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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2011-04, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019Action NATIONAL^ volume CI numéro 4 AVRIL 2011 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L'ACTION NATIONALE volume CI numéro 4 - Avril 2011 Avril 2011 vol.CI no 4 L\u2019Action NATIONALE R»\u2019\t9 I '-tsëL,»i - ^ Les affairistes de la CAQ Ode au provincialisme librement consenti Université de Montréal 1920-1929 Un premier ministre à la présidence Entrevue Le testament spirituel de Jacques Grand'Maison En couverture Mylène Gervais L\u2019oeuf ou le p\u2019tit Jésus, sérigraphie sur papier Somerset Satin, 2010.Cette oeuvre a été réalisée dans le cadre d'un projet avec le conteur Fred Pellerin, les artistes ayant à créer une estampe à partir du conte « Le coq en vain ».F n gagée socialement, Mylène Gervais a déjà une longue feuille de T\t' route derrière elle.En plus de ses expositions solos au Québec et à C_____' l\u2019étranger, elle a participé à de nombreuses expositions collectives dans différents pays, notamment en France, en Belgique, en Argentine (ou elle a été invitée à la plus grande biennale d\u2019art contemporain à Buenos Aires), au Brésil, à Cuba, au Luxembourg, sans compter les expositions collectives présentées au Québec.Elle est l\u2019initiatrice du projet Placarder dont le premier volet sur la liberté d\u2019expression et les droits de l\u2019homme s\u2019est déroulé à Cuba.Le deuxième volet s\u2019est terminé à Trois-Rivières par la tenue d\u2019un évènement cubain et d\u2019un séjour de création pour les artistes à l\u2019Atelier Presse Papier.Mylène Gervais est également l\u2019artiste responsable, pour le Canada, du projet ABC TRILINGUE qui a été réalisé en Argentine, au Brésil, à Cuba et à Trois-Rivières, et du projet Censuré regroupant des artistes de la relève de Presse Papier et du Québec, autant en estampe qu\u2019en d\u2019autres disciplines artistiques.En utilisant les différentes techniques de l\u2019estampe et, depuis quelque temps, de l\u2019art numérique, elle présente des œuvres de grands formats, le plus souvent en noir, blanc et rouge qui témoignent de sa démarche sur des sujets engagés, des images fortes et dérangeantes qui dépassent l\u2019esthétisme et suscitent une prise de conscience.Elle rend publics des sujets non officiels, des choses qui existent loin ou près de nous, mais que l\u2019on veut taire ou garder secret.Situé au cœur du Québec, le centre d\u2019artistes Presse Papier est né en 1979 de la convergence des nécessités créatrices de jeunes artistes passionnés.Il est aujourd\u2019hui un atelier d\u2019estampe polyvalent et se veut un foyer de création qui évolue en concordance avec les besoins de sa collectivité.Fort de l\u2019expérience acquise par les réalisations de ses membres et de ses nombreuses collaborations, l\u2019Atelier Presse Papier est devenu une référence en art actuel, dans le monde de l\u2019estampe.ATELIER PRESSE PAPIER 73, rue Saint-Antoine Trois-Rivières (Québec) G9A 2J2 Téléphone et télécopieur : 819-373-1980 Adresse courriel : presse.papier.atelier@cgocable.ca Facebook : http://www.facebook.com/group.php?gid=68oi03i949 Site : http://www.pressepapier.ca Horaire de la galerie Du lundi au vendredi de 10 h à 12 h et de 13 h 30 à 16 h Samedi et dimanche de 14 h a 17 h Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise 40 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Dave Anctil, chercheur postdoctoral, Chaire Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie (UQAM) ; Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Richard Gervais, philosophe ; Pierre Graveline, directeur général de la Fondation Lionel-Groulx ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue (Université Laval) ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQAC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Martin Pâquet (Université Laval) ; Christian Rioux (Le Devoir).Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval) ; Michel Seymour (Université de Montréal).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock Côté.L\u2019Action NATIONALE curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.\u2014?\u2014 abonnez-vous Yage B \"V \" On n\u2019est jamais trop curieux Éditorial Le coin de fer -Robert Laplante Articles Les affairistes de la CAQ Ode au provincialisme librement consenti -Mathieu Pelletier Université de Montréal 1920-1929 Un premier ministre à la présidence -Denis Monière La vitalité de la langue française à Laval -Gérald Paquin La liberté du Québec 2 Pourquoi l\u2019indépendance ?-Pierre Graveline L\u2019Homme et son ombre ou Le désir inassouvi -Paul-Émile Roy Entrevue Entrevue Le testament spirituel de Jacques Grand'Maison -Lucia Ferretti Lire Lire les essais Pierre Dubuc Michael Ignatieff au service de l\u2019empire.Une tradition familiale Dorval Brunelle Chronique des Amériques.Du Sommet de Québec au Forum social mondial Oakes, Leigh et Jane Warren Langue, citoyenneté et identité au Québec Léo-Paul Lauzon Contes et comptes tome 4 Livres reçus 4 13 19 30 36 70 75 110 113 121 128 135 4 ÉDITORIAL Robert Laplante LE COIN DE FER Le Canada vient de se lancer en campagne électorale.Par la force des choses et par une propension certaine à la restriction mentale les Québécois vont faire semblant que cela compte pour quelque chose.Évidemment, le Bloc québécois va faire campagne.À peu près seul, comme d\u2019habitude en notre neigeux désert d\u2019un printemps que nous ne cessons de reporter depuis bientôt vingt ans.Le plus absurde de la situation, c\u2019est que le Bloc va soliloquer pour le plus grand ennui des Québécois en même temps qu\u2019il s\u2019acharnera à se présenter comme partie prenante dans une joute électorale où il est essentiellement instrumentalisé, matière à fabriquer des épouvantails.Nous n\u2019y sommes pour rien dans cette histoire, à quoi bon s\u2019acharner à continuer d\u2019y projeter une ambivalence qui ne concerne que nous ?Le Canada fait ses choix.