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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2007-10, Collections de BAnQ.

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[" ilàRim volume XCVII numéro 8 OCTOBRE 2007 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L\u2019ACTION NATIONALE volume XCVII octobre 8 O O CM £ -O O ¦M U O NATIONALE Volume XCVII numéro 8 OCTOBRE 2007 Éditorial Seul le national mobilise -Robert Laplante Dossier Euphorie PPP : trop beau pour être vrai -PierreJ.Hamel Lire Lire les essais Livres reçus Index des annonceurs Le Québec au crochet du Canada ?-Louis Gill L'incontournable vision de Jane Jacobs -Robin Philpot Les dilemmes d'un professeur d\u2019anglais -Robert Dole Articles Les soldats québécois en Afghanistan -J.René Marcel Sauvé Le tribalisme rhodésien de la Montreal Gazette et la prétendue intolérance des Québécois -Charles Courtois Écrire en milieu minoritaire hors-Québec -Bruno Roy Jean Gaudreau Liaison no 2 2005 Technique mixte sur toile 200 cm X 138 cum Pour rejoindre l'artiste : messages@jeangaudreau.com Pour voir en savoir plus sur l'artiste : http://www.jeangaudreau.com/ Location d'outils 28 succursales \u2022 50 000 outils Québécoise depuis 1907 1.800.361.1486 www.simplex.ca 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur(Université de Montréal), Pierre Noreau, Centre de recherche en droit public (Université de Montréal) ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval); Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque ; Lucia Ferretti (UQTR), Paul Sabourin (Université de Montréal) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval); Michel Seymour (Universitéde Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock Côté.Jean Gaudreau Jean Gaudreau est né en 1964.Dès son enfance, il dessine et peint, n'hésitant pas à faire parfois l'école buissonnière pour aller visiter le Musée du Québec.En 1988, il complète un baccalauréat en arts plastiques à l'Université Laval et, depuis 1985, participe à plusieurs expositions solo et collectives.Bon nombre de ses oeuvres font partie de collections publiques et privées.Exubérante, colorée, agitée, la peinture de Jean Gaudreau ne laisse pas indifférent.Depuis vingt ans, le peintre de Québec a élaboré une production picturale qu'on reconnaît entre mille.Le critique d'art Michel Bois écrivait en 1997 : « [.] Sa démarche est sincère.Une qualité que le public reconnaît toujours.» Sa peinture, en marge des courants de l'art actuel, occupe sans contredit, un créneau bien à elle.Qu'elle soit peuplée de figures du cirque, de danseurs ou totalement abstraite, la peinture de Jean Gaudreau refuse tout repos.(tiré du catalogue de l'artiste - texte de Nathalie Côté) 2 ÉDITORIAL Robert Laplante SEUL LE NATIONAL MOBILISE Ainsi donc les choses se défont.La modernisation Canadian s\u2019accélérant, les partis politiques de la bourgade s\u2019en trouvent atteints de vieillissement accéléré, frappés de vétusté et relégués au rayon des accessoires surannés.L\u2019ordre ancien ne tient plus que pour eux, rongé par l\u2019insignifiance, miné par l\u2019inefficience corrosive des vieux alibis.Les mots manquent actuellement.Les vieux discours tournent à vide et personne n\u2019ose se risquer à nommer le réel.Les partis provinciaux restent convaincus qu\u2019ils peuvent encore prendre le pouvoir en vendant du simulacre.L\u2019électorat décroche, les préférences électorales sont volatiles au point de donner des vertiges aux sondeurs, mais rien n\u2019y fait.Toute la classe politique se cramponne au clientélisme à courte vue et s\u2019empêtre dans le langage de la diversion, des faux-fuyants.C\u2019est la restriction mentale qui charpente tous les discours.La politique provinciale tourne à vide, elle n\u2019est plus qu\u2019une joute sans enjeu, une arène de figurants.Tout le monde fait semblant de croire que le Québec est encore en mesure de se façonner un avenir alors que c\u2019est la logique de la pénurie - de la pénurie fabriquée par Ottawa - qui fixe l\u2019ordre des choses.Forêt, santé, environnement, agriculture, éducation, financement universitaire, la liste s\u2019allonge des dossiers qui s\u2019embrasent pendant que le gouvernement 3 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 tente de se faire prendre au sérieux en posant au capitaine des pompiers qui chasse la fumée en attendant que la pluie fédérale ne vienne remplir son arrosoir.Pendant qu\u2019Ottawa raffermit son emprise, engrange des surplus pharamineux et poursuit son usurpation jusqu\u2019à confisquer le 400e anniversaire de Québec, la province continue de se penser dans la politique de l\u2019indigence.Pendant que la politique Canadian continue de disloquer la cohésion de nos institutions et de notre économie, les politiciens provinciaux cherchent désespérément refuge dans le réformisme niais, tâtonnant pour trouver les bons slogans, les gadgets électoraux et les créatures médiatiques qui pourraient leur donner bonne bouche, revamper la vieille camelote et leur redonner l\u2019assurance du vendeur de voitures d\u2019occasion.Les politiciens fédéraux ne sont évidemment pas en reste.Eux aussi souffrent de l\u2019usure des vieux fonds de commerce.Le Parti libéral du Canada ne sait plus quoi inventer pour gérer les dégâts Un congrès chaotique lui a collé une espèce de fort en thème qui n\u2019est bon au Québec qu\u2019à rappeler jusqu\u2019à quel reniement sont prêts les inconditionnels du Canada.Il est pathétique, par ailleurs, de voir s\u2019agiter les carriéristes autour du Parti conservateur, émoustillés par les succès d\u2019un notable du Lac St-Jean qui a laissé croire, le temps d\u2019une partielle, que le Québec est entre bonnes mains avec une bande de députés trop heureux de se découvrir utiles à brasser les vraies affaires pour mieux fuir celles de la nation.À la bourse des parvenus, ils ne seront pas les premiers à se trouver comblés d\u2019être payés en monnaie de singe ou, comme d\u2019autres, à se pavaner à Outremont pour mieux être utile en Ontario ! 4 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Le vieil ordre politique se meurt dans la province.Les politiciens se cramponnent aux ruines, le regard tourné vers le passé récent pour ne pas voir le bulldozer Canadian en train de paver l\u2019avenir.Mais rien n\u2019y fera.Il n\u2019y a plus de destin spécifique pour le Québec dans le Canada, et tout ceux-là qui font semblant de ne pas voir l\u2019évidence se font servir de grands ricanements sceptiques par une part croissante de la nation.Même Gesca qui n\u2019en finit plus de conscrire ses scribes pour tenter de faire scintiller les mirages ne parvient plus à contrer l\u2019évidence : l\u2019horizon Canadian s\u2019efface.Le Canada ne nourrit rien au Québec, ni projet, ni projection.Il n\u2019est plus possible de faire autre chose que d\u2019en sortir ou de se soumettre.La politique provincialisée ne signifie rien d\u2019autre que de prendre le Canada tel qu\u2019il est.Gouverner la province, la proposer comme voie d\u2019avenir, c\u2019est se contenter des moyens que le Canada nous laisse.C\u2019est accepter de tenir la place qu\u2019Ottawa nous assigne, de s\u2019y cramponner en quémandant des miettes et en s\u2019arrangeant des finalités qu\u2019il nous impose.Solliciter un mandat électoral dans le consentement au cadre provincial, c\u2019est cela que ça signifie.Et rien d\u2019autre.À cette nuance près, que les arrivistes peuvent toujours soutenir qu\u2019ils seront plus près des mangeoires en se trouvant du côté du vrai pouvoir, celui qui se trouve à Ottawa.Les politiciens de cet ordre révolu s\u2019entendent autour d\u2019un statu quo qu\u2019aucun parti ne veut pourtant prôner tout en cherchant à continuer de le gérer.C\u2019est ce qui explique ce consensus si ferme autour de la nécessité de se rapprocher d\u2019un certain discours nationaliste.Tout le monde cherche à paraître, à faire comme si, pour mieux se défiler aux exigences de l\u2019agir vrai.La nation existe, ses réactions se font 5 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 sentir partout sur toutes les questions d\u2019importance et ce sont les manifestations de ce réflexe national qui leur rendent si difficile la tâche de produire un programme politique stimulant.Seul le national mobilise.L\u2019acceptation de l\u2019ordre Canadian, par calcul ou par résignation, les condamne à faire semblant, à s\u2019épuiser dans la recherche des meilleurs moyens de ne pas aller au fond des choses.Il est pathétique de les voir s\u2019échiner à rester superficiels, à se barbouiller l\u2019intelligence pour mieux masquer la démission.L\u2019électorat regimbe devant le réchauffé.Les platées de consolation n\u2019apportent aucun réconfort, les miettes Canadian ne stimulent aucune gourmandise.Le Québec, lui, est à la recherche de quelque chose de substantiel à se mettre sous la dent.Pour l\u2019instant, c\u2019est le clientélisme qui domine la scène politique.Cela pourra peut-être encore marcher pour une élection ou deux, le temps que tout le monde réalise qu\u2019on ne rembobine pas l\u2019histoire.La réhabilitation de l\u2019identitaire, comme disent les bonimen-teurs, ne rapportera rien de durable.C\u2019est du frelaté, une manière de chercher à habiller la régression politique, celle de l\u2019autonomisme désarmé, ce discours de la protestation sans conséquence, qui refuse de revendiquer en fixant des seuils de rupture.C\u2019est la doctrine politicienne des temps mièvres, un esprit de résignation toujours prêt à minimiser les pertes et pour qui rien n\u2019est jamais trop cher payé pour ne pas faire de chicane avec Ottawa.C\u2019est la posture du consentement à l\u2019impuissance, celle que le Canada apprécie, celle des nationalistes rouspéteurs et petits faiseurs.C\u2019est l\u2019éternelle quête du fruit qui ne mûrit jamais, la patience des non moins éternels « petits gains qui font grandir ».C\u2019est le 6 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 soupir embarrassé d\u2019une autre génération qui s\u2019apprête à se décharger de sa tâche sur les épaules de sa progéniture.La nation pourtant s\u2019éprouve comme telle, en dépit des ambivalences identitaires dont usent contre elles toutes les forces adverses, celles de la fatalité démographique comme celles de la domination politique ou de la lâcheté politicienne.Et c\u2019est parce qu\u2019elle s\u2019éprouve s\u2019assumant que les formulations politiques qui cherchent à composer avec l\u2019acceptation de sa minorisation ne suscitent aucun enthousiasme.S\u2019accommoder de la province n\u2019inspire plus aucun mouvement de fond dans notre société.Les partis tournent en rond en s\u2019imaginant que la rhétorique identitaire puisse fournir un succédané de combat national.Notre combat, il se mène désormais avec un peuple rompu aux subterfuges de la politique des lamentations et conscient de la ruine du langage, un peuple mieux informé que jamais du travestissement des aspirations à l\u2019émancipation par la mise en marché du rêve.Ses inquiétudes, fondées dans le concret de la domination qui s\u2019exerce sur lui, sont de celles qui nourrissent les grands gestes de dépassement et qui ne s\u2019apaisent que dans les grands accomplissements.La résignation de l\u2019autonomisme pseudo-identitaire, celle du retour au nous mou pour mieux s\u2019endurer Canadian, celle du quémandage perpétuel et de la recherche du réconfort dans les compromis et les victoires factices, c\u2019est terminé.Frissonner en déclinant toutes les nuances de la signification du « nous » pour mieux refuser de tirer un trait, c\u2019est terminé.Le film a déjà joué.Les partis peuvent bien chercher un arrêt sur image, cela ne changera rien au scénario.Notre peuple s\u2019éprouve dans une conscience de lui-même contre laquelle se dresse sa classe politique faiblarde.Nos 7 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 élites politiciennes rêvent de gérer une minorité geignarde alors que la nation aspire à ce qu\u2019on lui propose de donner le meilleur d\u2019elle-même.La scène politique est morose parce qu\u2019on n\u2019y sait plus lire les moindres signes de la grandeur.L\u2019espace politique du Québec ne se définit plus que par le combat pour l\u2019indépendance.Tout le reste est condamné.Notre avenir sera québécois ou notre dérive sera Canadian.Nous serons acteurs de notre histoire ou figurants dans le destin que le Canada nous réserve.? 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Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FONDACTION CSN POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014»\u2014 abonnez-vous Yag® ® ?On n'est jamais trop curieux Articles Les soldats québécois en Afghanistan -J.René Marcel Sauvé\t12 Le tribalisme rhodésien de la Montreal Gazette et la prétendue intolérance des Québécois -\tCharles Courtois\t19 Écrire en milieu minoritaire hors-Québec -\tBruno Roy\t28 Le Québec au crochet du Canada ?-\tLouis Gill\t38 L\u2019incontournable vision de Jane Jacobs -\tRobin Philpot\t42 Les dilemmes d\u2019un professeur d'anglais -\tRobert Dole\t63 Dossier Euphorie PPP : trop beau pour être vrai - Pierre J.Hamel\t74 Lire les essais Livres reçus Index des annonceurs Lire 100 135 139 12 ARTICLES J.René Marcel Sauvé* LES SOLDATS QUÉBÉCOIS EN AFGHANISTAN La participation militaire obligatoire du Québec en Afghanistan souligne la nécessité du statut d\u2019État pour le Québec et la nécessité d\u2019une fraternité, ou syndicat, chez les militaires.Au Québec, on sent une extrême nervosité dès qu\u2019il est question de guerre, alors que les Québécois n\u2019ont aucun pouvoir de décision en la matière.La guerre et la paix sont des affaires d\u2019État et comme le Québec n\u2019est pas un État, mais toujours une province inféodée en dépit de sa reconnaissance officielle comme nation, alors personne au Québec ne peut décider ni de la paix ni de la guerre.Depuis le commencement de notre histoire il y a 400 ans, nous avons toujours été obligés de participer aux guerres des autres : celles de la France contre l\u2019Angleterre ; celles de l\u2019Angleterre contre les Yankees de Nouvelle-Angleterre, puis contre les Américains ; contre tous les ennemis de l\u2019empire Britannique ; contre les ennemis du Canada des Orangemen et United Empire Loyalists ; contre les ennemis de l\u2019Occident ; pour l\u2019Organisation des Nations unies, du Commonwealth et maintenant de l\u2019OTAN.Les quelques tentatives que nous avons faites pour gagner notre propre guerre contre nos ennemis Orangemen et United Empire Loyalists se sont sol- * Capitaine d\u2019infanterie (retraité) 13 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 dées par des échecs cuisants.Non parce que nous étions incapables de nous battre en guerre.Nos soldats en ont fait la preuve à maintes reprises.Ce qui nous manque encore pour gagner notre propre guerre, ce sont les assises de notre État, l\u2019État du Québec.Inutile et futile de protester contre cette participation qui nous énerve pour la simple raison que nous ne connaissons que très peu les véritables motifs qui poussent le gouvernement actuel du Canada à s\u2019y impliquer derrière, non les États-Unis mais Washington presqu\u2019exclusivement.Les Américains savent que l\u2019enjeu principal est le pétrole et l\u2019enjeu stratégique la capture du principal carrefour de l\u2019Asie centrale, capture qui place Washington en position de force en face de la Russie, qui défend son pétrole, aussi en face de la Chine parce que l\u2019 Afghanistan et la Chine ont une frontière commune.La politique du gouvernement Harper gravite autour des voies maritimes de l\u2019océan Arctique et du pétrole de l\u2019Alberta et la mer de Beaufort.Toute politique est affaire d\u2019intérêts, de rapports de forces et d\u2019effectivité.Avec leur ravitaillement menacé par l\u2019augmentation exponentielle de la consommation incontrôlée et incontrôlable de pétrole sur tout le territoire américain, avec la perte de prestige et la chute du dollar américain qui s\u2019annonce, Washington a besoin d\u2019une victoire militaire pour redorer sa crédibilité menacée aux États-Unis mêmes.Quoi de mieux pour refaire l\u2019histoire que la capture de l\u2019Afghanistan, pays redoutable qui a battu maints adversaires puissants dans le passé, dont les Britanniques et les Russes ?La position des États-Unis en face de la Chine, de la Russie et de l'Inde s\u2019en trouvera considérablement renforcée, semble-t-il.Et Washington retrouvera une crédibilité qu\u2019il est en train de perdre avec les États américains, de plus en plus nombreux à réclamer des transferts de pouvoirs 14 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 qui en feront des États avec la majuscule, comme vient de le faire la Californie, qui s\u2019est effrontément reconnue État-nation sans que personne n\u2019ose protester.Dans l\u2019espace continental canadien - car le Canada n\u2019est pas un pays mais un continent - les rapports de forces entre les provinces et Ottawa risquent de se déplacer d\u2019une manière défavorable au gouvernement centralisateur si Washington perd à la fois sa guerre contre l\u2019Afghanistan et contre ses propres États.Cette conjoncture ouvre la voie vers l\u2019État du Québec et incite d\u2019autres provinces, dont la Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve, la Saskatchewan, l\u2019Alberta et la Colombie-Britannique à s\u2019orienter vers les statuts d\u2019États reconnus.Dans ce cas, elles devront assurer leur propre défense comme le font les États de taille modeste et qui réussissent très bien, notamment la Finlande, la Suède, la Norvège, la Hollande et le Portugal.Même la minuscule Islande se défend très bien.Au Canada, les armes nouvelles pour assurer la souveraineté de l\u2019Arctique seront prises en charge par l\u2019Alberta et la Colombie Britannique, de concert avec l\u2019Alaska américain, qui a aussi des intérêts à défendre dans la région et qui ne tient guère à ce que Washington s\u2019en mêle.Ces nouveaux États peuvent profiter de leur position de carrefours maritimes et pétroliers entre le Canada, la Russie, la Chine, l\u2019Inde et les États-Unis, pour s\u2019embarquer dans un grand jeu de pouvoirs dont elles vont tirer avantage.Dans cette perspective, la participation d\u2019Ottawa aux opérations des Nations unies en Afghanistan est une mesure d\u2019apaisement envers Washington et ses alliés actuels.Le but : gagner du temps en attendant que des décisions plus importantes changent l\u2019équilibre actuel des forces dans le monde.Rien n\u2019est plus aléatoire, plus dangereux quant aux chances de succès, que l\u2019établissement d\u2019un nouvel ordre de choses, enseigne Machiavel.Il est évident 15 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 maintenant que l\u2019équilibre des forces dans le monde n\u2019est plus celui des cinq dernières décades.Même dans l\u2019Église catholique, qui doit s\u2019inculturer alors que son centre de gravité se déplace hors de Rome.Nous vivons donc une période de très grande incertitude.Non seulement personne au Québec ne peut intervenir pour interdire la participation des militaires québécois en Afghanistan, mais personne ne peut intervenir pour les rassurer quant aux perspectives présentes et à venir.Cette incertitude est vécue par les militaires plus que par tous les autres.En Afghanistan, le militaire n\u2019est ni en guerre ni en paix.Il est armé et n\u2019est pas armé.Il est sur place pour le maintien de la paix alors qu\u2019il n\u2019y a pas de paix à maintenir.Par contre, il est peu équipé pour mener des opérations de pacification d\u2019envergure parce que ni lui, ni ses supérieurs, ne connaissent véritablement les enjeux de cette guerre.Ils n\u2019en connaissent que les manifestations extérieures alors que la guerre est d\u2019abord affaire de volontés qui se traduisent en violences parce qu\u2019aucun compromis n\u2019est encore possible entre les factions impliquées.En conséquence, le soldat ne sait pas à quoi s\u2019en tenir.Les militaires américains appellent ce genre de guerre un catch 22, terme qui désigne une situation impossible.Le soldat est comme le Chevalier du Septième Sceau.Il joue contre la Mort alors qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019enjeu et que la partie est perdue d\u2019avance pour lui.S\u2019il ne meurt pas sur une mine, il mourra de dépression, et d\u2019ennui, résultat de l\u2019impossible incertitude qu\u2019il doit vivre et pour laquelle il est encore trop peu préparé.Chaque jour qui se présente dans sa galère, il attend des ordres et des instructions qui lui viennent d\u2019en haut et lui imposent l\u2019arbitraire de politiques décidées à la petite semaine, sans envergure.Le premier principe de stratégie d\u2019État que doit également connaître tout militaire s\u2019énonce comme suit : L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 appréciation rigoureuse, correcte, impartiale et objective du contexte et de la situation.Le réalisme s\u2019impose mais le militaire demeure sous informé, sinon désinformé et hors contact avec le réel puisqu\u2019il ne peut communiquer avec la population locale, dont il ne connaît ni la langue, ni les mœurs, ni la mentalité.On ne lui sert que de la propagande.Ce manque de communications entre le militaire et ses supérieurs hiérarchiques, jusqu\u2019aux plus hauts échelons du gouvernement, de véritables communications et non des tentatives de séduction comme la publicité, cet isolement moral qu\u2019il doit subir chaque jour, est destructive et potentiellement fatale pour un combattant qui a besoin d\u2019un moral à toute épreuve pour tenir le coup.Dans ce genre de guerre, c\u2019est le meurtre psychologique et non les canons et les fusils qui tuent davantage.En somme, le soldat québécois, et peut être tout autant le Canadian, qui participe à de telles opérations sans avoir au moins le droit de s\u2019apporter de la lecture, est sans défense devant ses pires ennemis, qui ne sont pas les Talibans contre qui il dispose au moins d\u2019un fusil, d\u2019une mitrailleuse et d\u2019un canon, mais les autorités qui l\u2019emploient et abusent de son ignorance et sa naïveté.Seul, isolé, sans défense contre les autorités qui brandissent continuellement l\u2019arme des lois et règlements qui n\u2019acceptent aucune exception.La majorité des militaires sont incapables de formuler le moindre grief alors que le grief est prévu dans la loi militaire.Dépourvu de l\u2019instruction et de la formation nécessaires pour se défendre au moins par écrit, ils sont exposés aux abus subtils et souvent moins subtils des autorités.La moindre communication avec un autre militaire pour tenter de se défendre peut être interprétée comme une tentative de mutinerie et sévèrement réprimée.Quant aux officiers subalternes, ceux qui commandent directement les soldats dans les théâtres d\u2019opérations, la majorité n\u2019ont guère plus d\u2019instruction ni 17 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 de formation que leurs soldats.Il n\u2019existe au problème de la misère du soldat québécois, et aussi de son confrère Canadian, aucune solution valable dans les conditions actuelles, fondées sur l\u2019arbitraire des autorités.La seule solution, il en existe une, est celle des fraternités, ou syndicats militaires.Personne ne voudra le croire au Québec mais les armées syndiquées existent en Scandinavie depuis les débuts du vingtième siècle.Aujourd\u2019hui, les soldats finlandais, suédois, norvégiens, allemands et hollandais sont syndiqués.Les syndicats militaires s\u2019occupent entre autres des fonds de pension, des cantines, de l\u2019accoutrement et de la qualité de l\u2019armement du militaire.Ils ont leur mot à dire dans les programmes d\u2019entraînements, souvent abusifs chez nos soldats parce qu\u2019exagérés et ruineux pour leur santé.Ils s\u2019impliquent dans les conditions d\u2019avancement proposées aux militaires, de sorte que les promotions par faveur sont plus rares.Les sergents, les officiers, ont aussi leur propre fraternité et se protègent contre divers abus des autorités politiques.Dans les théâtres d\u2019opérations, y compris les vrais théâtres de guerre, les syndicats s\u2019assurent que le militaire ne passe pas plus de huit heures par jour au front et soit remplacé à intervalles réguliers afin de refaire ses forces.Il n\u2019est pas question de permettre aux autorités de demander l\u2019impossible à leurs soldats.Par-dessus tout, le syndicat a pour fonction de défendre le militaire aux prises avec des accusations et qui se voit soudainement traîné devant les cours martiales.Les syndicats s\u2019occupent également des griefs que la majorité des militaires sont incapables de formuler.Il est temps de faire avancer la cause du syndicat militaire pour nos soldats, et aussi pour les membres de la GRC, exposés eux aussi à l\u2019arbitraire des autorités.Rappelons-nous cette maxime du vieux Sun Tsu : L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 « Que chaque soldat employé sous vos ordres soit convaincu que votre premier souci est de le protéger de la moindre injustice.De cette manière, les soldats qu'on lance contre l'ennemi sont comme des pierres qu'on lance sur des œufs.» ? 19 ARTICLES Charles Courtois* LE TRIBALISME RHODÉSIEN DE LA MONTREAL GAZETTE ET LA PRÉTENDUE INTOLÉRANCE DES QUÉBÉCOIS Depuis la fin de l\u2019été 2007, la Montreal Gazette donne libre cours à ce qu\u2019on ne peut faire autrement qu\u2019appeler du « tribalisme rhodésien ».Bien sûr, la voix de la direction de la Gazette ne représente pas l\u2019ensemble des anglophones du Québec, ni même des journalistes de sa rédaction.Il n\u2019en reste pas moins que, à titre de principal quotidien de la communauté anglo-québécoise, son orientation éditoriale n\u2019est pas sans influence.Ce tribalisme, que d\u2019autres peut-être nommeraient « jingoïsme »: ou chauvinisme, mérite donc d\u2019être décrit pour ce qu\u2019il est : la défense exclusive des intérêts d\u2019un clan, définis très matériellement.Cette mise en évidence permet en outre de souligner toute l\u2019incongruité de l\u2019accusation habituelle que ces Rhodésiens lancent aux nationalistes québécois et au Québec tout entier, celle de l\u2019étroitesse d\u2019esprit ou xénophobie.Derrière cette accusation se cache un refus profond d\u2019accepter la démocratie québécoise.Pour le décrire, nous allons nous concentrer sur les éditoriaux du journal.1 2 * Doctorant en histoire à l'UQAM et à l'Institut d'études politiques de Paris, chargé de cours à l\u2019Université de Montréal.1\tCourant d\u2019opinion exaltant la puissance et l\u2019impérialisme britanniques, qui se manifesta dans les deux dernières décennies du XIXe siècle et qui fut représenté par J.Chamberlain et R.Kipling.2\tMerci au site Vigile.net d\u2019avoir colligé tout ce dossier de presse, véritable florilège de la Gazette. 20 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Le jugement Hilton et la loi 101 Tout d\u2019abord, le jugement Hilton favorable à la contestation judiciaire de la loi 104 présentée par un de ses ex-collègues d\u2019Alliance Québec3 a été l\u2019occasion pour la Gazette de dévoiler toute l\u2019épaisseur de son adhésion nominale aux principes de la loi 101.Cette adhésion nominale s\u2019était exprimée sur un mode, disons bonne-ententiste, après le jugement de la Cour suprême en 2006 et cette année, à l\u2019occasion du 30e anniversaire de la Charte de la langue française.Le jugement Hilton a été l\u2019occasion pour le journal anglo-québécois de revendiquer la fin de toute réglementation de l\u2019accès aux écoles publiques de la minorité nationale au Québec (« Education Needs Fewer Restrictions », 24 août 2007).Autant dire que la reconnaissance du français comme langue nationale officielle, à titre de langue de l\u2019écrasante majorité des Québécois depuis que le Québec existe, qui a de surcroît besoin d\u2019être renforcée dans un contexte historiquement, économiquement et politiquement favorable à la langue de la minorité, n\u2019aurait plus de portée.En réalité, comme le dévoile son éditorial triomphant à la suite du jugement Hilton, la direction de la Gazette continue de refuser le principe élémentaire de la loi : le français est la langue commune du Québec, de ses institutions, de son espace public et évidemment de ses écoles.Ce qui est normal et banal ailleurs - l\u2019école publique intègre les enfants, natifs comme immigrants, dans la langue nationale - serait une aberration, une restriction éhontée des libertés fondamentales.Une provision somme toute normale qui reconnaît aux écoles de la majorité le rôle d\u2019intégration des néo- 3 La Gazette a bien entendu tenté de répondre à ceux qui contestaient le jugement du juge en chef d\u2019avoir nommé un juge si peu susceptible d\u2019être impartial, par un argumentaire qui se résume à un argument d\u2019autorité assez faiblard. 21 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Québécois devient ainsi une insoutenable « coercition » (Cf.« Court Had to Uphold an Unjust Law », éditorial du 31 août 2007).Mais dans combien de pays démocratiques est-ce que l\u2019école publique offre un choix libre de langues ?Davantage, une provision généreuse des lois québécoises, qui reconnaissent à la minorité historique anglaise un droit institutionnel à titre de minorité nationale, et de façon tout sauf étroite, est travestie, par un renversement complet, en marqueur du proverbial désamour des institutions québécoises pour la « liberté ».De façon tout à fait traditionnelle et toujours aussi culottée, les idéaux du libéralisme servent ici à habiller grossièrement un tribalisme rhodésien qui ne respecte surtout pas la démocratie locale.De fait, la Gazette, stimulée par le jugement Hilton, a poursuivi avec une série d\u2019éditoriaux demandant à la communauté anglophone de voter aux commissions scolaires (« Get Yourself on the Voters\u2019 List », 4 septembre 2007), puis d\u2019appuyer davantage les luttes judiciaires de Tyler (« Tyler Strikes Again for Anglo Rights », 13 septembre 2007).« The Community », explique la Gazette en page éditoriale, devrait mieux savoir à quel point son intérêt loge dans l\u2019élargissement de l\u2019accès à l\u2019école anglaise.C\u2019est très crûment l\u2019intérêt privé de la croissance des institutions anglophones que la Gazette veut défendre au détriment de la majorité québécoise.En somme, derrière cette rhétorique qui tente d\u2019invoquer des principes libéraux, se cachent donc très maladroitement les intérêts très matériels de la croissance des institutions anglophones en territoire québécois - le seul au nord de Mexico où existe une différence culturelle au sens plein, d\u2019échelle nationale, différence que la croissance sans entraves de ces institutions mettrait bien sûr en difficulté. 