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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2005-09, Collections de BAnQ.

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[" V Éditorial Cesser de brider l\u2019audace Articles T'Ariin M ATIAM A I 4Ü NATIONALE m Un paradoxe militaire sans exemple ¦Pierre Vadeboncoeur L\u2019indépendance : aspiration aussi ancienne et naturelle qu\u2019essentielle -Jean-Marc Léger îo 16 f-' Lettre à Léo-Paul Lauzon sur la tentation néo-démocrate -Louis Cornellier\tiç Terroir et création artistique dans Charlevoix : du Cirque du Soleil au film Bonzaîon -Serge Gauthier\t22 Le Conseil supérieur de la langue de bois -Benoit Dubreuil\t27 La loi 31 au regard des luttes pour le droit du travail au Québec -Jean Ménard\t54 Dossier Le financement des universités et la vitalité linguistique des communautés de langue officielle au Canada -Frédéric Lacroix, Patrick Sabourin\tgQ Lire no Volume XCV numéro 7 SEPTEMBRE 2005 Lire les essais Livres reçus Index des annonceurs 135 M3 %a JÊ .\t» V- m l»: :*jvi % 40# Nelson Tardif Éclosion ou les feux de la vie Huile sur toile 91,5 cm x 76,5 cm 2005 Collection privée 1215,rue .5\t75.6\t98.0\t2,0 Canada\t59-5\t22,9\t82,4\t72.2\t27,8 Le tableau 8 donne dans la colonne (i) le pourcentage de la population minoritaire de langue officielle (selon la langue maternelle) dans les différentes provinces canadiennes.La colonne (2) donne le pourcentage du budget destiné aux universités que cette minorité reçoit (pour les institutions unilingues et bilingues).La dernière colonne (3) fournit le ratio entre la colonne (2) et la colonne f(i).Par exemple, pour le Québec, on divise 27,7 par 9,3 pour obtenir un ratio de 3,0. 93 Tableau 8 Ratio entre pourcentage des revenus totaux des institutions minoritaires et poids démographique de la minorité dans la population de langue officielle pour les provinces canadiennes Provinces (colonne i)\tPoids du groupe minoritaire (%) (colonne 2)\tPart des revenus totaux (%) (colonne 3)\tRatio (coi.3/2) (colonne 4) Québec\t9.3\t27.7\t3° Nouveau-Brunswick\t33.8\t25,9\t0,8 Ontario\t5-9\t3-0\t0.5 Nouvelle-Écosse\t4.0\t1,6\t0,4 Alberta\t2.5\t0,2\t0,07 Manitoba\t5.2\t3.3\t0,6 Terre-Neuve\t0.5\t0,0\t0 île-du-Prince-Édouard\t4.5\t0,0\t0 Saskatchewan\t2,2\t0,0\t0 Colombie-Britannique\t2,0\t0,0\t0 Les Anglo-Québécois, avec un ratio de 3,0 pour les institutions universitaires, sont la minorité dont les universités sont les mieux financées au Canada.Toutes les autres provinces sous-financent leur réseau francophone de façon sévère.Notons en particulier que l\u2019Ontario, la province la plus riche du Canada, ne finance aucune institution universitaire de langue française malgré la présence de plus d\u2019un demi-million de franco-ontariens sur son sol et ses institutions bilingues sont financées à un ratio de 0,5 seulement.Nous avons décomposé les revenus des universités en fonction de leur provenance de manière à identifier les parts provenant des gouvernements provinciaux, fédéral et des sommes provenant de sources tierces (tableau 9).Cette ventilation permet de voir comment se répartissent les efforts des uns et des autres dans le financement des institutions des groupes minoritaires. 94 Tableau 9 Poids démographique dans la population totale et pourcentage des revenus universitaires qui vont aux institutions de la minorité selon la source et la province Province\tQC\tNB\tON\tNS\tAB\tMB\tNF\tPE\tSK\tBC Poids de la minorité (%)\t8.4\t33.3\t4,5\t3.9\t2,1\t4.2\t0.5\t44\t1,9\t1,5 Part du financement provincial (%)\t21,3\t339\t34\t1,7\t0,2\t3,3\t0,0\t0,0\t0,0\t0,0 Part du financement fédéral (%)\t29.7\t28,0\t3.9\t2.5\t0,2\t7,1\t0,0\t0,0\t0,0\t0,0 Part des revenus « autres » (%)\t38,8\t15.3\t2,4\t1.5\t0,2\t2,3\t0,0\t0,0\t0,0\t0,0 Cette ventilation des revenus a été mise en relation avec la population totale plutôt qu\u2019avec la population de langue officielle seulement.Nous alternerons entre les calculs utilisant la population de langue officielle aux fins de vérifier l\u2019équité de financement (soit la répartition relative) et nous utiliserons la « population totale » pour indiquer comment l'argent est répartie de façon absolue.Ces deux visions sont complémentaires et permettent de mieux cerner la situation.Dans les trois sources de revenus, les institutions anglo-québécoises obtiennent proportionnellement beaucoup plus de fonds que ce qu\u2019ils représentent de personnes dans l\u2019ensemble de la population.Hors Québec, toutes les provinces accordent des sommes inférieures au poids de leur minorité (sous le ratio de i qui garantirait l\u2019équité entre revenus et poids démographique relatif).Dans chacune, les fonds obtenus de sources tierces sont également inférieurs au poids de la minorité.Quant au gouvernement fédéral, la part du financement qu\u2019il accorde aux institutions minoritaires de langue française n\u2019excède le poids de la minorité qu\u2019au seul Manitoba.Partout ailleurs, sa part reste inférieure au poids démographique de la minorité. 95 Les institutions de langue anglaise du Québec reçoivent ainsi 21,3 %, 29,7 % et 38,8 % des fonds du gouvernement du Québec du gouvernement, fédéral et des autres sources de revenus.Ces proportions correspondent respectivement à 2,5, 3,5 et 4,6 fois leur poids démographique, alors qu\u2019ils ne forment que 8,4 % de la population québécoise.On remarque que le gouvernement fédéral favorise encore plus les institutions anglophones au Québec que le gouvernement provincial et qu\u2019il néglige également les institutions de langue minoritaires du Nouveau-Brunswick puisque sa part y est inférieure à la part versée par le gouvernement provincial.Les universités de langue anglaise reçoivent également 38,8 % des revenus « autres » composés majoritairement de dons faits par des individus et de revenus de fondations.Le graphique 2 résume les données des tableaux 8 et 9.Graphique 2 Ratio du pourcentage du revenu total des institutions universitaires sur le pourcentage de la population pour la minorité selon les provinces canadiennes Revenus totaux (minorité) QC NB ON NS AB MB NF PE SK BC ¦ Provincial «Fédéral Autres 96 Au vu de ce graphique, on peut rapidement constater que le Québec se démarque nettement de l\u2019ensemble des autres provinces canadiennes de par le sur-financement caractéristique du système universitaire anglais: presque trois fois supérieurs au ratio de i correspondant à l\u2019égalité entre le pourcentage des revenus universitaires totaux et pourcentage de la population minoritaire.Le tableau io donne la ventilation des budgets selon le poids du groupe majoritaire dans la population de langue officielle.On peut constater que les franco-québécois sont financés à un ratio de o,8o, soit en-dessous de leur poids démogra- Tableau io Ratio entre pourcentage des revenus totaux des institutions majoritaires et poids démographique de la majorité dans la population de langue officielle pour les provinces canadiennes Provinces\tPoids du groupe majoritaire (%)\tPourcentage du budget (%)\tRatio (colonne 3/2) (colonne i)\t(colonne 2)\t(colonne 3)\t(colonne 4) Québec\t90,7\t72.3\t0,80 Nouveau-Brunswick\t66,2\t74.1\t1,12 Ontario\t94\u20191\t89.8\t1,03 Nouvelle-Écosse\t96,0\t98.4\t1,02 Alberta\t97.5\t99,8\t1,02 Manitoba\t94.8\t96,7\t1,02 Terre-Neuve\t99.5\tIOO\t1,00 Ile-du-Prince-Edouard\t95.5\tIOO\t1,05 Saskatchewan\t97.8\tIOO\t1,02 Colombie-Britannique\t98,0\tIOO\t1,02 97 phique.Partout ailleurs, le groupe majoritaire est financé au-delà de son poids démographique.Une synthèse du pourcentage du revenu des institutions majoritaires dans la population totale selon la source est présentée au tableau n.Les francophones reçoivent seulement 78,6 %, 70,3 % et 61,2 % des fonds du provincial, fédéral et des revenus « autres », respectivement, alors qu\u2019ils forment 81,6 % de la population québécoise.Comme on peut le voir au tableau n, les revenus des institutions majoritaires ventilés par source de financement indiquent d\u2019importantes distorsions par rapport au poids démographique de chaque groupe majoritaire de chaque province.On remarque que les francophones ne sont guère favorisés par le gouvernement fédéral au Québec et que les revenus « autres » provenant des dons individuels et des fondations sont également très faibles.Cette situation est unique au Canada ; partout ailleurs, la majorité reçoit plus que son poids démographique en revenus universitaires.Tableau 11 Poids démographique et pourcentage des revenus universitaires qui vont aux institutions de la majorité selon la source et la province Province\tqc\tNB\tON\tNS\tAB\tMB\tNF\tPE\tSK\tBC Poids de la majorité (%)\t81.6\t65a\t71.8\t93.1\t81.9\t75.9\t98.4\t94.0\t3?bo\t744 Revenus du provincial (%)\t78,6\t66,o\t88.2\t98.3\t99.8\t96,7\t100\t100\t100\tIOO Revenus du fédéral (%)\t70,3\t71.9\t87,2\t957\t99.8\t92.9\t100\t100\t100\tIOO Revenus « autres » (%)\t61,2\t84.7\t92,2\t98.5\t99.8\t977\t100\t100\t100\tIOO 98 Graphique 3 Ratio du pourcentage du revenu total des institutions universitaires sur le pourcentage de la population pour la majorité selon les provinces canadiennes Revenus totaux (majorité) 2 ; B Provincial B Fédéral Autres Enfin, le graphique 4 fait la synthèse de l\u2019ensemble des données précédentes.Graphique 4 Ratio d\u2019équité de financement des universités selon le groupe linguistique au Canada Équité, institutions universitaires canadiennes Anglophones Francophones 99 Sans l\u2019ombre d\u2019un doute, à l\u2019échelle canadienne, les institutions universitaires de langue française ne sont pas financées à la hauteur du poids