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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2013-02, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019Action NATIONAL^ volume CIII numéro 2 FÉVRIER 2013 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L'ACTION NATIONALE volume CM! numéro 2 - Février 2013 Février 20 13 vol.CIII no 2 L\u2019Action NATIONALE s m2 At»JL V* % Economie et Etat Vivement une politique d'ensemble En couverture Lorraine Camberlain (Malolo) Mers et mondes, aquarelle sur papier Yupo, 10 x 7,5 po (25 x 19 cm).Cette œuvre d'une série peinte au retour des Îles-de-la-Madeleine en 2010 est l'une des quatre aquarelles présentée par l'artiste à la Biennale internationale de l'Aquarelle 2013, à Namur en Belgique, du 18 mai au 3 juin 2013.Depuis une quinzaine d'années, Malolo (Lorraine Camerlain) se consacre aux arts visuels, après avoir fait carrière dans le monde des mots, de la rédaction.Elle travaille plusieurs médias et explore le plus souvent les frontières du figuratif et de l'abstraction.C'est avant tout le support (toile ou papier) et le média choisi (aquarelle, acrylique, collage, gravure) qui lui suggèrent ou lui imposent une œuvre qu'elle réalise d'abord et avant tout par les couleurs, les formes et les textures ; ce sont là en fait ses véritables sujets.Faisant confiance au médium, elle lui laisse son mot à dire dans l'œuvre.Ses sources d'inspiration sont multiples : la nature et ce qu'elle suggère, l'être humain et ses sentiments contradictoires, sa beauté, sa laideur, ses souvenirs ; l'imaginaire.Jamais elle ne se contente de reproduire, jamais elle ne peut s'exclure de ce qu'elle crée.Elle aime explorer la marge de chacun des médias qu'elle choisit et qui s'enrichissent les uns les autres.L\u2019art est pour moi, dit-elle, le lieu sacré de la liberté, et, paradoxalement, c\u2019est ce pour quoi je m\u2019y astreins.Très vite, je me suis éloignée de la tranquillité et de la douceur traditionnelles de l\u2019aquarelle ainsi que d\u2019une première forme de reproduction du monde réel, pour explorer les frontières du figuratif et du non-figuratif.Je ne lésine jamais sur les risques de l\u2019exploration technique.Qu\u2019elles soient abstraites ou figuratives, mes œuvres expriment d\u2019abord et avant tout mon bonheur de vivre, tout en faisant écho, de manière ludique ou plus engagée, au monde que j\u2019habite et à celui qui m\u2019habite.mwm Envol jaune, acrylique sur papier de soie, marouflée sur papier aquarelle, 18 x 12 po (45,5 x 30,5 cm), œuvre présentée dans le cadre de l'exposition Luminosité, l'art jaune, organisée par l'Espace contemporain de Montréal, du 13 au 24 février 2013.Prêt de l'artiste au MNBAQ.Élan nouveau, acrylique sur papier de soie, marouflée sur papier aquarelle, 26 X 20 po (66 x 51 cm).L'expo solo Élan nouveau - Tout ce monde, présentée à Montréal en 2011, mettait en lien une série de personnages imaginaires peints à l'acrylique sur papier de soie et marouflés sur papier aquarelle.Fortement colorés, de divers formats et d'inspirations multiples, ces créatures sont issues du croisement entre un travail sur l'abstraction et la créativité vivifiante de l'artiste.Vieille Italie (aquarelle et crayons aquarelle, 20 x 11,5 po, 2010) a reçu le prix d'excellence en peinture du XXe Salon des arts de la ville de Brossard en 2012.Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise 40 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 L\u2019Action NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Patrick Sabourin, chercheur IRFA, Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQAC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Martin Pâquet (Université Laval), Christian Rioux (correspondant du Devoir à Paris) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (UQAM) ; Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté. s* $6 %.\t! I 596, ^\\\\ ,\\w\\ Je choisis LE DEVOIR Libre de penser ' \\» SOMMAIRE Éditorial Nous avons mieux à faire -\tRobert Laplante\t4 Articles Urbanité 2.0 : la citoyenneté et la nation à l\u2019heure des médias sociaux -\tSimon Couillard\t13 Le jour où Félix Leclerc est devenu indépendantiste -\tChristian Larsen\t28 Du laissez-faire au capitalisme d\u2019État (1800-1960) Regard sur une étape du développement économique du Québec -\tRichard Leclerc\t32 Les souverainistes et la mondialisation : l\u2019enthousiasme internationaliste -\tSimon-Pierre Savard-Tremblay 45 Quelques éléments de réflexion en vue de la préparation du Sommet sur l\u2019enseignement supérieur -Jacques Martin\t60 Dossier Économie et État Vivement une politique d\u2019ensemble -Renaud Lapierre\t84 Lire Lire les essais Marc Chevrier La République québécoise.Hommages à une idée suspecte 120 Laurent Veyssières et Bertrand Fonck (dir.) Guerre de Sept Ans en Nouvelle-France\t127 Débats\t131 Courrier des lecteurs\t135 Livres reçus\t137 4 ÉDITORIAL Robert Laplante NOUS AVONS MIEUX À FAIRE Au moment d\u2019écrire ces lignes, mi-février, un seul mot s\u2019impose pour décrire l\u2019état de l\u2019opinion publique à la veille du Sommet sur l\u2019enseignement supérieur : fatigue.« Qu\u2019on en finisse ! » c\u2019est à peu près ce qu\u2019on peut entendre partout où la politique austéri-taire fait ses ravages.Ce n\u2019est pas l\u2019élévation qui s\u2019impose, mais bien le renoncement.Qu\u2019on en finisse certes, mais ce ne sera que pour mieux passer à un autre motif d\u2019épuisement ! Le Québec tourne en rond dans sa servitude et le fardeau de son inachèvement continue, telle une meule abrasive, de moudre chacune de ses espérances.L\u2019horizon baisse désormais si vite que l\u2019expression même de Sommet - un héritage des temps anciens - est devenue dérisoire.Elle n\u2019appelle plus personne à s\u2019élever au-dessus de la grisaille des jours.On l\u2019a entendu de mille manières, l\u2019événement ne conviera qu\u2019à trouver le meilleur moyen de passer sous la barre comptable, qu\u2019à forer avec rage dans l\u2019amas de démissions le tunnel du prochain renoncement.L\u2019université québécoise restera en sursis.Tout n\u2019est pas mauvais dans les propositions lancées d\u2019un peu partout.Il est probable qu\u2019un compromis émerge sur la question des droits de scolarité.La lutte étudiante aura été un déclencheur et toute une fraction de la jeunesse s\u2019est sou- 5 L'ACTION NATIONALE - février 2013 dain levée pour dire qu\u2019elle en a assez du rapetissement.Les choses, hélas, n\u2019en restent qu\u2019aux premiers effets de la lutte et aux symptômes qu\u2019elle a révélés.C\u2019est ce qui explique cette lassitude qui gagne.Le refus d\u2019aller au fond des choses condamne aux atermoiements.Le gouvernement du Québec a d\u2019ores et déjà raté l\u2019occasion de faire saisir à quoi nous condamne la soumission provinciale.Il ne faut pas se conter d\u2019histoires, sous couvert de comptabilité raisonnable et sous prétexte de gouvernement minoritaire, le Sommet a contribué à reconduire et renforcer la terrible censure qui pèse sur notre condition de dépendance.On peut toujours espérer que le ministre surprenne et qu\u2019il tente de forcer le jeu.Et qu\u2019il ose en appeler au dépassement, qu\u2019il ait l\u2019audace de dire que l\u2019avenir de notre système universitaire repose sur sa capacité à assumer sa différence et non pas sur la soumission aux moyennes canadian.Il pourrait toujours conclure que les insuffisances du Sommet nous font l\u2019obligation d\u2019une réforme que le contexte de crispation n\u2019a pas permis d\u2019envisager.L\u2019idée d\u2019un nouveau mode de financement qui reposerait sur les taux de fréquentation étudiante de première génération pourrait être porteuse et servir à ouvrir un vaste chantier.D\u2019autres suggestions auraient mérité un meilleur sort.Il s\u2019en trouve encore des gens qui croient que notre différence peut être un atout.Mais il ne sert à rien de travailler à la pièce.Le rapport Parent que le ministre se plaît à citer pourrait l\u2019inspirer et l\u2019on aimerait qu\u2019il surprenne en annonçant la formation d\u2019une grande commission d\u2019enquête pour faire le point et nettoyer le paysage de toutes les scories idéologiques que le culte du tout au marché a laissé traîner dans le débat public.Il faudrait pour cela une volonté de briser les carcans que rien ne laisse percevoir.Tout n\u2019est pas la faute du gouvernement, mais il faut bien reconnaître 6 L'ACTION NATIONALE - février 2013 qu\u2019un consensus mou sous-tend l\u2019exercice, celui de se bien garder de ne pas voir la vérité dérangeante.La vérité que personne n\u2019a voulu énoncer c\u2019est que la province de Québec ne peut penser les finalités de son système universitaire parce qu\u2019elle ne contrôle pas l\u2019essentiel de ses moyens.Penser l\u2019université au cours des derniers mois n\u2019aura signifié que rechercher les moyens de la mouler à notre statut et non de la placer en phase avec nos idéaux et nos valeurs.Cela couvait déjà sous le printemps érable, c\u2019est devenu criant d\u2019évidence : tout le monde essaie de penser l\u2019université comme si le Québec avait les moyens et la puissance de considérer toutes les options de développement.Rien n\u2019est plus faux.Le Québec est plus que jamais condamné à se penser avec les moyens que le Canada lui laisse.Des moyens qu\u2019au surplus les dérives idéologiques néo-libérales auront encore réduits en sabrant dans les revenus de la province par de suicidaires réductions d\u2019impôt.L\u2019intériorisation des contraintes n\u2019aura qu\u2019un seul effet : disloquer un système universitaire qui n\u2019avait même pas encore trouvé sa cohésion d\u2019institution nationale.Les établissements vont surnager tant bien que mal et cela ne fera que renforcer la recherche des voies de contournement au nom du sauve-qui-peut.Dérives clientélistes et commerciales, recours à des expédients bureaucratiques pour se rapprocher des lieux où le gouvernement Canadian laissera tomber des miettes, tous les scénarios, hélas, sont possibles.Le refus de voir aura été tout simplement camouflé par les affrontements de boutiquiers.Et ils ont été nombreux les commentateurs à nous décortiquer, ici, la position des recteurs, là, les tactiques des étudiants et, partout, la rhétorique des intérêts sectoriels.La profusion du verbiage a bien 7 L'ACTION NATIONALE - février 2013 recouvert l\u2019éléphant qui trônait partout dans les salles de délibération.Nous devons penser des solutions en renonçant à l\u2019usage de la moitié de nos impôts.Au surplus, les interventions destructurantes du gouvernement fédéral, qui a littéralement confisqué les finalités et les modes de financement de la recherche et déstabilisé les budgets de fonctionnement et d\u2019immobilisation, n\u2019ont guère été abordées autrement que sous la fausse rhétorique de la conciliation et des complémentarités.Il était vraiment difficile de nommer la carte que tous les recteurs gardent dans leur manche pour tenter de venir à bout de ce que la gestion provinciale leur infligera.Tous les épanchements sur la recherche aussi bien que les inquiétudes véritables ne pèseront rien devant les choix qu\u2019Ottawa fait et fera sans nous, avec sa vision du rôle et de la place des universités québécoises dans le système universitaire que l\u2019État Canadian souhaite configurer en fonction de ses priorités nationales.Et dire que l\u2019objectif opérationnel du Sommet ne visera qu\u2019à ramener sinon la paix du moins la torpeur sur les campus.À cette censure sur les limitations du régime, s\u2019en ajoute une autre, aussi perverse.Plusieurs se sont indignés des déclarations de quelques idolâtres de la performance concurrentielle souhaitant la création d\u2019un système universitaire à deux vitesses, réunissant d\u2019un côté les happy few de « classe mondiale » et de l\u2019autre les tâcherons de la formation de la main-d\u2019œuvre universitaire.Heather Munroe-Blum nous a servi sa morgue rhodésienne habituelle.We are very Québec, a-t-elle dit pour mieux nous servir son discours de normalisation des universités québécoises et surtout pour mieux nous faire accepter l\u2019apartheid universitaire dans lequel se drape McGill qui revendique et pratique des standards différents de ceux de la bourgade.Sa condescendance et son mépris ont bien fait réagir en quelques chaumières, mais il 8 L'ACTION NATIONALE - février 2013 n\u2019a pas été question de soulever la seule interrogation que sa arrogance chauvine soulève pourtant avec une criante évidence : le système universitaire québécois n\u2019est-il pas déjà un système dual, un système à deux vitesses ?Personne dans ces savantes assemblées n\u2019a osé s\u2019interroger sur le surfinancement des universités anglaises et sur les injustices qu\u2019il consacre.Est-il normal dans une société où les anglophones ne forment tout au plus que 5 à 8 % de la population que les universités anglaises reçoivent près du tiers des revenus et emploient le tiers des professeurs d\u2019université ?La seule répartition plus équitable des revenus suffirait à résoudre bien des problèmes budgétaires.Ce sont des dizaines de milliers d\u2019étudiants supplémentaires qui fréquenteraient les universités françaises, près de deux mille postes de professeurs pourraient y être créés.Et madame la rectrice de venir plaider pour placer le réseau de l'Université du Québec sur une voie de relégation régionale ! La chose est obscène.Comme le CUSM est obscène.Comme l\u2019attribution du quart des places en médecine à McGill est obscène.Comme Concordia est à l\u2019image même de l\u2019échec de la loi 101.La vérité que personne ne veut voir, c\u2019est que notre système universitaire est bilingue.Et que la suprématie des institutions anglaises est entièrement soutenue par le financement public et les distorsions d\u2019un régime que plus personne ne veut sérieusement mettre en procès.La vérité, c\u2019est que ce système dual donne aux universités anglaises une force et un rôle d\u2019anglicisation de Montréal et du Québec.La vérité, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas normal que le plus gros cégep du Québec soit anglophone et qu\u2019il serve de passerelle vers des universités qui tournent le dos au Québec français.Il n\u2019y a que les naïfs pour ne pas voir que McGill et Concordia ne sont Very Québec qu\u2019au détriment de la majorité et qu\u2019en raison de la perpétuation d\u2019une injustice fiscale scandaleuse.C\u2019est 9 L'ACTION NATIONALE - février 2013 à même les impôts de la majorité que se perpétue cette dualisation.Il y a des limites à l\u2019autoaveuglement.Mais il n\u2019y en a pas à la soumission.On les entend ces « frincophônes » qui bombent le torse en nous chantant la fierté qu\u2019ils éprouvent à voir McGill faire rayonner son Very Québec.On les voit ces notables et ces bureaucrates à la bouche pleine de lieux communs sur la mondialisation et l\u2019ouverture au monde plastronner pour prêcher la normalisation de nos institutions.Et mieux nous imposer des standards qui nous condamnent à toujours traîner derrière.Leur volonté de se conformer aux dictats du marché est telle qu\u2019elle les empêche de comprendre qu\u2019à vouloir imiter le modèle de l\u2019université américanisée, le simple jeu de la concurrence nous condamne à être des perdants.Même serviles, nous ne pourrons jamais mobiliser les moyens requis pour jouer à ce jeu.Nous ne produirons que des ersatz, de pâles copies que se mettront sous la dent les concierges de notre assimilation.Obsédés par les palmarès et les classements, ils ne cessent de s\u2019inquiéter de toutes sortes d\u2019écarts sauf de celui-là qui nous conduit tout droit sur la voie de la marginalisation et de la folklorisation.Ce sont des grenouilles qui croassent dans la marmite chauffante.Ils sont les premières victimes de la lassitude.Des victimes bien soulagées de s\u2019engourdir.Vite qu\u2019on en finisse ! Nous avons mieux à faire.L\u2019heure est venue d\u2019en finir avec les demi-mesures et les tergiversations.Le spectacle de la pensée mollassonne a assez duré.Il faut retrouver les voies d\u2019une politique de l\u2019intransigeance qui nous débarrassera de l\u2019envie de céder qui tient lieu de programme de société pour tous ceux qui trouvent trop exigeant le devoir de s\u2019assumer.Il faut continuer de construire l\u2019originalité de notre système d\u2019enseignement supérieur.? Ce qui cherche à naître Robert Laplante rW/ Prolongement du premier recueil paru sous le titre de Chronique de l\u2019enfermement décrivant la mise en place du dispositif Canadian destiné à consacrer la minorisation définitive du Québec, Ce qui cherche à naître réunit des textes de la deuxième moitié du cycle post-référendaire pour contribuer à la recomposition en cours des forces nationales.L\u2019Action NATIONALE ÉDITEUR Disponible à la boutique internet, par la poste et par téléphone (25 $ TTC) (coordonnées page 144) Située à New Richmond, en Gaspésie, Serres Jardins-Nature est le plus important producteur de tomate biologiques dans l\u2019est de l'Amérique.FONDS de solidarité FTQ Contient des antioxydants et des investissements des 571 000 propriétaires du Fonds de solidarité FTQ.Toutes les régions du Québec tirent profit des 6,4 milliards de dollars que les milliers de Québécois confient au Fonds de solidarité FTQ avec un double objectif : créer des emplois ET FAiRE TOURNER L\u2019ÉCONOMiE D\u2019iCi.\twww.fondsftq.com Plus de 15 ans d'action pour une économie plus performante, plus équitable et plus verte.Les investissements auprès des entreprises québécoises sont au cœur de la mission de Fondation.Par ses investissements, Fondaction contribue au maintien et à la création d'emplois au Québec.FONDACTION ^CM POUR LA COOPÉRATION V9ll ET L EMPLOI www.fondaction.com 13 ARTICLES Simon Couillard* URBANITÉ 2.0: LA CITOYENNETÉ ET LA NATION À L\u2019HEURE DES MÉDIAS SOCIAUX L\u2019acropole convient à une oligarchie et à une monarchie, un plat pays à une démocratie, mais aucun des deux ne convient à une aristocratie, mais plutôt plusieurs places fortes.- Aristote Après avoir réfléchi sur la notion de citoyenneté1 à partir de ce qu\u2019a révélé la crise sociale du printemps 2012, il importait de rendre compte des conditions qui la rendent aujourd\u2019hui possible, dans sa dimension active.En étudiant ce vaste mouvement de contestation, le lien entre ses acteurs (les étudiants au premier chef), ses moyens, le lieu où elle a pu se dérouler et la forme concrète qu\u2019elle a assumée au fil des mois, on note une façon tout à fait nouvelle de vivre la citoyenneté.À l\u2019encontre des projections pessimistes de la dernière décennie2, la crise sociale aura démontré la possibilité d\u2019un fort investissement de l\u2019espace public par les citoyens, du moins au Québec.* Professeur de philosophie au cégep de Drummondville.1\tCf.Couillard, Simon (2013).« La revendication citoyenne et la crise sociale : actualité et limite d\u2019un modèle », L\u2019Action nationale, janvier 2013, ISSN-0001-7469.2\tCf.PUTNAM, R.D.(2000).Bowling Alone : The Collapse and Revival of American Community, Simon & Schuster : New York, 544 pages. 14 L'ACTION NATIONALE - février 2013 On peut en effet se demander si un mouvement similaire aurait pu naître ailleurs.Ce qui a facilité les choses, ici, c\u2019est d\u2019abord l\u2019intrication de la jeunesse étudiante au tissu urbain.C\u2019est une différence avec la situation qui prévaut notamment chez nos voisins du sud.Là bas, comme l\u2019indique François Cusset, « [.] la norme [.] est plutôt le campus en lisière de forêt, conformément à la mythologie agraire du XIXe siècle américain selon laquelle un cadre bucolique éloigné des vices de la ville garantira probité, force de caractère et excellence scolaire3 ».Il est inconséquent de prendre d\u2019assaut les artères d\u2019Ithaca ou de Princeton.À Montréal, c\u2019est différent.Néanmoins, au-delà du facteur strictement géographique, c\u2019est le rapport à la ville qui est déterminant : prendre possession de la « rue » a une dimension philosophique et politique qui ne devrait pas échapper à une analyse perspicace.La ville et l\u2019urbain Pour bien cerner ce rapport, nous reprendrons la distinction qu\u2019opère l\u2019historien Henri Lefebvre, qui affirmait par ailleurs au sujet de la jeunesse qu\u2019elle « [.] contribue activement à cette assimilation rapide des choses et représentations venues de la ville4 », entre le phénomène d\u2019urbanité et la cité comme réalité sensible et matérielle.L\u2019urbanité est justement cette « forme mentale et sociale, celle de la simultanéité, du rassemblement, de la convergence, de la rencontre [,.]5», la « virtualité de la société réelle6 » qui « aménage » dans le monde « pratico-sensible » de la ville.L\u2019urbain, en quelque sorte, habite la ville.Mais 3\tCUSSET, F.(2005).French theory, La Découverte : Paris, p.44 4\tLefebvre, H.(1972).Le droit à la ville suivi de Espace et politique, Éditions Anthropos : Paris, p.20 5\tibid, p.89 6\tibid, p.57 15 L'ACTION NATIONALE - février 2013 si les deux phénomènes sont distincts, il ne s\u2019ensuit pas que le premier puisse se passer d\u2019une incorporation dans la seconde.Pour Lefebvre, « la vie urbaine suppose rencontres, confrontations des différences, connaissance et reconnaissance réciproques (y compris dans l\u2019affrontement idéologique et politique) des façons de vivre, des patterns qui coexistent dans la ville7 », à défaut de pouvoir s\u2019incarner dans le lieu physique de la rencontre, l\u2019urbain disparaît.Néanmoins, et c\u2019est ce qui sera intéressant pour nous, il demeure pensable avant toute morphologie matérielle.En somme, l\u2019urbain est la représentation sociale de la rencontre, son « territoire », et la ville est son terrain, dans la mesure où son aménagement compte un espace dévolu à sa réalisation.Avec cette distinction, le « tissu urbain » devient compréhensible dans son sens premier, comme une toile virtuelle, sorte d\u2019« [.] unité cohérente constituée autour d\u2019une ou plusieurs villes, anciennes et récentes8 ».Comprendre la société urbaine, c\u2019est comprendre les limites formées par les représentations et les réseaux d\u2019une communauté, mais aussi l\u2019évolution de son architecture.Ces considérations préalables permettent à présent de faire le point sur notre propos : cet article fait l\u2019hypothèse d\u2019une rupture radicale, inimaginable au XXe siècle, de la continuité entre le phénomène d\u2019urbanité et la pensée traditionnelle sur les processus d\u2019urbanisation.Il faut comprendre de quelle manière les prévisions de Lefebvre, ou d\u2019un éminent représentant de l\u2019architecture moderne comme Le Corbusier, sont devenues obsolètes.Pour démontrer cette discontinuité, il importe de rendre compte dans un premier temps de la continuité qui lui était antérieure.7\tibid, p.24 8\tibid, p.19 L'ACTION NATIONALE - février 2013 L\u2019urbanité à travers les âges Dans son ouvrage Espace et politique, Lefebvre écrit que « la ville, dès les débuts de l\u2019ère agraire, fut une création humaine, l\u2019œuvre par excellence ; son rôle historique est encore mal connu, notamment en Orient et la théorie du mode de production asiatique réserve encore quelques surprises en ce qui concerne le rapport entre ville et campagne9 10 ».Il est possible que l\u2019approche orientée par la théorie du mode de production empêche l\u2019auteur de bien cerner la réalité urbaine à son origine.Du moins existait-il à son époque d\u2019autres théories sur cette dernière.Certains ont soutenu l\u2019idée de la place centrale de la religion dans les premières villes.C\u2019est le cas de W.H.McNeill dans son ouvrage majeur The Rise of the Ouest10, qui reprend à son compte les thèses d\u2019Adam Falkenstein sur la cité-temple.Selon ces penseurs, les premiers regroupements urbains en Basse Mésopotamie se concentraient autour des temples.La caste des prêtres, qui détenait les secrets de l\u2019astronomie, dominait le reste de la population essentiellement rurale par sa connaissance du temps et des saisons, essentiels à l\u2019agriculture.Cette explication est aujourd\u2019hui démentie et on aurait eu raison de ne pas conclure trop vite.Néanmoins, la recherche méticuleuse de Leo Oppenheim, également accessible à l\u2019époque de Lefebvre, offre pour sa part une interprétation prudente et toujours pertinente sur l\u2019origine et le rôle des villes dans la lointaine Antiquité.Dans son ouvrage La Mésopotamie : Portrait d\u2019une civilisation, Oppenheim signale que le processus d\u2019urbanisation, lorsqu\u2019il commence dans le sud de l\u2019Irak actuel, est hors de notre atteinte et nous trouve forcés de conclure à une 9 ibid, p.203 10 Mc NEILL, W.H.(1963).The Rise of the West : A History of the Human Community, University of Chicago Press : Chicago, 860 pages. 17 L'ACTION NATIONALE - février 2013 « urbanisation spontanée ».Étudier la morphologie de la ville révèle cependant certains aspects du mode urbain de nos lointains prédécesseurs : « On peut dire qu\u2019en général en Mésopotamie, nous ne rencontrons pas une accentuation du centre de la ville.Quelque forme géométrique que prenne le rempart, il n\u2019existe pas de centre urbain proprement dit, formé par le palais, le temple ou la place du marché11 ».Les traces écrites signalent les activités de commerce, les transactions immobilières et la spéculation foncière.On sait qu\u2019une certaine famille, les Mourashou, s\u2019adonnait au crédit, au prêt et à l\u2019administration de propriétés terriennes pendant une cinquantaine d\u2019années dans cette région méridionale.On trouve également que l\u2019économie y était concentrée sur l\u2019emmagasinage du grain.Oppenheim exprime en ce sens l\u2019hypothèse qu\u2019« à l\u2019origine, la communauté des citoyens était constituée par les propriétaires du sol (champs et jardin) et par des seigneurs possédant des domaines le long des canaux ou des dépressions de terrain12 ».L\u2019urbanité, dans sa forme originelle, ne pourrait donc être appréhendée de façon négative par la ruralité, « bien plus, dans les documents cunéiformes, on ne peut même pas trouver trace de l\u2019antagonisme entre habitants de villes et de la campagne, qui caractérise tant de civilisations urbaines13 ».Les premières « villes » pourraient être en quelque sorte des agglomérations « informes », c\u2019est-à-dire déliées ou antérieures à toute urbanité.La ville urbaine tirerait son origine de l\u2019urbanisation forcée des rois babyloniens, postérieure à la « civilisation » sumérienne.Entre la Mésopotamie et la Grèce, entre les dynasties archaïques et la période des cité-États, triomphe la ville-citadelle, à savoir le modèle de la ville haute (surélévation du palais et du temps) et de sa ville basse.11\tOPPENHEIM, L.(1970).La Mésopotamie : Portrait d\u2019une civilisation, Gallimard : Paris, p.142.12\tibid., p.126 13\tibid., p.124 i8 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Cette appréciation sur l\u2019origine ne dément pas la thèse principale de Lefebvre sur le fait que « chaque type urbain a proposé et réalisé une centralité spécifique14 ».Dans la cité gréco-latine de l\u2019Antiquité, suggère-t-il, la centralité s\u2019est attachée à un espace vide : l\u2019agora et le forum.Avec la fin de l\u2019Empire romain, la ville connaît un déclin et, sur les vestiges de la cité antique, l\u2019espace libre servira à de nouveaux usages15.Comme ce fut apparemment le cas dans la lointaine Antiquité, ce sont les surplus agricoles qui ramèneront les citoyens à la ville, dont le centre, avant de servir au commerce, sera principalement dédié aux fêtes, à la foire : « La centralité urbaine accueille les produits et les gens16 ».Une autre différence fondamentale avec l\u2019Antiquité a trait au domaine que couvrira le phénomène urbain au Moyen-Âge : la société médiévale ne reproduira pas le modèle de la cité-État, elle s\u2019établira plutôt sur un réseau de villes.L\u2019apparition ultérieure de l\u2019État moderne est liée à la prééminence déterminante que prendra l\u2019une d\u2019entre elles au sein du réseau.Malgré l\u2019avènement de cette société intermunicipale, le centre des villes anciennes demeurera le cœur incontournable de la structure urbaine du Moyen-Âge.C\u2019est l\u2019industrialisation qui viendra rompre cette structure, « brisant » le noyau de la ville ancienne et détériorant son caractère urbain.Dans les mots de Lefebvre, « Il y a, historiquement, heurt violent entre la réalité urbaine et la réalité indus-trielle17 ».Cette dernière créerait une « implosion-explosion » de la ville, visible notamment à travers le phénomène de 14\top.cit., p.133 15\tLa centralité suppose toujours, pour Lefebvre, l\u2019appropriation et la modification de la centralité précédente.16\tibid, p.134 17\tibid, p.17. 