22 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Les Fêtes du 400e et le « regretté » général Wolfe C\u2019est dans ce contexte que la Gazette n\u2019a pu s\u2019empêcher d\u2019exprimer son appui aux propositions ridicules du commissaire fédéral aux langues officielles, Graham Fraser.Pour mémoire, Fraser a recommandé aux organisateurs des fêtes du 400e de Québec de mettre en valeur la dualité canadienne en insistant sur l\u2019apport des anglophones à l\u2019histoire de Québec [sic] et des francophones hors Québec à l\u2019histoire du Canada - canadianisation des fêtes qui nous rappellera l\u2019opération de récupération impérialiste des fêtes de 1908.Faisant sien ce propos (« A Birthday Party for All Canadians », 30 août 2007), la Gazette ne manque pas de préciser que la deuxième recommandation de Fraser était par contre un peu farfelue ! En somme, foin de francophones au Canada, rappelons le rôle déterminant des anglophones dans l\u2019histoire du Québec.Certes, concède la Gazette, plusieurs la présenteront comme la contribution d\u2019une domination impériale sur un peuple paysan, mais en réalité il faut célébrer cette glorieuse « coopération » sans hésiter.Pour couronner le tout, on apprenait en septembre que le héros premier de cette « coopération », le général James Wolfe, a droit depuis vingt ans à une notice nécrologique dans la Montreal Gazette !4 Sadly missed, nous apprend la Gazette.Oui, par la tribu rhodésienne, comment pourrait-on en douter ?Évidemment, il s\u2019en trouvera pour dire que si des individus veulent payer le journal pour cette annonce nécrologique, pourquoi le journal refuserait-il ?En réalité, tout journal qui se respecte n\u2019accepterait pas la notice nécrologique nostalgique de n\u2019importe quelle personnalité historique.Cela paraît évident pour un chef totalitaire, pour prendre un exemple obvie.Alors, en l\u2019occurrence, force est 4 Mathieu Boivin, « The Gazette - Wolfe forever ! », Le Journal de Montréal, 14 septembre 2007. 23 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 de constater que la Gazette manque cruellement d\u2019élégance et de savoir-vivre, et surtout qu\u2019elle met ainsi à nu un atavisme.La Commission Bouchard-Taylor et la prétendue intolérance des Québécois Le plus drôle dans tout cela est peut-être que durant la même période, en commentant la Commission Bouchard-Taylor, la Gazette déploie une série de papiers montant en épingle la prétendue étroitesse d\u2019esprit des Québécois (Cf.« Poll Reveals Myths of Our Tolerance », 12 septembre 2007).Les idéaux laïques et républicains sous-jacents à l\u2019impopularité du multiculturalisme Canadian au Québec ne peuvent qu\u2019être la manifestation du manque d\u2019ouverture des Québécois.Qui accuse qui d\u2019ethnocentrisme, franchement ?Quand on y regarde de plus près, on constate que la diversité comprise dans la défense du multiculturalisme canadian, preuve de l\u2019ouverture d\u2019esprit supérieure de la nation canadian et de son cosmopolitisme, rencontre vite ses limites - des limites très bien définies.C\u2019est une diversité qui ne remet nullement en cause l\u2019hégémonie culturelle anglophone au niveau de la culture seconde, bien au contraire.C\u2019est la diversité qu\u2019ils veulent accueillir dans les English School Boards.Il y a bien sûr dans ce conflit entre modèle québécois et modèle canadian la différence à faire entre deux conceptions de neutralité en matière religieuse, celle de la laïcité, et celle de la sécularisation à l\u2019anglo-saxonne, qui tend plutôt à se faire également bienveillante au développement de toutes les religions.Outre la question d\u2019un principe d\u2019égalité conçu très différemment par rapport à la religion, entre les modèles laïques francophones et mutliculturalistes anglophones, il faut surtout voir la portée réelle de la diversité culturelle que ces cosmopolites anglophones qui accusent le Québec de 24 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 fermeture sont prêts à accepter.C\u2019est une diversité ethnique qui ne remet pas en cause l\u2019anglais comme langue commune et l\u2019hégémonie du nationalisme culturel et politique Canadian sur d\u2019autres peuples, mais le consolide par le nombre.Culture première multiethnique, culture seconde anglophone Lorsqu\u2019on analyse l\u2019ouverture à la différence sur la base de la distinction opérée par Joseph-Yvon Thériault entre culture première (d\u2019ordre familial) et culture seconde (d\u2019ordre national, de la haute culture, du savoir et de la langue commune), on se rend vite compte que la diversité à laquelle ces « cosmopolites » anglophones sont ouverts est, la diversité des croyances religieuses y compris, de l\u2019ordre de la culture première.Car l\u2019application de la politique du multiculturalisme canadian ne devait pas, à l\u2019origine, ni ne l\u2019a fait depuis qu\u2019elle existe (sinon très marginalement), remettre en question l\u2019adhésion des citoyens issus des minorités immigrantes ainsi reconnues, au patriotisme canadian ni à la culture anglophone.Quand il est question de reconnaître une diversité qui relève de la culture seconde, d\u2019un ordre plus profond et qui porte à conséquence, comme la légitimité d\u2019un Québec officiellement francophone, on se révèle vite beaucoup plus frileux, pour ne pas dire hostile.L\u2019autre exemple de diversité culturelle qui relève de la culture seconde, sur les territoires du Dominion, est celle des Amérindiens et Inuits.Or, en ce moment même, le Canada signifie sont refus d\u2019adhérer à la Convention des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.La même presse anglophone qui s\u2019empresse pendant ce temps d\u2019accuser les Québécois de fermeture à la différence se garde bien de critiquer la position officielle du Canada.Au contraire, elle l\u2019appuie.On sait très bien que le 25 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Canada a, historiquement, tenté d\u2019anéantir cette différence culturelle profonde, des différents peuples autochtones.Ces différences culturelles, québécoise comme autochtones, sont des différences culturelles véritables, d\u2019ordre national et non pas anecdotique.La diversité tant vantée par ces « cosmopolites » est celle qui peuple Londres, New York et Toronto et qui ne fait, finalement, que colorer une même identité culturelle anglophone.Dans ces métropoles culturelles anglophones, une part de culture première anglo-saxonne a peut-être reculé, mais leur diversité ethnique accrue ne fait que renforcer un rayonnement et une hégémonie croissants de la culture seconde anglophone dans le monde.Politique du multiculturalisme et intérêts anglophones Depuis l\u2019époque moderne, États-Unis en tête, les pays anglo-saxons sont réceptifs à une diversité religieuse conçue de façon communautariste : le multiculturalisme ne fait que le systématiser de façon en principe plus équitable pour toutes les confessions et toutes les origines.La politique de multiculturalisme du Canada, ne remet donc pas fondamentalement en cause un modèle de démocratie à l\u2019anglo-saxonne : elle en est plutôt une mise à jour, et à l\u2019aune de la globalisation.Elle peut en apparence froisser des éléments de culture première anglo-saxonne : c\u2019est qu\u2019ils ont clairement été déterminés comme désuets et contre-productifs en termes d\u2019intérêts hégémoniques (ce qu\u2019illustrent d\u2019anciennes expressions tel « Speak White », décidément superflues).L\u2019opposition entre melting pot états-unien et multiculturalisme Canadian est donc un artifice rhétorique qui sert à fortifier l\u2019adhésion patriotique au Canada de la part des néo-Canadians, traditionnellement séduits par les États-Unis ; car sur le fond, l\u2019assimilation à la culture seconde 26 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 anglophone n\u2019est pas moins efficace au Canada qu\u2019aux États-Unis.Et si elle le devenait, le multiculturalisme serait alors sévèrement remis en question.Le multiculturalisme est simplement une manière de se montrer accommodant à la diversité ethnique et religieuse qui permette d\u2019augmenter efficacement le nombre de Canadians sans affaiblir la cohésion d\u2019un nationalisme politiquement identifié au Canada et culturellement identifié par l\u2019adhésion à la culture seconde anglophone.Dans ce contexte, voir les Québécois chercher à définir leur propre modèle d\u2019intégration sur leur territoire - comme la loi 101, la loi 104 ou la contestation des accommodements raisonnables définis selon la norme du multiculturalisme canadien en signifient la volonté - ne peut qu\u2019être perçu avec hostilité, puisque la « clique » rhodésienne sait parfaitement bien combien la prévalence du modèle Canadian sur le territoire québécois l\u2019aide à saper les assises d\u2019une autonomie démocratique du Québec.La différence réelle, qui porte à conséquence, celle d\u2019une autre identité nationale et d\u2019une démocratie qui choisit ses propres principes communs, suscite l\u2019hostilité profonde et ouverte de ces prétendus juges en matière de tolérance.Leur libéralisme affiché montre ainsi ses limites devant le défi d\u2019accepter les principes de la démocratie, dont l\u2019une des assises les plus fondamentales est le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes.Le droit démocratique des Québécois de choisir et 1982 Les Canadians ont bien entendu parfaitement le droit de choisir démocratiquement le modèle d\u2019intégration de l\u2019immigration et d\u2019accommodement de la religion qui leur plaît.Que les Québécois trouvent des défauts importants au mutliculturalisme ne leur ôte pas ce droit.Toutefois, la reconnaissance de ce droit démocratique implique que la 27 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 nation québécoise possède elle aussi le droit de définir son modèle d\u2019intégration de l\u2019immigration et de gestion de la place accordée à la religion dans son espace public.Or, il se trouve que c\u2019est le modèle Canadian, enchâssé dans la Constitution de 1982, qui s\u2019impose au Québec, nolens volens, bien que cette Constitution lui fût imposée de façon tout à fait antidémocratique.Cette Constitution de 1982 empêche les Québécois de faire prévaloir la logique de la loi 101 et de son modèle de laïcité.La presse Canadian, Gazette et quotidiens torontois en tête, qui donne le beau rôle à l\u2019ouverture Canadian et le mauvais rôle à la prétendue intolérance québécoise, trouve ainsi une astuce rhétorique efficace pour camoufler ce problème démocratique aigu qui mettrait sinon en relief les manquements sérieux du Canada à cette prétendue vertu de démocratie et d\u2019ouverture qui démarquerait le « plus meilleur pays du monde ».On notera que ce n\u2019est donc jamais en termes de choix démocratiques qu\u2019est défendu le multiculturalisme, mais plutôt à titre de soi-disant parangon de la seule vertu, de la plus haute vertu de tolérance qui soit possible de trouver sur le globe - un modèle unique qui doit s\u2019imposer à tous, en somme, non pas sur le plan des débats démocratiques, mais d\u2019une conception particulière des droits de l\u2019homme qu\u2019on retirerait, par cet artifice rhétorique, du terrain des choix démocratiques.Et, pour conclure, la contestation de ce modèle de multiculturalisme Canadian par les Québécois chez eux représente, au même titre que la loi 101, un obstacle aux intérêts de la tribu rhodésienne au Québec, à commencer par le plan matériel.Au final, c\u2019est le droit des Québécois d\u2019effectuer des choix démocratiques qui est rejeté par ces modèles autoproclamés de vertu et d\u2019ouverture.? 28 ARTICLES Bruno Roy* ÉCRIRE EN MILIEU MINORITAIRE HORS-QUÉBEC Au 8e Marché de la poésie à Montréal (début juin 2007) s\u2019est tenue une table ronde autour d\u2019un recueil d\u2019entretiens avec des écrivains francophones vivant hors du Québec intitulé L\u2019acte de création.1 Ces créateurs vivent ou viennent de l\u2019Acadie, du Manitoba, de l\u2019Ontario, de la Colombie Britannique, d\u2019Ottawa.Parmi ceux qui participaient à la rencontre que j\u2019animais, il y avait Paul Savoie, Pierre Raphaël Pelletier et J.Roger Léveillé.C\u2019est autour de ce livre d\u2019entretiens, donc, que les premières questions ont surgi.La diversité, par exemple, est-elle un indice obligatoire de la création ?En d\u2019autres mots, s\u2019il n\u2019y avait pas de diversité, peut-on conclure que l\u2019acte de création n\u2019aurait pas lieu ?Se posait aussi la question de l\u2019inspiration.Entre l\u2019enfance qui en est souvent le moteur et l\u2019expérience qui la dépasse (le souci d\u2019authenticité), où se situe l\u2019inspiration ?« Quand tu écris, affirme l\u2019écrivain mani-tobain J.Roger Léveillé, tu travailles avec ce que tu as sous la main.» Livre, musique, cinéma, journal, actualités, etc.Pour Pierre Raphaël Pelletier, de l\u2019Ontario français, importe davantage l\u2019état dans lequel il crée que le processus de création lui-même.Il cherche moins, dira-t-il, à analyser l\u2019acte de création qu\u2019à le vivre.« Il me semble, croit J.Roger Léveillé, * Écrivain 1 Paul Savoie, Lacte de création, Entretiens, L\u2019Interligne, Coll.« Amarres », 2006. 29 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 que le travail de l\u2019artiste est un travail exceptionnel, que la culture se fait par en avant et non par en arrière, donc que rien n\u2019y prépare et que si une œuvre peut finir par signifier quelque chose d\u2019une société, elle est d\u2019abord avant tout une singularité.»2 Une identité non territoriale?L\u2019acte de création est le fait d\u2019un besoin d\u2019expression de soi, mais si cette expression échappe à son historicité, c\u2019est-à-dire à ses conditions d\u2019existence, il y a là une fuite en avant qui fait de cet acte une métaphore désincarnée où tout n\u2019est que personnel grâce au génie du créateur.C\u2019est une vue de l\u2019esprit que de concevoir l\u2019acte de création en dehors de sa réalité sociale.Ce que confirme à sa manière paradoxale Dyane Léger : « Je n\u2019écris ni avec mon sexe, ni avec mon Acadie ; c\u2019est toute nue et toute seule que j\u2019écris et pourtant c\u2019est avec le souffle des anciens que mon écriture apparaît.»3 Pour chaque individu artiste ou écrivain, l\u2019acte de création porte sa propre historicité qui en détermine les conditions de réalisation.En d\u2019autres mots, chaque champ littéraire cherche son horizon.Pour Didier Leclair, par exemple, qui a épousé une femme de l\u2019Ouest canadien - l\u2019Afrique, dans ses écrits, est une identité culturelle non territoriale.La capacité de s\u2019adapter ailleurs peut paraître suspect car cela sous-tend, aux yeux de certains, un flou identitaire.Pour un écrivain, en particulier, c\u2019est un atout, voire un privilège : « Il y a une liberté farouche qui m\u2019habite et que ce soit l\u2019Afrique ou le Canada, je me garde le droit de ne pas y appartenir aveuglément.[.] Il y avait longtemps que je me posais des questions sur la fierté d\u2019être de quelque part.Pourquoi être fier 2\tJ.Roger Léveillé, Ibid., p.182.3\tDyane Léger, Ibid., p.99 30 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 quand tout cela est au départ arbitraire ?Ne faut-il pas naître une deuxième fois pour être certain de notre fierté ?»4 Reconnaissons quand même que toute cette écriture non territoriale est suffisamment politique, même si, en milieu minoritaire où elle est rarement reconnue, elle déconcerte les universalistes de la culture.Pour sa part, précise Herménégilde Chiasson, « Notre génération a voulu mettre l'accent sur le nom plus que sur le discours.Nous étions fascinés par le fait que nous étions des Acadiens écrivains et non le contraire.Nous voulions nommer les choses, habiter notre espace et y faire référence dans nos œuvres, [.] Pour les plus jeunes, ils savent qu'ils sont Acadiens et que tout ce qu'ils font devient porteur de cette identité.[.] En ce sens, nous n'avons d'autres choix que de leur faire confiance en espérant que les acquis ne se transformeront pas en perte dans ce jeu incessant des générations qui se bousculent et dont nous faisons aussi partie.»5 Défendre et illustrer à travers le monde la littérature franco-ontarienne ou franco-manitobaine, pour ne prendre que ces deux exemples, n'est pas chose évidente.Connotées par la dimension canadienne-française, ces deux littératures en particulier ne peuvent prétendre, à l'instar de la littérature québécoise, voire de la littérature acadienne, à une reconnaissance institutionnelle de même nature.Hors du Québec, point de salut ?On nous l'a fait savoir, rapporte Hédi Bouraoui, à qui Yves Beauchemin aurait intimé : « Vous n'avez qu'à venir vous installer au Québec.»6 Oui, comment sortir de ces perceptions négatives : des dead ducks et des « cadavres chauds » même si, au Manitoba, par exemple, note J.R.Léveillé, il y a une réelle vitalité linguistique et culturelle.Au manque chronique de lectorat et au fait d'écrire de la poésie - deux difficultés réelles pour un écrivain 4\tDidier Leclair, Ibid., p.83 et 87.5\tHerménégilde Chiasson, Ibid., p.135.6\tHedi Bouraoui, Ibid., p.153. 31 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 canadien de langue française - on peut ajouter les milieux minoritaires auxquels ils appartiennent.En ces milieux, pour que la littérature autre que l\u2019anglais existe, l\u2019activité des éditeurs francophones est indispensable.Sinon, comment pourrait-on parler de cette littérature ?Une action éditoriale L\u2019écrivain manitobain J.R.Léveillé, cité plus haut, a beaucoup agi au sein des Éditions du Blé.Il y a fondé une Collection Rouge « pour assurer qu\u2019il y ait toujours une édition de la littérature la plus « moderne », même dans un milieu minoritaire où la production est modeste.» L\u2019important, ajoutera feu l\u2019Acadien Gérald Leblanc, aura été d\u2019avoir mis de l\u2019avant qu\u2019il existe une littérature moderne, ici, et « que l\u2019Acadie était plus complexe qu\u2019une certaine image folklorisante qui avait cours.» C\u2019est pourquoi, la création d\u2019une maison d\u2019édition, en milieu minoritaire, vise à assurer le contrôle éditorial de sa production littéraire.» Ainsi, nonobstant leurs difficiles conditions de publications, écrivains acadiens, manitobains ou ontariens, par exemple, ne sont plus dans la nécessité de publier au Québec.Dans ces espaces francophones hors Québec, en effet, trois maisons d\u2019éditions ont vu le jour : ce sont les Éditions d\u2019Acadie, les Éditions Prise de parole en Ontario et les Édition du Blé au Manitoba ; ce qui, selon plusieurs, a transformé le milieu des arts.La création d\u2019une première maison d\u2019édition en Acadie (comme ailleurs au Canada français), précise Gérald Leblanc, fait partie d\u2019un réveil collectif où l\u2019on a a décidé de cesser de parler de survie et d\u2019agir sur notre devenir.Dans cette mouvance parfois turbulente qui a touché tous les aspects de la 32 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 société, on a aussi fait place aux créateurs qui annonçaient ces mutations.7 Voici qu\u2019un esprit commun s\u2019y dégage : à travers l\u2019art et la politique, écrivains et éditeurs, en milieu minoritaire, veulent faire entendre une parole forte, en créant des textes significatifs, voire revendicateurs, pour leur communauté.Par contre, écrire pour soi avec l\u2019incertitude d\u2019être publié, telle est, semble-t-il, une condition objectivement difficile pour que se développe une vie littéraire significative dans la société où les créateurs vivent, travaillent et créent en milieu minoritaire.Gérald Leblanc reconnaît d\u2019emblée que « Le fait de publier ensuite est alors un geste social.» Cela vaut pour tous les écrivains du monde.Comment cette disposition de l\u2019esprit détermine-t-elle une conception de l\u2019acte de création lorsque cet acte est inscrit dans un contexte de minorisation linguistique ?Quelle est la relation de cause à effet qui nous ferait comprendre cette dynamique qui ne peut échapper à la dimension politique du sujet ?Là-dessus, dans le livre L\u2019acte de création, peu de choses sont dites.Car le sujet est souvent évoqué sans véritablement déboucher sur une réflexion globale.Toutefois, certains éléments de réponses à ce questionnement méritent d\u2019être soulignés parce qu\u2019ils peuvent permettre une amorce de réflexion dans le contexte du « Canada français » dont pourraient profiter les créateurs québécois.Aux yeux de Paul Savoie, précisément, le milieu québécois est maintenant devenu « le milieu hors-canadien-français.» Les questions qu\u2019il a posées à ses compatriotes francophones canadiens, a-t-il besoin de préciser dans son préface, lui semblaient meilleures lorsqu\u2019il les adressait « aux personnes qui habitaient le même milieu » que le sien.Dans 7 Gérald Leblanc, Ibid., p.236. 33 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 ces Entretiens, ce fait objectif d\u2019écrire en milieu minoritaire, paraissant particulièrement courageux à Paul Savoie, s\u2019est imposé de lui-même.Souvent, commente pour sa part Andrée Lacelle, née à Hawkesbury (Ontario), l\u2019écrivain francophone hors-Québec touche terre mais il reste sans terre : « Car l\u2019absence de statut politique pour nous, en Ontario français, crée un vide dans l\u2019espace public, une sorte de non-lieu qui fait qu\u2019en cette province, nous ne sommes toujours pas des citoyennes et des citoyens à part entière, car si nous l\u2019étions, nous n\u2019aurions pas à nous présenter en Cour suprême pour obtenir le droit d\u2019accoucher et de mourir dans notre langue maternelle.Bien entendu, je pense, entre autres, à la cause de l\u2019hôpital Montfort.»8 Une langue d\u2019écriture C\u2019est à Toronto, dira Antonio D\u2019Alfonso, qu\u2019il s\u2019est découvert comme écrivain francophone : « Le Canada, pour ceux et celles qui vivent au Québec, c\u2019est le Québec.Mais ça, on ne le comprend qu\u2019une fois que nous vivons au Canada anglais.»9 Hélas, pense le poète d\u2019origine italienne vivant maintenant, après Montréal, à Toronto : pour l\u2019écrivain « autre », né ou pas ici, le but suprême, c\u2019est de se faire accepter en tant qu\u2019anglophone.Très souvent, il lui importe de se faire accepter dans la langue de la majorité canadienne, voire dans celle de l\u2019Amérique du Nord.« Beaucoup d\u2019écrivains deviennent anxieux lorsque le milieu anglophone ne les accepte pas.»10 Le système de subventions lui-même « donne un tas d\u2019argent aux artistes pour qu\u2019ils puissent travailler mais en anglais », précise encore D\u2019Alfonso.Ce qui n\u2019est pas sans conséquence.Les sept huitièmes des titres de Guernica, maison d\u2019édition qu\u2019il a fondée, sont en langue anglaise.Aux yeux du Canada anglais, pourtant, est-il obligé de reconnaître, ces livres sont invisibles : « Nos livres, même en anglais, ne font 8\tAndrée Lacelle, Ibid., p.175.9\tAntonio D\u2019Alfonso, Ibid., p.61.10 Ibid., p.61. 34 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 pas partie du patrimoine du Canada.Nous n\u2019existons pas.»n C\u2019est sans doute une des raisons qui le fait écrire en français plutôt qu\u2019en anglais : D\u2019Alfonso écrit là où, au bout du fil, il y a une écoute.« Dans quelle langue écrire ?J\u2019ai choisi la langue française, parce que je suis de plus en plus sûr que l\u2019avenir du Canada n\u2019est pas la langue anglaise.De toutes les langues parlées dans ce pays, celle qui risque de disparaître est l\u2019anglaise.C\u2019est celle qui nous nuit le plus dans la formulation de notre identité, c\u2019est la langue la plus bornée, celle qui dit non le plus souvent à l\u2019invitation venant de l\u2019extérieur, en dehors de nos frontières.Aussitôt que la langue s\u2019effritera, nous allons nous découvrir comme pays.»12 Hedi Bouraoui, qui a choisi de s\u2019établir au Canada croyant que c\u2019était un pays bilingue où le français est une langue officielle, avoue lui aussi son désenchantement : « En Ontario, je me suis d\u2019abord trouvé dans un désert complet pour tout ce qui touche la francophonie.J\u2019avais même écrit dans la revue Nordir : « Écrire en français en Ontario, c\u2019est lancer des S.O.S.dans le désert ».»13 En Acadie, la réalité diffère quelque peu.Tout en étant de culture acadienne et de parents unilingues, signale Gérald Leblanc, l\u2019anglais a aussi été présent dès son très jeune âge, comme une composante de son univers.Une composante linguistique qui, ne devant pas effacer sa propre langue, fait partie de son héritage culturel.« Il me semblait, explique-t-il, que les choses les plus simples de l\u2019existence méritaient qu\u2019on s\u2019y arrête, que mon « petit monde à moi » était aussi porteur de vérité, qu\u2019il était possible de l\u2019écrire pour le rendre présent dans la langue.»14 11\tIbid., p.63.12\tIbid., p.59.13\tHedi Bouraoui, Ibid., p.152.14\tGérald Leblanc, Ibid., p.234. 35 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Entre l\u2019enfance et la communauté Là ou se rejoignent tous les écrivains francophones du Canada, c\u2019est que « L\u2019Amérique, pense J.Roger Léveillé, est dans notre langue tout autant sinon plus que l\u2019Europe.C\u2019est un fait de notre voix d\u2019écrivain.Même si nous partageons la langue française avec d\u2019autres lieux, elle est formée par cette expérience américaine.»15 Cela, sans « aucune schizophrénie dans l\u2019usage de l\u2019anglais ou du passage aisé d\u2019une langue à l\u2019autre, même métissage entendu des deux.» En effet, à cet égard, du seul fait qu\u2019ils partagent entre eux une même langue de création en Amérique du Nord, le français, les conditions d\u2019écriture des écrivains francophones canadiens et des écrivains québécois sont communes.Jouer le pragmatisme contre la théorisation, confronter la douleur d\u2019écrire au jeu gratuit de la langue, opposer nostalgie et modernisme, voilà des positions qui rejoignent celles de tous les créateurs du monde qui, indubitablement, réfléchissent sur leur travail.Pensons à feu Gérald Leblanc, il était fasciné par l\u2019Amérique au même titre que les poètes québécois Claude Beausoleil et Jean Daoust, pour ne nommer que ces deux-là.Chez Hedi Bouraoui, en cette matière, il semble que son intention soit directement politique.En Amérique du Nord, il dit se comporter en citoyen canadien, « entendez par là que je cultive ma canaduitude plus que mon américanité états-unienne.»16 Ce qui lui permet de revendiquer son afri-canité tout en l\u2019insérant dans la diaspora en Amérique, plus spécifiquement les Antilles françaises : « Mélange paravent contre l\u2019illusion de la pureté dont se targuent les pures laines et autres bigots.»17 Les écrivains Cadjens, par ailleurs, mettent de l\u2019avant une autre conscience francophone car le dis- 15\tJ.R.Léveillé, Ibid., p.189.16\tHedi Baroui, Ibid., p.146.17\tIbid., p.147. 36 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 cours qui lui est lié l\u2019est par une histoire qui fut commune à ses débuts avec les Acadiens.Ainsi que l\u2019affirme Dyane Léger, « Que j\u2019écrive au bout du monde ou en terre natale, je reste consciente de qui je suis et toujours je prie pour quelque chose du sacré universel s\u2019insuffle à mes mots.»18 Ici, le discours du minoritaire s\u2019oriente vers d\u2019autres préoccupations qui rejoignent celles de bien des créateurs québécois : territorialité, excentricité, nordicité, américanité, migration, etc.Tout ce qui pourrait appartenir au discours de la décolonisation, de l\u2019oppression, voire de l\u2019isolement est, d\u2019une certaine manière, mis en sourdine.L\u2019acte de création, dégagé de ce discours, prend alors une valeur plus personnelle dont le moteur est le lieu d\u2019origine : souvent l\u2019enfance.On peut penser avec France Daigle que ce qui, spontanément surgit chez tout écrivain, qu\u2019il vive au centre ou en périphérie, c\u2019est la matière de l\u2019enfance, « matière qu\u2019il déguisera plus ou moins dans son œuvre.» Dans les espaces francophones du Canada, à la manière de leurs collègues québécois, les écrivains n\u2019écrivent pas exclusivement du point de vue d\u2019une culture unique et minoritaire, voire coloniale, ils écrivent eux aussi, pour reprendre les mots de l\u2019écrivain canadien d\u2019origine tunisienne, Hedi Bouraoui, dans « l\u2019interstice de cultures plurielles qui occultent tout monolithisme ».L\u2019écrivain qui vit et écrit à Toronto ajoute : « Il n\u2019y a d\u2019universel que du particulier ».Entre l\u2019institution littéraire et la francophonie canadienne, en termes de discours, certains ponts sont fermés dont celui, par exemple, au Québec en particulier, du multiculturalisme.Car ce qui est en cause, c\u2019est la fragilité des minorités.À l\u2019inverse, l\u2019écrivain vivant en milieu minoritaire vit lui aussi dans un monde éclaté, il est confronté à la réalité 18 Dyane Léger, Ibid., p.99. 