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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mai - Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2004-05, Collections de BAnQ.

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[" NATIONALE Volume XCIV numéros 5 et 6 MAI/JUIN 2004 Éditorial Un rendez-vous avec l\u2019audace ¦ Robert Laplante\t2 Articles IEt pourtant, de la politique, il faut bien en faire.¦Jacques Parizeau\t12 Saison des idées ou saison du courage ?¦ Louis Cornel lier\t18 Lettre ouverte aux indépendantistes et aux membres du PQ ¦ Richard Gervais\t23 Le rêve et le cauchemar ¦ Pierre Vadeboncœur\t47 ¦ Le War on Terror : Un échec programmé -Philippe Navarro\t52 Dossier LE SUROÎT ET LES ENJEUX ÉNERGÉTIQUES DU QUÉBEC De Montréal à Kyoto en passant par le Suroît ¦Scott McKay\t70 Quelques repères historiques ¦Jean-Marc Pelletier\t78 Suroît : d\u2019autres solutions disponibles -Jean-Marc Pelletier\t104 L\u2019éolien ou le thermique ¦ Réal Reid\t123 L\u2019électricité de source thermique : une impasse pour le Québec -Martin Poirier, Steven Cuilbeault, Joséphine Hénault\t134 Hydro-Québec et la manipulation publique ¦Gaétan Breton\t151 Lire En primeur 60e anniversaire du débarquement de Normandie Laissés dans l\u2019ombre ¦Sébastien Vincent\t182 Les essais\tig6 Livres reçus\t211 Courrier des lecteurs\t213 Le temps passe : bleu Louise Lavoie Maheux Sérigraphie et collage d\u2019une image numérique Tirage limité à 5/5 Atelier Presse Papier, Trois-Rivières 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1003, Montréal (Québec) H3A 3C5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue® action-nationale, qc.ca administration@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directrice adjointe : Laurence Lambert.Comité de rédaction : Sylvain Deschênes, rédacteur et conseiller en communication ; Lucia Ferretti, professeure d\u2019histoire ; Henri Joli-Coeur, administrateur ; Robert Laplante ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Monique Dumats, théologienne, Université du Québec à Rimouski ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Andrée Lajoie ; Simon Langlois ; Michel Seymour.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.Envoi de Poste -Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d\u2019envoi postal » Canada « Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada à notre adresse ». 2 ÉDITORIAL Robert Laplante UN RENDEZ-VOUS AVEC L\u2019AUDACE Il fut un temps où Hydro-Québec était un puissant symbole de fierté et de confiance en soi.Fleuron de la Révolution tranquille, la société d\u2019État témoignait de la volonté de nous affirmer maîtres de nos affaires et de notre capacité de trouver des formes originales et audacieuses pour orienter notre développement.Force est de le reconnaître, le dossier du Suroît a fait tomber nombre d\u2019illusions.Fiydro-Québec s\u2019y est dévoilé là sous un jour particulièrement inquiétant.Depuis la Commission parlementaire de ce printemps jusqu\u2019aux audiences de la Régie de l\u2019énergie en passant par les exercices de relations publiques du président Caillé, les événements se sont multipliés qui ont fait surgir des doutes, des interrogations et des insatisfactions qui nourrissent de pénibles remises en question.Les déclarations alambiquées et les révélations pour le moins étonnantes en ce qui concerne la compréhension des dirigeants d\u2019Hydro-Québec de ce qu\u2019il faut faire pour assurer la sécurité énergétique du Québec laissent pantois.Quant à la destination véritable de l\u2019énergie à produire au Suroît, plus personne ne peut vraiment prêter foi à ce qu\u2019Hydro-Québec raconte au sujet de l\u2019exportation.Le dossier énergétique est en passe de devenir un véritable bourbier. 3 Hydro-Québec a beau multiplier les communiqués pour vanter ses profits records, son déficit de crédibilité s\u2019accroît.Son capital de sympathie diminue à vue d\u2019œil.C\u2019est une chose aussi triste à voir qu\u2019inacceptable.Les Québécois restent profondément attachés à cette grande institution malgré qu\u2019elle ne cesse de les décevoir et de les dérouter.C\u2019est une situation malsaine qui exige un redressement immédiat.Le Québec n\u2019a pas les moyens de laisser dériver un de ses plus puissants véhicules de développement.C\u2019est parce que nous lui reconnaissons son importance déterminante que nous devons continuer d\u2019être exigeants pour la société d\u2019État et ses dirigeants.Il faut, par ailleurs, avoir le courage de regarder les choses en face : Hydro-Québec ne peut être tenue pour seule responsable de ce qui lui arrive.L\u2019institution subit de plus en plus durement les effets de distorsion d\u2019un régime politique qui condamne le Québec à dénaturer ses projets et à dévoyer ses institutions.Lambition porteuse qui donnait son sens à la nationalisation de 1 électricité se rétrécit comme une peau de chagrin.Hydro-Québec sert d\u2019autant moins l\u2019ensemble de nos intérêts nationaux quelle est de plus en plus en plus coincée entre sa mission de service public et les exigences commerciales que lui impose un gouvernement provincial assoiffé de gros dividendes pour tenter de boucler un budget impossible à fermer avec les moyens que le Canada lui laisse.Une société d\u2019État ne peut plus servir sa mission lorsque l\u2019État auquel elle doit son existence est en voie de se dissoudre.Au fil des années, Hydro-Québec a fini par devenir une espèce d\u2019instrument fiscal de substitution, un moyen de compenser pour les revenus dont le Canada prive la province de Québec. 4 Le dossier du Suroît a soulevé une réprobation générale non seulement parce que c\u2019est un mauvais projet mais encore et surtout parce qu\u2019il est apparu comme le révélateur d\u2019une dangereuse érosion.Érosion de nos processus de délibération publique, tout d\u2019abord.La volte-face du ministre, les mesures improvisées, les délais revus, le mandat tordu confié à la Régie de l\u2019énergie, une commission parlementaire éventuelle, tout dans cet exercice contribue à rendre opaques les termes du débat, à décourager l\u2019intérêt des citoyens pour les enjeux soulevés par le projet.Érosion de la confiance envers les dirigeants d\u2019Hydro-Québec dont on ne sait plus s\u2019ils sont aspirés dans le tourbillon d\u2019un gouvernement aux abois où s\u2019ils tentent d\u2019en tirer avantage.Érosion aussi de la crédibilité envers la compétence d\u2019Hydro-Québec à planifier les besoins et à faire les bons choix technologiques pour les combler en servant au mieux le développement du Québec.Il faut tout mettre en œuvre pour arrêter ces émiettements.Et c\u2019est sur la mobilisation citoyenne qu\u2019il faut d\u2019abord compter.Hydro-Québec appartient à tous les Québécois et il faut s\u2019assurer que la chose ne se traduise pas seulement par un sentiment d\u2019appartenance plus ou moins diffus mais bien par l\u2019exercice d\u2019une responsabilité civique à son endroit.La création de la coalition Québec vert-Kyoto est un geste majeur qu\u2019il faut saluer.Cette coalition a su imposer le débat et faire la démonstration d\u2019un engagement profond de la population à l\u2019égard de la responsabilité environnementale.Il faut également saluer bien bas le courage du maire et du conseil municipal de Beauharnois qui ont fait preuve d\u2019un sens démocratique admirable et donné au Québec tout entier une formidable leçon de courage et de lucidité.La mobilisation citoyenne reste toujours le plus solide rempart contre l\u2019arrogance et les errements qui peuvent amener des 5 fiduciaires à se comporter comme des propriétaires infatués.La vigilance s\u2019impose non seulement pour éviter le pire, mais aussi pour se donner les moyens de recommencer à croire en toute quiétude qu\u2019Hydro-Québec est une institution qui peut réellement nous servir à façonner un avenir meilleur.La crise du Suroît doit nous fournir l\u2019occasion de renouveler le Pacte social de l\u2019électricité issu de la nationalisation.Il faut, pour retrouver foi dans cette institution, lever les écrans que dressent aussi bien la loi 116 que l\u2019arrogance des dirigeants.Le dossier que la revue consacre au Suroît et aux enjeux énergétiques veut contribuer à ramener l\u2019attention et le débat sur l\u2019essentiel.Il faut renoncer au projet du Suroît parce que la filière thermique est une filière nocive pour l\u2019environnement, pour l\u2019économie et pour nos intérêt nationaux.Des solutions de rechange avantageuses existent, elles sont ici décrites de façon détaillée et convaincante.On peut agir à court terme sans compromettre l\u2019avenir.L\u2019urgence invoquée à propos d\u2019une pénurie d\u2019électricité appréhendée ne fait pas seulement que renvoyer à mettre en cause la qualité de la prévision et de la gestion des ressources hydrauliques.Le niveau des réservoirs ne dépend pas que de la nature mais bien d\u2019abord et avant tout des choix de politique énergétique qui servent à définir ce que l\u2019on considère comme primordial : de l'électricité au moindre coût pour les citoyens, des mesures de soutien aux projets énergivores, des exportations pour accroître les surplus commerciaux, autant de manières de répondre et de conjuguer des enjeux.Au fil des décisions un paradigme de développement s\u2019est élaboré qui s\u2019éloigne de plus en plus de la mission d'Hydro-Québec en plus de soustraire des pans entiers du processus décisionnel aux regards des élus et des citoyens 6 À l\u2019évidence, Hydro-Québec, cherche à manœuvrer pour imposer une filière thermique, en dépit des réticences publiques, des exigences environnementales et des engagements internationaux du Québec.La maladresse du Suroît aura eu le mérite de faire apparaître au grand jour un patrimoine dont la connaissance restait jusque-là trop confinée aux cercles d\u2019experts : le potentiel éolien du Québec occupe désormais une large place dans le débat public.Et c\u2019est une bonne nouvelle puisque, non seulement il permet d\u2019envisager une solution de remplacement aux centrales thermiques existantes, mais encore et surtout, ce potentiel enfin mis au grand jour permet désormais de faire émerger les aspects les plus fondamentaux du débat sur l\u2019énergie au Québec.Le potentiel éolien permet de voir désormais notre infrastructure de production sous un tout autre jour.Sa complémentarité avec l\u2019hydro-électricité peut accroître de plusieurs dizaines de fois la capacité de production.Mais elle peut aussi conférer à notre réseau ainsi reconfiguré un avantage stratégique majeur : par rapport à la filière thermique exportatrice d\u2019emplois et de capitaux, la filière éolienne développée en complément à l\u2019hydro-électricité peut créer de très nombreux emplois et accroître singulièrement le rôle et le poids du secteur énergétique dans la structure économique du Québec.La filière thermique stimulerait peut-être la croissance mais elle ne générera pas de développement : payer pour importer du gaz ou de pétrole pour faire de l\u2019électricité au lieu d\u2019utiliser le vent qui ne coûte rien n\u2019aura pas le même effet structurant que de mettre sur pied des usines pour fabriquer des éoliennes, financer des infrastructures pour les implanter sur le territoire et soutenir la recherche technologique.L\u2019accroissement de notre autonomie énergétique comporte des avantages incomparables : la dépendan- 7 ce ne génère que des retombées, l\u2019autonomie nous confère la sécurité et le contrôle.Il faut saisir l\u2019occasion qui se présente de pouvoir faire un pas supplémentaire pour nous affranchir de la filière thermique.Notre environnement ne s\u2019en portera que mieux.Et nous pourrons renouer avec l\u2019audace qui a fait les grandes réalisations d\u2019Hydro-Québec.Nous pouvons relever le défi de faire du Québec un haut-lieu de la recherche et de la production d\u2019un nouveau paradigme énergétique combinant les diverses filières à haute teneur technologique (géothermique, éolien, solaire, etc.) à l\u2019hydro-électricité que nous maîtrisons déjà - pour notre meilleur intérêt national.Nous pouvons élargir les horizons d\u2019Hydro-Québec, lui offrir des défis plus conformes à sa mission, à la hauteur de son héritage et de sa tradition.C\u2019est une perspective enthousiasmante qui suppose de bien faire la part des choses quant au rôle et à la place que nous entendons occuper en Amérique du Nord.La filière thermique nous condamne à une intégration continentale qui, à terme, ne peut que succursaliser notre économie et nous tenir à la marge du contrôle d\u2019un secteur névralgique pour notre développement.Le choix d\u2019un paradigme alternatif nous laisse ouvertes les avenues du commerce de nos surplus tout en gardant ici la maîtrise d\u2019œuvre et le contrôle stratégique.Bref, cela permettrait de renouer avec cette perspective qui a si bien inspiré la création d\u2019Hydro-Québec : Maîtres chez nous ! ? 8 MARTIN CAUCHON PROPOSE LE CALUMET W PRIX À PAUL MARTIN = ® «%\tIWP ^ W ^ /J Af)% 1*7 f V ysur}e Prix en kiosque 7 îf Economisez Recevez Le Devoir À VOTRE PORTE dit lundi au samedi pour seulement ri,74$ par semaine ( taxes en sus) Abonnez-vous par téléphone, c'est facile et rapide! Composez le (514) 985-3355 pour la région de Montréal, ou le 1 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.Prix basé sur 1 abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot.» i V i\t, k La passion des êtres Desjardins Caisse d'économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs (Québec) «(.) avec la perspective de contribuer à un Québec plus juste et plus solidaire, soutenir le développement de l'économie solidaire en misant sur l'entrepreneuriat collectif, tout particulièrement au sein des quatre réseaux, soit le syndical, le coopératif, le communautaire et le culturel.» Lanaudière 190, rue Montcalm joliette (Québec) J6E 5C4 (450) 753-7055 Sans frais : 1 866 753-7055 Télécopieur : (450) 752-5589 Québec 1 55, boul.Charest Est, bureau 500 Québec (Québec) G1 K 3G6 (418) 647-1527 Sans frais : 1 877 647-1 527 Télécopieur : (418) 647-2051 Montréal 1601, avenue De Lorimier Montréal (Québec) H2K 4M5 (514) 598-2122 Sans frais: 1 877 598-2122 Télécopieur : (514) 598-2496 ARTICLES \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 12 Jacques Parizeau ET POURTANT, DE LA POLITIQUE, IL FAUT BIEN EN FAIRE.COMMENTAIRES SUR LE TROISIÈME TOME DE LA BIOGRAPHIE CONSACRÉE À JACQUES PARIZEAU : « LE RÉCENT », DE PIERRE DUCHESNE Les trois volumes que le journaliste, Pierre Duchesne, a consacrés à ma biographie représentent le fruit de recherches impressionnantes, d\u2019un travail considérable, dont l\u2019ampleur même force l\u2019admiration.C\u2019est une biographie non autorisée, c\u2019est-à-dire que l\u2019auteur interroge qui il veut, consulte des archives et se fait une idée de ce que, selon lui, le « sujet de l\u2019étude » et les gens qui ont été près de lui ont fait, dit ou pensé ; puis, il écrit et publie.Je n\u2019ai donc jamais lu les manuscrits ou été consulté sur leur préparation.J\u2019ai bien aimé le premier volume.Il y avait là des perspectives historiques dont l\u2019intérêt pédagogique est certain.Le second m\u2019a paru plus porté sur l\u2019anecdote, les perspectives y étaient plus courtes, mais cela restait un témoignage intéressant et toujours aussi bien documenté.Il m'a semblé, dans un cas comme dans l'autre, qu\u2019il n\u2019était pas nécessaire de commenter.Je n\u2019étais pas d\u2019accord, forcément, avec tout ce qui était écrit, mais je pensais que les orientations fondamentales étaient bien rendues.Le troisième tome, c\u2019est autre chose.L\u2019époque est proche, - 1985-1995 - toute faite de remous, de fureurs, de crises et se termine sur un échec existentiel.Les ambitions politiques 13 se heurtent, les coups tordus ne se comptent plus.Quand à partir de la fin 1999, Pierre Duchesne commencera ses entrevues, il ne manquera pas de volontaires.Parmi les commentaires qu'il va recueillir, parmi ceux qu\u2019il a retenus, il y a un peu de tout : du beau, du laid, du vrai, du faux.Certains cherchent à enjoliver leur rôle, d\u2019autres en profitent pour régler leurs