Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

L'action nationale, 2008-02, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" ilàR&m volume XCVIII numéro 2 FÉVRIER 2008 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L\u2019ACTION NATIONALE volume XCVIII numéro 2 NATIONALE Éditorial Le sort du français passe par un changement de régime politique -\tRobert Laplante\t2 Articles L'urgence de l'indépendance dans le contexte de 2008 -\tGilbert Paquette\t12 Année de stabilité pour le développement de l'Est-du-Québec -\tMajella Simard\t28\t| Effacer pour contrôler -\tLucien Cimon Le graffiti - Richard Weilbrenner 42 43 Dossier Les coopératives de solidarité au Québec Un arrimage original entre le social et l'économique ! Présenté par -Jean-Pierre Girard et Michel Lafleur\t50\t| Un atout en matière de cohésion sociale -Jean-Pierre Girard\t57\t| L\u2019importance économique des coopératives de solidarité -Jocelyne Chagnon\t70 | Les coopératives de solidarité en Estrie -Janvier Cliche\t82\t| Les cooperatives sociales italiennes : contexte et caractéristiques -\tEnzo Pezzini\t92\t| Les défis de la gestion interne d'une coopérative de solidarité -\tMichel Lafleur\tr Volume XCVIII numéro 2 FÉVRIER 2008 Lire Lire les essais Livres reçus X 7 Lé Jeanne Audair Festival 1996 Techniques mixtes Collection privée ©SODART Pour rejoindre l'artiste: jca@videotron.ca site internet www.jeanneauclair.com Location d'outils 33 succursales \u2022 50 000 outils Québécoise depuis 1907 1.800.361.1486 www.simplex.ca 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur(Université de Montréal), Pierre Noreau, Centre de recherche en droit public (Université de Montréal) ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval) ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, (TÉLUQ); Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque ; Lucia Ferretti (UQTR), Paul Sabourin (Université de Montréal) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval); Michel Seymour (Universitéde Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock Côté.Démarche de l\u2019artiste Au milieu des années 1980, après des années d'expression plastique dans l'éclat de la mosaïque et la douceur de la laine, je sens le besoin de revenir à la peinture, de donner libre cours à ma fantaisie dans l'interprétation du monde extérieur.Recueillant des affiches de rues, je les lacère afin d'en tirer de nouvelles significations.Je les introduis dans le tableau peint à l'acrylique sur toile, sous forme de collages exprimant la réalité du quotidien.Festival, 1er Grand prix de peinture au CAPSQ en 1997, sera suivi de plusieurs autres œuvres sur le thème de l'environnement : L Île et ses alentours, Noël rue St-Denis, Le vieux port, Chair et esprit, Fraises fraiches et tomates roses, Jaillissement.gJtiSm Jeanne Auclair 2 ÉDITORIAL Robert Laplante LE SORT DU FRANÇAIS PASSE PAR UN CHANGEMENT DE RÉGIME POLITIQUE Voilà des décennies que les résultats des recensements plongent le Québec dans des débats existentiels.La forme, l\u2019intensité et la durée des échanges ont varié avec les époques et l\u2019état de santé des mouvements nationaux et des partis politiques, mais, sur le fond des choses, les paramètres des débats sont restés les mêmes.En effet, le français recule au Canada, le poids relatif des francophones ne cesse de diminuer, l\u2019assimilation s\u2019accélère au point de ne laisser en plusieurs provinces que des lambeaux de populations luttant courageusement certes, mais sous horizon où des seuils critiques ont été franchis.La régression démographique y est une tendance lourde au point d\u2019être devenue une véritable fatalité, pesant d\u2019un implacable déterminisme.Dans n\u2019importe quelle société, les résultats d\u2019une telle nature ne sont que générateurs d\u2019anxiété avec lesquels les diverses couches sociales composent différemment selon qu\u2019elles peuvent ou non se prévaloir de moyens et d\u2019espace politique autorisant un quelconque volontarisme.Or le français recule désormais au Québec même, appelant à des actions que l\u2019on ne voit poindre parce que la lecture même de notre situation y est brouillée par les effets d\u2019une subordination de plus en plus délétère.Dans le Canada du multiculturalisme, en effet, ces moyens et cet espace ne sont pas définis en fonction des communautés minoritaires elles-mêmes, mais exclusivement et 3 L'ACTION NATIONALE - février 2008 impérativement en fonction de la subordination du Québec.L\u2019État Canadian s\u2019est doté d\u2019une politique et d\u2019un dispositif sophistiqué pour contenir la volonté d\u2019émancipation du Québec en utilisant le français pour combattre le français, en jouant du simulacre de la reconnaissance pour mieux raffermir l\u2019emprise sur les destinées d\u2019une nation qu\u2019il veut réduire au Québec même au statut de minorité dans son propre pays.Les résultats du dernier recensement, tels que les révèlent les études cachées par l\u2019Office de la langue française, sont pourtant si clairs qu\u2019ils pourraient nous réveiller de l\u2019apathie dans laquelle nous semblons sombrer un peu plus chaque jour.C\u2019est pourquoi un immense effort de propagande a été orchestré par les médias, tous fédéralistes, pour embrouiller les interprétations et tenter d\u2019enrayer toute mobilisation.Deux objectifs charpentent les campagnes déclenchées : minimiser l\u2019assimilation des minorités francophones hors Québec et surévaluer la santé du français au Québec.Ces objectifs idéologiques sont poursuivis de diverses manières.Parmi celles-ci, on a recours à la complexité des matériaux des recensements pour brouiller les perceptions et rendre les résultats inutilisables ou moins efficaces dans le combat pour l\u2019indépendance.Il s\u2019agit de tout mettre en œuvre pour entretenir un sentiment de fausse sécurité et parvenir sinon à chloroformer la résistance du moins à compromettre les appels à la mobilisation que pourraient faire surgir toute analyse concluant que les seuils d\u2019alarme sont franchis.Des efforts considérables sont déployés pour tenter de séparer dans les interprétations des résultats, la question du statut politique de celle de la survie de la langue française.Ce n\u2019est évidemment pas un hasard : c\u2019est là le cœur du problème national.Les luttes linguistiques ont fourni, depuis 4 L'ACTION NATIONALE - février 2008 toujours ici le carburant essentiel au combat politique.Elles ont constitué à la fois l\u2019expression de l\u2019anxiété permanente d\u2019un peuple qui se sait et s\u2019éprouve fragile et précaire et en même temps le moyen de la combattre.Depuis toujours, et particulièrement entre les années 1960 et le référendum de 1995, les choix concernant les politiques linguistiques ont joué un rôle déterminant dans le positionnement des partis politiques et dans le soutien qu\u2019ils ont apporté au régime ou à sa remise en cause.Les choses à cet égard ont changé substantiellement depuis le référendum de 1995.En effet, un changement majeur s\u2019est opéré dans le camp fédéraliste qui a cessé d\u2019espérer quelque réforme que ce soit permettant d\u2019aménager un espace propre au Québec et au Canada français dans le régime instauré par l\u2019imposition d\u2019une constitution illégitime.Les fédéralistes québécois sont désormais des inconditionnels du Canada tel qu\u2019il nous est imposé depuis 1982.Rien pour eux ne sera jamais trop grave ni trop délétère pour justifier que le Québec rompe avec le Canada.Rien, pas même le sort de notre langue.Ces inconditionnels ne font plus de projet de réforme, n\u2019ont plus de revendication globale pour le Québec parce que là n\u2019est plus leur loyauté première.Ils sont prêts à se contenter de ce qu\u2019ils appellent le statu quo parce qu\u2019ils ont renoncé à fixer tout seuil de rupture.Ils ont accepté la régression minoritaire.Ils se définissent et tentent de nous définir comme une minorité, même au Québec, dont le destin est de s\u2019offrir comme matériau d\u2019alliance pour tirer le meilleur parti d\u2019une politique se faisant essentiellement sur les intérêts de la majorité Canadian.Ils n\u2019ont pas démissionné : ils ont renié et ne se font plus désormais Québécois que pour mieux nous encanadianiser, succursaliser notre gouvernement et réduire notre culture.Cela est grave et ils en répondront devant l\u2019Histoire. 5 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Leurs conduites de fossoyeurs ne trompent guère.Ils sont Canadian first and foremost, même et surtout quand ils se conjuguent sur le mode du dédoublement identitaire.Ils ne se battront plus pour le français, ils feront semblant pour la simple et bonne raison qu\u2019ils n\u2019auront de cesse de chercher à lui dorer l\u2019enclos, à lui faire des conditions d\u2019existence qui seront compatibles avec ce que le Canada tolérera - et il ne tolérera que le simulacre.Le Canada n\u2019est pas compatible avec l\u2019avenir de notre langue.La conscience de ce fait s\u2019accroît.Les inquiétudes qui se sont manifestées devant la commission Bouchard-Taylor ont renforcé le constat.On ne pourra pas franciser des immigrants dans un contexte de concurrence des langues et des légitimités.Ils viennent au Canada et c\u2019est à lui qu\u2019ils s\u2019intégrent, c\u2019est à son ordre qu\u2019ils souscrivent, et cet ordre subordonne le Québec et combat activement toute tentative de construire ici une société intégralement française.Si les inconditionnels du Canada se drapent désormais dans la loi 101 comme dans une grande loi Canadian, c\u2019est bien parce qu\u2019ils savent qu\u2019elle ne pourra rien de plus que fournir une fausse sécurité et produire des résultats mitigés qui ne feront que brouiller et retarder les échéances.Cette loi, charcutée, dénaturée et dévoyée n\u2019a pas produit la justice linguistique qu\u2019en espérait Camille Laurin, seule garantie à long terme d\u2019une paix linguistique qui ne soit pas fondée sur notre capitulation.Le sort du français au Québec est lié à son statut politique.Sans la souveraineté, il n\u2019y aura pas de société française, seulement un bilinguisme contenu.Pour faire du Québec une société intégralement française, il faut plus qu\u2019une loi 101 retouchée.Il faut non seulement s\u2019attaquer à la légitimité même du bilinguisme institutionnel tel qu\u2019il est relayé par l\u2019ensemble des actions d\u2019Ottawa, mais encore et surtout, déconstruire l\u2019appareil institutionnel qui lui sert de relais 6 L'ACTION NATIONALE - février 2008 et de base opérationnelle.Les institutions anglophones de Montréal n\u2019ont plus rien à voir avec les concessions à faire pour respecter les droits de cette minorité, ce sont de véritables instruments de concurrence au français qui sapent l\u2019émergence d\u2019une culture publique commune construite sur la référence culturelle québécoise.Elles nourrissent un refus d\u2019intégration et entretiennent un esprit de développement séparé qui sent l\u2019apartheid doré dont on pensait s\u2019être débarrassé.Si l\u2019on veut redresser la situation du français à Montréal, il faut décider qu\u2019il n\u2019y aura qu\u2019un seul centre hospitalier universitaire à vocation nationale.Il faut dire non au développement séparé des institutions pédiatriques universitaires.Il faut tenir un langage et des pratiques d\u2019intégration autour des missions nationales d\u2019institutions dont le français sera la langue normale.Si l\u2019on veut assurer l\u2019avenir du français, il faut rendre obligatoire la fréquentation du cégep en français.La loi 101 ne visait pas à former des jeunes pour qu\u2019ils soient capables de se débrouiller en français pour acheter du lait au dépanneur.Elle cherchait à structurer l\u2019intégralité du parcours scolaire sur les institutions de la majorité pour préparer une intégration à un marché du travail dont le français serait la langue d\u2019usage normale et commune.Laisser faire la situation actuelle ne conduira qu\u2019à disperser encore davantage des ressources publiques pour financer la concurrence des langues et accentuer les pressions à la bilinguisation du monde du travail et des services.Il y a quelque chose d\u2019aberrant à consacrer la logique actuelle.Le plus gros cégep du Québec est anglais.Si l\u2019on veut assurer le développement du français, il faudra cesser le surfinancement des institutions anglophones d\u2019en- 7 L'ACTION NATIONALE - février 2008 seignement supérieur.Il faut établir ce financement sur les proportions démographiques requises pour assurer les droits de la minorité anglaise, mais pas plus.En plus de servir de succursales à rabais pour les étudiants des provinces anglaises.C\u2019est pure aberration d\u2019utiliser les fonds publics québécois pour entretenir des succursales à rabais pour les étudiants des provinces anglaises.Il y a des limites à sous-fiancer les universités francophones pendant que le gouvernement d\u2019Ottawa s\u2019évertue à tout mettre en œuvre pour insérer notre enseignement supérieur dans ses priorités nationales.Il a confisqué le contrôle des finalités de notre réseau de recherche et d\u2019enseignement universitaire et il n\u2019a eu aucun mal à faire progresser l\u2019utilisation de l\u2019anglais dans l\u2019ensemble des procédures de gestion et de subvention de la recherche.Il suffit de visiter les sites internet des universités francophones pour prendre la mesure des dégâts : les chercheurs y sont explicitement encouragés à traiter en anglais avec les agences subventionnaires fédérales.Si l\u2019on veut faire du Québec un pays français, il faudra avoir le courage d\u2019affronter ouvertement la propagande et unir ce qu\u2019elle tente de disjoindre : le sort du français passe par un changement de régime politique.La construction d\u2019une société intégralement française passe par une reconfiguration institutionnelle qui trouvera dans le français sa norme et son centre de gravité.Le Québec français reste à faire.Sous la démission d\u2019une partie de notre élite resurgit la vieille chimère du bilinguisme « vivable ».Les conduites de parvenus qui cherchent à s\u2019en faire un costume ne trompent personne : le combat n\u2019est pas terminé et le peuple du Québec ne s\u2019effacera pas pour ne pas troubler le confort de ceux-là qui aspirent à gérer la dépendance.Les courtiers en alibis courent à la faillite.? Les Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale Cahiers de lecture ORMES ET ES NS SOCIALES D'HIER À AUJOURD'HUI numéros par an pour tout savoir sur l'actualité des essais Mars 2008 www.action-nationale.qc.ca ou contactez L'Action nationale Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FOND4C770/V POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014?\u2014 abonnez-vous Yage B \"V \" On n'est jamais trop curieux ARTICLES \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t ARTICLES Gilbert Paquette* L\u2019URGENCE DE L\u2019INDÉPENDANCE DANS LE CONTEXTE DE 2008 Au moment où le Parti québécois s\u2019apprête à définir sa plateforme en vue d\u2019une élection qui pourrait être tenue en 2008, il importe de revoir et d\u2019actualiser les arguments qui justifient de façon urgente la reprise du combat de l\u2019indépendance nationale, pour éviter encore une fois l\u2019évacuation du débat sur notre avenir national au profit d\u2019une simple recherche de la gouverne provinciale.Je présente ici une synthèse de ces arguments qui soutiennent le projet indépendantiste dans le contexte de 2008.Que l\u2019on soit de gauche ou de droite, un certain nombre de grands objectifs, au-delà des moyens de les atteindre, font un large consensus national, pendant que notre dépendance au sein du régime fédéral menace à terme notre existence nationale.Pour faire le point, j\u2019utilise un cadre d\u2019analyse élaboré par Viva Ona Barktus en examinant plusieurs cas de sécession réussis ou potentiels.Ce cadre d\u2019analyse repose sur les bénéfices et les coûts de la sécession, comparés aux bénéfices et aux coûts du maintien de l\u2019intégration.