37 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 du « village global ».Ce qui fait dire à Dyane Léger, que la littérature acadienne « est entrée dans le courant de l\u2019universalité ».Si cela ne fait pas de doute, pour elle, « Reste et restera toujours la question capitale, la seule et vraie question : Aimerons-nous assez les mots pour les insuffler aux plus jeunes que nous ?»19 Concluons.Certes, il y a les migrations nombreuses qui entraînent des acculturations nécessaires et complexes.Cela dans des lieux minoritaires où, comme au Canada, deux langues s\u2019affrontent.Pour un écrivain, ce n\u2019est pas banal.Quelle langue écrire et pourquoi la choisir, si cette langue qui soutient l\u2019écriture, passe inaperçue, voire est rejetée ?Cela étant écrit, ce livre d\u2019entretiens de Paul Savoie, L\u2019acte de création, est utile car s\u2019y glissent des éléments de réflexion qui conduisent le lecteur à comprendre que tout créateur est confronté aux forces extérieures que sont les réalités sociales, linguistiques, culturelles, religieuses et politiques.C\u2019est pourquoi le Québec aurait avantage à mieux connaître les œuvres littéraires qui s\u2019écrivent en terre canadienne française.Il comprendrait, ce qu\u2019il a compris pour lui-même, et cela à la manière d\u2019Antonio D\u2019Alfonso, que tout ce que fait l\u2019écrivain, en milieu minoritaire, c\u2019est pour la communauté.?19 Dyane Léger, Ibid., p.96 38 ARTICLES Louis Gill* LE QUÉBEC AU CROCHET DU CANADA?Dans un article intitulé « Le Québec gagnant », publié dans La Presse du 21 mars dernier, sur les modifications du programme de péréquation annoncées dans le budget fédéral déposé le 19 mars qui porteront à 7,2 milliards en 2007-2008 les paiements reçus par le Québec, l\u2019économiste Robert Lacroix de l\u2019Université de Montréal, signataire du manifeste Pour un Québec lucide et membre du Groupe fédéral d\u2019experts sur la réforme de la péréquation, écrit : « Ce programme est financé à partir de l\u2019ensemble des taxes payées par l\u2019ensemble des Canadiens au gouvernement fédéral.Donc les Québécois, qui ne contribuent que pour 20 % du total des taxes fédérales, ne paient que 20 % du coût du programme de péréquation.En somme, pour les 7,2 milliards de $ [à recevoir en 2007-2008] en péréquation, les Québécois n\u2019auront payé que 1,4 milliards, le reste [5,8 milliards] étant payé par les autres Canadiens ».Voilà un énoncé qui tend à présenter le Québec comme un assisté social au sein du Canada et qui suggère qu\u2019il recevrait au total bien davantage que la part qu\u2019il verse aux finances publiques fédérales.Qu\u2019en est-il ?Si on procédait de la même manière avec les autres transferts fédéraux aux provinces (en matière de santé, de programmes sociaux, d\u2019infrastructures), on arriverait à un * Économiste, professeur retraité de l\u2019UQAM 39 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 étonnant résultat.La province la plus puissante économiquement qu\u2019est l\u2019Ontario (39 % du PIB canadien) et l\u2019une des plus riches ne reçoit évidemment aucun paiement de péréquation.Mais elle est la première bénéficiaire au titre des autres transferts avec 13 milliards à recevoir en 20072008.Il va sans dire que ce volet des transferts fédéraux aux provinces est, comme la péréquation, financé par l\u2019ensemble des taxes payées au gouvernement fédéral par l\u2019ensemble des Canadiens.En transposant les propos de Robert Lacroix qui viennent d\u2019être cités, il faudrait donc dire : « Les Ontariens, qui contribuent 39 % du total des taxes fédérales, ne paient que 39 % du coût des autres programmes de transferts aux provinces.En somme, pour les 13 milliards à recevoir à ce titre en 2007-2008, les Ontariens n\u2019auront payé que 5 milliards, le reste, 8 milliards, étant payé par les autres Canadiens ».Et voilà la riche Ontario transformée elle aussi en assistée sociale du reste du Canada.À la lumière de cette conclusion inattendue, on devine bien que quelque chose cloche dans la méthode de calcul.Le problème tient simplement au fait que les taxes ontariennes contribuent à financer la totalité du coût des transferts en matière de santé, de programmes sociaux et d\u2019infrastructures, qui sera de 34 milliards en 2007-2008, et non la seule partie qui revient à l\u2019Ontario, 13 milliards.La contribution ontarienne est donc 39 % de 34 milliards, soit 13 milliards, et non 39 % des 13 milliards qu\u2019elle reçoit du programme, soit 5 milliards.Il en va de même pour le Québec dont les taxes contribuent à financer 20 % de la totalité des coûts des programmes de transferts fédéraux et non 20 % de la seule part qui lui revient de ces programmes.Dans le cas de la péréquation dont le coût total est de 12,8 milliards, la contribution du Québec est donc de 2,6 milliards (20 % de 12,8 milliards) et non de 1,4 milliard (20 % de ce qui lui revient 40 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 du programme de péréquation).Même si cette différence de 1,2 milliard est relativement faible, elle met en évidence une mesure plus juste de la réalité, ainsi que le risque de tirer des chiffres des conclusions abusives.Récipiendaire de 7,2 des 12,8 milliards distribués en péréquation en 2007-2008, le Québec n\u2019en demeure pas moins gagnant à ce chapitre et il recevra également du gouvernement fédéral pour la même année 8 des 34 milliards versés au titre des autres transferts dont il aura financé 20 % du montant, soit 6,8 milliards.Il serait toutefois incorrect d\u2019en déduire qu\u2019il recevrait globalement plus d\u2019argent du gouvernement fédéral qu\u2019il ne lui en verse.Selon les prévisions budgétaires déposées le 19 mars en effet, le montant que le gouvernement fédéral percevra en impôts et taxes de l\u2019ensemble des Canadiens en 2007-2008 sera de 237 milliards, dont 20 %, soit 47 milliards, proviendront du Québec.Les transferts fédéraux de 15,2 milliards (7,2 pour la péréquation, 8 pour les autres transferts) dont bénéficiera le Québec seront en somme une « ristourne » partielle des impôts et taxes de 47 milliards payés au gouvernement fédéral par les Québécois, qui auront donc versé à Ottawa un solde net de 32 milliards.La majeure partie de ce solde reviendra aux Québécois sous la forme de transferts aux particuliers (prestations aux aînés, assurance-emploi, prestations pour enfants) et de subventions (industrie, agriculture, etc.), ou contribuera au financement des sociétés d\u2019État, de la défense nationale et du service de la dette fédérale.Le reste contribuera au financement de l\u2019appareil gouvernemental fédéral et aux multiples onéreux et futiles dédoublements de fonctions administratives des deux niveaux de gouvernement. 41 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Pas de fondements donc au mythe d\u2019un Québec vivant au crochet du Canada, que la mécanique d\u2019une péréquation avantageuse pour le Québec entretient vigoureusement, a fortiori avec la nouvelle formule entrée en vigueur le 19 mars.Pleins fondements par contre, derrière les mirages d\u2019« ouverture » et d\u2019« asymétrie » des Harper et Charest, à la réalité d\u2019un fédéralisme centralisateur tutélaire qui, non seulement consolide ses intrusions dans les domaines de compétence des provinces et nie à celles-ci l\u2019espace fiscal autonome nécessaire à l\u2019acquittement de leurs responsabilités, mais qui envahira à partir de 2008-2009 un nouveau champ de compétence des provinces, celui de la formation de la main-d\u2019œuvre.Pleins fondements en conséquence à l\u2019aspiration historique du Québec à récupérer entièrement ces domaines de compétence et les moyens fiscaux de les administrer.Pleins fondements en somme à la seule véritable voie de réalisation de ces objectifs qu\u2019est la souveraineté du Québec.?le 10 avril 2007 42 ARTICLES Robin Philpot* La prospérité de Montréal passe par la souveraineté du Québec L\u2019INCONTOURNABLE VISION DE JANE JACOBS** Quand Pierre Pettigrew a quitté la politique, suite à sa défaite le 23 janvier 2006, il a disparu de la scène médiatique pendant neuf mois avant de refaire surface comme conseiller exécutif international au siège canadien de Deloitte à Toronto.L\u2019ancien ministre des Affaires étrangères du Canada s\u2019est alors dit très heureux de rejoindre le monde des affaires dans « la métropole canadienne ».Il nous a assuré qu\u2019il garderait un bureau dans la succursale de Deloitte à Montréal.L\u2019anecdote est significative parce qu\u2019elle illustre sa résignation : l\u2019homme qui fut un conseiller de dirigeants « nationalistes » du Parti libéral du Québec, dont Robert Bourassa et Claude Ryan et fait ensuite carrière à Ottawa, notamment aux Affaires étrangères où il a pu sillonner le monde, finit à Toronto en déclarant tout simplement que Toronto est la « métropole canadienne ».Sous-entendu : un homme de son envergure ne peut rester dans la ville satellite qu\u2019est Montréal.* Auteur de Le référendum volé (Éditions les Intouchables, 2005) et coauteur de Les secrets d\u2019Option Canada (Éditions les Intouchables, 2006) ** Texte d\u2019une conférence prononcée lors de l\u2019assemblée des IPSO (Intellectuels pour la souveraineté) le 31 janvier 2007 43 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Dans son important livre publié en 1980, The Question of Separatism - Quebec and the Struggle over Sovereignty Association\\ feue Jane Jacobs prédisait que la question de la souveraineté ne s\u2019évaporerait de sitôt, justement à cause de la relation entre Toronto et Montréal.« On peut s\u2019attendre à ce que cette question revienne constamment au cours des prochaines années jusqu\u2019au moment où elle sera réglée, soit lorsque le Canada aura accepté que le Québec devienne souverain ou lorsque les Québécois auront accepté le déclin de Montréal, en s\u2019y résignant et en en acceptant les conséquences.» Elle ne s\u2019attendait pas à une telle résignation.Aussi, a-t-elle fourni d\u2019excellentes raisons pour convaincre les Québécois de choisir la souveraineté.Elle arrivait à cette conclusion principalement grâce à son analyse de l\u2019économie des grandes villes et de leur rôle dans la richesse des nations et en prenant pour exemple les relations entre Montréal et Toronto et en approndissant son analyse à l\u2019aide d\u2019une étude détaillée de l\u2019expérience de la Norvège qui s\u2019est séparée de la Suède par voie référendaire en 1905.Pour Jane Jacobs, la prospérité et l\u2019essor de Montréal passent nécessairement par la souveraineté du Québec.Sans la souveraineté politique du Québec, Montréal perdra pour toujours son rôle de métropole, devenant inévitablement un satellite de Toronto.Montréal jouera le même rôle par rapport à Toronto que Lyon joue pour Paris, Glasgow pour Londres, Melbourne pour Sydney, bref une ville qui reçoit la portion congrue que veut bien lui accorder la ville métropolitaine.En entrevue en 2005, elle ajoutait que, sans la souveraineté, la relation économique entre Toronto et Montréal ressem- 1 Jane Jacobs, The Question of Separatism - Quebec and the Struggle Sovereignty Association, Random House, New York, 1980. 44 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 blerait tôt ou tard à celle d\u2019un empire, où Toronto jouerait le rôle de la métropole impériale et Montréal, celui d\u2019une quelconque ville du vaste empire.2 De plus, elle insistait pour dire que son analyse de 1980 s\u2019appliquait avec autant sinon davantage d\u2019acuité aujourd\u2019hui qu\u2019en 1980, La question est bien posée : ou bien le Québec sera souverain, ou bien les Québécois devront se résigner au déclin de Montréal et à toutes ses conséquences ! Il est important de comprendre comment ce libre penseur, la plus importante urbaniste du 20e siècle, en arrive à une position aussi tranchée et aussi claire sur un sujet d\u2019actualité aussi important pour le Canada et le Québec.Ensuite, il est intéressant de voir à quel point sa prévision de 1980 était juste : on constate aujourd\u2019hui l\u2019inféodation implacable de l\u2019économie montréalaise (et québécoise) à celle de Toronto et à la logique nationale du Canada.Il est capital de démontrer de quelle façon la souveraineté du Québec, en 2007, permettrait à Montréal de prospérer et comment cette souveraineté profiterait également à l\u2019ensemble de l\u2019économie québécoise.On pourrait également démontrer pourquoi la souveraineté du Québec serait également dans l\u2019intérêt du Canada et de sa métropole, Toronto.L\u2019œuvre de Jane Jacobs y mène tout droit D\u2019aucuns pensent que lorsque Jane Jacobs a pris position en faveur de la souveraineté du Québec en 1980, elle exprimait une certaine excentricité, qu\u2019elle faisait un bref détour qui ne reflétait pas vraiment le sens de son œuvre.Son éditeur, les publicistes et les critiques chargés de faire la promotion de son œuvre et de sa personne semblent vouloir qu\u2019il en soit ainsi : le livre sur le Québec est le seul de ses sept livres 2 Robin Philpot, Le referendum vole, Les Intouchables, 2005, p.176. 45 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 qui n\u2019a jamais été réédité.En entrevue en 2005, elle notait que jamais les journalistes canadiens ne lui posaient de questions sur le Québec depuis la publication de son livre de 1980 (l\u2019auteur de ces lignes aurait été le premier).On l\u2019interviewait et on la consultait sur tous les sujets d\u2019actualité touchant le développement urbain et d\u2019autres sujets, mais jamais un mot sur le Québec.La lecture de l\u2019ensemble de son œuvre confirme toutefois que le The Question of Separatism de 1980 s\u2019inscrit en droite ligne avec sa pensée profonde.En effet, il est la suite logique et nécessaire des deux livres qui l\u2019ont précédé, soit Déclin et survie des grandes villes américaines (1961) et The Economy Of Cities (1968).Sans la recherche et la réflexion sur le cas concret de Montréal, au Québec, et de Toronto, au Canada, elle n\u2019aurait jamais pu écrire son autre ouvrage phare intitulé Les villes et la richesse des nations (1984).Dans ses trois derniers essais, Systèmes de survie (1992), La Nature des économies (2000) et Retour à l\u2019âge des ténèbres (2004), elle revient régulièrement sur les idées présentées dans les premiers ouvrages, tantôt en les confirmant ou les précisant avec de nouvelles preuves, tantôt en développant de nouvelles idées à partir des premières.Résumer l\u2019œuvre d\u2019un tel penseur est une entreprise périlleuse, notamment parce que celui qui le fait retient nécessairement les passages qui lui plaisent.Aussi, rien ne remplace une lecture intégrale de l\u2019œuvre.Cependant, pour saisir l\u2019importance et la portée de la thèse de Jane Jacobs sur le Québec, on se doit de revoir brièvement au moins les deux livres qui ont précédé The Question of Separatism et celui qui l\u2019a suivi.Vendus à des millions d\u2019exemplaires, ces livres regorgent d\u2019idées nouvelles, développées avec des exemples concrets et souvent résumées en une ou deux phrases concises, qui peuvent encore servir à guider le 46 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 développement d\u2019une grande ville comme Montréal et de tout le Québec.Déclin et survie des grandes villes américaines, publié en 1961, a révolutionné les études urbaines dans le monde entier.Championne de la mixité urbaine, sociale et économique, non pas par altruisme mais au nom de la vitalité économique, Jane Jacobs y a démontré que la grande majorité des planificateurs urbains méprisaient tout ce qui était urbain, n\u2019affectionnaient que la campagne et les paysages bucoliques qu\u2019ils voulaient recréer en ville et ignoraient totalement les sources de vitalité d\u2019une grande ville.Jane Jacobs aimait les villes, y voyant un haut niveau de civilisation.Dès 1961, elle prévoyait la croissance exponentielle des grande villes - aujourd\u2019hui, plus de 50 % de l\u2019humanité habite les régions urbaines du monde - ainsi que le rôle primordial des villes régions.Quarante-cinq ans après sa parution, cet ouvrage mérite encore d\u2019être un livre de chevet de tout urbaniste et économiste du développement sérieux.Voici, à titre d\u2019exemple, quelques idées fortes du Déclin et survie de 1961.?Au sujet de vieux immeubles comparés à des immeubles neufs, ce qui est le cas de tant de quartiers à Montréal : « Les vieilles idées peuvent exister dans des immeubles neufs, mais les nouvelles idées doivent avoir accès à de vieux immeubles.» En d\u2019autres termes, les frais fixes élevés des immeubles neufs éliminent toute possibilité de faire de l\u2019expérimentation avec de nouvelles idées où le risque d\u2019échec est trop élevé.Elle conclut : « Le temps transforme les coûts de construction élevés pour une génération en une aubaine pour la génération suivante.» Al L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 ?Au sujet de la sécurité : « ce n\u2019est pas principalement la police qui garde la paix dans les rues d\u2019une grande ville, mais plutôt un réseau très complexe, quasi inconscient, de contrôles volontaires et de normes établies et appliquées par la population elle-même ».La clé : la mixité et la diversité sociales et économiques du secteur concerné jumelées à la densité de la population, le tout faisant en sorte que d\u2019éventuels criminels se sentent en tout temps surveillés par quelqu\u2019un quelque part.Dans The Economy of Cities (1968), elle démonte méthodiquement et efficacement, détails historiques à l\u2019appui, ce qu\u2019elle appelle le dogme voulant que les villes se soient bâties sur la base d\u2019une économie rurale.En effet, elle démontre que c\u2019est le contraire qui est vrai, c\u2019est-à-dire que l\u2019économie rurale, y compris le travail agricole, se construit directement sur l\u2019économie des villes et sur le travail qui s\u2018y effectue.Par ailleurs, elle maintient que le dogme de la primauté de l\u2019agriculture nuit à notre compréhension des villes et de développement économique en général.Elle présente aussi les mécanismes expliquant l\u2019expansion explosive des villes, dont le développement constant de nouvelles sortes de travail, le remplacement des importations et le développement des exportations.Elle explique l\u2019apparent paradoxe de la valeur de l\u2019inefficacité et de l\u2019impraticabilité des grandes villes.Elle prévoit déjà l\u2019énorme potentiel économique du recyclage des déchets urbains, étudie les sources du capital pour le développement de grandes villes et conclut en identifiant des pistes de développement économique de l\u2019avenir.Voici quelques perles tirées de The Economy of Cities : 48 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 ?\t« L\u2019infertilité des grandes entités n\u2019est pas un phénomène nouveau.[.] Les grandes entreprises ou organismes qui ont réussi nous épatent.Il est facile de croire que tout est à leur portée et que le développement futur de l\u2019économie est entre leurs mains [.] plusieurs, dont des économistes, pensent que l\u2019expansion d\u2019une économie dépend de l\u2019expansion d\u2019activités existantes et du développement de travail déjà entrepris par elles.Mais ces entreprises ou entités et leur travail ne sont pas des indicateurs du développement à venir.Elles sont davantage le résultat d\u2019une créativité économique passée.» ?\t« Comparées aux petites villes, les grandes villes sont inefficaces et peu pratiques.mais leurs déficiences réelles sont nécessaires au développement économique et elles apportent une valeur unique à la vie économique [.] Les villes apportent une valeur économique, non pas malgré leur inefficacité et leur impraticabilité mais plutôt à cause à leur inefficacité et leur impraticabilité.» ?\t« La mesure du taux de développement économique d\u2019une ville n\u2019est pas le produit de la ville au cours d\u2019une année ou d\u2019une période de quelques années comparée aux années précédentes, mais la quantité de nouveau travail ajouté, sur une période donnée, au travail qui se faisait déjà, ainsi que le rapport de ce nouveau travail au vieux travail.Le taux de développement serait donc le taux d\u2019ajout de nouveaux produits et services sur une période donnée.» ?\t« Le développement économique est profondément subversif pour le statu quo.» 49 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Jane Jacobs a terminé ce livre avant de déménager de New York à Toronto, en 1968, pour que ses deux fils ne soient pas obligés aller au Viêt-nam.Or, on y voit déjà les germes de son prochain livre, celui sur la souveraineté du Québec.À Toronto, Mme Jacobs n\u2019a pas pris de temps à se faire connaître de la ville.Très tôt après son arrivée, elle s\u2019est trouvée à la tête d\u2019un mouvement qui a réussi à empêcher la construction de l\u2019autoroute Spadina qui aurait coupé le cœur de sa nouvelle ville en deux.Voyant que Toronto comptait, en Jane Jacobs, une personnalité d\u2019envergure internationale, grâce notamment à ses deux livres sur les villes, CBC l\u2019a invitée à prononcer une série de conférences radiophoniques sur cinq heures, intitulées les « Massey Lectures ».Elle avait l\u2019entière liberté de choisir son sujet.Ne craignant pas de déranger le ronron des adeptes de la pensée unique, Mme Jacobs a choisi comme titre Canadian Cities and Sovereignty Association.La série de conférences, diffusée en novembre et en décembre 1979, à quelques mois du référendum de 1980, est devenue le noyau du livre The Question of Separatism.Plus jamais, par la suite, les grands médias ne lui donneraient l\u2019occasion de se prononcer aussi librement sur la question politique la plus importante pour le Canada.Parait ensuite, en 1984, Les Villes et la richesse des nations.Dans ce livre, elle démontre l\u2019effet terrible de démobilisation et de ralentissement économique de villes importantes, comme Montréal, qui doivent se plier aux exigences d\u2019une logique nationale et aux impératifs d\u2019une métropole nationale.Elle cite plusieurs exemples européens.La Grande-Bretagne a été l\u2019exemple parfait d\u2019un pays où les biens et services produits par les villes ont été exportés avec succès.Cependant, seule Londres a pu développer une 50 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 véritable région urbaine, tandis que Glasgow, Édimbourg, Manchester, Birmingham, Liverpool, Bristol et d\u2019autres sont devenues « passives et provinciales avec les années ».Le nouveau discours indépendantiste écossais reflète amplement le refus des villes écossaises de s\u2019y résigner.Il en va de même pour l\u2019Italie où la domination économique de Milan n\u2019a cessé de croître, au détriment de Rome, de Naples et des autres villes, malgré des subventions visant à partager la richesse entre le Nord et le Sud de l\u2019Italie ; et pour la France, où la seule véritable ville avec une région urbaine d\u2019importance est Paris, contrairement à Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, Toulouse et d\u2019autres.Elle oppose le modèle de ces pays, qu\u2019elle décrit comme « typiquement un phénomène national », au modèle de la Scandinavie, dont la population des quatre pays réunis demeure bien en deçà de celle de la France.« Mais alors que le sud de la France ne possède pas de région urbaine, chaque pays scandinave - la Finlande, la Suède, la Norvège et le Danemark - a réussi à avoir une région urbaine d\u2019importance.» Les villes et la richesse des nations explore ce qui devient possible, et pourquoi, lorsqu\u2019une ville région et la nation dont elle est la métropole réussissent à se libérer des entraves d\u2019un État « national » centralisateur.Elle pousse plus loin les analyses qu\u2019elle a faites pour son livre sur le cas très concret du Québec et du Canada.Ce livre, comme les autres, regorge d\u2019idées qui peuvent nous inspirer pour Montréal et le Québec.?En décrivant le déclin économique de New York dans les années 1950, on pense à Montréal de nos jours.« L\u2019un des symptômes de la pauvreté grandissante d\u2019une ville [.] est qu\u2019elle est trop pauvre pour réparer son métro, son réseau d\u2019aqueducs, ses rues et ses ponts, alors que quand la ville 51 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 est riche et vigoureuse sur le plan économique, elle peut supporter, à même ses revenus, les coûts de construction de ces formidables installations.» ?\t« Le développement économique est un processus d\u2019improvisation continue dans un contexte qui rend faisable l\u2019introduction d\u2019improvisations dans la vie de tous les jours.» ?\t« Le développement est un processus simple : on doit le faire soi-même.Pour toute économie, ou bien on le fait soi-même ou bien il n\u2019y aura pas de développement du tout.Toutes les économies développées ont déjà été des économies arriérées, mais elles ont réussi à surmonter cette situation.Leur expérience accumulée démontre comment ce processus fonctionne.» ?\tCitant le scientifique et historien des sciences du MIT Cyril Stanley Smith, Jane Jacobs observe que, historiquement, la nécessité n\u2019a pas été la mère de l\u2019invention, comme le dit le proverbe, mais plutôt la curiosité et tout particulièrement la curiosité esthétique.(Cette idée renforce la notion de la culture, moteur du développement.Le succès éclatant de certaines institutions culturelles au Québec en est une preuve.) Et elle cite Smith de nouveau : « Toutes les choses d\u2019envergure partent de petites choses, mais les petites choses nouvelles sont détruites par leur environnement à moins qu\u2019elles ne soient préservées pour des raisons qui relèvent davantage de l\u2019appréciation esthétique que de l\u2019utilité pratique.» Revenons au livre de 1980 sur le Québec.Commentant ce livre, l\u2019architecte Joseph Baker, alors directeur de l\u2019École de 52 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 l\u2019architecture à l\u2019Université Laval et futur président de l\u2019Ordre des architectes du Québec, a écrit dans The Gazette le 22 mars 1980 : « Si j\u2019étais René Lévesque, j\u2019achèterais tous les exemplaires du livre de Jane Jacobs et je les distribuerais gratuitement à l\u2019ouest du boulevard Saint-Laurent.Aussi, je le traduirais et je retirerais le Livre blanc.» C\u2019était deux mois avant le référendum de 1980.En somme, The Question of Separatism est un livre capital dans l\u2019évolution de la pensée de Jane Jacobs.S\u2019il n\u2019a pas eu le retentissement mérité, c\u2019est parce que Mme Jacobs vivait à Toronto où les milieux intellectuels et médiatiques ne pouvaient supporter l\u2019idée qu\u2019un grand penseur puisse remettre en question le dogme de « l\u2019unité canadienne ».(Notons que Jane Jacobs déplorait la tendance à la pensée unique qui, selon elle, était trop présente dans les milieux universitaires et médiatiques.) Heureusement, on commence à s\u2019intéresser davantage à l\u2019œuvre de Jane Jacobs.Jane Jacobs a vu juste Mirabel et la saga des aéroports de Montréal donnent sans doute l\u2019image la plus saisissante de la régionalisation de Montréal et de son inféodation à Toronto.À la fin des années 1960, Pierre Trudeau annonçait que Montréal serait « la porte d\u2019entrée du trafic aérien au Canada et géant du transport, à 60 minutes de vol de New York, trois heures de Nassau, six heures de Paris, Bruxelles ou Madrid ».Suite à des décisions politiques du transporteur « national » avalisées par le gouvernement du Canada, c\u2019est Toronto, dont l\u2019aéroport s\u2019appelle Pearson, qui est devenu cette « porte d\u2019entrée » tant vantée, et Montréal, dont l\u2019aéroport s\u2019appelle Trudeau - juste retour des choses -, qui est 53 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 insignifiant pour le transport aérien, n\u2019étant qu\u2019un satellite desservant la « métropole canadienne ».Pour comprendre tout l\u2019impact négatif de la logique nationale canadienne dans la saga des aéroports sur le développement de la ville région de Montréal et du Québec, il faut remonter encore plus loin, soit au choix du site.En 1983, Andrew Sancton, professeur de science politique à l\u2019Université Western et spécialiste de la politique municipale a écrit : « Quand Ottawa a choisi Mirabel, c\u2019était probablement la décision la plus importante sur le développement physique de Montréal depuis 1945, tous paliers de gouvernement confondus.La décision a été prise contre la volonté exprimée du gouvernement du Québec qui voulait mettre l\u2019aéroport au sud-est de Montréal.[.] En choisissant Mirabel, le gouvernement fédéral a décidé tout seul que le nouveau développement industriel serait concentré sur la partie nord du Montréal métropolitain et que les investissements futurs sur la construction de routes et de transport en commun des futurs gouvernements provinciaux se feraient dans cette région3.» Si la décision la plus importante pour le développement de Montréal entre 1945 et 1983 aura été celle de mettre le grand aéroport de Montréal à Mirabel, l\u2019une des plus importantes entre 1983 et 2007 aura été celle d\u2019Air Canada et du gouvernement du Canada de faire de Toronto, et non de Montréal, sa plaque tournante.Suivirent la fermeture de Mirabel et la réduction de l\u2019aéroport Dorval à un petit aéroport régional.A-t-on même tenté de mesurer les impacts économiques négatifs de ces décisions sur Montréal et sur le Québec ?Il est très fascinant de revoir les études du gouvernement du Québec et du service d\u2019urbanisme de la Ville de Montréal préparées en amont de la décision d\u2019Ottawa d\u2019opter pour 3 Magnussen, Warren et Sancton, Andrew, City Politics in Canada, University of Toronto Press, 1983, p.85. 54 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Mirabel.Dans sa thèse de doctorat, Jacques Léveillée a démontré que de 1945 jusqu\u2019à la fin des années 1960, le gouvernement fédéral n\u2019avait pas de stratégie de développement urbain et que c\u2019était seulement au moment de la décision au sujet de l\u2019aéroport de Mirabel qu\u2019il commençait à en avoir une4.Quant au gouvernement du Québec, c\u2019est au début des années 1960 qu\u2019il commence à faire systématiquement des études stratégiques sur le développement urbain et sur le rôle de Montréal.Aussi, selon Léveillée, ce n\u2019est que vers 1968 qu\u2019il commence à avoir une vision stratégique urbaine cohérente dans laquelle la question montréalaise dans toute son ampleur est posée.Et cette vision s\u2019énonce à l\u2019occasion et dans le sillon de la décision sur l\u2019emplacement du nouvel aéroport international.En résumé, en choisissant l\u2019emplacement de Mirabel, Ottawa voulait favoriser l\u2019axe Montréal-Ottawa ainsi que, selon l\u2019étude commandée, le corridor est-ouest, soit de Windsor à Québec.Pour sa part, le gouvernement du Québec ne s\u2019opposait pas à cette perspective mais insistait sur le fait qu\u2019il fallait tenir compte également d\u2019une perspective de développement économique québécoise.Selon l\u2019étude de Québec, « il ressort clairement que seul l\u2019emplacement sud est conciliable à la fois avec les deux perspectives5.» (souligné dans l\u2019original).Pour le gouvernement du Québec, selon Léveillée, l\u2019emplacement au sud assurerait un « solide prolongement de la partie est du corridor industriel du Canada (de Montréal à Québec) tout en suscitant de façon directe la consolidation d\u2019un axe secondaire s\u2019étendant de Sherbrooke au complexe 4\tLéveillée, Jacques, Développement urbain et politiques gouvernementale urbaines dans l\u2019agglomération montréalaise, 1945-1975, Collection Études en science politique, Société canadienne de Science politique, 1978, p.382-438.5\tIbid., p.418. 