L'action nationale, 1 novembre 2010, Novembre - Décembre
[" L\u2019Action NATIONAL^ volume C numéros 9-10 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2010 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 N ovembre-Décembre 2 0 10 vol.C nos 9-10 L\u2019Action NATIONALE Dossier Gaz de schiste (en couverture et ci-contre) Gil Pître Nature inconnue, 2010, Numérique giclé sur toile, 102 cm X 495 cm X 10 cm G Pître il Natif de la Gaspésie, Gil Pître vit et travaille dans le village de Barachois.Depuis sa première exposition au Musée de la Gaspésie en 1982, l\u2019artiste explore le thème du paysage et de l\u2019identité.Il effectue diverses recherches plastiques et esthétiques par le biais de la peinture, du dessin, de l\u2019estampe et de l\u2019occupation de l\u2019espace par la couleur, recherches qui le mèneront à participer à plusieurs expositions (solos et collectives), symposiums et projets d\u2019intégration des arts à l\u2019architecture.L\u2019événement Quarantaine, en 2000, marque un tournant dans le parcours de Gil Pître.Une nouvelle voie s\u2019ouvre à lui : la peinture numérique.Au cours de l\u2019été 2010, l\u2019exposition Nature inconnue rassemblait, au Musée de la Gaspésie, 16 oeuvres réalisées entre 1989 et 2010, regroupées en cinq périodes correspondant aux principales étapes de son parcours artistique.Ces oeuvres témoignent de plus de 20 ans de recherche et de création sur le paysage et l\u2019« identité géographique».Le visiteur-promeneur s\u2019y laisse guider, s\u2019y laisse habiter par les couleurs, par la lumière, par l\u2019espace.Une invitation à vivre le paysage autrement.Pour rejoindre l'artiste 1070, route 132, CP.115, Barachois (Québec) G0C 1A0 Téléphone : 418-645-3715 | 418-360-5579 Courriel : gillespitre@globetrotter.net Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise 40 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Pierre Graveline, Fondation Lionel-Groulx ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval) ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQAC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Jean-Louis Bourque (politologue) ; Julien Goyette (UQAR), Paul Sabourin (Université de Montréal) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval) ; Michel Seymour (Université de Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock Côté.L\u2019Action NATIONALE curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014?\u2014 abonnez-vous Yage B \"V \" On n\u2019est jamais trop curieux Le point de bascule -Robert Laplante Éditorial Articles Essai sur la richesse et la stratégie des « capitaliens » -Normand Caron Un oeuvre fondatrice -Carl Bergeron Le pouvoir : levier de l'indépendance -Richard Gervais Le prix Richard-Arès 2009 à Jacques Parizeau -Michel Seymour Dossier Gaz de schiste Un autre exemple d\u2019opposition systématique des Québécois au progrès ?-Normand Mousseau Peut-on se passer du gaz ?-Denis L\u2019Homme Méfions-nous du GAZ-pillage -André Bélisle et Brigitte Blais Les impacts des gaz de schiste sur la santé -Jacques Levasseur, Pierre Auger et Lucien Rodrigue L'évolution des gaz à effet de serre au Québec -Denis L'homme La « route bleue » est-elle la meilleure voie en transport ?-Daniel Breton Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement après 30 ans -Xavier Daxhelet Histoire de l\u2019énergie au Québec : du projet Maîtres chez nous au vol du siècle -Daniel Breton Note critique Lire les essais Livres reçus Index des auteurs 2010 Lire 4 17 35 41 46 52 60 64 78 91 100 109 128 165 176 196 200 4 ÉDITORIAL Robert Laplante LE POINT DE BASCULE Nous baignons dans ce que Gaston Miron appelait « notre empois de mort ».Le Québec des libéraux, le Qué-Can du minoritaire cocu content, n\u2019inspire plus qu\u2019un immense haut-le-cœur.Notre premier sous-ministre aura donc réussi à surpasser tous les encanteurs qui l\u2019ont précédé.Alors que ses thuriféraires s\u2019acharnent à tapisser les murs des centres de congrès de photos de Robert Bourassa, c\u2019est bien plutôt Alexandre Taschereau que l\u2019indigne député de Sherbrooke surpasse, et de loin.On ne s\u2019étonne même plus de l\u2019entendre pérorer sur la corruption et les manquements à l\u2019éthique pendant qu\u2019il continue toujours de toucher son salaire du Parti libéral, à même un budget auquel on ne sait même pas s\u2019il est le seul à émarger au bilan des bonnes œuvres des entrepreneurs en construction qui font la file aux portes de la permanence du Parti.On ne s\u2019étonne plus de rien, de fait, tant la réussite est complète.Après le décrochage civique et le taux d\u2019abstention record de la dernière élection, après la surréaliste campagne électorale de Montréal où l\u2019on a vu primer le rejet féroce de tout ce qui a l\u2019air d\u2019avoir eu trace de loyauté au Québec sur tous les scrupules à l\u2019égard de la corruption. 5 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 Après la multiplication des signaux dans le monde municipal où la démocratie n\u2019est plus qu\u2019un simulacre dans un nombre effarant de villes et villages.Après les prouesses de Tomassi et de ses engeances au bord des pompes à essence et dans le réseau des garderies.Après les ventes douteuses des droits d\u2019exploration du gaz et pétrole dans le golfe et pour Anticosti par des dirigeants d\u2019Hydro-Québec qui prennent sur eux d\u2019aliéner le patrimoine national.Après la grande braderie des droits d\u2019exploration sur le reste du territoire pour faire du gaz de schiste le plus odieux scandale et le moyen le plus sûr de nous jeter dans les griffes du grand capital qui ne reculera devant aucun saccage.Après l\u2019incroyable gâchis des deux mégacentres hospitaliers universitaires et la consécration des privilèges d\u2019apartheid pour l\u2019université McGill et son PPP pharmaceutique, pour ses diplômes à 30 000 $ par année et pour son surfinancement structurel.Après toutes les pirouettes hypocrites pour continuer de vendre les droits linguistiques et maintenir les écoles passerelles.Après la mascarade de la commission Bastarache qui n\u2019aura servi qu\u2019à détourner l\u2019attention et masquer les scandales dans la nomination des juges.Après tout ce qu\u2019on nous prépare comme simulacres pour faire semblant de nettoyer le secteur de la construction et pour tout mettre en œuvre pour nier ou rendre opaque toute analyse des systèmes de collusion qui servent le financement des partis politiques. 6 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 Après l\u2019inique budget Bachand et ses mesures régressives qui feront payer un impôt santé pour mieux accélérer la marchandisation des soins et l\u2019accroissement des inégalités.Après les attitudes démissionnaires et le refus de faire une vraie bataille pour toucher les 2,4 milliards de dollars qu\u2019Ot-tawa devrait nous verser au titre de l\u2019harmonisation de la taxe de vente.Après toutes les manœuvres pour hausser les frais de scolarité et réduire les horizons de la jeunesse à instruire.Après tous les renoncements à se tenir debout devant Ottawa pour mieux consentir à retourner contre les Québécois eux-mêmes les conséquences des injustices que ce gouvernement choisit de ne pas combattre.Après la démission devant l\u2019odieuse lâcheté qui a laissé Ottawa soutenir à même nos impôts l\u2019industrie automobile ontarienne et laissé des miettes aux travailleurs de l\u2019industrie forestière.Après le silence coupable devant les choix de Stephen Harper qui augmente les budgets militaires à coups de dizaines de milliards pendant que nos finances souffrent.Après tous les après, il ne restera plus que cette grande réussite, le plus haut fait de l\u2019autodénigrement : la nausée comme projet de société.Le gouvernement de Jean Charest constitue le plus complet aboutissement de l\u2019ère post-référendaire.Il nous donne là les fruits les plus toxiques de ce que devient la vie nationale quand elle perd son centre de gravité.Le Québec de la corruption, c\u2019est celui de la dérive inévitable d\u2019une nation qui 7 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 s\u2019étiole parce qu\u2019elle n\u2019a plus rien de ce qu\u2019il lui faut pour tenir sa cohésion nationale : ni projet, ni valeurs suprêmes pour inspirer et maintenir sa vigilance démocratique, ni conscience forte d\u2019elle-même pour soutenir la vitalité de ses institutions et leur faire porter l\u2019intérêt supérieur de la nation.C\u2019était là un objectif de la guerre idéologique lancé contre notre peuple autour du référendum de 1995 et surtout après.Pour casser le Québec, il fallait brouiller ses repères identitaires, semer le doute sur ses réalisations en salissant ses institutions pour mieux saper la confiance en soi.C\u2019est à quoi aura servi le programme des commandites et tout ce que la commission Gomery - fabuleux succès de désinformation - aura permis de ne pas savoir des manœuvres du Conseil de l\u2019unité canadienne et autres instances encore plus douteuses lancées à coups de dizaines de millions sur le sabotage sociétal.Pour casser le Québec, il fallait surtout instrumentaliser toutes les forces qui avaient fini par renoncer au Québec lui-même en se faisant les inconditionnels du Canada.Il fallait pouvoir compter sur une élite qui n\u2019hésiterait devant rien pour éroder tout ce qui peut ressembler à la formulation de l\u2019intérêt national.Et surtout pour déclencher la curée c\u2019est-à-dire pour légitimer tous les affairismes.Car le rapport de domination qui pèse sur notre peuple passe nécessairement par la régression dans les logiques minoritaires et par le recours à la création de fiefs de toutes sortes sur lesquels peuvent régner les barons ethniques essentiels aux engrenages de la normalisation provinciale.C\u2019est d\u2019une logique qu\u2019il s\u2019agit ici, d\u2019un effet de domination dont la corruption n\u2019est qu\u2019une composante, un simple débordement de l\u2019instrumentalisation d\u2019une élite qui s\u2019engraisse à gérer la dépendance. 8 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 La régression minoritaire ne peut se traduire ici que par l\u2019instrumentalisation des partis politiques qui servent à casser l\u2019expression de la nation comme entité démocratique.Le Canadian nation building ne peut se réaliser sans l\u2019érosion de la vie nationale comme foyer de notre démocratie.C\u2019est pourquoi la lutte à la corruption ne suffira pas.Si elle se déploie si salement ici, ce n\u2019est pas seulement comme expression d\u2019une perversion propre à n\u2019importe quelle société normale en proie au laxisme moral et au relâchement éthique, c\u2019est aussi parce qu\u2019elle consacre un étrange et bien odieux mariage, celui de l\u2019adhésion à un régime qui pour tenir a besoin de faire jouer à fond les distorsions de ses institutions démocratiques.Le Parti libéral ne peut être utile au maintien du carcan Canadian qu\u2019à la condition de tout mettre en œuvre pour créer et entretenir les logiques sociales, culturelles et économiques susceptibles de faire jouer les minorités de blocage.C\u2019est là plus que n\u2019importe où ailleurs qu\u2019il faut chercher ses féroces résistances à toute modification du mode de scrutin.Pierre Serré a montré en nos pages à de nombreuses reprises comment le mode de scrutin, et la concentration des votes ethniques qu\u2019il rend possible, sert à fausser l\u2019expression politique de la majorité et du coup, à installer la gouverne et les débats qu\u2019elle entretient dans un univers qui décroche de plus en plus des courants et tendances qui devraient faire la vitalité de notre démocratie.La corruption ne sera pas le plus sale héritage du gouvernement Charest.Le plus lourd des pertes que nous vaudra ce noir épisode est à venir.Sur le plan matériel évidemment puisque ce parti n\u2019a désormais plus rien à perdre, il faut s\u2019attendre à le voir pratiquer la terre brûlée : les idéologues du marché, qui s\u2019y font instrumentaliser par ignorance ou consentement à la logique de domination dans laquelle ils 9 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 servent, ne reculeront devant rien pour achever de liquider tout ce qui pourra rester d\u2019incarnation de l\u2019intérêt