La barre du jour, 1 janvier 1969, Septembre - Octobre
[" nédits de SAINT-DENYS GARNEAU la barre du jour Revue littéraire bimestrielle\t\u2022\tSept.- Oct.1969 COMITÉ DE RÉDACTION Claude Bertrand\tNicole Brossard\tJean-Yves Collette Marcel Saint-Pierre\tRoger Soublière\tJan Stafford France Théorêt ?Secrétariat : Francine Brossard et Monique Valiquette ?Distribution : La barre du jour 665, rue Crevier, Montréal 379, Qué.?Les auteurs des textes que nous publions sont les seuls responsables des opinions qu'ils émettent.?Toute reproduction interdite.?Les textes soumis à la revue seront remis sur demande s'ils sont accompagnés d'une enveloppe affranchie.* Toute correspondance doit être adressée au secrétariat de : la barre du jour 665, rue Crevier, Montréal 379, Qué. sommaire ROMANCE gérard bessette VOYAGE D'O janek sinoé ADN miche! beauSieu 14 L'iAU SOUS LES OS bernard tanguay ?LES SYMBOLES ET LA STRUCTURE giiîes houde 20 26 LES INEDITS n.b.69 POEMES 70 saint-denys garneau GÉRARD BESSETTE ROMANCE Norbert Allaire-Ducul Après avoir de son âge atteint l\u2019an cinquantième Possédé quelques douzaines de femmes, surtout dans le genre grue Entretenu des relations amicales avec une vingtaine de types, surtout dans le genre arsouillé Echappé deux fois à la mort, l\u2019une dans une torpédo mastic (qu\u2019un soûlard conduisait sinusoïdalement), l\u2019autre dans un lit blanc (d\u2019hôpital) sous une tente à oxygène, à la suite d\u2019une encéphalite subaiguë Perdu une épouse aux seins petits et au caractère mélancolique (qu\u2019il voulait depuis longtemps balancer) trois chiens (dont l\u2019un épagneul l\u2019autre tirant sur le mastiff et le troisième indéfinissable) un père (d\u2019apoplexie) un fils (à la guerre) auquel il pensait encore souvent le plus clair de son héritage (onze mille deux cent cinquante dollars) dans une transaction immobilière (pour laquelle il se rongeait encore parfois la nuit les sangs) trois cousins (dont l\u2019un interné pour cause de crétinisme) une cousine (qu\u2019il avait aimée et tripotée à l\u2019époque de son adolescence) quatre oncles (dont trois par alliance) 2 six tantes (dont l\u2019avant-dernière à la suite d\u2019une crise de delirium tremens) Subi deux interventions chirurgicales, dont l\u2019une (qu\u2019il avait quasi oubliée) à l\u2019apophyse mastoïde et l\u2019autre (dont il avait gardé un souvenir vivace étant donné qu\u2019elle l\u2019avait empêché de s\u2019asseoir pendant dix-huit jours) dans la région du coccyx Fait du porte à porte comme vendeur de produits de beauté (trop chers) de la comptabilité (à laquelle il ne comprenait rien) sensément pour tenir le grand livre d\u2019un importateur d\u2019agrumes des boniments à la porte d\u2019un club cochon pour attirer le client Courtisé pendant quatorze mois une veuve d\u2019une bêtise insigne, à la croupe à peine incurvée et aux seins tombants, mais riche, et qui avait fini par épouser un concessionnaire de machines agricoles Cohabité pendant trois mois et quatorze jours avec une serveuse aux tétons et au sexe d\u2019une élasticité exceptionnelle mais qui, en faisant l\u2019amour, renâclait comme un phoque catarrheux et qu\u2019il avait \u2014 étant délicat d\u2019oreille \u2014 laissé tomber pour cette raison Attrapé à Toronto une première (et féroce) chaude-pisse à l\u2019occasion de l\u2019Exposition du Canadien National une seconde (plus bénigne) à Montréal après avoir assisté à un défilé nocturne de la Saint-Jean-Baptiste Suivi (dans une période de découragement) une retraite fermée au cours de laquelle un capucin déchaux hurlait caverneuse-ment que Dieu était amour Pris comme directeur de conscience (son abattement durant toujours et les honoraires d\u2019un psychologue étant au-dessus de ses moyens) un père Sainte-Croix dénommé Aloysius Chi- 3 coine qui, pour combattre les tentations, lui conseilla les bains glacés et l\u2019huile Saint-Joseph Contracté une fluxion de poitrine au cours de laquelle sa température monta à 105 degrés fahrenheit Perdu la foi Changé sept fois d\u2019emploi et six fois de chambre en huit mois Chômé pendant trente et une semaines Rencontré à la Commission d\u2019assurance-chômage une antique dactylo alcoolique qui affirmait d\u2019un ton chevrotant que la vie était une vallée de larmes Dans une taverne causé avec un type qui, en discourant sur la vie la mort l\u2019humanité et \"autres choses de même nature\u201d, proclamait avec vigueur que merde merde et merde (affirmation dont la profondeur avait singulièrement frappé Norbert Allaire-Ducul) Echoué dans un galetas crasseux qui fleurait agressivement l\u2019urine et où il avait comme voisine de palier une putain aux jambes variqueuses et aux dents cariées Sombré dans une dépression triste et mélancolique A la suite d\u2019une visite au Bien-être social reçu plusieurs fois la visite d\u2019une travailleuse sociale (dénommée Désirée Du-pénisse) illuminée constipée lippue et fessue qui soutenait (d\u2019une voix bandante) que si Dieu n\u2019existait pas il faudrait l\u2019inventer Recouvré la foi Dîné un soir avec ladite travailleuse qui lui expliqua alors que, étant donné qu\u2019elle avait remis Norbert sur la bonne voie, elle le laisserait dorénavant naviguer seul pour s\u2019occuper de cas encore plus désespérés que le sien Acheté pour trois dollars à la S.P.C.A.un quatrième chien (de sexe mâle, et hirsute) qu\u2019il menait mélancoliquement pisser 4 à la brunante le long des arbres des poteaux des pneus et autres objets diurétiques en se disant que l\u2019humanité (singulièrement de sexe femelle) merde merde et merde Reperdu la foi Décidé de rendre une ultime visite au révérend père Aloysius Chicoine dans le but précis de lui dire merde (mais le portier du monastère lui apprit que ledit père venait d\u2019être hospitalisé pour ulcères d\u2019estomac; ce qui ne soulagea qu\u2019à demi Allaire-Ducul) Conçu de graves inquiétudes sur l\u2019état de santé de son chien (qu\u2019il avait baptisé Aloysius) et entre les indigestions duquel et les ulcères du révérend Chicoine Norbert se demandait avec anxiété s\u2019il n\u2019existait pas quelque mystérieux rapport de causalité Conduit Aloysius (le chien) chez un vétérinaire et résolu \u2014 deux sûretés en valant mieux qu\u2019une \u2014 de réciter matin et soir un pater et un ave pour le rétablissement du père Aloysius Constaté avec un mélange de satisfaction et d\u2019inquiétude (métaphysique) que le chien Aloysius (à qui le vétérinaire avait imposé un jour de jeûne hebdomadaire) se remettait à digérer (et à renifler les objets diurétiques) avec l\u2019insouciance et l\u2019entrain de naguère Appris de la bouche d\u2019un gratte-papier pisse-vinaigre de la Commission d\u2019assurance-chômage que ses prestations touchaient à leur fin et que Aide-toi le ciel t\u2019aidera de la bouche du portier du monastère que le père Chicoine n\u2019allait pas mieux bien au contraire mais que la volonté de Dieu était la volonté de Dieu Sombré dans une deuxième dépression qui, égale à la première en tristesse et en mélancolie, s\u2019en distinguait par un sentiment aigu de culpabilité 5 Résolu de faire jeûner Aloysius deux jours par semaine Au cours d\u2019une entrevue orageuse engueulé méticuleusement le gratte-papier qui Aide-toi le ciel t\u2019aidera Au cours d\u2019une visite tempestueuse au Bien-être social exprimé \u2014 en présence de Désirée Dupénisse \u2014 l\u2019avis que si Dieu existait il faudrait lui botter le derrière Remarqué en fouillant dans ses poches qu\u2019il n\u2019avait plus une cenne vaillante Réussi à passer à un vieil ami devenu épicier un chèque sans provision Constaté que le Dog Food du Dr.Ballard dont on vantait la succulence à la télévision avait un goût douteux Pris congé de sa voisine péripatéticienne et quitté en catimini son galetas Passé en compagnie d\u2019Aloysius une nuit blanchâtre au square Viger Décidé que le jeu n\u2019en valait pas la chandelle Gagné par petites étapes (en laissant à Aloysius le loisir de farfouiller dans les poubelles) le pont Jacques-Cartier Attaché au collier d\u2019Aloysius une note par laquelle il le léguait au père Chicoine Franchi environ la moitié de la distance qui sépare Montréal de l\u2019île Sainte-Hélène Enjamba à cet endroit le parapet Pendant dix-huit secondes et demi se rapprocha du fleuve à une vitesse uniformément accélérée Et disparut.Gérard BESSETTE 6 JANEK SINOÉ voyage d\u2019O.I Création de n\u2019être plus d\u2019épaisseur.D\u2019un continent à l\u2019autre très loin se dressent dans sa chair ties hommes dehors des hommes partout (en face de moi-même) je déraille, ils ne m\u2019ont pas permis devant ailleurs danser seulement un trou.Ai rencontré par où la foule me disperse au bas les doigts vibrants complètement alors au-delà les édifices frappent à la porte de mon corps, le cinquanteneuf en ayant en vue le sixième étage carré victoRIA (square) m\u2019y exile où se recueille d\u2019y dire les noms de la mort (kaddish) très cher ginsberg à m\u2019entendre.\u2014 l\u2019aube le crève (moi) \u2014 rongé de solitude (d\u2019un homme) à inhabiter \u2014 encore ne nous ai rendu \u2014 qu\u2019elle t\u2019offre (l\u2019enlacement) au retour \u2014 c\u2019était ce soir \u2014 ne jamais à bâtir l\u2019insondable d\u2019une forteresse (bien à eux) déjà \u2014 la solitude sortie des sables de boHEME, confus-je \u2014 et souvent (grotesques) monstrueuses douleurs, etc .je me suis précipité dans le corridor sombre d\u2019une intervalle pour connaître une autre ville illuminée sans issue.aucune (l\u2019intense curiosité).Rideau \u2014 il se pousse partout le soleil \u2014 sur cet homme noir de la souvenance une bougie sur l\u2019enfant s\u2019enfuyait à la vue j\u2019ai erré dans une ville le temps d\u2019y revenir à la brise de vendre (on ne voudra pas de toi) la cadence blessée.Loubli(euse) 7 en l\u2019engagement de l\u2019instant se postérise au large de l\u2019hémisphérique main dans la main siquEIROS (la vietnamienne) échevelée l\u2019inconnue en marche (à coup sûr) dixneufcentsoixanteneuf à(venir).On ne peut dire adieu donc que je croise en plein ciel.J\u2019en VIE parfois l\u2019assez connu l\u2019expire l\u2019évanoui le vide abandon, un cri à creuser un abîme à la mer s\u2019ensuive à CRIsper je fais escale, pour retrouver ce qui était perdu d\u2019avance, attente à l\u2019air (libre) rrance.à la sauver de la haine H mais je n\u2019appartiens pas à ce monde sonore.J\u2019y reviens marcher sur la rue (à nouveau) pour rien j\u2019y étais séparément, toi et moi, s\u2019effiloche la rouge (alternance de la verte) hissante au coin de la rue à ne pouvoir traverser l\u2019autre côté m\u2019appelle le sourire sur laquelle vitrine une fille et une fleur, à saisir.Je reviens (à moi) quelqu\u2019un monte l\u2019escalier.J\u2019EN sortant de là, indication : l\u2019oeil à l\u2019envers.Il y a le bruit : insensés (les gens).La (robe) néant (en laine pourpre) tissement de Lhaineuse.pour : Le voyage périssable languide atmosphère abasourdissante d\u2019élasticité sonore (l\u2019en-aller), l\u2019oiseau de mer émondé des laiteurs chloritiques (de l\u2019homme envahi), ébahissement lunaire (vers Tailleurs) la nébulosité ascensionnelle (à dépasser).Fuir au plus vite par là les hazards d\u2019idées la rue craig de porte en porte à la recherche d\u2019une voix que je porte (dans les yeux l\u2019autre langage plus désespéré) océane afro-(dite) américaine, l\u2019entendue pour la dernière fois, m M i Akeba.i r Parce que s\u2019élève trop si peu de temps l\u2019oeil épais au sortir du soleil marche le trottoir de mes pas de me prouver que j\u2019existe à l\u2019évanouissement de tout ceci.O parfum de l\u2019oeil livré à y 8 puiser de l\u2019errance des ruelles le bleu atmosphérique des vertiges que tournouient tout autour les gratte-ciels, pourquoi déranger de la terre qui valse la porte des yeux à l\u2019envers.Présence de tomber.Qui l\u2019assiège ma tête longuement renversée, ne même plus bouger, coule le voile trouble à ne plus rien saisir.Tomber : puis plus rien.La FIN : à l\u2019intérieur soi l\u2019ivresse gratte l\u2019oeil à épuisement de tuer l\u2019instant espace de se dérouler la perte de soi à ne plus rien saisir s\u2019échoir sur le trottoir des genoux à la fin d\u2019un presque éveil de tout perdre du coup le voyage à finir devant recommencer au plus tôt rompu \u2014 me mine.2 il glisse vers si loin sur la ville derrière moi en ce bruit de roulement assez parçu contemple l\u2019espace de l\u2019hivernale plage de neige d\u2019étouffer l\u2019ordre de la lumière vidée la plus obscure vers la montagne lisse à droite on tourne en rond qui y tourne ni n\u2019est tracé l\u2019étendue provisoire mouvement en dedans de soi les voix rivés au geste de silence des feux brusquement des phares d\u2019abord imprécis puis intronisant mes yeux des clignements se lassent sensibles à ceux des profondeurs imparfaites d\u2019un univers à peu près pour soi l\u2019image étonnante se découvre à considérer encore les réverbères verts gelés les arrêts en arrière la surface même sur la rue où je cours à m\u2019égarer le pressentiment de me perdre mon monde dans ce monde à ne même plus m\u2019y déplacer un abîme où je plonge je m\u2019effraie de ne plus me sensir les arbres d\u2019eux-mêmes les étoiles se tremblent à la vue m\u2019engloutir (quelque apparence de tout).JE suis celui de ceux de vous d\u2019être à personne.Les cordes de la spirale en ronde isobare dans le vent nu de mes paupières à demi-closes halluciné encore de toutes ces alarmes merveilleuses pour oublier ma chair blessée d\u2019odeurs de peinture immarcescible bâillement 9 plus bas encore de ce qu\u2019ils ont connu en l\u2019éclatement de deux pleurs de deux rires dans le départ des adieux tristes sur mes paupières diversifient le quatuor d\u2019amants derrière la dernière porte qu\u2019on refermera sur mes royaumes-miroirs-de-solitude-ver-tiges-de-folie à maintenir le silence derrière la dernière porte aucune blessure mécanique de l\u2019impulsion lascive pour la distance du temps dans les arbres je ne capture l\u2019écho de ceux de la nuit vide s\u2019estompe en le vase de cristal je marche sur ses couleurs ver-glassantes l\u2019entraîne l\u2019inconnu la froisser l\u2019épingler entre mes doigts aveugles à lier nos corps d\u2019arbres en arbres s\u2019emplir si près de soi si tout passe se repose d\u2019ils ne peuvent plus lier Fimmense.Parcourir des yeux en l\u2019effleurement lunatique.en hauteur m\u2019ont laissé descendre de l\u2019autobus à l\u2019immobilité sur la chaussée parallèle de n\u2019être plus d\u2019épaisseur ni l\u2019autre extrémité le corps frappe : dunàlautre à suivre les avenues d\u2019outremont je frissonnais éperdu sydilua des bleus et des rouges dispersés dans l\u2019espace ouvert avec mes mains à l\u2019envers du vide à l\u2019entrée toute chose cachée les agissements de mes pas sur le pavé se tenaient A PARTIR DE RIEN en la surface fragile de tout cela ayêtre toujours parti avec certitude je suis à l\u2019infini présent de me fuir ailleurs.labsurdenécessitédetoutperdre lauthenticitédyparvenir SEUL.