L'action nationale, 1 février 2005, Février
[" Éditorial Changer de paradigme ¦Robert Laplante\t2 Articles La grande menace -Pierre Vadeboncœur\t10 Pour une culture littéraire nationale commune -Louis Cornellier\t14 L\u2019UNEQ : une expérience politique natiônaIÏ -Bruno Roy\t20 Le repli sur l\u2019Europe a fait le malheur de la France depuis le milieu du XVIIIe siècle -Jean-Marc Léger\t26 Le besoin d\u2019une constitution québécoise -Denis Monière\t30 L'impasse du « Bon gouvernement » -Michel Roche\t36 Perspectives pour l\u2019aménagement des territoires au Québec -Marc-Urbain Proulx\t43 Résolument « vert » le XXIe siècle ¦ Rita Dionne-Marsolais\t52 De la reconnaissance à l\u2019indépendance -Mathieu Bock-Côté\t63 Signes d\u2019empire -Romain Gaudreault\t82 Événement : Un mot qui en prend large -Caston Bernier\t96 Volume XCV numéro 2 FÉVRIER 2005 Lire \t \t \t \t Bruno Desjardins Le matin 1990 Estampe Bibliothèque nationale du Québec 1215, rue de la Visitation, bureau 101, Montréal (Québec) H2L 3B5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca administration@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directrice adjointe : Laurence Laporte.Comité de rédaction : Sylvain Deschênes, rédacteur et conseiller en communication ; Lucia Ferretti, professeure d\u2019histoire ; Robert Laplante ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture .Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon; Lucia Ferretti; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Monique Dumais, théologienne, Université du Québec à Rimouski ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Andrée Lajoie ; Simon Langlois ; Michel Seymour.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté.Envoi de Poste - Publications -Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l\u2019entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d\u2019envoi postal » Canada « Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada à notre adresse ». 2 ÉDITORIAL Robert Laplante CHANGER DE PARADIGME La commission parlementaire sur le « Secteur énergétique au Québec - Contexte, enjeux et questionnements » - qui n\u2019est pas encore terminée au moment d écrire ses lignes \u2014 a déjà donné des fruits intéressants.Pour ceux et celles qui ont eu l\u2019occasion de les suivre, les travaux de la Commission auront été l\u2019occasion de voir poindre des tendances extrêmement révélatrices des défis qui se posent au Québec.Ils auront fourni également l\u2019occasion de constater l\u2019épuisement du paradigme qui charpente actuellement la politique et les choix énergétiques du Gouvernement du Québec.Les interventions du président d\u2019Hydro-Québec, en particulier, auront eu l\u2019heur de révéler ce que le Suroît avait déjà laissé entrevoir : la société d\u2019État cherche vraiment à rompre le Pacte social de l\u2019électricité (voir l\u2019article de J-M Pelletier dans L\u2019Action nationale de mai-juin 2004) que la Révolution tranquille avait instauré.En réclamant une nouvelle hausse des tarifs et en souhaitant une nouvelle fois l\u2019abolition du bloc d\u2019énergie dite patrimoniale, Hydro-Québec a clairement laissé entendre que sa conception de sa mission s\u2019aligne désormais sur une stratégie commerciale conventionnelle.On a de plus en plus l\u2019impression que la société d\u2019État traîne comme un boulet sa vocation de service public.On comprend par ailleurs que la soif de dividendes d\u2019un 3 gouvernement provincial affamé par le régime fédéral réduit singulièrement sa marge de manœuvre.Il faudrait néanmoins sentir que c\u2019est à son corps défendant qu\u2019Hydro se plie à jouer le jeu du marché continental de l\u2019énergie.Et cela, on ne le sent pas, bien au contraire.Comme on ne sent pas son adhésion au développement de l\u2019éolien dont le potentiel est pourtant faramineux.Hydro réagit et réfléchit avec résignation devant des choix et des projets qui, à l\u2019évidence, sont considérés comme des concessions à 1 opinion publique et au mouvement environ-nementaliste.Son refus de reconfigurer ses choix stratégiques en faisant de l\u2019éolien une composante majeure de ses choix de développement, sa façon de se tramer les pieds en matière de recherche, sa fascination pour le thermique et la filière gazière ne témoignent cependant pas tant de la mauvaise foi que de la volonté de se cramponner à un paradigme dominant sur le continent.Hydro-Québec tient à miser sur une stratégie d\u2019intégration continentale.Comme le gouvernement du Québec, du reste.La politique énergétique du Québec, ou du moins l\u2019ensemble des choix qui la recomposent a posteriori, reste marquée par une volonté de conformisme tout à fait contraire non seulement à nos intérêts nationaux mais à la situation objective de nos avantages stratégiques en matière d'énergie renouvelable.L\u2019arrimage au marché gazier continental, la préférence pour 1 exportation et la volonté de faire primer les considérations de marché sur les priorités géostratégiques nationales renvoient, en effet, à un véritable refus de se singulariser sur le continent.Cela traduit une volonté de se conformer à un modèle de développement qui, non seulement s\u2019éloigne du développement durable, mais ne peut que contribuer à suc-cursaliser l\u2019économie du Québec. 4 Le potentiel éolien permet pourtant de voir désormais notre infrastructure de production sous un tout autre jour.Sa complémentarité avec l\u2019hydro-électricité peut accroître de plusieurs dizaines de fois la capacité globale de production du Québec.Mais elle peut aussi conférer à notre réseau ainsi reconfiguré un avantage stratégique majeur : par rapport à la filière thermique exportatrice d\u2019emplois et de capitaux, la filière éolienne développée en complément à l\u2019hydro-électricité peut créer de très nombreux emplois et accroître singulièrement le rôle et le poids du secteur énergétique dans la structure économique du Québec.L accroissement de notre autonomie énergétique comporte des avantages incomparables : la dépendance ne génère que des retombées, l\u2019autonomie nous confère la sécurité et le contrôle.De nombreux témoignages et des résultats de recherche probants nous en fournissent des preuves solides : le Québec a tout en main pour réaliser avec succès un changement de paradigme énergétique.Nous pouvons relever le défi de faire du Québec un haut lieu de la recherche et de la production d\u2019un nouveau paradigme énergétique combinant les diverses filières à haute teneur technologique (géothermique, éolien, solaire, etc.) à l\u2019hydro-électricité que nous maîtrisons déjà - pour notre meilleur intérêt national et la santé de l\u2019environnement.Nous pouvons élargir les horizons d\u2019Hydro-Québec, lui offrir des défis plus conformes à sa mission, à la hauteur de son héritage et de sa tradition.Nous pouvons lui dessiner un destin plus grand, plus noble et plus mobilisateur que celui vers lequel elle dérive en devenant chaque jour davantage une espèce d\u2019instrument fiscal de substitution que l\u2019enfermement provincial a imposé.Le Québec a tous les atouts pour se démarquer, pour devenir une des sociétés les plus avancées eu égard à la mise en 5 place d\u2019un véritable développement durable.C\u2019est une perspective enthousiasmante qui suppose de bien faire la part des choses quant au rôle et à la place que nous entendons occuper en Amérique du Nord.Nous devons assumer notre originalité et réaliser ce que notre potentiel naturel met à notre disposition.C\u2019est là, reconnaissons-le, une vision des choses bien éloignée de la résignation à la petite semaine que nous distille ce gouvernement.La commission parlementaire nous aura cependant permis de réaliser, une fois de plus, que les obstacles véritables ne tiennent qu\u2019à cela.Un autre paradigme peut être réalisé.Il est à portée de main.Comme le pays.? 6 LE JEU DES DEUX ERREURS financement À VQOV.DES tco\\ss ?wn£es WIVES S CU/ A CAISSE ÉUCTOMlf % 1* CWM DANS LA COOEDt TW»®*-tfQVmMMt v ^»Jw, / â-:zü % CAJSSE ÉucTORAie Grâce au cahier FAITES LE POINT DE L\u2019ACTUALITÉ DE LA SEMAINE.Plongez dans le monde de la finance, de la culture et des livres.Rêvez de voyage, de décoration.Préparez vos sorties et vos soirées télé AVEC LE GUIDE LE PLUS COMPLET QUI SOIT, LE DEVOIR lin journal indépendant Abonnements : 514.985.3355 ou 1 800 463.7559 www.ledevoir.com \u2014«\t.V -S/iOK W) Mettez vos valeurs en action Réalisez vos projets en gérant vos besoins financiers de manière socialement responsable tout en participant à un développement solidaire du Québec.Au service de milliers de Québécoises et Québécois des réseaux coopératif, communautaire, culturel et syndical depuis plus de 30 ans Desjardins Caisse d'économie solidaire www.cecosol.com Partout au Québec (numéros sans frais) : Québec 1 877 647-1527 / Montréal 1 877 598-21 22 / Joliette 1 866 753-7055 ARTICLES \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t TO PIERRE VADEBONCŒUR* LA GRANDE MENACE La rue newyorkaise décrit non sans raison l\u2019homme comme le roi des menteurs.M.Bush a été assermenté le 20 janvier et, protégé par 6000 hommes en armes, il a fait en cette occasion un grand discours.L\u2019avenir s\u2019annonce dans ce qu\u2019il a dit et dans ce qu il n a pas dit, mais de manière très spéciale dans les deux cas.Dans ce que Bush dit généralement, il faut comprendre la substance cachée des choses qu\u2019il y déguise.Celle-ci deviendra réalité.Dans ce qu\u2019il omet, il faut entendre ce qu\u2019il tait et cela fera également l\u2019avenir.On ne peut que le lire à l\u2019envers.Tel est le cas depuis quatre ans.C\u2019est relativement simple, car il suffit d être attentif et d\u2019entendre le contraire de son propos.Le résultat est immanquable et permet à quiconque de prophétiser depuis ce temps.Sur les mensonges directs de M.Bush, inutile de rappeler comme exemples ce que tout le monde sait aujourd hui .* Essayiste. 11 que la guerre d\u2019Irak, soi-disant une réponse au n septembre, avait été projetée avant ; qu\u2019elle a été lancée sur trois prétextes, tous faux : les armes de destruction massive, le lien de 1 Irak avec le terrorisme, la menace représentée par l\u2019Irak contre les États-Unis.Sur les silences mensongers de M.Bush, trois vérités étaient escamotées par lui : que l\u2019invasion de l\u2019Irak n\u2019avait d\u2019autre but que de s\u2019emparer du pétrole irakien, pétrole dont jamais il ne dit mot ; que cette invasion serait déclenchée à tout prix, donc nonobstant, en 2002, l\u2019ouverture des frontières de l\u2019Irak à l\u2019inspection du territoire par les Nations Unies ; que l\u2019idéal démocratique n\u2019était pas le motif de l\u2019invasion mais seulement une comédie dissimulant tant bien que mal I\timpérialisme américain, qui est l\u2019unique réalité dans cette histoire.II\ty a des exemples historiques d\u2019une telle comédie.Ainsi Bonaparte se servait-il de l\u2019idéal d\u2019une révolution démocratique qu\u2019il venait justement d\u2019étouffer et dont il n\u2019avait cure.Il porterait aux quatre coins de l\u2019Europe une révolution qui n\u2019existait plus et dont il ne voulait pas, et il établirait ainsi son empire, lequel en serait la négation.Quand Bush exprime à la mi-janvier 2005 son intention de « vaincre la tyrannie et favoriser le développement de la liberté dans le monde », il dit en réalité son intention d\u2019instaurer par la force la domination américaine et sa volonté d\u2019écraser sous cette forme la liberté dans le monde.Quand il ajoute ceci : « Que tous ceux qui connaissent la tyrannie et le désespoir le sachent : les États-Unis n\u2019ignoreront pas votre oppression et n\u2019excuseront pas les oppresseurs », il ne fait que s\u2019arroger le droit d'entrer en armes dans tous les pays qu\u2019il décide d\u2019envahir et d\u2019installer par les horreurs de la guerre 12 l\u2019oppression américaine sous le couvert d\u2019une « démocratie » locale qui aura pour mission de trahir le pays envahi au profit des intérêts américains.C\u2019est le cas de toutes les fausses « démocraties », régime souvent favorisé par 1 impérialisme comme étant le plus facile à contrôler.Bush, dans son discours d\u2019assermentation, a répété en 16 minutes plus de 40 fois le mot liberté ou son équivalent.C\u2019était mentionner plus de 40 fois que son gouvernement et son armée la violeraient.Bush annonce d\u2019ailleurs \u2014 et cette fois c est la vérité pure, sans doute - que son gouvenement sollicitera davantage 1 armée de son pays dans les années qui viennent.Ce seront évidemment les nouvelles guerres de son projet « libérateur » .« Mon devoir le plus solennel est de protéger cette nation [américaine] et son peuple contre de nouvelles attaques et des menaces émergentes.» Remarquez les mots « menaces émergentes » : ils correspondent à l\u2019expression « guerre préventive » .En particulier là où gisent les champs pétrolifères.L\u2019Iran en premier lieu, à ce qu\u2019il semble.« L\u2019Amérique n\u2019imposera pas son style de gouvernement.» Pas son style, effectivement, mais seulement son gouvernement.Celui-ci exercé par un gouvernement local d\u2019un autre style, le style fantoche.Qu\u2019est-ce que Bush a annoncé dans son discours de janvier, soit en déguisant son propos, soit en taisant des choses ?Au-delà des phrases creuses, il y annonce en réalité la terreur militaire sur des peuples, le vol des ressources pétrolières, la désorganisation des pays envahis ou à envahir, comme en Irak aujourd\u2019hui, le viol réitéré du droit international, la mise en place d\u2019un ordre néo-impérialiste, l\u2019aggra- 13 vation du climat général d\u2019hostilité dans le monde, et un système de gouvernements captifs et de spoliations programmées.Tels sont les plans du deuxième mandat contenus entre les lignes de ce discours.Tel est le sens clair de celui-ci.Au surplus, il faut appréhender de l\u2019inconnu plus maléfique encore.Il y a, dans la politique américaine présente et dans son développement prévisible, des ombres additionnelles qu on n\u2019ose encore évoquer.Elles ont peu à voir (employons cet euphémisme) avec la forme démocratique et avec le droit des gens.Sans parler de ces ombres-là, mentionnons que deux choses concrètes peuvent se produire quoi qu\u2019il en soit : d\u2019une part une dynamique de guerre susceptible d\u2019un développement international et géographique encore plus étendu qu\u2019aujourd\u2019hui ; d\u2019autre part, une érosion possible de la démocratie aux États-Unis mêmes, sous l\u2019influence d\u2019une politique de droite de plus en plus dépendante de sa propre logique, ce qui est très dangereux.On ne pourra plus guère se dissimuler que les États-Unis deviennent une menace sur le monde.Il faut souligner le mot.Cela change la perspective.Les peuples la ressentent ainsi et c\u2019est un signe.Au moment où j\u2019achève d\u2019écrire cet article, 23 janvier, on apprend que même une alliée inconditionnelle des USA comme la Grande-Bretagne s\u2019avise du danger et laisse entendre qu\u2019elle ne participera pas à des opérations militaires contre l'Iran.Cette nouvelle en dit long tant sur ce que les États-Unis envisagent (en effet, ce doit être sérieux !) que sur la répulsion croissante que cela suscite dans les autres pays.? 14 ARTICLES Louis Cornellier * POUR UNE CULTURE LITTÉRAIRE NATIONALE COMMUNE En février 2002, animé par le souci de donner à notre littérature nationale la place qui lui revient dans l\u2019enseignement des lettres au Québec, j'ai suggéré, dans les pages du Devoir, que deux des quatre cours de français au collégial lui soient consacrés1.Actuellement, dans la plupart des cégeps du Québec, trois des quatre cours de français obligatoires traitent essentiellement de littérature, mais deux de ces trois cours sont consacrés à la littérature française.Ma proposition, sans exclure cette dernière, appelait à renverser la perspective et à donner préséance à la littérature québécoise, suivant en cela la logique du système scolaire français lui-même, entre autres, qui enseigne d'abord sa propre littérature.Cette proposition, faut-il le rappeler, a été, alors, accueillie par une volée de bois vert et des cris d\u2019orfraie.J aurais commis, en la faisant, m\u2019a-t-on répliqué, un crime de lèse-litté-rature française, si tellement plus riche et essentielle que la « jeune » littérature québécoise, et me serais adonné, honte sur moi, à du nationalisme littéraire.Si elles m\u2019ont déçu et attristé (je n\u2019imaginais pas que, aujourd'hui encore, tant de gens de culture d\u2019ici aient une si piètre opinion de leur propre culture nationale), ces critiques, qu\u2019on le sache, ne m\u2019ont pas ébranlé.Je n\u2019ai pas peur, moi, de ce que certains * Chroniqueur au Devoir et professeur de français-littérature au cégep de Joliette. 15 appellent dédaigneusement le nationalisme littéraire, en laissant sous-entendre qu'il s\u2019agirait là d\u2019une idéologie utilitariste plutôt que d\u2019un concept libérateur.J\u2019ai même la conviction que, au Québec, il est nécessaire, et les réactions outrées à ma modeste proposition n\u2019ont fait que renforcer cette conviction2.Notre littérature reste méconnue et cette méconnaissance ne profite même pas aux autres littératures.Quand un peuple n\u2019est même pas capable de se lire adéquatement, c\u2019est le concept même de lecture et, partant, de culture qui lui fait défaut.Ma conviction, donc, reste intacte, mais, considérant le peu de succès rencontré par ma proposition originale, j\u2019ai résolu d\u2019aborder le problème d\u2019un autre angle et d en formuler une nouvelle.Mes objectifs restent les mêmes : que vive et se transmette notre littérature et que les Québécois se dotent d\u2019une culture commune qui ait du sens.Pour y parvenir, je suggère ce nouveau programme, aussi modeste que le premier, inspiré par une conception jacobine de la culture.Des raisons littéraires communes Un peuple, pour maîtriser sa destinée et faire en sorte qu\u2019elle soit la plus harmonieuse possible dans un cadre démocratique, a besoin de partager ce que Fernand Dumont a appelé des raisons communes.Ces raisons, évidemment, émanent de plusieurs sources (histoire, institutions politiques et scolaires, conditions sociales, culture, etc.) et il faut, dans tous les champs de la vie humaine, veiller sans cesse à les créer, à les recréer et à les préserver.Ma proposition, en ce sens, s insciit dans le champ culturel et plus particulièrement littéraire. Je pose, en fait, une question simple : y a-t-il, dans notre littérature, des ouvrages essentiels, des classiques quoi, que tous les Québécois, toutes générations confondues, devraient avoir lus parce qu\u2019ils ont, d\u2019une certaine manière, contribué à fonder les raisons communes du peuple québécois ?Entendons-nous bien : il ne s\u2019agit pas de postuler que ce que disent ou racontent ces ouvrages définit directement les raisons d\u2019aujourd\u2019hui, mais tout simplement de reconnaître leur apport fondamental, à leur échelle respective et pour parler comme Dumont, à la genèse de la société québécoise.Si, comme je le crois, la réponse à cette question est oui, reste à déterminer comment parvenir à faire en sorte que ce souhait - que tous, sans exception, aient lu ces livres et partagent donc des références littéraires communes susceptibles de mener au partage de raisons communes - se réalise, sans que cela ne nécessite un investissement économique important, un obstacle qui, on s\u2019en doute, ferait périr le projet.Voici ma proposition.Dans sa première version, elle se présentait comme ceci : pour chacune des cinq années du secondaire et pour chacune des quatre sessions du collégial, c\u2019est-à-dire, donc, pour neuf étapes, il s\u2019agirait d imposer à tous les élèves et étudiants du Québec la lecture d\u2019un livre québécois, le même pour tous, choisi à la suite d un débat national démocratique.On parle, ici, de neuf livres québécois essentiels qui deviendraient, pour plusieurs années, des lectures obligatoires dans toutes les écoles secondaires et les cégeps du Québec.Simple et très peu coûteuse, cette proposition, à mon avis, n\u2019a que des avantages.En quelques années seulement, elle doterait le Québec en entier de références littéraires communes, ce qui pourrait susciter des échanges et des débats culturels stimulants que l\u2019éclatement des programmes 17 actuels ne permet pas, elle laisserait une place importante à d autres œuvres (surtout québécoises, comme je le souhaite, mais aussi étrangères) et, en quelques décennies, elle permettrait aux diverses générations de partager un patrimoine commun, créant ainsi une dynamique culturelle dont le Québec, contrairement à la France à cet égard, n\u2019a jamais vraiment bénéficié.Un seul petit problème, à la réflexion, s\u2019est posé : comment faire lire des classiques destinés aux adultes à des enfants de 12 ou 13 ans ?Une première sélection d\u2019œuvres rendait ce problème criant : peut-on saisir la noirceur d\u2019Un homme et son péché ou la mélancolie des poèmes de Nelligan à 13 ans ?J\u2019ai donc révisé la première version du projet pour en arriver à ceci : pour les deux premières années du secondaire, deux ouvrages importants de littérature jeunesse, encore une fois les mêmes pour tous, seraient imposés et pour chacune des trois dernières années, deux classiques québécois accessibles deviendraient obligatoires.Au collégial, ce serait encore un livre par session.Au total, il s\u2019agirait d\u2019établir une liste de 12 ouvrages : 2 classiques de littérature jeunesse et 10 classiques québécois.Concrètement N\u2019étant pas un adepte des propositions abstraites qui, laissées en pâture à la discussion débridée, finissent par être détournées de leur sens original, je soumets donc un premier programme national de lectures obligatoires pour lancer la discussion sur des bases solides.Pour le secondaire 1, Le dernier des raisins, un roman de Raymond Plante.Pour le secondaire 2, Le Don, un roman de Yves Beauchesne et David Schinkel.Pour les secondaires 3, 4 et 5, dans un ordre qui reste à déterminer : Poésies complètes d\u2019Émile Nelligan, i8 Maria Chapdelaine de Louis Hémon, Un homme et son péché de Claude-Henri Grignon, Tit-Coq de Gratien Gélinas, Les belles-sœurs de Michel Tremblay et Le souffle de l\u2019harmattan de Sylvain Trudel.Pour le collégial, en première année, Les Plouffe de Roger Lemelin et L\u2019Homme rapaillé de Gaston Miron et, en deuxième année, qui sera celle des essais, La génération lyrique de François Ricard et Un témoin de l\u2019homme de Fernand Dumont.Ce dernier ouvrage, qui réunit des entretiens présentés par Serge Cantin et qui n\u2019est pas, en ce sens, une oeuvre originale, permettra d\u2019aborder l\u2019œuvre de Dumont qui, autrement, m\u2019apparaît trop difficile pour les cégépiens.Il pourrait être remplacé.Douze livres québécois fondamentaux, donc, que tous liront peu importe où ils se trouvent au Québec.Cette liste, bien sûr, ne fera pas l\u2019unanimité et est sujette à discussion.Où y sont, par exemple, les femmes ?Je répondrai, pour l\u2019heure, que des considérations pédagogiques m\u2019ont amené à exclure Anne Hébert et Gabrielle Roy, les deux noms qui s\u2019imposaient dans un premier temps.Trop austères pour des jeunes.Certains titres choisis, évidemment, seront contestés et on s\u2019étonnera de l\u2019absence de certains autres.À ce sujet, je tiens à redire que le programme présenté se veut volontairement minimal et qu'il appelle, en ce sens, un élargissement laissé à la discrétion des enseignants auxquels une liste d\u2019ouvrages suggérés plus substantielle pourrait être fournie.Les quatre genres (poésie, roman, théâtre et essai), au moins, y sont représentés, de même que les grandes étapes historiques du XXe siècle, avec un clin d\u2019œil au XIXe.Il reconnaît, aussi, la richesse de notre littérature jeunesse.Ceux qui souhaitent comparer cette liste avec une autre, déjà établie, pourront consulter, par exemple, Le guide de la culture au Québec de Daniel Chartier qui propose « la littérature 19 québécoise en io, 25 et 100 grandes œuvres » .Ils y découvriront des ressemblances et des différences susceptibles d\u2019alimenter la réflexion et le débat.Je tiens toutefois à rappeler que mon projet s\u2019adresse à des jeunes de 12 à 19 ans, ce qui entraîne des contraintes dont Chartier n\u2019a pas à tenir compte.Pour l\u2019heure, en remerciant la rédaction de L\u2019Action nationale de m\u2019avoir permis de lancer ce débat, je voudrais surtout que l'on retienne l\u2019esprit du projet qui ne vise à rien d\u2019autre qu\u2019à faire vivre notre littérature, c\u2019est-à-dire à nous faire vivre nous-mêmes dans un monde commun, fut-il traversé par toutes les saines discussions et mésententes nécessaires à l\u2019épanouissement de l\u2019homme démocratique.?1\tVoir « Enseignement de la littérature au collégial : et si la réussite passait par la décolonisation ?» dans Louis Cornellier, A brûle-pourpoint.Interventions critiques, Septentrion, 2003, p.83-89.2\tVoir « Qui a peur du nationalisme littéraire ?» dans A brûle-pourpoint.Interventions critiques, p.90-94. 20 ARTICLES Bruno Roy* L\u2019UNEQ: UNE EXPÉRIENCE POLITIQUE Il faut savoir encore sourire / Quand le meilleur s\u2019est retiré / [.] /Et malgré ce qui nous en coûte / S\u2019en aller sans se retourner, chantait si dignement Charles Aznavour.Aujourd\u2019hui, c\u2019est mon tour.Je n\u2019ai ni l\u2019air pitoyable ni l\u2019air de glace.Bien sûr, je ne suis pas resté si longtemps à ce poste de commande, qu\u2019est la présidence de l\u2019Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ), exclusivement parce que je le voulais.C\u2019était aussi la volonté des membres.Sur un plan plus personnel - je l\u2019ai dit et je le répète -, je sais que quittant ma fonction de président, je ne suis plus le même homme qu\u2019avant.D\u2019ailleurs, c'est moins ce que j'aurai donné à l'UNEQ que ce que j'ai reçu d'elle, que je retiendrai.Si l\u2019Union a une vocation universelle, c\u2019est qu\u2019elle est le seul organisme de représentation et de membership pour l\u2019ensemble des écrivains et écrivaines du Québec.Je me suis mis au service de son esprit car je sais aussi, j\u2019en suis persuadé, que l\u2019UNEQ est nécessaire, et pour les écrivains et pour la société.Mais alors, devient-on président par amour des écrivains ou par peur que les écrivains n\u2019aient jamais de reconnaissance sociale ?Ne tombons ni dans le lyrisme ni dans le mission- Ex-président de l\u2019UNEQ. 21 nariat.Assumer la présidence d\u2019un organisme, même pour un écrivain, n'est ni neutre ni sans intérêt.C\u2019est Léo Ferré qui se plaisait à dire que « Les sociétés littéraires sont aussi la société.» L'écrivain, vivant dans sa société, est nécessairement un citoyen.À la limite, c\u2019est moins l\u2019écrivain que le citoyen qui est interpellé à intervenir dans la cité.Au total, j\u2019aurai présidé aux destinées de l\u2019UNEQ pendant quatorze ans.Le fait de n\u2019appartenir à aucune « chapelle littéraire » a éloigné l\u2019organisme de toute attitude corporatiste.Tout élu que je fus, devant toute proposition ou action, je réagissais en écrivain, moins en administrateur.Il reste que, pour l\u2019essentiel, assumer la présidence d\u2019un organisme tel l\u2019UNEQ est une indiscutable expérience politique qui nous apprend qu\u2019un élu - et c\u2019est ce qu\u2019est un président, un élu -lutte d\u2019abord sur le plan de l\u2019action lequel répond, à son tour, d\u2019un sentiment de responsabilité envers la collectivité.J\u2019aurai donc fatalement appris à concevoir mon engagement non pas tant sur le plan intellectuel que directement sur le plan politique.La chose est incontournable.Jamais, cependant, n\u2019ai-je imaginé militer en dedans d\u2019une cause aux contours et attitudes corporatistes.Quand on est un syndicat, comme à l\u2019UNEQ, la chose n\u2019est pas simple.Je défendais moins notre organisme que les écrivains eux-mêmes : leurs conditions économiques, leur statut professionnel, leurs rapports avec les institutions, leurs rapports avec le milieu littéraire lui-même.Plus largement, et relativement à mes valeurs, je me suis toujours situé dans l\u2019optique de la responsabilité de l\u2019écrivain que j\u2019imagine d\u2019abord libre ; je parle bien sûr ce cette liberté absolue dans la création et dans ses choix politiques.Et cela, tout en étant ouvert aux besoins du milieu littéraire auquel, globalement, nous, écrivaines et écrivains, appartenons. 22 Qu\u2019on se le dise, devenir président accorde plus de responsabilités que de privilèges.Cette tâche, au cours des ans, est devenue de plus en plus complexe et exigeante.Si l\u2019UNEQ m\u2019a donné un lieu d\u2019engagement qui n\u2019était pas étranger à mes convictions, voire à ma nature de militant, elle a fait de l\u2019écrivain actuel un mélange d\u2019écriture et de combat.Elle l\u2019y a préparé en tout cas.Elle a préfiguré chez moi une image de l\u2019écrivain qui a trouvé une façon de dire le monde en joignant, par exemple, deux groupes sociaux aux antipodes : les intellectuels et les écrivains d\u2019une part, et d\u2019autres part, les Orphelins de Duplessis, ces démunis du langage.L\u2019UNEQ m\u2019a appris à engager ma valeur personnelle dans un débat qui toujours doit s\u2019appuyer sur une éthique de la responsabilité.Mon engagement à l\u2019UNEQ, action et réflexion se combinant, est ce qui m\u2019a permis de faire l\u2019unité de ma vie d\u2019écrivain.Le poète et le militant, dirait Gaston Miron à qui toujours je pense.Ce dont je rêve, c\u2019est que l\u2019écrivain puisse, précisément, exister dans le regard de sa société.Je conçois que l\u2019UNEQ est naturellement engagée.Comprenons-nous bien.L\u2019UNEQ n\u2019a pas à surgir de l\u2019agitation politique ou partisane.Je dis seulement que devant l\u2019impossibilité de se couper du monde qui le trouble ou l\u2019éblouit, l\u2019écrivain ne peut oublier qu\u2019il est contraint à prendre parti.Nous ne devons pas devenir un groupe divorcé de la culture ou de son peuple.« Nous qui sortons de lui, a écrit Charles Juillet, nous avons le devoir de le rechercher, de l\u2019éclairer, de l\u2019intéresser activement à son salut.».Sans compter que certaines idées « d\u2019ingénierie » - n\u2019est-ce pas ce que nous avons vécu avec la disparition de la chaîne culturelle de Radio-Canada -peuvent faire disparaître la littérature.On le sait, toute action ou choix se traduit par un exercice de jugement de valeurs.Un choix n\u2019est jamais neutre.Les décideurs le savent. 23 De l\u2019anti-intellectualisme des médias électroniques à la pauvreté extrême des bibliothèques scolaires, de l\u2019absence de la littérature à la télévision à l\u2019orientation commerciale des salons du livre, force est de reconnaître une crise d\u2019identité au sein même des institutions de financement de la culture, voire des organisations qui prétendent se mettre à son service.À cet égard, l\u2019édition du 27e Salon du livre de Montréal demeure un exemple pathétique.Pour la deuxième année consécutive, le porte-parole n\u2019est même pas un écrivain.On préfère l\u2019odeur du bavardage culinaire au feuilleté littéraire plus complexe.Le livre littéraire disparaît de son propre salon.Faut le faire ! Comme si on avait honte de la littérature.Celle-ci, pourtant, est un fruit qui goûte bon.Dans une foire commerciale comme l\u2019a été le dernier salon du livre de Montréal, le fruit littéraire est demeuré invisible.Comme à la télévision qui nous impose trop souvent l\u2019ignorance.Ce n\u2019est pas sans rappeler ce que le 10 novembre 1848, Victor Hugo avait déclaré : « L\u2019ignorance nous déborde, nous assiège, nous investit de toutes parts.C\u2019est à la faveur de l\u2019ignorance que certaines doctrines fatales passent de l\u2019esprit impitoyable des théoriciens dans le cerveau des multitudes [.] Et c\u2019est dans un pareil moment, devant un pareil danger, qu\u2019on songerait à attaquer, à mutiler, à ébranler toutes ces institutions qui ont pour but spécial de poursuivre, de combattre, de détruire l\u2019ignorance.» Force est d\u2019admettre qu\u2019il nous faut - écrivaines et écrivains -, « persister et [nous] maintenir » comme l\u2019écrivait Félix-Antoine Savard.Pour contrer l\u2019ignorance actuelle.Certes, bien qu\u2019appelé à un rayonnement social, comme disait Gaston Miron, l\u2019écrivain, aujourd\u2019hui, traverse des moments difficiles en regard de sa présence dans notre société.Même le fait de solliciter son avis est peu significatif tellement sa parole est si peu entendue.De tout temps, 24 l\u2019écrivain est en lutte contre la dévalorisation générale de la culture ; en lutte aussi contre les préjugés liés, prétend-on trop souvent, à l\u2019inutilité de son travail littéraire.La littérature québécoise n\u2019existe que dans la rationalité de la bonne conscience.Le fait est brutal mais vérifiable.