national et les inconditionnels du Canada, qui font primer le lien Canadian sur toute loyauté au Québec, n\u2019en finiront plus de s\u2019étendre sous la carpette pour laisser le champ libre à Ottawa.Ce que ce gouvernement laissera, c\u2019est le dégoût de nous-mêmes, le doute sur nos institutions dont il aura perverti la logique nationale au point de ne laisser qu\u2019un champ dévasté par la médiocrité, les mauvaises performances et les résultats désastreux.Il aura accompli sa mission historique de normalisation, il aura moulu les aspirations nationales et nous aura enlisés dans un gâchis matériel et psychologique qui accaparera l\u2019essentiel des énergies.Gouverner la province ne signifiera plus désormais que combattre le chaos au beau milieu d\u2019un réseau de combines en tous genres montées pour dresser, contre l\u2019intérêt national, un conglomérat d\u2019intérêts particuliers plus ou moins légitimement instaurés à grand renfort de contrats à long terme et PPP toxiques.L\u2019inextricable écheveau tissé à même les institutions effilochées tiendra lieu désormais de cadre de gestion et ils seront nombreux parmi ceux-là mêmes qui auront laissé faire pour ne pas rompre avec le Canada à se tourner vers Ottawa pour tenter d\u2019échapper à l\u2019asphyxie de la vie provinciale que la destruction de la cohésion nationale aura transformée en nid de vipères.C\u2019est cela qu\u2019avait entrevu Pierre Vadeboncoeur dans ses derniers écrits alors qu\u2019il évoquait la nécessité à laquelle les Québécois seront confrontés de jouer leur destin dans un contexte qui ne laissera de place qu\u2019à la radicalisation des choix.La louisianisation ne se fera pas dans l\u2019allégresse.Pour y échapper, il faudra rompre avec l\u2019ordre et les logiques qui nous y poussent.C\u2019est dire qu\u2019il faudra enfin se résoudre à trancher dans certaines de nos ambivalences les plus 10 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 confortables, les plus nocives.Le rendez-vous qui se pointe à l\u2019horizon n\u2019est pas référendaire, il est existentiel.Avec son acharnement - et la jubilation toute provinciale d\u2019une trop grande partie de sa députation qui trépigne à la vue des limousines ministérielles - le Parti québécois s\u2019en tient encore à se penser dans l\u2019alternance du pouvoir.C\u2019est une erreur stratégique majeure : qu\u2019il le veuille ou non, il est condamné à s\u2019inscrire dans l\u2019alternative sans quoi il risque de périr avec ses idéaux dans l\u2019atmosphère chargée des cendres de la politique de la terre brûlée que pratique ce gouvernement du renoncement national.Le prochain mandat électoral ne sera pas celui de l\u2019assainissement des mœurs et du nettoyage qu\u2019on s\u2019imagine.S\u2019il n\u2019est pas celui de la mise en œuvre des conditions d\u2019affranchissement, il conduira inéluctablement un éventuel gouvernement péquiste velléitaire dans les marécages putrides de la politique des lamentations, du rapetissement de nos moyens et du rétrécissement de nos horizons.C\u2019est à cela que le condamne le cadre provincial du paysage dévasté que lui laissera le gouvernement Charest.Dès le premier jour, la « gouvernance souverainiste » sera sous perfusion.Parce que l\u2019action combinée des mesures de déstabilisation qu\u2019Ottawa va poursuivre et de l\u2019accumulation des problèmes induits par un héritage libéral empoisonné placeront le Québec tout entier dans une insoutenable tension.Et l\u2019on sait déjà comment cela va tourner : il s\u2019en trouvera toujours pour dire que les « vraies affaires » commandent de répondre d\u2019abord aux urgences et gouverner ne signifiera plus que se désâmer à tenter de colmater les brèches.Ce qu\u2019il faut regarder en face dans le prochain mandat électoral, ce n\u2019est pas une gouvernance à conduire parallèlement à une entreprise de nettoyage, mais bien un projet de gouvernement pour casser le régime et 11 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 les logiques dans lesquelles il a fini par amener même les plus généreux et les plus convaincus à se penser dans l\u2019incohérence des logiques tordues qu\u2019ils confondent avec le pragmatisme.Il faudra s\u2019arracher.Il faudra rompre.Il faudra une politique qui conduise à la radicalisation requise.Cela se prépare.Il faudra trimer infiniment plus dur que ne le fait ce parti avec la matière de son congrès.Il lui faudra s\u2019accorder avec une lecture intransigeante de notre situation nationale, réaliser enfin que sans un effort de démocratisation radicale, il restera prisonnier de la logique dans laquelle les idéaux de la majorité sont captifs d\u2019un système de représentation qui les étouffe en rendant impossible la réalisation de toute politique nationale.Il faudra établir le scrutin proportionnel dans les plus brefs délais, c\u2019est le seul moyen de casser la machine infernale qu\u2019a mis en place le Parti libéral, ce parti ethnique ouvert à toutes les compromissions pour maintenir le carcan Canadian en entretenant les minorités de blocage que produit l\u2019actuel mode de scrutin.Ce serait un geste fondateur : l\u2019établissement d\u2019une logique nationale au cœur même du politique.Il y a fort à parier que le Parti libéral ne s\u2019en remettrait pas.Ce ne serait pas le moindre des effets bénéfiques, mais là n\u2019est pas l\u2019essentiel.Car ce n\u2019est là qu\u2019une condition préalable à réaliser pour que le nettoyage soit réellement efficace et pour que la vigilance démocratique puisse devenir fonctionnelle.Il faut découpler les escrocs des amis du régime.Les élites corrompues se retrouvent trop majoritairement dans le même camp, cela ne correspond à rien de ce que nous savons de la déviance dans les sociétés « normales ».La corruption ici, est une affaire de régime au moins autant que de mœurs. 12 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 Il faudra plus.Beaucoup plus.À commencer par une vérité du propos que rien dans le babillage médiatique ne laisse entrevoir et qui ne manquera pas de choquer, de heurter.Pour faire appel au dépassement, il faudra en finir avec la pensée molle et les idées reçues.Les Québécois ne prennent pas bien la mesure des périls qui les guettent et des lendemains que leur ont préparés les sept années de la grande braderie libérale.Et cela n\u2019a rien à voir avec ce que nous servent les courtiers en morosité et autres savants déclinolo-gues du futur provincialisé.Redonner la perspective nationale ne se fera pas sans douleur, certes, mais là n\u2019est pas le plus névralgique.L\u2019essentiel, il se trouve dans la redéfinition des possibles, dans une relecture de notre situation qui nous fera voir que notre énorme potentiel n\u2019est menacé que par notre propre consentement à la servitude.Retrouver la confiance en soi pour relever les plus grands défis, cela ne peut se faire dans les imprécations et les appels à se soumettre à la fatalité d\u2019un prétendu réel.N\u2019en déplaise à tous ceux-là qui jouent les Cassandre, c\u2019est par un programme législatif et de grands projets qui forceront le jeu que cela pourra advenir.Il ne s\u2019agit pas ici de s\u2019imaginer des lois conçues exprès pour provoquer et nourrir la confrontation, comme le laissent trop candidement entendre nombre de ténors péquistes.Il faut plutôt d\u2019authentiques réponses aux aspirations, conçues non pas en fonction de la logique hétéronome des relations fédérales provinciales et des conflits de juridiction, mais bien en phase avec les exigences nationales elles-mêmes.Il faut donc des projets audacieux et pensés pour eux-mêmes, sans arrière-pensée de négociation, servis par des idéalistes déterminés et capables de faire appel à ce qu\u2019il y a de meilleur en chacun.Des projets pour réaliser le Québec et non pour le mettre en tension avec le Canada ou encore pour préparer un quelconque ressac utile au marketing pré-référendaire. 13 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 Ces projets doivent matérialiser des appels au dépassement pour s\u2019inscrire dans le registre de la transformation du monde.Il y en a, il y en a même de grands qui se formulent un peu partout dans le Québec qui ronge son frein en s\u2019échinant à réduire l\u2019échelle de ses propres réalisations.Ce Québec qui ronchonne en se disant qu\u2019on pourrait faire tellement plus, tellement mieux si seulement on, si encore il y avait, à condition que, que cela serait bien, mais que les politiciens n\u2019oseront jamais.Ce Québec de l\u2019audace rentrée et de l\u2019inutile retenue, c\u2019est celui-là que la gouverne d\u2019un authentique gouvernement souverainiste devrait délester de la résignation minoritaire que les libéraux ont inscrite dans les finances de l\u2019État, dans le rétablissement des privilèges des institutions anglophones et dans la désarticulation des logiques institutionnelles qui rend de moins en moins possible l\u2019action concertée et l\u2019effort national.Nous avons le talent, nous sommes capables.Nous savons aussi que ceux et celles qui doutent ne demandent pas mieux que de contribuer à quelque chose qui les affranchira et du doute et de ce qui les a conduits à douter et d\u2019eux-mêmes et de nous.Il faut en convenir, c\u2019est là une voie étroite.Le Québec est engagé, qu\u2019il le veuille ou non, sur le chemin des passes dangereuses, pour reprendre ce merveilleux titre de la pièce de Michel-Marc Bouchard.On ne s\u2019en désolera pas.C\u2019est à ce prix que nous devons conquérir ce qui nous poussera à la hauteur des idéaux qui ont conduit notre peuple jusqu\u2019ici.L\u2019abnégation de la survivance aura au moins servi à cela : nous avons toujours su grandir contre l\u2019improbable.Mais la difficulté avec l\u2019autodénigrement et le décrochage civique, c\u2019est que l\u2019érosion de la confiance dans le politique et dans la classe politique brouille les distinctions qui devraient permettre de séparer la formulation des problèmes de l\u2019élaboration des solutions.C\u2019est un défi redou- 14 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 table qui est ici posé au Parti québécois dont les hésitations, la faible ardeur au combat et les maladresses ne cessent de saper la crédibilité, même s\u2019il a de fortes chances de former le prochain gouvernement.Le passé n\u2019étant pas à cet égard la meilleure des références, il reste à souhaiter que la situation propulse les acteurs à la hauteur des rôles qu\u2019ils seront appelés à jouer.Le Québec approche d\u2019un point de bascule.? agirp __«., t our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de 10 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations.Bld.Desjardins Caisse d'économie solidaire Montréal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliette\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosol.coop * FONDS de solidarité FTQ Contient des antioxydants et des investissements des 571 000 propriétaires du Fonds de solidarité FTQ.Toutes les régions du Québec tirent profit des 6,4 milliards de dollars que les milliers de Québécois confient au Fonds de solidarité FTQ avec un double objectif : créer des emplois ET FAiRE TOURNER L\u2019ÉCONOMiE D\u2019iCi.\twww.fondsftq.com Située à New Richmond, en Gaspésie, Serres Jardins-Nature est le plus important producteur de tomate biologiques dans l\u2019est de l\u2019Amérique. 