L'action nationale, 1 octobre 2009, Octobre
[" Caroline Jacques L\u2019Action NATIONALE] volume XCIX numéro 8 OCTOBRE 2009 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L'ACTION NATIONALE volume XCIX numéro 8 - octobre 2009 L\u2019Action NATIONALE «kü Dossier Confusion Montréal Le miroir belge L'avenir du Québec est-il flamand ?Primeur Fernand Daoust, témoin et acteur d'un Québec en contruction En couverture Caroline Jacques, Caroline Jacques Artiste multidisciplinaire et mère de trois jeunes enfants, Caroline Jacques cumule déjà plusieurs expositions.Beaucoup de ses toiles et de ses dessins font partie de collections publiques et privées.Artiste dynamique et engagée, elle mène de front sa vie de mère, de femme et d'entrepreneure avec la sensibilité de l'artiste ! C'est en 2008 qu'elle décide d'acheter une ancienne usine de meubles pour la transformer en un lieu de création et de diffusion dédié à l'art contemporain.L'atelier-galerie se trouve à Saint-Fabien, près de Rimouski.La création de Caroline Jacques, c'est un territoire à explorer ; les rivières comme les veines, le fleuve comme l'artère, le corps tout entier survolant d'une pensée les routes de sa vie.Je vous suggère vivement de rencontrer cette femme prodigieuse.Ouvrez-vous à sa recherche artistique, vous y trouverez assurément un peu de cette vie qui bat en vous.Aimé-Guy Beaulieu Mandeville, août 2009 À ce jour Caroline à déjà fait plusieurs expositions intéressantes dans diverses régions du Québec, dont une entre autres, dans la grande salle du Musée minéralogique et minier de Thetford Mines, dans le cadre des jours de la Terre.Elle présente actuellement et jusqu'au premier novembre prochain une exposition solo de ses œuvres à sa galerie de Saint-Fabien.De plus, elle présentera en octobre une exposition à la salle Desjardins-Telus de Rimouski, ainsi qu'une autre en novembre à Rivière-du-Loup.Les coordonnées de l'artiste : Galerie d'art Caroline Jacques Saint-Fabien 95, 4e Rue à Saint-Fabien (près de Rimouski) www.carolinejacques.com caroline.jacques@hotmail.com (418) 725-9116 Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise.36 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Dave Anctil, chercheur postdoctoral, Chaire Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie (UQAM) ; Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval) ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque (politologue) ; Julien Goyette (UQTR), Paul Sabourin (Université de Montréal) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval) ; Michel Seymour (Université de Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock Côté.NATIONALE curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014»\u2014 abonnez-vous ¦page ^ On n\u2019est jamais trop curieux * Éditorial ARTICLES Un théâtre d\u2019ombres -Robert Laplante\t4 Articles Un moment d\u2019histoire -Pierre Vadeboncoeur\t11 Primeur Fernand Daout, témoin et acteur d'un Québec en construction -André Leclerc\t18 G-5 universitaire Pourquoi rompre les rangs ?-Michel Seymour\t29 Chronique internationale L\u2019avenir du Québec est-il flamand ?-Benoît Dubreuil 48 Dossier Confusion Montréal Montréal 2009 : Louise Harel tente sa chance Une nouvelle reine pour Montréal ?-Pierre Serré\t66 La nouvelle identité multiculturelle et la bruxellisation de Montréal -Mathieu Bock-Côté\t100 Enquête sur le « profilage racial » : le prochain coup de force -Carl Bergeron\t121 Lire les essais Jean Laliberté Les fonctionnaires, Politique, bureaucratie et jeux de pouvoir, Québec Martin Breaugh et Francis Dupuis-Déri (dir.) La démocratie au-delà du libéralisme : perspectives critiques Omar Aktouf La stratégie de l\u2019autruche.Postmondialisation, management et rationalité économique 132 134 140 4 ÉDITORIAL Robert Laplante UN THÉÂTRE D\u2019OMBRES Les manœuvres de bluff et d\u2019intimidation qui ont marqué la scène fédérale depuis quelques semaines, n\u2019ont pas manqué de piquant.Le spectacle, en effet, nous donne à voir le Canada tel qu\u2019il est dans la disposition qui est la sienne depuis toujours de ne reculer devant aucun prix pour maintenir le Québec dans son carcan.La joute politicienne