démographique des francophones.Les institutions universitaires de langue anglaise, par contre, sont financées bien au-delà du poids démographique des anglophones.Les ratios d\u2019équité correspondants (revenus totaux sur part du groupe minoritaire sur la population de langue officielle) sont de 0,70 pour les francophones et de 1,11 pour les anglophones.Au total, au Canada, les institutions universitaires de langue française récoltent 19.5\t% des fonds destinés aux universités alors que les francophones forment 22,9 % de la population, tandis que les institutions universitaires de langue anglaise récoltent 80.5\t% des fonds alors que les anglophones ne forment que 59.5\t% de la population canadienne.Equité de financement et vitalité linguistique La présence d\u2019un système scolaire complet (du primaire à l\u2019université) et adéquatement financé est un des facteurs importants permettant d\u2019assurer la survie et l\u2019épanouissement linguistique des populations minoritaires.Un réseau universitaire permet d\u2019assurer que la recherche et la transmission des connaissances puisse se faire dans la langue maternelle.Une situation où cela est impossible est susceptible d\u2019introduire un bilinguisme que l\u2019on peut qualifier « d\u2019inégalitaire » (selon la terminologie introduite par le linguiste français Claude Hagège) en réservant le développement des connaissances à une langue et en cantonnant l\u2019autre à des fonctions plus restreintes, et partant, en diminuant son utilité, son attrait et sa pertinence.Cette situation de bilinguisme inégalitaire est susceptible, à terme, de conduire à l\u2019extinction de la langue dominée\".Ceci s\u2019expri- TOO me, dans les premiers stades, par un indice de vitalité linguistique inférieur à i, c\u2019est-à-dire que la langue dominée perd des locuteurs.En ce sens, le financement des institutions universitaires et la vitalité linguistique des communautés minoritaires apparaissent liés.On peut constater la corrélation entre les deux en superposant les données sur l\u2019équité de financement des universités avec l\u2019indice de vitalité linguistique (graphique 5).À la lecture de ce graphique, il semble exister une corrélation entre le niveau de financement accordé aux institutions universitaires minoritaires et la vitalité linguistique de ces communautés.Les Anglo-Québécois ont l\u2019indice de vitalité linguistique le plus élevé de tous les groupes minoritaires et également le plus haut niveau de financement accordé aux institutions universitaires minoritaires de toutes les provinces canadiennes.Terre-Neuve, l\u2019île-du-Prince-Édouard, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique ont un IVL très faible, ce qui s\u2019accompagne de l\u2019absence d\u2019institutions universitaires minoritaires sur leur territoire.Graphique 5 Ratio de financement selon le revenu total des institutions universitaires et indice de vitalité linguistique selon la province pour le groupe minoritaire Revenus totaux et IVL pour la minorité 1 4 \\ 1 2 2 I 08 02 06 04 i QC NB ON NS AB MB NF PE SK ¦¦¦ Bilingues essa Unilingues * IVL BC Le coefficient de Pearson, qui mesure le degré de corrélation entre deux séries de données, est égal à 0,91 pour les revenus totaux et l\u2019IVL de la minorité.Ce qui signifie que la probabilité que le lien entre ces deux variables soit dû au hasard est inférieure à 0,0002 (soit 1 chance sur 5000)12.Effectuons la même superposition de données pour les groupes correspondants aux majorités dans chaque province (graphique 6).On remarque que les Franco-Québécois ont un des IVL les plus faibles au Canada \u2019.Le coefficient de corrélation entre l\u2019IVL et l\u2019équité de financement pour la majorité est égal à 0,27, ce qui n\u2019est pas significatif.Ceci signifie que les majorités possèdent un grand pouvoir d\u2019attraction linguistique qui dépend peu du niveau exact des investissements dans ses universités.Graphique 6 Ratio de financement selon le revenu total des institutions universitaires et indice de vitalité linguistique selon la province pour le groupe majoritaire Revenus totaux et IVL pour la majorité 102 Taux de diplomation selon le groupe linguistique On peut également se questionner sur l\u2019impact qu\u2019a le sous-financement des universités de langue française sur le taux de diplomation des francophones au Canada.Des données tirées des recensements14 indiquent que si les anglophones et les francophones démontrent une augmentation continue du taux de diplomation depuis 197115, les francophones (avec 13 % de détenteurs de diplômes universitaires) arrivaient encore en troisième position au Canada en 2001, derrière les allophones (avec 20 %) et les anglophones (avec 15 %).Si on découpe les données selon les classes d\u2019âge, on constate que chez les 25-34 ans, en 2001, 23 % des francophones détenaient un diplôme universitaire comparativement à 24 % des anglophones.Un léger écart de diplomation sub- Graphique 7 Taux de diplomation selon le groupe linguistique et l\u2019année %\t\u2014Anglophones\tFrancophones \u2014Allophones Soiree Statistique Canada, recensements de la population 103 siste même chez les jeunes générations.Ces données ne permettent cependant pas de tenir compte de la migration interprovinciale.La migration de Franco-Québécois diplômés est de nature à « doper » les taux de diplomation des francophones dans les autres provinces.Une étude réalisée par Frénette et Quazi'6 indique que l\u2019offre de programmes en français influence le « taux de participation » (c\u2019est-à-dire l\u2019inscription à un programme universitaire) des francophones aux études postsecondaires.En 1994, dernière année pour laquelle des données étaient disponibles, le taux de participation des francophones aux études postsecondaires était égal à 71 % de celui de la population ontarienne en général.A partir de ces données, on peut conclure que le sous-financement du réseau francophone, en limitant le nombre de places, l\u2019offre et la qualité des programmes en français au Canada, a contribué et contribue encore à diminuer la participation des francophones aux études supérieures, donc à diminuer leur taux de diplomation universitaire.La situation est encore plus intéressante au Québec, où l\u2019on constate que le taux de diplomation global est tiré à la hausse par les Anglo-Québécois, ceux-ci étant en moyenne beaucoup plus scolarisés que les francophones.Ainsi, le recensement de 2001 indiquait qu\u2019au Québec, seulement 23 % des francophones âgés de 25 à 34 ans détenaient un diplôme universitaire comparativement à 31 % des anglophones de la même classe d\u2019âge (les allophones ont un taux de diplomation de 30 %).Les données du ministère de l\u2019Éducation du Québec indiquent que pour 2002, les universités de langue anglaise remettaient 29 % des baccalauréats, 25 % des maîtrises et 33 % des doctorats17.Les anglophones de 30 à 39 ans sont d\u2019ailleurs proportionnellement deux fois plus nom- 104 breux à détenir une maîtrise ou un doctorat que les francophones'8.Les anglo-québécois bénéficient d\u2019un réseau universitaire financé largement au-dessus de leur poids démographique et ce sur-financement est corrélé avec le taux de diplomation.Le sous-financement des institutions francophones au Canada est lié au taux de diplomation plus faible des francophones comparativement aux anglophones tandis que le sur-financement des institutions anglophones est lié au plus haut taux de diplomation des anglophones comparé aux francophones.Le graphique 8 superpose l\u2019équité de financement selon le revenu des universités de langue anglaise au taux de diplomation des anglophones.On constate que le taux de diplomation des anglophones de 25-34 ans suh de près la proportion de financement des universités de langue anglaise.La donnée la plus intéressante Graphique 8 Equité de financement selon le revenu total des universités anglophones et taux de diplomation des anglophones selon la province 25 % I 15 Équité ?Taux de diplomation, 25-34 ans 105 est celle du Québec : au plus haut ratio de financement correspond le plus haut taux de diplomation des anglophones au pays.Conclusion Au cours de ce texte, nous avons fait des liens entre le financement des universités, la vitalité des langues au Canada et le taux de diplomation.Nous avons démontré que la vitalité linguistique des communautés minoritaires est liée au financement des universités dont elles disposent.La vitalité linguistique des communautés francophones est pauvre là où le système universitaire est le moins bien financé.A contrario, la vitalité linguistique des anglophones est forte au Québec là où ils disposent précisément d\u2019un réseau d\u2019institutions étendu et solidement financé.Ces deux facteurs sont étroitement corrélés.Le degré de complétude institutionnelle et la continuité dans le cheminement scolaire des individus affectent donc fortement la vitalité linguistique des communautés minoritaires.Au Canada Les francophones ont un indice de vitalité linguistique de 0,96 au Canada tandis que celui des anglophones est de 1,14.Les francophones reçoivent seulement 19,5 % des fonds destinés aux universités alors qu\u2019ils représentent 22,9 % de la population canadienne tandis que les anglophones, qui ne représentent que 59,5 % de la population, reçoivent 80,5 % des tonds.Si les institutions de langue française étaient financées à la hauteur du poids démographique des francophones, c\u2019est 615 millions de dollars de plus par année qui iraient aux universités de langue française, ce qui représente plus de