17 ARTICLES Normand Caron* Ces nouveaux capitalistes qui s\u2019ignorent ESSAI SUR LA RICHESSE ET LA STRATÉGIE DES « CAPITALIENS » Ne cherchez pas dans les dictionnaires, le terme « capitalien » n\u2019existe pas ! Du moins, pas encore ! Je l\u2019ai carrément inventé car je ne me suis jamais senti à l\u2019aise avec celui de « capitaliste » qui est trop associé dans ma tête à d\u2019autres termes comme « profiteur », « possédant », « exploiteur ».et j\u2019en passe ! Mes racines familiales, les valeurs sociales issues de ma formation citoyenne et universitaire, mon implication syndicale et coopérative ont fait de moi un homme dit « de gauche », plus intéressé aux mécanismes de partage de la richesse qu\u2019au processus de sa création.Tout au long des 45 années de ma vie professionnelle, je me suis profondément investi dans une multitude de projets sociaux, politiques et économiques visant tous, à divers degrés d\u2019intensité et d\u2019efficacité, à affranchir le plus grand nombre possible de mes concitoyens des « règles du jeu » pures et dures du système capitaliste.De nouveaux propriétaires Par un curieux retour des choses (et peut-être y ai-je contribué à ma façon ?), à la faveur d\u2019une profonde mutation des économies occidentales, des millions de mes concitoyens, formés et motivés à s\u2019affranchir des maîtres traditionnels de * Conseiller en formation au sein du MÉDAC, le Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires fondé par Yves Michaud. L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 l\u2019économie, sont devenus petit à petit d\u2019importants bailleurs de fonds.Pendant un demi-siècle, ils ont épargné.Ils ont constitué et alimenté d\u2019immenses réservoirs d\u2019épargne collective, certains datant du début du XXe siècle, comme les coopératives d\u2019épargne et de crédit ou les mutuelles d\u2019assurance, d\u2019autres plus récents comme la panoplie de régimes d\u2019épargne (retraite, études, actions.) sans oublier une innovation purement québécoise, les fonds de travailleurs.Si on additionne aujourd\u2019hui la valeur actuelle des actifs sous gestion de l\u2019ensemble de ces instruments financiers, tant du domaine public que privé, on dépasse les mille milliards de dollars, soit plus de 125 000 $ par Québécois.Qui sont ces nouveaux propriétaires de l\u2019économie, des entreprises, des moyens de production de biens et de services, créateurs de richesse ?Vous et moi.Par notre patrimoine personnel et celui de nos caisses de retraite, nous sommes devenus les principaux fournisseurs de capitaux pour les gouvernements et les entreprises.Nous détenons la majorité des actions votantes et participantes d\u2019un nombre important de grandes et moyennes entreprises à propriété canadienne ou québécoise.Partis de rien au tournant des années 1900, nous voilà devenus, un siècle plus tard, de « nouveaux capitalistes », propriétaires d\u2019un riche patrimoine de titres financiers diversifiés et rentables.En ce sens, je préfère de loin ce vocable de « capitalien » qui intègre à mes yeux, l\u2019acte d\u2019épargner et d\u2019investir à un ensemble de valeurs éthiques, environnementales, sociales et communautaires.De nouvelles responsabilités Mais avons-nous mesuré toute la responsabilité que ce statut d\u2019actionnaire majoritaire nous impose ?N\u2019avons-nous pas trop facilement abdiqué devant les défis et les efforts 19 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 que notre statut de propriétaire nous commande ?Ou alors, tardons-nous à prendre conscience de tout le potentiel que ce revirement de situation entraînera dans l\u2019avenir ?Nous attendons encore le changement venu d\u2019en haut ou d\u2019un messie, alors que nous tenons dans nos mains, chacun de nous, une partie de la solution.Mais soyons patients ! Les mentalités prennent souvent plus de temps à changer que les structures de la société.L\u2019objectif de cet essai est double : \u2022\tFaire le point sur la santé financière de ces nouveaux « capitaliens » que nous sommes devenus.Quel est l'état de notre épargne patrimoniale ?Dans quels conduits l'avons-nous logée ?Comment la fait-on fructifier ?Sommes-nous proactifs ou laissons-nous tout simplement des inconnus prendre les décisions à notre place ?La plupart des données utilisées dans ce dossier présentent la situation au 31 décembre 20081.\u2022\tDécrire une stratégie possible menant à l\u2019émergence d\u2019un nouveau capitalisme, animé par un « capitalien conscient et responsable », seul joueur en mesure de transformer en profondeur et de façon consistante les règles des marchés financiers et celles de la gestion de nos grandes sociétés.1 Nous nous trouvions alors au creux de la pire débâcle boursière depuis le crash de 1929.Bien sûr, depuis ce temps, les marchés financiers se sont redressés, si bien qu'aujourd'hui le bilan risque de s'être nettement amélioré. 20 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 PORTRAIT DE NOS ACTIFS FINANCIERS Je rappelle la date de référence de ce portrait : le 31 décembre 2008.C\u2019est la plus récente photographie de notre épargne collective où toutes les données disponibles convergent au moment de la rédaction de cet essai.J\u2019ai puisé l\u2019information à plusieurs sources : statistiques compilées par des organismes fédéraux comme la Banque du Canada et Statistique Canada ou québécois comme la Régie des rentes et l\u2019Institut de la statistique du Québec.Chacun de ces chiffres a fait l\u2019objet d\u2019une validation par des experts en finance et en économie.Les sources consultées sont présentées globalement dans le site du MÉDAC2 pour alléger la lecture du texte.Afin de donner une image plus concrète de ces chiffres, je les ai ramenés sur deux bases : « per capita » (montant global divisé par la population du Québec) et « par ménage » (montant global divisé par le nombre de ménages au Québec).Rappelons que selon l\u2019Institut de la statistique du Québec, on comptait, en 2008, 7 753 476 habitants et 3 189 345 ménages, soit une moyenne de 2,43 habitants par ménage.Actifs financiers totaux Les actifs financiers totaux détenus par l\u2019ensemble des épargnants du Québec s\u2019élèvent à 601 milliards de dollars à la date de référence, soit une moyenne de 188 440 $ par ménage ou 77 514 $ per capita.Tableau 1 Actifs financiers totaux au 31 décembre 2008 \tPopulation\tPar ménage\tPer capita Actifs financiers totaux\t601 000 000 000\t188 440\t77 514 Voyons dans quels conduits sont répartis les actifs financiers des Québécois.2 www.medac.qc.ca 21 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 Les dépôts bancaires Le premier conduit utilisé pour canaliser l\u2019épargne et la faire fructifier est le DÉPÔT BANCAIRE.C\u2019est à coup sûr, le conduit financier le plus simple, le plus sécuritaire et le mieux connu.Dès que vous ouvrez un compte auprès d\u2019une institution financière (caisse populaire, banque à charte) et que vous y déposez un montant, vous devenez un maillon du circuit de l\u2019épargne.Rappelons qu\u2019au Québec, ces dépôts bancaires sont protégés par une assurance les garantissant jusqu\u2019à concurrence de 100 000 $ par institution et par personne.L\u2019Autorité des marchés financiers (AMF) gère cette assurance pour les dépôts auprès des caisses populaires et la Société d\u2019assurance dépôts du Canada (SADC) couvre ceux auprès des banques à charte.Le tableau suivant fait état des soldes de comptes bancaires détenus par les Québécois à notre date de référence.Tableau 2 Valeur des dépôts bancaires \tPopulation\tPar ménage\tPer capita Actifs financiers sous formes de dépôts\t135 000 000 000\t42 328\t17 411 Chaque ménage québécois possède des dépôts bancaires d'une valeur moyenne de 42 328 $ (ou 17 411 $ per capita).53 % de cette épargne est logée auprès des coopératives d'épargne et de crédit (Caisses populaires Desjardins) et 47 % dans les banques à charte.Cette épargne sous forme de dépôts bancaires peut être répartie en 3 catégories distinctes : l'épargne à vue (sans contrainte de retrait) représente 22 % du total, l'épargne stable (avec divers délais de retrait) 8 % et 22 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 les certificats de dépôts garantis (dont les échéances peuvent varier de 6 mois à plusieurs années) représentent près de 70 % de ce type d'épargne.Tableau 3 Répartition des dépôts par catégorie de termes \tPopulation\tPar ménage\tPer capita Dépôts à vue\t30 000 000 000\t9 406\t3 869 (22 %) Épargne stable\t12 000 000 000\t3 762\t1 548 (8 %) Certificats de dépôts garantis\t93 000 000 000\t29 160\tii 995 (7° %) Les placements en valeurs mobilières Outre les dépôts bancaires, les épargnants peuvent utiliser de nombreux autres conduits pour faire fructifier leurs épargnes.Ils convertissent alors leurs liquidités en valeurs mobilières auprès d\u2019un très grand nombre d\u2019intermédiaires financiers.Ils peuvent le faire eux-mêmes avec l\u2019aide d\u2019un conseiller, courtier ou planificateur financier (ce qu\u2019on appelle la « gestion directe » ou « autonome »).Ils peuvent au contraire confier ces épargnes à un gestionnaire de fonds de placement et d\u2019investissement (ce qu\u2019on désigne sous le vocable de « gestion déléguée »).C\u2019est dans cette dernière catégorie qu\u2019on retrouve les fonds communs de placement, mieux connus sous le nom de « fonds mutuels ».Tableau 4 PLACEMENTS PAR TYPE DE GESTION \tPopulation\tPar ménage\tPer capita Gestion directe\t107 000 000 000\t33 549\t13 800 (56 %) Gestion déléguée\t83 000 000 000\t26 024\t10 705 (44 %) Total\t190 000 000 000\t59 573\t24 505 (100 %) 23 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 Ce tableau indique que les épargnants québécois détenaient pour 190 milliards de dollars sous forme de placements en valeurs mobilières de différentes catégories (actions ordinaires ou privilégiées, obligations, billets, parts de fonds) dont 56 % faisaient l'objet d'une gestion directe par l'épargnant alors que 44 % étaient confiés aux gestionnaires de fonds communs de placement.Fait intéressant à souligner : les épargnants québécois détenaient directement pour 50,7 milliards de dollars sous forme d'actions ordinaires ou privilégiées d'entreprises, soit 15 771 $ par ménage ou 6 487 $ per capita.Les caisses de retraite En plus des dépôts bancaires et des placements en valeurs mobilières (alimentés par l\u2019effort individuel des épargnants), une proportion importante de l\u2019épargne des Québécois est investie via les caisses ou régimes de retraite.Ce type d\u2019épargne à long terme est généré par une volonté collective et structurée de groupes de salariés et d\u2019employeurs (les cotisants) d\u2019offrir des prestations à leurs membres durant leur vie de retraité.Les sources d\u2019information sur les caisses de retraite des Québécois sont nombreuses et dispersées.La Régie des rentes du Québec, (dont l\u2019actif net avoisine à elle seule les 26 milliards de dollars) compile chaque année des données sur les régimes publics en vigueur qui s\u2019adressent aux salariés de la fonction publique québécoise.Elle supervise de plus l\u2019état des régimes complémentaires de retraite des salariés du secteur privé.Cependant de larges secteurs n\u2019y figurent pas, notamment les régimes de retraite des employés de l\u2019administration fédérale qui résident au Québec. 24 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 Tableau 5 Épargnes sous gestion par les caisses de retraite \tPopulation\tPar ménage\tPer capita Régimes publics\t82 000 000 000\t25 710\ti° 575 (29.7 %) Régimes privés\t99 000 000 000\t31 040\t12 768 (35,9 %) Régimes divers\t95 000 000 000\t29 786\t12 252 (34,4 %) Total\t276 000 000 000\t86 538\t35 597 (100 %) Le plus important gestionnaire des caisses de retraite des Québécois est la Caisse de dépôt et de placement du Québec, avec un actif net sous gestion de 120 milliards de dollars au 31 décembre 2008 (43 % du total).L\u2019assurance-vie Même si elle ne constitue pas un actif financier tangible à inscrire au bilan personnel d\u2019un individu ou d\u2019un ménage, l\u2019assurance-vie souscrite par les résidents du Québec représente des sommes colossales.Les primes d\u2019assurance souscrites et payées ont constitué au fil des années d\u2019imposants réservoirs d\u2019épargne collective gérée par une centaine de sociétés et compagnies d\u2019assurance de personnes.Tableau 6 Valeurs des assurances vie en vigueur \tPopulation\tPar ménage\tPer capita Régimes individuels\t395 000 000 000\t123 850\t50 995 (58%) Régimes collectifs\t285 000 000 000\t89 360\t36 757 (42%) Total\t680 000 000 000\t213 210\t87 702 (100 %) 25 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 La valeur des polices d'assurance-vie en vigueur au 31 décembre 2008 s'élève à 680 milliards de dollars dont 58 % provient de polices souscrites individuellement et 42 % de polices souscrites dans le cadre de régimes collectifs d'entreprises ou d'associations.Chaque Québécois possède en moyenne une valeur de 87 700 $ en assurance-vie et chaque ménage 213 210 $.Tableau synthèse des actifs financiers En ne tenant pas compte de la valeur de l\u2019assurance-vie en vigueur, les actifs financiers totaux détenus par les épargnants québécois atteignent ainsi la somme de 601 milliards de dollars répartis entre les différentes catégories suivantes : Tableau 7 Actifs financiers totaux \tPopulation\tPar ménage\tPer capita Dépôts bancaires\t135 000 000 000\t42 328\t17 411 (22,5 %) Placements en valeurs mobilières\t190 000 000 000\t59 573\t24 5°5 (31,6 %) Régimes de retraite\t276 000 000 000\t86 538\t35 597 (45,9 %) Total\t601 000 000 000\t188 440\t77 514 (100 %) Ainsi, à notre date de référence, 22,5 % des actifs financiers des ménages et individus québécois sont constitués de dépôts bancaires, 31,6 % sont sous forme de titres de placements en valeurs mobilières et 45,9 % sont sous gestion dans les caisses et régimes de retraite.La valeur moyenne des actifs financiers détenus par les ménages s'élève ainsi à 188 440 $, soit 77 514 $ par habitant, tout groupe d'âge confondu. 