a beau être compliquée, commentateurs et politiciens ont beau se lamenter sur l\u2019instabilité des gouvernements minoritaires, rien ne semble assez outrecuidant pour que le Canada et ses partis politiques se donnent la peine de se demander comment ils en sont arrivés là.Tout au plus avons-nous droit aux coups de gueules sur les séparatistes du Bloc qui empêchent la politique politicienne de ronronner ou encore aux savants rapports sur les motifs et les manières de lui couper les vivres ou de le tenir à l\u2019écart des débats pour que les choses puissent enfin tourner rondement dans le plus meilleur pays du monde.Le Canada s\u2019accommode mieux de ses gouvernements minoritaires que des remises en question.Ils sont fort peu nombreux en ce pays à s\u2019inquiéter des conséquences de l\u2019imposition d\u2019une constitution illégitime, à s\u2019indigner des manœuvres d\u2019oblitération de notre peuple ou encore à se scandaliser du vampirisme idéologique qui met la machine d\u2019État Canadian au service du révisionnisme historique et du sabotage de nos institutions.Et pourtant, par-delà l\u2019arith- 5 L'ACTION NATIONALE - octobre 2009 métique électorale, c\u2019est bien là l\u2019essentiel.Le Bloc incarne tout autant la sourde volonté de résistance québécoise que le déni Canadian.Ceux-là qui le voient comme un empêcheur de gouverner en rond ne font pas les bons calculs.C\u2019est vrai que les partis politiques ont du mal à se constituer une majorité sans le Québec, mais cela n\u2019est que temporaire, circonstanciel.Les modifications à la carte électorale et le mouvement propre de la société Canadian finiront bien par raser l\u2019obstacle.Les autres qui voient dans ce Bloc un formidable exutoire qui permet de contenir le mécontentement québécois ne se trompent guère lorsqu\u2019ils le considèrent comme un lubrifiant utile au fonctionnement du Canada.Ils font le pari que cette force politique ne sera qu\u2019une force d\u2019intégration et que ses ambivalences, en fin de compte, ne seront que bien utiles au Canada.Ils misent sur le consentement à l\u2019impuissance et ne le voient - et c\u2019est normal, puisqu\u2019ils réfléchissent de le cadre de leurs institutions avec leurs schèmes de pensée - que sous la forme d\u2019une bien originale manière qu\u2019ont les Québécois de se rendre inoffensifs et de se trouver braves de se lamenter.Dans un cas comme dans l\u2019autre, la classe politique, les élites économiques et les leaders d\u2019opinion, par-delà les humeurs passagères, s\u2019entendent pour penser que c\u2019est un prix qui n\u2019est pas trop élevé pour placer la question québécoise dans sa phase de liquidation terminale.Manière d\u2019accommodement raisonnable, cette posture contribue à rigidifier la culture politique Canadian et, de notre point de vue, à la fragiliser.On peut, en effet, concevoir, que toute politique du Bloc qui s\u2019écarterait un tant soit peu de la zone de compromis dont s\u2019accommode le Canada précipiterait rapidement le gouvernement fédéral et les Chambres dans une série de crises à répétition.Jusqu\u2019à présent, le Bloc s\u2019est 6 L'ACTION NATIONALE - octobre 2009 ingénié à souffler le chaud et le froid en se cantonnant dans la logique de protestation.Il a toujours hésité à placer la confrontation au cœur de sa stratégie.Cela lui a valu des succès tactiques mais c\u2019est une erreur stratégique grave car cela l\u2019a obligé à s\u2019ajuster à la dynamique Canadian et à instrumentaliser malgré lui la capacité et les besoins du Québec de s\u2019inscrire dans sa seule logique de développement auto-centré.Ce temps est révolu et il faudra revoir les approches.Les manœuvres de pré-campagne électorale l\u2019ont clairement laissé voir : le Canada n\u2019a plus de concessions à faire au Québec sinon que celle qu\u2019il lui sert depuis toujours, celle du double langage et de la folklorisation.La centralisation reste la tendance de fond, tendance que les engagements de réponse à la crise économique vont accroître et accélérer.Politique de financement de la recherche et des universités, commission nationale des valeurs mobilières, stratégies énergétiques, les