L'action nationale, 1 octobre 2013, Octobre
[" L\u2019Action NATIONAL^ volume CIII numéro 8 OCTOBRE 2013 envoi de publication PAP N° 09113 N° de la convention 0040012293 L'ACTION NATIONALE volume CM! numéro 8 - Octobre 2013 Octobre 20 13 vol.CIII no 8 L\u2019Action NATIONALE s; Montréal perplexe La charte, évidemment Art public et guerre de propagande En couverture Pierre Gauvreau Les riches heures de la rue Cherrier XVII, 2008 Techniques mixtes sur carton Musée de la civilisation, don de Janine Carreau, 2011-122 ©Succession Pierre Gauvreau, SODRAC 2013 Photo : Daniel Roussel Pierre Gauvreau au Musée de la civilisation dès le 16 octobre 2013 J\u2019espérais vous voir ici Artiste peintre, auteur, homme de communication, Pierre Gauvreau, décédé en 2011, a connu une carrière prolifique jalonnée de nombreux prix et honneurs.Il nous laisse en héritage une production artistique, littéraire, télévisuelle et cinématographique qui a marqué l'évolution de la culture québécoise pendant des décennies.L'exposition en témoigne à partir d'objets et d'œuvres offerts en donation au Musée par l'épouse de M.Gauvreau, Mme Janine Carreau.Esprits libres Pierre Gauvreau s'est tout particulièrement intéressé aux pratiques des créations qui redéfinissent la perception que nous avons de l'Art au sens large.La vision humaniste que Gauvreau portait sur les artistes dits populaires constitue un beau prétexte pour nous interroger sur les frontières de l'art et du non-art.L'exposition aux allures indisciplinées présente des créations étonnantes offertes en donation au Musée par l'épouse de Pierre Gauvreau, Janine Carreau.Parmi ces pièces, on retrouve celles de l'artiste Bruno Champagne, qui a gravité dans l'univers de Gauvreau.AAA MUSÉE DE LA CIVILISATION 85, rue Dalhousie Québec 418 643-2158 Ligne sans frais 1 866 710-8031 www.mcq.org Location d'outils Une entreprise québécoise en affaires depuis 1907 WM Heureuse de participer à la construction de la référence québécoise 40 succursales pour mieux vous servir simplex, ca \u2022\tMontréal : 1.800.361.1486 \u2022\tQuébec : 1.800.284.7571 \u2022\tOttawa : 1.888.408.8807 L\u2019Action NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 Numéro sans frais : 1-866-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Mathieu Bock-Côté, doctorant en sociologie (UQAM) ; Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure (UQTR) ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d'histoire des régulations sociales (UQAM) ; Denis Monière, professeur (Université de Montréal) ; Michel Rioux, journaliste ; Patrick Sabourin, chercheur IRFA, Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur (TÉLUQ) ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc Urbain Proulx, économiste, UQAC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain.Membres du jury du prix André-Laurendeau : Martin Pâquet (Université Laval), Christian Rioux (correspondant du Devoir à Paris) ; Membres du jury du prix Richard-Arès : Lucille Beaudry (UQAM) ; Robert Comeau (Chaire Hector-Fabre UQAM) ; Simon Langlois (Université Laval).Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté. s* $6 %.\t! I 596, ^\\\\ ,\\w\\ Je choisis LE DEVOIR Libre de penser ' \\» SOMMAIRE Éditorial La servitude et les valeurs -Robert Laplante\t4 Articles Réflexions en marge du début de la campagne électorale montréalaise -Gérard Beaudet\t13 Pour une approche consensuelle des rapports entre l'État et la religion -Sam Haroun\t24 Laïcité républicaine et sécularisme libéral au Québec -Danic Parenteau\t30 Le multiculturalisme de droit divin -Mathieu Bock-Côté\t52 Ce qu\u2019ont en commun la droite libertarienne et la gauche multiculturelle -Éric Bédard\t68 Dossier Art public et guerre de propagande : le cas de Québec -Romain Gaudreault\t78 Lire les essais Lire les essais Roger Payette et Jean-François Payette Ce peuple qui ne fut jamais souverain.La tentation du suicide politique des Québécois\t132 4 ÉDITORIAL Robert Laplante* LA SERVITUDE ET LES VALEURS Dans une société normale, le débat sur la laïcité repose d\u2019abord et avant tout sur des enjeux démocratiques, sur la façon dont les citoyens conçoivent la neutralité des institutions et la place du religieux dans la vie publique.Les réponses varient d\u2019un État à l\u2019autre, chacun tenant ses singularités, arbitrant le partage des domaines en fonction de sa tradition historique, de ses clivages sociaux et des choix fondamentaux touchant la place et l\u2019aire d\u2019extension de l\u2019intervention de l\u2019État.Les choses ne sont guère, non plus, fixées une fois pour toutes, les modèles évoluent en fonction des transformations sociales.Et ces transformations marquent particulièrement les sociétés occidentales dont les repères sont plus ou moins embrouillés par la montée en puissance de l\u2019islam politique en particulier, mais également par des manifestations diverses de montée des fondamentalismes dont le Tea Party américain n\u2019est pas le moindre exemple.Le Québec et le Canada n\u2019y échappent pas.L\u2019on sait la sympathie qu\u2019inspirent au gouvernement Harper les sectes protestantes, fortement implantées dans l\u2019Ouest, on sait la force des muses multiculturalistes à Toronto où il a été sérieusement question de faire une place à la charia dans le système juridique, on sait aussi la force des lobbies pro-vie, leur influence sur les programmes d\u2019aide internationale et l\u2019on ne retient pas suffisamment l\u2019innovation que représente la création du Bureau de la liberté 5 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 de religion du Canada.Le Canada fait ses choix.Le Québec les subit et en plus, il les finance.Mais le Québec ne peut pas tenir sa propre démarche de révision des rapports État et religion sans s\u2019attirer la réprobation, le mépris et la calomnie qui remplissent les pages des éditoriaux de Calgary, Toronto ou Ottawa et nous valent la morgue de l\u2019intelligentsia, de la classe politique et de tous les donneurs de leçon de vertus Canadian.Car le Québec n\u2019est pas une société normale : sa vie démocratique a été mise en tutelle, son Assemblée nationale est tenue en laisse par la Charte canadienne, la Cour suprême et l\u2019ordre constitutionnel imposé.Le débat sur le projet de charte peut bien faire couler des flots d\u2019encre, mobiliser des énergies folles, il n\u2019en restera que poussière inoffensive.Point n\u2019est besoin d\u2019être prophète ou docteur en droit constitutionnel pour en connaître le sort.Même amendé, même réduit à la caricature la plus inoffensive, le projet de charte sitôt adopté subira des assauts juridiques qui n\u2019en laisseront que des lambeaux.Thomas Mulcair, fidèle à ce qu\u2019il a été et fait à Alliance Québec, a déjà sonné l\u2019hallali.Le fait qu\u2019aucun député québécois du NPD n\u2019ait eu le courage de démissionner pour dénoncer une telle outrecuidance en dit long sur leur courage sans aucun doute, mais surtout sur leur consentement à la minorisation.Ce sont des forces d\u2019érosion de la réalité nationale qui font carrière là.Et nous n\u2019avons rien à faire de leurs bons sentiments.Ils travaillent objectivement contre notre intérêt national.Pis encore, ils jouent les vierges offensées, nous donnant du pathos devant l\u2019obscène.Et l\u2019obscénité, c\u2019est moins le projet de charte québécoise lui-même que le scandale de s\u2019en prendre au caractère sacré, fondateur de la Charte canadienne et du multiculturalisme 6 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 dans l\u2019imaginaire et les institutions Canadian.L\u2019opposition au multiculturalisme ne renvoie pas seulement qu\u2019à une discussion sur le modèle d\u2019intégration, elle frappe au cœur de la logique identitaire Canadian.Elle prend l\u2019allure d\u2019une profanation et se dresse dès lors comme une menace, une attaque frontale justifiant la mobilisation de tous les moyens disponibles pour mâter ce qui est perçu comme un véritable dévoiement de l\u2019ordre institutionnel.D\u2019où l\u2019extrême virulence des propos.D\u2019où, également, la formulation de ripostes qui dressent l\u2019ordre Canadian comme un bouclier contre ces Québécois qu\u2019il faut protéger d\u2019eux-mêmes.On l\u2019a vu lors des manifestations, les invocations à la Charte et les menaces de recourir aux tribunaux Canadian sont brandies comme des boucliers pour protéger les adhérents au multiculturalisme des assauts du gouvernement du Québec.On ne peut voir plus belle illustration de la concurrence des modèles d\u2019intégration qui, faut-il le rappeler, ne visent pas seulement les immigrants, mais bien l\u2019ensemble des citoyens appelés à participer à la vie nationale en souscrivant à la primauté d\u2019un ensemble de règles communes.L\u2019identité et la culture québécoises sont des fondations, pas des éléments d\u2019ambiance ou des pièces de décor pour sertir la mosaïque Canadian.Les minorités religieuses qui s\u2019activent à implorer Ottawa de les protéger du Québec et de ses séparatistes revendiquent de fait le droit de s\u2019exclure de nos institutions et de fonctionner dans une logique de développement séparé.Il était éminemment maladroit d\u2019inclure un droit de retrait dans la proposition, cela laissait une brèche dans laquelle les opposants se sont engouffrés allègrement, affirmant dans les faits une logique partitionniste répugnante.Sous les hauts cris, c\u2019est la démarche québécoise elle-même qui a été jugée irrecevable.L\u2019opposition Montréal/régions est une illusion, un clivage frelaté pour masquer l\u2019antagonisme Canadian et la soumission minoritaire. 7 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Le matraquage médiatique avait d\u2019abord pour but de censurer le débat, de tout faire pour qu\u2019il n\u2019ait pas lieu.Sous prétexte qu\u2019il n\u2019y aurait pas « crise », il faudrait s\u2019abstenir de réfléchir aux moyens d\u2019éviter qu\u2019il n\u2019en lève une.Le sensationnalisme et le traitement anecdotique n\u2019ont pas d\u2019autres fonctions : saper le bien-fondé de la démarche en déplaçant le regard des institutions vers les situations.Bien servi par l\u2019individualisme actuel, ce déplacement évite d\u2019avoir à poser la question de la légitimité d\u2019une intervention reposant sur un autre code que celui qui existe, celui du multiculturalisme Canadian.C\u2019est une preuve que l\u2019inculcation idéologique a été efficace.Ce multiculturalisme est désormais intériorisé chez beaucoup de gens qui ne voient guère en lui qu\u2019un instrument d\u2019aménagement des rapports avec les minorités sans faire le lien avec la logique et le régime qu\u2019il sert et consolide.L\u2019adhésion, souvent enthousiaste d\u2019une part importante du groupe social qui s\u2019active dans les médias, au mondialisme martelé comme lieu commun du néolibéralisme accroît l\u2019efficacité de cette inculcation.Le multiculturalisme est la doctrine de l\u2019économisme apatride.Au Canada, sa prégnance comme doctrine d\u2019État renforce cette idée que le soutenir vous place immédiatement à la pointe de l\u2019évolution humaine.Le gouvernement du Québec a mal évalué la résistance du Canada.Il mène le projet comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une affaire interne seulement, refusant même de considérer comme pièces au débat toutes les déclarations et tous les signes de mise en tutelle.Il participe ainsi à la minimisation des contraintes imposées par l\u2019ordre constitutionnel illégitime.De fait, c\u2019est parce qu\u2019il estime qu\u2019il peut faire ce débat et adopter sa charte sans ouvrir le conflit des légitimités qu\u2019il renonce par avance à la disposition de dérogation et qu\u2019il fait semblant de ne rien entendre de ce qui vient du Canada.Le rappel sera brutal. 8 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Car en un mot comme en mille, s\u2019imaginer contourner la Charte canadienne et lui préférer une alternative, c\u2019est s\u2019illusionner gravement sur ce qui est en jeu.Ce n\u2019est pas d\u2019abord une affaire de neutralité de l\u2019État, ce n\u2019est pas non plus seulement une affaire d\u2019intégration des immigrants et d\u2019encadrement des rapports avec les confessions religieuses en général et les groupes fondamentalistes, c\u2019est d\u2019abord une affaire de normalisation de la province de Québec.Il faut éviter d\u2019en faire une simple affaire de rapport aux immigrants.C\u2019est vrai que le multiculturalisme est au fondement d\u2019un modèle d\u2019intégration des nouveaux arrivants et que ce modèle fait concurrence au modèle québécois (une langue officielle au Québec, deux au Canada, pas de culture de référence au Canada, une culture québécoise à partager, etc.).Mais plus globalement, le multiculturalisme est d\u2019abord un dispositif de marginalisation de la nation québécoise et de sabotage de sa dynamique identitaire.Faut-il rappeler qu\u2019il a été adopté comme doctrine d\u2019État dans un refus catégorique du bilinguisme et du biculturalisme, c\u2019est-à-dire dans le rejet du Québec comme nation ?Dans un tel contexte, le recours à la disposition de dérogation (clause nonobstant) s\u2019impose.Il n\u2019évitera pas la guerre juridique et les assauts politiques visant une éventuelle loi, mais il aura le mérite de poser ouvertement et dans la sphère politique le conflit des légitimités.Le Québec ne doit pas renoncer à compléter sa modernisation institutionnelle sous prétexte qu\u2019elle le conduirait à troubler un ordre que d\u2019aucuns souhaiteraient indolore et inoffensif.À cet égard, le débat aura peut-être le mérite de faire revenir la question nationale au centre de la vie politique en faisant prendre conscience à bien des Québécois qui refusent de le reconnaître ou d\u2019en tirer les conséquences qu\u2019il y a un fort prix à payer pour vivre sous l\u2019empire d\u2019un ordre consti- 9 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 tutionnel illégitime et conçu pour casser toute expression conséquente de leur volonté d\u2019exister autrement que sous le joug d\u2019un Canada qui ne respecte rien de ce qu\u2019ils sont et, surtout, de ce qu\u2019ils veulent être.Quant à ceux-là qui justifient leurs réticences en invoquant que le combat pour la laïcité risque d\u2019aliéner d\u2019éventuels appuis à la souveraineté, ils errent aussi bien sur le plan politique que conceptuel.Sur le plan conceptuel d\u2019abord, parce que la définition des institutions du Québec indépendant ne saurait s\u2019inscrire dans le prolongement de la tradition de la monarchie constitutionnelle Canadian, mais bien dans une logique républicaine qu\u2019il faut commencer de définir et de s\u2019approprier en cours de combat pour l\u2019indépendance.Les efforts pour laïciser ont un effet pédagogique certain.Sur le plan politique ensuite, parce que l\u2019adhésion au projet d\u2019indépendance ne saurait se négocier sur des compromis démissionnaires et des astuces de séduction.Il y a des limites à avoir peur de ne pas être aimé.Le Québec indépendant doit susciter une adhésion sur un projet inédit et non pas seulement être présenté comme celui d\u2019une province améliorée, porteuse d\u2019un multiculturalisme inavoué pour ne pas avoir à asseoir sa construction nationale sur une culture québécoise forte, accueillante des influences et capable d\u2019en faire une synthèse audacieuse qui donnera ses traits au visage de l\u2019État nouvellement érigé.Nous voulons un État moderne pour le Québec indépendant, un État laïc et républicain.Il faut donc aller de l\u2019avant avec ce projet de charte.Mais il faut foncer sans illusion.La servitude volontaire est encore solidement implantée dans les esprits de ceux-là qui vivent dans le déni du politique et de l\u2019ordre constitutionnel et c\u2019est elle qui nourrit la peur panique du conflit.Il faut se mesurer pour se dépasser et les « chicanes » sont nécessaires pour s\u2019arracher.Le consentement à la minorisation 10 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 ne conduit qu\u2019au ratatinement des libertés.Une constitution est une vraie affaire, un instrument assez puissant pour encadrer les codes vestimentaires ou les menus de garderie aussi bien que pour limiter la liberté démocratique du Québec.Le débat aura peut-être fait sortir des limbes ceux-là qui pensent encore que le peuple du Québec peut être source du droit.Le Canada nous tient sous une burqa juridique et ceux-là qui le défendent voudraient nous faire croire que le grillage du voile ne nous empêche guère d\u2019embrasser l\u2019horizon.? Plus de 15 ans d'action pour une économie plus performante, plus équitable et plus verte.Les investissements auprès des entreprises québécoises sont au cœur de la mission de Fondation.Par ses investissements, Fondation contribue au maintien et à la création d'emplois au Québec.ACM pour LA COi ET L EMPLOI FONDACTION www.fondaction.com Située à New Richmond, en Gaspésie, Serres Jardins-Nature est le plus important producteur de tomate biologiques dans l\u2019est de l'Amérique.FONDS de solidarité FTQ Contient des antioxydants et des investissements des 571 000 propriétaires du Fonds de solidarité FTQ.Toutes les régions du Québec tirent profit des 6,4 milliards de dollars que les milliers de Québécois confient au Fonds de solidarité FTQ avec un double objectif : créer des emplois ET FAiRE TOURNER L\u2019ÉCONOMiE D\u2019iCi.\twww.fondsftq.com 13 ARTICLES Gérard Beaudet* RÉFLEXIONS EN MARGE DU DÉBUT DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE MONTRÉALAISE Faisant déjà face à un désintérêt pour la chose publique et à une indifférence de la part des citoyens-électeurs, le monde municipal québécois a été confronté, au cours des dernières années, à une crise politique sans précédent, crise qui a sérieusement miné les instances démocratiques locales et entaché la légitimité et la crédibilité des élus.S\u2019il est quasi impossible de déterminer en ce début d\u2019automne 2013 quels seront les modalités et l\u2019échéancier de la sortie de crise, il n\u2019en reste pas moins que plusieurs observateurs souhaitent que les résultats des élections municipales de novembre contribuent à un assainissement de la gouvernance et à une revalorisation de la classe politique.Dans les circonstances, à quoi peut-on s\u2019attendre dans le cas de Montréal ?Ces lignes ont été écrites au moment où débutait officiellement la campagne électorale montréalaise.Il coulera en conséquence beaucoup d\u2019eau sous les ponts de l\u2019île d\u2019ici le 3 novembre prochain.Quant aux candidats à la mairie, ils ne manqueront pas de submerger les citoyens électeurs sous une pléthore d\u2019engagements.Que peut-on, en la circonstance, dégager des événements des dernières semaines qui ait quelque pertinence en regard du scrutin municipal de novembre ?* Urbaniste émérite et professeur titulaire à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal. 14 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 S\u2019il est difficile de prédire combien d\u2019inscrits se présenteront dans les isoloirs, il faut reconnaître que l\u2019élection a suscité un intérêt certain du côté des aspirants maires, maires d\u2019arrondissement et conseillers municipaux.Dix candidats à la mairie, dont quatre sont à la tête de regroupements divers, et quelques centaines d\u2019aspirants aux postes de maire d\u2019arrondissement, de conseillers de ville et de conseillers d\u2019arrondissement se disputeront les 103 postes électifs à combler.Cet engouement n\u2019est toutefois pas d\u2019emblée garant d\u2019un renouveau que plusieurs analystes, commentateurs et citoyens appellent de leurs vœux.Si de nombreux candidats tâtent de la politique pour la première fois, bon nombre d\u2019autres sont des vétérans aguerris, quelques-uns en étant par ailleurs à leur deuxième, voire à leur troisième formation politique sur l\u2019échiquier local.Or, compte tenu des scandales qui ont entaché la vie municipale montréalaise au cours de la dernière décennie, invoquer l\u2019expérience n\u2019est pas nécessairement un atout.Il se pourrait même qu\u2019au lendemain de l\u2019élection de novembre, les injonctions à plus d\u2019intégrité formulées tout au long de la campagne ne constituent rien de moins que des rappels à plus de vigilance pour ceux et celles qui auraient assisté passivement - pour ne pas dire béatement - à la dérive des dernières années.Une campagne plus que jamais marquée par la conjoncture La campagne de l\u2019automne 2013 sera inévitablement marquée par la conjoncture.On voit mal en effet comment les candidats à la mairie et aux autres postes pourraient éviter certaines questions, dont au premier chef celle de l\u2019intégrité.D\u2019aucuns, à l\u2019instar de Denis Coderre, devront même vraisemblablement défendre des stratégies de recrutement de 15 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 candidats dont on pourrait soutenir qu\u2019elles laissent planer des doutes sur la profondeur des engagements en la matière.La congestion et le transport collectif, la remise en état des infrastructures et des équipements publics, la fuite des jeunes familles vers la banlieue et la gouvernance - en particulier les relations entre la ville-centre et les arrondissements -seront également incontournables dans la mesure où ces problématiques occupent le devant de la scène de manière récurrente et, notamment dans le cas du transport collectif et des infrastructures, grèvent les ressources financières de la municipalité.Déjà, les programmes des quatre « partis » en lice y font diversement allusion.Dans une large mesure, c\u2019est donc moins par le fond que par la forme qu\u2019on se distinguera.Le ton aura été donné par les positions adoptées par Richard Bergeron, Denis Coderre et Marcel Côté dans l\u2019édition du 23 septembre de la tribune inaugurée ce jour-là par La Presse et François Cardinal.Tous trois devaient se positionner sur le problème de la congestion.Alors que le chef de projet Montréal, Richard Bergeron, entendait adopter la position forte envers le gouvernement du Québec, le chef de l\u2019Équipe Denis Coderre soutenait qu\u2019il fallait intervenir sur tous les fronts - ce qui sous-tendait qu\u2019il fallait ménager la chèvre et le chou - ; quant à Marcel Côté, chef de la Coalition Montréal, il défend une position proche du précédent, à la différence qu\u2019il insiste sur une plus grande coordination des acteurs, dont, en particulier, les services municipaux.Maintenue à l\u2019écart de cette tribune, la chef du Groupe Mélanie Joly avait déjà fait valoir qu\u2019elle privilégiait le développement d\u2019un transport de surface moins coûteux que le tramway et des axes de desserte est-ouest.Rien ne permet de penser que les positions adoptées dans d\u2019autres dossiers s\u2019éloigneront des présentes, dans la L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 mesure où tous quatre ont à plusieurs reprises fait valoir le style de gouvernance qu\u2019ils espéraient mettre en place et que cette ligne de conduite a dicté cette première prise de position.De ce point de vue, s\u2019il n\u2019y a guère lieu de s\u2019étonner du style 140 caractères de Denis Coderre, que ce soit en matière d\u2019environnement - « Je tire la plogue de l\u2019usine de compostage » - ou de transport - « Le tramway, on oublie ça.L\u2019argent ne pousse pas dans les arbres » -, on est en droit de s\u2019inquiéter quant à la manière dont seraient menés les réflexions et les débats dans les grands dossiers auxquels s\u2019attaquerait une administration dirigée par ce dernier.En raison de sa connaissance des instances et des rouages administratifs, de sa formation en urbanisme, de son intérêt pour les questions de mobilité et de transport et des réalisations portées au compte de son parti dans les arrondissements Le Plateau-Mont-Royal et Rosemont-La-Petite-Patrie, le chef de Projet Montréal possède certes une longueur d\u2019avance sur ses adversaires lorsqu\u2019il est question de substance.Les compétences « politiciennes » du chef de l\u2019Équipe Denis Coderre en font toutefois un adversaire redoutable qui ne manquera pas d\u2019exploiter le moindre faux pas du premier.Quant au chef de la Coalition Montréal, Marcel Côté, il tentera d\u2019imposer la figure du sage, particulièrement à l\u2019encontre du fougueux Bergeron, qui traîne toujours le boulet de ses déclarations intempestives passées contre l\u2019automobile.Réduire un projet de ville, particulièrement quand il s\u2019agit d\u2019une métropole, à une gestion des affaires courantes en bon père de famille n\u2019a toutefois rien de très emballant.Il faudra trouver mieux pour vaincre la morosité dans laquelle plusieurs ont sombré.Pour leur part, Mélanie Joly et son équipe font un apprentissage qui, s\u2019il ne solde pas par des gains tangibles le 3 novembre prochain, pourrait s\u2019avérer profitable en 2017, au moment où Montréal fêtera son 375e anniversaire de fondation. 17 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Le gouvernement du Québec s\u2019invite dans la campagne Le gouvernement du Québec, qui fait la plupart du temps la sourde oreille aux demandes montréalaises, s\u2019est invité dans la présente campagne, avant même qu\u2019elle ne soit officiellement lancée.En effet, le 29 août dernier, le ministre du Développement durable, de l\u2019Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet, a annoncé qu'il n'appuierait pas le projet du centre de compostage de Saint-Michel.Puis, le 20 septembre, le ministre des Affaires municipales, des régions et de l\u2019Occupation du territoire, ainsi que des Transports, Sylvain Gaudreault, annonçait la mise en place d'un bureau de projet qui aura le mandat d'évaluer les coûts, l\u2019échéancier, ainsi que les modes de réalisation et de financement, du prolongement de la ligne de métro bleue en direction est.Quelques jours plus tard, le ministre, accompagné de quelques collègues, engageait, au nom de son gouvernement, 84 millions de dollars pour l\u2019ajout de quelque 200 km de voies réservées aux autobus et destinées à décongestionner le réseau routier métropolitain.Le gouvernement du Québec n\u2019est évidemment pas seul à s\u2019inviter dans la campagne électorale.Les acteurs de la culture, les organismes préoccupés par les problèmes sociaux et les policiers - à la faveur d\u2019un sondage commandé par leur fraternité et portant notamment sur la perception de la sécurité dans la ville - ont également interpellé les candidats à la mairie.Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019on est en droit de s\u2019interroger sur le « timing » de ces interventions de Québec.Admettons que cela n\u2019aurait rien à voir avec des élections québécoises prochaines ou avec le prolongement de l\u2019autoroute A19 en direction de la couronne nord, prolongement dont on souhaiterait cacher l\u2019incohérence en annon- L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 çant des investissements en transport collectif.On reste malgré tout indisposé par cette manifestation supplémentaire de cette culture de l\u2019infantilisation du monde municipal dont on est incapable de se dépêtrer à Québec, alors même qu\u2019on demande aux municipalités de faire preuve d\u2019une plus grande responsabilité.On aurait voulu mettre fin au débat sur le tramway montréalais qu\u2019on ne se s\u2019y serait pas pris autrement, comme si les Montréalais - élus, acteurs de la société civile et citoyens confondus - étaient incapables de faire des choix éclairés.On pourra certes invoquer l\u2019implication financière de Québec ; il n\u2019en reste pas moins que le moment choisi est intrigant.Pendant ce temps, en matière de gouvernance métropolitaine.Maire de Montréal ou président de la Communauté métropolitaine ?En entrevue à l'émission C'est pas trop tôt sur ICI Radio-Canada Première, le 23 septembre dernier, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, s\u2019est porté à la défense de Montréal face aux banlieues de la région métropolitaine.Ce faisant, il a révélé la situation paradoxale des élus de la Communauté métropolitaine qui, bien que redevables aux citoyens qui les ont élus, doivent siéger sur le conseil d\u2019une instance qui échappe au contrôle direct des électeurs - notamment du point de vue de la fiscalité et des choix budgétaires - et dont les décisions pourraient aller à l\u2019encontre des intérêts de leurs commettants.Il est donc difficile de reprocher au chef de Projet Montréal de donner la priorité à ses électeurs, d\u2019autant que les autres élus des quelque 80 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal en font tout autant, sans nécessairement le crier sur tous les toits. 