26 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 Pour compléter ce tableau dans la colonne des actifs, nous pouvons aussi y ajouter les actifs non financiers, comme la valeur foncière des résidences.Au 31 décembre 2008, une valeur de 472,6 milliards de dollars figure au rôle d'évaluation global des ménages québécois.Nous atteignons alors un total d'actif de 1 073,6 milliards de dollars.La valeur moyenne des actifs financiers et non financiers détenus par les ménages du Québec s'élève alors à 336 643 $, soit 138 479 $ par habitant.L\u2019endettement et la valeur nette des ménages Nous pouvons également tenir compte de l\u2019endettement en dressant le tableau des passifs afin de dégager la valeur nette moyenne des Québécois.Le tableau suivant nous indique une valeur nette qui dépasse les 282 000 $ en moyenne par ménage québécois ou 116 000 $ per capita.\tPopulation\tPar ménage\tPer capita Actifs financiers\t601 000 000 000\t188 440\t77 5J4 Actifs immobiliers\t472 000 000 000\t1\u20141 00 to 0 00\t60 965 Actif total\t1 073 000 000 000\t336 643\tM 00 \" Dans cet ouvrage, Monsieur Parizeau illustre une fois de plus les qualités qui ont toujours été les siennes.Il fait montre d'une formidable connaissance des rouages de l'administration publique québécoise tout en demeurant très près des gens.Il manifeste des qualités intellectuelles exceptionnelles tout en tenant un propos très accessible.Il tient compte de la complexité énorme des enjeux tout en démontrant un jugement sûr s'appuyant sur le sens commun.Ses connaissances théoriques rivalisent avec son souci de discuter d'applications concrètes.Il traite de sujets très sérieux, mais il le fait souvent avec un certain amusement.Il s'appuie sur une expérience de plusieurs décennies, mais il est en même temps capable de s'adapter au temps présent.Nous avons affaire à un grand politicien mais aussi à un excellent professeur, à un intellectuel universitaire mais qui est en même temps capable de s'engager ouvertement en faveur de la souveraineté du Québec.Il a les yeux tournés vers le futur, mais il fait montre de patience et tient compte de la capacité des Québécois à tolérer le chan- 48 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 gement.Il sait débusquer les très nombreux pièges tendus par les adversaires de la souveraineté du Québec, mais il peut en même temps manifester un certain optimisme serein face à l\u2019avenir.Sur le fond, il a une vision progressiste de la société, mais celle-ci est en même temps une vision modérée.C\u2019est un véritable homme d\u2019État, mais il favorise aussi la décentralisation des pouvoirs vers les villes advenant un Québec souverain.Ce sont là des qualités que l\u2019on trouve rarement réunies dans une seule et même personne.Elles se retrouvent pourtant à chacune des pages de ce très beau livre.L\u2019ouvrage transpire l\u2019intelligence et la connaissance des dossiers, mais est en même temps écrit dans un langage simple.Sa plume est acérée mais il formule ses arguments avec décorum.Il n\u2019y a pas une once de pédanterie dans cet ouvrage et pas une once de mépris ou d\u2019amertume.Il y a au contraire un dosage savant de sagacité et d\u2019amour pour le Québec.Le lecteur n\u2019est pas mis en face des mémoires de Jacques Parizeau, car l\u2019auteur ne ressasse pas nostalgiquement le passé.On pourrait au contraire dire en paraphrasant Gaston Miron qu\u2019il arrive où tout commence.S\u2019il retourne parfois dans le passé, c\u2019est pour mieux penser la conjoncture présente et préparer l\u2019avenir.À l\u2019heure où les chroniqueurs de Gesca, comme des élèves modèles, cherchent à faire plaisir à leur patron en annonçant la fin du souverainisme québécois, Monsieur Parizeau, lui, annonce la fin de la récréation, remet les pendules à l\u2019heure et prépare les Québécois aux nouveaux enjeux de la souveraineté.Les vingt milles lecteurs qui se sont procuré ce livre auront tous remarqué que nous avons d\u2019une certaine façon seulement eu droit à une partie des sujets susceptibles d\u2019être abordés.Monsieur Parizeau choisit les thèmes qu\u2019il souhaite traiter mais reconnaît explicitement ne pas vouloir discuter 49 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 de tous les aspects de la question dans son livre.J\u2019ose donc espérer qu\u2019il nous entretiendra encore d\u2019autres sujets dans un prochain ouvrage.Nous sommes tous disposés, Monsieur Parizeau, à vous épargner une autre tournée de promotion éreintante si c\u2019est ce qu\u2019il faut pour avoir droit à un autre bouquin de même envergure.Le Québec entier profiterait d\u2019une autre contribution de votre part de même niveau.Il faut certes lire, méditer et reconnaître les mérites de ce livre-ci, mais votre contribution serait également appréciée sur une foule d\u2019autres sujets : on songe notamment aux aspects géopolitiques de la souveraineté, à la défense nationale du Québec souverain, à l\u2019intégrité territoriale du Québec, à la protection de nos ressources naturelles, qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019eau, des forêts ou des mines, à l\u2019indépendance énergétique et au système bancaire coopératif et au libre-échange avec l\u2019Europe.On rêve également de vous voir faire un bilan d\u2019ensemble de l\u2019expérience québécoise au sein de la fédération canadienne.Voilà autant de sujets qui pourraient bénéficier d\u2019un éclairage perspicace de votre part.Jacques Parizeau est l\u2019une des figures les plus importantes du Québec contemporain, mais il a un respect sacré pour « Monsieur et Madame tout le monde ».Il connaît le Québec sous toutes ses facettes comme si c\u2019était lui qui l\u2019avait tricoté, mais il ne voit pas ce Québec là comme tricoté serré.Il n\u2019existe pas de plus ardent et fidèle défenseur des intérêts supérieurs du Québec, mais en même temps, il a toujours gardé un style, un accent et des manières typiquement British.Tout homme qui se tient debout, est le plus beau des monuments (dixit George Dor).Nous avons aujourd\u2019hui avec nous, chers amis, un tel monument.Nous rendons hommage à l\u2019homme et au politicien, bien sûr, mais aussi aujourd\u2019hui tout particulièrement à l\u2019intellectuel et universi- 50 L'ACTION NATIONALE - novembre-décembre 2010 taire qu\u2019il n\u2019a jamais cessé d\u2019être.Nous saluons la publication de son ouvrage par un modeste prix, mais nous savons très bien que sa véritable récompense serait de voir des dizaines de politiciens, des centaines d\u2019intellectuels et des milliers de militants lui emboîter le pas pour faire avancer à nouveau la cause du Québec.? DOSSIER GAZ DE SCHISTE Dossier Gaz de schiste Un autre exemple d\u2019opposition systématique des Québécois au progrès ?-Normand Mousseau\t52 Peut-on se passer du gaz ?-Denis L\u2019Homme\t60 Méfions-nous du GAZ-pillage -André Bélisle et Brigitte Blais\t64 Les impacts des gaz de schiste sur la santé -Jacques Levasseur, Pierre Auger et Lucien Rodrigue\t78 L'évolution des gaz à effet de serre au Québec -Denis L'homme\t91 La « route bleue » est-elle la meilleure voie en transport ?-Daniel Breton\t100 Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement après 30 ans -Xavier Daxhelet\t109 Histoire de l\u2019énergie au Québec : du projet Maîtres chez nous au vol du siècle -Daniel Breton\t128 Lire \t \t \t \t \t 52 DOSSIER Normand Mousseau* UN AUTRE EXEMPLE D\u2019OPPOSITION SYSTÉMATIQUE DES QUÉBÉCOIS AU PROGRÈS ?L\u2019hebdomadaire britannique The Economist soulignait récemment que : [.| la plupart des gens seraient très heureux de découvrir qu\u2019ils sont assis sur des réserves de gaz naturel qui pourraient répondre à leurs besoins durant les prochaines décennies.[.] Pourtant, dans la province canadienne du Québec, l\u2019annonce d\u2019abondantes réserves de gaz de shale dans le sous-sol du bassin du Saint-Laurent n\u2019a pas été accueillie avec enthousiasme1.Contrairement aux Lucides et aux autres promoteurs de cette ressource, toutefois, l\u2019article ne dénonçait pas, une fois de plus, l\u2019immobilisme supposé des Québécois, mais cherchait plutôt à comprendre l\u2019origine du peu de soutien démontré par la population.Car il y a de bonnes raisons pour refuser de s\u2019enthousiasmer dans le dossier de l\u2019exploitation des gaz de shale.Des raisons environnementales, tout d\u2019abord, qui portent à la fois sur les * Normand Mousseau est professeur de physique à l\u2019Université de Montréal et auteur des livres Au bout du pétrole, tout ce que vous devez savoir sur la crise énergétique, L\u2019avenir du Québec passe par l\u2019indépendance énergétique et La révolution des gaz de schistes, tous parus aux Éditions MultiMondes.1 « Energy policy in Quebec : High-speed gas », The Economist, 23 septembre 2010.http ://www.economist.com/node/i70956i6 ?story_id=i70956i6&CFI D=i53256749&CFTOKEN=28795854 53 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER risques associés avec les procédés de forage et d\u2019extraction et la politique de lutte aux changements climatiques du Québec.Ces questions ont été amplement débattues dans les médias depuis quelques mois et sont présentées en détail dans les autres articles de ce numéro thématique de L\u2019Action nationale.Au-delà de celles-ci, toutefois, il y a aussi la question, fondamentale, de l\u2019intérêt économique de cette exploitation : qu\u2019en retireront vraiment les propriétaires de cette ressource, c\u2019est-à-dire l\u2019ensemble des Québécois d\u2019aujourd\u2019hui et de demain ?Cette question, paradoxalement, n\u2019a pas été soulevée par The Economist, et reste souvent ignorée par la presse.Comme on le verra ici, c\u2019est un oubli qui pourrait coûter cher.On peut reformuler la question économique de la façon suivante : pourquoi est-ce que l\u2019exploitation de ces gaz se poursuit sans opposition majeure de la population au Texas, en Pennsylvanie et même dans la verte Colombie-Britannique alors qu\u2019elle soulève tant de passion au Québec ?Sommes-nous une société si différente que ça du reste de l\u2019Amérique du Nord ?La réponse à cette question contrevient aux idées reçues : c\u2019est parce que les Québécois ne sont pas différents qu\u2019ils s\u2019opposent ! Sans même connaître les modèles de développement adoptés par les autres autorités nord-américaines, ils sentent bien que les retombées de cette industrie sur les régions affectées et l\u2019ensemble du Québec seront mineures et certainement insuffisantes pour compenser les désagréments et les risques qui y sont associés.Cette intuition est la bonne.Lorsqu\u2019on examine en détail ce qui se fait ailleurs, on ne peut conclure qu\u2019à une chose : le modèle économique québécois de développement des hydrocarbures est inacceptable et un moratoire est essentiel DOSSIER 54 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 pour permettre à la population et au gouvernement de s\u2019entendre sur la gestion de ces ressources non renouvelables et la répartition des revenus.Pour justifier cette demande, il est utile de comparer les différents modèles aux étapes critiques de développement d\u2019un puits : obtention des permis, exploration, exploitation et partage des revenus.Obtenir un permis Partout au Canada, ce sont les provinces, et donc l\u2019ensemble des citoyens, qui sont propriétaires des