l'UQAM. , 65 ARTICLES Jean-Marc Léger LA GRANDE NOIRCEUR SERAIT-ELLE DEVANT NOUS ?Il paraît acquis aujourd\u2019hui pour beaucoup des nôtres que notre société est sortie à partir des années soixante, grâce à la « révolution tranquille », d\u2019un long isolement, d\u2019une longue période de grisaille, d\u2019ignorance, voire d\u2019oppression intellectuelle et morale, situation résumée dans l\u2019expression « la grande noirceur ».Et l\u2019on parle sur un mode apitoyé des nombreuses générations de nos malheureux ancêtres, victimes de cette tyrannie multiforme, privées des lumières, de l\u2019ouverture au monde, du progrès économique et scientifique, dont nous sommes les bénéficiaires enchantés ! Un tel sentiment de supériorité face aux générations précédentes et une telle satisfaction béate ne nous sont point propres : on les retrouve, à des degrés divers et sous des formes variées, dans plusieurs sociétés occidentales.Mais le phénomène a revêtu chez nous une ampleur et une intensité exceptionnelles, à la mesure de l\u2019étendue, de la rapidité et même de la brutalité de la mutation que nous avons collectivement vécue.Il faut reconnaître que notre révolution tranquille, longtemps adulée sans réserve, a charrié le pire autant que le meilleur mais nombre de commentateurs continuent de la célébrer en bloc et y voient l\u2019avènement d\u2019une sorte d\u2019âge d\u2019or.Et parlent naturellement de tout ce qui a précédé avec commisération, avec superbe, quand ce 66 n\u2019est pas avec dérision.Leur attitude traduit à la fois une navrante inculture historique en même temps qu\u2019un inconscient pharisaïsme.Je tiens pour ma part que ce que l\u2019on appelle sommairement, « la grande noirceur » n\u2019est pas derrière nous mais se trouve peut-être plutôt devant nous, que les signes se multiplient autant d\u2019un effondrement moral que d\u2019une grande régression intellectuelle, comme l\u2019illustrent hélas le naufrage de notre système d\u2019enseignement et la grande pitié linguistique de nos médias, celle-ci et celui-là cause et conséquence à la fois du dévoiement et du détournement de ce qu\u2019il y eut de meilleur dans notre généreuse mais ambiguë révolution tranquille.La nouvelle grande noirceur découle de deux principaux ordres de causes : nous en partageons plusieurs avec les autres sociétés occidentales mais certaines nous sont propres, qui aggravent souvent les effets des premières.Parmi celles-ci, il faut souligner au premier chef l\u2019obsession d\u2019une fausse « modernité » et le détournement de sens de concepts et de vocables fondamentaux, confisqués en quelque sorte par l\u2019énorme appareil médiatique et publicitaire au service des thèmes à la mode et faisant le jeu de nos nouveaux maîtres, les grands empires multinationaux, le « marché », et en définitive le néo-impérialisme américain, qui vise, en conquérant les âmes et les esprits, à éliminer en douceur toute résistance et toute singularité, notamment et surtout culturelle.Deux vocables fourre-tout et passe-partout : mondialisation et modernité, sont les thèmes et les termes de l\u2019énorme et apparemment irrépressible uniformisation qui s\u2019étend sur le monde.On a créé et on entretient dans l\u2019opinion l\u2019obsession du changement permanent comme synonyme, voire 67 comme condition, de « progrès », ce que Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées, appelle le « bou-gisme ».Et à une époque où chacun, ou peu s\u2019en faut, tient à tout prix à être « dans le vent » ou à paraître y être, où il n\u2019est pire infirmité, pire tare, pire injure dans certains milieux que celle « d\u2019être dépassé », c\u2019est la fuite en avant, fût-ce vers le ridicule, c\u2019est la remise en cause généralisée, l\u2019innovation à tout prix, le changement incessant, sans souci des conséquences psychologiques et morales graves qu\u2019engendre pareille instabilité, surtout parmi les jeunes chez qui elle devient facteur d\u2019insécurité, même de désarroi.On observe en même temps une exploitation sans précédent de vocables qui devraient correspondre à des valeurs fondamentales comme « démocratie, liberté, droits de l\u2019homme, tolérance, diversité des cultures » dont certains pouvoirs, politiques et économiques, force organisations internationales, nombre de médias, font une consommation d\u2019autant plus grande qu\u2019ils en savent ou en devinent la fragilité et que, concourant objectivement à leur affaiblissement, masquent ou étouffent ainsi leurs remords.Trois facteurs principaux sont à l\u2019origine de cette proche grande noirceur, où sont remis en cause notre avenir collectif, notre « survivance » même : la crise de nos valeurs traditionnelles et d\u2019abord des valeurs morales et religieuses, avec la disparition des repères et la perte du sens de la transcendance ; la démission de la famille avec la rupture dans la transmission de la mémoire et des valeurs ; enfin, une sorte de refus implicite de se perpétuer, traduit dans une redoutable, et peut-être irrémédiable, anémie démographique.Au lieu de l\u2019évolution normale, nécessaire, on a opté pour la rupture ; plutôt que d\u2019actualiser prudemment et de modifier avec discernement, on a engagé, dans une sorte d\u2019ivresse 68 infantile, une immense braderie du passé, de tout le passé, avec persiflage, avec hargne, sinon parfois avec haine.Rupture et braderie d\u2019autant plus désolantes que, par ailleurs, grâce notamment à une nouvelle génération de hauts fonctionnaires et d\u2019universitaires, d\u2019heureuses réformes furent engagées, de vastes projets mis en chantier : la création d\u2019une véritable fonction publique, la mise en place d\u2019une grande politique sociale, la reconnaissance de la vocation et de la mission économique de l\u2019État (SGF, Caisse de dépôts, multiples sociétés publiques), l\u2019assainissement des mœurs électorales, une certaine forme de présence internationale, pour ne rappeler que quelques-unes des grandes innovations.Cette sorte de vaste aggiornamento de la société québécoise a cependant pris fin voici longtemps déjà, mais la crise sous-jacente, masquée par l\u2019euphorie de la révolution tranquille, s\u2019est, elle, accentuée, développée.Il aurait fallu, idéalement (il est permis de rêver.) une sorte de synthèse des valeurs fondamentales de notre tradition, de notre héritage, avec l'élan, les forces d\u2019innovation, d\u2019affirmation, de générosité, d\u2019invention de notre « révolution tranquille ».Il y a eu, pour une part, dévoiement de celle-ci par des excités infantiles qui confondaient transformer et détruire, adapter et rejeter, innover et abolir et, comme il advient souvent, les plus radicaux et les plus tonitruants surent intimider puis éliminer les autres, d\u2019autant que nos « médias », gagnés eux aussi par la fièvre, contribuaient à accélérer toutes les remises en cause et taisaient à peine leur sympathie envers les thèses ou les positions les plus avancées, ou du moins leur faisaient la partie belle : plus on dénonçait le passé en bloc, plus on le vilipendait, plus on en faisait le procès, davantage était-on assuré de « faire la manchette ».Les médias n\u2019ont pas seulement accompagné, raconté, expliqué la révolution tranquille, ils ont largement contribué à sa réa- 69 lisation, ce qui fut sain, ce qui fut heureux mais certains d\u2019entre eux ont aussi, hélas, puissamment contribué plus tard à la dévoyer : il y a eu des sectaires de la révolution tranquille, pour qui celle-ci se résumait à instruire globalement, avec acharnement, sans répit, le procès du passé.Et nous voici, aujourd\u2019hui, confrontés à nous-mêmes, au bilan fort contrasté d\u2019une révolution tranquille dont nous avons célébré, presque à l\u2019excès, les incontestables et précieux bénéfices mais dont nous avons ignoré ou préféré ignorer les erreurs, les excès de tous ordres, les mensonges, le dévoiement.Le détournement, voire la confiscation de ce grand souffle, de ce grand renouveau, ont abouti à un vaste désenchantement, à une démobilisation sur fond de démission et de dérision.Tous les ingrédients ont été réunis pour l\u2019avènement d\u2019un nouvel âge de la médiocrité, d\u2019une sorte de véritable « grande noirceur », ultime et tragique avatar d\u2019une révolution avortée.Des vocables sont interdits, devenus indécents, comme le sens de l\u2019effort, la discipline, l\u2019émulation, le devoir (on ne parle plus que des « droits », jamais des devoirs), le respect tant des aînés que du passé, tandis que s\u2019installent partout la fausse modernisation, la loi du marché, le primat de la consommation, la recherche permanente du loisir, la quête de la facilité.Toujours plus et toujours plus facilement et plus vite, consommer le plus possible au moindre coût, au moindre effort.Est-ce là faire preuve de « maturité » puisque nous avons apparemment rejoint les sociétés occidentales dites « avancées » ?Alors que nous avions la chance de réaliser une grande aventure humaine, nous avons préféré la voie du mimétisme, de l\u2019aliénation, de la facilité.« À nouveau, sans répit, courons à notre perte ! », comme disait un personnage de Camus.? OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC.confiance stratégie performance \u2022\tGestion active en actions et en obligations\t\u2022 Gestion indicielle \u2022\tGestion équilibrée\t\u2022 Gestion privée Le succès de Optimum gestion de placements repose sur l'expertise de ses gestionnaires appuyés par une équipe de spécialistes qualifiés, sur des styles de gestion bien définis et sur une collaboration étroite et durable avec chacun de ses clients.Pour de plus amples informations : Sophie Lemieux.M Sc .Directrice, Développement des affaires ÉricOuellet, B.A.A., PI.Fin., Directeur, Développement des affaires 425.bout de Maisonneuve Ouest, bureau 1740.Montréal (Québec) Canada H3A 3G5 Téléphone: (514) 288-7545 Télécopieur: (514) 288-4280 www.groupe-optimum.com ® Marque de commerce de Croupe Optimum inc.utilisée sous licence PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire et abonnez-vous ! JE M\u2019ABONNE\t(Taxes incluses) Pour 1 an ?(4 Nos 30$), pour 2 ans ?(8 N°s 55$) NOM ____________________________________________________ ! Lapaux-Uiamants ADRESSE VILLE__ PROV.CODE POSTAL TEL: ( ) (Vous recevrez le prochain No : Mars, juin, septembre ou décembre) POUR VOUS ABONNER Par téléphone :\t(418) 656-5040 Par télécopieur : (418) 656-7282 Par la poste : C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 Economisez éO « i h % sur le prix 9 en kiosque ! Recevez Le Devoir À VOTRE i PORTE du lundi au samedi pour seulement '2,74$ v-/ par semaine ( taxes en sus) Abonnez-vous par téléphone, c\u2019est facile et rapide! | Composez le (514) 985-3355 pour la région de Montréal, ou le 1 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.* Prix basé sur l'abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot.«.eu ~\t> «riMaox fûtes*-.' Vous vous sentirez bien conseillé.Les conseillers d\u2019OFTlMlSM placements.mettent toute leur compétence à votre profit.Un grand principe guide leur façon de travailler : le respect de vos objectifs de placement, dans un souci permanent de transparence et d\u2019écoute.Votre patrimoine financier constitue votre bien le plus précieux.Les conseillers d\u2019OPTIMUM PLACEMENTS® peuvent vom aider à le gérer de façon optimale et à mieux planifier votre retraite.Vous trouverez : \u2022\tDes solutions de placement claires en planification financière \u2022\tUn service hautement personnalisé \u2022\tDes choix de fonds mutuels sans aucuns frais d\u2019achat, de rachat ou de transfert \u2022\tDes rendements parmi les meilleurs du marché \u2022\tL\u2019expertise d'un des plus important groupes financiers québécois ê.OPTIMUM PLACEMENTS* Communiquez avec noun afin que nous puissions dès maintenant commencer à préparer votre retraite en toute sécurité.Région de Montréal : (514) 288-1600 Région de Québec : (418) 524-5336 Extérieur, sans frais : I 888 OPTIMUM (678-4686) www.fond80ptimum.com Cabinet «le services fimineieni, gérant el place tir principal des RINDS OPTIMUM» Manille de commerce de Groupe Optimum inc.utilisée sous licence. DOSSIER RENOUVEAU TRADITIONNEL: LES ENJEUX POLITIQUES \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 74 DOSSIER Sylvain Deschênes* LA RÉSURGENCE DE LA PAROLE VIVANTE Le jeune Fred Pellerin éparpille des feux follets un peu partout et le fabuleux Michel Faubert hante les scènes les plus hétéroclites escorté par un diable qui vous jette un troublant regard de côté.Même les extravagants personnages de Jocelyn Bérubé sont de retour.Derrière ces figures plus connues du conte québécois, s\u2019agitent dorénavant les langues déliées de mille autres conteurs et conteures.La résurgence de la parole vivante est palpable.Elle se produit dans de petites ou de grandes salles.Elle se proclame en plein air ou s\u2019infiltre dans les médias contemporains.Les moulins à paroles se promettent de réduire en pièces la langue de bois rond ! Conscients de la montée du phénomène et préoccupés d\u2019en préserver le sens, conteurs, organisateurs de soirées de conte et autres intéressés ont créé le Regroupement du conte au Québec en octobre 2003.Pour présider une telle organisation, ils se sont choisi un président à la mesure de * Rédacteur et conseiller en communications.Adaptation de l\u2019entrevue réalisée avec Jean-Marc Massie* 1, président du Regroupement du conte au Québec.1 Jean-Marc Massie, conteur, organisateur et président du Regroupement du conte a notamment publié : -\tDelirium Tremens.Contes mutagènes (livre-disque), Éditions Planète rebelle, Montréal 2002 -\tPetit manifeste à l'usage du conteur contemporain, Éditions Planète rebelle, Montréal 2001 -\tLa dernière tentation du lys, Éditions Planète rebelle, Montréal 1999 75 la tâche.L\u2019homme, au parcours rabelaisien, se révèle tantôt docteur en sciences politiques de la Sorbonne, tantôt chanteur rock d\u2019une formation de musique alternative appelée Pervers polymorphe ! Entre savoir universitaire et culture populaire, Jean-Marc Massie invente ses « contes mutagènes » et anime les Dimanche du conte au Sergent-recruteur depuis cinq ans.Il m'a reçu dans son bureau en m\u2019offrant un jus de canneberges.« C\u2019est toujours ce que proposait le général de Gaulle à ses invités » m\u2019a assuré le conteur le temps que je goûte à sa facétie ! La parole vivante, la séduction, la démagogie Ce n\u2019est pas pour un hasard si le conte retrouve ses lettres de noblesse depuis cinq ans.Les gens viennent chercher une parole, souvent anecdotique, qui retrace la petite histoire derrière la grande.On peut tout aborder, c\u2019est ça qui est génial.Du conte merveilleux au conte engagé.François Lavallée, par exemple, fait un spectacle sur les Patriotes à Saint-Denis.Il le fait, au moyen du conte, sur un sujet qui pourrait en faire fuir plus d\u2019un.Ceux qui disent « on ne veut plus entendre parler de ça ».Avec le merveilleux, le fantastique, il fait découvrir une réalité par un autre biais.Le conte urbain aussi est intéressant.On a fait beaucoup de soirées avec des contes urbains, des contes qui se passent dans le centre-ville, dans le métro, dans des quartiers durs, avec André Lemelin, Yvan Bienvenue.On le faisait avec des anecdotes, des avant-propos, qui parlaient des rapports ville-village.La tradition du quêteux, du rémouleur, le passé maritime du Québec (les beaux films de Perrault) étaient mis en lien avec les contes urbains.Tout était mis en place pour faire un lien entre le passé et aujourd\u2019hui à travers la parole des conteurs. 7 6 Ce qu\u2019on appelle « parole vivante » n\u2019appartient pourtant pas exclusivement aux conteurs.Tout au long de notre vie, on peut remarquer la différence.Deux personnes peuvent nous raconter la même chose, nous faire le même exposé, nous donner le même cours, mais l\u2019une d\u2019elles peut faire passer la culture savante par une langue vivante imagée.Elle peut faire passer l\u2019histoire.Quand on était jeune, un cours d\u2019histoire pouvait nous sembler assommant, sauf si on tombait sur un prof qui avait la parole vivante.J\u2019ai même l\u2019impression que les gens qui viennent nous entendre viennent se reconnecter à ce vieux professeur qu\u2019ils ont croisé pendant leur cursus scolaire.Cette personne que tu as le goût d\u2019écouter jusqu\u2019à la fin de la journée.En même temps, il y a quelque chose de particulier : la séduction.On est dans la séduction à l\u2019état pur.Sauf que ça engage moins de la part du conteur.Il n\u2019a pas un mandat de responsabilité comme le politicien qui travaille aussi dans l'art de la séduction.Il y a des politiciens qui vont séduire par leur rigueur avec des tableaux, des statistiques, d\u2019autres ne se gênent pas d\u2019aller jusqu\u2019à la démagogie.Au Québec, nos premières figures de politiciens sont des orateurs.Pour moi, les meilleurs conteurs parmi eux sont ceux dont on a beaucoup ri : Camille Samson, Réal Caouette.J\u2019ai revu des bouts d\u2019archives et, malgré tout ce qu\u2019on peut critiquer de leurs politiques, on doit reconnaître qu\u2019ils étaient des bulldozers de la parole.C\u2019était hallucinant.Ça fait partie aussi de notre culture.Il y avait là une parole forte -parfois très démagogique - et les sophismes étaient employés avec une espèce de bonhomie pour s\u2019ancrer dans la culture populaire et ne pas perdre sa base. 77 Par moments, on sent qu\u2019il manque un peu d'organique, de trippes, dans le spectacle politique actuel.Tout est tellement calculé.Les coups sont prévus, prévisibles, on aseptise le langage au maximum pour éviter d\u2019être pris à partie par un groupe de pression.On n\u2019en sort plus.On se prive d\u2019une parole conviviale, voire charismatique.On a des politiciens qui manquent d\u2019envergure et de charisme.Comme si on assistait à la fin d\u2019une ère, celle des Lévesque, Bouchard et même Trudeau - même si je suis à des années lumières du bonhomme.C\u2019est à se demander si, avec la disparition de ces fortes personnalités politiques, il n\u2019y a pas aussi une disparition des idées derrière tout ça.Parce que pour porter des idées, ça prend une personnalité.L\u2019adéquation entre idée et personnalité s\u2019est perdu et on se retrouve avec des bureaucrates politiciens.On a souvent l\u2019impression de n\u2019entendre qu\u2019un fonctionnaire.Ça prend des fonctionnaires pour faire fonctionner l\u2019État, mais quand tu entends un politicien parler comme ça, tu n\u2019y crois pas.Tu as l\u2019impression qu\u2019il joue un rôle déterminé.On n\u2019y croit même pas quand ils se fâchent.Je ne suis pas touché par les discours de Jean Charest.C\u2019est fou, mais c\u2019est comme si les politiciens hyper-médiatisés n\u2019arrivaient plus à nous toucher.C\u2019est la rencontre avec l\u2019autre qui devient de moins en moins possible.Sinon, c\u2019est une rencontre tellement préparée, balisée, c\u2019est une non-rencontre.Un art de la relation Avant d\u2019être un art de la scène et de la parole, le conte est avant tout un art de la relation.C\u2019est clair.Ce qu\u2019il y a de beau dans un conte, c\u2019est qu\u2019il peut survivre à une panne d\u2019électricité.On peut le théâtraliser, mais il reste que c\u2019est ce qui peut se poursuivre lors d\u2019une panne d\u2019électricité.