À l\u2019heure des grandes foires commerciales marcher de front avec son époque est douloureux.Autant pour l\u2019UNEQ que pour les écrivains.D\u2019où la nécessité d\u2019un organisme comme le nôtre, d\u2019où le nécessaire engagement de chaque écrivain face à l\u2019indifférence généralisée relative à la chose culturelle et littéraire.Je conviens que tout débat doit permettre le pluralisme des positions.La contribution particulière de l\u2019UNEQ à la question nationale, par exemple, doit constituer un lieu public de réflexion et de débats afin d\u2019éclairer les vrais enjeux.Le seul fait de prioriser la promotion de la littérature québécoise, par exemple, est un choix de valeurs.D\u2019ailleurs, comment séparer, en matière d\u2019engagement, langue, éducation, liberté d\u2019expression et question nationale ?Comment pourrait-on concilier abandon de l\u2019engagement public de l\u2019UNEQ et vouloir faire exister, dans notre société, la littérature et ses écrivains ?L\u2019UNEQ doit donc développer une conscience du destin politique du Québec et participer à la réflexion que cet avenir exige, et les écrivains eux-mêmes ne peuvent être absents du débat public.Dans une démocratie, c\u2019est l'absence de débats qui inquiète, ce ne sont pas les débats eux-mêmes.L\u2019UNEQ, comme l\u2019écrivain, est partie prenante de la société civile.Ni les groupes ni les individus ne sont isolés dans leur « cité ».Ni l\u2019un ni l\u2019autre, ici l\u2019UNEQ et les écrivains, ne peuvent s\u2019absenter de la vie d\u2019une collectivité, alors même que tous deux sollicitent son appui.Ce n\u2019est que juste retour des choses que l'UNEQ participe aux grands enjeux 25 de la société de laquelle, à travers ses institutions, elle exige programmes de soutien et appui financier.Nous avons l\u2019obligation de participer à des débats sociaux qui, tout en étant liés aux conditions du métier d\u2019écrivain et à la promotion de la littérature québécoise, nous obligent à sortir de nos intérêts corporatistes.Il ne faut pas confondre engagement et allégeance.Si on refuse à l\u2019UNEQ tout engagement public, alors on lui refuse de critiquer le gouvernement, puisque cette critique, pourtant nécessaire, est, par définition, engagement.En tant qu\u2019écrivains, ne s\u2019agit-il pas justement de nous assumer ?1\tCharles Juliet, L'Autre Faim, Journal, Paris, P.O.L., 2003, p.267.2\tVictor Hugo, Assemblée constituante, Budget rectifié de 1948.Questions des encouragements aux lettres et aux arts. 26 ARTICLES Jean-Marc Léger* LE REPLI SUR L'EUROPE A FAIT LE MALHEUR DE LA FRANCE DEPUIS LE MILIEU DU XVIIIe SIÈCLE Au cours du XVIIe siècle, et dans la première partie du XVIIIe, la France, grâce à quelques dirigeants politiques visionnaires et à des explorateurs, chefs militaires et administrateurs audacieux et courageux, avait jeté les bases de deux vastes empires, en Inde et, surtout, en Amérique du nord.Elle avait la chance historique d\u2019être et de rester la première puissance des temps modernes et par là même de faire du français, pour très longtemps, la première langue internationale.Pourtant, en quelques décennies tout fut perdu ou, plutôt, abandonné, sacrifié.Entre 1720 et 1765 environ, Paris allait perdre tour à tour l\u2019Inde puis l\u2019Amérique française, à partir du moment où souverains et dirigeants politiques incompétents ou frivoles décidèrent de jouer essentiellement, voire exclusivement, la carte européenne, de tout sacrifier aux intrigues, alliances et guerres du continent.Pour couronner le tout, Paris allait, au début du XIXe siècle, brader la Louisiane (récupérée de l\u2019Espagne quelques années plus tôt), qui avait dix fois la superficie de l\u2019actuel État américain, de ce nom, là aussi à cause des guerres de Napoléon én Europe.Deux siècles d\u2019efforts furent ainsi balayés et une chance historique sans précédent torpillée par la myopie et l\u2019inculture historique.* Journaliste. 27 L\u2019Angleterre et le « grand large » Plus sagement, plus habilement, plus audacieusement à la fois, l\u2019Angleterre, sans se désintéresser de l\u2019Europe, loin de là (et jouant efficacement les puissances européennes les unes contre les autres), pariait d\u2019abord sur le grand large, renforçait et développait ses possessions en Inde et en Amérique du nord puis envahissait et conquérait celles de la France, qu\u2019elle allait écarter des deux continents et dès lors supplanter comme première puissance mondiale, préparant par là, à terme, la primauté mondiale sa propre langue.Il ne semble hélas pas que la classe politique française d\u2019aujourd\u2019hui soit sensible à ces leçons, et c\u2019est là un euphémisme, non plus que la plupart des « médias » : ils s\u2019apprêtent à rééditer allègrement les mêmes erreurs, tout comme ils manifestent la même myopie que jadis, à propos de l\u2019Europe et du monde, jouant uniquement et presque frénétiquement la seule carte de la construction de l\u2019Union européenne (y compris le sacrifice de la souveraineté), triste illustration de la célèbre image de De Gaulle, à propos de ces politiques aveugles et excités « qui sautent sur leur fauteuil comme des cabris en criant \u201cEurope ! Europe !\u201d ».Aujourd\u2019hui encore, Londres plus avisé et plus sage, garde deux fers au feu, l'Union européenne, certes, avec réalisme et sans euphorie, et au moins autant le grand large encore, notamment les rapports de tous ordres avec les USA et avec les grands pays d\u2019Asie.De même, sagement et intelligemment, Londres a décidé de conserver sa devise monétaire propre.L\u2019attrait morbide de l\u2019effacement Comment s\u2019étonner alors de la réduction constante de l\u2019influence politique de la France dans le monde, y compris dans l\u2019Europe des Vingt-cinq » et de la régression constante 28 de la langue française, notamment dans l\u2019Union européenne et d\u2019abord au siège de celle-ci à Bruxelles, comme dans l\u2019ensemble des institutions européennes.Bref, l\u2019Angleterre et la langue anglaise gagnent de nouveau sur tous les tableaux.Nous assistons hélas, apparemment, au crépuscule du rôle politique de la France et du rayonnement de sa langue, de notre langue.Cela semble inscrit dans une certaine triste logique de la myopie historique et de la démission nationale.Et on s\u2019illusionne lamentablement sur le rôle éventuel de prétendus États-Unis d\u2019Europe, prêt à sacrifier à cette marotte et la souveraineté de la France et la place de la langue française.Les « États-Unis d\u2019Europe », une immense illusion.L\u2019un des principaux arguments des partisans du projet de constitution européenne, tient en effet à l\u2019avènement, à partir de ce traité et grâce à lui, d\u2019un vaste ensemble politique, sorte d\u2019États-Unis d\u2019Europe, propre à faire pièce aux USA et, dès lors, à écarter ou à atténuer le danger d\u2019une seule superpuissance à prétention mondiale.Il y a là une immense et redoutable illusion.La domination des États-Unis n\u2019est en effet pas seulement d\u2019ordre politique, économique, technologique et militaire : le phénomène est, plus encore et surtout, d\u2019ordre socioculturel.Or, l\u2019américanisation, caricature de la mondialisation, ne sera nullement enrayée par une prétendue Europe politique, pas plus d ailleurs que par une hypothétique convention internationale pour la sauvegarde de la diversité des cultures.Le phénomène mondial d\u2019américanisation n\u2019a nullement été ralenti par les institutions européennes pas plus que par le développement de l\u2019Union européenne.Au contraire, le phénomène s\u2019est élargi et accéléré au cours des dernières 29 décennies dans tous les domaines, en particulier dans la publicité, les loisirs, la presse, le cinéma et la télévision, l\u2019édition même.Ainsi, dans les pays membres de l\u2019Union, la place des productions américaines de toute nature n\u2019a cessé de grandir, venant immédiatement après les productions nationales, alors que la place faite aux productions des autres pays européens ne s\u2019est pas élargie, au contraire.De même, la diffusion des magazines et des journaux américains est en constante augmentation dans les pays européens.C\u2019est vrai aussi dans l\u2019édition : ainsi, en Italie, on traduit désormais et on édite plus d\u2019ouvrages américains que de français, ce qui est une petite révolution.On pourrait multiplier les exemples à l\u2019infini.Et il est à peine besoin de parler de l\u2019enseignement des langues étrangères dans les pays de l\u2019Union : l\u2019anglais arrive massivement en tête dans tous les pays, de plus en plus, avec un recul parallèle des autres langues européennes, surtout le français.Voici donc l\u2019heure de l\u2019Europe massivement anglo-américa-nisée, d\u2019une fausse Union européenne qui sera de fait une sorte de satellite des U SA.Et la France, trompée par de mauvais bergers, aura perdu sur tous les tableaux : son influence politique mondiale, le rayonnement de sa langue, sa souveraineté.Quelle tragédie et quelle déchéance ! Que dirait aujourd\u2019hui De Gaulle, lui qui avait proclamé : « Quiconque tenterait de retirer à la France la pleine maîtrise d\u2019elle-même nous trouverait sur sa route ! ».? 30 ARTICLES Denis Monière'1'' LE BESOIN D\u2019UNE CONSTITUTION QUÉBÉCOISE Une constitution définit les valeurs et les règles qui organisent la vie en société.C\u2019est en quelque sorte le contrat qui unit les membres d\u2019une communauté.L\u2019idée même d\u2019assurer le fonctionnement d\u2019un groupe humain par l\u2019adoption d\u2019une constitution, admise quasi universellement de nos jours, n\u2019a pas toujours été acceptée.Réclamer une constitution était en soi un projet politique révolutionnaire au XVIIIe siècle où on cherchait à restreindre l\u2019arbitraire monarchique et à faire reconnaître et surtout garantir des droits et des libertés pour les individus.Il s\u2019agissait de faire primer un texte écrit que tous pouvaient connaître sur la volonté des autorités politiques afin d\u2019encadrer et de limiter l\u2019exercice du pouvoir.La formation d\u2019une assemblée constituante et l\u2019adoption d\u2019une constitution ont été des moments clés des révolutions françaises et américaines parce qu\u2019elle signifiait l\u2019irruption du peuple sur la scène politique et la proclamation tangible de sa souveraineté.Cette logique constituant le peuple en souverain exprimait le rejet de l\u2019ancien régime fondé sur l\u2019arbitraire et les privilèges.Il s\u2019agissait de rendre transparents et accessibles à tous les citoyens les règles du jeu et les valeurs qui caractérisent la société.Un peuple sans constitution ne pouvait être libre car il était incapable de fixer lui- Politologue, Unversité de Montréal 31 même les principes et les règles de l\u2019organisation sociale et de les changer au besoin.Dans le nouvel ordre constitutionnel, connaître ses droits devenait le prérequis de la participation à la vie politique.Encore aujourd\u2019hui, l\u2019importance et la valeur symbolique d une constitution écrite ne sont pas reconnues partout et ceci est particulièrement vrai dans les pays de tradition britannique.Le Royaume-Uni n\u2019a pas de constitution écrite, c\u2019est-à-dire que les droits et les règles institutionnelles définissant la répartition des pouvoirs ne sont pas systématisés, mais sont éparpillés dans un grand nombre de lois.Ce qu\u2019on appelle la constitution britannique est le résultat d\u2019une sédimentation séculaire de pratiques, de conventions et de coutumes.Pour sa part, le Canada a une loi constitutionnelle qui découle de son passé colonial et qui pour cette raison n\u2019est pas le produit de la volonté populaire puisque les citoyens n\u2019ont jamais été appelés à se prononcer sur les règles et les valeurs qui sont supposées faire vivre ensemble les composantes de la fédération canadienne.Le Québec, asservi au même passé colonial et soumis à la tradition britannique, n\u2019a pas non plus de constitution formalisée à laquelle le citoyen pourrait se référer pour définir son identité.Notre système politique est donc profondément marqué par l\u2019esprit monarchique qui, quoi qu\u2019on en dise, modèle notre vision du monde.Les effets pervers du monarchisme Le respect de la tradition monarchique implique qu\u2019on accepte qu\u2019il n\u2019y ait qu\u2019une seule source d\u2019autorité qui est supérieure à toute autre force de légitimation du pouvoir, ce qui signifie que sur le plan des principes, le pouvoir monarchique est légitimé par la transcendance, il découle d\u2019une 32 puissance extérieure, la volonté divine, et ne peut donc pas dépendre de la société elle-même et de ceux qui y vivent.Il ne peut être soumis à la volonté populaire exprimée dans un texte constitutionnel conçu par des sujets-citoyens qui viendrait concurrencer l\u2019autorité du monarque comme source de légitimité et de pouvoir.Pour ne pas mettre en cause cette logique de la transcendance de l\u2019autorité, on préféré alors s\u2019en remettre aux pratiques établies, aux coutumes qui résultent de négociation, de compromis d\u2019où émergent les règles et les mécanismes de l\u2019exercice du pouvoir.Comme le fondement de l\u2019autorité de réside pas dans la volonté du peuple, les citoyens ne peuvent par la délibération choisir leur mode de gouvernement et ne peuvent connaître par eux-mêmes les règles du jeu.Ils s\u2019en remettent aux traditions, aux pouvoirs établis qui interprètent les limites de leur autorité au cas pas cas, chaque décision prise devenant source de jurisprudence et d\u2019interprétations ultérieures.Le peuple n\u2019étant pas juge du respect des règles, il doit faire confiance aux élites pour dire le bon droit.Dans le cadre de l\u2019idéologie monarchique, on pense généralement et on agit comme si une constitution n\u2019avait pas d\u2019importance et qu\u2019on pouvait très bien s\u2019en passer.On invoque à l\u2019appui de cette thèse le bon fonctionnement de la démocratie britannique qui est un modèle de stabilité.Au Québec, cette dévalorisation de la nécessité de rédiger une constitution explicitant les droits et le devoirs des citoyens a été encouragée dans le passé par 1 alliance de 1 oligarchie britannique et du clergé qui ont combattu les idées révolutionnaires françaises et américaines et convaincu les Québécois d\u2019accepter leur sort tant sur le plan matériel que social et politique.Il faut aussi dire que les vicissitudes des longues querelles constitutionnelles et des échecs des nombreuses tentatives de réformes constitutionnelles ont ancré profon- 33 dément dans les esprits l'idée qu\u2019on n\u2019avait pas besoin de constitution.Parler de constitution est souvent considéré comme une perte de temps puisqu\u2019il y a blocage et que les gouvernements s\u2019en accomodent.Les médias et les sondages amplifient cette désaffection envers le besoin de constitution en incitant les citoyens à se détourner des questions constitutionnelles pour s\u2019occuper « des vrais problèmes ».Mais cette désaffection constitutionnelle n\u2019est pas universelle puisque la très grande majorité des États ont une constitution écrite et dans certains cas, comme chez nos voisins du sud, la constitution est source de fierté et d\u2019identité.Une constitution est certes utile pour définir les normes et les modalités de la vie collective.Elle prescrit les droits et les devoirs de chaque membre, elle décrit les institutions et le mode d\u2019exercice du pouvoir.Mais ce n\u2019est pas simplement un mode d\u2019emploi du système politique.Une constitution procure une référence commune et peut susciter un sentiment d\u2019appartenance.Les vertus identitaires d\u2019une constitution Une constitution est la loi suprême ou la loi qui régit l\u2019adoption des lois.Elle définit donc les règles qui conditionnent les comportements individuels et collectifs.Puisque la vie en société nous amène à les accepter plus ou moins consciemment, ces règles deviennent constitutives de notre identité.Elles définissent le sens du « nous » et par conséquent structurent le sentiment d\u2019appartenance.Ce processus d\u2019identification devient problématique comme c\u2019est le cas au Canada et au Québec lorsqu\u2019il n\u2019y a pas de synthèse cohérente et exhaustive de ces règles et lorsqu\u2019il n\u2019y a pas 34 consensus sur les valeurs et la nature du régime qui doit encadrer la communauté politique.Adopter une constitution est en soi un acte de souveraineté parce qu\u2019elle établit le souverain comme être collectif et pose le peuple comme source de tout pouvoir légitime.Adopter une constitution écrite serait un geste de rupture par rapport à l\u2019ordre constitutionnel canadien non seulement parce que les Québécois se doteraient d\u2019un cadre institutionnel codifié et systématique, mais aussi parce qu'ils auraient décidé pour eux-mêmes et par eux-mêmes de cette constitution.Ce faisant ils se définiraient comme dépositaire de la souveraineté et mettraient en cause la nature monarchique du système politique canadien.Une constitution québécoise définirait ce que nous sommes collectivement tant sur le plan des valeurs que sur celui des institutions.Elle permettrait à chaque Québécois de se reconnaître comme source de l\u2019autorité et de s\u2019identifier aux décisions collectives.Elle traduirait un projet de société en droits fondamentaux et permettrait de se projeter dans l\u2019avenir en tant que peuple.Poser que le peuple québécois est la source de tout pouvoir est incompatible avec la logique monarchique qui régit le fonctionnement de nos institutions.Cela implique forcément le rejet du cadre constitutionnel canadien et l\u2019instauration du républicanisme.Soustraire l\u2019élaboration d\u2019une constitution québécoise de l\u2019autorité du peuple et entreprendre une opération de modernisation constitutionnelle dans le cadre constitutionnel canadien serait une autre façon de légitimer l\u2019esprit monarchique et de reproduire l'idée de l\u2019insignifiance ou de l\u2019inutilité d une constitution.Doter le Québec d\u2019une constitution véritable qui soit autre chose qu\u2019un erstaz implique quelle s\u2019inscrive dans le processus 35 d accession à la souveraineté.L\u2019adoption d\u2019une constitution québécoise doit être l\u2019œuvre d\u2019une assemblée constituante élue à cette fin avec le mandat de préparer un projet cohérent touchant l\u2019ensemble de nos institutions politiques qui devra être ratifié par référendum.? 36 ARTICLES Michel Roche* L\u2019IMPASSE DU « BON GOUVERNEMENT » Depuis le congrès de 1974 qui a érigé l\u2019étapisme au statut de dogme de la stratégie politique visant à faire accéder le Québec au rang d\u2019État souverain, les dirigeants du Parti québécois ont réussi à faire triompher l\u2019idée qu\u2019un « bon gouvernement » (péquiste) ferait augmenter l\u2019appui à l\u2019indépendance.Le but de cet article consiste à réfuter le bien-fondé de cette stratégie et à proposer des pistes de solution pour sortir de l\u2019impasse.Dès le départ, il convient de rappeler que le mouvement indépendantiste s\u2019est nourri de l\u2019impuissance du régime fédéral canadien à satisfaire pleinement les aspirations nationales, culturelles, économiques et sociales du peuple québécois.En effet, il ne tient nullement au hasard que le nationalisme québécois moderne ait pris naissance dans le contexte de la révolution tranquille alors que le développement tous azimuts des politiques keynésiennes et de l\u2019État-providence s\u2019est heurté aux barrières imposées par l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique (AANB).Marginal jusque-là, l\u2019indépendantisme s\u2019est répandu partout où les conséquences de ce blocage se faisaient sentir : au sein de l\u2019appareil de l'État, bien sûr, mais aussi chez les intellectuels, les * L\u2019auteur détient un doctorat en science politique et enseigne à l\u2019Université du Québec à Montréal à titre de chargé de cours.Il est également chercheur associé au Centre Études internationales et Mondialisation (CÉIM).On peut le contacter à l\u2019adresse suivante : roche.michel@uqam.ca. 37 artistes, dans le mouvement ouvrier et coopératif et même chez certaines catégories - minoritaires - des milieux d\u2019affaires.Même si tous les problèmes liés à l\u2019expansion de l\u2019État québécois étaient partagés par d\u2019autres membres de la fédération canadienne, c\u2019est à travers le prisme de la question nationale qu'ils ont été perçus et analysés, ce qui leur a donné une dimension explosive, les questions sociales alimentant la question nationale, et inversement.Cette situation de crise politique a nourri le mouvement indépendantiste.Plus l\u2019État québécois s\u2019affirme, plus l\u2019État fédéral canadien manifeste sa véritable nature, celle d\u2019un État centralisateur et, s\u2019il le faut, répressif.En 1970, l\u2019occupation du Québec par l\u2019armée canadienne dans le cadre de la Loi des mesures de guerre a constitué, à ce titre, un puissant révélateur.D\u2019une manière générale, et en faisant l\u2019économie de tous les événements déclencheurs, l\u2019appui à l\u2019indépendance (et/ou à la souveraineté avec ou sans association)1 s\u2019est accru de manière constante de i960 à 1976, comme l\u2019illustre le tableau suivant : Année\tPartis/ option\tSuffrages\t% votants\tÉlecteurs inscrits\tAppui absolu2\tParticipation (%) 1966\tRI N et RN\t203715\t8,8\t3 222 302\t6,32\t73.6 1970\tPQ\t662 404\t23\t3 478 578\tI9.°4\t84,2 1973\tPQ\t897 809\t30,2\t3764 ni\t23,85\t80,4 1976\tPQ\t1 39° 351\t41.4\t4 023 743\t34.55\t85.3 1980\tOUI\t1 485 851\t40,4\t4 367 584\t34,02\t85,6 1981\tPQ\t1 773 237\t49,26\t4 409 276\t40,22\t82,5 1985\tPQ\t1 320 008\t38,69\t4 576 600\t28,84\t75.7 1989\tPQ\t1369 067\t40,16\t4 670 690\t29,31\t74.9 :994\tPQ\t1 751 442\t4475\t4 893 465\t35.79\t81,6 r995\tOUI\t2 308 360\t49.42\t5 087 009\t45.38\t93.5 î998\tPQ\t1 744 240\t42,87\t5254482\t33.20\t78,3 2003\tPQ\t1 268 678\t33.2\t5 490 363\t23,11\t70,4 38 Mais le tableau révèle également qu\u2019avec l\u2019élection d'un « bon gouvernement » péquiste (considéré comme le meilleur de tous), la progression s\u2019est arrêtée.Les élections de 1981 semblent contredire ce constat puisque le PQ voit ses appuis grimper à un niveau absolu et relatif jamais atteint depuis.Toutefois, cette situation, exceptionnelle, est largement redevable à l\u2019effondrement de l\u2019Union nationale5.Puis, c\u2019est la descente aux enfers avec les défaites de 1985 et de 1989 et ce, en dépit du rapatriement unilatéral de la Constitution4.En 1994, en pleine crise constitutionnelle consécutive à l\u2019échec de l\u2019Accord du Lac Meech, le PQ revient au pouvoir et réussit presque à gagner son référendum un an plus tard.En 1998, alors que la situation demeure encore incertaine quant aux orientations du gouvernement dirigé par Lucien Bouchard, l\u2019appui au PQ s\u2019érode légèrement par rapport à l\u2019élection précédente.Puis, après cinq années de politiques sociales régressives menées par le tandem Bouchard-Landry au nom de la réduction du déficit et d\u2019immobilisme face aux assauts du gouvernement fédéral, c\u2019est l\u2019effondrement en 2003.En somme, force est d\u2019admettre que, sur le plan empirique, les « bons gouvernements » n\u2019ont jamais fait progresser l\u2019appui à la souveraineté.Les « bons gouvernements » ont pour immense inconvénient de fausser temporairement la réalité du fédéralisme canadien.Ils entretiennent le sentiment qu\u2019il est possible de faire mieux dans le cadre du statu quo.Les réformes importantes réalisées par le premier gouvernement péquiste n\u2019ont provoqué aucune augmentation de 1 appui à la souveraineté.Le bilan n\u2019était pourtant pas mauvais : loi 101, loi sur le financement des partis politiques, sur la protection des terres agricoles, etc.L\u2019atteinte du « déficit zéro », cher à Lucien Bouchard, n\u2019a pas davantage contribué à la mobilisation des souverainistes.Au contraire, les coûts sociaux de 39 l\u2019« assainissement des finances publiques » se sont traduits par un rejet du PQ et une diminution marquée de l\u2019appui à la souveraineté dans le groupe porteur du projet, soit les francophones actifs de 18 à 55 ans gagnant au moins 20 000 dollars par année5.La stratégie étapiste du « bon gouvernement » est d\u2019autant plus stérile que le courant néolibéral qui traverse tous les grands partis politiques, y compris la social-démocratie lorsqu\u2019elle est au pouvoir (Labour Party en Grande-Bretagne, S PD en Allemagne, Parti socialiste en France), finit invariablement par rendre impopulaires tous les gouvernements qui se succèdent.À l\u2019époque des politiques keynésiennes, il était possible de mobiliser la population autour de grands projets de développement économique, social et culturel.Cela restait néanmoins difficile parce que dans les périodes où le niveau de vie s\u2019améliore de façon constante, les attentes de la population sont souvent encore plus élevées que la volonté des milieux d\u2019affaires et gouvernementaux de les satisfaire.Quant au néolibéralisme, il ne laisse aucun espoir de mobilisation.Dans un cadre mondialisé, il remplace le volontarisme par le laisser faire, l\u2019esprit collectif, coopératif et communautaire par l\u2019individualisme et les intérêts privés.Un gouvernement qui maintient un système fiscal faisant reposer le financement du budget de l\u2019État essentiellement sur les épaules de la classe dite « moyenne », qui gèle (ou à peu près) le salaire minimum, qui étrangle les systèmes de santé et d\u2019éducation, qui réduit les fonds alloués aux organisations qui interviennent dans les milieux défavorisés, ne sera jamais populaire.Qui plus est, le gouvernement fédéral aura toujours beau jeu de faire en sorte qu\u2019un gouvernement du Québec ne jouisse jamais de toutes les ressources nécessaires, que ce 40 soit en réduisant les paiements de transfert aux provinces ou par le biais du déséquilibre fiscal.Avec ses immenses surplus, Ottawa aura pour longtemps encore des allures de Père Noël progressiste qui nous protège de tous les Séraphin Poudrier en poste à Québec.Cette situation est analogue à celle des années 1950 où bon nombre de progressistes ont conclu que le régime fédéral canadien nous protégeait de l\u2019obscurantisme du gouvernement Duplessis.Une certaine « gauche » pourrait encore voir les choses sous cet angle.Si la stratégie étapiste du « bon gouvernement » mène à l\u2019impasse, par quoi faut-il la remplacer ?En premier lieu, il est devenu impératif de s\u2019interroger sur le monopole politique qu\u2019exerce le Parti québécois sur la question nationale.Si, dans les années 1970, le PQ a été - grâce à lui ou malgré lui - le principal vecteur de l\u2019indépendantisme, ce n\u2019est plus le cas aujourd\u2019hui.En 1995\u2019 l\u2019option du oui a reçu 1 appui de plus de 2,3 millions d\u2019électeurs.Cela représente environ 550 000 personnes de plus que l\u2019appui recueilli par le PQ de Jacques Parizeau en 1994 et de Lucien Bouchard en 1998, et plus d\u2019un million d\u2019électeurs de plus que ce que le PQ de Bernard Landry a obtenu en 2003.S\u2019il est vrai qu\u2019une partie de ces électeurs votent pour l\u2019ADQ, il est également vrai qu\u2019un grand nombre ne se reconnaît dans aucun des trois principaux partis.La stratégie à adopter doit tenir compte de cette réalité.En somme, il faut « dépéquiser » la question nationale.Il ne faut plus confiner la population à se prononcer à la suite d\u2019un référendum dont la date, la question, le contenu et les conséquences politiques auront été décidés par un cercle restreint de dirigeants péquistes.La population doit pouvoir participer pleinement et souverainement au processus, au moyen d\u2019états généraux d abord et, ultimement, dans le cadre d\u2019une assemblée constituante élue. 41 La constituante donnerait une légitimité incontestable à l\u2019exercice d\u2019affranchissement de la nation québécoise en impliquant une pluralité de forces sociales et politiques et aurait en outre pour avantage immense que la démarche de résolution de la question nationale serait beaucoup moins éclaboussée par la gestion quotidienne potentiellement impopulaire (ou peu populaire) d\u2019un éventuel gouvernement péquiste.Le référendum, dont les tenants et aboutissants auraient été déterminés par la constituante, viendrait clore le processus.En second lieu, l\u2019histoire des 40 dernières années a clairement démontré que l\u2019indépendantisme se nourrissait des conflits et non des situations d\u2019accalmie.Les turbulences sociales et « constitutionnelles » des années i960 et de la première moitié des années 1970 ont propulsé les souverainistes au pouvoir.Ils ne l\u2019ont repris qu\u2019avec l\u2019échec de Meech et l\u2019ont conservé avec la quasi victoire de 1995, qui a inauguré un nouveau cycle dans la crise du fédéralisme canadien.Si le PQ revient au pouvoir - avec ou sans coalition -il doit impérativement enclencher le processus de rupture.Il ne s\u2019agit pas ici de sombrer dans l\u2019illégalité par pure provocation mais d\u2019opposer la légitimité politique de l\u2019État québécois à celle de l\u2019État canadien.Les propositions de Robert Laplante6 visant à induire une logique de rupture et à donner à la population une esquisse de ce que pourrait être un Québec indépendant avant même l\u2019émission de son acte de naissance officiel seraient, à mon avis, particulièrement mobilisatrices.L\u2019histoire a bien démontré que ce ne sont ni les « bons gouvernements » ni les slogans publicitaires qui convaincront les Québécois de se dire oui à eux-mêmes mais la prise de conscience, dans leur vie quotidienne, de l\u2019impasse dans laquelle les confine le Canada d\u2019aujourd\u2019hui.? 42 1\tDe 1966 à 1973, l\u2019appui au RIN ou au PQ équivalait à un vote pour l\u2019indépendance.À partir de 1976, il devient possible de voter pour le PQ tout en rejetant son option.En conséquence, il est théoriquement vraisemblable que l\u2019appui au PQ lors des élections subséquentes \u2014 notamment en 1981 \u2014 ait été supérieur à l\u2019appui à la souveraineté.Toutefois, ce problème d'ordre méthodologique ne remet pas en cause la suite de notre analyse.En ce qui concerne le premier gouvernement péquiste, les sondages effectués entre 1977 et 1980 indiquent que l'option souverainiste n\u2019a nullement progressé malgré la popularité du gouvernement Lévesque.Voir, à ce sujet, l\u2019analyse d'André Blais, « Le vote : ce que l'on sait.ce que l'on n\u2019en sait pas », in Le Québec : un pays incertain, Montréal, Québec/ Amérique, 1980, p.162.2\tII s'agit du rapport entre les suffrages recueillis et l\u2019ensemble des électeurs inscrits.3\tRappelons également que le Parti québécois s'était engagé à ne pas tenir de référendum au cours de son second mandat.4\tLe fait qu\u2019un événement aussi majeur que ce coup de force de Pierre E.Trudeau n\u2019aie pas, dans l\u2019immédiat, alimenté la ferveur indépendantiste devrait convaincre les partisans de l\u2019attentisme que des gestes anti-Québec du gouvernement fédéral ne vont pas forcément suffire à faire grimper l'appui à la souveraineté dans les sondages.5\tVoir Cilles Gagné et Simon Langlois, Les raisons fortes.Nature et signification de l'appui à la souveraineté du Québec, Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2002.6\tRobert Laplante, « Revoir le cadre stratégique », L'Action nationale, Vol.XCIV, no.1, janvier 2004, p.94-123. 43 ARTICLES Marc-Urbain Proulx* PERSPECTIVES POUR L\u2019AMÉNAGEMENT DES TERRITOIRES AU QUÉBEC1 Après deux décennies d\u2019efforts soutenus vers une meilleure maîtrise de l\u2019usage du sol grâce à des instruments de contrôle à statut légal, l'aménagement des territoires pose actuellement deux questions relatives, d une part, à la coordination des interventions publiques sur le terrain et, d\u2019autre part, à l\u2019intégration globale des diverses orientations à l\u2019échelle du Québec.L\u2019aménagement du territoire trouve ses origines dans la nuit des temps.Les vestiges de nombreux travaux effectués dans l\u2019Antiquité témoignent encore aujourd\u2019hui de cette pratique humaine qui consiste à mieux maîtriser les forces de la nature par des modalités spécifiques d\u2019utilisation du sol.Digues de retenue des eaux, systèmes d\u2019irrigation, assèchement de marécages, ports, routes, aqueducs et même construction de villes planifiées illustrent ce souci très ancien de l\u2019Homme pour l\u2019aménagement du territoire qui l\u2019entoure.Plus près de nous au Québec, l\u2019aménagement a d\u2019abord consisté, lors de la colonisation, à construire des postes de traite et des fortifications, à mettre des terres en culture, à établir des quais et des moulins sur les rivières et à tracer des chemins.Par la suite, le XIXe siècle a permis de lancer des grands travaux tels que des canaux, des ports en eau pro- * Professeur, Économie Régionale, UQAC. 44 fonde, des chemins de fer, des routes, des bâtiments importants tels qu\u2019églises et couvents comme points centraux des villages et villes qui se multipliaient.On a aussi creusé la voie maritime du fleuve Saint-Laurent jusqu à Montréal, permettant ainsi l\u2019expansion industrielle de cette ville.Lors de la mise en place du régime municipal en 1855, solidifié en 1870 (code municipal) et en 1876 (Loi des villes), les fonctions associées au territoire telles que la voirie, les bâtiments, l\u2019urbanisme et l\u2019aménagement, etc.furent confiées à ces nouvelles autorités publiques locales et régionales.