19 L'ACTION NATIONALE - février 2013 « conurbation18 ».Les gens quittent la ville ancienne et « [.] se déplacent vers des périphéries lointaines, résidentielles ou productives.Des bureaux remplacent les logements dans les centres urbains.Parfois (aux États-Unis), des centres sont abandonnés aux \u201cpauvres\u201d et deviennent des ghettos pour les défavorisés.Parfois au contraire, les gens les plus aisés conservent de fortes positions au cœur de la ville (autour de Central Park à New York, au Marais à Paris)19 ».Il demeure qu\u2019une majorité s\u2019éloigne des centres et que le paradigme de la « rue » comme espace public concret tel qu\u2019elle pouvait encore l\u2019être dans le Paris du XIXe siècle, dans un monde industriel avancé, est en déclin.Du Caire à Montréal Voilà une des raisons pour lesquelles la formule du « printemps érable » ne peut être, apparemment, qu\u2019une évocation superficielle du mouvement de libération qu\u2019ont connu les pays arabes au printemps 2011, car là où l\u2019industrialisation s\u2019est implantée, il y a eu décentralisation des activités urbaines : « le noyau [.] devient ainsi produit de consommation d\u2019une haute qualité pour étrangers, touristes, gens venus de la périphérie, banlieusards20 ».C\u2019est ce qui fait dire plus loin à Lefebvre que « [.] le double caractère de la centralité capitaliste [est] lieu de consommation et consommation du lieu21 ».On trouve bien cet aspect dans le Vieux Caire, mais les travaux de réorganisation du centre en fonction du tourisme datent de la période d\u2019ouverture à l\u2019Occident et à son capital, la période « néolibérale », pilotée par le régime d\u2019Anouar El-Sadate.Le fait est que Le Caire 18\tLe terme est de Patrick Geddes et correspond à l\u2019intrication des villes par leur étalement respectif.19\top.cit., p.19 20\tibid, p.21 21\tibid, p.135 20 L'ACTION NATIONALE - février 2013 n\u2019est pas une ville industrielle.La compétition pour son centre, depuis, a opposé les résidents aux hommes d\u2019affaires et aux « conservationnistes » internationaux22.De façon générale, indique Lefebvre, à défaut d\u2019industrialisation, l\u2019urbanisation obéit à la règle économique de la spéculation foncière, de la construction, de l\u2019immobilisation23.Des cités qui avaient anciennement un pouvoir considérable, mais qui n\u2019ont pas suivi la transformation industrielle forment de « [.] gigantesque[s] agglomération^] presque informe[s] permet[tant] aux détenteurs des centres de décision les pires entreprises politiques24 ».Comme l\u2019immobilisation constitue des biens immobiles, l\u2019État y joue un rôle prépondérant.Lefebvre a en tête la ville d\u2019Athènes (il écrit à l\u2019époque de la « dictature des colonels ») lorsqu\u2019il donne ces descriptions, mais elles correspondent également au cas du Caire.Lieu de passage pour le commerce des épices au Moyen-Âge, cette mégalopole typique des pays en voie de développement compte aujourd\u2019hui autant d\u2019habitants que le Québec en entier.La rue, ou plutôt la « hara », y a une fonction sociale et politique plus importante, c\u2019est du moins ce qu\u2019écrivait le professeur Salwa Ismail quelques années avant le printemps 2011 dans son étude sur le quartier de Bulaq al-Dakrur : 22\tCf.ISMAIL, S.(2006).Political Life in Cairo\u2019s New Quarter : Encountering the Everyday State, University of Minnesota Press : Minneapolis, p.28 23\tDans son livre, La condition urbaine, Olivier Mongin observait au sujet des impacts de la privatisation économique au Caire que « (le) mouvement de construction tous azimuts surprend l\u2019observateur puisque les nouvelles cités, créées par des entreprises de travaux publics liées à l\u2019État, sont en grande partie vides [.].Ce phénomène est lié à la politique délibérée d\u2019hommes d\u2019affaires dont les immobilisations immobilières ont pour objectif de \u2018\u2019fixer l\u2019enrichissement dans le sol\u2019\u2019 dans un contexte où peu d\u2019entrepreneurs ont confiance dans la croissance à long terme et craignent l\u2019inflation ».MONGIN, O.(2005).La condition urbaine : la ville à l\u2019heure de la mondialisation, Seuil : Paris, p.211-212.24\top.cit., p.18 21 L'ACTION NATIONALE - février 2013 L\u2019unité spatiale la plus importante est la hara, ou la ruelle.Les normes et les règles régissant un grand nombre de pratiques et de relations sociales sont inscrites dans l\u2019espace de la hara [.].En investissant à la fois l\u2019espace des quartiers et les institutions gouvernementales existantes, les islamistes ont pu agir en fonction des capacités mobilisatrices et oppositionnelles de l\u2019organisation sociale dans son ensemble.Néanmoins [.], si l\u2019organisation sociale permet une opposition efficace, elle peut tout autant servir les desseins du gouvernement.25 Cet extrait peut également nous aider à comprendre les suites du printemps arabe, l\u2019élection du président Morsi et l\u2019adoption de la nouvelle constitution.Ici au Québec, l\u2019occupation du centre de la ville est inconséquente, l\u2019action oppositionnelle (non institutionnelle) ne peut viser directement les centres de décision, qui sont d\u2019ailleurs très diffus (on ne trouve nulle part l\u2019équivalent du Mogamma).Comme l\u2019ont bien saisi les manifestants, à Montréal, la cible est le flux économique, les voies de transit du commerce et du tourisme, les réseaux incarnés dans la morphologie pratico-sensible de la ville.Les actions signifiantes y sont nécessairement « disruptives ».Malgré ces différences fondamentales, il demeure un élément commun entre le printemps arabe et le « printemps érable » : l\u2019utilisation politique des médias sociaux.Urbanité 2.0 Les thèses de Lefebvre ne permettent pas de comprendre adéquatement l\u2019évolution récente du phénomène urbain, dans la mesure où elles se replient sur l\u2019orthodoxie marxiste.Le problème est que l\u2019auteur le considère comme subsidiaire à l\u2019organisation du travail.Pour lui, « chaque grand type de société, en d\u2019autres termes chaque mode de produc- 25 op.cit., p.12-13 (traduit) 22 L'ACTION NATIONALE - février 2013 tion, a eu son type de ville26 ».Or, avec tout le progrès des sciences de l\u2019information, de la cybernétique et de la communication, et les transformations qu\u2019elles ont imposées aux relations sociales, une analyse de ce genre brouille plus qu\u2019elle n\u2019éclaire la compréhension de l\u2019urbanité actuelle.C\u2019est la même raison qui rend, par exemple, les prédictions de Le Corbusier, et son architecture dans sa dimension fonctionnelle, aujourd\u2019hui dépassés.Pour ce dernier, c\u2019est l\u2019assimilation des communications au transport qui est inopérante et qui confine ses thèses au XXe siècle.Quand il déclare notamment que « plus rapides seront les moyens mécaniques d\u2019échange de vues, plus vite aboutira la transaction quotidienne » et qu\u2019il en conclut qu\u2019« on peut admettre que les heures de travail diminueront dans les gratte-ciel grâce aux gratte-ciel27 », il se trompe, ne pouvant concevoir ce que serait la révolution informatique.De la même façon, Lefebvre ne peut imaginer ce que serait une urbanité « dématérialisée ».Cette dernière semble en totale rupture avec la topologie héritée de l\u2019histoire.Son support matériel suffisant (fibre optique, système hypertexte, centres de traitement de données.) est essentiellement disséminé et accessible.Si cette urbanité inédite pose problème à l\u2019échelle de la ville, on remarque que ses lieux semblent faire concurrence à un autre espace politique abstrait, celui de la nation.La conscience nationale Pour mieux analyser les impacts de la nouvelle urbanité sur la nation, il importe de montrer le caractère spécifique de cette dernière, à la fois comme représentation sociale et comme pratique incarnée.Disons d\u2019abord qu\u2019elle partage 26\top.cit., p.133 27\tLE CORBUSIER (1994).Urbanisme, Flammarion : Paris, p.183. 23 L'ACTION NATIONALE - février 2013 avec l\u2019urbanité le fait d\u2019être une médiation, un relais de notre présence au monde.Dans son cas, la médiation est sémantique ou pragmatique, plutôt que spatiale.Elle est diachronique, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle a une profondeur historique que ne partage pas la tweetosphère, par exemple.Par contre, le territoire de la nation pose davantage problème que celui recouvert par l\u2019urbanité de façon générale, ses déterminations sont ambivalentes et dépendent en définitive de l\u2019idéologie, de la liberté que confère le symbole.Pour les marxistes classiques, la question est généralement rapidement expédiée : la conscience nationale est une fausse conscience, une aliénation attribuable à l\u2019idéologie bourgeoise et au capitalisme dans ses premières phases d\u2019expansion.Prenant Marx à partie, et en réponse à l\u2019historien Eric Hobsbawn28 qui défendait cette position classique, les professeurs Mascotto et Soucy ont proposé une description, similaire à celle que suggère Lefebvre29, qui servira de point de départ pour circonscrire le territoire de la nation : À l\u2019intérieur des sociétés sont à l\u2019œuvre des variables culturelles, toujours présentes dans l\u2019histoire, qui constituent ce que nous appellerons l\u2019unité empirique de la nation ou de la nationalité, sur laquelle vient se fixer une conscience nationale latente ou possible.Cette conscience surgit à partir du moment où existent certaines conditions matérielles (économiques, politiques, institutionnelles) qui transforment la différence, la spécificité en inégalité structurelle30.Cette transformation de la différence en inégalité aurait pour origine l\u2019expansion géographique de la production, 28\tDécédé en octobre dernier à l\u2019âge de 95 ans, il est demeuré marxiste jusqu\u2019à la fin de sa vie.29\tCf.LEFEBVRE, H.(1988).Le nationalisme contre les nations, Méridiens-Klincksieck : Paris, 195 pages.30\tMASCOTTO, J.et P.-Y SOUCY (1979).Sociologie politique de la question nationale, Éditions Saint-Martin : Montréal, p.42. 24 L'ACTION NATIONALE - février 2013 qui superpose à la différence culturelle ou linguistique une division du travail.L\u2019appartenance au groupe se trouverait marquée d\u2019une double façon, par la spécificité culturelle et la vie partagée dans les mêmes conditions de production.Pour Mascotto et Soucy, la conscience nationale participe ainsi à la conscience de classe et dévoile de façon opportune les rouages de l\u2019exploitation capitaliste.Benedict Anderson, célèbre pour son ouvrage traitant de l\u2019imaginaire national31, partage l\u2019idée que le marxisme orthodoxe ne permet pas de cerner adéquatement la nation.Il conçoit, également, que la conscience nationale est globalement attribuable au capitalisme, à son mode de production et à sa distribution.Plus précisément, elle serait liée à la première marchandise fabriquée en série, le livre, et la première forme de l\u2019entreprise capitaliste, l\u2019édition, aurait été la courroie nécessaire à sa diffusion.En somme, pour Anderson, « [.] la convergence du capitalisme et de la technologie de l\u2019imprimerie sur la diversité fatale des langues humaines a ouvert la possibilité d\u2019une nouvelle forme de communauté imaginée qui dans sa morphologie moderne, a créé les conditions de la nation moderne32 ».Il y a, ici également, rencontre entre une variable culturelle qui laisse concevoir une certaine unité empirique, la langue, et des conditions matérielles, la technologie de l\u2019imprimerie, un marché de lettrés, qui aurait permis l\u2019émergence de la conscience nationale.Il y a bien, selon l\u2019auteur de Imagined Communities, quelques autres facteurs, de nature anthropologique et historique, qui conditionnent l\u2019imaginaire national.D\u2019une part, le 31\tANDERSON, B.(1983 ; 1991 ; 2006).Imagined Communities - Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Verso : Londres.32\tANDERSON, B.(2006).L'imaginaire national : Réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme, La Découverte : Paris, p.57. 25 L'ACTION NATIONALE - février 2013 nationalisme prend de l\u2019ampleur à mesure que la croyance religieuse décline, dès le XVIIIe siècle.Alors qu\u2019on prête de moins en moins foi aux réponses religieuses, mais que le tragique de la vie n\u2019en afflige pas moins les hommes, s\u2019impose « [.] une transformation séculière de la fatalité en continuité, de la contingence en signification33 ».Le nationalisme, comme la religion, proposerait des réponses imaginatives aux souffrances humaines, notamment une forme d\u2019immortalité.L\u2019idée, quoi que l\u2019auteur puisse en penser, que l\u2019on soit d\u2019accord ou non avec l\u2019assimilation du national à l\u2019imaginaire, demeure de savoir si l\u2019appartenance nationale signifie quelque chose d\u2019important, d\u2019essentiel, de réel.d\u2019éthique ?Anderson évoque bien l\u2019idée de « cohérence naturelle » de l\u2019ensemble, qu\u2019il applique au religieux et qui admet une « territorialisation de la foi », mais, en ce qui a trait à la nation, elle semble strictement liée à la diversité « fatale » des langues vernaculaires.D\u2019autre part, la territorialisation nationale s\u2019établit à l\u2019intérieur des limites géographiques de la religion et des royaumes antérieurs.Elle serait contingente, mais « de là à penser que les communautés imaginées que sont les nations sont nées des communautés religieuses et des royaumes dynastiques et les ont remplacés, il y a un pas que l\u2019on ne saurait franchir sans quelque légèreté34 ».Pour Anderson, la nation correspond plus largement à un changement dans les modes d\u2019appréhension du monde, un changement attribuable à la diffusion du roman au XVIIIe et XIXe siècle.Le roman impose une nouvelle conception du temps et de l\u2019espace.Il intègre en une langue normalisée et familière un paysage sociologique, des outils, des lieux, des habitudes, etc., et une temporalité vide et homogène dans 33\tibid, p.25.34\tibid, p.35. 26 L'ACTION NATIONALE - février 2013 laquelle prend place l\u2019intrigue.Ainsi, les langues d\u2019imprimeries, « [.] mécaniquement reproductibles et susceptibles d\u2019être disséminées à travers le marché35 », auraient créé la conscience nationale.D\u2019abord, elles ont constitué des champs d\u2019échange et de communication.Ensuite, comme elles se sont cristallisées quelque part au XVIIe siècle et que le roman est reproductible, elles ont permis un continuum, un passé.Finalement, elles sont devenues des langues de pouvoir, en uniformisant les dialectes.La nouvelle urbanité et la nation Que le roman ait profondément modifié la façon d\u2019appréhender le monde et qu\u2019il servît le « réveil des nationalités » n\u2019est pas une hypothèse extravagante.On compte peu de révolutions sociales qui ne soient attribuables à des révolutions techniques.Plus récemment, Alain Mons affirmait au sujet de la télévision que « l\u2019objet technique, l\u2019écran, change notre rapport à l\u2019espace, l\u2019infiniment petit bouscule l\u2019infini-ment grand, affecte en profondeur nos critères de positionnement, nos classifications départageant un \u201cdehors\u201d et un \u201cdedans\u201d36 ».Il affecte aussi le proche et le lointain.On peut dire ainsi du roman, par exemple, qu\u2019il a tendu à éloigner Londres de Paris, et à en rapprocher Bordeaux.Ce sont les possibilités d\u2019actions qui s\u2019en trouvent modifiées, dans la mesure où l\u2019objet technique devient un relais spatial.Mais il ne faut pas se tromper, « [.] le sujet-récepteur reste malgré tout un habitant, un acteur s\u2019incarnant dans le territoire, cela n\u2019est certainement pas indifférent dans la façon dont il va recevoir les messages37 ».Il y a une dialectique entre le 35\tibid, p.55.36\tMONS, A.(1992).La métaphore sociale : Image, territoire, communication, P.U.F.: Paris, p.136 37\tibid. 27 L'ACTION NATIONALE - février 2013 média et le territoire.Cela demeure vrai dans le cas du web participatif.Le territoire 2.0 est à la fois parallèle et virtuel, indifférencié et sans localisation précise, une configuration qui limite ses possibilités par rapport à l\u2019incarnation classique de l\u2019urbanité.Mais le sujet-participant n\u2019est pas déterritorialisé dans l\u2019exacte mesure de la dématérialisation du média.Ses pratiques se reportent, dans les cas d\u2019utilisation saine, dans le réel, c'est-à-dire dans le proche incarné.Une étude récente affirmait d\u2019ailleurs que les utilisateurs des médias sociaux sont plus susceptibles d\u2019assister aux assemblées politiques que ceux qui ne les utilisent pas.On peut en conclure qu\u2019à côté des forums virtuels, clos et segmentés, subsiste l\u2019agora réelle, et pour l\u2019instant, rien ne porte à croire que le proche exclut l\u2019espace de la ville ou celui de la nation.? 28 ARTICLES Christian Larsen* LE JOUR OÙ FÉLIX LECLERC EST DEVENU INDÉPENDANTISTE En ce temps-là, j\u2019habitais Chicoutimi.À l\u2019hiver 1972, un samedi soir, Félix Leclerc y chantait et je suis allé l\u2019entendre et le saluer.Il m\u2019a présenté dans sa loge à Francis Blanche, le célèbre acteur et humoriste français.Il a dit : « Je te présente Christian Larsen qui a écrit un très beau livre sur nous autres les chansonniers.» J\u2019étais flatté et heureux de cette rencontre.Mais, surprise, Félix Leclerc me souffla à l\u2019oreille : « Demain midi, dimanche, je t\u2019invite à manger à l\u2019hôtel Chicoutimi avec ta petite dame.» Félix avait invité également à ce repas Raoul Desmeules, le responsable du Bureau régional du ministère des Affaires culturelles pour le Saguenay-Lac Saint-Jean.Il faisait beau et nous étions heureux d\u2019être en compagnie du plus célèbre artiste du Québec.Fin causeur, Félix nous racontait des anecdotes sur sa carrière.Nous mangions et buvions ses paroles.Assis à une table voisine, quelqu\u2019un nous dévisageait et semblait nous envier.C\u2019était un futur ministre de la Justice du Québec : Marc-André Bédard.Il était aussi un ami de la famille de Raoul Desmeules.Il attendait l\u2019arrivée d\u2019un important personnage lui aussi ! Effectivement, vers 13 heures, on vit se pointer à sa table un petit homme sec, échevelé, portant un imper sur le dos * Auteur de Chansonniers du Québec, éditions Beauchemin, 1964. 29 L'ACTION NATIONALE - février 2013 et un mégot à sa bouche : c\u2019était René Lévesque.L\u2019écran de télé nous avait rendu familiers son visage et ses tics.Il jeta un coup d\u2019œil vers notre table et ne put s\u2019empêcher de réagir comme à la vue d\u2019une apparition quand il reconnut Félix Leclerc.Celui-ci semblait aussi surpris que Lévesque.Il nous demanda si nous savions ce qu\u2019il venait faire dans la région.Raoul Desmeules l\u2019informa que Gilles Grégoire, le fondateur du Mouvement souveraineté-association, l\u2019attendait à Jonquière.René Lévesque lorgnait souvent vers notre table et, finalement, Félix lui fit signe de venir se joindre à nous avec Marc-André Bédard.Au début, le climat n\u2019était pas très chaleureux.On assistait à la rencontre de deux géants qui professaient des opinions politiques différentes.Félix interrogea Lévesque sur le but de sa présence à Chicoutimi.Celui-ci raconta avec sa verve habituelle qu\u2019il était une sorte de commis voyageur de l\u2019indépendance du Québec.Il souligna l\u2019importance de travailler au niveau de la base et de visiter ainsi les gens des régions.On était à la mi-mars, il faisait très froid à Chicoutimi et Félix semblait étonné de voir Lévesque vêtu seulement d\u2019un imper.René Lévesque demanda à Félix ce qu\u2019il pensait de l\u2019indépendance et pourquoi il ne s\u2019engageait pas à cet égard.Félix répliqua que ce n\u2019était pas le rôle d\u2019un écrivain de faire de la politique et qu\u2019il préférait rester en dehors de la mêlée.Lévesque rétorqua que les grandes révolutions avaient été souvent inspirées par les écrits d\u2019écrivains engagés.Il ajouta qu\u2019en France plusieurs écrivains comme Sartre ou Camus s\u2019engageaient résolument en faveur de telle ou telle cause.Félix ajouta : « Si je n\u2019écris pas mon œuvre, qui va l\u2019écrire à ma place ?» Lévesque rétorqua que la renommée de Félix pourrait donner du poids et des ailes à la cause de l\u2019indépendance ! 30 L'ACTION NATIONALE - février 2013 La conversation continua de rouler ainsi et de voler dans tous les sens.Un éternel mégot vissé à ses lèvres, Lévesque gesticulait et devenait de plus en plus convaincant.Félix l\u2019écoutait avec beaucoup d\u2019attention et de respect.Finalement, Lévesque et Bédard prirent congé vers 14 heures.Félix formula alors des propos qui nous étonnèrent : « Il faut aider cet homme.c\u2019est un roi.c\u2019est Louis XIV.» Raoul Desmeules dit alors à Félix : « Si quelqu\u2019un peut aider ce roi, c\u2019est bien vous ! » Félix était remué, pensif.Il semblait s\u2019éveiller à une nouvelle réalité.Pendant un certain temps, il demeura silencieux.Finalement, il déclara : « Je vais repenser à tout ça.On s\u2019en reparlera demain.» On avait rendez-vous pour le souper et son spectacle le lendemain soir à l\u2019Anse-Saint-Jean.Le souper avait lieu dans un presbytère, un cadre propice à la réflexion.On discuta de nouveau de la cause de René Lévesque et de son destin de messager de l\u2019indépendance.Félix nous dit sur un ton de confidence : « Écoutez, c\u2019est impressionnant ce que fait Lévesque.C\u2019est un gars précieux pour le Québec.Il faut le protéger.Cela n\u2019a pas de bons sens de traverser en plein hiver le dangereux Parc des Laurentides, en imper, avec une petite mini Cooper pour venir porter la cause de l\u2019indépendance jusqu\u2019au Saguenay.Il faut l\u2019aider.Il ne peut pas faire ça tout seul.» On se quitta tard le soir après son spectacle.Félix me demanda si je pouvais lui procurer quelques bières pour alléger le trajet jusqu\u2019à l\u2019Ïle d\u2019Orléans avec son chauffeur et ami Jos Pichette.Bon buveur à l\u2019époque, je n\u2019eus pas de misère à flairer le houblon et à lui dénicher une petite caisse de bière. 31 L'ACTION NATIONALE - février 2013 L\u2019idée d\u2019indépendance fit son chemin dans la tête ou le cœur de Félix.Le printemps produisit chez lui une sorte de dégel.Il écrivit alors L\u2019alouette en colère, une chanson choc qui, d\u2019une façon imagée, brossait un portrait saisissant de notre réalité.En voici un couplet : J\u2019ai un fils dépouillé Comme le fut son père Porteur d\u2019eau, scieur de bois Locataire et chômeur Dans son propre pays Il ne lui reste plus Que la belle vue sur le fleuve Et sa langue maternelle Qu\u2019on ne reconnaît pas En cet hiver 1972, nous avions assisté à Chicoutimi, Raoul Desmeules et moi, à la rencontre de deux des plus grands hommes de notre époque et à cet événement capital dans la vie de Félix Leclerc et de celle du Québec : l\u2019éveil et la prise de conscience de sa réalité de Québécois et son engagement en faveur de l\u2019indépendance du Québec.? 32 ARTICLES Richard Leclerc* Du laissez-faire au capitalisme d\u2019État (1800-1960) REGARD SUR UNE ÉTAPE DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE DU QUÉBEC 1800-1920 : Des champs à la ville Jusqu\u2019à la fin du XVIIIe siècle, le Royaume-Uni a réussi, avec les ressources forestières de son territoire et de la Nouvelle-Angleterre, à combler ses besoins intérieurs.Toutefois, cette conjoncture se renverse au début du XIXe siècle en raison de l\u2019épuisement des richesses insulaires et de la révolution étatsunienne de 1776 qui met fin à des sources d\u2019approvisionnement précieuses.Afin de maintenir sa croissance économique, le Royaume-Uni dut s\u2019alimenter à partir des forêts de la Scandinavie.Simultanément, pour bonifier les approvisionnements de bois en provenance de ses colonies nord-américaines, les Anglais fixent des tarifs préférentiels au détriment des fournisseurs européens.Cependant, les effets de cette tarification sont presque sans conséquence, les marchands britanniques préférant s\u2019alimenter en Europe, en raison des coûts inférieurs des transports.C\u2019est un événement politique qui a pour effet de modifier les sources de ravitaillement en matière ligneuse des Britanniques.En mai 1803, un conflit éclate entre le Royaume-Uni et la France.Ayant un urgent besoin de bois * Ph D. 33 L'ACTION NATIONALE - février 2013 pour la construction de frégates et devant tenir compte du Blocus continental imposé par l\u2019empereur français Napoléon 1er (1769-1821) qui empêche l\u2019accès aux zones riveraines de la mer Baltique, le Royaume-Uni se retourne vers ses colonies nord-américaines qui disposent d\u2019un immense bassin de ressources forestières.Libre de tout tarif et malgré les frais de transport, le bois provenant d\u2019Amérique du Nord devient rapidement concurrentiel par rapport aux importations scandinaves soutenant l\u2019essor économique du Québec.L\u2019exploitation forestière est le moteur de l\u2019économie québécoise dès le début du XIXe siècle.En parallèle, la construction navale marque l\u2019entrée du Québec dans l\u2019ère préindustrielle.Cette industrie qui fut longtemps l\u2019assise fondamentale de la structure économique du pays connait son apogée vers la décennie i860.Les raisons qui contribuent au déclin du commerce de la matière ligneuse sont liées intimement à l\u2019évolution technologique et aux décisions politiques prises au Royaume-Uni.Le Québec est peu gratifié des ressources réclamées par les entreprises de la nouvelle vague manufacturière qui constituent les ingrédients de la révolution industrielle.Le fer et le charbon sont presque absents des basses terres du Saint-Laurent, aire géographique où est concentré l\u2019œkou-mène québécois.Ceci a pour effet de soustraire à l\u2019économie québécoise une part importante de ce secteur lucratif.En contrepartie, l\u2019Ontario et le nord-est des États-Unis, particulièrement avantagés par leurs ressources minières et leurs axes de transport, participent activement à la révolution industrielle.La carence en minerais dans les premières zones de colonisation et le déclin de l\u2019industrie forestière ont pour effet de cantonner les Québécois francophones dans le secteur agri- 34 L'ACTION NATIONALE - février 2013 cole.Alors qu\u2019en 1861 l\u2019agriculture compte 108 121 membres ou 43,3 % de la population active, ce nombre s\u2019établit à 217 061 (45,5 %), trente ans plus tard1.Ne possédant qu\u2019un faible pouvoir d\u2019attraction sur les investisseurs étrangers, mis à part sa main-d\u2019œuvre abondante et peu coûteuse, le Québec est boudé par l\u2019industrialisation.Sauf pour quelques entrepreneurs actifs dans le textile, l\u2019État québécois ne profite guère de cette manne.L\u2019agriculture occupe toujours une place de choix même si les productions se spécialisent.Dans les régions ressources (p.ex.Saguenay-Lac-Saint-Jean) se développe une petite industrie artisanale axée vers la transformation des produits de la ferme, comme les sous-produits dérivés du lait, destinés aux marchés urbains.En 1871, vingt-cinq fabriques de beurre et de fromage sont en exploitation au Québec alors qu\u2019en 1920 il y en a 18082.Ces nouveaux débouchés ne sont pas suffisants pour atténuer les problèmes économiques.Dès la seconde moitié du XXe siècle, l\u2019exode des campagnes s\u2019effectue à un rythme soutenu.Les terres sont surpeuplées et épuisées en raison de leur surexploitation imputable à des techniques agricoles peu efficaces.Par ailleurs, avec le taux de naissance élevé que connait le Québec rural au XIXe siècle, les espaces disponibles aux fins de l\u2019agriculture deviennent restreints.En 1873, le déclin de l\u2019économie québécoise est accéléré par le contexte économique international particulièrement défavorable aux investissements.Ce marasme perdure une ving- 1\tCANADA.Ministère de l\u2019Agriculture.Recensements du Canada de 1871 et 1891, volume 5, Ottawa, le ministère.2\tQUÉBEC.Secrétariat de la province (1914) Annuaire statistique de Québec 1914, Québec, Bureau des statistiques, p.234.QUÉBEC.Secrétariat de la province (1921) Annuaire statistique, Québec, Bureau des statistiques, p.283. 