comptes ; d\u2019autres encore ont d\u2019étonnants blancs de mémoire, d\u2019autres veulent se donner des postures avantageuses devant l\u2019Histoire.Certains n\u2019occupent pas la place qu\u2019ils devraient y avoir, on occulte le rôle qu\u2019ils ont joué.D\u2019autres s\u2019accordent une place démesurée, on leur accorde une crédibilité exagérée.Il faut dire que dans ce jeu des souvenirs, il n\u2019est pas facile de se positionner face à celui qui a suscité tant de controverse et qui a perdu.On peut déplorer que M.Duchesne ait pris pour argent comptant tant de ragots, de dénonciations, d\u2019accusations.Le journaliste, ici, l\u2019emporterait-il sur l\u2019historien ?Nulle part, est-ce aussi évident que dans la façon dont ma femme, Lisette, est traitée dans ce livre.N\u2019ont droit de parole, que ceux qui ne pouvaient accepter que l\u2019influence qu\u2019ils souhaitent avoir sur le « patron », puisse être remise en question.De son action dans les dossiers que je lui ai confiés et auxquels je tenais, on ne retient à peu près rien.Personne de l\u2019équipe qu\u2019elle a constituée ne sera appelé à témoigner auprès du biographe, même si l\u2019un de ses membres deviendra, quelques années plus tard, ministre dans le gouvernement Landry.Les commentaires du Vice-Premier ministre de l\u2019époque sur ma femme, comme d\u2019ailleurs sur certains de ses collègues ministres, valent aussi leur pesant d\u2019« hommerie ».Par ailleurs, j\u2019apprends des tas de choses du livre de Pierre Duchesne.Je ne savais pas, par exemple, que M.Bouchard avait approché le président du Mouvement Desjardins pour H fonder et diriger, à la fin de 1991, un parti politique concurrent du Parti québécois.Je remercie rétroactivement M.Béland de l\u2019avoir poliment envoyé paître.Je découvre aussi des bagarres entre mon cabinet et celui de Lucien Bouchard.Et j\u2019apprends des petits secrets.Par exemple, l'une de mes ministres dit quelque part qu\u2019 « ils » étaient d\u2019accord avec M.Bouchard sur le report du référendum, mais qu\u2019on n\u2019osait pas me le dire.Ailleurs, un mandarin affirme, dans une entrevue avec le biographe, en l\u2019an 2000, avoir fait, en 1994, de savants calculs lui démontrant que l\u2019indépendance était impossible, mais qu\u2019il les garde pour lui, parce qu\u2019il va bientôt commencer à travailler pour moi.La lecture de l\u2019ouvrage de M.Duchesne m\u2019a rapidement amené à deux observations.D\u2019abord, ces faits mettent en lumière l\u2019injustice faite aux milliers de militants du Parti québécois et du Bloc québécois qui ont travaillé ensemble, si fort et si bien, sans se douter ou sans se soucier des coups de pieds dans les tibias que se donnaient deux douzaines de ceux qui voulaient contrôler le jeu politique.On ne réécrit pas l\u2019histoire, mais qui sait ce qui serait arrivé si on avait pu un peu atténuer le désordre au sommet de la pyramide ?La seconde observation m\u2019amène à m\u2019adresser à des gens qui ont le tiers de mon âge et que la politique intéresse.Je ne suis pas certain que la plupart d\u2019entre vous passerez à travers les 604 pages du 3e tome de cette biographie.À la longue, on finit par se lasser des interminables conflits de personnalités.Dites-vous qu\u2019aussi moche que puisse être la vie politique, parfois, on ne peut rien changer de fondamental dans une société, sans passer par la voie politique.Aussi désagréable souvent, repoussante parfois, soit-elle, elle est le passage obligé de toute transformation importan- 15 te.C\u2019est de cette seconde observation que j\u2019ai tiré le titre de cet article « Et pourtant, de la politique, il faut bien en faire ».Quant au fond des choses, deux questions me semblent ne pas avoir été correctement traitées dans ce livre : la première a trait à la gestion du gouvernement pendant l\u2019année référendaire et la seconde, aux circonstances de ma démission comme Premier ministre.« Ayant promis un référendum à court terme, il sera extrêmement difficile de gouverner et de faire quoi que ce soit qui ne sera pas vu dans la perspective du référendum ».Cette phrase que recueille Pierre Duchesne dans une entrevue du 7 avril 2000, résume une thèse que les fédéralistes ressassent depuis trente ans.On s\u2019occupe de la souveraineté ou bien on s\u2019occupe de l\u2019économie et du bon gouvernement.Sur la base de cet énoncé, l\u2019économie et la gouvernance sont occultées.Et pourtant.En 1995-96, on a réduit le déficit du tiers par rapport à 1994-95, soit de presque deux milliards de dollars.Pour la première fois depuis des années, les dépenses plafonnent, sans crise et sans drame.Les négociations des conventions collectives se feront à un coût de 5 % pour trois ans, sans grève, sans le psychodrame habituel.L\u2019emploi se redresse, les investissements aussi.La formation professionnelle redémarre.Le gouvernement initie un solide appui à l\u2019informatique, à l\u2019autoroute de l\u2019information.Pauline Marois, Jean Campeau et Daniel Paillé, avec l\u2019aide de Serge Guérin et Bernard Lauzon, à mon cabinet, sont les artisans de ces opérations importantes, essentielles même, qui démontrent ce que j\u2019ai affirmé depuis si longtemps « qu\u2019on peut marcher et mâcher de la gomme en même temps ». i6 Mardi, le 7 avril 1992, dans Le Devoir, on trouve « Un non à la souveraineté au référendum d\u2019octobse prochain amènera le chef du Parti québécois, Jacques Parizeau, à démissionner de son poste.C\u2019est ce que Monsieur Parizeau affirme lui-même dans une entrevue accordée dans la dernière livraison de Time magazine.Le prestigieux magazine, dont le tirage hebdomadaire dépasse 4,2 millions de copies, sera en vente dans les prochains jours au Canada ».C\u2019est clair et cela n\u2019a rien de confidentiel.Le référendum dont il s\u2019agit ici est celui de 1992, que la loi 150 prévoyait selon les recommandations de la Commission Bélanger-Campeau et que M.Robert Bou-rassa ne tiendra pas.L\u2019entrevue cause quelques remous.On ne me croit pas.Un politicien ne dit pas cela.Suis-je, cependant, un vrai politicien ?Intuition ?Prémonition ?Trois ans plus tard, je m\u2019entends avec le journaliste Stéphane Bureau, pour enregistrer pour le réseau TVA une émission, à mon bureau de comté, le jour du référendum du 30 octobre 1995.L\u2019entrevue porte sur la préparation du référendum, des protections que l\u2019on s\u2019est données, ce qu\u2019on fera si on gagne.« Et si vous perdez ?» « Je partirai ».C\u2019est une bonne émission.La vidéocassette aura même un certain succès commercial.Il y a bien sûr embargo pour quelques jours, mais, le lendemain, l\u2019embargo sera levé.Après mon allocution, le soir du 30 octobre, tout n\u2019est que fureur et condamnation.On se bouscule pour que l\u2019histoire retienne le nom de ceux qui les premiers ont demandé, que dis-je, exigé ma démission.La description que fait Pierre Duchesne de la journée du 31 octobre - du téléphone du vice-premier ministre, au Comité des priorités, à l\u2019annonce de ma démission - est correcte. 17 Pendant que cette effervescence, digne d\u2019une grave crise politique, se manifeste, je me sens triste à mourir, fatigué, furieux d\u2019avoir perdu.Mais selon l\u2019image britannique, un peu comme le chat qui a avalé le canari, mon entrevue avec Stéphane Bureau, selon le jargon du métier, est « cannée ».On ne pourra rien y changer.Je remercie M.Duchesne d\u2019avoir compris et expliqué la détermination que, contre vents et marées, j\u2019ai apportée à tenter de réaliser la souveraineté du Québec.Je remercie aussi tous ceux et celles qui m\u2019ont suivi et appuyé fidèlement pendant toutes ces années.Le combat continue d\u2019élection en élection ; on en perd et on en gagne.Une nouvelle élection aura bientôt lieu à Ottawa.Elle se présente plutôt bien.Il faut y travailler dans la ferveur et, si possible, dans la sérénité.Comme d\u2019habitude, des milliers de militants vont se mobiliser.Et il en sera ainsi jusqu\u2019à ce que l\u2019objectif de la souveraineté soit atteint.? i8 ARTICLES Louis Cornellier* SAISON DES IDÉES OU SAISON DU COURAGE?Dans les semaines qui viennent, la saison des idées, une heureuse initiative du chef péquiste Bernard Landry, battra, si tout va comme prévu, son plein.Actuellement en tournée nationale, les députés de l\u2019opposition visitent toutes les régions du Québec pour annoncer l\u2019ouverture de ce vaste remue-méninges dans lequel tout, ou presque, sera, nous dit-on, sur la table.Que faut-il en espérer, en attendre et quelles sont les conditions qui permettront à cette entreprise d\u2019être constructive ?Il importe, d\u2019abord, de ne pas se conter d\u2019histoires.Deux choses, essentiellement, donnent son sens, sa valeur et sa force au Parti québécois : le projet souverainiste et l\u2019idéologie social-démocrate.Aussi, quand on dit que tout est sur la table, attention : à renier ou à édulcorer l\u2019un ou l\u2019autre de ces deux fondements, c\u2019est à la pertinence même de son existence que s\u2019en prendrait le PQ et cela, dès le départ, doit être clair.Tout ne doit donc pas être sur la table et les instances de même que les militants péquistes doivent avoir le courage de dire que ceux qui souhaiteront transformer le PQ en parti néofédéraliste, néolibéral ou encore gauchiste perdent leur temps.* Chroniqueur au Devoir. 19 Ce serait se conter des histoires, aussi, que de croire que le succès d\u2019une telle entreprise se mesurera à la quantité d\u2019idées neuves qui en émanera.L\u2019idée de souveraineté du Québec n\u2019est pas valable parce qu\u2019elle est neuve, mais parce qu'elle est bonne en soi.En renouveler l\u2019argumentaire est certainement souhaitable, mais on voit mal en quoi il faudrait la réinventer.À trop la manipuler en tous sens dans le but de la rendre plus « vendable », on risque surtout de la vider de sa substance.Ce à quoi doit servir la saison des idées, c\u2019est bien plutôt à la relancer, à la rendre désirable pour une majorité de Québécois et ce, sans tour de passe-passe.Il faudra, encore là, du courage aux leaders et aux militants péquistes pour faire comprendre aux plus pressés d\u2019entre eux qu\u2019un tel changement fondamental impose à ceux qui le proposent une pureté démocratique incontestable et que cela signifie qu\u2019un référendum populaire portant sur cette seule question est une obligation morale.Choisir d\u2019emprunter un autre chemin que celui-là pour faire accéder le Québec à la souveraineté, une élection référendaire par exemple, serait perçu, à juste titre, comme une manœuvre du désespoir, comme un baroud d\u2019honneur, et reviendrait à se peinturer dans le coin.Les adversaires fédéralistes ne respectent pas les règles du jeu ?Évitons le sophisme de la double faute qui consisterait à conclure que cela justifie toutes les tactiques.Que ce non-respect, plutôt, serve d\u2019argument supplémentaire aux souverainistes qui doivent à tout prix éviter d\u2019entacher leur réputation démocratique s\u2019ils espèrent une nécessaire reconnaissance internationale.La force de persuasion, cela existe, surtout quand on a raison, et devrait être la seule arme des démocrates.La souveraineté se fera quand une majorité de 20 Québécois sera convaincue qu\u2019il s\u2019agit de la meilleure option, et pas autrement.Les arguments souverainistes doivent être plus forts que la machine aux jllusions fédéralistes.Le courage de la social-démocratie L\u2019idéologie social-démocrate ne manquera pas, elle non plus, de susciter des remises en question, mais il faudra veiller à ce que celles-ci ne mènent pas à une trahison de l\u2019esprit originel du PQ.Le parti de René Lévesque, surtout pendant ses dernières années de pouvoir, et plus particulièrement sous le règne de Lucien Bouchard, n\u2019a pas toujours été à la hauteur de ses promesses social-démocrates.Aujourd\u2019hui encore, certains de ses sympathisants, un Joseph Facal par exemple, souhaiteraient bien le voir devenir un parti social-libéral de type blairiste dont le seul mérite serait d\u2019être à gauche des partis franchement néolibéraux, le condamnant ainsi à gérer, avec un brin de compassion, la fatalité néolibérale.S\u2019il fallait que la saison des idées débouche sur une telle trahison des véritables réformistes québécois, il faudrait alors parler de la saison du suicide politique.À gauche toute, alors ?Certains militants, en effet, souhaiteraient plutôt que le PQ aille en ce sens.L\u2019avenir, si cela signifie une radicalisation à la manière de l\u2019Union des Forces progressistes par exemple, n\u2019est pas là non plus.Il faut se réjouir, cela dit, qu\u2019un groupe de militants réunis sous la bannière des syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ) aient choisi d\u2019investir le PQ pour y constituer une aile de gauche organisée.Deux raisons, intrinsèquement liées, motivent cette réjouissance : ce mouvement indique, d\u2019une part, qu\u2019il existe une gauche québécoise capable de nuance et qui souhaite en finir avec son déprimant isolement et, d\u2019autre part, que le 21 PQ, s\u2019il espère vraiment élargir son cercle d\u2019alliés sans renier ses fondements, ne pourra plus tirer à droite au gré des conjonctures.Il faut du courage à cette gauche pour accepter le compromis nécessaire à sa reconnaissance par le PQ et il en faudra aussi, au PQ, pour accepter d\u2019admettre officiellement en ses rangs des alliés qui, quoique naturels, le dérangeront parfois en lui interdisant la tentation de l\u2019embourgeoisement qui le guette fréquemment.Le PQ, pour ne pas perdre son sens, doit rester social-démocrate.Le danger qui le guette n\u2019est pas d\u2019être trop à gauche, mais trop à droite.La présence de cette aile en son sein lui sera donc salutaire.La gauche québécoise, pour ne pas perdre sa pertinence, doit être social-démocrate.Le danger qui la guette n\u2019est pas d\u2019être trop à droite, mais trop à gauche.Son alliance avec le PQ l\u2019obligera à un nécessaire pragmatisme qui, dans ces conditions, n\u2019a rien de déshonorant.On ne terrassera pas le libéralisme économique, mais on peut le policer, l\u2019encadrer, le rendre compatible avec un projet de société juste.Cela s\u2019est déjà fait et peut encore se faire.Il ne faut, pour cela, que du courage politique.Le courage, par exemple, de réhabiliter la noblesse de l\u2019impôt, des services publics et d\u2019en finir avec le discours complaisant sur la décentralisation qui fait passer le désengagement de l\u2019État pour un partage des pouvoirs.La justice, au Québec, qu\u2019il s\u2019agisse de la santé, de l\u2019éducation ou d\u2019autres domaines, sera nationale ou ne sera pas.Ce discours n\u2019est pas à la mode ?Que la saison des idées, qui ne doit pas être celle du racolage, serve à convaincre de sa valeur ! Qu\u2019elle serve à faire de l\u2019éveil de la conscience politique des Québécois, de l\u2019ouverture à l\u2019histoire et à la culture, de l\u2019éducation à la justice sociale et du goût de l\u2019avenir libre des idées neuves ! Il faut redire et montrer aux Québé- 22 cois, qui expérimentent pleinement et douloureusement la mesquinerie libérale provinciale et fédérale depuis un an, que l'intelligence et la générosité politiques sont possibles.Saison des idées ?Oui, certainement, mais d\u2019abord saison du courage ! ? 23 ARTICLES Richard Gervais* LETTRE OUVERTE AUX INDÉPENDANTISTES ET EN PARTICULIER AUX MEMBRES DU PARTI QUÉBÉCOIS RÉFÉRENDUM OU INDÉPENDANCE ?AUX SOURCES D\u2019UN DÉTOURNEMENT POLITIQUE CONTRE L\u2019« ÉLECTION RÉFÉRENDAIRE » POUR LAVOIE ÉLECTORALE D\u2019ACCESSION À LA SOUVERAINETÉ Étant donné que le Parti québécois préconise clairement l\u2019indépendance du Québec, la souveraineté sera acquise en principe par proclamation de l\u2019Assemblée nationale, sans qu\u2019il soit nécessaire de recourir au référendum.Congrès du Parti québécois Février 1973 La voie référendaire d\u2019accession à la souveraineté, introduite en 1974 dans le programme du Parti québécois, est faussement démocratique et politiquement contre-productive.Les partisans de cette voie étaient d\u2019ailleurs pas mal moins soucieux de démocratie que de provincialisme gonflable.