Le droit, 4 avril 2005, Supplément 1
[" ¦___________________________________________; i *35 -y; \\ vtfïwrî^\u2019 ._',*\ti » ÿsgu* :.r ¦ ?V V* wEr « t- * \\ * * ¦ -¦ * **¦ ŸMïy wtO EDITION SPECIALE - - , cyberpresse.ca ask; \u2022.\u2019 vt fe3 & L-S&y®! Votre inonde, votre quotidien Une visite Un Un itinéraire inoubliable\tun pape\trapprochement hors du commun dans la région politique avec les juifs PAGE 3 PAGES 6 ET 7 PAGE 8 PAGE 10 LE DROIT, OTTAWA-GATINEAU, ÉDITION SPÉCIALE Archives «Le vrai calvaire pour Jean-Paul II ne sont pas ses maux physiques, écrivait à la mi-avril levaticanistedu magazine romain L'Espresse, Sandro Magister.Son calvaire, c'est la chute de ses grands espoirs: la paix avec les juifs, le sexe et le corps bien vécus, l'Europe chrétienne, et le rapprochement entre Rome et l'Orient.» uj\tï ï 1920-2005 i ai 7 d lit ï WM ¦* 'i - wm SiLP*: \t \t Le pape rassembleur Archives KémI Karol Wojtyla était convaincu bien avant d'être élu pape que catholiques, orthodoxes et protestants devaient faire la paix.Un étrange ballet diplomatique a eu lieu au début de 2002, entre Rome et Moscou.Après des années de rapprochement, le ton s'est subitement durci entre le Vatican et l'Église orthodoxe russe.Mathieu Perreault La Presse En février, le patriarche orthodoxe de Moscou, Alexis II, annulait à la dernière minute la visite du cardinal Walter Kasper, l'influent président de Conseil pontifical pour la promotion de l\u2019unité des chrétiens.Fin mars, tout juste avant Pâques, le cardinal Kasper affirmait dans une revue jésuite que le patriarcat moscovite flirtait avec l\u2019«hérésie» et se trouvait dans un « cul-de-sac ».En avril, l\u2019évêque catholique de Sibérie était expulsé de Russie.« Le vrai calvaire pour Jean-Paul II ne sont pas ses maux physiques, écrivait à la mi-avril le vaticaniste du magazine romain L\u2019Espresse, Sandro Magister.Son calvaire, c\u2019est la chute de ses grands espoirs : la paix avec les juifs, le sexe et le corps bien vécus, l\u2019Europe chrétienne, et le rapprochement entre Rome et l\u2019Orient.» Ce dernier élément du calvaire de Jean-Paul II, le froid avec les orthodoxes, n\u2019est pas le moindre.Karol Wojtyla était convaincu bien avant d\u2019être élu pape que catholiques, orthodoxes et protestants devaient faire la paix.«La conviction oecuménique de Jean-Paul II provient d\u2019un profond respect pour la dignité de la personne, explique George Wei- gel, le biographe le plus officiel du pape.Pour lui, le sanctuaire de la conscience, où la femme et l\u2019homme rencontrent Dieu, est un espace sacré.» Au début de son pontificat, les négociations avec les protestants ont progressé, mais la décision de l\u2019Église anglicane d\u2019autoriser l\u2019ordination des femmes l\u2019éloigne de Rome.En 1998, une entente entre les Églises catholiques et luthérienne résout à peu près complètement le différend qui a mené à la Réforme au xvie siècle.Les négociations avec les orthodoxes, dont la liturgie est plus proche, trébuchent sur la question des catholiques russes, que l\u2019Église orthodoxe considère comme une menace de prosélytisme.De façon générale, la prétention du pape d\u2019avoir une autorité suprême en tant qu\u2019évêque de Rome est difficile à accepter.En 1995, dans l\u2019encyclique Ut Unum Sint, Jean-Paul II demandait aux théologiens chrétiens de réfléchir à d\u2019autres manières de définir la primauté de Rome, pour tenter de dénouer le noeud gordien.Plusieurs observateurs croient que l\u2019oecuménisme provoque des tensions au Vatican, qui minent l\u2019action de Jean-Paul II, « Il est entouré de ministres qui font parfois des faux pas », note le dominicain Lapierre.«Par exemple, le document Dominus Iesus, publié par la Congrégation pour la doctrine de la foi en 2000, est insultant pour les catholiques engagés dans le dialogue interreligieux.Dominus Iesus rappelle aux catholiques le symbole des apôtres, comme si le contact avec d\u2019autres Églises allait nous contaminer.» Prosélytisme Pour compliquer le tout, la distinction entre évangélisation et prosélytisme est ténue.Dans son article de la revue Civiltà cattoli-ca, le cardinal Kasper affirmait que l\u2019Église catholique avait le droit de convertir les Russes non croyants, mais pas les orthodoxes.Fin avril 2002, le pape mettait en garde les évêques du Nigeria contre la tentation de baisser la garde devant l\u2019islam: «Une compréhension erronée ou incomplète de l\u2019inculturation ou de l\u2019oecuménisme ne doit toutefois pas compromettre le devoir d\u2019évangéliser, qui est un élément essentiel de l\u2019identité catholique.L\u2019Église, tout en faisant preuve d\u2019un grand respect et d\u2019estime pour les religions non chrétiennes professées par de nombreux Africains, ne peut que ressentir l\u2019urgence d\u2019apporter la Bonne Nouvelle à des millions de personnes qui n\u2019ont pas encore reçu le message salvifique du Christ.» Malgré ces mises en garde, le pape n\u2019est pas tiède face au dialogue avec les autres religions.Dès 1986, Jean-Paul II réunit à Assise, pour une grande prière pour la paix, une foule de représentants de diverses religions et croyances : le dalaï-lama, l\u2019archevêque anglican de Canterbury, le grand rabbin de Rome, des chefs africains en boubou, des musulmans et même un chef amérindien.Les réunions d\u2019Assise indignent plusieurs catholiques.«Je suis profondément troublé par l\u2019atti- tude du pape actuel à l\u2019égard des religions non chrétiennes», écrivait au printemps 2002 un prêtre américain à l\u2019influente revue Inside the Vatican.Les réunions d\u2019Assise renforcent l\u2019impression que l\u2019Église catholique romaine endosse ce que le pape Pie XI dénonçait, «l\u2019idée que toutes les religions sont plus ou moins bonnes et louables».Comment cela aidera-t-il les non chrétiens invités à Assise, et leurs millions de fidèles, à croire que Jésus-Christ est le seul sauveur?«La question juive a beaucoup intéressé Jean-Paul II.Karol Wojtyla a grandi à une trentaine de kilomètres d\u2019Auschwitz, dans une société mar- quée par l\u2019antisémitisme.Cette expérience a amené Jean-Paul II à demander pardon, au début du Jubilé de l\u2019an 2000, pour le \u201ccomportement de ceux qui ont fait souffrir\u201d les fils d\u2019Abraham.» Cette main tendue n\u2019a pas fait l\u2019affaire des chrétiens orientaux, selon un jésuite italien de l\u2019Institut pontifical biblique de Jérusalem, Rossi de Gaperis.Dans une revue de l\u2019Institut pontifical des missions étrangères, le père de Gasperis affirmait en février 2002 que «les évêques catholiques du Moyen-Orient se scandalisent de voir l\u2019enthousiasme avec lequel les catholiques d\u2019Occident redécouvrent les racines juives de leur foi». isS) L ï 1 1920-2005 Un itinéraire hors du commun jusqu'à Rome dai ! Le 16 octobre 1978, Karol Wojtyla devient Jean-Paul II, le premier pontife non italien.Karol Josef Wojtyla naît le 18 mai 1920 à Wadowice.Mathieu Perreault La Presse Sa mère, Emilia Kaczorowska, née en 1884, provient de la bourgeoisie paysanne de cette ville située à 50 km de Cracovie.Son grand-père maternel réparait des chars et des attelages.Son père, Karol Wojtyla, né en 1879, était issu d\u2019une famille de tailleurs de Lipnik, un village voisin de Wadowice.Après avoir poursuivi quelques années la profession familiale, Karol père entre dans l\u2019armée autrichienne, où il sert dans l\u2019administration.Depuis leur mariage en 1906, les parents Wojtyla ont eu un fils, Edmund, né en 1906, et Olga, morte en bas âge en 1914.Tous les enfants sont baptisés par le chapelain militaire de leur père.La mère de Karol Wojtyla meurt en 1929, après plusieurs années de maladie, des inflammations cardiaques et rénales.Son mari doit même prendre une retraite prématurée en 1927 pour prendre soin d\u2019elle.En 1932, Edmund, qui est devenu médecin, meurt à son tour après avoir contracté la scarlatine à l\u2019hôpital où il travaille.Sa mort touche Karol davantage que celle de sa mère, selon un documentaire du réseau américain PBS, The Millenium Pope.Karol père et fils deviennent très proches, partageant une vie d\u2019études (celles du fils) et de prières.Parfois, quand le garçon s\u2019éveille dans la nuit, il trouve son père à genoux, en train de prier.Ils vont à l\u2019église matin et soir.Karol fils excelle à l\u2019école.Il a même du temps pour des activités parascolaires: le théâtre \u2014 il récite et écrit des pièces \u2014 les randonnées à pied et à ski dans les montagnes, et la Société de Marie, un groupe religieux.Il se passionne pour des poètes polonais du xixe siècle, Slowacki et Mickiewicz, qui flirtent souvent avec le messianisme, le patriotisme et le thème de la liberté opprimée.Quand il invite des amis à la maison, son père leur raconte souvent les grandes batailles de l\u2019histoire polonaise.En 1938, il s\u2019inscrit à la faculté de philosophie de l\u2019Université Jagellon à Cracovie.Le foyer familial déménage dans l\u2019ancienne capitale.Il poursuit ses passions, intégrant un groupe de théâtre expérimental, Studio 38, et joignant la section eucharistique de l\u2019association étudiante.Durant l\u2019occupation allemande, il poursuivra ses activités théâtrales de manière clandestine.Il se lie avec un homme de théâtre important, Mieczyslaw Kotlarc-zyk, fondateur du théâtre Rhap-sodique, ou «de la parole».L\u2019approche de Kotlarczyk se caractérise notamment par une mise en scène dépouillée, en accord avec les valeurs spirituelles de Karol fils.Sa ferveur croît parallèlement.En 1940, il rencontre Jan Tyranowski, un tailleur d\u2019une profonde spiritualité, qui l\u2019introduit aux écrits de saint Jean de la Croix et de sainte Thérèse d\u2019Avila, deux mystiques.Tyranowski a été formé chez les carmélites, un ordre que Karol Wojtyla tentera plus tard d\u2019intégrer.