À l\u2019échelle du Québec, une politique d\u2019exploitation des ressources naturelles fut adoptée en 1887 alors quune Loi des chemins fut appliquée à partir de 1912.Malgré ces acquis et ces responsabilités, l\u2019aménagement extensif des territoires qui composent le Québec n\u2019a pris son envol réel qu\u2019avec le plan Vautrin en 1935 ^t ^ Loi sur l électrification rurale en 1936.Le cadre de vie sur les divers territoires du Québec fut par la suite largement transformé par la construction d\u2019infrastructures de transport et d\u2019équipements publics qui ont soutenu une importante industrialisation accompagnée par son corollaire, 1 urbanisation.De 1945 à i960, pas moins de 2 700 ponts furent charpentés au Québec, tandis que le bitume fut étendu sur près de 15 000 kilomètres de routes, sans compter la multiplication des écoles et des hôpitaux.À cette époque caractérisée par des efforts publics importants en matière d\u2019aménagement, 20 % du budget limité de l\u2019État québécois était consacré à la seule voirie.Un tel effort d\u2019aménagement des divers territoires a généré des gains économiques et sociaux considérables pour la population du Québec.L\u2019accès aux ressources naturelles à exploiter et à mettre en valeur fut facilité.La mobilité des facteurs de production s\u2019est accrue considérablement à l\u2019en- 45 seigne d\u2019une société moderne.Des entreprises furent ainsi attirées non seulement dans les grands centres urbains, mais aussi en périphérie éloignée, notamment sur la Côte-Nord, en Abitibi, en Beauce et au Lac-Saint-Jean.En outre, la qualité de vie fut substantiellement améliorée et aussi uniformisée à travers les localités et les régions grâce à un accès beaucoup plus facile aux services publics tels que l\u2019éducation, la santé, les loisirs, la culture.Du coup, des avancées importantes furent réalisées en matière de justice sociale, complétant ainsi celles acquises sous l\u2019angle de l\u2019efficacité spatiale d\u2019un système économique qui roulait à plein régime pendant ces décennies « glorieuses » de forte croissance économique.Cet aménagement extensif fut contrôlé et maîtrisé tant bien que mal par l\u2019État québécois qui ne disposait alors pas d un cadre institutionnel global de planification spatiale.Certaines erreurs importantes furent alors commises telles que des autoroutes mal priorisées souvent non terminées, des aéroports démesurés, des ports en eau profonde trop nombreux, des berges bétonnées, des battures ensevelies, des villes suréquipées, des paysages dégradés, des éléments précieux de patrimoine éliminés, etc.La planification spatiale Du Rapport Tremblay livré en 1956 jusqu\u2019au Rapport Castonguay de 1976, en passant par le Rapport LaHaye de 1968, plusieurs études ont mis en lumière des problèmes importants en matière d\u2019utilisation du sol au Québec.Sans exhaustivité, citons, à titre indicatif, la sous-utilisation de certains équipements coûteux, la congestion et les encombrements, l\u2019érosion migratoire de plusieurs territoires ruraux, les coûts mal répartis de certains équipements, le trop grand nombre de municipalités en zones métropolitaines et rurales, l\u2019étalement urbain onéreux sous l\u2019angle des 46 biens et des services publics, la disparition ou l'abandon d\u2019excellentes terres agricoles, le manque de rentabilité et d\u2019efficacité du transport en commun, la pollution sous diverses formes, les incohérences et les incompatibilités entre certains aménagements, la rupture de réserves de ressources naturelles, le manque général d\u2019innovation et d\u2019initiatives locales et régionales.Face à tous ces problèmes, une importante demande sociale fut alors largement révélée en regard d\u2019un nouvel ordre à établir sur le vaste territoire québécois.C\u2019est ainsi que des avant-projets et des projets de loi furent soumis aux législateurs au cours des années 1970.Les valeurs d\u2019équité, de justice, de démocratie et d\u2019efficacité étant fixées, quelques principes de base furent établis pour orienter les modalités de la future planification spatiale : .la reconnaissance claire de la responsabilité politique de l\u2019aménagement du territoire, tout en considérant le rôle important de la participation des citoyens dans les processus décisionnels ; \u2022\tl\u2019atteinte d\u2019une meilleure cohabitation entre les problématiques urbaines et rurales diverses, évolutives, interdépendantes et très souvent incohérentes ; \u2022\tl\u2019impérative liaison vertueuse entre aménagement et développement dans le même processus de planification territoriale ; .l\u2019exercice planificateur de l\u2019aménagement du territoire comme la base procédurale pour coordonner et intégrer d\u2019autres fonctions publiques.Peu fructueuse pendant la décennie 1970, la volonté législative a finalement abouti favorablement avec la Loi 125 sur l'aménagement et l\u2019urbanisme en 1979- Le gouvernement sta- 47 tua alors courageusement sur des conditions spécifiques à l\u2019exercice de planification spatiale au Québec : \u2022\tune responsabilité politique partagée entre différentes échelles territoriales coordonnées, soit Québec, les MRC (Municipalités régionales de comté) et les municipalités locales ; \u2022\tdes instruments de contrôle à valeur légale, opposables à des tiers ; \u2022\tune procédure formelle et articulée de planification spatiale en plusieurs volets (plans) territoriaux ; \u2022\tla mise en place d\u2019équipements et d\u2019infrastructures laissée à la discrétion des forces du marché et de la politique ; \u2022\tdes Conseils MRC composés de représentants élus au sein des municipalités locales ; \u2022\tle peu de moyens réellement accordés aux MRC, sans fiscalité et sans ressources financières autonomes.L\u2019opération de planification spatiale a été lancée par le gouvernement du Québec avec beaucoup d\u2019espoir chez les uns et de suspicion chez les autres.Le premier volet de la procédure de planification spatiale prit d abord la forme de la Loi québécoise sur le zonage agricole en 1978 qui offrit un très utile cadre général d\u2019aménagement pour le Québec.Le deuxième volet préconisa l\u2019élaboration et l\u2019application des schémas d\u2019aménagement à l\u2019échelle des MRC.Pour ce 2e volet, les différents ministères du gouvernement québécois devaient indiquer chacun leurs grandes orientations sectorielles en matière d\u2019aménagement des divers territoires. 48 Le troisième volet s\u2019est inscrit dans l\u2019obligation explicite pour les municipalités locales de confectionner et d\u2019appliquer des plans et des règlements d\u2019urbanisme.Précisons, en outre, que selon un autre volet de planification, des organisations publiques et collectives supralocales, plus ou moins attachées aux Conseils MRC, ont été chargées de confectionner des schémas de développement.D\u2019autres volets ou plans de nature sectorielle furent aussi mis en oeuvre au fil du temps à l\u2019échelle des MRC, notamment pour les services communautaires, l\u2019environnement, la gestion des matières résiduelles, le financement d\u2019entreprises, les lots intramunicipaux, les services d\u2019éducation, la voirie et le transport, l\u2019emploi.En somme, la planification spatiale se retrouve actuellement bien active avec plusieurs volets exercés aux échelles des territoires MRC, des agglomérations urbaines, des municipalités locales, de certaines aires intermédiaires pour le transport en commun, le scolaire et l\u2019aide au développement des collectivités et aussi du Québec dans son ensemble.Sans compter les volets ou plans sectoriels exercés à l\u2019échelle des régions administratives qui, inévitablement, influencent les plans territoriaux aux échelles locales et supralocales.Après deux décennies de déploiement de ces efforts soutenus vers une meilleure maîtrise de 1 usage du sol se posent un certain nombre de questions pertinentes pour la société québécoise.En voici quelques-unes.Quels sont les effets de ce système de planification spatiale, éclaté par échelle et par secteur ainsi que fragmenté par volet, qui a pris assise au Québec depuis 25 ans ?Les acteurs locaux prennent-ils des décisions plus rationnelles en regard de l\u2019allocation des ressources publiques, à commencer par le 49 sol ?Le Québec a-t-il résolu ses problèmes identifiés il y a 30 ou 40 ans ?Les nouveaux problèmes plus contemporains sont-ils confrontés adéquatement ?Les territoires qui composent le Québec disposent-ils davantage d\u2019initiatives et d\u2019actions en matière de développement économique, social et culturel ?Les schémas et les plans appliqués par le secteur public sont-ils trop contraignants pour le secteur privé ou, au contraire, offrent-ils des orientations pertinentes à suivre par ces acteurs ?Les questions sont ouvertes et doivent à notre avis obtenir des réponses adéquates de manière à optimiser le système québécois de planification spatiale.Deux questions de fond Parmi les questions pertinentes adressées notamment aux professionnels de l\u2019aménagement, aux experts territoriaux et aux fonctionnaires de l\u2019État, deux méritent à notre avis une attention toute particulière de la part des autorités politiques québécoises.En premier lieu, la question des divers volets de la planification spatiale.Si les schémas d\u2019aménagement des MRC et des agglomérations urbaines permettent en principe de faire le lien entre les orientations nationales et les volontés locales, comment doit-on envisager la coordination des autres volets planificateurs (scolaire, emploi, environnement, développement, communautaire, transport.) qui se multiplient depuis 20 ans sur les territoires ?Ne serait-il pas opportun aussi de prévoir des liens formels avec les plans sectoriels (santé, culture, tourisme.) confectionnés à l\u2019échelle régionale ?Bref, devant la multiplication des volets de la planification territoriale mélangés, superposés, interreliés et tous aussi valables et utiles, comment se fera l\u2019intégration globale dans le futur ? 50 Quels types de mécanismes institutionnels de coordination et quel type de planification territoriale globale faut-il inventer à l\u2019échelle des MRC et des agglomérations urbaines ?À cet effet se pose la question secondaire à propos des moyens disponibles aux Conseils MRC pour exercer leurs responsabilités.Ces Conseils MRC sont de plus en plus concernés par la gestion de multiples fonctions publiques (matières résiduelles, sécurité civile, voirie.) qu\u2019ils relèvent chacun « à bout de bras » par une petite équipe interne débordée et peu instrumentée face aux nouvelles responsabilités qu\u2019ils doivent assumer.Au cours des dernières années, les fusions municipales ont permis le renforcement des agglomérations urbaines désormais mieux organisées pour relever leurs importantes responsabilités.Bien ! Ne serait-il pas opportun que le gouvernement du Québec réfléchisse sérieusement au renforcement du rôle de médiation des Préfets de MRC en améliorant leur légitimité par l\u2019élection au suffrage universel direct ?Dans un même élan, il serait aussi tout à fait envisageable de doter les Conseils MRC d\u2019une autonomie financière par une fiscalité spécifique appuyée par une péréquation.Notre deuxième question concerne 1 intégration des divers plans territoriaux à l\u2019échelle québécoise.Ne serait-il pas approprié de confectionner un plan global d aménagement du Québec à partir des résultats issus des schémas et des plans territoriaux disponibles depuis 20 ans ?Lexpérience récente de certains États comme l\u2019Irlande, l\u2019Écosse, la Catalogne, l\u2019Oregon nous enseigne sur la grande utilité d\u2019un tel exercice.Un tel plan, schéma ou modèle global à l\u2019échelle du Québec pourrait d\u2019abord servir le positionnement précis de chaque territoire interne en fonction de sa vocation spécifique, de ses forces, de ses territoires limitrophes ainsi que 5i des tendances spatiales globales comme la concentration, la dévitalisation, la dispersion.Il pourrait servir de guide, bien sûr, aux différents ministères dans l\u2019élaboration de leurs orientations d\u2019aménagement mais aussi aux aménagistes des MRC et des agglomérations urbaines afin de les assister convenablement dans leur planification territoriale.Un schéma global d\u2019aménagement du vaste territoire québécois devrait permettre aussi de guider davantage le pouvoir politique dans les décisions névralgiques en regard de 1 utilisation d\u2019un sol devenu une ressource de plus en plus rare.À cet égard d\u2019aménagement, signalons notamment l\u2019émergence actuelle des méga carrefours périurbains aux croisements autoroutiers, sans qu\u2019aucune orientation gouvernementale ne soit arrêtée, alors que les conséquences générées sont considérables, à court et long terme, pour la société québécoise et pour les diverses collectivités territoriales.Signalons aussi la question de la zone manufacturière très attrayante d\u2019entreprises qui prend forme actuellement sans plan de consolidation sur l\u2019axe des Appalaches de Québec à Montréal, entre la frontière américaine et l\u2019autoroute Jean Lesage.Quelques corridors de développement nécessitent aussi une attention particulière de planification territoriale.Et que dire des zones spécifiques telles que les aires forestières à protéger, les couronnes périurbaines sous pression, les bassins versants pour la gestion de l\u2019eau, les milieux urbains et ruraux à revitaliser, les poches fertiles d\u2019activités à soutenir, etc.?A l'heure où la mondialisation érode le pouvoir des États, le Québec s\u2019est judicieusement doté d\u2019instruments de planification spatiale de haute valeur.Il serait pertinent de faire le point sur leur utilité réelle et, au besoin, de corriger le tir en bonifiant cette capacité unique de régulation sociétale.? 52 ARTICLES Rita Dionne-Marsolais* RÉSOLUMENT «VERT» LE XXIe SIÈCLE1 Introduction On m\u2019a suggéré d\u2019aborder la question de la planification intégrée des ressources.Bien que cette méthodologie soit très intéressante, elle demeure une méthodologie parmi d\u2019autres.Comme élue et porte-parole de l'opposition officielle en matière d\u2019énergie, je ne me limiterai pas à cette méthodologie et je vais aborder la question d\u2019énergie dans la suite de ce qui a été présentée et discutée aujourd\u2019hui1, dans une perspective plus globale en soulevant un certains nombre de questions à couvrir à 1 aube de la tenue de la Commission Parlementaire sur l\u2019avenir et la sécurité énergétiques du Québec.Je comprends que pour nous tous, énergie et environnement doivent aller de pair et que la planification intégrée des ressources dont on souhaitait que je vous parle repose sur cette compréhension partagée.La planification intégrée des ressources La planification intégrée des ressources, c\u2019est une approche de la planification énergétique essentielle aujourd\u2019hui et à laquelle je souscris entièrement.D\u2019abord, parce quelle repose sur la prémisse que ce que la société souhaite c\u2019est le ser- * Députée de Rosemont, Porte-parole de l\u2019Opposition officielle en matière d énergie. 53 vice que l\u2019énergie nous rend, que ce soit en nous permettant de nous déplacer, de produire des biens à forte valeur ajoutée ou encore de vivre confortablement dans des conditions climatiques rigoureuses.Ensuite, la planification intégrée des ressources assure une optimisation de l\u2019offre et de la demande d\u2019énergie.Comme son nom le dit, il s\u2019agit d\u2019une intégration documentée entre la gestion de la demande d\u2019énergie et la gestion de la production d\u2019énergie requise.Elle requiert pour se faire des outils sophistiqués de modélisation quantitative et une connaissance approfondie des données énergétiques.D\u2019ailleurs, c\u2019est un processus d\u2019amélioration continue en fonction de notre connaissance de la comptabilité énergétique.J\u2019entends par là, une sorte de comptabilité nationale de l\u2019énergie qui s\u2019apparente, si vous voulez à la notion de Production Nationale (ou Intérieure) Brute, bien connue aujourd\u2019hui.En fait, la force de la planification intégrée des ressources est de tenir compte de l\u2019ensemble des besoins d\u2019une société pour son développement social, économique, culturel et environnemental en nous assurant de faire des choix de manière responsable.Le contexte Quand en novembre 1996 le gouvernement du Parti Québécois a rendu publique sa politique énergétique c\u2019était à la suite d\u2019un long processus de consultation qui avait été lancé dès notre élection de septembre 1994.Tous les organismes et les individus intéressés par les questions énergétiques avaient pu s\u2019exprimer durant ces consultations, faisant en sorte que le résultat soit clair et présente une vision moderne et dynamique de la question énergétique québé- 54 coise.Comme le Ministre Guy Chevrette l\u2019avait dit à l\u2019époque, cette politique traduisait « en termes d\u2019action gouvernementale, les consensus qui ont été établis lors du débat public.et formulés par la Table de consultation.»2 Cette politique était non seulement de son temps, mais elle était aussi visionnaire dans la mesure où des préoccupations d\u2019avenir, comme celle du développement durable, y étaient intégrées, tout comme la question autochtone et le développement régional.Les décisions prises par la suite par le gouvernement du Parti Québécois ont permis de faire progresser le Québec vers cette vision énergétique d\u2019avenir.L\u2019ouverture et l\u2019intégration du marché de l\u2019électricité sur le territoire nord-américain ont toutefois forcé certaines décisions moins pertinentes aujourd\u2019hui.En effet, l\u2019intégration accélérée des marchés nord-américains en 1998 a provoqué une réaction rapide de la part du gouvernement de l\u2019époque, pour assurer aux Québécois des tarifs d\u2019électricité à l\u2019abri des pressions nord-américaines tout en permettant à Hydro-Québec de profiter de cette ouverture des marchés.Je fais référence ici, à la loi 116, qui a fait d Hydro-Québec une sorte de holding financier en la divisant en trois entités distinctes de production, de transport et de distribution.Elle assurait aussi aux Québécois une énergie dite patrimoniale, à un tarif fidèle aux coûts de production historiques d\u2019Hydro-Québec (d\u2019où son nom d\u2019énergie patrimoniale).Malheureusement, cette même loi soustrayait la division Hydro-Québec Production de l\u2019autorité de la Régie de l\u2019énergie du Québec et de ce fait privait la Régie d\u2019une donnée essentielle pour des « décisions éclairées » sur les tarifs 55 d électricité du Québec, à savoir les coûts de production d\u2019électricité d\u2019Hydro-Québec.Je ne reviendrai pas sur cette décision autrement que pour dire que 1 objectif de garder les tarifs d\u2019électricité des Québécois à 1 abri des augmentations américaines ne s'est pas entièrement réalisé, surtout si on en juge par les augmentations de tarifs d\u2019électricité depuis l\u2019élection d\u2019un gouvernement libéral.Avec le temps, on a constaté que l\u2019intégration des marchés de l\u2019énergie en Amérique du Nord n\u2019empêche pas le Québec d\u2019établir les conditions d\u2019offres et de demandes sur son propre marché, en autant que ces conditions respectent les règles de concurrence mondiale.Il convient donc d abroger la loi ii6.D\u2019ailleurs c\u2019est la position de notre parti, car il est essentiel qu\u2019il y ait transparence dans la comparaison des choix d\u2019investissements réels qui s offrent aux Québécois.De plus, une analyse objective, complète et fiable des tarifs d\u2019Hydro-Québec par la Régie de l\u2019énergie requiert un accès aux données justes et complètes de la société d\u2019état.L\u2019objectif d\u2019une politique énergétique L\u2019objectif d\u2019une réflexion sur l\u2019avenir énergétique du Québec est essentiellement de s assurer que les Québécois auront accès à toutes les formes d\u2019énergie dont ils ont besoin, en quantité suffisante et au meilleur prix possible, sur tout le territoire.Cet objectif n a pas changé depuis le temps où le ministre des Ressources naturelles de la Révolution tranquille et le fondateur de notre parti, René Lévesque, réfléchissait lui-même à cette question.Mais la situation est très différente aujourd'hui car les choix qui s\u2019offrent à nous sont plus nom- 56 breux et les variables plus complexes.Cela nécessite d autres analyses et d\u2019autres approches pour arriver aux meilleures décisions et assurer notre avenir énergétique dans une perspective de développement durable.Le nouveau contexte D\u2019abord quand on regarde l\u2019ensemble de la situation énergétique depuis le début du XXIe siècle, on constate 1 augmentation significative des prix de l\u2019énergie à commencer par le pétrole et ensuite le gaz naturel dont le prix est intimement lié à celui du pétrole.Même l\u2019électricité a vu son prix augmenter fortement à la suite des abus et même des malversations de la part de dirigeants d\u2019entreprises aux États-Unis et de l\u2019échec de la privatisation d\u2019Ontario-Hydro.Mais en fait, avec la rapidité avec laquelle les économies émergentes, dont celle des pays de l\u2019Asie, se développent et consomment de l\u2019énergie, il semble acquis que 1ère de l\u2019énergie à bon marché est définitivement terminée.Nous devons faire plus que seulement en prendre acte.Un autre facteur important de ce nouveau siècle a trait à l\u2019amélioration de notre connaissance de l'impact de nos choix énergétiques sur notre qualité de vie collective.Le responsable de Greenpeace nous l\u2019a très clairement expliqué ce matin en faisant ressortir l\u2019état avancé de réchauffement climatique du globe.Cette situation est bien documentée aujourd\u2019hui.À tel point que bon nombre de pays ont aujourd\u2019hui signé un protocole d\u2019entente, connu sous le nom du Protocole de Kyoto.Cette entente constitue un moyen pour les pays signataires de s\u2019autodiscipliner en quelque sorte, face aux pressions commerciales et financières issues des occasions d\u2019affaires du marché de l\u2019énergie.Il force les gouvernements à revoir leur façon de faire et de consommer 57 1 énergie.D ailleurs, mon collègue du Bloc Québécois dans Rosemont en a abondamment parlé plus tôt.Un autre facteur important pour l\u2019avenir n\u2019est toutefois pas nouveau, mais devient plus crucial dans cette nouvelle la réalité.En effet, avec la modernité vient la mondialisation et avec elle la disparition des distances.Cela a pour effet de consolider la pression sur la demande en provenance du secteur des transports qui voit toujours sa part augmenter dans le bilan énergétique et ce, malgré la mise au point d\u2019avions ou de véhicules de plus en plus performants et efficaces sur le plan de la consommation d\u2019énergie.C\u2019est le plus gros défi mondial du XXIe siècle.Dans une région aussi étendue que la nôtre et aussi peu densément peuplée, l\u2019impact est encore plus grand.D ailleurs, les propos du directeur général du centre d\u2019expérimentation des véhicules électriques du Québec sont hautement pertinents et intéressants à cet effet.Tous ces éléments ont forcé certaines innovations notamment dans les régions au climat rigoureux comme chez nous.Aussi, des initiatives ont vu le jour au Québec en matière du bâtiment, comme l\u2019a si bien présenté le président de Thermeca.D\u2019autres initiatives en architecture sont apparues dont l\u2019instigateur de ce colloque, Christian Ouellet, aurait pu aussi nous entretenir.Tout comme l\u2019étude et le développement de nouvelles techniques de production d énergie pour le Québec ont vu le jour, comme l\u2019a présenté M.Beaulieu.Les énergies vertes, actives ou passives ont fait leur preuve.Le iooo MW d\u2019énergie éolienne que le gouvernement du Parti Québécois avait commandé à Hydro-Québec a démontré que cette forme d\u2019énergie pouvait être concurrentielle même au Québec.D\u2019ailleurs, le gouvernement libéral actuel 58 a cru bon annoncer une augmentation des quantités d'énergie éolienne, mais dans des conditions encore secrètes.Les enjeux du Québec en énergie au XXIe siècle Compte tenu du contexte énergétique international et de notre situation particulière, le premier enjeu de notre avenir énergétique est, de toute évidence, le prix que nous devrons payer dans l\u2019avenir pour nos approvisionnements énergétiques.C\u2019est ce qui nous touche tous et toutes et c\u2019est un enjeu majeur.En conséquence, il faut trouver des solutions qui nous permettent de continuer la modernisation du Québec tout en préservant nos atouts naturels et notre environnement dans des conditions financières toujours plus exigeantes.Ce ne sont plus seulement des mégawatts dont nous devons nous préoccuper, mais aussi des négawatts.C\u2019est un changement complet de paradigme auquel il faut s\u2019astreindre.Chaque négawatt nous évitera de produire un mégawatt.Ou plutôt retardera le besoin du prochain mégawatt.En conséquence, l\u2019efficacité énergétique doit être prioritaire.Pour une région dont la géographie et le climat nous forcent à recourir à l\u2019utilisation importante d\u2019énergie, il faut s\u2019astreindre sérieusement à modifier notre manière de consommer l\u2019énergie, quelle que soit sa forme.Cela veut dire modifier notre manière de nous déplacer, de produire nos biens et de livrer nos services.Cela veut dire également revoir notre manière de chauffer.Un effort majeur doit être fait pour que l\u2019énergie que nous consommons le soit de manière optimale et responsable.L\u2019Agence de l\u2019efficacité énergétique doit être renforcée et correctement financée.Elle doit être autonome et gérée de manière responsable.Elle doit faire plus que de la promotion et de la publicité.Elle doit devenir un centre de référence et d\u2019avant-garde.Elle doit présenter 59 une mission responsable à partir d\u2019une comptabilité énergétique nationale comparable avec ce qui se fait internationalement.Elle doit être en mesure d\u2019orienter de grands projets de recherche.Elle doit soumettre un plan quinquennal exhaustif et rendre des comptes publiquement sur une base annuelle comme les autres agences gouvernementales.Les Québécois doivent être en mesure de suivre ses performances et en mesure de l\u2019appuyer.La transparence est donc cruciale.Dans le même esprit, il faut donner aussi une priorité à l\u2019autoproduction d\u2019énergie.J\u2019entends par là, la capacité que les Québécois possèdent de produire leur propre source d\u2019énergie.Compte tenu de la faible densité de population, de la géographie et de la technologie il peut être avantageux pour certaines personnes ou entreprises de produire leur propre énergie.L\u2019autoproduction électrique, par exemple, pourrait faciliter et même contribuer au bilan énergétique du Québec.Bien sûr l\u2019accès au réseau de transport d\u2019Hydro-Québec est important non seulement pour assurer un appoint, mais aussi pour disposer de certains surplus.À ce jour, le Québec a amorcé sa réflexion de manière très modeste sur ce point parce que Hydro-Québec ne semble pas empressé de favoriser de telles initiatives.La société d État aurait procédé tout au plus à certaines expériences à ce sujet.Mais il faudrait quelle s\u2019y engage sérieusement et procède avec un peu plus de rapidité et d\u2019intérêt pour favoriser le développement de l\u2019autoproduction d\u2019énergie électrique au Québec.Cela faciliterait la transition vers une prochaine phase de développement de la production hydroélectrique tout en appuyant un développement industriel potentiellement fort intéressant pour le Québec.Je pense ici à la petite éolienne, à la géothermie, au solaire entre autres.Les défis techniques d\u2019une telle approche nécessitent pour Hydro-Québec un effort marginal de recherche et de développe- 6o ment pour l\u2019ajustement de son réseau de transport, pour la gestion de sa distribution et probablement pour l\u2019équilibrage de sa production.Par contre, les conséquences sur le développement du Québec peuvent être passionnantes et très rentables à moyen terme.La forme d\u2019énergie la plus noble aujourd hui, est certainement l\u2019électricité.Aussi, il nous faut nous assurer que 1 utilisation que nous en faisons soit, elle aussi, noble.Quand il y a des alternatives plus efficaces sur le plan de 1 efficacité énergétique, il nous faut en tenir compte.La recherche et le développement en électricité doivent devenir la seconde priorité de notre politique énergétique.Cela veut dire retirer l\u2019Institut de recherche en électricité du Québec (IREQ) du giron d\u2019Hydro-Québec et en faire un institut national de recherche en électricité du Québec.À cette fin, il faut revoir toute l\u2019organisation de la recherche en énergie du Québec de manière à concentrer dans ce nouvel institut le développement des nouvelles technologies électriques autant au niveau de l\u2019utilisation que de la production d\u2019électricité dans la perspective d\u2019un développement durable.Encore là, un financement adéquat doit y être concentré dont une bonne partie doit venir des profits d\u2019Hydro-Québec.En effet cette dernière a négligé ses efforts de recherche et son manque d\u2019intérêt nous force à la contourner.Toutefois, c\u2019est à elle que revient la facture de départ de ce nouvel institut bien que ce soit au gouvernement d\u2019y affecter les sommes.Cet institut doit être dirigé par les meilleurs éléments, des hommes et des femmes, de l\u2019ensemble de la communauté scientifique québécoise qui en établiront les axes de recherches, suivront les projets et rendront des comptes annuellement à la population du Québec.Un comité scientifique extérieur devra assurer la crédibilité des programmes de recherche.Cet institut aura des entreprises énergétiques 6i comme clients, mais ne dépendra d\u2019aucune d\u2019elle pour son financement bien quelle devra financer certains projets.Il faut revenir à la vision des fondateurs de l\u2019IREQ et y impliquer 1 élite scientifique du Québec pour relever un défi stimulant à la mesure de nos capacités.Enfin, parmi les priorités il faut aussi remettre sur la table la question du rôle de 1 électricité dans le développement régional du Québec parce que cette forme d\u2019énergie est la seule qui nous appartienne et sur laquelle nous avons entière juridiction.Historiquement, toutes les politiques énergétiques du Québec reposaient sur 1 utilisation de nos ressources hydrauliques au bénéfice du développement du Québec.Cette approche a guidé un développement régional au service de toute la population du Québec.À l'heure de la mondialisation, il peut être tentant de profiter d\u2019occasions d\u2019affaires ponctuelles à très court terme sans tenir compte de l\u2019impact à long terme de certaines décisions.Il faut s\u2019en préserver.La vigilance est de rigueur face à différentes pressions mercantiles qui ne manquent pas de s\u2019exercer non seulement sur le gouvernement, mais aussi sur certaines entreprises détentrices de privilèges historiques sur le plan énergétique.En effet, au fil des ans certaines entreprises se sont vues octroyer des baux hydrauliques en contrepartie de création d emploi régionale.Dans un marché de l\u2019énergie hautement lucratif et intégré en Amérique du Nord, il faut s\u2019assurer que ces entreprises maintiennent leurs activités industrielles quand elles sont concurrentielles et rentables dans les régions du Québec.Les priorités du gouvernement doivent être claires et sa responsabilité est de s\u2019assurer que l\u2019énergie du Québec est au service des Québécois et non transitée vers des centres de production étrangers.Le commerce de l\u2019électricité au Québec doit demeurer l\u2019exclusivité d\u2019Hydro- 62 Québec parce que l\u2019électricité au Québec est un service essentiel et le devoir du gouvernement est de s\u2019assurer que l\u2019électricité demeure disponible au meilleur coût pour le développement du Québec.Conclusion En terminant, relever le défi de la modernité du XXIe siècle en énergie au Québec cela commence par une perspective innovatrice en intégrant énergie et environnement.Cela signifie penser sérieusement en terme d\u2019efficacité énergétique en accordant la même priorité aux négawatts qu aux mégawatts.Cela signifie accorder une priorités aux efforts de recherche et de développement en énergie, en ciblant les nouvelles formes d\u2019énergie à des fins de transport et les façons les plus efficaces et rentables d\u2019utiliser l\u2019énergie électrique.Cela signifie aussi se préoccuper du développement de toutes les régions du Québec en remettant en question nos façons de faire pour accorder une priorité à l\u2019emploi.Cela signifie enfin de préciser la mission d\u2019Hydro-Québec, de manière à s\u2019assurer que l\u2019énergie est véritablement au service des Québécois.?1\tAllocution de Rita Dionne-Marsolais au Colloque sur l\u2019avenir énergétique du Québec, organisé par le Parti Québécois de Montréal-Centre, le samedi 22 janvier 2005, Université du Québec à Montréal.2\tL'énergie au service du Québec, Une perspective de développement durable, Gouvernement du Québec, 1997- 63 ARTICLES Mathieu Bock-Côté* DE LA RECONNAISSANCE À L\u2019INDÉPENDANCE : LES PETITES NATIONS ET L\u2019ÉTAT Quant aux communautés qui n ont pas accédé à l indépendance ou qui l\u2019ont perdue, l\u2019indépendance pour eux constitue un idéal [.].