deux fois le budget annuel de fonctionnement donné à l\u2019université McGill par le gouvernement du Québec.Ce qui représente suffisamment d\u2019argent pour faire fonctionner deux grandes universités de langue française en Ontario.Le sur-financement dont jouissent les institutions anglophones leur permet évidemment d\u2019offrir plus de programmes de meilleure qualité et d'offrir plus de places d\u2019études que les institutions francophones.Ceci permet au groupe anglophone d\u2019assimiler linguistiquement une proportion d\u2019allophones et de francophones beaucoup plus grande que leur poids démographique.Rappelons que 248 millions d\u2019allophones et de francophones avaient effectué un transfert linguistique vers l\u2019anglais selon les données du dernier recensement.Le taux de diplomation des francophones au Canada est conséquent : toujours inférieur à celui des anglophones selon les données du dernier recensement.Il est également corrélé au financement des institutions universitaires.L\u2019égalité des groupes linguistiques en matière d\u2019éducation est loin d\u2019être atteinte en ce qui concerne le niveau universitaire.Au Québec Les universités de langue anglaise sont largement sur-finan-cées au Québec (au triple du poids démographique des anglophones) tandis que les institutions de la majorité sont sous-financées, un fait unique au Canada.Ce sous-financement est présent autant au palier provincial qu\u2019au niveau fédéral'9.Il est particulièrement intéressant de noter que les universités de langue anglaise vont chercher jusqu\u2019à 32 % des sommes destinées à la recherche en sciences et en génie investies par les fondations du gouvernement fédéral, soit le 107 National Sciences and Engineering Research Council (NSERC), le Canada Institutes of Health Research (ClHR), le Canada Foundation for Innovation (CFI), et les Canada Research Chairs au Québec.Les universités de langue anglaise abritent 3,27 fois plus d\u2019argent dans leurs fonds de dotation que les universités de langue française au Québec, soit 805 contre 247 millions de dollars (le fonds de McGill abrite à lui seul 737 millions de dollars)20.Les Franco-Québécois représentent 19,6 % de la population canadienne, mais reçoivent seulement 17,6 % des revenus totaux au Canada.Le gouvernement du Québec n\u2019est pas davantage un modèle d\u2019équité puisqu\u2019il n\u2019accorde aux institutions universitaires de langue française que 72,3 % des revenus alloués aux universités au lieu des 90,3 % correspondants au poids démographique des francophones dans l\u2019ensemble de la population de langue française ou anglaise.Si le groupe majoritaire était équitablement financé au Québec, ce sont 813 millions de dollars par année de plus qui iraient dans les institutions universitaires de langue française.Le sur-financement des institutions anglophones apparaît introduire une distorsion dans les rapports entre anglophones et francophones au Québec en donnant à ces premiers un pouvoir et une influence largement supérieurs à leur poids démographique.Ainsi, l\u2019indice de vitalité linguistique de l\u2019anglais domine largement celui du français au Québec (1,27 contre 1,02).Une étude basée sur les données du recensement de 2001 portant sur la langue de travail2' indique que l\u2019anglais est largement sur-utilisé au travail en égard au poids démographique des anglophones et demeure la langue de la mobilité sociale ascendante au Québec22.Rien d\u2019étonnant non plus à ce que les entreprises oeuvrant dans la recherche et le développement tendent à imposer l\u2019anglais comme langue de travail à Montréal.La « mondialisation » n\u2019explique pas tout.Une autre étude2\u2019 fait état du fait que les transferts linguistiques des allophones au Québec se font vers l\u2019anglais à un niveau cumulatif voisinant les 63 %, soit à un niveau ne permettant pas de maintenir le poids relatif des francophones dans la population sur le long terme.On peut croire qu\u2019une bonne proportion de ces 161 000 personnes ayant effectué un transfert linguistique vers l\u2019anglais au Québec ont étudié dans les institutions de langue anglaise.Le sur-financement du système universitaire de langue anglaise, en accordant un poids effectif à la communauté anglophone proche de 30 % au Québec (et proche de 50 % à Montréal où se concentre l\u2019immigration), peut expliquer, au moins partiellement, que la communauté anglophone jouisse d\u2019un pouvoir sur la langue de travail et de taux de transferts linguistiques largement supérieur à sa taille réelle au Québec.Le sous-financement des institutions francophones partout au Canada apparaît aussi partiellement responsable du fait que la vitalité linguistique des francophones est franchement médiocre presque partout au Canada, se traduisant par un puissant mouvement d\u2019assimilation à la langue dominante.Comme le dit Dyane Adam : « Finalement, pour combattre l\u2019érosion progressive des communautés minoritaires francophones, il faut réparer les injustices du passé en assurant une égalité réelle en matière d\u2019éducation ».L assimilation linguistique n\u2019est pas simplement « une réalité de la vie » comme le disait le premier ministre fédéral Jean Chrétien, mais semble plutôt être une conséquence des choix budgé- taires faits par le gouvernement fédéral et par les provinces canadiennes, Québec compris.La Loi sur les langues officielles du Canada, en enchâssant dans la charte des droits une égalité juridique des langues sans se soucier de l\u2019absolue nécessité du traitement asymétrique des langues au Canada (protéger le français partout au Canada, y compris au Québec), qui est la véritable condition nécessaire à l\u2019atteinte de l'égalité réelle, a conduit à cautionner un bilinguisme inégalitaire au Canada, situation pernicieuse qui condamne - en l\u2019absence d\u2019un changement de cap majeur et inédit dans l\u2019histoire canadienne \u2014 au dépérissement les communautés francophones minoritaires au Canada, et qui perpétue, au Québec, une discrimination systémique au sein de la division culturelle du travail.Q 1\t« Notes pour une comparution devant le comité senatorial permanent des langues officielles », Dyane Adams, Commissaire aux langues officielles, 21 mars 2005.2\tRaymond Breton, « Institutional Completeness of Ethnie Communities and the Personal Relations of Immigrants\u201d, The American Journal of Sociology, Vol.70, No.2, Sept.1964,193-205.3\tTardif, C.et F.McMahon, « Les francophones et les études postsecondaires », Canadian Journal of Higher Education, vol.19, no 3,1989, p.19-28.4\tNormand Frénette et Saaed Quazi, « Some long term lessons from minority language education in Ontario», Canadian Journal of Higher Education, Vol.XXIX, No 1,1999.5\tNous étudierons le financement public provenant des paliers fédéral et provincial ainsi que l'apport du financement privé.6\tLes doublons, c'est-à-dire les répondants déclarant à la fois l\u2019anglais et le français comme langue maternelle sont répartis moitié-moitié.Les données sont arrondies.Le total peut donc différer de la somme de ses parties.7\tII s\u2019agit de la langue parlée le plus souvent à la maison.8\twww.caubo.ca 9\tNotons qu\u2019au Québec la minorité est considérée comme étant la population de langue anglaise alors que dans les autres provinces, le chiffre se réfère aux populations de langue française. no 10\tNous utiliserons le pourcentage de la population minoritaire selon la langue maternelle.11\tClaude Hagège, Halte à la mort des langues, Odile Jacob Ed., 2000, p.91.12\tNotons que le seuil généralement accepté pour signifier qu\u2019une corrélation est significative est de 0,05.13\tCelui des Terre-Neuviens est sensiblement équivalent, mais il est utile de rappeler que l\u2019immigration est presque nulle à Terre-Neuve.Le ratio entre langue d\u2019usage et langue maternelle est donc par définition quasi-identique.14\tjean-Pierre Corbeil, « Les groupes linguistiques au Canada : 30 ans de scolarisation », Tendances sociales canadiennes, Statistique Canada, hiver 2003.15\tLes allophones ont un taux qui augmente encore plus vite, mais la raison de ce phénomène est que la sélection d\u2019une partie des immigrants se fait sur diplôme.16\tNormand Frénette et Saaed Quazi, op.cit.17\tVoir p.162 : http://www.mels.gouv.qc.ca/stat/stat_edu/donnees_04/ Statistiques_edu2004.pdf 18\tJean-Pierre Corbeil, op.cit.19\tDe plus, il est à noter que le Québec récolte 24,4 % des revenus universitaires au Canada alors qu\u2019il forme 24,0 % de la population canadienne.Il est donc faux de prétendre, comme le fait la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) dans une étude publiée en 2003, que les universités québécoises sont sous-financées de 375 millions $ par année comparativement aux universités canadiennes.20\t« Sondage sur les placements des universités : Fonds de dotation et de pension au 31 décembre 2003 », CAUBO, mai 2004.21\tPierre Serré, « Portrait d\u2019une langue seconde : le français comme langue de travail au Québec au recensement de 2001 », L\u2019Action Nationale, septembre 2003.22\tFait intéressant, la proportion de places d\u2019études dans le réseau anglophone québécois augmente avec le niveau de scolarité.Elle passe de 10% au primaire et au secondaire, à 15% dans les CEGEP, à 25 % dans les universités (calcul des auteurs basé sur les chiffres du MEQ).Plus on s\u2019élève dans l\u2019échelle du savoir, plus on offre de places d\u2019études en anglais au Québec.Ceci est la « structuration linguistique du savoir » au Québec.23\tCharles Castonguay, « Analyse critique de l\u2019amélioration de la situation du français observée en 2001 - Quelle est la force d\u2019attraction réelle du français au Québec ?», Le Devoir, 10 décembre 2003. LIRE Lire les essais Laure Gaudreault.La syndicaliste de Charlevoix ¦Serge Cauthier\t112 Robert Gravel.Les pistes du cheval indompté -Raymond Plante\t116 Naître, c\u2019est se séparer, XYZ, Montréal, 2004 -Bruno roy\t119 Siuébec : villes et villages vus u ciel -Pierre Lahoud, Henri Dorion 125 Hannah Arendt, l\u2019amour de la liberté.Essai de pensée politique -Francis Moreault\t128 Hannah Arendt, le totalitarisme et le monde contemporain Daniel Dagenais (dir.)