35 L'ACTION NATIONALE - février 2013 taine d\u2019années, ce qui génère des conséquences désastreuses pour ce pays neuf en pleine construction.L\u2019État fédéral, dans l\u2019intention de soutenir le développement économique du Canada, adopte la National Policy dont l\u2019objectif est de favoriser la création d\u2019une aire géographique de commerce.L\u2019imposition de tarifs douaniers aux importations, le peuplement intérieur et l\u2019établissement d\u2019un réseau ferroviaire continental doivent concourir à ce projet.La politique fédérale a très peu avantagé le Québec.Les retombées qu\u2019elle suscite, notamment dans le secteur ferroviaire, accentuent les disparités existantes entre le Québec et l\u2019Ontario, ainsi qu\u2019entre Montréal et les régions québécoises.Conçues dans une perspective de développement pancanadien, seule Montréal et quelques-unes de ses villes satellites ont réellement bénéficié de la National Policy au détriment du reste du Québec.En 1900, la métropole accapare 56 % de la valeur de la production manufacturière québécoise, alors qu\u2019une ville comme Chicoutimi récolte moins d\u2019un pour cent de cette activité3.Les paysans abandonnent la terre, faute de pouvoir y vivre convenablement.Plusieurs se dirigent vers les grandes agglomérations.En 1881, 27,9 % des citoyens québécois résident en milieu urbain, comparativement à 56 % en 19214.D\u2019autres Québécois s\u2019expatrient vers les États-Unis afin de ne pas demeurer les victimes du chômage.Au cours de la décennie 1870, le secteur manufacturier naissant est encore peu développé pour assimiler ces masses de travailleurs issues des campagnes.Des milliers 3\tCANADA.Bureau du recensement et de la statistique (1907).Recensement du Canada de 1901.Bulletin II, Industries du Canada, Ottawa, Ministère de l\u2019Agriculture, p.65-66.4\tCANADA.Ministère de l\u2019Agriculture et Bureau fédéral de la statistique.Recensements du Canada de 1881 et 1921, Ottawa, le ministère du Commerce. 36 L'ACTION NATIONALE - février 2013 de Québécois se dirigent vers les villes industrielles de la Nouvelle-Angleterre où un emploi les attend en raison de la fulgurante croissance économique de cette région.De 1870 à 1930, le Québec vit partir plusieurs de ses fils et filles.La démographe Yolande Lavoie estime à environ 720 000 personnes, ou 7,8 % de la population totale, le nombre de citoyens qui franchissent la frontière5.Vers la décennie 1910, l\u2019avènement d\u2019une seconde révolution industrielle, fondée sur l\u2019exploitation de ressources naturelles présentes au Québec, est le salut tant attendu pour résoudre l\u2019hémorragie de la population émigrante vers les États-Unis qui abandonne la mère patrie à la recherche d\u2019un gagne-pain.La nouvelle prospérité qui déferle sur l\u2019Amérique du Nord dès 1897 ne tarde pas à produire ses fruits.À l\u2019aube de la Grande Guerre (1914-1918), l\u2019avenir du Québec repose sur la nécessité d\u2019effectuer un virage industriel et d\u2019abandonner son caractère exclusivement agricole.L\u2019approvisionnement énergétique constitue au milieu du XIXe siècle un des problèmes fondamentaux qui retarde le développement industriel du Québec.Le charbon est la source d\u2019énergie qui permet de faire fonctionner les forces motrices des fabriques de la première révolution industrielle.Cette ressource n\u2019est pas accessible à proximité du fleuve Saint-Laurent.Les usines québécoises doivent donc en importer de l\u2019Est canadien en vue de faire fonctionner leurs machines.Toutefois, ces entreprises sont peu nombreuses à s\u2019y établir en raison des coûts qu\u2019engendre le transport de la houille.5 Lavoie, Yolande (1973).Les mouvements migratoires des Canadiens entre leur pays et les États-Unis au XIXe et au XXe siècles.-Cité dans : Charbonneau, Hubert (Éd.).La population du Québec : Études prospectives, Montréal, Boréal Express, p.78. 37 L'ACTION NATIONALE - février 2013 L\u2019énergie hydraulique reste le seul espoir pour l\u2019industrialisation du Québec.La nation se voit combler par la seconde vague industrielle qui s\u2019annonce prometteuse pour l\u2019économie québécoise.Entre 1900 et 1920, la structure économique du Québec fut fortement modifiée par la croissance du secteur secondaire.Plusieurs entreprises fortes consommatrices d\u2019énergie s\u2019établissent sur le territoire (p.ex.usines de pâtes et papier).Devant cette nouvelle ère, le pouvoir politique en place à Québec découvre que son territoire détient des avantages stratégiques indéniables pour le placer sur la voie de la prospérité.L\u2019exploitation des richesses naturelles et, tout particulièrement, du potentiel hydraulique est perçue par les dirigeants gouvernementaux comme la clé pouvant enrayer l\u2019émigration de leurs compatriotes vers les États-Unis.Attirées par ces facteurs géographiques, des entreprises à capitaux étrangers (p.ex.Alcan) s\u2019installent au Québec afin de profiter de ses importantes richesses naturelles.Ces compagnies sont une source de prospérité qui se répercute sur les revenus du gouvernement qui progressent de 102 % entre 1900 et 1914, passant de 4,3 à 8,8 M$.Une part appréciable de ce revirement est imputable à l\u2019augmentation des revenus émanant de l\u2019impôt sur les entreprises (+404 %) et des gains provenant des terres publiques (+42,3 %)6.Cependant, la participation financière des francophones dans ces entreprises est faible.Résidant presque tous en campagne, ayant peine à subsister des ressources de la terre et à nourrir leurs grandes familles, ils sont mal placés pour accumuler des capitaux.La naissance au XIXe siècle d\u2019une petite bourgeoisie urbaine, composée de gens avec professions libérales et de dirigeants de petites entreprises, n\u2019est pas suffisante pour créer des assises financières solides.6 Bates, Stewart (1939).Histoire financière des gouvernements canadiens, Ottawa, Commission royale des relations entre le Dominion et les provinces, p.156. 38 L'ACTION NATIONALE - février 2013 La Conquête anglaise de 1760 a des effets fondamentaux sur les destinées du peuple québécois, et ce, pendant plusieurs décennies.Les francophones dépossédés de leurs pouvoirs politiques, économiques et administratifs par le Royaume-Uni sont relégués à des rôles subalternes.Peu à peu, une collectivité bien structurée se développe autour de l\u2019Église, ayant une fonction de stabilité normative s\u2019intéressant à la socialisation des individus.Le clergé favorise l\u2019établissement à la campagne des franco-catholiques pour qu\u2019ils adonnent à l\u2019agriculture.Ce milieu, isolé géographiquement de l\u2019élément anglo-saxon de la nation, est propice à la préservation de leur foi, de leur culture et de leur langue.Cette même volonté d\u2019isolat incite l\u2019Église à appuyer la poussée de fronts pionniers vers le Saguenay-Lac-Saint-Jean et l\u2019Abitibi.Pendant plusieurs années, le clergé détient le contrôle sur le peuple francophone d\u2019Amérique.Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, le mouvement de restructuration économique qui commence à déferler sur le Québec entraîne une modification profonde de l\u2019organisation socio-économique.Dans toute cette métamorphose structurelle, la bourgeoisie traditionnelle, composée d\u2019ultramontains et d\u2019agri-culturistes, craint l\u2019altération de son pouvoir sur la société québécoise et de son rôle d\u2019institutionnalisation des valeurs qu\u2019ont su implanter les ecclésiastiques.Cette appréhension s\u2019intensifie vers les années 1910 alors que l\u2019industrialisation du Québec est irrémédiablement amorcée.Faute de capitaux québécois suffisants, le gouvernement du Québec, appuyé par la bourgeoisie d\u2019affaires favorable au mouvement d\u2019industrialisation, invite les investisseurs étrangers, surtout britanniques et étatsuniens, à établir des manufactures en territoire québécois. 39 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Pendant ce temps, l\u2019Église prône la création de nouveaux fronts pionniers et la concentration des forces nationales pour assurer un développement économique respectant les valeurs de la société québécoise.Il est utile de préciser que le clergé ne rejette pas l\u2019industrialisation comme mode de développement, mais plutôt les valeurs véhiculées par leurs initiateurs.Il est possible de penser que si ce mouvement avait été instauré par des entrepreneurs québécois, l\u2019opposition des religieux et de l\u2019élite traditionnelle aurait été réduite.C\u2019est avant tout l\u2019influence allogène qui est redoutée comme le démontre cet extrait de la revue de l\u2019Association catholique de la jeunesse canadienne-française, Le Semeur, datant de 1929 : [.] les dangers qui menacent notre vie catholique et nationale sont plus nombreux et plus redoutables qu\u2019à toute autre époque dans notre histoire.[.] L\u2019industrialisme a brusquement transformé notre pays, changé du tout au tout notre manière de penser et d\u2019agir.Il y a rupture avec les traditions protectrices, envahissement progressif de l\u2019esprit de luxe et de jouissance7.Dans ce contexte, l\u2019élite traditionnelle défend les valeurs d\u2019antan et favorise la perpétuation de la société terrienne.Durant cette période, le développement du Québec est différé parce que les leviers de sa prospérité échappent à ses institutions et que ses conditions géographiques tardent à représenter une valeur économique.Le sort de la nation est entre les mains de décideurs exogènes qui sont influencés dans la localisation de leurs usines par des facteurs stratégiques.Laissé à la merci des capitaux allogènes, le développement du Québec est intimement lié à la présence ou à l\u2019absence de ressources naturelles en demande sur les marchés nord-américains et internationaux.7 Dubois, Eugène.« Que répondra la jeunesse interpellée?» Le Semeur, 25 (9), avril 1929, p.233-234. 40 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Avec des moyens réduits, les bourgeoisies traditionnelle et d\u2019affaires, pour des ambitions divergentes, tentent dès la décennie 1870 de donner une impulsion à l\u2019aménagement du territoire et au développement économique régional du Québec.La politique ferroviaire québécoise est un des principaux extrants du démarchage effectué auprès du gouvernement, projet géopolitique d\u2019intervention souhaitée par les élites pour maîtriser les contraintes géographiques du territoire (p.ex.la distance)8.1920-1960: Vers un monde nouveau Voulant favoriser l\u2019essor économique au Québec, les gouvernements qui se succèdent veillent à instaurer une gamme de privilèges spéciaux et d\u2019alléchants dégrèvements fiscaux afin d\u2019attirer les investissements de capitaux étrangers.Phénomène nouveau, des usines appartenant à de puissants conglomérats étatsuniens apparaissent un peu partout sur le territoire.C\u2019est le début d\u2019une nouvelle ère amorcée avec le premier conflit mondial et qui s\u2019accentue avec la Seconde Guerre (1939-1945).L\u2019arrivée de ces investissements ne cesse alors de s\u2019amplifier.Les hostilités ayant placé les pays européens en mauvaise posture financière, leurs investissements en terre québécoise deviennent plus rarissimes, laissant le champ libre aux voisins du Sud9.La réorientation de l\u2019économie du Québec vers des activités de type industriel tablant sur ses avantages géographiques (p.ex.la présence de mines de fer), qui encourage son intégration au circuit commercial nord-américain, livre ses premiers fruits durant la décennie 1920.Bien que ce 8\tLeclerc, Richard (1991).La politique ferroviaire québécoise et l\u2019organisation du territoire (1867-1990), Thèse de doctorat en géographie déposée à l\u2019Université Laval, 613 p.9\tBlanchard, Raoul (1960).Le Canada français : Province de Québec, Montréal, Arthème Fayard, p.183. 41 L'ACTION NATIONALE - février 2013 mouvement soit sérieusement ralenti par le krach boursier de 1929, ce processus est irréversible.Nonobstant les aspirations de certaines forces qui profitent de cette période de stagnation pour lancer la colonisation vers l\u2019Abitibi-Témisca-mingue et sur la marge de l\u2019œkoumène québécois, avec l\u2019appui financier du gouvernement du Québec10, cet intermède n\u2019est que temporaire.La Seconde Guerre mondiale donne une nouvelle impulsion industrielle à l\u2019économie nationale.En Amérique du Nord, l\u2019après-guerre inaugure le début d\u2019une croissance sans précédent.Durant la décennie 1946-1956, le produit national brut par habitant au Québec augmente de 106 %11.Deux motifs sont à l\u2019origine de ce nouvel essor.En premier lieu, les familles nord-américaines disposant de nombreuses épargnes ne demandent qu\u2019à les consommer en biens durables.De plus, la capacité productive des principales puissances européennes ayant été fortement affaiblie par le conflit mondial, les États-Unis deviennent la planche de salut pour la réédification du Vieux Continent.Ces facteurs conjugués postérieurement à la guerre de Corée (1950-1953) favorisent une augmentation phénoménale de 54,6 % de la production mondiale de minerai de fer, entre 1950 et 195512.Le Québec, par sa position géographique privilégiée sur le continent nord-américain, devient 10\tLe Discours sur le budget de 1951 révèle que durant l'année financière 1936-1937, le gouvernement consacre 9 630 031,14 $ à la colonisation, soit 13,8 % de ses dépenses totales.QUÉBEC.Département du Trésor (1951).Discours sur le budget prononcé par l\u2019honorable Onésime Gagnon, C.P., C.R., LL.D., trésorier de la province, à l\u2019Assemblée législative de Québec le 1 mars 1951, Québec, le département, p.33.11\tQUÉBEC.Ministère de l\u2019Industrie et du Commerce (1972) Tableau types, Comptes économiques du Québec : Revenus et Dépenses 1946-1970, Québec, Direction générale de la recherche et de la planification, p.22-23.12\tCANADA.Ministère de l'Énergie, des Mines et des Ressources (1984) L\u2019industrie canadienne du minerai de fer : Problèmes actuels et entrevus, Ottawa, Division des minéraux ferreux, p.19. 42 L'ACTION NATIONALE - février 2013 une des zones d\u2019approvisionnement des États-Unis, ce que le premier ministre Maurice Duplessis (1890-1959) ne manque pas de faire valoir.L\u2019État québécois vit durant ces années ses plus belles heures du libéralisme économique qui atteint son apogée sous le règne duplessiste (1936-1939 et 1944-1959).Dans le Discours sur le budget de 1951, le trésorier Onésime Gagnon (1888-1961) résume la philosophie économique guidant son gouvernement, en citant le pape Pie XII (1876-1958) : L\u2019économie, pas plus d\u2019ailleurs qu\u2019aucune branche de l\u2019activité humaine, n\u2019est de sa nature une institution d\u2019État : elle est à l\u2019inverse, le produit vivant de la libre initiative des individus et de leurs groupes librement constitués.Le propriétaire des moyens de production, quel qu\u2019il soit [.|, doit rester maître de ses décisions économiques13.Ces gouvernants qui accueillent à bras ouverts les capitaux étatsuniens se trouvent à soutenir l\u2019essor de l\u2019économie québécoise.En parallèle, ils favorisent une plus grande soumission de l\u2019État face aux investissements étrangers.Malgré son adhésion au credo du laisser-faire, le gouvernement du Québec ne se gêne pas pour intervenir et investir massivement afin d\u2019aménager le territoire en infrastructures essentielles aux besoins logistiques des multinationales (p.ex.routes).Durant cette période, le développement du territoire se déplace au-delà du 48e parallèle.L\u2019Abitibi est soulevée par un essor considérable, grâce à ses richesses minières et l\u2019implantation de voies ferrées qui permettent leur transport vers les grands centres industriels nord-américains.Le même scénario se produit au Saguenay-Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec.13 QUÉBEC.Département du Trésor (1951).Op.cit., p.41. 43 L'ACTION NATIONALE - février 2013 La croissance se poursuit jusqu\u2019au milieu de cette décennie.En 1957 s\u2019amorce une des pires récessions économiques que le Québec a vécue depuis la Grande Crise de 1929.La demande pour les produits de consommation et les matières premières subit une diminution importante à cause d\u2019une saturation des marchés commerciaux internationaux.Ce marasme est intimement lié à l\u2019entrée de pays en voie de développement dans certains secteurs industriels qui, grâce à une main-d\u2019œuvre peu dispendieuse, arrive à produire des biens à des coûts inférieurs à ceux manufacturés au Québec.La fin de la reconstruction en Europe et de la guerre de Corée a pour conséquence d\u2019amplifier ce mouvement.Le chômage connaît alors une remontée spectaculaire au Québec, la croissance économique stagne et les nouveaux investissements se font rares.Cette inertie se répercute surtout du côté des industries agricoles et d\u2019extraction des richesses naturelles.C\u2019est d\u2019ailleurs dans ces deux secteurs que la majorité de la main-d\u2019œuvre québécoise est active.Durant les années 1950, prenant conscience de la quasicolonisation et exploitation économique du Québec par des intérêts capitalistes étrangers, des groupes d\u2019intellectuels ainsi que le mouvement syndical préconisent l\u2019instauration de mesures sociales pour protéger les travailleurs contre les fluctuations économiques.Le seul moyen pour revivifier cette économie est d\u2019octroyer un rôle majeur au gouvernement pour qu\u2019il coordonne et finance un développement qui se veut plus affranchi des soubresauts de la conjoncture économique internationale.Le Parti libéral entame une lutte contre le régime de l\u2019Union nationale qui vient de perdre son chef14.En 1960, des élections générales sont déclenchées.On accuse les unionistes d\u2019avoir mené le pays 14 Maurice Duplessis est décédé le 7 septembre 1959 à Schefferville (Côte-Nord) 44 L'ACTION NATIONALE - février 2013 à un sous-développement sur tous les plans.Les libéraux proposent un éventail de réformes sociales, économiques et politiques majeures.Élu lors du scrutin du 22 juin, le nouveau gouvernement met en place les premiers jalons de la Révolution tranquille.De nouvelles structures sont instaurées pour moderniser le Québec, comme le ministère de l\u2019Éducation.Dans le domaine économique, il se donne un ensemble d\u2019outils pour stimuler la souveraineté nationale dans certains secteurs d\u2019activités stratégiques, telles Hydro-Québec et la Société générale de financement.C\u2019est le début d\u2019un temps nouveau.Conclusion D\u2019un gouvernement non interventionniste tel qu\u2019on l\u2019a connu pendant plus d\u2019un siècle, le Québec se dote dans les années 1960 d\u2019une administration inspirée par un puissant esprit national, de même que par la théorie keynésienne.Le gouvernement du Québec est désormais le moteur du développement économique et collectif.Cette remise en question de l\u2019idéologie traditionaliste, qui a soutenu longtemps la gestion publique, entraîne une profonde modification de la structure gouvernementale, ainsi que de ses missions.C\u2019est ainsi que l\u2019on assiste à la création de ministères et d\u2019organismes dont la raison d\u2019être est notamment de contribuer à la planification de leurs nouveaux mandats.? 45 ARTICLES Simon-Pierre Savard-Tremblay* LES SOUVERAINISTES ET LA MONDIALISATION : L\u2019ENTHOUSIASME INTERNATIONALISTE** Nous apprenions récemment que le gouvernement Marois appuyait l\u2019idée du libre-échange avec l\u2019Union européenne et envisageait la signature d\u2019un accord.La première ministre a d\u2019ailleurs laissé tomber que son gouvernement pourrait mettre des bâtons dans les roues d\u2019Ottawa si l\u2019entente canado-européenne en venait à ne pas convenir aux exigences de l\u2019État québécois, tout en rappelant que la capacité ultime de signer des traités de la sorte ne revient exclusivement qu\u2019au gouvernement fédéral.Le ministre Jean-François Lisée a également affiché son enthousiasme pour la possibilité d\u2019un accord entre le Canada et l\u2019Inde afin de favoriser la pénétration du marché indien par les investisseurs québécois, estimant que les tarifs et les douanes présentement en place coupaient l\u2019approvisionnement possible au Québec par certaines entreprises situées en Inde, à l\u2019instar de Bombardier.L\u2019actualité nous fournit ainsi l\u2019occasion de retracer l\u2019évolution du rapport des souverainistes avec le phénomène de la mondialisation depuis, au fond, l\u2019existence même de ce phénomène, qui a débuté avant même que le mot ne soit * Candidat à la maîtrise en sociologie à l\u2019UQAM, président de Génération Nationale.** Texte librement inspiré d\u2019une conférence donnée à l\u2019occasion du colloque de l\u2019Institut de Recherche sur le Québec le 5 novembre 2012. 46 L'ACTION NATIONALE - février 2013 répandu, lorsqu\u2019on parlait au départ de libre-échange avec les États-Unis.En retraçant les grandes étapes de notre conversion progressive à cet immense mouvement qu\u2019est la mondialisation, on peut en venir à distinguer trois périodes : \u2022\tla première, qu\u2019on qualifiera de « libre-échangiste » ; \u2022\tla seconde, qui débute après le référendum de 1995, que nous appellerons « mondialisante » ; \u2022\tla troisième, qui double la seconde sur sa gauche, qu\u2019on nommera « altermondialiste », débutant au tournant des années 2000.Le libre-échangisme des souverainistes Aux débuts du PQ, la question de l\u2019internationalisation des échanges n\u2019était très certainement pas des plus actuelles, mais cela n\u2019empêchait pas que certains péquistes se soient faits les pionniers de cette option.René Lévesque montrait d\u2019ailleurs son ouverture et son intérêt pour un tel modèle dès les premières années du parti.D\u2019ailleurs, Lévesque, de par son parcours de journaliste international, ancrait lui-même sa pensée politique à travers la lecture de l\u2019évolution mondiale.Pour le PQ - à cette époque -, l\u2019adhésion à la nouvelle économie pouvait sembler être un virage difficile.On se rappelle que le PQ était alors traversé par des courants antiaméricains, antiimpérialistes et même anticapitalistes qui n\u2019étaient pas marginaux en son sein.Le premier programme du PQ prônait même la non-adhésion à l\u2019OTAN du Québec indépendant à venir, lequel devait plutôt se doter d\u2019un corps 47 L'ACTION NATIONALE - février 2013 de paix.Inutile de dire que la conversion à la marchandisation de l\u2019économie ne semblait pas aller de soi dans un tel parti politique.Pourtant, cette conversion que Parizeau surnommait « virage à 180 degrés » ne s'est pas révélée aussi complexe à réaliser qu\u2019elle pouvait sembler l\u2019être au départ, dans la mesure où les circonstances mondiales et internes ont été favorables.Ce virage, il fut essentiellement la réussite de deux hommes : Jacques Parizeau et Bernard Landry.Il faut se rappeler que les fédéralistes, lors du référendum de 1980, ont joué abondamment sur les peurs économiques des Québécois.On se rappelle des fameuses pensions de vieillesse, devenues un symbole marquant de notre imaginaire collectif dans le cadre du premier référendum.Parizeau et Landry, deux économistes chevronnés connaissant le milieu de la finance - on se rappelle par exemple des négociations de Parizeau à New York qui avaient permis la nationalisation de l\u2019hydroélectricité en 1962 -, se sont alors promis de désamorcer à jamais le chantage économique d\u2019Ottawa, pour que tout ministre fédéral des Finances qui agiterait la menace d\u2019une perte d\u2019un million d\u2019emplois n\u2019ait aucune crédibilité lors du référendum suivant.Évidemment, la conversion au libre-échange pouvait donner une image moderniste à un parti parfois encore taxé d\u2019extrémisme de gauche malgré un programme modérément social-démocrate.Mais plus encore, le but était bien entendu de sortir le Québec du cadre économique canadien, dont le centre de gravité se trouvait à Toronto, lequel enfermait étroitement notre économie nationale.Les fondements théoriques de l\u2019approche libre-échangiste des souverainistes sont exposés dans un livre qui a eu à 48 L'ACTION NATIONALE - février 2013 l\u2019époque une importance majeure au sein des milieux d\u2019affaires : Commerce sans frontières, écrit par Bernard Landry et préfacé par Jacques Parizeau.Revenons brièvement sur le cas de Bernard Landry.Landry avait entrepris des études en économie à l\u2019Institut d\u2019études politiques de Paris où il eut comme professeurs Raymond Barre futur ministre des Finances et premier ministre de la République.Ses enseignements avaient été marquants pour le jeune Landry, qui était en France en 1957 lors de la signature du traité de Rome, premier jalon de la construction européenne.L\u2019étudiant qu\u2019il était à l\u2019époque en restera fasciné durablement.Dans Commerce sans frontières, Landry explique les bénéfices, pour le Québec, de l\u2019ouverture des marchés et de la libre circulation des capitaux avec nos voisins du sud.Dans sa préface au livre de Landry, Parizeau décortique quant à lui l\u2019essence même de la politique économique canadienne : parce que fondé sur la construction d\u2019un chemin de fer visant l\u2019union des marchés des différentes colonies britanniques et basé sur les tarifs et les douanes, le protectionnisme est intimement lié au fonctionnement même du Canada et ne pourra jamais dès lors laisser au Québec l\u2019espace dont il a besoin pour entretenir des relations commerciales dignes de ce nom avec ses voisins.Pour les souverainistes, il faut donc dès lors renverser les axes d\u2019échange afin que les exportations du Nord vers le Sud soient désormais plus importantes que celles qui s\u2019effectuent de l\u2019Est vers l\u2019Ouest.On peut dire, avec le recul, que sur ce plan le pari libre-échangiste des souverainistes a été gagné.Plus encore, pour les souverainistes, il fallait détruire le caractère indispensable du partenariat économique postin- 49 L'ACTION NATIONALE - février 2013 dépendance avec le Canada.En 1980, Trudeau avait affirmé qu\u2019il refuserait de négocier une quelconque association avec le Québec en cas de victoire du « oui » au référendum.Par le libre-échange, Parizeau préparait donc, en quelque sorte, sa question « dure » de 1995 - laquelle affirmait le caractère exécutoire du référendum, soit que le Québec deviendrait indépendant même en cas d\u2019échec des négociations avec le Canada.