Éric Weil, Philosophie politique Dans sa Philosophie politique, Éric Weil évoquait le problème de la question nationale pour l\u2019État moderne1.« Partout où il constitue un problème, [le nationalisme] constitue aussi le problème principal »2.Parce qu\u2019elle met en question la légitimité de la communauté politique, la question nationale, là où elle se pose, est toujours première?.Elle concerne d\u2019abord le statut politique d'une communauté de mémoire et de culture qui se reconnaît comme nation et qui veut, soit se voir reconnue dans un ensemble politique plus vaste, soit se constituer en État indépendant.Parce qu\u2019elle implique la possibilité de fonder un État et d\u2019en amputer un autre, la question nationale ne relève pas de la politique ordinaire mais bien de la délibération sur la légitimité même de la communauté politique en tant qu\u2019expression et institution d\u2019une réalité historique.L État multinational, qu il soit fédéral ou non, est le modèle en vogue en théorie politique lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019intégrer la * Candidat à la maîtrise en sociologie, Université du Québec à Montréal. 64 question nationale à la théorisation des principes qui fondent la légitimité de la communauté politique.Il ne s\u2019agit plus comme autrefois de creuser la tombe de la nation mais de révoquer la nécessité de son association à 1 État souverain4.Il correspond, selon les mots d Alain Dieckhoff, au « défi de la multinationals »5, contemporain de la redécouverte de la « diversité profonde » qui marquerait la plupart des États occidentaux.Encore selon Alain Dieckhoff, « les fortes aspirations à la reconnaissance portées par les mouvements nationalitaires, du Québec à la Catalogne en passant par l\u2019Écosse et la Corse, peuvent difficilement être ignorées dans les États libéraux.Cela n\u2019implique toutefois pas que chaque peuple ainsi mobilisé disposerait d un droit naturel inaliénable\u201d à un État indépendant »6.Les modèles esquissés supposent par définition le dépassement de 1 État-nation7 comme moyen privilégié pour un peuple d exercer son droit à l\u2019autodétermination.Si le vingtième siècle a couplé la nation et l\u2019État, le vingt et unième siècle devra les détacher.Pour reprendre l\u2019expression de Stéphane Pierré-Caps, « le paradigme de la multination n\u2019exprime rien d\u2019autre qu\u2019un affranchissement de la nation de la pesante tutelle de l\u2019État » .Pour le dire avec Geneviève Nootens, c\u2019est « la fin d un isomorphisme », le dépassement de l\u2019État-nation permettant aux deux entités historiques soudées dans cette forme politique de se déployer de nouveau selon leur propre logique.Lord Acton nous fait signe.On associe à sa suite la coexistence de plusieurs peuples au sein d\u2019un même État au progrès des libertés.L\u2019État « le plus parfait » serait celui qui permettrait de réunir plusieurs nations sous son autorité sans permettre à aucune d\u2019entre elles de se l\u2019approprier pour en faire le levier de ses intérêts.L\u2019État national, quant à lui, serait « une régression de l\u2019histoire »9, ce que dit aussi Alain Dieckhoff, lorsqu\u2019il dit de la multiplication des États nationaux 65 quelle irait contre « l\u2019idéal pluraliste de la démocratie »'°.Citons-le encore, lorsqu\u2019il pose l\u2019alternative : « désormais, en Europe comme ailleurs, l\u2019alternative est claire : soit penser et organiser la multinationalité démocratique, soit se résigner à la multiplication exponentielle des États à fondement ethnique ».À chacun son option.La Catalogne ou la Serbie.Le choix ainsi posé, bien peu voudraient se ranger dans le camp de la seconde, heureusement d\u2019ailleurs.Reste à voir si l\u2019alternative suggérée est autre chose que l\u2019aboutissement éthique d\u2019une mauvaise théorie.Une redéfinition du droit à l\u2019autodétermination Les théoriciens de la multination nous annoncent une redéfinition fondamentale du droit des peuples à l\u2019autodétermination, celui-ci, selon Stéphane Pierré-Caps passant du droit à se constituer en État au « droit d\u2019un peuple à ne pas devenir un État »n ou pour user d\u2019une autre formule du même auteur, 1 autodétermination se métamorphose « d\u2019un principe de création de l\u2019État à un principe de constitution de 1 État »12.La nation doit repenser son aspiration à l\u2019autonomie politique dans la réforme constitutionnelle des États existants, la sécession étant par ailleurs mise de côté initialement, sauf pour les dernières situations s\u2019inscrivant dans la logique de la décolonisation^.C\u2019est par et dans l\u2019État multinational qu\u2019un peuple peut désormais instituer son existence politique et la voir reconnue tant par les autorités « fédérales » que par les autres nations constituantes de l\u2019ensemble politique'4.À cette théorie de la multination est souvent associée la conviction du caractère périmé de la souveraineté, concept fictif désignant tout au plus un faisceau de compétences qu'il serait possible de départager.« Ce droit à ne pas devenir un État nous semble d\u2019ailleurs mieux correspondre à une époque où l\u2019émergence d\u2019une économie mon- 66 diale tend d\u2019ores et déjà à affecter profondément les fonctions régaliennes de l\u2019État «\u2019f Les petites nations non souveraines seraient par ailleurs particulièrement au faîte du dépassement de l\u2019État-nation, leur stratégie de reconnaissance et d\u2019affirmation reposant la plupart du temps, non pas sur le projet de constituer un État indépendant, mais bien dans une défense et une promotion de leurs intérêts sur plusieurs espaces politiques, l\u2019État souverain n\u2019en étant qu\u2019un parmi d\u2019autres, promis par ailleurs à une supposée banalisation prochaine par la caducité prétendue de ses fonctions traditionnelles10.Il semble bien que les petites nations soient à l\u2019avant-garde de toutes les autres dans l\u2019invention d\u2019une civilisation post-nationale et post-démocratique, ce que John Éonte a bien synthétisé en parlant de manière critique d\u2019un « progressisme transnational »17 où les États-nations, chacun leur tour, devront sacrifier leur souveraineté pour intégrer un ordre transnational relâché et tissé dans un ensemble d\u2019espaces politiques enchevêtrés, aucun d\u2019entre eux ne disposant du monopole de la souveraineté, ou comme on pourrait dire en paraphrasant Weber, du monopole de la décision légitime sur un territoire protégé par une frontière inviolable.À l\u2019avant-garde, parce qu\u2019elles ne se sont jamais commises avec l\u2019ordre westphalien, parce qu elles exercent déjà en pratique un type d\u2019autonomie politique mieux adapté aux circonstances d\u2019un monde qui doit se déprendre du mythe de l\u2019intérêt national1 \u2014 plus souvent qu\u2019autrement associée à un réflexe d\u2019égoïsme national -alors que toutes les sociétés seraient désormais interdépendantes et prêtes à renoncer au principe funeste d\u2019une compétition entre des nations désormais soumises, qu\u2019elles le veuillent ou non, aux exigences de la coopération transnationale liés à l\u2019apparition d\u2019enjeux globaux1?. 67 Certes, il n\u2019y a pas d\u2019unanimité chez les théoriciens de l\u2019État multinational.Les modèles sont nombreux.Si Geneviève Nootens, inspirée par les travaux de Stéphane Pierré-Caps prêche la redécouverte des hypothèses austro-marxistes sur 1 organisation multinationale de l\u2019État selon le principe de l\u2019autonomie personnelle20 et veut détacher la nation de l\u2019épistémologie territoriale moderniste21, d\u2019autres demeurent plus sensibles à la conception classique de l\u2019autonomie politique, la nation fédérée devant alors être dotée de plusieurs pouvoirs et d\u2019une reconnaissance politique statutaire qui donne une consistance institutionnelle à l\u2019autodétermination interne qu\u2019elle prétend exercer dans un ensemble multinational.Quitte à ratisser large, on évoquera aussi Michael Keating, pour qui l\u2019État régional est l\u2019avenir des petites nations non souveraines.Cependant, s\u2019il est une constante, affirmée à différents degrés chez les théoriciens de la multination, c\u2019est l\u2019idée selon laquelle les rapports entre les peuples devraient s\u2019organiser par-delà l\u2019État-nation tel qu\u2019il s\u2019est imposé en Occident au cours des deux dernières siècles, à travers les vagues successives de 1848,1919 et 1989.À tout le moins, l\u2019État n\u2019est plus qu\u2019une forme parmi d autres d\u2019affirmation politique pour un peuple.Bien loin d\u2019être une fin en soi, il s\u2019agit d\u2019une position de repli lorsqu il n apparaît vraiment plus possible d\u2019instituer la coexistence des nations au sein d\u2019un même État.C\u2019est à l\u2019histoire d\u2019une modernité politique non advenue que s accrochent les théoriciens de la multination, l\u2019historiographie « périphérique »22 qui fait l\u2019archéologie des concepts marginaux de la pensée politique venant au secours des théoriciens contre ceux qui réduisent leurs propositions à des spéculations ne puisant en rien dans l\u2019histoire réelle.La contingence de l\u2019État-nation est prise pour acquise, celle de l\u2019ensemble des institutions occidentales qui ont déterminé 68 la modernité politique également.« On peut aborder 1 État-nation comme un phénomène contingent, comme un résultat obtenu parmi plusieurs possibles et dont l'avenir est aussi incertain »2b On ne voit finalement plus pourquoi les peuples ont fait le choix de l\u2019État, et pourquoi il en est ainsi plutôt qu\u2019autrement, puisqu\u2019à chaque moment dans l\u2019histoire, l\u2019autre modernité politique semblait sur le point de prendre le relais.L\u2019historiographie des anciens empires centre-européens s\u2019ouvre de plus en plus sur une tentative de récupération de la charge éthique dont ils étaient gardiens en matière de diversité culturelle.L\u2019austro-marxisme, qu\u2019on croyait tout juste destiné aux dernières études marxiennes, réapparaît dans la philosophie politique comme piste de résolution pour aménager la diversité des États multinationaux où s\u2019entrecroisent et coexistent les peuples.Du Saint-Empire Romain Germanique, qui savait diviser la souveraineté, à l\u2019Empire austro-hongrois, qui ralliait les peuples dans une commune loyauté à la dynastie, en passant par l\u2019Empire ottoman, qui avait institué la diversité des confessions dans la politique des millets, une tradition est recherchée, qui sache dissocier les droits politiques et culturels des peuples du droit à se constituer en État.Pendant ce temps, du côté politique.Pourtant, là où demeure un espoir raisonnable d\u2019engager une stratégie d\u2019accession à l\u2019indépendance24, devant mener la nation à se constituer en État dans l\u2019ordre international, ces propositions théoriques, si elles ont une certaine popularité académique, trouvent peu de relais dans les partis politiques nationalistes.L\u2019indépendance politique demeure, du moins apparemment, l\u2019objectif des nationalistes.Les nations étatisables veulent généralement s\u2019étatiser.Il convient de se demander pourquoi la politique telle qu elle 69 se vit et non pas telle qu\u2019elle aurait pu s\u2019écrire se déroule à l\u2019abri du modèle multinational.C\u2019est parce que la souveraineté populaire s\u2019incarne et se concrétise dans la souveraineté nationale que les peuples ont la fâcheuse tendance à penser que leur constitution en État indépendant ne dépend pas d\u2019abord d\u2019un droit que leur reconnaîtraient quelques sages autorisés, mais bien de leur volonté propre à instituer ainsi leur existence collective.Margaret Canovan a bien rendu compte de cette impasse d\u2019une philosophie politique qui disserte en dehors d\u2019un espace public où se pose pratiquement la question nationale.« Ces raisonnements sur ce que nous allons ou n\u2019allons pas autoriser ne tiennent nullement compte de la façon dont ils sont reçus par les nationalistes dans la vie concrète »25.L\u2019éthique de la sécession, par exemple, que certains théoriciens de la multination déduisent de la philosophie libérale, pèse bien peu dans la définition politique d\u2019une situation au sein d\u2019un espace public historiquement constitué26.C\u2019est que la politique réelle, les partis et les groupes, ont une présence ténue dans les modèles théoriques proposés.À terme, c\u2019est la démocratie et la volonté populaire qui sont condamnées, comme si elles devaient s\u2019éclipser un temps puis, au terme du débat, réapparaître, pour choisir entre les options définies en cabinet philosophique.Il y a une certaine limite à cette approche « philosophique » de la politique, que n\u2019ont jamais rencontrée à titre d\u2019exemples, Julien Freund ou Raymond Aron, parce qu\u2019ils posaient leur réflexion d\u2019abord dans 1 espace public et non pas dans l\u2019intimité d\u2019un séminaire.Approche encore plus manifeste, notons-le, lorsque la philosophie politique en question s\u2019inscrit dans la tradition analytique qui, pour des raisons que nous n\u2019aborderons pas ici, semble particulièrement impropre à penser la matière du politique, sa nature et sa constitution spécifique. 70 C\u2019est parce qu\u2019ils se gardent de mettre leurs propositions à l\u2019épreuve des faits et des rapports de force que les théoriciens de la multination peuvent dédaigner ceux qui font de la politique politiquement.Et c\u2019est aussi parce qu\u2019ils sont peu démocrates qu\u2019ils édictent d\u2019en haut les prescriptions qui sauront condenser l\u2019ensemble des débats politiques qui se tiennent ici bas.L\u2019obsession d\u2019un certain libéralisme politique, dont la théorie de l\u2019État multinational sous ses diverses variantes est un symptôme, s\u2019incarne dans une propension à poser des bornes toujours plus étroites à l\u2019espace public à travers lequel se constitue puis s\u2019effectue la volonté populaire.Ce contre quoi les met en garde encore une fois Margaret Canovan en rappelant que « les théoriciens auraient tout intérêt, dans la formulation de leurs thèses, à accorder plus d\u2019attention à ces caractéristiques cruciales de la vie politique »2L On a beau dire de 1 histoire qu elle est contingente et qu\u2019il n\u2019y a finalement aucune nécessité qui s\u2019y déploie, on ne peut quand même pas faire l\u2019économie de l\u2019histoire réelle pour se cloîtrer dans la contemplation des possibles non advenus.Nos doctes historiens du possible bâtissent leurs modèles à l\u2019abri du monde.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on se refuse à faire une téléologie de l\u2019histoire qu on peut faire l\u2019économie de la configuration institutionnelle qui s\u2019est malgré tout réalisée dans le temps.À trop arpenter des chemins laissés en friche dans l\u2019histoire politique, les théoriciens de la multination s\u2019épuisent parfois dans certains raffinements philosophiques, la politique de lu reconnaissance étant l\u2019un d\u2019entre eux.Doctrine fourre-tout des petits manuels de diversité appliquée, on la prescrit comme un remède d\u2019alchimiste.La bêtise ne manquant jamais à 1 appel, on attend l\u2019injonction : reconnaissance ou barbarie.Bien évidemment, le dilemme n en est pas un.Car la reconnaissance qui vaut, finalement, n\u2019est pas celle consentie par un État envers ses composantes, mais celle rendue possible par 71 la participation complète à l\u2019ordre du monde, lorsqu\u2019une nation institue politiquement son existence dans l\u2019État28.Le modèle multinational n\u2019est nulle part une proposition politique sérieuse lorsque les nations auxquelles on le destine sont en position de s\u2019étatiser29.Il peine alors à domestiquer un peuple qui croit encore en être un et qui n\u2019entend se soumettre à d\u2019autres institutions qu\u2019aux siennes.C\u2019est lorsque la nation est suffisamment handicapée par quelques siècles de dépendance politique et quelle n\u2019a plus l\u2019armature institutionnelle suffisante pour s\u2019engager dans la poursuite de l\u2019indépendance que les théories de la multination peuvent apparaître autrement que comme de charmantes fantaisies.La politique de la reconnaissance, alors, n\u2019est plus qu une pratique humanisée de gestion de la diversité résiduelle, celle des groupes qui ont été des peuples, mais qui n'ont plus qu\u2019un folklore à préserver pour témoigner d\u2019une existence passée.Pour reprendre la formule nuancée de Dave Anctil, « l'autonomie politique d\u2019une nation implique une série d\u2019institutions et de pouvoirs qu\u2019une simple politique de la reconnaissance n\u2019est pas en mesure de fournir »3°.L État multinational demeure une proposition politique vague.Il faudra une fine sophistique pour expliquer aux peuples pourquoi un peu d\u2019autonomie est une bonne chose, mais la pleine autonomie une tare, et leur allégeance exigée à un principe de supranationalité, un bien en soi.Les pays qui regroupent plusieurs nations sont la plupart du temps, sinon toujours, des États où une nation majoritaire s\u2019approprie les institutions et où la souveraineté est déposée pour promouvoir ses propres intérêts.En cela, la théorie de l\u2019État multinational masque souvent des rapports de force bien concrets et des situations de domination non moins marquées auxquels on appose le pudique voile de la politique de 72 la reconnaissance et qui sert de caution aux États qui maintiennent leur domination sur certains peuples à la recherche de leur indépendance politique.La théorie de la multination permet alors de critiquer moralement la lutte des peuples pour l\u2019indépendance politique et de donner un vernis de légitimité à la répression de leur droit à exister par eux-mêmes.Ce dont ne se privent pas les États qui cherchent justement à endiguer certains mouvements d\u2019émancipation nationale forts légitimes, comme l\u2019ont été ceux des peuples de l\u2019ex-Yougoslavie, de l\u2019ancienne Tchécoslovaquie, des Pays Baltes, et certainement, aujourd'hui, du Québec31.L\u2019indépendance des petites nations Des messieurs de ces régions d\u2019où vient Peter Handke disaient déjà il y a cent ans que les Slovènes ne pouvaient être une nation.Je crois, pour cette raison, il n\u2019en manque pas aujourd\u2019hui pour penser qu\u2019ils ne peuvent pas avoir d\u2019État.Ou du moins, pour penser que cette sottise qui est réservée aux Allemands, aux Français et aux Luxembourgeois doit leur être épargnée.Drago Jancar, Nouvelles du neuvième pays, Illusion et réalité C\u2019est aux petites nations, qu\u2019on assimile un peu trop rapidement aux nations sans État32, qu\u2019on destine souvent une intégration multinationale.Les nations sans État, témoigneraient de la possibilité d\u2019un autre monde, d\u2019une autre modernité politique, celle d'un monde post-souverain partiellement détaché du principe de territorialité.On se gardera d\u2019un tel romantisme, en nous cramponnant, sans élégance mais avec la conviction d\u2019être sur un plancher solide, au réalisme élémentaire qui nous dit qu\u2019un peuple qui veut assumer, promouvoir et défendre ses intérêts par lui-même doit 73 avoir de solides assises politiques, et qu\u2019un État indépendant demeure certainement la plus ferme d\u2019entre elle.Richard Gervais a bien vu que la fascination pour les petites nations ne doit pas se traduire dans une complaisance esthétique pour leur dépendance politique, la culture sans l\u2019État n\u2019étant pas une vertu particulière.On ne « consolera »33 pas les petites nations sans État en leur disant qu\u2019elles révèlent une humanité à l\u2019abri de la politique, cultivant une originalité sans prétexte.On en fait au plus des jouets dans les mains des philosophes qui aiment bien trouver dans les marges de 1 histoire officielle de nouveaux objets pour philosopher.Et on laissera encore une fois ces nations démunies de cette expression politique fondamentale qu\u2019est un État, parce que lui au moins permet d\u2019universaliser dans une citoyenneté une expérience particulière, celle d\u2019une culture qui ne peut se déployer qu'à condition de trouver un espace public où fonder un monde commun.S\u2019il est une misère des petites nations, comme le croyait Istvan Bibo, c\u2019est bien d\u2019avoir un point de vue sur le monde, mais d\u2019être les seules à s\u2019en soucier et souvent, à le savoir.Le vingtième siècle n\u2019était pas le même pour un Polonais ou un Russe, ou pour un Tchèque.Alors que les Américains voyaient les communistes intervenir à Prague dans une succursale de l\u2019Empire totalitaire, les Tchèques voyaient d\u2019abord des Russes envahir leur pays.On peut multiplier les exemples qui nous rappellent ainsi que les petits peuples ne cessent pas pour autant d\u2019être des nations, et qu\u2019on voit mal pourquoi elles auraient le privilège, lorsqu\u2019elles ne sont pas encore indépendantes, de ne pas avoir d\u2019État, pour jouer au fer de lance d\u2019un monde vite qualifié de « post-souverain », de « post-territorial » et de « post-national ».Comme le dit avec une belle franchise Drazen Katunaric, « ouverture sur le monde, oui, et absolument, mais seulement en tant que 74 sujet politique et historique à part entière, et non comme sous-locataire d\u2019un pays hybride »34.Idée reprise par Valentin Hribar, lorsque parlant du peuple slovène et de l\u2019avenir européen qu'on lui proposait afin de le soustraire au modèle de l\u2019État-nation, affirmait que « le raisonnement selon lequel les Slovènes peuvent progresser directement du niveau infranational au niveau transnational est aussi rocambolesque que la thèse énoncée par certains marxistes d\u2019une transition directe du féodalisme au communisme.L\u2019idée d\u2019une confédération européenne n\u2019a certes rien à voir avec une fantasmagorie communiste.Mais l\u2019évolution du monde actuel est trop chaotique pour que l\u2019on puisse prévoir ses développements avec certitude.Les Slovènes n'ont pas le loisir d\u2019attendre le happy end de l'histoire européenne »35.Les petites nations sans État ne sont pas à l\u2019avant garde politique d\u2019un redéploiement de la modernité.Elles sont dominées.La question des petites nations, indépendantes, comme l\u2019Irlande, la Lituanie ou la Pologne, ou pas, comme l\u2019Écosse et le Québec, ne devrait pas servir de prétexte pour rompre avec la logique des États, mais devrait bien nous rappeler que la diversité du monde ne se préservera qu\u2019en s\u2019appuyant sur de nombreux socles politiques, et qu\u2019il n\u2019y a pas de raisons valables de priver les petites nations de ce qui est essentiel aux grandes.Dans un essai qui prit la forme d\u2019un testament politique, J.L.Talmon, confessait son peu d\u2019espoir quant à la possibilité de convaincre des peuples que l\u2019histoire a fait rivaux de cohabiter dans une même communauté politique.« De nos jours, le seul moyen d\u2019aboutir à une coexistence entre les peuples est, bien que cela puisse paraître ironique et décevant, de les séparer »36.La question qui se posait alors, et se pose toujours, était celle des rapports entre Israël et le peuple palestinien et le premier ministre d\u2019alors, Menahem Begin, se proposait de donner une réponse à la question palestinienne en réactivant l\u2019hypothèse austro- 75 marxiste de l\u2019autonomie personnelle.Les Palestiniens, sans avoir d\u2019État, sans avoir non plus de communauté politique spécifique pour consacrer leur existence nationale, auraient toutefois une série de droits individuels, et quelques institutions parapubliques pour dispenser les services jugés nécessaire au bien être de la communauté.Talmon était cinglant, dans sa critique.« Ceux qui connaissent un peu l\u2019histoire des empires polyethniques de la fin du siècle dernier, de l\u2019empire des Habsbourg ou de l\u2019empire des Romanov, seront consternés à la vue d\u2019une trouvaille tout droit issue de ces tas de ferrailles historiques ».Le principe de personnalité n\u2019est en rien un substitut crédible à celui des nationalités.« Il est difficile de concevoir qu\u2019une population, quelle qu\u2019elle soit, accepte une autonomie individuelle sans assemblée législative, et se contente d\u2019un pouvoir administratif soumis au pouvoir exécutif du peuple souverain »37.Sauf en des cas exceptionnels, et suffisamment particuliers pour qu\u2019on ne puisse en tirer quelques généralités, l\u2019autonomie personnelle, ou le droit individuel à l\u2019identité nationale, consacre une domination nationale qui consent à diminuer son intensité sans pour autant être révoquée.L\u2019État multinational qu\u2019on tente de nous faire aimer est un fossile du XIXe siècle : l\u2019Empire.Les allusions nombreuses, positives et récurrentes, au modèle austro-hongrois, peuvent faire rire ou faire peur ; il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une référence explicitement anti-démocratique qui cherche dans l\u2019histoire des vieux empires la réponse à donner aux revendications des peuples cherchant légitimement à s\u2019autodéterminer.Référence pré-moderne ou post-moderne, comme en convient Geneviève Nootens, mais qui n\u2019en demeure pas moins liée à l\u2019intention de démonter la synthèse spécifiquement moderne effectuée entre le cadre national et la démocratie, le premier rendant possible la seconde, la seconde étant fondamentalement lié au premier38.L\u2019avenir n\u2019est pas à l\u2019Autriche- 76 Hongrie dont on nous célèbre les vertus, et dont la disparition est présentée comme un accident de l\u2019histoire39.Parions que la séduction des Habsbourg demeurera une fantaisie cosmopolite.La liste est courte des peuples qui n\u2019en peuvent plus d\u2019assumer leur indépendance.Aux dernières nouvelles, ils étaient peu nombreux les candidats à la fédération danubienne.On ne s\u2019attardera pas à la question de l\u2019indépendance politique des peuples, sauf pour avouer au passage notre adhésion au vieil État-nation que tous font profession de décrier40.L\u2019indépendance des nations, et celle des petites particulièrement, est un autre problème que celui de leur reconnaissance.Il ne s\u2019agit plus pour une nation de se voir reconnue au sein d\u2019un ensemble multinational, mais d\u2019exister par elle-même dans l\u2019indépendance politique.Pour un peuple, l\u2019indépendance parachève politiquement la conscience qu\u2019il a d\u2019avoir un point de vue sur le monde.Éric Weil en a fait une thèse de sa Philosophie politique.« L\u2019État est l\u2019organisation d\u2019une communauté historique.Organisée en État, la communauté est capable de prendre des décisions »4'.L\u2019État est d\u2019abord la forme politique d\u2019une communauté de mémoire et de culture, qui aspire à politiser son existence dans la pleine appropriation de ses institutions.Il demeure aussi l\u2019instrument politique à travers lequel un peuple peut avoir une emprise sur lui-même, les institutions collectives permettant de traduire la conscience de soi en action dans l\u2019histoire.On ne voit pas pourquoi un peuple qui peut se constituer en État devrait se replier vers le modèle des corporations nationales théorisé par Otto Bauer ou quelque autre forme institutionnelle incomplète qui peut tout au plus permettre une gestion des « affaires locales », de la politique intérieure, la politique d\u2019une nation devant tout au plus veiller à conserver une identité nationale ou culturelle de façon quasi-écologique. 77 Maurice Séguin a proposé le concept d\u2019agir-par-soi collectif pour rendre compte de la signification de l\u2019indépendance politique.Cette dernière était qualifiée par lui de « bien suprême pour une nation », son absence étant associé à un « mal radical »42, à une privation qui grève sa possibilité de déployer l\u2019ensemble des moyens nécessaires à la prise en charge de ses intérêts fondamentaux.Si l\u2019indépendance de 1 État doit être acquise puis maintenue, c\u2019est parce qu\u2019elle permet à la nation de se soustraire institutionnellement à toute volonté arbitraire qui se poserait en interférence avec la sienne.C est aussi parce qu\u2019il existe un lien nécessaire et fondamental entre l\u2019État-nation et la démocratie.La lutte pour l\u2019indépendance n\u2019est dépassée que pour ceux qui l\u2019ont réussie.Exister par soi-même n\u2019est pas un luxe.Un peuple dont la conscience historique n\u2019est pas diminuée ou viciée devrait rechercher son indépendance et ne pas se contenter d une architecture institutionnelle boiteuse où on consent à lui accorder une semi-existence.D\u2019ailleurs, il faudra un jour renverser l\u2019appareil théorique et demander aux philosophes non pas pourquoi les peuples devraient rechercher leur indépendance, mais pourquoi ils devraient y renoncer.Toute époque se détachant tôt ou tard de ses lieux communs, on constatera bientôt que l\u2019État, auquel on persiste à écrire la rubrique nécrologique, demeure la forme historique à travers laquelle les peuples affirment politiquement leur existence43- Voilà qui n\u2019est pas chose nouvelle.Mais la philosophie politique, nous disait déjà Julien Freund, consiste en bonne partie à nous rappeler les banalités oubliées.Peut-être est-ce dans l\u2019entêtement à répéter des banalités qu\u2019enfin, pour une fois, la philosophie politique pourra diffuser une faible lueur dans la caverne plutôt que s\u2019évader dans le monde des idées. 78 1\tÉric Weil, Philosophie politique, Vrin, 1996, p.180.2\tÉric Weil, Philosophie politique, Vrin, 1996, p.180.3\tNous le disons en bas de page, nous supposons ici que la question nationale n est pas une variante de la question des identités qui obsède aujourd hui la philosophie politique différentialiste de la gauche radicale.Pour approfondir la distinction que nous proposons ici, lire John O\u2019Sullivan, Conservatism and cultural identity in (dir.) Kenneth Minogue, Conservative realism.New essays in conservatism, Harper/Collins Publisher, 1996, p.23-43.4\tSans nous y attarder, remarquons malgré tout qu\u2019à l\u2019antinationalisme primaire d\u2019hier, succède aujourd\u2019hui un antinationalisme sophistiqué, différentialiste se manifestant dans plusieurs variantes de multiculturalisme, qui cherche à noyer la référence nationale dans une mer d\u2019identités concurrentes qui minent de l\u2019intérieur la possibilité même d\u2019une communauté de mémoire et de culture susceptible de s\u2019exprimer politiquement.On lira une brillante critique de ce « nouvel argumentaire antinationaliste » dans Jacques Beauchemin, L'histoire en trop.La mauvaise conscience des souverainistes québécois, VLB, 2002.Dans une perspective plus conservatrice, on consultera l'article de John Fonte, The inclusion illusion, Outlook Magazine, Summer 1999.5\tAlain Dieckhoff, L'État face au défi de la multinationalité in Repères en mutation, Identité et citoyenneté dans le Québec contemporain, (dir.) Jocelyn Maclure, Alain G.Gagnon, Québec-Amérique, 2001, p.321-349.6\tAlain Dieckhoff, article cité, p.327-328.7\tEntendu ici au sens propre, c\u2019est-à-dire celui d'un peuple qui prend appui sur un État pour instituer son existence politique et défendre ses intérêts nationaux.8\tStéphane Pierré-Caps, Du paradoxe de l\u2019État-nation au paradigme de la multination : propos sur la légitimité de la société politique in (dir.) Michel Seymour, États-nations, multinations et organisations supranationales, Liber, 2002, p.252.9\tLord Acton, La nationalité, in Commentaires, #68, hiver 94-95, p.961- 10\tAlain Dieckhoff, article cité, p.328.11\tStéphane Pierré-Caps, article cité, p.249.12\tStéphane Pierré-Caps, L'autodétermination, d'un principe de création de l\u2019État à un principe de constitution de l'État in L'État multinational et I Europe, Presses universitaires de Nancy, 1997- 13\tAlain Dieckhoff, article cité, p.328.14\tJames Tully, Liberté et dévoilement dans les sociétés multinationales in Globe, vol.2, no.2,1999, p.13-36- 15\tStéphane Pierré-Caps, L\u2019autodétermination, d'un principe de création de l'État à un principe de constitution de l'État in L'État multinational et I Europe, p.5° 16\tC\u2019est à partir de cette hypothèse, celle des petites nations en avance sur toutes les autres, que Michael Keating affirme que l\u2019État régional est le nouveau modèle politique privilégié par ces dernières, l'État souverain leur apparaissant plus qu'à ceux qui en sont déjà détenteurs d\u2019une lourdeur et d'un fardeau contradictoires avec la souplesse stratégique nécessaire à leur affirmation.