\t128 Lire les essais 112 Livres reçus 135 Index des annonceurs 143 112 LIRE LES ESSAIS SERGE GAUTHIER Laure Gaudreault.La syndicaliste de Charlevoix, Montréal, XYZ éditeur, 2005,176 p.L\u2019ethnologue charlevoisien Serge Gauthier s\u2019intéresse tout spécialement à l\u2019histoire de Charlevoix.Président de la Société d\u2019histoire de Charlevoix, il a écrit notamment Raconte-moi.La rivière Malbaie ; Saint-Fidèle, 150 ans d\u2019histoire ; une Histoire de Charlevoix ; le Guide des archives de Charlevoix ; une Bibliographie de Charlevoix.Il nous offre maintenant un récit biographique rendant hommage à une héroïne charlevoisienne, Laure Gaudreault, l\u2019initiatrice du syndicalisme enseignant au Québec.Cet ouvrage se présente comme un récit historique, non comme une livre d\u2019histoire au sens strict.L\u2019auteur reconstitue des dialogues qu\u2019il suppose avoir eu lieu, et qui sont très plausibles, mais dont on ne trouve évidemment aucune trace dans les archives.Ce qui, tout en collant le plus possible à la réalité historique documentée, lui permet de faire ressortir certaines aspects de la psychologie, du caractère et des orientations idéologiques de son héroïne.Il en est ainsi de la petite scène où Laure Gaudreault raconte à son frère Lucien les péripéties de la fondation du pre- 113 mier syndicat d\u2019institutrices rurales.« Laure devient intarissable » nous dit l\u2019auteur.« Elle parle et parle encore de son association.» Puis, il y a cette intervention suave d\u2019Antoinette (sœur de Laure Gaudreault) : « Moi, je vais me coucher, c\u2019est seulement quand je dors que je n\u2019entends pas Laure parler de son association.Et c\u2019est parce que je suis assez loin de sa chambre, car je suis certaine quelle en parle encore en dormant ! » Tout au long du récit, Laure Gaudreault apparaît vraiment comme une passionnée, la porteuse d\u2019une cause et d\u2019un projet.L\u2019auteur met bien en relief la fondation du premier syndicat, le 2 novembre 1936, puis celle de la fédération des institutrices rurales et le regroupement des trois fédérations enseignantes comme ls grandes étapes de sa vie militante.L\u2019auteur fait également ressortir les conditions de travail misérables des institutrices rurales de l\u2019époque.Une rémunération annuelle de 100 $, le versement du salaire une fois par trois mois, la charge d\u2019enseigner toutes les matières dans des classes à divisions multiples (c\u2019était alors la règle générale dans les écoles de rang ou de village), l\u2019obligation de se rendre à l\u2019école une heure ou deux avant l\u2019ouverture pour entrer le bois de chauffage, chauffer l\u2019école, faire du rangement, et l\u2019obligation, après la classe, de faire le ménage.« Ce n\u2019était pas le bon vieux temps » dira plus tard Laure Gaudreault, « on s\u2019est arraché le cœur à le changer ».Toute dévouée à l\u2019action syndicale enseignante, elle devra affronter le premier ministre Maurice Duplessis, les présidents de commissions scolaires, les inspecteurs d\u2019école et les curés qui, comme l\u2019abbé Félix-Antoine Savard, « prêchent la résignation et l\u2019acceptation d\u2019un sort de misère ».Ce dernier, curé de Clermont, est l\u2019aumônier du syndicat des institutrices, en même temps que du syndicats des tra- 114 vailleurs de l\u2019usine de Clermont, dont Lucien Gaudreault (frère de Laure) sera le premier président.Le curé Savard ne soutient guère les syndicats dont il est l\u2019aumônier.Il préconise plutôt la bonne entente.Ce qui suscitera cette réflexion mise dans la bouche de notre héroïne : « Mais c\u2019est facile la bonne entente avec le patronat, quand on est un ami des Donohue et que l\u2019on fréquente leur camp de pêche chaque année.» Suit alors ce conseil à son frère Lucien : « Il faut lutter pour les travailleurs, pas pour les curés et les patrons.» L\u2019auteur nous montre néanmoins une Laure Gaudreault fervente catholique, et dont l\u2019action syndicale est fortement motivée par ses convictions religieuses.Elle connaît par cœur (au sens fort de l\u2019expression) l\u2019encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII, dont elle se sert pour combattre les attitudes les plus rétrogrades des curés ou évêques qui voulaient contrecarrer son action.Il lui arrivera de croiser le fer avec des curés tout aussi férus d\u2019encycliques et qui les interpréteront de façon contraire.Dans une conversation imaginée par l\u2019auteur, à Laure Gaudreault qui rappelle à Félix-Antoine Savard qu\u2019en tant qu\u2019aumônier syndical il doit bien savoir ce que c\u2019est que de réclamer la justice, celui-ci réplique qu\u2019il ne faut pas confondre la situation des pères de familles qui travaillent à l\u2019usine et celle des institutrices : « Nos encycliques sociale n\u2019incitent pas les femmes à devenir des travailleuses salariées.La doctrine traditionnelle de notre Église souhaite plutôt qu\u2019elles demeurent d\u2019abord et avant tout des mères de famille.» Il faut bien situer l\u2019œuvre de Laure Gaudreault dans le contexte hypercléricalisé de l\u2019époque.La première moitié du 20e siècle, au Québec, c\u2019est vraiment l\u2019époque de l\u2019Église triomphante.Il y a de la religion partout, des bénédictions et des prières à tout moment, des conseils dispensés par le clergé pour toutes les situations, des interdits à la tonne et des aumôniers très influents dans toutes les sortes d\u2019institutions, d\u2019organisations et d'associations.L\u2019Église a gardé des siècles précédents l\u2019habitude de prêcher la résignation aux pauvres ; mais depuis Rerum Novarum, il s\u2019est développé au sein de l\u2019Église un courant social dans lequel s\u2019inscrit la pensée et l\u2019action de Laure Gaudreault.En 1944, dans La Petite Feuille, elle livrera ses réflexions à l\u2019occasion du temps des Éêtes : « Après la mission du prêtre, celle de l\u2019éducatrice appelée à former des âmes est la plus grande qui se puisse concevoir.La religion est la base et le sommet de toute éducation.» Laure Gaudreault, par son action tenace et son esprit frondeur, aura contribué à répandre une attitude de contestation de l\u2019autorité abusive, que celle-ci soit politique, administrative ou cléricale.Sans qu\u2019elle l\u2019ait voulu, cet esprit critique qu\u2019elle a contribué à développer se tournera bientôt contre les monopoles cléricaux, contre la domination ecclésiastique sur la société québécoise, contre le recours aux argument d\u2019autorité et finalement contre les dogmes.Dans les dernières années de sa vie, Laure Gaudreault se sentira dépassée par la grande organisation syndicale dont elle aura permis le développement.La CEQ (aujourd\u2019hui CSQ) va se déconfessionnaliser et se délester du volet corporatiste de son action.Le petit peut désormais voler de ses propres ailes ; il n\u2019en doit pas moins une vive reconnaissance à la maman qui lui a donné le jour et l\u2019a aimablement poussé en-dehors du nid.Merci à Serge Gauthier de nous avoir si bien raconter la vie de cette grande dame.Henri Laberge n6 RAYMOND PLANTE (avec la collaboration d\u2019Yvon Leduc) Robert Gravel.Les pistes du cheval indompté, Montréal, Les 400 coups, 2004, 301 pages.Robert Gravel, comédien, théoricien et virtuose de l\u2019improvisation, méritait que son souvenir échappe au travail du temps.Raymond Plante, un ami et proche collaborateur, lui consacre un très beau livre.Une biographie, selon les règles du genre.Mais surtout, un émouvant témoignage d\u2019amitié.Un récit plein d\u2019égards, sans complaisance cependant.L\u2019auteur a bien travaillé et quand on se fait biographe, c\u2019est la forme achevée du respect pour la personne et son oeuvre.Soutenu par une maquette ingénieuse, remarquablement illustré de dessins de Gravel lui-même, d\u2019extraits de ses cahiers personnels, de ses pièces, ébauches et brouillons, l\u2019ouvrage tient littéralement son lecteur en haleine.C\u2019est certainement parce que le récit est bien mené.Mais aussi parce que la vie de ce saltimbanque, telle que les événements et les oeuvres en ont laissé des traces, a été extraordinairement foisonnante.De l\u2019enfance rue D'Iberville aux premières tournées en passant par les années de formation, Plante nous fait découvrir un jeune homme dont la vie et le destin professionnel vont se nouer très tôt dans une passion pour le jeu - sous toutes ses formes - qui fera de lui, non seulement un être intense, mais un acteur en perpétuel mouvement.Il aura eu beau multiplier les actes et les déclarations concernant l\u2019importance pour l\u2019acteur - et plus largement pour la convention théâtrale - de placer le principe du plaisir au cœur du travail artistique, son parcours n\u2019en reste pas moins marqué du sceau d\u2019une anxiété qui ira croissante.Anxiété qui grandira, on le voit, cela suinte des pages de ses cahiers, 117 au fur et à mesure que s\u2019imposera à sa conscience la responsabilité inhérente au