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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Novembre - Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2007-11, Collections de BAnQ.

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[" ilàfï&m volume XCVII numéros 9 et 10 NOVEMBRE/DECEMBRE 2007 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L\u2019ACTION NATIONALE volume XCVII numéros 9 et 10 NATIONALE numéro spécial 90e anniversaire Volume XCVII numéros 9 et 10 NOVEMBRE/DECEMBRE 2007 L\u2019INDÉPENDANCE A- V.Jean-Paul Riopelle Mi-carême (recto de «Merry Go Round») Techniques mixtes sur panneaux de bois 203 X 131,7 cm 199° Photo : Musée des beaux-arts de Montréal, Brian Merrett Musée des beaux-arts de Montréal , Don de Jean-Paul Riopelle © Succession Jean Paul Riopelle / SODRAC (2007) Location d'outils IMPLEJ^ 28 succursales \u2022 50 000 outils Québécoise depuis 1907 1.800.361.1486 www.simplex.ca 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur(Université de Montréal), Pierre Noreau, Centre de recherche en droit public (Université de Montréal) ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval); Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque ; Lucia Ferretti (UQTR), Paul Sabourin (Université de Montréal) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval); Michel Seymour (Universitéde Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock Côté. 2 ÉDITORIAL Robert Laplante UNE IMPATIENCE NÉCESSAIRE L\u2019indépendantisme n\u2019est pas comme le nationalisme un mouvement ethnique, assimilant les luttes pour la sauvegarde de la nation aux luttes pour la sauvegarde de la langue et autres caractéristiques et valeurs culturelles, sociales ou religieuses.L\u2019indépendantisme, c\u2019est une volonté et une stratégie de conquête du pouvoir étatique pour libérer la nation québécoise de toutes les tutelles qui entravent sa puissance à prendre entièrement charge d\u2019elle-même, avec les avantages et les contraintes, les droits et les devoirs inhérents à la responsabilité et, donc, à la liberté.A.Ferretti, G.Miron, Les grands textes indépendantistes Il y a quatre-vingt-dix ans cette année, la revue L\u2019Action française faisait une entrée déterminante dans la vie intellectuelle du Québec et dans son combat politique.Une grande aventure s\u2019amorçait qui allait faire de la défense de la langue française et du destin de la nation les deux grands axes d\u2019un incessant travail de réflexion, de luttes et de revendications.Ces deux grands axes charpentent encore aujourd\u2019hui la mission de la revue et de la Ligue d\u2019action nationale.Au fil des ans, les combats ont évolué, des batailles ont été gagnées et ces victoires ont contribué à faire grandir le Québec.L\u2019Action nationale ne peut évidemment prétendre plus que ce qu\u2019elle n\u2019a accompli : elle a fait sa part, avec une influence variable selon les périodes et ce qu\u2019elle peut revendiquer ne 3 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 lui appartient en propre qu\u2019en autant que sa contribution aura porté plus loin le bien commun.On ne traverse pas un siècle d\u2019un égal bonheur, pas plus qu\u2019on ne peut produire à chaque numéro des textes qui renverseront les perspectives et redéfiniront l\u2019horizon.Faire une revue, comme s\u2019y abonner et la lire, c\u2019est consentir à placer les idées en laboratoire, leur offrir un lieu d\u2019incubation pour ensuite les mettre à l\u2019épreuve des combats sociaux et national.Une chose demeure néanmoins, si L\u2019Action nationale a su traverser les décennies, c\u2019est d\u2019abord et avant tout parce qu\u2019elle a su rester en phase avec les groupes et les couches sociales qui ont contribué aux forces vives de la nation.Réalisée avec une modestie de moyens qui ferait frémir bien des téméraires, la revue ne doit son existence qu\u2019à la capacité de ses artisans, à toutes les époques, de tisser des liens de solidarité autour de questionnements suffisamment mobilisateurs pour triompher des contingences matérielles et réunir une communauté de lecteurs et d\u2019auteurs dans une même persévérance.L\u2019influence d\u2019une revue ne se mesure pas toujours à son tirage ou à sa visibilité.Les réseaux où elle circule, les choix qu\u2019elle inspire ou les débats qu\u2019elle mène dans des cercles parfois restreints avant qu\u2019ils ne s\u2019imposent à un plus large public peuvent souvent faire une différence.Mais tout cela ne prend son sens qu\u2019à l\u2019épreuve de la durée.L\u2019Action nationale persévère, persiste et signe.Parce que le pays reste à bâtir, parce qu\u2019une conscience aiguë de l\u2019inachèvement, de l\u2019empêchement continue de former la trame de fond d\u2019une histoire enfirouâpée dont le sens reste embrouillé sous l\u2019effet d\u2019une domination qui s\u2019ingénie à engluer les repères.Le Québec, l\u2019Action nationale comme tant d\u2019autres groupes et institutions, l\u2019a, elle aussi, tenu à bout de bras.Le Québec ?Celui que ses artisans ont rêvé, tantôt frileux, tantôt dans l\u2019audace ; celui qu\u2019ils ont aidé à bâtir parce que 4 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 les lecteurs se sont fait les relais de certaines idées, certes, mais surtout, d\u2019une espérance et d\u2019une volonté.L\u2019action intellectuelle suppose une quête exigeante, stimulante à souhait, mais souvent, aussi, ingrate dans la même proportion pour ce qu\u2019elle exige d\u2019abnégation : qui peut dire à quel moment une idée donnera son fruit ?Mais sans le travail de brassage des concepts, sans sa confrontation au réel historique aussi bien qu\u2019aux aspirations utopiques, la pensée reste incomplète, inachevée, pour le meilleur et pour le pire.Le Québec qui s\u2019est pensé dans L\u2019Action nationale a fini par devenir un peu, beaucoup - c\u2019est selon les appréciations, les domaines et les projets - le Québec que nous connaissons aujourd\u2019hui.Il faut souhaiter que celui de demain soit déjà en train de percoler dans ses pages.Dans une conjoncture glauque comme celle dans laquelle nous célébrons ce 90e anniversaire, il était important de faire le point sur les grands dilemmes qui traversent la nation.On le verra dans les pages qui suivent, en regard des exigences de son accomplissement, ces dilemmes sont encore et toujours les mêmes : par quelles voies continuer de se nommer dans l\u2019adversité, quels sont les lieux et les matériaux de la construction de l\u2019identité pour continuer d\u2019avancer dans une histoire peu amène, quels sont les choix politiques à faire pour sortir des « temples de paroles» (Félix Leclerc) et saisir enfin les outils de la libération ?Il serait si simple et si réconfortant de s\u2019imaginer que la morosité ambiante ne ferait qu\u2019exprimer une sensation de piétinement attribuable à une classe politique médiocre qui se contorsionne pour mieux faire du surplace.Mais tel ne saurait être l\u2019explication de ce qui se passe lorsque le champ politique est en quelque sorte disloqué parce que l\u2019indépendance ne lui fournit pas sa tension vitale.Depuis 1995, le 5 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 mouvement souverainiste a perdu l\u2019initiative historique et Ottawa mène allègrement la charge, fixant l\u2019essentiel des paramètres de ce qui fait la vie politique dans la province.Le gouvernement Canadian n\u2019a jamais eu la tâche aussi facilitée depuis des décennies : les partis souverainistes sont en plein désarroi, incapables de revoir leur cadre stratégique alors que les inconditionnels du Canada qui s\u2019agitent à l\u2019ADQ et au PLQ redoublent d\u2019ardeur pour chercher à quel guichet il faudrait se pointer pour mieux se payer de mots.Les premiers ne parviennent plus à penser dans la mémoire du combat qui les a fait naître, les seconds s\u2019épivardent dans une amnésie coupable.Le Québec ne piétine pas, il recule, poussé dans une logique de minorisation par une politique canadian plus intrusive que jamais.Pis encore, il accélère ses pas de reculons en essayant de se convaincre de la nouveauté des vieux alibis.La rhétorique autonomiste, le messianisme bidon des fédéralistes qui veulent reconquérir le Canada pour mieux banaliser le consentement à la minorisation définitive, les discours flous d\u2019un nationalisme étriqué, réduisant sa cause aux incantations pour mieux s\u2019accommoder du Canada en attendant de gérer la province, tout cela n\u2019est plus que répétitions et redites.Sans combat véritable pour l\u2019indépendance, la politique québécoise perd sa consistance : c\u2019est à Ottawa que se structurent les enjeux, c\u2019est là que le Canada s\u2019organise à sa guise et nous n\u2019y avons plus que des rôles de figurants.La province se débrouille pour gérer les modalités avec les moyens qu\u2019Ottawa lui laisse.Les moyens matériels, certes, mais aussi les moyens juridiques et institutionnels qui s\u2019imposent comme des vérités d\u2019évidence.On en prendra pour preuve le débat sur le projet de loi 195 déposé par un PQ qui se prend pour l\u2019ADQ, où la Charte canadienne et l\u2019ordre constitutionnel accepté ont nourri 6 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 l\u2019essentiel de la démarche et des débats : ceux des péquis-tes qui prétendent passer entre les mailles du filet avec la bénédiction de la Cour suprême, ceux des opposants qui se sont réclamés de l\u2019autorité des textes sacrés canadian pour dénoncer l\u2019outrecuidance de se poser, même maladroitement, comme pôle normatif dans notre propre pays.Toute la délibération publique s\u2019est ainsi structurée en référence à ordre qui nous a été imposé précisément pour rendre impossible toute politique nationale.Il n\u2019y avait rien de plus désolant à entendre que ces références à la loi 101 pour tenter de donner un vernis de pertinence au projet de loi 195.La Charte canadienne des droits a été conçue et adoptée pour la rendre inopérante ! Il faut vraiment vouloir s\u2019aveugler pour s\u2019imaginer que, même adopté, le projet de loi 195 mènerait à quelque chose de stable : rien de national n\u2019est pérenne sous le joug juridique canadian.Sitôt adoptée, en supposant que le PQ se fasse élire comme bon gouvernement, la loi tomberait sous la meule canadian qui finirait de la moudre comme elle a fini de pulvériser l\u2019essentiel de la loi 101.Le Canada a réglé la question du Québec et toute la vie politique de la province campe sur le refus de prendre acte.Il ne reste plus que l\u2019indépendance comme projet politique, tout le reste ne se joue et ne se jouera plus désormais qu\u2019à Ottawa, dans les mains et sous l\u2019impulsion d\u2019une majorité qui s\u2019organise en composant avec le Québec comme avec un accessoire encombrant.Les discours de substitution que tentent d\u2019élaborer les inconditionnels du Canada ne sont que des actes de résignation.Ils déploient des prodiges de restriction mentale pour accepter sans le dire un ordre constitutionnel qui nous enferme à jamais et s\u2019efforcent de le banaliser en tentant de se faire croire que cela n\u2019est pas si grave après tout, toujours prêts qu\u2019ils sont à minimiser les pertes.Les tenants du bon gouvernement le leur rendent bien, eux qui font tout pour ne pas voir que le Canada nous 7 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 coûte de plus en plus cher et voudraient se (nous) convaincre que nous avons les moyens de payer ce prix tout en servant l\u2019intérêt national.Tout ce beau monde voudrait revenir au nationalisme comme si de rien n\u2019était, se diviser entre ceux-là qui mettent l\u2019accent sur l\u2019aventure canadienne et les autres qui pensent Québec d\u2019abord.Cela n\u2019est qu\u2019impuis-sance fantasmatique : on ne refait pas à rebours le chemin historique.Le Québec cède au multiculturalisme et se comporte en minorité ethnique qui contrôle un gouvernement provincial ou il s\u2019assume.Tout le reste a déjà été essayé et c\u2019est à ce dilemme qu\u2019il nous a conduits.Lorsque L\u2019Action française ravive l\u2019idéal de l\u2019indépendance en 1922, il est évident pour ses promoteurs que le Québec se trouve dans un tel état de dépossession qu\u2019il ne peut espérer réaliser son destin que dans un temps lointain.Même s\u2019ils en ressentaient cruellement l\u2019urgente nécessité, ils savaient que la raison historique les obligeait à une longue patience, à une persévérance de tous les instants pour tenter de construire la maison, pour se redonner les forces requises pour être e mesure de réussir les grands gestes d\u2019accomplissement.Il aura fallu un détour nationaliste dans lequel au moins deux générations ont exploré toutes les voies politiques et bricolé les plus ingénieuses solutions de résistance pour enfin réunir les moyens de reprendre l\u2019initiative.L\u2019idéal de l\u2019indépendance a resurgi au cours des années cinquante dans une nouvelle urgence, celle que dictait désormais une capacité nouvelle dont s\u2019éprouvait le Québec.Andrée Ferretti et Gaston Miron ont raison d\u2019affirmer que cette résurgence inaugurait une ère nouvelle dans la vie de la nation.1 Jamais depuis les années 1820-1830, le combat 1 «En effet, c\u2019est la première fois dans l\u2019histoire du Québec que l\u2019indépendantisme, né à la fin des années 1950 avec la fondation de l\u2019Alliance laurentienne (1957) et de l\u2019Action socialiste pour l\u2019indépendance du Québec (1959), s\u2019avère un mouvement de pensée et d\u2019action durable et populaire.Porté par trois générations consécutives de Québécoises et 8 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 indépendantiste n\u2019a atteint une telle force instituante.C\u2019est elle qu\u2019il s\u2019agit désormais de maintenir et revitaliser en la raccordant avec l\u2019urgence de son dénouement.Il ne faudrait pas que cet effort tourne court.Cette urgence, elle est en effet consubstantielle au combat.Elle est d\u2019abord ontologique puisqu\u2019il est question de liberté.La domination qui s\u2019exerce sur notre peuple, qu\u2019elle s\u2019accompagne ou non de manifestations vexatoires, est d\u2019abord une atteinte à notre liberté et blesse notre dignité en nous privant de la capacité de fixer nos-mêmes les finalités de notre vie collective.Le régime canadien nous condamne à une existence aliénée.Nous vivons dans des choix que nous impose une autre nation.Et cela nous impose aussi des urgences matérielles puisque ce régime nous prive de l\u2019usage de tous nos moyens.Plus le temps passe et plus cher il nous en coûte de rester dans le Canada, plus il nous sera difficile d\u2019en sortir et moins nous serons capables de nous définir pour ce que nous sommes dans un ordre du monde auquel nous ne participons qu\u2019indirectement et selon les volontés d\u2019un autre État.La vie minoritaire nous a longtemps habitué à minimiser les pertes, mais c\u2019est pour mieux engourdir la douleur.Car il y a une souffrance sociale inhérente aux dégâts que cela nous inflige, une douleur qu\u2019il est irresponsable de ne pas reconnaître et à laquelle il faut remédier par la pleine maîtrise des moyens que nous sommes tenus de mobiliser pour la faire cesser, du moins dans les formes qui sont imputables à l\u2019absence de maîtrise des finalités.C\u2019est cette urgence qui nous interdit tout recours aux alibis, fussent-ils ceux du nationalisme.Et qui rend si nécessaire l\u2019impatience militante.de Québécois.il détermine aujourd\u2019hui toute la dynamique politique tant fédérale que québécoise.Or cette pérennité et cette universalité constituent un phénomène spécifiquement contemporain.» Andrée Ferretti, Gaston Miron Les grands textes indépendantistes, Montréal, Typo, 2004 9 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 L\u2019indépendance est une nécessité vitale et son urgence impose une posture politique qui n\u2019a pas à pactiser, même sous couvert de pragmatisme, avec un ordre délétère dont nous connaissons maintenant tous les rouages.Il faut, bien sûr, éviter de confondre l\u2019urgence et la précipitation.Mais rien ne sert de se perdre dans des impasses déjà fréquentées.Il faut retrouver le sens de l\u2019intransigeance pour éviter que notre idéal ne se délite dans les lourdeurs de la gestion provinciale ou dans la rhétorique compensatoire si caractéristique des combats mal conduits.Il faut démontrer, rendre évident et dénoncer sans relâche ce que la propagande occulte : les coûts et la souffrance tue que nous inflige la sujétion Canadian sont intolérables.Il faut le faire au nom de la dignité aussi bien qu\u2019en vertu des principes de régie de la gouverne et de l\u2019intendance.Il faut redonner de la hauteur à l\u2019idée du Québec, ne pas la laisser rabougrir sous l\u2019opportunisme ou la démission.Le temps est venu de reprendre l\u2019initiative.Et cela commence par l\u2019obligation que nous devons nous faire de bien saisir la nouvelle donne que nous infligent aussi bien l\u2019ordre canadian que celui d\u2019un monde en restructuration où nous ne trouverons notre place qu\u2019en nous affranchissant d\u2019Ottawa et en misant sur l\u2019immense potentiel de notre peuple.L\u2019Action nationale trouvera là son vaste programme de travail.? Mouvement national des Québécoises et Québécois Le réseau de la fierté québécoise 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur : (514) 527-9460 Courriel: mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca Souveraineté du Québec ùxncjue française 'Fete national Assurance s Société j]/ Saint-Jean-Baptiste & ** MAU RI CIE www.99Jfe««urlc4®.qe.cm 37S-4881 o 1-800-821-4881 La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondville (8l9)-478-2519 ou i 800 943-2519 Organisme d'entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec Allard CA inc.Comptable agréé Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@sta-conseil.com www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Téléphone : (450) 471-2662 Terrebonne (Québec)\t(514) 355-7869 J6W 3E1\t(800) 782-5799 Télécopieur : (450) 471-0026 (514) 355-7923 agitp ' our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de 10 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations.Desjardins Caisse d'économie solidaire Montréal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliette\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosol.coop Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FOIMD/OO/V POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com \t, \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 14 Jacques Parizeau LE PROJET D\u2019UNE GÉNÉRATION?* Monsieur le président, Mesdames, Messieurs, Est-ce que la souveraineté du Québec est le projet d\u2019une génération ?Est-ce que ce projet va disparaître avec cette génération ?On le dit souvent ! Je ne le crois pas.Je pense, par ailleurs, qu\u2019une génération a joué un rôle absolument essentiel, immense, pour développer l\u2019idée et l\u2019objectif de la souveraineté chez les Québécois.Cette génération est en train de passer, de disparaître.Une nouvelle façon de voir la souveraineté apparaît maintenant dans un contexte complètement différent, dans un cadre politique qui n\u2019a plus beaucoup de rapport avec celui que nous avons connu à nos commencements.Des figures nouvelles apparaissent pour poursuivre le cheminent vers cet objectif.Je voudrais réfléchir avec vous et revenir un peu sur cette période avant de me pencher sur un présent très pressant.En 1962, on fait au Québec un recensement, pas un sondage, un recensement de la scolarité des francophones.On arrive aux résultats suivants : 54 % des adultes de plus de 25 ans n\u2019ont pas dépassé la sixième année et cela, au * Conférence donnée par Jacques Parizeau lors du souper du 90e anniversaire de L\u2019Action nationale le 26 octobre 2007 au Lion d\u2019or à Montréal. 15 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 moment où on parle d\u2019automatisation dans les entreprises, de développement de laboratoires, etc.Il va y avoir à Québec une sorte de grand frisson de panique qui explique bien des choses, entre autre la vitesse avec laquelle on a procédé pour le développement de l\u2019éducation.On fait forcément des erreurs quand on procède à une telle vitesse et quand on est pris d\u2019une telle panique.Par exemple, on n\u2019aurait jamais dû supprimer les Écoles normales - on ne serait peut-être pas pris avec les réformes que nous connaissons ! À cette époque-là, on est très conscient que les Québécois sont présents dans à peu près tous les domaines de l\u2019activité et qu\u2019ils y réussissent, sauf dans les affaires.Les centres de décisions économiques sont ailleurs ! Ils sont à Toronto, ils sont en Grande-Bretagne, ils sont à New York, ils sont partout où on voudra mais pas ici ! Cela a des conséquences économiques bien sûr, mais cela a aussi des conséquences psychologiques majeures ! On finit par croire un peu partout au Québec que pour avoir une usine dans le village, il faut compter sur les étrangers.On ne peux pas faire cela nous-mêmes ! Il y a toute une génération de Québécois qui sera absolument persuadée de cela, et cela aussi, va expliquer bien des choses par la suite dans les voies qui seront prises, dans les décisions qui seront envisagées.Avec la commission Laurendeau-Dunton on constate que si on classe les résidents du Québec par origine ethnique, le Québécois francophone est avant-dernier pour le niveau de vie et des revenus.Avant-dernier, devant les autochtones.Cela aussi va créer un choc extraordinaire ! De telles constatations sont les points de départ de la Révolution tranquille.En même temps, bien sûr, il y a partout à travers le Québec un appétit de changement extraordinaire, et extraordinairement bien rendu, d\u2019ailleurs, par les poètes et par les chansonniers.J\u2019ai dit souvent en blague, puis de moins en L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 moins en blague, que la Révolution tranquille a été l\u2019œuvre de quatre ministres, d\u2019une vingtaine de fonctionnaires et d\u2019une vingtaine de chansonniers et de poètes.C\u2019est vrai au fond, c\u2019est un peu comme cela que cela s\u2019est passé.Pas du tout dans un cadre souverainiste.À cette époque-là, on n\u2019est pas souverainiste ! Il y a quelques indépendantistes qui commencent à apparaître, mais qui ne jouent aucun rôle dans la Révolution tranquille qui va se mettre en branle.Nous sommes tous fédéralistes ou bien fonctionnaires, neutres sur le plan politique ou bien libéral.L\u2019Union nationale va apparaître quelques années plus tard ou plutôt va réapparaître.On va s\u2019équiper ! Le slogan de Lesage « Maîtres chez nous » rend tellement bien la situation.C\u2019est cela qu\u2019on veut être « Maîtres chez nous ».C\u2019est curieux qu\u2019à ce moment-là, tout fédéralistes que nous ayons été nous ne nous faisions pas de problème avec le mot « nous » ! On va s\u2019organiser : un appétit de modernisme étonnant va se manifester.Tout le monde connaît maintenant plusieurs de ces institutions : la nationalisation des compagnies d\u2019électricité, la Caisse de dépôt, la SGF, etc.Je n\u2019en dresserai pas toute la liste, je veux simplement signaler ce souci de création qui s\u2019empare de tous les secteurs.Par exemple, on crée une société d\u2019État pour relancer l\u2019exploration minière au Québec parce qu\u2019il ne s\u2019en fait plus.Les compagnies minières ont cessé de faire de la prospection au Québec.On annonce que l\u2019on va embaucher les Québécois qui veulent venir travailler à la Société québécoise d\u2019exploration minière.Depuis 1944, il y avait une école de génie géologique à Laval mais ses diplômés ne trouvaient pas à s\u2019employer ici.Ils étaient considérés comme incompétents ! J\u2019ai bien connu cela moi aussi, j\u2019ai cessé d\u2019être incompétent le jour où je suis arrivé d\u2019Angleterre avec mon doctorat ! Pour revenir aux géologues, ils étaient un peu partout dans le monde ces gens-là ! Le grand retour s\u2019amorça.Des gens qui avaient passé des années dans des mines un 17 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 peu partout à travers le monde et qui revenaient chez eux, c\u2019était un spectacle étonnant, extraordinaire ! L\u2019idée de souveraineté, dans ce cadre-là, il était inévitable qu\u2019elle apparaisse ! D\u2019abord parce qu\u2019il y avait pas mal de gens en furie qui se rendaient bien compte que le Québec avait été retardé dans ce cadre anglophone américano-canadien-britannique.Pendant des années, ce carcan avait entravé le développement du Québec.Il y avait dans le public une rancœur qui va marquer le Parti québécois et les souverainistes d\u2019une façon générale.Un sentiment qui s\u2019exprimait dans un climat du genre : ça suffit comme ça, on est capables d\u2019organiser nos affaires nous-mêmes ! Et d\u2019autre part, au fur et à mesure que la Révolution tranquille se développait, on commençait à se dire : on est capable de faire des grandes affaires, on est capable de développer des choses, on n\u2019est pas des incompétents ! Dans un climat comme celui-là, c\u2019était évident que l\u2019idée de souveraineté devait s\u2019étendre, car, quand on y pense, l\u2019idée de souveraineté, ce n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019être responsable de soi-même.Cette idée, il était inévitable qu\u2019elle s\u2019impose.C\u2019est-à-dire que les « nous » signifiaient: nous voulons nous occuper de nos affaires ! Cela va vraiment démarrer avec un livre, le petit opuscule de René Lévesque, Option Québec.C\u2019est le premier document souverainiste très populaire : il va être vendu à cent mille exemplaires.Contrairement à certains promoteurs du mouvement indépendantiste qui commence à apparaître, Lévesque met beaucoup l\u2019accent sur l\u2019association avec le reste du Canada.Il a un certain mérite à faire cela parce que pas mal de gens pensent que le Canada, on l\u2019a assez vu ! Pourquoi insiste-t-il ?Jamais il ne lâchera cette idée d\u2019association ! Il y a dans cela une intuition géniale.Lévesque est convaincu que si on devient indépendant sans rapport avec le Canada, on va se faire démolir.C\u2019est une époque où il y L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 a encore des droits de douane très importants à travers le monde.Ils sont élevés aux États-unis, où des taux de douane de 20 % à 35 % sont courants, ce qui ne rend pas la tâche facile à l\u2019industrie manufacturière pour pénétrer ce marché.Les droits canadiens sont aussi élevés.S\u2019il avait fallu que le Canada nous applique les droits de douane qu\u2019il imposait aux pays étrangers, ce que les Américains auraient fait aussi, cela va sans dire, nous aurions été coincés entre deux murs.Nous allions au désastre.Et c\u2019est pour cela que, toute sa vie durant, René Lévesque va insister sur l\u2019association sous une forme ou sous une autre, car il ne fallait pas que nous soyions coincés entre ces deux murs.Il avait la prospérité du Québec en tête.Il est remarquable de constater que René Lévesque, qui n\u2019a jamais été très attaché aux choses économiques, - habituellement, il disait « c\u2019est de la sorcellerie ! voyez Parizeau, » - a vu juste sur cette question tout à fait fondamentale.Lévesque a constitué une équipe extraordinaire ; encore aujourd\u2019hui, on se demande comment il a réussi à réunir une équipe de cette qualité-là.C\u2019est inimaginable ce qui va se passer en quelques années, le nombre et la qualité des lois qui seront adoptées.La Révolution tranquille nous avait laissé des instruments, les souverainistes vont apprendre à s\u2019en servir.En fait, le Parti québécois qu\u2019on considérait comme un parti de gauche, a créé bien moins de sociétés d\u2019État que le Parti Libéral et que l\u2019Union nationale de Daniel Johnson père.Mais puisqu\u2019elles étaient déjà en place, il fallait s\u2019en servir ! C\u2019est ce qui va marquer les premières années du Parti québécois au pouvoir.De la langue à l\u2019immigration, de l\u2019assurance automobile à la santé sécurité au travail, aux lois anti-scab et du zonage agricole, c\u2019est étonnant.Le Québec se gère et s\u2019occupe de ses affaires.Mais il y en a beaucoup pour qui les choses vont trop vite.En 1980, on voit que la peur joue encore, une peur viscérale car il y a toute 19 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 une génération qui a passé à travers la crise des années 1930 et qui est encore convaincue que le Québec est incapable d\u2019y aller tout seul.On a beau gérer et bien gérer le Québec, il n\u2019y a pas encore cette assurance qui nous permettrait de marcher tout seul.Dans les quelques années qui vont suivre ce référendum perdu, on va sans doute continuer de bien gérer les choses mais on va éventuellement perdre le pouvoir, et puis on va réfléchir.Le monde continuait de changer.En particulier le traité de libre-échange avec les États-unis change la donne.On va mettre un certain temps à comprendre exactement ce qu\u2019est ce traité de libre-échange, mais pour le Québec c\u2019est un changement radical.Dans une zone de libre-échange, il y a des règles.Au Canada anglais, on ne peut plus dire: « Puisqu\u2019ils ont voté pour la souveraineté, on ne leur achètera plus leurs textiles, on n\u2019achètera plus leurs vêtements, on achètera plus ce qu\u2019ils nous vendent habituellement, ils vont aller au diable ! » Comme disaient les gens de l\u2019Alberta : « On ne leur vendra plus notre bœuf ! » En somme, le chantage habituel.Et tout à coup, on se voit offrir par le président des États-unis un traité de libre-échange.Il y a toutes espèces de raisons à cela.Le Congrès américain était devenu terriblement protectionniste, si on le laissait aller, il allait y avoir des guerres commerciales non seulement avec le Canada mais un peu partout à travers le monde.La présidence des États-unis décide de calmer le jeu et offre un traité de libre-échange au Canada.Pour nous, cela change tout, c\u2019est la fin du chantage ! Dans cette zone de libre-échange, on va pouvoir développer nos affaires d\u2019abord et avant tout du côté de cet énorme client qui ouvre ses frontières, en laissant la mauvaise humeur du Canada suivre son cours.À partir de ce moment-là on comprend que lorsqu\u2019on nous menacera de toutes espèces 20 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 de façons, comme on l\u2019a fait en 1980 et qu\u2019on continue de le faire à certains moments, on s\u2019appuiera sur les Américains.Pour faire respecter les règles.Les Américains devenaient, en effet, les gardiens de la règle et les protecteurs des Québécois à l\u2019égard du Canada anglais, c\u2019était inespéré ! Tout ceux qui ont connu la première période ont soufflé ! Des ambassadeurs américains furent envoyés ici pour nous dire que notre appartenance comme pays indépendant au traité de libre-échange ou à l\u2019Alena ne serait pas automatique, mais on était, au même moment, en face d\u2019un Clinton annonçant une zone de libre-échange à travers les trois Amériques.Du Pôle nord à la Terre de feu, il n\u2019excluait pas le Québec ! En fait on retirait l\u2019association des nécessités de notre avenir.Pendant quelques années on avait tellement bien vendu l\u2019association, qu\u2019en 1980, quand des provinces anglaises ou le gouvernement fédéral avaient annoncé qu\u2019ils refusaient l\u2019association, bien des gens en avaient conclu que pas d\u2019association, pas de souveraineté.À partir du moment où le traité de libre-échange apparaît, la question se règle.L\u2019association n\u2019était plus nécessaire, utile oui, si on veut, on l\u2019a vu en 1995 avec la proposition de partenariat, mais ce n\u2019est plus une condition vitale pour le développement des choses.L\u2019Ontario était absolument opposé au traité de libre-échange avec les Etats-Unis.Le premier ministre, M.Peterson, avait même menacé d\u2019amener M.Mulroney devant les tribunaux pour l\u2019empêcher de signer l\u2019accord.Au Québec, on va faire de l\u2019adhésion au libre-échange une question non partisane : le Parti québécois et le Parti libéral vont faire le combat du traité de libre-échange la main dans la main.Cela ne s\u2019est pas vu souvent dans l\u2019histoire du Québec ! Les libéraux l\u2019ont fait parce que les hommes d\u2019affaires aimaient ça, les péquistes l\u2019ont fait parce que les hommes d\u2019affaires aimaient ça et parce que cela facilitait la réalisation de la souveraineté. 21 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 En même temps éclate une crise constitutionnelle et politique très grave autour de l\u2019accord Meech.Meech c\u2019est très symbolique.Comme le disait monsieur Bourassa, jamais le Québec n\u2019a demandé aussi peu et ce si peu s\u2019est avéré néanmoins trop.On va essayer à nouveau une entente, cette fois-ci pour tout le Canada, c\u2019est-à-dire pour toutes les provinces canadiennes et toutes les premières nations.Québec va voter contre l\u2019accord de Charlottetown, les provinces anglaises vont voter contre, les autochtones vont voter contre, en somme, les trois collèges électoraux vont voter contre.On commence à comprendre au Québec qu\u2019on est dans un cul-de-sac.La commission Bélanger-Campeau va recommander au gouvernement qu\u2019un référendum sur la souveraineté soit tenu avant la fin de 1992.Il va éventuellement refusé, après avoir accepté les conclusions du rapport de la commission.Il ne faut donc pas s\u2019étonner qu\u2019en revenant au pouvoir en 1994, le Parti québécois tienne ce référendum.L\u2019atmosphère n\u2019est plus celle de 1980.On a plus d\u2019assurance.Les milieux d\u2019affaires francophones ont pris leur place, une grande place.Le secteur public a appris à gérer les affaires publiques.La peur de l\u2019avenir, la crainte d\u2019être incapables de se débrouiller se sont beaucoup atténuées.Chez les jeunes, elles n\u2019existent pas.On était prêt.Il s\u2019en est fallu de peu.La mobilisation de l\u2019émotion, la confiance en soi, les moyens de ses ambitions, il y avait là tout ce qu\u2019il fallait.L\u2019échec a marqué la fin, en quelque sort, du rêve d\u2019une génération.Après 1995, il a fallu un certain temps pour retomber sur nos pieds et commencer à comprendre à quel point le monde qui nous entourait changeait rapidement : la mondialisation remettait en cause l\u2019État que nous avions cherché à construire.Pendant longtemps, nous avions été très influencés par tous ces pays de la décolonisation qui devenaient indépendants les uns après 22 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 les autres.Dans le cadre de la mondialisation c\u2019est tout à fait autre chose, car c\u2019est pour d\u2019autres motifs qu\u2019on va voir apparaître la nécessité de l\u2019État souverain.Personne n\u2019était prêt à cela, on aura mis un certain temps à le comprendre mais maintenant c\u2019est saisi, ça y est.Quelques constatations s\u2019imposent d\u2019abord.La première, et, pour moi, peut-être la plus importante, c\u2019est que, désormais, il n\u2019y a pas de pays trop petit pour être riche, prospère, et se développer.À la condition, toutefois, de satisfaire à une condition fondamentale : appartenir à un grand marché.L\u2019économie a cessé de définir les frontières d\u2019un pays.Le Canada c\u2019était une création économique, un chemin de fer transcontinental, puis un droit de douane qui a été instauré le long du chemin de fer pour faire circuler les produits d\u2019est en ouest alors que l\u2019axe naturel du commerce va plutôt du nord au sud.Cela a défini pendant longtemps les rapports du Québec et du Canada Mais avec le libre-échange cette relation change radicalement.Dans la mondialisation des échanges, l\u2019économie ne définit plus les pays, ce qui les définit et détermine leur succès, c\u2019est leur capacité à s\u2019y inscrire et à en tirer avantage.Il y a des tas d\u2019exemples de très petits pays qui sont très riches et se développent très bien.Pas n\u2019importe comment cependant, il est évident que dans ces conditions-là, pour être riche il faut surveiller deux choses : sa productivité et puis l\u2019innovation, l\u2019invention.Si on surveille la productivité de ses entreprises et qu\u2019on est un peu inventif et qu\u2019on est dans un grand marché, on peut faire ce qu\u2019on veut ! Il n\u2019y a aucun empêchement technique pour que Sept-îles devienne la république de Sept-îles.Cela va dépendre essentiellement des coûts du minerai de fer et de quelques autres matières premières et de la poursuite d\u2019initiatives dans des niches, la machinerie, par exemple.Sept-îles, donc, peut devenir, s\u2019il 23 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 le veut, la république libre de Sept-îles.Cela, c\u2019est la grande leçon de notre époque ! Alors pourquoi Sept-îles n\u2019est-il pas une république libre ?Parce que ses habitants se sentent plutôt québécois, ils veulent appartenir au Québec.Le sentiment d\u2019appartenance définit ce que c\u2019est.Puisque l\u2019économie ne définit plus le pays aujourd\u2019hui, qu\u2019est-ce qui définit un pays ?Les pays se définissent par leur culture dans le sens large du terme.La culture cela veut dire, bien sûr, la langue, mais la culture ça veut dire aussi le système d\u2019éducation, les institutions politiques, la culture au sens strict, la vie intellectuelle, etc.C\u2019est tout cela qui définit un pays.Cela change la donne ! S\u2019il n\u2019y a plus aucune espèce d\u2019inconvénient technique à ce qu\u2019un peuple, le peuple québécois, une nation, la nation québécoise affirme sa volonté d\u2019être indépendant, les perspectives sont larges ! Pour l\u2019avenir, pour la réalisation de notre indépendance, on l\u2019a dit, deux choses sont à surveiller : la productivité et l\u2019innovation.Dans le premier cas il faut s\u2019en inquiéter : la productivité de beaucoup de nos entreprises est trop basse; quant à l\u2019innovation, il faut l\u2019aider, la susciter, l\u2019encourager de toutes les façons.Quand on parle d\u2019innovation, il ne s\u2019agit pas seulement de techniques.Réinventer le cirque puis aboutir à faire circuler quatorze troupes à travers le monde, ça aussi c\u2019est de l\u2019innovation ! Si on reconnaît que le facteur-clé, c\u2019est la culture, si on réalise que l\u2019économie n\u2019est plus un obstacle, on comprend mieux ce qui se passe à travers le monde.Il n\u2019y a pas de moins en moins de pays indépendants, il y en a de plus en plus.On approche deux cents et le nombre continue à augmenter.Chaque peuple, même petit, tente sa chance ! Dans ce sens- là, la souveraineté du Québec n\u2019est pas à 24 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 contresens de l\u2019histoire, comme on nous le répète, elle est tout à fait dans le sens de l\u2019histoire.Chaque peuple veut son pays parce qu\u2019il peut enfin être certain que s\u2019il le gère correctement, il pourra se développer, être riche et organiser ses affaires comme il l\u2019entend.Sur le plan des mentalités, c\u2019est une révolution ! Tous les Québécois n\u2019en sont pas là, mais on finira par le réaliser, ici comme un peu partout dans le monde.Il y a des endroits où cela se comprend mieux par la force des choses.En Europe, on ne dit rien d\u2019original quand on dit ce que je viens de dire.Chez nous, on commence à y venir.Il faut en tirer cependant un certain nombre de conséquences et de conclusions.Je suis convaincu, par exemple, qu\u2019il faut réorganiser l\u2019éducation et la recherche.Je reviens à ce que je disais sur l\u2019innovation et la productivité.Il faut bien se rendre à l\u2019évidence qu\u2019à l\u2019heure actuelle dans les régions du Québec, sauf celles où les richesses naturelles vont bien, le principal moteur de développement économique ce sont leurs universités car c\u2019est par elles que se développent et se structurent les innovations.On voit s\u2019installer autour de ces universités des petites entreprises qui prennent de l\u2019importance ou de la taille.Le Sherbrooke d\u2019aujourd\u2019hui, ce n\u2019est plus le Sherbrooke du textile ou du vêtement, c\u2019est le Sherbrooke de l\u2019Université de Sherbrooke, de ses centres d\u2019excellence, de ses chercheurs de pointe.À partir du moment où on est convaincu de cela, il en découle toute une série de conséquences sur le plan de l\u2019organisation des budgets.Si l\u2019enseignement et la recherche sont à ce point importants, est-ce qu\u2019on ne devrait pas mettre bien davantage de ressources, dans la mesure où elles sont rares, du côté des sciences et peut-être en mettre moins ou, en tout cas, ne pas en ajouter aux sciences humaines.Avant de protester, repensons-y. 25 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Les formations scientifiques, mathématique, en génie, en médecine et dans les nouvelles technologies sont à la base même de la productivité et de l\u2019innovation.L\u2019économie du savoir n\u2019est pas une abstraction et la prospérité va être de plus en plus conditionnée par la culture scientifique, même dans les pays à bas salaire, et donc, à plus forte raison, chez ceux où les revenus sont élevés.Il est évident que la culture scientifique commence au niveau de l\u2019enseignement primaire et secondaire.Traditionnellement, dans les comparaisons internationales le Québec n\u2019est pas trop mal placé.Mais la réforme scolaire qui est en cours fait peur.Le danger est sérieux.Il faut comprendre qu\u2019aujourd\u2019hui on a placé une bonne partie de la prospérité de demain dans les mains des pédagogues.Tous les enfants n\u2019iront pas à l\u2019université et tous ne seront pas des scientifiques.L\u2019aptitude à développer la productivité et à diffuser l\u2019innovation va s\u2019appuyer sur les techniciens et les spécialistes.L\u2019entraînement, la spécialisation et la technicité de la main-d\u2019œuvre forment une condition nécessaire de la prospérité.C\u2019est au niveau secondaire et collégial que ce genre de formation s\u2019acquiert ou devrait s\u2019acquérir.Le décrochage commence en secondaire 3 et s\u2019accentue jusqu\u2019à la fin du secondaire.Selon les années, de 15 à 20 pour cent des élèves quittent le système d\u2019enseignement sans diplôme aucun.Avant vingt ans, c\u2019est presque 30 pour cent qui quittent le système sans un diplôme qui assure l\u2019exercice d\u2019un métier ou la poursuite d\u2019études.Les garçons décrochent beaucoup plus que les filles et cela se poursuit au cégep.Au bout du compte, à l\u2019Université de Montréal, toutes facultés et écoles confondues, il y a deux femmes pour un homme.Ailleurs au Québec, la situation n\u2019est pas loin d\u2019être la même.Le décrochage plus important 26 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 des garçons que des filles se comprend.Dans bien des pays on l\u2019a constaté.On a donc cherché à combiner apprentissage et scolarité, aboutissant à une diplômation régulière.L\u2019Allemagne a tracé la voie et a été imitée un peu partout.Nous ne pouvons pas tolérer un gaspillage de talent et de formation comme celui que l\u2019on accepte au Québec.Ce gaspillage, il n\u2019est dû ni au fédéral, ni à la mondialisation, ni au capitalisme sauvage, ni au syndicalisme rigide.Il est dû à notre incapacité de comprendre que dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, la seule richesse naturelle vraiment payante est celle que l\u2019on a entre les deux oreilles.Sur le plan purement économique, sur le simple plan de la croissance du Québec, il faut procéder à un réexamen aussi profond de l\u2019éducation que celui auquel on a procédé dans les années 1960.Il faut y aller avec la même force qu\u2019à l\u2019époque de la Révolution tranquille.Cela veut dire des gros changements.D\u2019ailleurs, quand les Québécois disent qu\u2019ils veulent faire les choses graduellement, cela veut dire généralement qu\u2019ils ne veulent pas les faire.Regardez l\u2019étapisme ! Dans les années 1960, on a triplé le nombre des élèves au secondaire.Il faut retrouver le goût de faire, et cesser de se plaindre et d\u2019accuser Pierre, Jean, Jacques.Le système d\u2019enseignement professionnel et technique au Québec, il faut le refaire de fond en comble.Et ne pas prendre dix ans pour organiser des colloques.Obtenir la collaboration des entreprises, utiliser les compétences d\u2019ouvriers et d\u2019employés qui, au fur et à mesure qu\u2019ils prennent de l\u2019expérience produisent de moins en moins et enseignent de plus en plus.Trop d\u2019expériences ont été faites à travers le monde pour qu\u2019on cherche à inventer la roue.Dans certains cas, il va falloir y aller un peu à tâtons parce qu\u2019on est dans du nouveau, dans le flambant neuf.Il est 27 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 clair, par exemple, que la mondialisation nous a entraînés dans des considérations sur l\u2019environnement qu\u2019on n\u2019avait jamais connu avant.Je n\u2019ai jamais vu dans ma vie professionnelle une préoccupation se propager aussi vite dans le public.C\u2019est extraordinaire de voir partout dans le monde, comme chez nous, à quel point le sort de la planète, le sort du monde est devenu quelque chose de concret.C\u2019est très beau ! Sauf qu\u2019au-delà des sentiments, c\u2019est compliqué ! Il faut, pour tout ce qui concerne l\u2019environnement, avoir, d\u2019une part, des préoccupations d\u2019un niveau mondial et puis, d\u2019autre part, avoir le sens du chez soi, de l\u2019aménagement du territoire, du territoire qui nous entoure.Il faut combiner des considérations très générales, mais importantes, où chacun peut apporter sa pierre à l\u2019édifice mondial et, d\u2019autre part, déterminer ce que l\u2019on va faire autour de soi.C\u2019est, par exemple, singulièrement important à l\u2019égard du sol.Si on laisse aller l\u2019agriculture, si cette activité régresse, une bonne partie du territoire québécois tombe en friche.Le producteur agricole est quelqu\u2019un qui maintient le territoire habité, vivable et beau.Actuellement, on s\u2019en va à l\u2019aveuglette dans ce secteur, on tient fort peu compte de ce genre de considération.Vous me direz, avec un peu de bonne volonté, c\u2019est simple.Non, ce n\u2019est pas simple.Prenons, par exemple, la gestion de l\u2019offre.Cela fait longtemps qu\u2019elle existe au Québec, elle permet d\u2019ajuster l\u2019offre de lait par exemple, à la demande de lait, de façon à éviter des fluctuations de prix trop fortes et cela établit les niveaux de prix, bien sûr.La gestion de l\u2019offre s\u2019applique, chez nous, aux produits laitiers, à la volaille et aux œufs.Cinquante pour cent des revenus agricoles dépendent de la gestion de l\u2019offre.L\u2019Organisation mondiale du commerce nous a donné avis qu\u2019elle veut faire sauter la formule.On nous dit qu\u2019on n\u2019est pas capable de discuter de cela nous-mêmes, de se chercher des alliés, de participer 28 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 aux négociations, c\u2019est le Canada qui s\u2019occupe de cela pour nous ! Et le Canada a reçu avis qu\u2019il y a une autre chose que l\u2019Organisation mondiale du commerce n\u2019accepte pas : l\u2019Office national du blé qui a un monopole sur les exportations.Alors qu\u2019est-ce que le fédéral va faire, est-ce qu\u2019il va sacrifier l\u2019un des deux ?Est-ce qu\u2019il va se priver des deux ?Est-ce qu\u2019il va se battre pour maintenir les deux ?Nous, on n\u2019en sait rien, on n\u2019est pas là ! Ça concerne simplement 50 % des revenus agricoles et l\u2019occupation d\u2019une bonne partie du territoire.Ces choses sont compliquées, et d\u2019autant plus compliquées qu\u2019on n\u2019a pas de pays ni de gouvernement.Le Québec est condamné à se comporter sur ces questions-là comme un lobby ! Vous me direz : « mais les choses s\u2019améliorent, on vous a donné un siège à l\u2019Unesco ! » C\u2019est vrai, mais notre délégué, il est là avec une secrétaire dans les bureaux de la délégation canadienne à l\u2019Unesco ; il n\u2019est pas capable de s\u2019installer dans les bureaux de la délégation du Québec à Paris où tous les services techniques nécessaires seraient disponibles.Il paraît que c\u2019est trop loin ! Trois kilomètres ! Il est tout seul avec sa secrétaire dans la délégation canadienne et comme vous le savez, s\u2019il y a un désaccord quelconque entre Québec et Ottawa, c\u2019est Ottawa qui décide.Québec n\u2019a qu\u2019à la fermer ! Cela n\u2019annonce rien de bon, surtout dans un monde où des choses comme celles-là, il va en avoir de plus en plus.Pas seulement en ce qui concerne les échanges de produits ! On commence à discuter d\u2019éducation.Est-ce que l\u2019éducation va être considérée comme un bien commercialisable ?Les conséquences pour notre système d\u2019éducation risquent d\u2019être sérieuses.Et c\u2019est Ottawa qui parlera pour le Québec ?L\u2019Organisation mondiale du commerce avait voulu libéraliser les échanges pour les biens culturels.Heureusement, 29 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 dans ce cas, le Québec a su innover et tirer son épingle du jeu même si, en bout de course, il s\u2019est fait damer le pion « à la canadienne ».C\u2019est une belle histoire que celle de la diversité culturelle.L\u2019OMC est basée sur le principe de la non-discrimination.Chaque pays qui y entre, s\u2019interdit d\u2019augmenter ses barrières commerciales.Il ne peut que les réduire, et va éventuellement traiter l\u2019étranger comme le national.Or toute politique culturelle est basée sur la discrimination, cela veut dire qu\u2019un pays favorisera ses propres créateurs par rapport aux créateurs étrangers.Cela va de soi ! Il fallait donc sortir la culture de l\u2019Organisation mondiale du commerce.L\u2019instrument pour y arriver a été inventé à l\u2019Université Laval, les négociations avec le gouvernement français afin d\u2019obtenir l\u2019appui des pays francophones, ont été menées par la ministre québécoise des Relations internationales, Louise Beaudoin.Les Américains ont fait tout ce qu\u2019ils ont pu pour bloquer le projet, y compris revenir à l\u2019Unesco qu\u2019ils avaient abandonné depuis 22 ans.Puis la ministre fédérale canadienne est venue imposer son droit : « c\u2019est moi qui dispose de ce droit à la spécificité culturelle et aux discriminations culturelles parce que je suis l\u2019État qui signe ! » Si bien que sur le plan international, le gardien de la langue française au Québec, c\u2019est le Canada ! Ces exemples montrent bien que le monde est très différent de celui dans lequel s\u2019est déroulée la première phase qui s\u2019est terminée en 1995 ! Il faut maintenant compter sur une nouvelle génération et cesser de compter sur des septuagénaires malcommodes ! Il est clair que de nouveaux problèmes apparaissent, des problèmes très sérieux qui laissent l\u2019opinion publique inquiète La mondialisation fait peur, il y a des dangers graves qui menacent.Il y a aussi des occasions merveilleuses qui se présentent mais on ne voit 30 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 pas clairement de quel bord les choses vont tomber.Même si tout le monde n\u2019articule pas les choses comme je viens de le faire, il y a beaucoup de gens qui sont inquiets, qui cherchent à comprendre et à s\u2019équiper pour agir.On l\u2019a vu d\u2019une façon remarquable au moment du Sommet des Amériques, à Québec, il y a quelques années.Je ne pense pas ici à ceux qui lançaient des pierres et qui recevaient des gaz lacrymogènes, je pense aux trente-cinq mille personnes qui, dans la Basse ville, en poussant des carosses de bébé et en tenant des pancartes, venaient demander à leur gouvernement de les protéger.C\u2019est une image pathétique que je garderai jusqu\u2019à la fin de mes jours, ces gens, qui défilaient avec des drapeaux du Québec, sentaient que quelque chose se passait dans la Haute-Ville, que c\u2019était peut-être dangereux et qui disaient à leur gouvernement : « Faites quelque chose ! » Leur gouvernement, lui, n\u2019était pas admis dans la salle et se manifestait par un panneau lumineux à l\u2019extérieur pour souhaiter la bienvenue aux délégués ! Il ne faut plus que ça se reproduise ! Il est évident que dans un cadre de mondialisation, les gens vont à la fois s\u2019ouvrir au monde et se serrer les coudes derrière leur État.Leur État, c\u2019est leur moyen de se protéger contre les dérives de la mondialisation, contre les excès de la mondialisation.La seule défense des gens, c\u2019est un gouvernement ! Un gouvernement qui siège là où on discute et où on règle les choses.C\u2019est dans ce sens là, qu\u2019on peut affirmer que jamais dans notre histoire, l\u2019indépendance du Québec n\u2019a été aussi nécessaire qu\u2019aujourd\u2019hui ! ? 31 Pierre Vadeboncoeur 2007 Les mouvements lents et souterrains des sociétés échappent à l\u2019attention, mais ils n\u2019en travaillent pas moins le corps social.On n\u2019en est guère plus conscient qu\u2019un individu ne l\u2019est des phénomènes physiologiques dont son propre corps est le siège.La vie continue et c\u2019est tout.Une étrange question, sous la forme d\u2019un mot, a surgi tandis que j\u2019essayais de réfléchir à notre condition présente.C\u2019est le mot inadéquation.Notre pensée collective, notre psychologie répondraient mal à certaines exigences de la réalité.Par quelles illusions, pas même conscientes ?Le projet d\u2019indépendance ne nous obligerait pas, individuellement et collectivement, à nous dépasser.Tout pourrait s\u2019accomplir sans un mouvement populaire puissant, sans une vague de fond dont les signes seraient évidents.Une question pareille est difficile à cerner.S\u2019agit-il d\u2019une espèce de syndrome, état chronique que nous entretiendrions par inconscience ?La politique souverainiste, dans notre esprit, est-elle plutôt le sujet d\u2019un simple souhait, dont la réalisation n\u2019exigerait pas un grand effort, surtout un effort éprouvant, et ne mettrait pas en jeu notre quiétude ?En examinant d\u2019un œil critique certains faits auxquels on n\u2019est que trop habitué, peut-être pourrait-on en saisir enfin 32 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 l\u2019idéalisme et par là prendre la mesure d\u2019une attitude qui jusqu\u2019ici aurait été jusqu\u2019à un certain point au fond de nos échecs.Prenez par exemple l\u2019inconséquence que voici.Celle-ci devrait suffire à nous faire douter de la valeur d\u2019un sentiment vaguement optimiste plutôt répandu.« L\u2019indépendance est à portée de la main » disait-on à tout bout de champ.Idée facile et gratifiante, mais, en vérité, une majorité désire sans doute l\u2019indépendance nationale sans être prête, collectivement ou individuellement, à en payer le prix.Ce thème est absent du discours.Il y a là un écart extraordinaire.Mais nous laissons passer.Décennie après décennie, nous portons cette douce contradiction - légèrement d\u2019ailleurs.Une certaine constance, réelle mais quelconque, suffit-elle à soutenir le projet souverainiste ?Comment peut-on penser cela ?On ne se pose pas la question.C\u2019est très étrange.Je sonde à nouveau cette « inadéquation ».Celle-ci est peut-être l\u2019effet dérivé d\u2019une sorte de fatalisme tranquille venu du fond de notre histoire.Notre souverainisme serait-il donc de tout repos ?Cela expliquerait en partie nos avatars récents.Tomber par exemple dans le panneau de l\u2019ADQ ou du Parti conservateur, cela peut s\u2019expliquer en partie par la faiblesse que je tente d\u2019identifier ici.La perspective de vivre dans une sorte d\u2019optimisme à bon marché peut pourtant à peine s\u2019envisager.C\u2019est de l\u2019idéalisme pur.Les faits récents en sont la preuve.La leçon a été brusque et sa portée est insondable. 33 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Elle pose la question du tout ou rien.Il n\u2019est pas sûr que la réponse à cette question soit accessible dans notre tournure d\u2019esprit actuelle.On peut se trouver, par une longue habitude, dans un certain état de médiocrité du caractère sans s\u2019en rendre compte.Une telle chose s\u2019accompagne toujours d\u2019un manque de lucidité.Une collectivité, un parti peuvent sembler pouvoir résister aux glissements de fond de la société, mais vient un moment où tout à coup cette illusion s\u2019évanouit, comme on l\u2019a vu cette année.2007 fut une année-charnière.Les élections partielles de septembre, faisant suite aux élections générales de mars, prouvent que le terrain avait déjà grandement cédé.Ce phénomène est profond.Ce n\u2019est pas seulement un effet des fluctuations partisanes.Maintenant, même l\u2019idée de souveraineté est atteinte.Le retour en force des « politiciens » dans la politique ( Mario Dumont et les conservateurs ), un phénomène énorme, contraire à quarante ans de politique québécoise progressiste, manifeste que le fond, sous une surface apparemment toujours la même, était en réalité miné.L\u2019optimisme modéré de l\u2019opinion souverainiste, mêlé d\u2019ailleurs d\u2019un pessimisme égal, n\u2019a rien vu venir.Cet aveuglement aurait pu durer longtemps.Le changement est arrivé par en dessous, comme par surprise.Il ne venait pas de nous.Le vent avait tourné.La situation était nouvelle.Le contraire de la Révolution tranquille commençait.Les progressistes ne s\u2019attendaient pas à ce soudain virage.Mais « le char de l\u2019État naviguait sur un volcan ». 