(O la vaine oubliance des calmes bleuissements s\u2019étincelle de soleils granitiques sur les bords curvanisés de l\u2019angoisse aux grandes lignes obscures et obliques de tes yeux esquissés toujours à éteindre à l\u2019échevellement).ouvrir des YEUX HOSTIAQUES où des veines s\u2019éparpillent névroptères presque pierres effilochés ilnya de trancher l\u2019irisacré tombe cri ellité mauve nocturne hirsute 10 lacidifié le lucide droit de mon oeil à se répandre le centre du temps illadéchirelatache qui sont nos yeux élastiques aveuglace mensonge luisi etmoialors O Yeux oves imaginaires jusqu\u2019ici à détruire l\u2019O verglas yeux, donner ici un sens O vOYage H d\u2019HOM.Des papillons noirs en l\u2019aillance d\u2019azur métamorphoèmes adonl- des satinés d\u2019une mer à boire au fond de cet Oeil que j\u2019ai rencontrés la luzernière bleue hélas entre deux yeux tacites les fuyant même des plumes nuageuses plus hébescentes que de coutume voleront l\u2019O cieuse émeraudalmée en deçà l\u2019infranchissable sens du trop plein soufflant au large de la blessure des yeux O gives dilatées et l\u2019oiseau filerait sansmêmeplus frémir de l\u2019Ophélie lassitude hALOETIQUE noirs inconnus entrelacés de fleurs gemmeuses dans les vitrines électriques m\u2019ont laissé descendre la nuit engloutie n\u2019a plus de face ni lourdeur à s\u2019ouvrir givreuse.loublinagedérailletment.3 O Y A S M E des yeux étrangers (ex orbiter) l\u2019approche saigne l\u2019O.prismatique ensemble oïaque vésuve cerné (oeil) marasme Hchuré dilatessence des paupières amovibles m\u2019arrache des lumières malchimériques les mains vides derrière un voile opaque l\u2019ophir orbre ophtalmoniane (il reste invisible) or à tous les yeux désolés carolisle aveugle abat-jour tournant de ne pas fléchir anadiaphanes creuses dissonnances blessent le saxophone blasé en une danse sans plus se taire 11 panoramas lutines de l\u2019amasphérique lustrine en carton pARAnoia-QUE m\u2019en berne (ARArauanara) que s\u2019ignicolore jawhé ce phalène lunaire me phaétonise l\u2019enfant ( p(e)urOrgasme ) \u2014I\u2019m trying to scream out of the EYEless.ime tra-yigne tou scrîme aoute ove thi a-yelèsse.i am anaother coSmOS of the broken unfeeling universe, opened my eyelid once.& shouldireturn inside daylight, imprisoned ?hollow of soun d track jazz rhythm of pharoah sand ers being being sad-eyed cries and cadences sh ake my sh oulders before it dies blackeye Where I Was Going Slowly IMTRYINGTOSCREAMOUTOFTHEEYE LESS.Où j allais lentement 080269 à (venir) se ressouvenir.il s\u2019agît de moi.d\u2019homme destiné à crever là-bas.sourdement pendant que.je suis cet oeil qui s\u2019invente un frisson de femme oubliée, de la large déchirure de sang les veines où s\u2019essouffle au-dessus la douleur de s\u2019y plier.Létranger, Lennemi, Lanéant tisse ment, souffrir je l\u2019ai bien voulunon loin de moi de lui des 12 autres, plus de moi.il ne s\u2019agit plus, j\u2019allais car-où je me berce à jamais plus, de moi tout près lentement j\u2019allais m\u2019arrêter où.l\u2019ascension, me mène, à tra-vers la mer glauque de mes yeux pairs.Vomir lalléretour à isoler lilyavaitenmoi.HELAsse ! ! ! ilyavaitenmoi le ravissement l\u2019aller-retour SE METTRE A NU POUR PRENDRE PLACE Vos mires.merdre je vous dis.Janek SINOÉ 13 MICHEL BEAULIEU ADN (un cycle de 30 poèmes) pour Katerine Mousseau ainsi ce peu de soi qui passe ailleurs opprimant la clavicule et le sang sous-coulant la pomme oblongue de l\u2019épaule que les doigts dénuden le dessein le fut-il si tant que de naître le sang l\u2019assainit foc et roc débités point de lumière vélique l\u2019eau polit ses pointes 14 rr tendu vers le ciel l\u2019arc tendu se détend déboise la forêt de cèdres la chaleur naissant des empans qu\u2019elle épouse la déflagration dépolit le nerf des aiguilles n\u2019abolira quiconque la tiédeur ni n\u2019établira le sang des poignets sur la verdeur du sein cette neige la blondeur du sein sous la main frémit depuis le fil d\u2019arrivée du froid cet oiseau piégé parmi les lignes silex empourpré dans l\u2019oiseau cette mue salant son sang le désir tenaille les paupières cet éventail se plie se déplie qui d\u2019autre établirait dans l\u2019oeil le signe cerné d\u2019une paupière si lourdement le lobe lesté qu\u2019il traverse la chambre l\u2019oeil sa ligne porte les anneaux ce moment de même s\u2019effritera soleil qui surnage dans ses tôles un filin tendu rompt ses repaires ne coule du sang que le règne des nerfs pli des pores sur l\u2019oubli des pierres elles roulent arrondies parmi les nids plus que l\u2019eau nul ne se meut l\u2019envahie bousculant ses globes roule à l\u2019envers dans son dédale la douceur de ces coudes à l\u2019intérieur battent les veines de loin venues vers la floraison cicatrice qu\u2019importe elle ne s\u2019ouvre plus sous la faim des dents la main se déplie dans ses sangles d\u2019avoir été tant raffermie doigts gourds que l\u2019ail arraissonne le soleil affadit sang les mains quand il s\u2019écoule de ses eschares c\u2019est du fond du nerf qu\u2019il provient rien vraiment rien ne pare les mots ils restent suspendus dans l\u2019espace avec leur vapeur sous pression qui les échappe ne les retrouve que tard un peu de sang séché sur les pattes ils agitent au vent les mots leurs ficelles le savait-il si les mots quand le coude se déplie pèsent lourd au fond de la nuit prise qui s\u2019effrite entre les doigts le sable coule autour de la montre près des lampes qui meurent sur le jour naissant entre les nerfs ce sang filiforme coupe les poignets ce sang s\u2019il gicle épaissit blesse la lampe du jour elle ne naît des eaux que trop tard que trop tard du cercle du sang cette violence qui tourne en rond de la tête aux pieds des pieds à la tête cette violence qui ne sait pas son sens à l\u2019endroit à l\u2019envers qu\u2019importe le songe ne suivait pas ce cours logique ni la furie des eaux ni la rage des lumières il ne procède que par à-coups giclant peut-être sur la main ou gisant dans une inerte appréhension c\u2019est de seconde en seconde qu\u2019il coule avec ses déclics le temps ne s\u2019arrête que dans les veines rien vraiment rien de soi ne passe ailleurs que dans le cours ovoïde que des aiguilles détourneraient c\u2019est de la suie dans les yeux qu\u2019il revient des forêts déboisées ne suffisant plus à tendre son arc 26 novembre \u2014 8 décembre 1968 Michel BEAULIEU 19 BERNARD TANGUAY Lean sous les os (extraits \u201410 pièces) ZONES SONDES à gué d\u2019île noire descente reflux silence nuit sous ces lampes blancheur vague lactée je me sens me vise divise en mers de nerfs écoute coup sur coups mes sangs où le rampement de mes doigts couchés le long me pressens ivre de ta peau mousse sous ma main d\u2019amer doux sans cesse sang eau des os sourd je traîne fatigue mes yeux de lourdeur dont les pieds se glacent de l\u2019eau de la nuit marée lenteur de mort d\u2019iris recouverte de mon corps algue molle au fonds du plomb liquéfié sur ma peau sur mon crâne houleux tandis que cette peur de mort appelle un rêve lointain * moiteur sous nuits noir à l\u2019endos nacré de mes paupières peau mollesse se meut mon âme chair calme mer lenteur où veille sans cesse source de feux roucoule coule le corps bleu de tes yeux féérie de l\u2019image en l\u2019enclos de mes os irisés coloris d\u2019alizés d\u2019où sonores puits noir à l\u2019endos d\u2019un envers fuient au loin de mes nerfs lent je me sens te sombrer à moi tu te sens m\u2019enliser en toi ton souffle nuit de ma chaleur enlacer à nos corps vague mon haleine et souffle à ton cou frottement douceur le long flottement d\u2019une étendue des puits plainte à l\u2019échine croissance de l\u2019âme aphone grésillement sous peau des nerfs irrigations vers cette paix sens des gonflements d\u2019ivresses mous corps % mes yeux sm* le front des nuits enlisés au filet du temps de vie cet écho grondant en mes os le long d\u2019un fatal flottement continu vers cette vague de plomb des élancements de souffle au creux du creux sourd je hurle sans son glisse et meurs vers l\u2019aube noire mes yeux dans ces fronts de nuit 22 sur les talons d\u2019aube du premier port coule le flottement de ma main sur l\u2019étale molle poli de ta peau de soie rosée sur les pas de ma palme en ta peau surgit l\u2019éclat de tes seins de survie blancs bulles diaphanes sous la fente des voiles d\u2019odeur ta bouche en mes poumons mes veines sous ta peau et le long de tes cuisses de feu mes carpes se prolongent en toi râpent ton ventre moite et fiévreux engorge-moi je t\u2019avalerai son aube de nulle aube après où tendresse ne poliront plus mes paumes ta peau où tes lèvres sur moi ne se refermeront plus où plus jamais d\u2019aucune nuit coule haleine d\u2019âtre chaleur et caresse glisse langue langueur humidité d\u2019eau de vie langue des yeux silence sourdes sondes où je fuite fuirai de mon corps ton corps qui jamais sang pour sang ne fut mien alors je cri te crierai douleur l\u2019amour gémissement profond des pleurs inavoués jadis * lourdeur où doux voile ailé planant gris sur une morose mer à l\u2019étale terne sombre vol de sinistres corbeaux rabattant sur mon fragile crâne leurs ailes de plomb rochers opaques durcis par les ans bruns sarcophages de joyaux éteints sur lesquels je me meurs la nuit dans ces yeux dômes de mon sang coulant vague d\u2019écume à flots m\u2019engloutissant noyé d\u2019astres lointain 24 perdu dans une boue hagard de bulles d\u2019horreur je hurle dans mon crâne une plainte en écho contre mes os perpétuellement sur la corde raide de mes nerfs glacés jusqu\u2019à la seconde où tout séchera sur l\u2019étincelle pie de ma mort à la vie ô plainte pleine de chair sans issue labyrinthe perlé d\u2019une brèche cerclée * glisse évanescence en vague délire ivre de mort où coule des yeux cendre braisée au rythme lourdeurs lent sourd coups creux de l\u2019étirement des sons bleus au sein du sein sous ces élancements de voix au puits du crâne sonore sonde coule vague de sang pourpre chaleur et sombre vie auquel je m\u2019engloutisse sous la nuit des blues Bernard TANGUAY 25 GILLES HOUDE LES SYMBOLES ET LA STRUCTURE MYTHIQUE DU TORRENT (DEUXIEME PARTIE \u2014 SUITE) Cette partie du Torrent a quelque chose de déroutant et d\u2019extrêmement difficile à pénétrer parce qu\u2019elle traduit avec exactitude et minutie les moindres mouvements intérieurs de l\u2019âme.Le niveau objectif du conte s\u2019élabore dans une atmosphère qui est déjà très subtile, et par conséquent, nous situe devant un symbolisme qui, tout en étant identique à celui que nous avons rencontré jusqu\u2019ici, le dépasse en profondeur et en complexité.Il est cependant possible de mettre en évidence les symboles communs aux deux volets de l\u2019oeuvre, mais pour se trouver aussitôt confrontés avec une sensible transformation de la marche symbolique, qui devient oscillante.C\u2019est dire que le sujet psychique hypothétique dont le monde intérieur vient de s\u2019effondrer se manifestera à nous, pour cette raison, de façon beaucoup moins caractérisée.En fait, tout se passe comme si nous assistions au \"combat\u201d que se livrent en lui les forces inconscientes, témoins des images tour à tour ordonnées et chaotiques qu\u2019elles engendrent.Ce va-et-vient n\u2019est pas sans produire cependant, quelques moments de lucidité, comme si la Conscience ou, plutôt, la tendance vers la conscience, reprenait par moments ses fonctions régulatrices.Ainsi, nous verrons, tout au long de ce deuxième chapitre, les symboles déjà rencontrés, se transformer, et d\u2019autres surgirent, plus profonds et plus complexes, parce que faisant partie, ceux-là, du monde des arché-types, des représentations collectives.Leur interprétation devra donc se fonder sur les matériaux communs à l\u2019humain.C\u2019est 26 pourquoi nous avons dû faire appel parfois à des notions et à des rapprochements que la psychologie analytique, dont c\u2019est justement le domaine, pouvait surtout nous fournir.De même \u2014 ainsi que nous le verrons plus particulièrement dans la troisième partie de cet ouvrage \u2014, la mythologie, de par les matériaux immémoriaux et archétypiques qu\u2019elle est à même de mettre à notre disposition, trouve ici sa place en tant que champ de référence explicatif et comparatif.La structure globale du conte, telle qu\u2019elle sera définie ultérieurement et telle que nous l\u2019avons trouvée, sous une forme résumée à la citation \"16\u201d, ne subit aucun changement