exemples vont se multiplier de mesures qui non seulement vont coûter cher au Québec, mais encore et surtout vont accélérer l\u2019érosion de sa capacité de cohésion nationale et la réduction de ses moyens.Le Canada poursuit son encerclement et nous enfermera dans des cadres qui nous condamnent non pas à la disparition à court terme mais bien à la sous-oxygénation chronique, le moyen par excellence de nous contraindre à la médiocrité.Pour s\u2019en convaincre il suffira de suivre la campagne électorale de la Ville de Montréal.Une campagne qui s\u2019annonce d\u2019ores et déjà affligeante tant ses premiers moments nous donnent à voir le spectacle d\u2019une métropole émasculée, normalisée et rabaissée au rang de ville régionale enlisée dans sa gangue de provincialisation : corruption, chicanes de bouts de trottoir et querelles de structures pour mieux aménager le déclin que le Canada a programmé.Car il ne faut s\u2019y tromper : il n\u2019y a pas de place pour deux métropoles 7 L'ACTION NATIONALE - octobre 2009 au Canada et cela a des conséquences sur le Québec tout entier.Notre métropole est gravement atteinte.Et rien ne laisse penser que la campagne électorale ne nommera le mal qui la ronge.Au contraire, nous avons déjà droit à la lâcheté démissionnaire d\u2019une frange de parvenus qui applaudissent le baron de la rigolade qui en appelle au montréalisme pour mieux enterrer le caractère français de Montréal, renoncer aux objectifs de la loi 101 et transformer notre plus grande ville en centre d\u2019apprentissage de l\u2019anglais pour immigrants.Cette frange d\u2019entretenus, mise au monde par les fonds publics et gavée de subventions s\u2019active dans les arcanes des industries de l\u2019entertainment et des médias à marchander son bri de loyauté.Ce n\u2019est pas un hasard si des factions péquistes constituent les principaux protagonistes de la bataille.C\u2019est une fatalité, une preuve de plus que la cohésion nationale s\u2019érode.Cette élection se jouera dans un théâtre d\u2019ombres où tout le monde multipliera les envolées pour ne pas nommer les choses correctement.Montréal n\u2019a plus de destin, ce n\u2019est plus qu\u2019une proie pour les carriéristes, les affairistes et autres gestionnaires de sa réduction au statut de bourgade livrée aux médiocres qui confondent les plans d\u2019affaires et l\u2019intérêt national.Ou qui se font visionnaires d\u2019opérette en se gaussant de gérer l\u2019indigence et en se consolant dans d\u2019inoffensives envolées sur le caractère international d\u2019une métropole en train de se déliter dans le multiculturalisme au lieu de s\u2019assumer dans un cosmopolitisme en phase avec la culture québécoise et la langue française.Un théâtre d\u2019ombres, vraiment.Au moment d\u2019écrire ces lignes, le calendrier électoral Canadian est encore bien incertain.Ceux-là qui s\u2019inquiètent de ce 8 L'ACTION NATIONALE - octobre 2009 qu\u2019une campagne fédérale ne porte ombrage à la campagne montréalaise s\u2019inquiètent inutilement.Les élections montréalaises sont d\u2019ores et déjà un sous-produit de la logique de minorisation.L\u2019avenir de Montréal dépendra de celui du Québec.Notre plus grande ville ne sera jamais une métropole dans une province qui a de moins en moins les moyens de ses ambitions.Gouverner le Québec avec les moyens que le Canada lui laisse condamne Montréal à devenir un satellite dont les orbites sont définies par des politiques fédérales qui, en dernière instance, définissent son parcours et sa vocation.? Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FONDACTION POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com agirp ' our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de 10 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations.mm \u2022TOTfï % Desjardins Caisse d'économie solidaire Montréal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliette\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosol.coop 11 ARTICLES Pierre Vadeboncoeur UN MOMENT D\u2019HISTOIRE Le syndicalisme, depuis 1950 environ et pendant quelque quinze ans, fut pour moi et quelques militants de cette époque une singulière école