* Professeur-chercheur à la TÉLUQ (UQÀM).vice-président des intellectuels pour la souveraineté (IPSO) 13 L'ACTION NATIONALE - janvier 2008 \tBÉNÉFICES\tCOÛTS SÉCESSION\tî\tî\t$ INTÉGRATION $\t$\tî Tel qu\u2019illustré sur le schéma précédent, la probabilité de la sécession s\u2019accroit lorsque les bénéfices de l\u2019indépendance et les coûts du maintien de l\u2019intégration augmentent, alors les bénéfices de l\u2019intégration diminuent, de même que les coûts de la sécession.Le Québec, comme nation, est de toute évidence entré dans un tel contexte, objectivement favorable à son indépendance en tant que nation.Les bénéfices du fédéralisme Dans une lutte nationale comme celle que mène le Québec, les partisans du fédéralisme cherchent à mettre en évidence les bénéfices en termes de sécurité économique et de rayonnement international qu\u2019apporterait au Québec son appartenance à la fédération canadienne.Or ces bénéfices sont décroissants dans le contexte de la mondialisation.Les Catalans et les Québécois seraient davantage enclins à considérer la sécession maintenant que la transformation graduelle du système international a réduit les bénéfices traditionnels de l\u2019intégration dans un plus grand État, en ce qui concerne la sécurité et les bénéfices éco-nomiques.(.) L\u2019intégration au sein d\u2019un État reconnu n\u2019est plus jugé essentiel à la protection et à la promotion de la sécurité et des intérêts économiques des communautés '.Par ailleurs, un des bénéfices du fédéralisme souvent invoqué depuis l\u2019arrivée de Pierre-Elliot Trudeau à Ottawa était la promotion de la langue française dans la fonction publique fédérale et comme langue seconde « from coast-to-coast ».Autrement dit, le grand espace canadien favoriserait l\u2019expan- 1 Viva Ona Barkus, The Dynamics of secession, Cambridge University Press, 1999, p.22 et pp.201-202 14 L'ACTION NATIONALE - février 2008 sion de la langue française.Or l\u2019analyse des recensements démontre au contraire le danger qui se cache derrière ce soi-disant « bénéfice » du fédéralisme.Alors qu\u2019il y a plus d\u2019Anglo-Canadiens (de 5,5 % en 1971 à 8,8 % en 1996) qui affirment pouvoir converser en français, on assiste à une perte dramatique chez les francophones eux-mêmes qui sont moins nombreux qu\u2019auparavant à parler leur propre langue.Au total, la proportion de Canadiens dont la langue maternelle est le français diminue à chaque recensement, de 28,1 en 1961 à 23,5 % en 1996.Fait plus grave, la proportion de Canadiens utilisant le français à la maison est encore plus faible, de 25,7 % en 1971 à 22,6 % en 1996.Quand 46 % des francophones hors Québec et hors Nouveau-Brunswick cessent de parler leur langue à la maison, le simple respect de l\u2019intelligence du lecteur devrait nous interdire de discuter même de la proposition selon laquelle l\u2019apprentissage du français comme langue seconde par des anglophones compense cette assimilation 2.Quant au français dans la fonction publique fédérale, un fossé sépare les gestes de la parole, aux dires mêmes du nouveau commissaire aux langues officielles, Graham Fraser.Il suffit de consulter son plus récent ouvrage, Sorry I don\u2019t Speak French3.Comme ses prédécesseurs, le commissaire met en évidence le surplace du français dans les services gouvernementaux.En parcourant cet ouvrage et d\u2019autres, on ne peut que se dire que les services assumés par le gouvernement central avec nos taxes ne fonctionneront vraiment en langue française que lorsque qu\u2019un Québec indépendant les aura rapatriés au Québec.2\tJean-François Lisée, Sortie de secours, Boréal, 2000, p.132 3\tGraham Fraser, « Sorry, I don\u2019t speak French - Ou pourquoi quarante ans de politiques linguistiques au Canada n\u2019ont rien réglé.ou presque\u2019\u2019, Boréal, 2007 15 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Les coûts de l\u2019indépendance Les fédéralistes cherchent aussi à gonfler les coûts de la sécession en brandissant des menaces comme l\u2019instabilité économique, la possible partition du territoire québécois ou les soi-disant obstacles juridiques quant au droit du Québec à faire son indépendance.Sur la question de la possible partition du Québec, le fameux principe défendu par les Dion et consorts voulant que « si le Canada est divisible, le Québec l\u2019est aussi » est un argument efficace sur le plan émotif, mais non fondé en droit et totalement irresponsable.De telles idées sont irresponsables et ont provoqué, partout où elles ont été appliquées, de l\u2019Irlande du Nord au Caucase, des guerres interminables.Qui plus est, comment le Canada mettrait-il en application à l\u2019encontre du Québec un principe de partition qu\u2019il a officiellement condamné dans l\u2019ex-Yougoslavie quand le président serbe, M.Slobodan Milosevic, a encouragé la partition de la Bosnie-Herzégovine en se fondant précisément sur le principe si la Yougoslavie est divisible, la Bosnie l'est aussi 4 ?Mais cette idée dangereuse n\u2019a aucune chance d\u2019être appliquée ici, tout comme elle fut rejetée là-bas.Elle est repoussée du revers de la main par les cinq experts en droit international commandités en 1992 par la commission Bélanger-Campeau pour examiner froidement cette question.Voici ce qu\u2019ils écrivent dans leur rapport.Si celle-ci se produit, le Québec [.] héritera de l\u2019intégrité du territoire qui est aujourd\u2019hui le sien et de toutes les compétences relatives à celui-ci qui sont actuellement exercées par les autorités fédérales, notamment et y compris les réserves indiennes.Dans la même hypothèse, le principe de la continuité juridique conduit à faire prévaloir l\u2019intégrité territoriale du Québec, garantie tant par le droit constitutionnel canadien que par le droit international public, sur les revendications visant à démembrer le 4 Ignacio Ramonet, Le Monde Diplomatique, avril 1996 L'ACTION NATIONALE - février 2008 territoire du Québec.(Que ces revendications) émanent des autochtones du Québec, qui ont tous les droits appartenant aux minorités auxquels s'ajoutent ceux reconnus aux peuples autochtones par le droit international contemporain, sans qu'il en résulte un quelconque droit de sécession ; de la minorité anglophone pour laquelle la protection offerte par le droit international n'a aucun effet territorial ; des personnes résidant dans certaines régions frontalières du Québec qui, en tant que telles, ne bénéficient d'aucune protection particulière au regard du droit international.Ces conclusions sont renforcées par l'applicabilité du principe de la succession aux limites territoriales existantes au moment de l'accession à l'indépendance 5.Sur la question de la soi-disant interdiction juridique du Québec de faire son indépendance, le jugement de la cour suprême de 1999 a apporté un démenti à la plupart des prétentions fédéralistes.L'adoption subséquente par le parlement fédéral de la loi C20, dite de la clarté, par laquelle il s'arroge unilatéralement le droit de décider si la question référendaire est claire et si la majorité en faveur de la sécession est claire, ne change rien à l'affaire.Cette loi ne définit que la position éventuelle du parlement du Canada et non à celle du Québec et encore moins des pays tiers.C'est une arme politique visant à créer de l'incertitude dans la population et à faire apparaître la souveraineté plus difficile qu'elle ne l'est.Par ailleurs, la loi 99, votée par l'assemblée nationale du Québec, peut seule encadrer la démarche d'un Gouvernement du Québec.Cette loi réaffirme que « seul le peuple québécois a le droit de choisir le régime politique et le statut juridique du Québec » et que « seul le peuple québécois, par l'entremise des institutions politiques qui lui appartiennent en propre, a le droit de statuer sur la nature, l'étendue et les modalités de l'exercice de son droit à disposer de lui-même ».5 Claude G.Charron, « Ces experts que l\u2019on cite à tort et à travers », Le Devoir 3 septembre 1997. 17 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Quant à l\u2019argument de l\u2019instabilité économique d\u2019un Québec indépendant, les conclusions du rapport de la commission Bélanger-Campeau sont aussi très claires.La viabilité économique d\u2019un Québec indépendant est maintenant généralement admise par la plupart des fédéralistes, y compris par le chef du parti libéral Jean Charest.Certains adversaires de l\u2019indépendance continuent pourtant à faire valoir que celle-ci aurait des effets catastrophiques sur l\u2019économie québécoise.On retrouve d\u2019ailleurs les mêmes scénarios en Grande-Bretagne dans le cas de l\u2019Écosse.Les scénarios catastrophiques sont invérifiables parce que pour les tester, il faudrait procéder au changement, mais ils sont efficaces parce qu\u2019ils jouent sur le sentiment d\u2019incertitude et la crédulité de ceux qui les écoutent, et aussi sur la crédibilité de ceux qui les tiennent, généralement des gens d\u2019affaires.Pour vérifier si les prédictions catastrophistes sont plausibles, on peut examiner l\u2019évolution économique de pays qui se rapprochent le plus du Québec en matière de taille démographique et qui ont accédé à l\u2019indépendance au début des années quatre-vingt-dix.Pour obtenir un portrait des conséquences économiques de l\u2019indépendance, il est logique d\u2019utiliser comme indicateur les taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) publiés par la Banque mondiale, en comparant les taux de pays nouvellement indépendants depuis 1993 (Slovaquie, Tchéquie, Slovénie et Croatie) avec ceux de pays déjà indépendants (Roumanie, Bulgarie et Hongrie) qui avaient un système économique semblable. L'ACTION NATIONALE - février 2008 Taux de croissance du PIB (en pourcentage) \u2019\t\t\t\t\t\t\t \t1991\t1992\t1993\t1994\t*995\t1996\tmoyenne* Slovaquie\t-14,6\t-6,2\t-4,I:\t4,8\t7^\t6,9\t-1,0 Tchéquie\t-14,0\t¦6,4\t-0,5\t2,6\t5,°\t4^\t-1,5 Slovénie\t-9,3\t-5,7\t1,0\t4,CI\t5,°\t3,5\t-0,2 Croatie\t-i5,i\t-12,8\t-3^\t1,8\t2,0\t5,0\t-3,7 Roumanie\t-12,9\t-13^\t1,3\t2,4\t7^\t4,I\t-2,0 Bulgarie\t-11,7\t-6,0\t-4^\t0,0\t3,°\t-9,0\t-4,6 Hongrie\t-7,7\t-4,3\t-2,3\t2,5\t-2,0\t-0,4\t-1,6 Source : De l\u2019économie planifiée à l\u2019économie de marché, rapport de la Banque mondiale, 1996, page 205, et L\u2019État du monde 1998, Montréal, Boréal, 1998.(Tableau reproduit dans Denis Monière, Guy Bouthillier, Pierre De Bellefeuille, « Les scénarios catastrophistes prennent l'eau » Le Devoir, 4 juillet 1998 » Ces données contredisent les thèses catastrophistes.La baisse du PIB observée les deux années précédentes et l\u2019année de l\u2019indépendance (1993) s\u2019explique d\u2019abord par le contexte de l\u2019économie mondiale qui, de 1991 à 1993, a connu une forte récession.Par ailleurs, tous les sept pays ont dû effectuer une transition d\u2019une économie socialiste à une économie de marché, facteur de reconversion qui ne jouera pas dans le cas du Québec.Pourtant, dans les années 1994 à 1996, la croissance annuelle des nouveaux pays indépendants a été remarquablement positive.Elle est même plus élevée que celle des pays déjà indépendants.La performance de la Slovaquie, dont on disait qu\u2019elle ne serait pas viable économiquement si elle devenait indépendante, est particulièrement impressionnante puisqu\u2019elle dépasse celle de la République tchèque et des cinq autres pays.Voilà un bel exemple à suivre pour le Québec. 19 L'ACTION NATIONALE - février 2008 En somme, même si le Québec ne pourra vraisemblablement bénéficier d\u2019événements externes ayant facilité la sécession des États membres comme ce fut le cas en URSS ou en Yougoslavie, les coûts de la séparation apparaissent tout aussi négligeables que cela fut le cas en Tchécoslovaquie où la séparation fut bénéfique aux deux parties, ou que cela serait le cas de « nations sans État » comme la Flandre ou l\u2019Écosse.Les coûts du fédéralisme À l\u2019opposé, les coûts du fédéralisme pour le Québec sont bien réels, probablement plus qu\u2019ailleurs dans le monde sauf dans les nations vivant dans des régimes autoritaires et dans certains pays du tiers monde.Des tendances lourdes comme le déséquilibre fiscal et l\u2019étranglement financier qui menacent le Québec, la centralisation à Ottawa et l\u2019uniformisation de l\u2019espace canadien et, finalement de la minorisation des Québécois et des francophones au sein du Canada, et bientôt même à Montréal, sont des facteurs qui se conjuguent pour conduire à une attrition du fait français au Québec et au Canada accompagnée d\u2019un affaiblissement du sentiment national et de l\u2019identité québécoise.En somme, de nation sans état, nous risquons de régresser au rang de minorité linguistique, réduite à lutter pour sa survivance au lieu de prendre la place qui nous revient dans le concert des nations.Les preuves de la minorisation des francophones au Canada, même au Québec ne sont plus à faire.Hors du Québec et du Nouveau-Brunswick, l\u2019attraction de la langue anglaise dans un continent nord-américain massivement anglophone est telle que près de la moitié des francophones d\u2019origine, hors du Québec et du Nouveau-Brunswick, ne parlent plus le français à la maison.Sans nier la valeur et la nécessité du combat des 20 L'ACTION NATIONALE - février 2008 francophones hors Québec, c\u2019est donc uniquement au Québec et dans certaines régions limitrophes du Nouveau-Brunswick et de l\u2019Ontario que le français a des chances de se maintenir.Dans une cinquantaine d\u2019années, plus de 90 % des francophones canadiens seront des résidents du Québec.Or même au Québec, rien n\u2019est acquis dans le régime fédéral actuel.À partir des données du recensement de 1996, une étude du démographe Marc Termote produite en 1999 pour le Conseil de la langue française étudie un grand nombre de scénarios permettant prédire l\u2019évolution du poids des francophones à Montréal.Dans 19 scénarios sur 20, les francophones deviendront minoritaires sur l\u2019île de Montréal d\u2019ici 50 ans.Dans 14 scénarios, le cap sera franchi d\u2019ici 30 ans et dans le scénario jugé le plus probable, dans 20 ans.Ce dernier scénario semble même optimiste si on extrapole la baisse de 1,7 % par périodes de 5 ans, constatée entre les recensements de 1991 et 1996.Cette extrapolation montre que c\u2019est en 2012 que la minorisation de l\u2019ensemble des francophones aurait lieu.Ceci est d\u2019autant plus significatif que ces chiffres tiennent compte des 15 % de francophones de l\u2019île de Montréal qui ne sont pas d\u2019origine canadienne-française.Un autre effet important de la diminution de la proportion des francophones au Canada est une réduction de leur influence au parlement fédéral.Le récent projet de loi du gouvernement Harper sur la représentation des provinces au parlement fédéral vient rendre illusoires les discours autonomistes d\u2019un Mario Dumont ou d\u2019un Jean Charest En vertu du principe de la « représentation selon la population », le Québec s\u2019était fait octroyer 65 députés sur un total de 181 au moment de la « Confédération » en 1867, soit 34,2 %.Au cours des 70 années suivantes, la création de nouvelles provinces a fait passer les effectifs des Communes à 245 sièges, mais la représentation québécoise, demeurée la même, 21 L'ACTION NATIONALE - février 2008 n\u2019en constituait plus que 26,5 %.Selon le nouveau mode de calcul introduit par le projet de loi C-56, peu après l\u2019élection québécoise de mars 2007, l\u2019ensemble de la députation augmentera de 308 à 330, essentiellement au profit de l\u2019Ontario, de la Colombie-Britannique et de l\u2019Alberta.La proportion d\u2019élus québécois baissera donc de 24,4 % à 22,7 %.Malgré la motion unanime de l\u2019Assemblée nationale et les protestations du Bloc québécois, le gouvernement Harper n\u2019a de toute évidence aucune intention de faire une quelconque exception au principe de la représentation selon la population pour maintenir le poids politique du Québec 6.Or pendant que le pouvoir francophone s\u2019effrite inéluctablement à Ottawa, l\u2019emprise du pouvoir fédéral augmente sur les affaires du Québec.Le pouvoir de dépenser du fédéral dans les champs de compétences du Québec est maintenant reconnu et accepté par toutes les autres provinces sauf le Québec.Lors d\u2019une récente conférence du Conseil de la fédération qui regroupe les premiers ministres des provinces, Jean Charest a tenté vainement de soulever cette question.