dans son exemplarité fondamentale, mais reçoit dans la partie comprise, en gros, entre la première crise très grave (la mort symbolique de Claudine) et la fin du conte, comme un surcroît de démonstration dont il est difficile d\u2019expliquer, d\u2019une part, l\u2019existence autrement que par la structure objective du conte qui la supporte et, d\u2019autre part, le contenu, qui fait appel à un symbolisme différent parce qu\u2019archétypique, et non plus seulement personnel (c\u2019est-à-dire trouvant son origine dans le conte même et dans l\u2019esprit de son auteur).Pour donner immédiatement un exemple, l\u2019arrivée du personnage-symbole nommé Arnica est, comparativement, plus inexplicable encore au niveau objectif du conte, que l\u2019apparition du personnage-symbole Perceval, bien que les deux symboles se justifient par leur rapport avec le niveau mythique du Torrent dont ils sont en quelque sorte l\u2019ossature.Dans le conte, ce sont des éléments que nous pourrions qualifier de très secondaires, mais par contre, au plan de la structure sous-jacente de l\u2019oeuvre, ils sont primordiaux, ils fondent pour ainsi dire toute l\u2019exemplarité du \"mythe\u201d.Dans l\u2019interprétation du symbole Arnica, le plus hermétique, à notre avis, que le conte ait produit, nous avons dû faire appel, comme nous le signalions plus haut, à des notions plus générales de la psychologie, parce qu\u2019il est impossible, dans l\u2019esprit de notre méthode, de l\u2019expliquer uniquement à partir des éléments que le conte nous donne.Cela ne veut pas dire que nous croyons l\u2019oeuvre incapable de nous livrer son propre \"chiffre\u201d, mais que l\u2019analyste, lui, doit chercher ailleurs les documents susceptibles de l\u2019éclairer, de lui faire voir à quoi correspond tel symbole particulier, en l\u2019occurence, celui d\u2019Arnica.27 Nous y reviendrons à l\u2019occasion, quand nous parlerons des citations correspondantes, mais qu\u2019il nous soit permis de dire quelques mots ici des documents qui ont été nécessaires à la compréhension du symbole Arnica.Il aurait été certes facile de voir dans ce personnage rien de plus qu\u2019une étape dans la \"vie\u201d de François, l\u2019occasion d\u2019un essai avorté pour trouver un contact humain.Mais trop de faits, à notre avis, s\u2019y opposent.D\u2019abord, le niveau et la portée symbolique du Torrent s\u2019accorderaient mal avec un schème si simple, si \"conventionnel\u201d, car les personnages et les choses de cette oeuvre n\u2019ont aucun besoin de justification littéraire objective pour apparaître et agir; au contraire, ils font irruption dans le conte au moment que le symbolisme total, qui le sous-tend, leur assigne, sans que leur venue n\u2019ait même eu besoin d\u2019être \"préparée\u201d extérieurement et comme artificiellement.Cette logique \"autre\u201d, selon laquelle sont ordonnés les symboles, ne se trouve pas au plan d\u2019une histoire qui est racontée et doit être vraisemblable, mais plonge ses racines dans le mythe, dont elle suit, à sa façon (qui est pour une part celle que l\u2019auteur lui a donnée), les lois propres.De plus, la pensée mythique et la psychologie des profondeurs nous ont, en quelque sorte, habitués à chercher, dans le double domaine du symbole et de l\u2019archétype, de nombreuses analogies avec les structures mythiques qui survivent dans la littérature de tous les temps : littérature qui, comme l\u2019a précisé le colloque du Département de sociologie de l\u2019université Laval (en 1964), est l\u2019équivalent dans les sociétés modernes de ce qu\u2019était le mythe-raconté dans les sociétés archaïques.Cette équivalence, que nous tentons justement de montrer dans ce travail, nous oblige à chercher la signification des symboles de notre conte au-delà de la vraisemblance et des conventions littéraires; dans les structures mythiques et archétypiques.Le symbole incarné par Arnica procède de cette structure, qui est celle-là même de la psyché, et nous ne voyons pas de notion psychologique plus propre à nous en livrer la signification que celle de T'anima\u201d.* Pour I instant, nous nous contenterons d\u2019en donner la signification qu\u2019a élaboré Cari Jung : (.) la perception, en effet, n\u2019a pas seulement lieu de l\u2019extérieur vers l\u2019intérieur; il peut aussi se produire une sorte de perception de l\u2019intérieur vers 1 extérieur.En effet, quand un processus intérieur n\u2019est pas discerné, reconnu comme tel et intégré, il se trouvera fréquemment projeté.Il est même de 28 Cette figure se retrouve dans presque toutes les créations littéraires et esthétiques de l\u2019humanité, mais notre but ne consiste pas en une analyse du phénomène de la projection de l\u2019anima dans Le Torrent.Nous nous sommes limités à en dégager les fondements mythico-symboliques, et c\u2019est pourquoi il a été nécessaire de faire appel à cette notion dans la traduction du symbole que représente Arnica.Nous y reviendrons au moment voulu.Il est cependant essentiel de faire remarquer dès maintenant les changements qui se sont produits à l\u2019intérieur du symbolisme de la seconde partie du Torrent.François, le seul personnage à occuper une place tout au long de l\u2019oeuvre, représentait, dans la première partie, le rôle que joue l\u2019Inconscient dans la vie psychique.Il le joue encore ici, mais il est impossible de faire voir aussi clairement qu\u2019il serait souhaitable, la dialectique qui se joue entre la Conscience et l\u2019Inconscient, d\u2019abord parce que la première fait défaut et ensuite, parce que les deux plans de la psyché sont trop intimement mêlés depuis la mort de Claudine, c\u2019est-à-dire depuis la crise qui a emporté la Conscience.En fait, le conte se déroule comme si nous étions successivement, et parfois simultanément, confrontés avec les images produites par l\u2019Inconscient et la résonnance qu\u2019elles ont dans la Conscience effritée.Et c\u2019est justement à cause de l\u2019apparition d\u2019un nouveau symbole (celui du Soi, de la totalité psychique, image de la ré-union de la Conscience et de l\u2019Inconscient dans l\u2019harmonie) que notre tâche se complique : l\u2019opposition nette qui existait, dans la première partie, entre la Conscience et l\u2019Inconscient, se transmue désormais en leur juxtaposition et parfois même, en l\u2019image de son contraire : en leur réunion virtuelle.Le balancement ou l\u2019oscillation dont nous avons parlé plus haut se trouve donc ainsi définie : elle consiste en l\u2019apparition de deux images; celle de la séparation et celle de l\u2019union de deux \"opposés\u201d, la Conscience et l\u2019Inconscient.règle que le conscient masculin projette toutes les perceptions, images et cé-nesthésies qui émanent de son inconscient, fémininement personnifié, sur une figure ou un personnage qui incarne son anima C.Jung : Un Mythe Moderne \u2014 Projection de l\u2019Anima \u2014 p.172.Gallimard 1961.29 Nous reprendrons ici notre analyse où nous l\u2019avions laissée : au moment de la dissolution presque totale (voir la citation \u201d35\u201d) de la Conscience, symbolisée par la mort de Claudine.La conséquence de cette dissolution est qu\u2019un aspect de la psyché a pris le pas sur l\u2019autre, et qu\u2019il s\u2019ensuit un état de désorientation.32.Je n\u2019ai pas de point de repère.Aucune horloge ne marque mes heures.Aucun calendrier ne compte mes années.Je suis dissous dans le temps.(P- 36) L\u2019horloge, la première image de cette deuxième partie du conte, en plus d\u2019être un symbole des contacts avec la réalité, prend une deuxième valeur qui est la première indication de l\u2019image du Soi.Car, par son aspect circulaire (le cadran), elle est un des symboles de la totalité psychique (Soi); sous le signe de laquelle se déroule cette partie du Torrent.De plus, le Soi, en tant que représentation de l\u2019harmonie, est \"hors du temps\u201d, c\u2019est-à-dire hors d\u2019atteinte pour celui qui vit dans le \"temps\u201d, dans l\u2019agitation.Ce qui est indiqué par la phrase : \"Je suis dissous dans le temps\u201d.D\u2019ailleurs, le Soi est parfaitement assimilable aux concepts orientaux de Chadir, d\u2019Atman, de Tao, de Tifereth, etc., qui impliquent tous une image située \"hors\u201d du temps.Il est cependant exclu que ce soit là une notion métaphysique; le Soi doit être conçu comme une manifestation existentielle de la Nature, empiriquement et intuitivement accessible à la conscience, au même titre, par exemple, qu\u2019un complexe.Ainsi donc, dès le début, se trouve définie l\u2019atmosphère dans laquelle se déroulera le reste du conte, atmosphère qui en est une de désorientation, d\u2019ambiguité, mais aussi d\u2019harmonisation virtuelle.Un des problèmes les plus difficiles à résoudre dans l\u2019interprétation (et le choix) des citations de la partie II du Torrent consistait à déterminer \"qui\u201d \"parlait\u201d en chacune d\u2019elles, malgré le fait que seul François nous livra ses impressions.Comme nous le verrons, l\u2019entité psychique qui entre en scène change d\u2019une citation à l\u2019autre, ce qui n\u2019est pas pour nous rendre aisée la tâche de donner une traduction claire et convaincante de la seconde partie du conte.Nous procéderons donc, dans chaque cas, par renvois aux citations antérieures ou posté- rieures à celle qui nous occupera.Les quelques phrases qui suivent nous décrivent très poétiquement la baisse de niveau mental qui suit la crise psychique.33.\tJ\u2019ai porté trop longtemps mes chaînes.Elles ont eu le loisir de pousser des racines intérieures.Elles m\u2019ont défait par le dedans, (p.36) Les chaînes dont il s\u2019agit ici représentent la contradiction qui sourd de l\u2019intérieur de l\u2019être lorsque celui-ci s\u2019identifie par trop à son Moi idéalisé (persona), au masque (l\u2019exaltation vers la sainteté, en ce cas-ci) qu\u2019il forge de lui-même et auquel il est poussé à se conformer.De la même manière, cette identification sera aussi le fait des sollicitations extérieures engendrées par ce masque (cf.la citation \u201d15\u201d, qui n\u2019est qu\u2019un rappel de la cause de la crise : \"François, je retournerai au village, la tête haute.Tous s\u2019inclineront devant moi\u201d).34.\tIl n\u2019y a de vivant que le paysage autour de moi.Il ne s\u2019agit pas de la contemplation aimante ou esthétique.Non, c\u2019est plus profond, plus engagé; je suis identifié au paysage.Livré à la nature.Je me sens devenir un arbre ou une motte de terre, (p.37) La pluie, le vent, le trèfle, les feuilles sont devenus des éléments de ma vie.Des membres réels de mon corps.Je participe d\u2019eux plus que de moi-même.(p.37) Ceci décrit presque parfaitement la co-incidence de la psyché profonde et de la Nature (dont elle n\u2019est qu\u2019une des multiples manifestations) et ce que pourrait éprouver un être ayant subi une baisse du sentiment de lui-même, de son Moi, qui est tout ce qui le sépare de l\u2019indistinction caractéristique de la Vie en tant que phénomène cosmique.Ainsi, la réalisation du Soi demeure à l\u2019état larvé.35.\tLa seule chose qui me sépare de l\u2019arbre ou de la motte, c\u2019est l\u2019angoisse.(p.37) Je feins de ne pas y croire.Mais, parfois, elle me fait discerner mon bras de l\u2019herbe qu\u2019il fauche.Si mon bras tremble, c\u2019est parce que la peur le fait trembler.L\u2019herbe, elle ne dépend pas de la peur, mais seulement du vent.(p.37) 31 Je ne suis pas encore mûr pour l\u2019ultime fuite, l\u2019ultime démission aux forces cosmiques.Je n\u2019ai pas encore le droit permanent de dire à l\u2019arbre : \"Mon frère\u201d, et aux chutes : \"Me voici !\u201d (p.37) A ce stade de sa vie psychique, le seul phénomène qui, parce qu\u2019il est à la fois psychologique et physique, puisse encore ramener le sujet à la conscience de son Moi, est l\u2019angoisse.Cette angoisse qui est un sentiment d\u2019insécurité devant quelque chose, est justement cette relation qui existe entre l\u2019être humain et cette chose \"autre\u201d et qui rend possible une séparation d\u2019avec l\u2019indistinction inconsciente.Le fait qu\u2019il ne soit pas \"encore mûr pour l\u2019ultime démission aux forces cosmiques\u201d est l\u2019indice que la Conscience n\u2019est pas encore tout à fait morte, même si elle est subjuguée par l\u2019Inconscient.36.\tLa parole n\u2019existe plus.(p.38) La parole, en tant que moyen d\u2019expression (peut-être le plus typique, parmi tant d\u2019autres,) de la pensée consciente et en tant qu\u2019elle s\u2019oppose aux moyens d\u2019expression de l\u2019Inconscient (lapsus linguae, rêves, projections, hallucinations, visions, etc.), exprime ici, par son absence, le fait que le mode de vie inconscient a pris le pas sur le mode conscient.Le conte exprime ainsi une des conséquences de la crise psychique.37.\tJe possède la vérité et je la reconnais à cela qu\u2019aucun de mes gestes n\u2019est pur.(p.39) Nous supposons que la vérité dont il s\u2019agit ici peut être le symbole de l\u2019harmonie qui devait exister entre le Moi et le Soi, mais que, par suite du comportement de la Conscience, cette vérité n\u2019est que pressentie.Or, c\u2019est justement l\u2019angoisse des gestes ressentis comme \"impurs\u201d qui est la plus susceptible de faire prendre conscience au sujet de cette harmonie possible.De même, cette impression d\u2019impureté fait sans doute allusion à un comportement exclusivement centré sur la persona (le masque que chacun montre en société ou à lui-même), mais paraîtra, par rapport au comportement \"sain\u201d, évidemment impur, c\u2019est-à-dire contraire au sens que peut prendre le Soi, contraire à la \"vérité\u201d personnelle que l\u2019individu doit s\u2019efforcer de découvrir au fond de lui-même et de réaliser.32 38.