Le Clairon, 28 janvier 1927, vendredi 28 janvier 1927
[" SAIN , -HYACINTHE, 28 JANVIER 1927 a.\u2019 mr No.4 \u2019 | A : WF he - 7 Co \u2018® JOURNAL HEBDOMADAIRE : BESS a 3 PUBLIE PAR PARAISSANT L Imprimerie Yamaska Tous les VENDREDIS INCORPOREE ' ; 1h NOTRE DEPUTE A LA LEGISLATURE.Le discours qui a été prononcé par notre député à la Législature au cours du débat sur J\u2019adresse en réponse au discours du trône a attiré l'attention de la presse du pays.Tous les grands journaux en ont publié un résumé assez complet et \u2018certains d'entre eux en ont même fait des commentaires qui ne sont pas défavorables.\u2019 Nous extrayons de quelques-uns de ces journaux les appréciations qu\u2019ils en ont faites ct nous les publions sans remarques pour la simple information de nos locteurs.La Presse, avant de publier le résumé assez complet du «liscours du député de Saint- Hyacinthe, écrit : \u201cLe débat sur l'adresse en réponse au d's- \u201ccours du-trône se terminera probablement ce \u201csoir ct même cet après-midi, vu que plusieurs \u201cdéputés de l\u2019opposition sont absent= ct ne \u201cpourront parler.Il s\u2019est poursuivi, hier, \u201csans le moindre incident.sans beaucoup de \u201cdéclarations nouvelles, excepté peut-être \u201cquelques bonnes suggestions faites par le dé- \u201cputé de Saint-Hyacinthe et un nouvel acte \u2018de foi du député de Montréal-Dorion.\u201d La Patrie, clle, n\u2019ayant fait l\u2019appréciation d'aucun des discours qui ont été prononcés en chambre le même jour, fait l'honneur à notre député de publier un très long résumé de ses remarques.Voici ce qu\u2019écrivait Le Devoir dans son numéro du jeudi, 20 janvier : : \u201cM.Bouchard, qui rouvrait le débat, a \u201cprononcé un vrai discours, en ce sens qu\u2019il a \u201cvoulu toucher à beaucoup de questions.Car \u201cpour les trois points d\u2019un discours de bacca- \u201clauréat, il ne s\u2019en est guère préoccupé.Il a \u2018laissé ces soucis «le forme à son collègue de \u201cVerchères, M.Jean-Marie Richard, qui, lui, \u201ccultive avec succès les fleurs de rhétorique.\u201cAprès avoir fait des éloges au gouverne- \u201cment, M.Bouchard lui a servi un plat de \u201csuggestions.Quelle indépendance d\u2019esprit ! \u201cDes députés ministériels, parmi ceux qui ne \u201croupillaient pas évidemment et parmi ceux \u201cqui pouvaient comprendre, ont dû se deman- \u201cder si le député de Saint-Hyacinthe n\u2019était \u201cpas en train de rééditer, mais en sens inver- \u201cse, de droite à gauche, le geste de M.Té- \u201ctreau.Pensez-done, donner des conseils au \u201cgouvernement, c\u2019est.laisser entendre que son \u201coeuvre n'a pas atteint la perfection ! \u201cL'aplatissement servile de la troupe \u201c\u201cministériolle a tellement donné l'habitude des \u201cplats éloges que l'attitude, pourtant toute .\u201cnaturelle, du député de Saint-Hyacinthe, ap- \u201cparaissait comme celle d'un champion de \u201cl\u2019indépendance, presque d'un oppositionniste.\u201cC'est cela, tout à fait cela, rien que de faire, \u201coh ! très poliment, très respectueusement, \u201cdes suggestions au gouvernement, M.Bou- \u201cchard, pour plusieurs qui n\u2019en croyaient \u201cpeut-être pas leurs orcilles, devait prendre \u201cfigure d\u2019oppositionniste.\u201cEn soi, le geste de M.Bouchard n'a rien \u201cque de très ordinaire.Dans un Parlement \u201cqui serait un véritable parlement, où les \u201ctrois quarts des députés ne feraient pas par- \u201ctie d\u2019une société d'administration mutuelle, 1l \u201cpasserait inaperçu.Dans l\u2019enceinte du par- \u201clement de Québec, M.Bouchard finira par \u201cpasser pour un surhomme.Comme il ne \u201cmanque pas d\u2019esprit, il sera le premier à en \u201crire.\u201d Voici la traduction de ce que publiait \u201cle 20 janvier, le journal anglais de Québec, ie Chronicle-Telegraph : \u201cA la reprise des affaires du jour M.