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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2012-01, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019Action NATIONAL^ volume CII numéro 1 JANVIER 2012 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 Janvier 2 0 12 vol.CII no 1 L\u2019Action NATIONALE s ' - Francisation des milieux de travail Les gouvernements prêchent-ils par l'exemple ?Valeurs et symboles Pour une charte du civisme Souper conférence 2011 L'Homme de Vitruve En couverture Jacques Hurtubise Orange tattou II, 1983, acrylique sur toile, collection du Musée régional de Rimouski (N.A.C.: 1999.21), Don de madame Hélène Roy et monsieur jean-Marie Roy PHOTO : MRDR ©SODRAC Puisant à même la collection de l\u2019artiste et de sa propre collection, le Musée régional de Rimouski présente près d\u2019une trentaine d\u2019œuvres donnant sur la longévité et le caractère de toute la carrière de Jacques Hurtubise.Plus de cinquante ans de peinture sont étalés afin d\u2019en souligner la fougue.Tout comme les rétrospectives présentées à Montréal et à Halifax plus tôt cette année, la présente exposition permet de revoir et de relire les résultats de l\u2019engagement féroce de cet artiste envers la peinture, révisant du coup la place du peintre dans l\u2019histoire de l\u2019art récent au Québec et au Canada.Né à Montréal en 1939, Jacques Hurtubise a reçu son diplôme de l\u2019École des beaux-arts de Montréal en 1960 et obtenu la bourse Max-Beckmann pour étudier à New York en 1961.L\u2019artiste jouit aujourd\u2019hui d\u2019une reconnaissance qu\u2019attestent les prix prestigieux qui ont honoré ses productions (Prix Victor-Martyn-Lynch-Staunton du Conseil des arts du Canada en 1993 et Prix Paul-Émile-Borduas en 2000), ainsi que les expositions que les grands musées ont plus d\u2019une fois accordé à ses œuvres (Musée des beaux-arts de Montréal, Musée du Québec et Musée d\u2019art contemporain de Montréal).Le travail de l\u2019artiste a également été exposé dans plusieurs grandes villes dont Paris, Londres et Sao Paulo.Jacques Hurtubise.Batailles commissaire : Bernard Lamarche « Chez Hurtubise, poursuit Nathalie Miglioli, l\u2019utilisation du pliage, de la grille, l\u2019acharnement sur la tache de couleurs ou sur le noir, l\u2019impact chromatique, la symétrie brisée et le dédoublé sont des procédés qui se retrouvent tout aussi bien en peinture que dans l\u2019estampe.» Durant les années 1980-1990, tant dans ses sérigraphies que dans ses peintures, la tache est prélevée puis multipliée.Dédoublant la tache, Hurtubise prend ses distances face à l\u2019impact du geste pour se prêter à une expérience insolite de la répétition.Là encore, il déconstruit les codes.« Cette œuvre très riche, selon Nathalie Miglioli, n\u2019a pas fini de nous interroger.Hurtubise pense en images.» D\u2019une période à l\u2019autre, Hurtubise vient troubler les représentations reçues.[.] Fasciné par cette peinture en rafales, Bernard Lamarche conservateur d\u2019art contemporain au Musée régional de Rimouski, a aussi signé un essai dans le catalogue qui accompagne l\u2019exposition d\u2019Halifax.Comme à Frontenac et à Halifax, l\u2019exposition de Rimouski nous invite à reconsidérer cette trajectoire singulière.(René Viau, iParcours.com/jacques-hurtubise) 13 octobre 2011 - 15 janvier 2012 Musée régional de Rimouski 35, rue Saint-Germain Ouest Rimouski (Québec) G5L 4B4 Tél : 418-724-2272 mrdr@globetrotter.net museerimouski.qc.ca Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise 40 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 L\u2019Action NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQAC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Martin Pâquet (Université Laval), Christian Rioux (correspondant du Devoir à Paris) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté. curieux un jour.CURIEUX TOUS LES JOURS.-?- abonnez-vous f On n\u2019est jamais trop curieux SOMMAIRE Éditorial Nous ne sommes pas des francophones -\tRobert Laplante\t4 Articles Francisation des milieux de travail Les gouvernements prêchent-ils par l\u2019exemple ?-\tPatrick Sabourin et Henri Thibaudin Réplique à Marco Micone Les Italiens préfèrent l\u2019anglais -\tCharles Castonguay Pour une charte du civisme -\tRomain Gaudreault Les dessins de Pierre Vadeboncoeur -\tPaul-Émile Roy Le directorat de Pierre Laporte à L\u2019Action nationale -Jean-Charles Panneton L\u2019Homme de Vitruve -\tPierre Curzi Poèmes -\tPierre Gagnon Lire Lire les essais Paul-Émile Roy et Pierre Vadeboncœur L\u2019écrivain et son lecteur.Correspondance (1984-1997)\t112 Jacques Henripin Ma tribu.Un portrait sans totem ni tabou\t115 Pascal Cyr Waterloo : origines et enjeux\t123 Livres reçus 13 22 26 61 68 81 103 129 4 ÉDITORIAL Robert Laplante NOUS NE SOMMES PAS DES FRANCOPHONES Tous les assauts portés contre la loi 101, toute la guerre de propagande conduite contre la vocation intégratrice de la culture québécoise donnent aujourd\u2019hui leurs fruits.Le combat linguistique est à reprendre.Il est à refaire non pas pour les raisons intrinsèques à notre situation démographique - nous sommes une poussière sur le continent et cela nous obligera toujours à la plus grande vitalité.Non, il est à refaire parce que notre régression politique est en passe de nous faire perdre des repères que nous pensions avoir pourtant bien plantés dans notre paysage idéologique et notre bagage culturel.De démission tranquille en petites trahisons, du refus de combattre à l\u2019engourdissement des réflexes devant les effets combinés de la défense velléitaire et de l\u2019assaut sournois sur toutes les institutions mené par Ottawa et des phalanges de saboteurs payés pour instiller le consentement à la minorisation, le Québec se retrouve maintenant dans une inquiétante vulnérabilité.Et ce n\u2019est pas d\u2019abord une affaire de négligence et de manque de vigilance et de laxisme.C\u2019est une affaire de pouvoir.Ottawa a repris l\u2019initiative politique et conduit depuis des décennies une guerre psychologique et de propagande qui est parvenue à saper les bases du consensus sur lequel s\u2019est construite, jadis, l\u2019adhésion à la loi 101.Non seulement la guérilla juridique incessante qu\u2019il lui a menée est-elle parvenue à l\u2019émasculer, mais encore et 5 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 surtout, le nation building et une agressive politique d\u2019indirect rule ont-ils fait porter les attaques sur les ressorts mêmes de la culture québécoise, de sa mémoire, de sa dynamique identitaire et de ses aspirations à se poser comme Référence et Norme de sa vie sociale, politique et symbolique.Les élites politiques québécoises ont perdu l\u2019initiative et toutes les batailles parce qu\u2019elles ont refusé de combattre.Cédant aux très anciennes peurs et au refus de se penser dans l\u2019hostilité, elles se sont consolées dans les demi-mesures.Par un télescopage malsain, le réflexe minoritaire de l\u2019éternelle minimisation des pertes a renforcé la peur de la confrontation pour laisser accepter la lente érosion des pouvoirs de la loi 101 originelle.Au lieu de riposter aux jugements de la cour étrangère par l\u2019adoption d\u2019une nouvelle loi 101 qui aurait consacré le conflit des légitimités, les gouvernements, les uns après les autres, se sont accommodés des reculs, chaque fois se disant qu\u2019il ne s\u2019agissait que d\u2019un petit recul, que l\u2019essentiel n\u2019était pas atteint, etc.Résultat, non seulement il ne reste plus rien de la loi, sa matrice culturelle a été évidée.Pis encore, ce qui devait accompagner l\u2019effort de francisation a été abandonné en cours de route.En effet, jamais n\u2019aura été accomplie la nécessaire reconfiguration des institutions qui devait compléter la réforme de la francisation.Pour que la loi faisant du français la langue officielle et commune soit effective, il fallait qu\u2019elle s\u2019accompagne d\u2019une réforme des institutions afin de rendre inopérante la guerre culturelle et la concurrence des modèles d\u2019intégration qui étaient et qui sont toujours soutenus par un dispositif institutionnel qui consacre, dans les faits, à Montréal surtout, mais cela s\u2019insinue partout par capillarité, la présence de deux majorités.Par candeur ou par pusillanimité, les politiques québécoises n\u2019ont pas fait la bataille de la culture.Elles se sont contentées 6 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 de soutenir le développement des institutions françaises sans remettre en cause la dynamique de domination soutenue par un dispositif institutionnel résolument tourné vers le refus de placer le français et la culture québécoise au fondement de la vie publique.C\u2019est ainsi que le surfinancement des institutions anglaises n\u2019a jamais été remis en cause, que leur déploiement sans commune mesure avec le poids démographique réel des anglophones est resté ici comme un véritable cheval de Troie qui a servi d\u2019arsenal d\u2019appoint à Ottawa pour mener les assauts contre les institutions québécoises.La guerre à la langue française s\u2019est faite en prenant appui sur des foyers de résistance qui ont servi de lieu de reproduction d\u2019une élite anglaise et anglicisée qui refuse toujours obstinément de se conduire autrement qu\u2019en avant-poste de la nation Canadian.Un avant-poste également armé d\u2019une Société Radio-Canada plus que jamais devenue un agent de dissolution de la culture québécoise dans le multiculturalisme bon chic bon genre.Ce dispositif institutionnel a servi et sert toujours à retourner les décisions du Québec contre lui-même et à financer la lutte contre ses choix à même les fonds publics québécois.C\u2019est chiffré maintenant, ce dispositif se déploie dans l\u2019univers institutionnel de l\u2019administration publique, des soins de santé et du système d\u2019éducation et il dispose de ressources faramineuses : c\u2019est 50 000 emplois en sus de ce que le ratio démographique équitable devrait établir, c\u2019est une masse salariale de plus de 2 milliards qui vont dans des institutions qui anglicisent.Pis encore, la majorité des postes occupés dans ce dispositif institutionnel anglais le sont par des francophones et des allophones! Il faut le reconnaître : ce dispositif n\u2019a rien à voir avec une communauté anglaise historique, il tient tout entier dans le maintien d\u2019un foyer d\u2019anglicisation qui permet à quiconque refuse de vivre en français de fonctionner ici comme si nous n\u2019existions pas. 7 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Ce dispositif sert également à soutenir une fiction culturelle, celle du bilinguisme qui, paraît-il, permettrait à ces institutions de se dire au service de la population québécoise.Cette fiction sert bien le combat fédéral contre l\u2019unilinguisme québécois en plus de renforcer l\u2019idée que la population québécoise se définit dans ce dédoublement.C\u2019est ainsi que la rhétorique du bilinguisme officiel, bien relayée par l\u2019appareil d\u2019État Canadian et désormais bien incrustée dans le lexique adopté par l\u2019ensemble de la classe médiatique, a fini par miner jusqu\u2019à la dynamique identitaire elle-même, imposant de plus en plus cette désignation aliénante de Québécois francophone.Sournoisement, sous prétexte de distinguer les « clientèles » et la langue de prestation des services, cette désignation a contribué à saper à sa base même l\u2019aspiration identitaire qui a donné son élan au Québec des cinquante dernières années.Quand ils ont cessé de se définir comme Canadien français pour se dire Québécois, les habitants du Québec voulaient en finir avec le dédoublement d\u2019eux-mêmes et surtout, en finir avec une identité hétéronome.« On ne peut pas être 25 % de quelqu\u2019un d\u2019autre », disait Gaston Miron.Se dire Québécois, cela voulait signifier que le Québec se définit par lui-même, qu\u2019il est au centre de son monde et qu\u2019il constitue la matrice de référence identitaire où s\u2019inscrit la loyauté première.L\u2019imposition du dédoublement vient redire dans l\u2019espace identitaire que nous sommes une minorité à l\u2019intérieur même du Québec.Nous désigner comme Québécois francophones, c\u2019est accepter de se désigner par rapport à un Autre qui fixe les paramètres du nom.Parle-t-on d\u2019un Allemand germanophone?D\u2019un Italien italophone?Si la culture québécoise était vraiment la matrice identitaire, il y aurait des Italo-Québécois, des Anglos-Québécois, mais certainement pas des Québécois francophones. 8 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 S\u2019accepter dans la désignation du générique neutre de « francophone », c\u2019est consentir non seulement à se faire l\u2019artisan de sa propre minorisation, c\u2019est œuvrer à la désincarnation de sa culture propre.C\u2019est pourquoi il faut rompre avec les termes dans lesquels s\u2019expriment d\u2019ores et déjà les tensions linguistiques.Il ne s\u2019agit pas de restaurer l\u2019espace francophone, il faut rebâtir l\u2019espace québécois.Ce n\u2019est pas tout, ce n\u2019est même pas suffisant de proposer de revenir à une loi 101 améliorée.Il faut refaire l\u2019architecture institutionnelle, défaire le dispositif qui sert à miner la dynamique sociale des langues.Il faut surtout se décider enfin à placer la culture québécoise au centre de la francisation.À l\u2019école d\u2019abord et pour tout le monde, bien sûr, mais aussi bien dans toutes les institutions, car elles ne sont rien sans l\u2019univers symbolique.Partager la langue, c\u2019est aussi partager la référence commune, participer à la construction commune du sens.Car ce n\u2019est pas tout de revendiquer l\u2019amélioration des conditions et circonstances dans lesquelles doit s\u2019exercer le droit de parler français.Le sort et le statut du français au Québec sont inextricablement liés à ceux de la culture québécoise.La langue n\u2019est pas qu\u2019un véhicule neutre pour lequel les préférences devraient être orientées vers le français.Le service dans la langue de son choix, comme l\u2019a imposé la conception Canadian n\u2019est qu\u2019une hypocrisie.Hypocrisie qui permet à quiconque veut vivre ici comme si nous n\u2019y étions pas de fonctionner dans un espace institutionnel qui nous oblitère ; hypocrisie quant au statut de minoritaire dans sa propre maison que cela consacre pour le peuple québécois.Se désigner comme francophone, ce n\u2019est pas seulement se dire dans le lexique spécialisé qui marque les variables linguistiques, c\u2019est renoncer à son propre nom.Nous ne sommes pas des francophones. 9 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Nous sommes Québécois, un peuple de langue française, à qui va notre loyauté première, qui se trouve au fondement de notre héritage et au cœur de tous nos partages, aussi bien avec ceux qui nous viennent du renouvellement des générations qu\u2019avec ceux que nous accueillons pour bâtir.? Située à New Richmond, en Gaspésie, Serres Jardins-Nature est le plus important producteur de tomate biologiques dans l\u2019est de l\u2019Amérique.FONDS de solidarité FTQ Contient des antioxydants et des investissements des 571 000 propriétaires du Fonds de solidarité FTQ.Toutes les régions du Québec tirent profit des 6,4 milliards de dollars que les milliers de Québécois confient au Fonds de solidarité FTQ avec un double objectif : créer des emplois ET FAiRE TOURNER L\u2019ÉCONOMiE D\u2019iCi.\twww.fondsftq.com Une épargne entreprenante Une finance socialement responsable FONDACTION CSN POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI www.fondaction.com \u2022 www.REERvert.com agifp # our notre monde Ensemble, nos actions nous inscrivent dans un développement durable et solidaire.Près de 10 000 membres dont 2536 entreprises collectives, organisations et associations sjjjf Desjardins Caisse d'économie solidaire Montreal\t514\t598-2122\t1 877\t598-2122 Québec\t418\t647-1527\t1 877\t647-1527 lolielte\t450\t753-7055\t1 866\t753-7055 www.cecosol.coop 13 ARTICLES Patrick Sabourin et Henri Thibaudin* Francisation des milieux de travail LES GOUVERNEMENTS PRÊCHENT-ILS PAR L\u2019EXEMPLE?Depuis quelque temps, le gouvernement du Québec met sur pieds des campagnes de promotion afin d\u2019augmenter l\u2019utilisation du français au travail.Ces mesures incitatives, dont le coût total s\u2019élève à plus d\u2019un million de dollars, ont pour objectif de convaincre les entrepreneurs qu\u2019une offre de service1 2 3 et une raison sociale4 en français pourraient avoir des répercussions positives sur leurs affaires.Dans le reste du Canada, les mesures pour stimuler l\u2019utilisation du français au travail se limitent généralement aux dispositions prévues par la loi sur les langues officielles.* Patrick Sabourin est président de l\u2019Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA), candidat au doctorat INRS-UCS.Henri Thibaudin est chercheur à l\u2019Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) et consultant en économie.Texte reproduit avec l'autorisation de l'IRFA (voir irfa.ca).1\thttp://www.oqlf.gouv.qc.ca/office/communiques/2008/20081211_ campagne_commerce.html, consulté le 8 octobre 2011.2\thttp://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/quebec/201012/13/01-4351942-offensive-pour-franciser-les-petites-entreprises.php, consulté le 8 octobre 2011.3\thttp://209.171.32.187/gouvqc/communiques/GPQF/Mai2011/27/c8236.html, consulté le 8 octobre 2011.4\thttp://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/201108/29/01-4429891-quebec-veut-franciser-les-noms-anglais-des-grandes-entreprises.php, consulté le 8 octobre 2011. 14 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Ces mesures de francisation des entreprises québécoises s\u2019inscrivent dans un contexte où le français peine toujours à s\u2019imposer dans l\u2019ensemble des milieux de travail.Environ le tiers des travailleurs résidant sur l\u2019Île de Montréal déclarent utiliser le plus souvent l\u2019anglais au travail alors que le groupe de langue maternelle anglaise représente 17,7 % de cette population.Au Canada anglais, l\u2019utilisation de l\u2019anglais au travail est généralisée.Même dans la capitale nationale d\u2019Ottawa, 8,3 % des travailleurs travaillent en français alors que les francophones selon la langue maternelle représentent 17,7 % de la population5.Au Québec, deux raisons sont le plus souvent invoquées pour expliquer l\u2019attraction de l\u2019anglais dans les milieux de travail : l\u2019impact de la mondialisation et la francisation inadéquate des immigrants6 7.Au Canada anglais, la faible concentration géographique des francophones et le faible taux de bilinguisme des non francophones semblent être deux facteurs déterminants de l\u2019utilisation généralisée de l\u2019anglais dans les milieux de travail.À Ottawa, par exemple, moins de 5 % des allophones utilisent le plus souvent le français au travail.On oublie parfois que les gouvernements et les administrations municipales sont des acteurs économiques importants et qu\u2019ils génèrent des centaines de milliers d\u2019emplois.Les francophones du Canada anglais et les anglophones du Québec peuvent travailler dans leur langue dans les établissements scolaires, dans les universités, dans le système de santé ou dans la fonction publique.À titre d\u2019exemple, 5\tSabourin, P.et M.Dupont (2011).État du français comme langue de travail : une analyse comparative des régions de Montréal et d\u2019Ottawa.Institut de recherche sur le français en Amérique.6\thttp://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/politique/200903/30/01-841749-la-francisation-des-entreprises-stagne.php, consulté le 8 octobre 2011.7\tSur l\u2019Île de Montréal, près de la moitié (45 %) des allophones utilisent l\u2019anglais le plus souvent au travail. 15 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 le Centre universitaire de santé McGill, dont l\u2019anglais est la principale langue de travail, est un des plus importants employeurs de Montréal.Au Canada anglais, les écoles d\u2019immersion française constituent un milieu privilégié pour travailler en français.En général, on met l\u2019accent sur l\u2019impact de la langue de l\u2019éducation sur les comportements et les préférences linguistiques des élèves.Il faut également souligner que les établissements d\u2019enseignement sont aussi des milieux de travail où se côtoient personnel enseignant, personnel administratif et étudiants.En somme, les institutions d\u2019enseignement et de santé, ainsi que la fonction publique, constituent un dispositif institutionnel soutenu par les deniers publics ayant pour effet de structurer linguistiquement une partie du monde du travail.À la demande de l\u2019IRFA, le chercheur Henri Thibaudin de l\u2019Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), s\u2019est penché sur l\u2019importance relative du secteur public de langue minoritaire au Canada.L\u2019étude aborde les questions suivantes : quelle proportion des emplois soutenus par les gouvernements et administrations publiques - personnel des écoles, cégeps, universités, CSSS, hôpitaux, fonctionnaires, etc.- ont l\u2019anglais (au Québec) ou le français (au Canada anglais) comme langue de travail ?Comment cette proportion se compare-t-elle au poids démographique des minorités de langue officielle ?Quel est le coût de ces emplois pour le trésor public ?Quelle est l\u2019impact économique de ces emplois ?La présente note de recherche constitue un résumé de cette étude publiée par l\u2019IREC8.8 Thibaudin, H.(2011).L\u2019offre d\u2019emploi de langue minoritaire des institutions publiques au Québec et au Canada.Les secteurs de l\u2019enseignement, de la santé et des services sociaux et des administrations publiques.Institut de recherche en économie contemporaine. L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Les résultats À l\u2019aide des données du recensement de 2006, Thibaudin évalue le nombre d\u2019emplois dont la langue de travail est l\u2019anglais9 pour les secteurs de l\u2019éducation, de la santé et de la fonction publique au Québec.Il comptabilise également les revenus perçus par les travailleurs qui occupent ces emplois.Un résumé des résultats de l\u2019analyse est présenté au tableau 1.Ainsi, environ 135 250 emplois de langue anglaise proviennent des secteurs soutenus par l\u2019État et les administrations publiques, ce qui représente un revenu global de 6,2 milliards de dollars pour les travailleurs.Ces emplois constituent environ 13,9 % des emplois publics au Québec, alors que les anglophones comptent pour environ 8,7 % de la population en âge de travailler, une différence de 5,2 points.Comme en témoigne le tableau 2 ci-contre, cette situation est unique au Canada.À l\u2019exception de l\u2019Ontario10, le secteur public de langue minoritaire au Canada anglais est sous-représenté par rapport au poids démographique de la communauté de langue officielle minoritaire.En d\u2019autres termes, il y a au Canada anglais relativement moins d\u2019emplois de langue française que de francophones.Au contraire, au Québec, le poids du secteur public de langue anglaise est beaucoup plus important que le poids démographique des anglophones.9 Notons que la définition de la langue de travail utilisée ici est celle du recensement, c\u2019est-à-dire « la langue utilisée le plus souvent au travail », seule ou avec une autre langue.La langue de travail est donc celle auto-déclarée au recensement et ne correspond pas nécessairement à la description officielle du poste en question.Par exemple, un employé de la fonction publique fédérale détenant un poste francophone, mais ayant déclaré utiliser le plus souvent l\u2019anglais au travail, sera ici classé comme détenant un emploi anglophone.Voir l\u2019étude complète pour une description exhaustive de la méthodologie.10 Notons que près du quart des travailleurs qui occupent des emplois de langue française en Ontario sont des résidents du Québec. 17 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Tableau 1 Nombre d'emplois et masse salariale du bassin d'emplois publics DONT LA LANGUE DE TRAVAIL EST L'ANGLAIS, QUÉBEC.Secteur\tNb d\u2019emplois\tRevenus perçus par ceux qui travaillent en anglais (millions de $) Éducation\t49 610\t2 030 Santé\t54 3i°\t2 260 Fonction publique\t31 330\t1 860 TOTAL\t135 25°\t6 150 Tableau 2 Poids du secteur public minoritaire comparé au poids DE LA COMMUNAUTÉ DE LANGUE OFFICIELLE MINORITAIRE.Région\tSecteur public minoritaire (%)\tLangue maternelle minoritaire (%) Québec\t13,9\t8,7 Ontario\t4,9\t4,4 Nouveau-Brunswick\t31,8\t33,4 Reste du Canada\ti>3\t2,2 Le nombre d\u2019emplois publics en excédant du poids démographique des anglophones s\u2019élève à environ 50 000, ce qui équivaut à des revenus annuels excédant 2,2 milliards de dollars pour les travailleurs.Au Canada anglais, au contraire, on compte environ 7 000 emplois en-deçà de ce qui serait justifié par le poids démographique des francophones, soit l\u2019équivalent d\u2019environ 270 millions de dollars en revenus.Notons également qu\u2019au Canada anglais, les emplois du secteur public de langue française sont surtout concentrés dans le secteur de l\u2019enseignement primaire et secondaire. L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Au Québec, la proportion d\u2019emplois publics de langue anglaise dépassant largement la proportion d\u2019anglophones, bon nombre de ces emplois sont occupés par des non anglophones (graphique 1)11.Langue maternelle des travailleurs du bassin d\u2019emplois publics de langue anglaise ¦\tFrancophones ¦\tAnglophones Allophones 44% De fait, la majorité des emplois de langue anglaise du secteur public québécois sont occupés par des francophones et des allophones.Rappelons que la majorité des emplois publics de langue anglaise sont concentrés dans la région de Montréal (surtout les secteurs de la santé et de l\u2019éducation) et celle de Gatineau (le secteur de la fonction publique).C\u2019est dans ces régions que les différents groupes linguistiques entrent en contact.Compte tenu de l\u2019impact de la langue de travail sur la langue d\u2019usage, notamment dans le cas du 11 À l\u2019extérieur du Québec, au contraire, la plupart des emplois publics de langue française sont occupés par des francophones. 19 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 premier emploi chez les immigrants12 13, il serait intéressant d\u2019examiner plus en profondeur le rôle du secteur public dans l\u2019anglicisation des allophones et des francophones.Discussion et conclusion À bien des égards, les données présentées ci-dessus constituent la limite inférieure de l\u2019impact du secteur public de langue minoritaire sur la langue de travail.Premièrement, ces données excluent les travailleurs du secteur public qui, nombreux, ont déclaré au recensement utiliser l\u2019anglais régulièrement au travail14.L\u2019inclusion des individus ayant déclaré travailler régulièrement en anglais (en plus de ceux ayant déclaré « le plus souvent ») aurait multiplié par environ 2,5 la taille du bassin d\u2019emplois de langue anglaise au Québec, qui serait passé à plus de 300 000 emplois.Au Canada anglais, l\u2019ajout de ceux travaillant régulièrement en français aurait légèrement augmenté le bassin d\u2019emplois de langue française.En outre, les emplois indirects générés par le fonctionnement des institutions publiques ont également été exclus de ce présent résumé, puisqu\u2019il ne nous était pas possible d\u2019en connaître précisément la langue de travail.En effet, le nombre d\u2019emplois indirects, qui représentent entre 20 et 30 % du total, découle d\u2019une modélisation économique 12\tCarpentier, Alain (2004).Tout est-il joué avant l\u2019arrivée ?Étude des facteurs associés à un usage prédominant du français ou de l\u2019anglais chez les immigrants allophones arrivés au Québec adultes.Québec : Conseil supérieur de la langue française.13\tGirard-Lamoureux, Catherine (2004).La langue d\u2019usage public des allophones scolarisés au Québec.Québec : Conseil supérieur de la langue française.14\tEn plus de la langue utilisée le plus souvent au travail, le recensement comprend une question sur les autres langues utilisées régulièrement au travail.Ainsi, un individu ayant déclaré parlé le plus souvent le français au travail pourra également déclarer parler régulièrement l\u2019anglais au travail. 