« Les premiers ministres provinciaux réunis au Nouveau-Brunswick pour la rencontre du Conseil de la fédération ont accueilli avec froideur hier les velléités de Québec de discuter du pouvoir fédéral de dépenser, d\u2019une charte du fédéralisme et de la Constitution canadienne.Le sujet n\u2019est pas à l\u2019ordre du jour de la rencontre, ont-ils fait valoir, et ils n\u2019ont visiblement pas l\u2019intention de l\u2019y ajouter.»7 En fait cette question est réglée depuis l\u2019adoption de l\u2019accord sur l\u2019union sociale auquel toutes les provinces sauf le Québec ont souscrit et qui reconnaît le pouvoir d\u2019Ottawa de dépenser dans les champs de compétence des provinces, sans que celle-ci n\u2019ait un pouvoir de retrait avec compensation financière.6\tMichel David, « La loi du nombre », Le Devoir, 19 mai 2007.7\tHélène Buzetti, « Accueil glacial pour Charest.Le ROC ne veut pas parler du pouvoir fédéral de dépenser », Le Devoir, 9 août 2007 22 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Le déséquilibre fiscal continue à favoriser la centralisation et l\u2019uniformisation au Canada.« L\u2019excédent de 13,7 milliards $ pour l\u2019année 2006-2007 est en hausse de 1,7 milliards $ par rapport au surplus de l\u2019exercice budgétaire fédéral précédent et ce, malgré la réduction du taux de la TPS qui a retranché 3,3 milliards des revenus fédéraux.»8 À l\u2019opposé, comme le démontre l\u2019étude sur le budget d\u2019un Québec souverain, publiée par François Legault en mai 2005, « le Québec comme province ne pourra maintenir la qualité actuelle des services à la population.Deux raisons majeures contribuent aux difficultés financières du Québec : croissance insuffisante des transferts fédéraux ; croissance importante des coûts en santé.Le gouvernement du Québec n\u2019a aucune marge de manœuvre pour effectuer, entre autres, le rattrapage et le développement nécessaires en santé et en éducation.Les perspectives de revenus et de dépenses de la province de Québec laissent entrevoir des compressions ou un déficit accumulé de 3,3 milliards $ au cours des cinq prochaines années »9.Grâce à ses immenses surplus budgétaires le gouvernement fédéral est devenu de fait, « le » gouvernement montant au Canada, prenant de plus en plus la place des gouvernements provinciaux dont le Québec, même dans leurs domaines de juridiction exclusif selon la constitution canadienne, comme l\u2019éducation, la santé, les affaires municipales.Cela signifie que le gouvernement du Québec, sur la défensive, est de plus en plus impuissant à répondre aux besoins de ses citoyens.Dans chacun de nos projets collectifs, nous nous faisons dire de plus en plus que la solution est à Ottawa.Parfois, celui-ci répondra positivement, parfois, le plus 8\tGérard Bérubé, « Un surplus fédéral de 13,7 milliards.», Le Devoir 26-27 mai 2007 9\tFrançois Legault, « Finances d\u2019un Québec souverain - Résumé », Mai 2005, p.8 et 9 23 L'ACTION NATIONALE - février 2008 souvent les intérêts de l\u2019Ontario ou de l\u2019ouest prévaudront.Dans tous les cas, les services fédéraux seront de plus en plus en plus uniformes d\u2019un océan à l\u2019autres puisque telle est l\u2019approche de bureaucrates fédéraux, sans que l\u2019on tienne compte des choix de société que les Québécois pourraient vouloir faire par eux-mêmes.Les bénéfices de l\u2019indépendance Les bénéfices de l\u2019indépendance résultent de la capacité que nous donneront la pleine maîtrise de nos budgets, de nos lois et de nos relations internationales, grâce auxquels le Québec pourra résoudre ses problèmes pressants de société et lancer de nouveaux chantiers, de nouveaux projets.En résumé : \u2022\tUn Québec indépendant sera un État unilingue français.En conséquence la capacité de parler français deviendra un avantage compétitif pour obtenir de l\u2019emploi, pour travailler, se divertir et participer à la vie de la nation sur tous les plans.L\u2019indépendance du Québec, consolidera définitivement la langue française comme facteur d\u2019intégration et de promotion pour tous les Québécois, quelle que soit leur origine.\u2022\tL\u2019indépendance est la seule façon de mettre définitivement fin au déséquilibre fiscal en cessant d\u2019envoyer nos impôts et de payer des taxes au gouvernement fédéral.Ces gains financiers permettront au gouvernement du Québec de maintenir la qualité actuelle des services à la population et de dégager une marge de manœuvre de 13,8 milliards $ qui pourra être utilisée notamment en éducation et en santé.\u2022\tNous sommes face à un monde nouveau qui nécessite de nouvelles sources énergétiques renouvelables, un chan- 24 L'ACTION NATIONALE - février 2008 gement de cap, de nouvelles façons de produire et de consommer, un développement économique durable et solidaire.Un monde qui exigera aussi d\u2019énormes investissements dont le Québec aurait davantage les moyens s\u2019il était un pays complet.Plusieurs mesures globales pour lutter efficacement contre la pauvreté et la précarité ont été proposées depuis des décennies : revenu minimum garanti, revenu de citoyenneté, allocation universelle.Ces propositions se heurtent à l\u2019incohérence des politiques et mesures d\u2019aide sociale, une trentaine actuellement réparties les deux paliers gouvernements.L\u2019indépendance permettrait de regrouper ces mesures de façon cohérente et de les coordonner avec les politiques fiscales pour éliminer les écarts croissants entre riches et pauvres dans la société.Le rapatriement de l\u2019ensemble de nos budgets et de nos capacités législatives au Québec permettra de décentraliser des responsabilités et des budgets vers les régions, favorisant la vie démocratique et un développement régional autocentré.La mondialisation en marche met en évidence la nécessité, voire l\u2019urgence, d\u2019une participation directe à la société internationale.Personne ne pourra y défendre nos intérêts économiques, notre vision sociale ou environnementale mieux que nous-mêmes. 25 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Fédéralisme\tIndépendance î Minorisation î Déséquilibre fiscal î Centralisation î Uniformisation\t$ Instabilité économique $ Partition du territoire $ Obstacles juridiques $ Sécurité économique\tî Langue française et $ Promotion du\tidentité nationale français\tî Réinvestissement $ Rayonnement\téducation/santé international\tî Ressources de développement durable î Lutte à la pauvreté et à la précarité î Renforcement des régions î Participation internationale Tels que résumé dans le tableau précédent, les facteurs favorisant la sécession du Québec sont très majoritairement favorables.Les coûts du fédéralisme deviennent de plus en plus menaçants alors que les anciens bénéfices de l\u2019intégration au Canada s\u2019estompent dans le nouveau contexte international qui favorise les associations entre États souverains.Les coûts de la sécession perdent de leur crédibilité, mais l\u2019indépendance devient de plus en plus nécessaire à plusieurs titres.D\u2019abord pour s\u2019assurer que la personnalité linguistique et culturelle du Québec, que notre identité nationale cesse d\u2019être menacée et au contraire devienne un force d\u2019intégration.Cet objectif est encore plus vital maintenant que le vieillissement de la population nous amène à compter davantage sur l\u2019immigration internationale pour 26 L'ACTION NATIONALE - février 2008 assurer notre développement.Ensuite, il est urgent que l\u2019État québécois récupère ses ressources budgétaires complètes pour financer ses services vitaux en santé, en éducation, en solidarité sociale, en développement des régions.Il est également pressant de relever le défi du développement durable et de mettre en chantier un vaste projet de substitution du pétrole et de réduction des gaz à effet de serre, pour protéger notre partie de la planète.Enfin, pour toutes ces raisons et d\u2019autres, nous devons, comme les autres nations, participer directement aux organismes internationaux pour aider à instaurer une autre mondialisation et favoriser une nouvelle solidarité internationale.?Le peuple québécois se trouve, en ce début de 2008, à la croisée des chemins.Lorsqu\u2019on regarde tous les aspects de notre vie collective, on doit reconnaître que l\u2019indépendance nationale est plus urgente que jamais.Le régime politique actuel nous minorise, nous paralyse, nous enferme dans une dépendance à l\u2019égard d\u2019une autre nation qui est engagée dans la construction d\u2019un pays à son image.Par ailleurs, lorsqu\u2019on compare la démarche du Québec à celle de la plupart des peuples autrefois annexés à d\u2019autres États, mais qui ont acquis leur indépendance nationale, ou celle d\u2019autres peuples qui cherchent à y parvenir, on constate une situation objective plus favorable à l\u2019indépendance du Québec qu\u2019ailleurs.Les bénéfices de l\u2019indépendance et les coûts du fédéralisme augmentent, pendant que ses avantages diminuent, de même que les coûts de l\u2019indépendance.Les « conditions gagnantes » sont donc objectivement réunies.Reste à franchir le mur de la perception qui empêche d\u2019en prendre pleinement conscience pour qu\u2019en découle cette indispensable volonté collective majoritaire. 27 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Le chemin qu\u2019il nous reste à franchir est d\u2019abord et avant tout psychologique.D\u2019un côté la peur de l\u2019échec, les mythes bien entretenus, les jeux d\u2019image dans les média, la peur de nous affirmer collectivement.De l\u2019autre, nos réalisation passées, nos défis collectifs à relever, l\u2019urgence de prendre en main nos affaires, notre volonté à témoigner de nous-mêmes devant l\u2019histoire et devant les autres nations.C\u2019est ce mur psychologique qu\u2019il nous incombe, nous souverainistes, de contribuer à abattre ! ? ARTICLES Majella Simard* 2007: UNE ANNÉE DE STABILITÉ POUR LE DÉVELOPPEMENT DE L\u2019EST-DU-QUÉBEC À l\u2019instar des autres régions périphériques du Québec, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie se distinguent par des carences structurelles profondes qui handicapent les actions menées par les différents leaders locaux dans leurs efforts vers le développement régional.Chômage chronique, épuisement de certaines ressources, faiblesse de l\u2019infrastructure de services et des niveaux de revenu, éloignement par rapport aux grands centres, concurrence des pays asiatiques, fluctuations du dollar canadien sont autant de facteurs sur lesquels les intervenants régionaux ont peu d\u2019emprise.Depuis quelques années, la diversification de l\u2019économie est devenue un fait bien réel dans la grande région de l\u2019Est-du-Québec.Par ailleurs, force est de reconnaître que ses effets se manifestent de façon très inégale au sein du territoire dont les villes restent les principales bénéficiaires.Telle est la principale constatation qui se dégage de cet article où nous dresserons, dans ses grandes lignes, le bilan socioéconomique du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie pour l\u2019année 2007.* Professeur au département d\u2019histoire et de géographie, Université de Moncton 29 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Le développement inégal du Bas-Saint-Laurent Au cours de la dernière année, la croissance économique, selon les données de l\u2019enquête sur la population active de Statistique Canada, est demeurée stable au Bas-Saint-Laurent.En fait, la région s\u2019est enrichie, durant les deux premiers trimestres, de seulement nouveaux 800 emplois ce qui a entraîné une légère diminution (-0,2 %) du taux de chômage.La stabilité s\u2019est également reflétée au niveau de la démographie.De fait, les premiers chiffres du recensement de 2006 indiquent une perte de 68 individus par rapport à 2001.Par ailleurs, l\u2019évolution démographique du Bas-Saint-Laurent diffère considérablement d\u2019une localité à l\u2019autre.Ainsi, les milieux ruraux situés près des villes se sont distingués par des augmentations substantielles de leurs effectifs prolongeant ainsi le processus de périurbanisation entamé à la fin des années 1970.S\u2019il est indéniable que l\u2019économie du Bas-Saint-Laurent tend à se diversifier, cette diversification semble toutefois s\u2019effectuer dans le sens de l\u2019accentuation des disparités régionales.En effet, ce sont les villes qui ont été davantage favorisées par cette dynamique au détriment des milieux ruraux, si bien qu\u2019il nous apparaît plus approprié de caractériser ce phénomène de croissance plutôt que de développement.À ce chapitre, Rivière-du-Loup s\u2019est encore une fois démarquée et ce, à plus d\u2019un titre.Sa performance exceptionnelle, qui s\u2019est traduite par la création de 2 000 emplois depuis 7 ans, lui a notamment valu le titre de première ville entrepreneuriale au Québec.À Matane, la croissance économique s\u2019est également effectuée sous le signe de la stabilité.Depuis l\u2019implantation de Marmen en 2005, Matane fait figure de proue dans le domaine de l\u2019éolien au Québec, mais aussi dans celui du 30 L'ACTION NATIONALE - février 2008 diamant responsable de la création de 20 nouveaux emplois au cours de la dernière année.Le plan de rationalisation de 2M$ proposé par les travailleurs de la Smurfit-Stone a permis de sauver l\u2019un des principaux employeurs de la MRC.Néanmoins, avec la fermeture de l\u2019entreprise de couture Vêtements B.D, Matane a aussi connu son lot de difficultés.En outre, ses efforts de diversification ne semblent pas suffisants pour retenir sa population en baisse de 1,4 % par rapport à 2001.Au surplus, cette MRC maintient un solde migratoire négatif depuis les 11 dernières années.À Rimouski, un vaste chantier de travail a été mis en place afin de consolider et de diversifier l\u2019économie locale.Sa mise en œuvre représente des investissements de 26M$, soit 40 % du plan triennal d\u2019immobilisations.À l\u2019instar de ce que nous avons pu observer pour l\u2019ensemble de la région, le secteur de la construction a particulièrement été dynamique au sein de cette ville dont les répercussions se sont manifestées sur plusieurs autres branches de l\u2019activité économique.Certaines petites villes industrielles, comme La Pocatière ou Amqui, ont réussi à tirer leur épingle du jeu alors que d\u2019autres comme Causapscal et Pohénégamook ont connu des jours plus sombres en raison d\u2019une économie essentiellement tournée vers l\u2019exploitation de la matière ligneuse.Par exemple, le projet d\u2019agrandissement de l\u2019usine Natrel, à Amqui, a eu l\u2019effet d\u2019un baume dans la MRC de la Matapédia particulièrement éprouvée par la crise qui secoue l\u2019industrie forestière.En ce domaine, pratiquement toutes les entreprises du Bas-Saint-Laurent ont été frappées de plein fouet par la force du dollar canadien, la concurrence des pays émergents et les difficultés liées au conflit du bois d\u2019œuvre avec les États-Unis.Dans la Mitis, plus d\u2019une centaine de travailleurs ont perdu leur emploi suite à la décision de Bowater de fermer sa scierie de Price pour une durée 31 L'ACTION NATIONALE - février 2008 indéterminée.La MRC est d\u2019ailleurs intervenue auprès du ministère des Affaires municipales afin qu\u2019elle puisse bénéficier du soutien financier réservé aux villes monoindustrielles.Certaines entreprises, comme Bardeaux Lajoie de St-Eusèbe, Bois BSL de Mont-Joli, les Boiseries Rousseau de Métis-sur-Mer ou Multi-Bois de St-Vianney, tentent tant bien que mal de diversifier leurs activités, mais les effets tardent à se faire sentir.En dépit de problèmes structurels majeurs, la MRC de La Matapédia fait preuve d\u2019un leadership exceptionnel en misant sur l\u2019économie sociale et le développement communautaire pour assurer son avenir.La filière éolienne est particulièrement concernée par cette forme de développement dont les enseignements se font ressentir aux quatre coins de la province.Par ailleurs, malgré la bonne volonté des acteurs locaux et régionaux, force est de reconnaître que ces deux avenues peuvent difficilement inverser les tendances lourdes de l\u2019économie dominante dont les répercussions sont devenues extrêmement inquiétantes pour de nombreuses localités situées en marge de l\u2019écoumène.Nous pensons, plus spécifiquement, à des municipalités comme St-Guy, St-Alexandre-des-Lacs, Esprit-Saint et St-Médard dont les effectifs démographiques ont diminué de plus de 10 % au cours de la dernière période quinquennale.Bien que moins importantes, les pertes ont aussi affecté quelque 77 autres localités de la région majoritairement des milieux ruraux.Ces pertes sont lourdes de conséquences sur le maintien de certains services de proximité, notamment l\u2019école du village, dont la survie ne tient qu\u2019à un fil à Albertville, Grosses-Roches, Ste-Irène, Lac-Humqui et St-Jean-de-Cherbourg autant de milieux fortement enclins au dépeuplement.Même des localités moins fragiles, telles que St-Cyprien, ont été éprouvées par la suppression de certains services notamment dans le domaine de la santé et des services sociaux. 