« Dans le nouveau contexte, la capacité d\u2019une région de s\u2019autogouverner ne tient pas autant à son 79 autonomie, au sens classique du terme, qu'à sa capacité de mettre en œuvre des politiques, à son habileté à définir et à réaliser un projet de développement social, culturel et économique.On ne peut plus être indépendant au sens où on l\u2019entendait autrefois.Cependant, certaines régions ont plus de ressources que d'autres pour profiter du nouveau type d\u2019interdépendance ».Le meilleur moyen d\u2019exercer son autonomie politique étant de contrôler un État indépendant, on comprend que ce dernier prend désormais sa place dans le musée imaginaire des concepts politiques dépassés.On trouve ces éclairants propos dans Michael Keating, Nations sans État ou États régionaux ?Le débat sur la territorialité et le pouvoir à l'heure de la mondialisation, in Québec : État et société, tome 2, Québec-Amérique, 2003, p.454.17\tJohn Fonte, article cité.18\tPour une discussion bien menée et favorable au concept d\u2019intérêt national, on lira, Kenneth Minogue, The Fate of Britain\u2019s National Interest, qu\u2019on peut consulter à l\u2019adresse suivante : http://www.brugesgroup.com/mediacentre/index.live article=2o6.19\tPour une représentation exemplaire de ce type de philosophie de l\u2019histoire qui révoque la pertinence politique et épistémologique de l\u2019optique nationale pour comprendre l\u2019action humaine et lui donner une ampleur, on lira Ulrich Beck, Pouvoir et contre-pouvoir à l'ère de la mondialisation, Aubier, 2003.p.59 Pour un point de vue contraire, qui restitue la pertinence théorique et politique de l\u2019État nation comme espace de réalisation de la liberté politique, on lira plutôt John Fonte, Liberal democracy vs.Transnational Progressivism : the future of the ideological Civil War Within the West, Orbis, Summer 2002, vol.3, n.6.On lira aussi, de Benoit Dubreuil, La mondialisation comme idéologie, Combats, volume 7, n.1-2, automne-hiver 2003-2004, p.22-24.Dubreuil écrira ainsi que « la plus grande tâche de la pensée contemporaine [consiste à assurer le dépassement] du cadre de pensée « post-national », devenu aujourd\u2019hui obsolète».20\tTerritorialité, extraterritorialité, transnationalité : une défense de l'autonomie personnelle est-elle encore possible ?, in Enjeux philosophiques de la guerre, de la paix et du terrorisme, (dir.) Stéphane Courtois, Les Presses de l\u2019Université Laval, p.177-190.Aussi, Stéphane Pierré-Caps, La multination.L'avenir des minorités en Europe centrale et orientale, Éditions Odile Jacob, 1995.21\tGeneviève Nootens, Identité, citoyenneté, territoire : la fn d\u2019un paradigme ?, in Repères en mutation, identité et citoyenneté dans le Québec contemporain, p.105-125.Aussi Bertrand Badie, La fin des territoires.Essai sur le désordre international et sur l\u2019utilité sociale du respect, Fayard, 1995, Bertrand Badie, Un monde sans souveraineté.Les États entre ruse et responsabilité, Fayard, 1999.22\tMichael Keating, Par-delà la souveraineté.La démocratie plurinationale dans un monde post-souverain, in Repères en mutations, identité et citoyenneté dans le Québec contemporain, p.79.23\tMichael Keating, Nations sans État ou États régionaux ?Le débat sur la territorialité et le pouvoir à l\u2019heure de la mondialisation, in Québec : État et société, tome 2, p.442.24\tNous pensons bien évidemment au Québec, mais aussi aux petites nations qui ont recouvert leur indépendance ces dernières années, comme la Slovénie, la Lettonie ou la Lituanie.25\tMargaret Canovan, Trois paradoxes dans la théorie politique de la nation, in (dir.) Michel Seymour, États-nations, multinations et organisations suprenationales, Liber, 2002, p.55. 8o 26\tAllen Buchanan, Secession, The morality of political divorce from Fort Sumter to Lithuania and Québec, Westview Press, 1991.27\tMargaret Canovan, article cité, p.61.28\tJoseph Facal, L\u2019État, la nation et l'État-nation, in (dir.) Michel Seymour, États-nations, multinations et organisations suprenationales, Liber, 2002, p.478.29\tNous empruntons l\u2019expression à Richard Gervais dans son excellent essai Rêver l'indépendance ou la faire ?qu'on peut retrouver dans les archives du quotidien informatique indépendantiste Vigile à l'adresse www.vigile.net.Stéphane Paquin a aussi bien illustré comment l\u2019accession des petites nations à l'indépendance est structurellement facilitée dans le monde contemporain dans Stéphane Paquin, La revanche des petites nations.Le Québec, l'Écosse et la Catalogne face à la mondialisation, V LB éditeur, 2001.30\tDave Anctil, Petites nations et républicanisme.Du multiculturalisme à l'autogouvernement, in Horizons philosophiques, n0.2, vol.13, printemps 2003, p.102.31\tOn remarquera d'ailleurs qu'au lendemain de l'effondrement du communisme, ils ont été nombreux, les intellectuels, au nom du post-nationalisme, à chercher à maintenir les fédérations qui avaient chaque fois tenus les peuples prisonniers.Habermas avait ainsi ses réserves quant à la réunification allemande.Jurgen Habermas, L'intégration républicaine.Essais de théorie politique.Fayard, 1996.Et on sait avec quelle passion les intellectuels français ont pris la cause de la Yougoslavie contre celle de ses peuples, voyant dans le réveil des derniers la réapparition d un tribalisme, d'un nationalisme ethnique qui annonçait un horizon aussi pire que celui du totalitarisme soviétique.Pour un exemple encore récent de cette myopie universaliste qui révèle les limites étroites d'un républicanisme abstrait, on lira Jean-François Kahn qui, dix ans après l'indépendance des peuples Slovène et croate, et quinze ans après la chute de l\u2019URSS, se désole encore de l'éclatement des fédérations yougoslave et soviétique.Jean-François Kahn, Ce que Marianne en pense, Mille et une nuits, 2002.C'est Alain Finkielkraut et quelques autres, qui ont pu sauver l\u2019honneur du microcosme intellectuel en prenant le parti de l\u2019indépendance croate en y voyant non pas un repli tribal mais bien l'accession d'un petit peuple à la pleine existence politique, capable ainsi de participer librement à l'universalité européenne.C'est d'ailleurs à travers la question nationale telle qu'elle se posait pour les petits peuples d'Europe de l'Est que Finkielkraut a commencé son exploration du problème des petites nations.Alain Finkielkraut, Comment peut-on être Croate ?Gallimard, 1992.32\tII n'y a aucun lien à faire entre le fait d'être une petite nation et d\u2019être sans État.Il y a des petites nations indépendantes, d'autres pas.Celles qui le sont ne cessent pas de faire partie de ce groupe.Nous faisons référence à la définition que donne Milan Kundera de ce qu'est une petite nation, soit un peuple conscient de sa précarité, et dont l'existence politique, et la présence dans l\u2019histoire, est toujours compromise.En cela, il ne s'agit pas d\u2019un concept analytique, cela va de soi, mais d\u2019un concept historique et existentiel.Le sort réservé à la Tchécoslovaquie au lendemain de Munich est exemplaire du sort tragique des petites nations, leur existence étant finalement réduite à celle de pions sur l\u2019échiquier de la politique européenne, les grands États bradant par manque de courage leurs alliés dont ils avaient finalement décrété la marginalité, dont ils avaient décidé le caractère non essentiel, dans l\u2019histoire européenne.Les grands du monde s\u2019entendaient en gommant les détails.Et qu\u2019importe si chacun de ces détails était une petite humanité, une nation.Pour 8i ces considérations, nous nous inspirons d'Alain Finkielkraut, L'ingratitude, conversation sur notre temps, Québec-Amérique, 1999.On lira aussi avec grand profit d\u2019Istvan Bibo, Misères des petits États d'Europe de l\u2019Est, Albin Michel, 1993.33\tRichard Gervais, Consolation des petites nations ?, in LAnalyste, n.38, été 1992, p.20-22.34\tDrazen Katunaric, Le g este de Pilate, Notes sur la grande Europe et les petites nations, in Le Messager européen, n.6,1992, Gallimard, p.35.35\tValentin Hribar, Les Slovènes et l'Europe transnationale, in Le Messager européen, n.5, 1991, Gallimard, p.29-30.36\tJ.L.Talmon, La patrie est en danger, Lettre ouverte à Menehem Begin, in Le débat, numéro il, avril 1981, p.58.37\tJ L.Talmon, La patrie en danger, p.59.38\tGeneviève Nootens, Désenclaver la démocratie.Des huguenots à la paix des Braves, Québec-Amérique, 2004,168p.39\tFrançois Fejtô, jtô, Requiem pour un Empire défunt, Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie, Seuil, 1993.40\tOn trouve dans le monde anglo-saxon, paradoxalement, une très précieuse contribution intellectuelle pour ceux qui cherchent à penser l\u2019avenir de l'État-nation sans chercher dans les augures les signes de son dépérissement.Une philosophie politique qui trouve aussi à lier comme il se doit l'État-nation et la démocratie et qui ne cherche pas à théoriser dans l\u2019univers spéculatif un modèle politique inédit dont l\u2019application permettrait soudainement de résoudre de manière définitive les problèmes politiques posés à notre époque par la question nationale.Car c\u2019est un lien fondamental qui unit la démocratie à l\u2019État-nation, dans la mesure où la première suppose justement un demos, un peuple, qui s'incarne dans la modernité dans une communauté de mémoire et de culture indispensable à la mise en place d\u2019un espace public où la délibération sur les finalités de l'action collective peut s'investir d\u2019autre chose que d\u2019une simple rationalité administrative.On lira avec grand intérêt John O\u2019Sullivan, Conservatism, democracy and national identity, Centre for policy studies, 1999, John O'Sullivan, In Defense of Nationalism, in The National Interest, winter 2004/05, p.33-40, John Fonte, Democracy's Trojan Horse, The National Interest, Summer 2004, p.117-128.41\tÉric Weil, Philosophie politique, p.131.42\tMaurice Séguin, Les normes, in Pierre Tousignant (dir.) Les normes de Maurice Séguin, le théoricien du néo-nationalisme, Guérin, 1999, p.233.43\tComme le remarque très justement Benoît Dubreuil : « Ce discours sur la supranationalité a permis aux élites de plusieurs États-nations ou États-wanna-be nations de discréditer les revendications d\u2019autonomie provenant de leur minorité : un État > Pour quoi faire ?Tout le monde sait que ça ne sert plus à rien ! Soit, alors s\u2019il ne sert plus à rien, pourquoi rechigne t-on à laisser aux minorités le droit de se constituer en État ?Pourquoi défend on avec autant d\u2019ardeur les privilèges hérités du XIXe siècle ?C\u2019est peut-être parce que ceux-ci demeurent plus utiles qu\u2019on veut le laisser croire (derrière le mirage supranational), peut-être parce que la mondialisation n\u2019est pas encore complétée et ne le sera jamais.» in Étude critique de La nation dans tous États, Les identités nationales en mouvement, L'Action nationale, volume XCIII, numéro i, janvier 2003, p.50. 82 ARTICLES Romain Gaudreault* SIGNES D\u2019EMPIRES À Montréal, au début de septembre 2003, la transformation du nom de l\u2019aéroport de Dorval en « aéroport Pierre Elliott-Trudeau » a suscité une résistance médiocre, qui s\u2019est vite estompée : quelques lettres dans les journaux et, le jour de la cérémonie organisée par le gouvernement canadien, une petite manifestation à laquelle ont participé une cinquantaine de personnes.Ce changement de nom n\u2019est que la plus récente escarmouche dans une lutte symbolique que se livrent deux opposants, les nationalistes québécois et ceux qu\u2019on appelle les « fédéralistes » canadiens.Il importe que les premiers reprennent l\u2019initiative sur ce terrain, car il s\u2019agit d\u2019une occasion inestimable de promouvoir l\u2019indépendance du Québec.Le présent article propose l\u2019un des instruments nécessaires à cette tâche.Il se divise en trois parties : d\u2019abord, quelques brèves clarifications sur les notions de symbole et de système, puis une description des principaux lieux et monuments qui appartiennent à deux systèmes symboliques impériaux à Montréal et, enfin, la description d\u2019un système symbolique national destiné à remplacer les précédents le jour où le peuple québécois se décidera à créer un État indépendant.* En collaboration avec Daniela Roventa-Frumusani, l\u2019auteur a publié le livre Pour comprendre la science des signes.Introduction à la sémiotique (2001).Il a été membre fondateur et premier président de la Société de sémiotique du Québec (1994-1996)- 83 Clarifications sur les notions de symbole et de système Certaines personnes incarnent de façon exemplaire le courage, la loyauté, la détermination, la hardiesse, la générosité ou d\u2019autres qualités humaines.À leur mort, on leur élève des statues dans des endroits publics ; on nomme en leur honneur des rues, des boulevards, des places, des parcs et des édifices publics.La collectivité vient alors d\u2019adopter un type de signes qu\u2019on appelle des symboles, c\u2019est-à-dire des êtres matériels qui représentent une idée.Ces êtres matériels peuvent être non seulement des personnes, mais aussi des objets, des animaux et des lieux.Il arrive que certains lieux symboliques, comme la place de la Concorde, portent le nom même de l\u2019idée qu\u2019ils représentent.Les symboles proposés à la vénération publique finissent par constituer un système où transparaissent les valeurs qui fondent une société.Par « système », il faut entendre un ensemble constituant un tout organique.Systèmes symboliques impériaux Un empire se définit comme l\u2019union forcée de plusieurs États ou peuples en vue de satisfaire les besoins d\u2019un autre État ou d un autre peuple.Outre l\u2019empire, il n\u2019existe qu\u2019une autre possibilité d\u2019union, la confédération, laquelle se définit comme 1 union volontaire de plusieurs États ou peuples en vue de satisfaire des besoins communs.Au Québec, deux empires se sont succédé depuis l\u2019arrivée du premier Européen (Jacques Cartier, 1534) mandaté par un roi pour prendre possession de ce territoire où habitaient déjà des peuples autochtones : d\u2019abord l\u2019Empire français (1534-1760), puis l\u2019Empire britannique (depuis 1760).Les peuples autochtones ont connu les deux empires, tandis que les descendants des Français n\u2019en ont connu qu\u2019un seul, l\u2019Empire 84 britannique.Officiellement, ce dernier continue d'exister : Elizabeth II, l\u2019actuelle reine d\u2019Angleterre, est aussi la reine du Canada.Il suffit d\u2019examiner une pièce de monnaie canadienne pour s\u2019en rendre compte.Dans les faits, un nouvel empire s\u2019est lentement développé et a commencé à prendre la relève : l\u2019Empire canadien.Toutefois, avant d\u2019énumérer les principaux symboles de l\u2019Empire britannique et de son héritier, il convient de pratiquer une forme d\u2019anamnèse et d\u2019examiner les principaux symboles de l\u2019Empire français, où vivaient les ancêtres du peuple québécois.Par « peuple québécois », j\u2019entends le peuple formé des descendants des premiers Français, ainsi que de leurs alliés par mariage, par amitié ou par intérêt, et vivant dans la province de Québec.Symboles de l\u2019Empire français À Montréal, les principaux symboles de l\u2019Empire français sont regroupés dans la vieille partie de la ville : la place Jacques-Cartier, la place d\u2019Armes, la place Vauquelin, ainsi que les statues de Maisonneuve et de Vauquelin qui s\u2019y trouvent.i.Place Jacques-Cartier Jacques Cartier (1491-1557), marin français.Le 24 juillet 1534, à Gaspé, en présence d\u2019Iroquois, l\u2019envoyé du roi François 1er plante une croix aux armes de son roi, « symbole officiel de la prise de possession en pays chrétien ».Le 2 octobre 1535, Cartier débarque à Hochelaga, ville iroquoise de 3000 habitants.U ny plante pas de croix, mais nomme la montagne toute proche « Mont-Royal ».Redescendant le fleuve, il plante une seconde croix à l\u2019embouchure de l\u2019actuelle rivière Saint-Maurice.Enfin, le 2 mai 1536, il plante une troisième et dernière croix à Stadaconé, bourgade iroquoise où s\u2019élève actuel- 85 lement la ville de Québec, capitale de la province de Québec.Tous ces faits sont connus des historiens (Canada-Québec, Synthèse historique, 1976 : 31-37).2.Place d\u2019Armes, statue de Paul Chomedey, Sieur de Maisonneuve (1612-1676), issu de la noblesse française.En 1642, Maisonneuve fonde Ville-Marie, l\u2019actuelle ville de Montréal.Inscriptions sur le socle du monument : « Il est de mon honneur d\u2019accomplir ma mission, tous les arbres de l\u2019île de Montréal devraient-ils se changer en autant d Iroquois.» \u2014 « Paroles de Maisonneuve à M.de Montmagny ».3- Place Vauquelin, statue de Jean Vauquelin, capitaine français (1727-1772).« S\u2019est illustré devant Québec en 1759, lors de la guerre de la Conquête [menée par les Britanniques] » (Les rues de Montréal, 1995 : 485).Symboles de l\u2019Empire britannique Les principaux symboles de l\u2019Empire britannique sont massés à proximité du Vieux-Montréal et enserrent une grande partie du centre-ville actuel de Montréal (voir figure 1).Ils comprennent le square Victoria, le square Phillips, le square Dorchester, la place du Canada, les statues ou monuments qui s\u2019y trouvent ainsi que les rues avoisinantes.1.Square Victoria, statue de Victoria (1819-1901), reine de la Grande-Bretagne et de l\u2019Irlande (1837-1901) et impératrice des Indes (1876-1901).Rues adjacentes : (a) rue McGill, en l\u2019honneur de James McGill (1744-1813), homme d\u2019affaires et député à l\u2019Assemblée législative du Bas-Canada, l\u2019un des commissaires responsables des tra- 86 vaux d\u2019aménagement du secteur (Les rues de Montréal, 1995 : 328) ; (b) côte du Beaver-Hall, en souvenir de la résidence de Thomas Frobisher (1740-1810), laquelle a servi, entre 1800 et 1848, de lieu de réunion au Beaver Club, dont les membres sont tous associés au commerce des fourrures (Choko, 1990 : 66).2.\tSquare Phillips, statue d\u2019Edward VII (1841-1910), fils de la reine Victoria, roi de 1902 à 1910.Affiche de la Ville de Montréal : « Thomas Phillips (1771-1842).Marchand, entrepreneur en construction et conseiller municipal, promoteur du développement du quartier ».Inscription sur le socle de la statue : « King Edward VII.In memory of a much loved sovereign, the citizens of Montreal erected this monument.1914 ».Rues adjacentes : (a) rue Phillips, joignait l\u2019ancien square Beaver-Hall (maintenant place du Frère-André) et le square Phillips ; (b) rue Cathcart, en l\u2019honneur de Charles Murray, comte de Cathcart (1783-1859), 17e gouverneur général du Canada (1846-1847) ; (c) rue Aylmer, en l\u2019honneur de Matthew Whitworth-Aylmer (1775-1850), cinquième baron d\u2019Aylmer, gouverneur général (1830-1835) ; (d) avenue Union, pour commémorer l\u2019Acte d\u2019Union (1840), qui réunit le Bas-Canada et le Haut-Canada sous une seule administration.3.\tSquare Dorchester, en l\u2019honneur de Guy Carleton, premier baron de Dorchester (1724-1808).« Participe à la prise de Québec en 1759 et devient gouverneur en 1768.Jusqu\u2019en 1776, malgré quelques absences, il exerce deux mandats.» (Les rues de Montréal, 1995 : 148-149).Monuments : (a) statue d\u2019un cavalier de la Guerre des Bœrs (1899-1902) ; inscriptions sur le socle : (1) « To 87 commemorate the heroic devotion of the Canadians who fell in the South African War and the valour of their comrades » ; (2) « In grateful recognition of the patriotism and public spirit shown by Lord Strathcona and Mount Royal in raising and equipping a regiment of horse for service in South Africa as an evidence of his sympathy with the cause of imperial unity » ; (b) statue dun lion ; inscriptions sur le socle : (1) « 1837-1897.A tribute to her majesty Queen Victoria, our revered and beloved sovereign » ; (2) « The British Empire gratefully rejoices in the longest, most beneficent and most glorious reign in her history » ; (c) statue de Robert Burns (1759-1796), poète anglais ; (d) statue de Sir Wilfrid Laurier (1841-1911), Premier ministre du Canada (1896-1911) [« Sir » est un titre en usage dans la noblesse britannique].Rues adjacentes : (a) rue Peel, en l\u2019honneur de Sir Robert Peel (1788-1850), plusieurs fois premier ministre d\u2019Angleterre ; (b) rue Metcalfe, en l\u2019honneur de Lord Charles Theophilus Metcalfe (1785-1846), 16e gouverneur général du Canada (1843-1845).4.Place du Canada En l'honneur du « Dominion of Canada » (1867), dont la devise « A mari usque ad mare » est tirée de l\u2019Ancien Testament, psaume 72 (« Le roi promis »), verset 8 : « Et dominabitur a mari usque ad mare », c\u2019est-à-dire « Il dominera d\u2019une mer à l\u2019autre ».Monuments : (a) Sir John Alexander MacDonald (1815-1891), Premier ministre du Canada en 1867.Affiche de la Ville de Montréal : « Grand architecte de la Confédération canadienne, au même titre que Sir George-Étienne Cartier (.) Bien que la reine Victoria lui ait délégué le droit de grâce, MacDonald le 88 refuse à Riel qui sera pendu.» [Louis Riel, chef de la révolte des Métis au Manitoba en 1884-1885] ; (b) cénotaphe en l\u2019honneur des soldats canadiens morts dans diverses guerres (1914-1918, 1939-1945- I95°'I953)- Système symbolique d\u2019un Québec indépendant L\u2019accès du peuple québécois à l\u2019indépendance suppose plusieurs « conditions gagnantes ».La première consiste à reconnaître et à rejeter à la fois les symboles de l\u2019Empire britannique et ceux de l\u2019Empire français en dressant les plans d\u2019un « musée des empires », lieu public à ciel ouvert, mais clos de hauts murs où, après l\u2019indépendance, et pour l\u2019éducation des générations futures, seront regroupés la totalité des symboles des empires français et britannique, sans oublier des symboles secondaires comme les statues de Dollard des Ormeaux, de Marguerite Bourgeoys et de l\u2019amiral Nelson.Il faudra aussi inclure dans ce musée la statue de Jean-Olivier Chénier (1806-1937), commandant de l\u2019une des armées des Patriotes, mort en 1837 au cours d\u2019une dernière bataille contre l\u2019armée britannique.Comme les symboles doivent nourrir l\u2019imagination et guider l\u2019action, il faut se démarquer publiquement et dès maintenant de tout symbole de la lutte armée.Sinon, il sera difficile de susciter ou de maintenir des sympathies nécessaires à l\u2019étranger, au Canada et surtout au Québec.Les plans du Musée des empires devront être rendus publics et serviront à la promotion de l\u2019indépendance.Comme seconde condition gagnante, il faut prévoir et rendre public un nouveau système de symboles destiné à transposer dans l\u2019espace public les nouvelles valeurs d\u2019un Québec indépendant.Le système proposé comprend deux axes : (1) l\u2019axe de la quête et du maintien de l\u2019indépendance 89 du peuple québécois ; (2) l\u2019axe de la quête et du maintien de la concorde entre les peuples.Le premier est orienté d\u2019est en ouest et le second, du nord au sud (voir figure 2).Axe de l\u2019indépendance Les symboles de l\u2019indépendance comprennent la place Pierre-Bourgault, la place René-Lévesque, la place de l\u2019Indépendance, les statues ou bustes éventuels ainsi que le boulevard Charles-de-Gaulle et les rues avoisinantes.1.\tPlace Pierre-Bourgault, en l\u2019honneur de Pierre Bourgault (I934'2003)> membre fondateur du Rassemblement pour 1 indépendance nationale (R.I.N.) ; en devient président en 1964 ; obtient la dissolution du groupe en 1968 pour permettre l\u2019union des nationalistes au sein du Parti québécois, qui vient d\u2019être créé.2.\tBoulevard Charles-de-Gaulle, en l\u2019honneur du président français Charles de Gaulle (1890-1970).« Vive le Québec libre ! », paroles de conclusion de son discours prononcé du haut du balcon de l\u2019Hôtel de ville de Montréal en 1967 ; en remplacement du boulevard René-Lévesque.3.\tPlace René-Lévesque et buste de René Lévesque (1922-1987), chef du Parti québécois et Premier ministre de la province de Québec (1976-1985) ; en remplacement du square Dorchester.[Le buste de René Lévesque se trouve actuellement au coin du boulevard qui porte son nom et de la rue Bleury.] Rues adjacentes : (a) rue Jean-Lesage, en l\u2019honneur de Jean Lesage (1912-1980), Premier ministre de la province de Québec (1960-1966), dirige un vaste programme de réformes sociales connu sous le go nom de « révolution tranquille » ; en remplacement de la rue Peel ; (b) rue Daniel-Johnson, en l\u2019honneur de Daniel Johnson (1915-1968), Premier ministre de la province de Québec (1966-1968), auteur de Égalité ou indépendance (1965) ; hôte de Charles de Gaulle en 1967 ; en remplacement de la rue Metcalfe.4.Place de l\u2019Indépendance.En remplacement de la Place du Canada.Axe de la concorde Les symboles de la concorde comprennent la place Jean-Drapeau, la place de la Concorde, la place Lucille-Teasdale, la place des Premières Nations, la place du Frère-André, les statues ou bustes éventuels ainsi que les rues avoisinantes.1.Place Jean-Drapeau, en l\u2019honneur de Jean Drapeau (1916-1999), maire de Montréal (1954-1957,1960-1986), promoteur de l\u2019Exposition universelle de Montréal (1967) et des Jeux olympiques (1976) ; en remplacement du square Phillips.Rues adjacentes : (a) rue Marie-Victorin, en l\u2019honneur du frère Marie-Victorin (1885-1944), fondateur du Jardin botanique de Montréal et des Cercles des jeunes naturalistes ; en remplacement de l\u2019avenue Union ; (b) rue Alphonse-Desjardins, en l\u2019honneur d\u2019Alphonse Desjardins (1854-1920), fondateur des Caisses populaires Desjardins (1900), qui reposent sur l\u2019idée de la coopération et de l\u2019égalité des sociétaires ; en remplacement de la rue Aylmer ; (c) rue Laure-Gaudreault, en l\u2019honneur de Laure Gaudreault (1889-1975), instigatrice de la syndicalisation massive des 91 enseignantes du Québec entre 1936 et 1945 (Graveline, 2003 : 75-93) ; en remplacement de la rue Cathcart.2.\tRue John-Lennon, en l\u2019honneur de John Lennon (1940-1980), auteur-compositeur-interprète britannique, organisateur (avec son épouse Yoko Ono) d\u2019un bed-in pour la paix à l\u2019Hôtel Reine-Élizabeth de Montréal (1969) ; auteur de « Give peace a chance », chanson enregistrée sur place.En remplacement de la rue Phillips et de la côte du Beaver-Hall.3.\tPlace de la Concorde.En remplacement du square Victoria (partie au nord de la rue Saint-Antoine).4.\tPlace Lucille-Teasdale, en l\u2019honneur de Lucille Teasdale (1929-1996), chirurgienne montréalaise ; co-fondatrice (avec le Dr Piero Corti) de l\u2019Hôpital St.Mary\u2019s en Ouganda, où elle a pratiqué la médecine pendant 35 ans ; décès attribuable au sida, qu\u2019elle a contracté en se coupant accidentellement sur des fragments d\u2019os lors d\u2019une intervention chirurgicale ; en remplacement du square Victoria (partie au sud de la rue Saint-Antoine).Rue adjacente : rue Armand-Frappier, en l\u2019honneur d\u2019Armand Frappier (1904-1991), fondateur de l\u2019Institut de microbiologie et d\u2019hygiène de Montréal (1938), qui deviendra, après la retraite du fondateur en 1975, l\u2019Institut Armand-Frappier, l\u2019un des piliers du nouveau réseau de l\u2019Institut national de la recherche scientifique ; en remplacement de la rue McGill. 92 5- Place des Premières Nations, symbole de l\u2019amitié du peuple québécois envers les peuples autochtones.En remplacement de la place d\u2019Armes.6.Place du Frère-André, en l\u2019honneur du frère André (1845-1937), portier dans un collège montréalais, zélateur de Saint-Joseph, guérisseur célèbre et fondateur de l\u2019Oratoire Saint-Joseph.Créée en 1986 et située au point d\u2019origine de l\u2019axe de l\u2019indépendance et de l\u2019axe de la concorde, la place du Frère-André ne peut que symboliser la puissance de l\u2019espoir, cet espoir invincible qui fonde toute grande action.Conclusion Fe système symbolique national exposé dans la présente étude repose sur deux valeurs que ne pourront renier les personnes éprises de liberté et de paix : 1 indépendance du peuple québécois et la concorde entre les peuples.Fes personnalités proposées comme symboles méritent toutes, par leur action exemplaire, de nourrir l\u2019imagination des Québécois et de guider leur action.Quant à la place des Premières Nations, non dédiée à une personnalité en particulier, elle devra nous rappeler constamment que notre indépendance sera sans valeur tant que notre amitié indéfectible envers les peuples autochtones n aura pas réussi à les faire accéder à la pleine maîtrise de leur destin.Fe système symbolique national proposé ne règle pas le compte de tous les symboles impériaux en place à Montréal.Tel quel, il n\u2019en constitue pas moins un instrument utile pour l\u2019éducation du public et la promotion de l\u2019indépendance du Québec.Il doit servir à faire prendre conscience des forces du peuple québécois et à stimuler l\u2019espoir d\u2019un avenir 93 encore meilleur.Ce plan particulier pour l\u2019après-indépen-dance sera toutefois bien inutile s\u2019il n\u2019est pas accompagné d\u2019autres plans destinés à réduire la peur devant l\u2019inconnu.Concrètement et dans le détail, à la manière de la présente étude, il nous faut imaginer les institutions et les politiques inédites qui remplaceront celles du gouvernement canadien dans quatre secteurs prioritaires : sécurité et affaires étrangères, monnaie et système bancaire, transport maritime et aérien, immigration et travail.Bibliographie [Anonyme] Les rues de Montréal.Répertoire historique.Montréal : Éditions du Méridien, 1995.547 p.CHOKO, Marc H.Les grandes places publiques de Montréal.Montréal : Éditions du Méridien, 1990.215 p.GRAVELINE, Pierre.Une histoire de l\u2019éducation et du syndicalisme enseignant au Québec.Montréal : Éditions Typo, 2003.197 p.VAUGEOIS, Denis, LACOURSIÈRE, Jacques (eds.).Canada-Québec.Synthèse historique.Édition corrigée et mise à jour.Montréal : Éditions du Renouveau Pédagogique, 1976.625 p. 94 Figure i CARTE SYMBOLIQUE DU CENTRE-VILLE DE MONTRÉAL AVANT l\u2019indépendance Square Phillips Square Dorchester Place du Frère-André Boulevard René-Lévesque Place du Canada Square Victoria 95 Figure 2 CARTE SYMBOLIQUE DU CENTRE-VILLE DE MONTRÉAL APRÈS l\u2019indépendance Place Jean-Drapeau Place René-Lévesque ?Boulevard Charles-de-Gaulle Place de l'Indépendance Place du Frère- André \u2014 Rue John-Lennon \\ Place de la Concorde Place Lucille-Teasdale Place Pierre-Bourgault Place des Premières-Nations ? 96 ARTICLES Gaston Bernier ÉVÉNEMENT: UN MOT QUI EN PREND LARGE Il en est de certains mots comme de certains voisins.Ils prennent beaucoup de place, monopolisent l\u2019attention et en imposent.Ils écrasent, très souvent à tort, leurs semblables.Ce faisant, on peut dire qu\u2019ils appauvrissent la langue et ne contribuent en rien à l\u2019enrichir ou à la moderniser, à la clarifier ou à la rendre plus précise.Sans doute est-ce le cas du mot « événement », pourtant bien français, qu\u2019on utilise à toutes les sauces depuis quelque temps dans les médias québécois et dans le monde des relations publiques.Inévitablement, de nombreux locuteurs tombent dans les mêmes ornières.En 1999, à la suite d\u2019une accusation d\u2019attouchements sexuels à l\u2019encontre d'un professeur, un fonctionnaire de conseil scolaire avait affirmé : « aucune commission.n\u2019est à l\u2019abri d\u2019un tel événement » (Le Soleil, 13 février 1999, A-3).Quelques semaines plus tôt, une journaliste du Devoir (21 janvier, p.1) commentait la décision des organisateurs du Salon de la jeunesse de « déménager leur événement » au Palais des congrès.Plus loin, elle évoquait les « groupes d\u2019élèves qui visitent l\u2019événement ».* Bibliothécaire. 97 Fin mars et début avril 2004, les visiteurs du Festival littéraire Métropolis (pardon : de l\u2019événement !) pouvaient lire sur un panonceau publicitaire du hall d\u2019entrée de l\u2019hôtel : « calendrier des événements », « Pour tous les événements gratuits.», « Ne pas quitter la salle avant la fin d\u2019un événement », etc.Le 15 avril dernier, au Téléjoumal de Radio Canada, une reporter de la chaîne, après avoir parlé de la mort de Micheline Charest, a enchaîné « Cet événement.».Exagère-t-on en employant « événement » à autant de sauces ou à autant de situations ?On pourrait le croire.Le mot dans le contexte des quelques exemples alignés précédemment pourrait être remplacé, dans l\u2019ordre, par des termes plus précis : abus, tenir l\u2019activité ailleurs, visiter l\u2019exposition, calendrier des activités, ne pas sortir avant la fin des conférences ou des tables rondes, cet incident ou cette tragédie.Et, selon les contextes, on pourrait en aligner beaucoup d\u2019autres.En toute logique, le mot devrait servir avant tout à qualifier quelque chose de passé, un incident, un accident, une rencontre, une conférence, une réception, la signature d\u2019un traité ou d\u2019une entente, etc., dont le sens et l\u2019impact sont indiscutables ou généralement reconnus.C\u2019est pousser le bouchon un peu loin que d\u2019organiser des événements, d\u2019en déterminer les dates et les horaires, de leur fixer une durée (« les quatre jours de l\u2019événement » comme on l\u2019a écrit à propos du Salon des vins de Montréal), de les aider (« .trouver comment aider le plus d\u2019événements possible », mission confiée à la ministre Sherrer).Une agence (www.evenementiel.qc.ca) qui s\u2019applique à dresser un inventaire des activités à venir va même jusqu\u2019à lancer un « appel aux événements », à inviter les groupes à intégrer « leurs événements de la campagne électorale.