ressources minérales ; seule la surface de votre propriété vous appartient.Au Québec, avant de commencer à explorer et à prospecter pour du gaz ou du pétrole, il est nécessaire d\u2019obtenir un permis auprès du ministère des Ressources naturelles.Pour ce faire, il suffit d\u2019aller sur le site internet de ce ministère, d\u2019identifier les régions qui vous intéressent et de vérifier qu\u2019elles sont toujours libres.Ne reste alors qu\u2019à cliquer et à payer annuellement la somme de 10 cents par hectare pour acquérir les droits exclusifs d\u2019exploration d\u2019hydrocarbure sur le sous-sol de celles-ci2.La distribution des permis se fait donc selon la règle du premier arrivé, premier servi et le gouvernement se contente de distribuer passivement les permis d\u2019exploration à quiconque en fait la demande.Les provinces canadiennes jouent un rôle beaucoup plus proactif dans la distribution des permis.En effet, la plupart d\u2019entre elles ont adopté un modèle de gestion de territoire où ce sont les ministres des Ressources naturelles qui décident des régions qui seront ouvertes à la prospection.On annonce quelques mois à l\u2019avance que les permis seront dis- 2 Ces frais annuels passent à 50 cents l\u2019hectare après 5 ans. 55 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER ponibles pour un territoire donné et on ouvre les enchères.Celui qui paiera le plus cher remportera la mise.Cette approche de mise en concurrence des industries gazières et pétrolières a permis à la Colombie-Britannique d\u2019aller chercher presque 4 milliards $ entre 2008 et 2010 en droits d\u2019exploration pour le gaz de shale, soit entre 4000 $ et 10 000 $ l\u2019hectare ou jusqu\u2019à 100 000 fois plus par hectare que le Québec ! Grâce au contrôle actif dans la distribution de permis, les autres provinces sont en mesure d\u2019attendre le moment propice pour mettre en vente les permis, plutôt que de les distribuer n\u2019importe quand, comme c\u2019est le cas au Québec.La situation est bien différente aux États-Unis, où chaque propriétaire terrien possède l\u2019ensemble des droits miniers.Une gazière devra donc s\u2019entendre avec chaque propriétaire des terrains convoités avant de commencer à explorer.Or, ces propriétaires, moins sensibles aux lobbyistes que nos gouvernements, ont tendance à être exigeants et, aujourd\u2019hui, les droits d\u2019exploration peuvent atteindre 28 000 $ US l\u2019hectare en Pennsylvanie, soit 280 000 fois plus que les droits exigés par Québec.L\u2019exploitation Et ça ne s\u2019arrête pas là.Si la gazière décide d\u2019aller de l\u2019avant et d\u2019exploiter le gisement, des redevances variant entre 12 % et 20 % seront versées aux propriétaires de terrains sous lesquels le puits s\u2019étend.À ces redevances, il faut rajouter des droits de production, qui peuvent atteindre 7,5 % de la valeur au puits, et qui seront reversés à l\u2019État.Au total, donc, une gazière installée aux États-Unis versera jusqu\u2019à 28 % en divers droits et redevances diverses, selon l\u2019État. DOSSIER 56 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 Au Canada, les propriétaires fonciers ne reçoivent aucune redevance, bien sûr, puisque les ressources minières appartiennent à l\u2019ensemble des citoyens de la province.Et les gouvernements s\u2019avèrent beaucoup moins gourmands que les fermiers américains, contrairement à ce qu\u2019on aurait pu penser.Ce qui fait qu\u2019une gazière s\u2019en tire à très bon compte de ce côté-ci de la frontière.Ainsi, au Québec, les redevances totales montent de 10 % à 12,5 %, selon le niveau de production, alors qu\u2019elles sont de 5 % en Colombie-Britannique.On est loin des montants américains ! Pire, l\u2019industrie minière, gazière et pétrolière a accès à de nombreuses déductions et réductions fiscales qui lui permettent, lorsque vient le temps de faire les comptes, de ne payer qu\u2019une fraction du taux de redevance officiel.Ainsi, sur les 6 milliards de revenus déclarés par l'industrie minière en 2009, seuls 31 millions ont été versés au gouvernement québécois.Pourquoi accepte-t-on l\u2019industrie des gaz de shale ?Sans surprise, les importantes variations des modèles d'affaires développés par les différentes autorités nord-américaines expliquent la réponse des citoyens face à l\u2019industrie des gaz de shale.En effet, un propriétaire foncier acceptera beaucoup plus facilement les risques environnementaux associés avec la fracturation hydraulique s'il reçoit 28 000 $ l'hectare exploré en plus de 12 % à 20 % de redevance sur la production.Il ou elle tolérera également beaucoup plus facilement les milliers de camions-citernes qui déferleront dans son voisinage durant la phase de fracturation.En comparaison, seul le propriétaire du terrain sur lequel sera érigé le puits est dédommagé au Canada.Les municipalités et les voisins, sous les terrains desquels s'étendront les puits et qui souffriront tout autant des risques, du bruit, de la poussière et des 57 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER dommages causés aux infrastructures routières, ne sont en droit d'exiger, quant à eux, aucune compensation.(Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne recevront rien, bien sûr, car certaines gazières vont au-delà de leurs minimes obligations légales.) Pour quelles raisons, alors qu'ils n'en retireront, au mieux, que des miettes, les citoyens des régions ciblées par les gazières accueilleraient-ils à bras ouverts cette industrie ?Ils seraient mal avisés d'accepter tous les désagréments et les risques de cette industrie s'ils ne peuvent rien en retirer.Comment expliquer alors que les Britanno-Colombiens, qui partagent les mêmes droits que les Québécois, ne se révoltent pas également ?Après tout, si le gouvernement de cette province retire plus d'argent de la vente des permis que celui du Québec, bien peu retourne dans les régions affectées.Encore une fois, la réponse crève les yeux : les shales de Montney et de Horn River sont situés dans le nord-est de la province, loin des grands centres habités.La majorité des citoyens n'est donc pas touchée directement par cette activité gazière et se préoccupe donc relativement peu des enjeux environnementaux et économiques de cette industrie.Et les Québécois ?Si on met de côté la question environnementale et qu'on suppose, pour un instant, qu'il est possible d'exploiter les gaz de shale proprement à condition d\u2019encadrer correctement cette industrie, il devient évident que la principale question qui doit être débattue aujourd'hui est la question du modèle économique à adopter pour s'assurer que toutes les parties impliquées dans ce dossier - les propriétaires de ressources minérales, c'est-à-dire l'ensemble des Québécois présents et futurs, les citoyens des régions sous exploration et les investisseurs - y trouvent leur compte. DOSSIER 58 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 Le modèle actuel, on l'a vu, est tout à fait inéquitable et, si on se fit au projet de loi qui révise l'ancienne Loi des mines, on ne s'en va toujours pas dans la bonne direction.Il est donc absolument essentiel de faire une pause, en décrétant un moratoire sur l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures, de même que sur l'émission des permis : on doit décréter un arrêt complet de l'industrie qui laisse le temps aux citoyens et à leurs représentants de s\u2019entendre sur un modèle économique acceptable à l\u2019ensemble de la population.Ceci est d\u2019autant plus important que le développement de l\u2019industrie des gaz de shale ressemble beaucoup à la bulle de l\u2019internet qui a explosé au début des années 2000, emportant avec elle l\u2019épargne de nombreux citoyens et causant la quasi-disparition de géants tels que Nortel.En effet, bien que les coûts de production du gaz de shale varient considérablement d\u2019un endroit à l\u2019autre, on estime qu\u2019ils devraient atteindre, en moyenne, autour de 6 $ le GJ (gigajoule) alors qu\u2019il se vend présentement 4 $ le GJ.L\u2019industrie fonctionne donc à perte depuis ses débuts alors même qu\u2019elle fournissait 20 % du gaz produit aux États-Unis en 2009.Tout comme à la fin des années 1990, l\u2019intérêt à court terme pour les gazières, qui sont majoritairement des sociétés de moyenne taille, n\u2019est pas tant de faire des profits que de se positionner pour un possible rachat à gros prix par les grandes pétrolières multinationales qui cherchent à élargir leur portefeuille énergétique.Ce déséquilibre a deux impacts sur les citoyens.Tout d\u2019abord, puisque les profits sont nuls et que les compagnies accumulent même les pertes, on ne peut pas s\u2019attendre à recevoir quelque redevance que ce soit avec la structure fiscale en place au Québec, à moins d\u2019une hausse significative du prix du gaz naturel. 59 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER Ensuite, la course à l\u2019exploration qu\u2019on observe présentement nourrit une compétition entre les différentes autorités qui rêvent de développer leur industrie du gaz de shale, et elles sont nombreuses tant aux États-Unis qu\u2019au Canada.Pour préserver leur avance, les gouvernements des provinces et des États risquent donc de multiplier les incitatifs fiscaux afin d\u2019attirer et de retenir les investisseurs sur leur territoire, aux dépens de l\u2019ensemble de leurs citoyens.Dans un tel contexte, les retombées faramineuses que nous fait miroiter le gouvernement n\u2019ont aucune chance de se réaliser et les régions les plus riches en gaz naturel seront vidées bien avant que le secteur énergétique ne se soit stabilisé, au seul bénéfice des actionnaires des gazières et autres détenteurs de permis d\u2019exploration.Alors que ni le gouvernement central, ni l\u2019ensemble des Québécois, ni les citoyens affectés ne reçoivent une juste compensation pour l'exploitation d'une ressource non renouvelable, il n\u2019y a aucune raison de soutenir le développement de cette industrie.Contrairement à ce qu\u2019on dit, les Québécois ne sont pas contre tout projet de développement, seulement contre les mauvais mal ficelés.? 60 DOSSIER Denis L\u2019Homme* PEUT-ON SE PASSER DU GAZ ?Posons d'abord la question : peut-on se passer du gaz ?Même s'il ne représente que 12 % du bilan énergétique du Québec, loin derrière l'électricité et le pétrole qui occupent chacun 38,5 % du bilan et seulement 2 % devant la biomasse, le gaz est quand même bien implanté dans le paysage énergétique québécois.Principalement utilisé dans les secteurs commercial et institutionnel ainsi que dans le secteur industriel - ces deux secteurs représentant 86 % de la consommation gazière québécoise - ce combustible occupe de surcroit certaines niches industrielles dans lesquelles il est associé à des procédés particuliers.Cela étant, la part du gaz naturel dans le bilan énergétique demeure relativement stable, oscillant entre 10 % et 14 % au gré surtout du rapport de prix avec le mazout lourd, son principal concurrent dans le marché de la chauffe.Ce dernier résiste toujours, malgré les programmes d'encouragement à la substitution mazout-gaz.Bref, nous pouvons dire que le gaz naturel continuera d'occuper une position relativement faible, mais significa- * Ancien sous-ministre associé, ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles du Québec 6i L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER tive dans le bilan québécois dans l'avenir à court et moyen termes.Les plus récentes prévisions de l'Office national de l'énergie (2009) établissent, selon un scénario moyen, que la part du gaz naturel au Québec sera de 12,3 % en 2020.L'importance relative du gaz dans chacun des secteurs économiques demeurant sensiblement la même qu'au cours des dernières années, par ailleurs.La réponse à la question « Peut-on se passer du gaz naturel ?» est donc : pas à court et moyen termes et ce, même si des programmes intensifs de dé-carbonisation de l'économie étaient implantés.La dé-carbonisation de l'économie, si elle se faisait, viserait sans doute en priorité le pétrole et ce faisant, la consommation du gaz naturel, comme celle de l'électricité, serait encouragée.Posons maintenant la deuxième question : peut-on se passer du gaz de schiste (du Québec) ?La