32 L'ACTION NATIONALE - février 2008 De son côté, le Témiscouata table sur les volets culturel et environnemental afin de donner un second souffle à son économie.Des mesures de diversification ont également été élaborées afin de favoriser le développement durable de la forêt.Dans la MRC des Basques, les élus locaux et régionaux lançaient, en juin dernier, un cri d\u2019alarme aux gouvernements centraux afin d\u2019obtenir un soutien financier dans le but de concevoir un plan de relance économique s\u2019articulant autour de l\u2019agroalimentaire, de la forêt et du tourisme.Le développement difficile de la Gaspésie Avec un taux d\u2019activité d\u2019à peine 54,8 % au deuxième trimestre de 2007, la Gaspésie est toujours aux prises avec de profonds malaises socio-économiques.Néanmoins, à l\u2019instar de l\u2019ensemble de la province, la région a profité d\u2019une période d\u2019embellie qui s\u2019est manifestée par une diminution appréciable (-342) du nombre de prestataires de l\u2019assurance-emploi.Au plan démographique, les données du dernier recensement de Statistique Canada révèlent que seulement 11 localités, essentiellement situées dans la MRC d\u2019Avignon, ont enregistré une augmentation de leur population entre 2001 et 2006.Fait plutôt inquiétant, Carleton-sur-Mer est la seule ville de la Gaspésie dont les effectifs se sont accrus au cours de cette période quinquennale.Principal pilier de l\u2019économie régionale, la mise en valeur des ressources est demeurée assujettie aux soubresauts de la conjoncture nationale et internationale.Comme partout ailleurs au Québec, la crise du bois d\u2019œuvre a eu des impacts négatifs sur la santé économique de plusieurs localités et ce, tant en milieu rural qu\u2019urbain.Moins d\u2019un an après son ouverture, le Groupe GDS confirmait en début d\u2019année qu\u2019il n\u2019était plus en mesure de donner suite à la réouverture du cen- 33 L'ACTION NATIONALE - février 2008 tre de valorisation du bois à Gaspé.En outre, des fermetures temporaires ont forcé l\u2019arrêt des activités de plusieurs scieries dont notamment celles de Marsoui, de La Martre, de Nouvelle et de St-Elzéar.L\u2019industrie de la pêche, particulièrement mal menée depuis les 15 dernières années, souffre toujours d\u2019un manque criant de relève et d\u2019un épuisement de la ressource.De plus, après avoir composé avec deux moratoires sur la morue, les pêcheurs et les travailleurs d\u2019usine ont dû affronter la surabondance de la crevette sur les marchés en raison de la forte concurrence asiatique.Au surplus, des conflits de travail, conjugué à l\u2019incendie de l\u2019usine Madelipêche aux Îles-de-la-Madeleine, ont porté un dur coup à l\u2019économie gaspésienne.Les ministères des Affaires municipales, du Développement économique et de l\u2019Agriculture ont uni leurs efforts afin de soutenir les projets de diversification et de développement de la Gaspésie en général et des Iles-de-la-Madeleine en particulier.Développement économique Canada a également investi près d\u2019un million de dollars pour la réalisation de projets de recherche notamment dans le domaine de l\u2019aquaculture.Par ailleurs, des investissements considérables ont été injectés dans les secteurs de l\u2019exploration et de la prospection minière ce qui représente une mince consolation à ce tableau plutôt sombre.En ce qui concerne les autres sphères d\u2019activité, la ville de Paspébiac a perdu son seul dentiste.Spécialisée dans l\u2019assemblage des appareils de loterie, la compagnie Spielo Gaming International, établie à Ste-Anne-des-Monts depuis 1994, a fermé ses portes à la suite de la mise en place d\u2019un vaste processus de restructuration.Propriété d\u2019Énergie PGE, l\u2019usine de petites éoliennes de Chandler a également cessé ses opérations au courant de l\u2019année.Mais tout n\u2019est pas noir pour la Gaspésie.Ainsi, avons-nous assisté à la « résurrection » de Murdochville.Ce regain de dynamisme est notamment attribuable au développement 34 L'ACTION NATIONALE - février 2008 éolien ainsi qu\u2019à l\u2019aide apportée par les diverses instances gouvernementales afin de diversifier son économie.À l\u2019autre bout de la péninsule, la firme de construction DJL a investit i5M$ dans l\u2019aménagement d\u2019équipements au port de Gaspé et dans l\u2019agrandissement de sa carrière.La filière éolienne, qui génère pas moins de 650 emplois en Gaspésie, a aussi profité à la ville de Gaspé qui pourrait accueillir une nouvelle entreprise spécialisée dans la conception de pales et de nacelles.La construction des 67 éoliennes, dans le parc d\u2019Anse-à-Valleau, a continué à battre son plein.Les retombées économiques liées à ce projet sont estimées à i8oM$.À Ste-Anne-des-Monts, la création d\u2019un centre de service à la clientèle pour le Régime québécois d\u2019assurance parentale procure maintenant du travail à une trentaine de personnes permettant ainsi de compenser les emplois qui ont été perdus dans le domaine de l\u2019électronique.Avec la ville de Chandler, Ste-Anne-des-Monts est aussi dans la mire de l\u2019entreprise AAER Systems qui désire y implanter une usine de fabrication d\u2019éoliennes.La diversification de l\u2019offre touristique a aussi fait l\u2019objet d\u2019initiatives fort intéressantes.Des projets majeurs sont notamment sur la table à Mont-Saint-Pierre, Percé et Gaspé.Il s\u2019agit respectivement de la mise en œuvre du concept de village-parc, de l\u2019aménagement d\u2019un parc récréotouristique et de l\u2019établissement d\u2019une escale destinée aux navires de croisière.De nouvelles entreprises ont également pris part au marché de l\u2019exportation contribuant ainsi à l\u2019accroissement du PIB régional.Dans un tout autre registre, la saga entourant l\u2019usine Gaspésia n\u2019est peut-être pas terminée puisque la Société de développement économique de Chandler a reçu deux propositions pour relancer la production de pâte thermomécanique.À Caplan, le centre d\u2019appel de la CSST a accru son personnel et prévoit même doubler ses effectifs d\u2019ici 2008.Enfin, la construction d\u2019un centre de congrès à vocation régionale devrait débuter en mars prochain à Carleton. 35 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Conclusion En somme, bien que la santé socio-économique du Bas-Saint-Laurent ait été marquée du sceau de la stabilité au cours de la dernière année, le développement régional s\u2019est effectué en suivant les mêmes tendances de fond que celles que nous observons depuis plus de 40 ans.Les trois principales villes poursuivent, à des rythmes différents, leur croissance alors que les milieux ruraux qui en sont éloignés sont, au contraire, sujets à la décroissance, d\u2019où l\u2019importance de renforcer, voire d\u2019élaborer des programmes ambitieux visant à atténuer les disparités territoriales.En ce qui concerne plus particulièrement la Gaspésie, diverses initiatives ont émergé çà et là sur tout le territoire afin de relancer l\u2019économie et la démographie régionales.Elles émanent pratiquement de tous les secteurs d\u2019activité : l\u2019éolien, l\u2019agroalimentaire, les pêches, en passant par la culture et le tourisme.À cet égard, la Politique nationale de la ruralité via la signature des pactes ruraux semble être un excellent catalyseur afin d\u2019appuyer la Gaspésie dans sa marche vers le développement.Celui-ci représente, par ailleurs, un défi de taille en raison des nombreuses forces déstructurantes auxquelles la région est soumise.Son éloignement par rapport aux grands centres urbains, la dispersion et le vieillissement de sa population, la faiblesse des niveaux de revenus, le sous-emploi, l\u2019insuffisance de services et le dépeuplement sont autant de difficultés qui annihilent les retombées associées aux diverses interventions de développement local et régional.Par conséquent, la contribution financière des différents paliers gouvernementaux est d\u2019une importance capitale pour favoriser non seulement le développement économique de la région, mais aussi l\u2019amélioration de la qualité de vie de ceux et de celles qui y vivent.? ARTICLES Lucien Cimon EFFACER POUR CONTRÔLER Il est heureux qu\u2019au Québec, nous assistions depuis quelques mois à l\u2019élaboration d\u2019un discours sur la nécessité, pour une nation qui veut maintenir sa cohésion et sa capacité de progrès, de protéger, de renforcer et d\u2019affirmer clairement son identité.J\u2019ai pensé qu\u2019il pouvait être utile d\u2019y apporter ma modeste contribution, car, si ces propos trouvent une place dans les débats publics depuis les secousses qui ont donné naissance à la commission Bouchard-Taylor et depuis la publication de l\u2019essai de Mathieu Bock-Côté, La Dénationalisation tranquille, l\u2019audience qu\u2019ils reçoivent et la diffusion qu\u2019on en fait ne déborde pas beaucoup les cercles restreints des organismes qui sont, par leur nature, intéressés par la question nationale.Ils sont loin, en tout cas de compenser les plaidoyers des soi-disant progressistes en faveur d\u2019un nationalisme civique aseptique, méfiants à l\u2019égard de toute référence à une histoire collective, beaucoup mieux adaptés à la rectitude politique ambiante, qui sert si bien les desseins de ceux qui sont prêts à tout mettre en œuvre pour contrer le projet de libération du peuple québécois.Une autre inquiétude qui me pousse à intervenir, c\u2019est la tournure que semble prendre la discussion à l\u2019intérieur même de ces cercles : on assiste à une bipolarisation des intervenants, la faction conservatrice caricaturant les thèses des progressistes qui rétorquent en rétrécissant de façon 37 L'ACTION NATIONALE - février 2008 injuste celles de ceux qu\u2019on définit comme conservateurs.On peut trouver là des raisons de craindre que ces attitudes n\u2019entraînent d\u2019autres scissions à l\u2019intérieur des forces souverainistes au lieu de chercher, dans ces positions, en apparence contradictoires, des facettes différentes d\u2019un problème complexe et des perspectives à explorer pour le résoudre.Pour résumer en une image, je crois qu\u2019il faut réconcilier Bock-Côté et Dubuc (Pierre, bien évidemment !) parce qu\u2019ils sont à l\u2019image des forces qu\u2019il faudra conjuguer pour réaliser la nécessaire souveraineté du Québec, un objectif au moins aussi noble que celui de dénaturer la pensée de l\u2019autre pour paraître avoir raison.Il m\u2019apparaît aussi utile de montrer qu\u2019en plus des affrontements entre les idéologies et les classes sociales, les problèmes soulevés ont des répercussions qui remuent jusqu\u2019aux fondements de nos sociétés.Au lieu d\u2019exacerber les motifs de division, il faut identifier les principaux obstacles qui minent nos capacités de faire corps et de progresser vers l\u2019atteinte de cet objectif commun et s\u2019acharner à les éliminer.La soif de liberté peut motiver tout autant ceux qui sont animés par une foi conservatrice et les plus ardents défenseurs de la démocratie à tendance socialiste.À mon sens, les thèses de Dubuc et de Bock-Côté ont pointé du doigt deux entraves majeures qui neutralisent nos efforts.La première, c\u2019est le multiculturalisme qu\u2019on a su nous imposer comme le modèle absolu d\u2019ouverture, de générosité et de modernité progressiste.Cette conception, on nous l\u2019a fait intérioriser à force de matraquage propagandiste au point de rendre coupable de xénophobie ou de racisme obscurantistes quiconque oserait critiquer ce dogme.Intoxiqués par les discours prophylactiques des faiseurs d\u2019opinion et de certains de nos leaders politiques, nous n\u2019avons jamais osé penser que le multiculturalisme, sous des dehors généreux, est un luxe que seuls peuvent se payer les groupes très largement majoritaires, assurés qu\u2019ils 38 L'ACTION NATIONALE - février 2008 sont que leur poids, à moyen terme, aura raison de ces particularismes pittoresques et décoratifs.Pour le petit peuple francophone, isolé dans un ensemble aussi imposant que l\u2019Amérique anglo-saxonne, il devient un cheval de Troie qui va irrémédiablement le déstructurer de l\u2019intérieur en favorisant le cloisonnement des différentes composantes sociales.Ceci aura comme conséquence inévitable d\u2019affaiblir sa cohésion et son identité et, par là, sa capacité d\u2019intégration des immigrants et son aptitude à présenter un front uni contre les menaces d\u2019appauvrissement et d\u2019uniformisation que le courant de mondialisation a décuplées.Ce modèle, une fois installé, impose un schéma qui va déterminer la place et l\u2019influence des groupes constitutifs de la nation et l\u2019immobiliser : classe contre classe, sexe contre sexe, secte contre secte, génération contre génération, etc.Une multitude de luttes où se consument les énergies qui pourraient servir à la construction du pays souhaité.La deuxième entrave que cette recherche de bonne conscience nous a placé aux pieds, c\u2019est l\u2019état d\u2019amnésie collective dans lequel nous avons accepté de nous installer en nous laissant priver des nécessaires contacts intimes et suivis avec notre histoire.On nous aura même appris à considérer ce recours à la mémoire comme une tare qui se retrouve seulement chez les esprits d\u2019un conservatisme attardé, refermés sur eux mêmes et xénophobes.Ceux qui nous ont imposé ce régime de dépossession de nous-mêmes auront compris que la mémoire est la faculté qui peut donner unité et sens à la masse d\u2019événements disparates qui composent la vie d\u2019une nation et que seules les synthèses qu\u2019elle alimente permettent de construire un sujet collectif doté d\u2019une identité.Beaucoup de ces collectivités enracinées ont cherché, au cours du dernier siècle, à se donner un pays qu\u2019elles peuvent contrôler et ces nations réalisent aujourd\u2019hui que c\u2019est un des meilleurs outils permettant de faire obstacle au libéra- 39 L'ACTION NATIONALE - février 2008 lisme débridé qui ravage le monde actuellement.C\u2019est aussi ce qui peut l\u2019empêcher de dépouiller les états démocratiques de leurs pouvoirs et de leur souveraineté pour les accorder aux transnationales et de laisser alors celles-ci libres de disposer à leur guise et à leur profit des ressources humaines et matérielles de la planète.Quand les bons sentiments remplacent la conscience sociale, quand le « je » de chacun devient le centre du monde, quand l\u2019instant présent constitue le seul point de référence pour orienter son action, il ne faut pas se surprendre que l\u2019histoire du passé collectif que l\u2019on réécrit pour s\u2019en servir comme repoussoir devienne ce placard abstrait où l\u2019on