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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2010-04, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019Action NATIONALE volume C numéro 4 AVRIL 2010 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L'ACTION NATIONALE volume C numéro 4 - avril 2010 Avril 2010 vol.C no 4 L\u2019Action NATIONALE Dossier Nucléaire en question Quarantième anniversaire du « coup de la Brink's » Chronique et leçons d'une vaste manipulation Religion et politique L'idole multiculturaliste En couverture Louis-Pierre Bougie Coeur de boeuf, Estampe, 1992 © Bibliothèque et archives nationales du Québec Né en 1946 à Trois-Rivières, Louis-Pierre Bougie a étudié à l'École des beaux-arts de Montréal de 1967 à 1970, formation qu'il a complétée au cours de la décennie 1970 dans des ateliers de Montréal, Vancouver, Paris, Londres et Cracovie.Une technique du dessin claire et précise, des tons froids fondus, des univers oniriques teintés de désespoir et ponctués de sursauts d'humour distinguent depuis longtemps sa production imprimée.Membre fondateur de l'Atelier Circulaire à Montréal (1982), Louis-Pierre Bougie a exposé ses oeuvres régulièrement depuis quarante ans au Canada, aux États-Unis, en France, en Allemagne, en Espagne, en Suisse, en Suède et à Hong Kong.Auteur de nombreux livres d'artistes, il remportait le premier prix au Concours national du livre d'artistes en 1983 pour le Prince sans rire, un parmi les nombreux prix, mentions et bourses qu'il a reçus tout au long de sa carrière.Ses oeuvres figurent dans plusieurs collections prestigieuses, notamment celles du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée d'art contemporain de Montréal, des bibliothèques nationales du Canada, du Québec et de France, de l'Université Columbia, de la New York Public Library, de Loto-Québec, des Caisses populaires Desjardins et de la Banque nationale du Canada.Prix de la Fondation Monique et Robert Parizeau 2005 Grâce au généreux mécénat de la Fondation Monique et Robert Parizeau, le Musée national des beaux-arts du Québec a remis un prix en 2002, 2003, 2004 et 2005 à un artiste québécois ayant contribué de manière significative au domaine de l'estampe.Louis-Pierre Bougie l'a remporté en 2005.Chacun des lauréats a fait l'objet d'une publication et le Musée a fait l'acquisition de certaines de leurs oeuvres.En 2006, la remise de prix a été remplacée par l'exposition «Actualité de l'estampe », permettant ainsi de présenter les oeuvres des quatre lauréats à travers le Québec.Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise 38 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Dave Anctil, chercheur postdoctoral, Chaire Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie (UQAM) ; Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, pro-fesseure (UQTR) ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval) ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque (politologue) ; Julien Goyette (UQTR), Paul Sabourin (Université de Montréal) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval) ; Michel Seymour (Université de Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock Côté.L\u2019Action NATIONALE curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014?\u2014 abonnez-vous Yage B \"V \" On n\u2019est jamais trop curieux Éditorial La rançon de l\u2019inachèvement -Robert Laplante\t4 Articles Un manifeste raciste et antiféministe -Louise Mailloux\t11 L\u2019idole multiculturaliste -Marc Laroche\t16 La bureaucratie de la diversité -Mathieu Bock-Coté\t26 À Rome, fais comme les Romains -Éric Tremblay\t30 Quarantième anniversaire du « coup de la Brink's » Chronique et leçons d\u2019une vaste manipulation -Christian Gagnon\t39 Dossier Nucléaire en question Bilan économique et physique défavorable à Gentilly-2 et Pointe Lepreau -Michel Duguay\t76 Lire Jacques Parizeau La souveraineté du Québec.Hier, aujourd\u2019hui et demain\t136 4 ÉDITORIAL Robert Laplante LA RANÇON DE L\u2019INACHÈVEMENT Rarement a-t-on vu un budget du Québec aussi provincial.Parfait mélange de résignation comptable, de fétichisme idéologique et d\u2019à-plat-ventrisme Canadian, l\u2019opus de Raymond Bachand donne le signal d\u2019une volonté féroce de normalisation de la province de Québec.Le Parti libéral et ceux qui le soutiennent dans cette malsaine entreprise sont plus que jamais déterminés à gérer le Québec avec les moyens que le Canada lui laisse.Telle est en effet la situation réelle : nous sommes dans une conjoncture financière créée, certes, par l\u2019aveuglement idéologique du gouvernement et son parti-pris pour les solutions néo-libérales, mais dans un cadre qui détermine toutes les autres options.Et ce cadre, c\u2019est celui d\u2019une nation qui n\u2019a pas le contrôle sur la majorité des impôts versés par ses contribuables.On peut toujours faire le procès de ce dogmatisme idéologique qui a consisté à réduire les impôts et à affaiblir l\u2019État pour ensuite sonner le tocsin sur la fragilité des finances publiques et l\u2019on n\u2019aura pas tort.Mais encore faut-il y voir que la manœuvre était déjà bien éprouvée : d\u2019abord fragiliser pour ensuite accuser l\u2019État de sa faiblesse et de ses lacunes.Le gouvernement Charest qui l\u2019avait annoncé lors de son premier mandat aura tout simplement mis plus de temps que prévu pour mettre en place le stratagème.La crise aidant, le voilà maintenant qui s\u2019estime en meilleure posture.Et il ne 5 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 recule devant rien pour jouer de tous les ressorts de la propagande au point de nourrir une psychose de la dette qui répond de la plus pure démagogie.Raccourcis méthodologiques, confusion conceptuelle, interprétations spécieuses, tout est bon pour produire l\u2019effet dépresseur.Nous dépenserions sans compter, nos actifs ne compteraient que pour peu dans notre situation financière globale.Les plus odieux vont même jusqu\u2019à nous imputer une part de dette fédérale sans jamais tenir compte de la quote-part des actifs qui nous revient.C\u2019est une psychose entretenue qui ne sert qu\u2019à justifier un empressement à rembourser qui est d\u2019abord et avant tout une agitation frénétique pour casser notre dispositif institutionnel.Nous serons donc les plus pressés du monde occidental à rechercher un équilibre budgétaire avec la moitié de nos outils.Nous brillerons parmi les meilleurs ! Le débat sur les finances publiques est un véritable faux-fuyant.Ce qui s\u2019y joue réellement, c\u2019est le consentement à se plier au régime, c\u2019est la décision délibérée de mettre fin à des aspirations qui ne trouveraient à se réaliser qu\u2019en forçant le procès d\u2019un arrangement politique qui les freine.Le projet politique de Jean Charest est une entreprise d\u2019autodestruction dirigée.Ce jusqu'au-boutisme n\u2019est pas celui du courage, mais bien celui de la démission.« À l\u2019assaut du modèle québécois » titre avec justesse la une du Devoir.Ce budget veut effectivement marquer une rupture.Ce gouvernement veut mettre un terme, une fois pour toutes, aux distorsions que provoquent les aspirations nationales sur la gouverne de la province.Le ménage annoncé vise à faire du gouvernement du Québec un vrai gouvernement provincial, comme celui du Nouveau-Brunswick ou d\u2019ailleurs.Un ordre subalterne qui s\u2019occupe des choses publiques dans des paramètres fixés par le gouvernement national et le cadre financier qu\u2019il définit.L\u2019originalité de nos institutions, les spécificités de notre offre de services publics, nos choix de soli- 6 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 darité sociale ne tiennent qu\u2019à la condition de s\u2019inscrire dans un périmètre défini par les choix et les règles d\u2019Ottawa.Les Québécois qui depuis toujours considèrent le gouvernement du Québec comme leur gouvernement national sont ainsi sommés de prendre acte : il leur faut renoncer.Il aura fallu plus de deux générations et des efforts immenses de mobilisation pour finir par réaliser la Révolution tranquille qui n\u2019aura été, somme toute, que l\u2019opérationnalisation d\u2019un constat impitoyable : l\u2019État est un instrument indispensable à la réalisation de nos aspirations.C\u2019est autour de sa modernisation que notre peuple a pu sortir de la misère et c\u2019est par les politiques progressistes de ce même gouvernement du Québec qu\u2019ont pu se constituer les classes moyennes sur les conditions réunies d\u2019une prospérité qui permettait enfin d\u2019espérer sortir de la marginalité économique.Le budget Bachand fait d\u2019une pierre deux coups : c\u2019est un assaut sur les classes moyennes et un effort délibéré pour casser le recours à l\u2019État pour soutenir la lutte aux inégalités et, du coup, pour conforter la cohésion nationale.Sous couvert de redressement des finances publiques, c\u2019est l\u2019aspiration nationale qui est combattue.La réduction annoncée des dépenses ne signifiera pas seulement diminution de l\u2019offre et dégradation de la qualité des services, elle signifiera surtout le ratatinement des missions de l\u2019État.Le gouvernement de la province de Québec n\u2019aura plus les moyens de tenter de se conduire comme un gouvernement national.Le gouvernement Charest assume et consent : l\u2019État québécois n\u2019a plus les moyens des responsabilités qu\u2019il s\u2019est données.Pour faire face aux défis qui sont les nôtres, nous avons besoin d\u2019un État complet.Pour remplir les obligations contractées au fil des ans pour tisser notre filet social aussi bien que pour soutenir notre vie nationale, il faudrait, il faut tenir compte de toutes les ressources disponibles.En se refusant à le faire, le ministre Bachand se comporte comme un servile intendant. 7 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Il sert un régime qui nous pousse à la vie médiocre et nous repousse dans un univers sociétal aux inégalités croissantes.La volonté de réduire les acquis, présentée comme un courage pour casser les privilèges, traduit en réalité une conduite mercenaire fort tentante pour une partie de l\u2019élite québécoise qui se considère désormais assez bien en selle pour se tirer d\u2019affaire sans l\u2019État du Québec.Et surtout assez bien placée pour en gérer la dépendance qui va s\u2019accélérer.D\u2019où l\u2019engouement pour les PPP, d\u2019où le culte du privé et de la privatisation, d\u2019où le cynisme à l\u2019endroit de la solidarité sociale.Une certaine classe dirigeante trouve désormais son intérêt à consentir à la dépendance.Le budget Bachand propose de brûler les meubles pour chauffer la maison Québec dont il renonce par ailleurs à se faire maître.Il sera concierge et fera du zèle à se justifier des contraintes qu\u2019Ottawa lui imposera pour mieux brider les locataires.Il y a eu beaucoup de tapage médiatique autour du caractère historique de ce budget.Mais c\u2019était de la frime pour célébrer l\u2019employé de l\u2019année.La vraie rupture se dessinait depuis un bon moment déjà et c\u2019était celle que suppose le renoncement à modifier le cadre Canadian.Ce gouvernement s\u2019en prend aux classes moyennes pour mieux continuer à attendre que le Canada règle le contentieux de l\u2019harmonisation de la taxe de vente - un détail de 2,3 milliards.Il met en jeu la qualité des services publics en continuant d\u2019attendre en vain le règlement de la note fédérale touchant la crise du verglas -un autre détail d\u2019un demi milliard de dollars.Il nous parle d\u2019austérité et nous accuse de vivre au-dessus de nos moyens sans remettre en cause les sommes que le Canada consacre à la guerre.Il dénature la mission et le consensus sur le rôle social d\u2019Hydro-Québec pour mieux se résigner aux changements des règles de la péréquation.Il appauvrit les ménages et menace la santé des gens en concédant un PPP d\u2019un demi-milliard aux amis du régime pour le Centre de recherche du 8 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 CHUM.Il se lamente sur la croissance des dépenses de santé tout en consentant au scandale financier de la construction des deux mégahôpitaux universitaires et à une facture de quelques milliards pour conforter les privilèges de l\u2019establishment anglais et de McGill.Il laisse la corruption gangrener les travaux d\u2019infrastructures et la marchandisation dénaturer le soutien à la petite enfance en faisant des garderies privées de juteuses occasions d\u2019affaires pour les amis du régime.Tout cela se tient et participe d\u2019une régression nationale induite par notre incapacité collective à aller au bout des ambitions de la Révolution tranquille.Notre incapacité à nous coaliser derrière un projet national fort qui nous donnerait l\u2019État fort essentiel pour résoudre nos problèmes se retourne donc contre nous-mêmes.Notre peuple va souffrir de sa condition minoritaire comme il n\u2019a pas souffert depuis longtemps.On ne voit malheureusement pas bien quelles sont les forces qui pourraient canaliser la grogne que ce budget va susciter et encore moins faire naître la vision rassembleuse qui nous permettrait enfin de briser le carcan.La déliquescence du mouvement national à laquelle nous assistons depuis le sinistre épisode Bouchard va nous coûter très cher.Mais nous avons un rendez-vous avec nous-mêmes qui testera notre vitalité et notre volonté de vivre.Un redressement s\u2019impose et il est possible, notre peuple en est capable.Une crise majeure approche de son dénouement si les forces indépendantistes savent faire partager la compréhension de cette conjoncture nationale et si elles savent surtout, faire lever enfin la volonté d\u2019en finir avec ce carcan qui nous condamne à tous les renoncements, à tous les déshonneurs.Le peuple québécois est maintenant plus que jamais à même de réaliser ce que lui coûtera la rançon de l\u2019inachèvement.? Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FONDACTION POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com agirp ' our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de 10 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations.mm mhà Desjardins Caisse d'économie solidaire Montréal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliette\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosol.coop 11 ARTICLES Louise Mailloux* Manifeste des pluralistes UN MANIFESTE RACISTE ET ANTIFÉMINISTE Commençons par une question.Les professeurs ont l\u2019habitude des questions.Comment expliquer que les signataires de ce manifeste soient si ouverts aux religions des minorités alors que la très grande majorité d\u2019entre eux n\u2019aurait jamais signé ce manifeste s\u2019il avait eu pour but de défendre la soutane, le Pape et les cornettes de nos bonnes sœurs ?J\u2019estime qu\u2019ils ont la diversité pas mal sélective et que cela manque d\u2019un brin d\u2019ouverture.Vous ne trouvez pas ?Après tout, pourquoi dire oui aux imams et aux rabbins et bouder notre bon cardinal Ouellet ?Les religions ne cherchent-elles pas toutes à soumettre les corps et les esprits ?Et ne sont-elles pas toutes sexistes et homophobes ?Vous vous imaginez quoi en défendant la religion des autres ?Que vous défendez l\u2019envers de la nôtre, l\u2019envers du catholicisme ?Que vous avez souscrit pour la contraception, l\u2019avortement, la liberté sexuelle et le mariage gai ?Et que nous devrions avoir tous ces symboles à cœur de jour sous les yeux dans nos écoles, nos ministères et nos hôpitaux ?Non, mais il doit bien pourtant y en avoir quelques éclairés parmi vous ?C\u2019est effarant.Au nombre que vous êtes, on a l\u2019impression que vous avez pétitionné pour la survie des bélugas au Saguenay.