À l\u2019automne 1940, il risque le travail forcé.Des amis lui trouvent un poste de coupeur de pierre dans une carrière de Cracovie, ce qui lui donne à la fois des moyens de subsistance et une raison à opposer à la déportation.En 1942, il trouve du travail moins épuisant dans une usine de produits chimiques.Deux mois plus tard, son père meurt, après plusieurs mois de lente agonie.Son fils n\u2019est pas à son chevet ce soir-là.Il s\u2019en veut énormément.Selon le documentaire The Millenium Pope, la décision d\u2019entrer au séminaire est liée à la mort de Karol père, qui était très religieux.Dans les premiers mois, il va sur la tombe de son père tous les jours.Karol Wojtyla entre au séminaire en 1942, tout en restant inscrit à l\u2019Université Jagellon.Il change cependant de faculté, s\u2019inscrivant en théologie.Ses études sont interrompues à l\u2019hiver 1944 par un accident: un camion le frappe et le laisse inconscient dans la rue.Une patrouille allemande le ramasse et l\u2019emmène à l\u2019hôpital.À l\u2019automne 1944, il doit passer à la clandestinité, comme les autres séminaristes.La répression nazie contre la culture polonaise s\u2019est intensifiée et les prêtres ne sont plus à l\u2019abri.L'ordination Il est ordonné prêtre à l\u2019automne 1946, et part immédiatement pour Rome, afin de compléter ses études à l\u2019Université dominicaine Angelicum.Il étudie saint Jean de la Croix.À l\u2019été 1947, il voyage avec un prêtre compatriote en France, en Belgique et en Hollande.Il prêche quelques semaines à des émigrés polonais dans la région de Charleroi.À l\u2019été 1948, Karol Wojtyla retourne en Pologne, tout d\u2019abord en tant qu\u2019assistant-pasteur dans le village de Niegowic, près de Gdow, une ville située à 30 km de Cracovie.En 1949, il revient à Cracovie, où il est chapelain pour les étudiants de Jagellon et des employés des hôpitaux voisins.Il devient, en 1953, professeur d\u2019éthique sociale à l\u2019Université Jagellon, puis à celle de Lublin, une ville voisine.En 1958, il est nommé évêque auxiliaire de Cracovie.Il intensifie son activité d\u2019essayiste, publiant l\u2019un des premiers livres d\u2019éducation amoureuse catholique, Amour et Responsabilité, en 1960.Il publie aussi des écrits sur le théâtre et des poèmes, sous le pseudonyme d\u2019Andrzej Jawien.Vatican II Entre 1962 et 1965, il participe à Vatican II, où il siège sur le comité de rédaction de Gaudium et spes, le document décrivant la place de l\u2019Église dans le monde contemporain.Mgr Wojtyla se distingue pour son appui inconditionnel envers la liberté de conscience, et son corollaire la liberté religieuse.Son influence grandit avec ses séjours romains : il est nommé archevêque de Cracovie en 1964.Il fait deux pèlerinages en Terre sainte.Fin 1965, il participe à la rédaction de la lettre de réconciliation envoyée par les évêques polonais à leurs homologues allemands, où figure une phrase qu\u2019il reprendra souvent: «Nous pardonnons et demandons pardon.» Quelques années plus tard, alors que les autorités communistes conduisent une campagne antisémite, il établit des relations avec la communauté juive; son engagement envers la réconciliation le mènera en 1986 à visiter la synagogue de Rome, une première pour un pape, et en 2000 à demander pardon pour l\u2019antisémitisme catholique lors d\u2019un voyage à Jérusalem.Cette main tendue renvoie à son enfance \u2014 Wadowice avait 8000 catholiques et 2000 juifs.En 1966, il est nommé président de la Commission épiscopale pour l\u2019apostolat des laïcs, un organisme du Vatican créé dans la foulée de Vatican IL Puis, en 1967, Paul VI le nomme cardinal.L\u2019un de ses premiers gestes est de s\u2019abstenir de participer à la première assemblée générale du Synode des évêques, un organisme créé pour augmenter la «collégialité », c\u2019est-à-dire la décentralisation, de l\u2019Église catholique : le primat de Pologne s\u2019est vu refuser un visa de sortie par les autorités polonaises, et Karol Wojtyla veut montrer qu\u2019il est solidaire.Durant les années soixante-dix, il multiplie les voyages à l\u2019étranger, notamment au Canada à l\u2019été 1976.Il participe à de nombreuses conférences de philosophie, donnant des conférences telles que Théorie et praxis : un thème humain et chrétien, ou Participation ou aliénation.Ses activités administratives le mènent souvent au Vatican.Il est reçu de nombreuses fois par Paul VI, donnant notamment les exercices spirituels en 1976, une consécration importante dans la carrière d\u2019un ecclésiastique et d\u2019un théologien.Il croise le fer avec les autorités communistes, imposant la construction d\u2019une église à Nova Huta, une ville nouvelle qui devait plutôt chanter la gloire des travailleurs athées.En août 1978, il participe à l\u2019élection de Jean-Paul Ier.Deux mois plus tard, ce dernier meurt subitement.Le 16 octobre, Karol Wojtyla est élu pape, profitant de la division des cardinaux italiens en deux camps.Les cardinaux allemands, qu\u2019il vient de visiter fin septembre, proposent sa candidature, qui permet de sortir de l\u2019impasse.C\u2019est le premier pape non italien en 450 ans.Dès le premier jour, Jean-Paul II brise les traditions, apparaissant debout plutôt qu\u2019assis pour saluer la foule.«Jésus-Christ soit loué », déclare-t-il en italien.Jean-Paul II est aussi un pape voyageur.L\u2019une de ses premières destinations est le Mexique, où il doit affronter des autorités anticléricales et un jeune clergé marxisant, qui se réclame de la théologie de la libération.Puis la Pologne, où des millions de personnes défient les autorités polonaises pour aller l\u2019entendre.Il reviendra deux autres fois en Pologne avant la fin du communisme.Ces visites et l\u2019engagement du pape pour la liberté de conscience, vu comme un défi au bloc de l\u2019Est, susciteront bien des théories de complot soviétique quand il est victime d\u2019un attentat, sur la place Saint-Pierre en 1981.Les deux balles qu\u2019il reçoit le placent durant des semaines entre la vie et la mort.Il en portera des séquelles pour le reste de sa vie.Son pontificat n\u2019est pas que médiatique et moderne.Au fil des années 1990, Jean-Paul II dénonce de plus en plus souvent la «culture de la mort» qui menace selon lui le monde.Aux premiers rangs des coupables : la peine de mort aux États-Unis, mais surtout l\u2019avortement.En 1993, il rappelle aux femmes bosniaques violées par les soldats serbes et croates, et qui sont res-tées enceintes, que l\u2019enfant qu\u2019elles portent n\u2019est pas responsable de cette violence.Le tollé est grand en Occident, et pas seulement parmi les féministes.En 2000, Jean-Paul II tient un Jubilé.Des milliers de croyants visitent Rome.Malgré la baisse de la fréquentation des églises en Occident, Jean-Paul II a réussi à maintenir une aura de puissance à l\u2019Église catholique.ARCHIVES ' -, '\u2019\u2022Té' ; f, KW.En 1998, Jean-Paul deux a passé cinq jours à Cuba où il a célébré une grande messe devant des milliers de Cubains.Sur cette photo, il rencontre une chorale d'enfants à la Havane.3 LE DROIT, OTTAWA-GATINEAU, ÉDITION SPÉCIALE LE DROIT, OTTAWA-GATINEAU, ÉDITION SPÉCIALE Une lente agonie médiatisée ASSOCIATED PRESS Même malgré sa trachéotomie, l'empêchant de parler, le pape Jean-Paul II s'est tenu devant sa fenêtre le 27 mars dernier, durant les célébrations de Pâques.Le pape n'aura jamais répudié la présence des médias.Les dernières apparitions douloureuses du pape à la télévision, incapable de parler et la bave à la commissure des lèvres, ont semé un malaise parmi les fidèles.Patrick Duquette pduquette@ledroit.com Mais il faudra s\u2019y faire, a constaté hier Mgr Marcel Ger-vais, archevêque d\u2019Ottawa.Elle est terminée l\u2019époque où l\u2019état de santé de Sa Sainteté était jalousement gardé secret.«Je crois que la couverture médiatique est absolument nécessaire aujourd\u2019hui.On ne peut plus rien cacher.Tout finit par devenir public quand même», a constaté Mgl Gervais.Des commentateurs ont conclu que la lente agonie médiatisée du pape, cet acharnement à diffuser jour après jour son masque de souffrance, était une sorte d\u2019effet «boomerang».Le pape est devenu la victime des médias dont il a abondamment usé pour diffuser le message de l\u2019Église à un degré que personne n\u2019aurait pu imaginer il y a un quart de siècle.N\u2019empêche que la manière dont le Vatican a géré la lente agonie du pape a semblé malhabile à Roland Jacques, doyen de la Faculté de droit canonique à l\u2019Université Saint-Paul d\u2019Ottawa.«Je pense que c\u2019est une manière un peu gauche de jouer l\u2019ouverture et la franchise », a-t-il dit, tout en saluant le courage de montrer la déchéance physique d\u2019un chef spirituel, dans une société «où les vieux sont escamotés».«Pendant les dix dernières années de sa vie, l\u2019ancien prési- dent américain Ronald Reagan a vécu gâteux et on n\u2019en a pas entendu parler», a-t-il rappelé.Dans une société où seuls les gagnants et les vedettes sont valorisés, Jean-Paul II a accepté de montrer sa faiblesse, ce qui lui a conféré une sorte de proximité avec les malades, les handicapés et les agonisants.« C\u2019est une manière de dire que la maladie, la vieillesse, n\u2019est pas une honte, que ça fait partie de la vie, et qu\u2019il faut la regarder en face», a constaté Roland Jacques.Comme c\u2019était son privilège, Jean-Paul II aura respecté sa promesse de demeurer en poste «tant qu\u2019il restera un souffle dans son corps».«Paul VI avait réfléchi à la possibilité de se retirer avant la fin de son règne et des papes l\u2019ont fait avant lui, notamment Céles-tin V, un vieux moine de 85 ans à qui on avait forcé la main pour devenir pape (en 1294).Il a démissionné après s\u2019être rendu compte qu\u2019il n\u2019avait pas l\u2019envergure d\u2019un homme de gouvernement», a-t-il raconté.Roland Jacques constate par ailleurs que Jean-Paul II aura échoué dans sa tentative de réinsuffler la spiritualité chrétienne dans la vie sociale des Occidentaux.Les points de vue conservateurs de la papauté sur l\u2019homosexualité, l\u2019euthanasie, le mariage des prêtres et la contraception n\u2019ont certes pas aidé à remplir les églises occidentales.Mais au plan mondial, le journal allemand Der Spiegel affirmait que sous la papauté de Jean-Paul II, le monde catholique est passé de 750 millions à un milliard de fidèles.