travail créateur.Il a beau vouloir s\u2019amuser, son souci du travail bien fait, sa recherche d\u2019une vérité qui passe la convention, le désir d\u2019ouvrir les possibles par la création, par l'avènement de l\u2019inouï dans le texte ou dans l\u2019interprétation, tout cela le dévore littéralement.Sans compter, la détérioration du corps, l\u2019usure de l\u2019âge qui suffisent à questionner les limites du travail d\u2019un acteur qui, comme lui, attache une si grande importance à la dimension physique du jeu.On peut lire de bien des manières, mais cela reste la trame du récit, Robert Gravel a connu un destin véritablement tragique, comme celui de beaucoup de grands créateurs.Le grand comédien dégingandé qui aura inventé la Ligue nationale d\u2019improvisation et une technique de jeu, a beau avoir beaucoup fait rire, il a laissé un héritage, il a fait naître en poussant vers des extrêmes l\u2019art de l\u2019éphémère, un véritable ferment de culture - ce qui est toujours une chose grave.L\u2019inventeur de la LNI a non seulement transcendé la culture populaire québécoise pour la projeter dans une forme savante extraordinairement riche et festive, il a su faire naître une véritable forme neuve dans le monde de l\u2019art.Pas étonnant que le succès de la LNI se soit si rapidement internationalisé : il exprimait et façonnait en même temps un apport au monde spécifique, celui de la portée universelle de la culture québécoise.En cela, Robert Gravel aura fait une contribution majeure.Avec ses complices, Jean-Pierre Ronfard et toute l\u2019équipe du Théâtre expérimental d\u2019abord et du Nouveau Théâtre expérimental ensuite, Gravel aura provoqué un moment d\u2019extraordinaire bouillonnement dans l\u2019histoire du théâtre québécois.Il aura animé un pôle d\u2019innovation dont les produits et ii8 les effets auront lentement pénétré les institutions théâtrales au point d\u2019en refaçonner le visage et la tradition.Il est émouvant de retrouver dans ce livre l\u2019évocation de grands moments de théâtre, de ces grandes interprétations qui resteront des sommets dans notre dramaturgie nationale, qu\u2019il suffise ici de rappeler le grand rôle qu\u2019a tenu Gravel dans cette immense aventure que fut le Roi boiteux.On lira avec beaucoup de plaisir - et un intérêt quasi ethnographique - le récit de ces années de braise dont Raymond Plante nous fait bien sentir le Zeitgeist et ce qu\u2019étaient la vie et l\u2019élan créateur vital dans ces quartiers d\u2019expérimentation où se sont forgés l\u2019âme et le métier de nombreuses cohortes de comédiens.Robert Gravel y apparaît, à bien des égards, comme une figure en quelque sorte emblématique (paroxystique ?) de ce qu\u2019a été la recherche théâtrale ici, du moins une partie de celle-ci dont la lecture suffira à nous convaincre qu\u2019il faudra étudier en profondeur la portée et la contribution.Au-delà des anecdotes qui nous font découvrir un homme excessif mais très généreux et fort sympathique, cet ouvrage nous donne à côtoyer un univers culturel que Gravel lui-même tout autant que son biographe, nous permettent d\u2019appréhender pour ainsi dire de l\u2019intérieur.Robert Gravel, par-delà la mort et dans l\u2019inachevé de son travail tout autant que dans les œuvres qu\u2019il nous laisse aura fait une contribution artistique exemplaire : il a été et reste un passeur entre la mémoire et les songes.Robert Laplante BRUNO ROY Naître, c\u2019est se séparer, XYZ, Montréal, 2004, 176 p.Auteur de romans, d\u2019essais, de poésie, président de l\u2019UNEEQ jusqu\u2019à tout récemment, président du Comité des orphelins et orphelines institutionnalisés de Duplessis (COOID), Bruno Roy est un des rares aujourd\u2019hui parmi les gens de son milieu à clamer haut et fort son indépendantisme et à ne pas chercher à cacher son passé de militant comme une maladie honteuse.Fidèle à Miron qui, dira-t-il, toujours le hante et l\u2019inspire, il se livre dans Naître, c\u2019est se séparer à une apologie du projet d\u2019indépendance nationale, dans un temps où il paraît à beaucoup d\u2019anciens partisans ou dépassé, ou impossible à réaliser (après deux référendums perdus).Il s\u2019y livre à des considérations parallèles sur la langue, l\u2019immigration et la littérature.Au cœur de notre identité, rappelle Bruno Roy, se trouve le français.Que le français vienne à s\u2019appauvrir et à se décolorer, qu\u2019il perde de l\u2019importance par rapport à d\u2019autres langues, qu\u2019un bilinguisme rampant tende à se substituer à lui seul à Montréal comme langue commune, c\u2019est l\u2019avenir même du peuple québécois qui est remis en cause.Roy dans son livre pointe les signes apparents d\u2019une telle évolution, dont il se désole qu\u2019y contribuent ceux-là même qui auraient le rôle d\u2019y remédier.Ainsi, il cite André Boisclair qui déclarait : « Ne devrait-on pas miser davantage sur la valeur que procure la maîtrise de plusieurs langues et sur le rôle que joue l\u2019anglais dans nos relations d\u2019affaires avec le reste du continent ?» Et Sylvain Simard qui disait : « Montréal est une ville bilingue et cosmopolite.» Façon implicite pour les deux ténors du PQ de marginaliser le français, d\u2019en faire une langue parmi d\u2019autres, dont on comprend qu\u2019à elle seule elle ne saurait plus suffire.Alors que notre situation de 120 minoritaires dans le sein du Canada demanderait une vigilance de tous les instants pour la défense de notre langue -et d\u2019elle seule -, Roy constate une dangereuse propension au relâchement, comme si le combat pour l\u2019unilinguisme était dépassé et qu\u2019il fallait maintenant promouvoir l\u2019ouverture à tout crin.L\u2019auteur en appelle dans Naître, c\u2019est se séparer à une loi ioi renforcée, au moment où les élites péquistes reviennent plutôt sur leur promesse d\u2019abroger la loi 86 (le livre est écrit alors que le PQ est au pouvoir), à défaut de rétablir les multiples dispositions de la Charte de la langue française invalidées au fil des ans par la Cour suprême.Dans notre rapport à l\u2019autre, et au premier chef à l\u2019immigrant, Roy décèle la même crainte de s\u2019imposer et de faire du Québec non seulement une terre de langue française, mais de culture française.C\u2019est là à mon sens, dans sa critique du multiculturalisme, qu\u2019il se fait le plus pertinent.Car que le français ne soit plus ou soit moins aujourd\u2019hui la langue commune à Montréal, on peut en discuter.Mais que nous peinions à intégrer, au-delà d\u2019un seuil très superficiel qui est la connaissance approximative du français, le nouvel arrivant, c\u2019est là l\u2019évidence.L\u2019essayiste s\u2019en prend aux chantres de l\u2019ouverture béate à l\u2019autre, qui la confonde avec l\u2019oubli de soi, voire la négation.Il croit reconnaître, dans une discrimination proprement positive, un secret mépris de soi, un désir inversé d\u2019assimilation.Il cite Nathalie Petrowski qui, à la suite du visionnement d\u2019Omerta 3, se faisait presque raciste envers elle-même : « (la série) osait nous montrer le vrai visage du Québec d\u2019aujourd\u2019hui ; un Québec métissé, polymorphe et multilingue » ; « (il y avait) une foule d\u2019acteurs inconnus, pour la plupart italiens, russes, cubains ou anglais » ; « après avoir goûté à ce Québec-là, tous les autres (apparaissaient) subitement ternes et fades.» 121 « Comme si, de dire Bruno Roy, ailleurs qu\u2019à Montréal, il n\u2019y avait pas de vrai visage du Québec, car seule cette ville concentrerait les traits les plus représentatifs du « vrai Québec ».Comme si « les Pierre Gauthier, les Luc Picard, les Sophie Lorain, les France Castel, ne [servaient], en fait, qu à exprimer \u201cnotre petit monde\u201d, le Québec en moins vrai.Du mépris qui ne s\u2019avoue pas, voilà ce que c\u2019est.» Plutôt que de s\u2019ouvrir inconsidérément à l\u2019autre, l\u2019écrivain a le courage de rappeler les mots de Lysiane Gagnon (il est troublant qu\u2019il n\u2019y ait apparemment aujourd\u2019hui qu\u2019une chroniqueuse fédéraliste pour exprimer cette pensée) : « L\u2019attitude saine commande aussi, semble-t-il, qu\u2019on sache, de part et d\u2019autre, que l\u2019immigration mène à l\u2019intégration, voire à l\u2019assimilation plus ou moins complète.» En effet, il ne s agit pas pour Bruno Roy seulement de faire en sorte que les immigrants apprennent le français, mais plutôt qu\u2019ils s\u2019intégrent pleinement à une culture : « La population majoritaire de cette ville doit intégrer intimement les immigrants des divers horizons au développement d\u2019une culture originale en Amérique, la culture québécoise.» Il s\u2019en prend dans ce contexte à une vision de la langue (présente aussi dans les programmes du ministère de l\u2019Éducation) qui tend à n\u2019en faire qu\u2019un véhicule neutre pour exprimer une pensée.Il citera Nadia Ghalem, pour qui « il ne s\u2019agit pas de défendre la langue pour la langue, [.] [mais] de défendre ce reflet, ce corps visible et sensible d\u2019une culture particulière en Amérique du Nord.» Pour Bruno Roy, « la défense de notre langue n\u2019a aucun sens, voire elle est neutralisée sans la conscience historique qui la sous-tend.» L\u2019idée qu\u2019il existe au Québec une culture particulière qu\u2019il convient de défendre et de promouvoir imprègne aussi sa conception de la littérature.Prenant position dans la querelle qui il y a trois ans avait opposé Louis Cornellier à un cer- 122 tain nombre de journalistes et de penseurs opposés à ce qu\u2019on accorde plus de place dans les programmes scolaires à la