À preuve, ils n\u2019ont même pas su riposter aux empiètements antidémocratiques du fédéral dans « leurs » référendums.Le PQ doit rompre avec ce référendisme trentenaire et s\u2019engager sans faux complexe dans la voie électorale d\u2019accession à * Membre du Parti québécois (Bertrand, Laurentides). 24 la souveraineté.Il ne se recentrera pas sur l\u2019indépendance sans se dépouiller de son référendisme.Brossons ici le tableau des options en présence.Remontons aux sources historiques de la stratégie référendaire pour y discerner les causes de l\u2019inhibition de notre mouvement moderne d\u2019émancipation.Montrons l'adéquation du référendisme avec le provincialisme.Sur cette base se dégagera l\u2019inconséquence de l\u2019option dite de l\u2019« élection référendaire », soi-disant rivale de l\u2019option étapiste mais qui en reste encore tout imprégnée.Se dégagera aussi la voie électorale comme seule voie prometteuse et véritablement démocratique d\u2019accession à la souveraineté.Les options en présence Des questions stratégiques qui hantent le mouvement indépendantiste québécois, deux ressortent : l\u2019une autour du référendum comme condition de l\u2019indépendance, 1 autre concernant le rapport de l\u2019indépendance avec la social-démo-cratie.Elles recoupent un double risque pour le Parti québécois : celui d\u2019être débordé à gauche sur la question nationale et sur la question sociale.L\u2019écho de ces débats résonnera-t-il dans l\u2019enceinte du prochain Congrès national du Parti québécois prévu pour 2005 ?Espérons qu\u2019on ne se contentera pas de leur écho lointain et qu\u2019on les abordera au contraire de front.Et par-dessus tout qu\u2019on osera profaner le tabou référendaire.Ces deux questions déterminent déjà des repositionnements politiques sur le terrain.De nouvelles formations et de nouvelles formes de coalition voient le jour.En 2002, on le sait, l\u2019Union des forces progressistes (UFP) se mue en parti politique et brigue les suffrages aux élections d\u2019avril de l\u2019année suivante.En mars 2004, un club politique est fondé sous le 25 nom de « SPQ libre » (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre) et se taille une place comme courant distinct au sein du Parti québécois1.On annonce la création pour 1 automne 2004 d\u2019un parti d\u2019union de la gauche répondant pour le moment au nom d\u2019« Option citoyenne »2.Pour ce qui est de la stratégie référendaire, qui intéresse le présent texte, la contestation monte au sein du parti comme à l\u2019extérieur.L'une des options concurrentes est l\u2019« élection référendaire ».Des associations de comtés espèrent la faire prévaloir au prochain Congrès national.À l\u2019extérieur du parti, un « Mouvement pour l\u2019élection référendaire » (MER) a vu le jour3.Autre option concurrente : la voie électorale d\u2019accession à la souveraineté, vraiment débarrassée celle-là de l\u2019héritage référendaire.C\u2019est la position du Cercle Godin-Miron, qui propose de rejeter l\u2019obligation de référendum4.1\tPierre Dubuc, « L\u2019indépendance passe par l\u2019ouverture aux progressistes.Bernard Landry prêt à accueillir différents courants politiques à l\u2019intérieur du PQ », L'Aut'Joumal, no 225, déc.2003 - janv.2004.- L'auteur recueille l'opinion du chef du PQ qui, tout en alertant contre les risques de dérapage, se dit « tout à fait d accord avec la formule ».À l\u2019exemple de ce qui se passe au Parti socialiste français, ces courants distincts à l\u2019intérieur du parti pourront former des clubs à l'extérieur pour discuter orientations et interventions propres.Dubuc promeut ce mode d organisation au Québec.D'après lui, la formule devrait cette fois permettre à la gauche et au PQ de ne pas rater leur rendez-vous commun avec 1 histoire, comme ce fut le cas dans la phase précédente de la lutte pour l\u2019indépendance.À ce sujet : Pierre Dubuc, L'autre histoire de l\u2019indépendance, Éd.Trois-Pistoles et Éd.du renouveau québécois, 2003 - surtout : Introduction ; chap.1 « Pierre Vallières et l\u2019urgence de choisir » ; chap.4 « Les maoïstes et la question nationale ».2\tFrançoise David, ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec et dirigeante du mouvement D\u2019abord Solidaires, en est une porte-parole.Option citoyenne réunit le Front d\u2019action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), le Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ) et d'autres groupes comme le Parti vert.3\tSasha-Alexandre Gauthier (porte-parole du MER), » Le référendum, vraiment la voix du peuple ?», Le Devoir, 6 février 2004.4\tRichard Gervais, Pierre de Bellefeuille, Claude G.Charron et Maria Teresa Pérez-Hudon, membres du Cercle Godin-Miron « La souveraineté, enjeu du prochain scrutin.Foin de l\u2019obligation de référendum ! », Le Devoir, 4 févr.2004. 26 C\u2019est aussi celle de la direction de L'Action nationale qui appelle à « revoir le cadre stratégique »5.Il y a aussi l\u2019option « classique », déprimante de l\u2019étapisme référendaire que les cadres les plus en vue du Parti québécois proposent encore sans rire au mouvement national.À sa défense militerait même le poids de l\u2019histoire : d'avoir tenu deux référendums obligerait, paraît-il, à en tenir un troisième ou interdirait d\u2019emprunter une autre voie.Étant donné que le Parti québécois compte peu d\u2019Hindous, cette vision du référendum comme karma doit s\u2019expliquer par autre chose.En somme, sur la façon d\u2019accéder à l\u2019indépendance, les options principales se ramènent à trois.En face de la voie référendaire, toujours au programme du Parti québécois, on a la voie électorale, représentée entre autres par la direction de la revue LAction nationale et par le Cercle Godin-Miron, et la voie électoralo-référendaire, défendue par des associations péquistes et le Mouvement pour l\u2019élection référendaire.La voie référendaire « classique » est sans issue pour l\u2019indépendance.Le Parti québécois perd sa qualité d\u2019indépendantiste à proportion qu\u2019il y persiste.Cette mystification des années 1970 explique la défection fondamentale de ce parti devant sa tâche historique, ainsi que la désaffection graduelle des « péquistes », dont l\u2019incroyable abstention de quelques centaines de milliers d\u2019entre eux aux dernières élections générales d\u2019avril 2003.La voie électoralo-référendaire, s\u2019imaginant faire pièce à cet étapisme hérité, en reste en réalité trop prisonnière, ce que trahit d\u2019ailleurs sa désignation.L\u2019« élection référendaire » est un hybride inconséquent et un trompe-l\u2019espoir, encore.5 Robert Laplante, « Revoir le cadre stratégique », L\u2019Action nationale, XCIV, i, janv.2004. 27 La seule voie conséquente et prometteuse est la voie électorale : le parti se fait élire sur une plate-forme indépendantiste et il procède à l\u2019indépendance du Québec en cas de victoire (selon un scénario qui reste à déterminer, mais qui pourrait ressembler à celui que propose Robert Laplante).C\u2019est la voie que le Parti québécois quitta à son 5e Congrès national de 1974.Elle lui avait pourtant permis de recueillir 23 % des voix à sa première participation aux élections en 1970.Ce score électoral a précipité l\u2019effondrement de l\u2019Union nationale, ancien molosse politique, qui n\u2019obtint que 19,6 % du suffrage, ainsi que la chute du Parti créditiste.Il a propulsé le Parti québécois au rang de concurrent du pouvoir libéral.Aux élections suivantes d\u2019octobre 1973, le parti récoltera 30 % du suffrage populaire, un bond de 7 %, alors que son programme stipulait : « la souveraineté sera acquise en principe par proclamation de l\u2019Assemblée nationale, sans qu\u2019il soit nécessaire de recourir au référendum » (résolution du 4e Congrès, février 1973).Mais déjà les référendistes faisaient passer cette montée en puissance pour une dégelée et prétendaient que la stratégie référendaire aurait pu procurer la victoire.Sous le référendisme, le défaitisme.Trente ans d\u2019inhibition Pour faire l\u2019indépendance, ça prend un parti indépendantiste.Dans notre contexte, cela veut dire un parti qui se présente aux élections afin de réaliser son programme en cas de victoire.Ce sont là deux évidences.N\u2019importe quel Québécois acquis au régime parlementaire et électoral conviendra qu\u2019un parti a le droit et le devoir de réaliser son programme quand il se voit confier le mandat de gouverner.Or depuis trente ans, le mouvement québécois se dérobe à l\u2019une et à l\u2019autre exigences. 28 Bien sûr, il s\u2019est donné un parti, parti qui s\u2019est effectivement présenté aux élections - et qui les a même remportées à quatre reprises en 1976, 1981, 1994 et 1998.Ce parti n\u2019a pourtant pas exécuté son programme, en dépit de quatre mandats gouvernementaux.Après le tournant étapiste, l\u2019aspiration québécoise à la liberté politique a eu un parti indépendantiste en parole, mais provincialiste en fait.La plupart du temps, la relation entre le Parti québécois et l\u2019aspiration québécoise à l\u2019indépendance en a été une de parasitisme.Le parti n\u2019a pas cru à sa cause et il a contribué à brouiller les Québécois avec leur destin national au lieu de les y aiguiller.De toute nécessité, il faut réparer la machine et remplacer les relais qui brouillent par des relais qui relayent, les pique-assiettes du mouvement national par des chefs qui savent où aller et qui ne confondent pas une impasse avec une solution, le nationalisme provincial avec l\u2019indépendance d\u2019État.La première des conditions susdites a donc été ratée, dans la mesure où l\u2019indépendantisme a davantage émaillé les paroles du parti qu\u2019inspiré ses combats.La seconde condition : réaliser son programme une fois élu, on sait bien que le Parti québécois ne l\u2019a pas remplie.Car il y a une différence entre guider et parasiter, canaliser et dévoyer.Depuis trente ans, le Parti québécois parasite et dévoie l\u2019aspiration québécoise à l\u2019indépendance à des fins électoralistes et provincialistes.Le parti a été accaparé par des politiciens qui surfaient sur la vague nationale pour se hisser aux commandes de la province et lui obtenir quelques compétences fédératives de plus.Ils refusaient même systématiquement d\u2019utiliser le gouvernement qu\u2019on leur confiait pour réaliser le programme du parti.Cela on le sait.Mais l\u2019intéressant, ici, est de bien saisir l\u2019espèce de tour de force qu\u2019il y a là-dedans. 29 N\u2019est-il pas surprenant, en effet, qu\u2019après trente ans de dérobade péquiste, on tienne toujours ce parti pour le parti de l\u2019indépendance ?Quand on fait le tour, on voit bien qu\u2019aucun parti de masse autre que le PQ ne porte les couleurs de l\u2019indépendance.On sait bien aussi qu\u2019il existe dans la nation une résistance historique réelle, latente ou manifeste, à une domination réelle et que cette nation aspire de longue date à la pleine existence politique.On comprend donc pourquoi il existe un parti indépendantiste au Québec.Mais la question n\u2019est pas là.La question est de savoir comment le parti indépendantiste existant réussit à durer tout en décevant à répétition ses militants.Comment les tient-il en haleine d\u2019élection en élection alors qu\u2019il les fait poireauter une fois élu ?Pourquoi les militants n\u2019ont-ils pas congédié ce parti qui, au pouvoir, se contente de surfer sur leur « goût du Québec » sans jamais « enclencher le processus devant mener à la souveraineté » (charabia qui, soit dit au passage, sent déjà le frelaté) ?Comment croire encore un parti qui fait exprès pour ne pas réaliser son programme quand on lui en fournit l\u2019occasion ?Pourquoi suivre encore un parti qui ne sait que répéter, la commissure engageante et la couette revenue sur la calvitie : « À la prochaine ! », alors qu\u2019il ne fait que ça, manquer les rendez-vous et rater les occasions ?Il est clair, avéré, démontré, historique, que l\u2019aspiration québécoise à l\u2019indépendance, le « parti de René Lévesque » l\u2019a trompée et qu\u2019il la trompe toujours.D\u2019où tire-t-il donc sa durabilité ?Quel stratagème lui permet d\u2019abuser si longtemps de notre patience ?Le piège, c'est le référendum C\u2019est le référendum, son truc.La promesse de référendum permet au Parti québécois de tenir les troupes et la nation en 30 haleine sans se compromettre.La grande passe, ç\u2019a été de suspendre l\u2019indépendance au référendum, de faire croire que le référendum était nécessaire politiquement, voire éthiquement.C\u2019est par ce stratagème que le Parti québécois a pu tromper notre aspiration à la liberté politique et s\u2019apprête encore à la tromper - à moins d\u2019un revirement.Le plus nocif et le plus vicieux dans l\u2019étapisme référendaire est que, en ayant l\u2019air de proposer au parti une simple méthode, il portait en réalité atteinte à la légitimité de sa cause.Il discréditait comme antidémocratique la méthode électorale d\u2019accession à la souveraineté, taxée depuis de « pure et dure ».En posant le référendum comme condition de légitimité de l\u2019indépendance, l\u2019étapisme frappait d\u2019illégitimité toute action indépendantiste menée sans mandat référendaire.L\u2019indépendance venait d\u2019attraper le virus.On n\u2019allait plus penser l\u2019indépendance que par référendum interposé et le mouvement d\u2019émancipation nationale allait s\u2019en trouver contaminé pour longtemps.En prétendant légitimer l\u2019action indépendantiste après, l\u2019obligation référendaire la délégitimait avant et de ce fait rendait l\u2019après inaccessible.Ce non-sens stratégique est encore au programme du parti (Congrès national de mai 2000, chap.i-A, § 4 « Comment faire la souveraineté »).Et Bernard Landry de nous entraîner comme si de rien n\u2019était dans une troisième cycle référendaire : « Nous abordons un troisième cycle de notre lutte d\u2019émancipation, déclare-t-il.Lors du premier cycle, nous avons pris le pouvoir et obtenu 40 % des suffrages au référendum.Au deuxième cycle, nous sommes allés chercher 50 % des votes.Le troisième cycle est plus crucial que les autres.Si nous n\u2019atteignons pas 50 %, nous reculons.Si nous le dépassons, c\u2019est l\u2019indépendance nationale6.» 6 Cité dans : Pierre Dubuc, L'Aut\u2019Joumal, art.cit. 31 Vous n\u2019avez pas vu passer le lapin ?Voici le ralenti.On s\u2019est fait voler le référendum de 1995 par l\u2019ingérence systématique d\u2019Ottawa qui a ignoré l\u2019Assemblée nationale et bafoué la souveraineté populaire du Québec (le droit du peuple québécois de se prononcer sans ingérence, d\u2019être consulté sans interférence).Le gouvernement canadien est intervenu dans le processus au mépris de nos règles référendaires ; il a refusé d\u2019avance de reconnaître une éventuelle victoire du oui ; il a naturalisé à toute vapeur des milliers de votants du non ; il a aspergé de ses millions de dollars le camp du non, bien au-delà de la limite autorisée.C\u2019est ce que Jacques Parizeau, premier ministre en poste en 1995, exprima dans la formule ramassée des « votes ethniques et de l\u2019argent » - formule limpide pour qui veut comprendre, mais que de petits néobienséants lui reprochent encore.L\u2019intrusion hostile, hégé-moniste, méthodique, manœuvrière et frauduleuse du Canada rend impossible la tenue démocratique d\u2019un référendum au Québec, a fortiori depuis la promulgation en 2000 de la loi C-20 « sur la clarté ».Cette loi canadienne met d\u2019avance en cage nos consultations populaires et leur impose les conditions d\u2019un gouvernement extérieur, conditions bien entendu exorbitantes.Ce devant quoi le parti de Bernard Landry n'a pas trouvé mieux jusqu\u2019ici que de nous inviter à un troisième cycle référendaire.Emmenez-nous à la Ronde ! Remontons donc un peu dans le temps, aux origines de cette infection référendaire, le temps d\u2019apercevoir à l\u2019état naissant la connexion intrinsèque entre référendisme et provincialisme gonflable. 