L'action nationale, 1 novembre 2004, Novembre - Décembre
[" Volume XCIV numéros 9 et 10 NOVEMBRE/DÉCEMBRE 2004 Un gâchis ¦Robert Lap!ante NATIONALE JJ ME î Wk Éditorial Articles Les intérêts du Québec et l\u2019élection présidentielle américaine.¦Anne Legaré États-Unis : L\u2019extrême droite incognito -Pierre Vadeboncaeur Le film Mémoires affectives Mémoire de chevreuil et région-mémoire ¦Serge Gauthier Objectif indépendance 2008 Éléments de réflexion stratégique ¦Philippe Navarro Gouverner avec la souveraineté en tête : Pour un Québec prospère, solidaire et républicain ¦Denis Monière Dossier PATRIMOINE RELIGIEUX : ENJEUX ET BESOINS Préservation et mise en valeur du patrimoine religieux : le gouvernement Charest n\u2019a pas le mandat de compromettre l\u2019avenir ¦Lucia Ferretti Les ensembles religieux dans l\u2019espace urbain ¦Louise Letocha Pour mieux gérer l\u2019avenir des lieux de culte ¦Louise Mercier L\u2019écomusée de l\u2019Au-delà et le patrimoine funéraire -Alain Tremblay « Sauvons notre église » : quelques exemples de prise en main - Manon Leroux Les vestiges de notre passé, modernisons-les ! ¦Marie-Lyne David Diversité religieuse et lieux de culte au Québec ¦Marc-Henri Vidal\t1 Genèse d\u2019un secteur pastoral.Le nouveau visage de cinq paroisses rurales dans le Bas-St-Laurent ¦Claude Pigeon Lire Les essais Livres reçus Courrier des lecteurs Index des auteurs 2004\t2 Index de nos annonceurs mttây- T// I «M* âL Claude Montoya Notre-Dame de Bon Secours 1989 Bibliothèque nationale du Québec 1215, rue de la Visitation, bureau 101, Montréal (Québec) H2L 3B5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca administration® action-nationale, qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directrice adjointe : Laurence Lambert.Comité de rédaction : Sylvain Deschênes, rédacteur et conseiller en communication ; Lucia Ferretti, professeure d'histoire ; Robert Laplante ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante : Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Monique Dumais, théologienne, Université du Québec à Rimouski ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Andrée Lajoie ; Simon Langlois ; Michel Seymour.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.Envoi de Poste - Publications -Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l\u2019aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d\u2019envoi postal » Canada « Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada à notre adresse ». 2 ÉDITORIAL Robert Laplante UN GÂCHIS Le dossier du Centre hospitalier universitaire de Montréal n\u2019en finit plus de s\u2019embrouiller.C\u2019est un spectacle désolant, un véritable gâchis.Près de trente millions de dollars ont été à ce jour dépensés en études de tous genres pour alimenter l\u2019indécision, soutenir les luttes de factions et attiser des affrontements de toutes natures.Et ce n\u2019est pas fini.L\u2019arrivée aussi inopinée que tardive du projet du recteur Lacroix d\u2019implanter le CHUM à Outremont vient de relancer la ronde des consultants.Il en coûtera encore des sommes considérables au trésor public.Les limites sont pourtant franchies.Il est clair que l\u2019indécision actuelle sert mal l\u2019intérêt public.Bien malin serait le simple contribuable qui pourrait prétendre comprendre réellement ce qui se passe.Il en va pourtant d\u2019un important choix de développement, en raison même du caractère hautement stratégique d\u2019un tel équipement pour la recherche médicale, pour les industries de la santé, sans parler de son rôle pour le façonnement des normes et modèles d\u2019organisation des soins.Une décision aussi cruciale, aussi lourde d\u2019impact ne peut pas être prise dans une telle opacité.Il y a là un déficit démocratique inacceptable.Le ministre Couillard ne donne pas du tout l\u2019impression d\u2019être en contrôle du dossier.Ses gestes et déclarations laissent à pen- 3 ser qu\u2019il cherche d\u2019abord à manœuvrer dans un univers de contradictions qu\u2019il n\u2019a pas la force ou la volonté de dénouer sur la place publique.Du départ de Claude Béland à l\u2019abandon du site Saint-Denis-Bellechasse, de l\u2019activisme des Jean Coutu et Paul Desmarais venus en renfort du recteur Lacroix en passant par le rapport Mulroney-Johnson et les déclarations sibyllines du conseil d\u2019administration du CHUM, l\u2019évolution de ce dossier révèle non seulement une lutte féroce mais encore et surtout une incapacité terrible de la part de l\u2019élite du monde médical et universitaire de faire sa cohésion autour d\u2019un choix de développement servant au mieux le développement de la médecine et notre intérêt national.Cela aura eu pour effet de fournir des prises encore plus nombreuses et plus solides aux manœuvres politiciennes.Et à cet égard, les révélations du journal Le Devoir (20 novembre) concernant la possible intervention d\u2019Ottawa en faveur du site d\u2019Outremont viennent nourrir les appréhensions les plus sombres.L\u2019argent et les préférences d\u2019Ottawa risquent, encore une fois, de créer des distorsions.Tout laisse à penser, en effet, que le projet du CHUM ne fera pas l'objet d\u2019une décision prise dans l\u2019intérêt supérieur du Québec mais qu\u2019il sera plutôt encore une « patente Canadian », un compromis bancal où les intérêts locaux et sectoriels, sinon même particuliers, primeront.L\u2019argent fédéral va encore une fois faire danser les décideurs québécois sur une plaque chauffante.Le rapport Mulroney-Johnson avait, à cet égard, bien préparé le terrain et les esprits en faisant les ouvertures à l\u2019intervention d'Ottawa et en réouvrant la concurrence entre groupes d\u2019intérêt pour le choix de localisation.Le hasard faisant bien les choses, sitôt le choix du site Saint-Luc formulé et accueilli avec grand intérêt par le 4 ministre Couillard qui avait tranché en sa faveur, les jeux de coulisse reprenaient de plus belle.Avec le résultat que des fonds publics devront encore une fois servir à financer des études pour couvrir la conduite erratique des autorités de l\u2019Université de Montréal, dont on ne comprend plus ni la démarche ni les objectifs.D\u2019un site à l\u2019autre, l\u2019accueil varie et le raisonnement - du moins celui qui est servi sur la place public - semble changer si souvent de point d\u2019appui que l\u2019on ne sait plus très bien si les critères qui priment sont ceux des promoteurs fonciers ou des visionnaires du développement de la médecine et des services publics.Quant à l\u2019attitude du ministre, on ne sait plus très bien à quoi la comparer pour bien la décoder : aux réflexes d\u2019encanteurs ou à la pensée molle des affairistes.Toutes ces tergiversations ne font pas que retarder les échéances et embrouiller les concepts qui définiront la mission et l\u2019organisation du CHUM.Elles procèdent d\u2019une censure malsaine - tout autant qu\u2019elles la prolongent - sur une décision politique fondamentale.Le débat sur le CHUM se mène en effet comme si les affrontements ne se faisaient qu\u2019autour de propositions divergentes quant à l\u2019optimisation de son budget et des contraintes qu\u2019il impose quant au choix de localisation, au type d\u2019équipement et à la façon de décliner sa mission.Tout ce branle-bas repose pourtant sur l\u2019acceptation d\u2019une injustice fondamentale.Personne en effet ne remet en cause le choix du gouvernement Charest de répartir le budget disponible à parts égales entre l\u2019Université McGill et l\u2019Université de Montréal.C\u2019est là pourtant un choix indéfendable qui défavorise l\u2019institution francophone et consacre des privilèges indus.Comme l\u2019ont souligné Frédéric Lacroix et Patrick Sabourin, « L\u2019Université de Montréal reçoit le même montant que McGill bien qu\u2019el- 5 le forme quatre fois plus de médecins pratiquant au Québec que McGill, soit 40 % du total comparativement à 10 % »' En outre, les hôpitaux anglophones desservent une fraction beaucoup moins grande de la population.Il est loin d\u2019être démontré qu\u2019il y a de la place pour deux centres de cette nature au Québec et que nous avons les moyens de nous les payer.Il doit y avoir un chef de file et la cohésion exige que l\u2019organisation des priorités ne souffre d\u2019aucun dédoublement.L\u2019intérêt national aussi bien que le bons sens se rejoignent pour établir l\u2019évidence : le leadership doit revenir aux institutions de la majorité.L\u2019allocation des fonds publics doit le refléter.Il ne doit y avoir qu\u2019un seul navire amiral et ce doit être le CHUM.Il a tout ce qu\u2019il faut pour qu\u2019il en soit ainsi.Et si démonstration est faite qu\u2019il a des lacunes, il faudra lui donner les moyens de les corriger, par financement et transfert d\u2019expertise.On s\u2019étonne que le monde médical n\u2019ait pas le courage de l\u2019affirmer haut et fort.L\u2019actuel partage des budgets consacre une discrimination qui a des relents de parti-pris pour le développement séparé.Dans les faits, il constitue une véritable démission, un refus de tirer les conclusions qui s\u2019imposent sur la place des institutions de la minorité dans l\u2019octroi des fonds publics et la configuration des institutions nationales.Il conféré à McGill une prime au développement qui lui donnera un avantage concurrentiel qui ne fera qu\u2019accroître les pressions à la bilin-guisation du système de santé.La parité dans le partage des fonds va avantager artificiellement une institution dont rien dans la taille et la mission ne justifie de lui octroyer les moyens de creuser l\u2019écart avec l\u2019Université de Montréal eu égard aux responsabilités d\u2019une institution d\u2019une importance nationale. 6 En laissant aux promoteurs du site d\u2019Outremont le temps dont ils ont besoin pour compléter leurs études et organiser leur lobby, le ministre Couillard a figé la mise en chantier du Centre universitaire de santé McGill.Le ministre a fait dire par son attachée de presse que cela se justifiait parce qu\u2019il « y a des aspects de complémentarité sur lesquels il faut réfléchir, et certains dépendent du choix du site » (Le Devoir, 18 novembre A3).Le directeur général du CHUM a abondé dans le même sens : « Aucuns (sic) travaux significatifs ne seront effectués tant que les études de complémentarité ne seront pas complétées.» (ibidem) Puisque le ministre tient à ce que cet examen se fasse, il faudrait au moins s\u2019assurer qu\u2019il soit fait de manière exhaustive et rigoureuse, en accord avec la réalité démographique, sociale et culturelle de ce pays.Il faut revoir la répartition du budget.Attribuer 50 % des sommes à l\u2019Université McGill revient à conforter un privilège exorbitant qui, dans les faits, contribuera à succursaliser le CHUM et la médecine francophone en plus de placer l\u2019offre de services du centre-ville de la plus grande ville française d\u2019Amérique sous la coupe d\u2019une institution anglaise.Cela contribuera à inscrire le développement de la métropole dans une logique de minorisation.Si le ministre veut examiner les complémentarités, il aurait avantage à le faire en gardant le sens des proportions au moins tout autant que le sens de l\u2019intérêt public.Le Québec n\u2019a rien à gagner à subventionner les privilèges et les inégalités.La parité de financement doit être abandonnée, le leadership du CHUM ne doit pas seulement être reconnu, il doit faire l\u2019objet d\u2019un choix politique explicite.La solution actuelle surpondère l\u2019institution anglophone, perpétue une situation artificiellement entretenue et consacre une dynamique d\u2019infériorisation des institutions franco- 7 phones.Il devrait en être en cette matière comme pour l\u2019ensemble du financement universitaire : les institutions anglophones devraient être subventionnées en proportion du poids démographique de la population anglophone et pas davantage.On aimerait que ceux-là qui s\u2019agitent autour du projet d\u2019une institution francophone d\u2019envergure aillent jusqu\u2019au bout du raisonnement et des implications que soulève leur activisme.Le choix du site ne doit pas être un prix de consolation pour ceux-là qui se contenteront d\u2019une succursale pour n\u2019avoir pas eu le courage de poser les gestes nécessaires pour faire prévaloir l\u2019intérêt national et assurer le rayonnement en français de la médecine québécoise.?i Frédéric Lacroix, Patrick Sabourin « Financement des universités : le non-dit » L'Action nationale, vol.XCIV numéro 8, octobre 2004, p.100. 8 BILAN DU «NATIONALISME» DE NOS PREMIERS MINISTRES FEDERALISTES 1946 1959 Patrie \\1L Action «tMijut PAUL SAUVE CONDAMNE LES ingérence FÉDÉRALES dans les compétences du Québec DUPLESSIS CONDAMNE LES INGÉRENCE FÉDÉRALES Dans les compétences Du Québec \\VWr»l-liatin Yl© Devoir DANIEL JOHNSON i CONDAMNE LES INGÉRENCE FÉDÉRALES^ Dans les ^ COMPÉTENCES I Du Québec JEAN LESAGE CONDAMNE LES INGÉRENCES^ fédérales^ Dans les ^ COMPÉTENCES Du Québec \\ CLa Pressed \\^=i(â ^®û) Desjardins Caisse d'économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs (Québec) «(.) avec la perspective de contribuer à un Québec plus juste et plus solidaire, soutenir le développement de l'économie solidaire en misant sur l'entrepreneuriat collectif, tout particulièrement au sein des quatre réseaux, soit le syndical, le coopératif, le communautaire et le culturel.» Lanaudière 190, rue Montcalm Joliette (Québec) J6E 5C4 (450) 753-7055 Sans frais : 1 866 753-7055 Télécopieur : (450) 752-5589 Québec 1 55, boul.Charest Est, bureau 500 Québec (Québec) Cl K 3C6 (418) 647-1527 Sans frais: 1 877 647-1527 Télécopieur : (418) 647-2051 Montréal 1601, avenue De Lorimier Montréal (Québec) H2K 4M5 (514) 598-2122 Sans frais : 1 877 598-2122 Télécopieur : (514) 598-2496 ARTICLES Articles Les intérêts du Québec et l\u2019élection présidentielle américaine.¦Anne Legaré\t12 États-Unis : L\u2019extrême droite incognito ¦Pierre Vadeboncaeur\t25 Le film Mémoires affectives Mémoire de chevreuil et région-mémoire -Serge Gauthier\t29 Objectif indépendance 2008 Éléments de réflexion stratégique ¦Philippe Navarro\t34 Gouverner avec la souveraineté en tête : Pour un Québec prospère, solidaire et républicain ¦Denis Monière\t54 Dossier PATRIMOINE RELIGIEUX : ENJEUX ET BESOINS Préservation et mise en valeur du patrimoine religieux : le gouvernement Charest n\u2019a pas le mandat de compromettre l'avenir -Lucia Ferretti\t72 Les ensembles religie.ux dans l\u2019espace urbain -Louise Letocha\t87 Pour mieux gérer l\u2019avenir des lieux de culte ¦Louise Mercier\t92 L\u2019écomusée de l'Au-delà et le patrimoine funéraire ¦Alain Tremblay\t98 « Sauvons notre église « : quelques exemples de prise en main -Manon Leroux\t123 Les vestiges de notre passé, modernisons-les ! -Marie-Lyne David\t134 Diversité religieuse et beux de culte au Québec -Marc-Henri Vidal\t140 Genèse d\u2019un secteur pastoral.Le nouveau visage de cinq paroisses rurales dans le Bas-St-Laurent -Claude Pigeon\t152 Lir.e Les essais\t178 Livres reçus\t197 Courrier des lecteurs\t198 Index des auteurs 2004\t200 Index de nos annonceurs\t215 12 Anne Legaré* DES LENDEMAINS QUI PLEURENT : LES INTÉRÊTS DU QUÉBEC ET L\u2019ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE.ENTRE LE PROCHE ET LE LOINTAIN L\u2019éclat qui a accompagné l\u2019élection présidentielle américaine du 2 novembre 2004 est l\u2019indice d\u2019une altération significative de l\u2019intérêt que portent les Québécois aux États-Unis.Non seulement les sondages ont-ils révélé une identité relativement spécifique de l\u2019opinion publique québécoise mais l\u2019importance qui a été accordée à cet évènement dans l'espace public au Québec a mis en relief au moins trois indicateurs nouveaux.En premier lieu, l\u2019importance de l\u2019évènement a rappelé plus que jamais aux Québécois la proximité de l\u2019enjeu et sa résonance dans notre société en contribuant à faire ressortir ce qui distingue la société québécoise.Ensuite, la visibilité accrue accordée aux débats publics ne semble pas avoir altéré cette différence : pures spéculations avant et après le choix des électeurs, les sondages ont continué d\u2019illustrer ce qui caractérise des attentes différentes des Québécois et un jugement plus critique qu\u2019ailleurs autour d\u2019eux à l\u2019endroit des stratégies du président Bush.Enfin, ces sondages ont aussi révélé que les Québécois, sans le savoir, ont une parenté plus directe avec la vision européenne de la politique étrangère américaine que leurs deux voisins.Cependant, ces nouveaux révélateurs identitaires ne peuvent être lus de façon linéaire, dans leur positivité ou comme de simples faits.Ils doivent être lus à la lumière du contexte politique québécois des dix dernières UQAM.Auteur de « Le Québec, otage de ses alliés », VLB, 2003. 13 années dans la mesure où l\u2019obstination et l\u2019enracinement profond de cet esprit critique et l\u2019expression d\u2019attentes plus élevées ne correspondent pas au discours officiel mis de l\u2019avant par les souverainistes depuis ces dernières années.Je m\u2019expliquerai donc d\u2019abord sur ce dernier point.En effet, la relation Québec-États-Unis se décline sur deux registres.Ce double registre est celui qui caractérise tout État et toute société dans leurs rapports réciproques avec un allié, surtout lorsque celui-ci est aussi puissant.Le Québec n\u2019est pas un État mais son identité est suffisamment nette pour que la question de sa relation avec son plus grand voisin se pose en toute légitimité.On peut donc s\u2019intéresser à cette relation en tenant compte de sa double dimension : d\u2019abord celle qui est définie par l\u2019État, formulée dans le calcul rationnel des intérêts d\u2019ensemble à court et à long terme.Puis, en second lieu, on doit s\u2019intéresser à l\u2019expression imaginaire de cette relation par les diverses composantes de la société civile.Ainsi, le premier registre de cette relation nous dira que oui, nous partageons des intérêts communs avec les États-Unis.Le second registre nous dira aussi que oui, nous avons des intérêts relativement distincts de ceux des États-Unis, des intérêts que les États-Unis ne partagent donc pas nécessairement avec nous puisqu\u2019ils nous sont spécifiques.S\u2019il est vrai que le Québec forme une société distincte, il est aussi vrai, par conséquent, que ses intérêts peuvent le distinguer, dans une mesure raisonnable, de toute autre société et de tout autre État.C\u2019est ce qu\u2019implique une identité politique distincte.Sur le plan des relations internationales, la convergence des points de vue au sein de chaque État de même que la convergence des identités entre les États représentent un interminable travail de chaque instant.C\u2019est à ce travail que s\u2019appliquent H les représentants des États dans les organisations internationales et c\u2019est le rôle des dirigeants politiques de concilier les tendances au sein de cette diversité en veillant à ce que les uns et les autres s\u2019entendent sur quelques dénominateurs communs.Cette conciliation ne doit pas se faire, cependant, en occultant les signes distinctifs d\u2019une société et en lui faisant croire qu\u2019elle est autre que ce quelle est.Aucun volontarisme ne survit à terme à des coups de force.Les relations du Québec avec les États-Unis sont dessinées dans le brouillard Afin de persuader son voisin américain de sa réelle parenté avec les valeurs, les orientations et les alliances qui unissent ses partenaires, afin de se gagner la pleine confiance de ses voisins et même davantage, en espérant réussir à mettre en place les conditions d\u2019une pleine reconnaissance éventuelle de son accession à la souveraineté, le Québec a mis l\u2019accent depuis dix ans plutôt sur ce qu\u2019il partage avec les États- Unis que sur ce qui distingue les deux sociétés et les deux formations politiques.Cette attitude a eu pour conséquence de situer les parentés et les valeurs qui sous-tendent les convergences tout en ayant pour effet second d\u2019occulter, sinon de brouiller les paramètres de ce qui caractérise la société québécoise dans ses propres choix de politique internationale.Bref, on a fait ressortir surtout ce qui est partagé avec les États-Unis au détriment de ce qui est propre à la vision d\u2019un Québec qui se revendique comme société distincte.Si les partis souverainistes ont parfois adopté des positions qui nuancent les priorités américaines, ils ont en même temps évité de trop attirer l\u2019attention sur ce qui pourrait sembler les opposer.Au passage, je crois qu\u2019il faut souligner que ces tactiques n\u2019échappent pas aux analystes américains, qui ne se contentent pas de prendre acte des discours officiels mais 15 qui sans doute n\u2019hésiteront pas à décoder les moindres respirations de leur voisin francophone, tant et aussi longtemps que celui-ci sera en quête de reconnaissance de sa différence.1 La politique de communication du gouvernement du Parti québécois en ce qui concerne ses relations avec les États-Unis a eu, bien entendu, quelques effets inattendus en termes de politique intérieure.Les Québécois se sont mis à croire plus que jamais à la convergence de leurs intérêts avec les choix américains, encourageant en cela une sorte de passivité tranquille ou de rêve éveillé en ce qui concerne la fausse évidence d\u2019une relation prétendument simple et d\u2019un acquiescement quasi mécanique aux intérêts réciproques des deux voisins.Un très grand nombre de souverainistes concluent ainsi aux bonnes dispositions américaines, comme si ces derniers attendaient tranquillement et de façon neutre de reconnaître le Québec le jour venu.Déjà portés à favoriser la bonne entente en politique, les Québécois ont tendance à se voir comme le prolongement de la société américaine en retenant de cette fréquentation, souvent plus imaginaire que réelle, leurs similitudes plutôt que leurs différences.Il n\u2019était donc pas difficile d\u2019obtenir d\u2019eux un plein consentement à leur « américanité » plutôt qu\u2019une conscience de leur différence2.Dans la même foulée, le consentement tranquille aux intérêts d\u2019ensemble de la politique américaine était plus facilement démontrable et la vision virtuellement distincte des intérêts du Québec, comme seule entité francophone en Amérique du nord, pouvait être occultée plus aisément.La saine distinction entre la logique sécuritaire de l\u2019État et celle, conflictuelle, de la société, pouvait être résolue à travers le calcul rationnel du gain politique indispensable à la reconnaissance tant attendue. i6 On pourra donc objecter ici que l\u2019attitude volontariste des gouvernements péquistes était de bon aloi dans la mesure où il est fondé d\u2019affirmer que le Québec souverain, à l\u2019échelle nord-américaine et sur la scène internationale, sera un allié des États-Unis et du Canada et que, de plus, il est essentiel de rassurer l\u2019électorat québécois à ce sujet.En effet, au cours des années qui ont précédé et suivi le référendum de 1995, cette attitude était pleinement justifiée.Au cours de cette période, les souverainistes avaient à démontrer au monde et à leur électorat qu\u2019un Québec souverain s\u2019inscrirait dans la logique occidentale et, même, à la limite, qu\u2019il pourrait être pour les États-Unis, un allié bien plus complaisant que le Canada.Il était de bon augure de se défaire des oripeaux imaginaires d\u2019un « Cuba du nord »L Le projet québécois était à l'heure de la normalisation.Or, plus de dix années se sont écoulées au cours desquelles les souverainistes ont essuyé plusieurs échecs ou déceptions qui les rendent aujourd\u2019hui à même de tirer des leçons de cette période d\u2019efforts infructueux.Aujourd\u2019hui, les Québécois peuvent donc considérer de façon plus réaliste et plus consciente les deux faces de leur relation avec les États-Unis.Les deux registres Quant au registre par rapport auquel le Québec affirme son adhésion au socle inébranlable des valeurs démocratiques et des règles, normes et traités qu\u2019il partage avec les États-Unis, avec le Canada et avec les autres États de l\u2019Alliance atlantique, il n\u2019y a pas lieu de mettre en cause cette adhésion qui est le fruit d\u2019une maturation politique accomplie à travers le temps.Les Québécois ont compris, depuis la deuxième guerre mondiale surtout, que leurs intérêts sont dans la promotion des droits et libertés tels que garantis par les chartes 17 et conventions internationales.Cependant, au niveau des visions, des orientations et des décisions qui peuvent légitimement distinguer les positions des autres États au sein de cette alliance, que ce soit face aux États-Unis ou face à d\u2019autres puissances, les Québécois et les souverainistes en particulier sont tout à fait autorisés à se positionner clairement face à ces enjeux.Avant d\u2019accéder au statut d\u2019État ou à toute autre reconnaissance juridique distincte, les diverses composantes de la société civile québécoise ont tout intérêt à débattre de ces questions dans la perspective d\u2019une identité en constante transformation, plutôt qu\u2019enfermées dans la logique d\u2019une raison d\u2019État qui, de toute manière, n\u2019est encore que virtuelle.Est-ce à dire que, dans la perspective de formation d\u2019un État, les débats devraient déjà s\u2019enfermer dans une logique d\u2019intérêts stratégiques (ceux d\u2019un futur État) et, ainsi, tenter de normaliser la diversité des aspirations et des regards que les citoyens québécois devraient projeter sur la politique américaine ?Bien au contraire.Au stade actuel des débats qui ont cours au Québec, l\u2019intérêt premier des Québécois est sans nul doute de mieux comprendre et d\u2019approfondir ce qui les définit.L\u2019identité dont le Québec se réclame n\u2019est pas une détermination déjà donnée, ni le reflet d\u2019une culture préexistante à tout débat mais bien une construction de chaque instant, résultant d\u2019une historicité, c\u2019est-à-dire d\u2019une volonté et d\u2019une conscience formées à travers le et la politique.Dans ce contexte, il n\u2019y a plus lieu de voiler ce qui distingue la société québécoise de la société américaine.C\u2019est dans cet esprit qu\u2019il faut comprendre les réactions généralisées d\u2019inquiétude et même d\u2019effroi exprimées au Québec au lendemain de la récente élection.Certes, chacune de ces sociétés est traversée de différences intérieures importantes et d\u2019une gradation nuancée des points de vue entre la gauche et la droite4 i8 mais il est facile d'admettre que, malgré leur commun degré d\u2019américanisation, deux histoires, deux expériences culturelles, sociales, économiques et politiques ont produit deux sociétés bien différentes.Et, comme on l\u2019a vu, c\u2019est sur cette spécificité que s\u2019appuie la politique étrangère d\u2019un État qui se veut hyperpuissant soucieux d\u2019engendrer un monde à son image5.Bien sur, la mondialisation, l\u2019américanisation, les combats pour le progrès social aussi bien que le conservatisme politique caractérisent les deux sociétés, mais la démocratie n\u2019aurait plus de signification si la diversité et les caractéristiques de chacune de ces sociétés n\u2019était pas reconnue et légitime ou si l\u2019une devait s'identifier en tous points aux priorités de l\u2019autre.Le principe de différenciation est au cœur même du système mondial, au-delà des proximités géographiques (comme on a pu d\u2019ailleurs le voir à l\u2019œuvre entre les États européens à l\u2019occasion de la guerre contre l\u2019Iraq) et les institutions démocratiques sont là pour reconnaître ces différences relatives.Deux conditions importantes de ce qui distingue la société québécoise de la société américaine viennent donc d\u2019être posées.Tout d\u2019abord la présente conjoncture québécoise de débats et d\u2019approfondissement, tant du projet de société que des stratégies appropriées, favorise et même nécessite ce type de réflexion identitaire.De plus, la mise en perspective de la nature de la démocratie en tant que diversité soutient cette nécessité.En d\u2019autres mots, la présente conjoncture se prête plus que jamais à un approfondissement des enjeux d\u2019une société distincte.À quoi bon se donner des institutions, revendiquer de former un État souverain sans prendre en considération, dans toutes leurs dimensions et en pesant leurs conséquences, la mesure exacte de la société québécoise, qu\u2019on l\u2019appelle société distincte, communauté politique ou nation spécifique ? 19 À la faveur d\u2019une dynamique internationale en recomposition Car des évènements internationaux survenus au cours des deux dernières années, telles la décision américaine de guerre contre l\u2019Iraq ou la récente réélection de George Bush à la présidence des États-Unis, sont venus brouiller la conscience tranquille qu\u2019avaient les Québécois de leur parenté, sinon de leur similitude avec la société américaine.C\u2019est à l\u2019aune de ces évènements qu\u2019il est possible de se pencher - encore une fois- sur ce qui distingue le Québec.Sur le plan de la politique intérieure québécoise et canadienne, les Québécois disposent de plusieurs moyens pour exprimer leurs intérêts propres.Ils disposent de partis politiques qui les démarquent des partis politiques fédéraux et provinciaux dans la mesure où ceux-ci, le Bloc québécois et le Parti québécois, se fondent sur la volonté de reconnaissance d\u2019une identité distincte.Sur le plan de leurs relations internationales, ils ne disposent que de peu de moyens dans la mesure où c\u2019est le Canada qui est supposé représenter seul ce principe de diversité.Le Québec a une voix au sein des instances de la Francophonie mais c\u2019est sans succès qu\u2019il a tenté, contre le point de vue canadien, de défendre un objectif plus élevé au sein d\u2019une convention internationale sur la diversité culturelle.Même si les débats intérieurs ont révélé une forte volonté de ne pas soumettre le libre-échange défini par les États aux diktats des entreprises et des investisseurs (ch.n de l\u2019ALENA), le Québec n\u2019a pas réussi à traduire cette position en politique nationale.Les exemples seraient encore nombreux qui révèlent une difficulté d\u2019alignement sur toutes les politiques canadiennes. 20 Les attentes d\u2019une société distincte Par le plus pur des hasards, c\u2019est la veille du n septembre 2001 qu\u2019un sondage de Léger Marketing révélait qu\u2019un Québécois sur trois (en fait, 34 % des citoyens du Québec) consentiraient à ce que le Canada devienne un État américain.Cette proportion était de loin la plus élevée au Canada car seulement 15 % des citoyens de l\u2019Ontario disaient pouvoir se résoudre à une telle éventualité, proportion encore plus basse dans les autres provinces6.Les suites de cet évènement tragique ont visiblement bouleversé une tendance par trop naïve.Aujourd\u2019hui, 89 % des Québécois (à peine moins que les 95 % de Canadiens) considèrent important que « le Canada entretienne de bonnes relations avec les États-Unis » et 69 % d\u2019entre eux considèrent que ces relations sont « bonnes » (tout comme 64 % des Canadiens).En même temps, à peine plus d\u2019un Québécois sur trois (soit 37 %) considère que « la démocratie américaine demeure un modèle à suivre pour les autres pays » alors que près du double (soit 61 %) sont de cet avis dans le reste du Canada7.Déjà, l\u2019imaginaire québécois révèle des attentes différentes à l\u2019endroit de la démocratie.L\u2019opinion publique de trois Québécois sur quatre (76 %) sur les États-Unis s\u2019est « détériorée au cours des deux ou trois dernières années » alors que cette déception est moins partagée (soit par seulement 61 % des Canadiens).Les citoyens du Québec manifestent donc des attentes et un degré de déception plus élevés à l\u2019endroit de la politique étrangère américaine.On se rappellera qu\u2019au moment des débats tenus à l\u2019ONU avant l\u2019agression contre l\u2019Iraq, 61 % des Québécois s\u2019y opposaient même dans le cadre d\u2019une résolution multilatérale et seulement 35 % des Canadiens.Un peu plus tard, en février 2003, 90 % des Québécois refusaient 21 cette guerre et 65 % des Canadiens l\u2019appuyaient8.Aujourd\u2019hui, 77 % des Québécois constatent que « les États-Unis n\u2019ont pas eu raison d\u2019envahir l\u2019Iraq » et 64 % des Canadiens qui se rendent à cette critiques*.Enfin, les Québécois rejoignent les Européens quand il s\u2019agit de se prononcer sur « l\u2019importance ou non que les États-Unis jouent un rôle de leader dans le monde » puisque seulement un Québécois sur deux (49 %) accordent de l\u2019importance au fait que cette responsabilité incombe aux États-Unis alors que trois Canadiens sur quatre (74 %) se rallient derrière ce rôle.Dans la même foulée, 59 % des Québécois pensent « que la guerre des États-Unis et de leurs alliés en Iraq ne contribue pas à la lutte contre le terrorisme dans le monde » alors que 55 % des Canadiens pensent le contraire.Enfin, 70 % des Québécois disent que « par leurs actions, les États-Unis ne contribuent pas au maintien de la paix dans le monde » alors que 47 % des Canadiens pensent encore une fois le contraire.Pour les Québécois, il apparaît beaucoup plus clair que « les États-Unis sont un empire en déclin » (58 %) alors que cette perception n\u2019est partagée que par 48 % des Canadiens.Un degré élevé d\u2019attentes, de déception et un esprit critique plus aigu caractérisent l\u2019opinion publique québécoise par rapport à celle du reste du Canada et celle des États-Unis.Le choix électoral de 71 % des Québécois en faveur de Kerry à la présidence (par rapport à 56 % de Canadiens), s\u2019il représentait seulement un pis-aller, se rapprochait surtout des deux principaux États européens, l\u2019Allemagne et la France, où 74 % et 64 % des citoyens souhaitaient réciproquement l\u2019élection de John Kerry10.Mais il se démarque encore plus fortement du 48 % des appuis qui lui ont été accordés par les Américains.En conséquence, il n\u2019est pas exagéré d\u2019affirmer que les Québécois font preuve d\u2019une plus grande auto- 22 nomie dans le regard qu\u2019ils portent sur leurs relations avec leur voisin et allié américain que le reste des Canadiens.Il est vain et absurde de conclure à ce propos à un antiaméricanisme plus élevé, comme sont tentés de le faire certains analystes.Critiquer la politique américaine comme critiquer toute autre politique est la manifestation d\u2019un degré plus élevé de conscience identitaire et de liberté de penser.Quelques conséquences doivent être tirées de ces observations.L\u2019identité traduite dans ces sondages déborde les choix publics exprimés officiellement jusqu\u2019à aujourd\u2019hui par les gouvernements qui se sont succédé à Québec.C\u2019est devant ce constat que nous devons tirer des leçons et définir des intérêts suite à cette dernière élection.Le registre de la société, au-delà des volontés de convergence avec les États-Unis incarnées par les dirigeants politiques, devrait représenter le révélateur d\u2019une sensibilité qui s\u2019est formée et continuera de se former sur le long terme.En effet, malgré les efforts de rationalisation investis dans une logique d\u2019intérêts de nature étatique, la démocratie québécoise est plus vibrante que jamais.Sachant que le registre des intérêts étatiques, ceux de la convergence, sont en relatif conflit avec les attentes de la société civile, les uns et les autres devraient mûrir le chemin à parcourir pour arriver à se rencontrer.En cela, il est inutile de faire l\u2019économie de notre différence ou d\u2019occulter l\u2019écart qui nous définit par rapport à une société proche qui contraste avec les affinités qui nous lient à une opinion publique lointaine, celle qui se forme actuellement en Europe.Un ambassadeur de France aux États-Unis résumait déjà ainsi en août 2001 les observations qu\u2019il avait tirées de ses séjours aux États-Unis en identifiant les valeurs qui les séparaient : « les rôles respectifs de l\u2019État et de l\u2019individu, la place de la religion, les rapports de la politique avec 23 l\u2019idéologie, la conception du droit, la confiance à mettre dans les progrès de la science car, écrit-il, les différences entre l\u2019Amérique et l\u2019Europe n\u2019ont cessé de se creuser »n.Un expert en politique européenne évoquait récemment à son tour les trois conceptions politiques qui séparent les États-Unis et l\u2019Europe.Ces conceptions distinctes sont la conception de la souveraineté, celle de la légitimité et celle de la sécurité.Les États-Unis ne conçoivent pas que la souveraineté puisse se partager, contrairement à l\u2019Europe.En refusant au Québec une voix propre au sein de sa politique étrangère, le Canada s\u2019illustre à ce sujet par une position semblable à celle des États-Unis.L\u2019Europe, par contre, considère qu\u2019« il y a aujourd\u2019hui, de par le monde, une pluralité de prétentions au sens », c\u2019est-à-dire de manières relativement différentes de fonder la légitimité12.C\u2019est précisément ce qu\u2019exprime l\u2019opinion publique québécoise alors que le Canada persiste à ne pas reconnaître au Québec de droit à la différence.Enfin, sur le plan de la sécurité, les uns et les autres, Européens et Québécois, s\u2019interrogent sur la légitimité d'une puissance qui veut s\u2019imposer par la force.Ceux qui, en Europe, s\u2019opposaient à la guerre contre l\u2019Iraq, par exemple, ont dû constater que les faits démontraient la pertinence de ce point de vue, largement partagé par les Québécois.Les Québécois devront donc comprendre, en retour, que leurs intérêts ne sont pas nécessairement partagés par les États-Unis, et en particulier leurs objectifs de reconnaissance politique.Que conclure ?Avant de sauter à l\u2019étape du grand soir et de se demander inlassablement comment y parvenir, la conscience éclairée des marques de leur identité devra encore être approfondie car l\u2019un et l\u2019autre objectifs devront être saisis dans le long terme.? 24 1\tII n\u2019est pas question ici de laisser entendre que tout le Département d\u2019État et la Maison blanche sont penchés sur la question du Québec.Non, mais chacun est à son affaire advenant le cas où, un jour, les États-Unis se trouveraient devant une situation qu\u2019ils n\u2019auraient pas souhaitée.Cet situation d\u2019incertitude implique sans aucun doute une veille continue de ce qui pense et respire au Québec, idéologies, mouvements sociaux, enjeux, stratégies et débats politiques, écrits, etc, bien en-deçà des déclarations officielles des leaders gouvernementaux.2\tJe m\u2019abstiendrai de faire retour ici sur le débat qui oppose mes analyses à ce sujet à celles des divers protagonistes de l\u2019américanité.On trouvera ce point de vue pleinement argumenté dans mon récent ouvrage « Le Québec, otage de ses alliés.Les relations du Québec avec la France et les États-Unis », paru chez VLB en 2003.J\u2019y consacre le chapitre 5.3\tJ\u2019ai soumis à une longue analyse cette question délicate dans « Le Québec, otage de ses alliés », op.cit.4\tII y a quelques années, ne disait-on pas que ce fractionnement idéologique entre la gauche et la droite était désormais dépassé ?Et pourtant.aujourd\u2019hui on reconnaîtra que cette distinction persiste, tout en revêtant des formes nouvelles mais non moins éloignées ou antagonistes.5\tSelon l\u2019expression consacrée par l\u2019ancien ministre de la politique étrangère de la France, Hubert Védrine, Voir Hubert Védrine, Face à l\u2019hyper-puissance, Paris, Fayard, 2003.6\tLe Devoir, 10 septembre 2001.7\tSondage CROP-La Presse, 30 octobre 2004, p.A6.8\tSondage La Presse, le Toronto Star et Radio-Canada, paru dans La Presse, 22 février 2003, p.B9.9\tSondage CROP-Lo Presse, op.cit.10\tSondage effectué en août 2004 par un universitaire du Maryland, Steven Kull, et paru dans La Presse le 8 septembre suivant.Il est à noter, cependant, que l\u2019appui à Kerry exprimé au Québec a été obtenu à deux semaines seulement de l\u2019élection.11\tJacques Andréani, « Les Européens auront les Américains qu'ils méritent », Paris, revue Commentaire, no 94, été 2001, cité dans Anne Legaré, « Le Québec,otage de ses alliés », op.cit., p.146, 189 et 190.12\tZaki Laidi, Le Devoir, 23-24 octobre 2004, p.B5. 