À bien des égards, les alternatives dans lesquelles il se débat sèment l\u2019épouvante, mais tout ce que cela devrait nous inspirer c\u2019est un peu de compassion pour les Canadians qui partagent quelques-unes de nos valeurs.Pour le reste, cela ne nous concerne pas vraiment, du moins pas davantage que cela ne devrait nous préoccuper de voir un voisin partir en galvaude.Harper le sait très bien et a bien placé les choses en faisant du spectre de la coalition le thème emblématique de sa campagne.Il ne pouvait y avoir meilleure manière de signifier que cette élection est 5 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 une affaire entre Canadians.Nous sommes, au mieux des intrus, au pire, des entraves au développement du Canada.Il n\u2019y a qu\u2019une façon de s\u2019en sortir : pour nous, c\u2019est d\u2019en sortir.Pour eux, de se passer de nous.Les choses commencent à s\u2019éclaircir.Le Canada n\u2019a pas besoin de nous comme grosse minorité.Ses idéaux multiculturalistes lui suffisent.Des minorités, il en a tant et plus, et quand, quelque part ou en quelque matière ou domaine il lui en manque, il s\u2019en invente et se gausse d\u2019y reconnaître sa « canadianité » et son exemplarité prophétique.Le phare de l\u2019humanité n\u2019a que faire d\u2019une minorité braillarde qui refuse de tenir sa place dans la mosaïque.Harper joue très bien du message subtil : le Québec ne fait plus peur à personne comme force politique, mais il a encore une utilité comme repoussoir idéologique.Le spectre de la coalition n\u2019est pas joué comme il en semble dans le registre du débat sur la démocratie et le régime de représentation, il est évoqué dans la thématique de la souillure.Les particularités démocratiques du Québec contaminent, perturbent la construction d\u2019un ordre dans lequel il n\u2019a d\u2019autre posture légitime que celle de la soumission.Le Canada est à prendre tel que les Canadians le veulent, pas comme les Québécois s\u2019y expriment.Tout le monde comprend ça dans les beverage rooms de Saskatoon ou les lounges de Toronto.On comprend les sempiternelles jérémiades des fédéralistes québécois pris de frayeur à la veille du scrutin.Ils n\u2019ont plus rien à dire sur le destin Canadian du Québec, ils savent que le Canada s\u2019en fiche désormais éperdument et n\u2019ont plus pour se donner contenance que les épitres du sénateur Rivest (Le Devoir, 25 mars 2011) qui se désole de la désolation de leur impasse politique.Plus personne pour faire semblant à Ottawa que les frenchies peuvent livrer quoi que ce soit 6 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 d\u2019importance.Même le gros Coderre ne peut plus faire écran devant l\u2019insignifiance de ce qu\u2019il incarne et qu\u2019il sert.Le Québec est une minorité orpheline au Canada, privée de barons ethniques et ignorée de ceux-là mêmes qui hier encore les laissaient traîner dans les antichambres du pouvoir.Ils se désolent de ce que le Québec n\u2019a plus d\u2019influence, reconnaissant par là que son seul rôle politique au Canada est de servir de matériau dans les alliances entre les groupes qui donnent à la majorité ses forces et ses orientations.Une nation annexée, toujours, mais une nation dont l\u2019annexion ne coûte plus rien parce que même ceux qui tiraient avantage à jouer les intermédiaires ont renoncé à se battre pour grappiller les miettes qu\u2019ils faisaient carrière à faire prendre pour un festin.L\u2019élite canadianisante a démissionné, elle se soumet dans la résignation.Il s\u2019en trouvera encore quelques-uns pour faire semblant qu\u2019il n\u2019y a rien de déshonorant à se laisser traiter en minorité ballottée.Il y aura des raisonneurs payés pour tenter de faire croire que la minorisation est une avenue de développement.L\u2019essentiel est pourtant déjà consommé : il ne leur reste plus à ces Québécois/Canadian qu\u2019à se laisser folklo-riser en se repliant sur la survivance et le combat culturel.Au lieu de tirer la ligne et de se solidariser avec son peuple, la faction des inconditionnels du Canada voudrait bien se consoler de sa couardise en se cachant derrière le péquisme dilatoire, la politique de l\u2019indépendance perpétuellement reportée.La mollesse des uns servant de paravent à la défi-lade des autres, il faudrait désormais nous accommoder de notre sort Canadian et nous replier sur un combat identitaire de compensation.Inoffensifs, mais fiers de l\u2019être, voilà ce que nous devrions retenir d\u2019une situation que ceux qui veulent « passer à autre 7 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 chose » renoncent à changer et qui tenteront dans cette campagne électorale de dénaturer le fond du débat, d\u2019en changer les paramètres existentiels.On les voit déjà tenter de se réfugier dans un espace où ils pourraient loger avec les défaitistes et les fatigués qui ne demandent pas mieux que de se trouver des alibis pour continuer de redire que « ça ne se fera pas ».Il leur faut bien trouver un emballage honorable pour la démission, et du coup, chercher à faire passer pour un pas en avant la régression à laquelle ils voudraient consentir en tentant de se convaincre qu\u2019elle se fera sans douleur.Il est revenu le temps de la culture compensatoire, version revampée de la mission providentielle par le folklore : nous ne serons ni riches ni puissants, mais nous aurons de beaux atours ! Tel est le sens ultime du message, lancé dans Le Devoir à la toute veille de la campagne électorale, de l\u2019ineffable sénateur Rivest qui s\u2019attriste de ne voir que du vide aussi bien dans les officines que dans les discours des politiciens fédéraux.Il a peur, le sénateur, de voir le Québec se dissoudre dans le multiculturalisme, il a peur, mais ne fera rien qui pourrait lui coûter son fauteuil.Il quitte donc le terrain du pouvoir et de l\u2019autodétermination pour donner dans l\u2019identitaire : « Il faudra avoir un culte, une passion, une présence, une dévotion pour la défense et la promotion de l\u2019identité québécoise » nous dit-il, pour nous proposer le combat culturel comme remède à l\u2019impuissance consentie et à l\u2019insignifiance politique.Le voilà qui fait écho à ce Claude Castonguay défait qui, à l\u2019époque de Meech et Charlottetown, revenant de son pèlerinage au Canada, n\u2019en finissait plus de se désoler de l\u2019absence totale d\u2019ouverture à quelque reconnaissance que ce soit de notre réalité nationale, mais qui confessait que, malgré cela, il resterait