L'action nationale, 1 septembre 2004, Septembre
[" NATIONALE | Éditorial Par-dela la désinformation Robert Laplante\t2 Articles Le Québec l a échappe belle! Pierre-André Julien\t8 Lettre ouverte au Chef du Parti Québécois M.Bernard Landry Jean-Philippe Chartré\t13 La répression -Pierre Vàdeboncœur\t27 Le concept de guerre de représentation et son application ¦Charles X.Durand\t31 Dawson College & Concordia University : la « louisianisation » du centre-ville de Montréal ¦Christian Cagnon\t51 Dossier LE CÉGEP : UNE INSTITUTION MENACÉE Les cégeps : économiques, équitables et performants Pierre Fortin Nathalie Havet Marc Van Audenrode\t66 L\u2019avenir du collégial.Point de vue d\u2019une étudiante ¦ Maya Lussier-Séguin\t73 Le modèle des cégeps dans le collimateur du Parti libéral ¦Véronique Brouillette\t79 Les cégeps en péril ¦François Rochon\t90 Pour un réseau collégial inclusif ¦Mario Beaulieu\t106 Volume XCIV numéro 7 SEPTEMBRE 2004 Lire Les essais\t126 Livres reçus Courrier des lecteurs Index de nos annonceurs 150 151 \u201959 Estructura horizontal con 1/2 y hoja Horacio Sapere Technique mixte et collage sur toile Mallorca, 1994-95 162 cm x 130 cm Galerie Éric Devlin, Montréal 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1003, Montréal (Québec) H3A 3C5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue® action-nationale.qc.ca ad ministration @ action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directrice adjointe : Laurence Lambert.Comité de rédaction : Sylvain Deschênes, rédacteur et conseiller en communication ; Lucia Ferretti, professeure d'histoire ; Henri Joli-Cœur, administrateur ; Robert Laplante ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Monique Dumais, théologienne, Université du Québec à Rimouski ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Andrée Lajoie ; Simon Langlois ; Michel Seymour.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.Envoi de Poste -Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d\u2019envoi postal » Canada « Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada à notre adresse ». 2 ÉDITORIAL Robert Laplante PAR-DELÀ LA DÉSINFORMATION Il n\u2019est pas certain qu\u2019on puisse établir que l\u2019été morose que nous avons connu ait quelque chose à voir avec les désordres climatiques provoqués par les gaz à effet de serres.Une chose est certaine cependant, la Saison des idées du Parti Québécois a subi durement les effets toxiques de la désinformation distillée par Gesca.La lettre publiée dans La presse par Jacques Parizeau a été rien moins que détournée par un titre erroné qui ne pouvait avoir - et qui n\u2019a pas eu d\u2019autre effet - que de tenter de faire dérailler le débat sur la révision du mode d\u2019accession à l\u2019indépendance.En laissant entendre que Jacques Parizeau mettait de l\u2019avant une formule qui consisterait à rabaisser les standards démocratiques pour autoriser un gouvernement du Parti Québécois à tenter de faire l\u2019indépendance sans l\u2019appui de la majorité de la population, les Pratte et autres scribes à gages de Gesca façonnaient une chimère : l\u2019élection référendaire comme manœuvre pour piéger l\u2019électorat.Il n\u2019en fallait pas davantage pour que sévisse avec fureur l\u2019affligeante médiocrité du commentaire politique médiatique.Rien qui n\u2019aura pas été dit sur les cages à homard, les astuces et autres raccourcis pour mieux s\u2019inventer un adversaire méprisable et se donner le rôle de protecteur vertueux 3 de la Démocratie et du « pôvre » peuple.C\u2019est toujours la même histoire avec ce genre de récit : il sous-entend toujours que le peuple du Québec est à ce point fragile et niais que des séparatistes pourraient envisager de le manipuler sans vergogne.Heureusement que nous avons Ottawa, Gesca et de savants politologues pour nous préserver de ces manœuvres !.Jacques Parizeau n\u2019a jamais proposé de rabaisser les standards démocratiques.La synthèse des débats en cours qu\u2019il a fait ne visait qu\u2019à redire l\u2019importance d\u2019aller au fond des choses.Pour la millième fois, ce grand homme aura dû subir les réflexes de lynchage qui montent vite à l\u2019esprit étroit des petits caporaux qui plastronnent dans la bourgade.Pour peu qu\u2019on les examine avec intégrité et bonne foi, les positions en présence sont pourtant limpides et faciles à comprendre.Convaincus d\u2019avoir affaire à un État voyou qui ne reculera devant rien pour faire échec à notre libération nationale, les souverainistes cherchent la meilleure voie pour canaliser les forces et recueillir la légitimité nécessaire - c\u2019est-à-dire l\u2019appui de la majorité de la population - pour qu\u2019un prochain mandat du Parti Québécois nous conduise à l\u2019indépendance.Deux grandes avenues sont explorées, chacune d\u2019elle donnant lieu à deux options.La voie électorale simple, tout d\u2019abord.Une première position soutien qu\u2019un gouvernement du Parti Québécois ayant obtenu 50 % plus une voix pourrait déclarer l\u2019indépendance.Une seconde variante propose qu\u2019une coalition de partis souverainistes dont le total des appuis recueilleraient la majorité des voix autoriserait à proclamer l\u2019indépendance.Un pacte devrait être conclu entre ces partis avant l\u2019élection. 4 La voie référendaire, pour sa part, comporte aussi deux options.La voie étapiste du référendum consultatif est celle qui a été proposée par le rapport du chantier « Pays » du Parti Québécois.Le PQ se ferait élire avec l\u2019engagement de tenir un référendum consultatif dont le résultat engagerait une négociation avec le Canada.C\u2019est une version légèrement améliorée du statu quo, reconduisant avec quelques modifications les approches antérieures.Le référendum porterait sur une demande d\u2019appui à la souveraineté.Cette approche vise à forcer une reconnaissance Canadian.La seconde option référendaire est celle du référendum de ratification.C\u2019est la proposition de « Revoir le cadre stratégique ».Le P.Q solliciterait le mandat d\u2019utiliser l\u2019État pour préparer les institutions du Québec indépendant.Une constitution serait élaborée par une commission spéciale de l\u2019Assemblée nationale.C\u2019est cette constitution dont l\u2019article premier établirait que le Québec est un pays souverain qui serait soumise à référendum.Si le projet de constitution obtient la majorité des voix ce référendum devient exécutoire.Le Québec accède à son indépendance.Cette approche est centrée exclusivement sur le Québec, c\u2019est un acte d\u2019autodétermination.Ce débat ne vise pas seulement à repenser la manière d\u2019affronter l\u2019État Canadian.Pour beaucoup de militants, en effet, le renouvellement est aussi nécessaire pour surmonter la méfiance qu\u2019ils ont à l\u2019égard d\u2019un PQ dont l\u2019approche provinciale et la présence au gouvernement n\u2019ont pas suffi à contrer les intrusions et les exactions d\u2019Ottawa et dont la gouverne velléitaire a fait douter de la volonté et du courage à prendre l\u2019offensive pour briser le carcan Canadian.Le débat comporte donc un enjeu supplémentaire : combler le déficit de crédibilité d\u2019une élite politique qui a creusé un écart considérable entre les appuis au PQ et les appuis à l\u2019indépendance. 5 L\u2019orientation retenue ramènera ou écartera les militants abstentionnistes.Ils sont très nombreux à ne plus vouloir assister au spectacle désolant d\u2019un gouvernement dirigé par des souverainistes qui se lamentent, impuissants.La crainte de voir les efforts des quarante dernières années se noyer dans la consolation d\u2019une rhétorique grandiloquente multipliant les incantations pour mieux reporter le passage à l\u2019acte, joue très fort.Tout comme celle de voir le PQ s\u2019abolir dans une espèce d\u2019Union nationale post-moderne, devenir un parti d\u2019autant mieux disposé à donner préséance à toute sorte de bonnes causes (écologie, altermondialisme, etc.) qu\u2019il sera tenté d\u2019y dissoudre la conscience de se défiler devant les exigences de sa raison d\u2019être.C\u2019est au congrès de 2005 que les militants feront un choix qui risque bien de sceller le sort du mouvement indépendantiste pour la prochaine génération.Il faut souhaiter que ce choix sera celui du courage, de l\u2019audace et de la confiance en soi.Après quatre ans de régime Charest le Québec aura subi des torts considérables.L\u2019asphyxie fiscale aura fait son œuvre, le Canada aura poussé plus avant ses intrusions.Il faudra en sortir au plus vite pour préserver la cohésion sociale et notre capacité d\u2019agir en conformité avec nos intérêts nationaux.Un mandat de bon gouvernement ne voudrait dire qu\u2019un mandat pour continuer à disloquer le Québec.Il faut une approche qui permettra de réaliser la souveraineté selon un échéancier court, dans un seul mandat.Sur tous les domaines des affaires publiques, il faudra des gestes qui témoigneront du refus de se résigner, ne serait-ce que deux années de plus, à gérer le Québec avec les moyens que le Canada lui laisse.? %,\t* «h* Wu\tJ Economisez Æ! % sur le prix 5 en kiosque ! ¦ | I Recevez Le Devoir 1 A VOTRE U PORTE du lundi au samedi pour seulement 3 ,74$ par semaine ( taxes en sus) Abonnez-vous par téléphone, c\u2019est facile et rapide ! p Composez le (514) 985^3355 pour la région de Montréal, ou le 1 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.¦'\t* Prix basé sur l'abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot.*\t> jKI&.xv- \u2018 *2 4 &4 if&S- 18 i * Articles I Le Québec l\u2019a échappé belle ! -Pierre-André Julien\t8 Lettre ouverte au Chef du Parti Québécois, M.Bernard Landry -Jean-Philippe Chartré\t13 La répression -Pierre Vadeboncaeur\t27 Le concept de guerre de représentation et son application -Charles X.Durand\t31 Dawson College & Concordia University : la « louisianisation » du centre-ville de Montréal -Christian Cagnon\t51 Dossier LE CÉGEP: UNE INSTITUTION MENACEE Les cégeps : économiques, équitables et performants -Pierre Fortin Nathalie Havet Marc Van Audenrode\t66 L'avenir du collégial.Point de vue d\u2019une étudiante -Maya Lussier-Séguin\t73 Le modèle des cégeps dans le collimateur du Parti liberal -Véronique Brouillette\t79 Les cégeps en péri! -François Rochon\t90 Pour un réseau collégial inclusif -Mario Beaulieu\t106 Lire Les essais\t126 Livres reçus -\t150 Courrier des lecteurs\t151 Index de nos annonceurs\t159 8 Pierre-André Julien* LE QUÉBEC L\u2019A ÉCHAPPÉ BELLE ! Il y six mois les oligarques d'Ottawa derrière les Trudeau, Chrétien et Martin mettaient en place les derniers éléments de la longue stratégie depuis le « maîtres chez nous » de Lesage pour enfin sceller le sort des nationalistes québécois.La situation était particulièrement propice.Le Parti libéral de Jean Charest avait pris le pouvoir à Québec.Martin brillait de son auréole de bon ministre des Finances et de bon stratège pour avoir obligé Chrétien à laisser enfin la place.Mais, surtout, les coffres du Fédéral pour acheter les provinces regorgeaient des surplus cumulés par cette stratégie.On sait que le renouveau du mouvement indépendantiste au Québec s\u2019explique non seulement par l\u2019arrivée à la fin des années 1950 d\u2019une nouvelle intelligentsia, mais aussi par l\u2019affaiblissement du gouvernement central incapable de payer sa part des programmes à frais partagés et surtout d\u2019en développer de nouveaux pour imposer sa vision du Canada, sauf dans les provinces les plus pauvres comme celles de l\u2019Atlantique.Preuve en est, s\u2019il en faut, l\u2019arrivée du parti réformiste pour défendre les intérêts des provinces devenues riches comme l\u2019Alberta et la Colombie-Britannique.* Université du Québec à Trois-Rivières. 9 Trudeau avait pourtant tenté d\u2019accélérer la pression sur les provinces en créant année après année d\u2019énormes déficits.Mais les dures récessions de 1982 et de 1990-1992 l\u2019avaient obligé à freiner les ambitions fédérales et surtout avaient forcé le gouvernement de Mulroney à être encore plus dur envers les provinces, ce qui finalement explique l\u2019échec de Meech et de Charlottetown.Quand les Chrétien et Martin eurent repris le pouvoir, ils diminuèrent radicalement les paiements de transferts au nom de la guerre au déficit et détournèrent même la caisse d\u2019assurance-chômage (de son vrai nom) pour monter une énorme cagnotte afin de revenir au chantage vis-à-vis les provinces.De plus, Martin, minimisa systématiquement les surplus pour diminuer la dette et augmenter les surplus budgétaires par la suite et en même temps grossir cette cagnotte afin de préparer les nouvelles attaques en faveur de la centralisation des pouvoirs, comme on l\u2019a vu en éducation avec les bourses du millénaire et les chaires du Canada.Il était tellement sûr de sa position qu\u2019il pouvait même laisser tomber ses amis libéraux au Québec alors que Charest était prêt à se traîner à genoux afin d\u2019obtenir les milliards nécessaires pour appliquer son programme.On peut comprendre l\u2019arrogance des libéraux fédéraux avec, par exemple, la sortie, il y a quelques mois de Lisa Frula qui affirmait presque candidement que, puisque les citoyens manifestaient des besoins, il n\u2019était plus nécessaire de respecter la juridiction des provinces.Ce qui explique les grands thèmes de la récente campagne de Martin, thèmes qu\u2019il essaiera à nouveau de faire avaler aux premiers ministres des provinces : Ottawa sera prêt à verser enfin de l\u2019argent dans la santé ou dans les infrastructures municipales à la condition qu\u2019ils acceptent de négocier des conditions dites nationales et ainsi des contrôles du fédéral. 1IO Sauf que dans cette stratégie machiavélique inventée par le prince Trudeau, les penseurs d'Ottawa oublièrent deux choses primordiales.Premièrement, pour réussir un tel coup d\u2019Etat, il faut avoir une vision très claire de l\u2019avenir.Deuxièmement, il faut être suffisamment subtil et patient pour que l\u2019adversaire ne se rende pas compte qu\u2019il est en train de se faire complètement avoir.Ou en d\u2019autres mots, il faut pour cela des politiciens de qualité capables d\u2019éviter la petite politi-caillerie et surtout la corruption personnelle et de graduellement convaincre les citoyens du bien-fondé de leur stratégie.Or, d\u2019une part, Chrétien, qui avait adopté pourtant la vision de son maître à penser, Trudeau, a été incapable de tenir son gouvernement et ses copains loin de la caisse tout en se disant que la fin justifiait tous les moyens.D\u2019autre part, Martin, qui ne pouvait pas être ignorant des milliards coulés tant dans le cas des commandites ou dans l\u2019enregistrement des armes à feu, a été incapable de freiner ce vol des contribuables tout en ne comprenant rien aux réactions des citoyens se disant que trop était trop.Pour comprendre cet échec, utilisons un graphique simple pour tenter de mesurer cette qualité des politiciens à l\u2019aide de quelques exemples récents, graphique sur lequel chaque lecteur pourra multiplier les exemples et même faire varier les points.Dans ce dernier, la flèche verticale montre la capacité d\u2019incarner un idéal aux yeux des citoyens, alors que celle horizontale mesure la capacité de convaincre les électeurs.Ainsi, en prenant des exemples de politiciens québécois, tous peuvent facilement placer René Lévesque, qu\u2019ils soient d\u2019accord ou non avec l\u2019idéal qu\u2019il présentait, dans la position la plus à droite et en haut, étant donné qu\u2019il incarnait une idée du Québec qui dépassait sa personne avec, en même temps, un charisme qui a pu entraîner les foules. n Capacité à présenter une vision d\u2019avenir pour la société québécoise Jacques Parizeau Pierre Elliot-Trudeau René Lévesque jean Chrétien Paul Martin Jean Charest\tRobert Bourassa -?Capacité à convaincre les citoyens de voter pour son parti Pour sa part, Parizeau a toujours conservé un grand idéal mais avait de la difficulté à le vendre devant le simple citoyen à cause souvent de la complexité de son message.On peut donc le placer en haut mais plus à gauche du graphique.Au contraire, si Bourassa n\u2019avait pas une grande idée de l\u2019avenir du Québec, il était un débatteur extraordinaire, capable dans le même discours de promettre quelque chose et son contraire de façon que tous croyaient qu\u2019il représentait leurs intérêts ; ce qui lui a permis de rester au pouvoir deux mandats et de revenir pour un troisième.Avec Charest, on ne peut que le placer en bas à gauche, puisqu\u2019il ne peut entraîner quelque adhésion que ce soit, avec sa vision purement comptable, Dans le cas du fédéral, comme on l\u2019a dit, Trudeau avait une vision claire du Canada qui refusait l\u2019histoire des deux nations au Canada et même la société distincte ; bien que son cabotinage et son mépris des Québécois l\u2019ont finalement poussé à plein de petites magouilles.Chrétien, passé maître dans cet art du magouillage, sans conviction profonde et face à une caisse remplie, a fini par oublier son maître pour pousser le cynisme et la corruption à un tel niveau que 12 même Duplessis doit se retourner dans sa tombe ; il a pu tenir longtemps le coup parce que l\u2019opposition était très divisée, mais aussi parce qu\u2019il avait le sens du petit peuple pour lui faire accroire qu\u2019il les représentait bien avec sa médiocrité.Enfin, dans le cas de Martin, le problème est qu\u2019il est incapable d\u2019expliquer pourquoi il faut qu\u2019Ottawa s\u2019ingère dans les compétences provinciales ou pourquoi le fédéral ferait mieux que les provinces, alors que les citoyens savent qu\u2019il est en partie responsable du gâchis, par exemple, dans la santé et dans l\u2019administration de l\u2019assurance-chômage.D\u2019un autre côté, son message passe très mal parce qu\u2019il n\u2019a aucun charisme et qu\u2019il ne comprend même pas l\u2019objectif global de ses politiques, ce qui explique ses fréquents cafouillages durant sa campagne électorale.Bref, avec cette dernière élection, les Québécois en se tenant debout l\u2019ont échappé belle face à cette stratégie d\u2019envahissement accéléré du gouvernement fédéral des prérogatives des provinces.Le gouvernement Martin s\u2019est fait battre de façon magistrale au Québec.Non seulement, les citoyens ne pouvaient oublier les scandales dont on n\u2019a vu qu\u2019une petite partie, mais ils ont été incapables de comprendre pourquoi le fédéral devrait intervenir partout pour la simple raison qu\u2019il a l\u2019argent qui provient pourtant de leurs taxes.Mais, ce n\u2019est que partie remise avec ces fédéraux, et il reste encore bien du travail à faire pour retrouver la marge de manoeuvre qu\u2019avait développée Duplessis et surtout Jean Lesage et pour faire disparaître ce danger.? 13 ARTICLES Jean-Philippe Chartré* LETTRE OUVERTE AU CHEF DU PARTI QUÉBÉCOIS, M.BERNARD LANDRY Mon esprit en désordre à soi-même s\u2019oppose ; Je veux, et ne veux pas, je m\u2019emporte, et je n\u2019ose Corneille Monsieur, Je pense à vous alors que se termine le camp de formation des jeunes péquistes tenu à Québec du 13 au 15 août derniers.Deux événements ont attiré mon attention au cours de cette fin de semaine : premièrement, un groupe d\u2019individus de Notre-Dame-de-Grâce a fait publier un texte intitulé « Appel à Bernard Landry » dans Le Devoir, et, deuxièmement, l\u2019exécutif du Comité national des jeunes a proposé à notre assemblée le mémoire « Le Pays, Le Programme », riche d\u2019idées novatrices sur le parti.Les deux documents en question s\u2019opposaient de façon évidente.Dans le premier on déclare que vous n\u2019êtes « plus l\u2019homme de la situation » et on réclame une course à la chefferie, tandis que dans le second document, le CNJ nous met en garde contre ceux qui se donnent avant tout pour mission de ramener la question de l\u2019indépendance à des considérations pratico-pratiques (pragmatiques, dira-t-on, sans québécisme) : la comptabilité budgétaire et la gestion des finances publiques.Ce qui ne * Étudiant en littérature française, Montréal s\u2019applique pas à vous ni à votre équipe.À l\u2019instar d\u2019autres militants, je ne crois pas que l\u2019espoir soit interdit de penser que vous pourriez devenir l\u2019homme de la situation, advenant le cas où vous le décideriez prochainement.Cette éventualité, votre rachat volontaire en tant que Président du parti, serait d\u2019autant plus réjouissante quelle nous mettrait à l\u2019abri de la dérive ultime du mouvement souverainiste par la réduction d\u2019un problème de liberté politique aux enjeux chiffrés de l\u2019efficience gestionnaire.Nous vous tenons pour un économiste renommé, certes, mais aussi pour un ami de la culture, un disciple des grands professeurs canadiens-français d\u2019après mais aussi d\u2019avant (!) la Révolution tranquille - Groulx, Séguin, Brunet, Dumont et tant d\u2019autres -ceux qui ont pensé notre histoire et notre culture telles qu\u2019elles ont mûri depuis la fondation.C\u2019est parce que nous savons que la culture vient en principe avant et par-dessus les aléas de la réalité économique, que nous vous préférons à ce jour à tous les vendeurs de souveraineté.Qui n\u2019a déjà considéré, comme le CNJ l\u2019exprime si bien en son mémoire, qu\u2019il y a un « malaise autour du projet souverainiste » ?Qui n\u2019a déjà pressenti que notre problème à nous souverainistes n\u2019est pas et n\u2019a jamais été que nous ne savons pas vendre la souveraineté (allons, comme si c\u2019était une marchandise), mais que nous ne savons pas exercer la souveraineté au moment opportun et avec les outils disponibles ?La souveraineté soulagerait nos finances publiques, libérerait notre potentiel de développement économique, etc.Bien sûr, il faut le dire.Toutefois, certains voudraient troquer une cause qui engage « l\u2019être » pour une recherche d\u2019« avoir ».Je pense un peu à François Legault mais aussi à des idéologues comme Michel Venne qui expliquent la situation actuelle en termes d\u2019« avantages comparatifs » pour une société québécoise revenue des anciens penchants revan- 15 chards, libre de décider dès maintenant par référendum, entre le forfait Canadian et le forfait québécois.Et l\u2019on s\u2019étonne que les souverainistes ne soient pas motivés.Le CNJ a bien raison lorsqu\u2019il rappelle quelques faits dans l\u2019argumentaire qui suit la « Déclaration de principe » : Ils sont nombreux ceux qui croient que nous avons manqué notre chance, que la deuxième fois était la dernière, et qu\u2019il est temps -hélas dit-on souvent - de passer à autre chose.Et la défaitisme annonce l'indifférence envers un projet qui semble avoir épuisé son dynamisme interne.Voilà quelque chose qui menace très clairement le Parti Québécois.La lassitude envers un projet qui est trop souvent exposé de façon technocratique (.) Ce n\u2019est pas en multipliant les promesses de services publics ou en comptabilisant les avantages pour chaque ministère d\u2019un changement de statut politique,que nous convaincrons les Québécois de voter pour l\u2019indépendance du pays.Il y a un piège technocratique ou les souverainistes doivent éviter de tomber et qui consiste à épuiser la question nationale dans une querelle de compétences gouvernementales.Certes, nous n\u2019entendons pas ici suggérer de déserter complètement ce champ de l\u2019argumentation au service du projet national.(.) Toutefois, il faut bien spécifier le registre de ces arguments.Ils viennent soutenir notre quête d\u2019indépendance politique,ils ne viennent pas la fonder.Je vous sais un rempart contre la technocratisation à outrance et les vues utilitaristes.Votre décision d\u2019ouvrir les Chantiers de la Saison des idées, en ayant posé pour seules balises au débat la souveraineté et la social-démocratie, démontre votre respect pour les débats larges et ouverts accueillant les spé- cialistes, les techniciens, les militants autant que les simples gens ayant envie de « jaser PQ » comme au temps des fameuses assemblées de cuisine.Grâce à votre initiative la vie de la pensée a repris dans le mouvement et de nombreuses études critiques ont été menées sur l\u2019approche étapiste, problématique depuis son adoption en 1974.Ce fut aussi au cœur de la Saison des idées, en janvier dernier, que Robert Laplante publiait sa Proposition dans « Revoir le cadre stratégique ».C\u2019était là l\u2019événement central de la Saison des idées : l\u2019auteur y explique comment Ottawa a mis fin au dialogue avec le Québec en adoptant le Clarity Bill (« les souverainistes-partenairistes » n\u2019ont plus d\u2019interlocuteurs ») et comment l\u2019establishment du PQ refuse d\u2019en prendre acte pour se complaire dans les lamentations qui accompagnent inévitablement la gestion provinciale.À la suite d\u2019un résumé d\u2019une cruelle vérité des années Bouchard et de votre dernier mandat, vient une audacieuse démarche stratégique tracée dans ses grandes lignes.Il a proposé rationnellement aux militants souverainistes, peut-être pour la première fois dans notre histoire, une véritable politique de la décision souverainiste.Suite au camp de formation des jeunes, ce lundi 16 août, quel fut le bonheur des militants lorsqu\u2019ils lurent dans La Presse la lettre de M.Parizeau,venu en renfort pour alimenter le débat que vous nous avez demandé en ouvrant la Saison des idées.Pendant la durée du camp de formation, les députés influents, Turp, Legault et Marois firent mine d\u2019utiliser le nouveau discours non-étapiste et d\u2019échanger avec des jeunes qui renoncent à l\u2019attentisme traditionnel.Vous-même Monsieur Landry vous êtes venu à Québec deux jours plus tôt pour discourir sur la mondialisation et l\u2019engagement politique en ayant la générosité de ne pas vous positionner sur la question stratégique afin, je présume, de nous 17 laisser réfléchir pour le bien du mouvement.J\u2019avais déjà été comblé par votre respect des débats lors de votre discours suite à la tenue du Chantier Pays dans Montréal-Centre, au printemps dernier.Ce jour-là, vous aviez déclaré trouver l\u2019apport stratégique de Robert Laplante intéressant, sans dire si vous étiez en désaccord et pourquoi, sinon en lui lançant dans une boutade rieuse un commentaire du genre : « C\u2019est très, très intéressant.Merci beaucoup, mais il y a trop de choses dans votre proposition ! ».En considérant votre retenue attentive et la générosité de la contribution intellectuelle de Parizeau, j\u2019ai trouvé magnifique ce spectacle de l\u2019ancien chef et de son ancien second, devenu le nouveau leader, s\u2019entraidant fraternellement pour qu\u2019un débat démocratique ait lieu dans le parti.Depuis la parution du beau livre de Pierre Duchesne, nous savions déjà que Parizeau appuie ce qu\u2019André Pratte désigne sous le terme imprécis d\u2019« élections référendaires ».Néanmoins, que je sache, Monsieur ne s\u2019était pas encore prononcé sur le sujet, seulement une petite phrase dans un article intitulé « Qui sommes-nous ?Où allons-nous ?».Celui qui nous a presque conduit à la victoire en 1995 a renchérit sur la nécessité de trouver une alternative au troisième référendum face aux procédés illégaux du Canada-anglais durant les campagnes et surtout, face au sabotage calculé du rendez-vous référendaire par le Clarity Bill.Ah les débats sont brillants et vivifiants dans le parti, réjouissons-nous ! Mais Monsieur Landry, que s\u2019est-il passé suite à la parution de l\u2019article de Parizeau ?Vous avez soudainement quitté votre bienveillante neutralité face aux nouvelles idées pour réitérer devant les journalistes au nom du parti les anciennes positions étapistes, le tout en ayant l\u2019air de dire que les militants qui défendent le référendum ratificatif ne sont pas démocrates autant que les ténors de l\u2019étapisme.J\u2019ai i8 été très déçu, je ne vous le cache pas.Vous n\u2019avez pas apporté ne serait-ce qu\u2019une esquisse de réponse aux questions soulevées par les « enclenchistes ».Vous vous êtes cantonné dans la vertu de façade du bon disciple de René Lévesque, au fait de l\u2019usage référendaire répandu dans les pays développés.Admettez que c\u2019était un discours venteux face aux doutes qui tiraillent tant de militants face aux possibilités de gagner un prochain « cycle étapiste ».Ou alors pensez-vous incarner la sagesse face à des masses de militants excités ?Pourquoi ne pas leur répondre dans ce cas par les arguments que vous dicte la raison par rapport au contenu précis des débats en cours partout dans le parti.Pardonnez-moi Monsieur, ce que je viens de dire est sans doute malhonnête.Si vous êtes devenu le Chef du parti, c\u2019est parce que votre action publique, contrairement à la majorité des hommes, est régie non par des dogmes aveuglément suivis, ou par des pulsions bestiales, mais par le cheminement d\u2019une pensée en quête de son objet, alimentée par des concepts clairs et des maximes justes.Vous avez donc tout cela qui donne la maîtrise du monde et la capacité de saisir l\u2019occasion dans le flot des circonstances.Je comprends votre réaction médiatique, si déplaisante, lorsque je me réfère à ce que vous dites dans vos essais regroupés sous le titre La cause du Québec1.Vous y affirmez que « le Parti Québécois doit adopter la ligne de la fidélité, dans le respect absolu du rythme d\u2019évolution du Québec ».Ceci n\u2019est pas qu\u2019une phrase à la sauce Claude Morin, c\u2019est-à-dire avancée sciemment pour diluer notre volonté de rupture politique avec le Canada.Car vous êtes bel et bien inconfortable dans la gestion de la Province de Québec : « Depuis cinquante ans nos Premiers ministres ont vu leur action réduite, entravée ou annulée par l\u2019inadéquation entre ce que l\u2019on attend d\u2019eux 1 Landry, Bernard, La cause du Québec, Montréal, VLB, 2002. 19 comme dirigeants nationaux et les moyens provinciaux qu\u2019on leur concède ».Après tout, vous vous dites, « le système n\u2019est pas le goulag » ; « il respecte les libertés individuelles ».Il s\u2019agit pour vous de respecter un peuple en recherche dont la volonté est complexe.Vous croyez qu\u2019il « n\u2019y a pas de raison de rechercher un climat de tension avec le reste du Canada.» Vous évoquez « la droiture et l\u2019honnêteté » de Lévesque.Enfin, vous vous êtes déjà fait une opinion sur les militants favorables à une élection référendaire : « les tenants d\u2019un « courage » (vous mettez courage entre guillemets) aussi admirable que difficilement imitable ».Je me rappelle que Lévesque, dans une lettre à Camille Laurin, qualifiait l\u2019élection référendaire ou quasi-référendaire « d\u2019oiseuse fuite en avant d\u2019une pseudo-avant-garde ».Le fondateur du parti suspectait un certain milieu d\u2019élite de vouloir la souveraineté pour son propre plaisir intellectuel.Je comprends tout cela, votre pensée est comme rivée à la même évaluation depuis le temps de Lévesque et de Morin.Pourtant, sur d\u2019autres thèmes, vous évoluez d\u2019année en année.Parfois vous abandonnez certaines idées qui étaient les vôtres et qui ont été dépassées par les événements.Je pense, par exemple, à votre proposition d\u2019imiter ici en Amérique du Nord, avec le Canada anglais, le modèle d\u2019union politique des nations d\u2019Europe de l\u2019Ouest : « notre avenir national repose dans la création d\u2019une union Canada-Québec binationale et de type confédéral.» De cette idée singulière, qui je crois, ne figure pas dans notre Programme officiel, on ne vous entend plus parler ; vous avez changé votre vision des choses.Vous avez aussi accepté de contribuer à la modernisation de la stratégie référendaire de 1980 à 1995.Tout le monde s\u2019accorde pour dire qu\u2019il était judicieux en 1995 de consulter la population québécoise, non plus pour obtenir un mandat de négocier, mais pour leur 20 demander d\u2019appuyer le projet de souveraineté avec offre de partenariat.Il faut dire que bien des événements s\u2019étaient écoulés depuis 1980 - rapatriement unilatéral de la Constitution Canadian, Meech, Charlottetown.