32 Référendum et provincialisme gonflable L\u2019« étapisme » fait irruption dans notre lexique politique à partir d\u2019un article de Michel Roy paru dans Le Devoir du 17 novembre 1973.Sous le titre « Claude Morin se demande si l\u2019indépendance par étapes ne serait pas mieux acceptée », le journaliste recueille les propos de ce proche conseiller de René Lévesque, spécialiste des relations intergouvemementales fraîchement nommé à l\u2019exécutif du parti (février 1973).Le Parti québécois sort alors d\u2019une défaite électorale subie deux semaines auparavant (29 octobre 1973).La représentation péquiste est passée de 7 à 6 députés et, parmi les candidats défaits dans leur circonscription, figurent des têtes d\u2019affiche dont René Lévesque, Jacques Parizeau et Claude Morin lui-même.Leurs adversaires du Parti libéral ont remporté 102 sièges sur une possibilité de no.Le Parti québécois a rallié 30 % des votants, 7 % de plus qu\u2019au scrutin précédent.Selon Claude Morin, le Parti québécois a perdu pour avoir trop tardé à « rassurer la population ».C\u2019est une constante chez lui : il est persuadé que l\u2019indépendance fait peur aux Québécois parce qu\u2019il projette sur eux ses peurs de Canadien.La finalité qui l\u2019anime n\u2019est pas le Québec indépendant, mais le Québec dans le Canada, quitte à quérir morceau par morceau auprès d\u2019Ottawa quelques « souverainetés » partielles : en matière sociale d\u2019abord, culturelle ensuite, économique enfin.De là le mot d\u2019« étapisme » que Morin ne forge pas, bien qu\u2019il invente la chose7.Il avouera donc à Michel Roy ne pas être « séparatiste » et préférer, au mot indépendance, celui de « souveraineté ».7 Claude Morin, Mes premiers ministres, Boréal, 1991, P- 489 : « Si on la voulait ordonnée [la souveraineté], celle-ci devrait passer par une phase de discussions administratives.Elle pourrait de la sorte se réaliser par étapes.[.] \u201cPar étapes !\u201d Deux mots d'un entretien dont les médias firent l\u2019acte officiel de naissance de la notion d'étapisme, terme utilisé depuis lors et que je n\u2019avais pas moi-même inventé.» 33 Sauf que des souverainetés à la souveraineté, il y a solution de continuité.En définissant celles-là et en laissant celle-ci dans l\u2019indéfini, Morin fait croire que les étapes dont il parle sont des étapes de la souveraineté.L\u2019entourloupe crée l\u2019illusion que le discours étapiste s\u2019inscrit dans le discours indépendantiste, dont il serait quelque chose comme un développement dans l\u2019ordre des moyens.Or, il y a une différence de nature entre les souverainetés et la souveraineté, la même différence justement qui distingue province fédérale et État indépendant.Le fait de céder des compétences à une province n'en fait pas un État indépendant - pas plus qu\u2019on transforme une minorité nationale en État-nation en la tolérant davantage.Demander des souverainetés supplémentaires à l\u2019État fédéral, c\u2019est faire acte d\u2019allégeance à la souveraineté de cet État et se refuser à assumer soi-même la sienne.Au demeurant, ces souverainetés plurielles consenties aujourd'hui, l\u2019État canadien resterait libre de les reprendre demain sans émouvoir en rien le droit international : la « province » de Québec demeurerait une affaire intra-cana-dienne.Par conséquent, si l\u2019étapisme va comme un gant aux revendications d\u2019un provincialisme gonflable, il est incompatible avec la cause de l\u2019indépendance.Il faut prendre Morin au sérieux quand il se défend d\u2019être séparatiste.Dans l\u2019optique étapiste, séparation n\u2019est pas seulement un mot qui ferait supposément peur à la population, c\u2019est un objectif sans pertinence et à fuir.Le père de l\u2019étapisme est contre la séparation du Québec et c\u2019est pourquoi il proposera le recours au référendum.Car on aura remarqué que l\u2019étapisme défini comme obtention de la souveraineté compétence par compétence, qui est déjà une idée contradictoire et démagogique, n\u2019est pas nécessairement l\u2019étapisme qui incorpore le référendum dans les étapes en question.C\u2019est celui-ci qui pèsera si lourd 34 sur l\u2019évolution du Parti québécois et du mouvement souverainiste.L\u2019étapisme référendaire est une stratégie nouvelle qui prend le contre-pied de la stratégie électorale et qui est destinée à remplacer celle-ci dans le programme du parti.Cette ambition de réorienter la stratégie péquiste anime Morin dès son entrée en politique active.« Mes hésitations de 1973 face à la politique active ne résultaient pas uniquement de considérations personnelles.La méthode retenue par le Parti québécois pour réaliser la souveraineté [la voie électorale par opposition à la voie référendaire] me paraissait inappropriée et politiquement préjudiciable.Je voulais la faire réexaminer8.» Le Claude Morin qui, en 1973, répond à Michel Roy du Devoir (et qui l\u2019année suivante, en 1974, manœuvrera avec René Lévesque pour introduire la clause référendaire dans le programme) est en fait acquis à la stratégie référendaire depuis 1969.Seulement, il estime alors qu\u2019un référendum global sur la souveraineté effaroucherait la population (toujours cette infantilisation du peuple déguisée en respect démocratique) et il suggère donc à la place cette démarche « plus rassurante » consistant en demandes sectorielles auprès d\u2019Ottawa.« Le journaliste Michel Roy du Devoir [.] m\u2019interviewa sur les perspectives d\u2019avenir de l\u2019option souverainiste.De toutes mes idées sur une réorientation de la démarche du Parti, celle du recours au référendum était la plus importante, mais il aurait été indécent de la proclamer sans même avoir pris le soin d\u2019en discuter à fond avec Lévesque, son chef.C\u2019est pourquoi je risquai une autre idée, moins percutante croyais-je : il y avait plusieurs façons pour le Québec d\u2019ac- 8 Claude Morin, Mes premiers ministres, p.480. 35 quérir la souveraineté.Cela pouvait, par exemple, se faire par un accroissement graduel de ses pouvoirs, plutôt que d\u2019un seul coup9 10.» Claude Morin : Canada ouvre-toi ! La façon dont Morin conclut à la nécessité du référendum est instructive.Ce qui était censé ouvrir la voie à l\u2019indépendance du Québec n\u2019était que recherche de bargaining power devant Ottawa, rien d\u2019autre.Dans une section de Mes premiers ministres intitulée « Une idée née à Ottawa », Morin raconte que l\u2019idée de référendum lui fut « involontairement suggérée en 1969 par trois personnalités renommées de Y establishment politico-technocratique anglophone fédéral ».« À l\u2019époque, la solution du problème constitutionnel me paraissait résider dans l\u2019obtention, par le Québec, d\u2019un statut particulier, objectif toutefois irréalisable sans un transfert important de pouvoirs fédéraux.D\u2019où deux questions naturelles : de quels pouvoirs nouveaux le Québec avait-il besoin et à quelles conditions Ottawa et le reste du Canada consentiraient-il à leur transfert ?»\u2019° La question québécoise ne relèverait pas d\u2019autre chose que des relations fédérales-provinciales.Le problème pour Morin, on le voit, a toujours été de débloquer le Canada, nullement de débarrasser la nation québécoise de la tutelle canadienne.Le référendum lui est apparu comme une solution pour la raison qu\u2019il cherchait le sésame ouvre-toi de la fédération canadienne.Son expérience des relations fédé- 9 Claude Morin, Mes premiers ministres, p.489.10 Claude Morin, Mes premiers ministres, p.482 - les crochets sont de moi, R.G. 36 raies-provinciales lui avait fait remarquer que les fédéraux, dès qu\u2019il était question de répartir autrement les juridictions entre Ottawa et Québec, soulevaient toujours des doutes sur la représentativité des interlocuteurs québécois.Lesage, Johnson, Bertrand, Bourassa, Lévesque ou autres premiers ministres pouvaient bien réclamer des pouvoirs de plus mais, interrogeaient les fonctionnaires : représentent-ils vraiment les citoyens de la province ?les Québécois, eux, veulent-ils réellement ces compétences supplémentaires ?Morin, à peine sensible à cette arrogante mise en doute de la représentativité des élus québécois, admet au contraire avec les fédéraux ce supposé manque de représentativité et il verra dans le référendum le moyen de le combler.« Si, comme cela en avait l\u2019air du point de vue des représentants fédéraux et canadiens-anglais, les premiers ministres québécois ne s\u2019exprimaient qu\u2019en leur nom personnel, la probabilité était pratiquement inexistante que leurs pressions sur Ottawa et les autres provinces aboutissent à un transfert significatif de pouvoirs.Alors, comment faire pour provoquer ce transfert ?À quelques reprises, j\u2019abordai ouvertement le sujet avec trois membres importants de l\u2019équipe fédérale de négociation : Gordon Robertson [.] Robert Bryce [.] et Al Johnson.[.] Ils finirent par admettre que jamais les autres gouvernements ne consentiraient au Québec des compétences de nature à lui conférer plus de pouvoirs qu\u2019aux autres provinces, encore moins un statut particulier.[.] Sur ces entrefaites, Jean-Jacques Bertrand [premier ministre du Québec] évoqua [.] la présentation possible devant l\u2019Assemblée nationale d\u2019une loi pour permettre la tenue de référendums sur des sujets constitutionnels.[.] Mes trois interlocuteurs en étaient vaguement au courant.Voilà comment le recours au référendum s\u2019insinua dans nos conversations.[.] Bien que pratiquement jamais 37 utilisée en régime parlementaire britannique, seule une consultation de ce genre serait susceptible, me dirent-ils, d\u2019inciter Ottawa et les provinces à consentir à un nouveau partage des pouvoirs plus avantageux pour le Québec11.» Pour une idée « née à Ottawa », elle semble née tout autant à Québec ! En tout cas, le recours référendaire n\u2019est certainement pas sorti de cerveaux indépendantistes.Il est sorti de la tête de politiciens québécois qui, dans leur quête de compétences provinciales, voulaient exercer plus de pression sur Ottawa.Morin n\u2019a sans doute jamais dévié de cette ligne.En 2001, dans Les prophètes désarmés, il écrivait encore : « La majorité canadienne-anglaise n\u2019est nullement disposée à donner suite aux réclamations des politiciens du Québec [c\u2019est Morin qui souligne le mot] en consentant à modifier substantiellement le fonctionnement du régime actuel ».Sans l\u2019atout d\u2019un oui référendaire, les « négociateurs » québécois resteront des « prophètes désarmés »12.Quand on réduit la cause québécoise à une simple « question constitutionnelle » consistant à redéfinir la place du Québec dans le Canada avec ses homologues fédéraux et provinciaux, on n\u2019a pas besoin d\u2019utiliser le pouvoir provincial aux fins de l\u2019indépendance, de puiser au trésor public pour arracher le Québec à la mainmise canadienne, contrer sa propagande, faire pièce à son ingérence institutionnelle, on n\u2019a pas besoin de proclamation d\u2019indépendance, de projet de Constitution libre, pas besoin d\u2019alliés internationaux, d\u2019accointances dans l\u2019armée.Même qu\u2019on doit se passer de tout ça pour ne pas indisposer l\u2019autre partie à la négociation.Il faut simplement du poids à la table constitutionnelle canadienne et des référendums pour s\u2019excuser d\u2019être là.n Claude Morin, Mes premiers ministres, p.482-485.12 Claude Morin, Les prophètes désarmés.Boréal, 2001, p.28 - aussi p.33-34. 38 « Était-il sacrilège, demande Morin vingt-cinq ans plus tard, de chercher à rendre plus démocratique et moins traumatisante l\u2019accession du Québec à la souveraineté ?'3 » Bien sûr que non.C\u2019est juste que, comme on vient de dire, ça n\u2019avait rien à voir avec l\u2019accession du Québec à la souveraineté ! Autre détail appréciable : ça n\u2019avait rien à voir non plus avec une recherche de démocratie accrue ! Car de quelle démocratie se soucie-t-on quand on ferme les yeux sur les intrusions d\u2019un gouvernement tiers qui tripote à pleines mains dans la nôtre ?et qui fausse d\u2019avance les référendums censés la garantir, selon nos angelots étapistes ?Quel souci de démocratie anime donc nos « négociateurs » qui ne savent même pas se reconnaître comme les seuls représentants démocratiques des citoyens québécois et qui, annonciateurs de la souveraineté étatique du Québec, transigent pour commencer sur sa souveraineté populaire ?Détournement de parti Aux yeux des référendistes, l\u2019indépendance a toujours été une idée radicale, puriste, un dogme déconnecté des soi-disant « revendications traditionnelles du Québec » (entendre : déconnecté de la version provincialiste d\u2019icelles).Claude Morin en est le parfait exemple, et parfaitement assumé d\u2019ailleurs.Le courant indépendantiste, associé à la voie électorale, il le qualifie avec dédain de « riniste » et se plaît à le dire « minoritaire » dans le parti.En réalité, le parti a été cannibalisé par l\u2019étapisme morinien.Sous couvert de modifier la méthode d\u2019accéder à l\u2019indépendance, le tandem Morin-Lévesque a détourné le Parti québécois de sa finalité.Prenant donc le virus du référendum pour un fortifiant, Morin le transmet au chef du parti.13 Claude Morin, Mes premiers ministres, p.495. 39 « Lévesque avait sûrement deviné combien la voie électorale d\u2019accession à la souveraineté me déplaisait.Jusque-là mes réserves visibles n\u2019avaient pas paru l\u2019indisposer.Peut-être le convaincrais-je ?Je le vis à Montréal, en février ou mars 1974 [huit ou neuf mois avant le congrès « étapiste »].Je m\u2019étais figuré que ma rencontre s\u2019étendrait sur au moins une heure, le temps de le « convaincre ».Elle dura à peine vingt minutes.Et fut extraordinaire.[.] Je me mis vaillamment à étaler mon argumentation [.] Prenant le relais (autrement dit, me coupant la parole), il aligna alors d\u2019autres raisons plaidant en faveur du référendum, celles, précisément, que je n\u2019avais pas encore eu le temps de lui donner.Mieux : - Vous avez mon appui total, me dit-il avec force.[.] L\u2019entretien m\u2019avait enthousiasmé.Avec Lévesque si résolument de mon côté, l\u2019affaire, croyais-je, était dans le sac1'*.» Puis le tandem Morin-Lévesque contamine une partie de l\u2019exécutif, chez qui il rencontre cependant plus de résistance.Enfin, le virus gagne le congrès, mais cette fois contre forte opposition et en usant du fait accompli et des crises de nerfs appréhendées du chef.Résultat : on a aujourd\u2019hui un corps affaibli qui refuse d'admettre sa maladie.Morin a toujours dit que l\u2019option référendaire représentait le point de vue majoritaire des membres.La vérité est qu\u2019elle a dû s\u2019imposer par le sous-entendu, la manœuvre et l\u2019abus de pouvoir et qu\u2019elle a opéré un véritable détournement de parti ou, en tout cas, un dévoiement de la cause souverainiste.18 février 1973 - À cinq jours du 4e Congrès national, René Lévesque, de sa propre initiative, avance publiquement une idée nouvelle qui engageait pourtant la stratégie de son parti.À l\u2019émission Politique Atout de Radio-Canada, il déclare que « l\u2019indépendance se réalisera quelques années seule- 14 Claude Morin, Mes premiers ministres, p.490-491 - les crochets son de moi, R.G 40 ment après l\u2019élection du Parti québécois et qu\u2019il y aura un référendum sur la constitution du Québec indépendant »'5.23, 24 et 25 février 1973 - 4e Congrès du parti.Face aux manœuvres des référendistes et en prévision des élections générales imminentes, le parti réaffirme son adhésion à la voie électorale d\u2019accession à la souveraineté (résolution citée ici en épigraphe).29 octobre 1973 - Élections générales.L\u2019étapisme est introduit à la dérobée dans la campagne électorale du parti.Quatre jours avant le scrutin, Claude Morin, au mépris du programme du parti, expose ses vues étapistes au journal Rond Point : « L\u2019indépendance du Québec ne se fera que lorsqu\u2019une majorité de la population québécoise aura été d\u2019accord, par référendum [.] Pour nous, il est une étape absolument essentielle de l\u2019accession à l\u2019indépendance16.» Deux jours avant le scrutin, et toujours au mépris de la volonté expresse du parti, une publicité électorale carrément étapiste est distribuée à grande échelle.Il s\u2019agit d\u2019une « carte de rappel » qui contient le message suivant : « Aujourd\u2019hui, je vote pour la seule équipe prête à former un vrai gouvernement.En 1975, par référendum, je déciderai de l\u2019avenir du Québec.Une chose à la fois.Chaque chose en son temps17.» 