Canadian parce que jamais, avouait-il, il n\u2019aurait le courage de rompre.Faut-il s\u2019étonner de le retrouver chez François Legault qui rêve d\u2019aménager la bourgade 8 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 avec les moyens que le Canada lui laisse ?Le Canada n\u2019est plus que la voie de la lâcheté.Il faut voter en masse pour le Bloc québécois.Et le faire pour signifier, une fois de plus, que ce vote est une voie de report, une manière de dire qu\u2019un jour la rupture aura lieu.Il faut le faire non pas pour éviter la majorité conservatrice, mais bien pour protéger le Bloc contre lui-même.Un gouvernement Harper majoritaire ne sera pas une catastrophe pour le Québec, ce sera le début d\u2019un nécessaire procès d\u2019explicitation.Finie l\u2019ambivalence, finie l\u2019illusion qu\u2019avoir de l\u2019influence sur les décisions des autres vaut mieux qu\u2019avoir la pleine maîtrise des siennes.Un gouvernement Harper majoritaire forcera le Bloc à renoncer à la tentation, toujours présente, de jouer les médiateurs de l\u2019annexion.Une majorité Canadian claire ne fera qu\u2019imposer le constat devant lequel encore trop de Québécois se rebiffent : celui de l\u2019altérité radicale.Ce pays n\u2019est pas notre pays.La démographie, la culture, la dynamique politique, les orientations économiques, tout nous en démarque, nous y banalise et nous fragilise à vitesse grandissante.Pour faire l\u2019indépendance, il faut clairement poser le Canada comme étranger.Il faut surtout nous-mêmes nous y poser comme Autre.Cela veut dire, entre autres, cesser de chercher à s\u2019y reconnaître ou à s\u2019y faire reconnaître.C\u2019est un arrachement pour encore trop de gens chez nous.Et pourtant cela viendra.Parce que le Canada et le Québec sont sur des trajectoires inconciliables.Le Québec ne pourra jamais dans le cadre Canadian contrôler son développement, en fixer les modalités et en définir les orientations.Il ne gagnera rien à se laisser tenir pour quantité négligeable dans un pays où rien de ce qu\u2019il est ne sera jamais considéré comme essentiel.Le débat électoral nous en fera une fois de plus la démonstration.Le résultat de l\u2019élection la consacrera encore un peu plus. 9 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 Souhaiter Harper majoritaire n\u2019est pas souhaiter la politique du pire, c\u2019est pratiquer la seule politique nationale utile au combat pour l\u2019émancipation de notre peuple.Qu\u2019il le devienne cette fois-ci ou à la prochaine élection ne changera rien d\u2019essentiel : le Canada se gouverne désormais sans nous, il se construit dans des débats qui ont de moins en moins à voir avec nos choix.Ceux que cela désole ne trouveront plus longtemps refuge dans le cynisme hautain du quant-à-soi, le réel les rattrape déjà.Et il frappe avec la force des cinquante milliards de dollars de nos impôts qu\u2019Ot-tawa utilise à sa guise, nous imposant des choix qui défont les nôtres, ruinant des voies que nous voulons prendre, détruisant des possibles et contraignant la province à se gouverner dans l\u2019indigence.La démission a fait son temps.Les problèmes ne disparaissent pas parce que des hordes de bonimenteurs sont tannés d\u2019en parler.Les « vraies affaires » font mal.Et elles sont nationales, Harper le sait bien, qui le répétera à satiété au cours de cette campagne pour bien faire comprendre que la nation qu\u2019il mobilise n\u2019est pas la nôtre.Il faut aller voter pour recommencer d\u2019en finir.Pour sortir de la torpeur et des limbes.Pas pour dialoguer avec le Canada.Pour se recomposer dans la force des liens qui font la résilience de ce que nous avons toujours été.Et qui ne se donnera pour évident que dans la plénitude de ce que nous nous déciderons d\u2019être.Notre peuple finira bien par se donner le courage de ce qu\u2019il est, parce que la dignité est une condition de l\u2019avenir.Et nous ne renoncerons pas à l\u2019avenir.Malgré des élites velléitaires qui se complaisent dans la morosité, malgré le souverainisme flageolant des politiciens professionnels de la province, la réalité de la domination s\u2019imposera avec une netteté plus grande encore.Et nous la refuserons.Parce que ce peuple a un autre destin que celui d\u2019un troupeau domestiqué.La servitude n\u2019est pas l\u2019horizon 10 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 qui se lève dans les poèmes de Miron, les toiles de Riopelle ou les films de Perrault.S\u2019il faut une dévotion pour la culture, c\u2019est celle qui se nourrira de la volonté d\u2019avoir prise sur le monde, d\u2019y jeter des œuvres qui le transformeront par ce que nous sommes aussi bien que par ce que nous pouvons faire naître, pour nous-mêmes et pour la diversité des nations.Il faudra s\u2019en souvenir pour dépasser la rhétorique triviale du marketing politique.Aux quémandeurs de reconnaissance il faut opposer la responsabilité entière.Il faut que le Bloc soit fort pour que la force des choses le contraigne à contribuer à nous sortir de la politique des lamentations.Le vote du 2 mai ne doit pas servir à construire un bouclier ou à vendre une police d\u2019assurance.Il faut voter pour forger un coin de fer que nous allons planter à Ottawa pour faire éclater le carcan.? Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FONDACTION POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com agitp ' our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de 10 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations.Desjardins Caisse d'économie solidaire Montréal\t514\t598-2122\t1\t877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1\t877\t647-1527 Joliette\t450\t753-7055\t1\t866\t753-7055 www.cecosol.coop 13 ARTICLES Mathieu Pelletier* Les affairistes de la CAQ ODE AU PROVINCIALISME LIBREMENT CONSENTI Le 21 février dernier, François Legault, ex-ministre péquiste et homme d\u2019affaires québécois, dévoilait son manifeste « Coalition pour l\u2019avenir du Québec ».En compagnie de son comparse fédéraliste Charles Sirois, on voulait faire comprendre aux Québécois la nature transcendante de leur « coalition ».Les « vraies affaires » ; c\u2019est ce dont on promettait le traitement, à leur avis, trop souvent différé.