À 78 cause de cela, tu as une souplesse de l'ordre du nomade.Tu es né quelque part, ton terroir natal peut être ton trésor le plus précieux, mais tu peux te promener avec lui partout à travers le monde et le partager.Parmi les premières figures des conteurs, il y avait le quêteux, un nomade qui allait de village en village, qui colportait les nouvelles.Dans des cadres plus urbains, tu avais le rémouleur (l\u2019aiguiseur de couteaux), les marchands ambulants, les commis-voyageurs.Il y avait toujours du mouvement.Pour que les histoires migrent, d\u2019un continent à l\u2019autre, d\u2019une culture à l\u2019autre, ça prend des porteurs, des passeurs.Il y a donc quelque chose du nomadisme dans le conte.Tu pouvais vivre dans ton village et ne jamais en sortir, mais il y avait le quêteux.Le quêteux assumait aussi le rôle important de faire circuler l\u2019information.Il était intégré dans la vie.Mais le quêteux était aussi craint parce qu\u2019il savait des choses que les autres ne savaient pas.Parce qu\u2019il se promenait, lui.Ce qui a éclipsé le conteur, c\u2019est l\u2019apparition de la petite lucarne, la télé.Ça avait commencé avec le journal.La géographie identitaire Le phénomène raconté dans Nil en ville - le célébré conte de Jocelyn Bérubé dans les années soixante-dix - la fermeture de villages, le développement des centres urbains, a oblitéré le pays à nos propres yeux.On voulait rassembler tout le monde dans des grands centres : Val d\u2019Or, Montréal, Québec, chaque région sa grosse ville.On a ensuite fermé des villages, « bougé » des villages carrément, c\u2019était assez fou.Jacques Ferron était très sensible à cette problématique de l\u2019occupation du territoire.Ferron, c\u2019est l\u2019écriture de la géographie.Ferron a réécrit notre géographie à travers les contes qu\u2019il 79 avait entendus quand il était médecin et qu\u2019il se promenait de village en village, notamment en Gaspésie.Il y avait alors superposition du pays réel et du pays imaginaire.Le pays imaginaire s\u2019incarne dans quelque chose qui a déjà existé : notre passé maritime à Me aux Coudres, la vie dans les villages en Gaspésie.Ferron avait une sensibilité accrue par rapport à cela.Tous ses contes, notamment du pays incertain, relèvent de cela : garder des traces de notre géographie.Un pays ne peut se résumer à trois centre-villes.Aujourd\u2019hui, si tu veux « être » un village, en région éloignée, il faut que tu te lances dans le récréotouristique.On se retrouve avec le modèle des Laurentides, tous les villages se développant de la même manière, avec les mêmes corniches, les mêmes restaurants.L\u2019uniformisation te balaie comme un bulldozer.Si tu ne veux pas ça, on va te fermer.Ce mouvement fait en sorte qu\u2019il est de plus en plus difficile de nommer le pays, de nommer le territoire, la géographie, le climat.On cherche trop à concentrer les populations.Il se produit alors des pertes d\u2019identité, d\u2019abord au niveau des villages et, aujourd\u2019hui, au niveau de la banlieue.On croyait que les banlieues se ressemblaient, qu\u2019il n\u2019y aurait pas de problèmes à les fusionner, mais le retour du refoulé fait obstacle.Des identités - fragiles, certes - mais des identités qui résistent.Ce qu\u2019on vit là se passe aussi au niveau planétaire.Contes urbains, contes traditionnels : continuité et renouvellement Les contes urbains servent à nommer la réalité urbaine et à en faire un objet poétique, un objet digne de fiction.Dans les contes urbains, le cadre change du conte traditionnel, mais les canevas des histoires sont souvent les mêmes.C\u2019est 8o juste qu\u2019on a pour personnages un pimp, un drogué, une prostituée, un fou qui a fait les frais de désinstitutionnalisation.Même les faits divers deviennent matière à créer un conte, à tisser une trame.Celui qui crée des contes urbains ne fait pas autre chose que celui qui contait dans les camps de bûcherons.La réalité de l\u2019époque, c\u2019était le bois, la drave.La réalité d\u2019aujourd\u2019hui est différente et le conteur fait avec.Ce n\u2019est pas très différent d\u2019il y a un siècle.Le conteur s\u2019alimente à la réalité d\u2019aujourd\u2019hui et peut-être que son conte créé aujourd\u2019hui, même un conte urbain, deviendra un conte traditionnel parce qu\u2019il sera repris par d\u2019autres conteurs.La vitalité d\u2019une forme d\u2019art se voit à sa capacité à se renouveler.Le conte a une belle vitalité parce qu\u2019il est à la fois dans le respect de la tradition et dans un mouvement de renouvellement.Ce n\u2019est pas en contradiction, c\u2019est en continuité.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019il y a plus de création qu\u2019on tasse le conteur traditionnel.Bien au contraire.Parmi les conteurs de la relève, au Sergent-Recruteur, il y a autant de créateurs de nouveaux contes que de conteurs traditionnels.Un équilibre s\u2019est mis en place.C\u2019est très sain pour le milieu.Je pense qu\u2019on a passé l\u2019effet de mode et qu\u2019on est maintenant dans une période de consolidation - qui vivra verra -dans une période où l\u2019on doit consolider, voire s\u2019assurer que chaque événement évolue, au niveau des directions artistiques, au niveau des conteurs, parce que la relève ne pousse pas « comme ça ».Il faut la stimuler.Il y a des mesures à prendre, du parrainage.C\u2019est en train de se faire.C\u2019est pour ça qu\u2019apparaît un Regroupenent du conte maintenant.Ça répond à un besoin.Le milieu du conte a besoin d\u2019être représenté, d\u2019avoir un regroupement qui en fasse la promotion et la défense.Entre le théâtre et la littérature, à un moment 8i donné, il faut se retrouver.Dire ce qu\u2019on est, d\u2019où on vient et où on s\u2019en va avec cet art de la parole qu\u2019est le conte.Le geste politique de prendre la parole En général, tu as d\u2019abord un contact avec l\u2019assemblée.Tu prends la parole, et l\u2019instant d\u2019un conte - si tant est que tu as un talent pour conter - la séduction, le charme, opèrent presqu\u2019un envoûtement.Un bon conteur va aller chercher le silence dans sa salle, va mettre les gens sur la même longueur d\u2019ondes, va les emmener dans son univers.Tu deviens un peu comme un chaman, un sorcier.C\u2019est un rituel.Il y a quelque chose de religieux dans le conte.À un moment donné, tu emmènes ton auditoire avec toi.Tu peux l\u2019emmener loin si tu t\u2019y prends de la bonne manière.Il y a donc un rapport direct entre une personne qui monte sur la scène, qui monte en chaire comme le curé, et qui vient, comme ça, shlack ! emmener les gens en quelque part, dans un univers enchanté ou peu importe.Par la force des choses, il y a de l\u2019éducation dans le conte, mais je n\u2019aime pas trop l\u2019idée « d\u2019éduquer les masses laborieuses ».L\u2019idée m\u2019embête toujours profondément parce qu\u2019il a derrière ça un mépris de la culture populaire qui se traduit par : « moi je viens vous éduquer ».Mais, par la force des choses, il y a, à tout le moins, un échange, et dans l\u2019échange, une possibilité de conscientisation, c\u2019est clair.Tout artiste, même un artiste qui se dit non engagé, ne peut décider cela tout seul.C\u2019est la réception de son œuvre, les gens qui la reçoivent, qui décident.Dès que tu montes sur scène, que tu prends la parole publiquement, en tant que conteur ou politicien, tu as un engagement dans le monde.C\u2019est au-delà de la politique, ça devient du politique.Tu as un impact sur la cité, (e fais la différence entre le politique 82 et la politique.La politique, c\u2019est une des manières de faire vivre le politique en pensant la cité, en se demandant quel système employer.Peu importe ce que tu dis, cependant, la politique peut te mettre le grappin dessus.En tant que conteur, je suis dans un rapport de séduction avec le public.Si j\u2019ai un message à passer à travers ma création, il y a une manière de le faire.Si je veux prendre position par rapport au pays, par rapport à ce qui se passe au sujet du filet de sécurité sociale au Québec, si j\u2019aborde ces sujets de front, la moitié de la salle va se vider parce qu\u2019ils ne sont pas venus là pour un discours politique.Plutôt que de foncer dans le mur, tu as des esquives, des chemins de traverse, la métaphore peut être utilisée, la poésie, des images données.Les fables de Lafontaine étaient magnifiques pour cela.Il a mis le doigt sur tous les travers de la société en passant par ses fables, Maitre Corbeau et de.C\u2019est ce que j\u2019appelle la séduction.Ça peut être l'esquive, mais il y aurait un mot mieux que l\u2019esquive pour ça.C\u2019est que tu prends des moyens détournés pour parler des choses dont les gens n\u2019ont pas nécessairement le goût d\u2019entendre parler et d\u2019y arriver quand même.L\u2019artiste possède ces outils.Ah ! On peut aussi être engagé de manière très claire, nette et directe.Mais quand je conte « le Village des ronronds », j\u2019utilise la métaphore de la rondeur pour parler de l\u2019ennui et de l\u2019aliénation à travers une femme qui vit dans un supposé village traditionnel tout en bois rond.Il y a une femme dans ce village qui déprime, On doit être plusieurs à se sentir comme ça, à se dire « est-ce que je suis seul de mon bord à me poser ces questions ?».Ben non ! Cette femme incarne n\u2019importe quel individu en train de se demander s\u2019il n\u2019est pas en train de se faire fourrer d\u2019aplomb.Dans ce conte, c\u2019est la femme du cordonnier, la Bovary du village, qui s\u2019ennuie 83 parce que tout tourne rond.C\u2019est une autre manière d\u2019aborder certains thèmes.La création permet ça.Le conte se fait de plus en plus dans de grandes salles aussi.On a fait un premier spectacle de contes que j\u2019ai présenté à la Place des Arts.La banlieue dans tout ses états, dans le cadre du Studio des mots.Il y a de plus en plus de spectacles dans des auditoriums comme au festival des Grandes Gueules de Trois-Pistoles.Des salles de 400 places quand même.Pour certaines soirées, ça commence à bouger de ce côté-là.Donc, il faut s\u2019adapter, parce que ce n\u2019est pas évident pour un conteur, qui est habitué aux salles intimistes, de faire le saut dans le spectaculaire.C\u2019est ce qu\u2019on vit depuis à peu près 10 ans au Québec.Et plus précisément depuis 5 ans, c\u2019est le passage de l\u2019intimiste au spectaculaire sans perdre l\u2019intimiste.La force du conte au Québec en ce moment, c\u2019est l\u2019aller-retour constant entre ces deux formes de représentations.On joue là-dessus.On essaie d\u2019éviter que le conte ne se fasse plus que dans de grandes salles.Ce qui est intéressant, c\u2019est qu\u2019il puisse continuer d\u2019être présenté partout.Les téléréalités ?Je crois sincèrement qu\u2019on a besoin de recul pour comprendre le phénomène.Ça vaut pour tous les sujets qui deviennent à la mode, des sujets de société.Il est inévitable qu\u2019on en parle, mais en parler alimente le phénomène.Le journaliste est là pour en rendre compte, mais il me tarde qu\u2019on ait un mouvement de recul, qu\u2019on réfléchisse.Réfléchir nécessite qu\u2019on suspende son jugement, qu\u2019on prenne du recul pour mettre les choses en perspective. 84 En gros, les téléréalités m\u2019apparaissent comme le truc orwel-lien de la surveillance couplé à la prédiction d\u2019Andy Wharol affirmant « qu\u2019à l\u2019avenir tout le monde sera célèbre pendant quinze minutes ».Toutefois, pour le meilleur ou pour le pire, ça ne dure pas toujours que quinze minutes ! C\u2019est peut-être une proposition du diable, mais dans le conte québécois, c\u2019est le diable qui se fait avoir plus souvent qu\u2019au-trement ! On réussit peut-être dans notre imaginaire ce qu\u2019on voudrait réaliser pour vrai.? 85 DOSSIER LA DÉMARCHE DE MONSIEUR LAMBERT Sylvain Deschênes* \u2022y-t- Le Québec devait se donner en spectacle le n septembre 2001 près du World Trade Center dans le cadre de La Saison du Québec à New York.Le contretemps cataclysmique que l\u2019on sait ayant compromis la tenue du spectacle d\u2019ouverture, une adaptation de circonstance avait été organisée à Montréal quelques jours plus tard sous le thème « Québec-New York : un show pour la vie ».Alors que les mêmes images d\u2019avions percutant deux gratte-ciel continuaient de hanter des commentateurs à court d\u2019analyse, la musique endiablée de la Bottine souriante retentissait au-dessus des décombres.Plus réel que les images de la catastrophe, « monsieur Lambert » entonnait gaillardement : « Le démon sort de l\u2019enfer pour faire le tour du monde/Envoyé par Lucifer pour rapailler son monde ».Nous n\u2019étions plus devant la fin de l\u2019histoire.L\u2019icône de la musique traditionnelle du Québec nous faisait l\u2019éclatante démonstration de la force incomparable de la culture populaire devant l\u2019inédit.Dans cette vieille chanson actualisée, le diable sollicite tour à tour le policier (T\u2019es pas tanné de * Adaptation de l'entrevue réalisée avec Yves Lambert, chanteur, accordéonniste et cofondateur de La Bottine souriante, Françoise Boudrias, ancienne gérante de La Bottine et Sylvie Genest, professeure de musique à l\u2019UQAM et collaboratrice d'Yves Lambert. 86 nous gazer/Avec ta maudite clôture - souvenir du sommet de Québec du mois d\u2019avril précédent), le politicien (Tes promesses ne valent rien/Avec tes maudites coupures), le journaliste (Avec ton sensationnalisme/Et pis toutes tes censures), le forestier (Nos forêts sont dévastées/Avec toutes tes sciures), et une vaste galerie de personnages coupables de mauvaises actions envers leurs concitoyens.Chaque interpellation se termine invariablement par l\u2019invitation sulfureuse : « Embarque dans ma voiture ».Aucun docte spécialiste n\u2019avait su nommer aussi justement la nature de l\u2019événement auquel nous étions confrontés.Au final, le chanteur, refusant d\u2019embarquer lançait : « Lâche-moé, maudite bête, moé j\u2019y vas pas ! ».Un an plus tard, le 28 septembre 2002, Yves Lambert quittait la Bottine souriante qu\u2019il avait fondée 25 ans plus tôt.Alors qu\u2019il trônait avec plaisir sur le char du Conteur à la tête du défilé de la fête nationale du Québec de 2003, ses anciens compères de la Bottine souriante divertissaient les Canadians à Ottawa pour la fête du Canada.Le patrimoine vivant est, pour lui, indissociable du politique.Fêtes nationales Une fête nationale est un véhicule de propagande, que tu le veuilles ou pas.Tu ne peux pas faire abstraction du fait que ce sont des fêtes politisées.Pour moi, c\u2019est une question physique, morale et mentale à la fois.Je ne pouvais pas décider tout seul avec la Bottine parce qu\u2019on était un groupe.Mais on refusait parce qu\u2019on savait ce que j\u2019en pensais.L\u2019année après mon départ, la Bottine faisait la fête du Canada ! On ne l\u2019avait jamais fait avant.Jamais à Ottawa dans le show officiel pour la télévision. 87 (F.Boudrias) : On est allés à Toronto une fois par exemple.On voyait ça comme une fête internationale où l\u2019on était invités.On n\u2019a rien contre les Anglais pour ce qui concerne la musique.Mais pour le show officiel, il était convenu à l\u2019intérieur du groupe qu\u2019Yves n\u2019était pas capable de faire cela.Même au niveau de l\u2019image, une bonne partie de notre public ne l'aurait pas pris.Même de mon point de vue stratégique de gérante du groupe, ça ne me semblait pas bon de le faire.Pour moi, c\u2019était une question d\u2019être bien ou non avec la chose.J\u2019ai fait un show l\u2019été d\u2019avant pour la gouvemeure générale.Rendu sur place, j\u2019étais complètement viré à l\u2019envers.Et ça allait mal avec le groupe aussi.Ma conception de l\u2019indépendance a beaucoup évolué avec le temps, mais ça prend toujours des gens qui prennent position.Et moi je le fais.Pour ce qui concerne les festivités canadiennes des fêtes du Canada, j\u2019ai réglé ça.Je n\u2019y vais pas parce que je ne me sens pas bien avec ça.Ce n\u2019est pas que je ne veux pas faire de business avec les Anglais.J\u2019étais bien content de faire mes deux chansons à Toronto, une de la Bolduc et une autre qui venait des recherches de Marius Barbeau.Je ne suis pas fermé aux Anglais, mais au niveau du symbole de la chose, maintenant, moi, non, ça ne me tente pas.Je pourrais y aller, mais je ne serais pas capable de défendre cela.J\u2019aime autant perdre de l\u2019argent.Parce qu\u2019à un moment donné, il te faut défendre tes actions.Si quelqu\u2019un le fait et qu\u2019il est capable de le défendre, c\u2019est parfait pour lui.S\u2019il ne voit pas de conséquence idéologique à la chose, c\u2019est son affaire, je respecte cela, mais c\u2019est dangereux de « manger à tous les râteliers » comme disait Falardeau.Moi, je suis prêt à sacrifier ce cachet-là et rester chez nous à la fête du Canada. 88 L\u2019indépendance et les minorités francophones Il reste que la musique traditionnelle elle-même n\u2019est pas indépendantiste ou fédéraliste.Il ne faut pas oublier, non plus, que le Canada, c\u2019est aussi les minorités francophones.Une des grandes erreurs du nationalisme québécois des trente, quarante dernières années a été d\u2019ignorer les minorités francophones du Canada.Quand Yves Beauchemin a traité les minorités francophones du Canada de « cadavres encore chauds », j\u2019ai trouvé ça d\u2019une ignorance.J\u2019ai joué souvent dans des coins francophones de l\u2019Ouest et il me semble qu\u2019il nous aurait fallu les encourager, les intégrer dans le processus.Il fallait faire attention à eux.Il y a là de fantastiques peuples de découvreurs.C\u2019est une grosse partie de l\u2019essence de ce que nous sommes.L\u2019Acadie aussi, à côté, c\u2019est très important pour le Québec.Ignorer cela, parce qu\u2019on est dans sa petite bulle, c\u2019est se fourvoyer d\u2019aplomb ! Il était inévitable qu\u2019il y ait une confrontation des intérêts de chacun, mais politiquement, on aurait pu faire les choses de manière plus fine.Les minorités sont bien obligées de négocier avec les Anglais dans leur situation.Cette attitude consistant à les ignorer est un gros problème.On parle d\u2019une culture francophone d\u2019Amérique.On parle de la survie du français au Québec comme à Sudbury ou à Saint-Albert en haut d\u2019Edmonton.L\u2019Acadie et les Louisianais sont connectés, eux.Mais au Québec, on est tombés dans notre soupe.Pourtant, l\u2019essence même de ce que nous sommes est là aussi.Ces minorités ont contribué à la sauvegarde de notre culture.On a des affinités indéniables. 