15\tPierre Duchesne, Jacques Parizeau, t.2 : Le baron, 1970-1985, Québec Amérique, 2002, p.96.- À noter que, en supposant que Duchesne rapporte fidèlement l\u2019intervention de Lévesque, celui-ci parle d\u2019un référendum » sur la constitution », non sur l\u2019indépendance.Mais la question rebondit car, comme l\u2019écrit le biographe de Parizeau à la page suivante : « Si l\u2019échec d\u2019un référendum sur la constitution signifie, pour René Lévesque, le rejet de l\u2019indépendance, dans l\u2019esprit de Jacques Parizeau, il n\u2019en est rien.Un référendum perdu sur un projet de constitution ne remet pas en cause le principe de la souveraineté proclamé par l\u2019Assemblée nationale.» 16\tCité dans : Pierre Duchesne, Jacques Parizeau, t.2 : Le baron, p.99.17\tReproduit dans : Vera Murray, Le Parti québécois : de la fondation à la prise du pouvoir, Hurtubise HMH, 1976, p.185 ; également, avec de légères différences, dans : Pierre Duchesne, Jacques Parizeau, t.2 : Le baron, p.99. 41 L\u2019exécutif du parti, dont un Jacques Parizeau mécontent, sera placé devant le fait accompli.Jean Garon, candidat dans Lévis, racontera plus tard avoir refusé de distribuer la carte dans sa circonscription18.15 novembre 1974 - 5e Congrès national du parti.Sous la prétention fallacieuse de « mettre immédiatement en branle le processus d\u2019accession à la souveraineté », une résolution étapiste établit exactement le contraire ! « Mettre immédiatement en branle le processus d\u2019accession à la souveraineté » signifie, comme l\u2019indique la suite de la résolution, mettre en branle non la souveraineté mais des négociations avec Ottawa pour redéfinir la place de la province dans la fédération.Pour ce qui est du « processus d\u2019accession à la souveraineté » : mutisme total de la résolution, sinon pour laisser entendre qu\u2019il serait dommage d\u2019en arriver là, comme une option de dernier recours à laquelle on ne céderait que par dépit, option si peu nécessaire ou si peu emballante qu\u2019on lui impose deux conditions expresses : il faudra que les négociations avec le fédéral aient achoppé, auquel cas on devra encore « s\u2019assurer au préalable de l\u2019appui des Québécois par voie de référendum ».Difficile de se mettre soi-même plus de bâtons dans les roues et, devant l\u2019adversaire, d\u2019être plus rampant.Difficile, pour un éventuel gouvernement souverainiste du Québec, de s\u2019interdire davantage tout geste politique autonome et de s\u2019auto-nier autant comme représentant politique des Québécois.Difficile enfin d\u2019avoir moins de ferveur pour une cause inscrite sur ses drapeaux.Bien évidemment, le Canada n\u2019aura qu\u2019à opposer une fin de non-recevoir à ce plan étapiste pour qu\u2019éclate sa parfaite ineptie stratégique, ce qu\u2019il ne manqua pas de faire.Et dire que René Lévesque qualifiait ce plan étapiste de « préjugé en faveur du bon sens » ! 18 Pierre Duchesne, Jacques Parizeau, t.2 : Le baron, p.98. 42 La résolution de 1974 menotta pour longtemps l\u2019indépendantisme.Elle rendait illégitime, comme je viens de l\u2019expliquer, voire illégale, toute action indépendantiste d\u2019un gouvernement québécois menée sans aval référendaire préalable.Ajoutons qu\u2019elle privait l\u2019institution électorale et parlementaire québécoise d\u2019une part essentielle de son intérêt en renvoyant à d\u2019autres mécanismes le soin de décider de l\u2019avenir national.Du seul fait d\u2019exiger des représentants de l\u2019Assemblée nationale un mandat référendaire en sus de leur mandat législatif, la résolution discréditait ce mandat législatif et elle cédait à Ottawa le droit des Québécois de décider qui les représente.Elle trompait les Québécois en présentant ce lâchage du projet souverainiste comme le « processus d\u2019accession à la souveraineté ».De l\u2019« élection référendaire » L\u2019étapisme a si bien réussi que proposer aujourd\u2019hui au péquiste « modèle » d\u2019oublier le référendum, c\u2019est comme demander aux deux clochards de Beckett d\u2019oublier Godot.L'attente de ce Godot hypothétique qui a promis de venir et ne vient jamais est ce qui tient Estragon et Vladimir, leur sujet de conversation, leur vie.Il en va de même de la promesse de référendum qui tient les souverainistes, leur fournit une raison stratégique d\u2019attendre d\u2019autant plus tentante que les morsures de la dépendance y semblent solubles.Les péquistes réclamaient l\u2019indépendance.Ensuite, ils ont appris à demander le référendum.Enfin - c\u2019est la dope référendaire qui fait ça -, ils ont « super hâte à rien ».Le référendisme est si ancré que les plus radicaux d\u2019entre les péquistes ne trouvent pas mieux, pour réveiller un peu le parti, que de réclamer un référendum au plus sacrant.Et quand le parti passe dans l\u2019opposition, comme c\u2019est le cas 43 maintenant, ils demandent qu\u2019on emboutisse le référendum dans l\u2019élection.C\u2019est l\u2019« élection référendaire ».Ses promoteurs, croyant déjouer l\u2019étapisme, en avalisent au contraire les présupposés.C\u2019est pourquoi, la plupart du temps, ils exigeront une victoire électorale à plus de 50 % du suffrage exprimé, comme dans un référendum.La seule appellation d\u2019 « élection référendaire » interdirait de toute façon à leur parti de mettre en œuvre sa plate-forme indépendantiste s\u2019il prenait le pouvoir avec 50 % du suffrage ou moins.Il n\u2019y a donc pas que la chose qui soit mauvaise : l\u2019appellation l\u2019est aussi.Ceux qui proposent l\u2019« élection référendaire » en ayant simplement en tête une élection dont l\u2019enjeu principal serait l\u2019indépendance et en disant se ficher des querelles « sémantiques » oublient le poids des mots et induisent l\u2019électorat en erreur (et ils se trompent d\u2019ailleurs eux-mêmes).Dans le régime parlementaire de type britannique qui est le nôtre, un parti a le droit et le devoir de réaliser son programme s\u2019il accède au pouvoir en vertu d\u2019une pluralité des sièges.Que les adeptes de la voie électoralo-référendaire exigent davantage, c\u2019est par pur atavisme référendaire.Ils ne se rendent pas compte - ni n\u2019entendent les fédéraux se bidonner - qu\u2019ils imposent à l\u2019un des partis en lice une surexigence, une exigence à laquelle seul le parti indépendantiste serait astreint, en contradiction avec la démocratie électorale.Sans rien dire du fait qu\u2019une « élection référendaire » devrait porter en principe sur un seul enjeu, chose précisément impossible pour une élection, où le citoyen est appelé à choisir entre des candidats et des partis aux plates-formes étendues et variées, cela y compris dans le cas d\u2019une élection à enjeu fort.L\u2019« élection référendaire » est une sorte d\u2019hybride inspiré par le nécessaire souci de secouer le Parti québécois de sa débi- 44 litante léthargie, mais à la fois par l\u2019incapacité de rompre vraiment avec la déformation référendaire.Il s\u2019en trouve même pour dire que le Parti québécois devrait avoir le chic d\u2019abandonner le pouvoir aux mains de ses adversaires s\u2019il gagnait les élections sans majorité « référendaire », c\u2019est-à-dire sans majorité absolue des voix.Ce qui est un déni pur et simple du jeu démocratique des partis.D\u2019après Marcel Lefebvre, pour qui le pouvoir provincial a été et serait une sorte de cadeau empoisonné pour les forces indépendantistes : « nous devons faire valoir l\u2019idée d\u2019une élection référendaire en évitant les pièges de la gouverne provinciale ».En cas de victoire électorale sans majorité absolue des voix (51 % + 1), le parti indépendantiste devrait renoncer au pouvoir, soit sur le coup, soit suite à un référendum constitutionnel perdu.« Avec moins de 50 % + 1, soit 44 % par exemple, deux options se présentent : refuser la gouverne provinciale et retourner dans l\u2019opposition [.] ; enclencher la démarche vers l\u2019indépendance immédiatement [.] et fixer une étape de confirmation démocratique qui serait un référendum [.] sur un projet de Constitution [.] Si ce référendum est perdu, le parti devrait démissionner pour éviter un retour à l\u2019étapisme19.» Voilà un bien curieux refus du jeu politique et qui serait fort mal vu.Même les votants indépendantistes fuiraient un parti si.douloureux.Comment ne pas voir là encore une séquelle du mal référendaire ?L\u2019étapisme a habitué tout le monde à penser qu\u2019un gouvernement du Parti québécois ne pouvait rien entreprendre pour l\u2019indépendance à moins 19 Marcel Lefebvre, « Promouvoir l\u2019indépendance par la voie électorale - Exit l\u2019étapisme », Le Devoir, 14 janv.2004.- L\u2019auteur, de l\u2019exécutif du PQ de Lotbinière, est aussi membre du conseil d\u2019administration du MER et président du Rassemblement pour l\u2019indépendance du Québec (RIQ). 45 d\u2019un référendum positif en ce sens, qu\u2019il ne pouvait gouverner qu\u2019en mettant de côté toute politique indépendantiste.De même ici, on dénie au Parti québécois le droit d\u2019utiliser le pouvoir gouvernemental aux fins de l\u2019indépendance à moins d\u2019y avoir été porté par plus de 50 % des voix, de détenir autrement dit un mandat électoralo-référendaire.Quant aux partis concurrents - qui, comme on sait, sont beaucoup moins proches du peuple, éthiques, sublimes.-, ils peuvent se contenter d\u2019un mandat eiectora/o-référendaire.Car le côté un peu risible de cette option éclate quand on considère que l\u2019« élection référendaire » serait un référendum pour les péquistes et une élection pour leurs adversaires libéraux, adéquistes et autres ! Trente années de stratégie référendaire ont transformé le pouvoir politique en patate chaude pour les péquistes ou en catégorie informe dans leur tête, alors qu\u2019il devrait être l\u2019instrument de leur projet20.Indépendance et action gouvernementale Personne n\u2019avancerait cette idée d\u2019« élection référendaire » si le Parti québécois se vouait résolument à l\u2019indépendance, y compris quand il accède au pouvoir, s\u2019il cessait de prendre ses adversaires pour des partenaires, s\u2019il avait la conviction que la cause qu\u2019il défend est celle de son peuple et n\u2019avait pas peur de la lui exposer pour l\u2019unir derrière elle.Or c\u2019est cela qu\u2019il faut faire : non appeler à l\u2019« élection référendaire », mais transformer le Parti québécois de parti référendiste en parti indépendantiste.Il serait clair alors qu\u2019un vote pour ce parti est un vote pour l\u2019indépendance sans que personne ne vienne brouiller les cartes en parlant pour cela d\u2019« élection 20 Cf.Richard Gervais, « De l'usage indépendantiste du pouvoir », L\u2019Action national) XCIII, 5-6, mai-juin 2003. 46 référendaire » ou encore moins d\u2019« élections référendaires » à répétition.L\u2019agir indépendantiste, y compris et surtout gouvernemental, est légitime sans référendum et l\u2019on persiste tout simplement dans l'idée contraire en télescopant le référendum dans l\u2019élection.Quand le Parti québécois commandait à Québec, le brouillage étapiste avait transformé les indépendantistes en quémandeurs de référendum ; maintenant qu\u2019il est dans l\u2019opposition, le même brouillage les transforme en demandeurs d\u2019« élection référendaire ».Que dirait-on de sortir du brouillage ?Que les indépendantistes arrêtent de s\u2019exclure de l\u2019action gouvernementale, parlementaire, électorale ! Qu\u2019ils rompent avec le référendisme qui les a fait s\u2019y investir en se niant pendant trente ans ! Qu\u2019ils cessent de penser au fond que seule l\u2019action hors du gouvernement, hors du parlement, hors des élections est vraiment pour eux ! Il y a du né-pour-un-p\u2019tit-pain là-dedans.Le référendisme, qui passe pour de la démocratie plus, a au contraire affaibli la démocratie chez nous, érodé chez les péquistes la foi citoyenne en ces choses élémentaires de la politique.? 47 ARTICLES Pierre Vadeboncœur* LE RÊVE ET LE CAUCHEMAR Voici une supposition extrême susceptible d\u2019éclairer d\u2019un jour brutal la situation du monde.Les choses allant comme elles vont, il n\u2019existe pas une chance pour qu\u2019un attentat majeur ne finisse pas par se produire aux États-Unis mêmes.Cette éventualité, loin d\u2019être hypothétique, serait au contraire dans le domaine des probabilités.Mais cela fait trembler.Et naturellement ce n\u2019est là qu\u2019un exemple.La dynamique de la violence, soulevée notamment par la guerre, fait chavirer le monde dans l\u2019agression permanente.On ne franchissait pas certaines limites, marquées comme elles étaient jusqu\u2019à naguère par les façons passées d\u2019agir, par les mœurs autrement dit.Ce qui ne se faisait pas déterminait jusque-là les bornes de ce qui pouvait se faire.Mais de nouveaux précédents, terrorisme en progrès et maintenant les invasions américaines, celles-ci jouant le rôle d\u2019accélérateur extraordinaire, ont complètement ouvert le jeu et nous n\u2019avons pas fini d\u2019en voir le développement.Les contrôles, toutes les armes, y compris le Bouclier, n\u2019y feront rien.Une possibilité donnée, l\u2019Attentat, concurremment à mille autres, peut prévaloir à l\u2019égal de ces dernières.Essayiste. 48 Dans l\u2019ordre des possibilités, elles s\u2019équilibrent.La première est aussi possible que toutes les autres prises ensemble, et au même degré.L\u2019exception n\u2019est pas moins possible que le reste.Les défenses peuvent tout empêcher, sauf justement l\u2019exception, contre laquelle il n\u2019y a pas de défense.Et cela certes est terrible.Les Américains fondent leur politique sur leur force inégalable.Ils pensent que celle-ci suffit.Or l\u2019infiniment grand (la puissance) n\u2019est pas à l\u2019échelle voulue pour arrêter l\u2019infiniment petit, c\u2019est-à-dire le terrorisme, qui est un virus, celui-ci à peu près imparable à un moment donné quoi qu\u2019on dise.La plus grande nation et la plus redoutable armée ne peuvent pas finalement barrer la route à un individu portant la Mort sur lui.Si l\u2019Histoire est dans une phase d\u2019hostilité aiguë comme c\u2019est le cas en particulier depuis le gouvernement Bush, la fatalité pointe de ce côté-là d\u2019autant plus.C\u2019est ce qu\u2019on veut faire remarquer quand on souligne que la guerre d\u2019Irak n\u2019a fait qu\u2019accroître le terrorisme.Et le pire peut se produire tout aussi bien sur le territoire américain.Les États-Unis travaillent à leur propre malheur et à celui du monde.Déposer les armes ?Mais c\u2019est impossible.Les ennemis ne désarment pas, car leur situation réciproque de belligérants actuels ou potentiels est nouée.Par conséquent la paix doit partir de bien plus loin dans la pensée.Désarmer est un parti qui ne se présente pas en premier lieu dans la succession des démarches pouvant mener au salut compromis du genre humain.Comme jamais, la guerre a été réintroduite dans le monde par le terrorisme certes pour une part, mais par la puissance américaine aussi, en 2003.Celle-ci a la responsabilité 49 principale de ce recul et de l\u2019impossibilité de tenter le moindre pas vers un nouveau destin.La guerre, le néolibéralisme et la logique capitaliste (fût-elle d\u2019État) ruineront l\u2019homme, et ce ne sera plus comme dans les autres siècles.Une mécanique apocalyptique est en place.Ceci n\u2019est plus du tout la même chose qu\u2019autrefois.La terre s\u2019épuise de toutes les façons.Une inspiration radicalement contraire à celle d\u2019aujourd\u2019hui devient nécessaire.On ne mesure pas l\u2019ampleur d\u2019une telle transformation.Il faudrait réorganiser le monde, le reprendre dans de nouvelles pensées.Mais ce serait d\u2019une manière si fondamentale et comprenant des aspects si peu accessibles qu\u2019on ne peut presque pas espérer de changement aussi global, aussi profond.Car à quoi équivaudrait ce grand virage ?A quelle échelle peut-on le concevoir ?A celle d\u2019une humanité qui tendrait à se muer elle-même en une autre, rien de