\tLe désir de la femme m\u2019a rejoint dans le désert.(.) Posséder et détruire le corps et l\u2019âme d\u2019une femme.Et voir cette femme tenir son rôle dans ma propre destruction.Aller la chercher, c\u2019est lui donner ce droit, (p.39) 39.\tJ\u2019ai fait faire à Arnica un lot de détours dans la montagne, afin de brouiller à jamais dans sa mémoire le chemin conduisant à mon domaine, (p.44-45) 39a.Nous entrons dans la maison, j\u2019ai refermé la porte sur nous.Pas un muscle de son visage ne bouge.La maison est sinistre, pourtant.Sale, sombre, elle garde la forme et l\u2019odeur de la mort et du terrible vivant que je suis.(p.46) C\u2019est dans ces passages, très importants au point de vue symbolique, que nous rencontrons pour la première fois un personnage symbolique (Arnica) que nous avons assimilé à la fonction psychique nommée anima (voir plus haut).En tant qu\u2019i-mage personnifiée de l\u2019inconscient collectif \u2014 et par le fait même, des plans psychiques les plus profonds, les plus anciens et les plus difficiles à décrire de notre sujet mental hypothétique \u2014, Arnica sera à même de nous livrer les dernières clefs qui nous seront nécessaires pour comprendre quelque peu les symboles de cette seconde partie du conte.L\u2019apparition de cette image psychique dans les rêves ou les fantasmes d\u2019un individu est le signe qu\u2019une élaboration suffisante des matériaux de l\u2019inconscient personnel s\u2019est produite.Ce qui nous laisse donc croire à une évolution ultérieure positive, au rétablissement, dans un avenir plus ou moins rapproché, de l\u2019harmonie psychique.Ceci nous semble confirmé, dans la seconde partie de la citation \"39\u201d, par la description lucide que François donne de lui-même et qui constitue un rappel de l\u2019assimilation entre l\u2019Inconscient et la Maison (voir le commentaire à la citation \"2\u201d).Cette image de la maison \"sale et sombre\u201d constitue donc un excellent symbole de la situation psychique de notre sujet, parce que celle-ci, comme celle-là, est fermée, sombre, et ressentie comme \"sale\u201d, c\u2019est-à-dire perturbée par la disharmonie.33 40.En riant beaucoup, elle met ses bras autour de mon cou.(.) Quels reptiles frais m\u2019ont enlacé ?J\u2019arrache brusquement de ma nuque les bras qui s\u2019obstinent.Je les tord.Cela me fait du bien, mais ne me rassure pas.L\u2019emploi de ma force physique indique trop bien la défection de ma puissance spirituelle, (p.46) Nous nous trouvons confrontés ici avec le symbole d\u2019un symbole.En effet, le sujet psychique dont nous analysons les images mentales s\u2019est presque complètement identifié (dans la première partie du conte, avant la \"mort\u201d de Claudine) avec un masque idéal de lui-même, une persona.La contradiction intérieure ainsi engendrée agit sur le Moi et tout alors se passe comme si l\u2019Inconscient l\u2019opprimait avec une puissance égale, sinon supérieure, à celle avec laquelle la persona attire le Moi.Ainsi, la soumission ou, mieux encore, la réponse aux sollicitations sociales, sexuelles, intellectuelles, affectives, etc.pour vile\u201d qu\u2019elle soit ressentie, n\u2019en demeure pas moins essentielle, mais en face des séductions du masque idéal, elle paraît d\u2019autant plus nuisible.C\u2019est ce qui, en définitive, pousse ou entraîne fatalement 1 individu dans un état de contradiction avec la nature, c\u2019est-à-dire avec lui-même.Et c\u2019est cet état de contradiction interne qui devient la cause de la faiblesse spirituelle ou psychique du sujet, tant en face des exigences du monde que de celles de son \"âme\u201d.41.i_e repas, 1 un en face de l\u2019autre.La flamme de la lampe plus claire, puisqu\u2019elle a lavé le globe (P- 47) Nous avons déjà vu que le globe de la lampe et son halo de lumière, de par sa forme ronde, étaient des symboles de la totalité psychique (voir la citation \"16\u201d et son interprétation).Ce symbole central du Torrent, celui qui pour ainsi dire nous donne le pouls, le point du conte, guide toute notre interprétation gîobaxe.Ce n est pas par hasard si nous le rencontrons ici.Nous avons fait remarquer plus haut que l\u2019apparition de ! anima (symbolisée par Arnica) était un indice d\u2019un certain progrès dans la situation psychologique de notre sujet.Or, voici que, grâce à cette apparition, l\u2019image de la totalité s\u2019en trouve comme \"éclairée\u201d.Cet éclaircissement de la situation 34 est symbolisé par le fait qu\u2019Arnica ait lavé le globe de la lampe.Ceci, ainsi que l\u2019image symbolique suivante, nous laisse entrevoir une amélioration possible, une \"guérison\u201d; c\u2019est-à-dire une harmonisation tardive, mais non moins souhaitable, des tendances spirituelles et somatiques.42.Voici que j\u2019accueille en mon lit la femme et l\u2019homme qui l\u2019accompagne.Depuis combien de temps ai-je repris le grand lit de ma mère ?Je n\u2019ai pas encore eu la force d\u2019occuper toute sa chambre; mais, un soir, j\u2019ai monté le lit dans mon grenier, en remplacement de ma paillasse d\u2019enfant, (p.47) Le lit, ici, peut être porteur d\u2019un double symbolisme : en premier lieu, il sert à la fois à indiquer la relation corporelle des individus donc, la satisfaction des besoins charnels souvent opposés à la \"pureté\u201d (cf.plus haut le commentaire de la citation \"40\u201d) et à indiquer, sur un autre plan cependant, la relation de la Conscience \u2014 symbolisée par Claudine qui l\u2019avait toujours rejeté auparavant de la psyché avec une de ses fonctions et, en conséquence, avec le monde extérieur.En second lieu, il symbolise, par l\u2019intermédiaire de son appartenance à Claudine, la conscience en tant que telle.Ainsi le fait que François ait repris le lit de sa mère peut signifier deux situations contradictoires : soit une \"reprise\u201d des fonctions conscientes, soit un investissement partiel de la Conscience par l\u2019Inconscient (étant entendu que la chambre est le symbole du Moi, du centre de la Conscience : \"Je n\u2019ai pas encore eu la force d\u2019occuper toute sa chambre\u201d).On voit ici combien il peut être difficile d\u2019interpréter correctement un motif symbolique, car il peut aussi bien signifier une situation psychique (mythique) qu\u2019une situation diamétralement opposée : un gain de conscience ou, au contraire, un abaissement du niveau mental.La traduction dépend, dans une large mesure, du contexte symbolique global, et c\u2019est pourquoi de telles contradictions peuvent se résorber au niveau de la thématique générale de l\u2019oeuvre et nous obliger à adopter un sens à l\u2019exclusion d\u2019un autre.Cependant, nous le verrons au cours de l\u2019analyse, le conte nous offre presque constamment, dans sa deuxième partie, une alternance de valeurs contradictoires qui rend impossible toute interprétation à priori ou basée sur un schéma établi d\u2019avance.C\u2019est pourquoi il sera nécessaire de passer en revue toutes les Images du conte avant de pouvoir déterminer, avec certitude, si l\u2019orientation des symboles qu il contient se fait dans le sens d\u2019une exemplarité positive ou négative; c\u2019est-à-dire dans le sens d\u2019une \"victoire\u201d ou d une prépondérance finale de la Conscience ou de l\u2019Inconscient sur l\u2019autre moitié psychique.Dans la dialectique qui se joue entre ces deux parties principales de la psyché, les tendances qui, à l\u2019état plus ou moins normal, sont sensé collaborer à l\u2019harmonie de la personnalité, tendent, chacune, au contraire, lors d\u2019un moment de crise comme celui qui est décrit dans le Torrent, à s\u2019assurer l\u2019hégémonie.Cette autonomie des complexes est peut-être difficile à accepter, et c\u2019est la raison pour laquelle le langage emploie des expressions apotropéiques du genre 'j\u2019ai\u201d telle ou telle habitude ou façon de penser, alors qu\u2019il serait sans doute plus exact de dire que ces habitudes ou ces façons de penser et d\u2019agir, ces préjugés, nous possèdent.Mais la symbolisation mythique, elle, nous montre bien que les complexes, personnifiés le plus souvent en monstres, en dragons, en calamités ou en situations de crises, etc., jouissent de la plus complète liberté d action a l\u2019intérieur du monde psychique et que, pour cette raison, le héros ne parvient à les vaincre ou à résoudre les énigmes qu au moment où il se rend compte de ce fait et l\u2019accepte.L\u2019opinion courante qui dit que c\u2019est nous-mêmes qui engendrons de telles \"maladies de l\u2019âme\u201d est contredite par la difficulté même que nous avons à nous en débarrasser par la seule force volitive qui, parce qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une partie de notre monde intérieur, ne peut prétendre à la primauté sur celui-ci.Si tel était le cas, la majeure partie des problèmes auxquels nous avons à faire face dans la vie psychique \u2014 et qui sont traduits dans les mythes, dans les légendes religieuses, les contes et souvent aussi dans les romans, sous forme de combats entre un héros et des monstres ou encore par des situations inextricables, des forêts à traverser, des labyrinthes, etc.\u2014 n\u2019existeraient même pas, car c\u2019est justement l\u2019incompréhension de la Conscience vis-à-vis de ces problèmes qui a fait que celle-ci les a traduit en symboles ayant précisément pour fonction d\u2019en montrer l\u2019inexplicable.36 43.JTintroduiu Arnica dans le vertige de mes nuits.(.) Quelles vieilles insomnies veillent alentour, offrant les fièvres et les terreurs innombrables ! Et le sommeil ne vaut guère mieux.Il n\u2019est que descente au gouffre le plus creux de la subconscience, là où je ne puis ni jouer, ni me défendre, si faiblement que je puisse le faire éveillé.(p.48) Elle dort.Les démons familiers appareillent dans les noires sculptures du lit.Ah ! je ne serai plus seul tourmenté ! Non, ils épargnent son sommeil calme.Ils se déploient de loin autour d\u2019elle.Elle forme une île calme sur ma couche maudite, (p.48) Cette confrontation étonnante avec l\u2019anima est l\u2019indice, si parcellaire soit-elle, d\u2019une certaine prise de conscience.L\u2019anima, en effet, en tant que représentation féminisée de l\u2019Inconscient (masculin), n\u2019apparaît dans les rêves, entre autres occasions, que lorsque l\u2019état de conscience est assez élevé pour bénéficier de cette personnification, qui a pour \"but\u201d \u2014 si l\u2019individu y prête attention, c\u2019est-à-dire s\u2019il tient compte des symboles que constituent les agissements de l\u2019anima dans ses rêves ou ses fantasmes diurnes \u2014 de le guider sur la voie de l\u2019harmonisation de ses différentes tendances.Certes, l\u2019image-représen-tation que constitue l\u2019anima ne \"dit\u201d pas au sujet ce qu\u2019il devrait ou ne devrait pas faire, car il lui revient de déchiffrer les contenus symboliques de ses rêves, de même que nous avons à chercher la signification qui est implicitement contenue dans les symboles du conte et qui, quant à sa structure, est identifiable aux premiers.Cette image de l\u2019anima est la personnification des contenus inconscients, et la citation \"43\u201d nous le dit clairement : le fait que l\u2019individu théorique qui est le sujet psychique du conte ne puisse pas jouer ou se défendre dans le \"gouffre le plus creux de la subconscience\u201d, alors qu\u2019il en est quelque peu capable à l\u2019état de veille, signifie selon nous qu\u2019il est impossible durant le sommeil de maintenir le même aveuglement vis-à-vis ses problèmes que durant l\u2019état de veille.De plus, les \"démons familiers\u201d ou ce qu\u2019on pourrait appeler complexe ou encore, en l\u2019occurence, surtension de la fonction spiritualisante (voir en particulier la citation \"15\u201d) semblent épargner Arnica.Or, cela est justement une indication de la façon désinvolte 37 avec laquelle les représentations oniriques et particulièrement l\u2019anima, se comportent dans les rêves qui (cela est bien connu) sont apparemment des plus farfelus, sans signification, sans sérieux (exception faite des cauchemars), c\u2019est-à-dire sans commune mesure avec ce dont on est en droit d\u2019attendre de la part d\u2019images logiquement élaborées durant l\u2019état de veille.Dans le conte, Arnica affiche d\u2019ailleurs un comportement semblable, qui ne s\u2019explique autrement que fort difficilement.Les \"démons familiers\u201d qui semblent surgir des sculptures du lit sont un autre fait qu\u2019il importe ici de signaler car, étant donné qu\u2019en lui-même, le lit est le symbole de la Conscience (tourmentée), tout ce qui sort de ce meuble, c\u2019est-à-dire tout ce que la Conscience produit en résistant à la nature, prend ici des valences démoniaques, nuisibles et incontrôlables.44.Le matin point.Je sens le murmure lointain du torrent, en marche, en moi.Est-ce que je rêve ?