«Évidemment, chez nous on voudrait avoir du renouveau, mais cette préoccupation n\u2019est pas vécue de la même manière dans la majorité du monde catholique, notamment en Afrique et en Amérique du Sud», résume Roland Jacques.Reste que le défi du prochain pape, selon M.Jacques, consistera justement à réveiller la foi chrétienne dans le monde occidental.ouvert mais ferme MARTIN ROY, LE DROIT mzm Lorraine Desjardins, supérieure générale des Soeurs de la charité d'Ottawa, estime que le pape était un avant-gardiste sur bien des plans.Un pape Les communautés religieuses de l'Outaouais gardent le souvenir d'un homme qui aura marqué le monde tant par son ouverture sur les autres cultures et religions que par sa fermeté à défendre la doctrine de l'Église catholique.Mathieu Bélanger mabélanger@ledroit.com «Il a été un pape avant-gardiste sur bien des plans, estime Lorraine Desjardins, supérieure générale des Soeurs de la charité d\u2019Ottawa.Il a réussi, dans ses nombreux voyages, à renouer les relations avec de nombreux pays qui avaient perdu contact avec Rome.Il s\u2019impliquait socialement et politiquement.Il pouvait attirer l\u2019attention sur les défauts de tous les systèmes politiques et économiques.Il était de son temps.» Soeur Desjardins souligne que Jean-Paul II a aussi réussi à rapprocher l\u2019Église de la population.Cet homme de foi ne se contentait pas de recevoir des cardinaux de l\u2019étranger.«Il se déplaçait afin de mieux comprendre la culture des fidèles qui forment l\u2019Église, indique-t-elle.Il avait refusé, au moment où j\u2019étais en Afrique, une célébration en latin lors d\u2019un de ses voyages au Malawi.Il voulait vivre une cérémonie à saveur Africaine et avait dit, à ce moment, que s\u2019il voulait une messe en latin, il n\u2019avait qu\u2019à rester à Rome.» Jacques Gagné, père supérieur des Oblats de Marie-Immaculée (OMI), les co-fondateurs du quotidien LeDroit, n\u2019a pu passer sous silence l\u2019attirance que Jean-Paul II avait pour la jeunesse.On doit d\u2019ailleurs les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) qui ont eu lieu à Toronto il y a deux ans.« Il a toujours eu le souci de s\u2019adresser à la jeunesse et il a bien fait parce que la pratique religieuse et la famille ont moins d\u2019impact sur les jeunes générations qu\u2019autrefois, précise-t-il.Il était un grand donneur de main.Il désirait rencontrer autant le petit monde que les politiciens.» Soeur Desjardins garde en mémoire l\u2019image du pape qui tape du pied et des mains lors du spectacle musical en son honneur lors des JMJ de Toronto.«Cet homme de 80 ans était totalement en unissons avec les jeunes, dit-elle.Il voulait vivre cet instant comme eux, à leur manière.» Un pape ferme On retiendra aussi l\u2019intransigeance de Jean-Paul II sur des questions comme l\u2019avortement, l\u2019euthanasie et le sacerdoce des femmes et le mariage des prêtres.« Il a décidé, tout au long de son pontificat de combattre pour garder l\u2019intégrité de la foi et des doctrines de l\u2019Église, affirme soeur Desjardins.Il faut dire qu\u2019il était Polonais et avait donc dû lutter ardemment pour préserver la doctrine chrétienne dans son pays.Pour lui, c\u2019était un devoir important.» Le père Gagné mentionne qu\u2019avec l\u2019importance qu\u2019il apportait à la Vierge Marie, «le pape a développé une théologie admiratrice de la femme.Elles joueront toujours un rôle primordial au sein de l\u2019Église.» Quant à la question à savoir si une plus grande ouverture aux femmes dans l\u2019Église est maintenant possible avec le décès de Jean-Paul II, le père Gagné estime qu\u2019il y aura certainement des discussions à Rome sur le sujet, mais que tout dépendra de la direction que voudra prendre son successeur.Sa mort en direct Les premières images de Jean-Paul II présentent un pape jeune, souriant, fringant, voire même sportif.Il skiait toujours au début de son pontificat.Il avait même reçu un vélo en cadeau lors de son passage à Ottawa en 1984.Ces images du pape contrastent avec celles des dernières semaines qui présentent un pape malade, souffrant, fragile et affaibli.Certains accusent même les médias de voyeurisme.Le père Gagné et soeur Desjardins ne sont pas de ceux là.«Compte tenu de la trempe de l\u2019homme et de son style, c\u2019est normal que sa mort soit autant médiatisée, estime le père supé- rieur des OMI.Il tente ainsi de lancer un message.La maladie, la vieillesse et la mort font partie de l\u2019existence humaine.Il ne cache pas sa fragilité.Il fait son travail jusqu\u2019au bout et c\u2019est admirable.» Soeur Desjardins ne s\u2019attendait pas à autre chose de la part des médias pour la mort du pape.«Il a toujours été très médiatisé, dit-elle.Il savait même comment se servir des médias pour transmettre son message.Son agonie en direct à la télévision ne donne pas l\u2019image que l\u2019Église est malade et vieillissante.Présentement, il prêche, sans la parole, que l\u2019humain reste un humain jusqu\u2019à la fin.Même dans la souffrance, il continue de passer son message disant qu\u2019il est important de porter attention à la dignité humaine.» P^U1 L I I 1920-2005 ARCHIVES Le pape, en 1984, s'était receuilli sur le tombeau de mère Elizabeth Bruyère lors de sa visite le 20 septembre 1984.La photo est exposée dans la pièce où elle a été prise.rue Bruyère à Ottawa.Visite mémorable dans la région Jean-Paul II a reçu un accueil triomphal lors de sa visite dans la capitale nationale, les 19 et 20 septembre 1984.Charlei Theriault ctheriault@ledroit.com La visite du Saint-père à Ottawa et à Hull fut un moment marquant dans l\u2019histoire de la région comme en témoignent les nombreux articles et photos publiés à l\u2019époque.Il n\u2019a passé que deux jours dans la capitale mais ce séjour a été bien rempli et des centaines de milliers de personnes ont pu le voir.À son arrivée à l\u2019aéroport international d\u2019Ottawa, en début de journée, le 19 septembre, Jean-Paul II a été accueilli par l\u2019ancien archevêque d\u2019Ottawa, Monseigneur Joseph-Aurèle Ploudre et l\u2019ex-évêque de Gatineau-Hull, le regretté Monseigneur Adolphe Proulx.Il s\u2019est tout de suite dirigé vers le lac Dow où il a entrepris une croisière en bateau-mouche sur le canal Rideau.Des dizaines de milliers de personnes s\u2019étaient massées sur les deux rives du canal pour saluer le souverain pontife tout au long du parcours, jusqu\u2019au centre des conférences, au centre-ville d\u2019Ottawa.Visite à Hull Dès sa première journée, le pape s\u2019est rendu à Hull, à bord de sa «pape-mobile», un véhicule blindé conçu spécialement pour permettre au Saint-père de se tenir debout et de bien voir la foule.Ce jour-là, les patients de l\u2019hôpital La Piéta sur la rue Laurier, réunis sur les terrasses et les pelouses, espéraient bien que Jean-Paul II s\u2019arrête pour leur dire quelques mots.À cette époque, il arrivait que le pape déroge au protocole et fasse fi de l\u2019horaire officiel pour rencontrer des gens et les bénir.Mais le souverain pontife ne s\u2019est pas arrêté et il a béni les malades lorsqu\u2019il les a aperçus.Toujours sur la rue Laurier, les Servantes de Jésus-Marie ont ensuite reçu la visite du pape à leur monastère.Passant par la petite porte de côté, suivant ainsi une coutume ancestrale, Jean-Paul II a sonné et demandé l\u2019hospitalité aux religieuses qui l\u2019ont accueilli chez elles.Il a célébré la messe dans la chapelle du couvent, en présence de nombreux dignitaires dont l\u2019ancien maire de Hull, Michel Légère.Cette messe a été diffusée sur écran géant dans le parc Jacques-Cartier où 5000 personnes s\u2019étaient réunies.Il avait aussi béni deux détenus de la prison de Hull qui avaient été choisis pour le rencontrer.À la sortie du couvent, Michel Légère avait surpris tout le monde en remettant au pape une bicyclette Bertrand, fabriquée à Hull spécialement pour lui.Le Saint-père avait accepté le cadeau et brandi la bicyclette devant la foule, pour aussitôt la donner aux religieuses qui l\u2019ont par la suite remise à la ville.Messe sur les Plaines Le Breton Le lendemain, Jean-Paul II a célébré la messe devant 250 000 personnes réunies aux Plaines Le Breton, à Ottawa.Arrivé avec une demi-heure de retard, le pape a parlé dans neuf langues différentes mais surtout en français et en anglais.Il a évoqué le besoin de justice et de paix dans le monde et il a dénoncé l\u2019emprise du matérialisme dans les sociétés occidentales.Sa venue a déclenché une telle ferveur que des gens n\u2019ont pas hésité à passer la nuit à la belle étoile, aux Plaines Le Breton, pour s\u2019assurer d\u2019une place lors de la messe qu\u2019il y a célébré.Un groupe de 350 chevaliers de Colomb de la région a formé une haie d\u2019honneur devant l\u2019autel aménagé sur les plaines.Cette cérémonie sera la dernière activité de Jean-Paul II au Canada puisqu\u2019il est reparti en Italie ce soir-là, en promettant de revenir.Il a tenu promesse.Rencontre avec le pape Rhéal Leroux se rappelle d'un Saint-père très amical, simple dans ses rapports avec les gens et très spontané.M.Leroux était à la tête de l'organisation qui a dirigé la visite du pape Jean-Paul II à Ottawa à la mi-septembre 1984.Matthieu Boivin mboivin@ledroit.com L\u2019organisateur d\u2019événements connu dans la région de la capitale nationale se remémore encore très bien de la présence du souverain pontife à la mi-septembre de 1984.Une visite qui avait nécessité des milliers d\u2019heures d\u2019organisation et qui avait permis à quelque 500 000 personnes de voir le souverain pontife sur le canal Rideau, et le lendemain, sur les Plaines LeBreton, lors d\u2019une célébration en plein air.