* Professeure de philosophie Membre du Collectif citoyen pour l\u2019égalité et la laïcité (Cciel) 12 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Ce manifeste pour un Québec pluraliste est tout sauf une défense de la diversité parce qu\u2019il n\u2019a pas été écrit pour défendre la croix, la kippa, le turban ou le kirpan pas plus que pour défendre les Vietnamiens, les Haïtiens, les Mexicains et les Italiens.Il a été écrit pour défendre le voile, point à la ligne.Ce manifeste n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une défense du voile islamique.C\u2019est simple, pas de voile, pas de manifeste, ni de laïcité ouverte ! Bien sûr, on fait comme si on défendait tous les autres signes religieux pour noyer les poissons que nous sommes, mais ces intellectuels savent pertinemment que l\u2019offensive vient du voile et que l\u2019on n\u2019a rien à craindre des cornettes de nos bonnes sœurs depuis Vatican II.C\u2019est somme toute, une question de conjoncture politique reliée à la montée de l\u2019islamisme partout dans le monde.Voilà d\u2019ailleurs pourquoi le seul signe religieux ostentatoire à être débarqué en groupe à l\u2019assemblée de la Fédération des femmes du Québec en mai dernier a été le voile, le voile et encore le voile.L\u2019impensé du voile La perspective laïque a le vilain défaut de mettre le voile sur le même pied que tous les autres signes religieux, nous empêchant ainsi d\u2019aborder de front son caractère éminemment sexiste qui n\u2019a pas son équivalent chez les autres signes religieux.C\u2019est la raison pour laquelle il ne faut pas réduire le voile exclusivement à sa dimension religieuse parce qu\u2019en plus d\u2019être l\u2019étendard le plus éclatant de l\u2019islam politique, il est révélateur d\u2019une incroyable violence à l\u2019égard des femmes.Celle d\u2019un marquage humiliant et discriminatoire en fonction de leur sexe symbolisant leur infériorité juridique, politique et sociale, de même qu\u2019une soumission au mari à qui revient l\u2019autorité parentale.Doctorat ou pas ! Et que des femmes le portent par choix 13 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 ou non, ne change en rien son extraordinaire charge symbolique.Le voile comme prolongement du harem Depuis toujours, le patriarcat s\u2019est fondé sur la domination du corps des femmes et un contrôle sévère de leur sexualité.Ainsi, le voile n\u2019est pas un signe de pudeur qui viendrait contrebalancer l\u2019hypersexualisation des filles, mais bien le symbole d\u2019un ordre sexuel patriarcal dans lequel les femmes ne disposent pas de leur corps, pas plus que de leur sexualité.Il faut savoir qu\u2019une femme musulmane ne peut épouser un non-musulman, ce qui n\u2019est pas le cas des hommes musulmans.En clair, cela signifie que le corps des femmes est réduit à la procréation, qu\u2019il appartient à la communauté des hommes musulmans et qu\u2019il est leur propriété.C\u2019est la raison pour laquelle le voile qui soustrait le corps des femmes au regard des étrangers est imposé aux femmes et aux fillettes que l\u2019on réserve pour le harem musulman, où la polygamie est permise pour l\u2019homme et la lapidation réservée à l\u2019adultère féminin.Le culte de la virginité, la réfection d\u2019hymens, les mariages arrangés par les hommes et les crimes d\u2019honneur ne sont ici que les multiples facettes de l\u2019instrumentalisation du corps des femmes et de leur incapacité à disposer d\u2019elle-même.Le voile islamique a pour principale fonction d\u2019instaurer une ségrégation sexuelle à l\u2019extérieur du foyer familial et d\u2019assurer ainsi l\u2019enfermement des femmes musulmanes à l\u2019intérieur de leur communauté.Ce refus de la mixité dans l\u2019espace public, que l\u2019on interprète à tort comme une exigence religieuse, n\u2019est que le reflet d\u2019une violence barbare que les islamistes exercent sur le corps des femmes. 14 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Un manifeste antiféministe Il est pour le moins étonnant qu\u2019autant d\u2019intellectuels feignent l\u2019ignorance quant au sexisme du voile.Ce refus délibéré de le penser dénote un incroyable manque de sensibilité au féminisme qui depuis toujours clame que pour émanciper les femmes, il faut avant tout libérer leur corps.Libérer leur corps des maternités obligées, mais aussi libérer leur désir affectif et sexuel pour qu\u2019elles cessent d\u2019être ces « biens » que les hommes s\u2019échangent entre eux.Parce qu\u2019une femme, voyez-vous, n\u2019est pas une poule que l\u2019on peut offrir à son cousin ! Ce refus obstiné de considérer le sexisme du voile révèle également une surprenante amnésie quant aux luttes et aux victoires féministes qui ont jalonné l\u2019histoire du Québec depuis la Révolution tranquille, pourfendant nos traditions et notre religion, animées qu\u2019elles étaient par une ardente soif de liberté et d\u2019égalité.Qu\u2019êtes-vous donc devenus, très chers professeurs ?Comment pouvez-vous aujourd\u2019hui ignorer cela en abandonnant ces femmes musulmanes à leurs traditions et prétendre être en phase avec l\u2019histoire du Québec ?Comment pouvez-vous ignorer votre propre histoire et reprocher en même temps à cette majorité francophone de vouloir la préserver ?Le racisme des bien-pensants Ce respect et cette reconnaissance de la différence dont vous vous enorgueillissez tant constituent un grave revers au féminisme et à l\u2019universalisme des droits des femmes de même qu\u2019un ignoble affront à toutes ces femmes musulmanes d\u2019ici et d\u2019ailleurs sur qui vous faites portez tout le poids de traditions sexistes. 15 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 L\u2019exotisme oriental des mille et une nuits, si séduisant soit-il, ne devrait pas vous faire oublier que le voile islamique n\u2019est en rien comparable à un plat de couscous.D'ailleurs, les femmes iraniennes comprennent très bien cela.Votre supposée ouverture traduit un refus de considérer l\u2019autre comme votre semblable, un refus d\u2019exiger pour l\u2019autre les droits que vous exigez pour vous-mêmes.Parce que dans le fond, tant que ce voile ne sera imposé qu\u2019aux femmes et qu\u2019aux filles musulmanes, tous ces signataires demeureront très ouverts.Et que cela s\u2019estompe dans une bien triste indifférence, pourvu que l\u2019on puisse continuer à prendre l\u2019apéro en paix ! Pour une charte de la laïcité Dans le but de préserver la neutralité de nos institutions et services publics, notre collectif propose une charte de la laïcité dans laquelle le port de signes religieux serait interdit pour les employés de l\u2019État.Nous proposons également que l\u2019État interdise aux élèves des écoles publiques primaires et secondaires tout port de signes religieux ostentatoires afin de protéger les jeunes filles musulmanes de la stigmatisation de leur sexe parce que rien ne les prédestine plus que les autres jeunes Québécoises à devoir cacher dès leur enfance leurs bras, leurs jambes et leurs cheveux.Parce qu\u2019après tout, on ne naît pas femme musulmane.? 16 ARTICLES Marc Laroche * L\u2019IDOLE MULTICULTURALISTE Récemment, un texte intitulé Pour un Québec pluraliste a été présenté comme un manifeste dont la vertu opératoire consisterait à rectifier la tournure que prend le débat sur l\u2019identité et le vivre-ensemble au Québec.De nombreux universitaires notables se sont pitoyablement laissés piégés par l\u2019idéologie de MM.Taylor et Bouchard.Ce « manifeste » n\u2019en est qu\u2019une « mauvaise copie ».Le travail de réflexion est à reprendre.Examinons les principaux arguments contenus dans ledit manifeste.Comment viser le centre et le rater D\u2019abord, la stratégie manichéenne des auteurs consiste à se placer commodément entre deux courants de pensée apparemment extrêmes : la vision de la « laïcité stricte » et celle du « nationalisme conservateur ».Malgré que les deux visions dénoncées soient en principe opposées, les auteurs ne s\u2019embarrassent pas de les déclarer convergentes dans leur supposée intransigeance à l\u2019endroit * L\u2019auteur est détenteur d\u2019un diplôme d\u2019études supérieures en sciences des religions. 17 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 des minorités.Voilà un jugement moral que ne renierait pas la Cour suprême du Canada.En prêtant aux tenants de la « laïcité stricte » la volonté de supprimer toute manifestation religieuse dans l\u2019espace public, les auteurs sombrent dans la démesure.Il est naturel que tout groupe humain, quelle que soit sa nature, exerce une présence sur la place publique.Toutefois, les tenants d\u2019une laïcité digne de ce nom - c\u2019est-à-dire vertébrée - veulent éviter la présence ostensible de religions ou d\u2019idéologies dans l\u2019espace institutionnel, puisque l\u2019État a un devoir de distanciation - qui n\u2019est pas une neutralité passive.Nos principales valeurs actuelles sont en partie issues de notre long passé catholique.Néanmoins, au moment où le niveau de la pratique catholique n\u2019a jamais été aussi bas, l\u2019accusation de mysticisme lancée à l\u2019encontre des nationalistes conservateurs d\u2019inspiration catholique tombe à plat.Il importe plutôt de faire un inventaire patrimonial et généalogique de nos valeurs afin de comprendre l\u2019orientation de notre psyché collective.Par exemple, il y a déjà un demi-siècle que le couple langue et religion a été remplacé par le couple langue et culture.Une mutation majeure s\u2019est donc produite dans les années 1960 : le peuple québécois se dotait alors d\u2019un nouveau surmoi collectif - l\u2019État remplaçant l\u2019Église.Les auteurs cherchent à exploiter quelques réactions exagérées de citoyens dont la colère s\u2019explique largement par la crise niée par les commissaires irresponsables.Et surtout par l\u2019occultation de l\u2019enjeu essentiel.Le manifeste s\u2019appuie sur un non-dit : l\u2019intransigeance de certains groupes religieux ou idéologiques importants n\u2019est jamais évoquée.Les auteurs du manifeste ont-ils pris position sur un seul des sujets de discorde à l\u2019origine de la crise L'ACTION NATIONALE - avril 2010 provoquée par les solutions imposées par les tribunaux ?Par exemple, le kirpan ?Nenni.Auraient-ils seulement invité les croyants à faire preuve de flexibilité afin de résoudre des problèmes particuliers et favoriser l\u2019adaptation à la vie moderne ?Encore non.Le dogmatisme multiculturaliste a plutôt incité les auteurs à se réfugier dans l\u2019empyrée des purs principes, où ils volettent comme des angelots animés de bons sentiments.Il y a là un interdit de penser qui met les religions ou les idéologies à l\u2019abri de toute critique sérieuse.Pourquoi ?Ne saurait être tolérée aucune réflexion qui risquerait d\u2019ébranler leur idole : le multiculturalisme - ou ses avatars : l\u2019interculturalisme châtré de la langue française dans sa version Taylor-Bouchard et le pluralisme réducteur.En réalité, l\u2019acceptation inconditionnelle du multiculturalisme par ces intellectuels traduit la peur illimitée de la liberté responsable.Ils réservent donc à l\u2019idole compensatrice la place centrale dans l\u2019espace sociétal.Or, l\u2019idole fait obstacle à la libération nationale du Québec, dont le mobile primordial est la défense et illustration de sa langue et de sa culture.Avec ces instruments réels, le peuple québécois engendre son rapport au monde et sa destinée.Décortiquer l\u2019idole Que l\u2019esprit d\u2019accueil et d\u2019ouverture des Québécois soit reconnu par les autres peuples n\u2019a aucun effet sur les multiculturalistes.Les grands-prêtres Taylor et Bouchard, ont décidé qu\u2019il fallait mettre ce « petit peuple » au pas en décrétant sa culpabilité - celle du refus de s\u2019agenouiller face à l\u2019idole d\u2019inspiration trudeauiste.Voici le discours de leurs émules : 19 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Comment définir les limites concrètes de la liberté religieuse ?[.] Lorsqu\u2019il s\u2019agira de répondre concrètement, le pluralisme de la société québécoise mettra en évidence des façons inévitablement diverses de le faire.Faites confiance à l\u2019idole : dans l\u2019immédiat, nous sommes tous dispensés de penser concrètement.L\u2019idole trouvera la solution.Elle agirait ou penserait donc par elle-même, comme la « main de Dieu » ou le « marché autorégulateur ».L\u2019humanité n\u2019a-t-elle pas assez souffert de ces idolâtries ?Ce que les nationalistes cherchent à conserver, c\u2019est la langue française et la culture québécoise.La transmission du patrimoine linguistique et culturel d\u2019un peuple aux générations futures est un droit universel inaliénable.Une langue et une culture, tout en s\u2019arc-boutant sur le passé, se transforment dans leur poussée vers l\u2019avenir.Mais une idole, surtout celle qui se cantonne dans l\u2019abstraction comme le multiculturalisme, n\u2019évolue pas : elle ne possède ni passé ni avenir véritable - elle n\u2019en a cure.Pour l\u2019idole, tant la mise à jour que le maintien des valeurs traditionnelles d\u2019un peuple sont incommodants.Elle les évacue dans les brumes de l\u2019oubliette qui lui tient lieu de cerveau.Seule l\u2019adoration commandée par son apparence importe à l\u2019idole.Le seul mouvement qui compte, c\u2019est l\u2019éternelle circumambulation des fidèles éblouis par le prestige de l\u2019idole.L\u2019aporie du multiculturalisme canadien est pourtant patente : il n\u2019a pas de racines linguistiques.Même le biculturalisme arrimé sur le bilinguisme a été rejeté par Pierre Elliott Trudeau, qui le trouvait encore trop concret puisqu\u2019il rendait explicite l\u2019existence de deux peuples.L\u2019idole mentale multi-culturaliste est aussi brillante qu\u2019un miroir aux alouettes.Si le multiculturalisme canadien n\u2019a ni ascendance ni descendance, s\u2019il n\u2019est pas organiquement lié à un peuple, 20 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 qu\u2019est-il ?C\u2019est un paravent qui cache la progression, lente, mais sûre, de la domination politique du peuple d\u2019expression anglaise sur le peuple d\u2019expression française en Amérique du Nord britannique.L\u2019aboutissement visé non avouable : la néantisation du peuple québécois.Le vrai projet assimilateur de l\u2019idole Les adorateurs de l\u2019idole multiculturaliste s\u2019indignent angéliquement contre l\u2019 « assimilation pure et simple » des immigrants.Mais ce type d\u2019assimilation n\u2019a jamais existé puisque les nouveaux venus - depuis l\u2019époque de la Nouvelle-France - ont enrichi notre société d\u2019accueil.Cependant, chez un peuple normal, c\u2019est-à-dire souverain, sa langue est volontairement adoptée par l\u2019immigration.Or, dans notre milieu de vie actuel, plus de la moitié de l\u2019ensemble des transferts linguistiques se font au profit de la communauté anglo-québécoise, qui représente moins de dix pour cent de la population.Dans le présent régime politique, la minorisation du peuple québécois - avec sa disparition à la clé - est donc inexorable.Un projet de société qui n\u2019a pas clairement la langue française comme fondement et comme but nous y conduit.Ne permettons pas à ces universitaires d\u2019escamoter cette responsabilité par attachement à leur idole.Passé sous la barre psychologique des 80 %, le pourcentage des francophones n\u2019inquiète pas un Gérard Bouchard arrangeant, qui constate qu\u2019après tout, les francophones forment les trois quarts de la population.Si la tendance se maintient et que le pourcentage passe sous les 70 %, il y aura encore des collabos pour s\u2019accommoder du fait que les francophones forment les deux tiers de la population.La procrastination vertueuse a assez duré ! 21 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 La donneuse de «leçons d\u2019histoire » L\u2019idole ne tolère pas que l\u2019Histoire soit traitée en profondeur.Voici deux épisodes historiques racontés par les ventriloques de l\u2019idole.D\u2019abord celui-ci : Au Québec, depuis 1774, aucun croyant n\u2019est tenu d\u2019abjurer une partie de sa foi pour avoir accès aux fonctions publiques.Les catholiques, faut-il le rappeler, furent les premiers à bénéficier de cette protection constitutionnelle.Alors, que les conservateurs se le tiennent pour dit : les Britanniques n\u2019ont pas accordé cette concession dans le but de contrer l\u2019émancipation de leurs colonies du Sud, ils ont tenu à faire bénéficier la province de Québec de leur mansuétude régalienne et anglicane.On croirait que ce passage jovialiste sur l\u2019histoire du Québec a été écrit par un fonctionnaire d\u2019Ottawa, un pamphlétaire de Cité libre ou un éditorialiste tordu de la Gazette.Puis cet autre : L\u2019égalité des cultes sera ensuite affirmée en 1840, puis réaffirmée en 1851 dans la Loi sur la liberté des cultes, toujours en vigueur.Nos chartes des droits sont héritières de cette longue tradition historique de tolérance et d\u2019ouverture.N\u2019en déplaise à ceux qui tiennent à opposer droit et histoire (ou droit et identité), le droit fait également partie de l\u2019histoire.De notre histoire.En 1840 également, la langue française fut supprimée de la nouvelle Assemblée législative du Canada-Uni comme langue officielle.L\u2019unité dans la diversité ?Résultat du dialogue fructueux entre le droit et la politique ?Les religions moins la langue ?Notre avenir prévisible ?Les signataires du manifeste peuvent-ils fièrement revendiquer cela comme faisant partie de leur Histoire ? 