19 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Mais, venant d\u2019un candidat à la mairie de Montréal, cette déclaration pose un problème particulier dans la mesure où s\u2019il est élu, il accédera d\u2019office au poste de président du conseil de la Communauté métropolitaine.On peut aisément imaginer le climat qui pourrait régner à la table de celui-ci advenant que ce scénario se concrétise.L\u2019antagonisme ville-centre/banlieues En « antagonisant » la ville-centre et ses les banlieues, Richard Bergeron a révélé une autre caractéristique en apparence paradoxale de la dynamique des grandes régions métropolitaines.En effet, alors que les métropoles occupent une place prépondérante dans l\u2019organisation des établissements humains, elles semblent soumises à des processus internes de fragmentation difficiles à contrecarrer.Cela est attribuable pour une bonne part à la distribution géographique de la croissance démographique qui se déploie de plus en plus à distance du centre et au poids démographique relatif des banlieues, qui dépasse désormais, dans beaucoup de métropoles - c\u2019est le cas à Montréal -, celui des villes-centres.Pas étonnant, dans les circonstances, qu\u2019on entende davantage parler d\u2019elles, d\u2019autant qu\u2019elles ont acquis un poids politique considérable lors des élections aux paliers supérieurs de gouvernement, comme c\u2019est le cas depuis plusieurs années au Québec.Mais cette fragmentation est aussi attribuable à l\u2019autonomie croissante des banlieues, qui ne sont plus les dortoirs des premières décennies d\u2019après-guerre.Il est désormais possible de naître, d\u2019être scolarisé, de fréquenter cégep et université, de magasiner, d\u2019être soigné, de travailler, d\u2019élever ses enfants, de pratiquer un grand nombre d\u2019activités sportives et culturelles et de prendre une douce retraite en banlieue. 20 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Il n\u2019y a, pour s\u2019en convaincre, qu\u2019à considérer le nombre d\u2019équipements scolaires, sportifs, culturels et commerciaux mis en place au cours des deux dernières décennies dans les couronnes métropolitaines.Cette dynamique explique incidemment le grand nombre de villes-centres étatsuniennes qui connaissent un déclin démographique et économique inquiétant, Détroit en constituant la version la plus radicale.Certes, Montréal est dans une position plus enviable, ne serait-ce qu\u2019en raison de la vitalité de la vocation résidentielle des quartiers centraux.Il n\u2019en reste pas moins que certains acquis pourraient être fragilisés dans les prochaines années, comme le suggère l\u2019évolution récente de la fréquentation de plusieurs équipements culturels de la ville-centre et l\u2019essor que connaissent plusieurs destinations culturelles et commerciales de la banlieue.La nécessité d\u2019être attentif à ce qui se passe en banlieue On peut facilement supposer qu\u2019à la suite de cette prise de position du chef de Projet Montréal, une certaine prudence imposera une plus grande discrétion aux autres candidats à la mairie montréalaise.Il n\u2019en reste pas moins que cette dynamique métropolitaine - y compris en ce qui concerne le rôle qu\u2019aura à jouer le maire de Montréal - incite à être attentif à ce qui se passera à l\u2019extérieur de Montréal, notamment à Laval, où s\u2019est effondré un système qui aura permis au maire de cette ville d\u2019en mener large dans sa baronnie tout autant qu\u2019à l\u2019échelle métropolitaine - on rappellera le dossier du prolongement du métro.Mais également à Terrebonne et à Mascouche - une autre ville affectée par des scandales politiques -, où les résultats des élections pourraient favoriser la relance du projet de fusion mis de l\u2019avant il y a quelques années, fusion qui ferait passer cette ville du 21 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 10e au 6e rang (ex aequo avec Sherbrooke) des municipalités les plus populeuses du Québec.Ou encore à Sorel-Tracy, Saint-Hyacinthe ou Saint-Jean-sur-Richelieu, où des projets de trains de banlieue confirment une insertion fonctionnelle dans l\u2019aire métropolitaine sans que ne soit envisagée une inclusion dans la Communauté métropolitaine, le précédent de Saint-Jérôme étant évoqué pour éviter un tel rattachement administratif.Ou, plus simplement, dans plusieurs municipalités du 450, dont les maires, à l\u2019instar d\u2019Hubert Meilleur, qui tirera sa révérence après plus de 25 ans à la mairie de Mirabel, défendent leurs villes comme si elles ne devaient rien à une appartenance métropolitaine.Rêver Montréal Les candidats à la mairie et aux autres postes électifs, qu\u2019ils soient de Montréal ou des autres municipalités de la région, n\u2019ont toutefois pas le monopole de la définition de l\u2019avenir de la métropole.Il faut même reconnaître que les régions métropolitaines qui s\u2019en tirent le mieux sont celles où se mobilisent les acteurs de la société civile et où les complicités se nouent entre les administrations publiques et ces acteurs.À cet égard, le livre de François Cardinal Rêver Montréal, opportunément lancé peu de temps avant le début officiel de la campagne électorale, montre à quel point les aspirations, les idées, les projets et les réalisations dont sont porteurs les Montréalais contrastent avec ce qui a été le pain et le beurre de la dernière administration municipale.Mais, pour que le Montréal rêvé devienne réalité, il faut une direction éclairée qui ne saurait être réductible aux habiletés à épater la galerie, à resserrer les règles de gestion ou à imposer un point de vue sous prétexte qu\u2019il est le seul recevable.Je dois avouer qu\u2019au moment d\u2019écrire ces lignes, je reste en ce domaine sur ma faim. 22 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Par ailleurs, l\u2019administration courante et le développement à moyen et à long termes d\u2019une métropole ne sauraient se concevoir sans l\u2019appui d\u2019une fonction publique de qualité.Il importe donc de connaître la nature et les modalités du rapport entre élus et fonctionnaires qu\u2019entendent favoriser les candidats à la mairie.Quid des services professionnels municipaux?Au Québec comme un peu partout dans les pays développés, les dernières années ont été difficiles pour la fonction publique.Montréal n\u2019y a pas échappé.D\u2019autant que les réorganisations administratives réalisées dans le contexte du cafouillage des fusions-défusions ont plombé le fonctionnement de l\u2019appareil municipal.Mauvaise définition du partage des responsabilités, restructurations successives et relégation de la mission de certains services - notamment l\u2019urbanisme - au rôle de faire-valoir ont contribué à l\u2019érosion de compétences indispensables à une saine administration.À la lumière des révélations faites dans le cadre des travaux de la commission Charbonneau, on est en droit de s\u2019étonner qu\u2019on ait jusqu\u2019à présent, dans la campagne électorale ou dans les programmes des partis, fait si peu de cas de cette érosion.Certes, il est question de révolution tranquille de la gestion municipale, de révolution numérique, de transparence totale de coordination interservices.Il faut toutefois reconnaître que tous ces engagements pourraient être remplis sans que ne soit formellement revalorisés la fonction publique en général et le travail des professionnels en particulier.Mais il est une autre menace qui plane sur l\u2019avenir de ces services.C\u2019est celle de l\u2019explosion du coût des régimes de retraite.Or il serait extrêmement déplorable que le débat inévitable sur les fonds de pension des employés de la ville de Montréal 23 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 et de ses arrondissements - problème dont on a au demeurant évité de parler au moment d\u2019écrire ces lignes - relègue aux calendes grecques le chantier de l\u2019indispensable revalorisation des services professionnels municipaux.Il y a toutefois fort à craindre qu\u2019on s\u2019abstienne d\u2019y voir un enjeu de premier plan, tellement la fonction publique a mauvaise presse.Une campagne d\u2019image ou de contenu ?En politique municipale, il est de nos jours difficile d\u2019échapper à la dictature de l\u2019image, d\u2019autant que le maire est élu au suffrage universel et doit donc courtiser en peu de temps l\u2019ensemble de l\u2019électorat.On doit ici se réjouir de ce que plusieurs tribunes aient été et soient offertes aux quatre principaux candidats afin qu\u2019ils exposent les positions de leurs partis en regard de différents enjeux et défis.Tout se passe comme si les Montréalais souhaitent vraiment savoir de quoi il en retournera avant de faire un choix.Ou du moins comme si plusieurs acteurs de la société civile et responsables de médias entendaient ne pas laisser aux seuls aspirants maires la responsabilité de la fixation de l\u2019ordre du jour de la campagne électorale.Le danger est évidemment grand que l\u2019exercice se traduise, à la faveur d\u2019un opportunisme politique, en un clientélisme débridé, chacun trouvant au terme de l\u2019exercice ce qu\u2019il recherchait.D\u2019où l\u2019importance d\u2019apporter une attention particulière aux programmes des partis et au positionnement de l\u2019ensemble des candidats de chacun des arrondissements.Tout en n\u2019oubliant pas que la ville de Montréal n\u2019est pas réductible à la somme de ses arrondissements.Et que son maire reste un personnage clé, comme l\u2019a malheureusement montré en n\u2019étant pas la hauteur le précédent magistrat.? 24 ARTICLES Sam Haroun* POUR UNE APPROCHE CONSENSUELLE DES RAPPORTS ENTRE L'ÉTAT ET LA RELIGION La fuite concernant la Charte des valeurs québécoises et les réactions épidermiques qu\u2019elle a suscitées ont fait l\u2019effet d\u2019un lâcher d\u2019éléphants dans un magasin de porcelaines.Cette question mériterait plutôt qu\u2019on l\u2019aborde avec prudence et sérénité : en matière de religion, une phrase mal tournée, une virgule mal placée, et très vite, les esprits s\u2019échauffent et le débat s\u2019emballe.Pourtant il y a moyen d\u2019aboutir à un consensus à condition de distinguer ce qui est nécessaire (nécessité fait loi, dit l\u2019adage) de ce qui relève des idées préconçues et des préjugés intempestifs.On n\u2019a pas besoin d\u2019une Charte des valeurs québécoises qui ferait double emploi avec l\u2019actuelle Charte québécoise des droits et des libertés.Celle-ci, bien conçue et bien rédigée, répond parfaitement à la définition d\u2019une charte, à savoir un énoncé de principes irréfutables, qui ne prête pas le flanc à la controverse.Au demeurant, cette obsession d\u2019une charte, par son caractère emphatique et intransigeant, risque de heurter les sensibilités enclines à plus de nuances et plus de retenue.Enfin, dans la Constitution américaine, il a suffi d\u2019une phrase dans le First Amendment introduite par Jefferson pour inscrire dans le marbre la séparation de l\u2019État et de la religion.* Auteur 25 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Il y a trois façons d\u2019aborder cette question au Québec, toutes trois démocratiques, toutes trois répondant à des sensibilités différentes, mais animées d\u2019un même esprit de reconnaissance : 1.\tune approche frontale qui conduirait à une politique de combat ; 2.\tune approche accommodante qui conduirait à une politique de compromis ; 3.\tune approche pragmatique qui conduirait à une politique de consensus.L\u2019approche frontale Elle consiste à reléguer totalement la religion dans l\u2019espace privé et à lui interdire toute manifestation dans l\u2019espace public.Comme les jardins de Versailles, elle a la beauté, mais aussi la brutalité des figures de géométrie.Son abrupte logique heurte l\u2019esprit libéral et pragmatique des Nord-Américains, très pointilleux dès qu\u2019il s\u2019agit de la liberté de religion : « We began with freedom », disait Emerson.Issue des idéaux de la Révolution française, elle en exprime toute la modernité, mais aussi tous les excès.Résultat de la lutte terrible entre la République et l\u2019Église durant le XIXe siècle, elle en porte tous les stigmates.Sans compter que le vieux fond catholique ultramontain des Québécois éprouve quelque méfiance à l\u2019égard d\u2019une politique inspirée de la lutte dix fois séculaire contre le catholicisme d\u2019État ! Malgré quelques frictions, elle fait aujourd\u2019hui consensus en France.Mais ce qui est bon là-bas n\u2019est pas nécessairement bon ici : vérité au-deçà, erreur au-delà, disait Pascal. 26 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 L\u2019approche accommodante Cette approche privilégie l\u2019arrangement avec les « ethno-cultures » qui composent la société québécoise.Appelée aussi Interculturalisme et défendue par MM.Bouchard et Taylor, éminents universitaires, elle pèche toutefois par son caractère complaisant et son incompatibilité avec la logique citoyenne qui privilégie, elle, les libertés de l\u2019individu dans l\u2019acception la plus élevée de la notion de liberté : liberté n\u2019est pas licence, mais exigence, mais responsabilité civique ! Elle prétend être laïque, mais elle ne retient de ce concept que le mot, lui assignant des qualificatifs (ouverte, inclusive.) qui l\u2019émasculent et le rendent inopérant.Elle prêche l\u2019accommodement, et dans le rapport Bouchard-Taylor, le mot compromis revient comme une ritournelle.Le compromis implique la négociation et donc la négociation avec une vingtaine de religions reconnues par l\u2019ONU.Comment négocie-t-on avec Dieu ?L\u2019exemple le plus significatif de ce type d\u2019arrangement est la proposition qui permet aux agents de l\u2019État de porter des signes religieux, mais l\u2019interdit aux juges, aux policiers et aux gardiens de prison sous prétexte que ceux-ci sont détenteurs de l\u2019autorité publique.Outre que le critère d\u2019autorité est de nature subjective (qui a l\u2019autorité de juger de l\u2019autorité des autres ?), la notion d\u2019autorité ne se trouve dans aucun texte de loi ni dans aucune charte.Aussi cette proposition est doublement discriminatoire : il y a discrimination administrative évidente puisque des agents de l\u2019État ont un droit que d\u2019autres n\u2019ont pas ; il y a aussi discrimination à l\u2019encontre des femmes puisque la plupart des juges, des policiers et des gardiens de prison sont des hommes et que la plupart des membres des personnels enseignants et infirmiers sont des femmes.Doit-on comprendre que les postes 27 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 majoritairement occupés par des hommes représentent l\u2019autorité publique alors que les postes majoritairement occupés par des femmes n\u2019ont qu\u2019une portée réduite et subalterne ?C\u2019est une approche dont les prétentions ne sont pas à la mesure de l\u2019enjeu : on est dans le Oui, mais le cas par cas, le peut-être, dans l\u2019éventualité de.On a l\u2019impression d\u2019un bricolage destiné à plaire à tout le monde et à son père.En réalité, on ne résout rien, on fait du sur-place puisque les accommodements religieux sont à l\u2019origine du malaise et qu\u2019ils demeurent au coeur de l\u2019interculturalisme.Comme pour un costume, on ne confectionne pas une politique relative à la religion à partir de retailles de tissus mal assortis.L\u2019approche pragmatique Elle a pour elle d\u2019être conséquente avec le principe de la séparation de l\u2019État et de la religion tout en prenant en compte les mentalités libérales nord-américaines.Tout d\u2019abord, la séparation de l\u2019État et de la religion est un concept familier à nos institutions : la pensée libérale issue de Locke et de Montesquieu s\u2019est traduite dans l\u2019inscription du principe de la séparation dans la Constitution américaine et dans la jurisprudence canadienne depuis la loi des rectories de 1852 (l\u2019Église anglicane n\u2019est plus l\u2019Église officielle du Canada).Ensuite, séparer l\u2019État et la religion a une signification précise et ne prête pas à controverse.Enfin, cette approche se veut reconnaissance de la liberté de conscience et de l\u2019égalité de tous devant la loi.Une fois inscrite dans la Charte québécoise des droits et des libertés, elle déterminera les politiques à instaurer en matière de jours fériés, de signes religieux, etc.Commençons par l\u2019exemple des congés religieux.Il y a, au Québec, une douzaine de fêtes légales (Noël, Pâques, Fête 28 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 nationale.), c\u2019est-à-dire établies par la loi, applicables par tous et que personne ne remet en cause.Il y a aussi, grâce à une loi fédérale, des congés autorisés aux orthodoxes, aux juifs et aux uniates, et par des individus de religions diverses (islam, hindouisme.) dont les membres sont en droit de réclamer des congés particuliers liés à leurs croyances.Ce qui crée une distorsion entre les chrétiens, les athées et les agnostiques d\u2019une part, et les adeptes d\u2019autres credo qui bénéficient d\u2019une journée supplémentaire de congé.Dans l\u2019esprit de la reconnaissance de la liberté de conscience (qui inclut les athées et les agnostiques) et de l\u2019égalité de tous devant la loi, l\u2019Assemblée nationale accordera une journée de congé à tous les Québécois, journée de leur choix, à condition de prévenir leurs lieux de travail quelque temps à l\u2019avance (certaines conventions collectives prévoient d\u2019ailleurs des journées « affaires personnelles »).Quant aux signes religieux, dans un souci de neutralité puisque l\u2019État est séparé de la religion, on modifiera les articles 10 et 11 de la Loi sur la fonction publique pour ajouter la neutralité religieuse à la neutralité politique.Bien entendu, cela s\u2019appliquera uniquement aux agents de l\u2019État.Ni les usagers ni les employés des établissements privés scolaires, universitaires, hospitaliers ou autres n\u2019y seront astreints : les établissements privés ainsi que les municipalités définiront leurs propres politiques en la matière.M.Perez, maire de l\u2019arrondissement de Côte-des-Neiges, veut garder sa kippa.Qu\u2019il se rassure : aucun fonctionnaire, fut-il le plus élevé dans la hiérarchie, n\u2019a le droit ni le pouvoir d\u2019imposer quoi que ce soit à un élu.Seul l\u2019électorat peut sanctionner un élu puisqu\u2019il en émane.Quitte à nous répéter, en matière de rapports entre l\u2019État et la religion, l\u2019impératif de toute politique doit être la recherche d\u2019un consensus.Il y a un consensus au Québec (et dans 29 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 toute l\u2019Amérique du Nord) sur le principe de la séparation de l\u2019État et de la religion.Dès lors, pourquoi ne pas l\u2019inscrire dans la Charte québécoise des droits et des libertés ?Adossé à la jurisprudence canadienne et gravé dans le sceau de la Loi fondamentale du Québec, ce principe sera pris en compte par les tribunaux avec rigueur et sérieux.Le Québec est un État de droit.En matière d\u2019institutions politiques qui lui sont propres, seule l\u2019Assemblée nationale est habilitée à légiférer.Mais le Québec est aussi un État fédéré assujetti à la Charte canadienne des droits et des libertés quoiqu\u2019il n\u2019y ait pas adhéré.Les dispositions de la Charte québécoise peuvent être contestées devant les cours fédérales de justice.Et elles le seront sans doute ! Toutefois, si le principe de la séparation de l\u2019État et de la religion est inscrit dans la Charte québécoise, le Québec sera mieux à même de défendre sa cause d\u2019autant plus que la séparation de l\u2019État et de la religion fait partie de la jurisprudence canadienne.Finalement, la Charte canadienne offre à toute province le droit de recourir à la disposition de dérogation en cas de désaccord entre les deux juridictions.Donc, si même une Charte imposée offre le recours du « Nonobstant.», eh bien, nonobstons ! L\u2019enjeu en vaut la peine ! ? 30 ARTICLES Danic Parenteau* LAÏCITÉ RÉPUBLICAINE ET SÉCULARISME LIBÉRAL AU QUÉBEC** Le Québec est actuellement secoué par un débat animé sur le projet de Charte des valeurs québécoises.Mal parti avant même que ce projet n\u2019ait été déposé à l\u2019Assemblée nationale - on se souvient de la sortie toute en subtilité du philosophe commissaire Charles Taylor pour qui ce projet serait digne des politiques de Poutine en Russie ; rien de moins ! - , ce débat semble encore malheureusement mal engagé.Les positions des uns, opposants à ce projet, et des autres, partisans de celui-ci, m\u2019apparaissent toutes deux, à leur façon, reposer sur des bases fragiles, lesquelles ne favorisent assurément pas un débat sain et par ailleurs parfaitement légitime pour toute société démocratique.Du côté des opposants, parmi lesquels on retrouve un très grand nombre de tenants du multiculturalisme canadien et, paradoxalement, plusieurs conservateurs religieux1, on trouve un discours qui néglige de voir que cette proposition * Professeur au Collège militaire royal de Saint-Jean.** Le présent texte est tiré d'un essai politique à paraître au début de l'an prochain chez un éditeur montréalais.1 C'est peut-être l'un des plus grands paradoxes auquel conduit le multiculturalisme canadien.Ainsi, avons-nous pu voir par le passé ces mêmes multiculturalistes, défendre par exemple en Ontario le projet de création de tribunaux fondés sur la charia, et ce, au nom des sacro-saints droits individuels. 31 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 de charte s\u2019inscrit dans le parcours historique singulier du peuple québécois.On semble incapables de saisir cette initiative dans la perspective du rapport singulier que les Québécois entretiennent avec la foi en général, et avec la religion catholique en particulier, depuis la Révolution tranquille.C\u2019est un peu comme si, aux yeux de ces critiques, les sociétés québécoise et canadienne étant à quelques nuances près identiques, il serait donc naturel, et si simple, d\u2019appliquer ici le modèle de rapport au fait religieux qui existe là-bas - un modèle qui fait vraisemblablement consensus parmi les Canadiens, puisqu\u2019il ne suscite en effet que très peu de débats.Pourquoi tant de chicanes et de divisions inutiles ?Or, négliger cet aspect du rapport singulier des Québécois avec la religion rend très difficile de bien saisir le véritable sens de cette proposition de Charte des valeurs québécoise.Mais de l\u2019autre côté, chez une bonne partie de ceux qui soutiennent ce projet de charte, ou du moins qui partagent son esprit - puisque même si on en approuve l\u2019esprit, on peut néanmoins avoir quelques réserves vis-à-vis certaines de ses dispositions -, on remarque une position argumentative aux assises conceptuelles fragiles.Le discours de nombreux partisans témoigne de l\u2019absence de distinction claire entre deux modèles de séparation de l\u2019Église et de l\u2019État, distinction pourtant essentielle pour saisir avec toute la profondeur nécessaire le principe de laïcité dont s\u2019inspire cette charte.En fait, de nombreux partisans de cette charte semblent continuer de mal assumer leur « républicanisme », modèle général de régime et de société auquel précisément se rattache ce principe de laïcité.On semble difficilement capable de justifier en quoi ce principe se distingue du modèle de séparation de l\u2019Église et de l\u2019État qui existe dans la majorité des pays anglo-saxons, à savoir le « sécularisme » libéral.Or, sans une telle distinction, il est bien difficile de bien appré- 32 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 cier toute la pertinence de ce projet de Charte, mais aussi de bien défendre celui-ci face à ceux qui le critiquent.Ainsi, s\u2019imposent selon moi quelques clarifications conceptuelles afin de pouvoir apprécier avec toute sa justesse ce projet de Charte des valeurs québécoises, laquelle s\u2019inscrit en effet parfaitement dans l\u2019histoire du rapport des Québécois avec la religion et apparaît également conforme à des valeurs bien ancrées dans l\u2019imaginaire collectif des Québécois, lesquelles pointent bien en direction d\u2019un certain républicanisme.La Révolution tranquille et la place de la religion dans l\u2019espace public Le rapport que les Québécois entretiennent avec la religion en général, aussi bien avec la foi catholique majoritaire qu\u2019avec toutes les autres religions minoritaires, dont celles des nouveaux arrivants, est le produit de leur histoire.Ce rapport doit beaucoup à la manière dont ils se sont affranchis de l\u2019influence de l\u2019Église au cours de la Révolution tranquille.Le processus de déconfessionnalisation accéléré auquel on a assisté dans les années 1960-1970 a laissé d\u2019importantes traces dans l\u2019imaginaire collectif des Québécois.Ces derniers ont aujourd\u2019hui un rapport à la religion, notamment quant à sa place dans l\u2019espace public, qui tend vers le principe républicain de « laïcité ».Même si ce principe universel n\u2019a jamais jusqu\u2019ici fait l\u2019objet d\u2019une adoption officielle au Québec, que ce soit sous la forme d\u2019une loi de l\u2019Assemblée nationale ou d\u2019une politique, et qu\u2019il est encore mal assumé par les Québécois eux-mêmes, ce dernier n\u2019en demeure pas moins enraciné dans l\u2019imaginaire collectif québécois.Si bien que dans leur rapport avec la religion, les Québécois se distinguent des Canadiens par une approche plus républicaine. 33 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Au cours des années 1960-1970, la société québécoise a été entraînée sur le chemin d\u2019une déconfessionnalisation rapide et globale de ses institutions.Cette période a en effet été marquée par un effacement important de la religion dans l\u2019espace public et une perte importante de l\u2019influence de cette institution qui jouissait jusque-là, et ce, depuis au moins la révolte des Patriotes, d\u2019un pouvoir considérable sur la société, soit l\u2019Église catholique.En vérité, peu de peuples en Occident, ou ailleurs dans le monde ont connu dans leur histoire une rupture aussi abrupte avec la religion - à l\u2019exception peut-être des peuples qui ont vécu des révolutions politiques, notamment communistes, comme en Russie après octobre 1917 ou à Cuba après 1959.Pour donner une idée de l\u2019ampleur de ce processus, il suffit de rappeler quelques faits.Par exemple, en 1961, à Montréal, le taux de fréquentation des Églises se situait à 61 %, alors qu\u2019il tombe à 30 % en 1971, et seulement à 15 % chez les jeunes.L\u2019Église catholique elle-même perd des effectifs importants à cette époque : de quelque 2000 prêtres ordonnés au Québec en 1947, on tombe à 80 en 1970.En 1961, on compte environ 45 000 religieuses et 8 000 prêtres au Québec.Vingt ans plus tard, on n\u2019en compte plus que 28 000 et 4000.À la même époque, les appellations de nombreuses organisations, notamment syndicales, se laïcisent et la référence au catholicisme tend à être abandonnée.Ainsi, la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN) en 1960 ; la Corporation des instituteurs catholiques se transforme en Centrale des enseignants du Québec (CEQ) en 1967.Au début des années 1970, l\u2019Union catholique des cultivateurs (UCC) devient l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA).Enfin, l\u2019Église va également perdre le contrôle qu\u2019elle exerçait jusque-là sur des domaines clefs de la société par la suite du développement de l\u2019État au Québec.Le domaine de la santé en est un exemple, alors que le Gouvernement 34 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 du Québec met sur pied en 1969 la Régie de l\u2019assurance maladie du Québec et crée l\u2019année suivante le ministère des Affaires sociales en fusionnant les ministères de la Famille et du Bien-être avec celui de la Santé.L\u2019Église perd également son influence dans le domaine de l\u2019éducation, alors qu\u2019est créé en 1964 le ministère de l\u2019Éducation du Québec et que, trois ans plus tard, les cégeps viennent remplacer le cours classique.La religion a longtemps été le ciment de l\u2019identité canadienne-française.Les Canadiens français ont en effet longtemps entretenu l\u2019idée qu\u2019ils étaient portés par une mission civilisatrice, soit celle de défendre et de propager la foi catholique en Amérique du Nord, une idée évidemment savamment nourrie par l\u2019Église catholique à l\u2019époque.En fait, l\u2019élément de la foi catholique a longtemps été le principal élément identitaire des Canadiens français, et ce avant même la langue française ; une chose peut-être difficile à imaginer pour nous contemporains, tant la langue est aujourd\u2019hui au cœur de l\u2019identité québécoise.Or, au cours de cette métamorphose qui a mené les Canadiens français du Québec à se faire Québécois durant les années 1960, cet élément identitaire religieux a presque complètement été abandonné.Même si les Québécois continuent en grand nombre de nos jours de se déclarer catholiques, la pratique de cette religion est en réalité de plus en plus discrète, de plus en plus réservée au domaine privé.La religion n\u2019a pas disparu au Québec, puisqu\u2019elle reste bien présente dans la vie de nombreux citoyens et occupe une place capitale dans notre patrimoine culturel et historique - sa présence est par exemple indéniable dans l\u2019héritage architectural religieux au Québec, et elle occupe toujours une place importante dans notre imaginaire collectif, lequel est encore fortement imprégné des valeurs judéo-chrétiennes.Toutefois, la religion catholique ne constitue plus un élément identitaire du Québec. 