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L'autorité
Libéral et anticlérical, ce journal critique la société canadienne-française et son conformisme. Dans ses dernières années, L'Autorité compte plusieurs collaborateurs prestigieux qui lui assurent une grande qualité de contenu rédactionnel. [...]

Fondé par Tancrède Marsil, ce journal paraît pour la première fois le 28 décembre 1913. La couverture politique de l'hebdomadaire du dimanche varie au gré des changements de direction. À ses débuts, le journal se dit non partisan mais, libéral par conviction, il vise à servir de guide pour le maintien de la bonne doctrine libérale, celle de 1893, et de son vrai chef, Wilfrid Laurier.

En 1913 et 1914, Tancrède Marsil s'intéresse particulièrement à la politique municipale. Son successeur de 1914 à 1932, Gaston Maillet, un dentiste fortuné qui a fort probablement participé à la création du journal, est plutôt animé par la passion de la politique provinciale et fédérale. Gilbert LaRue, directeur de 1932 à 1936, remet à l'avant-plan la politique locale et exprime son désir de faire de L'Autorité « le » journal de Montréal. Le journal prend le titre L'Autorité nouvelle de juin 1925 à novembre1931. La direction du journal est assurée par J.-A. Fortin de 1943 à 1953.

En 1953, Gérard Gingras prend les rênes du journal, qui compte de prestigieux collaborateurs tels Alfred DesRochers, Roger Duhamel, Guy Frégault, Germaine Guèvremont et René Lévesque. À l'époque, Gingras répond à ses détracteurs qui soutiennent que L'Autorité est à la solde du Parti libéral et affirme que si le journal approuve le programme libéral, il est toujours demeuré indépendant. Il confirme ainsi les propos de Marsil dans le texte sur la raison d'être de l'hebdomadaire paru dans le premier numéro en 1913 : « Indépendant des partis politiques, L'Autorité entend promouvoir et défendre les intérêts des nôtres d'abord, encore, partout et toujours ». Pendant les années Gingras, le journal renforce sa dimension satirique avec les caricatures de Berthio (Roland Berthiaume) et de Normand Hudon.

L'Autorité change sporadiquement de forme au cours de sa durée de vie pour passer de quatre à six puis à huit pages, alors que l'actualité politique se trouve généralement présentée en première page. Selon les changements de direction, la section des sports est couverte de façon inégale et passe d'une à trois pages pour disparaître pendant un certain temps. Pour sa part, l'actualité culturelle y est traitée avec régularité. La Grande Guerre y est également couverte en profondeur. Le quart de l'hebdomadaire est alors consacré à la publicité.

Le tirage de L'Autorité est de 8000 exemplaires en 1914 et atteint 12 750 en 1920 pour se maintenir autour de 15 000 exemplaires tout au long de la décennie. Il descend à 500 exemplaires en 1940. La publication est suspendue de septembre à décembre 1936 et de mars à juin 1939 pour une réorganisation. Les raisons qui mènent à la fin de la publication demeurent inconnues. Le dernier numéro paraît le 2 avril 1955.

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, vol. 5, p. 90-92.

LÉVESQUE, Michel, Histoire du Parti libéral du Québec : la nébuleuse politique, 1867-1960,

Québec, Septentrion, 2013.

ROY, Fernande, « Le journal L'Autorité dans le cadre de la presse libérale montréalaise », dans Lamonde, Yvan, Combats libéraux au tournant du XXe siècle, Saint-Laurent, Fides, 1995, p. 231-246.

Éditeur :
  • Montréal,1913-1955
Contenu spécifique :
samedi 14 mars 1953
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
chaque semaine
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Haut-parleur,
  • Successeur :
  • Autorité nouvelle
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Références

L'autorité, 1953-03-14, Collections de BAnQ.

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[" cm5 38e ANNEE \u2014 No 34 Directeur : GERARD GINGRAS BEAUCEVILLE, 14 MARS 1953 Secrétaire de la rédaction : MICHEL ROY 10 L cents t \u2018L\u2019Autorité\u201d et les jeunes EPUIS une vingtaine d\u2019années, la jeune génération a accompli par son travail une œuvre admirable au Canada français.Elle aura bientét secoué la province d\u2019une inquiétante léthargie.Sans doute des précurseurs l\u2019ont-ils aidée mais le mérite lui revient principalement.Tous les espoirs sont maintenant permis.\u201cPersonne ici n\u2019a le sentiment de jouer une partie perdue\u2019, écrivait Gérard Pelletier dans \u2018Esprit\u2019.C'est aussi que, pendant le même temps, l'éducation est devenue accessible à la majorité d'entre nous; de sorte que la culture a perdu le caractère bi- Zarre, sinon hostile, que lui conféraient nos compatriotes.Voilà que les jeunes jouent maintenant des rôles de premiers plans en littérature, dans le théâtre, dans les beaux-arts, dans le journalisme, dans l\u2019enseignement et dans la radio éducative.S'ils ne font pas tous oeuvre de création, ils constituent du moins un public réceptif sans lequel les entreprises culturelles -demeurent - Ampossibles.Nombreuses et justifiées, leurs.exigences paraissent peut-être excessives à leurs aînés.Elles \u2018sont pourtant nécessaires dans la mesure ot: elles stimulent ceux qui veulent produire.Profitant des occasions qu\u2019on a suscitées en leur faveur, les jeunes n'ont pas manqué de voyager.Qu'ils aient franchi ou non nos frontières, ils ont accueilli et approfondi la pensée de l'étranger, s'inspirant des intellectuels européens et américains.On ne sauraia \u2018trop en vouloir à ceux que l'apport de l'extérieur a désaxés si l'on considère qu'ils ont trouvé ailleurs ce qu'ils avaient vainement cherché ici.Grâce à la jeune génération, il est désormais assuré que le régime de la médiocrité, de l\u2019inçu- riosité intellectuelle et de l\u2019étroitesse d'esprit ne subsistera pas très longtemps.Les richesses naturelles s\u2019'accompagneront bientôt des valeurs de l'esprit.(Il est utile d'ajouter ici qu\u2019une politique basée sur l'aménagement des routes et la construction des ponts désespère les jeunes qui s\u2019en détournent avec raison.) Avides d\u2019idées nouvelles et de manifestations dynamiques, Tes jeunes ne trouvent pas dans la presse actuelle leur point de vue sur les problèmes qui les touchent de près ou sur les questions de l'heure.F ore là, on ne peut que lui donner raison.Dans cetteconjoncture, \u201cL\u2019Autorité \"rendit et s'adresse à tous ceux qui déplorent l'absence d\u2019hebdomadaires capables de les satisfaire sur le double plan politique et culturel, particulièrement à la jeunesse dont on ne peut se séparer sans danger.Avec elle, on voudrait engager le dialogue, car il ne saurait y avoir de véritable journalisme sans lecteurs.Aussi, faut-il abolir le divorce qui existe entre un journal et son public.Il s'agit bien de publier un heb- (suite à la Boge 4) Staline est mort.Et après ! SL fallait recenser les mensonges conventionnels de la civilisation, la nécessaire politesse, souvent forme d'hypocrisie, ne pourrait être passée sous silence.Doit-on croire à la sincérité de ces hommes d\u2019Etat, qui viennent de faire courtoisement 1'éloge de Staline, aprés avoir vu ou feint de voir en lui l'incarnation du Malin.La fortune de Staline a d\u2019ailleurs passé par plusieurs phases depuis le déclenchement de la dernière guerre, De diable qu\u2019il était, après avoir conclu le pacte de mon agression avec l\u2019Allemagne, il a brusquement été rangé au nombre de nos saints diplomates occidentaux, lorsque Hitler s'est avisé de faire son incursion en Russie.Il s\u2019est alors produit un phénomène extraordinaire : nous sommes devenus les alliés de l\u2019agresseur de la Pologne (du côté du pays), alors que nous étions précisément entrés en guerre pour défendre les Polonais, contre les Allemands qui les attaquaient du côtér ouest.C\u2019est curieux, mais c\u2019est comme ça.