25 ARTICLES Pierre Vadeboncœur* L\u2019EXTRÊME DROITE INCOGNITO Aux États-Unis, la politique réelle étant, chose certaine, plus ou moins entre les mains des multinationales américaines malgré la fiction de l\u2019État et des deux grands partis, une opposition profonde, dans ce pays, ne trouve pas où s\u2019accrocher ni comment se constituer.Le monde des affaires, qui est la colonne de tout le système, ne va pas se contester lui-même.Il descend dans la démocratie américaine, de part et d\u2019autre par politiciens interposés.Il tend à régler les aspects essentiels de cette démocratie selon son intérêt.Dans ces conditions centenaires, la gauche, ce qu\u2019on appelle la gauche, n\u2019a jamais pu prendre racine et il n\u2019y a pas, aux États-Unis, de profonde tradition critique de l\u2019ordre établi.Les différences ne portent guère que sur des enjeux particuliers de la politique, comme l\u2019assurance-santé, que le gouvernement démocrate, d\u2019ailleurs, n\u2019a pas même été capable d\u2019instituer.Comme il n\u2019existe pas d\u2019opposition radicale, il s\u2019ensuit qu\u2019une opposition plus circonstantielle et plus relative n\u2019arrive pas elle-même à s\u2019imposer beaucoup.Un plus n\u2019y peut soutenir ce moins.La défaite de Kerry est peut-être le résultat de cette carence.Essayiste. 26 Les États-Unis sont divisés ?En réalité, ils ne le sont guère, si ce n\u2019est sur des points qu\u2019on peut considérer comme accessoires.Si, dans cette élection, les partis se sont montrés d\u2019acharnés adversaires et se partageaient également l\u2019opinion, ils pensent la même chose sur ce que l\u2019on peut considérer comme fondamental, notamment sur l\u2019impérialisme américain et sur la guerre, même sur la guerre d\u2019Irak quoi qu\u2019ils aient prétendu.Que disait en effet Kerry à propos de la guerre d\u2019Irak, dont il critiquait la conduite et les buts allégués ?Il disait qu\u2019il l\u2019intensifierait !.La grande politique, aux États-Unis, est ailleurs que dans la politique, et dans cet ailleurs on prend d\u2019immenses décisions.Ces décisions ne sont pas critiquées, mais seulement leurs à-côtés.Faute d\u2019alternative et d\u2019opposition remontant historiquement jusque dans les causes, et faute d\u2019une longue pensée critique, la démocratie américaine se réfugie dans les marges, où elle donne le change.Le vrai pouvoir appartient au contraire à un extrémisme volontariste, qui est tout entier à droite, naturellement.Dans la démocratie américaine, jamais un mot n\u2019est prononcé sur la question de savoir qui détient le pouvoir réel.Nul parti ni leader n\u2019y représente une force fondamentalement contestataire, ni ne l\u2019a jamais représentée, ni ne la représentera jamais probablement.Qu\u2019on se rappelle, par contraste, en France, début des années soixante, à titre d\u2019exemple, la question de l\u2019Algérie : une politique foncièrement significative y était en jeu.Les Français étaient divisés sur un principe, sur une politique 27 extrême, et ils l\u2019étaient réellement.Il existe en France une tradition critique ayant deux siècles d\u2019existence.Elle refait surface de temps à autre.Dreyfus.De Gaulle.Pétain.L\u2019Algérie, la décolonisation.Encore De Gaulle.Le communisme, le fascisme, la démocratie.L\u2019Europe, la France.Aux États-Unis, pareille tradition n\u2019existe guère, de sorte qu\u2019il n\u2019y a de jeu, sur l\u2019essentiel, que vers la droite, Par exemple, sur l\u2019Irak, on est au fond d\u2019accord, maintenant et pour la suite, et les pétrolières aussi.La ligne de partage est toutefois le fascisme.Bush et son parti sont très inquiétants sous ce rapport.Cela fait une distinction.Elle est de taille, il faut l\u2019avouer.Un coup dur et ça y sera peut-être.Mais rien de tel n\u2019a été dit pendant la campagne électorale.La droite modérée elle-même couvre cette problématique.Elle ne pourrait du reste la soulever qu\u2019en mettant en cause la structure politico-industrielle, ce qu\u2019elle n\u2019a aucune envie de faire, et pour cause.Cela irait contre l\u2019unanimité qui fait la fortune des deux partis alternativement.Et puis l\u2019opinion publique est tout le contraire de prête.Le silence vaut sans doute mieux, pense-t-on.On parle, on parle, mais sans dire grand-chose.Au fait, quiconque s\u2019exprimerait contre cette unanimité de fond tomberait électora-lement dans le néant.Pareille critique est impossible et voilà pourquoi le statu quo résiste.Il se maintient non seulement sur le principal mais aussi en partie sur les questions secondaires débattues.Le fascisme, s\u2019il doit venir, passera par ce conformisme.D\u2019abord incognito et insensiblement, comme c\u2019est présente- 28 ment le cas.Mais le phénomène finira peut-être par s\u2019accuser.Ce serait à la faveur du fait que nulle critique de fond, dans ce pays, n\u2019aurait été possible, n\u2019étant pas soutenue par l\u2019histoire ni par une présence publique et reconnue des philosophies politiques.S\u2019il finit par advenir, ce sera aussi à cause d\u2019une pente dangereuse, dès maintenant amorcée, ainsi que d'une impuissance critique qui, aux États-Unis, est pour ainsi dire institutionnelle, quelle que soit l\u2019existence d\u2019une intelligentsia pourtant valable.Le 7 novembre 2004. 29 ARTICLES Serge Gauthier* LE FILM MÉMOIRES AFFECTIVES MÉMOIRE DE CHEVREUIL ET RÉGION-MÉMOIRE Une scène sans doute sans importance pour la plupart des spectateurs m'a frappé dans le récent film de Francis Leclerc intitulé Mémoires affectives : le personnage principal (joué par Roy Dupuis) est seul sur le bout d\u2019un quai de Charlevoix, avec devant lui le fleuve chargé de glaces et, comme en suspension dans le temps et l\u2019espace, seules demeurent les limites des profondeurs d\u2019une mémoire perdue sur laquelle le héros n\u2019a plus de prise.L\u2019homme n\u2019a plus de pays ni dans la tête, ni dans le ventre et cherche intimement la recomposition de ses souvenirs et de son être.C\u2019est une belle allégorie pour un pays toujours à naître et pour une nation encore en quête d\u2019elle-même ; mais c\u2019est aussi une autre utilisation (plutôt judicieuse cette fois-ci) de la région de Charlevoix comme une région-réserve de la souvenance et d\u2019un passé québécois dont la trace se perd trop facilement.Le pays glacé ou la région-mémoire En d\u2019autres temps la mémoire du pays s\u2019est aussi comme recouverte de glaces ; en d\u2019autres temps il a fallu une région-mémoire comme Charlevoix afin de faire resurgir le pays.L\u2019histoire du cinéma québécois - pas si lointaine - nous * L'auteur est historien et ethnologue.Il a obtenu un doctorat en ethnologie historique de l\u2019Université Laval.Il est aussi président de la Société d\u2019histoire de Charlevoix. 30 parle encore des envolées d'un Pierre Perrault qui, dans La traversée en canot à l\u2019île aux Coudres, s\u2019extasie sur la beauté des glaces sur le Saint-Laurent.C\u2019était à la fin des années 1950 et le pays était encore en friche, mais Pierre Perrault a trouvé tout au bout des glaces la mémoire d\u2019un Alexis Tremblay lui racontant l\u2019île aux Coudres à en faire dégeler tout un pays.C\u2019est dans la région de Charlevoix que le cinéaste Pierre Perrault a dépassé les glaces de l\u2019oubli et a fait retrouver la mémoire à tout un peuple.Il en va de même dans le film Mémoires affectives de Francis Leclerc où le personnage principal va en Charlevoix en quête de sa mémoire.Il n\u2019y trouve ni conteur, ni aucune « mémoire vive » dans la bouche d\u2019un Alexis Tremblay d'avant l\u2019ère informatique.Il retrouve plutôt des êtres dispersés, un chevreuil mort, une mémoire incertaine.Un pays craquelé d\u2019une neige trop blanche et de trop d\u2019oublis.Faut-il croire que même en Charlevoix la mémoire s\u2019est perdue ?Peut-être bien.Enfin non.L\u2019important pour notre propos est sans doute que dans ce film bien actuel de Francis Leclerc la région de Charlevoix soit encore une région-mémoire.L\u2019histoire régionale de Charlevoix a toujours laissé place aux regards de l\u2019Autre et que ce soit pour les touristes, les villégiateurs, les artistes-peintres ce lieu hautement pittoresque à la nature flamboyante a toujours été lié à une redécouverte du passé ou au maintien d\u2019une mémoire ancienne.À ce chapitre, la pratique des folkloristes québécois dans Charlevoix depuis le début du XXe siècle à la suite du folkloriste-ethnologue Marius Barbeau (1883-1969) a été essentiellement une redécouverte de traditions et de pratiques maintenues en ce lieu mais disparues en bien d\u2019autres régions du Québec et de l\u2019Amérique du Nord.La télévision et le cinéma d\u2019ici se sont inscrits dans la même démarche notamment avec le téléroman Le temps d'une paix de Pierre Gauvreau et la trilogie des films de Pierre Perrault à l\u2019île aux Coudres.Mais qu\u2019en est-il maintenant avec Francis Leclerc ?Sommes-nous en continuité ou en rupture avec cette approche ?Comme il se doit, la réponse à cette question est à la fois oui et à la fois non ! Les ruses de la mémoire La mémoire oublie.La mémoire ruse.Elle se fait incertaine, rebelle, pas facile à maîtriser pour le personnage central du film de Francis Leclerc.Oui, le réalisateur de Mémoires affectives remonte en Charlevoix cette région-mémoire pour retrouver une certaine souvenance.Cependant non, il ne fait pas comme Pierre Perrault et n\u2019a plus besoin d\u2019aucun Alexis Tremblay mais plutôt d\u2019un chevreuil mort pour rompre l\u2019oubli.Mais comment cela se fera-t-il ?La trace du folklore a été effacée.Le père n\u2019a laissé qu\u2019un chevreuil mort.Il n\u2019est plus possible de ruser par des histoires anciennes, il faut aussi chercher à se recomposer pour le présent.Plutôt que la quête passéiste et allégorique d\u2019un Pierre Perrault, la démarche du cinéaste Francis Leclerc dans Mémoires affectives adopte plutôt un regard actuel collé sur les failles du présent.Il est alors possible de situer son film dans la région-mémoire de Charlevoix mais sans nécessairement référer à une identité ancienne ou peut-être figée.La mémoire n\u2019est pas que folklorique ; la mémoire n\u2019est pas que passé.La grande ruse serait ici de l\u2019enfermer entièrement dans les grands discours de la race.Il existe aussi des petits papiers épars, des articles de journaux découpés, des traits et des dates apparemment sans logique tracés sur le mur et cela aussi est de la mémoire.Cela aussi est aussi la quête de sa mémoire, de son identité.Et tout cela peut se 32 faire en Charlevoix par référence historique ou tout aussi bien ailleurs.Le médecin qui aide à retrouver la mémoire peut aussi provenir d\u2019un autre pays (personnage joué dans le film par Maka Kotto) et nous n\u2019en sommes néanmoins pas moins dans toutes les ruses de la mémoire.Et Charlevoix n\u2019en perd rien comme lieu d\u2019une certaine mémoire.Une mémoire de chevreuil Il faut se souvenir avec une certaine tristesse du personnage du père du film Un zoo la nuit (joué magnifiquement par le regretté Roger Lebel) de Jean-Claude Lauzon qui se contentait de tuer un éléphant dans un zoo plutôt qu\u2019un orignal ou un chevreuil dans la forêt.Le père du personnage principal de Mémoires affectives a bien tiré un chevreuil mais son fils n\u2019a pas tiré dans le même sens ou n\u2019a pas voulu tirer de la même manière que lui.S\u2019ensuit une rupture, une carcasse de chevreuil perdue dans un quelconque arrière-pays et le fil de la mémoire s\u2019est comme rompu.Il reste un chevreuil en héritage.Une mémoire de chevreuil.Le pas et la langue de l\u2019Amérindien.L\u2019important est de chercher, de chercher encore, le pays, en fait, est à l\u2019intérieur des sentiers balisés par des restes de mémoire.Le casse-tête de la mémoire du pays se compose de pièces diverses.Il y a le pays dans la tête où la danse et la gigue s\u2019entremêlent de mots et l\u2019on est dans le Charlevoix rituel de Pierre Perrault ; il y a aussi le pays dans le ventre où l\u2019on souffre l\u2019échec du quotidien, où se porte le poids de la défaite et l\u2019on est dans le Charlevoix neigeux et presque désert de Francis Leclerc.L\u2019important au fond c\u2019est que ce cinéaste d\u2019aujourd\u2019hui réfère encore à Charlevoix comme une région-mémoire et poursuit encore l\u2019héritage de cet espace culturel 33 régional si riche qu\u2019il révèle aux gens d\u2019ici et d\u2019ailleurs bien plus que ce qu\u2019il est culturellement et socialement.Pays de la tête, pays du ventre, Charlevoix reste donc toujours utile comme région-mémoire.Alors peut-être, un jour, sera-t-elle bien plus vivante qu\u2019elle ne l\u2019est maintenant ?Et, dès lors, notre mémoire se recomposera-t-elle des dires du grand Alexis Tremblay, des songes du pays du cinéaste de la parole que fut Pierre Perrault, au lieu d\u2019être une simple mémoire de chevreuil mort au bord de la route.Et si Charlevoix était toujours un des chemins de la mémoire à emprunter afin de connaître encore les contes d\u2019un pays incertain peut-être plus proche qu\u2019il ne nous semble parfois ? 34 ARTICLES Philippe Navarro* OBJECTIF INDÉPENDANCE 2008 ÉLÉMENTS DE RÉFLEXION STRATÉGIQUE La première ébauche de ce texte, ici davantage fouillé, a été le dernier papier que j'ai écrit - puisque mon contrat ne fut pas renouvelé - dans le cadre de mes fonctions d'attaché politique à l\u2019Opposition officielle.Pourtant une commande expresse de l\u2019un des chantiers de l\u2019exercice dit de la « Saison des Idées », intitulé à l\u2019avance « Les leçons du passé et les voies de l\u2019avenir » (sic), ce texte a été lu puis « tabletté » par les autorités du chantier.En quatre intenses années de rédaction politique, c\u2019est la première fois que je ne voyais pas la moindre phrase, pas le moindre mot, pas la moindre idée, passer l'impitoyable mais combien nécessaire tamis de la relecture.Diable ! Eussé-je évoqué les bienfaits du marketing dans un plan quinquennal que je m\u2019en serais mieux tiré.Oui, l\u2019indépendance du Québec se fera en 2008, aussi naturellement que la vague trouve la grève sans boussole pour la guider; car le PQ - actuellement criblé d\u2019association-nistes et d'affirmationnistes de tout acabit - la fera pour ainsi dire malgré lui, comme les Libéraux auraient pu (ou dû) la faire malgré eux en 1992.Peut-être - peut-être - ce parti connaîtra-t-il un salutaire sursaut indépendantiste, faisant écho à celui de novembre 1987.Sans être absolument nécessaire, un tel réveil serait pour le moins souhaitable.Mais il ne se fera pas sous le politburo actuel.* Ex-conseiller en relations internationales. 35 Malgré l\u2019incarnation politique de la volonté d\u2019émancipation du peuple québécois du carcan d\u2019abord britannique, puis canadien, depuis la fondation du parti patriote (1826) puis du RIN / MSA (i960 / 67), le Québec n\u2019est toujours pas un État indépendant.Au reste, n\u2019eût-il jamais été conquis, puis fédéré, que la question de son indépendance (vis-à-vis la métropole française) se serait tout de même fatalement posée.La sujétion de l'État québécois eut été (et est) une profonde anomalie dans le concert des 35 nations du Nouveau-Monde, qui ont toutes, à des degrés divers, rompu avec leurs métropoles respectives.Car le « cas » québécois (une colonie colonisée) est d\u2019autant sui generis que le Québec n\u2019était pas davantage indépendant avant le 13 septembre 1759 qu\u2019après.Aussi, contrairement à la plupart des nations ayant accédé au cours du XXe siècle à l\u2019indépendance, ou aspirant à ce statut, le Québec ne saurait rechercher le statu quo ante.Le peuple québécois doit fonder, en Amérique du Nord, en 2008, une souveraineté qui n\u2019a jamais existé.Cette réalité - cet immense défi - relativise la pertinence des « précédents » des autres États ayant accédé à l\u2019indépendance depuis l\u2019après-guerre, et accentue la nécessité, pour le Québec, de se fier à son expérience propre.Car l\u2019arrivée de « nouveaux » États en masse, en deux vagues, durant les années \u201860 et \u201890, est une illusion d\u2019optique induite par deux conjonctures historiques qui n\u2019ont rien à voir avec la réalité nord-américaine du XXIe siècle : le retour de souverainetés (dans une très grande majorité des cas) suite à la décolonisation, d\u2019une part, et à l\u2019effondrement de régimes totalitaires, d\u2019autre part.On se noierait aisément dans l\u2019océan de faux-fuyants cautionnant cette anomalie.Or personne ne contestera l\u2019évidence : une part de responsabilité de cet échec historique 36 revient forcément aux hommes et aux partis qui ont incarné l\u2019idéal de l\u2019indépendance, et lutté pour celui-ci.Or en politique comme aux échecs, une série d\u2019erreurs comprises après analyse peut au moins avoir le mérite de faire gagner des parties subséquentes, surtout si elles ont lieu contre le même adversaire.Aussi, le mouvement indépendantiste québécois amorce-t-il, avec la séquence 2004-2008, la troisième partie d\u2019un match visant à faire du Québec un État indépendant avec un avantage indéniable sur son adversaire : il a perdu les deux premières (1976-80 ; 1990-95).La souveraineté-association est un combat d\u2019arrière-garde S\u2019il n\u2019est toujours pas un État indépendant, le Québec a au moins le statut d\u2019État fédéré, ce qui lui donne une bonne longueur d\u2019avance sur plusieurs nations aspirant à l\u2019indépendance, mais orphelines d\u2019État.Cette lutte a été remportée au XIXe siècle.La Confédération canadienne, et l\u2019un de ses effets incidents - l\u2019État fédéré québécois, la « Province de Québec » - a été essentiellement conçue et créée par Londres, pour répondre à des nécessités d\u2019ordre géostratégique, notamment, pour donner une prise à l\u2019Empire britannique sur les réelles velléités expansionnistes US.1 Quoique l\u2019on dise du mythe fondateur de la Confédération et de ses « pères », le Canada est bel et bien resté une colonie britannique jusqu\u2019en 1931.2 À ce titre, il est révélateur que la fédération canadienne soit l\u2019une des rares fédérations au monde (avec la Belgique, par exemple, en 1992) à avoir été créée par éclatement plutôt que par agglomération des parties.Londres a en effet dû séparer le Canada-Uni en deux, en 1867, pour créer deux nouveaux États fédérés, soit le Québec et l\u2019Ontario.Cette genèse politique ne prédispose pas forcément à un vivre- 37 ensemble des plus consenti : signe que l\u2019ensemble est déjà précaire, la Nouvelle-Écosse, dès 1868, décide de faire sécession (il faudra un veto de Londres pour l\u2019en empêcher).Le Canada sera d\u2019ailleurs l\u2019une des nombreuses «fédérations à la gomme » (pour reprendre le mot de Charles de Gaulle quant à leur propension à l\u2019éclatement) qu\u2019avait la « manie » de créer un Empire britannique déclinant, cherchant à conserver son influence en semant la zizanie : Aden, Inde (Pakistan), Rhodésie, Afrique orientale, Malaisie, Chypre, République Arabe Unie.3 L\u2019obtention d\u2019une réelle juridiction sur son propre territoire, après 27 ans d\u2019une inique Union, (certes toujours au sein d\u2019une colonie britannique) représentait toutefois pour la nation canadienne-française de l\u2019époque une avancée majeure.De un, l\u2019État québécois (ex-Canada-Est) naissait en se séparant du Canada-Ouest.De deux, reconnu souverain dans plusieurs champs de compétence, et disposant d\u2019un lien privilégié avec la Couronne britannique (le Lieutenant-Gouverneur4), l\u2019État fédéré québécois franchissait, ainsi, un pas vers le statut d\u2019État indépendant.Honoré Mercier, chef du Parti national, sera d\u2019ailleurs l\u2019un des premiers à véritablement prendre acte de tout le potentiel de la situation en gouvernant en authentique autonomiste.Certains gestes qu\u2019il fit (notamment au plan international, en négociant directement avec le Vatican) eurent été impensables sous l\u2019Union.D\u2019un certain point de vue, 1867 représente l\u2019obtention, par le peuple québécois, d\u2019une forme de souveraineté-association avec le Canada.De plus, le comité judiciaire du Conseil Privé de Londres accentuera, surtout dans la première moitié du XXe siècle, la part de souveraineté des États fédérés canadiens.Notamment 38 en 1937, alors qu\u2019il confirmera le droit des provinces à mettre en œuvre les engagements internationaux si, sur le plan interne, ils relèvent de celles-ci.À ce jour, cette décision reste l\u2019un des fondements de l\u2019action internationale des États fédérés canadiens, dont celle de l\u2019État québécois.Les stratégies québécoise et fédérale des référendums de 1980 et de 1995 Le Québec du XIXe siècle a pour une large part réussi son émancipation politique.Restait au Québec contemporain à franchir l\u2019étape logique de l\u2019indépendance.Or il a formellement échoué deux fois dans sa tentative visant soit à négocier, soit à obtenir un quasi-statut d\u2019État indépendant, en mai 1980 et en octobre 1995.Sans compter les autres occasions qui auraient pu être saisies mais ne l\u2019ont pas été.On pense bien sûr à la période ayant suivi l\u2019échec du Lac Meech (1990-92), mais ce ne fut pas la seule.5 La stratégie québécoise, deux fois perdante, devra forcément être revue.Cette stratégie, tant en 1980 qu\u2019en 1995, montre au reste d\u2019étonnantes similarités.Cela dit, les contextes précédant les référendums de 1980 et de 1995 dénotent de forts contrastes, ce qui peut expliquer en bonne partie la majoration du score à la reprise.Car autant le premier épisode (1976-80) s\u2019avéra difficile, autant le deuxième (1990-95) fut quasi-idéal.La période 2004-2008, avec sa forte députation bloquiste, l\u2019absence de leaders fédéralistes charismatiques, la présence en principe structurante du PQ dans l\u2019opposition, le tout sur fond de scandale identitaire (les commandites) évoque davantage, en définitive, la période 1990-95 que celle de 1976-80.Cette donne est en soi encourageante. 39 La période 1990-95 conserve toutefois un net avantage au plan de la préparation, avec les études de la Commission Bélanger-Campeau, les plus achevées du genre.Il s\u2019agit là d\u2019une carence de la période actuelle sur laquelle le mouvement indépendantiste québécois conserve une prise certaine, pour peu qu\u2019il commence à manifester une réelle volonté d\u2019adaptation à son époque.La stratégie québécoise Il faut donner raison aux critiques fédéralistes : bien que polyforme, la stratégie québécoise dite « étapiste », tant en 1980 qu\u2019en 1995, a essentiellement reposé sur le douteux pari de noyer le poisson de l\u2019indépendance dans l\u2019eau tantôt de l\u2019association, tantôt du partenariat.Le fait que les deux présidents des comités du OUI (et figures charismatiques incontestées), tant en 1980 qu\u2019en 1995, René Lévesque et Lucien Bouchard, aient eu en commun d\u2019avoir été ministres pour des gouvernements fédéraliste ou fédéral n\u2019est sans doute pas étranger à l\u2019affaire.Mais l\u2019essentiel de cette stratégie a surtout été dicté par l\u2019observation d\u2019une tendance lourde : des décennies de sondages démontrent que l\u2019appui à la souveraineté au sein de l\u2019électorat québécois augmente avec, à la clef, la certitude d\u2019en arriver à une entente de partenariat politique et économique avec le Canada.Aussi, tant en 1980 (mandat de négocier la souveraineté-association « d\u2019égal à égal ») qu\u2019en 1995 (l\u2019entente du 12 juin consacrant le partenariat avec le Canada), l\u2019accent a été mis non pas sur la rupture de l\u2019ordre établi, mais bien sur la préservation de celui-ci.Les Québécois ne feront pas de Révolution bolivarienne.Il est aussi entendu qu\u2019à une question du type « voulez-vous que le Québec fasse sécession unilatérale du Canada », un 40 référendum obtiendra vraisemblablement la part congrue des voix.Cela dit, si on demandait aux Allemands ou aux Espagnols de quitter unilatéralement l\u2019Union européenne, ils voteraient probablement NON aussi.Ils n\u2019en sont pas moins indépendants pour autant, ni privés de s\u2019associer avec les partenaires de leur choix.Aussi, un Québec indépendant, comme tous les pays développés de taille comparable, créera forcément des liens avec le Canada, des liens qui viseront à donner un cadre légal à la libre circulation des biens, des capitaux, et des personnes, et ce, dans l\u2019intérêt mutuel des parties concernées.Ces choses peuvent et doivent être dites.Mais en aucun cas le Québec ne peut-il court-circuiter l\u2019étape de la déclaration d\u2019indépendance.Car ce sont toujours des États indépendants qui décident ou non de céder des portions de souveraineté à un niveau de gouvernance supranational, fut-il même confédéral ; et c\u2019est précisément cette indépendance qui leur permet de faire ou non, en toute liberté, en toute dignité, ce geste.Or si ces constats commandent une approche stratégique en conséquence, les campagnes de 1980 et de 1995 sont allées beaucoup trop loin dans leur déni de l\u2019indépendance.Car en mettant un accent indu sur l\u2019association puis le partenariat, plutôt que sur l\u2019indépendance, on rappelle constamment à l\u2019électeur ce qu\u2019il pourrait perdre suite à un OUI (passeport, monnaie, libre circulation) plutôt que ce qu\u2019il pourrait gagner (voix dans le monde, meilleurs services publics, dignité).Ainsi, par exemple, en ornant ses affiches d\u2019un dollar canadien en 1995 (symbole ostentatoire d\u2019un « partenariat » avec le Canada visant à rassurer l\u2019électeur frileux) le camp du OUI cautionnait indirectement le risque qu\u2019il soit perdu.6 En clair, on fournit à l\u2019ennemi les munitions dont il manque pour mieux nous canarder.Ce type d\u2019approche stratégique place inévitablement le camp du OUI sur la défen- 41 sive, ce qui est franchement paradoxal ; dans ce type de débat classique opposant les forces du changement à celles du statu quo, c\u2019est l\u2019Ancien régime, qui, règle générale, cou à l\u2019échafaud, se retrouve en position de faiblesse.La stratégie fédérale Au cours des campagnes référendaires de 1980 et de 1995, et dans les deux années qui ont suivi ces consultations, le gouvernement central, véritable maître d\u2019œuvre du camp du NON, a appliqué sa stratégie, et, comme pour la partie québécoise, par le fait même, l\u2019a dévoilée.Puisqu\u2019il s\u2019agissait pour lui d\u2019une stratégie qui s\u2019est avérée deux fois gagnante, quoique désormais usée, il l\u2019appliquera sans doute à nouveau, pour l\u2019essentiel, lorsque l\u2019occasion se représentera.Cela constitue un avantage stratégique majeur pour le Québec, condamné, pour sa part, à l\u2019innovation gagnante.L\u2019élément premier de la stratégie d\u2019Ottawa, tant en 1980 qu\u2019en 1995, a été la triche pure et simple.C\u2019est un fait acquis que l\u2019État central a éhontément bafoué les règles limitant les sommes pouvant être dépensées par les camps du OUI et du NON.En outre, l\u2019allocation en catastrophe de dizaines de milliers de certificats de citoyenneté canadienne, dans les mois précédant le référendum de 1995, a été un geste d\u2019une rare bassesse.?Cela dit, mis à part les tactiques d\u2019intimidation que furent les événements précédant et suivant octobre 1970, la réaction de la fédération canadienne à la menace sécessionniste québécoise a été, à l\u2019échelle de ce qui se fait dans le monde, assez mesurée.Car les États souverains, fussent-ils des fédérations, n\u2019apprécient guère les menaces externes (invasions) ou internes (sécessions) pesant sur leur intégrité territoriale.Le Canada, même s\u2019il n\u2019est pas la Russie (Tchétchénie), s\u2019il n\u2019est pas le 42 Nigéria (Biafra), s\u2019il n\u2019est pas la Turquie (Kurdistan), et s\u2019il n\u2019est pas même les États-Unis du XIXe siècle, ne fait pas exception.Le respect de l\u2019intégrité territoriale des États est à la base même su système international depuis le Traité de Westphalie (1648), et a pesé beaucoup plus lourd, historiquement, que le droit à l\u2019autodétermination des peuples (1919), au reste prématurément vieilli.Bref, l\u2019État canadien a le droit de se défendre bec et ongles, et il aurait même le droit de se défendre davantage qu\u2019il ne le fait déjà.Il peut donc tricher tant qu\u2019il voudra, puisqu\u2019il pare à une réelle menace à son intégrité territoriale.8 Aucune capitale étrangère ne reprochera jamais à Ottawa d\u2019avoir seulement triché, si le résultat est d\u2019avoir réussi à parer - pacifiquement, de surcroît - au démantèlement d\u2019un État membre du G7.9 Le Québec, par contre, qui cherche à briser l\u2019ordre établi en quittant ce qui, au mieux, est perçu à l\u2019étranger comme une cage dorée, est condamné à se présenter à la communauté internationale avec un dossier irréprochable.Il n\u2019existe aucune sympathie spontanée pour un mouvement sécessionniste, aussi démocratique et légitime soit-il.Dénoncer la triche n\u2019est pas une carte dans le jeu québécois ; tricher aussi, encore moins.Aussi Ottawa sortira-t-elle cinq as de sa manche dès la prochaine partie, et Québec ne pourra que grincer des dents : pas un « observateur international » (pour peu qu\u2019il se déplace) n\u2019osera reprocher quoi que ce soit au boy-scout international qu\u2019est le Canada.Il faut, par conséquent, pour vaincre quand même, analyser les éléments de la stratégie fédérale sur lesquels il existe une prise.Ainsi, tant en 1980 qu\u2019en 1995, outre la triche, la stratégie fédérale a principalement reposé sur deux éléments : 43 -\ten cours de campagne : promettre un fédéralisme renouvelé suite à un NON ; -\taprès la campagne : assommer par voie légale le peuple québécois.Le gouvernement central a promis, en 1980 et en 1995, qu\u2019un NON au référendum était, en quelque sorte, un OUI à un Canada renouvelé, qui ferait davantage place aux aspirations du peuple québécois.En clair, on faisait miroiter les avantages de la séduisante souveraineté-association promise par le camp du OUI, mais sans les risques associés à la « séparation ».Dans les deux campagnes, des promesses de changement on été clairement faites, notamment en 1980, avec la formule « nous mettons nos sièges enjeu ».Toutefois, Ottawa s\u2019est bien gardée de promettre d\u2019amender les textes constitutionnels, sachant fort bien que sa crédibilité en la matière était déjà fort entamée.Suite à ses victoires référendaires, le Canada n\u2019a pas respecté ses promesses, bien au contraire.On peut raisonnablement croire (vu le contexte de triche généralisée) qu\u2019il n\u2019en a jamais eu l\u2019intention.Car le camp du NON a tout simplement fait preuve d\u2019opportunisme, en profitant d\u2019une faiblesse stratégique dans la conception québécoise des deux parties référendaires.Ainsi, les campagnes de 1980 et de 1995 avaient aussi ceci en commun que la question proposée à l\u2019électeur se répondait par un OUI ou par un NON.Le fait peut sembler trivial ; or, en toute logique, seul le OUI était signifiant, puisqu\u2019il permettait à l\u2019électeur d\u2019approuver l\u2019énoncé de la question.L\u2019intention du législateur était manifestement que le NON signifie le statu quo : après un refus de la souveraineté-asso- 44 dation ou de la souveraineté-partenariat, lors de l\u2019exercice consultatif qu\u2019est un référendum, les choses restent en l\u2019état.10 Or dans les faits, en permettant à l\u2019électeur de simplement réfuter le (touffu) énoncé de la question sans pour autant épiloguer sur une voie alternative explicite, le NON ouvre la voie à toute autre interprétation.En clair, répondre « non » à « voulez-vous du café ?» ne veut rien dire du tout : on peut vouloir du thé, ne pas avoir soif du tout, ou même préférer un espresso.Le gouvernement central a profité de ce « trou » pour faire dire au NON ce qu\u2019il ne voulait pas dire : un OUI au fédéralisme renouvelé.L\u2019autre fil conducteur de la stratégie canadienne face à la menace sécessionniste québécoise a été l\u2019assommoir légal.La constitution a été « rapatriée » en 1982 suite à un avis favorable de la Cour suprême, sans l\u2019accord du Québec, et ce malgré le fait qu\u2019elle diminuait les pouvoirs de son Assemblée nationale.La loi C-20 dite « de la clarté », adoptée en 1997 suite à un avis favorable de la Cour suprême, restreint (ou vise à restreindre) les pouvoirs souverains de l\u2019Assemblée nationale du Québec.Cette réaction légaliste, au reste, est de pure tradition britannique.Notons que la réaction de Londres à la révolte des Patriotes (1837-38) a été l\u2019Acte d\u2019Union (1840)11, lequel visait expressément l\u2019extinction du fait français en Amérique par l\u2019Union des deux Canada.Les trois pointes historiques de la volonté d\u2019émancipation du peuple québécois (1838, 1980, 1995) ont à chaque fois été, dans un laps de deux ans, assommées par une législation inique, visant à tuer dans l\u2019œuf toute volonté subséquente d\u2019émancipation.Il s\u2019agit là d\u2019une attitude de contestation systémique, de la part du gouvernement impérial, puis du gouvernement central, du projet historique de faire 45 du Québec un État indépendant.Ces gestes d\u2019intimidation visent, au bas mot, à écraser l\u2019adversaire.Pour faire un parallèle facile (mais combien tentant) avec le sport, il reste que le Canada, en politique comme sur la glace, joue offensivement, joue dur, et gagne.Intimidation, tricherie éhontée, promesses en l\u2019air, matraquage légal : il n\u2019y a que le résultat qui compte.Les Canadiens se gargarisent de leurs « victoires » contre les « séparatistes » avec l\u2019arrogance et la mémoire sélective des vainqueurs.12 Il est temps, pour le mouvement indépendantiste québécois, d\u2019abandonner l\u2019angélisme et le défaitisme qui l\u2019ont trop longtemps caractérisé et de rendre la monnaie de la pièce.Pour un Québec indépendant en 2008 : un plébiscite sur la Constitution Pour contribuer à faire du Québec un État indépendant en 2008, cette analyse laisse entendre qu\u2019il faudrait : -\tjouer un gambit : c\u2019est-à-dire, au prix d\u2019un sacrifice d\u2019ouverture qui exclut d\u2019office toute partie nulle, placer Ottawa, excellente joueuse d\u2019attaque, sur la défensive ; -\tne pas répéter la funeste erreur de laisser de réponse aussi ouverte qu\u2019un « NON » lors de la consultation sur le pays ; -\ttourner à l\u2019avantage du camp indépendantiste l\u2019assommoir légal du ROC de 1982 et de 1997.Nous croyons que la fondation du cadre stratégique dit de « Laplante - Parizeau »r3 permet d\u2019atteindre ces trois objectifs.Nous souhaitons ici suggérer une architecture qui y serait complémentaire. 46 Selon ce cadre, sans tenir d\u2019élection référendaire, les forces indépendantistes doivent impérativement, suite à une victoire électorale en 2007, faire un geste clair de souveraineté une fois élues.La promesse solennelle de faire celui-ci peut même faciliter leur victoire électorale : le bassin d\u2019électeurs indépendantistes (et leur concentration géographique) est bien suffisant pour élire un gouvernement clairement indépendantiste.C\u2019est là le sacrifice inhérent au gambit proposé, qui, manifestement, fera une croix sur certains comtés : « Oui, nous sommes indépendantistes ; et si vous n\u2019êtes pas indépendantiste, ne votez surtout pas pour nous ».Au reste, un mouvement qui ne peut être élu au Québec sur une telle plateforme ne gagnera jamais la consultation obligée sur le pays qui s\u2019ensuivra.Aussi bien, auquel cas, perdre tout de suite : le prix politique (petites ambitions de carrière mises à part) est incomparablement moindre que celui d\u2019une défaite de type référendaire.Ce geste de souveraineté, dans le cadre stratégique proposé par Robert Laplante, est - sommairement - la promulgation d\u2019une constitution provisoire (la loi 99) et la convocation d\u2019une commission spéciale de l\u2019Assemblée nationale visant à rédiger une constitution devant être approuvée lors d\u2019une consultation subséquente.Jacques Parizeau approuve l\u2019essentiel de cette démarche, mais juge quant à lui trop long le processus d\u2019élaboration d\u2019une constitution, et privilégie, par conséquent, une consultation tenue sur la constitution provisoire.Un « geste de souveraineté » davantage porteur, à notre avis, est la convocation par l\u2019Assemblée nationale du Québec d\u2019une Assemblée constituante, qui sera, par définition, extra muros ; la genèse d\u2019un Nouveau régime ne saurait devoir quoi que ce soit à l\u2019Ancien.Une commission de l\u2019Assemblée 47 nationale, sise au Salon rouge, fut-elle « spéciale », n\u2019a pas tout à fait l\u2019envergure qui sied à la solennité de cette démarche d\u2019exception.À l\u2019instar de la Commission Bélanger-Campeau, elle donne davantage l\u2019image d\u2019une réforme du régime monarchique, impérial, et fédéral auquel la nation québécoise est toujours soumise, voire d\u2019une tactique dilatoire.Une Constituante classique, réunissant le spectre le plus large possible de la société civile québécoise, incluant les minorités linguistiques, ethniques, et religieuses, aurait pour mandat de rédiger un projet de constitution pour un État québécois indépendant dans les huit à dix mois.Extraordinairement rassembleur et tout sauf divisif, porteur d\u2019espoir et potentiellement emballant, un tel exercice serait l\u2019un des moments forts de l\u2019histoire du Québec.Plutôt qu\u2019avec les actuelles divisions transnationales quant à l\u2019opportunité d\u2019un projet de Constitution (pour près d\u2019un demi-milliard de citoyens) d'une Union européenne qui commence, au reste, à souffrir de promiscuité, il faudrait plutôt voir un parallèle avec les grands gestes fondateurs de nations (1776) ou même avec le Congrès de l\u2019Europe (1948).L\u2019exercice (comme tout gambit) comporte des risques.Ottawa cherchera le sabotage, mais elle le cherchera qu\u2019importe la stratégie choisie ; aussi bien, auquel cas, la laisser venir sur le terrain québécois.Il est plus facile de tricher en téléguidant Patrimoine Canada et des agences véreuses qu\u2019en essayant d\u2019infléchir au grand jour une Assemblée constituante du Québec.Jacques Parizeau se méfie des lourdeurs du processus de rédaction d\u2019une constitution, mais sa proposition d\u2019un référendum sur une constitution provisoire nous apparaît bancale : elle donne une prise inespérée à l\u2019adversaire (souvenons-nous comment le Bloc Québécois avait taillé en pièces le projet « provisoire » qu\u2019était Charlottetown). 48 La rédaction d\u2019une constitution est de toute façon incontournable.De plus, l\u2019élaboration par le peuple Québécois réuni en Assemblée constituante des bases légales du futur 36e État des Amériques (la Constitution d\u2019un Québec indépendant) ferait, d\u2019un point de vue stratégique, d\u2019une pierre deux coups : a)\telle permettrait d\u2019offrir un véritable choix à l\u2019électeur lors d\u2019une consultation sur le pays ; b)\telle retournerait contre elle les coups de matraque d\u2019Ottawa de 1982 et de 1997.La consultation sur le pays de 2008, du coup, ne comprendrait pas une question se répondant par un OUI ou par un NON, mais porterait bel et bien sur le choix entre l\u2019une des deux Constitutions devant s\u2019appliquer au territoire québécois, pour lequel existe toujours - en théorie - un vide constitutionnel : celle élaborée par l\u2019Assemblée constituante du Québec, dite de 2008, ou (en toute logique, car il n\u2019y en a pas d\u2019autre) celle s\u2019appliquant déjà de facto1* au territoire québécois, dite de 1982, en l\u2019état.L\u2019exercice serait non plus un référendum mais bien un plébiscite, c\u2019est à dire (étymologiquement) une décision prise par le peuple ; et (légalement) un geste par lequel le peuple fait un choix à caractère contraignant.15 En outre, cette approche du plébiscite, du « choix », est beaucoup moins de l\u2019ordre de « l\u2019astuce » et de « l\u2019enfermement » que pouvaient l\u2019être les couleuvres associationnistes de 1980 et de 1995.On n\u2019enfermerait infiniment moins, en 2008, un fédéraliste ambivalent dans l\u2019option « 1982 » que l'on a enfermé les indépendantistes, deux fois, dans le choix du partenariat.Ces exercices n\u2019en ont pas moins été reconnus 49 légitimes par le seul fait qu\u2019Ottawa y a participé.Les indépendantistes ont dû deux fois s\u2019accommoder d\u2019options alambiquées, de supposés « OUI » ne reflétant pas forcément leur idéal.En revanche, les fédéralistes ambivalents et autres supposés autonomistes n\u2019auront de choix plus « déchirant », en 2008, que d\u2019endosser une constitution canadienne dont ils s accommodent pourtant assez bien depuis déjà 22 ans.Au reste, il n\u2019en existe pas d\u2019autre : la constitution de leur Canada rêvé n\u2019existe pas davantage que celui-ci.Existerait-elle qu\u2019ils pourraient tenir le pari de la proposer lors d\u2019un exercice démocratique subséquent.Les référendums aux options pour ainsi dire interchangeables et pour l\u2019essentiel imaginées (un Québec souverain confédéré dans le Canada ; un Québec fédéré avec davantage de pouvoirs dans le Canada) ont fait long feu.En offrant un choix concret entre deux pôles clairement définis (le deuxième coup du gambit), I\tapproche stratégique du plébiscite a l\u2019immense avantage de définir non seulement ce que le nouveau « OUI » veut vraiment dire, mais aussi le « NON » : le Canada de 1982, tel quel.Ainsi, l\u2019odieuse réponse légale du ROC au référendum de 1980, soit l\u2019isolement du Québec alors en position de faiblesse, se retournerait enfin contre lui.II\test impératif que le gouvernement central ne puisse plus faire passer un « NON » pour un « OUI » au Canada renouvelé.Le camp de « 1982 » devra tout simplement défendre le vrai statu quo, le passé de sa Constitution.Et si ce camp gagne, c est que les Québécois, en définitive, ne méritaient pas la liberté.Les termes d\u2019une telle défaite (effectivement signer, une fois pour toutes, 1982) auraient au moins un mérite : celui d\u2019éviter au mouvement indépendantiste québécois le pathos d\u2019un donquichottisme qui n\u2019est pas sans le guetter. 