- les vieilles méthodes n\u2019étaient plus de mise ; vous et Jacques Parizeau et n\u2019avez pas été lents à le comprendre.Les grands politiques savent tous qu\u2019il faut être absolument modernes ; souvent ils doivent lutter contre les politiciens accrochés aux visions dépassées qui leur permettent de maintenir leur pouvoir personnel.Charles de Gaulle, dans ses mémoires, raconte sa lutte au sein de l\u2019Armée française afin de développer des divisions de chars blindés adaptées aux nouvelles technologies militaires.On s\u2019en rappelle avec tristesse, durant la décennie des années trente, l\u2019establishment français avait conservé une vision de la guerre rattachée à l\u2019ancienne réalité, celle des tranchées et des fronts figés par l\u2019artillerie.Pétain et consorts, refusant la nécessité du changement sous prétexte de fidélité aux succès de l\u2019ancienne guerre, menèrent sereinement la France à la défaite, en ayant refusé de rénover le cadre stratégique de l\u2019organisation dont ils avaient la responsabilité.Heureusement, vous vous référez plus souvent au Général de Gaulle qu\u2019à Pétain.J\u2019ai donc espoir que, très bientôt, vous déclarerez que vous renoncez à la Loto politique (les conditions gagnantes), à la divination numérique (un référendum dans cinq cent jours, mille jours, deux mille jours), au jeu de farce et attrape (« jamais moi, premier ministre, ne dépenserai un sou d\u2019argent public pour réaliser l'objectif pour lequel vous m\u2019avez élu »).Vous ferez vôtre également, le topo du Boeing au décollage avancé brillamment par François Legault : avant de décoller l\u2019équipe aux commandes doit s\u2019assurer qu\u2019il y a assez de gaz dans l\u2019avion.L\u2019image de Legault fait-elle référence à votre image de février 1994, celle du Boeing qui dispose d\u2019un cours laps de temps pour annuler son décollage ?Je l\u2019igno- 21 re, mais je vois dans l\u2019image utilisée par Legault un exemple de la nouvelle vision orientée non plus selon la stratégie attentiste traditionnelle, mais par une stratégie volontariste basée sur l\u2019atteinte des objectifs formulés.Nous, jeunes militants ne voudrions pas trop vous pousser en avant de façon impolie ; cependant vous ne devez pas ignorer que nous attendons depuis un bon bout de temps que vous réagissiez au nouvel ordre Canadian décrété par le Clarity Bill.C-20 vient saboter l\u2019expression de la démocratie québécoise pour le compte de la raison d\u2019État Canadian ; Ottawa envahit notre espace décisionnel.et vous nous dites que tout va bien, que nous allons vers le succès ! Vous n\u2019avez pas contre-attaqué dans l\u2019affaire de la Loi sur les jeunes contrevenants, de même dans le pillage de Chrétien et Martin dans la Caisse d\u2019Assurance-Emploi.Vous attendiez.Pas par peur des conflits, je sais bien, mais parce vous agissiez selon les conclusions logiques propre à la pensée étapiste qui est encore la vôtre.Il ne sert à rien et il est probablement injuste de vous traiter de bon-ententiste ou d\u2019ambitieux politicien qui se complaît dans un poste de Premier ministre provincial.C\u2019est que vous trouvez, comme Gilles Duceppe, que la patience démocratico-référendiste du mouvement souverainiste québécois est en soi une chose remarquable et digne d\u2019être cultivée.Vous fondez votre passivité apparente sur l\u2019idée qu\u2019il nous faut accepter, nous les souverainistes modernes, « les délais imposés par la démocratie elle-même », toujours avec le dessein de « travailler à suivre la voie tracée par René Lévesque.» Vous conduisez le parti, comme il se doit, selon votre raison, et j\u2019espère que cela va continuer jusqu\u2019à l'indépendance.Cependant, là ou les jeunes indépendantistes ressentent un profond malaise, c\u2019est lorsque qu\u2019ils vous demandent ce que vous comptez faire pour contrer les gestes anti-démocratiques du fédéral, et que : i) vous ne faites que vous lamenter devant eux, en 22 oubliant qu'ils attendent de vous une décision 2) vous vous emportez contre ceux qui proposent des moyens pour que nous ne nous fassions pas rouler une troisième fois lors du prochain référendum, en les démonisant par la suggestion qu\u2019ils sont « non-démocrates » ou « moins-démocrates » 3) vous accréditez la thèse des fédéralistes voulant que ceux qui, avec Jacques Parizeau, veulent en réalité un nouveau type de référendum, prétendent faire le souveraineté sans une majorité d\u2019appui dans l\u2019électorat 4) vous essayez publiquement de marginaliser vos militants qui se plaignent parce qu\u2019ils pensent que nous allons vers un cul-de-sac sans répondre à leur argumentaire.Pendant ce temps nos adversaires nous soufflètent et vous décidez que nous mourons tous d\u2019envie de tendre l\u2019autre joue.Dans ces moments vous n\u2019êtes plus fidèle à vos valeurs démocratiques et agissez contre votre propre règle politique.La démocratie valorise le dialogue et dans un dialogue, à un argument on apporte un contre-argument.Dans un dialogue l\u2019interlocuteur qui refuse d\u2019envisager lucidement les faits est discrédité.Il semble qu\u2019on ait repris dans les débats sur la rénovation stratégique, la vieille inaptitude canadienne-française au dialogue politique sans a priori, sans procès d\u2019intention, difficulté que relevait Hubert Aquin dans sa « Fatigue culturelle du Canada-français ».Son texte répondait point par point aux arguments de Pierre Trudeau contre le nationalisme.Ce dernier n\u2019a jamais eu l\u2019amabilité de répondre à Aquin.En effet, Pierre Trudeau, du côté du pouvoir établi, n\u2019avait pas avantage à débattre, ses conclusions précoces lui servirait à bâtir le Canada unitaire en contrant le nationalisme québécois.Démoniser plutôt que dialoguer lui était utile.Nous avons fait des progrès comme société et je suis sûr que vous n\u2019imiterez pas Trudeau.Bientôt, au contraire, vous nous communiquerez réellement les arguments qui vous autorisent à croire que l\u2019élection du Parti Québécois ne lui confère pas la 23 légitimité pour mettre en place l\u2019appareil administratif et législatif nous permettant d\u2019accéder à la souveraineté par un référendum sur une constitution.Nous apprendrons par la même occasion les motifs qui vous laissent penser que le cadre stratégique ne doit pas être modernisé, en dépit du fait que le Canada essaie de fausser l\u2019exercice référendaire.Dépêchez-vous de nous rassurer que notre capitaine n\u2019est pas aveugle et qu\u2019il n\u2019aime pas tourner en rond de cycle étapiste en cycle étapiste.Votre idée d\u2019un comité d\u2019observateurs internationaux est insuffisante.a ?Dans un autre ordre d\u2019idées, j\u2019aimerais vous suggérer une lecture d\u2019honnête homme junior à honnête homme sénior.Dans les pays avancés, les spectateurs et les acteurs de l\u2019actualité se référent à des thèmes littéraires en temps de crise.Prenez l\u2019invasion de l\u2019Irak, à cette époque dans les salles de spectacle de plusieurs villes d\u2019Occident, on a joué Lysistrata, histoire de femmes grecques protestant contre l\u2019entrée en guerre de leurs maris belliqueux.Je pense donc à votre situation tandis que je termine la lecture du Cinna de Corneille.Fait remarquable, votre prédécesseur le marquis de Montcalm lisait les pièces de Corneille comme lectures de chevet pendant ses années de combat en Amérique.La pièce qui a retenu mon attention raconte, en gros, la conjuration ratée de Cinna et les tribulations psychologiques d\u2019Octave Auguste, parvenu au faîte du pouvoir.L\u2019histoire se situe au moment où Rome est en voie de parvenir à son apogée, après les dernières guerres civiles.Cinna prétend aux autres conjurés qu\u2019il faut éliminer Auguste pour sauver la République, alors qu\u2019il est mû par de mesquins calculs personnels.Auguste quant à lui, ne sait pas s\u2019il doit restaurer la 24 République ou asseoir son Empire : imiter Sylla ou César.Il s\u2019en confesse publiquement : il est arrivé au bout de ses ambitions et il ne sait plus quoi faire, le temps est venu pour lui de consulter les siens.Au palais, hormis une minorité d\u2019alliés, sa femme Livie et ses domestiques, tout le monde complote contre lui.Il apprend au fur et à mesure que tous ses conseillers trahissent en secret sa confiance.Auguste est bouleversé un moment (IV, II, v.1121-1122) Ciel, à qui voulez-vous désonnais que je jie Les secrets de mon âme, et le soin de ma vie ?Puis, dans la solitude, il a le courage de méditer sur lui-même (IV, II, v.1130-1132) Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre, Quoi, tu veux qu\u2019on t\u2019épargne et n\u2019a rien épargné ! Songe auxjleuves de sang ou ton bras s\u2019est baigné, etc.etc.C\u2019est là le passage célèbre des remords d\u2019Octave Auguste, première étape de son rachat comme chef.Celui qui se perçoit bienfaiteur de Rome se remémore notamment qu\u2019il a plongé son couteau dans le dos de son tuteur C.Torainus.(IV, II, v.1137-1147) Remets dans ton esprit après tant de carnages De tes proscriptions les sanglantes images, Ou toi-même des tiens devenu le bourreau Au sein de ton Tuteur enfonças le couteau Et puis ose accuser le Destin d'injustice Quand tu vois que les tiens s\u2019arment pour ton supplice Et que, par ton exemple à ta perte guidés Ils violent des droits que tu n'as pas gardés.Leur trahison est juste et le Ciel l\u2019autorise, 25 Quitte ta dignité comme tu l\u2019as acquise, Rends un sang infidèle à l\u2019infidélité Ultimement, Auguste confronte les conjurés et là, il se produit quelque chose : l\u2019Empereur, désempare, par son travail sur lui-même et la contemplation courageuse de sa propre déchéance comme maître de Rome, retrouve tout à coup son aplomb et sa grandeur.(V, III, v.1696-1698) Je suis maître de moi comme de l\u2019Univers.Je le suis, je veux l\u2019être.Ô Siècles, ô Mémoire, Conservez à jamais ma dernière victoire Cinna reçoit le consulat pour l\u2019année suivante et la main d\u2019Emilie (la fille du Tuteur poignardé).Auguste se montre si magnanime devant les conjurés que leurs haines féroces se convertissent en soif de servir celui qui vient de réaffirmer son autorité par des actes de générosité.Emilie déclare : (V, III, v.1725-1728) Ma haine va mourir, que j\u2019ai crue immortelle, Elle est morte et ce coeur devient Sujet fidèle, Et prenant désormais cette haine en horreur, L\u2019ardeur de vous servir succède à sa fureur.Auguste prouve ainsi que c\u2019est la Providence qui l\u2019a mis à la tête de l\u2019Empire, qu\u2019il est inviolable.Sa femme Livie est présente à ce dénouement (V, III, v.1773-1776).Elle est frappée par les dieux d\u2019un « rayon Prophétique » et se met à rendre un oracle -Auguste aura désormais « l\u2019art d\u2019être maître des coeurs » : Et la Postérité dans toutes les Provinces Donnera votre exemple aux plus généreux Princes. 26 Ainsi se termine la pièce que le dix-septièmiste Georges Forestier surnomme « le drame du pouvoir vieillissant ».Le contexte de départ est celui d\u2019un univers de duplicité généralisée, de cachotteries, de flatteries, d\u2019applaudissements forcés et de complots.Par son acte miraculeux qui prouve qu\u2019il est souverain, Auguste rallie ses ennemis et crée la concorde.Forestier résume bien son geste : « son effort sur soi, sur sa nature (prévisible), le lave de sa souillure.» Suite à cette ultime crise, tout le monde oublie le passé pour franchir l\u2019An I du nouveau régime.Je ne vous ennuie pas davantage avec cette lettre Monsieur Landry, j\u2019espère seulement que vous pourriez ressembler à Octave Auguste tel que Corneille l\u2019imaginait (à travers Tite-Live et Montaigne).Ceci nous éviterait le risque de devoir accepter une direction politique souverainiste efficace et volontariste, mais qui ne prendrait pas en compte les enjeux identaires et culturels qui fonde nos combats politiques depuis la Conquête.Je crois beaucoup à « l\u2019alliance inter-générationelle ».Rétablissez vos liens avec les jeunes.Veuillez recevoir toutes mes respectueuses salutations et celles des jeunes militants inquiets.? 27 ARTICLES Pierre Vadeboncœur* LA RÉPRESSION La France et l\u2019Allemagne doivent se féliciter de n\u2019avoir pas à prendre part à la répression en Irak, n\u2019ayant pas participé à la conquête et n\u2019étant pas aujourd\u2019hui sur les lieux malgré les invites américaines.La répression est la pire des choses.Tout pays l\u2019ayant pratiquée y a laissé son nom.La répression est nécessairement odieuse.On peut aisément dire pourquoi.Presque toujours elle est au service d\u2019une injustice.Au contraire, il n\u2019y a pas de rébellion (non fomentée par la CIA.) qui ne défende quelque droit contre l\u2019arbitraire et le cynisme.Les 5 et 6 août, trois cents Irakiens seraient morts sous les tirs de l'armée d\u2019occupation à Najaf, et des dizaines d\u2019autres ailleurs, selon Le Devoir du 7.J\u2019écris cet article au lendemain de l\u2019événement.La guerre d\u2019Irak a déterminé une série d\u2019effets qui sont comme une mécanique.Fatalement, depuis l\u2019invasion, la résistance s\u2019est manifestée, et fatalement l\u2019occupant a répliqué.Une armée ne se laisse pas sortir, mais alors - c\u2019est la logique des choses - U lui faut être prête à tous les excès, emprisonner, tuer, lâcher les chars et les canons dans les rues, faire donner l\u2019aviation contre des habitations.Essayiste. 28 La résistance irakienne s\u2019appelle véritablement la Résistance, et la répression relève de l\u2019oppression.Voici les États-Unis gracieusement dans le rôle d'une force militaire maintenant chargée des oeuvres d\u2019une police illégitime et pratiquant le massacre, le massacre promu par le fait même au rang d\u2019une technique du métier des armes.Cela rappelle des souvenirs.La situation provoquée par l\u2019arbitraire d'une invasion ressort en bout de ligne sous la forme d\u2019une sale lutte, apothéose d\u2019une campagne militaire qui n\u2019avait aucune justification pour elle.Voilà la « paix » promise et annoncée, voilà la « démocratie » introduite par une incessante série de mensonges aujourd\u2019hui avérés.C\u2019est ainsi que l\u2019histoire se creuse : par une suite d\u2019événements découlant les uns des autres, action, réaction, action derechef, en aval de la cause première, celle-ci injuste depuis le début.L\u2019élément causal premier se fractionne en autant d\u2019effets secondaires devenant causes à leur tour et dans lesquelles on n\u2019a plus que le choix d\u2019entrer soi-même, charrié désormais par les circonstances, notamment dans l\u2019abîme de la répression.Les États-Unis sont maintenant dans la condition d\u2019avoir à réagir à des faits indépendants de leur volonté mais dont ils sont néanmoins les premiers responsables.La situation leur échappe mais ce sont eux qui l\u2019ont amenée.Une puissance d\u2019occupation est prisonnière de son crime.Assaillante, maintenant assaillie.Comme les Nazis en France.Comme la France en Algérie jadis.Elle ripostera donc.Cette logique n\u2019a pas de fin. 29 Voilà donc l\u2019Amérique dans un rôle assez ignoble.Elle ne peut que s\u2019enfoncer dans le méfait.C\u2019est ce dont nous allons être témoins probablement de plus en plus.En pareille situation de violence, le droit d\u2019abord foulé aux pieds par l\u2019extrême-droite guerrière reprend son ascendant.Alors on voit encore mieux que le gouvernement américain n avait pas le droit de déclarer la guerre.Des lendemains honteux nous en assurent on ne peut plus clairement.On haïssait l\u2019invasion.On hait encore davantage, si c\u2019est possible, les suites sordides de celle-ci, qui, à leur tour, colorent rétroactivement à leur image l\u2019agression de 2003.Cette guerre était étrangère à tout principe.L\u2019assaillant ne saurait, en fait de principes, en alléguer après coup.La guerre d\u2019Irak traîne après elle une kyrielle d\u2019indignités (d\u2019ailleurs pas toutes le fait de l\u2019envahisseur), inscrites dans la série des causes et des effets.La guerre soi-disant terminée se prolonge donc et se montre plus crûment dans tels développements sur le terrain que dans son fait premier.Elle a cessé d\u2019être abstraite et mesurée du haut des airs.Pour la force « multinationale », il s\u2019agit maintenant d\u2019écraser l\u2019ennemi et non plus de le vaincre, car c\u2019est déjà fait.On en est à la phase de l\u2019écrasement.Voilà donc la nouvelle mission de l\u2019armée.C\u2019est une mission d\u2019extermination des Résistants.Elle accompagne d\u2019ailleurs, double noblesse, la mission de faire main basse sur les richesses du pays.Beaux rôles pour une démocratie en armes dans un pays vaincu, et qui prêche ! Cela continue une aventure qui n\u2019aura été qu\u2019un beau chapelet de turpitudes : guerre décidée dans les conseils d\u2019administration des pétrolières, mensonges publics incessants pour la soutenir, invasion sans droit ni raisons valables, vol des 30 ressources du pays envahi, atteintes fondamentales au système de droit international et national, impérialisme menaçant l\u2019équilibre du monde, programme de guerres à venir visant encore, comme par hasard, les sources d\u2019énergie.Il s\u2019agit présentement de maintenir une occupation, renforcée par le régime fantoche Allaoui, création de l'occupant.Ce régime s\u2019appuie, pour son propre maintien, sur la force des armes en contrôle du pays, combinaison parfaite.Le gouvernement-créature soutient en retour la présence ainsi légitimée des Américains, laquelle, charmant échange, maintient à bout de bras par sa puissance de feu ce soi-disant gouvernement « démocratique » et « souverain ».Cela se voit à l\u2019œil nu, à travers les violences de la répression et le discours d\u2019un premier ministre de service.? 3i ARTICLES Charles X.Durand* LE CONCEPT DE GUERRE DE REPRÉSENTATION ET SON APPLICATION L\u2019une des grandes difficultés pour prendre des décisions en politique est d\u2019avoir une représentation adéquate de la situation qui doit être décrite à l\u2019aide d\u2019un vocabulaire adéquat.Plus généralement, une réponse à un problème donné, quel qu\u2019il soit, ne peut être fournie que si ce dernier est bien posé, c\u2019est-à-dire défini dans un langage mobilisateur qui fasse prendre conscience de son importance et des enjeux associés à sa résolution.C\u2019est ainsi qu\u2019est apparu autrefois le concept de guerre économique qui a fait prendre conscience que les buts de la guerre traditionnelle pouvaient être souvent atteints par le biais d\u2019armes économiques et de stratégies commerciales.Selon la célèbre formule de Clausewitz, ce nouveau type de guerre était toujours « la poursuite de la politique par d\u2019autres moyens ».Parfaitement cadré aujourd\u2019hui, le concept de guerre économique est fort utile, puisqu\u2019il permet d\u2019en appréhender les mécanismes, de les comprendre et de se défendre efficacement.Toutefois, sans être périmé, le concept de guerre économique est devenu insuffisant car on assiste à l\u2019émergence massive de nouveaux moyens d\u2019atteindre les buts de la guerre traditionnelle.Dans les pays Directeur de l\u2019Institut de la Francophonie pour l\u2019Informatique. 32 développés, le champ de bataille a été remplacé par la conquête des marchés mais aussi et surtout celle des esprits.Le plus souvent, on fait la guerre pour conquérir et, dans toute guerre de conquête, les buts sont la destruction de l\u2019économie de l\u2019adversaire, la destruction de sa résistance morale et de son identité.Enfin, la soumission et l\u2019assimilation de l\u2019adversaire qui passe du statut d\u2019ennemi à celui d\u2019État satellite.La destruction de l\u2019identité amène, ipso facto, à la capitulation irréversible des populations conquises et leur soumission inconditionnelle par le processus dit « d\u2019assimilation », processus dans lequel les vaincus s\u2019identifient désormais à leurs vainqueurs et qui se tait toujours sur un fond d\u2019amnésie historique généralisée.Les vaincus apparaissent alors comme étant lobotomisés, ayant perdu leur sens critique et acceptent leur condition « de plein gré ».Une conquête a pour but la mise en place de structures hégémoniques.Par définition, l\u2019hégémonie établit que les injustices sont intériorisées et donc considérées comme naturelles et légitimes, aussi bien par les membres du groupe dominant que par ceux du groupe dominé.Elle se traduit donc par la mise en place d\u2019idéologies, de structures et pratiques qui sont utilisées pour légitimer, mettre en œuvre et reproduire une division inégale du pouvoir et des ressources.L'alternative à la guerre physique est-elle un jeu ?S\u2019il est généralement admis que la guerre physique entre des nations développées toutes dotées d\u2019armes de destruction massive ruinerait l\u2019agresseur autant que l\u2019agressé, il en va tout autrement pour les autres formes de guerre que l\u2019on considère plutôt comme des jeux d'adultes.« Que le meilleur gagne ! » entend-t-on souvent dire.Malheureusement, la guerre n\u2019est jamais un jeu puisque son but est toujours la 33 mise en place de structures hégémoniques qui s\u2019appliquent inéluctablement au détriment du vaincu.La guerre traditionnelle laissait souvent intact l\u2019esprit de revanche mais nous verrons que, par leur nature même, les autres formes actuelles de guerre sont, au contraire, en mesure de l\u2019inhiber efficacement et durablement.Aujourd\u2019hui, une nation, les États-Unis, mène des actions offensives sur plusieurs théâtres d\u2019opération et ce que le sociologue Emmanuel Todd1 2 désigne par « micromilitarisme théâtral » est effectivement du théâtre, mais les Américains n\u2019ont, à ce titre, rien inventé.Le prestidigitateur de renommée internationale Robert Houdin fut envoyé en Algérie en 1856 pour consolider l\u2019influence française en se produisant sur des scènes de théâtre.Il s\u2019agissait d\u2019éblouir les marabouts qui constituaient, à l\u2019époque, la plus farouche opposition à l\u2019occupation française en leur montrant leur inéluctable infériorité devant la magie de Robert Houdin ! En effet, une fois l\u2019adversaire convaincu de son infériorité, la partie est presque gagnée car c\u2019est de cette infériorité qu\u2019usera le futur suzerain, pour vassaliser l\u2019adversaire.L\u2019induction d\u2019un complexe d\u2019infériorité chez l\u2019adversaire est une stratégie très habile car, ensuite, on n\u2019a plus besoin de manipuler les pensées du vaincu.Ce dernier se reprogrammera lui-même, dans un sens favorable au suzerain.Carter G.Woodson, un sociologue américain célèbre, écrivait : « Si vous pouvez manipuler les pensées d\u2019un individu, vous n\u2019avez pas à vous inquiéter de ses actions futures.Si vous arrivez à obtenir d\u2019un homme qu\u2019il se sente inférieur à vous, vous n\u2019avez pas à l\u2019obliger d\u2019accepter un statut inférieur car il le fera automatiquement de lui-même ».Ces observations 1\tVoir « Après l\u2019empire », Gallimard, 2002.2\tII s\u2019agit là d'une des meilleures descriptions de la tyrannie qui dévoile le secret de la connivence scandaleuse souvent existante entre victimes et bourreaux. 34 sont anciennes.Etienne de la Boétie les avait déjà consignées dans son « discours de la servitude volontaire2 », publié en 1574.Cette reprogrammation psychique soumettra l\u2019individu, toujours plus, aux volontés du suzerain ! Les États-Unis sont passés maîtres dans l\u2019application de cette technique, après la seconde guerre mondiale.Un exemple banal du complexe d\u2019infériorité induit à des fins stratégiques est mis en évidence par la percolation progressive de la langue anglaise en Europe occidentale et dans de nombreux autres pays.Désormais, tous ceux qui ont été conditionnés à se sentir « inférieurs » ont immédiatement recours à des termes anglais, dont ils parsèment leurs discours dans leur grotesque tentative de faire partie du peuple qu\u2019ils perçoivent dominant, espérant peut-être obtenir un strapontin dans les institutions du nouvel ordre mondial3 4.C\u2019est souvent à l\u2019utilisation de mots anglais, dans le discours, que l\u2019on peut se prononcer sur le degré de l\u2019atteinte psychique identitaire d\u2019une personne quelconque! Utiliser l\u2019anglais, se donner un nom anglais, c\u2019est montrer que l\u2019on est dans le vent et associé à « la puissance dominante » (pour éviter la désignation politiquement incorrecte de « puissance colonisatrice ») pour le plus grand bien de tous.La reprogrammation psychique amène une acceptation presque spontanée, évidente, des « vérités » épandues par le vainqueur et, parallèlement, un très net affaiblissement du sens critique.En Europe, cet affaiblissement va de pair avec 3\tLe Français Pascal Lamy, commissaire européen, qui choisit de s'exprimer exclusivement en anglais au sommet de Seattle (alors que le français est l'une des langues officielles de l\u2019OMC), démontra sans doute le mieux l'influence pernicieuse de son infériorisation puisque, durant son mandat, il s'est incliné le plus souvent devant les desiderata américains lors des négociations commerciales qu\u2019il dut conduire dans le cadre de ses fonctions.4\tCette infériorisation est telle dans le tissu scientifique francophone européen que les organisateurs de colloques scientifiques régionaux se croient souvent obligés d\u2019imprimer des prospectus et des programmes en anglais alors qu'aucun étranger n'assiste ni aux présentations ni aux débats ! 35 l\u2019aliénation spirituelle qui résulte de l\u2019introduction massive, tant directe qu\u2019insidieuse, du monde anglo-saxon dans nos sociétés.Cette aliénation favorise une perception mythique de ce qui n\u2019est plus accessible à l\u2019esprit critique.Nous le voyons dans plusieurs secteurs, par exemple, dans la confusion entre techniques et sciences, dans la surestimation de la science même, un phénomène qui touche non seulement le profane mais, ce qui est plus grave, une partie des professionnels de la science eux-mêmes, dans des proportions de plus en plus considérables.La croyance que rien n\u2019est impossible et que la science peut tout résoudre y compris les problèmes que l\u2019on démontre être insolubles ; croyance véhiculée par des discours technicistes se voulant innovateurs mais qui se trahissent souvent d\u2019eux-mêmes par l\u2019usage de termes à la mode révélant ainsi le mimétisme compulsif des esprits médiocres qui les prononcent et qui se campent ainsi aux antipodes de la véritable créativité.La guerre de représentation Rémi Kauffer, professeur à « Sciences-Po », écrit dans son livre intitulé : « L\u2019arme de la désinformation.Les multinationales en guerre contre l\u2019Europe » : « En dictant ses concepts, sa terminologie, sa vision du monde, les États-Unis tâchent d\u2019enfermer leurs rivaux dans le cercle de pensée tracé à leur intention de telle sorte qu\u2019une fois prisonniers, ils ne parviennent plus à s\u2019en extraire.Imposer son vocabulaire, c\u2019est remporter la toute première bataille.De \"brainstorming\u201d à \u201cwargame\u201d, de \u201cteenagers\u201d à \u201cfast-food\u201d, de \u201cmanagement\u201d à \u201cbenchmarking\u201d, les Américains ont pris de l\u2019avance.C\u2019est grâce à cette imprégnation croissante que l\u2019influence américano-britannique a pu s\u2019étendre.Des élites dirigeantes, des secteurs tertiaires 36 aux bataillons « avancés » des couches moyennes, elle s\u2019est diffusée au sein des classes populaires.Guerre des mots, guerre des images.Dans la mesure où l\u2019américanisation du vocabulaire, de l\u2019imaginaire accompagne celle du mode de consommation, ce phénomène offre l\u2019un des supports les plus efficaces de pénétration des entreprises étasuniennes sur les marchés porteurs.Or, fût-elle commerciale, toute guerre est d\u2019abord une guerre des esprits.Elle n\u2019a toutefois rien du blitzkrieg psychologique pensé et mené sur le court terme.La désinformation implique au contraire une action orchestrée, durable, des moyens techniques, financiers et humains conséquents.» Lors d\u2019un discours à l\u2019université de Gdansk le 21 septembre 1993, François Mitterrand déclarait : « Une société qui abandonne à d\u2019autres ses moyens de représentation, c\u2019est-à-dire de se rendre présente à elle-même, est une société asservie.» Nos soi-disant « élites » ne se rendent absolument pas compte que ceux qui possèdent les mots, la langue, possèdent aussi la pensée et, si on possède la pensée des autres, on possède tout le reste ! Cette ignorance est généralisée.C\u2019est ainsi que l'usage généralisé de l\u2019anglais comme outil de définition et de représentation de la science donne naturellement une plus grande visibilité aux travaux scientifiques des peuples anglophones et, parallèlement, marginalise ceux des autres, et cela d\u2019autant plus, bien sûr, que ces travaux sont justement rédigés en anglais et que, en conséquence, ils doivent se mouler aux exigences anglophones en matière de forme et de contenu.Cela entraîne un mimétisme qui a des conséquences désastreuses car il débouche sur des programmes d\u2019inspiration concurrentielle mais qui ne peuvent s\u2019inscrire dans une logique véritablement novatrice.Dans la mesure où ce sont effectivement les pays anglophones qui déterminent ainsi les normes de « la 37 bonne science », il est donc naturel que la science des pays anglophones apparaisse ainsi « supérieure » à celle des autres.Tant que les chercheurs étrangers accepteront consciemment ou inconsciemment cette infériorité intrinsèque en ayant recours à l\u2019anglais comme outil de description de leur travail, ils apparaîtront en sous-traitants de la recherche anglo-américaine et ne pourront pas pleinement valoriser leur travail.Dans son ouvrage « Le syndrome de l\u2019ortolan5 », Arnaud-Aaron Upinsky explique le concept clé de « guerre de représentation ».Représenter, c\u2019est rendre présent.Le manque de représentation rend absent à son propre environnement : à soi-même.La guerre de représentation est une guerre où la maîtrise et le trucage de l\u2019information jouent le premier rôle.L\u2019information est l\u2019arme absolue des temps modernes.Comme le disait déjà Gustave Le Bon à l\u2019orée du XXe siècle, « Ce n\u2019est plus le réel qui produit l\u2019information, c\u2019est l\u2019information qui produit le réel.La véritable réalité des choses, c\u2019est l\u2019idée qu\u2019on s\u2019en fait.» Dans l\u2019Histoire, l\u2019apparence a toujours joué un rôle beaucoup plus important que la réalité.L\u2019irréel y prédomine sur le réel.Comme les missionnaires d\u2019antan précédaient la colonisation en implantant leur religion, les mots-concepts étasuniens sont les meilleurs vecteurs de l\u2019installation d\u2019une influence étasunienne durable.Un peuple libre est un peuple qui a totale autorité sur ses systèmes d\u2019information.S\u2019il n\u2019est plus capable de faire la différence entre les informations qu\u2019il génère et celle des autres, il se retrouve manipulé par les leurres de son prédateur et se retrouve à sa merci d\u2019autant plus que les moyens modernes multiplient, divisent ou annulent la représentation des faits à volonté.5 Editions François-Xavier de Guibert, 1997. 