«Je me rappelle à son arrivée à l\u2019aéroport d\u2019Ottawa, il était très solide et paraissait en grande forme, malgré une visite de 10 jours, partout au Canada, où il avait rencontré des milliers de personnes et présidé des messes dans toutes les villes où il s\u2019était rendu.Pour un homme dans le début soixantaine, sa forme physique était resplendissante.» Après son arrivée, le pape avait été vu par quelque 250 000 pèlerins au cours d\u2019une balade sur le canal Rideau.Une randonnée qui avait retenu l\u2019attention du pape, selon M.Leroux.«Nous avions construit un bateau spécialement pour cette sortie.Quand le pape est arrivé au lac Dow, il nous a dit: «C\u2019est merveilleux, il y a tellement de monde!».Il nous avait fait sentir que le travail que nous avions fait pour préparer cette visite l\u2019avait impressionné.Pour nous, c\u2019était mission accomplie.» Cette randonnée sur le canal avait été assez bien accueillie par le personnel de sécurité qui entourait le pape.En étant sur un cours d\u2019eau, il était plus difficile pour lui de se rendre près des gens pour leur parler, une habitude que le Saint-père avait prise au cours des années qui donnait toujours des sueurs froides à son entourage, inquiet pour sa propre sécurité.Après cette présence sur le canal, le pape a multiplié les rencontres avec des fidèles et avec des religieuses de la région.Il avait notamment reçu une bicyclette des mains du maire de Hull de l\u2019époque, Michel Légère, un vélo qui avait été fabriqué par Gilles Bertrand.Sa visite s\u2019est terminée par une célébration sur les Plaines LeBreton, messe qui avait attiré quelque 250 000 personnes.Les défis de logistique entourant cette activité étaient colossaux, alors que des toilettes portables avaient dû être transportées à Ottawa à partir de Montréal.Environ 1200 prêtres avaient dû être trouvés rapidement pour célébrer l\u2019eucharistie.«Ce pape était envahi par une magie bien spéciale, se remémore M.Leroux.Il avait ce pouvoir indescriptible d\u2019attirer les foules.Environ 5000 personnes avaient dormi à l\u2019extérieur sur les plaines, pour avoir la meilleure place possible.Ce type de comportement est assez rare à Ottawa.» M.Leroux se rappelle également de la spontanéité du souverain pontife.«Si pendant la visite, il décidait d\u2019arrêter à tel endroit pour parler à des gens, nous devions composer avec la situation et retarder l\u2019horaire.Les gens étaient littéralement illuminés quand ils parlaient au pape.Tout au long de la visite, nous avons dû composer avec cette habitude de Jean-Paul II, mais il était comme ça et tout le monde l\u2019aimait comme ça.» Avant de quitter Ottawa, le pape avait remercié personnellement M.Leroux pour son travail et celui de son organisation.«Après la messe sur les Plaines LeBreton, il m\u2019avait serré la main et m\u2019a dit dans un excellent français qu\u2019il avait apprécié sa visite.J\u2019ai gardé un souvenir unique de ce moment spécial.» 5 LE DROIT, OTTAWA-GATINEAU, ÉDITION SPÉCIALE LE DROIT, OTTAWA-GATINEAU, ÉDITION SPÉCIALE fZ * mvrr i if i f ! / Il * IJ \\ u'Mi »¦ \u2022tvJf-j U S&\u2019TliE*i as» ,-CTs '\u2022 CRCCF, Université d'Ottawa, Ph 92-748 C'était une foule calme, disciplinée et recueillie qui avait participé à la célébration eucharistique aux plaines Le Breton le 20 septembre 1984.Quelques 250 000 personnes étaient présentes.¦*' A 11\t' 1 M\tFÆm ' ~ f S :% $\tÆ\t \t\t- À CRCCF, Université d'Ottawa, Ph 92-683 L'ancien maire de Hull, Michel Légère, avait surpris tout le monde en remettant un vélo Bertrand fabriqué à Hull au Pape Jean-Paul II à la sortie du couvent des Servantes de Jésus-Marie à Hull.CRCCF, Université d'Ottawa, Ph 92-706 Le pape en train de lire un passage liturgique lors de la messe aux plaines LeBreton à Ottawa.CRCCF, Université d'Ottawa, Ph 92-742 Le pape Jean-Paul II embrasse la jeune Mélanie Doris, alors âgée de 7 ans, de Hull.La fillette avait eu l'insigne honneur pour présenter une gerbe de fleurs au Saint-Père lors de son arrivée au monastère des Servantes de Jésus-Marie à Hull.6 uj e>-^w p u i ïï 1920-2005 CRCCF, Université d'Ottawa, Ph 92-727 Le pape Jean-Paul II salue la foule à bord du bateau qui l'amène du lac Dow au Centre des conférences à Ottawa, le 19 septembre 1984.CRCCF, Université d'Ottawa, Ph 92-755 Discours d'adieu du pape à l'aéroport d'Uplands.À l'arrière plan, le premier ministre Brian Mulroney et sa conjointe Mila.¦ CRCCF, Université d'Ottawa, Ph 92-702 La pluie avait fait des siennes, mais comme par miracle, elle avait cédé sa place à un soleil radieux juste avant l'arrivée de Jean-Paul II sur le site des plaines Le Breton où attendaient 250 000 personnes le 20 septembre 1984.Le Saint-Père a dû se porter les deux mains au visage pour un bref instant lors de la célébration eucharistique parce que le soleil l'ennuyait.^rr»* f r*4i > \t*i» \t 7 CRCCF, Université d'Ottawa, Ph 92-728 Plus de 100 000 personnes étaient rassemblées le long du canal Rideau pour saluer Jean-Paul II, le 19 septembre 1984.LE DROIT, OTTAWA-GATINEAU, ÉDITION SPÉCIALE LE DROIT, OTTAWA-GATINEAU, ÉDITION SPÉCIALE WJ\tl U 1920-2005 Mea culpa Isabelle Hachey La Presse Jean-Paul II n\u2019a pas seulement reconnu les fautes de l\u2019Église à l\u2019égard des Juifs.Au cours de son pontificat, il a déploré plus de cent fois le comportement des catholiques à travers les âges.Un examen de conscience sans précédent sur les erreurs du passé.Au fil des ans, Jean-Paul II a demandé pardon pour le racisme, le Rwanda, la condamnation de Galilée, le schisme d\u2019Orient, l\u2019Inquisition, les Croisades, les guerres de religions, la traite des Noirs, l\u2019extermination des Amérindiens, la méfiance à l\u2019égard de l\u2019Islam et le sexisme.Dans ce dernier cas, le pape fut le premier à corriger saint Paul en déclarant que le péché originel fut l\u2019oeuvre de deux êtres humains.Mais le souverain pontife voulait faire un geste encore plus symbolique.«L\u2019affaire du pardon » a longtemps circulé sous les soutanes des cardinaux, avant de prendre la forme d\u2019un document officiel intitulé Mémoire et réconcilia tion : l\u2019Église et les fautes du passé, publié en 1999.Én prévision des célébrations du Jubilé de l\u2019an.2000, Jean-Paul II invitait l\u2019Église à «devenir plus consciente des péchés de ses enfants» et l\u2019encourageait à « se purifier, à travers la repentance, des erreurs du passé, des cas d\u2019infidélités, d\u2019incohérences et de lenteurs à agir» dont elle s\u2019était rendue coupable au cours des siècles.Le 12 mars 2000, le pape a fait la somme de ses mea-culpa partiels et successifs, lors d\u2019une « célébration pénitentielle» à Saint-Pierre de Rome.Sept prélats ont formulé sept demandes de pardons, auxquelles a répondu Jean-Paul IL Une grand-messe de repentance pour les péchés commis au service de la vérité, (Croisades et Inquisition) ; les divisions entre chrétiens (excommunications et schismes); les conversions forcées; «le mépris, les actes d\u2019hostilité et les silences» contre les Juifs et «les péchés contre la dignité humaine et l\u2019unité du genre humain, envers les femmes, les races et les ethnies».La cérémonie fut bien accueillie, malgré quelques critiques.Les homosexuels se sont sentis oubliés.Les Juifs en demandaient plus.Dans les rangs ecclésiastiques, plusieurs ont grincé des dents, redoutant que la journée du pardon ne puisse légitimer les futures attaques contre l\u2019Église.Le Vatican n\u2019a d\u2019ailleurs pas cessé de rappeler que la repentance ne s\u2019adressait pas aux hommes, mais à Dieu.«L\u2019Église ressent la nécessité d\u2019une purification de la mémoire, mais elle ne peut se constituer en tribunal qui juge les péchés du passé», avait expliqué le cardinal Joseph Ratzinger.ARCHIVES Le 13 mai 1981, sur la Place Saint-Pierre, un terroriste turc attente à la vie de Jean-Paul II.Sur cette photo, on voit nettement l'arme juste avant que le terroriste tire deux coups de feu sur le pape.À droite, le pape a rencontré le premier ministre du Canada, Pierre Elliot Trudeau et son fils Justin en juin 1980.Le pape politique Richard Hétu Collaboration spéciale «Le pape, combien de divisions?» demandait cyniquement le dictateur soviétique Joseph Staline en 1935.À la fin du xxe siècle, Jean-Paul II n\u2019avait pas d\u2019armée, mais il n\u2019en joua pas moins un rôle décisif dans la chute du communisme, soutenant une résistance née en Pologne qui allait s\u2019étendre à tous les pays de ce que Ronald Reagan, un de ses plus importants alliés, appelait l\u2019«Empire du mal».Le pape slave fut l\u2019un des grands leaders politiques d\u2019un siècle traversé par les horreurs du nazisme et du stalinisme qu\u2019il connut de près.Lors de son premier voyage en Pologne, en juin 1979, il donna le ton à son pontificat en défiant le pouvoir inféodé à Moscou.Célébrant sa première messe à Varsovie comme pape, il lança d\u2019une voix vibrante : « Que descende ton Esprit! Et qu\u2019il renouvelle la face de la Terre, de cette terre ! » L\u2019invocation était religieuse, mais sa portée fut politique.Elle faisait écho à la volonté de changement du peuple polonais, une volonté bientôt incarnée par le syndicat Solidarité, qui se dressa face au régime communiste avec Lech Walesa à sa tête.En 1980, les grèves des chantiers navals de Gdansk s\u2019étendirent au pays, forçant le chef du régime, Edward Gierek, à démissionner.Mais les forces totalitaires n\u2019avaient pas dit leur dernier mot.En 1981, le général Jaruzelski imposa en effet son coup d\u2019État et jeta en prison Walesa et 6000 autres membres de Solidarité.La chape de plomb soviétique était retombée.Mais le pape retourna en Pologne en juin 1983, une visite qui força la dictature à libérer Walesa et les autres chefs de Soli- darité.Quatre ans plus tard, après le troisième voyage du pontife dans sa terre natale, ce même Walesa négociait la tenue d\u2019élections libres avec le pouvoir communiste.Le premier domino était tombé.Et les Hongrois, les Allemands de l\u2019Est, les Tchèques se joignirent à cette poussée qui allait faire tomber le Mur de Berlin, en 1989, et l\u2019empire soviétique, deux années plus tard.La «SAINTE ALLIANCE» Jean-Paul II, tombeur du communisme?