50 Cette approche, outre le fait qu\u2019elle rend plus concrète l\u2019indépendance16, corrigerait la carence offensive observée en 1980 et 1995 : une Constitution québécoise - qui par ailleurs aborde forcément des éléments clefs tels la proposition d\u2019une Union douanière avec le Canada et la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes inhérente à celle-ci - est tout sauf un document défensif.Elle met l\u2019accent sur les gains réels apportés par l\u2019indépendance, et non ce qui sera préservé suite à celle-ci.En clair, le camp indépendantiste pourra enfin clairement dire, en campagne, « voici où je vais, qui m\u2019aime me suive », plutôt que le désespérant « n\u2019ayez pas peur, rien ne changera vraiment ».Cette approche stratégique, et le choix qu\u2019elle proposera in jine est aussi d\u2019une irréprochable « clarté »\u20197, non seulement pour le Canada, mais aussi pour la communauté internationale.Car malgré le « geste de souveraineté » qu'est la convocation d\u2019une constituante, il est clair qu\u2019aucun processus de reconnaissance internationale de l\u2019indépendance de l\u2019État québécois ne saurait être amorcé avant la victoire de l\u2019option « 2008 » lors d\u2019un plébiscite.Il faut au moins reconnaître un réel potentiel tactique à la loi C-20 : elle oblige le Canada à négocier la sécession d\u2019un de ses États fédérés, en cas de volonté « claire » exprimée par celui-ci.Ce n\u2019est pas rien.Suite à une victoire de l\u2019option « 2008 », une immense pression sera par conséquent mise sur Ottawa, par les capitales étrangères, pour procéder, conformément à ses propres lois, au divorce à l\u2019amiable.Ainsi, on retourne non seulement l\u2019arme légale de 1982, mais aussi l\u2019arme légale de 1997, contre le régime qui les a conçues. 51 Conclusion A la suite de son fameux « coup de boutoir » préparé de longue date mais exécuté en juillet 1967, Charles de Gaulle avait répondu à Maurice Couve de Murville, qui s\u2019inquiétait des conséquences de celui-ci, que l\u2019on verrait les résultats de son action dans quarante ans.Juillet 2007 marquera le quarantième anniversaire du « Québec libre ! ».L\u2019an 2008 marquera le 400e anniversaire de la fondation de Québec.À cette occasion, Québec sera l\u2019hôte du Sommet de la Francophonie.Il serait indigne d\u2019avoir à accueillir un tiers des États membres de l\u2019ONU dans une capitale provinciale prise en otage par Ottawa, comme en 1986, comme lors du Sommet des Amériques d\u2019avril 2001.En outre, le 13 septembre 2009 marquera les 250 années passées depuis la Conquête.On pourrait difficilement imaginer meilleur timing : 2007, victoire électorale des forces indépendantistes ; 2008, adoption par plébiscite de la nouvelle Constitution ; 2009, cérémonie diplomatique au cours de laquelle le chef d\u2019État du 36e État des Amériques reprend possession de la Citadelle de Québec, pour l\u2019instant, toujours la résidence d\u2019été de la représentante de la Reine d\u2019Angleterre au Canada.Le temps est venu.?1\tAvec des slogans électoraux comme 5440 or Fight (allusion au parallèle) le candidat à la présidence Polk, sous l'Union, ne faisait rien pour dissiper l'ambiguïté.La situation s\u2019est envenimée avec le soutien britannique aux Sudistes durant la Guerre de Sécession (1860-65).2\tLe Canada n'a pas déclaré la guerre à l\u2019Allemagne en 1914 et a pourtant perdu 70 000 hommes ; son premier réel geste de souveraineté n\u2019est fait qu'en 1919, alors qu'il signe le Traité de Versailles. 52 3\tPEYREFITTE, Alain, De Gaulle et le Québec, Montréal : Stanké, p.45.4\tCette relation directe à la couronne britannique donne, encore aujourd'hui, à l'Etat québécois et à son réseau diplomatique, de précieuses entrées au sein de l\u2019exécutif des monarchies européennes.5\tDans un épisode moins connu, Charles de Gaulle, en septembre 1967, envoie Alain Peyrefitte en mission spéciale au Québec.Le 13 courant, il signifie à Daniel Johnson, seul à seul, la volonté française d'instaurer avec le Québec des relations d'État à État, avec des sommets bisannuels, « devant conduire », selon la lettre du 8 courant de De Gaulle à Johnson, « à un Québec disposant de lui-même à tous égards ».Daniel Johnson, pris d\u2019un malaise, refusera même d\u2019en entendre parler.De Gaulle sera vivement déçu par son manque de sens de l'État (il le qualifiera de « petit bonhomme »).in PEYREFITTE, Alain, op cit, p.99.6\tCe qui est de surcroît absurde ; outre le fait que le quart de la masse monétaire canadienne appartienne d'office au Québécois, un pays peut utiliser librement une devise étrangère (c'est le cas du dollar US, notamment, davantage en circulation dans le monde qu\u2019aux É.-U.même).7\tAlors que l'on reproche à Jacques Parizeau son discours du 30 octobre 1995, le gouvernement central, quant à lui, se taisait et le mettait en application.8\tLa défense « Chuck Guité » selon laquelle le Canada était « en guerre », dans le cadre de l\u2019enquête sur le scandale dit « des commandites », n'a d\u2019ailleurs rien de loufoque, au contraire.9\tLes remontrances de l\u2019ex-secrétaire général de la Francophonie, Boutros Boutros-Ghali, à Jean Chrétien illustrent parfaitement le propos : « ( Si vous laissez faire ça, il y aura 500 États dans le monde ] ».in VASTEL, M.L'Actualité : Montréal, 15 novembre 2003.10\tComme lors des référendums d\u2019adhésion à l\u2019Union européenne, ou le camp du « NON » a clairement voulu dire, de jure comme de facto, le statu quo, et non pas des OUI à des France, des Norvège, ou des Irlande revues et améliorées.11\tLe précédent, en l\u2019espèce, était l\u2019Acte d\u2019Union imposé à l\u2019Irlande (1801).12\tTout comme ils « oublient » avec la même déconcertante facilité que Bobby Clarke a dû intentionnellement casser la cheville de Valeri Kharlamov, un des gestes les plus disgracieux de l\u2019histoire moderne du sport, pour vaincre l\u2019URSS lors de la fameuse « série du siècle » (1972).13\tLAPLANTE, R.Revoir le cadre stratégique, L'Action nationale, janvier 2004 ; PARIZEAU, J.Un changement de stratégie au PQ, La Presse, 16 août 2004.14\tEt aussi de jure dans la mesure où le supposé « rapatriement » de 1982 s'est fait par une loi britannique et non canadienne.15\tLa Loi sur la consultation populaire n\u2019aurait pas besoin d'être amendée.16\tFrançois Legault, à qui on peut reprocher bien des choses sauf celle de manquer de bon sens, rappelle à juste titre qu\u2019on ne fait pas construire une maison avant d\u2019avoir vu la maquette.17\tOn pourrait difficilement concevoir geste plus limpide et démocratique que de demander à X s'il veut A ou B.Si X veut C, reste toujours le geste politique de l'abstention.Il n\u2019y avait pas davantage d'option « peut-être » en 1980 ou en 1995 (alors qu\u2019elle reflétait pourtant le sentiment de bien des électeurs). 53 LA SAISON DE LA SINCÉRITÉ ^ Je.ne chercherai pis à nuire au vote de confiance de Bernards.Pauline Harois S'adressant au caucMS des députés péauirtes du -2-6 octobre,2004.( !_\u2022» Presse, 2.9 octobre 2ûo+) Je ne comprends pas T'on f*»« f* je n'appuie pas Bernard Landry».' \u2014 François Legault S'adressant aux Militants bedu.stes de Québec reunis darts un bar, le 20 octobre 2004 ( La Presse, 24 octobre 2oo4) ~ 54 ARTICLES Denis Monière* GOUVERNER AVEC LA SOUVERAINETÉ EN TÊTE : POUR UN QUÉBEC PROSPÈRE, SOLIDAIRE ET RÉPUBLICAIN La « Saisons des idées » lancée par le chef du Parti québécois a réussi à susciter la controverse et à remettre la question nationale à l\u2019ordre du jour politique.Jusqu\u2019à présent, le débat a surtout porté sur le processus d\u2019accession à la souveraineté puisque c\u2019est la raison d\u2019être du Parti québécois.Les réflexions de Robert Laplante, de Jacques Parizeau, de Jean-François Lisée, de Daniel Turp et des autres ont abordé le problème du positionnement stratégique du Parti québécois pour la prochaine campagne électorale et proposé diverses solutions pour relancer le mouvement souverainiste.Au-delà des divergences de point de vue sur le mode d\u2019accession à la souveraineté, ces contributions se rejoignent toutes sur l\u2019idée qu\u2019on ne peut plus faire comme avant, que la remobilisation des Québécois passe par une nouvelle approche du processus afin de tenir compte de l\u2019expérience passée, en particulier celle du référendum de 1995 et de la nouvelle conjoncture politique créé par le nation-building canadien.Les résultats de la campagne électorale de 2003 ont démontré que la formule du bon gouvernement assorti d\u2019un éventuel référendum ne fait plus recette parce qu\u2019une majorité de Québécois disent, pour diverses raisons, ne pas vouloir de référendum et que les militants se désespèrent Politologue. 55 d\u2019attendre les conditions gagnantes pour l\u2019organisation d\u2019un prochain référendum.La stratégie étapiste est récusée parce qu\u2019elle laisse l\u2019initiative à l\u2019adversaire canadien et place les souverainistes en mode réactif.Je ne veux pas discuter ici des mérites et des inconvénients de toutes les options proposées pour renouveler le discours souverainiste, mais je chercherai plutôt à synthétiser les points de vue en partant d\u2019une problématique qui a paradoxalement été marginalisée dans tout ce débat : comment convaincre les Québécois défaire la souveraineté ?Quelque soit la modalité d\u2019accession choisie, élection référendaire, assemblée constituante, référendum de ratification, dans tous les cas de figure, il faudra qu\u2019un jour ou 1 autre une majorité de Québécois soit convaincue que le changement de statut politique est une nécessité.Et pour l\u2019instant ce n\u2019est pas le cas, les soutiens à la souveraineté sont fluctuants non seulement dans leur nombre mais aussi dans leur intensité.Contrairement à ce que prévoit la stratégie du bon gouvernement, le passage au pouvoir ne semble pas avoir eu les vertus persuasives attendues puisque le soutien à la souveraineté tend à baisser durant la gouverne péquiste et à remonter lorsque le Parti québécois est dans 1 opposition.Il y aurait une loi du rendement décroissant de l\u2019exercice du pouvoir.Le message qui semble avoir été retenu après trente ans de stratégie étapiste est que la souveraineté n\u2019est pas un impératif, quelle serait souhaitable mais pas absolument indispensable, qu\u2019il n\u2019y a pas urgence, qu\u2019en somme le Québec peut s\u2019accommoder du fédéralisme puisque même les gouvernements souverainistes acceptent de fonctionner dans ce cadre.La souveraineté est en quelque sorte considérée comme secondaire car on peut en remettre indéfiniment la 56 réalisation.Une idée qui n\u2019a pas de conséquence pratique s\u2019étiole et perd son attrait.Il faut donc réfléchir aux moyens de renforcer les convictions des souverainistes et d\u2019amener les non-souverainistes à le devenir.Il faut évaluer les forces et les faiblesses du discours souverainiste.Comment faire progresser l\u2019adhésion au projet souverainiste ?Dans le passé, les ressorts qui ont le plus contribué à structurer l\u2019appui à la souveraineté furent la domination historique des anglophones, la discrimination linguistique dont les francophones étaient victimes, le sentiment d\u2019aliénation engendré par l\u2019inéquité des politiques fédérales envers le Québec, l\u2019intransigeance des élites canadiennes envers les demandes traditionnelles du Québec et le blocage constitutionnel qui en a résulté.Cette combinaison de facteurs a contribué à affaiblir le sentiment d\u2019appartenance au Canada et produit un appui fortement majoritaire à la souveraineté après l\u2019échec du lac Meech.L\u2019érosion du sentiment d\u2019appartenance au Canada fut amplifiée par le nationalisme d affirmation qui s\u2019est développé dans les années soixante avec la construction de l\u2019État québécois qui a transformé les conditions de vie des Québécois, le modèle de développement québécois ayant réussi à placer le Québec au 10e rang des pays de l\u2019OCDE pour le PIB/hab.La politique de francisation, les innovations institutionnelles qui ont favorisé la reconquête de l\u2019économie, le développement d\u2019une politique sociale progressiste ont stimulé la fierté des Québécois et enraciné leur appartenance au Québec.La construction de l\u2019identité québécoise était simultanément relayée et amplifiée par les facteurs de socialisation qu\u2019étaient les universitaires, les intellectuels, les écrivains et les artistes.Tous ces changements ont été le fruit de 1 affirmation d un projet collectif 57 et de la volonté plus ou moins forte selon les gouvernements au pouvoir de maîtriser les outils de la gouverne politique et de les mettre au service du développement collectif.Dans ce contexte, le Parti québécois adopta une stratégie fondée sur une logique linéaire ou sur une prémisse magique : plus le Québec se développerait, plus il se moderniserait, plus la nécessité de la souveraineté serait forte.La combinaison de la compétence gestionnaire démontrée par les développements de la société québécoise, la maturité politique acquise à travers la résolution des crises, le passage des générations donnant plus de poids aux cohortes socialisées par le Québec moderne devait faire évoluer l\u2019opinion publique vers une conclusion logique : un Québec souverain représentait la solution la plus rationnelle pour sortir des entraves imposées par le fédéralisme.Il suffisait d\u2019attendre que le temps fasse son œuvre et que le fruit soit mûr.En attendant le référendum libérateur, il s\u2019agissait d\u2019utiliser les compétences provinciales pour défendre au mieux les intérêts du Québec.On faisait comme si la collaboration loyale à 1 intérieur du système politique canadien ne contribuait pas à le renforcer.Le principe de l\u2019association ou du partenariat éventuel entre le Québec et le Canada justifiait cette approche, mais en occultait aussi les effets pervers.Pas étonnant dès lors que le conte de fées ne se soit pas réalisé et que les Québécois soient demeurés ambivalents quant à leur avenir politique.Le scénario du cheminement inéluctable avait oublié que 1 acteur canadien n'était pas inerte dans le processus et qu\u2019il pouvait utiliser les ressources de l\u2019État fédéral pour combattre le projet souverainiste et convaincre les Québécois de rester Canadiens.Le gouvernement canadien a combattu activement la construction de l\u2019identité québécoise en inves- 58 tissant massivement (soit près de 500 millions $) dans la promotion de l\u2019identité canadienne, en multipliant les obstacles juridiques à l\u2019accession à la souveraineté, en utilisant son pouvoir de dépenser pour s\u2019ingérer dans les compétences provinciales et en affaiblissant financièrement les provinces par sa gestion des fonds publics.Le gouvernement canadien impose de plus en plus sa légitimité en affirmant sa souveraineté au détriment de celle des provinces.Il se présente comme le principal responsable du bien commun et infériorise les gouvernements provinciaux qui doivent se soumettre à ses choix.Cette stratégie vise à solidifier l\u2019identité canadienne et à affaiblir l\u2019identité québécoise qui peut difficilement se développer dans ce contexte de subordination de l\u2019État québécois.Les dénonciations verbales des ingérences fédérales ne suffisent plus à mobiliser les Québécois comme l\u2019a montré l\u2019épisode du bill C 20.Les identités politiques sont aussi influencées par des facteurs externes comme le contexte idéologique mondial caractérisé par la fin de la bipolarité et la libéralisation des économies.Cette forte identification à l\u2019État québécois concomitante de la montée du souverainisme a atteint son apogée dans les années quatre-vingt-dix et fut par la suite érodée par les discours néo-libéraux qui tentent de délégitimer l\u2019interventionnisme étatique pour laisser la voie libre aux forces du marché.Le discours dominant prône le désengagement de l\u2019État et remet en cause sa légitimité comme régulateur de la société.Enfin dans cette rétrospective, il faut introduire le rôle des médias qui diffusent l\u2019idéologie néo-libérale et contribuent à la dévalorisation de la classe politique en dépréciant quotidiennement les services publics, les partis politiques et les acteurs politiques.Cette crise de la représentation politique 59 est lourde de conséquence pour le mouvement souverainiste car comment convaincre les Québécois de la pertinence et de l\u2019utilité de réaliser un changement de statut politique si les citoyens croient que le politique n\u2019est plus le lieu où se prennent les décisions concernant l\u2019avenir individuel et collectif.Autrement dit, si les pouvoirs de l\u2019État sont en déclin pourquoi s\u2019acharner à vouloir accroître ceux du Québec.Cette dynamique co-structurante de l\u2019interaction entre le rôle de l\u2019État et la légitimité de la revendication de souveraineté a été bien assimilée par les adversaires de la souveraineté qui font tout pour déplacer le centre de gravité de la société québécoise de la sphère politique vers la société civile.Paradoxalement, le discours sur la désuétude de la souveraineté n a d application qu\u2019au Québec et n\u2019est pas transposé à l\u2019échelle canadienne comme si la souveraineté du Canada échappait à cette supposée logique inhérente à la mondialisation.Cette restriction mentale est bien révélatrice de l\u2019opération idéologique en cours visant à discréditer la volonté de changement politique.Plus la société sera atomisée, plus le cadre de l\u2019action sera individualisé, moins il y aura de solidarité effective et de conscience collective et moins le projet de souveraineté sera mobilisateur.Il ne faut pas s\u2019étonner dans un tel contexte « d\u2019inconscience collective » que les raisons qui poussaient les Québécois à devenir souverainistes soient moins persuasives et qu\u2019on s indigne moins des ingérences du gouvernement fédéral dans les champs de compétences du Québec, qu\u2019on soit moins préoccupé par l\u2019avenir de la langue française et qu\u2019on juge la souveraineté moins nécessaire ou même désuète puisqu\u2019on croit de moins en moins que l\u2019action collective peut servir le bien commun.Le discours néo-libéral occulte les relations de pouvoir et tente de désamorcer la contestation tant sur le plan de la question sociale que de la question 6o nationale en dévalorisant les formes d\u2019action collective que ce soit celle de l'État au niveau de la société globale ou celle des syndicats et des organisations populaires qui luttent sur les plan sectoriel.L\u2019individualisation des processus sociaux crée un climat d\u2019incertitude et de précarité qui oblige l\u2019individu à concentrer son attention sur sa situation immédiate ce qui anémie ou réduit d\u2019autant les croyances et les espérances en l\u2019avenir.Le projet de souveraineté qui nécessite un engagement collectif est directement menacé par cette idéologie.L\u2019indispensable cohérence politique Quel positionnement politique adopter dans un tel contexte pour contrecarrer l\u2019influence délétère de cette logique et réaliser la souveraineté ?Il est certes devenu indispensable de repenser la pédagogie de la souveraineté mais en tenant compte de certaines règles qui gouvernent les choix politiques.Tous s\u2019entendent pour reconnaître que la première condition pour réaliser la souveraineté est la prise du pouvoir par le Parti québécois à la prochaine élection.Cet objectif peut être atteint avec un appui minoritaire de 40 à 45 % des Québécois.Pour atteindre cet objectif le Parti québécois doit faire le plein de l\u2019électorat souverainiste en adoptant un discours de renforcement des raisons de la souveraineté.À cet égard, il faut rappeler que la confiance à l\u2019endroit d\u2019un parti se construit sur la base de la continuité et de la fermeté de ses positions idéologiques.Les virages idéologiques, les tergiversations sur les modalités de réalisation de la souveraineté ont toujours été coûteux sur le plan électoral pour le Parti québécois.Chaque fois que le Parti québécois a voulu diluer son option ou la mettre en veilleuse, il a connu une désaffection de sa base et a subi l\u2019échec électoral. La deuxième condition de la réussite électorale est la mobilisation des militants et ceux-ci ne s\u2019engageront à fond que si les dirigeants souverainistes se montrent déterminés à prendre tous les moyens pour atteindre l\u2019objectif.À cet égard, la promesse d\u2019un référendum même avec un échéancier précis est insuffisante car elle ne répond pas à la crainte d\u2019un nouvel échec ou d\u2019une intervention extérieure.De même l\u2019exercice de politique fiction que constituerait la présentation du budget de l'an un n\u2019aurait qu\u2019un effet médiatique temporaire et incertain.La lassitude et le découragement politique s\u2019alimentent au sentiment de se battre pour rien parce qu\u2019on ne fait pas ce qu\u2019il faut pour gagner la bataille des esprits.Autrement dit, les militants n\u2019acceptent plus de se battre à armes inégales et veulent que leurs efforts et leurs votes aient des effets politiques significatifs.D\u2019où le refus de reproduire la logique de la gouverne provinciale et du bon gouvernement.La preuve est faite que le Parti québécois peut gouverner avec compétence et efficacité un État provincial, mais cette bonne gestion ne change strictement rien aux relations de pouvoir entre le Québec et le Canada.Le Québec peut bien offrir les politiques sociales les plus avancées en Amérique du nord ou encore disposer d\u2019institutions démocratiques irréprochables, cela ne suffit pas à susciter l\u2019appui d\u2019une forte majorité de Québécois à la création d\u2019un État souverain.Plus les souverainistes acceptent de gérer provincialement le Québec, plus ils renforcent l\u2019idée que la souveraineté n\u2019est pas nécessaire.En conséquence, il devient contreproductif de ménager la chèvre et le chou.Il n\u2019est plus possible de dissocier le vote pour le Parti québécois du vote pour la souveraineté et pour l'exercice du pouvoir en vue de la souveraineté.On peut certes envisager une autre option comme la mise en veilleuse de l\u2019option pour un autre mandat, mais ce posi- 62 tionnement enlèverait toute crédibilité au projet souverainiste et son effet démotivant minerait toute chance de remporter cette élection.Pour sortir de ce dilemme émollient, je propose une approche volontariste du discours souverainiste qui intègre trois modules qui se renforcent mutuellement.La vertu de la clarté : la souveraineté au cœur de l\u2019élection Qu\u2019implique un vote pour la souveraineté dans le cadre d\u2019une élection ?Cela signifie qu'une fois élu, le Parti québécois gouvernera avec la souveraineté en tête, que les choix gouvernementaux pourront servir à préparer l\u2019accession à la souveraineté.Le Parti québécois au pouvoir ne réalisera pas nécessairement la souveraineté durant le prochain mandat, mais il se servira du pouvoir pour faire progresser l\u2019appui à son projet d\u2019émancipation politique.Autrement dit, il prendra les moyens de son ambition pour le Québec et se gardera une marge de manœuvre stratégique.C\u2019est dans l\u2019ensemble de son programme d\u2019action, c\u2019est-à-dire dans son projet de société que le contenu de la souveraineté doit s\u2019incarner et non pas seulement dans la définition des modalités d\u2019accession à la souveraineté.La prochaine élection ne sera pas référendaire, elle ne décidera pas du statut politique du Québec, mais elle donnera le mandat au Parti québécois d'agir conformément à son objectif premier.Elle ne fera ni plus ni moins que ce que les élections fédérales ou provinciales font lorsqu\u2019un parti fédéraliste prend le pouvoir.Gouverner avec la souveraineté en tête est tout aussi légitime que gouverner avec la promotion du fédéralisme canadien en tête.En ciblant la souveraineté comme enjeu de la prochaine élection, le discours péquiste revalorisera l\u2019exercice du pouvoir politique et replacera le rôle de l\u2019État au cœur du débat politique.C\u2019est déjà une façon de faire la pédago- 63 gie de la souveraineté.Gouverner souverainement implique que la question du qui décide de ce qui est bon pour les Québécois, de qui a le pouvoir sur notre développement collectif, sera au centre de l\u2019actualité politique et qu\u2019il y aura en permanence un processus de dévoilement des relations de pouvoir dans le cadre de la fédération canadienne puisque chaque décision importante sera prise en fonction de l\u2019intérêt national québécois.Un gouvernement agit au nom de la société, en fonction d\u2019une définition de ce qu\u2019il estime être le bien commun ou l\u2019intérêt national, mais il ne gouverne pas pour toute la société.Tout choix politique avantage certains et en désavantage d\u2019autres.En définissant ses valeurs et ses objectifs dans son programme et dans ses discours électoraux, un parti permet à l\u2019électeur de faire un choix en toute connaissance de cause et si l\u2019électeur n\u2019est pas satisfait de l\u2019action gouvernementale soit parce que le parti gouvernemental n\u2019a pas respecté les engagements initiaux, soit parce qu\u2019il a favorisé une minorité de citoyens au détriment de la majorité, il a la possibilité de retirer sa confiance au parti gouvernemental à la prochaine élection.Ce qui est démocratique pour le gouvernement canadien ou pour un gouvernement québécois fédéraliste, l\u2019est aussi pour un gouvernement souverainiste qui est élu comme les autres pour appliquer son programme d\u2019action.L\u2019électeur saura qu\u2019en votant pour le Parti québécois, il vote pour un parti qui agira de façon conséquente pour atteindre son objectif premier.Il conservera toujours la possibilité de sanctionner l\u2019action gouvernementale et deux fois plutôt qu\u2019une : soit à l\u2019occasion d\u2019un référendum qui mettra simultanément en jeu le statut politique du Québec et l\u2019équipe gouvernementale qui s\u2019engagera à démissionner dans le cas d\u2019un vote de rejet de l\u2019option 64 souverainiste, soit si un tel référendum n\u2019avait pas lieu à l\u2019occasion de la prochaine élection.Gouverner souverainement signifie que le Parti québécois doit cibler un nombre d\u2019objectifs limités à valeur exemplaire qu\u2019il s\u2019engage à réaliser s\u2019il est élu et qui traduiront en politiques concrètes les valeurs de son projet de société.Il doit offrir à l\u2019électeur des projets ambitieux qu'il s\u2019engage à réaliser même si ceux-ci sont en dehors des compétences dites provinciales.Il démontrera ainsi ce qu\u2019un gouvernement social-démocrate pourrait faire dans le cadre d\u2019un véritable État national.Le programme de l\u2019action gouvernementale devra ainsi relier la question nationale et la question sociale et montrer concrètement aux Québécois ce que l\u2019État du Québec pourrait faire pour améliorer leurs conditions de vie s\u2019il était souverain.Cette nouvelle conception de l\u2019action gouvernementale susciterait forcément des réactions négatives, des dénis de juridiction qui illustreraient concrètement les limites imposées par le cadre fédéral aux aspirations et aux besoins des Québécois.Les conflits de pouvoirs feraient ainsi la pédagogie de la souveraineté, ce qui s\u2019est produit au début de la révolution tranquille où s\u2019est précisément développé le projet de souveraineté.La conscience collective se forge dans les rapports de force de sorte que la contestation active de l\u2019ordre constitutionnel canadien devrait renforcer l\u2019appartenance au Québec.Par des actions sociales ambitieuses le Parti québécois pourrait renforcer son enracinement dans les milieux populaires et combattre la désaffection envers la politique. 65 Le cheminement vers la souveraineté par une assemblée constituante Gouverner avec la souveraineté en tête signifie qu\u2019en plus de la gestion courante des politiques publiques, le gouvernement souverainiste doit mettre en oeuvre un plan d\u2019action préparant la souveraineté.Un ministère de la transition devrait être créé pour réaliser toutes les études préparatoires et définir les cadres financiers et juridiques de la transition politique.Le cheminement vers la souveraineté doit prévoir une période de sensibilisation de l\u2019opinion publique car les expériences passées ont montré qu\u2019il pouvait être hasardeux de limiter à une trentaine de jours le débat sur le choix d\u2019un pays.Il est illusoire de penser construire un pays sur une campagne de communication même en disposant des meilleurs experts.Il faut une volonté populaire forte pour effectuer un changement de système politique et les impressions positives engendrées par une campagne électorale ou référendaire sont par définition fugaces et versatiles.Pour entraîner une conviction durable, il faut au préalable impliquer les citoyens dans la définition de l\u2019architecture institutionnelle du Québec souverain en instituant une nouvelle structure de participation qui prendrait la forme d\u2019une assemblée constituante élue au suffrage universel, l\u2019élection des constituants au suffrage universel leur donnant la légitimité de définir les grandes orientations institutionnelles du nouveau pays.Afin de favoriser la plus large représentation possible des options, tout en préservant l\u2019efficacité des délibérations, la loi devrait prévoir l\u2019élection de deux constituants par circonscription électorale, obligatoirement un homme et une femme par circonscription.L\u2019élection des 66 250 constituants devrait être administrée par le Directeur général des élections.Ainsi, créée par une loi de l\u2019Assemblée nationale, cette assemblée constituante aura un statut légal et décisionnel.Elle pourra agir en quelque sorte comme une deuxième Chambre élue et avoir un pouvoir codécisionnel avec celui de l\u2019Assemblée nationale.Le mandat de l\u2019Assemblée constituante serait limité à deux ans.L\u2019adoption de la constitution se ferait successivement par les deux chambres : d\u2019abord par l\u2019Assemblée constituante et ensuite par l\u2019Assemblée nationale.Ce parcours offre plusieurs avantages.Il met la volonté populaire au centre du processus de changement politique.Il redonne au Québec l\u2019initiative dans le dossier constitutionnel.Il permet aux trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale de faire valoir leur point de vue, sans nuire au travail parlementaire.Il élargit le débat à des intervenants qui n\u2019ont pas de préoccupations électorales et qui auront une plus grande liberté d\u2019expression.Le processus constituant offre aussi l\u2019avantage de s\u2019étaler dans le temps et d\u2019être moins déchirant qu\u2019un référendum.Il permet d\u2019élargir le champ de la réflexion à des questions plus complexes que celles posées dans un référendum, comme, par exemple, la réforme du mode de scrutin ou la nature des institutions représentatives.Il a surtout le grand avantage de stimuler la participation et la délibération à la base, en donnant la parole aux citoyens, ce qui ne se produit ni dans les campagnes électorales ni dans les référendums où la parole publique est monopolisée par les dirigeants des partis.Sur le plan stratégique, le travail de l\u2019Assemblée constituante permettra de contrôler l\u2019ordre du jour politique, de capter l\u2019attention de l\u2019opinion publique et de marginaliser l\u2019influence ou l'ingérence du gouvernement canadien.Elle assurerait 67 une diffusion extensive des débats en organisant des séances dans toutes les régions du Québec ou encore en organisant des assemblées consultatives dans chacune des circonscriptions électorales.La convocation d\u2019une assemblée constituante serait un exercice d\u2019autodétermination, car nous pourrions dire collectivement ce que nous voulons être, quelles sont les valeurs qui fondent l\u2019être ensemble québécois et quelles sont les institutions qu\u2019il nous faut pour assurer notre destin politique.Il s\u2019agirait d\u2019un geste de souveraineté car l\u2019élaboration d\u2019une constitution par une assemblée mandatée par les citoyens est l\u2019essence même de l\u2019exercice de la souveraineté.Les Québécois sauraient ainsi à quoi s\u2019en tenir quant aux restrictions qu\u2019impose le cadre fédéral et aux possibilités qu\u2019offre la souveraineté.Ils auraient aussi une vision claire du cadre institutionnel qui régirait le nouveau pays et des diverses modalités du transfert de souveraineté.Les Québécois toujours maîtres de leur avenir.En fin de parcours, il devrait enfin y avoir un référendum de ratification qui porterait sur le nouveau statut politique du Québec.La question devrait être la plus simple possible : Voulez-vous que le Québec devienne un État souverain ?Si une majorité de Québécois disaient oui à la souveraineté, celle-ci serait immédiatement proclamée et la constitution deviendrait effective.Si les Québécois disent non, le gouvernement souverainiste démissionne dans les trois mois qui suivent et il y a de nouvelles élections.On peut faire trois types d\u2019objections à cette approche intégrée et cumulative des moyens de promotion de la souveraineté. 68 1-\tC\u2019est trop risqué.Gouverner souverainement implique une situation de tension et d\u2019affrontement avec l\u2019État fédéral qui pourrait prendre des mesures de rétorsions pour contrecarrer les législations non constitutionnelles.Si le champ d\u2019action choisi répond à des besoins prioritaires et correspond à des attentes populaires, l\u2019État canadien devra calculer les coûts politiques de ses interventions car il sera piégé : plus le gouvernement fédéral privera les Québécois de ressources et d\u2019avantages, plus il renforcera la nécessité de la souveraineté aux yeux de l\u2019opinion publique.C\u2019est lui qui sera sur la défensive.Duplessis avait bien compris cette logique et n\u2019a pas craint de forcer le jeu pour rapatrier une partie du pouvoir de taxation.2-\tC\u2019est trop compliqué.Comme il s\u2019agit d\u2019un processus continu étalé dans le temps, cette démarche peut être perçue comme moins simple et directe qu\u2019un référendum.La complexité n\u2019est qu\u2019apparente et tient essentiellement à la mise en place d\u2019une assemblée constituante.L\u2019idée que le temps est venu pour le Québec de se doter d\u2019une constitution et de revoir l\u2019architecture institutionnelle fait son chemin dans l\u2019opinion publique et plusieurs partis penchent vers cette solution.Prévoir à l\u2019avance dans quel cadre politique et juridique fonctionnera le Québec de demain pourrait être présenté comme une mesure de sagesse.Au minimum, cette constitution pourra renforcer l\u2019identité québécoise en s\u2019inspirant du modèle républicain.3-\tC\u2019est trop divisif.On peut craindre que le débat sur le cadre institutionnel créera des dissensions sur des enjeux secondaires par rapport à l\u2019objectif principal et que le 69 contenu de la constitution pousse des Québécois à refuser la souveraineté.Même si cela était vrai il serait plus rationnel de faire ce débat avant l\u2019accession à la souveraineté plutôt qu\u2019après où il y aura bien d\u2019autres enjeux primordiaux à régler.Comme cette constituante élargira la représentation nationale, toutes les tendances de la société seront représentées.Si les convictions des souverainistes sont renforcées, ils feront la part des choses et comprendront qu\u2019on peut réviser une constitution plus facilement que le statut d\u2019État souverain.Dans l\u2019ensemble, je pense que ce positionnement déterminé et pro actif en faveur de la souveraineté offre plus d\u2019avantages que d\u2019inconvénients.Il clarifie la démarche du Parti québécois en recentrant le débat politique et l\u2019enjeu électoral sur le projet souverainiste et en intégrant fortement la dimension nationale et la dimension sociale ce qui aura un effet mobilisateur sur l\u2019engagement des militants et sur l\u2019opinion publique.Il suscitera le ralliement des souverainistes déçus, il permettra d\u2019endiguer d\u2019éventuelles fuites de l\u2019électorat souverainiste soit vers l\u2019ADQ, soit vers de nouveaux partis de gauche.Il suscitera une participation intense d'abord à la campagne électorale et ensuite au processus d\u2019élaboration de la constitution.Il maximisera les chances d\u2019accroître le soutien à la souveraineté tout en laissant une marge de manœuvre au gouvernement pour choisir le moment de déclencher le référendum ou pour le reporter si des circonstances imprévues se manifestaient.? 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DOSSIER PATRIMOINE RELIGIEUX: ENJEUX ET BESOINS Dossier PATRIMOINE RELIGIEUX : ENJEUX ET BESOINS Préservation et mise en valeur du patrimoine religieux : le gouvernement Charest n\u2019a pas le mandat de compromettre l\u2019avenir ¦Lucia Ferretti\t72 Les ensembles religieux dans l'espace urbain ¦Louise Letocha\t87 Pour mieux gérer l\u2019avenir des lieux de culte ¦Louise Mercier\t92 L'écomusée de l\u2019Au-delà et le patrimoine funéraire ¦Alain Tremblay\t98 « Sauvons notre église » : quelques exemples de prise en main ¦Manon Leroux\t123 Les vestiges de notre passé, modernisons-les ! ¦Marie-Lyne David\t134 Diversité religieuse et lieux de culte au Québec ¦Marc-Henri Vidal\t140 Genèse d\u2019un secteur pastoral.Le nouveau visage de cinq paroisses rurales dans le Bas-St-Laurent ¦Claude Pigeon\t152 Lire Les essais\t178 Livres reçus\t\u2022\t197 Courrier des lecteurs\t198 Index des auteurs 2004\t200 Index de nos annonceurs\t215 72 DOSSIER Lucia Ferretti* PRÉSERVATION ET MISE EN VALEUR DU PATRIMOINE RELIGIEUX : LE GOUVERNEMENT CHAREST N\u2019A PAS LE MANDAT DE COMPROMETTRE L\u2019AVENIR En juin dernier, le gouvernement Charest a annoncé qu\u2019il ne donnera pas un sou en 2004-2005 au programme de Soutien à la restauration du patrimoine religieux, un programme relevant du ministère de la Culture et des Communications et géré par la Fondation du patrimoine religieux du Québec.L\u2019année dernière, par ailleurs, à peine 6,4 des 11,4 millions promis ont été versés2.Rappelons qu\u2019entre 1995 et 2003, soit entre la mise sur pied de ce programme et la prise du pouvoir par les Libéraux, la contribution gouvernementale moyenne s\u2019était élevée plutôt à une vingtaine de millions de dollars chaque année3.La ministre Line Beauchamp a justifié la décision de son gouvernement en faisant valoir qu\u2019« un temps de réflexion s\u2019impose » avant de poursuivre dans la voie de la sauvegarde de notre patrimoine religieux4.Sans doute, l\u2019évaluation de tout programme gouvernemental est-elle justifiée après un certain nombre d\u2019années.Cependant, dans un contexte où le gouvernement se tourne vers les P PP (Partenariats public/privé) chaque fois qu\u2019il en a l\u2019occasion, une telle annonce est inquiétante.En effet, couper les fonds au programme de Soutien à la restauration du patrimoine religieux risque de briser les ailes à un mouvement de mobilisation collective encore fragile, mais qui a pourtant conduit à des * Historienne, Université du Québec à Trois-Rivières'. 