-Puis, une fois la guerre finie, Staline a définitivement réintégré son mauvais statut de communiste, ce qui ne nous a d\u2019ailleurs aucunement empêchés de faire des amours à Tito, qui est probablement un communiste d'une espèce moins dangereuse, une sorte de communiste-capita- Jiste, serions-nous tentés de croire envoyant évoluer nos diplomates.A cause de valeurs qui nous sont aussi chéres que la vie, il est certain que nous avons en horreur le communisme et sa déformation russe ou stalinienne.Mais que l\u2019on ne vienne pas nous parler de guerre d\u2019idéologie.Les états capitalistes, s\u2019ils ne sont pas indifférents au sort des populations oppressées sous des régimes de dictature, ne semblent pas intéressés à perdre un seul avion pour leur rendre la liberté.Regardons les choses en face et disons simplement que nous défendrons notre peau et aussi nos intérêts.Tout le reste est malheureusement affaire de propagande pour stimuler ce bon peuple.Le tyran qui vient de mourir n'était pire que d\u2019autres, morts ou vivants, avec qui nous avons pourtant pactisé, que parce qu'il régnait sur des centaines de millions d'hommes, et qu\u2019il disposait d'un appareil policier et militai- \u2018 re .qui compromettait notre sécurité.Au moment où nous écrivons ces lignes, aucun changement de régime, ne s'annonce en Russie avec la nouvelle équipe diri- .geante.Un immense espoir reste permis.Eisenhower, qui s\u2019était dit prêt à rencontrer Staline, pose les mêmes conditions raisonnables à une entrevue avec Malenkov.Puisse ce dernier, à son tour, consentir à discuter avec le président des États-Unis.Si on arrive à un compromis, ou si on trouve un ennemi commun dont on puisse se partager les dépouilles, vous verrez que communiste et capitaliste peuvent vivre ensemble comme des frères.Il est aussi vain de dénoncer régulièrement le régime que de déplorer la nocivité des maladies contagieuses.Contre celles-ci et celui-là on se protège, tout simplement.On ne se préoccupe pas actuellement du communisme dans le pays.On s'intéresse davantage aux communistes en tant qu'ils peuvent servir une puissance étrangère, en dévoilant nos secrets militaires ou en organisant ici même un réseau de sympathisants dangereux pour notre sécurité.Ce sont sans doute là des mesures louables et nécessaires, mais à caractère tout à fait négatif.Que les hommes politiques de l\u2019Occident, de l'Amérique, du Canada et aussi de la province de Québec, fassent d\u2019abord respecter l\u2019ordre par l\u2019exemple du respect des lois, des institutions, ¢- laur propre parole.Que leur moraie qui nous sert de critére pour juger les individus, conserve aussi quelque valeur dans les affaires publiques.Il faut éloigner de nous la tentation du communisme, en nous donnant le sentiment d\u2019avoir quelque chose à défendre, le cas échéant, mais Dieu veuille que ne vienne jamais cette échéance.Lettre d\u2019Ottawa La radio d'Etat et l'entreprise privée OTTAWA \u2014 Au cours de cette semaine le directeur-général du Service international de Radio- Canada, l'ambassadeur Jean Désy, témoigna au comité parlementaire des affaires extérieures.De par sa nature même Radio- Canada est l\u2019organisme de l\u2019Etat que l'on critique le plus souvent au Parlement et dans la presse.Les critiques dont cette société est l\u2019objet sont d\u2019ailleurs stimulées par la propagande de l\u2019inlassable association des postes privés, dont l\u2019existence est aussi légitime que la cause est discutable.Il n\u2019est pas inutile de rappeler que la Société Radio-Canada, qui s\u2019appela d\u2019abord la Commission canadienne de la radio, fut fondée par le dernier gouvernement conservateur que nous avons eu, celui de M.Bennett.Le tsar en fut durant quelques années M.Gladstone Murray, aujourd'hui champion professionnel de l'\u201centreprise privée\u201d et à ses heures, publiciste du parti conservateur de l'Ontario.On trouve des partisans et des adversaires du système radiophonique canadien dans les quatre partis représentés aux Communes.Ce système, comme dirait Mde LaPalice, correspond à la politique actuelle du gouvernement en matière de radiodiffusion.Il reflète les convictions et les sentiments des ministres, des membres du Cabinet.Mais on a des raisons de croire que certains de ces messieurs modifieraient leurs vues si l'association des postes privés, modérait son agitation.On (suite à la page 4) Mickel DUFRESNE -keyiste vite et trop loin.\u201d Tout en allumant une cigarette, le maire Houde ajoutait: \u201cPourtant c'était ce qu'il fallait dire.M.Renaud (son chef de secrétariat), voulez-vous m'appeler le président de la délégation de tout à l'heure.\u201d \u2014\u201cAllo, c'est le maire.Vous avez bien compris le pourquoi de mon intervention ?Oui, oui, par Gilles DESROCHES tant mieux.Vous vous rendez compte que le Ville n\u2019a pas les moyens.Merci.Au revoir.\u2019 Cette scène se déroulait il y a un an environ dans le cabinet du maire.Je ne l'évoque ici que parce qu\u2019elle permet de saisir une curieuse facette du caractère de M.Houde, Impulsif, il lui arrive de temps à autre \u2014 la chose est de moins en moins fréquente \u2014 de sortir de ses gonds, Comme ça, sans que rien ne le laisse prévoir, il explose, et c\u2019est pour lui l\u2019occasion de servir à son auditoire de bonnes grosses et rudes vérités.Mais aussitôt après il s'inquiète.A-t-il peiné quelqu'un et, par ses remarques mrimesaptiéres, tué un espoir fondé sur son appui ou tout au moins sur son silence ?Pareil malentendu ne saurait durer et, pour le dissiper, il écrira un mot d'explication, il téléphonera ou il confiera à un intime le soin d'exposer son point de vue.Et pendant une période X, tant qu\u2019il croira que les choses ne se sont pas tassées, il emploiera toute sa capacité de persuasion et tout son entregent à régulariser la situation.éé TI suis peut-être allé trop D\u2019imprévisibles chemins Pas rancunier, il ne voudrait -pas-.que personne ne lui gardat rancune, et si sa vivacité naturelle l\u2019entraîne parfois dans d\u2019imprévisibles chemins, il éprouve le besoin de réparer cette faiblesse par son empressement à la reconnaître.Il ne faudrait pas croire, cependant, malgré certaines apparences, que le maire Houde est sujet à de foudroyants coups de tête.Prenez-y garde: ses déclarations les plus sensationnelles, ses actes apparemment les plus étonnants ont été le fruit de patientes réflexions et de longues consultations.Il se comporte un peu comme le hoc- Maurice Richard qui feint de flaner sur la glace et qui profite de la seconde d'inattention du gardien de but adversaire pour marquer le point victorieux, \u201cLIMELIGHT\u201d ou les feux du couchant nant, d\u2019une fragilité qu\u2019on gent à toute épreuve, d\u2019une élégance élimée, et qui marche.ou plutôt, c\u2019est un pas de danse : Lenteur fébrile.Il est seul.Il est soûl.Et c\u2019est un condensé de toute la solitude, c\u2019est la pure quintessence de l'ivresse.Soudain, les narrines flairent une odeur insolite.Les mains s\u2019exclament discrètement: du gaz! Les épaules se ramassent, le cou s\u2019abolit : titubant, comme un bélier en goguette, l\u2019ivrogne enfonce la porte.Dans la chambrette, sur le lit Qh un homme grison- _ misérable, une belle fille attend la mort.Les sourcils haussés constatent : suicide.Avec une précision géométrique, curieusement irréelle pourtant, dans un affolement d\u2019une minutie et d\u2019une sobriété miraculeuse, les gestes sauveurs se découpent sur l'écran : redresser les jambes, soulever le buste.et hop! enlever le tout comme un ballot.vite, vite, sortir de ce trou empoisonné, déposer le corps dans l\u2019escalier\u2026 voir si elle vit, se redresser, faire mine de partir.mais peut-on la laisser 1a?Il le faut.courir.mais - avec dignité.chercher le médecin.- En moins d\u2019une minute, Chaplin nous a repris.Il nous tient de ses yeux d\u2019hypnotiseur, de son inquiétant sourire de béte féroce et- pitoyable, sourire-réflexe qui découvre les crocs étincelants, Il nous impose cette vérité qu\u2019il est seul à connaître, qui est une caricature \u2014 c\u2019est-à-dire un raccourci, savant, composé avec le soin et l\u2019économie d\u2019un grand artiste et auquel les années ont conféré le prestige et le \u201cglacé\u201d d'un style à nul autre pareil.Une minute, et déjà nous avons retrouvé le petit homme, le pauvre risible petit homme qui ravissait nos ames de collégiens.Au par René LEVESQUE temps où la couronne du Génie ne l'écrasait pas encore; alors qu'il était simplement le seul cinéma que nous permit une censure sé- vére et paternelle.C\u2019est bien lui.Doit-on s\u2019esclaffer ?ou pleurer ?Ce suicide manqué, ce sauvetage frénétique, est- ce drame ou comédie ?Déjà, on n\u2019en sait rien.On s\u2019avance à pas menus sur le fil de fer ou le mai- tre acrobate se balance délicatement entre rire et soupir.Il n\u2019a pas dit un mot \u2014 et en quelques secondes son personnage est debout, vivant, d\u2019un dessin ferme et net.Maintenant il parle.Le cinéma est devenu parlant : il faut bien causer.