«Je n\u2019y suis pour rien, affirma le pape en 1989.L\u2019arbre était déjà pourri.Je l\u2019ai juste secoué un bon coup et les pommes gâtées sont tombées.» Mais il faillit lui-même tomber au combat.Place Saint-Pierre, le 13 mai 1981, un terroriste turc, Mehmet Ali Agça, tira à bout portant sur le pape, lui envoyant une balle à quelques millimètres de l\u2019aorte.Longtemps la presse américaine et européenne vit dans cet attentat une conséquence du rôle politique de Jean-Paul IL Selon l\u2019hypothèse de l\u2019époque, la Bulgarie fut derrière la tentative d\u2019assassinat.L\u2019allié le plus proche de l\u2019ex-Union soviétique aurait agi sur demande du Kremlin, exaspéré par le soutien du pape au syndicat Solidarité.Mais la fameuse «piste bulgare» ne fut jamais confirmée.Et dans les années 1990, elle céda la place à une autre théorie de conspiration, celle-ci entre le pape et Reagan.La théorie fut publicisée par le célèbre journaliste américain Cari Bernstein et son collègue vaticaniste Marco Politi, dans un livre intitulé Sa Sainteté, Jean-Paul IIet l\u2019histoire cachée de notre époque.En vertu de la théorie dite de la «sainte alliance», un pacte secret aurait été conclu entre le pape et Reagan.Le soutien des États-Unis à la Pologne aurait eu pour contreparties la radicale opposition de Rome aux secteurs progressistes de l\u2019Église d\u2019Amérique centrale (Salvador, Nicaragua, etc.) et latine, son silence face à l\u2019installation des euromissiles, son poids dans la lutte contre l\u2019avortement aux États-Unis.C\u2019était bien sûr une exagération.La soi-disant « sainte alliance » ne fut pas le fruit d\u2019un pacte, mais d\u2019une convergence de volontés.Dans la lutte contre le communisme, Jean-Paul II et Reagan étaient sur la même longueur d\u2019ondes.Et les deux tirèrent profit de l\u2019autre, comme l\u2019atteste le livre de Bernstein et Politi dans sa partie la plus crédible.Les auteurs y relatent les nombreuses visites au Vatican des catholiques de l\u2019administration Reagan, dont le patron de la CIA, William Casey et Vernon Walters, ambassadeur itinérant, venu montrer au pape les photos des satellites espions sur les concentrations de troupes du pacte de Varsovie à la veille du coup d\u2019État militaire en Pologne.Après avoir vu ces photos, Jean-Paul II passa un coup de fil à Brejnev, l\u2019enjoignant de ne pas envahir la Pologne.La mort d'une théologie Il n\u2019y eut pas de pacte secret, mais Jean-Paul II se montra bel et bien aussi hostile que Reagan face à l\u2019idéologie marxiste en Amérique centrale et latine, adoptant des positions jugées conservatrices par ceux qui luttaient contre les injustices dans la cour arrière de l\u2019Oncle Sam.Le pape avait une connaissance du marxisme moins simpliste que Reagan.Il avait lu Marx dans sa jeunesse et avait compris l\u2019attrait de ses idées.Mais il avait vu aussi comment le communisme bafouait les droits de l\u2019homme.Et il fut intraitable face aux prêtres latino-américains qui, au nom de la « théologie de la libération », épousèrent la cause des mouvements de gauche.Cette théologie avait vu le jour en 1971 avec la publication par le Péruvien Gustavo Gutierrez d\u2019un livre réinterprétant l\u2019Évangile à la lumière de pans importants de la théorie marxiste.Cette théologie eut d\u2019autres prophètes, Leonardo et Clodovis Boff au Brésil, Jon Sobrino au Salvador, Pablo Richard au Chili, et aussi des martyrs, dont Oscar Romero, archevêque de San Salvador assassiné, et Ignocio Ellacuria, recteur de l\u2019université jésuite de San Salvador, également éliminé par les Escadrons de la mort.Mais le pape ne prit pas la part des martyrs de l\u2019Église latino-américaine.En 1984, le Vatican accusa plutôt les théologiens de la libération de recourir sans critique à des notions empruntées au marxisme.Des hommes comme Gutierrez et Leonardo Boff furent convoqués à Rome par la congrégation de la doctrine de la foi du cardinal Ratzinger.Boff fut réduit au silence.Les prêtres et religieux qui faisaient partie du gouvernement sandiniste au Nicaragua furent également suspendus.Et avec la collaboration de Jean-Paul II, les évêques progressistes furent remplacés à la retraite par des collègues conservateurs, souvent liés à Y Opus Dei.Le combat du pape contre la théologie de la libération laissa un goût amer dans la bouche de plusieurs catholiques progressistes en Amérique latine.Certains ne lui pardonnèrent pas de s\u2019être montré avec Pinochet en 1987 sans rien dire publiquement des disparitions et des tortures.«La théologie de la libération est morte avec le marxisme», affirma Jean-Paul II en 1996.8 1920-2005 Le pape rock'n'roll .«T Le 18 novembre 1990, Jean-Paul II a rencontré l'ancien président Mikhail Gorbachev et son épouse Raisa lors d'une audience privée au Vatican.Russie : le rêve brisé Mathieu Perreault La Presse À sa première visite à New York, en octobre 1979, Jean-Paul II s\u2019est arrêté au Yankee Stadium et au Madison Square Garden.Ce n\u2019était pas pour assister à une partie de baseball ou de hockey, ou à un concert des Rolling Stones.La vedette, c\u2019était lui.Des dizaines de milliers de jeunes Américains l\u2019ont acclamé au stade, dans l\u2019aréna et dans les rues de New York.Au Madison Square Garden, il a fait son entrée sur les chansons de Rocky et de La Guerre des étoiles se penchant pour ramasser un jean et une guitare qu\u2019on lui offrait en cadeau, levant le pouce aux cris de «Jean Paul we love you ».«Jean Paul super star», a déclaré le magazine Time «Regardez est-ce un avion ou un oiseau lumineux; Qui va passer le mur du son pour fendre le ciel en deux; C\u2019est lui le grand Jean-Paul II; Six pieds deux fort comme un boeuf», a chanté Charle-bois quelques années plus tard.Même s\u2019il représentait une institution conservatrice, à des lieues de la jeunesse matérialiste et hédoniste de l\u2019Occident, Karol Wojtyla ne répugnait pas à flirter avec les symboles à la mode.La stratégie avait beau faire sourire certains adultes ayant quitté l\u2019Église, elle touchait bon nombre de jeunes.Cette propension à transcender la barrière des âges était déjà manifeste 20 ans auparavant.En 1960, alors évêque de Craco-vie, Mgr Wojtyla avait publié Amour et Responsabilité, où il affirmait que la relation sexuelle est un «don de soi mutuel» qui rappelle la Trinité (il y a le couple et les deux individus).Certes, il disait aussi qu\u2019un homme et une femme devraient s\u2019abstenir de coucher ensemble tant qu\u2019ils ne sont pas certains de se «servir» de l\u2019autre, tant qu\u2019ils ne sont pas certains de l\u2019aimer.Mais reconnaître que le plaisir est une des valeurs du mariage était révolutionnaire à l\u2019époque.Dès 1985, Jean-Paul II a institué les Journées mondiales de la jeunesse, qui réunissent des centaines de milliers de jeunes catholiques pendant plusieurs jours, culminant en une messe dite par le pape en plein air.Au départ, c\u2019était une simple invitation aux jeunes pour le dimanche des Rameaux à Rome, qui avait attiré une foule au-delà de toute espérance : 250000 personnes.À la fin de la messe, le pape avait confié aux jeunes qui s\u2019étaient déplacés, une croix de bois en leur demandant de la porter dans le monde entier.En 1987, une première Journée mondiale de la jeunesse en bonne et due forme était organisée à Buenos Aires (300000 participants), en 1989 à Compostelle en Espagne (600000 participants), en 1991 à Czestochowa en Pologne (un million de participants), en 1993 à Denver (300000 participants), en 1995 à Manille (quatre millions de participants), en 1997 à Paris (1,2 million de participants), puis en 2000 à Rome (1,5 million de participants) et à Toronto en 2002 (200000 participants).L\u2019Afrique est le seul continent à n\u2019avoir pas accueilli de JMJ, en raison des difficultés logistiques que présente cette région du monde.Inculturation Pour mieux comprendre l\u2019intensité de la relation avec les jeunes de ce pape qui a maintes fois réitéré son opposition à l\u2019avortement, à la pilule et au condom, LaPresse s\u2019est entretenue avec le père Donald Tremblay, curé de Deux-Montagnes, qui fait partie d\u2019un groupe de jeunes prêtres québécois.Le père Tremblay souscrit à l\u2019approche de Jean-Paul IL À Noël 2001, alors que l\u2019engouement pour Harry Potter battait son plein, il n\u2019a pas hésité à inclure le personnage dans ses cérémonies.«Jean-Paul II a bien montré que le défi de l\u2019évangélisation, c\u2019est de prendre racine dans les nouvelles cultures, qu\u2019il s\u2019agisse des autres pays ou de la culture des jeunes», explique le père Tremblay, en entrevue dans un café du Vieux-Montréal.Cette approche a un nom: inculturation.La grandeur de Jean-Paul II, selon le père Tremblay est de ne pas avoir sacrifié la vérité à cette inculturation.«Le ministère de Pierre est de dire la vérité.Or, la vérité dérange.L\u2019avortement, les relations sexuelles avec un inconnu, sont des aspects d\u2019une culture de la mort qui est contraire à la dignité humaine.» Plus de 500000 catholiques sont en deuil de leur pape en Russie.Deuil amer car ils n'ont jamais réussi à recevoir Jean-Paul II en terre russe, malgré les tentatives répétées de celui-ci qui voulaient coûte que coûte visiter le plus grand pays du monde.Laura-Julii Perreault La Presse \u2014 Moscou Le pape polonais caressait le rêve de se rendre en Russie depuis le démantèlement de l\u2019URSS.Mais une virulente lutte de pouvoir avec le chef de l\u2019Église orthodoxe russe, le patriarche de Moscou et de toutes les Russies, Alexis II, lui a mis des bâtons dans les roues jusqu\u2019à sa mort.Le patriarche a refusé pendant plus d\u2019une décennie de recevoir le pape en Russie, soutenant que le souverain pontife avait des visées expansionnistes.Le président Vladimir Poutine, qui s\u2019est lui-même rendu à Rome pour inviter le pape à faire le voyage jusque dans la capitale russe, n\u2019a rien pu faire contre le refus catégorique du leader orthodoxe.Bataille de clochers En février 2002, Alexis II a accusé le pape «d\u2019invasion en territoire russe» lorsque ce dernier a élevé au rang de diocèses quatre simples divisions administratives apostoliques établies en Russie au début des années 1990.