22 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 L\u2019étude subversive des traditions religieuses Les traditions religieuses sont pleines d\u2019enseignements exemplaires pour ceux qui savent les interpréter avec un esprit critique.Voyez le prophète vétéro-testamentaire Daniel user d\u2019une astuce (eh oui !) pour connaître la vraie nature du dieu babylonien Bel, précisément sa manière de digérer les aliments que les fidèles crédules plaçaient sur son autel.Saurons-nous débusquer le clergé qui se livre à un festin aux dépens du peuple en utilisant la porte dérobée du multiculturalisme ?Ah, qu\u2019il est donc satisfait et repu ce clergé prestigieux qui parle d\u2019autorité au nom d\u2019une idole qui le dépasse en grandeur ! Si les Troyens avaient compris que les idoles sont non seulement parasitaires mais mortifères, n\u2019auraient-ils pas incendié le cadeau des Grecs ?Saurons-nous radiographier et terrasser le cheval mental fédéral ?Captation de l\u2019État par l\u2019idole Les sectateurs de l\u2019idole affirment : « Le fait qu\u2019un agent de l\u2019État affiche un signe d\u2019appartenance religieuse ne l\u2019empêche nullement d\u2019appliquer les normes laïques de façon impartiale.» C\u2019est irrecevable : de même qu\u2019il doit y avoir justice et apparence de justice, il doit y avoir impartialité et apparence d\u2019impartialité.Ils renchérissent : « Pas plus que la couleur de peau, l\u2019accent ou le sexe, on ne peut présumer que cette affiliation religieuse constitue un biais qui interfère dans la manière dont le fonctionnaire applique la loi ou le règlement.» Cet argument n\u2019est pas pertinent : le port de symboles ou de vêtements symboliques n\u2019a rien d\u2019un fait ou d\u2019une nécessité biologique - il constitue une sempiternelle profession de foi. 23 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 D\u2019autre part, ils déclarent que la laïcité « s\u2019impose à l\u2019État, non aux individus ».Ainsi, dans l\u2019esprit des auteurs qui se complaisent dans l\u2019abstraction, l\u2019État doit demeurer désincarné.Pour eux, les croyances ont droit à l\u2019incarnation, mais pas l\u2019État.Non : les personnes qui représentent l\u2019État et agissent en son nom doivent refléter sa neutralité.Les prédicateurs de l\u2019intégration à sens unique concluent : La volonté d\u2019assurer absolument l\u2019émancipation à l\u2019égard de croyances considérées autoritaires ou passéistes, en refusant tout accommodement au nom d\u2019un impératif laïque, comporte tous les ingrédients d\u2019une possible exclusion, contraire à l\u2019objectif d\u2019intégration.[.] La laïcité n\u2019est pas une façon de résoudre les tensions (réelles ou imaginaires) en les supprimant.Quel genre d\u2019accommodement réussira à apaiser certaines croyances extrémistes ?L\u2019absolutisme n\u2019est-il pas installé à demeure dans le temple de telles croyances, ces modèles immuables coulés dans le béton de la certitude dogmatique ?Foin de la démission des intellectuels toujours prêts à excuser l\u2019intolérable sous couvert d\u2019une molle neutralité qui les décharge du devoir de riposte contre le totalitarisme ! Le bras judiciaire de l\u2019idole Les zélateurs de la commission Taylor-Bouchard refusent de se départir de leurs œillères quant à l\u2019instrumentalisation idéologique des chartes des droits ou des tribunaux.Cette perversion - plutôt que cette banalisation - du pouvoir judiciaire découle directement du colonialisme canadien, qui perpétue la sujétion d\u2019un peuple par un autre.Cette domination a connu une accélération depuis le coup d\u2019État de Trudeau et consorts contre le peuple québécois par l\u2019importation - sans consultation du peuple - de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique depuis son giron albionesque. 24 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Dans ce cadre politique où la légalité évacue la légitimité, l\u2019idole multiculturaliste dévoie le pouvoir judiciaire de son rôle distinct, équilibré à distance par le pouvoir politique dans une société saine.Choisis de façon partisane, les juges de la Cour suprême, par leurs prononcés, renforcent le pouvoir et le prestige de l\u2019idole, puisqu\u2019elle est protégée par l\u2019article de foi multiculturelle inscrit par Trudeau dans sa Charte unilatérale de 1982 (article no 27).Croyance totalitaire véhiculée par l\u2019État canadien, le multiculturalisme est un vivier de tensions extrêmes à répétition assurée parce qu\u2019il cautionne des croyances religieuses souvent elles aussi absolutistes.Cette fixation judiciaire sur l\u2019idole multiculturaliste fait du Canada un pays désincarné, artificiel et liberticide.Comment achever l\u2019idole Révoltons-nous contre le régime colonialiste en nous donnant comme tâche irrévérencieuse de déboulonner et de faire dérailler l\u2019idole multiculturaliste.Elle n\u2019a aucun rapport organique avec le peuple québécois.Les saines ruptures font aussi partie de la destinée des peuples qui cherchent à conquérir leur liberté.L\u2019idole chatoyante est bien vissée dans la tête paresseuse de plusieurs intellectuels.Mais les plus colonisés la font tournoyer dans le carrousel tartufiard de leur conque cérébrale afin d\u2019épater la galerie universitaire et d\u2019abuser le peuple.Si elle n\u2019en est que plus insaisissable, c\u2019est à cause de sa « vaporisation » dans une abstraction à la fois vide et stérile.C\u2019est notre langue et notre culture qui en sont les otages.Il faut déjouer les vieux réflexes canadiens-français qui remontent à la surface lorsque nous cherchons à nous affran- 25 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 chir.Ainsi, dans l\u2019esprit de plusieurs défaitistes, l\u2019indépendance est perpétuellement reportée aux calendes grecques, tout comme la promesse chrétienne qui tarde à respecter son rendez-vous - pourtant prophétisé comme imminent il y a 2 000 ans.En attendant que la Jérusalem céleste brillamment revêtue des conditions gagnantes daigne descendre sur terre, on se contente humblement du petit pain de la gouvernance provinciale en se gargarisant de lamentations convenues, mais sans conséquence sur les envahissements de l\u2019ennemi fédéraliste.On devient alors l\u2019hostia1 consentante de sa stratégie, qui consiste à présenter la souveraineté comme un idéal inatteignable alors que le pouvoir fédéral serait, lui, concret et rentable, avec les espèces sonnantes et trébuchantes qu\u2019il distribue à ses ouailles.C\u2019est d\u2019abord ce moule de la soumission volontaire intériorisée qu\u2019il importe de casser.Un ressaisissement vivifiant, personnel et collectif, nous fera donner un congé définitif à l\u2019idole.Ainsi affranchis des vieux démons, nous aurons l\u2019audace de nous doter d\u2019un État complet.?1 Terme latin signifiant « victime ». 26 ARTICLES Mathieu Bock-Coté* À propos de l\u2019activisme de la CDPDJ LA BUREAUCRATIE DE LA DIVERSITÉ Le constat n\u2019est pas neuf : nous sommes contemporains d\u2019une judiciarisation des rapports sociaux reconnaissable dans la traduction systématique des revendications des groupes « minoritaires » dans le langage des « droits fondamentaux ».Cette tendance se radicalise d\u2019autant plus qu\u2019une nouvelle gauche multicultu-raliste, qui s\u2019est d\u2019abord manifestée il y a quelques années avec les Cahiers du 27 juin, a entrepris la sacralisation de la Charte québécoise en prétendant en faire la matrice d\u2019une reconstruction intégrale de la société québécoise.Désormais, la Charte serait la génératrice exclusive de la légitimité démocratique.Elle serait même au « cœur de l\u2019identité québécoise », comme l\u2019ont affirmé les concepteurs du cours Éthique et culture religieuse au moment de la controverse entourant leur cours en décembre 2009.Mais le récent avis de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse sur la pratique des accommodements raisonnables à la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec révèle à quel point la judiciarisation des rapports sociaux a pour conséquence leur bureaucratisation1.Rappelons les * Doctorant, sociologie, UQAM.Auteur de La dénationalisation tranquille (Boréal).1 Daniel Carpentier, Avis sur les directives de la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec en matière d\u2019accommodement raisonnable, Commission des droits de la personne et de la jeunesse, mars 2010, 17 p. 27 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 faits : la Commission a jugé qu\u2019une femme n\u2019ayant à se dévoiler que quelques secondes devant un homme pour une prise de photo ou pour une identification ne subirait pas un tort significatif alors qu\u2019une autre obligée de suivre un examen de conduite d\u2019environ une demi-heure avec un homme subirait un préjudice du point de vue de ses convictions religieuses si celles-ci proscrivent les contacts d\u2019un sexe à l\u2019autre.Entre ces deux cas apparemment « extrêmes », l\u2019éventail des « accommodements » à envisager et réclamant une expertise conséquente est plus que vaste.Ce genre de raisonnement tatillon est propre à une bureaucratie désireuse d\u2019étendre son champ d\u2019expertise et d\u2019ingénierie sociale.Si la charte est fondatrice de la démocratie et si la CDPDJ en est la gardienne, cette dernière se présente conséquemment comme la gardienne de notre démocratie.Désormais, seuls la commission et ceux qui s\u2019inspirent de son travail seront habilités à « gérer la diversité ».Le sens commun, soupçonné de contamination par les stéréotypes et les préjugés, et baignant apparemment dans un vieux fond xénophobe, est mis au rencart par l\u2019expertocratie chartiste qui plaide d\u2019ailleurs pour une reprogrammation généralisée de la culture par l\u2019éducation au pluralisme et l\u2019éducation « antiraciste », notamment pour y neutraliser les représentations « discriminatoires ».Il suffit de se référer au nouveau cours Éthique et culture religieuse pour comprendre l\u2019ampleur des moyens déployés dans cette reconstruction de la culture.Il faut dire que la CDPDJ fonctionne à partir d\u2019une sociologie victimaire portant une accusation radicale contre la société québécoise, accusée d\u2019avoir institutionnalisé un système exclusionnaire marginalisant les groupes minoritaires.Pour lutter contre une discrimination souvent fantasmée, il faudrait ainsi reconstruire les institutions sociales dans 28 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 la matrice de l\u2019égalitarisme identitaire.Ainsi, le calendrier devient discriminatoire envers les minorités non-chrétiennes dans la mesure où les jours fériés sont fondés sur les fêtes chrétiennes.Il faudrait désormais extraire la société de sa propre histoire et la refonder sur l\u2019utopisme égalitaire le plus radical.Mais surtout, la moindre disparité statistique entre un groupe et un autre s\u2019expliquerait par un système discriminatoire qui entraverait l\u2019accomplissement du « droit à l\u2019égalité » des groupes minoritaires.Car l\u2019égalité libérale entre les individus me suffirait plus : il faudrait désormais lutter pour « l\u2019égalité de fait » entre les groupes dominants et subordonnés dans la mise en place d\u2019une nouvelle citoyenneté multiculturelle.La « lutte contre les discriminations » justifie ainsi une intrusion radicale de l\u2019État dans l\u2019organisation de la société, notamment par la multiplication des programmes de discrimination positive qui viennent fixer arbitrairement certains communautarismes au nom de leur émancipation.Le dispositif antidiscriminatoire se transforme en machine à diviser la société québécoise en communautarismes rivaux administrativement délimités.Le multiculturalisme est ainsi beaucoup moins porté sur la « pluralité » que sur la division du monde en coupables et en victimes.La commission Bouchard-Taylor avait très bien noté l\u2019importance de cette bureaucratie chartiste dans le dispositif politique du multiculturalisme et plaidait d\u2019ailleurs pour son renforcement par l\u2019augmentation de son financement et la création de nouvelles agences appelées à gérer de manière toujours plus technocratique la diversité.De la même manière, quand la commission Bouchard-Taylor plaidait pour l\u2019augmentation du financement de la recherche sur les « discriminations », elle cherchait surtout à se fournir les moyens conceptuels et « empiriques » pour justifier une politisation intégrale des relations sociales, nécessaire à leur reprogrammation par la technocratie diversitaire. 29 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 En fait, la gauche multiculturaliste souhaite transférer la souveraineté des instances parlementaires aux instances technocratiques, dans la mesure où ces dernières ne seraient pas redevables envers une population suspectée des pires préjugés mais seulement envers une science sociale pluraliste se présentant comme la conscience critique de la société.On trouverait dans cette bureaucratie une nouvelle classe particulièrement éclairée pour piloter la reconstruction multiculturelle de la société à l\u2019abri de l\u2019opinion publique.Par ailleurs, la bureaucratie chartiste fournit à cette gauche multiculturaliste une base militante publiquement financée et incorporée à même l\u2019appareil de l\u2019État québécois.Nous sommes certainement en droit de parler du multiculturalisme d\u2019État.L\u2019activisme de la CDPDJ nous révèle à quel point la bureaucratie chartiste est au cœur de la promotion d\u2019un multiculturalisme qui s\u2019est métamorphosé en pratique technocratique.Mais la charte n\u2019est toutefois pas gardienne de la démocratie, seulement du multiculturalisme.Ceux qui la transforment en moment fondateur de la démocratie libérale dia-bolisent rétrospectivement toute l\u2019expérience historique des sociétés occidentales.Il faut se déprendre de cette mauvaise légende.La Charte ne préserve pas l\u2019égalité libérale mais elle la falsifie dans l\u2019égalitarisme radical.Elle ne défend pas les libertés individuelles mais justifie plutôt une bureaucratisation radicale de la société apparemment nécessaire pour construire une « culture des droits et libertés », passant par la déconstruction politique des pratiques sociales traditionnelles.Il est plus que temps de désacraliser la Charte et de questionner sévèrement la bureaucratie militante qui l\u2019instrumentalise en s\u2019en faisant la gardienne.? 30 ARTICLES Éric Tremblay* La réponse du P.I.