pourra ranger toutes les folies et tous les crimes, tous les motifs de honte.Quand on veut détruire à la racine les prises qu\u2019un groupe humain peut avoir pour orienter son devenir, quand on veut continuer de le faire servir à son confort, il faut s\u2019attendre à voir diaboliser la « nation », en la présentant comme ce grand ensemble anonyme, source de toutes les turpitudes et de toutes les atrocités.On fabriquera s\u2019il le faut une version de l\u2019histoire apte à le prouver.On aura créé une société qui se résume à une collection d\u2019individus et de groupes d\u2019intérêts isolés, beaucoup plus faciles à manipuler et à exploiter.Où trouver dans ces conditions les moyens d\u2019échafauder de projets collectifs à long terme comme celui de construire un pays ?L\u2019individualisme, c\u2019est l\u2019arme de destruction massive que les puissances marchandes gardent pointée contre toutes les formes de solidarité des groupes organisés et de la nation, seules forces capables d\u2019engager des actions efficaces contre l\u2019absolutisme du commerce, serviteur indéfectible de quelques grandes fortunes, responsable de l\u2019état déplorable de notre monde.Pour éviter les écarts dommageables à cet ordre des choses, seul l\u2019instant doit compter, un instant qu\u2019il 40 L'ACTION NATIONALE - février 2008 faut rendre confortable en fournissant à la clientèle tous les produits soporifiques qui vont lui faire oublier la tristesse de sa vacuité, en lui procurant juste assez de ressources pour qu\u2019un nombre suffisant de « privilégiés » puisse se les procurer, histoire de faire rouler la machine et de faire saliver le reste de la foule qui constituera une clientèle de réserve et un réservoir d\u2019esclaves de remplacement.Les chartes qui subordonnent les droits collectifs à ceux des individus détruisent un équilibre essentiel et bouleversent profondément le tissu social ; elles entraînent la judiciarisation des rapports entre les citoyens qui en viennent à considérer leurs voisins comme des envahisseurs en puissance de leur tranquillité ou comme une source potentielle de revenus.Peu à peu le discours collectif devient une sotte addition de tous les corporatismes, des communautarismes et des revendications individuelles les plus hétéroclites et contradictoires.C\u2019est ainsi que le corps politique s\u2019effrite en même temps que l\u2019importance et l\u2019autorité des États démocratiques sous l\u2019impulsion et au profit des intérêts marchands qui auront su réduire à l\u2019esclavage les médias de communication, tous nourris au râtelier des commandites, qu\u2019ils auront contraints de diffuser principalement des divertissements futiles ou des idées toutes faites pour satisfaire les tendances les plus antinomiques dont la somme des affrontements confine tous les groupes à l\u2019immobilisme béat, meilleure assise du statu quo.Le Parlement, où devrait se dessiner les lignes de conduite de la nation, devient - c\u2019est du moins l\u2019image que nous en donnent les médias - une sorte de salle de spectacles où des acteurs plus ou moins habiles s\u2019affrontent à coup de discours vides et de sarcasmes au lieu de travailler à définir des projets collectifs qui s\u2019inscrivent dans une vision politique cohérente.L\u2019État, réduit à l\u2019impuissance, devient 41 L'ACTION NATIONALE - février 2008 le bouc émissaire de toutes les carences de la vie sociale et de toutes les insatisfactions.La table est mise pour que l\u2019entreprise privée s\u2019impose comme le modèle d\u2019efficacité que nous devons continuer d\u2019engraisser pour pallier l\u2019inertie à laquelle l\u2019État est contraint en raison de l\u2019appauvrissement des moyens qui lui sont octroyés et de la piètre qualité des politiciens que le cynisme ambiant n\u2019a pas encore rebuté ou qui sont placés là par les puissances économiques pour faciliter la vassalisation des ressources collectives aux intérêts qu\u2019ils représentent.Une société que l\u2019on a réussi à rendre coupable d\u2019avoir une conscience historique au point de la mépriser et de la rejeter se prive de l\u2019outil essentiel qui lui servirait à bâtir des projets capables d\u2019assurer sa cohérence, sa cohésion et sa capacité de s\u2019engager dans la continuité vers un avenir où elle puisse apporter une contribution originale aux autres communautés en raison de l\u2019aventure historique particulière où elle s\u2019enracine.Une société qui renonce à sa continuité historique ampute l\u2019humanité d\u2019une possibilité d\u2019expression de sa diversité ; elle se standardise.Un Québec qui s\u2019assimile à l\u2019ensemble Canadian n\u2019est pas promu à la canadienneté, il est amputé de la richesse supplémentaire dont il était porteur.Ceux qui ont conçu la charte canadienne de 1982, dont l\u2019une des assises est le multiculturalisme, avec l\u2019idée d\u2019en faire un outil d\u2019assimilation de la nation québécoise n\u2019ont pas envisagé tous les usages de l\u2019instrument qu\u2019ils créaient.Leur but était de renforcer l\u2019unité du Canada et d\u2019en faciliter la gouverne.Ils ne cherchaient probablement pas à rendre plus facile la domination d\u2019un libéralisme sauvage.Ils ne devaient pas savoir non plus qu\u2019à long terme, la fragmentation de la société qu\u2019il provoquerait entraînerait, dans le reste du Canada aussi, des perturbations sociétales similaires à celles qu\u2019on observe depuis quelques années dans plu- 42 L'ACTION NATIONALE - février 2008 sieurs pays d\u2019Europe.Le quart de siècle de recul que nous avons nous permet de constater que ce mécanisme de désagrégation s\u2019agence merveilleusement bien dans la grande mécanique mise en place par les puissances marchandes pour exercer une mainmise sur les consciences, les communautés humaines et les ressources de notre vieille terre.Nous savons aussi que ce n\u2019est pas sur les faiseurs d\u2019opinion universalistes-progressistes-modernistes de la gauche-caviar qui confondent souvent show-business et culture que nous pourrons compter pour valoriser les moyens de protéger et raffermir la nécessaire solidarité de notre peuple.La pérennité de notre peuple dont l\u2019âme est la langue française repose sur le renforcement de notre identité et sur la vitalité de la culture qui l\u2019exprime ; elle dépend aussi de notre capacité de décider par nous-mêmes à quelles fins utiliser les richesses qui nous appartiennent.Elle est enfin tributaire de notre capacité de résister au chant des sirènes du mondialisme qui se présente comme la seule forme de la modernité et de l\u2019ouverture aux autres.C\u2019est pourquoi il est si important que ceux qui sont conscients des ravages que ces doctrines entraînent dans les rapports entre les hommes et, de façon plus globale, à l\u2019environnement planétaire, unissent leurs forces pour conscientiser leurs concitoyens au lieu de gaspiller leur précieuse énergie en vaniteuses querelles.Nous n\u2019aurons pas trop de nos deux mains, la gauche et la droite, pour abattre la besogne qu\u2019il reste à faire pour finir de construire le pays dont nous avons tant besoin pour devenir ce que nous sommes.Le Bic, janvier 2008 ARTICLES Richard Weilbrenner LE GRAFFITI L\u2019étau se resserre.Depuis l\u2019affaire des commandites, les règles d\u2019engagement demeurent équivoques, mais les intentions sont claires.Tout indique, en effet, que les solennités du quatrième centenaire du premier établissement français en Amérique du Nord seront le théâtre d\u2019une flibuste de grande envergure qui battra pavillon sur plus de 500 mètres carrés.La stratégie consistera à affirmer la personnalité « provinciale » du Québec au sein d\u2019un Canada qui du même coup voudra se montrer ouvert, tolérant et uni.Déjà, il se trame de grandes manœuvres.La contre-offensive lancée après la quasi-déroute fédéraliste au référendum de 1995 ne donne aucun signe d\u2019essoufflement.Le Canada ne reculera devant rien.Il se fera brave et courageux, même devant l\u2019effronterie, même devant l\u2019indécence, quitte à pervertir le sens de l\u2019histoire.Le Canada ne lésinera pas sur les procédés.Sa visibilité fera de l\u2019ombre aux chaînes de malbouffe.On savait qu\u2019il était capable de tout.La manifestation fomentée en quelques heures à la veille du référendum avait mis au jour l\u2019ampleur des moyens qu\u2019il n\u2019hésiterait pas à prendre pour casser l\u2019élan vers la souveraineté qui se profilait à l\u2019horizon.L\u2019opération serait illégale, elle violerait les principes démocratiques et équivaudrait à un acte de guerre d\u2019intimidation, mais l\u2019heure était grave.Il fallait sauver le Canada. 44 L'ACTION NATIONALE - février 2008 « I knew we had to do something », a avoué fièrement Brian Tobin, alors premier ministre de Terre-Neuve.Pour ce seul motif, la victoire du NON restera à jamais suspecte.En tout cas, elle n\u2019aura pas été remportée dans l\u2019honneur.La preuve à cet égard est accablante.Pour autant, le Canada voudra en 2008 se poser comme le pays de rêve que bien des Canadiens et des Québécois prennent encore pour la réalité.Certes, le Canada est un pays riche et moderne, et il fait l\u2019envie des ressortissants de nombreuses contrées ravagées par le manque de ressources, la famine, ou les conflits meurtriers.Mais le Canada est aussi ce pays où les inégalités, les disparités et les sourdes oppositions entre les États membres seraient à ce point négligeables que le Québec, par exemple, et contre toute évidence, devrait être tenu pour une « province comme les autres ».Tel est le sens profond de la motion que Stephen Harper a fait adopter par la Chambre des Communes au nez et à la barbe des souverainistes : un stratagème destiné à enfermer la « nation québécoise » dans un « Canada uni ».Qu\u2019une filouterie aussi grosse ait reçu l\u2019appui du Bloc et du Parti Québécois mesure à quel point les dirigeants de ces formations politiques sont parfois dans la lune.Cette motion n\u2019aurait pas été adoptée par la Chambre si elle n\u2019avait pour effet de réduire les dimensions historiques du Québec à celles d\u2019un abacule.Ce fait d\u2019armes restera à la gloire de Stephen Harper, mais il consacrera la honte des chefs politiques et des figures de proue du mouvement souverainiste qui, dans une belle unanimité, auront laissé Ottawa définir seul la place du Québec dans le concert des nations. 45 L'ACTION NATIONALE - février 2008 On s\u2019attendrait à pareille complaisance de la part des libéraux québécois, qui ont bien le droit, par ailleurs, de témoigner de leur allégeance au Canada.Mais quand ce droit s\u2019exerce en trompe-l\u2019œil, comme dans le cas du projet de murale de la Commission de la capitale nationale du Québec et de la Banque de Montréal, je ne marche pas.Il n\u2019y a rien d\u2019innocent dans ce projet.Je rappellerai que les promoteurs de cette fresque ont choisi de la dévoiler à l\u2019occasion de la réunion annuelle du Conseil de la fédération qui sera tenue à Québec en juillet 2008, et que ce conseil, créé à l\u2019instigation de Jean Charest en 2003, a pour première raison d\u2019être « la revitalisation de la fédération canadienne ».Mais il y a plus : la véritable instigatrice de cette nouvelle incursion en territoire québécois est l\u2019Organisation des capitales canadiennes, formée en 1996 par la Commission de la capitale nationale.du Canada, et qui a pour mandat de « [travailler] pour que [sic] tous les Canadiens éprouvent un réel sentiment d\u2019appartenance à ce grand pays » - le Canada.Je ne vois pas quel rapport de pertinence on prétend établir entre la fondation de Québec par le Sieur de Champlain et l\u2019illustration d\u2019un sentiment d\u2019appartenance au Canada.C\u2019est pourtant bien ainsi, comme le rapportait Antoine Robitaille dans Le Devoir du 15 septembre dernier, que l\u2019entendait Isabelle Merezzi, attachée de presse du ministre Couillard, à l\u2019annonce du projet : « Notre pays (le Canada) a vu le jour à Québec, il ne faut pas l\u2019oublier.» Et d\u2019ajouter, dans un mouvement sombrement partisan : « Nous, on vit au Canada.Nous n\u2019avons pas de difficulté avec ce concept-là (sic).Je comprends que les péquistes l\u2019ont, ce problème-là.Mais nous, on ne l\u2019a pas.» 46 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Il faudrait donc être « péquiste » pour s\u2019indigner devant cette initiative d\u2019un goût douteux, vouée à défigurer un édifice du Parlement de Québec et, du même coup, à dénaturer l\u2019esprit même de la fête du 400e anniversaire de notre capitale nationale ?Eh bien, non.C\u2019est l\u2019histoire, que l\u2019on insulte, ici.Et l\u2019intelligence.La rhétorique « conceptuelle » de l\u2019attachée de presse ne tient pas.Pour reprendre la déclaration d\u2019un ancien chef du Parti Libéral du Québec, je répondrai simplement ceci : Thanks, but no thanks ! Allez barbouiller vos propres murs.Oui, le Canada sera présent à Québec en 2008, et il ne voudra pas passer inaperçu.Seulement voilà : le graffiti ne sera pas aux dimensions d\u2019un simple panneau publicitaire.On pourra gesticuler tant qu\u2019on voudra sur les tribunes souverainistes, point n\u2019y fera.La « nation québécoise » ne sera reconnue qu\u2019au prix de sa capitulation.? SORTIR, PARLER, CONVAINCRE- En 1968.Mais puisque je te le all's que la souveraineté-association va nous mener à la libération des masses.Vraiment?Je vais être libéré des maths?Non, pas les maths! Les masses! Avec la souveraineté, on pourra changer le système et le peuple sera débarrassé de la domination coloniale.Et avec /'association, on sera à l'abri des représailles.Et on aura les deux grâce au trait d'union, y- Bah! Les unions, quossa donne?^ % mi CNon, pas les unions! Le trait d'union! Parce que moi, je veux !\u2018un et l'autre.Ah oui! \u201cMoi et l'autre\", ça je connais ça! Avec Dodo, Denise et Roger Joubert.Ha, ha, ha! // se fait brasser, le Français/ \u2022 Ça tu peux le dire.Mais une fois au pouvoir, le PQ en fera la seule langue officielle.y.Fini le bill 63.Lévesque l'a dit\\_ Qui ça?Êévêqc^ëst péquiste?^p-^^t (Ben oui.La Révolution tranquille, le trait d'union, ça vient de Lévesque.