35 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Ainsi, d\u2019une société marquée par l\u2019omniprésence ou l\u2019omni-puissance de l\u2019Église catholique et du fait religieux dans tous les aspects de la vie sociale - d\u2019une « priest ridden society », comme le disaient à l\u2019époque les observateurs canadiens -, le Québec a-t-il rapidement évolué dans les années 1960 vers l\u2019une des sociétés les plus sécularisées en Occident, sinon au monde.Il suffit de voyager aux États-Unis, où les discours des politiciens se terminent presque toujours par cette formule devenue classique « God bless America », où certains prédicateurs religieux occupent une place importante dans l\u2019espace médiatique et où les églises continuent d\u2019accueillir en très grands nombres les croyants, pour mesurer à quel point la religion a quasiment disparu de l\u2019espace public au Québec.De même, en Europe, y compris dans des pays aux traditions séculières pourtant bien ancrées dans les moeurs comme en France, où on continue de souligner quotidiennement au téléjournal le nom des saints du jour (le 14 août, la Saint-Évrard, le 13 septembre, la Saint-Aimé, le 14 mai, la Saint-Matthias, etc.) et où à côté du Lundi de Pâques et de Noël, l\u2019Ascension, la Pentecôte, l\u2019Assomption et la Toussaint sont également reconnues comme des jours fériés, pour voir combien la religion occupe une place effacée au Québec2.Or, cette rupture avec l\u2019Église, cette mise à l\u2019écart de la religion de l\u2019espace public continue d\u2019être perçue dans l\u2019imaginaire collectif québécois comme l\u2019un des principaux acquis de la Révolution tranquille.En effet, ce processus a été au cœur de la dynamique générale d\u2019émancipation collective sur laquelle débouchèrent ces années de profonds bouleversements sociaux.Une majorité de Québécois, y compris bon nombre de ceux chez qui la foi, catholique ou autre, occupe une place 2 Par ailleurs, de nombreux commentateurs déplorent toutefois que cette perte du religieux se soit malheureusement accompagnée par une perte du spirituel ou plus largement d'une perte de sens, qu'aucun grand discours ne semble avoir réussi jusqu'ici à remplacer. 36 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 importante dans leur vie, ne voudraient pas d\u2019un retour à l\u2019univers religieux et social qui prévalait au Québec avant les années 1960.Si la foi a cessé d\u2019être un élément central de l\u2019identité des Québécois, ceux-ci continuent de se distinguer des Canadiens et des États-Uniens dans leur rapport à la religion, puisqu\u2019en cette matière, leur pratique s\u2019inspire davantage de la laïcité républicaine que du sécularisme libéral.Laïcité républicaine et sécularisme libéral La laïcité républicaine et le sécularisme libéral sont les deux principaux modèles d\u2019aménagement du religieux par rapport au politique à la suite du processus général de déconfessionnalisation qui a touché toutes les sociétés occidentales à partir de la Renaissance.Ils représentent encore de nos jours les deux principaux modèles d\u2019aménagement de la foi dans l\u2019espace public.En Antiquité et au Moyen-âge, les sociétés occidentales étaient encore entièrement pénétrées du religieux, dans la mesure où la foi et les croyances -souvent accompagnées de mythes - influençaient toutes les sphères de la vie.Les monarques tiraient leur légitimité de la « grâce de Dieu3 », l\u2019enseignement public était entièrement conditionné par l\u2019apprentissage de la foi, la production culturelle tenait bien souvent à des impératifs religieux, etc.Si bien qu\u2019il n\u2019existait à cette époque aucune séparation claire entre les domaines relevant du politique ou de l\u2019État, et celui relevant de la religion ou de l\u2019Église.Le religieux débordait sur le politique et le politique recoupait la pratique religieuse4.L\u2019un des grands bouleversements qui vont mar- 3\tCette pratique perdure dans le système monarchique britannique où, comme les pièces de monnaies canadiennes le rappellent, la Reine Elisabeth II est considérée « Dei Gratia Regina » - soit « reine par la grâce de Dieu ».4\tOn peut également souligner qu'à la même époque, les domaines culturels et religieux ne s'affichaient pas encore comme des domaines autonomes. 37 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 quer l\u2019époque moderne en Occident a été cette séparation de l\u2019Église et de l\u2019État.Or, même s\u2019ils servent aujourd\u2019hui à désigner des modèles universels, au sens où l\u2019on peut trouver des exemples de ces modèles un peu partout sur la planète, la laïcité républicaine et le sécularisme libéral ont été forgés dans des expériences historiques et sociales particulières.Le modèle républicain de laïcité est d\u2019abord apparu en France au moment de la Révolution.Dès 1792, les révolutionnaires français vont adopter une politique de séparation radicale entre l\u2019Église et l\u2019État.Écarté au temps de la Restauration après la chute de Napoléon, ce modèle va à nouveau être imposé dans ce pays au moment de l\u2019adoption en 1905 de la Loi de séparation des Églises et de l\u2019État.Il sera finalement adopté comme politique officielle par la République française, qui l\u2019inscrira dans la constitution de 1958 (la Ve République)5.De son côté, le sécularisme libéral a surtout été forgé par l\u2019expérience des pays anglo-saxons, tels les États-Unis et le Canada, et dans une moindre mesure la Grande-Bretagne6.Même si, fidèle à la tradition du droit coutumier (« common law») qui prévaut dans ces pays, ce modèle n\u2019a jamais fait l\u2019objet d\u2019une codification dans une loi ou une politique officielle, l\u2019influence de ce dernier demeure bien tangible dans les jurisprudences et les pratiques sociales de ces pays.5\tFort de sa détermination française et de la faible influence dont jouit ce modèle dans les pays anglo-saxons, le terme « laïcité » n'existe tout simplement pas dans la langue anglaise, où il est habituellement traduit par « French secularism ».6\tLe cas des la Grande-Bretagne est particulier puisque la monarque britannique, Élizabeth II, est à la fois chef de l'État et chef de l'Église anglicane, Église officielle de ce pays.Ce qui est contraire au principe de séparation de l'Église et de l'État.Toutefois, en ces deux domaines, son rôle est essentiellement symbolique, en ce qu'elle n'intervient jamais ni dans les affaires politiques ni dans les affaires de la foi.Aussi, en pratique, c'est bien le principe du sécularisme libéral qui dicte le rapport entre le religieux et le politique dans ce pays. 38 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Issus respectivement de la France et des pays anglo-saxons, on retrouve cependant la trace de ces deux modèles dans de nombreux autres pays aujourd\u2019hui.Tandis que le principe de la laïcité est bien implanté en Turquie et dans une moindre mesure au Portugal, le sécularisme libéral fait sentir son influence en Allemagne et dans les pays scandinaves.En fait, ces deux modèles universels comprennent plusieurs variantes et se manifestent différemment en fonction des contextes dans lesquels ils ont évolué.Effectivement, l\u2019idéal de laïcité n\u2019est pas le même d\u2019un pays à l\u2019autre.De même, la pratique séculière libérale prend différentes couleurs en fonction des pays.Généralement toutefois, ces modèles reposent sur des idées maîtresses ou des logiques qui, sans être complètement incompatibles, demeurent très difficilement conciliables, notamment sur la question de la place à accorder à la religion dans l\u2019espace public.C\u2019est d\u2019ailleurs sous ce dernier aspect que les divergences entre les deux modèles apparaissent les plus visibles et précisément là que le Québec diffère le plus clairement du Canada ou des États-Unis par exemple.D\u2019un côté, le modèle républicain de laïcité stipule une séparation stricte entre le domaine de la religion et celui du politique.Concrètement, le domaine public étant celui sur lequel l\u2019État revendique son emprise - en tant que détenteur du pouvoir « temporel » - et le domaine privé étant davantage celui sur lequel l\u2019influence de l\u2019Église peut se faire sentir - cette institution agissant à titre de guide dans le domaine « spirituel » -, le principe de la laïcité appelle donc à une mise à l\u2019écart de la religion de l\u2019espace public.Les questions religieuses relèvent strictement du domaine privé ; en contrepartie, le pouvoir public ne peut s\u2019immiscer dans les affaires touchant la foi.Autrement dit, suivant ce principe, la religion n\u2019a pas sa place dans la sphère publique ; des motifs religieux ou liés à une certaine pratique religieuse ne peuvent être invoqués dans les affaires où s\u2019appliquent des règles publiques. 39 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Il revient donc à l\u2019État, garant du maintien de l\u2019ordre dans la société, de s\u2019assurer du maintien de cette séparation, au besoin, par le biais de lois ou de politiques officielles.Même si ce modèle a pu se nourrir au cours de son développement d\u2019un certain anticléricalisme, voir d\u2019un certain sentiment antireligieux, notamment au moment de sa première affirmation dans le contexte révolutionnaire de 1789 en France, le modèle de la laïcité n\u2019est pas en soit contre l\u2019Église ou la religion.La foi peut très bien continuer de s\u2019exprimer et de s\u2019épanouir dans une société organisée suivant ce modèle.La religion continue par exemple d\u2019occuper une place importante dans la vie des Turques, et même de nombreux Français.Seulement, ce modèle repose sur une séparation nette entre les domaines qui reviennent à l\u2019État et à l\u2019Église.De l\u2019autre côté, le sécularisme libéral repose sur la logique de la neutralité de l\u2019État par rapport à la religion.L\u2019État et les institutions publiques doivent demeurer neutres par rapport à la religion.Cela veut dire que l\u2019État ne doit pas manifester de préférence en matière religieuse - il ne peut par exemple proclamer une religion d\u2019État - et doit se garder d\u2019intervenir en cette matière, en laissant les institutions religieuses exercer leurs pleins pouvoirs dans le domaine de la foi et de la pratique religieuse7.Ce principe de neutralité peut se décliner de différentes manières.Dans le cas de pays aux religions multiples, cette neutralité peut prendre la forme d\u2019une relation équitable de l\u2019État à l\u2019égard de toutes les religions.On peut alors voir l\u2019État apporter une certaine forme de soutien à toutes les principales religions, en accor- 7 Cette neutralité de l'État en matière religieuse n'empêche pas le législateur libéral de pouvoir évoquer Dieu comme source première de ses lois, comme c'est le cas par exemple au Canada, dont le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés se lit comme suit : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». 40 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 dant par exemple à chacune d\u2019elles des exemptions fiscales.Ailleurs, ce principe de neutralité va conduire l\u2019État à n\u2019en soutenir aucune, laissant les religions mener leurs affaires de manière complètement autonome.Dans les deux cas, le principe de neutralité de l\u2019État en matière religieuse prévaut.Ainsi, la principale différence entre les deux modèles tient-elle à la place de la religion dans l\u2019espace public : si l\u2019un interdit entièrement cette pratique, le second n\u2019y est pas foncièrement opposé tant que celle-ci se fait dans respect du principe de neutralité de l\u2019État.En définitive, la séparation des deux institutions est plus strictement observée dans le modèle républicain de laïcité que dans le modèle libéral de sécularisme.C\u2019est d\u2019ailleurs précisément pour assouplir le modèle de laïcité, jugé trop rigide, que les commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor ont développé le concept de laïcité dite « ouverte »8, dans le rapport qu\u2019ils ont fait paraître en 2008 au terme de la Commission de consultation sur les pratiques d\u2019accommodement reliées aux différences culturelles - un principe qui figurait d\u2019ailleurs déjà dans le rapport Proulx de 1999 sur la déconfessionnalisation des écoles publiques au Québec9.Le concept de laïcité ouverte peut donc être perçu comme une tentative de permettre l\u2019expression de la religion dans l\u2019espace public ou autrement dit, une manière de rapprocher le modèle républicain du sécularisme libéral.8\tGérard Bouchard et Charles Taylor, « Fonder l'avenir.Le temps de la conciliation », Rapport final de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles, 2008, p.140 à 153.Dans son ouvrage de 2012, L'Interculturalisme.Un point de vue québécois, Gérard Bouchard préfère plutôt parler de laïcité « inclusive ».9\t« Laïcité et religions.Perspectives nouvelles pour l'école québécoise », Gouvernement du Québec.Ministère de l'Éducation, 1999 : http :// www.mels.gouv.qc.ca/REFORME/religion/Integ-fr.pdf 41 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Avec le sécularisme libéral, il est donc possible d\u2019aménager une certaine place dans l\u2019espace public pour l\u2019expression de la religion, tant que cela se fait dans le respect du principe de neutralité de l\u2019État.Avec le modèle républicain de laïcité, cela est impossible, puisque celui-ci repose sur la séparation complète de la foi de l\u2019espace public, celle-ci relevant entièrement du domaine privé.Cet écart de principe a éclaté au grand jour lors de la crise des accommodements raisonnables qui a secoué le Québec entre 2006 et 2008.Ce que nous avons observé alors fut l\u2019affrontement de la pratique québécoise d\u2019inspiration laïque et la pratique séculière libérale canadienne.Accommodements raisonnables et accommodements religieux L\u2019accommodement raisonnable est une pratique d\u2019inspiration libérale qui justifie, sous certaines conditions, la dérogation à une règle universelle, tels une loi ou un règlement, pour une personne, en raison de particularités qui la distinguent du reste de la population.L\u2019expression vient du premier jugement de la Cour suprême du Canada qui inaugura cette pratique en 1985 dans un cas portant sur une demande d\u2019exemption de travailler le dimanche de la part d\u2019une employée, sous prétexte que sa religion le lui interdisait (Affaire Commission ontarienne des droits de la personne/ Theresa O\u2019Malley contre Simpsons-Sears).Dans le jugement qui a été rendu, cette pratique est définie comme suit : L\u2019obligation dans le cas de la discrimination par suite d\u2019un effet préjudiciable, fondée sur la religion ou la croyance, consiste à prendre des mesures raisonnables pour s\u2019entendre avec le plaignant, à moins que cela ne cause une contrainte excessive : en d\u2019autres mots, il s\u2019agit de prendre les mesures qui peuvent être raisonnables pour s\u2019entendre sans que cela n\u2019entrave indûment l\u2019exploitation de l\u2019entreprise de l\u2019employeur et ne lui impose des frais excessifs. 42 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Autrement dit, l\u2019accommodement raisonnable autorise une personne à ne pas se soumettre à une règle, pourtant applicable à tous, sur la base du fait que d\u2019obliger cette dernière à s\u2019y conformer constituerait une forme de discrimination à son égard.Aussi, depuis ce jugement de 1985 qui a pris valeur de jurisprudence au Canada et au Québec, les organisations publiques ou privées sont-elles dans l\u2019obligation d\u2019« accommoder » toute personne qui, pour des motifs liés à une particularité qui lui est propre, en ferait la demande, tant que les effets d\u2019un tel accommodement sur le bon fonctionnement de cette organisation apparaissent « raisonnables ».L\u2019accommodement raisonnable est donc toujours par définition une mesure exceptionnelle fondée sur la règle du cas par cas.Les raisons qui peuvent justifier les exceptions sont nombreuses et de nature diverse.Elles peuvent notamment tenir à un handicap.L\u2019interdiction d\u2019autoriser l\u2019accès à un restaurant pour les animaux de compagnie pourrait constituer une forme de discrimination indirecte pour les personnes malvoyantes qui doivent impérativement se déplacer avec un chien-guide.Aussi, juge-t-on convenable d\u2019accommoder ces personnes en les autorisant à être accompagnées de leur chien-guide au restaurant.D\u2019autres mesures d\u2019accommodement peuvent découler de la condition médicale d\u2019une personne.Le règlement qui oblige par exemple tout électeur à se présenter à visage découvert lorsque vient le temps de voter pourrait constituer une forme de discrimination à l\u2019égard de certains grands brûlés, au visage en partie ou totalement couvert de pansements.Dans ce cas, on estime juste de laisser ces blessés voter à visage couvert.Or, les principaux cas d\u2019accommodements raisonnables qui ont fait les manchettes ces dernières années, et contre lesquels une majorité de Québécois se sont montrés très opposés 43 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 portent sur les accommodements fondés sur des pratiques religieuses.On peut alors parler dans ce cas d\u2019« accommodements religieux ».L\u2019un des premiers cas ayant suscité la controverse, et peut-être l\u2019un des plus symboliques, est celui qui opposa en 2002 une commission scolaire de Montréal à un élève de religion sikhe (Multani contre Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys).Rappelons qu\u2019un élève de confession sikhe de LaSalle avait cette année-là porté plainte contre sa commission scolaire qui lui interdisait de porter en classe son kirpan, poignard symbolique que doivent porter tous les hommes pratiquants sikhs.La direction de cette commission scolaire n\u2019avait pas jugé que l\u2019argument religieux invoqué par l\u2019élève pour continuer à porter sur lui en classe son poignard justifiait une exemption au règlement interdisant le port d\u2019arme à l\u2019école.Devant le refus de la commission scolaire10, la famille de cet élève avait intenté une poursuite.La Cour supérieure du Québec trancha en faveur de la commission scolaire, mais ce jugement fut infirmé en appel par la Cour suprême du Canada qui donna raison à la famille du plaignant sur la base du principe de la liberté de religion inscrit dans la Charte canadienne des droits et liberté.L\u2019école n\u2019eut donc d\u2019autre choix que d\u2019autoriser ce dernier à réintégrer ses classes avec à sa ceinture son kirpan.Depuis cette affaire, de nombreux cas d\u2019accommodement religieux ont fait l\u2019actualité.Citons celui, en 2007, impliquant la Société de l\u2019assurance automobile du Québec (SAAQ) et des Juifs orthodoxes de sexe masculin qui refusèrent d\u2019être évalués par des femmes lors de tests de conduite ou encore celui, la même année, de l\u2019obligation faite à l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal de mettre à disposition de ses étudiants de profession musulmane un 10 Dans les faits, des solutions de rechange avaient été proposées à l'élève par la direction de son école, telle que celle de porter son kirpan dans un étui ficelé ou de porter un petit kirpan symbolique, comme le font plusieurs sikhs par exemple.Mais ces solutions ont toutes été rejetées par le plaignant. 44 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 local pour la pratique de leurs prières quotidiennes à la suite d\u2019une plainte déposée à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).Des 65 cas d\u2019accommodement raisonnable répertoriés dans le rapport de final de la commission Bouchard-Taylor de 2008, sur la période allant de décembre 1985 à avril 2008, 64 portaient effectivement sur des motifs religieux.Si bien qu\u2019en vérité on peut dire que la crise des accommodements raisonnables a plutôt été celle des accommodements religieux.L\u2019accommodement raisonnable (religieux ou autre) revêt un caractère obligatoire lorsqu\u2019il découle d\u2019un jugement des tribunaux forçant une organisation, soit un employeur ou une société d\u2019État, à accommoder certaines personnes soumises à ses règlements, après qu\u2019une demande ait été formulée en ce sens et que les mesures pour l\u2019accommoder aient été jugées « raisonnables » par les tribunaux.Le caractère obligatoire de cette pratique résulte en fait d\u2019une interprétation très libérale du droit à la non-discrimination inscrit dans la Charte canadienne des droits et libertés et dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec11.11 L'article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés énonce que : « (1) La loi ne fait acception de personne et s'applique également à tous, et tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de toute discrimination, notamment des discriminations fondées sur la race, l'origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l'âge ou les déficiences mentales ou physiques.» L'article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec stipule quant à lui que : « 10.Toute personne a droit à la reconnaissance et à l'exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l'orientation sexuelle, l'état civil, l'âge sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la langue, l'origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l'utilisation d'un moyen pour pallier ce handicap.Il y a discrimination lorsqu'une telle distinction, exclusion ou préférence a pour effet de détruire ou de compromettre ce droit.» 45 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Cette interprétation repose sur le droit à la liberté religieuse, l\u2019un des droits fondamentaux garantis par ces chartes.Toute règle qui aurait pour effet indirect d\u2019empêcher quelqu\u2019un de pratiquer sa religion pourrait être considérée comme une mesure discriminatoire.Dans ce cas, comme lors du premier incident survenu au Canada en 1986, une organisation est dans l\u2019obligation d\u2019assouplir ses règlements pour accommoder cette personne et ne pas l\u2019empêcher de pratiquer sa religion.On ne parle pas ici de discrimination directe, telle une loi qui interdirait par exemple l\u2019accès à l\u2019université aux personnes aux yeux bleus - laquelle serait d\u2019emblée déclarée illégale puisque contraire aux droits de la personne -, mais d\u2019un effet discriminatoire indirect.La vive opposition exprimée par les Québécois à l\u2019égard des accommodements religieux trouve essentiellement son origine dans le rapport que ces derniers entretiennent avec la religion depuis la Révolution tranquille.Pour les Québécois, cette pratique est vue comme une sorte de retour du religieux dans l\u2019espace public.Non au retour de la religion dans l\u2019espace public Depuis que les Québécois se sont affranchis de l\u2019influence de l\u2019Église catholique au moment de la Révolution tranquille, la pratique de la religion relève d\u2019un choix individuel.Nul n\u2019est obligé de pratiquer telle ou telle religion ni même d\u2019adhérer à une religion tout court.Dans le sens fort du terme, les Québécois souscrivent au principe de la liberté religieuse, en ce que sa pratique relève d\u2019un choix strictement personnel.C\u2019est-à-dire que l\u2019adhésion à une religion relève d\u2019une logique similaire à celle par laquelle une personne est amenée à choisir de porter tel ou tel types de vêtement, d\u2019écouter telle musique ou de pratiquer telle activité physique, ou de n\u2019en pratiquer aucune - même si 46 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 bien sûr, la portée et la signification profonde d\u2019une décision touchant la foi ne se comparent pas avec celle touchant un style de vie.L\u2019idée de libre-choix est au cœur de la pratique de la religion au Québec.En fait, les Québécois considèrent comme l\u2019un des grands acquis de la Révolution tranquille que d\u2019avoir réussi à se libérer de la relation quasi « essentialiste » qu\u2019entretenaient les Canadiens français avec la religion.Pour ces derniers, la religion catholique ne relevait pas d\u2019un choix individuel - comme s\u2019ils étaient libres de ne pas être catholiques -, mais constituait un trait identitaire fondamental, faisait en quelque sorte partie de leur ADN.Être Canadien français, c\u2019était être catholique.La Révolution tranquille est venue briser ce lien essentialiste avec la religion catholique.Aussi, peut-on aujourd\u2019hui être Québécois sans nécessairement être de foi catholique.On peut être Québécois et pratiquer l\u2019islam, croire en Bouddha ou ne pas croire en dieu, car on ne naît ni catholique, ni musulman, ni bouddhiste.On peut certes naître dans une famille catholique, musulmane ou bouddhiste et avoir été élevé selon les rites de l\u2019une ou l\u2019autre de ces religions, mais une fois devenu adulte, le fait de continuer à pratiquer celle-ci relève d\u2019un choix strictement personnel.Que ce choix soit motivé par le désir de perpétuer une certaine tradition, le respect de ses parents et sa communauté immédiate ou une adhésion profonde aux valeurs professées par la religion choisie, il demeure un choix libre et individuel.La forte opposition des Québécois envers les accommodements religieux tient précisément à cette idée de libre choix en matière religieuse.Lorsque la pratique religieuse d\u2019une personne vient se heurter à une règle universelle, par ailleurs légale et raisonnable, une majorité de Québécois estiment qu\u2019il n\u2019y a pas lieu d\u2019assouplir cette règle pour accommoder 47 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 cette dernière.Reconnaître que la religion relève d\u2019un choix individuel signifie qu\u2019une personne pratiquante aurait pu faire le choix de ne pas pratiquer sa religion.Elle pourrait donc aménager sa pratique pour se conformer à cette règle, choisir de pratiquer une religion plus compatible avec cette dernière, ou opter de n\u2019en pratiquer aucune.Une décision n\u2019est libre que si elle implique toujours et fondamentalement la possibilité de décider autrement.La pratique de la religion ne saurait revêtir un caractère obligatoire ou nécessaire.Si une personne décide de pratiquer une religion et qu\u2019elle accepte de respecter ses rites, il lui revient à elle seule d\u2019« accommoder » sa pratique si celle-ci entre en conflit avec des règles universelles applicables à tous, et non l\u2019inverse.Il n\u2019y a aucune forme de discrimination - directe ou indirecte - exercée sur une personne pratiquante, lorsqu\u2019une organisation refuse d\u2019accommoder celle-ci sur la base du fait que sa pratique religieuse est le fruit d\u2019un choix libre de sa part.Une différence fondamentale distingue l\u2019accommodement religieux, qui repose sur un motif tenant d\u2019un choix individuel, de l\u2019accommodement fondé sur un handicap ou une condition médicale par exemple.À la différence de la personne qui choisit d\u2019adhérer à une religion, la personne handicapée ou celle souffrant d\u2019une condition médicale particulière n\u2019a pas choisi cette condition particulière qui l\u2019amène à demander un accommodement - la personne handicapée ne l\u2019est pas par choix, pas plus que la personne qui est malade.La pratique religieuse ne tient pas d\u2019une nécessité contre laquelle on ne peut rien, autrement dit, d\u2019une sorte de lien « essentialiste », mais bien toujours d\u2019un choix individuel.De manière générale, la pratique de l\u2019accommodement religieux est perçue par les Québécois comme une sorte de tentative en vue d\u2019aménager une forme de retour de la religion dans l\u2019espace public.Ce qui constitue une remise en cause de 48 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 cet important acquis de la Révolution tranquille.Autrement dit, c\u2019est comme si nous assistions aujourd'hui à un retour du religieux par la petite porte.Les Québécois se sont collectivement débarrassés de la religion dans l\u2019espace public il y a moins d\u2019un demi-siècle, la voilà de retour aujourd\u2019hui à la suite de décisions prises par des juges sur la base d\u2019une interprétation très libérale des chartes de droits.C\u2019est peut-être là un effet parfaitement involontaire des décisions prises par ces derniers, mais celui-ci est bien réel dans l\u2019imaginaire populaire québécois.En fait, cette opposition met en lumière un choc entre deux conceptions opposées de la société, l\u2019une libérale, sur laquelle se fonde la pratique des accommodements religieux, et l\u2019autre, de tendance républicaine, qui transparaît dans la réaction des Québécois face à cette pratique.Cette opposition à l\u2019égard des accommodements religieux de la part des Québécois ne trouve pas son origine dans leur « insécurité » ou leur « fragilité » comme peuple francophone minoritaire sur le continent nord-américain anglophone, comme le soutiennent les défenseurs de l\u2019interculturalisme.Celle-ci tient plutôt, plus fondamentalement, à une opposition de principe, qui tient au fait que la pratique d\u2019accommodement religieux est contraire à la manière dont les Québécois ont aujourd\u2019hui de concevoir la place de la religion dans l\u2019espace public et qui renvoie à une certaine conception républicaine de la société.Cette opposition ne saurait non plus s\u2019expliquer, comme ont pu le soutenir de nombreux défenseurs du multiculturalisme canadien, notamment au moment de la crise des accommodements raisonnables, par la plus grande fermeture des Québécois à l\u2019égard de la diversité ethnoculturelle.Comme si cette opposition représentait une preuve (une autre !) du repli identitaire des Québécois et de leur inca- 49 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 pacité à s\u2019ouvrir aux autres cultures en raison du « nationalisme tribal » qui traverse encore leur société.En vérité, les Québécois ne sont en général pas moins tolérants à la diversité ni moins accueillants à l\u2019égard des autres cultures que le sont les Canadiens ou les Étatsuniens par exemple.Porté par une tradition d\u2019accueil qui remonte à plus de quatre siècles, le Québec demeure l\u2019une des sociétés les plus accueillantes au monde pour les nouveaux arrivants qui choisissent encore en grand nombre d\u2019y venir s\u2019installer tous les ans - nous continuons d\u2019accueillir annuellement près de 50 000 immigrants pour une population d\u2019un peu plus de 8 millions de personnes ; ce qui place le Québec parmi les sociétés avec le plus haut taux d\u2019immigration au monde, devant même les États-Unis, la France ou le Royaume-Uni.Si bien sûr le Québec est secoué à l\u2019occasion par des événements déplorables inspirés parfois par la xénophobie, on trouve malheureusement également de tels événements au Canada et ailleurs en Occident.En cette matière, le Québec n\u2019est ni meilleur ni pire que le Canada.Les Québécois ne sont ni moins accueillants ni plus accueillants que les Canadiens, même s\u2019ils souscrivent à une conception différente de la société et adhèrent en général à un modèle d\u2019intégration qui se distingue du multiculturalisme.D\u2019ailleurs, si les Québécois se montrent effectivement très réticents à accepter les accommodements religieux, il semblerait qu\u2019ils soient en revanche même plus ouverts que les Canadiens ou les Étatsuniens sur d\u2019autres questions touchant la diversité.Sur la question du mariage entre conjoints de même sexe, sur le rapport à la filiation et l\u2019attribution des noms de famille pour les enfants, voire sur la sexualité, l\u2019usage des drogues ou le droit au suicide assisté, les Québécois démontrent en général une ouverture plus grande que les Canadiens et assurément plus grande que leurs voisins du Sud, où domine encore un conservatisme social. 