à Gérard Bouchard et autres moralistes interculturalistes À ROME, FAIS COMME LES ROMAINS Notre Nation occidentale de langue française, le NOUS, vieille de quatre siècles en terre d'Amérique a su résister à 250 ans de domination politique étrangère depuis la Conquête britannique de 1760.Ni l'Annexion forcée de 1840 pour NOUS mettre en minorité, ni le British North America Act de 1867 confirmant notre statut de minoritaires dans « le plus meilleur pays au monde », ni les politiques d'immigration et d'assimilation des nôtres n'ont réussi à NOUS effacer de la carte comme le souhaitait Lord Durham.C'est la force du nombre combinée à l'unité linguistique, culturelle et historique du NOUS au Québec qui explique que NOUS n'ayons pas subi le même sort que nos frères hors-Québec, véritables victimes d'un génocide culturel planifié et exécuté par les Canadians.Multiculturalisme, immigration massive et dénationalisation C'est à cette cohésion nationale que Trudeau, digne héritier de Durham, s'est attaqué en enchâssant la Charte Canadian des droits et libertés dans la Constitution Canadian lors du rapatriement unilatéral de 1982.En constitutionnalisant le multiculturalisme qui garantit aux nouveaux arrivants la possibilité de préserver la culture, les coutumes et le mode de vie de leur pays d'origine, et ce, sans même qu'ils aient * Chef du Parti indépendantiste 31 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 l'obligation de parler français pour obtenir la citoyenneté Canadian, Ottawa se dotait d'une arme politique et juridique puissante lui permettant de s'attaquer à notre identité nationale.Dès lors, l'immigration massive non occidentale combinée au multiculturalisme canadian permettra à Ottawa de combattre efficacement notre identité nationale en favorisant la chute de notre poids démographique chez NOUS, l'implantation du communautarisme déstructurant, la prolifération de ghettos ethnoculturels balkanisant et l'anglicisation de Montréal.Quand bien même NOUS nous opposerions aux accommodements religieux revendiqués par des fondamentalistes, intégristes et extrémistes religieux, la Cour suprême des Canadians (CSC) NOUS rappellera à l'ordre en invoquant le multiculturalisme et NOUS imposera l'inacceptable au nom des grandes valeurs Canadian.La décision de la CSC sur le port du kirpan en classe illustre parfaitement qu'au Canada, les valeurs de notre Nation ne comptent pas.NOUS étions pourtant opposés à 98 % au port de ce poignard sikh dans nos écoles.Il en ira de même quant à notre opposition massive au port de signes religieux ostentatoires tels le voile islamique, la burqa et le niqab dans nos institutions et services publics.Une Charte de la laïcité qui interdirait le port de ces signes religieux dans l'appareil d'État, les services publics et l'espace public subirait le même sort que la Loi 101.Elle serait massacrée par les sages hypocrites anti-québécois de la CSC.Que voulez-vous ?La Province of Quebec est une province comme les autres.Comme toutes les provinces Canadian, elle se doit de respecter la Constitution du Canada et le multiculturalisme canadian, donc le relativisme culturel et le différentialisme juridique.En tant que Nation subordonnée, NOUS ne pouvons qu'obtempérer aux décisions du gouvernement des juges d'Ottawa.Au Canada, donc au Québec, faites comme chez vous ! Voilà le message envoyé aux 32 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 immigrants.Les fondamentalistes religieux l'ont bien saisi.Ils n'ont pas à respecter nos grandes valeurs fondamentales modernes issues du processus de sécularisation de notre société à l'époque de la Révolution tranquille des années 1960, telles la séparation de l'État et de la religion, la laïcité de notre État et l'égalité entre les hommes et les femmes.Les intégristes et extrémistes religieux peuvent instrumentaliser la liberté de conscience et de religion garantie par les chartes Canadian et québécoise pour mieux NOUS imposer leurs valeurs archaïques et barbares tout en refusant de s'intégrer à NOUS.Qu'on se le tienne pour dit : les islamistes qui se servent de leurs femmes enfermées dans des prisons ambulantes comme vecteur de propagation de leur idéologie politique hégémonique anti-occidentale et anti-démocrate ne seront jamais nos frères.Ils NOUS considèrent comme des infidèles à convertir ou à abattre au nom d'Allah et ne rêvent qu'au jour où la Charia deviendra réalité au Québec pour mieux NOUS soumettre, en commençant par nos femmes, nos filles, nos mères et nos sœurs.Et nos moralistes interculturalistes comme Gérard Bouchard, de plaindre ces pauvres immigrants en NOUS reprochant de faire preuve de racisme à leur égard.Pathétique.Le comble de la décadence morale est de voir Québec Solidaire et la Fédération des femmes du Québec défendre le port du voile islamiste au nom du féminisme, alors que de plus en plus de jeunes filles voilées fréquentent nos écoles primaires et secondaires à Montréal.Qu'attendent-ils pour sortir de leur fantasme intellectuel tordu teinté de racisme inversé ?Que les crimes d'honneur, les excisions, les lapidations, la polygamie soient devenus monnaie courante au Québec ?Que le métro de Montréal fasse l'objet d'attentats terroristes comme les trains de Madrid ou le métro de Londres ?Faudrait peut-être écouter les Djemila Benhabib bien de chez NOUS qui 33 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 NOUS mettent en garde contre ces fous furieux prêts à se faire exploser au cri d' « Allua Akbar » !, d'autant plus que Montréal compte déjà quelques mosquées intégristes aux imams fanatiques.Ces imams doivent être déportés et ces mosquées fermées au nom de notre sécurité nationale.Au même titre qu'un État ne doit pas négocier avec des terroristes, notre État ne doit pas négocier avec ces fondamentalistes.Il est grand temps de revoir nos politiques d'immigration afin de fermer nos frontières à tous ces fanatiques : islamistes, Juifs hassidiques, Sikhs.Nos moralistes interculturalistes, adeptes de la préférence étrangère, se rendent complices des politiques dénationalisantes et assimilationnistes de Trudeau.Ils favorisent la victoire prochaine des descendants de Durham.Au rythme où Montréal s'anglicise et se balkanise, qui pourrait en douter.À moins d'un redressement national radical, NOUS avons bel et bien emprunté la voie irréversible, longue et douloureuse de notre louisianisation.En choisissant de perpétuer la Province of Quebec, NOUS choisissons notre dénationalisation tranquille qui mènera, à terme, à notre propre mort.La Province of Quebec, c'est le multiculturalisme, le bilinguisme, la normalisation canadian.La Province of Quebec, c'est la garantie de l'immigration massive (55 000 cette année dont 90 % s'installeront à Montréal) contrôlée à moitié par Ottawa (réfugiés et réunification familiale) qui majoritairement ne s'intègre pas à NOUS, de la diminution progressive de notre poids démographique chez NOUS (NOUS sommes déjà moins de 80 % au Québec, minoritaires sur l'Île de Montréal et bientôt minoritaires à Montréal), de notre folklorisation, puis de notre assimilation.Le Québec accueillera d'ici 2020 l'équivalent de la population de la Ville de Québec.Dans ce contexte, comment assurer la pérennité de ce que NOUS sommes ?Certainement 34 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 pas, comme NOUS le propose le moraliste civique Gérard Bouchard, en remplaçant le multiculturalisme Canadian que NOUS rejetons quasi unanimement par l'interculturalisme qui ne se veut rien d'autre que le même multiculturalisme, mais québécisé.Même Bouchard, n'arrivant pas à distinguer son interculturalisme du multiculturalisme Canadian, en appelle à la contribution de tout un chacun pour l'aider à définir sa patente à gosse qui n'est rien d'autre qu'un modèle vaseux et laxiste de gestion de la diversité ethnique descendant de la même philosophie relativiste culturelle postmoderne destructrice des identités nationales et facilitatrice de l'avènement d'une gouvernance mondiale anglo-américaine.Bouchard, croyant favoriser notre adhésion à sa poutine interculturelle, tente de NOUS amadouer en disant qu'il n'en a jamais appeler à ce que NOUS jetions nos souches au Feu de la Saint-Jean, mais à ce que toutes les communautés ethniques du Québec, incluant la nôtre, y jettent leurs souches respectives.C'est à mourir de rire.Il NOUS prend vraiment pour des cons.NOUS ne sommes pas, comme il l'entend, une ethnie comme les autres, mais plus grosse.NOUS sommes la Nation québécoise.Pas question de jeter notre identité nationale au feu de la Saint-Jean pour faire le jeu des Canadians qui ne rêvent qu'à notre disparition, ni pour faire plaisir aux islamistes, Juifs hassidiques, sikhs et autres fondamentalistes.Étant incapables d'emporter l'adhésion du NOUS à leur délire suicidaire antinational à la suite du rejet quasi unanime de l'insultant rapport Bouchard-Taylor, les moralistes interculturalistes s'en prennent maintenant à nos enfants à travers l'école.Le cours doctrinaire d'Éthique et culture religieuse, véritable outil pédagogique de transformation sociale et culturelle des jeunes NOUS, imaginé par des cerveaux malades relativistes postmodernes souffrant de racisme inversé, constitue une menace mondialiste dénationalisante 35 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 de plus.Leur objectif avoué est de faire de nos enfants de meilleurs citoyens que NOUS en leur faisant gober, par exemple, le bien-fondé de la décision de la Cour suprême des Canadians autorisant le port du kirpan, poignard sikh, à l'école.Pourquoi pas la burqa dans la fonction publique ?Le but de ce cours est de transformer les jeunes NOUS en citoyens du monde globalisé dont l'identité nationale ne se limitera qu'aux seules chartes des droits et libertés Canadian et québécoise.Nos ingénieurs sociaux interculturalistes les préparent à accepter la disparition de notre Nation qui sera remplacée par une mosaïque d'individus différenciés et séparés culturellement parlant anglais au Québec, mais uniformisés mondialement.NOUS devons impérativement exiger de notre État québécois qu'il abolisse rapidement ce poison relativiste dénationalisant et le remplace par un véritable cours d'Histoire et de Culture nationale permettant la transmission de ce que NOUS sommes, non seulement à nos enfants, mais aux enfants des nouveaux arrivants afin d'assurer leur intégration au NOUS et notre cohésion nationale future.L'École nationale se doit d'être le vecteur de la transmission de nos valeurs et de notre patrimoine, et non, l'instrument de la promotion du mondialisme anglo-américain normalisant et asservissant.Le Québec de demain ne doit pas devenir une Tour de Babel livrée pieds et mains liés aux oligarques financiers mondialisés.Au Québec, fais comme les Québécois, fais comme NOUS Tout ce que NOUS demandons aux étrangers s'établissant au Québec, chez NOUS, c'est de choisir de vivre comme NOUS, de devenir progressivement Québécois en partageant notre langue, notre culture et notre histoire afin de pouvoir bâtir ensemble le Québec de demain.Au Québec, fais comme les Québécois, fais comme NOUS.C'est la seule façon de préserver notre identité nationale.S'ils ne veulent pas s'in- 36 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 tégrer à NOUS, qu'ils partent s'établir ailleurs.La Terre est vaste ! NOUS ne les obligeons pas, ni à venir s'établir ici, ni à rester.Mais que les mondialistes multiculturalistes et interculturalistes de la droite néolibérale et de la gauche petite bourgeoise, qui travaillent main dans la main à notre dénationalisation, cessent de NOUS traiter de racistes, xénophobes, intolérants parce que NOUS souhaitons préserver notre identité nationale, notre langue, notre culture, nos valeurs et notre mode de vie ! Le Québec, c'est notre maison.Nous sommes ouverts et accueillants, mais pas au prix de laisser les étrangers dicter les règles de vie de notre foyer ! Alors que la France s'apprête à adopter une loi interdisant le port du voile intégral dans les institutions et les services publics français au nom des valeurs de la République, que les Suisses se sont prononcés contre l'érection de minarets sur leur territoire national par référendum et que l'Allemagne entend forcer, par l'imposition d'un contrat d'intégration, les nouveaux arrivants à parler l'allemand et à respecter les autres valeurs fondamentales de la nation allemande, ici, nos interculturalistes xénophiles de gauche et de droite NOUS font la morale en NOUS sommant de NOUS ouvrir à la magnifique richesse que constitue la diversité culturelle et religieuse des fondamentalistes, intégristes et extrémistes religieux.Le Québec a changé, disent-ils ! Le Québec n'a pas changé.il est en train de crever à cause de votre couardise et de vos compromissions ! Ces nations européennes, ayant compris que les dérives multiculturalistes communautaristes des 30 dernières années menaçaient sérieusement leur identité nationale, leur cohésion nationale et la paix sociale, commencent à serrer la vis à l'immigration massive non-occidentale et à l'intégrisme islamiste en revenant au seul modèle garantissant l'intégration des étrangers, soit celui de l'assimilation.À Rome, fais comme les Romains.Voilà exactement ce que le Parti indépendantiste propose depuis deux ans. 37 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Le Parti indépendantiste, la solution NOUS devons d'abord nous débarrasser de la tutelle d'Ottawa en déclarant notre indépendance à l'Assemblée nationale dès l'élection d'une majorité de députés indépendantistes afin de doter le Québec d'une Constitution républicaine abolissant le multiculturalisme et ses accommodements religieux.Cette Constitution garantira l'unilinguisme français mur à mur au Québec en faisant du français la seule langue officielle et nationale de la République, la séparation de l'État et de la religion, la laïcité de l'État dans toutes ses composantes et l'égalité de tous devant la Loi, donc des hommes et des femmes.Le port des signes religieux ostentatoires (hidjab, burka, niqab, tchador, kippa, turban, poignard) sera interdit dans l'espace public, la fonction publique, les services publics et parapublics, les sociétés d'État, les institutions d'enseignement, les hôpitaux, etc.L'État cessera de financer les organismes et les écoles ethnoculturelles.Tous les étrangers devront fréquenter notre système d'éducation nationale de langue française des CPE à l'université.L'immigration sera réduite de moitié au moins afin de respecter notre capacité d'accueil actuellement largement dépassée.Les immigrants seront sélectionnés sur la base de leur maîtrise du français avant d'arriver ici et du partage de nos valeurs fondamentales modernes.Ils signeront un contrat d'intégration à cet effet.Fini, la sélection et l'accueil des fondamentalistes, intégristes et autres extrémistes religieux tels les islamistes, les hassidiques et les sikhs.Les candidats à l'immigration provenant des pays occidentaux seront priorisés.La citoyenneté sera offerte en mode accélérée aux Canadiens français hors-Québec et aux Franco-Américains qui décideraient de s'installer au Québec.Les étrangers déjà présents en sol québécois avant l'indépendance devront apprendre le français et passer un examen de connaissances linguistique, culturelle et historique avant de 38 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 pouvoir obtenir la citoyenneté québécoise.Le message ainsi envoyé sera clair : pour obtenir la citoyenneté québécoise, les étrangers devront vivre comme NOUS en partageant notre langue, notre culture et notre histoire tout en respectant nos valeurs fondamentales.La cohésion nationale sera ainsi garantie par leur assimilation au NOUS.La République du Québec de langue française, laïque, libre et indépendante permettra enfin à notre Nation de préserver son héritage, ses traditions, sa culture, son patrimoine chrétien, son mode de vie et ses avancées civilisationnelles.Elle favorisera la collaboration fraternelle de tous ses citoyens en vue du développement d'un Québec fort, prospère et solidaire.Seul ce projet politique peut sauver le NOUS des dérives mondialistes désintégratrices de nos moralistes interculturalistes pour qui le Québec, même indépendant, ne saurait être autre chose qu'un petit Canada multiculturel bilingue dénationalisé.? 