\u201cBouchard se leva ct fit un discours caracté- \u201cristique dans lequel se manifestèrent toutes \u201cses qualités variées, l'instinet politique, un \u2018libéralisme pur, la connaissance des affaires, \u201cet une indépendance bouillante.Il commen- \u201coa par faire des compliments à M.Crépeay, \u201cl\u2019orateur qui l'avait précédé ; il exprime sa \u201csurprise de voir qu\u2019un ingénieur de sa com- \u201cpétence qui faisait de lui un des hommes les \u201cmieux qualifiés pour traiter de la question \u201cdu Lac St-Jean avait complètement ignoré \u201cce sujet dans ses remarques.Des digues ont \u201cÉté construites dans plusieurs autres endroits \u201cde la province ; par exemple au Lac Magog, \u201c\u2018près de Sherbrooke et c'es le député de \u201cSherbrooke lui-même qui a évalué les dom- \u201cmages subis par les cultivateurs ; il y a aus- \u201csi une chausséc\u2019qui a été construite aux \u201cchutes Two-Mjles Falls, comme dans le voi- \u201csinage de Sherbrooke, et M.Crépeau ayant \u201cété chargé lui-même des travaux de cons- \u201ctruction a bien.connu ce que c'était que les \u201cexpropriations.\u2019 \u201cM.Bouchurd rappela, une page de l\u2019his- \u201ctoire de Granby où le niveau de l\u2019eau avait \u201cété exhaussé par la Consolidated Rubber ct \u201coù aucune réclamation pour dommages su- \u201cbis n\u2019avait été faïte par les cultivateurs du- \u201crant seize années.Finalement à la suite \u201cd\u2019une compagne d'agitation ils furent pous- \u201csés à poursuivre la compagnie et cette der- \u201cnière, sentant qu\u2019on voulait en abuser, fit \u201cenlever l\u2019exhaussement ct ferma son indus- \u201ctrie.Aujourd'hui les cultivateurs verraient \u201cavec plaisir le rétablissement de cette manu- \u201cfacture méme au risque de voir une partie de \u201cleurs terres inondées.Le député de Sher- \u201cbrooke,\u201d déclara l'orateur\u2019 \u201csait qu'on ne \u201cpeut construire de digues sans élever le ni- \u201cveau des eaux ct.on ne peut élever ce niveau \u201cdes eaux sans courir le risque d\u2019inonder cer- \u201ctaines parties des terres.\u201d \u201cEn outre de ces remarques M.Bou- \u201cchard consacra un temps considérable i ré- \u201cfuter \u2018les arguments de M.Crépeau partieu- \u201clièrement l'accusation que les intérêts des \u201ccultivateurs avaient été négligés dans le dis- \u201ccours du trône ct il soumit à la Chambre \u201cquelques suggestions personnelles.Dans des \u201cformes polies il se déclara sympathique à \u201cl'administration par une Commission de la \u201cloi sur les Accidents du Travail, il préconisa \u201cde nouveau son projet favori de l'abolition \u201cdes Rentes Scigneuriales et il demanda d'ac- \u201ccorder des polls proviseires pour permettre \u201caux employés de chemin de fer d\u2019enregis- \u201ctrer leurs votes aux éloctions provinciales.\u201cEn terminant il (fit une défense vigoureuse \u201cdu Ministère de l\u2019Agriculture contre les at- \u201ctaques faites contre lui par l'opposition ; il \u201cfit l'éloge de M.Caron qu'il considère être \u201cle meilleur ministre d\u2019Agriculture que nous \u201cayons eu depuis la Confédération.\u201d L\u2019APPROVISIONNEMENT D'EAU A LAPROVIDENCE Le correspondant.du Courrier qui signe J.E.Pensé continue à écrire dans ce journal en Tribune Libre au sujet de la décision prise par le comité 'd\u2019Aquedue de notre ville de ne plus vendre notre cau en-dessous du prix coûtant.Nous n'avons pas l\u2019intention d\u2019entreprendre une polémique avec ce monsieur à ce sujet car nous tte croyons pas qu\u2019elle soit.nécessaire ni même d\u2019intérêt public.Nous ne voulons pas cependant.laisser certaines de ses affirmations erronées et.da ses arguments fallacicux sans réponse.Ce monsieur prétend que si le conseil municipal a accepté le prix de 10 cents le mille gallons du Canadien National c'est.parce que la compagnie aurait pu prendre son eau À la rivière.Ceci est faux car la charte de la Cité