- et en 2008^/^ Mais oui, je t'assure!La dissidence 7ït la bienvenue au PQde Pauline.Les débats sur /'accession à la souveraineté n'ont pas cessé depuis la proposition Lap/ante.Quelle plante?Celle qui a voté pour Boisdair?r I\tf Non, pas la plante! Robert Lap/ante! Ou si tu préfères, la proposition Lap!ante^\\^ Il( Parizeau.Et après, il y a eu la proposition Monière, qui est un peu comme la üvl proposition Lap/ante mais en moins.euh.en plus.en tout cas, c'est différent.II\t\\ Et puis, il y a aussi la proposition Larose, mais avec des gestes de souveraineté de \\j -jj-^ /a nation québécoise au sein d'un Canada uni.Comme ça, on congédie le référendisme, mais sans y renoncer.Finalement, la proposition Larose, c'est comme un mélange des propositions Monière et Lap/ante, mais i sans le référendum de Monière et sans les gestes V\u2014^\tde rupture de Lap/ante.Tu me suisrj J CEuh.ouin.OK.l/a pour la plante.Mais alors, est-ce que c'est la rose qui a voté pour Boisc/air f J\u2019imagine qu\u2019étant à la présidence du Conseil de la souveraineté, il lui était préférable de rester neutrek Une fleur à la présidence?Dis donc, vous les A péquistes, vous êtes vraiment environnementalistesfj Ç^ÇQj^^^f^^drTsurtôut^ë^püîs qu'on a la queue verte.Qui ça?Les péquistes?La\t£3 Ç~Ben oui.La queue verte, ça vient de Boisc/air.J?Ahj agirp ' our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de U) 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations.mm mhà Desjardins Caisse d'économie solidaire Montréal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliette\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosol.coop les coopératives de solidarité au Québec \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t 50 DOSSIER présenté par Jean-Pierre Girard et Michel Lafleur LES COOPÉRATIVES DE SOLIDARITÉ AU QUÉBEC : UN ARRIMAGE ORIGINAL ENTRE LE SOCIAL ET L\u2019ÉCONOMIQUE ! À l\u2019instar des coopératives de services de santé, auxquelles L'Action nationale a déjà consacré un dossier (avril 2007), les coopératives de solidarité constituent un autre secret bien gardé au Québec ! Il faut le constater, ce type original d\u2019organisation ne retient que très peu l\u2019attention médiatique.Pourtant, depuis 1997, au-delà de 400 coopératives de ce type ont été constituées.Aujourd\u2019hui, plus de 50 % des nouvelles coopératives adoptent ce modèle.Comme jamais, l\u2019entrepreneuriat collectif se conjugue avec coopérative de solidarité ! En y regardant de plus près, on relève que ces organisations, loin de se concentrer dans un seul créneau, se déploient dans une grande variété de domaines en liens étroits avec le développement du milieu : activités récréotouristiques, services de proximité, mise en marché de produits du terroir, environnement, services à domicile, domaine de la santé, etc.En outre, les coopératives de solidarité sont présentes partout sur le territoire, tant en milieu urbain que rural.En fait, ce modèle organisationnel de développement est de plus en plus reconnu par les acteurs du milieu : ici, en l\u2019espace de quelques semaines, une communauté se mobilise au sein d\u2019une telle organisation et investit au-delà d\u2019un demi-million de dollars pour sauver un centre de ski.Là, c\u2019est l\u2019audace de jeunes entrepreneurs pour utiliser la coopérative de solidarité comme mécanisme de regroupement 51 Les coopératives de solidarité dossier de petits producteurs et structurer la mise en marché de leurs produits.Et que penser de ces retraités qui se sont associés dans une telle entreprise pour se donner une coopérative d\u2019habitation avec des services adaptés à leurs besoins ! L\u2019innovation est donc au rendez-vous dans des organisations solidement ancrées dans leur milieu ! Avec la coopérative de solidarité, une fois de plus, le Québec se singularise du reste de l\u2019Amérique du Nord.Il n\u2019y a pas de doute, c\u2019est une composante de ce modèle québécois de développement qui, outre les corporations publiques et les entreprises privées à finalité capitaliste, se constitue aussi d\u2019organisations collectives - associations, coopératives, mutuelles.On ne peut que s\u2019en réjouir.Ces organisations renforcent les liens entre l\u2019économique et le social, favorisent l\u2019inclusion plutôt que l\u2019exclusion.Elles concourent à la cohésion plutôt qu\u2019à la déstructuration des milieux.Souhaitant marquer dix ans de développement des coopératives de solidarité (1997-2007), l\u2019Institut de recherche et d\u2019éducation pour les coopératives et les mutuelles de l\u2019Université de Sherbrooke (IRECUS), le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité1 (CQCM) et la Direction des coopératives du ministère du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Exportation ont uni leurs efforts pour organiser, en octobre dernier à Sherbrooke, un forum sur le sujet.Représentants de coopératives, intervenants en développement local et régional, bailleurs de fonds spécialisés en finance solidaire, étudiants dans le domaine des coopératives, universitaires et invités de France et d\u2019Italie se sont retrouvés pour échanger durant deux jours sur le sujet2.Fait 1\tConnu jusqu\u2019à récemment sous le nom de Conseil de la coopération du Québec.2\tLes présentations ainsi que les actes du forum sont disponibles sur le portail du CQCM et de l\u2019IRECUS. dossier 52 L'ACTION NATIONALE - février 2008 à noter, des représentants de réseaux coopératifs ayant une forme d\u2019unicité de sociétariat étaient aussi présents - par exemple, coopérative de travail et coopérative d\u2019utilisateurs.La coopérative de solidarité serait-elle non seulement le modèle de prédilection pour le démarrage de nouvelles coopératives, mais aussi source de renouvellement pour les réseaux coopératifs constitués ?Offre-t-elle un cadre organisationnel permettant d\u2019aller chercher une participation élargie de la communauté dans le membership de la coopérative, et du fait, de renforcer son ancrage territorial ?Ce dossier reprend certaines des présentations.En ouverture, Jean-Pierre Girard, après avoir évoqué le renouvellement protéiforme qu\u2019entraîne le concept de coopérative de solidarité pour le modèle coopératif à une seule catégorie de membres, précise quels ont été les principaux facteurs ayant tissé la toile de fond emmenant la reconnaissance légale par l\u2019État québécois de ce modèle.De plus, se référant à une recherche récente à laquelle il a été associé au Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) à l\u2019UQAM, il souligne la contribution des coopératives de solidarité au renforcement de la cohésion sociale, notamment sur le plan de l\u2019accessibilité, de la territorialité et du réseautage.Mais que représentent quantitativement les coopératives de solidarité ?Quels sont les principaux secteurs d\u2019activités ?Comment situer la répartition de ces organisations sur le plan régional ?Exploitant et présentant de nombreuses statistiques inédites, Jocelyne Chagnon offre un panorama très actuel des caractéristiques et de l\u2019importance des coopératives de solidarité.Ces données font notamment ressortir que ces organisations recrutent principalement des membres utilisateurs.S\u2019agit-il d\u2019une tendance permanente? 53 Les coopératives de solidarité dossier Janvier Cliche, de la coopérative de développement régional de l\u2019Estrie, expose le cas particulier de cette belle et dynamique région du Québec.Les coopératives de solidarité sont présentes dans une multitude de secteurs d\u2019activités de l\u2019économie régionale, et loin de ralentir, la création de nouvelles coopératives se poursuit à un rythme soutenu, de toute évidence reflet qu\u2019un nombre croissant d\u2019acteurs du développement local se retrouvent dans ce modèle d\u2019entre-preneuriat.Michel Lafleur examine de son côté les exigences de la gestion interne des coopératives de solidarité.Plusieurs aspects sont traités, dont le leadership, la communication, la compréhension des rôles et responsabilités des diverses parties prenantes.Deux défis majeurs sont cependant transcendants, celui de la gouvernance et celui de l\u2019apport à la capitalisation de la coopérative et de la contribution au financement selon les catégories de membres.La question de la gouvernance dans une coopérative est toujours exigeante, elle touche les défis de concilier l\u2019association et l\u2019entreprise.Dans la coopérative de solidarité, l\u2019équation est encore plus complexe.L\u2019enjeu est de savoir comment prendre des décisions qui sont à la fois démocratiques et efficaces malgré les intérêts qui peuvent être différents selon les catégories de membres.Le Québec n\u2019a pas inventé le modèle des coopératives comptant plusieurs catégories de sociétaires et qui concilie une mission sociale et économique, mais a notamment pris exemple sur le cas italien des coopératives sociales.Une contribution d\u2019Enzo Pezzini, de l\u2019organisation Confcoop nous rappelle qu\u2019outre des marques de prestige, Ferrari, Gucci, et une vie politique fort colorée, l\u2019Italie c\u2019est aussi plus de 7 000 coopératives sociales - oui, on parle bien de 7000 !, se déployant tant en entreprises d\u2019insertion pour des dossier 54 L'ACTION NATIONALE - février 2008 centaines de milliers de « laisser pour compte » - ex-psychiatrisés, détenus en fin de sentence, ex-toxicomanes, etc.- que dans des services socio sanitaires et éducatifs, par exemple, une entreprise évoluant dans le secteur de l\u2019environnement ou encore une maison pour sidatiques en phase terminale, etc.Les coopératives sociales italiennes cumulent un chiffre d\u2019affaires annuel de plusieurs milliards d\u2019Euros ce qui en soit est impressionnant, mais elles font la convaincante démonstration que par l\u2019hybridation de diverses ressources - marchandes, non-marchandes et le don, ce modèle d\u2019organisation est au diapason de besoins conciliant le social et l\u2019économique.Il s\u2019agit donc d\u2019un exemple exceptionnel qui nous expose une facette profondément méconnue du pays de Dante.En fait, le concept est à ce point intéressant que d\u2019autres pays ont cherché à l\u2019adapter à leur propre réalité.C\u2019est le cas de la France qui, depuis 2001, avec le statut de la Société coopérative d\u2019intérêt collectif (SCIC), en fait aussi l\u2019expérience.Basée sur les notes de présentation d\u2019Alix Margago, délégué à l\u2019innovation à la Confédération générale des sociétés coopératives ouvrières de production (CGSCOP), un court article illustre la capacité des SCIC à se développer dans plusieurs secteurs.Par contre, ce développement reste globalement encore modeste compte tenu de la taille de la population dans l\u2019Hexagone.Sur une période de dix ans, la contribution des coopératives de solidarité au développement du Québec ne fait pas de doute, mais de nombreux défis se pointent.Évoquons d\u2019entrée de jeu, la capacité d\u2019exposer davantage le modèle auprès des nouveaux arrivants.Ainsi, en lien avec la population, la présence des coopératives de solidarité sur le territoire de Montréal est fort limitée.Par ailleurs, bien ancré en milieu rural, le modèle pourrait également être davantage exploité comme stratégie d\u2019action et comme mécanisme d\u2019investissement.De grandes coopératives, par exemple 55 Les coopératives de solidarité dossier Agropur, ont depuis longtemps fait la preuve qu\u2019avec un peu d\u2019imagination et une fiscalité favorable, les instruments de capitalisation des coopératives soutiennent adéquatement la croissance de l\u2019organisation.Un message à retenir pour les coopératives de solidarité sans parler ici de la disponibilité de divers produits financiers adaptés offerts par ces composantes du système de financement spécialisé dans les entreprises collectives, le Réseau d\u2019investissement social du Québec, la Caisse d\u2019économie solidaire, Fondaction, Investissement-Québec, et quoi encore.L\u2019exemple très stimulant des coopératives sociales italiennes est fort riche en enseignement, notamment de l\u2019impact des structures de regroupement et de développement d\u2019affaires que sont les consortiums.Question de se donner des moyens de durer dans le temps, les coopératives de solidarité au Québec auraient intérêt à explorer de tels systèmes de réseautage, d\u2019entrepreneuriat et de valorisation de l\u2019innovation, particulièrement l\u2019innovation sociale.Plusieurs sont orphelines et il a été amplement démontré par la littérature spécialisée que l\u2019adhésion d\u2019une coopérative à un regroupement favorise ses chances de pérennisation.En ce sens, comme le montrent les exemples italien et français, un étroit partenariat avec les collectivités publiques peut aussi faciliter le développement de l\u2019organisation.Cependant, ici au Québec, depuis des lustres, il est interdit à une municipalité de devenir membre d\u2019une coopérative.Cette disposition de la Loi des Cités et villes ne tient pas la route ! Comme le revendique depuis nombre d\u2019années le mouvement coopératif, il est impératif que le ministère des Affaires municipales enlève cette contrainte.De fécondes figures de partenariats publics-coopératifs pourraient ainsi prendre racine.Enfin, il y a un enjeu de positionnement du concept : le modèle coopératif ne doit pas en être un de dernier recours dossier 56 L'ACTION NATIONALE - février 2008 dans des stratégies de développement.Il n\u2019y a pas de gêne à retenir la coopérative de solidarité comme formule gagnante dès le départ d\u2019un projet.En ce sens, et nous reprenons ici une attente maintes fois manifestées depuis des décennies, il faut davantage promouvoir la diffusion des réussites de ce modèle organisationnel dans les cursus des divers programmes de techniques ou de sciences administratives, et plus globalement d\u2019entrepreneuriat offerts dans nos cégeps et universités.L\u2019entrepreneuriat collectif a tous ses droits de cité dans le Québec du XXIe siècle, c\u2019est une composante incontournable de notre identité ! ? 57 DOSSIER Jean-Pierre Girard* LES COOPÉRATIVES DE SOLIDARITÉ AU QUÉBEC : UN ATOUT EN MATIÈRE DE COHÉSION SOCIALE Jusqu\u2019en 1997, et sur une période de plus de cent ans, la formule coopérative s\u2019est déployée au Québec selon un modèle exclusif : des coopératives ne comptant qu\u2019une catégorie de membres.Les résultats ne font pas de doute.Ainsi, des générations de coopératives ont vu le jour dans la sphère de la consommation : que ce soit en alimentation, en milieu scolaire, dans le secteur de l\u2019habitation, pour des services funéraires ou dans la câblodistribution, la création de ces coopératives a contribué à permettre à de nombreux citoyens de bénéficier de rabais, d\u2019avoir un meilleur contrôle sur les produits et services offerts, d\u2019influencer la gouvernance des organisations, de s\u2019assurer d\u2019un ancrage territorial, etc.C\u2019est aussi ce modèle de coopérative d\u2019utilisateurs qui a été adopté avec le succès que l\u2019on connaît pour le remarquable réseau de coopératives de services financiers, le Mouvement Desjardins.Les coopératives de producteurs ont été largement utilisées dans le secteur agricole - l\u2019imposant réseau de la Coop fédérée1 s\u2019est développé selon cette déclinaison.En plusieurs endroits du Québec, des chauffeurs de taxi se sont aussi regroupés dans des coopératives de producteurs pour mettre en commun * Chercheur associé (IRECUS) et expert-conseil en entreprise collective 1 Ce nom est celui de l\u2019organisme qui regroupe les coopératives agricoles du Québec : http ://www.coopfed.qc.ca/ dossier 58 L'ACTION NATIONALE - février 2008 divers services, dont celui de la répartition des appels.Par ailleurs, le modèle des coopératives de travail a fait sa marque dans le domaine du transport ambulancier et du secteur forestier.Ces individus ont ainsi la capacité d\u2019exercer un meilleur contrôle sur leurs conditions de travail et sur leurs moyens de production.Mais au fil du temps, le modèle de coopérative à une catégorie de membres a démontré ses limites pour composer avec des enjeux socio-économiques sollicitant plusieurs parties prenantes.La reconnaissance légale du modèle des coopératives comptant plusieurs catégories de membres portant la stimulante appellation de « coopérative de solidarité », qui se fera en 1997 par le gouvernement du Québec, est tout sauf le résultat d\u2019une improvisation.En y regardant de plus près, on relève que dans les décennies précédentes, au moins cinq grands facteurs ont concouru à cette reconnaissance.Le développement local ne peut être le fait d\u2019un seul acteur.Il y a un enjeu pour trouver une structure facilitant la concertation de plusieurs acteurs pour l\u2019élaboration de stratégies, tout en favorisant la mise en place d\u2019un mécanisme d\u2019investissement collectif.La fermeture des petits villages est le second facteur.L\u2019abandon graduel de divers services, arrivé à un certain stade, devient fatal pour une communauté : les gens quittent à un rythme tel que la pérennité du milieu de vie est menacée.Ne pourrait-on pas trouver un cadre légal pour une organisation qui permettrait la concertation d\u2019acteurs du milieu souhaitant la survie de la communauté et le regroupement au sein de cette organisation de services de proximité essentiels à la rétention des populations, par exemple pour l\u2019alimentation, l\u2019approvisionnement en carburant, des services financiers automatisés ? 