55 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 urbain formé des villes de Chicoutimi, Arvida, Jonquière et Kénogami.Cet axe secondaire permettait d\u2019articuler un développement économique et urbain à l\u2019intérieur du triangle formé par les villes de Sherbrooke, Trois-Rivières et Québec et autour des villes de Valleyfield, Saint-Jean, Granby, Beloeil, Saint-Hyacinthe, Sorel, Farnham, Drummondville, Victoriaville, Thetford-Mines, etc.» Léveillée rappelle que l\u2019étude prévoyait que toutes les sociétés d\u2019État et les sociétés parapubliques, dont Hydro-Québec, la SGF, le parc industriel de Bécancour et autres, travailleraient en ce sens.Le rapport de ministère des Affaires municipales poursuit : « Il ne s\u2019agit aucunement de geler le développement de Montréal, il s\u2019agit de mieux agencer le développement de la métropole montréalaise dans une perspective québécoise.» Le service d\u2019urbanisme de la Ville de Montréal avait fermement appuyé la position du gouvernement du Québec, mais Pierre Trudeau était premier ministre du Canada depuis le 25 juin 1968.Pour lui et l\u2019establishment du Canada qui l\u2019avait appuyé, tout ce qui venait du gouvernement du Québec ne méritait que mépris et méfiance, même si les gouvernements d\u2019alors étaient résolument fédéralistes.Jacques Léveillée déplore le fait que le gouvernement fédéral a non seulement décidé de l\u2019emplacement de l\u2019aéroport mais aussi de la stratégie de développement urbain qui devait prévaloir au Québec pour les prochaines décennies.Il critique également la rapidité avec laquelle le gouvernement du Québec, et en particulier son ministre des Finances, Raymond Garneau, a abandonné la stratégie urbaine québécoise à la suite de la décision d\u2019Ottawa sur l\u2019aéroport, acceptant totalement, dès 1971, la vision que le gouvernement fédéral avait imposée.6 6 Ibid., p.425. 56 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Près de 40 ans plus tard, nous ne pouvons qu\u2019imaginer comment Montréal et le Québec se seraient développées autrement si la volonté de la Ville de Montréal et du gouvernement du Québec avait été respectée.Or, à en juger par le développement de toute la région qui entoure l\u2019aéroport Pearson, à Toronto (Brampton, Mississauga, Barrie, London, Hamilton, etc.: une vraie constellation de villes), il y a fort à parier que la grande ville région de Montréal se porterait beaucoup mieux aujourd\u2019hui.Aussi, l\u2019aéroport serait sûrement ouvert aujourd\u2019hui et les villes mentionnées dans l\u2019étude québécoise se porteraient mieux.Par ailleurs, la promesse électorale la plus élastique des 40 dernières années, la réalisation de l\u2019autoroute 30, aurait sûrement été tenue il y a longtemps.Et sans PPP ! La saga de Mirabel est un exemple éclatant des impacts économiques néfastes pour Montréal et tout le Québec de notre impuissance dans la prise de décision sur le transport aérien et de l\u2019implacable force des impératifs canadiens dits nationaux.Encore en janvier 2007, les organismes qui accueillent les grandes réunions et congrès se plaignaient que Toronto avait réussi à écarter Montréal de la carte nord-américaine des organisateurs de foires et de salons.Alors qu\u2019en 1995, selon la revue Tradeshow Week, Montréal était au 3e rang quant au nombre d\u2019événements canadiens et américains de plus de 5000 pieds carrés - Toronto était au 9e -, en 2006, Toronto est au 4e rang et Montréal ne se trouve même plus au palmarès.L\u2019une des principales raisons invoquées par les organisateurs montréalais de foires et salons : le piètre niveau d\u2019activité de l\u2019aéroport de Montréal et l\u2019obligation des voyageurs de faire escale à Toronto avant d\u2019arriver à Montréal.Et quand Toronto, à près de 600 km de Montréal, est frappé par le SRAS, Montréal doit faire comme si cette maladie la 57 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 frappait aussi, perdant ainsi des visiteurs et des congrès.Si le SRAS avait frappé à Boston qui se trouve à la même distance de Montréal, notre ville n\u2019aurait jamais subi le moindre impact.L\u2019achalandage aurait même augmenté.La même impuissance nous guette en transport maritime.Les projets de ports méthaniers de Cacouna et de Rabaska, à Lévis, sont conçus pour alimenter le marché du sud de l\u2019Ontario et du Midwest américain.Le gouvernement du Canada sous Stephen Harper y tient mordicus.Mais ces deux projets, surtout celui de Rabaska, risquent de compromettre de façon permanente les activités du port de Montréal.7 Le Québec a peu de prise sur ces décisions capitales pour l\u2019avenir, tandis les promoteurs disposent de montants démesurés pour « convaincre » la population locale de les appuyer.En transport ferroviaire, combien de politiciens ont dû sacrifier leurs projets de TGV entre Montréal et New York sur l\u2019autel du sacro-saint corridor canadien Québec-Windsor ?Mirabel nous fournit une image saisissante de l\u2019inféodation de Montréal, mais elle est aussi la pointe d\u2019un iceberg.La liste des domaines où Montréal et tout le Québec doivent se plier aux impératifs et aux besoins de la métropole canadienne est longue et troublante.Elle va de la fuite des sièges sociaux au cinéma et à la culture en passant par la Bourse et les marchés financiers, les sciences biomédicales, l\u2019énergie, l\u2019agroalimentaire, la tenue des grandes réunions et congrès, et beaucoup plus.Commentant les données du Fraser Institute sur les sièges sociaux dans les grandes villes canadiennes, le chroniqueur de The Gazette Henry Aubin notait récemment que « malgré 7 Pierre-Paul Sénéchal, « Port méthanier : Un risque pour l\u2019économie du Québec », L\u2019Action nationale, Vol.XCVI numéro 6, juin 2006, p.46. 58 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 la stabilité politique au Québec », les sièges sociaux quittent de plus en plus Montréal alors que Toronto et Calgary en attirent.L\u2019explication de l\u2019instabilité politique ne tenant plus, la raison doit se trouver ailleurs.Jane Jacobs y aurait vu s\u2019opérer la logique « nationale » implacable du Canada.En 1999, quatre ans après le référendum de 1995, Montréal perdait presque entièrement sa Bourse au nom d\u2019une réorganisation qui lui laissait toutefois l\u2019exclusivité des produits dérivés pendant dix ans.Six ans plus tard, vu le succès de Montréal dans ce domaine, Toronto tentait coûte que coûte de mettre la main sur ce domaine « exclusif» de Montréal tout en menaçant de se lancer dans les produits dérivés si les dirigeants de Montréal ne mordaient pas à l\u2019hameçon qui leur était tendu.La Bourse de Montréal avait refusé d\u2019obtempérer, grâce surtout à ses deux principaux actionnaires la Caisse de dépôt et de placement et la Banque nationale.Suite à ce refus, le Groupe TSX annonce maintenant qu\u2019il se lancera dès 2009 dans les produits dérivés, l\u2019objectif étant bien sûr de remplacer Montréal dans ce domaine.La même tendance se dessine dans la réglementation des marchés financiers.En juin 2006, un comité, mandaté par un ministre du gouvernement ontarien, recommande la création d\u2019un seul organisme « national » pour réglementer les marchés financiers au Canada, qui éliminerait du même coup l\u2019Autorité des marchés financiers du Québec.Jim Flaherty, actuel ministre des Finances du Canada, également ancien ministre des Finances de l\u2019Ontario, saisit la balle au bond et, au nom de notre économie « nationale », appuie la création d\u2019un organisme national de réglementation qui serait nécessairement à Toronto.Le cinéma et la culture en général, en plus d\u2019être des cartes de visite internationales remarquables, sont devenus, pour 59 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Montréal et pour tout le Québec, des moteurs économiques et identitaires importants.Mais les deux sont assujettis à des règles de financement et de promotion établies en tenant compte d\u2019une économie canadienne dans laquelle ils jouent, proportionnellement, un rôle à peu près aussi important que celui de la pêche à Terre-Neuve.Et on sait ce qui est arrivé à la pêche à Terre-Neuve ! Sur le plan international, les symboles du succès sont vaguement connus comme étant canadiens, parfois français (le Cirque du Soleil), mais jamais québécois, jamais montréalais.Donc, Montréal et le Québec ne profitent pas réellement de la réputation internationale de ces institutions qu\u2019ils ont générées.Oui et ça devient possible! Un consensus s\u2019établit au Canada selon lequel, pour participer pleinement au développement économique et pour bien desservir la population, les grandes villes régions du Canada, dont Montréal, ont besoin de plus de pouvoirs et de sources de financement8.En cela, le Canada ne diffère pas d\u2019autres pays.Ce consensus canadien est fondé sur des études qui comportent une erreur fondamentale : elles ne tiennent pas compte de la perspective particulière de Montréal et du Québec dont Montréal est la métropole.En cela, ce consensus rappelle drôlement - encore une fois - les études fédérales en vue de l\u2019établissement de l\u2019aéroport de Montréal à Mirabel.Montréal y est présentée comme une hub city parmi d\u2019autres au Canada, et la seule au Québec.Les autres 8 Voir Mission Possible : La réussite des villes canadiennes, Le Conference Board, Projet Canada, février 2007 ; et State of the Federation 2004 : Municipal-Federal-Provincial Relations in Canada, McGill-Queen\u2019s University Press.) 60 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 sont : Vancouver, Calgary, Edmonton, Saskatoon, Regina, Winnipeg, Ottawa et Halifax.En général, les études, comme celle du Conference Board, présentent les gouvernements provinciaux comme des obstacles au développement des villes régions et au transfert de pouvoirs et de sources de financement.Quoique les auteurs ne le disent pas carrément, leur idéal semble être un État unitaire.Montréal a besoin de nouvelles sources de financement simplement pour le maintien et le renouvellement de ses infrastructures de base sans parler d\u2019investissements pour de nouvelles infrastructures.La ville a également besoin de plus de pouvoirs pour être le moteur économique dont le Québec a besoin et pour répondre aux besoins de la population, entre autres, dans le domaine criant du logement.Le contre exemple est celui de Stockholm, en Suède.En 1994, la ville région de Stockholm dépensait 10 644 $ par habitant (soit 40 % du PIB) alors que Montréal ne déboursait que 1694 $ par habitant (8 % du PIB) et Toronto, 1839 $9.La différence : en Suède, il y a un ordre de gouvernement de moins.Le Québec ne peut permettre au gouvernement du Canada de fonctionner comme un État unitaire à la suédoise en établissant une relation directe avec Montréal et les autres municipalités du Québec sans renier l\u2019État québécois lui-même et ses responsabilités envers la nation québécoise.Aussi, le Québec ne peut se permettre de faire un vrai transfert de pouvoirs et des sources de financement vers Montréal sans qu\u2019il n\u2019obtienne lui-même plus de pouvoirs et de sources de financement du gouvernement du Canada.Un tel transfert qui permettrait un vrai gouvernement de proximité n\u2019est possible que dans un Québec souverain.9 Andrew Sancton, Governing Canada\u2019s City-Regions, IRPP, Montréal 1994 (Table 9) 6i L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Il existe actuellement une relation très malsaine entre Montréal et Québec, entre Montréal et les régions du Québec.Dans le contexte politique actuel, pendant qu\u2019on se dispute les miettes, tout le Québec est perdant.La souveraineté du Québec accroîtrait le rôle, les pouvoirs et le prestige de Québec, capitale d\u2019un pays, ce qui permettrait d\u2019assainir la relation entre la capitale et la métropole, Montréal.Il en serait de même pour les relations de Québec et de Montréal avec les régions du Québec.Jane Jacobs a précisé sa pensée à ce sujet en entrevue en mai 2005.« Si le Québec était souverain, Montréal jouerait un rôle différent au sein du Québec.Ce serait comme en Europe, comme Paris, Copenhague, Stockholm, Francfort et, peut-être, Berlin.Toutes ces villes ont eu des rôles importants à cause de leur indépendance et parce qu\u2019elles comptaient sur leurs propres moyens.[.] Les villes ne prospèrent pas toutes seules.Elles doivent faire du commerce avec d\u2019autres villes, mais sur un pied d\u2019égalité.[.] Dans le cas de Toronto et de Montréal, il y a un potentiel pour d\u2019excellentes relations commerciales, mais ceci ne peut se faire sans un certain degré d\u2019indépendance politique.Il s\u2019agit d\u2019une situation où Montréal et Toronto en sortiraient gagnants10.» Jane Jacobs a terminé son livre sur le Québec en demandant aux Canadiens et aux Québécois de convenir d\u2019une souveraineté du Québec en identifiant et en conservant seulement les liens dont le Québec et le Canada auraient besoin et en rejetant tous ceux qui font en sorte qu\u2019ils se nuisent.Ce serait, selon elle, le meilleur cadeau qu\u2019on pourrait faire à la prochaine génération.« Si nous pouvions en bout de ligne convenir d\u2019une sorte de souveraineté pour le Québec, et une sorte d\u2019association qui combat la centralisation au lieu de l\u2019intensifier, ce serait un cadeau pour l\u2019avenir.Personne n\u2019a vraiment fait ce qui nous aurions à faire : identifier et conserver seulement les liens dont le Québec et le reste du Canada 10 Philpot, op.cit., p.176 62 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 auraient besoin pour faire du commerce entre nous et coopérer à des projets mutuellement intéressants, et rejeter les liens qui exigent que le Québec et le reste du Canada essaient de diriger le gouvernement de l'autre en plus du sien.Si on réussissait cela, nous pourrions en dire la même chose que des gens disent des cadeaux dont ils sont le plus fiers : Nous l'avons fait nous-mêmes11.» Sommes-nous collectivement prêts à nous résigner au déclin de Montréal et à toutes les conséquences de ce déclin ?J\u2019en doute ! Le choix est donc clair.La souveraineté du Québec, et le plus tôt possible.?11 Jacobs, op.cit., p.123 63 Robert Dole* Langue maternelle/Langue seconde LES DILEMMES D\u2019UN PROFESSEUR D'ANGLAIS 1.\tIl fesait les cent pas.2.\tIl avait vu Langdon composé un numéro local.3.\tLangdon n'a pas appelez l'ambassade.4.\tDit-lui qu'il m'appel.5.\tIl ria.6.\tC'était de valeur il y avaient toute qu'une erreur.7.\tIl obtient se qu'il désire.8.\tIls sont prit par surprise.9.\tJe tenus un journal.10.\tIl a revenu.11.\tBeaucoup de mots de tête.12.\tChaque client se plaigne constamment.13.\tChaque invité ont leur diète personnelle.14.\tPourquoi ils on pas pu marché ?Ces phrases ont été écrites par mes étudiants francophones de l'Université du Québec à Chicoutimi.Les professeurs du Québec auront certainement un sentiment de déjà vu * Professeur, Université du Québec à Chicoutimi 64 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 en les lisant.En fait, il n\u2019y a rien de surprenant dans cette sélection d\u2019erreurs élémentaires produites par des étudiants universitaires, ne fût-ce le fait qu\u2019ils veuillent tous devenir enseignants dans les écoles du Québec.Les défenseurs de la langue française se poseront tout de suite la question suivante : comment est-ce possible que les écoliers québécois puissent apprendre à écrire correctement la langue française si leurs professeurs ne savent pas l\u2019écrire comme il le faut ?Mes collègues de l\u2019Unité de langues modernes et de linguistique sont convaincus que nos étudiants ne devraient pas être obligés d\u2019avoir une excellente maîtrise de la langue française écrite car leur ambition est de devenir professeurs d\u2019anglais dans les écoles québécoises.Ils disent que la maîtrise d\u2019une seule langue écrite, en l\u2019occurrence l\u2019anglais, est suffisante.En fait, il s\u2019agit d\u2019une forme de bilinguisme soustractif par lequel la compétence dans la langue maternelle empire au fur et à mesure que la maîtrise de la langue seconde se développe.Les étudiants de tous les programmes d\u2019enseignement sont obligés de subir un test de français écrit.Contre mon gré et à l\u2019insistance de mes collègues, les étudiants du programme d\u2019enseignement en anglais langue seconde sont soumis à des critères moins sévères que les étudiants d\u2019autres programmes.Selon moi, les professeurs de n\u2019importe quelle langue devraient avoir une excellente maîtrise de leur propre langue.L\u2019apprentissage d\u2019une langue étrangère sert, entre autres choses, à donner une meilleure perspective sur sa propre langue.Comme disait Goethe, « Wer eine andere Sprache nicht kennt, kennt seine eigene auch nicht », « Celui qui ne connaît pas une autre langue ne connaît pas sa propre langue non plus ».Comme Américain francophile, j\u2019ai un sentiment d\u2019insécurité culturelle et linguistique quand je pense que les professeurs francophones des écoles québécoises exposent leurs 65 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 élèves aux multiples erreurs qui caractérisent trop souvent leurs tentatives d\u2019écrire en français.Je m\u2019inquiète pour la survie de la langue française en Amérique du Nord.Je me demande comment quelqu\u2019un qui ne respecte pas la langue française peut envisager une carrière dans l\u2019enseignement.J\u2019admets qu\u2019il existe une grande pénurie de professeurs dans nos écoles, surtout des professeurs d\u2019anglais, mais cette réalité ne m\u2019empêche pas d\u2019avoir une conscience tourmentée.Depuis trente ans, je donne un cours à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi qui s\u2019appelle Translation : Theory and Practice.Le but de ce cours est d\u2019améliorer la production de la langue anglaise écrite chez nos étudiants qui deviendront professeurs d\u2019anglais.Il y a cinq ans environ, je me suis rendu compte que ce cours représentait la seule occasion où nos étudiants pouvaient améliorer en même temps leur maîtrise de la langue française écrite.Avec la permission du directeur du programme, nous avons alors introduit un deuxième volet à ce cours dans lequel les étudiants traduisent également dans l\u2019autre sens.De cette façon, je me trouve dans la position d\u2019enseigner à la fois le français et l\u2019anglais.Dans nos cours, nous abordons les difficultés de la grammaire et de l\u2019orthographe anglaises et françaises, et ce, toujours dans le contexte des traductions faites par les étudiants.J\u2019ai pu constater à maintes reprises que mes étudiants sont reconnaissants pour les leçons de grammaire française que je leur donne.Il ne s\u2019agit pas simplement de leur désir de réussir leur test de français écrit à la fin de leur programme, mais aussi de leur souhait d\u2019améliorer leur compétence en français pour leurs besoins personnels et leur identité de francophones.Je me trouve donc dans la position ridicule d\u2019être un Américain qui essaie d\u2019enseigner le français aux Québécois, d\u2019où le titre provocateur de cet article. 66 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 L\u2019indignation de nombreux Québécois devant la faible qualité de l\u2019enseignement de la grammaire française dans les écoles québécoises est déjà bien connue.En est un exemple la série d\u2019articles écrits par Lysiane Gagnon, intitulée Le drame de l\u2019enseignement du français, qui paraissait dans La Presse en avril 1975.Les anecdotes, tirées de mon expérience de professeur, abondent.Un étudiant m\u2019a demandé carrément : « C\u2019est quoi le subjonctif ?» Plusieurs étudiants ne savent pas ce qu\u2019est la différence entre un nom et un sujet, ou la différence entre un infinitif et un participe passé.Je me suis donc donné la tâche, voire la mission, de faire ma part pour améliorer le français écrit de mes étudiants en me servant de mes cours de traduction.Je corrige deux traductions de chaque étudiant toutes les semaines, c\u2019est-à-dire une version et un thème.J\u2019ai normalement une quarantaine d\u2019étudiants dans ce cours, ce qui veut dire que je dois corriger quatre-vingts traductions.C\u2019est un travail de moine.Mon dilemme principal en corrigeant le français est celui de savoir si le Québec a le droit d\u2019avoir ses propres normes linguistiques.Jusqu\u2019à quel point les Québécois doivent-ils avoir leur propre langue qui soit indépendante de celle de la France ?Je sais que cette question est très délicate et peut provoquer des controverses infinies.Pourtant, c\u2019est un sujet dont dépend l\u2019efficacité de mon travail de correction.Je sais fort bien qu\u2019officiellement, le français écrit enseigné dans les écoles du Québec doit être identique à celui enseigné en France.Mais est-ce juste ?En fait, des quatre langues européennes parlées dans les Amériques, seul le français du Québec n\u2019a pas réussi à créer une indépendance linguistique par rapport aux normes de la métropole européenne.Depuis la publication du American Dictionary of the English Language de Noah Webster en 1828, les États-Uniens ont leurs propres normes linguistiques et ne se posent plus la 67 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 question de ce qui constitue le bon usage en Angleterre.Si un écolier américain écrit un mot anglais avec l\u2019orthographe britannique, il est considéré une erreur.Les hispanophones et les lusophones ont également atteint une indépendance linguistique par rapport à l\u2019Espagne et le Portugal, respectivement.En Amérique latine, on dit, par exemple, « rentar un carro » tandis qu\u2019on dirait en Espagne « alquilar un coche » pour « louer une voiture ».Je me souviens d\u2019un professeur d\u2019espagnol de la République dominicaine qui a corrigé mon espagnol en disant avec une fermeté polie : « Aqui no se dice coche, se dice carro » « Ici on ne dit pas coche, on dit carro ».Ma réaction immédiate fut de me dire que l\u2019équivalent québécois serait de faire la correction suivante : « Ici on ne dit pas voiture, on dit char ».Pourtant, aucun professeur québécois de français n\u2019oserait faire une telle affirmation.Il est évident que la seule raison pour laquelle le Québec n\u2019a pas affirmé son indépendance linguistique par rapport à la métropole européenne est la question du nombre de francophones.Les francophones d\u2019Amérique ne représente qu\u2019une petite minorité de tous ceux qui parlent français dans le monde, tandis que les hispanophones, les lusophones et les anglophones des Amériques sont beaucoup plus nombreux que leurs cousins d\u2019Europe.Le Mexique tout seul compte deux fois et demie plus d\u2019habitants que l\u2019Espagne.Afin que la version québécoise de la langue française soit aussi importante sur la scène internationale, il eût fallu que les Québécoises acceptassent de continuer la campagne de la revanche des berceaux jusqu\u2019à la fin de l\u2019histoire ! Les Québécois avec qui j\u2019ai parlé des problèmes linguistiques posés par la situation unique du Québec dans la francophonie sont tous d\u2019accord en affirmant que le Québec 68 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 devrait avoir ses propres normes linguistiques qui soient indépendantes des usages européens.Pourtant personne ne sait exactement comment reconnaître les normes québécoises et on ne sait pas non plus qui devrait avoir le droit d\u2019établir les règles de la langue écrite québécoise.Ces incertitudes constituent un dilemme énorme pour moi dans ma tâche de corriger le français écrit de mes étudiants.Il me semble que chaque professeur de français au Québec est obligé de former ses propres normes.Par exemple, je ne sais vraiment pas quand mes critères de ce qui est correct correspondent à ceux de mes collègues.Je peux corriger ce qui me paraît être fautif mais qui serait tout à fait acceptable pour un autre professeur.Je demande à mes étudiants d\u2019écrire un français « standard, international et correct ».En même temps, je leur dis que les linguistes et les professeurs ne sont pas toujours d\u2019accord entre eux en ce qui concerne cette version idéalisée de la langue.Je corrige donc avec deux stylos, l\u2019un rouge et l\u2019autre vert.Avec le stylo rouge, je corrige les fautes qui, selon moi, seraient inacceptables pour la grande majorité des professeurs de français dans le monde entier, et pour ces fautes-là j\u2019enlève un point.Pour les cas qui posent des doutes, des cas où certains professeurs ne trouveraient rien d\u2019inacceptable tandis que d\u2019autres professeurs diraient qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une erreur, je fais la correction en vert et n\u2019enlève pas de points.Pour donner un exemple de cette dichotomie entre fautes rouges et fautes vertes, j\u2019aimerais aborder le problème d\u2019anglicismes.Si l\u2019étudiant écrit un anglicisme syntaxique, comme « la fille que je sors avec », il est corrigé en rouge et la solution « la fille avec laquelle je sors » est proposée.C\u2019est également le cas des anglicismes lexicaux qu\u2019on appelle les emprunts.Donc, si un étudiant écrit le mot « fan », il est remplacé en rouge par « ventilateur ». 69 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Je suis beaucoup plus souple avec les anglicismes sémantiques, appelés aussi les calques.Ce sont des mots de la langue française auxquels on donne une acception du mot anglais équivalent.Par exemple, si un étudiant écrit : « J\u2019aimerais remercier ceux qui m\u2019ont supporté », j\u2019écrirai en vert « appuyé » en indiquant que la signification principale du mot « supporter » est celle de « tolérer ».Je préviens mes étudiants que je ne suis pas toujours capable de reconnaître les anglicismes sémantiques de la langue québécoises, car cela fait trente ans que je vis au Québec et que mon point de comparaison, le français que j\u2019ai appris pendant les huit ans que j\u2019ai vécu en Europe avant de venir au Québec, est déjà assez loin dans ma mémoire.Il est certain que je parle plutôt le français du Québec maintenant, et avec fierté, dois-je ajouter.Donc, quand j\u2019entends à Radio-Canada, « C\u2019est moins trente-cinq ce matin à Chicoutimi », je n\u2019ai plus la réaction de m\u2019indigner devant cet anglicisme sémantique (« It is minus thirty-five this morning in Chicoutimi ») et de crier à ma radio dans le français que j\u2019ai appris à l\u2019école aux Etats-Unis : « Non ! Il FAIT moins trente-cinq ce matin à Chicoutimi ».Les anglicismes sémantiques du Québec, qui sont innombrables, n\u2019empêchent pas la communication car ils sont facilement compréhensibles pour les francophones qui viennent d\u2019autres pays.Si un Français entend pour la première fois de sa vie notre anglicisme sémantique, « Nous sommes tous dans le même bateau » (« We are all in the same boat »), il va comprendre tout de suite le sens métaphorique de l\u2019expression sans s\u2019étonner à l\u2019absence d\u2019un bateau.Je suis donc ouvertement en faveur d\u2019une indépendance linguistique pour le Québec et refuse d\u2019accepter l\u2019usage européen comme critère de ce qui est correct.Il est ainsi 70 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 hors de question d\u2019imposer les anglicismes de la France à mes étudiants québécois.Il n\u2019arrive d\u2019ailleurs jamais que mes étudiants écrivent de tels anglicismes, comme « ferry », «footing » ou « sweat ».Je conseille à mes étudiants de consulter Le Colpron, le dictionnaire des anglicismes, afin de se rendre compte de l\u2019énormité de la contribution de la langue anglaise à la langue québécoise, tout en indiquant que les anglicismes syntaxiques et lexicaux qu\u2019ils y trouveront sont beaucoup plus graves que les anglicismes sémantiques.Je leur dis aussi que, selon moi, ils devraient simplement remplacer les jugements de Colpron qui s\u2019annoncent comme suit : « Exemples de formes et d\u2019emplois fautifs » et « forme correctes » par « usage québécois » et « usage européen » respectivement.Dire que tout ce qui est québécois est fautif et tout ce qui est européen est correct constitue simplement une insulte pour le peuple québécois sans aucune justification scientifique.Le Dictionnaire québécois d\u2019aujourd\u2019hui et Le Multi Dictionnaire de la langue française sont beaucoup plus tolérants en ce qui concerne les québécismes que ne l\u2019est Le Colpron.Pourtant, dans les deux dictionnaires il existe une tendance de qualifier de « familier » un usage québécois standard sans reconnaître que l\u2019équivalent européen n\u2019existe simplement pas dans le vocabulaire québécois.Par exemple, les deux dictionnaires affirment que l\u2019expression québécoise « une madame » est soit enfantine, soit familière, et qu\u2019il faut dire plutôt « une dame », comme disent les Français.Par contre, il n\u2019y aucune objection à l\u2019expression « un monsieur », simplement parce qu\u2019il est aussi répandu en France qu\u2019au Québec.Je ne me souviens pas d\u2019avoir jamais entendu « une dame » dans les conversations des Québécois. 71 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Cette controverse entre la linguistique descriptive et la linguistique normative («prescriptive » en anglais) constitue mon dernier dilemme d\u2019Américain qui essaie d\u2019enseigner le français au Québécois.Je me considère comme étant un linguiste dans la tradition de Leonard Bloomfield qui affirma sans ambages : « A language is what the speakers do and not what someone thinks they ought to do » « Une langue est ce que font ses locuteurs et non pas ce que quelqu\u2019un pense qu\u2019ils devraient faire » (Outline Guide for the Practical Study of Foreign Languages, 1943).Un linguiste de l\u2019école de Bloomfield doit donc simplement observer et analyser la langue orale de toutes les souches de la société sans porter des jugements sur ce qu\u2019il entend dire.Or un professeur de langue est appelé à corriger la langue écrite de ses étudiants.Il est en conséquence obligé de faire de la linguistique normative, prohibée par Bloomfield.Un professeur de langue peut étudier la linguistique tant qu\u2019il veut, mais en faisant son travail de correcteur il doit se rappeler qu\u2019il lui incombe de faire autre chose que la linguistique telle que conçue par Bloomfield.Pour conclure, j\u2019aimerais exprimer le souhait que les linguistes québécois fassent un travail ardu et de longue haleine pour créer des normes linguistiques distinctes pour la langue française du Québec afin que les professeurs de français d\u2019ici puissent avoir des critères moins subjectifs et plutôt universels en corrigeant le français écrit de leurs étudiants.Il est temps qu\u2019ils fassent pour notre langue ce que faisait Noah Webster pour la langue américaine en 1828, c\u2019est-à-dire créer des normes québécoises légitimes qui soient indépendantes de celles de la métropole européenne.? L1 HALLOWEEN EST TEKR1FIANTE CETTE ANNEE TRICKS OK TREATS I 'M/M- i f/>.