littérature québécoise, il n\u2019hésite pas à appuyer le critique des essais québécois au Devoir, signataire d\u2019un texte au titre incendiaire : « Et si la réussite passait par la décolonisation ?» Roy fait remarquer combien, depuis la réforme de 1994 au collégial, l\u2019importance de notre littérature s\u2019est trouvée amoindrie.Loin qu\u2019elle occupe la place centrale qui lui reviendrait normalement en tant que littérature nationale, la littérature québécoise n\u2019occupe qu\u2019une part négligeable dans deux des trois cours de français au cégep, a fortiori les deux premiers.L\u2019auteur veut rappeler la grande diversité de celle-ci : il souligne que littérature nationale n\u2019équivaut pas à littérature nationaliste ; des voix aussi différentes que celles de Germaine Guèvremont, Christian Mistral et Hubert Aquin s\u2019y côtoient.Il rappelle aussi qu\u2019avant la réforme, bien que la littérature québécoise occupât une place plus centrale, il n\u2019était pas question d\u2019empêcher la lecture ni l\u2019étude des littératures étrangères, loin s\u2019en faut.On a eu tendance, remarque-t-il, à se braquer contre une proposition qui, bien qu\u2019affirmée dans des termes extrémistes, ne disait que le bon sens : la nécessité, pour toute nation, d\u2019un canon littéraire minimal, enseigné massivement, auquel il soit possible pour tous de se référer communément.La situation présente fait en sorte que nous connaissons mieux la littérature française - même contemporaine - que la nôtre propre.Est-ce normal ?Dans l\u2019enseignement actuel de la littérature, dans la place démesurée que nous accordons aux littératures migrantes et métissées, que les manuels de littérature québécoise ghettoïsent systématiquement, l\u2019auteur voit aussi la même détestable tendance à la fragmentation et à l\u2019exclusion qu\u2019il reconnaissait plus haut dans notre promotion du multiculturalisme, le même insidieux mépris de soi.Bruno Roy rappelle en outre qu\u2019on a tort d\u2019opposer l\u2019universel au 123 local, qu\u2019au contraire, l\u2019un et l\u2019autre pris comme des buts exclusifs sont des écueils, qu\u2019on n\u2019accède plutôt précisément à l\u2019universel que par le particulier.Faire fi de sa situation d\u2019écrivain ou de lecteur québécois, comme certains le voudraient, vivant dans un lieu délimité, à une époque précise, dans une langue singulière, confine, loin d\u2019ouvrir des portes, à l\u2019autisme ou à la schizophrénie.Cœur de sa pensée, qui rend compte de ses positions précédentes sur la langue, l\u2019immigration et la littérature, l\u2019indépendance nationale, enfin, obsède l\u2019écrivain.Il rappelle, dans un temps où presque plus personne n\u2019ose le faire, l\u2019impérieux besoin de se séparer du Canada, de rompre avec un pays qui pour nous avoir vu grandir, nous étouffe aujourd\u2019hui et nous condamne à un processus de minorisation accéléré.L\u2019auteur n\u2019hésite pas à employer la métaphore de la séparation : il convient, pour continuer d\u2019être, maintenant plus que jamais, d\u2019opérer la rupture difficile avec un pays dont nous avons cru pendant deux siècles, à tort si l\u2019on en croit l\u2019autre partie, être sur un pied d\u2019égalité l\u2019un des peuples fondateurs.C\u2019est là la seule voie possible.L\u2019indépendance, projet qui s\u2019ancre dans l\u2019histoire et dans la culture, seul moyen d'advenir pleinement à nous-mêmes, d\u2019effacer les traces encore effectives de notre situation de conquis (on ne parle pas de la part anglaise que deux siècles de cohabitation nous ont fait avoir et que nous aurions même après l'indépendance, mais du rapport de domination encore bien réel hérité de 1763), seul moyen de redevenir maîtres chez nous, est un choix existentiel qu\u2019on ne saurait subordonner à rien d\u2019autre, surtout pas à un projet de société ou à des motifs uniques de rentabilité.Roy s\u2019insurge ainsi contre une certaine intelligentsia de gauche qui, pour donner son appui au projet, voudrait qu\u2019on y greffe une série de mesures qui à proprement parler ne le concernent pas : « Dans la confu- 124 sion actuelle, certains tentent d\u2019utiliser indifféremment le projet de l\u2019indépendance ou le Parti québécois pour obtenir, sous le paravent d\u2019un projet de société, leur bonbon distinctif.Dans ce contexte - et je ne suis pas le seul à le penser -, j\u2019en ai marre de toujours projeter sur l\u2019indépendance un projet impossible : oui à l\u2019indépendance à la condition d\u2019obtenir en retour mon « suçon » syndical, corporatif, politique, culturel, pédagogique, féministe, communautaire, municipal, régional, ou que sais-je encore.» Défenseur des orphelins de Duplessis, il affirme qu\u2019à supposer que le Parti québécois n\u2019aurait pas réglé ce dossier qui, entre tous, lui tient à cœur au moment du référendum, il n\u2019hésiterait nullement pour autant à voter Oui.Le livre de Bruno Roy a de l\u2019importance, dans la mesure où, presque seul parmi une myriade d\u2019ouvrages qui paraissent ces années-ci, il réaffirme et défend avec force la valeur intransitive du projet indépendantiste québécois et avec lui celle de ses corollaires : la promotion de la langue française, l\u2019intégration véritable des immigrants, la diffusion d\u2019une littérature nationale.Sans s\u2019y opposer, il ne sacrifie pas sans retenue aux idoles de l\u2019époque - l'Ouverture, le Métissage, la Tolérance, la Globalisation - qui, adorées par moments au même titre que put l\u2019être naguère la Révolution prolétarienne, réservent à ceux qu\u2019elles subjuguent des lendemains amers (on n\u2019a qu\u2019à voir ce qui se passe présentement aux Pays-Bas ; on n\u2019a qu\u2019à penser que pour Gilles Duceppe, voter Non au référendum de 1980, pour cause de marxisme-léninisme, fut la plus grande erreur).La nation, l\u2019histoire et la culture qu\u2019elle charrie, sont des réalités autrement pérennes que ces engouements d\u2019une saison, et c\u2019est le grand mérite de Naître, c\u2019est se séparer que de nous inviter instamment à y reporter le regard, dans un temps où cela serait urgent.L\u2019ouvrage est courageux, quand on sait dans quel discrédit 125 est tombée l\u2019idée d\u2019indépendance nationale dans certains milieux, et avec quel zèle on y pourchasse tous ceux qui paraissent ne pas partager avec la même orthodoxie la foi nouvelle.Il fait penser à ces ouvrages de moralistes d\u2019antan, qui alors que l\u2019humanité s\u2019adonnait à des passions éphémères et ruineuses, rappelaient, eux, des vérités éternelles.Jean-François Cloutier PIERRE LAHOUD, HENRI DORION Québec: villes et villages vus du ciel, Les Éditions de l\u2019Homme, 2005, 234 p.L\u2019esthétique actuelle du tourisme de masse nous habitue à la vue aérienne et nous conditionne à attribuer à l\u2019objet filmé le vertige que la prise de vue nous procure.Paradoxalement, il arrive que des lieux extraordinaires perdent leur majesté dans leur passage à la moulinette des caméras-compresseurs.Le phénomène est connu : la vue en plongée écrase le sujet.Les motivations de Lahoud et Dorion, dans le nouveau volume qu\u2019ils consacrent à scruter la géographie québécoise du haut des airs, ne relèvent heureusement pas de la vente sous pression, mais d\u2019un amour sincère du Québec.Les quelque deux cents photographies de l\u2019ouvrage nous montrent donc des villages et des villes du Québec comme s\u2019ils les nommaient pour nos yeux.La trame concentrique de Charlesbourg autour de son trécarré passe, pour qui en a déjà entendu parler, de l\u2019abstraction à la virtualité.Le mur de Fermont perd de l\u2019aura effrayante que sa description laissait à l\u2019imagination.La curieuse arabesque de la rivière l\u2019Assomption se donne à voir sans gêne. 126 Le propos des auteurs n\u2019est pas ici de tirer des appréciations ébahies du lecteur-observateur, mais de l\u2019amener à décoder ce que l\u2019on voit en scrutant un paysage habité.Si l\u2019éparpillement aléatoire des maisons aux îles de la Madeleine ravive des souvenirs chez ceux qui ont pu déjà les observer, même au niveau du sol, Henri Dorion, géographe émérite, en évoque subtilement la raison dans un de ses courts textes de présentation ou dans une légende de photo.C\u2019est cependant autour de la maison classique que Dorion et Lahoud commencent leur histoire.« L\u2019emplacement de la maison rurale, installée près du chemin, à la tête du champ s\u2019étendant loin derrière, a donné lieu à un système cadastral basé sur le rang.» Plus précisément, une légende de photo explique : « La maison rurale, avec ses dépendances et, derrière, ces champs s\u2019étirant vers un carré de bois debout ; voilà la cellule de base du système du rang.» Les images de ces paysages québécois, que chacun a pu observer à un moment ou un autre, prennent alors leur sens avec le court commentaire qui les accompagne.Ce sont ces commentaires qui guideront le regard afin de suivre l\u2019évolution de la trame rurale vers l\u2019urbanité.Dans le chapitre intitulé « Au fil de l\u2019eau », on rappelle l\u2019omniprésence des cours d\u2019eau dans l\u2019organisation du territoire.Une route suit les contours d\u2019une rivière, les maisons s\u2019alignent sur cette route et tout le paysage se découpe ainsi à partir des rives d\u2019un cours d\u2019eau ou d\u2019un lac.Puisant dans le savoir-faire de son passé européen et dans 1 organisation hydrographique de son territoire, le génie québécois révèle son originalité de manière spectaculaire dans ces vues aériennes, comme dans ce paysage de Lanaudière dansant dans la lumière d\u2019automne. 