39 ARTICLES Christian Gagnon* Quarantième anniversaire du « coup de la Brink\u2019s » CHRONIQUE ET LEÇONS D\u2019UNE VASTE MANIPULATION Grossière manipulation des médias et de l\u2019électorat québécois, le tristement célèbre « coup de la Brink\u2019s » n\u2019a que fort peu retenu l\u2019attention des chercheurs.Dans notre histoire moderne, il s\u2019agit pourtant de l\u2019un des plus évidents épisodes de violation de la démocratie par une entreprise privée, en l\u2019occurrence le Royal Trust.Le 40e anniversaire des sombres événements du 26 avril 1970 est donc l\u2019occasion de se pencher sur ce cas en se demandant si le silence quasi total de nos manuels d\u2019histoire à ce sujet n\u2019a pas privé le Québec des leçons qu\u2019il aurait dû en tirer.La démocratie occidentale en 1970 Nous sommes en avril 1970.Le monde se passionne pour le sauvetage in extremis de l\u2019infortuné équipage de la mission Apollo 13, dont les trois membres reviendront tous miraculeusement indemnes malgré l\u2019explosion d\u2019un réservoir d\u2019oxygène à 300 000 km de la Terre.Les États-Unis sont toutefois secoués par d\u2019importantes manifestations d\u2019opposition à la guerre du Vietnam.Alors que les élections sénatoriales approchent à grands pas, le président Richard Nixon jongle avec une opinion publique qui ne compte plus que * Membre du conseil d'administration de la Ligue d\u2019action nationale et conseiller général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 40 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 34 % d\u2019Américains estimant que leur pays n\u2019a pas commis une erreur en engageant ses troupes dans une telle guerre.Le 19 avril, l\u2019ex-dictateur militaire colombien Gustavo Rojas Pinella est défait à l\u2019élection présidentielle de son pays.Ses partisans attribuent la défaite à des fraudes électorales massives, ce qui entraînera la formation du mouvement terroriste M-19 (Movimiento 19 de Abril) se distinguant par l'adoption d'une stratégie de guérilla urbaine, de séquestrations et d\u2019assassinats qui maintiendra la Colombie sur les dents pendant les 20 années suivantes.Entre-temps, l\u2019Afrique du Sud consacre sa stratégie des bantoustans en adoptant le Black Homeland Citizenship Act qui annule la citoyenneté sud-africaine des Noirs et renforce le pouvoir sans partage des Blancs.Le 22 avril, le National Party, pro-apartheid, est réélu avec une forte majorité.Pays allié, le Royaume-Uni est sur le point d\u2019être lui aussi appelé aux urnes.Attendue en octobre, cette élection sera précipitamment déclenchée au 18 mai par le premier ministre travailliste Harold Wilson en vue d\u2019un scrutin le 18 juin pour que l\u2019introduction prochaine du très impopulaire decimal coinage - en remplacement des 20 shillings par livre sterling et 12 pences par shilling - ne nuise pas trop à son parti.En avance en début de campagne, le Labour Party n\u2019en mordra pas moins la poussière face aux conservateurs d\u2019Edward Heath.Il semble que l\u2019issue du scrutin se joua véritablement quatre jours avant le remplissage des urnes.Bien des analystes attribuent en effet cette victoire-surprise des tories à la perte de prestige national concurrente à l\u2019élimination précoce en Coupe du monde de football de l\u2019équipe anglaise, pourtant défenderesse du titre mondial de 1966.Il est bien sûr question de sains débats démocratiques concernant la bonne gestion de l\u2019État. 41 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Le contexte québécois d\u2019alors C\u2019est dans ce contexte mondial où la démocratie est un concept fort relatif que « la Belle Province » vivra sa première campagne électorale mettant en scène un parti indépendantiste véritablement concurrentiel.En effet, issu de la fusion en 1968 du Mouvement souveraineté-association (MSA) et du Ralliement national (RN), puis de la dissolution du Ralliement pour l\u2019indépendance nationale (RIN), le Parti québécois (PQ) brigue pour la première fois les suffrages.Il est déjà acquis qu\u2019il recueillera bien davantage que les 5,55 % du RIN de Pierre Bourgault en 1966.Le Canada - et à plus forte raison le Québec - ne sera pas représenté à cette fameuse Coupe du monde de football de 1970 qui influença tant les élections britanniques.Pis encore, en ce mois d\u2019avril 1970, le Canadien de Montréal rate les séries éliminatoires pour la première fois depuis 1948.Dès lors, les Québécois n\u2019ont d\u2019autre choix que de rabattre leurs passions sur leur autre sport national : la politique.L\u2019électorat verra s\u2019affronter pas moins de cinq chefs : Jean-Jacques Bertrand (premier ministre sortant, Union nationale), Robert Bourassa (Parti libéral du Québec), René Lévesque (PQ), Camil Samson (Ralliement créditiste du Québec) et Roland Morin (Nouveau Parti démocratique du Québec).En ces temps où 83 % des administrateurs et cadres du Québec sont anglophones, où les francophones ont un revenu moyen inférieur de 35 % à celui des anglophones et où les francophones arrivent au 12e rang dans l'échelle des revenus selon l'origine ethnique, tout juste devant les Italiens et les Amérindiens1, qu\u2019est-ce qui pourrait bien infléchir massivement le comportement électoral des indécis ?En vertu d\u2019une expression bien enracinée dans le langage populaire et dont 1 Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (commission Laurendeau-Dunton), Rapport préliminaire, 1965 42 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 on devine l\u2019origine, lorsqu\u2019un Québécois a le sentiment que ça va bien, il dit que ça va « pas pire ».Pour influencer son vote en 1970, il suffit de lui faire craindre que ça aille « pire ».C\u2019est bien cette peur qu\u2019on exploitera.Et avec grand succès.La campagne est lancée Adopté le 20 novembre 1969 malgré l\u2019opposition farouche de René Lévesque et d\u2019Yves Michaud, le bill 63 confirme la possibilité pour tous les parents, immigrants compris, de choisir la langue d\u2019enseignement de leurs enfants.Cette loi a plongé le gouvernement Bertrand dans un très houleux débat qui a ébranlé toute la société québécoise.Début 1970 à Ottawa, le clan Trudeau n\u2019a pas confiance en Bourassa, cet « étudiant » qui n\u2019est le chef de l\u2019aile provinciale que depuis le 17 janvier, pour être un chantre efficace du fédéralisme canadien face au populaire René Lévesque.Au début de la course à la chefferie du PLQ, on avait même cherché à convaincre Jean Marchand de retourner dans sa province2.Le 12 mars, le premier ministre Bertrand dissout le Parlement et convoque une élection générale pour le 29 avril.The Gazette y voit « un coup de maître de stratégie politique ».Puisque les hostilités débutent peu avant la semaine sainte et qu\u2019« aucun politicien au Québec n\u2019est assez imprudent pour lancer sa campagne durant cette semaine traditionnellement religieuse3 », cela laisse d\u2019autant moins de temps aux candidats d\u2019opposition pour communiquer leur message.Le Portage de L\u2019Assomption note quant à lui que le 29 avril est la veille de la Saint-Robert, y voyant un avantage pour le chef libéral4.On est bien loin des débats de 2010 sur la laïcité de l\u2019État.Les machines électorales des deux 2\tBourassa, Michel Vastel, Éditions de l\u2019Homme, 1991, pp.65-66 3\tTraduit de l\u2019anglais, « No rush to get out on the hustings », The Gazette, 21 mars 1970, p.7 4\t« Élections provinciales le mercredi 29 avril », Le Portage de L\u2019Assomption, 18 mars 1970, p.1 43 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 « vieux partis » se mettent en branle lentement, surtout dans le cas des libéraux de Robert Bourassa, pris de cours par ce déclenchement hâtif.De son côté, le PQ part en trombe, fort d\u2019un nombre impressionnant de bénévoles jeunes et enthousiastes.Lafferty, Harwood & Co.entre en scène Le parti de René Lévesque attire l\u2019attention générale, mais personne ne se doute encore de sa force réelle.Certains milieux d\u2019affaires anglo-montréalais ont des préoccupations autrement plus viscérales.Le 18 mars, la firme montréalaise de conseillers en investissement Lafferty, Harwood & Co.expédie à 300 clients institutionnels un bulletin confidentiel leur conseillant de transférer leurs valeurs à l\u2019extérieur du Québec au moins jusqu\u2019après l\u2019élection, compte tenu de la possibilité d\u2019une législation restrictive sur les valeurs « basée sur un raisonnement politique plutôt qu\u2019au service du consommateur ».La firme-conseil prend prétexte d\u2019un discours prononcé l\u2019avant-veille par le ministre unioniste Mario Beaulieu devant la Chambre de commerce de Montréal.Le ministre des Finances avait alors déclaré que l\u2019État québécois devait faire tous les efforts pour assurer le plein emploi à la population, par l\u2019engagement gouvernemental dans tous les champs d\u2019activité où le bien-être collectif l\u2019exigerait.Le bulletin de Lafferty, Harwood & Co.indique que la philosophie de M.Beaulieu est « impraticable » et qu\u2019« aucune exhortation de quelque politicien que ce soit ne convaincra le capital bien informé et intelligent que l\u2019étatisme peut développer l\u2019environnement propice à une prospérité créa-tive5 ».Le rédacteur de ce bulletin, Richard Lafferty, est un personnage-clé du « coup de la Brink\u2019s » dont nous ferons le portrait plus loin.Ces recommandations poussent Marcel 5 Traduit de l\u2019anglais, « Stocks sent from Quebec », Quebec Chronicle-Telegraph, 27 avril 1970, p.1 44 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Faribault, président du Trust général du Canada, à demander sans succès à la Bourse de Montréal d\u2019exclure Lafferty, Harwood & Co.de ses membres6.La Presse obtiendra copie du fameux bulletin, qu\u2019elle publiera le 4 avril.Soupçonnant des motivations partisanes, le gouvernement unioniste instituera une enquête sur le geste de la firme de conseillers7.Puis, dès le 5 avril à Saint-Georges-de-Beauce, le folklorique Réal Caouette lance le bal de l\u2019hystérie en déclarant que « le PQ a ramassé la totalité des révolutionnaires et des barbus, pas ceux qui se lavent, mais ceux qui ne se lavent pas.Voulez-vous voir une révolution dans un an ?Sinon, ne votez pas PQ.Ne votez pas pour le socialisme, le communisme, la révolution pour que le sang coule dans les rues du Québec8.» Deux jours plus tard, Robert Bourassa brandit le spectre de la fin possible de l\u2019accord canado-américain sur l\u2019exportation des motoneiges si le PQ prend le pouvoir.Le candidat péquiste d\u2019Ahuntsic, Jacques Parizeau, réagira en disant que « Bourassa dépasse les bornes de la décence9 ».Il n\u2019a encore rien vu.Le 11 avril, Lafferty, Harwood & Co.récidivera en publiant un autre bulletin pseudo-confidentiel qui, cette fois, prédit une chute de la cote de crédit du Québec si le PQ parvient à faire bonne figure à l\u2019élection10.Malgré tout, dès la mi-campagne, le directeur du Devoir, Claude Ryan, constate que « se manifestent avec force » deux facteurs nouveaux que sont « le mécontentement profond des électeurs à l\u2019endroit des partis 6\t« Marcel Faribault en colère - Le transport de Brink\u2019s en Ontario : \" Partisan, stupide et hystérique \u201d », Québec-Presse, 3 mai 1970, p.8 7\t« Quebec investigating reasons for Lafferty advice », The Gazette, 7 mai ^70 p.27 8\t« La victoire de la peur », Québec-Presse, 3 mai 1970, page 4A 9\tIdem 10\t« Lafferty, Harwood et Co.revient à la charge », La Presse, îiavril 1970 45 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 traditionnels, et aussi l\u2019accession de l\u2019idée souverainiste au rang de force politique solidement implantée au Québec ».Il ajoute même que « la grande révélation de la campagne électorale jusqu\u2019à maintenant, c\u2019est la force insoupçonnée du Parti québécois ».Celui qui succédera à Robert Bourassa en 1978 à la tête du PLQ écrit « ce qu\u2019il y a de majeur dans le phénomène péquiste, c\u2019est qu\u2019une nouvelle conception de l\u2019avenir du Québec - conception dynamique et traduite en un véritable programme de gouvernement - a fait son entrée sur la scène politique, et que cette conception s\u2019enracine dans des sources trop profondes pour être balayée dans une seule élection.» Comme il l\u2019a déjà fait dans les jours précédents, le futur chef du comité du NON de 1980 précise qu\u2019il ne peut « personnellement accepter l\u2019interprétation fondamentale que le PQ offre de notre présent et de notre avenir.» Mais contrairement à d\u2019autres fédéralistes, Claude Ryan ne se berce pas d\u2019illusions.Il tient même un discours dont bien des souverainistes de 2010 auraient intérêt à s\u2019inspirer.Certains fédéralistes attribuent la montée du phénomène souverainiste aux frustrations éprouvées par les Canadiens français à Ottawa et dans le domaine économique.Les causes sont, en réalité, plus profondes.Elles tiennent à la conviction - très bien exprimée par M.Lévesque - voulant qu\u2019un peuple ne puisse se réaliser vraiment que dans un contexte où il est le maître incontesté de ses décisions politiques, économiques et culturelles.Elle tient aussi au fait que le PQ a réussi à traduire cette conviction dans un programme dont l\u2019épine dorsale est la souveraineté, mais dont les articulations témoignent d\u2019un souci authentique de démocratie, de justice sociale et de liberté.Puis, bien qu\u2019on n\u2019en soit qu\u2019à mi-chemin du baptême du feu électoral de ce tout jeune parti, Ryan lance une prédiction d\u2019une étonnante clairvoyance : « si le PQ obtient plus de 20 % des suffrages, ce pourrait être le début d\u2019une mutation politique radicale et décisive11.» 11 « Deux facteurs nouveaux dans l\u2019élection du 29 avril », Claude Ryan, Le Devoir, éditorial du 16 avril 1970 46 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 C\u2019est La Presse qui, le 18 avril, publiera le premier sondage de la campagne.La maison CROP constate une performance péquiste qui triple les appuis réunis du RIN et du RN de 1966.\tEnsemble du Québec\tMontréal métropolitain\tQuébec métropolitain\tReste du Québec Parti libéral\t25,6 %\t27,9 %\t24,0 %\t23,8 % Parti québécois\t24,9 %\t31,2 %\t14,3 %\t21,1 % Union nationale\t13,4 %\t12,1 %\t12,6 %\t14,7 % Ralliement créditiste\t11,7 %\t6,3 %\t15,4 %\t16,1 % Nouveau Parti démocratique\t1,6 %\t2,5 %\t1,1 %\t0,8 % Autres\t0,5 %\t0,8 %\t0,6 %\t0,3 % Indécis et refus de répondre\t22,2 %\t19,2 %\t32,0 %\t23,3 % Source : La Presse, 18 avril 1970 Sauf à Québec, le sondage révèle une lutte très serrée entre libéraux et péquistes, bien en deçà de la marge d\u2019erreur de 3 %.Le PQ est même en avance dans la région de Montréal.Par contre, environ un électeur sur cinq - et un francophone sur quatre - est indécis ou discret, ce qui rend les pronostics encore téméraires.La popularité des chefs souligne la même rivalité entre Bourassa (28 % dans tout le Québec, 26 % à Montréal) et Lévesque (23 % et 31 %).Cette emotional currency12 du chef péquiste et la percée de son parti sèmeront la consternation dans les médias anglophones de Montréal et de Toronto.« Ce qui résulte de son succès est de rendre pensable l\u2019impensable option de la séparation »13, lit-on dans The Globe and Mail.12\tThe Globe and Mail, éditorial du 21 avril 1970 13\tIdem (traduit de l\u2019anglais) 4l L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Alors qu\u2019approche la dernière semaine de campagne, ce sondage aura l\u2019effet d\u2019un électrochoc.Le jour même de sa publication, on sent une vive nervosité monter dans le camp fédéraliste, à tel point qu\u2019à Ottawa, un député libéral de Colombie-Britannique, Robert Borrie, suggère de suspendre les travaux pour l\u2019aéroport de Sainte-Scholastique [futur Mirabel]14.Dès le 20 avril et sans surprise, l\u2019équipe éditoriale de The Gazette jette son dévolu sur le Parti libéral en vue de « l\u2019une des plus importantes élections de l\u2019histoire du Québec ».The Gazette donne pour toute première raison l\u2019appui libéral « sans compromis en faveur de la Confédération ».Le quotidien anglophone admet que le « relativement jeune » Bourassa porte « le poids de l\u2019inexpérience, combiné à l\u2019absence de suffisamment de talent au sein de son parti pour y puiser les membres d\u2019un cabinet fort qui lui sera nécessaire pour mener à bien son programme ».Très conciliante, The Gazette recommande à Bourassa d\u2019imiter Bertrand en puisant au besoin ses ministres à l\u2019extérieur de son caucus, et sent même le besoin d\u2019affirmer que « tout farouchement fédéraliste qu\u2019il soit, [Bourassa] n\u2019est pas la marionnette d\u2019Ottawa15.» Le 21 avril, Jean-Noël Lavoie, candidat libéral dans Laval et futur président de l\u2019Assemblée nationale, tonne que le séparatisme serait aussi « désastreux » pour le Québec qu\u2019il ne l\u2019a été pour la République d\u2019Irlande.Citant des encyclopédies ainsi que des statistiques fournies par l\u2019Irlande et l\u2019ONU, il impute au séparatisme le fait qu\u2019au cours de 70 dernières années, la population irlandaise soit passée de 6,5 millions à 2,8 millions d\u2019habitants.Le candidat libéral conclut que 35 ans après que la République d\u2019Irlande ait 14\t« L\u2019élection ne réglera rien - Marchand », La Presse, 23 avril 1970, p.1 15\tTraduit de l\u2019anglais, « Liberal Party the best choice », The Gazette, éditorial du 20 avril 1970 48 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 quitté le Royaume-Uni, « la vie est impossible, l\u2019air irrespirable et l\u2019avenir très sombre pour des milliers de citoyens16 ».Jean-Noël Lavoie sera fait membre de l\u2019Ordre du Canada en 1992.Quant à la République d\u2019Irlande, son dynamisme économique la place aujourd\u2019hui en tête des pays européens.Ce même 21 avril à Mont-Joli, le premier ministre Bertrand brandit pour la seconde fois en deux jours la menace d\u2019une révolution au Québec.Il met en garde la population contre des éléments anarchistes et révolutionnaires au sein du PQ qui imposeront un régime de dictature au Québec, advenant l\u2019élection de ce parti.Il pointe nommément du doigt Pierre Bourgault et Andrée Ferretti, respectivement ex-président et ex-vice-présidente du RIN, ainsi que Réginald Chartrand, chef des Chevaliers de l\u2019Indépendance.Sans les identifier, il incrimine même d\u2019autres personnes ayant été à la base du Front de libération du Québec (FLQ).Si ces gens-là accédaient jamais au pouvoir, il en serait fait des libertés démocratiques au Québec.