34 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Je retourne à cette idée d\u2019insuffisance intériorisée et inconsciente.Il est difficile de mettre le doigt sur la chose.Mais il est certain que nous étions grevés d\u2019une hypothèque.Celle-ci se trouvait d\u2019abord en nous-mêmes.Cependant, c\u2019est une erreur courante que de vouloir imputer aux dirigeants d\u2019un parti les insuccès de celui-ci plutôt que d\u2019en accuser la résistance des faits eux-mêmes et le fond des volontés populaires.Tous les chefs du PQ ont été tenus responsables du fait que l\u2019indépendance ne se réalisait pas, y compris René Lévesque, et sauf Parizeau, qui en fin de compte a échoué aussi, même avec l\u2019aide de Lucien Bouchard.Il faudrait faire le compte.Avec un peu de clairvoyance, il s\u2019agirait de voir comment et par quel mystère nous pouvions par exemple entrevoir comme possible et même comme imminente une indépendance nationale qui ne serait pas portée davantage par une volonté populaire intense et par une opinion publique prête à regarder en face les difficultés du projet.On ne s\u2019interrogeait guère là-dessus.Nous laissions de côté certains faits dans notre évaluation de la situation et par conséquent dans le degré de résolution demandé aux souverainistes.On choisissait inconsciemment la voie de la facilité.Il ne fallait pas effaroucher les gens, pensait-on, non tout à fait sans raison.Donc on s\u2019abstenait de réclamer un effort à la réelle mesure du but.Cette contradiction constituait en nous une sorte d\u2019obstacle permanent.Ce fait échappait à la critique.On passait tout simplement par-dessus. 35 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Nous avancions donc sur une équivoque, assurée par une convention tacite et bien ancrée en vertu de laquelle on avait le sentiment qu\u2019il ne fallait pas tout dire.Nous pratiquions couramment l\u2019euphémisme.Je ne dis pas que la fragilité de la situation ne nous imposait pas jusqu\u2019à un certain point cette retenue.Peut-être n\u2019avions-nous pas tellement le choix.Tout cela a cependant fini par engendrer une espèce de patience chronique, pas très éloignée d\u2019un attentisme historique indéfini, malgré des tentatives de ressaisissement.Nous sommes depuis deux siècles et demi dans une position objectivement équivoque dans l\u2019histoire, et cela ne dépendait pas d\u2019un quelconque esprit velléitaire.En fait, c\u2019est plutôt l\u2019inverse.J\u2019évoque ici ce qui reste obscur en général pour bien des gens.Une certaine résistance à la lucidité est répandue, mais elle s\u2019explique, car elle s\u2019accorde avec notre position précaire dans l\u2019histoire, intériorisée depuis longtemps.On peut comprendre que nous traitions avec trop de prudence la situation dans laquelle nous nous trouvons en réalité depuis la Conquête.Un certain atavisme historique pèse lourd.La cause indépendantiste est exigeante.C\u2019est certainement une erreur que de laisser entendre qu\u2019elle demande peu.Mais on laissait flotter cette illusion.L\u2019opinion publique, conséquemment, se laissait aller dans le même sens.Septembre 2007 : nous voilà tout à coup devant un fait important.Nous ne l\u2019attendions pas.Les événements de 2007, troublants, voire alarmants, forceront des clarifica- 36 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 tions.Elles ne seront pas évidentes.Comme toujours, il faudra malgré tout tenir compte de certaines contingences, par exemple celle-ci : le public actuel est-il à même de supporter des vérités fortes ?Quoi qu\u2019il en soit, 2007 a tranché dans le vif.Les choses ne peuvent plus être comme avant.Il y a désormais un avant et un après.Ce n\u2019est qu\u2019à l\u2019épreuve qu\u2019on pourra vraiment faire les distinctions voulues.La vérité de la politique ne se prouve qu\u2019en marchant.Elle se manifeste à travers des individus.C\u2019est à l\u2019expérience que le meilleur chemin se découvre.L\u2019histoire n\u2019est pas une théorie en marche.Chose certaine, 2007 a mis soudainement le souverainisme devant lui-même, pour ainsi dire, et sans faux-fuyants.On aura besoin d\u2019un sens du concret beaucoup mieux marqué.Les nécessités de l\u2019action devraient simplifier les questionnements et faire une part plus grande au réalisme.On divaguait parfois, à propos par exemple du référendum.On peut espérer que ce genre de pensée magique est désormais révolu.Le 3 octobre 2007 37 Charles Courtois, Mathieu Bock-Coté DIALOGUE SUR LE MULTICULTURALISME QUÉBÉCOIS Mathieu Bock-Côté s\u2019impose aujourd\u2019hui comme un des critiques les plus pertinents du multiculturalisme à la québécoise.Il n\u2019a de cesse de critiquer la religion multiculturelle et le politiquement correct qui lui sert de machine à censurer.Dans son livre La dénationalisation tranquille, il propose une critique très sévère de la culture politique post-référendaire et de la conversion forcée de l\u2019identité québécoise au chartisme pluraliste.L\u2019historien Charles Courtois, nationaliste de tendance républicaine, cherche à pousser Bock-Côté dans ses derniers retranchements.Conversation sur l\u2019avenir du nationalisme et du Québec.?Charles Courtois : Comment expliquer ce paradoxe, que tant de souverainistes, faisant par ailleurs profession de foi de honnir le multiculturalisme imposé par Trudeau et le Canada au Québec, aient si facilement souscrit aux idéaux multiculturalistes, et radicalement de surcroît ?Mathieu Bock-Côté : Le fait majeur de la décennie post-référendaire, c\u2019est l\u2019intériorisation à la québécoise de la mauvaise conscience occidentale avec le désir plus fort que tout d\u2019en finir avec l\u2019identité nationale.Une mauvaise conscience dévastatrice qui aura inhibé les manifestations de l\u2019identité 38 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 nationale et mobilisé les souverainistes dans une entreprise autodestructrice dont on calcule enfin les effets.Ce sont les années d\u2019un souverainisme hygiénique, pénitentiel et repentant, tout occupé à faire pratiquer son épuration civique.Pour se dédouaner de l\u2019interprétation que Jacques Parizeau avait avancée sur la défaite du mouvement nationaliste, il semble bien que l\u2019intelligentsia souverainiste se soit engagée dans un travail de redéfinition de l\u2019appartenance au Québec, pour en évacuer les contenus identitaires qui assimilaient la nation québécoise à la majorité francophone, qui rattachaient l\u2019expérience historique du Québec moderne au plus vaste parcours du Canada français, tout cela soudé dans une même référence, l\u2019histoire du Québec.Les propos de Jacques Parizeau étant associés à une forme de nationalisme « ethnique », on entreprit donc de convertir tout le souverainisme québécois au nationalisme « civique », sensé correspondre à l\u2019esprit de notre temps qui conjuguerait désormais la démocratie et le multiculturalisme.Il s\u2019agissait d\u2019accomplir l\u2019ultime étape de la Révolution tranquille et d\u2019en finir avec les dernières traces du passé canadien-français dans la constitution de l\u2019espace public et de l\u2019imaginaire commun, comme l\u2019ont dit les défenseurs d\u2019un néo-souverainisme dont André Boisclair aura été l\u2019ultime incarnation, et qui sont encore aujourd\u2019hui actifs autour du Bloc Québécois.Comme on l\u2019a fait ailleurs en Occident, on a refoulé le sentiment national dans les marges de l\u2019espace public, qu\u2019on a ensuite sérieusement barricadé pour le mettre à l\u2019abri d\u2019un éventuel retour du refoulé en catégorisant sous le signe de l\u2019antidémocratisme et de l\u2019intolérance tous les défenseurs de l\u2019identité nationale.Mais le souverainisme ne pouvait demeurer longtemps une doctrine vide, sans référence à autre chose qu\u2019elle-même.Il fallait bien désigner le Québec dans sa différence avec le Canada.Ou pour le dire autrement, il fallait trouver au 39 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 plus vite un peuple de remplacement une fois qu\u2019on avait congédié le peuple réel.On a donc construit artificiellement, à toute vitesse et de toutes pièces, dans une série de colloques et de livres collectifs, une nouvelle définition de la nation, à laquelle les souverainistes se sont de plus en plus référés.Une nation faite pour passer tous les tests de dépistage ethnique.Une nation « minimale », comme le dira Gérard Bouchard, qui cherchait à tout prix à en diminuer le coefficient identitaire en disant vouloir « universaliser » l\u2019expérience québécoise, pour la rendre accessible à tous.Je me rappelle aussi d\u2019un philosophe au service du souverainisme multiculturel qui n\u2019en finissait plus de répéter que puisque les intellectuels s\u2019étaient mis d\u2019accord pour accoucher d\u2019un nouveau peuple, la population québécoise n\u2019avait plus qu\u2019à se convertir à une nouvelle définition d\u2019elle-même.Une définition de la nation tenant approximativement dans la Charte québécoise des droits et libertés, servant apparemment de nouveau socle institutionnel et symbolique pour l\u2019ensemble de la collectivité.S\u2019ajoutait à cette charte un interculturalisme sacralisé - qu\u2019on a essayé de faire passer pour une doctrine distincte du multiculturalisme canadien, ce qui était évidemment sans bon sens - s\u2019annexant une série de valeurs progressistes, vite renommées « québécoises », qui étaient supposées approfondir l\u2019identité québécoise dans une adhésion enthousiaste au postmodernisme.Cette vision des choses supposait évidemment une représentation constructiviste de l\u2019identité collective, ce qui est le péché épistémologique préféré de l\u2019intelligentsia.Une représentation du monde où tout se décrète, tout se planifie, tout se programme, où l\u2019homme n\u2019hérite de rien et se croit tout permis.Cette vision des choses allait évidemment entraîner la dévitalisation d\u2019une identité collective dont on venait évidemment de tarir les sources les plus profondes. 40 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Ch.C.Cela paraît tout de même invraisemblable.Comment réaliser la souveraineté nationale si l'on s'acharne à vider la nation de son identité ?MBC : Il faut dire que l\u2019intelligentsia souverainiste était plus que disposée à accueillir une telle métamorphose du discours national.Qu\u2019on le veuille ou non, l\u2019intelligentsia souverainiste a toujours adhéré profondément à la philosophie progressiste.Pour le dire autrement, les intellectuels souverainistes ont toujours été de gauche, et ce préjugé progressiste aura profondément marqué l\u2019histoire du mouvement souverainiste, comme on l\u2019aura vu dans les années 60 et 70 quand on amalgamait contre toute évidence la cause du Québec à celle de la décolonisation du Tiers-Monde et qu\u2019on faisait de l\u2019indépendance le catalyseur d\u2019une métamorphose sociale à portée révolutionnaire.Or être à gauche, dans les milieux universitaires, depuis les années 1990, cela ne consistait certainement plus à défendre une version social-démocratique du capitalisme, ni à avoir un préjugé favorable envers celles qu\u2019on appelait encore hier les classes populaires, mais à souscrire aux grands canons du politiquement correct, de la rectitude progressiste.Au programme, le multiculturalisme, auquel il fallait convertir de force nos sociétés en implantant un nouveau régime politique centré sur les chartes de droits, chargées d\u2019entraîner une dynamique politique où la nation sera désacralisée et se désagrégera en communautés rivales et concurrentes.Cette dynamique, héritée de la conversion culturelle du marxisme, avec le passage de Marx à Foucault, et de sa catégorisation du politique sous le signe de l\u2019inclusion et de l\u2019exclusion, ouvrira une véritable chasse au majoritaire, où la lapidation symbolique de l\u2019homme ordinaire sera le nouveau sport en vogue chez les universitaires.Désormais, l\u2019exclu prendra la place de l\u2019ouvrier, et l\u2019exclu sera évidemment le « minoritaire », toutes origines confondues, pourvu qu\u2019il s\u2019inscrive en dis- 41 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 sidence avec l\u2019héritage historique fondateur d\u2019une société.Par tous les moyens, on affaiblira la nation pour émanciper les groupes qu\u2019elle aurait traditionnellement marginalisés.On peut donc dire que les souverainistes se sont en bonne partie ralliés au multiculturalisme par progressisme, dans la mesure où « l\u2019ouverture aux identités » était vue comme une actualisation de ce que voulait dire « être à gauche ».Ce que peu remarquèrent, toutefois, c\u2019est que ce souve-rainisme investi de la philosophie postmoderne capitulait devant les arguments du trudeauisme canadien.Rien, à proprement parler, ne permettait de les distinguer, sinon le choix de la capitale à laquelle prêter allégeance.Mais évidemment, à priver le discours souverainiste des raisons communes qui l\u2019habitaient et de l\u2019appartenance à laquelle il carburait, on risquait bien de l\u2019édulcorer à un point tel qu\u2019il n\u2019intéresserait plus aucunement la population, qui n\u2019y verrait plus qu\u2019une forme d\u2019utopisme pour adolescents conjuguant plus ou moins justement les « causes sociales » à la mode dans les beaux quartiers, comme l\u2019écologisme, l\u2019altermondialisme, le pacifisme et compagnie.Ils ont été nombreux à nous dire que le souverainisme n\u2019était que la poursuite du progressisme par d\u2019autres moyens.À nous dire que l\u2019indépendance devait être la chambre d\u2019incubation d\u2019un projet de société qui permettrait de pousser encore plus loin le progressisme apparemment caractéristique de la population québécoise.À nous dire comme André Boisclair, à la dernière élection, que le Parti québécois était la formation politique des « écologistes, des pacifistes, des féministes, des altermondialistes et des progressistes », en oubliant seulement de nommer les nationalistes.Le problème était le suivant : la population, pour qui la politique n\u2019est pas une activité stratosphérique, ne voulait pas nécessairement de ce projet de société.Plus on y associait le souverainisme, plus l\u2019électorat risquait de s\u2019en détourner.C\u2019est ce qui est arrivé. 42 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Quoi qu\u2019il en soit, une telle conversion du souverainisme au multiculturalisme était suicidaire pour le mouvement national.D\u2019abord parce qu\u2019elle déréalisait l\u2019identité nationale en consentant à son aspiration dans un utopisme de l\u2019impuissance, mais aussi parce qu\u2019il y avait quelque chose d\u2019absolument insensé à distinguer la cause de la souveraineté de celle de l\u2019identité québécoise, pire, à retourner délibérément le projet souverainiste contre l\u2019identité nationale.On n\u2019intériorise pas la mauvaise conscience sans en payer sérieusement le prix politique et historique.Une nation qui intériorise les catégories morales et mentales servant à la criminaliser est évidemment au seuil du déclin, sinon déjà entrainée sur une pente fatale.Le nationalisme civique des années post-référendaires allait faire subir au peuple québécois une diète identitaire d\u2019anorexique.Il a bien failli en périr.Ch.C.: L'opposition éculée entre nationalisme ethnique et civique est une fausse dichotomie, une imposture rhétorique qui servait d\u2019empêchement à la pensée.Imposture dont les conséquences furent néfastes.Même la nation de Sieyès, rappelons-le, parle français.Et avec raison : une collectivité veut être une nation souveraine, donc une démocratie, parce qu\u2019elle a une identité en commun et une volonté politique d\u2019être.La nation est donc culturelle et politique.Dimension culturelle qui est de bon aloi, et encore plus dans le cas du souverainisme québécois ! D\u2019ailleurs, une telle nation civique existe-t-elle et serait-elle souhaitable ?MBC : Comme il arrive souvent dans les têtes trop idéologiques, plusieurs en sont venus à prêter une certaine réalité à cette chimère.Ils ont cru parler à la nation québécoise et à ses valeurs alors qu\u2019ils ne s\u2019adressaient qu\u2019à leurs collègues.Cela donne un bon indice, d\u2019ailleurs, de l\u2019hermétisme de certains débats intellectuels et de l\u2019imperméabilité de l\u2019intelligentsia par rapport à la réalité de la nation, qui elle, se 43 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 métamorphosait bien moins que ne le souhaitaient les ingénieurs identitaires et autres fabricants de nations sur commande.On ne fait pas tenir une société dans de purs principes, même s\u2019ils sont médiatisés dans le droit ou dans une constitution.Le patriotisme constitutionnel est une autre de ces chimères qui ont pollué depuis un bon moment la pensée occidentale.Quoi qu\u2019en disent les théoriciens progressistes et autres philosophes pour qui la réalité sociale n\u2019est qu\u2019un champ d\u2019expérimentation où l\u2019on pourrait s\u2019amuser à construire une société idéale, une communauté humaine est une expérience historique forte, qui s\u2019institutionnalise dans le politique et s\u2019inscrit dans une frontière qui la délimite et lui assure une consistance réelle, en évitant sa dispersion.Or comment fonder une communauté politique sur le seul contractualisme, qui demeure toujours muet sur l\u2019identité des contractants ?Comment distinguer une société d\u2019une autre si seul le droit est légitime dans la construction politique des sociétés humaines.D\u2019ailleurs, c\u2019est devant ce problème que se trouvent actuellement les Européens qui se rendent bien compte qu\u2019en définissant l\u2019Europe selon de purs principes démocratiques, sans référence à la substance historique d\u2019une civilisation, rien n\u2019empêche alors la Turquie de rejoindre l\u2019Europe.Mais est-ce que l\u2019Europe veut encore dire quelque chose si elle n\u2019assume pas au moins partiellement son héritage chrétien ?La nation civique ne peut pas gagner, mais elle peut tous nous faire perdre en affaiblissant suffisamment la nation réelle pour qu\u2019elle ne soit plus capable de se défendre lorsqu\u2019elle est mise en procès.La nation civique peut nous faire perdre en empêchant l\u2019identité nationale d\u2019irriguer l\u2019espace public et le domaine commun, en stérilisant les appartenances pour aller jusqu\u2019à les privatiser, comme si elles relevaient de simples croyances individuelles.Je le redis : c\u2019est ce qu\u2019on nous a proposé dans les années post-référendaires, et c\u2019est ce 44 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 qu\u2019on nous propose encore lorsqu\u2019on invite à privatiser toutes les manifestations du christianisme québécois, comme s\u2019il n\u2019avait pas laissé son empreinte sur l\u2019identité nationale, et par conséquent, sur la morphologie institutionnelle du pays, au nom d\u2019une laïcité mal comprise et retournée contre l\u2019identité nationale.La nation civique peut nous faire perdre en départicularisant l\u2019identité nationale, quitte à la mener à l\u2019extinction.J\u2019en veux pour exemple le manque de vigueur dans la défense de la langue française et le sabotage des programmes d\u2019enseignement de l\u2019histoire, où, au nom d\u2019une histoire réformée pour tous et reconstruite selon la logique du chartisme, véritable pierre d\u2019assise du régime multiculturel, on écrit une histoire de la nation qui ne sera rien d\u2019autre qu\u2019une histoire du chartisme multiculturel québécois.Il y a dans le nationalisme civique une forme de dévitalisation de l\u2019identité nationale, qui en succombant à la transparence égalitaire d\u2019un monde désenclavé de ses traditions, ne parvient plus à tenir en place, et qui risque de s\u2019effondrer à la moindre secousse.Serait-elle possible qu\u2019une telle nation civique ne serait aucunement souhaitable, surtout à la présente époque, marquée par la fin de la parenthèse post-communiste et la réémergence d\u2019une vieille carte du monde où la géopolitique compte pour beaucoup, où les civilisations sont en frottement, lorsqu\u2019elles ne sont pas occupées à s\u2019entrechoquer.Il y a quelque chose de terriblement « fukuyamiste » dans cette vision de l\u2019histoire où le politique ne serait plus qu\u2019une affaire de procédures, de droit et de droits.Une vision du monde où les identités seraient éteintes, où la démocratie ne serait rien de plus qu\u2019un jeu pendulaire entre un centre-gauche et un centre-droit gérant dans une pratique consensuelle nos sociétés toutes vouées à la célébration de leur technocratisation.Les années qui s\u2019ouvrent rappelleront aux sociétés occidentales qu\u2019elles ont tout avantage à 45 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 renouer avec leur identité nationale, et j\u2019ajouterais même, à se raccrocher à leur civilisation nourricière, à la civilisation occidentale.L\u2019époque est tumultueuse et le multiculturalisme, en persuadant nos sociétés de leur grande culpabilité, les livre à ceux qui ne leur veulent pas que du bien, comme le révèle la réaction mitigée d\u2019une part de nos élites au fait du terrorisme.On me reprochera probablement d\u2019user d\u2019un vocabulaire qui réfère autant au conflit qu\u2019au dialogue.Mais je constate simplement que la pédagogie thérapeutique et intercommunautaire qu\u2019on nous sert en guise de prêt-à-penser est une forme d\u2019infantilisation de la pensée politique où tout ce qui ne relève pas du bon sentiment est chassé de l\u2019espace du pensable.Il faudra bien finir par renouer avec la réalité.Ch.C.Vous situez le problème à l\u2019échelle occidentale.Revenons d\u2019abord à notre Québec.Le multiculturalisme ne pose-t-il pas un problème spécifique à la nation québécoise ?N\u2019y a-t-il pas, en effet, une limite, dans les faits, au multiculturalisme canadien, qui ne remet jamais en cause l\u2019anglais comme langue commune en pratique, alors que, dans la situation particulière du Québec, ce multiculturalisme encourage aussi l\u2019anglais comme langue commune et l\u2019identification politique à la nation voisine ?D\u2019ailleurs, le multiculturalisme ne renvoie-t-il pas à une poussée d\u2019anglicisation du monde ?Certes, elle me semble pour l\u2019instant improbable, avec la force du chinois, de l'arabe, de l\u2019espagnol en Amérique latine.L\u2019anglicisation me paraît bien plus réelle et menaçante à l\u2019échelle occidentale, à commencer par la tournure fédéraliste et non plus confédérale que prend l\u2019Europe depuis Maastricht.Comment appréhendez-vous la force de ce « cosmopolitisme » très anglophone ?MBC : Non, je ne vois pas de limites à ce multiculturalisme qui se déploie en avalant toute la matière sociale pour la reprogrammer selon les prescriptions de l\u2019égalitarisme 46 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 identitaire et la criminalisation de l\u2019identité occidentale.Comme toute idéologie, le multiculturalisme avalera tout le réel de nos sociétés tant qu\u2019elles ne généreront pas un anticorps assez fort pour les immuniser contre lui.Évidemment, au Québec, le multiculturalisme prend une dimension supplémentaire : il s\u2019agit aussi d\u2019une machine de guerre au service de la destruction de la nation québécoise.Plus la société québécoise passe à l\u2019anglais, plus elle bascule vers le Canada.Mais cette analyse est incomplète et insuffisante.Je la crois même déficiente tant elle fait porter la responsabilité de notre déchéance au Canada alors que nous en sommes en bonne partie responsable, premièrement, et parce que le problème affecte toutes les sociétés occidentales, deuxièmement.Ne l\u2019oublions pas, même les sociétés de langue anglaise sont victimes du multiculturalisme, qui s\u2019implante dans chaque nation pour accélérer son égrènement, sa déconstruction.Prenez le cas des États-Unis, d\u2019où nous vient la critique la plus sérieuse du multiculturalisme, de ses origines et de ses conséquences, où le multiculturalisme et la censure politiquement correcte qui assure son déploiement ont entrainé la mise à mort des grands classiques de la littérature anglo-saxonne à l\u2019université.Dans bien des universités américaines, on n\u2019enseigne plus Shakespeare.Pour le multiculturalisme, la langue a une dimension bien instrumentale.L\u2019essentiel consiste à aplatir le vieux monde occidental, coupable de tous les maux.Et cela, contre l\u2019anglais s\u2019il est en position « dominante », comme on le voit aux États-Unis, encore une fois, avec le militantisme hispanophone qui plaide pour la conversion au bilinguisme de la plupart des États du sud, limitrophes, à la frontière mexicaine.Il suffit de consulter les travaux produits par les théoriciens de l\u2019antiracisme pour bien comprendre que la civilisation occidentale, que ses formes soient française, anglaise, italienne ou allemande, est dans sa mire. Al L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2001 Vous me direz que c\u2019est néanmoins par l\u2019anglais que se déploie le cosmopolitisme de notre temps.Mais l\u2019anglais qui gagne n\u2019est pas celui d\u2019une vieille civilisation, aussi anglo-saxonne et impériale soit-elle, mais bien celui de la dispersion des cultures dans une langue appauvrie.L\u2019anglais qui gagne appartient à un nouveau monde sans aucun rapport avec l\u2019ancien.Je souligne d\u2019ailleurs que le Canada anglais a lui-même payé cher le prix de sa politique multicultura-liste.Le vieux Canada britannique, comme l\u2019a déjà souligné David Frum, qui n\u2019est pourtant pas le meilleur ami de notre peuple, a commis un pacte de suicide avec l\u2019idéologie multiculturelle pour mettre à mort le Québec.Il n\u2019y a pas de gagnants dans cette entreprise, sinon les idéologues de la gauche pluraliste et les ingénieurs identitaires qui n\u2019en finissent plus de rêver à leur paradis cosmopolite et qui se font donner les moyens de nous l\u2019imposer.Ch.C.A mon sens pourtant, le multiculturalisme canadien assimile bien plus qu'il n'y paraît, c\u2019est pourquoi pour l\u2019instant, il fonctionne.Vous insistez cependant pour montrer non seulement les conséquences néfastes de cette idéologie pour le Québec, mais son caractère de mode à l\u2019échelle occidentale.Soit ; sur le plan des principes, j\u2019en conviens.Mais est-ce un problème occidental ou québécois ?N\u2019est-il pas beaucoup plus aigu au Québec ?Car il est très peu question dans votre critique du rôle de l\u2019Etat canadien et du coup deforce de 1982 dans sa promotion active, subventionnée, dans une pléthore de domaines savants, culturels, festifs, etc.et du poids de la charte de 1982 et de la Cour suprême en tant que modèles.N\u2019est-ce pas une donnée centrale dont on doit tenir compte dans la critique du multiculturalisme au Québec ?MBC : Evidemment, il y a eu initialement le multiculturalisme doctrinal et constitutionnalisé du gouvernement canadien imposé par un Pierre Trudeau avouant ainsi son hostilité au fait québécois.La chose est indéniable et consti- 48 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 tue encore aujourd\u2019hui un des leviers les plus importants dont peut disposer le mouvement souverainiste dans sa lutte contre l\u2019État canadien.Mais le multiculturalisme auquel nous faisons face s\u2019est métamorphosé.Il ne s\u2019agit plus d\u2019une simple attaque du gouvernement canadien contre le Québec.Il s\u2019agit plutôt, disons-le ainsi, d\u2019une logique généralisée à la grandeur des sociétés occidentales, celle de la gauche pluraliste, de la rectitude progressiste née de la métamorphose du socialisme, qui entre en contradiction avec l\u2019identité nationale de chaque société.Certains mettent sur le dos de la Charte canadienne des droits et libertés la responsabilité du multiculturalisme.Mais on oublie souvent que la Charte québécoise est aussi pernicieuse, perverse même, et dispose, elle, d\u2019une sainte immunité dans l\u2019espace public, comme s\u2019il fallait consentir à sa sacralisation.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019une bêtise est québécoise qu\u2019elle est soudainement moins bête.Comme je le dis, le problème est occidental.Prenez les grandes controverses québécoises entourant le problème multiculturel et vous en retrouverez l\u2019équivalent un peu partout.Sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire, sur la criminalisation du passé national, sur la redéfinition de l\u2019identité collective, ces sujets ne sont aucunement des exclusivités québécoises.On a tout fait pour dénationaliser l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, mais on a fait la même chose en Israël, par exemple, où le post-sionisme mis de l\u2019avant par la gauche israélienne consiste à toutes fins pratiques à dénationaliser l\u2019histoire collective, une perspective qui a ses conséquences sur la vie institutionnelle du pays, qu\u2019on présente de moins en moins comme un État juif et de plus en plus comme un « État de tous ses citoyens », abritant une société multiculturelle.Ce débat ne devrait pas apparaître trop étranger aux Québécois qui subissent depuis une dizaine d\u2019années la dénationalisation de leur identité collective.Même chose aux États-Unis où la querelle sur les National Standards du début des années 1990 mettait en 49 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 scène deux camps : ceux pour qui l\u2019histoire américaine était celle de la nation américaine, affiliée à la civilisation occidentale, et ceux pour qui, au nom du multiculturalisme, il fallait désormais conter l\u2019histoire des « peuples américains », autour desquels se serait construite une expérience collective originale, à la confluence de plusieurs civilisations.Congédiée la civilisation occidentale.Congédiés les pères fondateurs.Je me permets un dernier exemple : celui du débat entourant la mémoire coloniale en France, où à travers une problématisation de son aventure impériale, on entraîne une révision complète du passé national, pour « l\u2019ouvrir » à d\u2019autres perspectives, ce qui pratiquement, mène à la désacralisation intégrale de l\u2019existence nationale.Comment ensuite convaincre les immigrants de s\u2019incorporer véritablement à la nation si nous croyons nous-mêmes que la nation est d\u2019abord et avant tout à déconstruire ?Ch.C.: Permettez-moi d'insister à mon tour : vous faites rapidement l'impasse sur la couleur anglo-saxonne du multiculturalisme et son lien avec une forme particulière de libéralisme.Le multiculturalisme n\u2019est pas que l\u2019affaire des post-marxistes et ce n'est pas à ce titre que La Presse et The Gazette le défendent.Il y a le libéralisme à la Montesquieu, de limitation des pouvoirs, qu'on dit souvent conservateur ou constitutionnaliste.Il y a le démocratisme de Rousseau.Ou encore, la souveraineté nationale de Sieyès, source du républicanisme.Et puis il y a la tolérance de Voltaire, qui épouse bien le despotisme éclairé.Voltaire admirait l\u2019Angleterre protestante, or c\u2019est la Hollande qui fut le premier foyer de ce communautarisme (à distinguer du modèle de tolérance républicaine), dont le modèle fut adapté en Angleterre et aux Treize Colonies, et par la suite, dans les autres pays anglo-saxons.Le multiculturalisme n'est institutionnel que dans ces pays au libéralisme anglo-saxon, n'étant qu'une nouvelle mouture d'un héritage de neutralité religieuse qui encourage les sectes, à distinguer de la laïcité.Sa logique poussée à son terme 50 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 implique une égalité et une solidarité faibles, une souveraineté populaire châtrée, et est remarquablement compatible avec une culture d\u2019impérium.MBC : On ne peut pas toujours en revenir aux Grecs non plus que repousser trop loin les origines d\u2019un phénomène, sous peine d\u2019en perdre la trace.Évidemment, la gestion britannique de la « diversité culturelle » s\u2019inscrit dans une expérience historique particulière qui n\u2019est pas sans lien avec la conjugaison originale d\u2019impérialisme et de tolérance dont a été capable ce pays à travers l\u2019histoire, pour le meilleur et pour le pire.Ce n\u2019est pas sans raison que l\u2019idéologie multiculturelle y a trouvé un milieu d\u2019expérimentation si favorable et continue d\u2019y servir de religion d\u2019État, comme on le voit encore aujourd\u2019hui avec les débats sur la déchristianisation du calendrier national.Mais ce n\u2019est pas le phénomène que je cherche à circonscrire ici : ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est la mise en scène d\u2019une lutte idéologique assumée pour désocciden-taliser nos sociétés, pour dénationaliser les démocraties du monde libre.D\u2019ailleurs, la France républicaine n\u2019est pas à l\u2019abri de ce phénomène : à partir des années 1980, la recomposition du socialisme français à partir de l\u2019antiracisme idéologique donne une exemplification plus que concrète du caractère « transnational » de cette contestation du fait national.La sociologie de Touraine et celle de Bourdieu, malgré leurs évidentes divergences, ne convergeaient pas moins dans le refus de toute institutionnalisation d\u2019une norme culturelle ou politique à partir de laquelle intégrer une société.Évidemment, dans le vieux monde, l\u2019européisme a un peu recouvert cette thématique explicitement multiculturaliste en l\u2019inscrivant dans le projet plus vaste de fondation d\u2019un nouvel ensemble politique post-national : on ne doit pas négliger, pourtant, le fait que le projet politique européen a souvent servi de socialisme compensatoire et s\u2019est articulé autour d\u2019une logique antinationaliste qui permettrait, apparemment, 51 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 aux identités marginalisées par l\u2019existence des nations, de se trouver un espace politique où se déployer pour se désaffilier de la nation où elles se trouvaient incorporées.D\u2019ailleurs, on remarquera que l\u2019appareil technocratique européen soutient une batterie de lois et de chartes « antidiscriminatoires » qui contribuent à l\u2019élaboration d\u2019un chartisme multiculturel à l\u2019échelon supranational.Ch.C.Dans votre essai, vous associez souvent multiculturalistes et progressistes.Pourtant, plusieurs nationalistes de gauche et républicains anti-communautaristes associeraient le multiculturalisme à l\u2019idéologie néo-libérale.Certes, il existe dans le discours politique contemporain une forme de marxisme recyclé, hérité de la contre-culture.Mais j\u2019ai tendance à relativiser le gauchisme des « bobos » de mai 68 : c\u2019étaient avant tout des ultra-individualistes, intéressés principalement à renverser le poids des convenances et de la morale sexuelle.MBC : Il y a effectivement une conjugaison malsaine et inattendue du capitalisme mondialisé et du progressisme identitaire dans la mise en place du régime multiculturel.Pour le dire comme le politologue américain John Fonte, il y a une alliance de fait, aujourd\u2019hui, entre le grand capital et la gauche multiculturelle pour démanteler le fait national.Récemment encore, le patronat québécois plaidait pour une augmentation draconienne de l\u2019immigration sans prononcer un mot sur notre capacité à l\u2019intégrer dans la nation.Un certain capitalisme célèbre le sans-frontiérisme et compense la marchandisation du monde par une complaisance envers un discours humanitariste où l\u2019amour du pauvre masque bien mal la dépolitisation en profondeur de la condition collective.J\u2019ajoute que les grandes entreprises jouent un rôle déterminant, bien souvent, dans la promotion de l\u2019idéal de la grande révolution du métissage universel.Pensons seulement aux campagnes de Benetton, il y a quelques années, 52 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 où rien d\u2019humain n\u2019était épargné, pour se convaincre de ce que peut donner l\u2019esthétisme nomadisant lorsqu\u2019il se conjugue avec le capitalisme mondialisé.Le consommateur planétaire qui n\u2019appartient à rien, se désaffilie de tout, qui migre sans cesse d\u2019une capitale du grand monde à une autre en bondissant d\u2019un quartier branché au suivant, pour qui la civilisation n\u2019est qu\u2019une accumulation de métropoles babélisées bon chic bon genre où tout se dissout dans l\u2019ambiance festive d\u2019un grand rave party, n\u2019est certainement pas une figure humaine aimable, appréciable.Ce petit fêtard qui n\u2019en finit plus de prolonger son adolescence en parlant un étrange sabir a même le culot de se dire citoyen, en détériorant le sens de ce beau mot pour désormais n\u2019en faire qu\u2019une preuve de bienpensance estampillée par le sceau de la rectitude politique.Disons le ainsi : je ne crois pas que le film L\u2019Auberge espagnole soit l\u2019avenir de l\u2019homme.Mais le propre du multiculturalisme est d\u2019aller plus loin que le seul démantèlement des prérogatives de l\u2019État-nation en entreprenant la désoccidentalisation d\u2019une société et d\u2019actualiser sous la forme du corporatisme identitaire l\u2019idéal d\u2019un socialisme multiculturel où certaines « minorités » coalisées sont sélectionnées pour entreprendre l\u2019aplatissement de sa morphologie institutionnelle.Le multiculturalisme condamne intégralement l\u2019expérience historique occidentale à partir de ce que j\u2019appelle, dans mon livre, la conversion culturelle du marxisme.En cela, le multiculturalisme témoigne de la persistance d\u2019une perspective « révolutionnaire » dans la gauche occidentale.La religion multiculturelle rêve d\u2019en finir avec l\u2019homme occidental pour accoucher elle aussi de son homme nouveau, l\u2019homme sans préjugés.Ce qui exige évidemment une étatisation complète des rapports sociaux que les ingénieurs identitaires se proposent de reconstruire en fabriquant en laboratoire une nouvelle société, ce à quoi servent d\u2019ailleurs les grandes politiques de lutte au « racis- 53 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 me », au « sexisme », à « l\u2019homophobie », et compagnie.Car derrière ces concepts se cache une criminalisation de tous les comportements sociaux traditionnels, qu\u2019on appréhende désormais de manière pathologique, à la manière de vieux préjugés à éradiquer par une action intensive du pouvoir politique, qui ne laissera plus l\u2019individu se dérober à son emprise, à sa prétention reconstructrice.Du politique, au passe au pédagogique, et de là, au thérapeutique.On transformera pour cela la société en grand camp de rééducation progressiste.Ce qu\u2019on veut, c\u2019est reconditionner les salauds, en transformant nos sociétés en camps de rééducation à ciel ouvert, cela dans la plus pure logique totalitaire.Je n\u2019abuse pas du mot totalitaire, au cas où on me le demanderait.Bien sûr, nos sociétés ne sont en rien comparables à l\u2019Union soviétique ou aux autres expériences semblables du vingtième siècle.Je ne pratique pas l\u2019amalgame.Mais je dis que dans leur structure intellectuelle, les pratiquants de la religion multiculturelle et ceux qui tiennent serrées les maximes de la catéchèse politiquement correct pensent en totalitaires.D\u2019ailleurs, toutes les politiques qu\u2019ils proposent s\u2019inscrivent dans cette logique.Nos sociétés ne sont pas pacifiées contrairement à ce que pouvait dire Pascal Bruckner, en parlant de la mélancolie démocratique.Une profonde guerre idéologique y est menée - la politologie conservatrice américaine parle de cultural war -, de haut en bas, et de gauche à droite, pour achever leur désoccidentali-sation.On m\u2019accordera qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un détail.Ch.C.En effet, certains se plaisent étonnamment à jouer à l'homme nouveau, oubliant une des plus importantes leçons historiques au XX siècle, laissées par les totalitarismes de droite et de gauche.Ces néo-platoniciens sont incorrigibles.Par contre, je veux bien saisir : en étant contre la chimère de l\u2019homme sans préjugé, qu\u2019entendez-vous par la notion de préjugé ?Entendez-vous « défendre le préjugé» ? 54 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 MBC : Bien sûr, pour peu qu\u2019on l\u2019entende autrement qu\u2019à travers la signification que lui a assigné la rectitude progressiste.Par préjugé, j\u2019entends comme l\u2019ont entendu avant moi cette expérience accumulée des civilisations, qui permet d\u2019éviter le principe de la table rase, en supposant que l\u2019ensemble des jugements portés sur le monde par les générations précédentes peuvent contribuer à un éclairement pertinent du présent.Évidemment, le préjugé doit être confronté au travail de la raison, qui le valide ou l\u2019invalide.L\u2019homme sans préjugés serait une matière en pure disponibilité pour les ingénieurs sociaux qui voudraient le transformer en matériau inerte dans la construction d\u2019une société idéale.Remarquez bien que les adversaires les plus hostiles des préjugés sont normalement les utopistes les plus convaincus.En fait, le préjugé ou, si on préfère, la tradition, est le premier des contre-pouvoirs : il limite la prétention démiurgique du pouvoir à refonder la société comme si elle lui appartenait.Il rappelle que la société dispose de bien des savoirs accumulés par son expérience historique, des savoirs qui ne peuvent être discrédités d\u2019un seul mouvement par les ingénieurs sociaux.C\u2019est parce qu\u2019une société est déjà quelque chose qu\u2019on ne peut en faire n\u2019importe quoi.C\u2019est parce qu\u2019une société est pleine de son passé qu\u2019on peut refuser une toute puissance du présent sur elle.Imaginez vous à quel point serait monstrueuse une société qui liquiderait toute son expérience à chaque passage de génération ?Il n\u2019est pas inutile de relire les Réflexions sur la Révolution en France de Burke pour se convaincre de la pertinence d\u2019une défense conservatrice du déjà-là, du donné, de l\u2019héritage, contre ceux qui cherchent à contractualiser tous les rapports sociaux, qui n\u2019en finissent plus de rêver à une pure transparence égalitaire où toute la société serait soumise à une logique de planification administrative et managériale.On ne peut en vouloir systématiquement à la tradition qu\u2019en entretenant une herméneutique du soupçon devant l\u2019expérience 55 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 historique occidentale, ce qui est le trait le plus distinctif du progressisme contemporain.Ch.C.: Pour ma part, je suis plus attaché à une conscience sociale qu\u2019au «progressisme ».Mais vous avez une vision dramatiquement sombre du progressisme.MBC : Certains se désolent aujourd\u2019hui du déclin de la gauche, en affirmant que notre monde serait hypnotisé par le chant des sirènes conservatrices.Je ne sais pas très bien de quoi ils parlent.La gauche se porte très bien aujourd\u2019hui, ses intellectuels pluralistes dominent le discours médiatique et n\u2019en finissent plus de trouver des crimes à reprocher à nos sociétés, à leur histoire.On ne cesse d\u2019implanter des politiques de discrimination positive, de « sensibilisation à la différence », on multiplie les politiques de représentation par quotas, l\u2019administration publique a un pouvoir toujours croissant qui lui permet d\u2019aller encore plus loin dans le reconditionnement de grands pans de la population selon les canons de la rectitude progressiste, on déconstruit la famille pour permettre la recomposition « plurielle » de cette institution fondamentale, la pédagogie de l\u2019émancipation domine dans le système scolaire avec un discrédit du mérite, de l\u2019excellence, des savoirs traditionnels, de la compétition entre les étudiants, tout cela pour ne pas handicaper « l\u2019estime de soi » d\u2019un enfant magnifié, sacralisé, devant lequel devrait s\u2019incliner le monde adulte, le pouvoir judiciaire, allié à la technocratie chartiste, n\u2019en finit plus de confisquer la souveraineté populaire et de censurer le conservatisme culturel de la population, la vulgate écologiste domine complètement le discours médiatique en bloquant tous les projets collectifs au nom d\u2019un hypothétique principe de précaution.Le progressisme soixante-huitard est partout dominant. 56 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Mais je comprends bien votre question.La gauche dont vous pleurez le sort est la vieille gauche nationale et républicaine.Une gauche plus attachée au monde ouvrier et au souci de l\u2019homme ordinaire qu\u2019au désir de jouir des jeunes raveurs ou à l\u2019écologisme sophistiqué des passionnés de la consommation « responsable ».Une gauche du travail plutôt qu\u2019une gauche du loisir, une gauche de la sueur plutôt qu\u2019une gauche des saveurs.Ou pour le dire simplement, une gauche populaire et patriote plutôt qu\u2019une gauche libertaire et cosmopolite.Je vous l\u2019avouerai, je ne manque pas de sympathie pour cette gauche-là, même si je n\u2019en suis pas.Reste à voir si cette gauche qui semble marginalisée dans son propre camp dispose encore d\u2019un avenir si elle n\u2019opère pas sa mue conservatrice.On a vu, à la dernière élection présidentielle française, de grands noms du socialisme patriote français se rallier à la candidature de Nicolas Sarkozy, qui avait enfourché la monture d\u2019un conservatisme national décomplexé.Ainsi, Max Gallo, pour qui j\u2019ai la plus grande estime, a finalement quitté le navire du socialisme pour rallier l\u2019UMP qui s\u2019était enfin lancée dans une défense décomplexée de l\u2019identité nationale et dans une critique affirmée de l\u2019héritage soixante-huitard.Ce ralliement ne s\u2019est pas limité à Max Gallo.La plupart des intellectuels de la gauche national-républicaine des années 1990 qui semblent avoir compris que la criminalisation de l\u2019identité nationale est profondément néfaste pour la démocratie ont d\u2019une manière ou d\u2019une autre quitté la galère socialiste pour rejoindre l\u2019escadrille conservatrice.Pour une raison simple : la gauche patriote a plus en commun avec la droite conservatrice qu\u2019avec le progressisme cosmopolite.Reste à savoir comment une semblable recomposition politique serait possible, éventuellement, au Québec.Ce qui est certain, cela dit, c\u2019est qu\u2019un certain conservatisme m\u2019apparait aujourd\u2019hui intellectuellement et politiquement indispensable.Un conservatisme qui serait aussi ouvert à la vieille gauche ?Pourquoi pas. 57 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Ch.C.En bon républicain, je vous ramène néanmoins à ce point fondamental : post-marxistes et néolibéraux, tous semblent en avoir contre l\u2019Etat-nation.N'y a-t-il pas là un déni de démocratie ?De la démocratie, ils ne retiennent que les droits de l\u2019homme à l\u2019échelle internationale, et le moins possible le peuple ni le droit des peuples à se gouverner eux-mêmes.Posons la question autrement : acceptez-vous la prétention de ceux qui, de gauche ou de droite, se disent contre la nation, à se définir comme démocrates ?Ne devrait-on pas parler de droit-de-lhommisme ?MBC : Depuis la chute du mur de Berlin, la synthèse démocratique-libérale a eu tendance à se disloquer, il faut le reconnaître.Mais c\u2019est moins à une métamorphose du libéralisme qu\u2019on assiste qu\u2019à son inversion droit-de-l\u2019hom-miste telle que l\u2019ont représentée les nouveaux philosophes à la Bernard-Henri Levy, qui vient encore une fois d\u2019affirmer dans son dernier livre son désir de refroidir les identités nationales.Le libéralisme était une doctrine de la limitation du pouvoir, auquel on voulait soustraire les hommes dans une consolidation des libertés formelles.Vous avez identifié cette veine à Montesquieu.Le « libéralisme » contemporain n\u2019a plus rien à voir avec une telle filiation.Rawls ou Kymlicka, par exemple, ne sont pas, à mon avis, des libéraux, mais des progressistes (en fait, ils ne sont libéraux que par notre oubli du fait que le mot « liberalism » ne veut pas dire la même chose en français qu\u2019en anglais !).Aujourd\u2019hui, sous le couvert du libéralisme, on fait la promotion non pas de contre-pouvoirs inédits mais de nouveaux pouvoirs, qui ne sont plus soumis à l\u2019exigence démocratique, des pouvoirs qui s\u2019avancent sous l\u2019impérium des chartes et qui contribuent, pratiquement, à l\u2019implantation d\u2019un nouveau régime politique, prenant la forme d\u2019un constitutionnalisme multiculturel obsédé par l\u2019endiguement de la souveraineté populaire telle qu\u2019elle s\u2019enclavait dans 58 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 une nation qu\u2019on s\u2019esquinte à déconstruire en communautés pour en neutraliser la référence fondatrice.L\u2019assemblée démocratiquement élue est suspectée du pire car elle dépend du peuple.Car nous le savons, selon les progressistes, le peuple est héritier de la criminelle histoire occidentale, et plus personne, dans l\u2019establishment médiatique, n\u2019hésite à parler de lui en critiquant, par exemple, le « vieux fond xénophobe » qui menacerait toujours de resurgir, en dénonçant « l\u2019intolérance » dont les braises seraient encore disponible pour le moindre démagogue avec un peu de souffle, en critiquant le « refus de l\u2019autre » dont feraient preuve les classes populaires en exigeant une définition de l\u2019intégration qui ne soit pas un pur artifice pluraliste.On guette le peuple comme une bête à dompter.Ou encore, comme une société malade et pour cela, incapable de décider démocratiquement tant qu\u2019on ne lui aura pas administré une thérapie de choc multiculturelle.Le mépris du peuple est au cœur du progressisme contemporain.La confiscation de la souveraineté populaire par le chartisme est le grand problème politique contemporain, car c\u2019est un nouveau régime qui s\u2019élabore, dans l\u2019actualisation inattendue du principe impérial.Autant le chartisme est le régime politique approprié pour assurer la défense de la société multiculturelle, autant la démocratie libérale est le régime approprié à la défense de la nation.Démocrates et post-démocrates s\u2019affrontent aujourd\u2019hui autour de la définition du sujet politique, de la référence à la nation.Pour le conservatisme, la neutralisation du chartisme devrait désormais être un objectif avoué.Ch.C.Eh bien qu\u2019en est-il du sort de l\u2019Etat-nation ?Dans la foulée de ces libéraux progressistes, ne discute-t-on pas de plus en plus d\u2019une gouvernance mondialisée qui reposerait sur les chartes onusiennes et les différentes instances de la société civile mondiale ?On peut renvoyer à l'ancien idéal de despotisme éclairé.Car 59 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 c'est bien le contraire d\u2019une démocratie dont rêvent ces droits-de-l\u2019hommistes, d\u2019une espèce de technocratie globale, néo-libérale, procédurière.Le rêve des «BHL» de ce monde.MBC : La défense de l\u2019État-nation est impérieuse, indispensable.Lui seul demeure apte à accueillir l\u2019expérience démocratique telle qu\u2019elle est connaissable et reconnaissable - et non l\u2019ONU ou les instances de la société civile mondiale, censée incarner dans sa pureté l\u2019idéal d\u2019une humanité réconciliée avec elle-même.Seul l\u2019État-nation peut encore incarner une politique historique qui ne soit pas reprogrammée dans un présentisme pour qui toutes les sociétés s\u2019équivalent et ne doivent être évaluées qu\u2019à partir de leur adhésion à la religion progressiste.Voilà pourquoi je considère avec si peu de sympathie l\u2019européisme qui ravage la cervelle des élites de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique.On le voit bien, l\u2019Europe se construit non pas dans le renforcement mutuel de ses peuples - ce qui supposerait une vision du monde où les rapports entre les civilisations ne sont ni simplement harmonieux, ni dissolubles dans le perpétuel dialogue - mais bien contre la souveraineté des nations, sur laquelle on s\u2019acharne à la folie.Au point même où lorsque cette souveraineté s\u2019exerce, par exemple lorsque la nation française rejette majoritairement la constitutionnalisation de l\u2019Europe et sa fédéralisation implicite, l\u2019élite intellectuelle investit une énergie idéologique considérable pour discréditer ce résultat et lui soustraire ses conséquences.Chaque fois que le peuple ne vote pas comme on lui commande, le procès du peuple recommence.J\u2019ajoute que l\u2019Europe comme expérimentation politique et idéologique est un véritable laboratoire de l\u2019utopisme du siècle à venir.Ce que Jeremy Rifkins a appelé le rêve européen risque bien de prendre l\u2019allure d\u2019un cauchemar quand les sociétés du vieux continent prendront conscience du monde qu\u2019on leur construit sans leur en demander la permission. 60 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Ch.C.Outre l\u2019intégration internationale, la menace se constitue sur un deuxième front : le risque posé par ce cosmopolitisme multiculturaliste est aussi la dislocation interne du peuple.Le principe national revêt à mes yeux une valeur universelle.En démocrate conséquent, je récuse l'assimilation d\u2019une nation annexée, tel le Tibet.Par contre, je récuse tout autant la confusion qu\u2019on entretient maintenant avec la situation d'un immigré qui choisit un nouveau pays, et adopte une nouvelle nation.Ernest Renan mettait déjà en garde la dynamique d\u2019une société qui se désagrégerait en communautés rivales, ce qu\u2019il appelait le modèle ottoman : aujourd\u2019hui, je crois que nous pourrions parler du risque de libanisation.N\u2019est-ce pas là un autre angle mort du discours jovialiste en faveur du multiculturalisme qui nous inonde ?MBC : Une société qui ne se représenterait plus que sous la forme du corporatisme identitaire est évidemment ingouvernable d\u2019un point de vue démocratique.La politique se réduirait alors à la gestion d\u2019identités contradictoires incapables de dessiner ne serait-ce que l\u2019esquisse d\u2019un destin commun.Mais ils sont nombreux parmi les pluralistes à revisiter l\u2019historiographie de l\u2019empire ottoman, de l\u2019empire austro-hongrois, du Saint-empire-romain germanique pour retrouver des formes politiques susceptibles d\u2019être actualisées dans une perspective de multiculturalisme post-démocratique.Disons-le franchement : l\u2019État multinational devant lequel s\u2019extasient les théoriciens du pluralisme identitaire n\u2019est rien d\u2019autre que la métamorphose de l\u2019ancien idéal impérial.Le multiculturalisme est fondamentalement incompatible avec l\u2019idéal démocratique, qui suppose, quoi qu\u2019on en dise, une certaine ressemblance identitaire entre les dépositaires de la souveraineté, entre les citoyens formant le corps politique.Contrairement à ce que nous disent les pluralistes, il ne suffit pas aux hommes de partager des principes ou L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 des idées générales : ils doivent aussi avoir en commun des affects, des sentiments, ou pour le dire autrement, un capital symbolique dans lequel se retrouver.Évidemment, on peut apprendre ces affects et apprendre à dire nous avec une société d\u2019accueil, mais encore faut-il que cette dernière sache encore s\u2019identifier et se poser comme norme.Vous savez, un des plus vieux problèmes de la philosophie politique est celui des factions.L\u2019État moderne s\u2019est constitué dans une capacité à transcender les factions pour faire apparaître au-delà des tensions sociales une référence commune qui atténuerait le conflit social en ramenant la diversité sociale sous le signe d\u2019un destin partagé.C\u2019est cette grande conquête politique qui semble aujourd\u2019hui compromise par un multiculturalisme qui désincorpore de la nation ses différentes communautés pour les inciter au repli sur soi, dans une valorisation des communautarismes cloisonnés où le vivre-ensemble est entraîné dans une dynamique de désagrégation.Ce qui ne compromet pas seulement la démocratie, mais aussi l\u2019ordre public, comme on le voit en Europe, où des groupes mal assimilés se retournent contre leur société d\u2019accueil au point de se lancer quelquefois, comme on l\u2019a vu en France, à l\u2019automne 2005, dans l\u2019émeute des banlieues ou, pire encore, dans le soutien implicite au terrorisme, comme les Britanniques l\u2019ont découvert.Ce qui compromet aussi la liberté.La société multiculturelle en est une qui censure les propos « offensants » pour des « minorités » qui réussissent pratiquement à faire reconnaître la notion de blasphème contre leurs communautés par les autorités de la collectivité.Dans l\u2019affaire des caricatures danoises, on a vu de plus en plus de servants de messe de la religion multiculturelle faire la leçon aux organes de presse qui avaient eu le culot d\u2019assurer leur reproduction.On pouvait trouver de mauvais goût de telles caricatures.Mais de là à entraîner des procédures judiciaires contre ceux 62 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 qui s\u2019étaient permis de les reproduire, comme ce fut le cas avec Charlie Hebdo, cela donne une image assez inquiétante du monde qui se construit sous nos yeux et qui censure délibérément ce qui pourrait le contredire.Il y a des limites politiques et sociales à l\u2019hétérogénéité identitaire.La société multiculturelle criminalise la dissidence pour ensuite la pénaliser.Ce en quoi on peut parler lucidement l\u2019avenir carcéral des sociétés multiculturelles.On remarquera aussi que l\u2019espace politique de la société multiculturelle se recompose à partir de la logique de la repentance et de son grand récit.Pour s\u2019inscrire dans l\u2019espace public, il faut d\u2019abord consentir à un acte de contrition, où l\u2019on accepte plus ou moins officiellement le grand récit de la culpabilité occidentale et de la grande ouverture à la différence du dernier demi-siècle.On plaidera coupable au grand tribunal de la vertu progressiste pour être ensuite admis dans le débat public.C\u2019est ce qu\u2019a compris bien maladroitement le cardinal Ouellet ces derniers temps, lorsqu\u2019il a lié de manière inattendue ses revendications politiques sur l\u2019école confessionnelle à la présentation d\u2019une série d\u2019excuses à toutes les minorités que l\u2019Église aurait opprimé.Mais au-delà de lui, c\u2019est une dynamique de culpabilisation qui se révèle à travers la culture de la repentance.Et bien évidemment, ceux qui refusent d\u2019entrer dans cette logique sont stigmatisés et classés parmi les réactionnaires, sinon pire.Cette vision des choses, évidemment, contribue à l\u2019affaiblissement d\u2019une société dont tous les acteurs participent délibérément ou non à la criminalisation de son passé et par conséquent, de son identité nationale.Quoi qu\u2019il en soit, résumons les choses ainsi : il faut que les hommes se ressemblent au moins un peu pour se rassembler.S\u2019ils ne se font plus confiance, s\u2019ils ne sont plus persuadés de partager une même histoire, ils risquent bien 63 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 d\u2019entretenir entre eux un climat de méfiance qui peut mener à l\u2019implosion sociale.Je ne récuse pas un certain cosmopolitisme qui est le sel des sociétés humaines et qui nous éloigne du mauvais mirage de la société close.Mais où nous mène-t-il s\u2019il ne suppose pas un monde commun qui assure la solidarité des hommes ?Ch.C.Bien d\u2019accord pour poser la question de la ressemblance - une certaine identité et identification me semblent nécessaires à la solidarité qui fonde une communauté politique.J\u2019allais moi-même vous conduire sur ce terrain.Le paradoxe des thuriféraires de la nation civique, cosmopolites, multiculturalistes, prétendus chantres de l\u2019ouverture anti-ethnique, est qu\u2019ils favorisent la définition ethnique des citoyens, du moment qu\u2019ils appartiennent à une minorité.Ils ne veulent surtout pas encourager les descendants d\u2019immigrés à se sentir Québécois d\u2019abord qu\u2019 « ethnique ».Or, quand, après 3, 4 voire 5 générations, on se définit encore comme « ethnique », plutôt que Québécois, il me semble qu\u2019il y a là un échec lamentable dont il faut tirer des leçons, plutôt que de chercher à le reproduire - leçon que tirait la loi 101, qui est au fond un des ennemis de ces multiculturalistes.MBC : Vous me posez la question des critères de l\u2019intégration à la nation.Il m\u2019apparaît normal - c\u2019est aussi le cas de 80 % des Québécois - que l\u2019immigrant qui arrive ici s\u2019intègre pleinement à la nation, ce qui revient à toutes fins pratiques à s\u2019approprier la culture nationale dans sa langue et ses références historiques, pour dire le plus rapidement possible « nous » avec l\u2019ensemble de la collectivité nationale.La vocation de l\u2019immigré est de ne plus en être un, de devenir un citoyen comme les autres.Ce travail d\u2019identification est difficile mais c\u2019est ce qui fait sa valeur.