89 Les politiciens sont restés concentrés sur des contextes politiques étroits en taisant complètement cette réalité.Les Français hors-Québec n\u2019existaient pas.C\u2019est peut-être un détail pour des politiciens ou des professionnels de la chose, pas pour moi.Heureusement, je sens que ça change.Les Coups de cœurs francophones font maintenant un tour chez les minorités francophones.C\u2019est un geste concret qui ouvre l\u2019esprit de ce côté.C\u2019est une reconnaissance, minimale, mais elle est là au moins.Parce qu\u2019ils existent.Tu ne peux pas dire qu\u2019ils n\u2019existent pas.Mondialisation et pratiques identitaires (F.Boudrias) : Sur l\u2019aspect politique de la musique traditionnelle, je pense qu\u2019il faut surtout relier ça à la mondialisation.La résistance à la mondialisation passe par la musique, mais également par le développement de produits du terroir, par exemple.La musique traditionnelle devient un geste politique parce qu\u2019elle renforce ta culture.Si tu ne sais pas ce que tu es, tu ne pourras résister et tu deviendras n\u2019importe quoi sous l\u2019impact de la mondialisation.Le mouvement n\u2019est pas que québécois.Comme lors du folk revival et du retour à la terre des années soixante-dix, le mouvement de renforcement des identités est mondial.Au Québec, le retour aux racines était très étroitement lié à la lutte pour le statut politique de l\u2019indépendance dans les années soixante-dix alors que ce n\u2019est plus exactement le cas maintenant.Le mouvement, aujourd\u2019hui, est à mon avis porté à un niveau plus humain, plus social, de résistance à l\u2019homogénisation que réclame la mondialisation. 9° La démarche de la Bottine souriante La musique traditionnelle, c\u2019est aussi beaucoup plus vaste que ce qu'on voit maintenant.L\u2019effervescence actuelle est forte, mais elle ne touche pas tous les aspects de la musique traditionnelle.Suite aux succès de la Bottine avec ses fusions à la fin des années quatre-vingts, la jeune relève s\u2019y est intéressée.On a intéressé aussi des gens à cette musique en montrant qu\u2019elle pouvait s\u2019intégrer à des rythmes latins, jazz, tous les rythmes à la mode, de partout.La version québécoise du folk revival La Bottine, au début, était composée de jeunes qui découvraient le patrimoine musical québécois.On avait un souci d\u2019authenticité.C\u2019était une de nos priorités.On était en contact avec des légendes de la musique traditionnelle québécoise comme Louis Pitou Boudreau, violoneux de Chicoutimi, qui avait joué à la Veillée des veillées en 1973 et 1974.Il a joué jusqu\u2019à la fin des années soixante-dix.C\u2019était quelqu\u2019un d\u2019important dans la tradition.Nous autres, on le connaissait.Au Festival d\u2019été de Québec en 1977, Pitou Boudreau jouait tout seul, tapait du pied à quatre temps.J\u2019étais avec ma guimbarde, mes cheveux longs et ma salopette sur le bord de la clôture.J\u2019avais crié « Pitou, as-tu besoin d\u2019un joueur de guimbarde ?» Il m\u2019avait dit « Aweye » et j\u2019étais monté sur la scène avec lui.On les connaissait bien.On était émerveillés par eux.Il y avait Philippe Gagnon, le violoneux de la chanson Dolorès de Charlebois (1969) : « Vas-y mon Philippe ! ».Il était tombé en amour avec Janis Joplin lors d\u2019une tournée dans le Midwest américain à la fin des années soixante ! C\u2019était un illuminé de la musique traditionnelle.Quand je l\u2019ai connu, il se promenait avec son camion dans les villages en Gaspésie et partout au Québec. 91 Il s\u2019était organisé, à même le camion, une scène qu\u2019il appelait sa « garouine ».Il s\u2019arrêtait dans les villages et sortait son violon.Tous les grands, comme Jean Carignan, Philippe Bruneau, c\u2019étaient nos références quand on a commencé.Dans les années soixante-dix, j\u2019étais à la petite brasserie avec André Marchand, Mario Forest et Gilles Cantin - les premiers de la Bottine - quand on avait entendu à la radio « Le reel du pendu » à la guitare électrique par le groupe Garolou.On trouvait ça ben effrayant ! On disait que c\u2019était pas bon.À cette époque, Garolou avait les faveurs des médias parce que c\u2019était moderne.Le traditionnel faisait partie d\u2019un courant mondial de folk revival dans les années soixante-dix, l\u2019époque des grands groupes irlandais.Le Rêve du diable travaillait depuis 1973, la Bottine avait été fondée en 1976, et tout ça faisait partie d\u2019un courant mondial de revalorisation de la musique traditionnelle.Ce n\u2019était pas qu\u2019au Québec.Ici, le mouvement a été récupéré par les indépendantistes, mais le courant était mondial.Il était associé au « retour à la terre » qui était, lui aussi, mondial.Quand le référendum a été perdu, le mouvement s\u2019est considérablement affaissé au Québec.Presque du jour au lendemain.Ailleurs, là où le mouvement n\u2019était pas relié à de telles revendications politiques, le ralentissement a été beaucoup moins important.Mais encore là, l\u2019affaissement au Québec était surtout médiatique.Dans les campagnes, la musique traditionnelle a continué, mais de façon plus obscure.Le Rêve du diable, par exemple, dure encore ! 92 Des nouvelles sonorités aux cuivres des années quatre-vingt-dix L\u2019arrivée des cuivres à la Bottine a été l\u2019aboutissement d\u2019un cheminement qui a commencé dans les années quatre-vingts.J\u2019étais un des instigateurs de cela.J\u2019avais besoin de voir ailleurs.Je me sentais limité dans la tradition à cette époque.On avait formé un groupe parallèle qui s\u2019appelait les Nouvelles sonorités joliettaines avec des membres de la Bottine et des nouveaux comme Michel Bordeleau, Denis Fréchette, Réjean Archambault.J\u2019ai amené du répertoire, de la musique juive, italienne.Je chantais (et je chante encore) Petite fleur de Sidney Bechet, Dédé chantait du Dylan.Personnellement, je faisais ça pour ouvrir à autre chose parce que je trouvais que l\u2019approche puriste me limitait.Dédé est parti quelques années plus tard parce qu\u2019il ne chapeautait pas ce changement de tendance.J\u2019étais celui qui poussait le plus pour ouvrir à d\u2019autres sonorités.Ce qui a amené les cuivres au début des années quatre-vingt-dix -par le biais de Denis Fréchette qui connaissait des « bras-seux » à cause d\u2019un band de musique latine dans lequel il jouait de temps en temps - et créé la révolution dans la musique traditionnelle.Standardisation et recettes Mais après cinq albums avec des cuivres comme ça, j\u2019en avais plein mon casque.C\u2019était une question de lourdeur de la patente.Il y avait aussi des choix idéologiques, philosophiques, qui allaient avec ça.Ça englobait beaucoup de choses.Je ne trouvais plus de liberté là-dedans.J\u2019ai été content de participer à ce mouvement, mais quand j\u2019ai donné ma démission, j\u2019avais fait le tour.Je ne voyais plus 93 d\u2019avenir pour moi là-dedans pour mon développement en tant qu\u2019artiste.J\u2019ai toujours aimé l\u2019expérimentation, la recherche et j\u2019ai toujours eu le souci de ne pas appliquer les mêmes recettes.La Bottine en était rendue là, à mon avis : appliquer les mêmes recettes.Quand j\u2019écoute le dernier album du groupe, je reconnais la recette puisque j\u2019ai contribué à l\u2019élaborer.C\u2019est absolument l\u2019application de la méthode de travail qu\u2019on a développée depuis le début, et plus spécialement depuis que Jean Fréchette, le saxophoniste, a pris la direction musicale du groupe vers 1995-1996.C\u2019est l\u2019application de la formation académique de Jean Fréchette sur une musique traditionnelle.Pour moi, ça manque de contenu, de « ground ».Même au niveau des paroles, le fait de chanter « j\u2019ai du fun, j\u2019ai du fun, j\u2019ai du fun » ne m\u2019a pas l\u2019air bien connecté avec ce qu\u2019on vit.Ce n\u2019est pas très drôle ce qu\u2019on vit présentement.Ça me donnerait plus le goût de brailler ! Les trompettes de la renommée Avec la Bottine, on jouait à Londres, au Queen-Elizabeth Hall, et tout.Pour le jubilé de la reine, la BBC avait organisé un gros festival dans les villes d\u2019Angleterre.Il y avait un gros show à la fin avec Elton John.Je parle de la grande star Elton John ! À la fin du show, on entend, le Rap à Ti-Pétang, la musique de la Bottine enregistrée la veille quelque part en Angleterre.C\u2019était la gloire absolue pour certains membres.« On est-tu bons, on passe après Elton John ! » Ce besoin d\u2019être une star ou, comme le disaient nos communiqués de presse parfois, « ce que Jacques Villeneuve est à la formule un, ce que Céline Dion est à la chanson pop, la Bottine souriante l\u2019est à la musique traditionnelle » ! Comme l\u2019expression Best Band In The World.C\u2019était une amie qui avait lancé 94 cela à un journaliste qui l\u2019a répété dans un article et, comme on s\u2019était servi de l\u2019expression plus tard dans nos communiqués, les gars se sont mis à y croire ! (F.Boudrias) : Tant que tu sais que tu joues à un jeu avec ces choses, ça peut aller.C'est quand tu te mets à croire à tes propres inventions qu\u2019il y a un problème ! On exagère un peu, mais c\u2019est ce qu\u2019on voyait.Certains y croyaient.Voyons donc, ce n\u2019est pas comme ça que ça marche.De toute façon, la question n\u2019est pas d\u2019être meilleur ou pire.Ça n\u2019a pas de rapport avec ce qu\u2019on fait.C\u2019est de jouer qu\u2019il est question.(F.Boudrias) : C\u2019est sûr que le groupe, à neuf musiciens, déménageait pas mal.C\u2019était certainement un très bon band.On répétait ça pour faire la promotion du groupe et cela devenait attaché au groupe à force d\u2019être répété.Mais dans les faits, on pouvait très bien préférer un autre groupe pour un BBC award.Ce que j\u2019ai trouvé spécial, c\u2019est que ceux qui savaient qu\u2019on répétait pour la promotion se mettaient à y croire.L\u2019être humain est ainsi fait que, s\u2019il est impressionné par le fait d\u2019être une vedette, il va se laisser prendre.Diane Dufresne disait qu\u2019elle descendait de scène à la fin de ses spectacles pour redescendre au niveau du sol.Pour bien sentir qu\u2019elle n\u2019était plus sur scène.Pour dire : oui, j\u2019assume mon identité de star, mais sur scène seulement.Après, je reviens avec vous, je suis parmi vous, je suis comme vous.Sur scène je dois maintenant m\u2019adapter et jouer mon rôle sans la Bottine.On a fait une veillée de campagne à Gentilly de Colomban l\u2019autre soir et je me suis pratiqué à faire crier « Yves Lambert » ! Faut que je m\u2019occupe de mon image ! 95 L\u2019exploitation frénétique de la fête Il reste que la Bottine est toujours composée d\u2019excellents musiciens et que je suis capable d\u2019apprécier la démarche des nouvelles recrues comme Éric Beaudry.Il a une belle démarche pour ce qui concerne les racines de la musique traditionnelle, mais il reste à savoir ce qui va advenir de cela au sein du groupe.Parce que la Bottine a toujours été prisonnière de cette image de groupe festif.J\u2019ai souvent été celui qui essayait d\u2019amener autre chose.Quand j\u2019ai ressorti la vieille chanson bien connue Le démon sort de l\u2019enfer, j\u2019ai voulu la mettre dans le contexte actuel en interpellant le politicien pour ses promesses qui ne valent rien, le journaliste pour son sensationnalisme.Je trouve ça bien important dans ma démarche.C\u2019est bien beau fêter, mais je trouvais intéressant, par exemple, de ressortir la chanson de Raymond Lévesque Jusqu\u2019aux petites heures, une chanson d\u2019un gars sur la brosse qui en bave.Au bout du compte, j\u2019étais toujours le fatigant là-dedans qui essayait d\u2019amener un contrepoids par la douceur.Je ne suis pas allergique à la douceur, à l\u2019harmonie.Mais le groupe est encore allé dans la direction du festif absolu avec le dernier album.Ce n\u2019est pas qu\u2019une question de contenu des chansons.Hier, quand j\u2019entendais le Henri Band qui fait des textes très politisés, j\u2019avais aussi cette impression que le groupe était prisonnier de cette pulsion de faire danser à tout prix.Je comprends que les gens en demandent, mais est-ce que notre rôle c\u2019est de leur donner ce qu\u2019ils demandent ou d\u2019être le fatigant qui provoque autre chose.C\u2019est beau avoir seize ans et découvrir son corps, mais ce n\u2019est pas tout ! Dans la dernière tournée de la Bottine, je voulais faire La complainte du folkloriste de Philippe Bruneau, un grand accordéoniste qui vit maintenant en France.C\u2019était un compositeur qui avait 96 travaillé beaucoup dans les années soixante avec (ean Carignan - avec qui il s\u2019était brouillé parce qu\u2019il trouvait que Carignan ne jouait que de l\u2019irlandais alors que lui était dans la « grosse tradition » ! Je voulais jouer cette pièce qui est très douce pour finir en douceur.C\u2019était la seule pièce que j\u2019avais proposée parce que j\u2019étais déchiré à ce moment.On ne l\u2019a pas faite.Pas en tournée, en tout cas.Ça aurait été correct de la faire.On l\u2019a faite sur disque, quand même, avec de très beaux arrangements impressionnistes de Jean Fréchette.Pouvoir scénique et démarche artistique Il reste que c\u2019est un dilemme qu\u2019on retrouve dans tous les genres musicaux : choisir entre ce que tu as le goût de faire et ce à quoi les gens s\u2019attendent parce que c\u2019est ce que tu as donné avant.Est-ce que tu te bats contre ça ou tu leur donnes, comme au MacDonald\u2019s, toujours la même chose standardisée ?Il y en a qui gaspillent leur pouvoir scénique à cause de prérogatives, qui s\u2019obligent à donner ce que le monde attend.C\u2019est ce que fait Céline.C\u2019est populaire, mais c\u2019est insipide.C\u2019est ça qui « marche ».Les gens finissent par croire que si tu as une recette qui marche, tu as réussi.Je n\u2019ai pas cet esprit.J\u2019ai l\u2019esprit de contradiction ! Quand ça marche trop, je débarque ! Maintenant, je fonctionne simplement sous mon nom.Les musiciens jouent avec moi si cela leur tente.Que ça marche, dans le sens commercial, n\u2019est plus un critère important pour moi.Pourvu que je m\u2019envoie en l\u2019air.Pourvu que les gens qui sont avec moi sont bien, qu\u2019ils s\u2019amusent, qu'ils sont capables de me supporter dans mes extravagances -parce que je suis un être extravagant sur scène.J\u2019ai besoin 97 que les musiciens avec moi soient capables d\u2019accepter mon exubérance et mes prises de position aussi.Ce que je ne pouvais plus vivre avec la Bottine.Mes positions hors-normes étaient mal vues par le reste du groupe.Prendre position face aux pratiques industrielles du star system J\u2019ai fini par prendre ma décision le 28 septembre à deux heures et quart du matin.J\u2019ai rédigé ma lettre de démission et j\u2019ai appuyé sur « enter » ! Prendre position, ça règle de quoi.Surtout pour nous qui sommes souvent ambivalents.J\u2019ai vraiment l\u2019impression de prendre position présentement.Pour plusieurs raisons.Au cours des dernières années, j\u2019étais très ambivalent entre mon collectivisme et l\u2019idolâtrie du star system.J\u2019avais vraiment besoin de revenir sur le plancher des vaches.Je sentais cette incohérence entre l\u2019artisan (l\u2019artiste) et la star.Je vivais cela.Je sais maintenant que je préfère être artisan.C\u2019est sûr que je profite un peu de mon nom, du nom que je me suis fait dans le star system.Mais je voulais revenir à mes valeurs.Je ne me sentais pas bien à penser en termes de développement commercial, à faire telle performance pour telle raison.À faire du Corporative Traditional ! Du traditionnel corporatif.Il y avait la machine à fabriquer de la musique commerciale et le problème relié à l\u2019importance que le monde ordinaire accorde au fait qu\u2019on passe à la télé.Comme dans le phénomène de la téléréalité.Être connu, reconnu, parce qu\u2019on passe à la télé.Je l\u2019ai été, connu.J\u2019ai réglé ce problème.Il y a même des choses que je ne peux plus faire maintenant à cause de cela ! 98 Statut légal et gestion artistique Il y a eu une évolution administrative qui ne correspondait pas à nos besoins.La Bottine a commencé par être une organisation à but non lucratif et n\u2019a pas vraiment trouvé une structure satisfaisante et équitable pour la suite des événements.(F.Boudrias) : Le mode coopératif aurait probablement été plus adapté.Quand on a fondé Milles-pattes, on devenait producteur, donc à but lucratif.Il y avait un problème à parler de cela avec les phénomènes de groupe habituels.Dans un collectif, la reconnaissance du rôle de chacun ne va pas de soi.Il y avait tout de même à peu près vingt personnes en tout dans l\u2019organisation.Il aurait fallu définir une mission, comme celle de faire connaître la musique traditionnelle et la diffuser, et s\u2019assurer que les individus travaillent en fonction de la mission plutôt que de leur carrière propre, des rentrées d\u2019argent immédiates.Ma formation administrative était basée sur le collectif.Quand tu arrives avec des musiciens, des artistes de scène, les égos deviennent très gros.À un moment donné, tu n\u2019appuies plus ton leader parce que cela te brime dans ton individualité.La notion de mission du groupe s\u2019éloigne.(F.Boudrias) : Dans un groupe, tout le monde n\u2019est pas pareil.Le chanteur devient le porte-parole dans le star system.Il est étroitement lié à l\u2019image.Les gens vont associer le groupe à une personne.Le problème de la Bottine actuellement, selon certains, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019a plus d\u2019image.Quand j\u2019ai commencé avec la Bottine, c\u2019était un peu ça.Il y avait des musiciens qui changeaient et, sur le plan médiatique, c\u2019était difficile à vendre.Yves Lambert était là, mais personne ne voulait nommer l\u2019image.Il avait le charisme, les gens le réclamaient, mais il fallait le reconnaître et suppor- 99 ter cette image pour arriver à dépasser l\u2019image du musicien traditionnel anonyme.(F.Boudrias) : Il y avait beaucoup de conflits.Dans mon cas, je voyais que je ne pouvais plus faire de développement, c\u2019était devenu trop gros.Pour développer il faut investir et la machine était devenue trop grosse.Quand on est venu pour signer avec EMI, on me demandait comment il se faisait que je ne pouvais pas faire venir le groupe gratuitement.On ne pouvait pas le faire parce qu\u2019il y avait beaucoup de monde et que certains étaient à salaire, d'autres pigistes, des statuts différents qui faisaient que ça ne voulait pas dire la même chose pour tous.(S.Genest) : Une apparence de collectivisme mais avec, dans les faits, une grosse division des tâches.Il y avait une couche « socialisante » avec, en-dessous, une couche « capitalisante » provoquant une « collision idéologique ».L\u2019impossible mise en marché du patrimoine vivant (S.Genest) : Le Québec est une société basée sur le communautarisme, sur les projets collectifs.La musique traditionnelle québécoise doit être collectiviste pour répondre aux critères dont on parle : musique de terroir, fidélité aux sources, l\u2019importance de la notion de ground, de mise à la terre.Si elle exige des instruments acoustiques, c\u2019est que les instruments amplifiés incitent à jouer chacun tout dans sa bulle alors que le son des instruments acoustiques se mélange.G est un son collectif.Il est souvent joué en rond avec les danseurs.