38 Les puissances qui ont dominé le monde reposaient sur la maîtrise des concepts, des mots, qui les ont doté d\u2019une représentation adéquate de la situation.La victoire n\u2019est qu\u2019une question de positionnement de l\u2019information.Pour détruire une nation ou un homme, c\u2019est sa représentation qu\u2019il faut détruire.L\u2019information est l\u2019arme secrète miracle des États-Unis et, en contrepoint, la cause de notre échec mystérieux.L\u2019information est le nouveau nom de la propagande.L\u2019information nous donne la FORME, à la place de la nôtre, pour mieux nous leurrer.La guerre de l\u2019information règne en maître sur le monde financier et économique.Trop abstraite, nous ne la voyons même pas.L\u2019ennemi a pénétré notre système d\u2019information, il a pris les commandes de notre système nerveux.Il pilote notre cerveau.Dans cette guerre, les efforts individuels pour la combattre peuvent être facilement annihilés s\u2019ils ne sont pas multipliés par les leviers d\u2019un cadre stratégique global.Le défi de la société de l\u2019information doit être posé en termes de guerre de l\u2019information, de guerre de représentation.Actuellement, les Européens ne parviennent pas à se représenter la situation ni à imaginer les concepts qui leur permettraient d\u2019exister sur la scène mondiale, c\u2019est-à-dire de pouvoir peser sur les événements mondiaux proportionnellement à la masse qu\u2019ils représentent et, bien plus encore, à leur immense savoir-faire et leur richesse culturelle.Le plus urgent pour reprendre la maîtrise de nos propres décisions est d\u2019apprendre à lire - à décoder au quotidien - l\u2019information truquée par ceux qui nous font cette guerre inconnue.La solution au piège des mots est dans le langage.La maîtrise totale de cette arme est une affaire vitale si nous voulons avoir encore droit à la parole et à la prospérité.Un rapport du Pentagone publié le 8 mars 1992 par le New York Times précise : « Nous savons que dans la guerre, tout est 39 question de représentation et donc de dissimulation.Dissimuler l\u2019ordre en apparence de désordre n\u2019est qu\u2019une question de méthode.Masquer le courage sous un voile de timidité suppose une grande énergie latente.Déguiser la force en faiblesse suppose une connaissance tactique.» La France est la cible numéro un des États-Unis, le seul obstacle fondamental à leur domination mondiale sur les esprits.La France est le seul État-Nation en Occident dont l\u2019autorité historique puisse contester radicalement le droit revendiqué par les États-Unis pour la conduite des affaires mondiales.La vision de Arnaud-Aaron Upinsky coïncide parfaitement avec la vision étasunienne mise en évidence par un très long article de Roger Cohen dans le prestigieux New York Times intitulé : « La France contre les États-Unis : conceptions contradictoires du capitalisme6 ».Les prémisses de l\u2019article reflétaient le nouveau leitmotiv des papiers du journaliste : « La France est ce qu\u2019il y a de plus approchant d\u2019un rival idéologique sérieux des États-Unis à la fin du XXe siècle ».Rome dominait matériellement.Wall Street domine spirituellement.L\u2019empire américain s\u2019intéresse au conditionnement des esprits.Si un pays n\u2019est plus capable de faire une différence entre ses propres informations et celles diffusées par l\u2019ennemi, si ses citoyens ont peur des mots et s\u2019ils ne voient pas qu\u2019ils sont positionnés dans une logique de guerre, ils ne pourront même pas esquisser une stratégie de défense.Comme le SIDA, on trompe le système immunitaire, on fait confondre le vrai et le faux, l\u2019ami et l\u2019ennemi, le soi et le non-soi, pour détruire la cible.Maîtriser le système de représentation de l\u2019ennemi, c\u2019est lui faire voir et entendre à volonté nos propres signaux, c\u2019est le rendre aveugle et 6 New York Times du 29 octobre 97. 40 sourd à lui-même.Si l\u2019on maîtrise toutes les informations du cerveau, on peut conditionner l\u2019individu à volonté.Bruxelles ne peut pas résister aux États-Unis parce qu\u2019ils sont le modèle fondateur des penseurs de l\u2019Europe actuelle.Les classes dirigeantes sont « droguées » d\u2019Europe américaine.La puissance de frappe américaine, c\u2019est sa capacité à nous imposer ses modèles mentaux et sa représentation du monde.Les Américains vendent des mots-concepts comme « mondialisation » par exemple.C\u2019est par la tête et l\u2019hameçon que se prend le poisson.Le missionnaire précède le marchand.Imposer ses représentations, ses normes et ses images, c\u2019est vendre ses propres produits.Gober les représentations de son concurrent, c\u2019est se condamner à ne pas vendre les siens.En dix ans, dans l\u2019Europe des quinze, 250 000 emplois ont été perdus par l\u2019audiovisuel au profit des États-Unis.250 000 combattants mis hors de combat.Aux quelques 140 monopoles nationaux de l\u2019audiovisuel s\u2019est substituée une oligarchie mondiale composée de cinq ou six groupes avec un chef de file américain.La domination socioculturelle qu\u2019elle impose est bien réelle puisque son principal effet est d\u2019être acceptée par des populations qui sont satisfaites avec ce qui leur est offert, et qui ne demandent pas autre chose.Aller sur le terrain de l\u2019ennemi, c\u2019est se condamner à être vaincu, amener l\u2019ennemi sur son propre terrain, c\u2019est le vaincre.Le terrain de la guerre de représentation, c\u2019est la langue.C\u2019est pour cette raison que la corruption de la langue est le premier objectif des États-Unis.Notre langue est notre terrain, c\u2019est ce que nous sommes, c\u2019est notre civilisation, notre manière de penser et de sentir, d\u2019élaborer nos schémas de conceptualisation et de défense.C\u2019est en revenant à notre langue que nous gagnerons cette guerre incon- 41 nue que nous font les États-Unis.Libérer le langage, c\u2019est se réapproprier notre propre système d'information et de représentation, notre chaîne de commandement.C\u2019est en revenant à leurs auteurs héréditaires que les Français, par exemple, retrouveront leurs défenses immunitaires.Le retour à la langue est synonyme d\u2019un retour à l\u2019identité, à la souveraineté, à la liberté, à la prospérité.Là où la langue est souveraine, là est la richesse.La destruction identitaire La diminution du sens critique, qui est associée à l\u2019évolution constatée, anesthésie la société au point qu\u2019elle ne peut plus se rendre compte de l\u2019attaque identitaire dont elle est victime par le biais de la langue, ainsi que par d\u2019autres moyens.En fait, le manque de réaction actuel est simplement caractéristique d\u2019une société qui ne sait plus envisager son propre avenir, autrement que sur le très court terme.Il est impossible de dissocier le phénomène linguistique de ses contextes économique et politique.L\u2019affaiblissement ou la perte des identités naüonales qui en résulte est l\u2019une des pires choses qui puissent arriver à un peuple.Quand cela se produit, très vite, les citoyens se séparent de leur histoire, de leur passé, tandis qu\u2019ils glorifient celui d\u2019autres pays.Ils abandonnent leurs traditions, leur manière de vivre.Ils oublient rapidement leur langue littéraire et minimisent l\u2019importance de leurs réalisations, de leur littérature nationale quand ils ne l\u2019ironisent pas.L\u2019idenüté nationale se réduit ainsi rapidement à quelques plats locaux, quelques chansons et danses folkloriques et les noms de quelques héros nationaux sont alors utilisés comme marques de cosmétiques ou de produits alimentaires.Il s\u2019agit d\u2019une forme moderne de colonisation qui efface la mémoire collective des peuples et, bien entendu, la progression de la langue de 42 la puissance occupante - par procuration le plus souvent -est généralement fulgurante ainsi que la place occupée par ses « œuvres » culturelles, qui occultent rapidement les productions locales.Parler la langue maternelle dans les occasions officielles devient un signe d\u2019infériorité, de faiblesse et même de mesquinerie et d\u2019ignorance ; alors qu\u2019utiliser la langue dominante souligne l\u2019opulence, la modernité du discours, la supériorité intellectuelle de celui qui prend la parole.Quant aux leviers de commande du pays, ils passent rapidement dans des mains étrangères par le biais de collaborateurs convaincus et zélés qui prêchent la tolérance, la coopération avec les autres peuples, « l\u2019ouverture » au monde extérieur et qui vantent les mérites de la mondialisation.La possibilité de libre parole est restreinte ou, tout au moins, occultée par le terrorisme intellectuel, c\u2019est-à-dire le « politiquement correct », et la censure par omission médiatique.La créativité s\u2019amenuise.Ce qu\u2019il en reste, généralement, ne s\u2019applique plus qu\u2019au secteur technique selon des lignes d\u2019évolution imitées ou définies ailleurs.Cette fuite dans la médiocrité s\u2019accompagne de grands discours creux sur le « progrès », défini d\u2019après le modèle mis en place par la puissance néocolonisatrice et l\u2019idéologie qu\u2019elle diffuse, et qui font un usage immodéré des termes et des stéréotypies qui l\u2019accompagnent.Virus informationnels Un virus informationnel est une idée qui est susceptible de se développer sur le terreau fertile d\u2019une certaine perception du monde et au détriment de celui qui le reçoit.Les virus informationnels sont impondérables, inodores et invisibles mais peuvent être très virulents.Par exemple, la liberté politique n\u2019est pas un fait, mais une idée.Si l'on se trouve en face d\u2019un rival imprégné de l\u2019idée de liberté ou de libéralisme et qui, pour l\u2019amour de cette idée, est prêt à céder une 43 partie de sa puissance, on peut évidemment, par virus informationnel, utiliser cette idée contre lui.Le marteau de la culpabilité est particulièrement perceptible chez les Allemands qui, malgré la richesse de leur pays, leur savoir-faire technique et industriel, restent des nains en politique étrangère.Lorsqu\u2019on constate que la seule présence d\u2019un drapeau allemand en Allemagne fait resurgir une sensation de malaise causée par la crainte d\u2019être accusé de nationalisme, on mesure la distance que ce pays doit encore parcourir pour retrouver, malgré sa récente réunification, son statut de grande puissance.Les Américains arrivent à maintenir l\u2019inhibition de toute initiative japonaise en politique étrangère en rappelant fréquemment à ce pays sa « lâche » attaque contre Pearl Harbor, en dépit du fait que le Japon soit le seul pays qui a payé son aventurisme guerrier par deux bombardements atomiques ! Cette approche n\u2019a pu fonctionner efficacement que parce que le Japon a été, depuis 1945, très fortement imbibé de valeurs occidentales (missions chrétiennes particulièrement actives depuis 1945, enseignement systématique de l\u2019anglais pour la diffusion implicite des valeurs anglo-saxonnes, etc.).Malgré sa richesse, sa force industrielle et ses innovations permanentes dans les techniques de pointe, c\u2019est la raison essentielle pour laquelle le Japon n\u2019arrive pas à redevenir une puissance asiatique et à fortiori mondiale.La résurgence des idées coloniales dans le néolibéralisme actuel Depuis une vingtaine d\u2019années, nous assistons à une résurgence de la plupart des préceptes qui ont sous-tendu l\u2019expansion coloniale du XIXe siècle, résurgence conduite sous égide étasunienne et destinée à reprogrammer les esprits sous des prétendues nécessités économiques.Il faut noter 44 que la plupart des directives coloniales transitaient presque toujours par des administrateurs locaux originaires de la colonie et connus du peuple qui les relayaient en les expliquant et en les justifiant, jamais paraissant comme étant imposées de l\u2019extérieur ou émanant directement des autorités coloniales étrangères.Souvent, tout portait l\u2019indigène à croire qu\u2019il suivait les directives d\u2019une autorité locale qui relevait exclusivement de son peuple.Les « indigènes » sont désormais les citoyens du monde périphérique aux États-Unis, sans distinction d'origine, de race, d\u2019ethnie ou de langue et dont le rôle est de servir les intérêts de ce pays, tout en permettant aux « autochtones » de conserver certains avantages résiduels.Le colonisateur a toujours expliqué qu\u2019il cherche à former une association à bénéfices réciproques avec le colonisé, une sorte de symbiose en vue de la réalisation d\u2019une œuvre commune, vers une paix et une prospérité durables.Bien entendu, les réalisations demandent des moyens et le colonisateur s\u2019est toujours autoproclamé maître d\u2019œuvre.Il apporte son savoir-faire exclusif, ses méthodes, ses financiers, ses techniciens et ses ingénieurs, se réservant toutes les parties « nobles ».Les autochtones sont les exécutants.Le discours colonial insistait énormément sur le besoin de coopération économique, sur l\u2019interdépendance des peuples pour le bénéfice de tous.En vertu de ce discours, nos intérêts sont censés s\u2019imbriquer les uns dans les autres.Refuser cet état de choses serait rétrograde, serait typique de petits esprits sans envergure.Embrasser cet état d\u2019interdépendance est noble et généreux mais aussi rationnel et lucide ! Le discours colonial encourageait le libre-échange comme étant la seule voie à suivre pour atteindre la prospérité.Tout ce qui le freinait était dépeint comme une hérésie, une monstruosité qui entraînait régression et paupérisation.L\u2019expansion 45 internationale, par le biais des colonies, présentait, et présente toujours dans le cas du néocolonialisme étasunien auquel nous sommes actuellement soumis, un ancrage de stabilité en situation générale d\u2019instabilité économique à l\u2019échelle mondiale.Les colonies apparaissaient alors comme des zones tampons, permettant d\u2019absorber plus facilement des fluctuations extérieures éventuelles, sans enrayer la prospérité du centre.La colonie présentait l\u2019intérêt de jouer le rôle de consommateur et de client pour les manufactures de la puissance colonisatrice.« L\u2019élévation du niveau de vie » de la colonie consistait en fait à développer chez cette dernière des besoins équivalents à ceux existants déjà chez le colonisateur.On suscita donc chez les colonisés à la fois le désir d'acheter les produits manufacturés de la métropole et aussi le désir d\u2019accumuler, par le travail, suffisamment d\u2019argent pour les acheter.Le discours colonial insistait sur la nécessité de changer les mentalités et les esprits de façon à amener des changements durables de comportement tant pour les colonisés que pour les colonisateurs.Le discours colonial, en effet, justifiait l\u2019existence de ce couple par une association à bénéfices « réciproques », mais c\u2019est un discours qui se voulait raisonnable et rationnel.Le bien commun était, en principe, recherché ainsi que le « progrès ».Lorsque la « décolonisation » fut envisagée, il devint impératif de pérenniser les structures de la colonisation.Qu\u2019importait, en effet, que les colonisés prennent en main « leur propre destinée » s\u2019ils le faisaient dans l\u2019esprit du colonisateur, dans le cadre de structures qui avaient été prévues à l\u2019avance et qui maintiendraient les avantages de ces derniers, même s\u2019ils n\u2019étaient plus physiquement présents ?Les apparences et les étiquettes changeraient mais les bénéfices de la colonisation pour le colonisateur ne changeraient pas.L\u2019intérêt de l\u2019étude du discours colonial du début du XXe siècle réside dans les analogies qu\u2019il présente avec le dis- 46 cours néolibéral actuel, discours dont la dernière version a essentiellement été mise au point par les États-Unis et légèrement modulée par ses centres de rediffusion.En effet, le discours néolibéral et mondialiste insiste explicitement sur l\u2019interdépendance bénéfique des nations, affirme que l\u2019indépendance est contre l\u2019intérêt économique des peuples, condamne ouvertement toute tentative d\u2019émancipation des composantes du système néocolonial comme une régression, qualifie de « raciste » toute tentative d\u2019autarcie, rehausse les droits individuels par rapport aux droits collectifs, souligne le caractère humanitaire des actions entreprises et dénonce la barbarie des régimes situés hors de sa sphère d'influence.Le discours néolibéral d\u2019inspiration étasunienne entreprend, lui aussi, de changer les mentalités sur le long terme et mélange volontiers l\u2019utopie à toute justification rationnelle a priori.Il donne l\u2019apparence d\u2019unanimité à travers des justificatifs qui se situent hors du champ de la critique, falsifie la pensée de ses détracteurs, mobilise les médias pour relayer ses messages et élimine d\u2019une main preste et vigoureuse toute dissension, rappelle les injonctions des « experts » qui tiennent lieu de compétence et de conviction.Tout comme le discours colonial d\u2019avant-guerre, il brandit les droits de l\u2019homme définis à l\u2019occidentale, habille la coercition économique de raisons juridiques et techniques et se couvre de la légitimité des instances internationales.Le discours néolibéral étasunien, abondamment relayé dans tous les pays satellites actuels des États-Unis, tout comme le discours colonial autrefois, multiplie les automatismes verbaux, rabaissant ainsi, insensiblement mais sûrement, dans toutes les populations qui y sont soumis, le seuil de la critique et de la révolte ouverte à des contraintes imposées et à caractère artificiel.Il déguise les mots et s\u2019invente un langage qui lui est propre.Par le biais de la culture, le néolibéralis- 47 me et le mondialisme étasuniens, tout comme le colonialisme d\u2019autrefois, veulent imposer un changement des esprits à long terme, insistent sur la modernité de leurs discours, sur le progrès scientifique, technique et économique.Tout comme dans le discours colonial, celui à qui le néolibéralisme s\u2019impose doit finir par adopter les vues de celui qui le lui impose.Il s\u2019agit de briser la gangue de résistance, qu\u2019elle soit intellectuelle, culturelle ou linguistique en érigeant en idole et en modèle incontesté le système du pays phare d\u2019où rayonne la nouvelle religion.La grande culture qui fait la promotion du néolibéralisme, tout comme celles qui, autrefois, promouvaient le colonialisme, est infiniment supérieure, infiniment plus efficace et moderne et les indigènes, c\u2019est-à-dire les non-Américains, « ne peuvent pas passer des ténèbres de leur infériorité et immobilisme, des nuages de leur civilisation ralentie à la grande lumière de cette grande culture moderne néolibérale étasunienne sans en être éblouis ! », que ce soit par sa technique, par sa richesse, par sa puissance ou par sa science.Propos délirants ?Exagérés ?L\u2019attitude méprisante du gouvernement américain actuel vis-à-vis des Européens, qui sont pourtant les plus proches culturellement parlant, est assez révélatrice par elle-même et confirme pleinement les propos de Zbigniew Brzezinski lorsqu\u2019il affirme que « l\u2019Europe est désormais un protectorat américain?.» Aujourd\u2019hui, les Américains sont ravis de dépenser de l\u2019argent qu\u2019ils n\u2019ont pas en consommant ce que, dans une situation saine, ils ne pourraient pas se permettre et les économies asiatiques (surtout Japon et Chine) semblent prospérer en vendant aux Américains ce qu\u2019ils ne peuvent plus payer et 7 « The National Interest », été/automne 2000. 48 donc en finançant un déficit abyssal.S\u2019il ne s\u2019agit pas de néocolonialisme, comment faudrait-il nommer ce phénomène ?Celui qui lit la littérature coloniale du début du XXe siècle ne peut s\u2019empêcher de penser qu\u2019il vit à une époque de remarquable continuité avec cette période de notre histoire.Il y a eu, certes, un changement de décor et de terminologie.Certains mots sont devenus tabous mais les objectifs et les méthodes demeurent remarquablement les mêmes, et la volonté de manipulation s\u2019est armée de nouveaux outils, d\u2019une presse redoutablement efficace placée sous la houlette d\u2019un petit nombre de croyants qui remplissent leur mission avec zèle.Partout, les préceptes du système sont répétés et même ressassés comme des évidences qu\u2019il serait ridicule de vouloir remettre en question.Partout, on détecte cette même volonté d\u2019affaiblir le sens critique pour favoriser l\u2019acceptation passive du nouveau système.Partout, on chante les louanges de la mondialisation à la sauce étasunienne, partout on annonce que les nouvelles réalités économiques et culturelles sont incontournables et bénéfiques, partout on cherche à désamorcer la critique, non de manière logique et rationnelle mais par manipulation des esprits.Une effroyable perspective Dans sa nature, la guerre s\u2019est modifiée.Dans les pays industrialisés en tête du palmarès économique mondial, la guerre est devenue furtive, faisant des dégâts au niveau inconscient en réorientant les attitudes et les comportements au détriment de ceux qui sont exposés à ses tactiques.Dans le tiers-monde, la guerre a gardé son visage traditionnel brutal, se parant de vertus humanitaires pour satisfaire les consciences bien pensantes et ne pas écorcher les prin- 49 cipes gouvernant les actions des citoyens des nations dites « développées ».L\u2019individu tire sa force du groupe.Si on nie son appartenance au groupe, à sa culture qui s\u2019exprime à travers sa langue, l\u2019individu n\u2019est plus rien et ne sait plus s\u2019orienter au sein d\u2019une société qui ne peut aller nulle part.Il redevient insignifiant, affirme le sociologue Todd dans « L\u2019illusion économique ».Pour lui, la meilleure recette de mondialisation réussie passe, pour chacun d\u2019entre nous, par une réadhésion aux valeurs de notre propre société et par un réancrage dans nos cultures respectives, ce qui nous permettrait de collaborer intelligemment les uns avec les autres tout en restant ouvert sur le monde extérieur.Qu\u2019avons-nous à craindre, en effet, si nous savons exactement ce que nous sommes, par rapport aux autres, et où nous voulons aller ?L\u2019individu ancré dans sa langue et sa culture, soudé à son groupe sera automatiquement immunisé contre les tentatives de manipulation propres à la guerre de représentation.Les croyances, qu\u2019elles soient collectives ou individuelles filtrent l\u2019expérience, conditionnent les visions des réalités, et modifient les choix des techniques à déployer, mais les nouvelles techniques changent aussi les croyances autant qu\u2019elles offrent de nouveaux choix.Ce sont les croyances collectives, plus que les réalités auxquelles nous faisons face, qui détermineront si nous serons esclaves ou maîtres, citoyens responsables d\u2019une démocratie éclairée ou simples sujets dans une dictature ayant éventuellement les apparences de démocratie.Ce sont elles qui créeront ou annihileront notre désir de participation à la vie sociale et qui nous feront soit accepter, soit refuser nos conditions de vie en nous incitant à les réajuster ultérieurement.Voilà pourquoi la guerre de représentation, qui s\u2019attaque à notre psychisme, est bien plus dangereuse que la guerre traditionnelle malgré 50 ses morts, ses blessés et ses destructions physiques qui font généralement payer au vainqueur un prix souvent aussi élevé qu\u2019au vaincu.Le vaincu de la guerre de représentation est vaincu en esprit, c\u2019est-à-dire totalement alors que le vaincu de la guerre traditionnelle peut souvent songer, dès sa défaite, à sa future revanche.La guerre physique est le point d\u2019orgue de l\u2019alternance, mais la gangue mentale scientifiquement construite et entretenue par la guerre de représentation détruit les capacités de défense de l\u2019individu.À long terme, la pleine prise de conscience des effets de cette dernière en fait une effroyable perspective.? 5i ARTICLES Christian Gagnon* DAWSON COLLEGE & CONCORDIA UNIVERSITY : LA « LOUISIANISATION » DU CENTRE-VILLE DE MONTRÉAL Le Ier juin dernier, alors que tous n\u2019en avaient que pour les défusions et l\u2019élection fédérale, le quotiden montréalais « The Gazette » annonçait avec éclat l\u2019acquisition de la maison mère des Sœurs grises par l\u2019Université Concordia, qui compte y installer ses départements de Beaux-arts.Alors que Le Devoir du lendemain reprenait sobrement la nouvelle en publiant un tout petit article, La Presse n\u2019y consacrait qu\u2019un entrefilet rachitique, se reprenant deux jours plus tard pour n\u2019aborder essentiellement que l\u2019aspect financier de cette transaction de 18 millions $.La quasi-indifférence des deux quotidiens francophones détonnait franchement avec l\u2019euphorie de leur contrepartie anglophone, « The Gazette » ayant joué sa primeur du Ier juin en pages i, 2 et 3, en plus d\u2019y consacrer un éditorial exhubérant.Il y a pourtant matière à émettre un point de vue francophone d\u2019un tout autre registre.Intimement liée à l\u2019histoire de la métropole depuis des lustres, la congrégation des Sœurs de la Charité de Montréal - communément appelées les Sœurs grises - a été fondée par Marguerite d\u2019Youville en 1737.Devenu la propriété de la congrégation en 1869, le magnifique domaine situé à l\u2019angle du boul.René-Lévesque et de la rue Guy est classé monu- * L\u2019auteur est président régional du Parti Québécois de Montréal-Centre. 52 ment historique depuis 1974.On doit la chapelle de l\u2019Invention-de-la-Sainte-Croix et deux des trois ailes du couvent à l\u2019architecte Victor Bourgeau (1809-1888), le reste des lieux étant l\u2019œuvre de Joseph Venne (1858-1925).La maison mère des Sœurs grises, futur pavillon de la « Concordia University » jgrnfe.IR* '¦> JL?* n » u Bien sûr, la nouvelle vocation que l\u2019Université Concordia souhaite donner à ce bijou patrimonial est infiniment préférable à la démolition que lui réservait la banque d\u2019affaires suisse Valorinvest qui, en 1974, avait projeté de raser l\u2019immense couvent, n\u2019épargnant que la chapelle, pour y ériger des tours à bureaux et un centre commercial.Évidemment, il est de loin plus heureux de faire de ces lieux une institution accessible au public plutôt qu\u2019un autre immeuble à condos aussi luxueux que privé.Ajoutons que la moyenne d\u2019âge des 574 Sœurs grises du Québec est de 77 ans (83 ans à la maison mère).Depuis déjà un bon moment, plus les Sœurs grises vieillissaient, plus l\u2019éventuelle mise en vente de leur maison mère faisait saliver 53 les promoteurs immobiliers.Les institutions francophones de la métropole ont donc eu amplement le temps de s\u2019y intéresser mais ne semblent pas en avoir eu les moyens.L\u2019acquisition de cet héritage du régime français par une université anglophone n\u2019est-il pas le symptôme d\u2019une lente mais constante « louisianisation » du centre-ville de Montréal ?L\u2019histoire récente se répète Si l\u2019on se réfère à un passé pas très lointain, un autre cas très similaire nous saute aux yeux : celui de cette autre institution montréalaise francophone qu\u2019était la maison mère de la Congrégation de Notre-Dame-du-Bon-Pasteur (angle Atwater et Sherbrooke), transformée en « Dawson College ».Ce site superbe et prestigieux, chef-lieu d\u2019une congrégation dont la fondation par Marguerite Bourgeoys remonte aussi loin que celle de Montréal il y a plus de 350 ans, abrite donc depuis 1988 un vaste cégep anglophone dont la clientèle allophone est très importante.Première institution anglophone intégrée au réseau des cégeps, le collège Dawson a vu le jour en 1969, rue Selby.L\u2019acquisition de la maison mère de la Congrégation Notre-Dame a donc fait déménager Dawson d\u2019une ancienne usine de pilules convertie du quartier Saint-Henri à un magnifique édifice patrimonial de Westmount, ce qui a tout d\u2019un véritable conte de fée.En 2001, le gouvernement péquiste a même largement financé son agrandissement, ce qui n\u2019empêche pas nombre d\u2019anglophones de soutenir mordicus qu\u2019ils ont bâti leurs institutions tout seeds et qu\u2019ils ne doivent rien à quiconque.Mais qui donc fréquente nos cégeps francophones et anglophones ? 54 Des cégepiens aliophones de plus en plus anglophiles Selon les données du Ministère de l\u2019Éducation, la part de nouveaux inscrits à l\u2019enseignement collégial dont la langue maternelle est le français mais qui ont opté pour le cégep anglophone a légèrement augmenté, passant graduellement de 3,1 % en 1991 à 5,3 % en 20031.Même si le taux de natalité du Québec est anémique, cette hausse relative s\u2019est quand même soldée par une augmentation d\u2019environ 800 étudiants francophones par année dans l\u2019ensemble des cégeps anglophones du Québec.Par ailleurs, la part des nouveaux inscrits à l\u2019enseignement collégial dont la langue maternelle est l\u2019anglais et qui ont choisi d\u2019étudier au cégep dans cette langue a aussi légèrement augmenté, passant graduellement de 92,1 % en 1991 à 94,4 % en 2003.Dénatalité agissant, les cégeps anglophones ont quand même perdu une clientèle anglophone d\u2019environ 700 autres inscrits durant la même période.Mais, même après un quart de siècle d\u2019application de la Charte de la langue française, une nette majorité de Québécois aliophones s\u2019inscrivent toujours au cégep anglophone (56,1 % en 2003 contre 56,8 % en 1991, soit 200 étudiants de plus en 2003 qu\u2019en 1991 malgré la dénatalité2).Pourtant, la communauté anglophone ne représente que 9 % de la population du Québec.En 1987,17,7 % des aliophones ayant fait leur secondaire en français poursuivaient pourtant leurs études au cégep anglophone.Depuis, cette proportion n\u2019a cessé de croître.Entre 1998 et 2003, elle avait grimpé jusqu\u2019à osciller aux alentours de 42 à 46 %3 (voir graphique 1).1\tMinistère de l\u2019Éducation, Direction de la recherche, des statistiques et des indicateurs.2\tIdem.3\tMinistère de l'Éducation, Direction de la recherche, des statistiques et des indicateurs, fichiers DCS et SIGDEC. 55 Graphique i Une tendance lourde Infographie : Jacques R.Blier Manifestement, les écoles françaises des anciennes commissions scolaires protestantes, offrant un milieu anglophile, poussaient les allophones à préférer s\u2019inscrire de plus en plus au cégep anglophone (de 50 % en 1983 à 69,4 % en 19974).Même dans les écoles françaises catholiques, les élèves allophones quittant l\u2019enseignement secondaire francophone pour le cégep anglophone ont sans cesse augmenté, passant de 15,5 % en 1983 à 35 % en 19975.Certains ont soutenu que l\u2019union de ces mêmes écoles catholiques et protestantes en commissions linguistiques (1998) inverserait cette tendance lourde.Dans les faits, le graphique 1 montre clairement que cela n\u2019a pas été le cas.4\tMinistère de l\u2019Éducation, Direction de la recherche, des statistiques et des indicateurs.5\tIdem. 56 Graphique 2 D\u2019où qu\u2019ils viennent, des allophones de plus en plus ANGLOPHILES 69,4 61,5 # 40 29,7 Infographie : Jacques R.Blier Certains prétendent que beaucoup d\u2019allophones issus du secondaire francophone poursuivent leurs études au cégep anglophone par désir de bilinguisme.Pourtant, en 2003, les allophones du secondaire anglophone ont choisi le cégep anglophone à 99,5 % (!) et cette quasi-unanimité ne s\u2019est pas démentie depuis de nombreuses années (voir graphique 3).fÊÊggggUBS ¦m&rP*:.«3| __2 L\u2019Hôtel-Dieu de Montréal : marginalisé jusqu'à la rétrocession finale? 57 Graphique 3 Un attrait pour l\u2019anglais et non pour le bilinguisme Infographie : Jacques R.Blier Voilà qui démontre que ce qui attire les allophones issus de l\u2019école secondaire francophone au cégep anglophone, ce n\u2019est pas l\u2019attrait du bilinguisme mais bien celui de l\u2019anglais.La communauté anglophone a droit à ses institutions mais.Dans les faits, les cégeps anglophones comme le très cosmopolite collège Dawson font massivement de l\u2019anglais la langue de travail privilégiée des Québécois allophones.La communauté anglophone a bien sûr droit à ses institutions.Mais pour un Québécois allophone, le cégep public anglophone n\u2019est pas un droit.Certains disent que réglementer l\u2019accès au cégep anglophone pose problème parce que les nouveaux inscrits sont des adultes.En vérité, 75,1 % des nouveaux inscrits à l\u2019enseigne- 58 ment pré-universitaire en 2000 avaient 16 ou 17 ans.De plus, 93 % des nouveaux immigrants arrivent au Québec à 16 ans ou plus.L\u2019obligation de fréquenter une institution scolaire francophone de la Loi 101 actuelle ne s\u2019applique donc pas à eux.Comment alors se surprendre qu\u2019en 2003, 47 % des travailleurs immigrants utilisent le plus souvent l\u2019anglais au travail6 7 ?On doit donc constater que les effets de la Loi 101 sur la fréquentation des institutions d\u2019enseignement post-secondaires francophones par les étudiants allo-phones ont plafonné à un niveau dont on ne saurait se contenter.Et ça ne s\u2019arrête pas là puisque depuis 1994, les universités anglophones attirent 52 % de tous les étudiants universitaires allophones, soit près de six fois la proportion d\u2019anglophones au Québec.« Nous compétitionnons (sic) d\u2019ailleurs parfois davantage avec l\u2019UQAM que contre McGill », souligne Bernard Pomerleau, chef de service du recrutement à l\u2019Université Concordia.« Nos étudiants proviennent à 70 % des cégeps anglophones de la grande région de Montréal », ajoute-t-il?.II en résulte que 25 % de la population étudiante de Concordia est faite d\u2019allophones (une proportion nettement plus élevée qu\u2019à l\u2019UQAM ou à l\u2019UdeM), alors que 16 % sont francophones8.Bientôt, le processus d\u2019anglicisation des jeunes Montréalais allophones désireux d\u2019étudier les Beaux-arts, le cinéma, le théâtre, la musique ou la danse, dans un cadre architectural prestigieux, ne souffrira donc aucun chaînon manquant.Typiquement, nos futurs « leaders » de langue maternelle dite « autre » fréquenteront d\u2019abord les vieux murs du 6\tRapport annuel 2003, Office de la langue française, novembre 2003.7\tLe Devoir, 24 janvier 2004, page G6.8\tRapport du recteur 2001-2002, Université Concordia. 