réponse simple est « oui ».Oui, parce que l'approvisionnement du marché québécois n'en dépend pas.D'autres sources existent.Même si depuis ses débuts dans les années 1960 c'est le Bassin sédimentaire de l'Ouest canadien (BSOC) qui a été la source du gaz consommé ici, rien n'interdirait que le gaz puisse provenir d'ailleurs via l'Ontario, par exemple, puisque le réseau nord-américain de gazoducs est complètement intégré (incluant de nombreux terminaux méthaniers américains lesquels sont largement sous-utilisés).Mais avant d'en arriver là, il faudrait sans doute que la source historique d'approvisionnement montre des signes de défaillance, ce qui n'a jamais été le cas jusqu'ici.La question d\u2019une baisse de productibilité prévue du BSOC qui se traduirait par des DOSSIER 62 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 difficultés d\u2019approvisionnement pour les marchés de l\u2019Est canadien est hautement controversée.Cet argument a été utilisé par le gouvernement du Québec et les promoteurs de terminaux méthaniers au Québec pour promouvoir leurs projets ici, mais la preuve n\u2019a jamais été faite cependant que le Québec risquait de voir ses approvisionnements gaziers menacés à moyen terme.Quoi qu\u2019il en soit, la situation gazière nord-américaine et l\u2019intégration des marchés font en sorte que le Québec n\u2019a aucunement besoin de mettre en production ses propres gaz de schiste pour assurer l\u2019approvisionnement de son marché gazier.La vraie question à poser est donc : les gaz de schiste du Québec devraient-ils être exploités ?Dans l\u2019hypothèse où toutes les questions relatives à la sécurité, à l\u2019environnement, à l\u2019utilisation et la pollution de l\u2019eau, à la santé, questions fort complexes au demeurant et loin d\u2019avoir à ce jour obtenu des réponses satisfaisantes, souvent par manque d\u2019information indépendante, à priori la sécurité des approvisionnements serait mieux servie par des ressources intérieures que par des ressources importées, serait-ce d\u2019une autre province canadienne.Sur cette base, il faudrait répondre oui, si l\u2019équation économique de l\u2019exploration et de l\u2019exploitation est favorable.L\u2019information dont nous disposons actuellement est loin d\u2019être concluante cependant.Tant au niveau des emplois créés - peu important en phase d\u2019exploitation - qu\u2019à celui des retombées nettes (fiscalité, redevances, balance commerciale, diminuées des coûts d\u2019infrastructures municipales, de dévaluation foncière, etc.), le bilan préliminaire est loin d\u2019être positif et l\u2019information crédible pour faire les analyses coûts-bénéfices requises est grandement déficiente. DOSSIER 63 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 Dans ces conditions, le mieux que l\u2019on puisse faire, c\u2019est d'analyser d\u2019abord d\u2019une manière transparente toutes les questions soulevées dans une véritable optique de développement durable.Seulement après que cet exercice aura été fait pourrons-nous dire si oui ou non les gaz de schiste du Québec doivent être mis en production.? 64 DOSSIER André Bélisle et Brigitte Blais* MÉFIONS-NOUS DU GAZ-PILLAGE L\u2019exploration et l\u2019exploitation du gaz de schiste, la nouvelle filière énergétique en vue au Québec, suscitent bien des débats.À l\u2019heure de mettre sous presse, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) tient des consultations publiques sur le sujet dans les trois premières régions concernées : la Montérégie, Chaudière-Appalaches et le Centre-du-Québec.Le gaz de schiste étant produit de manière non conventionnelle, il représente un certain nombre de risques environnementaux.Puisqu\u2019au Québec celui-ci serait exploité en zone agricole et habitée, sans législation adaptée, il soulève des enjeux sociaux et politiques.Et dans un contexte nord-américain où l\u2019industrie du gaz de schiste se développe à vitesse grand V, la valeur du gaz tend à diminuer, ce qui soulève des enjeux économiques.Quel Québec énergétique voulons-nous ?La question qui se pose est la suivante : désirons-nous suivre nos plans initiaux vers des énergies vertes et des économies d\u2019énergie ou si nous désirons la facilité des énergies sales et * Les auteurs sont respectivement président et adjointe aux communications de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) DOSSIER 65 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 redoutables ?Désirons-nous respecter la Stratégie énergétique 2006-20151, ainsi que la Stratégie gouvernementale de développement durable 2008-20132 et le Plan d\u2019action 2006-2012 sur les changements climatiques3, ou désirons-nous risquer la qualité de l\u2019eau, des sols, de l\u2019air et la qualité de vie des Québécois au nom de la richesse pécuniaire d\u2019une minorité d\u2019investisseurs ?Autant d\u2019enjeux afin de combler un faible 11 % des besoins énergétiques du Québec (2008)1 2 3 4 ?L\u2019Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) prend parti pour les énergies vertes et les économies d\u2019énergie, pour le respect des équilibres écologiques de la nature et pour la qualité de vie des générations actuelles et futures.Le présent article a pour but de vulgariser les inquiétudes de l\u2019AQLPA quant à la pollution de l\u2019air occasionnée par l\u2019industrie du gaz de schiste.Les inquiétudes de l\u2019AQLPA face à la pollution de l\u2019air Selon notre compréhension, l\u2019industrie du gaz de schiste n\u2019est pas soumise au Règlement sur la qualité de l\u2019atmosphère (R.R.Q., 1981, c.Q-2, r.20) ni au Règlement sur la déclaration obligatoire de certaines émissions de contaminants dans l'atmosphère (LQE, c.Q-2, r.3.3).Si c\u2019est bien le cas, c\u2019est inacceptable.1\tMRNF, Stratégie énergétique 2006-2015, Québec, 2006, http ://www.mrnfp.gouv.qc.ca/energie/strategie/ 2\tMDDEP, Stratégie gouvernementale de développement durable 2008-2013, Québec, décembre 2007, http ://www.mddep.gouv.qc.ca/developpement/ strategie_gouvernementale/index.htm 3\tMDDEP, Le Québec et les changements climatiques, un défi pour l'avenir, Québec, juin 2008, http ://www.mddep.gouv.qc.ca/changements/plan_ action/index.htm 4\tMRNF, Le développement du gaz dde schiste au Québec, document technique, Québec, 15 septembre 2010, http ://www.bape.gouv.qc.ca/ sections/mandats/Gaz_de_schiste/documents/PR3.pdf, page 7 DOSSIER 66 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 L\u2019AQLPA suggère non seulement de soumettre cette industrie à ces règlements, mais d\u2019en profiter pour les mettre à jour.Du début à la fin du cycle de vie de l\u2019exploration et de l\u2019exploitation non conventionnelle du gaz de schiste, plusieurs étapes nécessitent des actions, des équipements, des zones d\u2019entreposage, des transports et des infrastructures de distribution qui, selon plusieurs sources scientifiques américaines et le MDDEP (ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs), laissent s\u2019échapper dans l\u2019air des quantités appréciables de polluants et de gaz à effet de serre dans l\u2019air.Tableau 1 Résumé des principaux contaminants émis LORS DES DIFFÉRENTES ACTIVITÉS DE LA PHASE D\u2019EXPLORATION Source : MDDEP \t\t\t\t\t\t\t \t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t** \t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t** \t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t \t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t \t\t\t\t\t\t\t \t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t * Inclut les émissions provenant de moteurs portatifs alimentés au diesel ou à l\u2019essence.** Émissions possibles [Oxydes d\u2019azote (NOx), monoxyde de carbone (CO), dioxyde de soufre (SO2), composés organiques volatils (COV), poussières dans l\u2019air totales (PAT), particules fines (PM), sulfure d\u2019hydrogène (H2S)]. 67 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER La ligne « Entreposage des fluides » du tableau 1 du MDDEP n\u2019indique aucune émanation.Cela s\u2019explique par le fait qu\u2019aucun test n\u2019a été mené pour les eaux entreposées dans des bassins, si on se fie au témoignage et au document de travail déposé par le MDDEP lors de la période des questions de la consultation publique du BAPE sur le gaz de schiste5.Si l\u2019eau n\u2019a pas été testée, la volatilité dans l\u2019AIR des produits contenus dans ces bassins n\u2019a pas été évaluée non plus.Le MDDEP affirme que, pour les substances inconnues, il n\u2019y a pas de normes environnementales de rejet (OER) (c'est-à-dire à quelle concentration tel produit ne représente pas de dangers pour l\u2019environnement) d\u2019une variété de produits chimiques dans l\u2019eau6, et que dès lors, « il y aurait des tests de toxicité à faire de la part de l\u2019industrie7 ».Nous croyons au contraire que ces tests doivent être menés par des firmes indépendantes.Tableau 2 Résumé des principaux contaminants émis LORS DE LA PHASE D\u2019EXPLOITATION Source : MDDEP \t\t\t\t\t\t\t \t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t \t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t\u2022\t 5\tBAPE, Transciption de la période de questions du 7 octobre en après-midi, document DT6, paragraphe 4525, http ://www.bap.gouv.qc.ca/sections/ mandats/Gaz_de_schiste/documents/DT6.pdf.6\tBAPE, Transcriptions du 7 octobre 2010 en après-midi, document DT6, paragraphes 4360 à 4430, http ://www.bape.gouv.qc.ca/sections/mandats/ Gaz_de_schiste/documents/DT6.pdf.7\tBAPE, Transcriptions du 7 octobre 2010 en après-midi, document DT6, paragraphe 4410, http ://www.bape.gouv.qc.ca/sections/mandats/Gaz_de_ schiste/documents/DT6.pdf. DOSSIER 68 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 Parmi les émanations, celles provenant des bassins d\u2019entreposage nous préoccupent.Selon M.Dan Volz du Center for Healthy Environment and Communities8 de l\u2019Université de Pittsburgh, « la plupart des problèmes qu\u2019on nous signale [aux Etats-Unis] sont associés à des hydrocarbures volatils respirés.Cette eau [entreposée dans les bassins à air libre] est remplie de métaux lourds, de composés organiques et radioactifs, etc.On cherche à comprendre comment ces composés organiques peuvent aussi polluer l\u2019air » a-t-il révélé dans un reportage de l\u2019émission JE diffusé sur TVA le 10 septembre 20109.« Il y a une très forte possibilité que vous ayez une explosion, des incendies ou des émanations qui viennent des puits » avait-il ajouté.Explosion, incendie, émanation.Ce sont tous des phénomènes qui, en plus de soulever des questions de sécurité publique, concernent la qualité de l\u2019air que nous respirons, de l\u2019air qui, une fois en contact avec la pluie, retombe au sol chargé de polluants, l\u2019air qui se déplace au gré des vents sur des distances insoupçonnables.Cet air qui contribue à la formation de smog et à l\u2019occurrence de l\u2019asthme chez les personnes les plus vulnérables, ou non.Marc-André Legault de l\u2019École Polytechnique rapporte que : Le gaz qui sort du puits est humide et doit être chauffé et séparé.Une mini-installation de raffinage sépare le méthane, l\u2019eau, les produits chimiques et les composés organiques volatils.La quasi-totalité du méthane est ensuite envoyée dans le gazoduc, tandis que le reste est emmaga- 8\tCenter for Healthy Environment and Communities de l'Université de Pittsburg, http ://www.chec.pitt.edu/ 9\t« Le gaz de schiste », deuxième partie, 10 septembre 2010, TVA, Émission JE http ://tva.canoe.ca/emissions/je/reportages/884i6.html DOSSIER 69 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 siné dans un réservoir de condensât.Celui-ci possède une purge qui libère un mélange toxique dans l\u2019air10.À ce mélange toxique nuisible à la santé humaine et à la santé de l\u2019environnement s\u2019ajoute la production d\u2019ozone au sol, un précurseur du smog.Selon le même article, plusieurs villages voient leur taux d\u2019ozone au sol atteindre les 100 parties par milliards (ppb), alors qu\u2019à 50 ppb l\u2019ozone devient déjà irritable pour les poumons.