À la lumière de ces motivations, l\u2019adhésion aux principes de la libéralisation des échanges a été bien vendue aux militants péquistes.Il y eut quelques réticences, exprimées notamment par les ministres Yves Bérubé et Pierre Marois, mais dans l\u2019ensemble l\u2019idée a bien passé.En plus de la volonté de désamorcer le chantage économique du fédéral, le contexte des années 1980 a été très favorable à ce changement de paradigme économique.Bien avant le New Labour et son influence sur les partis de centre-gauche, le régime Mitterrand en France a eu un impact assez déterminant.Le Parti socialiste a tôt fait de se convertir à la rigueur budgétaire tout en rompant son alliance politique avec le Parti communiste, au cours d\u2019une période où les figures de proue de l\u2019Occident étaient Ronald Reagan à Washington et Margaret Thatcher à Londres.Realpolitik oblige, les péquistes ayant appris bien des choses de par leur exercice du pouvoir, il ne pouvait y avoir de réels affrontements internes sur cette question.Une fenêtre s\u2019est ensuite ouverte au niveau fédéral.Mulroney a gagné au départ grâce aux deux grands laissés pour compte du Canada libéral : l\u2019ouest, en colère contre la nouvelle politique énergétique de Trudeau qui avait causé des pertes à l\u2019Alberta, et bien sûr le Québec. 50 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Mulroney souhaitait en quelque sorte récompenser ses clientèles électorales et liquider certains pans de l\u2019héritage libéral, en plus de chercher un thème électoral payant pour sa réélection.Le projet d\u2019accord de libre-échange semblait totalement s\u2019harmoniser avec les multiples motivations des progressistes-conservateurs.Il y a également fort à parier que l\u2019administration Reagan incitait fortement le gouvernement canadien pour qu\u2019il s\u2019engage sur cette voie.Il fallait donc que Mulroney profite également lui-même de la fenêtre qui était ouverte à Washington, et procède à la signature d\u2019un accord de libre-échange la fin du mandat Reagan.Mulroney en a donc fait son enjeu électoral majeur et a remporté une victoire assez éclatante sur les libéraux de John Turner et avec une forte députation en provenance du Québec.Les souverainistes ont appuyé les troupes de Mulroney dans cette croisade.Jacques Parizeau venait alors de succéder à Pierre-Marc Johnson qui était, lui, un adversaire virulent au libre-échange.D\u2019ailleurs, au cours de cette campagne, Bernard Landry s\u2019est muté en nouveau héros des milieux d\u2019affaires traditionnellement fédéralistes donnant alors plus de 150 conférences devant eux.Il faut dire que l\u2019arrivée d\u2019un porte-parole provenant du milieu souverainiste et généralement associé au centre-gauche ne pouvait qu\u2019ajouter au dynamisme de l\u2019alliance libre-échangiste en diversifiant ses composantes.L\u2019Accord de libre-échange contiendra d\u2019ailleurs, au grand bonheur des souverainistes, une clause selon laquelle tout territoire continue d\u2019adhérer aux dispositions prévues dans le texte, même en cas de sécession. 51 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Parizeau affirma d\u2019ailleurs un jour que le débat sur le libre-échange était le plus important de l\u2019histoire du Québec après celui de la souveraineté.Il n\u2019avait pas tort considérant les transformations du paysage économique provoquées par une telle aventure.Pour des formations telles que le Parti libéral ou le NPD, l\u2019opposition au libre-échange n\u2019était pas uniquement le résultat d\u2019alliances avec les syndicats canadiens.La base ontarienne du PLC y était pour quelque chose : une plus grande intégration continentale signifie pour l\u2019Ontario de réels risques d\u2019une fuite importante des centres stratégiques - dont la fonction est la recherche et le développement.Dans une économie de succursales comme celle de l\u2019Ontario, cela est des plus compréhensibles, si bien que Parizeau a déjà affirmé qu\u2019il serait opposé au libre-échange s\u2019il était ontarien.Chaque État a la politique de ses intérêts.Jean Chrétien promettra d\u2019ailleurs en 1993 d\u2019abolir l\u2019Accord de libre-échange.Après son élection, il n\u2019y a jamais donné suite.La mondialisation et les années post-référendaires Transportons-nous maintenant en 1995.L\u2019histoire est connue : le 30 octobre 1995, la victoire échappe au camp du « oui » par quelques milliers de votes.Jacques Parizeau prononce la phrase que l\u2019on sait sur l\u2019argent et des votes ethniques.Les élites souverainistes sombrent dans une peur absolue du nationalisme culturel.Mais plus encore, c\u2019est d\u2019une nouvelle vocation idéologique dont avait besoin, selon ses dirigeants, le mouvement.Et, en cette deuxième moitié des années 1990, la mondialisation est triomphante et agitée comme étant la condition sine qua non de la modernité réelle d\u2019une société.Dans le monde de l\u2019après-guerre froide, on parle parfois même de « fin de l\u2019histoire ».Pour les dirigeants péquistes, la mondialisation est un défi 52 L'ACTION NATIONALE - février 2013 incontournable.Reste à voir comment cela a pu se traduire concrètement.En 1996, le nouveau premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, se rend à New York.Il est alors littéralement terrorisé par les agences de cotation et par l\u2019establishment économique canadien qui lui dressent un portrait accablant sur les états financiers de la province.La préservation de la cote de crédit du Québec est désormais pour lui le nouvel objectif principal dans le contexte de la mondialisation financière.Quelques mois plus tard s\u2019est tenu le Sommet sur le développement économique où le cap fut mis sur l\u2019objectif du « déficit zéro ».Parallèlement à cela, en 1996, les dignitaires du régime libéral se réunissent et adoptent leur plan de riposte pour mettre au pas le gouvernement souverainiste de Lucien Bouchard.La manœuvre se décline en plusieurs volets : agitation du spectre de la partition du Québec, encadrement juridique (Loi sur la clarté), invasion idéologique (programme des commandites) et déstabilisation financière.Dans ce dernier cas, il s\u2019agissait de réduire unilatéralement les transferts pour réutiliser les sommes dans des empiètements vendus comme étant bénéfiques pour le Québec, à l\u2019instar du programme des Bourses du millénaire.On se rappellera également du détournement de la caisse d\u2019assurance emploi et de la confiscation par Ottawa des surplus du gouvernement du Québec suite à l\u2019atteinte de son déficit zéro.Le Plan B des fédéraux impliquait également l\u2019asphyxie de la politique diplomatique du Québec.Par exemple, en l\u2019an 2000, à la suite des jeux de coulisse de l\u2019ambassadeur du Canada au Mexique, Lucien Bouchard n\u2019a pu finalement assister à la cérémonie d\u2019assermentation du nouveau président mexicain même s\u2019il avait été invité au départ.Ce n\u2019était 53 L'ACTION NATIONALE - février 2013 pas le premier incident de ce genre, car on avait empêché Bouchard de rencontrer le président mexicain précédent quelques années plus tôt, de même qu\u2019au Panama et au Maghreb.Louise Beaudoin affirma d\u2019ailleurs à ce moment-là qu\u2019on ne pouvait parler d\u2019évènements isolés, qu\u2019il y avait bel et bien un « pattern » - pour reprendre son expression - derrière tout ça.Lucien Bouchard a certes dénoncé les manœuvres « éhontées et discourtoises » d\u2019Ottawa, mais son gouvernement aura eu au final une réponse bien apathique.On aurait pu s\u2019attendre au développement unilatéral de relations extérieures fortes qui s\u2019appuieraient sur le nécessaire rayonnement international du Québec.Bien au contraire, le gouvernement Bouchard a consenti à la légitimité diplomatique canadienne.Alors que le contexte de mondialisation aurait exigé la multiplication de nos représentations étrangères, les péquistes au pouvoir fermaient nos délégations à l\u2019étranger - dont la création représentait un grand succès de la Révolution tranquille -, pour qu\u2019au contraire les représentant-e-s du Québec n\u2019aient droit qu\u2019à une petite salle décorée d\u2019unifoliés à l\u2019intérieur des ambassades canadiennes.Certains diront que le PQ a alors failli à sa responsabilité historique.Le contexte de la seconde moitié de la décennie 1990 en est un de changements profonds dans la division internationale du travail, alors que nous assistions à de grandes vagues de délocalisations et à l\u2019émergence du Tiers-Monde.Le Canada, par exemple, a répondu aux flux mondiaux en se concentrant sur le développement du pétrole et des ressources naturelles.Le Québec devait aussi tirer son épingle du jeu devant un courant qu\u2019il ne contrôlait pas.Notre intérêt national aurait alors dû logiquement nous dicter de nous concevoir un point de vue sur le monde et de développer une politique industrielle adéquate et une stratégie commerciale de 54 L'ACTION NATIONALE - février 2013 diversification de nos partenaires.Comme nous l\u2019avons vu précédemment, cela ne s\u2019est pas fait à cause des manœuvres fédérales et - il faut le dire - de la mollesse péquiste.En 1998, Jacques Parizeau tente de répondre à la vacuité existante en la matière avec la publication d\u2019une plaquette intitulée Une bouteille à la mer ?Dans son petit livre, Parizeau voit dans l\u2019expansion du commerce international une chance pour le Québec de profiter d\u2019un développement avantageux à l\u2019abri du cadre canadien.En cela, il poursuit sa logique libre-échangiste des années 1980 pour ouvrir de nouveaux marchés aux entreprises québécoises.Parizeau est également convaincu que le Québec inc.sera capable de cohésion dans l\u2019atteinte d\u2019un tel objectif.Cependant, pour jouir pleinement des effets bénéfiques d\u2019une telle aventure il faut s\u2019y préparer.Le Québec ne jouit malheureusement pas d\u2019une élite qui puisse adhérer à un projet qui la servirait à long terme.Pour s\u2019assurer qu\u2019une entrée dans la mondialisation ne conduise pas à la dissolution d\u2019une petite économie - comme celle du Québec - dans un grand marché, il faut qu\u2019il existe un consensus de l\u2019intérêt national au sein de notre bourgeoisie d\u2019affaires.Or, ce ne semble pas être le cas.Quatorze ans après la publication du livre de Parizeau, les leviers stratégiques nous permettant de définir nos objectifs nationaux et de concerter l\u2019ensemble des forces économiques vives (Hydro Québec, Société générale de financement et Caisse de dépôt) sont plus menacés que jamais de dislocation.Aujourd\u2019hui, certains n\u2019hésitent pas d\u2019ailleurs à y voir carrément la disparition pure et simple du Québec inc.Cela est fort regrettable de par le fait que la logique pourrait être inversée : plus le Québec inc.se développera, plus l\u2019ouverture commerciale et la recherche de nouveaux marchés seront grandes, sans oublier que l\u2019indépendance en elle-même imposerait le Québec de se doter d\u2019une élite financière. 55 L'ACTION NATIONALE - février 2013 L\u2019adhésion à la mondialisation n\u2019a jamais vraiment été remise en question.L\u2019autre grand libre-échangiste, Bernard Landry, a détenu le poste clé de ministre des Finances -lequel lui conférait l\u2019autorité morale pour inscrire le PQ dans la posture de la mondialisation - avant de devenir lui-même chef du parti et premier ministre.Ironiquement, le grand libre-échangiste qu\u2019il était n\u2019a pas pu souhaiter à l'Assemblée nationale la bienvenue aux chefs d\u2019État étrangers qui se réunissaient à l\u2019occasion du Sommet de Québec en 2001.C\u2019est le prix du statut provincial.Après sa démission en 2005, aucun de ses successeurs n\u2019a rouvert le débat sur la vision souverainiste de l\u2019expérience globale.« Un pays pour une mondialisation plus humaine » La ligne mondialisante a aussi été doublée sur sa gauche lorsque le souverainisme officiel s\u2019est converti à l\u2019altermondialisme.Sous la direction de Gilles Duceppe, le Bloc québécois a créé, au tournant des années 2000, quatre grands chantiers visant à réorienter le programme souverainiste en l\u2019inscrivant davantage dans une posture progressiste.L\u2019un des quatre chantiers était consacré à la mondialisation et était présidé par Jacques Parizeau, tandis que la coordination de l\u2019ensemble de la démarche était placée sous la responsabilité de Pierre Paquette - qui devint de facto l\u2019acteur intellectuel principal de la transformation du discours bloquiste.Le nouvel axe qui allait émerger sur cette thématique était le suivant : la souveraineté nous permettra de siéger au concert des nations et ainsi de pouvoir travailler à l\u2019avènement d\u2019une mondialisation plus humaine, c\u2019est-à-dire plus juste, plus équitable, plus sociale, plus écologique, etc. 56 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Lors de l\u2019Université d\u2019été des jeunes souverainistes de 2010 organisée par le Forum jeunesse du Bloc québécois, un débat entre deux visions de la gauche s\u2019est produit entre Amir Khadir et Pierre Paquette.Alors que le premier affirmait qu\u2019il fallait rompre avec le modèle économique avant d\u2019envisager la souveraineté, le second lui rétorquait qu\u2019une telle rupture avec l\u2019ordre financier n\u2019était possible que par la souveraineté.Ces deux conceptions s\u2019affrontent toujours aujourd\u2019hui au sein de la gauche : le débat n\u2019est pas ici entre la souveraineté comme moyen ou comme fin en-soi, mais entre la souveraineté comme moyen incontournable ou comme moyen éventuel.Cela témoigne, nous semble-t-il, d\u2019un recul majeur qui emprisonne le mouvement souverainiste dans une logique expurgée de ses fondements de base.L\u2019argument de Pierre Paquette, selon lequel un siège dans les forums internationaux permettrait au Québec d\u2019orienter le courant mondial en sa faveur, n\u2019est pas exempt d\u2019une certaine pensée magique.La construction d\u2019une personnalité internationale liée au pouvoir de signer ses propres traités est évidemment une composante essentielle de l\u2019indépendance nationale.Cependant, le Québec pourrait-il, à lui seul, inverser les flux mondiaux par sa simple présence aux tables de concertation ?La réponse semble aller d\u2019elle-même.De plus, le Bloc québécois et Pierre Paquette ont négligé, tout comme Jacques Parizeau, les risques de dissolution du Québec inc.L\u2019altermondialisme a dans tous les cas montré des signes indéniables de son essoufflement comme en a témoigné l\u2019échec de la conférence des Nations unies nommée Rio+20, laquelle visait l\u2019émergence du développement durable à l\u2019échelle mondiale.L\u2019Histoire nous enseigne que les idéologies à vocation internationaliste ont toujours été vouées à l\u2019échec. 57 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Conclusion Dans une telle mesure, on peut se poser dès lors la question fondamentale : Que faire ?La polarisation est la suivante : voulons-nous, pour l\u2019État québécois, plus ou moins de souveraineté ?Pour les porte-étendards du projet de l\u2019indépendance du Québec, la réponse devrait aller de soi.Pour des raisons identitaires, culturelles, économiques, politiques et sociales, le défi des indépendantistes devrait résider dans la reconstruction et la restitution de l\u2019État nation.L\u2019enthousiasme du PQ envers le principe de l\u2019intégration du commerce - qui offre effectivement des chances à nos entreprises - devrait céder le pas à une plus grande lucidité qui n\u2019aurait des allures ni d\u2019un rejet unilatéral ni d\u2019un aveuglement volontaire.L\u2019accroissement des pouvoirs des investisseurs étrangers et du seul secteur financier au détriment de l\u2019action de nos institutions démocratiques n\u2019est pas sans risques.Si le libre-échange a effectivement comme vertu d\u2019ouvrir de grands marchés à de petites nations, le risque de l\u2019éclatement des cadres nationaux est bien réel dans la radicalisation des idéaux postmodernes de la mondialisation.Il faut éviter une prise en charge de la souveraineté des États par le capital ou par les organisations supranationales.Or, l\u2019entente canado-européenne, dans sa forme actuelle, aurait notamment comme conséquence le recul de notre souveraineté nationale.Même son de cloche en ce qui concerne la concurrence avec l\u2019Inde : les bénéfices énoncés par Lisée d\u2019un éventuel traité avec cette dernière ne sont certainement pas dénués de 58 L'ACTION NATIONALE - février 2013 fondements, mais les effets pervers nous semblent négligés par ce dernier.Affronter économiquement un pays avec un capital-travail développé fort différemment du nôtre ne sera pas une mince tâche.Et jamais auparavant dans l\u2019histoire, le marché n\u2019avait su s\u2019émanciper autant de la responsabilité de l\u2019État.L\u2019ultralibéralisme se montre aujourd\u2019hui paradoxalement sous son vrai jour, soit comme principal adversaire du libéralisme lui-même.Il peut en résulter de graves crises : chômage, délocalisations, désindustrialisation, etc.Les débats de société concernant la taille de l\u2019État, la place du privé dans l\u2019économie et la fiscalité des entreprises sont parfaitement légitimes, mais doivent avoir lieu, pour éviter les pires dérives, au sein d\u2019un État nation restitué qui rétablirait les références culturelles et historiques ainsi que leur unité et leur spécificité.L\u2019État nation est même le gardien de la démocratie et de l\u2019harmonie sociale d\u2019une collectivité.Le Québec doit néanmoins impérativement se doter d\u2019une vision du monde et s\u2019engager dans la voie de la construction territoriale des conditions d\u2019une reconfiguration de son économie pour lui permettre de relever les défis mondiaux de l\u2019avenir.Le capitalisme est assurément le meilleur des systèmes et il faut le défendre.Cependant, encore faut-il que sa forme entrepreneuriale, industrielle et populaire, celle qui permet à tous de réussir par la débrouillardise et le sens de l\u2019initiative, ne soit pas avalée par un autre type de capitalisme, financier et dévoyé.Le danger de se fondre dans le moule du « village global » est pervers.Le défi de la mondialisation financière se saisit de deux manières : par des politiques, par un retour aux cadres nationaux et aux frontières protectrices, mais aussi par un travail intellectuel.La mondialisation financière est justifiée 59 L'ACTION NATIONALE - février 2013 par une idéologie progressiste prônant la disparition des frontières, qu\u2019on associe à des limites, un progressisme prônant l\u2019avènement d\u2019une citoyenneté mondiale.À gauche comme à droite, les partisans du « village global » se rejoignent dans leur rhétorique relevant de la modernité radicale.Il faut donc leur opposer la nation, car en ce siècle encore jeune le principal défi moderne est celui de la défense de cette dernière.? 6o ARTICLES Jacques Martin* QUELQUES ÉLÉMENTS DE RÉFLEXION EN VUE DE LA PRÉPARATION DU SOMMET SUR L\u2019ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR** Le ministère de l\u2019Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie publiait, à l\u2019automne 2012, un document d\u2019information intitulé : Préparer le Sommet sur l\u2019enseignement supérieur pour tous.En prévision du Sommet, quatre thèmes devaient être approfondis dont les suivants : \u2022\tLa qualité de l\u2019enseignement supérieur \u2022\tL\u2019accessibilité et la participation aux études supérieures \u2022\tLa gouvernance et le financement des universités \u2022\tLa contribution des établissements et de la recherche au développement de l\u2019ensemble du Québec.Nous aborderons dans le présent texte le troisième thème, soit la gouvernance et le financement des universités.Nous présenterons certains éléments pouvant servir à préparer le Sommet sur l\u2019enseignement supérieur.Il s\u2019agit de pistes de solution sur le financement des droits de scolarité, car à ce stade-ci, nous n\u2019avons pas accès à toutes les données requises dont dispose le ministère de l\u2019Éducation ou celles provenant des diverses instances impliquées dans ce débat.* Conseiller en gestion, 1970-1980 et 1985-2011 et professeur agrégé, Ecole Polytechnique 1980-1984.** Soumis au ministre Pierre Duchesne, ministère de l\u2019Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie du Québec dans le cadre du Sommet sur l\u2019enseignement supérieur. L'ACTION NATIONALE - février 2013 La CREPUQ considère que les universités québécoises sont sous-financées d\u2019environ 620 millions de dollars par année1.Nous ne remettons pas en cause ces chiffres puisque cela dépasse nettement notre propos.Le présent texte suggère à ceux qui prépareront le Sommet sur l\u2019enseignement supérieur d\u2019approfondir certains arguments qui laissent croire qu\u2019une meilleure gestion universitaire pourrait générer des économies substantielles et réduire ainsi le montant du manque à gagner de 620 millions de dollars avancé par les recteurs.À la section V de notre document, nous soumettons des pistes de solutions pour combler, en partie, ou en totalité, ce manque à gagner qui aura été décrété ou accepté par les participants au Sommet.I- La gouvernance et le financement des universités 1.1 Transparence dans la gestion (rapports d\u2019activité) Est-il normal que plusieurs facultés, écoles professionnelles ou universités du Québec ne publient pas de rapports annuels ?Lorsqu\u2019elles en publient, les données sont tellement agrégées (sauf exception) qu\u2019il est difficile, sinon impossible, d\u2019en faire une analyse sérieuse.Par exemple, HÉC ne publie pas de rapport annuel sur son site Internet.Or, il s\u2019agit ici d\u2019un budget de fonctionnement de plus de 135 millions de dollars annuellement.Ne serait-il pas normal que nos facultés et universités fassent preuve de plus de transparence ?Comment les membres du conseil d\u2019administration (CA) peuvent-ils suivre la gestion sans un tel rapport ?Comment les associations de professeurs (AP) 1 CREPUQ : Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec - Le financement des universités québécoises comparé à celui des universités des autres provinces canadiennes de 2000-2001 à 2007-2008, -17 novembre 2010, p.7. 62 L'ACTION NATIONALE - février 2013 peuvent-elles débattre des orientations stratégiques de leur institution sans tomber dans des luttes intestines pour se partager les ressources ?1.2\tSalaires des recteurs et autres cadres supérieurs À l\u2019Université Concordia, trois recteurs ont démissionné (ou ont été congédiés) sur une période de 5 ans.L\u2019université a dû verser des primes de départs totalisant 3,1 millions de dollars à ces hauts dirigeants.Est-ce une erreur dans la sélection de ces recteurs ou ont-ils été forcés de démissionner ?L\u2019université Concordia a également accordé un prêt, sans intérêt, de 1,4 million de dollars à un candidat au poste de recteur intérimaire afin qu\u2019il puisse s\u2019acheter un condo2.Un grand nombre de recteurs (ou doyens) gagnent entre 350 000 $ et 500 000 $, par année.C\u2019est beaucoup plus que le salaire du premier ministre du Québec.Y a-t-il une échelle salariale pour les recteurs et doyens ?En d\u2019autres termes, puisqu\u2019il s\u2019agit de fonds publics, serait-il normal que le gouvernement du Québec puisse encadrer ces échelles salariales et qu\u2019elles soient connues du public ?1.3\tGestion des contrats de recherche Dans nos universités, il se fait de plus en plus de la recherche pour les entreprises privées.On peut se poser la question si tous les coûts reliés à cette recherche sont facturés au secteur privé par les professeurs d\u2019université du Québec (ex.: frais de loyer, bureau, communications, papeterie, photocopies, cartouches d\u2019encre, etc.).Bref, si les professeurs facturaient à l\u2019entreprise privée les vrais coûts de leurs travaux de recherche, ne récolteraient- 2 Fédération étudiante universitaire du Québec, (FEUQ) : Mettre de l\u2019ordre dans la chaos : critique de la gestion universitaire, novembre 2011, p.3. 63 L'ACTION NATIONALE - février 2013 ils pas beaucoup plus d\u2019argent ?Et une bonne partie de cet argent pourrait retourner dans les coffres des universités.Actuellement, plusieurs entreprises privées (ex.: l\u2019Industrie pharmaceutique) considèrent qu\u2019il est plus avantageux de confier leur recherche aux chercheurs universitaires plutôt que d\u2019effectuer cette recherche à l\u2019intérieur de leurs propres laboratoires.Ainsi, plusieurs laboratoires pharmaceutiques ont fermé leurs portes dans la région de Montréal dernièrement pour confier leur recherche aux professeurs d\u2019université3.1.4 Gestion des régimes de retraite Au cours des années 1970-2008, les universités se sont détachées du RREGOP pour se doter de régimes complémentaires de retraite capitalisés à 100 %.Ces régimes de retraite sont à prestations déterminées.Ainsi, les professeurs reçoivent à leur retraite une pension pouvant s\u2019élever jusqu\u2019à plus de 70 % du salaire moyen de leurs cinq meilleures années de revenu selon le nombre de leurs années de service.Si le fonds de pension des professeurs n\u2019obtient pas un rendement suffisant pour constituer les réserves actuarielles requises pour payer les rentes promises, la direction de l\u2019université doit aller puiser ailleurs les fonds manquants comme c\u2019est le cas actuellement.Ainsi comme l\u2019écrivait A.Poitras: [.] la débâcle boursière de 2008, puis la chute des taux d\u2019intérêt ont creusé des trous béants dans les fonds de pension universitaires.Les déficits de capitalisation - sont maintenant vertigineux : 307 millions de dollars à l\u2019Université Laval, 254 millions de dollars à l\u2019Université du Québec, 228 millions de dollars à l\u2019Université de Montréal [.] 3 Martine Letarte, « Les universités sont mises à contribution - Industrie pharmaceutique », Le Devoir, 3-4 novembre 2012, et Bertrand Marotte, « Merck to invest 12,6 millions $ in Quebec Health », Globe & Mail, 26 novembre 2012 64 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Pour être en mesure de tenir leurs promesses de rentes -jusqu\u2019à 70 % du salaire à la retraite -, les universités doivent combler ces trous à même leur budget de fonctionnement qui doit en principe être consacré à la qualité de l\u2019enseignement, à la recherche et à l\u2019encadrement des étudiants.