59 magnifique « Dawson College » dont le passé francophone restera peut-être totalement inconnu à plusieurs d\u2019entre eux.Aux autres, ces majestueuses coupoles érigées par les héritières de Marguerite Bourgeoys n\u2019évoqueront peut-être q\u2019un lointain « french Canadian folklore » datant de l\u2019époque de la « priest ridden province ».À cet âge charnière où les adolescents cristallisent leur identité, les premières planifications d\u2019avenir de nos jeunes concitoyens allophones, l\u2019apprentissage initial de leur futur vocabulaire professionnel et l\u2019acquisition de leurs références culturelles se feront dans la langue de Shakespeare.Leur premier réseau social en tant que jeunes adultes en devenir aura pour principal repère l\u2019usage commun de la langue anglaise.Puis ils poursuivront leurs études au « Grey Nuns Campus » de l\u2019Université Concordia.Au fait, quel nouveau nom donnera-t-on aux lieux ?La minorisation des Montréalais francophones aux frais de tous les Québécois En conférence de presse, le recteur et vice-chancelier de l\u2019Université Concordia, Frederick H.Lowy, n\u2019a pas tardé à souligner l\u2019évidence à l\u2019effet que l\u2019onéreux chantier de conversion d\u2019un si précieux site historique en pavillon universitaire ne saurait se passer de la participation financière massive du gouvernement du Québec et de la Ville de Montréal.En effet, toutes les rénovations projetées devront au préalable être approuvées par le ministère de la Culture et des Communications.Combien coûteront-elles ?Le vice-recteur aux services et responsable des immeubles de Concordia, Michael Di Grappa, a lancé le chiffre de 50 millions $, s\u2019empressant d\u2019ajouter que « c\u2019est très préliminaire » et que « ça pourrait être plus »9.9 La Presse, 4 juin 2004, cahier Affaires, page 4. 6o Or, la Fondation du patrimoine religieux (FPR) estime justement à 50 millions $ les besoins en travaux de restauration pour les églises, synagogues, couvents et monastères du Québec tout entier.Mais le gouvernement Charest a comprimé le budget du programme de Soutien à la restauration du patrimoine religieux (administré par le FPR) de 20 millions $ en 2002-2003 à 11,4 millions $ en 2003-2004 mais n\u2019a finalement versé que 6,4 millions $, soit la moitié des sommes promises.Pis encore, la ministre de la Culture, Line Beauchamp, n\u2019a pas l\u2019intention de verser un seul sou au programme en 2004-200510.Jusqu\u2019en 2022, l\u2019ensemble des contribuables québécois devront donc consentir à d\u2019importants efforts financiers afin d'assurer le financement de l\u2019opération consistant à transformer cette institution francophone historique qu\u2019est la maison mère des Sœurs grises en prestigieux pavillon d\u2019une université anglicisant massivement les Québécois allophones.Nul doute que les étudiants de la faculté des Beaux-Arts de Concordia apprécieront grandement ce havre de paix enchanteur en plein cœur du centre-ville de Montréal.Voilà qui, à terme, ne pourra que rendre l\u2019Université Concordia encore plus attrayante auprès de cette clientèle également convoitée par l\u2019UQAM.Le Québec y trouvera-t-il son compte ?Que nous réserve l\u2019avenir ?Inspiré par la commission Mulroney-Johnson d\u2019analyse des projets d\u2019implantation du CHUM, le gouvernement Charest s\u2019apprête à transformer l'Hôtel-Dieu de Montréal, cette institution fondatrice de la métropole du Québec, en édifice à bureaux.Jamais les citoyens de la Capitale nationale n\u2019accepteraient qu\u2019on fasse subir pareil sort à l\u2019Hôtel-Dieu de Québec.Combien de temps s\u2019écoulera-t-il avant que ce gouvernement 10 Le Devoir, 8 juin 2004, page 1. 6i soit tellement obsédé par sa promesse de baisses d\u2019impôt qu\u2019il se défasse de l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal, comme de n\u2019importe quel vulgaire « actif », possiblement aux mains de l\u2019Université McGill voisine, sans cesse plus à l\u2019étroit dans ses locaux et qui ne dédaignerait pas s\u2019étendre davantage vers l\u2019est ?À un jet de pierre de la maison mère des Sœurs grises se trouve le Grand Séminaire de Montréal, monument historique plus que tricentenaire en plein centre-ville, dont les pensionnaires ont eux aussi une moyenne d\u2019âge très élevée.Quel sort l\u2019attend à brève échéance ?Tous ces édifices ont une grande valeur patrimoniale et symbolique pour les francophones.Ils sont situés au cœur de la cité, là où se joue l\u2019avenir linguistique de cette ville théoriquement de langue française.Mais personne ne semble se soucier de ces reculs géo-stratégiques des francophones de la métropole.La seule mesure concrète annoncée dans le programme du Parti Libéral en matière de langue est de commencer en septembre 2005 l\u2019apprentissage de la langue anglaise dès la première année du cours primaire francophone, au lieu de la quatrième année comme c\u2019est le cas actuellement.Dans le contexte des écoles francophones très multiethniques de Montréal, cette intention ne fera que renforcer le pouvoir d\u2019attraction de l\u2019anglais auprès des enfants allo-phones, alors que de nombreuses études effectuées sur le sujet depuis 30 ans dans une vingtaine de pays indiquent plutôt qu\u2019une telle précocité de l\u2019enseignement d\u2019une langue seconde, en milieu scolaire, ne donne pas de meilleurs résultats11.Pour l\u2019avenir, il n\u2019en revient pas qu\u2019aux simples citoyens francophones de rester vigilants et, le cas échéant, de se mobiliser en faveur de projets intégrateurs et marqués par la continuité.C\u2019est d\u2019abord et avant tout à l\u2019État québécois que revient cette responsabilité.? La passion des êtres () Desjardins Caisse d'économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs (Québec) «(.) avec la perspective de contribuer à un Québec plus juste et plus solidaire, soutenir le développement de l'économie solidaire en misant sur l'entrepreneuriat collectif, tout particulièrement au sein des quatre réseaux, soit le syndical, le coopératif, le communautaire et le culturel.» Lanaudière 190, rue Montcalm Joliette (Québec) J6E 5G4 (450) 753-7055 Sans frais : 1 866 753-7055 Télécopieur : (450) 752-5589 Québec 155, boul.Charest Est, bureau 500 Québec (Québec) G1 K 3G6 (418) 647-1527 Sans frais : 1 877 647-1 527 Télécopieur : (418) 647-2051 Montréal 1601, avenue De Lorimier Montréal (Québec) H2K 4M5 (514) 598-2122 Sans frais: 1 877 598-2122 Télécopieur : (514) 598-2496 d&tr MAT DEDR4FEAU vma de type résidentiel Voici un mât à prix abordable, d'une conception originale.CARACTERISTIQUES \u2022\tUne base préfabriquée en béton \u2022\tUn système d'ancrage et des fixations pour prévenir le vandalisme Choix de hauteurs 18 pieds (5,5 m) 21 pieds (6,4m)\t23 pieds (7,0 m) SPÉCIFICATIONS \u2022\tMât en alliage d'aluminium trempé, 6063-T6 \u2022\tBase préfabriquée en béton armé (42 pouces de hauteur par 8 pouces de diamètre) \u2022\tSystème d\u2019ancrage du mât : (2 profilés en alliage d'aluminium en forme d'un U) \u2022\tBoule décorative de 5 pouces de diamètre en aluminum anodisé \u2022\tQuincaillerie en acier inoxydable \u2022\tSystème d'éclairage en option Services offerts \u2022\tTransport \u2022\tInstallation Autres modèles offerts \u2022\tMât de type commercial \u2022\tMât de type architectural avec chariot pivotant et drisse interne 7ëcn/ma tes entreprises recntmotnc 15075, avenue Guy Saint-Hyacinthe (Québec) J2R 1V4 Tél.: (450) 799-3664 Sans frais : 1 866 372-7328 Téléc.: (450) 799-2538 Courriel : drapeau@tecnima.qc.ca Vous vous sentirez bien conseillé.Les conseillers d\u2019OPTIMUM placements,, mettent toute leur compétence à votre profit.Un grand principe guide leur façon de travailler : le respect de vos objectifs de placement, dans un souci permanent de transparence et d\u2019écoute.Votre patrimoine financier constitue votre bien le plus précieux.Les conseillers d\u2019optimum PLACEMENTS® peuvent vous aider à le gérer de façon optimale et à mieux planifier votre retraite.Vous trouverez : \u2022\tDes solutions de placement claires en planification financière \u2022\tUn service hautement personnalisé \\ \u2022\tDes choix de fonds mutuels sans aucuns frais d\u2019achat, de rachat ou de transfert \u2022\tDes rendements parmi les meilleurs du marché \u2022\tL\u2019expertise d\u2019un des plus importants groupes financiers québécois OPTIMUM PLACEMENTS Communiquez avec nous afin que nous puissions dès maintenant commencer à préparer votre retraite en toute séenrité.Région de Montréal : (514)288-1600 Région de Québec : (418) 524-5336 Extérieur, sans frais : 1 888 OPTIMUM (678-4686) www.fond90plimum.com * Cabinet de services financier», gérant ci placeur principal îles PONDS OPTIMl M« » Marque «le commerce de G nui [h- Optimum inc.utilisée sous licence. DOSSIER LE CÉGEP: UNE INSTITUTION MENACÉE \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 66 DOSSIER Pierre Fortin Nathalie Havet Marc Van Audenrode* LES CÉGEPS: ÉCONOMIQUES, ÉQUITABLES ET PERFORMANTS Grâce aux cégeps, plus de jeunes poursuivent leurs études au-delà du secondaire au Québec que partout ailleurs au Canada.Le Forum sur l\u2019avenir de l\u2019enseignement collégial qui a eu lieu les 9 et 10 juin derniers nous a donné l\u2019occasion d\u2019apprécier la performance globale du système d\u2019éducation du Québec, de la comparer à celle des autres grandes régions du Canada, et de juger, sur cette base, de l\u2019apport spécifique du système des cégeps.La scolarisation des jeunes : l\u2019excellente performance du Québec L\u2019essentiel de notre comparaison de rendement tient dans le tableau ci-dessous, qui trace le portrait de la scolarisation et de la diplomation de la population canadienne âgée de 25 à 29 ans en 2002.Ce groupe d\u2019âge est assez vieux pour avoir pratiquement complété ses études, tout en étant encore assez jeune pour nous renseigner sur la performance récente du système d\u2019éducation.La première ligne du tableau rapporte que le niveau médian de scolarité est de 15,2 années d\u2019études au Québec et de 15,3 années en Ontario.Cela veut Fortin et Van Audenrode sont professeurs titulaires de sciences économiques à l\u2019Université du Québec à Montréal et à l\u2019Université Laval, respectivement.Havet est chercheure au Croupe d\u2019analyse, à Montréal. 67 dire que, dans ces deux régions, plus de la moitié de la population de 25 à 29 ans a complété au moins 15 années à l\u2019école.Dans l\u2019Atlantique et dans l\u2019Ouest, le niveau médian de scolarité est plus bas, soit de 14 années environ.Ces chiffres démontrent que, globalement, le Québec a maintenant progressé au point d\u2019occuper aujourd\u2019hui le premier rang du Canada avec l\u2019Ontario en matière de scolarisation de sa population.Les lignes suivantes du tableau renseignent sur l\u2019origine de cette bonne performance du système d\u2019éducation du Québec.Dans chaque région du Canada, la population de 25 à 29 ans est répartie en quatre catégories, selon le plus haut diplôme obtenu : aucun diplôme (les décrocheurs), diplôme secondaire, diplôme postsecondaire (professionnel, collégial ou universitaire inférieur au baccalauréat) et diplôme universitaire (baccalauréat ou plus).La comparaison du Québec avec les trois autres régions met en lumière deux phénomènes contrastants.D\u2019une part, le Québec ne fait pas très bonne figure au niveau secondaire.Parmi les jeunes de 25 à 29 ans, 13 % n\u2019ont pas de diplôme du secondaire au Québec, contre 9 à n % dans les autres régions.L\u2019écart entre le Québec et le reste du Canada n\u2019est pas énorme, mais, néanmoins, c\u2019est au Québec qu\u2019on trouve le taux de décrochage le plus élevé des quatre régions.D\u2019autre part, c\u2019est exactement l\u2019inverse qui se produit au-delà du secondaire : le Québec prend la tête du pays avec 69 % de ses jeunes qui détiennent soit un diplôme postsecondaire, soit un diplôme universitaire.C\u2019est 63 % en Ontario, 61 % dans l\u2019Atlantique et 54 % dans l\u2019Ouest.Dans la filière professionnelle et technique, notamment, c\u2019est le Québec qui forme le plus de jeunes au Canada.Au niveau universitaire, ce sont 25 % des jeunes Québécois qui ont un 68 diplôme.Dans ce dernier cas, le Québec occupe le deuxième rang des dix provinces.Le Québec a moins de diplômés universitaires que l\u2019Ontario, mais il compense par un taux de diplomation postsecondaire (inférieur au baccalauréat) beaucoup plus élevé.D\u2019où une performance globale du système d\u2019éducation presque aussi bonne au Québec qu\u2019en Ontario en nombre d\u2019années d\u2019études complétées.L\u2019Atlantique et l\u2019Ouest arrivent loin derrière.C'est surtout à cause des cégeps Le contraste est donc frappant entre le retard du Québec au niveau secondaire et son excellente performance au-delà du secondaire.Un redressement aussi spectaculaire n\u2019est observé dans aucune autre région du Canada.Pourquoi, contre toute attente, une population de jeunes qui manifeste une tendance marquée au décrochage au niveau secondaire se met-elle à fréquenter l\u2019école avec autant d\u2019enthousiasme dès qu\u2019elle a acquis un diplôme du secondaire ?Il n\u2019y a qu\u2019une réponse possible : c\u2019est surtout à cause des cégeps, la principale institution qui différencie le système d\u2019éducation du Québec de celui des autres provinces passé le niveau secondaire.L\u2019une des enquêtes de Statistique Canada auprès des jeunes fournit la clef de l\u2019explication.Alors que, dans le reste du Canada, le manque d\u2019argent, l\u2019indécision sur l\u2019orientation et l\u2019éloignement de l\u2019établissement scolaire sont d\u2019importants motifs déclarés de non-poursuite d\u2019études postsecondaires, ils sont mentionnés beaucoup plus rarement au Québec.En offrant un antidote à la « fatigue du secondaire » un an plus tôt qu\u2019ailleurs, des frais scolaires modiques, une excellente accessibilité en région, une voie unifiée et une transition douce entre la formation générale et les formations spécialisées, le système des 69 cégeps du Québec aplanit ces obstacles à la poursuite des études au-delà du secondaire.Un avantage marqué pour l\u2019emploi, les salaires et l\u2019équité De plus, lorsque les diplômés du secondaire acquièrent un diplôme au-delà du secondaire, ils obtiennent d\u2019importants avantages économiques : leur taux d\u2019emploi augmente en moyenne de 15 %, et leur rémunération de 11 %.En fait, le taux de chômage des diplômés de cégeps est aujourd\u2019hui aussi bas que celui des diplômés universitaires.On peut facilement convenir que beaucoup d\u2019enfants de familles riches et éduquées seraient allés à l\u2019université avec ou sans cégep.Mais il n'en va pas de même pour les enfants d\u2019origine plus modeste.Sans cégep, ils auraient souvent été immobilisés durant toute leur vie avec en poche un simple diplôme du secondaire.C\u2019est exactement ce qu\u2019on observe dans le reste du Canada.Avec les cégeps, cependant, ils sont beaucoup plus nombreux à pouvoir monter dans l\u2019échelle économique.Les cégeps sont une arme efficace dont dispose le Québec, mais pas les autres provinces, pour élargir l\u2019accès des moins fortunés à la classe moyenne.Les cégeps font économiser de l\u2019argent aux Québécois Enfin, le système des cégeps procure à très bon compte au Québec sa solide performance en scolarisation et en diplo-mation au-delà du secondaire.En 2001-2002, les dépenses totales de fonctionnement et d\u2019investissement attribuables au secteur préuniversitaire collégial atteignaient environ 575 millions de dollars.La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) et la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ) ont récemment proposé une mesure radicale : abolir le secteur 70 préuniversitaire de deux ans des cégeps et le remplacer par le système en vigueur dans les autres provinces.Il s\u2019agirait d\u2019ajouter une sixième année au secondaire et une année supplémentaire au ier cycle universitaire.La Fédération est allée jusqu\u2019à prétendre que ce brassage de structure ferait économiser i milliard par année au Québec.Or, non seulement cette prétention est-elle une absurdité mathématique (comment croire possible d\u2019économiser un milliard sur une dépense de 575 millions ?), mais c\u2019est son contraire qui est vrai.Nous avons calculé que si le Québec adoptait un tel système, sa dépense annuelle pour le faire fonctionner passerait de 575 à 750 millions à long terme.Elle augmenterait donc de 30 % - sans compter les coûts de transition à court terme.Une année à l\u2019université coûte tout simplement beaucoup plus cher qu\u2019une année au cégep.On réaliserait une petite économie en transférant les étudiants de première année du cégep au niveau secondaire, mais on essuierait une bien plus importante augmentation de coût en transférant les étudiants de deuxième année du cégep au niveau universitaire.Une expérience originale et concluante Le seul critère acceptable pour décider du sort d\u2019une innovation comme celle des cégeps est la valeur des résultats obtenus.Or, dans le cas présent, les résultats sont tout à fait concluants.Les cégeps ont un impact favorable et bien documenté sur la scolarisation, l\u2019acquisition de diplômes, l\u2019emploi, la productivité et les inégalités sociales.En plus, c\u2019est bon marché.Éliminer le secteur préuniversitaire des cégeps et le remplacer par une sixième année au secondaire et une autre au Ier cycle universitaire ferait perdre le Québec sur tous ces plans.Ce bouleversement serait coûteux, déscolari- 71 sant et inéquitable.L\u2019année supplémentaire au secondaire donnerait 12 mois de plus aux jeunes du Québec pour décrocher, alors que la province affiche déjà le plus haut taux de décrochage du Canada.Les taux de scolarisation et de diplo-mation du Québec au-delà du secondaire, qui sont impressionnants aujourd\u2019hui, baisseraient en dessous de ceux de l\u2019Ontario et ressembleraient plus à ceux de l\u2019Atlantique et de l\u2019Ouest, qui sont beaucoup plus bas.Les avantages pour l\u2019économie et la société seraient perdus.Ce que nous faisons valoir ici, ce n\u2019est pas que tout est parfait au Québec, mais simplement que c\u2019est pire ailleurs et qu\u2019il serait illogique de remplacer notre système par un autre qui est moins performant.Ce serait plutôt aux autres régions d\u2019Amérique du Nord à envisager d\u2019importer chez elles le régime québécois.Quant à nous, plutôt que de gaspiller nos énergies à discuter d\u2019une énième remise en question de l\u2019ensemble du système, nous devrions d\u2019abord reconnaître une fois pour toutes l\u2019apport véritable des cégeps à la scolarisation de nos jeunes, puis nous pencher immédiatement sur les aspects concrets de leur fonctionnement qui doivent être améliorés.Les défis à relever ne manquent certes pas, qu\u2019ils concernent le régime pédagogique, la lutte contre l\u2019abandon des études, l\u2019appui à la réussite des étudiants, l\u2019organisation, le degré d\u2019autonomie des établissements, la cohérence à rechercher avec les écoles professionnelles, l\u2019arrimage avec les universités, le développement régional, le défi démographique ou le financement.On peut trouver le texte intégral de l\u2019étude des auteurs, intitulée L\u2019apport des cégeps à la société québécoise, sur le site Internet www.fedecegeps.qc.ca. 72 Niveau médian de scolarité et répartition des jeunes DE 25 À 29 ANS SELON LE PLUS HAUT DIPLÔME OBTENU DANS LES RÉGIONS DU CANADA EN 2002 \tRégion\t\t\t \tQuébec\tOntario\tAtlantique\tOuest Diplôme obtenu\t2002\t2002\t2002\t2002 Nombre d\u2019années d'études\t15,2\t15.3\t13,9\t14,2 Répartition des diplômes (%)\t\t\t\t Aucun (décrocheurs)\t13\t9\tII\tIO Diplôme secondaire\t18\t28\t28\t36 Diplôme postsecondaire\t44\t34\t40\t33 Diplôme universitaire\t25\t29\t21\t21 Total\tIOO\tIOO\tIOO\tIOO Source : Statistique Canada. 73 DOSSIER Maya Lussier-Séguin* L\u2019AVENIR DU COLLÉGIAL POINT DE VUE D\u2019UNE ÉTUDIANTE Le ministre de l\u2019Éducation Pierre Reid a annoncé pour l\u2019année 2004 un forum où il serait question de l\u2019avenir de l\u2019institution collégiale.Une rencontre qui eut lieu au mois de juin alors qu\u2019étudiants et professeurs étaient en congé depuis près de trois semaines, peu susceptibles de participer à une consultation publique sur l\u2019avenir du collégial.Le ministre cherchait une vitrine pour exposer une première fois ses idées de réforme.On n\u2019entreprend pas le démontage d\u2019une institution nationale sans au moins feindre une semi-consultation avec les principaux intéressés.Il fallait aussi apaiser la colère anticipée du corps professoral et des étudiants vis-à-vis d'un gouvernement qui n\u2019avait jusqu\u2019ici guère manifesté d\u2019intérêt pour écouter leur avis.Colère récente pour certains.Colère déjà ancienne pour plusieurs, depuis l\u2019annonce voulant que le ministre ait pour objectif l\u2019abolition du système d\u2019enseignement actuel dans les cégeps.Mais le ministre a d\u2019abord temporisé.Nul besoin de s\u2019alarmer, a t-il rapidement affirmé.Nul besoin non plus de jouer au vigilant.Et nul besoin de se précipiter, il y aura un forum de consultation public, en juin 2004.Là, les positions res- * Étudiante au cégep du Vieux-Montréal. 74 pectives pourraient être exposées dans le calme, sans prêter de fausses intentions à qui que ce soit.C\u2019était du moins la position officielle, jusqu\u2019à l\u2019organisation de ce forum.Un forum factice Évidemment, ce forum n\u2019allait pas être ouvert aux principaux intéressés.Qui serait invité au Forum de juin 2004 ?Qui aurait sa carte d\u2019entrée pour discuter de l\u2019avenir de nos institutions d\u2019enseignement ?Professeurs, étudiants, parents, citoyens ?Avant le début des consultations, j\u2019ai appelé au cabinet du ministre Reid pour savoir si je pouvais y assister, seulement en tant qu\u2019observatrice, ce qui ne me semblait pas un excès.La réponse de l\u2019attaché du ministre ?Non, évidemment.Il n\u2019y avait que quatre personnes invitées par Conseil d\u2019Administration d\u2019établissement.Vite compris.Je n\u2019en étais pas.J\u2019aurais eu plus de chance de me trouver une place au forum en répétant des incantations avec un chaman que de me faire élire à la délégation du cégep du Vieux-Montréal où j\u2019étudie.Dommage car la très mauvaise représentation des étudiants (24 donc 4 représentants de la FECQ sur plus ou moins 350 personnes) et des professeurs (moins de 20) par rapport aux têtes dirigeantes de la bureaucratie collégiale me laisse dans le doute quant à la pertinence de ce forum.Me laisse dans le doute, surtout, quant aux intentions du gouvernement.Les décisions, comme à l\u2019habitude, ont probablement eut lieu dans les salles closes, dans les corridors, à l\u2019abri de la participation démocratique.La politique se fait rarement autour d\u2019une table.Mais comment tolérer que l\u2019avenir de l\u2019institution collégiale soit décidé entre deux officielles rencontres par les intrigants disposés à soumettre nos institutions à de subtils calculs qui risquent de les dissoudre en abstraites colonnes de chiffres où les 75 finalités de l\u2019éducation collégiale peineront à trouver leur place ?Le sacrifice de la formation citoyenne L\u2019une des finalités qu\u2019avait le cégep, au moment de sa création, était de contribuer à l'éducation de citoyens capables de penser, d\u2019agir, de créer et de s\u2019investir dans la cité.Des êtres polyvalents qui après avoir reçu une formation générale pourraient aller se perfectionner à l\u2019université.On nous propose désormais de réduire considérablement la place de l\u2019éducation citoyenne.Le domaine technique pourrait bénéficier de programmes sans cours de formation générale et les programmes du pré-universitaire pourraient voir leurs exigences diminuées de 60 % comme note de passage à 50 %.Autrement dit, l\u2019institution relaiera désormais les préoccupations exclusives au marché du travail et négligera la dimension proprement éducative de l\u2019enseignement collégial, sa dimension citoyenne.Jamais on n\u2019envisage une remise en question de l\u2019intégration plus ou moins réussie des différentes matières aux programmes collégiaux.On se contente de sacrifier les normes et de banaliser ainsi la formation à la citoyenneté.Que le nombre d\u2019échecs coûte cher au système, nul ne le contestera.Mais est-ce une raison pour sacrifier les normes d\u2019excellence pour s\u2019assurer que les indésirables ne restent pas sur les bancs d\u2019école trop longtemps ?Est-ce une raison de sacrifier la formation citoyenne ?Peut-être n\u2019y a t-il pas autre chose dans ce consentement au rabaissement des normes liées à la formation citoyenne qu\u2019un dédain pour la formation citoyenne en elle-même.Ce qui ne serait pas surprenant d\u2019un gouvernement ayant si peu à cœur le bien commun et l\u2019intérêt public. 76 La décentralisation, créatrice d\u2019inégalités L\u2019éducation fait ainsi de moins en moins partie d\u2019un véritable projet de société pour les Québécois.À voir le discours final du ministre lors du Forum du mois de juin, des solutions sont envisagées pour affirmer une réforme durable du collégial.Le ministre parle de zones d\u2019évaluations possibles, aimable jargon pour nous dire qu\u2019il consent encore à discuter des détails de sa réforme.Pourtant, l\u2019essentiel semble déjà défini.Le ministre évoque la possibilité de reconnaître une plus grande autonomie aux cégeps.Autrement dit, le ministre envisage explicitement la décentralisation.Il envisage par conséquent la possibilité pour le diplôme d\u2019études collégiales d\u2019avoir une reconnaissance strictement institutionnelle, sans reconnaissance officielle du ministère.Le diplôme ne serait plus signé par le ministre mais par l\u2019administration des cégeps.Ce changement nous conduira, à toutes fins utiles, à une concurrence néfaste et vicieuse entre les cégeps.Il n\u2019y aura plus d\u2019équivalence entre les diplômes non plus qu\u2019entre les programmes.Certains étudiants, par exemple ceux des régions, verront leur chance diminuée de se trouver un emploi dans leur domaine.N\u2019ayant pu se déplacer pour faire leurs études dans le cégep qui offrira le meilleur programme ils devront se contenter de ce qu\u2019offre le cégep à deux pas de chez eux.Il y aura une surenchère pour les programmes dits de meilleure qualité et les CA des cégeps seront en droit de modifier à leur guise les critères d\u2019admission à propos desquels ils seront seuls juges.Il s\u2019agit d\u2019une application sans nuances du modèle des collèges privés à un système pourtant public devant par principe favoriser l\u2019égalité des chances entre ses bénéficiaires.Le gouvernement libéral pratique sa réingénierie de l\u2019État jusque dans ses institutions d\u2019enseignement.Le projet de décentralisa- 77 tion des cégeps semble s\u2019inscrire dans une plus vaste logique de privatisation des services publics.On ne se tromperait pas en le supposant.Les réformes et le programme de prêts et bourses que nous propose le ministre participent à cette vision comptable de l\u2019avenir de l\u2019éducation au Québec.Ce qu\u2019ils qualifient de pas en avant pour le milieu de l\u2019éducation, je le qualifierais plutôt de recul de 35 ans pour la société québécoise.On sacrifie l\u2019accessibilité.On renonce aux mesures concrètes qui permettaient de démocratiser l\u2019accessibilité aux études supérieures.On renonce à donner aux étudiants les moyens d\u2019étudier véritablement et convenablement.Il ne s\u2019agit pas d\u2019un progrès, mais d\u2019une régression collective, d\u2019une dépolitisation du principe de solidarité tel qu\u2019il devrait se manifester et se concrétiser dans les politiques publiques qui sont tout autant de choix de société.Voilà où nous en sommes rendus après ce simulacre de forum qui aura coûté près de 300 000 dollars.Certes, nous en savons un peu plus sur les intentions du ministre.Ce qui n\u2019est pas pour réjouir ceux qui croient que l\u2019éducation fait partie des biens fondamentaux de la société québécoise.Évidemment, le statu quo n\u2019est pas à défendre en matière d\u2019enseignement collégial.Des changements, il en faut, et des majeurs.De l\u2019enseignement primaire à l\u2019enseignement universitaire, des réformes, nécessaires, doivent s\u2019étaler et contribuer à la modernisation d\u2019un système d\u2019enseignement qui doit s\u2019adapter aux impératifs de son époque et aux besoins des étudiants.Une institution peut être refondée, on peut l\u2019investir de nouvelles finalités, on peut la réformer.Mais on ne doit pas la saboter ou la sacrifier.Cela, le gouvernement libéral ne l\u2019a pas compris.On ne gouverne pas un peuple comme on assure la gestion d\u2019une chambre de 78 commerce.Et on ne traite pas les intérêts des citoyens comme on calcule les intérêts des actionnaires.Il y a au Québec des institutions et des idéaux à préserver.La mobilisation pour cela sera probablement nécessaire.Mais d\u2019ici à ce que le gouvernement libéral entreprenne ces réformes avec une certaine idée du Québec, aussi bien chacun d\u2019entre nous, aller consulter son chaman.? 