« Plusieurs villages aux alentours de ces installations ont plus de smog que dans les grands centres urbains.Le benzène, dans ces mêmes régions, dépasse au moins 55 fois la norme de santé.Le dioxyde de soufre, quant à lui, dépasse 107 fois la norme de santé.On retrouve aussi dans l\u2019air plusieurs autres produits cancérigènes et des neurotoxines à des concentrations alarmantes ».Qui paiera pour les frais de santé liés à ces polluants ?Certainement pas l\u2019industrie.L\u2019AQLPA se préoccupe également des impacts cumulés des émanations sur la qualité de l\u2019air, tant à l\u2019échelle locale qu\u2019à l\u2019échelle nationale et internationale.Pris individuellement, les puits respectent peut-être les normes, mais en additionnant les émanations de l\u2019ensemble des puits d\u2019une plateforme (6 à 8 puits), puis en les multipliant par le nombre de plateformes sur le territoire, celles-ci risquent d\u2019entraîner la formation de smog, de pluies acides, l\u2019accélération des changements climatiques, ainsi que des impacts importants sur la santé humaine, la faune et la flore, l\u2019agriculture et le patrimoine bâti.10 LEGAULT, MARC-ANDRÉ, « Les enjeux du gaz de schiste au Québec », Le Polyscope, Montréal, le 17 septembre 2010, http ://www.polyscope.qc.ca/ spip.php ?article1494. DOSSIER 70 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 Les émanations fugitives Il est dommage de constater à quel point l\u2019industrie et le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) se sont tus au sujet de certains problèmes et ont omis de transmettre des informations chiffrées lors de la période d\u2019information des audiences publiques.En effet, l\u2019AQLPA et Stratégies énergétiques ont dénombré une cinquantaine d\u2019omissions dans le seul document technique du MRNF introduisant le débat public sur le gaz de schiste.Que ce soit au sujet des émanations des équipements, des transformateurs, des véhicules de transport, des condensateurs, des compresseurs, des bassins d\u2019entreposage, de la torchère, etc.Le MRNF n\u2019a ni énuméré, ni quantifié ni qualifié ces émanations.L\u2019AQLPA et SÉ croient que le MDDEP doit connaître la volatilité de chaque produit chimique qui s\u2019échappe de chaque source possible, connaître leurs effets cumulés (cocktail) dans l\u2019air (comme dans l\u2019eau), et la concentration problématique pour la santé humaine et les écosystèmes.À partir de telles normes, le MDDEP devrait règlementer le captage des émanations de produits toxiques volatils ou de gaz à effet de serre.Et surtout, l\u2019industrie du gaz doit être soumise à ces lois.Impacts sur la santé et les finances publiques Les frais de santé liés à la mauvaise qualité de l\u2019air ont été d\u2019environ deux milliards $ au Québec en 200811.Cette même année au Québec, la mauvaise qualité de l\u2019air entraînait des admissions à l\u2019hôpital (±2 667), des visites dans les urgences 11 Association médicale canadienne, No Breathing Room.National Illness Costs of Air Pollution.Août 2008.http ://www.cma.ca/multimedia/CMA/Content_ Images/Inside_cma/Office_Public_Health/ICAP/CMA_ICAP_sum_e.pdf 71 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER (±19 730), des malaises mineurs (±5,58 millions) et des visites chez le médecin (144 000)12.Qu\u2019en sera-t-il lorsque l\u2019industrie du gaz de schiste émettra davantage de polluants dans l\u2019air ?Le trésor public devra-t-il payer pour ne pas avoir pris de précautions ?Les scientifiques en santé publique le confirment dans de nombreuses études sur le sujet, la mauvaise qualité de l\u2019air a des incidences sur la santé humaine.Le CO pénètre dans le sang par les poumons et forme la carboxyhémoglobine, un composé qui inhibe la capacité du sang à transporter l\u2019oxygène aux organes et aux tissus13.De nombreux COV individuels sont connus ou soupçonnés pour leurs effets toxiques directs sur les êtres humains qui vont de la carcinogenèse à la neurotoxicité.Certains d\u2019entre eux (ex.le benzène présent dans certaines eaux de fracturation) ont été évalués et déclarés toxiques14.Les oxydes d\u2019azote (NOx) sont des agents très irritants pour les poumons.Le NO2, en particulier, peut affecter les voies respiratoires, provoquer une hyperréactivité bronchique chez l\u2019asthmatique et accroître la sensibilité aux infections des bronches chez l\u2019enfant15.À forte concentration, l\u2019ozone troposphérique (O3 au sol) est un puissant irritant pour les yeux, le nez et les voies respiratoires supérieures.De plus, son pouvoir oxydant lui permet de réagir avec une grande variété d\u2019élé- 12\tAssociation médicale canadienne, No Breathing Room.National Illness Costs of Air Pollution.Août 2008.http ://www.cma.ca/multimedia/CMA/Content_ Images/Inside_cma/Office_Public_Health/ICAP/CMA_ICAP_sum_e.pdf 13\tENVIRONNEMENT CANADA, site Web, section « Monoxyde de carbone », http ://www.ec.gc.ca/air/default.asp ?lang=Fr&n=139689AB-1 14\tENVIRONNEMENT CANADA, site Web, section sur les composés organiques volatils, http ://www.ec.gc.ca/cov-voc/default.asp ?lang=Fr&n=59828567-1#background1 15\tVILLE DE MONTRÉAL, « Réseau de surveillance de la qualité de l\u2019air », site Web, page Oxydes d\u2019azote, http ://ville.montreal.qc.ca/portal/page ?_ pageid=4537,8034329&_dad=portal&_schema=PORTAL DOSSIER 72 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 ments cellulaires de l\u2019organisme, provoquant l\u2019inflammation du tissu pulmonaire, la diminution des mécanismes de défense contre les infections et une altération des fonctions pulmonaires16.L\u2019exposition à une concentration élevée de SO2 peut affecter et amplifier les maladies du système respiratoire.Les personnes souffrant d\u2019asthme et de maladies cardio-respiratoires sont les plus vulnérables, ainsi que les enfants et les personnes âgées17.De nombreuses études ont établi un lien entre les particules fines totales (PM) et la recrudescence de diverses formes de maladies du cœur et de troubles respiratoires telles que l\u2019asthme, la bronchite et l\u2019emphysème.Les particules peuvent également causer des effets néfastes sur la végétation et les constructions18.À Montréal, 1500 décès prématurés par an seraient attribuables à la pollution atmosphérique, selon le Rapport annuel 2006 de la Direction de la santé publique de Montréal19.Le nombre de décès en campagne rejoindra-t-il celui de Montréal avec l\u2019avènement des puits dans la vallée du St-Laurent ?16\tAGENCE DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX DE MONTRÉAL, Direction de santé publique, Un transport urbain, une question de santé, Rapport annuel 2006 sur la santé de la population montréalaise, 2006 ; http ://www.santepub-mtl.qc.ca/Publication/rapportannuel/2006/rapportannuel2006.pdf 17\tVILLE DE MONTRÉAL, Réseau de surveillance de la qualité de l\u2019air, site Web, page Dioxyde de soufre, http ://ville.montreal.qc.ca/portal/page ?_ pageid=4537,8034ii6&_dad=portal&_schema=PORTAL 18\tENVIRONNEMENT CANADA, site Web, http ://www.ec.gc.ca/air/ Particules_%28PM%29-WS2C68B45C-i_Fr.htm 19\tAGENCE DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX DE MONTRÉAL, Direction de santé publique, Un transport urbain, une question de santé, Rapport annuel 2006 sur la santé de la population montréalaise, 2006 ; http ://www.santepub-mtl.qc.ca/Publication/rapportannuel/2006/rapportannuel2006.pdf 73 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER Inquiétudes quant aux émissions de gaz à effet de serre (GES) L\u2019industrie vante le fait que le gaz naturel émet moins de gaz à effet de serre que le charbon.Or, la rigueur scientifique et l\u2019objectivité nous montrent le portrait réel du cycle de vie du gaz de schiste.Des recherches menées par la United States Environmental Protection Agency (USEPA)20 démontrent d\u2019énormes quantités de méthane mesuré à chaque étape du processus (le méthane étant 21 fois pire que le CO2 en termes d\u2019effet de serre) : Milliards de mètres cubes d\u2019émissions de méthane par année aux États-Unis Huile et gaz (1 %) 0.06 Gm3 r Opérations (10 %) 0.93 Cm3 Distribution (22 %) 2.07Gm3 Production (37 %) 3.48 Gm3 V Transmission et entreposage (30 %) 2.83 Gm3 Gm3 = Milliards de mètres cubes / Dar an (Source : USEPA, http://www.epa.gOv/gasstar/basic-information/index.html#sources) 20 U.S.ENVIRONMENTAL PROTECTION AGENCY, Basic Information, Major Methane Emission Sources and Opportunities to Reduce Methane Emissions, http ://www.epa.gov/gasstar/basic-information/index.html#sources ou Inventory of U.S.Greenhouse Gas Emissions and Sinks 1990 - 2007, USEPA, April, 2009. DOSSIER 74 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 Les objectifs du Québec envers le Protocole de KYOTO et ses suites.Le Québec vise une réduction de gaz à effet de serre (GES) de 20 % sous les niveaux de 1990 d\u2019ici l\u2019an 2020, soit une cible comparable à celle de l\u2019Union européenne, ce qui en fait le leader de la lutte contre les changements climatiques.Or, avec la production de gaz de schiste, les émissions de GES devront être ajoutées au bilan carbone du Québec.Si le Québec et le Canada ne respectent pas leurs engagements, ils pourraient se voir retirés du Protocole de Kyoto et se voir imposer des conséquences de la part des Parties (Comité de respect des engagements).Production actuelle du Québec Selon l\u2019Inventaire québécois des émissions de GES en 2007 et leur évolution depuis 1990, le Québec a augmenté sa production de GES plutôt que de la diminuer21 : \u2022\tEntre 1990 et 2007, les émissions de GES au Québec ont augmenté de 5,6 % (Canada 26 %22).Au cours de cette période, la consommation d\u2019énergie provenant des combustibles fossiles s\u2019est accrue de 12,1 %, tandis que la population a crû de 9,9 % et le PIB de 43,9 %.\u2022\tLe secteur de l\u2019industrie arrive au deuxième rang des producteurs de GES (après le transport), atteignant 28,7 Mt éq.CO2, ce qui représente 32,4 % des émissions totales.Dans ce secteur, les émissions se répartissent 21\tMDDEP, DIRECTION DES POLITIQUES DE LA QUALITÉ DE L'ATMOSPHÈRE, Inventaire québécois des émissions de GES en 2007 et leur évolution depuis 1990, Québec, décembre 2009, http ://www.mddep.gouv.qc.ca/ changements/ges/2007/inventaire2007.pdf, page 6.22\tGOUV.DU CANADA, Cinquième communication nationale sur les changements climatiques, Ottawa, 2010, http ://unfccc.int/resource/docs/ natc/can_nc5_fr.pdf page 6. 75 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER comme suit : 61,4 % proviennent de la consommation énergétique, 37,8 % des procédés industriels et 0,8 % des émissions fugitives et de l\u2019utilisation de solvants et d\u2019autres produits.L\u2019industrie du gaz de schiste ferait grimper le taux d\u2019émanations fugitives.La production de GES ajoutée n\u2019est pas de la valeur ajoutée Dans son document de travail sur le gaz de schiste, le MDDEP23 évalue, selon les données disponibles dans l'étude d'impact sur l'environnement réalisée par le New York State Department of Environmental Conservation (NYSDEC), qu\u2019il y aurait production de gaz à effet de serre tant à l\u2019exploration qu\u2019à l\u2019exploitation des gaz de schiste : Estimation des émissions de GES - Shale de Marcellus Phase\tCO2 (t)\t\tCH4 (t CO2 éq.)\t\tÉmissions totales (t CO2 éq.)