20 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 qui ne rend pas compte de la langue de travail.Il apparaît toutefois plausible que la langue de travail des institutions ait un impact non négligeable sur la langue des emplois qu\u2019elles génèrent.Finalement, il ne nous est pas possible de connaître l\u2019impact des institutions publiques sur la langue d\u2019usage public.Il semble incontestable que les individus qui travaillent essentiellement en anglais auront, par leurs comportements de consommation, un effet structurant sur la langue des services dans les commerces à proximité de leur lieu de travail.Une étude récente de l\u2019IRFA a notamment démontré que les étudiants des collèges anglophones de Montréal avaient une nette propension à utiliser l\u2019anglais dans l\u2019espace public15.L\u2019analyse présentée ici ne permet pas d\u2019évaluer la part des emplois de langue anglaise selon les sous-secteurs.En général, il est connu que l\u2019anglais est davantage présent dans les sous-secteurs les plus prestigieux.Au Québec, la proportion des places d\u2019étude en anglais est de 11 % aux niveaux primaire et secondaire, de 17 % au collégial et de 25 % à l\u2019université.La part de l\u2019anglais est encore plus importante dans le secteur de la recherche.En 2011, les universités anglophones du Québec récoltaient environ 50 % des chaires de recherche du Canada16.À l\u2019université d\u2019Ottawa, l\u2019offre de cours en français diminue significativement à partir de la fin du baccalauréat.Il aurait également été intéressant de répartir les emplois selon la source de financement (fédéral, 15\tSabourin P, Dupont M et A Bélanger (2010).Analyse des facteurs orientant les francophones et les allophones dans le choix d\u2019un cégep sur l\u2019île de Montréal.Rapport de recherche présenté à la Centrale des syndicats du Québec.Institut de recherche sur le français en Amérique.http://www.csq.qc.net/sites/1676/documents/publications/rapport_IRFA_ jan2011.pdf.16\thttp://tvanouvelles.ca/lcn/infos/national/archives/2011/10/20111012-193451.html consulté le 13 octobre 2011 21 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 provincial ou municipal).Le fichier public du recensement ne permet malheureusement pas une telle ventilation des données.En comparaison des milliards de dollars investis dans le secteur public de langue anglaise, les quelques millions investis dans les campagnes de francisation des entreprises québécoises apparaissent somme toute négligeables.On avancera à juste titre que l\u2019anglais est plus présent dans le secteur privé que dans le secteur public (quelque 17 % dans le secteur privé comparé à environ 14 % dans le secteur public), et il serait certainement intéressant d\u2019étendre l\u2019analyse de l\u2019IREC à tous les secteurs d\u2019emplois.Néanmoins, compte tenu du fait que le secteur public est largement à l\u2019abri des effets de la mondialisation, il serait difficile de prétendre que les gouvernements prêchent par l\u2019exemple en ce qui a trait à la francisation des milieux de travail.? 22 ARTICLES Charles Castonguay* Réplique à Marco Micone LES ITALIENS PRÉFÈRENT L\u2019ANGLAIS Dans Le Devoir des écrivains (16 novembre 2011, p.A11), Marco Micone trace un parcours trompeur des Québécois d\u2019origine italienne.Il insiste sur le fait qu\u2019une école française l\u2019a refusé, lui, lors de son arrivée au Québec dans les années 1950.Puis, en faisant un usage incorrect des données de recensement, il soutient que les « italophones » se francisent plus souvent qu\u2019ils ne s\u2019anglicisent, notamment en ce qui a trait à leur comportement linguistique au travail ou à la maison.J\u2019avais plutôt retenu que ce sont les Italiens qui, de leur propre chef, ont tourné le dos à l\u2019école française et que leur préférence pour le français, du moins comme langue d\u2019usage au foyer, est chose du passé.Pour tirer les choses au clair, j\u2019ai consulté certains rapports ainsi que les résultats du recensement de 2006 qui sont accessibles à tout venant sur le site de Statistique Canada.Dans une étude réalisée pour la commission Gendron, le démographe Robert Maheu relève qu\u2019au début des années 1950, la moitié des enfants d\u2019origine italienne inscrits à la Commission des écoles catholiques de Montréal étudiaient en français.Cela laisse entendre qu\u2019en général, les écoles * Professeur à la retraite, département de mathématiques de l'Université d'Ottawa 23 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 françaises de la CECM ne refusaient pas les jeunes Italiens.Maheu ajoute qu\u2019au début des années 1960, cette proportion avait fondu à 28 %.Il semble bien qu\u2019ayant constaté que la langue d\u2019avancement socioéconomique à Montréal était plutôt l\u2019anglais que le français, un nombre croissant de parents italiens choisissaient d\u2019inscrire leurs enfants à l\u2019école anglaise.Quant à la langue d\u2019assimilation préférée des italophones, que Micone prétend être toujours le français, la commission Laurendeau-Dunton notait, il est vrai, qu\u2019au recensement de 1961 la population d\u2019origine ethnique italienne au Québec avait plus souvent le français que l\u2019anglais comme langue maternelle.Cette information témoignait cependant de la langue d\u2019assimilation des parents, grands-parents ou ancêtres des personnes recensées, soit de ce qu\u2019on peut nommer l\u2019assimilation ancestrale.Le recensement de 1971, le premier à poser la question sur la langue d\u2019usage actuelle à la maison, permet d\u2019observer l\u2019assimilation courante, c\u2019est-à-dire celle réalisée par les répondants eux-mêmes, de leur vivant.Il montre que les adultes de langue maternelle italienne âgés de 25 ans ou plus avaient adopté plus souvent le français que l\u2019anglais comme langue d\u2019usage au foyer, mais il révèle en même temps que, déjà à cette époque, la jeunesse italophone préférait s\u2019angliciser.Les recensements suivants n\u2019ont cessé de confirmer cette nouvelle orientation.Celui de 2006 a compté 17 000 italophones (langue maternelle) de langue d\u2019usage française au Québec, soit exactement le même nombre qu\u2019en 1971.Mais le nombre d\u2019italophones anglicisés est passé entre-temps de 15 000 en 1971 à 53 000 en 2006.La francisation a ainsi marqué le pas pendant que les générations montantes se sont anglicisées par dizaines de milliers. 24 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 L\u2019examen des données de 2006 selon l\u2019âge indique d\u2019ailleurs que cette préférence pour l\u2019anglais continue de s\u2019accentuer.Les résultats signalés ci-dessus pour la population italo-phone (langue maternelle) en 2006, tous âges confondus, laissent voir que parmi ceux qui ont adopté soit l\u2019anglais, soit le français comme langue d\u2019usage à la maison, 76 % ont préféré l\u2019anglais contre 24 % pour le français.Parmi les moins de 45 ans, la préférence pour l\u2019anglais s\u2019élève à 87 %.Chez les moins de 15 ans, elle atteint 90 %.Les autres démonstrations d\u2019une préférence pour le français qu\u2019avance Micone à partir des données de recensement sont également douteuses.En particulier, parmi les italo-phones de moins de 45 ans qui travaillaient en 2006, 47 % utilisaient surtout ou exclusivement l\u2019anglais au travail, contre 37 % le français.Et 94 % des italophones de moins de 45 ans connaissaient l\u2019anglais contre 93 % le français.Bref, si presque tous les jeunes italophones sont aujourd\u2019hui bilingues anglais-français, l\u2019anglais l\u2019emporte nettement sur le français parmi eux en tant que langue d\u2019intégration au monde du travail, et il écrase le français en tant que langue préférée dans l\u2019intimité du foyer.C\u2019est en présentant comme « italophones » la totalité des 300 000 Québécois qui se sont dits en 2006 d\u2019origine italienne que Micone induit les lecteurs en erreur.Ils sont loin de tous être des « italophones », en ce qu\u2019un grand nombre sont des descendants d\u2019italophones assimilés, mais qui n\u2019ont jamais eux-mêmes appris l\u2019italien.Le recensement de 2006 n\u2019a énuméré que 191 000 Québécois capables de parler l\u2019italien - d\u2019ailleurs pas tous d\u2019origine italienne.Et il n\u2019a énuméré que 124 000 personnes de langue maternelle italienne.Ce sont ces derniers qu\u2019on qualifie habituellement d\u2019« italophones ». 25 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Il faut savoir que la partie ancestrale de l\u2019assimilation, que Micone inclut dans son bilan en prenant comme point de départ la population d\u2019origine italienne, surestime sensiblement la préférence pour le français parmi les italophones dans le Québec d\u2019avant les années 1960.Car les italophones francisés - ainsi que leurs descendants - restent au Québec tandis que, tout comme beaucoup d\u2019anglophones et de francophones anglicisés, nombre d\u2019anglicisés d\u2019origine italienne ont quitté le Québec au fil des ans pour aller vivre en anglais ailleurs au Canada.Cet incessant tamisage migratoire déforme en faveur du français l\u2019assimilation ancestrale parmi toutes les minorités ethniques dont la présence au Québec remonte assez loin dans l\u2019histoire.En somme, Micone s\u2019illusionne avec le résidu faussé d\u2019une préférence révolue.« Ah, si la loi 101 avait été votée 30 ans auparavant ! » s\u2019exclame Micone vers la fin de son texte.Il aurait été plus pertinent de dire « Ah, si seulement on avait francisé la langue de travail ! ».Pendant trop longtemps, on nous a faussement rassurés quant à l\u2019efficacité des mesures déployées par nos gouvernements successifs sur ce plan.Si la francisation du monde du travail à Montréal avait été menée à terme après la recommandation en ce sens de la commission Gendron ainsi que les lois 22 et 101, la jeunesse italophone aurait vite fait de corriger ce qui lui serait apparu comme une erreur de jugement de la part de ses aînés relativement au choix de l\u2019école anglaise dans les années 1960.Que les jeunes générations aient persisté au point que l\u2019on sait sur la voie de l\u2019anglicisation en dit long sur l\u2019état de ce chantier-là.? 26 ARTICLES Romain Gaudreault* POUR UNE CHARTE DU CIVISME La religion a été au centre de plusieurs controverses ces dernières années au Québec : qu\u2019on se souvienne des querelles autour du crucifix à l\u2019Assemblée nationale, du cours « Éthique et culture religieuse » à l\u2019école et de la prière au conseil municipal de Saguenay.Cette agitation survient dans un moment de grand désarroi politique chez les partisans de l\u2019indépendance du Québec.L\u2019échec du référendum de 1995 et la défaite du Parti québécois aux élections de 2003 ont entraîné le mouvement indépendantiste, toutes factions confondues, dans un débat âpre et interminable.La quasi-élimination du Bloc québécois aux dernières élections fédérales n\u2019a fait qu\u2019exacerber les tensions.Que faire dans ce contexte ?Certains indépendantistes pourraient penser qu\u2019une charte de la laïcité réglerait au moins le problème religieux.Or nous sommes loin d\u2019une solution puisque le terme même de « laïcité » prête à confusion.Selon Joël Roman, en 1905, il existait en France trois courants qui se revendiquaient de la laïcité : 1) un courant « gallican », qui prônait la soumission de l\u2019Église catholique au contrôle de l\u2019État ; 2) un courant de tradition libérale, qui prônait l\u2019abstention de l\u2019État par rapport à la liberté de conscience et de culte ; 3) enfin, un * Ph.D., chercheur indépendant.Dernière publication dans la revue L\u2019Action nationale: «Résistance et collaboration en pays conquis» (septembre 2010). 27 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 courant philosophique, qui combattait la religion et cherchait à « construire, contre les justifications théologiques de la morale, contre le corps dogmatique de la religion, une autonomie de la raison, une autonomie philosophique (Roman 2009 : 66) » .Actuellement, au Québec, il est peu probable que les utilisateurs du terme « laïcité » soient de simples partisans du gallicanisme.Cependant, beaucoup croient qu\u2019un État « laïque » est nécessairement neutre par rapport à la religion, c\u2019est-à-dire qu\u2019il ne doit ni favoriser ni contrarier les activités religieuses.Ce faisant, les tenants d\u2019une telle position ne se rendent pas compte qu\u2019ils laissent la voie libre à un prosélytisme religieux à grande échelle.Quel risque la démocratie court-elle ?La prédominance des lois religieuses sur les lois civiles, ce qui enfreint le principe de la souveraineté du peuple.C\u2019est ici que nous voyons resurgir le problème de l\u2019indépendance.La souveraineté du peuple québécois est incompatible non seulement avec les ingérences de groupes internes comme les associations religieuses du Québec, mais aussi avec celles d\u2019un groupe externe, en l\u2019occurrence l\u2019État canadien, héritier du Conquérant britannique.Une charte du civisme est la solution qui convient à la fois au problème de la religion dans l\u2019espace public et à celui du recul des forces indépendantistes.Par la promotion d\u2019une formation civique intensive et areligieuse à l\u2019école et d\u2019un culte civique débarrassé d\u2019hommages aux conquérants et à leurs collaborateurs québécois, le mouvement indépendantiste participera à la libération des esprits, passage obligé de la libération politique.Il reprendra l\u2019initiative dans un nouveau domaine, alors qu\u2019il est contraint à une attitude défensive dans le domaine de la langue depuis les jugements successifs de la Cour suprême du Canada contre la Charte de la langue française adoptée naguère par le Parti québécois (loi 28 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 101 de 1977).En outre, il ouvrira la porte à l\u2019adoption de la Constitution du Québec avant l\u2019indépendance, selon le vœu du juriste Jacques Brossard (1995 [1976] : 321-325).L\u2019objectif du présent article est de contribuer à l\u2019élaboration d\u2019une future charte du civisme et de proposer des pratiques civiques qu\u2019il est possible de mettre en œuvre dès maintenant.Il se divise en deux parties : d\u2019abord, un examen des buts, de l\u2019organisation et de l\u2019action d\u2019une association religieuse et d\u2019un État ; ensuite, une description sommaire de la situation d\u2019assujettissement des lois, du culte civique et de la formation civique au Québec.Enfin, ces deux parties sont suivies d\u2019un ensemble de recommandations qui visent à conduire graduellement à une charte du civisme.Première partie.Association religieuse et État Idéalement, un État est une association volontaire de personnes, tout comme une association religieuse.Les associations politiques ou religieuses, ou sujets collectifs, ainsi que les sujets individuels qui en font partie, ont en commun un certain nombre de caractéristiques touchant les besoins et les valeurs, d\u2019une part, et la communication de messages, d\u2019autre part.Besoins et valeurs Tout sujet a deux besoins fondamentaux permanents à satisfaire : un besoin de conservation et un besoin de protection contre les agressions et les phénomènes naturels nuisibles.Dans le cas d\u2019un citoyen, sujet individuel membre d\u2019un État, ces besoins concernent sa personne et ses biens ; dans celui d\u2019un État, ces besoins concernent en outre les biens collectifs et les organes de commande, d\u2019exécution et d\u2019information créés pour satisfaire les besoins individuels et collectifs. 29 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Quant aux membres d\u2019une association religieuse, l\u2019objet qu\u2019ils veulent conserver et protéger, en plus de leur corps et de leur esprit, c\u2019est la partie de leur être qu\u2019ils considèrent comme immortelle (appelée « âme » chez les chrétiens) et qu\u2019ils attribuent soit à un seul être surnaturel, à la fois créateur de toutes choses, législateur, juge et rétributeur, soit à un ensemble d\u2019êtres surnaturels.Les membres de l\u2019association religieuse tiennent enfin à conserver et à protéger l\u2019association elle-même.Pour satisfaire ses besoins de conservation et de protection, le sujet individuel doit trouver les objets appropriés.Il porte d\u2019abord un jugement sur la réalité de l\u2019objet que ses sens perçoivent, puis sur la valeur que celui-ci représente pour la satisfaction de ses besoins.Un objet a quatre valeurs possibles : il peut être utile (valeur positive), inutile (valeur non positive), nuisible (valeur négative) ou non nuisible (valeur non négative).Les jugements du sujet peuvent s\u2019avérer inexacts.Par ailleurs, une association religieuse ou un État porte aussi des jugements de réalité et de valeur, lesquels peuvent s\u2019avérer inexacts ou incompatibles avec les jugements de ses membres ou ceux d\u2019autres sujets collectifs.Ainsi, un État peut juger qu\u2019aucun être surnaturel n\u2019intervient dans le cours des événements naturels ou des affaires humaines, ce qui va à l\u2019encontre du jugement de réalité des associations religieuses à propos des êtres surnaturels et crée nécessairement un conflit d\u2019interprétation.Cependant, les relations entre l\u2019État et les associations religieuses ne sont pas toujours conflictuelles.À ce propos, le sociologue britannique David Martin (1978) distingue divers types de relations.Outre la relation conflictuelle évoquée plus haut et qu\u2019il considère comme le résultat de l\u2019instauration d\u2019un monopole laïque (« secular monopoly »), il mentionne le monopole religieux accordé par l\u2019État à une 30 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 association religieuse en particulier, le duopole religieux et le laissez-faire (en français dans le texte).Selon Martin, l\u2019ex-URSS serait un exemple de monopole laïque ; la France d\u2019après 1685 (date de la révocation de l\u2019édit de Nantes), un exemple d\u2019instauration d\u2019un monopole religieux catholique ; les Pays-Bas, un exemple de duopole (le gouvernement subventionne des écoles appartenant à deux associations religieuses distinctes) ; enfin, les États-Unis, un exemple de laissez-faire total.Analysons brièvement le cas des États-Unis.Prise au pied de la lettre, l\u2019expression « laissez-faire » signifie que l\u2019État n\u2019intervient pas dans les affaires religieuses, ou qu\u2019il ne gêne ni ne favorise l\u2019action des associations religieuses.Bref, l\u2019État serait neutre à l\u2019égard de ces associations.Or le sociologue américain Robert Bellah (1984 [1967]) montre qu\u2019il existe bel et bien une « religion civile » (civil religion) aux États-Unis, expression qu\u2019il dit avoir empruntée au Contrat social de Jean-Jacques Rousseau.Cette religion s\u2019est manifestée dès la Déclaration d\u2019indépendance : il y est fait allusion quatre fois à Dieu.La devise américaine est « In God We Trust » (En Dieu nous plaçons notre foi).Les écoliers prêtent à maintes reprises un serment d\u2019allégeance à la nation « under God » (sous l\u2019autorité de Dieu).Il existe même un jour officiel d\u2019action de grâces et de prières (le « Thanksgiving Day »).Enfin, les présidents américains invoquent le nom de Dieu dans presque tous les discours qu\u2019ils prononcent lors d\u2019occasions solennelles, notamment dans les discours d\u2019inauguration.Le politologue américain Mark Bennett McNaught (2009 : 7) précise que, lors de son investiture, le président prête serment sur la Bible et termine cette déclaration par la phrase « So help me God » (Je le jure devant Dieu).De toute évidence, l\u2019État américain a accordé un monopole religieux à cette « religion civile », dont le président pourrait être considéré comme le grand-prêtre.Par ailleurs, aux États-Unis, toutes 31 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 les associations religieuses traditionnelles sont maintenues hors de la sphère publique.Ainsi, le journal International Herald Tribune du 29 avril 2010 nous apprend que, sur une terre publique au fin fond d\u2019un désert de Californie, une croix latine de couleur blanche est recouverte de panneaux de contreplaqué, car on attend une décision sans appel sur le sens à lui donner.Quoi qu\u2019en pense le sociologue britannique mentionné plus haut, la notion de monopole religieux est pertinente aussi dans le cas des États-Unis.Cependant, elle ne suffit pas à expliquer l\u2019ensemble des relations entre l\u2019État et les associations religieuses dans ce pays.Il vaudrait peut-être mieux se tourner de nouveau vers la théorie de la valeur.Pour un sujet, les autres sujets sont aussi des objets de valeur positive, négative, non positive ou non négative.Ainsi, un sujet collectif comme l\u2019État peut juger utile une seule association religieuse, ou deux, ou un certain nombre, et juger nuisibles, ou inutiles, toutes les autres.L\u2019État pourrait aussi juger utile, ou nuisible, toute association religieuse.Enfin, il pourrait ne juger ni utiles ni nuisibles les associations religieuses et rester neutre.De la même manière, une association religieuse peut juger l\u2019État utile, nuisible, non utile ou non nuisible et régler son action d\u2019après le jugement de valeur qu\u2019elle a porté, c\u2019est-à-dire collaborer, résister ou rester indifférente.Communication au sein de l\u2019État ou de l\u2019association religieuse Pour assurer la satisfaction de ses besoins, une association politique ou religieuse doit réussir à maintenir l\u2019unité de pensée et d\u2019action de tous ses membres.Elle y parvient par la communication de messages formés de mots ou de symboles dont les membres doivent maîtriser le sens et qui ont une fonction de commande ou d\u2019information.Dans 32 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 la présente section, nous traiterons surtout des messages de l\u2019État et, à l\u2019occasion, dans un but de comparaison, des messages des associations religieuses.Après avoir traité des mots et symboles et défini le civisme, nous montrerons que l\u2019État donne une formation civique aux futurs citoyens, qu\u2019il demande souvent à ceux-ci de prononcer un serment civique et qu\u2019il organise un culte civique afin que chaque citoyen s\u2019inspire des personnes vivantes ou décédées dont le comportement a été exemplaire.Mots et symboles Dans leurs messages, les associations utilisent non seulement les mots du langage courant, mais aussi des symboles.Comme emblème ou symbole d\u2019identité, un État peut choisir un symbole figuratif, dont les lignes et les couleurs représentent la totalité ou une partie d\u2019un animal ou d\u2019une plante, ou un symbole abstrait, dont les lignes et les couleurs ne représentent aucun objet animé ou inanimé identifiable.Les drapeaux et les armoiries des États contiennent de tels symboles figuratifs ou abstraits.Par exemple, sur le drapeau représentant la nation américaine sont dessinés des symboles figuratifs (les étoiles qui représentent les États américains actuels), ainsi que des symboles abstraits (les bandes de couleur qui représentent les colonies initiales).Les associations religieuses ne sont pas en reste.Par exemple, l\u2019Église catholique utilise comme emblème un symbole figuratif, le crucifix, constitué d\u2019une croix latine sur laquelle est clouée l\u2019effigie du fondateur de l\u2019association.Ce symbole d\u2019identité est souvent réduit à une simple croix latine.Si un mot ou un symbole n\u2019a qu\u2019un seul sens, cela ne pose aucun problème d\u2019interprétation.Toutefois, il peut avoir un sens qui varie selon le contexte ou le lieu.Par exemple, le mot « chapeau » n\u2019a pas le même sens si on parle d\u2019un cha- 33 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 peau d\u2019homme ou de femme, de champignon, de cheminée, de roue, de coussinet ou d\u2019article de journal.De même, une étoile du drapeau américain n\u2019a pas le même sens qu\u2019une étoile sur la façade d\u2019un hôtel.Nous verrons plus loin que les noms de fêtes comme « Noël » et « Pâques » doivent être interprétés en fonction de leur contexte religieux ou non religieux.Par ailleurs, avec le temps, un mot ou un symbole peut perdre son sens originel et en acquérir un tout nouveau.Par exemple, combien sommes-nous à savoir que « mardi » est le « jour du dieu Mars » et « mercredi », le « jour du dieu Mercure » ?Civisme Tout comme les associations religieuses, les États areligieux ont une doctrine, qui s\u2019appelle le « civisme » dans leur cas, et qu\u2019ils s\u2019appliquent à diffuser.Le terme « civisme » a déjà servi à désigner le dévouement du citoyen pour sa patrie.Actuellement, on dit qu\u2019il renvoie au sens des responsabilités et des devoirs du citoyen.Pour mettre en relief le fait que chaque citoyen retire aussi des avantages du pacte d\u2019alliance conclu avec ses semblables, nous dirons que le civisme est une doctrine qui prône l\u2019entraide entre tous les citoyens, le respect des lois qui en découlent et que les citoyens ont établies d\u2019un commun accord, ainsi que le respect du culte rendu aux personnes dont le comportement a été exemplaire.Nous appellerons en outre « civisme international » la même doctrine liant des États entre eux.C\u2019est l\u2019obligation d\u2019entraide qui fonde toutes les lois particulières qu\u2019adoptent les citoyens au fil du temps pour s\u2019adapter aux nouvelles situations.Cette obligation d\u2019entraide est la règle de conduite fondamentale de chaque citoyen, le principe premier de la morale civique.Elle est non seulement la condition de l\u2019existence de l\u2019État démocratique, mais aussi la 34 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 condition de l\u2019existence de toute association véritable.Dans le cas d\u2019une association religieuse, l\u2019obligation d\u2019entraide et les lois qui en découlent sont des messages à fonction de commande dont on attribue l\u2019origine à un ou plusieurs êtres surnaturels ; dans le cas d\u2019un État démocratique, ces messages ont pour seuls auteurs les citoyens, c\u2019est-à-dire les personnes qui ont adhéré au pacte d\u2019alliance constituant l\u2019État et qui, par le fait même, ont assumé l\u2019obligation d\u2019entraide.Formation civique De façon plus ou moins systématique, les membres actuels du pacte constituant l\u2019État enseignent la doctrine du civisme aux membres de la nouvelle génération ou aux immigrants.Chez les plus petits de la nouvelle génération, la formation civique commence par les pratiques élémentaires de socialisation ; chez les plus grands, par leur participation aux activités d\u2019associations diverses.Par ailleurs, l\u2019État transmet aux futurs citoyens le récit de l\u2019histoire nationale, c\u2019est-à-dire la conclusion du pacte originel, l\u2019adoption des lois ainsi que les grands événements heureux ou malheureux de cette histoire.Outre des jugements de réalité - les faits doivent être exacts, prouvés -, le récit contient des jugements de valeur : les personnages dont le comportement a été exemplaire sont glorifiés et les responsables des malheurs de l\u2019État clairement identifiés, notamment les agresseurs étrangers qui ont assujetti le pays à leurs lois.Nous verrons plus loin que la célébration des héros nationaux fait aussi partie du culte civique.Tandis que les États racontent l\u2019histoire des héros nationaux qui doivent leurs hauts faits à leurs qualités propres, les associations religieuses racontent l\u2019histoire des êtres surnaturels qui seraient à l\u2019origine du monde et de l\u2019association elle-même, ainsi que celle des êtres humains qui auraient 35 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 accompli des faits extraordinaires en raison de leurs liens avec des êtres surnaturels.Il est à noter que le recours à des explications surnaturelles fait entrer les associations religieuses directement en conflit avec les États qui prônent une explication naturelle de l\u2019histoire des sociétés humaines et du monde en général (Russell 1990 [1971]).Serment civique La formation des futurs citoyens débouche normalement sur un serment civique qui marque l\u2019adhésion au pacte constituant l\u2019État.En principe, le candidat à la citoyenneté doit affirmer qu\u2019il est prêt à assumer l\u2019obligation d\u2019entraide, laquelle entraîne l\u2019obligation de respecter et de faire respecter les lois en vigueur, d\u2019en ajouter d\u2019autres au besoin, de remplacer par de nouvelles lois celles qui seront devenues inutiles ou nuisibles et, enfin, de respecter le culte civique.Qu\u2019en est-il en pratique ?Examinons trois exemples de serment civique, l\u2019un provenant de l\u2019État athénien du IVe siècle avant notre ère et les deux autres d\u2019États actuels.Au moment de faire son service militaire et de devenir un citoyen à part entière, le jeune Athénien devait prononcer le serment suivant : Je ne déshonorerai pas ces armes sacrées ; je n\u2019abandonnerai pas mon compagnon dans la bataille ; je combattrai pour mes dieux et pour mon foyer, seul ou avec d\u2019autres.Je ne laisserai pas la patrie diminuée, mais je la laisserai plus grande que je ne l\u2019aurai reçue.J\u2019obéirai aux ordres que la sagesse des magistrats saura me donner.Je serai soumis aux lois en vigueur et à celles que le peuple fera d\u2019un commun accord ; si quelqu\u2019un veut renverser ces lois ou leur désobéir, je ne le souffrirai pas, mais je combattrai pour elles, ou seul ou avec tous.Je respecterai les cultes de mes pères (Glotz 1968 [1928] : 145). 