73 réalisations exceptionnelles depuis bientôt dix ans.En effet, non seulement plusieurs édifices cultuels de toutes confessions, œuvres d\u2019art et pièces d\u2019archives ont-ils été préservés et mis en valeur grâce au programme de Soutien à la restauration du patrimoine religieux, mais en plus, les Québécois se sont découvert une nouvelle fierté et un nouvel engagement à l\u2019égard de ce patrimoine lié tout ensemble à leur foi, à leur inscription dans l\u2019histoire et à des développements économiques pour l\u2019avenir.Nous ne pouvons pas laisser faire cela.Un diagnostic unanime, malheureusement remis en question Plusieurs trésors architecturaux, artistiques et documentaires de notre patrimoine religieux ont été détruits à partir des années i960.Qu\u2019on pense seulement à la remarquable cathédrale Saint-Jacques, à Montréal, démolie pour faire place à l\u2019UQAM ; à tant de petits temples protestants abandonnés, en milieu rural ; ou aux archives de si nombreuses paroisses anciennes, un peu partout au Québec, jetées pour faire de la place ou parce que l\u2019église a fermé ses portes.Malgré tout, toutes confessions confondues, le Québec compte encore mille sept cents lieux de culte érigés entre le Régime français et la fin de la Seconde Guerre mondiale, auxquels il faut ajouter, pour ces trois siècles, presque autant de monastères, presbytères et autres édifices à vocation religieuse, pour un total d\u2019environ trois mille édifices ; six cents églises, temples, synagogues et mosquées ont par ailleurs été construits au cours des soixante dernières années5.Et on ne parle pas ici des archives documentaires et photographiques, des collections d\u2019objets d\u2019art sacré, ni des cimetières.Tout ce patrimoine légué par nos ancêtres, qui est le fruit de leur foi, de leurs valeurs identitaires les plus profondes et de 74 leurs investissements collectifs sur des générations, repose aujourd\u2019hui entre les mains de communautés croyantes et de congrégations religieuses de plus en plus réduites et vieillissantes, à la ville comme à la campagne.Celles-ci consacrent pas moins de deux cent cinquante millions de dollars, chaque année, à sa gestion et à son entretien régulier, une somme considérable qui témoigne éloquemment de l\u2019attachement qu\u2019elles ressentent pour notre héritage cultuel collectif6.Une telle situation est anormale.Non seulement parce que, même en oubliant ce qu\u2019il faudrait investir pour mettre en valeur ce patrimoine et le revitaliser, il manque encore cinquante millions chaque année pour simplement effectuer les travaux d\u2019urgence et de rattrapage qui s\u2019imposeraient aux bâtiments.Mais surtout, parce que la sauvegarde de ce patrimoine, qui est le plus ancien, le plus lié à nos représentations collectives traditionnelles du monde, le mieux réparti sur le territoire et sans doute l\u2019un des plus marquants de notre présence dans l\u2019histoire, ne devrait pas continuer d\u2019être assumée seulement par les fabriques, congrégations, consistoires et autres groupes institutionnalisés de croyants, bien qu\u2019ils en soient, souvent en notre nom d\u2019ailleurs, les propriétaires légaux : cet héritage cultuel, qui constitue une grande partie de notre patrimoine identitaire, il doit être de notre responsabilité collective.Après trois décennies d\u2019indifférence, la société québécoise s\u2019est d\u2019ailleurs reconnu cette responsabilité collective au milieu des années 1990 : la mise sur pied de la Fondation du patrimoine religieux du Québec, en 1995, et les travaux qu\u2019elle a réalisés depuis découlent directement de cette prise de conscience tardive et fragile, certes, mais réelle des Québécois. 75 Mais que la sauvegarde d\u2019un patrimoine identitaire soit de responsabilité collective et, entre autres, de la responsabilité de l\u2019État, voilà ce à quoi ne veut pas souscrire le gouvernement Charest, lui qui s\u2019emploie au contraire sans relâche, depuis son élection, à démembrer cet autre élément essentiel de notre patrimoine identitaire qu\u2019est justement l\u2019État québécois.La Fondation du patrimoine religieux du Québec et ses réalisations depuis 1995 Plusieurs pays aux prises avec ce défi de conserver un patrimoine religieux historique dans un contexte de baisse de la pratique traditionnelle ont mis au point des solutions en accord avec leur culture de gestion.En France, par exemple, où l\u2019État intervient depuis la Révolution de 1789 pour acquérir, protéger, restaurer, classer et mettre en valeur le patrimoine, considéré comme un bien collectif, les lieux de culte bâtis avant 1905 sont de propriété publique ; la République assume l\u2019entretien des cathédrales tandis qu\u2019aux communes revient celui des lieux de cultes locaux?.En Angleterre, autre exemple, l\u2019Église anglicane et l\u2019État financent conjointement des Trusts, organismes qui prennent possession des lieux de culte excédentaires.Chez nous, où les biens religieux patrimoniaux appartiennent pratiquement tous à des personnes légales privées8 et où il est de tradition de décider en concertation, la Fondation du patrimoine religieux du Québec constitue certainement un modèle unique au monde.Dans tous les documents qu\u2019elle publie, notamment ses Rapports annuels, cette Fondation se présente elle-même ainsi : corporation sans but lucratif, à caractère multiconfessionnel et qui oeuvre à l\u2019échelle du Québec.Regroupant les 76 représentants désignés par les autorités religieuses des propriétaires de biens mobiliers, oeuvres d\u2019art et édifices patrimoniaux des diverses traditions religieuses et de toutes les régions du Québec, la Fondation a pour mission d\u2019aider ces propriétaires à assurer la conservation et la mise en valeur de leurs biens patrimoniaux par la restauration et l\u2019entretien préventif.Elle agit en partenariat et en collaboration étroite avec les collectivités locales et les propriétaires d\u2019une part, et d\u2019autre part avec le ministère de la Culture et des Communications du Québec.Son action est décentralisée.En effet, dès le début, la Fondation a demandé à toutes les régions de se doter de tables de concertation auxquelles collaborent des représentants des traditions et communautés religieuses ainsi que ceux du Ministère.C\u2019est aux tables régionales que se prennent les décisions sur les projets de restauration soumis pour cette région en fonction des enveloppes budgétaires disponibles, et ce sont elles qui assurent le suivi des projets acceptés.Par exemple, c\u2019est la table régionale de la Mauricie et du Centre-du-Québec qui a agréé le projet de protection de la façade de l\u2019église Saint-Michel à Yamaska, ou celui de réfection de la maçonnerie du sanctuaire historique de Notre-Dame-du-Cap, à Cap-de-la-Madeleine, en 2003, plutôt que tel ou tel autre.De même, chaque tradition ou communauté religieuse établit les priorités pour son propre ensemble de bâtiments : ainsi, l\u2019Église anglicane a pu décider, en 2001, de soutenir la restauration de petits temples érigés en Gaspésie, en Beauce et sur la Côte-Nord, par exemple, malgré le peu de fidèles de cette confession encore présents dans ces régions.En 2004, un des projets financés concerne un lieu de culte sikh, dans le quartier montréalais de Pointe-Saint-Charles.Dans tous les cas, l\u2019aide que la Fondation accorde l\u2019est aux biens religieux patrimoniaux, et non à une religion ou à une Église. 77 Le programme de Soutien à la restauration du patrimoine religieux a constitué jusqu\u2019à maintenant le principal moyen d\u2019action de la Fondation.Ce programme fixe des conditions bien précises aux promoteurs des projets soumis.N\u2019y sont admissibles que les trois mille lieux de culte officiels et autres édifices à vocation religieuse construits avant 1945 et utilisés à ces fins depuis plus de cinquante ans, ainsi que le mobilier et les œuvres d\u2019art d\u2019intérêt patrimonial qu\u2019ils renferment.En outre, la participation financière du ministère de la Culture et des Communications ne peut s\u2019élever à plus de 85 % du total des dépenses admissibles sur l\u2019ensemble des projets autorisés, le milieu devant fournir la différence, en sus de ce qui est déjà consenti pour l\u2019entretien régulier.L\u2019expérience était inédite, il a fallu apprivoiser le programme.Il a fallu apprendre à travailler ensemble aux tables régionales : les confessions y étant représentées selon le nombre de bâtiments patrimoniaux quelles possèdent dans chaque région, on a assisté à l\u2019occasion à certains jeux de pouvoir entre elles, mais aussi entre les divers pôles des régions, ou entre les experts et les politiques.De même, il a fallu se donner des critères de sélection : avant de financer la restauration d'un clocher, par exemple, s\u2019être assuré que les fondations de l\u2019église soient elles-mêmes assez solides pour ne pas compromettre à brève échéance toutes les réparations ; ou éviter d\u2019engloutir toute la subvention annuelle allouée à une région dans la réparation d\u2019un seul édifice particulièrement endommagé.Il a fallu aussi se donner des balises inattaquables : sur ce point, depuis sa création, la Fondation a fait siens les principes de conservation et de restauration reconnus à l\u2019échelle internationale par le Conseil international des monuments et sites (ICOMOS).Enfin et surtout, la pratique de quelques années a convaincu la 78 Fondation qu\u2019elle devait se doter d\u2019un outil objectif et complet pour déterminer la valeur patrimoniale des immeubles, biens mobiliers et œuvres d\u2019art en vue de prendre des décisions aussi éclairées que possible.Les inventaires de biens patrimoniaux n\u2019existant pas pour toutes les régions, et ceux dont elle disposait étant notablement incomplets, la Fondation annonçait donc dès septembre 2001 son intention de procéder à un inventaire général des lieux de culte construits avant 19759- Après neuf ans d\u2019activité, les résultats du programme sont probants : entre 1995 et 2004, le gouvernement du Québec a investi près de cent trente-cinq millions de dollars dans ce programme, complétés par une participation du milieu évaluée à quarante-cinq millions de dollars (c\u2019est-à-dire non pas 15 % mais bien 25 % de la contribution totale)10.Ces sommes ont permis de restaurer, partiellement ou complètement, près de huit cents édifices (lieux de culte, couvents, monastères, orgues et vitraux11) et plus de deux cents œuvres d\u2019art et biens mobiliers, tels que murs d\u2019enceinte et calvaires de cimetières, chapelles de procession, tableaux, sculptures et ornements liturgiques.Les coûts d\u2019administration du Programme ne dépassent pas 2 % du total, car la Fondation est presque entièrement constituée de bénévoles, y compris parmi les membres qui siègent aux tables régionales.Les retombées de cette mise en valeur dépassent de beaucoup les sommes précitées.Environ deux mille cinq cents emplois directs et indirects ont été créés, dans toutes les régions, grâce aux investissements du programme, ce qui a entraîné, entre autres, des entrées fiscales non négligeables pour le gouvernement.Ces emplois concernent beaucoup la construction, certes, mais pas seulement.En effet, nombre de métiers anciens, tels que tailleurs de pierre ou peintres à 79 fresque par exemple, retrouvent une nouvelle jeunesse, et ceux qui les pratiquent développent une expertise hautement exportable par la suite.Les édifices ainsi restaurés se trouvent protégés contre les incendies, ce qui leur assure une durabilité accrue.La contribution financière exceptionnelle des communautés locales aux travaux de restauration engendre par ailleurs chez elles non seulement un resserrement de la vie sociale, mais aussi une nouvelle fierté à l\u2019égard de ce patrimoine religieux restauré, sis bien souvent au cœur même du quartier ou du village, et qui compte pour tant dans la beauté du paysage bâti.La présence des lieux de culte patrimoniaux s\u2019est ainsi accrue dans l\u2019offre touristique des régions du Québec, répondant enfin à la demande déjà ancienne de l\u2019industrie12.Bref, identité et économie marchent de pair pour contribuer à revitaliser bien des régions, et même le centre-ville de Montréal.Par ailleurs, grâce à des contributions spéciales du Fonds Jeunesse Québec et, dans une moindre mesure, du ministère de la Culture et des Communications, la Fondation du patrimoine religieux du Québec a pu embaucher, en 2003 et de nouveau en 2004, une quarantaine de jeunes diplômés en architecture, en urbanisme, en histoire de l\u2019art et en histoire, pour faire effectuer cet Inventaire des lieux de culte du Québec annoncé dès 2001.Outre l\u2019expérience inestimable que ces jeunes experts acquièrent ainsi, la première phase a permis de visiter et de répertorier plus de deux mille sept cents lieux de culte construits avant 1975 (et donc pas tous admissibles au programme de Soutien à la restauration), de compiler sur eux des informations historiques et architecturales et de les photographier.Toutes les fiches sont désormais disponibles sur le site web de la Fondation, ce qui est encore une manière de rendre à l\u2019ensemble de la société 8o québécoise le fruit des travaux de la Fondation.La seconde phase vise quant à elles spécifiquement la documentation et l\u2019évaluation des mille sept cents églises, temples et autres édifices réservés au culte public érigés avant 1945, dans le but d\u2019en établir une hiérarchisation régionale et nationale à cinq niveaux : valeur incontournable, exceptionnelle, supérieure, moyenne, ou peu signifiante.Cette évaluation et cette hiérarchisation patrimoniale s\u2019effectuent sur la base des trois critères que sont d\u2019une part la valeur historique et symbolique de chacun des lieux de culte, elle-même établie en fonction de l\u2019ancienneté du bâtiment et de son potentiel historique ou commémoratif, de sa valeur d\u2019art et d\u2019architecture extérieure et enfin de sa valeur d\u2019art et d\u2019architecture intérieure, ces deux critères tenant compte de la place occupée par l\u2019édifice dans la production courante, la renommée de son concepteur, la qualité de la construction et celle du mobilier liturgique13.Parmi les objectifs de tout ce travail, effectué dans toutes les régions, il y a celui d\u2019orienter le financement des travaux à venir spécifiquement vers les édifices jugés de plus grande valeur patrimoniale en vertu des critères objectifs qui viennent d\u2019être énoncés ; mais aussi celui de faire connaître aux communautés locales de tout le Québec la valeur réelle de leur patrimoine, et de les sensibiliser à la nécessité d\u2019investir personnellement dans ce patrimoine ; et, enfin, celui d\u2019outiller davantage les congrégations, fabriques, diocèses, consistoires et autres propriétaires de biens religieux dans les décisions de conservation et de restauration qu\u2019elles sont conduites à prendre de plus en plus souvent.En plus d\u2019administrer le programme de Soutien à la restauration du patrimoine religieux, la Fondation cherche à susciter l\u2019intérêt et la réflexion sur les questions reliées à son 8i mandat.Elle a participé notamment à l\u2019organisation de quelques colloques sur l\u2019avenir des églises dans certaines régions du Québec, produit un guide de conservation et d\u2019entretien du patrimoine mobilier religieux, réalisé une vidéo sur la restauration de ce patrimoine, contribué à la rédaction de quelques cahiers souvenirs, financé un projet de conservation de la mémoire orale des Augustines de la Miséricorde de Jésus à Québec, ainsi qu\u2019une étude sur le patrimoine religieux et les métropoles.Dans nombre de ces activités, la Fondation s\u2019est associée à d\u2019autres groupes actifs dans la protection du patrimoine.En 2005, elle organisera une conférence internationale sur la préservation et la mise en valeur du patrimoine religieux, à Montréal, en collaboration avec le Conseil international des monuments et sites, l\u2019ICOMOS'A Les défis Tarir le financement de la Fondation, comme le gouvernement actuel a décidé de le faire, ne contribuera pas à la solution des mrdtiples défis que la société québécoise a encore à relever quand il s\u2019agit de son patrimoine religieux.Le plus évident d\u2019entre eux, c\u2019est que les groupes institutionnalisés de croyants qui ont été jusqu\u2019à maintenant, en notre nom collectif, les gardiens traditionnels de ce patrimoine peuvent de moins en moins continuer à en prendre soin, et se voient bien souvent forcés de passer la main à de nouveaux utilisateurs.Or, cette opération comporte de nombreux risques.Sans doute, nul ne conteste que le Québec dispose globalement de trop de lieux de culte et autres édifices à vocation religieuse pour ses besoins actuels.Que les bâtiments de 82 valeur patrimoniale faible ou nulle soient vendus, on ne saurait s\u2019en offusquer.Qu\u2019ils soient transformés en condos ou en bureaux pose cependant le problème de l\u2019appropriation privée, sans usage public, d\u2019immeubles qui tous, même les monastères et les couvents, ont été érigés grâce à des offrandes, des corvées, voire des subventions gouvernementales consenties précisément parce qu\u2019ils allaient servir, au moins en partie, de lieux pour tous.On doit donc encourager plutôt les réaménagements qui assurent la préservation d\u2019un usage public ou communautaire, comme c\u2019est le cas lorsque des bureaux du gouvernement du Québec, de groupes communautaires ou des municipalités continuent de s\u2019installer dans d\u2019anciens presbytères ou d\u2019anciennes écoles ; ou que des bibliothèques publiques, l\u2019École de cirque ou toute autre initiative culturelle ou éducative trouvent un nouvel asile dans les lieux de prière en surnombre ; ou encore lorsque, dans tel ou tel village, la nouvelle salle multifonctionnelle municipale partage désormais la nef avec le culte, une dimension vitale de tous ces édifices pour les communautés croyantes qui continuent de les utiliser.Cependant, tous les édifices de valeur patrimoniale supérieure, exceptionnelle et incontournable devraient continuer de bénéficier du programme de Soutien à la restauration du patrimoine religieux.Il faut protéger à tout prix les joyaux qui nous restent, tout comme il faut éviter absolument que des trésors artistiques, documentaires et archivistiques deviennent des biens privés sans usage public et a fortiori qu\u2019ils quittent le Québec.Encore en 2004, l\u2019église Erskine and American, à Montréal, qui contient la plus importante collection de vitraux Tiffany au monde, est passée à un cheveu d\u2019être vendue à des promoteurs privés et transformée en condos, car le Musée des Beaux-Arts de Montréal à qui les 83 fidèles désiraient la vendre, ne recevait pas des gouvernements l\u2019argent pour l\u2019acheter1?.Il faut que l\u2019État, et particulièrement l\u2019État québécois, subisse avec suffisamment de force nos pressions collectives pour qu\u2019il ne soit pas tenté de se désengager de sa responsabilité envers la sauvegarde du patrimoine religieux.Sur ce point, les PPP sont loin d\u2019être la solution.Là où il aurait fallu que les gouvernements investissent 1,6 million de dollars pour acheter l\u2019église Erskine and American, et dépensent douze millions supplémentaires pour l\u2019aménager en fonction des projets du Musée des Beaux-Arts, il en dépenseront finalement vingt sur vingt ans pour ne même pas jouir de la propriété des vitraux, si le plan préparé par la compagnie montréalaise L.M Sauvé Limitée, qui veut s\u2019impliquer dans le projet, est finalement agréé16.C\u2019est cette même compagnie qui, dans le cadre d\u2019un autre PPP, s\u2019apprête à démolir les établissements commerciaux qui masquent la façade de l\u2019église Saint James, rue Sainte-Catherine à Montréal.Le gouvernement Charest n\u2019a pas le mandat de briser l\u2019élan donné depuis une dizaine d\u2019années à la préservation et à la restauration de notre patrimoine religieux, pas plus qu\u2019il n\u2019a celui de réserver les fonds publics à enrichir des entrepreneurs en construction qui ont flairé dans le patrimoine religieux un nouveau secteur à profits.Il n'a pas le mandat de court-circuiter l\u2019expertise et les outils que s\u2019est patiemment donnés la Fondation, pour décider au contraire des projets de restauration à soutenir sur la base de ce qui pourrait bien être à l\u2019occasion le simple rendement politique.La ministre Line Beauchamp a beau s\u2019écrier que son gouvernement continuera de financer la restauration du patrimoine religieux, la solution des PPP qu elle semble privilégier n\u2019en est une ni sous le rapport financier, ni sous le rapport de la sen- 84 sibilisation des Québécois au soutien de leur patrimoine identitaire religieux, ni enfin sous celui de l\u2019équité entre les régions.Les deux chantiers de la Erskine and American et de l\u2019église Saint James font la preuve qu\u2019il en coûte moins cher de financer la Fondation que de financer des P PP ; or, tout cet argent public investi en surplus pour permettre à des entreprises privées de faire des profits à long terme, ne le sera pas pour sauver tel calvaire de cimetière de village, restaurer tel tableau de maître, attirer l\u2019attention sur telle chapelle desservant les autochtones, ou soutenir tout autre projet qui n\u2019intéressera jamais le secteur privé.Ce qu\u2019il faut, au contraire, c\u2019est consolider le financement de la Fondation en y accroissant les subventions gouvernementales d\u2019une part, et en consentant par ailleurs des crédits d\u2019impôts substantiels aux particuliers qui y investissent.Conclusion La Fondation du patrimoine religieux du Québec est l\u2019une des belles expériences réalisées au Québec depuis longtemps.Sa structure de fonctionnement, qui fait appel à des bénévoles pour qui ce patrimoine est important, et la contribution financière qu'il suppose des communautés élargies ont conduit à une sensibilisation du public et à un nouvel intérêt pour le patrimoine religieux.La preuve est faite, depuis une dizaine d\u2019années, que lorsque l\u2019État participe à une action positive et s\u2019engage financièrement de manière suffisante, les résultats s\u2019ensuivent.Cependant, tout ce travail reste à consolider.Car dix ans sont trop peu pour venir à bout d\u2019une manière définitive de notre culture d\u2019indifférence envers le patrimoine, qui est malheureusement trop bien ancrée, et qui pourrait encore nous conduire à accepter que des trésors patrimoniaux soient détruits ou cédés à des promoteurs intéressés à 85 un nouveau secteur de profits.Par ailleurs, le modèle de la Fondation pourrait avec succès être appliqué à d\u2019autres secteurs du patrimoine, tels que des usines, des écoles ou des maisons anciennes, ce qui contribuerait à terme non seulement à sauver plusieurs édifices à grande valeur historique et patrimoniale et à rehausser la valeur de nos paysages bâtis, mais surtout à consolider notre identité culturelle et nationale elle-même toujours à restaurer.?i Je remercie mes collègues Paul-Louis Martin et Jean Roy, historiens et professeurs à l\u2019UQTR, de leurs remarques sur une première version de cet article.Tous deux sont impliqués comme experts dans les travaux de la Fondation du patrimoine religieux du Québec.Paul-Louis Martin siège depuis 1996 à la Table régionale du Bas-Saint-Laurent.Depuis 2004, Jean Roy fait partie pour sa part du comité qui, à partir de l\u2019Inventaire des lieux de culte du Québec dressé par la Fondation, est chargé de l'évaluation patrimoniale et de la hiérarchisation de ceux-ci pour la région Mauricie-Centre-du-Québec. 86 2\tStéphane Baillargeon, « Québec élimine les subventions au patrimoine religieux », Le Devoir, 8 juin 2004, P- Ai.3\tFondation du patrimoine religieux du Québec (FPRQ), Bilan de l'intervention 1995-2007.Programme de Soutien à la restauration du patrimoine religieux, Québec, Culture et Communications, 2001, p.30; Idem, Rapport annuel 2003-2004, p.8.4\tLine Beauchamp, « La restauration du patrimoine religieux.Un temps de réflexion s\u2019impose », Le Devoir, 21 juin 2004, p.A7.5\tUlysse Bergeron, « Quand l\u2019union religieuse fait la force », Le Devoir, 10 avril 2004, p.G6 ; Claude Bergeron, L'architecture des églises au Québec, 7940-7985, Québec, P.U.L., 1987, 383 p.6\tFPRQ, Bilan de l'intervention 7995-2007, op.cit., p.7.7\tMarie-Anne Sire, La France du Patrimoine.Les choix de la mémoire, Paris, Gallimard, « Découvertes », 1996, 144 p.8\tHormis les congrégations religieuses, ces personnes légales privées sont en fait le plus souvent l\u2019émanation de collectivités.C'est le cas des fabriques, par exemple.Voilà pourquoi on ne peut en général absolument pas assimiler les propriétaires de biens religieux aux propriétaires privés d\u2019autres types de biens.9\tFPRQ, Bilan de l'intervention, 7995-2007, op.cit., p.60.Cet inventaire n\u2019était pas complété au moment où la Vérificatrice générale du Québec a rédigé son Rapport annuel pour 2002-2003.C'est ainsi qu\u2019elle a pu écrire (tome 1, chapitre 2) que la Fondation ne disposait ni d\u2019un tel inventaire, ni d\u2019une étude ayant hiérarchisé les biens religieux en fonction de leur valeur patrimoniale.La ministre Beauchamp a été trop heureuse de sauter sur cet argument et sur quelques autres émis pourtant avec beaucoup de prudence dans le même Rapport, pour parler des « remarques accablantes » qu\u2019on y trouve sur la Fondation et justifier ainsi la coupure totale des subventions de Québec au programme de Soutien à la restauration du patrimoine religieux pour 2004-2005.Voir Line Beauchamp, « La restauration du patrimoine religieux.Un temps de réflexion s'impose », Le Devoir, 21 juin 2004, p.A7.10\tFPRQ, Rapport annuel 2003-2004, p.8.11\tLes orgues et les vitraux sont considérés comme des immeubles par le programme.12\tOffice des Congrès et du tourisme du Grand Montréal, Étude sur le potentiel touristique du patrimoine religieux montréalais, présentée au ministère de la Culture et des Communications, rapport final, 1995, 83 f.13\tAnick Bouchard-Vézina, Euchariste Morin et Stéphane Pineault, Revue générale des évaluations patrimoniales et de la hiérarchisation régionale pour la région du Bas-Saint-Laurent, Rapport remis à la table régionale du Bas-Saint-Laurent, septembre 2004, dact., 8 p.+ annexes.14\tFPRQ, Rapport annuel 2002-2003, et 2003-2004.15\tStéphane Baillargeon, « Fermeture de l\u2019église Erskine and American », Le Devoir, 29 juin 2004, p.B10.16\tStéphane Baillargeon, « L\u2019espoir renaît d'intégrer l\u2019église Erskine and American au Musée des beaux-arts », Le Devoir, 25 octobre 2004, p.Ai. «7 DOSSIER Louise Letocha* LES ENSEMBLES RELIGIEUX DANS L\u2019ESPACE URBAIN Dans ce début du XXIe siècle, les mouvances que nous observons dans nos sociétés, que ce soient les changements de valeurs, la transgression des frontières politiques, les phénomènes démographiques et économiques et la médiatisation, nous obligent à une révision de nos perceptions de notre propre environnement.La question dite du « patrimoine religieux » n\u2019y est pas étrangère dans le contexte d\u2019une mutation des valeurs.Nous assistons, en effet, à des mouvements concurrents sur un plan social alors que notre société s\u2019était fortement laïcisée, depuis 25 ans.Le côtoiement avec d\u2019autres confessions religieuses s\u2019est intensifié au cours de la dernière décennie.Les manifestations sont plus perceptibles dans le cadre d\u2019une ville comme Montréal.Ville cosmopolite, depuis le XIXe siècle, Montréal présente, donc, un environnement urbain qui diffère des autres municipalités du Québec et de la plupart des villes au Canada.Cette réalité socio-culturelle s\u2019est traduite dans la forme urbaine et dans sa configuration qui s\u2019est précisée depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, de même que, dans la deuxième moitié du XXe siècle.Les lieux de culte qui englobent l\u2019église, l\u2019ensemble conventuel et les cimetières représentent pour * Présidente du Conseil du patrimoine de Montréal 88 Montréal une occupation au sol d\u2019une dimension assez impressionnante et dont le calcul de ces superficies n\u2019est pas encore établi.Nous viendrons plus précisément au cimetière dans l\u2019environnement dans la ville plus loin dans cet entretien.L\u2019inventaire des églises représente 600 bâtiments, les ensembles conventuels (105), les cimetières - des espaces plus considérables en superficie, ils sont du nombre de 12 environ sur le territoire de Montréal.Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges a lui seul couvre 138,7 hectares, ce qui donne une représentation d\u2019une échelle avec laquelle nous pouvons envisager l\u2019espace occupé sur le territoire de Montréal par ces différentes propriétés.Les caractéristiques physiques Il n\u2019est pas étonnant que les grandes propriétés institutionnelles et les lieux de culte fassent l\u2019objet d\u2019une page complète du volume 2 du Plan d\u2019urbanisme futur de la ville.Cependant, la préoccupation urbanistique semble porter surtout sur la conversion des usages de ces lieux que sur leur place dans la configuration de la ville.Or, nous insistons sur le fait que par leur superficie, leur implantation au sol et leurs bâtiments, les sites religieux présentent des caractéristiques sur le plan de l\u2019aménagement et de l\u2019architecture qui participent à la constitution du tissu urbain de Montréal.Notre participation à l\u2019opération d\u2019évaluation du patrimoine religieux, ces derniers mois, nous a amenés à une prise de conscience plus aiguë encore de l'envergure de ce phénomène dans l\u2019environnement montréalais. 89 Il faut, cependant, dégager en quoi et comment les nécropoles contribuent à caractériser notre environnement urbain et à le singulariser.Les spécificités du cimetière Le terme de nécropole, déjà, nous engage à établir une comparaison avec la ville, par son étymologie, et tend à décrire son caractère monumental.En effet, le cimetière est une entité composite qui comprend un aménagement paysager, des architectures, des ouvrages sculpturaux.Il est parfois comparé au jardin dans sa composition végétale et architecturale.Nous avons nous-mêmes référer à la charte de Florence (UNESCO, 1982) lorsque nous cherchions à décrire les particularités du cimetière Notre-Dame-des-Neiges.Tout en reconnaissant l\u2019exclusivité du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, nous pouvons, toutefois, admettre que depuis la fin du XIXe siècle, le cimetière est en général un ensemble qui relève d\u2019un aménagement paysager et d\u2019une implantation architecturale parfois très modeste (Repos Saint-François d\u2019Assise) et d\u2019une distribution ordonnée des ouvrages sculpturaux funéraires ou commémoratifs dont la valeur esthétique peut être très diversifiée et inégale.Lors de l\u2019élaboration du mémoire sur le Plan directeur du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, le printemps dernier, nous avons conservé autant d\u2019espace dans le texte à la topographie du lieu, aux espèces arboricoles et florales qu\u2019à l\u2019architecture et aux ouvrages sculpturaux et funéraires, ce qui explique bien la nature composite et complexe que représente le cimetière dans la ville.Cette entité particulière du cimetière rend difficile son appréhension, compte tenu de la symbolique qui lui est rattachée et l\u2019émotivité qu\u2019il peut faire surgir lorsque nous fréquentons ce lieu.Le débat qui a été go tenu autour de la typologie du cimetière, amorcé par Pierre-Richard Bisson, en 1999, dans le tome I du plan directeur du cimetière Notre-Dame-des-Neiges fait état de la « dualité » du concept d\u2019aménagement paysager pour un cimetière.Nonobstant la géomorphologie singulière du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, le cimetière dans la ville est un ensemble paysager dont l\u2019ordonnance relève, à la fois, d\u2019un agencement paysager, structuré par une disposition de stèles et d\u2019édicules de formes et de tailles variées.Toutefois, la perception d\u2019ensemble qui domine fait prédominer la nature paysagée sur l\u2019édification architecturale.Cette ambivalence du lieu fut, d\u2019ailleurs, confirmée à la fois par la reconnaissance fédérale et provinciale.Il a fallu user de deux définitions d\u2019arrondissement dans le cadre de la Loi sur les biens culturels pour parvenir à cerner le caractère de l\u2019entité du cimetière.Le caractère duel influe sur la façon de le traiter d\u2019un point de vue urbanistique.Il a fallu attendre 1987 et la création du site du patrimoine du mont Royal pour que l\u2019on considère les deux cimetières Mont Royal et Notre-Dame-des-Neiges dans la continuité du parc du mont Royal, valorisant par ce geste l\u2019espace vert et paysagé.Par contre, certains s\u2019objectent à l\u2019idée d\u2019associer le cimetière à un parc voyant dans cette attitude une profanation du lieu déjà sacralisé par la confession religieuse et une atteinte à la fonction du cimetière urbain.Le futur plan d'urbanisme de Montréal n\u2019inclut pas les cimetières sur son territoire parmi la cartographie des espaces verts.Nous constatons alors que les cimetières demeurent des zones protégées pour leur usage religieux, que ce sont en quelque sorte des enclaves qui pourtant contribuent à une écologie de l\u2019environnement de Montréal sans être reconnus pour cet apport.Ils sont aussi des lieux de recueillement pour le citoyen qui peut échapper à la turbulence et au brouhaha de la ville.Certains offrent un aspect 9i plus pittoresque, d\u2019autres noms incitatifs à la méditation sont plus monotones dans leur organisation.Au confluent des idées sur la ville et son urbanité, le cimetière ressort comme un havre oublié et dont on redécouvre les caractéristiques.Nul doute que le cimetière occupe des parcelles imposantes dans le territoire de la ville et que nous aurons à réfléchir sur l\u2019approche à développer en regard de sa singularité.La reconnaissance écologique ne devrait pas s\u2019accompagner d\u2019une négation de son usage cultuel, ni qu\u2019il demeure une halte dans notre urbanité trop bétonnée.? 92 DOSSIER Louise Mercier' POUR MIEUX GÉRER L\u2019AVENIR DES LIEUX DE CULTE Le sort du patrimoine religieux est préoccupant.Les changements profonds des pratiques religieuses imposent de nouvelles réalités : les paroisses fusionnent, les lieux de culte sont désaffectés, les communautés ne peuvent investir les sommes nécessaires à l\u2019entretien de ces bâtiments.Pourtant, ceux-ci jouent un rôle structurant dans l\u2019organisation de l\u2019espace public de nos villes et villages.Ils possèdent bien souvent des qualités architecturales indéniables et représentent l\u2019expression d\u2019un grand pan de notre culture.Pour ces raisons, l\u2019État, les citoyens, les municipalités et les organismes patrimoniaux luttent aujourd\u2019hui pour leur pérennité.Une expérience mise à profit Le Conseil des monuments et sites du Québec (CMSQ) est un organisme à but non lucratif qui veille depuis près de 30 ans à la protection et la sauvegarde du patrimoine bâti et des paysages humanisés au Québec.Au fil des ans, le Conseil des monuments et sites du Québec a été interpellé à plusieurs reprises par les citoyens et par les groupes locaux de protection du patrimoine pour se prononcer sur la sauvegarde d\u2019églises, de couvent, d\u2019ensembles religieux.* Présidente, Conseil des monuments et sites du Québec. 93 Ces nombreux cas touchant le patrimoine religieux et son avenir ont été portés à l\u2019attention des experts de l'organisme, membres des comités aviseurs de que sont les comités Avis et prises de position.Assez rapidement, il est apparu important d\u2019entreprendre une réflexion majeure qui permette d\u2019établir une série de principes qui guideraient la gestion de l\u2019avenir des lieux de culte.Une nouvelle vocation compatible avec la nature du bâtiment Plusieurs questions se posent en effet.Qu\u2019advient-il des lieux de culte une fois qu\u2019ils ne sont plus utilisés à des fins religieuses ?Une nouvelle vocation est-elle possible ?Cette nouvelle vocation peut-elle être compatible avec la nature du lieu, son insertion dans la trame urbaine, la taille de l\u2019édifice, son organisation spatiale, sa typologie architecturale ?Ces facteurs entrent tous en ligne de compte dans l\u2019examen du potentiel de recyclage de tels bâtiments.Force est de constater qu a l\u2019heure actuelle, le débat se fait très souvent sous pression au moment de la vente de la propriété.Il suscite alors des émotions qui ne sont pas propices à une prise de décision réfléchie.Le Conseil des monuments et sites du Québec estime donc qu\u2019il est primordial de demeurer proactif et objectif dans la prise de décision vis-à-vis des vocations futures et de la mise en valeur de ce patrimoine.Dans chacun des cas, on doit s\u2019assurer que les caractères propres aux lieux de culte sont compatibles avec les fonctions qu\u2019on veut leur attribuer.Il faut donc établir un délai raisonnable entre le moment où la propriété devient disponible et la prise décision concernant son avenir et un comité d\u2019experts doit être impliqué étroitement dans la prise de décision. 94 Changer la vocation des édifices spécialisés est complexe.La conservation d\u2019un bâtiment patrimonial spécialisé, surtout s\u2019il est de grande taille, exige que la nouvelle vocation soit appropriée et que les transformations effectuées pour adapter l\u2019édifice soient compatibles avec son caractère architectural et son environnement.Quelques exemples Le potentiel de recyclage approprié pour les lieux de culte n\u2019est pas infini.De belles réalisations des dernières années font toutefois l'éloquente démonstration que la prise en compte au moment de la transformation du bâtiment religieux de sa nature même et de son sens pour la collectivité permet de le garder vivant et significatif.Beaux exemples de réussites : l\u2019église anglicane The Ascension à Montréal (Mile-End) et l\u2019église St.Matthew à Québec (Saint-Jean-Baptiste) devenues succursales de la bibliothèque municipale.Par leur vocation appropriée et la réalisation soignée de leur recyclage, ces deux églises s\u2019inscrivent toujours de façon significative dans le paysage urbain.La transformation réussie de l\u2019église Saint-Esprit en école de cirque constitue aussi un des projets de recyclage réfléchis.Les concepteurs du projet ont misé sur le respect et la mise à profit des caractéristiques architecturales de l\u2019église Saint-Esprit (Limoilou, Québec), sur la poursuite de la vocation publique de l\u2019édifice et sur l\u2019adéquation des espaces pour le nouvel usage.Les espaces se prêtant bien au déploiement des aires de pratique des arts du cirque, peu d\u2019interventions architecturales sont clairement apparentes en bout de ligne.La nouvelle vocation s\u2019affirme tout en étant respectueuse du décor. 95 Les Mérites d\u2019architecture de la Ville de Québec, décernés à l\u2019automne 2004, ont fait la part belle à ce projet de recyclage.L\u2019École de cirque de Québec se mérite en effet le prix de la catégorie recyclage, le prix spécial du jury et le prix du public.Le jury a souligné le fait que l\u2019usage de remplacement « s\u2019adapte remarquablement bien au volume de la nef, ce qui lui a permis de pas l\u2019altérer et d\u2019en conserver ses composantes », soulignant au passage la finesse de la nouvelle signalisation et l\u2019apparence extérieure respectée.Le prix spécial du jury est venu quant à lui souligner le caractère exemplaire du projet de recyclage « qui doit inspirer », selon le jury, « l\u2019ensemble des intervenants concernés par la conservation du patrimoine religieux au Québec.» Quant à la population, qui avait été invitée à s\u2019exprimer et voter pour la réalisation architecturale qui a marqué avec le plus de bonheur le paysage urbain de Québec, son choix s\u2019est porté sur l\u2019École de cirque de Québec.Dans ces trois cas cités, l\u2019organisation spatiale organique du bâtiment religieux a été maintenue et les interventions restent réversibles En contrepartie, la transformation en immeuble résidentiel des églises demeure un choix inapproprié.Des églises recyclées de cette façon, telle que l\u2019église Notre-Dame-de-la-Paix à Québec, en font l\u2019éloquente démonstration.Dans tous ces cas, l\u2019intérieur du bâtiment religieux est complètement altéré et les caractères essentiels de l\u2019édifice ne sont pas respectés.La vocation résidentielle n\u2019est pas compatible avec la nature du lieu. 96 Encadrer les projets d\u2019intervention L\u2019adoption de mécanismes particuliers d\u2019encadrement pour chaque bâtiment public qui contribue à la structuration du domaine collectif, principalement pour les lieux de culte voués à une autre vocation, s\u2019avère nécessaire selon le Conseil des monuments et sites du Québec.Un tel processus d\u2019intervention est d\u2019autant plus justifié que l\u2019action porte sur un édifice public ou implique l\u2019utilisation de fonds publics.Pour tout projet d\u2019intervention, il faut donc établir, avec un comité d\u2019experts, le potentiel de recyclage en regard du tissu urbain et d\u2019une vocation compatible avec les caractères spécifiques du bâtiment.D\u2019où la nécessité d\u2019établir un délai raisonnable entre le moment où la propriété devient disponible et la prise de décision concernant l\u2019avenir d\u2019un lieu de culte désaffecté.Pendant ce délai, il faut réaliser une étude patrimoniale et une étude du potentiel de recyclage de la propriété, tant des édifices que du terrain dans lequel ils s\u2019inscrivent.Le comité d\u2019experts devrait être mandaté pour assurer le suivi du projet, de la définition des objectifs jusqu\u2019à sa réalisation.Dans tous les cas de figure, l\u2019expertise du milieu et les études d\u2019impact du projet sur la qualité générale du milieu, l\u2019espace public et les paysages urbains doivent être mis à profit.Une vision élargie du patrimoine bâti Bien que le patrimoine religieux constitue à lui seul un témoignage essentiel de notre évolution sociale et historique, une vision élargie du patrimoine bâti s\u2019impose et serait garante de l\u2019harmonie des pratiques et de la justesse des valeurs.Depuis plus de dix ans, l\u2019État québécois planche 97 sur une politique du patrimoine qui n\u2019a toujours pas vu le jour.La volonté réelle d\u2019agir pour sauvegarder le patrimoine religieux qui se manifeste actuellement dans les villes et villages du Québec ne doit pas faire perdre de vue que ce patrimoine s\u2019inscrit dans un ensemble beaucoup plus vaste.L\u2019État doit assumer ses responsabilités en cette matière en énonçant une politique globale du patrimoine bâti qui fournirait aux gestionnaires publics ainsi qu\u2019aux partenaires du gouvernement un outil pour encadrer les activités de sauvegarde et de mise en valeur des biens de la collectivité.? 