79 DOSSIER Véronique Brouillette* LE MODÈLE DES CÉGEPS DANS LE COLLIMATEUR DU PARTI LIBÉRAL Au printemps 2004, les acteurs et actrices du milieu collégial ont été conviés au Forum sur l\u2019avenir de l\u2019enseignement collégial organisé par le ministère de l\u2019Éducation dont l\u2019objectif était de « favoriser l\u2019émergence et le brassage des idées » selon l\u2019expression utilisée par le ministre Pierre Reid lors de son discours de clôture.Le ministre aurait plutôt dû dire que l\u2019objectif des deux jours du forum était de « favoriser certaines idées des fédérations patronales malgré la vive opposition du milieu syndical et étudiant ».Le ministre a dit s\u2019être mis en mode d\u2019écoute, mais il a fait la sourde oreille, ne retenant que les deux idées maîtresses de la Fédération des cégeps : la décentralisation des cégeps et la diversification des parcours, tout en demeurant flou quant à l\u2019avenir de la formation générale et des études préuniversitaires.Il a dit avoir eu un esprit d\u2019ouverture, mais s\u2019est fermé aux arguments des défenseurs du réseau collégial, les étudiantes et étudiants et les membres du personnel syndiqué des collèges qui ont clamé haut et fort leur attachement au réseau collégial, les invitant, non sans une pointe de condescendance, à « dépasser ces réactions émotives », comme si le fait d\u2019aimer une institution n\u2019était pas un argument valide.Conseillère à la CSQ. 8o Mais à quoi ont donc servi ces deux jours de discussion si seulement un groupe a été écouté ?Un an s\u2019est écoulé entre l\u2019annonce et la tenue du forum.Durant cette année, le ministre de l\u2019Éducation s\u2019est fait discret, très discret, ne laissant aucunement connaître ses intentions quant à l\u2019avenir de l\u2019enseignement collégial, maintenant la population dans l\u2019incertitude quant à l\u2019existence même des cégeps, incertitude créée en partie par la proposition choc de la Fédération des commissions scolaires d\u2019abolir les cégeps.Celle de la Fédération des cégeps peut sembler moins catastrophique ; après tout, les cadres de collèges ont tout intérêt à ce que l\u2019institution collégiale soit maintenue, mais sous quelle forme ?Sur cette question, nous sommes très loin du consensus.Et pourquoi faudrait-il absolument déconstruire les cégeps ?Pourquoi ressent-on le besoin d\u2019entreprendre une réforme des cégeps aux quatre ans ?Et que vise vraiment cette présente réforme ?S\u2019il s\u2019agit vraiment d'une réforme visant la réussite éducative ou plutôt d\u2019une réforme de structure ?LES CÉGEPS DANS LE PLAN DE RÉINGÉNÉRIE DE L\u2019ÉTAT Le statut particulier des cégeps dans le système d\u2019éducation québécois, à mi-chemin entre le secondaire et l\u2019université, ayant un pied dans les études préuniversitaires et l\u2019autre dans la formation technique, a toujours un peu agacé les différents ministres de l\u2019Éducation qui se sont succédés.Les cégeps ont officiellement eu le statut d\u2019établissements d\u2019enseignement supérieur lors de la réforme Robillard de 1993, leur conférant par le fait même une plus grande autonomie institutionnelle, pour se rapprocher des universités.La réforme Marois de 1997 pousse ensuite la décentralisation plus loin.Sept ans plus tard, les libéraux remettent les 8i cégeps en question, optant eux aussi pour une plus grande décentralisation, en accord parfait avec le discours de la Fédération des cégeps.Premier véritable chantier entrepris en éducation depuis l\u2019entrée au pouvoir du gouvernement Charest, le Forum sur l\u2019avenir de l\u2019enseignement collégial constitue un des outils du Plan de modernisation de l\u2019État.Ce que le gouvernement souhaite, en gros, c\u2019est que les cégeps deviennent plus efficaces, coûtent moins cher et demandent une intervention minimale de sa part.Dans ce contexte, la piste de l\u2019autonomie institutionnelle devient intéressante pour l\u2019État ; il suffit de laisser à chaque cégep l\u2019entière responsabilité quant à son fonctionnement et à son développement sous la supervision d\u2019un organisme d\u2019évaluation externe, donnant raison aux directions des collèges qui réclamaient plus de pouvoir local ou régional.En procédant ainsi, le gouvernement du Québec imite ses voisins des autres provinces et des États-Unis et s\u2019inscrit dans les tendances de réformes éducatives inspirées des idées néolibérales du « Nouveau management public ».Des sept zones d\u2019évolution possible énumérées par le ministre à la clôture du forum, cinq concernent l\u2019administration des collèges, soit l\u2019autonomie des collèges, la diversification des parcours, le développement des régions, les modes de gouvernance et les dispositifs de liaison entre les ordres d\u2019enseignement.Sur les deux autres zones d\u2019évolution qui traitent plus directement d\u2019éducation, soit la gestion des parcours et l\u2019avenir de la formation générale, le ministre demeure flou, en indiquant à mots à peine couverts, qu\u2019il reviendra à chaque collège de décider de sa destinée.L\u2019agenda du gouvernement est établi.Il a choisi de privilégier l\u2019approche des directions de collèges, faisant de l\u2019autonomie des cégeps le thème central de ses priorités malgré 82 l\u2019opposition des premières personnes visées par tout changement administratif : les membres du personnel et les étudiants.C\u2019est comme si le ministère de l\u2019Éducation était omnubilé par la consigne du Conseil du trésor de procéder à la modernisation de l\u2019État en se délestant de ses responsabilités.Et c\u2019est pourtant ce qu\u2019un grand nombre d\u2019intervenants réclament : le réseau collégial, s\u2019il veut demeurer un réseau, a besoin du soutien de l\u2019État.Sous prétexte que les cégeps sont des établissements d\u2019enseignement supérieur, comme les universités, on leur donne une plus grande autonomie.Mais les cégeps ne sont pas des universités, ils sont beaucoup plus jeunes comme institution, ils ont moins de trente ans alors que l\u2019université est une institution séculaire, et surtout, les cégeps accueillent des étudiantes et étudiants plus jeunes qui ont besoin d\u2019un minimum d\u2019encadrement et d\u2019une chance de réussir.Il serait erroné de croire que laisser aller les cégeps à leur guise sans un minimum de leadership national ne comporte pas plusieurs risques.En voici quelques-uns.Diversité des institutions, diplômes inégaux Le premier enjeu posé par une décentralisation accrue des cégeps concerne la qualité des diplômes.Des dispositions législatives comme l\u2019habilitation, soit la possibilité pour chaque collège de décerner lui-même le diplôme d\u2019État sous réserve d\u2019une évaluation positive de la Commission d\u2019évaluation de l\u2019enseignement collégial, existent déjà même si elles n\u2019ont jamais été appliquées.Le ministre voudrait aller plus loin et viserait l'accréditation, soit laisser aux collèges le soin de décerner eux-mêmes leur propre diplôme, de décider eux-mêmes des programmes d\u2019études et de fixer eux-mêmes les critères d\u2019admission, etc.La logique de la décentralisation et de la diversification des parcours poussée à l\u2019extrême 83 voudrait qu\u2019une étudiante ou un étudiant, au sortir de ses études collégiales, aurait un diplôme du cégep X, différent du diplôme du cégep Y ou du diplôme du cégep Z plutôt qu\u2019un diplôme du ministère de l\u2019Éducation du Québec.Les cégeps disposent déjà d\u2019une bonne marge de manoeuvre quant à l\u2019élaboration des programmes et des cours, depuis l\u2019introduction de l\u2019approche par compétences en 1993 et les changements apportés en 1997.Toutefois, chaque collège public doit obligatoirement dispenser des cours de formation générale (français, anglais, philosophie, éducation physique), soumettre ses élèves à l\u2019épreuve uniforme de français et à l\u2019épreuve synthèse de programme et offrir des diplômes d\u2019études collégiales (DEC) préuniversitaires ou techniques.Force est de constater que les collèges ont déjà acquis beaucoup d\u2019autonomie depuis les deux dernières réformes entreprises dans les années 90 et les résultats ne sont pas toujours heureux.Par exemple, depuis la déréglementation des attestations d\u2019études collégiales, on retrouve plus de 1000 AEC dans le réseau collégial, dont plusieurs recoupements, faute d\u2019encadrement national.Pour les DEC, l\u2019élaboration locale des programmes d\u2019études engendre des problèmes de mobilité des étudiants d\u2019un collège à l\u2019autre puisque les compétences sont réparties différemment.Qu\u2019adviendrait-il si chaque collège décernait son propre diplôme si tel le voulait la logique derrière la « véritable autonomie » dont parlent en chœur les directions des collèges et le ministre de l\u2019Éducation ?Est-ce qu\u2019un collège pourrait décider de ne décerner que des diplômes techniques et de répartir la formation générale à l\u2019intérieur des cours comme cela se fait en Ontario ?Qu\u2019adviendrait-il des normes de qualité nationales ?Est-ce qu\u2019un organisme d\u2019évaluation externe se chargera de cette question ?Est-ce 84 qu\u2019un diplôme d\u2019un collège qui jouit d\u2019une bonne réputation risque d\u2019avoir plus de valeur aux yeux des employeurs et des universités qu\u2019un diplôme d\u2019un collège en difficulté ?Quelles seraient les conséquences sur les étudiants ?La question de la qualité des diplômes ne peut pas être prise à la légère, il est de la responsabilité du gouvernement québécois d\u2019assurer une éducation de qualité.Une décentralisation qui ouvre la porte à la compétition Les cégeps se livrent déjà une compétition parfois féroce, particulièrement dans la course aux inscriptions.Cette compétition a été exacerbée par les deux dernières réformes, par la baisse des inscriptions et par l\u2019exode des jeunes vers les grands centres urbains.La prolifération des programmes courts destinés aux adultes n\u2019est pas étrangère à ce phénomène, l\u2019éducation des adultes étant souvent perçue comme la vache à lait des directions des collèges.Les cégeps ont besoin de financement et comme chaque collège est financé en fonction du nombre d\u2019étudiants inscrits, certains cégeps en région ont la vie plus difficile.La diminution des inscriptions, particulièrement dans les régions qui se vident, est un problème sérieux qui a fait l\u2019objet de plusieurs études et consultations ces dernières années, mais qui est loin d\u2019être résolu.La décentralisation des cégeps n\u2019est peut-être pas la meilleure façon d\u2019y remédier puisqu\u2019elle instaure une différenciation entre les cégeps qui profite surtout aux cégeps plus avantagés.Nous l\u2019avons mentionné, l\u2019habilitation est déjà permise dans la législation.Sous réserve d\u2019une évaluation positive de la Commission d\u2019évaluation de l\u2019enseignement collégial, un cégep peut demander de décerner lui-même le diplôme.Cette disposition n\u2019a jamais été appliquée en partie parce §5 qu\u2019elle suscite certaines inégalités.D\u2019abord, elle fragilise la cohérence du réseau en isolant certains cégeps, puis elle crée une hiérarchisation des établissements qui instaure inévitablement des inégalités.Le message derrière l\u2019habilitation est que les cégeps les plus « efficaces et efficients » peuvent se débrouiller sans trop d\u2019intervention de l\u2019État.Pourtant, c\u2019est l\u2019État qui est le plus en mesure d\u2019assurer la cohérence de l\u2019ensemble du réseau.Gouverne régionale et démocratie À la fois le ministère de l\u2019Éducation et la fédération des cégeps scandent le même slogan « le temps du modèle mur à mur est révolu », l\u2019un parlant de modèle de cégeps à géométrie variable et l\u2019autre d\u2019un modèle asymétrique pour évoquer la même idée.On peut donc s\u2019attendre à ce que le ministère de l\u2019Éducation privilégie une approche au cas par cas, selon les besoins spécifiques de chaque région, donnant ainsi plus de responsabilités aux instances régionales et locales.Plusieurs programmes techniques sont en difficuté faute d\u2019inscriptions.Une des solutions trouvées par plusieurs cégeps est le développement de créneaux d\u2019excellence propres à chaque région, mais elle n\u2019est pas suffisante.Tous s\u2019entendent sur le rôle primordial que jouent les cégeps dans le développement des régions.Le « modèle asymétrique » envisagé par le ministère de l\u2019Éducation laisse sous-entendre que les régions auraient une grande marge d\u2019autonomie quant à l\u2019offre de programmes.Le Parti libéral a procédé récemment à une transformation des pouvoirs locaux, donnant aux Conférences régionales des élus (CRÉ), une structure essentiellement composée d\u2019élus municipaux et de très peu de gens issus de la société civile, le mandat « d\u2019établir un plan de développement définissant, dans une 86 perspective de développement durable, les objectifs généraux et particuliers au développement de la région ».Or, cette instance décisionnelle n\u2019a pas les compétences nécessaires pour avoir un rôle décisionnel dans l\u2019offre de formation dans les régions.Nous sommes d\u2019avis qu\u2019il serait plus opportun que le ministère crée un mécanisme de concertation régionale où des représentants des membres syndiqués (pas seulement les cadres) du personnel de l\u2019éducation de chaque ordre d\u2019enseignement seraient présents afin de participer au processus de décision dans l\u2019offre de formations des régions du Québec.Oui, les cégeps sont essentiels au développement des régions et oui les régions ont leur mot à dire.Il faut cependant se garder d\u2019abandonner les cégeps à de simples impératifs locaux de gestion ou aux besoins conjoncturels de l\u2019entreprise locale et penser avant tout aux besoins des étudiantes et des étudiants.Des questions à approfondir : les finalités éducatives Assez étrangement, le débat sur l\u2019avenir des cégeps a essentiellement porté sur des questions de stucture ou de gestion et a peu traité de questions proprement éducatives qui touchent directement les étudiants et les membres du personnel, comme l\u2019avenir de la formation générale, de la formation préuniversitaire ou de la formation technique.Ces thèmes ont été assez habilement écartés par le ministre qui a affirmé qu\u2019il s\u2019agissait de questions à approfondir.Le climat d\u2019insécurité qui régnait depuis l\u2019annonce du forum ministériel se poursuit donc même après sa tenue.Les membres de la communauté collégiale nagent encore dans l\u2019incertitude.Qu\u2019adviendra-t-il de la formation générale s\u2019il revient à chaque collège de la répartir dans ses programmes comme 87 bon lui semble ?Les cégeps seront-il tentés d\u2019imiter leurs voisins des autres provinces canadiennes et de disperser des éléments de formation générale dans les cours de formation spécialisée ?Peut-on s\u2019attendre à une disparition de la formation préuniversitaire dans certains cégeps ?Quant à l\u2019articulation entre la formation professionnelle et technique, le ministère propose de soutenir « l\u2019engagement volontaire dans des projets-pilotes à fort potentiel d\u2019essaimage et d\u2019imitation » d\u2019après le document Liste des dossiers prioritaires inscrits au tableau de bord gouvernemental 2004-2005, en date du 6 août.Ce dernier document indique également que « des séances de travail avec les directions des collèges sont prévues pour les mois d\u2019août et septembre, de même qu\u2019au Comité de liaison de l\u2019enseignement supérieur ».Le ministère de l\u2019Éducation n\u2019a pas cru bon d\u2019informer lui-même les organisations syndicales de son agenda pour 2004-2005 alors que des rencontres avec les directions des collèges étaient déjà prévues.Quant aux étudiants, ils n\u2019ont pas été associés au processus.Serviront-ils de cobayes aux expérimentations du ministre ?DES CONDITIONS À RÉUNIR POUR UNE RÉFORME ÉDUCATIVE RÉUSSIE Le ministère de l\u2019Éducation justifie la présente réforme des cégeps par leur besoin d\u2019adaptation aux nouvelles réalités.Oui, les cégeps doivent s\u2019adapter à certaines nouvelles réalités : une situation démographique inquiétante particulièrement en région, des emplois qui exigent des connaissances et des compétences de plus en plus spécialisées, une mondialisation qui nécessite une ouverture sur le monde, des préoccupations environnementales, etc.Oui, les cégeps peu- 88 vent changer, si l\u2019objectif vise une amélioration réelle dans l\u2019intérêt des étudiantes et des étudiants.Mais peut-on qualifier les changements envisagés par le ministère de l\u2019Éducation de véritable réforme des cégeps ?Une véritable réforme éducative nécessite certaines conditions qui ne sont pas réunies actuellement.En voici quelques-unes.Des changements qui répondent vraiment aux besoins des étudiantes et des étudiants Logiquement, toute réforme éducative devrait d\u2019abord et avant tout viser la réussite des étudiantes et des étudiants.En pratique toutefois, les changements envisagés par le ministère de l\u2019Éducation visent surtout des changements administratifs qui donnent un rôle accru aux directions de collèges.Ce sont les idées des directions des collèges qui ont été retenues malgré la vive opposition des étudiantes et des étudiants présents au Forum sur l\u2019avenir de l\u2019enseignement collégial.Lors du dernier atelier en plénière, la vingtaine d\u2019étudiantes et d\u2019étudiants se sont levés un à un pour dénoncer la date du forum, en juin quand les cégeps sont vides, et les risques de la décentralisation.Les étudiantes et les étudiants tiennent à un réseau collégial cohérent et accessible qui permet au plus grand nombre de réussir.A-t-on pensé aux conséquences que pourraient avoir la décentralisation, la diversification des parcours et la fusion de la formation professionnelle et technique sur les étudiants ?Rien n\u2019est moins certain.Le ministre fait erreur en ignorant la voix des étudiantes et des étudiants, qui seront pourtant les premiers touchés par tout changement imposé par le gouvernement.L\u2019avenir d\u2019une génération ne peut pas être compromis. 89 Une collaboration et une participation des membres du personnel Les réformes imposées sont rarement efficaces.Il est absolument essentiel d\u2019associer étroitement tous les membres du personnel des collèges, et non seulement les directions, pour mener une réforme réussie et efficace.Les membres du personnel travaillent quotidiennement pour les étudiantes et les étudiants, ils ont contribué et continuent à contribuer à bâtir le réseau collégial.Ils ont l\u2019enseignement collégial à cœur et veulent l\u2019améliorer.Encore une fois, le ministre fait erreur en ignorant leurs voix.Une orientation politique qui garantit le bien public La création des cégeps a été motivée par un idéal de démocratisation de l\u2019enseignement supérieur.Toute réforme éducative devrait être motivée par un idéal à atteindre : un système d\u2019éducation de qualité, accessible, qui donne le goût d\u2019apprendre à toutes et à tous et qui garantit une place dans la société et sur le marché du travail.C\u2019est là le rôle crucial que devrait jouer le ministère de l\u2019Éducation : donner une direction politique qui vise cet idéal.Le réseau collégial, s\u2019il veut demeurer un réseau, a besoin du leadership du ministère de l\u2019Éducation.L\u2019État a la responsabilité de maintenir sa cohérence.? go DOSSIER François Rochon* LES CÉGEPS EN PÉRIL Encore une fois, comme par un réflexe qui confine à la compulsion de répétition collective, on s\u2019interroge sur les cégeps et leur avenir.On remet en cause certains aspects de leurs programmes d\u2019études, on joue avec l\u2019idée d\u2019en démanteler le réseau sous prétexte de donner à chaque établissement son autonomie institutionnelle, et bien entendu on repose la question de leur pertinence dans le système scolaire québécois.Au cours de l\u2019hiver 2003, à la veille d\u2019une élection générale qui allait porter au pouvoir un gouvernement libéral féru de « réingénierie », la Fédération des cégeps a relancé le débat, en proposant dans un plan de développement un certain nombre de modifications, dont certaines se trouvent à révoquer la vision éducative qui se trouve aux fondements mêmes des cégeps.Depuis, le débat s\u2019est considérablement élargi, et le spectre de l\u2019abolition est revenu hanter le réseau collégial.To be or not to be : telle est, en dernier ressort, l\u2019inévitable et l\u2019interminable question à laquelle tout débat sur les cégeps aboutit ou risque d\u2019aboutir, - question dont le traitement n\u2019est pas sans participer de l\u2019irrésolution fondamentale de la société québécoise quant à un autre enjeu, de plus grande envergure, celui de son propre destin.* L\u2019auteur enseigne le français, langue et littérature, au cégep de Saint-Laurent. 9i Le mirage de l\u2019adaptation de la formation générale L\u2019un des sujets les plus importants du débat actuel consiste dans le sort que l\u2019on réservera à la formation générale.Celle-ci, qui est largement commune à l\u2019ensemble des programmes, se compose, depuis la réforme de 1993, de quatre cours de littérature, de 3 cours de philosophie, de 3 cours d\u2019éducation physique, de deux cours d\u2019anglais et de deux cours dits complémentaires, choisis parmi des disciplines qui ne figurent pas dans la formation spécifique.Des 66 propositions que compte le plan de développement de la Fédération des cégeps, l\u2019une d\u2019entre elles, qui porte le numéro 7, a déjà fait couler beaucoup d\u2019encre et a suscité des antagonismes de taille.La proposition est la suivante : « Maintenir une formation générale dans tous les programmes d\u2019études collégiales conduisant au DEC et examiner la pertinence et la faisabilité de l\u2019adapter en formation technique, en fonction des qualifications et des finalités recherchées dans ce secteur de formation.1 » À première vue, la proposition ne semble pas remettre en cause la formation générale, elle semble même en réaffirmer le principe ; mais, en fait, elle recèle une contradiction larvée : l\u2019adaptation dont il est fait mention aurait pour effet de transformer considérablement ce type de formation, en réduisant une bonne partie de ses aspects culturels ou même en les diluant tout simplement.Précisons que la proposition vise surtout, sans le dire explicitement, les cours de littérature et de philosophie.Dans le débat que la Fédération des cégeps a relancé, il y a plus d\u2019un an, il est rarement question des cours d\u2019anglais et d\u2019éduca- 1 Fédération des cégeps, Le cégep, une force d'avenir pour le Québec.Plan de développement du réseau collégial public, Montréal, 2003, p.41.Les références des citations tirées de ce document seront indiquées entre parenthèses, dans le corps du texte. 92 tion physique2.Les premiers sont un des acquis les plus valables de la réforme de 1993 : à peu près personne ne songe vraiment à les modifier, encore moins à les diminuer ou à les éliminer.Tant que les cours d\u2019anglais seront des cours de langue, et non de littérature d\u2019expression anglaise, ils seront jugés pertinents sinon indispensables.Sans doute cherchera-t-on à orienter l\u2019apprentissage de la langue seconde en fonction du champ de spécialisation des élèves, en insistant sur l\u2019acquisition du langage technique ; mais c\u2019est une avenue peu praticable, car elle aboutirait vite à une impasse pédagogique et administrative : il y aurait autant de cours de langue seconde qu\u2019il y a de langages spécialisés, et même plus en raison des niveaux différents, ce que les collèges ne peuvent offrir.Quant aux cours d\u2019éducation physique, le quasi-mutisme qui prévaut à leur endroit est certes plus ambigu, dans la mesure où on peut le rapporter à une certaine forme d\u2019indifférence qui peut inquiéter ; mais on peut difficilement inférer de ce silence une volonté cachée de remettre sérieusement en cause ces cours.Ceux-ci sont généralement appréciés par les élèves, qui les réussissent sans problème ; et leur utilité est d\u2019autant plus facile à démontrer que les jeunes sont, d\u2019après maintes études, de plus en plus inactifs physiquement, et donc de moins en moins en forme.C\u2019est d\u2019ailleurs sous le rapport de Futilité que l\u2019on discute le plus souvent de la possibilité d\u2019adapter les cours de littérature et de philosophie, ou encore de les abolir tout simplement, - ce qui, du reste, n\u2019est pas si différent que l\u2019on croie.2 On peut tout au moins noter une exception de taille : au printemps dernier, le Conseil supérieur de l\u2019éducation publiait un avis au ministre de l'Éducation, dans lequel il recommandait d\u2019élargir l\u2019éventail des disciplines de la formation générale, ce qui aurait pour effet de réduire considérablement la place faite aux disciplines actuelles.J'y reviendrai plus loin. 93 À quoi peut bien servir l\u2019analyse d\u2019un roman de Balzac ou d\u2019un poème de Gaston Miron, ou encore l\u2019étude de quelques enjeux liés à l\u2019idéalisme platonicien ou à la critique nietzschéenne de la morale ?En quoi un élève du secteur technique, tout particulièrement, serait-il plus efficace dans son travail s\u2019il avait acquis des connaissances générales de ce type ?Le fait que l\u2019on s\u2019interroge sur l\u2019utilité de la culture générale de type humaniste dans le cadre des programmes techniques est ainsi révélatrice d\u2019une certaine conception de l\u2019éducation : celle-ci consisterait principalement à préparer l\u2019élève au marché du travail, c\u2019est-à-dire à être un employé capable d\u2019effectuer des tâches précises et de plus en plus spécialisées au sein d\u2019industries de toutes sortes.Tout savoir qui n\u2019est pas en lien direct avec ces tâches est souvent perçu comme superflu, inutile, voire nuisible.Ce serait une perte de temps, on laisse souvent entendre qu\u2019il ralentit le cheminement scolaire des élèves lorsque ceux-ci échouent certains de leurs cours de littérature et de philosophie.Ainsi la Fédération des cégeps se trouve-t-elle à entériner cette position lorsqu\u2019elle veut justifier sa proposition d\u2019adapter la formation générale : « Cette avenue pourrait contribuer à accroître la motivation, la persévérance et, en bout de piste, la réussite des étudiants et des étudiantes en formation technique.» (p.41) Il faut s\u2019opposer à cette conception de l\u2019école, il faut en dénoncer la vision fondée sur un pragmatisme et un utilitarisme à courte vue, dans la mesure où elle assujettit l\u2019éducation au simple monde du travail, sans pour autant arguer qu\u2019elle transformerait de facto les élèves en simples machines ou outils-humains prêts à être utilisés dans l\u2019industrie.Ce serait un abus de langage inadmissible que d\u2019avancer que la formation technique déshumanise l\u2019élève, et que seules les disciplines humanistes sont garantes de ce 94 qu\u2019on pourrait appeler l\u2019humanité des êtres humains.Il y a parfois un dialogue de sourds, dans le débat qui est en cours, entre les défenseurs de la culture générale dans les programmes scolaires et ceux qui veulent la diminuer, l\u2019adapter ou l\u2019exclure.Autant le projet de ramener l\u2019éducation à des fins purement utilitaires révèle-t-elle une conception étriquée de l\u2019école, autant la certitude que les cours de formation générale sont les dépositaires des valeurs de l\u2019humanisme révèle-t-elle à son tour une conception étriquée de la formation technique.Dénoncer la domination de l\u2019esprit utilitariste en éducation ne signifie en rien que l\u2019on veuille dégager l\u2019école de ses fins utilitaires.Il est évident que celle-ci doit bien préparer les élèves, en particulier ceux du secteur technique au collégial, à un certain type de travail assez pointu, dans la mesure où ils auront à assumer des responsabilités diverses qui exigent un savoir spécialisé et bien maîtrisé.Mais l\u2019école a une autre mission, tout aussi légitime et impérieuse, dont l\u2019évidence, qui est depuis longtemps admise, semble de moins en moins reconnue aujourd\u2019hui : cette mission consiste à former un être humain et non seulement ou simplement un travailleur, en le faisant réfléchir à divers aspects de ce qu\u2019est l\u2019humanité, et en lui donnant des instruments qui lui permettent de faire cette réflexion.Pareille formation est au cœur de l\u2019enseignement de la littérature et de la philosophie, qui n\u2019en ont pas cependant l\u2019apanage ; et elle a son utilité propre, qui peut en outre participer à celle de la formation spécifique.Ce qui lie ces deux disciplines, c\u2019est le fait qu\u2019elles investissent plus que d\u2019autres le vaste domaine de la langue et qu\u2019elles amènent les élèves à le sonder, à l\u2019habiter et à le posséder de façon plus nette et plus assurée.On peut distinguer 95 deux grandes fonctions relatives à la langue, à la fois distinctes et complémentaires, à savoir les fonctions de communication et de signification.La première renvoie aux habiletés langagières de base : pour pouvoir communiquer un message clairement et efficacement, il faut connaître et bien maîtriser le code linguistique, c\u2019est-à-dire appliquer les règles de grammaire et de syntaxe, posséder un vocabulaire précis et étendu, et organiser son discours de manière logique et cohérente.En un mot, il faut pouvoir jouer avec la langue plutôt que de se voir joué par elle, faute d\u2019en avoir une connaissance adéquate.À chaque année, à chaque session, depuis quinze ans maintenant, je vois bien qu'un nombre considérable d\u2019élèves ont une maîtrise insuffisante du français, et que cette situation les ralentit dans leurs études et risque de leur nuire tant dans leur vie professionnelle que privée.La vie en société étant en grande partie régie par le langage, les individus qui resteront démunis ou peu habiles sur le plan linguistique risquent de moins bien tirer leur épingle du jeu que ceux qui maîtrisent convenablement la langue.S\u2019il faut reconnaître qu\u2019un nombre important d\u2019élèves, même au collégial, n\u2019ont pas acquis une maturité linguistique suffisante, il faut admettre du même souffle que cette maturité est longue et parfois ardue à acquérir, il faut accepter une bonne fois pour toutes que l\u2019apprentissage d\u2019une langue, quelle qu\u2019elle soit, requière beaucoup d\u2019années, d\u2019efforts et de continuité.Nier cet état de fait équivaut à faire l\u2019autruche et à laisser bon nombre d\u2019élèves se dépêtrer tout seuls avec des difficultés linguistiques qui les handicapent.La deuxième fonction que je mentionnais plus haut a trait à la signification.L\u2019une des erreurs les plus courantes que l\u2019on fait lorsqu\u2019il est question de l\u2019apprentissage de la langue g6 consiste à s\u2019en tenir à sa fonction de communication : on considère ainsi la langue comme une simple courroie de transmission, un véhicule de la pensée, une forme pure dont il s\u2019agirait de connaître les éléments.Or, la langue est bien plus qu\u2019un instrument de la pensée, c\u2019est l\u2019une de ses modalités les plus courantes et les plus fondamentales.Si la langue structure en grande partie la pensée, c\u2019est la pensée qui nourrit la langue, lui donne vie et lui confère force et dynamisme.Apprendre à maîtriser la langue revient ainsi à apprendre à penser, c\u2019est-à-dire à comprendre, à expliquer et à produire des significations de plus en plus élaborées.D\u2019où l\u2019importance de la culture générale, et tout particulièrement de la littérature et de la philosophie : c\u2019est parce que ces deux disciplines exigent des élèves qu\u2019ils se familiarisent avec des systèmes de significations complexes, qui portent sur divers aspects de l\u2019expérience humaine, qu\u2019elles leur permettent d\u2019améliorer leur maîtrise de la langue.Enseigner la langue sans la culture, c\u2019est comme inviter les élèves à s\u2019installer dans une maison dont on n\u2019aurait bâti que la charpente, ou encore leur demander d\u2019habiter une vaste demeure qu\u2019on laisserait vide.S\u2019il faut nourrir la langue par la pensée, il faut nourrir cette dernière par la culture, faute de quoi la pensée ne se développe pas, elle reste partiellement en friche, souvent approximative, limitée aux seules données du monde immédiat, au risque de la voir aliénée par une société dont les impératifs de consommation exercent de plus en plus leur domination déshumanisante.C\u2019est dans la mesure où il s\u2019enracine dans l\u2019étude de textes significatifs que l\u2019enseignement de la littérature et de la philosophie a une utilité pour l\u2019ensemble des élèves, tant ceux du secteur technique que préuniversitaire.Cette méthode active les deux fonctions de la langue.Un texte communique 97 un message que le lecteur doit saisir, restituer, expliquer, voire critiquer.Plus ce message comporte de significations complexes, plus il développe chez son lecteur une maîtrise de la langue conçue comme code.Il va sans dire que la lecture d\u2019un journal ou d\u2019un magazine maintient cette maîtrise à un niveau peu élevé ; et que la lecture du Cid ou d\u2019une méditation de Descartes, par exemple, pousse à l\u2019élever considérablement.L\u2019utilité que comporte cette méthode ne se définit pas de façon précise et bien circonscrite dans la vie professionnelle ; elle ne se rapporte pas à l\u2019exercice d\u2019une tâche plutôt qu\u2019une autre ; c\u2019est une utilité qui opère d\u2019autant plus et mieux qu\u2019elle se trouve diffuse et qu\u2019elle éveille et sollicite de façon générale et continue des qualités de réflexion, de conception, d\u2019analyse, d\u2019imagination et d\u2019invention qui peuvent être appliquées dans quelque contexte que ce soit.Du reste, la plupart des élèves se plie assez bien à cette méthode d\u2019étude des textes ; et, pour eux, l\u2019utilité la plus immédiate que comportent leurs cours de littérature et de philosophie consiste souvent dans l\u2019habileté de l\u2019enseignant à rendre signifiants et significatifs les textes qui sont mis à l\u2019étude.Ici, souvent, tout est affaire de manière, de flair, de tact même, et aussi de chance : il faut choisir des œuvres qui ont quelque chose à leur dire, et mettre en relief les aspects de ces œuvres qui les touchent, les remettent en question, les provoquent, les choquent même, ou encore emportent leur adhésion.Je donnerai deux exemples.Un des textes qui, en littérature, les intéresse le plus est L\u2019étranger d\u2019Albert Camus : peu d\u2019élèves restent indifférents au personnage de Meursault dont le sensualisme athée, qui est traité en lien avec les problèmes de l\u2019absurdité de la vie et de la liberté, vient immanquablement les interroger quant à leur propre 98 système de valeurs.Je ne me souviens pas d\u2019une session où, à la lecture de ce petit roman si imposant dans la littérature française du siècle dernier, il n\u2019y ait eu un élève, généralement un garçon, qui ne m\u2019ait dit qu\u2019il s\u2019était reconnu en Meursault et que Camus avait mis des mots sur ce qu\u2019il sentait sans arriver jusque-là à le formuler.