(S.Genest) Mon hypothèse, c'est que cette musique n\u2019est pas faite pour le succès commercial.Qu\u2019il faut trahir cet TOO aspect de la musique traditionnelle pour connaître le succès.Tu as un micro, des amplis, un public face à la scène.Il faut une vedette, un produit qui se vend.Ce sont des choses qui obligent à la division du travail et, à partir de là s\u2019organise une hiérarchie.Le succès fait en sorte qu\u2019on se met à se demander qui mérite le plus gros cachet.Même avec le même cachet.Il se développe des luttes internes, des hiérarchies psychologiques qui s\u2019installent.C\u2019est le star system.Si tu as du succès, il te faut embarquer là-dedans et trahir la source de ta musique.On peut même se demander si la culture québécoise communautariste est faite pour ce type de succès.Si on peut la « machandiser ».Est-ce qu\u2019on peut vendre nos tourtières du Lac Saint-Jean - le gros plat qu\u2019on met au milieu de la table où tout le monde pige ?Ça ne se vend pas, ça.On pourrait la vendre en petits morceaux emballés individuellement, mais ça ne serait plus pareil.Même chose pour les danses traditionnelles.Il faut que ce soit gros, collectif, ça ne peut pas se faire autrement.(S.Genest) : Dans les études musicales, quand on essaie d\u2019identifier un élément qui serait typique de la musique traditionnelle québécoise et qu\u2019on répond « les cueillières », on voit que c\u2019est faux puisqu\u2019il y en a ailleurs.Le tapement de pieds ?Même chose.Le violon aussi.Non, ce qui identifie la musique québécoise, c\u2019est son esprit (voir le texte de Sylvie Genest à ce sujet dans ce dossier).Yves prend souvent ce mot là.Lui, il est collectiviste dans sa façon de pratiquer la musique.Il n\u2019a pas la mentalité d\u2019une vedette du genre à mettre sa face sur des t-shirts.(S.Genest) : Le lien politique, c\u2019est là que je le vois.Peut-on se présenter sur une scène et garder cet esprit collectiviste québécois ?On vit dans une société de consommation, 101 individualiste, et on ne retrouve cet esprit communautariste que dans les fêtes du jour de l\u2019an ou de la Saint-Jean.(F.Boudrias) : Un documentaire vu récemment montrait comment des immigrants avaient de la difficulté, au début, à comprendre la culture québécoise.Ils peuvent reconnaître quelque chose dans le temps des fêtes, mais comme ce n\u2019est pas intégré dans la culture de tous les jours c\u2019est plus difficile.On essayait, avec la Bottine, de faire en sorte que ça soit une musique de tous les jours, mais en même temps, on profitait du temps des fêtes.Porteurs de tradition et rapports interculturels Dans ma démarche artistique, je suis présentement plus près de la tradition.Je vais dans des veillées traditionnelles où l\u2019on danse.J\u2019ai besoin d\u2019un retour aux sources.Je suis allé le mois passé dans un gala folklorique à Saint-Wenceslas un dimanche après-midi.Participants de 65 ans et plus.J\u2019ai été renversé par le nombre de musiciens - de vieux musiciens -qui ont été encouragés à continuer par les succès de la Bottine souriante.On parle des jeunes, mais moi je suis aussi impressionné par le nombre de vieux qui font de la musique traditionnelle ! J\u2019ai parlé avec un musicien de 83 ans qui venait de s\u2019acheter une nouvelle Saltarelle, un maudit bon accordéon à trois rangées.À 83 ans ! « C\u2019est ça qui me tient » qu\u2019il dit.Il y avait un vieux joueur de musique à bouche de 80 ans, la main lui allait de même, et il swingnait au boutte.Le succès de la musique traditionnelle les stimule peut-être, mais ce sont surtout eux qui me stimulent et stimulent les plus jeunes ! Ça me rappelait Dellis McGee, un vieux joueur de violon cajun de renommée internationale.Il a joué jusqu\u2019à 96 ans. 102 Je l\u2019ai vu en 1985 à LaFayette, pas de dents ! Toute la richesse qu\u2019il y a dans le jeu d\u2019un vieux musicien de musique traditionnelle me touche beaucoup.J\u2019en suis là maintenant.Pour ce qui est de la fusion, je la vois maintenant du côté des musiciens eux-mêmes.Ce sont eux les porteurs de traditions.Tant qu\u2019à faire de la fusion en allant chercher des sonorités, je préfère travailler avec des musiciens qui ont un bagage traditionnel relié à ces sonorités.C\u2019est de ce côté que je vois la fusion.Plutôt que d\u2019entendre une gang de Québécois qui cherchent à reproduire une sonorité arabe -procédé dépassé pour moi - j\u2019aime mieux jouer avec un musicien arabe.La directrice du festival MultMontréal m\u2019avait invité et voulait que je rencontre Hassa El Hadi, musicien marocain qui vit à Montréal.Elle m\u2019avait mis dans la même loge que lui.Ça a cliqué.Il jouait un reel québécois avec son oud marocain.On a développé une amitié.Il est venu me voir pendant les répétitions pour mon spectacle aux Coups de coeur francophones avec deux autres musiciens avec qui il venait de jouer pour le gros festival arabe l\u2019automne dernier.Ils s\u2019appelaient aussi Hassan.J\u2019avais vu leur spectacle.Il y avait Hassan El Hadi, Hassan Hakmoun et autre Hassan (Mohamed Mirsal) qui jouait d\u2019une « harpe pharaonique » et fumait du nargile ! L\u2019occasion s\u2019y prêtait, alors on a joué ensemble.Des reels avec une harpe pharaonique ! On n\u2019a pas enregistré malheureusement.On a échappé quelque chose là ! Je sentais qu\u2019on avait quelque chose ! Avec Hassan, j\u2019ai un projet qui concerne une chanson berbère qui ressemble beaucoup à la chanson traditionnelle Aiveye aweye ma petite jument.Il la chante en arabe.Il y a là une avenue intéressante.J\u2019ai le goût de chanter en arabe 103 aussi parce que je suis tanné de voir George Le Boucher manger de l\u2019arabe.Un gars de « Holiette » doit avoir des bonnes dispositions pour l\u2019apprendre ! En tout cas, tant qu\u2019à métisser la musique traditionnelle québécoise, il vaut mieux chercher à la métisser avec ceux qui connaissent la tradition des cultures qu\u2019on veut métisser.Parce que je vois ça aussi comme un geste politique de rapprochement avec le « Québec d\u2019aujourd'hui » Ça fait partie de mes capacités de symboliser quelque chose de ce genre.Je ne sais pas ce que ça va donner.Ça fait partie de ce rapprochement musical des cultures.Parce que, c\u2019est évident, il y a une médiane qui passe à travers toutes les musiques traditionnelles.Cela fait partie aussi de notre patrimoine comme la musique irlandaise qu\u2019on a intégrée au XIXe siècle.Ce n\u2019est pas que qu\u2019il n\u2019y ait rien d\u2019intéressant dans les fusions faites autrement.C\u2019est juste que je l\u2019ai fait et que ce n\u2019est plus ce que je veux faire.Mettre n\u2019importe quoi sur un tapement de pied, ça peut devenir gratuit.Mais j\u2019ai aussi le goût d\u2019approfondir des formes plus épurées issues du terroir.Ça n\u2019empêche pas d\u2019esthétiser.Il y a tellement de façons d\u2019esthétiser la musique.En travaillant avec Sylvie Genest, qui est une musicienne très compétente sur le plan harmonique notamment, le résultat sera moderne quand même, mais plus proche des sources.Du surplace individuel à la danse traditionnelle Avec la Bottine, on a intégré une section de cuivres, grosse comme ça et forte comme ça.C\u2019était une direction.Il y en avait beaucoup d\u2019autres.Il y a aussi des formations comme Groovy Aardvark, un groupe de musique alternative qui 104 intègre de la musique traditionnelle, de la musique de terroir, dans une expérimentation rock\u2019n\u2019roll.J\u2019ai vu en fin de semaine le groupe de mon gendre, le Henri Band, qui fait, selon son expression, du « rock de campagne ».Toutes ces expériences ont quelque chose en commun : elles font danser.En fait, elles font grouiller, sauter mais elles ne sont pas connectées à la danse traditionnelle.Même La Bottine parfois adoptait un rythme beaucoup trop rapide pour la danse, pour une gigue ou un set carré.(F.Boudrias) : Les gens aiment la musique traditionnelle, mais ne savent pas la danser.Ils font des petits pas, des trucs clichés, parce qu\u2019ils ont appris à danser de façon individuelle.Chacun danse tout seul.Plusieurs danses latines sont appréciées maintenant parce que, déjà, il s\u2019agit de danses qui se font au moins à deux.La danse traditionnelle est basée sur des mandalas.Des carrés qui se transforment en ronds sur le principe de mandalas.Cela n\u2019a rien à voir avec la « danse en ligne » par exemple.Parce que les danses en ligne restent des danses individuelles dansées en groupes.Tout le monde fait la même chose et les gestes de l\u2019un ne répondent pas à ceux de l\u2019autre.Dans la danse traditionnelle, tu entres en contact avec l\u2019autre.Les gens sont souvent mêlés avec ça parce qu\u2019ils ne sont pas habitués, mais c\u2019est simple.Il y a un effort de coordination, de mémorisation, pour comprendre la structure, mais c\u2019est un peu comme apprendre à compter.Dans la chaîne des dames, les hommes vont d'un côté, les femmes de l\u2019autre et ils se rejoignent ensuite.Les gens qui ont appris à danser seuls, n'importe comment, peuvent trouver ça compliqué au début, mais ce ne l\u2019est pas.Dès que tu comprends certaines figures, que tu embarques dedans, le reste suit facilement parce que le tout est basé sur des structures universelles. 105 Pour un musicien, jouer pour des danseurs est un acte d\u2019humilité.Il est là pour les autres.Le rapport n\u2019est plus basé sur le regard que le public pose sur lui.Les arrangements particuliers prennent moins d\u2019importance.Il fait partie de la gang.Il se passe quelque chose parce qu\u2019il y a des musiciens et des danseurs qui font un tout.Ce n\u2019est vraiment pas comme jouer devant un public passif.Ça amène d\u2019autres choses et ça nourrit un processus créatif.La danse traditionnelle est un peu le parent pauvre de l\u2019évolution du patrimoine vivant des vingt dernières années.Elle est restée plus pointue dans ses spécifications traditionnelles parce qu\u2019elle est demeurée entre les mains de quelques spécialistes.Chaque région a gardé ses particularités, comme au Lac Saint-Jean, dans le comté de Portneuf, partout.La série Le son des Français d\u2019Amérique d\u2019André Gladu - une fantastique série de 27 émissions tournées entre 1974 et 1978 - montrait une véritable légende vivante, Georgiana Audet, une spécialiste de l\u2019île d\u2019Orléans.Elle jouait du violon.Il y a vraiment quelque chose là.Au niveau de la recherche, il y a encore beaucoup à faire.(F.Boudrias) : Le problème avec la danse traditionnelle est qu\u2019elle a arrêté d\u2019évoluer faute de pratiques sociales de la danse.Elle est restée associée aux ceintures fléchées, aux troupes de danse qui se donnent en spectacle avec des costumes.Au côté scénique de la chose.La danse traditionnelle a un potentiel beaucoup plus vaste que ça, elle est beaucoup plus lefun.Elle est un contact avec les autres.Je veux m\u2019occuper de renouveler la manière aussi, de rendre la danse traditionnelle plus accessible.Ça fait partie de mes explorations.Il y a quelque chose là.Quand je lis ce que les gens retiennent de la Bottine, c\u2019est le côté festif.Je suis io6 tanné de faire danser le monde de façon béate.Je n\u2019ai rien contre les partys, j\u2019ai fait swigner le monde pendant vingt-cinq ans, mais à la longue, le contenu m\u2019échappait dans tout cela.La danse traditionnelle est justement une façon de redonner du contenu à la musique traditionnelle.C\u2019est pour ça qu\u2019on l\u2019a fait la fin de semaine passée.Ça amène de l\u2019eau au moulin de l\u2019analyse du phénomène.Traditionnellement, le musicien faisait danser.Il y était plus secondaire mais mieux intégré dans l\u2019assemblée.En fin de semaine, je suis allé jouer à la Veillée du Plateau avec Sylvie Genest - qui ne connaissait pas ces airs traditionnels de danse ! - un violoneux-tapeux de pieds et un calleur.On a eu du fun pendant trois heures et demie de temps ! Il y avait là toutes sortes de monde, des jeunes, des vieux, des étudiants, des artistes, provenant de toutes les couches sociales.Pas besoin de s\u2019occuper de s\u2019adresser au public, le calleur s\u2019occupait de régler la patente.Le son de deux cent cinquante personnes qui dansent, c\u2019est impressionnant, mais il y a aussi une chimie qui est à découvrir.Au lieu de faire la sauterelle, comme je l\u2019ai vu souvent aux shows de la Bottine pendant vingt-cinq ans, la danse traditionnelle permet de mieux sentir ce qu\u2019est la musique traditionnelle.Épilogue L\u2019immense Lambert accepte avec plaisir l\u2019humble rôle de musicien participant à une danse traditionnelle.Que ce soit dans un gala folklorique à Saint-Wenceslas un dimanche après-midi avec des anciens ou dans une Veillée du Plateau où l\u2019on apprend à danser ensemble un samedi soir, il retrouve la source du patrimoine vivant qui nourrit sa quête artistique. 107 Après vingt-cinq ans à regarder sauter des individus sur la musique du Best Band In The World, il apprécie alors ce qu\u2019il voit, ce qu\u2019il entend, ce qu\u2019il sent dans ces soirées.Les sources authentiques qu\u2019il recherche se trouvent au milieu du monde.Lambert travaille son ground parce que tout indique qu\u2019un fort courant va passer ! ? io8 DOSSIER Sylvie Genest* QUÉBÉCITUDE ET MUSIQUE QUÉBÉCOISE Ma réflexion prend comme point de départ une déclaration de la député bloquiste Suzanne Tremblay, faite en février 1999 devant un comité parlementaire fédéral sur le patrimoine.Alors qu\u2019elle défendait le pourcentage de contenu canadien dans la programmation des radio-diffuseurs nationaux, madame Tremblay avait émis l\u2019avis selon lequel la vedette internationale de la chanson Céline Dion, originaire de Charlemagne au Québec, n\u2019était « ni québécoise ni canadienne », mais plutôt « une chanteuse américaine ou universelle [.] dont les chansons ne reflètent rien de l\u2019expérience québécoise » (Petrowski, La Presse, avril 1999).À cela, la journaliste très respectée qui commentait le fait s\u2019était sarcastiquement indignée en demandant s\u2019il fallait « faire dans les tapeux de pied » pour être québécois.Pour être cinglante à l\u2019endroit des musiciens traditionnels, la remarque n'en reste pas moins pertinente et mérite bien qu\u2019on lui accorde quelque peu de notre attention dans le cadre de cette publication.De fait, qu\u2019est-ce qui, en musique québécoise, peut bien évoquer la québécitude d\u2019un Québécois en 2004 ?Musicienne et ethnologue.Professeure au département de musique de l\u2019Université du Québec à Montréal. îog Deux traditions théoriques de la recherche en art s\u2019offrent ici à nous pour aborder notre problème, la première restreignant à l\u2019objet - au sens kantien du terme - la recherche de sens, alors que l\u2019autre s\u2019intéresse davantage au sujet comme unique principe de cohérence de sa propre expression.Comme il s\u2019agit particulièrement de culture populaire et que c\u2019est souvent, dans ce cas, l\u2019intention qui compte, il est possible que cette dernière option soit préférable, à l\u2019avis même des artistes : n\u2019est-ce pas justement le rôle de l\u2019art de renégocier le sens du monde et de faire mentir la réalité ?Mais pour procéder dans l\u2019ordre, et puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019industrie culturelle, cherchons d\u2019abord dans l\u2019objet marchandé et identifions quelques-unes des stratégies qui permettent effectivement aux paroliers et aux musiciens québécois contemporains d\u2019inscrire les preuves explicites et concrètes de leur québéci-tude dans leur production musicale et chansonnière.À la fin des années 50, Gilles Vigneault a très tôt fait entrer des mots clés et des tournures particulières dans sa poésie qui, autrement, serait demeurée indistincte de toute autre poésie française sur le plan de l\u2019écriture.Dès Jos Monferrand, qui compte parmi les premiers opus de l'auteur, la langue de Vigneault s\u2019identifie : « Le cul su\u2019l bord du Cap Diamant, les pieds dans l\u2019eau du St-Laurent, j\u2019ai jasé un p\u2019tit bout d\u2019temps avec le grand Jos Montferrand » (Gilles Vigneault, 1962 : Columbia FS 538).Le mot cul qui parut singulièrement choquant à l\u2019élite québécoise du temps valut surtout à cette chanson une interdiction de diffusion sur les ondes de Radio-Canada ; mais la manière de Vigneault initiait, pour une longue lignée d\u2019artistes d\u2019ici, la stratégie du Jouai qui demeure très efficace pour qui veut marquer la provenance québécoise de ses chansons. no Toujours sur le plan des paroles, il est aussi possible pour un auteur-compositeur d\u2019évoquer clairement sa québécitude par des contenus dont les perspectives sont évidemment locales malgré des sujets diversifiés.Prenons par exemple I represent rien pantoute du groupe Loco Locass : « J\u2019dénonce l\u2019attitude des pseudo-stars, locales attirées par le vide total [.] CKOI l\u2019affaire ?CKOI FM, CKOI eph em, CKOI éphémère ! » (Loca Locass, 2000 : 111-112) ; ou encore celui de 2033, le manifeste d\u2019un vieux chasseur d\u2019oies (prononcer wâ), d\u2019André Marchand : « En l\u2019an 2033, un vieux Québécois décida de r\u2019tourner à chasse à l\u2019oie ; [.] Quand il y arriva [.], tourne d\u2019un bord, pis tourne de faut\u2019, lève la tête, pis lève les bras, pas un osti d\u2019oie ! Tout c\u2019qu\u2019il y trouva, des cannes de Coca-Cola et pis des douilles de 303 Made in USA » (La Bottine souriante, 1976 : MMPCD-265).