À la CAQ, on ferait désormais l\u2019économie de cette ligne de fracture « qui nous affaiblit collectivement ».Les « vraies affaires », c\u2019est l\u2019éducation, c\u2019est la performance des services publics, c\u2019est l\u2019économie.Bref, autant de choses collectivement oubliées en raison de la polarisation inhérente au maintien de la question nationale.Legault et Sirois nous font donc une promesse : mettre de côté, un temps, la question nationale, pour s\u2019occuper de ce que nous aurions négligé.Convenons-en, l\u2019offre est séductrice.Tout un chacun peut aisément convenir que les thématiques mises de l\u2019avant par la coalition et le pragmatisme dont le manifeste semble témoigner sont éminemment de mise dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Mais un tel pragmatisme est-il conciliable avec un programme en substance sur * Étudiant au baccalauréat spécialisé en science politque à l\u2019Université de Montréal. 14 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 le plan existentiel ?Non seulement me semble-t-il compatible, mais son invocation me semble nécessaire dans l\u2019ampleur des réformes que requiert la disposition des choses dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Et pourtant.Au nom de quoi, la CAQ met-elle de l\u2019avant la nécessité de telles réformes ?Pour le bien de qui, devrions-nous consentir à laisser « les vraies affaires » monopoliser le politique pendant le prochain cycle de gouvernement ?Pour le bien de la nation, semble dire Legault et ses comparses.Mais qu\u2019envisage-t-on comme destin pour cette nation ?À défaut de vouloir répondre à cette question, il semble bien que non seulement la voue-t-on au provincialisme, mais on la destine, par inaction, à l\u2019extinction existentielle.Le nationalisme dont les ténors de la CAQ se réclament est un nationalisme d\u2019opérette, un nationalisme provincialisé et instrumentalisé à peu de frais, invoqué à des fins proprement électorales.Encore espère-t-on, à la CAQ comme ailleurs, amener la réalité à se plier « à la magie du vocabulaire » (Dumont).Comme tant d\u2019autres, c\u2019est bien par décret lexical que nos affairistes s\u2019évertueront à étouffer ce foyer d\u2019infection existentiel qui est le nôtre.Du traitement des « vraies affaires » on espère qu\u2019il agira en effet placebo.Ce n\u2019est pas un remède, mais on fera tout de même comme si s\u2019en était un (pour un temps).Le mot d\u2019ordre à la CAQ : la question nationale est fondamentale, mais nous nous refusons à la traiter comme telle.Ainsi, la position de Legault et ses collègues relève d\u2019un double aveu ; la certitude de la question nationale comme étant fondamentale et la pratique du déni pour s\u2019affranchir de ses modalités politiques soi-disant paralysantes, eux qui veulent remettre « le Québec en mouvement ».Et dans ce 15 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 cas précis, la vélocité québécoise ne peut que s\u2019opérer dans le fantasme de la négation des balises provinciales et de la tutelle d\u2019un État central unitarisant.En cela, la position constitutive du mouvement de la Coalition pour l\u2019avenir du Québec est une position de déni.Déni pratique des limites provinciales, accommodation tacite de ces dernières, degré zéro de revendications constitutionnelles.Le manifeste théorise le déni qui s\u2019opérera dans une hypothétique pratique du pouvoir par les tenants de l\u2019affairisme façon Legault et Sirois, figures par excellence du provincialisme librement consenti.Nos affairistes convient, ce faisant, le Québécois moyen au statu quo constitutionnel sans qu\u2019il ait à se conformer aux normes canadiennes qui feraient de l\u2019identité majoritaire du Québec une simple minorité ethnique dans une structure multiculturelle.Or, n\u2019est-ce pas précisément à cela que la culture du Québec majoritaire est reléguée dans l\u2019ordre constitutionnel canadien présentement ?Oui, et Legault le sait.Ainsi devons-nous croire que c\u2019est par d\u2019obscures incantations dont il a le secret qu\u2019il croit pouvoir délivrer la nation québécoise des impératifs de temps, dont le passage, pourtant, semble incessamment préciser les modalités à venir de notre locatairisation passive, de notre tranquille normalisation au sein de la fédération canadienne.Voilà bien que se dévoile, me semble-t-il, la rhétorique du déni, notion centrale dans le discours du CAQ.On le sait, la proto-idéologie affairiste prend acte d\u2019un malaise existentiel : la certitude de l\u2019impossibilité du statu quo constitutionnel canadien de 1982 comme lieu potentiel de déploiement national du peuple québécois.Mais, de ce constat, qu\u2019en fait-elle ?Elle incite à la pratique du déni, pour éviter le dur constat de la distance entre le réel et l\u2019idéal relatif au peuple québécois. L'ACTION NATIONALE - avril 2011 Le réel, c\u2019est celui d\u2019un peuple qui détient un héritage historique et culturel considérable qui tend à donner le vertige à ceux qui perçoivent le passé comme une charge existentielle.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un peuple qui a surmonté de lourdes épreuves dont peu de collectivités se seraient relevées.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un peuple qui s\u2019est promis à lui-même, qui a intériorisé pour lui-même l\u2019affranchissement, la liberté politique comme condition sine qua non du plein accomplissement de son destin.