50 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Derrière ce refus des Québécois des accommodements, on peut également dégager une protestation contre ce qui est largement perçu par eux comme une forme de dépossession collective de leur pouvoir de décider par eux-mêmes des règles régissant la vie en société.Rappelons que la pratique des accommodements religieux trouve son origine dans une pratique juridique touchant le domaine du droit du travail et que son caractère obligatoire découle des décisions de juges, sur la base d\u2019une interprétation très libérale des chartes de droits.Or, les Québécois acceptent difficilement que lorsqu\u2019il s\u2019agit de fixer les règles de la vie en société, les décisions de juges aient plus de poids que la volonté du peuple.En ces domaines, ils estiment plutôt qu\u2019il leur revient de décider.Cette attitude qui accorde à la volonté populaire préséance sur les décisions de juges non élus représente une attitude éminemment républicaine.En revanche, de leur côté, les Canadiens semblent plus facilement accepter qu\u2019en ces domaines les décisions des juges puissent être déterminantes.Cela tient à une conception de la société au sein de laquelle la question des droits individuels et de leur garantie par des Chartes de droits revêt une importance centrale par rapport à celle chez qui se fait sentir l\u2019esprit républicain.S\u2019opposent ici deux conceptions du pouvoir reposant sur deux conceptions de la société.Conclusion En somme, on doit saluer la présente initiative visant à établir au Québec des règles claires concernant la place de la religion dans l\u2019espace public, suivant le principe de la laïcité.Cependant, il aurait été à mes yeux préférable de s\u2019en tenir au projet initial de charte de la laïcité, plutôt que le projet actuel de charte des valeurs.Il est exceptionnel dans une société de tradition démocratique qu\u2019un État entreprenne d\u2019ériger des valeurs en loi.En revanche, il est beaucoup plus 51 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 courant de donner un fondement légal à un principe politique.La France possède par exemple une loi sur la laïcité depuis 1958 ; le Canada, une loi sur le multiculturalisme depuis 1982 ; l\u2019Allemagne, une loi pour le droit à l\u2019environnement depuis 1994, etc.Il ne s\u2019agit pas ici de prétendre que l\u2019État du Québec devrait être neutre sur le plan des valeurs.Au contraire, cet État étant l\u2019incarnation institutionnelle du peuple québécois, il est donc tout à fait naturel qu\u2019il puisse prétendre reposer sur certaines valeurs qui sont propres à notre peuple, mais aussi qu\u2019il porte en lui les traces de notre identité nationale.Un État neutre sur le plan des valeurs ou de l\u2019identité est impossible.On comprend la volonté derrière cette initiative d\u2019y aller avec une proposition plus globale, au sein de laquelle peuvent donc entrer des mesures qui auraient difficilement pu trouver leur place dans une proposition qui se serait limitée au principe de la laïcité.Cette préoccupation est fort légitime.Mais pourquoi alors ne pas y être allé d\u2019une proposition pour que le peuple québécois se donne sa propre constitution ?Si on voulait donner plus d\u2019envergure à cette initiative et donner une portée symbolique forte à certaines valeurs fondamentales propres au Québec, c\u2019est, je pense, vers une telle voie qu\u2019il aurait fallu aller.Sans une véritable constitution républicaine québécoise, rédigée pour le peuple et par le peuple, on voit mal comment nos « valeurs » pourraient fondamentalement être protégées dans le présent ordre constitutionnel canadien, lequel est précisément érigé sur la négation de la première des valeurs québécoises, qui est celle d\u2019une nation qui se sait libre et capable d\u2019assumer son destin et son développement.? 52 ARTICLES Mathieu Bock-Côté* LE MULTICULTURALISME DE DROIT DIVIN Un régime nouveau est toujours impatient d\u2019affermir son autorité en détruisant les fondements du régime ancien.Raymond Aron L\u2019incroyable virulence d\u2019une frange significative des partisans du multiculturalisme et souvent, leur fanatisme idéologique en dit beaucoup sur la singularité de la doctrine à laquelle ils adhèrent, sans toujours assumer cette étiquette, d\u2019ailleurs.On l\u2019a vu ces dernières semaines, encore, les idéologues du multiculturalisme ont l\u2019insulte facile et dia-bolisent aisément ceux qui ne partagent pas leur vision du progrès.Convaincus de porter une cause absolument juste, ils n\u2019hésitent pas à jouer du « qui n\u2019est pas avec nous est contre nous » et à transformer la politique en croisade qui doit conduire à la défaite complète de leurs adversaires.Leur fanatisme est d\u2019autant plus dangereux qu\u2019il prétend s\u2019avancer sous l\u2019étendard de la vertu.Évidemment, la politique enflamme les passions et toute doctrine monte à la tête de ceux qui n\u2019ont pas assez d\u2019esprit critique pour éviter de l\u2019absolutiser.Il y a des excités dans chaque parti et toute philosophie peut se radicaliser exagé- Ph.D.sociologie UQAM.Chroniqueur 53 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 rément.Mais est-ce seulement de cela dont nous parlons ?Ou n\u2019y a-t-il pas une part plus sombre dans l\u2019idéologie multi-culturaliste qui explique sa tendance au fanatisme ?Le multiculturalisme, dans ses différentes appellations, ne doit-il pas être inscrit dans l\u2019histoire bien singulière des religions politiques qui ont traversé la modernité et qui sabotent toujours, pour peu qu\u2019on prenne la peine de les étudier, les fondements la démocratie libérale ?En fait, le multiculturalisme repose sur une révélation, ou si on préfère, sur une vérité révélée : l\u2019heure serait venue, dans les sociétés occidentales, de « l\u2019ouverture à l\u2019autre » s\u2019accompagnant de la reconnaissance du « droit à la différence ».Étrange slogan qui en est venu à dominer la politique contemporaine et qui ne tolère pas la discussion ou l\u2019examen tant il se présente comme la plus évidente de toutes les évidences.Cette révélation devrait changer intérieurement les êtres qui sont illuminés par elle (ils devraient désormais « accueillir la différence ») et les sociétés qui devraient se transformer profondément en poussant le plus loin la « valorisation de la diversité » (elles devraient se reconstruire selon les exigences du multiculturalisme d\u2019État).La révélation multiculturaliste ouvre le chemin d\u2019une transformation inégalée des sociétés occidentales.Ouverture à « l\u2019autre » ?Mais qui est « l\u2019autre » ?Mais de quoi cette « ouverture à l\u2019autre » est-elle le nom ?Qu\u2019est-ce qui se cache derrière ce slogan qu\u2019il suffit trop souvent de répéter pour se donner l\u2019impression de réfléchir tout en s\u2019installant bien confortablement dans le camp du bien ?On pourrait dire de cette révélation qu\u2019elle apparait dans la deuxième moitié des années 1960, quand la civilisation occidentale commence à développer une profonde crise de confiance - d\u2019ailleurs, on parlait à l\u2019époque d\u2019une « crise 54 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 de civilisation » qui frappait intimement les mécanismes les plus profonds de la transmission culturelle, comme en témoigne l\u2019émergence de la contre-culture, qui portait bien son nom.Cette révélation clive profondément l\u2019histoire entre un « avant » et un « après ».Avant elle, les sociétés occidentales auraient été caractérisées par la discrimination, la xénophobie, le racisme et, plus largement, par l\u2019intolérance.La révélation multiculturaliste permet de prendre conscience de cette histoire coupable, elle balise le chemin d\u2019une indispensable repentance, engendrant la fameuse honte de soi des sociétés occidentales, et d\u2019une transformation sociale sans précédent au nom du « droit à la différence » à partir duquel il faudrait désormais réinterpréter les droits de l\u2019homme.Cette vision de l\u2019histoire est indispensable au multiculturalisme dans la mesure où elle ouvre un chantier de transformation sociale conforme à sa tentation démiurgique.Plus les institutions « du passé » sont rejetées, plus l\u2019ingénierie sociale à venir sera considérable.Cette révélation distingue ceux qui ont été illuminés par elle et ceux qui sont encore dans les ténèbres.On travaillera alors à les convertir (d\u2019où l\u2019importance de « l\u2019éducation à la diversité ») ou à les combattre (il s\u2019agit alors de les stigmatiser socialement).C\u2019est ainsi que la grande alternative politico-idéologique que le multiculturalisme propose a une portée religieuse : nous sommes appelés à passer du repli sur soi à l\u2019ouverture à l\u2019autre.Nous devrions passer d\u2019une vision de l\u2019être humain à une autre et le multiculturalisme n\u2019est pas étranger à la mystique de l\u2019homme nouveau, que l\u2019on définira comme l\u2019homme sans préjugés, délivré de toute appartenance historico-culturelle particulière, et prêt à s\u2019ouvrir à toutes les différences, quelles qu\u2019elles soient.Il s\u2019agit alors de se délivrer du mal que l\u2019on nommera désormais « intolérance », terme vaste et imprécis et couvrant un territoire de plus en plus vaste, comme en témoigne la 55 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 multiplication des « phobies », mais servant généralement à désigner le motif réel de toute opposition significative au multiculturalisme et aux propositions qu\u2019il met de l\u2019avant).Le multiculturalisme agira à la manière d\u2019une utopie expiatoire.C\u2019est parce qu\u2019il aurait beaucoup péché historiquement que l\u2019Occident devrait se repentir et réécrire son histoire en en renversant les termes.Une société coupable doit se mortifier et se reconnaître dans le portrait le plus sévère qu\u2019on fera d\u2019elle, pour désirer se métamorphoser et renaître à partir une nouvelle idée d\u2019elle-même.L\u2019Occident ne doit plus assumer son histoire, avec ses grandeurs et ses misères, mais s\u2019en extraire, pour repartir à neuf, en faisant table rase du passé, en rompant peu à peu toutes les amarres avec lui.C\u2019est à partir du multiculturalisme et en son nom qu\u2019il serait enfin possible de bâtir une société juste et ouverte à la pluralité des identités, se réclamant philosophiquement d\u2019un paradoxal universalisme diversitaire.La justice sociale, aujourd\u2019hui, serait par définition ouverte au multiculturalisme et travaillerait de nombreuses manières à sa promotion active.Mais qui est « l\u2019autre » de « l\u2019ouverture à l\u2019autre » ?De quel « autre » s\u2019agit-il ?Cette question est mal posée et celui qui la formulerait ainsi se retrouvera vite dans une impasse.Elle se situe sur un registre empirique, sociologique, historique.Elle laisse croire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une catégorie concrète et qu\u2019il nous serait possible de distinguer un « autre » d\u2019un autre « autre ».Alors que « l\u2019autre » dont il s\u2019agit dans l\u2019idéologie multiculturaliste est une catégorie quasi « religieuse ».L\u2019autre, c\u2019est le rédempteur, c\u2019est l\u2019exclu qui vient de « l\u2019extérieur » de la conception traditionnelle de la civilisation occidentale (une conception que l\u2019on dira exclusivement au service de la « majorité »), qui la force à se transformer et qui permet de faire le procès de notre supposée fermeture 56 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 à la différence.« L\u2019autre », c\u2019est celui qui n\u2019a pas eu sa place dans l\u2019histoire occidentale et qui aujourd\u2019hui, la réclamerait.« L\u2019autre », c\u2019est celui qui permet d\u2019apercevoir de l\u2019extérieur une société fermée et qui révélerait par effet de contraste les grandes tares qui la caractériseraient.Il s\u2019agit, si on préfère ce terme, de « l\u2019exclu ».D\u2019une certaine manière, l\u2019exclu reprend la place qu\u2019occupait la classe ouvrière dans la théologie marxiste.On l\u2019appréciera parce qu\u2019il révélerait par la revendication de son droit à la différence notre propre intolérance.Dans la mesure où « l\u2019autre » nous forcerait à nous ouvrir et à nous déprendre d\u2019une logique discriminatoire, sa présence est bénie en soi.C\u2019est ce qui explique qu\u2019il y a souvent un écart entre « l\u2019autre » fantasmé et « l\u2019autre » réel, dans la mesure où il arrive souvent que les « autres » se contredisent entre eux (pour la simple et bonne raison que les cultures sont distinctes les unes des autres, et que le multiculturalisme regroupe dans une même catégorie des groupes bien différents), tout comme il arrive qu\u2019on prête à « l\u2019autre » des désirs qu\u2019il n\u2019a aucunement (comme on l\u2019a vu récemment avec la question des élections à date fixe quand le PLQ s\u2019opposait à la date retenue pour des élections à date fixe parce qu\u2019elle coïncidait avec une fête de la communauté juive, alors que les représentants de cette communauté n\u2019avaient jamais demandé un tel accommodement), ou lorsqu\u2019on permet aux représentants les plus fanatiques d\u2019une religion d\u2019en devenir les représentants « médiatiquement consacrés » dans l\u2019espace public.Car c\u2019est justement dans la mesure où ils ne veulent pas faire de compromis qu\u2019ils sont admirés et sacralisés, parce qu\u2019ils incarnent alors pleinement la « diversité » historiquement refoulée qui reprendrait ses droits.De ce point de vue, les idéologues du multiculturalisme ne veulent de « l\u2019autre » que dans la mesure où il joue le rôle qu\u2019on attend de lui politiquement et philosophiquement. 57 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Cela n\u2019est pas sans effets politiques paradoxaux.On laisse ainsi souvent les radicaux prendre en otage la communauté dont ils se réclament, mais ce détail ne semble pas déranger outre mesure les idéologues du multiculturalisme.De la même manière, on attise souvent bien malgré soi les tensions en laissant les franges les plus radicales de certaines communautés prendre une place majeure dans le débat public, comme on l\u2019a vu par exemple avec le débat entourant la criminalisation du blasphème, qui permettrait aux radicaux de chaque religion de définir les limites du pensable et de l\u2019impensable dans l\u2019espace public, alors qu\u2019une société libérale est plutôt fondée sur l\u2019idéal d\u2019un libre examen de tous les points de vue, quelle que soit la charge critique (ou moqueuse) de cet examen.Le multiculturalisme conduit ainsi à une société segmentée qui perçoit de moins en moins ce qu\u2019elle a en commun, sinon une « culture des droits » qui se réduit finalement au culte de la diversité pour elle-même et à la sacralisation des chartes qui permettrait sa libre expression dans l\u2019espace public.Quoi qu\u2019il en soit, et contrairement à ce qu\u2019ils soutiennent généralement, les idéologues du multiculturalisme ne pourfendent aucunement la logique du « nous » et du « eux » qu\u2019ils croient avoir repéré dans l\u2019histoire, et qu\u2019ils prétendent officiellement vouloir déconstruire en assurant un recoupement complet entre le principe de citoyenneté et le principe d\u2019humanité, une communauté politique ne pouvait apparemment plus distinguer entre ses membres et ceux qui n\u2019en sont pas.Les idéologues du multiculturalisme maintiennent plutôt cette alternative, mais en en inversant les termes : « nous » sommes toujours coupables.« Nous » ne sommes jamais assez ouverts.« Nous » faisons honte à ceux qui ne supportent plus de vivre dans une société ne s\u2019ouvrant pas assez à « l\u2019autre ».Mais le « nous » et le « eux » ainsi reformulés ne correspond plus à une distinction entre une 58 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 communauté politique et une autre, également légitimes dans leurs aspirations historiques, mais entre une société occidentale toujours coupable et un exclu toujours dans ses droits.On aura compris ici que le multiculturalisme ne fait pas affaire avec des sociétés réelles et complexes, où les rapports sociaux ne se laissent pas réduire à des rapports de domination, mais plaque plutôt sur elles un fantasme idéologique qui est appelé à les recouvrir et qui développe une culture politique victimaire.D\u2019ailleurs, comme toute religion politique, le multiculturalisme croit possible d\u2019accomplir politiquement le paradis sur terre.Ce paradis, c\u2019est celui de l\u2019universelle communion des différences se reconnaissant les uns les autres dans un grand enrichissement de l\u2019humanité.Il s\u2019agit du stade final et achevé de l\u2019humanité qui culminera dans l\u2019abolition des frontières culturelles et politiques.La simple idée que les cultures ne soient pas que des amas de coutumes folkloriques contribuant seulement à la formation de l\u2019identité personnelle de chacun et qu\u2019elles puissent être fondatrices de différences politiques significatives est désamorcée.Et dans la mesure où le politique est là pour réguler les différends substantiels entre les groupes humains et pour permettre à certaines communautés historiquement constituées d\u2019agir collectivement, il pourra aisément se dissoudre dans le droit.Lorsqu\u2019il y a une tension entre deux groupes humains, le multiculturalisme laisse croire qu\u2019il suffirait que ces groupes se comprennent pour démonter leurs différends.Il ne vient jamais à l\u2019idée des multiculturalistes qu\u2019il est justement possible que deux groupes se comprennent, mais qu\u2019ils ne veuillent pas cohabiter, puisqu\u2019ils feraient la découverte d\u2019un désaccord profond, ce qui ne veut pas dire, évidemment, que cette différence assumée doive virer à l\u2019hostilité.Mais le fait est là : le réalisme n\u2019a plus ses droits dans l\u2019utopie de la grande réconciliation universelle. 59 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 L\u2019excommunication multiculturaliste La société parfaite ne tolère pas ses contradicteurs, évidemment, et ceux qui se croient en possession de la vérité quant à la définition du progrès endurent bien mal l\u2019idée qu\u2019on puisse exprimer publiquement un désaccord avec eux.Ils ne croient pas que le bien commun s\u2019aperçoive à partir d\u2019une pluralité de points de vue, les grands principes politiques devant être soumis à leur perpétuelle remise en question, pour éviter de s\u2019absolutiser.Car comment peut-on sérieusement s\u2019opposer à l\u2019idéal enfin révélé d\u2019une société réconciliant parfaitement l\u2019humanité dans sa diversité et son unité ?Si le multiculturalisme représente un progrès authentique et incontestable dans l\u2019histoire humaine, comment peut-on s\u2019y opposer sans témoigner de sombres pensées ou de troublantes inclinaisons ?L\u2019opposition au multiculturalisme s\u2019expliquera alors par le dérèglement psychiatrique (par exemple, lorsqu\u2019on parle de « peur de la différence ») ou par un dérèglement sociologique (par exemple, une société en crise cherchant chez « l\u2019autre » le bouc-émissaire idéal à persécuter et contre lequel elle pourrait refaire son unité).Il ne faut pas oublier non plus ceux qui seraient simplement de mauvais humains et qui seraient animés, comme on dit souvent, par la « haine de l\u2019autre ».Dans tous les cas, la contradiction en profondeur du multiculturalisme est irrecevable.Pourtant, des contradicteurs, il y en a et si on prend la peine de les écouter et de les lire, ils ne correspondent pas vraiment à cette caricature.Il y a ceux qui craignent les dérives communautaristes d\u2019une société féodalisée où le droit à la différence masque une fragmentation complète de la citoyenneté.Il y a ceux qui craignent une humanité aseptisée où les pays perdent leur singularité sous la double pression d\u2019un relativisme général et d\u2019un individualisme radicalisé.Il y a ceux qui craignent que l\u2019égalité des droits 60 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 ne soit compromise dans une société où les règles valables pour tous sont perpétuellement ajustées selon la pression des communautarismes qui parviennent à faire entendre leurs doléances dans l\u2019espace public.On pourrait en nommer d\u2019autres, évidemment.Mais on ne les entendra pas : on invite plutôt à se méfier d\u2019eux, en cherchant à mettre en lumière les sentiments haineux qui les animeraient.Il n\u2019est pas permis de remettre en question la révélation multiculturaliste et le dogme qui la consigne politiquement.Ceux qui le feront seront considérés comme de dangereux personnages, animés par des sentiments et des émotions condamnables, dont la simple présence dans la cité et l\u2019espace public témoignerait du fait qu\u2019il resterait « beaucoup de chemin à faire » sur la voie de l\u2019acceptation universelle des différences.Les idéologues du multiculturalisme reconstituent ainsi un « nous » et un « eux » infiniment plus dangereux que celui naissant des frontières nationales et culturelles, qui ne trient pas l\u2019espèce entre bons et mauvais humains, mais plutôt, qui reconnaissent la diversité des manières d\u2019y appartenir collectivement.Le « nous » et le « eux » des multiculturalistes distingue ainsi ceux qui auraient été illuminés par sa révélation et les autres.C\u2019est le « nous » du parti de l\u2019inclusion, qui prétend avoir le monopole de l\u2019humanité de l\u2019ouverture, et le « eux » du parti de l\u2019intolérance, ce qui donne au premier le droit d\u2019exclure du débat public le second, en l\u2019accusant d\u2019œuvrer contre l\u2019humanité.Il s\u2019agira d\u2019exclure les douteurs hors de l\u2019espace public à travers de sophistiquées et brutales méthodes d\u2019excommunication.On cherchera à les refouler dans les marges de l\u2019espace public pour les y enfermer.On les censurera implicitement ou explicitement ou alors, on ne parlera d\u2019eux qu\u2019en leur associant les pires étiquettes, comme s\u2019il fallait régulièrement prévenir la population de la présence du démon de L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 l\u2019intolérance dans la cité, pour éviter qu\u2019il ne les contamine.C\u2019est ainsi que Nicolas Sarkozy ou David Cameron ont été, ces dernières années, accusés de basculer dans la xénophobie parce qu\u2019ils prétendaient constater empiriquement l\u2019échec du multiculturalisme à garantir la paix sociale et la cohérence culturelle des sociétés où on l\u2019applique.On accusera ainsi régulièrement de racisme ceux qui critiquent le multiculturalisme, ce qui peut même sembler relever de l\u2019exorcisme, le vocabulaire utilisé pour en parler faisant régulièrement référence aux odeurs « nauséabondes » qu\u2019ils dégageraient, comme s\u2019ils puisaient dans les passions les plus basses et les plus honteuses du genre humain.L\u2019idéologie multiculturaliste suspectera particulièrement ceux qui entendent fonder l\u2019identité nationale sur l\u2019histoire.D\u2019ailleurs, on se méfiera particulièrement de ceux qui remettent en question la grande césure historique proposée par le multiculturalisme entre les jours sombres de l\u2019intolérance et les années radieuses de la reconnaissance diver-sitaire.On se méfiera de ceux qui voient dans le passé non seulement une matière dont on doit s\u2019arracher, mais bien un matériau indispensable à la définition de l\u2019identité collective.L\u2019histoire est dangereuse, parce qu\u2019en cherchant à tisser un lien fructueux entre le passé et le présent, on chercherait à faire survivre dans la société multiculturelle des formes identitaires et des valeurs qui n\u2019auraient pas été filtrées par la révélation diversitaire.Dans la perspective multicultura-liste, la seule manière d\u2019évoquer l\u2019histoire consistera alors à la présenter comme un musée des horreurs, en racontant la lutte pour l\u2019émancipation des différentes « minorités » exclues jusqu\u2019à tout récemment du « nous ».Si le multiculturalisme tolère et valorise la diversité des styles de vie, il ne tolère pas la diversité des opinions politiques en ce qui a trait à ses principes fondamentaux.S\u2019il 62 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 peut envisager qu\u2019on applique avec des nuances distinctes son programme, il ne tolère pas qu\u2019on examine et qu\u2019on critique en elle-même la révélation sur laquelle il repose.La démocratie pose problème, évidemment, dans la mesure où elle repose justement sur la valorisation de la pluralité des points de vue sur la chose commune.Mais surtout, la démocratie pose problème parce qu\u2019elle repose sur la souveraineté populaire.Cette dernière ne masquerait-elle pas tout bonnement la « tyrannie de la majorité » ?De ce point de vue, il faudrait s\u2019en déprendre le plus complètement possible.On favorisera donc le développement du gouvernement des juges à la manière d\u2019un despotisme éclairé gardien de l\u2019orthodoxie chartiste et du consensus multiculturaliste.Quant au peuple, il devra être rééduqué par de grandes campagnes de sensibilisation visant à développer chez lui un « nouveau rapport à la diversité ».Car on constate régulièrement, évidemment, que la majorité de la population exprime de profondes réserves envers une idéologie politique en train de devenir religion d\u2019État.Le multiculturalisme contre l\u2019identité nationale On comprend donc une chose : les idéologues du multiculturalisme ne veulent pas seulement approfondir et étendre le sens de l\u2019hospitalité occidentale, mais ils veulent abolir l\u2019idée de société d\u2019accueil, à moins de réduire celle-ci à de simples règles de droit universellement valables et seulement bonnes à encadrer la libre expression de la diversité.L\u2019idée qu\u2019une citoyenneté soit liée à un substrat historico-culturel leur est absolument intolérable.Ils ne veulent pas seulement que l\u2019intégration des nouveaux arrivants soit facilitée par des mesures conciliatrices : ils veulent inverser le devoir d\u2019intégration en vidant la citoyenneté de sa charge historique pour mieux réduire la communauté politique à un ensemble de principes abstraits généralement associés à la « philosophie des droits ». 63 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Ce que les idéologues du multiculturalisme rejettent, fondamentalement, c\u2019est l\u2019idée qu\u2019un « nous » historique et culturellement consistant soit fondateur d\u2019une communauté politique et que les nouveaux arrivants doivent en prendre le pli pour s\u2019y intégrer.La citoyenneté devrait plutôt se recomposer en s\u2019extrayant de l\u2019identité nationale - elle devrait, à plusieurs égards, se dénationaliser.C\u2019est un programme sans fin, bien évidemment, qui ne tolère pas les compromis historiques et qui cherche toujours à pousser plus loin la valorisation de la « diversité », même si cette diversité est un concept ne parvenant pas à saisir véritablement la richesse véritable de la pluralité des cultures par lesquelles l\u2019humanité exprime ses possibilités.D\u2019ailleurs, derrière l\u2019idée d\u2019une culture substantielle, les idéologues du multiculturalisme croient généralement repérer le racisme, comme si la seule alternative possible était entre une citoyenneté exclusivement fondée sur les droits de l\u2019homme et une citoyenneté fondée sur la race, comme si la culture et l\u2019identité collective n\u2019étaient pas la réponse à la nécessité d\u2019épaissir la communauté politique sans pour autant la « naturaliser ».Ils oublient, ou feignent d\u2019oublier que le génie de la culture, c\u2019est qu\u2019elle est une réalité historique et sociologique.Elle est transmissible au-delà des frontières « ethniques », ce qui témoigne justement de sa compatibilité fondamentale avec l\u2019idéal démocratique qui ne refuse pas les appartenances collectives, mais qui entend justement les traverser d\u2019un élan universaliste.L\u2019assimilation de la culture « substantielle » à la race, et par là au racisme, déstructure complètement l\u2019imaginaire politique des sociétés occidentales, qui a déjà appauvri l\u2019idée démocratique et qui risque de l\u2019abimer encore davantage en laissant croire que toute forme d\u2019identité collective historiquement nouée conduirait inévitablement à des dérives défigurant cruellement l\u2019idée même de démocratie, et même celle d\u2019humanité. 