\u201cJe m'appelle Calvéro, dit-il à la jeune malheureuse.Je vous ai empêchée de faire une bêtise.Vous vouliez mourir ?La belle affaire !.\u201d\u2019 Et il parle de la vio, de la mort.Il parle du soleil, évoque \u201ctout le cosmos.Lui est un vieux comédien, elle est une jeune danseuse : il parle du théâtre.Il parle, en camarade, en ami, longuement, Et un dédoublement étrange s'effectue sous nos yeux.L'être qu'on écoute se sépare de celui qu'on regarde.La création visuelle \u2014 port, démarche, gestes \u2014 est toujours aussi limpide, subtile, Mais les mots qu\u2019on entend ne cadrent pas avec ce parfait dépouillement.Ils.se composent en phrases, en tirades qui se dressent comme dans une pénombre, à l'arrière-plan.L'homme-image demeure unique et radieux ; l'hom- me-parole n\u2019en est que le reflet un peu flou, parfois même un peu terne et banal.Il existe, bien entendu, des raccourcis du langage, des merveilles d\u2019ellipse pour la pensée.\u201cDans un dialogue de film, a-t-on dit, il faut compter ses mots comme dans un télégramme.\u201d Mais Cha- plin-Calvéro ne connaît pas ce style télégraphique.Pour dessiner ses réflexions, ses arguments, il n\u2019a pas en main le double du crayon magistral qui lui sert à ses apparitions.C\u2019est dommage.Insisterait-on, cependant, si ce n\u2019était Chaplin ?si la perfection plastique à laquelle il nous a accoutumés ne semblait nous autoriser, Dieu sait pourquoi, à exiger de lui toutes les perfections.Il pleut doucement des vérités premières, d'accord.Mais n\u2019est-ce pas justement en vérités premières que s'expriment la sagesse et la mélancolie des vieillards ?Et Calvéro se sent vieux.\"Remarquons d\u2019ailleurs comme certains de ces lieux-communs sont bien frappés: \u201cUne foule, c'est un monstre sans tête, qui ne sait jamais à l\u2019avance quel bord il prendra.\u201d Surtout, admettons franchement que cette conversation qui s\u2019ordonne en s'étirant et en hésitant autour de quelques chevilles nous séduit peu a peu.Elle nous enveloppe bientôt dans une amertume souriante, une atmosphère de déclin \u2014 exactement celle qui doit émaner de Calvéro.Il ne reste plus qu\u2019à se laisser emporter par un film sur lequel tout autre que Chaplin pourrait établir une réputation.Un film compact et tout d\u2019une coulée, dont la moindre séquence porte la griffe d'un seul homme.Scénario, mise en scène, musique : autant de morceaux trop souvent \u201crapportés\u2019, dont les qualités et les défauts ne concordent que rarement d'une façon impeccable.Trop de cuisiniers autour de la marmite \u2014 voilà, congénital, le grand mal dont souffre le cinéma, art trop complexe.Chaplin est le seul, à la fois producteur et auteur, compositeur et interprète, qui en triomphe tout à fait.Et qu'on s'y plaise ou non, Limelight nous laisse cette impression d\u2019unité qui se dégage d\u2019une peinture ou d'un roman: l'impression d'être entré vraiment dans l'intimité d\u2019un autre.Et quelle intimité ! Celle d\u2019un compositeur qui n\u2019est pas négligeable, puisqu'il a su trouver ce thème lancinant dont l\u2019orchestration baigne harmonieusement les scènes principales.Celle aussi d'un grand connaisseur d'images : (suite à la page 4) René LEVESQUE t Payés pour servir On paie Richard pour compter des points, Selon M.Houde, on paie les hommes publics pour servir.\u201cQuand on rend service, dit-il, ça nous est rendu au centuple.Pas d'effort qui ne reçoive sa récompense.\u201d Voilà sa conception de la vie et sans doute aussi l\u2019une des clés de ses incroyables succès politiques.Il arrive que l'on associe le nom de M.Houde à un parti, à un groupement ou à un clan.Dans sa concision lapidlaire, le \u201cWho's Who\u201d de Lou r:s dit simplement : \u201cCamillien Houde belongs to no party, no union, no club, no company and no fraternity.Recreation : motoring.\u201d Il n\u2019a jamais été et n\u2019est pas encore enclin à s\u2019assujettir à la discipline des partis \u2014 à qui il se prête sans se donner \u2014 aux directives des whips et aux rê- glements des clubs.L\u2019individualisme trouve en lui un exemple achevé.Partisan du bilinguisme Est-il nationaliste?Si l'on donne à ce qualificatif un sens étroit et exclusif, il faut répondre: non.Car il n'\u2019entretient aucun préjugé de race, il admire et se plait a citer plusicurs qualités des \u201cAnglais\u201d, leur esprit d'initiative, leur solidarité, leur civisme.Je Yai entendu dire à quelqu'un: \u201cVous n\u2019aimez pas les Anglais parce que vous ne parlez pas l'anglais.\u201d En retour, il profite de toutes les circonstances pour presser nos concitoyens \u2018anglophones d\u2019apprendre le francais.Le bilinguisme, répète-t-il volontiers, cst le principal facteur d'harmonie canadienne.M.- Houde se sent parfaitement à l'aise au milieu de la colonie italienne; il compte de nombreux amis parmi les compatriotes de M.de Gasperi et il va périodiquement à la Casa d'Italia, rue Lajeunesse.Quant aux Juifs, il se targue de comprendre lrurs difficultés et d'envisager avec \u2018sympathie leur séculaire problème.Il ne veut pas qu\u2019on le soupçonne d\u2019une once d'anti-sémitisme et si, d'aventure, un journaliste lui attribue un propos qu\u2019un Canadien d'origine juive pourrait juger offensant, il exige aussitôt une rétractation formelle.Ami des Français Il affectionne les Francais; il aime leurs talents artistiques, leurs qualités de coeur et d'esprit, leur facilité d\u2019élocution.Par contre, il n'aime pas les moeurs politiques des Français et il estime qu'ils font un bien mauvais usage de la démocratie et des institutions parlementaires.Il reste que son profond amour de la France suffirait à expliquer l'appui qu'il a accordé à des réfugiés français qu\u2019il a longtemps défendus seul.Tous les \u201ccousins\u201d qui le visitent repartent conquis.Dans la \u201cRevue des Deux Mondes\u201d, liŸraison de novembre 1952, Robert Bourget- Pailleron écrivait\u2019 à propos du maire: \u201cDe bonne.souche terrienne, il possède toutes les qualités d'autorité et de finesse qui ont assuré depuis des siècles le prestige de notre race à travers le monde.\u201d ; Qu'il s'agisse donc des Francais, des Italiens, des Juifs et d'autres Néo-Canadiens, M.Houde définit sa ligne de conduite dans les termes suivants: \u201cJe défends toutes les minorités, je les ai toujours défendues, et cela d'instinct.\u201d Fier de ses origines Le maire est fier de son ascendance française et de ses origines populaires.Aux Etats- Unis, pour pouvoir briguer la présidence, pas de meilleur atout que d'avoir vu le jour dans une cabane de bois rond, M.Houde est un authentique Montréalais né dans un logis de deux pièces, dans un quartier modeste.Cela ne l\u2019a jamais desservi, et gare à ceux qui se risquent à le lui reprocher.Il fait toujours sienne la réplique suivante qui date du début de sa carrière politique : \u201cJe n\u2019ai peut-être pas tout ce qui a été donné à mon illustre adversaire, mais nous ne sommes pas partis de la même place et nous n\u2019avons pas Suivi le même chemin.Si mon adversaire était parti d\u2019où je suis parti, il ne serait sûrement pas où il est aujourd\u2019hui, ni même où je suis aujourd\u2019hui.\u201d Issu du peuple, il connaît d\u2019avance les réactions des masses, il sait les émouvoir, les apaiser et les soulever.Aussi, rien ne l'amuse comme de se faire demander s\u2019il est vrai qu'il a reçu, des Pères Jésuites, des leçons de psychologie des foules.\u201cJe ne sais pas si je suis psychologue, dit-il Si c'est le cas, c\u2019est sûrement sans le savoir, tout comme M.Jourdain faisait de la prose\u201d A propos de psychologie, un journaliste de Vancouver prétend que lorsque le maire scrute quelqu\u2019un, celui- ci a l'impression de subir une radiographie.Elève de Marie-Victorin Ami du beau, du théâtre, de la musique et de la poésie, ses fonctions de maire l'empêchent trop souvent, à son gré, d'assister aux manifestations artistiques, mais dans la mesure où il peut influer sur la politique municipale, il s'emploie, dit-il, à faire de Montréal un véritable centre culturel, un foyer des arts.