«Le pape a fait plusieurs pas qui prouvent son manque de respect pour l\u2019Église orthodoxe.Avant la révolution bolchevique et l\u2019établissement de l\u2019athéisme comme politique nationale, il n\u2019y avait que deux diocèses catholiques en Russie et il y avait beaucoup plus de catholiques à cette époque qu\u2019aujourd\u2019hui», a noté le leader orthodoxe.« Pourquoi cette tentative de s\u2019imposer sur le territoire russe aujourd\u2019hui avec quatre diocèses?La réponse est simple : le pape et l\u2019Église catholique veulent étendre leur influence en Russie et pratiquer le prosélytisme (conversion de chrétiens orthodoxes à la foi catholique) », a dénoncé le patriarche à la suite du décret du Vatican en février dernier.Dans les semaines qui ont suivi l\u2019initiative controversée du pape, plusieurs prêtres et évêques étrangers prêchant dans les églises catholiques de Russie se sont vus refuser l\u2019accès à leurs nouveaux diocèses après un séjour à l\u2019étranger.L\u2019évêque de Sibérie, Jerzy Muzar, a été déporté vers la Pologne malgré son visa valide.Visite virtuelle à Moscou En mars 2002, ne reculant pas devant la colère du patriarche et sentant ses jours comptés, le pape a décidé de faire une visite virtuelle à Moscou par l\u2019entremise d\u2019une transmission télévisée.Des milliers de catholiques russes se sont rassemblés dans la cathédrale de rimmaculée-Conception de Moscou pour l\u2019événement.Le pape a demandé aux catholiques russes de demeurer unis dans leur foi.L\u2019intrusion télévisée fut fort peu appréciée par Alexis IL Ne fut pas appréciée non plus la visite printanière de Jean-Paul II en Azerbaïdjan, une ancienne république soviétique, où tout juste 120 personnes pratiquent le catholicisme.Ce geste rappela à la mémoire d\u2019Alexis II la visite encore plus controversée du pape en Ukraine en juin 2001, un pays historiquement divisé entre le catholicisme et la foi orthodoxe.La pression exercée par le Vatican sur Moscou au cours des années a eu des répercussions dans la population et dans la classe politique.Certains orthodoxes ont manifesté sur la place publique contre «l\u2019invasion catholique».Des députés nationalistes ont proposé des lois pour rendre plus difficile le travail des prêtres étrangers.Puisque le catholicisme ne fut pas pratiqué en Russie pendant 7 ans, la plupart des prêtres présents aujourd\u2019hui proviennent de Pologne et du reste de l\u2019Europe.La majorité des catholiques de Russie sont aussi d\u2019origines polonaise, lituanienne ou allemande.En dehors des cercles conservateurs, l\u2019opinion des Russes sur le pape est fort divisée.Mais la plupart des Russes non catholiques lui reprochent son interventionnisme qui a commencé dans les années 1980 avec la visite du pape dans la Pologne communiste.Cette visite historique avait nourri le mouvement antisoviétique et le sentiment nationaliste en Pologne.« En général, les Russes pensaient que Jean-Paul II n\u2019était pas une mauvaise personne, mais q.u\u2019il était trop impliqué en politique pour un simple leader religieux, croit Marina Borisovna, une étudiante en théologie de Saint-Pétersbourg.Mais c\u2019est dommage qu\u2019il n\u2019ait pas réussi à venir rencontrer le patriarche.Le conflit est-ouest a assez duré.La religion catholique et la religion orthodoxe sont des fois soeurs.» V HL Archives Karol Wojtyla ne répugnait pas à flirter avec les symboles à la mode.On le voit ici portant un manteau qui lui a été offert par l'Assemblée des premières nations, en septembre 1984.LE DROIT, OTTAWA-GATINEAU, ÉDITION SPÉCIALE LE DROIT, OTTAWA-GATINEAU, ÉDITION SPÉCIALE WJ\tl U 1920-2005 Le rapprochement avec les Juifs L'image est évocatrice.Le geste, sans précédent.Le pape Jean-Paul II s'avance à pas lents, s'appuyant sur sa canne, vers le mur des Lamentations, à Jérusalem.Le vieil homme frêle semble courbé sous le poids des fautes de l'Église catholique.Comme le veut la religion juive, il glisse une prière, inscrite sur une feuille de papier, entre les pierres ocres du mur.Un mea-culpa.Isabelle Hachey La Presse C\u2019était le 26 mars 2000.Quelques jours plus tôt, le souverain pontife s\u2019était rendu à Yad Vashem, le mémorial de l\u2019Holocauste à Jérusalem.Il y avait déclaré que l\u2019Église était «profondément attristée par la haine, les actes de persécution et les manifestations d\u2019antisémitisme exprimées envers les Juifs par des chrétiens en tous temps et en tous lieux».C\u2019était une repentance que les Juifs attendaient depuis longtemps, à commencer par le premier ministre israélien de l\u2019époque, Ehud Barak, dont les grands-parents maternels ont été tués dans un camp de concentration en Pologne.«Vous avez fait plus que tout autre pour amener un changement historique dans l\u2019attitude de l\u2019Église envers le peuple juif et pour panser les plaies béantes qui ont suppuré pendant plusieurs siècles d\u2019amertume», avait dit M.Barak au Saint-Père.Antijudaïsme L\u2019ancien chef d\u2019État israélien n\u2019avait pas tort.En plus de deux décennies de pontificat, Jean-Paul II a maintenu une politique de rapprochement entre l\u2019Église catholique et les Juifs, victimes d\u2019un enseignement millénaire antijudaïque (certains disent même antisémite) chrétien.Il a reconnu l\u2019État d\u2019Israël et a tenté d\u2019instaurer un nouveau dialogue avec les Juifs, qu\u2019il considérait comme des «frères aînés dans la foi».Les efforts de réconciliation de Jean-Paul II s\u2019expliquent en partie par sa propre expérience durant la Seconde Guerre mondiale.À Jérusalem, il a dit conserver des «souvenirs personnels de tout ce qui se produisit lorsque les nazis occupèrent la Pologne ».Il s\u2019est souvenu de ses «amis et voisins juifs, dont certains sont morts».Et il a retrouvé Edith Tzirer, une juive polonaise qu\u2019il avait secouru 55 ans plus tôt.En janvier 1945, la petite Edith, 11 ans, affaiblie et souffrant de tuberculose, avait été recueillie par Karol Wojtyla, à la sortie d\u2019un camp de concentration.Le jeune prêtre avait offert du thé et du pain à la fillette, avant de la hisser sur ses épaules et de la porter sur trois kilomètres, dans la neige, jusqu\u2019à la gare, où elle avait rejoint d\u2019autres survivants.«Il a vu la guerre de près, et pas seulement l\u2019extermination des Juifs, souligne l\u2019historien belge Bernard Suchecky.Pendant l\u2019occupation, les Polonais ont été très brutalement opprimés par les nazis, et le Vatican n\u2019a rien dit du tout.Jean-Paul II n\u2019en a jamais fait mention, mais comme tous les Polonais catholiques, il a bien dû s\u2019interroger sur l\u2019attitude du Vati-can pendant la guerre, à un moment ou l\u2019autre.» Si Jean-Paul II a eu le courage de confronter l\u2019Église aux démons du passé, plusieurs considèrent que le Vatican s\u2019en est tiré, malgré tout, à trop bon compte.De nombreux Juifs auraient souhaité que le pape mentionne de façon plus spécifique le rôle de l\u2019Église face à l\u2019Holocauste.«Pour faire un véritable mea-culpa, on ne peut parler de façon vague de « ces chrétiens», disable président des communautés juives italiennes, Amos Luzzatto.Il faut dire s\u2019il s\u2019agissait d\u2019ecclésiastiques, s\u2019ils étaient membres de la hiérarchie etjusqu\u2019à quel point le sommet de l\u2019Église fut éventuellement responsable.» Les critiques exigeaient aussi que le pape demande directement pardon aux Juifs pour les silences du Vatican sur la persécution de leur peuple par le régime d\u2019Hitler.Ils pensent qu\u2019en refusant de condamner les nazis et en fermant les yeux sur les camps de concentration, Pie XII s\u2019est carrément fait complice du génocide.Mais pour Jean-Paul II, critiquer l\u2019un de ses prédécesseurs aurait été inconcevable.En fait, le pape avait même commencé le processus de béatification de Pie XII, malgré toute la controverse qui entoure l\u2019ancien souverain pontife.Démission Bernard Suchecky était l\u2019un des six membres de la commission mixte créée en 1999 par le Vatican et le Comité juif international pour les consultations interreligieuses (IJCIC) pour faire la lumière sur l\u2019attitude de Pie XII à l\u2019égard de la Shoah.Deux ans plus tard, l\u2019historien et deux de ses collègues ont remis leur démission, en raison du refus catégorique du Vatican de leur donner accès aux archives de l\u2019époque.L\u2019historien garde un souvenir amer de l\u2019expérience.«Le Vatican est un lieu de pouvoir, et il en utilise toutes les armes, dit-il.On a rusé, on a tordu des choses, on nous a insultés, on a été d\u2019une extrême mauvaise foi.Nous nous sommes heurtés à un pouvoir politique, temporel, et je ne crois pas que nous étions armés pour y faire face.Il était peut-être naif de penser que nous arriverions à quelque chose.» M.Suchecky pense que «le Vatican a fini par se piéger lui-même» en refusant d\u2019ouvrir ses archives aux chercheurs.«La controverse autour de Pie XII persiste depuis 40 ans et est devenue un test plus général, qui ne porte pas seulement sur l\u2019attitude de l\u2019Église envers les Juifs, mais sur la crédibilité et la soi-disant ouverture de Vatican IL À force de tergiverser sur cette question, on finit par se demander quel est le rapport de l\u2019Église catholique à la société démocratique.» Tout en reconnaissant que Jean-Paul II «a fait tout ce qu\u2019il a pu» pour réconcilier les deux religions, l\u2019historien estime que son pontificat fut «extrêmement ambivalent».«Il a fait des gestes qui semblaient très forts, de rapprochements, d\u2019examens de conscience, de réflexions.Mais son approche, fondamentalement théologique, imposait ses propres limites.Pour lui, le judaïsme était la source du christianisme.C\u2019est sous cet angle étroit qu\u2019il considérait les Juifs, et pas autrement.» M.Suchecky juge «difficile de nier» que le débat sur Pie XII est V TJ/aI * V- tW.T 1.Archives Le 26 mars 2000, le pape Jean-Paul II s'avance vers le mur des Lamentations, à Jérusalem, glissant une prière entre les pierres.souvent relancé à des fins politiques.