à son important calendrier », à « inscrire leurs événements » sans tarder, etc.(courriel daté du 19 mai 2004). 98 On pourra exciper bien sûr du fait que des saints Jean Bouche d\u2019or créent des traditions à la demande, que des entrepreneurs visionnaires construisent des immeubles historiques et qu\u2019on donne souvent des adresses à des institutions.Mais c\u2019est s\u2019engager sur une pente savonneuse.On pourra passer en revue les citations du dictionnaire Robert afin de voir si jusqu\u2019à maintenant on était allé aussi loin dans l\u2019utilisation du mot.On peut supposer que lorsqu\u2019on s\u2019appelle Napoléon ou Bonaparte ou qu\u2019on forme un gouvernement on pourra diriger les événements.Mais pourrait-on en organiser un ?Le voisinage du mot anglais « event » (lui-même emprunté au français), lequel occupe un large territoire sémantique, semble conduire tout naturellement à « événement » et, donc, à masquer la panoplie des mots voisins et à les faire oublier.Aussi peut-on prévoir comment un traducteur inconscient rendrait la phrase : « We are delighted to be hosting this event » (un congrès annuel).Le phénomène est courant en sol québécois.Il y a une vingtaine d\u2019années, feu Jean Darbelnet avait illustré ce phénomène en s\u2019appuyant sur l\u2019impérialisme du mot « brown » et des ravages qu il menait, sous la bannière « brun », chez les bis, bistre, havane, café au lait et marron.Des lexicographes attachent le grelot, René Meertens et M.Koessler en particulier, qui alignent les mots qui peuvent le mieux rendre le mot « event » selon les contextes.La force du mot « événement » dans les médias québécois, chez les publicitaires et spécialistes des relations publiques actuels tient pour une bonne part du snobisme et de l\u2019inflation verbale mais aussi de la facilité (pourquoi utiliser le mot juste ?ou un mot précis ?alors que le mot passe-partout vient tout naturellement à l\u2019esprit) découlant de la présence 99 du mot « event ».On peut souhaiter que les communicateurs et les journalistes, gens de la parole comme de l\u2019écrit, se corrigeront et, par le fait même, donneront le bon exemple à tous ceux qui, ici au Québec \u2014 le virus ne semble pas encore présent en France -, n\u2019ont pas toujours le loisir ou le réflexe de réfléchir à la langue qu\u2019ils utilisent.? TRANSLATEX.Communications\u201d RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca Rassemblement M^Pays Souverain Unum Quebec Patria Nostra Est Québec, notre seule patrie C.P.306, succursale C, Montréal (Québec) H2L 4K3 Tél.: (450) 491-5437 Courriel : roy.b@videotron.ca - Site internet : www.rpsquebec.qc.ca Allard & Carrière SOCIÉTÉ NOMINALE COMPTABLES AGREES Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com_________ STA Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@ sta-conseil .corn www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Terrebonne (Québec) J6W 3E1 Télécopieur : (450) 471-0026 (514)355-7923 Téléphone : (450) 471-2662 (514)355-7869 (800)782-5799 \t \t \t \t \t EBBHm\t gggigjH\t \t \t \t 102 LIRE LES ESSAIS ANDRÉE FERRETTI ET CASTON MIRON Les grands textes indépendantistes (1774~1992)\u2019 Montréal, Typo, 2004.ANDRÉE FERRETTI Les grands textes indépendantistes (1992-2003), Montréal, Typo, 2004.Andrée Ferretti est fière d'être Québécoise et n\u2019a jamais cessé de lutter pour que le Québec devienne un pays à part entière.Qui mieux quelle et son « presque frère » Gaston Miron, pour le premier volume en 1992, et elle seule pour le deuxième en 2004, pouvaient préparer une anthologie des grands textes indépendantistes, de 1774 à nos jours, et donner ainsi un outil de choix à notre réflexion sur cette question essentielle pour notre avenir collectif! Cet ambitieux projet a vu le jour en avril 1991 et nécessité la recherche, la lecture, le découpage et le montage de milliers de textes qui jalonnent la marche du Québec vers la reconquête de son identité nationale.Le premier volume est divisé en deux parties : 1.Jalons pour la mémoire (de la Conquête à 1957)- 2- Cap sur 1 indépendance (1957-1992).Chacune de ces deux parties est subdivisée en deux chapitres regroupant : 1.Les textes qui expri- 103 ment la pensée de tout un mouvement.2.Ceux qui portent la signature d'une personne parlant en son nom propre.Enfin, dans une dernière partie sont résumées brièvement les prises de position indépendantistes de diverses personnalités et une courte bibliographie termine l\u2019ouvrage.Le deuxième volume, outre la présentation et l\u2019introduction d\u2019Andrée Ferretti, est divisé en deux parties : 1.La nation en quête du pays (1992-1995), constituée surtout de textes écrits en vue du référendum de 1995.2.Pourquoi et comment continuer le combat (1996-2003), où dès 2000, on s interroge sur la façon de faire l\u2019indépendance, en remettant en question la stratégie péquiste.Critères des choix Dans le premier volume, Andrée Ferretti et Gaston Miron écrivent que le critère qui a présidé au choix des textes est un clair face à 1 indépendance du Québec « sans ambiguïté d aucune sorte, sans la soumettre à des conditions de réalisation autres que la volonté du peuple québécois ».Ce qui implique la rupture avec le système fédéraliste et tout nationalisme qui ne le remet pas en question.Car le Québec, ayant été conquis et assimilé aux vainqueurs par la force des armes, n\u2019en possède pas moins le caractère d\u2019un pays « essentiellement fondé sur la possession, en droit et en fait, d\u2019un territoire le Québec, et sur la prépondérance à l\u2019intérieur de ses frontières, d\u2019une langue, d\u2019une culture et d une dynamique sociétale commune à l\u2019ensemble des Québécoises et Québécois de toutes origines ».Il est intéressant de noter que, dans le premier volume, sur quatre textes péquistes retenus, trois sont de femmes soit de Louise Harel, Francine Lalonde et Lise Payette mais force est de constater que les Québécoises sont presque absentes de 104 ce volumineux travail, à peine une dizaine d\u2019entre elles figurant dans le premier volume et sept dans le deuxième.Soit parce qu\u2019elles restent toujours minoritaires dans le domaine de l\u2019écriture, soit parce qu\u2019elles n\u2019ont pas consacré la majeure partie de leur énergie à cet aspect de leur oppression.Au sujet de cette faible présence des femmes dans l\u2019anthologie, Andrée Ferretti écrit dans sa présentation de 2003 : « Forcé de sabrer dans le manuscrit, j\u2019ai opté pour la conservation du plus grand nombre possible de textes écrits par des femmes et par des jeunes, quand, par leur thématique et leur argumentation, ils se comparaient avantageusement à beaucoup d\u2019autres.J\u2019ai en outre considéré le fait que les premières représentent le plus imposant bataillon et le plus dévoué des militants de l\u2019ombre, et que les seconds tiennent notre avenir entre leurs mains.Il n\u2019en demeure pas moins que leurs textes occupent une part congrue du volume, étant effectivement peu nombreux dans le corpus indépendantiste.» On y retrouvera des textes d\u2019Anne Légaré, Hélène Pelletier-Baillargeon, Lise Bissonnette, Mona-Josée Gagnon, Louise Beaudoin, Hélène Pedneault et Élaine Audet.Vaincre l\u2019aliénation et la peur Dans la remarquable introduction du premier volume, Andrée Ferretti et Gaston Miron dégagent les traits caractéristiques du discours indépendantiste à chaque étape de la lutte du peuple québécois pour se libérer de la domination étrangère et décider de son propre destin.On y note que, contrairement à ce qu\u2019on croit, le Québec a toujours été ouvert sur le monde et influencé par les grands mouvements d\u2019émancipation qui l\u2019agitent que ce soient les révolutions française et américaine, le mouvement de décolonisation des peuples, la lutte pour le socialisme et le mouvement 105 de libération des femmes.Mais, tout au long de notre histoire, parallèlement à la rébellion, à l\u2019impertinence joyeuse et frondeuse de notre peuple face aux Anglais, progresse cette aberration qui consiste à nous voir et définir selon leur regard.À nous concevoir comme partie intégrante d\u2019un pays qui nous est si totalement étranger.Comment expliquer ce comportement, lit-on dans l\u2019introduction, sinon par le refoulement de la Conquête anglaise qui a fait de nous un peuple colonisé et une minorité dominée au sein du Canada.Jusqu\u2019à ce jour, nous avons échangé notre intégrité contre une intégration sécurisante en laissant à d\u2019autres le pouvoir de décider pour nous.Le Québec s\u2019est replié sur une identité folklorique et continue à être lié aux alliances et aux choix de la majorité canadienne, à son ingérence constante pour limiter les miettes de juridiction qu\u2019elle lui a consenties.Petit à petit, il est arrivé à considérer sa domination comme normale et à intérioriser le rôle de continuel perdant auquel l\u2019accule systématiquement l\u2019État canadien.L\u2019aliénation québécoise nous condamne à lutter sur le terrain de l\u2019ennemi et à nous soumettre à des règles du jeu inégales qui ne sont pas les nôtres comme on le voit tout au long de notre histoire et lors des référendums qui portent sur les offres du Canada et non sur la souveraineté du Québec.Différence entre nationalisme et indépendance On trouve dans cette anthologie une critique incisive du nationalisme qui s est borné à lutter pour la sauvegarde de notre langue, de notre culture et de notre religion sans viser une pleine émancipation politique par le rapatriement de tous les pouvoirs dans l\u2019État québécois et l\u2019indépendance politique, économique et culturelle du Québec.Critique io6 nécessaire d\u2019un nationalisme peureux incapable d\u2019en finir avec la dépendance et l\u2019aliénation qui se borne à réclamer un nouvel aménagement de notre fondamental état de colonisés minoritaires au sein du fédéralisme canadien pour qui, on l\u2019a vu depuis toujours, la moindre revendication d\u2019autonomie de notre part est une menace inacceptable.Une telle stratégie de quêteux, défensive plutôt qu\u2019offensive et créatrice, qui caractérise « le nationalisme traditionnel et actuel, maintient le Québec dans le passé, l\u2019enferme dans le provincialisme, l\u2019obligeant à un perpétuel recommencement des mêmes luttes, nées des mêmes revendications, en vue des mêmes objectifs », écrivent Ferretti et Miron pour qui « l\u2019indépendance est la condition sine qua non à la réalisation d\u2019un projet de société ».Ainsi, en nous laissant envahir par la peur et en refusant de prendre les risques qu\u2019impliquent la liberté et la maîtrise de notre destin national, nous renonçons à ce projet de société nouvelle que les mémoires soumis aux diverses commissions mises en place par les gouvernements péquistes par la majorité du peuple québécois (mouvement syndical et coopératif, mouvement des femmes, unions des producteurs agricoles, groupes populaires, artistes, écrivains etc.) appellent de tous leurs vœux, car nous ne possédons pas les leviers de pouvoir qui nous permettraient de la réaliser.Entériner la notion de « société distincte », de province parmi d\u2019autres au sein du Canada, c\u2019est renoncer à 1 affirmation de notre identité nationale et à notre droit de créer un État québécois libre et indépendant en mesure de transformer la réalité selon nos aspirations les plus profondes.Cette anthologie est un instrument indispensable pour comprendre les enjeux de l\u2019indépendance, saisir la constante volonté de libération de notre peuple à travers son histoire et 107 la diversité de ces voix qui toutes nous convient à briser l\u2019engrenage de la dépendance et de la soumission.Les textes sont précédés de notes biographiques sur les auteur-es et on trouvera, à la fin de chaque volume, une chronologie des événements politiques relatifs à la question nationale, accompagnée d\u2019une bibliographie sélective.Les éditions Typo présentent les deux volumes en format poche dans un beau coffret à prix modique.Au moment où le débat sur l\u2019importance de la question nationale bat son plein au sein de la gauche, Les grands textes indépendantistes constitueront sans doute un outil de choix pour permettre aux indécis-es de se faire une idée claire sur la nécessité « de la réalisation conjointe et indissociable de l\u2019indépendance politique et de l'émancipation sociale » du Québec.Andrée Ferretti, armée d\u2019une patience et d\u2019une persévérance à toute épreuve, a accompli un travail gigantesque en élaborant cet ouvrage essentiel, pétri dans la pensée et les rêves de plusieurs générations de Québécois et de Québécoises.Elaine Audet,écrivaine.GÉRARD BOUCHARD La pensée impuissante.Échec et mythes nationaux canadiens-français.(1850-1960),Boréal, 2004.Ce livre forme, à vrai dire, avec le précédent, Les deux chanoines, un seul et même livre.La conférence, Raison et contradiction, expose le cadre théorique dans lequel il s\u2019inscrit et constitue en quelque sorte son introduction.Ce triptyque s\u2019adosse à son tour à Genèse des nations et cultures du nouveau monde.Ce livre, on le sait, a fait date et fut honoré par le prix du Gouverneur général. Dans cette œuvre, l\u2019auteur avait pris quelque distance vis-à-vis l\u2019historiographie modernisante à laquelle il continue cependant d\u2019appartenir quoi qu\u2019il en ait dans la mesure où il s\u2019efforçait de prendre thématiquement en compte les représentations collectives, les représentations culturelles, notamment l\u2019imaginaire national, cette entité quasi impalpable et pourtant, à sa façon, hyper-réelle.Pour l\u2019historien social qui se veut scientifique, cette matière essentiellement subjective et réputée volatile représente un défi majeur.L'action humaine est d\u2019entrée de jeu médiatisée par des représentations, donc des systèmes symboliques et, bon gré mal gré, le sociologue doit l\u2019affronter comme telle.Mais comment cerner cette réalité floue et l\u2019encapsuler dans des formules précises et vérifiables ?Ces représentations collectives riches de sens mais ambiguës ne risquent-elles pas d\u2019introduire dans l\u2019explication causale « toutes sortes de distorsions que la réalité quotidienne devrait normalement invalider » ?Ce devoir-être, en apparence si innocent trahit, je le crains, un postulat positiviste et déterministe.En présence de l\u2019écart entre le réel et la représentation, celle-ci ne doit-elle pas se soumettre aux faits, à l\u2019autorité de la science ?La « conscience » ne doit-elle pas s\u2019accorder à « 1 ambiance » (Jean Lemoyne).Toute représentation identitaire, notamment nationale, n\u2019est-elle pas suspecte, artificielle, voire erronée ?Alors le sociologue, scientifiquement armé, doit corriger cette « conscience fausse ».Ce parti-pris théorique est lourd de conséquences.Selon cette conception, en effet, nous aurions été canadien-français « par erreur » (Daniel Dagenais).Nous devrions donc consentir sans réserve à notre être vrai, c\u2019est-à-dire à notre américanité.La véritable histoire du peuple québécois est celle de son implantation continentale.Puisque nous avons toujours été américains et modernes sans le savoir, nous devons nous réconcilier sans états d\u2019âme avec notre destinée américaine.Alors pourquoi vou- 109 loir un État indépendant qui soit pleinement nôtre, le lieu et l\u2019organe de notre vouloir commun, si le projet ultime est de consentir enfin à ce que nous avons toujours été à notre insu.Comme on pouvait s\u2019y attendre, on n\u2019a pas manqué de relever chez Bouchard comme un hiatus entre l\u2019historien et le citoyen : le projet de la souveraineté ne s\u2019appuie pas sur un véritable sujet national, puisque délesté de sa mémoire, sans épaisseur historique, vide par sa volonté éperdue d\u2019ouverture à la modernité radicale.Comme si une nation purement civique, sans souche ethnique, pouvait exister quelque part dans le monde.Les nations réputées les plus civiques ont toutes été portées à l\u2019origine par une ethnie et, devenues civiques, conservent les traces de leur origine.Dans le cas des États-Unis, John Jay le reconnaissait volontiers et n\u2019en éprouvait aucune mauvaise conscience : « Providence has been pleased to give this one connected country to one united people - a people descended from the same ancestors, speaking the same langage, professing the same religion, attached to the same principles of governement, very similar in their manners and customs ».Tout État-nation est à la fois ethnique, culturel et civique, selon des formes et des modalités chaque fois singulières.Les Patriotes aspiraient à dépasser l\u2019ethnoculturel par le civique ; ils y furent refoulés de la manière que l\u2019on sait, manu militari.Comment la nation aurait-elle pu survivre autrement qu\u2019en survalorisant sa composante culturelle ?La pensée impuissante étudie la période qui a suivi leur échec (1850-1960).« le long hiver de la survivance » où prédomine « la pensée équivoque ».Ce type de pensée se définit par opposition à la « pensée radicale » et à la « pensée organique ».Chaque société est traversée par toutes sortes de tensions.Devant le « contradictoire », on peut trancher dans le vif, no choisir l\u2019un des termes de l\u2019antagonisme, et le mythe relayant la pensée, agir résolument en conséquence.Par rapport à la complexité de la situation la pensée radicale peut paraître outrageusement simplificatrice et unilatérale mais on ne peut lui reprocher l\u2019indécision.Telle est l\u2019idéologie jacobine en France, le communisme soviétique, les fascismes.La pensée dite organique s\u2019applique à dépasser la contradiction en accommodant les deux termes de la tension dans une troisième instance qui opère la synthèse.La pensée équivoque ou fragmentaire, elle, reste prise dans la juxtaposition des contraires, confuse ou syncrétique et incapable d\u2019une action efficace.Le corps de l\u2019ouvrage vise à démontrer à travers « l\u2019analyse d\u2019un groupe de penseurs (un peu acteurs aussi) canadiens-français très influents », de la période 1850-1960, la prédominance de la pensée équivoque.Parmi plusieurs écrivains, l\u2019auteur a retenu quatre figures typiques : Arthur Buies, (1840-1901), Edmond de Nevers (1862-1906), Edouard Montpetit (1881-1954), Jean-Charles Elarvey (1899-1967).Dans le chapitre final il revient sur la pensée de Groulx et répond à certains de ses contradicteurs.On l\u2019aura compris, ces monographies ne s\u2019attachent pas à étudier ces auteurs pour eux-mêmes mais servent à illustrer le syncrétisme et l\u2019impuissance d\u2019un certain imaginaire national.Conformément à la vulgate moderniste, la lecture qui nous est proposée ici est impitoyable.Nous avons vraiment changé d\u2019époque mais la nôtre se définit, aujourd\u2019hui encore, en opposition à cette « Grande noirceur ».Sous le mode du rejet global nous sommes encore captif de cette période jugée honteuse parce que nous aurions peut-être pu, sinon agir, du moins rêver autrement.Peut-être aurions-nous dû épouser plus franchement l\u2019ambition radicale telle que l\u2019ont m incarné les États-Unis, même si en l\u2019occurrence la norme était plutôt l\u2019exception parmi les collectivités neuves.Ce jugement sévère affleure dans certains passages : « de véritables utopies de rupture (par exemple : la manifest destiny aux États-Unis, le mythe de métissage et de la nouvelle race au Mexique, l\u2019indigénisme en Amérique latine.) auraient brisé le syncrétisme et auraient soit largué, soit incorporé autrement la référence terrienne et traditionnelle.Elles auraient exploité la thématique de l\u2019indianité.Elles auraient justifié une attache paysanne à la manière de Jefferson et Jackson, dans une apologie de la petite propriété, de l\u2019émancipation individuelle et responsable, de la liberté éclairée par l\u2019éducation, épanouie dans une société laïque, républicaine.Ou bien elles auraient inséré le projet rural dans un rêve écologique, comme en Nouvelle-Zélande.Elles auraient pu se faire subversives, rêver à des actions de contestation de l'ordre existant (comme à Haïti), imaginer une mobilisation des classes populaires contre l\u2019ordre économique et social (comme en Australie).Enfin, comme je l\u2019ai indiqué, elles auraient pu situer Tailleurs de l\u2019utopie au cœur même de vieil habitat laurentien, mais réaménagé selon un modèle original, comme l\u2019avaient fait les Patriotes, comme allaient le faire dans la seconde moitié du XXe siècle les projets d\u2019affranchissement portés par le mouvement felquiste d\u2019abord, par les partis souverainistes ensuite » (p.50).Mais, était-ce vraiment le cas ?À court terme, après l\u2019échec (d\u2019ailleurs prévisible) des Patriotes, une nouvelle stratégie de rupture était-elle envisageable ?Le rêve de la reconquête était à la fois obsédant et impossible.En contrepoint, G.Bouchard, comme d\u2019autres, l\u2019admet : la situation avait quelque chose de tragique.L\u2019horizon était bouché.Malgré tout, contre vents et marées, l\u2019exigence de la reconquête ne fut jamais abandonnée.Bien plus, elle supplante l\u2019inhibition 112 des mythes dépresseurs, comme il l'affirme avec raison : « ce qui se dégage clairement de mes analyses, c\u2019est que la pensée canadienne-française de cette époque est entièrement traversée par la thématique de la reconquête - en contrepartie du sentiment de l\u2019échec- bien plus que par celle de la survivance.De même, toute la rhétorique du repli sur soi m\u2019apparaît extrêmement réductrice » (p.249).Ainsi, en dépit du traumatisme de la Conquête (malencontreusement aplatie en Cession), le projet national de la reconquête fut vivant et agissant, même durant cette période désespérante.Au moment où nous sommes à nouveau tentés par la « pensée équivoque », il est bon de se rappeler la continuité de cette ambition, la plus profonde de notre histoire.Alors, pourquoi, sommes-nous si durs avec notre passé canadien-français ?Dans un texte récent, G.Bouchard a répondu avec à propos à cette question et tempère sa propre sévérité.« C'est le symptôme le plus courant des petites nations qui ont été longtemps dominées et sont restées trop pénétrées du sentiment de leur propre fragilité.Elles cultivent la mésestime de soi et ont tendance à se percevoir à travers le regard de l\u2019autre, auxquelles elles se croient volontiers inférieures.Si bien qu\u2019à la fin, elles sont encore plus petites et ressentent encore plus vivement le besoin de démontrer qu\u2019elles pourraient être grandes, plus grandes même que les autres - en quoi elles trouveront ensuite une autre raison de se désoler » (Dérapage de la mémoire, La Presse, 13.05.04, A21).Il n\u2019y a pas de honte à être une petite nation bien quelle soit souvent perçue comme ethnocentriste, xénophobe et subversive du simple fait quelle est minoritaire.On devrait plutôt se réjouir du fait qu\u2019elle s\u2019efforce de substituer l\u2019autonomie à la dépendance, le courage à l\u2019abandon devant l\u2019adversité.Jean Roy ii3 GÉRARD FILTEAU Histoire des Patriotes, Septentrion, 2003.Mon éditeur québécois préféré, Septentrion, nous refait le coup d une contribution livresque indispensable avec sa réédition de l\u2019Histoire des Patriotes de Gérard Filteau.Le travail éditorial est exceptionnel : un livre de luxe, superbement illustré, pédagogique et doté de tout le nécessaire pour la recherche ou pour une simple lecture agréable.Ce livre est également, à plus d\u2019un égard, un classique de notre historiographie.D\u2019abord, il constitue la première et la seule tentative historique globale d\u2019interprétation du mouvement patriote qui conduisit aux rébellions de 1837-1838.Une quantité innombrable d\u2019ouvrages et d\u2019articles sont, bien entendu, parus depuis la première publication de cette grande synthèse en deux volumes un siècle après les événements (1938-1939), mais aucun n\u2019aura la largeur de vue de cette Histoire des Patriotes qui embrasse de manière cohérente l\u2019ensemble des causes, des finalités, des modalités et des conséquences du mouvement de Papineau et de ses partisans.Le livre de Filteau est également un classique par l\u2019étendue de 1 érudition qu\u2019il déploie pour étayer son interprétation.Solidement appuyés sur les documents officiels, les témoignages recueillis et les archives journalistiques, les arguments de 1 auteur n ont rien perdu de leur vigueur et de leur complexité.Bien sûr, Filteau écrit à une époque bien située et pour un public ciblé qui ne se laisse pas convaincre facilement de la valeur du mouvement patriote.C\u2019est en partie pourquoi notre auteur choisira d\u2019éviter certains faits pour donner à sa thèse plus de recevabilité publique.Sans lui rendre pleinement justice, nous pouvons résumer cette thèse en 4 points : 1) notre lutte nationale, exclusive- 114 ment fondée sur un rapport conflictuel ethno-culturel qui aurait atteint ses limites dans un contexte d\u2019injustices flagrantes, tirait son origine réelle dans un « complot anglais » cherchant délibérément l\u2019insurrection de la population française afin d\u2019être en mesure par la suite de la réprimer une bonne fois pour toute ; 2) les idées politiques républicaines et révolutionnaires n\u2019auront qu'un rôle fort limité dans l\u2019organisation et la mobilisation des citoyens contre le régime ; 3) l\u2019errance insurrectionnelle doit ainsi nous apparaître aujourd\u2019hui comme une magistrale erreur historique, mais une erreur bien compréhensible étant donné un contexte où les possibilités salvatrices devenaient de plus en plus minces du point de vue patriote ; 4) le clergé, enfin, joua un rôle modérateur et globalement positif dans un contexte où la radicalisation patriotique ne lui donnait guère de choix pour traiter avec un mouvement de plus en plus laïque et contestataire du statu quo qui, rappelons-le, était traditionnellement en faveur de la collaboration avec l\u2019Empire britannique.L\u2019ensemble de cette thèse a été critiqué dans le détail par une multitude d\u2019historiens mieux renseignés et dotés de moyens plus sophistiqués.Ces derniers auront mieux dessiné que Filteau le contexte socio-économique et politique des insurrections ; montré la place importante occupée par les anglophones ; et, enfin, les travaux récents ne laisseront pas de côté la dimension idéologique du mouvement politique révolutionnaire.Pour toutes ces questions, je recommande la lecture de la solide introduction savante du livre par Gilles Laporte, qui dresse un portrait assez complet des débats historiographiques entourant les patriotes.a ?a ?a 115 Filteau, à 1 époque où il écrit son livre, voulait éviter soigneusement qu il soit l\u2019objet d\u2019une récupération politique partisane.Il en avait tout autant contre l\u2019interprétation « trop libérale », qui faisait des rébellions une lutte réformiste pour les droits et libertés, que celle « trop nationaliste », qui voulait glorifier sans nuance la mémoire de nos héros tombés au combat contre l'oppresseur anglais.Catholique, admirateur des institutions britanniques, modérément nationaliste, Filteau choisit donc une voie du milieu, la sienne, pour raconter 1 histoire des Patriotes afin que celle-ci soit compatible avec le sens de notre histoire longue : les hommes du mouvement ne voulaient pas faire la révolution ni renier leurs racines catholiques, mais seulement faire reconnaître leurs droits et mettre fin aux aberrations qui se multipliaient dans le gouvernement corrompu de l\u2019époque.Le régime juridique et politique britannique était globalement bon ; ce sont donc à son avis les administrateurs anglophones corrompus et mal intentionnés, et non les institutions elles-mêmes, qui étaient les vrais responsables des troubles.Si peu politique qu\u2019elle soit en apparence, je pense pour ma part que cette interprétation masque plutôt mal son jeu.Sa prétendue recherche du consensus me semble en fait motivée par une réhabilitation de la mémoire des Patriotes dans le sens d\u2019une légitimation du nationalisme canadien-français tel qu il était vécu au Québec dans les années 1930-1950.Le manque de regard de l\u2019historien pour les idées politiques des Patriotes, spécialement en ce qui a trait à la religion, en dit certainement long sur les intentions réelles qui l\u2019animent.Au sujet des 92 Résolutions et des discours de Papineau en particulier : « C\u2019est un aspect qu\u2019il ne faut pas oublier de remarquer : jamais, dit-il, les Patriotes n\u2019ont proposé de réformes par simple amour de la réforme, ou par esprit d\u2019opposition, ou simplement pour satisfaire des théories. Ils n\u2019étaient ni des démocrates, ni des réformistes, ni des libéraux : ils étaient avant tout des nationalistes.» (p.140) Ainsi, le texte des 92 Résolutions, ceux de l'Adresse des Fils de la Liberté ou celui de la Déclaration de la Confédération des Six-Comtés ne seront jamais sérieusement analysés par Filteau.Pas plus que les très nombreuses lettres et autres documents officiels ou officieux qui nous en apprennent beaucoup sur les idées politiques patriotiques.Un autre indice important de l\u2019intention nationaliste du texte, à mon avis beaucoup plus positif, peut être lu dans un passage révélateur qui apparaissait à la fin de l\u2019introduction dans l\u2019édition originale de 1937 \u2014 Que 1 auteur choisit étrangement de faire disparaître pour l\u2019édition de I975- Après une présentation rapide de l\u2019importance de son sujet et du plus grand intérêt qu\u2019il conviendrait de lui accorder, Filteau change subitement de ton et devient plus polémiste, en accusant les bien-pensants de la petite loterie coloniale, tout comme ces « Chouayens » d\u2019aujourd\u2019hui qui en veulent toujours aux Patriotes d\u2019avoir fait perdre quelques dollars à leurs ancêtres en se battant pour des « abstractions ».Il ajoute : « Et pourtant, pour ses abstractions : liberté de penser en français, liberté d\u2019agir en français, liberté de se perpétuer comme entité française, les hommes de 37, comme ceux de 1812 et de 1775, se sont battus et sont morts.Aujourd\u2019hui, d\u2019autres sont prêts à descendre dans l\u2019arène.Les hommes d\u2019autrefois leur ont tracé un programme : celui de notre survivance, de notre émancipation, de la conquête de toutes les indépendances matérielles et politiques nécessaires à l\u2019épanouissement de la vie nationale.Le jour où nous aurons résolu de nous redresser et de nous tenir debout, nous devrons nécessairement retourner vers les doctrines de ces pionniers. 