(p.48) Lorsque le jour revient, c\u2019est-à-dire lorsque l\u2019individu redevient éveillé, il est de nouveau assailli par le complexe, mais sous des modalités différentes.Au lieu de la précision (subjective) des images du rêve, il se trouve confronté avec des fantasmes, des angoisses qui sont le fruit d\u2019une sensation confuse, mais d\u2019autant plus poignante, de l\u2019état de déséquilibre qui s\u2019est emparé de lui et qui est ici traduit par le symbole du torrent.Symbole, d\u2019une part, que nous avons identifié plus haut (cf.les citations \"27a\u201d, \"27b\u201d et \"30\u201d) à la puissance indifférenciée de la Vie cosmique et biologique, puissance qui fait sentir ses \"droits\u201d sur la personne qui l\u2019a refoulée, par un \"intermédiaire\u201d (l\u2019Inconscient collectif) qui, par sa structure et ses fonctions, en autant que nous puissions les saisir adéquatement en est demeuré très près et avec lequel il faut compter.Ainsi, par un phénomène de compensation, le Torrent tend-il \u2014 en présence d\u2019un individu qui ne lui accorde pas la part qui est sienne dans le microcosmos qu\u2019est l\u2019homme \u2014 à outrepasser les bornes de la Conscience devenue opprimante et à la miner de toutes parts (voir la citation \"30\u201d et le commentaire).45.Ah ! que fait cette tête endormie sur ma poitrine ?Je la prends dans mes mains, telle une boule, (p.48-49) 38 De même que les citations \u201d16\u201d, \u201d32\u201d et \u201d41\u201d, la citation \u201d45\u201d nous donne une image de la Totalité, du Soi.La tête est identifiée à une boule, et cette boule, étant un cercle à trois dimensions, nous met en présence d\u2019une répétition du symbolisme universel du cercle, de la totalité significative d\u2019harmonie et de complétude, d\u2019un des signes sous lesquels se déroule cette deuxième partie du Torrent, et qui symbolise la recherche d\u2019une harmonisation entre toutes les tendances psychiques qui, pour l\u2019instant, à cause du développement et de l\u2019\u201déclatement\u201d du complexe de sainteté, s\u2019exercent dans des directions divergeantes.46.Arnica est un témoin .Témoin de quoi ?Témoin de moi, de ma présence, de ma maison.Cela suffit pour me donner la frousse, comme si je voyais un grand miroir aux images ineffaçables retenir mes gestes et mes regards, (p.50) ^imica, en tant qu\u2019imagé de l\u2019anima de François et, par le fait même, symbole de (son) Inconscient collectif, s\u2019identifie donc aux contenus de celui-ci.C\u2019est là ce qui nous permet d\u2019affirmer qu\u2019elle \"connaît\u201d parfaitement ce qui se passe en François, et accessoirement, qu\u2019elle est au fait de tout ce qui s\u2019est produit depuis la mort de Claudine, dans la psyché du sujet.Tel est ce que l\u2019auteur a transposé, au niveau objectif du conte; faisant ainsi d\u2019Amica, en quelque sorte, l\u2019alliée de la police.Mais ceci ne doit être considéré que comme un symbole sous-jacent à l\u2019oeuvre, car rien ne nous permet d\u2019affirmer que ce soit réellement le cas au niveau concret du conte, qui, au demeurant, reste assez vague sur ce point.* 47.A la vérité, je sens son regard, même sous ma paupière fermée.Il pèse sur mon sommeil, de tout son poids étrange.(.) A quoi veut-elle en venir.Espère-t-elle me posséder en mon intégrité.(p.50) * (Voir à ce sujet, page 59, dans l\u2019édition parue en 1963 chez H.M.H.: \"Je suis nu, dehors, devant cette fille en pillage pour le compte de la police.Elle en saura même plus long qu\u2019il n\u2019est nécessaire à un rapport judiciaire.Elle pénétrera mon tourment\u201d.Cette phrase, qui pourrait d\u2019ailleurs symboliser les contraintes extérieures au Moi, est la seule de tout le conte où il soit fait mention de la force policière).39 D\u2019ailleurs, la citation \u201d47\u201d montre bien, à notre avis, que l\u2019emprise d\u2019Amica s\u2019exerce davantage au niveau symbolique que concret (au sens d\u2019un élément objectif du conte).Le contexte général de la deuxième partie, tout comme celui de la citation suivante, en fait foi : 48.Une fois, ne pouvant plus soutenir cette exaspérante insistance, j\u2019ai voulu frapper Arnica.D\u2019un bond, elle a sauté à terre.Ce bond élastique a été pour moi une telle révélation que je n\u2019ai plus pensé à courir après Arnica.Le malaise poignant que me donnaient les yeux trop grands ouverts attachés sur moi est complété par l\u2019impression de la chute souple.Cela me rappelle un certain chat, (p.50-51) 11 est évident que les représentations psychiques inconscientes ne sauraient obéir aux invectives de la volonté (voir le commentaire à la citation \u201d42\u201d), et ce chat, symbole de l\u2019agilité d\u2019Amica, qui échappe facilement au contrôle que François prétend exercer sur elle, en est la meilleure illustration.Il est cependant intéressant de faire remarquer qu\u2019un autre symbole très important, celui des yeux, est ajouté ici, et que cet Oeil, dans plusieurs représentations symboliques chrétiennes du Moyen-Age, tient une place privilégiée en tant qu\u2019\u201doculi pis-cium\u201d* parce qu\u2019il est toujours ouvert (comme l\u2019oeil de Dieu) et qu\u2019il est synonyme des \"scintillae\u201d, étincelles de l\u2019âme.Ces correspondances entre les élaborations symboliques des alchimistes et les symboles de notre conte, ne doivent pas nous étonner, car les symboles généraux ou les archétypes, ont l\u2019habitude de se manifester partout et dans tous les temps, sous des formes qui, bien qu\u2019elles subissent quelques variations, n\u2019en demeurent pas moins essentiellement semblables et porteuses des mêmes significations.Ainsi, le fait que l\u2019anima soit identifiée à l\u2019oeil d\u2019un chat (voir la citation \u201d43\u201d, ainsi que les citations \u201d50\u201d \u201d51\u201d et \u201d52\u201d), est révélateur du fait que ces deux symboles possèdent une valence commune; celle de tout voir et de tout comprendre ce qui se passe dans le monde de l ame.De plus, en tant que fonction importante de la psy- * (oeil de poisson).40 ché, l\u2019anima-oeil-chat est ici confondue avec l\u2019âme même ou, du moins, avec cette étincelle d\u2019âme faisant partie de l\u2019Ame universelle (L\u2019Etre).49.\tMa mère ne voulait pas garder de chat.Probablement parce qu\u2019elle savait qu\u2019aucun d\u2019eux ne se plierait jamais à la servitude, (p.51) Claudine, malgré le fait qu\u2019elle se soit efforcée, d\u2019ailleurs sans succès, d\u2019asservir ses instincts, sous la forme de Perceval, devait confusément ressentir l\u2019impossibilité de contrôler la partie inconnue d\u2019elle-même (l\u2019Inconscient).Mais, la qualifiant de \"tentation de mollesse\u201d (cf.la citation \"59\u201d) afin de se cacher à elle-même sa faiblesse et se donner l\u2019impression d\u2019être forte et sainte, elle repoussait de toutes ses forces cette intuition qui, seule, lui aurait permis de changer à temps son attitude.50.\tUn chat rôda alors aux environs.Il ne se montrait, chose extraordinaire, que lorsque j\u2019étais seul.(.) Il semblait suivre en moi la formation latente d\u2019un dessein qui m\u2019échappait, et dont lui seul pénétrait le dénouement inévitable, (p.51) Quelqu\u2019un m\u2019a donc contemplé, sans interruption ni nuit ?Quelqu\u2019un m\u2019a donc connu, au moment même où moi je ne possédais plus de regard sur moi ?(p.51-52) Ce chat, que nous avons identifié plus haut (voir la citation \"4S\u201d et son commentaire) avec l\u2019anima (une des fonctions ou représentations de l\u2019âme inconsciente), est, dans sa façon de se manifester, un élément personnel, propre à chaque individu, comme l\u2019indique d\u2019ailleurs l\u2019auteur : le chat \"ne se montrait que lorsque (François) était seul\u201d.Arnica est un témoin (cf.la citation \"46\u201d), non pas un témoin venant de l\u2019extérieur et susceptible d\u2019interpréter incorrectement le comportement et les souffrances d\u2019un sujet, mais un témoin faisant partie intégrante de lui-même et donc capable de \"prévoir\u201d, en quelque sorte, le dénouement de la crise actuelle, de le traduire en songes qui, à leur tour, seront autant d\u2019indices donnés à l\u2019individu pour sa gouverne personnelle.C\u2019est ce qui fait que malgré l\u2019aveuglement de Claudine et, en conséquence, l\u2019angoisse de François (c\u2019est-à-dire, l\u2019angoisse du sujet, de la partie personnelle de l\u2019Inconscient), il soit encore possible, en autant que les visions 41 du rêve reçoivent une interprétation correcte, de rétablir l\u2019équilibre.D\u2019ailleurs, la relation d\u2019identité entre Arnica et le chat est clairement indiquée par le conte même : 51.\tArnica a les mêmes yeux que ce chat.(p.52) Comparée avec les citations \"48\u201d, \"50\u201d, et \"52\u201d à \"54\u201d, cette partie du conte nous décrit de façon symbolique les rapports dialectiques qui existent entre la Conscience et l\u2019Anima, tout en insistant de manière très nette sur les apparitions irrégulières de l\u2019image-présentation de l\u2019anima et sur son appartenance à un contexte psychique qui, pour être collectif dans son essence, n\u2019en est strictement pas moins individuel dans ses manifestations.52.\tDans la suite, je n\u2019ai pas revu le chat.J\u2019avais une singulière impression à son sujet.Il me semblait que la bête maléfique était disparue en moi.(p.52)* 53.\tElle savait tout et elle existait en moi.(p.52) Enfin, elle insiste sur le caractère indubitablement inconscient d\u2019une telle image psychique qui, lors de son apparition, est propre à causer une très forte impression.54.\tCe témoin maintenant m\u2019interroge, directement, du dehors de moi, sans connivence, comme un juge.(.) Il viole plus profondément que ma conscience.(p.53) Or, c\u2019est le caractère inconscient d\u2019une telle image onirique, qui fait qu\u2019elle nous semble venue de nulle part, du dehors, d\u2019un monde \"supra-naturel\u201d et, en tout cas, extérieur au Moi.Mais elle n\u2019est pas, pour autant, ni pour cela, étrangère au monde mental individuel dans lequel elle apparaît, parce qu\u2019elle est justement une manifestation archétypale.ET autre part, l\u2019anima a pour fonction de \"montrer\u201d au sujet, qui sait en interpréter les manifestations dans ses rêves, les côtés positifs de sa personnalité.* Cette partie du conte insiste aussi sur le fait qu\u2019un individu, sachant interpréter ses rêves, est à même d\u2019en tirer d\u2019inestimables indications sur ce qu\u2019il est, et par le fait même, sur ce qu\u2019il doit faire.42 55.\tCe matin, Arnica avait algné sur la table les quelques cuillers, fourchettes et couteaux que je possède.(p.53) \"C\u2019est en argent ?\u201d (p.54) Arnica a une drôle de façon de faire le ménage.Elle peut frotter, fureter plutôt, pendant des heures dans la même armoire, le même coin, tandis qu\u2019il y a certaines besognes qu\u2019elle n\u2019entreprend jamais.(p.54) Ces côtés positifs sont ici symbolisés par les ustensiles de table.Il est remarquable de constater que l\u2019Anima demande ici à la Conscience si ses \"qualités\u201d sont d\u2019argent et si, en d\u2019autres mots, elles sont exploitées à son profit par le sujet qui les possède.Il est aussi frappant de remarquer que celui-ci réponde par la négative (\"Mais non, grosse dinde !\u201d, page 54), comme si on avait voulu insister sur le fait que le sujet refuse de s\u2019accepter, aveuglé qu\u2019il était dans la première partie par son image (persona) de sainteté et, dans la deuxième, par l\u2019irruption des forces instinctuelles dans le champ de la Conscience.Le fait qu\u2019Amica n\u2019accomplisse que certaines tâches en apparence dénuées de grande utilité est pour nous une autre indication de l\u2019aveuglement de la Conscience, qui ne voit pas que l\u2019Inconscient insiste presque désespérément sur les points essentiels \u2014 les qualités positives, le réalisme qui a toujours fait défaut à Claudine \u2014 qui seuls peuvent, ou auraient pu, sauver le sujet du déséquilibre dans lequel il s\u2019enfonce.Cela démontre pour nous que les espoirs d\u2019amélioration signalés plus haut (voir les commentaires aux citations \"41\u201d et \"43\u201d) ne se concrétiseront pas.56.\tLes seules voix qui me parviennent sont intérieures, (p.55) Je suis plongé au centre de moi-même, sans rémission.Après une enfance suppliciée par la stricte défense de la connaissance intime, profonde, tout d\u2019un coup, j\u2019ai été en face du gouffre intérieur de l\u2019homme, (p.55) Cette insistance de l\u2019Inconscient est renouvelée ici et enrichie d\u2019une révélation douloureuse : toute confrontation avec les pulsions inconscientes exacerbées entraîne un débalancement plus ou moins grave et permanent du Moi.43 De plus en plus, à ce stade du conte, nous sommes en face de rappels de la situation psychologique de Claudine-François (le sujet).Même si, au niveau objectif du conte, les paroles que nous citons se trouvent dans la bouche de François, certaines citations rappellent les points importants de l\u2019évolution antérieure de la Conscience.Car à ce moment, c\u2019est encore Claudine qui est assimilable à la Conscience.Puisque, au niveau objectif du conte, Claudine est morte, nous nous trouvons donc ici devant l\u2019inversion signalée plus haut, au commentaire de la première citation, et passim, et qui consiste à faire dire par François, symbole ou hypostase de l\u2019Inconscient, les mouvements qui se produisent dans la Conscience aussi bien que dans l\u2019Inconscient.L\u2019Inconscient avait déjà, avant même que les signes avant-coureurs de la désintégration psychique ne s\u2019annoncent, envoyé à la Conscience des \"avertissements\u201d propres à lui faire constater le mauvais état de ses rapports avec ses instincts : 57.\tQuand j\u2019étais petit, (.) Il m\u2019arrivait alors, parfois, de sentir, un instant, une présence qui était une espèce de consolation, (.) Je n\u2019osais m\u2019abandonner à cette douceur, appelée tentation de mollesse par ma mère.Je me raidissais, conscient de tuer peut-être un ange en me récusant, (p.55-56) De plus, les liens organiques et dialectiques qui unissent la Conscience et l\u2019Inconscient sont exprimés ici par cette phrase : 58.\t\"Tu es mon fils, tu me continues\u201d, (p.56) Cette citation qui vaut surtout pour l\u2019image est, à proprement parler, presque fausse, car c\u2019est bien plus la Conscience qui continue l\u2019Inconscient, que l\u2019inverse.Juste avant la dislocation finale de tout l\u2019être, avant la perte de l\u2019individualité, autrement dit, avant le retour de la Conscience \"dans\u201d l\u2019Inconscient personnel et l\u2019évacuation de celui-ci au profit de l\u2019Inconscient collectif (qui prend sa place vidée par l\u2019intégration au plan conscient de complexes contenus dans l\u2019Inconscient personnel), juste avant le retour de l\u2019individualité dans le domaine du virtuel et des potentialités larvaires, il se produit donc un dernier sursaut de conscience, mais très bref : 44 59.