«La question existe indépendamment de tout le reste, mais elle n\u2019est pas suspendue dans les nuages.Elle baigne dans un contexte très politique.On peut aisément concevoir que la diplomatie israélienne souhaite le soutien du Vatican \u2014 ou du moins des critiques pas trop acerbes de ses politiques \u2014 et que des cercles juifs internationaux utilisent la question de Pie XII comme monnaie d\u2019échange, pour faire pression sur le Saint-Siège.» C\u2019est exactement ce que croit le père Pierre Blet, l\u2019un des quatre jésuites ayant eu accès aux archives dès 1965 pour répondre aux premières attaques dirigées contre Pie XII.Les 12 volumes intitulés Actes et documents du Saint-Siège relatif à la Deuxième Guerre mondiale ont été achevés 17 ans plus tard, en 1982.«Nous avons suffisamment montré que Pie XII a fait ce qu\u2019il a pu, dit le père Blet.Il ne pouvait tout de même pas arrêter les tanks avec les hallebardes de la garde suisse!» Selon le jésuite, «l\u2019attaque est venue de Moscou et a été reprise un peu naïvement par les Juifs.C\u2019était une manoeuvre politique contre l\u2019influence de Pie XII dans l\u2019Europe d\u2019après-guerre».Jean-Paul II a-t-il eu raison de demander pardon à Dieu pour les fautes commises envers les Juifs?«Il aurait pu s\u2019en passer, répond le père Blet.À mon avis, ça ne s\u2019imposait pas, et beaucoup de gens pensent comme moi.Demander pardon ne produit pas nécessairement bon effet, ça donne une image de faillibilité.D\u2019ailleurs il a été très modéré, il a dit qu\u2019on pouvait regretter certaines choses, de façon très générale.» Professeur émérite à l\u2019Université pontificale grégorienne de Rome, le père Blet estime que Jean-Paul II aurait pu refuser de reconnaître l\u2019État d\u2019Israël tant que le Proche-Orient sera déchiré par la guerre.«Il a fait beaucoup pour le rappro-c h e m e n t avec les Juifs.S\u2019il y en a qui ne sont pas encore contents.Que voulez-vous, il y a des choses qu\u2019on ne fera jamais ! » Puisque je suis maintenant de «l\u2019âge d\u2019or», le pape de mon enfance fut Pie XII, l\u2019ascète, le diplomate, l\u2019intellectuel, peut-être même le mystique.À sa mort, je me suis demandé qui pourrait bien prendre une telle succession ! Nous fûmes alors donnés le vieux et débonnaire Jean XXIII, voulu comme un pape de transition, mais qui se révéla le prophète que l\u2019on sait et qui a bousculé l\u2019Église et le monde.Puis arriva le frêle et sensible Paul VI.Puis, est passé Jean Paul Ier, sourire d\u2019enfant venu ensoleiller quelques instants le très sérieux cadre du palais du Vatican! Et à l\u2019automne 1978 fut élu Jean-Paul II.C\u2019est lui qui m\u2019a nommé évêque, à la fin du printemps 1979.Je me souviens du 16 octobre 1978.Nous étions un petit groupe rassemblé devant le téléviseur, à l\u2019évêché d\u2019Amos, attendant que la fumée s\u2019échappe de la cheminée ! Les 110 cardinaux en conclave viennent de choisir l\u2019évêque de Rome, chef du collège épiscopale de l\u2019Église catholique.Une trentaine de minutes plus tard, le cardinal Pericle Felici procla- me à la foule et au monde le nom du nouveau pape.Il se sert de la formule latine traditionnelle : «Annutio vobis gaudium magnum.Habemus Papam.: Carolum Wojtyla qui sibi nomen imposuit Ioannem Paulum II.» Jean-Paul II ! Je perçois dans le choix de ce nom une volonté de reprendre l\u2019intuition de Jean-Paul I : actualiser dans l\u2019Église et dans le monde à la fois la mystique de Jean et la fougue de Paul.Mais le nom de famille n\u2019évoque pour moi aucun visage, aucun souvenir ! D\u2019où vient-il ?Qui est-il?Environ une heure après, le nouveau pape apparaît à l\u2019écran.C\u2019est un homme au visage jeune \u2014 il a en fait 58 ans \u2014, communicatif, audacieux, confiant ! Il se présente comme le nouvel évêque de Rome, qui « vient de loin».Et, avec humour, il invite des diocésains à le soutenir dans son adaptation: «Je ne sais pas bien m\u2019exprimer dans votre langue, dans notre langue, l\u2019italien.Vous me corrigerez si je fais erreur.» C\u2019était sympathique.L\u2019évêque de Rome assure la présidence du Collège épiscopal.UL II 1920-2005 mÉbacher et Jean-Paul II Mgr Ébacher, du diocèse Gatineau-Hull, qui a des souvenirs très personnels de ses rencontres avec le pape.C\u2019est surtout lors de mes contacts discrets avec lui que j\u2019ai senti et qualifié ce service de Jean-Paul IL Me revient à la mémoire ma première visite à son bureau personnel, en 1983, dans le cadre de la visite des évêques du Québec.C\u2019était pour moi un premier contact avec l\u2019ambiance et moeurs vaticanes.Je m\u2019y suis présenté quelques longues minutes à l\u2019avance.Pour m\u2019y rendre, j\u2019ai dû traverser des galeries décorées majestueusement d\u2019oeuvres de maîtres, puis attendre dans l\u2019antichambre.J\u2019ai eu le temps de retourner longuement dans ma tête ce que je voulais dire au pape, cherchant à me formuler à moi-même comment j\u2019aborderais l\u2019entretien avec lui.J\u2019étais nerveux ! Dès mon entrée, il se lève, me donne la main, m\u2019invite à m\u2019asseoir tout près de lui.Sur une carte, il me demande d\u2019identifier le diocèse où j\u2019assure le service épiscopal.Et la rencontre se déroule dans une étonnante simplicité.J\u2019ai gardé l\u2019image d\u2019un grand frère qui reçoit son cadet et lui demande tout simplement : « Comment ça va chez vous?» Cette tendresse cohabitait en lui avec de fermes convictions.De formation philosophique et théologique, rompu à la discussion avec des personnes aux vues religieuses, politiques ou sociales diamétralement opposées aux siennes, Jean-Paul II était un homme ferme dans sa foi.Personnellement, j\u2019ai participé à une partie de son voyage de 1984 au Canada.Les témoignages des évêques alors responsables de notre Conférence épiscopale m\u2019ont révélé le souci de Jean-Paul II d\u2019élaborer le programme de son voyage avec les évêques du Canada.Ce même souci s\u2019est manifesté jusque dans le détail de la rédaction des textes de ses homélies, discours et autres interventions.Il voulait s\u2019assurer que ses paroles et ses gestes soient à la fois respectueux de ses hôtes et aptes à toucher leurs coeurs, mais aussi à interpeller leurs consciences.J\u2019ai alors perçu que Jean-Paul II conçoit ses voyages à travers le monde comme une façon de partager le grand message évangélique qui révèle que Dieu veut réconcilier le monde et réunir dans la fraternité et la paix tous les humains de la terre.Mgr Roger Ébacher, Diocèse de Gatineau-Hull D'abord la vie ! Un prophète qui n'a cessé d'interpeller En octobre 1978, les cardinaux viennent de vivre le choc de la mort subite d\u2019un pape en poste pendant seulement 33 jours.Ils ont voulu élire un homme dans la force de l\u2019âge, vibrant d\u2019énergie, formé à l\u2019école du courage et de la résistance.Il n\u2019est pas superflu de bien situer ce Polonais, Karol Wojtyla, évêque de Cracovie, militant de la liberté sous l\u2019occupation nazie, pasteur engagé sous la férule d\u2019un régime communiste imposé par Moscou sur sa patrie.Le nouvel Évêque de Rome a été forgé par l\u2019expérience historique de son pays où l\u2019Église, enracinée fermement dans les couches populaires depuis des siècles, a porté fièrement l\u2019espérance d\u2019un peuple si souvent opprimé.«N\u2019ayez pas peur».Ce mot d\u2019ordre de Jean-Paul II, en visite à Varsovie de 1979, a galvanisé le peuple polonais.Au nom des droits de la personne, dans le climat persistant de la guerre froide, le nouveau pape s\u2019est fait le héraut de la liberté religieuse, de la liberté syndicale, de la liberté politique.Communicateur talentueux formé à l\u2019école du théâtre professionnel, orateur charismatique, Jean-Paul II a tenu à visiter les communautés chrétiennes de tous les pays.À cette époque de vaste couverture médiatique, il a contribué à sensibiliser tous les croyants à l\u2019annonce de l\u2019Évangile.Le passage de Jean-Paul II en terre canadienne, en septembre 1984, demeure présent dans toutes les mémoires.La voix du pasteur universel a invité partout, au Canada comme ailleurs, à s\u2019engager dans un projet de «nouvelle évangélisation».L\u2019héritage du concile Vatican II reste à consolider partout, dans les Églises locales.Tout au long de son pontificat, Jean-Paul II a souligné fortement l\u2019urgence de guérir les divisions entre les communautés chrétiennes séparées depuis des siècles.Il restera le premier Pape de l\u2019histoire a avoir signé une encyclique sur l\u2019engagement œcuménique, reprenant les mots du Seigneur: «Que tous soient un, afin que le monde croie».Éclairé tragiquement par son expérience polonaise, Jean-Paul II a tenu à poser des gestes inédits de rapprochement en direction de la communauté juive.À Rome d\u2019abord, à la principale synagogue locale, au camp d\u2019extermination d\u2019Auschwitz, plus tard à Jérusalem au Mur des Lamentations.Sans oublier l\u2019ouverture de relations diplomatiques entre l\u2019État d\u2019Israël et le Vatican en 1994.Dès 1986, à la surprise de son entourage, Jean-Paul II convoquait dans la ville d\u2019Assise des leaders de toutes les religions du monde, en vue d\u2019un pèlerinage de prière pour la paix.Il a répété ce geste au lendemain des attentats terroristes du 11 septembre 2001, dans l\u2019espoir de désamorcer toute manipulation du nom de Dieu dans des gestes de violence.Proclamer «l\u2019Évangile de la vie» est demeuré une des constantes du message de Jean-Paul II, à l\u2019échelle de la planète.