36 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Hormis la référence aux dieux et aux cultes, le serment ci-dessus est bien celui d\u2019un citoyen responsable du destin de l\u2019État, c\u2019est-à-dire respectueux des lois en vigueur et de celles que le peuple établira d\u2019un commun accord et prêt à combattre pour faire respecter toutes les lois.Aux États-Unis, dans toutes les écoles primaires, les élèves récitent chaque matin le serment d\u2019allégeance suivant : Je jure allégeance au drapeau des États-Unis d\u2019Amérique et à la république qu\u2019il représente, une nation unie sous l\u2019autorité de Dieu, indivisible, avec la liberté et la justice pour tous (McNaught 2009 : 2 ; traduction révisée du texte original anglais suivant : « I pledge allegiance to the flag of the United States of America, and to the republic for which it stands, one nation under God, indivisible, with liberty and justice for all.»).Comme le serment des jeunes Athéniens, le serment ci-dessus fait d\u2019abord référence à une doctrine religieuse avant de passer à la question de la liberté et de la justice.Notons l\u2019utilisation d\u2019une figure de style dans un contexte où il doit y en avoir le moins possible : ce n\u2019est pas au drapeau qu\u2019on jure allégeance, mais à la nation.Contrairement au serment des Athéniens, le serment des Américains est prononcé à un tout jeune âge et de nombreuses fois.Au Canada, seuls les immigrants adultes désireux de devenir citoyens prononcent le serment que voici : Je jure (ou j\u2019affirme solennellement) que je serai fidèle et porterai sincère allégeance à Sa Majesté la Reine Elizabeth Deux, reine du Canada, à ses héritiers et successeurs, que j\u2019observerai fidèlement les lois du Canada et que je remplirai loyalement mes obligations de citoyen canadien (Citoyenneté et Immigration Canada 2009 : 2). 37 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Le serment ci-dessus n\u2019utilise pas la métonymie qui consiste à jurer allégeance à un drapeau, comme dans le serment des Américains.Il diffère en outre des deux serments précédents sur plusieurs points : les jeunes nés au pays ne sont pas tenus de le prononcer, aucune référence n\u2019est faite aux dieux ou à Dieu, et la liberté du citoyen est entièrement dépendante de l\u2019autorité d\u2019un monarque.Cependant, chacun sait que le monarque britannique a peu à voir dans les faits avec l\u2019élaboration et l\u2019adoption des lois au Canada.Culte civique L\u2019État maintient sa cohésion non seulement en assurant une formation civique, close à l\u2019occasion par un serment civique, mais aussi en organisant un culte civique qui consolide la formation initiale.Nous entendons par « culte civique » les hommages publics rendus en permanence ou de façon périodique par l\u2019État aux personnes vivantes ou décédées dont le comportement a été exemplaire.Le fait que les personnes honorées soient décédées n\u2019a aucune importance, car seul leur exemple compte pour les vivants.Les marques occasionnelles de gratitude témoignées par l\u2019État à certains citoyens (prix, funérailles civiques, par exemple) ne font pas partie du culte civique.En effet, par définition, le culte civique comprend les hommages périodiques (calendrier des fêtes civiques) ou permanents (art public et toponymie), mais non les hommages occasionnels.Le culte civique permanent transparaît dans les noms de lieux, notamment les noms de villes, villages, voies de circulation, places, parcs, montagnes, plans d\u2019eau et cours d\u2019eau.L\u2019État et les Villes administrent cette partie du culte civique par l\u2019intermédiaire de commissions de toponymie ouvertes aux propositions des citoyens.Font également partie du culte civique permanent, les œuvres d\u2019art publiques 38 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 en hommage aux personnes dont le comportement a été exemplaire : généralement sculptées, elles consistent soit en effigies, soit en symboles d\u2019identité figuratifs ou abstraits.Les sculptures sont installées dans les lieux centraux des agglomérations, là où le plus grand nombre de citoyens peuvent les voir.Le culte civique périodique comprend toutes les fêtes organisées par l\u2019État chaque année à la même date, ou à une date qui varie peu.Ce jour est généralement chômé et des rassemblements ont lieu en grands groupes dans des lieux publics ou en petits groupes dans des lieux privés.À l\u2019occasion de certaines fêtes, l\u2019État manifeste sa présence de façon symbolique au moyen du drapeau (fête nationale, par exemple).Deuxième partie.Lois, culte civique et formation civique au Québec La situation actuelle des lois, du culte civique et de la formation civique au Québec résulte à la fois : 1) de la conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques en 1760 et 2) de la collaboration ultérieure de l\u2019Église catholique locale d\u2019abord avec l\u2019État britannique, puis avec l\u2019État canadien, héritier du conquérant britannique, et avec l\u2019État québécois assujetti à l\u2019État canadien.Les lois, l\u2019Église et l\u2019État D\u2019entrée de jeu, signalons que les données de ce bref historique proviennent de trois sources : Thério 1998 ; Milot 2002 ; Rochefort 2008.La périodisation est personnelle.L\u2019évolution de la puissance politique de l\u2019Église catholique au Québec peut être divisée en deux phases.La phase ascendante commence immédiatement après la conquête britan- 39 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 nique, en 1760, tandis que la phase descendante commence en 1940, au moment de l\u2019octroi du droit de vote aux femmes par un gouvernement québécois devenu moins sensible aux pressions de l\u2019Église catholique.L\u2019apogée de la phase ascendante de la puissance politique de l\u2019Église a lieu précisément le 7 octobre 1936, alors que le gouvernement québécois installe le crucifix emblématique de cette association religieuse au-dessus du fauteuil du président de l\u2019assemblée des députés, en plein cœur du Parlement.Les débuts de la phase ascendante sont difficiles pour l\u2019Église.Il lui faut persuader le Conquérant qu\u2019elle peut lui être utile pour asseoir sa domination, ce qu\u2019elle fait en prônant la résistance des Québécois aux envahisseurs américains en 1775 et en approuvant une levée de milice en 1807 face à une nouvelle agression américaine potentielle.Le gouvernement britannique récompense l\u2019Église en reconnaissant officiellement le titre d\u2019évêque catholique romain de J.O.Plessis en 1817 et en nommant celui-ci au Conseil législatif de la Province de Québec l\u2019année suivante.En 1837, l\u2019Église montre encore son utilité pour le Conquérant en condamnant la rébellion des Patriotes québécois.La récompense suit peu après : l\u2019Église obtient le monopole de l\u2019enseignement primaire et secondaire dans les écoles de langue française (1841).Au même moment, les Églises protestantes obtiennent le monopole de l\u2019enseignement primaire et secondaire dans les écoles de langue anglaise, ce qui crée une situation de duopole religieux au Québec.L\u2019Église catholique consolide ensuite son emprise dans le domaine de l\u2019éducation : droit exclusif de choisir le personnel enseignant et les manuels scolaires (1846), création d\u2019écoles pour la formation du personnel enseignant (1856), confirmation du monopole de l\u2019Église dans la loi britannique qui fonde le Canada (1867), restriction du rôle de l\u2019État à la nomination d\u2019un « surintendant » qui relève en fait de l\u2019Église (1875). 40 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Puis, comme il a été mentionné plus haut, la phase descendante de la puissance politique de l\u2019Église commence en 1940, au moment de l\u2019octroi du droit de vote aux femmes, auquel cette association religieuse s\u2019opposait depuis longtemps.En 1964, le gouvernement québécois réussit à créer un ministère de l\u2019Éducation doté de nombreux pouvoirs, mais non celui d\u2019exclure l\u2019enseignement religieux des écoles.Enfin, en 1998, l\u2019enseignement est officiellement déconfessionnalisé.Cependant, chassée par la porte, l\u2019Église rentre par la fenêtre grâce au cours « Éthique et culture religieuse » (2007).En outre, l\u2019État québécois continue d\u2019aider l\u2019Église au moyen : 1) de subventions à des universités qui abritent des facultés de théologie, 2) d\u2019exonérations d\u2019impôt qui lui sont accordées à titre d\u2019organisme sans but lucratif et 3) de déductions fiscales accordées à ceux qui lui font des dons.Comme le montrent les faits précédents, la phase descendante du pouvoir politique de l\u2019Église catholique du Québec n\u2019a pas encore atteint son point le plus bas.Pendant que l\u2019Église catholique faisait jouer les lois en sa faveur et consolidait son pouvoir sur la société québécoise, l\u2019État canadien prenait la succession de l\u2019État britannique.Rappelons les grandes dates de l\u2019histoire de l\u2019héritier de l\u2019État conquérant : obtention du pouvoir de gestion intérieure lors de l\u2019adoption du British North America Act à Londres (1867) ; obtention du pouvoir de signer des traités internationaux (1931) ; obtention du pouvoir de modifier l\u2019acte de constitution du pays (1982).En 1867, la création du Canada a entraîné par la même occasion celle de la « Province de Québec », État assujetti à l\u2019État canadien, mais jouissant de certains droits qu\u2019il n\u2019avait pas sous la domination du Conquérant.Cependant, la relation de domination s\u2019est maintenue, et toute loi adoptée par la Province de Québec peut être désavouée ou dénaturée par la Cour suprême du Canada, comme on l\u2019a bien vu depuis l\u2019adoption de la Charte de la langue française (loi 101) en 1977. 41 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Le culte civique Étant donné leur importance réelle ou potentielle comme instruments du culte civique québécois, nous traiterons d\u2019abord des trois symboles suivants : la croix du mont Royal, les armoiries du Québec et le drapeau du Québec.Nous décrirons ensuite les facteurs nuisibles à un culte civique authentiquement québécois dans les fêtes, la sculpture publique et la toponymie.La croix du mont Royal En 1924, une gigantesque croix latine de métal (plus de 30 mètres de hauteur) chargée d\u2019ampoules lumineuses blanches a été installée sur le mont Royal, en souvenir de la croix de bois plantée en 1643 par Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve et gouverneur de Ville-Marie.Celui-ci voulait remercier la Vierge Marie d\u2019avoir entendu sa prière et sauvé la nouvelle colonie d\u2019une forte crue des eaux l\u2019année précédente.Depuis son installation, la nouvelle croix a perdu un peu de son sens religieux initial, car elle a quelquefois servi à des fins non religieuses : par exemple, on a remplacé les ampoules blanches par des jaunes pour célébrer le couronnement d\u2019un monarque (site Web de la Ville de Montréal ; voir bibliographie).Cette croix fera l\u2019objet de deux recommandations à la fin.Les armoiries du Québec Le Québec a plusieurs symboles d\u2019identité officiels : un animal emblématique, le harfang des neiges ; un arbre emblématique, le bouleau jaune ; une plante emblématique, l\u2019iris versicolore ; un drapeau ; des armoiries.Les armoiries du Québec adoptées en 1939 sont composées d\u2019un écu, d\u2019une couronne royale et d\u2019un listel portant la devise « Je me souviens ».La couronne qui chapeaute l\u2019écu rappelle que le monarque britannique est toujours le chef de l\u2019État canadien 42 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 et de la Province de Québec.L\u2019écu comprend de haut en bas 1) trois fleurs de lys d\u2019or sur fond bleu, souvenir des monarques français qui ont régné sur la Nouvelle-France jusqu\u2019à la Conquête britannique, 2) un léopard passant or sur fond rouge, souvenir de la domination britannique à partir de 1760 et 3) trois feuilles d\u2019érable vertes sur fond or, souvenir du transfert de la domination de la Grande-Bretagne au Canada en 1867.Selon les termes édulcorés d\u2019un document officiel (site Web « Justice Québec » ; voir bibliographie), les trois parties de l\u2019écu rappellent le « régime français », le « régime britannique » et la « période canadienne », respectivement.Rompant avec une identité de pays dominé, de nouvelles armoiries pourraient jouer un certain rôle dans le futur culte civique québécois.Nous en reparlerons dans les recommandations.Le drapeau du Québec Le symbole d\u2019identité du Québec le plus important est son drapeau à croix blanche cantonnée de fleurs de lys blanches sur fond bleu.On compte en outre un abrégé du drapeau sur les plaques d\u2019immatriculation des voitures : une fleur de lys blanche inscrite dans un carré bleu.La croix cantonnée est formée de deux bandes blanches qui se croisent exactement par le milieu et dont l\u2019une - la bande horizontale - est plus longue que l\u2019autre.Elle n\u2019a aucun lien avec l\u2019emblème abrégé de l\u2019Église catholique (sans l\u2019effigie du fondateur), qui est une croix latine.La croix blanche du drapeau québécois provient des enseignes des régiments français du temps de la Nouvelle-France (Archambault et Lévesque 1978 [1974] : 7 ; Filiatrault1 1903 : 20).Le drapeau est l\u2019instrument le plus visible du culte civique québécois (jour du Drapeau, journée nationale des Patriotes, Fête nationale du Québec).1 Elphège Filiatrault est l\u2019auteur de la première version du drapeau québécois : les fleurs de lys pointaient vers le centre. 43 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Les fêtes civiques Au Québec, le calendrier comprend 10 fêtes civiques qui donnent lieu la plupart du temps à des jours chômés (le jour du Drapeau et le jour du Souvenir font exception) : Jour du Drapeau du Québec, 21 janvier.Fête créée par le gouvernement québécois et animée par le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ).Parmi les activités organisées par le MNQ dans les écoles, notons la récitation du texte qui suit : Drapeau du Québec, salut ! / À toi mon respect, ma fidélité, ma fierté./ Vive le Québec, / Vive son drapeau ! (Mouvement national des Québécoises et Québécois, site Web) Ce serment civique embryonnaire contient la même figure de style à éviter que le serment civique des Américains (fidélité à un drapeau).Pâques, entre le 22 mars et le 25 avril ; dimanche qui suit la pleine lune venant après l\u2019équinoxe du printemps.Fête créée par l\u2019Église catholique en l\u2019honneur de ce qu\u2019elle croit être la résurrection de son fondateur.A remplacé la Pâque (sans « s ») des Juifs, célébrée à peu près à la même date en l\u2019honneur de l\u2019exode des Hébreux hors d\u2019Égypte (Cretin 2008 : 54).Aussi, fête civique qui semble être un hommage à tous les parents ; utilise l\u2019œuf (œufs peints, œufs en chocolat) comme symbole de la fécondité.Cette fête est la version civique d\u2019une ancienne fête religieuse des Anglo-Saxons en l\u2019honneur d\u2019Ostara, déesse du printemps, qui a donné son nom à la fête de Pâques chez les Anglais, « Easter » (Cretin 2008 : 59 ; Weigall 1934 [1928] : 216).Fête de la Reine, lundi précédant le 25 mai.Fête créée par le gouvernement canadien en l\u2019honneur du monarque britannique, chef d\u2019un empire sur lequel le soleil ne se couchait 44 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 jamais, disait-on, et dont la déchéance a commencé avec l\u2019indépendance de l\u2019Irlande (1921) et de l\u2019Inde (1947).Journée nationale des Patriotes, tenue le même jour que la fête de la Reine.Fête créée par le gouvernement québécois en hommage aux rebelles québécois écrasés par l\u2019armée de l\u2019État britannique en 1837 et en 1838.Cette fête a pris le relais de la fête non officielle de Dollard des Ormeaux, qui avait lieu le même jour que la fête de la Reine.La fête de Dollard est l\u2019un des actes de résistance symbolique populaire les plus curieux du XXe siècle au Québec (Gaudreault 2011).Fête nationale du Québec, 24 juin.Créée par le gouvernement québécois.A remplacé la fête religieuse de la Saint-Jean-Baptiste, dit à une certaine époque « patron des Canadiens-français ».Fête du Canada, 1er juillet.Fête créée par le gouvernement canadien pour célébrer la naissance de l\u2019État canadien (1867), héritier de l\u2019État britannique.Fête du Travail, premier lundi de septembre.Fête créée par le gouvernement canadien en hommage à tous les travailleurs.Jour de l\u2019Action de grâces, deuxième lundi d\u2019octobre.Fête créée par le gouvernement canadien à l\u2019occasion de la guérison du prince de Galles, futur roi Edward VII (Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, site Web Termium Plus).Influence chrétienne non catholique combinée à celle de l\u2019État canadien.Jour du Souvenir, 11 novembre.Fête créée par le gouvernement canadien en hommage à ceux qui sont morts au combat pour le Canada. 45 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Noël, 25 décembre.Fête créée par l\u2019Église catholique en l\u2019honneur de la naissance de son fondateur.A remplacé une fête tenue à Rome au IVe siècle et au cours de laquelle on célébrait le dieu soleil invaincu en allumant une multitude de flambeaux ou de cierges et en décorant des branches et des petits arbres (Halsberghe 1972 : 174).Aussi, fête civique en hommage aux enfants obéissants ; marquée par une profusion de lumière, la présence de sapins décorés à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur des maisons et le don de cadeaux aux enfants par les parents ou le symbole des parents rétributeurs, le Père Noël.La fête civique de Noël a pris le pas sur la fête religieuse au XXe siècle (Perrot 2000 : 52).Un incident survenu le 23 décembre 1951 à Dijon, en France, est à cet égard très révélateur : à cette date, des chrétiens ont brûlé une effigie du Père Noël pendue aux grilles de la cathédrale (Lévi-Strauss 1952 : 1572-1573).Quatre fêtes sur dix révèlent l\u2019assujettissement de l\u2019État québécois à l\u2019État canadien : la fête de la Reine, la fête du Canada, la fête de l\u2019Action de grâces et le jour du Souvenir.L\u2019une de ces quatre fêtes est due en plus à une influence religieuse, la fête de l\u2019Action de grâces, et l\u2019Église catholique n\u2019y est pour rien.Signalons que le nom de cette fête a perdu son sens officiel pour la plupart de ceux qui profitent de ce jour chômé.La sculpture publique Un examen de l\u2019art public au Parlement de Québec (Rouillard 2005) et à Montréal (Gaudreault 2009) révèle la présence d\u2019un nombre important de sculptures qui rappellent l\u2019assujettissement des Québécois.À Montréal, 17 sculptures honorent des Britanniques ou des Canadiens et leurs collaborateurs québécois : Bethune, Braves de Lachine, Braves de Montréal, Braves de Notre-Dame-de-Grâce, Braves d\u2019Outre- 46 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 mont, Braves du Canada et Lord Strathcona, Burns, Caboto, Cartier (sir Georges-Étienne), Edward VII, Lafontaine (sir Louis-Hippolyte), Laurier (sir Wilfrid), Lion (symbole de Victoria), MacDonald, Nelson (Horatio), Victoria, Young.Une seule statue honore un personnage important de l\u2019histoire de l\u2019Église catholique au Québec, celle du frère André, thaumaturge.La Ville rend hommage à d\u2019autres personnages liés à l\u2019Église - Marguerite Bourgeoys, Émilie Gamelin, Marie-Victorin -, non pas pour leur conduite exemplaire comme chrétiens ou catholiques, mais pour leur rôle civique important.Sur la façade du Parlement de Québec, l\u2019État québécois rend hommage à quatre représentants du Conquérant britannique - Baldwin, Dorchester, Elgin, Wolfe - et à deux de leurs collaborateurs québécois - De Salaberry et Lafontaine (sir Louis-Hippolyte).Notons également, devant le Parlement, la statue en hommage à Robert Bourassa, collaborateur essentiel de l\u2019État canadien dans l\u2019écrasement de l\u2019infime mouvement de résistance armée au Québec en 1970 et, surtout, dans la tentative d\u2019affaiblissement du mouvement de résistance non violente (environ 400 arrestations).Le fait que ce premier ministre a créé par la suite de nombreux emplois dans le Nord du Québec suffirait-il à contrebalancer sa collaboration avec le gouvernement canadien pour tenter d\u2019éliminer la résistance québécoise ?La toponymie Au Québec, selon Jocelyn Saint-Pierre (1995 : 81-82), parmi les quelque 6000 noms désignant des accidents géographiques ou des entités administratives, 16 % contiennent le mot « Saint » ou « Sainte », tandis que 12 % sont de « souche anglaise ».Certains des personnages honorés dont les noms sont de « souche anglaise » étaient peut-être des alliés de la nation québécoise, mais leur nombre et leur identité sont toujours inconnus.Quant aux noms de lieux contenant le 47 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 mot « Saint » ou « Sainte », il est probable que la plupart de ceux qui les utilisent aujourd\u2019hui ignorent qui étaient les personnages honorés.Ces noms sont en train de connaître le même sort que ceux des jours de la semaine évoqués dans la section « Mots et symboles » : le souvenir des personnages honorés disparaît.La formation civique Dans les écoles primaires et secondaires, il existe probablement beaucoup d\u2019associations de sports et de loisirs où les élèves ont l\u2019occasion de participer à une prise de décision collective.Cependant, une étude menée sur les associations d\u2019élèves de quatre écoles secondaires montre que le fonctionnement de ces associations repose, aux dires des auteurs, sur une « conception élitiste de la participation » et que le débat y est peu encouragé (Tessier et McAndrew 2001 : 200).Quant au contenu des cours sur l\u2019histoire nationale et le fonctionnement des institutions politiques au Canada et au Québec dans les écoles secondaires, l\u2019esprit de bonne entente à tout prix et l\u2019autocensure ont pour conséquence de renforcer l\u2019assujettissement du Québec à l\u2019État canadien.Ainsi, dans le cours « Histoire et éducation à la citoyenneté » de la première année du deuxième cycle du secondaire (Éducation, Loisir et Sport Québec, site Web), on veut notamment amener les élèves « à comprendre que, dans une société, il existe des rapports de dépendance (p.40) » , « à réfléchir comment, dans la société actuelle, concilier différences, intérêts et coexistence (p.44) » ou, pour masquer encore plus la question de la résistance nationale québécoise, « à prendre conscience que la conception de la nation n\u2019est pas la même pour tous les citoyens et que cela est encore, aujourd\u2019hui, source de débats de société (p.48) ». 48 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Enfin, le cours « Éthique et culture religieuse » sape le civisme.L\u2019intitulé même du cours laisse entendre que toute morale est indissociable d\u2019une religion et qu\u2019il n\u2019existerait donc pas de morale civique.De plus, le simple fait de présenter des religions dans le cadre d\u2019un cours destiné à favoriser le dialogue et le rapprochement entre les élèves amène ceux-ci à croire à la valeur positive de ces religions.L\u2019instauration du cours « Éthique et culture religieuse » est l\u2019application locale de la nouvelle stratégie adoptée à Rome en 1965 par l\u2019Église catholique, le « dialogue interreligieux », afin de remplacer l\u2019ancienne stratégie de domination : « Il fut un temps où les images de conquête étaient monnaie courante dans le vocabulaire de la mission (Sagazan 1998 : 30) ».Un autre promoteur de la nouvelle stratégie précise que « le vrai dialogue est déjà aussi évangélisation (Henry 1966 : 18) ».Recommandations Les recommandations qui suivent visent à renforcer le culte civique et la formation civique au Québec en éliminant la double influence des associations religieuses et de l\u2019État canadien.Toutes peuvent être mises en œuvre dès maintenant par des groupes de citoyens, les commissions scolaires, les municipalités ou l\u2019État québécois, selon l\u2019étendue de leurs responsabilités.L\u2019État canadien s\u2019opposera à certaines d\u2019entre elles au nom de la Charte canadienne des droits et libertés.Qui oserait en douter ?Au Québec même, certaines associations religieuses ou certains de leurs membres refuseront d\u2019admettre la prédominance des lois civiles sur les lois religieuses.Ils accuseront les partisans de la Charte du civisme de violer la liberté 49 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 de penser et la liberté de religion.À cela, il faut répondre qu\u2019aucun État ne pourra jamais empêcher qui que ce soit de penser et de croire ce qu\u2019il veut.Quant aux restrictions éventuelles imposées à la liberté de religion (personne ne souhaitera éliminer les cultes, à notre avis), nos concitoyens membres d\u2019une association religieuse devraient y consentir s\u2019ils sont de véritables démocrates.Pleins d\u2019une gratitude paradoxale envers les conquérants britanniques et leurs héritiers canadiens, des Québécois se porteront à la défense de l\u2019État canadien2.Ils ressortiront le mythe des deux peuples fondateurs, comme l\u2019a fait encore récemment le chef du Parti libéral du Québec et premier ministre du gouvernement québécois, et parleront comme lui d\u2019un « pays dont nous sommes les coauteurs » (Jean Charest, Le Devoir, 2-3 avril 2011, p.A10).Enfin, d\u2019autres Québécois qui se diront « réalistes » invoqueront des déterminismes sociaux, politiques ou économiques, des statistiques ou des sondages.Ceux qui ne veulent pas agir trouveront toujours une excuse.Rappelons-nous que les promoteurs de la Charte de la langue française n\u2019en ont pas cherché, eux ! Pour clore ce préambule, signalons qu\u2019il faut lire les recommandations qui concernent particulièrement le culte civique en gardant à l\u2019esprit la distinction capitale entre jugement de valeur et jugement de réalité : retirer une marque d\u2019hommage à une personnalité ne fait pas disparaître cette personnalité des récits historiques.La méconnaissance de cette distinction a obscurci et risque d\u2019obscurcir encore de nombreux débats.2 L\u2019ensemble des comportements liés à cette gratitude paradoxale est aussi connu sous le nom de « syndrome de Stockholm » (Gaudreault 2006). 50 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 1.Réduction de l\u2019emprise des associations religieuses Confiner les cultes, cérémonies, discours, pratiques, symboles et objets religieux à des bâtiments spéciaux où les associations religieuses, catholiques ou autres, tiendront leurs activités de façon discrète, c\u2019est-à-dire de manière à ce que celles-ci ne soient pas perçues des personnes qui circulent ou habitent autour.Interdire le prosélytisme et le port de signes d\u2019appartenance à une association religieuse dans les établissements possédés ou subventionnés par l\u2019État ou par une municipalité, ainsi que dans tous les lieux et dans toutes les circonstances où de tels comportements risqueraient de troubler l\u2019ordre public.Encadrer rigoureusement la construction de nouveaux bâtiments à usage religieux.Si des bâtiments à usage religieux existants ont un intérêt historique ou esthétique particulier pour l\u2019État, celui-ci peut les acquérir pour en faire des musées ou des bibliothèques, ou encore y tenir des cérémonies civiques.Retirer des lieux publics les sculptures ou œuvres d\u2019art qui relèvent d\u2019un culte religieux, notamment le crucifix de l\u2019Assemblée nationale, la statue du frère André à Montréal et les croix de chemin, et les installer dans un musée, si ces objets ont un intérêt historique ou esthétique.Transformer la croix du mont Royal en un symbole authentiquement civique par l\u2019ajout des nouvelles armoiries du Québec (voir à la fin du point 2 ci-dessous) ; adopter un code spécial de couleurs pour les ampoules afin de faire servir la croix à la fois au culte civique et à diverses célébrations.Remplacer au besoin les noms de lieux ou d\u2019édifices publics incluant les mots « Saint » ou « Sainte » par les noms de personnalités à honorer.Laisser l\u2019application de cette mesure à la discrétion des municipalités. 