Évidemment, l\u2019immigrant apportera à sa société d\u2019accueil une différence qui souvent, pourra l\u2019enrichir, comme cela a toujours été le cas.Je ne remets certainement pas cela en question, non 64 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 plus que les règles élémentaires de l\u2019hospitalité qui s\u2019inscrivent dans la belle histoire de l\u2019universalité occidentale.Mais le travail d\u2019intégration n\u2019est pas symétrique.C\u2019est au nouvel arrivant à s\u2019adapter, à prendre le pli du pays qu\u2019il a délibérément rejoint ou vers lequel il s\u2019est sauvé parce que les circonstances l\u2019exigeaient.Une société n\u2019est pas une page blanche.Ceux qui entretiennent une vision gastronomique du multiculturalisme, sensé métamorphoser nos métropoles en paradis des saveurs, ont une vision très limitée de ce cosmopolitisme pour nouveaux riches, qu\u2019ils goûtent à l\u2019abri de ses conséquences négatives, qu\u2019ils contemplent sans payer le prix de la fragmentation sociale.Je n\u2019en peux plus d\u2019entendre les thuriféraires du pluralisme nous présenter une vision absolument terne du passé pré-cosmopolite de nos sociétés, que le pluralisme viendrait soudainement égayer en multipliant les restaurants étrangers ! Le gastronomisme, dernière ligne de défense du multiculturalisme ! Cette vision correspond bien à l\u2019éthique hédoniste de la classe qui prend pour l\u2019instant les apparences de l\u2019élite et qui n\u2019en finit plus d\u2019esthétiser le déclin de nos sociétés.Ch.C.Le gastronomisme ! Voilà une des meilleures illustrations de la superficialité de la diversité qu\u2019on nous vante, celle de cités cosmopolites, anglophones, vouées à se ressembler - avec les mêmes restaurants cosmopolites partout, plutôt que mettant en valeur des traditions locales.Mais si le mal multiculturel touche l\u2019Occident dans son ensemble, il semble, j\u2019y reviens, atteindre un degré inouï au Québec.Que pensez-vous par exemple du nouveau programme d\u2019« éthique et culture religieuse » que notre Ministère de l\u2019Education concocte en catimini (les premières classes expérimentales doivent demeurer à l\u2019abri des médias et du débat public) ?Spécialement de cet objectif sous-jacent dont semblent même rêver certains de ses artisans (à en croire leurs témoignages dans Le Devoir) de mener quasiment vers une 65 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 nouvelle religion planétaire, pluraliste, à la carte ?En quoi cela rejoint-il la dénationalisation ?MBC : C\u2019est dans Le Devoir qu\u2019on lisait, le 14 septembre dernier : « Le contenu du programme ratisse large.Il donne la part belle à l\u2019héritage religieux propre au Québec - christianisme, judaïsme et spiritualités autochtones - mais furète dans d\u2019autres zones.L\u2019islam, le bouddhisme et l\u2019hindouisme feront ainsi partie de l\u2019enseignement.À côté de l\u2019histoire de Noé et du Déluge se profilera le récit de la révélation à Mahomet.Le baptême et la circoncision se côtoieront au chapitre des rituels de naissance.L\u2019Épiphanie et la naissance du gourou Nanak dans l\u2019univers des fêtes ».Ce genre d\u2019envolée lyrique est bien révélateur de l\u2019esprit babélisant du programme d\u2019enseignement des religions.Ce cours ne servira certainement pas à approfondir la culture religieuse des nouvelles générations mais plutôt à implanter une éducation multiculturelle dont les élèves seront les premières victimes.Sous prétexte d\u2019ouverture à l\u2019autre, c\u2019est une véritable déconstruction de l\u2019identité québécoise qui s\u2019opérera dans une forme de relativisme radical encore une fois fondé sur le dénigrement de l\u2019expérience occidentale.Les enfants seront gavés à partir d\u2019une grande chaudronnée multireligieuse.Ce programme, qui relativise toutes les religions et qui fait de la société québécoise un laboratoire pour la construction d\u2019un cosmopolitisme post-occidental est aussi à critiquer sévèrement comme la nouvelle preuve qu\u2019a un pouvoir politique dénaturé de mettre en ruine les traditions d\u2019un pays pour ensuite y construire sa société idéale.J\u2019y vois le même cauchemar de l\u2019homme nouveau, du citoyen du monde sans préjugés au cœur du fantasme progressiste.L\u2019éditorial du Devoir le confesse même à sa façon en disant de ce programme qu\u2019il promet « la fabrication de jeunes esprits tolérants », comme si c\u2019était le rôle de l\u2019école de fabriquer à l\u2019abri de la démocratie la société 66 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 dont les adultes ne veulent pas.En fait, nous avons, avec ce programme, la quintessence du projet multiculturel, de l\u2019entreprise de dénationalisation forcée que nous subissons : nous touchons à la désoccidentalisation de la société québécoise, qu\u2019on veut désancrer pour de bon de la civilisation occidentale.Ce sont les derniers sédiments de l\u2019identité québécoise qu\u2019on cherche à éradiquer, les dernières couches d\u2019appartenance qu\u2019on veut décaper.On cherche à déraciner ce qui reste du christianisme même pour démanteler les grands pans qui assurent sa morphologie sociale fondamentale à la société québécoise.Je crois d\u2019ailleurs que c\u2019est plus vastement ce que recouvrent les discussions actuelles sur l\u2019héritage chrétien du Québec : notre société doit-elle encore appartenir à la civilisation occidentale ou doit-elle en faire symboliquement sécession ?Ch.C.S\u2019il vous plaît de critiquer la gauche, il vous plaît tout autant de vous revendiquer conservateur et de droite.Que signifient pour vous ces étiquettes ?A vous lire, on croirait que pour vous il faille être de droite pour critiquer le multiculturalisme ! Reprendriez-vous à votre compte la parade que lancent les défenseurs « bien pensants » aux critiques du multiculturalisme ?MBC : Allons-y par étapes.Je ne crois pas qu\u2019il faille être « à droite » pour critiquer le multiculturalisme.Je crois seulement que lorsqu\u2019on critique le multiculturalisme, qu\u2019on le veuille ou non, aujourd\u2019hui, on tombe à droite, tout simplement.Parce que la gauche se définit d\u2019abord par le multiculturalisme.Parce que la gauche est multiculturelle.Par ailleurs, je ne crois pas faire le jeu des multiculturalistes en me classant à droite pour une raison simple : être à droite, pour moi, n\u2019est ni une vertu, ni une tare, c\u2019est un fait.Je ne vois pas pourquoi la gauche aurait le monopole du cœur ou de l\u2019esprit.Je remarque, cela dit, la force du terrorisme idéologique progressiste qui entraîne bien des esprits plutôt 67 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 conservateurs à tout faire pour rester à gauche, comme s\u2019il y avait une disqualification morale à « passer à droite ».Je ne comprends pas la puissance de cette intimidation.Combien de fois n\u2019a-t-on pas entendu tel professeur, tel politique ou tel journaliste, après avoir tenu des propos indéniablement conservateurs, nous dire qu\u2019il n\u2019était pas pour autant « de droite » ?Je me rappelle cet échange entre Cioran et Revel, rapporté par ce dernier, dans ses Mémoires : « Et pour finir, mon cher Revel, une question : quand vous déciderez-vous à ne plus être un intellectuel de gauche ?» Être conservateur, c\u2019est d\u2019abord ne pas être progressiste, si vous me permettez cette définition par contraste.Je donne souvent cette distinction : devant le fait de la socialisation, le conservateur aperçoit une civilisation de l\u2019homme, le progressiste aperçoit, lui, une aliénation, qui le rend spontanément critique du principe d\u2019institution, du principe d\u2019autorité.Le conservateur refuse le mythe de la pure transparence égalitaire des rapports sociaux et se porte à la défense des formes historiques et symboliques qui assurent l\u2019institutionnalisation de l\u2019existence humaine.Le conservatisme est un refus de l\u2019utopie et de l\u2019utopisme.Il s\u2019agit aussi d\u2019une anthropologie forte qui refuse l\u2019idée d\u2019une pure plasticité de la matière sociale, disponible pour tous les constructivismes, pour toutes les expérimentations idéologiques.Le conservatisme refuse surtout la criminalisation de l\u2019expérience historique occidentale.Le conservateur, s\u2019il adhère à un universalisme nécessaire, n\u2019y résume toutefois pas le génie occidental et défend aussi les appartenances concrètes par lesquelles se manifeste cette civilisation.Concrètement, je crois que ce qui divise la gauche et la droite aujourd\u2019hui a rapport à l\u2019héritage de Mai 68 et aux conséquences de la contre-culture sur l\u2019identité occidentale.Dans les faits, aujourd\u2019hui, la défense de l\u2019identité nationale est une idée conservatrice.On ne pourra pas se soustraire de cette réalité. 68 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Ch.C.J\u2019en reviens à votre livre, plus directement.Un des traits forts qui ressort de votre essai est votre don pour les citations compromettantes.Vous en colligez une quantité substantielle, et des plus croustillantes.On voudrait en rire, mais le mal de ce sottisier est qu\u2019il traduit la pensée d\u2019une portion déterminante des cadres du mouvement politique souverainiste depuis douze ans.Quelle est à votre avis la profondeur du mal et quelles sont nos chances ou, à tout le moins les pistes, de rémission, d\u2019un point de vue non seulement nationaliste, mais indépendantiste s\u2019entend ?MBC : Le multiculturalisme est profondément enraciné dans la conscience idéologique des milieux intellectuels et de tout l\u2019appareil gouvernemental, du moins, dans les firmes d\u2019ingénierie sociale qui y sont incorporées et qui disposent de tant d\u2019influence dans la société contemporaine.Autrement dit, la technocratie chartiste est au pouvoir et y est réellement.Ces idées ne flottent pas, elles ne sont pas immatérielles.On ne lutte pas contre elles sans lutter aussi contre les institutions qui assurent leur progression.À moins de réduire la lutte intellectuelle à une joute stérile où les professeurs en colloques discuteraient sans vraiment s\u2019affronter.Il faut savoir localiser ce pouvoir et neutraliser les institutions qui se sont retournées contre la nation québécoise.Pour lutter contre le multiculturalisme, il faut lutter contre les institutions qui le génèrent et assurent son implantation.On peut le dire à l\u2019inverse : la nation prend forme dans un ensemble d\u2019institutions qui lui permettent de s\u2019incarner ou se désagrège en pur discours identitaire.Ce en quoi il faut aussi recentrer le pouvoir autour des institutions qui dans l\u2019État, incarnent encore la souveraineté populaire.La nation doit redevenir pour les intellectuels l\u2019évidence qu\u2019elle est encore pour le peuple.C\u2019est vous dire, toutefois, l\u2019ampleur de la tâche dans le lent travail de reconstruction du nationalisme et de revitalisation de la nation.C\u2019est vous dire surtout que le réinvestissement du nationalisme dans l\u2019espace public pas- 69 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 sera aussi par une réflexion sur les institutions qui peuvent le mieux mettre en forme l\u2019identité nationale dans l\u2019époque actuelle.On la croyait fermée, mais c\u2019est la question du régime politique, qui resurgit.Ch.C.Posons la question plus concrètement : croyez-vous que Pauline Marois puisse donner le grand coup de balai qui s\u2019impose et que le Parti québécois incarne encore à lui seul l\u2019avenir du nationalisme ?Au-delà du leadership seulement politique, c\u2019est un chantier intellectuel qu\u2019il faut ouvrir, pour assurer une nouvelle fécondation du souverainisme par l\u2019identité nationale.Il faut au plus vite, et très clairement, distinguer l\u2019identité nationale de l\u2019héritage soixante-huitard dont on veut l\u2019investir.La vision constructiviste de l\u2019identité collective, qui consiste à croire qu\u2019on peut programmer les contenus de celle-ci selon les préférences idéologiques du moment, est faussée.De ce point de vue, j\u2019ai de la sympathie pour le conservatisme de sens commun exprimé par l\u2019ADQ qui décante dans l\u2019identité québécoise ce qui lui est propre et les valeurs qu\u2019on lui aura inoculées de force dans la dernière décennie.Il y a des valeurs à restaurer : le mérite, l\u2019excellence, la famille, l\u2019effort, la connaissance, le travail, la discipline, le sens de la nation.Notre société doit travailler à son réenracinement, pour reprendre l\u2019excellente formule d\u2019Antoine Robitaille.Mais ma famille politique demeure celle du souverainisme, du moins pour l\u2019instant, au sens où l\u2019indépendance me semble être le seul destin susceptible de grandeur pour notre peuple.Un Québec qui renoncerait pour de bon à l\u2019indépendance consentirait sans le savoir à la crevaison de son identité nationale.Mais quoi qu\u2019en disent certains, l\u2019heure n\u2019est pas au maximalisme indépendantiste.La dernière élection québécoise n\u2019était pas qu\u2019un événement politique 70 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 plus important que les autres : elle annonçait aussi pour de bon l\u2019apparition d\u2019une nouvelle ère pour notre Québec où la quête de l\u2019indépendance devra se métamorphoser pour redevenir une possibilité historique et politique.Sortir de l\u2019obsession référendaire n\u2019est pas qu\u2019une formule creuse.Il faut apprendre à penser autrement la traduction politique du nationalisme.Il faut, je crois, réapprendre l\u2019exercice du pouvoir loin des scrupules du postmodernisme envahissant.Il faut réapprendre ce qu\u2019est le politique et en exprimer une vision qui ne soit pas thérapeutique.En ce moment, plus que la souveraineté qui de toutes façons, n\u2019aboutira pas à court terme, à moins d\u2019un miracle politique qu\u2019il ne m\u2019appartient pas de prophétiser, c\u2019est le principe du Québec d\u2019abord qu\u2019il faut réaffirmer, le seuil élémentaire à partir duquel défendre la nation.Il faut désinvestir le nationalisme de la seule souveraineté comme l\u2019a souvent rappelé Christian Dufour pour qui un nationalisme exclusivement tourné vers la souveraineté pouvait d\u2019une certaine manière se retourner contre le Québec.C\u2019est aux fondamentaux du nationalisme qu\u2019il faut en revenir, dans la défense de l\u2019identité québécoise et des intérêts vitaux de la nation.Ch.C.Autrement dit, votre propos consiste à réaffirmer qu\u2019il faut commencer par asseoir le nationalisme pour espérer réaliser la souveraineté.Commençons par consolider notre nationalisme et assumer notre pouvoir politique, pour gouverner en travaillant à rendre toujours plus aisée la réalisation de l\u2019indépendance.Un mot de prospective pour conclure?En fait, l\u2019ADQ et le PQ peuvent aider au renforcement du Québec en élargissant la palette du nationalisme à des parties de la société québécoise qui étaient réfractaires à la vision très particulière qu\u2019avaient les péquistes du nationalisme, et plus encore, du souverainisme.La part de l\u2019électorat d\u2019abord fidèle au Québec est objectivement bien plus 71 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 grande que le seul électorat du souverainisme officiel ou du Parti québécois.Il faut multiplier les points de vue québécois sur le Québec.D\u2019ailleurs, les fédéralistes l\u2019ont bien senti dans leur dernier manifeste, Reconquérir le Canada, en dénonçant avec autant de vigueur le souverainisme du PQ que l\u2019autonomisme de l\u2019ADQ.C\u2019est le nationalisme dans toutes ses dimensions qu\u2019il nous faut désormais élire politiquement pour dessiner au fil des événements une représentation convaincante de nos intérêts vitaux.Au-delà des partis, auxquels il faut prêter un serment d\u2019infidélité, c\u2019est le Québec et les modalités de son affirmation nationale qu\u2019il faut désormais placer au centre de nos réflexions.C\u2019est du moins mon projet pour les années à venir.? 72 Victor-Lévy Beaulieu FAIRE SA PROPRE HISTOIRE J\u2019avais quinze ans, j\u2019étudiais à l\u2019école Pie IX de Montréal-Nord, j\u2019étais insoumis et rebelle, je dirigeais L\u2019Envol, un journal dans lequel Jean-Marc Brunet écrivait une chronique sur l\u2019indépendance du Québec.C\u2019était à l\u2019époque où le naturopathe Raymond Barbeau parlait de la Laurentie comme d\u2019un pays à faire naître sur les ruines du fédéralisme canadien.Il fut rapidement doublé sur sa gauche par Pierre Bourgault et le RIN, le premier et le seul parti politique dont le programme était radical : un vote pour le RIN était un vote pour l\u2019indépendance du Québec, il n\u2019y avait là aucune ambiguïté, aucune équivoque, aucun malentendu.À l\u2019école Pie IX, j\u2019étais le seul à arborer le symbolique bélier qui était l\u2019image de marque du RIN.J\u2019étais le seul à courir les meetings de Bourgault et à reconnaître dans la fougue de l\u2019orateur mes propres doléances, mes propres aspirations et mes propres rêves.Ça ne viendrait certes pas du jour au lendemain, mais j\u2019étais jeune, déterminé et plein d\u2019énergie.Il fallait tout simplement ne pas manquer de patience puisque, comme l\u2019a écrit William Faulkner, lorsqu\u2019un vaste projet nous anime vraiment, ça devient impossible de le perdre de vue.Ce n\u2019est malheureusement pas ce qui est arrivé avec le RIN, à cause de René Lévesque et de la fondation du Mouvement 73 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 souveraineté-association qui devait donner naissance au Parti québécois.Quand le RIN s\u2019est sabordé, j\u2019en ai pleuré de rage : je n\u2019aimais pas René Lévesque parce que je croyais qu\u2019il n\u2019était pas indépendantiste et qu\u2019il ne le serait jamais.J\u2019ai quand même voté pour le Parti québécois en 1973 et en 1976, puisqu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019autre choix possible.Dès le lendemain de l\u2019élection du PQ, René Lévesque ne fit rien pour que je l\u2019aguisse moins.Lorsqu\u2019il déclara que le PQ se contenterait d\u2019être un bon gouvernement provincial pendant la durée de son mandat, il me confirma dans l\u2019idée que j\u2019avais de lui : il ne serait jamais le libérateur qui nous mènerait à la Terre promise, car cette terre-là promise lui faisait peur, viscéralement.Mais Lévesque était un habile politicien qui, selon les mots de Maurice Blanchot, croyait que s\u2019il faut tendre toutes ses énergies vers la souveraineté, il vaut mieux ne pas avoir à l\u2019assumer.Tout l\u2019art de gouverner de Lévesque a donc consisté à attiser les braises quand le feu nationaliste menaçait de s\u2019éteindre, puis à jeter de l\u2019eau dessus quand il chauffait trop.C\u2019est parce qu\u2019il n\u2019était pas indépendantiste que Lévesque a accepté de jouer le jeu de l\u2019étapisme et celui du beau risque, deux aberrations politiques : peut-on vraiment tout obtenir quand on finit par ne plus demander que le moins, et du bout des lèvres, avec l\u2019air de quelqu\u2019un qui s\u2019en excuse ?Et puis, quelle naïveté Lévesque entretenait-il par-devers le gouvernement fédéral : comme Daniel O\u2019Connell l\u2019avait cru en Irlande, Lévesque était convaincu qu\u2019en respectant les règles du jeu soi-disant démocratique, Pierre Elliott Trudeau en ferait autant.Il aurait dû lire et faire lire à ses ministres et députés les Cours au Collège de France que Jules Michelet y a donné de 1837 à 1851, et plus particulièrement ceux sur le nationalisme.Il n\u2019aurait ainsi entretenu aucune illusion sur Trudeau et sur un pouvoir fédéral prêt à tout pour faire échec aux rêves d\u2019indépendance du Québec. 74 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Lévesque aurait dû lire aussi les écrits politiques de Simon Bolivar, le libérateur de l\u2019Amérique du Sud.Trudeau s\u2019en est davantage inspiré que de Machiavel.Après l\u2019effondrement de la première République du Venezuela, Bolivar publia le Manifeste de Carthagène dans lequel il écrivait : Ce qui a rendu impossible le gouvernement du Venezuela, ce fut l\u2019adoption du fédéralisme, système dérivé des formules abusives des droits de l\u2019homme qui, autorisant chacun à se gouverner soi-même, déchire les contrats sociaux et institue l\u2019anarchie comme règle de la vie des nations.Le fédéralisme est sans doute un système parfait, le plus propre à assurer le bonheur de la société des hommes.Néanmoins, c\u2019est le régime le plus contraire aux intérêts de nos jeunes États.Il faut que le gouvernement se moule, pour ainsi dire, sur les circonstances, le temps et les hommes.Si la prospérité et la sérénité règnent, il sera doux et protecteur.Mais dans l\u2019adversité, quand les hommes s\u2019agitent, il doit se montrer terrible et s\u2019armer d\u2019une fermeté égale aux dangers, sans se soucier des Lois ni de constitution tant que ne sont pas rétablies la félicité et la paix.Avec Trudeau est né le nationalisme Canadian : en rapatriant unilatéralement la Constitution et en demandant au gouvernement central d\u2019adopter une Charte des droits et libertés, Trudeau n\u2019a fait qu\u2019adapter la pensée de Bolivar pour mieux mettre en échec un Québec aspirant lui aussi à devenir une nation.Le multiculturalisme, qui est à la base même de la Charte des droits et libertés, a mis fin à la théorie des deux peuples fondateurs du Canada, il a mis le Québec face à une toute autre réalité : se soumettre, c\u2019est-à-dire accepter de disparaître, ou se rebeller, c\u2019est-à-dire faire l\u2019indépendance.Le Parti québécois de René Lévesque s\u2019est montré incapable de choisir vraiment entre l\u2019une ou l\u2019autre option.Quand Jacques Parizeau est arrivé et qu\u2019il a repris les choses en mains, c\u2019était déjà trop tard, le gouvernement fédéral ayant mis en place de formidables structures pour contrer la volonté des Québécois.L\u2019affaire des commandites a démontré entre autres choses que c\u2019est le Parti libéral qui a pris le maquis en 1995 en dilapidant sans vergogne 75 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 les fonds publics afin de gagner une partie qu\u2019autrement il aurait perdue.Jean Chrétien s\u2019en est vanté devant la commission Gomery : « Le Canada était en guerre.Quand on est en guerre, la fin justifie les moyens.» Le premier ministre du Canada n\u2019a fait que suivre la logique qui conditionne tout État fédéral quand il tient à sa survie : un pouvoir centralisateur qui vote des lois lui donnant l\u2019autorité et les moyens dont il a besoin pour qu\u2019on ne puisse plus lui résister.Si ces lois ne suffisent pas à assurer sa domination, il n\u2019a qu\u2019à contourner les règles soi-disant démocratiques pour arriver à ses fins.L\u2019histoire du Canada est pleine de ces détournements démocratiques : l\u2019Acte d\u2019Union du Haut et du Bas-Canada, l\u2019établissement de la Confédération canadienne, le pouvoir sans limites de dépenser du gouvernement fédéral, la Charte des droits et libertés (qui a fait du Québec une minorité culturelle parmi tant d\u2019autres du Canada), la reconnaissance du Québec comme nation (mais à l\u2019intérieur du Canada) et la guerre en Irak, jamais les Québécois ne furent appelés collectivement à se prononcer par rapport à la société dans laquelle ils sont forcés de vivre.Les gouvernements du Parti québécois se sont montrés impuissants à détisser la toile que, depuis Trudeau, les fédéralistes ont mise en place dans le seul but de marginaliser de plus en plus le Québec dans la Confédération canadienne.La bonne gouvernance des régimes Bouchard et Landry, qui consistait à imaginer simplement mille et une entourloupettes prétendument défensives pour ne pas voir la réalité en face, a été un échec pervers comme l\u2019ont démontré les élections provinciales de mars 2007.Mais rares sont les analystes et les commentateurs qui ont rappelé à nos mémoires défaillantes que les dés étaient pipés depuis novembre 1976 quand Lévesque, au lieu de faire voter à l\u2019Assemblée nationale une déclaration unilaté- 76 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 rale d\u2019indépendance, s\u2019est suicidé politiquement en se réfugiant derrière le paravent « du bon gouvernement provincial ».Trente ans plus tard, on en est encore au même point.Pourquoi ?Relisons encore Bolivar sur l\u2019échec des premiers mouvements de libération en Amérique du Sud : Au lieu de chefs, nous eûmes des philosophes ; au lieu de soldats, des sophistes ; en guise de législation, de la philanthropie ; en guise de tactique, de la dialectique.La dilapidation des revenus publics à des fins frivoles et préjudiciables, surtout en traitements à une infinité de bureaucrates, de secrétaires, de juges, de magistrats, de législateurs provinciaux et fédéraux, porta un coup mortel à la libération du Venezuela.On croirait lire le constat d\u2019échec du Parti québécois qui, au lieu de voir les choses telles qu\u2019elles sont, s\u2019est bureaucratisé et, ce faisant, a perdu contact avec la simple réalité, lassant un peuple qui, là où on ne mettait plus que des chiffres et des lettres auxquels l\u2019esprit manquait, c\u2019est-à-dire l\u2019idée même d\u2019indépendance, ne voyait plus pourquoi il ferait confiance à des femmes et à des hommes dont le patriotisme n\u2019en était plus vraiment un.Deux petites preuves parmi tant d\u2019autres ?C\u2019est sous un gouvernement péquiste que les cours d\u2019histoire dans nos écoles furent abolis et c\u2019est sous un gouvernement péquiste aussi que l\u2019enseignement de la littérature québécoise devint une matière facultative.Comment peut-on affirmer qu\u2019on aspire à l\u2019indépendance quand, en même temps, on prône la dissolution ?Dans ses Cours au Collège de France, Jules Michelet l\u2019a pourtant dit clairement : Les traces du vieux temps, elles sont nos âmes, confuses, indistinctes, souvent importunes.Nous nous trouvons savoir ce que nous n\u2019avons pas appris, nous avons mémoire de ce que nous n\u2019avons pas vu ; nous ressentons les sourds prolongements des émotions de ceux que nous ne connûmes pas.Faire l\u2019histoire, c\u2019est m\u2019expliquer à moi, homme moderne, ma propre naissance, me raconter mes longues épreuves pendant les cinq derniers siècles, reconnaître ce pénible et ténébreux passage où, après tant de fatigues, je suis parvenu au jour de la civilisation, de la liberté. 77 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 En mettant fin à l\u2019étude de l\u2019histoire du Québec, en refusant d\u2019établir notre littérature comme étant nationale, en ne s\u2019opposant pas à la concentration de la presse par la fédéraliste Power Corporation, en ne rapatriant pas à Québec la culture et les communications, en acceptant que la Cour suprême effiloche la loi 101 tout en faisant preuve de laxisme dans son application et en négligeant l\u2019intégration des immigrants, le Parti québécois a laissé toute la place au gouvernement fédéral ; et celui-ci, grâce à l\u2019énorme pouvoir de dépenser qui est le sien, en a profité pour placer partout ses chevaux de Troie au nom du nationalisme Canadian.Ce qu\u2019il faut comprendre, c\u2019est que le gouvernement fédéral n\u2019agit pas autrement que n\u2019importe quel autre pouvoir politique qui est convaincu de sa souveraineté.Pour Lénine, la révolution bolchévique ne pourrait être une réussite que lorsque les Ukrainiens, les Tchétchènes et les Mongols parleraient le russe, car c\u2019est par la langue qu\u2019il est possible de rendre une société uniforme en obligeant tous ceux qui la constituent à penser, donc à vivre, selon les mêmes us et coutumes.Dans un premier temps, ça donne le bilinguisme ; dans un deuxième temps, cela amène la disparition de l\u2019une ou de l\u2019autre langue.Il n\u2019y a pas d\u2019État bilingue parce que tout État tend à l\u2019unicité et, s\u2019il n\u2019y parvient pas, ne peut que sombrer.On a dit et écrit que la reconnaissance récente du Québec comme nation par le pouvoir fédéral, même si ce n\u2019est qu\u2019à l\u2019intérieur du système Canadian, constituait pour nous un pas en avant.Quelle naïveté ! Le Bloc, le Parti québécois et l\u2019Action démocratique auraient dû s\u2019opposer fermement à cette reconnaissance qui n\u2019en est pas une.Bien au contraire, cette astuce stratégique du Parti conservateur fédéral n\u2019a été proposée que pour démontrer qu\u2019il n\u2019y a au Canada qu\u2019un seul nationalisme agissant, celui de la majorité Canadian. 78 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Ce qui est dramatique pour le Québec, c\u2019est que son pouvoir de revendication n\u2019a fait que s\u2019étioler depuis que René Lévesque a créé le Mouvement souveraineté-association.Paradoxalement, le succès politique de Lévesque auprès des Québécois a pour ainsi dire tué le mouvement indépendantiste, de sorte qu\u2019aujourd\u2019hui on se retrouve piégé comme ça a été le cas des patriotes de 1837-1838 : nous n\u2019avons plus de parti politique véritablement indépendantiste et, parce qu\u2019il est de moins en moins possible pour nous de contrôler l\u2019institution Canadian, nous sommes voués à tourner en rond, en faisant des cercles de plus en plus petits, jusqu\u2019à l\u2019étranglement final, c\u2019est-à-dire notre disparition comme nation, peuple et patrie française en Amérique du Nord.Notre seule chance d\u2019y échapper serait de revenir à l\u2019empre-mier du mouvement indépendantiste au moyen d\u2019un parti politique qui, faisant fi de tout accommodement raisonnable, remettrait enfin les pendules à l\u2019heure : l\u2019indépendance d\u2019une nation, d\u2019un peuple et d\u2019une patrie, ça ne se négocie pas, ça se prend ! Malheureusement, le Parti québécois, Québec solidaire et l\u2019Action démocratique ne sont plus que de faux-fuyants politiques, de sorte que nous nous retrouvons aujourd\u2019hui politiquement orphelins de nous-mêmes, donc de notre histoire.Pouvons-nous encore réagir ?Avons-nous encore suffisamment de volonté, de courage et de lucidité pour échapper à la fin qui nous attend ?Sans un parti véritablement indépendantiste pour canaliser cette volonté, ce courage et cette lucidité, j\u2019en doute énormément : quand on ne fait pas sa propre Histoire, ce sont les autres qui la font pour nous et nous transforment en débris d\u2019humanité, avec rien d\u2019autre que l\u2019hystérie comme avenir.10 novembre 2007 79 Pierre Dubuc* Avec le retour du « Nous » DEUX VOIES POUR LE MOUVEMENT NATIONAL Quel est l\u2019état du nationalisme ?Quel est l\u2019état du mouvement national ?Constatons d\u2019abord un tournant majeur avec le retour attendu du « Nous ».Cependant, comme toujours avec la question nationale, rien ne sera simple.En fait, le virage représente un défi extraordinairement important pour les forces progressistes, car la droite, poussée par l\u2019air du temps, est en train de s\u2019y engouffrer allègrement comme en témoigne l\u2019accueil que certains milieux nationalistes réservent à la publication de La dénationalisation tranquille de Mathieu Bock-Côté.Un coup fatal porté au nationalisme civique L\u2019échec retentissant du Parti québécois d\u2019André Boisclair lors du dernier scrutin et les succès de l\u2019Action démocratique de Mario Dumont ont porté un coup fatal aux partisans du nationalisme civique et ont contribué à la réhabilitation d\u2019un nationalisme retrouvant ses racines linguistique, culturelle et nationale.Le nationalisme civique incarnait la réaction d\u2019un important courant nationaliste à la déclaration de Jacques Parizeau le soir du référendum sur les « votes ethniques » et aux propos de Yves Michaud devant la commission Larose sur le vote ethnique de la communauté juive.* Directeur de L\u2019Aut\u2019journal 8o L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Les promoteurs du nationalisme civique ont présenté leurs conceptions dans un manifeste paru dans Le Devoir du 9 janvier 2001, signé par quinze personnes, se présentant comme des jeunes de moins de 35 ans rassemblés autour d\u2019André Boisclair, et endossé une semaine plus tard par plus de mille personnes.Intitulé « Pour en finir avec l\u2019affaire Michaud - Le temps est venu de remettre en question le nationalisme canadien-français », les signataires, se présentant comme des « modernistes », opposaient à la nation « ethnique » ce qu\u2019ils appelaient « la nation politique animée par l\u2019idée que la nation est fondée sur l\u2019association démocratique des citoyens dans un État donné ».Ce nationalisme « nouveau », rapidement qualifié par les médias de « nationalisme civique et inclusif» reposait, écrivait-on, sur « la volonté des individus de la collectivité plutôt que sur les déterminants ethniques » et nous permettait « de ne plus être prisonniers de la question identitaire ».Une telle approche, qui s\u2019appuyait, selon les signataires du manifeste, avant tout sur « la Charte des droits et libertés de la personne » du Québec, permettait un « dialogue ouvert » de tous les citoyens, « peu importe leur origine ».On pourrait ainsi, affirmait-on, « déethniser » le débat, et mettre de côté « l\u2019attitude de victime et chasser l\u2019intolérance » envers les autres Québécois.Quelques mois plus tard, les mêmes concepts se retrouvaient dans les rapports préliminaire et final de la commission Larose.Les commissaires nous invitaient « à rompre définitivement avec l\u2019approche historique canadienne qui divise l\u2019identité québécoise suivant une ligne ethnique : la canadienne-française et la canadienne-anglaise ». 8i L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Nous avons été parmi les premiers à critiquer cette approche.D\u2019abord dans un texte paru immédiatement après le Manifeste des « civiques » et intitulé « Le nationalisme civique, cheval de Troie de la mondialisation ».Le texte a été reproduit dans le tome 2 des Grands textes indépendantistes (Typo 2004).Puis, nous avons à nouveau abordé le sujet dans Larose n\u2019est pas Larousse (Éditions Trois-Pistoles, 2002), un recueil d\u2019articles consacrés à la critique de la commission Larose.Enfin, nous sommes revenu sur la question de façon beaucoup plus élaborée dans « Sans nous qui est Québécois ?», un dossier paru dans L\u2019Apostrophe (automne 2002), la revue de L\u2019Autjournal.Nous avons poursuivi cette critique lors de la course à la chefferie du Parti québécois où nous avons été candidat.Une critique commune du nationalisme civique Cependant, notre critique du « nationalisme civique » est tombé un peu à plat parce qu\u2019elle allait à contre-courant des idées dominantes à ce moment-là dans le mouvement nationaliste et dans la société en général.La déroute électorale des partisans du nationalisme civique avec André Boisclair à leur tête allait complètement chambouler le paysage politique et l\u2019ouvrage de Mathieu Bock-Côté a l\u2019avantage de paraître au bon moment.Nous partageons l\u2019essentiel des critiques du nationalisme civique qu\u2019on retrouve dans La dénationalisation tranquille.La critique du « chartisme », de l\u2019approche habermassienne, du multiculturalisme, nous l\u2019avions déjà formulée dans les ouvrages précités.Dans son livre, Mathieu Bock-Côté cite d\u2019ailleurs en l\u2019endossant notre définition de la nation québécoise, c\u2019est-à-dire « une communauté historiquement constituée puisant ses origines en Nouvelle-France et ayant assimilé au cours des siècles des gens de différentes origi- 82 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 nes.Une nation, écrivions-nous, n\u2019est pas un phénomène éphémère, mais bien le résultat de relations durables et régulières résultant d\u2019une vie commune de génération en génération.» Nous sommes également d\u2019accord avec Mathieu Bock-Côté pour voir dans la floraison des recherches en sciences sociales sur les « identités » (femmes, jeunes, gays et lesbiennes, minorités ethniques) et leur transposition au plan politique, avec l\u2019utilisation des chartes des droits, une offensive contre le concept de nation.Mais il n\u2019y a pas que le concept de nation qui s\u2019est retrouvé dans l\u2019angle de tir des chartistes - ces partisans de la Charte des droits - dans cette « cultural war ».Le concept de classe sociale et plus particulièrement celui de classe ouvrière a également fait l\u2019objet de leurs feux croisés.Mathieu Bock-Côté n\u2019est pas sans le savoir.Il cite Marc Crapez qui note que « les recherches d\u2019histoire sociale portant sur le mouvement ouvrier se sont d\u2019ailleurs brutalement taries au profit de thèses centrées sur des problèmes d\u2019exclusion ou de déviance ».Mais Bock-Côté s\u2019empresse de l\u2019ignorer.Plus encore, il cherche à attribuer à la gauche cette négation de la question nationale.Cela n\u2019est pas fait sans arrière-pensée.En fait, Mathieu Bock-Côté se sert de sa critique du nationalisme civique pour introduire ses conceptions, son programme et sa stratégie de droite.C\u2019est là que nos points de vue divergent fondamentalement.Une association erronée : nationalisme civique et social-démocratie Mathieu Bock-Côté essaie d\u2019associer le nationalisme civique à la gauche.Que des auteurs de la gauche « post-marxiste » 83 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 comme Étienne Balibar ou anti-marxiste comme Alain Touraine se soient faits les promoteurs de conceptions anti-nationales et anti-classe ouvrière est bien connu.Que Bock-Côté, s\u2019appuyant sur des auteurs comme John Fonte, réduise le « schème marxiste fondamental » à de simples rapports de domination entre groupes dominants et groupes dominés est une pure mystification qui ne fait qu\u2019illustrer leur compréhension caricaturale du marxisme.Avec ces tours de passe-passe, Mathieu Bock-Côté essaie de peindre André Boisclair comme un chef de fil du progressisme.La matière sur laquelle s\u2019appuyer est mince et Bock-Côté ne peut que citer la déclaration paniquée de fin de campagne de Boisclair dans laquelle il appelait « les progressistes, les féministes, les écologistes et les altermondia-listes » à rejoindre le Parti québécois.Mathieu Bock-Côté est mieux inspiré quand il trouve une affiliation entre Boisclair et Anthony Giddens, le politicologue attitré du Parti travailliste anglais de Tony Blair, qui « posait la question de l\u2019identité québécoise sur le mode d\u2019une alternative : le cosmopolitisme progressiste ou le nationalisme de fermeture ».Mais le blairisme n\u2019est pas la gauche.Au contraire, la gauche péquiste, regroupée dans le club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre), s\u2019en est pris vertement à Boisclair pour ses tentatives de provoquer, comme Tony Blair l\u2019a fait dans le Parti travailliste, une crise et une rupture avec le mouvement syndical.Le SPQ Libre est monté aux barricades lorsque Boisclair a exprimé son intention, s\u2019il accédait au pouvoir, de « soulager le capital » et de « mettre fin aux dîners bien arrosés avec les chefs syndicaux ».Le véritable programme de Boisclair a été révélé, au lendemain de l\u2019élection, par son principal 84 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 conseiller dans un article du magazine L\u2019actualité.Dans ses « 15 propositions pour un Québec fort », Daniel Audet proposait rien de moins que la privatisation d\u2019Hydro-Québec, l\u2019élimination de la fiscalité des entreprises, la légalisation de l\u2019assurance privée en santé et la fin de la sécurité d\u2019emploi dans la fonction publique.C\u2019est peut-être là un programme acceptable pour ceux qui s\u2019inspirent du « New Labour », mais sûrement pas pour la gauche québécoise.Il est cependant indéniable qu\u2019une certaine « nouvelle gauche », qualifiée en France de « gauche-caviar », s\u2019est employée au cours des dernières décennies à transformer les lignes de démarcations traditionnelles entre la gauche et la droite.Être de gauche n\u2019était plus s\u2019identifier au mouvement ouvrier, mais soutenir les droits des minorités identitaires en s\u2019appuyant sur les chartes des droits.C\u2019est ainsi que la richissime et anti-syndicaliste Belinda Stronach est présentée par les médias comme étant « de gauche » parce qu\u2019elle appuie les mariages gays.Les conceptions chartistes de cette « nouvelle gauche » servent à merveille les visées de Mathieu Bock-Côté.Elles lui permettent de charger à fond contre la gauche et promouvoir ses conceptions de droite.Il se sent tout à fait autoriser à s\u2019appuyer sur des auteurs de droite comme Louis Pauwels - « l\u2019esprit social a fini par dévorer l\u2019esprit national » - et Samuel P.Huntington, l\u2019auteur du Choc des civilisations et de Who are We ?.Une conception étroite du nationalisme québécois Bock-Côté cherche à associer chartisme et social-démocratie, à jumeler les valeurs progressistes du peuple québécois au nationalisme civique.« À l\u2019identité québécoise, on a substitué les \u201c valeurs québécoises \u201d », écrit-il avec dérision et il proclame que « l\u2019alliage du nationalisme et du conserva- 85 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 tisme est un des plus solides partout en Occident, le Québec n\u2019étant pas ici appelé à faire exception ».(« Pour sortir du coma idéologique.Trois constats sur le déclin du souverai-nisme progressiste », Le Devoir, 4 avril 2007).Son biais idéologique est manifeste lorsqu\u2019il revisite la Révolution tranquille, qu\u2019il qualifie pourtant d\u2019acte fondateur du nationalisme moderne.Il ne retient de la Révolution tranquille que les lois linguistiques et l\u2019importance du rôle de l\u2019État.Rien sur les législations favorisant la syndicalisation massive, imposant la sécurité-santé au travail, empêchant l\u2019utilisation de briseurs de grève.Rien sur les dizaines de lois progressistes qui ont rallié le mouvement ouvrier et populaire à la cause indépendantiste.Mathieu Bock-Côté résume l\u2019inspiration de la Révolution tranquille aux travaux de Maurice Séguin et aux autres historiens de l\u2019École de Montréal.Il ne mentionne que du bout des lèvres l\u2019influence du mouvement des droits civiques des Noirs américains et du mouvement de décolonisation qui balayait alors le monde.Ce sont pourtant ces deux mouvement qui ont régénéré le vieux mouvement nationaliste québécois.Nègres blancs d\u2019Amérique de Pierre Vallières a inspiré toute une génération de militants parce qu\u2019il traduisait la prise de conscience de son statut d\u2019exploité d\u2019un peuple prolétaire - d\u2019une « classe-ethnie » comme l\u2019appelait Marcel Rioux - qui vivait dans un pays où tous les dirigeants du contremaître en montant étaient anglophones.Bock-Côté semble ignorer que le livre d\u2019André D\u2019Allemagne, Le colonialisme au Québec, a servi de fondement idéologique au RIN.La biographie de Pierre Bourgault par Jean-François Nadeau en témoigne éloquemment.Nous aimerions également faire remarquer à Mathieu Bock-Côté que le « Vive le Québec libre » de son héros, le général de 86 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Gaulle, est issu du même mouvement de libération nationale.De Gaulle a libéré avec les forces alliées la France de l\u2019occupation fasciste et a compris le sens du mouvement mondial de son époque en accordant l\u2019indépendance à l\u2019Algérie et aux colonies françaises d\u2019Afrique.L\u2019année précédant son voyage au Québec, il avait effectué une tournée triomphale des principaux pays d\u2019Amérique latine en attisant le sentiment d\u2019affranchissement à l\u2019égard de la domination américaine.Petite nation d\u2019un point de vue démographique, le Québec subit toujours l\u2019influence des grands courants idéologiques et politiques mondiaux.La Révolution tranquille en est un exemple patent, tout comme le mouvement des Patriotes de 1837-1838 qui s\u2019inscrivait dans le grand courant des indépendances nationales qui touchait l\u2019Amérique latine et l\u2019Europe.Que le Québec ne soit pas aujourd\u2019hui à l\u2019abri des bourrasques du conservatisme dominant en Amérique du Nord ne doit pas nous surprendre.Mais ce serait une erreur impardonnable que d\u2019y voir un atout pour notre mouvement de libération.L\u2019identité de « classe » attaquée comme l\u2019identité nationale La Révolution tranquille a débarrassé le Québec de ses vieilles structures religieuses d\u2019inspiration féodales et l\u2019a doté d\u2019un État moderne.La Révolution tranquille est le triomphe, plus d\u2019un siècle plus tard, du mouvement des Patriotes.C\u2019est notre 1789, notre révolution démocratique.Cependant, c\u2019est une révolution incomplète, parce qu\u2019elle n\u2019a pas réussi à affranchir le Québec de la tutelle de l\u2019État fédéral.Cette tâche reste à accomplir et sa réalisation viendrait bouleverser, avec le démantèlement d\u2019un pays du G-8, les structures d\u2019oppression dominantes en Amérique du Nord et serait une source d\u2019inspiration pour les peuples opprimés du continent et d\u2019ailleurs. 87 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 La Révolution tranquille n\u2019aurait pas eu lieu sans l\u2019appui militant du mouvement ouvrier et il en ira de même de la conquête de l\u2019indépendance nationale du Québec.C\u2019est pour cette raison que le mouvement ouvrier et syndical est la cible de prédilection des fédéralistes.Il est la cible d\u2019attaques frontales comme les politiques, les décrets et les lois spéciales du gouvernement Charest, mais aussi de coups plus vicieux qui visent à miner son moral, à attaquer son « identité ».La campagne de démoralisation n\u2019est pas particulière au Québec.Elle est mondiale.Elle s\u2019appuie sur la dissolution de l\u2019Union soviétique que les capitalistes ont célébré comme une victoire décisive et sans appel sur l\u2019ensemble du mouvement ouvrier international.C\u2019était la « fin de l\u2019Histoire » ont proclamé ses idéologues.Désormais, le socialisme est discarté, peu importe sa coloration.La social-démocratie n\u2019est tolérée que sous la forme de variantes du « New Labour ».Comme dans le cas du concept de nation, les idéologues des sciences sociales ont consacré beaucoup d\u2019argent et d\u2019efforts à déconstruire le concept de classe sociale.La classe ouvrière est dissoute à un pole dans sa fonction consommatrice - les classes moyennes - et, à l\u2019autre, dans l\u2019exclusion, la marginalité.Le plus ironique est que cette disparition annoncée de la classe ouvrière survient au moment où elle n\u2019a jamais été aussi importante numériquement à l\u2019échelle du monde, avec l\u2019industrialisation de la Chine, de l\u2019Inde, du Brésil et de nombreux autres pays dits « émergents ».Aux États-Unis, la classe ouvrière se retrouve aujourd\u2019hui en grande partie disloquée avec la délocalisation des entreprises dans les États aux législations anti-syndicales du sud ou dans d\u2019autres pays, avec la généralisation de la sous-traitance 88 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 et le recours systématique aux agences de placement.En trente ans, le taux de syndicalisation a chuté de plus de moitié, passant de plus de 30 % à moins de 12 %.Si le Québec a pu préserver un taux de syndicalisation de près de 40 %, c\u2019est dû en grande partie à l\u2019importance du secteur public, fortement syndiqué.C\u2019est là une particularité nationale qui devrait réjouir tous ceux qui, comme Mathieu Bock-Côté, défendent la singularité du destin national québécois.Cet héritage de la Révolution tranquille est aujourd\u2019hui menacé, bien entendu par l\u2019arsenal des législations anti-syndicales, mais plus traîtreusement par la précarisation du travail.Plus de 30 % de la main-d\u2019œuvre occupe des emplois atypiques, qui échappent en grande partie aux efforts de syndicalisation.L\u2019échec de la gauche altermondialiste face à la question nationale Au plan politique, la mondialisation s\u2019est attaquée aux fondements mêmes des concepts de nation et de classe sociale avec la « Révolution des droits » et son corollaire le triomphe de l\u2019individualisme.Malheureusement, il faut reconnaître que la gauche n\u2019a pas été à la hauteur du défi posé par la mondialisation.Le triomphe en apparence sans partage de l\u2019impérialisme américain au lendemain de la chute du mur de Berlin a vu réapparaître les vieilles théories du super-impérialisme.À un monde en apparence totalement dominé par les États-Unis, la gauche a voulu opposer un « autre monde » tout aussi global.À cet impérialisme unique, on ne pouvait, croyait-on, qu\u2019opposer une « révolution mondiale ».L\u2019appellation « altermondialiste » l\u2019illustre bien.Elle a délogé le terme « internationaliste » dans le discours de la gauche, évacuant sans qu\u2019on y prenne garde le concept de nation. 89 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Le Québec n\u2019a pas échappé à ce phénomène, comme en témoigne le parcours à ce titre exemplaire du plus important mouvement de revendications de la fin du XXe siècle, le mouvement des femmes.Après la Marche du pain et des roses de 1994, ses dirigeantes ont proposé rien de moins qu\u2019une « marche mondiale » des femmes plutôt que d\u2019inscrire leur mouvement dans le cadre national québécois.Après ce tour de piste international, elles ont été contraintes de revenir au cadre national d\u2019abord avec Option citoyenne - et plus tard Québec solidaire - mais non sans avoir dispersé dans l\u2019aventure « mondiale » une grande partie de son momentum.Le reclassement des mouvements altermondialistes dans des cadres nationaux n\u2019est pas particulier au Québec.Il résulte de la prise de conscience du cul-de-sac de la démarche de la « révolution mondiale ».C\u2019est en bonne partie la conséquence de l\u2019éclatement de la théorie du super-impérialisme.Avec la montée en puissance de la Chine, de la Russie, de l\u2019Inde et de plusieurs autres pays, l\u2019hégémonie américaine est aujourd\u2019hui contestée sur la scène mondiale.Le développement des luttes d\u2019émancipation des pays d\u2019Amérique latine face au géant américain a aussi offert une nouvelle perspective à la gauche.Cependant, malgré son insertion récente dans le cadre politique québécois avec Québec solidaire, le mouvement altermondialiste est encore marqué par l\u2019idéologie chartiste, sa base sociale étant en grande partie constituée de groupes identitaires (femmes, gays et lesbiennes, exclus, etc) à la périphérie du mouvement ouvrier proprement dit.Toujours sous l\u2019emprise de l\u2019idéologie chartiste, le potentiel politique et mobilisateur de la question nationale leur échappe. 90 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Le débat sur les valeurs québécoises Mathieu Bock-Côté oppose les valeurs progressistes au projet national québécois.Il a tort.Elles sont la chair sur le squelette.Alors que le projet politique des altermon-dialistes est sans squelette, Bock-Côté ne considère que le squelette.Ainsi, le formidable potentiel de mobilisation que représente la cause environnementale se dissipera dans la stratosphère s\u2019il ne se structure pas autour de la question nationale.Le Parti québécois a amorcé une réflexion essentielle en proposant la réduction de notre dépendance aux produits pétroliers.Le développement logique de cette analyse conduit à la mise en œuvre d\u2019un vaste projet de construction de systèmes de transport en commun urbains et interurbains mus à l\u2019électricité.Avec son riche potentiel hydro-électrique et éolien, sa production d\u2019aluminium, son expertise en matière de matériel roulant, le Québec pourrait étendre sur l\u2019ensemble de son territoire une vaste toile de lignes de communication et réanimer ses régions périphériques dont certaines sont présentement aux soins palliatifs.La nationalisation de l\u2019éolien - voté aux deux tiers par un Conseil national du Parti québécois mais renié le jour même par le « progressiste » André Boisclair - pourrait réactualiser la campagne « Maîtres chez nous » qui a mené la nationalisation de l\u2019électricité et a donné son élan au mouvement souverainiste des années 1960-1970.Le pacifisme est une autre valeur progressiste québécoise qui peut servir de levier important à la cause nationale, particulièrement dans le contexte de la guerre en Afghanistan où le Canada risque de s\u2019embourber pour de longues années.Est-il besoin de rappeler que lors de la crise de la conscription en 1917, le député J.N.Francoeur déposa à l\u2019Assemblée législative du Québec une motion qui stipulait que le «Québec serait disposé à accepter la rupture du pacte fédératif de 1867» ? 91 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 L\u2019opposition à la guerre en Irak avait créé des conditions extrêmement favorables à l\u2019indépendance du Québec si le Canada était entré en guerre aux côtés des États-unis, avec des manifestations de centaines de milliers de personnes où fraternisaient des Québécoises et des Québécoises de toutes origines ethniques.Un phénomène semblable, quoique de moins grande ampleur, est survenu lors de la guerre du Liban à l\u2019été 2006.Que ce soit immédiatement après ces événements que les médias aient monté en épingle la question des « accommodements raisonnables » avec pour résultat d\u2019attiser les antagonismes entre la communauté musulmane et les Québécois de souche n\u2019est sans doute pas le fruit du hasard.Ce n\u2019est pas que Mathieu Bock-Côté sous-estime le pacifisme du peuple québécois.Il le méprise.Il considère qu\u2019il « s\u2019est métamorphosé au cours de l\u2019histoire » et il le qualifie d\u2019« isolationnisme ne considérant plus la politique étrangère que du point de vue de l\u2019humanitarisme onusien ».Une position partagée par André Pratte, l\u2019éditorialiste en chef de La Presse (« L\u2019isolationnisme québécois », La Presse, 23 juin 2007).Qu\u2019un fédéraliste comme André Pratte souhaite que le peuple québécois appuie la politique pro-américaine du gouvernement Harper est compréhensible.Mais qu\u2019est-ce qu\u2019un indépendantiste compte en tirer ?Un appui américain à l\u2019indépendance du Québec ?Les partisans du libre-échange fondaient de pareils espoirs.Mais le président Clinton est venu remettre les pendules à l\u2019heure dans un célèbre discours en faveur de l\u2019unité canadienne quelques jours avant le référendum de 1995.La question du pacifisme démontre que les « valeurs progressistes québécoises » n\u2019indiffèrent pas Bock-Côté.Il s\u2019y oppose carrément.Pour Bock-Côté, les succès électoraux de 92 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Stephen Harper sont la preuve qu\u2019une « portion significative de notre société ne souscrit aucunement aux \u201c valeurs québécoises \u201d que son élite a voulu lui faire accepter de force ».Après avoir senti « une sympathie des classes moyennes pour le discours des Lucides » et un « désir latent d\u2019un retour aux affaires publiques de Lucien Bouchard » - deux affirmations contredites par les sondages - Bock-Côté décrète qu\u2019il existe au Québec « une majorité de sens commun qui préfère la loi et l\u2019ordre à la complaisance envers les délinquants, qui ne se glorifie pas de ses impôts élevés, qui ne tolère plus l\u2019hégémonie sur l\u2019école d\u2019un pédagogisme débilitant, qui ne supporte pas le ralliement de l\u2019intelligentsia à la vulgate altermondiale-écologiste, qui croit nécessaire de restaurer le mérite individuel contre la systématisation d\u2019une culture de l\u2019irresponsabilité et surtout qui se désole de la faible représentation d\u2019un certain bon sens dans le discours public.» (« Harper, un guide pour les souverainistes ?», Le Devoir, 28 décembre 2006).Voilà, ma foi, tout un programme politique ! Bock-Côté le complètera quelques mois plus tard en prônant que le nationalisme se déprenne de son « cul-de-sac progressiste » en teintant de « son essentielle couleur des questions comme la natalité, la famille, l\u2019école, le multiculturalisme et l\u2019immigration » ! La religion, composante essentielle de l\u2019identité québécoise ?Dans un contexte mondial où la lutte pour le socialisme a été déclassée par suite de l\u2019effondrement du bloc soviétique, l\u2019opposition à la mondialisation a pris la forme dans plusieurs pays du fondamentalisme religieux.