contient une clause forçant toutes les personnes, compagnies ct corporations à payer les charges d'eau même si elles nen prennent pas.La compagnie a voulu menacer la ville.Elle a même fait étendre dos conduites en fonte le long de la voie ferrée mais, le maire ayant donné instruction de prendre un bref \u2018d\u2019injonction contre elle dès qu\u2019elle placerait une conduite au-dessus ou au-dessous de la rue Girouard, la compagnie voyant que le conseil ne s\u2019en laisserait pas imposer a donné ordre de ne pas entreprendre les travaux de canalisation et les conduites ont été enlevées quelques semaines après.Encore unc fois si ce taux de 10 cts a été établi c'est sur un ordre de la Commission des Chemins de Fer qu'il l\u2019a été et contre le gré du conseil municipal.Le correspondant.soutient que les dépenses générales ne devraient être payées que par les citoyens de St-Hyacinthe.Son raisonnement est singulier.Il prétend que les consommateurs de Laprovidence ne devraient.pas participer à leur paiement parce qu\u2019elles seraient les mêmes s'ils ne prenaient pas l\u2019eau de notre aquedur.Ce monsieur oublie évidem- ment que la capacité des pompes et, par von- séquent, la grosseur ct lé prix des appareils dépendent du débit total de notre aqueduc.Les charges d\u2019intérêt, d\u2019amortissement du capital investi qui sont assez lourdes et qui sont des changes générales doivent être réparties proportionnellement à l'utilité que chaque consommateur ou groupement de consommateurs en retire.Et pourquoi les citoyens de St-Hyacin- the seraient-ils seuls à supporter ces charges d'administration générale.Si l\u2019aqueduc appartenait à unc corporation privée J.E.Pensé pense-t-il que sa municipalité serait exemptée de payer sa quote-part de ces frais généraux ?Les citoyens de la ville qui remplacent les actionnaires de la compagnie privée n\u2019ont-ils pas droit de demander de répartir de la même manière ces \u2018dépenses d\u2019administration ?Le «correspondant écrit que l\u2019eau, en tenant compte des intérêts et des amortissements que la municipalité a à payer sur le coût de son aquedue, coûte aussi cher à la municipalité voisine qu\u2019à la compagnie du chemin de fer pour la partie qui est utilisée à Ste-Rosalie.C\u2019est évident mais il oublie de tenir en ligne de compte que les dépenses de construction faites par la compagnie de chemin de fer l'ont été pour l\u2019utilité et à la demande de In ville comme nous l\u2019avons expliqué dans un «de nos récents numéros dans le but de libérer nos traverses à niveau du grand nombre de trains qui les encombraient anciennement quand ils prenaient de l\u2019eau.I] oublie aussi de dire que c\u2019est contre le gré du conseil municipal que ce taux de 10 cents seulement est chargé à la compagnie.Ce monsicur prétend qu\u2019il est juste de faire payer le même taux d\u2019eau à l'ouvrier qui occupe un logement de huit dollars par mois qu\u2019au manufacturier qui en occupe un dont le loyer est de trente dollars par mois.Nous ne pouvons pas partager cette opinion.L'eau n\u2019est pas un service dont la seule utilité est d'alimentation domestique.Elle protège contre les incendies et le service qui en est fait influe sur les taux d\u2019assurances.L'ouvrier qui occupe un logement de huit dollars par mois a généralement un mobilier de quelques \u2018cents dollars de valeur ; l\u2019homme riche qui occupe un logement de trente dollars par mois en a un de plusieurs milliers de piastres et si les taux d'assurances sont réduits grace au bas service d\u2019aqueduc il en profite plus que le simple ouvrier, pourquoi ne paie- rait-il pas un peu plus que l\u2019ouvrier puisqu\u2019il retire plus que lui sous ce rapport du système d\u2019aqueduc ?Nous émettons notre opinion laissant le conseil de Laprovidence libre de faire ce qu'il entendra.; J.E.Pensé nous fait dire des choses que nous n'avons jamais écrites.H écrit : \u201cSi je comprends bien mon français cela veut dire que les ouvriers ne paient pas plus cher qu\u2019en ville pour leur service d\u2019eau.