\u201cJai acquis ou développé le goût du beau, affirme M.Houde, au contact du frère Ma- rie-Victorin qui fut d\u2019abord mon professeur avant de devenir mon ami, puis au Conservatoire La Salle où je me suis llé avec de remarquables artistes actuels de la scène.\u201d Ses dispositions esthétiques se manifestent jusque dans le domaine vestimentaire, Ses complets viennent toujours de chez le bon faiseur et se distinguent par cerfains détails qui permettent de dire que M.le maire ne s'habille pas comme tout le monde, A l'automne de 1940, la Gendarmerie Royale dénombra ses vestons, chemises et cravates, et les journaux de l\u2019époque en publièrent la statistique.À cela il répond que \u201cchaque chemise et chaque cravate m'ont coûté moins cher qu\u2019un quarante onces de Scotch.\u201d On ne possède pas de semblables renseignements pour la période contemporaine; on sait seulement que\u2019 sa garde-robe est digne du premier magistrat de la Métropole du Canada, Dans le choix de ses habits, a-t-il une préférence pour, une teinte ou pour une autre, pour telle ou telle coupe ?Non, me répond-on; il en a de toutes les couleurs et de tous les styles.(Lorsque l'on voulut, à l\u2019occasion d\u2019un concours de (suite à la page 4) \u201cPAGE DEUX L'AUTORITE, 14 mors 1953 Le Bridge - par M.Harrison-Gray Donneur : Est Love all N.CkQI3 ô K 931054 28 o A ° ad 096° CA16542 09732 OQ @ K 832 BA4AJ165 8.GaAKJ103 ©0108 OA4%6 æ Q 10 4 Même les champions internationaux éprouvent souvent des difficultés à construire leurs enchères.Dans un récent match en Angleterre aucune équipe ne réussit à prendre lu manche, bien que douze levées furent facilement remportées lorsque la donne fut jouée.Aux deux tables Ist ouvrit les enchères par un coeur ct Sud fit obstruction en disant un pique.À In première table les choses on restèrent lA.Alors qu'à liu seconde table Nord appuya son compugnon en disant deux piques, sur quoi Est renchérit par trois trèfles.Sud dit ensuite trois piques, ce qui constituait une bien faible défense, En effet sl Sud avait doublé, Nord aurait dit quatre piques et aurait unis! assuré lu manche à son équipe.EE a ae ee Ye Ta Te Te Ne Pee Te Te Ne Te Ta Ta a Ne Ye Ta \"a\" Ya a ee Pn Te Pe Te Tl le Pe a a Te Ta Ta Pa a J AP PP oP PPL Pa Un roman de Marcel Gagnon De source autorisée, nous apprenons que M.Marcel Gagnon, ancien secrétaire personnel de l'hon.Onésime Gagnon, ministre des Finances du Québec, portera prochainement à un éditeur le manuscrit d'un roman auquel il travaille depuis bientôt six ans.Les critiques, qui assistérent a une première lecture du manuscrit, ne tarissent pas d'éloges.S'il faut en croire ces critiques, le livre de Marcel Gagnon enrichira notre littérature régionaliste.Peut-être \u2014 mais l'auteur n'a rien voulu confirmer \u2014 sera-t-il soumis au prochain concours du Cercle du Livre de France ?Journaliste durant plusieurs années, Marcel Gagnon est aujourd'hui à Temploi de John Price Jones Company, l'une des plus grandes maisons de publicité en Amérique du Nord.- Pea\" a \"se L\u2019AUTORITÉ Le plus vieil hebdomadaire de langue française de Montréal.Bureaux à Chambre 524, Edifice Canada Cement, Montréal (2e); tél.: Lancaster 8592.Imprimé à Beauceville, par 1\u201d\u201cEclaireur\u201d.Autorisé comme envoi postal de deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa.Directeur : gras.Secrétaire de la rédaction : Michel Roy.Abonnement annuel: $4.payable d'avance par man- dat-poste ou par chèque encaissable au pair à Montréal.Gérard Gin- Tél.Résidence: VE-6672 = Bureou: BE-8646 CLAUDE MAILHIOT Docteur en Psychologie : DE l'Université de Montréal AVIS DE REQUETE EN DIVORCE AVIS est par les présentes donné que dame PAULINE FRAN ELIZABETH APPLETON, autrefois de la Cité de Lachine, district de Montréal, province de Québec, présentement domiciliée à Vancouver, Langley e, Ifleld Crawley Susecx, Angleterre, s'a- ressera au Parlement du Canada au cours présente, prochaine, ou session suivante, pour l'obteation d'un bill de divorce \u2018avec son époux, WILLIAM POWELL, de la Cité et du District de Montréal, présentement dans les forces armées, pour cause FES Montréal, province à , a ontréal, province de Québec, ce 11e jour de février 1953, Québec, GAMEROFF & FENSTER, Frocureurs de la requérante, 20 Montréa) 1, P.Q.21 février \u2014 1-8-15 mars 1953.LE SAVIEZ-VOUS ?La statistique non officielle du revenu national au Canada pour 1952 est de $18 milliards, soit une augmentation d'environ un milliard sur 1951.L'or est un des métaux les pl malléables, mais il est extrême.mnt lourd.Sa gravité spécifique LE SONGE EFFACÉ \u2014Bien, moi, j'ai vu, en rêve, un assassin inconnu, un an, jour pour jour, avant son meurtre._ \u2014Hé, hé! pas de peurs, père Marcotte, \u2014Ce n'est pas une peur.C'est même a cause de ce réve-la.ou parce qu'il s'est \u201ceffacé\u201d que je suis ce vieux garçon de cinquante-deux ans, encore simple ordonnance après plus de vingt- cinq ans de vie militaire, Celui qui lançait ces paroles \u201csurprenantes était un soldat assez âgé, qui semblait somnoler jusque-là, sur son lit de chambrée, à côté des trois jeunes commis du bureau régimentaire durant- le repos de midi.Les jeunes gens se racontaient leurs songes de la nuit précédente.Il y a des rêves qui sont quasiment de la vie, énongait René Desruisseaux.On penscrait continuer des actions ou des raisonnements déjà commencés, Mon rêve d'hier soir, au contraire, est plus nouveau pour moi qu\u2019un film russe.Je ne sais pas si j'ai jamais connu ou même imaginé un centième de ce que je voyais.Presque tout se rapportait à des faits dont je n'avais pas le moindre soupçon jusqu'ici.\u2014Vous qui tirez si bien l\u2019hos- roscope \u2018aux cartes, vous devez interpréter les songes ?demanda Paul Leclerc.\u2014Je n'oserais pas interpréter son rêve, répondit le père Marcotte.Demain, dans un mois, dans dix ans, peut-être, il le vivra en chair et en os.Il s\u2019en souviendra et les détails prendront un sens.Ça m'a tout l'air d'un rêve qui s\u2019effacera, comme disait ma défunte mère \u2014 ou qui se réalisera, comme vous diriez, vous .autres, les jeunes instruits.\u2014Ne m'en faites pas accroire, s'exclama Desruisseaux en riant.Tout à coup que je prendrais un \u201cspringne\u201d tout de suite pour fêter ça d'avance.\u2014Et vous, contez-nous ça, comment vous avez vu un assassin inconnu plus d\u2019un an avant qu\u2019il commette son meurtre.\u2014C\u2019est une histoire plutôt longue, que je ne pourrais vous faire comprendre sans une foule d\u2019ex- blications.Plus je vis, et plus je trouve de telles explications, et plus je les estime sensées.Je n\u2019essaicrais pas aujourd'hui de ranimer ce songe, sans ces explications et j'ai bien peur qu\u2019elles \u2018lence.passeraient par-dessus la tête de la plupart des gens, \u201cJ'ai déjà essayé de l\u2019écrire pour un psychiatre-psychologue, peu de temps après I'\u2018accident\u201d.Ça tenait encore de trop proche.Le sang qui éclaboussait le front de mon amante défunte m\u2019empéchait de voir que l'assassin avait déjà vécu en moi, du moins une partie de l'assassin.A quoi ça servirait de vous raconter ça?De \u2018tels souvenirs, c\u2019est comme une plaie incurable, du moment que ça ne force pas autour, il y a une petite douleur, mais ça s\u2019endure.Et on en vient à l'habitude de savolt qu\u2019elle fera mal et l'on évite les efforts.Avec le temps, on finit par chérir, ma grande foi, ce bobo qui vous distingue des autres et on vit aussi vieux, sinon plus, que les santés parfaites.Un raisonnement est moins fatigant qu\u2019un coup de muscle, et pour ma paix d\u2019esprit, les songeries que je poursuis, quand je suis seul, à citer et à astiquer, valent mieux que les plus belles phrases.