51 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Faire obstacle au financement des associations religieuses au moyen de diverses mesures : faire dépendre les subventions aux universités de la transformation des facultés de théologie en centres de recherche interdisciplinaire sur les religions ou, à la rigueur, en départements des sciences de la religion, à condition que ceux-ci ne soient pas un moyen déguisé de former des théologiens, des clercs ou des caté-chètes pour diverses associations religieuses ; abolir les déductions fiscales des associations religieuses et de ceux qui leur font des dons ; empêcher tout financement provenant de l\u2019étranger.2.Réduction de l\u2019emprise de l\u2019État canadien Retirer les sculptures publiques en hommage aux grands personnages de l\u2019histoire de la Grande-Bretagne et du Canada, y compris celles en hommage aux collaborateurs québécois du Conquérant et de l\u2019État héritier.Les mettre dans un musée pour l\u2019instruction des générations futures.Remplacer les noms de lieux (villes, villages, voie de circulation, etc.) en hommage aux conquérants britanniques, à leurs successeurs canadiens et à leurs collaborateurs québécois par les noms de personnalités qui méritent vraiment la gratitude des Québécois.Promouvoir la non-participation ou la résistance non violente aux fêtes de l\u2019État canadien, notamment le jour du Souvenir, hommage aux soldats canadiens (y compris à leurs collaborateurs québécois) morts pour la Grande-Bretagne ou le Canada.Trouver un sens nouveau à la fête de l\u2019Action de grâces.Remplacer les armoiries actuelles du Québec par de nouvelles armoiries comprenant trois fleurs de lys blanches sur fond bleu, par exemple.Conserver le listel « Je me souviens ». 52 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Remarque à propos des points 1 et 2 ci-dessus : Les nouvelles personnalités à honorer seront québécoises ou étrangères et issues de tous les domaines (politique, scientifique, artistique, etc.).Du côté canadien, inclure les personnalités qui ont aidé ou auront aidé de façon exemplaire la cause de l\u2019indépendance du Québec, mais laisser de côté tout autre type de personnalités.3.Formation civique à l'école Remplacer les cours « Éthique et culture religieuse » et « Histoire et éducation à la citoyenneté » par un cours de formation civique dont les éléments seront répartis sur plusieurs années : réflexion précoce sur le principe de l\u2019association et la morale civique ; apprentissage de la distinction entre jugement de réalité et jugement de valeur ; étude du fonctionnement des associations et des journaux à l\u2019école ; conduite de réunions ; liberté de parole et limites de la liberté de parole ; rôle des médias dans la démocratie ; lois et institutions ; histoire critique des lois et des institutions depuis la Conquête ; analyse du serment civique.Le cours d\u2019histoire reprendrait son autonomie et viserait à situer l\u2019histoire sociale, économique et politique du Québec dans l\u2019histoire de l\u2019Occident et du monde.Quant à la « culture religieuse », celle qui permet de comprendre certaines œuvres d\u2019art ou certains événements politiques, elle serait distillée selon les besoins dans les cours existants de littérature, d\u2019histoire de l\u2019art et d\u2019histoire générale.Créer des associations d\u2019élèves dans chaque classe et dans chaque école dans le but de favoriser l\u2019apprentissage de la démocratie directe et par délégation.Créer des journaux d\u2019élèves dans chaque classe et dans chaque école dans le but de favoriser, au moyen de l\u2019écrit, l\u2019apprentissage de la liberté d\u2019expression et de ses limites. 53 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Mettre en place un processus qui permettrait à la fois aux élèves et aux enseignants de dénoncer les auteurs de harcèlement, de menaces et d\u2019agressions.Ce processus aurait pour but 1) d\u2019assurer la protection des élèves et des enseignants, 2) d\u2019instaurer un climat serein dans les écoles et 3) de favoriser chez les élèves l\u2019apprentissage de la liberté de dénonciation propre au système judiciaire des adultes.Rappeler aux enseignants et aux directeurs d\u2019école leurs responsabilités face au processus de dénonciation.Créer un poste d\u2019ombudsman des élèves dans chaque commission scolaire afin de renforcer le travail des enseignants et des directeurs d\u2019école.4.\tCivisme international Adopter officiellement une fête existante, le jour de la Terre, célébré le 22 avril de chaque année au Québec et ailleurs dans le monde par les groupes environnementalistes.Transformer cette fête en hommage aux promoteurs de la protection de l\u2019environnement, qui vise en fin de compte la protection physique de l\u2019être humain.Créer un prix doté d\u2019une bourse importante et, à l\u2019occasion de la fête annuelle, le remettre à la personne ou au groupe qui s\u2019est particulièrement illustré cette année-là dans la promotion de la protection de l\u2019environnement au Québec ou ailleurs.Proposer d\u2019autres fêtes à la communauté des nations pour promouvoir le civisme international.5.\tSerment civique Proposer dès maintenant aux résidents du Québec d\u2019au moins 18 ans de prononcer un serment civique semblable à celui des jeunes Athéniens.Voici une version partiellement modifiée de ce serment légué par l\u2019Antiquité : 54 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Je ne laisserai pas la patrie diminuée, mais je la laisserai plus grande que je ne l\u2019aurai reçue.J\u2019obéirai aux ordres légitimes des magistrats.Je serai soumis aux lois justes que le peuple québécois a faites et fera d\u2019un commun accord ; si quelqu\u2019un veut renverser ces lois ou leur désobéir, je ne l\u2019accepterai pas, mais je combattrai pour elles, ou seul ou avec tous.Je respecterai le culte civique établi par les citoyens du Québec.Le serment ci-dessus peut-être prononcé devant un citoyen québécois émérite, homme ou femme, jeune ou âgé, mandaté ou non actuellement par l\u2019État québécois.Il ne contient aucune mention de dieux ou de cultes rendus à des dieux, comme il se doit dans une démocratie où toute loi religieuse prédominante enfreint le principe de la souveraineté du peuple.Les ordres légitimes des magistrats sont ceux qui ont pour but de faire respecter les lois québécoises ou le principe fondamental de l\u2019entraide.Le candidat à la citoyenneté fait serment, d\u2019une part, de participer à l\u2019élaboration des lois (il s\u2019inclut dans le peuple québécois qui fera les lois d\u2019un commun accord) et, d\u2019autre part, de combattre pour elles.Le combat pour faire respecter les lois exclut tout recours aux moyens violents entre membres du pacte social.L\u2019État québécois rendra le serment civique obligatoire à 18 ans ou après une période de formation civique raisonnable.Ce serment pourra être annulé uniquement par l\u2019exil ou l\u2019émigration.Conclusion Une charte du civisme au Québec combattrait la déresponsabilisation entretenue par une longue habitude de soumission au clergé catholique et au pouvoir britannique et canadien.Le civisme est une doctrine qui prône l\u2019entraide entre tous les citoyens, le respect des lois qui en découlent et que les citoyens ont établies d\u2019un commun accord, ainsi 55 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 que le respect du culte rendu aux personnes dont le comportement a été exemplaire.Il est incompatible avec toute doctrine qui attribue l\u2019origine des lois à un être surnaturel ou à un État étranger.Le civisme repose sur la souveraineté du peuple, sur l\u2019absolue liberté des citoyens de faire ou de défaire collectivement les lois de l\u2019État, ce qui est l\u2019essence même de la démocratie.Dans certains pays, l\u2019État donne une formation civique aux candidats à la citoyenneté dans le but de les préparer à leur adhésion au pacte d\u2019alliance des citoyens.Afin de maintenir vivant l\u2019engagement initial, l\u2019État instaure en outre un culte civique dans lequel il rend hommage aux personnes dont le comportement a été exemplaire : de façon permanente, en donnant le nom de ces personnes à divers lieux ou en installant leur effigie sculptée au centre des agglomérations ; de façon périodique, en organisant des fêtes annuelles.Au Québec, pour asseoir leur domination, l\u2019Église catholique, l\u2019État conquérant et l\u2019État canadien, héritier du Conquérant, ont fait obstacle à l\u2019émergence d\u2019un véritable civisme.Appliquant une stratégie constante de collaboration avec les vainqueurs, l\u2019Église a obtenu en récompense le monopole de l\u2019enseignement dans les écoles de langue française et formé des catholiques plutôt que des citoyens.Cette mainmise a eu aussi un retentissement dans le culte civique où, par exemple, l\u2019on ne compte plus les noms de lieux comprenant les mots « Saint » ou « Sainte ».L\u2019État britannique et l\u2019État héritier ont également perverti le civisme au Québec.Beaucoup plus que l\u2019Église catholique, ils ont fait sentir leur puissance dans les sculptures publiques, la toponymie et les fêtes annuelles.Quant à la formation civique, elle est actuellement compromise par les partisans du dialogue interreligieux au service de l\u2019Église catholique de Rome et les collaborateurs de l\u2019État canadien usurpateur. 56 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 De cet état de fait découle logiquement un ensemble de recommandations pour le redressement du civisme dévoyé au Québec.Celles-ci se fondent, d\u2019une part, sur une stratégie de confinement des associations religieuses et d\u2019élimination du culte civique canadien sur le territoire québécois et, d\u2019autre part, sur une stratégie de promotion du civisme touchant le culte civique, la formation civique et le serment civique.L\u2019adoption d\u2019une charte du civisme devrait être suivie de celle de la Constitution du Québec, et ce, avant l\u2019indépendance.Toutefois, il n\u2019est pas nécessaire d\u2019attendre l\u2019adoption d\u2019une charte du civisme et d\u2019une constitution pour commencer à mettre en œuvre dès maintenant les mesures recommandées selon son domaine de responsabilité.« Chaque homme doit se dire : suis-je bien celui qui a le droit d\u2019agir de telle sorte que l\u2019humanité se règle sur mes actes ?», affirme Jean-Paul Sartre (1996 [1945] : 36).Pour le philosophe existentialiste, la réponse est nette : il ne fait pas de doute que le sujet individuel est responsable du monde qui l\u2019entoure, que les autres sujets scrutent son action et se laissent influencer par elle.Cette philosophie de la liberté et de l\u2019engagement est une autre façon d\u2019exprimer la doctrine du civisme.Chaque citoyen doit être un exemple pour les autres citoyens et l\u2019État du Québec doit être un exemple pour les autres États.Allons-nous renoncer à la liberté et déchoir aux yeux de toutes les nations libres, aux yeux de nos descendants et à nos propres yeux ? 57 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Bibliographie ARCHAMBAULT, Jacques, LÉVESQUE, Eugénie.Le drapeau québécois.2e éd.[1re éd.1974].Québec : Éditeur officiel du Québec, 1978.XI + 77 p., ill.BELLAH, Robert N., « La religion civile aux États-Unis », traduit de l\u2019anglais (« Civil Religion in America », Daedalus (96), 1967, p.1-21) par P.E.Dauzat, Le Débat (30), mai 1984, p.95-111.BROSSARD, Jacques.L\u2019accession à la souveraineté et le cas du Québec.Conditions et modalités politico-juridiques.2e éd.[ire éd.1976].Suivi de Supplément, par Daniel TURP (1995).Montréal : Presses de l\u2019Université de Montréal, i995.853 p.CITOYENNETÉ ET IMMIGRATION CANADA, Découvrir le Canada.Les droits et les responsabilités liés à la citoyenneté.Ottawa : Gouvernement du Canada, 2009.63 p.ÉDUCATION, LOISIR ET SPORT QUÉBEC, « Histoire et éducation à la citoyenneté ».[En ligne] http ://www.mels.gouv.qc.ca/Secondaire-deuxième-cycle-/Français/ Domaine-de-l\u2019univers-social (document consulté le 11 juin 2011).CRETIN, Nadine.Fête des Fous, Saint-Jean, Belles de mai.Une histoire du calendrier.Paris : Éditions du Seuil, 2008.392 p.[FILIATRAULT, Elphège].Notre drapeau.[Saint-Hyacinthe, Québec : La Tribune, 1903] 23 p., ill.(Les données entre crochets sont tirées de l\u2019ouvrage d\u2019Archambault et Lévesque cité plus haut.) 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janvier 2012 TRAVAUX PUBLICS ET SERVICES GOUVERNEMENTAUX CANADA (français), Termium Plus, Clés de recherche, Termes français, « Action de grâces », Lancer la recherche.[En ligne] http ://www.termiumplus.gc.ca (document consulté de 11 juin 2011).VILLE DE MONTRÉAL, « La croix du Mont-Royal », sous « Activités et Loisirs », « Archives et patrimoine », « Archives de Montréal », puis taper « La croix du Mont-Royal » dans la fenêtre « Recherche ».http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid= 165,2363548&_dad=portal&_schema=PORTAL (document consulté le 23 juillet 2011).WEIGHALL, Arthur.Survivances païennes dans le monde chrétien.Traduit de l\u2019anglais [The Paganism in our Christianity, 1928] par Ariane Flournoy.Préface d\u2019Édouard Claparède.Paris : Payot, 1934.230 p. 6i ARTICLES Paul-Émile Roy* LES DESSINS DE PIERRE VADEBONCOEUR Pierre Vadeboncoeur est décédé le 11 février 2010.Yvon Rivard a publié, depuis cette date, chez Bellarmin, le précieux petit ouvrage posthume Fragments d\u2019éternité qui précise sa pensée sur des sujets qu\u2019il a souvent abordés, la forme, l\u2019invisible, l\u2019éternité, la spiritualité, etc.Et voilà que Del Busso Éditeur, sous le titre Petite comédie humaine.Croquis, nous offre un très beau petit livre contenant des dessins de Vadeboncoeur présentés par Réjean Beaudoin qui était un ami et un correspondant de Vadeboncoeur.Tous ces dessins, comme l\u2019écrit Réjean Beaudoin, désignent des figures humaines.L\u2019ensemble des portraits offre, dit-il, une variété d\u2019individus anonymes observés dans les transports en commun, les musées et les salles d\u2019attente, plus rarement des personnalités du monde politique ou culturel surpris dans un lancement, une conférence ou un vernissage, aisément reconnaissables quant à la ressemblance physique.Il en résulte une galerie sociologique en forme de petite comédie humaine aux postures diversement hilarantes et insolites.Ces considérations de Réjean Beaudoin donnent une excellente idée de l\u2019ouvrage qu\u2019il présente.Je voudrais seulement essayer de décrire mes propres réactions devant les dessins de Vadeboncoeur.* Ecrivain, membre émérite de la Ligue d'action nationale 62 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 À partir de 1984 jusqu\u2019à sa mort, j\u2019ai entretenu avec Pierre Vadeboncoeur une correspondance très fournie dont une première partie vient d\u2019être publiée par Yvon Rivard chez Leméac.Comme Réjean Beaudoin, je recevais régulièrement, il y a une quinzaine d\u2019années, avec les lettres qu\u2019il m\u2019envoyait, des dessins qui sont exactement ceux que l\u2019éditeur Del Busso vient de publier.À lire Vadeboncoeur, ces dessins n\u2019avaient rien de sérieux, ils n\u2019étaient pas des oeuvres d\u2019art, ils n\u2019étaient que de « vagues crayonnages ».Pourtant, c\u2019est lui-même qui les prépara pour la publication après sa mort.Il en était de ses dessins, me semble-t-il, comme de sa correspondance.Parfois, il affirmait qu\u2019il fallait tout faire disparaître, ne rien conserver, mais à d\u2019autres moments, il disait qu\u2019il fallait peut-être faire un choix, le déposer à la Fondation Lionel-Groulx, ou dans une bibliothèque.D\u2019ailleurs, madame Vadeboncoeur m\u2019a remis, après sa mort, un paquet de lettres qu\u2019il avait regroupées et ficelées avec un élastique sur lequel il avait écrit: « Lettres philosophiques ».Ce « philosophiques » me surprit quelque peu car, dans ces quelque sept cent lettres que nous avons échangées, nous ne nous sommes jamais pris pour des philosophes, nous ne nous sommes jamais accolé l\u2019étiquette de « philosophes ».J\u2019imagine que dans son esprit, cette étiquette voulait indiquer que ces lettres avaient une importance particulière et qu\u2019il fallait les conserver.Vadeboncoeur était-il un homme indécis, perplexe ?Je dirais qu\u2019il n\u2019était pas dogmatique, pas sceptique non plus, mais un homme en éveil, disponible, insatisfait, en marche jusqu\u2019à la fin.Il m\u2019écrivait un jour qu\u2019il aurait été disposé à détruire si possible tous ses écrits politiques, qu\u2019il ne s\u2019intéressait plus qu\u2019à l\u2019art, à l\u2019amour, à la spiritualité, mais jusqu\u2019à la fin, il continua à écrire, et de façon très engagée, sur la société, la politique.Vadeboncoeur n\u2019était pas arrivé.Sa pensée, son expérience restaient ouvertes, et c\u2019est ce qui, pour ma part, me fascinait chez lui. 63 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Je reviens au dessin.Pas sérieux, le dessin, pour lui ?Lisez le merveilleux chapitre de Les deux royaumes, « Les Traces de l\u2019invisible ».« Le dessin travaille le mystère, il opère sur lui comme par induction ».Relisez Qui est le chevalier ?, Dix-sept tableaux d\u2019enfant, L\u2019Absence.Ces livres contiennent des pages magnifiques sur le dessin, dont je voudrais essayer de dégager le sens, ce qui n\u2019est pas facile.Il faut noter d\u2019abord que le dessin est très différent de la photographie.Dans le dessin, écrit-il dans Les deux royaumes, il n\u2019y a pas de durée.Alors que la photo renvoie à la réalité et au déroulement de celle-ci dans le temps, le dessin est un cliché dans l\u2019instant.Alors que la photo renvoie à la chose vue, photographiée, le dessin renvoie à lui-même.Il affirme qu\u2019il est sans généalogie, le cliché d\u2019un instant.En même temps, le dessin contient plus que ce qu\u2019on y a mis.Il dit qu\u2019il « travaille sur le mystère », qu\u2019il « opère sur lui comme par induction ».Alors que la photo fixe un moment, le dessin échappe en quelque sorte au temps.Il dit encore que la photo renvoie à la chose vue alors que le dessin renvoie à lui-même.Alors que la photo fixe le visible, le dessin traque l\u2019invisible.On pourrait dire encore qu\u2019alors que la photo fixe une scène ou un objet qui devient un souvenir, le dessin capte un secret vital qui échappe au temps, comme le sphinx.Il suffit, par exemple, de feuilleter le livre de ses dessins pour constater que nous ne sommes pas ici dans un album de photos, pas dans un paysage mais quelque part hors du temps et de l\u2019espace.On voit comment le dessin est pour Vadeboncoeur une forme d\u2019art d\u2019une qualité très particulière, et on le comprend encore davantage si on essaie de saisir la relation qui existe, selon lui, entre le dessin et la « forme ».Très tôt dans son oeuvre, il s\u2019est exprimé sur cette réalité de la forme.mais dans ses derniers écrits, et spécialement dans Fragments d\u2019éternité, la tentative de cerner la forme était presque une obsession. 65 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 La forme, dit-il, dans Fragments d\u2019éternité, « appartient à un autre monde ».Elle est une « figure de l\u2019absolu et elle est absolue ».La forme des êtres est une réalité, un fait, elle ne s\u2019explique pas.Elle est dans une espèce d\u2019au-delà par rapport à notre appréhension.Elle est « partagée entre le visible et l\u2019invisible ».Elle est le langage de l\u2019être.Or, dans Dix-sept tableaux d\u2019enfant, Vadeboncoeur met le dessin en relation précise avec la forme.« La forme reconnaissable, écrit-il, s\u2019éternise dans un dessin ».On ne pourrait pas, me semble-t-il, formuler une telle considération au sujet d\u2019une photographie.Vadeboncoeur a écrit des pages d\u2019une grande pénétration sur Paul Valéry.Il connaissait sans doute son merveilleux petit livre Degas, danse, dessin.Valéry fréquentait le grand peintre Degas.Ce dernier, évidemment, expliquait ce qu\u2019était le dessin.Un jour, Valéry lui demanda : « Mais enfin, qu\u2019est-ce donc que vous entendez par le Dessin ?».Et Degas lui répondit : « Le dessin n\u2019est pas la forme, il est la manière de voir la forme ».Une explication que Vadeboncoeur connaissait sans doute, et qu\u2019en tout cas, il aurait fait sienne, me semble-t-il.Ces considérations, comme celles de Vadeboncoeur, nous transportent au seuil de l\u2019inexprimable.Nous restons bouche bée devant ses dessins.Ils nous parlent dans un silence qui transcende les mots.Je crois lire dans ces dessins un grand amour de l\u2019humanité.Le titre du livre est très bien choisi, me semble-t-il : une petite comédie humaine.Des caricatures ?Des sourires ?Je crois y lire une grande tendresse pour l\u2019humanité qui est un peu simpliste, peut-être, mais pas méchante au fond ! Ce qui me semble évident, quand on a en tête ce qu\u2019a écrit Vadeboncoeur sur le dessin, c\u2019est qu\u2019on doit admettre que 66 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 les dessins qu\u2019on nous présente dans ce charmant livre ne sont pas seulement et pas surtout de l\u2019ordre de la critique sociale, mais de l\u2019ordre de l\u2019art, c\u2019est-à-dire de l\u2019« apparition de l\u2019être ».J\u2019ajoute une dernière considération.Un des aspects du dessin qui plaît à Vadeboncoeur, c\u2019est son humilité, sa simplicité, son dépouillement.Les essais inactuels contiennent un passage magnifique sur le grand sculpteur Rodin que Vadeboncoeur trouve trop « expressionniste ».Un passage sur Victor Hugo qui « célèbre la pensée plutôt que de penser ».Il y a chez Vadeboncoeur un goût de la simplicité, du dépouillement que le dessin satisfait.Je propose à mon lecteur deux phrases tirées de L\u2019Absence, sur le dessin.Je lui recommande de les avoir à la pensée pendant qu\u2019il tourne les pages de Une petite comédie humaine.« Rien n\u2019est plus avancé dans l\u2019immédiateté qu\u2019un vrai dessin ».« La forme reconnaissable s\u2019éternise dans un dessin ».? V- A, Fra.ttçois~Albev*t A risers n -l\u2019ï'h p.v. 68 ARTICLES Jean-Charles Panneton* LE DIRECTORAT DE PIERRE LAPORTE À L\u2019ACTION NATIONALE Mars 1954.François-Albert Angers, président de la Ligue d\u2019action nationale, présente aux lecteurs, Pierre Laporte, le nouveau directeur de L'Action nationale : Il nous arrive donc à L'Action nationale fort de sa jeunesse d\u2019une part, et surtout d\u2019autre part de sa grande expérience journalistique, de sa formation nationaliste du meilleur aloi et de sa plume alerte.Grâce à lui, nous avons le ferme espoir que L'Action nationale, et avec elle tout ce qu\u2019il y a de plus profond et de sain dans les aspirations nationales du Canada français, connaîtront un regain de vigueur1.C\u2019est Lionel Groulx qui recrute le journaliste du Devoir comme il le précise dans l\u2019une de ses correspondances : Je suis allé chercher moi-même le nouveau directeur ; je l\u2019ai fait agréer par mes collègues de la direction.On pouvait peut-être rêver mieux ; mais l\u2019homme est jeune, plein de bonne volonté, courageux ; nous allons essayer de lui fournir une excellente équipe.Et c\u2019est notre espoir qu\u2019une tribune vivante pourra faire entendre une voix qui depuis trop longtemps avait appris à se taire2.* Historien et politologue de formation, auteur notamment des biographies Georges-Emile Lapalme précurseur de la Révolution tranquille (2001) et Pierre Laporte Parcours d'un homme d'action (à paraître en 2012).1\tFrançois-Albert Angers, « Un nouveau directeur », L'Action nationale, Vol.XLIII, numéros 3 et 4, mars-avril 1954, p.301.2\tCLG-1, Fonds Lionel-Groulx, P1/A 2124, Lettre de Lionel Groulx à Achille Larouche, 16 décembre 1954. 69 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Une redéfinition du nationalisme qui crée de vives tensions En 1954, la situation de la revue est préoccupante, précise Angers, le président de la Ligue : Au cours des récents mois, nous sommes bien obligés d\u2019admettre que nos lecteurs ont eu raison de se plaindre de nous.La situation difficile dans laquelle nous nous trouvions du point de vue personnel ne nous permettait plus de leur offrir des numéros aussi bien bâtis que par le passé3.Cette situation désastreuse découle des tensions et des querelles entre les tenants de deux mouvances nationalistes, soit celles des traditionnalistes et des néo-nationalistes.Directeur de la revue de 1948 à 1954, André Laurendeau tente de redéfinir le nationalisme dont la préoccupation principale n\u2019est plus le catholicisme mais la question sociale.L\u2019historienne Pascale Ryan résume bien l\u2019évolution de Laurendeau, devenu peu à peu le maître à penser du néonationalisme : Depuis la guerre, la question sociale préoccupe Laurendeau.Son expérience lui a montré que la classe ouvrière est la moins touchée par la question nationale.Laurendeau cherche à comprendre pourquoi ?C\u2019est pourquoi il lance un programme de recherche et d\u2019action qui tienne compte des nouvelles réalités sociales et urbaines du Québec4.Cette redéfinition du nationalisme crée de vives tensions entre les nationalistes de la Ligue.À son départ en 1954, Laurendeau souhaite que Jean-Marc Léger lui succède.Or, celui-ci est clairement identifié comme néo-nationaliste depuis qu\u2019il a dénoncé, notamment dans la revue française 3\tIbid.4\tPascale Ryan, Penser la nation : la Ligue d'action nationale, 1917-1960, Montréal, Leméac, 2006, p.244. 70 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Esprit, le nationalisme traditionnel, le qualifiant notamment d\u2019antibritannique, xénophobe et antisocial.Le président sortant de la Ligue, Anatole Vanier, chef de file des traditionnalistes, s\u2019oppose à ce candidat et propose André Dagenais, plus près de ses valeurs.Pour certains traditionnalistes, dont l\u2019historien Robert Rumilly, Laurendeau a véritablement tenté de noyauter L'Action nationale avec l\u2019aide de ses amis gauchistes : André Laurendeau dirigeait la revue mensuelle, organe du groupe.Il y accueillit la prose de ses collègues gauchistes.Ceux-ci exprimèrent leurs thèses sans vergogne et attaquèrent les adversaires du gauchisme dans une revue fondée pour tout autre chose - pour défendre les droits des Canadiens français5.Lionel Groulx et Anatole Vanier proposent un candidat de compromis, Pierre Laporte, que l\u2019on juge capable de réconcilier les parties.Mais les querelles entre les nationalistes ont provoqué la désaffection de nombreux abonnés, aggravant ainsi la situation financière déjà désastreuse de la revue.Pour certains traditionnalistes toutefois, les positions progressistes de Laporte sont perçues comme étant gauchistes : La revue continue, sous Laporte comme sous Laurendeau, la besogne gauchiste pour laquelle elle n\u2019a pas été créée.Elle prend furieusement parti contre le gouvernement provincial, ce qui est contraire aux habitudes de la ligue6.Dans le numéro de juillet et août 1954, le nouveau directeur aborde de front la désaffection des lecteurs qui mine considérablement les finances de la revue.Laporte lance quelques pistes de solution pour gagner de nouveaux lecteurs: 5\tRobert Rumilly, L\u2019infiltration gauchiste au Canada français, op.cit., p.97-98.6\tOp.cit., p.100. 71 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Septembre sera le mois de L'Action nationale.Nous avons organisé pour ce mois une grande campagne d\u2019abonnement.Nous aurons quatre moyens d\u2019action : le concours de journaux amis, le travail bénévole d\u2019un grand nombre d\u2019auxiliaires, l\u2019effort collectif de certaines associations, la collaboration de nos abonnés.Tous auront un même but : augmenter sensiblement le nombre de nos abonnés7.Une revue à réorganiser Les premiers gestes que pose Laporte à la revue sont salués par Lionel Groulx qui y voit du neuf et donc de la vie.Le chanoine lui suggère d\u2019intégrer de nouvelles rubriques sur la littérature et les arts, et des portraits de vedettes canadiennes-françaises : Que ne ressuscitez-vous, dans chaque numéro de L'Action nationale, la présentation ou le portrait d\u2019une vedette canadienne-française, en quelque domaine que ce soit ?C\u2019est un excellent moyen de mousser le jeune et le vrai talent, comme aussi de ramener à leur juste stature, les réputations usurpées.Dans le monde politique, vous pourriez peut-être commencer par Jean Drapeau ; dans le monde de la finance, par un Louis Lévesque ; dans le monde universitaire, par un Guy Frégault ou un Michel Brunet, etc, etc8.Dans sa lettre de réponse à Groulx, le nouveau directeur annonce l\u2019arrivée de Jean-Charles Tanguay qui se joint à l\u2019équipe en novembre 1954 à titre de chroniqueur littéraire et, une première biographie, consacrée à Me Antonio Perrault9.Il annonce la venue de deux nouveaux collaborateurs : Claude Sylvestre écrira sur le cinéma et le père Ambroise Lafortune publiera des contes.Sous son directo- 7\tPierre Laporte, « Nous aurons mille abonnés de plus si.», L'Action nationale, Vol.XLIII, numéros 7 et 8, juillet-août 1954, p.500.8\tCLG-1, Fonds Lionel-Groulx, Pi/A,2io8, Lettre de Lionel Groulx à Pierre Laporte, 7 septembre 1954.9\tCLG-1, Fonds Lionel-Groulx, Pi/A,2io8, Lettre de Pierre Laporte à Lionel Groulx, 16 septembre 1954. 