moins.Dans les années trente, sur un théâtre bien plus restreint, le président américain, Roosevelt, dans le but de changer la dynamique économique et sociale d\u2019une société industrielle paralysée, en renversa certaines perspectives et fonda le New Deal.C\u2019était comme repartir à neuf et un peu décider d\u2019une nouvelle société.Le pari était certes d\u2019envergure, mais le problème n\u2019était rien à comparer à la situation mondiale qui prévaut de nos jours.Ce qu\u2019il faut faire aujourd\u2019hui contre l\u2019impérialisme, la guerre, la domination, le train furieux des forces économiques, politiques et militaires lancées sur le monde, c\u2019est d\u2019abord un new deal, une espèce de renversement, un changement d\u2019axe, une révolution au sens premier du mot.Peut-on imaginer une politique postulant non plus conquêtes, appropriations, force en action, domination politique ou économique sous toutes ses formes, mais plutôt, 50 peu à peu, à la faveur d\u2019une conscience nouvelle et enfin clairvoyante, paix, renonciation, justice distributrice, esprit d\u2019accord, entrée dans cette dynamique pratiquement inconnue.Maintenant le monde descend une pente fatale, au contraire des siècles passés y compris le dernier, où l\u2019on s'infligeait des maux certes immenses mais dont on pouvait finir par guérir.Nous sommes aujourd\u2019hui beaucoup plus près qu\u2019alors de l'ultime Résolution des choses et même nous voici en rapport déjà concret avec celle-ci.Il faut faire céder si l\u2019on peut nos attaches avec l\u2019esprit de l\u2019ancien monde et avec ses conventions géopolitiques.On arriverait difficilement à préciser le point de rupture ou plutôt de conversion très improbable à partir duquel l\u2019humanité s\u2019engagerait dans l\u2019unique passage possible vers son avenir.Le reste est perdu.Beaucoup le savent déjà.La seule voie, si elle existe, a maintenant partie liée pour moitié avec l\u2019utopie et il ne peut en être autrement.Si l\u2019on ne passe par ce qui en ce moment est utopique, on n\u2019aboutira jamais à ce qui se révélera à terme le seul possible.Au lieu de la guerre et des folies économistes, il ne faut plus vouloir que la paix, la construction de l\u2019humanité, la renonciation à l\u2019esprit d\u2019accaparement, sous peine de disparition.L\u2019utopie est la condition de ce futur réalisme.Nous sommes pour la première fois prisonniers de ce raisonnement : si l\u2019on ne va pas vers l\u2019utopie, c\u2019est fini, on n\u2019ira pas vers la réalité.Ce sera tout ou rien.Mais cette extréminité est impensable pour nos esprits encore remplis de conceptions anciennes et périmées.L\u2019exemple de l\u2019attentat imaginé au début de cet article est une figure, bien que ce soit aussi l\u2019évocation d\u2019une possibili- 51 té réelle, voire d\u2019une probabilité.Cette figure laisse voir avec tout le relief que le moment est venu, avec ce siècle, d\u2019engager le monde dans un changement global de visées, de vision, d\u2019intentions, d\u2019inspiration.De mystique.Et, conjointement, de réalisme, de rationalisme.L\u2019attentat plus ou moins prévu ci-haut départage comme une image saisissante les deux pans possibles de la suite de l\u2019Histoire à compter de maintenant, et laisse deviner ce qu\u2019il en coûterait de continuer comme auparavant.L\u2019éventualité appréhendée expose de part et d\u2019autre la logique des choses.Les États-Unis ne cessent de faire le mauvais choix.L\u2019exemple montre comment, à leur école, le monde finira par tourner.Il faut qu\u2019il change.Mais c\u2019est rêver.Et ce ne doit précisément pas être cela.? 52 ARTICLES Philippe Navarro* LE WAR ON TERROR : UN ÉCHEC PROGRAMMÉ « [.] Au cours du XXe siècle, de petits groupes d\u2019hommes ont pris le contrôle de grandes nations, ont monté armées et arsenaux pour dominer les faibles et intimider le monde.[.] À chaque fois, les ambitions de l\u2019hitlérisme, du militarisme et du communisme ont été défaites par la volonté des peuples libres, par la force des grandes alliances, et par la puissance des États-Unis d\u2019Amérique.Aujourd\u2019hui, dans ce siècle, l\u2019idéologie de puissance et de domination a de nouveau refait surface et cherche à obtenir les ultimes armes de terreur.Et, cette fois encore, c\u2019est cette nation et tous ses amis qui détermineront si nous vivrons dans un monde en paix, ou un monde fait de chaos et de peur.Nous sommes appelés, cette fois encore, à défendre la sécurité de notre peuple et les espoirs de toute l\u2019humanité.Et nous acceptons cette responsabilité.»' * Ex-conseiller en relations internationales.î BUSH, G.W., Discours sur l\u2019État de l\u2019Union, 28 janvier 2003 (traduction libre) « [.] Throughout the 20th century, small groups of men seized control of great nations, built armies and arsenals and set out to dominate the weak and intimidate the world.[.] In each case, the ambitions of Hitlerism, militarism and communism were defeated by the will of free peoples, by the strength of great alliances, and by the might of the United States of America.Now, in this century, the ideology of power and domination has appeared again and seeks to gain the ultimate weapons of terror.Once again, this nation and all our friends are all that stand between a world at peace and a world of chaos and constant alarm.Once again, we are called to defend the safety of our people and the hopes of all mankind.And we accept this responsibility.» 53 Avides de cohérence dans un monde qui en est bien avare, les États-Unis d\u2019Amérique insèrent leur combat contre une nouvelle nébuleuse totalitaire dans une trame historique dont ils ont été un acteur incontournable.Ce combat, le « War on Terror » est clairement inscrit comme héritier des deux guerres majeures du XXe siècle, menées contre de précédentes menaces, ou du moins jugées telles : la menace fasciste, puis la menace communiste.Ce discours fondateur du 28 janvier 2003 rappelle que la « volonté des peuples libres », la «force des grandes alliances » et « la puissance des Etats-Unis », ont été deux fois victorieuses.Les États-Unis se sont donné pour mission, avec leurs « amis », de vaincre pour une troisième fois un ennemi désigné, qui n\u2019est pas sans rappeler, dans le choix des termes, les deux premiers : « l\u2019idéologie de puissance et de domination ».Cette nouvelle formulation est voulue plus floue que celle, critiquée, du discours sur l\u2019État de l'Union de janvier 2002, qui ciblait nommément un supposé « axe du mal », en théorie formé de l\u2019Irak, de l\u2019Iran, et de la Corée du Nord.Ces États entretiennent pourtant entre eux des relations diplomatiques des plus disparates, et ont sans doute appris en même temps que le reste du monde qu\u2019ils formaient un « axe ».Cette reformulation pour désigner ce nouvel « axe » impose une précision.Les contours de cette « idéologie de puissance et de domination » sont vagues à souhait, mais cela n\u2019en minimise ni la hargne, ni la létalité, ni la portée.Ground Zero est un cuisant rappel du fait qu\u2019elle n\u2019est pas le fantasme d\u2019une nation à court de défis stratégiques depuis la fin de la guerre froide.Le centre de gravité de cette « idéologie » est manifestement la nébuleuse totalitaire issue du fondamentalisme islamique radical (FIR), un véritable salmigon- 54 dis de partis, de réseaux, d\u2019idéologues, d\u2019États - dont l\u2019Iran.Or l'un des régimes renversé courant 2003, le régime baa-siste irakien, ne s\u2019en réclame pas.Pour ajouter au flou, reste, en périphérie de cette nébuleuse, la Corée du Nord, qui n\u2019a, à sa face même, rien d\u2019islamique.Admettons que le cas nord-coréen soit sui generis : ce reliquat de l\u2019ère soviétique ne serait pour l\u2019essentiel qu\u2019une poche de résistance de la Guerre froide.La stratégie conséquente qui lui est réservée, au reste, comme on peut l\u2019observer, est bien celle de la Guerre froide, soit l\u2019endiguement et la dissuasion.Ces deux victoires, totale contre le fascisme et les guerres qu\u2019il a provoquées, substantielle contre le communisme et les subversions qu\u2019il a fomentées, ont été le fruit de stratégies claires, judicieusement soupesées, réalisées par des coups tactiques adroitement portés.Ces victoires peuvent-elles servir d\u2019inspiration, de trame, comme le veut le discours du 28 janvier 2003, à une troisième victoire, celle du « War on Terror », contre, cette fois, le FIR et les attentats terroristes qu\u2019il perpétue ?Nous ne croyons pas.Pour affronter cette menace, voulue « troisième » mais en réalité inédite, du moins à une telle échelle, une stratégie et des tactiques tout autres s\u2019imposent.1941 - 4Ô2 : le succès sans équivoque de la guerre totale Devant la menace présumée qu\u2019ont constitué pour le monde libre dès les années trente les puissances de l\u2019Axe fascistes et leurs ambitions territoriales confirmées, les États-Unis, lorsque attaqués sur leur territoire, ont finalement choisi la stratégie de la guerre totale.2 De Pearl Harbour à Nuremburg. 55 « En tant que commandant en chef de l\u2019Armée et de la Marine, j'ai indiqué à chacune que toutes les mesures soient prises quant à notre défense [.] Peu importe le temps qu\u2019il faudra pour surmonter cette invasion préméditée ; le peuple américain dans sa noble puissance remportera une victoire absolue.[.] Je demande à ce que le Congrès déclare, considérant l\u2019attaque sournoise et non provoquée du Japon le 7 décembre, qu\u2019un état de guerre a existé entre les États-Unis et l\u2019Empire nippon >P.Ce discours était la réponse type à une agression militaire classique, dont la logique clausewitzienne menait à l\u2019obtention, de la part de l\u2019ennemi, d\u2019une reddition sans condition.Les précédents sont légion.Une fois les États-Unis totalement impliqués, la guerre des Alliés contre les forces de l\u2019Axe a mené à une victoire sans équivoque possible des premiers.De plus, l\u2019objectif de dénazification de l\u2019Allemagne et de pacification du Japon s\u2019est avéré, à ce jour, un succès complet.La concentration du politique aura été déterminante dans l\u2019obtention de ce résultat.Le Japon et l\u2019Allemagne, ennemis désignés, étaient des États classiques avec lesquels la communication restait possible : bref, des États dont on pouvait obtenir un geste politique, telle justement une reddition.Même si aucun traité de paix ne vint clore le conflit, tant la victoire fut totale, il est vrai.3 ROOSEVELT, F.D., Discours dit de « Peari Harbour ».8 décembre 1941 (traduction libre) « As commander in chief of the Army and Navy, I have directed that ail measures be taken for our defense.[.] No matter hou> long it may take us to overcome this premeditated invasion, the American people in their righteous might will win through to absolute victory.[.] I ask that the Congress declare that since the unprovoked and dastardly attack by Japan on Sunday, Dec.7, a state of war has existed between the United States and the Japanese empire.» 56 La concentration géographique de l\u2019ennemi, (l\u2019Allemagne et le Japon sont relativement exigus), malgré un théâtre d\u2019opérations d\u2019une ampleur jamais vue, aura aussi été un facteur de réussite.Tel une douleur aiguë, la pierre au rein fasciste a pu être localisée et extirpée du monde libre, quoique à un prix immense.Les chiffres sont implacables : des dizaines de millions de morts, dont Dresde (180 ooo), et Hiroshima (qui tue encore), font valeur de symbole.De plus, la franche solidarité des opinions alliées, pour ainsi dire sans faille alors que surgissait peu à peu l\u2019insoutenable réalité de l\u2019Holocauste, a facilité cette logique de guerre totale.Elle facilita aussi la tenue du « procès » de Nuremberg, et de sa justice des vainqueurs.Cette stratégie de la guerre totale peut-elle mener à la victoire contre le FI R ?De toute évidence, non.La tchétchénisation croissante du conflit irakien en est un cruel rappel.La concentration politique du FIR n\u2019existe tout simplement pas ; le FIR dépasse l\u2019État.De qui au juste obtiendrait-on une reddition, et après une victoire militaire sur qui ou sur quoi ?Le FIR serait peut-être au monde arabo-musulman ce que le nazisme a été au monde germanique, mais ce constat, au reste boiteux, n\u2019a aucune logique opérationnelle.Les Alliés, en partie grâce à Nuremberg et à l\u2019imposition d\u2019une nouvelle constitution allemande, ont réussi à dénazifier l\u2019Allemagne sans pour autant la dé-germaniser.On ne saurait même concevoir d\u2019équivalent « islamique » à un tel procédé.La concentration géographique du FIR est pour ainsi dire nulle.À moins d\u2019envisager l\u2019extermination de nations entières à une échelle jamais vue, l\u2019objectif d\u2019éviction de cette idéologie du monde par une stratégie de guerre totale 57 est radicalement impossible.Au reste, cette innommable approche soulèverait d\u2019insurmontables difficultés logistiques.La solidarité interétatique, enfin, s\u2019étiole.Le « Nous sommes tous Américains » français4 s\u2019est refroidi presque aussi rapidement que les cendres du World Trade Center.Les vives tensions qui ont opposé la France aux États-Unis quant à la pertinence du conflit irakien ont scellé la question.À un point tel que ce sont même les États-Unis qui sont perçus, en plein cœur de l\u2019Occident, notamment au sein de l\u2019opinion publique européenne, comme les « vilains », comme la source du problème.Comme à une autre époque, où une fois passée l\u2019empathie spontanée pour la femme violentée, les bonnes âmes du village commençaient à insinuer qu\u2019elle portait décidément des jupes trop courtes.1947 \u2014 .5 Le franc succès de la guerre froide Devant la menace présumée qu\u2019a constitué dès les années vingt pour le monde libre une certaine conception du communisme incarnée par le totalitarisme soviétique, et ses ambitions territoriales larvées, les États-Unis, lorsque contestés dans leur sphère d\u2019influence (Grèce, Turquie), ont choisi la stratégie de la Guerre froide, dont la pièce maîtresse était la l\u2019approche du containment.« [.] Il est clair que l\u2019élément premier de toute politique américaine concernant l'Union soviétique doit être celle d'un endiguement, à long terme, patient mais ferme, des tendances expansionnistes russes.[.] Les États-Unis ont le 4\tCOLOMBANI, J.-M., « Nous sommes tous Américains » in Le Monde, 13 septembre 2001.5\tBien que la Guerre froide se soit terminée avec la dissolution de l\u2019URSS le 2i décembre 1991, le cœur de sa stratégie, l\u2019endiguement, est toujours appliqué à des reliquats communistes, notamment Cuba. 58 pouvoir d'accroître énormément les contraintes sous lesquelles opèrent les politiques soviétiques, de forcer le Kremlin à observer beaucoup plus de modération et de circonspection qu\u2019il ne l'a fait au cours des dernières années, et, ainsi, de générer des tendances qui s\u2019inscriront éventuellement dans la dissolution ou l\u2019atténuement graduel du pouvoir soviétique.»6 Cette analyse était une réponse fine à donner à une menace rampante, de type révolutionnaire, pour l\u2019essentiel subversive.Elle n\u2019est pas sans s\u2019inspirer des réactions des monarchies européennes suite à la Révolution.Cette analyse donnait un cadre opérationnel à la volonté claire de l\u2019exécutif, la « Doctrine Truman », énoncée quelques mois plus tôt : « À ce moment de l\u2019histoire mondiale, presque chaque nation doit choisir entre différents modes de vie.[.] Je crois qui doit être la politique des États-Unis de soutenir les peuples libres qui résistent aux tentatives de subjugation par des minorités armées ou des pressions extérieures.Je crois que nous devons porter assistance aux peuples libres afin qu\u2019ils cheminent vers leur destin, à leur façon propre.»7 6\tKENNAN, G.F.(X) in Foreign Affairs, juillet 1947 (traduction libre) « [.] it is dear that the main element of any United States policy toward the Soviet Union must be that of a long-term, patient but frm and vigilant containment of Russian expansionist tendencies.