\u201d Il se tut, comme assombri et fit même mine de refermer les yeux pour reprendre sa somno- Les trois commis insistèrent pour connaître la suite, ou plutôt le commencement de cette étrange aventure, qui allait sans doute éclairer le mystère du \u201cpère\u201d Marcotte, car ce vieux soldat de carrière était à la fois un mystère et une légende.Bon vivant d'apparence, ami de tout le monde, serviable à tous, surtout aux jeunes recrues, le père Marcotte, dont on ne connaissait qu\u2019une initiale \u2014 et cela à cause des parades de paye ou des \u201croll-calls\u201d \u2014 le père Marcotte, dis-je, était simple ordonnance de chambrée, malgré une instruction qui se manifestait bien supérieure à la moyenne, et une curiosité qui le tenait constamment en lecture, sitôt sa.besogne routinière accomplie.Mais, à l'encontre des liseurs ordinaires de casernes, il ne tentait jamais d\u2019épater, en parlant de ce qu'il lisait.Si on le consultait, il renvoyait l'interlocuteur à tel livre, telle revue ou tel journal, prétextant qu\u2019il se souvenait vaguement d'avoir lu quelque chose à ce sujet-là, mais qu\u2019à présent sa mémoire s\u2019en allait.On trouvait toujours le renseignement à l'endroit exact de la référence.Le Songe Le vieux soldat se roula une cigarette en se taisant.La seule façon, reprit-il, dont je puis me servir, c'est de diviser le songe en scènes, comme au cinéma, avec des raccrocs de passé.Mon rêve commence : .Je suis sergent, en charge d\u2019un peloton que je conduis à Montréal.Nous venons de prendre le train.C\u2019est un convoi militaire, mais comportant un wagon de civils, à l'avant.Mes hommes sont assis; je jette un dernier coup d\u2019oeil à la portière, vers l'avant du train, et j'apercois™ mon amante au bras d\u2019un grand blond, dont la démarche m'est familière, mais que je ne puis identifier.J'en ressens naturellement une violente douleur, où il y a beaucoup plus de crainte que de jalousie.Voilà la première scène et voici mes commentaires, Il y aurait eu cinq ans dans quelques jours que je la connaissais et n\u2019aimais qu\u2019elle au monde.Jolie jeune veuve, bien tournée et blonde, je ne la nommais que Petite-Frisée dans l'intimité, souvenir de la BERENICE de Barrès, dont la figure de Petite-Secousse m'avait frappé et que j'avais associée tout de suite à ma nouvelle connaissance.Naturellement, durant cinq ans, il était bien survenu des discussions, des divergences d'avis, jamais de disputes; dans l'ensemble, je ne crois pas que deux personnes puissent s'entendre mieux qu\u2019on s\u2019entendait.À l'automne de 1917, ça ressemblait pas mal à l'automne de 1942.Je songeais à m'enrôler depuis longtemps, mais ma santé ne l'avait jamais permis.Une bonne fois, on m\u2019accepte.Je signe tous les papiers.Vous connaissez leSralala.C'a pris quatre jours avant que j'aie l\u2019uniforme au dos.Je ne donnais signe de vie à personne durant ce temps; je voulais causer une surprise.J'en ai causé une.Depuis ce moment, ma vie prit un autre cours.Ah ! s\u2019il vous arrive jamais d'\u2019aimer quelqu'un, partagez toujours! Partagez vos joies, partagez vos peines.Partagéz vos projets.Ne décidez rien sans en parler à l\u2019autre.Si vos projets doivent vous étre bons, l'autre._ comprendra et acceptera.Vous serez deux alors pour les accomplir et ce sera tellement plus facile, car étre deux, c'est étre libre.Oui, amour, comme je le comprenais alors et comme je le comprends encore, quant a cela, est une libération parce qu'il rend plus fort.Deux êtres qui s\u2019aiment sont deux êtres libres, car, ensemble, ils ont la force de renverser tous les obstacles.Tout amant peut réciter la tirade du Cid: \u201cParaissez Castillans, Mau-' res et Navarrois !\u201d Deux êtres qui s'aiment ne sont jamais esclave.l\u2019un de l\u2019autre: il s'établit une communication constante entre eux.La loi de l'amour est vieille comme le monde; si les dieux unissent deux destins, il faut qu\u2019un fruit en naisse\u2026 Chez les humains, ce fruit peut prendre mille figures diverses.Le doute même peut en être une.Si vous laissez le doute pénétrer en votre esprit ou le laissez pénétrer dans le coeur de l\u2019aimée, alors vous n\u2019êtes plus deux, mais SEUL-CONTRE.Cain tuant Abel, c\u2019est le mythe du doute et de la confiance.L'humanité recommençant aujourd\u2019hui avec un simple couple périrait à jamais par le doute.\u201cPetite Frisée\u201d envisagea mon enrôlement comme une fuite.Jamais plus la même intimité n'exista entre nous.Des détails, qui passaient auparavant inaperçus, devenaient de vraies insultes.La confiance se mourait.C\u2019était comme un continuel \u201ctattoo\u201d des sentiments avec le caporal Doute en devoir! Et c\u2019est le Doute que je venais de voir au bras de mon amante.Avez-vous compris la première scène de mon rêve?Voici la deuxième : Le train s\u2019ébranle.Je franchis en hâte les voitures qui me séparent du wagon des civils.La portière en est fermée à clef.Tout à l'autre extrémité, Petite- Frisée est assise en face de son compagnon.Elle m'aperçoit.Je lui fais signe.Seule, de la détresse dans ses yeux me répond.Elle ne bouge pas.L'inconnu lui parle.Il m'est impossible de parvenir jusqu'à eux et le train file, file vertigineusement.Nous sommes gare Windsor.Je dois former les rangs de mon peloton et le conduire aux casernes de la rue \u2018 fiance.= Alfred DESROCHERS Peel.Tout se fait au pas redoublé et ma troupe gagne la rue au\u2019 moment ou Petite Frisée et l'inconnu pénètrent dans le hall de l'hôtel Royal.Elle me regarde quelques secondes et ses yeux montrent l'effroi de perdre un bien précieux.Et c\u2019est alors que surgit le seul épisode d\u2019incohérence dans mon rêve, le seul qui ne se soit pas répété de façon identique, un an plus tard, jour pour jour.Je suis au téléphone à Montréal et je tente de me téléphoner .à moi- même, à Sherbrooke, pour m'avertir de ce voyage insolite.Devinez-vous le sens de ces appels?A un moment donné \u2014 lors de mon enrôlement \u2014 j'avais interrompu la communication de confiance.J'avais cessé d'être deux avec elle.J'avais été seul, SEUL CONTRE.Que s'était-il passé au coeur de Petite-Frisée durant ces quelques.jours ?Actes sensibles ou pensées intimes de révolte ?Dans la vie comme dans le songe, il y avait fissure N La Vous comprenez ?Dès ce moment, Petite-Frisée a décidé que sa vie doit prendre un autre cours.Il lui reste pourtant un vestige d\u2019amour ancien.Son désarroi le traduit, mais elle ne peut consentir à rétablir la con- Le doute est en elle, comme un fils de sa chair.Ce songe m\u2019obséda durant tout le reste de la nuit.Ses détails en étaient si nets, qu\u2019ils ne partaient pas de mon cerveau conscient.Dès que j'en eus l\u2019occasion, je racontai ce rêve à Peti- te-Frisée qui en rit et me répondit: Vous devez avoir les yeux sur une autre femme.C'est votre conscience qui parle.Il faut toujours interpréter les songes à l\u2019envers.Un de ces jours prochains, j'apprendrai que c\u2019est vous qui logez à l'hôtel avec une autre femme.Il y avait quelque chose d\u2019étrange, de lointain et comme de résigné dans ses paroles.Quelques jours plus tard, je traversais l'Atlantique.Mon bataillon allait servir de renfort pour la grande poussée de l'été et de l\u2019automne de 1918.Je fus affecté à un hôpital, en Angleterre, et chaque jour ou à peu près, j'écrivais à Petite-Frisée pour lui dire mes projets d'avenir.La.victoire était proche.Chacun le pressentait.Je lui demandais de patienter; ses lettres devinrent rares.J'en écrivis jusqu'a dix sans réponse.Enfin, quelques jours après l\u2019Armistice, elle m'annonça dans un court billet que nous ne devions plus être que de bons amis.Elle avait trouvé le compagnon de son destin.Le mariage aurait lieu à Noël.Vous comprenez dans quel état d'âme j'étais, lorsque je partis pour l'Allemagne où mon bataillon servait dans l\u2019armée d'occupation des rives du Rhin.Je ne donnai plus signe de vie ni à Petite-Frisée ni à aucun ami canadien.Je tentai vainement de rester en Europe; il me failut revenir au pays et je fus licencié en mai 1919.Deux mois plus tard, mes affaires me mènent à Montréal.En descendant à la gare Windsor, comme il me reste une couple d'heures avant l'entrevue que je dois avoir, j'achète un journal du matin, le glisse dans ma poche et je me rends aux salles de bain.Après les ablutions, je gagne un restaurant de la rue Ste-Catherine et en attendant le service, j'ouvre le journal.D\u2019un oeil distrait, je parcours les titres.Une manchette m\u2019accroche l\u2019oeil : MEURTRE ET SUICIDE A L\u2019'HOTEL ROYAL Je sursaute en lisant les pre- miéres lignes.Voici d\u2019ailleurs la coupure.