98 DOSSIER Alain Tremblay* L\u2019ÉCOMUSÉE DE L\u2019AU-DELÀ ET LE PATRIMOINE FUNÉRAIRE L\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà est une société sans but lucratif formée essentiellement de bénévoles, dont les origines remontent à quelque 20 ans, et dont les objets sont principalement de faire valoir le patrimoine funéraire de la société contemporaine et de sensibiliser la communauté au culte des morts.D\u2019un point de vue juridique, le patrimoine funéraire québécois soulève des questions intéressantes et complexes.Il s\u2019agit d\u2019un domaine où la réalité juridique doit faire face à de solides croyances populaires ancrées dans nos mœurs et dans notre tradition catholique romaine1.Il importe de démystifier certaines composantes de la réalité juridique entourant le patrimoine funéraire.Il y a des distinctions fondamentales à faire sur l\u2019approche juridique visant un « ouvrage funéraire » et celui d\u2019un « lot de cimetière », et sur les questions complexes de la propriété, de la responsabilité, des risques de perte ou de dommages, la conservation et la disposition, s\u2019il y a lieu.Dans les cimetières catholiques romains, les biens sont propriété d\u2019Église et sont hors commerce ; en conséquence, il ne saurait y être question ni de vente ni de transfert de pro- * Directeur de l'écomusée. 99 priété d\u2019un lot de cimetière.Il s\u2019agit plutôt d\u2019une concession pour un temps défini, et cette concession ne pourrait, semble-t-il, être consentie à perpétuité.Même si, dans le passé, les administrateurs de cimetières, ignorant de ce fait, ont, de bonne foi, signé de nombreux contrats de vente de terrains à perpétuité.Le Code civil du Québec établit la perpétuité à ioo ans.La législation concernant les cimetières est éparse et manque d\u2019uniformité.De 1847 à 1992, diverses corporations de cimetières religieux ont été créées sous divers régimes, certaines en vertu de lois-cadres, d\u2019autres, même, directement par le législateur : qu\u2019il s\u2019agisse des corporations para-épiscopales comme les cimetières de paroisses, des corporations et compagnies de cimetières sous l\u2019empire de la Loi sur les corporations de cimetières catholiques romains ou de ceux sous la Loi sur les compagnies de cimetières.Il existe même certains cimetières détenus en vertu de lois particulières.Quoique les cimetières publics au Québec soient issus de lois publiques, particulières ou privées, ils sont tous assujettis - peu importe leur confessionnalité - au nouveau Code civil du Québec, en vigueur depuis le Ier janvier 1994, et à d\u2019autres lois d\u2019ordre public de direction et de protection, mais il manque de rigueur, et les droits du public ne sont souvent que trop mal définis, possiblement pour ne pas empiéter trop hâtivement dans le domaine de chasse si bien gardée par des institutions religieuses ayant exercé des pouvoirs exclusifs en ces domaines.Au Québec, il existe plus de 1200 cimetières catholiques administrés par des fabriques paroissiales et un nombre indéterminé de cimetières de toutes sortes.Malgré les nombreuses demandes de l\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà auprès du TOO ministère de la Culture et des Communications du Québec pour qu\u2019une liste des lieux de sépulture soit dressée, nous attendons toujours cette liste.Un inventaire des biens d\u2019églises vient d\u2019être réalisé, mais il s\u2019est limité à mentionner les cimetières situés immédiatement à côté de l\u2019église ou à l\u2019intérieur de celle-ci, en excluant les cimetières plus éloignés de l\u2019église, même si ceux-ci sont propriétés de la fabrique et considérés comme des biens d\u2019églises.Il est important de ne pas confondre, ici, inventaire et liste de cimetières.Au Québec, personne ne sait combien il y a de cimetières, ni, encore moins, le nombre de ceux qui ont été « désaffectés » pour une raison ou une autre, c\u2019est dire à quel point nous sommes encore loin d\u2019un inventaire.Il ne faut donc pas se surprendre du fait que de nombreuses œuvres d\u2019art installées par des familles dans certains cimetières se retrouvent aujourd\u2019hui, à la suite de vols, chez des antiquaires ou des brocanteurs en toute impunité ! Compte tenu de la très grande diversité de cimetières que compte le Québec, et de la multitude de lois qui les gouvernent, nous nous limiterons ici aux cimetières de fabriques, parce qu\u2019ils sont les plus importants et ceux qui devraient le plus attirer notre attention.Rappelons que les cimetières paroissiaux et leur régie interne relèvent d\u2019une loi hybride à caractère civil et ecclésiastique, la Loi sur les fabriques.Sujet tabou, quant à leur gestion, nos cimetières n\u2019en constituent pas moins un patrimoine religieux majeur, intimement lié aux églises en général, particulièrement, en ce qui nous concerne, l\u2019Église catholique.Aujourd\u2019hui, la laïcisation de la société, la baisse de la pratique religieuse, l'arrivée de nouveaux rituels funéraires, la crémation2 qui atteindra bientôt les 60 % et surtout la compétition commerciale dans un domaine où jadis l\u2019Église avait le monopole, tout cela nous amène à nous questionner sur la pertinence de laisser la gestion de ces lieux aux seules fabriques paroissiales.Traditionnellement, les cimetières ont été gérés par les fabriques, dont les curés exercent trop souvent le rôle de chef absolu avec droit de veto, alors que le but même du droit paroissial est de séparer la gestion des biens de la fabrique et l\u2019exercice du culte religieux.L\u2019Église s\u2019est toujours opposée à ce que la gestion des cimetières leur soit retirée malgré le fait qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un service public3.La crainte ou la honte de se retrouver, après sa mort, dans la section des excommuniés du cimetière, fait bien rire aujourd\u2019hui, mais pendant des siècles cette crainte a suffi à l\u2019Église pour exercer un contrôle social considérable.L\u2019institution des fabriques paroissiales en elle-même constitue un patrimoine qui mérite sans doute d\u2019être conservé.Le rôle central et historique que les fabriques ont joué dans l\u2019organisation sociale est indéniable ; elles sont nos plus vieilles institutions.La Loi des fabriques a été modifiée en 1972 ; beaucoup de choses ont changé depuis.Il demeure pertinent de se demander s\u2019il est possible de moderniser la gestion des cimetières et leur mode de fonctionnement pour y introduire des éléments plus démocratiques et plus représentatifs de la société contemporaine.L\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà L\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà a été constitué en corporation le 17 septembre 1991, et il est un organisme de charité dûment enregistré auprès des autorités fiscales.Une cérémonie inaugurale eut lieu le Ier novembre 1991 à l\u2019UQAM, lors de la présentation d\u2019une exposition sur la fête des Morts, sous 102 la présidence d\u2019honneur de l\u2019écologiste Pierre Dansereault.Ce pas mémorable a fait suite à plusieurs années de réflexion de la part de ses fondateurs, qui cherchaient à se doter d\u2019un forum laïque de réflexion sur l\u2019avenir des cimetières.Si au début la réflexion de l\u2019Écomusée a surtout porté sur le plus important cimetière catholique au Québec, le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, situé sur le mont Royal, les fondateurs ont rapidement élargi leur action pour s\u2019intéresser à tous les cimetières du Québec.Notre réflexion reste malgré tout concentrée sur ce cimetière parce que les principes que nous y défendons pourront par extension s\u2019appliquer ensuite aux autres cimetières au Québec.Les cimetières sur le mont Royal ont récemment été inclus par le gouvernement du Québec dans le nouvel Arrondissement historique et naturel du mont Royal.Un organisme ayant pour but d\u2019en assurer le fonctionnement appelé la Table de concertation du mont Royal a été créé et aura comme premier mandat de revoir le plan directeur du mont Royal qui date de 1992.Avec d\u2019autres organismes représentant la communauté, l\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà a été nommé membre de la dite Table de concertation du mont Royal ; nous croyons que cela nous permettra de mieux faire progresser nos idées concernant le futur de ce cimetière.Aujourd\u2019hui, la mission de l\u2019Écomusée se résume comme suit : 1.Promouvoir la sauvegarde, la conservation, la restauration et la connaissance des cimetières et le développement des nouvelles formes de sépultures et de commémoration des défunts dans le respect des valeurs spirituelles, civiques, patrimoniales et environnementales de la société contemporaine. 103 2.Impliquer individus, familles, associations et autorités dans l\u2019avenir et la préservation de l\u2019intégrité de ce patrimoine, en cherchant tout particulièrement à accorder modes de sépultures et de commémoration et développement durable.Débuts controversés Ce qui a surtout marqué l\u2019action de l\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà à ses débuts, et encore aujourd\u2019hui, c\u2019est le débat entourant la construction de mausolées collectifs (édifices où sont conservés les corps de défunts pendant 99 ans) dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges (plusieurs cimetières du Québec ont également entrepris de construire ce type d\u2019édifices).Nous considérons que ces constructions où sont conservés des milliers de défunts ne répondent pas aux besoins de la population qui opte en grande majorité pour la crémation et la mise en columbarium des urnes cinéraires4.Les mausolées ne répondent pas, selon nous, à des critères de développement durable, en plus de mettre en péril la santé financière des cimetières.Il ne faut pas oublier que ces édifices devront être entretenus, chauffés et climatisés pour les siècles à venir.Pour sa part, la direction du cimetière Notre-Dame-des-Neiges rétorque que les gens réclament des mausolées et que ceux-ci leur permettent de faire des économies d\u2019espace.Ce débat qui n\u2019est toujours pas réglé a eu pour conséquence de faire ressortir de nombreuses lacunes dans la gestion du cimetière Notre-Dame-des-Neiges et a permis aux dirigeants de l\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà de constater et de mieux comprendre le type de problèmes auquel sont confrontés les cimetières du Québec aujourd\u2019hui ainsi que le manque de 104 transparence de certains administrateurs.Nous avons également constaté que, s\u2019il était relativement facile d\u2019obtenir une bonne collaboration, et une grande transparence avec les administrateurs de cimetières qui ont à gérer un faible volume d\u2019affaires, ce qui est le cas des cimetières de petites municipalités, le problème est tout autre quand les affaires de la fabrique sont importantes, surtout pour les cimetières localisés dans les grands centres urbains.Depuis sa fondation, l\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà s\u2019est surtout attardé à documenter la question des cimetières.Le corpus documentaire sur les cimetières du Québec était à peu près inexistant en 1991.C\u2019est pourquoi nous nous sommes surtout concentrés sur l'organisation de colloques portant sur la thématique des cimetières, en invitant de nombreux spécialistes du patrimoine, universitaires, théologiens ou administrateurs de cimetières, architectes et urbanistes, à venir nous instruire sur ces questions.C\u2019est pas moins de six colloques qui furent ainsi organisés et qui donnèrent lieu à la publication d\u2019actes.Nous travaillons actuellement à la préparation des actes de notre dernier colloque qui portait sur la question de l\u2019Esthétique de l\u2019art funéraire contemporain.L\u2019originalité de ces colloques, qui réunissent généralement de 20 à 40 personnes, est qu\u2019ils donnent presque toujours lieu à des déclarations officielles de la part des participants.Ces déclarations sont ce dont nous sommes le plus fier, parce qu\u2019elles émanent de consensus.Certes, elles ne sont pas parfaites, mais ces documents orientent aujourd\u2019hui nos actions.En 2000, lors d\u2019un colloque sur l\u2019avenir des cimetières organisé par l\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà en collaboration avec la Commission de la capitale nationale du Québec, l\u2019embryon d'une organisation internationale d\u2019organismes voués à la 105 sauvegarde du patrimoine funéraire fut créé.Une déclaration pour une Charte internationale du patrimoine funéraire fut adoptée avec des représentants de Belgique et de France.En 2002, une délégation québécoise, composé de représentants de l\u2019Écomusée et d\u2019Héritage Montréal, participa à un colloque international en Belgique qui réunissait des participants de plus de huit pays.Pour notre part, nous avons abordé la question de l\u2019avenir de la commémoration virtuelle.Dans un proche avenir, un troisième colloque international devrait avoir lieu à Strasbourg ; il réunira un nombre encore plus grand de pays.Nous avons constaté que les problèmes auxquels nous sommes confrontés avec la gestion de nos cimetières sont universels.Qu\u2019il s\u2019agisse de la protection des œuvres d\u2019art, de la gestion des cimetières ou de pauvreté esthétique dans la facture des monuments, des mausolées et des aménagements paysagers, nos problèmes ressemblent à ceux qu\u2019ont des autres pays à ce niveau.Nous sommes fiers de jouer un rôle de leader dans ce domaine, tant sur la scène québécoise que sur la scène internationale.Notre nouveau site Web devrait dans les prochaines années jouer un rôle centrale de diffusion des connaissances sur cette thématique^ L'intégration des services funéraires Un des plus grands défis que pose la gestion des cimetières par les fabriques paroissiales réside dans l\u2019arrivée de la concurrence commerciale et des nouveaux rites funéraires.Les fabriques paroissiales doivent aujourd\u2019hui faire concurrence avec des entreprises funéraires, souvent multinationales, qui peuvent offrir à leurs clientèles à des conditions to6 apparemment plus favorables toute la gamme des services reliés aux décès, que ce soit l\u2019organisation de rencontres commémoratives, l\u2019achat d\u2019un monument funéraire ou encore une place dans un de leurs cimetières.Cette nouvelle dynamique a obligé les gestionnaires de cimetières paroissiaux à revoir leurs stratégies de mise en marché avec toutes les conséquences que cela implique.La concurrence peut même aller jusqu\u2019à une féroce compétition entre deux cimetières paroissiaux6 ! Ce nouveau phénomène amène des fabriques paroissiales à faire des ententes commerciales secrètes dites « de complémentarité » avec des entreprises privées de services funéraires et même avec des multinationales américaines7 ! Ou encore des ententes avec des fournisseurs de monuments funéraires, sans égard à la compétition avec la conséquence d\u2019une uniformisation et une pauvreté des modèles offerts.On le voit, la distinction entre le bien du cimetière et celui de la fabrique n\u2019est pas toujours claire.La question se pose alors : veut-on sauver le cimetière ou la fabrique ?Jumelé à ce phénomène, il y a un manque de transparence de la part des administrateurs de cimetières, et il n\u2019est donc pas possible de connaître les ingrédients nécessaires pour aider à éviter la faillite prévisible d\u2019un certain nombre de cimetières.Les nouveaux rituels Dans un sondage commandé par l\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà à la firme Léger et Léger en 2000, nous apprenions que plus de 60 % des personnes sondées souhaiteraient être inciné- 107 rées et que 33 % de ces personnes souhaiteraient que leurs cendres soient dispersées dans la nature ou immergées.Ces nouveaux phénomènes sont très préoccupants pour plusieurs raisons : la première a trait à la perte de revenus liée au fait que les gens achètent des lots plus petits ; la deuxième est que l\u2019on peut inhumer plusieurs défunts dans un même lot ; la troisième est que dans le cas de la pratique de la dispersion des cendres, il s\u2019agit là d\u2019une perte nette de clientèles.En plus de la perte de revenus, cela crée un bris de continuité historique entre le mode de sépulture de nos ancêtres et celui des contemporains, provoquant par le fait même une désaffection des cimetières.Les cimetières paroissiaux, qui ont déjà perdu près de 50 % de leur clientèle depuis près de 30 ans au profit d\u2019entreprises funéraires commerciales concurrentes, n\u2019arrivent pas à s\u2019ajuster.Certains responsables de cimetières ontariens ayant vu arriver ce nouveau phénomène ont aménagé des zones spéciales dans leurs cimetières pour permettre la dispersion des cendres ; c\u2019est moins payant, mais cela permet la poursuite de la tradition.Chez nous, au Québec, on se refuse à aménager de telles zones sous prétexte que cela manque de dignité envers les défunts8 ! Ramener les morts dans les églises En 2000, l\u2019urbaniste bien connu, Jean Décarie s\u2019est joint à l\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà pour faire la proposition suivante à la Fondation du patrimoine religieux du Québec.Voici comment nous présentions à l\u2019époque notre projet d\u2019étude qui n\u2019a malheureusement presque pas progressé depuis.« La diminution sinon de la croyance comme telle, du moins de la pratique religieuse dans la forme rituelle tradi- io8 tionnelle propre à l\u2019Église catholique romaine au Québec, avec la baisse de contributions monétaires qui s\u2019en suit, compromet la capacité des diocèses et des paroisses d'entretenir et de maintenir les églises, particulièrement dans les quartiers anciens où le problème se double d\u2019une baisse nette de population et s\u2019aggrave de ce que les églises y ont souvent valeur patrimoniale.Pour aider à résoudre ce problème, l\u2019idée a été avancée il y a quelques années, de transformer en mausolées certaines des églises les plus remarquables menacées de fermeture, puis d\u2019introduire directement la fonction funéraire dans les églises paroissiales en difficulté sous forme de columbariums, enfin de redonner aux paroisses leur part de l\u2019économie funéraire accaparée et exploitée de plus en plus commercialement et de moins en moins religieusement par une industrie privée de plus en plus étrangère et, par effet de concurrence, par les grands cimetières confessionnels eux-mêmes.Cette idée mérite d\u2019être étudiée plus à fond, tant du point de vue économique et administratif qu'architectural et social.Ce que le projet d\u2019étude de faisabilité présenté ici propose d\u2019entreprendre.Contrairement aux églises de village en effet, celles des villes n\u2019ont jamais eu de cimetières attenants, sauf les toutes premières dont cependant les sépultures ont été déplacées dans les grands cimetières-jardins « ruraux » conçus au milieu du XIXe siècle devant la pression de l'urbanisation industrielle et les problèmes d\u2019hygiène conséquents.Ces cimetières, dont l\u2019organisation foncière et paysagère nouvelle annonçait celle des parcs urbains et des banlieues modernes, ont acquis par là grande valeur patrimoniale, encore accrue par leur position devenue centrale avec le débordement urbain.Ils sont cependant aujourd\u2019hui log menacés par l'apparition de nouveaux rites funéraires, la crémation avec ses urnes en columbariums, les enfeus en mausolées, qui, outre les problèmes de viabilité économique liée à leur utilité limitée, présentent des bâtiments jugés incompatibles avec l\u2019esprit de ces «jardins célestes ».En témoigne le débat sur le plan de développement d\u2019un cimetière pourtant paroissial, catholique et civique comme Notre-Dame-des-Neiges par exemple, qui accommode toutes les clientèles pour pouvoir concurrencer les entreprises funéraires commerciales offrant des services intégrés.Aussi l\u2019exemple plus positif du cimetière Mount Auburn à Boston, le premier et plus célèbre des cimetières-jardins, qui aurait abandonné la construction de tels édifices suite aux protestations du milieu mais aussi à la baisse de valeur des sépultures et du cimetière ! C\u2019est donc d\u2019abord pour sauver la valeur patrimoniale et paysagère de pareils cimetières qu\u2019on a voulu en sortir les mausolées.Mais en même temps, on y a vu le moyen de sauvegarder du même coup un autre patrimoine, celui des belles églises des quartiers anciens menacées elles, non par le profit mais par l\u2019indigence.Ce transfert de fonds, qui joue déjà entre le cimetière Notre-Dame-des-Neiges et la basilique Notre-Dame, les deux propriétés de la paroisse sulpi-cienne de Notre-Dame, impliquerait ici un transfert de fonction.A cet égard, seuls les columbariums, où sont placés les niches cinéraires, ont été retenus, les enfeus étant écartés tant à cause de la faiblesse du marché, limité en particulier à la communauté italienne dont les coutumes rejettent l\u2019enterrement, que des coûts d\u2019entretien et d\u2019installation, celle-ci ne pouvant se faire qu\u2019en crypte, au sous-sol.Au contraire, les cendres ne posent aucun problème de conservation, d\u2019hygiène ou d'espace, les urnes ou boîtiers no pouvant être disposés dans des niches ou casiers réduits et discrets dans la nef même, sous forme de couloirs dans les bas-côtés par exemple, ou de reposoirs dans les transepts, dans les jubés latéraux s\u2019ils existent et même la sacristie qui pourrait également servir, comme le narthex, aux cérémonies de commémoration, ou de la parole, de plus en plus demandées, de même qu\u2019aux réceptions familiales et amicales.Les urnes présentent aussi l\u2019avantage de pouvoir être facilement déplacées, remisées au sous-sol par exemple après les années pour faire place aux nouvelles et remontées à l\u2019occasion de cérémonies de commémoration.Un rapide calcul permet ainsi d\u2019envisager l\u2019installation de plusieurs milliers de sites cinéraires dans les espaces latéraux et sous utilisés d\u2019une église ouverte au culte sans interférence physique ou visuelle avec les rituels.Au contraire, l\u2019hypothèse propose que la présence des sépultures ajouterait au caractère sacré des églises, à leur attraction et à leur fréquentation par la multiplication des occasions et évènements.Ramener les morts parmi les vivants, au lieu de les laisser à l'oubli dans un cimetière ou un centre funéraire lointain, ne pourrait qu\u2019avoir un effet bénéfique sur la vitalité de la vie religieuse, paroissiale et communautaire.Enfin une telle mesure s\u2019inscrirait parmi tous ces autres programmes civiques et municipaux de revitalisation des quartiers anciens qu\u2019elle bonifierait et dont elle pourrait même peut-être bénéficier en retour.» Depuis l\u2019envoi de cette demande à la Fondation du patrimoine religieux du Québec, un certain déblocage est survenu ; le projet d\u2019étude de marché, considérablement réduit, a été confié aux coopératives funéraires.L\u2019Écomusée a malgré tout accepté de participer à la préparation du devis afin de faire progresser un dossier qui lui tient à cœur. m Sauver des monuments Comme nous le mentionnions plus haut, les monuments funéraires installés sur votre concession au cimetière vous appartiennent et sont sous votre responsabilité ou celle de vos ayants droit.À la fin de la concession, si personne ne veut payer pour le renouvellement, les gestionnaires des cimetières paroissiaux sont libres de retirer ou non le monument.Dans ces conditions, il est compréhensible que des héritiers ne veuillent assumer les frais du renouvellement de concessions, nonobstant la valeur artistique ou patrimonial de l\u2019ouvrage.En plus de cette commémoration qui est faite sur des monuments privés, il y a dans nos cimetières de nombreux monuments érigés par souscriptions publiques et qui commémorent des personnages importants ou des événements tragiques.C\u2019est le cas entre autres du monument funéraire aux Patriotes, érigé à l\u2019initiative de l\u2019Institut Canadien dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, ou de celui des victimes de la tragédie des ouvriers morts lors de la construction du pont de Québec au début du siècle dernier, dans le cimetière de Saint-Romuald.Dans la majorité des cas, les corporations qui sont à l\u2019origine de ces constructions sont dissoutes, et encore une fois, les monuments se retrouvent orphelins.Certaines provinces canadiennes ont constitué des fonds spéciaux, alimentés à même une légère taxe spéciale prélevée lors de l\u2019installation d\u2019un monument.Les revenus de cette taxe servent à financer le renouvellement ou la réparation de certains monuments jugés d\u2019intérêt patrimonial.Devrions-nous nous orienter dans cette direction ?Nous le croyons. 112 Mais en attendant, l\u2019Écomusée travaille sur d\u2019autres types de solution.Celle sur lequel nous fondons le plus d\u2019espoir est notre projet de publication bénéfice au profit de la restauration du monument funéraire aux Patriotes du cimetière NDDN9.Dans ce cas spécifique, l\u2019histoire particulièrement rocambolesque est suffisamment intéressante pour mériter d\u2019être racontée.La réparation du monument coûtera au minimum 300 000 $.Nous sommes bien conscients que cette initiative à elle seule ne pourra suffire, mais comme toute bonne campagne de levée de fonds, il importe que la cause reçoive un accueil enthousiaste de la part de la population pour que les « gros » commanditaires s\u2019y intéressent eux aussi.Au Québec, nous ne savons pas combien il y a de monuments funéraires.Nous pouvons estimer que sur le mont Royal, il y aurait quelque 100 000 monuments.Nous croyons qu\u2019un nombre se chiffrant à plusieurs centaines de milliers de monuments correspond à une estimation réaliste pour l\u2019ensemble du Québec.Conclusion Voilà donc ce qui alimente les débats dans notre société pour le présent et l\u2019avenir du patrimoine funéraire à moyen terme.Encore une fois, nos projets plutôt modestes demeurent toujours au niveau de la réflexion et s\u2019attachent à des préoccupations particulièrement locales, mais nous visons également à créer des chapitres locaux aux quatre coins du Québec, dans un avenir plus ou moins rapproché, pour entraîner une synergie qui pourra mener à bien nos objectifs de changement du patrimoine funéraire et de la place qu\u2019il occupe dans notre société.? 1\tComme document de base, qu\u2019il suffise de référer à Me Michel Gosselin, avocat, Actes de colloque de l\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà : Le patrimoine funéraire : s\u2019entendre pour agir, tenu à l\u2019Université Laval les 23 et 24 octobre 1997 et à l\u2019Hôtel Taj Mahal, à Montréal, les 30 et 31 octobre 1997.Colloque organisé en collaboration avec le Centre de Conservation du Québec, Héritage Montréal, Parcs Canada et le Conseil des monuments et sites du Québec.2\tL\u2019Église catholique ne permet la crémation que depuis le concile Vatican II (1962-1963).3\tVoir les nombreux débats, dans la deuxième moitié du XIXe siècle entre Mgr Bourgei et l\u2019Institut Canadien, entourant l\u2019érection du monument funéraire aux Patriotes dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges et plus tard le débat sur la sépulture de l\u2019excommunié Joseph Guibord.Voir aussi les nombreux textes de Louis-Antoine Dessaules et Joseph Doutre, président de l\u2019Institut Canadien.4\tII est possible de conserver jusqu\u2019à 80 urnes cinéraires dans l\u2019espace réservé à un seul cercueil dans un mausolée.5\thttp://www.ecomuseedelaudela.net 6\tC\u2019est le cas entre le Repos Saint-François d\u2019Assise (anciennement cimetière de l\u2019Est, propriété à part égale entre la paroisse du même nom et l'Archevêché de Montréal) et le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, administré par la fabrique Notre-Dame pour obtenir la clientèle des mausolées.Les revenus des mausolées représente aujourd\u2019hui 50 % des revenus du cimetière Notre-Dame-des-Neiges (NDDN), selon un document interne du cimetière dont l\u2019Écomusée a obtenu copie, même si cette clientèle ne représente qu'à peine 10 % de la demande.« Une partie de ces revenus servent pour l'entretien de la basilique Notre-Dame dans le Vieux-Montréal » (procès-verbal du CCMPBC, no 347, 28 mars 2001).Pour la basilique Notre-Dame comme pour l\u2019ensemble des paroisses qui possèdent des cimetières, une fois mis en fiducie les fonds nécessaires à long terme pour l\u2019entretien du cimetière, les sommes générées par la gestion font partie des revenus généraux de la fabrique et peuvent être affectées à d'autre fins.7\tC\u2019est le cas entre autres avec le cimetière Notre-Dame-des-Neiges et le Centre funéraire Côte-des-Neiges, propriété de la multinationale américaine SCI.8\tYoland Tremblay, directeur du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, lors des consultations publiques sur le plan directeur du cimetière en décembre 2002.9\tNotre-Dame-des-Neiges. n4 COLLOQUE « LE PATRIMOINE DE NOS CIMETIÈRES : S\u2019ENTENDRE POUR AGIR» Déclaration finale Attendu la très grande richesse patrimoniale des cimetières au Québec, richesse des sites par leur aménagement et leurs biens immobiliers funéraires, où les citoyens de toutes générations peuvent se rappeler leurs origines et leurs appartenances sociales, culturelles et religieuses ; Attendu que ces cimetières sont peu connus et sont souvent victimes de désaffection, suite à la dispersion des familles et aux changements survenus dans les attitudes et les pratiques entourant la mort ; Attendu les menaces qui pèsent sur ces lieux patrimoniaux : \u2022\texposition aux éléments naturels et à la pollution, au vol et au vandalisme, \u2022\tressources limitées et connaissances insuffisantes tant qu\u2019à leur conservation et leur entretien, \u2022\tencombrement, banalisation, \u2022\tabsence d\u2019une politique commune de gestion et de protection de ces biens ; Attendu enfin l\u2019intérêt croissant de la population pour la redécouverte du patrimoine sous toutes ses formes, patrimoine dont elle est la première fiduciaire ; les participants au colloque « Le patrimoine de nos cimetières : s\u2019entendre pour agir », tenu à Québec et à Montréal les 23, 24, 30 et 31 octobre 1997 Pa|\" I Écomusée de l\u2019Au-Delà et ses partenaires, conviennent de poursuivre et d\u2019intensifier les efforts en vue de : 1.\tMETTRE À JOUR les connaissances à ce sujet ; 2.\tDIFFUSER ces connaissances, particulièrement les expériences réussies de conservation en ce domaine ; 3.\tCREER DES ALLIANCES entre pouvoirs publics, propriétaires gestionnaires, organismes amis du patrimoine et population locale. 115 Afin de faire suite à ces recommandations, un groupe permanent de travail a été constitué.Ce groupe préparera la mise en oeuvre des moyens suivants : réseau national d\u2019observateurs-amis des cimetières, répertoire et guides méthodologiques accessibles à un large public, site Web, structure de financement (fondation), projet pédagogique auprès des jeunes.À Montréal, le 7 novembre 1997 DÉCLARATION POUR UNE CHARTE INTERNATIONALE DU PATRIMOINE FUNÉRAIRE Colloque sur l\u2019avenir des cimetières, à Québec (Canada) les 26 et 27 octobre 2000 et à Montréal (Canada) les 2 et 3 novembre 2000.Le patrimoine funéraire, particulièrement les cimetières et les lieux de sépulture, suscite de nombreuses questions quant à sa préservation et à la nécessité d'intervenir.Il est reconnu que les rites et les sites funéraires anciens, témoins de la vie et de la culture des collectivités qui occupent un territoire, sont menacés par l\u2019apparition de nouvelles pratiques.Ces nouvelles pratiques, issues de l'évolution naturelle des sociétés, remplacent la réalité ancienne et dissipent le sens des témoins patrimoniaux en place.Or, il apparaît que ces signes participent à l'affirmation des valeurs des collectivités, à leur inscription au sein d\u2019une structure culturelle mais permettant également aux collectivités de se fonder par l\u2019appartenance à une mémoire identitaire, généalogique, historique et monumentale.Le texte de cette déclaration a été proposé par Xavier Deflorenne (Belgique), présenté et discuté en plénière lors du colloque organisé par l\u2019Écomusée de PAu-Delà en collaboration avec la Commission de la capitale nationale (Québec) et la revue Frontières (UQAM).Définition : Le patrimoine funéraire comprend la réalité unifiée et complexe intégrant les sites, les installations visibles et invisibles, les expressions de mentalités et de ritualisation face à la mort, à la perte et au deuil, ainsi que les sources permettant d\u2019éclairer toutes ces notions.Préambule Attendu la très grande richesse patrimoniale des sites et rites funéraires ; Attendu que les sites et rites funéraires sont menacés, victimes de désaffectation et de dilapidation ; Attendu que la préservation de l\u2019intégrité du patrimoine funéraire est une responsabilité des familles et ayants droit ; Attendu qu\u2019une responsabilité dans la protection du patrimoine funéraire est reconnue par les collectivités locales ; Attendu qu\u2019une responsabilité dans la protection du patrimoine funéraire des collectivités est reconnue par l\u2019État ; Attendu l\u2019actuelle nécessité à coordonner les actions des familles et ayants droit, des collectivités, des institutions religieuses, des groupements professionnels et de l\u2019État et offrir une base d\u2019action commune et efficace.En conséquences : Nous affirmons l\u2019importance et la signification du patrimoine funéraire pour les sociétés et les individus qui les composent.Nous reconnaissons que : \u2022\tle patrimoine funéraire se présente sous des formes riches, multiples et diversifiées ; \u2022\tle patrimoine funéraire, tant privé que collectif, regroupe des expressions matérielles, spirituelles ou rituelles, d'écriture comme de tradition orale ; \u2022\tle patrimoine funéraire est représentatif de l'ensemble des sociétés dans lesquelles s\u2019inscrivent ces expressions ; \u2022\tle patrimoine funéraire, sous toutes ses formes, est porteur de mémoire familiale, locale, nationale et universelle.Nous nous engageons à : \u2022\tétudier, connaître et comprendre le patrimoine funéraire de nos pays respectifs, de manière à éclairer les choix et gestes qui le concernent ; \u2022\tposer, avec une compétence fondée sur l\u2019éducation et la recherche, les gestes nécessaires à la conservation et à sa mise en valeur ; \u2022\treconnaître, faire connaître et apprécier ce patrimoine afin de renforcer le sentiment de responsabilité des familles, des collectivités et des pouvoirs publics à son égard ; \u2022\tagir de manière réfléchie et respectueuse, en accordant la priorité au bon usage du patrimoine funéraire, aux modes et actions appropriées de prévention et de préservation ainsi qu'au développement des outils et des méthodes nécessaires à cette fin ; \u2022\tsusciter, encourager et soutenir la collaboration entre tous les acteurs concernés : familles et ayants droit, institutions religieuses, groupements professionnels, associations et pouvoirs publics d\u2019ici et d\u2019ailleurs, pour la défense, la conservation, la mise en valeur et la transmission du patrimoine funéraire ; \u2022\tsusciter et favoriser l\u2019intégration des pratiques funéraires contemporaines dans les cimetières et les lieux de sépulture, dans le respect du patrimoine funéraire existant ; \u2022\tpromouvoir et diffuser la présente déclaration et ses principes. 119 DÉCLARATION SUR LA PERTE DE PATRIMOINE FUNÉRAIRE AU QUÉBEC Réunis au Centre Saint-Pierre à l\u2019occasion d'un colloque sur le vol des objets funéraires organisé par l\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà, Héritage Montréal et ses partenaires et considérant le problème croissant de la disparition des oeuvres, monuments et autres éléments commémoratifs du patrimoine funéraire, les participants déclarent : 1.\tDéfinition de l\u2019objet patrimonial Doivent être considérés comme constituant un monument funéraire, la stèle ou le caveau, les éléments d'ornementation, les statues, bas-reliefs et appliques diverses de même que les inscriptions et les objets d\u2019accompagnement.D\u2019autre part, il faut aussi considérer, par ordre d\u2019importance, les dimensions patrimoniales suivantes : \u2022\tValeur mémoriale (familiale, sociale, historique et identitaire) ; \u2022\tValeur paysagère par la contribution de chaque monument à la valeur de l\u2019ensemble paysager et du lieu public que constitue un cimetière ; \u2022\tValeur muséale par l\u2019importance de la collection que constituent tous ces monuments ainsi que les bâtiments et autres constructions dans un cimetière, indépendamment de leur valeur individuelle ; \u2022\tValeur artistique reliée à l\u2019importance de l\u2019artiste ou de l\u2019artisan, ou à la valeur esthétique intrinsèque du monument.2.\tCadre juridique Doivent être entreprises dans le cadre de l\u2019adoption d\u2019une politique du patrimoine pour le Québec et de l\u2019adhésion aux conventions internationales en matière de trafic illicite des biens culturels, l\u2019élaboration d'un cadre juridique cohérent.Ce cadre devrait reposer sur la reconnaissance de cette valeur patrimoniale en assurant, par l'établissement d'un équilibre durable des droits et devoirs des acteurs que sont les familles et autres concessionnaires, les gestionnaires de cimetières paroissiaux ou commerciaux et les pouvoirs publics, une continuité de la responsabilité. 120 Ce cadre devrait assurer l\u2019engagement, la collaboration, l\u2019accès à une information de qualité et à des outils et des moyens efficaces pour permettre aux acteurs de jouer pleinement leur rôle, notamment les définitions de ce qu\u2019on entend par perpétuité et du droit de surveillance et de marquage préventif de certains biens à protéger.Il doit aider à un meilleur contrôle de ces biens, de leur état de propriété et de l\u2019éventuel commerce dont ils peuvent faire l\u2019objet.3.Mesures de protection Doivent être développées et mises en œuvre pour accompagner ce cadre juridique, des mesures préventives pour assurer la protection et la reconnaissance publique de ce patrimoine et de ses besoins particuliers : \u2022\tInventaire, évaluation, enregistrement systématique des monuments funéraires ; \u2022\tTechniques de surveillance et de traçage diverses mettant à profit les nouvelles technologies ; \u2022\tCampagnes de sensibilisation et de vigilance populaire ; \u2022\tProgrammes de mise en valeur à l\u2019intention de la population (visites, guides, publications, expositions, interprétation).À Montréal, le 31 octobre 2002 Année des Nations Unies pour le patrimoine culturel 121 DÉCLARATION FINALE SUR L\u2019ESTHÉTIQUE DE L\u2019ART FUNÉRAIRE CONTEMPORAIN Considérant : î.La place du cimetière dans la ville et son évolution ; 2.La nature du cimetière et de ses monuments comme lieu et objets culturels et comme expressions de la mémoire collective vivante ; 3- La constante évolution patrimoniale du cimetière et de ses monuments tout autant que la perception qu\u2019en ont les individus et la société dont ils émanent ; 4.