À l\u2019intérieur de la vaste communauté catholique, si diversifiée, l\u2019homme de «la résistance» en Pologne a voulu rappeler fermement «à temps et à contre temps» les choix exigeants de l\u2019Évangile sur le plan de la vie morale : le respect de la vie humaine, à partir de la conception jusqu\u2019au moment de la mort naturelle.Touché par la maladie, Jean-Paul II est demeuré un témoin plein de courage.Les images télévisées n\u2019ont cessé de présenter le visage d\u2019un homme fragilisé, mais symbole d\u2019espérance.Le grand public n\u2019a cessé d\u2019être interpellé par la voix - et surtout l\u2019image - de ce vieillard appuyé au bras de la croix qu\u2019il agrippait vigoureusement.Alors que ses forces physiques diminuaient, Jean-Paul II incarnait les mots où l\u2019Apôtre Paul identifiait le secret de sa véritable force : « C\u2019est lorsque je suis faible que je suis fort.» Jacques Faucher, prêtre, au nom du Diocèse d'Ottawa Il est sans doute trop tôt pour faire un bilan du pontificat de Jean-Paul II et, même lorsque nous aurons pris la distance nécessaire pour le faire, la chose ne sera pas facile tant ce long pontificat aura marqué l\u2019Église et, plus largement, le monde et le siècle.Les écrits et discours de ce long pontificat sont innombrables et ses gestes et actions ne vont forcément pas tous dans la même direction.Comment alors trouver une clé d\u2019interprétation?J\u2019en retiens une qui nous permet d\u2019entrer dans le mystère de l\u2019homme.Tous se souviennent de sa première homélie, en 1978: «N\u2019ayez pas peur! Ouvrez les portes au Christ !» On a là une des clés de ce pontificat où le courage et l\u2019audace n\u2019ont pas manqué, si bien que Jean-Paul II a souvent forcé la porte pour que s\u2019ouvrent au Christ et à l\u2019Église catholique des mondes qui lui étaient jusque-là fermés.C\u2019est ainsi qu\u2019il a parcouru toute la terre, ou presque, et que sa pensée a marqué les débats sur les questions les plus importantes de l\u2019heure : la justice et la paix, les droits de la personne, la vie, etc.On a tendance à l\u2019oublier aujourd\u2019hui, mais son action porte d\u2019abord à l\u2019Est.Ses premiers voyages en Pologne ébranlent le régime.La revendication de Jean-Paul II et le travail de la diplomatie vaticane en faveur des droits de la personne contribueront grandement à changer le monde tel que l\u2019avait façonné la guerre froide.Il n\u2019y a pas simplement un dessein politique derrière cette «croisade».Ce qu\u2019il revendique par-dessus tout, c\u2019est le droit à la liberté religieuse et avec elle, la liberté d\u2019expression.Plus que ses prédécesseurs, ce pape slave avait des sympathies pour l\u2019Orient, mais les portes de la Chine et de la Russie lui sont demeurées fermées.Sa sympathie pour l\u2019Orient avait pour contrepartie un malentendu persistant avec l\u2019Occident qu\u2019il n\u2019a jamais réussi à surmonter.Certes, son excellente maîtrise des médias, son allure sportive et sa vigueur, son goût pour les voyages, les grands rassemblements, comme ceux que suscitent les mégastars, son refus de la langue de bois, etc.ont donné une image moderne de la papauté en Occident.Au-delà des connivences qui liaient ce pape aux valeurs profondes de l\u2019Occident, certains traits allaient provoquer un heurt frontal : l\u2019attachement aux biens et à leur jouissance, l\u2019individualisme, l\u2019hédonisme et le relativisme éthique, l\u2019émancipation de la femme.Ce long pontificat est l\u2019histoire d\u2019un dialogue difficile qui se termine sur un malentendu.Du début à la fin de son pontificat, il a dénoncé la «culture de mort», intervenant à temps et à contretemps, souvent de façon jugée importune en Occident, sur toutes les questions relevant de l\u2019éthique biomédicale et sociale.Au plan ecclésial, ce pontificat a été dominé par la question de l\u2019unité : unité de l\u2019Église catholique et unité des Églises chrétiennes.Issu de l\u2019Église de Pologne, Jean-Paul II avait une vision bien à lui de l\u2019unité de l\u2019Église.Persécutée, l\u2019Église polonaise devait offrir un front uni pour résister au régime qui pensait parvenir à l\u2019agenouiller en la divisant.Il a transposé au plan du gouvernement universel cette vision de l\u2019unité.C\u2019est sur le plan du dialogue inter-religieux que les avancées ont été les plus spectaculaires et les plus imprévisibles, malgré des avis contraires de la part de son entourage et de la curie.Les médias ont diffusé des images inoubliables de sa prière au mur des lamentations, à Jérusalem, ou de sa visite à la mosquée de Damas.Ce sont là des gestes forts auxquels il faut ajouter les deux rassemblements de prière à Assise, qu\u2019il a présidé, rassemblant des représentants de toutes les religions du monde, son adresse inoubliable aux jeunes de Casablanca et ses visites récentes dans des pays musulmans d\u2019Europe centrale.En synthèse, ce pontificat a été marqué par une affirmation du droit de l\u2019Église à intervenir dans le débat public et dans tous les pays, concrétisée par un appel à une nouvelle évangélisation.Pour ce grand dessein, Jean-Paul II a davantage compté sur les jeunes et les communautés nouvelles moins marquées par le courant libéral de la théologie, mais de tendance plus intégraliste.La dernière image qu\u2019on gardera de lui, c\u2019est celle d\u2019un homme en prière, intercédant pour la paix dans le monde, souffrant avec le Christ crucifié et défiguré.Jean-Paul II qu\u2019il a été l\u2019une des grandes figures de ce siècle en quête de spiritualité.Gilles Routhier, Vice-doyen et secrétaire de la Faculté de théologie et de sciences religieuses.Université Laval 11 LE DROIT, OTTAWA-GATINEAU, ÉDITION SPÉCIALE LE DROIT, OTTAWA-GATINEAU, ÉDITION SPÉCIALE ÉDITION SPÉCIALE LE DÉCÈS DU PAPE .Tv\u2019V L| ¦T % f i.s \u2022* * f.,?a* .s î^HSp\" p-lfi ,v 'l»n~ >>;.(> Jean-Paul II : témoin et pèlerin Pierre r»7 Bergeron On écrira sans doute bien des livres, on défendra bien des thèses sur le pontificat de Jean-Paul II décédé au terme d\u2019une longue et courageuse lutte contre la maladie.Le surhomme, la superstar et le leader spirituel de notre époque n\u2019auront pu résister aux assauts du temps, à l\u2019usure d\u2019une tâche immense et aux attentes démesurées d\u2019un monde en quête de sens.Le monde a perdu un leader et les «souliers du pêcheur» n\u2019en seront que plus difficiles à chausser.Karol Wojtyla, le pape polonais, n\u2019a pas fait l\u2019unanimité durant son pontificat, mais il n\u2019a laissé personne indifférent.Pèlerin du monde, témoin du Christ, leader charismatique, maître spirituel, acteur de son temps, Jean-Paul II a marqué l\u2019histoire du dernier quart de siècle du sceau d\u2019un pontificat fécond, controversé, rigoureux et difficile.Écouté par les uns, contesté par les autres, adulé par les jeunes, respecté de tous, il laisse pourtant en héritage une Église dont l\u2019influence s\u2019émousse et le leadership spirituel s\u2019effrite malgré les signes trompeurs d\u2019une popularité ambiguë.On s\u2019étonne toujours de ce processus archaïque qui mène à l\u2019élection d\u2019un pape sans trop savoir qui, de l\u2019Es-prit-Saint, de la stratégie ou de la politique, marque un choix qui change le monde et influence le cours de l\u2019histoire.Lorsqu\u2019en octobre 1978, la fumée blanche a annoncé l\u2019élection d\u2019un successeur à Jean-Paul I, décédé après un mois de pontificat, le monde n\u2019attendait pas une telle surprise.«N\u2019ayez pas peur!», avait déclaré Jean-Paul IL Il a pris le bâton du pèlerin pour parcourir le monde et porter le message évangélique sans pour autant négliger «les choses de ce monde» en se faisant l\u2019ardent promoteur de la paix et des droits de la personne.Son pontificat ne peut se mesurer qu\u2019en statistiques mais les chiffres parlent.Certaines de ses quatorze encycliques ont été controversées, comme L\u2019évangile de la vie sur la valeur de la vie en 95, La splendeur de la vérité sur la morale catholique en 93 et En tra vaillant en 81, mais elles ont toujours fait réfléchir.Ses messages du Jour de l\u2019an pour marquer la Journée mondiale de la paix sont une source constante d\u2019inspiration et de rayonnement spirituel.Pèlerin du monde, il a voyagé dans 130 pays en plus de cent visites pastorales passant plus d\u2019une journée sur dix hors du Vatican et rencontrant pas moins de 300 millions de fidèles aux confins de la planète.On lui doit les Journées mondiales de la jeunesse, des moments privilégiés pour rencontrer les jeunes et leur livrer des messages inspirants dont «Vous êtes le sel de la terre» à Toronto en 2002.Si Jean-Paul II n\u2019a laissé personne indifférent, son pon- tificat n\u2019en a pas moins marqué un déplacement de l\u2019É-glise-institution vers un certain dogmatisme.Il n\u2019a pas réussi à ramener à la pratique religieuse ceux et celles qui, en Occident catholique, avaient commencé à la déserter par indifférence, par incompréhension ou par rejet pur et simple.Son intransigeance sur plusieurs questions morales, sans manquer de courage et de rigueur, n\u2019en a pas moins interpellé un grand nombre de croyants qui ont davantage besoin d\u2019enseignement et de témoignage évangélique que de règles dictées d\u2019en haut.Son leadership planétaire aura été marqué par l\u2019effondrement du bloc communiste, la montée de l\u2019intégrisme musulman, le terrorisme planétaire, les génocides, les guerres et la grande mouvance de la mondialisation.Mais son évangélisation sera restée à court de son objectif ambitieux, soit «d\u2019atteindre l\u2019homme et la société à tous les niveaux de leur existence».«Le fait de se retrouver soi-même dans le Christ, qui est précisément le fruit de l\u2019évangélisation, devient libération substantielle de l\u2019homme», déclarait-il au tout début de son pontificat.L\u2019objectif demeure toujours pertinent.Mais le message de la nouvelle évangélisation, s\u2019il fut maintes fois communiqué par Jean-Paul II à la grandeur du globe, n\u2019a pas toujours fait son chemin dans les cœurs et les âmes.Aujourd\u2019hui, Jean-Paul II peut jouir du repos du pèlerin et en passer le bâton à son successeur.Rares sont les leaders qui inspirent le respect, stimulent la réflexion, excitent les passions et provoquent l\u2019engagement avec une telle ardeur et un tel sens de la mission.12 "]
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