59 Les coopératives de solidarité dossier Le développement des services de garde a aussi interpellé un renouveau du modèle coopératif.Il y a non seulement un enjeu de finalité non lucrative de ces organisations, mais aussi l\u2019implication de plusieurs acteurs, les éducatrices, les parents, des organismes communautaires du milieu ou encore, si c\u2019est un service en milieu de travail, l\u2019entreprise elle-même.La question de l\u2019insertion à l\u2019emploi sollicite également de nombreux acteurs, tels des organismes du milieu sensibles à cet enjeu, le personnel d\u2019encadrement, les personnes en insertion.Plus globalement, il y a aussi le défi de concilier une mission sociale avec une composante économique, soit l\u2019offre d\u2019un produit ou service.Enfin, le cinquième facteur, et celui qui sera déterminant, a trait aux services à domicile.De nouveau, plusieurs groupes d\u2019acteurs sont concernés par ces prestations d\u2019entretien et de ménage s\u2019adressant à des aînés, et la finalité de l\u2019organisation en est une de satisfaction des besoins.On le voit, quelques fils conducteurs se dégagent de ces cinq éléments contextuels : la recherche de solutions collectives à des questions concernant diverses parties prenantes ; un contexte se caractérisant par une finalité d\u2019usage ou d\u2019impacts socio-économiques plutôt que le rendement sur le capital investi, et dans certains cas, un mécanisme d\u2019investissement collectif.Les témoins de l\u2019actualité concernant l\u2019économie sociale savent qu\u2019un des thèmes clés d\u2019engagement du Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi de 1996 fut le secteur des services à domicile.Outre que le Québec devait déjà composer avec un vieillissement sensible de sa population et que l\u2019ensemble des projections confirmait la tendance, la prestation des dossier 60 L'ACTION NATIONALE - février 2008 services à domicile était à ce moment inégale et insuffisante.En fait, ces services d\u2019entretien et de ménage, qui permettent à des aînés de demeurer plus longtemps dans leur résidence, étaient alors offerts sur une base inégale, dans certains cas, avec le soutien du CLSC, dans d\u2019autres cas, par des agences, ou encore, par des personnes travaillant au noir.Il y avait bien quelques organisations à but non lucratif et coopératives, mais au rayonnement fort limité.Dans de nombreux travaux, Yves Vaillancourt, de l\u2019UQAM, a très bien documenté ce contexte, notamment dans un ouvrage collectif récent2.L\u2019idée de mettre en place une série de mesures conduisant à une offre globale et relativement homogène sur le territoire québécois, par le truchement de ce qui est devenu des entreprises d\u2019économie sociale en services à domicile, visait donc plusieurs cibles, tant sur le plan de l\u2019offre que de la demande.C\u2019est dans ces quelques mois d\u2019intense mobilisation de divers acteurs autour du Sommet que se situe la décision d\u2019aller de l\u2019avant en ce qui concerne l\u2019adoption de dispositions favorables à un statut de coopérative multisociétaire.Le travail pratique s\u2019est réalisé par une grande implication de deux organisations : le Conseil de la coopération du Québec3 et la Direction des coopératives du Ministère de l\u2019Industrie et du Commerce4.En juin 1997, l\u2019Assemblée nationale a sanctionné les modifications à la Loi sur les coopératives, autorisant la reconnaissance des coopératives de solidarité.L\u2019exemple des coopératives sociales italiennes a principalement servi d\u2019inspiration dans ces travaux, mais on s\u2019est bien gardé de procéder à une procédure de copier-coller ! En effet, quoique dans son essence, le 2\tVaillancourt, Yves, François Aubry et Christian Jetté (dir.) (2003) Léconomie sociale dans les services à domicile, Presses de l\u2019Université du Québec, 352 p.3\tPorte aujourd\u2019hui le nom du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité.4\tDésormais connu sous le nom du Ministère du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Exportation. 6i Les coopératives de solidarité dossier concept de coopérative de solidarité puise à l\u2019idée générale des coopératives sociales, les dispositions sont spécifiques à la réalité québécoise.L\u2019article 226 de la Loi sur les coopératives donne donc corps au concept de coopérative de solidarité.Les principales dispositions ont trait à quatre éléments : la définition, la capitalisation, la composition du conseil d\u2019administration et les ristournes.Selon la loi, La coopérative de solidarité est celle qui regroupe à la fois des membres qui sont des utilisateurs, des services offerts par la coopérative et des membres qui sont des travailleurs œuvrant au sein de celle-ci.En outre, toute autre personne ou société qui a un intérêt économique ou social dans l\u2019atteinte de l\u2019objet de la coopérative peut aussi en être membre.Ce membre est ci-après appelé «membre de soutien ».Le mécanisme initial de capitalisation des coopératives prend au Québec le nom de parts de qualification composées au choix de la coopérative, de parts sociales ou de parts sociales et de parts privilégiées.Pour la coopérative de solidarité, il est précisé que le nombre des parts que doit détenir un membre peut varier selon que ce membre est un utilisateur, un travailleur ou un membre de soutien.Dans le cours de ses activités, comme dans les autres types de coopératives, la coopérative de solidarité peut utiliser un autre mécanisme de capitalisation, les parts privilégiées, selon des catégories non incluses dans les parts de qualification.De plus, si un règlement l\u2019autorise, la loi précise que la coopérative de solidarité a la liberté d\u2019émettre aux membres de soutien un autre titre de capitalisation, des parts privilégiées participantes.Chaque catégorie de membres forme un groupe pour l\u2019élection des dirigeants.La loi assure à chacun de ces groupes un minimum d\u2019un représentant au conseil d\u2019administration.C\u2019est à la coopérative de déterminer le dossier 62 L'ACTION NATIONALE - février 2008 nombre de membres par groupe, mais la loi lui prescrit un plafond du tiers des dirigeants provenant du groupe des membres de soutien.Dans l\u2019hypothèse de versement de ristournes, la loi spécifie qu\u2019il se réalise pour les membres utilisateurs au prorata des opérations effectuées avec la coopérative au cours de l\u2019exercice financier précédent.Dans le cas du membre travailleur, ce versement est établi selon le volume du travail réalisé au cours de l\u2019exercice précédent.Ce volume peut être déterminé en nombre d\u2019heures de travail, par le revenu du membre ou selon toute autre mesure fixée par règlement.Il y a interdiction d\u2019attribuer une ristourne aux membres de soutien.En 2006, on procédera à des retouches de ces dispositions.Deux modifications retiennent l\u2019attention : une coopérative de solidarité doit compter au minimum deux catégories de membres plutôt que trois et un individu ne peut adhérer qu\u2019à une seule catégorie de membre.Un impact méconnu : la cohésion sociale Avec le déploiement d\u2019une économie à l\u2019échelle planétaire, l\u2019ouverture des marchés, l\u2019abolition de barrières tarifaires, la pratique de la délocalisation et l\u2019extraordinaire mobilité du capital, les sociétés dites post-industrielles ont tendance à générer l\u2019exclusion sociale à divers niveaux.La coopérative a un « code génétique » radicalement différent.Elle concilie en son sein une association de membres et une entreprise.De ce fait, le membre est aussi l\u2019utilisateur des services et ce sont des représentants de ces membres qui sont élus au conseil d\u2019administration de l\u2019organisation, donc au cœur du système de gouvernance.De surcroît, la coopérative est animée par une finalité d\u2019usage plutôt que de rendement sur le capital.Dans ce contexte, la coopérative serait-elle susceptible de renforcer davantage la cohésion sociale que d\u2019autres formes organisationnelles ? 63 Les coopératives de solidarité dossier Soutenu principalement par un financement du Conseil de la recherche en science humaine du Canada, un collectif de chercheurs universitaires s\u2019est penché sur cette question durant la période 2002 à 2007.Provenant de diverses régions du Canada et animé par le Centre for the Study of Cooperatives de l\u2019Université de la Saskatchewan, ce travail s\u2019est articulé autour de quatre chantiers de recherche5.Du côté du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), situé à l\u2019UQAM, il a été convenu d\u2019étudier la question sous l\u2019angle des coopératives de solidarité.Très peu de travaux de recherche ayant porté sur le sujet, du fait de la nouveauté de la formule non seulement au Québec, mais ailleurs au Canada, l\u2019intérêt d\u2019en savoir plus sur cette forme émergente d\u2019organisations était manifeste.Outre une revue de la littérature, il a été convenu de réaliser des études de cas auprès de coopératives de solidarité.Question de valider les résultats terrain, un « focus group » a par la suite été organisé avec des acteurs terrain, suivi d\u2019un séminaire scientifique.En ce qui concerne les études de cas, plutôt que de réinventer un outillage méthodologique, l\u2019équipe du CRISES6 a retenu un cadre d\u2019analyse déjà éprouvé dans une autre recherche pour l\u2019étude de la cohésion sociale et les caisses Desjardins.En quelques mots, il s\u2019agit d\u2019étudier la question selon cinq dimensions : la territorialité, l\u2019accessibilité, l\u2019employabilité, la démocrativité et la connectivité.Sommairement, comment se présentent les enjeux pour chacune de ces dimensions ?5\tLe portail global de la recherche fournit de nombreuses informations (en anglais seulement) http ://www.socialcohesion.coop/.6\tIl s\u2019agit de Benoît Lévesque, Jean-Pierre Girard et des assistants de recherche, Geneviève Langlois et Patrick de Bortoli. dossier 64 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Sur le plan de la territorialité, il s\u2019agit de voir dans quelle mesure la coopérative définit son aire géographique d\u2019activité ou de rayonnement.Est-ce limité au cadre de la paroisse ou du village, ou plutôt ouvert sur un espace plus large, par exemple, le territoire de la MRC ?À propos de la seconde dimension, comment s\u2019exprime l\u2019accessibilité aux services et produits offerts par la coopérative ?Met-on en place des moyens et stratégies pour s\u2019assurer de l\u2019accessibilité au plus grand nombre, par exemple, pour les jours ou heures d\u2019ouverture ?La coopérative cherche-t-elle à en proposer de nouveaux, en liaison avec les besoins des membres ?La troisième dimension est celle qui couvre l\u2019ensemble des conditions reliées à l\u2019employabilité : salaires, conditions de travail, mesures favorables à l\u2019insertion de personnes exclues du marché du travail, etc.On veut donc savoir si les conditions d\u2019emplois sont semblables ou supérieures aux emplois dans d\u2019autres organisations similaires.L\u2019expression connectivité s\u2019apparente au réseautage et est en grande partie basée sur le concept de capital social.Il s\u2019agit des liens entre les divers acteurs (individuels et collectifs) constituant des réseaux, à la fois alimentés et générant du capital social (valeurs de confiance et de réciprocité), qui favorisent la coopération et contribuent à la construction de la cohésion sociale.Quels étaient les liens ou relations sociales qui ont été mobilisés à l\u2019origine de la coopérative ?Comment ces réseaux se sont développés, densifiés avec la croissance de la coopérative ?Enfin, la démocrativité recoupe la vie démocratique de l\u2019organisation selon deux perspectives : le processus démocratique privilégié en termes de démocratie représentative, 65 Les coopératives de solidarité dossier directe ou délibérative, et la structure démocratique retenue, par exemple, la composition du conseil d\u2019administration en termes de diversité ou d\u2019homogénéité, la présence de comités liés à la gouvernance, etc.Ce dernier élément est d\u2019autant plus important que la nouvelle dynamique démocratique introduite par le modèle des coopératives de solidarité requiert d\u2019imaginer les nécessaires arbitrages des intérêts des uns et des autres au sein de ces organisations sous peine d\u2019être un lieu de crises permanentes.Ainsi, on comprend que l\u2019intérêt de l\u2019utilisateur - coût, qualité et disponibilité du service - peut facilement entrer en opposition avec celui du travailleur qui cherchera plutôt à maximiser ses gains, ses conditions de travail, etc.Des interventions en médiation seront-elles nécessaires ?À partir de ce cadre d\u2019analyse et avec une méthode de cueillette d\u2019information basée sur la consultation de documents internes à l\u2019organisation, une revue de presse à l\u2019échelle régionale et une série d\u2019entrevues avec des témoins clés, quatre coopératives de solidarité ont été retenues pour des études de cas7.Ces coopératives ne devaient pas être dans la même région ni dans le même secteur d\u2019activités.En outre, on a également cherché des organisations n\u2019ayant pas la même taille de développement.Il s\u2019agit donc de la coopérative La Corvée, située à St-Camille en Estrie.Une coopérative offrant des services d\u2019animation auprès de citoyens du milieu, en particulier les aînés, et 7 Les études de cas peuvent être consultées ou téléchargées sans frais sur le portail du CRISES, section publication, collection études de cas d\u2019entreprises d\u2019économie sociale : http ://www.crises.uqam.ca/pages/fr/Publications.aspx#cahiers.Une version vulgarisée de ces cas a été publiée sous forme d\u2019article dans la Revue Making Waves.La version en français est disponible à l\u2019adresse URL suivante : http ://www.cedworks.com/files/pdf/free/MWi6oi05F.pdf . dossier 66 L'ACTION NATIONALE - février 2008 facilitant l\u2019accès à des services de médecine douce.La coopérative Domaine-du-Roy, à St-Félicien au Lac-Saint-Jean, œuvre dans les services à domicile et compte près d\u2019une centaine d\u2019employés.La coopérative l\u2019Églantier a pignon sur rue à St-Pascal de Kamouraska.Elle tient un commerce dans le domaine de l\u2019alimentation saine.Enfin, située à Adstock non loin de Thetford Mines, la coopérative Adstock exploite une station de ski alpin.Un impact incontestable Les travaux ont permis de constater que selon les dimensions étudiées, on relève en général une contribution significative des coopératives de solidarité au renforcement de la cohésion sociale.Quoiqu\u2019en filigrane, car le sujet n\u2019était pas directement abordé, on a aussi noté un terreau très favorable à l\u2019innovation sociale8.Par contre, certains aspects sont à surveiller.Regardons-y de plus près9.Les coopératives épousent bien la nouvelle définition territoriale en cours au Québec.Leur rayonnement transcende donc la référence traditionnelle au cadre du village ou de la paroisse.En ce sens, elles ont un souci d\u2019ouverture aux personnes résidant sur d\u2019autres territoires.Par contre, dans certains cas, on pense à la coopérative Domaine-du-Roy, la délimitation du territoire est plutôt définie par des programmes, c\u2019est-à-dire les territoires d\u2019activité des entreprises d\u2019économie sociale en services à domicile.8\tPour approfondir cet aspect : Langlois, Geneviève et Jean Pierre Girard (2006) « Coopérative de solidarité, développement et pérennité d\u2019une innovation sociale.Une étude comparative de deux expériences québécoises », Annals of Public and Cooperative Economics/Annales de l\u2019économie publique sociale et coopérative, vol.77, no 2, Blackwell, Ciriec-International, p.197-220.9\tLa synthèse de cette recherche est disponible dans les cahiers de l\u2019ARUC économie sociale : http ://www.aruc-es.uqam.ca/Nospublications/Cahiers/tabid/53/Default.aspx. 67 Les coopératives de solidarité dossier En matière d\u2019accessibilité, les coopératives ont amélioré, voire diversifié, l\u2019offre de produits et services.Cette accessibilité accrue suit une logique de besoins du milieu plutôt que la seule profitabilité économique, ce qui est tout à fait dans l\u2019esprit de l\u2019action coopérative.Ainsi, la coopérative l\u2019Églantier a débuté ses opérations en offrant des produits bio, puis, à la demande des membres, a proposé des séances d\u2019information et de formation.Sur le plan de l\u2019employabilité, l\u2019impact des coopératives de solidarité étudiées est moindre.Il est difficile d\u2019être hors marché par rapport aux conditions de travail.De plus, comme on le constate avec la situation des travailleurs de la coop du mont Adstock, l\u2019impact de la présence de la coopérative est peu apparent sur la situation de l\u2019employabilité avant et après la naissance de la coopérative.Cependant, comme le démontre le cas du Domaine-du-Roy, lorsque les ressources financières le permettent, on cherche à améliorer ces conditions.De plus, comme c\u2019est le cas pour les entreprises d\u2019économie sociale évoluant dans ce secteur, on a beaucoup mis l\u2019accent sur l\u2019embauche de personnes exclues du marché du travail, par exemple des femmes monoparentales chefs de famille.La connectivité se révèle une dimension forte dans l\u2019ensemble des coopératives de solidarité.La mise en place de ces organisations s\u2019appuie sur un capital social existant et le développement de la corporation va exiger d\u2019en créer du nouveau.Il y a incontestablement des effets multiplicateurs de ces liens sociaux originaux qui vont, dans le cours des opérations, en nourrir de nouveaux.Cela s\u2019avère tant pour les dirigeants et gestionnaires de la coopérative que les membres.Nonobstant la contrainte empêchant les municipalités d\u2019adhérer comme membres à la coopérative, elles trouvent des façons de les appuyer.Ainsi, à Adstock, le maire de la dossier 68 L'ACTION NATIONALE - février 2008 municipalité s\u2019est beaucoup investi dans le démarrage de la coopérative, mettant à contribution son vaste réseau de contacts.