\tLa préoccupation grandissante face à la banalisation culturelle et esthétique de la production, de la commercialisation et de l\u2019implantation des monuments funéraires ; 5.\tL\u2019implantation des monuments comme élément marquant, voire fondamental, dans l\u2019aménagement paysager des cimetières ; 6.\tLa longue tradition artisanale et artistique dans la composition et la réalisation d\u2019ouvrages funéraires ; 7.\tLes trop rares expériences récentes d\u2019intégration des oeuvres d\u2019art commémoratives individuelles ou collectives ; 8.\tLa richesse des matériaux disponibles extraits ou produits au Québec.Les participants au colloque sur l\u2019Esthétique de l\u2019art funéraire contemporain, organisé par l\u2019Écomusée de l\u2019Au-Delà au Centre Saint-Pierre, à Montréal, le vendredi ter octobre 2004, déclarent souhaiter : 1.\tQue le lien entre création et commémoration dans l\u2019art funéraire soit rétabli ; 2.\tQue la pratique traditionnelle d\u2019installer des œuvres artistiques dans les cimetières soit promue auprès des familles et des administrations responsables de ces lieux et que le concept de monuments collectifs soit encouragé pour favoriser davantage la réalisation d\u2019œuvres marquantes ; 122 3- Que des critères et des normes qualitatives adaptés aux préoccupations culturelles, patrimoniales et environnementales contemporaines, et répondant aux objectifs de dignité et de durabilité ainsi qu\u2019aux conditions locales, soient établis après consultation publique pour tous nos cimetières patrimoniaux; 4.\tQue ces critères et ces normes qualitatives soient appliqués avec discernement, tant pour la réalisation de nouveaux monuments et aménagements que pour l\u2019amélioration des ouvrages funéraires existant, en mettant à contribution une diversité d\u2019expertises en conception, art, et design dans la réalisation de monuments et des aménagements paysagers qui les encadrent ; 5.\tQu'on encourage l\u2019utilisation de savoir-faire et de matériaux disponibles au Québec.Afin de faire suite à ces recommandations, les participants déclarent enfin qu\u2019il est nécessaire pour les administrateurs de cimetières, ainsi que pour les fabricants et détaillants de monuments, de s\u2019adjoindre des créateurs et ainsi d\u2019encourager la réalisation de monuments qui bénéficient de l\u2019apport enrichissant de cette expertise. 123 DOSSIER Manon Leroux' « SAUVONS NOTRE ÉGLISE » : QUELQUES EXEMPLES DE PRISE EN MAIN De plus en plus de gens s\u2019inquiètent de l\u2019avenir de nos églises, et la majorité se sentent totalement impuissants à contribuer à leur conservation, à leur transmission aux générations futures.Les plus jeunes, pour la plupart, ne fréquentent pas l\u2019église, mais seraient atterrés de voir ce patrimoine détruit.Détachés physiquement de ces lieux, mais attachés affectivement à eux, ils ne savent pas quoi faire pour les protéger.Mais il ne faut pas présumer que tout le pouvoir de décision, en ce qui concerne l\u2019avenir physique des églises, repose entre les mains des fabriques et des diocèses.Ceux-ci ne devraient pas être les seuls responsables du destin de l\u2019édifice, et devraient consulter la population, la municipalité, voire l\u2019État, avant de prendre des décisions controversées.Il ne faut pas non plus croire que toutes les fabriques, tous les conseils d\u2019administration des églises sont complètement fermés à des contributions bénévoles.Il ne faut pas attendre que les autorités supérieures prennent des décisions controversées sans consulter personne.L\u2019église appartient à tous.Elle est un monument historique, témoin principal des fondateurs du village.Elle est généralement le produit de la corvée et des efforts (financiers et Agent-terrain pour la Fondation du patrimoine religieux en 2003-2004. 124 autres) d\u2019une population, qui sont nos ancêtres.Elle a été construite par eux et leur a servi de lieu de rencontre spirituelle, un endroit qui fut le lieu des moments importants de leur vie : baptême, mariage, enterrement.Comme telle, elle appartient aux descendants de ces pionniers.Que l\u2019on ait aujourd\u2019hui les mêmes croyances et pratiques ou non que nos ancêtres ne devrait pas compter.Les églises n\u2019appartiennent donc pas uniquement à la communauté chrétienne actuelle, elles appartiennent aussi aux descendants des bâtisseurs, à ceux qui ont pris le relais de ceux-ci, aux habitants du lieu qui ont un sentiment d\u2019appartenance envers le quartier, la ville, le village.J\u2019ai cherché des exemples de communautés ou de groupes d\u2019individus ayant pris en charge le destin ou la restauration d\u2019une église.Étant donné que nous sommes à une époque charnière (les fermetures de paroisses ne font que commencer), le processus de transfert des responsabilités et l\u2019implication de non-croyants dans une démarche concernant une église sont à peine amorcés.Je présente ici des exemples assez différents les uns des autres, où des individus « ordinaires » (ni mécènes ni haut placés) se sont lancés dans l\u2019aventure sans être mandatés par un diocèse, ou ont foncé et déployé volonté et ingéniosité, en bousculant parfois le confort de certains administrateurs.Des exemples de débrouillardise, d\u2019audace et de passion qui, espérons-le, sauront en inspirer d\u2019autres.Saint-Dominique de Luskville : un libre-penseur à la fabrique Luskville est un petit village qui fait partie de la municipalité de Pontiac, dans l\u2019ouest de l\u2019Outaouais.Le dimanche, à l\u2019église 125 Saint-Dominique, l\u2019assistance oscille entre 40 et 50 fidèles.Michel Pourbaix, chef cuisinier d\u2019origine belge, va très rarement à la messe, mais il est amoureux de la petite église, située sur une petite butte entre la rivière des Outaouais et la montagne, et rêve d\u2019être enterré dans le cimetière voisin, « pour avoir une belle vue ».Lorsqu\u2019il prend sa retraite en 1993, la fabrique l\u2019approche (malgré sa pratique moyenne) parce qu\u2019elle a besoin d\u2019un marguillier.M.Pourbaix n\u2019est pourtant pas un « bon catholique » classique.Est-ce son statut d\u2019étranger qui fait accepter aux autres membres de la fabrique ses conceptions plutôt libres du christianisme et son rejet des dogmes catholiques, qu\u2019il n\u2019hésite pas à remettre en question lors de discussions houleuses avec le prêtre ?Ou encore la passion qu\u2019il nourrit pour la petite église de pierre de 1883, magnifiquement située ?M.Pourbaix considère que fréquenter l\u2019église, c\u2019est la meilleure façon de s\u2019introduire dans la vie communautaire du village.Par conséquent, étant donné que ses croyances n\u2019exigent pas de lui cette fréquentation, il se rend plutôt à l\u2019église comme à un lieu de rencontre de la communauté.De poste en poste, il devient président de la fabrique en 2000.Entre-temps, il a écrit pour la paroisse un historique, qui s\u2019est vendu à un peu plus de cent exemplaires.Certaines protestations s\u2019élèvent d\u2019ailleurs devant le portrait élogieux que M.Pourbaix trace des protestants du canton, pionniers aussi valeureux à ses yeux que les catholiques.Au moment où Pourbaix devient président, le ministère de la Culture s\u2019intéresse à l\u2019église comme candidate au Programme de restauration.M.Pourbaix accueille en grand les ecclésiastiques et les fonctionnaires qui se présentent à l\u2019église et sa passion pour Saint-Dominique devient vite la leur.Il doit s\u2019occuper de trouver les 15 % manquants qui 126 sont à la charge de la paroisse.Il s\u2019acquitte de sa tâche au moyen d\u2019une collecte de fonds classique, en envoyant des lettres à toute la population de Luskville, environ un millier d\u2019habitants, toutes traditions religieuses confondues.Dans sa lettre, M.Pourbaix insiste sur le symbolisme de l\u2019église comme bâtiment témoin de l\u2019histoire du village, un bien devant être légué aux générations futures quel qu\u2019en soit l\u2019usage.Elle est l\u2019expression physique des racines de toute la communauté, y compris des anglophones qui ont plusieurs ancêtres au cimetière.La réponse est très bonne, les contributions affluent de tous les groupes ethno-religieux, et l\u2019objectif de départ est dépassé.L\u2019année suivante, M.Pourbaix convainc la municipalité de Pontiac d\u2019octroyer une reconnaissance officielle de patrimoine historique à l\u2019église, ce qui est fait.Cette idée astucieuse lui permet ensuite de retourner voir cette même municipalité et de lui demander d\u2019assumer, pour la deuxième phase de restauration, ses responsabilités financières face à ce bâtiment dont elle a reconnu l\u2019importance.C\u2019est donc la municipalité qui fournit la plus grande part du montant nécessaire à l\u2019achèvement des travaux (terminés cette année).Mais il manque encore plusieurs milliers de dollars, et M.Pourbaix pose alors un geste audacieux qui lui vaudra plusieurs critiques : il lance une campagne de commandite.Ce procédé, que certains taxent d'orgueilleux, est beaucoup plus répandu chez les non-catholiques : il permet à des paroissiens de voir leur nom inscrit sur un élément de l\u2019église, que ce soit une fenêtre comme dans ce cas-ci (pour un montant de 1000 $), ou un banc, des vases sacrés, des vitraux.M.Pourbaix est le premier à « acheter » une fenêtre.Outrés de voir un « étranger » (même s\u2019il est au vil- 127 lage depuis plus de quinze ans) s\u2019arroger un morceau de leur église, les paroissiens s\u2019arrachent les autres fenêtres ! Malgré les remous qu\u2019il a pu créer chez certains paroissiens de souche, malgré les réticences rencontrées, les sourcils froncés et les yeux levés au ciel au fil des ans, la communauté de Luskville est si reconnaissante à son flamboyant bienfaiteur qu on lui a fait une fête pour son départ, une première pour un président de fabrique sortant.1 Austin United Church, Clarendon : une corvée collective comme autrefois.La minuscule église unie Austin, seule au milieu de terres agricoles du canton de Clarendon, à une heure à l\u2019ouest de Hull en Outaouais, a été construite en 1882.Recouverte de clin de bois et peinte en blanc par ses bâtisseurs, elle avait déjà perdu son aspect d\u2019origine lorsqu\u2019on la ferma au culte régulier en 1968, faute de paroissiens suffisamment nombreux.Malgré ses murs ternes de papier-brique gris abîmé, elle faisait la joie des peintres paysagistes depuis plusieurs années lorsqu\u2019en 1985, les voisins responsables de l\u2019entretien entreprirent de lui redonner son lustre d\u2019antan.Arthur et Opal Carson tentèrent d\u2019abord de faire reconnaître leur église comme bâtiment patrimonial par la municipalité, mais en vain.Puis, ils s\u2019adressèrent au Consistoire d\u2019Ottawa de 1 Église unie du Canada pour obtenir une aide financière, sans plus de succès.Ils allèrent donc voir le révérend de l\u2019église unie de Shawville (église centrale de l\u2019unité pastorale), qui les aida à rédiger la lettre qui devait être envoyée pour une grande collecte de fonds.Les destinataires de ces centaines d\u2019enveloppes étaient tous les anciens élèves de l\u2019école du dimanche de l\u2019église Austin jusqu\u2019en 1968, et 128 leurs descendants.Éparpillés aux quatre coins du pays (ou même établis aux États-Unis), ils furent nombreux à répondre et à envoyer un don (de dix à cent dollars).Le projet de restauration ayant été présenté comme une opération de sauvetage d\u2019un élément du patrimoine d\u2019une communauté en son entier, on vit aussi des donateurs anglicans, presbytériens ou même catholiques faire leur part.Les Carson commencèrent à acheter les matériaux à mesure que l\u2019argent arrivait.La restauration allait être une affaire collective : un seul charpentier professionnel serait engagé, ses « ouvriers » seraient des membres de la communauté, soit environ 25 personnes qui offrirent de leur temps bénévolement.Les fondations furent solidifiées, le revêtement extérieur de papier-brique enlevé et remplacé par du vinyle blanc (pour se rapprocher de l\u2019aspect d\u2019origine de petite église de bois blanche), la toiture de tôle réparée et repeinte, les fenêtres décapées et repeintes.Les Carson eux-mêmes transportèrent les matériaux sur le site ; une génératrice fut donnée par un ancien élève de l\u2019école du dimanche devenu électricien ; et pour finir de donner un air de corvée d\u2019antan au petit chantier de la fin d\u2019août 1985, les épouses mitonnèrent des petits plats aux travailleurs.En l\u2019espace de trois semaines, la petite église pouvait de nouveau faire bonne figure, grâce à quelque six mille dollars de dons et beaucoup de bonne volonté.Bien sûr, pareille opération a été possible en raison de la taille réduite et de la simplicité architecturale du bâtiment.D\u2019aucuns pourraient critiquer la décision de poser du vinyle au lieu de revenir au bois d origine.Mais personne ne peut nier 1 utilité, pour la survie physique de l\u2019église et sa place dans l\u2019image mentale que les habitants du lieu se font de leur patrimoine, de l\u2019avoir fait passer de l\u2019état de ruine à celui de bâtiment patrimonial photogénique.2 129 Sainte-Anne-de-Prescott : quand un village conserve un décor peint à force d\u2019ingéniosité Sainte-Anne-de-Prescott est un petit village de l\u2019Est ontarien, inclus dans la municipalité de Hawkesbury-Est, et compte environ 500 habitants.L\u2019église, construite en 1883-1884, comporte un décor intérieur peint par Toussaint-Xénophon Renaud en 1914 : deux toiles marouflées au niveau des autels latéraux, une douzaine de médaillons et des motifs sur la voûte ont survécu jusqu\u2019à nos jours.En 2002, la perte de son prêtre résidant a semble-t-il donné un choc électrique à la petite communauté, qui a trouvé là la motivation de prendre en main son église.Le dernier grand ménage remontait à 1958.Le coût de la restauration de l\u2019intérieur de 1 église est alors évalué à 100 000 $.La vente récente du presbytère a rapporté 50 000 $, il reste donc la moitié de la somme à trouver.Dans les diocèses catholiques ontariens, il n\u2019existe pas de fabrique, il n y a qu\u2019un Comité des affaires temporelles, et les biens de l\u2019église n\u2019appartiennent pas aux paroissiens.De plus, il n\u2019existe en Ontario aucun programme de subvention qui puisse ressembler à la Fondation du patrimoine religieux du Québec, et le ministère de la Culture investit très peu dans la restauration de bâtiments religieux.Le diocèse d\u2019Ottawa n\u2019étant pas intéressé à subventionner des projets de cette nature, les paroissiens ont été laissés à eux-mêmes.Particulièrement dynamiques, ils ont formé plusieurs comités, dont le principal fut le comité de collecte de fonds, une dizaine de personnes qui se chargèrent d\u2019aller faire du porte-à-porte à travers tout le village.En tout, au village et à l\u2019extérieur, environ 150 personnes, familles ou organismes ont fait un don en argent (pour un total de 50 000 $).À souli- 130 gner, l\u2019Église unie de Hawkesbury-Est (située à Sainte-Anne) a aussi contribué en donnant l\u2019occasion aux paroissiens de Sainte-Anne de faire des collectes lors de son concert de Noël.Le maire de la municipalité, originaire de Sainte-Anne, également préfet des comtés unis Prescott et Russell, a organisé son banquet annuel au profit de la paroisse.Outre le succès des collectes de fonds, l\u2019aspect le plus remarquable de l\u2019opération est l\u2019importance de ses retombées.Tout d\u2019abord, le comité des activités, formé après la restauration, a pris contact avec l\u2019Association italienne Jelsi de Montréal, dont la patronne est Sainte-Anne, pour en inviter les membres à faire un pèlerinage dans leur village.Par deux fois, en 2003 et 2004, environ 300 personnes se sont déplacées de Montréal, et des échanges culturels ont eu lieu : danses et chants folkloriques italiens et canadiens-français.En même temps, un comité a été formé pour produire un livre richement illustré sur l\u2019histoire de la paroisse et de l\u2019église.Les profits de la vente du livre, lancé en 2004 et entièrement autofinancé par des publicités achetées par une centaine de commerces de la région, seront versés à la caisse du nouveau Comité de gestion des fonds de restauration, qui compte poursuivre les travaux dans les prochaines années.Une pareille opération n'a évidemment pu se faire sans quelques heurts.Mais les malentendus se sont limités à des questions esthétiques : certains manques de communication et des divergences de points de vue ont fait en sorte que le résultat final de la restauration du décor n\u2019est pas parfaitement conforme à l\u2019œuvre de Renaud.Rien n\u2019est parfait, mais l\u2019esprit d\u2019initiative et la persévérance du groupe de Sainte-Anne-de-Prescott ont été récompensés le 21 novembre 2004 par le Regroupement des organismes du patrimoine franco-ontarien, i3i qui lui a décerné son prix annuel.Autre récompense : le diocèse d\u2019Ottawa donne maintenant la paroisse en exemple comme modèle de dynamisme communautaire.3 Saint-Venant-de-Paquette : une église rachetée par ses fidèles Saint-Venant-de-Paquette est un petit village de ni habitants situé près de Coaticook.La paroisse catholique est la plus petite de tout l\u2019archidiocèse de Sherbrooke.C\u2019est donc, selon la logique actuelle, par celle-ci que l\u2019évêque a voulu commencer le processus de fermeture graduelle de paroisses, en :999- a alors voulu la jumeler avec deux autres paroisses et fermer complètement l\u2019église.Seulement voilà : cette église de 1875 a aussi longtemps été considérée comme le joyau du diocèse, et son architecture intérieure est unique au Canada chez les catholiques : toute de bois non teint, elle rappelle plutôt les intérieurs anglicans (cette influence anglo-saxonne est peut-être due à la proximité de la frontière américaine).Paroisse au jeune curé dynamique, ses fidèles n\u2019ont rien voulu entendre aux raisons données par le diocèse : population trop petite, assistance réduite à la messe.Le dynamisme du village et également l\u2019absence de dette de la paroisse ne semblaient pas peser dans la balance.Des paroissiens, sous la direction du président la fabrique de l\u2019époque Marc-André Inkell, ont menacé le diocèse de mobiliser les médias.Malgré l\u2019arrêt des services religieux hebdomadaires, ils ont donc pu conserver des célébrations trois-quatre fois par an à partir de 2000.Le diocèse a cédé à l\u2019organisme sans but lucratif Les Amis du patrimoine (créé en 1997 et administrant déjà la Maison de l\u2019arbre et le Sentier poétique) le bâtiment pour la somme symbolique d\u2019un dollar.Fait exceptionnel, la paroisse a réussi à l\u2019arraché 132 à conserver le droit de culte, et c\u2019est ainsi que Saint-Venant est probablement la seule église privée au Canada ayant gardé ce droit.Aujourd\u2019hui, l\u2019église s\u2019autofinance : des spectacles ont lieu 2-3 fois par an (depuis 1993), on demande un droit d\u2019entrée pour la visite guidée de l\u2019église et du musée situé dans les tribunes latérales et arrière, un bingo annuel est organisé, ainsi qu\u2019une collecte dont le modèle est copié sur la campagne de financement du diocèse.Mais peut-être l\u2019explication de la « solvabilité » de cette entreprise hors du commun est-elle à chercher dans l\u2019absence de la dépense qui grève le plus lourdement les paroisses de nos jours : Saint-Venant n\u2019est pas chauffée, à la fois par esprit d\u2019économie et par souci de conservation du bois.4 a a a Comme en témoignent les expériences relatées ci-haut, les ressources les plus recherchées et indispensables pour mener à bien un projet de restauration ou de sauvegarde sont le dévouement, la motivation, l\u2019ingéniosité, l\u2019audace et.le temps.À ce chapitre, Michel Pourbaix de Luskville conclut d\u2019ailleurs que les retraités sont un groupe particulièrement bien placé pour s\u2019impliquer dans des projets de ce genre, puisqu\u2019ils ont du temps libre, une denrée rare chez les jeunes familles.Les exemples cités mettent en scène des chrétiens pratiquants - y a-t-il une place dans ces initiatives pour des non-pratiquants, et même des non-croyants ?Ou des fidèles d\u2019une autre religion ?Il existe certains cas répondant à cette dernière question, comme par exemple l\u2019église anglicane Christ Church de Springbrook, à Saint-Édouard-de-Frampton 133 en Beauce, sauvée par des catholiques en 1985 et transformée en théâtre.Mais il n\u2019en pleut pas.Cela dit, inédit et inexploré ne riment pas avec impossible.Compte tenu de la diminution inéluctable du nombre de fidèles pratiquants dans la presque totalité des paroisses ou congrégations de la province, compte tenu du nombre d\u2019églises qui risquent d\u2019être fermées et livrées aux spéculateurs immobiliers ou au pic des démolisseurs au cours des prochaines décennies, il est impératif que tous les membres des communautés, en ville comme à la campagne, puissent s\u2019impliquer dans le transfert ou la restauration de ces biens exceptionnels.Les mécanismes n\u2019existent pas encore, ils sont à inventer.Il faudrait permettre à chacun, s\u2019il le désire, de pouvoir participer à la mise en valeur de son église, ou d\u2019une église de son choix.Espérons que des pionniers d\u2019un nouveau genre sauront défricher le terrain et servir d\u2019inspiration pour d\u2019autres communautés, les municipalités et tous les acteurs concernés.?1\tEntrevue avec M.Michel Pourbaix, 20 octobre 2004.2\tEntrevue avec Mme Opal Carson, 2 novembre 2004.3\tEntrevue avec Mme Lucie Brunet, 28 octobre 2004.4\tEntrevue avec M.Marc-André Inkell, 22 octobre 2004. 134 DOSSIER Marie-Lyne David* LES VESTIGES DE NOTRE PASSÉ, MODERNISONS-LES ! Nos plus grands trésors nationaux sont nos églises.Elles représentent une richesse architecturale inestimable et une trace indélébile de notre histoire sociale et culturelle.Plusieurs touristes viennent en pèlerinage à Montréal et nous estiment chanceux de pouvoir pratiquer nos différents cultes avec une proximité et une qualité d\u2019établissements hors du commun.Toutefois, ils ne savent pas à quel point notre patrimoine bâti deviendra d'ici quelques années à peine, un vestige de notre passé.La population s\u2019inquiète grandement du sort réservé à la quarantaine d\u2019églises de type cathédrale dans le quartier Rosemont, des lieux de culte anglicans ou protestants qui se font tranquillement envahir par les universités avoisinantes, des résidences de membres de la communauté qui attirent les promoteurs immobiliers, etc.Elle tente en vain de protéger la mémoire collective parce que dorénavant les solutions de rechange gagnent sur la restauration.Se font rarissimes les gens attirés par la foi.Voir un de nos enfants étudier en théologie n\u2019est plus nécessaire, ni tellement valorisé comme jadis.Nous n\u2019en sommes plus à l\u2019époque de la messe dominicale obligatoire avec les petits gants blancs et le chapeau assorti à la robe pour les femmes.Nous n\u2019en sommes plus à * Étudiante à la maîtrise en histoire de l'art. 135 l\u2019ère de la dévotion pour notre lieu de pratique, ni à celui de la dîme, ni à celui de l\u2019appartenance à notre paroisse.Il y a trop de bancs d\u2019église désertés et pas assez d\u2019argent pour restaurer tout ce qui tombe en morceaux.Notre société autrefois cléricale à l\u2019excès entend maintenant les cloches du recyclage architectural de nos lieux de culte.Tout comme nos habitudes religieuses, notre opinion se transforme au fil du temps.Maintes propositions ont été suggérées pour contrer la démolition de lieux de culte en difficulté financière, en ruines ou complètement abandonnés.La solution prônée conserve la structure architecturale intacte et offre la possibilité à une autre tradition religieuse d\u2019y exercer son culte.De nombreux exemples sont déjà des références pour les transformations à venir dont l\u2019ancienne église catholique Sainte-Yvette, dans le quartier St-Michel, qui a été vendue en 2001 à l\u2019Église évangélique haïtienne de l\u2019Alliance chrétienne et missionnaire.De cette façon, l\u2019héritage architectural laissé par ces grands bâtiments ne disparaît pas de l\u2019œil du passant puisque seul l\u2019intérieur sera appelé à être transformé pour plaire à la nouvelle pratique.Voici d\u2019autres exemples de ces répandus et préconisés transferts de religion.Les églises Bethel Gospel Chapel et Sainte-Margaret d\u2019Écosse appartenant avant aux baptistes adventistes du 7e jour est maintenant à la tradition baptiste évangélique.Il y a aussi la Church of Jesus Christ Apostolic et le Temple Gurudwara Sahib Québec-Montréal autrefois pentecôtistes et maintenant l'une apostolique, l\u2019autre sikh.La Mosquée Ahmadiyya Movement in Islam auparavant luthérienne.Saint Lawrence Anglican et l\u2019Église Montreal Chinese Alliance autrefois de l\u2019église unie, maintenant anglicane et de tradition « autre ».Le passage d\u2019une religion à une autre 136 permet non seulement la conservation de notre patrimoine religieux bâti, mais facilite l\u2019échange entre les pratiques mixtes.La liste s\u2019allonge, s\u2019allonge et n\u2019en est qu\u2019à ses débuts.Outre la transmission entre groupes religieux, la population a songé à une nouvelle éventualité.Depuis une vingtaine d\u2019années, le terme « recyclage » est apparu dans notre vocabulaire.Les écologistes ont été les premiers à se l\u2019approprier pour ensuite laisser la propagande de ce mot se faire d\u2019elle-même.L\u2019architecture le connaissait aussi très bien, mais ce n\u2019est que depuis dix ans à peine qu\u2019il devient une possibilité assez intéressante pour les lieux de culte montréalais.La reconversion est la clef moderne de la sauvegarde de nos établissements de foi.Déjà quelques manifestations dans l\u2019environnement urbain montréalais peuvent être citées.Toutefois, certains intervenants (architectes, urbanistes, historiens, historiens de l\u2019art, membres du clergé.) ne sont pas en faveur de cette solution et soulèvent la controverse.Malgré eux, plusieurs églises sont à l\u2019heure actuelle requalifiées.La majorité des exemples retenus par la mémoire des paroissiens concernent les églises transformées en condominiums par de grands promoteurs parce que se font très rares les individus qui peuvent s\u2019offrir une église.Dans les Cantons-de-l\u2019Est, une famille a tenté l\u2019expérience pour vite s\u2019apercevoir que d'habiter une église catholique (Sainte-Suzanne-de-Santhope) payée à peine 60 000 $, c\u2019est génial, mais très difficile à garder au chaud pendant le long hiver.Un an plus tard elle était à vendre pour 199 000 $ afin d\u2019éponger l\u2019ensemble des pertes inattendues.Ce sont plutôt des promoteurs immobiliers qui font des offres d\u2019achat sur des bâtiments aussi majestueux et ne gardent qu\u2019une partie du squelette afin de rentabiliser au maximum l\u2019espace. 137 L\u2019ancienne église Saint-Jean-de-la-Croix, de foi catholique (à même la Petite-Italie), est la première à avoir créer un émoi généralisé à travers la population québécoise.Dès le début de l\u2019an 2000, les Conceptions rachel-julien ont tenté d\u2019élaborer un projet de condominiums en sachant bien que l\u2019idée n\u2019allait pas plaire à tous.L\u2019église avait d\u2019abord été offerte gratuitement à une communauté orthodoxe qui n\u2019en a pas voulu.Denis Robitaille, président de l\u2019entreprise, a donc acheté celle-ci avec 650 000 $ et y a investi près de 20 M $.Il a dû faire face à la réticence des paroissiens, des règlements de zonage et des sommes inestimables.Aux dernières nouvelles, encore quelques unités restaient vacantes.Vous n\u2019auriez pas un maigre 325 000 $ à investir ?La plupart des recyclages en habitations privées sont réalisés non pas avec les églises, mais avec les résidences des membres de la communauté cléricale.À Montréal seulement, il y a eu la requalification de la congrégation des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie sur le plateau Mont-Royal, la Maison Mère des Sœurs de Marie-Rédemption dans Outremont et très certainement le Carmel sur le plateau Mont-Royal.Celui-ci crée une controverse jamais vue dans les médias.Depuis le mois de juin, la population montréalaise ne veut pas entendre les offres du Groupe Prével, promoteur immobilier voulant construire des condos à même et autour du site.Toutes les instances concernées s\u2019en mêlent et souhaitent protéger ce monastère.On tente de le rendre bien patrimonial, on explique son importance dans le quartier, l\u2019héritage qu\u2019il représente.D\u2019ici quelques semaines, on saura la décision finale des sœurs carmélites.Beaucoup d\u2019autres exemples de reconversion parsèment le territoire québécois, surtout dans les villes de Montréal et de Québec.Voici donc un survol des plus intéressantes. i3« D\u2019abord, l\u2019Université du Québec à Montréal installée dans l\u2019antre de l\u2019ancienne église Saint-Jacques (il ne reste qu\u2019une partie de la chapelle et l\u2019entrée sud), l\u2019ancienne chapelle Loyola maintenant partie intégrante de l\u2019Université Concordia, l\u2019église St-Paul\u2019s Church of Scotland devenue le musée du cégep St-Laurent, la First Presbyterian Church maintenant un ensemble de condominiums dans l\u2019arrondissement McGill, Saint-Mathias-Apôtre abrite le Chic Resto Pop dans Hochelaga-Maisonneuve, l\u2019église Saint-Esprit à Limoilou est l\u2019École du cirque de Québec, Our Lady Queen of the World a été vendue au C.P.E Le Baobab à St-Hubert, l\u2019Église de Ham-sud qui deviendra sous peu un centre de théâtre et d\u2019art, etc.Il y a aussi plusieurs projets en cours qui ne sont pas annoncés à la population, en particulier à Montréal.L'église catholique (ayant toujours ce statut) Saint-Eugène dans le quartier Rosemont couve un projet de centre communautaire entouré d\u2019habitations (projet d\u2019ABCP Architecture et Urbanisme), l\u2019église presbytérienne Erskine And American intéresse grandement le Musée des Beaux-Arts de Montréal afin d\u2019y loger de nouvelles salles d\u2019expositions et le Carmel du Mont-Royal approché par le Groupe Prével.À Québec, en novembre 2003 une annonce classée vendait l\u2019église Saint-Joseph par l\u2019agence Sutton et un article dans Le Soleil annonçait la vente et le souhait de recycler trois églises dont Sainte-Claire-d\u2019Assise, Saint-Paul Apôtre et Sainte-Odile.Ces trois dernières y sont toujours intactes.Le statut de la religion et de sa pratique a beaucoup changé au Québec depuis les années 1940.De nombreuses manifestations sociales ou artistiques ont dénoncé le contrôle trop rigide du clergé sur la vie québécoise.Puisque cela fait quand même plus d\u2019une cinquantaine d\u2019années, il est évi- 139 dent que les nouvelles générations ne s\u2019intéressent plus autant à leur paroisse.L\u2019idéaliste en nous voudrait conserver tout ce patrimoine bâti si solide et si propre à notre culture, mais c\u2019est dorénavant impensable.Les grandes villes manquent d\u2019espace pour loger les gens et peut-être que la reconversion sert à cela : loger et offrir des services communautaires.À l\u2019extrême, ne vaudrait-il pas mieux requalifier une église que de la voir démolie ?Il faut se poser les bonnes questions lorsqu\u2019on aborde le recyclage et ne pas toujours penser à la notion de perte quand il s\u2019agit véritablement d\u2019une survie, même suivant une nouvelle vocation.Si certaines balises étaient établies, nous pourrions toujours passer devant une église recyclée qui n\u2019a pas trop perdu sa forme extérieure et voir défiler devant nous les souvenirs de notre passé.? 140 DOSSIER Marc-Henri Vidal\u20191 i DIVERSITÉ RELIGIEUSE ET LIEUX DE CULTE AU QUÉBEC Ce sujet nous oblige à une mise à jour de nos connaissances sur le passé religieux québécois.En effet, l\u2019histoire populaire a occulté plusieurs de ses pages à des fins plus ou moins partisanes.Faisons donc, dans un premier temps, un bref mais nécessaire survol du passé religieux québécois.50 % des premiers colons arrivés en Nouvelle-France sont des huguenots, un terme populaire pour parler des calvinistes ou des réformés, soit des protestants francophones.Roberval, Pierre Du Gua de Monts, Guillaume de Caën et bien d\u2019autres firent partie de ces premiers fondateurs et adeptes du protestantisme.Malgré l\u2019interdiction formelle en 1627, sous l\u2019influence du cardinal de Richelieu, des cultes protestants dans la colonie, une certaine tolérance semble avoir régné.Toutefois, plusieurs restrictions demeurent et la proportion de non-catholiques francophones diminuera fortement jusqu\u2019au moment de la conquête.En 1760, la conquête de la Nouvelle-France catholique par un souverain protestant inverse la situation.Dès 1759, la 1 Le pasteur Marc-Henri Vidal est responsable de l\u2019Église presbytérienne St-Luc à Montréal.Il a été secrétaire provincial de la Fondation du patrimoine religieux du Québec.Membre de plusieurs conseils d\u2019administration, il est régulièrement sollicité pour animer divers ateliers sur la mosaïque religieuse québécoise.) H1 chapelle des Ursulines à Québec sert de premier temple protestant français.Si l\u2019aristocratie anglaise était d\u2019obédience anglicane, un grand nombre des soldats de sa majesté était écossais, donc majoritairement presbytériens et plusieurs marchands britanniques étaient des méthodistes et des bap-tistes.La conversion des canadiens français au protestantisme passa au second plan derrière les tentatives continuelles d\u2019équilibre entre les différentes branches au sein du protestantisme.L\u2019Acte de Québec, voté en 1774, concédera des droits au clergé catholique en échange d\u2019une soumission tacite aux supérieurs légitimes.Eglise orthodoxe St-Georges.Communauté libanaise.À noter la coupole centrale au milieu du bâtiment.w w Le protestantisme sera alors essentiellement anglophone et urbain, à l\u2019exception de la région des Cantons de l\u2019Est qui verra l\u2019arrivée massive de loyalistes en provenance des États-Unis, à la fin de la guerre d\u2019indépendance (1783).C\u2019est 142 d\u2019ailleurs la seule région au Québec où le nombre d\u2019églises protestantes, toutes traditions confondues, égale le nombre d\u2019églises catholiques.Ainsi, les équations anglophone-protestant-marchand et francophone-catholique-paysan se forgeront dans l\u2019histoire.Vers 1850, une autre page de notre histoire s\u2019écrit.D\u2019un coté les Églises réformées et anglicanes travaillent conjointement à l\u2019évangélisation des canadiens français et de l\u2019autre coté des ouvriers baptistes venus de Suisse s\u2019installent en Montérégie pour le « salut des âmes.» Ces divers groupes se divisèrent la province.En 1900, près d\u2019une centaine de points de prédication et de paroisses franco-protestantes était établie.Toutefois, la récupération du système scolaire francophone par les autorités catholiques empêcha bon nombre d\u2019enfants protestants d\u2019avoir accès à l\u2019éducation en français et entraîna un fort mouvement d\u2019anglicisation.Après deux générations, le nombre de paroisses fut réduit de 70 %.Il faudra attendre les années 1970 pour qu\u2019à nouveau on voie une croissance mais, cette fois-ci, du coté des mouvements dits évangéliques.Pour ce qui est de la perception d\u2019un groupe par l\u2019autre, elle a été longtemps du domaine de l\u2019antagonisme.Qui ne se rappelle pas les combats de ruelles entre Anglais et Français ?Les Anglais pour leur part représentant l\u2019envahisseur, le colonisateur, l\u2019ennemi et sa religion, celle de l\u2019oppresseur ! Les expressions de nos aïeux, telles que : « Des loups dans la bergerie » pour qualifier la présence de protestant au sein de la société, « C\u2019est un Chiniquy » pour parler d\u2019un apostat, en allusion au fameux prêtre prédicateur Charles Chiniquy qui s\u2019est converti au protestantisme dans la seconde moitié du XIXe siècle, « Un canadien-français qui n\u2019est pas catholique est une anomalie », « la foi est le ciment de la nation », sont des expressions qui témoignent de l\u2019étroite relation entre M3 nationalisme québécois et adhésion religieuse.Les protestants francophones souffraient, pour leur part, du statut de double minorité : Minorité protestante francophone, dans une majorité protestante anglophone et dans une majorité catholique francophone.Ils devaient se contenter, comme service religieux, d\u2019aller à la « mitaine », déformation des termes de « meeting » pour parler de la réunion et de « meeting house », en allusion à la simplicité des lieux de réunions pour le culte chez les protestants.Snowdon Baptist Church.À noter, simplicité moderne, ouverture pour le baptistère pour adulte à l'arrière sur l\u2019estrade, effet « salle de classe ».Faire l\u2019étude des églises protestantes au Québec, c\u2019est rencontrer un grand nombre de dénominations ayant chacune sa particularité.Mais, contrairement à l\u2019opinion populaire, il n\u2019y en a pas un nombre illimité.Brossons donc un tableau plus large du christianisme.Ce dernier peut se diviser en quatre grandes familles, qui toutes ont la même base doctrinale : La reconnaissance de l\u2019œuvre de Jésus-Christ.Les dif- férences seront d\u2019ordre administratif (Églises géographiques ou nationales) ou dans les doctrines secondaires (qui pour certains seront fondamentales.) : 1)\tLes églises orthodoxes, une vingtaine de traditions indépendantes et divisées sur des bases géographiques, ethniques ou liturgiques.Ces traditions coopèrent généralement bien entre elles.Les tensions sont plus culturelles que doctrinales.L\u2019organisation, de type épiscopal, demeure avant tout nationale.Le patriarche de Constantinople a une valeur symbolique mais pas de pouvoir sur l\u2019ensemble des courants.Au Québec, il y a près de vingt-cinq paroisses orthodoxes rattachées à une douzaine de traditions et représentatives des communautés des pays de l\u2019Est et du Moyen-Orient.Ces Églises se caractérisent par une très forte symbolique religieuse et une liturgie très complexe.2)\tLes églises catholiques, (romaines, orientales, dissidentes.) une vingtaine de traditions dont la plus connue et la plus nombreuse est l\u2019Église catholique romaine, ce qui donne parfois l\u2019impression qu\u2019elle est la seule.De type épiscopal, le pape catholique romain fait figure d\u2019autorité sur les Églises catholiques romaines et orientales partout dans le monde.Au Québec, les catholiques orientaux, dont les catholiques maronites chez qui les prêtres peuvent se marier, sont sous l\u2019autorité des diocèses catholiques romains, qui interdisent le mariage à leurs propres pasteurs.Ces Églises se caractérisent par une forte symbolique religieuse et une liturgie complexe.3)\tL\u2019Église anglicane, appelée aussi épiscopalienne, une cinquantaine de traditions puisque dans chaque pays, là Æ \\ où le nombre est suffisant, cette église est autonome.Le temps a créé et renforcé des tendances qui font qu\u2019au-jourd\u2019hui existent des groupes très traditionnels (High Church) et d\u2019autres plus protestants et évangéliques (Low Church).Lorganisation anglicane, quoique épiscopale, ne possède aucune hiérarchie suprême qui coordonne les dénominations des différents pays, le diocèse étant 1 unité fondamentale de l\u2019Église.Ainsi, la reine d\u2019Angleterre n est que le chef spirituel de l\u2019église d\u2019Angleterre et l\u2019archevêque de Canterbury a un pouvoir symbolique sur le regroupement des Églises anglicanes et épiscopaliennes, de par le monde, mais pas d\u2019autorité formelle.Ces Églises se caractérisent par une certaine symbolique religieuse et une liturgie proche du catholicisme.Eglise unis St-Jean.À noter, pas d\u2019estrade et la table de communion est une table de cuisine ronde en bois sur laquelle trône une Bible. 146 4) Les Églises protestantes, un grand nombre puisque dans chaque pays elles forment des entités séparées.Principalement de type congrégationaliste (chaque paroisse est autonome et la tradition religieuse est comme une fédération de paroisse) ou de type presbytéral (représentation proportionnelle entre la paroisse et le regroupement dans une région donnée - le Consistoire.) Il n\u2019y a donc pas, pour la majorité de ces traditions, de hiérarchie spirituelle dominante.Ces Églises sont caractérisées par un retour aux Écritures et à la vie des premiers chrétiens comme seule référence valable et, de ce fait, accentuent le rôle de la Parole dans leur culte.Quoiqu\u2019elles maintiennent le baptême et la cène, la liturgie est réduite au minimum et, pour sa part, la symbolique religieuse est à peu près inexistante.Les protestants se divisent à leur tour en trois grandes familles qui entretiennent des liens plus ou moins étroits en leur sein : a.