À l\u2019impérialisme, on n\u2019oppose plus la promesse d\u2019un monde socialiste, mais un retour en arrière au féodalisme.La roue de l\u2019Histoire fait marche arrière.Dans son célèbre livre Le Choc des civilisations, l\u2019américain Samuel P.Huntington a avancé l\u2019idée que - l\u2019opposition entre le socialisme et le capitalisme ayant 93 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 disparu avec la victoire de ce dernier - le monde serait désormais régi par des guerres de religion.La droite religieuse américaine au pouvoir à Washington avec le président Bush s\u2019est emparée avec enthousiasme de cette idée pour justifier au lendemain du 11 septembre une croisade contre « l\u2019is-lamo-fascisme », légitimant par le fait même le caractère religieux de l\u2019opposition à l\u2019impérialisme.Samuel P.Huntington a publié quelques années plus tard un autre volume ( Who Are We ?The Challenges to America\u2019s National Identity) dont on retrouve l\u2019influence dans La Dénationalisation tranquille de Mathieu Bock-Côté.Dans ce livre, Huntington critique le cosmopolitisme de l\u2019élite américaine, le « nationalisme civique » basé sur la Constitution et le Bill of Rights ; il s\u2019en prend à l\u2019œuvre de déconstruction de la nation menée par les mouvements identitaires (raciaux, ethniques et de genre) et la nouvelle immigration hispanique qui ne se fond pas dans le melting-pot américain comme les immigrations passées.Huntington prône le rétablissement de l\u2019identité américaine avec - ô surprise - la religion comme élément central.Dans La Dénationalisation tranquille et ses autres textes portés à notre connaissance, nous n\u2019avons pas noté de prises de position de Mathieu Bock-Côté plaçant la religion au cœur de l\u2019identité québécoise.Mais toutes les valeurs qu\u2019il prône sont les valeurs de la droite religieuse américaine et canadienne-anglaise.Si Bock-Côté n\u2019a pas franchi ce pas de rétablir la religion au cœur de l\u2019identité québécoise, d\u2019autres l\u2019ont fait.Dans un texte intitulé « Au nom des incommodés » qu\u2019il a fait paraître sur le site Internet du magazine L\u2019actualité, Jean-François Lisée écrit que « La religion, c\u2019est le cœur de l\u2019affaire au Québec, comme sur la planète en 2007 ».Il précise que « la majorité franco-québécoise doit donc réaffirmer ses repères et en établir 94 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 la prédominance sur ces trois plans : l\u2019histoire, la langue et la religion ».L\u2019extraordinaire recul historique qu\u2019il nous invite à faire en proposant la religion comme « point de repère » de notre identité est une négation de la Révolution tranquille, du « Nous » laïque du manifeste Option-Québec de René Lévesque.C\u2019est l\u2019exclusion de la nation québécoise de tous ces immigrants, ces « enfants de la loi 101 » qui, bien que n\u2019étant pas de foi chrétienne, s\u2019intègrent à la majorité francophone.C\u2019est mettre la table pour un affrontement majeur avec certaines populations issues de l\u2019immigration.Plutôt que se définir mutuellement par nos croyances religieux comme nous y invite Lisée, il faudrait en revenir le plus rapidement possible au principe de nationalité.Plutôt que de qualifier de musulmans les immigrants originaires des pays arabes, comme cela semble être devenu la norme, il faudrait plutôt utiliser comme dénomination leur nationalité d\u2019origine.L\u2019avènement des nationalités a marqué un progrès considérable dans l\u2019histoire de l\u2019Humanité.Au moment où la mondialisation varlope, efface, dissout les nationalités, ce serait une honte que de participer à cette tragédie en banalisant les identités nationales au profit des identités religieuses.De toute évidence, un courant de droite est en train de se structurer au sein du mouvement national québécois à la faveur du débat sur l\u2019identité.Jusqu\u2019ici le Québec a échappé au déferlement de la droite religieuse qui domine la politique américaine et s\u2019est installé au pouvoir à Ottawa avec le gouvernement Harper.Des forces puissantes sont à l\u2019oeuvre pour mettre fin, comme le réclame Mathieu Bock-Côté, à cette situation d\u2019un « Québec qui serait \u201c à gauche\u201d alors que le Canada serait \u201c à droite \u201d ».Que certains voient dans cette adhésion du Québec aux valeurs de la droite religieuse 95 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 canadienne-anglaise et américaine un prérequis pour l\u2019avènement de l\u2019indépendance nationale a de quoi étonner.Au moment où le gouvernement Harper reconnaît la « nation québécoise dans un Canada uni », le retour au vieux nationalisme des années antérieures à la Révolution tranquille ne peut être interprété comme une promesse de rupture.Pour une perspective internationaliste Cela nous conduit à un dernier commentaire sur La dénationalisation tranquille.Dans sa critique fort pertinente dans son ensemble des positions de Gérard Bouchard, Mathieu Bock-Côté marche à l\u2019occasion dans les traces de Joseph Yvon Thériault, l\u2019auteur de Critique de l\u2019américanité (Québec Amérique).À notre avis, l\u2019erreur de Gérard Bouchard n\u2019est pas de souligner l\u2019américanité de la nation québécoise, mais de vouloir la présenter comme une nation « normale », semblable aux autres nations « normales » du continent, marginalisant sa singularité de nation opprimée, privée d\u2019indépendance nationale.Le dessein de Joseph Yvon Thériault par sa critique de l\u2019amé-ricanité est de réintégrer la nation québécoise dans le Canada français.En termes politiques, cela signifie dans la « nation québécoise dans un Canada uni » de Stephen Harper.Pourtant, notre histoire nous apprend que les moments les plus forts de notre lutte de libération sont survenus lorsque nous nous inscrivions dans les grands mouvements d\u2019émancipation ayant cours dans les Amériques.La Révolution cubaine et le mouvement des droits civiques des Noirs américains ont inspiré les forces responsables de la Révolution tranquille.Papineau et les Patriotes se réclamaient de la Révolution américaine et du mouvement des indépendances des pays latino-américains. 96 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Aujourd\u2019hui, plutôt que de se réclamer de Samuel P.Huntington et de la droite religieuse nord-américaine, nous devrions suivre de près le mouvement d\u2019émancipation en cours en Amérique latine, ainsi que le mouvement hispanophone dans le sud des États-Unis.Le premier mai 2006, des centaines de milliers d\u2019hispanophones ont mené une grève générale et manifesté dans les rues des principales villes du sud-ouest américain pour protester contre les politiques d\u2019immigration de l\u2019administration Bush.Ce mouvement dans lequel s\u2019entremêlaient les organisations nationalistes et syndicales pour une action commune n\u2019était pas sans rappeler les grandes actions syndicales et sociales des années 1970 au Québec.D\u2019ailleurs, des commentateurs comme Samuel P.Huntington n\u2019ont pas manqué de tirer la sonnette d\u2019alarme en agitant le spectre d\u2019un « Québec hispanophone » dans le sud des États-Unis.Soulignant l\u2019importance démographique de la population hispanophone dans les États du sud-ouest, Huntington s\u2019est inquiété que « l\u2019immigration mexicaine ne mène actuellement à une reconquista démographique de territoires que les Américains avaient enlevés au Mexique par la force et ne conduise à leur mexicanisation.» Ces développements politiques devraient être une source de réjouissances pour le mouvement souverainiste québécois.Au plan linguistique, il faut désormais cesser de considérer les États-Unis comme un bloc monolithique anglophone et saluer la présence d\u2019une imposante minorité hispanophone qui résiste comme nous à l\u2019anglicisation.Au plan politique, on ne peut exclure l\u2019exacerbation des contradictions nationales au sein même des États-Unis avec la présence de ce « Québec hispanophone » de la reconquista.C\u2019est un secret de polichinelle qu\u2019une des raisons de l\u2019opposition de Washington à l\u2019indépendance du Québec est l\u2019exemple que 97 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 cela pourrait constituer pour les États du sud-ouest où la population hispanophone sera bientôt majoritaire.Au terme de sa vie, le chef patriote Louis-Joseph Papineau entrevoyait la métamorphose de la nationalité québécoise en une identité continentale.Une nouvelle identité qui ne s\u2019appuierait plus sur la nationalité aliénante issue de l\u2019union des deux Canadas, mais sur une « nationalité colombienne » libératrice qui résulterait de la confédération des États des trois Amériques.Papineau se rapproche alors de l\u2019intera-méricanité de Simon Bolivar et annonce même l\u2019idée, une fois l\u2019indépendance acquise, d\u2019une union des peuples des Amériques dans le respect de la souveraineté de chacun d\u2019eux.C\u2019est cette perspective internationaliste que nous devons remettre de l\u2019avant pour la renationalisation de la nation québécoise.? 98 Guy Rocher POUR UNE POLITIQUE LINGUISTIQUE ET CULTURELLE UNIE ET UNIQUE Il est important de le rappeler : lorsque le projet de loi 101 fut déposé à l\u2019Assemblée nationale, discuté en commission parlementaire, débattu et adopté finalement en Chambre, il ne se présentait pas comme une loi ordinaire, une loi comme les autres.Tous les participants à la démarche qui mena à l\u2019adoption de cette loi en avaient le fort sentiment, ceux qui s\u2019y opposaient (les médias de langue anglaise, Le Devoir de Claude Ryan, le Parti libéral, différents regroupements) aussi bien que ceux qui l\u2019appuyaient (l\u2019ensemble du mouvement souverainiste et un certain nombre d\u2019autres nationalistes).Ce qui en témoigne, c\u2019est que le gouvernement Lévesque donna à cette loi le nom de Charte de la langue française, tout en sachant toutefois qu\u2019elle n\u2019avait pas la force juridique de la Charte des droits et libertés de la personne.Mais ce qui lui valait ce titre, c\u2019est qu\u2019elle annonçait un changement social, culturel, idéologique et politique d\u2019une telle envergure qu\u2019elle laissait présager une seconde Révolution tranquille.Il faut aussi se souvenir que, témoignant de son importance historique, le dépôt de cette loi fut accompagné de la publication d\u2019un livre blanc, c\u2019est-à-dire d\u2019un énoncé de politique qui explicitait la pensée du gouvernement, justifiait la législation qui l\u2019accompagnait (la Charte de la langue française) et, d\u2019une certaine manière, tentait de répondre à l\u2019avance aux objections et attaques prévisibles. 99 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Il s\u2019agissait, il importe de le bien voir, d\u2019une législation dont on espérait, dont on croyait, qu\u2019elle allait mettre fin à la crise linguistique aiguë qui sévissait au Québec depuis une décennie, depuis les évènements de Saint-Léonard.En réalité, cependant, la crise linguistique datait d\u2019avant ces évènements ; elle était déjà engagée quelque quinze ans plus tôt, depuis la prise de conscience, au début des années 1960, de l\u2019anglicisation par l\u2019école des jeunes immigrants.Le rapport Parent fut le premier document officiel, émanant d\u2019un corps public, à en faire état dans son volume IV, rendu public en mars 1964.La Charte de la langue française et la politique linguistique de 1977 avaient donc des fins précises, qui tenaient à la situation sociale et politique des langues au Québec à ce moment-là.Cette politique linguistique, dans l\u2019esprit de ses auteurs, n\u2019était évidemment pas sans lien avec une politique de la culture québécoise.On pouvait même croire qu\u2019elle en faisait partie.Mais elle en était aussi distincte, par la spécificité de ses objectifs et de son contexte historique.D\u2019ailleurs, peu de temps après, le gouvernement Lévesque rendait public un autre livre blanc, qui énonçait une large politique culturelle, débordant bien au-delà de la politique linguistique.Trente ans plus tard Trente ans plus tard, les objectifs qui furent à l\u2019origine de la Charte de la langue française demeurent toujours.Je dis volontiers qu\u2019ils sont même plus d\u2019actualité qu\u2019en 1977 : la puissance d\u2019attraction de l\u2019anglais est aujourd\u2019hui bien plus grande qu\u2019il y a trente ans.Et cela parce que le contexte d\u2019aujourd\u2019hui a connu d\u2019importantes mutations en regard de celui de 1977, notamment avec la mondialisation économique, culturelle, politique et juridique, ainsi qu\u2019avec les 100 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 développements de l\u2019informatique et de leurs conséquences sur les communications et dans le monde du travail.Il en résulte qu\u2019il faut aujourd\u2019hui non pas repenser la loi 101, mais repenser la politique linguistique dont elle est un élément, central sans doute, mais incomplet en lui-même.En effet, une politique linguistique implique, outre la loi elle-même, l\u2019ensemble des mesures administratives, réglementaires, budgétaires destinées à l\u2019application de la loi.Elle implique aussi les modes de participation des citoyens à l\u2019efficacité de la loi.Or, aujourd\u2019hui, une nouvelle politique linguistique ne peut être pensée et planifiée qu\u2019en union étroite et explicite avec une politique culturelle québécoise.Cela suppose que soit clairement énoncé le fait que la maîtrise du français n\u2019est pas que l\u2019apprentissage d\u2019une langue, mais qu\u2019elle fait partie de la connaissance et de l\u2019intériorisation de la culture d\u2019un pays.L\u2019apprentissage du français n\u2019a pas comme objectif la seule intégration sociale des immigrants et immigrés, mais aussi leur intégration culturelle.Avec l\u2019apprentissage du français vient (ou doit venir) la connaissance, par exemple, de l\u2019histoire de la langue française dans le contexte nord-américain, son implantation, son enracinement, ainsi que la série des luttes, déboires et victoires qu\u2019elle a connus depuis lors jusqu\u2019à nos jours.La connaissance du français, c\u2019est aussi le point de départ d\u2019une initiation approfondie aux diverses oeuvres littéraires et artistiques dans lesquelles la culture québécoise s\u2019est exprimée, auxquelles elle a donné vie, passion, vision, à l\u2019évolution de ces créations dans le temps, avec la diversité croissante des apports culturels qui n\u2019ont cessé de l\u2019enrichir.Apprendre le français au Québec, c\u2019est découvrir l\u2019histoire d\u2019une identité nationale qui se révèle dans son évolution, ainsi que dans sa substance et selon ses exigences. 101 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Une telle conception culturelle de la nouvelle politique linguistique, celle qui s\u2019impose maintenant, est d\u2019autant plus nécessaire que le Québec accueillera, on le sait, un nombre accru d\u2019immigrants, c\u2019est-à-dire de futurs Québécois.Dans le contexte nord américain et de la mondialisation, l\u2019intégration sociale et surtout culturelle de ces nouveaux Québécois à la communauté de langue française demeure toujours un défi, et sans doute pour longtemps.Cette intégration des immigrés et immigrants ne se fera et ne réussira toutefois que dans la mesure où cette conception culturelle de la politique linguistique s\u2019appliquera à tous les citoyens du Québec, qu\u2019ils soient dits « de souche » ou immigrés, anciens et nouveaux, établis ici de longue date et en voie d\u2019établissement.L\u2019apprentissage du français dans l\u2019enseignement, que ce soit comme langue maternelle ou comme langue seconde, ne peut plus être détachée du large contexte culturel auquel appartient la langue.Cela vaut pour l\u2019enseignement de la langue à tous les âges et à tous les niveaux.L\u2019éducation des adultes notamment doit aussi être pensée dans cette perspective, compte tenu de l\u2019importance qu\u2019elle a, qu\u2019elle devrait avoir, dans la société québécoise moderne marquée par une rapide transformation des technologies, des sciences, des pratiques professionnelles et des milieux de vie, de travail, de loisir.La fierté d\u2019une nation est inséparable de la fierté de sa langue nationale.Et la langue nationale est portée avec fierté quand elle exprime une culture que l\u2019on apprécie et valorise assez pour n\u2019en plus finir de chercher à la connaître et de vouloir la faire connaître et reconnaître.? 102 Bruno Roy* LA CHANSON AU QUÉBEC: UN RELAIS POUR L\u2019AVENIR Sans être stratégiquement idéologique, la chanson politique 1760-1860 (cent ans environ) a conservé ce goût pour l\u2019insoumission des Canadiens français.Libertine et contestataire par nécessité, cette chanson va opposer un discours patriotique à un discours de soumission.Elle servira d\u2019appui à l\u2019identification nationale.Nos danses, nos musiques et nos chansons, à juste titre, sont, à cette époque, les symboles de notre résistance culturelle.Nombre de chansons traditionnelles, en effet, présentent l\u2019habitant comme un insoumis et un contestataire qui n\u2019arrive pas à dominer la structure sociale de type féodal.« Il est temps que la province de Québec devienne anglaise.» avait déclaré Mercury.Les intentions d\u2019assimiler la majorité francophone à la minorité anglophone ne sont jamais disparues.Mais l\u2019ambiguïté identitaire demeure et les Canadiens français ne sont pas encore révélés à eux-mêmes.Ils défendent, à leurs dépens, les intérêts de la couronne britannique.Le pouvoir en place veut profiter de cette fidélité à la couronne pour faire disparaître à jamais les différences culturelles dont s\u2019énorgueillissent toujours les Canadiens français.* Écrivain 103 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Je veux vous complimenter Mais comment donc faire S'il faut me défranciser Pour pouvoir vous plaire.» Étrennes du Canadien (1807) Incapable de vaincre, le peuple se replie.Voici qu\u2019à nouveau et comme toujours, la chanson fleurit avec les événements et les hommes.Un Canadien errant est un bel exemple de l\u2019âme populaire qui naît de la collusion forcée des événements et des hommes.Son auteur, Antoine Gérin-Lajoie, réussit à exprimer toute la tristesse de l\u2019exilé en évoquant douloureusement la répression des événements de 1837-1838 et leurs répercussions.Désormais inscrite dans notre mémoire collective, cette chanson deviendra l\u2019expression d\u2019un pays en exil.Cette chanson fut, d\u2019ailleurs, notre premier succès international.Toujours est-il que l\u2019union du Haut et du Bas-Canada, en 1841, n\u2019empêchera en rien la contestation d\u2019un système politique qui confirme le statut minoritaire des Canadiens français.Et si, dans les chansons, on pleure la perte de sa bien-aimée, on y déplore aussi la perte de son pays.L\u2019abolition, en novembre 1854, de la tenure seigneuriale, l\u2019illusoire indemnisation des victimes des troubles de 1837-1838, les retrouvailles avec la France leur ancienne mère patrie, la course à l\u2019intempérance, le mythe de la terre comme dernière chance de la nation, sont les thèmes qui alimentent nombre de chansons de cette époque.Bien qu\u2019à Détroit, à Saint-Louis ou à la Nouvelle-Orléans - nous parlons ici de cet exode de milliers de Canadien français vers les États-Unis pour y trouver du travail - la survivance française chancelle, au Québec, le Canadien français reste distinct et ses traditions sont protégées contre l\u2019oubli. 104 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Dans la seconde moitié du XIXe siècle, par exemple, la publication des recueils de chansons folkloriques s\u2019agrémentera d\u2019illustrations.L\u2019illustration deviendra le support efficace et complémentaire au texte, elle facilitera la consommation et la propagation de la chanson folklorique dans les milieux populaires.Naîtra une chanson « d\u2019ici » qu\u2019on appellera chanson canadienne puisque composées au Canada français et dont l\u2019exploitation d\u2019un thème typiquement canadien signifie l\u2019exploitation d\u2019une réalité totalement inexistante en France.La chanson canadienne, nourrie d\u2019improvisations pleine de gaietés, teintée de mélancolie, inspirée par l\u2019immensité des espaces, s\u2019attachait à l\u2019idée de patrie dans une évocation patriotique du sentiment national.C\u2019est ainsi que les sources de la chanson canadienne se confondent parfois avec celles de la chanson patriotique.Au Québec, la chanson patriotique sera axée essentiellement autour de deux pôles : les sociétés patriotiques (la Société Saint-Jean-Baptiste) et les écoles (séminaires, universités, conservatoires).Mais c\u2019est dans les milieux populaires qu\u2019elle aura le plus d\u2019impact et éveillera le plus d\u2019échos, le genre patriotique faisant appel à un retour des valeurs traditionnelles liées aux images d\u2019un passé national.Les recueils, chansonniers mêlant à la fois chants patriotiques, cantiques religieux, voire chansons à la mode.À ce sujet, il n\u2019est pas inintéressant de noter que la prolifération des publications sur la chanson populaire fit perdre à À la claire fontaine, chanson folklorique par excellence dont on connaît plus de 500 versions, une grande partie du nationalisme qu\u2019elle symbolisait au XIXe siècle.En fait, moins que la chanson folklorique elle-même, c\u2019est son utilisation qui sera patriotique.L\u2019expression idéologique, qui trouvera dans cette chanson un véhicule populaire, confie sous la forme d\u2019une mission apostolique un mandat universel : construire au 105 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Canada une Nouvelle France dont les fonctions religieuses et civilisatrices enrichiraient l\u2019humanité entière.C\u2019est ainsi que la chanson patriotique l\u2019est réellement, en ce qu\u2019elle est orientée vers l\u2019idée vivante de la patrie.En fait, ce qui domine, c\u2019est de rester français.Ici, le culte du héros sera une manifestation du culte patriotique.Cette chanson est d\u2019autant plus vive qu\u2019elle élabore les traits communs qui lient les héros au peuple.De même que le héros grandit par ses exploits, le Canadien français en sait plus long sur lui-même.C\u2019est à cela qu\u2019a servi la chanson patriotique : à hausser notre opinion sur nous-mêmes.Jusque dans les années 1950, la réalité restera apparemment inchangée.Le champ des luttes s\u2019étant élargi, liant langue et foi, héros et prophètes, drapeaux et évangile, la chanson entreprendra son « œuvre d\u2019éducation nationale ».Prolongeant le chant patriotique et les valeurs de sauvegarde, La Bonne chanson (entreprise commerciale née dans les années 1940) a collaboré au renforcement de l\u2019idéologie de survivance et de conservation.La cueillette des chansons traditionnelles va constituer l\u2019autre versant de l\u2019âme canadienne dont il devient impérieux de sauvegarder les traits.C\u2019est ainsi qu\u2019une certaine folklorisation de nos symboles « nationaux » a fait perdre au chant patriotique le sens premier des événements.Tout cela n\u2019a pas empêché le peuple, à travers ses goûts pour le progrès, de passer d\u2019une conscience collective latente à une conscience collective manifeste.Le discours idéologique a mis en évidence, pour lui et parfois contre lui, la continuité d\u2019un fort sentiment national.Combien de chansons nous montrent l\u2019envers d\u2019un préjugé : les forces sous-jacentes de la résistance sont aussi celles d\u2019une culture populaire authentique. io6 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Une nouvelle conscience identitaire Au Québec, au début des années soixante, émergent certaines observations sur la chanson poétique qui devient de plus en plus politique.Il est certain que l\u2019identité québécoise et son corollaire, la notion de pays, constituent une figure charnière dont découlent nombre de nos « chansons d\u2019ici » Plus scolarisée, une fraction de la jeunesse étudiante, aussi associée à la classe moyenne composée d\u2019étudiants et d\u2019intellectuels recrutés dans le milieu collégial et universitaire réclame une chanson francophone autochtone.D\u2019une part, le changement des valeurs socio-religieuses se fait au profit du nationalisme auquel les chansonniers ne sont pas étrangers : « La ferveur jadis entretenue par l\u2019allégeance religieuse est remplacée par la ferveur nationale.Les Congrès eucharistiques et les défilés de la Fête-Dieu n\u2019existaient plus.Les Québécois s\u2019adonnent à d\u2019autres célébrations alimentées par leurs chansonniers presque tous inspirés par le nouveau nationalisme.» 1 L\u2019on peut dire que la chanson québécoise des années soixante réussit à s\u2019identifier à l\u2019image d\u2019un Québec postindustriel.Son renouveau s\u2019effectue au même moment que le renouveau social et politique.Devenue objet de reconnaissance, la chanson nouvellement québécoise est saisie d\u2019une signification collective.En effet, les années 1960-1967 (l\u2019Exposition universelle) marquent l\u2019ouverture au monde et l\u2019accès définitif du Québec à la modernité, tant au plan technologique, économique, social, culturel que politique.En 1970, la situation du Québec était-elle révolutionnaire ou confuse ?Le FLQ n\u2019a pas vraiment réussi à obtenir un appui 1 Louis Balthazar, Bilan du nationalisme au Québec, L\u2019Hexagone, Coll.« Politique et société », 1986, p.130. 107 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 populaire, mais son analyse pouvait être partagée par une fraction de la population et, aussi, par certains chansonniers.Par exemple, Raymond Lévesque interprétait des chansons engagées devant les gars du FLQ en ignorant leur effet terroriste.Mais la logique du discours indépendantiste était déjà en place.Sa sympathie présumée (et confirmée) à leur endroit, Raymond Lévesque l\u2019a très bien exprimée dans « Bozo-les-culottes » : contrer le destin parce que « quand on est de la race des pionniers, on est fait pour être oublié ».« J\u2019ai été, a précisé plus tard Raymond Lévesque, le premier à comprendre les gars du FLQ.»2 Dans ces années, ce qui apparaît comme un genre neuf de la conscience collective, va lier de plus en plus, la question nationale à la question sociale.Cela a bien pu commencer avec « Le grand six pieds », « Bozo-les-culottes » ou « La Corriveau », mais ce qu\u2019il importe de souligner, c\u2019est que la chanson québécoise nous plonge au centre du problème colonial.« Québec 1789 - Territoire occupé.» « Québec 1837 - Territoire occupé.» « Québec 1960 - Territoire occupé.» « Québec 1970 - Territoire occupé.» Poèmes et chansons de la résistance (1971) Droit de parole et liberté de chanter sont, ici, affaire de survivance et de protestation.La chanson engagée développe une conscience de l\u2019oppression coloniale.D\u2019autant que les événements d\u2019octobre 1970 ont marqué, pour l\u2019histoire, la fin d\u2019un nationalisme abstrait et défensif.Désormais, il devenait sans conteste politique.Les signes directement politiques en témoignaient : accession au pouvoir du Parti québécois, adoption des lois 101, du zonage agricole et de l\u2019assurance-automo- 2 Raymond Lévesque, Le Devoir.8 novembre, 1980, p.21. io8 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 bile ; épuration des moeurs électorales, loi sur le financement des partis, assainissement des fonds publics, réforme du mode d\u2019attribution des contrats et subventions, etc.Un nouveau jour se levait ! Le Parti québécois avait, selon certains observateurs, institutionnalisé l\u2019idéal des chansonniers qui émergeait depuis le début des années soixante.Voici que le Québec se met à écouter et à chanter ses chansons.Survenant à un moment précis de son histoire, la chanson se « québécise ».Ce moment devient le témoin du renversement des valeurs sociales alors en circulation.Ce renversement se traduisait également au plan artistique, notamment dans une chanson qui a soudainement trouvé l\u2019oreille d\u2019un public de plus en plus large.Comme l\u2019a dit Gilles Vigneault, « les gens de la ville se trouvaient des racines3 ».On passait de l\u2019admiration de l\u2019autre à la reconnaissance de soi ; on passait de la chanson française ou anglaise à la chanson québécoise.L\u2019engouement fut spontané, entier, collectif.À mesure que cette pénétration progressive des consciences se faisait, les traits d\u2019une identité spécifique et positive voyaient le jour.Il fallait cesser de vivre en pseudonyme pour reprendre le mot de Vigneault.La chanson de Claude Gauthier, par exemple, « Le plus beau voyage » a renoué avec une identité qui maintenait à vif la mémoire collective.Je suis de nationalité canadienne-française (1960) Je suis de nationalité québécoise-française (1965) Je suis de nationalité québécoise (1970)4 Cette conquête fut irréversible.Passer de canadien à québécois, c\u2019est-à-dire de l\u2019état de minorité à celui de majorité, 3\tGilles Vigneault, Pour une chanson.Radio-Canada.Les Productions Hommages inc., 1985 4\tClaude Gauthier, Le plus beau voyage, Montréal, Éditions Leméac, Coll.« Mon pays, mes chansons », 1975, p.41. 109 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 c\u2019est transformer le nationalisme culturel en valeur politique.L\u2019identité, désormais, se conçoit à partir d\u2019une vision se référant à une « culture globale » comme le pensait l\u2019écrivain Hubert Aquin.Le rapport à l\u2019histoire s\u2019inscrit d\u2019abord dans la continuité.Il s\u2019agit du même coup d\u2019éclairer une conscience collective sur la notion de pays s\u2019élaborant en même temps qu\u2019une action quotidienne de décolonisation.La chanson de Claude Léveillée, « Les patriotes » (1964) illustre parfaitement ce nouveau caractère du pays.Alors portez très haut vos oripeaux Ceux que vous aurez au prix d\u2019une guerre La fin est corrigée en 1971 : Alors portez très haut votre pays Celui que nous sommes en train de faire5 Puis, ce fut autour de la langue d\u2019être un des points saillants de contestation au Québec.Ne pouvant tout simplement pas s\u2019inscrire en dehors de son temps et de son lieu, l\u2019abandon d\u2019une langue littéraire réelle au profit d\u2019une langue populaire, moderne autant qu\u2019urbaine, est vue par les uns comme une dérive et par les autres comme une libération.À sa manière, dans tous les milieux d\u2019expression (poésie, roman, théâtre, cinéma), le joual est devenu un instrument linguistique et culturel de combat.Et à travers toutes ces questions de langue, de langage, c\u2019est le colonialisme culturel qui subissait son procès.Que l\u2019affirmation d\u2019une langue « québécoise » soit apparue dans ce contexte prouve bien qu\u2019elle devait posséder un caractère de nécessité.Là-dessus, Gilles Vigneault est expli- 5 .Claude Léveillée, L\u2019Étoile d\u2019Amérique, Montréal, Éditions Leméac, Coll.« Mon pays mes chansons », 1971, p.133. 110 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 cite : « Six millions d\u2019individus parlant presque français en Amérique sont par eux-mêmes une anarchie qui réclame qu\u2019on le dise6.» Certes, le débat n\u2019a pas fait l\u2019unanimité.À cette époque, toutefois, la langue ne cessait de faire allusion à la question nationale.Quand je reviendrai par l\u2019autre chemin Vous serez anglais ou américains / Ou sous serez morts pour deux pas de folklore Et quelques promesses d\u2019or Un pouce et demi en haut des États-Unis.« Presqu\u2019Amérique », Robert Charlebois, 1967 En fait, on refuse maintenant de parler une langue et d\u2019en chanter une autre.Comme elle n\u2019a plus à postuler son homogénéité, la chanson en français n\u2019a plus à être un discours de légitimation.Au Québec, la langue qui se chante est la conscience de notre situation en Amérique du Nord.Aussi, vers la fin des années 1970, l\u2019identification nationale ne peut ignorer les diverses composantes socioculturelles du territoire québécois.Les peuples autochtones et les minorités culturelles sont au centre de cette redéfinition du nationalisme que la contre-culture oppose à la logique impérialiste, contestant par le fait même les rapports de domination.Certes, les chansons elles-mêmes ne sont pas à l\u2019abri des contradictions qui traversent le système marchand ; contradictions justement qui ont fourni le terrain sur lequel elles naquirent.Les groupes québécois dits progressifs par exemple (Beau Dommage, Harmonium, Les Séguin, Jim et Bertrand), nés dans le sillage de la révolution individuelle, ont été inspirés par la « réhabilitation du désir » qui était, 6 Marc Gagné, Propos de Gilles Vigneault, Montréal, Nouvelles Éditions de l\u2019Arc, 1974, p.26. 111 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 à travers une certaine violence (Octobre, Aut\u2019Chose), une recherche d\u2019authenticité.Toutefois, une chose est incontournable dans ces années : la contre-culture est nettement du côté du féminisme.Mouvement plus émotionnel que rationnel, ce dernier prolonge le mouvement hippie.Provoquant la prise de parole de tout un collectif féminin, la contre-culture voudra provoquer le changement, non l\u2019espérer.Et cela passe la liquidation des tabous sexuels.Certaines chanteuses, désormais, refusent de se définir par rapport à la culture masculine.Si chanter au féminin commence par des paroles de femmes, ces paroles doivent s\u2019imposer à l\u2019intérieur même du « show business » québécois.Personne n\u2019ignore que dans le monde de la chanson québécoise, à l\u2019instar des autres domaines, les stéréotypes de la culture sont unisexes et les règles du jeu masculines.C\u2019est ce qui fera dire à l\u2019écrivaine Hélène Pedneault, au début des années 1980, que « la chanson québécoise est marquée par le silence des femmes7.» En effet, quand la femme se met écrire ses propres chansons, cela devient souvent une chanson de lutte, une forme à tout le moins subversive, parce qu\u2019il y a va justement d\u2019un changement de rapport qui vise, pour l\u2019artiste féminin, à faire reconnaître le droit d\u2019écrire, c\u2019est-à-dire le droit à la création intégrale.Plus généralement, la chanson québécoise a à lutter aussi pour un certain avenir.En tenant compte des résultats du référendum du 20 mai 19808, il est bien difficile de démontrer l\u2019efficacité politique de la chanson.Ce qui fut mis en question, c\u2019est le rapport de la chanson avec le pouvoir.La 7 Hélène Pedneault citée par Nicole Campeau, Le Devoir, 18 septembre 1981, P-31- 8 60 % des Québécois ont refusé de donner, à leur gouvernement, le mandat de négocier l\u2019indépendance du Québec avec le Canada. 112 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 récupération, peu importe à qui elle profite, est souvent perçue comme une forme larvée de réussite.Voilà comment la contestation, lorsque récupérée par le système marchand, peut devenir une mode.Et quand la contre-culture se regroupe autour du rock\u2019n roll, répond-elle à la demande des fournisseurs d\u2019amplificateurs ou conteste-t-elle la société technologique ?Le débat est lancé.Au Québec, s\u2019il ne veut pas être récupéré, l\u2019artiste doit se frotter de fait à deux difficultés : le nationalisme et l\u2019argent.Pratiquer la dissidence n\u2019a rien de gratuit.Mais telle qu\u2019elle existe au début des années 1980, elle suscite bien peu une volonté de lutte populaire.Le constat est sévère, selon la journaliste Nathalie Petrowski : « Complètement assimilée par le moule américain et son idéologie industrielle, [la chanson québécoise] se veut aujourd\u2019hui propre, professionnelle, impersonnelle, « slick » et chromée à la Diane Tell, musak pour une société de centre d\u2019achats qui sommeille9.» Le « show-business », et toute ce qui l\u2019entoure désigne certes une profonde colonisation institutionnelle et culturelle.Il reste que la chanson, comme la société, est beaucoup plus que les descriptions que l\u2019on en fait.Voici qu\u2019après le référendum de mai 1980, la question nationale a perdu son caractère d\u2019urgence et la fierté québécoise ne peut plus soutenir la chanson.Son silence a représenté assez clairement une fatigue culturelle.Ce qui, quinze ans plus tard, au référendum de 1995, malgré une deuxième défaite, n\u2019a pas semblé aussi déprimant.Dans la chanson en tout cas.9 Nathalie Petrowski, Le Devoir, 19 septembre 1981, p.17. 113 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Une résurgence de la chanson engagée Depuis les années 1990, tous les styles musicaux sont au rendez-vous : rock, chansonnier, rap, folklore, métal, style libre, rap métal, funk, reggae, alternatif, etc.Les mêmes thèmes des décennies précédentes rebondissent différemment : langue, identité, pays, indépendance, exclusion sociale, injustice, abus de pouvoir, environnement, politique, etc.Un groupe comme Les Colocs qui pratique une musique fort éclectique, allant du rock au blues, du funk au reggae, préoccupé de valeurs sociales, n\u2019en exprime pas moins un mal de vivre des plus contemporains.Est-ce à dire que toute parole collective ou politique est désormais éteinte ?Absolument pas.Des paroles de refus existent toujours.Il y a une prise de paroles au nom des plus démunis qui, de la part des groupes comme les Colocs ou les Vilain Pingouin, porte sa propre signification politique et sociale et qui n\u2019est pas sans rappeler certaines chansons que La Bolduc a écrites au temps de la crise économique des années 1930.Quant au groupe de rappeurs Loco Locass qui a fait paraître en l\u2019an 2000 et un CD et un livre du même nom : Manifestif, le groupe reprend à son compte les préoccupations nationalistes des premiers chansonniers tout en s\u2019inscrivant dans un horizon de revendications langagières.Mais c\u2019est dur d\u2019hurler sur les mots D\u2019une société rongée par le pire des mots Je hausse le topo sémantique Dans un but typiquement didactique [¦¦¦] Mon frère, langage-toi et constate Que le verbe faire Est un verbe qui se perd LANGAGE-TOI [¦¦¦] 114 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 L\u2019écho des mots lointains ne s\u2019éteint pas Si au relais, tu es là « Langage-toi », Loco Locass (2000) Un groupe comme Mes Aïeux, ou le chanteur Daniel Boucher ramènent, dans la chanson québécoise, une conscientisation que l\u2019on pensait disparue.Revenons aux Loco Locas et aux Cowboys Fringants, ils sont explicitement des éveilleurs de conscience linguistique : ils s\u2019adressent à leurs contemporains.Je suis un Québécois de souche Ma loi 101 faut pas qu\u2019tu y touches C\u2019est pas que j\u2019sais pas ben parler Mais chu un colon anglisé [¦¦¦] Sitôt parké dans l\u2019driveway J\u2019vas su l\u2019sundeck starter l\u2019charcoal C\u2019est moé qui est le\u2019cook qui check Les chops ou ben les steaks Une fois cleané j\u2019me pitch su\u2019lazy boy A\u2019ec ma darling « Québécois de souche », Les Cowboys Fringants, 2000 Aujourd\u2019hui, la chanson québécoise connaît de grands succès chez les jeunes, une preuve de vitalité qui manquait manifestement durant les dernières décennies.Chanter en français, même dans l\u2019« indie rock » ou le rap, paraît, maintenant naturel.Voici qu\u2019une scène francophone prouve quotidiennement que la langue française se marie merveilleusement à la musique.Grâce, donc, à une dénonciation de l\u2019à-plat-ventrisme de la société québécoise, l\u2019on assiste, selon deux musicologues, Andrée Descheneaux et Danik Trottier, à un retour de la ii5 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 chanson engagée au Québec : « Cette nouvelle chanson québécoise, porte-étendard de la génération montante, marque, écrivent-ils, une scission avec la scène musicale populaire des années 1980 et 1990.[.] Fortement répandue chez la génération montante, cette dénonciation s\u2019attaque aux injustices sociales et politiques connues au Québec et dans le monde10.» Le 6 avril 2004, le groupe de rappeurs Loco Locass a justement mobilisé une trentaine d\u2019artistes de toutes disciplines pour manifester contre l\u2019attentat antisémite perpétré, la veille, dans une école de Montréal11.« Nous ne tolérerons pas l\u2019intolérance », a affirmé l\u2019un des membres du groupe.Que représente donc ce renouveau de la chanson engagée ?se demande, pour sa part, le professeur Dominique Cornellier.Quel lien entretiennent la chanson populaire et la conscience sociale dans la société québécoise actuelle ?Avec le succès phénoménal de Star Académie a-t-on échangé le droit de parler contre le droit de divertir ?« Devenus les hérauts nostalgiques de l\u2019époque de leurs parents, [les jeunes groupes actuels de la musique québécoise] ne conservent de l\u2019engagement que sa manifestation spectaculaire, où ils se regardent prendre position dans une mise en scène digne de Star Académie de la conscience sociale12.» Toute cette relève, alternative ou pas, sait très bien que les questions politiques et sociales ne sont pas réglées et qu\u2019il faut s\u2019y mettre au plus tôt, si on ne veut pas rester indiffé- 10\tAndrée Descheneaux et Danick Trottier, « Retour de la chanson engagée au Québec », Le Devoir, 30 mars 2004, p.A-7.11\tUn incendie a dévasté la bibliothèque de l\u2019école primaire juive United Talmud Torah.Il aurait été allumé pour dénoncer les récentes attaques contre les Palestiniens et venger l\u2019assassinat du chef spirituel du Hamas, Cheikh Ahmed Yassine.12\tDominique Cornellier, « Les miroirs de la chanson québécoise engagée », Le Devoir, 7 avril 2004, p.A-9. ii6 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 rents.Certes, la critique est dure, mais vivifiante.Les jeunes ne veulent pas seulement que leurs aînés les écoutent (ce qui est déjà beaucoup), mais qu\u2019ils adhèrent à leur projet pour que personne ne soit isolée dans le projet d\u2019un pays indépendant ou la recherche d\u2019une justice sociale ; projet et recherche ouverts sur le monde.Ce besoin de dénonciation nous dit aussi que sans conscience, il n\u2019y a pas de contre-pouvoir.Car, pour la chanson québécoise, il n\u2019y a qu\u2019une chance : celle de la vigilance sans repos.Bref, l\u2019espoir d\u2019un monde meilleur, toujours, se relaie.et se chante ! ? 117 Myriam D\u2019Arcy* Pour un souverainisme d\u2019affirmation PENSER EN MAJORITAIRE « Cette rencontre d\u2019un groupe culturel et d\u2019un pouvoir politique mis à son service démontre et perpétue l\u2019existence d\u2019une nation.» Michel Brunet, 1968 Une seule question sérieuse émerge du dernier résultat électoral québécois, celui de la survie du souverainisme comme courant politique organisé susceptible d\u2019accomplir à échéance raisonnable sa raison d\u2019être.Une question qui s\u2019ouvre à partir d\u2019un constat : le Québec francophone, ayant généralement voté pour le parti souverainiste depuis 1976, l\u2019a progressivement déserté depuis le milieu des années 199°.Il est vrai que l\u2019appui à la souveraineté demeure relativement stable, à 40 % des intentions de vote.Mais il n\u2019en demeure pas moins que le Québec réel s\u2019est récemment tourné vers l\u2019ADQ, parti dont le chef s\u2019est posé en fier défenseur de l\u2019identité québécoise à de nombreuses reprises au courant de la dernière année, notamment durant le débat sur les accommodements raisonnables à l\u2019hiver 2006, alors que le Parti québécois, sous la direction d\u2019André Boisclair, avait répondu mollement aux inquiétudes * Bachelière en science politique à l\u2019UQAM, étudiante en histoire, UQAM ii8 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 reliées à ces questions en en disqualifiant même la pertinence, la légitimité.À la recherche d\u2019un défenseur de leur identité, les Québécois ont été entendus par Mario Dumont, et se sont reconnus dans sa prise de position en préférant un nationalisme par ailleurs autonomiste à un souverainisme dénationalisé.Ce déplacement électoral n\u2019était pas sans susciter certains rapprochements historiques.On pourrait même y voir une autre preuve de la théorie des cycles nationalistes au Québec, un parti en remplaçant un autre dans la mesure où le principal enjeu problématisant l\u2019identité nationale entre en phase de métamorphose.L\u2019historien Éric Bédard expliquait la récente défaite du PQ en avril dernier dans les pages du Devoir en établissant un parallèle entre la situation du PQ et celle de l\u2019Union nationale en 1968, après la crise linguistique de Saint-Léonard provoquée par l\u2019adoption du Bill 63, loi qui, en consacrant le libre choix de la langue d\u2019enseignement avait précipité la mort de cette formation politique.Le gouvernement de Jean-Jacques Bertrand avait voulu ménager la chèvre et le chou et avait proposé une loi qui ne satisfaisait personne.En refusant de franciser les écoles de Saint-Léonard et en acceptant la création de commissions scolaires anglophones, l\u2019Union nationale ne se posait désormais plus en défenseur de l\u2019identité québécoise aux yeux du peuple et cédait ce rôle au PQ naissant.Aujourd\u2019hui, c\u2019est ce dernier qui, en refusant d\u2019adopter une position claire au sujet de l\u2019enseignement de l\u2019histoire au secondaire ; au sujet de la langue et finalement, au sujet des accommodements raisonnables, cède le créneau identitaire à l\u2019ADQ.Pour les souverainistes, il s\u2019agit donc de reprendre la lutte au niveau d\u2019enjeux identitaires telle que la défense et la promotion de la langue française, le retour à l\u2019enseignement traditionnel de l\u2019histoire, une politique responsable en 119 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 matière d\u2019immigration et plus globalement, la réaffirmation sereine et décomplexée des valeurs identitaires qui sont les nôtres.Il s\u2019en trouvera assurément pour voir là un saut en arrière.Comme si le droit à la liberté d\u2019un peuple, la pleine maîtrise de ses pouvoirs politiques, économiques et culturels pouvaient tout d\u2019un coup tomber en désuétude.Comme si le désir de liberté ne pouvait rimer avec ouverture et se transmettre aux nouveaux arrivants.Renouer avec la lutte identitaire doit aussi signifier pour les leaders souverainistes l\u2019affirmation sans complexe des valeurs fortes qui s\u2019inscrivent dans l\u2019identité collective.Par celle-ci, il faut non pas entendre paix, égalité ou encore justice sociales mais plutôt ces valeurs qui ont contribué à assurer la survivance pour la nation québécoise.Cette volonté de vouloir-vivre ensemble doit s\u2019exprimer à travers certains symboles forts comme le français comme langue commune, l\u2019histoire et même l\u2019héritage culturel que constitue la religion catholique.Bien entendu, ce retour à l\u2019identitaire ne doit pas rester pure question rhétorique.On doit en effet inscrire cette restauration du nationalisme identitaire dans une stratégie politique conséquente.Il faut donc éviter que l\u2019émergence d\u2019un nouveau discours nationaliste face écran à une démission face à la lutte pour une pleine existence nationale.En fait, le véritable test de courage ne s\u2019opérera pas seulement dans une remise en valeur de l\u2019argumentaire identitaire dans un dessein clairement électoraliste mais plutôt dans l\u2019élaboration d\u2019une stratégie nationaliste qui sortira du souverainisme vidé de sa substance tel qu\u2019on l\u2019a observé au cours des dernières années.Madame Pauline Marois dit vrai lorsqu\u2019elle nous invite à sortir de l\u2019obsession référendaire.Il s\u2019agit toutefois de pousser plus loin ce constat pour voir comment peuvent s\u2019organiser les actions à venir. 120 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Je résume ma thèse ainsi : pour sortir de l\u2019impasse actuelle, les souverainistes ont tout intérêt à développer un nationalisme d\u2019affirmation qui s\u2019ajoutera au nouveau discours identitaire récemment adopté par Pauline Marois.Les souverainistes ne doivent plus être seulement les défenseurs d\u2019un idéal sans cesse reporté dans sa réalisation mais les promoteurs d\u2019une politique contribuant à renforcer le pouvoir québécois et l\u2019identité nationale.Il s\u2019agit donc de se repositionner au niveau de la gouvernance pour sortir de la logique provinciale.C\u2019est d\u2019une nouvelle stratégie politique, peut-être héritière de l\u2019autonomisme frondeur d\u2019un Maurice Duplessis ou de la pensée politique d\u2019un Michel Brunet, qu\u2019ont besoin les nationalistes s\u2019ils veulent redessiner explicitement les intérêts fondamentaux du Québec et la nécessité de les poursuivre à l\u2019intérieur ou à l\u2019extérieur du cadre politique fédéral.Il ne s\u2019agit pas à poser des gestes de rupture comme le préconisent les promoteurs d\u2019une forme de maximalisme souverainiste contraire à la lecture élémentaire de notre réalité géopolitique1 mais plutôt de sortir d\u2019une logique d\u2019attentisme.Il faut donc renouer avec une gouvernance plus nationaliste qui cherchera dans la mesure du possible à occuper tout l\u2019espace politique nécessaire à la défense des intérêts vitaux du Québec, malgré le légalisme canadien et la rhétorique de l\u2019impuissance qui s\u2019en fait la gardienne dans une partie de l\u2019establishment québécois.Les Québécois doivent se comporter en majorité qui se respecte.Comment pourrait se traduire de manière concrète des initiatives de gouvernance nationaliste ?Claude Villeneuve, 1 Il faut noter que je ne serais pas contre l\u2019idée de gestes de rupture ou d\u2019élection proprement référendaire si le PQ n\u2019avait pas préalablement adopté l\u2019étapisme en 1974 lors de son congrès et mené deux référendums sur la question. 121 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 militant souverainiste, et ceux qui travaillent avec lui aux « Trois travaux » du Parti québécois, publiaient récemment dans les pages du Devoir un texte où étaient détaillées un certain nombre de propositions intéressantes au sujet de la gouvernance nationaliste.Villeneuve propose entre autres que le Québec se dote d\u2019une constitution qui « enchâsserait dans un texte fondateur les droits collectifs et individuels propres au Québec tels la Charte de la langue française, la Loi sur les prérogatives de l\u2019Assemblée nationale et la Charte québécoise des droits de la personne.Cette loi fondamentale légitimerait aussi l\u2019utilisation fréquente et sans complexe de la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits afin de protéger les consensus québécois.»2 Plus simplement, Villeneuve propose de renouer avec sa tradition nationaliste et reprendre l\u2019initiative au lieu de se placer dans une logique attentiste où le gouvernement québécois espère une attitude généreuse de la part de l\u2019État fédéral.« (.) le Parti québécois devra constamment chercher à repousser les limites du cadre fédéral afin de réaliser les aspirations du Québec, et ce, jusqu\u2019à la souveraineté.»3 Il faut bien sûr être conscient que l\u2019État québécois ne possède plus les moyens pour réaliser de grandes réformes ou mettre en place de grands programmes sociaux généreux.Les gouvernements se sont endettés durant les 40 dernières années et il serait tout à fait irresponsable de ne pas le reconnaître.Mais raison ne doit pas rimer avec inaction.Non plus que prudence avec impotence.2\tLes trois travaux (collectif), « Une gouvernance souverainiste qui fait gagner le Québec », juin 2007 En ligne : http://les3travaux.blogspot.com/ Consulté le 14 juillet 2007 3\tIbidem 122 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 La gouvernance nationaliste ne doit pas être perçue comme un recul, ni même un repli stratégique.Bien au contraire, il s\u2019agit d\u2019un pas en avant pour un mouvement sclérosé et paralysé par un discours vide de sens depuis 1995.Tout en gardant conscience des moyens actuels de l\u2019État québécois, qui ne sont plus ceux d\u2019il y a un demi-siècle, tout en sachant qu\u2019une telle politique ne sera pas non plus l\u2019équivalent de l\u2019acquisition de la souveraineté, on peut y voir néanmoins une politique du possible et des possibles qui sortira notre Québec de la position défensive où l\u2019ont conduit ses défaites en chaîne.En reprenant l\u2019initiative au sujet de la gouvernance, le Québec reprendra le goût de se battre.Les partis politiques et les hommes qui y oeuvrent doivent être de leur temps.Désormais, être souverainiste ne rime plus avec la conviction d\u2019atteindre la souveraineté de manière imminente.Force est de constater que le virage au nationalisme vidé de ses éléments identitaires des douze dernières années a fait perdre au Parti québécois une partie très importante de sa base électorale et surtout, son contact avec le Québec réel.Or, si le Parti québécois est sérieux dans sa démarche souverainiste et qu\u2019il aspire à réaliser le pays, il doit renouer avec le peuple et faire son profit de l\u2019actuelle métamorphose du nationalisme québécois.À moins de consentir à son déclassement historique.Je ne fais pas partie de ceux qui souhaitent publiquement ou secrètement une telle chose.? 123 Benoît Dubreuil* POUR BONIFIER LA LOI SUR L\u2019IDENTITÉ En proposant un « bill omnibus » sur l\u2019identité, le Parti québécois de Pauline Marois a rompu avec ce qu\u2019on a alternativement décrit comme la « mauvaise conscience »: ou la « dénationalisation »2 de la pensée souverainiste depuis le dernier référendum.Pour la première fois depuis longtemps, le PQ repose la langue et la culture au cœur de son projet.Au centre de l\u2019offensive lancée par Pauline Marois se trouvent sans contredit les propositions de créer une citoyenneté québécoise et un contrat d\u2019intégration pour les nouveaux arrivants.L\u2019idée de créer une citoyenneté circule depuis un bon moment.Elle se trouve dans le programme actuel du PQ et l\u2019ADQ en a fait une pièce centrale de sa réponse au débat sur les accommodements raisonnables.L\u2019idée était également au cœur du rapport Larose sur l\u2019état et l\u2019avenir du français.La raison pour laquelle la proposition était demeurée lettre morte jusqu\u2019à aujourd\u2019hui est que la création d\u2019une citoyenneté essentiellement symbolique (ne s\u2019accompagnant d\u2019aucun droit ou obligation spécifiques) risquait d\u2019apparaître inutile à bien des Québécois.1\tJacques Beauchemin, L\u2019histoire en trop, VLB Éditeur, 2002.2\tMathieu Bock-Côté, La dénationalisation tranquille, Boréal, 2007.* Docteur en philosophie.FNRS, Université libre de Bruxelles 124 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Le PQ a décidé de résoudre ce problème en attachant son projet à des obligations et droits réels : pour l\u2019obtenir, le candidat devra être d\u2019abord citoyen canadien, puis démontrer une connaissance suffisante de la langue française et de la culture québécoise.Une fois obtenue, la citoyenneté lui donnera le droit de se présenter aux élections provinciales et municipales et de contribuer au financement des partis politiques.L\u2019exigence de connaissance de la langue nationale a soulevé la critique, mais elle est tout conforme à ce que l\u2019on observe à l\u2019échelle des pays industrialisés.Partout les États exigent de leurs nouveaux citoyens qu\u2019ils connaissent leur langue nationale, une exigence tout à fait normale si l\u2019on considère l\u2019importance de la langue dans l\u2019intégration à la vie démocratique d\u2019un pays.La principale bizarrerie dans le projet de loi est que l\u2019obtention de la citoyenneté n\u2019y est pas liée au droit de vote.Ainsi, les non-citoyens du Québec ne seront pas éligibles aux élections mais pourront néanmoins voter, ce qui produit une curieuse asymétrie.La décision du PQ de ne pas lier la citoyenneté au droit de vote visait visiblement à éviter une querelle juridique prolongée avec le fédéral, puisque la Charte canadienne garantit aux citoyens canadiens le droit de vote aux élections provinciales et fédérales.Mais elle garantit également leur éligibilité à ces élections de sorte que, si l\u2019on se fit aux réactions qui ont suivi le dépôt du projet de loi, le débat constitutionnel est ouvert de toute façon ! À première vue, le projet de loi du PQ va à l\u2019encontre de l\u2019article 3 de la Charte canadienne des droits et libertés qui garantit à tout citoyen le droit de vote et d\u2019éligibilité3.Mais 3 Stéphane Beaulac, François Chevrette, François Crépeau, Jean-François Gaudreault-DesBiens et Jean Leclair, Le projet de loi 195 ne passe ni le test des Chartes ni celui de la Déclaration universelle des droits de l\u2019homme, La Presse, 30 octobre 2007. 125 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 il faut rappeler que l\u2019article 1 de cette même Charte permet des restrictions « raisonnables » aux droits et libertés dans la mesure où elles sont justifiables dans le cadre d\u2019une « société libre et démocratique »4.Comme la connaissance de la langue officielle est un préalable au droit de vote et à l\u2019éligibilité dans presque toutes les sociétés libres et démocratiques, il serait étrange de dire que la restriction proposée à l\u2019article 3 par le PQ est injustifiable du point de vue de la Charte.Pourquoi une contrainte qui apparaît raisonnable dans des nations avec des cultures aussi fortes que l\u2019Allemagne, la France ou le Royaume-Uni deviendrait-elle déraisonnable au Québec ?