117 « Puissions-nous, un jour ou l\u2019autre, reprendre ce que proposait l'idéal des Patriotes et reconstituer sur ses bases l\u2019évangile national ! Puissions-nous avoir le courage de le mettre en œuvre et le bonheur, un jour, de le faire régner triomphant sur cette patrie qui est nôtre et doit rester nôtre ! » (p.8) a ?a a Le message fondamental, quelque peu dilué dans le travail historien du reste du livre de Filteau, me semble donc limpide : les Patriotes représentent ce qu\u2019il y a de plus admirable pour le combat national des Québécois, c\u2019est-à-dire la conquête de leur liberté politique.Les nombreux compromis que 1 historien doit apporter dans son interprétation afin de ménager les fortes dimensions catholique et conservatrice du nationalisme de l\u2019époque, ne doivent donc pas nous aveugler sur le sens réel et profond du projet qu\u2019il se donnait en écrivant son Histoire des Patriotes.Les limites du travail historiographique de Filteau ne doivent pas non plus nous priver des références conceptuelles qui permettaient aux Patriotes de défendre leur projet national de libération.L\u2019anti-intellectualisme de l\u2019époque de Filteau n\u2019est certainement plus tenable au niveau méthodologique, mais sa position offrait l\u2019avantage de mettre les choses sous 1 éclairage puissant d\u2019une évidence toujours contemporaine qui s\u2019est graduellement gravée au fil du temps dans le sens commun québécois : les Patriotes se sont battus pour la liberté, la nôtre, rendons-leur gloire pour leur sacrifice et continuons le combat de la libération nationale ! Dave Anctil FRÈRE MARIE-VICTORIN Mon miroir.Journaux intimes 1903-1920, Montréal, Fides, 2004, 814 p.Le Frère Marie-Victorin aura été l\u2019une des plus grandes figures intellectuelles du vingtième siècle québécois.Savant autant qu\u2019entrepreneur, Marie-Victorin aura été un infatigable animateur de la vie intellectuelle, un promoteur de l\u2019enseignement des sciences et un bâtisseur d institutions qui ont façonné aussi bien le paysage urbain montréalais (le Jardin botanique de Montréal) que le monde universitaire et celui de l\u2019enseignement.Le Frère enseignant a été un pionnier dans son ordre et dans notre milieu.Ses réalisations sont connues et elles ont constitué un legs durable et remarquablement fécond.L\u2019homme lui-même, le savant aura été un véritable modèle, une figure d\u2019autorité qui a inspiré des vocations, incarné un type de scientifique et d\u2019intellectuel qui ont fait de lui une personnalité publique respectée et admirée en son temps, un peu mythifiée par la suite, comme c\u2019est souvent le cas avec des figures aussi marquantes.La publication des journaux intimes dans une remarquable édition préparée par Gilles Beaudet et Lucie Jasmin constitue à cet égard une contribution extraordinaire puisqu\u2019elle permet de faire la connaissance de l\u2019homme avec une proximité qui ne nous est pas souvent donnée.Mon miroir, titre que Marie-Victorin avait donné à son journal, regroupe dix cahiers que le jeune frère a noircis entre 1903 et 1920.Ce furent des années cruciales au cours desquelles le jeune homme a fébrilement cherché sa voie.On y découvre un être à la vie intérieure intense et tourmentée, tout entier absorbé à dominer les événements qu\u2019il affronte comme autant de combats à livrer contre les forces qui se dressent devant les idéaux qu\u2019il ambitionne de servir.C\u2019est une lecture Tig difficile cependant que celle de ce journal qui - c\u2019est la loi du genre - cherche à tirer de la banalité des jours ce qui donne son sens à un parcours.Marie-Victorin s\u2019y révèle, certes, mais dans des mots, dans une forme de vie et un contexte social et spirituel qui paraîtront à plusieurs si éloignés des repères contemporains qu\u2019un effort certain leur sera requis pour accéder à ce qui fait la richesse de l\u2019homme et de l\u2019immense témoignage qu\u2019il a laissé.Ce journal permet de suivre un jeune homme dans une ascèse qu\u2019il pense et vit dans une spiritualité dont la forme et 1 expression ont beaucoup vieilli \u2014 notamment en ce qui concerne l\u2019éthique du service et de la vocation, la morale sexuelle, les formes de la dévotion et les pratiques du recueillement.Cela en rebutera plusieurs.Il faut faire un véritable effort pour surmonter la distance que l\u2019histoire a placée entre le dialogue du jeune frère avec lui-même et avec son temps, mais cela en vaut la peine.Un être d\u2019exception s y révèle.Sa démarche, les enjeux de sa vie intérieure, les façons qu\u2019il a de se poser dans le monde ne renvoient pas seulement qu\u2019à des matériaux inertes, à des formes périmées.C est un destin d homme qui se joue dans ses pages avec une rare intensité.Et ce qui s\u2019y révèle, autant que ce qui s\u2019y noue ou s\u2019y dénoue, nous renvoie non seulement à une meilleure compréhension des événements historiques auxquels il a pris part, mais encore et surtout à une meilleure appréhension, pour ainsi dire de l\u2019intérieur, de ce qui a été une genèse.Genèse biographique certes, mais aussi genèse culturelle, surgissement au point de croisement de l\u2019individuel et du collectif d\u2019une manière de voir le monde et de s\u2019y définir un destin en se dépassant soi-même, en sublimant pour ainsi dire la condition commune dont les termes s\u2019en trouvent dès lors transformés.C\u2019est en ce sens d\u2019abord que 120 Marie-Victorin aura été un fondateur, une figure inaugurale dans la culture québécoise.De santé fragile, le jeune novice est très tôt confronté à la mort qui rôde.Les bacilles qui ravagent ses poumons l\u2019obligent à une incessante confrontation avec l\u2019inéluctable et c\u2019est dans l\u2019appréhension d\u2019une mort imminente que le jeune frère pense sa foi, sa vie, sa vocation.Il est convaincu qu\u2019il n\u2019en a pas pour très longtemps.La conscience aiguë des échéances ne marque pas seulement sa quête d\u2019un sceau tragique et grave, elle lui impose une urgence que l\u2019on sent partout en ces pages.Le jeune homme veut vivre pleinement, il veut, en tout et pour tout, aller et s\u2019en tenir à l\u2019essentiel.Cela fait de lui un être exigeant pour lui-même d\u2019abord, pour son milieu ensuite.Marie-Victorin n\u2019est pas l\u2019homme de la placidité, ses tiraillements intérieurs sont au cœur de la pratique de sa foi.Ce qu\u2019il cherche dans sa vocation, ce n\u2019est pas le confort mais l\u2019accomplissement.Tout dans la vie du jeune homme apparaît donc tendu vers l\u2019effort, le travail acharné, le dépassement.C\u2019est un idéaliste toujours inquiet et insatisfait de ne pas être la hauteur des exigences de sa foi, des devoirs de sa vocation, des besoins de ses jeunes élèves.De page en page, le jeune frère se construit dans un exigeant dialogue avec lui-même, avec les Écritures, avec les grands textes des fondateurs de son ordre, avec les écrivains qu il fréquente.Au fil des ans, le journal nous livre un jeune homme qui se découvre une passion pour la flore, qui prend un plaisir évident à la création littéraire.Son attachement à son peuple et à sa langue est fort.Il partage les préoccupations de son époque pour la défense d'un français capable de dire le monde, on le voit souscrire aux activités de la Société Saint-Jean-Baptiste, on suit sa réflexion sur la modernisation 121 et les enjeux qu\u2019elle pose à son peuple.Il est membre d\u2019un ordre enseignant, son intérêt pour la connaissance, l\u2019importance qu\u2019il accorde à l\u2019instruction dans le développement de la collectivité l\u2019amènent à semer, ça et là, des jugements, la plupart du temps brefs mais très critiques, sur les notables et les politiciens.Le jeune homme cherche à faire une synthèse, à faire les liens entre ses idéaux, sa vie, son milieu, son potentiel et ses limites.Marie-Victorin aspire à concilier la totalité de sa vie dans le sens qu\u2019il cherche à donner à sa vocation.Il fera de sa passion pour les sciences et la beauté du monde une composante essentielle de sa vie spirituelle.L\u2019autodidacte s\u2019affirme au fil des ans comme un savant désireux de situer la science dans ses rapports avec la religion, comme un pédagogue toujours à la recherche des meilleurs moyens de stimuler et nourrir la curiosité chez les jeunes esprits qu\u2019il doit former.D\u2019une année à l\u2019autre, au gré des retraites fermées, des pauses estivales ou des épisodes accablants d\u2019une convalescence angoissante, la réflexion s\u2019étoffe, une vision du monde originale s\u2019élabore.L'humaniste qui placera les sciences au cœur de son aventure intellectuelle s\u2019affirme progressivement, laissant voir les valeurs et les orientations qui donneront sens à des réalisations qu\u2019il n\u2019entrevoit guère lui-même en ces années d\u2019apprentissage.Le journal laisse bien voir, et c\u2019est fascinant, où se recoupent les insatisfactions personnelles et les motifs d\u2019innovation sociale qui conduisent le frère Marie-Victorin sur la voie des recherches d'une plus dense philosophie pédagogique, de meilleures techniques d\u2019animation, de stratégies pour contrer la pénurie des moyens, etc.Des anecdotes de classe, des problèmes d\u2019intendance, des dilemmes d'organisation dans les œuvres modestes de la vie de son collège laissent déjà voir 122 ce qui deviendra son style, son tempérament d\u2019entrepreneur, sa capacité de ruser avec la pénurie ou la modestie des moyens.Marie-Victorin affine sa connaissance des hommes au travers la recherche pédagogique que le souci de « ses » jeunes l'amène à conduire avec une rigueur et des méthodes peu courantes en son milieu.Les cahiers laissent également voir les contraintes que lui imposent l\u2019appartenance à son ordre en ce qui concerne la conduite d\u2019une « carrière » scientifique, les effets de sa notoriété naissante sur son rôle et sa place auprès des autres frères, sur les difficultés que lui posent les nécessités de composer avec le monde et ses attraits quand on se fait le projet de ne pas y succomber.Le journal s\u2019interrompt au moment où Marie-Victorin, à la mi-trentaine, entreprend sa vie publique, la carrière qui l\u2019amènera à des réalisations dont le journal nous révèle les fondements les plus intimes, les ambitions les plus nobles.Ce n\u2019est pas la moindre des révélations de ces pages que de nous faire voir un homme qui, en ses années de formation, a réussi à se tenir au-dessus des mesquineries que suscitent inévitablement les manifestations encore tâtonnantes des qualités qui font les êtres d\u2019exception.Marie-Victorin tel qu\u2019il se dévoile en ces pages ne reste pas seulement à la hauteur de ce que l\u2019histoire et la culture québécoises ont jusqu\u2019ici retenu de lui, il s\u2019y révèle encore plus indispensable.Voilà un livre sur les intentions premières qui permettra de mieux saisir ce qui animait un de ces pionniers qui ont lancé sur le monde des questionnements et des ambitions qui ont contribué à donner à la culture québécoise d aujourd hui des ancrages aussi bien que des tensions qui lui confèrent sa dynamique propre.Par un étrange retournement, le jeune Marie-Victorin sert ainsi au mieux les réalisations de sa maturité en les ramenant dans un espace qui permet de 123 reconfigurer le travail de la mémoire.À sa manière, ce journal est certainement un texte fondateur.Robert Laplante JEAN-PHILIPPE WARREN (Textes choisis et présentés par) Edmond de Nevers, La question des races, Anthologie, Bibliothèque Québécoise, 2003, 234 p.Au tournant du siècle passé, un fils d\u2019agriculteur polyglotte et globe-trotter s\u2019est acquis au Canada français un prestige considérable.Edmond de Nevers est pour certains le penseur le plus influent de son époque et, ce qui n\u2019est pas sans attirer vers lui l\u2019attention de nos contemporains, l\u2019un des principaux inspirateurs du nationalisme canadien-français de la première moitié du XXe siècle.L\u2019époque de de Nevers est fascinée par la question des races, la nôtre ne l\u2019est pas moins.C\u2019est sans doute dans cette fascination partagée que Jean-Philippe Warren a trouvé la motivation pour rassembler, dans ce petit recueil, l\u2019ensemble des textes de de Nevers dans lesquels notre auteur traite des races ou des nations ; bref, de tout ce en quoi l\u2019on espère trouver des propos injustifiables lorsqu\u2019on se penche sur l\u2019œuvre des écrivains des siècles passés.Il faut le dire, l\u2019exercice auquel s\u2019est livré Warren est édifiant.À travers ses lectures de L\u2019Âme américaine, de L\u2019Avenir du peuple canadien-français, des conférences et articles de journaux publiés par de Nevers, Warren a rassemblé dans une courte anthologie tout ce que notre essayiste a pu dire sur ce qui n\u2019était pas canadien-français.Le résultat est loin d\u2019être inutile.Finies les longues analyses de L\u2019Âme américaine, voilà offert au lecteur dans un format poche sulfureux tout ce qui 124 l\u2019intéresse vraiment : les détails croustillants sur les autres « races ».Il faudrait penser soumettre l\u2019œuvre de Lionel Groulx au même exercice et, puisqu\u2019un esprit déterminé ne saurait s\u2019arrêter en si bon chemin, celle de Fernand Dumont.Pour faciliter la lecture de son anthologie, Warren a choisi de l\u2019organiser de manière prosaïque, c\u2019est-à-dire par « race ».Le lecteur peut ainsi aller directement à la « race » qui l\u2019intéresse et lire les dix ou douze extraits qui lui sont consacrés.Le travail de documentation ainsi accompli permet au lecteur de sauver un temps considérable, puisque dans les ouvrages de de Nevers, les propos sur une même « race » sont souvent séparés les uns des autres par des centaines de pages.Que voulez-vous ! Notre essayiste enflammé n\u2019avait guère l\u2019esprit systématique, une lacune que Warren nous permet aujourd\u2019hui de combler.Ainsi, en plus d un chapitre consacré à la question des races en général, le lecteur pourra lire les meilleurs passages de de Nevers sur les Français, les Anglais, les Américains, les Allemands, les Autrichiens, les Flongrois et les Irlandais.Passons maintenant à la question qui nous intéresse vraiment : de Nevers était-il raciste ?J\u2019avoue que même après une lecture attentive de cette anthologie, je ne sens point assez docte pour répondre.Je vous renvoie ainsi à la longue mais éclairante introduction à l\u2019ouvrage, dans laquelle Warren a senti le besoin d\u2019analyser cette question de manière minutieuse et détaillée.Pour bien mettre en garde son lecteur contre les passages qu'il a rassemblés, Warren rappelle que : Edmond de Nevers est peut-être, tous pays confondus, un des auteurs où se lit le mieux le développement de ce « racisme exclusiviste » si caractéristique de l histoire occidentale, (p.12) Warren n\u2019est pas inconscient du caractère compromettant de l\u2019anthologie qu\u2019il s\u2019apprête à livrer à un lectorat peut-être 125 insuffisamment critique, ce qui l\u2019oblige à contextualiser l\u2019œuvre de de Nevers dans le cadre plus général de l\u2019histoire humaine : Les siècles passés - le nôtre encore - ont été des siècles de profonde et violente intolérance envers des groupes, des peuples, des minorités qui n\u2019avaient commis d\u2019autres crimes que celui d\u2019exprimer leur différence et de croire en la fraternité humaine, (p.12) Ainsi, Edmond de Nevers a écrit en cette époque trouble et troublée de nationalisme intransigeant.À cette époque où, comme nous le rappelle à propos Warren : tout, de l\u2019Amérique à l\u2019Europe, nous montre le spectacle désolant de crispations identitaires et de replis dogmatiques sur les frontières illusoires d'une portion de l'humanité, (p.13) De Nevers n\u2019est pas donc un esprit simple égaré, mais le reflet d\u2019une époque malade.Loin d\u2019être un phénomène uniquement canadien-français, de Nevers est l\u2019incarnation locale d\u2019une pathologie transatlantique que Warren saisit rapidement sous l\u2019étiquette d\u2019une « crise de la modernité ».Ainsi, l\u2019amour des particularismes, la croyance selon laquelle chaque nationalité possède une destinée manifeste, tout cela et plus encore s\u2019explique par le malaise de l\u2019homme face à l\u2019universalisme abstrait de la modernité :.c\u2019est, plus largement, le courant romantique qui, par l\u2019exaltation du passé et la fascination des origines a exercé une pression contraire à l\u2019universalisme des Lumières, (p.21-22) Une fois le cadre historique bien défini, Warren est en mesure de poser de Nevers dans son véritable contexte : Toutes choses égales d\u2019ailleurs, Maurice Barrés est le double français d'Edmond de Nevers.(p.14) Le lecteur a maintenant en main tous les outils nécessaires pour comprendre la filiation entre le nationalisme de de Nevers et celui des collaborateurs de L\u2019Action française dans les années 1920. 126 Mais qu\u2019en est-il de Warren lui-même ?Quelle posture nous invite-t-il à adopter dans ce combat épique entre l\u2019universel et le particulier ?Dans ce combat qui déchire de Nevers, ses contemporains et peut-être les nôtres ?La réponse est hésitante et Warren nous incite à la prudence : Le relativisme culturel proposé par de Nevers serait près de nous séduire, s\u2019il ne se superposait à lui, comme dans l\u2019idéologie de l\u2019universalisme par-ticulariste, une intolérance des métissages et des emprunts culturels.(p.30) C\u2019est vrai que de Nevers détestait particulièrement la supériorité de la race anglaise, qui attirait les Canadiens-français vers une assimilation avilissante : d\u2019abord, en leur faisant partager ses institutions académiques, économiques et politiques, mais aussi en leur imposant sa langue et, finalement, son âme toute entière.C\u2019est pour éviter que le lecteur ne se laisse séduire par ce refus irrationnel du métissage et de l\u2019hybridité que Warren multiplie les mises en garde : En bref, si de Nevers, malgré son ouverture littéraire et intellectuelle, demeure un homme intolérant et xénophobe, c'est qu\u2019il rêve de Canadiens français unis au point de compter pour un.La diversité culturelle lui paraît une richesse par juxtaposition des cultures et non par dialogue fécond et échange réciproque, (p.35) L\u2019œuvre de de Nevers est maintenant suffisamment cerné pour que le lecteur sache qu\u2019il doit s\u2019y rapporter avec la plus extrême vigilance.Edmond de Nevers parlait huit langues et avait parcouru le monde, mais selon Warren, cela ne lui donnait pas un passeport contre la xénophobie, puisqu\u2019en bout de ligne, il était incapable de penser le rapport entre les cultures comme un enrichissement réciproque.Fils de son époque, de Nevers voyait dans l\u2019assimilation massive des Canadiens-français à la race anglaise le résultat d un processus de domination culturelle et une source de corrup- 127 tion pour son peuple.Il la combattait ainsi de toutes ses forces et invitaient ses compatriotes à l\u2019autonomie culturelle.S il avait été fils de notre époque, parions que de Nevers aurait vu dans 1 assimilation massive des siens un métissage fécond et un enrichissement interculturel.Sans doute Warren aurait alors approuvé cette heureuse manière de marier l\u2019universel et le particulier.Benoît Dubreuil JOCELYN LÉTOURNEAU Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, Fides/ Musée de la civilisation, 2004.Ici, chacun va chercher ses amis ailleurs, le politique à Londres, le philosophe à Berlin ; le communiste dit : Nos frères les Chartistes.- Le paysan seul a gardé la tradition du salut ; un Prussien pour lui est un Prussien, un Anglais est un Anglais.\u2014 Son bon sens a eu raison, contre vous tous, humanitaires ! Jules Michelet Les historiens québécois, et les intellectuels qui tournent autour des débats de la profession, ont cherché, depuis plusieurs années déjà, à entreprendre la réécriture de l\u2019histoire nationale.Non pas pour trouver de nouveaux faits, manquants jusque-là, et dont le dévoilement rendrait caduque ses principales interprétations.Il faudrait plutôt disposer les faits sur une nouvelle trame, pour renouveler plus que la pratique historienne, mais bien le travail de mémoire, par lequel s\u2019élabore la conscience collective.Ce n\u2019est plus l\u2019histoire en tant qu\u2019histoire qui passionne, mais l\u2019histoire en tant qu espace d élaboration de la référence commune par 128 laquelle la collectivité en vient à définir ses frontières symboliques et faire du sens avec ce que le passé a fait d\u2019elle.Les idées portent à conséquence, et les débats de la profession trouvent un écho au sein même des institutions publiques exprimant politiquement la réalité de la nation et la culture par laquelle elle manifeste son génie propre.Dans le cadre de son exposition permanente Le temps des Québécois, inaugurée à Québec en juin 2004, le Musée de la civilisation a confié à un historien la tâche de faire une nouvelle histoire du Québec, une synthèse, en tenant compte de l\u2019état actuel de la réflexion historiographique.C\u2019est Jocelyn Létourneau qui a hérité du mandat, spécialement, nous dit Claire Simard, directrice générale du Musée de la Civilisation, dans l\u2019avant-propos qui introduit 1 ouvrage, parce qu il s était intéressé à l\u2019état des représentations collectives au Québec, on dira, à l\u2019état de la conscience historique dans ses différentes facettes et manifestations.Pour reprendre une formule de Paul Yonnet, c\u2019est le « roman national » qu\u2019on s\u2019apprête à réécrire, pour l\u2019articuler autour d\u2019une nouvelle intrigue1.Et l\u2019aventure mise en récit, cette fois, sera endossée par les institutions de l\u2019État qui contribueront ainsi à diffuser dans la population ses principaux éléments par les différentes politiques d\u2019ingénierie identitaire travaillant et modelant d une manière ou d\u2019une autre les représentations collectives des Québécois.Ce n\u2019est plus à la communauté savante qu\u2019on s\u2019adresse premièrement, mais bien au peuple québécois, ou comme on dit lorsqu\u2019il faut écrire poliment dans la bonne société cosmopolite et universitaire, à la « société québécoise ».Déconstruire la question nationale C\u2019est un fait étrange mais incontestablement vrai que n\u2019importe quel intellectuel anglais ressentirait plus de honte à 129 écouter l hymne national au garde-à-vous qu\u2019à piller dans le tronc d\u2019une Église.George Orwell La question a été posée par plusieurs.Pourquoi réécrire l\u2019histoire nationale ?Comment la réécrire ?Et comment faire cela au Québec où les différentes options politiques cherchent à s\u2019approprier les conclusions historiennes2 ?Jocelyn Létourneau a travaillé à partir de cette question, pour conceptualiser autrement la trame sur laquelle les faits récoltés par 1 historien sont appelés à se déposer et faire sens pour les contemporains qui cherchent dans l\u2019histoire les traces d un destin.Dans Passer à l\u2019avenirJ, Létourneau avait déjà recueilli plusieurs textes où il cherchait à reconstruire les éléments des différentes trames interprétatives disponibles pour penser l\u2019historiographie québécoise et canadienne, et plus vastement, l\u2019état de la conscience historique québécoise, qu\u2019il se proposait déjà de rénover.Le projet est ici repris, puis détaillé, parce que mis à l\u2019épreuve.Le livre est bref.En 125 pages, Létourneau donne une première esquisse, attendue, de 1 histoire que les Québécois devraient maintenant, selon lui, se raconter.Si la fresque ne manque pas d\u2019intérêt - et de style, Létourneau est certainement un écrivain de grand talent- dans la mesure où elle fait apparaître dans l\u2019histoire du pays certains éléments de normalité collective qu\u2019il ne sert à rien de nier et qui peuvent contribuer s il le faut à apaiser la conscience nationale qui entretient encore aujourd\u2019hui une certaine intransigeance malsaine envers le passé canadien-français, elle n\u2019en demeure pas moins marquée par une thèse forte qui éclipse le reste et nous fait lire ce livre d abord à partir de ce qui lui manque davantage que par ce qu\u2019il pourrait apporter de neuf à la compréhension du Québec.La proposition centrale est simple, et assumée : il s agit de désinvestir la question natio- 130 nale de la conscience historique québécoise, de réécrire l\u2019histoire du Québec sans en faire une histoire nationale non plus qu\u2019une histoire consentant à reconnaître à la question nationale un primat existentiel.« Notre récit ne s\u2019organise pas suivant une vision national(ist)e du destin des sociétés.Il ne reprend pas non plus la posture mélancolique de bien des penseurs réfléchissants sur la condition québécoise »4.Par « mélancolique » \u2014 terme qu\u2019on doit à Jocelyn Maclure et qui est ici repris par Létourneau-, il faut bien évidemment entendre l\u2019idée d\u2019une histoire qui s articule autour d un récit qui voit le peuple conquis de 1760 chercher lentement à reprendre pied dans l\u2019histoire des nations pour s y inscrire en son nom propre dans une patiente mais déterminée entreprise de reconquête, porté dans cette quête, pour reprendre la belle expression de Jacques Beauchemin, par un vieux désir d\u2019achèvement, l\u2019indépendance lui permettant de parachever politiquement la conscience qu\u2019il a d\u2019avoir un point de vue sur le monde.Rien de cela, ici.On décapera l\u2019histoire québécoise de son vernis national.Pour citer un autre texte de Létourneau, « le défi n\u2019est pas ici de faire fi d\u2019un savoir empirique accumulé au long des années, mais de recadrer des interprétations, de reconfigurer des chaînes argumentatives et, surtout, de sortir d\u2019une vision du passé où les idées de \u201cmanque\", de \u201cdétournement de destin\u201d, et de \u201cmisère à être\u201d constituent les fondements d\u2019une \u201cépistémologique\u201d, d\u2019une poétique et d\u2019une politique mélancolique de soi »5.L\u2019histoire du Québec ne doit plus être celle du peuple québécois.C\u2019est en fuyant l\u2019idée nationale qu\u2019on risque de mieux retrouver le Québec tel qu\u2019il s\u2019est vraiment configuré au fil du temps comme société distincte et pluraliste en Amérique du Nord dans le cadre de 1 expérience canadienne.L\u2019historiographie traditionnelle, en surinvestissant le passé québécois d\u2019une interprétation nationaliste, recouvrerait une histoire complexe, dispersée, sans cohé- 131 rence manifeste, ouverte à de nombreux possibles, aucun d\u2019entre eux ne s\u2019imposant de soi pour qui fait le projet de fouiller dans les entrailles du passé.On tissera donc l\u2019histoire à travers les nombreux enjeux qui sont apparus à la société québécoise pour en faire une courtepointe mal prisée qui résistera aux saisies simplifiées parce que ses facettes se déroberont 1 une à la suite de l\u2019autre à la mesure où elles se dévoileront.L histoire du Québec sera une histoire plus « sociétale » et moins nationale \u2014 et comme il va de soi, moins politique et certainement pas ponctuée selon les grands événements privilégiés par la tradition nationaliste \u2014, parce que la société, sauf dans des moments d\u2019intensité exceptionnel, ne privilégie pas le référent national pour construire ses représentations, pour se situer symboliquement, pour faire une cartographie des problèmes qu\u2019elle affronte.Lidée n est pas neuve dans les travaux de Létourneau, qui a depuis un bon moment entrepris une déconstruction systématique de la référence nationale dans l\u2019espace public québécois.Un retour thématique sur certains textes récents de Létourneau nous en convaincra.Dans un article au journal Le Devoir, qui commentait la gestion du gouvernement Charest, Létourneau soutenait que le Québec trouvait à se mobiliser de manière inattendue et prometteuse dans la mesure où les questions qui l\u2019interpellaient délaissaient la préoccupation nationale pour faire apparaître plutôt une série d\u2019enjeux sociaux constituant l\u2019espace public autour de thématiques déliées de la question du statut politique.« M.Charest, écrivait Létourneau, pourrait bien avoir sonné le réveil d une population qui, fatiguée de s\u2019appesantir sur son sort comme nation, serait enfin sur le point de se pencher de nouveau sur sa condition comme société »6.Un propos tenu aussi dans les pages d\u2019Argument dans un essai titré « Y a-t-il une \u201cnation québécoise\u201d ?Est-il impératif qu\u2019elle 132 advienne ?», dans lequel il soutenait que la figure nationale, trop forte pour décrire la condition québécoise, devait être délaissée par les intellectuels pour faire usage de concepts plus fins, parmi lesquels, on tire au hasard « collectivité québécoise », « groupement par référence » et « monde culturel »7.« Parler du Québec comme d\u2019une nation ou le définir dans cet état d\u2019être, à partir de ce fondement primordial, sorte d\u2019alpha et d\u2019oméga de sa condition, c\u2019est en effet, lui imposer une forme de représentation symbolique, d\u2019agrégation et de cohésion qui est bien trop forte pour exprimer les nuances, les équivoques et la polymorphie de l\u2019expression nationalitaire qui se manifeste au sein de cette province du Canada, d\u2019une part, et pour accueillir la variété des allégeances et ambitions identitaires que l\u2019on y trouve, d\u2019autre part ».Et Létourneau précisait un peu plus loin, dans le même texte, sa représentation du sujet historique québécois.« À vrai dire, les habitants du Québec ne forment par une nation mais une collectivité instituée et politiquement intégrée qui, appelée et mobilisée en ce sens et sur ce mode par son gouvernement élu, délibère de son destin et de son devenir en fonction d\u2019un certain nombre de facteurs envisagés comme des contraintes et des avantages, c\u2019est selon, et parmi lesquels figurent le régime fédéral canadien, la Charte canadienne des droits et libertés de la personne, la législation canadienne, l\u2019ALENA, la Déclaration universelle des droits de la personne, etc.»8.C\u2019est la figure nationale qui fait problème pour Létourneau, parce quelle coagule dans un référent identitaire un ensemble d\u2019appartenances dispersées qui n\u2019ont pas la cohésion nécessaire pour qu\u2019on puisse faire appel sans forcer le sens des faits au concept de nation.L\u2019historien entreprendra la déconstruction des fausses figures qui minent la compréhension de la collectivité dans la diversité de ses appartenances, dans ses ambivalences, qui ne peuvent être subsumées dans 1 idée nationale telle qu elle 133 se manifeste dans la conscience historique québécoise.Ce qui ne va pas sans conséquences politiques, lorsque Létourneau, cherche à définir le défi québécois des années prochaines.« De manière générale, le défi des Québécois n\u2019est pas de construire ou de faire advenir la nation, mais d\u2019édifier ici une société qui soit aussi juste, riche, épanouissante et accueillante que possible pour ses membres.En fait, si tant est que l\u2019on place le bonheur des hommes et des femmes au coeur de l\u2019entreprise politique, il est secondaire, voire résiduel, que la nation advienne, mais primordial que la société et que la collectivité s\u2019améliorent »9.Létourneau confesse ici son peu d\u2019intérêt pour la question nationale qu\u2019il ne placera certainement pas, on s\u2019en doute, au centre de l\u2019histoire dont il entreprend de se faire le conteur.On pourrait s\u2019épuiser en détaillant les subtilités identitaires autour desquelles Létourneau brode ses écrits.Mais on s\u2019en passera, le propos est explicite et correctement défini pour ce qui nous intéresse ici.Pour Létourneau, la donne est définitive.Dans un texte programmatique il tranchait la question d\u2019un jugement sans équivoque.« Je crois [.] que cette difficulté des Québécois de sortir du paradigme, de la problématique et de l\u2019horizon national est un poids plutôt qu\u2019un tremplin dans le développement de l\u2019historiographie portant sur le Québec »ro.C\u2019est sur ce fond d\u2019anti-nationalisme radical mais sophistiqué - à distinguer de l\u2019anti-nationalisme primaire de la tradition citélibriste \u2014 que Létourneau écrit sa version bien personnelle de l\u2019histoire de la société québécoise.Létourneau consent certainement à reconnaître lorsqu\u2019il en est contraint que la majorité française du territoire a la mauvaise tendance à délimiter son appartenance sous le référent national, mais y voit justement un problème à résoudre dans la reconstruction d'une identité collective capable de liquider dans la mesure du possible certains obstacles et plusieurs 134 barrières dans l\u2019édification d\u2019une société véritablement inclusive.Le communautarisme franco-québécois empêche la société québécoise de sortir de la question nationale.Obstacle qu\u2019il cherchera à surmonter d\u2019ailleurs dans l\u2019ouvrage ici recensé.Il faudra décentrer la nouvelle mise en récit de la tradition politique et historiographique franco-québécoise, trop pleine de significations nationales qui risquent d\u2019agglutiner mémoire québécoise autour de sa majorité française plutôt que de l\u2019ouvrir véritablement aux contributions dispersées qui ont contribué à la définir dans les siècles.« Précisons [.] que par \u201cQuébécois\u201d, nous entendons l\u2019ensemble de ceux et celles qui, ayant habité cet espace d\u2019interrelations que l\u2019on appelle maintenant le Québec, ont à leur manière et dans des perspectives variées, contribué à construire la société québécoise [.].Lorsque nous employons le terme \u201cQuébécois\u201d, nous ne référons donc pas aux seuls francophones, mais à tous ceux qui ont investi, dans l\u2019édification historique de cette société, leurs labeurs et leurs aspirations »n.Principe qu\u2019il appliquera, par exemple en marquant comme il le peut l\u2019enracinement québécois de la minorité anglaise de Montréal pour relativiser le clivage des communautés et faire apparaître entre ceux que l\u2019histoire avait fait ennemis une inattendue complicité, même une communauté de destin.Principe appliqué aussi, en cherchant dans la mesure du possible à multiplier les clivages non-linguistiques dans l\u2019histoire, pour alléger aussi la pesanteur jusque-là reconnue aux tensions nationales et voir comment la société québécoise s est construite sans d abord s\u2019intégrer dans une perspective nationale.De là, le récit de Létourneau peut prendre forme, en découpant dans l\u2019histoire les séquences qui marquent la construction de la société québécoise, travail accompagné d\u2019une interprétation nouvelle des grands événements dont a gardé 135 une trace vive la conscience collective.On ne sera pas surpris de constater que son travail se définit d\u2019abord par la négative, dans la mesure où l\u2019effet recherché est surtout de dissiper le récit jusque-là investi dans la conscience historique pour travailler explicitement à sa dénationalisation et sa canadianisation conséquente.Les Québécois s\u2019entêtent, contre toute évidence selon Létourneau, à lire leur histoire comme une lutte nationaliste marquée par trois grandes césures, celle de la Conquête, celle des Rébellions, celle de la Révolution tranquille.Or, il faut sortir de ce récit et de la trame qui lie ensemble ces grands événements en recadrant 1 histoire du Québec hors de la question nationale pour désamorcer la lutte des nations que l\u2019historiographie traditionnelle avait pris l\u2019habitude de mettre en scène.De la Conquête anglaise, il dira « qu\u2019à l\u2019encontre d\u2019une idée reçue, [elle] n impose pas un destin univoque, sorte de recalage généralisé, à l\u2019ancienne colonie française »12.Elle ne marque pas vraiment les rôles entre gagnants et perdants et ne tranche pas dans le temps une césure fondamentale qui détermine 1 avant et 1 après dans l\u2019histoire québécoise.