\tLes Églises issues de la Réforme : luthériennes, presbytériennes, unies, réformées., qui ont conservé une certaine structure liturgique.b.\tLes Églises de type anabaptiste : baptistes, frères, men-nonites., qui se distinguent par la reconnaissance du seul baptême des adultes comme valable.c.\tLes Églises de type spiritualiste : charismatiques, pentecôtistes., qui, comme les anabaptistes, enseignent le baptême des professants et, de plus, accordent une place importante aux manifestations du Saint-Esprit (miracles et direction personnelle.) 147 Plusieurs dénominations protestantes, surtout dans ces deux derniers groupes, anabaptiste et spiritualiste, se réclament du titre d\u2019Églises évangéliques et ont parfois des tendances fondamentalistes.Côte-des-Neiges Presbyterian Church.À noter la très grande simplicité intérieure du sanctuaire.Chacune de ces branches du christianisme entretient un rapport particulier avec l\u2019objet religieux immobilier et mobilier.Du coté orthodoxe, catholique et anglican le lieu de culte est un endroit consacré.11 acquiert alors une dimension particulière et on lui doit révérence.Les objets liturgiques revêtent eux aussi une valeur sacrée.On embrasse les icônes chez les orthodoxes et seul le prêtre franchit l\u2019iconostase.Chez les catholiques, on s\u2019agenouille devant l\u2019autel et on se signe avec l\u2019eau bénite.Pour les anglicans, une balustrade sépare la nef du sanctuaire où seul les consacrés ont accès.Sans tomber dans la magie, l\u2019importance de l\u2019objet, du 148 rituel, de la couleur, de la formule, de la parole, de la position, des gestes et du rôle est très grande.Le modèle architectural premier que l\u2019on retrouve dans les églises orthodoxes est celui de la basilique.Grande cour rectangulaire, parfois bordée de colonnes dans sa longueur avec à l\u2019une de ses extrémités, une ouverture en demi-cercle qui abrite le chœur ou le sanctuaire proprement dit.À ce modèle de base se rajoutent des coupoles, dômes, voûtes selon l\u2019art byzantin ou tours surmontées de « bulbe d\u2019oignon » selon l\u2019art russe.L\u2019exemple classique est celui de l\u2019église de Sainte-Sophie à Istanbul, construite au début du VIe siècle, mariage entre la basilique et le dôme central, souvent imité mais jamais égalé.À Montréal, les premiers immigrants orthodoxes se sont contentés de racheter des bâtiments religieux (souvent d\u2019origine protestante) qu\u2019ils ont adaptés à leurs besoins par l\u2019ajout d\u2019icônes et d\u2019iconostases.Si les vitraux représentant des scènes de la vie du Christ ou des saints ne font pas partie de la tradition architecturale orthodoxe, ils les ont tout de même conservés.Les églises orthodoxes, tout comme les diverses traditions catholiques (romaines, orientales ou dissidentes) et contrairement à la majorité des traditions protestantes, sont des églises où la symbolique religieuse est très présente et empreinte de signification sacrée.L\u2019iconostase, une cloison grillagée qui sépare la nef du sanctuaire (le chœur) est richement ornée d\u2019icônes.Lors d\u2019un service religieux, seuls les prêtres ont accès à l\u2019arrière de l\u2019iconostase où se déroule le mystère de l\u2019eucharistie.Les fidèles ne peuvent qu\u2019apercevoir des bribes de la gestuelle sacrée.La majorité du service (chanté en grande partie par le prêtre dans une langue ancienne), lectures, prières, homélie se déroule toutefois devant cette cloison.Suite à l\u2019affluence récente des immi- H9 grants des pays de l\u2019Est et du Moyen-Orient, les communautés orthodoxes ne sont pas en situation précaire.St-James united Church (ancienne église méthodiste).À noter l\u2019effet demi cercle et amphithéâtre.fTTjSL- - /\" A Chez les anglicans, les lieux de culte ont beaucoup en commun avec les églises catholiques, bien qu\u2019ils soient généralement plus sobres tant dans l\u2019architecture que dans le décor intérieur.Quoique dans certaines églises le heu de la Parole soit élaboré, le culte est généralement centré sur la célébration eucharistique.L\u2019absence, à l'origine, de divergences idéologiques entre catholiques et anglicans et l\u2019utilisation par ces derniers d\u2019anciennes églises catholiques, expliquent sans doute la parenté qui existe entre les églises des deux dénominations.De fait, les grandes différences sont attribuables aux choix différents, au cours des ans, de styles architecturaux.L organisation intérieure des églises est structurée selon une hiérarchie qui rappelle les premières basiliques : Les fonts 150 baptismaux près de l\u2019entrée, la nef et ses bancs, le pupitre de lecture et la chaire à l\u2019avant, la balustrade ou le jubé séparant la nef du sanctuaire.L\u2019autel qui occupe le centre de ce dernier est plus élaboré qu\u2019une simple table, mais demeure sobre.La chaleur de ces églises vient habituellement de la richesse du bois sombre utilisé massivement pour les murs et qu\u2019on retrouve parfois dans un jubé sculpté.Du point de vue de l\u2019histoire et de la théorie de l\u2019architecture, les architectes de la Réforme n\u2019ont fait que réinterpréter le thème du plan « central » qui forme, avec le plan « basilical », les deux types d\u2019édifices religieux propres au christianisme (le plan central était également présent dans plusieurs synagogues au temps du Christ, et le plan basilical correspond à celui de l\u2019auditoire, de la cour, de la basilique romaine [le marché]).C\u2019est la fonction symbolique de la communauté : Le rassemblement, la référence à la Parole qui la convoque et la référence au sacrement qui l\u2019authentifie, qui les a amenés à retrouver la forme du plan « central ».Au Québec ce modèle s\u2019illustre par des bâtiments en demi-cercle où l\u2019estrade s\u2019avance ou des bâtiments de type amphithéâtre au plancher incliné.Si le plan « basilical » a finalement dominé c\u2019est que les protestants ont dû se contenter en beaucoup d\u2019endroits (Angleterre, Écosse, Suisse, Allemagne, Pays-Bas) des édifices conçus pour le culte catholique, en apportant, selon les circonstances locales, les modifications que nécessitait le service protestant.Les modifications les plus visibles furent la suppression des images et des statues, puis le déplacement de la chaire et de la table de communion (l\u2019autel).L\u2019église devint alors le lieu de l\u2019enseignement, celui de la salle de classe. L\u2019église protestante est sobre et la chaire occupe habituellement la place centrale.Pour accentuer l\u2019importance de l\u2019Eucharistie, on mettait autrefois la table de communion au pied de la chaire.Notons que la communion est célébrée plus rarement que dans les milieux catholiques (en moyenne une fois par mois).Le service religieux est centré sur la Parole, la Bible.Une certaine variété existe au sein des communautés protestantes.Certaines d\u2019entre elles ont pu réintroduire des lieux de culte assez élaborés.D\u2019autres s\u2019en tiennent au meeting house, c\u2019est-à-dire une salle de rencontre avec une chaire et une table d\u2019une grande simplicité.Parfois, un simple gymnase ou une salle communautaire suffit.Il n\u2019y a pas à proprement parler d\u2019objets liturgiques dans les Églises protestantes.Les ustensiles de communion et les baptistères sont les seuls éléments représentatifs des sacrements.Et même là, l\u2019objet en lui-même n\u2019est pas chargé d\u2019un pouvoir particulier.Une simple coupe et une assiette à pain peuvent servir.Le délestage des lieux de culte protestant ne présente pas la même dynamique que celui des autres traditions chrétiennes.Le fait que le bâtiment ne soit pas « consacré », l'attachement qu\u2019on lui porte n\u2019est pas théologique mais culturel.Ce sentiment d\u2019appartenance s\u2019illustre bien, dans les églises protestantes issues de la Réforme, par les dons désignés des paroissiens pour l'achat de vitraux, livres de chant et autres objets.D autre part, 1 émergence d\u2019un grand nombre de nouvelles communautés protestantes de la mouvance évangélique issues de l\u2019immigration, principalement en milieu urbain, accroît le transfert d un lieu, d\u2019une tradition à une autre.Également, le volume des églises, généralement plus restreint, permet une réutilisation plus facile.? 152 DOSSIER Claude Pigeon* GENÈSE D\u2019UN SECTEUR PASTORAL.LE NOUVEAU VISAGE DE CINQ PAROISSES RURALES DANS LE BAS-ST-LAURENT Présentation Ce dossier de L\u2019Action nationale porte un regard sur la question du patrimoine religieux bâti au Québec.Mais qui sont les paroissiennes et paroissiens d\u2019aujourd\u2019hui qui assument la garde de cet héritage ?Au fil des ans, et même des siècles, les communautés paroissiales québécoises se sont dotées d\u2019édifices, presbytères et églises en particulier, qui correspondaient à une vision de la théologie tout autant qu\u2019à des besoins pastoraux bien précis.L\u2019héritage immobilier qu\u2019elles ont constitué est donc en lien avec le vécu religieux des paroissiennes et paroissiens d\u2019une époque.Au moment où l\u2019on s\u2019interroge sur l\u2019avenir de ce patrimoine, il semble pertinent de poser la question du vécu des paroisses aujourd\u2019hui.Depuis quelques années, celles-ci sont engagées dans un processus de remodelage ou même de re-fondation.De nouvelles assemblées paroissiales émergent, regroupant ce qu\u2019il reste de forces vives dans plusieurs anciennes paroisses.Plus encore, on fonde de nouvelles paroisses qui administrent les biens des anciennes.Pour aller plus loin dans notre compréhension des enjeux derrière la gestion de ce patrimoine par ceux et celles qui en ont actuellement la garde, * Ph.D.Histoire des religions et théologie. 153 voici le récit d\u2019une expérience de regroupement de paroisses qui dure depuis deux ans maintenant.Le Ier août 2002, l\u2019auteur de ces lignes1, devenait curé des paroisses de St-Clément, de St-Cyprien, de St-Jean-de-Dieu, de St-Médard et de Ste-Rita (voir encadrés page suivante), situées dans le diocèse de Rimouski.Celles-ci sont maintenant regroupées en une même unité pastorale, appelée dans notre diocèse « secteur pastoral2 ».Les cinq paroisses regroupent environ 4000 personnes alors qu\u2019elles en comptaient 7500 en 19503.L\u2019évolution récente de l\u2019histoire de ces cinq paroisses est d\u2019une certaine manière représentative de la situation actuelle de l\u2019Église québécoise.Celle-ci est entrée dans une phase de remodelage de ses institutions où de nouvelles communautés élargies émergent.La force symbolique du clocher du village demeure mais de nouveaux réseaux de solidarités apparaissent.On peut même parler dans certains cas de nouvelles communautés.Le récit proposé entend aider à établir un portrait plus juste et nuancé de la situation actuelle des paroisses rurales qui assument actuellement une grande partie de la gérance de notre patrimoine religieux bâti.C\u2019est la seule dimension qui nous intéresse ici.L\u2019analyse de ce vécu appartient aux sociologiques, aux historiens et aux théologiens.Ce n\u2019est pas à ce titre que nous proposons ces lignes mais plutôt comme acteur responsable de la gestion et de la conservation d\u2019un précieux patrimoine : fait de lieux de cultes et de baptisés qui s\u2019y rassemblent encore.Ce point de vue apporte un élément de plus en vue d\u2019une meilleure compréhension des enjeux de conservation, celui des besoins pastoraux actuels et à venir des communautés paroissiales.De plus, il rend compte d\u2019une partie du processus de remodelage des paroisses territoriales en cours sur l\u2019ensemble du territoire québécois.Le 154 récit proposé respectera le fil chronologique de quelques événements significatifs qui ont marqué la première phase de mise en place du secteur pastoral.ST-CLÉMENT Ce village qu'on aperçoit de loin, perché sur une magnifique colline, compte 539 habitants.Il a été le terrain de l\u2019occupation de son bureau de poste il y a quelques années.Ce mouvement a été initié en réaction au projet de fermeture d\u2019un grand nombre de succursales de la Société Canadienne des Postes, principalement dans les régions rurales partout au Canada.Pour mémoire, on pourra consulter Clermont Dugas, « Le service postal en milieu rural : le cas de Saint-Clément », L\u2019Action Nationale 83, no 4 (1993), P- 475-487; Raymond Beaudry et Hugues Dionne, « Vivre quelque part comme agir subversif : les solidarités territoriales », Recherches sociographiques 37, no 3 (1996), p.537-557- On lira aussi avec intérêt le texte du mouvement Solidarité rurale du Québec : Déclaration au sujet de la fermeture et de la privatisation des bureaux de poste ruraux, Saint-Grégoire, 1993.ST-CYPRIEN La municipalité de St-Cyprien compte 1260 habitants et peut se glorifier de maintenir un taux de chômage de moins de 4 %, ce qui, statistiquement, correspond à une situation de plein emploi.En outre, les cyprianaises et cyprianais possèdent leur propre monnaie municipale pour encourager l\u2019achat local et profitent d\u2019une longue tradition de solidarité et d\u2019engagement.ST-JEAN-DE-DIEU Avec ses 1516 habitants, St-Jean-de-Dieu est le centre géographique du secteur pastoral.Plusieurs familles de cultivateurs y sont établis depuis plus d'un siècle et le niveau de vie de la population y est relativement respectable.La tradition d\u2019engagement communautaire et pastoral est importante, même si l'histoire récente a fait en sorte que ce mouvement a été passablement ralenti.ST-MÉDARD La municipalité de St-Médard compte 308 personnes.La forêt, principalement, fournit les quelques revenus d\u2019emplois qui arrivent encore dans le milieu.Depuis quelques années il n'y a plus d\u2019école primaire.La douzaine d\u2019enfants d\u2019âge scolaire se déplace à chaque jour à St-Jean-de-Dieu. 155 \t\t \tSTE-RITA Avec ses 32g habitants, Ste-Rita est au nombre des cinq municipalités les plus pauvres au Québec, sur la base du revenu familial moyen.L\u2019activité principale qui rythme la vie de ses habitants est l\u2019acériculture et l'exploitation forestière.En septembre 2004, la municipalité tenait son premier festival de l'érable, l\u2019école du village regroupe 20 enfants dans deux classes de trois niveaux.\t I.Le récit.Formation d\u2019une équipe pastorale En 1950, les cinq paroisses désignées pour le nouveau secteur pastoral pouvaient compter sur 8 prêtres à temps complet.En 2002, au moment de mettre en place une nouvelle organisation pastorale, 3 prêtres étaient en service pastoral à temps complet.L\u2019un deux, curé de St-Clément depuis près de 30 ans, encore bien en forme malgré ses 80 ans, acceptait un nouveau mandat de l\u2019évêque qui l\u2019invitait à s\u2019intégrer à ce projet à titre de collaborateur tout en continuant de vivre sur place.L'ancien curé de St-Cyprien ayant accepté un autre ministère en milieu hospitalier, il n\u2019y aurait plus de prêtre résident dans cette paroisse, exception faite d\u2019un prêtre à la retraite, âgé de 75 ans, ayant occupé des fonctions nationales, notamment auprès de l\u2019Office de catéchèse du Québec et de la Conférence des évêques catholiques du Canada.Dans les faits, il accepterait lui aussi d\u2019appuyer l\u2019équipe pastorale comme prêtre collaborateur.Quant à l\u2019administrateur des paroisses de St-Jean-de-Dieu, de Ste-Rita et de St-Médard, présent dans le milieu depuis un an seulement, il quittait le milieu pour prendre la responsabilité d\u2019un sanctuaire diocésain.Depuis neuf ans, ces trois paroisses vivaient une forme élémentaire de regroupement en partageant les services du même pasteur.Le village de St-Jean-de-Dieu, centre géographique des cinq paroisses du 156 secteur, serait le lieu de résidence du nouveau curé.À partir de cette paroisse, on compte environ 15 kilomètres pour rejoindre chacune des quatre autres.En définitive, la situation serait celle-ci : de trois curés à temps plein appuyés par un prêtre à la retraite on passerait le Ier août 2002 à un curé4 et à deux prêtres retraités acceptant généreusement de s\u2019intégrer au projet de secteur pastoral5.L'accueil initial Dès juin 2002, le nouveau curé « désigné » faisait savoir qu\u2019il proposait de vivre une célébration d\u2019accueil unique à St-Cyprien, la seule paroisse qui vivrait effectivement le départ d\u2019un curé résident.Un choix stratégique évident, vite compris et accepté par les membres des cinq communautés paroissiales.Une rencontre avec le comité de liturgie de la paroisse désignée au début de juillet permettait de jeter les bases de la célébration d\u2019accueil.Le comité ferait en sorte d\u2019intégrer des acteurs liturgiques et les responsables des cinq paroisses.Deux autres réunions eurent lieu par la suite, sans le curé, pour la mise en œuvre de la célébration avec l\u2019ensemble des intervenants des cinq paroisses (directrices de chorale, comités de liturgie, présidents de Conseils paroissiaux de pastorale (C.P.P.) et des Assemblées de Fabrique).Ces rencontres laissaient déjà entrevoir le genre de collaboration à venir et permettaient aux acteurs de mieux faire connaissance.Deux gestes symboliques ont été privilégiés pour la célébration d\u2019accueil : la remise de la clé de chaque église au nouveau curé par les présidents des Assemblées de Fabrique.La formule utilisée pour la remise des clés a mis l\u2019accent sur le lien à établir entre le pasteur et le peuple de Dieu : « Monsieur le curé, recevez les clés de l\u2019église de Saint-Jean-de-Dieu. 157 Vous pourrez y rencontrer le peuple de Dieu qui vous est confié pour lui annoncer la Bonne Nouvelle du Salut.» La finale de la formule variait pour chaque paroisse, mais toujours avec l\u2019accent sur un aspect de la vie communautaire : « Recevez les clés de l\u2019église de St-Cyprien.pour y présider les sacrements de la foi », « .St-Clément.pour l\u2019inviter à vivre dans l\u2019espérance », « .St-Médard.pour stimuler sa charité et sa solidarité.», « .Ste-Rita.pour l\u2019inviter à développer sa vie fraternelle.».L\u2019autre geste symbolique a été vécu au moment de la présentation des offrandes.Cette fois, un membre de chaque C.P.P.venait présenter la monographie relatant l\u2019histoire de sa paroisse.La monition qui introduisait la démarche voulait rassurer les membres de l\u2019assemblée sur l\u2019intention de l\u2019équipe pastorale de respecter l'histoire et les traditions de chaque communauté paroissiale : Frères et sœurs, une nouvelle étape dans l\u2019histoire de chacune de nos cinq paroisses commence aujourd\u2019hui.À chaque fois que nos prédécesseurs, les pionniers et les pionnières de nos paroisses, ont eu à relever de nouveaux défs, ils ont fait l\u2019expérience que Dieu était présent avec eux s\u2019ils savaient garder les yeux rivés sur essentiel : la foi, la charité et l\u2019espérance.En signe de respect pour l\u2019histoire de chacune de nos cinq paroisses, pour rendre grâce au Seigneur pour sa présence agissante au milieu de nous, et pour dire notre espérance en une Église vivante et missionnaire qui continue de se réaliser dans notre coin de pays, je demande à un membre du C.P.P.de chaque paroisse d\u2019apporter le livre de l\u2019histoire de sa paroisse.Cette expérience d'une célébration d\u2019accueil en un lieu unique augurait bien quant à la participation des paroissiennes et i58 paroissiens.D\u2019abord, ils étaient au rendez-vous ! Puis, l\u2019unisson des chorales et la place faite à chaque paroisse, constituaient un nouveau visage d\u2019assemblée qui reflétait déjà l\u2019idée d'une communauté élargie en gestation.Restait à voir si la politesse et le savoir-faire déployés pour ce premier accueil allait se renouveler par la suite dans le reste de la vie du nouveau secteur en train de naître.Rassembler la communauté locale Dès la mise en place du secteur, il fallait aménager un nouvel horaire pour les célébrations dominicales.Celui-ci a été établi sur deux semaines, pouvant être modifié au besoin.Le curé célébrerait la messe du samedi soir en alternance entre deux paroisses, St-Médard et Ste-Rita.Une Assemblée dominicale en attente de célébration eucharistique (ADACE)6 serait donc célébrée sur une base permanente en alternance entre ces deux paroisses la semaine où il n\u2019y aurait pas de messe.Ensuite, une autre alternance a été établie pour une messe dominicale à 9I130 à St-Cyprien et St-Clément.Puisque chacune de ces paroisses bénéficiait de la présence de l\u2019un des prêtres collaborateurs, le curé pourrait alterner la présidence de l\u2019eucharistie avec chacun d\u2019eux à chaque semaine dans une des deux paroisses.Par souci d\u2019équité et pour faire entrer chaque paroisse dans le même processus de changements, l\u2019instauration permanente d\u2019ADACE pour deux paroisses (St-Médard et Ste-Rita) a conduit à planifier de telles célébrations dans chaque paroisse puis à identifier et à former des équipes responsables.L\u2019horaire, préparé plusieurs mois d\u2019avance, a introduit de telles célébrations à un rythme progressif de manière à ce que depuis l\u2019été 2003 il y en ait une par mois dans chaque paroisse.Cet échafaudage a pour but d\u2019assurer des services religieux réguliers pour une population dont le taux de pratique dominicale est d\u2019en- 159 viron io %7.On peut questionner la pertinence de ce choix comme on peut se demander quelle institution ou organisme réunit encore aujourd\u2019hui autant de personnes sur une base régulière ?Faire naître une communauté élargie Mais comment faire naître une vie de secteur si l\u2019on ne réunit pas, à l\u2019occasion, l\u2019ensemble des paroissiennes et des paroissiens pour une célébration unique, semblable à celle vécue pour l\u2019accueil du nouveau curé ?L\u2019occasion s\u2019est présentée rapidement avec une retraite paroissiale en octobre.Un prédicateur avait déjà été retenu dans l\u2019une des paroisses du secteur quelques années auparavant (les bons prédicateurs sont une denrée rare !).La proposition a été faite aux C.P.P.de transformer le projet en retraite de secteur.Le samedi soir une seule messe pour les cinq paroisses aurait lieu à St-Cyprien (iere rencontre) ; le dimanche matin, une seule messe serait offerte pour les cinq paroisses à St-Jean-de-Dieu (2e rencontre) ; le dimanche soir une conférence serait proposée à St-Médard (3e rencontre) ; le lundi soir une célébration communautaire du pardon serait vécue à Ste-Rita (4e rencontre) ; le mardi soir une messe de clôture avec prédication serait célébrée à St-Clément (5e rencontre).Certainement que la qualité du prédicateur aura favorisé le déplacement des paroissiennes et paroissiens vers chacune des cinq églises à tour de rôle.Certaines personnes ont même avoué entrer dans l\u2019église du village voisin pour la première fois de leur vie ! L\u2019ambiance était à la fête, un peu comme à Noël.Il y avait longtemps que chacune des cinq églises ne s\u2019était pas remplie ainsi.Le ton était donc donné pour que dans l\u2019avenir, on puisse proposer des célébrations uniques pour l\u2019ensemble des cinq paroisses, sachant que les gens accepteraient probablement de se déplacer si on réussissait à susciter leur intérêt.Célébrer les grandes fêtes de l\u2019Église Comment être heureux ensemble si on ne réussit pas à multiplier des lieux de gratuité, de beauté et de fête ?Les grandes fêtes liturgiques peuvent-elles être ces oasis où, avec une assemblée nombreuse et joyeuse, on célèbre avec solennité les grands mystères de notre foi commune ?Ce fut le cas pour la Semaine Sainte 2003 où les célébrations n\u2019ont pas été multipliées dans les paroisses mais célébrées à tour de rôle dans chaque église, exception faite du Vendredi Saint où un office a été proposé dans chaque paroisse, présidé par un prêtre ou par des laïcs.En 2002, les fidèles des cinq paroisses se sont réunis dans l\u2019église de St-Clément pour célébrer le dimanche des Rameaux, dans l\u2019église de St-Cyprien pour la Cène du Seigneur et dans l\u2019église de St-Jean-de-Dieu pour la Veillée pascale8.Il y a eu rotation pour 2003 et l\u2019on prévoit faire de même les prochaines années.Une autre occasion a été suscitée autour de la Pentecôte.Fête par excellence de l\u2019Esprit et de l\u2019Église, la Pentecôte s\u2019avère un moment idéal pour réunir les personnes engagées dans les cinq paroisses afin de célébrer l\u2019année pastorale qui s\u2019achève.La Pentecôte 2003 a pris la forme d\u2019une fête d\u2019action de grâce pour tous les projets vécus au cours de l\u2019année.Celle de 2004 a fourni l\u2019occasion de présenter et de mandater officiellement les nouveaux ministres responsables de la catéchèse auprès des jeunes d\u2019âge scolaire dans les cinq paroisses9.D\u2019une année à l\u2019autre, la Pentecôte est célébrée en alternance dans l\u2019une des cinq églises du secteur et un dîner populaire permet aux paroissiennes et aux paroissiens de prolonger la fête et de nouer ou de consolider les liens d\u2019amitié et de fraternité.Les chorales, facteurs d\u2019unité Les chorales sont, dans chaque paroisse, des lieux d\u2019engagement et de fraternité extraordinaires.Leur engagement dans le projet de mise en place d\u2019un secteur pastoral a été un facteur déterminant.Lorsque les chorales acceptent de se réunir, se déplaçant et formant un seul chœur issu de cinq paroisses, elles deviennent le signe de cette nouvelle assemblée issue de cinq communautés paroissiales différentes.Avec elles, c\u2019est également tout un réseau de solidarité familiale ou amicale qui est sensibilisé à la nouvelle réalité qui se met en place.Pour l\u2019équipe pastorale, les liens avec la direction et les membres de chaque chorale sont donc importants à établir et à consolider en toute occasion.Outre la célébration d\u2019accueil en août 2002, les différents offices de la Semaine Sainte et la messe de la Pentecôte, un échange avec le chœur de la cathédrale Saint-Germain-de-Rimouski a été l\u2019occasion de réunir encore une fois les cinq chorales pour un projet commun.Un pas de plus vers la communauté élargie Au terme des deux années pastorales, l\u2019offre de célébrations s\u2019est avérée importante, trop peut-être, par rapport à nos ressources.Lorsque les responsables d\u2019ADACE dans les deux plus petites paroisses ont manifesté des signes d\u2019essoufflement, la question a été posée de la capacité des prêtres et des bénévoles à maintenir le rythme initial.L\u2019expérience positive de quelques rassemblements uniques pour de grandes fêtes est alors apparue comme un appui suffisant pour avancer l'idée qu'un dimanche par mois, le premier, pourrait être réservé à une messe de secteur.Aucune autre messe ou 1Ô2 ADACE ne serait alors célébrée ailleurs ce dimanche.Ainsi, à chaque premier dimanche du mois les paroissiennes et les paroissiens seraient invités à se déplacer d\u2019une église à l\u2019autre.L\u2019allégement de la tâche des deux prêtres collaborateurs, du curé et des responsables d\u2019ADACE a été un argument, mais aussi le désir de constituer des assemblées plus nombreuses et festives.Voici un extrait du feuillet paroissial du 9 mai 2004 où l\u2019on tente de valoriser l\u2019aspect dynamique du changement proposé : II devient évident qu\u2019il faut adopter un rythme que nous pourrons maintenir à long terme, autant du côté des prêtres que de celui des responsables d\u2019ADACE.Il faut savoir ménager la monture des personnes qui acceptent de s\u2019impliquer si l\u2019on veut que le voyage se prolonge mais aussi découvrir les avantages communautaires de célébrations plus vivantes.Notre expérience de la Semaine Sainte ou des messes de Pentecôte célébrées en secteur est très positive en ce sens.(.) Il est donc temps de franchir une autre étape de prise en charge dans le souci de maintenir des rassemblements significatifs et de qualité.Cette manière de faire nous permettra d\u2019alterner entre des rassemblements locaux (messe ou ADACE en paroisse) et une messe de secteur.Aussi bien développer cette manière de faire maintenant et y découvrir tous les avantages pour la vie de nos cinq communautés paroissiales : avant ou après la messe, on pourra organiser des activités de catéchèse pour les jeunes, tenir nos réunions de secteur ce qui permettra de réduire le nombre de déplacements entre les paroisses pour les personnes impliquées dans la vie des communautés, on pourrait aussi penser à inviter les gens à apporter leur dîner et tenir un pique-nique familial après la messe, il y aura possibilité de célébrer des baptêmes au début de i63 l\u2019après-midi dans la paroisse où se tient la messe, etc.Personnellement, cela me fera une journée complète où je pourrai séjourner dans chaque paroisse à tour de rôle et participer aux diverses activités communautaires sans devoir partir rapidement ailleurs.Tout cela sans compter que ce projet permettra de ramener au moins deux fois par année une messe le dimanche matin à Ste-Rita et à St-Médard.Peut-être serons-nous capables de donner un nouveau souffle à nos dimanches ?Voilà donc lancé ce projet de MESSE DE SECTEUR, image de notre Église en marche ! Un signe d\u2019une réalité nouvelle : le feuillet paroissial Un des premiers projets aptes à symboliser la mise en place d\u2019un nouveau secteur pastoral, chez nous comme dans beaucoup d\u2019autres paroisses, a été la réalisation d\u2019un feuillet paroissial commun.Proposée d\u2019abord aux membres des C.P.P., l\u2019idée a plu et a été d\u2019emblée acceptée.Présentée ensuite aux Assemblées de Fabrique, il a fallu trouver un mode de financement qui fasse en sorte que personne ne perde au change car, dans au moins une des cinq paroisses, le feuillet était financé par la vente d\u2019espaces publicitaires.Dans les quatre autres paroisses, un groupe de donateurs hebdomadaires couvraient une partie des coûts.La vente de publicité s\u2019est donc étendue aux cinq paroisses, auto-finan-çant le feuillet.Le financement par donateurs a été adopté dans la paroisse qui vendait déjà de la publicité.Ainsi, chaque Fabrique a trouvé son compte en adhérant au projet.Le feuillet devenait donc un moyen de communication, d\u2019éducation et de sensibilisation apte à faire circuler les événements et la vie d\u2019une paroisse à l\u2019autre.Dans les faits, en milieu rural, les liens familiaux ou les réseaux de connaissances ou d\u2019amis s\u2019étendent souvent sur plusieurs paroisses suscitant ainsi l\u2019intérêt pour ce qui se vit dans la paroisse 164 voisine.Les intentions de messes se retrouvent également annoncées dans plusieurs communautés, ce qui encourage le déplacement et la participation des fidèles.Un exécutif des Fabriques La dimension administrative, n\u2019en déplaise aux hérauts de la pastorale qui affirment ne pas vouloir s\u2019occuper des questions matérielles, doit être abordée.Les ressources pécuniaires conditionnent les ressources pastorales ! En outre, en vertu de la législation actuelle, les curés ou les modérateurs continuent d\u2019être les répondants légaux de chaque Assemblée de Fabrique.Les membres de ces Assemblées, les marguillières et les marguilliers ainsi que les présidentes et les présidents d\u2019assemblées, sont aussi appelés à cheminer dans leur conception de l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui et de demain.Leur vision pastorale et leur sensibilité aux enjeux actuels devraient influencer les décisions prises aujourd\u2019hui en regard de leurs conséquences pour demain.Pensons par exemple aux sommes affectées au nouveau personnel pastoral par rapport à celles consacrées à l\u2019entretien du parc immobilier.Ici, on parle de cinq églises et trois presbytères pour moins de 4000 personnes.D\u2019où l\u2019importance d\u2019établir un lieu de dialogue et de concertation, qui peut difficilement être celui de l\u2019assemblée plénière de 30 ou 35 mar-guilliers(ères), secrétaires et présidents(es) d\u2019Assemblées de Fabrique.Pour ce faire, un mécanisme a été instauré : un exécutif des Assemblées de Fabrique.Le président de chaque Assemblée, accompagné d\u2019une marguillière ou d\u2019un marguillier délégué par son conseil, siège à une table de concertation où peuvent être présentées et débattues les questions qui concernent les cinq paroisses.N\u2019ayant pas d\u2019existence légale, ce conseil n\u2019a pas de pouvoir décisionnel autre que celui qu\u2019aurait donné chaque Assemblée de 165 Fabrique à ses délégués.Après la rencontre, chaque délégation peut rentrer chez elle et consulter son conseil.Une moyenne de 3 ou 4 rencontres par année de cet exécutif ont été tenues jusqu\u2019à maintenant.Ce mécanisme d\u2019information, de consultation et de concertation a été un heu extraordinaire de sensibilisation à la réalité paroissiale et ecclésiale des prochaines années.Il apparaîtrait maintenant difficile d\u2019envisager la vie de secteur sans ce lieu de discernement ecclésial.Ce dernier est appelé à prendre de l\u2019importance puisque le curé est déjà engagé dans un processus où il donne priorité aux réunions de cet exécutif et cherche à participer de moins en moins aux assemblées locales.Un Conseil Pastoral de Secteur Au départ, il a semblé opportun de maintenir chacun des 5 C.P.P.Les cinq paroisses confiées représentant chacune un milieu très différent, tant au plan de la taille, de l\u2019histoire, que des mentalités et de l\u2019historique d\u2019engagement.Au départ, il a semblé préférable de regrouper les cinq responsables de C.P.P.avec un délégué par conseil, sur le modèle de l\u2019exécutif de Fabrique.Rapidement, ce groupe s\u2019est avéré avoir toutes les caractéristiques et les qualités d\u2019un véritable Conseil Pastoral de Secteur (C.P.S.).Ces personnes représentaient bien l\u2019ensemble des cinq paroisses car elles en connaissaient les traditions et les particularités autant que les forces et les limites.Le C.P.S., comme on l'a vite appelé, assume les objectifs du C.P.P.et les étend à la réalité du secteur10.Un travail en sous-groupes paroissiaux porte les préoccupations de chaque communauté locale.Le meilleur exemple en est l\u2019amorce de mise en oeuvre des orientations pastorales de l\u2019évêque du diocèse suite au Chantier diocésain11.Une nouvelle organisation pastorale 166 est proposée qui reposera désormais dans toutes les paroisses du diocèse sur l\u2019identification de trois responsables de volets de la pastorale : la transmission de la foi, la vitalité de la communauté et la présence de l\u2019Église dans le monde.Pour s\u2019inscrire dans cette foulée, un projet d\u2019assemblées paroissiales a été élaboré au niveau du secteur et vécu dans chaque paroisse afin de présenter les nouvelles orientations pastorales et d\u2019amorcer une consultation populaire visant à identifier les futurs responsables pour nos cinq paroisses.Du portique de l\u2019église le soir de la messe de minuit où les paroissiens recevaient un carton d\u2019invitation, jusqu\u2019aux assemblées de paroisses en février et à la présentation des cinq premiers responsables (le volet de la transmission de la foi) en mai 2004, le C.P.S.a joué son rôle de conseil et de soutien de l\u2019équipe pastorale dans l\u2019élaboration et la mise en oeuvre de la nouvelle organisation pastorale pour toutes et chacune des paroisses du secteur12.On peut penser que dans les prochains mois, au fur et à mesure que seront identifiés les nouveaux responsables de volet pour chaque paroisse, la vocation et le rôle du C.P.S.vont se transformer.Une agente de pastorale Une priorité du premier automne a été de faire connaître aux C.P.P.et aux Assemblées de Fabrique le besoin d\u2019une agente de pastorale pour le secteur.Trois paroisses sur cinq s\u2019apprêtaient à vivre un déficit financier, il fallait donc bien préparer le dossier pour ne pas compromettre l\u2019embauche de cette personne.Une présentation de la situation actuelle des cinq paroisses a été faite en comparaison avec les années précédentes : les prêtres, leur salaire, leurs responsabilités.Il fallait montrer l\u2019urgence d\u2019engager quelqu\u2019un et trouver une manière équitable de partager ce nouveau salaire qui, dans une première étape, représentait un poste à mi-temps 167 pour 6 mois.Évidemment, une répartition des frais a été proposée en fonction du prorata de la population.Le point déterminant de la démonstration consistait à faire valoir que le salaire total d\u2019un curé et d\u2019une agente de pastorale pour cinq paroisses ne représentait pas un effort supplémentaire par rapport à l\u2019emploi de trois curés à temps plein, comme c\u2019était le cas jusqu\u2019à la mise en place du secteur.On aurait pu espérer le maintien de la même masse salariale, mais ce ne fut pas le cas.Toutefois, le pari a été pris et tenu.La personne engagée s\u2019est très bien intégrée et a reçu un bel accueil dans le milieu dont elle était d\u2019ailleurs issue.Sans entrer dans toutes les questions théologiques et pastorales que soulève un tel choix pastoral, l\u2019agente de pastorale a été mandatée en juin 2004 pour présider un premier baptême et un premier mariage à titre de ministre extraordinaire, agissant en l\u2019absence du curé ou d\u2019un autre prêtre disponible, selon les dispositions du droit1?.L\u2019éducation de la foi des adultes, un secteur prioritaire Dès le départ du projet de secteur et en lien avec la situation anticipée pour les prochaines années où les baptisés seront en première ligne les responsables de l'animation de la vie paroissiale, on a voulu donner la priorité à l\u2019éducation de la foi des adultes14.Quelques iniüatives sont venues appuyer cet énoncé.Mentionnons d\u2019abord, la formation d\u2019un groupe de 25 personnes qui se sont engagées à consacrer pendant trois ans un samedi et une soirée par mois.Ce parcours, appelé « Grandir dans la foi15 », est offert par une équipe diocésaine.Il y a aussi un cours de Bible s\u2019appuyant sur la pédagogie de « Mess\u2019AJE16 ».Celui-ci est dispensé par une équipe de Sœurs du St-Rosaire et regroupe entre 20 et 25 personnes des cinq paroisses.Notons enfin le projet « Grandir avec ton enfant17 » qui se met en place progressivement.Il 168 s\u2019agit d\u2019une démarche d\u2019éveil spirituel pour les enfants des o à 3 ans et de 3 à 6 ans qui s\u2019adresse aux jeunes parents.Trois séries de 6 rencontres ont été offertes à ce jour.Prendre ensemble les grands tournants : l\u2019exemple de la catéchèse La mise en commun des ressources est facilitée par le regroupement en secteur pastoral.La formation d\u2019une équipe de pastorale du baptême composée de sept personnes en constitue un bel exemple.Cette équipe assume la charge de la préparation immédiate des parents des cinq paroisses en vue du baptême de leur enfant.L\u2019inscription est reçue dans un seul presbytère pour les cinq paroisses, l\u2019horaire est préparé en fonction des demandes et d\u2019une alternance entre les paroisses.L\u2019organisation des nouveaux parcours catéchétiques pour les enfants d\u2019âge scolaire se déploie également à partir de cinq responsables issues des cinq paroisses.L\u2019équipe planifie et coordonne le projet au niveau du secteur avec des lieux de rencontre et d\u2019animation dans chaque paroisse, en fonction des inscriptions et des catéchètes disponibles dans chaque milieu.On imagine difficilement comment chaque responsable pourrait désormais porter seule cette responsabilité sans le soutien et la solidarité que procure une équipe interparoissiale18.Nous n\u2019avons pas pu présenter ici tout ce qui a composé la trame de la vie paroissiale et sectorielle de nos cinq communautés depuis deux ans.Les éléments qui composent le fil de ce récit ont été retenus parce qu\u2019ils témoignent du chemin parcouru depuis la mise en place du secteur pastoral et de certaines transitions qui semblent conduire à l\u2019émergence 169 d\u2019une communauté élargie.Voilà ce que vivent concrètement des paroissiennes et paroissiens du Québec d\u2019aujourd\u2019hui, en contexte rural.Certes, les questions financières posées par la conservation de notre patrimoine religieux sont importantes.Elles doivent aussi être situées dans une perspective de communautés élargies qui émergent et de besoins nouveaux qui se dessinent.Dans ce contexte inédit des édifices seront inévitablement sacrifiés.Lesquels ?Qui prendra la charge de ceux qui méritent d\u2019être conservés ?À certaines conditions, et à partir d\u2019un plan d\u2019ensemble où plusieurs facteurs sont considérés, tels les besoins pastoraux et la valeur patrimoniale de certains lieux, il semble que les communautés paroissiales puissent être encore de véritables acteurs et partenaires dans la conservation du patrimoine religieux bâti.?G j 170 1\tL\u2019auteur a présenté une thèse de doctorat qui s\u2019intéresse à la paroisse rurale dans le contexte des mutations actuelles de la société québécoise : « Les petites paroisses rurales du diocèse de Rimouski.Repères historiques et ecclésiologiques au service d'un remodelage paroissial ».Thèse présentée pour le grade de Ph.D.