[.I The United States has it in its power to increase enormously the strains under which Soviet policy must operate, to force upon the Kremlin a far greater degree of moderation and circumspection than it has had to observe in recent years, and in this way to promote tendencies which must eventually find their outlet in either the break-up or the gradual mellowing of Soviet power.» 7\tTRUMAN, H., discours prononcé à Washington, 12 mars 1947 (traduction libre) « At the present moment in world history nearly every nation must chose between alternate ways of life.[.] I believe that it must be the policy of the United States to support free peoples who are resisting attempted subjugation by armed minorities or by outside pressures.I believe that we must assist free peoples to work out their own destinies in their own way.» 59 La stratégie du containment, de l\u2019endiguement, se basait sur le pari de l\u2019implosion soviétique, d\u2019un point de vue de crise structurelle appréhendée.« La société soviétique pourrait très bien avoir des carences qui éventuellement affaibliront son propre potentiel total ».8 Basé sur une formidable prescience, ce chef-d\u2019œuvre de cohérence et d\u2019endurance politique aura été appliqué par neuf administrations américaines successives.Le containment de l\u2019Union soviétique (accompagné en périphérie de terribles conflits dits de basse intensité, dont les plus terribles s\u2019enchaînèrent dans le Sud-Est asiatique), jumelé au terrible jeu de la dissuasion nucléaire, aura, au bas mot, fonctionné.Bien que la conclusion voulue fut certes la victoire, mais pas forcément l\u2019obtention d\u2019une quelconque reddition.La Fédération de Russie, qui a hérité de l\u2019essentiel de l\u2019appareil diplomatique et de la puissance militaire de la défunte Union soviétique, est aujourd\u2019hui, à toutes fins pratiques, une alliée de l\u2019Ouest.Le monde est aujourd\u2019hui en rémission du communisme et de ses métastases, et ce, à un prix relativement mineur.La concentration politique était un facteur incontournable à l\u2019obtention de ce résultat : l\u2019Union soviétique, voire le Kremlin, était le point focal de la nébuleuse communiste, et le monde entier a pu constater un effondrement spectaculaire.La concentration géographique, quoique moins pointue, était par contre plus qu\u2019un facteur dans le succès du containment : elle était son essence même.Qui construit une digue a déjà localisé la crue.C\u2019est ce qui explique en partie la puissance symbolique de la chute du mur de Berlin.La solidarité interétatique quant à cet enjeu, par contre, était beaucoup moins accentuée, ce qui a grandement compliqué 8 KENNAN, ibid, (traduction libre) « Soviet society may well contain deficiencies which will eventually weaken its own total potential » 6o la gestion du containment.Il est pour le moins difficile de gérer la crise des euromissiles, par exemple, lorsque des gouvernements en principe alliés comptent dans leurs rangs des ministres communistes.Peut-on appliquer la stratégie de la Guerre froide, essentiellement, le containment, au FIR ?Non.L\u2019absence de concentration politique rend la stratégie du containment ingérable.Une stratégie qui viserait à endiguer les électrons libres que sont les terroristes potentiels, imprévisibles même pour leurs sponsors, est, dans sa conception même, vouée à l\u2019échec.À moins de généraliser, à l\u2019échelle de continents entiers, les délits de faciès, ce qui reste impraticable, inefficace, et au bas mot indéfendable.La concentration géographique des plus diffuse rend l\u2019approche de l\u2019endiguement illusoire : l\u2019endiguement reste une action physique.Une digue ne peut être placée qu\u2019en fonction d\u2019un débordement localisable et localisé.Le FIR, par définition, ne l\u2019est pas.Il n\u2019y a pas de crue.Le débordement vient de partout, et même de l\u2019intérieur : Londres et Hambourg ne sont-ils pas des points focaux du FIR ?Les présumés auteurs des attentats de Madrid, certes Marocains, étaient néanmoins chez eux en Espagne.En outre, l\u2019approche du containment n\u2019est pas une fin en soi : la victoire vient lorsque l\u2019ennemi s\u2019effondre de lui même.Or l\u2019hypothèse de l\u2019implosion du monde arabo-musulman, terreau du FIR, ne tient pas : ce monde, jadis au sommet de sa gloire (VIIIe siècle), est en lente implosion depuis déjà au-delà d\u2019un millénaire.La crise structurelle des sociétés arabo-musulmanes, le choc de celles-ci avec la modernité, l\u2019atomisation des États qui la composent, semblent au contraire amplifier la prise du FIR sur celles-ci. 6i 2001 - .L\u2019échec programmé du « War on Terror » Devant la menace présumée qu\u2019a sérieusement commencé à constituer pour le monde libre, dès les années soixante-dix, le FIR et ses relais terroristes, les États-Unis, une fois attaqués au cœur de leur territoire, ont choisi la stratégie du « War on Terror ».« Notre guerre au terrorisme commence avec Al-Qaeda, mais elle ne s'y arrête pas.Elle ne cessera pas tant que chaque groupe terroriste à portée mondiale sera trouvé, arrêté, et vaincu.»9 10 On précisera quelques semaines plus tard : « Cela [la guerre au terrorisme] s\u2019avérera sans aucun doute relever davantage d\u2019une guerre froide que d\u2019une guerre chaude.»w L\u2019expression « a lot more » au-delà du fait qu\u2019elle témoigne d\u2019une certaine improvisation, étonnante à un si haut niveau, ouvre la porte à beaucoup d\u2019options, dont l\u2019Afghanistan allait incessamment faire les frais.L\u2019accent, toutefois, serait mis sur une guerre de type guerre froide, ce qui est encore une fois démenti par les faits depuis l\u2019occupation irakienne.Or les questions qui se posent sont des plus légiümes : guerre froide, soit.Mais qu\u2019endigue-t-on au juste ?À quel équilibre, basé sur quelle dissuasion, aspire-t-on ?Quel effondrement attend-on ?Ou alors est-ce une guerre chaude, en définitive ?9 BUSH, G.W.discourse pronounce à Washington, 20 septembre 2001 (traduction libre) « Our war on terror begins with al Qaeda, but it does not end there.It will not end until every terrorist group of global reach has been found, stopped and defeated.» 10 RUMSFELD, D., propos tenus au Caire, 4 octobre 2001 (traduction libre) « It [the war on terror] undoubtedly will prove to be a lot more like a cold war than a hot war.» 62 Qui viendra signer l'armistice ?Et après quelle victoire décisive, sur qui, et où ?Cette guerre au terrorisme, ce « War on Terror », chaude, froide, partielle, totale, d\u2019un nouveau type ou non, peut ou ne pas être justifiable : le fait demeure qu\u2019elle ne saurait être menée, puisqu\u2019elle ne peut être gagnée.Une guerre totale, une guerre froide, a fortiori un dosage débilitant des deux, ne saurait faire office de stratégie gagnante visant à stopper un FI R fantomatique et des relais terroristes qui ne le sont pas.Ils ne peuvent être vaincus ainsi.Or toute guerre n\u2019a qu\u2019une finalité : vaincre.Les parallèles séduisants avec les années trente - la menace nazie, l'appeasment de Munich, l\u2019héroïsme churchillien, etc.- ne tiennent tout simplement pas.Ils est certes gaillard, même romantique, d\u2019afficher une attitude va-t-en-guerre, et nous en sommes ; mais encore faut-il savoir où trouver l\u2019ennemi.De tous temps, il y avait des États, des armées.Le FIR est un spectre.En définitive, cette guerre au terrorisme, comme celle menée par Israël contre les Palestiniens, à la fois de type chaude (les frappes, les assassinats ciblés) et froide (le mur, l\u2019endiguement), aura (et a déjà) un résultat à l\u2019avenant : transformer le monde libre en un géant Israël et le monde arabo-musulman en une géante Bande de Gaza.Souhaitons-nous vraiment vivre une Intifada aux proportions dantesques ?L\u2019attentat de Bali (192 morts, en grande partie australiens), la série d\u2019attentats qui secouent l\u2019Arabie Saoudite, la Turquie, le Maroc, ont démontré que le FIR n\u2019hésitera pas à s\u2019en prendre aux États perçus comme pro-américains si l\u2019Amérique comme telle se barricade tant soit peu efficacement.À ce titre, les attentats du n mars 2004 à Madrid (191 victimes et plus de 1800 blessés), exécutés exactement deux ans et demi après ceux du n septembre 2001, confirment 63 les pires appréhensions.Dans un premier temps, par l\u2019ouverture, par le F IR, d'un front européen de l\u2019hyperterroris-me.Si les Européens en général, et les Espagnols en particulier, ne voulaient pas faire de lien entre le FIR et l\u2019Irak, il apparaît désormais clair que le FIR, lui, en fait un, en ciblant un des pays européens coalisés aux côtés des États-Unis dans le conflit irakien.Dans un second temps, par la terreur psychologique qu\u2019induit le choix lugubre de la date « anniversaire » ; non seulement le FIR peut-il surmonter les complexités logistiques inhérentes à l\u2019organisation de tels massacres, mais en plus, il se permet le luxe d\u2019en choisir la date.Déjà, on appréhende la tenue des Jeux olympiques d\u2019Athènes.Déjà, on imagine le pire pour le n septembre 2004.De là ce terrible constat : la guerre au terrorisme est déjà perdue.Car à défaut de « vaincre » l\u2019Occident, le FIR peut lui pourrir l\u2019existence sur des générations, ce qui lui tiendra lieu de victoire.Les armes peuvent avoir le mérite d\u2019être efficaces.Toutes les nations vaincues ont déjà dû reconnaître cette cruelle évidence.Or le terrorisme est une arme.Il faut dès lors lui reconnaître une potentielle efficacité, nonobstant l\u2019asymétrie des forces en place.Le FIR, par le relais viral que sont les cellules terroristes, a une létalité infectieuse - fut-elle seulement psychologique - tout à fait réelle.Avec le recul que donnent les deux ans et demi écoulés depuis le n septembre, avec le violent rappel madrilène que rien n\u2019est terminé, force est de constater que ce geste n\u2019était pas un « act of war », tel que le déclarait Henry Kissinger en direct sur CNN alors que les tours brûlaient encore.Car il y avait eu Beyrouth (1983-84), Berlin (1986), Lockerbie (1988), le World Trade Center (1993), Dharan (1996), Nairobi et Dar-es-Salaam (1998), Aden (2000).Ces attentats anti- 64 américains, perpétrés par le FI R avec une précision quasi métronomique, firent, respectivement, 63, 241 et 16 morts ; 3, 270, 6, 19, 224 et 17 morts.Pour un total non négligeable - et non exhaustif - de 859 victimes en moins de vingt ans.Sans compter les actes terroristes islamistes ne visant pas spécifiquement les Américains, des JO de Munich à Londres, de Rome à Paris.La Libye fut même le théâtre, en 1986, d\u2019un coup de semonce qui allait s\u2019avérer être une répétition du « War on Terror », complet jusqu\u2019au froid franco-américain : le 15 avril 1986, Tripoli et Benghazi furent la cible de la vindicte américaine.On dénombra 37 victimes.La guerre que mène le FI R au monde libre, et aux États-Unis, est déclarée depuis longtemps.Dans cette sinistre escalade, les attentats du 11 septembre sont le coup mortel.Le 11 septembre n\u2019était pas un acte de guerre, un « Pearl Harbour » du terrorisme, mais bien l\u2019exact opposé : cette première tour qui brûlait, c\u2019était déjà Hiroshima ; cette deuxième tour qui s\u2019écroulait, c\u2019était déjà Nagasaki.En démontrant, avec un diabolique sens du fini (une seule tour aurait suffi, sans compter le Pentagone) sa prodigieuse capacité de nuisance, mû par un fanatisme difficilement concevable, le F1R, le 11 septembre, incarné en l\u2019occurrence par Al-Qaeda, a « gagné ».Que faire ?Les États-Unis sont la plus formidable puissance militaire, économique, diplomatique, politique, et culturelle de tous les temps.Beaucoup plus que la France de 1962 (qui a été confrontée à un enjeu non pas similaire mais tout de même comparable) ils peuvent très bien se permettre le luxe d\u2019une « défaite », et passer à autre chose.D\u2019autant plus qu\u2019ils ont donné quelques jabs à l\u2019aveuglette (Afghanistan, Irak) pour 65 sauver la face et régler au passage quelques comptes qu\u2019ils estimaient plus ou moins liés à ces événements.Dans un monde idéal, l\u2019administration Bush, avant toute chose, aurait envoyé un fax au FI R (pour reprendre le type d\u2019image chère à Henry Kissinger), le 12 septembre 2001, pour lui demander « dites, vous voulez quoi au juste ?».Cela était hélas impossible, et l\u2019est toujours.Il faut, dès lors, prendre les devants.Par conséquent, les États-Unis pourraient faire des gestes qui envoient au FIR un message concret, qui n\u2019est autre que « Je vous ai compris ! ».Cette phrase de juin 1958 du général de Gaulle est entendue, bien sûr, comme l\u2019a entendue la majorité musulmane de l\u2019époque, c\u2019est-à-dire que l\u2019heure était venue de rendre l\u2019Algérie aux Algériens, le Maghreb aux Maghrébins.Puisqu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019entité à laquelle demander une reddition comme conclusion à un guerre au terrorisme « chaude », comme il n\u2019existe pas d\u2019entité dont on peut constater l\u2019effondrement comme conclusion à une guerre au terrorisme froide, on ne peut guère plus reconnaître de « victoire » à quiconque.Puisqu\u2019il n\u2019y aura ni victoire, ni défaite, ni paix, ni armistice, il faut dès lors mettre en pratique cette stratégie du « Je vous ai compris ! ».Celle-ci n\u2019est pas une stratégie à\u2019appeasment, puisque la défaite serait déjà admise.Ce serait plutôt celle de la retraite ordonnée.Le fil tactique de cette stratégie serait une série de concessions faites au monde arabo-musulman, dont l\u2019essence serait la reconnaissance explicite de sa zone d\u2019influence politique et économique -qui inclut Israël - et la fin des intrigues occidentales au sein de celle-ci.Comme en 1962, il est désormais temps de rendre le monde arabo-musulman aux Arabo-musulmans.Tout comme les États-Unis quittèrent prestement le Liban après les spectaculaires attentats de 1983-84, ils doivent 66 impérativement rapatrier leurs effectifs présents dans le monde arabo-musulman, en particulier en Arabie Saoudite.Ce qui, au reste, est une des rares demandes précises d\u2019Oussama Ben Laden.L\u2019accusation « d'impérialisme » à l\u2019endroit des États-Unis - excluant l\u2019Amérique latine - est grandement surfaite, et ne résiste pas à l\u2019analyse.Or elle est vivement ressentie, notamment dans le monde arabo-musulman.Car les attentats qui ont mené au n septembre, les attentats du n septembre comme tels, les attentats du n mars, et les attaques dont on ose à peine imaginer l\u2019ampleur, mais qui viendront immanquablement si le « War on Terror » se poursuit, sont le résultat d\u2019un auto-aveuglement du monde libre, qui n\u2019est pas sans rappeler celui de l\u2019aventure coloniale européenne.Celui qui consiste à forcer un dessein commun à des mondes encore trop désynchronisés pour assumer un vivre-ensemble pleinement consenti.? 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DOSSIER LE SUROÎT ET LES ENJEUX ÉNERGÉTIQUES DU QUÉBEC \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 70 DOSSIER Scott McKay* 70 DE MONTRÉAL À KYOTO EN PASSANT PAR LE SUROÎT OU COMMENT FAIRE PERDRE AU QUÉBEC SON LEADERSHIP MONDIAL EN ENVIRONNEMENT Avec la ratification à Montréal du protocole relatif à des substances qui appauvrissent la couche d\u2019ozone et bénéficiant d\u2019un bilan énergétique qui fait une large place aux énergies renouvelables, le Québec peut se targuer d\u2019être dans le peloton de tête des nations industrialisées d\u2019un point de vue des enjeux environnementaux globaux.C\u2019est pourtant avec une détermination froidement mercantile que les dirigeants d\u2019Hydro-Québec cherchent à changer de cap et à aliéner notre patrimoine aux besoins du marché énergétique nord-américain.Après avoir évité la prolifération de centrales nucléaires le long du Saint-Laurent, les Québécois souhaitent-ils vraiment se lancer dans les filières du gaz et du pétrole ?Montréal, septembre 1987 : le Protocole de Montréal relatif à des substances qui appauvrissent la couche d\u2019ozone a finalement été arrêté au Siège de l\u2019Organisation de l'aviation * Scott McKay, M.Sc.Environnement.Editeur du magazine écologiste Contretemps dans les années 80, Scott McKay s\u2019est engagé en politique municipale avec le RCM et Jean Doré.Conseiller municipal de 1986 à 1994, il a notamment participé à fonder le Regroupement montréalais pour la qualité de l\u2019air.Sa thèse de maîtrise en sciences de l\u2019environnement portait sur les outils économiques pour le contrôle des émissions atmosphériques.M.McKay oeuvre actuellement comme développeur de marchés internationaux pour des produits environnementaux québécois innovateurs.Il représente l\u2019AQLPA (Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique) auprès du Conseil régional de l\u2019environnement de Montréal. 