[.] Il y a actuellement dans les rangs du Parti québécois des éléments véritablement révolutionnaires et ce n\u2019est pas pour faire peur aux gens que je dis ça.[.] Ces éléments n\u2019attendent que le jour où l\u2019indépendance sera proclamée pour agir.L\u2019on sait que lorsqu\u2019il y a du fanatisme et de l\u2019intolérance, ça ne peut conduire qu\u2019à la disparition des libertés démocratiques.Il faut ne pas connaître son histoire politique pour ignorer que l\u2019intolérance et l\u2019absence du sens démocratique mènent immanquablement à la dictature17, déclare le chef de l\u2019Union nationale.Le même jour devant 500 partisans à Drummondville, Robert Bourassa contribue à la surenchère de démonisation du PQ, accusant son chef de « camoufler grossièrement les risques de l\u2019indépendance ».« Vous en avez toute une 16\tTraduit de l\u2019anglais, « Separatism disastrous », The Montreal Star, 22 avril 1970, p.12 17\t« Des révolutionnaires du PQ imposeront une dictature », La Presse, 22 avril 1970, p.1 49 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 responsabilité, M.Lévesque, vous qui risquez de conduire les Québécois vers l\u2019issue qui peut nous coûter tellement cher l8».Cherchant à se distinguer des Bertrand et Samson qui agitent des « épouvantails » de révolution imminente, Bourassa affirme que « c\u2019est la responsabilité au moins d\u2019un chef de parler honnêtement à la population à cette heure très grave19 ».Jean-V.Dufresne aux premières loges Le 21 avril, Le Montreal Star publie un éditorial qui sème la colère au sein même de son personnel.On y lit que l\u2019un des graves défauts du PQ est que : [.] ses plus ardents partisans persistent à dire qu\u2019un Québec laissé à lui-même pourrait offrir tant un haut niveau de vie qu\u2019un environnement libre et démocratique.[.] L\u2019un des contemporains de M.Lévesque, Pierre Elliot Trudeau, est largement plus réaliste quant à l\u2019attitude de la population de l\u2019Ontario, du Manitoba et des autres provinces.Ce que les séparatistes n\u2019arrivent pas à saisir, dit M.Trudeau, c\u2019est que le Canada anglais marcherait pieds nus plutôt que d\u2019acheter une paire de chaussures d\u2019un Québec indépendant.[.] Personne n\u2019a à suggérer que certains Canadiens anglais prendraient les armes plutôt que de permettre la sécession.L\u2019argument le plus simple et le plus convaincant est que le séparatisme charrierait avec lui le fléau d\u2019un renégat poussé à l\u2019exil.Les hommes et les femmes sensibles du Québec rejetteront aussi le Parti québécois pour une autre raison qui n\u2019a rien à voir avec la sécurité financière qu\u2019offre l\u2019appartenance à une confédération.Cela est lié à la liberté fondamentale de l\u2019individu.Plus d\u2019un historien canadien-français éminent a relevé la propension des dirigeants du Québec à l\u2019autoritarisme et à la dictature.M.Lévesque aura beau répéter tant qu\u2019il le voudra que les droits individuels seraient garantis sous un gouvernement péquiste, mais des craintes légitimes demeurent néanmoins.[.] Le soupçon nous ronge, comme il lui a souvent été dit, à l\u2019effet qu\u2019il en vienne à subir le sort d\u2019un Kerensky [initiateur de la Révolution russe de 1917], qui lança une révolution rela- 18\t« Bourassa : \u201cLe PQ camoufle les dangers de l\u2019indépendance\" », La Presse, 23 avril 1970, p.1 19\tLa Presse, 23 avril 1970, p.8 50 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 tivement bénigne pour ensuite se voir remplacé par des fanatiques anarchiques.Dans cette épreuve de force, la prémunition fondamentale de cette province contre l\u2019extrémisme, qu\u2019il soit de droite ou de gauche, repose, comme pour toutes les autres provinces, sur le Parlement et les institutions d\u2019un gouvernement central qui défend les droits de tous ses citoyens20.Le lendemain dans sa circonscription de Laurier, c\u2019est un René Lévesque furieux qui riposte au Montreal Star.« Les Québécois n\u2019ont de leçons à recevoir ni du Montreal Star ni des McConnels [famille propriétaire du journal] qui nous ont dominés comme des Rhodésiens.[.] C\u2019est une insulte collective au peuple québécois.[.] Nous avons eu un seul Saint-Léonard [en référence aux événements liés à l\u2019adoption du bill 63], mais combien y en a-t-il eu ailleurs au Canada ?Qui est-ce qui va nous donner des leçons au sujet du racisme21 ?», lance-t-il.Pendant ce temps à la chambre des Communes, le député conservateur Steven E.Paproski (Edmonton-Centre) pose à Pierre Elliot Trudeau une question empreinte de panique : « En vue du résultat à venir de l\u2019élection au Québec, quelles étapes le premier ministre a-t-il prévues pour faire face à la séparation de la province de Québec ?» M.Trudeau se contentera de qualifier la question de « stupide et irresponsable22 ».Dans un discours prononcé le 26 avril, Jean-Jacques Bertrand affirme que le lendemain de la publication de cet éditorial « si anti-canadien-français et si raciste23 » qu\u2019ils ne pouvaient rester silencieux, une douzaine de journalistes du Montreal Star ont menacé de démissionner.Il faut noter qu\u2019à cette époque, les Anglo-Québécois bilingues ne sont pas 20\tTraduit de l\u2019anglais, « The Parti Québécois and its grave defects », The Montreal Star, 21 avril 1970, p.8 21\tLes Québécois n\u2019ont pas de leçons à recevoir des Anglais - Lévesque », La Presse, 23 avril 1970, p.1 et 8 22\t« L\u2019élection ne réglera rien - Marchand », La Presse, 23 avril 1970, p.1 23\tMontréal Matin, 27 avril, p.3 51 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 légion, si bien que la plupart de journalistes qui couvrent la campagne électorale pour le Star sont des francophones.Le Star avait finalement mis de l\u2019eau dans son vin dans son éditorial du 25 avril, évitant ainsi le départ de ses journalistes.On compte parmi eux Jean-V.Dufresne24, l\u2019un des plus grands journalistes du Québec qui, pendant quelques mois de 1960, a été secrétaire personnel de René Lévesque, alors ministre de Ressources hydrauliques et des Travaux publics.C\u2019est Dufresne qui avait surnommé Trudeau, Marchand et Pelletier « les trois colombes » lorsqu\u2019en 1965, ils se sont joints au Parti libéral du Canada.C\u2019est aussi lui qui qualifia Bourassa de « maigrichon gérant de caisse pop » et qui inventera le mot angryphones pour décrire les électeurs de Parti Égalité de 1989.Plus tard, il accola durablement à Pierre Bourque le surnom de « Géranium Premier ».Journaliste pendant près d\u2019un demi-siècle, Jean-V.Dufresne ne sera resté au Montreal Star que deux ans.Allez savoir pourquoi.C\u2019est lui qui rédigera bientôt pour ce journal l\u2019article rapportant le « coup de la Brink\u2019s ».Entre-temps, l\u2019Ontario n\u2019en pouvant plus de trépigner d\u2019angoisse, le Toronto Star a commandé son propre sondage au politicologue torontois Peter Regenstreif.Le Devoir en obtient les droits de reproduction dans son édition du 24 avril.Une semaine après CROP, les scénarios catastrophes en cas de victoire souverainiste semblent avoir produit des gains surtout libéraux, mais aussi unionistes, en provenance dans l\u2019ordre, des indécis, des créditistes et du 24 Jean-V.Dufresne (1930-2000) a travaillé pour la Presse Canadienne, La Patrie, Radio-Canada, CKAC, La Presse, Le Nouveau Journal, Macleans/ L\u2019Actualité, Le Devoir, The Montreal Star, Montréal Matin, CIEL-MF et Le Journal de Montréal.Il s\u2019est mérité de nombreux prix durant sa longue et polyvalente carrière.Proche des grands créateurs de son temps au moment de l\u2019élection de 1970, Jean-V.Dufresne publiera en 1971 un livre sur l\u2019humoriste Yvon Deschamps.La même année, il aura un fils avec l\u2019auteure-compositrice-interprète Louise Forestier.En 2008, Alexis Dufresne a produit avec sa mère un disque intitulé Éphémère. 52 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 PQ.Ce dernier aurait maintenant 9 points de retard sur le PLQ.Comme une semaine auparavant, un électeur sur cinq demeure néanmoins indécis ou discret.\tEnsemble du Québec\tRégion de Montréal\tMontréal (franco-phones)\tMontréal (anglo-phones)\tCantons de l\u2019Est et district de Québec\tNord-ouest du Québec et Lac Saint-Jean\tQuébec moins région de Montréal Parti libéral\t32 %\t32 %\t32 %\t65 %\t21 %\t26 %\t26 % Parti québécois\t23 %\t25 %\t32 %\t2 %\t17 %\t16 %\t19 % Union nationale\t16 %\t15 %\t15 %\t4 %\t26 %\t14 %\t24 % Ralliement créditiste\t9 %\t6 %\t6 %\t3 %\t12 %\t23 %\t13 % NPD et autres\t1 %\t1 %\t1 %\t1 %\t6 %\t1 %\t1 % Indécis et refus de répondre\t19 %\t21 %\t19 %\t25 %\t22 %\t20 %\t17 % Source : Le Devoir, 24 avril 1970 Mais dès le lendemain, La Presse publie un deuxième sondage CROP contradictoire.Il semble plutôt montrer que la campagne de terreur de tous les adversaires du PQ aurait produit une telle tension que de nombreux électeurs de tous les partis auraient rejoint le camp des indécis et discrets.Ces derniers représenteraient maintenant un votant sur trois.Et l\u2019avance libérale ne serait que de 5 points.Les analystes commencent à évoquer la possibilité que le PQ rafle les 14 sièges de l\u2019est de la métropole et même la formation d\u2019un gouvernement minoritaire. 53 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 \tEnsemble du Québec\tMontréal métropolitain\tEst de Montréal\tOuest de Montréal\tQuébec métropolitain\tQuébec rural Parti libéral\t24 %\t29 %\t20 %\t37 %\t19 %\t22 % Parti québécois\t19 %\t25 %\t33 %\t18 %\t15 %\t16 % Union nationale\t10 %\t6 %\t8 %\t5 %\t8 %\t12 % Ralliement créditiste\t10 %\t3 %\t3 %\t2 %\t18 %\t15 % Nouveau Parti Démocratique\t1 %\t1 %\t1 %\t1 %\t0 %\t1 % Autres\t1 %\t1 %\t2 %\t1 %\t0 %\t1 % Indécis et refus de répondre\t35 %\t35 %\t33 %\t36 %\t40 %\t33 % Source : La Presse, 25 avril 1970 The Montreal Star a aussi son sondage du jour, plus restreint, qui place néanmoins les « separatists » à 3,3 % maigres points des libéraux pour toute la région métropolitaine de Montréal, et en avance dans Terrebonne.On y constate aussi que Lévesque (31,0 %) est nettement plus populaire que Bourassa (20,7 %) chez les Franco-Montréalais.Le Star proclame l\u2019élection du 29 avril comme LA plus importante de l\u2019histoire du Québec.\tMontréal métropolitain\tQuébec métropolitain\tTerrebonne\tArthabaska Parti libéral\t28,0 %\t23,1 %\t28,0 %\t21,4 % Parti québécois\t24,7 %\t12,9 %\t31,7 %\t9,7 % Union nationale\t7,5 %\t9,1 %\t13,4 %\t16,5 % Ralliement créditiste\t1,3 %\t15,6 %\t4,9 %\t10,7 % Autres\t1 %\t2,6 %\t2,4 %\t0,9 % Indécis et refus de répondre\t35 %\t36,4 %\t29,5 %\t40,7 % Source : The Montreal Star, 25 avril 1970 54 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Le « coup de la Brink\u2019s » C\u2019en est trop.Le soir même de ce samedi 25 avril, un appel téléphonique anonyme est logé au quotidien The Gazette, indiquant que le lendemain matin à 9 heures, une quantité importante de valeurs quittera les bureaux montréalais du Royal Trust en direction de Toronto.Ce dimanche, tel que prévu, neuf fourgons blindés de la Brink\u2019s Express sont alignés devant l\u2019édifice C-I-L, sis au 630, rue Dorchester Ouest.Cinq gardes armés de carabine montent la garde tandis que dix autres portant leur arme de service transportent longuement les nombreuses caisses métalliques dans les camions.Tedd Church, photographe à The Gazette depuis 1964, est désigné pour couvrir l\u2019événement.Alors qu\u2019il fait son office, quelqu\u2019un du Royal Trust lui demande, « Comment ce fait-il que vous soyez ici ?Même Tom Lee [chargé des relations extérieures du Royal Trust] ne sait rien de tout ça 25! » Une fois le chargement terminé, les neuf camions se mettent en route vers Kingston où les rejoindront en après-midi autant de camions torontois venus prendre le relais.Là encore, un photographe les attend.L\u2019opération de transbordement de la précieuse cargaison a lieu près du poste de police de Kingston.Cette fois, les gardes sont au nombre d\u2019une trentaine.La nouvelle est publiée dans la première édition du lundi de The Gazette, qui paraît le dimanche vers 2ih.Aucune des nombreuses photos de Tedd Church n\u2019y figure.C\u2019est que le city editor (chef de pupitre) a décidé que ces photos ne seraient ni utilisées ni vendues à quiconque.Québec-Presse et Time Magazine ont essuyé le même refus.Seul média sur place le matin de l\u2019opération, c\u2019est The Gazette, quotidien anglophone inconditionnellement libéral et fédéraliste, qui est le mieux informé sur l\u2019affaire et c\u2019est celui qui affiche la plus grande retenue face à la nouvelle.Y voit-il 25 « Les dessous de l\u2019affaire Brink\u2019s-Royal Trust : des faits nouveaux ! », Gérald Godin, Québec-Presse, 17 mai 1970, p.6 55 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 une supercherie manipulatrice et craint-il qu\u2019un excès de complaisance finisse par lui retomber sur le nez ?Son titre frontispice est très critique : « Transfert d\u2019actions et de titres qualifié de « ridicule » ».On y cite J.W.R.Seatle, vice-président sénior du Royal Trust, disant, « nous transférons ces valeurs sur instructions de nos clients » et insistant sur le fait que les valeurs transférées n\u2019appartiennent pas au Royal Trust en propre, mais à certains de ses clients.« Je ne crois pas que ce transfert soit nécessaire.C\u2019est ce que j\u2019en pense personnellement.Je trouve cela regrettable », ajoute-t-il.Cela est tellement dommageable, car cela crée une fausse impression [.] Avec une élection qui approche [le mercredi suivant] et des discussions de séparatisme, des détenteurs de capital se sentent complètement insécurisés.C\u2019est probablement dû à une mauvaise appréciation de ce qui pourrait arriver.Personnellement, je crois même que si Lévesque formait un gouvernement majoritaire, cela ne ferait pas la moindre différence.Mais on ne peut pas dire ça aux gens.Si c\u2019est comme ça qu\u2019ils veulent qu\u2019on s\u2019occupe de leur argent, alors ils nous donnent leurs instructions et nous le faisons, conclut-il.The Gazette relaie pourtant des points de vue diamétralement opposés.C\u2019est Fred R.Kearns, président de Canadair, qui qualifie la chose de « ridicule ».The Gazette cite également A.Dean Nesbitt (président du conseil de Nesbitt Thompson) et Frank Case (président du conseil du Montreal Trust) qui indiquent que très peu de clients if any ont fait de telles requêtes de transfert ou que s\u2019ils en avaient reçu, elles auraient été refusées.Même Charles R.Bromfman (président du conseil de Seagram\u2019s et des Expos de Montréal) tient à dire, « Je n\u2019ai pas peur.Je ne déplace pas de valeurs à l\u2019extérieur de la province.» Le vice-président du Royal Trust n\u2019en affirme pas moins que les détenteurs des avoirs transférés « n\u2019ont rien à perdre », qu\u2019il n\u2019est pas certain que ces valeurs retourneront au Québec, mais qu\u2019il s\u2019y attend.Il ajoute de façon contradictoire que les recommandations de Lafferty, Harwood & Co.faites à ses clients à l\u2019effet de sortir 56 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 leurs avoirs du Québec étaient « raisonnables » et « justifiées », bien qu\u2019elles aient reçu plus de publicité qu\u2019elles n\u2019en méritaient et qu\u2019elles pourraient encore contraindre le Royal Trust à effectuer d\u2019autres transferts26.Ce dimanche 26 avril dans la circonscription de Lafontaine, le ministre de la Justice, Rémi Paul, commente déjà l\u2019affaire du Royal Trust dont les 700 partisans unionistes rassemblés entendront parler « quand vous rentrerez chez vous ce soir » et qui est selon lui « le résultat de l\u2019instabilité politique dans la province, de la menace d\u2019indépendance, du sépara-tisme.27 » Il qualifie même René Lévesque de « Fidel Castro du Québec ».Il lance que « tous les membres du Parti québécois ne sont pas des terroristes, mais tous les terroristes sont membres du Parti québécois28 » et ajoute qu\u2019« une telle bande de têtes chaudes ne peut qu\u2019apporter des troubles ».Quant à Jean-Paul Beaudry, député local et ministre de l\u2019Industrie, il affirme que certains militants du PQ lui font penser aux jeunesses hitlériennes.Ils n\u2019écoutent pas du tout la voie de la raison et du bon sens.Ils sont prêts à tout pour renverser l\u2019ordre établi par le travail des générations qui les ont précédés.Je n\u2019envie pas M.Lévesque, car il réalise bien qu\u2019une bonne partie de ses partisans sont des indésirables qui ne cherchent que le sensationnalisme et les occasions de fomenter des désordres29, explique-t-il.Le même jour à La Malbaie, le député fédéral de Charlevoix, Martial Asselin, vient appuyer le candidat unioniste local et député sortant, Zamilda Fortin.