À l\u2019instar des paroles, la musique a aussi un énorme potentiel sémantique qui peut être utilisé, si désiré, pour marquer une québécitude.Le sens peut alors être encodé dans un registre allant de Limitatif au symbolique et de l\u2019ésotérique à l\u2019exotérique selon des conventions établies avec plus ou moins de stabilité entre peu ou plusieurs auditeurs et créateurs.Alors qu\u2019un compositeur citera franchement un hymne national, un autre associera discrètement mais systématiquement dans son œuvre tel motif sonore à l\u2019expression du sentiment identitaire (sans que cela soit nécessairement intelligible pour les auditeurs).On peut caricaturer cette stratégie en imaginant, par exemple, que tous les mi bémol chantés par Richard Desjardins sont des odes aux épinettes.Le cas de Mon pays (Vigneault, 1965 : FS 612) illustre un type d\u2019encodage mélodique tout aussi amusant mais autrement initiatique ; en effet, lorsque transcrites dans leur notation littérale, les notes de la mélodie principale composent la m séquence suivante qui livre un commentaire caustique sur la crédibilité de la société Radio-Canada : CBC GAG-FED CBC.S\u2019il est vrai que tout musicien nord-américain est en mesure de découvrir le secret de cette mélodie, ce sont surtout les Anglo-Saxons qui en sont susceptibles, puisqu\u2019il est dans leur culture musicale de solfier des lettres plutôt que le nom latin des notes (do-si-do, sol-la-sol-fa-mi-ré, do-si-do !)L La technique de la référence idiomatique est pour sa part assez perméable à la compréhension générale.L\u2019exemple du « tapeux de pieds » utilisé pour évoquer le rural, l\u2019authentique ou le traditionnel en musique québécoise nous en convainc sans difficulté.Cependant, il faut savoir que les idiomes sonores ne correspondent pas nécessairement à des faits musicologiques vérifiables ; il s\u2019agit plutôt de conventions qui demeurent actives un certain temps auprès d\u2019un bassin donné d\u2019auditeurs partageant une même culture musicale.La plupart des clichés associés à la musique traditionnelle québécoise sont justement de cet ordre.Ces clichés ont en grande partie été imaginés dans les années 1940 par des intellectuels désireux de promouvoir une identité francophone qui leur semblait menacée par l\u2019urbanisation et l\u2019ouverture culturelle sur le monde.Ce qui, dans notre analyse de l\u2019expression de la québécitude en musique populaire au Québec, nous détourne un peu de l\u2019objet pour nous ramener au sujet, dans toute sa complexité.Si les références idiomatiques font appel aux connaissances objectives des auditeurs, elles sollicitent aussi leur subjectivité.Il est probable que pour plusieurs mélomanes, un gamelan évoque la culture balinaise et le Gospel, les luttes afro-américaines.Mais le son de la slide guitar et la qualité 1 On doit sans doute cette espièglerie à Gaston Rochon, compositeur et arrangeur qui fut l\u2019étroit collaborateur de Gilles Vigneault entre 1960 et 1980. 112 des harmonies vocales qu\u2019on trouve dans Le gros du monde de Urbain Desbois (2000 : Trib2i254) ne rappellent sans doute qu\u2019à moi les années de fièvre indépendantiste dont j\u2019ai été témoin au cours de mon adolescence.C\u2019est qu\u2019un curieux détour de mon esprit me permet d\u2019y associer la chanson Harmonie du soir à Châteauguay de Beau Dommage (1974 : CDL56353) et tout le contexte des années 70, peu importe ce qu\u2019en pensent les artistes en cause, les guitaristes de ce monde et les consommateurs de musique texane ou hawaïenne.Tout en rendant susceptibles de trahison sémantique tous les objets de la culture populaire, cette possible subjectivité introduite dans notre analyse donne en revanche beaucoup de force à la thèse de l'artiste-baromètre que défendent à la source même les artistes les plus engagés dans le discours actuel sur la culture au Québec.Selon cette thèse, tout artiste peut se mériter d\u2019être investi du pouvoir symbolique hautement estimable de représentation de la culture québécoise si, en plus de produire des objets de valeurs, il fait preuve d\u2019authenticité.Prenons Les Cowboys fringants, jeune groupe qui compte désormais parmi les « défenseurs contemporains du fleurdelisé » avec une musique « fleurant le sous-sol pas fini et les vestes à carreaux » (Malavoy-Racine, 2003).À une question posée au sujet du rôle de porte-parole que semble leur avoir attribué toute une génération, ils répondent : « Ça, nous ne l\u2019avons pas choisi.Ça ne se choisit pas de toute façon.Ce qui est vrai, c\u2019est que nous avons toujours été passionnés par l\u2019histoire du Québec et qu\u2019à un certain moment, nous avons décidé de faire des chansons autour de ça » (Ibid.).Ainsi, le pouvoir symbolique de représentation est un honneur qui se mérite et le prix en est l\u2019authenticité.Et il s\u2019agit 113 bien ici de l\u2019authenticité du sujet et non de celle des objets qui eux, dans le contexte d'une industrie culturelle, sont plutôt jugés à l\u2019aune d\u2019une éthique de l\u2019excellence.Au début des années 90, La Bottine souriante a bien démontré qu\u2019il n\u2019y avait pas de sacrilège à présenter la musique traditionnelle dans des apparats contemporains, inauthentiques aux oreilles des puristes.C\u2019est avec une musique nageant « dans l'océan des métissages folklo-jazzy-latino-afro-québécois » (Cormier, Le Devoir, 1994) que ce groupe a réussi à convaincre un public urbain, hostile et difficile d\u2019accès, que nos chansons à répondre avaient un grand pouvoir de séduction ; que peu importe où, à travers le monde, notre Jouai n\u2019avait pas besoin d\u2019être traduit pour communiquer quelque chose ; que les « tapeux de pied » avaient un avenir dans l\u2019industrie mondiale du disque ; et que nos reels tout décousus pouvaient faire bondir une foule sur une piste de danse.Dans le cas de La Bottine souriante, l\u2019excellence de l\u2019objet est ainsi venue s\u2019ajouter à une authenticité qui, jusqu\u2019à tout récemment dans cette formation, était garantie par la présence du chanteur-accordéoniste Yves Lambert.Ainsi, si l\u2019expression « faire dans les tapeux de pied » signifie qu\u2019il faille être authentiquement québécois dans la démarche pour produire une musique représentative de la culture d\u2019ici, alors ma réponse est : Oui ! il est encore nécessaire de faire contrepoids au matérialisme anglo-américain pour être musicalement « typiquement québécois » au Québec.Voilà sans doute pourquoi Céline Dion ne figure pas au palmarès de la députée Tremblay.Si, en revanche, elle signifie qu\u2019il faille adopter la manière folkloriste dans le traitement du patrimoine musical québécois, ma réponse est : Non ! C\u2019est même le pire des dangers qui puisse guetter un musicien que de vouloir muséijier son 114 propre style.Un danger que Céline Dion appelle « la menace de la chanteuse automate », que Les Cowboys fringants nomment « la question du renouvellement » et que Yves Lambert identifie comme « le danger de se répéter ».C\u2019est le danger du temps qui passe et qui finit toujours par faire entrer l\u2019exceptionnel dans la norme.Qui s\u2019étonne encore du mot cul dans la poésie de Vigneault ?ou de la présence des cuivres dans la musique de La Bottine souriante ?LOCO LOCASS (2000).Manifestif : Rapoésie.Québec : Coronet liv.MALAVOY-RACINE (2003).« Les Cowboys fringants : Il était une fois dans l\u2019est ».Dans Paroles et Musique.Socan, vol.10, no.4 : 12-13. TRANSLATEX , Communications' RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca le Rassemblement pour un Pays Souverain Unum Quebec Patria Nostra Est Québec, notre seule patrie C.P.306, succursale C, Montréal (Québec) H2L 4K3 Tél.(450) 491-5437 Courriel : roy.b@videotron.ca - Site internet : www.rpsquebec.qc.ca Allard & Carrière SOCIÉTÉ NOMINALE COMPTABLES AGRÉÉS Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@sta-conseil.com www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Télécopieur: (450)471-0026 Téléphone : (450) 471-2662 Terrebonne (Québec)\t(514)355-7923\t(514)355-7869 J6W 3E1\t(800) 782-5799 La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondvïlle (819) 438-2319 ou 1 800 943-2319 Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec SSJB T SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal H2X 1X3 Tél.: (514) 843-8851 Télécopieur : (514) 844-6369 Le réseau de la fierté québécoise Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Souveraineté du Québec, ùmcjue française )( Tète nationale Assurance vie < Société ilf Saint-Jean-Baptiste deh MA U R ICI E mm.% s J bfiMMir i c A ®.qc.ca 375-4881o1-880-821-4881 \t \t \t \t \t \t \t \t \t EN PRIMEUR Dominique Foisy-Geoffroy Dominique PoUv-GeoiTioy SDRAS INVII I T F SE?TB»TfclOK ESDRAS MINVILLE NATIONALISME ÉCONOMIQUE ET CATHOLICISME SOCIAL AU QUÉBEC DURANT L'ENTRE- DEUX-GUERRES Intellectuel engagé, Esdras Minville n\u2019a jamais renié ses origines gaspésiennes ou canadiennes-françaises.Il a centré sa réflexion et son action sur les questions économiques et sociales.Il fut l\u2019apôtre des régions et le penseur qui ne lâche pas prise.« Il n\u2019y a pas de théorie qui vaille si elle ne conduit à l'action », écrivait-il en 1936.Il est avant tout l'homme d\u2019un grand projet : intégrer dans une synthèse harmonieuse l'essence de la culture traditionnelle cana-dienne-française et les cadres de la vie moderne au profit de l\u2019épanouissement de la personne humaine.Esdras Minville (1896-1975) reste d\u2019une grande actualité.Son oeuvre pose des questions à notre époque, ses inquiétudes trouvent toujours de larges échos.Avec intelligence, Dominique Foisy-Geoffroy mène le lecteur à la découverte d\u2019une pensée féconde et d\u2019un artisan méconnu de l\u2019affirmation du Québec.Dominique Foisy-Geoffroy poursuit actuellement des études doctorales en histoire à l'Université Laval.Il se spécialise en histoire intellectuelle du Québec contemporain.Il est notamment cofondateur et codirecteur de Mens, revue d'histoire intellectuelle de l\u2019Amérique française.Ce livre paraît aux éditions du Septentrion en février 2004. ii9 D\u2019une certaine façon, les origines d\u2019Esdras Minville le prédisposaient à un tel destin.Né le 7 novembre 1896 dans une modeste famille de pêcheurs à Grande-Vallée, en Gaspésie, cadet de onze enfants, il a pris contact dès son plus jeune âge avec la vie de pêcheur et d\u2019agriculteur qu\u2019on coulait dans un petit village du monde rural québécois à l\u2019orée du XXe siècle.À quinze ans déjà, il goûte lui-même au travail de la pêche et de la terre, jusqu\u2019en 1915 alors qu\u2019il part faire son cours secondaire (à distinguer du cours classique) à Montréal.Après avoir décroché son diplôme en 1917, il retrouve Grande-Vallée où il déniche un emploi de commis dans une papetière.Cela ne dure que deux ans toutefois : en 1919, il quitte à nouveau Grande-Vallée et la Gaspésie, définitivement cette fois, et part étudier à l\u2019École des Hautes Études commerciales, qui deviendra son aima mater intellectuelle et professionnelle.Ainsi, Esdras Minville n\u2019a pas seulement réfléchi en intellectuel aux problèmes de l\u2019infériorité économique des Canadiens français et du dépérissement des régions qui l\u2019obséderont sa vie durant, mais les a en quelque sorte vécus dans sa chair.Nous pourrions même affirmer que, jusqu\u2019à un certain point, Minville a intellectualisé, approfondi et enveloppé d'un cadre doctrinal ces problèmes qu\u2019il a vus, vécus et sentis durant sa jeunesse.Sans doute est-ce également là une des sources de ce réalisme, de ce souci du réel et de la grande sensibilité face aux problèmes sociaux dont est empreinte son œuvre.Cette carrière intellectuelle, elle est lancée dès qu\u2019il sort des Hautes Études commerciales en 1922, fraîchement licencié en sciences commerciales.Sur le plan professionnel, il réussit à se faire engager comme professeur aux HEC, d\u2019abord à temps partiel en 1924 puis à temps complet en 1927, après avoir été employé de maisons de courtage, notamment chez Versailles, Vidricaire & Boulais où il a la chance d\u2019être l\u2019as- 120 sistant d\u2019Olivar Asselin au service de la publicité et à la rédaction du bulletin de la maison, La Rente.C\u2019est à cette époque, en 1925 pour être exact, qu\u2019il fonde avec quelques collègues des HEC la revue L'Actualité économique, dont il deviendra secrétaire général (et dans les faits directeur) en 1929, et ce jusqu\u2019en 1938.Son action, cependant, déborde très largement le cercle étroit de l\u2019École.En fait, Minville est propulsé au cœur de la lutte des nationalistes contre la politique économique du gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau dès 1923-24 par la publication, dans les pages de la revue L\u2019Action française, des remarqués articles « Les Américains et nous » et « Le Capital étranger ».Cette contribution à L\u2019Action française, qui est l\u2019organe de diffusion et le point de ralliement des cercles nationalistes durant les années 1920, lui permet de s\u2019intégrer à ces milieux intellectuels et de se lier avec quelques-unes des figures importantes de l\u2019époque, dont l\u2019abbé Lionel Groulx, qui dirige la revue.Sa progression est d\u2019ailleurs très rapide au sein de ce mouvement et il s\u2019impose dès la seconde moitié des années 1920 comme la principale tête pensante de L\u2019Action française sur le plan économique.Toutefois, les conditions ne sont pas très favorables et le combat plutôt désespéré face à un Taschereau triomphant dont la politique économique, basée sur l\u2019exploitation des ressources de la province, notamment forestières et hydro-électriques, par la grande entreprise américaine, paraît judicieusement inspirée dans le contexte de grande prospérité qui caractérise les secondes années 19202.L\u2019équilibre des forces se renverse au début des années 1930, alors que la grave crise économique qui s\u2019abat sur le Québec Voir Yves Roby.Les Québécois et les investissements américains (tgi8-ig2g).Québec, Presses de l'Université Laval, 1976.250 p. 121 comme sur tout l\u2019Occident semble consacrer l\u2019échec du capitalisme libéral classique et pave la voie à l\u2019action des réformateurs de tout acabit.Le krach boursier d\u2019octobre 1929 sonne en quelque sorte la fin de la récréation pour les spéculateurs et les industries en état de surproduction, et marque le début d\u2019une grave crise économique qui ne sera complètement résorbée qu\u2019avec la Deuxième Guerre mondiale.La production chute, les investissements sont rares.Les entreprises coupent leur personnel et abaissent les salaires, quand elles ne ferment pas purement et simplement leurs portes.On estime que le chômage se situait entre 25 % et 30 % au Québec en 1933, au plus fort de la crise.L\u2019âpreté de ces conditions était cependant quelque peu adoucie par la baisse notable des prix, dont l\u2019effet se faisait sentir à différents degrés suivant la stabilité des salaires durant la période.N\u2019empêche que la situation était extrêmement précaire pour une bonne partie de la population, tout particulièrement dans les villes.Le mouvement d\u2019urbanisation, régulier depuis le milieu du XIXe siècle, est d\u2019ailleurs temporairement stoppé durant les années de la crise, les ruraux ne voyant pas de raisons d\u2019aller habiter en ville dans de si mauvaises conditions alors que la campagne les assure au moins du minimum vital.Dans l\u2019ensemble, le Québec fut durement touché par la crise car sa prospérité, à l\u2019instar de l\u2019ensemble du Canada, repose en grande partie sur ses exportations et est donc très sensible aux fluctuations de la conjoncture internationale.La société est alors mal outillée pour faire face à une crise d\u2019une telle ampleur : suivant un vieux réflexe, on s\u2019en remet encore essentiellement à la charité privée, c\u2019est-à-dire à la famille, aux communautés religieuses et autres organismes à vocation caritative, et en dernier lieux aux municipalités, ce qui en mènera quelques-unes, dont Montréal, au bord de la faillite.Malgré la Loi de l\u2019assistance publique, adoptée par le gouvernement du 122 Québec en 1921 et qui prévoyait un soutien financier gouvernemental à ces institutions, la réponse à la crise est donc dans un premier temps insuffisante et mal organisée.Éventuellement, les gouvernements réagiront, sous la pression de l\u2019opinion publique, et élaboreront des politiques économiques et sociales plus développées qui constituent les fondements de l\u2019État-providence3.On ne s\u2019engagera cependant résolument dans cette voie que durant les années 1940, malgré quelques balbutiements durant la décennie qui précède, si bien qu\u2019à ce moment les projets de réforme les plus divers foisonnent.Pour Minville, ce sera l\u2019occasion d\u2019élaborer d\u2019une manière assez détaillée un plan de réorganisation économique du Québec basé sur une politique bien comprise de restauration rurale et ordonné aux exigences supérieures tirés des enseignements du christianisme.On peut d\u2019ailleurs suivre d\u2019assez près l\u2019évolution de ce projet dans les pages de L\u2019Actualité économique, le « laboratoire » de Minville selon l\u2019expression de François-Albert Angers, dont il alimente les chroniques d\u2019actualité (« Faits et nouvelles ») et de revue des publications récentes (« À travers les revues ») presque sans interruption de 1929 à 1938.C\u2019est ce programme qui fait l\u2019objet de la seconde partie de cet ouvrage.Le chassé-croisé entre les HEC et les lieux de son engagement social et nationaliste se poursuit à cette époque.Ainsi, il est le premier président de la Ligue d\u2019action nationale, qui a pris le relais de la Ligue d\u2019action française, et à ce titre contribue largement à la relance, en 1933, de la revue de la ligue, L\u2019Action française, rebaptisée L\u2019Action nationale.La parution de L\u2019Action française avait été interrompue en 1928.Il est par 3 Voir Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, Histoire du Québec contemporain, tome 2, Le Québec depuis 7930, Montréal, Boréal, 1989, chapitres 1-5. 123 ailleurs l'un des inspirateurs et maîtres à penser des Jeune-Canada, mouvement de jeunesse nationaliste fondé en 1932 et duquel faisait notamment partie André Laurendeau.Sur le plan politique, Minville est cosignataire de la version « pratique » du Programme de restauration sociale, base du programme de l\u2019Action libérale nationale.LALN, parti politique chéri des intellectuels nationalistes, est né d\u2019un schisme avec le Parti libéral en 1934.Elle unira ses forces à celles du Parti conservateur de Maurice Duplessis en 1935, puis finira par fusionner avec celui-ci en 1936 dans le processus qui mènera à la création de l\u2019Union nationale.La victoire de l\u2019Union nationale lors des élections d\u2019août 1936 suscite un mélange d\u2019espoir et d\u2019appréhension chez les anciens supporters de l\u2019Action libérale nationale, dont Minville.Quoi qu\u2019il en soit, cette victoire ouvre des portes à ce dernier.En effet, après avoir refusé un poste de sous-ministre au ministère du Commerce et de l\u2019Industrie (il tenait à rester en marge de la politique partisane et à préserver sa liberté de parole), il accepte un poste de conseiller technique au sein de ce même ministère, poste qu\u2019il occupe jusqu\u2019en septembre 1938.À ce titre, il contribue à mettre sur pied l\u2019Office de recherches économiques et l\u2019Office de recherches scientifiques, dont il est le premier président.Ces organismes seront responsables de la grande entreprise d'inventaire des ressources naturelles du Québec, entreprise qui ne sera jamais complétée à la satisfaction de Minville en raison de problèmes politiques et financiers.Dans la même veine, il profite de l\u2019oreille favorable que lui prête le gouvernement Duplessis pour faire la promotion du projet de colonisation agricole et forestière à Grande-Vallée, son village natal, dans lequel il s\u2019implique à fond dès le début des années 1930.La colonie sera effectivement ouverte en 1938. 