\u2018loge.,me un éclair, d'incohérence.Courte dans le rêve, cette fissure, j'essayais de la combler en me cherchant moi- même, mais en vain.Cette partie de moi qui vivait en ELLE ne répondait pas.Troisième scène: Au moment où je vais me parler à moi-même, le décor change.Je suis maintenant dans le hall du somptueux hôtel où le couple est descendu.Ce n'est plus moi qui tente de me téléphoner, mais Petite-Frisée qui, apeurée, dans la cabine de l'appareil, demande frénétiquement à me parler.Il m'est, impossible de lui signaler que je suis tout près.Découragée, elle remonte alors l\u2019escalier à pas lents et disparaît, tandis que je m\u2019affale dans un fauteuil.Je m'adresse ehsuite au contrôle pour savoir quelle chambre elle J'entends soudain un grand cri.C\u2019est elle qui me demande secours.Le cri est si perçant, si désespéré que je bondis vers l'escalier \u2014 et m'éveille en sautant hors du lit.Vie Et le vieux soldat, que l\u2019émotion empêche de parler; sort de son porte-monnaie un papier jauni qu\u2019il tend à ses compagnons.\u201cC\u2019est la première fois que je le déplie depuis l\u2019été de 1919, dit- il.Je le sais mot à mot par coeur : : \u201cUn meurtre et un suicide ont coûté la vie à M.et Madame X, quelques minutes après minuit, dans une chambre de l'hôtel Royal.Tout ce que nous savons de la tragédie au moment d\u2019aller sous presse, c'est que le mari a abattu sa femme d\u2019une balle en plein front, puis qu'il s'est ensuite logé une balle en plein coeur.Quand les employés purent enfin pénétrer dans la chambre, après avoir entendu les détonations, ils.se trouvèrent en présence de deux cadavres.Le couple, qui venait d\u2019une ville des Cantons de l\u2019Est, s\u2019était enregistré à l'hôtel Royal hier après-midi.\u201d Le vieux reprit alors: \u201cMon rêve me revint en mémoire, com- J\u2019ignorais encore s\u2019il s'agissait de Petite-Frisée, mais tout me le criait Je me rendis à la morgue, où je pus voir le couple macabre.C'était bien Petite-Frisée et son mari, l'homme qui, dans mon rêve, l\u2019accompagnait sur le train.\u201cA l'enquête qui suivit et à laquelle je pus assister, on établit qu\u2019une quinzaine de minutes avant le meurtre et le suicide, la jeune femme avait tenté d\u2019obtenir une communication interurbaine au téléphone du hall, qu\u2019elle avait regagné sa chambre dans un état d'angoisse et que la conduite du couple paraissait étrange à la salle à manger, comme dans le hall, où il s\u2019était arrêté à la fin de la soirée.C'était le 29 juillet 1919, soit un an, jour pour jour, comme je le constatai, après le rêve que je vous ai raconté.Je pris tous les arrangements pour que les corps fussent renvoyés à M.\u2026 où Petite-Frisée habitait depuis son mariage.\u201cLe verdict rendu par le coroner déclarait que les crimes auraient été commis dans un moment d\u2019aliénation mentale, car le mari était un homme influent et d'une famille hautement estimée dans toute la région.Grâce à des relations, je parvins à m\u2019engager dans la milice permanente, comme simple soldat, et, jusqu\u2019à la présente guerre, j'étais à l\u2019arsenal de Québec.Et durant tout ce temps, je ne me suis jamais souvenu d\u2019un rêve; car, en ouvrant les yeux, le matin, je regarde tout de \u2018suite à une fenêtre et toutes les images de la nuit s\u2019abolissent.\u201d .A hôpital Queen Mary Pièces de rechange pour corps humains Entre les mains de véritables artistes, plusieurs centaines de mutilés de guerre ou du travail redeviennent chaque année des hommes normaux, après quelques jours passés dans un hôpital spécialisé du Canada : Le \u201cQueen Mary\u201d Hospital de Montreal.Ici, l\u2019on implante dans l'orbite d\u2019un borgne un oeil en \u201clucite\u201d d\u2019une résistance à toute épreuve.Cet oeil artificiel a été préparé de telle sorte qu\u2019il est impossible de le Jiftérencier de l\u2019oeil en bon Là, on greffe sur le visage du patient un nez ou une oxgille en matière plastique qui présente la pigmentation naturelle de la chair et, tout en étant amovible, se confond avec Je reste du visage.Ce travail est à ce point exécuté qu\u2019au Canada les \u201cGueules Cassées\u201d, une fois \u2018\u201crestaurées\u201d, se promènent dans la rue sans attirer l'attention des passants.Miracle quotidien des substances plastiques qui pénètrent chaque jour davantage dans la vie e l\u2019homme moderne et qui fourniront aux historiens de l'avenir l\u2019occasion d'appeler notre siècle \u201cl\u2019Ere des matières plastiques\u201d ! Mais le plus prodigieux des résultats obtenus au \u201cQueen Mary Hospital\u201d de Montréal, c\u2019est encore la main artificielle en résine de Vinyle.Avec ses jointures, ses ongles \u201cnaturels\u201d et ses doi articulés, ce membre artificiel ut être plié par la main valide.1 est relié au bras par une pince métallique et permet à son possesseur de porter un objet quelconque.LES DISQUES par Gilles - Potvin VERDI : Requiem.RCA Victor - Treasury of Immortal Performances.Cet enregistrement est une réimpression de ln gravure célèbre de l'oeuvre de Verdi faite à More avant la guerre.Seuls les noms illustres des quatre solistes et du chef d\u2019orchestre suffiraient presque a garantir la qualité de l\u2019exécution.Toutefois, le \u2018travail d'équipe est ici remarquable à un tel point qu'il serait difficile d'accorder la palme à une personne en particulier.Les quatre solistes sont Maria Caniglia, soprano, Fhe Stignani, contralto, Beniamino Gigli, ténor et Ezlo Pinza, basse.On entend aussi les choeurs et l'orchestre de l'Opéra Royal de Rome sous ln direction de Tullio Serafin.Tous contribuent & donner à l'œuvre de Verdi une exécution.comme le mérite un tel chef-d'oeuvre.Les solistes, il va de soi, sont transcendants, de même que les choeurs et l'orchestre.Tullio Serafin dirige avec amour une partition dont il est probablement l'un des plus grands interprêtes actuels.Son interprétation du Requiem atteint un heureux équilibre entre le caractère strictement religieux de l\u2019oeuvre et aussi son caractère profane et, disons-le, purement spectaculaire.N'oublions que Verdi n\u2019écrivit pas le Requiem pour les offices religieux mais parce que les textes liturgiques lui inspiraient les sentiments qu'il voulait, & son tour.exprimer en musique.Certains reprocheront à ° Verdt la ferveur toute lyrique de certains passages, mals réussiront- ils à prouver qu\u2019ils manquent de sincérité ?Le Requiem est un pur chef-d'oeuvre et une exécution aussi remarquable que celle-ci élimine tous les doutes qui pourraient subsister quant À sa valeur.JACQUES JANSEN : Oeuvres de Debussy.Ravel et Chabrier.Disque London.L'excellent baryton francais, à juste titre le meilleur Pelléas de notre époque, est très bien connu à Montréal où il s'est fait entendre dans plusieurs opérettes \u2018avec la troupe des Variétés Lyriques.Malheureusement, nous n'avons pu jusqu'ici apprécier toute l'étendue de son talent parce qu\u2019il n\u2019a pas encore chanté à Montréal en récital et il est bien peu probable que jamais nous le verrons en Pelléas.Henreusement cette gravure London nous montre que cet artiste peut être classé parmi les grands interprètes de la mélodie française.On peut l'entendre dans Trois Ballades de Francois Villon de Debussy et dans le court cycle Le Promenoir des deux Amants, sur \u201cdes poèmes de Tristan L'Hermite, du même compositeur.11 chante aussi avec humour et un style parfait des oeuvres d'Emmanuel Chabrier comme Les Cigalcs.La Pastorale des Cochons Roscs, Villanelle des Petits Canards et La Ballade des Gros Dindons.Jacqueline Bonneau, dont le jeu remarquable a été goûté sur les enregistrements de Souzay, apporte fci son concours généreux.Jacques Jansen interprète aussi avec grand art les Chansons Madécasses de Maurice Ravel, avec accompagnement de flûte, violoncelle et piano.QUANTZ : Concerto No 17, en Ré majeur.FREDERIC LE GRAND : Concerto No 3, en Do majeur.Disque SPA.Camillo Wanausck, [litiste ct Orch.Philharmonia de Vienne sous la direction dc F.Charles Adler.Disons-le tout de suite : Ce disque est une pièce ds collection.Il contient deux concertos pour flûte, l'un écrit par le maître, Johann Joachim Quantz (1697-1773) et l'autre, par son élève, Frédéric le Grand, roi de Prusse (1712-1786).Ce sont deux oeuvres de valeur qui reflètent admirablement l'atmosphère musicale qui régnait en Allemagne