-VWl1 W** Cl S0NPA6ES CROP\t111 LÉGER NVARKETINu ;im< UWIMÉÎIA -^yVW\\ j A'vYA/M^A- DOSSIER EUPHORIE PPP: TROP BEAU POUR ÊTRE VRAI \t \t \t \t \t \t sier 74 DOSSIER Pierre J.Hamel* EUPHORIE PPP : TROP BEAU POUR ÊTRE VRAI** Depuis toujours, les gouvernements confient à des entreprises privées des travaux ponctuels et souvent même l\u2019opération en continu d\u2019un service.Cependant, depuis au moins 100 ans, la part du privé demeure relativement restreinte ; du point de vue des optimistes parmi les partisans d\u2019un plus grand rôle pour le privé, la perspective est des plus réjouissantes car le potentiel est immense puisque presque tout reste à faire.La dernière mode en matière de relation entre le public et le privé Prenons l\u2019exemple de l\u2019eau en milieu urbain (c\u2019est ce que je connais le moins mal).Au Québec, comme dans la plupart des pays occidentaux, les services d\u2019eaux étaient, à l\u2019origine, généralement tous privés ; mais ils ont pratiquement * Chercheur et professeur à l'INRS-Urbanisation, Culture et Société, HamelPJ@UCS.INRS.ca http://www.ucs.inrs.ca/default.asp?p=hamel ** Le présent texte ne fait qu\u2019effleurer quelques idées qui sont plus détaillées dans un rapport mis en ligne cet automne ; on y trouvera notamment toutes les références qui sont, ici, escamotées pour alléger le texte.Hamel, Pierre J.(2007).Les partenariats public-privé (PPP) et les municipalités : au-delà des principes, un bref survol des pratiques, réalisé à la demande de la Fédération canadienne des municipalités, Montréal : Groupe de recherche sur l\u2019innovation municipale (GRIM), INRS-Urbanisation, Culture et Société, 112 pages http://www.ucs.inrs.ca/pdf/PPPMun.pdf dossier 75 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 tous été municipalisés à compter de la seconde moitié du XIXe siècle, à Montréal1 comme d\u2019ailleurs un peu partout en Amérique du Nord.Les motifs de municipalisation étaient divers : il s\u2019agissait parfois de réagir face à des affaires de corruption, mais il s\u2019agissait plus souvent de donner des moyens « publics » (le financement par l\u2019impôt et l\u2019obligation réglementaire de se raccorder au réseau) à une entreprise qui peinait à établir un service universel ; ce réseau était nécessaire notamment pour améliorer la lutte aux incendies ; mais surtout, un service d\u2019eau potable vraiment accessible et universel ainsi qu\u2019un bon service d\u2019évacuation des eaux usées étaient considérés comme essentiels pour des raisons de santé publique, y compris par les élites, car les épidémies (comme les incendies) ne respectent pas toujours les différences sociales, si bien que la santé des plus pauvres est importante pour les plus riches.Ce mouvement de municipalisation n\u2019a pas empêché la création de réseaux privés ou coopératifs pour desservir des villages ou de nouveaux quartiers périphériques ; ils ont ensuite souvent été intégrés aux réseaux publics municipaux.On ne doit pas oublier non plus que la Crise de 1929 a entre autres eu pour conséquence de pousser à la faillite de nombreux opérateurs privés que le public s\u2019est vu obligé de reprendre, parfois à son corps défendant.Généralement, la part du privé demeure réduite pour l\u2019eau comme pour la plupart des services publics, ici comme ailleurs.En effet, le Québec est tout à fait en phase avec ce que l\u2019on constate généralement dans les pays industrialisés à trois exceptions près : la France, l\u2019Angleterre et le Pays de Galles -on ne peut parler du Royaume-Uni puisque la privatisation 1 Fougères, Dany.(2004).L\u2019approvisionnement en eau à Montréal.Du privé au public, 1796-1865, coll.« Cahiers des Amériques », Sillery, Septentrion, 472 pages http://www.septentrion.qc.ca/fr/catalogue/2139.html dossier 76 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 de l\u2019eau n\u2019a pas touché l\u2019Irlande du Nord -, ni de l\u2019ensemble de la Grande-Bretagne puisque cela ne concerne pas non plus l\u2019Écosse.Encore aujourd\u2019hui, la plupart des analystes s\u2019entendent pour estimer à 5 %, pour l\u2019ensemble de la planète, la part du privé dans la fourniture des services d\u2019eaux.Or, depuis quelques années déjà, la remise en question de l\u2019État-providence s\u2019est généralisée dans l\u2019ensemble des pays occidentaux et nombreux sont ceux qui mettent de l\u2019avant diverses formes de déréglementation et de privatisation.Depuis au moins vingt ans, les partisans d\u2019un plus grand recours au privé nous annoncent un raz-de-marée imminent et, au Québec, le tsunami se fait toujours attendre, tout au moins en ce qui concerne les services publics locaux : les discours occupent encore plus d\u2019espace que les réalisations et, de toute façon, lorsqu\u2019on passe à l\u2019acte, les avancées du privé dans telle et telle municipalités sont généralement annulées par des retours en régie publique ailleurs.Ainsi, à Montréal, au milieu des années quatre-vingts, on a sérieusement songé à déléguer l\u2019eau au privé, pour ensuite abandonner l\u2019idée ; puis, un projet a rejailli pour disparaître presque aussi rapidement au milieu des années quatre-vingt-dix, au moment où surgissait la mode des sociétés d\u2019économie mixte (SEM).On a alors vu l\u2019adoption d\u2019une loi qui permettait la création de SEM municipales qui allaient balayer le Québec et depuis, on a enregistré aucune SEM.Mais maintenant, c\u2019est certain, on va voir ce qu\u2019on va voir, car voici venir la mode des partenariats public-privé, les fameux PPP ! Faire-faire, impartition ou SEM, la dernière mode relègue la précédente aux oubliettes et attire l\u2019attention sur une variante « nouvelle et améliorée » d\u2019un truc vieux comme le monde.Par rapport aux formes plus anciennes de collaboration entre le public et le privé, les PPP, qui sont en dossier 77 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 vogue actuellement, se démarquent entre autres par une plus grande implication qu\u2019auparavant du partenaire privé, notamment en ce qui concerne le financement des immobilisations : théoriquement, le partenaire privé prend directement à sa charge les investissements de départ, tout comme les frais d\u2019entretien et tout ce qu\u2019il en coûte pour maintenir en état de marche ou pour d\u2019éventuelles remises à niveau nécessaires tout au long de l\u2019entente.Il assumerait ainsi une grande part du risque.De nombreux « paiements faciles » et un beau taux d\u2019escompte À l\u2019analyse cependant, ces belles promesses ne sont pas tenues car il appert que cette supposée prise en charge par le privé n\u2019allège pas vraiment le fardeau qui pèse sur le public ; en vérité, le public ne fait que troquer un emprunt obligataire traditionnel contre un crédit-bail et toute une ribambelle de « paiements faciles » (comme dirait l\u2019Oncle Tom des Têtes-à-claques) : y a-t-il une grande différence entre un remboursement d\u2019hypothèque et un « loyer » que le public est contractuellement tenu de verser tout au long de la période ?Aux yeux de n\u2019importe quel évaluateur de cote de crédit, les deux stratégies de financement sont pratiquement équivalentes, encore que la seconde soit généralement plus coûteuse.En effet, le gouvernement du Québec emprunte à meilleur marché que n\u2019importe quelle entreprise - l\u2019affaire est entendue - et c\u2019est également vrai pour les municipalités, parce qu\u2019elles bénéficient de la caution gouvernementale : même les plus petites municipalités empruntent à meilleur taux que les plus grandes entreprises.Dans le cas des municipalités, il ne faudrait cependant pas négliger le fait que la signature d\u2019un contrat de location d\u2019un immeuble flambant neuf permet d\u2019éviter toute la procédure dossier 78 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 qui encadre les règlements d\u2019emprunts municipaux (ouverture du registre où les opposants au règlement d\u2019emprunt peuvent venir signer pour exiger la tenue d\u2019un référendum, puis, si le nombre de signatures est suffisant, obligation de tenir un référendum ou de retirer le règlement d\u2019emprunt, autorisation du ministère et tout ce qui s\u2019ensuit) ; il ne faut donc pas sous-estimer l\u2019attrait des PPP pour certains en ce qu\u2019ils offrent la possibilité indéniable de contourner de lourds mécanismes destinés à protéger les intérêts des contribuables et d\u2019esquiver un débat sur la pertinence d\u2019un investissement ; disons donc que ce n\u2019est tout de même pas là un attrait dont on pourrait se vanter publiquement.Depuis quelques temps, les promoteurs de la formule des PPP ont même cessé de prétendre que le financement privé serait plus avantageux ; mais ils insistent désormais pour faire valoir que, globalement, les PPP demeureraient financièrement avantageux puisque les économies réalisées par ailleurs (par un design innovateur apportant des solutions inédites, par une meilleure efficacité au moment de la construction - concernant notamment les délais et le respect des devis et des échéanciers - et par une gestion plus astucieuse des opérations) permettraient de compenser le surcoût objectif dû au taux d\u2019emprunt consenti aux entreprises privées.La vérité est qu\u2019il est très difficile, pour ne pas dire la plupart du temps impossible de se faire une idée par soi-même sur ces avantages « par ailleurs » des PPP.En effet, les informations et les données qui permettraient de faire les calculs et les comparaisons appropriés sont généralement classées « sensibles » et soustraites au regard de celles et ceux qui voudraient y regarder de près.Pour savoir si un PPP a ou non de bonnes chances de s\u2019avérer avantageux pour tel projet particulier, il faudrait pouvoir comparer côte-à-côte le bilan pro-forma du dossier 79 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 consortium privé, dont l\u2019essentiel est invisible au nom de la protection du secret commercial et le bilan pro-forma du projet tel qu\u2019il serait mené de la façon « traditionnelle » (avec appel d\u2019offres et sélection des entrepreneurs privés qui interviendront sur les différentes étapes du projet, etc.).C\u2019est ici qu\u2018on comprend rapidement à quel point la construction d\u2019une pseudo-proposition alternative, reprenant le cheminement « classique », est une opération cruciale.En effet, quand on veut noyer son chien, on dit qu\u2019il a la rage et quand on veut couler le cheminement classique au profit de l\u2019option PPP, lorsque le premier scénario n\u2019a d\u2019autre raison d\u2019être que de servir de faire valoir au second, il suffit parfois d\u2019appuyer un peu plus fort sur le crayon à certains endroits, en sous-estimant tel désavantage du PPP ou en soulignant tel avantage.C\u2019est ainsi que les guides d\u2019évaluation des PPP préparés par les autorités britanniques comprennent une martingale nommée Public Sector Comparator (PSC)2.On y introduit un biais en faveur de la solution PPP sous la forme anodine d\u2019un taux d\u2019escompte élevé.Le taux d\u2019actualisation est, entre autres, une mesure du risque.On escomptera les revenus futurs d\u2019une opération risquée en exigeant un taux d\u2019actualisation élevé : « un tiens vaut mieux que deux tu l\u2019auras » et, si c\u2019est vraiment risqué, « que trois ou quatre tu l\u2019auras ».Inversement, une opération sans grand risque commande un taux d\u2019actualisation relativement faible.En 2 Pollock, Allyson, David Price et Stewart Player.(2005).The Private Finance Initiative : A policy built on sand.An examination of the Treasury\u2019s evidence base for cost and time overrun data in value for money policy and appraisal, rapport réalisé à la demande du syndicat britannique UNISON, par des chercheurs du Public Health Policy Unit, UCL (University College London), 22 pages, http://www.health.ed.ac.uk/CIPHP/publications/ unison_2005_pfi_a_policy_built_on_sand_pollock.pdf ; Marty, Frédéric, Sylvie Trosa et Arnaud Voisin.(2006).Les partenariats public-privé, Collection « Repères » no 441, Paris : La Découverte, 122 pages, p.65 et suivantes dossier 80 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 toute logique, le taux d\u2019actualisation retenu pour un projet impliquant un service public classique devrait être assez faible puisque les revenus sont peu susceptibles de chuter abruptement dans un avenir prévisible : à tout prendre, c\u2019est même une des opérations les plus sûres que l\u2019on puisse imaginer.Une règle à suivre serait de choisir un taux d\u2019actualisation qui correspond au taux auquel la municipalité ou le gouvernement réalise ses emprunts.Par contre, il faut garder en tête que les promoteurs d\u2019un PPP auront toujours tout intérêt à ce que le taux d\u2019actualisation retenu soit le plus élevé possible.Plus le taux d\u2019actualisation est élevé, moins une somme reçue (ou dépensée) dans trente ans vaut cher et plus est intéressant le fait de recevoir une forte somme en début de période ; inversement, plus ce taux est bas, plus l\u2019avenir prend du poids.Comme la façon traditionnelle implique généralement que le public doive payer une forte somme au tout début du projet, alors que le PPP échelonne ces paiements tout au long de la période, un taux d\u2019actualisation élevé alourdit le poids de l\u2019investissement initial tout en minimisant les paiements éloignés dans le temps.Avec des taux élevés dans les scénarios de PPP, la tendance est de valoriser le « ici et maintenant » au détriment du « ailleurs et demain » ; autrement dit, la structure d\u2019évaluation des coûts d\u2019un PPP, comme généralement ce qui se produit pour les investissements privés, tient compte essentiellement de ce qui se passera à très court terme en laissant dans l\u2019ombre ce qui adviendra après-demain ; une réorientation vers le développement viable exigerait au contraire une plus grande valorisation de ce qui arrivera à nos enfants et à nos petits-enfants.Très concrètement, pour avoir l\u2019air plus avantageux qu\u2019un projet en régie, un projet PPP paraîtra d\u2019autant mieux que le taux d\u2019actualisation sera élevé.C\u2019est d\u2019ailleurs peut-être ce qui est en train de se passer sous nos yeux avec le projet de prolongement de l\u2019auto- dossier 8i L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 route 25.S\u2019il faut en croire les ministres qui ont présenté la chose, le consortium récemment retenu mènera à bien le projet tout en réalisant de bien belles économies : selon nos ministres, le PPP coûtera au gouvernement 207 M$ et permettra d\u2019économiser 226 M$, du moins tel que calculé selon une formule complaisante, avec un taux d\u2019actualisation probablement assez élevé.Mais tout cela n\u2019est que pure conjecture et je parle effrontément de ce que j\u2019ignore complètement, car l\u2019étude détaillant les calculs et démontrant ces économies n\u2019a pas été rendue publique en même temps que la signature de l\u2019entente avec le consortium choisi (ce 24 septembre 2007) : cette étude sera mise en ligne « au cours des prochaines semaines ».Cependant, à partir des maigres informations contenues dans le communiqué de presse, on peut déjà calculer que le taux d\u2019escompte retenu est certainement supérieur à ce qui serait raisonnable et acceptable.Un bilan provisoire fort mitigé Faute de pouvoir véritablement comparer terme à terme une proposition PPP et sa concurrente « traditionnelle », on peut se rabattre sur le jugement qu\u2019en font pour eux-mêmes les conseils municipaux qui doivent choisir et qui disposent pour ce faire des meilleures informations possibles, en autant que le secret commercial soit respecté.Certains choisissent de recourir au privé alors que d\u2019autres, pratiquement aussi nombreux, parfois plus, selon l\u2019air du temps, choisissent au contraire de cesser d\u2019y recourir.Beaucoup plus nombreux encore sont ces conseils qui pèsent longuement le pour et le contre de différents scénarios pour finalement décider de ne rien changer, de demeurer en régie pour tel service et de renouveler le contrat avec une entreprise pour tel autre.Pourquoi ?Parce que c\u2019est plus simple et souvent moins coûteux, du moins à court terme.Parce qu\u2019après tout, ça ne va pas si mal et que le mieux est parfois l\u2019ennemi du bien. dossier 82 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Il est d\u2019autant plus difficile de dresser un bilan positif des PPP sur la base de réalisations concrètes, au-delà des principes qui sont forcément radieux, qu\u2019il n\u2019y a que peu d\u2019expériences en cours depuis suffisamment de temps pour qu\u2019il soit possible d\u2019y faire la part des choses.Sans compter que, dans les municipalités nord-américaines, les cas de PPP ou de quasi PPP les plus imposants ne font généralement pas vieux os.Le cas d\u2019Hamilton a longtemps été présenté sur toutes les tribunes comme l\u2019exemple parfait d\u2019une entente heureuse et mutuellement avantageuse, jusqu\u2019à ce que le conseil municipal, au vu d\u2019une expérience qui a duré dix ans, ne décide à son échéance de ne pas reconduire le contrat.Il ne faut certes pas généraliser un cas unique, mais les cas ayant déjà connu une longue période d\u2019expérimentation sont plutôt rares, sans compter que celui-ci impliquait une ville importante pour un service important, et non pour un service moins lourd ou dans une petite municipalité ; en Amérique du Nord, il n\u2019y a sans doute rien qui arrive à la cheville de ce cas.Dans ce cas particulier, on peut présumer que ce refus de se rengager pour dix années supplémentaires a été fait en connaissance de cause, sur la base d\u2019analyses - on l\u2019espère - compétentes et assises en tout cas sur une expérience réelle et d\u2019une bonne durée.Le cas d\u2019Atlanta n\u2019est guère plus brillant : un contrat obtenu en 1999 et résilié en janvier 2003 ; de même cet autre contrat à Porto Rico, obtenu en mai 2002 et résilié en janvier 2004, qui était, avec 4,5 Md \u20ac sur 10 ans, « le plus important contrat d\u2019exploitation et gestion (O&M) dans le domaine de l\u2019eau au monde ».De la même manière, on peut se questionner sur le cheminement qui a conduit le conseil municipal de Westmount à dossier 83 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 annoncer cet été qu\u2019il comptait reprendre en main la gestion de ses réseaux d\u2019aqueduc et d\u2019égout, après une expérience d\u2019un an et demi de proto-PPP.Pour Westmount, ce sera une grande première puisqu\u2019elle ne s\u2019était jamais impliquée dans la gestion de ses réseaux d\u2019eaux, qui avait toujours relevé de la Ville de Montréal, cette dernière étant d\u2019ailleurs propriétaire des réseaux de la première depuis la nuit des temps et donc bien avant la fusion.Pendant la période de fusion (20012005), l\u2019arrondissement de Westmount avait continué à payer l\u2019arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce qui fournissait le service.À la suggestion du comité de transition qui estimait que depuis tout ce temps, Montréal en avait été payé, Westmount prit possession de ses réseaux en même temps qu\u2019elle retrouvait son autonomie.N\u2019ayant ni ressources humaines, ni équipement, ni expérience, Westmount a alors estimé que le privé lui offrait une solution rapide et facile, à défaut d\u2019être plus économique : Dessau-Soprin a assumé au quotidien toutes les opérations et effectué les réparations nécessaires, selon un contrat couvrant la période allant de janvier 2006 à décembre 2007.L\u2019entente était présentée comme « un premier partenariat public-privé dans le domaine de l\u2019eau dans l\u2019île de Montréal ».En effet, selon ce qui avait été annoncé au départ, ce contrat de deux ans devait qu\u2019être qu\u2019un prélude à une entente de plus long terme qui aurait pu prendre la forme d\u2019un PPP.Mais voici que le conseil municipal de Westmount, qui n\u2019a pourtant pas la réputation d\u2019être infesté de gauchistes, vient d\u2019y renoncer.La municipalité de Côte Saint-Luc a connu jusqu\u2019à présent le même cheminement que Westmount : gestion par la Ville de Montréal jusqu\u2019en janvier 2006, suivie d\u2019une entente avec Dessau-Soprin depuis lors.J\u2019ignore encore la décision qui a sans doute été prise à Côte-Saint-Luc de poursuivre ou non avec un partenaire privé.Soulignons que la pression monte car le contexte est inédit : Westmount vient de décider de renoncer au partenariat et même le pdg de l\u2019Agence des PPP du Québec reconnaît en dossier 84 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 cette fin de septembre qu\u2019un PPP n\u2019est probablement pas approprié dans le cas d\u2019un réseau d\u2019eau existant, à cause essentiellement de la relative ignorance de l\u2019état des conduites et de la trop grande incertitude qui en résulte3.Aux côtés de ces contrats révoqués ou non renouvelés, on trouve de nombreux cas (apparemment) plus heureux, car on constate que, la plupart du temps, à l\u2019échéance, on renouvellera le contrat et généralement avec la même entreprise ; il y a certes diverses raisons qui peuvent expliquer ce phénomène mais il faut, minimalement, que le donneur d\u2019ordres public ne soit pas trop insatisfait.Quoi qu\u2019il en soit, il semble clair que le recours au privé, en PPP ou autrement, n\u2019est certainement pas toujours aussi avantageux que ne le prétendent ses propagandistes.Le partage de risques Un des derniers aspects où l\u2019engagement financier du partenaire privé est encore présenté comme avantageux, c\u2019est dans la mesure où il soutient l\u2019argument du partage de risques : le privé investit son argent et, si jamais les choses tournaient mal, c\u2019est le privé qui écoperait.Il me semble qu\u2019il faut éviter de se laisser aveugler par cette autre illusion du partage de risques.Certes, le partenaire privé devra assumer les conséquences d\u2019un éventuel non respect de l\u2019échéancier comme de tout dépassement de coût ; mais ces garanties offertes au partenaire public ne sont pas nouvelles ni même.réelles.D\u2019une part, même dans le cadre d\u2019un contrat traditionnel, il est d\u2019ores et déjà possible de prévoir le coup, en rédigeant des clauses contractuelles qui imposent des sanctions à l\u2019entreprise qui ne respecte pas les paramètres de l\u2019entente.D\u2019autre part, le concept même du 3 Robert, Anne.(2007) « Le PPP prend son envol », 26 septembre, LesAffaires.com http://www.lesaffaires.com/article/o/economie/2007-09-26/464886/le- ppp-prend-son-envol.fr.html dossier 85 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 partage de risque ne tient guère la route en cas de difficultés véritablement importantes.En effet, par définition, la responsabilité de toute entreprise privée est limitée à la mise de fonds des actionnaires et, au pire du pire, ils perdront les fonds propres qu\u2019ils ont investis dans l\u2019affaire, l\u2019essentiel des capitaux ayant été empruntés.Or, une entreprise privée ne s\u2019implique pratiquement jamais directement dans un projet de PPP ; généralement, ce sera une filiale du groupe qui investira dans un consortium ad hoc réunissant pour l\u2019occasion des filiales des autres partenaires ; ainsi, en cas de faillite, les dégâts seront limités à la mise de fonds dans le consortium, car il est très rare que les entreprises mères, qui commanditent le consortium, se portent pleinement garantes de leur filiale.C\u2019est d\u2019ailleurs vraisemblablement ce qui est en train de se produire dans le cas de Metronet, le principal consortium impliqué dans la réhabilitation du métro de Londres ; le consortium serait en faillite à cause d\u2019un important dépassement de coûts.Soulignons que ce projet de réhabilitation du métro de Londres constitue le plus important PPP de tous les temps et de loin, du moins pour un certain temps encore ; car il est désormais question que les autorités publiques passent le PPP par pertes et profits et reprennent l\u2019affaire en main4.4 C\u2019est ainsi que cet été, dès que fut admise publiquement la vraisemblance d\u2019une fin aussi triste qu\u2019imminente, la firme Bombardier, l\u2019un des partenaires de Metronet, a purement et simplement radié les actifs reliés à ce projet, pour couper court aux rumeurs de catastrophe appréhendée, en préférant encaisser dès maintenant une perte qui demeure somme toute limitée, plutôt que de courir le risque que le doute et l\u2019incertitude ne viennent plomber le cours de l\u2019action.D\u2019ailleurs, du même souffle, Bombardier assurait ses actionnaires que tout n\u2019était pas perdu puisque, peu importe le sort du PPP, l\u2019entité qui reprendra le projet ne manquera pas de faire affaire avec.Bombardier.Robert, Anne.(2007).« Bombardier limite les dégâts à Londres », Les Affaires.com, 20 juillet, http://www.lesaffaires.com/article/0/grande-entreprise/2 0 07-07-20/445138/bombardier-limite-les-degats-a-londres.fr.html dossier 86 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Les promoteurs de la formule des PPP mettent volontiers de l\u2019avant ces deux singularités que sont le partage de risque et l\u2019implication financière du partenaire privé.Il me semble pourtant que les PPP se particularisent d\u2019abord et avant tout par une plus longue durée des engagements mutuels mais aussi par une nette diminution de la concurrence ; ce sont ces deux caractéristiques qui nous occuperont pour la suite.Prévoir l\u2019imprévisible Il n\u2019est pas toujours simple de faire affaire avec le privé.Comme tout bon contrat, un contrat de PPP doit chercher à prévoir l\u2019imprévisible, question de limiter les querelles en cours de réalisation : les élus et les citoyens veulent être rassurés sur les responsabilités de chacun et sur leurs recours en cas de désaccord avec leur partenaire privé, et ainsi de suite et l\u2019entreprise de son côté, tout à fait légitimement, veut s\u2019assurer qu\u2019elle ne court pas à sa perte.Ce qui est déjà vrai de tout contrat prend une ampleur prodigieusement fantastique dans le cas des PPP puisqu\u2019il s\u2019agit de prévoir ce qui pourrait advenir non pas dans l\u2019année ou dans les cinq ans qui viennent mais bien d\u2019ici vingt, vingt-cinq ou trente ans.«On peut changer une loi, un règlement, même une Constitution, mais résilier un contrat, c\u2019est très compliqué et très cher», prévient Marie-Claude Prémont5.Après avoir reçu un service ou une marchandise non conforme à ses attentes, après avoir tenté sans succès d\u2019obtenir un service après-vente prévu au contrat, on peut normalement 5 Gauthier, Ève.(2006).« La démocratie soluble dans l\u2019eau privatisée », Alternatives, le journal.mars, vol.12, no6, p.5, http://www.vrm.ca/documents/EveGauthier-PPPeau.pdf dossier 87 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 changer de fournisseur dans un délai relativement court, au moment du renouvellement ; avec un PPP, on n\u2019a pas le choix que de rester avec le même pendant longtemps et de chercher à s\u2019entendre ou à faire entendre raison, selon son point de vue (s\u2019entend).De même l\u2019élection d\u2019une nouvelle équipe peut se traduire par un changement de politique tel qu\u2019il entraîne d\u2019importantes réorientations de l\u2019administration.L\u2019engagement à long terme qu\u2019implique un PPP, même à l\u2019étape des fiançailles, a pour effet de limiter le pouvoir des élus.À Ottawa, le conseil municipal nouvellement élu à l\u2019automne dernier est en train d\u2019en faire la douloureuse expérience.Le 14 décembre 2006, lors d\u2019une de ses toutes premières réunions, le conseil s\u2019est prononcé sur le projet de train léger et a convenu qu\u2019il valait mieux tout laisser tomber ou, en tout cas, qu\u2019il fallait reprendre tout depuis le début.Or, un des partenaires privés, Siemens, qui a investi dans la préparation du projet, ne l\u2019entend pas de cette oreille : si le conseil persiste dans son désir de revenir sur ce que planifiait l\u2019ancienne administration, Siemens a signifié au conseil qu\u2019elle réclame 175 M$ pour bris de contrat, soit 25 M$ pour couvrir les dépenses encourues et 150 M$ à titre de dédommagement pour perte de profit et, si le conseil devait revenir à de meilleurs sentiments, Siemens exigerait tout de même un dédommagement de 70 M$, à titre de « penalty »6.Voici enfin qu\u2019en septembre, une filiale de Ciment Saint-Laurent également impliquée dans ce projet y va de sa propre poursuite pour 103,9 M$.Ce qui peut paraître ici comme une entrave à l\u2019exercice du pouvoir par les élus peut sembler au contraire un avantage.6 Sherring, Susan.(2007).« Things go bump in the night », Ottawa Sun, http://www.ottawasun.com/News/ OttawaAndRegion/2007/02/15/3626815-sun.html dossier 88 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Ce mode de financement et de gestion de projets publics permet d\u2019éviter le «risque politique» dans la gestion d\u2019un projet.En clair, une fois le projet signé entre les organismes public et le partenaire privé, le contrat de PPP demeure valable pour la durée et ne peut être révoqué par le prochain gouvernement.Dans le cas de l\u2019autoroute A25, le contrat est de 35 ans7.Comment prévoir ce qui adviendra au cours des vingt-cinq ou trente prochaines années ?Quelle vision de l\u2019avenir avions-nous en 1982 ou en 1977 ?Comment pouvions-nous nous imaginer ce que serait vraiment 2007 sans savoir, par exemple, le développement qu\u2019allaient connaître la microinformatique et Internet ?N\u2019aurions-nous pas fait confiance, une confiance aveugle, à des entreprises à l\u2019époque aussi solides et respectées que l\u2019étaient les grands constructeurs d\u2019automobiles américains ?Sans parler des brigands, des entreprises comètes, celles qu\u2019on finit par condamner alors qu\u2019on les encensaient la veille - Enron n\u2019aura vécu que seize ans : elle est née d\u2019une fusion en 1985 pour finalement faire faillite en 2001 ; sa filiale Azurix, impliquée dans l\u2019eau, celle qui est brièvement intervenue dans le contrat de PPP à Hamilton, avait été créée en 1998 à l\u2019occasion de l\u2019achat par Enron d\u2019une compagnie d\u2019eau britannique et elle a été démantelée quelques mois avant la faillite de sa maison-mère en 2001.Il y a un superbe consensus en matière de PPP, un point sur lequel absolument tout le monde s\u2019entend : l\u2019augmentation du recours aux PPP dans le monde municipal ferait sans doute des heureux, notamment chez les avocats d\u2019affaires responsables de la rédaction des contrats que l\u2019on voudra 7 Robert, Anne.