Évidemment, l\u2019argent qu\u2019elles consacrent à renflouer les fonds de pension, elles ne peuvent le mettre ailleurs.Sur le terrain, cela se traduit par des professeurs ou des cours en moins4.Est-ce que le gouvernement du Québec versera une subvention annuellement pour compenser les faibles rendements obtenus par les fonds de pension universitaires depuis 2008 ou est-ce plutôt les retraités universitaires qui devront accepter des pensions réduites, comme doivent le faire les détenteurs d\u2019un RÉER dans le secteur privé ?Les régimes complémentaires de retraite capitalisés représentent des milliards.Avec un déficit de capitalisation de près de 800 millions de dollars pour les seules universités Laval, de Montréal et du Québec, on peut douter que les universités disposent des compétences nécessaires pour gérer des capitaux d\u2019une telle envergure.1.5 La gestion des cadres et du personnel non enseignant Dans un document intitulé : Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité?, Éric Martin et Simon Tremblay-Pepin5 écrivaient que les arguments fournis par la CREPUQ, pour justifier la hausse des droits de scolarité étaient à l\u2019effet que ces hausses permettraient d\u2019engager les meilleurs professeurs, d\u2019acheter de meilleurs équipements et d\u2019améliorer la qualité de l\u2019enseignement.4\tAnnick Poitras, « Les universités au bord du naufrage », L\u2019Actualité, 24 août 2012, p.3 ; www.lactualité.com/économie/universités-au-bord-du-naufrage 5\tEric Martin et Simon Tremblay-Pepin, Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité ?Huit arguments trompeurs sur la hausse, Institut de recherche et d\u2019informations socio-économiques (IRIS), 2010, p.9 65 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Or, il est étonnant de constater que de 2000 à 2008, ce sont les gestionnaires et les cadres qui constituent l\u2019essentiel des récentes embauches comme le démontre le graphique 1.La reconversion commerciale de l\u2019université exige de plus en plus de contrôles administratifs et de coûteux mécanismes de surveillance6.Graphiquei Comparaison de la répartition du personnel de l'Université de Montréal entre 2000 et 2008 2000 2008 ¦ Professeurs Cadres ?Autres Sources: Université de montréal, Rapports annuels 2000, 2008, www.recteur.umontreal.ca/documents/ À l\u2019Université de Montréal, le graphique montre que le personnel administratif (cadres et professionnels) y est passé, entre 2000 et 2008, de 10 % (817 employé-e-s) à 15 % (1712 employé-e-s) du personnel.En contrepartie, la proportion des professeurs a diminué, passant de 26 % du personnel total des universités en 2000 à 22 % en 20087.Autre exemple, à l\u2019UQAM, pour la période de 2000 à 2006, la masse salariale des professeur-e-s n\u2019a augmenté que de 19 % alors que celle du personnel de gestion a connu une hausse de 30 % et celle des cadres supérieurs, de 40 %8.6\tIbid, p.9 7\tIbid, p.9 et 10 8\tIbid, p.10 66 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Entre 1997 et 2005, la part de la masse salariale allant à la direction des universités du Québec a augmenté de 2 %, alors que celle des professeur-e-s a diminué de 4,4 %.La masse salariale du personnel de direction et de gérance a augmenté de 83,2 % entre 1997 et 20049.Dans les universités américaines, le ratio du personnel affecté à l\u2019administration et au soutien par rapport au personnel enseignant a presque doublé de 1976 à 2009, passant de 50 % en 1976 à près de 100 % en 200910 (voir graphique 2).Graphique 2 Proportion des employés professionnels (NON-ENSEIGNANTS) PAR 100 ENSEIGNANTS Plenty of padding Non-faculty professional employees per IOO faculty members 1976 1999 2009 Sources: Department of Education; National Centre for Education Statistics Source : The Economist, op.cit.p.29 Despite so many fat years, universities have done little until recently to improve the courses they offer.University spending is driven by the need to compete in university league tables that 9 Eric Martin et Simon Tremblay-Pepin, Université inc., Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l'économie du savoir, Lux, 2011, p.29 10 The Economist, « Higher education, not what it used to be », 1er décembre 2012, p.29-30 67 L'ACTION NATIONALE - février 2013 tend to rank almost everything about a university except the (hard-to-measure) quality of the graduates it produces.Roger Geiger and Donald Heller of Pennsylvania State University say that since 1990, in both public and private colleges, expenditures on instruction have risen more slowly than in any other category of spending, even as student numbers have risen.Universities are, however, spending plenty more on administration and support services (see chart 2)\" On pourrait résumer cette citation anglaise par ce qui suit12 : En dépit d\u2019un grand nombre d\u2019années fastes, les universités ont peu fait jusqu\u2019à tout récemment afin d\u2019améliorer l\u2019enseignement offert.Les dépenses universitaires sont allouées afin de leur permettre de compétitionner entre elles sur un grand nombre de critères qui touchent à peu près tous les aspects universitaires à l\u2019exception de la qualité (difficile à évaluer) des diplômés qu\u2019ils forment.Selon Roger Geiger et Donald Heller de l\u2019université Pensylvania State, les dépenses attribuées à l\u2019enseignement ont augmenté beaucoup plus lentement que toutes autres catégories de dépenses, dans les institutions postsecondaires, tant celles du secteur public que privé, et cela même si le nombre d\u2019étudiants s\u2019est accru.Par ailleurs, les universités ont dépensé beaucoup plus sur les aspects administratifs et de services de support comme l\u2019indique le graphique 2.Il est intéressant de noter que la tendance à l\u2019augmentation vertigineuse des frais d\u2019administration et de soutien dans les universités américaines a été encore plus spectaculaire qu\u2019au Québec, de 1976 à 2009, malgré le fait que les droits de scolarité aient explosé aux États-Unis au cours de cette même période.En effet, alors que l\u2019indice des prix à la consommation a été multiplié par quatre de 1978 à 2012, passant de 100 en 1978 à 400 en 2012 (voir graphique 3), les droits de scolarité 11\tIbid 12\tTraduction libre de l\u2019auteur 68 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Graphique 3 Comparaison entre l\u2019accroissement de l\u2019indice des PRIX À LA CONSOMMATION ET L\u2019AUGMENTATION DES FRAIS DE SCOLARITÉ DANS LES UNIVERSITÉS AMÉRICAINES ENTRE 1978 ET 2012 : Indice janvier 1978 = 100 I Still worth it?\tD January 1978-100 1,400 1,200 1,000 800 600 Consumer 400 200 100 I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I IM J I III I I !¦- 0 1978\t85\t90\t95 2000 05\t12 Source: Bureau of Labour Statistics - Source, The Economist, op.cit.p.29 furent multipliés par douze aux États-Unis, passant de 100 en 1978 à 1200 en 201213.La CREPUQ affirme que toute augmentation des droits de scolarité permettrait d\u2019accroître la qualité de l\u2019enseignement et de la recherche.L\u2019expérience vécue par les universités américaines depuis les 35 dernières années nous incite à la prudence en ce qui a trait à l\u2019augmentation des droits de scolarité, car, aux États-Unis, ceux-ci ont été affectés surtout à l\u2019embauche de personnel de gestion plutôt qu\u2019à celui de personnel enseignant.College tuition fees 13 Ibid.p.29 69 L'ACTION NATIONALE - février 2013 1.6 Financement des universités Dans un excellent article rédigé en 2004 par Frédéric Lacroix et Patrick Sabourin, ces derniers concluaient ceci : Enfin, il ne paraît pas justifiable d\u2019augmenter les frais de scolarité pour l\u2019ensemble des étudiants québécois avant d\u2019ouvrir le débat plus fondamental, que constitue le niveau de financement accordé aux institutions universitaires anglophones du Québec.Ce niveau dépasse de loin celui justifié par la proportion d\u2019anglophones au Québec et, de plus, est complètement hors-norme comparativement aux pratiques en vigueur dans les autres provinces canadiennes.En termes clairs, le Québec finance, sans aucune contrepartie, une part disproportionnée du système d\u2019éducation postsecondaire destiné à la communauté de langue anglaise du Canada.Si le Québec était dans la « moyenne canadienne » et si McGill accueillait la même proportion d\u2019étudiants non-résidents que l\u2019université de Toronto, environ 7000 places d\u2019études devaient être retranchées du total accordé à McGill (soit 23,6 % du total des places d\u2019études en 2002 et à peu près 45 millions sur 200 millions de dollars du budget total de l\u2019établissement).Les universités anglo-québécoises sont financées à un niveau qui dépasse de loin la proportion d\u2019anglophones au Québec.Ceci étant le cas, ces institutions ratissent large et vont garnir leurs bancs en recrutant ailleurs que dans les rangs de la communauté anglo-québécoise.Les étudiants canadiens non-résidents représentent une proportion importante de la clientèle du système anglo-québécois.Ceux-ci sont massivement concentrés dans trois universités : Bishop\u2019s, McGill et Concordia.Environ 79 % des étudiants hors province sont accueillis dans les universités anglophones.Cette situation est sans équivalent ailleurs au Canada.On peut calculer que sans cette présence d\u2019étudiants non-résidents, la part des universités anglophones descendrait à 18 % du financement total (au lieu de 23,2 %), ce qui correspond à une diminution de 20 % en termes relatifs et environ 82 millions de dollars par année en termes 70 L'ACTION NATIONALE - février 2013 absolus.Cette somme correspond grosso modo au tiers du sous-financement des universités québécoises en termes de fonds de fonctionnement généraux selon l\u2019étude du CREPUQ-MEQ.L\u2019impact financier des non-résidents est donc important.Le surfinancement de la filière anglophone est en partie lié à l\u2019importante présence d\u2019étudiants canadiens non-résidents14.Les calculs de Lacroix et Sabourin devraient être actualisés en 2013 afin de vérifier si le surfinancement des universités anglophones du Québec correspond toujours au tiers du sous-financement des universités québécoises.Si tel était le cas, il y aurait lieu, pour le gouvernement, de réagir.II- Dérives immobilières La question se pose également pour la gestion immobilière des universités notamment à l\u2019occasion de plusieurs dérives rapportées au cours des dernières années, tant à l\u2019UQAM qu\u2019à l\u2019Université de Montréal.2.1 L\u2019UQAM L\u2019aventure immobilière à L\u2019UQAM a provoqué un dépassement budgétaire de l\u2019ordre de 300 millions de dollars en 2007 lors de la construction du complexe des sciences (plus de 100 millions de dollars) et de celui de l\u2019Ilôt Voyageur (plus de 200 millions de dollars).Cette somme de 300 millions équivaut à presque 50 % de la somme qui était demandée aux étudiants lors de la ronde de négociation au printemps 2012.(50 % de 620 millions = 310 millions)15.14\tFrédéric Lacroix, Patrick Sabourin, « Financement des universités : le non-dit », L\u2019Action nationale, octobre 2004, p.87, p.104 et p.97 15\tRapport du vérificateur général du Québec à l\u2019Assemblée nationale concernant la vérification particulière menée auprès de l\u2019UQAM, Annexe A, année 20082009, p.A-13, graphique 1 et p.A-40, tableau 10, et UQAM - Un bilan de l\u2019année 2008-2009, message du recteur, Claude Corbo et « Québec achète le projet controversé », 18 novembre 2010 ; www.radio-canada.ca/regions/ montreal/2010/11/17/002-Ilot-voyageur-vente.shtml. 71 L'ACTION NATIONALE - février 2013 2.1 L\u2019Université de Montréal 2.1.1 La gare de triage d\u2019Outremont L\u2019Université de Montréal serait également aux prises avec une dérive immobilière à la gare de triage d\u2019Outremont ! Dans un mémoire présenté, en 2007, à l\u2019Office de la consultation publique de Montréal sur le projet d\u2019implantation d\u2019un campus de l\u2019Université de Montréal sur le site de la gare de triage d\u2019Outremont, le projet était décrit comme un vaste campus universitaire comprenant des bâtiments pour des fins d\u2019enseignement et de recherche occupant une surface d\u2019environ 275 000 mètres carrés16.Le projet devait atteindre la somme d\u2019un milliard de dollars, plus le coût des équipements, sur une période de 20 ans.Le recteur Vinet, en 2007, devant l\u2019Office de la consultation publique de Montréal, annonçait des coûts de construction s\u2019élevant à 3000 $, par mètre carré, pour développer un second campus à la gare de triage d\u2019Outremont (dont la superficie était estimée à 280 000 mètres carrés), ce qui correspond à un coût d\u2019immobilisation global de 840 millions de dollars.Par ailleurs, la Ville de Montréal annonçait le 20 janvier 2012 que les coûts de construction atteindraient plutôt 1,6 milliard de dollars pour le même projet, soit une augmentation de 100 % en 5 ans.Il s\u2019agit donc d\u2019une augmentation de coût de près de 800 millions de dollars, soit plus que les 620 millions de dollars réclamés par la CREPUQ à titre de sous-financement17.16\tCampus Outremont, Université de Montréal.www.mtlurb.com/forums/ showthread.php/4-campus-Outremont-, 2007 17\tMichel Seymour, Louis Dumont, Jean-claude Marsan, Daniel Turp professeurs à l\u2019Université de Montréal, « Hausse des droits contre dérive immobilière », Le Devoir, 15 février 2012. 72 L'ACTION NATIONALE - février 2013 2.1.2 Le couvent du Mont-Jésus-Marie En 2003, l\u2019Université de Montréal a acquis pour une somme de 15 millions de dollars l\u2019ancien couvent des sœurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie.L\u2019objectif consistait à y aménager des salles de cours, ce qui fut fait au coût de 20 millions de dollars, plus des frais d\u2019entretien s\u2019élevant à 6 millions de dollars depuis la date de l\u2019achat.Cet édifice fut revendu à la controversée entreprise Catania, sans appel d\u2019offre, ce qui entraînerait une perte de 10 millions de dollars pour l\u2019Université de Montréal (la transaction ne serait pas encore finalisée)18.III- Concurrence entre universités Les universités du Québec se font une concurrence entre elles et dépensent des frais de publicité pour s\u2019attirer de la clientèle, comme si elles étaient des entreprises privées.Combien dépensent-elles par année, en publicité ?L\u2019Université de Sherbrooke vient d\u2019installer un campus à Longueuil, l\u2019Université Laval s\u2019implante à Montréal et l\u2019Université du Québec en Outaouais vient d\u2019ouvrir un campus à St-Jérôme.Un troisième immeuble de HÉC au centre-ville est également prévu et il y en a peut-être d\u2019autres ! C\u2019est excellent d\u2019ouvrir des antennes en région, mais cela est-il planifié au niveau supérieur (gouvernement du Québec) ?Combien coûte cette concurrence entre les universités ?18 Katleen Lévesque, « L\u2019Université de Montréal vend à perte un couvent à Catania », Le Devoir, 3 et 4 novembre 2012. 73 L'ACTION NATIONALE - février 2013 IV- Droits de scolarité pour les étudiants universitaires 4.1 Droits de scolarité par catégorie d\u2019étudiants Présentement, il y a un très grand nombre d\u2019étudiants étrangers, ou d\u2019étudiants canadiens non-résidents du Québec, inscrits dans nos universités au Québec.Ceux-ci doivent défrayer des droits de scolarité plus élevés que les étudiants québécois.À titre d\u2019exemple, pour l\u2019année 2011-2012, l\u2019étudiant canadien non-résident du Québec paiera des droits de scolarité d\u2019environ 5858 $ par année, au 1er cycle universitaire contre 2167 $ par année pour un étudiant québécois, soit 2,7 fois plus que pour l\u2019étudiant québécois (tableau A).Par ailleurs, l\u2019étudiant étranger paiera entre 6 et 9 fois plus en droits de scolarité que l\u2019étudiant québécois inscrit au 1er cycle universitaire pour la même année (voir tableau A).À titre d\u2019exemple, un étudiant à temps complet inscrit à HÉC coûtait à l\u2019État québécois la somme d\u2019environ 17 000 $ par année.En effet, les états financiers de HÉC en 2010201119 (produits et charges) indiquent qu\u2019il y a eu des dépenses (charges) s\u2019élevant à 136 millions de dollars pour 8000 étudiants (équivalents à temps complet ou EETP), ce qui correspond à environ 17 000 $ par étudiant.Notons que le coût global moyen, par étudiant universitaire au Québec, s\u2019établissait, selon Philippe Hurteau, à environ 29 941 $ 20(le coût global combine ce que le gouvernement, les étudiants et le secteur privé investissent dans les universités).19\twww.HEC.ca ; La Corporation de HÉC-Montréal, États financiers au 30 avril 2011 et HÉC - Montréal Faits et chiffres 2011 20\tPhilippe Hurteau, Le financement des universités : aide-mémoire, FNEEQ-CSN, 1er juin 2011, p.7, www.fneeq.qc.ca ; Hurteau-P-7-FINENCEMENT-UNIVERSITES.pdf. 74 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Tableau A Droits de scolarité au ier cycle universitaire au Québec - ÉTÉ 2012 \tDroits de scolarité par crédit\tDroits de scolarité anuel (30 crédits)\tNbre de fois I- Québécois\t72,26 $\t2 167,80 $\t II- Canadien non-résident du\ti95,27 $\t5 858,10 $\t2,7 Québec\t\t\tfois III- Étrangers ou internationaux en\t485,39 $\t14 561,70\t6,7 sciences humaines et sociales, etc.\t\t\tfois en médecine :dentaire,\t541,98\t16 259,40\t7,5 vétérinaire, optométrie, etc.\t\t\tfois en sciences pures,\t639,97\t19 199,10 $\t8,9 mathématiques, génie,\t\t\tfois informatique, administration,\t\t\t droit, etc.\t\t\t Source : WWW.etudes.umontreal.ca/payer-etudes/droitsscolarite.html\t\t\t 4.2 Nombre d\u2019étudiants par catégorie Au Québec, pour l\u2019année 2008, il y avait 15 522 étudiants étrangers (ou internationaux) (équivalent temps complet) et 12 044 étudiants réguliers (temps complet) qualifiés de résidents permanents (tableau B).Ces étudiants étrangers et résidents permanents représentaient 18 % des étudiants réguliers inscrits au 1er cycle universitaire, au Québec, en 2008.Comme on a pu observer au tableau A, ces étudiants étrangers et résidents permanents (ou canadiens non-résidents du Québec) défraient des droits de scolarité plus élevés que les étudiants québécois (entre 2,7 et 8,9 fois), mais cela ne comble même pas le coût réel d\u2019un étudiant à temps complet qui s\u2019élève à environ 30 000 $ annuellement (voir note 20). 75 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Tableau B Étudiants réguliers à temps complet dans des PROGRAMMES DE GRADES, SELON LE STATUT D\u2019IMMIGRATION, TRIMESTRE D\u2019AUTOMNE, 20o8 (EN UNITÉ ET EN %) Ensemble de données universitaires communes - Québec (EDUCQ) 2 Toutes les universités du Québec\tCanadiens et Amérindiens\tÉtrangers\tRésidents permanents\tTotal Ensemble (total) - nombre\t125170\t15 522\t12 O44\t152 736 En %\t82 %\t10 %\t8 %\t100 % Les résidents permanents sont traités comme les étudiants québécois sur le plan des droits de scolarité.La pratique est justifiée par le fait que la société québécoise bénéficiera de leur meilleure formation et que les impôts qu\u2019ils paieront rembourseront largement les frais de scolarité encourus pour eux.À condition qu\u2019ils travaillent au Québec après avoir fait leurs études.4.3 Coûts réels assumés par l\u2019État québécois, par catégorie d\u2019étudiants Tel que vu précédemment, il y a un écart considérable entre les coûts de scolarité défrayés par les étudiants québécois et ceux exigés par le gouvernement du Québec aux étudiants des autres provinces canadiennes ou aux étudiants étrangers (voir tableau C).21 Ministère de l\u2019Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS), Système de gestion des données de l\u2019effectif universitaire (GDEU, 2010). 76 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Tableau C Droits de scolarité au ier cycle universitaire au Québec, PAR CATÉGORIE D\u2019ÉTUDIANT, ET COÛT RÉEL ASSUMÉ PAR LE GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, ÉTÉ 2012 Étudiants selon l\u2019origine\tDroits de scolarité annuel moyen (1)\tCoût réel moyen assumé par le gouvernement du Québec, par étudiant (2)\tÉcart assumé par l\u2019État (3) Étudiants québécois\t2 168 $\t29 900 $\t27 732 $ Résidents permanents ou Canadiens non-résidents du Québec\t5 858 $\t29 900 $\t24 042 $ Étudiants étrangers\t=16 880 $\t29 900 $\t13 020 $ Le tableau C indique que le coût réel moyen par étudiant de niveau universitaire s\u2019établissait, en 2012, à 29 900 $ par année pour le gouvernement québécois.Puisque l\u2019étudiant québécois défraie, en 2012, des droits de scolarité de 2168 $ par année, le solde, soit 27 732 $ (29 900 $ - 2 168 $ = 27 732 $) est comblé par le gouvernement du Québec.Le résident permanent (canadien non-résident du Québec) devra débourser 5 858 $ de droits de scolarité en 2012, ce qui signifie que le gouvernement du Québec accordera (29 900 $ - 5 858 $ = 24 042 $) une subvention de 24 042 $ par étudiant.Pour ce qui est de l\u2019étudiant étranger, ce dernier versera, en 2012, des droits de scolarité moyen de 16 880 $, ce qui fera en sorte que l\u2019État québécois assumera annuellement une somme de 13 020 $, par étudiant (29 900 $ - 16 880 $ = 13 020 $) pour les accueillir dans nos universités. 77 L'ACTION NATIONALE - février 2013 V.Piste de solution suggérée 5.1 Exiger le remboursement total des droits de scolarité lorsqu\u2019un diplômé quitte le Québec Les associations étudiantes ont fait valoir dans le récent conflit sur la hausse des droits de scolarité que les principaux bénéficiaires de l\u2019activité universitaires sont les diplômés universitaires eux-mêmes et la société dans son ensemble à travers le développement économique et social que les activités de ces diplômés génèrent après la fin de leurs études.Celles-ci se traduisent généralement, pour les diplômés, par des revenus plus élevés et pour l\u2019État par des impôts plus élevés perçus sur ces revenus.Par ailleurs, certains considèrent que la capacité de taxer du gouvernement est à sa limite.Selon la FEUQ, l\u2019endettement actuel des étudiants dont la famille est peu fortunée (45 % de l\u2019ensemble) crée déjà une pression à l\u2019abandon parmi ceux-ci.Les associations étudiantes ont fait valoir qu\u2019en bout de piste l\u2019État est gagnant lorsqu\u2019un étudiant reçoit un diplôme universitaire, car celui-ci paiera des impôts plus élevés durant toute sa vie active.Par conséquent, selon eux, l\u2019État ne devrait pas augmenter les droits de scolarité, car il sera amplement remboursé en encaissant des impôts plus élevés durant toute la vie active (35 à 40 ans) du diplômé.Ce raisonnement des associations étudiantes correspond à la gratuité scolaire et il peut se défendre à la condition que les diplômés demeurent au Québec (entre 5 à 10 ans - à déterminer) durant une période suffisamment longue pour rembourser l\u2019État québécois des coûts réels de leurs droits de scolarité (voir tableau C). 78 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Il est normal que nos universités attirent des étudiants étrangers.à condition que ceux-ci paient la totalité (ou tout au moins la plus grande part) de leurs frais de scolarité et qu\u2019ils ne soient pas subventionnés par le gouvernement du Québec (sauf s\u2019il y a entente particulière avec le pays d\u2019où provient l\u2019étudiant étranger).Il faudrait que le gouvernement du Québec réalise une étude coûts-bénéfices à ce sujet avant de fixer le montant exact du remboursement.Nous ne pouvons pas, à ce stade-ci, effectuer un calcul précis des sommes que pourrait recueillir, en 2012, le gouvernement du Québec s\u2019il décidait d\u2019exiger le remboursement des coûts réels, car le nombre d\u2019étudiants étrangers faisant l\u2019objet d\u2019une entente particulière avec le Québec ne nous est pas connu.On sait, par ailleurs, que le Québec accueillait 15 522 étudiants étrangers en 2012 (tableau B).Le tableau C évaluait que l\u2019État du Québec accordait une subvention annuelle de 13 020 $ par étudiant étranger, en 2012.Un calcul, très préliminaire, nous amènerait à conclure que le gouvernement du Québec accordait, en 2012, une subvention annuelle de plusieurs dizaines de millions de dollars aux étudiants étrangers inscrits dans nos universités.Il y avait 12 044 résidents permanents inscrits dans nos universités, en 2012.Les résidents permanents sont traités presque comme les étudiants québécois sur le plan des droits de scolarité (voir tableau C).Mais, combien d\u2019entre eux quitteront le Québec dès leur diplôme obtenu ?En moyenne, en 2012, cette catégorie d\u2019étudiants recevait une subvention annuelle de 24 042 $ (tableau C).Pour ce qui est des étudiants québécois, ceux-ci bénéficiaient d\u2019une subvention moyenne annuelle de 27 732 $, 79 L'ACTION NATIONALE - février 2013 en 2012 (voir tableau C).Combien d\u2019entre eux quittent le Québec peu de temps après avoir obtenu leur diplôme universitaire ?Nous n\u2019avons pas obtenu ces données statistiques, mais ces diplômés sont probablement assez nombreux à le faire étant donné l\u2019attrait économique de villes comme Toronto, Calgary et Ottawa (ou autres) et les salaires souvent supérieurs qu\u2019ils peuvent parfois obtenir en s\u2019expatriant.Une solution consisterait à ce que le gouvernement du Québec fasse signer une entente22 à tous les étudiants qui s\u2019inscrivent à une faculté universitaire au Québec en exigeant que ceux-ci s\u2019engagent à lui rembourser la totalité des coûts réels de scolarité dans l\u2019hypothèse où ils quitteraient le Québec au cours d\u2019une période s\u2019étalant de 5 à 10 ans (à déterminer après l\u2019obtention de données plus précises, notamment sur la durée moyenne des études, etc.) après avoir obtenu leur diplôme.Évidemment, il pourrait y avoir des cas d\u2019exception, notamment pour les étudiants qui poursuivent leurs études à l\u2019étranger, etc.Dans ce cas, le remboursement des coûts de scolarité serait temporairement suspendu jusqu\u2019à la fin de leurs études à l\u2019étranger.5.2 En conclusion Pour tous les diplômés (peu importe leur lieu d\u2019origine) décidant de travailler au Québec après leurs études, l\u2019État pourrait offrir le remboursement, proportionnel au revenu, de leurs frais de scolarité, par spécialité (coût réel - voir tableau C), sur une période de quinze ou vingt ans après l\u2019obtention de leur diplôme.Le diplômé pourrait recevoir un crédit d\u2019impôt équivalent au tiers ou à 50 % ou plus du 22 Jean-François Lisée, Nous, Boréal, p.78, 2007 8o L'ACTION NATIONALE - février 2013 coût réel (tableau C) de ses frais de scolarité sur cette période donnée (15 ou 20 ans)23 à condition de demeurer au Québec.L\u2019État pourrait permettre aux diplômés de commencer à rembourser le coût réel de leurs droits de scolarité (par discipline ou spécialité) à partir d\u2019un seuil de revenu annuel minimal (ex.: 125 % du revenu annuel moyen québécois de l\u2019année).Durant leurs études, les étudiants québécois n\u2019auraient aucun droit de scolarité à défrayer.Toutefois, les étudiants appelés « résidents permanents » ou canadiens non-résidents du Québec ainsi que les étudiants étrangers continueraient de défrayer des droits de scolarité.Si le revenu annuel du diplômé n\u2019atteignait pas ce seuil de revenu minimal, il n\u2019aurait pas à rembourser l\u2019État.Cette mesure aurait pour but de protéger les diplômés à faible revenu.Par ailleurs, si le diplômé générait des revenus annuels très élevés, il devrait pouvoir rembourser la plus grande partie, ou presque la totalité du coût réel de ses frais de scolarité (ex.: 50 % du coût réel, ou plus) sur une période de 15 ou 20 ans, après avoir obtenu son diplôme.?23 Jean-françois Lisée, Nous, boréal, p.77, 2007 et Jean-François Lisée, Pour une gauche efficace, Boréal, 2008, pps 139, 140 et 141 ; et Joseph Facal, Quelque chose comme un grand peuple, Boréal, 2010, pps.261, 262, 263. CULTU REVU ARTS VISUELS I aktlesamrd i cielvaaiaiie i esmce i ess i etc i inter i vie des arts I CINEMA I homes i cinUuues i cnémai i séquences I CRÉATION UITERAIRE I hCvei uttéhaiies i contre-jour i estuaire i exit i jet itencre i ie* écrits i LIMITÉ I MŒWU5 I VI RASES I HZ.UL REVUE DE LA NOUVELLE I CULTURE ET SOCIÉTÉ I AMMNDI I L\u2019ACTION HATH HUE I I1A1NM I ouEiec français i relations I HISTOIRE ET PATRIMOINE I caf-aux-oumants i continuité I hhtdire quéiec i macazmecaspéie I LITTÉRATURE I entre musics l les cahers de lecture i lettres ouEiécmsej i uvredtci i lu relu i nuit blanche ! spruie I THÉÂTRE ET MUSIQUE I aucun i jeu revue de théâtre i les cahiers de la soaÉTÉ quéiécoise de recherche en musibue I THÉORIES ET ANALYSES I ««aies d'histoire de uart canadien i études uttéraiss i iimsMÉOlAinÉs i tancence «%nrai] LES REVUES CULTURELLES QUEBECOISES www.sodep.qc.ca SMNatécwdnwQpiMfTwtf doapAffodiiuaa nJtmk ouîbiook H 'ïf/àftt' A quoi sert mon argent ?PLHCEÏÏIEdT H RERDEmEIIT SOCIALE sûr et garanti L'argent investi sert à financer partout au Québec des CPE.des agriculteurs biologiques, des coopératives et OSBL d'habitation, des quartiers verts, des commerces équitables, des entreprises d'insertion au travail, des théâtres, des médias sociaux, etc.Le choix de Laure Waridel *0 '% COK M Desjardins Caisse d'économie solidaire Québec\t418\t647-1527 Montréal\t514\t.598-2122 Lanaudière\t450\t753-7055 www.placement.coop DOSSIER Économie et État VIVEMENT UNE POLITIQUE D\u2019ENSEMBLE Dossier Économie et État Vivement une politique d\u2019ensemble -Renaud Lapierre\t84 Lire Lire les essais Marc Chevrier La République québécoise.Hommages à une idée suspecte 120 Laurent Veyssières et Bertrand Fonck (dir.) Guerre de Sept Ans en Nouvelle-France\t127 Débats\t131 Courrier des lecteurs\t135 Livres reçus\t137 84 DOSSIER Renaud Lapierre* Économie et État VIVEMENT UNE POLITIQUE D\u2019ENSEMBLE Après dix années de gouvernance libérale, dont l\u2019unique religion relative au développement de l\u2019économie du Québec fut celle des initiatives privées, sans offrir l\u2019ombre d\u2019une vision d\u2019ensemble, on ose croire que le gouvernement Marois ne manquera pas de redonner un sens au rôle de l\u2019État dans l\u2019économie et, dans la foulée, de redorer le blason de celui-ci.Car s\u2019il est un domaine où il n\u2019y a plus de politique globale et où son absence fait cruellement défaut, c\u2019est bien dans celui de l\u2019économie.En tenant compte des propos tenus par la première ministre, on a bon espoir qu\u2019elle ira dans cette direction-là.On pense, notamment, à ceux qu\u2019elle a prononcés lors de la nomination de la nouvelle ministre déléguée à la Politique industrielle et à la Banque de développement économique du Québec, et également à ceux qu\u2019elle a inclus dans son discours inaugural.Voici quelques-uns des mots-clés, auxquels nous faisons allusion : création de la Banque de développement économique du Québec (BDÉQ) ; relance de l\u2019industrie manufacturière en misant, entre autres choses, sur le secteur du transport et des énergies propres ; productivité des entreprises ; exploitation responsable des ressources naturelles ; relance des * Ex-sous-ministre adjoint au ministère de l\u2019Energie et des Ressources et président d\u2019Environnement Viridis inc. DOSSIER 85 L'ACTION NATIONALE février 2013 exportations, de l\u2019entrepreneuriat et de l\u2019innovation ; souveraineté alimentaire et, enfin, indépendance énergétique.Ils sonnent tous bien, en effet, mais le réel défi est de les intégrer dans une véritable politique économique d\u2019ensemble.Sans prétendre couvrir tous les aspects d\u2019une telle politique, nous proposons ici quelques avenues indispensables mettant l\u2019accent sur les moyens que doit se doter l\u2019État pour jouer un rôle efficace.Table des matières I\tBanque de développement économique du Québec : un déclencheur86 II\tExploitation harmonieuse des ressources NATURELLES DU QUÉBEC : UNE CARTE MAÎTRESSE 92 III\tIndépendance énergétique : un défi économique CRUCIALIOO IV\tCap sur l\u2019investissement international et l\u2019exportation des produits québécois106 V\tAugmentation de l\u2019entrepreneuriat : une clé INCONTOURNABLE DE LA CROISSANCE10_8 VI\tFiscalité réformée grâce à des objectifs ÉCONOMIQUE CIBLÉS ET PRÉCIS109 VII\tR-D ET INNOVATION : LA CRÉATION D\u2019INSTRUMENTS POUR LA COMPÉTITIVITÉ DU QUÉBEC DE DEMAIN 111 VIII\tSouveraineté alimentaire et gestion des MATIÈRES RÉSIDUELLES113 DOSSIER 86 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 I\tBanque de développement économique du Québec : un déclencheur II\test, assurément, grand temps de créer une nouvelle institution économique au Québec.Son rôle serait, d\u2019une part, d\u2019agir comme déclencheur, voire comme accélérateur de projets générateurs d\u2019emploi et, d\u2019autre part, de contribuer à la création de la richesse, par voie de conséquence.Souhaitons que la nouvelle institution, annoncée et désignée Banque de développement économique du Québec (BDÉQ), ait la charge d\u2019offrir, en complémentarité aux autres sources financières actuelles (celles de capital de risque, y compris), les fonds requis à tous types d\u2019acteurs économiques pour démarrer rapidement des projets réalisables et rentables, à court, moyen et long termes.Cette banque, espérons-le, visera à combler le manque de capital patient qui fait défaut actuellement dans de nombreux domaines.On peut déplorer qu\u2019il y ait eu, à ce jour, peu de discussions sur son organisation et ses objectifs.Il n\u2019est donc pas inutile d\u2019en proposer quelques contours.Comment constituer cette BDÉQ?Il ne s\u2019agit pas de partir de zéro, mais plutôt de regrouper Investissement Québec - lequel a déjà absorbé la Société générale de financement (SGF) - et les directions appropriées de l\u2019ancien ministère du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Exportation (MDEIE) pour la mission de cette banque et, notamment, ses composantes régionales.En fait, le grand défi ne sera pas de définir cette nouvelle structure, mais d\u2019en changer la mentalité, à savoir de livreur de programmes à accompagnateur de clientèles économiques de toutes sortes. 