(théologie) à l\u2019Université Laval et l\u2019Institut catholique de Paris et pour le grade de Docteur en histoire des religions et anthropologie religieuse à l\u2019Université de Paris IV-Sorbonne, mai 2003, 541 p.Signe de l'intérêt pour cette réalité, deux autres thèses québécoises ont été consacrées exclusivement à la paroisse au cours des dernières années : André Chevalier, La paroisse post-moderne.Faire Église aujourd'hui.L'exemple du Québec, Montréal/Paris, Paulines/ Médiaspaul (Brèches théologiques, 15), 1992, 372 p.et Éric Tremblay, La pastorale en milieu urbain et le devenir de la paroisse, Doctorat en théologie (Ph.D.), Faculté de théologie, Université de Montréal, Montréal, (pro manuscripto).Yvon Métras, prêtre du diocèse de Montréal, a fait porter son mémoire de maîtrise à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ÉNAP) sur la paroisse : Au-delà des clochers.Repères pour le réaménagement organisationnel des paroisses catholiques francophones d'un secteur pastoral du diocèse de Montréal, ÉNAP, Montréal, 2001, 102 p.On se souviendra également, parmi les nombreux ouvrages ouvrages consacrés à la paroisse au cours des dernières années de : Gilles Routhier (dir.), La paroisse en éclats, Outremont, Novalis (Théologies pratiques, 5), 1995, 275 p.; les travaux du groupe Pascal Thomas, dont Que devient la paroisse ?Paris, Desclée de Brouwer (Pascal Thomas - Pratiques chrétiennes, 11), 1996, 196 p.; Alphonse Borrras, Les communautés paroissiales.Droit canonique et perspectives pastorales.Paris, Cerf, 1996; le groupe Paul Mercator, qui a publié La fin des paroisses ?Recomposition des communautés, aménagement des espaces, Paris, Desclée de Brouwer, 1997, 190 p.; Eugène Lapointe, Communautés chrétiennes.Pour une Église rassemblée et responsable, Montréal, Médiaspaul (Brèches théologiques, 34), 2000, 204 p.; Gilles Routhier et Alphonse Borras (dir.) Paroisses et ministère, Métamorphoses du paysage paroissial et avenir de la mission, Montréal/Paris, Médiaspaul, 2001, 405 p.; enfin, nombre numéros spéciaux de revues spécialisées, dont par exemple Prêtres et pasteurs, 105/5, 2002 : Les aménagements pastoraux.Où va-t-on ?2\tDeux documents reprennent l'essentiel de la réflexion des dernières années au sujet des nouveaux aménagements pastoraux.Jean-Guy Nadeau, Pour un réaménagement des ressources pastorales au service des paroisses du diocèse de Rimouski, Rimouski, Document distribué pour consultation, Conseil presbytéral de Rimouski, avril 1989, 40 p.On verra aussi Raynald Brillant, Un regard vers l'avenir, Rimouski, Archevêché de Rimouski, 23 mars 1996, 39 p.3\tPour un rappel plus large de l\u2019évolution de l'Église catholique au Québec des années 1950 à aujourd\u2019hui, on pourra consulter : Raymond Lemieux et Jean-Paul Montminy, Le catholicisme québécois (colI.Diagnostics, 28), Sainte-Foy, Les Éditions de l\u2019IRCQ, 2000, 141 p.et Jacques Grand\u2019Maison, Lise Baroni et Jean-Marc Gauthier (dir.) Le défi des générations, enjeux sociaux et religieux du Québec aujourd'hui, Montréal, Fides (Cahiers d\u2019études pastorales, 15), 1995, 496 p.4\tÀ la différence de plusieurs équipes pastorales mandatées dans le diocèse le prêtre responsable a opté pour la nomination à titre de « curé » (canons 519 à 538), la porte demeurant ouverte à l\u2019identification de collaborateurs ou 171 collaboratrices que les besoins pastoraux appelleraient par la suite.Ces personnes assument alors les responsabilités déterminées par le curé.Une autre option aurait été de recevoir un mandat comme « modérateur » d\u2019une équipe in solidum (canons 517, § 1 et 542-544), toute l\u2019équipe, dans ce cas uniquement constituée de prêtres, devenant alors, de fait, curé.Un autre type de mandat existe, celui de « modérateur d\u2019une équipe pastorale mixte (canon 517 5 2), dans ce cas l\u2019équipe n\u2019assume pas le rôle de « curé >> car elle peut contenir des diacres et des laïcs qui ne peuvent pas assurer la pleine charge d\u2019âmes ».Le prêtre assume alors un rôle particulier, avec les pouvoirs et les facultés du curé.Le choix d'être nommé « curé » constitue peut-être une réaction à un certain flottement, parfois à un abus, de la terminologie utilisée au cours des dernières années avec des modérateurs sans membres d\u2019équipes, des paroisses associées, jumelées, regroupées, etc.5\tLe secteur pastoral de cinq paroisses dont il est ici question n'a pas encore été « baptisé », comme c\u2019est souvent l\u2019habitude.Doit-on y déceler un indice du sentiment que la structure en place est encore éphémère ou encore qu\u2019elle constitue une étape vers un autre regroupement plus vaste ?C\u2019est à voir.6\tEn plus des « Notes pour la mise en oeuvre » qui accompagnent le Rituel canadien des Adace (Conférence des évêques catholiques du Canada, Rituel des Assemblées dominicales en attente de célébration eucharistique, Ottawa, Office national de liturgie / Services des éditions de la C.E.C.C., 1995, p.vii-xvii), on pourra voir les notes théologiques qui ont précédé la publication du rituel : Office national de liturgie, Assemblées dominicales en attente de célébration eucharistique, Montréal, Service des éditions de la CECC (Études canadiennes en liturgie, 4), 1992, 20 p., et les « Notes pastorales » sur le sens et la mise en oeuvre d\u2019une Adace : Office national de liturgie, Notes pastorales pour les Assemblées dominicales en attente de célébration eucharistique, Montréal, Service des éditions de la CECC (Études canadiennes en liturgie, 6), 1996, 48 p.Pour une réflexion critique qui amène à poser de sérieuses questions quant à la pratique actuelle, on verra par exemple Marc Pelchat, « Défis d\u2019une Église en transit », dans Liturgie, Foi et Culture, vol.24, septembre 1990, p.11-25 ; J.-M.R.Tillard, Chair de l'Église, chair du Christ.Aux sources de l'ecclésiologie de communion, Paris, Cerf (Cogitatio fidei, 168), 1992, p.164-165; Paul De Clerck, « Des laïcs ministres des sacrements », LMD 194 (1993), p.41-42 ; Alphonse Borras, Les communautés paroissiales.Droit canonique et perspectives pastorales, Paris, Cerf (Droit canonique), 1996, p.302-303 ; « Communautés paroissiales et assemblées dominicales.De la pratique prophétique du dimanche en paroisse », Esprit et Vie, n° 15, 2000, p.3-13; « Assemblées dominicales et catholicité de l'Église », La Maison-Dieu, 229, p.7-42 ; Gaétan Baillargeon, « Dimanche, assemblées et eucharistie au Canada, plus spécialement au Québec », La Maison-Dieu, 229, 2002, p.81-101.7\tEn février 2004, nous avons dressé le portrait de l\u2019assemblée dominicale de chacune des cinq paroisses : nombre, sexe, âge.Nous obtenons un taux qui ne dépasse pas 10 % pour chaque paroisse.Même en ajoutant un certain nombre de personnes présentes régulièrement mais absentes le dimanche où nous avons tenu notre sondage, nous restons bien en deçà des estimations des sociologues.En 1999, on parlait d\u2019un taux de pratique de 20 à 25 % en milieu rural.Cf.Raymond Lemieux, « Le catholicisme québécois », Relations (octobre 1999), p.237-242.En 2002, le sociologue Reginald Bibby évaluait encore ce taux 172 à 14 % pour l\u2019ensemble du Québec.Reginald Bibby, Restless Gods : The Renaissance of Religion in Canada, Toronto, Stoddart, 2002.Au-delà de la difficulté d'établir clairement la notion de « pratiquant régulier », retenons simplement l\u2019idée d\u2019une baisse constante.8\tVoir le récit de cette Semaine Sainte : Claudette April et Marie-Claire Tremblay « Une Semaine Sainte spéciale », dans Au cœur de la vie (diocèse de Rimouski), vol.14, no 6 (juin 2003), p.9.9\tLe choix de ces responsables paroissiaux s\u2019insère dans le mouvement provincial de réorganisation de la catéchèse paroissiale pour les enfants d'âge scolaire, suite aux nouvelles dispositions de la Loi n8.Avec l\u2019adoption de cette loi, les écoles publiques du Québec n\u2019ont plus de statut confessionnel catholique ou protestant.Cependant, la nouvelle loi précise qu\u2019elles « doivent faciliter le cheminement spirituel de l\u2019élève afin de favoriser son épanouissement » et que « le projet éducatif doit respecter la liberté de conscience et de religion des élèves, des parents et du personnel de l\u2019école » (art.36 et 37).Marcelle Larivière, responsable pour le réseau scolaire dans le diocèse de Québec, commente ainsi : « Concrètement, l\u2019école jouera un rôle davantage tourné vers l\u2019éducation religieuse.Un enseignement religieux catholique continuera d\u2019être offert à ceux qui le demandent.Il constituera un parcours intéressant pour la transmission de l\u2019héritage et de la culture religieuse, laissant aux parents et à l\u2019Église le volet de l\u2019éducation chrétienne [.] De plus, un service d\u2019animation spirituelle et d\u2019engagement communautaire sera assuré à tous les élèves : il remplacera l\u2019animation pastorale catholique dès juillet 2001 pour le secondaire et un an plus tard pour le primaire, soit en juillet 2002.» Marcelle Larivière, « Message aux communautés chrétiennes et à tous les parents qui inscrivent un jeune à l\u2019école.Religion, École, Église : Nouvelles balises », Pastorale-Québec 113, n° i (2001), p.7.Cette réforme n\u2019est pas sans lien avec les orientations de l'Assemblée des Évêques du Québec en regard de l\u2019éducation chrétienne des jeunes.L\u2019Église, par les paroisses, les mouvements et les familles croyantes, devra proposer de nouvelles expériences pour permettre aux jeunes l\u2019approfondissement de leur foi.On pourra lire Jean-Claude Leclerc, « L\u2019école ne sera plus le lieu primordial d'initiation à la foi », Le Devoir, lundi 12 novembre 2001, p.B-6.L\u2019auteur fait le point sur la situation québécoise à l\u2019égard de la transmission de la foi de manière juste et pertinente.10\t« Le Conseil Pastoral de Paroisse (C.P.P.) est un groupe de personnes qui, d\u2019une façon permanente, assument avec le curé dans une ou plusieurs paroisses la responsabilité de penser, d'animer, de coordonner et d\u2019évaluer l\u2019action pastorale.Cette co-responsabilité [.Js\u2019étend aux quatre dimensions de l'animation pastorale : fraternité, foi, célébration et engagement.» (Constitutions et règlements des C.P.P., amendé et promulgué par M^r Bertrand Blanchet, Rimouski, le 29 novembre 1996, Paragraphe 1).11\tAu Carrefour diocésain du 29 septembre 2001 réunissant à chaque année les prêtres, les agentes et agents de pastorale et de nombreux laïcs engagés, l\u2019archevêque de Rimouski lance officiellement la grande consultation qu\u2019il avait annoncée à la Pentecôte de la même année sous le nom de « Chantier diocésain ».Une édition spéciale du Journal diocésain présente le but du Chantier, les thèmes étudiés et les phases de réalisation (cf.Au cœur de la vie, vol 13, no i, 14 octobre 2001.On y retrouve également la composition et le rôle 173 de la Commission du Chantier et des suggestions pour tenir au cours de l'automne et de l\u2019hiver des assemblées de paroisses et de secteurs pour préparer son passage dans chacune des 6 régions pastorales du diocèse.Au terme de ses audiences, le 12 juin 2002, la Commission remet son rapport à l\u2019archevêque (Commission du Chantier diocésain, Rapport et recommandations, Rimouski, 45 p.).Le Carrefour diocésain du 2 novembre 2002 rassemble une assemblée composée des délégués de chaque paroisse et secteurs appelée à se prononcer par vote sur 32 recommandations.Ces dernières servent de base à la rédaction d\u2019orientations pastorales pour les prochaines années (M^r Bertrand Blanchet, Pour un avenir qui nous tient à cœur.Un nouveau départ !.Orientations pastorales, Rimouski, 10 février 2003, 4 p.).Une équipe dirigée par l\u2019abbé Gabriel Bérubé est finalement chargée d\u2019élaborer un plan d\u2019action pastorale : Pour un nouveau départ.Un plan d'action pastorale, Rimouski, mai 2003, 26 p.12\tOn relate cette activité dans En Chantier (Église de Rimouski), no 9 (15 juin 2004), p.12.13\tOn pourra voir l\u2019étude proposée par Bernadette Breton, « Les ministres extraordinaires du baptême.L\u2019expérience du diocèse Saint-Jean-Longueuil (Québec) », La Maison-Dieu, 183/184, 1990, p.151-169.Normand Provencher exprime ses réticences face à cette délégation dans Trop tard ?L'avenir de l'Église d'ici, Ottawa, Novalis, 2002, p.149-150.Plus largement, sur les animateurs pastoraux laïcs, on verra Bernard Sesboüé, « Les animateurs pastoraux laïcs.Une prospective théologique », Études, septembre 1992, p.253-265 ; du même, N'ayez pas peur.Regards sur l'Église et les ministères aujourd'hui, Paris, Desclée de Brouwer (colI.Pascal Thomas - Pratiques chrétiennes, 12), 1996, 179 p.; enfin, l\u2019ouvrage de jean Rigal, L'Église en chantier, Paris, Cerf, 1994, 261 p.qui conserve toute sa pertinence dans le contexte ecclésial actuel.Malgré les réticences générales, nous avons concrètement opté pour cette option à titre ponctuel et expérimental.La réaction positive des paroissiennes et paroissiens de tous âges ajoute une pièce au dossier qui est loin d\u2019être clos.De plus, la porte semble ouverte localement pour franchir une autre étape en cours d\u2019automne 2004 ou d\u2019hiver 2005 : la présidence de funérailles par des laïcs.On verra : Jean-Louis Angué, « La présidence des funérailles par des laïcs », La Maison-Dieu, 182, 1990, p.47-64.14\tOn reconnaîtra ici une priorité qui avait été proposée par Risquer l'Avenir et qui est resté lettre morte dans sa forme première.Pour mémoire, on verra Comité de recherche de l\u2019Assemblée des évêques du Québec sur les communautés chrétiennes locales, Risquer l'avenir.Bilan d'enquête et prospectives, Montréal, Fides (L'Église aux quatre vents), 1992, 227 p.On pourra revoir le texte des évêques québécois qui établit des priorités en vue d\u2019un véritable plan d\u2019action pastoral dans le contexte actuel : Annoncer l'Évangile dans la culture actuelle au Québec, Montréal, Fides (L'Église aux quatre vents), 1999,103 p.15\tCes sessions existent depuis 1984 et ont été mises en place par le Service d\u2019éducation de la foi du diocèse de Rimouski.L\u2019École de formation et de perfectionnement en pastorale du diocèse assume actuellement la responsabilité de ce programme.16\tJacques Bernard, exégète à l\u2019Université catholique de Lille, est à l\u2019origine de l\u2019Association Mess\u2019AJE (acronyme composé à partir des mots Messe, Alliance, Jésus, Église) et de la catéchèse biblique pour adultes : Les Seuils de la foi.Il a 174 également fondé l'Institut international pour la formation d\u2019animateurs en catéchèse pour adultes (TIFAC) en lien avec la faculté de théologie de Lille.Au cours des dernières années, plusieurs membres de la Congrégation des Soeurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire ont effectuées un séjour de formation à Lille dans le but d\u2019implanter ces parcours de formation dans le diocèse de Rimouski.17\tLe projet est né du Centre d'Éducation Chrétienne des Soeurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire, qui propose aujourd'hui les sessions « Grandir avec ton enfant » pour divers groupes d'âge.Une équipe de religieuses formées en psychopédagogie de l\u2019enfance et quelques parents est à l\u2019origine des parcours proposés.Des multiplicateurs ont été formés et de petits groupes se mettent en place dans plusieurs paroisses.Le projet se présente souvent sous la forme d\u2019un suivi au baptême, ce qui est à la fois novateur et prometteur.On pourra voir les trois documents de travail suivants : Grandir avec ton enfant, les 0-3 ans ; Grandir avec ton enfant, les 3-6 ans ; Grandir avec ton enfant, les 6-12 ans, Rimouski, Les publications R.S.R.18\tSur l\u2019importance de ce volet de la mission paroissiale, on verra : Assemblée des évêques du Québec, Proposer aujourd\u2019hui la foi aux jeunes : une force pour vivre, Montréal, Fides (L'Église aux quatre vents), 2000, 80 p.et Gilles Routhier, « L\u2019initiation chrétienne au Québec ou de la difficulté à enfanter », L'Église canadienne, 3418, 2001, p.223-235.Plus largement, sur la transmission de la foi : Micheline Milot, Une religion à transmettre ?Le choix des parents.Essai d'analyse culturelle, Québec, Les Presses de l\u2019Université Laval, 1991, 165 p.(l\u2019ouvrage constituait au départ la thèse de doctorat de l\u2019auteure) ; on pourra également consulter les actes d\u2019un colloque tenu à Chantilly sur le thème « Le fil de la transmission » dans Recherches de science religieuse, 81/1, 1993, n° 1 et 2. TRANSLATEX , Communications' RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca le Rassemblement pour un Pays Souverain Unum Quebec Patria Nostra Est Québec, notre seule patrie C.P.306, succursale C, Montréal (Québec) H2L 4K3 Tél.: (450) 491-5437 Courriel : roy.b@videotron.ca - Site internet : www.rpsquebec.qc.ca Allard & Carrière SOCIÉTÉ NOMINALE COMPTABLES AGRÉÉS Pierre Allard, c.a.8175, ooul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@sta-conseil.com www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Télécopieur : (450) 471-0026 Téléphone : (450) 471-2662 Terrebonne (Québec)\t(514)355-7923\t(514)355-7869 J6W3E1\t(800)782-5799 PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire et abonnez-vous !\tBltiifll\t H JE M\u2019ABONNE (^j\t(Taxes incluses) Pour 1 an ?(4 N05 30$), pour 2 ans ?(8 Nos 55$) NOM\tCap-aux-Diamants \t ADRESSE\tPar téléphone :\t(418) 656-5040 Par télécopieur : (418) 656-7282 Par la poste : C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 VILLE\tPROV.\t CODE POSTAL\t TÉL.: (\t)\t (Vous recevrez le prochain No : Mars, juin, septembre ou décembre)\t Les essais Esdras Minville (Biographie) ¦Dominique Foisy-Geoffroy\t178 Un peuple et sa langue.Essai de philosophie du langage et de l'histoire.¦Fernand Couturier\t181 À l\u2019école de P.-J.-O.Chauveau.Éducation et culture au XIXe siècle ¦Hélène Sabourin\t184 René Lévesque, une vie, une nation ¦Marguerite Paulin\t190 Propos d'une moraliste -Denise Bombardier\t192 Livres reçus Livres reçus\t197 Courrier des lecteurs\t198 Index des auteurs 2004\t200 Index de nos annonceurs\t215 178 LIRE LES ESSAIS DOMINIQUE FOISY-CEOFFROY Esdras Minville.Nationalisme économique et catholicisme social au Québec durant l\u2019entre-deux-guerres, Sillery, Septentrion, 2004, 174 p.Cartographier la pensée d\u2019Esdras Minville n\u2019est pas une mince affaire.En effet, le corpus qu\u2019il a légué au Québec comprend plusieurs milliers de pages qui couvrent et débordent les champs de l\u2019économie sociale et de l\u2019histoire économique.La tâche que s\u2019est donné Dominique Foisy-Geoffrion dans le cadre d\u2019un projet de maîtrise n\u2019a certainement pas été facile.Il fallait circonscrire l\u2019œuvre et la correspondance, retenir les éléments importants, dégager les fils conducteurs, repérer les sources et proposer une lecture intelligible.Le résultat, publié par l'éditeur Vaugeois, est remarquable : un livre accessible qui résume sans réduire la pensée de Minville, dégage le « projet » que cet homme a mis de l\u2019avant et souligne en quoi son œuvre est encore actuelle.Le livre paru un peu plus tôt cette année est divisé en deux parties.Après une introduction biographique, la première partie circonscrit le cadre conceptuel élaboré par Minville en traduisant une cohérence de structure et de vision remarquable.Dans cette partie, l\u2019auteur du livre rend compte 1) des sources de la pensée minvillienne (chez quels auteurs il 179 a puisé) 2) du regard que Minville a posé sur la société québécoise.La deuxième partie du livre expose le projet de réforme de la structure sociale et de la politique économique mis de l\u2019avant par Minville.La relation paradoxale entre nationalisme et catholicisme en est le centre et se déploie dans le champ social comme dans l\u2019économie.Dans le dernier chapitre du livre, l\u2019expérience lancée dans le village de Grande-Vallée (en Gaspésie) est décrite comme une illustration du projet de réforme.Enfin, la conclusion du livre souligne que Minville peut être positionné comme un précurseur des efforts de planification économique et sociale.Mais la modernité (une rupture épistémologique repérable historiquement) nous a distanciés de ses conceptions traditionnalistes.La grande force du livre réside dans une écriture simple et directe qui contribue à alléger le matériau avec lequel Foisy-Geoffrion a travaillé.L\u2019auteur indique les sources probables de cette pensée, notamment les encycliques catholiques romaines, la sociologie française de Le Play et la pensée nationaliste et économique de List.Ensuite, l\u2019exploration de l\u2019œuvre et de la correspondance fait émerger un questionnement à propos des structures coloniales et industrielles qui enserrent la société québécoise et du levier (l\u2019économie) pouvant modifier le rapport de pouvoir dans lequel s\u2019inscrivaient tant sa communauté locale (Grande-Vallée, Gaspésie) que sa société (le Québec).Le livre met en lumière les zones floues et les paradoxes qui découlent nécessairement d\u2019une œuvre aussi étendue.Enfin, il montre comment Minville a été progressivement marginalisé sur les plans politique et intellectuel.Sans épuiser le sujet ou le réduire, ce livre constitue une fenêtre ouverte sur une pensée importante pour le Québec.On ne serait donc faire de griefs à l\u2019auteur.Toutefois, au i8o terme de ma lecture, je me permets de proposer deux développements possibles.En effet, si le travail de Foisy-Geoffroy est une interprétation studieuse de l\u2019œuvre minvillienne, on pourrait souhaiter que des analyses politiques donnent à voir en quoi cette œuvre initie une lecture singulière des rapports de pouvoir et préfigure peut-être une citoyenneté québécoise.Premièrement, Foisy-Geoffroy souligne les sources externes du nationalisme de Minville, sources sur lesquelles il s\u2019est lui-même expliqué puisqu\u2019il les reconnaissait.Il serait maintenant intéressant d\u2019analyser la genèse du discours nationaliste minvillien sous l\u2019angle des sources internes.Une telle étude se pencherait sur ce qu\u2019a intériorisé l\u2019homme avant de connaître ces auteurs dont il nous parle dans son œuvre.Ne serait-il pas intéressant d\u2019analyser les liens qu\u2019entretiennent la pensée de Minville avec l\u2019histoire du village de Grande-Vallée (depuis les premières installations vers 1840, en passant par la crise au début du XXe siècle qui aura certainement marqué l\u2019enfance du futur directeur des HEC) et la lignée de ses aïeux (des artisans du bois et des pêcheurs plutôt que des cultivateurs) ?Ne faudrait-il pas explorer ces sources pour comprendre tant son discours politique que la rupture historique profonde dans laquelle son œuvre s\u2019inscrit (rupture qu\u2019avait reconnue Fernand Dumont qui identifiait Minville à une première modernité québécoise) ?Deuxièmement, la filiation politique de Minville n\u2019est pas touchée par Foisy-Geoffroy qui, dans sa conclusion, suggère que nous avons retenu les dimensions de développement économique et social de cette pensée.Mais qu\u2019en est-il du développement politique ?Ne faudrait-il pas analyser la filiation de Minville sous l\u2019angle d'une transmission de l\u2019esprit politique ?De ce point de vue, j\u2019aimerais suggérer qu\u2019elle aurait peut-être alimenté un Jacques Parizeau (les tomes i et 3 de la biographie écrite par Duchesne) et un Robert Laplante (son livre intitulé L\u2019expérience de Guyenne).D\u2019ailleurs, pourquoi ne pas s\u2019interroger à propos de l\u2019orientation que donnent ces deux citoyens au développement politique du Québec en se demandant dans quel sens le nationalisme se transforme actuellement et en quoi Minville en serait une des sources internes,?On n\u2019a pas encore tout fait dire à la pensée minvillienne, non plus que nous avons complètement cerné la place quelle tient dans la transformation du nationalisme au Québec.Espérons que la brillante entrée en matière de Foisy-Geoffroy sera suivie par d\u2019autres travaux.André Campeau FERNAND COUTURIER 0 Un peuple et sa langue.Essai de philosophie du langage et de l\u2019histoire.Pour l'avenir du Québec, Lévis, Fondation littéraire Fleur de Lys, 2004, 470 p.Voici un ouvrage qui présente une approche philosophique éclairante du problème linguistique et politique du Québec.Un ouvrage très sérieux, mais non difficile, et de lecture aussi agréable qu\u2019enrichissante.L\u2019histoire, la langue et le politique sont étroitement liés puisque c\u2019est par la langue que se construit et s\u2019exprime l\u2019être d\u2019un peuple, qu\u2019un peuple existe dans le temps.Fernand Couturier écrit : « Nous sommes devenus un peuple par le langage, nous sommes maintenant un peuple par le langage et nous le resterons dans la mesure où le fran- 182 çais demeurera le langage de la société que nous formons ».Pour Couturier, il y a urgence : « Le peuple québécois est arrivé à un moment où il doit prendre une décision cruciale quant à son destin.» C\u2019est dans cette perspective philosophique et historique qu\u2019est étudié ici le problème du Québec.Ces pages constituent probablement l\u2019étude la plus poussée et la plus éclairante qui ait été faite au Québec sur la relation entre la langue et l\u2019identité d\u2019un peuple, sur la langue comme constitutive de l\u2019être d\u2019un peuple.Le langage, écrivait Heidegger, « est à la fois la maison de l\u2019être et l\u2019habitation du déploiement de l\u2019être de l\u2019humain.» La vérité de l\u2019être se déploie dans le langage, et l\u2019être n\u2019est pas statique, il se déploie continuellement.C\u2019est pourquoi le langage et le peuple dont il est le déploiement ne peuvent se concevoir en dehors de la dimension historique.On voit déjà toutes les résonnances d\u2019une approche comme celle-là dans le débat qui se poursuit au Québec sur les notions de nation, d\u2019ethnicité, de peuple, de pays, de même que sur le statut de la langue, sur la politique linguistique, sur les problèmes du bilinguisme, sur le multiculturalisme.Le bilinguisme ne va pas de soi, ni le multiculturalisme, et ils peuvent être très dangereux pour un peuple comme celui du Québec qu\u2019ils réduisent à l\u2019état de minorité et de groupe ethnique.Les jalons que pose l\u2019auteur à ce sujet sont lumineux et devraient éclairer la réflexion et l\u2019action politiques.Ils arrivent à point car nous pataugeons actuellement dans une confusion, une perversion du langage qui risquent de nous asphyxier.L\u2019auteur s\u2019arrête longuement à ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler « L\u2019Affaire Michaud » qui a plongé le Québec dans une perplexité indescriptible, ou qui a constitué une illustration indiscutable de la perplexité dans laquel- 183 le se trouvait le Québec et dont nous ne sommes pas encore sortis.C\u2019est dans le langage que se construit et s\u2019exprime l\u2019être d'un peuple.Or le langage du Québec est faussé par la rectitude politique.Le citoyen Yves Michaud a « transgressé le tenue d\u2019usage du discours politiquement correct » et il a été « corrigé par l\u2019Assemblée nationale et différentes personnalités engagées en politique ».Un événement invraisemblable et qui dénote l\u2019indescriptible désarroi dans lequel est plongé le Québec.Qu\u2019un homme soit condamné pour délit d\u2019expression sans être entendu, cela dénote un disfonctionnement du langage d\u2019un peuple et du politique lui-même.Un tel fourvoiement ne peut être le lot que d\u2019hommes politiques qui ont mauvaise conscience, qui répondent à d\u2019autres impératifs que ceux de la vérité politique.Une tâche urgente s\u2019impose : « Décontaminer le langage, lui rendre sa disponibilité pour dire en toute liberté et responsabilité la situation de l\u2019intégration au Québec ».Or la confusion ou l\u2019ambiguïté dans lesquelles nous nous retrouvons sont l\u2019effet d\u2019une perversion qui a marqué l\u2019histoire du Québec depuis deux siècles et demi.L\u2019auteur dresse le tableau de cette duperie et montre très bien que nous ne pouvons nous en sortir que par l\u2019indépendance.L\u2019indépendance n\u2019est pas un moyen, elle est une fin.Elle est une exigence de la vie même d\u2019un peuple.Ce n\u2019est que lorsque nous ferons l\u2019indépendance que nous pourrons échapper à la confusion des débats politiques dans lesquels nous nous morfondons depuis deux siècles et demi, et spécialement depuis le milieu du vingtième siècle.Voici donc un livre très documenté, une réflexion très riche qui situe dans leur dimension fondamentale les problèmes de la langue, de la culture, de la nation, du peuple québécois. Une démarche ample qui nous offre une lecture des plus motivantes.Paul-Émile Roy HÉLÈNE SABOURIN À l\u2019école de P.-J.-O.Chauveau.Éducation et culture au XIXe siècle, vlb, 2004 Cette biographie de Pierre-Joseph-Olivier Chauveau vise à mieux faire connaître cet homme qui a joué un rôle fondamental dans l\u2019histoire de l\u2019éducation au Québec.L\u2019historienne Hélène Sabourin prétend ne pas s\u2019attarder à l'aspect politique connu du personnage placé par Georges-Étienne Cartier à la tête du département de l\u2019Instruction publique en 1855 et nommé ensuite premier ministre de la province de Québec par ce dernier, au moment de la Confédération, afin de calmer les anglo-protestants désireux d'obtenir des garanties quant au système scolaire de l\u2019État québécois naissant.Sabourin veut plutôt faire ressortir que Chauveau, qui a créé et dirigé le premier ministère québécois de l'Instruction publique un siècle avant la Révolution tranquille, aurait été un homme de culture, farouche partisan de l\u2019accessibilité à l\u2019éducation pour tous.En ce sens, il aurait été idéologiquement plus à gauche que bien des libéraux et souvent en accord avec les rouges sur ces questions malgré son allégeance au parti conservateur (p.71).Chauveau se serait donc retrouvé coincé entre l\u2019intégrisme des catholiques ultramontains de son parti et l\u2019intransigeance anglo-protestante.La biographie couvre ainsi une époque précise de la vie de Chauveau, soit celle où il se consacre à l\u2019éducation et à la culture.Le premier chapitre rappelle les circonstances ayant 185 mené, en 1855, à sa nomination à la surintendance de l\u2019Instruction publique en remplacement de Jean-Baptiste Meilleur.Ce dernier avait restructuré le système d\u2019éducation au début du régime de l'Union, au moment où il était complètement désorganisé à la suite des rébellions de 1837-1838, et se montrait plus enclin à confier un grand rôle à l\u2019Église.Chauveau de son côté considère du devoir de l\u2019État de veiller à l\u2019instruction et à l\u2019éducation générale (p.20).C\u2019est d\u2019ailleurs cette position de Chauveau sur l\u2019éducation qui amène l\u2019organe du parti rouge, Le Pays, à délaisser de temps à autre son hostilité face à ce favori du régime confédéral.Les trois chapitres suivants portent sur les objectifs prioritaires du surintendant et la façon dont il entend rationaliser le système scolaire (p.11).Complice de Cartier en ce qui a trait à la préparation du terrain qui doit mener à la Confédération, Chauveau a pour mission d\u2019amener des groupes antagonistes à s\u2019entendre sur un sujet qui risque de faire avorter ce projet.Le débat sur les écoles normales fait bien ressortir les enjeux.Les rouges voudraient que celles-ci soient non-confessionnelles comme le proposent les anglophones laïcisants du Haut-Canada.Un tel projet s\u2019avère impossible à réaliser au Bas-Canada en raison des pressions du clergé catholique et d\u2019une partie des anglo-protestants.Cartier appuie alors en Chambre la position de Chauveau consistant à créer des écoles normales en fonction de ces dénominations religieuses, mais relevant de l\u2019État.Les cinquième et sixième chapitres du livre de Sabourin couvrent la période de i860 à 1866, alors que les luttes entourant le système scolaire sont exacerbées par l\u2019instauration imminente de la Confédération.Le chapitre suivant est entièrement consacré au voyage effectué par Chauveau en Europe dans le cadre de la mission que lui confie en 1866 le 186 Conseil de l\u2019Instruction publique de comparer le système d\u2019éducation du Canada avec les systèmes et pratiques des pays européens.Les deux derniers chapitres décrivent le retour de Chauveau au moment où sa carrière prend un virage inattendu alors qu\u2019il devient premier ministre de la nouvelle province de Québec.Comme le rappelle Sabourin, Chauveau obtient cette nomination afin de réaliser la promesse de Cartier faite aux anglo-protestants de leur garantir la quasi-autonomie de leur système scolaire.Ceux-ci craignent en effet de se trouver à la merci des francophones catholiques lorsque l\u2019éducation relèvera des provinces, et Chauveau, fidèle de Cartier, s\u2019organisera pour leur livrer la marchandise.C\u2019est dans ces circonstances que Chauveau est nommé ministre de l\u2019Instruction publique en même temps que lui échoit le poste de premier ministre du Québec dans la Confédération naissante.L\u2019État québécois détient alors la responsabilité de l\u2019éducation, jusqu\u2019à ce que l\u2019hostilité des évêques ultramontains et de certains lobbys protestants mène à l\u2019abolition de son ministère, en 1875.Entre-temps, Chauveau dépose en 1869 la loi scolaire qui contient les garanties promises à la communauté anglo-protestante, dont celle de la répartition des taxes entre commissions scolaires en fonction de l\u2019appartenance religieuse du contribuable.Cette iniquité n\u2019est d\u2019ailleurs que très mollement dénoncée par l\u2019épiscopat catholique, probablement parce que la loi l\u2019avantage sur d\u2019autres plans, dont celui de l\u2019enseignement supérieur qui est dorénavant subventionné en fonction de la population.Or le clergé mise beaucoup sur le recrutement dans les collèges classiques qui se trouvent à la base du recrutement sacerdotal, et parce qu\u2019il s\u2019agit du meilleur instrument pour façonner la société canadienne-française selon ses principes (p.174).La loi de 1869 donne également aux protestants un pouvoir accru sur leurs écoles - Pierre Vadeboncœur ; Le pas de l\u2019aventurier, À propos de Rimbaud (CR)\tjanvier\t135-137 Jacques Grandmaison ; Réenchanter la vie,\tmars\t123-125 Shimuel Trigano, Gregory Baum, Salah Stétié Le Monothéisme.(CR)\tfévrier\t129-130 Pierre Bertrand ; Pour l\u2019amour du monde\tavril\t130-132 Un peuple et sa langue.Essai de philosophie du langage et de l\u2019histoire.Pour l\u2019avenir du Québec (CR)\tnov./déc.\t181-184 René Lévesque, une vie, une nation (CR)\tnov./déc.\t190-192 Eflb SABOURIN, PATRICK ; LACROIX, FRÉDÉRIC Financement des universités le non-dit\toctobre\t86-105 SERRÉ, PIERRE L\u2019impact du scrutin majoritaire sur la stratégie péquiste\tfévrier\t8-21 SIMARD, MAJELLA Le Bas-Saint-Laurent une région fragile au développement inégal\tavril\t52-113 209 TREMBLAY, ALAIN L\u2019écomusée de l\u2019Au-delà et le patrimoine funéraire\tnov./déc.\t98-122 ¦3b VADEBONCŒUR, PIERRE La résistance\tjanvier\t10-16 États-Unis et USA\tmars\t16-20 La répression\tseptembre\t27-30 La grande méprise\tfévrier\t46-48 Le rêve et le cauchemar\tmai/juin\t47-51 L\u2019extrême droite incognito\tnov./déc.\t25-28 VAN AUDENRODE, MARC ; FORTIN, PIERRE ; HAVET, NATHALIE Les Cégeps : économiques, équitables et performants\tseptembre\t66-72 VÉZINA, CHRISTIAN Ils ne demandaient qu\u2019à brûler ; spectacle hommage à Gérald Godin\tmars\t98-102 VIDAL, MARC-HENRI Diversité religieuse et lieux de culte au Québec\tnov./déc.\t140-151 VINCENT, SÉBASTIEN Laissé dans l\u2019ombre 60e anniversaire du débarquement de Normandie\tmai/juin\t182-195 La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondville (819) 4y8-2ji9 ou 1 800 943-2519 Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec Le réseau de la fierté québécoise Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Souveraineté du Québec Hancjue française Tète nationale Assurance Société Sain t-Jean-Baptiste y de,a MAU RI CIE «msmi.ss Jbfi»®ur&cil@.qc.e® 211 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président Pierre Noreau Secrétaire Jacques Brousseau Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers Robert Ladouceur Ex Officio Robert Laplante Secrétariat Yves Fortin Laurence Lambert MISSION Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Membres Dave Anctil Pierre de Bellefeuille André Binette Mathieu Bock-Côté Jean-Jacques Chagnon Eric Devlin Benoît Dubreuil Christian Gagnon Alain Laramée Jacques Martin Yves Michaud Jacques-Yvan Morin Michel Seymour Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Nicole Boudreau Jacques Boulay Guy Bouthillier Hélène Chénier Delmas Lévesque Pierre Dupuis Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Gilles Rhéaume Membres émérites René Blanchard Jean-Charles Claveau Jean Genest Georges Meyers OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC.confiance stratégie performance \u2022\tGestion active en actions et en obligations\t\u2022 Gestion indicielle \u2022\tGestion équilibrée\t\u2022 Gestion privée Le succès de Optimum gestion de placements repose sur l'expertise de ses gestionnaires appuyés par une équipe de spécialistes qualifiés, sur des styles de gestion bien définis et sur une collaboration étroite et durable avec chacun de ses clients.Pour de plus amples informations : Sophie Lemieux, M.Sc.Directrice.Développement des affaires Éric Ouellet.B.A.A.PI.Fin., Directeur, Développement des affaires 425, bout de Maisonneuve Ouest, bureau 1740.Montréal (Québec) Canada H3A3G5 Téléphone: (514) 288-7545 Télécopieur: (514) 288-4280 www.groupe-optimum.com ® Marque de commerce de Groupe Optimum inc utilisée sous licence Veflleux.président tél.: (450)449-5818 fax.: (450)449-2140 courriel : adm@marcveilleux.com Marc Veilleux Imprimeur me.A votre service plus que jamais ! Qualité et service assurés \u2022\tLivres ( 200 à 10 000 exemplaires ] \u2022\tManuels techniques \u2022\tListes de prix \u2022\tRapports internes \u2022\tCatalogues \u2022\tDépliants \u2022\tBrochures 213 CLUB DES too ASSOCIÉS Fernand Allard Patrick Allen ÿ François-Albert Angers j' Gaston-A.Archambault \"j\" fean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron Yvan Bédard Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin 'j\u2018 Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Henri Joli-Cœur Lucie Lafortune f Anna Lagacé-Normand Bernard Lamarre Denis Lazure Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin j Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost René Richard y Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier \"J Réal Trudel Cécile Vanier Claude-P.Vigeant Madeleine Voora litkRim Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de io à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Révision Marc Veilleux Mise en pages Jean-Marie Pesci, Atoumédia, Rawdon Impression Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville 215 INDEX DES ANNONCEURS 175\tAllard & Carrière 10 Caisse d\u2019économie Desjardins des Travailleuses et Travailleurs 176\tCap-aux-Diamants 9 Devoir, Le 210 Mouvement national des Québécoises et Québécois 212 Optimum, Gestion de placements 70 Optimum placements 175 Rassemblement pour un Pays souverain 175 Sansregret, Taillefer et Associés 210 Société Saint-Jean- Baptiste de la Mauricie 210 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 175 Translatex Communications + 212 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc. ABONNEMENT TO\t20 numéros\tnuméros Abonnement 55 $\t-\tioi$ Institution 98 $\t-\t160 $ Abonnement de soutien 150 $\t-\t250 $ Étudiants 32 $\t-\t55 $ Autres pays no $\t-\t180 $ Paiement par VISA et Mastercard accepté Prix Richard-Arès Le prix Richard-Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix André-Laurendeau Le prix André-Laurendeau reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l'année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.ISSN-OOOI-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019ACTION NATIONALE 1215, rue de la Visitation, bureau 101, Montréal (Québec) H2L 3B5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 Courriels pour joindre : - la rédaction : revue@action-nationale.qc.ca - l\u2019administration : administration@action-nationale.qc.ca Site : http://www.action-nationale.qc.ca nouveau » REVOIR LE CADRE STRATÉGIQUE NATIONALE Robert Laplante Maintenant disponible sur CD audio.FAITES-VOUS EN FAIRE LA LECTURE ! 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