72 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 rat, plusieurs collaborateurs produiront des textes ponctuels dans les pages de la revue dont les historiens Michel Brunet et Guy Frégault, de l\u2019École de Montréal, tel que recommandé par Lionel Groulx.Laporte lance la « Chronique du directeur » qu\u2019il définit d\u2019abord comme un résumé des principaux événements du mois dans la vie française.Ces chroniques s\u2019intéressent notamment à toutes les composantes des communautés francophones hors du Québec que ce soit au Canada ou aux États-Unis, à la défense de la langue française, entre autres, dans l\u2019affichage au Québec et aux nombreuses associations et organismes s\u2019inscrivant dans la mouvance nationaliste, tels que la Société Saint-Jean-Baptiste, Le Devoir, l\u2019Association catholique de la jeunesse canadienne-française (ACJC) et le Conseil de la vie française en Amérique.Mais Laporte ne compte pas limiter sa chronique à ce seul aspect : La chronique du directeur donnera des mots d\u2019ordre.Nous avons, de mois en mois, l\u2019occasion de manifester notre attachement à notre vie française.[.] Cette chronique couvrira beaucoup de terrain ; elle sera sans formalisme.Si le lecteur le veut, elle deviendra partiellement la sienne, en me communiquant ses impressions, en me parlant des problèmes particuliers de telle région, de tel groupement, en me tenant au courant des événements français dignes d\u2019être mentionnés10.Laporte prend la direction de L'Action nationale En septembre 1954, Laporte prend la direction effective de la revue.Il salue d\u2019emblée le travail effectué par ses prédécesseurs : 10 Pierre Laporte, « La chronique du directeur », L'Action nationale, Vol.XLIII, numéros 7 et 8, juillet-août 1954, p.529. 73 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 L'Action nationale existe depuis bientôt 30 ans.Avant elle il y avait eu L'Action canadienne-française et L'Action française.Au total plus de 40 années au service de la pensée française.C\u2019est un dossier impressionnant et bien fat celui qui prétendrait l\u2019oublier.Je veux donc rendre hommage à mes devanciers.Surtout au chanoine Lionel Groulx et à M.André Laurendeau, sous la direction desquels la revue, sous des noms différents, a connu ses années les plus efficaces11.Il établit d\u2019emblée les grandes orientations de la revue : L'Action nationale sera le véhicule des idées de la Ligue d\u2019action nationale.Les partis politiques, - Crédit social ou autres, - chercheront ailleurs des publicistes.Nous avons assez de problèmes à résoudre, des mots d\u2019ordre à donner, de choses à dire pour y consacrer toutes les pages de la revue de chaque mois12.Laporte précise que l\u2019anticléricalisme n\u2019aura pas sa place dans la revue en apportant toutefois une nuance : Chez certaines gens le cléricalisme va jusqu\u2019à renoncer à discuter avec le clergé.Pour eux toute parole d\u2019un prêtre, tout acte d\u2019un clerc est nécessairement parfait.Pas pour nous.Nous voulons à l\u2019occasion, discuter, différer d\u2019opinion.Le rôle que le clergé joue est trop vaste et touche trop de domaines pour qu\u2019on nous refuse un droit de regard13.Selon le nouveau directeur, la revue fera la promotion d\u2019un nationalisme canadien-français dynamique qui englobe toutes les classes de la société québécoise.Il compte s\u2019intéresser de près à l\u2019autonomie, l\u2019éducation, à l\u2019économie et à la jeunesse, qu\u2019il considère comme les quatre piliers de l\u2019épanouissement des Canadiens-français au pays.11\tPierre Laporte, « Où va L'Action nationale ?», L'Action nationale, vol.XLIV, numéro 1, septembre 1954, p.3.12\tOp.cit., p.4.13\tOp.cit., p.5. 74 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Nouvelle escarmouche entre traditionnalistes et néo-nationalistes Les querelles entre les traditionnalistes et les néo-nationalistes reprennent de plus belle au début de l\u2019été 1956.À l\u2019approche des élections générales du Québec, Jean-Marc Léger mène la charge contre l\u2019Union nationale sous le titre « Une trahison à combattre ; une imposture à dénoncer » dans le numéro de juin : Que reprochons-nous en effet à l\u2019Union nationale ?Essentiellement d\u2019avoir honteusement exploité l\u2019attachement naturel des Canadiens français à la cause, vitale pour eux, de l\u2019autonomie et d\u2019avoir desservi comme nul gouvernement encore ne l\u2019avait fait ; puis, sous couvert de nationalisme, d\u2019avoir pratiqué une politique d\u2019abandon en matière économique, une politique rétrograde en matière sociale, une politique d\u2019obscurantisme en matière d\u2019enseignement et de culture générale.Bref, d\u2019avoir placé son activité gouvernementale sous le triple signe de la concussion, de la stagnation et de la réaction dans tous les domaines et d\u2019avoir ébranlé, chez les masses populaires, d\u2019un côté, chez les intellectuels de l\u2019autre, la foi dans cette autonomie au nom de laquelle, on voulait leur faire accepter une des politiques les plus néfastes que cette province ait encore connues14.Léger conclut que le nationalisme conduisant à la libération du peuple canadien-français est de nature révolutionnaire, et il écorche les nationalistes traditionnels : Étant entendu que ceux qui persistent à afficher l\u2019étiquette nationaliste tout en pratiquant un comportement réactionnaire, doivent être dénoncés comme les plus dangereux ennemis du véritable nationalisme canadien-français15.14\tJean-Marc Léger, « Une trahison à combattre ; une imposture à dénoncer », L'Action nationale, vol.XLV, numéro 10, juin 1956, p.934.15\tOp.cit., p.940. 75 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Dans ce même numéro, l\u2019historien néo-nationaliste, Jean Blain, se lance dans une critique de l\u2019œuvre de Robert Rumilly, plus particulièrement de son ouvrage intitulé Quinze années de réalisations : On souhaiterait qu\u2019il prenne toutes les précautions pour dissocier dans l\u2019esprit du lecteur le Rumilly historien du Rumilly publiciste.Au contraire, il semble s\u2019appliquer à confondre les deux.Les Quinze années de réalisations se donnent comme une étude impartiale, écrite sans autre motif que de dire la vérité16.La réponse des traditionnalistes viendra à l\u2019automne par la plume d\u2019Anatole Vanier.Des querelles qui s\u2019enveniment Le directeur de la revue revient sur le sujet dans l\u2019édition de novembre, souhaitant que les discussions et les divergences d\u2019opinions s\u2019expriment sur un ton serein.Un débat utile pour les lecteurs de la revue : Nous savons nos lecteurs assez avertis pour accepter ce débat.Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas pareille discussion qui devrait les effrayer.C\u2019est le contraire qui serait tragique car alors notre peuple serait figé dans l\u2019immobilisme.Ce qui serait un pas important vers la disparition17.Pierre de Grandpré évoque également la nécessité de la discussion au sein des rangs nationalistes : Il importe, nous dit-on, que ceux qui ont au cœur le souci national présentent un front uni.L\u2019idéal serait qu\u2019ils pensent tous la même chose sur chaque problème particulier.16\tJean Blain, « Les trois ou quatre derniers Rumilly », L'Action nationale, vol.XLV, numéro 10, juin 1956, p.942.17\tPierre Laporte, « La chronique du directeur », L'Action nationale, vol.XLVI, numéro 3, novembre 1956, p.217. 76 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Ainsi serons-nous forts.Il n\u2019y a pas de place au sein du nationalisme pour l\u2019interrogation, la recherche, la pensée personnelle.Qui s\u2019en rendra coupable, on le taxera de gauchisme et on l\u2019exclura des rangs.Il nous faut l\u2019efficacité.La discussion est disgracieuse, elle est stérile18.Comme le souligne l\u2019historien Xavier Gélinas, la discordance idéologique se révèle entièrement dans ce numéro de novembre : Ce même numéro indique à quel point L'Action nationale de cette période rassemble, quant aux idéologies, tout et son contraire, dans un esprit peu convivial ; en effet, il contient aussi un article d\u2019Angers qui contredit son collègue à la Ligue, Jacques Perrault sur sa sympathie pour le CCF19.Anatole Vanier rédige une réplique à l\u2019article de Pierre de Grandpré qu\u2019il fait parvenir au directeur de la revue le 22 janvier 195720.Ayant reçu de nombreuses lettres de lecteurs choqués par un premier échange entre Léger et Vanier, Laporte propose de présenter la réplique de Vanier aux membres lors d\u2019une réunion de la Ligue : J\u2019espère, M.Vanier, que vous comprendrez la situation.Je crois que cette querelle du gauchisme et de la droite, est en train de nous diviser bien plus sûrement que tout ce qui s\u2019est fait ou a pu se faire dans le passé.Avant de porter nos querelles en public, avant de nous entredéchirer, souvent avec des expressions qui ne sont pas tout-à-fait définies, au milieu de gens qui ont un intérêt politique à cataloguer certains Canadiens français, je pense, que le sujet vaut d\u2019être étudié à la Ligue21.18\tPierre de Grandpré, « Cette gauche et cette droite », L'Action nationale, vol.XLVI, numéro 3, novembre 1956, p.243.19\tXavier Gélinas, La droite intellectuelle québécoise et la Révolution tranquille, Lévis, Les presses de l\u2019Université Laval, 2007, p.117.20\tCLG29 - Fonds Anatole-Vanier, P29 F77, lettre de Anatole Vanier à Pierre Laporte - 22 janvier 1957.21\tCLG29 - Fonds Anatole-Vanier, P29 F77, lettre de Pierre Laporte à Anatole Vanier - 28 janvier 1957. 77 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Vanier ne se laisse toutefois pas désarmer et exige que son article soit publié22.Laporte demeure inébranlable et dans une lettre à Vanier, il précise qu\u2019aucun article portant sur la droite ou la gauche ne sera publié dans les pages de la revue.Dans les mois suivants, l\u2019échange entre Laporte et Vanier dégénère.Dans une lettre en date du 18 avril 1957, Vanier met le directeur en demeure de publier son texte sinon il le fera publier ailleurs, ce qu\u2019il fera dans les pages du Temps, un hebdomadaire lié à l\u2019Union nationale.Il y dénoncera un directeur qui aime la discussion à sens unique.Les profonds clivages font en sorte que Laporte n\u2019arrive plus à maintenir la direction de la revue.Fatigués de ces querelles, de nombreux lecteurs désertent la revue provoquant à nouveau des problèmes financiers importants.Dans un tel contexte, Laporte n\u2019a d\u2019autre choix que d\u2019annoncer la suspension du numéro du mois de juin.Un appel à l\u2019unité des forces nationalistes Dans le numéro de septembre 1957, le directeur lance un ultime appel à l\u2019unité des forces nationalistes : Est-il trop tard pour que ces frères ennemis se rendent compte que ce qui les unit est plus puissant que ce qui les divise ?Qu\u2019ils sachent au moins que les coups qu\u2019ils croient s\u2019asséner mutuellement, c\u2019est en fait le Canada français qui les encaisse23.Pierre de Grandpré revient aussi sur la question dans ce même numéro.22\tCLG29 - Fonds Anatole-Vanier, P29 F77, lettre de Anatole Vanier à Pierre Laporte - 30 janvier 1957.23\tMM.Anatole Vanier et François-Albert Angers confirment que cet éditorial est bien rédigé par Pierre Laporte, « Gauche ou droite ?», L'Action nationale, vol.XLVII, numéro 1, septembre 1957, p.9. 78 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Loin de calmer le jeu, les textes de Laporte et de Grandpré font rager Vanier qui n\u2019a plus du tout confiance en la direction de la revue : Laporte fait un bien étrange directeur de revue.Il refuse mon texte, qui est une réponse à un fait accompli sans consultation, et il continue à parler et à laisser parler à sa manière de gauchisme avant que le sujet ne fasse l\u2019objet d\u2019une entente.La démocratie, c\u2019est lui ! Le dialogue, ça se fait à sens unique! L'Action nationale est bel et bien noyautée par le gauchisme24.Le 18 janvier 1958, Anatole Vanier claque la porte de la Ligue qu\u2019il avait fondé 25 ans plus tôt.Il aurait souhaité entraîner avec lui plusieurs membres, mais aucun ne le suit.L\u2019année 1958 est particulièrement difficile : la survie de la revue est loin d\u2019être assurée.Quatre numéros seulement sont publiés.Laporte aborde franchement les problèmes auxquels il a été confronté dans les pages du numéro du mois de novembre-décembre 1958 : L'Action nationale, on le lui permettra bien, se souhaite à elle-même une année meilleure que celle qui vient de se terminer.Elle a connu de lourdes difficultés en 1958.Difficultés financières, mais aussi difficultés qui tiennent à l\u2019impossibilité où elle a été de se donner un secrétariat permanent, c\u2019est-à-dire une équipe dont la seule tâche eut été de s\u2019occuper de la revue, de la diffuser, de la rendre toujours plus intéressante et utile.Nous l\u2019avouons sans fausse honte : L'Action nationale a passé bien près de disparaître en 1958.Elle a survécu grâce à la coopération magnifique de ses rédacteurs et ses lecteurs25.24\tCLG29 - Fonds Anatole-Vanier, P29 F15, lettre de Anatole Vanier à François-Albert Angers - 14 octobre 1957.25\tPierre Laporte, « L'Action nationale au seuil de 1959 », L'Action nationale, vol.XLVIII, numéros 3-4, novembre-décembre 1958, p.69. 79 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Laporte quitte la direction de la revue L\u2019élan que Laporte souhaitait redonner à la revue ne se produira pas.Il démissionne en septembre 1959, trop occupé par ses tâches de journaliste et de secrétaire des Amis du Devoir.Le secrétaire de la revue, Dominique Beaudin, fait un bilan plutôt élogieux du passage de Laporte à la revue : M.Pierre Laporte dirige la revue depuis de nombreuses années.Ses nombreux amis, sa plume agile, son information toujours à date et vivante, lui permirent de monter le tirage de la revue, un moment, à plus de quatre mille exemplaires.De plus, il fit paraître plusieurs numéros spéciaux de grande importance par leur sujet et par la valeur des collaborateurs26.Mais pour l\u2019historien Xavier Gélinas, le bilan des années de directorat de Pierre Laporte n\u2019est guère reluisant : L'Action nationale de ses années est une machine mal huilée.[.] Une mauvaise planification force la revue à sauter quelques livraisons - du jamais vu -, à baptiser quelques autres de doubles (sans qu\u2019elles contiennent le double de matière), à en publier d\u2019autres encore au contenu étriqué (une cinquantaine de pages au lieu de la centaine habituelle), et à majorer abruptement le prix de l\u2019abonnement de 60 % en 195727.Il faut toutefois nuancer cette sévère interprétation.De 1954 à 1956, le directeur a remis la revue sur pied alors que son état était catastrophique à son arrivée.Comme il le souligne à plusieurs reprises, Laporte souhaite faire de la revue une espace de discussion entre les mouvances nationalistes.Il ne souhaite nullement imposer une camisole de force à ses collaborateurs et priver ses lecteurs de tout sens critique.26\tDominique Beaudin, « État de la revue et son actualité », L'Action nationale, vol.XLIX, numéro.2, octobre 1959, p.59.27\tXavier Gélinas, op.cit., p.125-126. 8o L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Mais les querelles s\u2019accentuent à l\u2019approche des élections provinciales de 1956 : Anatole Vanier réclame l\u2019expulsion de tous ceux qu\u2019il considère comme gauchistes, avant qu\u2019il ne claque la porte.Les appels répétés au calme du directeur demeurent vains, ce qui a pour effet de décimer le lectorat de L'Action nationale.Cette incapacité de Laporte à rétablir l\u2019harmonie entre les deux mouvances nationalistes l\u2019amène donc à démissionner en septembre 1959.Son départ confirme ainsi la désaffection des néo-nationalistes qui s\u2019est graduellement opérée depuis 1958.Avec l\u2019arrivée de François-Albert Angers à titre de directeur en septembre 1959, ce sont les traditionnalistes qui reprennent le contrôle de L'Action nationale.Le départ des néonationalistes permet de tourner la page, comme le précise l\u2019historienne Pascale Ryan : Le forum discordant qu\u2019était devenu L'Action nationale est chose du passé.[.] La revue continue de lutter contre la centralisation fédérale et s\u2019intéresse de près aux questions économiques.Le contenu de L'Action nationale est presque exclusivement rédigé par François-Albert Angers, Dominique Beaudin et Richard Arès28.28 Pascale Ryan, op.cit., p.290-291. 8i ARTICLES Pierre Curzi L\u2019HOMME DE VITRUVE* Ce soir, je veux vous parler spécifiquement de quatre choses.Je veux vous parler de ce que nous sommes, c\u2019est-à-dire de nos valeurs.Je veux vous parler aussi de ce que nous possédons, de nos avoirs, de nos richesses collectives, du sous-sol, de l\u2019eau, de l\u2019air.Je veux vous parler des institutions démocratiques et des réformes aux institutions démocratiques qui m\u2019apparaissent nécessaires, et je veux vous parler aussi des pouvoirs, des pouvoirs que nous possédons et des pouvoirs que nous ne possédons pas et, au centre de tout cela, je veux vous parler de vous, de moi, de nous, des citoyens, des pouvoirs des citoyens et évidemment, fondamentalement, je veux vous parler de l\u2019indépendance du Québec.Ces quatre thèmes qu\u2019on a simplifiés en disant l\u2019être, l\u2019avoir, les institutions, les pouvoirs, dans mon petit groupe, dans mon comté avec mes conseillers politiques et mes adjoints, on a appelé ça la croix.Je me suis dit : je vais utiliser ce symbole de la croix, et quand j\u2019ai imaginé que je mettais quelqu\u2019un au centre de la croix, tout à coup, l\u2019athée en moi s\u2019est éveillé et je me suis dit, c\u2019est une image bizarre, parler du citoyen blessé au centre de la croix.Et j\u2019étais pris avec ce * Proposition politique de Pierre Curzi lors de sa conférence au souper annuel de L\u2019Action nationale au Lion d'Or le 28 octobre 2011.www.pierrecurzi.org 82 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 phénomène, et ce phénomène n\u2019est pas banal, c\u2019est un phénomène d\u2019image, et une image vaut mille mots et comme j\u2019en avais peu, je me suis dit : profitons de cette image.Et ce qui m\u2019est venu, c\u2019est le dessin de Léonard de Vinci.Tout à coup, je me suis dit : mais nous, on voit toujours ça comme étant une croix, donc quatre points, et puis tout d\u2019un coup, je me suis souvenu que ces points étaient en relation et que finalement, il ne s\u2019agissait pas du tout d\u2019un carré, ni même d\u2019une croix, mais au contraire qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un cercle et là, j\u2019ai revu dans ce cercle le dessin de Léonard de Vinci.Donc, à l\u2019intérieur d\u2019un carré qui est aussi le centre d\u2019un cercle, il y a un homme, cet homme qui est debout, c\u2019est l\u2019Homme de Vitruve et Vitruve est aussi le symbole du nombre d\u2019or, c\u2019est-à-dire de l\u2019harmonie parfaite de ce qu\u2019on a appelé l\u2019analogie.Ça semble ésotérique, mais je vais conduire et conclure mon discours avec cette image.L\u2019an dernier, Joseph Facal a pris la parole ici et il a fait un constat de la morosité qui existait au Québec et il s\u2019est posé la question : comment allons-nous passer de 35 % d\u2019indépendantistes à un juteux 52, 55 % d\u2019indépendantistes capables de faire le pays d\u2019une façon claire et il s\u2019est aussi dit qu\u2019il faut sortir de l\u2019obsession référendaire, il faut avoir d\u2019autres façons de faire si nous ne voulons pas ravoir les mêmes résultats.Depuis ce temps, il y a eu plusieurs événements.Je ne reviendrai pas sur les événements, mais on peut quand même mentionner qu\u2019il y a eu la défaite du Bloc, qu\u2019il y a eu l\u2019arrivée de François Legault et qu\u2019il y a eu les départs du caucus du Parti québécois.Pourtant, pendant les quatre années que j\u2019ai été au Parti québécois, j\u2019ai fait pas moins de 75 assemblées où j\u2019étais invité à prendre la parole.À chaque fois, j\u2019ai parlé avec le plus d\u2019intelligence, avec le plus de 83 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 conviction, le plus d\u2019énergie de l\u2019indépendance.Mais partout, toujours, je parlais à des gens qui étaient des convertis, des indépendantistes qui sont partout à travers le Québec, ceux-là, ceux qui font partie des 35 %.Pendant ce temps, dans ma circonscription, j\u2019étais invité à des événements, des rassemblements citoyens pour manifester contre le gaz de schiste, des soirées extrêmement intéressantes, et même une journée de la francophonie et jamais, à aucun moment, je n\u2019ai pu prendre la parole parce qu\u2019on ne voulait pas qu\u2019il y ait un discours partisan.C\u2019est vous dire à quel point à mon sens, il y a un éloignement de la classe politique de la vie citoyenne et des préoccupations citoyennes.Pourtant, en même temps, il y avait l\u2019organisation de ce mouvement pour s\u2019opposer à l\u2019exploration et à l\u2019exploitation des gaz de schiste.Pourtant, en même temps, il y a actuellement Occupons Montréal, en même temps, il y a une mobilisation énorme pour obtenir une enquête publique contre la collusion et la corruption.Il y a actuellement des documentaires, celui d\u2019Hugo Latulippe, République : Un abécédaire populaire, celui de Richard Desjardins Trou story, il y a un documentaire sur Gérald Godin, il y a un documentaire sur la Romaine, Au fil du courant, il y a des livres qui sont publiés et il y a des mouvements qui naissent par dizaines.Autrement dit, il y a actuellement quelque chose qui fermente au Québec, il y a un désir évident de basculer vers une reprise par l\u2019ensemble des citoyens du pouvoir politique.Les gens, paraît-il, ne veulent pas entendre parler tant que ça de souveraineté ou d\u2019indépendance, ce sont des mots qui semblent leur faire peur, mais ce dont ils veulent entendre parler, c\u2019est qui prend donc les décisions quant à leur destin économique, qui prend donc les décisions sur leur environnement, qui prend les décisions au niveau de l\u2019agriculture, au niveau de la diversité des cultures, au niveau de la distribution de la richesse.Et à force de tra- 84 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 vailler, de réfléchir et de constater cela, je me suis rendu compte que ce dont il fallait parler maintenant pour être en phase avec la vie des citoyens, c\u2019est qu\u2019il fallait leur parler aussi de nos dépendances.Il faut tout à coup qu\u2019on se rende compte au Québec, et dans notre parole citoyenne et dans notre parole d\u2019indépendantiste, que les gens sont soucieux de ceux et de ce dont ils dépendent, et cette dépendance, elle est de plus en plus à l\u2019extérieur du Québec, à l\u2019extérieur du Canada, et qu\u2019elle est décidée à Washington, à Genève, un peu partout.Il y a un peu partout dans le monde des forums où nous n\u2019avons pas voix, auxquels nous n\u2019avons pas accès, qui prennent des décisions sur notre économie, sur les flux des capitaux, sur l\u2019environnement, sur la mondialisation, sur l\u2019anglicisation des cultures, sur les migrations des populations pour des causes naturelles, pour des causes de guerre.Nous sommes de plus en plus dépendants dans plusieurs de nos choix, dans plusieurs de nos décisions, de décisions qui se prennent ailleurs, hors de chez nous.Le fait d\u2019être dépendants ne fait pas de nous des victimes, mais il n\u2019empêche, nous sommes dépendants et je me suis dit : il faut commencer à parler de ces dépendances.Il m\u2019apparaît que c\u2019est une manière intéressante de parler de notre indépendance.Nos avoirs Je veux commencer en vous parlant de notre dépendance dans le cas des ressources naturelles et des ressources minières.On sait que le Québec, comme pays et comme plusieurs autres pays, réussit à l\u2019échelle planétaire.On peut nommer des réussites chez les scientifiques, des réussites dans le milieu culturel, dans le milieu de l\u2019ingénierie, dans l\u2019éducation, dans tous les milieux il y a des réussites.Nous réussissons au Québec et nous réussissons à partir de ce 85 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 que nous sommes, à partir de notre faculté à être nous-mêmes culturellement, linguistiquement.Nous réussissons partout dans le monde.Nous sommes des résistants qui refusent de s\u2019effacer, qui s\u2019affirment.Il n\u2019empêche que nous sommes de plus en plus dépendants d\u2019un néolibéralisme qui est agressif, qui est prédateur et que nous n\u2019échapperons pas au flux des capitaux.Actuellement les États-Unis et l\u2019Union européenne sont dans de mauvaises situations budgétaires et financières et quand les États-Unis souffrent économiquement, nous en subissons les conséquences, nos exportations diminuent et notre économie en pâtit.L\u2019Union européenne est traversée par des problèmes majeurs au point où plusieurs pays de l\u2019Union européenne ont de la difficulté à rembourser leur dette et sont incapables de convaincre leur population qu\u2019ils sont porteurs d\u2019une solution à moyen terme pour leur propre économie et non pour la santé des gens qui vivent dans ce pays.En même temps on voit des pays comme le Brésil, la Russie, l\u2019Inde, la Chine, l\u2019Afrique du Sud, la Corée du Sud, qui émergent et qui sont de plus en plus vigoureux, et qui non seulement offrent des possibilités de délocaliser nos entreprises, mais qui sont en train de commencer à investir massivement dans les matières premières et dans les ressources naturelles d\u2019autres pays, dont le nôtre.Quand on regarde le développement du Nord du Québec, quand on sait les richesses minières qu\u2019il contient, on voit bien que ces richesses-là sont convoitées par le grand capital.Et notre réflexe semble bien être de nous déposséder pour nous développer.Il semble bien que malgré toute notre histoire, nous soyons en train de dire à ces grands capitaux : « mais venez, venez développer chez nous, nous sommes prêts à vous céder notre sous-sol, nos richesses, nous vous abandonnons ce développement.» Il semble bien qu\u2019actuel-lement nous abandonnions aux grandes corporations notre 86 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 développement alors qu\u2019elles ne se soucient absolument pas de notre destin collectif.En même temps, nous voyons que le Canada est en train de négocier avec l\u2019Union européenne une entente dont nous ne connaissons rien, mais dont nous savons pertinemment qu\u2019elle va toucher les marchés publics, c\u2019est-à-dire l\u2019eau, probablement Hydro-Québec, l\u2019agriculture et la gestion de l\u2019offre, la culture, les ressources minières et les ressources naturelles.Ce sont des objets de convoitise pour ces capitaux et cet accord contient des clauses troublantes sur les investissements, sur la libéralisation des investissements, sur le fait que bientôt nous serons confrontés à des clauses qui s\u2019appellent le traitement national, qui s\u2019appellent la libre circulation des capitaux, qui s\u2019appellent la clause de la nation la plus favorisée, à des clauses qui éventuellement nous empêcheront d\u2019appliquer nos politiques environnementales, nos politiques d\u2019emploi.Et cela se passe parce que nous sommes actuellement agenouillés devant des investisseurs et la venue de capitaux financiers.Pourtant, quand on se souvient de notre histoire économique, quand on se souvient de la nationalisation de l\u2019électricité qui s\u2019est faite à un moment où le capital d\u2019investissements privés et publics était quasiment larvaire au Québec.Quand on se souvient que nous avons fait cela et que nous avons réussi, on se dit comment se fait-il que nous ayons encore ce vieux réflexe archaïque