« C\u2019est ainsi que, bifurquant, une société se relève, se restructure et (re)commence à fonctionner dans le cadre d\u2019une dynamique politique souvent ambiguë entre les conquérants et les conquis, ni les Britanniques ni les Canadiens ne pouvant ou ne voulant assumer les rôles typés - celui de gagnants et de perdants - que le dénouement de la fameuse bataille des Plaines d\u2019Abraham leur avait apparemment attribués »13.La lecture proposée par Létourneau des Rébellions relève d'une même tonalité.Pour Létourneau, si on peut reconnaître un certain élan réformiste aux alentours des années 1830, surtout provoquée par la radicalisation de certains chefs patriotes, il faut se garder d\u2019y voir une lutte nationale pour l\u2019indépendance politique.Létourneau écrit : « dans la mémoire collective des 136 Québécois d\u2019héritage canadien-français, les rébellions de 1837-1838 ont le statut d\u2019événement traumatisant et culbuteur.Gorgée d\u2019attentes variées et imprégnée de velléités multiples, la démarche politique des contestataires est en réalité plus complexe, souvent équivoque, parfois confuse »I4.Autrement dit, ceux qui veulent ressaisir le sens que la tradition a conservé de ces luttes feraient bien de s en garder, car la tradition et la mémoire peuvent mentir, plaquer des cohérences douteuses sur le flou des intentions réelles des acteurs.D\u2019ailleurs, précaution supplémentaire, « il ne sert à rien d\u2019illuminer le passé d\u2019une clarté de sens qui lui fait défaut ou de le recouvrir d un manteau d unanimité qui lui sied mal L\u2019histoire, qui devait jusqu ici justement contribuer à la conservation des traces de cet événement dans la conscience historique, en l\u2019entretenant, doit désormais questionner les traces et les empreintes, voir qui les a laissé, et chercher à rappeler l'éventail d'options alors disponibles offertes aux acteurs pour bien soustraire au récit historique toute dimension de nécessité, ce qui consisterait à investir une part de téléologie dans 1 histoire nationale.Pour les Rébellions comme pour la Conquête, mieux vaut se tenir loin des nationalistes pour en avoir une interprétation correcte, affirme en fait Létourneau, ce qui ne devrait pas surprendre dans la mesure où Létourneau entend penser le Québec à l\u2019écart, sinon en claire rupture avec sa principale tradition politique et historiographique.C\u2019est tout le récit qui se monte désormais autour des problèmes et enjeux sociaux qui se sont posés à la société québécoise et qui contribuent à lui définir une nouvelle trame.Ce qui intéresse Létourneau, c\u2019est, par exemple, l\u2019entrée du Québec dans la société salariale, le problème qui se pose ensuite de sa configuration selon la ligne des classes sociales transcendant les lignes nationales, son industrialisation et la 137 définition du monde du travail selon les différentes régions du pays.Autrement dit, Létourneau raconte la construction d\u2019une société à travers les questions sociales qui l\u2019ont amené à se définir.On s\u2019abstiendra de les énumérer platement ici pour simplement indiquer que c\u2019est à travers elles que Létourneau entend recomposer la mémoire et lui faire suivre une piste conforme à son pari d\u2019écrire une histoire du Québec qui trouve la porte de sortie du nationalisme.Le principal souci de Létourneau est de garder le passé ouvert et d\u2019empêcher le débordement de la question nationale qui viendrait malheureusement fausser un récit qu\u2019il veut mettre à l\u2019abri de l\u2019habituel pathos de l\u2019historiographie traditionnelle.Il a mieux à faire, en écorchant les mythes latents ou actifs dans la conscience nationale, par exemple dans sa remise en question de la Révolution tranquille, qu\u2019il défini non pas comme le reprise d\u2019une ancienne lutte pour la pleine existence nationale correspondant au vieux rêve de reconquête, mais bien comme une entreprise modérée et pragmatique d\u2019une société trouvant à conjuguer son originalité propre avec la dynamique continentale en rattrapant comme elle le peut les standards du providentialisme social-démocrate.S\u2019il reconnaît que la Révolution tranquille passe encore dans la conscience collective pour un moment de redressement national - autre « idée reçue », comme il se doit \u2014, certainement exemplifié dans le slogan Maîtres chez nous et magnifiée dans l\u2019appel du Général de Gaulle, il ne peut s\u2019empêcher de chercher à dégonfler un mythe incapacitant pour le Québec contemporain dans la mesure où ce dernier est encore accroché à l\u2019idée d\u2019une tâche inaccomplie, d\u2019un devoir qui reste à faire, associé à la résolution de la question nationale.« Dans l\u2019imaginaire collectif, les années i960 coïncident en effet avec un moment de grand basculement au cours duquel les Québécois d\u2019héritage canadien-français [.] entreprennent de s\u2019émanciper de leurs tutelles pérennes i38 et s\u2019élancent vers la conquête de lendemains meilleurs »l6.Or, selon Létourneau, « le désir de rénovation perceptible au sein de la société québécoise de l\u2019époque est en réalité modeste, réformiste et pragmatique »17.La Révolution tranquille fut prosaïque, son souvenir doit l\u2019être aussi.« Il ne faut pas voir de ruptures dramatiques entre les Québécois révolutionnés et leurs prédécesseurs.Fertile en nouvelles interrogations sociétales, la Révolution tranquille représente plutôt une sortie « techno-réformiste » au conservatisme libéral prévalant dans la province en matière de choix politiques et sociaux »l8.Non pas que tout cela soit tout faux et qu\u2019il faille célébrer ou révoquer l\u2019héritage d\u2019un bloc.Mais on demeure à l\u2019écart des raisons qui expliquent la persistance du mythe de la Révolution tranquille dans la conscience collective, en tant qu\u2019expression historique d\u2019une révolution nationale certes inachevée, mais quand même partiellement réussie, la vieille lutte pour la pleine existence nationale trouvant enfin à reprendre son cours en rouvrant des questions fondamentales qui un temps ont été fermées pour enfin les résoudre.Ce qui entraîne Létourneau à constater, un peu malgré lui, « le refus des Québécois, et notamment des francophones, de se défaire de cette référence cardinale à leur identité rafraîchie »19.Ce qui étonne, évidemment, c\u2019est le refus de Létourneau de se questionner sur cette résistance du peuple québécois à déboulonner un des mythes positifs de son histoire qui correspond, pour ceux qui consentent encore à regarder dans cette direction, au vieux rêve de la reconquête qui n\u2019a jamais cessé d\u2019animer son imaginaire.Mais qui veut rester étranger à la question nationale risque effectivement de passer à côté de certaines évidences qui font sens pour tous ceux qui n\u2019ont pas renoncé à suivre les pistes de l\u2019histoire collective balisées par la lutte pour la pleine existence politique. 139 Reprendre la trace canadienne Notre histoire à nous, Québécois, ne commence pas en en i86y, mais en 1^4.C'est pas comme la Saskatchewan, qui a été fondée après le Canada.Pour nous, la confédération est une phase de notre histoire.On était là avant le Canada existe, on est là pendant que le Canada existe, peut-être qu\u2019on sera là après que le Canada aura fini d'exister.Marcel Masse On remarquera sans surprise que Létourneau entreprend chaque fois de situer son interprétation des grands événements de notre histoire en marge des « idées reçues », manière froide d\u2019avouer qu\u2019on cherche à se soustraire aux prescriptions du sens commun, qui est en matière historiographique au Québec d\u2019abord un sens commun nationaliste.C\u2019est que Létourneau mise gros : il parie contre la mémoire de son peuple.Malgré tout, Létourneau perçoit une trame forte, ou du moins, un fil conducteur dans la conduite des Québécois, on dirait peut-être, un caractère ou un tempérament collectif.Il faut selon Létourneau retrouver chez les Québécois une ambivalence d\u2019être qui leur a permis, malgré les appels exaltés de certains de leurs leaders à la recherche d'un destin pour un peuple qui n\u2019en veut pas, de poursuivre une histoire faite d\u2019esquives, de stratégies prudentes, à l\u2019abri des ruptures radicales qui auraient fait dévier la collectivité du parcours insolite qu\u2019elle s\u2019entête à suivre malgré ses élites.« Elle est plutôt l\u2019expression d\u2019une espèce de prudence politique découlant de l\u2019évaluation lucide, par la majorité des habitants de la province, de la donne politique propre à une petite collectivité évoluant dans un contexte où elle n\u2019a jamais de position dominante, son mieux être et don devenir étant intimement liés à l\u2019obten- 140 tion, par la voie négociée, d\u2019un régime d\u2019interdépendance avec l\u2019autre envisagé comme partenaire et adversaire à la fois ».Autrement dit, c\u2019est un réformisme tranquille, plutôt conservateur et canadianiste qui serait la trame véritable tenant le passé dans une tradition connectée aux humeurs durables de la population québécoise dans le temps.« Réfractaire aux transformations radicales, la population québécoise appuie en effet, de manière générale mais constante, le changement mesuré »2°.Le pire effet de la Conquête, cette incapacité à la résolution collective qui prive l\u2019élite canadienne-française de sens national, cette incertitude quant au destin de la nation qui la divise au moment où elle devrait faire le choix de l\u2019union sacrée, passe chez Létourneau pour un comportement politique responsable, le trait d\u2019une certaine d\u2019ingéniosité collective qui ferait l\u2019originalité de la condition québécoise dans l\u2019histoire.C\u2019est parce qu\u2019ils ont su bien manoeuvrer dans le contexte canadien en y profitant de leur enracinement et de leur appartenance problématique qui les y liait que les Québécois ont su tirer profit de leur statut minoritaire en Amérique du Nord pour y bâtir finalement une société de réussites à l\u2019avantage de tous ses membres.Létourneau témoigne d\u2019une tendance qui se manifeste ici et là dans le renouveau historiographique québécois : redécouvrir le Canada-français.Fort bien.Mais ce que Létourneau et certains autres n\u2019ont pas compris, c\u2019est que s\u2019il faut redécouvrir le Canada français, ce n\u2019est pas parce qu\u2019il est canadien, mais parce qu\u2019il est français.Dans un récent ouvrage, Stéphane Kelly et Guy Laforest ont cherché à retracer la filiation canadienne de la tradition politique québécoise en pensant positivement la fondation de la fédération, prétexte ici à reprendre un dialogue avec le Canada et ses intellectuels21.D\u2019autres historiens, de plus jeunes, réunis autour de la revue MENS, travaillent eux-aussi, à réhabiliter la référence canadienne et désenclaver la mémoire francophone de sa seule perspective québécoise.« Le Québec et le Canada anglais sont présentés la plupart du temps comme des entités historiques essentiellement séparées.Le résultat : deux histoires intellectuelles essentiellement tronquées »22.Le lien entre le Québec et le Canada n\u2019est pas artificiel, plaqué politiquement et maintenu par une constitution illégitime, mais organique et fondamental.Pour dépasser les deux solitudes, il faut retrouver la « chose historique » canadienne, comme l\u2019appelait Gérard Bergeron.La conscience historique francophone devrait en revenir sur son déploiement lauren-tien qui a mené à la recherche de l\u2019indépendance politique pour se réapproprier le Canada en tant qu\u2019expérience historique irréductible à sa dualité et dans lequel devraient se rouvrir les horizons continentaux de ceux qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui Québécois.Il ne s\u2019agit pas seulement, comme cela est brillamment proposé par Joseph-Yvon Thériault et Jacques Beauchemin, de réhabiliter la référence canadienne-française dans la référence québécoise, autrement dit de rappeler que le peuple québécois est d\u2019abord franco-québécois, ou d\u2019illustrer la permanence d\u2019un communautarisme francophone agissant dans la conscience collective, mais de canadianiser le Québec dans une renaissance de l\u2019Amérique du Nord Britannique.C\u2019est à ce mouvement que Létourneau participe en privilégiant une perspective qui est celle « d\u2019une collectivité qui, jusqu\u2019à maintenant, s\u2019est édifiée dans les lieux francs et ambigus de l'aventure canadienne dont elle a été à l\u2019origine et qu\u2019elle continue de marquer profondément »23.L\u2019historiographie, il l\u2019a reconnu par ailleurs, porte inévitablement une dimension politique dans la mesure où leur mise en récit influe sur le destin des sociétés.« Dans la mesure où l\u2019avenir des collectivités est toujours en partie déterminé par les horizons que lui ouvre ou que lui ferme le M2 passé interprété, il s\u2019ensuit que la mise en narration de l\u2019ayant-été constitue un élément important, voire capital, de l\u2019entreprise politique de préparation de l\u2019avenir des collectivités »2L Faire de l\u2019expérience historique québécoise une manifestation originale mais régionale d\u2019une plus vaste expérience canadienne permet ainsi, comme l\u2019a déjà soutenu Létourneau, de rénover la conscience collective pour 1 acclimater durablement à l\u2019ordre politique canadien - selon sa formule, « l\u2019expérience historique canadienne (dans le cadre de laquelle prend place fondamentalement l\u2019expérience historique québécoise) présente, malgré les vicissitudes et blessures qui l\u2019ont marquée, un parcours suffisamment heureux pour être poursuivie »25 - avec lequel il s\u2019agit de négocier une série d\u2019arrangements pragmatiques qui permettront à la fédération de durer et au séparatisme québécois de reprendre sa place dans les marges d\u2019une vie politique devant se tenir loin des différentes propositions radicales qui y sont investies.L\u2019appartenance canadienne des Québécois correspond d\u2019ailleurs, selon Létourneau, à une peur qu\u2019il croit retrouver de manière durable dans la conscience collective de l\u2019excentration associée à l\u2019indépendance nationale.Le travail de Létourneau révèle ici son véritable fond politique.Le Canada, ou la canadianité pour le dire avec un de ses concepts, est l\u2019énigme identitaire et politique résolue des Québécois.Que faire des Québécois ?Si vous vouliez trouver une coiffe norvégienne de l\u2019ancien temps, iriez-vous la chercher chez les élégants Norvégiens ?Non : les aristocrates n'ont jamais de coutumes ; au mieux, ils ont des habitudes.Seule la populace a des coutumes.G.K.Chesterton 143 Mais le problème apparaît nettement, et Létourneau devrait se poser la question : pourquoi, les Québécois, malgré les conseils de la science historique et des savants idéologues ralliés à 1 ordre fédéral, s\u2019entêtent-ils généralement, à lire leur histoire dans la matrice nationale ?Pourquoi cherchent-ils encore, lorsqu\u2019ils pensent l\u2019histoire de leur peuple, à voir mis en scène une expérience d\u2019affranchissement collectif, où la nation se meut, s\u2019affaisse et se redresse, toujours à la recherche d\u2019une plus grande émancipation, portée par un désir d\u2019achèvement qui semble se relayer d\u2019une génération à l\u2019autre, et pas seulement chez les historiens, lui-même repérable dans une série de raisons communes qui contribuent à manifester politiquement l\u2019existence d\u2019un peuple qui n\u2019est pas, pour reprendre la belle formule de Miron, 25 % de quelqu\u2019un d'autre.Pourquoi les Québécois croient-ils ce qu\u2019ils croient ?Si l\u2019idée nationale est une telle mystification, comment se fait-il qu\u2019elle habite aussi pesamment la conscience historique francophone ?Fernand Dumont avait déjà fourni sur ces questions une réponse fondamentale, qu\u2019on rappellera rapidement sans s\u2019y attarder.Dans Le projet d'une histoire de la pensée québécoise26, il plaidait pour que 1 historiographie ne cherche pas à s\u2019objectiver complètement en se désamarrant de la culture qui la génère.Ce qui veut dire que l\u2019histoire, du moins dans la mesure où elle cherche à participer au travail de la conscience historique par lequel un peuple élabore les représentations inscrites et disposées dans sa culture, doit au moins accepter en partie le sens que les hommes prêtent à leurs actions, à la tradition dans laquelle ils condensent souvent les significations du vivre-ensemble - tradition que Létourneau objective à l\u2019excès en la résumant à une série d\u2019idées reçues.La tradition d\u2019un peuple n\u2019est pas une fée menteuse.Or, dans la mesure où la tradition québécoise, celle des historiens comme celle du débat public, est travaillée par l\u2019idée nationale, par l\u2019imagi- 144 naire d\u2019un destin commun que la nation cherche à résoudre à travers la question de son statut politique, l\u2019historien ne devrait-il pas faire un peu crédit aux représentations collectives, à la conscience historique, plutôt que chercher systématiquement à les démonter sous prétexte de les rénover ?Il n\u2019y a certainement pas qu\u2019une seule interprétation disponible de l\u2019histoire du Québec, mais le référent national est celui qui permet à ces traditions de participer à un dialogue où les acteurs consentent à se reconnaître comme participants à une même communauté politique cherchant à élucider destin partagé.Et si la mise en récit du parcours collectif est une dimension inévitable de l\u2019être ensemble, peut-on disqualifier d\u2019un trait de plume la part existentielle de l\u2019histoire nationale, dans la mesure où l\u2019idée d\u2019un destin commun, passe aussi par l\u2019idée d\u2019un sens de l\u2019histoire, même si celui-ci n\u2019est jamais définitivement donné à qui que ce soit, sans toutefois apparaître comme radicalement indéchiffrable à ceux qui prétendent le dévoiler ?Ce qui nous entraîne à poser la question du réalignement inévitable du référent national autour des lignes de fond qui tracent les appartenances distinctes coexistant bon gré mal gré sur le territoire québécois, sans céder aux illusions d\u2019un pluralisme tout artificiel qui s\u2019efforce de gommer dans la rhétorique des bonnes intentions et de la convivialité intercommunautaire les tensions effectives et indéniables qui peuvent exister entre différents groupes humains, même si ces tensions sont heureusement civilisées dans leur expression et démocratiquement contenues.Qu\u2019il y ait dans l\u2019histoire une polarisation maintenue jusqu\u2019à ce jour entre la majorité française franchement québécoise d\u2019un côté et une minorité anglaise indéniablement fidèle à l\u2019État canadien de l\u2019autre, n\u2019est pas un simple effet de perspective - Létourneau consent d\u2019ailleurs à le reconnaître timidement en évoquant M5 « certaines tensions résiduelles d\u2019ordre ethno-linguistique .Au Québec, si les deux peuples s\u2019enchevêtrent, ils ne se confondent pas - comment le pourraient-ils, dans la mesure où ils s affrontent sur le choix de l\u2019État qui permettra la pleine expression de leur existence politique ?Il n\u2019est pas possible de les unir par l\u2019artifice d\u2019une histoire qui cherche à délivrer le passé de ses pesanteurs pour élaborer de manière un peu abstraite, et finalement peu convaincante, une référence collective qui réconcilie tous les habitants de la « société québécoise » en cessant de les diviser selon 1 appartenance nationale pour les réunir sous le label d\u2019une société décrochée de sa composante majoritaire et rendant les hommages de convenance à son métissage et sa complexité pour résoudre le problème de sa cohérence dans une charte des droits qui scellerait une forme de contrat social plus ou moins relâché \u2014 la phrase exacte : « les principes de la Charte québécois des droits et libertés de la personne, au même titre que ceux de sa pendante canadienne, constituent un dénominateur commun sociétal respecté par la population »28.Mais les principes constitutionnels ne font pas un peuple, malgré la supercherie philosophique habermassien-ne.Ce qui fait 1 identité d un peuple, c\u2019est sa mémoire.On peut certainement travailler pour qu elle soit rénovée, infléchie.On ne peut lui en fabriquer une, aussi doué soit l\u2019artisan qui se donne un tel projet.Si la mémoire sans l'histoire risque de se faire dévorer ou paralyser par ses propres mythes, 1 histoire sans la mémoire frappe un autre esquif, celui de l\u2019insignifiance où la matière vivante de l\u2019appartenance nationale est sacrifiée pour réécrire le passé selon un patron abstrait où le sens déposé dans la tradition est tenu pour inerte, au mieux résiduel.L\u2019ingénierie sociale était la mauvaise idée du XXe siècle ; l\u2019ingénierie identitaire risque bien d\u2019être celle du XXIe. 146 Les intellectuels peuvent s'inventer à loisir d\u2019autres mondes possibles dans la mesure où celui qui existe est réfractaire aux idéaux dans lesquels ils voudraient le mouler.On peut, en conceptualisant autrement le champ identitaire, faire disparaître la nation du radar des sciences sociales.Elle n\u2019en continue pas moins d\u2019exister dans la réalité que les concepts ont cessé d\u2019éclairer.Et la nation qu\u2019on refoule dans le discours trouve normalement d\u2019autres canaux pour exprimer sa réalité.Est-il si contre-intuitif de parler du Québec comme d\u2019une nation et de percevoir son histoire comme une vaste entreprise de reprise en main collective ?Les Québécois n\u2019endossent-ils pas naturellement ce langage pour parler d\u2019eux-mêmes ?Et si tel est le cas, la déconstruction de la référence nationale à partir de laquelle ce peuple a jusqu\u2019ici mis en narration son parcours dans l\u2019histoire, n\u2019est-elle pas d\u2019abord une tentative politique, un projet militant qui passe pour historien en recouvrant la tradition d un discours qui la fait apparaître comme désuète et fausse ?En se voulant post-moderne, métissée, hybride, l\u2019histoire ne risque t-elle pas de s\u2019avérer finalement insignifiante, tout juste bonne à servir de matière aux ingénieurs identitaires qui travaillent à rééduquer les représentations de la population pour en évider les particularismes trop manifestes ?Et si l\u2019histoire doit être réécrite dans la perspective avouée d\u2019un travail de remodelage de la conscience historique, ne serait-il pas possible de l'informer par la tradition \u2014 placer la mémoire à l'origine de la méthode, écrivait Dumont - qui sollicite justement sa mise en récit et qui fournit un fil, ou du moins quelques pointillés conducteurs pour produire une histoire qui fait sens pour ceux à qui on veut la raconter.Les modes passent et la nation, dans la plénitude de ses aspirations, demeure.L\u2019indépendance est l\u2019expression achevée du droit d\u2019un peuple à la pleine existence nationale.La question nationale ouverte dans la conscience historique depuis M7 ses premières manifestations et travaillée depuis par notre peuple, finira bien par trouver la seule réponse qui lui convienne.Il y aura un jour une indépendance québécoise.Mathieu Bock-Côté Candidat à la maîtrise en sociologie, Université du Québec à Montréal.1\tPaul Yonnet, Voyage au centre du malaise français.L'antiracisme et le roman national, Gallimard, 1993.2\tCe qui bien évidemment, va de soi et ne pose aucun problème pour ceux qui acceptent le lien naturel, et déjà thématisé par Arendt dans un autre contexte, entre la mémoire et l\u2019action politique, l\u2019une étant indispensable à l\u2019autre pour ne pas la voir déchoir dans une pure rationalité administrative.3\tJocelyn Létourneau, Passer à t'avenir.Histoire, mémoire identité dans le Québec d'aujourd'hui, Boréal, 2000.4\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, Fides/Musée de la civilisation, 2004, p.6.5\tJocelyn Létourneau, Pour un autre récit de l'aventure historique québécoise, in Damien-Claude Bélanger, Sophie Coupai et Michel Ducharme, Les idées en mouvement : perspectives en histoire intellectuelle et culturelle du Canada, Les Presses de l'Université Laval, 2004, P- 71- 6\tJocelyn Létourneau, La tradition libérale malmenée, in Le Devoir, jeudi n décembre 2003, A7.7 Jocelyn Létourneau, Y a-t-il une nation québécoise?Est-il nécessaire qu\u2019elle advienne ?in Argument, volume 5, numéro 1, 2002, p.101.8\tJocelyn Létourneau, Y a-t-il une nation québécoise ?Est-il nécessaire qu'elle advienne ?in Argument, volume 5, numéro 1.2002, p.102-103.Pour une critique brillante, ironique et magnifiquement articulée de cette thèse, on lira la recension qu a faite de cet article un jeune politologue québécois, Benoît Dubreuil, dans les pages de L\u2019Action nationale.Benoît Dubreuil, Recension de Y a-t-il une nation québécoise ?Est-il nécessaire qu\u2019elle advienne ?in L\u2019Action nationale, XCIII numéro 2, février 2003, p.118-121.9\tJocelyn Létourneau, Y a-t-il une nation québécoise?Est-il nécessaire qu'elle advienne ?in Argument, volume 5, numéro 1, 2002, p.17.10\tJocelyn Létourneau, Pour un autre récit de l\u2019aventure historique québécoise in Damien-Claude Bélanger, Sophie Coupai et Michel Ducharme Les idées en mouvement : perspectives en histoire intellectuelle et culturelle du Canada, Les Presses de l'Université Laval, 2004, P- 61.11\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, Fides/Musée de la civilisation, 2004, P- 6. 148 12\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, de la civilisation, 2004, p.21.13\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, de la civilisation, 2004, p.21.14\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, de la civilisation, 2004, p.30.15\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, de la civilisation, 2004, p.31.16\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, de la civilisation, 2004, p.82.17\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, de la civilisation, 2004, p.78.18\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, de la civilisation, 2004, p.83.19\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, de la civilisation, 2004, p.82.20\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, de la civilisation, 2004, p.93.Fides/Musée Fides/Musée Fides/Musée Fides/Musée Fides/Musée Fides/Musée Fides/Musée Fides/Musée Fides/Musée 21\tStéphane Kelly et Guy Laforest, Aux sources d'une tradition.Les travaux en langue française, in Janet Asjenstat, Paul Rommey, Ian Gentles et William Gairdner, Débats sur la fondation du Canada (édition française préparée par Guy Laforest et Stéphane Kelly), Presses de l\u2019Université Laval, 2004, p.527-546.22\tDamien-Claude Bélanger, Sophie Coupai et Michel Ducharme, Introduction, in Damien-Claude Bélanger, Sophie Coupai et Michel Ducharme, Les idées en mouvement : perspectives en histoire intellectuelle et culturelle du Canada, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2004, p.n.23\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, Fides/Musée de la civilisation, 2004, p.6.24\tJocelyn Létourneau, Passer à l'avenir.Histoire, mémoire, identité dans le Québec d'aujourd'hui, Boréal, 2000, p.180.25\tJocelyn Létourneau, Passer à l\u2019avenir.Histoire, mémoire, identité dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui, Boréal, 2000, p.180.26\tTexte repris dans Fernand Dumont, Le sort de la culture, L\u2019Hexagone, 1987.27\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, Fides/Musée de la civilisation, 2004, p.107.28\tJocelyn Létourneau, Le Québec, les Québécois.Un parcours historique, Fides/Musée de la civilisation, 2004, p.94. 149 LIVRES REÇUS Louis-Antoine Dessaulles Petit bréviaire des vices de notre clergé, Éditions Trois Pistoles, 170 p.2004 Mourad Djebabla-Brun Se souvenir de la Grande Guerre, La mémoire plurielle de 14-18 au Québec, vlb éditeur, 2004, 184 p.Andrée Dufour, Micheline Dumont Brève histoire des institutrices au Québec de la Nouvelle-France à nos jours, Boréal, 2004, 220 p.Pierre Falardeau Québec libre ! entretiens politiques avec Pierre Falardeau, Éditions du Québécois, 208 p.2004 Jacques Grand'Maison Du jardin secret aux appels de la vie, réconcilier l\u2019intériorité et l'engagement, Fides, 358 p.Germaine Guèvremont Le survenant, édition spéciale, Fides, 240 p.2004 J.P.Kesteman, G.Boisdair, J.M.Kirouac, J.Morneau Histoire du syndicalisme agricole au Québec, UCC-UPA 1924-2004, Boréal, 2004, 455 p. 150 Kim Larose La langue de papier, Speculations linguistiques au Quebec, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2004, 451 p.André Malavoy, Mémoires d\u2019outre-Atlantique, vlb éditeur, 2004, 400 p.Jean-Marie Montbarbut Du Plessis Histoire de l\u2019Amérique française, Typo essai, 2004, 394 p.Geneviève Nootens Désenclaver la démocratie, Des huguenots à la paix des Braves, Québec Amérique, 2004, 168 p.Richard Poulin La mondialisation des industries du sexe, prostitution, pornographie, traite des femmes et des enfants, 2004, 430 p.Ismène Toussaint Les chemins retrouvés de Gabrielle Roy, Témoins d\u2019occasions au Québec, Stanké, 2004, 528 p. i5i COURRIER DES LECTEURS ÉLOIGNEMENT INTERCULTUREL SUBVENTIONNÉ Vingt-six ans et 150 millions de dollars plus tard ! Le gouvernement du Québec subventionne à 100 % depuis 26 ans les écoles privées grecques afin supposément de favoriser le « rapprochement interculturel » et « stimuler les échanges culturels » avec la communauté grecque.« Des sources au ministère de l'Éducation (MEQ) estiment que les écoles privées grecques pourraient avoir ainsi encaissé jusqu'à 150 millions de dollars depuis 1978.» Pendant ce temps, le système public subit les effets néfastes du sous-financement.Vingt-six ans et 150 millions de dollars plus tard ! Les sites Internet de l'ambassade de la Grèce à l'adresse www.greek embassy.ca et de ses consulats, y compris celui de Montréal à www.grconsulatemtl.net, pratiquent toujours l'éloignement interculturel et l'exclusion, leurs sites faisant fi de l'une des deux langues officielles du Canada, le français, la seule langue officielle du Québec depuis 1774 et la langue commune de la diversité québécoise.Et dire que la Grèce est membre de la Francophonie internationale ! 152 Comble d'ironie, en cliquant dans leurs sites sur le « drapeau canadien », vous accédez aux versions unilingues anglaises de l'ambassade et du consulat de la Grèce, des sites Internet niant l'existence du Québec et de la francophonie canadienne ! Tout un rapprochement ! Adresses utiles : Ambassade grecque : embassy@greekembassy.ca Consulat grec de Montréal : info@grconsulatemtl.net; nroussos@grconsulatemtl.net M.Pierre Pettigrew, Ministre canadien des Affaires étrangères : Pettigrew.P@parl.gc.ca Jean-Paul Perreault Président, Impératif français, www.imperatif-francais.org PATRIMOINE RELIGIEUX : Autre manifestation de désintérêt supérieur : un Colloque sur le patrimoine religieux réunissait récemment à Quebec plus de 450 personnes, certaines venant de d\u2019autres pays.Le maire de Québec lançait alors aussi un appel aux grandes banques et grandes institutions pour la création d une Fondation (en plus de le faire aux « fidèles » ainsi qu aux citoyens).Mais ni madame Frula, ni madame Beauchamp n\u2019étaient là pour leur discours annoncé dans le programme.Ce sont des fonctionnaires qui les représentaient : elles avaient mieux à faire, il faut croire ! Jean-Paul L\u2019Allier ne leur a pas envoyé dire ! André Gaulin PASSEZ À L\u2019HISTOIRE ! Depuis 1985, Cap-aux-Diamants vous présente les multiples facettes de l\u2019histoire du Québec.Chaque parution explore une thématique captivante.Découvrez la grande ou la petite histoire d\u2019ici racontée par des auteurs choisis pour leur compétence.De plus, retrouvez une multitude de photographies et illustrations d\u2019époque.Alors.Passez à l\u2019histoire et abonnez-vous ! o histoire OUQutOIC JE M\u2019ABONNE -, (Taxes incluses) I LapauxUiamants Pour 1 an ?(4 Nos 30$), pour 2 ans ?(8 N°s 55$) NOM _ _____ _____________ ADRESSE _________________ POUR VOUS ABONNER Par téléphone :\t(418) 656-5040 Par télécopieur : (418) 656-7282 Par la poste : VILLE PROV.CODE POSTAL TEL.: (\t) .C.P.26, suce.Haute-Ville Québec QC G1R4M8 (Vous recevrez le prochain No : Mars, juin, septembre ou décembre) La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondville (819) 478-2519 ou 1 800 945-2519 Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec Le réseau de la fierté québécoise Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Souveraineté du Québec Langue française 'Tête nafionafe Société Saint-Jean-Baptiste delà MAU R I CIE Assurance vie usm» , s a J bwffiur 4 c A «.
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