87 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER Types d\u2019intervention Parmi les types d\u2019intervention requis, les suivants apparaissent nécessaires : \u2022\toffrir du financement patient sous la forme de prêt pouvant, selon la nature des projets, être remboursable sur une période s\u2019échelonnant jusqu\u2019à 20 ans ; \u2022\tretenir les projets qui, sur le terme convenu, comporteraient une garantie suffisante que le capital serait remboursé ; \u2022\tprioriser les secteurs faisant consensus chez les acteurs régionaux.Ces prêts devraient être consentis aux acteurs économiques pour combler, en tout ou en partie, la portion mise de fonds requise par les autres institutions financières en vue de financer un projet.Selon leurs destinataires, ces prêts pourraient être garantis ou non en visant soit la protection du capital uniquement (emprunteurs collectifs), soit un rendement correspondant au coût des fonds sur la période allouée ou un rendement assorti à des conditions de performance de l\u2019activité financée.Pour garantir la réussite des projets et la sécurisation des fonds qui auront été prêtés, un nombre important d\u2019entre eux devraient se voir assigner un MENTOR (dont l\u2019expertise serait pertinente au besoin du projet), mentor désigné ou entériné par la BDÉQ ou proposé par les emprunteurs.Intervenants économiques visés Lorsque l\u2019on analyse les actions potentielles à mener pour accélérer la création de la richesse et la nature des projets DOSSIER 88 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 sur le terrain qui ont des difficultés de démarrage, on constate que plusieurs types d\u2019acteurs économiques doivent être aidés, ce qui comprend, notamment : \u2022\tles PME qui ont des difficultés à concrétiser des investissements pour augmenter leur productivité ; à démarrer un programme de recherche et d\u2019innovation ; ou simplement à conclure une transaction afin d\u2019assurer la relève ; \u2022\tles sociétés d\u2019économie sociale incapables de trouver les fonds nécessaires pour lancer un nouveau service ou poursuivre leur développement ; \u2022\tles collectivités (municipalité régionale de comté [MRC], municipalité, société mixte) voulant participer à l\u2019exploitation d\u2019une activité spécifique (par exemple, éolienne, touristique, etc.) ; \u2022\tdes institutions de recherche ou leurs organismes de valorisation désireux de faire migrer l\u2019une de leurs découvertes vers la commercialisation ; \u2022\tdes regroupements d\u2019entreprises voulant, par exemple, mettre sur pied un programme de formation adapté à leurs besoins ; \u2022\tdes Centres locaux de développement du Québec (CLD) ou incubateurs en manque de fonds pour accompagner des projets ; \u2022\tdes sociétés ou organismes culturels générateurs d\u2019emplois ; etc. DOSSIER 89 L'ACTION NATIONALE février 2013 Tous doivent être accueillis dans cette nouvelle institution.Voilà pourquoi la BDÉQ devrait avoir au moins trois divisions, réparties selon son éventuelle clientèle.Ayant des antennes dans chaque région, elle offrirait la possibilité aux employés de se spécialiser et serait mieux à même de cerner les contraintes spécifiques de chacune des clientèles et de chaque région.Les divisions suivantes pourraient être retenues : a) Division « Investissement à propriété collective » : Cette division pourrait analyser et aider tous les projets d\u2019économie sociale, des coopératives de travailleurs ou autres, des collectivités (municipalités, MRC, société mixte) ainsi que des organismes autochtones.Une MRC, qui, par exemple, n\u2019a pas accès à Internet haute vitesse, mais qui voudrait créer une société pour desservir son territoire.b) Division PME et développement de l\u2019entrepreneuriat : Cette division pourrait aider à multiplier les projets d\u2019investissement en matière de productivité et d\u2019innovation.À cette fin, elle pourrait donner priorité à l\u2019achat d\u2019équipements et à l\u2019implantation des technologies informatiques ou à la formation des employés.De plus, elle pourrait tenter d\u2019appuyer les projets susceptibles d\u2019augmenter l\u2019exportation de leurs produits.Cette division aurait aussi pour objectif d\u2019assurer que la propriété des entreprises québécoises demeure aux mains des Québécois et Québécoises, et d\u2019étendre cette propriété à d\u2019autres entreprises détenues par des non-résidents.En matière d\u2019appui au développement de l\u2019entrepreneuriat, elle pourrait assurer à un maximum d\u2019entrepreneurs, ayant un projet réalisable et pouvant démontrer une rentabilité, l\u2019accès à l\u2019aide financière requise.Ces prêts dits entrepreneu- DOSSIER 90 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 riaux pourraient avoir des conditions qui permettraient de prioriser certains secteurs (les technologies informatiques, par exemple).Cette division pourrait également fournir des fonds à des CLD ou incubateurs d\u2019entreprises dont la dotation est insuffisante, mais qui sont équipés pour piloter plus de projets.c) Division : Regroupement d'entreprises et/ou d'institutions de recherche et/ou d'enseignement, d'organismes de toutes sortes (culture, touristique, etc.) porteurs d'activités économiques Comme son nom l\u2019indique, cette division chercherait à accompagner la formation de regroupements d\u2019entreprises et/ou d\u2019institutions de recherche et d\u2019enseignement, ou à appuyer les projets déjà en marche, que ceux-ci piloteraient, projets qui pourraient alimenter de façon particulière le développement de l\u2019économie du Québec (grappe industrielle sur les véhicules électriques, accélération des programmes Accord, par exemple).Non seulement une telle institution apporterait le coup d\u2019envoi qui manque au démarrage de nombreux projets venant d\u2019horizons divers, dont certains dorment sur les tablettes, mais encore elle offrirait à l\u2019État un outil d\u2019intervention qui aurait une vue d\u2019ensemble et serait en mesure d\u2019accompagner chaque projet porteur, sans tomber dans les dédales des programmes existants.Aussi, au lieu de valider leur admissibilité à un programme spécifique, seront, dès le départ, privilégiés l\u2019accueil et l\u2019accompagnement de ces différentes clientèles. 91 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER Comment financer la BDÉQ?L\u2019objectif étant d\u2019apporter des fonds importants à cette BDÉQ totalisant plusieurs milliards de dollars - sans ajouter de nouvelles dépenses à l\u2019État ni alourdir sa dette -, nous proposons quelques avenues pour la financer.Commençons par les plus faciles : \u2022\tfaire migrer tous les fonds et tous les programmes qu\u2019Investissement Québec administre déjà ; \u2022\trécupérer, après une analyse méticuleuse, une partie appréciable des fonds visant l\u2019aide aux entreprises qui sont dispersées dans les différents ministères, en retenant une nouvelle approche dans le type d\u2019aide qui devrait prévaloir, soit l\u2019abandon quasi total du mode subvention pour celui de PRÊT PATIENT ; \u2022\trecouvrer les fonds dans les crédits d\u2019impôt consentis aux entreprises qui se révèlent inefficaces.Parmi d\u2019autres pistes à explorer, certaines méritent d\u2019être poursuivies, entre autres : \u2022\tune partie, par exemple, d\u2019une redevance spécifique sur les ressources naturelles ; \u2022\tun nouveau programme de crédit d\u2019impôt pourrait être lancé sous la forme, par exemple, du crédit d\u2019impôt au Fonds des travailleurs ou au Fonds Desjardins ; ou d\u2019un nouveau type ayant les caractéristiques suivantes, à savoir tout montant investi dans la BDÉQ par un citoyen verrait son capital garanti par le gouvernement et lui donnerait, de surcroît, accès à un crédit d\u2019impôt réparti sur plusieurs années (3 à 5 ans), crédit lui assurant un rendement minimum ; \u2022\tune récupération progressive des fonds prêtés aux « FIERs ». DOSSIER 92 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 Il\tExploitation harmonieuse des ressources naturelles du Québec : une carte maîtresse L\u2019exploitation de nos richesses naturelles au bénéfice de tous, voilà le défi ! Il apparaît incontournable que le développement des ressources naturelles du Québec doive être au cœur d\u2019une politique économique globale, d\u2019autant plus que leur exploitation constitue un vecteur important de développement économique pour plusieurs régions.Pour ce faire, il est nécessaire qu\u2019un effort de planification soit fait par le gouvernement et que celui-ci rende public un document de consultation - livre blanc -, qui annonce sans ambiguïté aucune ses choix.Ce texte devrait avoir au minimum les éléments qui suivent : \u2022\tdifférencier l\u2019importance des ressources en vue d\u2019adapter le niveau des redevances et la participation de l\u2019État dans leur développement en prenant en compte leur impact sur l\u2019économie (or vs fer, par exemple) ; \u2022\trebâtir l\u2019expertise de l\u2019État en instrumentant adéquatement Ressources Québec - actuelle filiale d\u2019Investissement Québec ; \u2022\tprévoir un financement incluant l\u2019apport des Québécoises et des Québécois ; \u2022\tfavoriser la création d\u2019un Québec inc.des ressources naturelles, tant sur le plan de l\u2019exploration que celui de l\u2019exploitation et de la fabrication des équipements ; \u2022\tconstruire des infrastructures dans le Nord qui portent un développement à long terme ; 93 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER \u2022 inclure une politique de formation de la main-d\u2019œuvre spécialisée ; intégrer la composante développement durable, particulièrement sur le plan de l\u2019acceptation sociale et des relations avec les nations autochtones ; enfin, analyser la rentabilité globale de chaque projet pour la collectivité ; enfin, prévoir des garanties adéquates pour la réhabilitation des sites.i Différencier l'importance des ressources Il faut éviter l\u2019approche utilisée jusqu\u2019à ce jour.Elle ne comporte aucun choix différencié des diverses ressources et tend, particulièrement en regard des ressources minières, à vouloir leur appliquer des règles identiques.Parmi les ressources disponibles, il importe, de prime abord, que des choix éclairés soient faits pour définir leur degré d\u2019importance quant au développement économique du Québec et leur potentiel d\u2019exploitation dans l\u2019optique d\u2019un développement durable.Cette grille d\u2019analyse - ressource par ressource - devrait aussi indiquer le niveau de redevances que nous devrions lui appliquer ; la place ou non de l\u2019État à l\u2019actionnariat de l\u2019entreprise exploitante et le type de méthodes de distribution des permis d\u2019exploration (free mining, vente à l\u2019enchère et autres) qui devrait être retenu pour l\u2019allouer.C\u2019est pourquoi il serait approprié de classer leur potentiel en fonction des critères suivants : a) Ressources pouvant amener une deuxième et troisième transformation Dans cette catégorie, on peut ranger, outre la forêt, le fer, le nickel et et peut-être le cuivre, tenant compte de nos installations existantes pour les mines ; le pétrole et l\u2019éolien, pour l\u2019énergie. DOSSIER 94 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 Dans chaque cas, le gouvernement doit indiquer de façon précise l\u2019objectif qu\u2019il poursuit relativement au retour aux contribuables de l\u2019ensemble des retombées de ces matières et le niveau de sa participation à l\u2019actionnariat de ces projets.Cesdits projets en lice devraient contenir une telle participation chaque fois que l\u2019État investit dans les infrastructures pour leur développement.On peut s\u2019inquiéter du fait que le gouvernement ait donné son feu vert aux projets d\u2019exploitation du minerai de fer Goodwood et Sunny 1 sans tenir compte d\u2019une quelconque transformation de cette ressource collective.À titre d\u2019exemple, à l\u2019instar de certains experts, monsieur Dufour, ex-directeur de l\u2019Institut canadien des mines et de la métallurgie, ayant travaillé sur plusieurs grands chantiers miniers du Nord québécois, croit que l\u2019on pourrait développer la technologie de la production de lingots de fer (pig iron).Il croit même que, dans la ceinture nickel-platine de Wakeham-Baie-Cap Smith, il serait possible d\u2019inciter fortement les deux producteurs à s\u2019entendre pour traiter le concentré au Québec ; Terre-Neuve l\u2019ayant exigé de la Société Vale en rapport avec le gisement Voisée.L\u2019entreprise va bientôt compléter un investissement de 3,6 milliards de dollars pour rencontrer les exigences de la province.On peut imaginer des redevances qui seraient adaptées pour certaines ressources (mines et forêt) en fonction des projets de deuxième ou de troisième transformation, et où il serait avantageux, pour une entreprise exploitante, d\u2019y amener un partenaire ayant l\u2019expertise de la transformation.Une mesure du budget Marceau vise en partie cet objectif pour les investissements de 300 millions de dollars et plus.On peut espérer que non seulement le gouvernement transformera la mesure pour la forêt, mais de surcroît il l\u2019étendra à la deuxième et troisième transformation pour les ressources minières et des projets plus petits en y intégrant des critères 95 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER qui permettront d\u2019atteindre cet objectif.En ce qui a trait au pétrole, qu\u2019il faut voir comme une ressource éminemment stratégique, l\u2019État devrait toujours avoir au moins 50 % du capital-actions.b)\tRessources stratégiques pour la nouvelle économie Dans cette catégorie, on place, par exemple, l\u2019exploitation des terres rares et les mines de lithium ou de vanadium.Ici, l\u2019État devrait jouer un rôle déterminant dans l\u2019actionnariat, en plus de définir une politique de redevances appropriées ou quelques autres moyens pour en contrôler le niveau d\u2019exportation afin de s\u2019assurer que ces ressources seront exploitées au moment opportun pour en obtenir un retour maximal.c)\tRessources ne comportant que peu d\u2019espoir de retombées autres que des redevances L\u2019on peut mettre dans cette catégorie le cas de l\u2019or et des mines de diamants.Dans ce cas, il s\u2019agit d\u2019appliquer les propositions déjà soumises par le Parti québécois avec une formule de redevances fixe additionnée à une redevance supplémentaire sur le rendement.Il est moins essentiel que l\u2019État investisse de l\u2019argent à l\u2019actionnariat, s\u2019il indique sans détour qu\u2019il cherchera à obtenir plus de 50 % en redevances et impôts des profits générés.d)\tRessources dont l\u2019exploitation devrait être temporairement ou définitivement refusée : Dans cette catégorie, notons le gaz de schiste, l\u2019uranium et l\u2019amiante.En ce qui a trait au gaz de schiste, à la suite de la réception du rapport du comité chargé de l\u2019étude straté- DOSSIER 96 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 gique, il doit faire l\u2019objet d\u2019une consultation publique élargie de façon à permettre que, si un jour la technologie devenait adéquate comme ses prix acceptables, cette richesse soit exploitée de façon appropriée en accord avec des principes explicites d\u2019acceptation sociale.ii Rebâtir l\u2019expertise de l\u2019État Il apparaît tout à fait illusoire de penser faire les choix indiqués ci-devant sans que le gouvernement s\u2019engage formellement à rebâtir l\u2019expertise nécessaire concernant l\u2019exploitation de ces différentes ressources.Pour rebâtir cette expertise, la société d\u2019État Ressources Québec, créée par les libéraux, mais remodelée, devrait devenir l\u2019instrument privilégié.À cette fin, elle pourrait soit être intégrée dans la Banque de développement économique du Québec, soit dépendre directement de la ministre des Ressources naturelles, et avoir, dans tous les cas, son propre conseil d\u2019administration.Enfin, pour s\u2019assurer que son apport à l\u2019exploitation des ressources naturelles du Québec sera intimement coordonné, il faut que les anciennes sociétés d\u2019État, SOQUEM, SOQUIP et REXFOR, y soient intégrées - comme cela a déjà été envisagé en partie - et qu\u2019elles deviennent ses divisions pour les mines, les ressources énergétiques (gaz et pétrole) et la forêt.On pourrait aussi considérer d\u2019y intégrer la Société de développement de la Baie-James (SDBJ) et, pourquoi pas, le Fonds de la Société d\u2019investissement dans la diversification de l\u2019exploration (SIDEX).Et, de grâce, évitons de faire comme le gouvernement sortant : de confier au conseil d\u2019administration d\u2019Investissement Québec de faire en grande partie le choix des orienta- 97 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER tions stratégiques et, qui pis est, de n\u2019avoir pour seul critère qu\u2019une approche financière.En revanche, donnons-lui le mandat de mettre en œuvre les orientations arrêtées par le gouvernement.iii Prévoir un financement incluant l\u2019apport des Québécoises et des Québécois Tous ces choix stratégiques pour l\u2019exploitation de nos ressources naturelles doivent être appuyés par un effort de financement qui ne peut pas venir que de l\u2019État.Aussi est-il utile que l\u2019on crée un fonds unique de développement des ressources naturelles qui absorberait -dernière mouture des libéraux - le fonds Capital Mines Hydrocarbures (750 millions de dollars), en plus des fonds qui lui sont déjà consentis à Ressources Québec (250 millions de dollars).Ce fonds, dans lequel on devrait inciter à investir de façon importante la Caisse de dépôt et placement du Québec, le Fonds FTQ et la Fondation, serait administré par la société d\u2019État Ressources Québec.De plus, il serait stratégique qu\u2019il soit étayé par une politique de crédits d\u2019impôt.Cela permettrait à toutes nos concitoyennes et à tous nos concitoyens d\u2019y investir, garantissant du même coup que le volume de fonds requis serait satisfaisant à l\u2019atteinte de nos objectifs collectifs et que la population y trouverait directement son compte. DOSSIER 98 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 iv Favoriser la création d'un Québec inc.des ressources naturelles, tant sur le plan de l'exploration que celui de l'exploitation et de la fabrication des équipements Si elle n\u2019était accompagnée de certains moyens appropriés pour permettre le développement d\u2019un Québec inc.des ressources naturelles en exploration et en exploitation et d\u2019entreprises de fabrication des équipements de ce secteur, toute cette démarche de planification intégrée ne serait pas complète.L\u2019exemple de l\u2019entreprise Fordia, spécialisée dans la fabrication de matériaux de forage, exportés dans le monde entier, illustre très bien le potentiel d\u2019un tel secteur.Le fonds précédemment mentionné devrait, notamment, se voir confier ce mandat.v Construire des infrastructures dans le Nord qui assurent un développement à long terme L\u2019un des dangers des projets miniers, qui sont en cours ou qui se dessinent, est le peu d\u2019intégration dans la planification des infrastructures en construction ou en analyse en ce qui concerne le développement d\u2019autres activités économiques.Illustrons par un exemple : le projet de la Caisse de dépôt et placement du Québec et du CN (ce dernier ayant annoncé son retrait) qui vise à apporter le minerai de la fosse du Labrador à Sept-Îles.Le retrait, peut-être temporaire ou stratégique, du CN est une bonne occasion pour le gouvernement de revoir ce projet sous un nouveau jour.Cette parenthèse, en effet, permettra au gouvernement de prendre en compte toutes les options qui n\u2019étaient pas nécessairement considérées par ce consortium, notamment, la possibilité de rejoindre le réseau ferroviaire actuel du Québec ou de réunir les six sociétés minières intéressées autour d\u2019un autre projet 99 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER de chemin de fer, ou encore d\u2019étudier avec Arcelor Mittal l\u2019opportunité d\u2019emprunter son chemin de fer privé.Quant au gaz naturel indispensable à Sept-Îles, les apports financiers annoncés par l\u2019État, 30 millions de dollars de subvention pour l\u2019étude de faisabilité, devraient y être transformés en participation à l\u2019actionnariat dans le but de renforcer le rôle de ce dernier dans les choix que comportera ce projet.vi Mener à bien quelques autres enjeux essentiels a) Politique de formation d\u2019une main-d\u2019œuvre spécialisée Avec une planification adéquate, on sera plus à même de développer une stratégie de formation de la main-d\u2019œuvre qui tiendra compte non seulement des besoins des entreprises, mais encore des besoins sociaux que nécessitera le déploiement de cette stratégie économique.Pour l\u2019heure, bien qu\u2019il y ait quelques initiatives, on peut déjà déceler de multiples lacunes.b) Intégration de la composante développement durable et relation avec les Autochtones À cet égard, soulignons simplement le choix crucial des zones protégées et l\u2019intégration des aspects d\u2019acceptation sociale et de protection de l\u2019environnement dans toutes ses déclinaisons et, en particulier, dans nos relations avec les premières nations. DOSSIER 100 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 c) Analyse de la rentabilité globale pour la collectivité de chaque projet Comment ne pas souhaiter que soit réalisée, dans cette planification, une analyse détaillée de la rentabilité au final pour la collectivité ?Elle permettrait de voir le coût global de nos choix dans toutes ses dimensions.Analyse, à ce jour, sempiternellement absente.d) Sites orphelins dégradés et garanties adéquates pour la réhabilitation des sites opérés et futurs Il doit être décidé qui paiera pour la réhabilitation des sites orphelins (1,2 milliards $ de passifs) et comment sera évitée cette situation pour l\u2019avenir (un règlement est annoncé pour couvrir certaines situations). 101 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER Ill Indépendance énergétique : un défi économique crucial Les chiffres parlent d\u2019eux-mêmes.Le déficit de la balance commerciale du Québec était de 19 milliards de dollars en 2010, dont 12 milliards au seul chapitre de nos importations de pétrole.Il faut structurer notre action pour que cette composante-clé du développement économique permette l\u2019atteinte de retombées optimales.Certaines actions s\u2019imposent.On doit, par exemple, faire ce qui suit : \u2022\tréduire notre consommation globale d\u2019énergie par l\u2019efficacité énergétique ; \u2022\tfavoriser l\u2019utilisation de notre potentiel hydraulique pour industrialiser le Québec et redéfinir le rôle d\u2019Hydro-Québec comme moteur économique au-delà de la construction de barrages et comme distributeur d\u2019électricité ; \u2022\tintégrer le développement des autres énergies renouvelables (éolien, géothermie, solaire, biomasse, etc.) dans un plan d\u2019ensemble qui tient compte de leur potentiel d\u2019industrialisation et de la compétitivité des tarifs qu\u2019ils peuvent générer ; \u2022\tmettre en place une stratégie ambitieuse de développement du transport électrique.\u2022\tdévelopper le potentiel pétrolier québécois comme passage vers une offre énergétique nouvelle en faisant en sorte que l\u2019État détienne toujours au moins 50 % du capital-actions des acteurs exploitants.Les enjeux environnementaux et l\u2019impact sur la balance commerciale exigent que l\u2019État y soit aux premières loges. DOSSIER 102 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 L\u2019efficacité énergétique : un gisement à puiser Sans contredit, toute la politique d\u2019indépendance énergétique devra en premier s\u2019attaquer avec détermination au potentiel d\u2019économie d\u2019énergie.Nous sommes parmi les plus énergivores par habitant de la planète.Rappelons que, en prenant en compte les objectifs modestes qu\u2019avait définis le gouvernement libéral, c\u2019est plus de 2,2 milliards de dollars annuellement que les Québécoises et les Québécois pourraient épargner.Pour réaliser le plus rapidement possible ce potentiel qu\u2019il est urgent de matérialiser, il y aurait lieu : 1.