64 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Un piège idéologique Le multiculturalisme désire donc refonder l\u2019État sur de nouvelles croyances collectives et contraindre la société à s\u2019y convertir.Le multiculturalisme instaure un nouveau régime politique avec une religion d\u2019État.De ce point de vue, nous sommes parfaitement en droit de parler du multiculturalisme de droit divin.Nous sommes en droit de nous demander ce qui peut survivre de la démocratie dans une société où une foi conquérante transforme de plus en plus notre rapport à l\u2019État.Il est pourtant nécessaire de sortir de l\u2019orthodoxie multiculturaliste et de critiquer la valeur de sa révélation.Il l\u2019est tout autant de rappeler que l\u2019histoire occidentale et celle de ses nations ne ressemblent en rien à la détestable caricature qu\u2019on en fait, tout comme il est indispensable de rappeler qu\u2019une société ne saurait tenir exclusivement sur le culte des droits et qu\u2019elle doit consentir à sa propre culture et la placer au cœur de l\u2019espace public pour véritablement fonder un espace public permettant d\u2019approfondir l\u2019idéal démocratique.Évidemment, dans la société contemporaine, qui naturellement, valorise la courtoisie et le dialogue, ce que nous saluons tous, plusieurs sont piégés par leurs bons sentiments.Ils ne voient jamais les « demandes d\u2019accommodement » que de manière individuelle, sans comprendre qu\u2019elles ont souvent une signification politique, et ils s\u2019imaginent qu\u2019il suffit de faire preuve d\u2019un peu de bon « voisinage » ou de bonne foi pour résoudre les problèmes qu\u2019elles pourraient soulever.Il y en a d\u2019autres qui se laissent tout simplement intimider par le politiquement correct qui met en place un dispositif inhibiteur.S\u2019ils ont un malaise avec l\u2019inversion du devoir d\u2019intégration, ils sont conscients que leur bonne réputation médiatique ou professionnelle peut souffrir d\u2019une dissidence trop affichée avec la nouvelle 65 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 foi.Ils préfèrent donc se taire et afficher un cosmopolitisme sophistiqué de bon aloi qui est garant de bonne compagnie mondaine.On peut comprendre que l\u2019horreur absolue que nous inspire naturellement le racisme en amène plusieurs à se méfier des fondamentalistes de chaque culture et de chaque religion, qui entendent l\u2019enfermer dans l\u2019idolâtrie du même et qui risquent par-là de la faire mourir d\u2019asphyxie.Mais préserver une culture ne veut pas dire la muséifier et un nationalisme raisonnable n\u2019a rien d\u2019un fondamentalisme culturel.Surtout, on ferait une erreur immense de rabattre l\u2019histoire de l\u2019État-nation à celle du racisme et à croire que la défense décomplexée de l\u2019identité nationale relèverait de l\u2019intégrisme.L\u2019idée d\u2019une communauté politique se définissant à partir d\u2019une communauté de mémoire et de culture est au fondement de l\u2019expérience démocratique moderne et on aurait tort de croire que l\u2019idéal d\u2019une participation civique véritable pourrait survivre à sa disparition.L\u2019idée qu\u2019un pays ne se laisse pas exclusivement définir comme un espace juridique ou comme un espace administratif ne fait finalement scandale que chez ceux qui refusent l\u2019idée même de pays et qui n\u2019ont plus une idée riche de la profondeur de chaque culture par lesquelles s\u2019exprime la diversité humaine.Si l\u2019hospitalité est une valeur fondamentale, elle suppose quand même la reconnaissance des us et des coutumes de la société d\u2019accueil, et vient avec le fait que sa culture ne saurait être qu\u2019une culture parmi d\u2019autres dans un grand bazar.Si l\u2019ouverture est une vertu, on ne peut toutefois la pratiquer intelligemment si on ne fait pas à partir de quoi on s\u2019ouvre.Si l\u2019universalité est une idée phare de la modernité, héritière à bien des égards du christianisme, il faut éviter de la confondre avec une indifférenciation généralisée des cultures, qui deviendraient toutes parfaitement interchan- 66 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 geables, comme si chacune ne représentait pas une forme d\u2019accès unique, et pour cela précieuse, à notre commune humanité.Autrement dit, le multiculturalisme n\u2019a aucunement le monopole de l\u2019hospitalité, de l\u2019ouverture, de l\u2019universalité ou de la tolérance.Il en propose plutôt une vision déformée qui déstructure progressivement les conditions mêmes d\u2019une vie en commun dans la cité.On peut en tirer une leçon politique.Si on veut répondre au multiculturalisme, il faudra éviter de se contenter de réponses strictement gestionnaires et timorées et s\u2019opposer clairement à la vision de la société et de l\u2019expérience historique occidentale qu\u2019il met de l\u2019avant.Il ne faudra pas, autrement dit, évoluer dans ses catégories et il faudra s\u2019affranchir de son imaginaire politique, devenu hégémonique au fil du dernier demi-siècle.Cela suppose que les adversaires du multiculturalisme comprennent la nature des dangers que cette idéologie fait peser sur la démocratie occidentale et qu\u2019ils sachent pour cela situer sa critique à la bonne hauteur : nous sommes devant une querelle portant sur la définition même de la démocratie et de l\u2019émancipation humaine.Nous sommes dans une querelle portant sur la signification de l\u2019expérience historique occidentale.Mais les critiques du multiculturalisme ne devront pas se définir de manière exclusivement critique, toutefois.Cela suppose aussi que les adversaires du multiculturalisme sachent la valeur de ce qu\u2019ils défendent et qu\u2019ils se reconnectent aux sources les plus fécondes de la tradition politique occidentale.Cela implique de renouer avec une conception plus riche et plus nuancée de l\u2019histoire de la civilisation occidentale, ce qui ne veut pas dire qu\u2019elle sera pour autant exclusivement laudatrice.Cela implique d\u2019en revenir à l\u2019idéal de la démocratie et de la souveraineté populaire qui la fonde et qui connecte l\u2019homme à la cité en lui permettant de faire 67 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 l\u2019expérience du monde commun.Cela implique d\u2019en revenir à l\u2019État-nation, qui en est le fondement indispensable et qui associe intimement la citoyenneté démocratique et l\u2019identité nationale.Cela implique d\u2019en revenir aux exigences de la tolérance libérale, qui permet à une diversité humaine foisonnante de s\u2019exprimer de manière foisonnante sans passer par l\u2019ingénierie sociale et identitaire.Cela implique aussi de renouer avec une vision authentiquement créatrice du cosmopolitisme qui cherche à lier les cultures entre elles à partir de l\u2019élan universel qui les traverse chacune plutôt qu\u2019en étouffant ce qui fait leur singularité.Cela implique, autrement dit, d\u2019en revenir aux sources nombreuses d\u2019une civilisation avec laquelle il faut renouer et dont la renaissance est impérieuse.? 68 ARTICLES Éric Bédard* CE QU\u2019ONT EN COMMUN LA DROITE LIBERTARIENNE ET LA GAUCHE MULTICULTURELLE** Depuis quelques années, certaines voix criardes réclament la mise en veilleuse de la question nationale.Face au déclin économique, aux défis écologiques, à la soi-disant montée de l\u2019intolérance, le temps ne serait-il pas venu de s\u2019occuper des « vraies affaires » et de se polariser autour d\u2019un débat gauche/droite et d\u2019ainsi tourner le dos aux sempiternels débats sur l\u2019avenir politique du Québec ?Si les arguments de la droite libertarienne et de la gauche multiculturelle ne manquent pas de mordants, les nationalistes ne doivent pas se laisser intimider.J\u2019aimerais montrer qu\u2019ils ont plus en commun que ce qu\u2019on pourrait penser.À droite, le discours des libertariens est archiconnu, répété ad nauseam sur les ondes de certaines radios privées.Les Québécois seraient écrasés par les taxes, leur économie asphyxiée par une lourde dette, leurs syndicats trop puissants, le « modèle québécois » rigide à l\u2019extrême, l\u2019individualisme libéral du self-made man constamment dévalorisé.Les tenants de cette droite libertarienne sont convaincus que les élites québécoises, à tout le moins celles de la classe politique et des médias, seraient complètement acquises au collectivisme étatiste de la gauche ce qui expliquerait le * Historien, professeur à la TÉLUQ.** Résumé d'une allocution prononcée devant les membres fondateurs de Génération nationale à Québec, le 25 janvier 2013. 69 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 discrédit de leurs idées, frappées d\u2019interdit, mises à l\u2019index.Leur marginalité tiendrait en quelque sorte à un complot ourdi par des bien-pensants qui bénéficient le plus souvent des prébendes de l\u2019État - pensons aux pensionnés des secteurs publics et parapublics ou aux artistes par exemple, l\u2019une de leurs cibles préférées.Parmi les adeptes d\u2019une gauche multiculturelle, nombreux sont aussi ceux qui croient en l\u2019existence d\u2019un complot.Les maîtres du jeu adhéreraient cependant au credo de la droite néolibérale et contrôleraient les principaux médias de masse - Pierre Karl Péladeau et l\u2019Empire Québecor comptent parmi leurs cibles préférées.La grande cause de cette gauche est celle de la lutte au capitalisme sauvage, surtout depuis la crise financière de 2008.Écologiste et féministe, cette gauche a trouvé dans les minorités (sexuelles, ethniques, sociales) un prolétariat de remplacement ; elle se méfie des valeurs occidentales de la « majorité silencieuse » qu\u2019elle associe d\u2019emblée à l\u2019intolérance, voire à la xénophobie.Elle a eu honte de l\u2019épisode d\u2019Hérouxville et des audiences de la commission Bouchard-Taylor, et croit dure comme fer que le recentrement du Parti québécois sur la question identitaire a toutes les allures d\u2019un « dérapage » dangereux.Ces deux courants occupent une place non négligeable dans l\u2019espace public.Devant la force de leurs convictions et la clarté de leurs idées, bien des nationalistes semblent gagnés par la mauvaise conscience.Ils en oublient parfois les raisons fortes de leur engagement.Il est vrai que les Québécois d\u2019aujourd\u2019hui héritent d\u2019une grande tradition de solidarité, bien antérieure à la Révolution tranquille.Pour affronter un continent hostile, les premiers colons ont dû se serrer les coudes.Cette vertu de l\u2019entraide n\u2019était pas nécessairement inscrite dans leurs gênes, elle 70 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 était plutôt le fruit de la nécessité.Si les habitants ne s\u2019étaient pas minimalement entraidés, s\u2019ils avaient tourné le dos à la milice ou refusé les « corvées » du régime seigneurial, ils seraient rapidement disparus.Ce même sens de la solidarité anima les fondateurs du Mouvement Desjardins qui, au tournant du XXe siècle, proposèrent aux Canadiens français le modèle coopératif qui permettait de développer les petites communautés et de mettre fin au pouvoir des usuriers dans les villages les plus reculés.Les révolutionnaires tranquilles poursuivirent cette tradition de solidarité, mais en investissant de grands espoirs dans un État qui allait combattre les inégalités sociales et mettre fin à l\u2019infériorité économique des Canadiens français.Qu\u2019il faille débattre ou remettre en cause le fonctionnement de notre État-providence, j\u2019en suis.Que notre économie ne soit pas plus performante ou que nos jeunes francophones n\u2019aient pas davantage le réflexe de se lancer en affaire, je le déplore autant que les libertariens.Au final cependant, je crois que cette tradition de solidarité nous a bien servi, que ce sens de la communauté nous a permis de durer et de nous développer.Si les idées des libertariens ont une faible audience, ce n\u2019est donc pas la faute des médias.Pour des raisons historiques qui me semblent évidentes, les Québécois ont toujours senti qu\u2019une conception trop individualiste de la vie sociale ne pourrait que les desservir.Les libertariens, c\u2019est bien connu, vouent souvent un culte à des politiciens comme Ronald Reagan ou Margareth Thatcher qui mirent les syndicats au pas et dérèglementè-rent leurs économies respectives.Ce que nos libertariens oublient cependant de dire, c\u2019est que ces personnages politiques étaient d\u2019ardents patriotes qui, jamais, n\u2019auraient bradé leur souveraineté nationale.Thatcher formula une critique virulente de l\u2019Europe supranationale en train de se 71 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 construire.Elle était opposée à la monnaie unique et à la charte européenne des droits de l\u2019homme qui restreindrait les pouvoirs du Parlement britannique.La Dame de fer fit la guerre pour quelques îles perdues au large de l\u2019Argentine et refusa jusqu\u2019à la fin de négocier avec l\u2019IRA.Le noyau dur de la rhétorique reaganienne suintait également le patriotisme.Après l\u2019humiliante prise d\u2019otages à Téhéran, alors que l\u2019Union soviétique s\u2019apprêtait à installer des missiles au cœur de l\u2019Europe, les États-Unis devaient relever la tête et combattre l\u2019Empire du Mal.Quoi que l\u2019on pense de cette rhétorique ou de ces politiques, un constat s\u2019impose : les nations occupaient le centre de leurs préoccupations politiques.Ces deux héros de nos libertariens ne réduisaient pas le citoyen à un vulgaire contribuable.Ce qui, aux yeux de Thatcher et de Reagan, reliait les citoyens d\u2019une communauté entre eux, c\u2019était moins un État technocratique que le sentiment national d\u2019un destin partagé.Face à la gauche multiculturelle, les nationalistes ne sont pas non plus démunis.À celles et à ceux qui estiment que le projet indépendantiste devrait être assujetti à un projet de société plus anticapitaliste, écologiste, féministe, en un mot plus progressiste, je réponds que la liberté d\u2019un peuple est un idéal en soi, que cette aspiration ne devrait jamais être soumise à une idéologie particulière.La souveraineté nationale n\u2019a rien d\u2019une médaille réservée au premier de classe.C\u2019est une quête tout à fait légitime qui n\u2019a pas à se draper dans une rhétorique vertueuse pour exister.Par ailleurs, un rapide retour sur l\u2019histoire permet facilement de désamorcer l\u2019argument de la soi-disant xénophobie des Québécois.Comme la répétition a parfois des vertus pédagogiques, je rappelle que le Bas-Canada a été la première colonie britannique à accorder aux Juifs les mêmes droits civiques ; que de nombreuses familles canadiennes-françaises, grâce au concours de l\u2019Église, ont accueilli des orphelins irlandais au milieu 72 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 du XIXe siècle - par respect pour leurs origines, ces enfants ont souvent conservé leur nom de famille ; que le Québec du tournant du XXe siècle a accueilli des Chinois victimes de l\u2019intolérance des Britanno-Colombiens.Les Canadiens français ont aussi accueilli généreusement les Juifs qui fuyaient les pogroms de l\u2019Europe de l\u2019Est.Dans Le Montréal juif d\u2019autrefois, un ouvrage publié en yiddish en 1947, Israël Medresh écrivait : « Durant la période de la grande migration, les Juifs fraîchement arrivés furent très bien accueillis par les francophones des villes et des bourgades de la province de Québec1 ».Je rappelle enfin l\u2019immense générosité des Québécois de toutes les régions du Québec à l\u2019endroit des 7847 réfugiés vietnamiens de la fin des années 1970.Pendant un an, ces « boat people » furent parrainés par des gens généreux qui répondaient à l\u2019appel de Jacques Couture, ministre de l\u2019Immigration du gouvernement péquiste.Il va de soi qu\u2019un continent sépare la droite libertarienne de la gauche multiculturelle.Mais du point de vue des nationalistes, on peut dire qu\u2019au moins deux choses les relient.Dans les deux cas, on sent une adhésion conditionnelle au Québec.À droite comme à gauche, on retrouve évidemment des gens qui se disent attachés au Québec.On sent cependant que ce qui prime chez eux, c\u2019est l\u2019idéologie.Ils rendent leur adhésion à la souveraineté du Québec conditionnelle au « projet de société » qui y serait rattaché.Je note également une tentation, chez les adeptes les plus résolus des deux camps, de passer par Ottawa pour mettre au pas un peuple jugé trop à gauche.ou trop à droite.Dans l\u2019histoire du XXe siècle, il est arrivé que des doctrinaires rigides en appellent à un pouvoir étranger pour voir triompher des idées que leurs compatriotes ne voulaient pas.1 Israël Medresh, Le Montréal juif d\u2019autrefois, Québec, Septentrion, 1997, p.178. 73 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Nul besoin d\u2019être un analyste bien chevronné pour constater que la droite libertarienne est très pro-Harper, qu\u2019elle compte sur ce gouvernement très peu représentatif pour imposer des idées dont les Québécois ne veulent pas - je pense ici aux mesures sur le registre des armes à feu, à la loi sur les jeunes contrevenants, à l\u2019abolition du crédit d\u2019impôt sur les REER du Fonds de solidarité, etc.Nul besoin d\u2019une thèse en science politique non plus pour constater que la gauche multiculturelle s\u2019accommode fort bien d\u2019une charte des droits et libertés enchâssée dans la constitution canadienne sans l\u2019accord du Québec.Aux yeux de cette gauche, cette charte protègerait les Québécois contre leurs pires instincts.À gauche comme à droite, on s\u2019en remet donc à une force extérieure pour imposer des mesures qui n\u2019arrivent pas à obtenir l\u2019assentiment des gens d\u2019ici.La légitimité démocratique compte moins que la finalité idéologique.Les nationalistes doivent donc garder le cap sur l\u2019essentiel.Préserver les acquis les plus fondamentaux de ce que nous sommes et viser le rassemblement plutôt que la dispersion.C\u2019est cet esprit qui anime les jeunes de Génération nationale.Après les dérives festivalières du « printemps érable », ce recentrement a de quoi rassurer ! ? VENDREDI 25 OCTOBRE 2013 JEAN GARON AU LION D\u2019OR ~ V souper-conférence annuel de l'action nationale 125 $ repas gastronomique du Petit Extra, vin, taxes, service et reçu pour fins fiscales de 75 $ Billets en vente \u2022\tà la boutique action-nationale.qc.ca \u2022\tpar la poste 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 \u2022\tpar téléphone 514-845-8533 ou 1-866-845-8533 m w À quoi sert mon argent ?PLfiCElflT R REdDEmEOT social./ sûr et garanti L'argent investi sert à financer partout au Québec des CPE.des agriculteurs biologiques, des coopératives et OSBL d'habitation, des quartiers verts, des commerces équitables, des entreprises d\u2019insertion au travail, des théâtres, des médias sociaux, etc.Le choix de Laure Waridel © Desjardins Caisse d'économie solidaire Québec\t418\t647-1527 Montréal\t514\t598-2122 Lanaudière\t450\t753-7055 www.placement.coop Miu fci :y±i m i: r&fiS z Nouveau bilan du nationalisme au Québec « Beaucoup d\u2019eau a coule sous les ponts depuis 1985.J'écrivais alors que les grandes clameurs nationalistes s'étaient tues; on parlait d'un déclin inexorable du sentiment national chez les Québécois.Les années suivantes ont fait mentir ce diagnostic.1* - Louis Balthazar DEUX SIÈCLES DE NATIONALISME : BILAN D'ÉTAPE PIERRE FALftRDEAIJ ¦ FALARDEAU SENSIBLE.HUMAIN, DÉLIBÉRÉMENT DÉTESTABLE ET TOUJOURS INDIGNÉ.RESISTANCE C HROKfÛ JE.$ 2006- £003 Préface de Jules Ffitauleau : Tin vlb éditeur une Kxtttfdfe Optera W(b edilMKis.v1b.«HTi DOSSIER Art public et guerre de propagande : le cas de Québec Dossier Art public et guerre de PROPAGANDE : le cas de Québec -Romain Gaudreault\t78 Lire les essais Lire les essais Roger Payette et Jean-François Payette Ce peuple qui ne fut jamais souverain.La tentation du suicide politique des Québécois\t132 78 DOSSIER Romain Gaudreault* ART PUBLIC ET GUERRE DE PROPAGANDE : LE CAS DE QUÉBEC** Le 12 juillet 1963, dans un parc de Québec, une bombe fait voler en éclats la tête de la statue de la reine Victoria.Le corps et les morceaux de la tête sont conservés précieusement.À l\u2019approche du 400e anniversaire de la fondation de la ville, en 2008, un ancien conseiller municipal suggère aux responsables de la fête de faire restaurer la statue et de la remettre en place.Il justifie sa démarche en ces termes : « Le régime britannique fait partie de notre histoire et je pense que nous sommes suffisamment matures pour le reconnaître et le commémorer » (Le Devoir, 13 décembre 2004).Actions isolées d\u2019obscurs citoyens ?En 2008, après une année de recherches et de consultations sur les « accommodements raisonnables » en matière religieuse, la très médiatisée commission Bouchard-Taylor remet son rapport au gouvernement du Québec.Parmi les nombreuses recommandations, celle de retirer le crucifix de la salle de l\u2019Assemblée nationale entraîne une réaction immédiate des dirigeants politiques réunis : le crucifix restera là, déci- * Ph.D., chercheur indépendant ** L'auteur désire remercier de leur aide précieuse les personnes suivantes : Annick Cassista, Frédérique Châlon-Corsiez, Maude Fréchette, Alain Gariépy, André Kirouac, Frédéric Lemieux, Martin Pelletier et Hélène Quimper.Il va de soi que l'auteur assume seul la responsabilité des idées exprimées dans le présent texte. 79 bre 2013 DOSSIER 79 NATIONALE DOSSIER dent à l\u2019unanimité la centaine d\u2019élus présents ! (Le Devoir, 23 mai 2008) Ces conflits à propos de sculptures - le crucifix aussi est une sculpture - ont-ils une réelle importance aux yeux de nos contemporains préoccupés de problèmes politiques, économiques et culturels jugés autrement plus graves ?Pour notre part, nous estimons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019escarmouches dans une guerre psychologique complexe et d\u2019une très grande ampleur menée depuis longtemps au Québec.Nous n\u2019entreprendrons pas ici de décrire cette guerre psychologique, seulement de montrer comment elle se joue dans le domaine très circonscrit de l\u2019art public de l\u2019agglomération de Québec.Premièrement, nous formulerons quelques définitions et propositions sur lesquelles nous appuierons notre analyse.Deuxièmement, nous indiquerons les critères et les sources ayant servi à constituer notre corpus de sculptures publiques en hommage à des personnalités ou à des groupes qui ont marqué l\u2019histoire du Québec et du Canada.Troisièmement, nous identifierons certaines caractéristiques des récits que produisent les sculptures publiques sélectionnées.Quatrièmement, nous tenterons d\u2019expliquer deux paradoxes que nous avons relevés à propos de ces récits.1.Définitions et propositions préalables Dans un récit courant, l\u2019émetteur nous présente des faits sur lesquels il peut porter deux types de jugements : d\u2019une part, des jugements de réalité et, d\u2019autre part, des jugements de valeur.La vérité des énoncés émis est toujours sous-entendue, à moins que l\u2019auteur du récit, ou narrateur, ne dise au Récit DOSSIER 80 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 préalable que son récit est une fiction ou une hypothèse.Le narrateur peut aussi se tromper ou mentir, mais cela, il ne le dira pas.En plus des énoncés sur la réalité des faits, le narrateur émet des énoncés sur la valeur positive ou négative des faits pour lui-même, pour les personnes qui les ont vécus et pour les personnes qui l\u2019écoutent.Pour les destinataires du récit, il est alors clair que tel acte est un méfait ou un bienfait et tel autre qui suit, une punition ou une récompense.Toutefois, de la même façon que le narrateur peut se tromper ou mentir à propos de la réalité des faits, il peut se tromper ou mentir quant à leur valeur.La production et la transformation d\u2019un récit par un narrateur font intervenir deux opérations de base, l\u2019introduction et le retrait, et trois opérations dérivées, le remplacement, le déplacement et la permutation.Les éléments d\u2019un récit sont introduits selon un certain ordre, dit « ordre narratif», distinct de l\u2019ordre chronologique, ou ordre des événements racontés.Ils sont introduits aussi selon une certaine vitesse, dite « vitesse d\u2019émission », distincte de la vitesse du récit.Par « vitesse d\u2019émission », il faut entendre le nombre variable d\u2019éléments du récit émis par le narrateur dans une unité de durée (par exemple, nombre de mots émis par un locuteur dans une minute ou nombre de sculptures installées dans une année), tandis que par « vitesse du récit », il faut entendre le nombre variable d\u2019éléments d\u2019un récit portant sur une unité de durée de l\u2019histoire racontée (par exemple, nombre de sculptures portant sur tel siècle ou tel ensemble d\u2019événements de l\u2019histoire d\u2019un pays par rapport à tel autre siècle ou tel autre ensemble d\u2019événements de cette même histoire).Le support d\u2019un récit peut être à dominante verbale (un roman, un article de presse racontant un fait divers, un manuel d\u2019histoire) ou iconique (une bande dessinée, un film, un ensemble de sculptures publiques installées par 8i L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER une entité politique en hommage à de grands personnages de l\u2019histoire d\u2019un pays).Le narrateur d\u2019un récit peut être un sujet individuel ou un sujet collectif.Selon N.Wiener (1971 [1950, 1954]), tout comme un sujet individuel, un sujet collectif est constitué de trois types d\u2019organes : des organes de commande, des organes d\u2019exécution et des organes d\u2019information (dits aussi « organes de contrôle », qui visent à vérifier qu\u2019une tâche commandée a été exécutée).Une société commerciale, une association religieuse, un parti politique, un État sont des sujets collectifs.Les messages émis par les organes de commande et d\u2019information sont conservés dans une mémoire.Toutefois, si personne ne doute de l\u2019existence d\u2019une mémoire chez un sujet individuel, il n\u2019en va pas de même quand on parle d\u2019un sujet collectif.Mémoire d\u2019un sujet collectif L\u2019expression « mémoire collective » est très répandue, mais personne ne s\u2019accorde sur sa définition.Citons un historien québécois connu : « Il n\u2019y a pas une mais des mémoires collectives, tellement innombrables d\u2019ailleurs qu\u2019il vaudrait mieux parler d\u2019un enchevêtrement de mémoires individuelles, singulières, potentiellement articulées les unes aux autres, et constituant le fondement instable d\u2019une infinité de mémoires communautaires, groupusculaires, etc.» (Létourneau, dans Mathieu 1986 : 99) Un peu plus loin (p.107), l\u2019auteur résume sa pensée en disant que « la notion de mémoire collective est peu opérationnelle ».Fernand Dumont, sociologue québécois de grande réputation, se montre un peu plus positif, mais n\u2019arrive tout de même pas à distinguer vraiment la mémoire d\u2019un sujet collectif de celle d\u2019un sujet individuel : « La mémoire collec- DOSSIER 82 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 tive n\u2019existe pas que dans les livres d\u2019histoire.Elle se trouve aussi plus au ras du sol, dans les traditions des familles et des mouvements sociaux, dans les discussions politiques » (Dumont 1997 [1995] : 106).Tournons-nous vers Maurice Halbwachs, sociologue français le plus connu parmi ceux qui ont abordé la question de la mémoire collective : Tel est le point de vue de l\u2019histoire, parce qu\u2019elle examine les groupes du dehors, et qu\u2019elle embrasse une durée assez longue.La mémoire collective, au contraire, c\u2019est le groupe vu du dedans, et pendant une période qui ne dépasse pas la durée moyenne d\u2019une vie humaine.(Halbwachs 1997 [1950] : 140) Il ressort de la citation précédente que la mémoire collective repose sur des mémoires individuelles, que chaque mémoire individuelle conserve un fragment de l\u2019ensemble des souvenirs d\u2019une génération d\u2019êtres humains sur sa propre histoire et que cet ensemble de souvenirs ne survivra pas à cette génération, à moins que les historiens ne s\u2019en emparent et ne les écrivent pour la postérité.Cependant, dans ce cas, on ne peut plus parler de « mémoire collective », selon Halbwachs.Outre la définition ci-dessus, Halbwachs nous fournit un exemple que nous pourrons exploiter à notre tour.Selon le sociologue, les quatre documents appelés « Évangiles » chez les chrétiens forment « un ensemble de souvenirs communs à un groupe » (Halbwachs 1971 [1941] : 118).Ces documents ont servi de base à la localisation des lieux saints du christianisme et à l\u2019instauration d\u2019un culte pour les pèlerins.Ainsi, dès le IVe siècle de notre ère, à Jérusalem et dans les environs, des empereurs, des évêques, des notables ont fait édifier des basiliques, des églises, des chapelles, des oratoires consacrés au culte des grands personnages de l\u2019histoire du christianisme (Halbwachs 1971 [1941] : 150). 