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un peuple qui a su s\u2019inscrire dans la durée, et ce, malgré toutes les forces œuvrant à sa dépossession, à son extinction, à sa normalisation définitive.Et aujourd\u2019hui, arrivé aux limites indépassables de son déploiement existentiel dans un cadre constitutionnel conçu pour mener à bien l\u2019étouffement de ses ambitions nationales, on ne peut que le situer à la croisée des chemins, faisant face à l\u2019intégration lucide ou à l\u2019indépendance, deux options avec le lot de conséquences qui leur sont propres.En cela, l\u2019immobilité, le refus de trancher, la peur de la chicane, l\u2019épuisement collectif qui nous travaille, qui provoque le repli de tout un chacun dans le consumérisme, dans l\u2019indignation et la résolution tranquille, dans le « cynisme politique » ; tout cela ne mène qu\u2019à une chose : la cristallisation définitive du statu quo et la charge dépossessive croissante qui lui est reliée.S\u2019éteindre dans le consentement, dans le non-effort relatif à l\u2019immobilité existentielle.Voilà bien l\u2019ultime fléau qui nous guette.Quand l\u2019on succombe à la pratique complaisante du déni, le goût nous prend bien vite d\u2019en généraliser les effets sur tout ce qui suscite malaise et inconfort, quitte à nous vouer collectivement à l\u2019aliénation progressive.Or, c\u2019est bien cela que Legault et compagnie nous propose.Freud disait que dans la vie de l\u2019homme subsiste constamment un écart entre le soi réel et l\u2019idéal du moi.Cet écart, 17 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 s\u2019il parait trop insurmontable, provoque chez l\u2019individu une sorte de malaise existentiel.Il en est de même dans la vie des peuples.L\u2019idéal du moi collectif québécois, « ce que l\u2019on se propose d\u2019être dans l\u2019absolu :», c\u2019est bien évidemment le « Maître chez nous » de 1962, soit l\u2019idéal de la liberté politique.Le désir commun de se renommer collectivement durant la Révolution tranquille, c\u2019était essentiellement pour marquer le passage d\u2019un idéal à l\u2019autre.Du nationalisme canadien-français au nationalisme québécois, on passait d\u2019un peuple voué à la survivance à un autre voué à l\u2019émancipation collective dans une perspective de continuité.La coalition affairiste nous propose donc de mettre côté, pour un temps, notre idéal collectif.On invite les Québécois à revêtir selon les circonstances une personnalité de substitution au nom de l\u2019affairisme.On les convie momentanément au « bovarysme » (d\u2019après Madame Bovary, de Flaubert), à l\u2019utilisation de « ce drôle de talent déployé par les hommes dans le dessein de s\u2019imaginer autre que ce qu\u2019ils sont2 ».En cela, l\u2019affairisme ne peut que nous mener à un autre épisode avilissant de provincialisme librement consenti.L\u2019affairisme de Legault et compagnie cherche à mettre en place une dialectique horizontale dans laquelle l\u2019élite provinciale, dans l\u2019absence flagrante de leadership politique, prend acte de la fatigue populaire relativement à la question nationale et dit « nous aussi ».Tout comme le Québécois moyen, cette élite de peu de foi annonce la projection de son dévolu dans l\u2019affairisme.Fatigués d\u2019être, ils s\u2019exerceront à avoir.Interpellés sur qui ils sont, ils pourront nous dire, à défaut, qu\u2019ils ont.Du traitement des vraies affaires, ils en viendront à oublier l\u2019essentiel.Bien triste idéologie que cette droite évacuée de toute dimension existentielle.Bien triste 1\tMichel Onfray, Antimanuel de philosophie, éditions Bréal, 2001, p.228 2\tIbid. L'ACTION NATIONALE - avril 2011 capitulation, au final, que celle qui irait jusqu\u2019à la dénégation d\u2019elle-même.Pour son manque de profondeur sur le plan existentiel, Legault et sa coalition déçoivent.N\u2019ont-ils pas compris que tout renfort aux forces du statu quo travaille à notre mort lente, si confortable soit notre provincialisme, si indolores soient les prémisses de notre assimilation dans les termes actuels de notre indifférence collective ?Nos chaînes ont beau être dorées, elles n\u2019en demeurent pas moins solides.Et ce n\u2019est certainement pas Legault et ses sbires qui, nous incitant à la vélocité feinte et prétendue de leur vision d\u2019un « Québec en mouvement », nous en allégeront.Qui saura prendre le flambeau ? 19 ARTICLES Denis Monière* Université de Montréal 1920-1929 UN PREMIER MINISTRE A LA PRÉSIDENCE Si de nos jours, il y a une grande distanciation entre le monde politique et le monde universitaire, cela n\u2019a pas toujours été le cas.Certes, il y a eu ces dernières années des recteurs qui ont tenté de faire de la politique, mais il n\u2019y a pratiquement pas de leaders politiques qui se sont impliqués dans la gestion des universités.Ce désintérêt est sans doute symptomatique d\u2019un changement dans le leadership social puisque si les conseils d\u2019administration des universités sont désertés par les politiciens, ils sont par ailleurs bien fournis en représentants du milieu de la grande entreprise.Ce changement est révélateur de la transformation des normes de prestige et de pouvoir dans la société québécoise.Il s\u2019explique aussi par la volonté des universités de préserver leur autonomie et de ne pas être associée à un parti politique à une époque de forte polarisation idéologique.On peut observer cette mutation en examinant la composition de la direction de l\u2019Université de Montréal après la Première Guerre mondiale où on retrouve d\u2019éminents politiciens comme les anciens premiers ministres Louis-Olivier Taillon (1892-1896) et Lomer Gouin (1905-1920) ainsi que * Président de la Société du patrimoine politique du Québec.L'auteur tient à remercier Mathieu Thomas bibliothécaire de référence et Monique Voyer archiviste de l\u2019Université de Montréal pour leurs précieux conseils. 20 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 les sénateurs Frédéric-Liguori Béique, Raoul Dandurand et Marcelin Wilson, l\u2019honorable Joseph-Léonide Perron, ministre dans le cabinet Taschereau et Hormidas Laporte, ancien maire de Montréal.Ces personnalités politiques étaient toutes membres du premier conseil universitaire et de la commission administrative qui se sont réunis le 12 avril 1920.Gouin dut attendre quelques mois avant d\u2019être intronisé au Conseil.Il ne pouvait pas décemment accepter cette responsabilité avant cette date puisqu\u2019il occupait la fonction de chef du gouvernement jusqu\u2019au 8 juillet 1920.Ainsi, à sa création, près du tiers des 19 membres de la direction de l\u2019Université de Montréal provenaient du monde politique.