À St-Camille, des élus se sont aussi retrouvés au conseil d\u2019administration de la coopérative.On comprend que dans les petits milieux, les réseaux sont tissés serrés ! La démocrativité, selon l\u2019acception donnée par la recherche, est, à ne pas en douter, la dimension la plus sensible.Il y a une certaine difficulté à composer avec les intérêts des divers acteurs en place.Les administrateurs de la coopérative peuvent avoir tendance au repliement sur leur seul enjeu de sociétaires - l\u2019utilisateur qui va vouloir maximiser son avantage plutôt que la prise en compte de l\u2019intérêt supérieur de la corporation.Pour le membre travailleur siégeant au conseil, il est facile de confondre cette instance avec une table de négociations des conditions de travail.On sent donc qu\u2019il y a une mauvaise compréhension des rôles et responsabilités.La capacité d\u2019évoluer dans un contexte de démocratie délibérative est possible, mais comme le montre l\u2019exemple de La Corvée, les administrateurs doivent avoir une solide expérience en entrepreneuriat collectif ou dans des structures associatives pour composer adéquatement avec ce modèle de démocratie.En cette matière de démocrativité se posent pour les coopératives de solidarité quelques défis, dont l\u2019habilitation des dirigeants et gestionnaires à la gouverne complexe, ou si l\u2019on préfère, à la gestion de la diversité10.Il faut également valider régulièrement la mission auprès des parties prenantes.N\u2019est-ce pas le ciment collectif qui a donné naissance au projet ?C\u2019est le propre de toutes les coopératives dans leur 10 Le sujet est plus détaillé dans le texte de Michel Lafleur et ses références à l\u2019essai déposé au programme de maîtrise en gestion et développement des coopératives et des collectivités de l\u2019IRECUS : Tremblay, Andrée-Anne, Hadjia Saidou Kindo Indatou et Maria Cecilia Zuluaga, « La bonne gouvernance dans les coopératives de solidarité ». 69 Les coopératives de solidarité dossier cycle de vie : à l\u2019élan fusionnel de départ, il faut prévoir des moyens et mécanismes pour conserver et enrichir l\u2019intérêt initial.À l\u2019instar d\u2019autres entreprises collectives, il y a aussi l\u2019enjeu de déterminer des indicateurs de résultats qui serviront de balises aux dirigeants.Ces indicateurs, qui ne doivent pas être strictement économiques au risque de perdre sa raison d\u2019être, ne sont pas toujours aisés à mesurer.Les modifications récentes aux dispositions de la loi, en particulier celle permettant une coopérative de solidarité avec deux catégories de membres au lieu de trois, devraient faciliter l\u2019exercice de la direction dans ces organisations.Par ailleurs, il y aurait lieu d\u2019avoir une meilleure connaissance des expériences étrangères ayant acquise un certain savoir et savoir-faire, on pense ici au modèle des coopératives sociales.Ces coopératives, dont les plus vieilles ont plus de quarante ans, peuvent compter plusieurs catégories de membres.Le pouvoir a-t-il tendance à basculer du côté de la catégorie de membres ayant la plus forte intensité du lien d\u2019usage, comme c\u2019est le cas avec les membres travailleurs réguliers ?Nos études de cas n\u2019ont permis de dévoiler que modestement le potentiel des coopératives de solidarité en matière de cohésion sociale.À l\u2019heure ou l\u2019intérêt général est plus souvent qu\u2019autrement malmené par la pensée et les stratégies de développement néo-libéral, une connaissance plus fine de ces organisations œuvrant au carrefour de l\u2019économique et du social est indispensable.? DOSSIER Jocelyne Chagnon* L'IMPORTANCE ÉCONOMIQUE DES COOPÉRATIVES DE SOLIDARITÉ 1.\tCadre légal La Loi sur les coopératives (L.R.Q., c.C-67.2) autorise la création de coopératives de solidarité depuis juin 1997.Cette coopérative comportait trois catégories de membres soit des membres utilisateurs, des membres travailleurs et, le cas échéant, des membres de soutien.Ces derniers ont la particularité de ne pas avoir de lien d\u2019usage avec la coopérative mais plutôt un intérêt économique, social ou culturel à ce que la coopérative réalise son objet.Depuis le 17 novembre 2005, à la suite des modifications apportées à la Loi sur les coopératives, la coopérative de solidarité doit regrouper au moins deux des trois catégories de membres.2.\tÉvolution des constitutions Dès 1997, 23 coopératives de solidarité ont été constituées, dont deux dès le mois de juin.Onze d\u2019entre elles faisaient déjà partie d\u2019une autre catégorie de coopératives et ont demandé une modification de leurs statuts pour devenir des coopératives de solidarité.* Conseillère en développement coopératif, Direction des coopératives, Ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE) 71 Les coopératives de solidarité dossier Le nombre de constitutions n\u2019a cessé de croître les années suivantes pour atteindre, au 31 juillet 2007, 479 coopératives1.L\u2019évolution du nombre de constitutions a été relativement constante de 1998 à 2005, passant de 17 % à 32 % de l\u2019ensemble des constitutions.En 2006, on note une forte progression, qui serait due aux nouvelles dispositions juridiques, avec 62 % des nouvelles constitutions qui étaient des coopératives de solidarité.Tableau 1 Coopératives de solidarité constituées et actives2, SELON L\u2019ANNÉE DE CONSTITUTION, AU 31 JUILLET 2007 Année de constitution\tCoopératives constituées\tCoopératives de solidarité constituées\t\tCoopératives de solidarité actives\t \t\tNbre\t%\tNbre\t% 1997*\t127\t23\t1\u20141 00^ 1\u20141\t21\t9:,3 1998\t1\u20141 00\t32 *\t16,9\t18\t56,3 1999\t1\u20141 00 Ot\t45\t24,3\t18\t40,0 2000\t1\u20141\t46\t27,2\t8\t17,4 2001\t142\t3i\t21,8\t12\t00 VI 2002\t1\u20141\t36\t21,3\t20\t55^ 2003\t220\t5i\t23,2\t26\t5^0 2004\t115\t33\t28,7\t25\t75^ 2005\t1\u20141 CO 1\u20141\t42\t32,1\t4°\t95^ 2006\t1\u20141 Oi VI\t81\t61,6\t81\t100,0 2007\t98\t59\t55,J\t59\t100,0 Total\t1 702\t479\t28,1\t328\t68,3 Source : Direction des coopératives, MDEIE.* Comprend les 11 coopératives constituées avant 1997 qui ont modifié leurs statuts pour devenir des coopératives de solidarité.1\tCe nombre comprend aussi les coopératives ayant modifié leurs statuts pour se transformer en coopérative de solidarité.2\tCoopérative active : coopérative ne faisant l\u2019objet d\u2019aucune procédure de dissolution dossier 72 L'ACTION NATIONALE - février 2008 L\u2019examen de l\u2019évolution des constitutions et des dossiers actifs montre qu\u2019au 31 juillet 2007, 68,3 % des coopératives constituées étaient toujours actives, soit 328 coopératives sur les 479 coopératives de solidarité constituées depuis 1997.Ce sont surtout les coopératives de solidarité constituées entre 1999 et 2001 qui sont maintenant inactives.Les raisons de l\u2019inactivité de ces coopératives sont méconnues.Plusieurs ont été radiées d\u2019office par le Registraire des entreprises du Québec (REQ), qui procède ainsi lorsque l\u2019entreprise ne produit pas sa déclaration annuelle.Pour d\u2019autres, les activités qu\u2019elles prévoyaient ne se sont pas concrétisées, ce qui a amené les promoteurs à abandonner le projet.3.Catégories de membres lors de la constitution Sur les 144 coopératives de solidarité constituées entre le 17 novembre 2005 et le 31 juillet 2007, 88 coopératives (61 %) regroupent les trois catégories de membres et 15 d\u2019entre elles ont des membres utilisateurs comprenant des consommateurs et producteurs.Parmi les 56 coopératives composées de deux catégories de membre, on retrouve 28 coopératives avec des membres utilisateurs et de soutien, 15 coopératives avec des membres utilisateurs et travailleurs tandis que 13 d\u2019entre elles ont opté pour des membres travailleurs et de soutien.Pendant cette période, neuf coopératives ont modifié leurs statuts de constitution pour se transformer en coopératives de solidarité.Quatre d\u2019entre elles étaient des coopératives de producteurs, trois, des coopératives de travail et deux, de consommateurs.Seulement trois coopératives de solidarité ont transformé leur sociétariat en abolissant la catégorie des membres travailleurs. 73 Les coopératives de solidarité dossier 4.Répartition sectorielle Les coopératives de solidarité sont présentes dans plus d\u2019une trentaine de secteurs d\u2019activité.Comme nous pouvons le constater dans le tableau 2, certains secteurs, tels que les loisirs, les services sociaux et les services personnels, regroupent maintenant une masse critique de coopératives, On remarque aussi la diversité des domaines d\u2019activité où on les retrouve.Lorsque l\u2019on regarde le nombre de coopératives de solidarité actives par secteur d\u2019activité, deux facteurs doivent être pris en compte : le nombre de coopératives dans un secteur donné et l\u2019année de constitution.Les coopératives oeuvrant dans certains secteurs, tels que les services à domicile et les services de garde connaissent moins de risques de fermeture que celles des autres secteurs, notamment à cause de la présence de programmes gouvernementaux.Il faut aussi considérer que parmi les plus récentes coopératives de solidarité, plusieurs investissent de nouveaux secteurs d\u2019activité, comme le secteur éolien ou l\u2019aménagement du territoire. dossier 74 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Tableau 2 Coopératives de solidarité constituées et actives, selon LE SECTEUR D\u2019ACTIVITÉ, AU 31 JUILLET 2007 \tCoopératives de solidarité constituées\tCoopératives de solidarité actives\t \tNbre\tNbre\t% Agricoles\t18\t10\t55>6 Alimentation (magasin)\t24\t13\t54>2 Artisanat\t4\t3\t75>° Arts et spectacles\t33\t21\t63,6 Autres services\t29\t24\t82,8 Bleuetières\t2\t2\t100,0 Commerce\t20\t16\t80,0 Construction\t1\tO\t00,0 Dév.économique\t12\t6\t50,0 Enseignement\t10\t7\t70,0 Foresterie\t9\t6\t66,7 Garderies\t11\t5\t45,5 Groupes communautaires\t1\tO\t00,0 Groupes d'achats\t2\t1\t50,0 Habitation\t15\t13\t86,7 Hébergement et restauration\t29\t18\t62,1 Imprimerie et édition\t11\t8\t72,7 Informatique\t12\t6\t-Cl P b Loisirs\t60\t45\t75,0> Manufacturières\t5\t3\t60,0 Pêcherie\t3\t1\t33,3 Récupération\ti5\t9\t60,0 Scolaires\t2\tO\t00,0 Services aux entreprises\t31\t22\t71,0 Services-conseils\t9\t7\t77,8 Services personnels\t44\t37\t84,1 Services publics\t3\t3\t100,0 Services sociaux\t50\t37\t74,CI Télédistribution\t2\t2\t100,0 Transport\t8\t2\t25,0 Vêtement\t4\tO\t00,0 TOTAL\t\t4Z2\t\t327\t68,3 Source : Direction des coopératives, MDEIE. 75 Les coopératives de solidarité dossier 5.Répartition régionale Le tableau ci-dessous présente la répartition régionale des coopératives de solidarité comparativement à celle de l\u2019ensemble des coopératives non financières.Tableau 3 Toutes les coopératives non financières et les coopératives de SOLIDARITÉ ACTIVES, SELON LA RÉGION, 2004 ET 2006 \tAu 31 décembre 2004\t\t\tAu 31 décembre 2006\t\t \tToutes\tCoopératives de solidarité\t\tToutes\tCoopératives de solidarité\t \tNbre\tNbre\t%\tNbre\tNbre\t% 01 Bas-Saint-Laurent\t1\u20141 v_w\t14\t10,2\t144\t22\tI5,2 02 Saguenay-Lac-Saint-Jean\t197\t27\tl>S cA 1\u20141\t198\t32\ti6,2 03 Capitale-Nationale\t1\u20141 Ut\t9\t2,8\t00 CT>\tI5\t4,4 04 Mauricie\t86\t14\t16,3\t95\t22\t23,2 05 Estrie\t142\tl6\t11,3\t1\u20141\tI9\t13,0 06 Montréal\t682\t13\t1,9\t710\t23\t3^ 07 Outaouais\t78\t10\t12,8\t100\t25\t25,0 08 Abitibi- Témiscamingue\t55\t3\t5,5\t6l\t8\tI3,I 09 Côte-Nord\t47\t5\t10,6\t41\t7\tI7,I 10 Nord-du-Québec\t22\t0\t0,0\t20\t0\t0,0 11 Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine\t76\t8\t10,5\t89\tI3\t14,6 12 Chaudière-Appalaches\t164\t20\t12,2\t1\u20141\t26\t^,6 13 Laval\t37\t0\t0,0\t43\t2\t4,7 14 Lanaudière\t75\t9\t12,0\t86\tI3\tI5,I 15 Laurentides\t49\t6\t12,2\t57\tI0\tr^s 1\u20141 16 Montérégie\t228\t21\t9^\t249\t28\t11,2 17 Centre-du-Québec\t94\t10\t10,6\tI0I\tI4\tI3,9 Total\t2 484\tt85\t7>4\t2 645\t279\t10,5 Source : Données statistiques (édition 2005 et édition 2007), Direction des coopératives, MDEIE. dossier 76 L'ACTION NATIONALE - février 2008 Au 31 décembre 2006, les coopératives de solidarité représentent au total 10,5 % des coopératives actives au Québec comparativement à 7,4 % en 2004.Les régions du Saguenay\u2014Lac-Saint-Jean et de la Montérégie comptent le plus grand nombre de coopératives de solidarité (respectivement 32 et 28).Toutefois, les coopératives de solidarité représentent une plus grande part de l\u2019ensemble des coopératives dans les régions de l\u2019Outaouais (25,0 %), de la Mauricie (23,2 %) et des Laurentides (17,5 %).À l\u2019opposé, le pourcentage des coopératives de solidarité est nul dans les régions du Nord-du-Québec et très faible dans celles de Montréal (3,2 %), de la Capitale-Nationale (4,4 %) et de Laval (4,7 %).Notons que si les régions de Montréal et de la Capitale-Nationale présentent un pourcentage aussi faible, c\u2019est dû notamment à une très forte présence des coopératives d\u2019habitation sur leurs territoires, ce qui réduit la proportion des coopératives de solidarité.La progression du nombre de constitutions de coopératives de solidarité est significative pour plusieurs régions.Entre 2004 et 2006, la région de l\u2019Outaouais a augmenté son nombre total de coopératives de 28,2 % mais le nombre de coopératives de solidarité a augmenté de 150,0 %.Montréal a vu le nombre de coopératives croître de 4,1% tandis que les coopératives de solidarité augmentaient de 77,0 %.La même tendance est observée dans le Bas-Saint-Laurent et dans la Mauricie. 77 Les coopératives de solidarité dossier 6.Données financières pour la période 2001-2005 En vertu de la Loi sur les coopératives, les coopératives non financières ont l'obligation de fournir un rapport annuel qui comprend leurs états financiers.Certains renseignements du rapport annuel sont saisis dans une banque de données, à la Direction des coopératives du MDEIE.Tableau 4 Coopératives de solidarité : données tirées du rapport annuel3 \t2001\t2002\t2003\t2004\t2005 Nombre de coopératives déclarantes\t89\t97\t114\t1\u20141 OJ O\t1\u20141 On.Total de l'actif (000 $)\t23 492\t27 654\t30 215\t44 412\t50 522 Total de l\u2019avoir (000 $)\t10 577\t12 242\t1\u20141 to\t15 464\t16 080 Chiffre d\u2019affaires brut (000 $)\t32 765\t41 464\t46 760\t52 929\t56 604 Excédents de l'exercice (000 $)\t1\u20141 to\t658\t400\t3°7\t-220 Nombre de membres\t23 526\t28 942\t36 791\t43 751\t50 371 Nombre d'emplois\t1\u20141 00 \"
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.