83 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER Une autre source nous apprend que les quatre Évangiles ont été écrits entre l\u2019an 70 de notre ère et le début du deuxième siècle et que l\u2019Église catholique ne les adoptés qu\u2019au concile de Laodicée en 360 (Quéré 1983 : 11-12).Jusqu\u2019à ce concile, les quatre récits n\u2019avaient pour auteurs que des sujets individuels.Après le concile, en tant que récits officiels des origines du christianisme, ils entrent dans la mémoire du sujet collectif appelé « Église catholique ».Quant aux lieux de culte en Palestine, hormis les entreprises officielles des empereurs, chefs de l\u2019État romain, tous résultent d\u2019initiatives individuelles jusqu\u2019au début du XIIIe siècle, moment où l\u2019Église donne le mandat officiel aux Franciscains de s\u2019occuper des lieux de pèlerinage en Terre sainte (voir la bibliographie à « Ordre des Franciscains »).Or Halbwachs ne tient pas compte de ces faits, allant même jusqu\u2019à citer les évangiles apocryphes, textes exclus de la liste officielle de 360.Nous devons donc reconnaître, avec Halbwachs lui-même d\u2019ailleurs, que, par « mémoire collective », celui-ci entend simplement une collection de souvenirs de sujets individuels sur l\u2019histoire d\u2019un groupe.Vu les limites actuelles de l\u2019expression « mémoire collective », il vaut mieux abandonner celle-ci à l\u2019usage courant et, dans le présent travail, parler de « mémoire d\u2019un sujet collectif», expression qui prendra un sens très précis dans le cas d\u2019un État, par exemple.Outre les lois et règlements conservés sous forme écrite dans une partie de sa mémoire, le sujet collectif « État » conserve une trace de son histoire sous deux formes : d\u2019abord, dans le récit verbal que constitue le manuel d\u2019histoire nationale adopté officiellement pour l\u2019enseignement dans les écoles publiques ; ensuite, dans le récit iconique le plus coûteux et le plus visible que constitue l\u2019ensemble des sculptures publiques en hommage à des personnalités ayant joué un rôle particulièrement positif DOSSIER 84 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 dans l\u2019histoire du pays.Dans le cas d\u2019un récit iconique officiel constitué de sculptures, celles-ci sont distribuées en concentrations variables et dans des endroits centraux sur le territoire qu\u2019occupe le siège du gouvernement ou sur le territoire d\u2019une ville.Nation et État Une nation est un groupe humain constitué en partie des descendants d\u2019ancêtres communs vivant sur un territoire donné et en partie d\u2019étrangers qui se sont installés chez les premiers, parlent leur langue, adoptent dans une large mesure leurs coutumes, marient souvent leurs fils ou leurs filles, participent à diverses associations culturelles ou économiques et exercent ou revendiquent avec eux le droit de se gouverner selon ses propres lois.Selon cette définition, il existe deux types de nations : la nation autonome, c\u2019est-à-dire « qui se régit par ses propres lois », selon le sens du mot grec originel, et la nation non autonome.On sait que l\u2019Organisation des Nations unies réserve le nom d\u2019« État » à la nation autonome (Brossard (1995 [1976] : 84-86).En outre, certains qualifient de nations sans État les nations écossaise, catalane et québécoise (Guibernau 1999), ce qui respecte la définition de l\u2019ONU.Or ces nations dites « sans État » ont pourtant plusieurs des caractéristiques des États reconnus officiellement par l\u2019organisme international : un parlement, une administration et un pouvoir d\u2019agir dans certains domaines.Si nous adoptons une définition moins stricte que celle de l\u2019ONU, il est possible de parler d\u2019État dans le cas d\u2019une nation qui a un parlement, une administration et un pouvoir d\u2019agir dans certains domaines.Nous pouvons alors parler d\u2019États associés, dans le cas de nations qui ont accepté 85 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER librement de confier certaines compétences à des organes communs (État fédéral ou confédéral) et d\u2019États assujettis, dans le cas de nations qui n\u2019ont pas adhéré librement à une association avec un autre État, dit alors « État dominateur ».Prenons le cas de la Province de Québec.Dirigée par un gouverneur sous mandat du roi de France, cette ancienne colonie française a été dans une situation de dépendance par rapport à une mère patrie pourvoyeuse jusqu\u2019à la conquête et à l\u2019assujettissement par la Grande-Bretagne en 1760.Au cours des siècles qui ont suivi, à travers diverses vicissitudes, l\u2019ancienne colonie française sous régime monarchique a pu acquérir toutes les caractéristiques d\u2019un État assujetti : un parlement, une administration et un pouvoir d\u2019agir limité par un État dominateur.Après le British North America Act voté par le Parlement de Londres en 1867, le nom officiel de cet État assujetti devient « Province of Quebec ».Le nom de « province » sert également à désigner toutes les autres subdivisions politiques du Canada depuis cette date.Cependant, une telle désignation masque la différence de nature entre ces subdivisions politiques et la Province de Québec.Les provinces canadiennes peuplées en majorité de descendants de Britanniques et de leurs alliés sont des États associés au sein de l\u2019État canadien, tandis que la Province de Québec est un État assujetti à l\u2019État canadien.Comportements politiques individuels et collectifs Après une analyse du comportement des sujets individuels et collectifs dans les pays conquis par l\u2019Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale, Werner Rings (1981) distingue les résistances polémique, symbolique, défensive et offensive et les collaborations inconditionnelle, conditionnelle, neutre et tactique (voir un examen détaillé de ces notions dans Gaudreault 2010a).Pour qualifier les comportements DOSSIER 86 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 des sujets collectifs (État ou Ville) qui ont produit des récits iconiques constitués de sculptures publiques en hommage à de grands personnages de l\u2019histoire du Québec et du Canada, dite « histoire nationale », nous aurons recours à la notion de résistance symbolique, de laquelle nous faisons dériver immédiatement celle de collaboration symbolique.Identification des sujets collectifs politiques à Québec Le territoire de la ville de Québec est situé au confluent du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Saint-Charles.Il comprend une partie haute, le Cap-aux-Diamants (près de 100 mètres d\u2019altitude), qui se prolonge en un plateau, ainsi qu\u2019une partie basse formée de la vallée de la rivière Saint-Charles et d\u2019une étroite bande de terre entre le cap et le fleuve.La vieille ville historique comprend le sommet du cap, séparé du plateau par des remparts, et le pied du cap, c\u2019est-à-dire les quartiers Champlain, en haut, et Petit-Champlain, en bas (Blais et coll.2008 : 476).Le boulevard Charest, une artère importante de la basse ville, s\u2019étire parallèlement à la falaise qui longe le plateau de la haute ville et peut donc servir à repérer sur une carte les deux subdivisions territoriales de la ville (voir la carte plus loin).Nous appellerons « agglomération de Québec » l\u2019ensemble des quelque 500 000 habitants et de leurs résidences dans la haute ville et la basse ville.Essentiellement de langue française, cette population participe au fonctionnement de trois sujets collectifs politiques : l\u2019État canadien, l\u2019État québécois et la Ville de Québec (avec un « v » majuscule).Créé en 1867 par l\u2019État britannique, l\u2019État canadien est présent de plusieurs façons sur le territoire de l\u2019agglomération de Québec.En premier lieu, dans la haute ville, Patrimoine Canada et la Commission des champs de bataille nationaux gèrent le parc des ChampsdeBataille, qui comprend les 87 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER plaines d\u2019Abraham et le parc des Braves.En deuxième lieu, des effectifs de l\u2019armée canadienne résident en permanence à la Citadelle, à l\u2019entrée des plaines d\u2019Abraham et à faible distance du Parlement, toujours dans la haute ville.En troisième lieu, Transports Canada gère le port de Québec par l\u2019intermédiaire de l\u2019Administration portuaire de Québec.Enfin, en quatrième lieu, dans la basse ville, Parcs Canada gère le parc Cartier-Brébeuf (cédé en 1957 par la Ville de Québec) et, dans la haute ville, le parc de l\u2019Artillerie.Tous ces organismes de l\u2019État canadien possèdent des terrains de dimensions variables : le plus grand, les plaines d\u2019Abraham, a une superficie d\u2019environ 100 acres, soit l\u2019équivalent de 600 patinoires ou de 200 terrains de football (Mathieu et Kedl 1993 : 216).Le gouvernement fédéral possède aussi une bonne partie du parterre à l\u2019avant du Parlement (Malack 2003 : 81-82).L\u2019État québécois possède une petite portion du territoire de l\u2019agglomération de Québec depuis sa création en 1867, à faible distance des plaines d\u2019Abraham et de la Citadelle.Sur ce terrain, outre quelques édifices secondaires, l\u2019architecte Eugène Taché a fait construire l\u2019Hôtel du Parlement, dont la conception rappelle celle du palais du Louvre à Paris (Noppen et Deschênes 1996 : 56).La Ville de Québec a été créée en 1833 par les autorités britanniques et possède tous les espaces publics qui n\u2019appartiennent ni à l\u2019État canadien ni à l\u2019État québécois, notamment la vieille ville, sur le Cap-aux-Diamants, où se trouve l\u2019Hôtel de Ville. DOSSIER 88 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 2.Constitution du corpus d\u2019art public et classement des personnages et groupes représentés Nous avons sélectionné les œuvres d\u2019art public selon trois critères.Premier critère : le corpus comprend uniquement des sculptures (statues, têtes, bustes, objets symboliques sculptés).Par conséquent, certaines œuvres d\u2019art public sont exclues, notamment la pierre façonnée (obélisque de lord Dalhousie) installée près de la terrasse Dufferin et l\u2019assemblage de pierres appelé « Inuksuk » installé devant le Parlement.Deuxième critère : les sculptures sont installées dans des lieux accessibles au public et appartiennent à l\u2019un des trois sujets collectifs nommés plus haut.Troisième critère : les sculptures sont des hommages à des personnalités de l\u2019histoire du Québec et du Canada.La plupart des renseignements sur les sculptures et les personnages ou groupes représentés proviennent de sites Web appartenant aux trois sujets collectifs.Des agents de ces sujets collectifs ont confirmé ces renseignements (voir remerciements au début de cet article).Une partie des éléments biographiques provient du Dictionnaire biographique du Canada (Université Laval et Université de Toronto) et de l\u2019Inventaire des lieux de mémoire de la Nouvelle-France (Centre interuniversitaire en études québécoises, Université Laval).Nous nous sommes aussi appuyé sur deux autres recherches d\u2019importance, celles de Mathieu et Kedl (1993) et de Noppen et Deschênes (1996).Les annexes A, B et C contiennent l\u2019ensemble des données recueillies.Une fois vérifiés tous les éléments biographiques, les personnages représentés ont d\u2019abord été classés en deux groupes, selon qu\u2019ils appartenaient aux descendants de Français et à leurs alliés, dits aussi membres de la nation québécoise, ou aux descendants de Britanniques et à leurs alliés, dits aussi membres de la nation canadienne (abrégé 89 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER en « DFA » et en « DBA », respectivement, dans les tableaux et ailleurs dans le texte).Précisons, s\u2019il faut à tout prix le préciser, qu\u2019un descendant de Français peut être un membre de la nation canadienne tout comme un descendant de Britanniques, de Chiliens, de Vietnamiens, d\u2019Haïtiens, etc.peut être un membre de la nation québécoise.Ce premier classement achevé, à l\u2019intérieur du groupe DFA, nous avons isolé les sculptures en hommage à des personnalités qui ont joué un grand rôle dans la diffusion du christianisme et dans l\u2019organisation de l\u2019Église catholique au Québec.Nous avons alors ajouté un astérisque à l\u2019abréviation DFA.Par exemple, en tant que premier cardinal, Elzéar-Alexandre Taschereau est classé comme DFA*, tandis que l\u2019hommage aux communautés religieuses enseignantes est classé comme DFA, sans astérisque, du fait que ces communautés sont honorées pour leur apport à l\u2019enseignement et non pour leur rôle dans l\u2019Église.Précisons que le monument Cartier-Brébeuf (tableau 1, no 5) est classé comme DFA* en raison de l\u2019hommage aux Jésuites et non en raison de l\u2019hommage à Jacques Cartier.3.Résultats Cette troisième partie comprend six sections.Dans la première, nous montrons comment les trois sujets collectifs politiques de l\u2019agglomération de Québec ont acquis leur collection de sculptures publiques liées à l\u2019histoire nationale ou, autrement dit, ont produit les éléments de leur version du récit de l\u2019histoire nationale.Nous présentons ensuite les récits de l\u2019histoire nationale selon l\u2019État canadien, l\u2019État québécois et la Ville de Québec.Enfin, dans les deux dernières sections, nous étudions les diverses concentrations d\u2019éléments de récit (ou de sculptures) sur le territoire de l\u2019agglomération de Québec ainsi que les transformations des trois récits au fil des années. DOSSIER 90 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 Production des éléments des trois récits de l\u2019histoire nationale L\u2019État canadien a financé 16 des 21 sculptures de sa collection, tandis que 5 lui ont été données : en 1910, la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec lui a cédé le monument des Braves de 1760 ; en 1957, la Ville de Québec lui a cédé le parc Cartier-Brébeuf ainsi que la croix de Jacques Cartier et le monument Cartier-Brébeuf; la statue équestre de Jeanne d\u2019Arc est un don de la sculptrice elle-même, une résidente de New York ; une souscription publique a permis de financer la dernière, la Croix du sacrifice.L\u2019État du Québec semble avoir financé la totalité de sa collection de sculptures, sauf une, celle en hommage à François-Xavier Garneau, don de Georges-Élie Amyot, industriel et conseiller législatif.Quant à la Ville de Québec, pour le financement ou la mise en place de sa collection, elle a travaillé en collaboration avec la Commission de la capitale nationale du Québec ou d\u2019autres partenaires (dans 14 cas).Mentionnons une collaboration particulière avec l\u2019État canadien, qui a fourni le terrain pour l\u2019installation de la sculpture en hommage à Dugua de Mons.Dans les trois sections suivantes, nous présentons des tableaux qui indiquent l\u2019ordre d\u2019émission des éléments des trois récits iconiques à l\u2019étude.Pour chaque sculpture, nous montrons aussi le groupe national favorisé (descendants de Français et alliés, ou DFA, ou descendants de Britanniques et alliés, ou DBA), les hommages à l\u2019Église catholique et à ses membres (DFA*), la date d\u2019installation et la date des faits commémorés.Pour chacun des trois récits produits par les narrateurs collectifs définis au début, nous allons déter- 91 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER miner la vitesse d\u2019émission des éléments du récit, la vitesse du récit lui-même, les domaines d\u2019activité des personnages représentés, les hommages à l\u2019Église catholique et à ses membres et les groupes nationaux favorisés.Le récit de l\u2019histoire nationale selon l\u2019État canadien Environ les trois quarts des sculptures appartenant à l\u2019État canadien (15 sur 21) ont été mises en place au cours de la période 1849-2007, sans variation particulière de l\u2019activité d\u2019installation pendant ces 159 ans.Soudain, entre 2008 et 2012, l\u2019activité s\u2019intensifie : 6 sculptures sont installées en seulement 5 ans.Le récit insiste sur les batailles de 1759 et de 1760 qui ont eu lieu durant la guerre de Sept Ans en Amérique (6 sculptures sur 21), mais passe rapidement sur tout le reste.Les domaines d\u2019activité des personnages représentés sont d\u2019abord la guerre (11) et la politique (8, si nous incluons la sculpture Cartier-Brébeuf), puis la santé et le bien-être (2).L\u2019État canadien possède une seule sculpture en hommage à des membres de l\u2019Église catholique (sculpture Cartier-Brébeuf), et c\u2019est parce que la Ville de Québec la lui a donnée avec le parc Cartier-Brébeuf en 1957.Enfin, les descendants de Britanniques et leurs alliés sont nettement favorisés par rapport aux descendants de Français et à leurs alliés (15 DBA contre 6 DFA).Parmi les 15 sculptures qui favorisent les DBA, 4 sont des hommages simultanés à des militaires britanniques et français de la guerre de Sept Ans en Amérique (sculptures nos 3, 9, 19 et 21).Si ces hommages apaisent les vaincus, leur but principal est de célébrer les vainqueurs : une victoire n\u2019est grande que si les vaincus sont eux aussi des héros.Le modèle de tous ces hommages simultanés aux vainqueurs et aux vaincus a été établi en 1828 par lord Dalhousie, gouverneur général du Canada, qui a fait ériger un obélisque en hommage à Wolfe et à Montcalm près de l\u2019actuelle terrasse Dufferin à Québec. DOSSIER 92 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 Tableau 1.Sculptures publiques liées à l'histoire nationale -Agglomération de Québec, État canadien No\tSculpture\tGroupe\tDate d'installation\tDate des faits commémorés \tWolfe\tDBA\ti849\tI759 2\tWolfe\tDBA\t1850 ?\tI759 3\tBraves de 1760\tDBA\t(\u2022/\u2022S 00\t1760 4\tCartier, J.\tDFA\t1889\tI536 5\tCartier, J.et Jésuites (« Cartier-Brébeuf»)\tDFA*\t1889\tI535-I536 I625 6\tShort et Wallick\tDBA\t1891\t1889 7\tMartin\tDFA\tI923\t1589-1664 8\tCroix du sacrifice\tDBA\tI924\tI9I4-I9I8 I939-I945 I950-I953 9\tArc, Jeanne d'\tDBA\tI938\t1759-1760 IO\tGarneau, J.-G.\tDBA\tI957\t1908-1939 11\tRencontre de deux cultures\tDFA\tr-* 00\tI534 12\tRoyal 22e Régiment\tDBA\t00\tI9I4-I9I8 I939-I945 I950-I953 I3\tVoltigeurs\tDBA\tI990\t1862 I4\tMarins québécois\tDBA\t2000\tI939-I945 I5\tCroix celtique\tDFA\t2000\t1847-1848 l6\tGrey\tDBA\t2008\tI904-I9II I7\tMartin\tDFA\t2008\t1589-1664 18\tTodd\tDBA\t2008\tI909-I9I3 I9\tCombattants de I759-I760\tDBA\t2009\t1759-1760 20\tBravoure\tDBA\t2010\t2010 2I\tLévis-Murray\tDBA\t2010\t1760 Remarque : DFA + un astérique signifie à la fois un hommage aux descendants de Français et à leurs alliés et un hommage à l'Église catholique.\t\t\t\t 93 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER Le récit de l\u2019histoire nationale selon l\u2019État québécois La vitesse d\u2019installation de sculptures par l\u2019État québécois varie beaucoup plus que dans le cas précédent.Entre 1889 et 2012, nous distinguons quatre périodes de grande activité d\u2019installation de sculptures : 1889-1895 (8 en 7 ans) ; 19121928 (12 en 17 ans) ; 1969 (7 en 1 an) ; 1999-2012 (11 en 14 ans).Le récit accorde beaucoup d\u2019importance à la Nouvelle-France au XVIIe siècle (14 sculptures sur 43), passe rapidement sur le XVIIIe siècle (6 sculptures sur 43) et accorde au XIXe siècle une importance quasi égale à celle qu\u2019il accorde au XVIIe siècle (12 sculptures sur 43).Par rapport à l\u2019État canadien qui consacre 6 sculptures sur 21 aux faits de la guerre de Sept Ans en Amérique, l\u2019État québécois en consacre moins en chiffres absolus (4) et encore beaucoup moins en chiffres relatifs (4 sur 43, soit 1/10 des sculptures).Pour le XIXe siècle, l\u2019État québécois accorde beaucoup moins d\u2019attention à la rébellion de 1837-1838 (hommage à Papineau) qu\u2019aux faits annonciateurs de la création du Canada en 1867 (hommages à Elgin, à Baldwin et à La Fontaine).Pour le XXe siècle, depuis 1999, l\u2019État québécois porte un intérêt particulier aux premiers ministres du Québec Godbout, Lesage, Johnson et Lévesque, chevilles ouvrières de ce qu\u2019on a appelé la « Révolution tranquille ».Peu remarquées jusque-là par les autorités, quatre femmes en politique sont honorées d\u2019un seul coup en 2012 : Idola Saint-Jean, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, Thérèse Casgrain et Marie-Claire Kirkland.Elles s\u2019ajoutent à Marguerite Bourgeoys et à Marie Guyart, enseignantes du XVIIe siècle, elles-mêmes honorées tardivement en 1969.Peu remarquées également : les nations amérindiennes traditionnellement alliées des Français.Deux hommages leur ont tout DOSSIER 94 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 de même été rendus à la fin du XIXe siècle (Famille de chasseurs amérindiens, 1889 ; Pêcheur amérindien, 1891).Sans surprise, le domaine d\u2019activité principal des personnages représentés est la politique (29 sculptures sur 43).Viennent loin derrière la guerre (5) et la religion (4).Les domaines de l\u2019éducation, des sciences, des arts et des lettres sont faiblement représentés (5 en tout).Un petit nombre de sculptures de l\u2019État québécois sont des hommages aux descendants de Britanniques et à leurs alliés (8 sur 43).Ces hommages ont été rendus surtout pendant les deux premières vagues d\u2019installation (6 au cours des périodes 1889-1895 et 1912-1928).Nous classons l\u2019hommage à Robert Bourassa (2006) parmi les hommages qui favorisent le groupe des DBA parce que ce premier ministre s\u2019est allié au gouvernement canadien pour faire arrêter des centaines de militants indépendantistes lors de la crise d\u2019Octobre 1970.Nous classons aussi parmi les hommages pro-DBA la sculpture installée en 2001 dans le cimetière de l\u2019Hôpital général pour rendre hommage aux victimes françaises et britanniques de la guerre de Sept Ans en Amérique.Cela ne nous rappelle-t-il pas l\u2019État canadien qui mêle vainqueurs et vaincus dans un même hommage ?Là, tous héros ; ici, tous victimes.Dans le procès-verbal d\u2019une réunion tenue le 16 août 2000 sous les auspices de la Commission de la capitale nationale du Québec, les promoteurs de l\u2019hommage aux victimes de la guerre de Sept Ans en Amérique ont clairement exprimé leur désir de bonne entente avec les vainqueurs : « Le but du projet est de respecter les lieux tout en faisant connaître le cimetière du grand public comme lieu de mémoire et de réconciliation.» (Malack 2003 : 195) Nous voyons ici à l\u2019œuvre, en pleine lumière, ce que nous appelons plus 95 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER loin le « mensonge des deux peuples fondateurs ».Sait-on que le terme « réconciliation » ne peut s\u2019appliquer qu\u2019à des personnes libres - amis, membres d\u2019une famille, voisins, collègues de travail, pays indépendants -, jamais entre un captif et son actuel ravisseur, entre une nation assujettie et une nation qui maintient cet assujettissement ?Tableau 2.Sculptures publiques liées à l'histoire nationale -Agglomération de Québec, État québécois No\tSculpture\tGroupe\tDate d\u2019installation\tDate des faits commémorés \tFamille de chasseurs amérindiens\tDFA\tI889\tI534 2\tFrontenac\tDFA\tO 00\t1672-1682 I690-I698 3\tPêcheur amérindien\tDFA\tI89I\tI534 4\tElgin\tDBA\tI892\t1847-1854 5\tSalaberry\tDBA\ti894\t1813 6\tWolfe\tDBA\ti894\tI759 7\tMontcalm\tDFA\ti894\tI759 8\tLévis\tDFA\ti895\t1760 9\tGarneau, F.-X.\tDFA\t1912\t1845-1849 IO\tMercier\tDFA\t1912\t1887-1891 11\tBrébeuf\tDFA*\t1916\ti649 12\tDorchester\tDBA\t1916\t1768-1778 I786-I79I I3\tTalon\tDFA\t1916\t1665-1672 I4\tBaldwin\tDBA\t1921\t1842-1843 1848-1851 I5\tMarquette\tDFA\t1921\ti673 l6\tLa Fontaine, L.-H.\tDBA\t1921\t1842-1843 1848-1851 I7\tBoucher\tDFA\t1922\t1654-1667 18\tLa Vérendrye\tDFA\t1922\tI73I-I74I I9\tIberville\tDFA\tI923\t1686-1706 20\tJolliet\tDFA\t1928\ti673 DOSSIER 96 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 No\tSculpture\tGroupe\tDate d'installation\tDate des faits commémorés 21\tCrucifix\tDFA*\t1936\t1936 22\tFréchette\tDFA\t1940 ?\t1839-1908 23\tFrancœur\tDFA\t1942\t1895-1941 24\tBourgeoys\tDFA\ti969\t1658-1693 25\tChamplain\tDFA\ti969\t1608 26\tLaval\tDFA*\t1969\t1674-1688 27\tMaisonneuve\tDFA\t1969\t1642 28\tGuyart\tDFA\t1969\t1639-1672 29\tOlier\tDFA\t1969\t1642 30\tViel\tDFA*\t1969\t1625 31\tDuplessis\tDFA\t1977\t1936-1939 1944-1959 32\tLemay\tDFA\t1980 ?\t1867-1892 33\tJohnson\tDFA\t1999\t1966-1968 34\tLévesque\tDFA\t1999\t1976-1985 35\tGodbout\tDFA\t2000\t1940-1944 36\tLesage\tDFA\t2000\t1960-1966 37\tGuerre de Sept Ans\tDBA\t2001\t1756-1763 38\tPapineau\tDFA\t2002\t1825-1838 39\tBourassa\tDBA\t2006\t1970-1976 1985-1994 40\tChauveau\tDFA\t2006\t1867-1873 41\tLetellier de Saint-Just\tDFA\t2006\t1876-1879 42\tBédard\tDFA\t2010\t1792-1812 43\tFemmes en politique\tDFA\t2012\tXXe siècle Remarque : DFA + un astérique signifie à la fois un hommage aux descendants de Français et à leurs alliés et un hommage à l'Église catholique.\t\t\t\t 97 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER Le récit de l\u2019histoire nationale selon la Ville de Québec La Ville de Québec possède 36 sculptures liées à l\u2019histoire du Québec et du Canada, c\u2019est-à-dire un peu moins que l\u2019État québécois (43), mais beaucoup plus que l\u2019État canadien (21).Elle a installé la plupart en deux vagues d\u2019inégale intensité : 1898-1931 (11 en 34 ans) ; 1994-2012 (22 en 19 ans).Le début de la première vague (1898) est relativement proche de celui de la première vague de l\u2019État québécois (1889).Le début de la deuxième (1994) précède de peu celui de la plus récente vague de l\u2019État québécois (1999).L\u2019État canadien s\u2019est aussi mis de la partie ces dernières années (6 sculptures installées durant la période 2008-2012).Pour mesurer la vitesse du récit iconique mis en place par la Ville de Québec, nous devons d\u2019abord exclure de la collection de 36 sculptures les 6 installées en hommage à des groupes dont l\u2019activité s\u2019est étalée sur plus d\u2019un siècle et supposer ensuite que la carrière de certains personnages honorés s\u2019est déroulée surtout au XXe siècle (des artistes, notamment).Cela fait, nous constatons que la Ville de Québec s\u2019intéresse surtout au XXe siècle (12 sculptures sur 30), un peu moins au XVIIe siècle et au XIXe siècle (8 pour chaque siècle) et passe rapidement sur le XVIIIe siècle (hommage unique à Montcalm).La rapidité avec laquelle le récit passe sur la guerre de Sept Ans en Amérique (1 sculpture sur 30) contraste fortement avec l\u2019insistance de l\u2019État canadien sur cette même période (6 sculptures sur 21).Par contre, le récit de la Ville de Québec accorde proportionnellement presque autant d\u2019importance à la Nouvelle-France du XVIIe siècle (8 sculptures sur 30) que l\u2019État québécois (14 sculptures sur 43).Comme dans le cas de l\u2019État québécois, la politique est le plus important domaine d\u2019activité des personnages honorés (14 sculptures sur 36).En deuxième position viennent les DOSSIER 98 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 arts et les lettres (10), fait étonnant par rapport à l\u2019ensemble du corpus de l\u2019agglomération.Ces hommages ont tous été rendus sous l\u2019administration du maire JeanPaul L\u2019Allier, au cours de la période 1994-2004, et concernent surtout des personnalités du XXe siècle.Viennent ensuite la religion (4) et des domaines représentés chacun par 2 sculptures (santé et bien-être, économie, éducation, guerre).Aucun hommage n\u2019est rendu à des personnalités du domaine des sciences et des techniques.Des personnages féminins sont honorés, mais toujours associés à des hommes : Communautés religieuses enseignantes, La Compassion, Dorimène et Alphonse Desjardins.Le groupe national des descendants de Britanniques et de leurs alliés est proportionnellement presque autant favorisé dans le récit de la Ville de Québec (5 sculptures sur 36) que dans celui de l\u2019État québécois (8 sculptures sur 43), mais nettement moins que dans le récit de l\u2019État canadien (15 sculptures sur 21).Ces hommages pro-DBA ne sont pas concentrés au cours d\u2019une période particulière (1905, 1920, 1954, 1961 et 1998).Par contre, la Ville a manifesté une certaine audace en rendant hommage au général de Gaulle, ce qui a suscité la colère des vétérans de l\u2019armée canadienne (Malack 2003 : 84), ainsi qu\u2019aux anti-conscriptionnistes de Québec mitraillés par les soldats de l\u2019armée canadienne en avril 1918.Ces deux derniers hommages ont aussi été rendus sous l\u2019administration L\u2019Allier (1997 et 1998, respectivement). 99 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER Tableau 3.Sculptures publiques liées à l'histoire nationale -Agglomération de Québec, Ville de Québec No\tSculpture\tGroupe\tDate d'installation\tDate des faits commémorés \tChamplain\tDFA\t1898\t1608 2\tBraves de la guerre des Boers\tDBA\tI905\t1899-1902 3\tLaval\tDFA*\t00 O\t1674-1688 4\tMontcalm\tDFA\tI9II\tI759 5\tDurocher\tDFA*\t1912\t1867-1876 6\tFoi\tDFA*\t1916\t1615 7\tHébert\tDFA\t1918\t1617 8\tCartier, G.-É.\tDBA\t1920\t00 9\tTaschereau, E.-A.\tDFA*\tI923\t1886 IO\tCartier, J.\tDFA\t1926\tI534 11\tLouis XIV\tDFA\tI93I\ti643-i7i5 12\tLaurier\tDBA\tI954\t1896-1911 I3\tPerrault, J.