À la deuxième réunion du Conseil, le 18 novembre 1920, sur proposition de Mgr Guillaume Forbes et du juge Eugène Lafontaine, Gouin fut élu à l\u2019unanimité président de l\u2019Université de Montréal.Dans ses remerciements, Gouin souligna son engagement envers l\u2019enseignement supérieur et se dit honoré de cette nomination promettant « d\u2019apporter à l\u2019université catholique et canadienne-française l\u2019appui de sa bonne volonté » (Procès-verbal de la réunion du 18 novembre 1920).Mais il faut souligner que durant les premières années de son mandat, Gouin a continué à faire de la politique active en étant ministre de la Justice dans le gouvernement fédéral de 1921 à 1924.Ces responsabilités ministérielles ont réduit son implication, car le Conseil universitaire ne s\u2019est pas réuni durant cette période et qu\u2019il n\u2019a repris ses travaux qu\u2019en 1926.Lomer Gouin s\u2019intéressait depuis longtemps au système d\u2019éducation.Avant de devenir ministre dans le gouvernement Marchand (1900-1905), il avait siégé au Conseil de l\u2019instruction publique.Il avait pris conscience des lacunes dans la formation des jeunes Canadiens français.Dès son arrivée au pouvoir, il entreprit la rénovation de l\u2019instruc- 21 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 tion publique.Conscient des nouveaux besoins du monde industriel qui se profile à l\u2019horizon du XXe siècle, il se fera l\u2019ardent promoteur de la formation technique et scientifique.Il est particulièrement préoccupé par l\u2019indigence de l\u2019enseignement commercial et par la faible présence des Canadiens français dans le monde du commerce, de la finance et de l\u2019industrie.S\u2019inspirant de modèles étrangers dont celui de l\u2019Allemagne, il pilota personnellement l\u2019adoption en Chambre des lois créant des écoles techniques à Montréal et à Québec pour préparer les jeunes aux nouvelles carrières dans l\u2019industrie.Sa plus grande réalisation fut de soutenir en Chambre le projet de la Chambre de commerce de Montréal visant la création de l\u2019École des hautes études commerciales qui vit le jour en 1910.Il appuiera enfin les efforts de l\u2019élite montréalaise pour l\u2019obtention de la charte civile de l\u2019Université de Montréal.Vers l\u2019indépendance Au XIXe siècle, il n\u2019y avait qu\u2019une seule université de langue française au Québec soit l\u2019Université Laval qui disposait d\u2019une succursale à Montréal.Le campus de Montréal avait une autonomie de gestion restreinte, car les décisions étaient prises par le conseil universitaire de l\u2019Université Laval.Comme en 1891, la population de Montréal était trois fois plus nombreuse que celle de Québec, cette dépendance fut remise en question ; l\u2019évêque de Montréal obtenant en 1891 alors le statut de vice-chancelier ce qui lui donnait le pouvoir de désigner les professeurs et les doyens sans passer par l\u2019autorisation de Laval.Cette dépendance institutionnelle ne put résister longtemps aux réalités sociodémographiques.Lomer Gouin demanda personnellement à l\u2019évêque de Montréal, Mgr Paul Bruchési, de se rendre en secret à Rome pour plaider auprès du pape la cause de l\u2019indépendance de l\u2019Université de Montréal.Il aurait confié 22 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 cette mission à Mgr Bruchési parce qu\u2019il estimait que la situation de l\u2019Université de Montréal était « bâtarde » (Lettre d\u2019Auguste Richard à Lomer Gouin, 8 octobre 1924).Le pape se rendit aux arguments de l\u2019émissaire montréalais à la condition que la nouvelle université n\u2019affecte pas la situation financière de l\u2019Université Laval.Grâce à la détermination du premier ministre, cette démarche fut couronnée de succès par l\u2019adoption de la loi instituant la corporation de l\u2019Université de Montréal, sanctionnée le 14 février 1920.Cette date marque juridiquement la naissance de l\u2019Université de Montréal comme institution indépendante.L\u2019obtention de la pleine autonomie offrait entre autres avantages la capacité d\u2019organiser des campagnes de souscription ce que l\u2019Université ne manqua pas de faire dès 1920.Cette première souscription rapporta 4 millions de dollars dont un million provenait du gouvernement du Québec.La Charte distribuait le pouvoir entre les religieux et les laïcs.Ainsi les postes de président du conseil universitaire, de président de la commission administrative et de secrétaire général sont confiés à des laïcs alors que les postes de chancelier, de recteur et de vice-recteur vont à des ecclésiastiques nommés par les évêques de la province ecclésiastique de Montréal.Le premier titulaire de la fonction de chancelier fut Mgr Bruchési, du poste de recteur, Mgr George Gauthier et du poste de vice-recteur le chanoine Émile Chartier.L\u2019autorité ecclésiastique partage le pouvoir avec des représentants de la société civile.L\u2019université fait appel à des personnalités laïques comme Lomer Gouin à la présidence de 1920 à 1929, au sénateur libéral Frédéric-Liguori Béique1 1 Le sénateur Béique occupa aussi la fonction de président de la Banque canadienne nationale en 1928 23 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 qui fut président de la commission administrative de 1920 à 1933 et à Edouard Montpetit qui fut secrétaire général.À son retour d\u2019Ottawa en 1924, Lomer Gouin fut nommé membre de la commission administrative et du comité exécutif, le 12 janvier 1925.Il siégeait aussi au conseil d\u2019administration de l\u2019École polytechnique et fut nommé membre du conseil de Patronage de l\u2019École des Hautes Études Commerciales, le 30 octobre 1926.Quatre instances dirigent l\u2019université : le sénat académique, le conseil universitaire, la commission administrative et la commission des études.Les attributions du Conseil universitaire sont très générales puisqu\u2019il adopte tous les règlements votés par les autres instances de l\u2019université.Les compétences de la commission administrative s\u2019appliquent à toutes les questions matérielles et financières : elle accepte ou refuse les dons, elle fixe l\u2019échelle des salaires qui oscillent autour de 600 $ ainsi que les frais de scolarité, elle adopte le budget et attribue chaque année les subventions et les pensions.La commission des études s\u2019occupe des questions pédagogiques : elle adopte les programmes, les horaires et les conditions d\u2019admission.La Charte institue aussi un sénat académique qui agit comme tribunal d\u2019appel dans les cas de conflits entre les autres instances.Il est présidé par l\u2019archevêque de Montréal qui exerce « un droit de surveillance et veille à l\u2019intégrité