\tSi je reviens, c\u2019est que le torrent n\u2019est pas encore ma demeure absolue.La maison de mon enfance agit encore sur moi, (.) (p.57) Je ne suis pas encore complètement préparé pour l\u2019intégration définitive à la furie des chutes, ni pour le plus profond abîme en moi-même.(p.57) Maintenant les visions se mêlent, récapitulent le passé et les images principales contenues dans le conte, exactement comme si l\u2019assertion populaire selon laquelle un individu revoit toute sa vie défiler devant ses yeux au moment de la mort, avait quelque fondement dans la réalité qui nous occupe ici.60.\tTout à coup la panique s\u2019empare de moi, à une certaine révélation que j\u2019ai.Je ne croyais pas avoir de l\u2019eau.Arnica fait signe que oui et m\u2019aide à boire comme un enfant, en soulevant ma tête, (p.58) Arnica peut lire mes pensées, (p.58) Ces images se présentent sans ordre apparent et nous font voir l\u2019activité inconsciente dans ses multiples modalités.Ainsi, la citation \u201d60\u201d nous indique encore une fois la puissance d\u2019une des manifestations ou fonctions psychiques, l\u2019anima, qui peut \u2019\u2019connaître\u201d et \u2019\u2019révéler\u201d symboliquement à l\u2019individu ses tendances profondes.Le fait qu\u2019Amica ait su que François désirait boire est un symbole de la \"science\u201d accumulée dans les couches inconscientes de la psyché humaine, formée de tous les souvenirs, de toutes les expériences affectives ainsi que de tous les souvenirs-représentations collectifs.Le désir de l\u2019eau peut être une prémonition du retour prochain de l\u2019individu \"dans l\u2019eau\u201d, c\u2019est-à-dire dans l\u2019indistinction primitive.D\u2019autre part, nous avons déjà signalé plus haut que l\u2019anima pouvait être maléfique.Or, nous la voyons ici s\u2019\"emparer\u201d du Soi (en donnant à boire en soulevant la tête de François) pour le plonger dans les Eaux.Un tel acte doit être considéré ici comme une annonce de la non-réalisation de l\u2019harmonie psychique et de la chute concomitante de la Conscience dans le Torrent, dans l\u2019informel.Et ensuite, le conte nous donne de nouveau une image globale de la vie qui est, fait à remarquer, identique à celles employées plus haut citations \"16\u201d et \"21\u201d : celle d\u2019un Livre.Cette image peut de ce fait être considérée comme la plus importante du conte, parce que c\u2019est grâce à elle que nous avons pu suivre le 45 développement psychique du sujet Claudine-François.La première image du Livre, rencontrée à la citation \u201d16\u201d, résumait entièrement le conte, la seconde (\"21\u201d) nous donne l\u2019indication supplémentaire suivante : l\u2019Inconscient rejette les faux-fuyants de la Conscience et proteste contre eux de façon plus ou moins violente selon leur nature et leur intensité.Ici, la dernière image du Livre nous est présentée sous la forme du livre de compte : la situation a évolué jusqu\u2019à sa fin naturelle, les \"comptes sont faits\u201d.De plus, il y est aussi fait allusion à la cause principale de la dissolution : le comportement exalté de Claudine, dans la première partie : 61.\tLe livre de comptes est ouvert.Je le feuillette.Aucune trace d\u2019enveloppe.Je ne sais comment expliquer quelle curiosité m\u2019attache à parcourir ces pages.J\u2019y mets un soin, une minutie, une sorte d\u2019avidité qui me déchire.Je constate que tous les efforts de comptabilité (parfois inouïs) de ma mère semblent tendre à l\u2019extinction d\u2019une dette.A la dernière page, je lis cette dernière phrase tracée par la haute écriture : \"Soldé l\u2019argent du mal\u201d.(P- 63) Cette dernière phrase : \"Soldé l\u2019argent du mal\u201d, est comme un rappel de la situation primordiale, celle qui a engendré la chute de Claudine.Quelque \"faute\u201d passée (peut-être la naissance de son fils) a fait naître dans son esprit l\u2019idée d\u2019une dette envers elle-même et surtout envers les autres.Claudine s\u2019est donc mise en devoir de racheter cette \"faute\u201d et, par compensation, et aux prix de privations exagérées qui ont fini par lui donner un sentiment extrêmement flatteur de sa propre persona, de se surpasser en \"sainteté\u201d.Ce masque, elle s\u2019est petit à petit complètement identifiée à lui, refoulant ses instincts normaux qui, par la suite, devaient se \"révolter\u201d contre cette primauté et entraîner la dislocation de l\u2019être.Suit une image très importante de la réintégration imminente de l\u2019individualité dans le préformel : 62.\tJe vois la tête d\u2019Arnica au-dessus des flots, (p.64) Sa chevelure se prend dans le vent comme une voile de ténèbres.Elle se mêle avec l\u2019eau en un long enroulement, plein de fracas noir et bleu, bordé de blanc.(.) Elle tournoie comme une balle ! (p.64-65) La tête d\u2019Arnica, qui est ici identifiée à une balle, est un symbole du Soi que nous avons déjà rencontré, de façon explicite, à la citation \"45\u201d et, de façon suggérée, aux citations \u201d32\u201d et \u201d41\u201d.La rencontre de ces deux images archétypales (le Cercle et les Eaux) offre une analogie frappante avec les deux symbolismes de l\u2019Individualité et de l\u2019informel, respectivement.Les Eaux sont, dans plusieurs croyances et expériences archaïques \u2014 et même dans des systèmes évolués comme le christianisme \u2014, à la fois symbole de l\u2019informel et du préformel, du domaine des larves, des germes et donc du milieu par excellence où peuvent naître (ou renaître) les êtres.Ainsi, tout ce qui retourne dans les Eaux est susceptible d\u2019en renaître un jour sous une nouvelle forme.La tête d\u2019Arnica, symbole du Soi individuel, se fondra donc dans le torrent; c\u2019est dire que l\u2019Inconscient personnel sombre et retourne dans le Grand Tout symbolisé par les Eaux et qu\u2019il se produit, autrement dit, ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la folie.Une autre Image essentielle, déjà rencontrée auparavant dans le conte, réapparaît ici : celle de la maison (cf.les citations \u201d11\u201d et \"39b\u201d).63.La maison, la longue et dure maison, née du soi, se dilue aussi en moi.Je la vois se déformer dans les remous.La chambre de ma mère est renversée.Tous les objets de sa vie se répandent dans l\u2019eau.Ils sont pauvres ! (p.65) Symbole de l\u2019Inconscient, la maison \"née du sol\u201d (c\u2019est-à-dire que l\u2019Inconscient est en quelque mesure un \"produit\u201d de la Nature, une manifestation phénoménale sous-jacente au plan conscient de la psyché), se dilue dans le torrent, de même que l\u2019Inconscient se dilue dans la vie animale qui est à la base de la vie psychique.La chambre de la mère, dans laquelle François a vécu sa première expérience du contact avec les autres, est, nous l\u2019avons montré plus haut (voir la citation \"42\u201d), un autre symbole de la Conscience, et le fait que la chambre soit renversée insiste une fois encore sur la chute de cette dernière, sur la dissociation de l\u2019individu psychique en ses éléments et sur le \"retour\u201d de ceux-ci dans les Eaux de l\u2019Inconscience, dans la virtualité totale.Désormais tout est fini, et l\u2019évolution positive que les citations \"38\u201d, \"39\u201d et \"41\u201d avaient laissé espérer 47 ne s\u2019est pas produite.Le gouffre, que le sujet veut voir \"le plus près possible\u201d, d\u2019intérieur qu\u2019il était, est devenu \"objectif\u201d, extérieur; c\u2019est dire que l\u2019individu s\u2019y est fondu.64.Je me penche tant que je peux.Je veux voir le gouffre, le plus près possible.Je veux me perdre en mon aventure, ma seule et épouvantable richesse.(p.65) C\u2019est dire aussi que son aventure psychique l\u2019a entraîné au-delà des limites de la Conscience, dans l\u2019état épouvantablement riche, parce que contenant toutes les virtualités, toutes les images et toutes les expériences humaines, de l\u2019Inconscient collectif.Autrement dit, dans l\u2019indifférenciation originelle.TROISIÈME PARTIE LA STRUCTURE MYTHIQUE ET L\u2019EXEMPLARITÉ DU TORRENT \"Tout ce qui passe n\u2019est que symbole\".Goethe : Second Faust L\u2019analyse qui précède nous aura permis de passer en revue le détail des principaux thèmes exprimés par le conte et partant, de dégager les symboles essentiels qu\u2019il contient.Il nous reste donc à rassembler en un tout cohérent ce qui constitue, à proprement parler, le Torrent en tant que \"mythe\u201d et en tant que récit mythique, à tracer le schéma du déroulement symbolique des termes et à définir dans quel sens ce récit s\u2019apparente aux contenus et aux formes mythiques universels.Le Mythe a été défini selon diverses perspectives, par les anthropologues, les historiens des religions, les philosophes, et chacun d\u2019entre eux, en relation avec l\u2019une ou l\u2019autre des structures méthodologiques, a su en dégager un aspect originel qui contribue à nous mieux faire saisir à quel point une production si complexe des sociétés et de l\u2019esprit \"primitif\u201d peut être logiquement compréhensive.Mais ce qui nous intéresse ici concerne moins l\u2019arrière-plan culturel ou la genèse religieuse du Mythe, que son exemplarité psychologique.En tant que système de pensée élaboré (plus ou moins consciemment) en 48 vue d\u2019une conception existentiale des modes d\u2019être du monde, le Mythe prend sa source au coeur même de la vie et il nous renseigne autant sur la façon dont celle-ci était saisie que sur les hommes qui portèrent celui-ci, en eux, chaque jour de leur vie.En cela, il est à proprement parler une science, parce qu\u2019il a d\u2019abord comme but ultime, la nécessité d\u2019une détermination causale du donné empirique, mais aussi, et c\u2019est par cela qu\u2019il se dégage de la Science moderne, la nécessité d\u2019une détermination causale de l\u2019être.Mais, ces deux plans, sans cesse fondus dans le récit symbolique, une fois séparés par l\u2019analyse, font que le Mythe acquiert une valeur épistémologique capable de nous révéler le sens (ce que nous appelons son exemplarité) de la vie de l\u2019esprit elle-même.Et ceci parce que la \"fonction symbolisatrice\u201d n\u2019accède à l\u2019objet qu\u2019en le médiatisant en elle-même, par l\u2019intermédiaire de l\u2019image symbolique.Dans cette perspective, il est, par conséquent, peu surprenant de voir, presque à ses débuts, la Psychanalyse s\u2019attacher à l\u2019élucidation des mythes, et de voir que Freud, créateur de cet instrument, ait, lui aussi, appuyé, dans une certaine mesure, l\u2019étiologie des névroses sur une base mythico-symbolique, et soit même arrivé à montrer les analogies fonctionnelles existant entre le sens profond des mythes et les instances de la psyché.Mous ne nous attacherons pas spécialement aux conceptions freudiennes, mais il est significatif de constater que les tendances les plus divergeantes de la psychologie des profondeurs s\u2019entendent cependant pour reconnaître au Mythe une importance prépondérante dans la description de la psyché et des dynamismes internes qui la définissent.Les mythes, en leur sens profond et dans leur exemplarité psychologique, racontent ce qui concerne le plus directement l\u2019homme; c\u2019est-à-dire les \"histoires primordiales\u201d qui sont comme le reflet des modes et des interactions existant entre les modes de l\u2019existence spirituelle et le monde avec lequel elle se confronte.Les mythes sont science du monde, mais science imagée, dialectique de symboles qui ne renvoient pas directement au monde des objets, parce qu\u2019ils se meuvent dans une \"Weltanschauung\u201d implicite où tout est force dynamique et personnalisée, et où rien n\u2019est indépendant de l\u2019homme; ils s\u2019attaquent à résoudre le problème essentiel qui se pose à l\u2019esprit : l\u2019existence 49 de la vie et du monde, et parallèlement, les modalités d\u2019action de la vie, c\u2019est-à-dire, le combat contre l\u2019ambiance (le milieu) et l\u2019effort de compréhension ou d\u2019adaptation psychique.Le sens du Mythe ainsi défini, et sans que sa réalité implique une atteinte de cette limite extrême, l\u2019on voit sans peine pourquoi il s\u2019exprime par Images.Le problème essentiel est dans son principe inexplicable; il est par-delà toute discussion et ne se pose qu\u2019au niveau d\u2019une évidence de caractère spirituel, de même sens que l\u2019évidence sensorielle du monde et que l\u2019évidence sensitive de la vie.Il n\u2019est donc pas susceptible de développement logique.Cependant le Mythe en parle et pour pouvoir en parler, il utilise l\u2019expression symbolique qu\u2019il importe de ne pas confondre avec le plan réel et logique.Cette transposition est la condition de toute interprétation des images mythiques, comme renvoyant à autre chose d\u2019inconnaissable.Tout ce qu\u2019il est possible d\u2019en dire doit donc être maintenu sur le plan qui lui est propre, celui du symbole.En effet, il est radicalement impossible d\u2019exprimer logiquement une affirmation spéculative quant au problème essentiel \u2014 le sens de la vie \u2014 sans par le fait même perdre contact à la fois avec le symbole (qui perd ainsi sa vraie signification et est confondu avec un objet) et avec la science (par incapacité de l\u2019expérimenter).Les images mythiques sont vraies, c\u2019est-à-dire sensées, mais non pas réelles, concrètes.Les mythes ne \"mentent pas\u2019\u2019, pour peu que l\u2019on sache replacer leur sens profond dans leur perspective propre, qui est celle de la traduction du problème essentiel