\u201d Nous avions écrit que les taxes étaient en fait plus basses à Laprovidence pour \u2018les logements dispendicux.Le correspondant a une singulière façon de comprendre le français pour inférer de l\u2019article que nous avons écrit que les ouvriers ne payaient pas plus cher pour leur cau à Laprovidence qu\u2019à St- Hyacinthe.La vérité (\u2018est que les ouvriers occupant des logements de $10.00 en descendant paient leur eau plus cher à Laprovidence qu'à St- Hyacinthe.Le correspondant écrit que ln ville n\u2019a pas bien traité Laprovidence en lui demandant de contribuer pour 25% dans le coût de construction ct d'entretien des ponts.Lorsque cette proportion a été établie on s'est servi des statistiques de la source des revenus des ponts ; si le correspondant veut y référer il constatera que Laprovidence a été traitée non seulement avec justice mais même avec faveur par la ville qui s\u2019est chargée de 50% dc ces dépenses alors qu\u2019elle ne payait pas 15% des sommes perçues par les propriétaires des ponts.Que ce monsieur se place une journée sur le Pont Barsalou et qu'il prenne note de ceux qui l'utilisent, puis ; qu\u2019il fasse la proportion entre les gens de la ville et les gens de Laprovidence ; il constatera que la ville en se chargant de la moitié du cofit de la construction et de l'entretien du Pont Barsalou a faii de beaucoup plus que sa part.(Suite en page 8) \u2014\u2014\u2014 La Colonne Gaie LE MEILLEUR HOMME DU CANADA.Parmi les personnages lypiques qui frappèrent mon imagination dans les premières années de ma vie Calixte Bourdalais est un de ceux dont le souvenir est resté le plus vivace chez moi.Il me semble l\u2019entendre encore chanter son refrain favori : Les tailleurs de pierre Sont pas des gens fiers, Les grands comm\u2019 les p'tits Boiv\u2019 tous du whisky.Parmi ces gens qui n\u2019étaient pas fiers Calixte Bourdalais se rangeait dans la catégorie des grands.Il avait bien au-delà de six pieds de hauteur et comme il n\u2019avail de chair tout simplement que ce qu'il en fallait pour recouvrir sa forte ossature il paraissait avoir ia taille allongée de ces arbres presque dénudés de rameaux qui, de même que lui, avaient grandi dans le sol rocheux des côteaux de Saint-Dominique.Et comme les petits il buvait du whisky.C\u2019est son habitude de boire du petit blanc qui me mit en relations très jeune avec lui.Je fis sa connaissance dans l\u2019estaminet tenu par mon père où j'étais garçon de comptoir aux heures de liberté que me laissaient mes études.Il s'était lié d\u2019amitié avec moi parce que, lorsqu'il chantait, il aimait à se faire accompagner au piano et c\u2019est toujours bien volontiers que je consentais à ornementer de bruits musicaux sa voix encore plus fausse que mes accords n'étaient discordants.Calixte était un rude travailleur gagnant de forts gages ; comme il était généreux et payait la tournée Plus souvent qu\u2019à son tour il comptait un bon nombre d\u2019amis, surtout aux fins de semaine.L\u2019auberge de mon père était leur rendez-vous favori et, lorsqu'ils étaient tant soit peu éméchés, il fallait les entendre chanter ou plutôt crier en choeur le refrain de Calixte Bourdalais ! J'avais beau frapper de toute la vigueur de mes doigts souples les notes d'ivoire et d\u2019ébéne la voix grèle du piano était étouffée sous les clameurs qui sortaient des gosiers éraillés exhalant le plaisir de ces gais lurons.J'étais dans le temps l\u2019idole de ces braves ouvriers et je dois dire que, s'ils aimuient un peu trop faire la fête, ils avaient à coup sûr le coeur au bon endroit.Ils auraient fait n\u2019importe quoi pour aider \u201cTi-Charles (c\u2019est ainsi qu'ils m\u2019appelaient à cette époque) qui allait au collège.