À la suite d\u2019une expérience décevante, au tout début de ma carrière, avec L\u2019avalée des avalés, j\u2019ai cru qu\u2019il n\u2019était pas possible de faire lire Réjean Ducharme.Il faut dire que les romans de cet auteur sont exigeants et qu\u2019ils peuvent vite paraître rébarbatifs à des lecteurs peu expérimentés.Ils mettent en scène des narrateurs qui, sous la forme du monologue intérieur, livrent un discours à la fois fantasque et étincelant d\u2019humour intelligent, dans lequel la critique du conformisme, de l\u2019autorité exercée de façon mécanique, de la société de consommation s\u2019allie aux thèmes du mal de vivre et de la quête du bonheur et de l\u2019amour.J\u2019ai fait un deuxième essai, il y a quatre ans, avec le même roman, que je répète depuis chaque automne dans le cadre d\u2019un cours de littérature québécoise ; et à ma grande surprise, c\u2019est l\u2019œuvre qu\u2019une majorité d\u2019élèves préfèrent, malgré sa complexité évidente et le caractère impétueux de son personnage principal, Bérénice Einberg.Et, fait plus étonnant encore, c\u2019est par un fil thématique à forte résonance philosophique, qui traverse le roman et toute l\u2019œuvre de Ducharme, que j\u2019ai pu aborder L\u2019avalée des avalés avec les élèves et cheminer avec eux et grâce à eux dans quelques-unes de ses avenues, - à savoir le nihilisme.À bien y penser, le fait n\u2019est pas si étonnant : la profonde crise des valeurs dont Bérénice fait l\u2019expérience, sur un mode à la fois dramatique et ludique, est bien souvent celle à laquelle l\u2019homme contemporain doit encore faire face aujourd\u2019hui, et qu\u2019un nombre assez élevé d\u2019élèves ressentent de manière parfois très aiguë.La critique virulente 99 des valeurs communément admises qui entraîne leur effondrement, le vide moral et existentiel qui s\u2019ensuit et qui est source d\u2019angoisse, ainsi que l\u2019espoir de dépasser ce vide par l\u2019affirmation de l\u2019être qui cherche à se définir et à se créer lui-même, - tous ces thèmes, que Nietzsche a traités abondamment en philosophie3, sont au cœur du discours de Bérénice et des préoccupations de bien des jeunes garçons et filles qui fréquentent aujourd\u2019hui les cégeps, peu importe qu\u2019ils étudient dans un programme technique ou préuniversitaire.Il faut aussi, bien entendu, faire confiance aux élèves, ne pas sous-estimer leur intelligence ainsi que leur capacité de réfléchir, ni croire que la facilité soit un gage d\u2019intérêt et de réussite.Au contraire, sans défi ni effort, l\u2019intelligence n\u2019est pas stimulée, elle finit même par s\u2019atrophier.Il n\u2019est pas nécessaire de multiplier les exemples pour comprendre à quel point l\u2019adaptation de la formation générale dans le cadre de la formation technique soulève des difficultés importantes voire insurmontables.Comment pourrait-on étudier Camus ou Ducharme ou quelque auteur que ce soit, dès lors qu'il faut mener cette étude « en fonction des qualifications et des finalités recherchées dans ce secteur de formation », comme le stipule la proposition de la Fédération des cégeps ?Comment enseigner la littérature et la philosophie en arrimant ces deux disciplines « aux particularités des programmes techniques », c\u2019est-à-dire à leurs compétences souvent bien pointues ?La réponse est forcément brutale : une adaptation véritable signerait la liquidation de 3 Pour comprendre comment la question du nihilisme et son traitement de type nietzschéen pénètrent l\u2019œuvre de Ducharme, de L'avalée des avalés aux Enfantâmes, il faut consulter l\u2019excellente étude de Renée Leduc-Park, Réjean Ducharme.Nietzsche et Dionysos, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 1982.Il est à noter, du reste, que les élèves qui ont déjà été initiés à la question du nihilisme, dans leurs cours de philosophie, ont l\u2019occasion de faire une lecture beaucoup plus perspicace de Ducharme. lOO la littérature et de la philosophie, et ramènerait l\u2019enseignement de la langue à l\u2019exercice de sa fonction de communication.La Fédération a d\u2019ailleurs prévu le coup, qui parle ainsi de revoir « les finalités et le contenu de l\u2019épreuve ministérielle en langue d\u2019enseignement et littérature au secteur technique » (41) : s\u2019il faut revoir l\u2019épreuve, c\u2019est que le contenu des cours qui y mènent a également changé, c\u2019est-à-dire que la littérature en a été enlevée.Toute autre réponse, qui tiendrait l\u2019adaptation de la littérature et de la philosophie comme possible et réalisable, tient de l\u2019illusion et du mirage, et pousse l\u2019esprit de compromission sur la pente de la complaisance et du renoncement.Il est cependant à craindre qu\u2019un tel mirage résiste malgré tout à la critique, et qu\u2019il unisse à la fois ceux qui le font miroiter et ceux qui se laissent éblouir.Le danger d\u2019un démantèlement de l\u2019intérieur À force de s\u2019interroger sur leur avenir, de chercher à les renouveler en fonction du contexte socioéconomique qui est toujours changeant, de les soumettre à des réformes successives qui en bouleversent les programmes d\u2019études, comme on est encore tenté de le faire, ce n\u2019est pas seulement la structure des cégeps qui est remise en cause mais leur existence même qui se trouve menacée.Ce qui devrait être un exercice critique nécessaire et fécond, qui puisse apporter certains ajustements et améliorer ce qui est en place, prend l\u2019allure d\u2019une crise dont la résorption risque d\u2019entraîner la dissolution des cégeps.Peu à peu ceux-ci se voient rongés de l\u2019intérieur.C\u2019est l\u2019une des conséquences de la proposition de la Fédération des cégeps à propos de la formation générale, si elle était mise en application.En liquidant une bonne partie de cette formation, sous le vocable feutré de l\u2019adaptation, la Fédération sacrifie le caractère généraliste de l\u2019éducation qu\u2019on dispense dans les cégeps au profit de son caractère spécifique.Seuls les élèves des programmes préuniversitaires recevraient une éducation de niveau collégial telle qu\u2019elle existe depuis la fondation des cégeps ; les élèves des programmes techniques se trouveraient ainsi à fréquenter des écoles professionnelles dans les murs mêmes des cégeps, sans avoir accès à la formation générale à laquelle ont droit les élèves du secteur préuniversitaire.Deux classes d\u2019élèves seraient ainsi constituées, qui n\u2019auraient à peu près plus rien en commun : ils fréquenteraient physiquement la même école, mais celle-ci serait divisée en deux mondes parallèles qui s\u2019ignoreraient.Plutôt que de créer des ponts entre des gens de savoirs différents, l\u2019école les pousserait du côté de l\u2019isolement et du cloisonnement.On ne voit pas en quoi pareille réforme puisse servir la société.D\u2019autres idées circulent, qui viennent également remettre en question la formation générale, et ainsi engager les cégeps sur la voie d\u2019un démantèlement opéré en douce.Dans un avis donné en mars dernier, le Conseil supérieur de l\u2019éducation recommande « d\u2019assurer une plus grande diversité dans la composiüon et la mise en oeuvre de la formation générale4 », de façon à ouvrir celle-ci à un éventail de disciplines et à laisser aux élèves le soin de composer cette formation selon leurs goûts, les incitant ainsi à étudier à la carte.Si elle était mise en application, cette proposition aurait pour effet certain de réduire le nombre de cours dévolus aux disciplines actuelles de la formation générale, quitte même à rendre facultative l\u2019une ou l\u2019autre de celles-ci ou encore à la sous- 4 Conseil supérieur de l\u2019éducation, Regard sur les programmes de formation technique et la sanction des études : Poursuivre le renouveau au collégial, Québec, mars 2004, p.20 (version abrégée).On peut consulter ce document à l\u2019adresse suivante : www.cse.gouv.qc.ca. 102 traire tout simplement des programmes d\u2019études.Dans un document élaboré en vue du Forum sur le collégial qui s\u2019est tenu en juin, la Fédération des cégeps renchérit sur le même sujet, en proposant de transformer la formation générale commune à l\u2019ensemble des cégeps en une formation générale locale que chacun des établissements se trouverait à définir5.C\u2019est de nouveau le caractère généraliste de l\u2019éducation collégiale qui est attaqué unanimement ici, mais de manière encore plus poussée ; l\u2019idée de culture commune et partagée volant en éclats, on assisterait à une diversité incohérente de programmes d\u2019études dans l\u2019ensemble des cégeps et à une multiplicité démesurée de cheminements académiques variant d\u2019un élève à l\u2019autre.La formation dite générale ne participerait plus du tout à la transmission d\u2019un « fonds culturel commun », comme le proclament les textes du ministère de l\u2019Éducation ; elle dériverait vite en une cacophonie culturelle et pédagogique, qui poserait de très sérieux problèmes d\u2019organisation scolaire aux administrations6, en plus de conférer au diplôme d\u2019études collégiales une valeur de plus en plus relative et incertaine.5\t« Que les finalités actualisées et les compétences de la formation générale soient déterminées par l\u2019organisme de régulation, à l\u2019intérieur de l'encadrement général commun, mais que la responsabilité de déterminer les disciplines, les activités d'apprentissage et les modalités d\u2019organisation de la formation générale soit laissée aux collèges ; que ces derniers offrent de réelles possibilités de choix aux étudiants parmi les cours de formation générale.» [Fédération des cégeps, Un cégep résolument ancré dans l'enseignement supérieur, Montréal, avril 2004, p.16.] 6\tPar exemple, le fait de changer de collège poserait davantage de problèmes aux élèves : si les cours de formation générale variaient d\u2019un établissement à un autre, il serait difficile voire impossible d'obtenir pour ces cours des équivalences dans la mesure où ceux-ci ne seraient plus les mêmes.Les élèves devraient ainsi refaire certains des cours de formation générale locale ou l\u2019ensemble de ceux-ci.Ce problème existe déjà, du reste, relativement à la formation spécifique : comme les cours de celle-ci varient considérablement d\u2019un cégep à un autre, malgré un corps de compétences communes pour un même programme, il arrive que certains cours ne soient pas reconnus, ce qui oblige certains élèves à allonger leurs études.La proposition de la Fédération des cégeps, si elle était appliquée, aurait pour effet de multiplier ces cas d\u2019aberration pédagogique en les étendant à la formation générale. 103 Cette idée de formation générale locale est tout à fait congruente avec une autre proposition de la Fédération des cégeps, la dernière de son plan de développement publié en 2003, en même temps qu\u2019elle laisse entrevoir le danger que cette proposition recèle : « explorer les modalités et les incitatifs pour permettre aux collèges de se différencier davantage entre eux et examiner les moyens de continuer d\u2019assurer un fonctionnement efficace en réseau.» (p.84) La proposition contient une contradiction flagrante : l\u2019autonomie institutionnelle que réclame la Fédération, en poussant les collèges à se singulariser toujours davantage, ne consoliderait pas le réseau mais l\u2019affaiblirait considérablement, dans la mesure où les éléments communs qui fondent ce réseau céderaient le pas aux différences qui deviendraient des disparités.Peut-être le réseau survivrait-t-il comme entité administrative, mais il serait fortement ébranlé sur le plan pédagogique, - ce qui offrirait une occasion de plus aux détracteurs des cégeps pour demander leur abolition.Comment pourrait-on s\u2019assurer d\u2019une qualité commune des diplômes émis dans le réseau, dès lors que les programmes qui doivent la certifier varient grandement d\u2019un collège à l\u2019autre, tant en formation générale qu\u2019en formation spécifique ?Amener les collèges à « se différencier davantage entre eux », c\u2019est les pousser encore plus à jouer le jeu de la concurrence pour s\u2019attirer, comme on dit, la « clientèle étudiante ».Ce qui favorisera les gros collèges, qui ont plus de moyens, au détriment des petits.Dans cette logique marchande, les solutions de facilité constituent bien souvent une tentation à laquelle il n\u2019est pas facile d\u2019échapper : il est à craindre que l\u2019on rogne sur certaines exigences, notamment en formation générale, surtout si celle-ci est définie localement, de façon à maintenir ou augmenter le nombre d\u2019élèves réduits à être une clientèle.Ou encore que l\u2019on assu- 104 jettisse davantage l\u2019éducation aux impératifs du monde du travail, en implantant toutes sortes de programmes d\u2019études particuliers qui ne fassent que répondre aux besoins spécifiques et diversifiés de celui-ci.Il est à la fois paradoxal et significatif que le péril qui plane sur les cégeps vienne d\u2019organismes comme la Fédération des cégeps et le Conseil supérieur de l\u2019éducation.Le paradoxe est des plus criants, particulièrement dans le cas du premier : alors qu\u2019elle devrait défendre l\u2019intégrité du réseau qu\u2019elle représente, et avoir à cœur notamment le principe d\u2019une éducation généraliste qui est aux fondements mêmes des cégeps, la Fédération fait peser sur eux une menace qui, issue d\u2019un concept aussi vague que celui de « la nécessité de changer » (p.2r), n\u2019en risque pas moins de mener peu à peu à leur démantèlement et à leur dissolution.Or, le paradoxe est tout aussi significatif que frappant : il révèle une conception étriquée de l\u2019éducation.Pour la Fédération comme pour le Conseil, l\u2019éducation doit être régie par « les exigences de la vie sociale et professionnelle7 », elle doit répondre aux besoins du marché du travail et s\u2019acclimater à l\u2019air du temps, elle est conçue comme un ensemble de « services éducatifs adoptés [aux] nouveaux besoins » des jeunes (p.16).Bref, l\u2019éducation ne consiste plus tant dans le développement des diverses facultés d\u2019un être humain, basé sur le savoir et l\u2019intelligence, elle vise plutôt à insérer l\u2019individu dans la société de consommation en devenant elle-même, en tant que service, bien de consommation.D\u2019où, bien entendu, la volonté manifestée par les deux organismes d\u2019adapter, de limiter ou de dissoudre le plus possible les disciplines relevant de la culture générale, qui sont en marge de la société de consommation.7 jean-Pierre Proulx, « La philosophie a-t-elie sa place au cégep ?», Le Devoir, 28 avril 2004, B4.M.Proulx est président du Conseil supérieur de l\u2019éducation. 105 Le sort qui sera réservé à la formation générale à l\u2019issue de l\u2019actuel débat sur les cégeps implique bien plus que celle-ci : non seulement est-il lié à l\u2019avenir des cégeps, dans la mesure où cette formation constitue une de leurs assises, mais il se répercutera sur la valeur même de l\u2019éducation, dans la mesure où l\u2019une de ses missions essentielles consiste dans la transmission de la culture en tant que moyen de développer la pensée.Et comme l\u2019école détermine en bonne partie la société de demain, c\u2019est finalement le devenir de celle-ci qui est également en cause ici.? io6 DOSSIER Mario Beaulieu' POUR UN RÉSEAU COLLÉGIAL INCLUSIF « II n\u2019y a pas de vie française en Amérique à moins de le vouloir, de le vouloir résolument et de façon continue, et de prendre les moyens qui s\u2019imposent\u2019.» L\u2019éducation joue un rôle primordial dans la transmission d\u2019une langue et d\u2019une culture.C\u2019est un facteur essentiel à l\u2019intégration des nouveaux arrivants.La Charte de la langue française vise à « faire du français la langue de l\u2019État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle de travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce et des affaires ».Cet objectif implique que le « français doit devenir la langue commune de tous les Québécois* 1 2 » Tous les citoyens doivent pouvoir participer pleinement à l\u2019évolution de la culture publique commune : à l\u2019histoire, à l\u2019ensemble des valeurs fondamentales, des lois et des institutions qui sont à la base de notre * Premier vice-président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.1\tGOUVERNEMENT DU QUÉBEC, COMITÉ INTERMINISTÉRIEL SUR LA SITUATION DE LA LANGUE FRANÇAISE, « Le français langue commune -Enjeu de la société québécoise », rapport à la ministre responsable de l\u2019application de la Charte de la langue française, Montréal, mars 1996.2\tGOUVERNEMENT DU QUÉBEC, PROPOSITION DE POLITIQUE LINGUISTIQUE, « Le français langue commune, Promouvoir l'usage et la qualité du français, langue officielle et langue commune du Québec », Direction des communications, 1996. 107 identité nationale.Pour former une société cohérente, il faut pouvoir se parler, il faut connaître une même langue.Dans à peu près tous les pays, l\u2019éducation publique se fait exclusivement dans la langue de la majorité.Dans les cas où plusieurs langues nationales coexistent, cette coexistence n\u2019implique pas l\u2019assimilation des langues minoritaires lorsque les institutions publiques fonctionnent exclusivement dans une langue sur un territoire donné.Par exemple, en Belgique, la scolarité de tout étudiant se déroule obligatoirement en français ou en néerlandais, selon qu\u2019il réside en Wallonie ou dans les Flandres.Ces politiques linguistiques territoriales sont par ailleurs tout à fait compatibles avec l\u2019enseignement des langues secondes.Le rôle de l\u2019école dans l\u2019assimilation des francophones au Canada L\u2019éducation est un élément fondamental de la survie et de l\u2019évolution d\u2019un peuple.Le sort de la francophonie québécoise et canadienne s\u2019y est joué et s\u2019y jouera.Au Canada, de 1867 jusqu\u2019aux années 60, on a assisté à presque 100 ans d\u2019interdiction d\u2019enseignement public en français dans toutes les provinces actuellement majoritairement anglophones.Les effets assimilateurs de ces mesures ont été dévastateurs.Il est difficile aujourd\u2019hui d\u2019imaginer que la population francophone du Manitoba a été majoritaire jusqu\u2019en 1871, et celle de l\u2019Alberta et de la Saskatchewan jusqu\u2019à la fin du XIXe siècle.Encore aujourd\u2019hui, les institutions d\u2019éducation française à l\u2019extérieur du Québec doivent composer avec le sous-financement, et sont restreintes par le principe du « lorsque le nombre le justifie » de la loi fédérale. La francisation des institutions d\u2019éducation : symbole de la libération économique, politique et culturelle du Québec français.Au Québec, c\u2019est la situation du français dans les écoles qui a mis le feu aux poudres durant les années 60-70.À cette époque, à peine 15 % des étudiants allophones des niveaux préscolaire, primaire et secondaire étudiaient en français au Québec.L\u2019avenir du français était clairement menacé par l\u2019anglicisation massive des allophones, et les francophones subissaient des iniquités socio-économiques flagrantes.La francisation des institutions d\u2019éducation est alors devenue le symbole de la libération économique, politique et culturelle du Québec français.La mobilisation populaire et la revendication des droits linguistiques collectifs qui s\u2019en suivirent ont donné lieu à l\u2019adoption de la Loi 101 en 1977.Comme dans la plupart des États nationaux, l\u2019accès au système public d\u2019éducation était alors donné aux nouveaux arrivants dans la langue majoritaire de la société d\u2019accueil québécoise.Selon le livre blanc de la Loi 101, elle implique que « l\u2019école anglaise, qui constitue un système d\u2019exception accordé à la minorité actuelle du Québec, doit cesser d\u2019être assimilatrice.» La Loi 101 porte sur l\u2019accès aux écoles publiques et non pas aux écoles privées non-subventionnées (comme c\u2019est le cas dans des pays comme la Belgique ou la Suisse).L\u2019impact des mesures scolaires de la Charte de la langue française Les mesures scolaires la Loi 101 ont donné des résultats tangibles puisque la fréquentation des écoles françaises par les étudiants allophones est passée de 20 % en 1996-1997 à 80 % en 1997-1998.Mais, entre temps, le gouvernement fédéral de Trudeau a introduit la fameuse « clause Canada » lors du coup de force constitutionnel en 1982, qui imposait au Québec de donner accès à l\u2019école anglaise publique aux étudiants ayant transité par les autres provinces du Canada.Dans les écoles du Québec, les conséquences de cette loi imposée de force ont commencé à se faire sentir peu après son adoption.Des études récentes de Jean Dorion3 * 5 montrent qu\u2019elles se sont aggravées avec le temps : à partir de 1994, le pourcentage parmi tous les élèves du Québec fréquentant l\u2019école française, qui avait beaucoup augmenté après l\u2019adoption de la Charte de la langue française, a diminué sans interruption.Par exemple, comme l\u2019a démontré Jean Dorion, les écoles primaires françaises rassemblaient 90,54 % des écoliers québécois en 1991-1992 et n\u2019en accueillent plus que 88,58 % en 2003-2004.Inversement, le secteur primaire anglais est passé, dans la même période, de 9,46 % à 11,42 % des effectifs.Les transferts linguistiques Tous les chercheurs s\u2019entendent pour dire que, parmi toutes les mesures de la Loi 101, ce sont les mesures scolaires qui ont eu le plus grand impact sur la force d\u2019attraction du français, notamment sur les transferts linguistiques.Les termes « transfert » ou « mobilité » linguisüque sont employés pour identifier un individu qui adopte comme langue d\u2019usage à la maison une langue autre que sa langue maternelle.Le taux de trans- 3 Dorion, Jean, L\u2019Action nationale, Le recul de l\u2019enseignement en français au Québec, mars 2002 ; voir aussi Boileau, Josée, La goutte d'eau, Le Devoir, 28 janvier 2004. no ferts linguistiques rend compte des « changements récents qui sont le fait des personnes recensées elles-mêmes.»4 Bien que le mémoire du Parti Québécois5 à la commission Larose ait été évasif quant aux mesures à prendre, on y constatait que : « Ce qui doit être une préoccupation majeure de la politique linguistique du Québec, c\u2019est la prédominance toujours marquée des transferts en faveur de la langue anglaise.Selon qu\u2019ils sont majoritairement favorables au français ou à l\u2019anglais, les transferts linguistiques ont une incidence directe sur l\u2019objectif d\u2019intégration à la majorité francophone, objectif inhérent à la Charte de la langue française.En vertu de cet objectif, la proportion de transferts linguistiques vers le français devrait idéalement dépasser les 90 %, ce qui respecterait la représentativité réelle des anglophones québécois.» Selon Statistique Canada, les transferts linguistiques des allophones vers le français, qui étaient de 39 % en 1996, avaient augmenté pour atteindre 46 % en 2001.Bien qu\u2019on puisse applaudir à cette augmentation, il ne faut pas perdre de vue que ces taux sont loin d\u2019atteindre le seuil souhaitable de 90 % qui permettrait le maintien du poids démographique relatif des utilisateurs du français.Par ailleurs, plusieurs facteurs ont plausiblement produit une augmentation artificielle des transferts linguistiques vers le français.Par exemple, l\u2019exode des anglophones et des allophones anglicisés dei996à200ia sans doute fait dimi- 4\tPAILLÉ, Michel, 1997, « La communauté anglophone du Québec », Bulletin d'histoire politique.Volume 5, numéro 2.5\tMémoire du Parti Québécois présenté aux États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec.Adopté au Conseil national du Parti Québécois.Saint-Hyacinthe, 3 et 4 mars 2001. ni nuer artificiellement le taux relatif de transferts linguistiques vers le français, car les individus ayant fait des transferts vers l\u2019anglais ne sont alors plus comptabilisés.Par ailleurs les travaux de Marc Termote6, démographe de l\u2019INRS Urbanisation, indiquent qu\u2019une grande partie des transferts vers le français observés chez les nouveaux arrivants « est le fait d'immigrants déjà francisés avant leur établissement au Québec ».De plus, comme l\u2019a souligné Charles Castonguay7, le questionnaire du recensement de 2001 à l\u2019égard de la langue parlée à la maison a subi des modifications qui ont créé une augmentation soudaine et artificielle de la proportion de francophones.Les enfants de la Loi 101 Les seuls progrès substantiels de la force d\u2019attraction de la langue française se retrouvent chez les jeunes immigrants allophones, lesquels, lorsqu\u2019ils effectuent un transfert, le font davantage vers le français que toute autre partie de la population (44 % en 1976 et 82 % en 1996).Ces progrès seraient directement tributaires de la scolarisation obligatoire en français pour les nouveaux arrivants instituée par la Loi 101.Cependant, la proportion desdits « enfants de la Loi 101 » qui effectuent des transferts linguistiques demeure restreinte.En 1991, seulement 22 % des allophones arrivés entre l\u2019âge de 1 an et 14 ans ont effectué des transferts vers le français.6\tTemote, Marc,1999, « Perspectives démoliguistiques du Québec et de la région de Montréal à l'aube du XXIe siècle ».Rapport soumis au Conseil de la langue française, 15 septembre.7\tCastonguay, Charles, La vraie question linguistique : quelle est la force d'attraction réelle du français, L'annuaire du Québec, 2004. 112 La vocation de l\u2019enseignement collégial Dans le système scolaire québécois, le collège est le premier échelon des études supérieures.Il est un lieu de maturation personnelle et d\u2019orientation professionnelle.Les programmes d\u2019études pré-universitaires y côtoient les programmes d\u2019études techniques.L\u2019enseignement collégial est donc une voie majeure d\u2019intégration à l\u2019emploi.En plus d\u2019être un endroit où s\u2019acquièrent des connaissances, le collège constitue un milieu enrichissant : les nombreuses activités socioculturelles, artistiques, sportives et communautaires proposées aux élèves favorisent leur épanouissement intellectuel, affectif, social et physique.La décroissance de la fréquentation des cégeps français L\u2019accès au réseau collégial français n\u2019est pas balisé par la Charte de la langue française.Le Québec est à peu près le seul État au monde où l\u2019on finance des institutions d\u2019éducation supérieure dans une autre langue que celle de la majorité, sans aucune limite et sans aucune restriction.Les premiers « enfants de la Loi 101 » sont parvenus au niveau collégial en 1989.En 1990, 71 % des étudiants allo-phones qui sont passés par l\u2019école secondaire française choisissaient de fréquenter le cégep français.Par la suite, le choix de fréquenter un cégep français est passé de 64 % en 1994, à 57 % en 1998, puis à 56 % en 2002.Par contre, les allophones qui ont étudié au secondaire en anglais ne semblent pas ressentir avec autant d\u2019empressement la nécessité d\u2019apprendre le français avant d\u2019entrer sur le marché du travail.En fait, ces allophones choisissent de 113 façon constante, et dans la presque totalité, le cégep anglais : 94,2 % en 1987, 99,3 % en 1998 et 99,1 % en 2002.De plus, 93 % de la population immigrée a plus de 15 ans à son arrivée : l\u2019obligation de fréquenter une institution scolaire en français ne s\u2019applique donc pas à elle.En 1996, 46 % des allophones actifs âgés de 20 à 64 ans possédaient un diplôme collégial ou une scolarité d\u2019études supérieures.Le mémoire du Parti Québécois à la Commission Larose en 2001 proposait que le gouvernement du Québec, au cours des trois années suivantes, porte une attention particulière à la répartition des nouveaux inscrits allophones à l\u2019enseignement collégial et demandait qu\u2019à terme, si les tendances observées n\u2019étaient pas renversées, le gouvernement prenne les mesures appropriées pour corriger la situation, y compris par l\u2019extension au secteur collégial des dispositions actuelles de la Charte de la langue française relatives à la langue de l\u2019enseignement.On mentionne qu\u2019une telle mesure pourrait être de nature à favoriser et consolider les transferts linguistiques vers le français.L\u2019impact du libre choix au cégep sur les transferts linguistiques Les travaux de Charles Castonguay indiquent que l\u2019élan des transferts linguistiques vers le français insufflé aux jeunes allophones par l\u2019école française s\u2019épuise presque totalement à partir de l\u2019âge du collégial.La comparaison longitudinale des transferts déclarés aux recensements de 1991 et 1996 par la population allophone de Montréal, décomposée par cohortes de naissance, indique en effet que le passage à l\u2019école primaire ou secon- 114 daire fait progresser sensiblement la part du français parmi les jeunes allophones (un gain de 7,7 % au passage des âges de o à 9 ans en 1991 à ceux de 5 à 14 ans en 1996).Cependant, cela s\u2019arrête net, lors du passage au cégep ou aux premiers emplois : en « faisant vieillir » de cinq ans la population en cause, on ne constate tout au plus qu\u2019une progression minime(un gain non significatif de 0,7 % au passage des âges de 10 à 14 ans en 1991 à ceux de 15 à 19 ans en 1996).La situation du français en tant que langue commune Certains chercheurs minimisent l\u2019importance des données sur les transferts linguistiques.Selon eux, il est préférable d\u2019évaluer la situation actuelle du français en tant que langue « commune » d\u2019usage public, notamment parce que le processus du transfert linguistique se fait généralement de façon très lente au fil des générations.(Voir Termote, 1994)8 C\u2019est à partir des données sur la langue d\u2019usage public que la Commission Larose est arrivée à un constat d\u2019un optimisme discordant avec les bilans antérieurs.Ainsi, selon une étude du Conseil de la langue française (CLF) en 1997, le français serait utilisé comme langue d\u2019usage public par 87 % des Québécois.Toutefois, le questionnaire utilisé par le CLF ne permet pas d\u2019évaluer précisément la dimension de l\u2019usage du français en tant que langue commune.Le français correspond à la langue commune quand il est utilisé en tant que langue de communication « inter linguistique » dans une rencontre publique entre les citoyens de toutes langues et de toutes origines9.Il doit être 8 Cela soulève aussi la question de la validité de certains instruments de mesure utilisés par le ministère de l\u2019Éducation, selon lesquels plus de 85 % des allophones inscrits au cégep aurait effectué des transferts linguistiques.(Bulletin statistique de l\u2019éducation, numéro 10, ministère de l\u2019Éducation, Québec, mars 1999, tableau 7) ii5 « servir d\u2019instrument de communication dans les situations de contact entre Québécois francophones et non francophones.»IC Cette dimension ne peut pas être évaluée par des mesures basées uniquement sur le temps d\u2019utilisation d\u2019une langue au travail ou dans les milieux publics.Par exemple, si quelqu\u2019un déclare utiliser le français pendant 90 % de son temps de travail, cela pourrait signifier simplement que cet individu passe 10 % de son temps à travailler avec des anglophones ou des allophones, mais que dans ces cas il utilise toujours l\u2019anglais, et donc, qu\u2019en fait, pour lui l\u2019anglais est la langue commune (inter linguistique) au travail.Par ailleurs, on peut penser que les données du CLF, à l\u2019effet que le français serait utilisé comme langue d\u2019usage public par 87 % des Québécois, indiquent que ce sont essentiellement les francophones qui utilisent le français dans la vie publique, puisque le français ne serait utilisé que par 4,2 % de locuteurs de plus (87 %) que la proportion de francophones selon la langue d\u2019usage à la maison (82,8 %).Parallèlement, selon le recensement de 2001, 92 % des francophones de l\u2019ensemble du Québec et 88 % des francophones de la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal affirment travailler le plus souvent en français.Il est également difficile de connaître précisément le sens donné par les travailleurs à la question du recensement.Les études antérieures au recensement indiquaient par exemple le même pourcentage (88 %) pour la RMR en 1979, dont 36 % affirmaient travailler en français de50%à89%du 9 DANSEREAU, JEAN, 1996, « L\u2019usage officiel du français », La francisation en marche, volume 14, numéro 1, Office de la langue française.10 COMMISSION CENDRON, 1972 ; cité dans Pierre Bouchard, « Faire du français notre langue », Francisation en marche, Les publications du Québec, 1996. n6 temps, et 52 % affirmaient travailler en français 90 % du temps et plus.En outre, Pierre Bouchard (2002)11 cite une étude de l\u2019OQLF qui montre que « la plupart des travailleurs des petites entreprises estiment travailler en français à l\u2019intérieur de l\u2019entreprise et ce, même s\u2019ils affirment devoir utiliser l\u2019anglais avec des clients ou des fournisseurs.Pour eux, la langue anglaise est la langue des affaires, et cela leur apparaît normal : ils ne s\u2019en formalisent pas.» M.Bouchard en conclut que, dans un « contexte bilingue, il paraît évident que le français ne s\u2019impose pas comme langue commune, et ce, malgré tous les efforts de francisation consentis.» L\u2019usage du français langue commune chez les allophones Par ailleurs, l\u2019étude du CLF12 montre que sur l\u2019île de Montréal, là où réside 75 % de la population allophone, le français est principalement utilisé en public par 71 % de l\u2019ensemble de la population (essentiellement les francophones) et par seulement 53 % des allophones et 19 % des anglophones.Ainsi, dans la région métropolitaine, 81 % des immigrants d\u2019influence latine (ou issus des pays de la francophonie internationale) utilisent principalement le français en public, alors que cette proportion dégringole à 22 % chez tous les autres immigrants qui, eux, utilisent principalement l\u2019anglais.On constate donc que ce sont surtout les francophones qui utilisent le français dans la vie publique, ainsi que les allophones issus des pays de la francophonie ou d\u2019influence latine.Dans les rapports gouvernementaux de 1996^ et de 200014 on en conclut que l\u2019objectif est loin 11\tBouchard, Pierre, Revue d'aménagement linguistique, 2002.12\tBéland, Paul, Le français, langue d'usage public au Québec en 1997, Conseil de langue française, 1999. 