\t \t1 puits\t10 puits\t1 puits\t10 puits\t1 puits\t10 puits Exploration\t1 063\ti° 354\t4\t40\t1 163\til 354 Production*\t6 163\t18 784\t244\t1 47°\t12 263\t55 534 ^Émissions annuelles Tableau présenté par le MDDEP, source : NYSDEC, DRAFT SGEIS 9/30/2009, Section 6.6 Avec un objectif de 250 puits par année au Québec, comme mentionné par le MRNF, nous en serions rapidement à un ajout de 1 672 200 tonnes d\u2019équivalent CO2 par année (25 X 10 puits) ! Est-ce ainsi que le Québec compte combattre les changements climatiques ?23 MDDEP, Les enjeux environnementaux de l'exploration et l'exploitation gazière dans les basses-terre du Saint-Laurent, Québec, octobre 2010, http :// www.bape.gouv.qc.ca/sections/mandats/Gaz_de_schiste/documents/DB1.pdf, p.34. DOSSIER 76 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 Selon Normand Mousseau, professeur de physique, auteur du livre La révolution des gaz de schiste24, l\u2019impact en termes de GES total des gaz de shale serait augmenté de près de 37,5 % pour atteindre 84,7 kg de CO2 par GJ, soit presque autant que le charbon et bien plus que l\u2019essence ou le diesel.Parmi les gaz à effet de serre comptabilisés dans le Protocole de Kyoto, notons ceux du tableau ci-bas.Le MDDEP devrait selon l\u2019AQLPA pouvoir évaluer si certains de ces produits sont émis par l\u2019industrie du gaz de schiste afin de pouvoir contrôler leur captage dans l\u2019air ou les interdire sous peine d\u2019amendes.Liste des gaz à effet de serre du Protocole de Kyoto Gaz à effet de serre\tFormule chimique\tPotentiel de réchauffement planétaire Dioxyde de carbone\tCO2\t1 Méthane\tCH4\t21 Oxyde nitreux\tN2O\t310 Hexafluorure de soufre\tSF6\t23 900 Hydrofluorocarbures (HFC)\tCXHXFX Treize sortes\tEntre 140 et 11 700 Perfluorocarbures (PFC)\tCXFX Sept sortes\tEntre 6 500 et 9 200 (Source : MDDEP)25 24\tAgence Science-Presse, extrait du livre La Révolution des gaz de schiste, 9 novembre 2010, http ://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2010/11/09/ gaz-schiste-energie-propre 25\tMDDEP, DIRECTION DES POLITIQUES DE LA QUALITÉ DE L'ATMOSPHÈRE, Inventaire québécois des émissions de GES en 2007 et leur évolution depuis 1990, Québec, décembre 2010, http ://www.mddep.gouv.qc.ca/ changements/ges/2007/inventaire2007.pdf, page 4. 77 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER Émanations fugitives de méthane du puits de Saint-Barnabé Les inquiétudes manifestées par la société civile, au sujet des fuites de méthane provenant des puits, seront vraisemblablement confirmées.Certains journalistes ont trouvé un puits à Saint-Barnabé duquel s\u2019échappaient des bulles.Appelés sur les lieux, des représentants du ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs (MDDEP) auraient confirmé que ces bulles étaient du méthane fuyant.L\u2019hypothèse la plus plausible veut que le forage, bien qu\u2019étanche, traverse des zones contenant du gaz.Ce gaz est naturellement présent dans le sol à la suite de la biodégradation de la matière organique depuis le retrait des glaciers et de la mer de Champlain.Ce méthane n\u2019est pas toujours présent en assez grandes quantités pour qu\u2019on puisse l\u2019exploiter de manière conventionnelle (gaz naturel), mais sa présence en faible quantité peut longer l\u2019extérieur des parois du coffrage du forage et revenir à la surface, contaminer l\u2019air et l\u2019eau.C\u2019est un dossier à suivre, car toute la vallée du St-Laurent, ciblée par les exploitants de gaz, pourrait être sujette au même phénomène.Conclusion L\u2019AQLPA considère que l\u2019exploitation du gaz de schiste au Québec contrevient aux objectifs que nous nous sommes collectivement fixés de réduire notre production de gaz à effet de serre et à prendre le virage du développement durable et des énergies vertes.Plusieurs technologies vertes, développées au Québec ou à l\u2019étranger, n\u2019attendent qu\u2019un appui politique et financier pour voir le jour.L\u2019État, doit-on le rappeler, doit jouer un rôle de gestionnaire du BIEN COMMUN, de manière durable.Un Québec indépendant serait-il aussi avare de richesses naturelles aux dépens des générations futures ? 78 DOSSIER Jacques Levasseur, Pierre Auger et Lucien Rodrigue* LES IMPACTS DES GAZ DE SCHISTE SUR LA SANTÉ** La Loi sur le développement durable adoptée en 2006 par l\u2019Assemblée nationale stipule que « le développement durable s\u2019appuie sur une vision à long terme qui prend en compte le caractère indissociable des dimensions environnementale, sociale et économique des activités de développement.» Seize principes ont été intégrés à la loi pour en guider l\u2019application.C\u2019est précisément le respect de ces principes (santé et qualité de vie, équité et solidarité sociales, protection de l\u2019environnement, participation et engagement, prévention, précaution, et préservation de la biodiversité) qui justifie notre démarche de demande de moratoire sur l\u2019exploration et l\u2019exploitation des gaz de schiste au Québec.Nous pensons en effet que la santé et la qualité de vie des citoyens sont menacées et par le fait même que les principes de prévention et de précaution sont ignorés.Nous soutenons * Pour le Regroupement des médecins pour un environnement sain (RMES), Jacques Levasseur MD, Pierre Auger MD, Msc, FRCPC Médecine du travail, Lucien Rodrigue MD ** Le document que nous vous présentons a reçu l'appui de Jean Zigby MD, vice-président, Canadian Association of Physicians for the Environment et Éric Notebaert MD, Président, Profesionnel-le-s de la santé pour la survie mondiale (section Québec de Physicians for Global Survival - Canada) ainsi que d'Isabelle Gingras MD, FRCPC, et de Harold Dion, MD. 79 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER également que le principe d\u2019équité doit accorder un poids prépondérant, en matière d\u2019acceptation d\u2019un projet, à la position de la communauté habitant à proximité, donc la plus susceptible d\u2019en subir les risques et conséquences.Eaux de consommation et nappes phréatiques Les gaz de schiste sont extraits selon un procédé de forage vertical et horizontal suivi d\u2019une fracturation hydraulique.Cette dernière étape consiste à injecter sous forte pression un mélange d\u2019eau et de sable et de divers produits chimiques.Celle-ci sera exécutée à une profondeur pouvant varier de 600 à 3000 mètres.Dès lors, les défenseurs de cette exploitation essaient de nous convaincre que, les nappes phréatiques n\u2019excédant pas 100 mètres de profondeur, il n\u2019y a là pratiquement aucun risque de contamination par cette nouvelle industrie.En 2004, L\u2019Environmental Protection Agency (US-EPA) produisait un document dans lequel elle déclarait que suite à une modélisation à partir de données fournies par les compagnies exploitantes, le risque de contamination des nappes phréatiques était minime.Heureusement, sous la pression de la population et l\u2019impulsion de certains représentants du Congrès américain, dont le sénateur Maurice Hinchley, l\u2019US-EPA a depuis peu reçu les fonds nécessaires et le mandat pour mener une véritable enquête sur les possibilités de contamination des sources d'eau potable.Cette étude devrait débuter cet automne et se terminer en 2012.En attendant, les représentants politiques de l\u2019État de New York ont décrété un moratoire sur tout le territoire où se retrouvent les sources d\u2019eau potable de la ville de New York.1 1 Le 26 octobre dernier l\u2019état de Pennsylvanie imposait elle aussi un moratoire sur le développement du gaz de schiste sur ses terres publiques. DOSSIER 80 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 D\u2019où viennent les craintes des acteurs politiques de l\u2019état de New York ?Il faut savoir au départ que ce liquide de fracturation contient surtout de l\u2019eau (90 %) et du sable (9,4 %).Nonobstant ces prémisses qui semblent rassurantes, les exploitants ajoutent entre 0,5 et 1 % d\u2019additifs considérés « anodins » par les promoteurs de cette industrie.Or les autorités sanitaires de l\u2019état de New York ont inventorié 197 produits composés de 260 substances.Ainsi, chaque stade de fracturation nécessite 12 000 000 litres de liquide, ce qui génère une soupe de produits chimiques à effets toxiques connus et inconnus variant entre 6 à 12 000 litres.La contamination pourrait survenir lors de la récupération des eaux de fracturation, par la mise en place de bassins de rétention d\u2019eaux et de boues résiduelles, lesquelles pourraient éventuellement infiltrer le sous-sol.La gestion des eaux usées pourrait, elle aussi, s\u2019avérer problématique parce qu\u2019il est possible de mesurer jusqu\u2019à 200 000 mg/L de substances solides dissoutes accompagnées de tous ces produits toxiques difficiles à neutraliser.Quels sont ces produits considérés anodins par les exploitants ?Il s\u2019agit de gomme de guar, de dérivés de cellulose, d\u2019alcool isopropylique pour augmenter la viscosité, de polyacrylamide, d\u2019huile minérale, de méthanol pour améliorer la pénétration du liquide, ainsi que d\u2019agents antimicrobiens tels la glutaraldéhyde, d\u2019agents anticorrosifs comme l\u2019éthylène glycol, de diméthylformamide et de sels d\u2019ammonium.Enfin, de forts acides tels l\u2019acide sulfurique, l\u2019acide chlorhydrique et l\u2019acide citrique sont utilisés pour dissoudre les métaux, sans oublier la présence de formaldéhyde, de monoéthano-lamine, de naphtalène, et d\u2019acide borique, pour ne mentionner que les plus connus. 8i L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 DOSSIER Mentionnons également les contaminants des gaz de schiste eux-mêmes à savoir les hydrocarbures (benzène, toluène, ethylbenzène, xylène), contaminants redoutés des eaux de consommation, de même que différents métaux dont la teneur est plus ou moins connue.N\u2019oublions pas qu\u2019il ne s\u2019agit ici que des produits chimiques dont l\u2019industrie veut bien nous dévoiler la présence, et que sous le prétexte du secret industriel, la composition de plusieurs de ces additifs demeure inconnue.2 Des travaux récents du New York State Department of Environmental Conservation (NYSDEC) ont mis en évidence la présence de radium 226 à un niveau dépassant 267 fois le niveau considéré sécuritaire dans les fluides d\u2019extraction récupérés.De plus, ces recherches ont démontré la présence de radon, d\u2019uranium et de thorium, tous les deux des toxiques radioactifs.Tout ceci est d\u2019autant plus préoccupant qu\u2019entre 39 % et 75 % des eaux injectées ne seront pas récupérées, laissant craindre une contamination chronique qui pourrait se manifester après la fermeture du puits comme le craignent certains experts américains.2 « Pour les produits chimiques, on a les ingrédients, mais on a pas la recette », Jean-Pierre Vigneault, coordonnateur à la Direction de santé publique, lors des audiences du BAPE, 12-10-2010. DOSSIER 82 L\u2019ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 Quels sont les effets connus à la santé de certains de ces produits soi-disant inoffensifs ?Attardons-nous aux plus connus répertoriés au tableau 1.Tableau 1 Effets à la santé connus des contaminants potentiels DE L\u2019EAU DE CONSOMMATION Les solvants alcool isopropylique, toluène, xylène, éthyle benzène\tEffets sur le cerveau.Danger pour l\u2019enfant à naître benzène\tLeucémie aigue glutaraldéhyde utilisé comme agent stérilisant dans les hôpitaux\tAllergie de la peau et asthme méthanol\tAtteinte neurologique et cécité à forte dose méthylformamide\tAtteinte hépatique éthylène glycol, agent utilisé dans les radiateurs comme antigel\tDépôts de cristaux d\u2019oxalate aux reins et cerveau lors de forte consommation formaldéhyde\tAllergies et cancer monéthanolamine\tAllergies et puissant irritant Acrylamide, produit de dégradation du polyacrylamide\tToxique pour les nerfs naphtalène\tNeurotoxique et anémie dans une certaine population vulnérable Acide borique\tAtteinte rénale, hépatique, pancréatique Contaminants nucléaires\tCancer Enfin, les effets toxiques à long terme chez l\u2019être humain de même que pour l\u2019enfant à naître sont inconnus pour la plupart de ces produits.Donc peu de substances que nous serions heureux de retrouver dans notre café le matin. DOSSIER 83 L'ACTION NATIONALE novembre-décembre 2010 Émissions atmosphériques Elles proviendront majoritairement de la combustion du diésel des véhicules routiers lors des phases d\u2019exploration et d\u2019exploitation, de celle du gaz naturel par les torchères ainsi que des fuites de méthane du sol et des bassins de stockage.Les contaminants habituellement mesurés sont le monoxyde de carbone, les oxydes d\u2019azote, le dioxyde de soufre et les particules fines, ajoutés aux produits toxiques de combustion qui sont le formaldéhyde, l\u2019acroléine, et l\u2019acétaldéhyde.Le NYSDEC, à la suite d\u2019une étude d\u2019impact construite sur une modélisation mathématique, a pu démontrer que pour certains contaminants tels les particules, les oxydes d\u2019azote et le formaldéhyde, les critères de sécurité pourraient être dépassés.Tous ces rejets atmosphériques comportent des effets à la santé tels que résumés dans le tableau 2.Tableau 2 Effets à la santé des polluants atmosphériques Monoxyde de carbone\t\u2022 Aggravation de maladies cardiaques Particules fines
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