en images, qui sont elles-mêmes le reflet de l\u2019activité de la psyché confrontée avec sa propre réflexion sur le mystère du monde.Et c\u2019est en ce sens qu\u2019ils reflètent la réalité (psychologique), en remplaçant l\u2019effroi devant l\u2019opacité du monde par les symboles que celui-ci engendre dans la conscience humaine.C\u2019est là le point de contact entre les formes historico-culturelles du Mythe (apparu dans telle ou telle civilisation et à telle ou telle époque) et la création littéraire.Si les mythes racontent le monde et l\u2019homme d\u2019hier, le roman et le conte, de même aussi sans doute que toute forme de création, c\u2019est qu\u2019ils sont aussi la narration du monde de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui.En l\u2019occurence, le conte est la traduction du combat que l\u2019auteur a livré et livre avec l\u2019ambiance et avec le monde, en partie de manière inconsciente (voir en ce 50 qui concerne la survivance du mythe dans le roman, la première partie de cet essai, La Barre du Jour, numéro 16, pages 24 à 30).Le roman ou le conte est assimilable à un mythe, parce qu\u2019il offre, au niveau de son exemplarité, les mêmes caractères et obéit aux mêmes lois de la symbolisation.Mais, si le rapport entre le mystère du monde et le Mythe, d\u2019une part, et celui qui se joue entre l\u2019oeuvre et le monde (de l\u2019auteur, aux niveaux conscients et inconscients), d\u2019autre part, est identique, il ne se joue pas dans les deux cas au même niveau.Le Mythe tente de comprendre le sens de la Vie, tandis que l\u2019auteur travaille à élucider le sens que peut prendre le monde et la vie pour lui-même; celle-ci est une aventure individuelle et singulière tandis que celle-là est collective et universelle.Mais elles se rejoignent dans l\u2019utilisation du même langage : l\u2019image symbolique.L\u2019identité du roman et du mythe se situant au plan du thème, de l\u2019exemplarité, il n\u2019est pas nécessaire que nous retrouvions deux structures identiques, de même que tous les mythes solaires, par exemple, s\u2019ils demeurent essentiellement homologues quant au contenu, varient presque à l\u2019infini dans leur forme narrative.Malgré cela, nous le verrons bientôt dans la suite de l\u2019analyse, il est possible de mettre en évidence des similitudes frappantes (même dans la forme) entre une situation romanesque imaginée de toutes pièces par un auteur et certains scénarios mythico-rituels archaïques, en dehors de toute possibilité d\u2019une quelconque influence, comme si les réalités psychiques fondamentales ne trouvaient à s\u2019exprimer, au cours des âges et en des lieux très divers, qu\u2019à travers des données semblables, quel que soit par ailleurs le support matériel (peinture, sculpture, roman, oeuvre théâtrale, etc.) qu\u2019elles empruntent pour se manifester.Le Torrent nous est apparu comme une illustration symboliquement \"déguisée\u201d d\u2019une thématique psychologique que l\u2019on retrouve, assez souvent identique, dans les mythologies de divers peuples, à savoir : la fausse ascension.Autrement dit, la signification profonde du conte exprime la symbolisation de l\u2019élévation (entreprise exaltée envers l\u2019Esprit) et de la chute (conséquence de la fausse spiritualisation).Nous tenterons de rendre ce processus évident en montrant point par point les correspondances de structure et de contenus qui sont décelables 51 entre le Torrent et quelques mythes grecs offrant des exemples du même symbolisme.A l\u2019origine de tout le processus de la dissociation psychique (c\u2019est-à-dire la chute, qui en est l\u2019expression symbolique) dont l\u2019individu Claudine-François a été victime, il faut situer une faute qui s\u2019est produite avant même que le conte ne commence pour nous et que l\u2019auteur ne nous spécifie pas, mais à laquelle il est fait allusion de façon voilée à la citation \"24\u201d : (.) Tu fais mieux de ne pas compter sur moi pour te redorer une réputation .(p.28) Il ne semble pas faire de doute qu\u2019à la suite de cet incident* Claudine ait éprouvé un fort sentiment de culpabilité qui l\u2019a amenée à croire en sa propre déchéance par rapport à son moi idéal, sentiment qui bientôt se transformera en désir exalté de pureté, ce qui pourrait être exprimé par un désir de proximité avec l\u2019esprit qui va à l\u2019encontre de la nature, et qui la coupe de tous : 11.Notre maison s\u2019élevait à l\u2019écart de toute voie de communication .(p.14) Là, cet isolement ne tardera pas à se transformer en rejet d\u2019un monde que Claudine veut croire corrompu (voir la citation \"15\u201d).En fait, à cause de son isolement vaniteux, fruit de son sentiment de culpabilité, et parce qu\u2019elle forme le projet de retourner un jour au village \"la tête haute\u201d (citation \"15\u201d), Claudine confond la purification intérieure avec le sacrifice des instincts (c\u2019est-à-dire son fils) à la divinité (refoulement), dans le but d\u2019atteindre la sublimité.C\u2019est dans le but de se purifier de tout ce qui pourrait encore rester en elle de T'instinct mau- * Peut-être la naissance illégale de son fils François; ce qui, au niveau \u201cconcret\u201d narratif \u2014 du conte, expliquerait que Claudine se soit réfugiée dans un isolement empreint d'orgueil, loin du jugement des gens de son village, dans une maison solitaire.Mais symboliquement, cette attitude de retrait a une tout autre signification, qui est à relier au fait que le fils soit dans une certaine mesure sacrifié \u2014 Claudine prétend lui imposer la prêtrise \u2014 en guise de rite de purification, thème secondaire du conte sur lequel nous aurons à revenir plus loin.Cf.l\u2019analyse de la citation \u201c15\u201d.52 vais\u201d, qu\u2019elle s\u2019impose, ainsi qu\u2019à son fils (autrement dit, à ses penchants instinctuels), une discipline de fer.Mais si les instincts (surtout ceux de l\u2019amour, cf.la citation \"7\u201d) sont ressentis comme nuisibles à l\u2019entreprise d\u2019élévation, il est impossible de n\u2019en pas tenir compte.Les pulsions instinctuelles ne se transformeront jamais en tendances vers la spiritualisation-sublimation, car alors il leur faudrait changer de nature et de but.L\u2019excès intrinsèque des efforts de refoulement amènera fatalement les instincts si longtemps brimés à une explosion psychique dévastatrice, symbolisée par l\u2019emportement du cheval, Perceval, (en ce qui regarde la valeur symbolique du cheval, voir les citations \u201d28\u201d et \u201d31\u201d) qui un jour, fou de rage, piétinera Claudine.Cette mort de Claudine est le symbole de la \"mort\u201d de la conscience (Claudine est elle-même dans le conte le symbole de la Conscience, en face de François qui lui, symbolise l\u2019Inconscient), c\u2019est-à-dire d\u2019un état de dissociation psychique, d\u2019une rupture de contact entre les instances de la personnalité.Cet état de rupture sera cependant marqué par l\u2019apparition du personnage d\u2019Amica (que nous avons identifié avec la fonction de l\u2019anima négative), personnage-symbole laissant, au moins au début, espérer un retour à un comportement sensé, par la valeur de contact humain qu\u2019il peut représenter.Mais il en ira de tout autre façon et l\u2019accord harmonieux se transformera vite en cauchemar.François, ou, plus exactement, le personnage unique du conte, synthèse de tous les protagonistes (Claudine, François, Arnica, Perceval, le chat, la maison, etc.) qui tour à tour nous montrent un aspect différent de la psyché, ne sera pas éclairé par cette dernière tentative, de la part de l\u2019inconscient, d\u2019un redressement, d\u2019une remise en place propre des tendances contraires qui désormais se heurtent de façon aveugle.Il se produira ce que tous les événements antérieurs préparaient depuis le début, la chute, le retour dans l\u2019informel, dans le Torrent, symbole de l\u2019inconscience (voir les citations \u201d63\u201d et \u201d64\u201d et leur commentaire) épouvantablement riche et désorganisée.Telle est la structure symbolique du conte.Comme on peut le voir, le sens des péripéties s\u2019ordonne en un tout à valeur exemplaire qui suit de près la narration et l\u2019explique \"du dessous\u201d.C\u2019est cette exemplarité sous-jacente, de nature psycho- 53 logique, parce qu\u2019elle met en jeu la dialectique des fonctions de la psyché, qui constitue le Torrent en Mythe, non pas, sans doute, à cause de ce qu\u2019elle nous livre en soi, mais à cause de sa correspondance avec des structures toutes semblables que nous allons retracer dans certains mythes grecs.Nous avons choisi de comparer ces données avec les mythes d\u2019Icare et de Tantale, parce qu\u2019ils sous-tendent le même thème de l\u2019élévation et de la chute.Afin de rendre plus sensible l\u2019accord profond du Torrent et de ces mythes, nous donnerons, avant de passer à leur comparaison détaillée, une définition du thème qui leur est commun.Ces expressions d\u2019\"élévation\u201d et de \"chute\u201d ne doivent pas être entendues au sens d\u2019une conformité avec un système de morale, fut-il chrétien ou \"primitif\u201d, mais en référence avec les lois fondamentales de l\u2019évolution psychologique qui, en lieu et place des concepts tels que \"bien\u201d et \"mal\u201d, préfère parler de conformité, d\u2019adéquation à soi-même, mais sous la forme de symboles qui sont la personnification des activités et des fonctions psychiques.Autrement dit, il s\u2019agit du fonctionnement intégré des instances de la personnalité qui, au cours de la vie, subissent des perversions (déviation de l\u2019élan fondamental vers l\u2019esprit) et des sublimations (élargissement de la conscience et conquête de la certitude spirituelle qui ne se trouve que dans la vérité et l\u2019harmonie).En définitive, les images symboliques concernent toutes le fonctionnement psychique comme tel et les modalités de son évolution.C\u2019est ce que le Mythe et le Conte traduisent.Ainsi, par-delà la \"banalisation\u201d qui fait que le roman et le conte nous parlent de la destinée de quelques personnages inscrits dans un monde partiel, il est possible de retrouver en eux l\u2019histoire générale de l\u2019humanité dans sa lutte pour comprendre le sens de la vie et l\u2019actualiser en elle.Ils parlent de la destinée humaine sous son aspect essentiel, destinée conditionnée par le fonctionnement évolutif ou involutif du psychisme.Le conte se trouve ainsi haussé à son vrai niveau de signification et nous découvrons qu\u2019il condense en quelques symboles interagissants la tâche inhérente à toute conscience vivante.De ce particulier engagé dans une certaine forme, il est possible de voir émerger les symboles d\u2019une activité universelle que nous 54 pouvons retracer en son cheminement vital.Bien loin de proposer un moralisme opposé à la nature, c\u2019est le sens même de l\u2019homme dans le monde que l\u2019oeuvre littéraire nous offre, par le jeu des symboles, et surtout par la compréhension de ces derniers, parce que leur arrière-plan mythique fait allusion aux conflits de l\u2019homme.Les événements symboliques des mythes \u2014 actions et intentions des divinités et des héros, ainsi que des monstres et des cataclysmes \"surnaturels\u201d \u2014 n\u2019étant en définitive que la projection des intentions et des désirs réels de l\u2019homme, il devient clair que leur traduction en langage psychologique exprimera toutes les modalités fonctionnelles de la psyché, aussi bien positives que négatives, évolutives qu\u2019involutives.Ainsi, il n\u2019est plus possible de confondre ce que nous avons appelé l\u2019\"exemplarité\u201d du plan sous-jacent (mythico-symbolique, c\u2019est-à-dire en définitive, psychologique) du conte avec des préceptes ou des jugements moralisateurs, parce que cette exemplarité est la synthèse particulièrement appliquée dans chaque cas, de l\u2019adaptation au sens évolutif inhérent à la vie : l\u2019adaptation har-monisatrice de toutes les pulsions, le bonheur essentiel opposé aux déviations (exaltations de l\u2019une ou de l\u2019autre pulsion) angoissantes et obsédantes.Le sort fondamental que le héros du conte s\u2019est construit lui-même est donc fonction de son accord et de sa réalisation active ou de son désaccord ou réalisation imaginative, avec le sens évolutif de la vie, avec l\u2019impulsion première vers la conscience.Cette tâche \"héroïque\u201d de la découverte du sens de la vie, étant le plus souvent représentée sous forme symbolique, donc énigmatique, par les mythes et par les métaphysiques postérieures, put à cause de cela subir une chosification qui incite à prétendre que le sens se trouve en dehors de la vie elle-même, c\u2019est-à-dire, au-delà de l\u2019activité psychique de compréhension et d\u2019adaptation à soi et au milieu, et se trouve par le fait même réduite à une activation imaginati-vement exaltée, à la poursuite de \"chimères\u201d.L\u2019adaptation (la méta-morale) se dégrade alors en légalisme moral, en faux sacrifice à la divinité conçue comme personne qu\u2019il est possible de se concilier.Mais cette force harmonisante, le désir du sens, que la traduction des mythes survivant en filigrane dans la structure symbolique des créations littéraires nous rend présente, montre à quel point une pareille entreprise est loin d\u2019être un 55 effort purement spéculatif et théorique, parce qu\u2019elle débouche sur des perspectives d\u2019engagement philosophique et, par suite, sur une interrogation plus lucide et plus exigeante des conditions totales dans lesquelles l\u2019homme existe avec l\u2019homme.Ainsi, toute oeuvre (et, en particulier, dans le cas qui nous occupe, l\u2019oeuvre de création littéraire) recèle, au plus universel \u2014 peut-être parce que caché, symbolique \u2014 