-F.\tDBA\t1961\t1796-1804 1808-1810 I4\tMuses\tDFA\ti983\t1608 I5\tLemelin\tDFA\tI994\tI9I9-I992 l6\tCommunautés religieuses enseignantes\tDFA\tI997\tXVIIe-XXe siècles I7\tGaulle (de)\tDFA\tI997\t1958-1969 18\tConférences de Québec\tDBA\t00\tI943-I944 I9\tQuébec, printemps 1918\tDFA\t00\t1918 20\tRichard\tDFA\t00\t1895-1982 2I\tLemieux\tDFA\tI999\t1904-1990 22\tPellan\tDFA\tI999\t1906-1988 23\tEnvol (Frères éducateurs)\tDFA\t2000\tXVIIe-XXe siècles 24\tKrieghoff\tDFA\t2001\t1815-1872 25\tLégaré\tDFA\t2001\ti795-i855 DOSSIER 100 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 No\tSculpture\tGroupe\tDate d\u2019installation\tDate des faits commémorés 26\tAcadiens\tDFA\t2002\tXVIIe-XXe siècles 27\tGagnon\tDFA\t2002\t1881-1942 28\tBaillargé (famille)\tDFA\t2004\t1726-1906 29\tNelligan\tDFA\t2004\tl879-194: 30\tWalker\tDFA\t2004\t1858-1938 31\tChauveau\tDFA\t2005\t1867-1873 32\tPompiers de Québec morts en service\tDFA\t2005\tXIXe-XXe siècles 33\tCompassion (religieux, hôpitaux)\tDFA\t2006\tXVIIe-XXe siècles 34\tDugua de Mons\tDFA\t2007\t1608 35\tDesjardins, A.et D.\tDFA\t2008\t1900 36\tEmbarquement (Ville de Québec)\tDFA\t2008\t1608 Remarque : DFA + un astérique signifie à la fois un hommage aux descendants de Français et à leurs alliés et un hommage à l'Église catholique.\t\t\t\t Distribution spatiale Les éléments des trois récits de l\u2019histoire nationale sont répartis dans certaines zones privilégiées de l\u2019agglomération québécoise.Nous définissons ces zones comme des surfaces carrées de 250 mètres de côté contenant au moins trois sculptures.La carte simplifiée jointe à notre étude (figure 1) montre que cinq zones privilégiées sur sept se trouvent dans la haute ville et deux seulement dans la basse ville, l\u2019une près du boulevard Charest et l\u2019autre près de la rivière Saint-Charles, à environ deux kilomètres dans la direction indiquée par la flèche sur la carte.Les sept zones privilégiées par les trois 101 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER Figure 1.Centre de l'agglomération de Québec Fleuve St-Laurent récits contiennent près de la moitié des sculptures de l\u2019ensemble du corpus (63 sculptures sur 142).L\u2019État canadien possède deux zones privilégiées, celle de la place George-V (ECi), à proximité de la Citadelle - La Bravoure, Short et Wallick, Voltigeurs et Royal 22e Régiment DOSSIER 102 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 -, et celle du parc Cartier-Brébeuf (EC2) - J.Cartier, Cartier-Brébeuf, Rencontre de deux cultures au XVIe siècle -, cédé par la Ville de Québec en 1957.L\u2019unique zone privilégiée par l\u2019État québécois (EQ) est celle du Parlement et de son parterre, qui contient 41 sculptures.Seules échappent à cette concentration les sculptures en hommage à Daniel Johnson (édifice Marie-Guyart) et aux victimes de la guerre de Sept Ans en Amérique (cimetière de l\u2019Hôpital général).Cette zone forme un contraste absolu avec les deux zones privilégiées par l\u2019État canadien non seulement en raison de sa forte densité, mais aussi en raison de la distribution originale de la moitié des sculptures sur un plan vertical, celui de la façade du Parlement : 10 sculptures au rez-de-chaussée, 4 au premier étage, autant au deuxième étage, 2 au troisième étage et 2 dans la partie de la tour qui dépasse le toit du Parlement.Selon les plans originaux de l\u2019architecte Taché, une statue de Jacques Cartier devait être installée sur la corniche, au faîte de la tour (Noppen et Deschênes 1996 U53).Cela n\u2019a jamais été fait, pas même en 1969, quand un comité spécial a installé sept sculptures dans les niches vides au-dessus du premier étage.La statue de Jacques Cartier aurait fait pendant aux statues en hommage aux nations amérindiennes qu\u2019on peut voir actuellement juste en avant de l\u2019entrée principale du Parlement, sur le plan horizontal, mais dans l\u2019axe de la tour.Les mandataires de l\u2019État québécois ont par contre réalisé d\u2019autres symétries, notamment en posant les statues de Wolfe et de Montcalm côte à côte au premier étage, dans l\u2019axe de la tour du Parlement.En ce qui concerne la Ville de Québec (VQ), comme il fallait s\u2019y attendre, trois de ses quatre zones se trouvent à proximité de l\u2019Hôtel de Ville : VQi - Champlain, Laval, Hébert, 103 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER G.-É.Cartier, Lemieux, Louis XIV ; VQ2 - L\u2019Envol, Légaré, Taschereau ; VQ3 - Conférence de Québec, Braves de la guerre des Boers, Nelligan.L\u2019unique zone privilégiée à la basse ville (VQ4) contient trois hommages récents à des peintres (Pellan, Walker, Richard).Transformation des récits iconiques de l\u2019histoire nationale Les récits comme ceux que nous étudions actuellement se transforment à chaque installation d\u2019une nouvelle sculpture.D\u2019autres transformations touchent les sculptures déjà installées : déplacements, retraits, réintroductions.Le récit de l\u2019histoire nationale selon l\u2019État canadien n\u2019a subi qu\u2019une transformation passagère.En 1963, la sculpture en hommage à Wolfe a été renversée et détruite par un ou des inconnus.Elle a été remplacée par une réplique deux ans plus tard.Du côté du récit mis en place par l\u2019État québécois, les transformations sont dues à l\u2019État lui-même et non à des protestataires individuels.En 1913, des statues de Victoria et d\u2019Edward VII ont été installées dans la salle de l\u2019Assemblée législative, puis retirées discrètement à une date indéterminée, mais non postérieure à 1945, selon une photo de l\u2019époque (Noppen et Deschênes 1996 : 158 et 176).En outre, en 1982, on a déménagé la statue de Louis-Hippolyte La Fontaine à Boucherville, lieu de naissance du personnage, puis ramené celle-ci au Parlement en 2003.Enfin, l\u2019usure du temps a eu raison de deux autres sculptures situées sur le parterre du Parlement : celle en hommage aux arpenteurs-géomètres canadiens, installée en 1967 et remisée en 2002, et celle qui célébrait le centenaire de l\u2019entrée de la Colombie-Britannique dans la confédération canadienne, installée en 1971 et remisée en 2003 ou en 2004 (Lemieux 2012). DOSSIER 104 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 Le récit iconique déjà mis en place par la Ville de Québec a subi deux transformations importantes à quelques années d\u2019intervalle.Première transformation : en 1957, la Ville cède le parc Cartier-Brébeuf à l\u2019État canadien ainsi que les deux sculptures en hommage à Jacques Cartier (Cartier et Cartier-Brébeuf, à l\u2019annexe A).La Ville ne possède maintenant plus qu\u2019une sculpture en hommage à Jacques Cartier, et elle est remisée durant les travaux exécutés sur le terrain de stationnement de la bibliothèque Gabrielle-Roy (Châlon-Corsiez 2013).Comme l\u2019État québécois ne possède aucune statue de ce personnage fondamental dans l\u2019histoire du Québec, l\u2019État canadien est maintenant le seul - temporairement, en principe - à rappeler l\u2019action de Jacques Cartier et à lui rendre hommage.Ironie de l\u2019histoire ! Deuxième transformation : en 1963, comme nous le disions au début, la statue de Victoria est retirée à la suite d\u2019un attentat.Depuis ce temps-là, la Ville n\u2019a pas jugé bon d\u2019installer une réplique, comme l\u2019État canadien l\u2019a fait pour la sculpture en hommage à Wolfe, détruite également en 1963.Cependant, la statue de Victoria continue sa carrière d\u2019une façon inattendue.Le Musée de la civilisation de Québec l\u2019a en effet restaurée et prêtée jusqu\u2019en 2014 au Musée québécois de la culture populaire de Trois-Rivières pour une exposition intitulée « Québec en crimes ».Revanche de Victoria ?4.Mise en perspective des résultats Nous avons cherché ci-dessus à décrire de la façon la plus complète possible les trois récits iconiques mis en place par l\u2019État canadien, l\u2019État québécois et la Ville de Québec sur le territoire de l\u2019agglomération de Québec.Pour prendre un peu de recul, peut-on comparer ces résultats à ceux d\u2019autres études similaires au Québec ?Peut-on ensuite fournir quelques explications en ce qui concerne, d\u2019une part, tous ces hommages rendus par les vaincus aux vainqueurs de 105 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER la guerre de Sept Ans en Amérique et, d\u2019autre part, cette quantité non négligeable d\u2019hommages rendus à des personnalités religieuses uniquement préoccupées des intérêts de l\u2019Église catholique ?Il y a une dizaine d\u2019années, D.V.Malack a publié une étude sur 249 objets symboliques (plaques, statues, monuments) installés dans l\u2019agglomération de Québec (Malack 2003).Toutefois, il est impossible de comparer les résultats obtenus par l\u2019auteure avec les nôtres, étant donné que cette étude embrasse des objets trop divers et ne tient pas compte des différents domaines de responsabilité des trois sujets collectifs politiques en présence.Nous nous rabattrons donc sur une étude similaire que nous avons menée dans une autre ville du Québec sur la période 1809-2005 (Gaudreault 2010b).Comparaison avec la Ville de Montréal À Montréal, sauf le buste de René Lévesque installé sur le terrain d\u2019Hydro-Québec, société commerciale appartenant à l\u2019État québécois, et quelques sculptures prêtées par des sociétés privées, la totalité des sculptures installées dans l\u2019espace public relèvent d\u2019un seul narrateur collectif, la Ville de Montréal.Sur les 42 sculptures liées à l\u2019histoire du Québec et du Canada, la grande majorité (35) ont été installées au cours des périodes 1895-1935 et 1986-2005.Ces données sont presque les mêmes que celles recueillies pour la Ville de Québec, c\u2019est-à-dire 33 sculptures sur 36 installées au cours des périodes 1898-1931 et 1994-2012.La vitesse des deux récits diffère peu.Sur les 30 sculptures de la Ville de Québec qui ne font pas référence à des événements étalés sur plusieurs siècles (par exemple, l\u2019hommage aux communautés DOSSIER 106 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 religieuses enseignantes), 8 concernent le XVIIe siècle, 8 le XIXe siècle et 12 le XXe siècle (total de 28 sur 30).À Montréal, si nous tenons compte de la faible taille des deux corpus, il n\u2019y a pas d\u2019écarts significatifs.Sur 42 sculptures, 6 sont consacrées au XVIIe siècle, 13 au XIXe siècle et 18 au XXe siècle (total de 37 sur 42).Il est remarquable qu\u2019à Montréal comme à Québec, on n\u2019insiste pas sur le XVIIIe siècle (celui de la Conquête).Entre la Ville de Québec et la Ville de Montréal, la similitude n\u2019est pas complète, loin de là.D\u2019abord, la Ville de Québec consacre seulement 2 sculptures sur 36 à des personnages liés à la guerre, tandis qu\u2019à Montréal, la proportion est de 10 sur 42.Il faut dire qu\u2019à Québec, l\u2019État canadien s\u2019est chargé de rappeler cette réalité (11 sculptures sur 21 sont liées à la guerre).Ensuite, sur 36 sculptures, la Ville de Québec en a installé uniquement 5 qui favorisent les descendants de Britanniques et leurs alliés, alors que la Ville de Montréal en a installé 17 sur 42.Enfin, la Ville de Québec montre un net parti-pris en faveur de la religion en installant 4 sculptures en hommage à des membres de l\u2019Église catholique.Par comparaison, la Ville de Montréal se montre peu intéressée : un seul hommage dans ce domaine, celui rendu en 1986 à André, frère de Sainte-Croix, thaumaturge.Le mensonge des deux peuples fondateurs Selon une opinion très répandue, et qu\u2019a bien étudiée S.Paquin (1999), la création de l\u2019État canadien en 1867 résulterait d\u2019un pacte entre deux peuples fondateurs, les descendants de Français et les descendants de Britanniques habitant au nord des ÉtatsUnis.Un pacte suppose une égalité entre les partenaires et l\u2019existence de relations amicales.C\u2019est justement ce que prétendent les partisans 107 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER d\u2019une « interprétation bon-ententiste » de l\u2019histoire nationale, selon l\u2019expression utilisée par l\u2019historien M.Allard (2012 : 61).Les bon-ententistes ne se contentent pas d\u2019interpréter l\u2019histoire à leur façon : ils combattent les partisans de l\u2019interprétation indépendantiste de l\u2019histoire nationale.Ils justifient leur position en décrivant tous les bienfaits accordés par les Britanniques et leurs héritiers canadiens et en passant sous silence ou en minimisant le méfait initial, jamais réparé, l\u2019assujettissement de la nation québécoise à la fin de la guerre de Sept Ans en Amérique.Les historiens bon-ententistes sont des collaborateurs de l\u2019État canadien dominateur.Les récits iconiques de l\u2019histoire nationale que nous avons étudiés illustrent un phénomène connu sous le nom de « syndrome de Stockholm ».Selon les spécialistes qui ont analysé une prise d\u2019otages survenue à Stockholm en 1973 et dont nous avons déjà parlé (Gaudreault 2006), certains ravisseurs réussissent à établir des liens d\u2019amitié avec leurs captifs en les séduisant au moyen de belles paroles et de petits bienfaits.Les captifs développent alors une « gratitude paradoxale » qui les amène même à prendre la défense de leurs ravisseurs contre une menace extérieure (la police à Stockholm).En rendant hommage aux vainqueurs dans des récits sous forme de sculptures, versions 3D du mensonge des deux peuples fondateurs, les vaincus de 1760 ont aussi manifesté une gratitude paradoxale et se sont engagés dans une collaboration symbolique avec l\u2019État dominateur.De plus, tout comme les captifs de Stockholm, ils se sont engagés dans une collaboration réelle avec leurs ravisseurs en les aidant à se défendre contre des menaces extérieures.Tout ennemi désigné par l\u2019État britannique ou l\u2019État canadien, héritier du conquérant britannique, devenait ainsi l\u2019ennemi du peuple DOSSIER 108 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 vaincu : les Américains en 1775 et en 1812, les Boers en 1900 et tous les autres qui ont surgi jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Cette intoxication par le mensonge des deux peuples fondateurs n\u2019a pas atteint tous les vaincus, qu\u2019on songe par exemple à ceux qui ont lutté contre la conscription au cours de la Première et de la Seconde Guerre mondiale, mais elle en a atteint un grand nombre, notamment les historiens bon-ententistes mentionnés plus haut (à moins que ceux-ci ne soient parfaitement conscients du mensonge).L\u2019ingérence politique de l\u2019Église Le monopole religieux exercé par l\u2019Église catholique en Nouvelle-France s\u2019effondre au moment de la conquête britannique en 1760.L\u2019Église mise alors sur une alliance avec les nouvelles autorités.Elle prêche la collaboration avec le Conquérant pour repousser les envahisseurs américains en 1775 et en 1812, puis pour lutter contre les rebelles québécois de 1837-1838 (Thério 1998).Pour les services rendus, l\u2019Église obtient en 1841 le monopole de l\u2019enseignement dans les écoles de langue française.Puis elle consolide son emprise dans ce milieu jusqu\u2019en 1875 : droit exclusif de choisir le personnel enseignant et les manuels scolaires, création d\u2019écoles de formation d\u2019enseignantes, nomination d\u2019un « surintendant » payé par l\u2019État québécois, mais relevant en fait de l\u2019Église (Milot 2002).Cette même année 1875, les évêques de la province ecclésiastique de Québec publient une lettre dans laquelle ils affirment : « La société civile se trouve indirectement, mais véritablement, subordonnée ; car non seulement elle doit s\u2019abstenir de tout ce qui peut mettre obstacle à la fin dernière et suprême de l\u2019homme, mais encore, elle doit aider l\u2019Église dans sa mission divine et au besoin la protéger et la défendre.» (Lacoursière 1996 : 300) 109 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER L\u2019apogée du pouvoir politique de l\u2019Église survient en 1936, au moment où l\u2019État québécois manifeste l\u2019alliance conclue avec elle par un geste symbolique, l\u2019installation d\u2019un crucifix dans la salle de réunion de l\u2019Assemblée nationale (sculpture incluse dans le corpus à l\u2019étude).Quelques années plus tard, en 1941, l\u2019Église pose un nouveau jalon dans sa collaboration avec l\u2019État canadien, héritier du conquérant britannique depuis 1867 : le cardinal Rodrigue Villeneuve se prononce en faveur du soutien à l\u2019effort de guerre du Canada (Lacoursière 1997 : 276).Comme nous l\u2019avons vu au début, les commissaires Bouchard et Taylor ont réclamé en 2008 le retrait du crucifix installé dans la salle de réunion de l\u2019Assemblée nationale, symbole de l\u2019alliance entre l\u2019Église et l\u2019État québécois.Cependant, ils n\u2019ont pas dit un mot des autres symboles de cette alliance présents dans l\u2019espace public.Incohérence de leur part ?Non, car les commissaires voulaient simplement remplacer le pouvoir d\u2019un monopole religieux par un pouvoir religieux multiple : Les Québécois canadiens-français gardent un mauvais souvenir de l\u2019époque où le clergé exerçait un pouvoir excessif sur les institutions et les personnes.Or il serait injuste que cela les amène à retourner contre l\u2019ensemble des religions le sentiment douloureux hérité du passé catholique.» (Bouchard et Taylor 2008 : 21) L\u2019Assemblée nationale au grand complet s\u2019est empressée d\u2019affirmer solennellement qu\u2019elle maintiendrait le crucifix à l\u2019Assemblée nationale.Si la démocratie est un régime fondé sur le pouvoir exclusif du peuple, sans ingérence de quelque pouvoir étranger, naturel ou surnaturel, comment les démocrates québécois qui ont déconfessionnalisé le système d\u2019enseignement public en 1998 ont-ils pu adopter une telle position ?Sans compter que ces mêmes démocrates avaient DOSSIER 110 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 une autre raison de se débarrasser d\u2019un symbole de l\u2019ingérence politique de l\u2019Église : la collusion de celle-ci avec le conquérant britannique et son successeur canadien.Après le paradoxe déjà mentionné de la gratitude des vaincus envers les vainqueurs, voilà le second paradoxe, la gratitude des démocrates envers l\u2019Église.Conclusion Dans l\u2019art public de Québec se joue un drame paradoxal où un peuple vaincu continue de rendre hommage aux responsables de son malheur et à un clergé catholique qui, pour remplir une prétendue « mission divine », n\u2019a jamais perdu une occasion de s\u2019allier aux vainqueurs ou aux plus forts parmi les vaincus.Les habitants de l\u2019agglomération de Québec participent au fonctionnement de trois sujets collectifs politiques sur leur territoire : l\u2019État canadien, l\u2019État québécois et la Ville de Québec.Ces trois sujets collectifs ont chacun dans leur mémoire un récit de l\u2019histoire du Québec et du Canada sous la forme d\u2019un ensemble de sculptures publiques en hommage à des personnalités dont ils jugent l\u2019action exemplaire.La mise en place des éléments des récits iconiques ne s\u2019est pas faite à la même vitesse chez chacun des narrateurs collectifs.L\u2019État québécois et la Ville de Québec se sont activés surtout au cours de deux périodes : la première commence à la toute fin du XIXe siècle et s\u2019arrête vers 1930 ; la seconde commence à la toute fin du XXe siècle et dure toujours.Par contre, du côté de l\u2019État canadien, la mise en place du récit s\u2019est faite sans enthousiasme particulier, sauf à partir de 2008.Comme cela est naturel de la part d\u2019un État dominateur, l\u2019État canadien s\u2019intéresse beaucoup plus que les deux autres narrateurs collectifs aux événements de la guerre de Sept 111 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER Ans en Amérique qui sont à l\u2019origine de son pouvoir actuel.S\u2019il est difficile de diagnostiquer un rejet du traumatisme de la Conquête hors de la mémoire de l\u2019État québécois et de la Ville de Québec, nous pouvons sans nous tromper parler d\u2019une occultation de l\u2019œuvre de Jacques Cartier, « découvreur du Canada », dans la mémoire de l\u2019État québécois.Les domaines d\u2019activité des personnages représentés sont surtout la guerre, pour l\u2019État canadien, et la politique, pour l\u2019État québécois.La Ville de Québec se singularise toutefois en manifestant un intérêt remarquable pour les personnalités des arts et des lettres.Hormis l\u2019hommage rendu à l\u2019historien François-Xavier Garneau par l\u2019État québécois, les trois narrateurs collectifs ne s\u2019intéressent pas à la science ni aux techniques.Quant à la religion, elle occupe une place assez importante dans les hommages de l\u2019État québécois et de la Ville de Québec, ce qui ne manquera pas d\u2019étonner les démocrates québécois qui cherchent à séparer la religion et l\u2019État.Non contents de maintenir des hommages paradoxaux à une Église imbue de la supériorité de ses lois divines et opposée à la démocratie et à ses lois civiles, l\u2019État québécois et la Ville de Québec maintiennent des hommages tout aussi paradoxaux aux vainqueurs britanniques de 1760, à leurs successeurs canadiens et à leurs collaborateurs québécois, notamment Robert Bourassa, un « bâtisseur tranquille » selon certains, un « tricheur » selon d\u2019autres, en tout cas un fédéraliste avéré qui s\u2019est rendu complice de la répression canadienne durant la crise d\u2019Octobre 1970.Les trois narrateurs collectifs ont concentré beaucoup d\u2019éléments de leurs récits dans la petite partie de la haute ville où le pouvoir se rend visible.En premier, la Citadelle, bras armé de l\u2019État canadien et menace perpétuelle.En deuxième, le 112 DOSSIER L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 Parlement québécois, où s\u2019agitent des politiciens intoxiqués par le mensonge des deux peuples fondateurs et pétrifiés par la peur de l\u2019Église.En troisième, l\u2019Hôtel de Ville, où se manifeste parfois un maire qui honore un jour le général de Gaulle, auteur d\u2019un retentissant « Vive le Québec libre ! » à Montréal en 1967, et, l\u2019autre jour, les anticonscriptionnistes mitraillés par l\u2019armée canadienne en avril 1918.Si le Québec pouvait compter sur un plus grand nombre de citoyens de la trempe de Jean-Paul L\u2019Allier, il aurait des chances d\u2019en finir avec le mensonge des deux peuples fondateurs, et peut-être même avec la collusion entre l\u2019Église et l\u2019État.? 113 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER Bibliographie ALLARD, Michel, « L\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale (18311873).Du premier manuel au premier programme », p.23-70, dans BOUVIER, Félix, ALLARD, Michel, AUBIN, Paul, LAROUCHE, MarieClaude, L\u2019histoire nationale à l\u2019école québécoise.Regards sur deux siècles d\u2019enseignement.Québec : Les éditions du Septentrion, 2012.518 p.BLAIS, Christian, GALLICHAN, Gilles, LEMIEUX, Frédéric, SAINT-PIERRE, Jocelyn.Québec.Quatre siècles d\u2019une capitale.Québec : Les Publications du Québec, 2008.XI + 692 p.BOUCHARD, Gérard, TAYLOR, Charles.Fonder l\u2019avenir.Le temps de la 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DOSSIER 116 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 THÉRIO, Adrien.Un siècle de collusion entre le clergé et le gouvernement britannique.Anthologie des mandements des évêques (17601867).Ville SaintLaurent, Québec : XYZ éditeur, 1998.267 p.UNIVERSITÉ LAVAL ET UNIVERSITÉ DE TORONTO.Dictionnaire biographique du Canada en ligne.www.biogra-phi.ca (document consulté le 17 avril 2013).WIENER, Norbert.Cybernétique et société.L\u2019usage humain des êtres humains.Édition synoptique fondée sur la traduction française des deux éditions anglaises de 1950 et de 1954.Paris : Union Générale d\u2019Éditions, 1971.511 p. 117 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER Annexe A Personnages et groupes représentés dans les sculptures publiques liées à l\u2019histoire du Québec et du Canada Agglomération de Québec, État canadien ARC, Jeanne d\u2019 (v.1412-1431).« Comme emblème du patriotisme et de la vaillance des héros de 1759-1760 » (inscription sur le socle).Statue.Avenue Laurier (1938).BRAVES DE 1760.Statue de Bellone, déesse romaine de la guerre.Deux plaques au nom de François-Gaston de Lévis (1719-1787) et de James Murray (17211794), généraux qui se sont affrontés à Sainte Foy en 1760.Parc des Braves (1863).BRAVOURE (LA).Soldats canadiens en mission dans le monde.Couronne surmontant deux épées croisées, une ancre de marine et deux ailes superposées.Place GeorgeV (2010).CARTIER, Jacques (1494-^1554).Érection d\u2019une croix à Québec en signe de prise de possession du territoire au nom du roi de France (1536).Croix.Parc Cartier-Brébeuf CARTIER-BRÉBEUF.Premier hiver de Jacques Cartier et de ses compagnons à Québec (1535-1536) ; mission des Jésuites (1625).Sculpture qui représente des parties de navires.Parc Cartier-Brébeuf (1889).COMBATTANTS DE 1759 ET DE 1760.Combattants militaires et civils qui ont pris part aux batailles de 1759 et de 1760.Stèle surmontée d\u2019un parchemin en aluminium gravé, symbolisant une page de l\u2019histoire du Québec.Plaines d\u2019Abraham (2009).CROIX CELTIQUE.Familles de Québec et des environs qui ont adopté une soixantaine de jeunes Irlandais (18471848).Parc de l\u2019Artillerie (2000).CROIX DU SACRIFICE (LA).Soldats canadiens morts durant la Première Guerre mondiale (1914-1918), la Seconde (i889). DOSSIER 118 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 Guerre mondiale (1939-1945) et la guerre de Corée (19501953).Croix recouverte d\u2019un glaive.Entrée principale des plaines d\u2019Abraham, Grande Allée (1924).GARNEAU, sir Jean-George (1864-1944).Maire de Québec (1906-1910).Premier président de la Commission des champs de bataille nationaux (19081939).Buste.Avenues GeorgeVI et Garneau (1957).GREY, Albert Henry George, lord (1851-1917).Gouverneur général du Canada (19041911).Promoteur de la transformation des plaines d\u2019Abraham en parc.Buste.Terrasse Grey (2008).LÉVIS-MURRAY.François-Gaston de Lévis (1719-1787) et James Murray (17211794), généraux qui se sont affrontés à Sainte-Foy en 1760.Bustes.Parc des Braves (2010).MARINS QUÉBÉCOIS DE LA MARINE MARCHANDE CANADIENNE PERDUS EN MER PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE (19391945).Statue d\u2019un jeune marin.PointeàCarcy, port de Québec (2000).MARTIN, Abraham (1589-1664).Pilote du roi.S\u2019établit en Nouvelle-France en 1620.Fait paître ses troupeaux sur des terres qui ont été désignées sous le nom de « plaines d\u2019Abraham ».1) Globe terrestre.Rues AbrahamMartin et Dalhousie (1923).2) Basrelief.Kiosque des Gouverneurs, secteur du Cap-aux-Diamants (2008).RENCONTRE DE DEUX CULTURES AU XVIe SIÈCLE.Deux stèles comportant gravures et découpes, dont l\u2019une représente des Amérindiens et l\u2019autre, Jacques Cartier et ses navires.Parc Cartier-Brébeuf (1987).ROYAL 22e RÉGIMENT.Soldats québécois morts pour le Canada durant les guerres de 1914-1918, de 1939-1945 et de 1950-1953.Bas-relief.Place George-V (1989).SHORT, major Charles John et WALLICK, sergent George.Soldats britanniques morts en combattant l\u2019incendie qui a ravagé le quartier Saint-Sauveur (1889).Bustes.Place George-V (1891). 119 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER TODD, Frederick-Gage (1876-1948).Architecte-paysagiste responsable du plan d\u2019aménagement des plaines d\u2019Abraham (1909-1913).Buste.Avenue GeorgeVI (2008).VOLTIGEURS.Régiment créé à Québec en 1862.Statue d\u2019un soldat.Place George-V (1990).WOLFE, James (1727-1759).Général britannique.Vainqueur de la bataille des plaines d\u2019Abraham (1759).1) Casque d\u2019officier romain et glaive.Avenues Wolfe et GeorgeVI (1849).Remplacée par une réplique (1913).Renversée et détruite (1963).Remplacée par une réplique (1965).2) Représentation du puits dans lequel on aurait puisé de l\u2019eau pour désaltérer le général Wolfe mourant.Avenues Wolfe et GeorgeVI (milieu du XIXe siècle). DOSSIER 120 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 Annexe B Personnages et groupes représentés dans les sculptures publiques liées à l\u2019histoire du Québec et du Canada Agglomération de Québec, État québécois BALDWIN, Robert (1804-1858).Premier ministre de la province Ouest [aujourd\u2019hui l\u2019Ontario] du Canada-Uni (18421843 ; 1848-1851).Statue.Façade (1921).BÉDARD, Pierre-Stanislas (1762-1829).Député (1792-1812).Chef du parti canadien (1804-1812).Fondateur du journal Le Canadien (1806).Buste.À l\u2019intérieur du Parlement (2010).BOUCHER, Pierre (1622-1717).Gouverneur de Trois-Rivières (1654-1667).Statue.Façade (1922).BOURASSA, Robert (1933-1996).Premier ministre du Québec (1970-1976 ; 1985-1994).Statue.Parterre (2006).BOURGEOYS, Marguerite (1620-1700).Première enseignante de Ville-Marie [aujourd\u2019hui Montréal] (1658-1693).Statue.Façade (1969).BRÉBEUF, Jean de (1617-1649).Missionnaire tué par des Iroquois.Statue.Façade (1916).CHAMPLAIN, Samuel de (v.1567-1635).Fondateur de Québec (1608).Statue.Façade (1969).CHAUVEAU, Pierre-Joseph-Olivier (1820-1890).Premier ministre du Québec (18671873).Buste.Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec (2006).CRUCIFIX.Fondateur du christianisme et de l\u2019Église catholique.Statue fixée sur une croix latine.Salle de réunion de l\u2019Assemblée nationale du Québec (1936).DORCHESTER, Guy Carleton, lord de (1724-1808).Gouverneur de la Province de Québec au nom de la monarchie britannique (1768-1778 ; 1786-1791).Statue.Façade (1916). 