de penser que pour nous développer, nous devons nous déposséder.Comment se fait-il qu\u2019après avoir créé des outils aussi puissants que la Caisse de dépôt, qu\u2019après avoir créé le Fonds de solidarité, qu\u2019en connaissant la richesse des fonds de retraite privés, donc un accès réel à un capital d\u2019investissement privé, nous soyons encore en train d\u2019abandonner la possession de notre avoir à des gens qui se soucient peu des investissements nécessaires pour avoir accès à ces ressources et qui ne se soucient absolument pas des conséquences de ces investissements 87 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 qui ne se soucient pas de l\u2019environnement, qui ne se soucient pas de laisser une économie durable et donc ni de la deuxième ni de la troisième transformation.Quand on regarde par exemple les déclarations de Lucien Bouchard qui nous dit que l\u2019État devrait prendre une participation dans l\u2019exploitation et l\u2019exploration des gaz de schiste alors que la décision même de la pertinence d\u2019exploiter les gaz de schiste n\u2019a pas encore été faite, on reste songeur.On reste songeur parce qu\u2019il y a là un détournement.La mission de l\u2019État et l\u2019investissement et la propriété de l\u2019État, l\u2019actionnariat de l\u2019État comme principe de base pour faire fructifier l\u2019exploitation de nos matières premières, elle est avantageuse, il faut la souhaiter, mais ce que M.Bouchard nous dit semble être d\u2019un autre ordre.Cet actionnariat de l\u2019État, il est non seulement souhaitable, mais c\u2019est une des seules manières que nous puissions avoir à l\u2019égard de l\u2019exploitation un comportement éthique, suivre un processus qui soit moral et qui soit bénéfique pour ce que nous sommes.Vous connaissez probablement l\u2019exemple de la Norvège.En Norvège, l\u2019État contrôle la Statoil à hauteur de 66 %.Par l\u2019intermédiaire de cette société, l\u2019État a donc des parts dans toutes les compagnies pétrolières.Non seulement l\u2019État possède, mais les profits nets des pétrolières sont imposés à la hauteur de 78 %.En plus, il y a des limitations à la production des gaz à effet de serre et en plus on ajoute une taxe sur la production de carbone, et quand vous ajoutez tout cela, c\u2019est-à-dire le prix de vente, les profits liés à la vente du pétrole, les taxes et en plus les redevances, la Norvège a réussi à se constituer un fonds souverain de 600 milliards pour une population de 4,6 millions de Norvégiens.Ce fonds est réservé aux générations futures et les investissements du fonds sont régis par des règles éthiques extrêmement strictes.Ici, nous avons le savoir-faire, nous avons les capitaux 88 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 pour développer nos filières minérales et énergétiques.Il faut cesser de confier à d\u2019autres la transformation de nos matières premières.Il faut s\u2019assurer que nous allons mettre en œuvre nous-mêmes le développement durable par différents types d\u2019économie.On peut imaginer qu\u2019il y aurait bien d\u2019autres modèles qui nous sont proches.On peut imaginer des modèles coopératifs et des modèles d\u2019économie sociale.Ce n\u2019est pas inimaginable de voir le développement des ressources naturelles et de matières premières par des outils que nous connaissons bien, que nous avons fabriqués, qui font partie de notre historique.Il y a d\u2019autres exemples qui sont clairs.Dans l\u2019industrie du bois, au moment où il y a eu crise dans les industries des pâtes et papiers, on a constaté que les scieries et les usines de pâtes et papiers avaient un taux de chômage de 20 %.Pourtant, les usines qui fabriquaient des meubles avaient réussi à avoir un taux de chômage de 10 %.On voit que l\u2019innovation, la recherche et l\u2019investissement qu\u2019on fait dans la connaissance, dans l\u2019expertise, dans nos collèges et dans nos universités, sont un modèle rentable, utile, un véritable modèle de développement.En plus, quand on fait ce type de développement on s\u2019occupe d\u2019une manière dynamique et d\u2019une manière durable tout le territoire et ça, c\u2019est fondamental.Un pays n\u2019est jamais plus fort que chacune de ses régions.Donc, c\u2019est l\u2019apologie de la prise en main de notre développement des ressources naturelles et des ressources minières avec des outils que nous avons créés et mis au monde.Une des conditions aussi pour réussir, c\u2019est évidemment, de sortir de notre dépendance au pétrole.Nous savons tous, le pétrole c\u2019est environ entre 12 et 16 milliards, qui chaque année s\u2019en vont.Or, nous avons ici la possibilité de pallier cet achat d\u2019énergie fossile par notre capacité inouïe de déve- 89 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 lopper des énergies non fossiles.Vous les connaissez, il y a l\u2019hydro-électricité évidemment, l\u2019éolien, la géothermie, la biomasse, la biométhanisation et d\u2019énormes réservoirs de vent.Nous avons absolument tout ce qu\u2019il faut pour procéder dès maintenant à un retrait de notre dépendance au pétrole.Et, quand on a des projets, comme le fabuleux projet du monorail suspendu animé par des moteurs-roues qui relierait non seulement Montréal à Québec, mais toutes les régions du Québec, ce projet est fabuleux, c\u2019est un projet à faire rêver n\u2019importe qui.C\u2019est ce type de projet qu\u2019il faut mettre en œuvre avec un développement réel et un enrichissement réel de l\u2019exploitation intelligente et cohérente de nos ressources humaines, minières et naturelles.Nos valeurs Disons que dans mon homme de Léonard de Vinci, le développement économique, on va mettre ça dans la main droite.Je veux vous parler aussi de la main gauche.Cette main représente pour moi les valeurs.Évidemment, les valeurs quand on en parle au Québec, on s\u2019est rendu compte qu\u2019on parle toujours de trois valeurs : la langue, l\u2019égalité entre les femmes et les hommes et la séparation de l\u2019État et de l\u2019Église, la séparation de l\u2019État, donc la laïcité de l\u2019État.Mais, en même temps, il faut savoir qu\u2019il y a d\u2019autres valeurs, il y a d\u2019autres valeurs dont nous vivons et dont nous vivons depuis longtemps.Bon, pour le français, j\u2019ai plusieurs amis qui vont reconnaître ce passage, mais dans le fond, il y a eu deux études que j\u2019ai faites.La première s\u2019appelle L\u2019esquisse du vrai visage du français au Québec, Le grand Montréal s\u2019anglicise, la deuxième s\u2019appelle L\u2019application de la Charte de la langue française au collégial, un prolongement nécessaire.Dans le fond, on peut dire qu\u2019au Québec, le français se porte bien.Il y a une cer- 90 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 taine quiétude dans l\u2019ensemble du Québec, les gens vivent en général majoritairement dans une langue commune, une langue officielle, leur langue d\u2019usage, leur langue maternelle qui est le français.Il y a deux lieux où il y a des problèmes.Il y a dans la grande région métropolitaine de recensement, c\u2019est-à-dire Montréal, l\u2019île de Montréal, la couronne nord, la couronne sud et il y a la grande région métropolitaine d\u2019Hull-Ottawa, c\u2019est-à-dire essentiellement Gatineau.C\u2019est là que les problèmes sont présents.On sait qu\u2019à Montréal, il y a 300 000 anglophones, 600 000 allophones, 900 000 francophones.Donc, un rapport de 3 personnes de langue maternelle française pour une personne de langue maternelle anglaise, un rapport de 3 pour 1.Quand on regarde la langue d\u2019usage, ce rapport-là n\u2019est plus de 3 pour 1, c\u2019est un rapport de 2 pour 1.Les raisons sont les suivantes.On évalue à 200 000 les francophones qui ont migré de l\u2019île vers les banlieues en 20 ans.On sait que chez les anglophones, le déficit entre ceux qui arrivent et ceux qui quittent le Québec est maintenant presque nul.Donc, les anglophones restent à Montréal et ne partent plus du Québec.On s\u2019en réjouit et c\u2019est très bien.Il y a 600 000 allophones dont un très grand nombre a glissé vers l\u2019anglais, vers la langue anglaise, vers la culture anglaise.On a évalué que l\u2019anglais à Montréal était 5 fois plus attirant que le français.On a identifié trois raisons pour lesquelles les allophones choisissent en grand nombre l\u2019anglais.La première raison, c\u2019est le logement, donc le lieu où ils s\u2019établissent.Le quartier, l\u2019environnement dans lequel ils vivent.La deuxième est le travail, le premier travail qui est souvent dans de petites entreprises, mais aussi dans des moyennes et dans des grandes entreprises et on sait que dans le milieu du travail, depuis un certain temps il n\u2019y a pas autant de francisation.L\u2019effort de francisation dans les grandes entreprises m\u2019apparaît comme être difficilement comparable à 91 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 ce qu\u2019il a déjà été.Dans les moyennes entreprises, c\u2019est un peu le même scénario.Là où c\u2019est moins organisé, et c\u2019est très difficile de le savoir avec précision, c\u2019est dans les petites entreprises de moins de 50 employés.Là, on n\u2019a rien, on ne sait pas dans quelle langue les gens travaillent quand il y a entre 10 et 50 employés, on ne sait pas.Il n\u2019y a pas d\u2019étude de l\u2019Office québécois de la langue française, il n\u2019y a pas de document fiable, on néglige cela et ce sont les lieux où souvent les gens qui arrivent vont trouver leur premier emploi.Parfois ça se passe en français, des fois en anglais, des fois dans d\u2019autres langues.Ce que l\u2019on sait surtout, c\u2019est que toutes ces petites entreprises sont dépourvues, même si la Charte s\u2019applique partout, sont dépourvues de moyens pour servir d\u2019outil de francisation pour les gens qui arrivent.Alors, les conséquences, c\u2019est qu\u2019en 2031, 43 % des Montréalais auront comme langue d\u2019usage le français, 43 % seulement.Le résultat, on le voit.Montréal s\u2019affiche de plus en plus en anglais.Montréal s\u2019anglicise dans la représentation qu\u2019elle a d\u2019elle-même.Montréal qui a toujours été le cœur francophone du Québec, un cœur francophone qui a servi à l\u2019ensemble du Québec est en train de s\u2019affaiblir et dans la mesure où le cœur de Montréal s\u2019affaiblit au niveau de la production des contenus et de la culture francophone, cela a des effets sur le reste du Québec.Si Montréal est aspiré par le grand remous anglo-saxon, le reste du Québec va suivre.Ajoutez à cela un nouveau phénomène que l\u2019on ne connaissait pas qui est une contamination virale par des fragments anglophones qui affaiblissent notre immunité linguistique.Je vous donne des exemples.Savez-vous ce que ça veut dire LOL ?Lots of laughs.Savez-vous ce que ça veut dire TGIF, c\u2019est Thank God it\u2019s Friday, BTW, by the way, OMG, Oh my God. 92 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Ce langage, c\u2019est de la contamination virale, ça rentre dans nos intimités, dans nos salons, dans notre chambre, dans nos BlackBerry et dans nos iPods.Ça rentre partout, tout le temps, d\u2019une manière constante.C\u2019est un langage qui est de plus en plus utilisé.Si vous croyez que ça n\u2019a pas d\u2019effet, moi je vous garantis qu\u2019une répétition constante de ces fragments va nous affaiblir et que notre système immunitaire a besoin d\u2019un sérieux coup de boostage pour pouvoir résister à ce genre d\u2019attaque.Alors, si nous ne renforçons pas notre immunité, la langue française risque de s\u2019anémier et de disparaître et avec elle, la culture.Nous devrions nous en inquiéter beaucoup.Shakespeare a dit : « Nous sommes faits de l\u2019étoffe de nos rêves » et moi je dis, au Québec, nous sommes faits de l\u2019étoffe de nos mots.Ce sont les mots qui ont nommé le pays.C\u2019est le français qui a nommé les lacs, les rivières, les montagnes, les forêts, les villages et les familles.C\u2019est le français qui est chanté, qui est célébré et qu\u2019on écrit.Bien sûr, il a été mâtiné d\u2019un peu d\u2019anglais, d\u2019un peu d\u2019autres langues, mais fondamentalement, le monde n\u2019existait pas au Québec avant d\u2019être nommé et nous l\u2019avons nommé par la langue française.C\u2019est ce qu\u2019il y a de plus précieux.La langue crée le monde, elle porte l\u2019accent de notre identité, elle est garante de notre cohésion, d\u2019une compréhension du sens partagé des mots que nous utilisons pour parler du monde qui nous entoure, de nos sentiments et de nos vies.Quelles sont les solutions ?Vous les connaissez.Les solutions sont le renforcement de la loi 101, le renforcement de la loi 101 surtout dans ses aspects de la langue de travail, la langue de l\u2019Administration, c\u2019est l\u2019application de la loi 101, dans les cégeps.C\u2019est la francisation des services de garde en milieu allophone, c\u2019est fondamental.C\u2019est jeune qu\u2019on apprend et qu\u2019on pratique une langue. 93 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 C\u2019est également la révision de la loi sur l\u2019affichage, le renforcement de notre réseau national de télévision.C\u2019est la fréquentation des productions culturelles de langue française et la tentative d\u2019y attirer un bassin de plus en plus important de gens dont la culture est autre et qu\u2019on réussit mal à attirer dans notre culture d\u2019expression française.Et évidemment, c\u2019est la réussite de l\u2019immigration et de la francisation.Il y a le magnifique livre de Benoit Dubreuil et Guillaume Marois que vous connaissez, Le remède imaginaire, qui décrit cela admirablement.Dans le fond, il y a deux solutions : soit on réduit le nombre de gens qu\u2019on accueille, mais on s\u2019assure qu\u2019on leur fournit de véritables services de francisation et d\u2019intégration.Soit, il faut augmenter considérablement les ressources disponibles pour s\u2019assurer de réussir complètement cette francisation et cette immigration.Si on n\u2019agit pas d\u2019une façon claire, d\u2019une façon ferme, il est certain que nous allons perdre le combat.Nous sommes à prendre ou à laisser.Nous sommes à nous posséder et à nous déposséder et il n\u2019en tient qu\u2019à nous.Je veux parler aussi d\u2019une autre valeur, une valeur qui est compliquée et je vais essayer d\u2019être clair.Je veux parler de la laïcité parce que souvent on a le sentiment d\u2019une perte identitaire par rapport à la langue et souvent quand on a le sentiment de perdre au niveau de l\u2019identité, on a tendance à accuser l\u2019autre.C\u2019est l\u2019autre qui est responsable de notre perte identitaire, c\u2019est à cause de l\u2019autre si nous sommes fragilisés.Ce sentiment de perte, il est fort et quand on regarde la laïcité, c\u2019est assez révélateur.À un moment donné dans notre histoire, nous avons décidé que nous allions séparer l\u2019État de l\u2019Église et en même temps, on a abandonné la pratique religieuse.En faisant cela, on a tourné le dos à tout un pan de notre identité collective.Les francophones en Amérique, les Québécois, étaient des catholiques et quand on a fait cette migration, un pas 94 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 démocratique avec lequel tout le monde était d\u2019accord, on s\u2019est trouvé à abandonner la religion, mais pas les valeurs portées par cette religion.On ne les a pas jetées en même temps qu\u2019on jetait la pratique religieuse.Souvenez-vous, les institutions scolaires étaient de véritables incubateurs des valeurs, des valeurs explicites, ça servait à ce moment-là la citoyenneté, ça s\u2019appelait le cours d\u2019hygiène, le cours de bienséance.On pratiquait l\u2019économie parce qu\u2019il y avait des caisses populaires scolaires.Ça transportait un tas de valeurs extrêmement fortes, des valeurs de coopération et d\u2019ouverture sur la communauté.Des valeurs de travail, d\u2019économie, des valeurs intelligentes d\u2019investissement dans ce que nous sommes.C\u2019est avec ces valeurs qu\u2019on a réussi énormément de choses au Québec.Avec ces valeurs, on a réussi à réduire la différence entre les riches et les pauvres d\u2019une façon remarquable.On est probablement en Amérique l\u2019endroit où il y a le moins de différence entre les riches et les pauvres.Avec ce modèle, nous avons réussi à avoir l\u2019équité salariale, les services de garde pour les jeunes enfants.On a financé tout ça avec ces principes, avec cette pensée.Le fait d\u2019avoir des services de garde a permis aux femmes d\u2019avoir accès au marché du travail.D\u2019un coup, on a réduit considérablement la pauvreté dans bien des milieux, dans bien des familles de l\u2019ensemble du Québec.On est devenu tout à coup une société prospère.Tout cela a été lié à l\u2019ensemble des valeurs qui étaient en quelque sorte sous-jacentes, qui soutenaient ou qui ont été soutenues ou qui faisaient partie du modèle chrétien.On a abandonné la pratique, mais on a quand même su maintenir ces valeurs et les concrétiser.Mais, en même temps, dans le discours, on a choisi de donner l\u2019apparence que nous avions opté pour un pluralisme des valeurs.On s\u2019est dit, ce pluralisme va indiquer que nous sommes des gens ouverts.Nous sommes ouverts aux autres, nous sommes capables de nous ouvrir, capables de tolérance et capables d\u2019adaptation.En 95 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 soi, ce n\u2019était pas un mauvais concept, mais, ce faisant, on n\u2019a plus privilégié aucune valeur.Les valeurs portées par cet historique ont été mises en œuvre.Elles ont produit de bons résultats, mais, tranquillement, dans le discours, on a cessé de les véhiculer et on a laissé entrer une valeur forte, une valeur dominante qui est la consommation.On a laissé tranquillement la notion de consommateur remplacer graduellement celle d\u2019un citoyen conscient de sa communauté.On a provoqué un repliement sur chacun pour soi.On a provoqué un endettement majeur des familles qui fait que maintenant le premier souci c\u2019est d\u2019abord de se sortir de cette dette et qu\u2019il est de plus en plus difficile de s\u2019ouvrir aux autres et d\u2019être ouvert aux communautés.Nous avons en quelque sorte négligé de remplacer les valeurs humanistes et chrétiennes par des valeurs humanistes laïques.Il faut redresser ce discours et l\u2019endroit pour le faire, c\u2019est inévitablement l\u2019école.Il faut redessiner l\u2019école.Je ne dis pas que cela s\u2019applique partout, plein de gens y travaillent, mais il faut encourager le retour dans les écoles d\u2019un humanisme laïque qui dise clairement quelles sont les valeurs qui nous ont fondés, quelles sont les valeurs qui se sont déployées et quelles sont les valeurs avec lesquelles nous allons continuer à marcher vers notre avenir.Il faut réinventer une école qui soit soucieuse d\u2019une solidarité qui s\u2019effrite et il faut redonner à cette solidarité-là une âme et il faut lui redonner des défenseurs.Ces défenseurs, ce seront les enfants, ce seront les jeunes.Alors, voilà donc la main gauche avec des valeurs d\u2019entraide, de coopération, d\u2019équité intergénérationnelle, d\u2019égalité, de répartition de la richesse, de justice sociale, d\u2019accès à la santé, à la justice et à l\u2019éducation.Toutes ces valeurs, il faut les nommer et les intégrer dans ce que nous souhaitons être un pays. 96 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Nos institutions démocratiques Parlons maintenant du socle, les deux pieds de cet homme de Vitruve de Léonard de Vinci.Ses deux pieds solidement ancrés dans le sol et dans l\u2019imagerie, ce sol-là, ce sont les institutions démocratiques.C\u2019est là-dessus que les citoyens doivent se tenir debout.Parlons d\u2019abord des dérives du système démocratique.La première dérive, c\u2019est le bipartisme, j\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019en parler assez souvent.Le bipartisme crée ce qu\u2019on voit constamment, c\u2019est-à-dire une guerre incessante entre deux partis qui sont d\u2019accord pour se faire la guerre parce qu\u2019ils savent profondément que la règle de l\u2019alternance va jouer et qu\u2019après que l\u2019un aura quitté le pouvoir, l\u2019autre prendra sa place.Donc, l\u2019opposition ne peut et ne fait que s\u2019attaquer au pouvoir qui est en place en sachant que lorsqu\u2019elle prendra le pouvoir, ceux qui sont au pouvoir feront la même chose lorsqu\u2019ils seront dans l\u2019opposition.C\u2019est vraiment navrant comme comportement et c\u2019est navrant quand vous y êtes jour après jour, période de questions après période de questions.Ça devient plus que navrant, ça devient fâcheusement lassant.Évidemment, pour que cette guerre de groupes ait lieu, il faut qu\u2019il y ait une ligne de parti solide, quel que soit notre parti.Il faut que nous ayons la même pensée, qu\u2019on soit tous capables d\u2019applaudir en même temps à l\u2019attaque virulente qui n\u2019aura aucune réponse.Voilà donc une dérive forte.Parlons des chefs.Quand on devient chef d\u2019un parti, on devient, si on est élu, chef de gouvernement, chef de l\u2019État.On est chef de tout et quand on est chef de tout, les autres, les députés deviennent des numéros.Les ministres mêmes n\u2019ont plus de pouvoirs.Le chef nomme les ministres quand il le veut, les dénomme, il nomme les sous-ministres et les autres députés, il s\u2019en préoccupe peu.Il est le chef comme 97 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 sur une île entourée d\u2019eau.Mais, tout à coup dans cette eau limpide au départ parce qu\u2019il n\u2019y a pas de contre-pouvoir - ce n\u2019est pas vrai que l\u2019opposition est un contre-pouvoir aux prérogatives du chef d\u2019un parti - donc, il n\u2019y a pas de contre-pouvoir et dans ces eaux libres, tout à coup, vous voyez apparaître de grands navires.De grands destroyers qui sont les grands groupes financiers, les grands groupes de compétence en ingénierie, en informatique, en pharmaceutique, les grands groupes syndicaux et les grands groupes mafieux.Vous voyez de plus en plus, autour de cette île, croiser des destroyers parce que cet homme isolé sur son île, cette femme isolée sur son île a besoin d\u2019abord des destroyers pour mettre en œuvre ses consignes, pour gérer les grands ensembles, pour créer de l\u2019emploi, pour mener à terme des investissements majeurs dans nos infrastructures.C\u2019est ça la dérive dans laquelle nous amènent le bipartisme et les chefs.Et ces grands destroyers, inutile de vous le dire, leur but est de faire main basse sur l\u2019État, sur les coffres de l\u2019État.Et c\u2019est logique, ils sont faits pour ça.Finalement, on est déterminé par notre naissance, ils sont nés pour s\u2019emparer de notre bien.La troisième dérive est celle des trois pouvoirs que sont le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif, le pouvoir judiciaire, et que ces pouvoirs ne sont plus étanches.C\u2019est évident qu\u2019entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, il y a actuellement des liens incestueux, fréquents, constants, qui font l\u2019objet même de toutes nos revendications pour un grand nettoyage.Ce qu\u2019on a vu apparaître avec cette étrange commission d\u2019enquête.On a vu tout à coup que la cloison ou le mur entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif était aussi un lieu friable.Il y a donc un effritement au niveau des grands pouvoirs qui sont constitutifs de l\u2019État, qui sont les bases mêmes sur lesquelles le pouvoir citoyen repose. 98 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Alors, les réformes, vous pouvez les imaginer.Il faut rétablir de toute urgence un mur étanche entre les différents pouvoirs et ça m\u2019apparaît être la première réforme probablement la plus complexe, la plus délicate, néanmoins la plus essentielle.L\u2019autre réforme qui m\u2019apparaît aussi fondamentale, c\u2019est évidemment la réforme du mode de scrutin.Il faut s\u2019assurer que le nombre de sièges attribués aux partis correspond proportionnellement au nombre de votes qu\u2019ils ont reçus.Ça apparaît simple, mais si on arrivait à changer cela, si on arrivait à instaurer une représentation proportionnelle, et je sais qu\u2019il y a des débats sans fin là-dessus et ce serait intéressant que nous les ayons.Je suis convaincu que nous réussirions à changer la dynamique complète de l\u2019Assemblée nationale.Plutôt que d\u2019avoir un affrontement continuel, nous aurions tôt ou tard des coopérations entre des groupes dont la coopération serait nécessaire.Je ne pense pas que ce soit une panacée.Ce n\u2019est pas parce que des pays ont des systèmes proportionnels qu\u2019il y a plus de gens qui vont voter, mais il n\u2019empêche qu\u2019au Québec, ça m\u2019apparaît drôlement urgent.Bon, les autres mesures.Est-ce qu\u2019il faut avoir des élections à date fixe ?Oui, je pense que c\u2019est assez simple.Est-ce qu\u2019il faut élire un premier ministre ou est-ce qu\u2019il faut élire un Président au suffrage universel ?Je crois que la discussion doit être ouverte.Est-ce qu\u2019on doit avoir un référendum d\u2019initiative populaire qui soit uniquement réservé à notre changement constitutionnel ou est-ce que le mandat d\u2019initiative populaire devrait s\u2019appliquer à plusieurs autres questions ?Moi je pense que toutes ces réformes-là doivent être discutées.Ce qui est clair, c\u2019est qu\u2019il y a la nécessité que l\u2019on fasse une consultation populaire sur ces institutions démocratiques et sur le type de réformes qu\u2019on doit mettre en œuvre.Il faut qu\u2019on ait un mandat clair pour ce faire. 99 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Les pouvoirs Mais dans le fond, on a les pieds dans la même bottine actuellement, c\u2019est ça qui est particulier pour ce personnage de Léonard de Vinci, on se pile sur les pieds.Vitruve, s\u2019il sortait de sa boîte, s\u2019enfargerait et se casserait la gueule tout simplement parce que les deux pieds sont vraiment en pleine confusion.Donc, après qu\u2019on ait parlé de la main droite, de la main gauche, des pieds, il faut parler un petit peu de la tête.Ce sera assez bref parce que finalement, la tête n\u2019est pas dans les nuages, mais la tête est dans les pouvoirs.Quels sont les vrais pouvoirs que nous avons ?Et, ma foi, quand on se met à faire la liste, elle n\u2019est pas exhaustive, mais quand même.On a les pleins pouvoirs en éducation, en santé.On a les pleins pouvoirs dans les terres et forêts, on a les pleins pouvoirs sur les municipalités, on a les pleins pouvoirs sur la célébration du mariage, mais pas sur le mariage et sur le divorce, sur la célébration seulement.On a les pleins pouvoirs sur le droit civil, on a les pleins pouvoirs, ma foi, sur la Constitution, on peut se faire une constitution, et d\u2019ailleurs quand on parlait des institutions, quand on parle de faire une consultation populaire, il est bien évident que cette consultation populaire va nous donner les bases de ce qui sera contenu dans une constitution.C\u2019est clair.Quand on lit la Constitution des États-Unis, la Constitution de la France, ce qui est d\u2019abord écrit dans ces constitutions, c\u2019est comment l\u2019État fonctionne.Donc, cette consultation populaire, nous allons pouvoir immédiatement l\u2019utiliser.Donc, on contrôle très peu.On contrôle une partie de nos politiques linguistiques, une partie des politiques de l\u2019emploi, une partie de la justice, on l\u2019a vu, pas la justice 100 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 criminelle, une partie de l\u2019immigration - la réunion des familles, ça ne nous appartient pas.Nous contrôlons une partie de la culture, une partie des télécommunications, une partie de la fiscalité.Il n\u2019y a pas de déclaration de revenus unique qui nous appartienne.Nous contrôlons une partie de notre territoire.Il y a une partie de notre territoire qui ne nous appartient pas.Nous n\u2019avons aucune représentation internationale sauf le strapontin de l\u2019UNESCO, c\u2019est un strapontin qui s\u2019est refermé.Nous n\u2019avons aucun contrôle de nos frontières dont on apprend et on découvre qu\u2019elles sont floues.Nous n\u2019avons aucun contrôle sur l\u2019armée, sur la monnaie, etc.Bref, au niveau des pouvoirs, je comprends que l\u2019on en parle en dernier parce que la tête est relativement vide.Il faudrait bien que cette tête-là se remplisse de l\u2019ensemble de ces pouvoirs et là encore, je crois que nous avons besoin d\u2019avoir une consultation populaire.Cette consultation populaire, ces simples questions que nous allons poser sur les pouvoirs dont nous avons besoin pour nous accomplir comme peuple, sont aussi le contenu de ce qu\u2019il faudrait écrire dans une constitution d\u2019un pays normal.Après avoir consulté les gens sur les institutions, les avoir consultés sur les pouvoirs, après avoir écrit ensemble, collectivement, d\u2019une façon ouverte et démocratique ce que nous mettrions dans une constitution, dans un texte fondateur, quels seront les gestes à poser ?J\u2019ai des préférences sur les gestes qui sont à poser, mais je sais que plusieurs ici, ailleurs, ont différentes opinions et dès que l\u2019on commence à discuter de ces moyens, on tombe souvent dans des discussions stériles.Je pense qu\u2019il est plus intéressant de laisser cette question ouverte et d\u2019en débattre. 