\u201d Ils me restèrent toujours fidèles.De ceux-là qui furent certainement, à tort ou à raison, mes plus grands et plus sincères admirateurs, il en reste bien peu.Ceux qui restent sont encore mes amis et quant à ceux qui ne sont plus, dans les moments les Plus sombres de ma carrière, j'ai toujours pu compter sur eux comme sur moi-même.Calixte Bourdalais fut wn de ceux-là.Comme l\u2019indiquait le refrain qu\u2019il aimait à chanter, 1 était un tailleur de pierre.Il avait passé la majeure partic de sa vie dans les carrières de Saint-Dominique puis il était venu s'établir à Saint- Hyacinthe où À pratiquait le métier de maçon.Je le revois encore avec sa nau- te stature, sa tête fine, ses favoris courts et en broussailles, ses yeux petits mais pleins des lueurs de l'intelligence.Lorsque mon père eut abandonné son état d\u2019aubergiste je le perdis de vue pendant quelques années.Je le retrouvai lorsque je commençai à faire de la politique au profit des autres.A chaque élection c\u2019était moi qui avait charge d\u2019aller décider Calixte à se rendre au poll.Calixte avait la conscience sévère.Jamais il n'aurait vendu son vote mais, st jamais il ne se serait décidé à voter contre son parti, it avait certains accommodements qui lui permettaient d'avoir la conscience tranquille tout en pouvant bénéficier du fait qu\u2019il était inscrit sur la liste des électeurs.IL pensionnait, sur ses derniers jours, chez une de ses bonnes amies qui avait la conscience plus élastique que lui et jamais Calixte ne se décidait à partir pour aller enregistrer son vote avant que cette bonne amie \u201cne lui cut fait sine\u2019.Et cette bonne amie ne lui faisait signe que lorsqu'elle avait été mise en possession d\u2019un billet vert portant le signe de piastre.Aussitôt qu\u2019elle avait fait signe Calixte se rendait au poll pour remplir son devoir de citoyen.I .a 4 ne craignait pas d\u2019être assermenté car il pouvait jurer qu\u2019il n\u2019avait rien reçu pour donner son vote.La dernière fois que je le vis ce fut dans une circonstance particulière.J\u2019étais sur la Place du Marché et j'aperçus, sur la rue Cascades, à deux carrés de distance, un grand homme qui marchait, à pas assez rapides, au milieu du chemin en brandissant deux longs bras.C\u2019 2 tait le soir.Sous la lumière des lampes électriques je le vis indistinctement et je l\u2019entendis crier à plusieurs reprises ces mots devenant de plus en plus distincts au fur et à mesure qu\u2019il approchait de mot : \u201cJ'sus le meilleur homme du Canada.\u201d Je reconnus Calixte Bourdalais à qui l'excès de vin avait évidemment inspiré une force plus qu\u2019ordinaire.Je m'arrêtai et me mis à sourire en regardant cet homme au tempérament = habituellement si doux paraissant défier tous les passants dont plusieurs, voyant ce géant agiter ses longs bras en gestes de menace, hâtaient leur marche en longeant les bâtisses pour qu\u2019il ne les vît point.Et Calixte continuait toujours à avancer en criant d\u2019une voix de stentor : \u201cJ'sus le meilleur homme du Canada.\u201d Il était à peine à cent pas de l'auberge du coin lorsqu'un homme bien bâli et qui, lui aussi, avait pris quelques verres de trop, en sortit.Son attitude me fit bientôt comprendre que celui-là, à n\u2019avait pas le vin gai.Il samena au milieu du chemin.Il avait évidemment entendu Calixte crier.à me parut vouloir s\u2019assurer s\u2019il avait bien compris car il prêta l\u2019oreille attentivement.Calixte hurlait encore : \u201cJ\u2019sus le meilleur homme du Canada.\u201d Le nouveau venu partit à sa rencontre.Calixte ne parut pas le voir venir et continua à lancer à gauche et à droite son refrain.Lorsque le second pochard fut à deux pas de Calixte ce dernier l\u2019aperçut et resta tout interloqué.: Regardant Calixte fixement dans les yeux àl lui dit de toute la vigueur de ses poumons, en levant les poings : \u201cAh ! t'es le meilleur homme du Canada, toé !\u201d Calixte parut se ressaisir et, imperturbable, il lui répondit : \u201cDans mon méquier.