117 d\u2019être atteint et que le français n\u2019est pas encore devenu la langue « commune » d\u2019usage public, surtout dans la région de Montréal.Parallèlement, selon les données du recensement de 2001, moins de la moitié des allophones (45 %) travaillent le plus souvent en français (40 % travaillent le plus souvent en anglais).En analysant ces données, le professeur Charles Castonguay'5 de l\u2019Université d\u2019Ottawa relève que les francophones qui travaillent principalement en anglais (82, 411), sont presque deux fois plus nombreux que les anglophones qui travaillent principalement en français (45, 593).Il en conclut que : « Le rayonnement de l\u2019anglais comme langue principale de travail à Montréal domine largement celui du français.» En somme, il semble donc que l\u2019opposition entre la validité des indicateurs des transferts linguistiques et de la langue publique commune correspond à un faux débat.Les deux types d\u2019indicateurs montrent qu\u2019il y a eu des progrès mais aussi que, dans les deux cas, l\u2019objectif est loin d\u2019être atteint.En fait, renforcer le pouvoir d\u2019attraction et d\u2019intégration du français est une condition essentielle à sa pérennité non seulement en tant que langue d\u2019usage à la maison mais aussi comme langue commune.Levine'6 observe que l\u2019on ne peut 13\tGOUVERNEMENT DU QUÉBEC, COMITÉ INTERMINISTÉRIEL SUR LA SITUATION DE LA LANGUE FRANÇAISE, « Le François langue commune - Enjeu de la société québécoise », rapport à la ministre responsable de l\u2019application de la Charte de la langue française, Montréal, mars 1996, 14\tGOUVERNEMENT DU QUÉBEC, GROUPE DE TRAVAIL MINISTÉRIEL POUR UN PLAN D\u2019ACTION EN VUE DE PROMOUVOIR ET DE MAINTENIR LE CARACTÈRE FRANÇAIS DE MONTRÉAL ET D\u2019ASSURER LA VITALITÉ ET LA QUALITÉ DE LA LANGUE FRANÇAISE AU QUÉBEC, « Les défis de la langue française à Montréal et au Québec au XXIe siècle : constats et enjeux », Québec, avril 2000.15\tCastonguay, Charles.L'annuaire du Québec, 2004. écarter la nécessité d\u2019une « masse critique » de locuteurs d\u2019une même langue utilisée à la fois en public et en privé pour « soutenir une communauté linguistique ».Parallèlement, il est difficilement imaginable que l\u2019usage public du français puisse se maintenir à mesure que son usage à la maison diminuerait.L\u2019étude du CLF sur le nouvel indicateur de la langue d\u2019usage public démontre une relation étroite avec celui de la langue d\u2019usage à la maison.Ces observations mettent en évidence que l\u2019établissement des mesures permettant de consolider et d\u2019élargir la fréquentation des institutions d\u2019enseignement en français a une importance vitale pour l\u2019avenir du français au Québec.L\u2019équité du financement des réseaux anglophones et francophones Michel Moisan17, professeur de physique à l\u2019Université de Montréal recommande l\u2019application de la Loi 101 aux cégeps sur la base du principe de l\u2019équité financière.Celui-ci observait en 1998 que le réseau universitaire anglophone reçoit du gouvernement du Québec 23,6 % du financement public, ce qui était de 2,7 fois supérieur au poids démographique de la population anglophone.Le fédéral allouait 36,7 % de ses subventions aux universités anglophones du Québec, soit plus de quatre fois le poids démographique des anglophones.Plus récemment, Frédéric Lacroix18 constatait que les universités anglophones reçoivent du gouvernement québécois près de trois fois le financement qui serait justifié 16\tLEVINE, MARC V., 1997.La reconquête de Montréal, Montréal, VLB éditeur.17\tMOISAN, Michel, L\u2019Action nationale, Le système universitaire anglophone du Québec : un facteur d\u2019anglicisation et une injustice sociale, avril 1998.18\tLACROIX, Frédéric, L'Action nationale, La place du français en Sciences au Québec, février 2004. par la proportion des anglophones au Québec et de 4,2 par le fédéral.Lacroix note que le recensement de 2001 indique les Québécois anglophones (selon la langue maternelle) correspondent à 7,9 % de la population du Québec.Il précise qu\u2019une répartition équitable des ressources entre les systèmes anglophones et francophones devrait refléter cette proportion.De plus, on peut supposer que le financement inéquitable des réseaux universitaires a un impact sur le taux des diplômes délivrés.Dans un récent document de consultation sur la langue de travail, le Conseil supérieur de la langue française relate que de 1971 à 1991, chez les personnes âgées de 25 à 39 ans, le pourcentage de diplômés universitaires chez les anglophones est passé de 18 % à 25 % ; chez les allophones, ce pourcentage est passé de n % à 23 %, tandis que, parmi les francophones, le pourcentage des diplômés universitaires est passé de 9 % à 15 %.Monsieur Moisan attire notre attention sur le fait que le surfinancement crée une surabondance de places disponibles dans le réseau anglophone.Frédéric Lacroix ajoute que d\u2019une part, le Québec se trouve à financer des études pour plus d\u2019une dizaine de milliers d\u2019étudiants canadiens non-résident par année dans la langue de la minorité « alors que dans le reste du Canada, les universités et collèges francophones sont rares comme des zèbres albinos.» Aucune autre province en dehors du Nouveau-Brunswick ne subventionne des universités dans la langue de la minorité française.Le surfmancement permet de se doter d\u2019équipements les plus modernes et d\u2019attirer les chercheurs les plus émi- 120 nents, et ainsi d\u2019augmenter le prestige et l\u2019attrait des universités anglophones.Alors que les universités francophones sont tentées d\u2019offrir une partie de leur cours en anglais pour accueillir davantage d\u2019étudiants anglophones et allophones, cet auteur note qu\u2019il serait plus opportun de commencer par corriger leur sous-financement.Michel Moisan proposait comme mesure minimale pour inclure davantage les étudiants allophones dans le réseau francophone d\u2019appliquer la Loi 101 au cégep.Une telle mesure permettrait, tout en assurant à la minorité anglophone l\u2019accès au réseau public de cégep anglais, de renforcer significativement la force d\u2019attraction et d\u2019intégration du français, ainsi que son établissement en tant que véritable langue commune.L\u2019ouverture sur les autres langues et la mondialisation Certains ont émis des objections à l\u2019idée de restreindre l\u2019accès aux cégeps anglais en invoquant leur utilité comme lieux privilégiés d\u2019apprentissage de l\u2019anglais langue seconde dans le contexte de la mondialisation.Cependant, rien n\u2019empêche de renforcer, parallèlement à l\u2019application de la Charte de langue française au collégial, l\u2019apprentissage d\u2019autres langues par diverses mesures.Il serait par exemple possible d\u2019instaurer un programme d\u2019immersion d\u2019une durée d\u2019une session.On permettrait ainsi aux cégeps de jouer pleinement leurs rôles d\u2019inclusion et d\u2019intégration, tout en améliorant l\u2019apprentissage des langues secondes.Il arrive fréquemment qu\u2019on utilise le contexte de la « globalisation des marchés » pour justifier l\u2019usage envahissant 121 de l\u2019anglais dans l\u2019espace public québécois.Mais c'est justement le contexte de la mondialisation qui rend le combat pour la diversité culturelle plus d\u2019actualité que jamais.Le combat du Québec français s\u2019inscrit dans un mouvement universel contre l\u2019uniformisation des cultures et contre la réduction des particularismes nationaux au rang de simples marchandises.Dans les années soixante, il s\u2019inscrivait dans le contexte international de la décolonisation et de l\u2019affirmation du droit à l\u2019autodétermination des peuples.Comme le disait le philosophe Serge Cantin19 « [.] non seulement nous ne sommes pas encore sortis de la survivance (contrairement à ce que certains voudraient bien nous faire croire), mais nous sommes peut-être en train d\u2019oublier les raisons mêmes pour lesquelles nous avions conçu le projet révolutionnaire-tranquille d\u2019en sortir.Cet oubli manifeste une crise de la mémoire collective, crise où se jouent l\u2019identité et l\u2019avenir de la nation.» ?19 Serge Cantin, Le Devoir, 15 août 1999. Claude Boucher Député de Johnson Deputy ofJohnson Le désir de voir le Québec accéder à la pleine reconnaissance de sa différence par l\u2019accession à l\u2019Indépendance est pour moi la raison fondamentale, le cœur de mon engagement politique.C\u2019est avec des partenaires tels que L\u2019Action Nationale que le Québec réussira enfin se donner une place à la table des nations.Claude Boucher Porte-parole de l\u2019Opposition officielle en matière d'industrie et Commerce Membre de la Commission parlementaire « Économie et travail » Official Opposition Critic for Industry and Trade 32, rue Principale Nord Windsor (Québecc) JiS 2C2 Téléphone : (819) 845-5694 Sans frais : 1-800-969-2912 Télécopieur : (819) 845-2372 1029, rue du Marché Acton Vale (Québec) JoH 1A0 Téléphone : (450) 546-3251 Sans frais : 1-800-969-3793 Télécopieur : (450) 546-5794 Hôtel du Parlement, bureau 2.42 Québec (Québec) CiA iA4 PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire et abonnez-vous ! lUJl'i'Il JE M'ABONNE\t(Taxes incluses) Pour 1 an ?(4 Nos 30$), pour 2 ans ?(8 Nos 55$) NOM____________ -1 ¦Tt-m H* tv | Lap-aux-Uiamants POUR VOUS ABONNER ADRESSE VILLE PROV.CODE POSTAL TEL.: ( ) (Vous recevrez le prochain No : Mars, juin, septembre ou décembre) Par téléphone :\t(418) 656-5040 Par télécopieur : (418) 656-7282 Par la poste : C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 44g rue Notre-Dame, Drummondville (81g) 4j8-25ig ou 1 800 g4j-2$ig Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec Le réseau de la fierté québécoise Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Souveraineté du Québec JHancjue française Tête nationale Assurance vie ( Société Saint-Jean-Baptiste deb MAURICIE www.#t JbsB*urici®.«9C.c« 375-4601 o 1-800-821-4061 TRANSLATEX .Communications* RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca le Rassemblement pour un Pays Souverain Unum Quebec Patria Nostra Est Québec, notre seule patrie C.P.306, succursale C, Montréal (Québec) H2L 4K3 Tél.: (450) 491-5437 Courriel : roy.b@videotron.ca - Site internet : www.rpsquebec.qc.ca Allard & Carrière SOCIÉTÉ NOMINALE COMPTABLES AGRÉÉS Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info @ sta-conseil.com www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Télécopieur: (450)471-0026 Téléphone : (450) 471-2662 Terrebonne (Québec)\t(514)355-7923\t(514)355-7869 J6W 3E1\t(800) 782-5799 LIRE \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 126 LIRE LES ESSAIS PIERRE GRAVELINE Une histoire de l\u2019éducation et du syndicalisme enseignant au Québec, Typo-essai, 2003 De Pierre-Joseph-Olivier Chauveau et Charles-Joseph Magnan au XIXe siècle à Andrée Dufour (1997), en passant par Lionel Groulx, André Labarrère-Paulé et Raymond Laliberté, de nombreux auteurs se sont employés à raconter des tranches de l\u2019histoire de l\u2019éducation au Québec ou à explorer des aspects particuliers (les communautés religieuses enseignantes, les instituteurs laïques, les institutrices rurales, les écoles de rangs, les inspecteurs d\u2019écoles, les commissions scolaires, les collèges classiques, les cégeps, les universités, l\u2019évolution d\u2019ensemble du système scolaire, le syndicalisme enseignant, etc.) de cette passionnante histoire.L\u2019ouvrage de Pierre Graveline a le double mérite de nous présenter une synthèse globale de l\u2019histoire de l\u2019éducation au Québec, des origines à nos jours, en ne négligeant aucun aspect essentiel de cette formidable aventure, et de le présenter dans une écriture élégante, accessible, claire et vivante, le tout en moins de 200 pages. 127 L\u2019aventure débute avec l\u2019ouverture, en 1635, de la première école française sur les rives du Saint-Laurent, alors que la population totale de la Nouvelle-France, regroupée essentiellement à Québec et sur la côte de Beaupré, n\u2019atteint pas encore 300 personnes (tous âges confondus).Un siècle et quart plus tard, à la veille de la conquête britannique, dans cette colonie française de quelque 60 000 personnes, l\u2019éducation pour les jeunes filles se limite à quelque années d'études primaires et à l\u2019apprentissage des arts ménagers, alors que les garçons ne vont généralement à l\u2019école qu\u2019une année ou deux.Ce bilan pourrait être qualifié de désastreux selon nos critères actuels, mais l\u2019auteur nous informe que nos écoles d\u2019alors, l\u2019enseignement qu\u2019on y donne et le taux d\u2019alphabétisation de la population « se comparent favorablement à ce qu\u2019on trouve dans les autres colonies d\u2019Amérique et dans des pays européens tels la France et l\u2019Angleterre.» Ces faibles acquis seront emportés dans la tourmente de la Guerre de Sept-Ans et de la conquête britannique.« La seule école secondaire du pays, le Collège de Québec, est transformée en caserne pour loger les troupes britanniques.» Les quelques petites écoles survivantes sont privées de manuels français.Trente ans plus tard, alors que la population française est passée de 60 000 à 150 000, il n\u2019y a toujours qu\u2019à peine 40 petites écoles, moins qu\u2019avant la Conquête ; à peine 4 000 personnes (2,7 %) savent lire et écrire.Cette situation lamentable ayant été décrite, on est en mesure d\u2019apprécier la portée des législations qui voudront y remédier.En 1801, le gouverneur britannique fait adopter sans difficulté une loi créant sous le nom de Royal Institution, un système d\u2019éducation très centralisé sous la présidence de l\u2019évêque anglican.Étant donné le peu de succès de cette première tentative, la législature du Bas-Canada vote en 1824 128 une nouvelle loi autorisant la création d\u2019écoles de fabrique, sous le contrôle du clergé catholique.Sans beaucoup plus de succès.C\u2019est alors que, à l\u2019initiative du Parti Patriote de Louis-Joseph Papineau, fut adoptée la loi de 182g créant les écoles de syndics et instituant notre premier système d\u2019éducation laïque et sous contrôle démocratique.Les progrès réalisés sous le système scolaire mis en place par les Patriotes ont été fulgurants.« Le taux de fréquentation scolaire, qui n\u2019était que de un enfant sur 15 avant 1829, passe en quelques années à un enfant sur trois.» En 1836, il y a 1372 écoles de syndics (publiques et non-confessionnelles) contre à peine 68 écoles de fabrique (catholiques) et 22 écoles de « la vacillante Royal Institution.» C\u2019est en avril 1836 que le gouverneur britannique, en représailles contre l\u2019Assemblée législative que cherche à contrôler son administration, décide de couper les vivres aux écoles de syndics.Moins de 400 d\u2019entre elles réussiront à survivre péniblement jusqu\u2019à la législation scolaire suivante.Après la dure répression des troubles de 1837 et 1838, sous le régime d\u2019Union des deux Canada (réalisée en 1840), le docteur Jean-Baptiste Meilleur tentera bien de reconstituer pour le Bas-Canada, un système d\u2019éducation laïque, mais il ne pourra résister longtemps à la puissance confessionna-liste (catholique et protestante) alors en expansion.Les commissions scolaires seront juridiquement confessionnelles à Québec et à Montréal et officieusement confessionnelles dans les campagnes.Elles seront bientôt placées sous le contrôle des comités catholique et protestant du Conseil de l\u2019instruction publique.Par ailleurs, les universités et collèges classiques francophones continueront d\u2019être dominés par le clergé catholique. 129 Le règne d\u2019airain de l\u2019Église catholique se poursuivra jusqu\u2019à la Révolution tranquille, malgré quelques escarmouches menées par l\u2019Institut canadien et autres rouges minoritaires et malgré quelques initiatives de l\u2019État québécois pour faire prévaloir les exigences du bien commun, dont celle du gouvernement d\u2019Adélard Godbout qui fit voter, en 1943, une loi sur la fréquentation scolaire obligatoire.Avant d\u2019entreprendre l\u2019histoire inachevée de la Révolution tranquille, Pierre Graveline consacre deux chapitres à la naissance du syndicalisme enseignant sous la forte impulsion de Laure Gaudreault et à ses années ténébreuses (1946 à 1959) où le gouvernement Duplessis a presque réussi à le faire disparaître à force de lois répressives et de décisions arbitraires.L\u2019auteur nous livre un portrait élogieux de ces deux figures de proue que furent Laure Gaudreault et Léo Guindon, mais il est sans complaisance pour les orientations corporatistes et confessionnalistes de la Corporation des instituteurs et institutrices catholiques.Il raconte, par exemple, comment la CIC a farouchement combattu, au début des années soixante la création du ministère de l\u2019Éducation ainsi que les plus timides tentatives de déconfessionnalisation du système scolaire.Mais c\u2019est dès 1947 (donc sous la présidence de Léo Guindon) que la CIC se dote d\u2019un code d\u2019éthique qui engage le personnel enseignant « à faire de la religion catholique l\u2019objet principal de son enseignement.» C\u2019est à cette époque, aussi que la CIC revendique les pouvoirs d\u2019un véritable ordre professionnel avec adhésion obligatoire et possibilité de recruter elle-même les normaliens et les normaliennes.L\u2019orientation corporatiste et confessionnaliste sera accentuée avec l\u2019arrivée de Léopold Garant à la présidence en 1951.L\u2019élection de Raymond Laliberté en 1965 marquera le retour 130 à des orientations plus syndicales et progressistes.La CIC abandonnera bientôt son caractère confessionnel et changera son nom pour celui de la Corporation des enseignants du Québec (CEQ), puis de Centrale de l\u2019enseignement du Québec.Entre temps, la Révolution tranquille est en marche depuis les cent jours de Paul Sauvé et surtout depuis l\u2019arrivée au pouvoir de l\u2019équipe libérale de Jean Lesage, Paul Gérin-Lajoie et René Lévesque.Dans le domaine de l\u2019éducation, qui intéresse directement notre auteur, celui-ci s\u2019attarde aux réformes entreprises en réponse au Rapport Parent : création d'un ministère de l\u2019Éducation et d\u2019un Conseil supérieur de l\u2019éducation, révision des programmes et des méthodes, développement de l\u2019enseignement secondaire, création des cégeps et de l\u2019Université du Québec, développement de l\u2019éducation des adultes et réorientation de la formation des maîtres (donnée désormais par l\u2019université).Dans l\u2019histoire du syndicalisme enseignant, Pierre Graveline a raison d\u2019accorder une attention spéciale à la crise du « bill 22 » en 1967, qui se concluera par l\u2019institution de la parité salariale entre les hommes et les femmes, par l\u2019uniformisation des conditions de travail d\u2019une région à l\u2019autre et par la centralisation de la négociation au niveau national québécois.Elle donne surtout à l\u2019État, grand négociateur patronal, l\u2019occasion d\u2019affirmer son pouvoir de légiférer dans le sens de ses positions de négociation.« La bataille du bill 22 », note l'auteur, « porte en germe les affrontements à venir dans le secteur public ».Une fois absorbé le traumatisme de la Crise d\u2019octobre (1970), les centrales syndicales se politisent et se radicali-sent.À la CEQ les manifestes L\u2019école au service de la classe dominante (1972), École et lutte de classes au Québec (1974) et 131 le Manuel du ier mai (1975) sont représentatifs de cette orientation qui inspirera l\u2019action syndicale et politique de la centrale jusqu\u2019au début des années quatre-vingts.Les fronts communs de 1972 et de 1975-76 ainsi que la montée du mouvement des femmes en seront profondément marqués.Après avoir salué le premier mandat du Parti Québécois comme s\u2019inscrivant dans le prolongement de la Révolution tranquille, qui s\u2019arrêterait symboliquement, selon lui, avec « l\u2019échec amer du référendum de 1980 », l\u2019auteur fait porter son dernier chapitre sur les défis et les enjeux contemporains.Il note que le Québec est « la première société au monde à se donner une politique d\u2019équité salariale en emploi », qu\u2019il « demeure aussi la nation la plus syndiquée en Amérique du nord et l\u2019une des plus syndiquées au monde » et qu\u2019il « possède aujourd\u2019hui le réseau de services à la petite enfance le plus développé et le plus accessible de toute l\u2019Amérique du Nord ».Après quoi il mentionne certains dangers qui nous guettent, comme la montée de l\u2019idéologie néolibérale et des défis comme celui de la trop faible natalité québécoise, qui doit être compensée par une plus forte immigration, laquelle, à son tour, nécessite une attention particulière aux relations interculturelles.Dans le domaine de l\u2019éducation, il relève spécialement les grands enjeux de « la démocratisation de la réussite scolaire », de « la revalorisation de l\u2019école publique » et de « la nécessaire laïcisation ».Sur ce dernier point, il faut sans doute se réjouir de ce que les structures scolaires aient enfin été complètement déconfessionnalisées.Pierre Graveline nous invite à compléter la laïcisation de l\u2019école et de l\u2019enseignement en supprimant le privilège (dérogatoire aux chartes), encore maintenu pour les élèves catholiques et pro- 132 testants, de recevoir à l\u2019école publique l\u2019enseignement religieux de leur confession respective.Tout en étant d\u2019accord avec la très grande majorité des interprétations historiques proposées par l\u2019auteur, je me permettrai d\u2019indiquer quelques réserves.Je trouve étrange que l\u2019on puisse présenter (voir page 26) la Loi constitutionnelle de 1791 comme « la reconnaissance » alors qu\u2019elle consiste essentiellement à séparer un territoire en deux provinces distinctes et à créer, pour chacune d\u2019elles, des institutions parlementaires représentatives de leur populations respectives sans égard à la langue maternelle de chaque citoyen.Sans doute les parlementaires britanniques qui ont voté la loi font-ils état dans leurs discours du caractère français du Bas-Canada, mais ce caractère français, dans leur esprit, distingue le Bas-Canada tout entier, par comparaison avec le Haut-Canada anglophone.Quant aux communautés linguistiques, la loi n\u2019en fait pas spécifiquement mention, même si, bien sûr, elles peuvent légitimement exister.Par ailleurs, le caractère distinct du Bas-Canada comporte aussi le maintien de la Coutume de Paris (qui sera remplacée en 1866 par le code civil du Bas-Canada) comme loi fondamentale en matière civile.Or, tout comme la Common Law s\u2019applique dans le Haut-Canada à toutes les personnes qui s\u2019y établissent, la Coutume de Paris s\u2019applique en principe à tous les habitants du Bas-Canada sans égard à la communauté linguistique à laquelle ils appartiennent.La Loi constitutionnelle de 1791 ressemble donc davantage à la reconnaissance de deux nations distinctes en formation qu\u2019à celle de deux communautés linguistiques.Quand l\u2019auteur nous dit (page 34) que le Parti Patriote « assume le leadership de la nation canadienne-française », cela laisse entendre qu\u2019il se considérait essentiellement 133 comme le porte parole de la principale communauté ethnolinguistique du Bas-Canada.Or la raison principale pourquoi le parti de Louis-Joseph Papineau, autrefois désigné comme « le Parti canadien », a choisi, en 1827, le nom de « Parti Patriote », c\u2019est que le terme « canadien », souvent utilisé pour désigner les descendants des habitants de la Nouvelle-France semblait trop exclusif.Plusieurs anglophones étaient partisans de Papineau alors que certains Canadiens-français appuyaient le gouverneur britannique et le parti bureaucrate.« L\u2019étiquette patriote », dit Gérard Filteau (Histoire des Patriotes, 1937), « avait l\u2019avantage d\u2019inclure les Anglais papineauistes et d\u2019exclure les Chouayens » Le parti patriote n\u2019était pas un parti ethnique, mais bel et bien un parti national, dans la mesure où sa nation de référence, c\u2019était le peuple tout entier du Bas-Canada ; un parti national qui avait comme ambition de dégager progressivement son peuple de la tutelle britannique.À plusieurs reprises, dans le texte, l\u2019auteur oppose le secteur scolaire franco-catholique au secteur anglo-protestant, ce qui suppose qu\u2019on identifie la communauté fondée sur la langue à celle fondée sur la religion.Ce qui n\u2019est pas exact.Le secteur anglo-catholique a existé dès la création des premières commissions scolaires confessionnelles.Le secteur franco-protestant s\u2019est développé depuis la Révolution tranquille.Rappelons, par ailleurs, que les protestants sont depuis longtemps minoritaires au sein de la communauté anglophone québécoise (qui comprend notamment des catholiques, des juifs et des sans-religion) et qu\u2019aujourd\u2019hui à Montréal, les anglophones (définis selon la langue maternelle) sont minoritaires chez les protestants.Il aurait donc été intéressant que les comparaisons faites entre les secteurs franco-catholique et franco-protestant soient prolongées par des données 134 correspondantes sur les secteurs anglo-catholique et franco-protestant.Malgré ces quelques réserves, je ne saurais trop recommander la lecture de cet ouvrage qui, dans un style alerte et avec le constant souci de la vérité historique, nous offre le récit d'une passionnante aventure, celle du développement de l\u2019éducation dans notre pays, avec ses avancées et ses reculs, ses échecs et ses succès, mais aussi avec les grands débats démocratiques auxquels il a donné lieu.Henri Laberge, Conseiller CSQ à la retraite STÉPHANE PAQUIN Paradiplomatie identitaire de la Catalogne, Presses de l\u2019Université Laval, 2003, 133 p.Chercheur à l'Association internationale de science politique et diplômé de l\u2019Institut d\u2019études politiques de Paris, Stéphane Paquin s\u2019intéresse depuis déjà longtemps à la présence internationale des petites nations sans États.Son dernier livre, La revanche des petites nations (VLB éditeurs, 2001), avait été fort apprécié au Québec.Paquin y développait la thèse selon laquelle les petites nations comme le Québec, l'Écosse ou la Catalogne profitaient de la mondialisation pour accroître leur présence internationale.Davantage flexibles que les vieux États, bénéficiant d\u2019une grande cohésion sociale et d\u2019une forte identité culturelle, les peütes nations tiraient profit de la croissance des échanges pour développer une véritable « paradiplomatie ».Avec la Catalogne, Paquin choisit un sujet fort susceptible d\u2019intéresser le lecteur québécois.Forte de six millions d\u2019habitants, la communauté autonome est la région la plus riche 135 d\u2019Espagne, dont elle génère 20 % du PIB.Depuis la fin de la dictature franquiste (1975) et la renaissance de la Generalitat de Catalunya (1977), la région s\u2019est dotée d\u2019une politique internationale active.C\u2019est principalement grâce au leadership de Jordi Pujol et des nationalistes du parti Convergencia i Uniô (CiU), au pouvoir de 1980 à 2003, que la Catalogne est parvenue à s\u2019affirmer en tant que nation : « La CiU et Jordi Pujol, s\u2019appuyant sur une lecture autonomiste du texte constitutionnel espagnol, vont rapidement développer une politique symbolique d\u2019affirmation de la nation catalane sur leur territoire.» (p.24) Afin de rendre la compréhension de la politique extérieure catalane plus aisée, Paquin fait précéder son exposé d\u2019une brève (mais très utile) mise en contexte politique et historique.Il analyse ensuite le développement de l\u2019activité internationale de la Catalogne et les réactions plus ou moins épidermiques de l\u2019Espagne face à celle-ci.La question qui guide son analyse est la suivante : « Est-il possible que les relations centre-périphérie deviennent routinières et normalisées lorsqu\u2019une région autonomiste au sein d\u2019un État fédéral ou à structure décentralisée met en œuvre une paradiplomatie identitaire [.]?Est-il possible que dans de telles conditions tous les acteurs y trouvent leur compte ?» (p.13) Paquin répond à ces deux questions par l\u2019affirmative.Selon lui, les relations Catalogne-Espagne sont aujourd\u2019hui moins conflictuelles qu\u2019autrefois.Elles se sont peu à peu normalisées, alors que les deux administrations ont appris à mieux coopérer.Paquin décrit de manière convaincante les causes circonstancielles de l\u2019accalmie Barcelone-Madrid.La première est à trouver dans la spécificité du système électoral espagnol : « L'instabilité du système politique espagnol, qui oblige les partis politiques à faire des alliances avec les partis régionalistes comme 136 la Ci U présidée par Jordi Pujol, contraint le gouvernement espagnol à mettre de l\u2019eau dans son vin et à mettre en œuvre une politique étrangère qui est acceptable pour les communautés autonomes.» (p.19) C\u2019est effectivement ce qui s\u2019est passé en 1996, lorsque le Parti populaire de José Maria Aznar a eu besoin de l\u2019appui des nationalistes basques et catalans pour atteindre la majorité aux Cortès.L\u2019année précédente, les nationalistes catalans de la CiU avaient laissé tomber la gauche du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), obligeant le Premier ministre Felipe Gonzalez à organiser des élections anticipées.Outre la capacité des nationalistes catalans à jouer les trouble-fête au Parlement espagnol, la normalisation des rapports Barcelone-Madrid s\u2019explique également par la forme spécifique d\u2019implication des autorités catalanes sur la scène internationale.Si la politique étrangère catalane se concentrait autrefois sur l\u2019affirmation nationale, elle se tourne aujourd'hui davantage vers le commerce et l\u2019affirmation culturelle.Si « le gouvernement catalan a, depuis une vingtaine d'années, ouvert près d\u2019une cinquantaine d\u2019antennes à l\u2019étranger, [la] vaste majorité de ces antennes concerne les questions commerciales.» (p.110) Paquin n\u2019hésite pas à contraster la stratégie catalane avec celle favorisée par d\u2019autres petites nations : « Contrairement aux organisations flamandes et québécoises qui fonctionnent plutôt selon la logique d\u2019une ambassade, les organisations catalanes sont généralement basées sur des partenariats public-privé.» (p.no) L\u2019activité extérieure de la Generalitat prend généralement la forme d\u2019agences ou de consortium représentant à l\u2019étranger les principales organisations catalanes.L\u2019Agence de promotion culturelle de la Catalogne (COPEC) ou le Patronat Català pro-Europa, par exemple, possèdent des représentations dans les principales villes européennes. 