de la doctrine et à la pureté de la morale »2.Le Conseil universitaire dont les membres proviennent de la commission administrative et de la commission des études se réunit de façon aléatoire : entre 1920 et 1929, il y eut 7 réunions comparativement à 43 réunions pour la commission administrative durant la même période.2 Article 17 de la Charte 24 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 Le rôle de Gouin Durant la présidence de Lomer Gouin, le Conseil et la commission administrative ont traité les enjeux suivants : l\u2019achat des terrains pour déménager l\u2019université (Procès-verbal du 25 octobre 1925), l\u2019établissement de l\u2019Institut de botanique en 1922 et de l\u2019Institut du Radium (Procès-verbal du 25 janvier 1926) pour lequel Lomer Gouin proposa l\u2019attribution d\u2019une subvention de 5000 $ pour le démarrage de cet Institut qui a aussi obtenu une subvention de 25 000 $ du gouvernement provincial.On aborde aussi la question de la participation de l\u2019université à la création d\u2019un fonds de pension pour les professeurs qui coûterait chaque année 15 000 $ à l\u2019université.Les conditions du régime sont fixées le 11 mars 1929.Les professeurs pourront prendre leur retraite à 65 ans et toucheront les deux tiers de leur salaire.La question qui mobilisa le plus l\u2019attention des dirigeants de cette époque fut sans contredit la construction du nouveau campus, car les locaux de la rue St-Denis étaient devenus exigus et désuets.On avait d\u2019abord envisagé de construire le nouveau campus autour du parc Lafontaine afin de rapprocher la Faculté de Médecine de l\u2019Hôpital Notre-Dame.Deux raisons amenèrent la commission administrative à rejeter ce projet : d\u2019abord le coût de l\u2019expropriation qui s\u2019élevait à 2 millions de $ et l\u2019exiguïté de l\u2019espace qui n\u2019aurait pas été suffisant pour accueillir toutes les facultés.On s\u2019est donc tourné vers le versant nord du Mont-Royal où le coût d\u2019achat des terrains était plus raisonnable.On a d\u2019abord acheté 27 lots sur la rue Maplewood au coût de 20 cents le pied carré.On acheta ensuite des terrains adjacents possédés par les Jésuites pour la somme de 200 000 $.La ville de Montréal fit aussi don de 60 arpents situés dans le parc Jeanne-Mance 25 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 (Procès-verbal de la commission administrative du 30 juin 1922).Ce don souleva l\u2019ire des médias anglophones qui s\u2019y opposèrent sous prétexte de protéger l\u2019accès à ces espaces verts nécessaires à la santé des enfants.Pour amadouer la communauté anglophone et faire taire les critiques, le recteur Mgr Gauthier prétendit que ces terrains constituaient une banque et qu\u2019ils pourraient être échangés plus tard puisque l\u2019université n\u2019envisageait pas de construire à court terme.Gouin s\u2019impliquera activement dans la mise en œuvre de la construction du campus de la montagne.Il tentera aussi de résoudre les difficultés de financement du nouveau campus en organisant une rencontre avec le premier ministre Taschereau (Procès-verbal du 29 octobre 1928), mais avant d\u2019entreprendre ces démarches, toujours sensible aux réactions de la communauté anglophone, il écrira confidentiellement au Chancelier de l\u2019université McGill pour avoir son appui : « We would of course be happy to be able to say to the Prime minister, in presenting our demand, that you do not consider it excessive or unfair to others institutions» (Lettre de Lomer Gouin à E.W Beaty, 15 décembre 1927).Les plans, préparés par Ernest Cormier, furent adoptés en 1927 et la construction commença l\u2019année suivante.Gouin utilisa alors son expertise pour élaborer les modalités des appels d\u2019offres et obtenir les meilleures conditions de financement.Gouin, à titre d\u2019ancien premier ministre et aussi comme membre de nombreux conseils d\u2019administration, disposait d\u2019un réseau d\u2019influence qu\u2019il mit au service de l\u2019université.Il interviendra comme on l\u2019a vu auprès du premier ministre Taschereau pour organiser des rencontres avec le recteur afin d\u2019obtenir de l\u2019aide financière du gouvernement (Lettre de L-A Taschereau à Lomer Gouin, 9 octobre 1924). 26 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 Pour convaincre Taschereau, il utilisera l\u2019argument de la comparaison avec le soutien que le gouvernement ontarien apportait aux universités.Il fera établir des statistiques à cet effet.Rappelons pour mémoire que c\u2019est aussi lui qui institua le Bureau de la statistique du Québec.Il intercédera aussi pour obtenir une exemption de taxes municipales en faveur de l\u2019université.(Lettre de Lomer Gouin à Gustave Lemieux, 6 février 1926).Le financement était une préoccupation constante des dirigeants, car l\u2019université faisait face à un déficit récurrent et, en 1929, son déficit annuel atteignait 100 000 $ (Procès-verbal de la commission administrative du 29 octobre 1929).La source de ce déficit résidait dans l\u2019écart entre les frais de scolarité et les coûts de formation.Ainsi, en 19241925, le revenu total de l\u2019université se chiffrait à 329 268 $ alors que les dépenses s\u2019élevaient à 338 500 $ pour un déficit d\u2019environ 10 000 $.Les frais de scolarité annuels étaient de 138 $ alors que les coûts de l\u2019enseignement représentaient 330 $ par étudiants.Il en coûtait donc 200 $ à l\u2019université pour pourvoir à l\u2019éducation de chaque élève.Antonio Perrault écrivait à ce propos : « Plus je vais, plus je constate que nos œuvres d\u2019instruction publique ou d\u2019assistance sociale se heurtent à la même difficulté : l\u2019argent.Chaque fois, le problème est de trouver le moyen de l\u2019obtenir » (Lettre d\u2019Antonio Perrault à Auguste Richard, 11 octobre 1924).Il propose alors d\u2019imposer une taxe d\u2019un sou par cent piastres au profit de l\u2019éducation supérieure et qui serait comprise dans les comptes de taxes des commissions scolaires, mais il reconnaissait que les populations rurales pourraient être réfractaires à cette taxe.L\u2019université était financée par la Fondation Rockefeller qui avait fait une donation de 500 000 $ générant des revenus annuels de 25 000 $ destinés à soutenir