121 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER DUPLESSIS, Maurice Le Noblet (1890-1959).Premier ministre du Québec (1936-1939 ; 1944-1959).Statue.Parterre (1977).ELGIN, James Bruce, lord (1811-1863).Gouverneur du Canada-Uni [aujourd\u2019hui le Québec et l\u2019Ontario] (1847-1854).Statue.Façade (1892).FAMILLE DE CHASSEURS AMÉRINDIENS.En hommage aux nations amérindiennes.Statues.Parterre (1889).FEMMES EN POLITIQUE.Idola Saint Jean (1880-1945), Marie LacosteGérinLajoie (1867-1945) et Thérèse Casgrain (1896-1981), militantes féministes engagées notamment dans la lutte pour le droit de vote des femmes.Marie-Claire Kirkland, première femme élue comme députée à l\u2019Assemblée nationale (19611973), ministre dans plusieurs cabinets.Statues.Parterre (2012).FRANCOEUR, Louis (1895-1941).Journaliste.Bas-relief.À l\u2019intérieur du Parlement (1942).FRÉCHETTE, Louis (1839-1908).Écrivain.Buste.Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec (1940 ?).FRONTENAC, Louis de Buade, comte de (1622-1698).Gouverneur de la NouvelleFrance (1672-1682 ; 16901698).Statue.Façade (1890).GARNEAU, François-Xavier (1809-1866).Historien.Auteur d\u2019une Histoire du Canada célèbre en son temps (18451849).Statue.Parterre (1912).GODBOUT, Adélard (1892-1956).Premier ministre du Québec (1940-1944).Statue.Parterre (2000).GUERRE DE SEPT ANS (Mémorial de la).Victimes de la guerre de Sept Ans (17561763).Bustes de deux hommes émergeant de deux murs de pierre brisés et se soutenant mutuellement.Boulevard Langelier, à l\u2019intérieur du cimetière de l\u2019Hôpital général (2001). 122 DOSSIER L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 GUYART, Marie, autrement appelée Marie de l\u2019Incarnation (15991672).Religieuse et enseignante de Québec (16391672).Statue.Façade (1969).JOHNSON, Daniel (1915-1968).Premier ministre du Québec (1966-1968).Buste.Édifice Marie-Guyart (1999).IBERVILLE, Pierre Lemoyne d\u2019 (1661-1706).Marin et soldat du roi (1686-1706).Fondateur de la Louisiane (1701).Statue.Façade (1923).JOLLIET, Louis (1645-1700).Découvre le Mississipi avec le père Jacques Marquette (1673).Statue.Façade (1928).LA FONTAINE, Louis-Hyppolyte (1807-1864).Premier ministre de la province Est [aujourd\u2019hui le Québec] du Canada-Uni (1842-1843 ; 1848-1851).Statue.Façade (1921).Déplacée à Boucherville (1982).Ramenée à Québec.Parterre (2003).LAVAL, François Montmorency, monseigneur de (1623-1708).Premier évêque de Québec (1674-1688).Statue.Façade (i969).LA VÉRENDRYE, Pierre Gaultier de Varennes, sieur de (16851749).Explorateur de la partie ouest de l\u2019Amérique du Nord jusqu\u2019aux Montagnes Rocheuses (17311741).Statue.Façade (1922).LEMAY, Pamphile (1837-1918).Écrivain.Premier directeur de la Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec (1867-1892).Buste.Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec (1980 ?).LESAGE, Jean (1912-1980).Premier ministre du Québec (1960-1966).Statue.Parterre (2000).LETELLIER DE SAINT-JUST, Luc (1820-1881).Lieutenant-gouverneur du Québec (1876-1879).Buste.Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec (2006).LÉVESQUE, René (1922-1987).Premier ministre du Québec (1976-1985).Statue.Parterre (1999). 123 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER LÉVIS, François-Gaston de (1719-1787).Général français.Vainqueur de l\u2019armée britannique à la bataille de Sainte-Foy (1760).Statue.Façade (1895).MAISONNEUVE, Paul Chomedey, sieur de (1612-1676).Fondateur de VilleMarie [aujourd\u2019hui Montréal] (1642).Statue.Façade (1969).MARQUETTE, Jacques (1637-1675).Participe à la découverte du Mississipi avec Louis Jolliet (1673).Statue.Façade (l92l).MERCIER, Honoré (1840-1894).Premier ministre du Québec (1887-1891).Statue.Parterre (1912).MONTCALM, Louis-Joseph, marquis de (1712-1759).Général français.Commandant de l\u2019armée en Nouvelle-France (1756-1759).Mort à la bataille des plaines d\u2019Abraham (1759).Statue.Façade (1894).OLIER, Jean-Jacques (1608-1657).Participe à la fondation de Montréal (1642).Statue.Façade (1969).PAPINEAU, Louis-Joseph (1786-1871).Chef du Parti patriote.Président de l\u2019Assemblée législative du Bas-Canada (18251838).Statue.Parterre (2002).PÊCHEUR AMÉRINDIEN.En hommage aux nations amérindiennes.Statue.Parterre (1891).SALABERRY, Charles-Michel d\u2019Irumberry de (1778-1829).Commandant de la troupe des Voltigeurs canadiens, au service de l\u2019armée britannique.Vainqueur de l\u2019armée américaine à la bataille de la rivière Châteauguay (1813).Statue.Façade (1894).TALON, Jean (1625-1694).Premier intendant de la Nouvelle-France (1665-1672).Statue.Façade (1916).VIEL, Nicolas ( ?-i625).Missionnaire tué par des Amérindiens.Statue.Façade (1969).WOLFE, James (1727-1759).Général britannique.Vainqueur de la bataille des plaines d\u2019Abraham (1759).Statue.Façade (i894). DOSSIER 124 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 Annexe C Personnages et groupes représentés dans les sculptures publiques liées à l\u2019histoire du Québec et du Canada Agglomération de Québec, Ville de Québec ACADIENS (XVIIe-XXe siècles).Étoile posée sur un phare aux couleurs du drapeau acadien.Rues Prévost et De Claire-Fontaine (2002).BAILLARGÉ.Famille d\u2019artistes et d\u2019artisans qui ont contribué pendant quatre générations à façonner le visage de Québec.Jean (1726-1805), François (17591830), Thomas (1791-1859), Charles-Philippe-François (1826-1906).Sculpture non figurative.Chaussée des Écossais, devant le Morrin College (2004).BRAVES DE LA GUERRE DES BOERS.Soldats québécois morts durant cette guerre menée par la Grande-Bretagne en Afrique du Sud (1899-1902).Statue d\u2019un soldat.Parc de l\u2019Esplanade, rues Saint-Louis et d\u2019Auteuil (1905).CARTIER, George-Étienne (1814-1873).Député du Bas-Canada (1848).Participe à la création du Canada (1867).Statue.Parc Montmorency, dans la côte de la Montagne (1920).CARTIER, Jacques (1494-V.1554).Prend possession du Canada au nom du roi de France (1534).Statue.Place Jacques-Cartier (1926).CHAMPLAIN, Samuel de (v.1567-1635).Fondateur de Québec (1608).Statue.Terrasse Dufferin (1898).CHAUVEAU, Pierre-Joseph-Olivier (1820-1890).Premier ministre de la Province de Québec (1867-1873).Buste.Avenue Chauveau (2005).COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES ENSEIGNANTES (XVIIe-XXe siècles).Main tenant une plume.Place des Tourangelles (1997).COMPASSION (LA).Communautés religieuses qui ont œuvré dans les hôpitaux du Québec (XVIIe-XXe siècles).Statues 125 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER représentant une religieuse et un religieux qui soutiennent un vieillard.Extrémité nord du boulevard Langelier, devant l\u2019entrée de l\u2019Hôpital général (2006).CONFÉRENCES DE QUÉBEC.Conférences de W.Churchill et de F.Roosevelt tenues à Québec (1943-1944).Bustes.Rue Saint-Louis et côte de la Citadelle (1998).DESJARDINS, Alphonse (1854-1920) et Dorimène (18581932).Couple fondateur des caisses populaires Desjardins (1900).Statues.Promenade Desjardins (2008).DUGUA DE MONS, Pierre (1558-1628).Lieutenant-général d\u2019Henri IV pour la Nouvelle-France.Fait de Champlain son lieutenant et rend possible la fondation de Québec en 1608.Buste.Terrasse Pierre-Dugua-de-Mons (2007).DUROCHER, Flavien (1800-1876).Premier curé de Saint-Sauveur (1867-1876) à Québec.Statue.Place Durocher (l912).EMBARQUEMENT (L\u2019).Fondation la ville de Québec (1608).Barque.Marché du Vieux-Port (2008) ENVOL (L\u2019).Frères éducateurs (XVIIe-XXe siècles).Visage et flamme.Rues PierreOlivierChauveau et Sainte-Anne (2000).FOI (LA).Arrivée des premiers missionnaires Récollets (1615).Statue d\u2019une femme qui symbolise la Foi.Place d\u2019Armes (1916).GAGNON, Clarence (1881-1942).Peintre.Buste.Rues du Marché-Champlain et Dalhousie (2002) GAULLE, Charles de (1890-1970).Président de la République française (1958-1969).Établissement de liens fructueux entre la France et le Québec.Statue.Cours du Généralde-Montcalm (1997).HÉBERT, Louis (1575-1627).Premier colon de Québec (1617).Accompagné de Marie Rollet, son épouse, et de Guillaume Couillard, son gendre.Statues.Parc de l\u2019HôteldeVille (1918).Monument déplacé au parc Montmorency (1977). DOSSIER 126 L\u2019ACTION NATIONALE Octobre 2013 KRIEGHOFF, Cornélius (1815-1872).Peintre.Buste.Grande Allée (2001).LAURIER, sir Wilfrid (1841-1919).Premier ministre du Canada (1896-1911).Statue.Boulevard Langelier (1954).LAVAL, monseigneur François Montmorency de (1623-1708).Premier évêque de Québec (1674-1688).Statue.Côte de la Montagne (1908).LÉGARÉ, Joseph (1795-1855).Peintre.Buste.Côte de la Fabrique (2001).LEMELIN, Roger (1919-1992).Écrivain.Buste.Rue Christophe-Colomb (1994).LEMIEUX, Jean-Paul (1904-1990).Peintre.Buste.Côte de la Montagne (1999).LOUIS XIV (1638-1715).Roi de France (1643-1715).Ses politiques ont permis l\u2019expansion de la Nouvelle-France.Buste.Place Royale (1931).MONTCALM, Louis-Joseph, marquis de (1712-1759).Général français.Commandant de l\u2019armée en Nouvelle-France (1756-1759).Mort à la bataille des plaines d\u2019Abraham (1759).Statue.Cours du Général-de-Montcalm (1911).MUSES.Fondation de la ville de Québec (1608).Statues.Place d\u2019Youville (1983).NELLIGAN, Émile (1879-1941).Poète.Buste.Rue d\u2019Auteuil (2004).PELLAN, Alfred (1906-1988).Peintre.Buste.Jardin de Saint-Roch (1999).PERRAULT, Joseph-François (1753-1844).Député du Bas-Canada (1796-1804 ; 18081810).Buste.Chemin Sainte-Foy (1961).POMPIERS DE QUÉBEC MORTS EN SERVICE (XIXe-XXe siècles).Bustes d\u2019un pompier et de deux enfants.Boulevard Henri-Bourassa et 18e Rue (2005). 127 L'ACTION NATIONALE Octobre 2013 DOSSIER QUÉBEC, PRINTEMPS 1918.Citoyens et citoyennes opposés à la conscription décidée par le gouvernement canadien.Fleur.Rues SaintVallier, Saint-Joseph et Bagot (1998).RICHARD, René (1895-1982).Peintre.Buste.Jardin de Saint-Roch (1998).TASCHEREAU, monseigneur Elzéar-Alexandre (1820-1898).Premier cardinal canadien (1886).Statue.Place de la Basilique (1923).WALKER, Horatio (1858-1938).Peintre.Buste.Jardin de Saint-Roch (2004). Les Cahiers de lecture de L'Action nationale Les Cahiers de lecture i'Archéoloui x du l'Avenir Les Cafe à l£fdekctu,, LlNBtKMDMKÏ fl N-E5T PAS FWTE- IM TANT QUE LA PROVINCE: ENTRE RÉPUBLIQUE ET COUP D'ÉTAT ¦iïéa£5>\u201cÉjn?1 Commande par la poste 36 pages couleurs format tabloïd 3 numéros par année ni iondri ¦ [MAPI/ vovous 25 $ par année 45 $ pour deux ans taxes et expédition comprises L'ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 À la boutique internet www.action-nationale.qc.ca La pensée québécoise en essais Pour savoir ce qui se produit dans le monde des essais au Québec, il faut s\u2019abonner aux Cahiers de lecture de L'Action nationale, un périodique entièrement consacré à la recension des essais québécois.D\u2019un format journal agréable, Les Cahiers paraîssent trois fois l\u2019an et font un survol de l\u2019actualité éditoriale québécoise comme il ne s\u2019en fait nulle part ailleurs.Des comptes-rendus, des analyses critiques, des notes de lecture, 36 pages qui vous permettent de partager le point de vue de collaborateurs aguerris sur les essais publiés durant l\u2019année.Prochain numéro : 15 novembre 2013 LIRE LES ESSAIS Lire les essais Lire les essais Roger Payette et Jean-François Payette Ce peuple qui ne fut jamais souverain.La tentation du suicide politique des Québécois\t130 130 LIRE LES ESSAIS ROGER PAYETTE ET JEAN-FRANÇOIS PAYETTE Ce peuple qui ne fut jamais souverain.La tentation du suicide politique des Québécois, Montréal, Fides, 2013, 276 pages Le Québec tourne en rond, incapable de se projeter.Velléitaire et timoré, il n\u2019est pas davantage décidé à s\u2019assumer.Porté par l\u2019air du temps ou prisonnier de lui-même ?Les Payette, père et fils, signent un livre pour décrire sa cage, identifier les principes qui charpentent l\u2019architecture de cet étrange édifice de peur et d\u2019indéterminé dans lequel ils le voient se flétrir.Le sous-titre de Ce peuple qui ne fut jamais souverain.La tentation du suicide politique des Québécois, nomme le mal qui le ronge et la crainte qui a poussé les auteurs à revenir, après tant d\u2019autres, sur la conduite erratique qui dévoile dans la pratique politique québécoise une culture de l\u2019échec expliquant aussi bien les résultats des référendums que la passivité devant les coups de force fédéraux ou l\u2019élection de potiches du NPD qui ne parlent pas notre langue et font carrière à nous enfermer dans le Canada.À ceux-là qui connaissent leurs classiques, l\u2019ouvrage n\u2019apprendra pas grand-chose même s\u2019il leur offre une synthèse nouvelle et une mise à jour bien documentée.Le livre a néanmoins le mérite de mettre de l\u2019ordre dans le magma des événements.Pour l\u2019essentiel, le cadre conceptuel reste celui qu\u2019a magistralement exposé Jean Bouthillette dans 131 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Le Canadien français et son double, lui-même relayant La fatigue culturelle du Canada français d\u2019Hubert Aquin.Les auteurs l\u2019enrichissent des travaux qui ont paru depuis, en particulier ceux de Fernand Dumont et de sa magistrale Genèse de la société québécoise.Aux lecteurs moins férus d\u2019érudition qui abordent cet ouvrage, le livre fera découvrir l\u2019angoissante richesse d\u2019une thèse qui pose l\u2019enfermement dans une logique de survivance comme force inhibitrice de l\u2019action et façonnement d\u2019un cadre culturel et psychique produisant le défaitisme et le consentement à l\u2019impuissance.Passant en revue les grands moments historiques qui ont produit les nœuds d\u2019une mentalité de dépendant qui, depuis toujours, étouffe le peuple québécois non pas au point de le faire mourir, mais tout simplement de l\u2019entretenir dans un état de sous-oxygénation permanent, les Payette y lisent un refus du politique conçu comme agir pour soi.Ils reprennent et approfondissent la thèse, puissante et dure, de Maurice Séguin.Ils décrivent et dissèquent cette matrice culturelle qui dresse autour du destin de notre peuple une paroi étanche, mais confortable, l\u2019enveloppant dans le bon-ententisme et le confort douillet de l\u2019attente que le Canada le reconnaisse enfin.Et soulèvent tout le paradoxe d\u2019une existence historique marquée par le refus de s\u2019assumer comme peuple tout en se construisant dans ce refus même.Notre peuple ?Certainement pas tout notre peuple, même si l\u2019on reconnaît avec les auteurs qu\u2019une frange importante de l\u2019électorat et de nombreuses couches sociales est toujours à la recherche du compromis qui lui rendrait acceptable le statut de minoritaire non confrontant.Le recours à l\u2019arsenal conceptuel de la sociologie d\u2019Émile Durkheim et à la philosophie politique de Hannah Arendt, s\u2019il est d\u2019un intérêt académique indéniable, alourdit néanmoins beaucoup la démonstration.Certes, on comprend 132 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 l\u2019intention des auteurs qui veulent bien faire saisir les fondements théoriques - et non pas strictement locaux - de l\u2019analyse, mais le propos reste assez lourdaud, obscur et maladroit par moment, en raison, surtout d\u2019une certaine déficience dans la qualité de la langue et de l\u2019expression.La principale lacune de cet effort de synthèse ne réside pas là cependant.Elle tient dans la difficulté qu\u2019éprouvent les auteurs à faire comprendre le caractère dynamique du modèle d\u2019enfermement qu\u2019ils décrivent.En dépit de ce que l\u2019incapacité à se saisir dans le politique donne à notre société son centre de gravité, il n\u2019en demeure pas moins que de puissants courants tentent de s\u2019arracher à toutes ces formes de consentement à l\u2019impuissance, au flottement identitaire et au renoncement à la responsabilité pleine et entière.Le Québec, les Québécois restent certes encore dramatiquement vulnérables au jugement de l\u2019Autre Canadian, à son pouvoir et à ses jugements, mais il n\u2019en demeure pas moins que la volonté d\u2019émancipation est là, même si elle est mal outillée, mal servie par une élite et des partis qui restent beaucoup trop attirés par les forces de gravité du consentement à se laisser porter par les événements - forme sociale du suicide politique.On aurait aimé que l\u2019ouvrage les nomme, les jauge, soupèse leur force et leur influence.Il n\u2019y parvient guère.La conclusion et l\u2019épilogue s\u2019épuisent dans les généralités et les bons sentiments.L\u2019analyse tourne court, la lecture proposée du printemps érable et les esquisses programmatiques pour en appeler à une prise collective sur le réel restent bien superficielles.Les appels au dépassement restent ici sans écho dans l\u2019espace des possibles.Et ce n\u2019est pas fortuit.S\u2019arracher à soi-même, se dépasser ne sont pas que des injonctions morales, ce sont des nécessités politiques qui ne trouvent à s\u2019incarner que dans la réalité d\u2019un combat où les Québécois ne boxent 133 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 pas avec leur ombre, mais avec des forces qui cherchent à les briser en exploitant ce qui, en eux, peut servir à saper leurs forces et leur moral.C\u2019est bien là toute la difficulté et l\u2019âpreté du combat pour l\u2019indépendance.Il ne suffit pas de vaincre sa peur du conflit, il faut créer les situations dans lesquelles la victoire sur cette peur peut améliorer la capacité de faire face à un État qui ne recule devant rien pour normaliser ce qu\u2019il n\u2019a jamais cessé de considérer comme un vestige folklorique.Poussière sur le continent, nous sommes condamnés à vivre dangereusement.Et c\u2019est tant mieux ainsi.Le courage n\u2019est pas l\u2019absence de peur, mais bien victoire sur elle.Condition nécessaire au combat politique, il n\u2019en garantira jamais l\u2019issue.La tentation du suicide politique que les auteurs dénoncent et craignent ne disparaîtra jamais, car notre destin restera toujours lié à cette étrange victoire sur l\u2019improbable qui marque notre parcours en Amérique.De se savoir mortels ne doit pas nous faire perdre de vue que c\u2019est ultimement la volonté de vivre qui donne à cette conscience sa place et son sens.Robert Laplante 134 LIVRES REÇUS Ivan Carel, Robert Comeau et Jean-Philippe Warren (DIR.) Violences politiques.Europe et Amériques, 1960-1979, LUX, 2013, 336 pages Samuel Archibald Le sel de la terre, Montréal, Atelier 10, 2013, 87 pages Daniel Béland et André Lecours Nationalisme et protection sociale, Les Presses de l'Université d'Ottawa, 2012, 288 pages Chantal Théry (dir.) Jeanne Lapointe.Artisane de la Révolution tranquille, Tryptique, 2013, 107 pages Micheline Dumont Pas d\u2019histoire, les femmes!, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2013, 223 pages Réjean Porlier Pilleurs d'héritage, confessions douces et amères d'un HydroQuébécois., M Éditeur, Collection Militantisme, 2013, 188 pages 135 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Claude Bellavance, Jean Roy, Yvan Rousseau Histoire du Centre-du-Québec, PUL, Collection Les régions du Québec, 2013, 1030 pages Samuel de Champlain et Éric Thierry Espion en Amérique 1598-1603, Septentrion, Collection V, 2013, 224 pages Roger Payette et Jean-François Payette Ce peuple qui ne fut jamais souverain.La tentation du suicide politique des Québécois, Fides, 2013, 280 pages Stéphanie Béreau et Jean Tanguay Les Wendats du Québec.Territoire, économie et identité, 16501930, Québec, Éditions GID, 2013, 338 pages Josiane Boulad-Ayoub (dir.) Rationalité pénale et démocratie, PUL, Collection Mercure du Nord, 2013, 238 pages Stéphanie Gaudet, Nathalie Burlone, Maurice Lévesque (DIR.) Repenser la famille et ses transitions.Repenser les politiques publiques, PUL, 2013, 314 pages Louis Balthazar Nouveau bilan du nationalisme au Québec, VLB, 2013, 320 pages Pierre Falardeau Résistance.Chroniques 2008-2009, VLB, 2013, 176 pages Mourad Ali-Khodja (dir.) Des apories de l'universalisme aux promesses de l'universel, PUL, 2013, 168 pages 136 L'ACTION NATIONALE - Octobre 2013 Claude Vaillancourt Différence et contrôle social.Le syndrome de Procuste, Tryptique, 2013, 235 pages Frédéric Cyr Paul Levi.Rebelle devant les extrêmes, PUL, 2013, 212 pages Paule-Monique Vernes, Josiane Boulad-Ayoub (dir.) La vision nouvelle de la société dans LEncyclopédie méthodique.Volume III - Économie politique, suivi des Observations sur la Virginie de Th.Jefferson, PUL, 2013, 560 pages Maude Roux-Pratte Le Bien public (1909-1978).Un journal, une maison d'édition, une imprimerie, Septentrion, 2013, 328 pages Claude Villeneuve Préface de Frédéric Back Est-il trop tard?Le point sur les changements climatiques, Multimondes, 2013, 342 pages (n Souveraineté du Québec Langue française Fête nationale Assurance-vie Société Saint-Jean-Baptiste dch MAURICIE www.ssjbmauricie.qc.ca 819-375-4881 -1-800-821-4881 Prévenez Votre date d'échéance est indiquée sur votre feuillet d'adressage Vous pouvez payer votre abonnement \u2022\tpar la poste (chèque et cartes de crédit*) ; L'Action nationale 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Quèbec) H2X 1X3 \u2022\tpar téléphone (cartes de crédit*) ; 514-845-8533 ou 1-866-845-8533 \u2022\tpar la boutique internet* action-nationale.qc.ca Paiement direct avec votre avis de renouvellement Vous pouvez maintenant inscrire la Ligue d'action nationale parmi vos fournisseurs dans votre compte chez Desjardins et les autres institutiion participantes.Votre avis de renouvellement contient le numéro SPC marchand de la Ligue d'action nationale et votre numéro d'abonné vous permettant ainsi de payer directement votre abonnement au guichet ou par internet.Autorisation de prélèvement annuel L'avis de renouvellement vous donne également l'occasion de signer une autorisation de prélèvement annuel de votre abonnement sur carte de crédit.Chaque abonné est important pour nous.\u2022\tVISA et MASTERCARD acceptées Chers amis indépendantistes, nous\t^ intellectuelle, à ^dépendanceT^^^ lunSréc^teSrâs^°L'TOV1?es* Ce\u201ephare dont Ia navigateurs du pays.\tyageurs de 1 histoire et les L\u2019Action nationale soft pér^n^^u\u2019eîTd^^11611* ^ qU£ et sans dettes.\tq 6 demeure sans attaches maiîtuffsî iS^TS\u2019lT k l3ngUe \u201c I,indéP®danee, hommes ser c °nn\u2019a \u201c m** ^\t^ et une volonté citoyenne eTZ\t* identité \u201cHective une marche quotidienne et le pTyTsSlasT^^ *** geste.\tP y se tait pas a pas, geste après Contribuons ! i/CZeZù\" LM^-y ' Pierre Curzi - r Faire votre don à la boutique internet\tFaire votre don au téléphone avec votre carte de L'Action nationale\tde crédit VISA ou MASTERCARD www.action-nationale.qc.ca\t514-845-8533 ou sans frais 1-866-845-8533 Faire votre don par la poste (chèque ou carte de crédit) L'Action nationale, 82 rue Sherbrooke Ouest, Montréal QC H2X 1X3 Legs et dons planifiés Les dons planifiés constituent un apport essentiel pour un organisme comme la Ligue d\u2019action nationale ; tous les dons qu\u2019elle reçoit sont d\u2019une grande importance puisqu\u2019ils permettent d\u2019offrir à nos abonnés une revue de qualité et ce, sans s\u2019éloigner, même avec près d'un siècle d\u2019existence, de sa mission.Qu\u2019est-ce qu\u2019un don planifié ?-\tLes dons immédiats, ceux qui sont mis à la disposition de la Ligue d\u2019Action nationale dès qu\u2019ils sont faits et ; -\tles dons différés, dons destinés à être remis à la Ligue d\u2019Action nationale à une date ultérieure (ex.: dons testamentaires, d\u2019assurance-vie, fiducie testamentaire, etc.) Vous avez peut-être une police d\u2019assurance-vie de quelques milliers de dollars que vous avez souscrite il y a plusieurs décennies et qui pourrait être cédée à L'Action nationale sous forme de don planifié et contribuer ainsi à la pérennité de la revue.Les dons planifiés font partie intégrante de la planification financière et successorale.Ils peuvent prendre diverses formes, et l\u2019avis d\u2019un planificateur financier professionnel pourra vous aider à choisir l\u2019option la plus avantageuse pour vous.Si dans votre testament vous nommez la Ligue d\u2019Action nationale comme bénéficiaire, faites-le nous savoir afin que nous puissions vous manifester notre reconnaissance.Si vous désirez effectuer un don planifié à la Ligue, nous pourrons vous émettre un reçu pour dons.Contactez-nous si vous avez besoin des conseils du planificateur financier professionnel de la Ligue d\u2019Action nationale.Ligue d\u2019Action nationale - Programme de dons planifiés a/s : Jacques Martin 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 (514) 845-8533 ou, sans frais , au 1-866-845-8533 Gestion François Beaudoin j'ai aise évaluation d'enWeprises Transfert- familial.Rachat par cadres.Ventes - .Achats - Fusions.Services conseils en financement.Une équipe multideciplman-e offrant tous les services fequ * pL une transaction reuSS.e.bilité.2i 9-39^-4920 gfb@tlb.sympatico.ca CLUB DES 100 ASSOCIÉS DE LA LIGUE D'ACTION NATIONALE Fernand Allard Patrick Allen ' François-Albert Angers ' Gaston-A.Archambault ' Robert Ascah Jean-Paul Auclair ' Paul Banville Jean-François Barbe François Beaudoin Gaston Beaudry ' Dominique Bédard ' Yvan Bédard Henri Blanc David Boardman Antoinette Brassard Henri Brun Jean-Paul Champagne Jean-Charles Claveau Roch Cloutier Robert Comeau Richard Côté Louis-J.Coulombe Gérard Deguire Bob Dufour Yves Duhaime Nicole Forest Léopold Gagnon Henri-F.Gautrin ' Claude Ghanimé Paul Grenier Michel Grimard Yvon Groulx Marcel Henry Henri Joli-Cœur Lucie Lafortune ' Anna Lagacé-Normand ' Bernard Lamarre Bernard Landry Denis Lazure ' Richard Leclerc Laurent Mailhot Clément Martel Jacques-C.Martin Yvon Martineau Roger Masson Daniel Miroux Louis Morache Rosaire Morin ' Reginald O\u2019Donnell Arthur Prévost ' Ghislaine Raymond-Roy René Ricard René Richard ' Dominique Richard ' Jacques Rivest Jean-Denis Robillard Ivan Roy Paul-Émile Roy Michel Taillefer Claudette Thériault Serge Therrien Marcel Trottier ' Réal Trudel Cécile Vanier ' André Verronneau Claude-P.Vigeant Madeleine Voora André Watier Le Club des 100 associés regroupe les donateurs de 1000 $ et plus. L\u2019Action NATIONALE Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale ouvre ses pages à tous ceux et à toutes celles que la question nationale intéresse.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.La rédaction assume la responsabilité de tous les titres d\u2019articles, mais les auteurs restent responsables du contenu de leurs textes.Rédaction Un article soumis sans entente préalable peut varier de 1500 à 3000 mots alors que le compte rendu d\u2019un livre compte généralement de 1000 à 1500 mots.Les textes sont reçus par internet.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans « L\u2019index des périodiques canadiens » depuis 1948, dans « Périodex » depuis 1984, dans « Repères » publié par SDM Inc.et à la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985.Reproduction La traduction et la reproduction des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.Mise en page Sylvain Deschênes Impression Marquis imprimeur 143 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Mission La Ligue d'action nationale est l'éditrice de la revue L'Action nationale.Sa mission est d'être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d\u2019engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Président Denis Monière Vice-président Christian Gagnon Secrétaire Patrick Sabourin Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Anne-Michele Meggs Lx Officio Robert Laplante Membres Mathieu Bock-Côté Jean-Louis Bourque Robert Comeau Charles-Philippe Courtois Myriam D\u2019Arcy Catherine Dorion Henri Laberge Josée Lacourse Tania Longpré Danic Parenteau Joëlle Quérin Guillaume Rousseau Michel Sarra-Bournet Simon-Pierre Savard-Tremblay Pierre-Paul Sénéchal Pierre Serré Membres honoraires Pierre de Bellefeuille, Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bouthillier, Jacques Brousseau, Hélène Chénier, Lucia Ferretti, Yvon Groulx, Léo Jacques, Delmas Lévesque, Yves Michaud, Pierre Noreau, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon Membres émérites René Blanchard, Jean-Charles Claveau, Jacques-Yvan Morin, Gilles Rhéaume, Paul-Émile Roy 2 ans Tarifs 2013 \t1 an 10 numéros\t2 ans 20 numéros Abonnement\t80 $ (70,22 $ + taxes)\t140 $ (122,89 $ + taxes) Abonnement de soutien\t175 $\t300 $ Étudiant\t45 $ {39,50 $ + taxes)\t80 $ (70,22 $ + taxes) Institution\t140 $ {122,89 $ + taxes)\t235 $ (206,28 $ + taxes) Autres pays\t150 $\t275 $ \t\t Abonnement PDF\t55 $ 48,28 $ + taxes TVQ 1012563392 TQ0002\t95 $ 83,39 $ + taxes TPS 11901 9545 Paiement par chèque ou carte de crédit VISA ou MASTERCARD \u2022\tpaiement internet sécurisé Desjardins dans notre site \u2022\tpar la poste \u2022\tpar téléphone Paiement au guichet (renouvellement d'abonnement) \u2022\tchez Desjardins et dans les institutions financières participantes L\u2019ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H2X 1X3 Téléphone : 514-845-8533 sans frais, 1-866-845-8533 Pour nous joindre par courriel : revue@action-nationale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca ISSN-0001-7469 Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec Périodicité : 10 numéros par an L\u2019Action nationale est membre de la SODEP www.sodep.qc.ca Envoi de Poste-Publications - Enregistrement N° 09113 "]
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