137 Paquin n\u2019hésite pas à décrire le développement des relations entre la Catalogne et l\u2019Espagne sous la forme d\u2019un processus d\u2019apprentissage, au cours duquel les deux administrations se sont peu à peu apprivoisées : « L\u2019État espagnol et les communautés autonomes ont mis sur pied des conventions cadres, des conférences sectorielles et des commissions ad hoc afin de faciliter et de coordonner les rapports entre l\u2019État et les communautés autonomes en matière de politique étrangère.» (p.123) À Madrid, les appréhensions d\u2019autrefois se sont peu à peu calmées, alors que les nationalistes catalans se déclarent plutôt satisfaits de leur niveau d\u2019autonomie actuel.Avec la participation de son parti au gouvernement de Madrid.Jordi Pujol a même été jusqu\u2019à soutenir qu\u2019il souhaitait « catalaniser » l\u2019Espagne.Cet apaisement des relations Barcelone-Madrid devrait se poursuivre encore quelques années, alors que la CiU vient de perdre le pouvoir en Catalogne au profit du Parti socialiste (beaucoup moins nationaliste) de l\u2019ancien maire de Barcelone, Pascal Maragall.Paquin voit dans l\u2019exemple de la Catalogne une résolution satisfaisante de la question nationale.Il n\u2019hésite pas à en tirer un enseignement plus général et à soutenir que le développement d\u2019une paradiplomatie identitaire [.], n\u2019est pas obligatoirement synonyme de désordre et de conflits, (p.121) C\u2019est peut-être cette idée (avec laquelle se conclut l\u2019exposé de Paquin) qui laissera le plus de doutes dans l\u2019esprit du lecteur québécois.Dans quelle mesure peut-on parler d\u2019une normalisation entre Madrid et Barcelone ?Peut-il y avoir normalisation lorsqu\u2019un désaccord demeure au sujet de l\u2019essentiel ?Paquin construit son exposé autour d\u2019une définition contestable de la paradiplomatie identitaire qui, pour lui, « est une paradiplomatie ou une politique étrangère subétatique dont l'ob- i38 jectiffondamental est le renforcement ou la construction (nous soulignons, B.D.) de la nation minoritaire dans le cadre d\u2019un pays multinational.» (p.12) Même si le « renforcement » de la nation peut effectivement être l\u2019objectif de la paradiplo-matie, il s\u2019agit généralement d\u2019un objectif secondaire.Le langage utilisé par les nationalistes catalans n\u2019est pas d\u2019abord celui de la force, mais bien celui de la liberté politique, c\u2019est-à-dire celui de la non-subordination de la nation catalane à un principe qui lui serait extérieur.Or, selon Paquin, les limites de l\u2019Espagne en terme de concession, c\u2019est précisément la liberté politique de la Catalogne : « En 3993, le Tribunal constitutionnel va accorder à la Generalitat de Catalogne le droit défaire la promotion de sa culture et de ses valeurs à l\u2019extérieur de l\u2019Espagne à la condition que cette politique ne mette pas en danger la souveraineté nationale et quelle ne crée pas d\u2019obligations réciproques avec des Etats étrangers.» (p.58) Par conséquent, si entente il y a, elle repose davantage sur des énoncés délibérément ambigus que sur un accord véritable au sujet des rapports entre Barcelone et Madrid.Un modus vivendi peut être perçu comme une normalisation, un compromis ad hoc sur le partage des pouvoirs ou sur une participation au cabinet peut générer une stabilité temporaire, mais ce n\u2019est pas le principe sur lequel se fonde généralement la démocratie.Même si les théoriciens de l\u2019identité se plaisent à affirmer qu\u2019on peut être à la fois Espagnol et Catalan, en bout de ligne, si c\u2019est Madrid qui décide, et bien la nation catalane n\u2019est pas libre.Puisque entre la liberté et la subordination, il n\u2019y a pas de moyen terme.Benoit Dubreuil, étudiant 139 FRANÇOIS GRÉGOIRE Les Palestiniens, un peuple privé de ses droits, Essai, Montréal, Lanctôt Éditeur, 2004, 187 pages Professeur de sciences politiques au Cégep Édouard-Montpetit, François Grégoire publiait l\u2019an dernier un pamphlet contre l\u2019Action démocratique du Québec, qu\u2019il dénonçait comme jeune parti aux idées vieilles venu relayer le courant conservateur au Québec (La face caché de l\u2019ADQ, Lanctôt Éditeur, 2003).Cette année, dans Les Palestiniens, un peuple privé de ses droits, c\u2019est à la défense du peuple arabe de Palestine qu\u2019il se porte.Le conte à dormir debout des sionistes n\u2019est pas son fait.Grégoire ne dépeint pas le colonialisme israélien comme la réparation d\u2019une injustice millénaire, ni la résistance palestinienne comme une expression d\u2019antisémitisme.Il ne confond pas le bourreau avec la victime.Grégoire sait que le Proche-Orient n\u2019est pas en train d\u2019écrire une page de l\u2019histoire biblique et que le conflit israélo-palestinien n\u2019oppose pas des Arabes judéophobes par nature à des Juifs opprimés de tout temps.Ce conflit oppose bien plutôt le peuple palestinien moderne au nationalisme agressif d\u2019Israël qui l\u2019a expulsé de ses terres au siècle dernier avec la complicité des puissances occidentales, Grande-Bretagne puis États-Unis en tête.Aussi est-ce en restant moderne et laïc que Grégoire apprécie la situation actuelle.Loin des obscénités d\u2019une certaine propagande pour qui la civilisation judéo-chrétienne affronte là-bas la barbarie islamique.Loin aussi des contorsions théologico-historico-politiques d\u2019une prétendue « nouvelle question juive » (à la Shmuel Trigano, par exemple).Grégoire ne s\u2019aligne pas non plus sur les incurables culpabilisés de la Shoah prêts à tout pardonner à Israël, au diable le martyre palestinien. 140 L\u2019auteur pose en termes clairs que la solution du conflit proche-oriental passe nécessairement par la création d\u2019un État palestinien, condition sine qua non d\u2019une paix durable et juste.Qu\u2019Israël focalise toute l\u2019attention sur le terrorisme lui permet de plaider la légitime défense aux yeux du monde et de faire passer ses annexions pour des mesures d\u2019autoprotection.Et c\u2019est surtout une façon d\u2019empêcher à jamais la création d\u2019un État palestinien.À propos du dernier plan de paix devant conduire à la création d\u2019un tel État palestinien, Grégoire écrit avec raison : « La feuille de route du Quartette [États-Unis, Russie, Communauté européenne, ONU] pose le problème à l\u2019envers : elle rend la création d\u2019un État palestinien tributaire de la paix entre Palestiniens et Israéliens.Contrairement à l\u2019affirmation du président [George W.] Bush, ce n\u2019est pas le terrorisme qui empêche la création d\u2019un État palestinien.C\u2019est plutôt le refus de créer un État palestinien qui favorise le développement du terrorisme.Les attaques contre Israël sont principalement le résultat de l\u2019occupation et de la colonisation israéliennes de territoires qui appartiennent aux Palestiniens ainsi que de la répression des Palestiniens par l\u2019armée d\u2019occupation israélienne » (p.179).Sauf que, comme on sait, avec le Likoud d\u2019Ariel Sharon à la tête de l\u2019État israélien et avec les républicains de Bush fils à la tête de l\u2019hyperpuissance, on est loin du compte.Pourtant, la création d\u2019un État palestinien priverait de leur justification principale les partisans de l\u2019action terroriste, isolerait les éléments les plus extrémistes du Hamas ou du Djihad islamique et réduirait la menace qu\u2019ils représentent.La clef du problème est donc là : création d\u2019un État palestinien, reconnu officiellement par la communauté internationale, à côté d\u2019un État hébreu (ramené aux proportions d\u2019avant 1967, c\u2019est-à-dire délesté des « territoires occupés »).Mais voilà.L\u2019apparition de ce nouvel État supposerait qu\u2019Israël cesse de prendre la terre des autres pour la Terre Hi promise, Jérusalem pour sa « patrie éternelle » ; il faudrait en somme qu\u2019il renonce au délire sioniste et se retire des territoires palestiniens occupés.Malheureusement, l\u2019ouvrage est d\u2019une lecture un peu assourdissante.Des rencontres, des ententes, des votes, des résolutions, des attentats, des accords, des guerres, des offensives, des ripostes, des appels, des trahisons, des interventions.s\u2019enfilent et dans le flot, pour ainsi dire, les lignes de crêtes se noient.Si au moins, au pauvre lecteur, on offrait en appendice, sous forme de tableau, une chronologie permettant de resituer rapidement les événements dont on parle, une liste des acteurs importants, personnages, partis, organisations, un glossaire, un index.Mais rien de ça.L\u2019introduction, qui entre dans le vif du sujet sans circonscrire explicitement l\u2019objet du livre, n\u2019en indique pas non plus les raisons, les ambitions.Tout de même et heureusement, la matière s\u2019organise en trois parties correspondant à trois grandes périodes de l\u2019histoire de la Palestine à partir du début du XXe siècle à nos jours.D\u2019autres périodisations sont possibles, et d\u2019ailleurs fréquentes, mais celle de Grégoire a, me semble-t-il, le mérite de laisser apercevoir le vecteur fondamental qui traverse cette histoire de la Palestine moderne, sa quête de la pleine indépendance politique.La première période va de la fin de l\u2019empire ottoman, qui domina la Palestine jusqu\u2019en 1918, à la création de l\u2019État d\u2019Israël en 1948 (partie 1 : « Le prélude à la création d\u2019Israël », p.17-52).Cette période est celle du peuplement sioniste de la région alors sous mandat britannique, peuplement qui venait rompre l\u2019évolution nationale de la Palestine et sa concrétisation en État moderne.La population palestinienne s\u2019engagea alors dans une longue résistance contre cette immigration juive, contre le mouve- 142 ment sioniste qui orchestrait cette occupation expropriatrice et contre la Grande-Bretagne qui, reniant les promesses d\u2019indépendance qu\u2019elle avait faites aux Arabes, prônait à la place l\u2019établissement d\u2019un « foyer national » juif en Palestine.La seconde période va de 1949 à 1988 (partie 2 : « L\u2019option jordanienne », p.53-119).À la fin de cette période, en 1988, le roi Hussein de Jordanie renonce définitivement à la « solution » consistant à intégrer à son royaume les territoires palestiniens restants avec leur population.Jusque-là évidemment, cette « option jordanienne », que favorisaient Israël, les États-Unis et la Jordanie, court-circuitait elle aussi l\u2019éclosion d\u2019un État palestinien indépendant.La troisième période va de 1988 à aujourd\u2019hui (partie 3 : « La route vers l\u2019indépendance », p.121-168).L\u2019« option jordanienne » écartée, la création d\u2019un État palestinien apparaît alors comme inévitable à la fois comme solution du drame palestinien et comme condition de la paix au Proche-Orient.Mais le gouvernement israélien, avec l\u2019appui massif des États-Unis, fait tout pour l\u2019empêcher.« En 1988, écrit l\u2019auteur, la création d\u2019un État palestinien indépendant devint incontournable en raison de la fin de l\u2019option jordanienne.Mais, malgré le fait que l\u2019Assemblée générale des Nations Unies ait reconnu à de multiples occasions les droits inaliénables des Palestiniens et que l\u2019OLP [Organisation de libération de la Palestine] ait reconnu le droit à l\u2019existence de l\u2019État israélien en acceptant les résolutions 181 et 242 [de l\u2019ONU], les Palestiniens n\u2019ont pas obtenu la reconnaissance de leurs droits en retour.Ils se sont fait imposer [à la place] un long processus de négociation sur le partage des territoires qui leur appartiennent et sur les pouvoirs que détiendrait l\u2019État palestinien.Le droit international était à nouveau mis de côté » (p.121). M3 En faisant ressortir le scandale continué de l\u2019oppression nationale des Palestiniens par Israël, l\u2019ouvrage met forcément en évidence aussi l\u2019affront tout aussi scandaleux et continué que l\u2019État hébreu et son grand allié états-unien font subir à l\u2019ONU qui « risque de connaître le même sort que la Société des Nations » (p.181).Richard Cervais, Philosophe JACQUES KEABLE La grande peur de la télévision : le livre, Lanctôt éditeur, Montréal, 2004, 158 p.Préface de Bruno Roy C\u2019est un livre au moins aussi échevelé que généreux, un objet littéraire hybride, un pamphlet trop retenu, un essai à peine esquissé.Jacques Keable n\u2019y est pas vraiment convainquant.Le propos n\u2019est pas neuf, voilà longtemps que les constats s\u2019accumulent sur le sort que la télévision réserve, ici comme ailleurs, à la vie intellectuelle en générale et à celle des livres en particulier.On aurait été en droit d\u2019espérer au moins que le traitement en soit renouvelé, que la colère porte, que l\u2019exaspération de l\u2019auteur trouve à transmuer son matériau.Bref, on aurait aimé qu\u2019une pensée critique acérée jette un nouvel éclairage sur les bilans, renverse les questionnements convenus et saccage quelques lieux communs.Tel n\u2019est malheureusement pas le cas.L\u2019ouvrage n\u2019est certes pas sans intérêt, mais il reste trop sur le pourtour des choses.L\u2019auteur n\u2019a pas su trouver ou garder un axe structurant pour son propos.Il s\u2019est contenté d\u2019une hypothèse trop générale : ce serait la peur, elle-même reflet et instrument d\u2019une censure visant à neutraliser le « pouvoir de subversion » du livre qui serait le principal facteur d\u2019ex- 144 plication de l\u2019absence d\u2019un véritable traitement et d\u2019un intérêt réel pour le livre au petit écran.À cette hypothèse centrale s\u2019en raccrocherait une autre, la relayant pour mieux la renforcer, celle d\u2019une aliénation culturelle persistante, d\u2019un complexe à l\u2019égard d\u2019une France devant laquelle nos livres et nos auteurs ne « seraient pas de taille ».La peur fait une belle image, elle donne du liant à l\u2019exposé mais il faut bien le reconnaître, elle ne fait que cela : donner une certaine cohérence à ce qui donne malgré tout l\u2019impression d\u2019un collage.Jacques Keable puise à de nombreuses sources, collige des données qui ne sont pas inintéressantes mais qui illustrent plus quelles ne démontrent.L\u2019exposé s\u2019éparpille : tantôt les statistiques sur les habitudes de lecture, tantôt les toujours accablants constats d\u2019indigence sur l\u2019état des bibliothèques publiques, les anecdotes sur la médiocrité de l\u2019information culturelle sur les livres ou des émissions qui, de temps à autres, leur sont consacrées ou à qui ils servent de prétexte, tout un ensemble d\u2019éléments, y compris l\u2019évocation de nombreux cas de censure, présents ou passés, ici et ailleurs, sont utilisés pour dresser ce que l\u2019auteur appelle une « preuve circonstancielle » sur la censure et la peur du livre.Ce ne sont là que circonstances, en effet que l\u2019auteur nous évoque, de preuve on n\u2019en voit guère.On veut bien le suivre dans la déconstruction qu\u2019il nous fait des prétextes que les gestionnaires de la télévision lui ont servis et cela nous amène à constater que c\u2019est, de loin, le meilleur chapitre de l\u2019ouvrage (chap.5) Mais cela, tout au plus, ne nous permet que de cerner le poids des lieux communs et des rationalisations.Jacques Keable y est là sévère et à son meilleur.Les ratiocinations qu\u2019il déconstruit ne font pas seulement mal paraître ceux qu\u2019il convoquent à la barre, la façon dont il M5 démonte les raisonnements spécieux laisse apparaître, comme en creux, un vibrant plaidoyer pour la télévision publique et sa mission culturelle.À l\u2019évidence, Keable aime la télévision et croit à son rôle de service public.Et c\u2019est parce qu\u2019il le juge essentiel qu\u2019il s\u2019indigne du silence dans lequel elle enferme la vie des livres ici.Les passages sur Bernard Pivot, inévitable référence dans notre espace culturel, sont intéressants et Keable les utilise en faisant en quelque sorte la démonstration contraire à sa seconde hypothèse : il sait poser sur le cas Pivot un regard intéressant, sans complexe ni complaisance.Si l'aliénation culturelle subsiste ici, elle ne règne pas sans partage, Keable lui-même en fait l\u2019illustration.Au lieu de le voir s\u2019engouffrer dans les hypothèses sur le malaise identitaire et se consoler des thèses de Gérard Bouchard sur notre littérature qui ne réussirait toujours pas à s\u2019affranchir de la métropole, on aurait préféré qu\u2019il structure entièrement son exposé sur une problématique globale de la domination culturelle et politique.Cela lui aurait donné les outils qui lui ont manqué pour bien exploiter les résultats des études qu\u2019ils citent et pour mieux interpréter les observations qu\u2019il fait.Tout entier absorbé à faire valoir ses attentes à l\u2019égard de la télévision publique, Keable, en effet, ne se pose pas la question de ce phénomène tout de même étrange et néanmoins déterminant : il y a au Québec deux télévisions publiques.Ce n\u2019est pas banal.Et elles sont en concurrence.Et pas seulement avec la télévision privée.Cette dernière, c\u2019est entendu, c\u2019est une machine à fric, une composante de l\u2019entertainment business et elle répond aux exigences du secteur : maximisation du profit dans le meilleur délais.Cette télé-là, c\u2019est celle de la chasse aux cotes d\u2019écoute pour fixer toujours plus haut 146 la valeur des plages publicitaires.Elle n\u2019a qu\u2019une loi, celle de l\u2019argent.Il n\u2019est pas difficile de suivre Keable sur ce terrain.Il n\u2019est pas non plus difficile de reconnaître avec les auteurs qu\u2019il cite que le culte de l\u2019argent a partout perverti la télévision publique, dévoyé l\u2019institution au point de lui faire perdre le sens du service public et de sa mission culturelle.Là où les choses se compliquent, c\u2019est de suivre Keable dans le non-questionnement de cette double présence de la télévision publique dans l\u2019espace québécois.Radio-Canada n\u2019est pas seulement la doyenne de la télévision : c\u2019est une institution Canadian au service de l\u2019unité nationale.C\u2019est une institution dont la ligne éditoriale reste au service de la construction d\u2019un récit national dans lequel la culture québécoise ne peut être reconnue pour elle-même, n\u2019étant qu\u2019une composante régionale du Canada bilingue et multiculturel.Quant à Télé-Québec, elle reste une institution inachevée, une demi-mesure typiquement québécoise, dont la mission de télévision publique reste d\u2019autant plus incongrue qu\u2019elle ne peut revendiquer pleinement le statut d\u2019antenne vraiment nationale - elle détient une licence de télévision éducative, délivrée par un CRTC qui l'assujettit à des normes Canadian.Cela la condamne à une posture éditoriale étriquée et à un récit national empêché.Pas étonnant qu\u2019elle soit à la fois une proie convoitée pour les télédiffuseurs privés qui n\u2019y voient qu\u2019un signal à prix d\u2019aubaine et une institution inutile et coûteuse aux yeux des politiciens et inconditionnels du Canada qui s\u2019accommodent du statut provincial et des ressources que cela nous laisse.À défaut de placer cette concurrence des télévisions publiques au cœur de son investigation, Keable désamorce lui-même la charge d\u2019une étude qu\u2019il cite et qui jette pourtant un éclairage particulièrement éloquent sur le sort du H7 livre québécois, sur la place que lui fait cette concurrence dans la vie culturelle.Se référant aux analyses de Jean-Paul Baillargeon et Michel de la Durantaye (Présence et visibilité du livre québécois de langue française en librairie, en bibliothèque et dans les médias, Institut national de la recherche scientifique -culture et société) Keable trouve une coïncidence dérangeante : comparant durant la saison 1993-1994 la place faite aux livres québécois dans deux émissions (Plaisir de lire à Télé-Québec et Sous la couverture à Radio-Canada), les auteurs établissent qu\u2019ils n\u2019y occupent qu\u2019une place marginale.« Au total donc, sur les 478 livres pris en compte par nos deux télévision publiques, 107 seulement, soit 22 % du total, étaient québécois.Pas même le quart.À l\u2019évidence, ça n\u2019est pas sur le livre québécois, même abondant dans le marché, que reposaient les émissions analysées.L'existence du livre québécois n\u2019était donc pas l'élément constitutif majeur de ces émissions.Il était complémentaire.» (p.94) Là où peut paraître une coïncidence se dévoile en fait une illustration du rapport à la culture nationale.Dans le contexte de domination naüonale qui est le nôtre, la concurrence des institutions ne fait pas que dilapider les moyens : elle empêche le Québec d\u2019être le centre de son propre monde.En termes plus savants : la domination culturelle compromet la construction de la référence collective, entrave la culture québécoise pour enrayer son rôle fondateur.Le livre québécois n\u2019était pas tant complémentaire que périphérique dans les émissions analysées.Le dédoublement et la concurrence des institutions condamnent la culture québécoise à vivre à la périphérie de ses œuvres.Tel est le facteur le plus déterminant du statut du livre à la télévision publique québécoise.En effet, la télévision publique québécoise ne peut accorder aux œuvres une place plus grande que celle du pouvoir ins- 148 tituant de la culture dans notre société.Or, le statut provincial nous empêche de placer notre condition au centre de notre monde.Nos débats sont continuellement déportés, comme nos efforts, dans des paramètres, des lieux et des cadres façonnés par des rapports politiques, institutionnels et organisationnels déterminés par un contexte national qui nous nie.Ce contexte fixe les véritables balises à l\u2019intérieur desquelles les déterminants sociaux façonnent nos réalités et détermine également les catégories dans lesquels les discours éditoriaux les interprètent.La dérive de la télévision publique est un problème commun à tous les pays développés.Il se manifeste ici comme ailleurs à cette nuance près qu\u2019il est ici sur-déterminé par notre statut politique.Il en va de même pour les effets pervers de la concentration des médias qui fait peser des périls graves sur la vie démocratique.Au Québec, ces périls sont accentués par le fait que cette concentration sert des propriétaires qui militent ouvertement contre notre existence nationale.Parce qu\u2019elle est fondamentale, la domination Canadian façonne tous les problèmes, elle n\u2019en est pas la cause exclusive, tant s\u2019en faut, mais le cadre d\u2019expression comme la voie de résolution.Pour ne pas avoir placé cette question au cœur de son propos Keable est resté condamné à chasser des fantômes.Il peut bien conclure son ouvrage en faisant un « appel à la mobilisation tous azimuts », son approche volontariste risque bien de le confiner à l\u2019activisme.Le livre québécois ne pourra jouer un rôle central dans notre vie culturelle que le jour où le Québec pourra être pour lui-même sa référence, le jour où sa culture sera le foyer de son récit national, où les œuvres existeront autrement que par effraction.Ce n\u2019est pas une affaire de sensibilité à la vie des livres, ni même de rapport complexé à la France, c\u2019est une affaire d\u2019émancipation nationale.Le livre n\u2019est périphérique que 149 dans la mesure où toute notre vie intellectuelle demeure périphérique dans une société où les effets de la domination restent perçus comme des manques à être au lieu d\u2019être pris pour ce qu\u2019ils sont : des manifestations d\u2019assujettissement qui forcent à intégrer et intérioriser des contraintes qui façonnent tout autant le marché que les institutions.La télévision publique québécoise n\u2019a pas peur des livres, elle est elle-même prisonnière.Et le récit qu\u2019elle cherche dans les livres est un récit d\u2019évasion.Les oeuvres émancipent.Et elles ne le font que lorsqu\u2019elles trouvent à s\u2019imposer comme référence.Dans la vie d\u2019abord.Là où les conduites d\u2019émancipation cherchent les voies et les moyens de placer les livres au fondement et non à la périphérie de tous les combats qui font qu\u2019un peuple se construit dans et par la puissance des interrogations qu\u2019il porte sur le monde tel qu\u2019il le voit et veut le tranformer.Robert Laplante 150 LIVRES REÇUS Robert Aird Histoire de l\u2019humour au Québec, de 1945 à nos jours, vlb éditeur, 2004,168 p.Charles Blattberg Et si nous dansions ?Pour une politique du bien commun au Canada, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2004.Dorval Brunelle et Christian Deblock L\u2019Alena, Le libre-échange en défaut, Éditions Fides, Collection points chauds, 2004.Pierre Gagnon Sentinelles du matin, Anne Sigier, 2003,105 p.Jean Lâchât Les vraies racines du Québec libre, essai critique, Éditions Celtiques, 2004, 376 p.Jean-Guy Prévost L\u2019extrême droite en Europe, France Autriche, Italie, Éditions Fides, Collection points chauds, 2004.Pierre Vennat, Général Dollard Ménard, De Dieppe au référendum, Éditions Art Global, biographies, 2004, 344 p. 151 COURRIER DES LECTEURS LE SCANDALE DES COMMANDITES : UN SCANDALE ÉTHIQUE Dès la première dénonciation publique du scandale, les députés libéraux d\u2019Ottawa, Canada, à commencer par leur Premier ministre, ont cherché à banaliser l\u2019infamie en qualifiant le scandale de « problème administratif ».« Fuddlle duddle », comme dirait leur maître à penser fameusement connu.C\u2019est plutôt un double scandale moral : celui des actes et celui des intentions.Exemple : L\u2019orgueil Le scandale des commandites, c\u2019est le scandale de l\u2019orgueil.Orgueil : maladie d\u2019intempérance qui corrompt toute la conscience morale.C\u2019est le vice des vices, enseigne une vieille tradition morale, car l\u2019orgueilleux ne se soumet à aucune loi, légale ou morale, ne reconnaît aucune vérité ou autorité au-dessus de la sienne et n\u2019est sensible à aucune injustice.En matière politique, l\u2019orgueil, c\u2019est le virus qui transforme l\u2019autorité légitime en tyrannie.Le tyran pense qu\u2019il incarne la loi au-dessus de la loi, imagine que ce qui est bon pour lui est le principe de mesure de ce qui est bon pour tous et considère les citoyennes et les citoyens comme des marionnettes à son service.L\u2019orgueil politique c\u2019est, enfin, T 52 l\u2019associé naturel de la jalousie et de l\u2019envie, c\u2019est-à-dire de la tristesse ressentie devant l\u2019excellence d\u2019autrui, que cet autrui soit une personne ou une nation.Le racisme en est une cause et un effet connus.Bref, le scandale des commandites, c\u2019est la culture de l\u2019orgueil et du racisme subventionnée - un Canadian nation building érigé sur un Kweebeck nation bashing.Lucien Morin, Néoquébécois, Professeur émérite, Université Laval BILINGUISME À QUÉBEC Avec horreur je réalise que la ville de Québec est en train de rendre tout son affichage bilingue ! Cela à commencer avec l\u2019affichage du gouvernement fédéral.Cela m\u2019avait choqué mais pas surpris, le but du fédéral a toujours été d\u2019assimiler les Québécois.Si les gouvernements fédéral et municipal donnent l\u2019exemple aux entreprises, bientôt l\u2019ensemble de l\u2019affichage à Québec sera bilingue : une étape assurée vers un affichage unilingue anglais.C\u2019est la stratégie des petits pas : au début un drapeau du Canada devant l\u2019hôtel de ville de Québec, ensuite l\u2019affichage bilingue, et après l\u2019assimilation complète tant rêvée par le Canada.Il semble que la Loi ioi soit rendue à la poubelle.« Alliance Québec » à coup de centaine de millions de dollars de subventions de Patrimoine Canada pris à même l\u2019im- 153 pôt des Québécois à réussi à force de poursuites jusqu\u2019à la cour Suprême à atteindre son but.Nier le peuple Québécois et la protection de sa langue qui est en danger de disparaître très rapidement.J\u2019ai porté plainte à l\u2019Office de la langue française même si je sais très bien la réponse que je me ferais donner.L\u2019Office ne peut rien faire ?Alors autant mettre fin à cette Office pastiche.Jean Charest serait très fier ; quelle belle économie pour le budget de son gouvernement ! (.) Charles Breton, Québec CULTURE UNIQUE Pourquoi parle-t-on de notre culture québécoise comme celle d\u2019une culture colonisée, jamais autonome, qui est toujours accolée à une connotation de culture ethnique ?La Culture québécoise n\u2019est pas celle des autres communautés ethniques, elle est distincte et unique.Puisque l\u2019on parle de l\u2019économie, de la langue, et du rapatriement de tous nos pouvoirs d\u2019Ottawa, surtout celui de l\u2019immigration, pour exercer tous nos pouvoirs, administrer nos lois et percevoir nos impôts dans tous les secteurs d\u2019activités économiques, comme des entités essentielles faisant partie du tout.Parlons de CULTURE QUÉBÉCOISE NATIONALE, POINT : la culture du patrimoine national québécois, celle qui est commune à la majorité, la collectivité du peuple fondateur québécois et de la Nation québécoise. 154 Voilà encore une fois une occasion manquée d\u2019affirmer notre identité culturelle, menacée par la diversité culturelle multiethnique présente dans divers secteurs d\u2019activités de notre société qui est envahissante et nuisible par ses effets pernicieux et menaçants pour la survie du peuple québécois.Julienne Vigneault 155 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président Pierre Noreau Secrétaire Jacques Brousseau Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers Robert Ladouceur Jean-Marc Léger Paul-Émile Roy Ex Officio Robert Laplante Secrétariat Yves Fortin Laurence Lambert MISSION Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Membres Dave Anctil Pierre de Bellefeuille André Binette Mathieu Bock-Côté Jean-Jacques Chagnon Eric Devlin Benoît Dubreuil Christian Gagnon Alain Laramée Jacques Martin Yves Michaud Jacques-Yvan Morin Michel Seymour Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Nicole Boudreau Jacques Boulay Guy Bouthillier Hélène Chénier Delmas Lévesque Pierre Dupuis Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Gilles Rhéaume Membres émérites René Blanchard Jean-Charles Claveau Jean Genest Georges Meyers *0, OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC.confiance stratégie performance \u2022\tGestion active en actions et en obligations \u2022\tGestion équilibrée \u2022\tGestion indicielle \u2022\tGestion privée Le succès de Optimum gestion de placements repose sur l'expertise de ses gestionnaires appuyés par une équipe de spécialistes qualifiés, sur des styles de gestion bien définis et sur une collaboration étroite et durable avec chacun de ses clients.Pour de plus amples informations : Sophie Lemieux, M Sc .Directrice, Développement des affaires Éric Ouellet, B.A.A , PI Fin .Directeur, Développement des affaires 425.bout de Maisonneuve Ouest, bureau 1740, Montréal (Québec) Canada H3A 3G5 Téléphone: (514) 288-7545 Télécopieur: (514) 288-4280 wvrw.groupe-optimum.com ® Marque de commerce de Groupe Optimum inc.utilisée sous licence À votre service plus que jamais ! 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ABONNEMENT ÎO\t20 numéros\tnuméros Abonnement 55 $\t-\tioi$ Institution 98 $\t-\t160 $ Abonnement de soutien 150 $\t-\t250 $ Étudiants 32 $\t-\t55 $ Autres pays no $\t-\t180 $ Paiement par VISA et Mastercard accepté Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Min ville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.ISSN-OOOI-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1003 Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 Courriels pour joindre : - la rédaction : revue@action-nationale.qc.ca - l\u2019administration : administration@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca NOUVEAU! NATIONALE REVOIR LE CADRE STRATÉGIQUE Robert Laplante Maintenant disponible sur CD audio.FAITES-VOUS EN FAIRE LA LECTURE! POUR COMMANDER CE CD : 10,50 $ (frais d'envoi inclus) -\tTéléphonez à nos bureaux au (514) 845-8533 pour un paiement par carte Visa ou Mastercard -\tou envoyez un chèque à nos bureaux : 425, boul.de Maisonneuve O.Bureau 1003, Montréal H3A 3G5 ilûfïtm volume XCIV numéro 7 SEPTEMBRE 2004 envoi de publication enregistrement NT 09113 "]
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