101 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Conclusion Nous savons qu\u2019il y a environ entre 35 et 42 % d\u2019indépendantistes.Nous savons que 40 % de la population est insatisfaite du gouvernement fédéral, mais n\u2019est pas indépendantiste, ce qui veut dire qu\u2019il reste un 18 à 20 % de gens qui sont en faveur du statu quo.Donc, dans les chiffres, nous les indépendantistes, on est deux fois plus nombreux que ceux qui souhaitent le statu quo.Il y a eu deux seules occasions où il y a eu une jonction entre les indépendantistes et les autonomistes : lors du vote de Charlottetown en 1992 et lors du référendum de 1995.Actuellement, l\u2019état réel, c\u2019est vraiment cette image.Nous sommes actuellement, nous, et quand je dis nous ça veut dire l\u2019ensemble des citoyens comme sous tension.Nous avons des gens qui s\u2019occupent des valeurs, et on pourrait les nommer, les gens qui défendent la langue, les gens qui s\u2019occupent d\u2019immigration, qui s\u2019occupent de l\u2019inégalité entre les hommes et les femmes, les gens qui s\u2019occupent de toutes les valeurs dont j\u2019ai parlé.Il y a des gens qui s\u2019occupent du développement économique du Québec, qui veulent le faire entrer dans le XXIe siècle.Des gens qui s\u2019occupent de l\u2019écologie, de l\u2019environnement, qui s\u2019occupent des ressources minières, des ressources naturelles, il y a des gens et des partis qui se préoccupent de nos institutions démocratiques et surtout il y a des partis politiques qui se préoccupent du pouvoir.Et nous sommes au centre, les citoyens, le pouvoir citoyen, il est au centre, il est sous tension.Et l\u2019important actuellement me semble être de ramener l\u2019ensemble de ces gens qui travaillent, qui oeuvrent vers le citoyen lui-même, de le ramener vers un citoyen qui marche sur deux jambes, la première étant la démocratie et l\u2019autre, l\u2019indépendance.Il faut ramener toutes ces forces vers le cœur de cette personne, de ce citoyen.Il faut que le cœur 102 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 se remette à battre et dans la mesure où nous réussirons à ce que le cœur se remette à battre, alors on peut imaginer que les jambes seront capables de faire le premier pas, de s\u2019appuyer sur la démocratie, de faire le pas vers l\u2019indépendance du pays.Tantôt quelqu\u2019un parlait de sens, et c\u2019est vraiment de cela qu\u2019il est question.Il faut que ce Vitruve, cet homme dans son cercle d\u2019énergie redonne un sens à sa vie personnelle et collective.Il faut que nous ayons à cœur de gérer avec rigueur nos richesses, il faut occuper notre territoire, il faut retrouver le sens de la beauté de ce qui est juste, de ce qui est honnête, il faut retrouver le sens et la beauté des gestes que nous posons à chérir notre patrie, notre langue, notre culture, notre humanité.Chérir les gestes que nous posons à nous posséder.Merci! 103 POÈMES Pierre Gagnon POÈMES Les poètes se sont tus Pour la même raison que les oiseaux L\u2019air pour eux est devenu irrespirable Pour les oiseaux La rue et le ciel gris sale des villes Pour le poète La suie qui recouvre le cœur des hommes Mouche à feu Les gens d\u2019ici ont si peur de la lumière Qu\u2019ils placent sur leur nez des verres fumés De peur que dehors, ils soient éblouis par l\u2019éclat d\u2019une mouche à feu 104 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 La harangue Seul au vent froid de l\u2019indifférence, sur une scène dénudée, j\u2019en appelle aux miens, mais devant moi, il n\u2019y a qu\u2019une mer de dos.Je m\u2019acharne : Ce pays dont vous n\u2019avez pas voulu est riche d\u2019histoire, de réalisations, de courage, d\u2019abnégation de tous les habitants qui l\u2019ont habité et aimé.Ce pays que vous rejetez, fut la proie, le rêve, la convoitise de tant d\u2019individus.Les côtes de ce pays que vous refusez de vous approprier étaient si poissonneuses que les Basques, Ibères, Normands, Bretons, Scandinaves aux pois roux, répétaient aux bonnes saisons, les pêches miraculeuses depuis un millénaire avant que d\u2019autres décident par laisser-faire et cupidité de laisser mourir la mer ventrue de belles morues.Ce pays que vous dédaignez a : sol et sous-sol, rivières et réserves d\u2019eau si riches, qu\u2019en de lointaines capitales, de sombres conspirateurs trament sa perte, compères de politiciens sans principes, ni échines, ni panaches, ni idéal, ni fanions, ni foi nationale.Ce pays que vous laissez à d\u2019autres en ne l\u2019enrichissant pas de beaux enfants se meurt de votre indifférence et de votre tiédeur.Ce pays que vous abandonnez devient celui des autres car tout se paie et d\u2019autres sont prêts à y mettre le prix.Ce pays sera souvenir de lointains descendants à la fin des prochains cent ans.Se diront-ils peut-être en langue étrangère : « Mais pourquoi les anciens ne l\u2019ont-ils pas retenu ce pays de Cocagne auquel j\u2019ai souvent rêvé ?» Mai, le coq chante, c\u2019est un Chanteclerc, il est Gaulois ! Quel cauchemar, je respire, j\u2019en tremble encore ! (octobre 1998) 105 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Printemps Le torrent rageur brise son linceul de glace, Se gonfle, mugit et dévale En bondissant de rocs en rives Vers la plaine déjà tiédie par le soleil de mai Du sol à peine délivré de son engelure Monte une sève aux veines des arbres Irrésistiblement avec force vers les cimes tout près du D\u2019un peuple torturé par sa survivance depuis deux siè< S\u2019exhalent enfin les premiers cris de liberté Et l\u2019annonce d\u2019une ère de dignité Enfin la vie après la survie Enfin l\u2019honneur suite à la honte Enfin l\u2019indépendance après la servitude io6 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Non, on n\u2019arrête pas la vie, Non on n\u2019arrête pas le printemps! (printemps 1976) 107 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Il y eut un temps de rêve Suivi de moments gris C\u2019était hier, autrefois et jadis.Le soleil d\u2019aujourd\u2019hui Fait battre mon sang comme fleur de Lys, Au mât de mon cœur, Au grand vent des îles, si jolies.Le temps qui passe n\u2019a jamais pu me faire oublier, les partisans, patriotes, tous fidèles jusqu\u2019à l\u2019Échouerie de la nef portant rêve de pays.Malgré les vents contraires, la marée monte et un jour viendra où de nouveau, la nef sera à flot pour creuser sillage tout blanc en naviguant vers la Souveraineté, vers la Lumière et la Liberté ! (juin 2002) L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Brumes du grand large Estompe contours des côtes de sable ocre.Rendent flous êtres et visages Adoucissent courbes des barques aux formes de vagues.Au pays d\u2019arbres rabougris L\u2019Acadie, le Pays du Québec Chantonnent en mémoire d\u2019hier et de d\u2019antan.Aux îles, dans l\u2019archipel Les anses et les ports Sous la mouillure d\u2019été Attendent le soleil pour se couvrir d\u2019or Dix journée: qui ont fait ie Québec 3e CONFÉRENCE : Le 4 août 1701.« La grande paix de Montréal : les Français et les Amérindiens concluent une alliance décisive » Date :\tLe 11 janvier 2012 à 19h30 Lieu :\tÀ l\u2019auditorium de la Grande Bibliothèque (BAnQ) 475, boulevard De Maisonneuve Est, Montréal (Métro Berri-UQAM) Conférencier : Denis Delâge, sociologue Animation :\tSébastien Ricard, acteur et membre du groupe Loco Locass 4e CoNFÉRENCE Le 10 février 1763.« Le traité de Paris: La France peut être heureuse sans Québec » Date :\tLe 23 février 2012 à 19h30 Lieu :\tÀ l\u2019auditorium de la Grande Bibliothèque BAnQ) 475, boulevard De Maisonneuve Est, Montréal (Métro Berri-UQAM) Conférencier : Denis Vaugeois, historien émérite Animation :\tSébastien Ricard, acteur et membre du groupe Loco Locass RSVP en ligne à www.banq.qc.ca dans la section « Activités - Billetterie » vox F o n cl la t î o n Lionel- G ¦ou lx Bibliothèque et Archives nationales Québec El El E] El Les Cahiers de lecture de L'Action nationale Pour tout savoir sur les essais publiés au Québec 25 $ par année 45 $ pour deux ans taxes et expédition comprises Commande par la poste : L'ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 À la boutique internet www.action-nationale.qc.ca La pensée québécoise en essais Pour savoir ce qui se produit dans le monde des essais au Québec, il faut s\u2019abonner aux Cahiers de lecture de L\u2019Action nationale, un périodique entièrement consacré aux recensions des essais québécois.D\u2019un format journal agréable, Les Cahiers paraîssent trois fois l\u2019an et font un survol de l\u2019actualité éditoriale québécoise comme il ne s\u2019en fait nulle part ailleurs.Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 36 pages qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés durant l\u2019année.Depuis 2007, les Cahiers ont publié près de 400 recensions d'essais québécois.Les anciens numéros sont toujours disponibles.36 pages couleurs format tabloïd 3 numéros par année Les\tlectu LIRE \t \t \t \t \t 112 LIRE LES ESSAIS PAUL-ÉMILE ROY ET PIERRE VADEBONCŒUR L\u2019écrivain et son lecteur.Correspondance (1984-1997), Leméac, 2011, 446 pages L\u2019échange épistolaire s\u2019amorce avec Paul-Émile Roy à titre de lecteur de l\u2019écrivain Pierre Vadeboncœur, mais elle évolue lentement vers un respect et une admiration mutuels entre les deux penseurs.Plus, chacun deviendra le révélateur de l\u2019autre.Le premier, un enseignant exemplaire, sait lire et faire connaître avec délectation (cf.son Pierre Vadeboncœur, un homme attentif) un artiste de l\u2019écriture exploratoire.Longtemps inspirée par celle de Charles Péguy, l\u2019écriture de Vadeboncœur est une méthode d\u2019affinement spiralé axée sur un inconnu inépuisable à prospecter.Il convient de lire dans cet esprit cette abondante correspondance (446 pages).Nous nous contenterons d\u2019attirer l\u2019attention sur quelques points que nous considérons comme des perches tendues aux Québécois voulant approfondir la réflexion collective.Paul-Émile Roy est un lecteur-découvreur si efficace qu\u2019il réussit à modifier la conviction intime de son correspondant : celui-ci estimait que moins de dix pour cent de ses propres essais méritaient d\u2019être retenus par la postérité.Trop humble, Vadeboncœur récuse longtemps la valeur de son vibrant et enthousiasmant essai intitulé Indépendances (1970).Il y 113 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 décrivit avec sympathie le mouvement de la révolution culturelle de la fin des années 1960 et du début de la décennie suivante, mais en formulant plusieurs bémols \u2014 qui s\u2019avéreront prophétiques.Aussi, on comprend que son rejet de cet essai phare l\u2019ait mené à produire une autre œuvre clef, Les deux royaumes (1978), qui instaure un retrait (lequel s\u2019avérera toutefois limité) du monde de l\u2019action, pour entrer dans les domaines plus contemplatifs de l\u2019amour et de l\u2019art.Personnellement, nous percevons trois périodes dans le parcours de Vadeboncœur : celle où la primauté était accordée à la cause indépendantiste et la suivante où la spiritualité devint plus importante ont été précédées par sa lutte contre le nationalisme clérical, à l\u2019époque de sa participation à Cité libre (qui contribua à l\u2019avènement de la Révolution tranquille).Notons qu\u2019il s\u2019est aussi distancé des écrits de cette première période ; toutefois, on y constatera (avec surprise ?) que plusieurs des travers importants qu\u2019il dénonçait dans l\u2019ancienne élite se retrouvent encore au sein de l\u2019élite souverainiste ou intellectuelle (cf.Une tradition d\u2019emportement : écrits [1945-1965], choix de textes par Yvan Lamonde et Jonathan Livernois).Il importait alors de liquider le passé devenu sclérosé, mais Vadeboncœur comprit dans sa dernière période qu\u2019il fallait opérer la démarche inverse : récupérer la tradition pour se libérer.Puisque l\u2019on ne bâtit rien sur le néant - qui n\u2019est d\u2019ailleurs qu\u2019une illusion.Tout au long de la correspondance, une dynamique ontologique s\u2019exerce entre Vadeboncœur l\u2019agnostique et Roy le croyant.Un paradoxe mutuel favorise un riche dialogue entre les deux hommes : tout agnostique qu\u2019il soit, Vadeboncœur n\u2019en demeure pas moins un mystique de la vie ; tout croyant qu\u2019il soit, Roy s\u2019est détaché de l\u2019Église institutionnelle.Voici l\u2019exemple le plus frappant : alors que Roy avoue qu\u2019il est difficile pour un moderne de parler de « Dieu » (plus tard 114 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 d\u2019ailleurs, il exprimera le danger de transformer Dieu en idole si on en parle trop), Vadeboncœur réplique en citant l\u2019expérience de conversion au christianisme de Paul Claudel, Maurice Clavel et André Frossard.On « objectera » que les expériences fulgurantes existentielles sont rapportées au sein de diverses traditions spirituelles ; encore, sont-elles bien interprétées par ceux qui les vivent ?On imagine Vadeboncœur posant la question suivante : « Pourquoi y a-t-il de la joie, de l\u2019enchantement et de la grâce malgré le malheur ?» À laquelle Roy répond : « Il suffit de consentir à l\u2019Être ou l\u2019être, qui conduit à la transfiguration ».Certes, on sera dérouté par ce qui semble une émulation de pessimisme entre les deux penseurs.Lucidité, critique impitoyable de la question nationale du Québec et de la situation civilisationnelle de l\u2019Occident ?Sans doute.Il importe de ne pas perdre de vue que le lecteur entre dans l\u2019intimité des deux hommes.Et, d\u2019une part, Roy ne manifeste-t-il pas une juste et saine colère ?D\u2019autre part, Vadeboncœur ne rassure-t-il pas ceux qui se découragent dans son entourage militant ?Surtout, il fait de la résistance un devoir que nous dirions sacré (dans le sens étymologique d\u2019« exister, être réel »).Finalement, malgré l\u2019effondrement de la société, que Vadeboncœur qualifie d\u2019« implosion », tous deux sont au diapason quant au projet \u2014 exprimé modestement, mais avec détermination \u2014, de planter des semences spirituelles ayant le potentiel de féconder l\u2019avenir de l\u2019humanité.Pour contrer l\u2019inculture ambiante, Vadeboncœur incite à élever un « rempart », en précisant que « si l\u2019on convoque la culture à la défense de la culture, la force et la solidité de cette défense deviennent énormes ».Il envisageait cette résistance s\u2019étalant sur plusieurs siècles.Assurément, la lutte pour la lucidité et la liberté est perpétuelle.Mais n\u2019as- ii5 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 sistons-nous pas en ce moment même à de soudaines prises de conscience collective que Vadeboncœur lui-même aurait saluées avec encouragement ?Le mirage produit par la société postmoderne bêtement consumériste et culturellement déracinée, n\u2019est-il pas condamné à se dissiper ?Cette société, n\u2019est-elle pas en adoration inconsciente avec son propre néant qui la fait gesticuler inutilement ?Ne serait-il pas stratégique de diligenter cet évanouissement en préparant avec résolution l\u2019avènement d\u2019une nouvelle âme collective à partir de la tradition infiniment renaissante de notre pensée et de notre créativité humanistes, animées par une pulsion d\u2019affranchissement ?Le triomphe apparent des corrompus et des cupides qui ont phagocyté la sphère politique, les fédérastes au Québec ou les oligarques à l\u2019échelle du monde, ne sera-t-il pas éphémère \u2014 parce que l\u2019illusion entretenue par ces primates privés d\u2019existence authentique est par définition sans assiette, ni clef de voûte ?Un deuxième volume de la correspondance des deux penseurs est annoncé : nous avons hâte de continuer la conversation intérieure avec Paul-Émile Roy et Pierre Vadeboncœur, qui sont et demeureront spirituellement vivants.Marc Laroche JACQUES HENRIPIN Ma tribu.Un portrait sans totem ni tabou, Liber, 2011,162pages Jacques Henripin, pionnier de la démographie québécoise et sage de ses longues expériences à étudier quantitativement la population, est à l\u2019heure des bilans.Dans son dernier livre, Ma tribu.Un portrait sans totem ni tabou, le professeur émérite et fondateur du département de démographie de l\u2019Université de Montréal entreprend de livrer aux lecteurs L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 une description analytique et critique de divers aspects caractérisant sa tribu, c\u2019est-à-dire son peuple.Structuré d\u2019une vingtaine de courts chapitres abordant chacun un thème précis, allant de la démographie à la culture en passant par le syndicalisme et l\u2019écologisme, Henripin ne souhaite pas, dans cette œuvre, livrer un pamphlet de complaisance : c\u2019est pour cette raison qu\u2019il s\u2019étale plus longuement sur les reproches que sur les mérites.Quelle est sa tribu ?Henripin n\u2019a rien à faire de l\u2019ambivalent concept de nation québécoise dont la seule particularité requise pour en être membre serait de vivre sur le territoire géographique que constitue la province.Cette idée, selon lui, n\u2019a pas de sens selon la définition de ce qu\u2019est une nation.Elle n\u2019est qu\u2019une forme « d\u2019inclusivité bien-pensante ».En effet, en quoi les principaux éléments permettant de caractériser, par exemple, les nations autochtones pourraient-ils se retrouver dans une nation québécoise ?Sa tribu, c\u2019est donc le groupe d\u2019humains avec lequel il partage le plus d\u2019affinité, soit les Canadiens français, descendants des 10 000 colons français établis en Nouvelle-France entre 1608 et 1760, c\u2019est-à-dire le groupe auquel appartiennent ses ancêtres depuis 8 ou 9 générations.Cette tribu a des traits communs facilement identifiables : une langue commune, une religion jadis influente, une histoire partagée.Concrètement, le Canada compte 7,6 millions d\u2019individus d\u2019origine ethnique française.De ce nombre, 700 000 assimilés n\u2019ont plus le français comme langue maternelle.L\u2019essentiel de la tribu se trouve sur le territoire du Québec (5,9 millions).Pour cette raison, les analyses d\u2019Henripin sont généralement centrées sur cette province.C\u2019est après tout la seule entité territoriale gouvernée par sa tribu.L\u2019auteur expose en premier lieu l\u2019histoire démographique de sa tribu, car celle-ci est largement tributaire d\u2019une partie 117 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 des tracas actuels du peuple Canadiens français.Selon lui, le facteur déterminant menant à l\u2019actuelle écrasante domination anglaise n\u2019est pas la bataille des plaines d\u2019Abraham, mais bien la faible intensité du flux de colons français dans les colonies d\u2019Amérique du Nord.En effet, le rythme de colonisation n\u2019était, au cours de l\u2019existant de la Nouvelle-France, que de 56 nouveaux arrivants par année comparés à environ 1000 pour les colonies britanniques.Une telle disproportion a eu une conséquence irrévocable.En peu de temps, la composition linguistique des siècles à venir de l\u2019Amérique du Nord fut tracée.Cette introduction aux mouvements démographiques passés laisse alors la place au futur envisagé.Henripin, fort de ses connaissances en démographie, dresse un portrait bref et complet de ce qui s\u2019en vient : disparition des Canadiens français hors Québec, probable diminution de leur importance au Québec en général et à Montréal en particulier.Or, malgré ce constat troublant, Henripin réussit tout de même à être optimiste et à imaginer que le français n\u2019est pas menacé.Il en vient même étonnamment à ridiculiser ceux qui le prétendent.Une argumentation plutôt démagogique est ici utilisée.Il oppose ce scénario à celui d\u2019une disparition complète du français.Évidemment, le lecteur peu attentif va trouver le futur probable plus encourageant que ce scénario catastrophique.Néanmoins, les chiffres qu\u2019il cite lui-même ne laissent nullement supposer un avenir glorieux.Le professeur émérite, pour convaincre de la perpétuation du français au Québec, rapporte que les immigrants adoptent beaucoup plus qu\u2019auparavant cette langue, à hauteur de 75 %, et que cela aura comme conséquence de stabiliser à long terme la proportion de francophones au Québec à un pourcentage similaire dans le futur.D\u2019abord, cette affirmation repose sur une hypothèse fragile, soit celle que le pouvoir d\u2019attraction du français demeurera le même malgré la diminution de ii8 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 la proportion de francophones.Ensuite, même si elle se concrétise, une réalité découlant des précédents constats a été omise : le très fort déclin de la proportion de francophones au Canada et en Amérique du Nord.Le démographe à la retraite ressent tout de même quelques inquiétudes à l\u2019égard de la langue.Celles-ci se situent au niveau de la qualité.Il reproche essentiellement deux choses au parler canadien-français, soit un manque de vocabulaire et une mauvaise maîtrise des mots de liaison, mais il est également critique envers l\u2019accent de sa tribu.À ce sujet, il y va d\u2019une explication très peu scientifique, mais assez amusante : la paresse des Canadiens français, puisque cet accent demanderait moins d\u2019effort des muscles du visage.Il serait intéressant d\u2019avoir l\u2019avis d\u2019un linguiste sur la question.L\u2019avenir des Canadiens français sera aussi caractérisé par son vieillissement démographique.Henripin jette un regard lucide sur les conséquences de ce phénomène : augmentation des coûts en soins de santé, rareté des aidants naturels, coûts des pensions publiques, etc.Conscient du fatalisme de la situation, l\u2019auteur propose des solutions fort intéressantes pour atténuer les conséquences, par exemple, hausser les taux d\u2019activité, principalement chez les personnes plus âgées, miser sur un système de retraite basé sur la capitalisation ou encore, encourager une hausse de la fécondité.Pour cette dernière proposition, il suggère divers moyens pour y parvenir : soutenir financièrement les familles, améliorer l\u2019organisation sociale pour favoriser la conciliation travail-famille et, le plus dur pour certains peuples, changer les mentalités de manière à ce que les hommes participent plus à la vie familiale.Outre le vieillissement de la population, la faible fécondité des Canadiens français engendrera aussi une probable 119 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 diminution du nombre de travailleurs.Cette conséquence préoccupe beaucoup les politiciens, mais Henripin ne s\u2019en fait pas pour autant, puisque cette diminution sera lente et la société n\u2019aura pas de mal à s\u2019adapter.Il suffirait, selon lui, de simplement mieux orienter les élèves lors de leur cheminement scolaire.À cet égard, il rapporte qu\u2019un quart des élèves se destinant à l\u2019université échoue en cours de route.C\u2019est autant de potentiels travailleurs gaspillés qui auraient dû suivre un cours de métier.Lorsque ces élèves s\u2019orientent vers l\u2019université pour finalement ne pas obtenir de diplôme, la perte pour la société est double : d\u2019une part, les coûts pour leur éducation se révèlent sans retour et, d\u2019autre part, le temps perdu à l\u2019université est autant d\u2019années qui ne seront pas effectuées sur le marché du travail.L\u2019immigration est souvent vue comme une solution aux conséquences engendrées par le vieillissement de la population.À cet égard, Henripin ne tombe pas dans le panneau et pose un regard clairvoyant sur son impact réel : il ne s\u2019agit pas d\u2019un remède efficace, tant aux plans démographique qu\u2019économique.Il dénonce ainsi le discours officiel selon lequel l\u2019immigration enrichit économiquement la société d\u2019accueil, alors que cette démonstration n\u2019a jamais été faite empiriquement.Néanmoins, l\u2019auteur reconnaît que l\u2019immigration puisse constituer un enrichissement culturel, mais il pose deux conditions strictes pour que cet impact puisse être positif : il y a une quantité d\u2019immigrants à ne pas dépasser pour maintenir la cohésion sociale et les personnes issues de culture non chrétienne ou non occidentale ne doivent pas bousculer les habitudes de vie, les rituels, les fêtes et les manifestations des citoyens fondateurs, c\u2019est-à-dire les Canadiens français.Rappelant la crise des accommodements (dé)raisonnables, il dénonce la mollesse généralisée et le manque de vigueur des Canadiens, tant anglais que français, quand il s\u2019agit de s\u2019incliner devant certaines cou- 120 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 tumes des immigrés.Il profite alors de l\u2019occasion pour lancer une brique bien méritée à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qu\u2019il rebaptise « tribunal de l\u2019autoflagellation » en voie d\u2019être « titulaire du Prix Nobel de la bigoterie multiculturelle, interculturelle et pluriculturelle ».Henripin propose de remplacer la devise canadienne « A mari usque ad mare » par « surtout, ne déplaire à personne ».L\u2019auteur ne se préoccupe pas seulement du vieillissement de sa tribu.Pris dans une considération globale, ce phénomène cause une forte diminution du poids des pays occidentaux à l\u2019échelle planétaire.Or, rapporte-t-il, ces pays sont également ceux qui ont inventé la liberté de penser, de croyance, d\u2019expression, d\u2019association et ce sont également à peu près les seuls à les respecter.La perte de poids, voire la disparition, de ces sociétés pourrait avoir de graves conséquences sur le respect de ces libertés, puisque de moins en moins d\u2019hommes seront libres et en mesure de les défendre.Une large part du livre est également consacrée au nationalisme et à l\u2019idée d\u2019indépendance du Québec.Henripin aborde ce sujet avec un raisonnement plutôt difficile à suivre, voire carrément illogique.S\u2019il ne s\u2019oppose pas au patriotisme, qu\u2019il définit comme étant « l\u2019amour de la patrie, de la communauté politique à laquelle on appartient », il dénonce sévèrement le nationalisme, qui, selon sa définition, serait une « conception organisée, réfléchie, élaborée, d\u2019abord de la société à laquelle on appartient, mais également des autres sociétés, dont certaines perçues comme des adversaires ».S\u2019inspirant de certains spécialistes du fascisme européen du début du XXe siècle, il décrit ainsi la notion comme étant une idéologie plutôt dogmatique et guerrière menant à une « valorisation de son groupe et [à] la dévalorisation plus ou moins poussée des autres ».Sans 121 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 vraiment expliquer le lien entre cette définition du concept et le mouvement nationaliste et souverainiste du Québec, il mêle ensuite la manie des Québécois à accuser le fédéral pour tous les problèmes.S\u2019ensuit une critique acerbe du mouvement souverainiste, du journal Le Devoir et du Bloc québécois en particulier, notamment parce qu\u2019il serait inutile puisque figurant nécessairement dans l\u2019opposition et prétend que le NPD serait beaucoup plus influent.Au moment d\u2019écrire son livre, le Bloc avait encore 47 députés.Henripin a donc dû être heureux de constater que sa tribu a suivi son conseil inconsciemment en rejetant massivement ce parti lors des élections du 2 mai 2011 au profit du NPD.Cela dit, il devra forcément admettre que le NPD ne sera pas beaucoup plus utile, puisque le parti constitue maintenant l\u2019opposition d\u2019un gouvernement majoritaire.En fait, en tant que démographe, Henripin devrait reconnaître que le peu d\u2019influence des députés élus par les Québécois n\u2019est pas dû au parti qu\u2019ils représentent, mais plutôt au poids démographique du Québec qui ne lui vaut qu\u2019un nombre restreint et nécessairement minoritaire de députés à la Chambre des communes.Quoi qu'il en soit, il est très difficile de voir le lien entre la définition guerrière et haineuse qu\u2019il donne du nationalisme et le très multiculturaliste et inclusif Bloc québécois ou le mouvement souverainiste québécois en général.Outre par rejet du nationalisme, Henripin s\u2019oppose également à la souveraineté pour des raisons qui se veulent plus rationnelles : une possible dégradation de notre bien-être économique et la piètre qualité de la gestion des affaires publiques au Québec.