124 Cette année-là, il franchit une étape importante sur le plan professionnel alors qu\u2019il est nommé à la direction de l\u2019École des HEC en remplacement de Henri Laureys, un partisan libéral à qui on a montré la porte de manière assez cavalière semble-t-il.Minville devient ainsi le troisième directeur de l\u2019École, le premier d\u2019origine québécoise.Il est celui qui occupa ce poste le plus longtemps dans l\u2019histoire de l\u2019institution : vingt-quatre ans.La crédibilité et l\u2019expertise de Minville sont à présent solidement établis, et pas seulement au Canada français.En effet, il est appelé en 1937 à collaborer en tant qu\u2019expert des questions sociales à la Commission Rowell-Sirois sur les relations entre le Dominion et les provinces.Son étude, l\u2019appendice 5 du rapport de la Commission, s\u2019intitule La Législation ouvrière et le régime social dans la province de Québec.11 y aborde la question du syndicalisme au Québec et prône le respect du caractère distinct du régime social dans la province, contre les tentatives de centralisation du gouvernement fédéral (et par le fait même contre les conclusions de la Commission).Durant la guerre, il fait partie du « Comité de reconstruction » mis sur pied par le gouvernement fédéral pour préparer une transition souple d\u2019une économie de guerre à une économie de paix au Canada.Minville était semble-t-il plus spécifiquement associé à un sous-comité chargé d\u2019étudier les questions liées à l'exploitation des ressources naturelles.Il est également membre, durant ces mêmes années, du « Conseil d\u2019orientation économique » établi par le gouvernement Godbout à Québec et qui est le pendant provincial du « Comité de reconstruction » fédéral.En outre, il est président de la Chambre de commerce de Montréal en 1947-48 et secrétaire provincial des scouts catholiques de 1944 à 1951.Rappelons que plusieurs intellectuels canadiens-français de l\u2019époque voyaient en la 125 vie scoute une excellente école de développement humain intégral pour les jeunes.Les années 1940 marquent, pour Minville, l\u2019époque des grandes œuvres.D\u2019abord, il y a la publication d\u2019Invitation à l\u2019étude en 1943 où il appelle ses compatriotes à connaître les raisons justifiant le nationalisme canadien-français et à vivre ce nationalisme bien compris ; puis, c\u2019est L\u2019Homme d\u2019affaires, publié en 1944, où il s\u2019intéresse au rôle social des élites économiques et aux rapports quelque peu troublés qu\u2019entretient le Canada français avec la profession des affaires ; finalement, paraît en deux tomes, en 1946, Le Citoyen canadien-français.Notes pour servir à l\u2019enseignement du civisme, son magnum opus dans lequel il fait le point sur ses recherches et ses réflexions sur la vie canadienne-française dans ses aspects économique, social, politique et culturel, et propose à ses compatriotes une manière d\u2019agir qui soit conforme à ces données et qui permette la réalisation du bien commun et de l\u2019épanouissement de la personne.En fait, cet ouvrage complète et élargit le propos d\u2019invitation à l\u2019étude.Il faut également ajouter à cette liste la publication sous sa direction des cinq ouvrages de la collection « Études sur notre milieu », fruits de l\u2019inventaire des ressources de la province mené à la fin des années 1930, soit Notre milieu (1942), L\u2019Agriculture (1943), Montréal économique (1943), La Forêt (1944) et Pêche et chasse (1946).Ces ouvrages constituent une riche mine de renseignements concernant la vie économique et sociale québécoise durant la première moitié du XXe siècle.La période d\u2019après-guerre est notamment marquée, pour Minville, par de très durs combats contre le gouvernement à la direction des HEC.Il faut d\u2019abord savoir que depuis 1926, l\u2019École relève directement du secrétaire de la province, en d\u2019autres termes qu\u2019elle ne gère pas elle-même son budget et 126 que tout son personnel fait légalement partie de la fonction publique.Cette tutelle larvée commence à peser lourdement sur l\u2019institution durant les années 1940, le gouvernement de l\u2019Union nationale refusant d\u2019ajuster les salaires des professeurs à l'augmentation du coût de la vie - très importante à cette époque de grande prospérité.Conséquemment, l\u2019École a grand-peine à se constituer un corps professoral stable et de qualité, les professeurs quittant fréquemment l\u2019institution pour aller gagner un salaire beaucoup plus intéressant dans le secteur privé.Ainsi, Minville se trouve dans la position de Sisyphe à la direction.La sympathie que lui avait manifestée Duplessis durant son premier mandat s\u2019affadit quelque peu après 1944.Les réformateurs nationalistes, qui avaient été utiles à Duplessis lorsqu\u2019il cherchait à prendre le pouvoir durant les années 1930, sont à présent devenus plutôt gênants politiquement, affirme François-Albert Angers, car leurs projets risquent de faire fuir l\u2019électorat proche des grands milieux d\u2019affaires que l\u2019Union nationale avait réussi à se gagner.Ainsi Duplessis fait la sourde oreille aux demandes répétées d'ajustement du financement de l\u2019École qu\u2019adressait Minville au gouvernement.L\u2019affaire fut finalement réglée en 1959 alors qu\u2019on fit renaître la Corporation des Hautes Études commerciales, qui permettait à l\u2019École de retrouver une certaine liberté sur le plan financier.C\u2019est là une réalisation importante dans la carrière de Minville, qui put prendre sa retraite dans un esprit plus serein en 1962\u201c*.Ce combat, Minville l\u2019a mené, durant les années 1950, parallèlement à l\u2019exercice de sa charge de doyen de la Faculté de sciences sociales de l\u2019Université de Montréal et surtout à son implication très poussée au sein de la Commission royale d\u2019enquête sur les problèmes constitutionnels, dite Commis- 4 François-Albert Angers.« Esdras Minville et l'École des Hautes Études commercia les ».L'Action nationale, vol.LXV, nos 9-10 (mai-juin 1976), p.643-676. 127 sion Tremblay, de 1953 à 1956.Minville était, si on en croit son collègue commissaire le père Richard Arès, l\u2019autorité intellectuelle principale de cette commission, qui avait reçu du gouvernement Duplessis le mandat d\u2019étudier les rapports entre le Québec et les autres composantes de la fédération canadienne, alors que le gouvernement fédéral mettait en œuvre un ambitieux programme de développement et d\u2019investissements dans plusieurs domaines qui devait redéfinir l\u2019équilibre fédéral / provincial au Canada en sa faveur.Il est notamment l\u2019auteur du remarquable texte « La Province de Québec et le cas canadien-français », publié dans le volume II du rapport de la Commission et qui est une véritable pièce d\u2019anthologie de la pensée traditionaliste canadienne-française.Minville intègre toute sa culture historique, philosophique, tous les résultats de ses recherches dans cet exposé de synthèse rigoureux faisant le point sur les défis fondamentaux auxquels est confrontée la nation canadienne-française (comme d\u2019ailleurs toutes les nations chrétiennes) en ce milieu de XXe siècle.Ainsi, en fin de course la quête de Minville aboutit à un questionnement centré sur la nécessité d\u2019actualiser la tradition chrétienne et les grandes valeurs qu\u2019elle véhicule afin d\u2019y soumettre l\u2019évolution des modernités politique, économique, scientifique, technique, qu\u2019il juge de toute évidence irréversibles, et qui mettent en jeu rien de moins que le sort de la culture et de l\u2019héritage chrétien de la civilisation occidentale.Aussi remarquable ce texte de maturité soit-il, il n\u2019en prend pas moins rétrospectivement l\u2019allure d\u2019un baroud d\u2019honneur.En effet, la Révolution tranquille est proche, et avec elle la liquidation d\u2019une partie du patrimoine canadien-français.Minville assiste en spectateur dépité à la déconfiture de son idéal d\u2019une nation chrétienne prospère, rendu impuissant par la maladie de Parkinson qui le frappe durement au 128 cours des années 1960-70 et le fait mourir à petit feu.Rapidement oublié dans le tourbillon des profonds changements qui affectent le Québec et, ne serait-ce que par onde de choc, le Canada français tout entier, l\u2019homme qui fut de tous les combats qui touchèrent son peuple durant quarante ans s\u2019éteint le 9 décembre 1975.? 129 LIRE LES ESSAIS SHMUEL TRIGANO, GREGORY BAUM, SALAH STÉTIÉ Le Monothéisme, Un Dieu, trois religions, Montréal, Fides, Collection Métissages, dirigée par Nairn Kattan, 2003, 219 p.Dans le contexte actuel de la mondialisation et du triomphe de la société de marché, il y a lieu de s\u2019inquiéter du sort qui est réservé à l\u2019homme.C\u2019est pourquoi la réflexion sur les grandes religions est peut-être plus pertinente que jamais, car elle nous rappelle qu\u2019il existe une autre dimension de l\u2019existence humaine que celle du marché et que c\u2019est de ce côté qu\u2019elle peut pour une part se ressourcer.Dans ce livre, trois auteurs différents présentent le monothéisme.Shmuel Trigano montre que l\u2019idée centrale du monothéisme tel que le judaïsme l\u2019a pensé est celle de la transcendance, du Tout Autre.Cette transcendance de Dieu fonde la liberté humaine, comme si Dieu se retirait pour laisser le champ libre à l\u2019homme et lui permettre d\u2019achever la création.Gregory Baum adopte une approche historique pour parler des relations de l\u2019Église au judaïsme et à l\u2019islam, et aussi à la société de marché.« L\u2019effet tragique de la mondialisation économique dans le tiers-monde, écrit-il, est la désintégration de la culture et l\u2019aliénation personnelle qui en résulte » (p.94).Pour parer à ces difficultés, les grands leaders religieux ont 130 amorcé un dialogue avec la Banque mondiale en mettant de l\u2019avant « quatre traits d\u2019éthique économique ».Toutes les traditions religieuses sont d\u2019accord pour « dire que la pratique religieuse authentique implique i) une solidarité sociale universelle, 2) une perception du travail en tant que service à la société, 3) un préjugé favorable à l\u2019endroit des pauvres, 4) une propension à la maîtrise de soi » (p.95).Gregory Baum évoque aussi les fondements de la liberté religieuse, les vertus du dialogue, les problèmes du conservatisme.Salah Stétié traite de Muhammad, envoyé d\u2019Allah.Il explique clairement, dans une perspective historique très intéressante, le message de l\u2019islam.Il décrit la relation de l\u2019islam avec les juifs et les chrétiens, et dans une dernière partie, montre comment l'islam se pose le problème des droits de l\u2019homme.Ces trois monothéismes sont différents, mais ils présentent aussi de nombreux traits de ressemblance.Que nos contemporains ne soient pas à la hauteur de la religion à laquelle ils appartiennent n\u2019est que trop manifeste, mais ce qui ne l\u2019est pas moins, c\u2019est l\u2019urgence de renouer avec l\u2019inspiration de ces grandes traditions religieuses.Si les chrétiens et les musulmans s\u2019entre-tuent, faisait dire Jean Bédard à Nicolas de Cues, ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils sont chrétiens ou musulmans, c\u2019est parce qu\u2019ils ne sont ni chrétiens ni musulmans.Et l\u2019on pourrait compléter le trio en y ajoutant les juifs.Quoi qu\u2019il en soit, ce livre sur le monothéisme est précieux car il constitue un fondement solide au dialogue entre les religions, et surtout, dirais-je, il rappelle les valeurs spirituelles que notre société de marché a reléguées aux oubliettes.Paul-Émile Roy i3i ROBIN PHILPOT Ça ne s\u2019est pas passé comme ça à Kigali, Montréal, Les Intouchables, 2003, 223 p.Le titre de cette enquête de Robin Philpot fait écho à celui du roman de Gil Courtemanche, Un dimanche à la piscine à Kigali (Boréal, 2000) : même thème, même rime, même métrique (alexandrins ternaires).Curieuse ressemblance qui.s\u2019arrête là.Philpot soutient en effet que la tragédie rwandaise des années 1990 ne correspond pas au récit « officiel » qu\u2019avalise Courtemanche.Ça ne s\u2019est pas passé comme ça à Kigali comporte même un chapitre (« Le fond de la piscine - Gil Courtemanche », p.125-133) qui taxe le romancier québécois de colonialisme et le compare à Rudyard Kipling sous le rapport de la « suffisance » et de la « bonne conscience » colonisatrices (p.127).Pour Philpot, Un dimanche à la piscine à Kigali est un surgeon de la littérature populaire qui avait cours en Europe au plus fort du colonialisme et dont Le livre de la jungle peut représenter l\u2019archétype (R.Kipling, The Jungle Book, 1894).Cette littérature justifiait les visées métropolitaines sur les « colonies » par la supériorité inhérente de l\u2019homme blanc et sa prétendue mission civilisatrice (son « fardeau », pour parler comme Kipling dans un poème de 1899, The White Man\u2019s Burden, où la domination de l\u2019homme blanc sur les peuples non blancs est sublimée en responsabilité paternelle de veiller à leurs affaires).Philpot reproche en outre à Courtemanche de se servir du genre romanesque comme d\u2019une échappatoire.Rappelons que l\u2019auteur d\u2019Un dimanche à la piscine à Kigali, également journaliste de métier, avertit en préambule que son roman « est aussi une chronique et un reportage ».Cette garantie 132 de véracité n\u2019impressionne pas Philpot, qui y voit plutôt une « astuce » permettant à Courtemanche « de lancer des accusations d\u2019une gravité inouïe contre des personnes vivant tantôt en prison à Arusha [siège tanzanien du Tribunal pénal international sur le Rwanda], tantôt en exil en Afrique, en Europe, en Amérique, pour ensuite se cacher derrière le titre de romancier dès qu\u2019on lui oppose un fait contredisant ses allégations » (p.125).Ça lui permet aussi de « donner libre cours à son imagination et à ses fantasmes [.] sur l\u2019Afrique et les Africains qu\u2019il prétend connaître » (idem).Mais l\u2019essentiel du livre de Philpot est loin de consister dans la critique du best-seller de Courtemanche.Ça ne s\u2019est pas passé comme ça à Kigali conteste le discours « aimable et convenable » qu\u2019il sied de tenir « dans les salons d\u2019Europe et d\u2019Amérique » sur la tragédie rwandaise (p.12).L'ouvrage de Courtemanche n\u2019est qu\u2019une expression parmi d\u2019autres de ce discours omniprésent.Ontarien d\u2019origine, Philpot est établi au Québec depuis trente ans.Il a séjourné trois ans en Afrique francophone, dont deux à Koudougou au Burkina Faso comme professeur d\u2019anglais et d\u2019histoire.C\u2019est d'ailleurs en provenance de cette ville burkinabé qu\u2019il arrive au Québec en 1974.Il est aussi l\u2019auteur d\u2019un essai qui a eu son retentissement à l'époque : Oka : dernier alibi du Canada anglais (Montréal, VLB, 1991, réédité en 2000).Il y dénonçait l\u2019utilisation canadienne de la crise d\u2019Oka à des fins anti-québécoises.Son essai sur la crise rwandaise poursuit aujourd'hui un but similaire, bien qu\u2019il n\u2019a évidemment pas le même objet : « combattre des idées reçues insidieuses fondées sur des préjugés et des stratégies politiques cachées » (p.19).Quelles sont ces idées ?Il s\u2019agit du discours « officiel » sur la crise rwandaise qui prétend entre autres que « le Rwanda 133 est un beau petit pays au cœur des ténèbres africaines où d\u2019horribles génocidaires Hutus ont tué un million de Tutsis sans défense après l\u2019écrasement de l\u2019avion d\u2019un dictateur le 6 avril 1994 » ; que « l\u2019ONU et la communauté internationale ont tristement échoué en refusant de donner suite à l\u2019alarme donnée dès le n janvier 1994 par le vaillant général canadien Roméo Dallaire et aux nombreux avertissements d\u2019intrépides organisations non gouvernementales » ; que « la France, inique et complice, ancienne puissance colonisatrice toujours prête à protéger des dictateurs, a volé au secours des génocidaires avec son opération Turquoise » ; que « le FPR [Front patriotique rwandais], sous l\u2019habile direction militaire et politique de l\u2019actuel président [du Rwanda] Paul Kagame, a mis fin au génocide en prenant Kigali le 4 juillet 1994 et en accédant au pouvoir le 19 juillet » ; que « suite aux pressions d\u2019ONG impartiales [.] la communauté internationale s\u2019est ressaisie en créant un Tribunal pénal international pour le Rwanda, en inculpant les génocidaires sanguinaires et en amenant les « gros poissons » devant la justice à Arusha, grâce notamment à la pro-cureure canadienne Louise Arbour, devenue [depuis] juge à la Cour suprême du Canada » ; etc.(p.12-13).Ce que les faiseurs d\u2019opinion publique ont appelé les « ténèbres africaines », l\u2019arrière-fond incompréhensible, obscur, instinctuel, démentiel, pour tout dire « noir » de la crise rwandaise, sont en réalité les tenants et aboutissants d\u2019une situation politique (sociale, économique, institutionnelle) non moins explicable que d\u2019autres crises.L\u2019invocation de l\u2019Afrique ténébreuse n\u2019est qu\u2019une résurgence du préjugé colon (l\u2019adjectif est de moi, que le préjugé mérite bien).L\u2019enquête de Philpot montre comment, dans le cas du Rwanda et de l\u2019Afrique centrale, les États-Unis et leurs alliés 134 invoquent les ténèbres comme d\u2019autres brouillent l\u2019eau, pour mieux y pêcher.Le rôle des acteurs canadiens y perd de son lustre.Pour faire ce travail international, il fallait de préférence des candidats qui, outre l\u2019anglais, parlent le français tout en étant méfiants à l\u2019égard de la France et acquis à la géopolitique « nord-américaine ».Or, écrit Philpot : « on trouve ce genre de francophones à Ottawa » (p.164).C\u2019est à propos de Louise Arbour, nommée procureure générale du TPI R, que Philpot dit cela, mais la formule peut s\u2019appliquer à tous les Canadiens qui sont intervenus à haut niveau dans cette région, tels le général Roméo Dallaire ou l\u2019envoyé onusien Raymond Chrétien.Dallaire a fait le jeu de l\u2019impérialisme américain dans la région.Les États-Unis ne voulaient pas voir la France s\u2019y engager militairement et manœuvraient pour empêcher la communauté internationale d\u2019intervenir.George Moore, sous-secrétaire d\u2019État, déclare en 1993 devant le Sénat américain : « Nous devons assurer notre accès aux immenses ressources naturelles de l\u2019Afrique, un continent qui renferme 78 % des réserves mondiales de chrome, 89 % de platine et 59 % de cobalt » (p.196).Puis Ron Brown, secrétaire américain au Commerce, à Dakar en 1995 : « Les Américains vont tenir la dragée haute aux partenaires traditionnels de l\u2019Afrique, à commencer par la France.Nous ne laisserons plus l\u2019Afrique aux Européens » (idem).Ces visées stratégiques américaines sont un facteur majeur à considérer dans la tragédie rwandaise par delà les images d\u2019horreur que la télévision nous en a transmises.La première partie du livre, la plus importante en dimension (p.25-113), traite des « événements qui ont amené le Rwanda au bord de la catastrophe » (p.20).En 1959, révolte sociale de la majorité hutue contre l\u2019aristocratie tutsie et fuite de 135 nombreux Tutsis vers les pays voisins, dont l\u2019Ouganda.En 1962, indépendance du Rwanda, suivie de la redistribution des terres aux paysans hutus et de l\u2019instauration d\u2019un régime républicain.En 1990, invasion du Rwanda par une partie de l\u2019armée ougandaise, incorporant de nombreux exilés tutsis, sous le silence complice des diplomaties occidentales.