À moins bien sûr que la Cour suprême ne soutienne que le Québec ne forme pas une société libre et démocratique, ou encore que le Québec est une société bilingue, et non une société dont la langue officielle est le français.Il faudrait alors se demander pourquoi la Cour suprême n\u2019a pas cru bon d\u2019invalider les dispositions de la Charte de la langue française qui font du français la seule langue officielle du Québec.Bien sûr, il faut garder à l\u2019esprit que la Charte canadienne a été imposée au Québec dans le but précis de contrer ses lois linguistiques et que les juges de la Cour suprême, nommés par le premier ministre canadien lui-même, peuvent avoir une conception de ce qui est raisonnable qui s\u2019éloigne sensiblement de l\u2019opinion majoritaire au Québec.Ainsi, l\u2019idée selon laquelle le français est la seule langue publique commune du Québec n\u2019a peut-être pas fait suffisamment de chemin à Ottawa pour infléchir d\u2019une manière déterminante l\u2019interprétation des textes juridiques.4 Eugénie Brouillet, Henri Brun, Jacques-Yvan Morin, Patrick Taillon et Daniel Turp, « Le projet de loi sur l\u2019identité québécoise : il est raisonnable de vouloir consolider le français », Le Devoir, 26 octobre 2007. 126 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Il existe pourtant une manière simple d\u2019éviter une querelle juridique prolongée avec l\u2019État fédéral.Le Québec pourrait simplement demander une modification à la Loi canadienne sur la citoyenneté.Pour l\u2019instant, la loi canadienne exige de tout candidat à la citoyenneté qu\u2019il démontre une connaissance de base du français ou de l\u2019anglais, de même que de l\u2019histoire et des institutions canadiennes.Le Bloc québécois pourrait proposer une modification à l\u2019article 5 de la Loi sur la citoyenneté afin d\u2019exiger des candidats à la citoyenneté canadienne résidents sur le territoire québécois qu\u2019ils satisfassent aux exigences de la Loi québécoise sur la citoyenneté avant d\u2019obtenir la citoyenneté canadienne.Ils pourraient alors obtenir les deux citoyennetés en même temps.Le changement législatif serait mineur et s\u2019inscrirait de manière éloquente à la suite de la reconnaissance du Québec comme nation.Cette entente ressemblerait à celle actuellement en vigueur dans le domaine de l\u2019immigration économique, où le Canada s\u2019engage à n\u2019accepter que les candidats qui ont préalablement été sélectionnés par le Québec.Pour éviter les contestations juridiques, le Québec pourrait alors renoncer à lier sa citoyenneté aux droits de vote et d\u2019éligibilité.Elle le serait déjà de facto pour tous les immigrants qui s\u2019établissent au Québec.Comme l\u2019immigration interprovinciale à destination du Québec est faible, un tel régime permettrait de réaliser les principaux objectifs du projet de loi sur l\u2019identité sans pour autant toucher aux droits des citoyens canadiens des autres provinces.En attendant que la Chambre des communes n\u2019accepte de modifier sa loi sur la citoyenneté, le PQ pourrait aller de l\u2019avant avec son projet actuel.Les risques de contestations juridiques sont évidemment présents, mais les arguments du PQ sont tout à fait raisonnables et il n\u2019est pas certain qu\u2019il sortirait perdant d\u2019un débat juridique qui pourrait s\u2019étendre sur plusieurs années. 127 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 ?L\u2019autre pièce maîtresse du projet de loi sur l\u2019identité est la création d\u2019un contrat d\u2019intégration d\u2019une durée de trois ans dans lequel l\u2019immigrant sélectionné par le Québec s\u2019engagera à se franciser et à respecter les valeurs et la constitution québécoise.L\u2019idée d\u2019introduire un aspect explicitement contractuel dans la politique d\u2019immigration et d\u2019intégration est évidemment heureuse.Plusieurs nations, dont l\u2019Allemagne, l\u2019Autriche, la Flandre, la France et les Pays-Bas, ce sont d\u2019ailleurs engagés sur cette voie.La faiblesse de la proposition péquiste se trouve cependant sur le plan de l\u2019efficacité et du suivi.Aucune sanction n\u2019est prévue en cas de non-respect du contrat d\u2019intégration sauf bien entendu l\u2019impossibilité d\u2019obtenir la citoyenneté québécoise (elle-même superflue pour exercer le droit de vote).Dans ce contexte, on peut se demander si le contrat proposé permettra vraiment d\u2019améliorer notre bilan en matière d\u2019intégration, particulièrement pour ce qui est des clientèles les plus difficiles à franciser, à savoir les immigrants « anglo-tropes » (essentiellement ceux qui n\u2019ont pas une bonne connaissance du français ou d\u2019une autre langue latine à l\u2019arrivée).La première manière de résoudre ce problème consisterait à prévoir des sanctions en cas de non-respect du contrat d\u2019intégration.Des pays européens imposent par exemple des sanctions monétaires à ceux qui ne respectent pas leur engagement.Elles varient entre 100 et 200 euros (de 140 à 280 $) en Autriche et s\u2019élèveront bientôt à 1000 euros (1400 $) en Allemagne.Dans d\u2019autres pays, on a fait du respect du contrat d\u2019intégration un préalable à l\u2019accès aux programmes sociaux.Si le Québec adoptait cette voie, la réussite du contrat pourrait y conditionner l\u2019éligibilité à certaines prestations sociales contrôlées par le Québec (l\u2019aide sociale, le crédit d\u2019impôt remboursable pour les familles, 128 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 l\u2019assurance-maladie, les prêts et bourses, les frais de scolarité québécois ou l\u2019accès à un logement social).La Flandre, qui n\u2019est pas un pays souverain, a rendu la maîtrise du néerlandais nécessaire à l\u2019obtention d\u2019un logement social.La mesure a été contestée sur le plan constitutionnel, mais le gouvernement flamand a finalement gagné.Des sanctions semblables existent également en Allemagne et aux Pays-Bas.Au Québec, de telles sanctions pourraient être contestées par les autorités fédérales, mais le caractère volontaire du contrat d\u2019intégration donnerait au gouvernement du Québec un argument de poids dans un combat juridique dont il pourrait sortir gagnant (sur le plan juridique peut-être et sur le plan politique sans doute).La clause dérogatoire pourrait également être utilisée pour se soustraire à l\u2019emprise de la Charte canadienne.La seconde méthode pour augmenter l\u2019efficacité du contrat d\u2019intégration serait de mieux contrôler, au moment de la sélection, la motivation et la capacité des candidats à l\u2019immigration à se franciser.Une façon simple d\u2019atteindre cet objectif serait d\u2019exiger de tout candidat une connaissance minimale du français au moment de la sélection.La connaissance du français deviendrait ainsi un critère éliminatoire dans l\u2019évaluation du dossier de candidature.Le gouvernement du Québec pourrait offrir aux candidats à l\u2019immigration le matériel didactique permettant d\u2019atteindre à l\u2019intérieur d\u2019un délai raisonnable (un an) le niveau de français exigé.Une telle mesure ne serait pas exceptionnelle sur le plan international.Le Royaume-Uni et les Pays-Bas imposent déjà une connaissance minimale de leur langue nationale pour l\u2019obtention de tout permis de séjour.En Allemagne, en Autriche et au Danemark, le respect du contrat d\u2019intégration conditionne quant à lui le renouvellement des titres de séjour et le regroupement familial.En clair, l\u2019immigrant qui 129 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 n\u2019acquiert pas le degré désiré de connaissance de la langue peut y être reconduit à la frontière.Le Québec, malheureusement, n\u2019opère pas une sélection pour toutes les catégories d\u2019immigrants.Ainsi, le regroupement familial et l\u2019attribution du statut de réfugié demeurent sous l\u2019autorité du gouvernement fédéral.Cela est particulièrement problématique parce que ces clientèles comptent parmi les plus difficiles à intégrer.Le Bloc québécois pourrait déposer un projet de loi modifiant le regroupement familial pour les candidats au regroupement à destination du Québec.Le Canada pourrait exiger d\u2019eux qu\u2019ils signent le contrat d\u2019intégration québécois et qu\u2019ils possèdent - avant même leur arrivée - une connaissance minimale de la langue française, de l\u2019histoire et des institutions québécoises.Une telle exigence linguistique est déjà en place en Allemagne et la France s\u2019engage également sur cette voie.Il serait également possible de faire signer des contrats d\u2019intégration aux réfugiés à destination du Québec.Le Bloc québécois pourrait également profiter de ce projet de loi pour résoudre d\u2019autres problèmes reliés au regroupement familial comme celui des mariages forcés, pratiqués dans certaines communautés culturelles et nuisibles à la fois aux droits individuels et à l\u2019intégration des jeunes issus de l\u2019immigration.Au Canada, il est possible de regrouper une épouse ou un époux étranger dès qu\u2019il ou elle a plus de 16 ans.Or plusieurs pays ont récemment rehaussé l\u2019âge minimal du regroupement des époux pour lutter contre les mariages forcés.Il est maintenant de 18 ans en Allemagne, de 21 aux Pays-Bas et au Royaume-Uni et de 24 ans au Danemark.Le Bloc québécois pourrait finalement proposer de réduire l\u2019âge maximal à partir duquel il est possible de regrouper 130 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 les enfants.En ce moment, il est possible de demander le regroupement pour des enfants ayant jusqu\u2019à 22 ans.En Allemagne, le gouvernement vient d\u2019abaisser cet âge à 18 ans, ce qui est une manière de s\u2019assurer que les enfants soient regroupés avant de débuter leurs études supérieures et facilite par la suite leur intégration au marché du travail et à la société en général.En proposant une citoyenneté québécoise et un contrat d\u2019intégration, Pauline Marois permet au débat sur l\u2019intégration de dépasser le stade primaire où il se trouvait depuis un an.L\u2019ADQ, qui a été le principal bénéficiaire du débat sur les accommodements raisonnables, n\u2019a pas encore décrit d\u2019une manière précise en quoi la citoyenneté qu\u2019elle propose viendrait résoudre les problèmes d\u2019intégration au Québec.Le PQ, en liant la citoyenneté à la connaissance du français et de la culture québécoise, fait un pas dans la bonne direction.Il est loin d\u2019être certain, cependant, que cette mesure soit suffisante pour améliorer d\u2019une manière substantielle l\u2019intégration des immigrants à la démocratie québécoise.Il est sans doute trop tôt pour parler d\u2019une « nouvelle loi 101 », mais les propositions nous lancent très certainement sur la bonne voie.? 131 Conseil pour la souveraineté du Québec* AU JEU DE LA CONCURRENCE IDENTITAIRE, LE QUÉBEC-PROVINCE NE GAGNERA JAMAIS** Faisant un retour sur votre mandat, hésitant entre une interprétation restreinte qui vous aurait conduits à vous « en tenir à la dimension proprement juridique de l\u2019accommodement raisonnable », et une interprétation large qui « consistait à voir dans le débat sur les accommodements raisonnables le symptôme d\u2019un problème plus fondamental concernant le modèle d\u2019intégration socioculturelle qui a cours au Québec depuis les années 1970 », vous avez choisi la deuxième, « dans le but d\u2019appréhender le problème à sa source et sous toutes ses facettes ».Cependant, à la lecture du document de consultation, il nous est apparu que la nomenclature des facettes demeurait partielle.Et qu\u2019à défaut d\u2019embrasser aussi la dimension structurelle, politique et constitutionnelle de votre objet d\u2019étude, l\u2019angle retenu serait partial.En effet, vous ne pouvez pas fermer les yeux sur la matrice des décisions qui ont conduit aux accommodements dits raisonnables qui, eux-mêmes, ont généré les dérives que l\u2019on connaît, sans vous priver de la plus importante clé explicative de toute la situation.Cette matrice est au cœur du projet politique et constitutionnel canadien.L\u2019analyser, la comprendre * Le Conseil de la souveraineté du Québec est un organisme à but non lucratif qui a pour mission la promotion, par des moyens pédagogiques, éducatifs et culturels, de la souveraineté du Québec.** Mémoire présenté à la Commission de consultation sur les pratiques d\u2019accommodements reliées aux différences culturelles, octobre 2007 132 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 et en tenir compte, est d\u2019une absolue nécessité pour qui ne veut leurrer personne et produire des recommandations qui aient une prise sur le réel.1.\tDe la pertinence de la notion des « accommodements raisonnables » Le Conseil de la souveraineté du Québec est tout à fait d\u2019accord avec la notion de l\u2019accommodement raisonnable qui combat la discrimination indirecte, celle qui, par suite de l\u2019application d\u2019une norme institutionnelle (loi, règle, règlement, contrat, décision administrative, usage.) porte atteinte au droit à l\u2019égalité.Ces accommodements sont légion, notamment en milieux de travail, dans les services publics, dans les services privés, dans le logement, etc., au bénéfice des personnes souffrant de limitations diverses.2.\tDe l\u2019impertinence de la pratique politique des « accommodements raisonnables » Par contre, le Conseil de la souveraineté du Québec est en total désaccord avec l\u2019usage politique que les institutions canadiennes font des accommodement raisonnables pour décliner et enraciner au Québec le projet constitutionnel canadien dans le champ de la culture, du social et de la pratique démocratique.Ces institutions constituant les rouages les plus importants du «Nation building» canadien, elles poursuivent l\u2019opération structurelle de 1982.Comme nous, vous connaissez les faits.Après avoir subi une tentative d\u2019éradication en 1755 (déportation des Acadiens), puis une défaite militaire en 1759 (conquête anglaise), puis une volonté d\u2019assimilation en 1840 (Acte d\u2019Union), puis un processus de minorisation en 1867 (L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique), les Canadiens 133 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 français, au milieu du XXe siècle, devant l\u2019évident cul-de-sac de l\u2019avenir de la réalité française en Amérique et au Canada se sont ressaisis et ont enclenché sur le seul territoire et avec le seul demi-État qu\u2019ils contrôlaient une Révolution tranquille qui allait les amener à rompre avec la division ethniciste (canadiens français/canadiens anglais) de leur société pour promouvoir, avec un certain bonheur, la cohésion d\u2019une nation québécoise riche d\u2019une majorité française, d\u2019une minorité anglaise, de 10 nations autochtones, d\u2019une nation inuite et de centaines de milliers de personnes venues du monde entier.Ce projet allait inclure tout le monde et se développer en français.Dans la deuxième partie des années 1970, l\u2019élection d\u2019un gouvernement souverainiste et l\u2019adoption de la loi 101 lui donnèrent son plein sens.Le Canada ne l\u2019entendit pas de cette oreille.En 1982, s\u2019appuyant sur sa majorité anglaise, il sanctionna le Québec en adoptant contre son gré une Constitution et une Charte qui avaient explicitement pour objectifs de lui ravir des pouvoirs de légiférer sur sa langue et sa culture et de le maintenir dans la division ethniciste canadienne.Allait suivre une série de décisions des cours et des institutions canadienne œuvrant sur le territoire québécois pour traduire dans le quotidien la signification réelle de ces textes fondateurs du nouveau Canada.Les accommodements sont du nombre.On les dit raisonnables.Ils sont politiques.Comme le sont notamment les jugements des tribunaux du Canada relativement aux lois linguistiques du Québec, les décisions des appareils d\u2019État, par exemple Élections Canada, les stratégies générales, tels les programmes culturels de Patrimoine Canada et les stratégies particulières, telles les commandites, déployés par le Canada sur le territoire québécois. 134 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 3.Interculturalisme québécois et multiculturalisme canadien Le Québec est une nation minoritaire française dans un océan anglo-saxon nord-américain.Connaissant intimement le rapport de forces spontanément favorable à la majorité anglaise du continent et voulant absolument garantir son avenir, outre les politiques linguistiques et divers programmes d\u2019accompagnement des nouveaux arrivants, le Québec élabora une politique d\u2019intégration dite interculturelle.Essentiellement il s\u2019agit d\u2019une politique proposant à ces derniers de participer en français à l\u2019enrichissement d\u2019un tronc commun de valeurs, d\u2019institutions et de pratiques citoyennes, conférant au peuple québécois en Amérique du Nord et dans le monde une identité dynamique originale.Pour contrer cette avancée et parce qu\u2019ils sont ses citoyens ou qu\u2019ils débarquent chez lui, le Canada leur propose une autre politique, multiculturelle celle-là.À leur guise, les invite-il à maintenir et à valoriser leurs cultures à côté de toutes les autres cultures, y compris à côté de celle des Canadiens français.La politique multiculturelle du Canada a deux fonctions.Nier le caractère national et civique du Québec en confinant les Canadiens français dans un statut ethnique et poursuivre le processus de minorisation du Québec.Pour les nouveaux arrivants, la confusion est totale.Pour le Canada, le jeu est payant.D\u2019un côté, il met des bâtons dans les roues du Québec qui trime dur pour intégrer les nouveaux arrivants dans la construction dynamique de son identité et de l\u2019autre, il occulte la véritable entreprise canadienne de « nation building ». 135 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 4.Constats La venue en grand nombre de personnes en provenance du monde entier est une richesse formidable pour le Québec, tant au plan démographique, économique que social et culturel.Le Conseil de la souveraineté du Québec constate qu\u2019en majorité, les personnes qui viennent s\u2019établir au Québec investissent de très grands efforts dans leur intégration et la réussissent.Il constate aussi qu\u2019au chapitre de l\u2019emploi, l\u2019intégration met plus de temps à se faire qu\u2019ailleurs.Qu\u2019on n\u2019a pas fini de lever des barrières et que des ressources devraient être ajoutées.Il constate également qu\u2019au chapitre de la langue, les transferts vers le français sont loin d\u2019être majoritaires.Il constate enfin que le nombre d\u2019immigrants portant des revendications identitaires de type religieux contraires aux conquêtes récentes d\u2019une société laïque et égalitaire et qu\u2019accréditent les instances de l\u2019État canadien est infime et marginal.Ce n\u2019est donc pas le nombre de décisions prises par les instances canadiennes en matière d\u2019accommodements dits raisonnables qui pose problème.C\u2019est leur caractère déraisonnable contrariant ostensiblement le sens commun, qui nous insupporte.Voter en se cachant le visage, représenter l\u2019État dans des costumes religieux, autoriser à porter des armes blanches de type religieux à l\u2019école, mais pas au tribunal ni dans les avions, briser des contrats privés signés pour accomplir des rituels religieux auxquels on avait renoncé, etc., le tout décidé sur la base de la « sincérité », de la croyance de l\u2019individu et non des exigences du groupe d\u2019appartenance, rend inenvisageable quelque tentative que ce soit de bricoler des guides pour gestionnaires ou des règles pour fonctionnaires.Nous sommes dans une maison de fous, pour reprendre l\u2019expression de René Lévesque. 136 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Au surplus ces décisions émanent d\u2019instances dont on ne peut interjeter appel des décisions.Poursuivant son objectif politique à l\u2019endroit du Québec, compte tenu de sa masse critique, le Canada peut prendre le risque d\u2019intégrer l\u2019immense majorité de ceux qui choisissent d\u2019habiter son territoire.Le Québec, certainement pas.5.\tDes pratiques hésitantes et confuses Une évidence saute aux yeux.S\u2019il y a un problème, et problème il y a, il n\u2019est pas du côté des Québécois issus de l\u2019immigration ou du côté des nouveaux arrivants, mais bien du côté de la société d\u2019accueil.Sur le territoire québécois se concurrencent deux modèles d\u2019intégration dont l\u2019un, le multiculturel, reçoit tout l\u2019appui de l\u2019appareil politique et juridique du Canada.Le modèle interculturel québécois en subit même des inflexions car soumis au tamis des mêmes instances canadiennes.Le tout a des effets dévastateurs.Le premier de ces effets est de créer l\u2019impression que la revendication identitaire des immigrants et des communautés issues de l\u2019immigration est générale et automatiquement exaucée.Le deuxième effet dévastateur est de conduire un ensemble de décideurs à relire leurs pratiques opérationnelles quotidiennes à la lumière des normes « créatives » des instances canadiennes et d\u2019y conformer leurs directives.Le troisième effet est de générer dans la population un malaise insupportable : « Ça ne nous ressemble plus du tout ».Éclate alors la crise que l\u2019on sait.6.\tConcurrence identitaire Cette crise se vit sur un fond de recul systématique du front linguistique.Jadis, une bataille a été livrée.Le Québec l\u2019a faite en y jetant dans la mêlée le poids de toutes ses insti- 137 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 tutions : son Assemblée nationale, ses appareils d\u2019État, ses politiques publiques, ses relations extérieures, ses mouvements sociaux et sa population en général.Le résultat fut probant.Le français s\u2019est redressé.L\u2019assimilation des Québécois de langue française à l\u2019anglais fut cassée.Partout ailleurs, l\u2019assimilation des Canadiens français à l\u2019anglais s\u2019est accélérée.Mais depuis, les gains ont cessé et la Charte de la langue française de 1977 n\u2019est plus, sur le plan juridique, que l\u2019ombre d\u2019elle-même.En effet, Québec avait voulu faire du français la langue de l\u2019État.Dans l\u2019arrêt Blaikie, la Cour suprême du Canada s\u2019y est opposée.À telle enseigne qu\u2019encore aujourd\u2019hui, des juges, siégeant au Québec, rendent des jugements uniquement rédigés en anglais.Ce fut le cas récemment avec le juge Hilton, précisément en matière de langue.Relativement à l\u2019affichage, à la fréquentation scolaire ou à l\u2019exigence de la présence du français, les cours du Canada continuent d\u2019édenter systématiquement le dispositif de protection et de promotion de la langue française sur le territoire québécois.Faut-il ajouter que le Canada lui-même n\u2019applique pas les lois linguistiques du Québec sur le territoire québécois.Bref, aujourd\u2019hui, le français n\u2019est plus la langue de l\u2019État et elle est toujours un peu moins la langue normale du travail, du commerce et des affaires.En matière linguistique, le Québec est totalement cerné alors que sévit sur son territoire une vive concurrence identitaire entre un Canada-pays qui se présente bilingue (français et anglais) et multiculturel (qui recrute, accueille et accompagne) et un Québec-province, français et interculturel (qui héberge).Messieurs les Commissaires, vous devinez qui gagne dans ce rapport de forces ?Et il faudrait se surprendre que les nouveaux arrivants posent la question « Who are the winners and where are they?» ?Cette question est tout à fait normale pour celles et ceux qui, s\u2019arrachant à leurs racines, se retrouvent en position de mobilité sociale et géographique 138 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 en Amérique du Nord pour en faire pousser de nouvelles.Le Québec est une province et non un pays.Les nouveaux arrivants s\u2019intègrent à des pays et non à des provinces.Au jeu de la concurrence identitaire, le Québec-province ne gagnera jamais.Et si, en dépit de tout, pour infléchir la situation, le Québec-province s\u2019avisait d\u2019appliquer à sa citoyenneté interne les mêmes critères langagiers que ceux des grandes démocraties du Royaume Uni, de la France, de l\u2019Allemagne, du Danemark et de combien d\u2019autres, précisément parce que le Québec est une de ses provinces, le Canada les déclarerait discriminatoires.Alors, pour qu\u2019ils ne le soient pas?7.Contradiction politique Le Québec est à la croisée des chemins.La crise des accommodements dits raisonnables gravite autour de l\u2019égalité des droits des femmes et des hommes, de l\u2019avenir du français, de la laïcité de l\u2019espace étatique et de l\u2019intégrité des processus démocratiques.Est-il nécessaire de préciser que ces éléments sont essentiels à la construction du Québec moderne ?Évoquons les gains résultants des luttes historiques des femmes, celles du Mouvement Québec Français, du passage de la responsabilité ecclésiale à la responsabilité étatique dans les domaines de la santé, des services sociaux, de l\u2019éducation et de plusieurs autres et de l\u2019assainissement des pratiques démocratiques.Or il se trouve que sur chacun de ces points, les instances canadiennes ont subordonné les perspectives québécoises au projet canadien.Ainsi, sur des déterminants essentiels de son identité, le peuple québécois n\u2019a pas de prise exclusive.Certains voudraient qu\u2019il se fasse à l\u2019idée qu\u2019il est tout simplement victime de quelques dérapages juridiques ?Le croirait-il qu\u2019il serait dans l\u2019erreur.La Cour suprême du Canada comme Élections Canada et les autres appareils de l\u2019État canadien fonction- 139 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 nent très bien.Ils ont pour mandat de bâtir le Canada.Et ils le font vaillamment sans même que les demandeurs n\u2019aient toujours à se manifester.Ce fut le cas quand le directeur d\u2019Élections Canada a autorisé le vote de personnes dont le visage était caché.Et ils le font en toute indépendance des pouvoirs politiques.Ce qui leur confère une autorité morale telle que, dans la foulée, l\u2019ensemble des décideurs et gestionnaires révisent et ajustent leurs décisions.Découvrant que les institutions contrecarrent son projet de fond, le peuple québécois s\u2019est emparé à nouveau de son destin pour en débattre en toute transparence les modalités, recomposer son consensus et imposer à nouveau par le débat public et la démocratie les conditions de sa pérennité.8.Perspectives Depuis 50 ans, le Québec moderne se construit patiemment.Notamment, il en est arrivé à esquisser un horizon de société qui, en Amérique du Nord, serait française, laïque et égalitaire.Remis en question, veut-il maintenir le cap ?Le peut-il ?Comment ?Il serait surprenant qu\u2019au moment même où il fête les 400 ans de sa propre naissance, le peuple québécois renonce à être ce qu\u2019il est devenu.Plus encore, dans le cadre d\u2019un brassage mondial inégalé de populations, le Québec a été le premier à vouloir que la planète rayonne de toute sa diversité.Y compris la sienne.Aujourd\u2019hui il y renoncerait ?En mode de survie pendant deux siècles, le fait français en Amérique du Nord s\u2019est enfin donné un élan pour être au monde à l\u2019égal des autres.Il y a consacré des efforts gigantesques.Il n\u2019y est pas encore.Encore une fois, il constate que le Canada se met en travers de son chemin et le contrecarre en détricotant systématiquement des pans précis de son identité 140 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 moderne.Que lui faut-il faire ?Espérer que les institutions canadiennes s\u2019amendent ?Les textes sont verrouillés.Voler de ses propres ailes ?Il n\u2019y a pas d\u2019autre façon de créer les conditions d\u2019une intégration réussie.Sans ambiguïté, le Québec indépendant recrutera des candidats à l\u2019immigration pour un pays français, laïque et égalitaire en Amérique du Nord.Il les accueillera, les accompagnera et les aidera avec l\u2019aura, l\u2019autorité et les moyens d\u2019un pays.Ça ne se fera pas sans difficultés.Cependant il le fera avec assurance et souplesse, convaincu que les nouveaux arrivants consolideront qui il est et non ceux qui l\u2019apprécient minoritaire et minorisé.Conclusion Le Québec n\u2019a pas connu beaucoup de crises relativement à l\u2019immigration.L\u2019une de ces crises, célèbre, fut celle de la commission scolaire de St-Léonard à la fin des années 1960 ; elle fut paradigmatique.De cette crise découlèrent les politiques linguistiques qui conduisirent finalement à l\u2019adoption de la Charte de la langue française.Le débat relatif aux accommodements dits raisonnables fait apparaître des caractéristiques qui s\u2019approchent de ce type de crise.Il y a remise en question des points de repère imposés par les instances étatiques canadiennes.Le modèle de société sous jacent est interrogé.Le Conseil de la souveraineté du Québec ne serait pas étonné si on constatait qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une autre crise paradigmatique.Et que, pour imposer le modèle interculturel en écartant une fois pour toutes le modèle multiculturel, il soit nécessaire que le Québec devienne un pays.Messieurs les Commissaires, votre Commission ferait œuvre utile en ne taisant pas la contradiction radicale des projets en présence, en démontant la réalité de leur matrice politique, structurelle et constitutionnelle et en ayant le courage d\u2019indiquer la solution durable.? 141 Gérald Larose* SI J\u2019ÉTAIS CHEF.(sans prétention aucune au poste) Vendredi, 26 octobre 2007, au Lion D\u2019Or, je participais avec plaisir au repas festif du quatre-vingt-dixième anniversaire de la revue L\u2019Action nationale.Encore une fois, Jacques Parizeau m\u2019a émerveillé par un exposé aussi précis que concis dont je retiens que « la souveraineté du Québec, dans le contexte de l\u2019actuelle mondialisation, loin d\u2019être le projet d\u2019une génération est devenue une condition d\u2019épanouissement de celles qui suivent et un tremplin pour leur rayonnement.» Et de constater « qu\u2019à nouveau contexte, nouvelles stratégies et nouveaux porteurs de projets ».« Finis les septuagénaires malcommodes ! » lança-t-il à la blague.Nouveau contexte Nouveau contexte ?Nouvelles stratégies ?Il vrai que plus rien ne ressemble à 1980.Guère davantage à 1995.L\u2019économie s\u2019est très largement mondialisée.La planète apparaît maintenant toute fragile.La montée des intégrismes donne froid dans le dos.L\u2019impérialisme américain n\u2019a jamais été aussi sanguinaire.Et chez nous, le nouveau Canada, celui de 1982, s\u2019est beaucoup installé.Multiculturel et minorisateur.Non sans heurts.En témoigne le débat sur les accommode- * Président du Conseil de la souveraineté du Québec, dont le propos n\u2019engage ici que lui-même 142 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 ments dits raisonnables, fruit de la concurrence identitaire que le Canada livre au Québec par l\u2019imposition de son modèle multiculturel coulé dans le bronze de sa constitution et de sa Charte et à qui ses tribunaux au Québec et sa Cour suprême chez lui donnent vie.Sans compter que maintenant, ce Canada dispose d\u2019un butin de guerre.En effet, il s\u2019est volé une santé financière sur le dos du Québec, de ses provinces et des chômeurs.Et déjà qu\u2019il n\u2019hésitait pas à empiéter sur les responsabilités du Québec lorsqu\u2019il était cassé.Quels espaces n\u2019occupe-t-il pas depuis que l\u2019argent lui sort par les oreilles ?Y compris la conscience des Québécois qu\u2019il a tenté d\u2019acheter par un gigantesque programme mafieux de commandites.Résultat : dans l\u2019ensemble canadien, le Québec n\u2019a jamais été aussi cerné.Plus aucune marge de manœuvre pour un développement économique autonome, un développement social camisolé dans les transferts sociaux canadiens, le rayonnement culturel happé par la stratégie de canadianisation de Patrimoine Canada et la consolidation du français comme langue commune impossible, nous disent-ils, à moins d\u2019accepter d\u2019être discriminatoire dans le fédéralisme canadien.Pour parler crûment, ces dernières années, le Québec a été vassalisé.Nation ?Unesco ?De l\u2019agitation ! Des simulacres ! Des « shows de boucane » ! Et pourtant ! Cependant, le Québec demeure la vingtième plus grosse économie mondiale et procure à ses citoyens le douzième plus haut revenu per capita au monde.Il est toujours collé à un très grand marché.Ses échanges se font de moins en moins suivant l\u2019axe est-ouest et de plus en plus suivant l\u2019axe nord-sud.À la hauteur de 80 %.Bon ou mauvais, le traité de libre-échange Canada-État-Unis-Mexique l\u2019a sorti de la prison réglementaire canadienne.Au carrefour des grands courants civilisationnels américain et européen, il dispose d\u2019une 143 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 richesse institutionnelle française et anglaise incomparable.Sa population est plus bilingue et trilingue que n\u2019importe quelle autre sur le continent.Les nouvelles technologies de l\u2019information et des communications sont profondément implantées dans tous ses milieux.Sa main-d\u2019œuvre est compétente et recherchée.Sa société civile est bien organisée.Ses économies classique, sociale et de proximité fleurissent et performent.Sa démographie est plurielle.Ses pratiques démocratiques sont exemplaires.Ses sensibilités environnementales, pacifistes et de solidarité sociale intéressantes.Il a de multiples antennes sur le monde.Sa culture rayonne.Ses entreprises aussi.Il occupe le seizième plus grand territoire.Il est le soixante troisième plus peuplé.Bref, le Québec n\u2019est pas tout à fait le tiers-monde ! Et aucun des cent et quelques pays nés depuis la création des Nations unies n\u2019était plus équipé, diversifié, en paix, riche et prospère que lui.En fait, le Québec demeure une des dernières nations à avoir les pleines capacités de son indépendance tout en ne l\u2019ayant pas réalisée.Le contexte ayant radicalement changé, pourquoi les stratégies ne changeraient-elles pas ?Si j\u2019étais chef, mais je n\u2019ai aucune prétention à l\u2019être, quelle serait ma proposition ?D\u2019abord une posture générale sans ambiguïté.Deuxièmement, un choix précis d\u2019axes stratégiques transformant la gouvernance provinciale en gouvernance souverainiste.Troisièmement, l\u2019injection, dans les grandes missions de l\u2019État et ses principales politiques, de contenus annonçant un peu mieux le type de société auquel la souveraineté permet d\u2019aspirer.Posture générale L\u2019indépendance du Québec est un très grand projet.Elle suppose un noyau de certitudes qui structurent une posture 144 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 générale donnant à l\u2019action consistance, cohérence, rigueur, clarté et crédibilité.Quels sont les éléments de cette posture ?D\u2019abord se rappeler que le projet de l\u2019indépendance nationale du Québec est un combat.Que si la majorité des pays l\u2019ont gagnée avec des fusils, Québec, lui, entend réussir avec les urnes.Démocratique, ce combat est très exigeant.Il est à mener tous les jours, sur tous les fronts et à tous les plans, conscients que ceux qui, depuis 1982, déclinent au quotidien le Canada, agissent exactement de la sorte.Le respect des règles, cependant, leur important un peu moins qu\u2019à nous.Une évidence : les souverainistes ne sont pas seuls sur la patinoire ! L\u2019espace politique, la narration historique, les repères symboliques et le discours public sont largement occupés par les forces opposées au projet de la souveraineté.Au Québec la pensée politique est annexée, dirait Robert Laplante, directeur de L\u2019Action nationale.Il faut donc, sur toute question, se livrer, jusqu\u2019à en développer le réflexe, à une distanciation systématique du discours reçu pour lire et traiter la réalité sous l\u2019angle de la souveraineté à faire ou de celle à exercer.Troisième élément : le politique a un sens et pèse d\u2019un poids déterminant dans la conduite des sociétés.L\u2019indépendance du Québec est d\u2019abord et avant tout un enjeu politique.Débattu en campagne électorale et constituant l\u2019élément de base de l\u2019élection d\u2019un gouvernement souverainiste, ce projet ne peut que se retrouver au cœur de la gouvernance qui va s\u2019en suivre et en inspirer toutes les politiques.Aussi, les mots ayant leur sens, l\u2019indépendance nationale concerne la nation.Lui appartient même.L\u2019avancement M5 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 du projet suppose son implication et sa réussite, la mise à contribution de toutes ses forces vives.Enfin, faire société plus prospère, faire nation plus solidaire et faire pays exemplaire dans la conduite des affaires du monde interpellent les meilleures et les meilleurs, comme le meilleur de chacun et de chacune.L\u2019avenir est du côté de la solidarité des petites nations dont souvent le Québec épouse le gabarit et les positions.Bref, en premier lieu, se donner une posture générale sans ambiguïté.Les grands axes stratégiques Le 26 octobre dernier, parlant du volet « association », Jacques Parizeau estimait que dans l\u2019orientation générale de son projet, René Lévesque avait tracé là un axe stratégique tout à fait accordé au contexte du Québec de l\u2019époque, enclavé qu\u2019il était dans l\u2019ensemble économique canadien.Ce contexte est révolu.Cet axe caduc.« 1995 marque la fin d\u2019un cycle », concluait-il.Le contexte d\u2019aujourd\u2019hui est autre.L\u2019objectif de faire du Québec un pays demeure.Quelle devrait être l\u2019orientation stratégique d\u2019un gouvernement souverainiste qui entend conduire le Québec à son indépendance ?Transformer la gouvernance provinciale en gouvernance souverainiste.Comment ?1.D\u2019abord cibler systématiquement le structurant.La Révolution tranquille a sonné le réveil du fait français en Amérique.Un formidable élan y a été pris.Le Québec moderne est né.Des institutions et des grandes politiques ont vu le jour.Le « collectif» québécois s\u2019est mis à se nommer en français et à voir ses conditions s\u2019améliorer.Ce fut le fruit d\u2019une approche structurante, 146 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 tant au plan économique qu\u2019aux plans social, politique, linguistique et culturel, qui a puissamment contribué à l\u2019émergence, chez les Québécois et les Québécoises, de capacités entrepreneuriales, du sentiment d\u2019appartenance et du plaisir à rayonner dans le monde.En dépit du bon-ententisme des gouvernements Bourassa et de la complicité du gouvernement Charest à l\u2019égard du Canada, la revanche du fédéral n\u2019a jamais pu annihiler ces gains structuraux.La Charte de la langue française est un cas illustrant parfaitement ce propos.La souveraineté étant pour le Québec la décision la plus structurante qu\u2019il lui reste à prendre, la gouvernance souverainiste, de manière systématique, devra cibler des politiques et des institutions à ériger pour alimenter ce projet central, l\u2019enraciner dans les débats, lui donner son véritable sens et accumuler de l\u2019expérience et des acquis qui appelleront la complétion du processus.2.Redonner au politique tout son sens et son poids.Pour imposer la Charte de la langue française, le gouvernement souverainiste du Québec de l\u2019époque avait jeté dans la mêlée le poids de toutes les institutions : l\u2019Assemblée nationale, les appareils d\u2019État québécois, les politiques publiques, les relations extérieures, son parti, les mouvements sociaux et la population en général.Le résultat fut probant, fruit d\u2019une action politique de bout en bout.Il en a été autrement du projet d\u2019indépendance nationale.On inventa l\u2019étapisme qui, dans le contexte précédant, s\u2019avéra pertinent pour, notamment, permettre à des segments importants de la population d\u2019en apprivoiser la faisabilité et l\u2019éventualité.Cependant, il y eut un envers dramatique : la dépolitisation du projet.En effet, isolé dans le temps (d\u2019un référendum) et réduit à une mécanique de négociation (d\u2019un mandat), le projet de la souveraineté a été coupé de la gouvernance elle-même.À tel point que nous avons eu des gouvernements souverainistes qui, dans la poursuite de l\u2019objectif premier 147 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 pour lequel ils avaient été élus, sont allés jusqu\u2019à s\u2019interdire d\u2019utiliser leur plein poids politique de gouvernement ! Plus jamais cela ne doit-il se produire ! La souveraineté du Québec est essentiellement un projet politique.À ce titre, elle doit totalement et pleinement réintégrer le périmètre du politique, la gouvernance au premier chef.D\u2019ailleurs, au Canada, il en a toujours été ainsi.Le nation building canadien est une œuvre politique pleine et quotidienne.3.\tPrendre et maintenir l\u2019initiative.Collectivement, dans la période antérieure, nous avons pris nos aises par rapport à la logique de la construction du rapport de forces nécessaire à l\u2019atteinte de l\u2019objectif de l\u2019indépendance nationale.Après l\u2019étapisme et son envers dépolitisant, successivement, nous nous sommes assis dans l\u2019attente des conditions gagnantes, puis dans le confort des certitudes morales, oubliant très allégrement que ces réalités sont d\u2019abord et avant tout des construits sociaux résultant d\u2019une action politique planifiée.Un autre grand axe stratégique consiste donc à prendre l\u2019initiative, d\u2019être à l\u2019offensive, d\u2019imposer son rythme, de créer le momentum et de le soutenir.4.\tNommer l\u2019adversaire.En application des plans de 1982, le Canada est en construction : multiculturalisme, préséance des droits individuels sur les droits sociaux et culturels, gouvernement des juges, etc., avec comme objectif déclaré la neutralisation du Québec dans son processus d\u2019émancipation civique et politique et sa réinscription dans le processus canadien de minorisation ethnique.La timidité à identifier la déclinaison du nation building canadien en sol québécois est injustifiée.D\u2019autant plus que l\u2019ampleur des ressources mises dans son déploiement est gigantesque et les effets sur la nation québécoise corrosifs, notamment au chapitre de sa cohésion démographique, sociale et culturelle.Nommer 148 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 l\u2019adversaire, ses stratégies, ses tactiques, ses alliances, ses partisans et ses relais est une exigence inhérente à la clarification du débat.5.\tMettre le peuple dans le coup.Jamais, dans l\u2019histoire du Canada, le cadre politique prévalant n\u2019a été le fruit d\u2019une décision du peuple.Toujours il s\u2019est imposé par le haut, résultat d\u2019une entente entre élites politiques.Celui de 1982 n\u2019a pas fait exception, sauf que cette fois-ci, personne au Québec ne l\u2019a avalisé, y compris les élites politiques.Dans le combat politique pour l\u2019indépendance du Québec, la voix du peuple est déterminante.Compte tenu du poids des adversaires, comme contrepoids et autorité morale pour avancer, mettre le peuple dans le coup de la construction des pièces piliers de la souveraineté du Québec est une obligation stratégique aussi nécessaire qu\u2019efficace.6.\tAssumer les ruptures.La plus importante, celle de 1982.Le Canada anglais s\u2019est donné une nouvelle constitution, au prix, pour la première fois, de l\u2019exclusion explicite du Québec.Il y a eu rupture.Il faut non seulement la constater, mais l\u2019assumer.La constitution du Canada n\u2019a aucune légitimité aux yeux du Québec et ne constitue pas un référent à aduler, mais plutôt un obstacle à contourner.Stratégiquement, dans la construction des dispositifs habilitants de la souveraineté du Québec, aucune réserve n\u2019est à entretenir quant à la mise à mal et au rejet du corset constitutionnel et chartiste du Canada.Une deuxième rupture, interne à la famille historique française celle-là, découle des grands travaux des États généraux du Canada français qui eurent lieu dans la deuxième partie des années soixante.Un constat brutal avait été fait lors de ces assises conduisant les participants à conclure que le seul avenir possible pour le fait français en Amérique et 149 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 au Canada tenait au Québec, là où les masses critiques étaient suffisantes, les institutions fonctionnelles et où l\u2019on pouvait compter sur un État, même incomplet, pour livrer le combat de la survie, de l\u2019épanouissement et du rayonnement.Le Québec prenait alors congé de la vision ethniciste canadienne du Canada français et du Canada anglais pour, sur son territoire, s\u2019atteler à la constitution d\u2019une nation civique française originale par sa composition plurielle et par la richesse des apports culturels autochtones, anglais et d\u2019ailleurs.Ce faisant, il s\u2019est positionné comme un acteur autonome dans la famille française du monde, s\u2019est interdit de jouer les chaperons à l\u2019égard des composantes françaises du reste du Canada et a convenu de développer avec eux des rapports de solidarité.La gouvernance souverainiste doit assumer ces deux ruptures et composer avec elles.La première pour être imaginative, audacieuse, courageuse et efficace dans la poursuite de ses objectifs et la conduite de ses opérations.La deuxième pour réussir la cohésion civique de la nation et la faire rayonner.7.Congédier le référendisme.Notre rêve n\u2019est pas de tenir un référendum, mais bien de construire un pays.Nous avons fait la partie belle à nos adversaires en débattant aussi longuement de la date d\u2019un référendum.Pire, nous avons accrédité leur thèse que sans référendum, rien ne peut être fait en direction du pays.Les nôtres évoquant le « grand jour ou le grand soir ».Les leurs parlant « de l\u2019inconnu et d\u2019un trou noir ».Nous en sommes arrivés à nous constituer la représentation qu\u2019un référendum était la « mère de tous les moments » ! Euphorique pour les uns ! Cataclysmique pour les autres.Dramatique dans les deux cas ! En oubliant que dans le processus d\u2019accession à la souveraineté, le référendum n\u2019en est qu\u2019une modalité 15° L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 démocratique à laquelle d\u2019ailleurs le Canada lui-même n\u2019a jamais eu recours pour exister et se transformer ! 8.Chercher un mandat de gouvernance souverainiste.En congédiant le référendisme, la quête du pouvoir se fait sur la base d\u2019un programme exposant un ensemble d\u2019éléments fondamentaux à la construction du Québec souverain.Issu de cet exercice et mandaté par le peuple pour ce faire, le gouvernement souverainiste déploie son programme en revenant au peuple lorsque nécessaire pour avancer et/ou compléter le processus.Programme L\u2019objectif est clair : construire le Québec souverain.La méthode, rigoureuse : le faire systématiquement et avec le monde.Reste le programme.À trois volets : les mesures institutionnelles, les grandes politiques et les grands signaux.Mais avant, il faudra avoir procédé à la mise en place d\u2019une cellule stratégique « souveraineté », sise au cabinet du premier ministre et branchée sur le comité des priorités pour jauger l\u2019action gouvernementale à l\u2019aune de l\u2019objectif à poursuivre et des choix stratégiques à concrétiser.A- Les mesures institutionnelles.Ce sont les mesures structurantes à longue portée fondant les assises du Québec souverain.Autrement dit, s\u2019acheminant vers l\u2019indépendance nationale, on aménage concrètement les institutions pour qu\u2019à terme la décision finale, loin d\u2019être gigantesque, se présente comme nécessaire et allant de soi.1.D\u2019abord une constitution.On la voudra la plus simple possible, rédigée d\u2019une manière ouverte de telle sorte qu\u2019elle puisse migrer dans le Québec souverain en i5i L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 garantissant la continuité du fonctionnement des institutions.2.\tUne citoyenneté.Sera posé un geste fort pour signifier que tous les individus du même territoire font nation : une citoyenneté québécoise accordée de facto à tous ses résidants actuels et une citoyenneté reconnue à tous ceux et à toutes celles qui choisiront le Québec comme lieu d\u2019appartenance.3.\tLa garantie de la laïcité de l\u2019espace étatique.La Charte des droits du Québec garantira la liberté de religion totale dans la vie privée et dans la vie communautaire.L\u2019espace étatique, à savoir les postes de service de l\u2019État, sera dépourvu d\u2019expressions religieuses.4.\tLe renforcement du statut de la langue française : \u2022\tLe français langue de l\u2019État québécois.Le français sera déclaré langue de l\u2019État du Québec, engageant que tous ses actes officiels et les relations que les personnes morales du Québec entretiennent avec lui le soient dans cette langue.\u2022\tLe droit à l\u2019apprentissage du français.Sera inscrit dans la Charte des droits du Québec le droit à l\u2019apprentissage du français ayant pour conséquence d\u2019obliger l\u2019État du Québec à fournir les services de francisation à toute personne qui en exprime le désir.\u2022\tLa francisation des lieux de travail et de commerce.De nouvelles mesures seront prises pour accroître la francisation des lieux de travail dans les petites et les moyennes entreprises et les établissements de commerce au détail. i52 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 5.\tLa reconnaissance de l\u2019apport anglais dans la culture québécoise.Outre la protection constitutionnelle des droits de la minorité anglaise, dans la constitution et les grands textes législatifs du Québec, sera reconnue sa contribution à l\u2019originalité de la culture québécoise.6.\tL\u2019insertion dans l\u2019histoire nationale du Québec les his- toires singulières de ses diverses composantes démographiques.Seront intégrées dans l\u2019histoire nationale du Québec les histoires plus longues des Noirs, des Juifs, des Irlandais, etc., et les histoires plus récentes des Latinos, des Arabes, des Asiatiques, etc.7.\tL\u2019engagement à concrétiser l\u2019autonomie gouverne- mentale des nations amérindiennes.Poursuivant l\u2019élan donné dans la Paix des Braves et dans l\u2019Approche Commune, la gouvernance souverainiste pressera la concrétisation de l\u2019autonomie gouvernementale des nations amérindiennes sur le territoire du Québec et fera alliance avec elles aux Nations unies pour la progression de la reconnaissance de leurs droits.8.\tUne régionalisation politique.Pour amorcer la restructuration des institutions territoriales dans le cadre d\u2019un Québec souverain, il sera proposé de régionaliser les mandats de gestion des équipements éducatifs, récréatifs, touristiques, sanitaires, sociaux, environnementaux, d\u2019aménagement du territoire et de développement économique local et régional.9.\tLa mise sur pied de la caisse d\u2019assurance emploi du Québec.La Caisse d\u2019assurance emploi du Canada ayant été détournée de sa finalité, et pour roder un dispositif essentiel au développement économique et à la régulation du marché du travail, l\u2019État québécois constituera avantageusement avec ses propres sala- 153 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 riés la Caisse d\u2019assurance emploi du Québec en leur garantissant les mêmes bénéfices.10.\tL\u2019eau, propriété nationale.Compte tenu de l\u2019enjeu social et environnemental planétaire, l\u2019État du Québec déclarera bien public l\u2019eau de son territoire.Celle-ci sera nationalisée.11.\tLes modifications du dispositif référendaire.Trois exercices ayant fait la preuve que le Canada ne respecte pas les règles démocratiques du Québec, le dispositif référendaire sera modernisé et musclé, notamment pour intégrer des observateurs internationaux.12.\tLa préparation de la reconnaissance internationale.Pour permettre une bonne compréhension des politiques en cours et préparer le terrain de la reconnaissance internationale, la gouvernance souverainiste procédera, directement ou par l\u2019intermédiaire d\u2019organismes de la société civile, à un démarchage systématique auprès des grandes institutions internationales et de tous les pays du monde.B.Les grandes missions.Outre les offensives institutionnelles visant à préparer concrètement le cadre de l\u2019indépendance du Québec, la gouvernance souverainiste doit conduire les grandes missions provinciales d\u2019une manière telle que le maximum de choix stratégiques sera fait dans le plus grand nombre de secteurs possibles afin de procurer au Québec des avantages concurrentiels certains à moyen et long termes.En premier lieu, la jeunesse.La gouvernance souverainiste commencera par décréter une intégration beaucoup plus importante des arts dans les réseaux scolaires.Puis il livrera une lutte sans merci au décrochage scolaire.Enfin, très massivement, comme au Danemark qui, proportionnelle- 154 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 ment, en consacre cinq fois plus, l\u2019éducation au Québec sera déclarée prioritaire.La même priorité vaudra pour le secteur hyper névralgique de la formation professionnelle qui, comme en Norvège, mettra à contribution et les entreprises et les établissements.Connexe à ces priorités, le secteur de l\u2019insertion en emploi ou pour le retour aux études verra son moratoire levé.En n\u2019oubliant pas de neutraliser de manière systématique la loi des jeunes contrevenants du fédéral qui favorise l\u2019incarcération avant l\u2019insertion.Dans le domaine du développement économique, la gouvernance souverainiste sera extraordinairement vigilante pour mettre à l\u2019abri les institutions québécoises d\u2019une prise de contrôle par l\u2019extérieur.La Bourse de Montréal, par exemple.Elle devra favoriser la territorialisation de la propriété industrielle, commerciale et financière en encourageant les fonds collectifs (Desjardins, Caisse de dépôt et de placement, fonds de travailleurs, fonds régionaux, etc.) à multiplier les prises de participation dans les entreprises des grands centres comme des régions pour avoir voix au chapitre lorsque s\u2019y prennent des décisions stratégiques touchant leur avenir.Elle favorisera aussi l\u2019expansion des économies non seulement privée et publique mais aussi sociale et de proximité.Au plan environnemental, l\u2019action devra être menée rondement, avec énergie et détermination pour un développement durable.Comme la Suède pour 2020, un objectif d\u2019élimination totale des énergies fossiles devra être fixé.Un « Hydro-Québec des énergies renouvelables » sera constitué ayant pour mandat l\u2019émergence et la croissance d\u2019un secteur majeur d\u2019énergie et d\u2019économie vertes.L\u2019immigration est une extraordinaire richesse pour le Québec.La gouvernance souverainiste posera des gestes forts pour lever les barrières à l\u2019insertion sur le marché 155 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 du travail érigées par les organismes professionnels, pour établir des programmes d\u2019accès à l\u2019emploi et interpeller l\u2019ensemble des acteurs sociaux dans leurs fonctions d\u2019accueil et d\u2019intégration des nouveaux arrivants.Le secteur de la santé et des services sociaux sera résolument tourné vers l\u2019action sur les déterminants de la santé, la prévention, les services de première ligne et les services de proximité.Son organisation sera régionalisée et démocratisée.Bien que se déployant encore dans un cadre provincial, les grandes missions de l\u2019État québécois doivent mordre dans l\u2019avenir.Toutes les marges de manœuvre disponibles doivent y souscrire.C Quelques grands signaux.Poursuivant résolument l\u2019objectif de la construction concrète et quotidienne de l\u2019indépendance du Québec, la gouvernance souverainiste non seulement additionnera les décisions structurantes et les décisions de gestion, mais enverra également un certain nombre de signaux importants pour traduire encore mieux la portée réelle du projet et la qualité des rapports qu\u2019il induit.1.Occupation du front canadien.La gouvernance souverainiste appuiera la poursuite de l\u2019occupation du front canadien par le Bloc Québécois sous l\u2019angle principal de l\u2019intérêt du Québec à ne pas se faire représenter au Canada par des porteurs d\u2019intérêts autres que les siens, à récupérer les 41 milliard $ qu\u2019il expédie à Ottawa pour qu\u2019ils servent ses priorités et à profiter de cette tribune pour démontrer la légitimité et la normalité de son projet d\u2019indépendance et sa contribution à l\u2019enrichissement de la diversité culturelle mondiale. 156 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 2.\tÉlimination des reliquats coloniaux.Devant l\u2019impossibilité constitutionnelle actuelle d\u2019abolir le poste de lieutenant gouverneur, la gouvernance souverainiste réduira au maximum ses ressources et banalisera sa fonction en confiant au président de l\u2019Assemblée Nationale élu par l\u2019ensemble des députés le soin également de signer et de proclamer les lois.3.\tPartenariat avec les Acadiens et les Canadiens français.Volant de ses propres ailes, le Québec s\u2019inscrit de plein pied dans la francophonie internationale et continuera à développer des partenariats avec les Acadiens et les Canadiens français et répondra à leurs sollicitations d\u2019appuis pour la pleine reconnaissance de leurs droits.4.\tNomination de personnalités issues de l\u2019immigration.Pour mieux refléter la composition démographique, pour donner aux jeunes des modèles et pour servir davantage l\u2019intégration à la société d\u2019accueil, la gouvernance souverainiste nommera plusieurs personnalités de l\u2019immigration à des postes importants.5.\tSoutien aux médias alternatifs.S\u2019inspirant de la Suède, pour atténuer les méfaits de l\u2019hyper concentration de la presse, à partir d\u2019une caisse alimentée notamment par les grands medias, un comité indépendant allouera des ressources en soutien aux medias alternatifs 6.\tRespect du drapeau québécois.Sur tous les édifices de l\u2019État québécois et sur toutes les places publiques, on s\u2019assurera qu\u2019un drapeau québécois de qualité sera hissé.7.