\tde recréer l\u2019Agence d\u2019efficacité énergétique en lui confiant le mandat de devenir le véritable moteur de l\u2019atteinte des objectifs du Québec en cette matière ; 2.\tde délester Hydro-Québec de tous ses programmes dans ce domaine pour les confier à l\u2019Agence avec le transfert des fonds qui lui sont alloués.Cette approche permettrait à Hydro-Québec de ne pas être en conflit vis-à-vis de son rôle principal de promoteur des usages de l\u2019électricité, d\u2019autant élargi par les surplus importants qui pointent à l\u2019horizon ; 3.\td\u2019assigner à l\u2019Agence le mandat de mettre en place un vaste programme de réalisation de travaux d\u2019économie d\u2019énergie dans les secteurs résidentiel, commercial et industriel, comportant les caractéristiques suivantes : \u2022 l\u2019Agence, sous forme de prêt, financerait jusqu\u2019à 100 % des travaux ayant un retour adéquat sur investissement ; 103 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER \u2022\tles professionnels exécutant les travaux devraient garantir le niveau d\u2019économie d\u2019énergie qui sera atteint ; \u2022\tle bénéficiaire de ce prêt rembourserait l\u2019Agence en continuant à payer la facture au même prix qu\u2019avant les travaux.C\u2019est la différence entre le coût de sa nouvelle consommation et de l\u2019ancienne qui servirait à diminuer progressivement son prêt.Un tel programme pourrait être particulièrement vital dans l\u2019acceptation par les citoyens de toute hausse importante déjà prévisible des tarifs d\u2019électricité, hausse qui viserait des objectifs spécifiques (diminuer la dette ou couvrir les surplus d\u2019Hydro-Québec, par exemple).Hydro-Québec: un rôle à remodeler Lorsque l\u2019on fait le bilan des actions d\u2019Hydro-Québec dans les dernières dix années, force est de constater que plusieurs décisions déplorables ont fait perdre au Québec des atouts majeurs pour son développement.Citons-en quelques-unes : \u2022\tdémantèlement et vente des actifs d\u2019Hydro-Québec international, une erreur incompréhensible.dans un Québec qui doit se tourner plus que jamais vers l\u2019exportation et où l\u2019expertise de cette société d\u2019État aurait pu tisser un réseau de contacts précieux dans de nombreux pays ; \u2022\tdémantèlement et vente des actifs d\u2019Hydro Gaz et Pétrole, une catastrophe ! ; \u2022\tvente de la filiale Gaz Métropolitain.Aujourd\u2019hui, l\u2019État subventionne cette entreprise pour amener du gaz naturel à Sept-Îles, projet qui apparaît indispensable pour DOSSIER 104 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 espérer plus de deuxièmes ou troisièmes transformations sur place de nos ressources minières ; \u2022\texclusion à l\u2019actionnariat de la propriété de la filière éolienne au point où EDF de France, appartenant toujours en partie à l\u2019État français, devient le plus gros portefeuille éolien au Québec.Même Gaz Métropolitain est actionnaire dans certains projets.Quelle ironie ! \u2022\tgestion de la R-D et de ses retombées portant sur la chimie des piles n\u2019offrant aucune optimalisation d\u2019une industrialisation de ce secteur au Québec.Il faut redonner, et cela urge, un rôle élargi à Hydro-Québec ! Réaliser plus avec l\u2019hydro-électricité Bien que l\u2019hydro-électricité soit et reste le choix à privilégier de toute politique énergétique québécoise, il n\u2019y a plus de marge de manœuvre pour accélérer des travaux de construction de barrages hydrauliques au-delà de ceux déjà en cours, dans la mesure où il apparaît clair comme le jour que des surplus importants seront au rendez-vous.Alors, que faire ?Le gouvernement devrait s\u2019assurer qu\u2019Hydro-Québec veillera : \u2022\tà maximiser les retombées économiques au Québec de ses travaux et de l\u2019ensemble de son action.Un relâchement est apparu depuis quelques années (les compteurs, par exemple) ; \u2022\tà développer une stratégie limpide d\u2019exportation et d\u2019utilisation de l\u2019électricité comme facteur industrialisant auprès des gros consommateurs, le plan A ; et comme plan B, envisager l\u2019utilisation d\u2019une partie de ces surplus pour attirer des entreprises peu consommatrices d\u2019élec- 105 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER tricité, mais stratégiques pour la structure industrielle en leur offrant, par exemple, une stratégie similaire aux crédits de taxes foncières des municipalités.Pour sa part, le plan A devrait tenter d\u2019attirer des investissements internationaux (choisis pour leur impact manufacturier) comportant des conditions très fermes sur les retombées attendues pour le Québec.Le plan B devrait aussi comprendre une stratégie appropriée d\u2019utilisation des ressources électriques dans la filière hydrogène.Cette stratégie nous permettrait, d\u2019une part, d\u2019en suivre l\u2019évolution, d\u2019autre part, de développer une expertise mondiale sur sa production et son utilisation, particulièrement dans le secteur du transport, et, enfin, d\u2019avoir des installations-témoins appropriées à cette fin.Énergies renouvelables: une action coordonnée Au-delà de l\u2019hydro-électricité, le potentiel éolien du Québec et celui des énergies renouvelables doivent être scrupuleusement analysés de façon à permettre leur développement en tenant compte, notamment, des paramètres suivants : \u2022\tle coût relatif de chacune de ces filières par rapport à leur usage et aux énergies à remplacer ; \u2022\tl\u2019apport qu\u2019elles pourraient apporter au développement économique des régions grâce à l\u2019expertise déjà développée ou potentielle, par exemple, en fabrication ; \u2022\tl\u2019état de la demande découlant des stratégies d\u2019industrialisation et d\u2019exportation d\u2019Hydro-Québec et des surplus qui y seront malgré tout dégagés, tout en recherchant une intégration optimale au meilleur coût au réseau de distribution d\u2019Hydro-Québec. DOSSIER 106 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 Quoique ces critères puissent ne pas être totalement remplis, la filière éolienne mérite d\u2019être poursuivie, si une orientation très différente y est donnée.\u2022\tHydro-Québec doit se voir confier le mandat d\u2019en assurer le développement et de se réserver une participation majoritaire à l\u2019actionnariat ; \u2022\tHydro-Québec et la BDÉQ, chaque fois qu\u2019une collectivité voudra être partenaire dans un projet spécifique, devraient en faciliter son accès avec l\u2019engagement de cette dernière de réinvestir les bénéfices dans l\u2019économie régionale.On peut d\u2019ailleurs déplorer que le gouvernement Marois n\u2019ait pas profité des deux derniers projets qu\u2019il vient d\u2019autoriser pour faire intervenir Hydro-Québec à l\u2019actionnariat de ces projets 68 MW à Boralex et une première phase de 150 MW à EDF Énergies nouvelles.Cette approche aurait rendu plus cohérente sa décision, quelques jours plus tard, d\u2019annuler six projets de petites centrales, toutes en région.En plus des plans A et B définis ci-dessus, ces quantités additionnelles de ressources électriques devraient être affectées à la mise en place d\u2019un vaste chantier d\u2019électrification des transports.Il faudrait s\u2019interroger, et rapidement déterminer à qui il faudrait confier un mandat précis pour coordonner ces efforts.Il serait cependant logique qu\u2019Hydro-Québec y détienne une participation minoritaire.En matière d\u2019intégration du potentiel d\u2019utilisation des autres énergies renouvelables (biomasse, géothermie, solaire, etc.), le mandat pourrait être confié à l\u2019Agence d\u2019efficacité énergétique.Celle-ci pourrait être nommée Agence pour l\u2019efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables.Il y aurait une autre possibilité qui serait 107 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER de relancer la société Nouveler qui avait reçu ce mandat dans les années 1980 et était la filiale d\u2019Hydro-Québec, REXFOR, SOQUEM et de la SGF. DOSSIER 108 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 IV Cap sur l\u2019investissement international et l\u2019exportation des produits québécois Pour accélérer la création de la richesse québécoise et améliorer notre balance commerciale, il est un autre pôle sur lequel il faudrait redoubler les efforts, en même temps que poursuivre une action cohérente et coordonnée, c\u2019est celui du démarchage des marchés étrangers.Il doit être envisagé, au moins sous les deux aspects que voici : \u2022\trecherche d\u2019investissements stratégiques internationaux.On peut améliorer notre performance pour les attirer chez nous ; \u2022\taccélération des exportations, notamment celles des PME, et diversification des marchés.Si, dans ces domaines, l\u2019on ambitionne plus d\u2019efficacité, il y aurait lieu de mettre les deux actions suivantes en place : \u2022\td\u2019une part, après consultation auprès de tous les partenaires intéressés, l\u2019État devrait indiquer clairement quels sont les secteurs industriels à privilégier, tant pour la recherche d\u2019investissements internationaux que pour l\u2019exportation.Cet exercice servirait également à adapter les mesures fiscales et les programmes existants pour que l\u2019action soit vraiment ciblée et cohérente.\u2022\td\u2019autre part, il faut, pour concrétiser une stratégie de démarchage des marchés, en fonction des deux volets retenus, confier cette tâche à une agence dont la vocation principale serait cette fonction.Appelons-la l\u2019Agence Québec dans le monde (AQDM).Dotée d\u2019une structure légère, elle regrouperait toute l\u2019expertise éparpillée dans divers ministères et se rattacherait au ministre responsable du Commerce extérieur. 109 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER Ainsi, serait, enfin, fondé un organisme dont l\u2019activité principale consisterait, en tout temps, à être présent sur les marchés étrangers pour représenter le Québec et qui aurait la responsabilité de coordonner (tâche, hélas !, non remplie pour l\u2019heure) l\u2019action de tous les intervenants déjà impliqués dans ces deux volets, avec, pour une fois, des cibles dûment identifiées.En matière d\u2019exportation, l\u2019Agence Québec dans le monde pourrait se voir confier, par exemple, les mandats suivants : \u2022\tfaciliter et appuyer tout regroupement d\u2019entreprises qui voudrait mettre en place des actions de commercialisation sur certains pays ; \u2022\tanimer des groupes d\u2019industriels qui sont déjà présents sur certains marchés étrangers et qui pourraient, par leurs contacts, en faire profiter d\u2019autres industriels. DOSSIER 110 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 V Augmentation de l\u2019entrepreneuriat : une clé incontournable de la croissance Aujourd\u2019hui, on le sait, le Québec compte moins d\u2019expérience entrepreneuriale dans sa population que dans le reste du Canada ; toute proportion gardée, il crée beaucoup moins d\u2019entreprises.À ces deux précédents constats s\u2019ajoute aussi le fait très préoccupant que près de 70 % de ses chefs d\u2019entreprise prendront leur retraite d\u2019ici dix ans.Malgré la tentative d\u2019un début de politique du gouvernement précédent, il faut accomplir plus, à savoir : \u2022\tadopter une véritable politique nationale globale visant l\u2019entrepreneuriat au Québec et comportant des actions autant pour la formation dans les écoles que pour son redéploiement en région ; \u2022\tintégrer, dans cette politique, une stratégie ambitieuse pour appuyer la relève dans les entreprises existantes et l\u2019implantation du mentorat comme pratique à privilégier ; \u2022\tmettre en place un secrétariat national relevant au départ du ministère du Conseil exécutif ; élevant ce choix au plus haut niveau des actions structurantes. 111 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER VI\tFiscalité réformée grâce à des objectifs économiques ciblés et précis Bien que l\u2019on puisse comprendre que, dans un gouvernement minoritaire, son ministre des Finances reste plus réservé quant à tout changement en matière de fiscalité, on s\u2019attend tout de même à ce qu\u2019il provoque au minimum certaines réflexions.Dans la vaste panoplie des mesures fiscales, visant directement ou indirectement les activités économiques, il serait urgent d\u2019y faire le ménage.En effet, il s\u2019est développé, au fil des ans et des nombreux budgets de l\u2019État, une utilisation de la fiscalité qui ne nous apparaît pas toujours cohérente et dont l\u2019efficacité mériterait tout au moins d\u2019être évaluée.De plus, si nous voulons démontrer sans l\u2019once d\u2019une ambiguïté notre volonté de privilégier les technologies propres et vertes, il faudrait intégrer dans cette analyse l\u2019écofiscalité comme moyen pour stimuler leurs usages.Aussi y a-t-il lieu de former, en considération du coût important de ces mesures pour l\u2019État, quelques milliards, et de la nécessité de resserrer l\u2019action gouvernementale en matière économique pour optimaliser l\u2019usage des deniers publics, un groupe de travail chargé d\u2019analyser tous les aspects de la fiscalité québécoise eu égard à l\u2019activité économique et de recommander au gouvernement les gestes à poser pour concevoir, modifier, annuler ou conserver toute mesure de nature à appuyer les choix stratégiques d\u2019une politique de développement économique.Cette étude pourrait, à titre d\u2019exemple, examiner ce qui suit : \u2022 la pertinence et le réel impact des crédits R-D pour les grandes entreprises ; 112 DOSSIER L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 \u2022\tla nécessité de mettre en place un crédit d\u2019impôt pour valoriser le développement des exportations ou faciliter le transfert d\u2019entreprises ; \u2022\tl\u2019efficacité de l\u2019ensemble des mesures fiscales pour attirer des entreprises à s\u2019implanter au Québec ; \u2022\tetc. 113 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER VII R-D et innovation : la création d\u2019instruments pour la compétitivité du Québec de demain Dans les secteurs des technologies de l\u2019information et des télécommunications, de l\u2019optique et de la photonique, des sciences de la vie et des technologies avancées appliquées, la création d\u2019entreprises à forts contenus technologiques constitue pour l\u2019économie du Québec un facteur majeur de prospérité et de compétitivité.Cependant, aux périodes de prédémarrage et de démarrage, leur création représente des risques élevés et requiert pour leur développement du capital patient et spécialisé.Depuis que le gouvernement libéral a aboli les Innovatech en 2003, le potentiel de création d\u2019entreprises à forte activité de recherche a diminué au Québec, à la suite de la décroissance de la disponibilité du capital de risque pour les entreprises technologiques en démarrage.À titre d\u2019exemple, le Québec, qui occupait le troisième rang en Amérique du Nord pour ses investissements en biotechnologies à la fin des années 1990, a glissé au septième rang, aux dires du président du regroupement BioQuébec.Le Québec s\u2019est ainsi fait devancer par l\u2019Ontario, qui met les bouchées doubles depuis quelques années.Pour relancer la création d\u2019entreprises de haute technologie, et maintenir notre position, ou la reprendre, selon le cas, sur le plan international, sinon nord-américain, il conviendrait de mettre sur pied trois sociétés, à l\u2019exemple des Innovatech, qui seraient spécialisées dans le financement de prédémarrage et de démarrage d\u2019entreprises émergentes à forts contenus technologiques ou visant la valorisation de la recherche, ce chaînon manquant qui vise à démontrer le plein potentiel et la valeur commerciale de découvertes scientifiques.Les activités de l\u2019une de ces sociétés seraient orientées dans DOSSIER 114 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 les secteurs des technologies de l\u2019information et des télécommunications, l\u2019optique et la photonique.La deuxième couvrirait le champ des sciences de la vie.La dernière, enfin, s\u2019attacherait aux technologies avancées appliquées, telles les technologies émergentes prometteuses (nanotechnologies, par exemple).Elle encouragerait également les projets de développement de matériaux, d\u2019instruments, d\u2019équipements et de procédés dont le niveau technologique requiert des connaissances dans les divers secteurs de l\u2019ingénierie.Bref, ces trois sociétés seraient créées pour appuyer l\u2019action plus diversifiée de la BDÉQ.Pour financer ces trois sociétés, il conviendrait que l\u2019État transfère les fonds alloués au Fonds Teralys (700 millions de dollars, dont la moitié ne serait pas encore investie) aux nouvelles sociétés de capital de valorisation et de démarrage.Le fonds Teralys est un fonds de fonds conçu en 2009 pour faire du financement de capital de risque, mais dont seulement 50 % sont investis au Québec.On peut s\u2019interroger sur le bien-fondé de la participation dans Teralys de la Caisse de dépôt et placement du Québec, du Fonds de solidarité FTQ - co-investisseurs avec le gouvernement du Québec - dans son capital-actions ; sachant que Teralys finance des fonds de capital de risque privés bien peu portés à investir dans la phase de prédémarrage ou de démarrage d\u2019entreprises de ces secteurs, ce qui est loin des objectifs souhaités.Comme Teralys et ses dirigeants prétendent qu\u2019ils investissent majoritairement dans des sociétés qui sont vraiment des sociétés d\u2019amorçage, il conviendrait de faire le bilan de leurs actions et, dans tous les cas, d\u2019orienter tous ces fonds au Québec. ii5 L'ACTION NATIONALE février 2013 DOSSIER VIII Souveraineté alimentaire, politique nationale de formation de la main-d'oeuvre et gestion DES MATIÈRES RÉSIDUELLES Pour qu\u2019une politique de développement de l\u2019économie québécoise soit complète, il serait opportun d\u2019y intégrer la politique de souveraineté alimentaire, déjà annoncée par l\u2019actuel gouvernement, et celle à bâtir pour la formation de la main-d\u2019œuvre (malgré les efforts louables de la récente stratégie de jumelage) impossible à définir complètement en l\u2019absence de l\u2019autorité sur l\u2019assurance-emploi ainsi que celle - mal orientée - de l\u2019ancien gouvernement libéral de gestion des matières résiduelles, qui prévoit que plus de 650 millions de dollars seront injectés dans l\u2019économie du Québec pour sortir du sac vert toute la matière organique.Sans entrer dans les détails, cette dernière politique, sous le couvert de produire de l\u2019énergie, qui sera d\u2019ailleurs d\u2019un coût très élevé, risque fort d\u2019avoir comme résultat principal de privilégier seulement quelques grandes villes qui posséderont leur usine de biométhanisation, offrant des contrats de vingt ans en majorité à des entreprises étrangères, faute d\u2019une expertise québécoise, sans que ces fonds profitent à développer un Québec inc.de gestion des matières résiduelles.Et pourtant, cela serait possible et à meilleur coût avec en prime de nombreux avantages pour nos agriculteurs, entre autres, en utilisant des biométhaniseurs à la ferme et des sites de compostage.Pour conclure simplement, il est à espérer que l\u2019agitation gouvernementale n\u2019empêchera pas que se manifeste la volonté, chez nos dirigeants politiques, de mûrir et d\u2019offrir une vision économique québécoise emballante qui ne souffrira pas de ne travailler qu\u2019à la pièce.Vivement une action économique qui ne craint pas de redonner à l\u2019État son rôle d\u2019aiguilleur, de promoteur et d\u2019acteur économique.C\u2019est DOSSIER 116 L\u2019ACTION NATIONALE février 2013 dans cette optique qu\u2019il serait capital que le gouvernement Marois institue rapidement un Conseil national de planification économique pour le guider, composé d\u2019hommes et de femmes de tous les milieux économiques qui souscrivent à cette valeur phare qu\u2019est la création de la richesse au bénéfice de tous.Il serait également nécessaire, malgré la mise sur pied récente d\u2019un comité ministériel de la prospérité et du développement régional, qu\u2019un secrétariat chargé de coordonner toutes les actions des différents ministères soit créé, sous la responsabilité directe de la première ministre, pour donner le signal de la priorité de l\u2019économie au Québec avant et après la souveraineté.Il faut comprendre que les indécis du oui à la souveraineté sont, pour beaucoup, inquiets, parfois jusqu\u2019à la peur, de choisir un nouveau pays pour des raisons qui touchent à l\u2019économie proprement dite.Et l\u2019on sait que l\u2019on ne peut compter sur l\u2019entreprise privée pour diminuer cette crainte viscérale et leur faire saisir que les freins du fédéral au développement économique du Québec sont légion.Parmi les freins, et non le moindre, notons l\u2019incapacité du Québec à négocier par lui-même les multiples ententes commerciales internationales qui colorent de plus en plus l\u2019économie de tout pays.? ASSEMBLEE NATIONALE QUEBEC Martine Ouellet Députée de Vachon I Té!.: 450 676-5086 I www.martineouellet.org Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet cil assurance collective de personnes Michel Taillefer, Criia Conseiller en assurance et rentes collectives Présidai t xntaillcfer@sta-collcctif.com I 78, rue Sainte-Marie Terrebonne (Québec) J6W 3E1 Téléphone : 450 471-2662 5 14 355-7869 800 782-5799 Télécopieur : 450 471-0026 514 355-7923 poste 225 (n Souveraineté du Québec Langue française Fête nationale Assurance-vie Société Saint-Jean-Baptiste dcIa MAU RICÎE & www.ssjbmauricie.qc.ca 819-375-4881 \u2018 1-800-821-4881 Les Cahiers de lecture de L'Action nationale TANT QUE L\u2019INDEPENDANCE N'EST PAS FAITE- LA LITTERATURE, L\u2019ÊTRE ET LE DOUTE SfPUATISME deU/w*#*11 Mascar, ïaoe 36 pages couleurs format tabloïd 3 numéros par année dt (Sert f iiaioea LE WM® des Mpi 25 $ par année 45 $ pour deux ans taxes et expédition comprises Commande par la poste : L'ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 À la boutique internet www.action-nationale.qc.ca La pensée québécoise en essais Pour savoir ce qui se produit dans le monde des essais au Québec, il faut s\u2019abonner aux Cahiers de lecture de L'Action nationale, un périodique entièrement consacré aux recensions des essais québécois.D\u2019un format journal agréable, Les Cahiers paraîssent trois fois l\u2019an et font un survol de l\u2019actualité éditoriale québécoise comme il ne s\u2019en fait nulle part ailleurs.Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 36 pages qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés durant l\u2019année. LIRE \t \t \t \t \t \t \t LIRE LES ESSAIS MARC CHEVRIER La République québécoise.Hommages à une idée suspecte, Boréal, 2012, 454 pages Les Éditions du Boréal ont publié à l\u2019automne 2012 La République québécoise, du politologue et constitutionnaliste Marc Chevrier, un ouvrage qui fera date dans l\u2019histoire des idées politiques au Québec.Il est bien établi que l\u2019idée de l\u2019indépendance remonte aux Patriotes, et qu\u2019elle a régulièrement fait surface au cours de notre histoire pour devenir un projet collectif au cœur de notre vie politique lors de la Révolution tranquille ; il est moins connu que l\u2019idée de la république y a été associée depuis la déclaration d\u2019indépendance de la République du Bas-Canada en 1838.Pour Chevrier, loin d\u2019être un complément mineur et formel au projet d\u2019indépendance, la République est en soi une idée forte qui, lorsqu\u2019elle sera mieux comprise, établira définitivement la souveraineté collective et l\u2019identité du peuple québécois et contribuera puissamment à la transformation du statut politique du Québec.L\u2019origine de l\u2019idée républicaine est même plus ancienne que celle de la souveraineté de l\u2019État de ce qui est aujourd\u2019hui le Québec.Elle remonte aux coureurs des bois de la Nouvelle-France qui s\u2019éloignaient du Roi et de l\u2019Église pour vivre en liberté un mode de vie inconnu de leurs parents, 121 L'ACTION NATIONALE - février 2013 et plus loin encore aux racines amérindiennes de notre culture.Voici ce qu\u2019en disait Voltaire, cité par Chevrier : Les peuples que l\u2019on trouva dans le Canada n\u2019étaient pas de la nature de ceux du Mexique, du Pérou et du Brésil.[.] Ils ne connurent jamais le gouvernement monarchique ; l\u2019esprit républicain a été le partage de tous les peuples du Nord dans l\u2019Ancien Monde et le nouveau (p.156).Les nations amérindiennes, chacune à sa manière, avaient des gouvernements et des lois.Les tribunaux canadiens le reconnaissent aujourd\u2019hui et acceptent même que de tels systèmes juridiques distincts existent toujours en théorie et parfois concrètement, quoiqu\u2019ils n\u2019osent pas en tirer les conséquences nécessaires pour une coexistence harmonieuse1.Pour Chevrier, la liberté amérindienne individuelle et collective préfigure la liberté républicaine qui constitue le fondement méconnu de notre identité.La liberté amérindienne l\u2019amène à définir la liberté républicaine en soulignant qu\u2019elle est le contraire de l\u2019anarchie et qu\u2019elle comprend des obligations sociales et des responsabilités : [.] la liberté républicaine ne se confond pas avec la liberté-licence de l\u2019homme émancipé de toute entrave sociale, qui habiterait un territoire vacant où il croiserait par hasard des individus déliés comme lui, avec lesquels il n\u2019aurait rien en partage, ni lois, ni projets, ni obligations d\u2019entraide.[.] Elle est le fruit de l\u2019association, de l\u2019action concertée, du concours mutuel au maintien d\u2019un ordre commun qui se repose sur la liberté de citoyens indépendants, mais coresponsables de leur État pour tenir en respect ceux qui ont été temporairement placés à sa tête.[.] En somme, la République est le 1 Sur cette question, lire l\u2019oeuvre de John Borrows, un juriste canadien de premier plan, lui-même originaire de la nation Anishinabe, l\u2019une des principales nations amérindiennes d\u2019Amérique du Nord, dont les Algonquins du Québec font partie.Son dernier ouvrage est Canada\u2019s Indigenous Constitution, University of Toronto Press, 2010.Toute réflexion sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec trouvera avantage à s\u2019en inspirer. 122 L'ACTION NATIONALE - février 2013 régime dont les principes, les institutions et la vie s\u2019élaborent grâce à la coaction de citoyens libres et sociétaires d\u2019un bien public dont la défense leur appartient (p.160-161).Encore de nos jours, le chasseur inuit ou amérindien ne nourrit pas seulement lui-même ou sa famille, mais aussi sa communauté.Les familles amérindiennes partagent leur territoire traditionnel avec celles dont le territoire a été dévasté par les compagnies forestières ou les inondations hydroélectriques.Ils agissent ainsi en vertu de coutumes, qui sont pour eux des lois non écrites adoptées librement et consenties par chaque nouveau membre de la communauté, sauf si celui-ci préfère s\u2019en exclure.Les sources de l\u2019esprit républicain vivent toujours au Québec.D\u2019ailleurs, la Grande Paix de Montréal du 4 août 1701, conclue sur une base égalitaire et consensuelle entre les chefs militaires français et les chefs d\u2019une quarantaine de nations amérindiennes (p.165), représentés par 1300 délégués, est le modèle de ce que pourrait être l\u2019un des principaux éléments constitutifs de la République du Québec.Nous avons toujours le choix de la vision de notre propre passé (p.167).Il peut en découler une vision plus noble de l\u2019avenir.Ce retour aux sources donnerait au projet de souveraineté du Québec un fondement éthique comparable à celui qui a animé la réforme constitutionnelle de 1982, selon Chevrier : Cette observation nous amène au constat que le Québec s\u2019est rarement posé en promoteur d\u2019une nouvelle forme de démocratie, du moins dans son rapport avec le reste du Canada.Pierre Elliott Trudeau et ses partisans, dans leurs écrits ou comme gouvernants, ont réussi à associer la réforme du fédéralisme canadien avec une certaine idée de la démocratie.Leur projet, élaboré patiemment sur plusieurs décennies de réflexion et de luttes politiques, a abouti, au lieu d\u2019une réforme des institutions canadiennes, 123 L'ACTION NATIONALE - février 2013 laissées plutôt intactes, à la consécration d\u2019une idée éthique puissante : les citoyens ont des droits intangibles que l\u2019État ne peut enfreindre., à charge pour lui de justifier leur atteinte devant les tribunaux.