de vérité.Enfin, à notre niveau, sur le terrain le plus élémentaire, où en effet notre action se déroulait, il n\u2019y avait pas autre chose que des situations simples, immédiates, individuelles, et des problèmes réels intéressant les travailleurs que nous défendions.Cette action ne se projetait pas sur le théâtre plus large qu\u2019occupaient, eux, les dirigeants syndicaux, par exemple Jean Marchand.Notre action était délimitée par son cadre même, tout concret, immédiat, négociations, discussions ou plaidoiries.Du quotidien et seulement cela.De chaleureux contacts avec les syndiqués.Notre syndicalisme avait ce caractère d\u2019authenticité à chaque moment.Rien de plus, rien d\u2019autre.Cela mesurait avec exactitude le champ de notre action.Nous étions à la racine même du fait syndical, de la problématique sociale.Il n\u2019y avait pas entre la réalité concrète et nous l\u2019écran des politiques à long terme.Celles-ci étaient assumées par d\u2019autres et à un autre niveau.Nous étions plongés dans l\u2019action directe et non dans un univers politique.Nous défendions les syndiqués et partagions leurs luttes.Il n\u2019y avait pas de carriéristes dans le cercle restreint des permanents qui les accompagnaient ainsi.J\u2019ai eu le bonheur d\u2019entrer à l\u2019emploi d\u2019une centrale qui, à une 12 L'ACTION NATIONALE - octobre 2009 certaine période de l\u2019histoire sociale ici, avait pu mettre l\u2019accent sur l\u2019action la plus vive et la mieux motivée, contre le patronat et contre le gouvernement Duplessis son allié.La Confédération des travailleurs catholiques du Canada, la CTCC, future CSN, était devenue en trois ou quatre ans la centrale la plus avancée et la plus radicale au Canada.Ce que j\u2019ai connu dès mon arrivée dans le mouvement, au tournant du demi-siècle, c\u2019était du syndicalisme pur, sans phrases, honnête, hardi, et tel depuis l\u2019arrivée de Gérard Picard à la présidence en 1946.Je le vivais quant à moi à ras du sol pou ainsi dire, parmi et avec les travailleurs, jour après jour, au plus près de leurs difficultés journalières, problèmes à résoudre sur-le-champ, dans le court terme.Ne me demandez pas pourquoi je garde de ce temps-là un souvenir si vif.C\u2019est que le rôle que j\u2019avais à remplir était parfaitement authentique.Il n\u2019y avait pas la moindre distance entre moi-même et ceux pour lesquels je travaillais.Ni écart de classe, de mentalité, de culture, car ces différences ne comptaient pas entre nous.Par rapport à eux, je me sentais si proche que véritablement je me sentais dans leur situation.Dans mon cas, j\u2019ignore comment cette identification avait pu s\u2019établir.Car enfin je venais d\u2019un tout autre milieu et ne subissais pas personnellement l\u2019oppression qu\u2019ils vivaient eux-mêmes.Toujours est-il que j\u2019étais le camarade de tous ces camarades.Aucune théorie plus ou moins abstraite ne se surajoutait à cette réalité.Nul décalage idéologique ne me séparait en quelque sorte de mon action, de la vérité simple de cette action.Je ne me référais pas à des systèmes ou à des dogmatismes.Le sens de mon action était évident.Je n\u2019avais pas besoin de l\u2019étayer.Les autres permanents et moi savions parfaitement ce que nous faisions. 13 L'ACTION NATIONALE - octobre 2009 Nos partis pris étaient clairs et tranchés.Il s\u2019agissait d\u2019une lutte de classes, mais sans référence à la mythologie révolutionnaire.Les faits imposaient cette vision directe, que nous n\u2019alourdissions pas par un rappel de lieux communs marxistes.Mais nous savions que les classes étaient en lutte, simplement parce que nous voyions les ouvriers affronter les patrons et le patronat, ce à quoi nous apportions quotidiennement notre concours.Le syndicalisme était en situation.Il exprimait une nécessité.Il était objectif et sa pensée l\u2019était sans se perdre dans des concepts.Nous étions certes influencés par la gauche et par l\u2019histoire, tout comme l\u2019ensemble du mouvement social depuis un siècle et demi en Occident.Mais la CTCC avait décanté cette pensée historique, peut-être à l\u2019exemple du syndicalisme américain, ou plus précisément du