71 civile internationale après une série de réunions et de négociations rigoureuses.Le Protocole est entré en vigueur à la date prévue, le Ier janvier 1989, après avoir été ratifié par 29 pays et la Communauté économique européenne.Il s\u2019agissait là de la première entente internationale permettant de faire face à un défi global, celui de la détérioration de la couche d\u2019ozone.Or, les discussions tenues à Montréal aboutirent à des résultats beaucoup plus importants que ceux escomptés dans un premier temps.Le trou dans la couche d\u2019ozone a cessé de s\u2019agrandir et le Québec s\u2019est positionné majestueusement sur la carte de la diplomatie environnementale mondiale.Forts de ce premier succès, c\u2019est maintenant au réchauffement global de la planète que s\u2019attaquent la communauté scientifique et les représentants des gouvernements nationaux.Le protocole de Kyoto est sur toutes les lèvres et il ne se passe pas une journée sans que les citoyens ne soient interpellés pour faire leur part.Le consensus sur Kyoto est sûrement moins fort que dans le cas du Protocole de Montréal, mais les enjeux sont colossaux.La menace pèse, les effets d\u2019un réchauffement global commencent à se faire sentir.Encore une fois, la communauté scientifique est unanime : il faut agir avant qu\u2019il ne soit trop tard ! Or, dans ce dossier, le Québec fait encore plutôt bonne figure.Bien sûr, c\u2019est le Canada qui a négocié et ratifié l\u2019entente, mais la population et le gouvernement du Québec ont joué un important rôle de contre-poids contre les provinces de l\u2019Ouest qui s\u2019y ont fortement opposées.Le bilan énergétique québécois présente plusieurs aspects positifs en ce qui concerne l\u2019utilisation des énergies renouvelables, bien que l\u2019inondation de vastes territoires par les réservoirs hydro- 72 électriques ne soit pas sans générer des quantités importantes de gaz à effet de serre.Fiers de cette situation, les Québécois sont en droit de s\u2019attendre à ce que leurs dirigeants capitalisent sur cette force.On aurait pu s\u2019attendre à ce que les projets énergétiques ne soient plus analysés simplement en fonction de leurs coûts économiques mais aussi de leurs coûts sociaux et environnementaux.Le Québec et les engagements canadiens Mais la logique gouvernementale est toute autre.On estime que la relative virginité québécoise en matière de gaz à effet de serre (GES) représente un potentiel à exploiter.Si les autres ont péché, c\u2019est à eux d\u2019expier ! Ils sont en haut de la moyenne des émissions, ils doivent baisser.Le Québec est en bas, il peu donc augmenter ses émissions.Non ?La façon dont les efforts canadiens seront répartis entre les provinces n\u2019est pas encore claire.Mais si on partage l\u2019objectif de réduction de façon égale entre les provinces, cela pénalise les provinces qui ont déjà fait les bons choix, comme le Québec.Ici, nous avons depuis longtemps fait le choix de l\u2019hydroélectricité.En Alberta, le gaz et le pétrole prennent un peu - pas mal - plus de place.Nous savons par exemple que la croissance des exportations de pétrole et de gaz naturel, principalement à destination des États-Unis, a contribué de manière significative à la croissance des émissions entre 1990 et 2001 (Inventaire canadien des gaz à effet de serre 1990-2001, Division des gaz à effet de serre, Environnement Canada.Août 2003). 73 Dans ce contexte, il ne serait pas équitable de demander au Québec le même effort qu\u2019à l\u2019Alberta.C\u2019est là le sens de la présentation initiale du projet du Suroît par le gouvernement libéral du Québec.Logique : c\u2019est aux provinces présentant des émissions importantes à faire l\u2019effort.Nous, nous avons fait les bons choix, nous nous sommes tenus loin du gaz et du pétrole, alors, laissez-nous polluer à notre tour ! Résonnement tordu, certes, mais nous caricaturons à peine.Or, les efforts collectifs requis pour atteindre les objectifs de Kyoto sont si importants qu\u2019aucune province ne pourra y échapper.Ainsi, le Canada doit réduire ses émissions de 6 % par rapport aux niveaux de 1990.Comme les émissions de GES n\u2019ont cessé d\u2019augmenter, cela signifie qu\u2019il devra réduire ses émissions d\u2019environ 25 à 30 % par rapport à ses projections actuelles courantes pour l\u2019an 2010 ! La réduction des émissions de GES exige une modification en profondeur des méthodes de production et d\u2019utilisation de l\u2019énergie et, dans une large mesure, des méthodes de transport des biens et des personnes.Le Québec peut saisir cette opportunité au vol en mettant en valeur son potentiel d\u2019économies d\u2019énergie, tout comme ses ressources renouvelables.Les défis qu\u2019il faudra relever pour réduire les émissions créeront des débouchés provenant de l\u2019élaboration et de la diffusion de technologies qui permettront aux entreprises, à l\u2019industrie et aux consommateurs d\u2019utiliser moins d\u2019énergie ou d\u2019accéder à des formes d\u2019énergie moins polluantes.Un nouveau marché mondial axé sur la distribution de produits efficace en matière énergétique et à base d\u2019énergie renouvelable devrait s\u2019ouvrir.Les centrales thermiques comme celle du Suroît représentent-elles un choix stratégique ? 74 Notre asservissement au marché énergétique américain La motivation derrière les déconcertants efforts d\u2019Hydro-Québec pour s\u2019engager dans la filière du gaz se retrouve ailleurs.Les plus anciens d\u2019entre nous se souviendrons peut-être des plans de notre société d\u2019État pour se lancer dans le nucléaire.Gentilly I et Gentilly II ne devaient être que les précurseurs de toute une série de centrales se déployant le long du Saint-Laurent et qui allaient assurer le Québec d\u2019une énergie propre, renouvelable et hautement rentable pour nous.et les Américains.Aujourd\u2019hui, ce même mirage financier, base de notre asservissement au marché continental, se déploie sous un nouveau jour : la filière du gaz.Les groupes environnementaux du Québec dénombrent actuellement pas moins de trois projets qui risquent d\u2019être lancés dès 2004.Il y a le projet du Suroît, actuellement examiné par la Régie de l\u2019énergie.Il y a aussi Bécancour, pour lequel TransCanada Energy attend l\u2019autorisation du ministère de l\u2019Environnement.Le troisième projet évoqué est un appel d\u2019offres pour 200 MW en cogénération.L\u2019appel d\u2019offres devait être lancé récemment, mais il a été retardé à une date indéterminée.Trois autres appels d\u2019offres sont prévus, de 200 MW chacun, pour un total de 800 MW disponibles en 2013.Pour André Bélisle, président de l\u2019Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), « la haute direction d\u2019Hydro-Québec ment à la population et aux représentants politiques lorsqu\u2019elle déclare que la centrale du Suroît est une exception et qu\u2019il est faux de parler de virage au gaz pour Hydro-Québec» M.Bélisle rappelle de plus que Hydro-Québec achèterait 90 % de l\u2019électricité de la centrale au gaz de 75 Bécancour.Hydro-Québec fait présentement fonctionner à plein régime la vieille centrale au mazout de Tracy.Hydro-Québec veut construire une centrale au charbon au Nouveau-Brunswick et entend exploiter des puits de gaz dans l\u2019estuaire du Saint-Laurent.Tout cela pour assurer la sécurité énergétique du Québec ?Outre la vente d\u2019électricité sur le marché nord américain, se dessine aussi un autre type d\u2019asservissement de nos ressources collectives pour des bénéfices bien discutables.Tant les auditions de la Régie de l\u2019énergie que les plus récentes audiences du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE) viennent de mettre en lumière l\u2019impact des grands projets industriels sur la demande d\u2019électricité et.les émissions de gaz à effet de serre.Ainsi, le rapport du BAPE sur la centrale dite de cogénération de Bécancour indique que « La commission constate qu\u2019il existe un lien étroit entre les projets d\u2019agrandissement d\u2019alumineries et l\u2019accélération de la croissance de la demande en électricité invoquée pour justifier la construction de nouvelles centrales thermiques au gaz naturel » comme celle de Bécancour.« Compte tenu de la forte demande en électricité que les alu-mineries suscitent, des grandes quantités de gaz à effet de serre qu\u2019elles émettent et du faible taux d\u2019emploi qu\u2019elles génèrent par rapport à leur consommation énergétique, la commission est d\u2019avis que les projets d\u2019agrandissement d\u2019alumineries devraient être assujettis à la procédure d\u2019évaluation environnementale et faire l\u2019objet d\u2019un débat public », ajoutent les commissaires. 76 La politique de développement industriel du Québec pourrait-elle s\u2019harmoniser avec sa politique énergétique et celle sur les changements climatiques ?Peut-être les citoyens pourraient-ils enfin voir poindre un début de cohérence dans les orientations gouvernementales.C\u2019est ce qu\u2019exige la Coalition Québec vert Kyoto (CQVK) lorsqu\u2019elle demande à Québec d\u2019élargir les discussions et d\u2019entamer un véritable débat public sur nos objectifs économiques, sociaux et environnementaux.« Les promoteurs se réunissent en vase clos avec des représentants d\u2019Hydro-Québec et le ministre des Ressources naturelles, mais le gouvernement n\u2019a toujours aucune politique en matière d\u2019efficacité énergétique ni de plan d\u2019action afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre », déplore Richard Gendron de l\u2019Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN), une des voix souvent entendues devant la Régie de l\u2019énergie.Les perspectives d\u2019un Québec énergétique vert Encore une fois, la logique productiviste - certains diront néo-libérale - s\u2019impose comme seul et unique modèle de développement.Avec les conséquences que l\u2019on sait en terme de réchauffement de la planète.D\u2019aucuns se réjouiront du fait que nos balises démocratiques et la vigilance populaire ont permis de mettre à jour un imbroglio d\u2019enjeux globaux, liés à des projets d\u2019abord étudiés en cas par cas.Le projet du Suroît, par sa grossière inconséquence et l\u2019extraordinaire pied de nez qu\u2019il représente aux efforts citoyens pour contrer l'effet de serre, s\u2019est attiré la vindicte populaire.Nos dirigeants ont réussi le tour de force de mobiliser une 77 opposition comme jamais il en avait été vécu chez nous dans un dossier environnemental.Les suites de l\u2019aventure du Suroît permettront-elles de débattre des choix énergétiques dans la perspective de Kyoto ?C\u2019est en tout cas ce que souhaitent la cinquantaine d\u2019organismes sociaux regroupés sous le parapluie de la Coalition Québec Vert Kyoto.En organisant diverses activités de mobilisation, dont le Forum Populaire Kyoto (à Montréal, le 29 mai prochain), la Coalition entend « permettre à tous les citoyens de s\u2019exprimer dans un climat d\u2019ouverture et de discussion ».Sous leur impulsion, le Québec saura-t-il gérer sa demande, réduire sa dépendance face aux énergies centralisées, réaliser son plein potentiel d\u2019économies d\u2019énergie, mettre en valeur ses ressources éoliennes ?C\u2019est en tout cas là le vrai sens de l\u2019opposition actuelle au projet du Suroît.De Montréal à Kyoto, la communauté internationale nous interpelle.Bien que notre air d\u2019allée nous entraîne encore dans une toute autre direction, il n\u2019est pas trop tard pour prendre le virage de Kyoto.Pour en savoir plus : www.aqlpa.com http://www.regie-energie.qc.ca/audiences/3526-04/main MemoiresParticip3526.htm http://www2.ec.gc.ca/pdb/ghg/kyoto_protocoLf.cfm http://quebec-vert-kyoto.org 78 DOSSIER Jean-Marc Pelletier' LA NATIONALISATION DE L\u2019ÉLECTRICITÉ AU QUÉBEC: REPÈRES HISTORIQUES Avant-propos : le Québec depuis la nationalisation de l\u2019électricité La nationalisation de l\u2019électricité au Québec découlait de l\u2019urgence, à l\u2019aube des années 60, de corriger une situation chaotique qui nuisait au développement économique du Québec.Initiée par Jean Lesage à la suite d\u2019un mandat électoral obtenu en ce sens, elle conduit à la nationalisation des entreprises électriques opérant sur le territoire du Québec et à leur rétrocession à Hydro-Québec, à l\u2019exception des firmes Alcan et McLaren lesquelles conserveraient la propriété des centrales dont elles étaient propriétaires avant la nationalisation de l\u2019électricité.I\tLe tableau de l\u2019électricité avant la nationalisation II\tapparaissait donc intéressant, dans le cadre d\u2019une vaste étude réalisée, en 1997, afin d\u2019apprécier le contexte présidant à la déréglementation du secteur de l\u2019électricité mis de l\u2019avant en Californie, en Angleterre et dans plusieurs autres législatures, de resituer le contexte électrique, au Québec, avant la nationalisation, contexte qui a justifié l\u2019appropria- M.Sc.A, ing., Président, Syndicat professionnel des scientifiques de l'IREQ. 79 tion du capital hydroélectrique par les Québécois et l\u2019élaboration du pacte social électrique.m De grandes disparités dans les tarifs De nombreuses entreprises électriques opéraient à la grandeur du territoire du Québec, entreprises appartenant à des intérêts privés dans la plupart des cas.Ces entreprises s\u2019étaient établies, au gré des balbutiements de l\u2019électricité, sur des territoires qui leur avaient été cédés en exclusivité et opéraient sans cadre réglementaire aucun, ajustant leurs tarifs selon les indications et au seul bénéfice de leurs actionnaires.Ainsi, en i960, on dénombrait au moins 10 entreprises produisant de l\u2019électricité sur le territoire du Québec1 : \tPourcentage du marché %\tEnergie produite GWh Hydro-Québec\t32,4\t16,0 Shawinigan Power\t20,2\t10,0 Gatineau Power\t6,7\t3.3 Quebec Power\tn/d\tn/d Coopérative de Gaspé\tn/d\tn/d Cie de Pouvoir Bas Saint-Laurent\tn/d\tn/d Coopérative de Gaspé-Nord\tn/d\tn/d Ville de Rivière-du-Loup\tn/d\tn/d La Sarre Power\tn/d\tn/d Northern Quebec Power\tn/d\tn/d À l\u2019évidence, ces entreprises opéraient des sites hydrauliques dont le potentiel variait d\u2019une localisation à l\u2019autre, ce 1 L'énergie électrique, ressource mal exploitée ?, étude de Jean-Claude Paquet, publiée dans le quotidien La Presse du 5 au 16 mai 1962, p.1-2. 8o qui avait pour effet d\u2019entraîner une grande disparité dans les tarifs électriques.Ainsi, on obtenait la grille tarifaire suivante, pour certains centres urbains du Québec, en 19622 : Ville\tFournisseur\tCoût du kilowattheure (1962) C/kWh\tCoût du kilowattheure (actualisé en 1996) «t/kWh Montréal\tHydro-Québec\t1,23\t6,89 Québec\tQuebec Power\t1,22\t6,84 Shawinigan\tShawinigan Power\t1,46\t8,18 Hull\tGatineau Power\t0,89\t4.99 Lachute\tGatineau Power\t1,30\t7.29 Gaspé\tCoopérative de Gaspé\t2,63\t1474 Rimouski\tCie de Pouvoir du Bas Saint-Laurent\t2,38\t13.34 Mont-Louis\tCoopérative de Gaspé-Nord\t5.48\t30.72 Ri vière-du- Loup\tVille de Rivière-du-Loup\t2,20\t12,33 La Sarre\tLa Sarre Power\t2.53\t14,18 Noranda\tNorthern Quebec Power\t1,23\t5.61 Ce tableau est fort éloquent en ce qu\u2019il nous permet de constater que d\u2019importantes disparités existaient entre les régions du Québec, notamment les citoyens de Mont-Louis qui supportaient un tarif six fois plus élevé que les résidents de Hull.De plus, l\u2019actualisation de ces coûts démontre que les citoyens de Mont-Louis auraient supporté un tarif de 30,72
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