À la suite du rapatriement de la constitution de 1982, les élus québécois se sont récriés contre cette réforme unilatérale.[.] Toutefois, cette dénonciation touchait essentiellement à la forme de ce rapatriement, à la manière dont il a été effectué : le fond, le projet éthique sous-jacent, l\u2019étendue des droits protégés, les mécanismes de protection, tout cela comptait pour peu dans la colère québécoise.C\u2019était comme si le Québec n\u2019avait rien à dire sur cette vision de la démocratie, comme s\u2019il n\u2019avait pas lui-même son propre projet démocratique en gestation, sa propre charte, sa propre conception de la justice politique (p.205-206).Où se trouve aujourd\u2019hui le projet démocratique québécois en gestation ?L\u2019idée éthique du renforcement des droits individuels devant l\u2019État doit être reprise dans ce projet car elle fait maintenant consensus au Québec et fait partie de notre héritage canadien.Cependant, il faut aussi y ajouter un approfondissement qualitatif de la démocratie québécoise par une réforme des institutions qui a été laissée en plan par le Canada.Enfin, la force éthique d\u2019une charte des droits constitutionnelle s\u2019est tout de même accompagnée d\u2019une double injustice sur le plan de la procédure qui a été suivie : l\u2019absence de validation populaire et la décision de procéder sans le consentement du Québec.Or, la légitimité d\u2019une règle de droit tient davantage à l\u2019acceptation par toutes les parties concernées de sa procédure d\u2019adoption que de son contenu2.À cet égard, les critiques québécoises n\u2019étaient pas excessives.Pour avoir le dessus, il aurait fallu les accompagner d\u2019un acte fondateur de notre propre communauté politique.Pour être fondateur, cet acte 2 Sur cette question, voir généralement Thomas Franck, The Power of Legitimacy among Nations, Oxford University Press, 1990. 124 L'ACTION NATIONALE - février 2013 ne peut se limiter à la langue, la diversité culturelle ou la religion, car alors le débat restera enfermé dans le cadre fixé par le Canada en 1982, qui nie notre réalité nationale.À ce propos, Chevrier cite Daniel Jacques, qui renoue avec la pensée républicaine dans un passage de La fatigue politique du Québec français : Si le politique n\u2019est pas d\u2019abord culture ou religion, mais qu\u2019il est davantage une mise en commun de l\u2019espace sous l\u2019autorité de la Loi commune, il apparaît alors que la nation résulte d\u2019un acte de fondation qui la constitue.Ce qui signifie que la définition du cadre politique, qui est l\u2019acte souverain par excellence, donne à la nation son existence historique, et, par conséquent, ce ne sont ni la culture ni la religion qui lui fournissent sa signification fondamentale (p.297, citation de D.Jacques, La Fatigue politique du Québec français, Montréal, Boréal, 2008, p.77).Cet acte fondateur ne s\u2019est produit ni en 1982, ni en 1867, et pour les mêmes raisons.Elles ont été exprimées par Louis-Joseph Papineau dans son dernier grand discours, qui constitue son testament politique.Il y rejetait la Loi constitutionnelle de 1867, une loi du Parlement britannique qui créait la fédération canadienne et entrée en vigueur six mois plus tôt.Il formulait ainsi les conditions essentielles qu\u2019il aurait fallu remplir pour que cette loi soit légitime à ses yeux : Les vraies doctrines sociologistes des temps modernes se résument en peu de mots : Reconnaître que, dans l\u2019ordre temporel et politique, il n\u2019y a d\u2019autorité légitime que celle qui a le consentement de la majorité de la nation ; de constitutions sages et bienfaisantes que celles sur l\u2019adoption desquelles les intéressés ont été consultés, et auxquelles les majorités ont donné leur libre consentement3.3 « Un testament politique », conférence à l\u2019Institut canadien de Montréal, 17 décembre 1867, dans L.-J.Papineau, Un demi-siècle de combats, (Y.Lamonde et C.Larin éd.), Montréal, Fides, 1998, p.582 ; cité par Chevrier, p.267. 125 L'ACTION NATIONALE - février 2013 La majorité nationale du Québec n\u2019a été appelée à donner son consentement à aucune des constitutions qui lui ont été successivement imposées.Pour Chevrier, il ne faut pas attendre la réalisation de la souveraineté du Québec pour fonder notre liberté collective par l\u2019adoption d\u2019une constitution républicaine.Cette constitution pourra s\u2019inscrire selon lui dans un premier temps dans un Canada appelé à accepter une nouvelle relation avec le Québec inventée par le génie québécois : Au cours de son histoire contemporaine, le Québec n\u2019a pas réussi à réaliser par lui-même un projet politique d\u2019envergure qui le conduise à se définir dans un langage net, actuel et retentissant, où se reconnaîtront les assises de son État et de sa liberté.Ce n\u2019est pas faute d\u2019avoir essayé, certes, mais ni l\u2019aspiration au fédéralisme renouvelé ni la volonté d\u2019indépendance n\u2019ont su jusqu\u2019ici emprunter le langage des peuples libres.Je considère pour ma part que l\u2019une et l\u2019autre de ces ambitions commenceront à parler un langage politique porteur quand elles intégreront la république et ses exigences dans leur vocabulaire.Ce qui implique, entre autres, que l\u2019on considère sérieusement, sans reporter la chose aux calendes canadiennes, l\u2019adoption d\u2019une constitution écrite véritable, élaborée et ratifiée par des méthodes exemplaires, en vue d\u2019établir une République québécoise.[.] En clair, la question de la souveraineté complète de l\u2019État du Québec, qui a obnubilé nos souverainistes si peu républicains, peut être reportée quelques peu, quitte à se reposer dans un nouveau langage.Mais la refondation de la liberté politique du peuple québécois et de son État ne saurait attendre (p.272-273).Il se dégage de cette proposition quelques éléments implicites d\u2019une démarche à concrétiser : l\u2019adoption par une assemblée constituante d\u2019une constitution québécoise autonomiste inscrite dans le cadre canadien, mais qui ne se limiterait pas aux contraintes actuelles de la Constitution canadienne (le Canada auquel le Québec aspire, plus de 70 % des Québécois souhaitant une modification du statu 126 L'ACTION NATIONALE - février 2013 quo selon un sondage réalisé en 2012) ; l\u2019inclusion dans cette constitution d\u2019une clause qui lui confère la primauté sur la Constitution du Canada ; la ratification d\u2019une telle constitution dans un référendum, ce qui lui donnerait une puissante légitimité, difficile à ignorer pour le Canada, et qui déclencherait l\u2019obligation constitutionnelle de négocier mise en place dans de telles circonstances par la Cour suprême dans le Renvoi sur la sécession du Québec de 1998 ; une demande formelle par l\u2019Assemblée nationale du Québec de modifier le cadre constitutionnel canadien pour faire place au choix du peuple québécois ; l\u2019acceptation ou le rejet de cette demande par le Canada.On pourrait ajouter au poids de la démarche en demandant à l\u2019assemblée constituante de rédiger en même temps un projet de constitution provisoire du Québec souverain, rédigée selon les mêmes principes républicains que la constitution autonomiste.Cette constitution provisoire entrerait en vigueur automatiquement si la constitution républicaine autonomiste approuvée par référendum était rejetée par le Canada, la question référendaire pouvant prévoir cette possibilité.Le rejet canadien donnerait ainsi un élan nouveau et probablement décisif au projet de souveraineté.La légitimité de la constitution républicaine qui établirait la liberté et l\u2019identité de la nation québécoise deviendrait ainsi le socle de notre nouvel État, la République indépendante du Québec.Il faudra savoir gré à Marc Chevrier et à quelques autres auteurs de sa génération d\u2019avoir redonné ses lettres de noblesse à l\u2019idée de la république.C\u2019est une contribution majeure à notre société dont les conséquences ne pourront se mesurer que dans plusieurs années.Elle pourrait catalyser l\u2019action politique qui sera nécessaire pour revitaliser notre espace public.La proclamation de la souveraineté des 127 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Québécois dans la constitution d\u2019une république qu\u2019ils se seront appropriée pourrait bien être le plus sûr chemin vers l\u2019indépendance du Québec.André Binette, avocat LAURENT VEYSSIÈRES ET BERTRAND FONCK (DIR.) Guerre de Sept Ans en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2012, 400 pages Perçue comme la première guerre mondiale, la guerre de Sept Ans, appelée guerre de Conquête par les historiens québécois et French and Indian War par les Américains, suscite depuis peu un regain d\u2019intérêt chez les historiens de l\u2019Hexagone et l\u2019on voit que les moyens dont ils disposent leur permettent non seulement de combler un retard mais d\u2019apporter une contribution significative à cette période de l\u2019histoire si importante pour nous.Sous la direction de Laurent Vessyères et Bertrand Fonck, conservateurs émérites au ministère de la Défense de France, Septentrion vient de publier un recueil d\u2019études et d\u2019articles qui laisse entrevoir un salutaire dépoussiérage des études historiques sur la guerre de Sept Ans.La limite de la formule du recueil fait toutefois qu\u2019on n\u2019échappe pas à certaines visions traditionnelles telles que relevées par Louis Cornellier dans Le Devoir qui souligne la différence de point de vue entre les auteurs français et québécois sur la question de l\u2019inéluctabilité ou non de la défaite.On voit également une nette coupure entre l\u2019historien militaire et l\u2019historien universitaire, l\u2019historien militaire ne se laissant guère impressionné par la théorie du nombre comme cause principale de la défaite.Les guerres 128 L'ACTION NATIONALE - février 2013 d\u2019indépendance américaine et celle de 1812 montrent que les Américains seuls, malgré leur masse, étaient incapables d\u2019envahir le Canada sans l\u2019appui d\u2019une puissance européenne.Par les préoccupations, les champs d\u2019intérêt, voire les spécialités académiques, l\u2019ouvrage revêt une nécessaire diversité qui ne le dévalorise certes pas, mais laisse néanmoins ouverts les grands débats que l\u2019historiographie n\u2019a pas encore tranchés.Abandon de la France, conflit entre les conceptions européennes et canadiennes de la guerre, crise du commandement personnalisé par Vaudreuil et Montcalm, etc.On reste surpris que certains auteurs maintiennent l\u2019opposition entre petite guerre et grande stratégie quand on sait que, dès 1756, des campagnes de grand style étaient ordonnées pour faire verrou sur les voies d\u2019invasion de la Nouvelle-France, Oswego, Fort William-Henry, campagne projetée sur Fort Edward, Carillon.De même, M.Jean-Pierre Poussou, dans un article plein de hauteur, « Les débats entre historiens », tranche la fameuse querelle Vaudreuil-Montcalm en illustrant le caractère néfaste de la crise de commandement, mais glisse lui aussi sur l\u2019incident de 1757 où Montcalm avait carrément saboté une campagne minutieusement préparée par le gouverneur Vaudreuil pour barrer la route de l\u2019Hudson comme voie d\u2019invasion de la Nouvelle-France.L\u2019ensemble de l\u2019ouvrage reflète le niveau de connaissance des plus élevés de la plupart des auteurs, mais on n\u2019y sent pas l\u2019interrogation profonde d\u2019un Frégault ou, plus près de nous du brillant spécialiste des significations de cette guerre, le jeune professeur Charles-Philippe Courtois.Lus séparément, les articles nous font voir cette guerre sous de nouveaux aspects propres à rouvrir ce champ d\u2019étude si longtemps délaissé.Par exemple, Stephen Brumwell, 129 L'ACTION NATIONALE - février 2013 historien qui vit à Amsterdam, illustre avec conviction la portée mondiale de cette guerre qui a façonné le monde moderne avec la mise au monde de deux nouvelles puissances, l\u2019empire britannique des mers et la puissance américaine désormais promise au gigantisme.Mais simple article dans un tout, il nous laisse sur notre faim.La brillante synthèse de Laurent Veyssières rédigée sous forme de présentation nous réconcilie avec les diverses composantes de l\u2019ouvrage.Il faut certainement reconnaître qu\u2019il y a un renouveau manifeste des études historiennes concernant la guerre de Sept Ans, mais en même temps, on se rend compte que l\u2019apport québécois pourrait être encore beaucoup plus important.Comme le déclarent Laurent Veyssière et Bertrand Fonck, « La mémoire de la guerre de Sept Ans [.] s\u2019est politisée au point d\u2019en perdre son caractère historique ».Il y a en effet un étrange paradoxe qui fasse que cette guerre qui nous a tant marqués, qui a créé pour des siècles un statut d\u2019inféodation de la nation québécoise et qui est la référence principale dans notre mémoire historique fasse l\u2019objet de si peu d\u2019études de notre part alors que les Français qui l\u2019ont oublié dans leurs manuels scolaires se donnent aujourd\u2019hui des moyens dont on devrait rêver si nous avions un peu de ressort.En fait, ce que nous montrent Veyssières et Fonck, c\u2019est qu\u2019il manque à la fois aux Français et aux Québécois un ouvrage complet qui couvre l\u2019ensemble de cette guerre en Amérique et qui reflète tant qu\u2019à nous les points de vue québécois et amérindiens comme les Américains ont pu le faire de leur point de vue avec l\u2019incontournable Crucible of War de Fred Anderson.Il reste à dire aussi que ce sujet reste difficile à aborder pour nous, pour une raison très simple : cette guerre n\u2019est pas terminée.Il reste ici des apologistes de la défaite et des 130 L'ACTION NATIONALE - février 2013 résistants patriotes qui continuent à s\u2019affronter sur le terrain de la mémoire.La fin de cette histoire n\u2019est pas encore écrite simplement pour n\u2019avoir pas été vécue.René Boulanger Écrivain 131 DÉBATS LE PROBLÈME DE FOND EN HISTOIRE NATIONALE : FAIRE UNE PLACE À L\u2019HISTOIRE POLITIQUE Dans « L\u2019histoire nationale sans restrictions » (L'Action nationale, décembre 2012), Sylvie Ménard réagit à ma réplique au texte de Jean-Marie Fecteau sur l\u2019histoire nationale et le rapport Bédard.Malheureusement, Ménard semble avoir lu mon texte trop rapidement.Fondamentalement, elle confond ma critique d\u2019une vision de l\u2019histoire du Québec institutionnellement fermée au politique, dont le texte de Fecteau me semble révélateur, et la défense, qu\u2019elle cherche à entreprendre, de la carrière de Fecteau.Comme je l\u2019exprime d\u2019emblée en préambule, il ne s\u2019agit pas ici d\u2019une question de personnes, encore moins de ne pas reconnaître la valeur des travaux de Fecteau.L\u2019exclusion quasi totale dans nos départements, de postes en histoire politique du Québec est une originalité en comparaison des autres nations occidentales.Tout récemment, Donald Fyson, spécialisé en histoire sociale et politique 1760-1900, reconnaissait que la Conquête était délaissée sans doute à cause de sa charge politique1.1 Donald Fyson, « The Conquered and the Conqueror », dans Philip Buckner et John R.Reid (dir.), Revisiting 1759, University of Toronto Press, 2012, p.191. 132 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Ménard oppose deux écoles de pensée sur l\u2019histoire nationale, affirmant qu\u2019il y aurait d\u2019un côté ceux qui croient que « les luttes menées par les pauvres, les ouvriers et les femmes pour améliorer leur sort participent à cette histoire au même titre que les actions des membres de l\u2019élite.» De l\u2019autre, il y aurait les partisans conservateurs qui la confineraient « aux grands personnages et événements politiques ».À cet égard, j\u2019y affirme pourtant que « tous les champs (social, économique, culturel, politique, etc.) contribuent à alimenter la connaissance de l\u2019histoire d\u2019une nation » pour enchaîner : « ce n\u2019est pas le problème central sur lequel L\u2019histoire nationale négligée met le doigt : c\u2019est que l\u2019histoire politique du Québec, nécessaire pour développer un point de vue d\u2019ensemble sur la nation, n\u2019a presque plus de place institutionnelle, alors qu\u2019une place devrait lui revenir.» D\u2019autres exemples de lecture trop rapide, ce me semble, sont à noter.Je ne confonds pas, par exemple, les travaux de Fecteau avec ceux de Linteau, j\u2019y expose, en les comparant, la désaffection des tenants de cette école sociale pour l\u2019idée de continuité nationale depuis 1608 ou des études sur une longue durée de 1608 à nos jours.Ménard rappelle qu\u2019il y a plusieurs spécialistes d\u2019histoire du Québec à l\u2019UQAM, comme si j\u2019affirmais le contraire2.Elle élude donc le problème de fond.Ménard semble me reprocher de cantonner Fecteau à l\u2019histoire sociale en le décrivant comme « un spécialiste reconnu par ses pairs de l\u2019histoire politique », ajoutant « qu\u2019il a largement participé au mouvement pour revaloriser l\u2019histoire nationale du Québec ».Certes, il a produit certaines études sur la loi 2 Elle fait quelques erreurs dans leurs descriptions de postes cependant : le poste de Fecteau est en « Histoire de la pauvreté, du crime et de la maladie ».Je fais d\u2019ailleurs bel et bien allusion à la nouvelle exception, le nouveau poste de l\u2019UQAM en histoire politique (détenu par S.Savard). 133 L'ACTION NATIONALE - février 2013 martiale en 1837-1838 et dirigé maints travaux en histoire politique comme elle le rappelle.Cependant, son poste est en « Histoire de la pauvreté, du crime et de la maladie », ce dont personne ne nie l\u2019intérêt, ni la capacité du titulaire d\u2019un tel poste de s\u2019intéresser aussi au politique.Mais on ne peut tout confondre.Ce n\u2019est pas la même chose que de faire des places spécifiquement à des historiens du politique.Ce dont je parle est bien plutôt l\u2019acceptation d\u2019une place autonome pour l\u2019histoire politique et sa place centrale pour une histoire nationale.Or, il faut bien noter, comme je le fais en le citant dans mon texte, que Fecteau estime que le champ de l\u2019histoire politique n\u2019existe pas en tant que tel et que la nation non plus, sinon comme construit social, et réfute l\u2019idée de continuité nationale.Si tel est le cas d\u2019un des spécialistes d\u2019histoire sociale qui s\u2019intéresse le plus au politique et au national, cela est éloquent sur la situation générale.Qualifier de « traditionalistes » ou « conservateurs », pour disqualifier leurs propos, ceux qui défendent le droit de cité de ce champ, aux côtés des autres et sa place centrale quand on examine la destinée d\u2019une nation est une voie facile.La question de fond demeure : pourquoi est-ce qu\u2019il est si naturel d\u2019avoir des postes de professeurs spécialisés en histoire politique ailleurs, mais pas ici, au Québec, y compris sur des événements comme les Rébellions des Patriotes, de la Conquête ou de la Révolution tranquille ?Il ne suffit pas de dire que des professeurs qui traitent de la même période depuis les angles d\u2019autres champs - histoire sociale, économique, juridique, culturelle - abordent aussi des questions politiques ou ces événements.Il faut reconnaître qu\u2019il y a là une lacune et une fermeture difficilement justifiables et y remédier.Charles-Philippe Courtois 134 L'ACTION NATIONALE - février 2013 RÉPLIQUE Pour répondre brièvement à Charles Courtois, j\u2019apprécie qu\u2019il admette enfin les compétences de Jean-Marie Fecteau en histoire politique.Il aurait pu être bon joueur et ne pas passer sous silence le fait que Jean-Marie Fecteau ait dirigé des mémoires et des thèses portant sur les Rébellions, mais il s\u2019agit quand même d\u2019un pas dans la bonne direction.Je vois aussi avec satisfaction qu\u2019il revient sur ses positions et qu\u2019il reconnaît que des professeurs sont engagés en vertu de spécialisations qui recoupent la grande trame événementielle de notre histoire nationale.Je lui soulignerais également que les travaux de Jean-Philippe Garneau, qui portent sur la question du droit durant la période de la Conquête, sont politiques.Enfin, peut-être que Courtois ignore que Jean-Marie Fecteau a été l\u2019un des plus ardents défenseurs d\u2019un poste en histoire des Rébellions au département d\u2019histoire de l\u2019UQAM et qu\u2019il s\u2019est toujours battu pour l\u2019obtention de postes en histoire politique au sein de ce département.C\u2019est en ce sens que sa réplique m\u2019apparaissait profondément injuste.Pour ce qui concerne le constat du caractère conservateur de ses positions, qui ne saurait constituer une insulte, Courtois devrait simplement l'assumer plutôt que de s'en récrier.Sylvie Ménard 135 COURRIER DES LECTEURS LA COLLUSION REMONTE À LA CONFÉDÉRATION ! Lorsque Stéphane Dion appuyé par son premier ministre, Jean Chartien, a fait voter une loi sur la clarté référendaire, il aurait dû procéder par une introduction à son projet de loi, ce qu'il n'a pas fait.En effet, pour fournir les modalités de sortie de la fédération canadienne, il importait de mentionner de quelle façon le Québec était entré dans cette fédération, ce qui n'apparait pas dans son texte et sa loi.La population du Québec a été entraînée dans la fédération canadienne par une poignée d'individus, mâles de surcroit, alors que le peuple n'a jamais été consulté, au moment où les femmes n'étaient pas considérées comme personne adulte au sens de la loi, le mâle étant en position de domination totale.Ce sont donc une poignée de députés qui ont entraîné le Québec dans une union dont ils ne furent aucunement informés.Résumons, le Québec a été entraîné dans la fédération canadienne essentiellement par des élus du Parlement du Canada où il y avait, en toile de fond, des intérêts économiques non divulgués au peuple, notamment la construction du chemin de fer pancanadien dans laquelle plusieurs des élus avaient des intérêts privés.On pourrait facilement ajouter qu'il y avait une sorte de collusion et de corruption en vue de satisfaire des intérêts pri- 136 L'ACTION NATIONALE - février 2013 vés, comme on le voit devant la commission Charbonneau.En ce sens, les collusionnaires d'aujourd'hui ont raison de dire, on n'a rien inventé, ça remonte à la Confédération ! On peut dire sans se tromper, que Stéphane Dion a réussi à faire passer une fédération comme exemplaire, alors que tout milite en un exercice qui visait à protéger des intérêts particuliers alors que le peuple a été exclu du débat, de même qu'un autre 50 % de la population, les femmes.Le projet du Parti Québécois de consulter la population est à 100 lieues des manigances qui ont aboutit à créer un pays où les nantis profitent encore sur le dos de la classe moyenne, que l'on pense à la création des PARADIS FISCAUX votés par le Parlement du Canada (libéraux et conservateurs) au profit d'un petit groupe de privilégiés, alors qu'on traque les chômeurs saisonniers comme s'ils étaient des fraudeurs de grand chemin.Si, pour sortir de la fédération canadienne, on utilisait la même formule que pour notre entrée dans la fédération canadienne, il suffirait d'un vote majoritaire des députés de l'Assemblée nationale du Québec.Voilà qui est clair.Ce qui est encore plus clair, c'est que cette fois-ci, les femmes auront le droit de voter.Par ailleurs, l'ensemble des souverainistes du Québec a décidé de choisir un chemin plus noble, celui de consulter toute la population du Québec, et cette consultation est à mille lieues de la clarté de Stéphane Dion.Je défie Stéphane Dion de démontrer que sa loi est plus propre que ce que proposent les forces souverainistes, une consultation populaire.Consulter ne fait pas partie des valeurs libérales et conservatrices, pas même en 2013.André Mainguy, Longueuil 137 LIVRES REÇUS Hugues Rabault Un monde sans réalité ?En compagnie de Niklas Luhmann, épistémologie, politique et droit, Presses de l'Université Laval, Collection Diké, 2013, 370 pages Jacques Cardinal Humilité et profanation: au pied de la pente douce de Roger Lemelin, Lévesque éditeur, Collection Réflexion, 2013, 200 pages Simon Papineau Le sens de l\u2019humour absurde au Québec, Presses de l'Université Laval, 2012, 161 pages Yvan Lamonde et Jonathan Livernois Papineau.Erreur sur la personne, Boréal, 2012, 208 pages Émilie Guilbeault-Cayer La Crise d\u2018Oka.Au-delà des barricades, Septentrion, 2013, 204 pages Gérard Beaudet Les dessous du printemps étudiant, Del Busso Éditeur, 2013, 184 pages Michel Seymour Une idée de l'université.Propositions d'un professeur militant, Boréal, 2013, 216 pages 138 L'ACTION NATIONALE - février 2013 Daniel Innenarity La société invisible, Presses de l'Université Laval, 163 pages Benoît Patar Écrits sur le cinéma, Les presses philosophiques, 193 pages Alain Vadeboncoeur Privé de soins, LUX, 2012, 301 pages 2012 2012 Prévenez Votre date d'échéance est indiquée sur votre feuillet d'adressage Nouveau Paiement direct Nos avis de renouvellement contiennent dorénavant le numéro SPC marchand de la Ligue d'action nationale qui vous permet - quand il est jumelé à votre numéro d'abonné - de payer directement votre abonnement au guichet ou par internet chez Desjardins et dans les autres institutions financières participantes.Autres modes de paiement Vous pouvez également payer votre abonnement \u2022\tpar la poste (chèque et cartes de crédit*) ; 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L\u2019Action NATIONALE Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur 143 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Mission La Ligue d'action nationale est l'éditrice de la revue L'Action nationale.Sa mission est d'être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Président Denis Monière Vice-président Christian Gagnon Secrétaire Patrick Sabourin Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Myriam D\u2019Arcy Isabelle Le Breton Jacques Martin Lx Officio Robert Laplante Membres Mathieu Bock-Côté Jean-Louis Bourque Charles-Philippe Courtois Pierre de Bellefeuille Robert Comeau SiouFan Houang Henri Laberge Josée Lacourse Anne-Michele Meggs Danic Parenteau Joëlle Quérin Guillaume Rousseau Michel Sarra-Bournet Pierre-Paul Sénéchal Pierre Serré Membres honoraires Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon, Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jacques-Yvan Morin, Gilles Rhéaume Paul-Émile Roy 2 ans Tarifs 2013 \t1 an 10 numéros\t2 ans 20 numéros Abonnement\t80 $ (70,22 $ + taxes)\t140 $ (122,89 $ + taxes) Abonnement de soutien\t175 $\t300 $ Étudiant\t45 $ {39,50 $ + taxes)\t80 $ (70,22 $ + taxes) Institution\t140 $ {122,89 $ + taxes)\t235 $ (206,28 $ + taxes) Autres pays\t150 $\t275 $ \t\t Abonnement PDF\t55 $ 48,28 $ + taxes TVQ 1012563392 TQ0002\t95 $ 83,39 $ + taxes TPS 11901 9545 Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022\tpaiement internet sécurisé Desjardins dans notre site \u2022\tpar la poste \u2022\tpar téléphone Paiement au guichet (renouvellement d'abonnement) \u2022\tchez Desjardins et dans les institutions financières participantes L\u2019ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Envoi de Poste-Publications - Enregistrement N° 09113 "]
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