« Je suis inquiet de ce qui pourrait survenir au Québec si un parti fasciste et gauchiste 26\tTraduit de l\u2019anglais, « Bond, stock transfer branded \u2019ridiculous\u2019 », The Gazette, 27 avril 1970, p.1 27\t« Securities shipment confirmed », The Montreal Star, 27 avril 1970, p.2 28\tTraduit de l\u2019anglais, « Paul says terrorists are in Parti Quebecois », The Montreal Star, 27 avril 1970 29\t« Rémi Paul traite René Lévesque de \"Fidel Castro de Québec\" », Le Soleil, 27 avril 1970, p.20 57 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 comme celui de René Lévesque prenait le pouvoir le 29 avril », affirme M.Asselin devant 800 partisans.Le député conservateur ajoute que « les \u201c non \u201d répétés de M.Trudeau et de son cabinet aux revendications du Québec ont fait éclore une vague séparatiste au Québec » et que si les bombes ne sautent plus au Québec, c\u2019est que ça pourrait faire mal au PQ.Mais s\u2019appuyant sur ce qu\u2019il a vu dans d\u2019autres pays, M.Asselin soutient que les révolutions sanglantes ont commencé par des mouvements comme celui de M.Lévesque30.Martial Asselin sera lieutenant-gouverneur du Québec de 1990 à 1996, sous les gouvernements péquistes de Jacques Parizeau et Lucien Bouchard.René Lévesque réplique aussitôt depuis Chicoutimi, devant 2000 personnes : « Est-ce que vous allez permettre longtemps que l\u2019on lance de semblables accusations à votre père, votre mère, votre frère, votre sœur, vos enfants, vos parents et vos amis, pour la simple raison qu\u2019ils expriment leur opinion et qu\u2019ils choisissent de voter en faveur du Parti qué-bécois31 ?» Réagissant à l\u2019affaire de la Brink\u2019s, Lévesque dit que ça a « tout l\u2019air d\u2019un coup monté », et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une « dramatisation » visant à faire peur aux Québécois à la veille des élections.Il explique que : [.] cela revient encore une fois à prendre les Québécois pour des imbéciles.[.] Certains Québécois jouent la comédie [.] comme s\u2019ils étaient convaincus que la libération du Québec était une invasion étrangère.Cela est attribuable au fait que ces Québécois ont été réveillés brutalement par la vague péquiste, qu\u2019ils sont affolés parce qu\u2019ils se sont eux-mêmes enfermés dans le ghetto anglophone de l\u2019ouest de l\u2019île de Montréal, en ne s\u2019informant pas de la pensée politique du Québec.Il faut qu\u2019ils comprennent que ce n\u2019est pas contre eux et par hostilité envers 30\t« M.Asselin inquiet de ce qui pourrait arriver au Québec \u201c si un parti fasciste et gauchiste\" tel que le PQ le dirigeait.», Le Soleil, 27 avril 1970, p.32 31\t« Lévesque accuse Trudeau de frauder la loi électorale en parlant du statut du Québec à la télévision demain », Le Soleil, 27 avril 1970, p.32 58 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 eux que nous voulons faire la souveraineté politique du Québec, mais que c\u2019est par respect pour nous-mêmes , parce que nous avons honte de quémander notre dignité aux autres et que nous voulons faire nous-mêmes notre dignité.» Le moins que l\u2019on puisse dire, c\u2019est que la main tendue ne sera pas saisie.Dans les jours précédents, la Fédération libérale du Canada a publié et distribué 250 000 exemplaires d\u2019un bulletin intitulé Quoi de neuf?et qui prétend, chiffres à l\u2019appui, que le gouvernement fédéral verse au Québec 1 milliards de plus qu\u2019il n\u2019y perçoit.Par communiqué, le premier ministre Trudeau a nié s\u2019immiscer dans la campagne électorale québécoise.Ce même 26 avril à Chicoutimi, René Lévesque brandit un article du Toronto Telegram de la veille qui, cherchant à prêter une haute autorité aux chiffres du document libéral, affirme qu\u2019ils ont été établis par des fonctionnaires permanents du gouvernement canadien à la demande du bureau de Trudeau, puis révisés par le personnel de son bureau avant d\u2019être remis à la Fédération libérale pour diffusion.Le chef du PQ se dit également convaincu que le Ralliement créditiste a été lancé dans la lutte par le Parti libéral du Canada.Il en veut pour preuve que le parti de Camil Samson a trouvé rapidement l\u2019argent de sa campagne sans demander un sou à ses sympathisants, et que le leader créditiste a été le seul chef de parti à appuyer le contenu du bulletin Quoi de neuf?.Il note que les candidats libéraux épargnent soigneusement ceux du Ralliement crédi-tiste.Cela ne refroidira en rien les ardeurs de Camil Samson qui, le lendemain à Val-d\u2019Or, préviendra 2000 partisans de ce que le PQ ne peut qu\u2019apporter : « le communisme et l\u2019anarchie32 ».Lévesque accuse aussi M.Trudeau d\u2019une « nouvelle fraude électorale33 » puisque la veille du scrutin au soir, le premier ministre fédéral s\u2019adressera aux Québécois sur une chaîne privée de télévision au sujet du « statut du Québec dans 32\t« Camil Samson affirme qu\u2019il conduira le \"Marque 1 Créditiste\", mercredi », Le Soleil, 28 avril 1970, p.9 33\t« Lévesque accuse Trudeau de frauder la loi électorale en parlant du statut du Québec à la télévision demain », Le Soleil, 27 avril 1970, p.32 59 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 la Confédération ».Puisque la loi québécoise interdit aux partis en lice de faire campagne 24 heures avant le début du vote, le PQ ne pourra y répliquer.Le même soir à Québec, dans le petit Colisée plein à craquer, le candidat péquiste d\u2019Ahuntsic, Jacques Parizeau, qualifie la stratégie libérale de « tentative ultime de la frousse ».Mais cette frousse-là n\u2019est que menu fretin en comparaison de celle que provoquera le « coup de la Brink\u2019s ».Ce dimanche 26 avril 1970 au soir, la Presse canadienne transmet à tous ses membres des médias écrits et électroniques sa dépêche issue de l\u2019article de The Gazette.Le lundi matin, la nouvelle est partout au Québec, au Canada, et même aux États-Unis.Mais les titres sont autrement plus sensationnels que celui de The Gazette.Le Chicago Tribune scande « L\u2019argent commence à fuir le Québec par peur d\u2019une victoire séparatiste ».On y fait état des sondages qui placent libéraux et péquistes à égalité.Ne souffrant pas des inhibitions de ses collègues québécois, le journaliste américain écrit que « La Presse, journal francophone dont les propriétaires sont libéraux34 » a publié un sondage donnant une légère avance au PLQ.Des décennies plus tard, Jacques Parizeau se souvient : « Les Québécois ne savaient pas ce que c\u2019était que des actions d\u2019entreprises.Il faut savoir que vous pouvez allumer votre cigarette avec ces certificats.» L\u2019impact électoral sera désastreux.Parizeau lui impute même sa défaite dans Ahuntsic.Dans les derniers jours, le vote nous filait entre les mains.On le sentait nous glisser des doigts comme du sable.Cela annulait tous les efforts qu\u2019on avait faits depuis un bon bout de temps ! Dans mon comté, les francophones ont cru dur comme fer que la substance du Québec se transportait à Toronto ! Heureusement que l\u2019élection n\u2019a pas eu lieu une semaine plus tard, sinon nous étions lavés35.34\tTraduit de l\u2019anglais, « Money starts to flee Quebec by fear of separatist victory », The Chicago Tribune, 27 avril 1970, p.1 35\tPierre Duchesne, Jacques Parizeau - Le Croisé, Québec Amérique, 2001, p.542 et 543 60 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 L\u2019avant-veille de l\u2019élection, La Presse cite Vernon Marquez, président de Northern Electric Co., disant que ce transfert « n\u2019accomplira rien » mais qu\u2019en des moments comme ceux-ci, les gens préfèrent être en sécurité que de regretter (rather be safe than sorry).M.E.H.Blackwell, président de Du Pont of Canada Ltd, ajoute de façon alambiquée que sa société demeurera à Montréal « aussi longtemps que le climat économique et social dans la ville et la province nous permettra de suivre nos affaires de façon rentable et pratique36.» Le Soleil rapporte les propos du directeur du Royal Trust pour l\u2019Ontario, J.A.Worsley, confirmant l\u2019arrivée des avoirs dans l\u2019après-midi de dimanche.Il refuse d\u2019en dévoiler la valeur ou le lieu d\u2019entreposage exact, se contentant de dire qu\u2019ils se trouvent à Toronto parce que c\u2019est « le lieu logique ».On cite le vice-président « exécutif» de la Bourse de Montréal, Jacques Dupuis, qui dit que l\u2019affaire n\u2019a eu aucun effet sur les marchés.Il ajoute que le Royal Trust est libre de procéder de la sorte, mais qu\u2019à son avis, « cette crainte des clients du Royal Trust est tout à fait injustifiée puisque les titres en question n\u2019ont absolument pas changé de valeur du fait de leur transfert : mille actions de la compagnie X valent toujours la même chose sur le marché, qu\u2019elles soient déposées à Toronto, Montréal ou ailleurs37.» Au Montreal Star, Jean V.Dufresne rapporte la réaction de Conrad Harrington, président du conseil du Royal Trust de retour de Toronto la veille au soir, qui qualifie les allégations de fuite de capitaux du Québec vers l\u2019Ontario de « non-sens complet » puisqu\u2019en tant que plus importante société fiduciaire au Canada, le Royal Trust effectue continuellement des transferts de cet ordre, sans qu\u2019il y ait 36\t« Des Québécois déménagent leurs valeurs mobilières en Ontario », La Presse, 27 avril 1970, pp.1 et 11 37\t« Le Royal Trust expédie des valeurs mobilières à Toronto », Le Soleil, 27 avril 1970, pp.1 et L'ACTION NATIONALE - avril 2010 la moindre motivation politique.« Habituellement, nous n\u2019avons pas la moindre idée de la raison38 », précise-t-il.Le Star cite M.Seatle, vice-président du Royal Trust, qui parle de cinq camions alors qu\u2019une source à Kingston assure qu\u2019il y en avait huit.La seule et unique photo publiée du « coup de la Brink\u2019s » a été prise à Market Place, en face du poste de police de Kingston.Les archives du Toronto Star nous montrent cette photo des lieux, mais où on n\u2019y voit que deux camions dos à dos, un seul agent de la Brink\u2019s et un simple passant à moto.L\u2019article dit que les camions se sont rencontrés à 2 heures du matin,39 mais la photo est en plein jour.Elle porte la mention « - CP Photo » mais ne se trouve ni aux archives du Toronto Star40 ni à celles pourtant très abondantes de la Canadian Press41.Sa reproduction microfilmée dans les pages du Toronto Star est de très mauvaise qualité et aucun quotidien québécois ne l\u2019a publiée.Il n\u2019y a donc aucun moyen d\u2019identifier l\u2019agent en question pour lui demander ce que contenaient les caisses.Combien de camions et d\u2019agents auraient montré les photos prises à Montréal par Tedd Church pour The Gazette ?Tedd Church se souvient Rejoint à son domicile de Verdun, quarante ans après les faits, Tedd Church confirme avoir été le seul et unique représentant des médias à être témoin du chargement des camions à Montréal.Il parle d\u2019un convoi d\u2019onze ou douze camions, ce qui tendrait à attester le nombre de neuf, le 38\tTraduit de l\u2019anglais, « Securities shipment confirmed », The Montreal Star, 27 avril 1970, pp.1 et 2 39\t« Royal Trust ships Montreal stocks to Toronto vaults », The Toronto Star, 27 avril 1970, p.1 et 4 40\tCourriel à l\u2019auteur de Wendy Anzelc Watts, Sr.Account Executive, GetStock/ Toronto Star Page Licensing, 23 mars 2010 41\tCourriel à l\u2019auteur d\u2019Andrea Gordon, Account Manager, The Canadian Press Images, 24 mars 2010 62 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 plus cité par les médias de l\u2019époque.Mais il fait ensuite une révélation étonnante en disant que c\u2019est le gouvernement qui a fait pression auprès de la direction du journal pour que lesdites photos ne soient pas diffusées.Church ne peut se souvenir s\u2019il s\u2019agissait du gouvernement du Québec ou du Canada (« the Prime Minister or the Premier»).Mais au moment des faits, l\u2019Union nationale est déjà promise à une cuisante défaite et Jean-Jacques Bertrand est à couteaux tirés avec tous les grands journaux, qu\u2019il accuse d\u2019avoir truqué leurs sondages qui le placent troisième.À quatre jours de son renvoi aux banquettes de l\u2019opposition, Bertrand n\u2019est plus du tout en position pour soutirer à The Gazette une telle entorse à la liberté de presse.Ce seraient donc les libéraux fédéraux qui en seraient les demandeurs.Le clan Trudeau ayant été instantanément au courant des événements alors que personne ne savait, cela démontre également son étroite proximité des artisans de cette arnaque, si ce n\u2019est plus.Cela expliquerait également pourquoi les photos prises à Kington ne se sont jamais rendues au Québec.Jusqu\u2019à quel point Robert Bourassa était-il lui aussi au courant de ce tordage de bras ?Chose certaine, pour le jeune Tedd Church qui remportera deux « National Newspaper Awards » dans les années à venir, voilà qui aura été une occasion manquée de faire progresser sa carrière de photographe de presse grâce à ces photos exclusives.M.Church raconte également qu\u2019à la suite de ces événements, certains journalistes francophones lui avaient donné le surnom de « Brink\u2019s representative at The Gazette » (représentant de la Brink\u2019s à The Gazette)42.42 Entrevue téléphonique avec l\u2019auteur, 28 mars 2010, « There was a deal with the Prime Minister or the Premier.There was a meeting going on with the government for us .asking us not to run those pictures.(.) I can\u2019t remember who it was.Too long ago.(.) They called me in and said \"we apologize, you\u2019ve had great pictures but we can\u2019t use them because of political reasons\u201d.The Publisher.The Managing Editor at the time, I think, was Denis Harvey.» 63 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Une fois n\u2019est pas coutume Le 28 avril, veille de l\u2019élection, Montréal Matin publie un sondage CROP qui donne Pierre Bourgault très légèrement en avance sur Bourassa dans Mercier et Lévesque lui aussi tout juste devant son adversaire libéral dans Laurier.Mais les électeurs ont été questionnés avant le « coup de la Brink\u2019s » et un votant sur trois demeure indécis43.Pour sa part, le Montreal Star annonce que trois camions supplémentaires de la Brink\u2019s ont quitté les bureaux montréalais du Royal Trust pour Toronto via Kingston.Un porte-parole torontois du Trust Royal indique qu\u2019il s\u2019agit de la queue du convoi des neuf camions du dimanche précédent.Le Montreal Star fait aussi état d\u2019une dépêche de la Canadian Press citant R.J.Wilson, directeur et vice-président sénior du Royal Trust pour l\u2019Ontario, qui qualifie de « vaine spéculation » les reportages voulant que la valeur totale des avoirs transférés dimanche soit de 450 millions$44.C\u2019est que tous les médias ont repris l\u2019information de l\u2019article initial de The Gazette, à l\u2019effet que chacun des neuf camions de la Brink\u2019s soit assuré pour 50 millions$.Un tel chiffre a de quoi impressionner les électeurs de 1970 puisque selon la méthode de calcul de la Banque du Canada, il équivaut à la somme fabuleuse de 2,58 milliards$ en dollars de 2010.La firme Lafferty, Harwood & Co.n\u2019est pas en reste.Le matin de l\u2019élection, Robert Harwood révèle dans les pages de The Gazette que la veille, sa firme a chargé Brink\u2019s Express de transférer 6 millions$ en titres (34 millions$ en 2010) de Montréal à Toronto.On rapporte aussi les propos d\u2019un porte-parole anonyme de la Montreal City and District Savings Bank qui cherche à être rassurant, mais n\u2019en évoque pas moins des scénarios rocambolesques à la mode cubaine.Ainsi, même 43\tMontréal Matin, 28 avril 1970, p.3 44\tTraduit de l\u2019anglais, « Three more truck loads of securities leave », The Montreal Star, 28 avril 1970, p.1 et 2 64 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 si le PQ prenait le pouvoir, la possibilité d\u2019une saisie complète des actifs par le gouvernement serait encore lointaine.