\u201d \u2026 (Suite à la page 8).J Cod dl Wo Sa Ar rp nes i | (UVELLE HEBDOMADAIRE i Fr 2 # dans nos foyers, UN LEGIONNAIRE DANS L'EMBARRAS.M.Baptiste remonta la rue de Miromesnil, si préoccupé qu\u2019il répondit à peine au bonjour familier de l'écrivain public taillant sa plume dans son échoppe et omit lui- même de saluer les petites blanchisseuses que la vue de son élégante livrée, et surtout la façon dont il la portait, attiraient toujours sur le seuil, C'était la distraction grave de la part du valet de chambre de M.de Narbonne, aussi raffiné sur le savoir-vivre que =on noble maître, dont la politesse méticuleuse ne ie cédait en rien à celle de M.de Cois- {in, l'homme le plus poli de France et de Navarre, M.Baptiste franchit la lourde porte de l\u2018hôtel modeste habité par l'ancien ministre de Louis XVI, qui n'était pas encore aide-de-camp de Napoléon depuis son retour d\u2019émigration, passa devant les jeunes laquais flânant dans l'antichambre sans les honorer d\u2019un mot bienveillant ou d\u2019une réprimande ami- vale, ainsi qu\u2019il avait accoutumé, et monta rapidement à sa chambre, sous les combles, dont il tira le ver-: rou avec soin.Alors, fouillant dans ce de mollusque au milieu de l\u2019of- fervescence générale, sans s\u2019inquiéter des fureurs populaires qui, désarmées peut-être par sa tranqui- lité, épargnaient sa modeste personne.Autour de lui, dans la rue, sur la place, en prison, à l'arinée, devant l\u2019échafaud, devant l'ennemi, on vivait et mourait emporté dans un tourbillon de fiévreuse surexcitation, où toutes les sensations, aiguisées par le péril, atteignaient leur sommum d'intensité.À l\u2019Abbaye, à la Force, les prisonniers riaient, batifolaient, narguaient la Camarde jusque sous le couteau ! A la Convention, à la Commune, des manifestants hurlaient.vociféraient \u2014 sans savoir pourquoi \u2014 ce qui ne nuisait en rien à l'ardeur de leur enthousiasme ! À ja frontière, des volontaires sans souliers, sans pain, mais le fusil sur d\u2019épaule ct la Marseillaise aux lèvres, s'en allaient à la conquête du monde.De tout cela.Baptiste n'avait vure ! Méthodique, correct et pro- \u2018pre, il vaquait paisiblement à ses petites affaires, sans paraître se soucier autrement de Robespierre et consorts, et cette sérénité rare en cette époque agitée, avait fini par passer en proverbe : Tranquil- su poche, il en sortit un écrin qu\u2019il ouvrit avec une sorte de respect religieux : une eroix d'honneur É-; tincelait sur le velours.Il la vontempla un instant sans oser y, toucher.puis, d\u2019une main un peu tremblante.il l\u2019épingla au re-| vers de son habit à la française.èt jeta un regard timide au miroir! Mais non ! une livrée n\u2019est pas un uniforme ! Et, très rouge.il ôta bien vite le giorieux insigne, bien gagné cependant.et que, plus heureux son ancien camarade Coignet promenait.à cette heure.à travers les rues der \u2018u capitale.par ce beau soleil de juillet 1805, dont Napoléon =em- blait avoir emprunté les rayons pour étoiler la poitrine de =es braves.Et, triste.le nouveau légionnaire demeura songeur devant cet objet d'envie qui emplissait d\u2019une lueur étrange ses prunelles où pas- salent des reflets de batailles : les plaines de la Lombardie, les sables brûlants du désert, le pont d'Arcole.l\u2019assaut de Saint-Jean-d\u2019Acreet l'image d\u2019un petit soldat a air aussi crâne que M.Baptiste avait l'air paisible.qui s'appelait alors le volontaire Flippot.Quelque douze ans auparavant, le comte de Narbonne (que les mauvaises langues appelaient malicieusement le comte Louis, vu son indiscrète ressemblance avec le feu roi Louis XV), voyant la tournure que prenait cette Révolution, dont il avait salué l'aurore avee la noblesse libérale «l\u2019alors.se décida à aller rejoindre, à Rome.Mesdames, tantes du roi, dont sa mère était dame d'honneur : résolution d'autant plus sage que.au lendemain
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