à cette époque.Quantz était un remarquable flatiste «t il était aussi violoniste.Le roi Frédéric fit sa connaissance à Berlin en 172% et on dit que le monarque fut charmé par son jeu à un tet point qu'il décida lui-même d'étudier cet instrument Durant les douze années qui suivirent, Quantz ne put se rendre à Berlin que deux ou trois fois par année.Mais quand Frédéric accéda nu trône, 11 établit immédiatement une chapelle royale, il invita Quantz à diriger la musique à sa cour et établit un théâtre Iyrique avec des chanteurs importés d'Italie.L'enregistrement présent nous fait connaître un remarquable flûtiste et deux oeuvres qui sortent vraiment de l'ordinaire.Voilà un disque que tout amateur éclairé se doit de posséder.WALTER GIESEKING : Concerto No 4, en Sol majeur de Beethoven.L'Orchestre Philharmonia de Londres, sous la direction de Iferdbert von Karajan.Disque Columbia LP.Cet enregistrement nous met en présence de celui qui est très certainement le grand maître contemporain du piano.Une technique impeccable et sans effort lui permet de concentrer toutes ses facultés sur l'interprétation.Du magnifique concerto en sol majeur, il donne une interprétation absolument sensationnelle.11 donne A l'oeuvre un carac- têère tantôt héroïque, tantôt pastoral, parfaitement en accord avec l\u2019idée du compositeur.La gravure est aus- ~ si remarquable que l'interprétation.Une édifion canadienne des oeuvres de Rabelais Le dynamique directeur de la revue \u201cMétropole\u201d, également a l'emploi de la St.Lawrence Construction & Painting Limited, songe à édifier une maison d\u2019édition qui serait consacrée plus particulièrement à la publication des oeuvres des grands classiques français et étrangers.On aura deviné qu'il s\u2019agit de M.Fernand Lacroix.Chacun sait que Fernand Lacroix, s'occupe, depuis plusieurs années, à colliger les textes de Rabelais.L'auteur de \u201cPantagruel\u201d sera donc le premier à être édité par cette nouvelle maison.Afin d\u2019assurer le.succès de son entreprise, M.Lacroix a voulu s\u2019entourer d\u2019un\u2019 comité de lecture.dont feraient partie ses amis de toujours : MM.Willie .Chevalier et Jean Tessier.CURIOSITÉS La densité de la population de l'Ontario est de 11 personnes par mille carré.Le loup gris canadien attaque les animaux de toutes grandeurs, de l\u2019orignal à la souris, et fait également sa proie des poissons et de la charogne.Les guerriers de la Babylone antique oignaient leurs cheveux d'huiles parfumées avant Ja ba- e.C\u2019est un enregistrement que tous les ndmirateurs de Walter Gieseking voudront se procurer.À VOTRE SANTÉ Grand'mère que la vie à lassée Prend souvent .une petite bouchée.Cing repas nourrissants légers Conviennent a son estomac fatigué.Ministère de la Santé nationale et du Bien-être social Sont bien loin de la sagesse.Fermeté doit aller de pair âvec tendresse.Ministère de la Santé nationale et du .Bien-être social | \u2014_ L'AUTORITE, 14 mars 1953 MON JOURNAL - .19 JANVIER \u2014 Je n\u2019avais jamais vu ma campagne- sous la glace.Nous sommes quatre Perrotins d\u2019été à nous rendre à l\u2019île, en une fin d'après-midi grisâtre.Dans quel but, juste ciel?Pour voter aux élections municipales locales ! Les candidats me sont a peu prés tous inconnus; heureusement que, chemin faisant, on prend soin de m\u2019instruire et d\u2019orienter mon choix, libre et intelligent.Je demande peu de chose de ces élus du peuple: qu\u2019ils ne cèdent pas inconsidérément aux exigences d\u2019un progres compris et .qu\u2019ils n\u2019élargissent pas une petite route vicinale, pleine d\u2019ombres et de détours, initiative qui aboutirait au sacrifice de mes grands arbres octogénaires.Comme la cam- Pagne paraît nue et la maison abandonnée ! Que reviennent bien vite les fleurs et les chants d\u2019eiseaux et les rires d\u2019enfants ! .20 JANVIER \u2014 Il y a déjà longtemps qu\u2019existe la Société des Oliviers; je ne col que son nom.Ses membres accordent des bourses aux étudiants.Ce qui m\u2019intéresse vivement; un complément du Prêt d'Honneur.Avant la causerie que je dois prononcer, j'ai grand plaisir a m\u2019entretenir avec le docteur Hurtubise, toujours aussi alerte de pensée et de coeur.Par son frère le sénateur, il connait bien la situation exacte des Franco-Ontariens et se montre intarissable sur ce sujet qui nous tient également à coeur.21 JANVIER \u2014' Les séductions des étalages me laissent généralement indifférent.\u201cJe faiblis plus volontiers chez un distributeur d'automobiles.Aussi, me fais-je un devoir de ne m'y rendre qu\u2019à la toute dernière extrémité.C\u2019est ce qui est arrivé aujourd\u2019hui; et Je compte les heures qui me séparent du moment où je prendrai possession d\u2019une voiture neuve.Comme les enfants (de tous âges) raffolent des trains électriques.22 JANVIER \u2014 On m'envoie \u201cLE COURRIER\u201d, qui se définit lui-même comme un bimensuel d\u2019idées et de rensei- £nements.J'y lis un article intelligent de Rumilly qui se demande si \u201cBourassa professait un nationalisme canadien- français\u201d.Il pose une question intéressante, qu\u2019il laisse avec raison sans réponse, le cadre d\u2019un bref article ne permettant Pas d\u2019y apporter une solution suffisamment nuancée.Les nationalistes canadiens - français ont tour à tour exalté et vitupéré Bourassa, selon qu\u2019il leur semblait se rapprocher ou s\u2019écarter de leurs thèses; ils ont toutefois fait l\u2019unanimité sur sa tombe.Je me demande s\u2019il n'y a pas un grand fondement de vérité dans ces phrases de Rumilly : \u201cLe chef nationaliste subordonne implicitement le patriotisme canadien - français au patriotisme canadien, les devoirs envers la province aux devoirs envers le pays\u2026 Bourassa désirait un équilibre idéal entre les pouvoirs de l'Etat cen- par Roger DUHAMEL tral et ceux des provinces.Maisil semblait bien concéder la primauté à l\u2019Etat central.\u201d Mes convictions personnelles ne sont £uère atteintes par ce que peuvent penser Dupont ou Durand, mais j'ai le sentiment que l\u2019on\u2019 n\u2019a pas fini d\u2019explorer Bourassa, plus complexe que les images d\u2019Epinal que nous en ont données ses zélateurs.23 JANVIER \u2014 Excellent déjeuner avec le docteur R.B., récemment rentré de Paris.Les années n\u2019ont pas refroidi son enthousiasme; sa curiosité d\u2019esprit est toujours en éveil, Il a des remarques acerbes pour les Canadiens mal dégrossis qui se rendent en France et nous font une détestable publicité.Je ne me sens nullement atteint; je n\u2019ai traversé que le fleuve et jamais dans sa plus grande largeur ! 24 JANVIER \u2014 Le docteur D.-A.A.\u2014 décidément, les médecins se suivent et ne se ressemblent pas \u2014 reçoit pour les amis de l'Accueil franco-cana- dien.C\u2019est une initiative heureuse du confrère Jean-Marc Léger, francophile comme pas un, sans être empressé à avaler des couleuvres.Avec des ressources modestes, il a déjà accompli beaucoup.Dans un salon très.accueillant, on peut causer avec des gens très bien : de Jean-Marie Gauvreau à Charles Goulet, que peut-on exiger davantage ?25 JANVIER \u2014 Je me rends rarement aux réunions de 1'Alliance française et le regrette.Jean Lallemand et Jean Houpert s\u2019y dépensent intelligemment.La moyenne des conférenciers est convenable; parfois une grande vedette, le plus souvent des intellectuels de bonne compagnie, rarement un \u2018crétin.Ce soir, il y a concert.Un bon chanteur, même s'il se dit enrhumé, Gérard Souzay; en regardant son teint et le nom de son accompagnateur (Schomate), j'ai vaguement l\u2019impression qu\u2019il est Levantin.Ce qui n\u2019a au reste aucune espèce d'importance.Il passe avec une remarquable aisance de Schubert à Debussy et de Machault à Duparc.Outre la souplesse de la voix, je goûte surtout la fine compréhension de l\u2019interprète.C'est du travail soigné.26 JANVIER \u2014 Paul Gouin réunit quelques journalistes pour annoncer la tenue du prochain Festival.Je fuis généralement ces corvées de presse où tout le monde parle en même temps de toute autre chose que le sujet de l\u2019entrevue, où l\u2019on perd son temps.is, comment refuser une invitation de Paul Gouin! Je n\u2019ai pas à m\u2019en plaindre, puisque le déplacement me vaut une bonne heure de bavardage avec Jean Béraud qui