CIO, plus progressiste que le reste des unions ouvrières aux Etats-Unis.Mais ici, dans le cas de la CTCC, c\u2019est l\u2019influence de l\u2019Église qui fut d\u2019abord déterminante.En réaction aux unions « neutres », elle favorisait des syndicats nationaux et confessionnels.J\u2019ai pratiqué un syndicalisme de terrain, quoique largement inspiré par une conscience qui ne s\u2019isolait pas du rêve social universel, présent depuis si longtemps, forces historiques diversement aux prises avec le capitalisme un peu partout dans le monde.Pour moi, pour nous, plus immédiatement, de quoi s\u2019agissait-il ?De situations à analyser, d\u2019initiatives à prendre, de décisions à mettre en œuvre, et beaucoup de camaraderie, d\u2019échanges, de fraternité, et sans le moindre artifice.L\u2019action peut être aussi dépouillée, aussi intègre que je le laisse entendre ici, mais pourvu qu\u2019elle soit absolument vraie et directe.Elle l\u2019était.Pour ma part, je prenais exemple sur deux ou trois militants qui me précédaient à peine dans 14 L'ACTION NATIONALE - octobre 2009 cet engagement.Je me sentais accordé à leur pensée, à leurs motivations.Je songe par exemple à Jean-Paul Geoffroy, surtout à lui, jeune avocat ayant à peu près mon âge, revenu de deux années d\u2019étude en France et chargé tout de suite par Jean Marchand de la direction de la grève de l\u2019amiante à Asbestos, principal centre de cette grève.Geoffroy, le militant le plus désintéressé que j\u2019aie connu, n\u2019avait absolument pas d\u2019ambition personnelle.De tous les militants de ce temps-là, il fut sans doute celui dont la pensée sociale et syndicale était la plus profonde.Il parlait peu, mais quand il le faisait, son discours, lent et mesuré, se déroulait comme une réflexion qu\u2019il faisait à voix haute devant nous.C\u2019était captivant.Ces propos avaient une plénitude extraordinaire, unique.Ils venaient de l\u2019intérieur.Le nom de Jean-Paul Geoffroy n\u2019a pas été retenu par l\u2019histoire, ni même par la chronique syndicale.C\u2019est étrange.Mais on dirait que cela correspond à la modestie du personnage, celle-ci d\u2019ailleurs parfaitement inconsciente.Je parlais plus haut d\u2019une « école de vérité ».Les rapports de force sont nécessairement vrais quand il s\u2019agit de justice, vrais par l\u2019injustice qui s\u2019exerce, vrais par la réponse justifiée qu\u2019elle provoque.Les motivations d\u2019une telle lutte n\u2019excèdent pas les raisons objectives qui l\u2019expliquent.Je n\u2019ai pas rappelé le souvenir de Geoffroy pour rien.Jean-Paul illustrait par son exemple toute cette vérité, celle de la pensée, celle de l\u2019action.Il ne se mettait pas de l\u2019avant comme un maître.La pensée qui inspirait son action était comme je le dis tout intérieure et son comportement reflétait cette intériorité. 15 L'ACTION NATIONALE - octobre 2009 La fraternité, dans une lutte juste, ne peut être fausse.Les buts sont vrais et légitimes.Je n\u2019ai guère connu autre chose, dans cette action commune, qu\u2019une unité de pensée et une franchise qui en était le signe sensible.Il n\u2019y avait pas de « politique » dans notre milieu immédiat, ni d\u2019intérêts douteux.Les années dont je parle sont à mettre entre parenthèses.Ce milieu était lui-même une exception probablement.Je connais assez la société.Je sais que les conditions et circonstances que je vivais sont très rarement réunies.J\u2019avais cette chance.Une fraternité constante et naturelle.Une action constamment orientée vers la justice sociale.Cet épisode, je l\u2019ai vécu comme une rencontre de facteurs, rencontre dont peu de gens bénéficient jamais.Une minute dans l\u2019histoire.Un simple hasard à cette échelle.? ÇriCCe 94 i cCi Beaujolais AOC 2006 CCNP : +431320 Prix : 14,95$ 'ëffii/iréiente/xt/r DAYELUT Vins Yves Michaud Agence autorisée par la Société des alcools du Québec (SAQ) Pour obtenir notre liste de vins du terroir d\u2019exception disponible à la SAQ, appelez au (514) 932-0654 ou mcdaveluy@videotron.ca JMf L'ACTION anirfire*Lco 2003 Le vendredi 30 octobre 2009 à 18h toot (reçu fiscal compris)
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