127 Mais les auteurs s\u2019intéressent également aux marges et aux lieux particuliers : le pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul rattrapé par le village du même nom, la fin de la route à Natashquan, la cohabitation de l\u2019ancien et du moderne dans l\u2019organisation d\u2019un village ou dans l\u2019architecture urbaine.Dans les « Cantons de l\u2019Est », ils montreront des églises qui se font face, des cimetières placés autrement et nous expliqueront par l\u2019image pourquoi Sherbrooke s\u2019appelait Grande Fourche à une autre époque.Nos oiseaux jettent aussi un regard plein de curiosité sur ces villages en escalier dans Charlevoix ou dans les recoins des rivages le long de la Saint-Maurice.Partout, le regard posé est tendre et admiratifi mais le choix d\u2019observer par le haut oblige à une certaine retenue.Lorsque les auteurs nous parlent avec emphase de Québec comme d\u2019un roc de Gibraltar spectaculaire, leur photo aérienne tend plutôt à rasseoir leurs prétentions ; un cap vu du ciel perd tout son ascendant sur nous ! C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019impression qui se dégage après ce parcours aérien.Si beaucoup nous est révélé dans Québec : villes et villages vus du ciel, cette excursion virtuelle nous invite finalement à la découverte réelle du pays, les pieds au sol, avec en tête une bonne idée de l\u2019organisation générale du terrain.Sylvain Deschênes 128 FRANCIS MOREAULT Hannah Arendt, l\u2019amour de la liberté.Essai de pensée politique, Presses de l\u2019Université Laval, 2002 DANIEL DACENAIS (dir.) Hannah Arendt, le totalitarisme et le monde contemporain Presses de l\u2019Université Laval, 2003 Les études portant sur l\u2019œuvre de Hannah Arendt (1906-1975) sont nombreuses dans le monde anglo-saxon.Rien d\u2019étonnant puisque Arendt, comme plusieurs autres Juifs expatriés de l\u2019Allemagne nazie (pensons à Léo Strauss par exemple), aura grandement marqué la pensée théorique et politique américaine.En France, des philosophes comme Jacques Tamniaux et André Engrén, sans oublier le Belge Robert Legros, ont également publié d\u2019excellents livres et articles sur cette théoricienne du politique si originale.L\u2019œuvre stimulante d\u2019Arendt, grâce à son rayonnement international et à sa grande accessibilité, représente surtout un guide unique de compréhension du politique.Et les deux ouvrages dont il sera maintenant question nous le prouvent certainement.Considérons d\u2019abord le livre de Moreault.Son essai bref mais efficace résulte d\u2019une recherche doctorale effectuée sous la direction de Miguel Abensour à l\u2019Université Paris 7-Denis-Diderot.Les publications de thèses ne sont pas toujours satisfaisantes parce quelles ne font pas toujours de bons livres.J\u2019ai néanmoins apprécié la clareté du propos de l\u2019auteur, son effort soutenu pour rendre l\u2019exercice du commentaire intéressant et accessible - attentions qui le soustraient donc pour une large part aux principaux travers inhérents à une certaine rigidité académique commune à ce type d\u2019exercice. 129 La thèse de l\u2019auteur peut être ainsi résumée : Hannah Arendt développerait une double théorie de la liberté.La liberté de penser d\u2019abord, et la liberté politique ensuite (p.24).Le livre de Moreault se divise ainsi en deux parties correspondant à cette partition initiale du sujet.Dans la première, il reconstruit la question de la liberté de penser en établissant la genèse des emprunts et des ruptures de son auteur par rapport à la philosophie aristotélicienne.Il discute ensuite du rapport théorique de Arendt avec Heidegger, puis avec Kant, Hegel, Kafka et Nietzsche.Cette partie, intéressante et plutôt efficace dans la mesure où Moreault dégage les sources phénoménologiques de la pensée arendtienne, demeure néanmoins impuissante pour l\u2019essentiel du projet : c\u2019est-à-dire qu\u2019il n\u2019arrive tout simplement pas à établir une authentique « philosophie » à travers cette lecture - si attentive soit elle - de l\u2019œuvre de Arendt.À mon avis, les commentateurs s\u2019épuisent inutilement à rechercher un système cohérent dans la pensée de Hannah Arendt.Bien que Moreault ne prétende pas procéder de la sorte, son « analyse » est empreinte d\u2019une recherche excessive de cohérence.Peu attentive à la pratique de l\u2019histoire des idées, sa démarche se perd parfois selon moi dans une lecture intemporelle et anhistorique de l\u2019œuvre.Il aurait été bien plus profitable de faire cette étude en mettant en évidence le contexte discursif qui explique plusieurs des positions originales de la théoricienne du politique.Il ne suffit pas en effet de distinguer Arendt des auteurs mentionnés pour qu\u2019apparaisse soudainement une philosophie.Du propre aveu d\u2019Arendt, il n\u2019y a pas de philosophie cachée dans son œuvre ! Il y a des raisons non seulement biographiques, mais aussi philosophiques à cela.Car malgré sa formation philosophique allemande « classique », Arendt s\u2019inscrit 130 davantage dans une tradition intellectuelle de l\u2019essai, du journalisme politique et de la pensée critique.Cela n\u2019enlève rien du tout à la force de sa pensée ! Il convient simplement, à mon avis, de reconnaître l\u2019importance de cette saine distance qu\u2019elle prenait par rapport aux « philosophes professionnels » et d\u2019interpréter son œuvre en conséquence, c\u2019est-à-dire à travers un contexte non pas simplement philosophique, mais intellectuelle.Dans la seconde partie de l\u2019ouvrage, Moreault explique ensuite les tenants et aboutissants de la conception de la liberté politique que l\u2019on peut dégager de l\u2019œuvre d\u2019Arendt.Il trace les origines anciennes de cette conception, la dérive de la transcendance chrétienne puis celle, moderne et matérialiste, des philosophies de Hobbes et de Marx.Il termine par une présentation de « l\u2019apologie révolutionnaire » dans la pensée d\u2019Arendt.Bien que cette partie soit à mon avis généralement plus efficace que la première, sa thèse interprétative me semble incomplète.Selon Moreault, dans l\u2019oeuvre d\u2019Arendt, «la liberté politique consiste à fonder un corps politique entièrement nouveau » (p.123).Je pense que cette interprétation se limite beaucoup trop à la simple idée d\u2019un pathos de la « nouveauté », très prisé par les commentateurs plutôt de gauche ou attachés à l\u2019idée de révolution.Or, même si Moreault affirme que la pensée de la liberté chez Arendt ne se limite ni à sa « dimension ancienne » ni à sa « dimension révolutionnaire », mais comporte bel et bien une « dimension de finalité », au « sens où l\u2019action peut obtenir malgré tout des résultats probants » (p.184), la conclusion, dans son ensemble, me semble plutôt faible.Cette interprétation perd de vue le sens de l\u2019action et du conflit politique.Arendt met de l\u2019avant une réflexion institutionnelle accordant une gran- i3i de importance à la communauté politique et aux pratiques civiques qui définissent l\u2019ethos dans les relations citoyennes.Moreault se trouve incapable par exemple d\u2019établir la place et l\u2019importance de sa critique des droits de l\u2019homme dans l\u2019économie générale de son interprétation1.Il ne peut expliquer pourquoi Arendt affirmait, parlant de l\u2019exemple juif, que lorsqu\u2019un « peuple perd sa liberté étatique, il perd sa réalité politique, quand bien même parvient-il à survivre physiquement.»2 La dimension « conservatrice », je veux dire l\u2019importance de la durée et de la tradition dans la pensée de l\u2019auteur interprétée, me semble donc étonnamment absente du portrait général proposé par ce livre.L\u2019analyse de Moreault nous apparaît enfin insuffisante pour réellement inscrire Arendt dans les grands débats de notre siècle.Il ne reconnaît pas assez la sévérité de la critique de Marx chez Arendt - une critique d\u2019ailleurs essentiellement construite autour d\u2019une réflexion épistémologique sur l\u2019histoire.Sa thèse prend en ce sens la forme d\u2019une actualisation insuffisamment critique ; collé au texte de Hannah Arendt, il arrive mal à dégager les paradoxes centraux de l\u2019oeuvre qui constituent, selon moi, sa véritable puissance.Moreault avance cependant de très justes corrections exégé-tiques en montrant pourquoi la pensée arendtienne n\u2019est pas simplement une forme de néo-aristotélisme ou une sorte de retour mélancolique aux Anciens (p.209).Mais sa trop brève analyse n\u2019arrive pas à démontrer l\u2019essentiel : que malgré son insistance sur « l\u2019initiative et le nouveau », Arendt défend l\u2019idée, politiquement essentielle, que des institutions durables représentent les meilleures garanties pour la liberté politique - c\u2019est-à-dire un espace public protégé par des arrangements constitutionnels et habité par des citoyens animés d\u2019un esprit public.Le livre de Moreault représente 132 néanmoins une contribution significative à l\u2019étude de Hannah Arendt et, malgré mes réserves, constitue certainement une excellente introduction, simple et concise, à une pensée essentielle et subtile./V k Le collectif sous la direction de Daniel Dagenais est un travail fort différent de celui de Moreault.Réunissant les textes de plusieurs sociologues bien connus au Québec, le livre veut discuter de l\u2019œuvre d\u2019Arendt du point de vue de son actualité, voire de son urgence ! J\u2019ajouterais même qu\u2019une certaine forme de « catastrophisme éclairé » traverse la plupart des textes ici réunis - principalement