« Le gouvernement du Rwanda ainsi qu\u2019une vaste majorité de la population ont perçu cette invasion comme une contre-révolution visant à remettre au pouvoir l'aristocratie tutsie », précisera Philpot (p.17).C\u2019est là un autre facteur majeur à considérer.L\u2019enquête de Philpot porte surtout sur les événements concomitants ou postérieurs à cette invasion de 1990, événements que le « récit aimable et convenable » néglige : « une guerre meurtrière de trois ans et demi [consécutive à l\u2019invasion ougandaise] ; l\u2019imposition, en pleine guerre, du multipartisme qui viendra miner la capacité du gouvernement rwandais et de son armée à combattre l\u2019envahisseur ; l\u2019imposition par la communauté internationale, les États-Unis en tête, d\u2019un soi-disant processus de paix qui donnera effectivement le pouvoir à l\u2019envahisseur ; les interventions d\u2019organisations dites non gouvernementales qui calomnieront le Rwanda et toute son histoire moderne et qui serviront de paravent pour l\u2019armée d\u2019invasion et surtout pour les intérêts américains et britanniques en Afrique » (p.20).Ajoutons à cette liste l\u2019attentat de 1994 contre les hutus (uvénal Habyarimana et Cyprien Ntarya-mira, présidents respectifs du Rwanda et du Burundi, attentat scandaleusement banalisé, selon Philpot, en simple « écrasement d\u2019avion » et qui déclencha pourtant les tueries d\u2019avril à juillet 1994.L\u2019histoire contemporaine a enregistré ces tueries comme « génocide ».Cette thèse d\u2019un génocide planifié des Tutsis par les Hutus est contestée par Philpot.Il ne nie pas les mas- 136 sacres : « on a vu les images, les machettes, les corps, les squelettes.Personne ne peut prétendre que cela n\u2019a pas eu lieu » (p.21).Mais génocide n\u2019est pas synonyme de tuerie tout court ; génocide, c\u2019est tuerie d'un seul bord, c\u2019est, en droit international, l\u2019extermination systématique de populations entières appartenant à un groupe ethnique, racial, religieux.Si j\u2019essaie de résumer l\u2019idée de Philpot, les tueries rwandaises n\u2019ont pas été d\u2019un seul bord et elles s\u2019inscrivaient dans une guerre qui avait pour finalité le contrôle politique du pays, non quelque extermination génocidaire.Aussi, Philpot peut-il écrire que « les tentatives de ramener cette tragédie à une histoire d\u2019horribles génocidaires hutus qui ont tué tous les Tutsis innocents aidés par une France colonialiste ne font qu\u2019occulter les causes du drame et protéger les vrais criminels » (p.21).S\u2019il a raison, la suspicion est de mise quant au valeureux TPIR pourchassant les génocidaires hutus ! Les créateurs de ce récit manichéen, Philpot les nomme.Figurent dans sa liste Gil Courtemanche pour le Québec, Carole Off pour le Canada, Philip Gourevitch pour les États-Unis et Colette Braeckman pour la Belgique.La deuxième partie leur est consacrée (p.115-156), qui explique « une des façons dont ce récit s\u2019est imposé : par les livres et les autres publications » (p.21-22).La troisième et dernière partie (p.157-200) traite de « certaines suites de la tragédie rwandaise » (p.22), dont le TPIR et la crise des réfugiés.Dans le premier cas, Philpot met en doute l\u2019impartialité de ce tribunal et dénonce son utilisation politique ; dans le second, il montre que le FPR de Kagame au pouvoir à Kigali a utilisé la crise des réfugiés de 1996 dans l\u2019Est du Zaïre pour envahir ce pays à l\u2019instigation des États-Unis qui voulaient là aussi déloger la France. 137 Conclusion générale : « le monde entier doit revoir la crise rwandaise » (p.201).Pour empêcher bien sûr la répétition d\u2019une telle horreur dans d\u2019autres pays.Mais pour savoir aussi qu\u2019un nouvel impérialisme se lève sur l\u2019Afrique, avec cette fois les États-Unis en tête.Réédition de l\u2019odyssée civilisatrice de « la race anglo-américaine » sur laquelle, comme on le sait depuis l\u2019explorateur britannique Livingstone, « repose l\u2019espoir de la liberté et du progrès du monde » ! Plus près de nous, à propos de la seconde invasion américaine en Irak, des commentateurs n\u2019ont-ils pas parlé de l\u2019« anglosphère » en marche ?.Richard Gervais GILLES GAGNÉ ET SIMON LANGLOIS Les raisons fortes, Nature et signification de l'appui à la souveraineté du Québec, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 2002, 189 p.Je n\u2019ai pas l\u2019éloge facile mais, lorsque j\u2019apprécie un livre, je ne m\u2019en cache pas, et ce, même si je ne partage pas toutes les idées avancées.C\u2019est le cas avec Les raisons fortes des professeurs Gilles Gagné et Simon Langlois.J\u2019ai apprécié ce livre au point d\u2019en recommander la lecture à tous ceux et celles que la question du Québec passionne.Ils y trouveront une analyse très bien campée des appuis des Québécois et Québécoises au projet de « souveraineté partenariat » en 1995 et entre 1999 et 2001.Ils y apprendront que le support au projet de 1995 demeure constant en 1999-2001, ce qui va à l\u2019encontre des idées véhiculées dans la plupart des médias, mais est différemment irradié dans les groupes que les auteurs ont construits. 13» Ce livre déborde les chantiers de la description par variables des comportements des électeurs.Les auteurs cherchent plutôt à expliquer des comportements électoraux avec, pour ambition, de décortiquer les intentions de vote en prenam pour assises « les raisons que se donnent d\u2019agir les citoyens appelés à faire des choix politiques et des choix de sociétés » (p.21).Par cette approche, ce livre se situe dans le champ de l\u2019explication, ce qui impliquait le recours à un modèle théorique, modèle qu\u2019ils ont dynamisé en l\u2019associant à la théorie des mouvements sociaux.J\u2019y reviendrai plus bas.Ce livre comprend trois parties ayant respectivement trois, quatre et deux chapitres.La première, qui contient un chapitre méthodologique pertinent, fait état de la mobilisation de 1995 et souligne les défections comme les nouveaux supports envers le projet souverainiste entre 1999-2001.La deuxième analyse les sondages à l\u2019aide de caractéristiques qualifiant les électeurs : femmes, Anglo-Québécois, allo-phones (les auteurs signalent ne pas aimer ce concept qu\u2019ils doivent utiliser faute de mieux) et résidents en région.Quant à la troisième, elle a tout d\u2019un double essai visant à cerner la principale cause des défections de 1999-2001.L\u2019une des forces de ce livre réside dans les assises méthodologiques à la base des regroupements d\u2019électeurs réalisés par les auteurs.Ils les dévoilent avec précision et transparence d\u2019entrée de jeu.Nous découvrons le modèle théorique qui les a inspirés, soit un modèle inspiré des comportements des électeurs en lien avec leurs statuts sociaux dans un contexte de mobilisation typique aux mouvements sociaux, les concepts auxquels ils ont recours ainsi que la façon dont ils ont procédé pour empiler les sondages et les analyser.Sous cet angle, ce livre est un modèle pour quiconque entend présenter la façon dont il a procédé dans la 139 réalisation de sa recherche.Le lecteur découvre les choix des auteurs, décèle les limites de leur contribution et est invité à s\u2019imprégner des visées des auteurs qui, plutôt que de chercher à prédire des comportements, s\u2019emploient à interpréter ceux qui s\u2019expriment dans les sondages.Ces assises bien campées, les auteurs ont construit six regroupements à l\u2019aide de quatre variables qu\u2019ils ont \u2018dichotomisées\u2019 : l\u2019âge (18-55 versus 55 et plus) ; la relation au travail (actifs, étudiants et chômeurs versus inactifs, retraités et au foyer) ; le revenu (au-dessus versus en-deçà de 20 000 $) ; et la langue (francophones versus allophones et anglophones).De ces six regroupements, le premier, le plus important numériquement (44,9 % de la population), contient le groupe porteur du projet.Qualifié de type I, il est composé de francophones de 18-54, étudiants et actifs avec un revenu de plus de 20 000 $.Trois autres regroupements de francophones complètent le premier : les francophones de 18-54, inactifs et à faible revenu (type II avec 15,9 % de la population) ; les francophones actifs de plus de 55 ans (type III avec 5,6 % de la population) ; et les francophones inactifs de plus de 55 ans (type IV avec 17,9 % de la population).Le cinquième regroupement est composé des anglophones et des allophones de 18-54 (type V avec 12,3 % de la population) alors que le sixième comprend des anglophones et allophones de plus de 55 ans (type VI avec 4,4 % de la population).Ces regroupements faits, Gagné et Langlois révèlent, dans la première partie du livre, une forte mobilisation au sein du groupe porteur en 1995.L\u2019appui à la « souveraineté partenariat » y atteint 71,3 % vers la fin de la campagne (26 octobre) alors qu\u2019il se situait autour de 60 % au début du moins d\u2019octobre.Au même moment, l\u2019appui des francophones de 18-54 inactifs ou avec un faible revenu et celui des francophones 140 inactifs âgés de plus de 55 ans périclite d'au moins 10 % en fin de campagne.Forts de ce constat, les auteurs questionnent l\u2019effet de l\u2019implication accrue de Lucien Bouchard au milieu de la campagne référendaire.Pour eux, il fut nul, voire négatif.Il y a eu plutôt une mobilisation des électeurs du groupe porteur, ces derniers voyant, selon Gagné et Langlois, le projet de « souveraineté partenariat » telle une fenêtre pour changer la société.C\u2019est ce qui les conforterait à avancer que le projet souverainiste s\u2019inscrivait dans la foulée d\u2019un mouvement social aux antipodes de toute approche ethnique.À leur avis, c\u2019est plutôt le Canada qui a recueilli un appui ethnique, dont celui des Canadiens français, invités qu\u2019il furent par le premier ministre canadien à ne pas abandonner par ressentiment leurs frères et sœurs du reste du pays.Si Gagné et Langlois notent un appui stable en faveur du projet dans les sondages de 1999-2001, leur analyse par regroupements fait ressortir des variations importantes : 1) baisse de l\u2019appui venant du groupe porteur ; et 2) gains, quoique modestes, « dans les types II et III chez les francophones, gains plus importants chez les francophones retraités, gains importants aussi chez les allophones et anglophones » (p.70).Intrigués par la baisse de l\u2019appui du groupe porteur, les auteurs ont cherché à en découvrir les fondements en énonçant deux hypothèses.La première avance que cette baisse est temporaire ; la seconde, que les électeurs du type I sanctionnent le gouvernement du Parti québécois parce qu\u2019il ne répond pas à leurs attentes.Pour eux, les explications basées sur le caractère frileux des électeurs du type I comme celles voulant que, tiraillés par l\u2019ambiguïté, ils aient choisi de se réfugier dans le confort et l\u2019indifférence, ne tiennent pas la route. 141 La deuxième partie du livre aborde les variations qu\u2019ont révélées certains analystes des sondages à la lumière des six regroupements.La première est la baisse de l\u2019appui des élec-trices au projet.Visible chez les électrices du type I, elle est plus forte chez les électrices du type IL Aussi Gagné et Langlois y voient-ils un désenchantement à l\u2019égard des politiques de support aux ménages, notamment des ménages à revenu modeste qui, pour participer à la création de la richesse collective, doivent d\u2019abord en bénéficier.Ces données renforcent la pertinence de leur cadre théorique.S\u2019agissant des Anglo-Québécois et des allophones, les auteurs décodent leurs intentions en utilisant une lecture analogue.Ils identifient un clivage entre les plus jeunes et les plus âgés.Les premiers, principalement les ouvriers et les travailleurs moins qualifiés, s\u2019inscriraient plus facilement dans l'horizon québécois du moins jusqu\u2019à la fin de 2000 alors que les deuxièmes, toujours ancrés dans leurs convictions de participer au Québec à l\u2019édification du Canada, en demeureraient éloignés.Ici, encore, Gagné et Langlois font ressortir que les rapports sociaux ont contribué à modeler l\u2019expression des électeurs.À leur avis, les travailleurs anglo-québécois et allophones les moins qualifiés, s\u2019ils se sont manifestés plus favorables au projet de « souveraineté partenariat » en 1999 et 2000, s\u2019en distanceraient en 2001 peu après que les politiques du Parti québécois se soient davantage inscrites dans la mouvance néo-libérale.Indépendamment de ce clivage, les variations chez les électeurs anglo-québécois et allophones révèlent un phénomène fort important : ces électeurs manifestent, depuis le dernier référendum, un support à la hausse envers le projet de « souveraineté partenariat ».Dès lors, force est de reconnaître que ce projet est depuis celui des Québécois et 142 Québécoises de toutes origines, ce que d\u2019autres sondages ont aussi mis en relief.Si Gagné et Langlois le signalent, ils n\u2019en décodent pas toutes les incidences, l\u2019une d'elles, la plus importante, étant l\u2019essor au Québec d\u2019une nation politique, plutôt que culturelle, dont la base serait surtout constituée d\u2019électeurs de 18-55 ans clui aspirent à un espace politique québécois au sein duquel ils s\u2019exprimeront et construiront leur avenir.Le dernier chapitre de la seconde partie s\u2019attaque à des lectures simplistes des comportements des électeurs en régions.Données à l\u2019appui, Gagné et Langlois montrent que, dans la région de Québec, le support au OUI chez les électeurs du type I fut analogue à celui identifié à Montréal ou dans la plupart des régions.À leur avis, le pourcentage atteint par le OUI dans la région de Québec s\u2019explique plutôt par le fait qu\u2019y résident plus de personnes âgées et que cette région englobe celle de Chaudière-Appalaches où se retrouvent plus d\u2019électeurs du type IL Quant au faible support noté dans l\u2019Outaouais chez les électeurs du type I, ils l\u2019expliquent par la proximité du gouvernement fédéral, ce qui confirmerait leur hypothèse générale sur le comportement des électeurs mais atténuerait, du même coup, sa liaison avec l\u2019existence d\u2019un mouvement social traversant tout le Québec.Gagné et Langlois s\u2019interrogent par la suite sur l\u2019impact de la concentration dans la grande région de Montréal des électeurs anglo-québécois et allophones qui, par leurs poids respectifs, font de celle-ci une région distincte du reste du Québec.Leur interrogation les conduit à signaler une fracture du Québec en deux : le Québec des régions et Montréal.S\u2019il est possible de lire le Québec de la sorte en 1995, les sondages de 1999-2001 fournissent des indications légèrement M3 différentes, celles-ci témoignant d\u2019un certain rapprochement entre les Québécois de langue française et ceux d\u2019origines linguistiques autres.Derrière ce rapprochement, il y a, à mon avis, plus que l\u2019effet de la loi ioi.Le support des jeunes Anglo-Québécois et allophones au projet témoigne aussi de leur volonté de participer au « vivre ensemble » québécois.Voilà qui soulève des enjeux au-delà d\u2019une simple politique linguistique car, avec eux, c\u2019est l\u2019idée même d\u2019un projet politique québécois qui est en cause.C\u2019est d\u2019ailleurs ce projet que le gouvernement canadien cherche à stopper en recourant au bilinguisme et à une panoplie de programmes visant à subjuguer le Québec pour mieux le contraindre à vivre au rythme du Canada.Les Raisons fortes se termine par deux chapitres insérés dans une partie, la troisième, sous-titrée : la souveraineté pour quoi faire ?Avec eux, les auteurs quittent le terrain des sondages et des analyses minutieuses pour entrer dans celui de l\u2019analyse causale.Or, si leur analyse des sondages a permis de décoder certains comportements, ces deux chapitres ne fournissent pas des ancrages aussi convaincants quant aux causes avancées pour les expliquer.Aussi, faut-il les recevoir, je pense, comme autant d\u2019hypothèses à valider.De l\u2019avis de Gagné et Langlois, l\u2019une des principales causes des variations dans le comportement des électeurs et élec-trices entre 1995 et 1999-2001 serait la transformation du Parti québécois en simple machine politique au service d\u2019une élite gouvernante.Ils y voient une dérive et elle serait d\u2019autant plus grave que les membres de cette élite, qui cherchent à assurer leur reproduction, s\u2019accrochent au pouvoir pour mettre de l\u2019avant une approche interventionniste envers des bénéficiaires de programmes plutôt que de traiter « les gens en citoyens responsables ». 144 Somme toute, ces élites péquistes se comporteraient alors de la même façon que celles qui se sont approprié la gouverne du Québec dans un passé lointain et récent.Nourries par un mouvement social, elles l\u2019utiliseraient à leurs fins à tel point que le Parti québécois serait aujourd'hui l\u2019affaire de ceux et celles « pour qui l\u2019indépendance politique devient la menace d\u2019un coût inutile » (p.150).Aussi, ne chercheraient-elles qu\u2019à jouer de finesse avec les porteurs du projet pour s\u2019installer au pouvoir, gouverner une province, tambouriner à l\u2019occasion des valeurs autonomistes et travailler, sans trop le dire, à inscrire le Québec dans le moule des changements chers aux rentiers, créanciers, grands financiers et capitalistes néo-libéraux.Cette cause fait sens avec le cadre théorique choisi.Son identification conduit les auteurs à se demander, à la toute fin du livre, pourquoi faire la souveraineté si, en bout de piste, il en ressortira une société québécoise figée sous contrôle d\u2019une élite bienheureuse et satisfaite.Leur question interroge un point majeur : l\u2019écart grandissant entre les porteurs du projet et les élites identifiées, écart qui les amène à signaler que le mouvement souverainiste est orphelin d\u2019un projet de citoyens, ce qu'auraient révélé les constats de mobilisation-démobilisation mis en lumière en 1995 et entre 1999-2001.Cette conclusion interpelle.Elle pointe du doigt les manigances d\u2019une élite dirigeante davantage intéressée à assurer sa pérennité.D\u2019accord.Elle signale aussi que cette élite sert de courroie aux intérêts du capital financier.D\u2019accord.Elle avance de plus que le projet du type I serait tout autre que ce que ces élites valorisent.Là, je suis partagé.Les défections notées ne rognent pas tout le support identifié dans le type I et celles-ci sont compensées par des appuis nouveaux. 145 Aussi, suis-je enclin à penser que les élites péquistes ont manœuvré pour se trouver des appuis compensatoires, ce que révèlent les supports entre 1999-2001.Dès lors, force est de reconnaître que les manœuvres péquistes ont seulement conduit à le moduler ce support différemment.