l\u2019enseignement médical.En échange, la Fondation Rockefeller avait exigé que l\u2019uni- 27 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 versité concentre ses facultés sur un seul campus (Procès-verbal de la commission administrative du 4 mai 1928).Sous l\u2019égide de Lomer Gouin, la direction fera plusieurs pèlerinages à Québec afin de convaincre le gouvernement de combler les déficits.Taschereau se faisant tirer l\u2019oreille, Gouin suggère aux membres de la commission administrative une stratégie de communication : « Notre gouvernement, dit-il, a été pris par surprise par la demande que nous lui avons faite.Il faut former l\u2019opinion publique, attirer la sympathie de toute notre population en faveur de notre Université et faire comprendre à tous qu\u2019il est de l\u2019intérêt général de la société que l\u2019Université de Montréal puisse atteindre le but qu\u2019elle se propose » (Procès-verbal 14 décembre 1925).Gouin propose d\u2019utiliser la presse canadienne-française pour faire campagne en faveur de l\u2019université.Gouin et les étudiants Gouin fut toujours sensible à la condition matérielle des étudiants et se montra généreux dans le soutien qu\u2019il leur apporta s\u2019il faut en croire une lettre que lui adressa l\u2019Association générale des étudiants de l\u2019Université de Montréal qui l\u2019appelait « le papa des étudiants ».On faisait appel à sa générosité pour secourir les étudiants pauvres : « C\u2019est avec confiance que vos enfants, fort de votre générosité bien connue viennent tendre la main à leur bon papa, au Président de l\u2019Université de Montréal, convaincus qu\u2019il renouvellera les gestes charitables des années précédentes pour le soulagement des pauvres du quartier latin » (Lettre de Georges Langlois à Lomer Gouin, 28 novembre 1927).Il proposa au doyen de la faculté de droit la création d\u2019une bourse annuelle décernée au meilleur étudiant : « Ce prix consistera dans le dividende annuel de certaines actions 28 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 que je transporterai en fiducie à l\u2019Université de Montréal et pour le bénéfice de la Faculté de droit » (Lettre de Lomer Gouin au juge Eugène Lafontaine, 25 janvier 1928).Gouin fit aussi une contribution financière pour la construction de la Maison des étudiants canadiens à Paris (Lettre de Philippe Roy à Lomer Gouin 25 août 1925).Il répondit favorablement à une lettre de la National Fédération of Canadian University Students qui lui demandait une contribution pour l\u2019organisation d\u2019une conférence des étudiants universitaires de tout l\u2019Empire britannique qui devait se tenir à Montréal (Lettre de Jean Lesage à Lomer Gouin, 4 juillet 1928).Gouin utilisa son influence politique pour aider des étudiants.Il écrivit au premier ministre Taschereau pour solliciter une bourse d\u2019études à Paris pour un de ses protégés qui voulait étudier les lettres (Lettre du 11 mai 1922).Dans la correspondance de Gouin, on trouve de nombreuses traces d\u2019échanges de bons procédés entre les deux premiers ministres.Une faveur sollicitée par Gouin était suivie par une autre demande de faveur de la part de Louis-Alexandre Taschereau qui le 5 octobre 1922 demande à Gouin d\u2019utiliser son influence à Ottawa pour trouver un emploi à sa cousine.Comme le montre cet échange de lettres, le népotisme et le favoritisme étaient pratiques courantes à cette époque.Gouin ne se privait d\u2019ailleurs pas d\u2019utiliser son crédit auprès de Taschereau pour obtenir des avantages financiers en faveur de l\u2019Université de Montréal : « Je me permets de vous demander à mon titre de Président de l\u2019Université de Montréal, de faire l\u2019impossible pour accorder à notre institution cette faveur, qui lui étant refusée, la mettrait dans un grand embarras et lui ferait perdre un montant d\u2019argent assez considérable » (Lettre du 15 mars 1923).Dans la notice nécrologique qu\u2019Edouard Montpetit écrivit à son décès, celui-ci reconnaissait que Lomer Gouin avait 29 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 bien mérité de la patrie tant à titre de premier ministre qu\u2019à titre de protecteur des études universitaires.Il soulignait en particulier son dévouement à l\u2019endroit de l\u2019Université de Montréal : « Sir Lomer s\u2019attacha à cette institution, lui apportant l\u2019inappréciable appui de son expérience et de sa foi.Il y poursuivait dans la réalité une de ses idées les plus chères : le rayonnement de l\u2019enseignement supérieur 3.» ?3 Annuaire de l\u2019Université de Montréal, 1929-1930. 30 ARTICLES Gérald Paquin* LA VITALITÉ DE LA LANGUE FRANÇAISE À LAVAL** En périphérie de l\u2019île de Montréal, on pourrait croire que l\u2019intérêt pour la langue anglaise n\u2019est pas aussi important que dans la métropole.Or, à Laval, la vitalité de la langue anglaise est partout supérieure à la vitalité de la langue française, voire plus qu\u2019à Montréal.La vitalité d\u2019une langue peut se mesurer par ce qu\u2019on appelle l\u2019indice de vitalité linguistique (IVL), aussi appelé indice de « continuité » linguistique.Celui-ci permet d\u2019évaluer globalement le niveau de la persistance ou de l\u2019attraction d\u2019une langue.L\u2019indice se calcule en divisant, pour chaque langue, le nombre de ses locuteurs selon la langue d\u2019usage (le plus souvent utilisé à la maison) par celui de ses locuteurs selon la langue maternelle.Un quotient supérieur, égal ou inférieur à 1 signale respectivement un gain, un maintien ou un déclin de locuteurs.Les indices de vitalité linguistique à Laval Les IVL des langues française et anglaise présentés dans le tableau ci-contre sont basés sur les réponses uniques et * M.Sc., chercheur indépendant : geraldpaquin@videotron.ca ** L'article portant sur l'IVL de Montréal a paru dans le numéro de mars 2011 de L'Action nationale. 31 L'ACTION NATIONALE - avril 2011 Écarts absolus (en %) entre les indices de vitalité linguistique du français et de l\u2019anglais dans la ville de Laval en 2001 \tPopulation totale\tRéponses uniques et multiples\t\t\t\t\t\t \t\tPopulation langue maternelle\t\tPopulation langue d'usage\t\ttu hJ >\t5 >\t \t\tFrançais\t00 \"5b fl
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