les sept articles du trio Freitag, Mascotto et Bischoff, qui remplissent à eux seuls 60 % des 6n pages du livre.Inutile de chercher une unité dans ce collectif : il n\u2019y en a pas.Malgré ce que laisse entendre le titre, Hannah Arendt est souvent très secondaire par rapport au propos des auteurs.Cela dit, plusieurs des articles méritent certainement l\u2019attention pour leur qualité propre.Je tiens d\u2019abord à souligner la publication de l\u2019excellent article de Hubert Guindon, respecté sociologue récemment décédé, qui porte sur le nationalisme québécois et l\u2019impérialisme britannique.S\u2019inspirant de la pensée d\u2019Arendt, il offre un regard lucide et sévère sur l\u2019héritage de Lord Acton dans la pensée politique canadienne, en particulier chez Trudeau et les autres inconditionnels du Canada.Guindon voit clair : les prémisses théoriques d\u2019un certain libéralisme à l\u2019anglaise, qui a clairement justifié intellectuellement et moralement l\u2019impérialisme, servent aujourd\u2019hui à déconstruire l\u2019État-nation comme forme spécifiquement moderne de régime politique et, de la sorte, à délégitimer tout projet indépendantiste.Clairement engagé, ce texte représente à ¦>33 mon avis une des contributions incontournables au débat sur la question nationale au Québec.Dans un tout autre ordre d\u2019idées, je veux parler de la contribution de Freitag.Les textes de Michel Freitag refont toujours le monde de manière spectaculaire.Les deux essais qu\u2019ils proposent ici ne font pas exception à cette règle.Le premier reconstruit en l\u2019étendant l\u2019analyse socio-historique du « totalitarisme archaïque » tel qu\u2019il fut théorisé entre autres par Hannah Arendt et tente - pour reprendre une expression de l\u2019auteur impossible à résumer - de montrer le jeu de « l\u2019occultation d\u2019une nouvelle forme de totalitarisme sans nom et sans visage dont la forme et la dynamique opérationnelles seraient profondément inscrites dans les modalités de régulation les plus générales qui caractérisent la mutation organisationnelle et systémique des sociétés contemporaine, et qui se déploient en particulier dans le procès que l\u2019on nomme la \u201cglobalisation\u201d.» (p.249) Le second article de Freitag poursuit cette piste pour le moins ambitieuse.Son analyse le conduit à la conclusion à mon avis excessivement alarmiste, pour ne pas dire paranoïaque, que « la nouvelle \u201csolution finale\u201d élargie qu\u2019est la \u201cFin de l\u2019histoire\u201d systémique n\u2019est pas moins inhumaine, monstrueuse et inacceptable que ses modèles antécédents.» (p.404) Autrement dit : la mondialisation néo-libérale et les bouleversements systémiques qui sont supposés l\u2019accompagner dans le cadre d\u2019une postmodernité toujours en construction, sont pires que le nazisme et le communisme ! La démonstration de Freitag, souvent intelligente et riche en ouvertures saisissantes, se présente toutefois de manière si confuse et déstructurée sur la forme et sur le fond, que le lecteur y perd souvent le fil de l\u2019analyse et de l\u2019argument.Pour ma part, je demeure plus que jamais sceptique au sujet 134 des thèses de Freitag, qui mériteraient pourtant une réponse plus argumentée que celle que je suis en mesure de fournir ici.Jacques Mascotto, dans un esprit proche de Freitag, signe aussi deux très bons articles dans ce collectif : le premier offre une déconstruction saisissante - si ce n\u2019est une destruction complète ! - du stalinisme et du communisme ; le second aborde la question très actuelle du terrorisme.Les deux textes sont très instruits et bien menés.Pour ce qui est de Ffannah Arendt, le lecteur pourra se référer plus spécifiquement aux articles de Dagenais (sur la dimension socio-historique du système totalitaire), de Dario de Facendis (sur le problème du mal), de Frédéric Boily (sur le « phéonomène concentrationnaire »), de Rolande Pinard (sur « l\u2019organisation managériale du monde » et ses virtualités totalitaires), puis, enfin, de Manfred Bischoff (sur l\u2019organisation moderne du travail, la centralité de l\u2019économie et ses conséquences sur la dépolitisation de la société).Dave Anctil 1\tVoir en particulier le dernier chapitre (IX) de la deuxième partie intitulée « L'impérialisme » : « Les embarras suscités par les droits de l'homme », dans Les Origines du totalitarisme et Eichmann à Jérusalem (ivol.), Pierre Bouretz (dir.), Paris, Gallimard, « Quarto », 2002, p.591-607.2\tQ'est-ce que la politique?, trad.S.Courtine-Denamy, Paris, Seuil, 1995, P- \u201934- 135 LIVRES REÇUS Aurélien Boisvert Dollard.Ses compagnons et ses alliés, Les éditions du Septentrion, 2005, 274 p.Paul Ohl Louis Cyr, une épopée légendaire, Libre Expression, 2005, 632 p.Serge Gauthier (dir.) Raconte-moi.La rivière Malbaie, Presses de l\u2019Université Laval, 2004, 128 p.Albert Valdman, Julie Auger, Deborah Piston-Hatlen (dir.) Le français en Amérique du Nord.État présent, Presses de l'Université Laval, 2005, 583 p.Institut de la statistique du Québec Données sociales du Québec, édition 2005, 226 p.Daniel Miroux Le français, une langue en mouvement, Alliance Champlain, Nouvelle-Calédonie, 2005, 221 p.Dominique Boisvert L\u2019ABC de la simplicité volontaire, Écosociété, 2005, 158 p. 136 Jacques Ferron La nuit (réédition), Petite collection Lanctôt, Lanctôt éditeur et succession Jacques Ferron, 2005, 130 p.Alexandre Stefanescu, Pierre Georgeault Le français au Québec ; les nouveaux défis, Fides, 2005, 622 p.Alain Parent Entre empire et nation : les représentations de la ville de Québec et de ses environs, 1760-1833, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2005, 272 p.Henri Dorion Villes et villages du Québec vus du ciel Pour souligner son 20e anniversaire, la revue d\u2019histoire du Québec Cap-aux-Diamants vous offre un exceptionnel rabais de 20% sur l\u2019abonnement d\u2019un an.Pour une période limitée, vous ne paierez que 27,50$ (taxes comprises).L\u2019abonnement de 2 ans est aussi disponible à 55$.Profitez de cette offre! 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Site internet :www.rpsquebec.qc.ca Allard & Carrière SOCIÉTÉ NOMINALE COMPTABLES AGRÉÉS Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3' étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com TRANSLATEX , Communications\"*' RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca 139 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président Denis Monière Vice-président Pierre Noreau Secrétaire Jacques Brousseau Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Ex Officio Robert Laplante MISSION Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Membres Dave Anctil Pierre de Bellefeuille Mathieu Bock-Côté Jean-Jacques Chagnon Eric Devlin Benoît Dubreuil Christian Gagnon Alain Laramée Yves Michaud Jacques-Yvan Morin Paul-Émile Roy Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Nicole Boudreau Jacques Boulay Guy Bouthillier Hélène Chénier Delmas Lévesque Pierre Dupuis Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Gilles Rhéaume Membres émérites René Blanchard Jean-Charles Claveau Jean Genest Jean-Marc Léger Georges Meyers OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC.confiance stratégie performance \u2022\tGestion indicielle \u2022\tGestion privée \u2022\tGestion active en actions et en obligations \u2022\tGestion équilibrée Le succès de Optimum gestion de placements repose sur l'expertise de ses gestionnaires appuyés par une équipe de spécialistes qualifiés, sur des styles de gestion bien définis et sur une collaboration étroite et durable avec chacun de ses clients.Pour de plus amples informations.Sophie Lemieux, M.Sc, Directrice, Développement des affaires ÉricOuellet, B.A A., PI Fin , Directeur, Développement des affaires 425, boul de Maisonneuve Ouest, bureau 1740, Montréal (Québec) Canada H3A 3G5 Téléphone: (514) 288-7545 Télécopieur: (514) 288-4280 www.groupe-optimum.com ® Marque de commerce de Groupe Optimum inc utilisée sous licence 141 CLUB DES too ASSOCIÉS Fernand Allard Patrick Allen | François-Albert Angers j\" Gaston-A.Archambault f Jean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron François Beaudoin Yvan Bédard Henri Blanc Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin | Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Henri Joli-Cœur Lucie Lafortune Jf Anna Lagacé-Normand Bernard Lamarre Denis Lazure Richard Leclerc Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin j\" Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost René Richard j* Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier | Réal Trudel Cécile Vanier André Verronneau Claude-P.Vigeant Madeleine Voora i-iMm Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de io à 20 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis sans entente préalable peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par S DM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en pages Sylvain Deschênes Impression Marc Veilleux Imprimeur Inc., Boucherville M3 INDEX DES ANNONCEURS 138 Allard & Carrière 7\tCaisse d\u2019économie solidaire Desjardins 137\tCap-aux-Diamants 8\tDevoir, Le 78 Mouvement national des Québécoises et Québécois 140 Optimum, Gestion de placements 138\tRassemblement pour un Pays souverain 138 Sansregret, Taillefer et Associés 78 Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie 78 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 138 Translatex Communications + 137 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc. 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