À mon avis, là est le véritable problème.Et ce problème renvoie à deux points abordés par Gagné et Langlois : 1) l\u2019écart entre porteurs du projet et dirigeants péquistes ; et 2) l\u2019absence d\u2019un discours valorisant à la fois la nation politique québécoise et le désir des Québécois et Québécoises de toutes origines de développer ici un projet politique associé à une citoyenneté participative.Je vais aborder ces deux points après un détour sur le choix des auteurs d\u2019inscrire leur analyse dans la perspective des mouvements sociaux.S\u2019agissant de ce choix, leur argumentation s\u2019appuie sur le mouvement nationalitaire qui a été à la base des revendications autonomistes du Québec en vue, du moins avec le Parti libéral des années i960, puis le Parti québécois jusqu\u2019au tournant des années 1980, de corriger la situation économique des Canadiens français du Québec.Ce mouvement avait alors des assises sociales profondes tout en étant imprégné de visées nationalistes.Après le référendum de 1980, ses assises sociales se sont effritées quelque peu, encore plus, dirais-je, après le référendum de 1995.Aussi, Gagné et Langlois n\u2019ont pas totalement tort de référer à ce mouvement.L\u2019association entre revendications autonomistes de type nationalitaire et attentes sociales a été constante au sein du Parti québécois.Elle l\u2019a été au point tel que, depuis la création de ce parti, ses dirigeants ont toujours cherché à faire valoir des liens entre projet de société et revendicaüons auto- 146 nomistes, voire égalitaires.Si de tels liens ont fait sens, c\u2019est en grande partie parce que les initiateurs de cette association émergeaient de milieux progressistes (groupes populaires, syndicats, petits bourgeois, etc.).Ailleurs, notamment chez les Flamands, les revendications nationalitaires émanent plus des milieux bourgeois que des groupes réformistes.Dans les processus d\u2019affirmation nationale, le genre d\u2019association qui a pris forme au Québec est plus fréquent.Cependant, lorsque ce processus s\u2019éloigne de l\u2019ambiguïté que véhicule le concept nationalitaire - sa particularité étant de promouvoir l\u2019égalité et/ou l\u2019indépendance -, et qu\u2019apparaissent des visées sécessionnistes, c\u2019est qu\u2019il s\u2019est produit un changement substantiel au sein de la population.Les sondages après le référendum de 1995 révèlent ce changement.Gagné et Langlois, s\u2019ils l\u2019ont identifié, n'avaient pas le bon cadre théorique pour le cerner dans ses tenants et aboutissants.Ce cadre est celui des mouvements sécessionnistes, notamment ceux qui prennent forme au sein des sociétés industrialisées.Avec lui, l\u2019accent est plus orienté sur le politique que sur les mesures sociales, ce qui n\u2019exclut pas l\u2019intérêt que représentent les questions sociales à quelque mouvement sécessionniste que ce soit.Il y a seulement une hiérarchie nouvelle qui s\u2019instaure, celle-ci ayant le projet de pays comme assise et tout ce qu\u2019un tel projet véhicule : régime politique, citoyenneté, prise en charge de responsabilités nouvelles découlant de la sécession, aménagements des pouvoirs existants, présence internationale, armée, etc.Depuis le référendum de 1995, seul le concept de nation a été retouché sans toutefois que les retouches débouchent sur des prises de position conséquentes.Sur les incidences d\u2019une nouvelle hiérarchie, peu de choses ont été mises de l\u2019avant.En fait, rien.Par contre, la conjoncture économique M7 étant plus soumise à des pressions fortes à la suite de l\u2019effondrement du bloc communiste, des coupures ont été pratiquées dans divers programmes dont l\u2019un des effets fut de toucher davantage les personnes aux revenus modestes.En d\u2019autres termes, après 1995, alors que s\u2019irradiait une conception politique de la nation québécoise, irradiation en grande partie favorisée par les retombées de la loi 101, les élites péquistes se sont enfermées dans un discours de bons gestionnaires provinciaux plutôt que de s\u2019associer au mouvement d\u2019affirmation politique portée par la nation politique québécoise.Voilà, à mon avis, ce qui expliquerait la frileuse percée au sein des Anglo-Québécois et des allophones ainsi que la désertion de la part des électeurs et électrices des types I et II.Gagné et Langlois se sont refusés à toute prédiction.Je ferai de même.Toutefois, si les élites péquistes avaient déployé un discours et des programmes visant à consolider la nation politique québécoise et favorisé l\u2019irradiation d\u2019une conception du « vivre ensemble » ancrée dans une constitution favorisant la participation des citoyens et des citoyennes, il y a fort à parier que les sondages de 1999-2001 auraient donné des résultats autres que ceux révélés.Ces élites, comme l\u2019ont signalé Gagné et Langlois, ont préféré assurer leur pérennité en se cantonnant dans la gouverne provinciale.À preuve ce qui s\u2019est passé après 2001 : 1) mise de côté des travaux visant à revoir les assises démocratiques du vivre ensemble ; 2) valorisation de la qualité de bon gestionnaire du Parti québécois lors de l\u2019élection du 14 avril 2003 ; et 3) insertion dans la plate-forme électorale du Parti québécois de l\u2019idée d\u2019entreprendre des démarches en vue d\u2019une éventuelle participation de type confédéral avec le Canada, ce qui est aux antipodes du projet de créer le pays 148 du Québec.Les élections du 14 avril ne sont que l\u2019écho de la coupure entre les dirigeants et les porteurs du projet.Cette interprétation fait sens autant sous l\u2019angle des mouvements sociaux que celui des mouvements sécessionnistes.Je demeure néanmoins persuadé que la théorie des mouvements sécessionnistes permet de mieux lire à la fois les changements dans l\u2019expression du support au projet et le faible taux de participation aux dernières élections.Cette théorie a aussi l\u2019avantage de signaler que lorsqu\u2019un tel écart se manifeste, les opposants (les néo-capitalistes et les promoteurs de la construction nationale canadienne) à ces mouvements jubilent.Aussi, doit-on se demander, tout comme l\u2019ont fait Gagné et Langlois, si le Parti québécois n\u2019est pas tout compte fait coupé du Québec qui bouge.Dit autrement, la nation politique québécoise n\u2019est-elle pas aujourd'hui orpheline d\u2019un instrument, parti ou autre chose, qui lui permettrait de réaliser ses visées ?Au-delà de la finesse des analyses produites, ce livre met le doigt sur un point incontournable qu\u2019il importe d\u2019aborder de toute urgence.Dans les mouvements sécessionnistes, la pierre d\u2019achoppement a toujours été la scission entre les porteurs du projet et les élites qui s\u2019expriment en leur nom.S\u2019il n\u2019y a pas de correctifs, qui devraient s\u2019inscrire dans le cadre des mouvements sécessionnistes plutôt que des mouvements sociaux, les chances de réaliser les objectifs de pays visés par les porteurs du projet s\u2019amenuiseront d\u2019autant.Claude Bariteau 149 PIERRE COUTURE Antoine Labelle, l'apôtre de la colonisation, XYZ éditeur, Montréal, 2003, 166 p.Une bien belle vie du curé Labelle, le roi du Nord, que celle qui a paru dans la Collection des grandes figures de la maison XYZ dirigée par Xavier Gélinas.L\u2019auteur de ce portrait dynamique est un journaliste de Radio-Canada, Pierre Couture, qui a antérieurement publié deux autres titres dans cette même collection : Marie-Victorin en 1996 et Jacques Rousseau en 2000.Les profs d\u2019histoire, tant celles et ceux du collégial que ceux des autres niveaux ont intérêt à utiliser les différentes publications de cette série qui mérite pleinement sa place dans les différentes bibliothèques.Avec le curé Antoine Labelle, c\u2019est la légende qui reprend ses droits tant sa vie et son œuvre, son caractère, ses faits et gestes font partie de l\u2019imaginaire de tout un peuple.Pierre Couture a relevé avec brio le défi de faire, en moins de 200 pages, le tracé d\u2019un itinéraire aussi peu commun que celui-ci.Un défricheur, un fondateur, un chef de région, un porte-parole, un éducateur et un haut-fonctionnaire que ce fils de Patriote de 1837-1838 qui n\u2019a jamais renié, au contraire, ses motivations nationales dans l\u2019une et l'autre de ses différentes missions.De façon vivante l\u2019auteur nous fait partager les grands et les moins grands moments de l\u2019une des vies parmi les plus effervescentes de notre histoire nationale.Un personnage idéal pour un grand film que ce Mgr Labelle des Laurentides qui ne recula devant rien pour que le Canada français, si cher à son ami Honoré Mercier, le Premier ministre du Québec le plus visionnaire de son siècle, prenne toute sa place dans un monde souvent hostile à ses aspirations pourtant les plus naturelles. 15° L\u2019image du curé Labelle restera longtemps associée dans les esprits au regretté comédien Paul Desmarteaux qui l\u2019a incarné avec tant de talent dans les impérissables Belles histoires des pays d\u2019en Haut et qui ont partagé la vie de tout un peuple pendant des décennies sur les ondes de la Société Radio-Canada du temps où la propagande n\u2019avait pas encore voulu lessiver les esprits œuvrant dans la grande maison de la rue Dorchester puis du boulevard René-Lévesque.Homme de convictions et de principes, prêtre jusque dans la moelle des os, Antoine Labelle a rêvé pour son peuple qu\u2019il a voulu fort, grand, courageux, entêté et créateur.Les détails sont abondants dans ce livre qui nous conduit dans les arcanes d\u2019une époque pour mieux nous faire saisir la mesure de son héros.De bien agréables pages qui divertiront et instruiront le lectorat.Cilles Rhéaume '5' LIVRES REÇUS John A Dickinson, Brian Young Brève histoire socio-économique du Québec, Septentrion, 2003, 296 p.Guy Gaudreau Histoire des mineurs du Nord-Ontarien et Québécois, Septentrion, 2003, 302 p.Mamadou Gazibo, Jane Jenson La politique comparée, Fondements, enjeux et approches théoriques, Fides, 2004, 322 p.Solange Hamel Les patriotes oubliés de la Montérégie, 1837, Éditions de la Paix, 2003, 136 p.Roy Fuentes Imbert L\u2019épopée du lâche, poème dramatique, Éditions Adage, 2003, 80 p.Louis Plamondon Le mythe Paul Martin, Éditions Saint-Martin, 2003, 88 p. 152 COURRIER DES LECTEURS J\u2019AI EU LE PLAISIR DE LIRE VOTRE TIRÉ À PART, REVOIR LE CADRE STRATÉGIQUE.Votre réflexion est rafraîchissante à plusieurs égards.Tout d\u2019abord, je partage votre opinion à l\u2019effet que la période de dialogue qui avait été ouverte avec le fédéral, au début des années 6o, dans le but de faire une place à la nation québécoise au sein du Canada s\u2019est complètement refermée avec le Clarity Bill.Votre opinion concernant le fait que depuis ce temps, nous ne sommes plus dans le même cadre et que l\u2019attentisme des conditions gagnantes, le verbiage sur le fait de devoir parler davantage de souveraineté ou renouveler l\u2019argumentaire ne font nullement avancer la cause.Dans les faits, j\u2019ajouterai que depuis le soir du référendum de 1995, alors que monsieur Parizeau s\u2019est exprimé sur les causes de la défaite, nous avons été placés ou encore nous nous sommes mis sur la défensive.Nous y sommes depuis.La plus belle expression de notre faiblesse à ce niveau étant l\u2019incapacité de monsieur Landry de riposter lors du débat des chefs alors qu'il fut attaqué sur les propos de monsieur Parizeau durant la campagne.Et nous sommes toujours dans cette mouvance.les conditions gagnantes et l\u2019assurance morale étant de l\u2019attentisme pur, basé sur une logique statisticienne à savoir que la jeune génération, qu\u2019on dit 153 « acquise », représentera un contingent d\u2019un million de nouveaux électeurs quelque part dans les années 2008 ou 2009.Aussi, d\u2019en venir à parler de la nécessité de revoir le cadre stratégique afin de pouvoir passer à l\u2019offensive, une vrai, m\u2019apparaît une piste très intéressante.Au plaisir! Pierre Laroche CES CRÉATURES MAL AIMÉES ET CONVOITÉES Au-delà de la question de la réorganisation de nos structures municipales, une autre question plus importante encore se pose.Dans le numéro n (2002) de Inroads, Andrew Sancton, professeur de science politique à l\u2019Université de Western Ontario, posait la question constitutionnelle dans un article intitulé « Cities are too important for municipalities alone ».Il y déplore que, contrairement à la majorité des municipalités américaines, les villes canadiennes ne jouissent pas d\u2019une protection constitutionnelle.Cela est vrai, mais ce n\u2019est pas parce que, contrairement aux États américains, les provinces canadiennes n\u2019ont pas de constitution.Elles en ont bien une, qu\u2019elles peuvent modifier à leur guise, en vertu des Lois constitutionnelles de 1867 et 1982, sauf quant à la fonction de lieutenant-gouverneur.Mais il est vrai que les provinces ne se sont pas souciées d\u2019exercer leur compétence constitutionnelle - il serait d\u2019ailleurs grand temps qu\u2019elles le fassent1.Il est aussi vrai que les gouvernements locaux devraient voir leur relative autonomie consacrée dans ces constitutions provinciales.Marc Brière 1 Pour sortir de l'impasse, un Québec républicain, Montréal, Éditions Varia, 2002. 154 VOICI QUELQUES DÉFIS QUE LE QUÉBEC AURA À AFFRONTER POUR RENFORCER LA LANGUE FRANÇAISE DURANT L\u2019ANNÉE 2004: 1-\tTravail Le français doit être la langue de travail au Québec.Il faut que l\u2019exigence de l\u2019anglais soit l\u2019exception et non la règle.L\u2019État a l\u2019obligation de donner l\u2019exemple et d\u2019être proactif.2-\tÉducation L\u2019introduction de l\u2019anglais obligatoire dès la première année du primaire et la multiplication des classes d\u2019anglais intensif au primaire ne sont pas de nature à renforcer la langue française à l\u2019école.Le Gouvernement doit adopter un plan efficace pour renforcer le français en éducation.3-\tSanté Il est plus que temps d\u2019abolir les postes interdits aux francophones dans la santé.Les médecins formés à McGill devraient s\u2019établir au Québec et devraient connaître le français.Dans le cas contraire, il faut exiger le remboursement à 100 % du coût de leurs études.Il serait aussi normal que les subventions aux universités se fassent au prorata de la population francophone et de la population anglophone.4-\tLa publicité L\u2019affichage interne et externe devrait se faire en français partout.5-\tLe Pontiac Québec doit arrêter l\u2019érosion du français dans cette région et s\u2019assurer que la Charte de la langue française y soit appliquée.Jacques Poisson, Mouvement estrien pour le français *55 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président Pierre Noreau Secrétaire Jacques Brousseau Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers Robert Ladouceur Jean-Marc Léger Paul-Émile Roy Ex Officio Robert Laplante Secrétariat Yves Fortin Laurence Lambert MISSION Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Membres Dave Anctil Pierre de Bellefeuille André Binette Mathieu Bock-Côté Jean-Jacques Chagnon Eric Devlin Benoît Dubreuil Christian Gagnon Jean Genest Jacques Martin Yves Michaud Jacques-Yvan Morin Gilles Rhéaume Michel Seymour Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Nicole Boudreau Jacques Boulay Guy Bouthillier Hélène Chénier Delmas Lévesque Pierre Dupuis Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard Jean-Charles Claveau Georges Meyers s A votre service plus que jamais ! Qualité et service assurés \u2022\tLivres ( 200 à 10 000 exemplaires ) \u2022\tManuels techniques \u2022\tListes de prix \u2022\tRapports internes \u2022\tCatalogues \u2022\tDépliants \u2022\tBrochures Marc Veilk'iiprésident tel.: (450) 449-5818 fax.: (450) 449-2140 courriel : adm@marcveilleux.com Marc Veilleux Imprimeur OPTIMUM SOCIÉTÉ D'ASSURANCE INC.Anciennement connue sous le nom de Société Nationale d\u2019Assurance inc.425, boul.de Maisonneuve Ouest Bureau 1500 Montréal (Québec) H3A 3G5 (514) 288-8711 157 CLUB DES loo ASSOCIÉS Fernand Allard Patrick Allen f François-Albert Angers Gaston-A.Archambault j* fean-Paul Audair Paul Banville Thérèse Baron Yvan Bédard Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin \"j\u2018 Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Henri Joli-Cœur Lucie Lafortune j\" Anna Lagacé-Normand Bernard Lamarre Denis Lazure Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin j-Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost René Richard -j-Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier -j-Réal Trudel Cécile Vanier Claude-P.Vigeant Madeleine Voora ii&aîm Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de io à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par S DM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Révision Marc Veilleux Mise en pages Jean-Marie Pesci, Atoumédia, Rawdon Impression Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville 159 INDEX DES ANNONCEURS 115 Allard & Carrière 6 Caisse d\u2019économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs 70\tCap-aux-Diamants 71\tDevoir, Le 116 Mouvement national des Québécoises et Québécois 70 Optimum, Gestion de placements 72\tOptimum placements 158 Optimum, Société d\u2019assurance 115 Rassemblement pour un Pays souverain 115\tSansregret, Taillefer et Associés 116\tSociété Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie 116 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 116 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 115 Translatex Communications + 158 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc. ABONNEMENT ÎO\t20 numéros\tnuméros Abonnement 55 $\t-\tioi$ Institution 98 $\t-\t160 $ Abonnement de soutien 150 $\t-\t250 $ Étudiants 32 $\t-\t55 $ Autres pays 98 $\t-\t160 $ Paiement par VISA accepté Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.ISSN-OOOI-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1003 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 Courriels pour joindre : - la rédaction : revue@action-nationale.qc.ca - l\u2019administration : administration@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca Chronique de l\u2019enfermement, une lecture essentielle pour : \u2022\tComprendre la dynamique politique actuelle.\u2022\tPrendre la mesure du carcan politique Canadian.\u2022\tTrouver les voies d\u2019une mobilisation nationale.^\tRobt ri LapUntf I |\tCHRONIQUE â\tDE L'ENFERMEMENT tCRIIS SUR U MINORISAIION DU QUÉBEC, J_ Ar*tîon L\u2019indépendance est vitale.L\u2019ouvrage de Robert Laplante en fait une démonstration rigoureuse qui allie la lucidité de l\u2019analyse à la recherche d\u2019une action accordée à ce qu\u2019il y a de meilleur dans la capacité du peuple du Québec de s\u2019assumer pleinement.POUR COMMANDER : -\tTéléphonez à nos bureaux au (514) 845-8533 pour un paiement par carte Visa -\tou envoyez un chèque à nos bureaux : 425, boul.de Maisonneuve O.Bureau 1003 Montréal H3A 3G5 TARIFS : 19,95 $ + 3,50 $ de frais d\u2019envoi (au Québec) iiâfüm volume XCIV numéro 2 FÉVRIER 2004 envoi de publication enregistrement N° 0911} "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.