À cet égard, il évoque que la province, qui est la seule à être dirigée par les Canadiens français, est également la plus endettée, la plus touchée par le chômage, la plus pauvre et la moins scolarisée.Cet argument aurait pu être plus convaincant s\u2019il s\u2019avérait véridique, mais tel n\u2019est pas le cas.S\u2019il est exact que la dette est plus importante au 122 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Québec, la province se classe cependant au 4e rang sur les 10 provinces pour son taux de chômage1, au 7e rang au chapitre du PIB par habitant2 et la proportion de la population n\u2019ayant qu\u2019au mieux un diplôme d\u2019études secondaires y est inférieure3.Qui plus est, advenant un hypothétique Canada dans lequel le Québec serait la province la plus prospère et la mieux gérée, on peut deviner que son argument serait que son indépendance est inutile, puisqu\u2019elle est si bien au Canada.C\u2019est d\u2019ailleurs ce raisonnement qu\u2019il utilise sur la question linguistique : nul besoin de l\u2019indépendance, puisque le français a pu se préserver.Henripin, en écrivant ce livre, n\u2019avait pas la prétention de livrer un ouvrage pédagogique.Il offre en revanche un regard critique personnel et honnête avec une touche d\u2019humour qui rend la lecture plus divertissante.Dans le style provocateur qui lui est propre, l\u2019auteur parsème ses chapitres de plusieurs ronchonneries caricaturales et bien assumées, notamment à l\u2019égard des jeunes et de leur manque de respect.Cependant, ces égarements font perdre le sérieux des propositions qui pourraient être très intéressantes, particulièrement au niveau des enjeux démographiques et économiques.Le lecteur vigilant remarquera aussi quelques incohérences dans ses opinions.Par exemple, il reproche sévèrement et à plusieurs reprises aux Canadiens français leur mollesse et leur manque de fermeté à l\u2019égard des revendications déraisonnables de certaines communautés culturelles et religieuses.Or, lorsqu\u2019il s\u2019agit des revendications de la minorité anglophone ou anglophile visant à contourner les règlements faisant du français la langue officielle du 1\tStatistique Canada, Enquête sur la population active, mai 2011.2\tStatistique Canada, Comptes économiques provinciaux, estimations 2009.3\tStatistique Canada, Recensement de la population de 2006. 123 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Québec, il semble prêt à accepter à peu près toutes les concessions.Pire encore, il ridiculise ceux qui s\u2019y opposent.Peut-être s\u2019agit-il d\u2019un vieux réflexe typique de sa génération, celui de se sentir redevable aux maîtres anglais et de ne pas vouloir leur déplaire.En est-il conscient ?Après tout, il parle ouvertement du complexe d\u2019infériorité caractérisant la tribu canadienne-française dont, en définitive, il fait partie.Guillaume Marois Démographe PASCAL CYR Waterloo : origines et enjeux, L'Harmattan, 2011, 439 pages Il n'est pas dans les habitudes de la maison de publier des recensions de livres portant sur l'histoire de France d'après 1760.Waterloo : origines et enjeux de l'historien québécois Pascal Cyr mérite une exception à la règle.Dans ce livre tiré de sa thèse de doctorat, l'auteur nous offre nos seulement une excellente analyse d'une des batailles les plus importantes de l'histoire, mais, en puissant abondamment dans les archives, il nous dresse en plus un portrait des facteurs politiques, administratifs, juridiques, financiers, logistiques et militaires entourant la bataille de Waterloo.Et cela est d'une pertinence incontestable puisque sa thèse est justement que ce sont tous ces facteurs, et non pas seulement la situation militaire, qui ont mené au désastre de Waterloo.Le premier chapitre qui porte sur le Congrès de Vienne nous apprend que les puissances coalisées condamnent Napoléon peu après son retour de l'île d'Elbe.Car si Louis XVIII représente la France conciliante, qui accepte d'être ramenée à ses anciennes limites, l'Empereur représente la politique des 124 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Limites naturelles et l'expansionnisme qui en découle.Dans ce contexte, même si Napoléon accepte les conditions du Traité de Paris signé par le précédent gouvernement, une guerre dont l'issue est incertaine devient inévitable pratiquement dès le premier des Cent jours.C'est une des raisons qui explique pourquoi l'administration collabore si peu avec le nouveau régime.Les préfets ne font pas de zèle, notamment pour la lever des soldats.Les maires, souvent royalistes, n'aident pas davantage.Certains prônent même la désobéissance, voire le soulèvement.Car il y a effectivement des tentatives de rébellions, avec le duc de Bourbons dans l'Ouest, la duchesse d'Angoulême à Bordeaux, le gouvernement de Vitrolles à Toulouse et le duc d'Angoulême dans le Midi.Bien qu'il n'y ait là rien de très menaçant sur le plan militaire, c'est tout de même plus de 10 000 hommes qui sont soustraits de l'Armee du Nord pour mater les rébellions.En plus des royalistes hostiles, il y a les bourgeois libéraux opportunistes.Ces derniers profitent de la position de faiblesse du régime pour lui imposer une constitution libérale.L'Acte additionnel aux constitutions de l'Empire prévoit donc un partage des pouvoirs entre l'Empereur, une Chambre des représentants et une Chambre des pairs.Rapidement, la Chambre des représentants marque son indépendance en élisant un opposant à Napoléon au poste de président de l'assemblée.Dès lors il n'y a plus de doute, malgré l'appui de l'armée et du petit peuple, l'Empereur a besoin d'une victoire militaire pour consolider son pouvoir.Mais comme l'explique longuement et avec une profusion de détails Pascal Cyr, Napoléon n'a pas suffisamment d'argent, d'armes, de soldats, de chevaux et même d'habillements, ne serait-ce que pour assurer l'approvisionnement des forteresses.Une stratégie défensive est pratiquement impossible.Par conséquent, Napoléon choisit l'offensive.Ses troupes étant quantitativement inférieures, mais quali- 125 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 tativement supérieures, surtout par rapport aux Prussiens, tout est alors possible et l'issu se jouera sur des questions tactiques.La moindre action d'un quelconque haut gradé peut devenir déterminante.Dans ce contexte, la défection/ trahison de Bourmont et les retards qu'elle cause ne sont pas banals.Malgré cela Napoléon doit foncer, notamment parce qu'une victoire rapide faciliterait l'obtention de l'accord de la Chambre des représentants en vue d'un emprunt dont l'État a besoin très bientôt.Ce sera d'abord la bataille de Ligny, que Napoléon remporte contre les Prussiens qui comptent sur leurs alliés anglais qui n'arrivent jamais.Par contre, la bataille des Quatre-Bras est perdue par les Français à cause des retards de la veille, de leurs problèmes de communications et des nombreux renforts anglais.C'est donc 1 à 1 après la journée de batailles du 16 juin 1815.Cela illustre que rien n'est joué pour la bataille du 18 juin à Waterloo ; bataille que l'auteur, qui a sans doute une formation militaire, nous décrit avec talent, à un rythme soutenu et sans négliger de détails.Même s'il aurait souhaité lancer l'attaque plus tôt, Napoléon ne le fait que vers 11 h 15, en raison des pluies de la nuit qui ont rendu le champ de bataille difficile à y manœuvrer pour l'artillerie.Une fois l'attaque lancée par une manœuvre offensive sur position centrale, elle connait un certain succès.Les Français gagnent du terrain, même si certains, dont Jérôme le frère cadet de l'Empereur, ne suivent pas les ordres à la lettre ce qui cause de lourdes pertes.Cependant, une erreur beaucoup plus grave est celle qui amène les troupes du maréchal Grouchy à aller livrer une bataille peu utile à Wavre plutôt que de se rendre à Waterloo.Ici, malgré la controverse historiographique, l'auteur blâme Napoléon, en raison de ses ordres contradictoires et confus, plutôt que Grouchy.Par contre, au sujet de l'échec de l'attaque de 126 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Drouet d'Erlon, causée entre autres par un mauvais choix tactique, il disculpe l'Empereur qui, généralement, laisse une entière liberté à ses généraux sur le plan tactique.Cela dit, concernant une autre décision cruciale, celle d'envoyer la cavalerie de Ney contre les positions anglaises, l'auteur fait porter la responsabilité autant sur Napoléon que sur Ney ; quoique l'échec de cette attaque comme telle soit plutôt attribué à ce dernier qui aurait oublié une division et une brigade, soit 6000 hommes qui, arrivant trop tard, ne peuvent faire la différence.À ce moment, Napoléon pourrait se retirer.Mais, selon la thèse de l'auteur, notamment en raison des effets qu'aurait une défaite sur les Chambres, les financiers et le peuple, il choisit de rester.Il lance alors la Vieille Garde dans la bataille en laissant courir le bruit que Grouchy va arriver d'un instant à l'autre.Lorsque la Vieille Garde voit les milliers de cadavres de cavaliers et de chevaux qui jonchent le champ de bataille, et surtout, les renforts ennemis qui arrivent là où elle attendait Grouchy, c'est la débandade.Wellington et ses subordonnés, dont Colborne, en profitent pour faire un maximum de victimes chez les Français.Ces derniers résistent néanmoins avec courage, comme en témoigne une des nombreuses perles citées par l'auteur ; celle de la description du dénouement de la bataille par le général Pelet : [.] dans un moment où j'étais le plus embarrassé, le plus pressé et en même temps le plus dénudé, il m'arrive un peloton de grenadiers envoyé par je ne sais qui et dont je fus le plus content.Je l'arrêtai pour rallier quelques chasseurs, puis je le fis charger à la baïonnette sans livrer un seul coup de fusil ; ils allèrent comme des murs, ils me renversèrent tout.Je me maintiens au milieu de cette grêle d'obus, du feu qui commençait à s'allumer dans diverses maisons, d'une fusillade terrible et continuelle ; ils nous environnaient d'une multitude de tirailleurs.N'importe, je tenais comme un démon, je ne pouvais plus réunir mes hommes, mais ils étaient nichés, et faisaient sur l'ennemi 127 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 un feu meurtrier qui le contenait : ils l'auraient arrêté sans le nombre qui nous accablait.« Sans le nombre qui nous accablait », car avec l'arrivée des renforts ennemis et l'absence de Grouchy tout est perdu.Comme le raconte l'auteur : La plaine étant recouverte de fuyards, ceux-ci représentent une proie facile pour la cavalerie prussienne qui fait un massacre parmi eux.Ney, qui a eu son cinquième cheval tué sous lui [.] prend la tête de la brigade du général Brue et leur crie : « Venez voir comment meurt un maréchal de France.» Mais celle-ci est submergée par la vague des fuyards et seule la Garde [.] se replie en bon ordre.Suite à cette défaite, même s'il croit possible de poursuivre la guerre, Napoléon abdique à la demande des Chambres.L'auteur profite d'ailleurs de la fin de sa conclusion pour soutenir qu'une des suites de Waterloo, et plus généralement des Cent jours, est le progrès du parlementarisme français.Bien que cela soit loin d'être inintéressant, le lecteur aurait sans doute souhaité un plus vaste portrait des conséquences de cette bataille.En quoi rend-elle possibles ou inéluctables les nombreuses guerres européennes des 130 années qui suivent ?Quels seront les effets de la bataille de Waterloo sur les empires français et anglais ?Autant de questions qui n'avaient peut-être pas leur place dans la thèse, mais qui auraient pu être évoquées dans le livre.C'est sans doute là le seul reproche important que l'on peut faire à l'auteur ; de ne pas avoir suffisamment retravaillé le livre de manière à lui conférer une plus value par rapport à la thèse.Surtout qu'en plus d'une conclusion plus vaste, une introduction plus complète, comprenant un retour sur l'ensemble de la carrière de Napoléon, aurait rendu l'ouvrage encore plus pertinent pour les non-experts.Et comme ce retour aurait prouvé que le succès politique de Napoléon a presque tou- 128 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 jours dépendu de ces victoires militaires, il aurait renforcé la thèse soutenue par l'auteur concernant les causes de la défaite de Waterloo.Cela dit, ce dernier fait plusieurs retours en arrière dans le cadre des différents chapitres, et à chaque fois cela est réussi et pertinent.Réussi et pertinent, ces deux mots valent aussi pour l'ensemble du livre.Le ton est juste, la recherche approfondie, les idées structurées et enchainées d'une manière logique et agréable, au point où il ne manque rarement ne serait-ce qu'une seule transition.Et surtout, la thèse du caractère multifactoriel de la défaite de Waterloo est très convaincante (ce qui, soit dit en passant, offre l'avantage de dégonfler le mythe d'un Wellington dont le génie militaire aurait expliqué la victoire).Le livre a aussi le mérite de faire ressortir une des grandes leçons de Waterloo : même le plus grand des chefs à la plus grande des batailles ne peut gagner si ses troupes et ceux qui devraient les supporter sont minés par des divisions, des trahisons, des défections, un manque d'unité nationale et des visées opportunistes de classes voire d'individus.Surtout que même le plus grand chef n'est pas infaillible.Ce n'est donc pas à l'auteur que vont nos plus grands reproches, mais à l'éditeur, aux libraires et aux chroniqueurs littéraires qui, du moins au Québec, n'accordent pas à Waterloo : origines et enjeux l'attention qu'il mérite, préférant trop souvent des œuvres d'intellectuels français.Ce qui est d'autant plus déplorable que ce livre démontre justement que certains auteurs québécois n'ont rien à envier aux meilleurs auteurs français, et ce même lorsqu'ils traitent d'une page de l'histoire de France d'après 1760.Guillaume Rousseau 129 LIVRES REÇUS Jean-François Simard, et Maxime Allard Échos d\u2019une mutation sociale.Anthologie des textes du père Georges-Henri Lévesque, précurseur de la Révolution tranquille, PUL, Collection Prisme, 2011, 538 pages Roméo Bouchard La reconquête du Québec.Esdras Minville et le modèle gaspésien, Écosociété, 2011, 224 pages Hachimi Sanni Yaya et Mohamed Behnassi (dir.) Changement climatique, crise énergétique et insécurité alimentaire, PUL, 2011, 358 pages Lyse Langlois Le professionnalisme et l\u2019éthique au travail, PUL, 2011, 250 pages Marc-Urbain Proulx Territoires et développement.La richesse du Québec, PUQ, 2011, 470 pages Marc Vallières Côte-de-Beaupré et île d\u2019Orléans, PUL, Collection Les régions du Québec.histoire en Bref, 2011, 192 pages Alain Boucher La petite histoire du cidre au Québec suivi de La fabrication du cidre à la maison, Éditions Trois-Pistoles, 2011, 253 pages Pierre Graveline La liberté du Québec, Fides, 2011, 129 pages 130 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Karine Prémont (dir.) La politique étrangère des grandes puissances.L\u2019impossible convergence des intérêts, PUL, Collection Politique étrangère et sécurité, 2011, 438 pages Andreas Motsch et Grégoire Holtz (dir.) Éditer la Nouvelle-France, PUL, Collection L\u2019Archive littéraire au Québec, 2011, 262 pages Alain-G.Gagnon L\u2019âge des incertitudes, PUL, 2011, 210 pages Bernard Vachon La passion du rural.Tome 1, Éditions Trois-Pistoles, 2011, 600 pages Roland Finifter et Gérard Verna L\u2019entreprise africaine.Essai sur la mal gouvernance, PUL, 2011, 242 pages Antoine Ouellette Musique autiste.Vivre et composer avec le syndrome d\u2019Asperger, Tryptique, 2011, 160 pages Aurelio Ayala et Françoise Le Jeune Les rébellions canadiennes de 1837 et 1838 vues de Paris, PUL, Collection Cultures québécoises, 2011, 218 pages Gilles Marsolais Cinéma québécois.De l\u2019artisanat à l\u2019industrie, Tryptique, 2011, 311 pages Olga Hazan et Jean-Jacques Lavoie Prophète Muhammad: entre le mot et image, Fides, 2011, 186 pages Normand Baillargeon Je ne suis pas une PME.Plaidoyer pour une université publique, Les Éditions Poétes de brousse, Collection Essai libre, 2011, 89 pages René Hardy et Normand Séguin Forêt et société en Mauricie, Septentrion, 2011, 344 pages 131 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Raymond Hudon et Christian Poirier La politique, jeux et enjeux.Action en société, action publique, etpratiques démocratiques, PUL, Collection Sociologie contemporaine, 2011, 462 pages Marie-France Bazzo et Jean Barbe De quoi le Québec a-t-il besoin ?Leméac, 2011, 177 pages John Saul Louis-Hippolyte LaFontaine et Robert Baldwin, Boréal, 2011, 240 pages Maggis Siggins Marie-Anne, l\u2019histoire extraordinaire de la grand-mère de Louis Riel, Septentrion, 2011, 288 pages J S Benoit Cadieux Journal de guerre,VLB, 2011, 248 pages Ernst Bloch et Lucien Pelletier Études critiques sur Rickert et le problème de la théorie moderne de la connaissance, PUL, 2011, 465 pages Philippe Fournier La Nouvelle-France au fil des Édits, Septentrion, 2011, 610 pages A.J.B.Johnston 1758 : La finale.Promesses, splendeur et désolation de la dernièredécennie de Louisbourg, PUL, 2011, 454 pages Marie-Aimée Cliche Fous, ivres ou méchants ?Les parents meurtriers au Québec, 1775-1965, Boréal, 2011, 280 pages Djemila Benhabib Les soldats d\u2019allah à l\u2019assaut de l\u2019occident, VLB, 2011, 304 pages J.F.Marc Desjardins Le sutra de la Mahamayuri : rituel et politique dans la Chine des Tang (618-907), PUL, 2011, 289 pages Caroline Beauchamp Pour un Québec laïque, PUL, 2011, 149 pages 132 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Nina Brière La douceur du roi.Le gouvernement de Louis XIV et la fin des Frondes 1648-1661, PUL, Collection Autour de l\u2019événement, 2011, 172 pages Alain Deneault Faire l\u2019économie de la haine.Douze essais pour une pensée critique, Écosociété, 2011, 120 pages Éric Bédard Recours aux sources.Essais sur notre rapport au passé, Boréal, 2011, 280 pages Jean-Philippe Warren L\u2019Art vivant.Autour de Paul-Émile Borduas, Boréal, 2011, 224 pages Philippe Vincent Foisy et Julien McEvoy Le scandale du gaz de schiste, VLB, 2011, 128 pages Marie-Claude Tremblay Loco Locass.Une esthétique engagée et engageante, Tryptique, 2011, 96 pages Claude Gélinas Indiens, Eurocanadiens au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Septentrion, 2011, 220 pages Marcel J.Rheault La rivalité universitaire Québec-Montréal.Revisitée 150 ans plus tard, Septentrion, 2011, 282 pages Jacques Keable Sylvia Daoust.La première sculpteure au Québec, Fides, 2011, 248 pages Jean Laliberté Réinventer la démocratie, Septentrion, 2011, 218 pages Louise Bouchard et Martin Desmeules Minorités de langue officielle du Canada.Égales devant la santé?, PUQ, Collection Problèmes sociaux et interventions sociales, 2011, 118 pages 133 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Jean-Claude Castex La ballade des pendues.La tragique histoire de trois Québécoises pendues pour crime, PUQ, 2011, 108 pages Michèle Villegas-Kerlinger Sur les traces de nos ancêtres.Chroniques de l\u2019Amérique du Nord francophone, PUQ, 2011, 208 pages Louise Mailloux La laïcité ça s\u2019impose ! Éditions du Renouveau québécois, 2011, 166 pages Pierre Dubuc Le Québec et la nouvelle donne internationale, Éditions du Renouveau québécois, 2011, 152 pages Arlette Pilote (dir.) Plaidoyer pour l\u2019enseignement d\u2019une littérature nationale.La littérature québécoise, Fides, 2011, 69 pages René Marcel Sauvé Défense territoriale pour la nation et l\u2019État du Québec, Éditions du Québécois, 2011, 120 pages Monique Meloche Profession : travailleuse sociale.Quarante-cinq ans de service social hospitalier 1950-1995, Liber, 2011, 248 pages Dominic Desroches et Daniel Innerarity Penser le temps politique.Entretiens philosophiques à contretemps avec Daniel Innerarity, PUL, 2011, 256 pages Françoise David De colère et d\u2019espoir.Carnet, Écosociété, 2011, 216 pages Jocelyn Lachance L\u2019adolescence hypermoderne.Le nouveau rapport au temps desjeunes, PUL, 2011, 148 pages Diane Brassard et Marc-Urbain Proulx Un juste prix pour l\u2019énergie du Québec ?, PUQ, 2011, 204 pages 134 L'ACTION NATIONALE - janvier 2012 Vincent Billard iPhilosophie.Comment la marque à la pomme investit nos existences, PUL, Collection Quand la philosophie fait pop !, 2011, 230 pages Pierre Vadeboncœur et Réjean Beaudoin Petite comédie humaine, Del Busso Éditeur, 2011, 192 pages Pierre Nepveu Gaston Miron.La vie d\u2019un homme, Boréal, 2011, 840 pages Sandra Breux et Laurence Bherer Les élections municipales au Québec : enjeux et perspectives, PUL, Collection Études urbaines, 2011, 362 pages Gilles Sénécal (dir.) L\u2019espace-temps métropolitain.Forme et représentations de la régionde Montréal, PUL, Collection Études urbaines, 2011, 346 pages Jim Stanford Petit cours d\u2019autodéfense en économie.L\u2019abc du capitalisme, LUX, 2011, 496 pages ê é 4># # # ASSEMBLEE NATIOHALE QUÉBEC Martine Ouellet Députée de Vaehon I TO.: 450 676-5086 I www.martineouellct.org \t\t Sansregret, Taillefer & Associés\t\tinc.Cabinet en assurance collective de personnes\t\t 178, rue Sainte-Marie\tTéléphone : (450) 471-2662\tTélécopieur : Terrebonne (Québec)\t(514) 355-7869\t(450) 471-0026 J6W 3E1\t(800) 782-5799\t(514) 355-7923 \tinfo@sta-conseil.com www.sta-conseil.com\t Pierre Allard CA Comptable agréé Chartered accountant 8175.boul.Saint-Laurent.3' étage Montréal (Québec) H2P 2M1 _T 514 385-6601.F 514 385-6177 ALLARD L-A .allard pierre a videotron.ca r Société Sain t-Jean-Bap tis te dcl» MAU RICIE Souveraineté du Québec Langue française Fête nationale Assurance-vie www.ssjbmauricie.qc.ca 819-375-4881 -1-800-821-4881 Gestion François Beaudoin (évaluation d/entreprises faisabilité.Transfert familial.Rachat par cadres.Ventes - .Achats - Fusions.Services conseils en -financement.Une équipe multidisciplinaire 0W tous les services requ * pL une transaction réussie.819-397-4920 gfb@tlb.sympatico.ca B; Guy Bertrand Avocats Me Guy Bertrand 250, Grande Allée Ouest, bureau 801 Québec (Québec) G1R 2H4 Téléphone : 418-683-8585 Télécopieur : 418-614-1458 Courriel : gbertrand@guybertrandavocats.com Site internet : www.guybertrandavocats.com Liberté pour ma nation Quoi de plus important, Pour soi-même et pour son peuple, Que la liberté?Ainsi, pourquoi chaque québécois Ne se poserait-il pas, au moins une fois dans sa vie, La question suivante: La nation québécoise est-elle libre?Une nation minoritaire, au sein d'un pays, Peut-elle prétendre à la liberté, Lorsqu'il lui est interdit par la Constitution De la nation majoritaire : D'adopter toutes ses lois, De percevoir tous ses impôts, De signer ses traités, D'être présente dans les instances internationales, et De participer aux jeux olympiques, sous les couleurs de son drapeau ?Non, le Québec, au sein du Canada, n\u2019est pas libre, Voilà pourquoi il est condamné À faire du surplace Et à tourner en rond.Ma nation a soif de liberté et d\u2019indépendance.Québec, ce 2Ajuin 20, e Guy Be Prévenez le coût ! Votre date d'échéance est indiquée sur votre feuillet d'adressage V_________________________________________J Nouveau Paiement direct Nos avis de renouvellement contiennent dorénavant le numéro SPC 6178 de la Ligue d'action nationale qui vous permet - quand il est jumelé à votre numéro d'abonné - de payer directement votre abonnement au guichet ou par internet chez Desjardins et dans les autres institutions participantes.Autres modes de paiement Rappelons que vous pouvez également payer votre abonnement \u2022\tpar la poste (chèque et cartes de crédit*) ; L'Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 \u2022\tpar téléphone (cartes de crédit*) ; 514-845-8533 ou 1-866-845-8533 \u2022\tpar la boutique internet* action-nationale.qc.ca Autorisation de prélèvement annuel L'avis de renouvellement vous donne également l'occasion de signer une autorisation de prélèvement annuel de votre abonnement sur carte de crédit.Chaque abonné est important pour nous.\u2022\tVISA et MASTERCARD acceptées Legs et dons planifiés Les dons planifiés constituent un apport essentiel pour un organisme comme la Ligue d'Action nationale ; tous les dons qu'elle reçoit sont d'une grande importance puisqu'ils permettent d'offrir à nos abonnés une revue de qualité et ce, sans s'éloigner, même après 90 ans d'existence, de notre mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?-\tLes dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d'Action nationale dès qu'ils sont faits et ; -\tles dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d'Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d'assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d'assurance-vie de quelques milliers de dollars que vous avez souscrite il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L\u2019Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l'avis d'un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l'option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d'Action nationale comme bénéficiaire, faites-le nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous émettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d'Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale - Programme de dons planifiés a/s : Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 (514) 845-8533 ou, sans frais , au 1-866-845-8533 \t Fernand Allard\tMarcel Henry Patrick Allen 'j'\tHenri Joli-Cœur François-Albert Angers '\tLucie Lafortune ' Gaston-A.Archambault '\tAnna Lagacé-Normand ' Robert Ascah\tBernard Lamarre Jean-Paul Auclair '\tDenis Lazure ' Paul Banville\tRichard Leclerc Thérèse Baron\tClément Martel François Beaudoin\tJacques-C.Martin Gaston Beaudry '\tYvon Martineau Dominique Bédard '\tRoger Masson Yvan Bédard Henri Blanc David Boardman Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Charles Claveau Roch Cloutier\tDaniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin ' Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost ' Ghislaine Raymond-Roy Robert Comeau Robert Côté\tRené Richard ' Jacques Rivest Louis-J.Coulombe\tJean-Denis Robillard Gérard Deguire\tIvan Roy Bob Dufour\tPaul-Émile Roy Yves Duhaime\tClaudette Thériault Nicole Forest\tMarcel Trottier ' Léopold Gagnon\tRéal Trudel Henri-F.Gautrin '\tCécile Vanier Claude Ghanimé\tAndré Verronneau Paul Grenier\tClaude-P.Vigeant Michel Grimard\tMadeleine Voora Yvon Groulx\tAndré Watier Le Club des 100 associés regroupe les donateurs de 1000 $ et plus. L\u2019Action NATIONALE Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur 143 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Mission La Ligue d'action nationale est l'éditrice de la revue L'Action nationale.Sa mission est d'être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Président Denis Monière Vice-président Christian Gagnon Secrétaire Gilles Lavoie Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Lx Officio Robert Laplante Membres Mathieu Bock-Côté Jean-Louis Bourque Charles-Philippe Courtois Myriam D\u2019Arcy Pierre de Bellefeuille Robert Comeau Pierre Graveline SiouFan Houang Henri Laberge Josée Lacourse Anne-Michele Meggs Danic Parenteau Joëlle Quérin Guillaume Rousseau Patrick Sabourin Michel Sarra-Bournet Pierre-Paul Sénéchal Pierre Serré Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Jean-Jacques Chagnon 'j', Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon, Gilles Rhéaume Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jean-Marc Léger ' , Georges Meyers, Jacques-Yvan Morin, Paul-Émile Roy Tarifs 2012 ABONNEMENT\tGRILLE TARIFAIRE\t \t1 an\t2 ans \t10 numéros\t20 numéros Abonnement\t80 $\t140 $ \t(69,58 $ + taxes)\t(121,77 $ + taxes) Abonnement de soutien\t175 $\t300 $ Étudiant\t45 $\t80 $ \t(39,14 $ + taxes)\t(69,58 $ + taxes) Institution\t140 $\t235 $ \t(121,77 $ + taxes)\t(204,39 $ + taxes) Autres pays\t150 $\t275 $ Abonnement PDF\t55 $\t95 $ \t47,84 $ + taxes\t82,63 $ + taxes \tTVQ 1012563392 TQ0002\tTPS 11901 9545 Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022\tpaiement internet sécurisé Desjardins dans notre site \u2022\tpar la poste \u2022\tpar téléphone Paiement au guichet \u2022\tchez Desjardins et dans les institutions financières participantes L\u2019ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Envoi de Poste-Publications - Enregistrement N° 09113 "]
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