(2007) « Le PPP prend son envol », 26 septembre, LesAffaires.com http://www.lesaffaires.com/article/0/economie/2 007-09-2 6/464886/le-ppp-prend-son-envol.fr.html dossier 89 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 toujours les plus sophistiqués possibles, pour prévoir l\u2019imprévisible (sur vingt-cinq ou trente ans !) et éviter de mauvaises surprises.Nous en serons tous ravis, car qui n\u2019a pas une belle-sœur ou un lointain cousin avocat ! À plusieurs égards, un bail en PPP est plus contraignant qu\u2019un contrat d\u2019hypothèque : on pourra toujours décider de mettre en vente l\u2019immeuble dont on est propriétaire (sans toutefois être assuré de pouvoir le vendre rapidement), mais on ne pourra pas se défaire facilement des obligations d\u2019un PPP qui court sur trente ans.Lorsque les élus doivent s\u2019ajuster à des réalités changeantes et réajuster le tir et faire des coupures, peu importe les raisons, il semble clair que les PPP induisent des rigidités telles qu\u2019ils contraignent les élus et réduisent la marge de manœuvre dont ils devraient pouvoir disposer pour s\u2019ajuster à des circonstances imprévues.En effet, le fait d\u2019avoir conclu un contrat qu\u2019il serait coûteux de résilier ou de modifier a pour conséquence de détourner les tensions budgétaires et de reporter le fardeau des ajustements et les éventuelles coupures sur les maillons faibles : c\u2019est ainsi que les ajustements vont d\u2019abord porter sur les opérations qui ne sont pas en PPP, car le contrat bétonné de PPP « protège », « sanctuarise » en quelque sorte tel site de service au détriment des autres.À vrai dire, la rigidité induite par les engagements à long terme constitue, paradoxalement, un des plus solides points en faveur des PPP.En effet, on peut reprocher aux municipalités et aux gouvernements, trop souvent à raison, de ne pas faire preuve d\u2019une grande constance dans leurs interventions sur les infrastructures existantes : beaucoup trop fréquemment, le rythme d\u2019investissement dans l\u2019entretien et la réhabilitation des infrastructures se transforme en soupape d\u2019ajustement qui permet de libérer la pression budgétaire.Reporter dossier 90 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 sine die les investissements permet à court terme de diminuer le volume des déboursés et de contenir l\u2019endettement, tout en maintenant constants les programmes de dépenses courantes ; trop souvent, les programmes d\u2019entretien et de réhabilitation qui devraient suivre un rythme régulier, planifié, subissent donc, au contraire, des arrêts et des départs brusques et plus ou moins prévisibles, selon la conjoncture budgétaire.On pourrait espérer que ces creux artificiels soient ensuite compensés par des vagues d\u2019investissements en période de vaches grasses, mais tel n\u2019est pas le cas et, globalement, les municipalités et les gouvernements ont généralement des pratiques de sous-investissement chronique.Une réaction classique, surtout du côté des acteurs qui plaident pour une réduction du rôle de l\u2019État, consiste à vouloir retirer ce pouvoir de nuisance des mains des élus, pour « sortir » du politique la responsabilité de maintenir les infrastructures en bon état ; de nombreux cas américains s\u2019inspirent très nettement de cette orientation : on retire un service à la municipalité pour le confier à un « special district authority » où ce seront des « experts » non élus qui disposeront d\u2019une enveloppe budgétaire protégée, tenue à l\u2019abri de toutes autres considérations, et qui alloueront le budget qui leur est confié en ayant uniquement en tête la pérennisation du meilleur service possible.On refuse alors aux élus le pouvoir de procéder à des arbitrages proprement politiques, qui conduisent forcément à des réajustements de priorités, souvent au détriment d\u2019un investissement régulier dans la réhabilitation des infrastructures existantes.En fait, en gelant la dotation d\u2019enveloppes protégées, on procède une fois pour toutes et « pour toujours » à un arbitrage « final » et on fixe « à jamais » une répartition des moyens entre diverses fonctions assumées par la municipalité ; parfois, plutôt que d\u2019assurer une enveloppe budgétaire à même dossier 91 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 les recettes générales de la municipalité, on concède à un special district authority le produit d\u2019un impôt, en tout ou en partie : par exemple, on fixera à 0,01 $ du 100 $ d\u2019évaluation foncière la part de l\u2019impôt foncier qui sera obligatoirement allouée à telle ou telle agence spécifiquement chargée d\u2019une responsabilité particulière, sans qu\u2019il soit possible d\u2019en transférer une partie vers d\u2019autres postes budgétaires.C\u2019est un peu dans la même perspective que les PPP permettent en principe de garantir une plus grande régularité, dans la mesure où le contrat « bétonne » le financement d\u2019un service et son rythme d\u2019investissement ; par exemple, en début de contrat, les partenaires peuvent convenir du niveau où les investissements devront être maintenus (tout en tolérant quelques variations), en fixant par exemple un seuil minimal ou en établissant une cible en ce qui a trait au niveau minimal de qualité à conserver, ou en définissant des seuils de détérioration au-delà desquels la situation serait inacceptable.Plus généralement, les promoteurs de la formule des PPP prétendent que, dans le cadre même de la poursuite de ses propres intérêts, le partenaire privé aurait tout avantage à agir « en bon père de famille » et à se contraindre de lui-même à respecter non seulement la lettre mais même l\u2019esprit du partenariat.Mais cet espoir de garantir un rythme d\u2019investissement régulier résiste difficilement devant l\u2019examen de plusieurs cas concrets où il devient clair que le partenaire privé respecte difficilement cet engagement, notamment pour l\u2019eau en France8 et en Angleterre9.8\tMoreau, Philippe.(2006).« Distribution d\u2019eau : les opérateurs privés accusés de sous-investir », Les Échos, 24 novembre, http://www.lesechos.fr/info/energie/4503374.htm 9\tMilner, Mark.(2006).« Leaks stem flow of profits at Thames Water», The Guardian, 1er décembre, http://money.guardian.co.uk/utilities/ story/0,,i96i584,00.html dossier 92 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Limiter la concurrence Au cœur du concept des PPP, on trouve l\u2019idée qu\u2019il vaut mieux, pour tout le monde, autant le donneur d\u2019ordres public que pour le partenaire privé, mettre la concurrence entre parenthèses pendant toute la durée du contrat.La concurrence disparaît ainsi complètement pendant toute la durée de l\u2019entente qui est de 25, 30, 35 ans (comme pour le prolongement de l\u2019autoroute 25) ou même plus encore.Par la suite, cette concurrence est fort peu susceptible de renaître au terme du contrat.Enfin, le bouquet c\u2019est que la formule des PPP a pour effet très net de limiter gravement la concurrence dès le départ, en excluant les PME et même la plupart des grandes entreprises nationales, pour ne convenir vraiment qu\u2019à une poignée d\u2019entreprises « qui ont les reins assez solides » et qui sont généralement les grands champions mondiaux.Le fait de décrocher un contrat en PPP assure à un opérateur que tous les sous-contrats pourront être octroyés à des filiales sœurs, membres du même groupe ; cela revient à dégager un espace de travail libre de concurrence.Il ne perdra pas temps et argent à se battre pour obtenir du travail à la miette et il pourra au contraire planifier son travail plus efficacement, en étant en mesure notamment de déplacer une partie de la charge vers des périodes autrement creuses.De même, un PPP a généralement pour effet d\u2019assurer au consortium privé de très bonnes chances que le contrat lui soit reconduit indéfiniment.En effet, il est très fréquent qu\u2019à l\u2019échéance de contrats importants, il n\u2019y ait qu\u2019une seule entreprise qui se porte candidate pour le deuxième contrat : l\u2019entreprise qui avait obtenu le premier.Cela s\u2019explique notamment par un accès privilégié aux informations détaillées sur l\u2019exploitation d\u2019un métro ou d\u2019un réseau dossier 93 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 d\u2019eau par exemple ; dans ces cas, on voit souvent un tout petit taux de profit appliqué à un très gros volume de sorte que la profitabilité de l\u2019opération peut être excellente, alors que la marge de profit brut est parfois très mince, si étroite qu\u2019il suffit de peu pour passer de profit à perte et il ne faut donc pas se tromper ; or, ni les éventuelles concurrentes ni parfois même le donneur d\u2019ordres ne disposent des données qui leur permettraient de voir clair et profitant de ce halo d\u2019incertitude, l\u2019opérateur installé devient pratiquement indélogeable.De même, après un PPP de 30 ans, il sera alors plus difficile de revenir en régie : les employés municipaux autrefois affectés à ces tâches auront pris leur retraite, les techniques auront évolué sans que personne à l\u2019interne ne se soit maintenu à jour et les compétences auront été perdues.Mais le retour au public est toujours possible et Westmount vient d\u2019en fournir une nouvelle preuve en partant de zéro.Finalement, on peut constater que la concurrence autour d\u2019un PPP est très limitée dès le départ.Il est tout à fait normal que les entreprises cherchent à s\u2019affranchir de la concurrence au début du processus car le gagnant d\u2019une surenchère à la baisse risque de remporter un contrat qu\u2019il devra honorer à perte.Les PPP, comme la formule des SEM, offrent une solution légale pour limiter le nombre de concurrents sur le fil de départ ; d\u2019autres solutions moins légales existent et sont utilisées comme la corruption qui permet un rapport privilégié avec le donneur d\u2019ordres ou comme les ententes de cartel, où des concurrents se partagent « équitablement » les contrats à venir.Les PPP sont donc un moyen d\u2019éviter de tomber dans des pratiques répréhensibles puisque ils permettent d\u2019atteindre les mêmes objectifs presque aussi efficacement.En effet, la nécessité de pouvoir s\u2019engager à très long terme et donc l\u2019exigence du soutien indéfectible d\u2019un partenaire financier font en sorte que les entreprises locales sont exclues d\u2019emblée, car elles ne peuvent satisfaire les exi- dossier 94 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 gences minimales ; c\u2019est d\u2019ailleurs une des leçons qu\u2019on peut tirer de l\u2019histoire du PPP de Saint-Louis-de-France.Ce cas fait bien la synthèse, c'est une illustration si éloquente qu'elle nous servira de conclusion.Le cas exemplaire de Saint-Louis-de-France Saint-Louis-de-France était une petite municipalité autonome jusqu\u2019à ce qu\u2019elle soit fusionnée à Trois-Rivières en janvier 2002.En 1993, Saint-Louis-de-France s\u2019était vue confier l\u2019entretien de routes secondaires qui étaient auparavant sous la responsabilité du ministère des Transports.Un peu débordée par ces nouvelles tâches, la municipalité est rapidement séduite par la formule de la gestion déléguée à la française.Mais comme il s\u2019agit d\u2019un projet hors du commun, notamment en ce qu\u2019il dépassait la durée maximale de cinq ans prévue à la Loi des cités et villes, il a d\u2019abord fallu obtenir du ministère des Affaires municipales les permissions nécessaires.En 1999, la municipalité est enfin en mesure de lancer un appel aux entreprises intéressées par un projet qui confiera à l\u2019une d\u2019elles la reconstruction et l\u2019entretien de 35 km de routes en milieu semi-urbain pour les quinze prochaines années10.Sur les dix-sept entreprises qui avaient retiré le dossier, seulement trois traversent toutes les étapes et sont qualifiées pour la finale ; il fallait faire état d\u2019une bonne expérience et de solides garanties bancaires.Comme on peut s\u2019en attendre, la processus d\u2019homologation a écarté les plus petites et 10 Dorchies, Pierre T.(2006).« Le projet de Saint-Louis-de-France, bilan après 6 ans », alors que le titre apparaissant sur la première page du document est plutôt : « Saint-Louis-de-France, Rénovation du réseau routier collecteur.Bilan de l\u2019expérience de partenariat après 6 ans », dans le cadre du colloque Infra 2006, organisé par le CERIU (Centre d\u2019expertise et de recherche en infrastructures urbaines), Québec, 21 novembre 2006, 18 pages (la reproduction du texte est disponible sur disque auprès du CERIU). dossier 95 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 les plus fragiles et il n\u2019a pas retenu n\u2019importe quelles entreprises : au palmarès des plus grandes entreprises de bâtiment et travaux publics opérant au Québec, les trois firmes retenues occupent respectivement la première, la deuxième et la quatrième positions, du moins si on se fie à la distribution des contrats ministériels québécois11 : -Sintra, numéro un de l\u2019industrie, qui récolte 13 % du chiffre d\u2019affaires généré par les contrats accordés par le ministère des Transports, associée à Bouygues depuis 1974 et complètement intégrée à Colas, filiale de Bouygues, en 2001 (le chiffre d\u2019affaires mondial de Bouygues en 2006 était de 26,4 G\u20ac, dont 19 G\u20ac pour les filiales impliquées dans la construction) ; -Construction DJL, en deuxième position, qui obtient 7 % des contrats du Ministère, intégrée à la filiale Eurovia du groupe Vinci (chiffre d\u2019affaires mondial de 25,6 G\u20ac en 2006) ; -Simard-Beaudry, quatrième au palmarès québécois avec 5 % du chiffre d\u2019affaires et la plus importante entreprise encore contrôlée par des intérêts québécois (Construction 11 Dubuc, André.(2003).« Deux géants français dominent l\u2019industrie du pavage d\u2019ici », Les Affaires, (2 août), p.15.Bien qu\u2019il soit absent du trio final à Saint-Louis-de-France, mentionnons tout de même que le numéro trois de l\u2019industrie, avec 5 % du chiffre d\u2019affaires, est DEMIX Construction, une filiale de Ciment Saint-Laurent, elle-même filiale du géant suisse Holcim, dont le chiffre d\u2019affaires était, en 2006, de près de 24 G CHF (francs suisses), soit à peu près 14,4 G\u20ac.Ciment Saint-Laurent fait partie du consortium retenu pour le prolongement de l\u2019autoroute 25 tout comme du consortium malheureux de la décision d\u2019abandonner le projet de train de banlieue à Ottawa.Hamel, Pierre J.et Louis Carrier.(2006).« Les groupes européens de services urbains prennent position au Québec », Organisations et territoires, vol.15, no 1, p.41-51 (une version beaucoup plus longue, comprenant notamment une section méthodologique détaillée, est disponible en ligne : http://www.inrs-ucs.uquebec.ca/pdf/GroupesEuropeens.pdf ). dossier 96 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Louisbourg Ltée, membre du Groupe Accurso et le Fonds de solidarité FTQ).Mentionnons que la reprise de Simard-Beaudry par ce duo date de 1999 et, à ce moment-là, il s\u2019en est fallu de peu que Sintra (Colas, Bouygues), le numéro un, ne l\u2019ajoute à sa collection.Par ailleurs, comme Simard-Beaudry n\u2019est pas cotée en bourse, les renseignements publics sont assez limités.Les trois entreprises qualifiées déposent une offre et la municipalité, en octobre 2000, accepte celle de Pagé Construction, filiale de Simard-Beaudry.Mais voilà qu\u2019en février 2002, Simard-Beaudry vend sa filiale Pagé Construction à Sintra, le numéro un de l\u2019industrie, qui avait perdu la course pour Saint-Louis-de-France face à Simard-Beaudry.Retenons deux morales de cette histoire.Tout d\u2019abord, on constate qu\u2019on donne peut-être le contrat à une entreprise en particulier, mais que celle-ci est toujours susceptible de changer de mains12.Ensuite, on remarque que, même pour un contrat relativement peu important mais portant sur quinze ans, sur le fil de départ de la dernière étape de la compétition, on ne retrouve que les plus grandes entreprises.?12 Il est très fréquent qu\u2019un PPP soit finalement réalisé par des entreprises qui n\u2019avaient pas été sélectionnées par le donneur d\u2019ordre.Un des cas les plus spectaculaires est sans doute celui d\u2019Hamilton qui s\u2019était entendu, pour le traitement de ses eaux usées, avec une entreprise locale, dont 30 % des actions appartenaient au Régime de retraite des enseignantes et enseignants de l\u2019Ontario (TEACHERS) ; cette entreprise locale a été rachetée par Azurix, filiale d\u2019ENRON, puis par AWS, American Water Services, elle-même filiale de la britannique Thames Water (propriétaire des réseaux d\u2019eaux desservant Londres), elle-même à son tour filiale de l\u2019électricien allemand RWE. aatrp ' our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de 10 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations Desjardins Caisse d'économie solidaire Montréal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliette\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosoI.coop Les deux premiers\t\\ LesC numéros des\t\\ les Cahiers de lecture\t\\ ET L \t\\ v-u ont impressionné.\t Vous pouvez encore vous les procurer!\t< volume I.numéro z Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale NORMES ET DÉVIANCES LES RÉGULATIONS SOCIALES D'HIER À AUJOURD'HUI Prix pour un numéro: 8,95$\t^ Abonnement un an (deux numéros): I S J) DES ESSAIS À LIRE DES LIVRES POUR VOIR LOIN ir g* La tenace revue L'Action nationale a 90 ans cette année.Pour marquer le coup et pour témoigner «de sa confiance en l'avenir», elle lance, cette saison, une publication connexe à sa mission principale qui est, comme chacun le sait, de travailler à l'avènement de la souveraineté du Québec.Exclusivement consacrés à la critique d'essais québécois, Les Cahiers de lecture paraîtront, dans un premier temps, deux fois l'an.Dans l'éditorial du premier numéro, Richard Gervais et Robert Laplante justifient avec force et éloquence la pertinence de cette réjouissante initiative.\u2014 Louis Comellier, Le Devoir À la boutique de L'Action nationale www.action-nationale.qc.ca ou par la poste à L'Action nationale-Cahiers de lecture 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal QC H2X 1X3 Nous entamons notre deuxième année dès novembre 2007! Avez-vous renouvelé votre abonnement?\u2022^\u20183voW''e LIRE \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 100 ANDRÉ LAROCQUE Le parti de René Lévesque : un retour aux sources, Montréal, Fides, 2007, 251 pages Après la biographie de Pierre Godin et les mémoires de Martine Tremblay, ce livre n\u2019a pas grand-chose à nous apprendre sur René Lévesque.L\u2019auteur s\u2019en sert comme prétexte pour mettre en scène ses perceptions et ses idées sur l\u2019évolution du Québec.Il s\u2019agit en quelque sorte d\u2019une autobiographie.Ainsi, le livre débute par de longues lettres qu\u2019il a adressées à René Lévesque et qui expliquent son engagement politique.De la même façon, en reconstituant l\u2019histoire du Parti québécois, il sélectionne les moments et les événements en fonction du rôle qu\u2019il y a joué.Il choisit par exemple de s\u2019étendre sur le ministère d\u2019État à la Réforme électorale parce qu\u2019il a vécu de près la création de la Loi sur le financement des partis politiques.Il se présente ni plus ni moins comme le gardien de l\u2019héritage de René Lévesque dont il veut dégager le « vrai sens de l\u2019action politique » (p.60).Sa thèse centrale est la suivante : Lévesque aurait été avant tout un démocrate et la souveraineté n\u2019était à ses yeux qu\u2019un moyen pour démocratiser le Québec et, ajoute-il, pas le seul moyen ce qui relativise l\u2019importance de l\u2019article premier du programme du Parti québécois. 101 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Cette image idyllique ne colle toutefois pas toujours avec la réalité et n\u2019est pas exempte de contradictions.En intitulant son livre Le parti de René Lévesque, André Larocque manifeste une curieuse conception de la démocratie en attribuant la propriété d\u2019un parti à son fondateur comme si ses membres et ses militants n\u2019avaient pas de rôle à jouer si ce n\u2019est que celui de béni-oui-oui.Il affirme que Lévesque voulait construire un parti qui appartienne à ses membres mais qu\u2019il piquait de colères noires lorsque ceux-ci n\u2019étaient pas d\u2019accord avec lui.Le sens critique, la capacité de juger et la volonté d\u2019orienter l\u2019action du parti ne font pas partie de sa vision de l\u2019action politique, du moins pas lorsqu\u2019il s\u2019agit de René Lévesque.L\u2019image de grand démocrate est quelque peu altérée par les comportements de son héros.Ainsi, le conseil national du PQ avait adopté à l\u2019unanimité un logo pour le Parti, mais Lévesque dévoila en conférence de presse un tout autre logo imitant celui d\u2019Hydro-Québec.Larocque ne commente pas cet unilatéralisme du chef qui se manifestera à d\u2019autres occasions.Il faut aussi souligner des omissions, des confusions et des erreurs de faits qui affaiblissent la crédibilité du propos.Larocque s\u2019évertue à mettre en opposition Lévesque et Bourgault en soutenant que, pour Lévesque, la souveraineté était un moyen et non pas une fin et que cette différence de perspective entre les deux hommes était à l\u2019origine de leur antagonisme.Or, Pierre Bourgault affirmait exactement la même chose que Lévesque : « L\u2019indépendance, disait-il, n\u2019est pas une fin, mais un moyen ».Il écrit (p.58) que si Lévesque n\u2019avait eu qu\u2019une seule devise, elle aurait été : « On est capable ».Or, c\u2019était précisément le mot d\u2019ordre que Bourgault clamait sur toutes les tribunes.De toute évidence, les deux hommes ne devaient pas penser très différemment ou bien 102 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 c\u2019est l\u2019auteur qui confond leurs déclarations respectives.De même, il fait du financement des partis politiques la grande réalisation de Lévesque, mais il oublie encore une fois de rappeler que c\u2019est le RIN qui a instauré le financement démocratique par ses membres et quelques autres innovations qui seront reprises par le Parti québécois.Son sens de l\u2019histoire est biaisé par ses partis pris.Parmi les erreurs de faits signalons les 108 députés attribués au PLQ en 1973 (p.171) au lieu de 102 et le nom du sondeur du PQ Michel Lepage qu'il appelle Michel Lemieux (p.172-173).La mémoire lui joue aussi des tours puisqu\u2019il situe en 1985 le référendum sur l\u2019entente de Chalottetown (p.209).Le but de ce livre est de montrer que les successeurs de René Lévesque ont dévoyé le sens de son action politique en faisant de la souveraineté un objectif prioritaire au lieu de soutenir les réformes démocratiques.À cet égard, on sent un vieux contentieux avec la députation du Parti québécois qui a refusé le projet de réforme électorale qu\u2019il avait concocté en 1985 (p.61).Son mot d\u2019ordre est « démocratie d\u2019abord, souveraineté ensuite ».C\u2019est en démocratisant le fonctionnement des institutions politiques que le Québec se rapprochera de la souveraineté.Le Québec doit devenir un modèle de société démocratique avant de penser changer son statut politique.À cet égard, il estime que les Parizeau, Bouchard, Landry ont trahi les idéaux de René Lévesque et qu\u2019il revient à Mario Dumont de reprendre « l\u2019agenda inachevé » c\u2019est-à-dire les projets de réformes imaginés par l\u2019auteur alors qu\u2019il était sous-ministre à la réforme des institutions démocratiques : référendum d\u2019initiative populaire, réforme du mode de scrutin, élections à date fixe.Larocque transforme ainsi 103 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Lévesque en père spirituel de l\u2019ADQ.Bravo pour le tour de magie qui escamote la pensée progressiste du fondateur du PQ.Ce récit très souvent anecdotique de l\u2019histoire du Parti québécois n\u2019est pas très convainquant quant à sa logique intrinsèque qui fait de la démocratie la clé de la souveraineté.La réflexion de l\u2019auteur est bien superficielle et ne dépasse pas les mots d\u2019ordre.Si la souveraineté ne vaut pas par et pour elle-même et que l\u2019objectif doit être la démocratisation de la société, dès lors pourquoi restreindre les réformes proposées au Québec et ne pas tenter de les réaliser dans un cadre beaucoup plus vaste comme le système politique canadien ?Pourquoi un démocrate limiterait-il son action au Québec ?La démocratie ne vaut-elle pas pour tout le monde ?On n\u2019est pas à une contradiction près dans ce livre, et son auteur n\u2019est pas le premier à jouer de la confusion entre les deux sens de la souveraineté : celle du peuple et celle de la nation.Le peuple québécois pourra se doter de toutes les institutions démocratiques qu\u2019il voudra, il restera sous l\u2019autorité de la nation canadienne tant qu\u2019il n\u2019affirmera pas sa volonté de libération nationale.L\u2019attentisme semble être un mal chronique qui dilue la volonté politique des nationalistes autonomistes.À l\u2019époque du nationalisme canadien-français des Groulx, Arès et Minville, il fallait attendre la prospérité économique, la formation d\u2019une élite économique et d\u2019administrateurs compétents avant d\u2019envisager l\u2019émancipation nationale.Aujourd\u2019hui, il faut attendre l\u2019avènement d\u2019une société parfaite qui créera les conditions gagnantes.Demain, il faudra sans doute attendre la paix mondiale.Il s\u2019agit de repousser 104 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 toujours plus loin le moment des choix, un peu comme l\u2019enfant qui a peur de plonger et qui dit à ses parents qu\u2019il le fera quand il se sentira prêt.Pendant ce temps la nation s\u2019anémie dans les tergiversations et les éternels recommencements.Denis Monière ARNAUD BALVAY Lépée et la plume.Amérindiens et soldats des troupes de la marine en Louisiane et au Pays d\u2019en Haut (1683-1763), PUL, 2006, 345 pages Jusqu\u2019à tout récemment, les historiens français ne s\u2019étaient que très peu intéressés à l\u2019aventure coloniale française en Amérique du Nord.Or, depuis quelques années, la Nouvelle-France semble jouir d\u2019une certaine popularité auprès de ces derniers.L\u2019épée et la plume, d\u2019Arnaud Balvay, constitue un des signes de ce nouvel engouement et s\u2019inscrit dans un mouvement initié au cours des années 1970 par des chercheurs souhaitant redonner aux Amérindiens leur juste place dans l\u2019histoire de l\u2019Amérique du Nord.L\u2019historien s\u2019intéresse ici aux relations et aux interactions entre les soldats des troupes de la marine et les Amérindiens en Louisiane et dans le Pays d\u2019en Haut à l\u2019époque de la Nouvelle-France.Il soutient la thèse qu\u2019autour des forts établis dans ces deux vastes territoires, des sociétés multiethniques, regroupant Français et autochtones, auraient vu le jour et cherche à répondre à la question de la cohésion sociale à l\u2019intérieur de ces « sociétés des forts.» L\u2019auteur se concentre, dans un premier temps, sur l\u2019attitude de la Métropole vis-à-vis du développement et du 105 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 peuplement de la Nouvelle-France.Selon lui, si l\u2019entreprise française en Amérique du Nord fut couramment qualifiée de « colonisation sans peuplement » (p.93), cela s\u2019expliquerait essentiellement par la crainte de la France d\u2019affaiblir sa position sur le sol européen.En Louisiane et dans le Pays d\u2019en Haut, il en résulta qu\u2019au moment de la Conquête, la présence française se limitait à une série de forts devant défendre le territoire, assurer le bon fonctionnement de la traite et affirmer la souveraineté de la France.Au XVIIe siècle, les forts français se caractériseraient principalement par leur précarité.Ce n\u2019est qu\u2019au début du XVIIIe siècle, dans le cadre d\u2019une politique dite de la forteresse, que la France aurait véritablement envisagé d\u2019utiliser ses possessions nord-américaines comme une barrière face à l\u2019expansion britannique.Ainsi, à partir de 1715, elle aurait mis en branle l\u2019érection d\u2019une série de forts visant à relier le lac Champlain, Michilimackinac (fort situé à la limite des lacs Huron et Michigan ) et le golfe du Mexique.Or, compte tenu de la faiblesse de la population française à l\u2019intérieur du continent et des réticences de la métropole face à l\u2019envoi massif de troupes, l\u2019appui des Amérindiens s\u2019avéra nécessaire à la réussite de l\u2019entreprise.D\u2019ailleurs, « chaque fort [aurait été] situé à proximité d\u2019un ou plusieurs villages amérindiens » (p.51) et dans les quelques cas exceptionnels, les Français auraient invité des Amérindiens à venir s\u2019établir à proximité du nouveau fort.Selon l\u2019auteur, la présence française à l\u2019intérieur du continent ne serait que tolérée par les Amérindiens.D\u2019ailleurs, en fonction de l\u2019interlocuteur, la France tiendrait deux discours distincts par rapport à la Louisiane et au Pays d\u2019en Haut.Face aux puissances européennes, s\u2019appuyant sur ses forts et ses alliances avec les autochtones, elle affirmerait avec fermeté sa L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 souveraineté sur ces territoires.Mais face aux Amérindiens, elle tiendrait un discours plus équivoque où possession française et propriété amérindienne cohabiteraient.Plutôt que de tenter de convaincre les Amérindiens de céder leurs territoires, la France aurait plutôt cherché à leur démontrer les avantages de l\u2019établissement de forts pour leur sécurité.Bien plus, compte tenu de la faiblesse numérique des troupes françaises, ce sont les Amérindiens qui auraient véritablement assuré la défense des forts.Ainsi, selon Arnaud Balvay, les forts symboliseraient l\u2019alliance franco-amérindienne, où la France n\u2019occuperait pas une position dominante.Cette alliance, l\u2019auteur l\u2019aborde de façon détaillée dans la seconde partie de l\u2019ouvrage, où il s\u2019intéresse plus particulièrement aux relations franco-amérindiennes.Selon lui, le maintien de l\u2019alliance reposerait grandement sur les relations personnelles qu\u2019entretiennent les militaires français et les Amérindiens.En fait, sans liens de parenté, qu\u2019ils soient réels ou fictifs, permanents ou temporaires, les Amérindiens ne pourraient envisager d\u2019alliance avec les Français, puisqu\u2019ils considèreraient l\u2019étranger comme un ennemi.Par exemple, la cérémonie du calumet constituerait une adoption temporaire des interlocuteurs français, le temps des pourparlers.Plusieurs officiers auraient également été adoptés de façon permanente, mais sans en saisirent toutes les implications.Ils en auraient surtout perçu les avantages, dont la possibilité d\u2019intervenir dans les affaires amérindiennes.En fait, les Amérindiens auraient eu à peu près la même attitude vis-à-vis du baptême, qui permettrait d\u2019abord et avant tout d\u2019établir des liens et de consolider l\u2019alliance.Les unions entre militaires français et Amérindiennes, qu\u2019elles soient libres ou officialisées dans le cadre du mariage, contribuèrent également à resserrer les liens.Même après que les mariages mixtes eurent été interdits par le Conseil de la marine, en 1716, les militaires 107 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 français auraient continué à fréquenter des Amérindiennes.En fait, ces unions auraient été souhaitées par les chefs amérindiens et par plusieurs commandants de forts qui y voyaient un moyen de consolider l\u2019alliance.Cependant, comme dans le cas de l\u2019adoption et du baptême, cette alliance, basée sur la métaphore du père, ne serait pas comprise de la même façon par les deux parties.Chacun considérerait le rôle du père, le gouverneur français, envers ses enfants, les Amérindiens, selon leur propre modèle familial.Tandis qu\u2019en France, le père représenterait la figure d\u2019autorité, chez les Amérindiens son rôle se limiterait à celui de pourvoyeur.Selon l\u2019auteur, en raison de la forte dépendance française, les Amérindiens auraient réussi à imposer leur point de vue.L\u2019incapacité française, tout au long de la période, à cesser la distribution des présents annuels témoignerait de ce phénomène.Néanmoins, ces présents offerts aux Amérindiens auraient constitué une aubaine comparativement aux coûts reliés à l\u2019envoi d\u2019un nombre suffisant de soldats pour défendre toute la Nouvelle-France.Ainsi, la France s\u2019accommoderait de cette situation.En fait, et c\u2019est le sujet de la troisième partie, les « sociétés des forts », nées au sein de ces alliances, reposeraient sur un état d\u2019interdépendance commercial et militaire qui s\u2019exprimerait également dans la vie quotidienne.Par exemple, Chez les Amérindiens, de nombreux objets, obtenus dans le cadre de la traite des fourrures, jouèrent progressivement un rôle de plus en plus important dans leur vie quotidienne et les placèrent dans une forte situation de dépendance vis-à-vis des Français.Toutefois, les difficultés françaises à approvisionner ses forts auraient contraint les autorités coloniales à autoriser ses soldats à offrir aux Amérindiens de la poudre et des balles contre de la nourriture.Ces produits auraient également été échangés contre des vêtements amérindiens L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 mieux adaptés au climat.Ainsi, les « sociétés des forts » auraient été le lieu de nombreux échanges culturels.Selon l\u2019auteur, le degré d\u2019interdépendance déterminerait la cohésion sociale à l\u2019intérieur des « sociétés des forts ».En fait, les sujets de tension seraient souvent liés à l\u2019affaiblissement de la dépendance des Français envers les Amérindiens.Entre autres, le développement de l\u2019agriculture, qui limiterait l\u2019approvisionnement en vivres des Français auprès de leurs voisins et serait perçu comme un empiètement, créerait des tensions dans certains forts.Outre leur subsistance, les Français s\u2019en remettraient également aux Amérindiens pour leur connaissance du territoire et auraient recours à leur médecine.La langue jouerait aussi un grand rôle dans la cohésion sociale.En Louisiane, le Mobilien, mélange de plusieurs langues amérindiennes, serait utilisé par tous pour communiquer.Français et Amérindiens participeraient également aux fêtes et aux réjouissances de l\u2019autre et prendraient part, ensemble, à divers jeux comme la crosse.Enfin, l\u2019amitié serait au cœur de l\u2019alliance franco-amérindienne.Malgré les nombreux renseignements sur la présence française en Louisiane et dans le Pays d\u2019en Haut et les relations franco-amérindiennes fournis par Arnaud Balvay, Lépée et la plume laisse néanmoins le lecteur sur sa faim.