\tMandat du Conseil de la souveraineté.Le Conseil de la souveraineté du Québec se verra confier la responsabilité de concerter l\u2019ensemble des organismes porteurs de la souveraineté dans des projets d\u2019information et de mobilisation. 157 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 8.Question référendaire.Dès son entrée en exercice, la gouvernance souverainiste fera connaître la question qui sera soumise au référendum qui complètera le processus d\u2019accession du Québec à son indépendance.Le contexte de 2007 n\u2019a plus rien à voir avec celui de 1980 ou de 1995.Aujourd\u2019hui, la culture des traités économiques modernes invite les pays à accéder directement aux marchés des autres pays.C\u2019est ainsi qu\u2019au plan économique le Québec n\u2019est plus prisonnier du Canada.Aussi, convenons que les bienfaits de l\u2019étapisme ont été engrangés.En effet, plus personne de sérieux, ni même Jean Charest, ne conteste la faisabilité de la souveraineté du Québec.Par ailleurs, au quotidien, le Canada met au service de son nation building toute sa puissance politique.Malheureusement, jusqu\u2019à ce jour, le Québec s\u2019en est abstenu pour cause d\u2019enfermement dans une modalité (référendaire) qui lui a fait dépolitiser le projet.Le temps est donc venu de changer de stratégie, de replacer le projet de l\u2019indépendance nationale sous la responsabilité de la gouvernance politique et de le conduire visière levée, avec hauteur, éthique et clarté.Le ou les partis politiques qui se feront élire pour réaliser l\u2019indépendance du Québec auront la légitimité, l\u2019autorité et la responsabilité de déployer une gouvernance souverainiste qui l\u2019y conduise.L\u2019indépendance ne se quête pas.Elle se constitue.Elle se prend.Et finalement « des papiers se font ».Alors le monde entier fêtera l\u2019arrivée d\u2019un peuple hyper moderne, riche, dynamique, confiant, ouvert et généreux.La planète elle-même se sentira meilleure.? 158 Claude Bariteau LES VÉHICULES MENANT À L\u2019INDÉPENDANCE DU QUÉBEC AU REGARD DES CONVENTIONS INTERNATIONALES* Il y a trois véhicules connus qui ont débouché sur l\u2019institution d\u2019un État souverain et indépendant reconnu ultérieurement par les membres des Nations unies : le recours aux armes, la tenue d\u2019un référendum et la voie électorale.Si je fais écho au recours aux armes, c\u2019est seulement pour mettre en relief ce qu\u2019implique la création d\u2019un nouvel État souverain.De fait, ce texte traite essentiellement du référendum et de la voie électorale sous l\u2019angle de l\u2019institution d\u2019un État souverain et de sa reconnaissance par les membres des Nations unies.ce que je présume être l\u2019objectif partagé par la grande majorité des indépendantistes du Québec.Comme les modalités de cette reconnaissance diffèrent d\u2019une reconnaissance venant d\u2019un ou plusieurs État tiers, la première partie de mon exposé précise ce qu\u2019engendre la création d\u2019un nouvel État souverain et en quoi cette création est astreinte à des conventions pour être reconnue par les membres des Nations unies.Ces précisions me permettront de qualifier les niveaux de risque propres à la tenue d\u2019un référendum et à l\u2019utilisation de la voie électorale.Dans la deuxième partie, je fais référence à des cas connus, récents comme passés, de création d\u2019un nouvel État à la * Texte présenté à l\u2019occasion du Happening indépendantiste, le 20 octobre 2007. 159 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 suite d\u2019un référendum ou d\u2019une élection.Mon but est de faire ressortir, par effets de miroir, les exigences propres au contexte qui est le nôtre.Cela dit, je suis conscient des limites de mon propos et encore plus de son caractère plus analytique que politique même si, en conclusion, je promeus un choix politique.Ce choix découle de la prise en compte des conventions internationales menant à la reconnaissance d\u2019un nouvel État sur un territoire précis par les membres des Nations unies.Précisions analytiques et contraintes politiques Instituer un État souverain et indépendant, c\u2019est affirmer sur un territoire donné une nouvelle autorité et un nouvel ordre, soustrayant ce faisant à l\u2019autorité de l\u2019État existant ce territoire et la population qui s\u2019y trouve.C\u2019est aussi engendrer une modification de l\u2019ordre international non seulement parce qu\u2019un nouveau membre naît mais aussi parce que celui-ci peut se comporter de façon différente de l\u2019État qu\u2019il quitte.Cette institutionnalisation n\u2019est pas un ajustement quelconque au sein d\u2019un État existant.Il s\u2019agit fondamentalement de l\u2019apparition sur la scène internationale d\u2019une nouvelle entité politique qui modifie la structure de l\u2019ordre politique existant.Sa présence aura des répercussions sur les États existants, notamment ceux qui ont des rapports avec l\u2019État d\u2019origine et qui se retrouveront en rapport de proximité avec le nouvel État.Le recours aux armes pour instituer un nouvel État illustre bien ce qu\u2019est l\u2019enjeu de cette création.Lorsqu\u2019un affrontement militaire a pour objectif la création d\u2019un nouvel État, il conduit ou non à l\u2019évincement de l\u2019autorité établie sur un L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 territoire donné et reconnue par les autres États souverains et, le cas échéant, à l\u2019installation d\u2019une nouvelle autorité.C\u2019est ce qui explique pourquoi les autres États, très sensibles aux motifs qui ont conduit à la déclaration d\u2019indépendance, à la façon dont le nouvel État est venu au monde et au comportement de l\u2019État d\u2019origine, sont enclins à respecter les conventions internationales en la matière.Ces conventions sont de deux ordres.Le premier a trait aux principaux facteurs retenus pour évaluer la recevabilité d\u2019une demande de reconnaissance auprès des membres des Nations unies.Ceux-ci concernent la notion de peuple et le fait que ce dernier rencontre des difficultés ou subit des contraintes qui entravent son développement politique, économique, social et culturel, en quelque sorte son vouloir vivre collectif et sa présence dans le monde.Il y a aussi les garanties qu\u2019offre l\u2019État demandeur quant au respect des obligations associées au statut d\u2019État souverain, en particulier le respect des droits fondamentaux dont ceux reconnus aux minorités par les Nations unies, la capacité de l\u2019État demandeur de maintenir l\u2019ordre sur le territoire visé et les accords qu\u2019il a signés avec l\u2019État dont il émane, principalement celui traitant de la sécession.La signature de ces accords est déterminante.Or, pour que des accords soient signés, il faut que l\u2019État demandeur s\u2019affiche légitime, que sa légitimité soit repérable et qu\u2019elle soit susceptible d\u2019être reconnue par l\u2019État d\u2019origine.De façon générale, cette légitimité découle du soutien venant du peuple, soutien qui se révèle à l\u2019occasion d\u2019un référendum ou lors d\u2019une élection.Je reviens sur ce point dans la deuxième partie et en conclusion, car il est la clé menant à la reconnaissance d\u2019un nouvel État par les membres des Nations unies. L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Satisfaire à ce premier ordre de conventions ne suffit pas.Il y en a un autre dont la particularité est de s\u2019inscrire dans le droit coutumier.Il renvoie au fait que ce sont les États existants qui, avec l\u2019aval des membres du Conseil de sécurité, reconnaissent ou ne reconnaissent pas un nouvel État indépendant.Pour ces décideurs, les accords avec l\u2019État d\u2019origine pèsent très lourdement dans la balance.Voilà qui explique pourquoi les États tiers attendent l\u2019aval de l\u2019État d\u2019origine avant de se prononcer.Ce comportement, qualifié d\u2019impératif de courtoisie, repose sur la présomption, chez tout État, qu\u2019en se comportant ainsi, les autres États agiront de la sorte à son égard si un peuple présent sur son territoire décide d\u2019instituer un État indépendant et fait une demande de reconnaissance.L\u2019acte instituant un nouvel État souverain implique donc une ratification par les membres des Nations unies pour faire partie de cet organisme.Pour toutes sortes de motifs, ces membres préfèrent des nouveau-nés qui se présentent bien et se comportent correctement.Bien se présenter et bien se comporter, c\u2019est respecter les conventions et s\u2019entendre avec l\u2019État d\u2019origine.Bien sûr, il arrive que des États tiers reconnaissent le nouveau-né même si l\u2019État d\u2019origine refuse de le faire.Quand cela se produit, il y a des tensions et des pressions sur les États en cause.Dans un tel cas, comme l\u2019issue n\u2019est guère prévisible, les membres des Nations unies attendront avant de se prononcer.De fait, c\u2019est seulement dans le cas des peuples colonisés que les Nations unies vont intervenir avec, très souvent, l\u2019appui d\u2019États tiers.Dans tous les autres cas, dont celui que peut devenir le Québec, ces membres attendront la reconnaissance de l\u2019État d\u2019origine avant de reconnaître un nouvel État, ce qui ne signifie pas que certains membres, voire des représentants des Nations unies, ne feront pas des pressions. 162 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Somme toute, il revient aux États souverains de reconnaître tout nouvel État et ceux-ci le feront seulement si l\u2019État d\u2019origine accepte que son autorité soit évincée à la faveur d\u2019une autre.Sans cette acceptation, point d\u2019entrée aux Nations unies.Quel que soit le véhicule utilisé, la reconnaissance internationale de l\u2019installation d\u2019une nouvelle autorité dépend toujours de la reconnaissance de l\u2019État d\u2019origine.C\u2019est un passage obligé.Voyons maintenant quelques cas d\u2019accession à la reconnaissance des Nations unies par référendum ou par voie électorale.Des cas connus d\u2019accession : leurs particularités Il y a des pays qui furent reconnus après la tenue d\u2019un référendum.Le premier est la Norvège, les derniers, le Timor-Leste et le Monténégro.Dans le cas de la Norvège, le parlement norvégien invita le gouvernement à adopter une résolution qui déchargeait le Roi de Suède de ses attributs de roi de la Norvège.Ce dernier exigea la tenue d\u2019un référendum.Comme les Norvégiens, stoppés en 1814 par l\u2019armée suédoise dans leur tentative d\u2019instituer un État souverain, ont affirmé pendant presque cent ans leur volonté d\u2019être souverains, le référendum fut concluant.Au Timor-Leste, un référendum fut tenu en 1999 à la suite d\u2019une entente entre le Portugal et l\u2019Indonésie.Les Nations unies en supervisèrent le déroulement parce qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un peuple colonisé reconnu depuis 1975 par cet organisme.Les résultats furent probants.Le Timor-Leste fut admis aux Nations unies en 2002.Au Monténégro, la tenue d\u2019un référendum fut inscrite dans l\u2019entente de 2003 instituant la communauté des États de Monténégro-et-Serbie.En juin 2006, un référendum fut tenu.Peu avant, l\u2019Union européenne suggéra de qualifier le pourcentage pour éviter des perturbations.Les partis politiques monténégrins L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 avalisèrent cette suggestion.La communauté d\u2019États de Monténégro-et-Serbie n\u2019eut rien à dire.Ces deux cas révèlent que la tenue d\u2019un référendum requiert une entente entre les entités impliquées sur la question posée, le pourcentage décisionnel et les règles à respecter, à tout le moins un engagement de l\u2019État d\u2019origine à accepter les règles dont s\u2019est doté le peuple pour utiliser ce véhicule.C\u2019est à la suite d\u2019un tel engagement de la Fédération de la Russie, qui succéda à l\u2019URSS, que plusieurs républiques de l\u2019ex-URSS tinrent un référendum sur une question ou sur une constitution.Sans entente préalable ou sans cet engagement, il y a risques de dérapages.La voie électorale a été utilisée selon quatre modalités : 1) une décision des parlementaires sans mandat et sans soutien majoritaire explicite ; 2) une décision des parlementaires sans mandat et avec un soutien majoritaire implicite ; 3) une décision des parlementaires avec mandat et sans soutien majoritaire explicite ; 4) une décision des parlementaires avec mandat et soutien majoritaire explicite.Une décision des parlementaires sans mandat et sans soutien majoritaire explicite peut conduire à la création de nouveaux États souverains.C\u2019est ce qui s\u2019est passé en ex-Tchécoslovaquie.Les parlementaires, tchèques comme slovaques, opposés quant à l\u2019avenir de la Tchécoslovaquie, décidèrent de créer deux pays distincts.Il se pourrait que cela se produise en Belgique.Ce procédé a aussi été utilisé dans d\u2019autres contextes.Des colonies sont devenues des États indépendants avec l\u2019aval de gouvernements coloniaux.Il en fut ainsi de certaines républiques membres de l\u2019ex-URSS qui reçurent l\u2019aval de la Fédération de la Russie.Le Canada s\u2019est institué et même redéfini de cette façon avec l\u2019aval de la Grande-Bretagne. L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Une décision de parlementaires sans mandat mais détenant un soutien majoritaire implicite ne saurait conduire à une reconnaissance internationale si - et je dis bien si - l\u2019État d\u2019origine refuse de reconnaître l\u2019entité autoproclamée et n\u2019entend pas négocier avec elle.Cela s\u2019est produit en Norvège où un référendum fut tenu en 1905.Là où cette façon de procéder fut utilisée, notamment dans certaines colonies et dans certaines républiques de l\u2019ex-URSS, l\u2019accord de l\u2019État d\u2019origine fut nécessaire à la reconnaissance du nouvel État par les membres des Nations unies.Une décision de parlementaires élus majoritairement sur la base d\u2019une plate-forme contenant la création du pays, mais sans soutien majoritaire explicite, sera aussi astreinte à cette exigence.Si l\u2019État d\u2019origine refuse de négocier la sécession, les États tiers, qui entretiennent des liens avec lui, s\u2019exprimeront peu, contraints qu\u2019ils sont par l\u2019impératif de courtoisie.Seuls des pays ayant peu de contacts avec l\u2019État d\u2019origine pourraient reconnaître l\u2019entité autoproclamée, mais en aucun cas les membres des Nations unies.Il ne saurait en être autrement d\u2019une décision des parlementaires ayant à la fois un mandat à cette fin et un soutien majoritaire des électeurs.Ce cas est cependant très différent.Avec lui, les parlementaires ont un mandat qui les rend légitimes d\u2019instituer, au nom du peuple, une nouvelle autorité sur un territoire visé.Si l\u2019État d\u2019origine refuse de négocier, il en découle un conflit de légitimité.Des pressions s\u2019exerceront sur l\u2019État d\u2019origine comme sur les parlementaires.Elles viendront de l\u2019interne et d\u2019États tiers, voire des Nations unies ou d\u2019autres organismes, de telle sorte que le conflit aura vraisemblablement un écho international.L\u2019accès à l\u2019indépendance des pays baltes (Lituanie, Estonie et Lettonie) est révélateur de ce cas de figure.Autoproclamés L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 indépendants entre 1988 et 1990 par un vote majoritaire des parlementaires, ces pays se butèrent au refus de l\u2019URSS qui les invita à tenir un référendum selon ses exigences.Ils refusèrent.Après négociation, ils acceptèrent de réaliser, lors d\u2019une élection, un sondage sous contrôle international.Forts des résultats, ils déclarèrent de nouveau leur indépendance.Seule l\u2019Islande les reconnut.Par contre, peu après l\u2019implosion de l\u2019URSS, l\u2019appui de Boris Eltsine à leurs demandes d\u2019autodétermination et la reconnaissance des États-Unis, de la France, de l\u2019Allemagne, du Japon et de la Suède, la Fédération de la Russie reconnut ces pays en 1992 et les Nations unies emboitèrent le pas.Conclusion Instituer un État indépendant sur le territoire d\u2019un État existant ne peut que provoquer une réaction négative chez ce dernier.C\u2019est pour contrer ce type de réaction que les Nations unies ont octroyé aux peuples colonisés un droit à l\u2019autodétermination externe.Le peuple québécois n\u2019a ni ce statut ni ce droit.Cela ne l\u2019empêche pas de se doter d\u2019un État indépendant.Toutefois, quel que soit le véhicule qu\u2019il utilise, s\u2019il veut être reconnu par les membres des Nations unies, sa démarche, qu\u2019elle se réalise après un référendum ou à la suite d\u2019une élection, ne peut pas faire l\u2019économie de la reconnaissance de l\u2019État d\u2019origine.À deux reprises, un référendum fut tenu au Québec.Au premier, Pierre-Elliott Trudeau soutint qu\u2019un NON serait un OUI à des changements sans en révéler la teneur, ce qui transforma le sens du référendum.Au deuxième, il y eut des contournements de la loi québécoise sur la consultation populaire, des naturalisations à toute vitesse et d\u2019autres gestes analogues.Cinq ans plus tard, la loi sur la clarté soumit tout recours à un référendum aux diktats de la Chambre des communes.Tout cela révèle que ce véhicule est à risques. i66 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Seule les atténuerait une entente entre les parties en cause sur la question, les résultats et les règles encadrant le déroulement de référendum, voire la négociation de la sécession.À défaut d\u2019entente, il y a la voie électorale, car, il n\u2019y a pas d\u2019accord pour procéder à l\u2019amiable.Cette voie soulève des problèmes de reconnaissance par les membres des Nations unies si l\u2019État d\u2019origine se montre réfractaire.Un mandat obtenu lors d\u2019une élection peut les atténuer si les partis indépendantistes, dans le cadre d\u2019un pacte ou autrement, en font l\u2019enjeu principal.L\u2019élection peut alors déboucher ou non sur un soutien majoritaire.Sans ce soutien, procéder comporte des risques.L\u2019État d\u2019origine peut exiger un soutien majoritaire et les élus seront exposés à des critiques s\u2019ils posent des gestes de rupture(s), voire à une surenchère venant de l\u2019État d\u2019origine.Dans un tel cas, mieux vaudrait se limiter au pouvoir législatif.Par contre, avec ce soutien, les élus ont toute légitimité pour réaliser leur mandat.Si les indépendantistes québécois choisissent cette dernière approche, elle peut conduire à l\u2019indépendance quasi à l\u2019amiable pour trois motifs.Le premier sera l\u2019existence d\u2019un conflit entre une légitimité émanant du peuple et une autre découlant de la prise de possession d\u2019un territoire par la Grande-Bretagne et l\u2019institution progressive d\u2019une autorité canadienne par des parlementaires sans mandat émanant du peuple.Le deuxième, la démonstration, par un pacte ou autrement, que les Québécois et les Québécoises de toutes origines, de toutes classes et de toutes tendances politiques veulent légitimement se doter d\u2019un pays pour affirmer leur vivre ensemble, être présents sur la scène internationale et devenir membres des Nations unies.Le troisième, la sensibilité et l\u2019ouverture des démocraties occidentales à ces deux motifs, ce que craint le plus, je crois, l\u2019État d\u2019origine qu\u2019est devenu le Canada sans l\u2019aval du peuple québécois.? Richard Gervais* Les élections et l\u2019indépendance JOUER AU PLUS FIN AVEC LES ÉLECTEURS N\u2019EST PAS UNE OPTION** L\u2019idée d\u2019accéder à l\u2019indépendance par mandat électoral, sans recours au référendum, s\u2019impose de plus en plus.C\u2019est la marque du Parti indépendantiste, nouvellement autorisé par le Directeur des élections du Québec.Une fois élu selon nos règles parlementaires, le gouvernement déclare l\u2019indépendance en toute légitimité et met à exécution le programme annoncé.Certains, toutefois, décrochent mal du scénario référendaire et s\u2019inquiètent de la reconnaissance internationale.C\u2019est le cas du Rassemblement pour l\u2019indépendance du Québec (RIQ), qui télescope le référendum dans l\u2019élection et assimile indépendance et reconnaissance.Le référendum, voie piégée et fermée Les Québécois ne veulent pas être les dindons de la farce d\u2019un troisième référendum.Ils ont en aversion les prétentions hégémoniques d\u2019Ottawa à décider de la valeur du résultat (loi C-20 sur la clarté) ; ils ont pris bonne note de l\u2019ingérence hostile du Canada en 1980 et de 1995 et savent qu\u2019il méprise leurs règles référendaires et leur Assemblée nationale.* Porte-parole du Parti indépendantiste ** Tribune libre de Vigile, samedi 17 novembre 2007 i68 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 La prétendue obligation de référendum comporte un défaut rédhibitoire.Elle empêche le mandat que les élus indépendantistes reçoivent du peuple d\u2019être tenu pour ce qu\u2019il doit être par définition, un mandat d\u2019indépendance.Du coup, la détention du pouvoir met ces représentants en contradiction avec eux-mêmes.Les atermoiements historiques du PQ et sa partie de cache-cache avec l\u2019électorat (« vous votez pour des souverainistes, pas pour la souveraineté ») sont là pour le prouver.Aussi est-ce en dehors de l\u2019appareil péquiste et de son référendisme de dupe qu\u2019aujourd\u2019hui les indépendantistes se réorganisent.La voie électorale, qu\u2019est-ce au juste ?À la place du référendum, la voie qui s\u2019offre tout naturellement est celle des élections.Le parti qui se voit confier le mandat de gouverner, en vertu de la majorité de députés qu\u2019il fait élire au parlement, réalise son programme comme il en a la légitimité et l\u2019obligation devant le peuple.Ce principe vaut pour tous les partis, y compris le parti de l\u2019indépendance.Concrètement pour le Parti indépendantiste, cela signifie : faire adopter par l\u2019Assemblée nationale, conformément à l\u2019engagement pris, une déclaration d\u2019indépendance et une constitution provisoire d\u2019État indépendant ; charger une assemblée d\u2019élaborer un projet de constitution permanente à soumettre à l\u2019approbation possiblement référendaire du peuple.À noter que ce référendum sur le projet de constitution permanente ne remet en question ni le mandat des élus, ni la constitution provisoire existante, ni l\u2019indépendance du nouvel État.Que le mandat d\u2019indépendance tienne dans le mandat électoral même amène à parler de voie électorale d\u2019accession à l\u2019indépendance.Emprunter cette voie, c\u2019est faire de la politique telle qu\u2019elle se pratique chez nous et accepter les L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 règles électorales et parlementaires existantes.De la sorte, les électeurs savent clairement pourquoi ils votent quand ils votent pour le Parti indépendantiste, puisque le mandat que celui-ci sollicite auprès d\u2019eux est bien, comme le veut sa vocation explicite, un mandat d\u2019indépendance - nonobstant bien sûr les autres éléments de sa plateforme.Le mélange inconséquent de l\u2019élection référendaire Certains partisans de la voie électorale ne l\u2019acceptent qu\u2019en la rebaptisant à l\u2019eau du.référendum ! Ainsi en est-il de l\u2019«élection à double majorité », qui cumule majorité des sièges (élections) et majorité des voix (référendum).Pour pouvoir légitimement réaliser son programme d\u2019indépendance, le parti devrait faire élire plus de candidats que tout autre parti en lice, mais encore recueillir au moins la moitié des suffrages exprimés.C\u2019est l\u2019opinion du RIQ (« Des défis sur le chemin de l\u2019indépendance »,Vigile, 7 nov.2007).Sa proposition de « pacte » électoral entre partis souverainistes vise d\u2019ailleurs à atteindre cette double majorité.On aura compris que l\u2019élection à double majorité n\u2019est que l\u2019autre nom, moins équivoque peut-être, de l\u2019« élection référendaire ».Mais ce mixage ferait entorse à notre système électoral et.fuir les électeurs, car il brouille le jeu électoral, y introduit un élément de désordre, l\u2019exigence inusitée de majorité absolue, et consacre l\u2019iniquité entre les partis en lice.Une élection référendaire serait certes un référendum pour les indépendantistes, mais une élection ordinaire pour les autres ! La double majorité serait exigible des seuls indépendantistes ; les partis adverses n\u2019auraient rien à faire d\u2019une surexigence pareille.Ils auraient ainsi le droit de réaliser leur programme en cas de victoire, mais pas le parti de l\u2019indépendance.Curieuse démocratie multipartite qui com- 170 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 mence par une injustice électorale ! On verrait le mandat de représentation des élus se scinder en deux légitimités : celle d\u2019exercer le pouvoir et celle de réaliser leur programme.Les représentants du peuple, d\u2019obédience indépendantiste, ne le seraient plus dès qu\u2019il s\u2019agirait pourtant de tenir leur engagement ! L\u2019électeur indépendantiste pourrait avoir la surprise de gagner ses élections tout en les perdant, si d\u2019aventure son parti rentrait (majorité des sièges), mais pas son option (majorité des voix).Son parti serait porté au pouvoir, mais privé en même temps du pouvoir de l\u2019exercer conformément à ce qu\u2019il a promis.Pouvoir décisif pourtant, qui donne sens à tout l\u2019exercice et dont bénéficie tout parti autre qu\u2019indépendantiste.Toutes ces complications et entourloupes à cause du refus de soumettre tout simplement l\u2019indépendance au verdict électoral, d\u2019offrir aux Québécois, quand ils vont voter aux élections législatives, le choix partisan de l\u2019indépendance.Après tout, la lutte pour l\u2019indépendance est une lutte politique et ne saurait échapper à l\u2019affrontement inévitable des partis.La manie souverainiste de s\u2019auto-exclure de la politique Les souverainistes ont contracté la manie de se nier dès qu\u2019ils entrent en élections ou au parlement : ils se présentent devant l\u2019électorat en laissant leur option de côté ; ils refusent d\u2019utiliser les moyens du gouvernement pour la promouvoir.Soit qu\u2019ils renvoient l\u2019option souverainiste à un exercice autre qu\u2019électoral (le référendum), soit qu\u2019ils dénaturent l\u2019exercice électoral pour être sûrs de ne jamais vraiment y soumettre leur option (cas de l\u2019élection à double majorité).Si nous changeons les règles du jeu, que nous introduisons des exigences inusitées et superflues, l\u2019électeur nous accusera de brouiller les cartes et de jouer au plus fin avec lui. 171 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Le parlementarisme à la québécoise, de type britannique, appartient à une grande famille de régimes démocratiques reconnue à travers le monde.Pourquoi le modifier quand il s\u2019agit de s\u2019en servir à fond ?La reconnaissance internationale comme prétexte Pour soustraire au verdict des électeurs l\u2019enjeu de l\u2019indépendance, toutes les craintes sont mobilisées : fracture du Canada, mesures de rétorsion d\u2019Ottawa, intervention armée des États-Unis, guerre civile.L\u2019une de ces suppositions concerne la reconnaissance internationale : utilisation du droit international contre nous, lenteur des nations étrangères à nous reconnaître - à commencer par l\u2019État canadien ! L\u2019inquiétude hyperbolique du RIQ à ce sujet vient de ce qu\u2019il assimile indépendance et reconnaissance.Pour lui, pas d\u2019indépendance sans reconnaissance.Dans ses textes d\u2019ailleurs, l\u2019indépendance du Québec équivaut à avoir une place aux Nations unies ; l\u2019indépendance d\u2019une nation n\u2019a d\u2019existence concrète que lorsqu\u2019elle est reconnue par les autres nations.Et c\u2019est encore par rapport à la reconnaissance internationale qu\u2019il justifie l\u2019élection à double majorité.(« Une élection à double majorité, dans le cadre d\u2019un pacte électoral entre partis politiques ou non, est le véhicule le plus approprié pour déboucher sur une reconnaissance internationale », bilan cité.) En vérité, une exigence qui bousculerait des règles aussi démocratiques et internationalement reconnues que les nôtres ne saurait tenir lieu de critère au regard du droit international et, de ce point de vue, on a au contraire tout intérêt à jouer sans complexe notre système politique.Surtout, indépendance et reconnaissance internationale ne sont pas la même chose et c\u2019est la première qui conditionne la seconde, non l\u2019inverse. 172 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Jacques Parizeau s\u2019en est rendu compte dans la préparation du référendum de 1995.En quête du soutien de la France et peu enclin, pour sa part, à l\u2019idée d\u2019une déclaration de souveraineté, il a changé d\u2019avis quand les Français lui ont dit : « Que voulez-vous que nous reconnaissions si vous ne déclarez pas l\u2019indépendance ?» Sans déclaration d\u2019indépendance, il n\u2019y a rien à reconnaître.Et quelles que soient les difficultés qui puissent se dresser sur le chemin de cette reconnaissance internationale, elle n\u2019est jamais qu\u2019une résultante de l\u2019indépendance, non sa condition.Conjuguer pour vrai élections et indépendance Cessons de prendre les Québécois pour des sourds en leur demandant deux fois la même chose comme si la première ne suffisait pas et, comble d\u2019esprit sportif, en donnant aux adversaires de leur indépendance politique deux occasions de les vaincre ! La démission historique du PQ fait que les Québécois n\u2019ont plus le choix de l\u2019indépendance quand ils vont voter (et même avant, avec la stratégie référendaire, ils n\u2019avaient ce choix que de façon indirecte et hasardeuse).De ce choix électoral de l\u2019indépendance dépend pourtant notre avenir national et, à court terme, la clarification du débat public.C\u2019est en conjuguant enfin correctement élections et indépendance que le mouvement indépendantiste se relève aujourd\u2019hui.? 173 Jean-Marc Léger* LA PERMANENTE ACTUALITÉ DU COMBAT POUR L\u2019INDÉPENDANCE Ce combat déjà ancien chez nous comme dans bien d\u2019autres pays occidentaux garde, quoi que l\u2019on pense dans certains milieux, une éminente actualité.C\u2019est ce qui justifie l\u2019action que mènent chez nous depuis longtemps les mouvements et associations souverainistes.Et c\u2019est aussi ce qui les presse de retrouver le chemin de l\u2019unité.La lutte pour l\u2019indépendance, sous diverses formes, n\u2019intéresse pas des pays du Sud, il s\u2019en faut : elle se déroule aussi dans plusieurs pays occidentaux et dans diverses régions de ces pays.Le Québec en est, depuis plusieurs décennies, une illustration éloquente mais il souligne également la nécessité et la difficulté de l\u2019unité dans l\u2019action.Voici trente ans qu\u2019au fil de nombreuses élections générales et de deux référendums le peuple québécois a marqué son inclination vers l\u2019indépendance nationale sans le faire toutefois avec une majorité claire et substantielle, avec une majorité constante et croissante.D\u2019autre part, les divisions et les querelles au sein du mouvement indépendantiste, notamment au cours de la dernière décennie, n\u2019ont fait qu\u2019éloigner l\u2019atteinte de l\u2019objectif et ont contribué à dérouter de larges secteurs de la population.Le * Membre émérite de la Ligue d\u2019action nationale 174 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 phénomène a été particulièrement et tristement éloquent ces deux ou trois dernières années, les affrontements et les oppositions de personnes venant desservir la cause nationale.Mais voici qu\u2019apparaissent depuis quelques mois des raisons d\u2019un prudent optimisme.L\u2019unité retrouvée du Parti québécois, le dynamisme qu\u2019y imprime le nouveau chef et le fait que ce chef soit une femme, voilà des facteurs qui autorisent un prudent optimisme.Il importe que tous les indépendantistes, voire tous les nationalistes, se regroupent résolument, avec conviction et persévérance au sein du PQ et s\u2019engagent avec allant et persévérance dans la nouvelle étape de la conquête du pouvoir.Et sûrs que celle-ci appellera et suscitera l\u2019indépendance, toujours nécessaire, toujours urgente, plus que jamais actuelle.novembre 2007 175 Rodrigue Tremblay* LE QUÉBEC ET LA MONDIALISATION DES ÉCONOMIES «Les nôtres ont généralement les petits emplois dans les grandes entreprises.On les considère comme les porteurs d\u2019eau.» Le Goglu, le 15 novembre 1929 « Il faut obtenir du roi-nègre qu\u2019il collabore et protège les intérêts des Britanniques.Cette collaboration assurée, le reste importe moins.» André Laurendeau, Le Devoir, 18 novembre 1958 « La Révolution tranquille marqua incontestablement pour les Québécois francophones le moment capital de leur entrée dans la modernité ».Fernand Ouellet, historien, 1990 « La question économique deviendra plus que jamais une question nationale : elle restera, pour ainsi dire, la seule question jusqu\u2019à ce qu\u2019elle soit résolue.» Errol Bouchette (1863-1912) * Professeur émérite de sciences économiques, Université de Montréal, ancien ministre de l\u2019Industrie et du Commerce dans le gouvernement du Québec 176 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Courte rétrospective historique Après le choc de la Conquête britannique en 1760, la période économique la plus dure qu\u2019eut à traverser le peuple québécois fut celle qui suivit la révolte armée manquée de 1837-38.Le Québec fut alors placé dans une position coloniale de dépendance comme jamais auparavant.En effet, le pouvoir britannique du temps imposa l\u2019Acte d\u2019Union de 1840, lequel vint fusionner le Québec (Bas-Canada) à l\u2019Ontario (Haut-Canada).Cet assujettissement politique et économique du Québec ne fut que partiellement atténué par l\u2019Acte confédératif de 1867 quand le Québec récupéra son statut de province canadienne.La situation économique du Québec souffrit grandement de la situation de dépendance dans laquelle les Québécois furent plongés au i9ième siècle.Ce ne sera finalement qu\u2019après la Seconde Guerre mondiale, en 1945, et surtout après l\u2019avènement de la Révolution tranquille au début des années i960, que le Québec put compter sur une économie qui avait grosso modo son dynamisme propre et dans laquelle les Québécois pouvaient jouer un rôle de premier plan.Cantonnés dans l\u2019agriculture, l\u2019industrie primaire du bois et dans les services de première ligne, les Québécois n\u2019avaient ni les capitaux, ni la technologie, ni les commandes sur les leviers économiques, commerciaux, financiers et politiques pour progresser économiquement.Avec la Révolution tranquille de 1960-62, beaucoup de choses changèrent.Le gouvernement du Québec devint pour la première fois dans son histoire un gouvernement national qui assuma les responsabilités d\u2019un gouvernement national, malgré un statut constitutionnel de type provincial, dans les domaines de l\u2019investissement humain et dans celui des investissements industriels.On ne peut minimiser l\u2019impor- 177 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 tance de cette révolution politique, sociale et économique dans l\u2019histoire du Québec.Elle allait se traduire par des réformes en profondeur et par des progrès substantiels dans l\u2019accessibilité des Québécois à l\u2019éducation, dans la transformation de la langue française d\u2019une langue de minoritaires en une langue territoriale majoritaire, et dans la prise de contrôle de nombreux leviers économiques dans les domaines des ressources naturelles, de l\u2019énergie, de la finance et de l\u2019économie en général.Avec la Révolution tranquille, le gouvernement de Jean Lesage (1912-1980) reprit le slogan d\u2019Étienne Parent (18011874)), avec l\u2019objectif de devenir véritablement « maîtres chez nous », après deux siècles d\u2019assujettissement politique et économique.Par leurs visions d\u2019un développement national du Québec et par la hardiesse de leurs politiques à longue portée, les gouvernements de Jean Lesage de 1960-66 et de René Lévesque de 1976-81 furent, à mon avis, les deux seuls gouvernements vraiment «nationaux» que le Québec ait connus de toute son histoire.D\u2019autres gouvernements québécois adoptèrent des politiques ponctuelles bénéfiques au Québec, telle la politique d\u2019autonomie provinciale du gouvernement de Maurice Duplessis (1944-59) et celle du développement hydroélectrique du gouvernement de Robert Bourassa (1970-76), mais aucun n\u2019adoptèrent la vision de développement global du Québec des gouvernements Lesage et Lévesque.Ce fut sous ces gouvernements, en effet, que le Québec connut un véritable rattrapage dans l\u2019accès généralisé à l\u2019éducation et aux services sociaux, et dans la reprise en mains des principaux leviers de l\u2019économie, rattrapage dont bénéficie toujours les générations actuelles. 178 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Le Québec face aux défis de la mondialisation À l\u2019ère du mondialisme économique et du rétrécissement de la Planète, les petits peuples sont soumis comme jamais auparavant à des pressions énormes en faveur d\u2019un conformisme non seulement économique, mais aussi culturel et linguistique.Ces pressions, bien sûr, n\u2019épargnent guère le Québec.C\u2019est une réalité, en effet, que les affaires au plan mondial se font surtout en langue anglaise.L\u2019ouverture des frontières met donc en concurrence des cultures et des langues dont le dynamisme et la portée ne sont pas identiques.Dans un tel contexte, il est à craindre que les cultures dominantes s\u2019imposent au dépens des cultures plus faibles.Et, c\u2019est l\u2019identité culturelle et linguistique des petits peuples qui risquent d\u2019en souffrir le plus.Au plan économique, les notions même d\u2019intérêt national et d\u2019espace économique national tendent à se distendre sous l\u2019effet conjugué de la libéralisation des échanges et de la mobilité internationale des capitaux et des entreprises, et même des personnes.Dans ce nouveau contexte, certains gouvernements sont peut-être devenus trop attentistes et trop laisser-fairistes, s\u2019en remettant avant tout aux marchés pour solutionner les problèmes qui résultent des chocs économiques ou des insuffisances structurelles.Or, les marchés comportent d\u2019énormes lacunes dans leur fonctionnement concret, lesquelles exigent nécessairement des interventions publiques pour éviter que le bien commun soit sacrifié au profit d\u2019intérêts particuliers restreints.Face au phénomène, la population elle-même est naturellement ambivalente, selon qu\u2019elle considère ses intérêts en tant que consommateurs ou en tant que producteurs.\u2014D\u2019une part, en effet, les choix des consommateurs parmi tous les produits, y compris les produits culturels (livres, 179 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 journaux, films, musique, chansons.etc.) se sont considérablement élargis.La nouvelle technologie reliée à l\u2019ordinateur et à l\u2019Internet tend à globaliser davantage les marchés.Les économies d\u2019échelle qui découlent des grands marchés et des productions de masse font aussi s\u2019abaisser les prix, ce qui constitue un autre gain pour les acheteurs.D\u2019autre part, les producteurs doivent, quant à eux, faire face à une concurrence accrue face à des importations facilitées.Ils n\u2019ont d\u2019autre choix que de développer des produits originaux et de viser à une plus grande compétitivité.Les dirigeants d\u2019entreprises apprennent à penser globalement, même s\u2019ils doivent agir localement et surveiller constamment leurs parts de marché.Les règles concernant les subventions publiques au développement industriel se sont resserrées sous l\u2019effet des multiples ententes de libéralisation internationale des échanges de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) ou des ententes régionales du type de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).Il en est résulté un certain désengagement de l\u2019état en matière économique et dans le domaine des stratégies industrielles, avec la conséquence que les entreprises locales ne peuvent plus compter comme auparavant sur le soutien de l\u2019état pour démarrer, survivre et prospérer, face au choc de la concurrence extérieure.Vulnérabilité de l\u2019économie québécoise En ce début du XXIe siècle et de mondialisation économique, force nous est de constater que le Québec est une économie avant tout régionale, quoique étroitement intégrée aux économies canadienne et nord-américaine.Supervisée par un gouvernement provincial dépourvu des principaux leviers économiques modernes que sont la monnaie, le taux de change, le taux d\u2019intérêt, les tarifs douaniers et l\u2019immi- i8o L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 gration, et un gouvernement central hésitant à arbitrer entre les régions canadiennes au-delà de la simple péréquation fiscale, l\u2019économie québécoise doit avant tout compter sur ses richesses naturelles et sur le dynamisme de sa population et de ses entrepreneurs, tout en demeurant fortement tributaire de la conjoncture économique extérieure.Cette vulnérabilité institutionnelle de l\u2019économie régionale devient celle de sa population, car toute carence dans la base économique ou tout fléchissement dans l\u2019activité économique se traduisent tôt ou tard par des exodes de population.Le Québec eut, en effet, dans le passé, à subir les conséquences de l\u2019insuffisance de sa base économique puisqu\u2019on évalue à au-delà d\u2019un million de personnes l\u2019exode des francophones vers les États-Unis de 1840 à 1940.Le resserrement des règles d\u2019immigration aux États-Unis ne permettrait plus aujourd\u2019hui un tel exode massif de population.Par contre, le déplacement du centre de gravité de l\u2019économie canadienne vers l\u2019ouest, avec l\u2019expansion phénoménale de la production pétrolifère de l\u2019Alberta, demeure une soupape d\u2019ajustement démographique si la base économique du Québec devait un jour à faiblir ou à s\u2019étioler.Comment profiter de la mondialisation Le Québec possède des atouts économiques importants, soit une population instruite et polyvalente, une situation géographique enviable, quoiqu\u2019en périphérie par rapport au centre de gravité économique de l\u2019Amérique du nord, et des ressources naturelles et énergétiques qui génèrent une rente économique appréciable.À titre d\u2019exemple, le Québec produit annuellement pas moins de 37 000 mégawatts d\u2019électricité.C\u2019est plus de la moitié de toute l\u2019énergie hydroélectrique produite au Canada.Le défi global de l\u2019avenir pour le Québec consiste à générer des capitaux et à créer des i8i L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 centres de décision économiques importants au Québec, et à les garder.Le gouvernement du Québec, mais aussi et peut-être surtout le gouvernement canadien dont l\u2019impact sur l\u2019économie québécoise est considérable, se doivent d\u2019adopter des politiques économiques cohérentes afin de relever les défis de la mondialisation et afin d\u2019éviter qu\u2019une globalisation débridée et sans contre-poids risque de provoquer de sérieux drames sociaux dans l\u2019avenir.Nous nous limiterons ici à identifier trois des domaines d\u2019intervention gouvernementale les plus névralgiques, soit le domaine du contrôle des entreprises reliées aux ressources naturelles, celui de l\u2019évolution démographique du Québec et la formation des travailleurs de demain, de même que les besoins en matière d\u2019immigration, de sélection et d\u2019intégration des personnes immigrées.a) Contrôle et rente découlant des ressources naturelles La lutte pour l\u2019accès aux ressources naturelles et énergétiques qui se dessine à l\u2019horizon au 2iième siècle exige que les gouvernements prennent des mesures appropriées afin d\u2019éviter que l\u2019économie canadienne ne devienne une économie de succursales, contrôlée de l\u2019extérieur, et afin que la rente économique sur ces ressources profite en premier lieu aux Québécois et aux Canadiens en général.Au plan fédéral, les règles de la Loi sur Investissements Canada relative aux acquisitions étrangères devraient être renforcées pour faire en sorte que les grandes entreprises qui exploitent les ressources canadiennes soient majoritairement sous contrôle canadien.Au plan québécois, rien n\u2019empêche le gouvernement québécois, lequel doit être consulté en vertu de la loi mentionnée précédemment, de préciser 182 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 davantage les critères d\u2019acceptation ou de refus d\u2019une prise étrangère de contrôle d\u2019entreprises oeuvrant dans le domaine des ressources naturelles et énergétiques du Québec.Le Québec et le Canada sont présentement relativement dépourvus au chapitre de la prise de contrôle d\u2019entreprises canadiennes stratégiques, tant au plan de la volonté politique que des législations.Ceci fut manifestement bien illustré lors de la prise de contrôle du producteur québécois et canadien Alcan par le géant britannique et australien, la société Rio Tinto, en 2007.b) Population, pénurie et formation de main-d\u2019œuvre qualifiée Il faut rappeler que la principale mesure de la richesse d\u2019une nation est non pas l\u2019évolution de la mesure globale du produit intérieur brut (PIB) mais celle du produit intérieur brut par habitant (PIB/population).Or, à ce dernier chapitre, le Québec connut une augmentation de 48,6 pourcent comparativement à 46,9 pourcent pour le reste du Canada, entre 1981 et 2004.Néanmoins, l\u2019évolution démographique du Québec demeure une source de préoccupation croissante à cause de deux phénomènes qui tendront à se conjuguer dans l\u2019avenir, soit le faible taux de fécondité québécois et le vieillissement de la cohorte des enfants de l\u2019après-guerre (1946-1966).L\u2019indice de fécondité au Québec a chuté de plus de la moitié de 1965 à aujourd\u2019hui, passant d\u2019un peu plus de trois enfants par femme en âge de procréer à moins de 1,5 enfants aujourd\u2019hui.Par contre, la part des personnes âgées de 65 ans et plus dans la population ne cesse d\u2019aller en s\u2019accroissant, de sorte qu\u2019il est prévu que le pourcentage des personnes âgées dans la population québécoise dépassera celui des jeunes de moins de 15 ans dans quelques années, soit aux environs de 2011-12. 183 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Les conséquences à prévoir sont un vieillissement accéléré de la population québécoise, une pénurie à venir de main-d\u2019œuvre qualifiée et un déclin du poids démographique et politique du Québec à l\u2019intérieur de la Confédération canadienne.Cette dépopulation relative du Québec se traduira par une baisse de la part de la population québécoise dans l\u2019ensemble du Canada.En effet, il faut envisager le jour où le Québec représentera moins de 20 pourcent de la population canadienne.Il faut se rappeler que la part du Québec dans la population canadienne comptait pour 31 pourcent au début du vingtième siècle, qu\u2019elle était encore égale à 29 pourcent en 1951, et qu\u2019elle est tombée sous la barre des 25 pourcent en 1994.Au premier janvier 2007, la part du Québec dans le tout canadien se situait à 23,4 pourcent.Une telle tendance, si elle n\u2019est point freinée ou stabilisée, fera en sorte de marginaliser politiquement le Québec à l\u2019intérieur du Canada et cela, d\u2019une manière irréversible.Pour faire face aux besoins futurs de main-d\u2019œuvre qualifiée, le Québec se doit de mettre l\u2019accent sur l\u2019éducation et sur le développement de l\u2019entrepreneuriat.À ce chapitre, le Québec a encore du rattrapage à faire.Ainsi, la proportion au Québec de la population active (25 à 64 ans) qui détient un grade universitaire (17 pourcent) est inférieure à celle du Canada (20 pourcent) ou des États-Unis (28 pourcent).Il sera raisonnable qu\u2019un des objectifs de la politique québécoise en éducation ait comme objectif de faire passer la proportion des diplômés universitaires de 17 à 25 pourcent au cours des années à venir.c) Immigration et intégration Déjà, l\u2019immigration internationale constitue la moitié de l\u2019accroissement annuel de la population québécoise.Il appa- L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 raît évident qu\u2019une attention particulière doit être prêtée à ce phénomène si on veut éviter que des problèmes sociaux et politiques majeurs ne surgissent dans les décennies à venir.D\u2019une part, le Canada dans son ensemble et le Québec en particulier ont moins besoin du concours de l\u2019immigration que dans le passé, si l\u2019objectif est de créer un marché intérieur élargi pour justifier des économies d\u2019échelle dans la production.C\u2019est un des effets fondamentaux de la mondialisation et du libre-échange de pouvoir importer des biens intensifs en main-d\u2019œuvre en provenance de pays à bas salaires et d\u2019exporter des biens qui sont soit reliés aux ressources naturelles ou dont la production exige des connaissances particulières, une haute technologie, ou une production de masse.Dans ce nouveau contexte, et d\u2019un strict point de vue économique, le Canada n\u2019a plus besoin d\u2019une immigration massive comme ce fut le cas au cours des décennies passées.Par contre, on peut vouloir souhaiter davantage d\u2019immigration pour des fins démographiques, sociales ou politiques.Au chapitre de la main-d\u2019œuvre qualifiée, comme nous l\u2019avons indiqué ci-haut, le Québec connaîtra vraisemblablement une pénurie de travailleurs à plus ou moins brève échéance.Une politique québécoise appropriée en ce domaine serait de nature à repousser l\u2019échéance d\u2019une telle pénurie.Néanmoins, une politique d\u2019immigration bien ciblée pourrait elle aussi contribuer à combler les écarts qui se dessinent.Cependant, l\u2019immigration n\u2019est pas seulement un phénomène économique ; elle est aussi (et peut-être encore davantage dans l\u2019avenir) un phénomène social, culturel et politique.L\u2019intégration harmonieuse des immigrants au tissu économique et social du Québec exige que l\u2019immigration soit bien ciblée non seulement en ce qui concerne les qualifications l85 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 professionnelles et linguistiques des candidats, mais aussi quant à leur potentiel d\u2019intégration harmonieuse à la société québécoise.En effet, toute politique réaliste d\u2019immigration doit tenir compte de la capacité d\u2019accueil de la société appelée à intégrer les nouveaux arrivants.Conclusion La mondialisation et la révolution technologique qui ont présentement cours modifieront profondément le Québec de demain.De tels développements posent certes de nombreux défis mais ils ouvrent aussi la porte à des possibilités nouvelles de progrès et d\u2019avancement.C\u2019est la responsabilité des gouvernements d\u2019adopter des politiques cohérentes et appropriées afin de faire face à ces nouveaux défis et afin de préparer les générations futures de manière à ce qu\u2019elles puissent tirer avantage du nouveau contexte.Quelques références utiles Bouchette Errol, L\u2019Indépendance Économique du Canada Français (1906).Montréal: Les Éditions La Presse, ltée, I977, 273 p Girard Chantal, Le vieillissement de la population au Québec : où et quand, novembre 2003, 36 p.Ruby, Marcel avec préface de Pierre-André Wiltzer, (2003), Une mondialisation humaniste, L\u2019Harmattan, 158 p.Tremblay, Rodrigue, Indépendance et marché commun : Québec/ Etats-Unis, Les Éditions du Jour, 1970, 128 p.Tremblay, Rodrigue, «La triple mobilité biens-travail-capital ou l\u2019incohérence des politiques économiques», L\u2019Action nationale, novembre, 1996, p 76-93. i86 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Tremblay, Rodrigue, Les grands enjeux politiques et économiques du Québec, les Éditions Transcontinentales, 1999, 339 p.Tremblay, Rodrigue, L\u2019Heure Juste.Le choc entre la politique, l\u2019économique et la morale, les Éditions internationales Alain Stanké, 2002, 349 p Tremblay, Rodrigue, Le Québec en crise, les Éditions Select ltée, 1981, 447 p.Tremblay, Rodrigue, «Mobilité internationale des facteurs en situation de chômage et de libre-échange», L\u2019Actualité Économique, juin 1998, pp 245-271.Tremblay, Rodrigue, «The Industrial Policy of Quebec», dans Canada and Quebec, One Country, Two Histories, Robert Bathwell Ed., UBC Press, 1995, p.167-169. 187 Charles Courtois* Les sophismes de Jocelyn Létourneau EXAMEN D\u2019UN PROGRAMME D\u2019HISTOIRE « POST-NATIONALISTE »** Le Québec devrait se comporter comme une marmotte - Jocelyn Létourneau2 Je propose d\u2019examiner de plus près la pensée d\u2019un historien célèbre, Jocelyn Létourneau.Sa pensée m\u2019intéresse sous un angle particulier, qui concerne tous les Québécois : l\u2019enseignement de l\u2019histoire du Québec et la mémoire nationale.Jocelyn Létourneau a développé dans une longue série d\u2019articles, d\u2019ouvrages et d\u2019interventions publiques, une position sur la nation et la mémoire québécoises, ainsi que sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire qu\u2019on peut qualifier de fondement théorique du nouveau programme d\u2019histoire nationale du Québec au secondaire.Cette proposition de réforme est l\u2019aboutissement d\u2019un long travail de persuasion dont Létourneau s\u2019est fait le héraut principal par ses travaux2, outre l\u2019autre facteur, plus passif, celui de la réceptivité du ministère de l\u2019Éducation à tout ce qui fleure le postmodernisme et la réinvention de la roue.La présente analyse se concentrera * Docteur en histoire (UQAM et Institut d'études politiques de Paris), chargé de cours à l\u2019Université de Montréal ** Ce texte approfondit des réflexions présentées dans deux conférences, d\u2019une part « Histoire, identité et démocratie », au Symposium L\u2019Histoire à l\u2019épreuve de la diversité culturelle, organisé par la CREQC, à l\u2019UQAM, le 15 novembre 2006 et d\u2019autre part, « Les sophismes de Jocelyn Létourneau », à La Nuit de la philosophie, UQAM, 24 mars 2007 i88 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 sur ce volet actif, rhétorique, dont Létourneau est l\u2019éminence grise.Car c\u2019est de « postnationalisme » qu\u2019il s\u2019agit et c\u2019est ce prétendu « postnationalisme » que Létourneau défend dans le cas de l\u2019histoire et de la mémoire du Québec.On sait que ce programme scolaire se proposait d\u2019évacuer la notion nationale elle-même de l\u2019enseignement, dans le programme réformé d\u2019histoire de Secondaire III et IV, prétextant de diverses manières qu\u2019elle était désuète ou déplacée, bien qu\u2019il s\u2019agisse du programme d\u2019histoire nationale du Québec3.Il est devenu au passage le programme « histoire et éducation à la citoyenneté ».Par un autre paradoxe, la citoyenneté en question n\u2019est plus tant une citoyenneté québécoise qu\u2019une bien-pensante et fantasmagorique « citoyenneté du monde ».Je vais donc aborder les implications d\u2019un tel programme - même s\u2019il a été quelque peu modifié suite au tollé qu\u2019il a suscité, cette réflexion doit être poursuivie.Les questions de fond demeurent entières.Cela implique de revenir sur l\u2019importance de la nation politique moderne du point de vue culturel et démocratique, et sur le rôle de l\u2019école et de l\u2019enseignement scolaire de l\u2019histoire, d\u2019un point de vue québécois.Ensuite, je décortiquerai l\u2019argumentaire de Jocelyn Létourneau qui en est, ai-je avancé, le socle théorique.Enfin, je tenterai de répondre à la question suivante : est-ce que l\u2019argumentation Jocelyn Létourneau repose sur un habile déploiement de sophismes et de syllogismes, digne des grands Sophistes de l\u2019Antiquité ?La nation politique moderne : ni ethnique, ni civique, mais culturelle et politique La nation politique moderne, historiquement indissociable dans son avènement de l\u2019autodétermination des peuples, est la représentation du peuple souverain : elle s\u2019impose L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 véritablement à partir de la fin du XVIIIe siècle, avec les Républiques américaine et française et l\u2019élan nationalitaire dont ces deux révolutions sont les catalyseurs en Amérique et en Europe au XIXe siècle, élan qui s\u2019est poursuivi au XXe siècle et singulièrement après chacune des deux guerres mondiales puis après la chute de l\u2019URSS.Et pourtant, malgré cette victoire de la démocratie sur le totalitarisme, il n\u2019est pas à la mode d\u2019invoquer la nation : elle est mal vue d\u2019un certain cosmopolitisme et de deux progressismes distincts, l\u2019un de gauche, l\u2019autre libéral et même néo-libéral, dont les actions se rejoignent contre les souverainetés nationales.Paradoxalement, un certain « droit-de-l\u2019hommisme » s\u2019est même érigé en contradiction avec la démocratie et l\u2019autodétermination des peuples.« BHL » est sans doute la figure emblématique de ce discours puisqu\u2019il incarne une combinaison des deux discours postnationalistes, libéral et gauchiste, qu\u2019on rencontre habituellement sous deux formes distinctes - schématiquement, disons qu\u2019il y a La Presse ou The Gazette d\u2019un côté, et Libération de l\u2019autre*.La souveraineté nationale paraît menacée par la mondialisation et la continentalisation qui font que de plus en plus de pouvoirs socio-économiques semblent échapper aux peuples.La nation politique est aussi le siège de la diversité culturelle véritable de l\u2019humanité.En effet, la diversité culturelle de l\u2019humanité repose avant tout sur un ensemble de foyers nationaux, bien vivants, avant de pouvoir s\u2019échanger.Cette diversité culturelle, dans son sens profond, repose sur des peuples capables d\u2019une forme d\u2019autonomie pour être5.Une erreur très actuelle est de confondre diversité culturelle et multiculturalisme, alors qu\u2019ils sont quasiment opposés : si toutes les grandes métropoles modernes ressemblaient demain à Londres et New York, quelle serait la diversité culturelle ?La diversité culturelle du multiculturalisme dans une grande ville cosmopolite et anglophone est à la diversité 190 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 culturelle des nations ce qu\u2019un jardin zoologique est aux aires naturelles du globe.Sans les secondes, il dépérira.Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit le proverbe, qui s\u2019applique à merveille aux peuples et aux nations engagés par la Convention sur la diversité culturelle.La diversité culturelle de l\u2019humanité exige que les nations aient le courage de porter leur identité, au lieu d\u2019un cosmopolitisme superficiel, voire anglicisateur.On ne rencontre pas la culture grecque dans un restaurant de l\u2019avenue du Parc qui propose de faux souvlakis au porc, mais en apprenant le grec, en visitant la Grèce, en s\u2019imbibant de ses écrivains, cinéastes, musiciens, en expérimentant son art de vivre.Cette illusion du cosmopolitisme doit donc être combattue avec énergie, car elle fait prendre le faux pour du vrai, et menace en réalité une diversité des cultures, au sens plein du terme, au moins à l\u2019échelle de l\u2019Occident.Le multiculturalisme encourage, outre cette illusion, une ghettoïsation qui sape la solidarité commune, une des vertus nécessaires au bon fonctionnement de la République, au maintien d\u2019une société civile saine.Or, qu\u2019est-ce que la nation aujourd\u2019hui ?La nation moderne se définit par un ensemble de caractéristiques culturelles et politiques qui font son unité : une langue, un territoire, des lois, une histoire commune, une volonté de vivre ensemble et de durer manifestes, et une représentation politique généralement dotée de pouvoirs souverains.La nation englobe une diversité ethnique dans une culture et une langue communes, comme en France ou aux États-Unis, très fréquemment, puisqu\u2019au fond, la plupart des grandes nations démocratiques modernes sont des métissages spécifiques liés par une matrice culturelle commune particulière.Pour Sieyès, la nation se définit par une loi et une représentation communes, que manifeste l\u2019Assemblée nationale.Il faut 191 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 d\u2019ailleurs prendre la mesure de la portée républicaine du choix de nommer ainsi notre Assemblée depuis 1968.Pour Sieyès aussi, la nation française se définit par la langue française.Que signifie donc ce principe républicain ?Il affirme clairement la valeur nationale de l\u2019État québécois.En 1968, les Québécois ont signifié leur volonté de définir l\u2019État québécois comme le siège d\u2019une nation, un État défini par la culture de la majorité et établi pour elle.Ce choix républicain impliquait d\u2019assumer pleinement l\u2019État du Québec et son pouvoir au nom de la nation, qui s\u2019émancipait ainsi de sa position de repli ethnique héritée du choc de 1840 et quittée de façon graduelle et partielle avant 1960.Ce choix républicain signifiait aussi que l\u2019appartenance à la nation serait définie par l\u2019identification au Québec plutôt que par le critère plus ethnique, d\u2019identité canadienne-française : la minorité ethnique n\u2019a pas les mêmes pouvoirs qu\u2019un État défini par une nation, fût-il provincial.Assumer pleinement ces pouvoirs est essentiel à l\u2019émancipation nationale et à la bonne continuation de la nation.Cette identification au Québec passe nécessairement par une forme de patriotisme mais aussi de culture commune, ce que vinrent confirmer et expliciter les lois consacrant le français, langue de la vaste majorité, langue officielle du Québec, en 1974 et 1977.Une langue et une culture s\u2019apprennent : en l\u2019occurrence, on peut devenir Québécois, alors que la conception courante est que l\u2019on naît canadien-français.Dans les fait, l\u2019identité canadienne-française n\u2019était pas aussi fermée à un métissage ethnique que certains ne le croient, mais toujours est-il que la nouvelle dénomination de la nation, québécoise plutôt que canadienne-française, manifeste une identité politique majoritaire enfin assumée et du même coup, son corollaire, le droit d\u2019assumer aussi, 192 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 comme les autres nations démocratiques occidentales, l\u2019assimilation de son immigration à la nation - ce que font, en pratique, le Canada, les États-Unis ou la France, depuis fort longtemps.Bref, la nation québécoise désigne un ensemble culturel et politique, doté de représentations manifestes, telle l\u2019Assemblée nationale du Québec.Elle a bel et bien une Histoire et un territoire, clairement définis - on célèbre le 400e de Québec et les frontières du Québec sont officielles.Au-delà du choix des meilleures options politiques pour leur avenir, les Québécois s\u2019entendent largement sur le maintien de cet État-nation québécois et la perpétuation de leur nation - le consensus minimal étant sa perpétuation comme État-membre de la Confédération canadienne reconnu comme une nation.Qu\u2019ils soient fédéralistes, autonomistes, souverainistes, au moins les trois quarts des Québécois s\u2019entendent sur ces principes.Et pourtant, cette nation, on lui contesterait le droit de se nommer dans ses cours d\u2019histoire scolaires ?Le faux argument ethnique L\u2019instauration d\u2019un programme d\u2019histoire dite « postnationale » a superficiellement été justifiée par la diversité ethnique des Québécois4.Le cours d\u2019histoire est aussi un cours d\u2019enseignement à la citoyenneté.Jean-François Cardin, le didacticien recommandé au ministère par Létourneau lui-même (dixit Létourneau), arguait que l\u2019histoire québécoise enseignée était « trop québécoise » pour l\u2019enseignement à la citoyenneté : « Mais la notion de citoyenneté entre 1959 et aujourd\u2019hui a énormément changé.Elle est beaucoup moins ethnique, beaucoup moins nationale ».Ainsi, pour suivre l\u2019argument de Cardin, la citoyenneté, pour être nationale, devrait reposer sur une uniformité ethnique qui n\u2019existerait plus et par conséquent, l\u2019histoire québécoise enseignée 193 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 devrait être « moins québécoise ».La confusion entre ethnique et national est à la hauteur du produit.Imagine-t-on le Brésil prétexter de son immense diversité ethnique pour écarter le référant national ?La diversité ethnique y est pourtant plus grande, plus massive qu\u2019elle ne le sera jamais au Québec ! Les minorités nationales du Québec sont historiquement définies : premières nations et minorité anglophone, fragment de la nation voisine.Il serait fallacieux de comprendre la politique d\u2019immigration du Québec comme une politique visant à additionner de nouvelles nationalités sur le territoire québécois, plutôt que d\u2019augmenter le nombre de Québécois.Quel serait l\u2019intérêt d\u2019une telle politique d\u2019immigration ?Ce ne serait pas l\u2019intérêt national des Québécois, ni du point de vue culturel, ni du point de vue politique, ni dans l\u2019intérêt de leur démocratie.Impossible de forcer l\u2019adhésion des cœurs, objectera-t-on.Certes, mais la question est de savoir ce que l\u2019État du Québec doit favoriser par ses politiques.Dans les faits, une culture commune absorbera la progéniture de l\u2019immigration : reste à savoir si cette « culture seconde », (pour employer une définition dumontienne), si cette identité culturelle et politique sera Canadian ou québécoise.Le Québec a réaffirmé son droit et sa volonté de durer en 1867 en récupérant l\u2019autodétermination en éducation.L\u2019école, notamment l\u2019enseignement de l\u2019histoire, est justement un élément clé de la construction des États-nations depuis le XIXe siècle.Cette volonté de durer s\u2019est confirmée et mise à jour, en veillant à l\u2019intégration de l\u2019immigration, désormais appelée à être un élément important de la croissance démographique nationale, avec la Charte de la langue française en 1977.La laïcisation des commissions 194 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 scolaires poursuit cette logique avec cohérence.Logique qui entre en opposition frontale avec la prétention selon laquelle la nation serait caduque à cause de l\u2019immigration.Or les manuels québécois, selon J.-F.Cardin, étaient jusqu\u2019ici trop « québéco-québécois7 » (sic) ! Si les manuels québécois n\u2019enseignent pas un point de vue québécois, qui donc le fera ?Le point de vue québécois a-t-il droit de cité au Québec, et donc dans le monde, oui ou non ?Je crois que les Québécois répondront sans ambages que oui ! Sans mémoire, donc sans conscience québécoise, la culture québécoise et sa démocratie se déliteraient.Or, selon la Charte de la langue française, il revient précisément à l\u2019école québécoise d\u2019intégrer : les enfants d\u2019immigrants ont le droit d\u2019être inclus et de s\u2019inclure dans le Nous québécois.On peut même dire que l\u2019ouverture se définit par leur inclusion à ce Nous, et non pas par leur exclusion de la communauté nationale.Ainsi, l\u2019argument voulant que la mémoire nationale québécoise doive être marginalisée, sous prétexte que tous ne sont pas de même origine ethnique, paraît irrecevable.Ce serait du nationalisme ethnique à l\u2019envers.On tenterait de figer des identités minoritaires et d\u2019empêcher l\u2019identification à une culture commune sur la base des origines ethniques.8 Quels objectifs pour l\u2019histoire nationale à l\u2019école québécoise ?Comment devrait-on intégrer cette diversité, à l\u2019école, dans nos programmes d\u2019histoire ?Les enfants issus de l\u2019immigration sont admis comme tout le monde, (sauf les deux exceptions nationales qui ont leurs propres écoles publiques), au système scolaire commun, pour être adoptés et élevés comme des Québécois.S\u2019ils se trouvent à l\u2019école publique française, c\u2019est qu\u2019ils ont vocation à être élevés en tant que Québécois par l\u2019État québécois.Faire le contraire serait inté- 195 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 grer la philosophie du multiculturalisme canadien à l\u2019éducation québécoise, auquel le Québec n\u2019adhère pas, multiculturalisme canadien imposé en 1982 par une constitution dont le Québec est exclu9.Au contraire, le Québec a affirmé son propre modèle, qui mise sur la culture commune18.Tous les écoliers du système scolaire québécois sont de futurs citoyens québécois et appelés à élire leurs représentants à l\u2019Assemblée nationale.À ce titre, la culture et la mémoire nationales sont leur patrimoine à tous, l\u2019identité québécoise est à eux autant qu\u2019aux autres.Dans les faits, il se trouve justement que les « enfants de la loi 101 » s\u2019identifient pour la plupart au Québec, comme leurs camarades de vieille souche, parce qu\u2019ils ont assimilé la culture commune à l\u2019école.Pour dépasser mon expérience personnelle, qui confirme cette donnée, je citerai l\u2019étude parue dans L\u2019Annuaire du Québec 2004 : « Il est intéressant de constater que cette partie de la population, bien qu\u2019arrivée au Québec récemment, adhère fortement à l\u2019idée de nation québé-coise.11 » N\u2019est-il pas dans l\u2019intérêt québécois de développer cette identification en enseignant l\u2019histoire du Québec ?L\u2019école est même la principale institution québécoise à qui incombe l\u2019intégration dans le modèle québécois - les autres compétences d\u2019intégration appartiennent pour l\u2019instant au Fédéral, comme d\u2019ailleurs la citoyenneté était jadis britannique.L\u2019argument postnational, s\u2019il était admis à l\u2019école, mettrait donc en pièce toute ambition québécoise d\u2019intégrer l\u2019immigration, avec les conséquences néfastes que cela implique pour la démocratie et la culture québécoise, bref pour la continuité de la nation.La véritable diversité culturelle, celle des foyers nationaux où vivent pleinement des cultures distinctes, qu\u2019incarne le Québec en Amérique du Nord, serait sacrifiée à la diversité culturelle de pacotille qu\u2019est le multiculturalisme dans un Dominion anglophone. 196 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 La culture, essence même de l\u2019humanité, est un héritage, elle repose sur une transmission, comme le rappelle Alain Finkielkraut (La défaite de la pensée).C\u2019est même la transmission qui fonde la capacité de civilisation.Notre propre civilisation hérite d\u2019une responsabilité particulière, celle d\u2019une civilisation originale, la civilisation de l\u2019Amérique française : sa transmission est un des devoirs sacrés de nos institutions, en particulier de l\u2019État québécois.Cette transmission, cette civilisation dépend d\u2019une institution en particulier, l\u2019école publique, où la transmission culturelle passe notamment par les cours de français et d\u2019histoire.Paul Gérin-Lajoie disait en 1964, au moment de re-créer le ministère de l\u2019Éducation du Québec, que le sort national, dans le contexte nord-américain, dépendait d\u2019un système d\u2019éducation de toute première qualité.Devant les faiblesses de notre système d\u2019éducation et de sa dernière réforme, il est plus que temps de réhabiliter un humanisme moderne et modernisé.Demandons-nous ici ce que l\u2019enseignement historique scolaire devrait assurer quant à l\u2019Histoire nationale du Québec.À l\u2019enjeu de connaissance et mémoire nationales s\u2019ajoutent sens critique et repères internationaux, qui font partie de ce qu\u2019un cursus porté maintenant à 4 ans au secondaire doit aussi développer.L\u2019oblitération de l\u2019histoire nationale pose un problème en soi, inséparable de cet autre enjeu, le sens critique.Il paraît évident que le développement du sens critique de l\u2019élève est rudement mis à l\u2019épreuve si on le prive de la connaissance des événements clés de l\u2019histoire nationale qui devraient éclairer sa réflexion citoyenne, ainsi que par le lavage de cerveau politiquement correct que tente de plaquer ce programme à l\u2019évaluation du passé.Le passé, dans son altérité, est refusé et censuré, s\u2019il ne semble pas en parfait accord avec la nouvelle catéchèse de rectitude politique.La réforme scolaire cède dangereusement à la tentation 197 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 de créer un homme nouveau, et non un Québécois cultivé, dans trop de domaines pour ne pas dénoncer ce dérapage.Pensons par exemple à cette « compétence » évaluée au primaire : « développer sa conscience citoyenne à l\u2019échelle planétaire ».C\u2019est une contradiction dans les termes (car qui vote à un gouvernement mondial ?) et mettre la charrue avant les bœufs : la conscience de la place dans le monde se développera au secondaire avec quatre années d\u2019Histoire, même qu\u2019un cours de Secondaire IV est prévu à cet effet, Problèmes du monde contemporain (sa caractéristique historique est compromise)12.Avec le programme d\u2019histoire proposé en 2006, le Québec, son histoire et la citoyenneté deviennent totalement irréels.La nomenclature originale des chapitres avait en effet un petit côté orwellien, préférant parler de « l\u2019avènement de la démocratie sous le régime britannique » que de Conquête.Former l\u2019esprit critique par une telle réécriture de l\u2019histoire, c\u2019est du propre.L\u2019avènement de la démocratie au Québec résulte d\u2019un combat, et non d\u2019un cadeau, et ne fut pas consentie sans l\u2019imposition préalable d\u2019une annexion à l\u2019Ontario et donc d\u2019une minorisation, rappelons-le.Dans le cas de l\u2019histoire nationale québécoise enseignée, c\u2019est la trame nationale qu\u2019on voudrait évacuer.L\u2019élève devrait ainsi être formé à « interpréter les réalités sociales », en fonction d\u2019un credo politiquement correct, plutôt que formé par la connaissance du passé québécois.Est-ce bien pour cela qu\u2019on avait confié à la commission Lacoursière de structurer un enrichissement du cursus scolaire en histoire ?Dans son rapport, cette commission parlait de l\u2019histoire comme culture, pour « acquérir des connaissances qui constituent la base de l\u2019alphabétisation sociale13 ».Or, en censurant des événements, comme la Conquête, et le pan central, la trame 198 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 nationale, de l\u2019histoire du Québec, le programme proposé en 2006 ne contribue point à acquérir des connaissances fondamentales sur notre société, ni à transmettre une culture, mais à une acculturation et à l\u2019ignorance.L\u2019histoire du Québec doit transmettre la mémoire d\u2019une nation, à travers la connaissance de ses grands événements, ce qu\u2019on appelle la trame nationale, dont la pertinence n\u2019est qu\u2019accrue par la volonté de faire une histoire de la démocratie, puisque cette trame est en bonne partie jalonnée de moments marquants d\u2019une lutte pour les droits, l\u2019autonomie et l\u2019émancipation nationaux.Intégrer cette diversité des origines que représente l\u2019immigration, à l\u2019école, dans nos programmes d\u2019histoire exige de ne pas considérer les enfants des immigrés comme des étrangers mais comme des Québécois, à qui appartiennent la culture, la langue et la mémoire québécoise, tout simplement, sans discrimination selon les origines de leurs géniteursw.La trame nationale fait bien sûr partie des exigences d\u2019une alphabétisation de base de l\u2019élève québécois et, devant l\u2019importance actuelle de l\u2019immigration, il est intéressant de relever aussi tout au long de cette trame les épisodes majeurs d\u2019intégration de la diversité.Une diversité existait parmi les colons de la Nouvelle-France dont l\u2019espace impérial fut de surcroît un havre pour les peuples amérindiens contrant l\u2019élan de refoulement états-unien.Puis, une quantité massive d\u2019Irlandais s\u2019assimilèrent à la culture québécoise, donnant les Émile Nelligan et Daniel Johnson de notre histoire.Cette assimilation d\u2019immigrants se poursuit, et nous donne aujourd\u2019hui des figures courantes de notre vie culturelle et politique dont le patronyme ou l\u2019origine immédiate viennent de tous les continents. 199 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 La philosophie sous-jacente à la réforme et la légitimité de son application Nous avons vu que la diversité des origines ethniques ne peut justifier le « postnationalisme » dans une démocratie qui, comme le Québec, est définie par et pour une nation.Voire, la récente controverse entourant les accommodements raisonnables démontre, si besoin était, que les Québécois veulent que l\u2019on mette toujours plus l\u2019accent sur la culture commune et l\u2019intégration, voire l\u2019assimilation, plutôt que mettre le cap sur un multiculturalisme débridé.Comme le prescrivent la Charte de la langue française et la logique, l\u2019école doit intégrer et non exclure ou fragmenter, si nous voulons demeurer cohérents avec la volonté québécoise de durer qui fonde notamment l\u2019autodétermination québécoise en matière d\u2019éducation.Passons à cette heure à l\u2019autre argument utilisé pour justifier cette tentative d\u2019imposition du « postnationalisme ».Une philosophie politique sous-tend la dissolution radicale de la mémoire nationale qui est proposée.Cette philosophie se dit « postnationaliste », et défend une histoire « postnationale » au nom d\u2019une prétendue libération des Québécois de leur condition nationale.Elle n\u2019est donc pas favorable à la représentation du Québec comme une nation, quarante ans après la proclamation de l\u2019Assemblée nationale, entrant ainsi en contradiction avec ses institutions démocratiques.À l\u2019université Laval, un colloque l\u2019automne dernier se demandait encore, « La nation québécoise existe-t-elle ?» intitulé dont Christian Dufour a bien montré le caractère oiseux, voire la veulerie^5.L\u2019auteur principal du « postnationalisme » au Québec, que consomment plusieurs administrations québécoises à l\u2019heure actuelle - au ministère de l\u2019Éducation et dans les musées d\u2019histoire, notamment - est sans doute Jocelyn Létourneau.Son argumentaire postnational se 200 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 trouve concentré dans son recueil Passer à l\u2019avenir, né d\u2019une réaction au rapport Lacoursière qui devait guider la réforme de l\u2019enseignement de l\u2019histoire.Le rappel de la trame nationale, selon Létourneau, entretiendrait un sentiment de frustration et reviendrait à persuader les Québécois de la nécessité de l\u2019indépendance alors que le « postnationalisme » les mettrait en accord avec leur état d\u2019ambiguïté.État d\u2019ambiguïté que Létourneau prétend « quintessentiel » aux Québécois, ce qui justifierait, selon lui, de tout faire pour favoriser son maintien, comme de passer d\u2019une histoire nationale à une histoire post-nationale.L\u2019essentiel des thèses ambiguës et alambiquées de Jocelyn Létourneau est exposé dans Passer à l\u2019avenir.Dans le jargon abscons qui lui est propre, il part en guerre contre feu Notre maître le passé de Lionel Groulx78, pourtant enterré depuis le credo moderniste de la Révolution tranquille, et il propose de substituer à la mémoire nationale - du « Je me souviens » - le concept de « se souvenir d\u2019où l\u2019on s\u2019en va ».Abscons, disons-nous, parce que les intentions de l\u2019auteur se cachent derrière des termes ésotériques de son cru.Létourneau déplore que la mémoire québécoise, celle d\u2019une lutte nationale que couronne une émancipation à la Révolution tranquille, soit largement répandue.Il l\u2019appelle « l\u2019histoire tabarnaco77 » pour signifier toute l\u2019estime qu\u2019il a pour cette identification à la nation québécoise, qu\u2019il s\u2019échine à limiter de manière ethniciste.Létourneau voit dans cette conscience un excès de mémoire78.Pourquoi ?Parce qu\u2019il prétend ouvrir les consciences à une « prédisposition à un recommencement régénérateur79 ».C\u2019est donc une révolution culturelle que, tel un nouveau Mao, Létourneau voudrait imposer.Au nom de quelle légitimité, serait-on tenté de demander ?Létourneau a découvert, tel un devin, 201 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 notre avenir, et nous devons suivre ses prescriptions pour arriver à cet avenir « meilleur ».Il est donc étrange de voir Létourneau prétendre être étranger à la politique et fustiger les intellectuels engagés, quand il prend sur lui de définir pour la nation son avenir, plutôt que de laisser ces choix à une délibération démocratique.Létourneau tente par tous les diables dans Passer à l\u2019avenir d\u2019ethniciser la mémoire nationale et de fragmenter ethniquement les Québécois en désignant les « Québécois d\u2019ascendance canadienne-française » comme les seuls que le récit national concerne, ce que le programme scolaire proposé prend, malgré leur majorité, comme une raison pour oblitérer cette histoire au nom de l\u2019ouverture.En réalité, au lieu d\u2019une ouverture, il s\u2019agit d\u2019une exclusion ethniciste des néo-Québécois de la nation québécoise qui est particulièrement perverse et néfaste pour le vivre-ensemble démocratique et la perpétuation de la culture québécoise.Je le répète, si la mémoire québécoise n\u2019a pas droit de cité au Québec, où logera-t-elle ?En revanche, en quoi est-ce que le Québec aurait vocation à transmettre une mémoire chinoise, grecque, italienne, etc.?À la lumière de la convention sur la diversité culturelle, son devoir est au contraire de défendre et perpétuer sa part de la diversité culturelle de l\u2019humanité.Enfin, au nom de l\u2019ouverture à de prétendues mémoires ethniques qui uniraient des individus sur le territoire québécois qui sont, en réalité, en voie d\u2019assimilation à la nation québécoise, on ne donnerait plus droit de cité à la mémoire majoritaire, celle dont la culture définit le Québec, celle que Létourneau identifie aux seuls Canadiens français qui forment une majorité écrasante de Québécois, qu\u2019ils soient de souche canadienne-française, canadienne-française mixte, ou assimilés.Étrange conception de la démocratie en vérité. 202 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Seule la gent d\u2019ascendance canadienne-française pourrait se sentir concernée, avance Létourneau, et il l\u2019isole toujours dans ses recherches sur la mémoire.L\u2019expérience démontre au contraire que les « enfants de la loi 101 » s\u2019identifient aisément à la trame historique nationale, nous l\u2019avons vu.L\u2019aveuglement volontaire à l\u2019identification culturelle au Québec, qui dépasse les critères ascendance en réalité, nous rapproche davantage des représentations du type des quarterons de noblesse de l\u2019Ancien Régime que de l\u2019analyse sérieuse d\u2019une culture moderne et de la mémoire qui l\u2019anime.Cette faiblesse est donc une faiblesse dans la définition des prémisses.Voyons maintenant l\u2019argument.« Se souvenir d\u2019où l\u2019on s\u2019en va » ?Le passé québécois, la mémoire nationale, bloqueraient selon Létourneau l\u2019avenir, et l\u2019historien devrait au contraire laisser l\u2019avenir ouvert.On se demande bien ce que veut dire Létourneau, puisqu\u2019en fait, l\u2019avenir se conçoit comme ouvert et indéfini par définition.En fait, l\u2019avenir dépendra de nos débats et de nos choix.Ce doit donc être un avenir bien précis que Létourneau croit bloqué par cette mémoire, le frustrant au point de vouloir programmer un reformatage de la mémoire québécoise ?En fait, à la question « pour quel avenir, en effet, se souvenir ?» qu\u2019il pose en conclusion de son premier chapitre de Passer à l\u2019avenir, Létourneau répond au chapitre trois, intitulé « Quelle histoire pour l\u2019avenir du Canada ?» L\u2019avenir se confond donc avec un certain Canada.Dans ce chapitre, Létourneau demande aux intellectuels de forger « une narration de médiation et de conciliation plutôt que de séparation », nouveau devoir des clercs.Ici, le jupon dépasse, l\u2019orientation politique trudeauiste de cette opposition construite saute aux yeux.On comprend mieux à 203 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 présent l\u2019insistance de Létourneau, dans le premier chapitre, sur l\u2019oubli, l\u2019oubli nécessaire, pour pouvoir pardonner.Citons-le : « Il s\u2019agit plutôt de l\u2019aboutissement d\u2019un deuil, qui s\u2019étant mué en pardon, ouvre un univers d\u2019avenir20 », c\u2019est-à-dire l\u2019avenir bien précis que souhaite Létourneau, soit « l\u2019avenir du Canada », et dont il craint que les Québécois ne se détournent à cause de leur mémoire.Le deuil est-il celui du Québec, tout simplement ?Or lobotomie imposée et pardon ne sont en rien identiques : seul le second est volontaire.Au fond, en minorisant la mémoire québécoise, Létourneau propose de réécrire le récit national en fonction d\u2019un avenir canadien : c\u2019est ce que signifie - et camoufle - l\u2019expression « se souvenir d\u2019où l\u2019on s\u2019en va »21.Au lieu de proposer ouvertement aux Québécois de pardonner quelque chose au Canada, par exemple après un geste conséquent de celui-ci, Létourneau propose de manière couverte de programmer cet oubli au nom d\u2019une noble fin qu\u2019il a lui-même définie pour tout un peuple, « l\u2019avenir du Canada ».L\u2019unité canadienne devrait donc être reprogrammée dans l\u2019esprit des Québécois, parce qu\u2019apparemment leur mémoire et la conscience nationale qui en découle, les inciteraient à la séparation.Ici, Létourneau se révèle déterministe : la mémoire québécoise serait un appel presque irrésistible à l\u2019indépendance.La contradiction paraît grande : la mémoire nationale est une conscience de soi, et cette conscience est essentiellement ambiguë selon Létourneau, mais d\u2019un autre côté cette conscience est nécessairement séparatiste.La mémoire québécoise n\u2019est-elle pas plutôt, et avant tout, porteuse de l\u2019identité nationale ?Si l\u2019histoire nationale empêchait en soi, de façon absolue, les Québécois d\u2019accepter la Confédération, il me semble qu\u2019ils auraient depuis longtemps réalisé leur indépendance.Comme l\u2019a très bien montré l\u2019historien A.I.Silver22, la conscience nationale des 204 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Québécois était nette en 1867, identifiant le Bas-Canada avec la nation canadienne-française et exigeant l\u2019autonomie provinciale pour adhérer au projet de Confédération en tant que nation capable de se perpétuer culturellement et d\u2019une forme d\u2019autonomie.La conscience nationale n\u2019est pas, en soi, un conditionnement indépendantiste, mais d\u2019une certaine autonomie, certes.La meilleure option pour cette nation, autonomie provinciale, autonomie accrue, souveraineté-association, indépendance, fait l\u2019objet du débat démocratique.D\u2019ailleurs, l\u2019option indépendantiste est bien concrète et cincrétisable depuis quelques décennies seulement.L\u2019histoire nationale a été longtemps rédigée et enseignée au Québec, parfois dans un sens souverainiste, mais le plus souvent dans le sens d\u2019un nationalisme fédéraliste.Lisez un manuel classique du XXe siècle comme le Farley et Lamarche des Clercs de Saint-Viateur, vous y trouverez un récit national, un patriotisme québécois [canadien-français] tout à fait fédéraliste cependant.En réalité les Québécois sont de nos jours partagés sur la souveraineté, et non sur l\u2019existence, l\u2019autonomie québécoises, depuis longtemps consensuelles23.Il serait plus juste de dire, d\u2019après notre Histoire nationale, que la mémoire québécoise est porteuse d\u2019une volonté de durer comme ensemble culturel et politique distinct, que de nécessairement réaliser la séparation (à date), pour parler comme Létourneau.Reprogrammer cette mémoire nationale selon les vœux de Létourneau serait donc faire courir à la nation québécoise un risque bien plus grand que l\u2019hésitation sur les options politiques.La lobotomie prescrite est une ablation de l\u2019identité québécoise.L\u2019indépendance demeure une possibilité d\u2019avenir, comme il demeure possible que les Québécois choisissent le fédéralisme, le fédéralisme renouvelé ou l\u2019État autonome.Ce débat-là est politique, il se 205 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 fait sur la place publique.Il n\u2019est pas déterminé par le fait d\u2019enseigner un cours d\u2019Histoire nationale, qui existe depuis bien plus longtemps que les partis souverainistes, puisque la volonté de préserver l\u2019autonomie en matière d\u2019éducation s\u2019est exprimée avec succès en 1867.Létourneau reconnaît lui-même que l\u2019entreprise est très risquée24' : en vérité cet oubli, s\u2019il était profond, entraînerait la disparition du sujet québécois de l\u2019histoire, de toute représentation du Québec comme ensemble culturel et politique.Ce risque, il voudrait le faire courir dans l\u2019espoir d\u2019obtenir « l\u2019accomplissement complet [.] de la dualité structurante du Canada22 », accomplissement dont l\u2019indépendantisme serait le vrai frein.Peut-être, mais d\u2019où sort soudain cet impératif catégorique ?Est-ce que les Québécois ont un jour choisi pareille fusion, en 1867 ou en 1995 ?En reprogrammant notre mémoire pour obtenir cet accomplissement, Létourneau tente ainsi de choisir en lieu et place des Québécois entre les diverses options qui s\u2019offrent à eux, l\u2019option la moins autonomiste et la plus canadianiste.C\u2019est un programme trudeauiste dépourvu de légitimité du point de vue de l\u2019Assemblée nationale et de l\u2019État québécois.Ce n\u2019est plus un avenir ouvert, mais déterminé canadien, obligatoirement canadianiste, que Létourneau veut imposer cavalièrement aux esprits par l\u2019histoire officielle et scolaire.Or pareil choix relève de l\u2019ordre de la volonté politique et, avancé à visage découvert, ne serait défendu ni défendable par aucun des trois partis politiques de l\u2019Assemblée nationale, PLQ y compris.Il n\u2019est guère défendable autrement que par la ruse et n\u2019aurait que peut de chances d\u2019être accepté dans une délibération ouverte à la société québécoise - prenons l\u2019exemple ici des élucubrations « post-bilinguisme » de Justin Trudeau en mai 2007. 206 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Létourneau n\u2019avance pas à visage découvert sa volonté de passer à une histoire qui efface l\u2019identité québécoise et fasse place à du neuf, place qui serait très accueillante pour le multiculturalisme canadien en pratique.Car, la nature ayant horreur du vide, en sapant la capacité d\u2019intégrer les enfants à une identité québécoise, pareil diktat entraînerait à terme une fusion dans l\u2019ensemble canadien, fusion dont Létourneau lui-même reconnaît que les Québécois n\u2019ont jamais voulu ni ne veulent.Comment peut-on l\u2019imposer alors au programme scolaire sans une délibération extensive et démocratique qui mette en lumière les risques qu\u2019elle fait courir au « noble désir québécois de durer » ?Plutôt que noblesse, Létourneau y voit d\u2019 « anciens et fatigants canons identitaires24 » - on se demande alors pourquoi il juge incompréhensible que Hubert Aquin parle de « fatigue culturelle »27.La voie de la marmotte Létourneau a bien sûr été irrité par le débat entourant la reconnaissance du Québec comme nation par le Canada.Létourneau enjoigna même le Québec d\u2019abandonner cette revendication pour plutôt se « comporter comme une marmotte » (sic).Lorsque Létourneau prétend favoriser une troisième voie, ni fédéraliste ni souverainiste, qu\u2019il appelle lui-même la voie de la marmotte, il oublie trop facilement que l\u2019abolition de la nation québécoise et de sa mémoire, dans le cadre confédéral canadien, n\u2019aurait rien d\u2019une troisième voie.Bizarrement, tout en citant la marmotte, Létourneau use d\u2019un exemple pour confirmer sa conception de l\u2019ambiguïté québécoise, qui est que le PLQ est surtout populaire quand il se montre nationaliste28.Et comment un parti québécois pourrait-il être nationaliste sans nation aujourd\u2019hui, et encore plus demain sans mémoire nationale ? 207 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Une troisième voie véritable serait confédérale, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle favoriserait une logique de Confédération au sens plein, tel le modèle exemplaire suisse, ce qui signifierait clarifier davantage la représentation politique de la nation québécoise par une constitution et une citoyenneté propres, à l\u2019instar d\u2019un Canton suisse.Mais Létourneau ne vise pas à clarifier davantage, bien au contraire.À l\u2019inverse, abolir la nation, réduire l\u2019identification au Québec, dans un contexte où de surcroît l\u2019immigration est appelée à être importante, c\u2019est plutôt pencher la balance entre les voies de Trudeau et Lévesque très fortement, et ce n\u2019est pas dans le sens de Lévesque, ni même des Québécois fédéralistes de la tradition du PLQ de Lesage et Bourassa.Ce serait passer à un avenir canadien à la mode trudeauiste.On comprend alors pourquoi Létourneau voudrait tant que nous cessions de parler de nation québécoise, pour n\u2019user plus que de termes politiquement impuissants, tels que « groupe » ou « société ».La nation a une valeur politique et culturelle qui représente l\u2019autodétermination du peuple, la démocratie, ce que ne peuvent rendre groupe ou société, qui sont des agrégats assez neutres d\u2019individus ayant peu de rapport avec le demos de la démocratie.Imagine-t-on les Québécois représentés par une « Assemblée groupuscu-laire », célébrer le 24 juin une « fête sociétale » ?29 Rappelons le lien entre les réflexions de Passer à l\u2019avenir et le rapport Lacoursière : le rapport offrait un « prétexte remarquable » à la remise en cause de la mémoire québécoise (sic).Létourneau entreprit de déployer une rhétorique apte à déconstruire la logique québécoise des nouveaux cours d\u2019histoire du Québec, pour proposer une rupture avec la transmission de la mémoire québécoise - « une révolution de la mémoire collective »30.Cette proposition invraisemblable semble pourtant avoir reçu une écoute attentive au 208 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 ministère de l\u2019Éducation du Québec, à tel point que le programme « histoire et éducation à la citoyenneté » présenté l\u2019an dernier, plaisait davantage à Létourneau qui se porta à sa défense, qu\u2019il ne semblait répondre aux intentions exprimées lors de la création de la commission Lacoursière, qu\u2019il était censé matérialiser.Il est vrai que ce rapport avait déjà « entrouvert la porte » à une « négation du fait français », se félicite Létourneau : « par souci de rectitude politique, par conviction, par sagesse [.] par discernement [.] pour toutes ces raisons ensemble ».31 On remarquera que ces raisons n\u2019en sont guère et que cette commission accoucha de ce résultat essentiellement pour cause de faiblesses politiques.Entre autres, une conception pré-loi 101 de l\u2019immigration y prévalut, représentée par de prétendues « communautés » et leurs médiateurs ethniques.Or, arrivées avant l\u2019adoption de la loi 101, elles ne sont pas représentatives des vagues suivantes.Le vice du rapport est de parler d\u2019inclure « le rôle historique des communautés culturelles32 » dans les manuels d\u2019histoire du Québec plutôt que de l\u2019immigration dans l\u2019histoire du Québec.Néanmoins le discours de Létourneau pousse bien plus loin, en proposant de ne plus parler du tout de la communauté nationale et de sa mémoire.Sans surprise, ce discours « postnationaliste » ressemble énormément à celui qui était tenu par d\u2019anciens dédaigneux de la démocratie, marxistes, qui n\u2019accordaient pas d\u2019importance à cette structure politique.Par exemple, jadis, (dans une autre vie), Gilles Bourque, dans un ouvrage placé sous le signe de l\u2019orthodoxie marxiste, enjoignait les intellectuels à refuser de parler de nation.L\u2019État national et le nationalisme seraient un pur effet du « MPC », le mode de production capitaliste.Cet internationalisme est éloigné de la pratique des puissances communistes, mais passons.Voici 209 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 ce qu\u2019écrivait Gilles Bourque : « Nous préférons pour notre part, évacuer les notions de nation et de nationalité [.] et leur substituer les termes de formation sociale et de groupe linguistique.33 » Les termes employés par Létourneau pour ne pas parler de nation n\u2019ont donc rien de nouveau, ils sont identiques à ceux des anciens intellectuels marxistes détracteurs de la démocratie et de la nation.Étant donné l\u2019importance démocratique et culturelle de cette représentation, qui s\u2019appuie sur une mémoire collective nationale enseignée à l\u2019école, son élimination ne devrait se faire, selon un processus éthique et démocratique, que si la nation choisissait publiquement d\u2019abdiquer son autonomie et son identité.Autrement dit, il faudrait un référendum sur l\u2019abdication nationale ! Car un enseignement véritablement « postnational », par le danger de l\u2019éclatement de la mémoire et de l\u2019identification à la nation québécoise, serait une décision grave, lourde de conséquences pour notre démocratie et la continuité de notre culture nationale.Qui veut remettre en question cette continuité, fière volonté de durer en face de toutes les adversités, qui est une caractéristique de notre histoire depuis toujours ?Pareille décision serait en contradiction avec la déclaration unanime de l\u2019Assemblée nationale que le Québec forme une nation.Sa légitimité démocratique paraît donc nulle.La nation québécoise n\u2019a pas abdiqué.Rien ne nous permet de croire que la volonté populaire des citoyens québécois est de mettre fin à cette aventure.L\u2019identification culturelle et politique au Québec, comme dans toute démocratie, aux efforts que requièrent le bien commun et la perpétuation de sa culture unique, seraient grandement diminués, s\u2019ils étaient privés de la mémoire nationale.Si, en revanche, l\u2019éducation favorise l\u2019identification 210 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 à la nation par la connaissance, dans le partage, au-delà des origines diverses, et favorise l\u2019ouverture de la nation aux échanges d\u2019une humanité mondialisée par une identité solide et non pas menacée, alors le peuple, la nation, la démocratie des Québécois en seront renforcés, au profit de la portion de la diversité culturelle de l\u2019humanité qui nous incombe.C\u2019est ainsi que nous pourrons nous construire un avenir, et non devenir du passé ! Car au fond, tel est le programme de Létourneau, qui propose de « passer à l\u2019avenir » et de « faire son deuil ».À l\u2019échelle globale, la proposition « postnationale » pourrait sembler assez oiseuse, voire ridicule.Il est assez improbable que dans un futur prévisible, les Norvégiens cessent de vouloir être norvégiens, les Japonais, japonais, les Saoudiens, arabes.Les positions de dépassement d\u2019une identité nationale, concrètes aujourd\u2019hui comme dans le passé, sont celles qui poussaient ou poussent à la fusion dans un empire ou une structure semblable, vers une autre nation.Ainsi, d\u2019aucuns tentent-ils de fusionner les Européens autour d\u2019une langue commune, l\u2019anglais, et la menace la plus réelle de dépassement du national n\u2019est-elle pas absolue, mais relative : ce serait celle d\u2019une fusion dans une culture occidentale dite cosmopolite, en réalité anglo-saxonne.Mais même au sein de l\u2019Union européenne, il est manifeste que les peuples ne veulent pas de cette forme d\u2019union, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019anciens membres, comme la nation française, ou de nouveaux, comme la nation lithuanienne.Pourquoi cet attachement ?La nation incarne l\u2019identité culturelle, dans un cadre viable, dimension culturelle qui est le propre de l\u2019Homme.Elle est aussi le cadre viable de l\u2019autodétermination d\u2019un demos - identifié précisément par une culture, lien fondant la solidarité essentielle à son existence. 211 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Létourneau, un grand Sophiste?Maintenant, examinons l\u2019argumentation « postnationaliste » en cause, à la lumière de la sophistique.Peut-on comparer Létourneau à un grand Sophiste de l\u2019Antiquité ?D\u2019emblée, on pourrait le comparer, parmi les contemporains de Socrate, maîtres dans l\u2019art rhétorique, à Prodicos, pour la grande maîtrise du vocabulaire et du jeu sur les définitions : nous l\u2019avons vu, Létourneau use à l\u2019envi d\u2019un vocabulaire de son cru, enveloppant ses propositions d\u2019un voile d\u2019opacité qui fait souvent son petit effet, comme Prodicos en usait et en abusait pour en imposer aux Athéniens.On pourrait aussi comparer Létourneau à Protagoras, le relativiste (« L\u2019homme est la mesure de toute chose »), l\u2019aïeul du postmodernisme en quelque sorte ! Protagoras se faisait passer pour un maître de sagesse reconnu : Létourneau a été richement décoré par la Fondation Trudeau en 2006, « pour sa Sagesse ».Létourneau joue comme Protagoras sur la relativité qu\u2019on peut appliquer à tout et à rien pour l\u2019appliquer à l\u2019identité nationale québécoise - épargnant comparativement l\u2019identité canadienne, par exemple, puisqu\u2019il s\u2019interroge et s\u2019aligne sur une mémoire nécessaire à l\u2019avenir du Canada tel qu\u2019il le conçoit.Ou alors on pourrait comparer Létourneau à Gorgias, maître de l\u2019art de la persuasion.Ces grands Sophistes étaient tous trois professeurs de rhétorique.Dans le dialogue Gorgias de Platon, Socrate demande à Gorgias (454-455), des deux sortes de persuasion, celle qui produit la croyance sans la science et celle qui produit la science, quelle est celle qui est propre à la rhétorique ?Gorgias répond qu\u2019il s\u2019agit de la première, art qui permet aux maîtres rhéteurs, devant l\u2019opinion ou une assemblée délibérative, de l\u2019emporter, même sur les spécialistes dans des matières où ces spécialistes seraient 212 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 seuls compétents, et leur permet ainsi de faire adopter ce qu\u2019ils prônent (456).'34 C\u2019est l\u2019art de persuader, à distinguer de la recherche de la vérité.Ainsi, l\u2019avenir canadianiste que Létourneau se propose d\u2019imposer par un reformatage de la mémoire québécoise, serait difficilement défendable devant une assemblée délibérative et aurait bien peu de chances de l\u2019emporter, sans l\u2019art de la rhétorique déployé par Létourneau dans Passer à l\u2019avenir - dont le succès d\u2019estime est comparable à celui des grands Sophistes à l\u2019époque socratique.Au-delà de ces cas particuliers de grands Sophistes, il me paraît pertinent d\u2019examiner la rhétorique de Létourneau à la lumière de la sophistique.Parce qu\u2019il use et abuse de sophismes pour faire adopter ses mesures en embrouillant ses intentions derrière un vocabulaire abscons, à l\u2019instar de ces maîtres rhéteurs.Il joue ainsi sur l\u2019évolution du nom de la nation québécoise, sur le fait qu\u2019on nommait autrement la même réalité en 1867, pour faire semblant que cette réalité n\u2019existe pas, alors qu\u2019elle est déterminante de notre histoire politique et culturelle, déterminant et définissant l\u2019identité québécoise en tant que telle, aujourd\u2019hui comme à travers notre histoire.La ruse prime donc sur le dialogue, la dialectique qui permet la recherche du bien commun.L\u2019intention qui se cache derrière cette sophistique doit nous interroger.Nous avons décortiqué cette ruse qui consiste à adopter la posture de « passeur de l\u2019avenir », comme si c\u2019était une donnée neutre, scientifique, dans « Se souvenir d\u2019où l\u2019on s\u2019en va », ainsi que la rhétorique habituelle de Létourneau, masquant le choix délibéré d\u2019un avenir spécifique, trudeauiste, dévoilé dans « Quelle histoire pour l\u2019avenir du Canada ».Aussi, si on définit un sophisme comme un « argument ou un raisonnement faux malgré une apparence de vérité », je crois avoir indiqué combien l\u2019argument selon lequel ensei- 213 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 gner l\u2019histoire nationale des Québécois aux Québécois les conditionnait à l\u2019indépendance était manifestement faux, d\u2019après une expérience séculaire.Enseigner l\u2019histoire nationale revient surtout à partager la conscience et la mémoire d\u2019une communauté politique et culturelle bien définie, le Québec, qui a exigé et obtenu en 1867 l\u2019autodétermination en matière d\u2019éducation précisément à cette fin.De plus, cet argument est particulièrement incongru, parce qu\u2019il semble supposer que l\u2019indépendantisme n\u2019a pas droit de cité au Québec.Or, les Québécois optent en fait soit pour la souveraineté, soit pour le fédéralisme à parts quasi égales depuis 1995 et ces deux options devraient donc avoir droit de cité dans nos débats intellectuels.Davantage, ce n\u2019est pas l\u2019indépendantisme comme possibilité d\u2019avenir qui est visé par cette réforme, ce qui serait déjà tendancieux et déplacé, mais la simple identification à la communauté nationale québécoise par la connaissance de sa mémoire, ce qui est outrancier.L\u2019école québécoise conserve son rôle essentiel de transmission, d\u2019éducation et d\u2019intégration québécoises.Létourneau se justifie par une assertion assez vaporeuse selon laquelle l\u2019essence des Québécois serait ambiguë depuis toujours et en revanche leur mémoire nationale serait indépendantiste.Voilà une autre contradiction flagrante.En outre, le souverainisme mettrait en danger la nature profonde des Québécois qui auraient une nature profonde spécifique, sans pourtant être un peuple spécifique ?Autre argument spécieux, d\u2019autant plus que l\u2019option souverainiste n\u2019est réellement offerte à l\u2019opinion comme option applicable en élection que depuis les années 1960-70.L\u2019idée est très ancienne, mais un parti capable et dédié à la réaliser n\u2019existe que depuis une génération grosso modo.Il est présomptueux de juger nos ancêtres sur une option qu\u2019ils n\u2019avaient guère la possibilité d\u2019examiner concrètement dans 214 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 le système colonial britannique où leurs options étaient plus restreintes.L\u2019ambiguïté du présent, manifeste depuis une génération sur cette question d\u2019avenir politique, impose au contraire de ne pas trancher, dans nos cours d\u2019histoire, entre fédéralisme et souverainisme, encore moins en faveur d\u2019un canadianisme trudeauiste.En revanche, la volonté de durer et d\u2019assurer une perpétuation de l\u2019identité nationale ne souffre d\u2019aucune ambiguïté, ne serait-ce que depuis 1867, ce que Létourneau contourne en parlant d\u2019indépendantisme (sujet à débat) au lieu de la transmission d\u2019une identité (légitimée depuis 1867, voire 1774).L\u2019argumentaire ne recherche donc guère la cohérence, mais sème la confusion.Cela s\u2019applique à toute la rhétorique déployée ensuite pour défendre le programme d\u2019histoire postnationaliste qui répond, en somme, aux critiques adressées par Létourneau au rapport Lacoursière, demandant que la déconstruction postmoderne aille plus loin.Ce nouveau programme semble dévoyer les intentions premières de cette réforme scolaire pour imposer un contenu plus que contestable, déterminé en catimini en fonction de visées guère présentables à découvert, ayant donc recours aux artifices des maîtres rhéteurs pour brouiller les pistes de l\u2019examen dialectique public.Autre déploiement de sophistique, la rhétorique lancée pour justifier un programme d\u2019histoire « postnationaliste » me semble reposer sur un syllogisme en même temps que chercher à miser sur une apparence de rectitude politique pour s\u2019imposer.Si on définit un syllogisme comme un raisonnement purement formel qui tire de deux prémisses une conclusion sans rapport avec le réel, alors la proposition suivante me paraît être un syllogisme manifeste : « Les Québécois ne sont pas tous de même origine ethnique [majeure].Pour enseigner une histoire nationale à des 215 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 élèves, il faut qu\u2019ils aient tous la même origine ethnique [mineure].Donc, il est déplacé d\u2019enseigner l\u2019histoire nationale du Québec aux élèves québécois [conclusion].» C\u2019est la prémisse mineure qui insère dans ce syllogisme un sophisme flagrant qui donne une conclusion sans rapport avec le réel.Il me semble, par conséquent, qu\u2019il est pertinent de parler ici de l\u2019art que l\u2019on a coutume d\u2019appeler sophistique, pour qualifier l\u2019édifice théorique et rhétorique dont Jocelyn Létourneau a posé les fondations, et étayé plus largement pour imposer une conception « postnationaliste » de l\u2019histoire québécoise, et tenter de réaliser, de cette façon originale, habile et très en phase avec le postmodernisme et la bien-pensance, d\u2019assouvir un vieux rêve de nationalistes canadiens ultras par rapport à l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec.L\u2019inquiétant, dans cette histoire est donc, plus encore que l\u2019œuvre de Létourneau, l\u2019accueil qui lui est réservé, en particulier au ministère de l\u2019Éducation.« Le temps n\u2019approche-t-il pas où le nettoyage de ces écuries d\u2019Augias deviendra nécessaire ?» demandait Jean Éthier-Blais en 199335.Ce temps est arrivé 1\tDixit Létoruneau, in Antoine Robitaille, entrevue avec Jocelyn Létourneau : « Le débat sur la nation, une perte de temps ! », Le Devoir, 6 nov.2006.2\tCf.Jocelyn Létourneau, « Rectifications et précisions à l\u2019égard d\u2019un texte assassin - Un débat mal parti », Le Devoir, 1er mai 2006 et la réponse du journaliste Antoine Robitaille à l\u2019auteur.3\tCf.« Débat sur le programme d\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec », Bulletin d\u2019histoire politique, vol.XV, no 2, hiv.2007.4\tVoir à ce sujet, l\u2019entretien avec Mathieu Bock-Côté dans le présent numéro.5\tCf.D.Parenteau, « La question nationale québécoise et le principe de la diversité culturelle », L\u2019Action nationale, vol.XCVI no 9, nov.2006, p.46-52.6\tJ.-F.Cardin, in Antoine Robitaille : « Cours d\u2019histoire épurés au secondaire », Le Devoir, 27 avril 2006.Voir aussi les critiques dans Antoine Robitaille : « Fournier rejette l\u2019histoire épurée », Le Devoir, 28 avril 2006.7\tJean-François Cardin : « Enseignement de l\u2019histoire - les programmes d\u2019histoire nationale, une mise au point », Le Devoir, 29 avr.2006. 216 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 8\tPour un plus ample débat sur la fragmentation ethnique don\u2019t certains se font les thuriféraires, voir « Sur La Société des identités, de Jacques Beauchemin », Bulletin d\u2019histoire politique, vol.XV no 3, print.2007.9\tCf.le manifeste « En finir avec le multiculturalisme », L\u2019Action nationale, vol.XCVII no 3, mars 2007, p.49-54.10\tCf.Guillaume Rousseau, La nation à l\u2019épreuve de l\u2019immigration, Québec, Le Québécois, 2006.11\tIsabelle Beaulieu, « Le premier portrait des enfants de la loi 101.Sondage auprès des Québécois issus de l\u2019immigration récente », L\u2019Annuaire du Québec 2004, p.262.12\tCf.Robert Comeau, « La disparition du cours d\u2019histoire du XXe siècle en 5e secondaire », L\u2019Annuaire du Québec 2008, p.197-202.13\tMinistère de l\u2019Éducation du Québec (MEQ), Se souvenir et devenir.Rapport du groupe de travail sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire, Gouvernement du Québec, 1996, p.3, cité par Robert Martineau, « Le rapport Lacoursière : une relecture dix ans après », Bulletin d\u2019histoire politique, vol.14 no 3, print.2006, p.14.14\tCf.Charles Courtois, « Histoire d\u2019une confusion », LAction nationale, vol.XCVI no 6, juin 2006, p.16-28.15\tA.Robitaille, « Charge contre une certaine élite qui continue à douter de l\u2019existence de la nation », Le Devoir, 7 déc.2006.16\tJ.Létourneau, « Se souvenir d\u2019où l\u2019on s\u2019en va », in Passer à l\u2019avenir.Histoire, mémoire, identité dans le Québec, Montréal, Boréal, 2000, p.38 : « Le passé ne peut en effet être érigé en maître ».17\t« Se souvenir d\u2019où l\u2019on s\u2019en va », Passer à l\u2019avenir, p.36.18\top.cit., p.37.19\tIbid.20\tIbid.21\tCf.J.Létourneau, « Quelle histoire pour l\u2019avenir du Canada ?», Passer à l\u2019avenir, p.79-108.22\tThe French-Canadian Idea of Confederation, 2e éd., Toronto, University of Toronto Press, 1997.23\tDans une proportion des trois-quarts, ils estiment former une nation et sont favorables à participer avec une équipe nationale propre aux championnats, à l\u2019instar de l\u2019Écosse.Sur la nation, sondage Ekos d\u2019août 2006, cité par Jeffery Simpson, « It\u2019s Divisive to Talk About Quebec Nation », Globe and Mail, 15 sept.2006.Sur Équipe Québec, sondage Léger Marketing à l\u2019automne 2006, cité notamment par François Parenteau : « Go, Équipe Québec ! », Voir, vol.20, no 42, 19 oct.2006.24\tJ.Létourneau, « Se souvenir d\u2019où l\u2019on s\u2019en va », Passer à l\u2019avenir, p.38 : « Or [.] cette opération délicate [.] voire dramatique par les risques qu\u2019elle comporte ».25\t« Quoi transmettre ?», Passer à l\u2019avenir, p.158.26\t« Quoi transmettre ?», Passer à l\u2019avenir, p.159. 