« Tout doit être négocié, et de telles négociations prennent des mois, et parfois des années45 », estime-t-il.Le « choix de la population » Au terme de la première soirée des élections de l\u2019histoire du PQ, les militants couvent leur colère.Il y a d\u2019abord le déroulement odieux de la campagne, dont René Lévesque dira qu\u2019elle aura été « l\u2019une des plus sales46 » qu\u2019il lui ait été donné de voir.Cela n\u2019empêchera pas le libéral Pierre Cloutier, vainqueur dans Ahuntsic contre Jacques Parizeau, de parler d\u2019une campagne « très positive et démocratique47 ».Mais aussi, il y a forte disproportion entre la part du vote populaire recueilli et le nombre d\u2019élus.\tNombre de candidats\tPourcentage du vote\tNombre de députés\tPourcentage des sièges Parti libéral\t108\t45,40 %\t72\t66,67 % Parti québécois\t108\t23,06 %\t7\t6,48 % Union nationale\t108\t19,65 %\t!7\t15,74 % Ralliement créditiste\t99\t11,19 %\t12\t11,11 % Nouveau Parti démocratique\t!3\t0,15 %\t0\t0 % Compte tenu de ce qu\u2019annonçaient les sondages, c\u2019est comme si environ les deux tiers des très nombreux indécis et discrets s\u2019étaient rangés dans le camp des libéraux, tandis 45\tTraduit de l\u2019anglais, « Concern unwarranted, banks says of transfers », The Gazette, 29 avril 1970, pp.1 et 2 46\t« La victoire de la peur », Québec-Presse, 3 mai 1970, page 4A 47\tLa Presse, jeudi 30 avril 1970, p.11 65 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 que l\u2019Union nationale aurait raflé l\u2019autre tiers et que le PQ n\u2019aurait absolument rien eu.Cette hypothèse invraisemblable démontre bien que le « coup de la Brink\u2019s » a eu son effet.La Presse rapporte que ce résultat est accueilli « avec enthousiasme et jubilation » par les milieux financiers, chez qui « l\u2019incertitude politique québécoise et la montée du mouvement péquiste des derniers temps avaient fait naître les plus vives inquiétudes », entraînant « ce qu\u2019on a appelé une fuite des capitaux en dehors de la province ».Un porte-parole torontois du Royal Trust se dit d\u2019avis que les valeurs transférées le dimanche précédent « seront rapidement rappelées dans la métropole48 ».Battu par 64 voix par le péquiste Guy Joron, le libéral Yves Michaud croit qu\u2019il aurait de bonnes chances de l\u2019emporter après recomptage, compte tenu des 1109 bulletins rejetés.Il ne le juge cependant pas souhaitable puisque le PQ n\u2019a pas selon lui sa juste part d\u2019élus, ce à quoi Le Devoir de Claude Ryan s\u2019oppose avec véhémence49.Voilà qui montre bien combien la droiture du futur « Robin des banques » ne date pas d\u2019hier.Quant au Toronto Star, il classe l\u2019affaire de façon expéditive : « Now we know what Quebec wants50 ».L\u2019expert en la matière : Gérald Godin C\u2019est à Gérald Godin qu\u2019on doit l\u2019enquête la plus fouillée sur le « coup de la Brink\u2019s ».En 1976, il sera candidat péquiste dans Mercier et fera mordre la poussière au premier ministre Bourassa qui l\u2019a fait emprisonner durant la Crise d\u2019octobre.Mais au moment de la campagne électorale d\u2019avril 1970, il est journaliste au journal hebdomadaire Québec-Presse.On savait déjà qu\u2019Alexandre Taschereau avait été directeur du Royal 48\t« Les milieux financiers se réjouissent du choix de la population », La Presse, 30 avril 1970, p.10 49\t« Le cas de conscience de M.Yves Michaud », Le Devoir, 2 mai 1970, p.10 50\t« Quebec election was a victory for Trudeau, too », The Toronto Star, 30 avril 1970, p.1 66 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Trust en même temps que premier ministre du Québec.Mais Gérald Godin a déniché et publié le 10 mai de nombreux autres liens entre les dirigeants de cette société de fiducie en 1970 et les partis libéraux du Québec et du Canada51.Mais c\u2019est surtout lui qui, le 17 mai, révèlera les circonstances de la primeur accordée à The Gazette par le biais d\u2019un coup de fil anonyme.Il posera aussi des questions troublantes qui démontrent bien la préméditation de l\u2019affaire dans le but de manipuler l\u2019électorat.Pourquoi avoir compromis la sécurité du transfert de l\u2019équivalent aujourd\u2019hui de 2 milliards et demi de dollars de ses clients en l\u2019annonçant la veille à des journalistes ?Plutôt que d\u2019avoir chargé les camions de la Brink\u2019s d\u2019une fortune aussi colossale directement sur la rue, au milieu des passants, pourquoi la direction du Royal Trust n\u2019a-t-elle pas procédé dans le stationnement sous-terrain de l\u2019édifice, infiniment plus facile à sécuriser 52?Jacques Parizeau s\u2019était posé la même question.Peu après les faits il a envoyé un de ces hommes mesurer en pleine nuit les portes du garage sous-terrain.Il en retirera la certitude que les fourgons blindés auraient pu y pénétrer et que l\u2019opération était donc foncièrement destinée à manipuler le vote53.L\u2019inspirateur du « coup » : Richard Grey Delamere Lafferty (1923-2003) Les exécutants du « coup de la Brink\u2019s » son indubitablement des hauts dirigeants du Royal Trust.Mais un autre homme a eu suffisamment d\u2019influence pour être considéré comme en étant l\u2019inspirateur, même si les sondages ont poussé le Royal Trust à choisir une autre cible que la sienne.51\t« Derrière l\u2019affaire Brink\u2019s-Royal Trust - Une société de fiducie dont tous les directeurs canadiens français sont libéraux », Gérald Godin, Québec-Presse, 10 mai 1970, p.10A 52\t« Les dessous de l\u2019affaire Brink\u2019s-Royal Trust : des faits nouveaux ! », Gérald Godin, Québec-Presse, 17 mai 1970, p.6 53\t« Jacques Parizeau - Le Croisé », Pierre Duchesne, Québec Amérique, 2001, PP.542 et 543 67 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Lorsque Richard Lafferty a recommandé à ses clients de sortir leurs actifs du Québec, il n\u2019a pas agi de façon impulsive et irréfléchie.Né à Calgary, puis élevé en Angleterre, s\u2019est installé à Montréal au début des années 1950.L\u2019homme a alors démarré son entreprise et publié un livret qui annonce déjà sa réaction brutale de 1970 face au discours interventionniste du ministre Beaulieu devant la Chambre de commerce de Montréal.On y lit : La fonction du gouvernement dans une économie de libre entreprise en est une d\u2019arbitre et non d\u2019acteur.Sa responsabilité est de mettre en place une législation judicieuse pour protéger les intérêts de la majorité [.] Dans les années à venir, le défi résidera entre, d\u2019une part, le gouvernement cherchant à étendre son pouvoir et sa place et, d\u2019autre part, le capital et les producteurs faisant valoir leur rôle en tant que véritables protecteurs du consommateur.Si cela peut être accompli, la nécessité d\u2019une planification économique gouvernementale devient nulle54.Au début de la campagne électorale d\u2019avril 1970, son réflexe est donc celui d\u2019un intégriste du libre marché.Il se mutera ensuite en anti-souverainiste acharné.Sa compréhension de la possibilité de manipuler les investisseurs par le biais de leurs émotions est elle aussi patente.Lafferty écrit : « La croissance réussie et la préservation du capital ne germent pas en réagissant aux gros titres des journaux, mais en agissant avant que les développements ne fassent la manchette.Le noyau professionnel du marché est extrêmement compétent et bien discipliné.La périphérie du marché est bruyante, vociférante et hautement émotive55.» En 1964, il se fera taper sur les doigts en publiant un pamphlet contre la Bourse de Montréal intitulé « The Correct Role of the Stock Exchange in the Free Enterprise System ».54\tTraduit de l\u2019anglais, The principles of investing in a free enterprise economy : our concept, Lafferty, Harwood & Co., 195 ?, p.29 55\tTraduit de l\u2019anglais, The principles of investing in a free enterprise economy : our concept, Lafferty, Harwood & Co., 195 ?, Introduction 68 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 En 1966, Richard Lafferty et son acolyte Robert G.Harwood, sont tous les deux accusés de discrimination à l\u2019embauche par Arnold Kurtz et Arnold Wolman, deux Juifs estimant avoir été écartés du fait de leur foi hébraïque.Plutôt que de se défendre des accusations proprement dites, Lafferty et Harwood contestent la constitutionnalité de la loi anti-discrimination du Québec de 1964.Leurs avocats respectifs, Me Fred Kaufman et Harvey Yarowsky, plaident tous deux que cette loi ne peut faire peser sur leurs clients des accusations qu\u2019ils estiment de nature criminelle, puisqu\u2019il s\u2019agit dès lors d\u2019une juridiction fédérale56.Encore une fois, Lafferty, Harwood & Co.appelle à sa rescousse le gouvernement de la majorité.En 1969, l\u2019affaire est finalement tranchée en faveur de M.Lafferty par le juge John O\u2019Meara, qui consi-dèrera que la loi québécoise viole l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique de 186757.Une semaine plus tard, le juge Gérard Laganière en fait autant en faveur de M.Harwood.En 1971, celui que The Gazette qualifie de St.James Street Maverick (le « franc-tireur de la rue Saint-Jacques ») n\u2019en démord pas.Lafferty peste contre le fait que les trois plus grandes banques canadiennes qui détiennent les deux tiers de l\u2019ensemble des actifs bancaires.Il reproche aux administrateurs de ces banques de siéger aussi aux conseils d\u2019autres grandes entreprises et d\u2019en tirer des avantages concurrentiels indus, réclamant même une loi pour les en empêcher.« Je crois à l\u2019économie libre, mais l\u2019Establishment n\u2019en veut pas.Il veut une économie de cartel58 », disait-il.Toute sa vie, Richard Lafferty défendra ses points de vue de façon obsessionnelle.56\tTraduit de l\u2019anglais, « Anti-discrimination : statute attacked again », The Gazette, 13 juillet 1966, p.7 57\tTraduit de l\u2019anglais, « Discrimination ruled Ottawa matter », The Gazette, 11 juin 1969, p.3 58\tTraduit de l\u2019anglais, « Lafferty : St.James St.Maverick », The Gazette, 7 juillet 1971, p.23 69 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Puis en février 1993, Richard Lafferty revient en force sous les feux de la rampe.Le Devoir obtient copie du bulletin mensuel The Lafferty Canadian Report de janvier envoyé à 275 abonnés de par le monde.Richard Lafferty y compare les leaders souverainistes Jacques Parizeau, alors chef de l\u2019opposition à Québec, et Lucien Bouchard, chef du Bloc Québécois, à Adolf Hitler.« C'est une forme classique de démagogie qui n'est pas différente de ce que Hitler a fait, même si ce dernier a agi dans un plus grand vide politique que celui qui existe actuellement au Québec », écrit Lafferty.Pourtant, à sa façon, Richard Lafferty est lui-même un radical et un extrémiste.Encore et toujours, son modus ope-randi est exactement le même qu\u2019en mars 1970.Parizeau et Bouchard déposent aussitôt une poursuite en diffamation contre Lafferty.La cause ne sera entendue qu\u2019en décembre 1999.La Cour supérieure fixera à 20 000 $ chacun le montant des dommages devant être versés à MM.Parizeau et Bouchard.Le 24 octobre 2003, un jugement majoritaire de la Cour d'appel, rendu quatre jours après le décès de Richard Lafferty, confirme la décision sur le fond, tout en haussant le montant des dommages à 100 000 $ chacun.Un arrangement à l\u2019amiable avec la succession de M.Lafferty surviendra en février 2005, à quelques jours de l'audition du différend en Cour suprême du Canada.Les détails de l'entente sont demeurés confidentiels et MM.Parizeau et Bouchard ont versé le montant des dédommagements à des oeuvres de charité.L\u2019affaire aura duré 12 ans au terme desquels les deux plaignants sont des ex-premiers ministres du Québec. 70 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 Plus jamais ?Allons donc ! La mémoire politique des Québécois est souvent désespérément courte.Voilà pourquoi il vaut la peine de la leur rafraîchir.Ce qui précède nous a permis de découvrir le rôle joué par le Parti libéral du Canada (PLC) de Pierre Elliot Trudeau dans le « coup de la Brink\u2019s ».Un tel mépris pour la volonté du peuple et la démocratie est-il encore possible aujourd\u2019hui ?Les bénéficiaires de cette supercherie ont-ils des remords ?Voyez plutôt.En 1995, le professeur de sciences politiques Louis Massicotte a demandé à Robert Bourassa quelle importance il accordait aux failles du processus électoral, telles que le « coup de la Brink\u2019s », qui ont pu être constatées en 1970.Badin comme il sait si bien l\u2019être, Bourassa répondra : « En 1970, [.] il y a le mythe du « coup de la Brink\u2019s ».Mes adversaires ont toujours été assez habiles pour lancer des mythes de cette nature.Je ne crois pas que cette histoire du présumé camion ait pu changer beaucoup de votes59.» Par ailleurs, c\u2019est sous Jean Chrétien, héritier de Trudeau au PLC, que sera mis sur pied le programme fédéral des commandites qui fera scandale en 2004.Un an plus tard, la commission Gomery révélera que 332 millions $ en deniers publics ont été détournés pour fins de propagande fédéraliste au Québec.De cette somme, 54 % ont été versés en bénéfices à des agences de communications, dont plusieurs se sont rendues coupables de fraude.Il y aura même mis au jour d\u2019un système de ristourne au profit de la caisse du PLC.« C'étaient quelques enfants de chienne du milieu des affaires60 », commentera René Lévesque chaque fois qu'on lui demandera qui se cachait derrière l'escadre blindée 59\tGouverner le Québec, Robert Bourassa, Fides, 1995, pp.43 et 44 60\tRené Lévesque.Un homme et son rêve, Pierre Godin, Boréal, 2007, p.271 71 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 du 26 avril 1970.Comme ce fut le cas pour les dirigeants des grandes entreprises organisatrices du Love-in préréférendaire de 1995 au centre-ville de Montréal, ceux du Royal Trust qui orchestrèrent le « coup de la Brink\u2019s » sont demeurés impunis.En 1993, le Royal Trust sera acheté par la Banque Royale, qui en revendra les activités de gestion de patrimoine (RT Capital) à UBS Asset Management.C\u2019est cette même Banque Royale qui, un mois avant le référendum de 1992 sur l\u2019Accord de Charlottetown, publia une étude prévoyant le désastre économique pour le Québec et le Canada anglais en cas d\u2019indépendance du Québec.Lafferty, Harwood & Co.sera acquise en 2002 par l\u2019Indus-trielle-Alliance et deviendra Valeurs mobilières ISL-Lafferty.En 1986, le Mouvement Desjardins créera Sécur avec l'acquisition des activités de transport de valeurs de la Brink\u2019s au Québec, ce qui apparaîtra au fondateur du PQ « comme une tardive, mais douce revanche61 ».On peut y ajouter que le trottoir en face de l\u2019édifice C-I-L (aujourd\u2019hui la Tour Telus), là où s\u2019est jouée cette funeste mascarade du « coup de la Brink\u2019s », est maintenant celui du boulevard René-Lévesque.?61 Attendez que je me rappelle , René Lévesque, Québec Amérique, 1986, p.319 72 L'ACTION NATIONALE - avril 2010 S'P'.'der:! de ST-JEAN BAPTISTE A ÉTÉ DÉCAPITF- asT lA première tête qui a'sauté LA PROCHAINE SERA-T-ELLE LA VÔTRE?«ul ne w°TRE FM**E?.CILLE DE VOTRE ENFANT?AVEC O SHANKS VOTEZ GERARD SHANKS 777\u2014.\u201d\tlh\"1\" « *\u2022»=» ion Page de publicité du candidat libéral de Saint-Henri, Gérard Shanks, publiée dans La Voix Populaire du 22 avril 1970. 73 L\u2019ACTION NATIONALE - avril 2010 pagne - la campagne - la can : ,111/ ; -m\\\\\\1\u2019y'?'//////; 11ITWTv//w?\"/ / \"> QUEBEC ûi LE P Rfy JLl_ -é^L PIAS5E j£iva>uaJLùstu 7 7 Owvpr**.,*.Mon|rv«> LA PIASTRE a iouianf«-
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