À prime abord, le plan retenu par l\u2019auteur est séduisant.Les deux premières parties présentent le cadre général à l\u2019intérieur duquel évoluent Français et Amérindiens et dressent un portrait détaillé de leurs interactions à travers lesquelles on voit poindre les « sociétés des forts ».On aborde ainsi la troisième partie de l\u2019ouvrage avec en tête une description précise du cadre à l\u2019intérieur duquel ont émergé ces sociétés multiethniques.Sauf qu\u2019au total, seuls trois chapitres leur sont consacrés, ce qui représente un peu plus de soixante- 109 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 dix pages, et surtout un seul chapitre traite de la question de la cohésion sociale, jugée centrale par Balvay, c\u2019est-à-dire environ une vingtaine de pages.Or, compte tenu de l\u2019immensité du territoire couvert, où l\u2019on retrouve une multiplicité de réalités géographiques et de nations amérindiennes, appartenant à diverses familles linguistiques, on peut supposer que la cohésion sociale varia au sein des différentes « sociétés des forts ».Cette variabilité est mentionnée par l\u2019auteur, mais demeure très peu détaillée et le portrait global qu\u2019il dresse de la cohésion sociale à l\u2019intérieur de l\u2019ensemble du territoire étudié se limite à une courte description de deux pages.Toutefois, il faut reconnaître que les relations franco-amérindiennes en Louisiane et dans le Pays d\u2019en Haut demeurent un sujet qui jusqu\u2019à maintenant a fait l\u2019objet de peu d\u2019études et qui reste donc à être défriché.l'épée et la plume apparaît alors comme une étape normale dans l\u2019avancement des connaissances.En fait, il faut espérer que d\u2019autres historiens s\u2019intéresseront aux questions soulevées par Arnaud Balvay, mais cette fois-ci à l\u2019intérieur d\u2019un cadre spatial plus restreint, limité à un ou quelques forts, afin d\u2019obtenir une image plus précise de ces sociétés et de pouvoir effectuer des comparaisons plus poussées.Enfin, la conclusion de l\u2019ouvrage ouvre une dernière piste de réflexion.Les relations franco-amérindiennes, au coeur du continent nord-américain, auraient-elles contribuées à indianiser les militaires français ou à franciser les Amérindiens ?À l\u2019intérieur du jeu d\u2019interdépendance, au coeur des « sociétés des forts », Arnaud Balvay observe quant à lui une prédominance de la dépendance française envers les diverses nations amérindiennes alliées et conclue à une indianisation des militaires.François Antaya Étudiant à la maîtrise en études québécoises, UQTR 110 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 MARTIN PÂQUET (DIR.), Faute et réparation au Canada et au Québec contemporains.Études historiques, Québec, Éditions Nota bene, 2006, 321 pages Nombre d\u2019États ont été confrontés dans un passé récent à des demandes d\u2019excuses et de réparations de la part de groupes se présentant comme des victimes d\u2019injustices historiques.Tantôt matérielle, tantôt symbolique, la réparation est presque toujours associée à une réinterprétation de faits historiques, à une reconfiguration des récits auxquels les acteurs confèrent un caractère performatif : l\u2019aveu des fautes du passé est garant d\u2019un avenir différent.De toute façon, la mémoire est un lieu de combat dans tout l\u2019Occident.On pense, en France, à la controverse récente autour de la loi faisant mention du « caractère positif de la présence française outre-mer », à la lutte des Arméniens sur la scène internationale pour la reconnaissance du génocide dont leur peuple fut victime entre 1915 et 1916 ou aux diverses demandes de réparation faites par les Afro-Américains aux États-Unis.Ces nouvelles manières d\u2019investir l\u2019espace public ont été étudiées dans plusieurs articles et monographies, productions d\u2019historiens, de philosophes, de sociologues, d\u2019anthropologues et de politologues1, parmi lesquelles se trouve le récent ouvrage collectif dirigé par Martin Pâquet, professeur au département d\u2019histoire de l\u2019Université Laval.Le livre regroupe huit études historiques sur la faute et la réparation au Canada et au Québec.1 Voir, notamment, NORA, P.Les Lieux de mémoire, Paris, Gallimard, 1984 ; TODOROV, T.Les abus de la mémoire, Paris, Arléa, 1995 ; RICŒUR, P.La mémoire, l\u2019histoire, l\u2019oubli, Paris, Seuil, 2000 ; KATTAN, E.Penser le devoir de mémoire, Paris, Presses universitaires de France, 2002 ; LEFRANC, S.Politiques du pardon, Paris, Presses universitaires de France, 2002 ; MARGALIT, A.L\u2019éthique du souvenir, Paris, Climats, 2006 ; MILLER, J.& KUMAR, R.Reparations : Interdisciplinary Inquiries, Oxford, Oxford University Press, 2007. 111 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 En avant-propos, Pâquet nous apprend que certaines contributions du recueil « ont trouvé leur origine à l\u2019automne 2003 dans le cadre d\u2019un séminaire de cycles supérieurs en histoire politique du Canada contemporain, au cours duquel les échanges intellectuels ont été d\u2019une qualité exceptionnelle » (p.11).D\u2019ailleurs, le jupon de « l\u2019étudiant aux cycles supérieurs » dépasse souvent.La grande homogénéité des références théoriques nous laisse aisément deviner le programme de lecture du séminaire : Elazar Barkan (2000), François Hartog et Jacques Revel (2001), Janna Thompson (2002), Martha Minow (2002), Carlo Ginzburg (1997), Tzvetan Todorov (2000)2.Dans plusieurs cas aussi, le lecteur aura l\u2019impression que des théories - philosophiques, historiques ou sociologiques - sont simplement plaquées sur des faits comme il arrive souvent dans les études de cas en sciences sociales.Les auteurs ont besoin de justifications à l\u2019emporte-pièce, de montrer que l\u2019empirie est marquée du sceau salutaire de la spéculation.Il suffit qu\u2019un « théoricien » quelque peu versé dans l\u2019abstraction ait produit un énoncé généralisant qui semble entretenir un rapport avec le cas étudié pour que soit fait le rapprochement : « Comme le disait X », « cette situation correspond au principe évoqué par Y »3.Quelques pas de plus auraient parfois été nécessaires pour rendre explicite le lien entre théorie et pratique, ce qui eût permis de dépasser la forme convenue de l\u2019exercice scolaire.2 BARKAN, E.The Guilt of Nations.Restitutions and Negotiating Historical Injustices, New York, W.W.Norton, 2000 ; HARTOG, F.& REVEL, J.Les usages politiques du passé, Paris, Éditions de l\u2019École des hautes études en sciences sociales, 2001 ; THOMPSON, J.Taking Responsability for the Past.Reparation and Historical Justice, Cambridge, Polity Press, 2002 ; MINOW, M.Breaking the Cycles of Hatred.Memory, Law and Repair, Princeton, Princeton University Press, 2002 ; GINZBURG, C.Le juge et l\u2019historien.Considérations en marge du procès Sofri, Paris, Verdier, 1997 ; TODOROV, T.Mémoire du mal, tentation du bien : enquête sur le siècle, Paris, Robert Laffont, 2000.3 Voir p.110, 129, 251 112 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Le recueil s\u2019ouvre sur la présentation, par Martin Pâquet, des thèmes récemment associés aux discours sur la faute et la réparation.Pour l\u2019auteur la dynamique publique de la mémoire est agonique : « Les usages du passé regroupent une série de pratiques [.] faisant référence à des représentations sociales d\u2019un passé proche ou lointain [.].[P]roduites par des acteurs sociaux, elles se manifestent avec les luttes hégémoniques pour la monopolisation des ressources dans un champ social donné.Pour être pleinement opératoires, ces pratiques référentielles doivent acquérir une légitimité reconnue par les autres acteurs du champ, entre autres du fait de la posture d\u2019autorité ou d\u2019expertise de ceux et celles qui les mettent en branle » (p.17).Elle s\u2019inscrit aussi dans un processus de reconfiguration temporelle par lequel les acteurs inscrivent les événements passés dans « leur propre horizon de référence » (p.18), composé à la fois d\u2019éléments appartenant au présent et au futur.L\u2019étude et la mobilisation du passé ne procède donc pas exclusivement, dans les cas de faute et de réparation, d\u2019une forme de devoir de mémoire, mais aussi et peut-être surtout, des luttes que se livrent des groupes d\u2019intérêts, lesquels ne sont pas toujours les descendants - au sens généalogique du terme - des individus ou des groupes lésés dans le passé.Dans ce contexte hautement politique, où la distinction entre l\u2019actualité et l\u2019histoire est loin d\u2019être toujours précise, l\u2019historien doit composer avec les réqui-sits et les dynamiques de sa propre discipline - là où elle est sans doute la plus polémique - tout en restant au fait des pratiques politiques, juridiques et médiatiques.Cette quadripartition donne d\u2019ailleurs sa structure à l\u2019ouvrage, les contributions étant regroupées en trois sections, « stratégies politiques », « polémiques médiatiques » et « judiciarisation du passé », « l\u2019histoire » étant, on l\u2019a compris, le fil d\u2019Ariane.La première section comprend des textes de Julie Desmarais, de Stéphane Savard et d\u2019Hélène Charron qui portent respec- 113 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 tivement sur les demandes de réparation des Canadiens d\u2019origine japonaise - pour l\u2019internement, la dépossession et la déportation de certains d\u2019entre eux pendant la Seconde Guerre mondiale -, les demandes à la couronne britannique de reconnaissance des torts causés aux Acadiens par la déportation et les discours commémoratifs autour de la tuerie de l\u2019École Polytechnique du 6 décembre 1989.Desmarais et Savard présentent une bonne synthèse des événements qu\u2019ils étudient, mais sont parfois un peu prompts dans leurs conclusions.Par exemple, dans l\u2019étude sur les demandes de reconnaissance des torts faits aux Acadiens, l\u2019auteur affirme : « En réinterprétant la Déportation non plus comme le drame déclencheur de la folklorisation des Acadiens, mais comme un événement marquant qui a altéré son histoire, les références identitaires centrées sur la Déportation s\u2019estomperaient et la modernité, jugée essentielle à l\u2019épanouissement d\u2019une nation, serait possible.La critique du bilinguisme, du \" bonne-ententisme \" [sic] et de l\u2019assimilation deviendrait plus légitime dans l\u2019espace public et la promotion de références identitaires francophones et majoritaires [.], dont les caractéristiques se rapprocheraient des référents québécois [.], serait certainement envisageable » (p.136).Si la métamorphose des esprits décrite est désirable, on peut douter qu\u2019elle n\u2019advienne que par un acte de reconnaissance de la couronne britannique, qui n\u2019en constituerait qu\u2019une partie.Charron, de son côté, classe les discours portant sur les événements de Polytechnique en trois catégories.D\u2019abord, un discours dominant, porté par les « élites », les journalistes et certains témoins, où le geste de Marc Lépine est interprété ou bien comme un geste de pure folie, ou bien comme un crime antiféministe isolé, qui « ne peut être la manifestation de la misogynie collective qui persisterait dans nos sociétés égalitaires » (p.82).Un second groupe, que Charron identifie aux « anti-féministes », voit dans le geste du tueur une 114 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 réaction à un discours haineux « qui rejette les hommes » (p.83) et condamne la récupération féministe opportuniste de l\u2019événement.Finalement, et c\u2019est à ce troisième type d\u2019interprétations que vont les sympathies de l\u2019auteur (p.41), un discours « féministe radical » voit dans la tuerie de Polytechnique « une manifestation de la persistance du patriarcat dans nos sociétés » (p.82).On se demande cependant, dans une situation où le patriarcat eût été endémique, si le geste de Lépine aurait été aussi largement condamné sur le mode de la folie comme il le fut, ce qui est encore une manière passablement claire pour une société de fixer les limites de l\u2019inacceptable.On doit certainement continuer à viser l\u2019égalité entre les hommes et les femmes, mais nul besoin d\u2019amalgamer en posant le geste singulier de Lépine en continuité avec des formes de « domination structurelle », qui sont d\u2019une tout autre nature.C\u2019est un texte de Joceline Chabot et de Richard Godin portant sur le traitement par la presse québécoise, entre 1915 et 2005, du génocide arménien qui ouvre la partie de l\u2019ouvrage traitant des « polémiques médiatiques ».Mathieu Pontbriand rappelle ensuite les événements de « l\u2019affaire Delisle », point de départ de la polémique mémorable des dernières années sur « l\u2019antisémitisme de Lionel Groulx ».Son compte rendu détaillé et son analyse fine mettent en évidence le rôle des journalistes dans la genèse de la controverse, et de la participation, dans une certaine mesure, d\u2019historiens comme Gérard Bouchard ou Ramsay Cook.Pontbriand conclut : « [.] une réflexion s\u2019impose pour bloquer ces scoops historiques qui prennent trop d\u2019ampleur dans l\u2019espace public et qui retardent trop souvent la diffusion des connaissances historiques mieux fondées » (p.219).Cette section consacrée aux médias est complétée par une contribution d\u2019Amélie Bolduc consacrée à une autre « affai- ii5 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 re », celle qui fut suscitée par la nomination de Jean-Louis Roux au poste de lieutenant-gouverneur, par ses déclarations déplacées sur l\u2019usage possible de son pouvoir de sanction dans l\u2019éventualité d\u2019un projet de sécession du Québec et par la diffusion d\u2019une photo datant de 1932 où on aperçoit une croix gammée sur la blouse de laboratoire de Roux.La dernière section regroupe trois textes où les auteurs s\u2019attachent à thématiser le rapport entre histoire et droit dans le contexte des processus de « judiciarisation du passé ».Patricia-Anne De Vriendt présente une étude comparative de la France et du Canada dans laquelle elle cherche à montrer qu\u2019alors que le contexte canadien est caractérisé par une réduction « centripète » juridique du passé colonial, la République française « agit comme une force centrifuge, éloignant, en les étouffant, les conflits que peut receler le passé vichyste » (p.260).Ce qui rend la comparaison légitime tient au mode de surgissement de l\u2019histoire dans l\u2019espace public, dans chacun des cas, nous avons un « rapport éthique » (p.261) à l\u2019histoire.L\u2019auteur ne dit cependant rien sur les autres « modes de surgissement » de l\u2019histoire dans l\u2019espace public qui ne témoigneraient pas d\u2019un « rapport éthique ».Son interprétation du changement de régime d\u2019historicité est également particulière : « La nouvelle Charte change le rapport linéaire au temps auquel est habituée la majeure partie des Occidentaux.En reconnaissant les droits ancestraux, la Charte introduit, en quelque sorte, les promesses passées dans la sphère du temps présent.Elle s\u2019approche ainsi de la vision cyclique du temps.Dans la perspective temporelle linéaire du politicien occidental, les promesses, dans la pratique, peuvent être tenues ou non : elles sont le fait de l\u2019exercice d\u2019un rapport de pouvoir.Dans la conception du temps cyclique, les traités conclus avec les puissances coloniales de même que les promesses qui accompagnaient ces traités n\u2019ont jamais cessé d\u2019être en vigueur [.].La Charte de 1982 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 \" rapatrie \" l'exercice des promesses passées dans le présent et contribue ainsi à maintenir \" vivant \" le passé » (p.263).Bien que soit réjouissante la perspective d\u2019une anakuklosis politeion - nous n\u2019aurions qu\u2019à attendre la nécessaire décomposition du Canada -, on voit mal ce qui justifie proprement l\u2019intervention d\u2019une conception cyclique de l\u2019histoire.Il nous semble que la question des droits ancestraux et de la prégnance présente des promesses passées nous engage plutôt à thématiser la nature et le fondement de l\u2019obligation historique.Sans doute pouvons-nous mobiliser Koselleck et le thème de la « contemporanéité du non-contemporain »4, mais parler de révolution dans la conception du temps relève probablement de l\u2019abus de langage.De plus, cette insistance sur la nature juridique de l\u2019interprétation du passé masque le caractère proprement politique de ces usages.Que l\u2019on pense, au Québec, aux débats (anciens et récents) autour de la fête de Dollard, de la fête des Patriotes et du Victoria Day, ou encore à la récupération politique de la figure de Champlain lors de la commémoration, en 2003, de son arrivée sur le nouveau continent5.Le Canada n\u2019est pas que la Charte et la Cour suprême, c\u2019est aussi - et surtout - un État dirigé par des politiques et ces politiques ont fait et font toujours des « usages politiques du passé » dans un contexte de construction nationale.4\tKOSELLECK, R.Le futur passé : contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, Éditions de l\u2019École des hautes études en sciences sociales, 1990.5\tLors de la commémoration de l\u2019arrivée de Champlain au Québec en 1603, les organisateurs ont choisi de donner une image positive de la relation de Champlain avec les « sauvages » en le présentant comme un pionnier du dialogue entre les cultures.Il y a 50 ans cependant, lors du 350e anniversaire de l\u2019arrivée de Champlain, on a plutôt développé un discours sur les vertus évangélisatrices de l\u2019implantation française en Amérique du Nord.Voir MONIÈRE, D.« Le retour de Champlain : les usages politiques des commémorations », L\u2019Action nationale, Vol.XCIV, noi, 2004, 78-81. 117 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Le recueil se clôt sur une réflexion de Marie LeBel sur l\u2019affaire Montfort.L\u2019auteur y fait ressortir un déplacement, d\u2019une rhétorique victimaire au début de la crise, vers une lutte à caractère plus juridique dans un second temps.Nous avons affaire dans chacun des cas à des traitements distincts du passé, d\u2019un côté des discours émotifs qui « visent essentiellement à rallier les forces de combat et de lutte constants [.].La mémoire collective est ravivée par les médias, les responsables politiques, les militants » (p.301).De l\u2019autre, un abandon de la rhétorique revancharde au profit d\u2019une «[.] défense qui, même si elle puise aussi au passé, repose sur des éléments juridiques et constitutionnels plus légitimes dans l\u2019espace public.Le recours au passé, bien qu\u2019il ne soit pas exclu, ne constitue alors qu\u2019un argument parmi d\u2019autres, mais pas le point central, et son usage sert la légitimation plus que la mobilisation.Les références au passé se veulent moins affectives et davantage rationnelles » (p.291).LeBel salue cette transformation des discours, dans laquelle elle voit le délaissement de « l\u2019éthique de la vigilance » et l\u2019ouverture à des gains permanents, la tranquille assurance des acquis juridiques.Mais encore une fois, il faut probablement en politique se méfier du réconfort et de tous ceux qui, contre des acquis juridiques, veulent nous convaincre que la vigilance et le combat ne sont plus nécessaires.Par-delà ses travers, ce recueil a le mérite de poser un certain nombre de bons problèmes d\u2019histoire contemporaine.Le lecteur qui saura en faire usage trouvera matière à penser dans un domaine - les usages politiques du passé - dont nous pouvons dire sans être indûment prospectif qu\u2019il sera enrichi dans les années à venir de bien d\u2019autres polémiques.Alexis Lapointe ii8 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 ROBERT LAHAISE Nouvelle-France - English Colonies.L\u2019impossible coexistence, 1606-1713, Sillery, Septentrion, 2006, 295 pages Dans son dernier ouvrage, l\u2019historien Robert Lahaise nous invite à comprendre la « haine immortelle » (p.12) des Français et des Anglais en Amérique du Nord sous l\u2019Ancien Régime en nous replongeant dans les conflits qui opposèrent les deux peuples entre 1606 et 1713.L\u2019objectif consiste à voir parallèlement comment les 19 000 Français et Canadiens de 1713 sont parvenus à s\u2019étendre depuis la baie d\u2019Hudson jusqu\u2019au golfe du Mexique et, surtout, à résister face aux 360 000 Anglais et Américains confinés à l\u2019est des Appalaches.Il ne s\u2019agit toutefois pas, précise l\u2019auteur, « d\u2019une histoire globalisante, mais bien uniquement des luttes continuelles ayant alors eu lieu » (p.10).À partir, entre autres, de la correspondance officielle et des témoignages laissés par Champlain, Charlevoix, La Hontan, Lescarbot ou encore Bacqueville de la Potherie, Robert Lahaise nous raconte, en détail, les rivalités qui divisèrent les trois principales forces en présence dans l\u2019Amérique septentrionale au XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle : les Français, les Anglais et les Amérindiens.L\u2019ouvrage se divise en cinq chapitres inégaux « datés politico-militairement en fonction des conflits » (p.17) entre les trois groupes.Le premier chapitre couvre les années 1606-1667.L\u2019antagonisme entre la France et l\u2019Angleterre dans l\u2019Amérique septentrionale s\u2019officialise effectivement en 1606 puisque, cette année-là, Jacques 1er d\u2019Angleterre octroie à ses sujets un territoire déjà concédé par Henri IV trois ans plus tôt.Plusieurs questions sont abordées dans cette section : les origines du conflit entre Français et Iroquois, les moyens mis en œuvre par les Français pour contrôler le commerce des fourrures au sud et à l\u2019ouest, le problème des frontières 119 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 acadiennes, la naissance et les déboires de la Compagnie des Cent-Associés, les conséquences dans la colonie de la reprise des hostilités entre les deux métropoles, la lutte entre Français et Anglais pour le monopole des pêcheries à Terre-Neuve et enfin le déroulement du premier conflit franco-iroquois (1641-1667).L\u2019objectif des Iroquois est simple selon Robert Lahaise : éliminer les fournisseurs de fourrures (en particulier les Hurons qui disparaissent en 1650), se débarrasser des Français et monopoliser la traite avec les Anglo-Hollandais (p.45).L\u2019envoi de troupes par Louis XIV permet heureusement un retour au calme.La paix signée avec les Agniers n\u2019en demeure pas moins fragile et les relations entre les deux colonies tendues.La situation n\u2019est pourtant pas prête de changer.Citant Denonville, Robert Lahaise constate en effet que « la jalousie du commerce des Anglois et des François est la principale raison qui rendra toujours les deux colonies incompatibles » (p.61).Dans son deuxième chapitre, l\u2019auteur se penche sur la période 1667-1682 et met l\u2019accent sur l\u2019expansion territoriale des Français à l\u2019ouest, au nord et au sud du continent pour la traite des fourrures.Dans l\u2019Ouest canadien, les jésuites établissent des missions qui permettent, notamment, de rallier plusieurs tribus amérindiennes pourvoyeuses de fourrures, une coalition que les Iroquois voient d\u2019ailleurs d\u2019un mauvais œil.Au nord, à la baie d\u2019Hudson, la situation est plus difficile à cause de la présence anglaise et de la Hudson\u2019s Bay Company.Au sud, les expéditions menées par Louis Jolliet et le père Marquette puis par Cavelier La Salle, découvreur du Mississippi, ont essentiellement pour but de contenir les Anglais à l\u2019est des Appalaches et de déboucher sur les Antilles françaises (p.75).« En somme, les Anglais contrôlent en bonne partie le Nord, tandis que la Nouvelle-France, en s\u2019étendant vers l\u2019ouest et le sud, encercle les colonies anglaises » (p.84).À l\u2019est, l\u2019imbroglio des frontières de l\u2019Aca- 120 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 die pose toujours problème.En 1669, Thomas Temple, gouverneur de l\u2019Acadie depuis 1662, reçoit l\u2019ordre de restituer la région à la France mais cette dernière déclare la guerre à la Hollande trois ans plus tard et, le 10 août 1674, l\u2019Acadie devient la Nouvelle Hollande (p.85).Exception faite de l\u2019est, l\u2019expansion des Français en Amérique bloque de plus en plus les Iroquois dans leur traite des fourrures avec les Anglais.La « reprise » de la guerre franco-iroquoise (1682-1689) est imminente et c\u2019est précisément sur ce conflit que Robert Lahaise consacre l\u2019ensemble de son troisième chapitre.Si, reconnaît l\u2019auteur, la France et l\u2019Angleterre sont en paix depuis 1667, ses sujets continuent à se battre en Amérique du Nord en sous-main par leurs alliés amérindiens (p.93).Les manigances du gouverneur La Barre, qui succède à Frontenac en 1682, n\u2019arrangent en rien la situation.Soucieux d\u2019accumuler ses profits dans la traite, La Barre privilégie ses amis commerçants - au détriment de La Salle qui s\u2019en plaint au roi - et finit par se dissocier des Amérindiens alliés.Révoqué par Louis XIV en 1685, La Barre est remplacé par Denonville qui essaie, tant bien que mal, de regagner la confiance des tribus autochtones abandonnées par son prédécesseur.Les négociations malheureusement échouent.Pendant ce temps, les 175 000 Anglais et Américains « grignotent la Nouvelle-France à l\u2019est, au nord et au sud-ouest » (p.101).Face à la menace anglaise grandissante, Français et Abénaquis organisent à l\u2019est quelques raids contre Anglais et Iroquois qui ripostent aussitôt.Au nord, Iberville reprend possession des forts anglais dans la Baie d\u2019Hudson.Dans l\u2019intervalle, en Europe, l\u2019Angleterre déclare la guerre à la France.Au fait de la situation avant la Nouvelle-France, la Nouvelle-Angleterre prend les devants en surarmant les Iroquois et en les incitant à attaquer.Les habitants de Lachine seront les premiers à en pâtir en août 1689.À l\u2019ouest, Denonville, 121 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 débordé par les événements, se voit contraint d\u2019abandonner le fort Frontenac puis le fort Niagara.« Dans cette débandade générale, [.] plus rien ne protège à l\u2019ouest » (122-123) et les conflits se poursuivent de plus belle.Les répercussions de la guerre de la ligue d\u2019Augsbourg (1688-1697) dans la colonie sont l\u2019objet du quatrième chapitre.Louis XIV renvoie Frontenac en Nouvelle-France pour relever la colonie et lui ordonne de planifier une attaque sur la Nouvelle York, projet qui avorte.Trois raids successifs sont organisés contre les Anglais en 1690 dans le Maine, le New Hampshire et la Nouvelle York : les villages de Casco, Salmon Falls et Corlaer tombent.Parallèlement à ces succès, les Français réussissent à se rallier avec les Amérindiens des pays d\u2019en haut, et particulièrement avec les Outaouais.Face à la situation, les Anglais ne tardent pas à répliquer.Phips saccage Port-Royal et reconquiert l\u2019Acadie péninsulaire temporairement, jusqu\u2019à ce qu\u2019Iberville y mène une expédition quelques années plus tard et y déloge les Anglais.Phips envisage également d\u2019attaquer la vallée laurentienne mais l\u2019opération tourne au fiasco.Les « victoires » des Français et des Canadiens inquiètent les Cinq-Nations qui, épuisées par plusieurs années de guerre, « commencent à souhaiter la neutralité, tandis que les Anglais [.] s\u2019acharnent à les maintenir dans leur alliance » (p.161).Le contexte est d\u2019autant plus critique qu\u2019en 1695, Frontenac récupère son fort, abandonné depuis six ans, redonnant ainsi confiance à ses alliés de l\u2019Ouest et bloquant la progression des Anglais.