217 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 27\tCf.Hubert Aquin : cinq questions aux nationalistes d\u2019aujourd\u2019hui, colloque de la semaine du 6 nov.2006, paroles de J.Létourneau, émission du 26 déc.2006 : http://www.radio-canada.ca/radio/profondeur/27486.html .28\tA.Robitaille, « Le débat sur la nation, une perte de temps ! », Le Devoir, 6 nov.2006 29\tVoilà pourquoi le gouvernement du Québec ne voulait plus, en 2006, parler de politique nationale de l\u2019agriculture : le PLQ de Charest se ferait volontiers plus trudeauiste que bourrassiste, mais en douce car cela se défend malaisément en public.Récemment, un nouveau panneau de la Capitale nationale, omettant l\u2019épithète national, a refait la démonstration de cette intention.30\tPasser à l\u2019avenir : « Se souvenir d\u2019où l\u2019on s\u2019en va », p.16 et « Pour une révolution de la mémoire collective.Histoire et conscience historique chez les Québécois d\u2019héritage canadien-français », p.115-140.31\t« Se souvenir d\u2019où l\u2019on s\u2019en va », Passer à l\u2019avenir, p.15-16.32\tMEQ, Se souvenir et devenir, encadré 2, cité par R.Martineau, « Le rapport Lacoursière : une relecture dix ans après », Bulletin d\u2019histoire politique, vol.XIV no 3, print.2006, p.20-21.33\tL\u2019État capitaliste et la question nationale, Montréal, PUM, 1977, p.147.34\tPlaton, Gorgias ou sur la Rhétorique, cf.trad.d\u2019É.Chambry, « Notice », p.4 : http://classiques.uqac.ca/classiques/platon/Gorgias/Gorgias.html 35\tLe siècle de l\u2019abbé Groulx.Signets IV, Montréal, Leméac, 1993, p.257 218 Robert Laplante, Denis Monière* SAVOIR DURER La revue LAction nationale célèbre cette année ses 90 ans d\u2019existence.Elle occupe une place unique dans l\u2019histoire intellectuelle du Québec parce qu\u2019elle a su résister à l\u2019usure du temps et qu\u2019elle a attiré les penseurs les plus aguerris.Cette exceptionnelle longévité s\u2019explique par la pertinence de ses choix éditoriaux et par l\u2019engagement indéfectible de ses bénévoles.Lire l\u2019ensemble de sa production, c\u2019est opérer une véritable coupe transversale dans l\u2019histoire du Québec.Tous les grands thèmes essentiels qui ont charpenté le combat national et animé les débats sociaux s\u2019y retrouvent.Des idées-phares y ont été parfois formulées pour la première fois, d\u2019autres s\u2019y sont enrichies du débat et de la confrontation des points de vue.La revue est née sous le nom d\u2019Action française et elle a d\u2019abord servi d\u2019organe de combat à la Ligue des droits du français où se retrouvent le jésuite Papin-Archambault, des avocats comme Antonio Perrault et Anatole Vanier qui épaulent Omer Héroux du journal Le Devoir , qui ne ménage aucun effort pour en faire une revue de haute tenue.C\u2019est l\u2019époque du combat pour le bilinguisme des institutions fédérales, de la lutte contre le règlement XVII ontarien, de la * Les ateurs sont respectivement directeur de L\u2019Action nationale et président de la Ligue d\u2019action nationale 219 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 première crise de la conscription.Lorsque Lionel Groulx en devient le directeur en 1920, la revue trouve un dynamisme exceptionnel, elle élargit ses champs d\u2019intérêt, approfondit ses thèmes et lance de grands chantiers de réflexion qui vont avoir un grand écho dans la société du temps.Elle ne tardera pas à s\u2019imposer comme un efficace instrument d\u2019action intellectuelle et deviendra un laboratoire d\u2019idées pour engendrer l\u2019action.Devenu un temps L\u2019Action canadienne-française avant de trouver son nom actuel L\u2019Action nationale, la revue, tout au long de son histoire, a su s\u2019attirer des collaborateurs dynamiques et créatifs, très souvent parmi les plus illustres penseurs en provenance des divers champs de la culture et de divers horizons idéologiques.L\u2019ambition initiale fut poursuivie de générations en générations par les meilleurs esprits du Québec : les Edouard Montpetit, Esdras Minville, les Laurendeau père et fils, Roger Duhamel, Gérard Filion, Jean Drapeau, Pierre Laporte, Jean-Marc Léger, François-Albert Angers, Jacques Genest, Rosaire Morin, qui ont tous œuvré à la direction de la revue ou de la Ligue d\u2019action nationale et à qui il faut rendre hommage pour cette remarquable réussite collective.Pour durer, une revue se doit de véhiculer des opinions et des analyses qui animent les débats de société.Elle se doit aussi de s\u2019imposer la rigueur et la discipline intellectuelle requises pour que les débats soient constructifs, pour qu\u2019ils servent à construire un espace pour la pensée.C\u2019est une tâche sans cesse à refaire et dont L\u2019Action nationale s\u2019est acquittée avec succès, cela s\u2019impose d\u2019évidence à quiconque considère l\u2019ensemble de sa production, celle d\u2019hier comme celle d\u2019aujourd\u2019hui.De ce point de vue, notre revue peut être considérée comme le miroir intellectuel du Québec moderne.En tant que laboratoire d\u2019idées, elle a lancé plusieurs combats qui ont permis au peuple québécois de s\u2019affirmer. 220 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Elle en a soutenu d\u2019autres qu\u2019elle a épaulés de ses contributions et de son influence.Elle a d\u2019abord assumé la relève du sentiment national en réhabilitant et relançant l\u2019indépendance nationale comme proposition politique, en menant sous l\u2019égide de Lionel Groulx la bataille du français et de la reconnaissance des deux peuples fondateurs.Sous la direction d\u2019Esdras Minville et de François-Albert Angers, elle s\u2019est aussi engagée dans le combat pour la reconquête du pouvoir économique en suscitant les premières formulations de ce qui deviendra le programme de la Révolution tranquille (nationalisation des ressources naturelles, canalisation de l\u2019épargne, etc.) et en menant des campagnes pour améliorer la formation économique des jeunes, pour l\u2019achat chez nous et pour soutenir le mouvement coopératif.Pour l\u2019essentiel, les idées et projets défendus dans ses pages se sont progressivement matérialisés.Même si elle avait entrevue et courtisée l\u2019idée d\u2019indépendance, la revue a néanmoins assumé le destin national dans le cadre du fédéralisme canadien pendant plus de soixante ans.Elle a espéré comme toutes les élites d\u2019alors qu\u2019une réforme de la constitution canadienne pourrait instituer la reconnaissance de l\u2019égalité entre les deux peuples fondateurs.Elle était en cela au diapason du nationalisme canadien-français qui légitimait le cadre politique canadien au nom de la survie des minorités francophones.En 1967, elle a pris le virage de la souveraineté et cherche depuis à maintenir le cap de la cohérence politique.Elle s\u2019évertue à dissiper les ambiguïtés « ce mal endémique qui ronge notre volonté collective » (F-A.Angers, L\u2019Action nationale, janvier 1963.p.431).L\u2019Action nationale est aussi une revue dont la situation est exceptionnelle sur le plan du financement.C\u2019est la seule revue qui publie plus de mille pages de textes par année sans 221 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 recevoir aucun soutien de programmes d\u2019aide à l\u2019édition des périodiques.La survie de la revue est due à la générosité de ses rédacteurs et de son lectorat.Elle ne vit que des abonnements et des campagnes de financement.C\u2019est une situation difficile et contraignante certes, mais qui l\u2019oblige, à chaque numéro, à faire la preuve de sa pertinence et de son intérêt pour garder le soutien de son public.Un soutien qui ne se dément pas, même s\u2019il la condamne parfois sur de longues périodes à une indigence gênante, l\u2019obligeant à de pénibles contorsions pour continuer à produire en respectant des standards de qualité.L\u2019histoire d\u2019une revue n\u2019est pas toujours un fleuve tranquille ! En effet, on ne dure pas aussi longtemps en voguant toujours sur des eaux calmes.La revue connaîtra des hauts et des bas.Et comme toujours dans le cas de l\u2019action intellectuelle, le sort des idées et les formes organisationnelles utiles à leur promotion sont intimement imbriqués.Sous la direction de Pierre Laporte, elle sauta certains mois ou encore certains numéros ne contenaient qu\u2019une cinquantaine de pages au lieu de la centaine habituelle.Le tirage fondra comme neige au soleil.De 5000 abonnés en 1955 le nombre des abonnés tombera à 400 lors de sa reprise en mains par François Albert Angers en 1959.Elle se retrouve alors avec 15 000 $ de dette chez son imprimeur Pierre Des Marais.Grâce à la générosité de ses donateurs et à l\u2019acharnement de ses collaborateurs, à chaque fois, la revue remonte la pente, sans jamais triompher totalement de la précarité.Au fil des ans, elle réussira néanmoins à se doter d\u2019une fondation, la Fondation Esdras Minville qui accumule un patrimoine dont les intérêts aident à la production de la revue.L\u2019énergie de ses directeurs et la qualité des contenus ne sont pas les seuls facteurs qui déterminent l\u2019ampleur du public et 222 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 de la diffusion de la revue : on peut suivre sur la courbe de ses abonnements les variations d\u2019intensité du nationalisme québécois.Indépendante des partis, la revue n\u2019en subit pas moins les hauts et les bas de la ferveur nationale et c\u2019est dans les périodes creuses qu\u2019on l\u2019a vu, bien souvent, faire certaines de ses contributions les plus notables.L\u2019Action nationale a toujours su incarner l\u2019inébranlable volonté d\u2019achèvement de la nation.Et, cette volonté elle embrasse l\u2019ensemble des dimensions de la vie de la nation et c\u2019est pourquoi la revue reste bouillonnante quelques soient les aléas de la conjoncture politique.L\u2019Action nationale a toujours le souci de rester en phase avec le génie créatif dans lequel le Québec s\u2019invente comme pays incertain en terre d\u2019Amérique.Toujours aussi déterminée à s\u2019éprouver dans les défis de son temps, la revue s\u2019est dotée d\u2019un site internet (www.action-nationale.qc.ca) très dynamique où il sera bientôt possible, grâce à un projet réalisé par Archives et Bibliothèque nationale du Québec, d\u2019accéder en ligne et gratuitement, à la totalité de sa production depuis 1917.À la fin novembre paraîtra également le troisième numéro du magazine Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale, un périodique qui paraît deux fois l\u2019an et qui est exclusivement consacré à la recension des essais québécois.Depuis presque un siècle, la revue lutte pour élargir l\u2019espace politique de la nation québécoise, pour faire respecter sa langue et rayonner sa culture, pour lui donner tous les moyens de son épanouissement.Rien n\u2019est encore acquis et les réussites demeurent fragiles tant que nous n\u2019existerons pas par et pour nous-mêmes.L\u2019Action nationale trouve sa pertinence et sa raison d\u2019être dans la pérennité de notre combat.? curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014*\u2014 abonnez-vous ^two'PoY'8 YageB \"V investi O On n'est jamais trop curieux ENREGISTRÉ ISO 9001 Armotec Gamme de produits standards fabriqués pour l'industrie mondiale du meuble et de la cuisine.Spécialistes de l'injection et du formage sous-vide des plastiques.Conception et fabrication de moules pour les deux procédés.-.LL' ?/ , i- psHfei} L! 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décrit avec rigueur et concision la mécanique d\u2019éradication du français.Il expose et reconstitue clairement les dilemmes dans lesquels les Canadiens français minorisés ont été enfermés.Il permet de comprendre pour ainsi dire de l\u2019intérieur, comment les logiques institutionnelles hypocrites sapent les dynamiques communautaires, déstructurent les dynamiques familiales et pavent la voie au renoncement conscient et délibéré à sa langue et sa culture.Truffé d\u2019intuitions fortes bien servies par des observations aussi fines 227 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 que perspicaces, l\u2019ouvrage jette un éclairage cru sur le destin du français en Saskatchewan tout en témoignant d\u2019une compassion sincère pour ceux-là que l\u2019Histoire a broyés.Natif de Saint-Brieux, époux d\u2019une manitobaine, Bourgault s\u2019était fait le projet, jeune, de vivre en français dans son pays, la Saskatchewan.Il se croyait chez lui au Canada et même s\u2019il savait d\u2019expérience la vie difficile des Canadiens français des Plaines, il s\u2019était mis en tête qu\u2019il pourrait élever ses enfants en français, les faire instruire en français et leur donner un milieu de vie favorable à l\u2019épanouissement de sa culture, de ses valeurs et aspirations.Ce livre retrace le parcours du combattant d\u2019un jeune couple qui a tenté de réaliser son projet familial à Saskatoon où il n\u2019y avait ni jardin d\u2019enfants ni école française en ce début des années 1960 et qui a entrepris de réclamer des services scolaires, s\u2019imaginant être dans le droit de le faire et, surtout, de les recevoir.C\u2019est le Canada de l\u2019intolérance hypocrite, celui des mesures de diversion, du trop peu trop tard et des détournements de lutte que nous relate Bourgault.Le récit force l\u2019admiration en même temps qu\u2019il fait paraître si dérisoire ce combat inégal.Ces parents étaient bien seuls, dérangeants pour les notables du clergé, utiles aux politiciens et idéologues du Québec, et surtout, encombrants pour les élites provinciales qui n\u2019avaient pas l\u2019intention de faire des concessions au français, pas davantage qu\u2019ils ne souhaitaient les considérer autrement qu\u2019ils ne traitaient les immigrants.L\u2019enseignement du français, tout au plus, ce n\u2019était qu\u2019une question de langue seconde, une affaire d\u2019aménagement d\u2019horaire, surtout pas un enjeu culturel, une nécessité vitale.Cela deviendra vite une affaire de la majorité, un exemple de l\u2019ouverture d\u2019esprit d\u2019anglophones qui usurperont la lutte pour finir par faire naître le Saskatoon French School.Se dessine là, par ironique renversement des 228 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 rôles, ce qui deviendra quelques années plus tard un hochet progressiste : les écoles d\u2019immersion française qui feront l\u2019orgueil des chantres de Trudeau.L\u2019auteur réussit très bien à nous faire voir comment les événements lui ont progressivement fait changer sa façon de poser le problème et l\u2019ont amené à revoir les fondements sociaux et politiques de la revendication scolaire.Le récit est fort bien mené, qui nous amène à bien saisir les motifs de la seule conclusion qui s\u2019est imposée au couple Bourgault : il n\u2019y avait pas moyen de vivre en français à Saskatoon, il était illusoire de s\u2019imaginer faire grandir leur famille dans un environnement où la culture aurait pu se déployer ailleurs que dans la sphère privée.Et c\u2019était d\u2019autant plus illusoire que les apparentes solutions de reconnaissances du fait français ne servaient qu\u2019à mieux fossiliser la langue.Il y a de très belles pages sur la dynamique de l\u2019assimilation, sur la façon dont la domination de l\u2019anglais finit par saper les rapports domestiques et inexorablement reconfigurer sur trois générations l\u2019ensemble des rapports familiaux.Les dilemmes y sont bien reconstitués et cela permet de bien faire comprendre pourquoi et comment se fait l\u2019abandon de la langue.Et l\u2019on saisit mieux et la nature du combat, et la nature des défaites, ce qui nourrit une empathie qui évite de présenter les assimilés comme de vulgaires démissionnaires.Il vient un temps où le choix de l\u2019assimilation est un choix rationnel et généreux pour quiconque veut assurer l\u2019avenir de ses enfants dans un milieu où la vie communautaire ne peut plus soutenir les perspectives d\u2019avenir.En décidant de déménager au Québec pour se donner une vie pleinement et intégralement française, le couple tirait la conclusion sur une lutte perdue par le groupe de parents qu\u2019il avait animé.L\u2019exil leur a, par ailleurs, fait voir les dessous de la politique des langues officielles et surtout, il leur 229 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 aura permis, mieux qu\u2019à bien d\u2019autres, de décortiquer les stratagèmes mis en place pour instrumentaliser ce qui pouvait rester de résistance française dans l\u2019Ouest.Les batailles pour le français, conduites par des bureaucraties servent mieux des stratégies d\u2019appareil qu\u2019elles ne nourrissent des communautés vivantes.Vu du Québec, mais avec les yeux et l\u2019expérience de résistants des Plaines, la manœuvre d\u2019Ottawa leur est vite apparue limpide : Ottawa avait besoin de mettre en scène et d\u2019utiliser un simulacre de vie française pour mieux contrer les aspirations québécoises.C\u2019est ainsi que les associations locales ont été prises en charge par les programmes nationaux et que des structures technocratiques ont été mises en place pour inventer une réalité dans laquelle la présence française résiduelle est recyclée comme matériau de propagande.Les Bourgault l\u2019ont vu et vécu péniblement, mais ils ne se sont pas défilés devant le constat : le français qui survit là n\u2019a plus rien à voir avec la vitalité de la culture canadienne-française.Cela n\u2019empêche pas d\u2019avoir de la sympathie pour ceux qui restent, mais s\u2019il faut rester solidaire, il ne faut pas être dupe.Ernest Bourgault le montre bien, la ruse est cynique mais elle a eu et continue d\u2019avoir une certaine efficacité : Ottawa se sert du français pour combattre le français.Ses gestes à l\u2019égard des minorités ne les concernent plus tant pour elles-mêmes que pour les dresser contre le Québec.Et, Bourgault en a la conviction, c\u2019était déjà clair pour Ottawa au moment de l\u2019adoption de la Loi des langues officielles.Pour lui, dès les années 1920, le sort du français était joué.Même si la conscience n\u2019en était pas claire pour les contemporains, le fait n\u2019aura pas échappé aux stratèges.Chez les Canadiens français, il aura fallu environ une génération pour en faire le constat, et une autre pour tenter de composer avec ce que le gouvernement Canadian a tenté d\u2019en faire.Refaisant 230 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 son parcours, revoyant les gestes de résistance héroïque et constatant jusque sur les pierres tombales, la dévitalisation de sa langue pour le peuple canadien français des Plaines l\u2019auteur livre un témoignage utile pour ceux qui restent.Là-bas, certes, mais surtout ici au Québec où le combat pour le destin de notre langue ne pourra faire l\u2019économie de la leçon de lucidité que nous sert cet ouvrage.Robert Laplante Directeur de L\u2019Action nationale MATHIEU BOCK-CÔTÉ La dénationalisation tranquille, Boréal, 2007, 211 pages Avouons-le d\u2019emblée, il s\u2019agit là d\u2019un ouvrage d\u2019une grande qualité, au style académique certes, mais dont la rigueur de l\u2019exposé n\u2019a d\u2019égale que la force des convictions.Et La dénationalisation tranquille c\u2019est aussi, et surtout, un livre qui tombe à pic, car il explique avec des mots savants le psychodrame que le Québec vit en ce moment.Dès les premières pages, le lecteur est emporté par un flot de mots et d\u2019émotions indescriptibles.C\u2019est que l\u2019auteur y décrit ce qui s\u2019est produit dans les années qui ont suivi la fameuse déclaration de Jacques Parizeau; en gros, une extraordinaire entreprise de criminalisation de l\u2019appartenance nationale, de dénonciation de toute forme de sentiment majoritaire, bref une dénationalisation.pas si tranquille que ça.Il y a eu bien sûr les politiques, et au premier chef les souverainistes, qui ont tout fait pour évacuer la langue et l\u2019identité de leur écran radar, mais il y a aussi eu des intellectuels.ou du moins des gens qui se considéraient comme 231 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 tel.Et ce qu\u2019il y a de bien avec ce livre, c\u2019est qu\u2019il cite abondamment ces gens, comme pour prouver hors de tout doute qu\u2019ils ont pêché par excès d\u2019antinationalisme, d\u2019arrogance ou de simplisme.Par exemple, peu après le référendum de 1995, on pouvait lire des phrases telles : « La souveraineté sera ouverte à la diversité linguistique et culturelle ou ne sera pas ».À la même époque, un certain Nikolas Ducharme affirmait, au sujet des militants favorables au renforcement de la loi 101, que : « Il faut en finir avec ces radicaux dont le racisme ethnique menace l\u2019avenir de la souveraineté ».Puis, dans la catégorie des déclarations plus légères, il y a celle d\u2019Elsie Lefebvre pour qui : « La souveraineté n\u2019est plus une fin en soi, (.) seulement un supermoyen d\u2019arriver où on veut ».Notons au passage que cette citation est extraite du magazine Elle Québec, ce qui prouve à quel point les références bibliographiques sont éclectiques.Pour revenir à nos moutons, disons que c\u2019est donc tout cela que Bock-Côté dénonce dans son premier chapitre.Tout cela et bien plus, car il y a aussi eu l\u2019affaire Michaud, le congédiement de la notion des deux peuples fondateurs par le Bloc Québécois, le redéfinition de l\u2019identité québécoise autour de la Charte québécoise et j\u2019en passe.On doit être reconnaissant envers l\u2019auteur d\u2019avoir eu la patience de nous rappeler cette époque pas si lointaine (est-elle seulement finie) où le Québec était sous l\u2019occupation morale et intellectuelle de troupes trudeauistes radicales.Par contre, on pourrait lui reprocher de ne pas rendre suffisamment hommage aux résistants de l\u2019ombre; qu\u2019on pense par exemple à ceux réunis autour du collectif « Solidarité Yves Michaud » dont il n\u2019est malheureusement pas fait mention.De même, on pourrait souligner que son argumentaire extrêmement fort aurait pu l\u2019être encore plus s\u2019il avait été agrémenté de quelques statistiques.Par exemple, lorsqu\u2019il affirme que les valeurs québécoises invoquées par les pluralistes ne le sont 232 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 pas, il aurait été plus convaincant en citant les nombreux sondages qui démontrant l\u2019opposition des Québécois au multiculturalisme.Quoique ce recours aux sondages l\u2019aurait sans doute amené à devoir faire quelques nuances, entre autres en constatant qu\u2019au Québec contrairement au Canada on préfère les services publics aux baisses d\u2019impôts.Mais manifestement Bock-Côté ne voulait pas s\u2019embourber dans ces détails.Cela dit, le deuxième chapitre dont la facture est justement plus académique, est néanmoins passionnant.Bock-Côté y décrit le procès fait à notre histoire nationale telle qu\u2019elle a été écrite depuis Groulx; procès de l\u2019histoire rendu nécessaire comme corollaire au procès politique du nationalisme évoqué précédemment.Plus précisément, il décortique l\u2019œuvre de Gérard Bouchard, véritable historien officiel du pluralisme identitaire chargé de réécrire notre histoire pour mieux la décentrer de sa majorité.Ce qu\u2019il y a de particulièrement intéressant ici, c\u2019est que même ceux qui sont familiers avec l\u2019œuvre de Bouchard y trouveront leur compte, car Bock-Côté ne fait pas que la résumer ou la commenter, il la situe dans le contexte plus large du multiculturalisme en Occident.Sa thèse est à l\u2019effet que le multiculturalisme est un sous-produit du marxisme, et qu\u2019en conséquence sa finalité n\u2019est pas de modifier la représentation que nous nous faisons de nous-même mais plutôt de la transformer radicalement.Écoutons-le à ce sujet : « Le multiculturalisme n\u2019est jamais un simple réformisme : sa logique le conduit à proposer une conception radicalement nouvelle de la communauté politique qui ne devrait plus se donner dans une perspective nationale.Et s\u2019il consent tactiquement, lorsqu\u2019il le faut, à en préserver le vocable ou certaines représentations très élémentaires, c\u2019est au prix d\u2019une reconstruction complète de ses contenus, la chose étant à proprement parler réinventée, comme s\u2019il était possible de créer un nouveau peuple.La relativisation de la conscience nationale vient avec l\u2019élargissement du champ identitaire et l\u2019invitation faite aux 233 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 acteurs sociaux de politiser les modalités particulières de leur appartenance à la communauté nationale pour ouvrir le chantier d'une citoyenneté différenciée.» Et en ce qui concerne l\u2019histoire l\u2019auteur nous apprend que : « L\u2019historiographie radicale n\u2019est pas antinationale de manière circonstancielle mais fondamentale.La multiplication des victimes à reconnaître fait perdre à l\u2019histoire nationale sa dimension édifiante et son potentiel de mobilisation.» On le constate à même ces citations, pour Bock-Côté le multiculturalisme n\u2019est pas une mince affaire, c\u2019est plutôt quelque chose comme une révolution anti-nationale permanente.Dès lors, on sera surpris d\u2019apprendre qu\u2019un historien souverainiste et de bonne foi comme Gérard Bouchard s\u2019est laissé emporter par cette idéologie.En fait, Bock-Côté nous révèle que Bouchard a surtout tenté de concilier l\u2019histoire nationale et les prescriptions du multiculturalisme, ce qui est impossible tant en pratique qu\u2019en théorie.D\u2019où le caractère alambiqué et insatisfaisant de l\u2019oeuvre de Bouchard.Néanmoins, le jugement de Bock-Côté sur Bouchard est nuancé, puisque d\u2019une part il avoue que ce dernier ne cherche pas à nier la nation, mais d\u2019autre part il le reconnaît tout de même responsable d\u2019une grossière erreur, celle de « chercher à reconstruire l\u2019idée nationale à partir de questions qui sont faites pour la faire éclater ».Il faut dire que, comme nous le démontre le chapitre 3, il y a pire que Bouchard.En effet, il y a Jocelyn Létourneau, un historien dont la visée consiste explicitement à dénationaliser l\u2019histoire du Québec et, bien sûr, à la canadianiser.Et ce dernier n\u2019est pas seul, puisque Guy Laforest, ainsi que sa formation politique l\u2019ADQ, et Stéphane Kelly vont dans le même sens.D\u2019ailleurs, bien qu\u2019il arrive à détruire l\u2019ensemble de cette école canadianiste, c\u2019est en s\u2019attaquant à l\u2019une des thèses saugrenues de ces deux comparses que 234 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Bock-Côté est le plus incisif.En effet, à leur complainte au sujet du manque d\u2019intérêt des chercheurs québécois pour les pères fondateurs du Canada en général, et pour Narcisse Belleau en particulier, Bock-Côté répond : « [.] peut-on vraiment reprocher aux Québécois un manque d\u2019intérêt pour le moment qu\u2019ils reconnaissent fondateur dans leur histoire?Ne compte-t-on pas un nombre très appréciable de biographies consacrées à René Lévesque, à Jacques Parizeau, à Daniel Johnson, à Camille Laurin et même à certains hauts fonctionnaires plus discrets de la Révolution tranquille, comme André Patry?Ce qui donne à croire, pour le plus grand malheur du canadianisme historiographique, que les Québécois refusent de cliver leur histoire à partir d\u2019une périodisation canadienne, qu\u2019ils préfèrent centrer toutes leur histoire sur eux-mêmes plutôt que de se donner une fondation par procuration dans un État étranger avec lequel ils n\u2019ont historiquement développé qu\u2019une relation stratégique, au mieux problématique et conflictuelle.Entre Narcisse Belleau et René Lévesque, les historiens francophones du Québec contemporain n\u2019ont pas eu trop de peine à distinguer le politicien mineur du père fondateur de la nation.» Et vlan dans les dents comme on dit.À elle seule cette réponse illustre l\u2019esprit de ce chapitre pour le moins efficacement destructeur.Malgré tout le plaisir qu\u2019on peut éprouver à voir les pièces de l\u2019édifice idéologique du multiculturalisme canadien tomber les unes après les autres, c\u2019est aussi avec joie que le lecteur poursuivra sa route dans le quatrième chapitre qui est nettement plus constructif.C\u2019est qu\u2019il est question de l\u2019historiographie nationaliste.Grosso modo, Bock-Côté rend hommage à Maurice Séguin, avant d\u2019en faire autant à l\u2019égard de ses successeurs qui sont des biographes et des journalistes davantage que des historiens professionnels.Il pense ici notamment à Norman Lester, Jean-François Lisée et Pierre Duchesne, dont les livres sont beaucoup plus vendus que tous ceux des canadianistes.On nous permettra de souligner ici que Bock-Côté aurait pu sortir un instant du monde littéraire pour proposer une vue plus complète 235 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 de tout ce qui s\u2019est fait pendant ces années pour diffuser l\u2019histoire nationale.Par exemple, il aurait pu mentionner le travail d\u2019un gars comme Pierre Falardeau qui, avec ses films historiques, a su toucher une partie de la population peu attirée par les grosses briques, mais réceptive aux thèses nationalistes, pour autant qu\u2019on se donne la peine de leur présenter dans un format accessible.Enfin, ce livre se termine par une magnifique conclusion déprimante puis pleine d\u2019espoir.Déprimante d\u2019abord, parce que Bock-Côté voit dans la conjoncture marquée à la fois par le rejet du Parti québécois et le sursaut identitaire au sujet des accommodements raisonnables, le passage d\u2019un souverainisme sans nationalisme à un nationalisme sans souverainisme.Pleine d\u2019espoir ensuite, parce qu\u2019il croit qu\u2019il est encore possible de refaire du souverainisme un nationalisme et du nationalisme un souverainisme.D\u2019ailleurs, il mentionne que : « certains des meilleurs éléments du souve-rainisme des prochaines années ont déjà annoncé leur désir de contribuer à cette tâche ».On comprend donc que nous n\u2019avons pas fini d\u2019entendre parler de Mathieu Bock-Côté.Guillaume Rousseau Doctorant en droit, Université de Sherbrooke 236 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 ALAIN-G.GAGNON, ANDRÉ LECOURS, GENEVIÈVE NOOTENS ET AL.Les nationalismes majoritaires contemporains : identité, mémoire, pouvoir, Québec Amérique, 2006, 320 pages Le titre, iconoclaste, fait déjà œuvre de salubrité publique.Il casse l\u2019amalgame porté par l\u2019esprit du temps entre nationalisme et nationalisme minoritaire.Selon cette assimilation frauduleuse le nationalisme serait la tare congénitale des petites nations frustrées en mal de pouvoir et de grandeur.Ici les accusations infamantes pleuvent : ethnocentrisme, xénophobie, racisme, chauvinisme, intolérance, fixation archaïque, frilosité, narcissismes des petites différences, bigoterie, ressentiment, repliement, caprice d\u2019enfants gâtés, crispation antimoderne, etc.Même insignifiantes et méprisables, ces petites nations seraient donc terriblement maléfiques.Les grandes et vieilles nations en possession d\u2019État échapperaient à ces démons.Dans leur cas, seul le nationalisme civique peut convenir.Si par impossible des relents de racisme sévissent encore ce ne peut être que dans leurs marges.Néanmoins le doute persiste.Se pourrait-il que l\u2019accusateur soit accusé et qu\u2019il souffre lui aussi de la maladie honteuse quoique enveloppée dans des formes différentes, des formes juridiques par exemple.L\u2019hypothèse mérite examen.C\u2019est le résultat de l\u2019enquête que nous présentent ici des universitaires de plusieurs pays de bonne réputation démocratique.Vérification faite l\u2019écart entre la prétention et l\u2019effectivité apparaît souvent plus grand qu\u2019il n\u2019y paraît.Dans son avant-propos, Alain-G Gagnon en conclut «qu\u2019aujourd\u2019hui, dans les pays de démocratie libérale, le nationalisme gagne à être étudié sous l\u2019angle des rapports de force entre communautés et de leur lieu à l\u2019État» ( p.13) L\u2019excellent article d\u2019Alain Dieckhoff mérite le détour.En effet, il prend à rebours l\u2019idée trop bien reçue selon laquelle 237 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 l\u2019effervescence nationaliste contemporaine est partout et toujours un phénomène régressif et anachronique, voué à disparaître avec les avancées de la globalisation.À l\u2019évidence l\u2019Histoire tarde à accomplir la prophétie.Dieckhoff prend nommément à partie Hobsbawm, Fukuyama et Habermas qui, étonnamment, partagent la même illusion : le bouillonnement nationaliste actuel ne serait en réalité que son chant du cygne.Puisque la mondialisation avance inéluctablement vers l\u2019universel les particularismes doivent s\u2019effacer.La prolifération étatique et la globalisation économique ne peuvent marcher de pair.Selon l\u2019air bien connu, en dernière analyse ( celle qu\u2019on ne fait jamais), l\u2019économie commande.L\u2019économisme moderne n\u2019a pas qu\u2019un seul visage.Cette certitude idéologique n\u2019est pas validée par l\u2019expérience.La modernisation a aussi un effet catalyseur sur les nationalismes.Le Québec en fournit une illustration convaincante.Le fait de partager des valeurs et des comportements communs n\u2019entraîne aucunement la convergence identitaire :« Des francophones qui, alors qu\u2019ils étaient 34 % à se définir comme Canadiens et 21 % comme Québécois en 1970, étaient respectivement 9 % et 59 % vingt ans plus tard» (p.59) C\u2019est que le nationalisme minoritaire est provoqué par le nationalisme majoritaire qui, bien entendu, avance masqué.Il n\u2019en est pas moins réel du fait qu\u2019il ne se nomme pas comme tel mais plutôt «patriotisme» ou «nationalisme de citoyenneté».Les citoyens du ROC escamotent l\u2019importance réelle de leur langue, une langue particulière, dans leur allégeance à l\u2019État.Leur langue ne requiert aucune action particulière de la part de leur État ; elle s\u2019impose d\u2019elle-même par la seule pression de son poids social.De ce fait l\u2019État peut jouer la prétention à la neutralité tout en touchant les dividendes de la cohésion véhiculée par une langue et une culture communes.En effet, la langue ne peut être réduite à sa seule dimension utilitaire, elle transporte avec elle le poids d\u2019une culture et d\u2019une histoire et par 238 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 conséquent la densité d\u2019une identité.La langue de la nation majoritaire n\u2019est pas moins particulière que celle de l\u2019autre mais, fortement prédominante, elle réduit l\u2019apparence de sa particularité et accentue du même coup la particularité minoritaire au point de la faire paraître contestataire.Ainsi, le jeu des apparences masque la collusion de fait de la nation majoritaire et de l\u2019État central et tend à confiner l\u2019autre nation au rôle de trouble-fête.Le nationalisme majoritaire est également masqué par l\u2019action « universalisante » d\u2019un État qui ne veut connaître que des citoyens égaux traités également.L\u2019action de l\u2019État se heurte ici à un individu collectif, la nation minoritaire, qui, pour être traitée équitablement, exige une action différenciée, asymétrique, adaptée à cette spécificité.En voulant l\u2019ignorer il atteint l\u2019identité même de la nation minoritaire.Sous cette apparente justice aveugle aux différences se dissimule une négation intéressée.En ne reconnaissant que des individus abstraits, déterritorialisés, an-historiques et amnésiques, bref apatrides, une nation en nie pratiquement une autre qui, pour ne disposer que d\u2019un morceau d\u2019État, en principe autonome dans les limites de sa compétence, n\u2019en est pas moins aussi légitime que l\u2019autre.Dieckhoff cerne ce point avec une grande clarté :«L\u2019État est présenté comme organisant des rapports strictement égalitaires avec l\u2019ensemble des citoyens.Toutefois, cette conception «universalisante» et abstraite est bien adaptée aux besoins nationaux du groupe majoritaire et aux attentes des groupes dispersés sur l\u2019ensemble du territoire : minorités religieuses et linguistiques, immigrés.Elle est bien moins satisfaisante pour les groupes territorialisés qui se considèrent comme des nations à part entière et voient dans le « nationalisme de la citoyenneté» un instrument de dilution de leur identité propre.Ce nationalisme de la majorité, recouvert d\u2019un vernis universaliste, a beau être inconscient, il n\u2019en est pas moins réel» ( p.60-61) 239 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Déjà dans La nation dans tous ses états (2000) Dieckhoff avait démasqué l\u2019hypocrisie de la nation majoritaire.Ce qui ne l\u2019avait pas empêché, en conclusion, de voir malgré tout la Suisse, l\u2019Espagne, la Belgique et le Canada des exemples d\u2019États qui incarnent heureusement l\u2019idée multinationale ( p.286-294).Vu de loin l\u2019image surfaite du Canada résiste assez bien.James Bickerton, professeur de science politique à l\u2019Université St.Francis Xavier en Nouvelle-Écosse traite du nationalisme majoritaire au Canada.Son essai n\u2019offre rien de particulièrement lumineux ou novateur sur le sujet.Tout compte fait toute autre solution que le statu quo actuel serait pire, voire catastrophique.Toutes les rondes constitutionnelles ont lamentablement échoué et l\u2019opinion au Canada anglais affiche le plus profond scepticisme quant au succès d\u2019une éventuelle reprise de la «conversation canadienne» car le conflit en est un «de visions et de principes» ( p.2520).L\u2019impasse porte sur la nature même de la communauté politique : disagreeing on fundamentals ( K.C.McRoberts).Pour régler vraiment le problème, certains préconisent une décentralisation radicale.Sur ce point, il rejoint l\u2019opinion de Jane Jenson : «Cela risque d\u2019effriter le Canada sans résoudre le problème du Québec» (p.260) Néanmoins le problème, lancinant, ne peut être indéfiniment reporté.Car « un régime démocratique ne peu perdurer sans une identité politique commune.» Cependant il n\u2019estime pas que le Canada et le Québec devraient rompre, sans exclure par la suite un partenariat basé sur l\u2019asymétrie.Selon lui, une telle hypothèse n\u2019est pas la véritable solution.D\u2019autres reconnaissent qu\u2019il existe une authentique nation canadian, bien enracinée, mais qui n\u2019ose pas se reconnaître.Ce mutisme est malsain.Pour nous reconnaître comme nation et établir avec nous des relations sur une base d\u2019égalité et de réci- 240 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 procité, le Canada anglais doit se comprendre comme une nation , non pas comme la nation.Tel est l,avis de Philip Resnick et de quelques autres, moins connus.Bickerton rejette également cette solution et avec G.Kenerman s\u2019alarme même qu\u2019elle puisse être largement partagée car « le Canada cessera d\u2019exister sous la forme que nous lui avons connue c\u2019est-à-dire de façon implicite au sein d\u2019un nationalisme ouvert et tolérant» (p.259).Au fond, le Canada qui n\u2019a jamais cessé d\u2019être unitaire mais qui l\u2019est davantage depuis Trudeau se voit toujours comme un pays exemplaire, «ouvert et tolérant».Jamais au grand jamais, il n\u2019aurait osé imposer unilatéralement sa vision et sa volonté concernant la loi fondamentale.C\u2019est pourquoi, ajoute Bickerton, « le Québec a poursuivi son propre projet de société : il s\u2019est donné une expression institutionnelle de son caractère distinct à l\u2019intérieur du Canada sans avoir à dégager ou à nier la dimension canadienne de l\u2019identité et de la nationalité de ses citoyens.Résultat : deux nationalités réussies et deux régimes distincts de citoyenneté ont été créés ; les québécois participent aux deux et continuent à démontrer leur capacité « d\u2019être deux choses à la fois».Ils partagent l\u2019identité canadienne et ils ont participé activement au projet national canadien, comme à celui du Québec ; et on peut dire qu\u2019ils ont construit deux nationalités».Ce beau résultat s\u2019est réalisé « sans l\u2019adoption d\u2019une asymétrie constitutionnelle importante» Pourquoi le Québec rêve-t-il donc toujours d\u2019un autre statut à l\u2019intérieur d\u2019un Canada uni, libre et prospère, voire d\u2019un État indépendant et pourquoi le Canada devrait-il modifier sa constitution ?Au final, ne devrait-on pas s\u2019accommoder du «statu quo évolutif» «puisqu\u2019il appert que cette coexistence et cette juxtaposition des identités nationales ne sont nuisibles ni pour la majorité ni pour la minorité ; c\u2019est plutôt le contraire, comme le montre les succès politiques et économiques respectifs du Canada et du Québec» ( p.261-262). 241 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Certes, il fut un temps où le nationalisme britanno-canadien, puis canadien, manifestait un petit côté « exclusiviste, assi-milationniste et parfois répressif - le visage sans fard de la majorité » ( p.224) mais ce temps est révolu.Avant de disparaître il aura pourtant laissé pendant longtemps un reliquat de culpabilité collective» (p.225), ce qui laisse entendre que ce reliquat s\u2019est bel et bien dissipé.À supposer que ce sentiment de culpabilité ait durablement accablé la conscience nationale on ne peut que s\u2019étonner de sa stérilité et de son extrême discrétion.L\u2019histoire est écrite par les vainqueurs et ceux-ci ne tardent pas à s\u2019annexer la Providence dans la gestion de leurs conquêtes.Pendant longtemps les héritiers ont célébré les bienfaits de la Conquête pour tous : «A happier calamity never befell a people than the conquest of Canada by the British arms» ( F.Parkman, France and England in North America, 10 vol, 1851-1892, vol.2, p.401).Sans scrupules excessifs, les maîtres gouvernent de manière conséquente.Plus près de nous, la bonne conscience ne dédaigne pas de se couvrir à l\u2019occasion de la flagornerie à l\u2019égard du vaincu qui serait plutôt le vrai maître : «Le pouvoir du Québec a créé l\u2019identité canadienne et, grâce à celui-ci le Canada est devenu une nation plus progressiste» (Lawrence Martin, La Presse, 12.12.04, A-14) bref, le nationalisme majoritaire canadien traité par un universitaire de cette majorité se garde bien de raviver outre mesure le sentiment de culpabilité des uns et de ressentiment des autres.Il se voit plutôt décerner un satisfecit d\u2019ouverture et de tolérance vis-à-vis ses minorités, y compris celle qui peut menacer l\u2019intégrité du territoire.en fin de compte rien de grave ne s\u2019est vraiment passé.Le nation building peut se poursuivre avec ou sans le consentement du Québec.La rule of law outaouaise peut continuer de s\u2019appliquer sans égard aux lois du Québec quand l\u2019intérêt supérieur de la nation l\u2019exige.Significativement, la nation désigne ici tout aussi bien la nation majoritaire que l\u2019État, l\u2019un utilisant l\u2019autre pour se consolider. 242 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Du point de vue de l\u2019anthropologie philosophique, le catalan Angel Castineira nous livre une réflexion de grande densité sur l\u2019identité nationale pensée à partir de l\u2019identité personnelle.Pour défricher ce terrain il mobilise de nombreuses références.Il recoupe souvent sur ce thème la notion d\u2019identité narrative si fortement développée par le dernier Ricoeur : L\u2019auto-conscience n\u2019est pas le point de départ mais le point d\u2019arrivée des histoires que nous (nous) racontons.Les récits constituent la clé privilégiée de médiation pour nous interpréter, pour construire notre propre schéma mental de ce que nous sommes et où nous sommes, de ce que nous faisons et le sens que nous donnons à action ( p.87).De la même façon que l\u2019histoire de notre vie n\u2019acquiert ordre et sens qu\u2019à travers la narration que nous en faisons et constitue du même coup notre ipséité, de la même façon « la mémoire collective est la composante centrale et celle qui donne de la continuité à l\u2019identité nationale et qui permet la (re) construction nationale » (p.104) Pour un peuple comme pour un individu, perdre la mémoire c\u2019est perdre son identité.On peut mesurer par là l\u2019importance cruciale des commémorations par lesquelles se fortifie la remémoration.De ce point de vue, enseigner une histoire dénationalisée telle que la propose la trop fameuse « histoire et éducation à la citoyenneté » prend un relief absolument dramatique.Castineira ne peut manquer de faire le rapprochement entre 1714 en catalogne et 1759 au Québec et n\u2019a aucune difficulté à faire comprendre « le processus de minorisation dérivée de la défaite », « la profonde blessure dans la capacité d\u2019autoreprésentation » et « l\u2019ambigüité identitaire et politique, caractéristique en Catalogne et au Québec » (p.119-120) Les auteurs d\u2019une histoire renationalisée pourraient utilement solliciter son expertise. 243 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Nos post-modernes déconstructeurs de l\u2019État-nation déploient des analyses d\u2019une grande subtilité mais souvent aux dépens du réalisme le plus élémentaire.Peu amène avec les multiculturalistes - « force est de constater que dans tous les pays où il est présent le multiculturalisme est la solution du groupe majoritaire » (p.151) - le géographe Louis Dupont fait mouche lorsqu\u2019il raconte cette anecdote rafraîchissante : J\u2019ai assisté en 2001 à Londres à une conférence intitulée « The Deepening Integration of the Americas », organisée par le University College de Londres.Deux Britanniques sont venus entretenir les participants de leur « citoyenneté » mondiale.La réponse des Sud-Américains ne s\u2019est pas fait attendre : « Tear off your passport » ; plus sérieusement, ils ont fait valoir qu\u2019ils seraient prêts aussi à être citoyens du monde le jour où leur pays respectif serait aussi riche et stable politiquement que la Grande-Bretagne (p.136).Rien de tel qu\u2019une grande fortune pour relativiser avec hauteur la précarité.Jean Roy Professeur de philosophie, Université de Montréal 244 INDEX DES AUTEURS 2007 ANTAYA FRANÇOIS L\u2019épée et la plume, PUL, 2006 (CR)\tOctobre 109 B BARITEAU CLAUDE Les véhicules menant à l\u2019indépendance du Québec au regard des conventions internationales\tNovembre/Décembre\t BEAULIEU VICTOR-LÉVY C\u2019est la faute à Papineau\tMai/Juin Faire sa propre Histoire\tNovembre/Décembre\t BÉLAND CLAUDE Pourquoi une coopérative de services de santé ?\tAvril BENOIT GUY Du rêve à la réalité\tAvril BÉRUBÉ RENALD VLB et AB chez James Joyce, à la suite des visites chez Kérouac, Thériault et Melville\tMai/Juin BESSIÈRE ARNAUD Nouvelle-France - English Colonies, Septentrion, 2006 (CR)\tOctobre BHERER LAURENCE Le feuilleton des sécessions municipales\tMars BLAIS MATHIEU Politique du roman et roman du politique : Vers une mythologie nationale\tMai/Juin BOCK-COTÉ MAHTIEU Le masochisme mémoriel\tSeptembre Entretien avec Christian Rioux_:\tJanvier/Février\t BOULANGER RENÉ Dictionnaire des batailles terrestres franco-anglaises de la Guerre de Sept Ans, Presses de l\u2019Université Laval, 2006 (CR)\tAvril 158 29 72 48 62 163 124 69 86 68 61 112 245 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 BOURDON NICOLAS Miron : Lecture de cinq expériences fondatrices\tJanvier/Février\t23 BOURGEOIS JACQUES Une coopération pour l\u2019amélioration des soins de santé\tAvril\t81 BOUTHILLIER ANDRÉ La politique nationale de l\u2019eau : une moquerie\tJanvier/Février\t112 BRASSARD MARIE-JOËLLE Vers une gouverne de leur santé par les citoyens !\tAvril\t56 BRETON GAÉTAN Se mobiliser pour l\u2019eau\tJanvier/Février\t124 BRIÈRE MARC Pourquoi la souveraineté_?\tJanvier/Février\t43 \t\t CANTIN SERGE\t\t L\u2019acte manqué d\u2019une formation de compromis\tSeptembre\t34 CASGRAIN CHARLES-PHILIPPE Identité et reconnaissance de l\u2019altérité\tMai/Juin\t206 CHARTRÉ JEAN PHILIPPE Le concierge du Panthéon, Paris, Seuil, 2006 (CR)\tJanvier/Février\t201 La nation à l\u2019épreuve de l\u2019immigration:\t\t le cas du Canada, du Québec et de la France, Éditions du Québécois, Québec, 2006 (CR)\tMars\t\t117 CHASSAY JEAN-FRANÇOIS Les grandes tribus\tMai/Juin\t97 CHÂTILLON GILLES\t\t Dix questions-clés pour ouvrir les portes de la Chine\tMars\t18 CLICHE ANNE ÉLAINE Abel Beauchemin_: biographe, pédagogue, profanateur et cannibale\tMai/Juin\t124 246 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 CLOUTIER JEAN-FRANÇOIS Entrevue avec Marc Chevrier\tMars\t29 CONSEIL POUR LA SOUVERAINETÉ DU QUÉBEC Au jeu de la concurrence identitaire, le Québec-province ne gagnera jamais\tNovembre/Décembre\t131 COURTOIS CHARLES Sorry, I Don\u2019t Speak.French.Confronting the Canadian crisis that won\u2019t go away, Toronto, McClelland Stewart (CR)\tMars\t125 Combat pour le français.Au nom de la diversité des langues et des cultures, Paris, Odile Jacob, 2006 (CR)\tMars\t133 Le tribalisme rhodésien de la Montreal Gazette et la prétendue intolérance des Québécois\tOctobre\t19 Examen d\u2019un programme d\u2019histoire« post-nationaliste »\tNovembre/Décembre\t187 Dialogue sur le multiculturalisme québécois\tNovembre/Décembre\t37 D D\u2019ARCY MYRIAM Penser en majoritaire\tNovembre/Décembre\t117 DEMERS ANDRÉANNE, ÉDITH LACROIX Les eaux usées : une pollution encore et toujours à la une\tJanvier/Février\t141 DOLE ROBERT Les dilemmes d\u2019un professeur d\u2019anglais\tOctobre\t63 DUBREUIL BENOIT Travailleuses de la construction, Éditions du Remue-Ménage, 2006 (CR)\tAvril\t118 Histoire de la FAÉCUM (1976-2006), Une fédération en marche, Société Archiv-Histo, 2006\tSeptembre\t135 Ce qui circule entre nous.Donner, recevoir, rendre, Paris, Seuil, 2007 (CR), Octobre\t128 Pour bonifier la Loi sur l\u2019identité\tNovembre/Décembre\t123 247 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 DUBUC PIERRE Deux voies pour le mouvement national\tNovembre/Décembre\t79 DUQUETTE MICHEL, PIERRE-LUC GAGNON En matière d\u2019énergie et d\u2019environnement\tMars\t\t78 DURAND GUY Qu\u2019est-ce que la culture et l\u2019identité du Québec ?\tJanvier/Février\t15 FERRETTI ANDRÉE La tendresse, l\u2019héroïne masquée de l\u2019œuvre de Victor-Lévy Beaulieu\tMai/Juin\t146 FORTIN MARIE-JOSÉ, GÉRALD DOMON Éolien et paysage: pour une véritable démarche de développement territorial\tAvril\t27 FOURNIER JACQUES Les coopératives de santé et la gratuité des services médicaux\tSeptembre\t86 GAGNON CHRISTIAN La bête noire d\u2019André Boisclair\tJanvier/Février\t80 GAULIN ANDRÉ À Pierre Bluteau\tSeptembre\t65 GAUTHIER SERGE Un patrimoine au Rebut_?\tJanvier/Février\t101 GÉLINAS BERNARD La place des médecins dans les projets de coopératives de santé\tAvril\t73 GERVAIS RICHARD Jouer au plus fin avec les électeurs n\u2019est pas une option\tNovembre/Décembre\t\t167 GILL LOUIS Le Québec au crochet du Canada ?\tOctobre\t38 248 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 GIRARD JEAN-PIERRE Les coopératives de services de santé : désormais plus qu\u2019une hypothèse !\tAvril\t98 H HAMEL PIERRE J.Euphorie PPP : trop beau pour être vrai\tOctobre\t74 HAMELIN LOUIS Un gombo de roche gonzo\tMai/Juin\t38 INKEL STÉPHANE Visages de La grande tribu\tMai/Juin 109 LABERGE HENRI Une école pour le monde, une école pour tout le monde, VLB éditeur, 2006 (CR)\tJanvier/Février\t207 LAMOUREUX ALEXANDRE Quand le Québec manquait de prêtres -La charge pastorale au Bas-Canada, PUL, 2006 (CR)\tOctobre\t133 LAPLANTE ROBERT La sève de la nation\tJanvier/Février\t2 Des élections sous tutelle\tMars\t2 Reprenons dans le bon ordre\tAvril\t2 Incarner l\u2019intérêt national\tMai/Juin\t2 Le courage dans les affaires de la bourgade Septembre\t2 Seul le national mobilise\tOctobre\t2 Une impatience nécessaire\tNovembre/Décembre\t2 Savoir durer\tNovembre/Décembre\t218 Le grand nettoyage canadien, Repentigny, Les Filles-à-papa, 2006 (CR)\tNovembre/Décembre\t230 LAPOINTE ALEXIS Passage de la modernité, Sainte-Foy, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2006 (CR)\tJanvier/Février\t197 249 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 Faute et réparation au Canada et au Québec contemporains.Québec, Éditions Nota bene, 2006 (CR)\tOctobre 117 LAROSE GÉRALD Si j\u2019étais chef.\tNovembre/Décembre\t141 LAURENDEAU PIERRE Le souffle philosophique\tMai/Juin\t228 LAURION GASTON Souveraineté ou indépendance, faux dilemme Avril\t16 LECLERC PIERRE Le Canada et le droit humain à l\u2019eau : l\u2019inacceptable statu quo\tJanvier/Février\t154 LEGARÉ ANNE Les relations internationales du Québec depuis la doctrine Gérin-Lajoie (1965-2005), PUL, 2006 (CR)\tSeptembre\t124 LÉGER JEAN-MARC Abolir enfin les « commissions scolaires » (school boards)\tMars\t16 La permanente actualité du combat pour l\u2019indépendance 173 M MONIÈRE DENIS Robert Bourassa : la passion de la politique, Montréal, Fides, tome 1, 2006 (CR)\tMars\t128 Le parti de René Lévesque : un retour aux sources, Montréal, Fides, 2007 (CR) Octobre\t104 2007 : L\u2019état de la nation\tJanvier/Février\t104 Les hauts et les bas de la nation dans les discours des premiers ministres québécois (1960-2007)\tSeptembre\t90 Savoir durer\tNovembre/Décembre\t218 MOUVEMENT LAÏQUE QUÉBÉCOIS Manifeste pour une république laïque Janvier/Février\t55 MOUVEMENT MONTRÉAL FRANÇAIS Les plus beaux fruits sont à venir : faire du français la langue publique commune Septembre\t16 250 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 P ^ PAILLÉ MICHEL L\u2019immigration et la question linguistique Le Québec est-il désormais aussi français que l\u2019Ontario est anglais ?\tMars Septembre\t89 20 PAQUIN STÉPHANE Les relations internationales du Québec\tMars\t101 PARENTEAU DANIC Le « patriotisme libéral » du Parti québécois ou l\u2019abandon du nationalisme\tSeptembre\t46 PARIZEAU JACQUES Le projet d\u2019une génération ?\tNovembre/Décembre\t\t14 PELLAND JOHANNE Le jeu indéfini des miroirs\tMai/Juin\t200 PELLETIER JACQUES VLB et Joyce : rencontre sur les sommets de la littérature\tMai/Juin\t10 PHILPOT ROBIN L\u2019incontournable vision de Jane Jacobs\tOctobre\t42 RENAULT OLIVIER Autobiographie d\u2019une lecture\tMai/Juin\t186 ROBERT DION Victor-Lévy Beaulieu, la langue de Joyce\tMai/Juin\t76 ROBITAILLE MATHIEU L\u2019historien Maurice Séguin.Théoricien de l\u2019indépendance et penseur de la modernité québécoise, Québec, Septentrion, 2006 (CR)\tSeptembre\tz35 ROCHER GUY Pour une politique linguistique et culturelle unie et unique\tNovembre/Décembre\t\t98 ROUILLARD CHRISTIAN De la réingénierie à la modernisation de l\u2019État\tMars\t58 25i L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 ROUSSEAU GUILLAUME Pour une décentralisation démocratique, PUL, 2006 (CR)\tSeptembre\t128 La dénationalisation tranquille, Boréal, 2007 (CR)\tNovembre/Décembre\t235 ROY BRUNO Des mots pour venir au monde\tMai/Juin\t56 Écrire en milieu minoritaire hors-Québec\tOctobre\t28 La chanson au Québec : un relais pour l\u2019avenir\tNovembre/Décembre\t102 ROY JEAN La réingénierie de l\u2019État.Vers un appauvrissement de la gouvernance québécoise, PUL, 2004 (CR)\tJanvier/Février\t217 ROY PAUL-ÉMILE Jacques Ferron, Le médecin, le politique et l\u2019écrivain, Montréal, XYZ Éditeur, Coll.Les Grandes figures, 2006 (CR)\tJanvier/Février\t191 De plume et d\u2019audace, Femmes de la Nouvelle-France, Montréal et Paris, Triptyque/Cerf, 2006 (CR)\tAvril\t120 Personne n\u2019est une île, Montréal, Boréal, Collection Papiers collés, 2006\t(CR)\tJanvier/Février\t211 L\u2019Injustice en armes, Montréal, Lux Éditeur, Collection Lettres libres, 2006 (CR)\tMars\t137 Monuments intellectuels québécois du XXe siècle, Grands livres d\u2019érudition, de science et de sagesse, Septentrion, Sillery, 2006 (CR)\tAvril\t107 Gabrielle Roy et le nationalisme québécois, Montréal, Lanctôt Éditeur, 2006 (CR)\tSeptembre\t117 ROY JEAN Les nationalismes majoritaires contemporains : identité, mémoire, pouvoir, Québec Amérique, 2006 (CR)\tNovembre/Décembre\t243 252 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2007 S SAUVÉ J.RENÉ MARCEL Les soldats québécois en Afghanistan\tOctobre SERRÉ PIERRE Stéphane Dion à la barre du PLC : la répression contre le dialogue\tJanvier/Février SIMARD FRANÇOIS-XAVIER « Presque un putsch,un coup de force » (P.E.Trudeau)\tMars SIMARD MAJELLA La situation démographique de l\u2019Est_du-Québec Avril Vision 2025.Le Saguenay-Lac-Saint-Jean face à son avenir.Coll.Science régionale, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 2007 (CR) Avril 12 10 41 21 129 TREMBLAY RODRIGUE Le Québec et la mondialisation des économies\tN ovembre/Décembre\tz75 TRUDEAU PIERRE-LOUIS\t\t Le droit de l\u2019exportation de l\u2019eau : le calme avant la tempête ?\tJanvier/Février\tz73 \t\t VADEBONCOEUR PIERRE Le Canada de droite\tSeptembre\t39 Le PQ et le Bloc : des assises\tJanvier/Février\t49 Du pareil au même, ou presque\tMars\t12 2007\tN ovmbre/Décembre\t31 VALLÉE ALAIN Un projet porté par les citoyens\tAvril\t93 253 CLUB DES 100 ASSOCIÉS Fernand Allard\tMarcel Henry Patrick Allen '\tHenri Joli-Cœur François-Albert Angers '\tLucie Lafortune ' Gaston-A.Archambault '\tAnna Lagacé-Normand Jean-Paul Auclair Paul Banville Thérèse Baron ' François Beaudoin Gaston Beaudry'\tBernard Lamarre Denis Lazure Richard Leclerc Clément Martel Dominique Bédard '\tJacques-C.Martin Yvan Bédard\tYvon Martineau Henri Blanc\tRoger Masson Antoinette Brassard\tDaniel Miroux Henri Brun\tLouis Morache Jean-Charles Claveau\tRosaire Morin ' Roch Cloutier\tReginald O'Donnell Robert Côté\tArthur Prévost ' Louis-J.Coulombe\tRené Richard ' Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin '\tJacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Marcel Trottier ' Réal Trudel Claude Ghanimé\tCécile Vanier Paul Grenier\tAndré Verronneau Michel Grimard\tClaude-P.Vigeant Yvon Groulx\tMadeleine Voora Liberté d\u2019expression L'Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d'expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l'avenir de la nation.La Rédaction assume la responsabilité de tous les titres d'articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 2500 mots, le compte rendu d'un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots et un article sollicité peut comprendre de 3000 à 8000 mots.Les textes sont généralement reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d'écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L'index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984,dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L'Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur 255 LA LIGUE D'ACTION NATIONALE Mission Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d'indépendance et d'engagement, à partir des situations d'actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Président Denis Monière Vice-président Pierre Noreau Secrétaire Gilles Lavoie Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Christian Gagnon Ex Officio Robert Laplante Membres Dave Anctil Jean-Louis Bourque Mathieu Bock-Côté Myriam D'Arcy Pierre de Bellefeuille Benoît Dubreuil Geneviève Dugré Henri Laberge Josée Lacourse Alain Laramée Anne Legaré Geneviève Légaré Anne-Michele Meggs Jacques-Yvan Morin André Poupart Guillaume Rousseau Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Jacques Boulay, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Jean-Jacques Chagnon, Hélène Chénier, Pierre Dupuis, Lucia Ferretti, Delmas Lévesque, Yvon Groulx, Léo Jacques, Yves Michaud, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon, Gilles Rhéaume Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jean Genest, Jean-Marc Léger, Georges Meyers, Paul-Émile Roy ABONNEMENT\tGRILLE TARIFAIRE\tr**v 0 0 N \t1 an\t2 ans \t10 numéros\t20 numéros Abonnement régulier\t68,37$\t125,35$ \t(60 $ + taxes)\t(110 $ + taxes) Abonnement de soutien\t150 $\t250 $ Étudiant\t39,88$\t69,51$ \t(35 $ + taxes)\t(61 $ + taxes) Institution\t123,07 $\t205,11 $ \t(108 $ + taxes)\t(180 $ + taxes) Autres pays\t120 $\t198 $ TVQ 1012563392 TQ0002\tTPS 11901 9545 RT001\t Trois façons de régler votre abonnement \u2022\tpaiement internet sécurisé Desjardins dans notre site \u2022\tpar la poste \u2022\tpar téléphone Paiement par chèque ou carte de crédit visa ou mastercard L'ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 « Nous reconnaissons l'aide financière du gouvernement du Canada, par l'entremise du Programme d'aide aux publications (PAP) pour nos dépenses d'envoi postal» Canada « Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada à notre adresse »."]
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