est bien le spectateur de la vie par excellence : sceptique, amusé et narquois.27 JANVIER \u2014 Conduire un enfant à l'hôpital n\u2019est jamais réjouissant.Comme il paraît tit, à trottiner bravement le ong des couloirs anonymes, à croiser des hommes et des femmes en blanc! On ne s'éloigne pas sans une pensée morose qu\u2019il faut masquer d\u2019un sourire engageant.28 JANVIER \u2014 La \u201cTable Ronde\u201d publie un numéro d\u2019hommages à François Mauriac.Sa maison a bien fait les choses.Au lieu des notices prématurément nécrologiques qu\u2019on lit le plus souvent dans ce genre de recueils pieux, nous parcourons des témoignages personnels, des études assez poussées; on a eu aussi l\u2019idée de reproduire quelques écrits de jeunesse du Prix Nobel, perdus dans les revues.Mon sentiment de communion pour le romancier et l\u2019auteur dramatique s\u2019en avive; quant au journaliste, il est lié-à l\u2019actualité et discutable comme elle.Roger DUHAMEL, de l\u2019Académie canadienne- française PAGE TROIS on ge Le fils de l'arrière-pefit-neveu - de Jeanne d'Arc culfive sa ferre sur une ferme de | Alberta.ANS une interview publiée Il par les journaux de la semaine dernière, le général François-Gonzalès de Linarès, commandant des forces terrestres de l'Union française en Indochine, mentionnait que son père avait passé douze années de sa-jeunesse à chasser et dresser les chevaux sauvages dans l'Ouest canadien.Nous sommes heureux de pouvoir préciser ces souvenirs un peu vagues qui remontent à quelque soixante ans.Le père du général, Amédée dé Gonzales, vécut surtout à l'endroit où se trouve aujour- d'hui la belle paroisse de St- Malo, à 40 milles au sud de Winnipeg, La péricde de son séjour au Manitoba évoque la phase la plus pittoresque de Ia colonisation par les Français.On a sans doute oublié que les pre- LA PEINTURE Quand l\u2019art et la vie ont une commune inspiration ES amateurs d'art, entendons ceux qui aiment à voir pour eux-mêmes les oeuvres des artistes, sont bien servis de ce temps-ci, à Montréal.C'est cette.fin de semaine que s\u2019ouvrira le Salon du Printemps au Musée des Beaux-Arts, mais, en attendant, plusieurs intéressantes expositions ont eu lieu, et l\u2019on devrait se faire un point d\u2019honneur de visiter sans tarder la Galerie Dominion.Qui suivra ce conseil ne le regrettera pas; ce sont les oeuvres d\u2019un grand artiste, Bernard Reder, qu\u2019il pourra y voir.Des oeuvres comme on en a peut-être jamais vues à Montréal.Bernard Reder, qui habite New York depuis une dizaine d\u2019années, est d'origine hon- Chronique municipale A note dominante du Palais ï Municipal, cette semaine, JB est évidemment le fameux budget annuel qui atteindra pour le prochain exercice fiscal, commençant à minuit le 13 mars, date fatidique, la jolie somme de $103 millions.Le premier maire de Montréal, Jacques Viger, doit se retourner dans sa tombe.Mais si comme le dit le président adjoint du Comité Exécutif, M.Gordon MacL.Pitts, nous en sommes rendus à l\u2019âge d\u2019or de la métropole, à un point tournant de son histoire matérielle, y a-t-il vraiment lieu d\u2019être pessimiste au point de croire que la ville des purs, Toronto, ne nous dame avant peu le pion?Ce qui commun des mortels, c\u2019est de constater que personne ne songe à dégrever le fardeau des impôts, suivant en cela le noble cxemple donné par notre paternel gouvernement provincial.Il y a bien le conseiller Edward O'Flaherty qui a eu la brillante idée de demander le retrait de l'impôt du \u201ctrente- sous\u201d sur le téléphone, mais ce beau projet est destiné apparemment aux oubliettes, * Cela paraît d\u2019autant plus irréalisable que récemment Son Hon.le maire Houde a fait soriner la cloche d'alarme, en nous avertissant charitablement que les impôts fonciers pren- \u2018draient la voie ascendante, surtout si tous les beaux projets d'expansion, du métro et que sais-je deviennent des \u201créalités concrètes, Personne ne niera évidemment que l'essor de Montréal exige des fonds considérables, Il nous faut être à la page et l'administration a là un problème réel sur les bras.M.Pitts n\u2019a peut-être pas tort en disant que nous sommes rendus à un tournant de notre histoire.Si nous ne savons prévoir, non pas seulement pour cinq, dix, voire même vingt ans, nous rétrograderons au point de devenir la risée des autres centres qui auront été plus progressifs que nous.Pour l'heure, l\u2019un des problèmes dont souffre la mé- intrigue cependant le tropole, au point d'en être devenu un cauchemar, c\u2019est celui de la circulation.Et pour le résoudre, il faudra des fonds.Mais où les prendre, si ce n\u2019est dans les goussets des administrés ?* Il y a toujours le recours à un emprunt, tel que se le propose le Comité Exécutif avec l\u2019approbation du Conseil, mais la dette globale s\u2019en trouvera augmentée derechef, et de même le service des intérêts s\u2019en trou- vera-t-ilfnaturellement accru.Un loustic propose que la cité fasse renaître la fameuse taxe annuelle sur les célibataires qui fut imposée, si notre mémoire ne nous fait pas défaut, au temps de l\u2019ex-maire Médéric Martin.Mais il va plus loin que ne le fit notre Médéric.Par célibataires, il n'engloberait pas seulement les vieux garcons, mais aussi ces dames qui préférent encore un rigoureux célibat, adouci par des émoluments parfois plus élevés que celui de ces messieurs.Celles qui ont coiffé Sainte Catherine (et elles sont nombreuses dans notre ville) n'ont pas toutes eu à souffrir du manque d'attentions de la part de soupirants;.au contraire, elles les ont bien souvent repoussés avec ce mépris propre aux gens en moyens vis-à-vis de pauvres gueux.Elles avaient le sou, les aspirants étaient sans le sou, alors.elles ont jalousement gardé leur liberté et leurs sous.C'est justement cela que notre loustic veut aller soutirer des bas de soic de res dames, ASE EAE = * Pour apporter un soulagement a la congestion de la circulation, la ville installera des compteurs aux endroits stratégiques.Nous doutons fort que ce moyen terme soit efficace, vu l\u2019étroitesse des rues et du fait que les places publiques n\u2019aient pas d'espace à revendre.C'est ce que signalait avec fort d\u2019à-propos le conseiller Alfred Gagliardi.Si le bobo réside dans cette étroitesse de nos artères municipales les plus passantes, il existe un moyen fort radical, mais son application se heurte à un autre problème: celui du coût des expropriations qui est fort onéreux.On en a fait l'essai plutôt timide rue Dorchester, mais les démolitions ne sont pas terminées, Le coin le plus stratégique, situé entre la côte du Beavar Hall et la rue Bleury, est encore suffoqué par la présence d'une masse imposante de pierre de taille qui soutenait la cour de récréation du collège Ste- Marie.C'est là que l\u2019embouteillage s\u2019en donne à coeur-joie.Qu'\u2019attend-on pour démolir ?L'espace rendu disponible servirait au moins de terrain de stationnement, sinon d\u2019artère de circulation.en attendant mieux.* Il a été découvert ces jours derniers que la ville aurait dépensé la somme de $1,250,000 pour des pavages dont elle ne bénéficie méme pas, pour la bonne raison que lesdits pavages sont inexistants.Il y a du mystère là-dedans.Ceci vient se compliquer du fait que les sondages d'experts ont démontré que la couche de certains pavages effectués les \u2018années passées, ne répondaient pas aux spécifications exigées par la ville On s\u2019est défendu du fait que leur épaisseur n\u2019était peut-être pas à la hauteur des exigences, en prétendant que par contre, la résilience du béton en avait été accrue, C'est ce qui s'appelle en langage d'argot, du kif-kif.Serait-ce la raison pour laquelle certains pavages se sont effondrés en certalnes parties de la ville, au cours de ces derniers mois, et qu\u2019il y eut même mort d'homme rue Université, l'été dernier, en raison de cette défi- cienée ?Comme le Comité Exécutif n\u2019a pas en sa possession tous les renseignements voulus, paraît-il, nous nous abstiendrons de tous autres commentaires et considérations pour le moment.-, La ville de Jéricho se trouve 3,500 pieds Roger DUHAMEL Louis LACHANCE, o.p.Guy FREGAULT ON En vente dans tous les kiosques, 10 cents.Abonnement annuel $4."]
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