À la Baie d\u2019Hudson, Iberville organise deux attaques contre la Hudson\u2019s Bay Company.Sans jamais parvenir à déloger complètement ou durablement les Anglais, les Français parviennent néanmoins à prendre le contrôle de la baie jusqu\u2019en 1713.À Terre-Neuve, malgré les rivalités opposant le gouverneur Brouillan et Iberville, les Français réussissent à s\u2019emparer de Saint-John\u2019s en 1697.« En somme, durant 122 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 cette guerre de la ligue d\u2019Augsbourg, la vallée du Saint-Laurent s\u2019est débarrassée de l\u2019invasion Phips, Iberville a chassé les Anglais d\u2019Acadie et de Terre-Neuve, et la politique de Frontenac avec les autochtones a rétabli la prépondérance française dans l\u2019Ouest et assuré sa présence au Sud » (p.188-189).Le traité de Ryswick met fin à la guerre en 1697.Le statut quo est rétabli : « la Nouvelle-France récupère en Acadie Port Royal mais rétrocède Pemaquid, conserve la baie d\u2019Hudson mais remet le fort Albany (Saint-Anne) et, de Terre-Neuve balayée par Iberville, ne garde que Plaisance » (p.19°).Comme nous le voyons dans le dernier chapitre, la paix est encore une fois de courte durée.À l\u2019exception des Iroquois qui concluent un accord de paix avec les Français en 1701, la guerre de Succession d\u2019Espagne, déclenchée cette même année, ranime les rivalités dans la colonie, et ce jusqu\u2019en 1712.« C\u2019est dans ce contexte que les 16 000 Franco-Canadiens de 1701 se retrouvent à nouveau aux prises avec les 275 000 Anglo-Américains puisque les métropoles en guerre impliquent la réciprocité pour leurs colonies » (p.202).Robert Lahaise relate ainsi les expéditions menées par Vaudreuil sur le Massachusetts, le Maine et le New Hampshire, incursions victorieuses qui « provoqueront le ressac - raté - de Walker en 1711 » (p.215).L\u2019auteur revient également sur la périphérie et particulièrement sur la Basse-Louisiane - commandée par Iberville puis Bienville, malgré les différends religieux, politique et économique qui la secouent - sur les pays d\u2019en haut - région contrôlée par Cadillac qui y mène un commerce frauduleux avec les Anglais - sur la baie d\u2019Hudson - où les Français tentent vainement de s\u2019emparer du fort Albany - sur Terre-Neuve - où Saint-Ovide et Costebelle prennent, pour un temps seulement, la capitale des Anglais (Saint-John\u2019s) -, et enfin sur l\u2019Acadie - peu peuplée, mal défendue et toujours convoi- 123 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 tée par les Anglais qui s\u2019emparent en 1710 de Port-Royal rebaptisé aussitôt Annapolis Royal.Cette dernière victoire encourage d\u2019ailleurs l\u2019Angleterre à organiser une puissante expédition commandée par Walker mais l\u2019invasion tourne au désastre et le traité d\u2019Utrecht, signé en 1713, met fin, pour quelques décennies, aux prétentions anglaises en Nouvelle-France.Malgré les victoires des Canadiens, « New France paid for Louis XIV European losses » (p.268).Il ne reste plus désormais qu\u2019à « profiter de la paix pour fortifier le Canada » (p.272).Sur la forme, la présentation du livre est soignée.Le texte est agréable à lire mais l\u2019utilisation abusive d\u2019adjectifs tels le « pataugeant » La Barre (p.82), le « piaffant » comte de Buade (p.73), le « pétaradant » Frontenac (p.89), le « flamboyant » La Salle (p.95), alourdissent la lecture et peuvent, à la longue, irriter.Ils définissent aussi des traits de caractère vis-à-vis desquels il convient de rester prudent.Les cartes qui accompagnent l\u2019analyse sont impeccables et particulièrement éclairantes.Sur le fond, la question des rivalités entre Français, Anglais et Amérindiens a fait l\u2019objet de nombreux travaux.Robert Lahaise en est d\u2019ailleurs tout à fait conscient (p.10).Pour les spécialistes de la Nouvelle-France, cette étude ne révèlera donc rien de très nouveau sur le déroulement proprement dit des événements, mis à part peut-être quelques détails.Le profane, en revanche, y trouvera son compte.Ceci dit, la quantité d\u2019informations et de citations risque de le dérouter à l\u2019occasion, surtout lorsque la question des alliances amérindiennes ou des rivalités entre tribus est abordée.Dans l\u2019ensemble, s\u2019il convient d\u2019honorer le travail de recherche colossal entrepris par l\u2019auteur, il faut regretter le manque de recul critique à l\u2019égard des sources utilisées, et surtout en ce qui concerne la correspondance officielle.De plus, même si l\u2019objectif n\u2019était pas de faire ici une « histoire globalisante », quelques références concernant l\u2019histoire du 124 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 peuplement des colonies anglo-américaines (notamment les travaux de Bernard Bailyn, d\u2019Ida Altman et de James Horn) auraient sans doute permis au lecteur de mieux comprendre l\u2019écart important observé entre les effectifs de la population coloniale anglaise et française, que l\u2019auteur se plait à rappeler.Enfin, même si la bibliographie se voulait sélective, il est dommage que Robert Lahaise n\u2019ait pas privilégié davantage des travaux plus récents.Hormis ces principales réserves, son ouvrage devrait largement satisfaire les férus d\u2019histoire événementielle.Arnaud Bessière Département d'histoire, Université du Québec à Montréal Centre Roland Mousnier, Université Paris IV-Sorbonne JACQUES T.GODBOUT Ce qui circule entre nous.Donner, recevoir, rendre, Paris, Seuil, 2007, 396 pages Jacques T.Godbout, professeur émérite à l\u2019Institut national de la recherche scientifique, poursuit depuis plus de 15 ans une réflexion sociologique sur le don.Initiée par l\u2019ouvrage L\u2019esprit du don (Boréal, 1992), écrit en collaboration avec le sociologue français Alain Caillé, elle s\u2019est poursuivie dans l\u2019ouvrage Le don, la dette et l\u2019identité (Boréal, 2000).Ce qui circule entre nous se présente donc comme un ouvrage à la fois synthétique et récapitulatif, l\u2019aboutissement d\u2019un long parcours de recherche.S\u2019il fallait résumer en une phrase la démarche de Godbout - qui en ce sens ne fait qu\u2019une avec celle de Caillé - nous la présenterions comme une tentative de combattre la domina- 125 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 tion de l\u2019interprétation utilitariste de la circulation des choses dans les sociétés humaines.Cette démarche s\u2019inscrit largement dans celle de la revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste en sciences sociales), fondée par Caillé en 1981.Tous les lecteurs ne partageront peut être pas spontanément avec Godbout cette idée d\u2019une domination de la pensée utilitariste dans les sciences sociales.En dehors de l\u2019économie, il semble exagéré de prétendre que l\u2019utilitarisme fasse aujourd\u2019hui figure de théorie dominante dans l\u2019interprétation de l\u2019action.Mais voilà, le propos de Godbout ne porte pas sur les sciences sociales en général, mais sur « ce qui circule ».À ce titre, l\u2019auteur a peut-être raison d\u2019affirmer que les : « [.] modernes ont ainsi pris l\u2019habitude de n\u2019envisager ce qui circule qu\u2019à l\u2019intérieur d\u2019un seul modèle.Les autres manières de voir la société ont droit à l\u2019existence, certes, mais à condition de ne pas se mêler de ce qui circule.Elles peuvent s\u2019intéresser aux sentiments, aux émotions, aux échanges symboliques, psychiques.Mais elles doivent s\u2019arrêter à tout ce qui circule « vraiment », à ce que les économistes appellent les « biens et services ».» (p.15) Le grand paradoxe du don - celui qui sert de fil conducteur à l\u2019ouvrage et sans doute à toute la réflexion de Godbout - est le suivant : d\u2019une part, le don ne se laisse guère appréhender du point de vue de l\u2019échange marchand mais, d\u2019autre part, il prospère d\u2019autant plus qu\u2019il s\u2019inscrit dans une structure de réciprocité.En somme, plus il est désintéressé, plus il devient intéressant : « un lien social de qualité n\u2019est justement pas un instrument.Il est voulu pour lui-même.Et c\u2019est précisément lorsqu\u2019il est voulu pour lui-même qu\u2019il est le plus fécond, le plus susceptible d\u2019engendrer autre chose.C\u2019est le grand paradoxe du lien social.» (p.350) Pour l\u2019auteur, le paradoxe trouve sa solution dans la distinction entre « ce qui circule » et « le sens de ce qui circule ». 126 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Plus clairement, entre l\u2019intention plus ou moins pure du don et le fait du retour.L\u2019ouvrage de Godbout contribue à démontrer l\u2019omniprésence du don, parfois même là où on l\u2019attend le moins.L\u2019un des chapitres les plus intéressants explore la pratique du don dans le monde des affaires et son évolution à travers le temps.Un autre chapitre présente l\u2019activité du scientifique et de l\u2019artiste à la lumière du modèle du don.Godbout décrit l\u2019acte de création commun à ces deux personnages comme l\u2019expérience d\u2019un don qui demande à être partagé.Le don du scientifique diffère cependant de celui de l\u2019artiste.L\u2019organisation et le financement de la science moderne donne au chercheur le privilège d\u2019être évalué par ses pairs, alors que l\u2019artiste doit principalement proposer ses œuvres dans le domaine de l\u2019échange marchand.Pour éviter une commercialisation trop entière de la création artistique, les modernes ont donc inventé le concept des « amateurs d\u2019art », public spécialisé dans la réception du don artistique.Comme on le voit, la réfection de l\u2019auteur ne se cantonne pas à l\u2019expérience archaïque du don, celle qui a tant retenu l\u2019attention des anthropologues depuis Malinowski et Mauss.Godbout souhaite en effet comprendre les aspects universels de cette pratique.Si le don moderne se distingue à plusieurs égards du don archaïque, la logique de fond demeure largement la même.Pour ceux qui en douteraient, Godbout propose l\u2019analogie surprenante - mais néanmoins sensée - entre le don agonistique de type potlatch et celui ostentatoire du philanthrope moderne : « Sous des apparences opposées, le don du philanthrope moderne qui exige que son nom soit inscrit en lettres d\u2019or sur le monument qu\u2019il a fait ériger peut avoir le même sens que le don agonistique des archaïques lorsqu\u2019il va jusqu\u2019à la destruction de ce qui est donné.» (p.364) 127 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Cela ne signifie pas bien entendu que les dons modernes et archaïques soient identiques.Godbout pose l\u2019origine de la modernité dans la « rupture producteur-usagers », qui renvoie à la croissance du marché et de l\u2019État et qui permet la disparition du lien direct entre le donateur et le receveur : « Entre le don cérémoniel des petites sociétés et le don philanthropique, est apparue la rupture producteur- usagers.Le don philanthropique se déroule dans le cadre de cette rupture [.].C\u2019est pourquoi tout tend à se passer entre producteurs, dans l\u2019ignorance des receveurs.» (p.194) L\u2019exposé de Godbout comprend également de longs développements épistémologiques sur la théorie du choix rationnel et la théorie des jeux.L\u2019auteur formule des réflexions très justes sur les raisons du succès historique du choix rationnel en sciences sociales (essentiellement la simplicité et l\u2019absence de compétiteurs sérieux), de même que sur ses limites bien connues.Il croise le fer à quelques reprises avec Raymond Boudon et son interprétation de l\u2019action en termes de « bonnes raisons ».Comme c\u2019est souvent le cas chez Boudon lui-même, cette matière aurait gagné à être traitée de manière plus systématique.Parmi les points positifs, notons l\u2019aspect œcuménique de la rationalité selon Godbout qui souligne la pluralité des motivations susceptibles de guider l\u2019action humaine : « On a toujours, tous les jours, présent à l\u2019esprit différentes logiques : la logique du don, celle de l\u2019accumulation, celle de la consommation, celle de la conservation.[.] La théorie du choix rationnel est l\u2019utopie névrotique du contrôle total, la négation de l\u2019expérience de l\u2019abandon, de l\u2019expérience fondatrice de la confiance qui est au cœur du lien social.» (p.369) Aussi justes soient-elles, ces critiques risquent d\u2019apparaître un peu vieillies aux yeux du « rational choiceur» contemporain.Au cours des quinze dernières années, la recherche 128 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 fondamentale sur la rationalité a été marquée par l\u2019explosion de l\u2019économie expérimentale et par l\u2019intérêt croissant de la psychologie cognitive et de la neuropsychologie pour les processus de décision, notamment en contexte social.Si le don n\u2019a pas encore reçu toute l\u2019attention qu\u2019il méritait dans le cadre de ces recherches, on ne peut pas en dire autant de la confiance, de la réciprocité et des émotions sociales.Godbout évoque à quelques reprises ces recherches, mais sans en offrir un traitement systématique.Or, pour décrire le « paradigme dominant » aujourd\u2019hui, c\u2019est davantage à cela qu\u2019il faut se référer qu\u2019à la théorie des jeux archaïque, telle que formulée dans les premiers travaux de Robert Axelrod.Cette critique ne réduit certainement pas l\u2019intérêt des recherches menées par Godbout, notamment celui des distinctions conceptuelles qu\u2019il propose et des données empiriques qu\u2019il a regroupé au fil des années.Pour ce qui est de l\u2019ancrage de la pratique du don dans le cadre plus large de la rationalité humaine, Godbout admet ne pas prétendre « avoir atteint une théorie unifiée, ni vouloir y parvenir » (p.349).C\u2019est bien dans cette direction pourtant que la réflexion épistémologique devra nous conduire et les travaux de Godbout ne seront certainement pas à cet égard sans utilité.Benoit Dubreuil 129 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 SERGE GAGNON Quand le Québec manquait de prêtres - La charge pastorale au Bas-Canada, Presses de l'Université Laval (PUL), 2006, 405 pages Pour la majorité des rejetons de la Révolution tranquille, l\u2019influence passée de l\u2019Église catholique au Québec est souvent perçue comme une fâcheuse tare ayant laissé un héritage moral et culturel aujourd\u2019hui facilement jugé illégitime.Rares sont ceux chez les plus jeunes qui possèdent une vision autre que celle d\u2019une élite indifférente ayant exercé une emprise néfaste retardant notre entrée dans la modernité.C\u2019est afin de faire apparaître un certain contraste face au récit généralement monochrome de ses confrères historiens que Serge Gagnon, professeur retraité de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, nous offre ce second regard sur l\u2019Église ainsi qu\u2019une introspection de la pratique pastorale à l\u2019époque du Bas-Canada (1791-1840).Si le lecteur pardonnera à l\u2019auteur le format académique quelquefois un peu lourd, il y découvrira une Église alors tourmentée par une étonnante pénurie de prêtres, une charge de travail incommensurable et une concurrence de la part du protestantisme fraîchement implanté, offrant un salut de l\u2019âme bien moins pénible aux fidèles.Le premier chapitre dresse un portrait des défis démographiques et logistiques auxquels doit faire face l\u2019Église d\u2019un Bas-Canada durement ébranlé par la Conquête.La croissance démographique galopante ainsi que l\u2019immigration irlandaise entraînent une demande d\u2019effectifs pastoraux que les deux institutions de formation ecclésiastique de l\u2019époque, le Séminaire de Québec ainsi que le Collège de Montréal, s\u2019efforcent de combler.La proportion de paroisses orphelines avoisinait même le tiers dans les milieux ruraux, ces derniers offrant des cures moins attrayantes 130 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 pour les jeunes prêtres.Confronté à cette pénurie, l\u2019épiscopat n\u2019était pas au bout de ses peines.Il ne s\u2019agissait pas simplement de combler les paroisses à l\u2019aide d\u2019ordinations massives mais aussi d\u2019assurer une instruction religieuse adéquate aux fidèles.Trop souvent, ces derniers consommaient les rituels sans comprendre leur sens, un problème qui obséda constamment Mgr.Joseph Octave Plessis, évêque de 1806 à 1825.La qualité prima donc sur le nombre : on opta pour un recrutement très sélectif et d\u2019autre part, un prolongement des carrières, au risque de compromettre la santé chancelante des prêtres plus âgés.En s\u2019appuyant sur de nombreux extraits de correspondances, l\u2019auteur parvient à démontrer que l\u2019Église de l\u2019époque fut apparemment plus empressée d\u2019assurer le salut de ses fidèles que d\u2019étendre son influence au détriment de la qualité de l\u2019enseignement religieux.Le second chapitre expose les embûches auxquelles s\u2019exposent les prêtres lors de la pratique de la prédication.Rallier les âmes de l\u2019élite et de la classe populaire sans exacerber les tensions occasionnelles les tenaillant, voilà un exemple de situation épineuse qu\u2019un prêtre ne pouvait facilement éviter.Il lui fallait conjuguer les prescriptions de justice divine avec les lois civiles et répondre aux interrogations légitimes des fidèles face à certaines prescriptions de l\u2019Église.Bien que la chaire sacrée ne devait jamais être utilisée à des fins politiques, cette directive devint plus difficile à respecter lors des agitations des années 1830 liée à l\u2019émergence du Parti Patriote, dont une faction réclamait l\u2019abolition de la dîme.Ceux osant prendre parti contre leurs supérieurs et les autorités coloniales le payèrent chèrement, soit par la suspension ou le retrait de leur cure.Haut clergé collabo, contre-révolutionnaire de nature ou encore tiraillé par la peur de fragiliser la position de l\u2019Église ?La question, quoique peu novatrice, aurait 131 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 mérité d\u2019être explorée avec plus de détails selon l\u2019optique particulière de l\u2019historien.L\u2019auteur enchaîne ensuite avec un amalgame de sermons soigneusement sélectionnés dans le but de démontrer la diversité des esprits prédicateurs.Jacques Panet (1754-1834), curé de l\u2019Islet, préférait « évangéliser sans effrayer », en ménageant l\u2019usage de l\u2019épouvante pouvant, en dose excessive, décourager les fidèles.Panet, faisant parti de la génération de prêtres aînés de l\u2019époque, n\u2019hésitait pas à mener de nombreuses charges contre un protestantisme réduisant les exigences du salut à la simple possession de la foi.Puisque le ciel catholique doit être mérité, Antoine Tabeau (17821834), détenant la cure de Boucherville, n\u2019hésitait pas à énumérer les chemins de la damnation avec zèle afin d\u2019assurer le salut des fidèles sous sa charge.Formé sous le regard du Plessis, Tabeau opta pour ce que l\u2019auteur surnomme « la pastorale de la peur », qui contrasterait sans aucun doute avec l\u2019approche « thérapie de groupe » d\u2019Évangélisation 2000 des temps présents.L\u2019auteur poursuit avec un condensé des sermons de Jean Raimbault (1770-1841), un français ayant fuit la Révolution, afin de démontrer que les prêtres de l\u2019époque ne discouraient pas à l\u2019unisson.Gagnon termine le chapitre avec une réflexion juste quant à la nature de l\u2019adhésion des fidèles à l\u2019Église : « L\u2019économie catholique du salut se distingue nettement des autres professions de foi chrétienne apparues à compter du 16e siècle.[.] Pourquoi les chrétiens quelconques, exposés aux prêches que nous venons de réentendre, ne sont-ils pas passés au protestantisme, religion moins exigeante que le catholicisme ?Les sciences sociales disposent d\u2019une foule d\u2019arguments pour rendre compte de la déchristianisation.Elles sont beaucoup moins outillées pour expliquer la fidélité au christianisme d\u2019obédience catholique ».Le quatrième chapitre est dédié à la confession, alors considérée comme le sacrement du salut par excellence puisqu\u2019il 132 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 repose sur l\u2019auto-accusation.Rudiments et pratiques y sont exposés, parfois avec un peu trop de détails.Le lecteur retiendra que la confession était sans aucun doute la tâche cléricale la plus éreintante, nécessitant délicatesse dans la formulation d\u2019une réparation juste et une endurance hors du commun, particulièrement lors de la période pascale.À titre d\u2019exemple exceptionnel, Jean-Romuald Paré (17791858), curé de Saint-Jacques-de-l\u2019Achigan, ne passa jamais moins de 16 heures par jour au confessionnal lors d\u2019un temps pascal perdurant plus de trois mois en 1825 ! L\u2019auteur reviendra en détail sur les tracas et soucis des confesseurs lors du dernier chapitre.Le cinquième chapitre, complémentaire au précédent, énumère la multitude de péchés préoccupant les théologiens de l\u2019époque accompagnés de leurs réparations respectives.Il s\u2019agit en fait d\u2019un portrait des mœurs d\u2019une nation nécessiteuse mais néanmoins noble, adhérant en majorité aux valeurs du catholicisme comme moyen d\u2019assurer la pérennité de sa civilisation.L\u2019auteur réfute donc la thèse d\u2019une morale imposée aux fidèles et nous soutient qu\u2019il est fallacieux de calquer nos mœurs libérales sur les esprits de nos anciens en concluant à l\u2019oppression.Si nos ancêtres vivaient bel et bien de l\u2019espérance de résurrection plutôt que de l\u2019espérance de vie, il est fort à parier que certains péchés ne trouvèrent jamais le chemin du confessionnal.Tout de même, l\u2019esquisse des fondations morales avancée par l\u2019auteur convainc que l\u2019adhésion au catholicisme était plus qu\u2019une convention sociale à respecter.L\u2019œuvre de Gagnon nous familiarise avec une époque méconnue de l\u2019Église au Québec, celle qui précéde l\u2019échec des Rébellions de 1837-38 et la déroute de la classe politique qui laissa un vide qu\u2019elle comblera avec trop de zèle.Cette ère mérite tout de même d\u2019être connue, surtout pour un 133 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 peuple qui a pour coutume d\u2019envoyer son Histoire au banc des accusés.Quoiqu\u2019en disent les détracteurs de l\u2019Église, celle-ci imprégna l\u2019âme de notre nation, qui, jusqu\u2019à ce jour, cherchera la béatification non dans la gloire et la prospérité, mais dans son salut.Alexandre Lamoureux PROCUREZ-VOUS L'AIDE-MÉMOIRE ESSENTIEL SUR LES COMMANDITES ÉDOUARD CLOUTIER COMMANDITES ET CORRUPTION CANADIENNE lire le rapport gomery mm ÉDITEUR À NOTRE BOUTIQUE INTERNET www.action-nationale.qc.ca 15 $ taxes et expédition comprises par la poste L'ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel revue@action-nationale.qc.ca 135 LIVRES REÇUS Jean-François Nadeau Bourgault, LUX, 2007, 606 pages E.-Martin Meunier, Joseph Yvon Thériault Les impasses de la mémoire, Fides, 2007, 390 pages Monique Dumais Franchir le miroir patriarcal.Pour une théologie des genres, Fides, 2007, 344 pages E.-Martin Meunier Le pari personnaliste, Fides, 2007, 369 pages Bernard Thompson Le syndrome Hérouxville ou les accommodements raisonnables, éditions Momentum, 2007, 118 pages Georges Leroux Éthique culture religieuse dialogue.Arguments pour un programme, Fides, 2007, 117 pages Pierre Bertrand L\u2019intime et le prochain, Liber, 2007, pages Bryan Mulroney Mémoires, Éditions de l'homme, 2007, 1344 pages Jean-Sébastien Guy L\u2019idée de mondialisation.Un portrait de la société par elle-même, Liber, 2007, 152 pages Jean Chrétien Passion politique, Boréal, 2007, pages 136 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Aimé-Jules Bizimana De Marcel Ouimet à René Lévesque : les correspondants de guerre canadiens-français durant la Deuxième Guerre, VLB, 2007, 371 pages Jean-François Rioux L\u2019intervention armée peut-elle être juste?Aspects moraux et éthiques des petites guerres contre le terrorisme et les génocides, Fides, 2007, 270 pages Michaël La Chance L\u2019imaginaire du territoire dans l\u2019art d\u2019Arthur Villeneuve, PUL, 2007, 114 pages Louise Beaudoin et François Dorlot René Lévesque, Les Éditions La Presse, 2007, 125 pages Coalition pour un Québec des régions Libérez les Québecs.Décentralisation et démocratie, Écosociété, 2007, 125 pages Peter C.Newman Mulroney les enregistrements secrets, Fides, 2006, 469 pages Axel Maugey Le privilège du français, Humanitas, 2007, 181 pages Victor Armony Le Québec expliqué aux immigrants, VLB, 2007, 205 pages Jean-Claude St-Amant Les garçons et l\u2019école, Sisyphe, 2007, 126 pages Sami Aoun.Aujourd\u2019hui l\u2019islam.Fractures, intégrisme et modernité, Mediaspaul, 2007, 192 pages Lucille Beaudry, Marc Chevrier Une pensée libérale critique ou conservatrice ?, PUL, 2007, 222 pages Jacques Grand\u2019Maison Pour un nouvel humanisme, Fides, 2007, 205 pages 137 L'ACTION NATIONALE - octobre 2007 Caroline Guibet Lafaye Justice sociale et éthique individuelle, Fides, Collection inter-sophia, 2006, 442 pages Nathalie Bigras et Christa Japel La qualité dans nos services de garde éducatifs à la petite enfance, PUQ, 2007, 209 pages Michel Conte Évangéline ou l\u2019amour en exil.Chansons et récits, VLB, 2007, 251 pages Gérard Boulet, Jean-François Payette Le nationalisme repensé, PUQ, 2007, 162 pages Charles-Philippe David, Julien Tourreille (dir.) Le conservatisme américain, PUQ, 2007, 185 pages Mouvement national des Québécoises et Québécois Le réseau de la fierté québécoise 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Souveraineté du Québec ùtmjue française rFèfe nationale Assurance vie (n Société ' j]/ Saint-Jean-Baptiste ieh MAU RICIE www.s » J beaup i c i «.qe.c« 37S-4S®ioi-800-@2i-4®8i La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondville (8i9)-4j8-25i9 ou 1 800 943-2519 Organisme d'entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec Allard CA inc.Comptable agréé Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@sta-conseil.com www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Téléphone : (450) 471-2662 Terrebonne (Québec)\t(514) 355-7869 J6W 3E1\t(800) 782-5799 Télécopieur : (450) 471-0026 (514) 355-7923 139 INDEX DES ANNONCEURS 140 Allard &Cie CA 138 Armotec 97 Caisse d'économie solidaire Desjardins 10 Devoir, Le 9 Fondaction 140 Mouvement national des Québécoises et Québécois Rassemblement pour un Pays souverain Sansregret, Taillefer et Associés Simplex Société Saint-Jean-Baptiste de la Mauricie Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 140 140 145 140 140 fil\trrr\tlOl\ttec \t\t\t) ENREGISTRÉ ISO 9001 Gamme de produits standards fabriqués pour l'industrie mondiale du meuble et de la cuisine.Spécialistes de l'injection et du formage sous-vide des plastiques.Conception et fabrication de moules pour les deux procédés.wa;y mm ~v Armotec inc.2250, rue Sigouin Drummondville (Québec) Canada J2C 5Z4 Tél.: (819) 478-4024 Téléc.: (819) 478-3456 tec@dr.cgocable.ca www.armotec.qc.ca 141 CLUB DES 100 ASSOCIÉS Fernand Allard\tMarcel Henry Patrick Allen '\tHenri Joli-Cœur François-Albert Angers '\tLucie Lafortune ' Gaston-A.Archambault '\tAnna Lagacé-Normand Jean-Paul Auclair\tBernard Lamarre Paul Banville Thérèse Baron ' François Beaudoin Gaston Beaudry ' Dominique Bédard '\tDenis Lazure Richard Leclerc Clément Martel Jacques-C.Martin Yvan Bédard\tYvon Martineau Henri Blanc\tRoger Masson Antoinette Brassard\tDaniel Miroux Henri Brun\tLouis Morache Jean-Charles Claveau\tRosaire Morin ' Roch Cloutier\tReginald O'Donnell Robert Côté\tArthur Prévost ' Louis-J.Coulombe\tRené Richard ' Gérard Deguire\tJacques Rivest Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin '\tJean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier ' Réal Trudel Claude Ghanimé\tCécile Vanier Paul Grenier\tAndré Verronneau Michel Grimard\tClaude-P.Vigeant Yvon Groulx\tMadeleine Voora Liberté d\u2019expression L'Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d'expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l'avenir de la nation.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d'articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 2500 mots, le compte rendu d'un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots et un article sollicité peut comprendre de 3000 à 8000 mots.Les textes sont généralement reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d'écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L'index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984,dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L'Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Collaboration à la révison Charles Courtois, Willie Gagnon Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur 143 LA LIGUE D'ACTION NATIONALE Mission Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d'indépendance et d'engagement, à partir des situations d'actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Président\tMembres Denis Monière\tDave Anctil Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Jacques Boulay, Guy Bouthillier, Hélène Chénier, Delmas Lévesque, Pierre Dupuis, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon, Gilles Rhéaume Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jean Genest, Jean-Marc Léger, Georges Meyers Vice-président Pierre Noreau Secrétaire Gilles Lavoie Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Christian Gagnon Ex Officio Robert Laplante Jean-Louis Bourque Mathieu Bock-Côté Jacques Brousseau Jean-Jacques Chagnon Myriam D'Arcy Pierre de Bellefeuille Benoît Dubreuil Geneviève Dugré Henri Laberge Josée Lacourse Alain Laramée Anne Legaré Geneviève Légaré Anne-Michele Meggs Yves Michaud Jacques-Yvan Morin André Poupart Guillaume Rousseau Paul-Émile Roy ABONNEMENT\tGRILLE TARIFAIRE\tr**v 0 0 N \t1 an\t2 ans \t10 numéros\t20 numéros Abonnement régulier\t68,37$ (60 $ + taxes)\t125,35$ (110 $ + taxes) Abonnement de soutien\t150 $\t250 $ Étudiant\t39,88$ (35 $ + taxes)\t69,51$ (61 $ + taxes) Institution\t123,07 $ (108 $ + taxes)\t205,11 $ (180 $ + taxes) Autres pays\t120 $\t198 $ TVQ 1012563392 TQ0002\tTPS 11901 9545 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