d\u2019elle-même une recherche et une élucidation du sens; et même si elle ne se définit pas de prime abord en tant qu\u2019oeuvre \"engagée\u201d, elle peut, par la signification symbolique qu\u2019elle engendre, ou par laquelle elle est engendrée, ce qui revient au même, néanmoins réfléter la société qui l\u2019a fait naître, non pas, au niveau symbolique du moins, dans ses structures actuelles toujours en transformation, mais dans son enracinement éternel et vital dans l\u2019\"histoire\u201d, c\u2019est-à-dire dans la Vie.La possibilité d\u2019une traduction du contenu psychologique des symboles, pour qu\u2019elle ne soit pas un vain jeu de l\u2019esprit, doit être conditionnée par des critères méthodologiques précis et rigoureux, critères dont nous avons déjà parlé (La Barre du Jour, numéro 16, pages 28-30), dans la première partie de cet essai.Le respect de cette exigence nécessite un travail préliminaire, important à la fois par le contenu et par l\u2019étendue, et dont nous devrions livrer les résultats avant de passer à la mise en parallèle de la structure mythico-symboiique du Torrent et de ses \"modèles\u201d mythologiques.Sans cela, les rapports que nous établirons entre eux n\u2019offriraient pas de référence suffisamment précise et rigoureuse, en même temps que justifiable, à un cadre général de comparaison.Notre étude prendra donc un sens en fonction de l\u2019analyse préalable de tous les symboles du conte étudiés selon leur structure propre (celle du conte), mise en rapport avec celles des mythes qui lui sont apparentés.Mais c\u2019est surtout ce que nous avons appelé 1\u2019\"exemplarité\u201d, autant dans le Torrent que dans les mythes, qui retiendra notre attention, à cause de sa valeur psychologique, donc pratique, de révélation du sens de la Vie.Ayant reconnu la valeur psychologique de l\u2019exemplarité des mythes et le caractère de projection anthropomorphique des protagonistes des actions qui s\u2019y déroulent, de même que la survivance de ces schèmes d\u2019action dans la littérature postérieure 56 aux époques de création mythique proprement dites, il nous reste à montrer de façon concrète l\u2019adéquation de sens que l\u2019on retrouve dans l\u2019une et dans l\u2019autre de ces manifestations.Nous procéderons de la même manière qui a été utilisée pour l\u2019analyse thématique du Torrent, c\u2019est-à-dire que le \"texte\u201d du mythe sera décomposé en ses éléments constituants, qui à leur tour seront explicités et mis en regard des thèmes identiques qui se trouvent dans notre conte.Nous débuterons par le mythe d\u2019Icare, et répéterons le processus pour celui de Tantale, sans oublier de nous référer à l\u2019un et à l\u2019autre lorsque le besoin s\u2019en fera sentir.Nous traiterons séparément des deux histoires mythiques malgré les répétitions que cette méthode peut entraîner.Ces dernières sauront sans doute éclairer certains développements restés obscurs et, d\u2019autre part, elles contribueront à mieux faire saisir les liens qui unissent fondamentalement le Torrent et les deux structures mythiques.En ce qui a trait au contenu même des histoires d\u2019Icare et de Tantale, nous avons consulté, en plus des \"Métamorphoses\u201d d\u2019Ovide (respectivement : Livre VIII, 195 à 235 env.et Livres IV, 458; VI, 172, 211, 240; X, 41; XII, 626) aux Editions des Belles-Lettres, Collection G.Budé, 1928, les répertoires de mythologie grecque de Pierre Grimai (Dictionnaire de la Mythologie Grecque et Romaine, P.U.F.1963) et de Karl Kerényi (La Mythologie des Grecs, Payot 1952).Les versions différant considérablement d\u2019un auteur à l\u2019autre, en raison même des multiples traditions rapportées par les mythographes de l\u2019antiquité, nous ne donnerons ici que la variante la plus généralement connue de ces deux histoires, dans laquelle il a été cependant tenu compte de tous les thèmes essentiels.Seuls ont été mis de côté les rajouts tardifs ou aberrants qui venaient déformer, par souci d\u2019enjoliver le récit ou de compléter la légende, si ce n\u2019est de lui donner un air plus \"vraisemblable\u201d ou même \"logique\u201d, le récit originaire.Le mythe raconte l\u2019histoire d\u2019Icare comme suit : Sur la demande de Minos, roi de Crète, Dédale, père d\u2019Icare, a construit le Labyrinthe pour y enfermer un monstre, le Minotaure.D\u2019après le récit fabuleux, le roi avait enfermé Dédale dans le Labyrinthe pour le punir de sa trahison; il avait, en effet, conspiré contre Minos en aidant Poséidon à séduire la femme du roi, 57 Pasiphaé.C\u2019est de cette union que naquit le monstre Minotaure.Le mythe raconte que Dédale, homme renommé pour son ingéniosité, voulant s\u2019enfuir de cette prison, construisit pour lui et pour son fils enfermé avec lui des ailes artificielles maintenues avec de la cire.Mais, tout en invitant son fils à se servir de l'invention, Dédale lui donne un conseil qui concerne deux dangers à éviter : il conjure Icare de ne pas rester trop à ras de terre (ou de la mer), mais surtout d\u2019éviter une ascension trop audacieuse, une approche imprudente du soleil.Icare n\u2019écoute pas le conseil de son père et, se fiant à ses ailes, il se propose d\u2019atteindre le soleil, dont la chaleur fait fondre la cire.Icare s\u2019abat et tombe dans la mer, où il se noie.Le Torrent, ainsi que son parallèle mythologique, se divise en trois parties nettement délimitées, à savoir, la \"faute originelle\u2019\u2019, autrement dit, la cause psychologique du processus de désorganisation qui, dans les trois cas, se situe dans une période antérieure au début de la narration proprement dite; l\u2019exaltation provoquée par le sentiment de culpabilité exacerbée qui se transforme finalement en refoulement des pulsions ins-tinctuelles, charnelles; et, comme conséquence, la \"punition\" des dieux, c\u2019est-à-dire la mort ou l\u2019anéantissement de la conscience.Ce schéma très simple se retrouve dans les deux mythes d\u2019Icare et de Tantale, ainsi que dans le Torrent, définissant par là la structure du thème de l\u2019élévation et de la chute.La signification de la \"faute originelle\u201d, celle qui s\u2019est produite dans le conte avant qu\u2019il ne commence pour le lecteur (il y est fait allusion à la citation \"24\u201d), correspond exactement à celle que l\u2019on peut attribuer aux circonstances semblables que l\u2019on trouve dans les deux mythes : Avant son départ pour la Crète, Dédale avait commis un meurtre sur la personne de son neveu et élève Talos, parce qu\u2019il ne pouvait supporter que celui-ci le surpasse en habileté et en invention, et l\u2019Aréopage l\u2019avait condamné à l\u2019exil.Tantale, lui aussi, s\u2019était rendu coupable en refusant de revenir sur terre, après que les dieux lui aient fait l\u2019honneur de le recevoir dans l\u2019Olympe.Si elles s\u2019avèrent très dissemblables par leur forme, ces trois fautes symbolisent ce que les trois héros, chacun à leur façon, ne peuvent tolérer, ce envers quoi ils éprouvent le plus de culpabilité.Dans le cas de Claudine, il s\u2019agit spécifiquement du refus de la chair, alors que Dédale-Icare pré- 58 tend atteindre la spiritualité, le soleil, par le seul moyen insuffisant de l\u2019intellect, tandis que pour Tantale, le refus de la condition simplement humaine se double d\u2019une exaltation maladive envers l\u2019Esprit.Nous allons revenir plus loin au mythe de Tantale, mais nous donnerons immédiatement, pour faciliter la compréhension des renvois d\u2019une histoire à l\u2019autre, l\u2019histoire du héros.Tantale, admis à la table des dieux et voulant se faire l\u2019égal de ses hôtes, les invite à son tour à un festin en leur promettant des délices inaccoutumées.Il tue son fils, qui se nomme Pélops, et le sert à la table des dieux, afin de se rendre compte si les divinités sauront reconnaître le mets qui leur est présenté.Mais les divinités ne sauraient être dupes de son offrande.Elles reconnaissent l\u2019atroce aliment.Il est à remarquer qu\u2019une seule déesse, cependant, se laisse momentanément tromper, Déméter.Mais elle remarque bientôt la vraie nature de ce qu\u2019elle mange et, saisie d\u2019horreur, repousse une telle offrande.Zeus rétablit l\u2019ordre de la nature et ressuscite Pélops.Tantale le coupable est puni, chassé définitivement de l\u2019Olympe et précipité dans le Tartare où il est condamné à se tenir sous un arbre dont les fruits se trouvent à portée de sa main, tandis que ses pieds baignent dans l\u2019eau; mais lorsqu\u2019il tente de manger ou de boire, toute nourriture se dérobe éternellement.Plusieurs éléments du mythe d\u2019Icare sont d\u2019une importance capitale pour la compréhension du symbolisme général et il convient, en premier lieu, de les analyser et de montrer leur concordance avec les symboles du Torrent déjà vus plus haut, dans la Deuxième Partie (Analyse Thématique).Un premier point s\u2019impose à notre attention : la filiation entre Dédale et Icare correspond à celle qui existe entre Claudine et François.La signification de Dédale, au plan symbolique, se trouve être, ainsi que l\u2019histoire mythique nous le montre, celle de l\u2019intellect constructeur et inventeur de moyens techniques d\u2019adaptation au milieu physique.Déjà sa perversion (c\u2019est-à-dire, sa prétention à assurer le contrôle de la vie psychique de l\u2019individu et de mener seul à bien le processus de spiritualisation, de connaissance de soi, au détriment des autres fonctions) nous est révélée sans équivoque par le fait qu\u2019il ait tué Talos, autre figure de 59 l\u2019intellect, mais harmonisée avec l\u2019Esprit (ce qui est exprimé par sa supériorité sur son maître); c\u2019est donc son projet ambitieux qui a \"tué\u201d en lui la possibilité d'atteindre à l\u2019équilibre, et cela dès l\u2019origine.Ce déséquilibre peut isoler l\u2019individu de son entourage et peut-être est-ce la signification de la sentence d\u2019exil dont Dédale est frappé.Dédale est le père d\u2019Icare; le mythe exprime par ce rapport de père à fils le fait que de l\u2019intellect (Dédale) naît l\u2019aveuglement vaniteux (Icare) capable d\u2019entreprendre la plus insensée des tâches.Cette filiation est typique du fait qu\u2019elle manifeste une \"filiation\u201d entre les qualités ou les défauts de l\u2019âme et les fonctions dont ils tirent leur origine.C\u2019est cette liaison génétique qui a conduit l\u2019intellect, l\u2019a transformé en pure imagination et l\u2019a aveuglé au point de lui faire négliger les conseils sensés (l\u2019interdiction de voler soit trop bas, soit trop haut).Le symbolisme mythique fait coïncider la naissance d\u2019Icare avec l\u2019époque de la construction du Labyrinthe (son père l\u2019a eu d\u2019une des servantes de Minos), ce qui nous amène à considérer la construction en tant que telle dans son rapport avec la situation psycho-symbolique de Dédale.Le Labyrinthe lui-même, sa dernière création, symbolise donc l\u2019intellect déjà perverti et s\u2019aveuglant dans d\u2019inextricables imaginations, perdant toute lucidité.Autrement dit, s\u2019emprisonnant dans sa propre construction, qui est synonyme d\u2019aveuglement, de poursuite effrénée et vaine de la lumière, d\u2019angoisse.Le Torrent, lui aussi, fait mention de la même situation inextricable: 39.J\u2019ai fait faire à Arnica un lot de détours dans la montagne, afin de brouiller à jamais dans sa mémoire le chemin conduisant à mon domaine, (p 44-45) et de la même impossibilité où se place la conscience de revenir à 1 harmonie.Le caractère du Labyrinthe a de même son pendant dans l\u2019isolement de la maison de Claudine qui \"s\u2019élevait à l\u2019écart de toute voie de communication\u201d (citation no \"11\u201d).De plus, le conte et le mythe présentent un autre contenu semblable, celui de la Bête (le Minotaure, Perceval), qui incarne D'ombre\u201d, le côté refoulé de la personnalité.Le Minotaure cependant, à la différence de Perceval, n\u2019est qu\u2019à demi animal; sa tête est celle d\u2019un taureau, tandis que son corps est humain, ce qui est en accord avec la déviation plus intellec- 60 tuelle de Dédale, qui ne semble pas refuser le corps, ce qui est le cas de Claudine.Le désir exalté de Claudine vers la sainteté, fonction de ce refus du corps, se manifeste par l\u2019ambition de retourner au village \"la tête haute\u201d, après avoir combattu D'esprit mauvais\u201d et s\u2019être \"dompté\u201d, et aussi par le sacrifice symbolique du fils à la divinité \u2014 comme dans le cas de Tantale \u2014 à la citation no \"15\u201d.Psychologiquement, le thème du sacrifice du fils se rencontre dans plusieurs mythes ayant trait à la grande déesse mère, mais son sens est tout autre, puisqu\u2019il s\u2019agit dans ce cas de la libération des liens qui entravent à la fois l\u2019épanouissement de la femme et celui de son fils, tous deux étant en quelque façon diminués par le contact qu\u2019ils ont l\u2019un avec l\u2019autre; la déesse \"tue\u201d donc son fils pour le libérer.Claudine, elle, ne l\u2019offre aux dieux (elle désire qu\u2019il soit prêtre) que pour elle-même, dans le but non avoué de leur servir une nourriture sublime.Nous verrons plus loin ce qu\u2019il en est de cette nourriture, à l\u2019occasion de la discussion du meurtre de Pélops, mais il est certain qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une façon détournée et malsaine de se débarrasser du \"fils\u201d, c\u2019est-à-dire du corps, et des désirs attachés au corps.Tout cela est la conséquence de la culpabilité refoulée et, comme la suite du conte le montre clairement, cette culpabilité entraîne une désorganisation psychique qui résulte directement de cette inhibition des fonctions corporelles (Cf.les citations nos \"1\u201d, \"2\u201d, \"6\u201d, \"7\u201d, \"17\u201d et \"20\u201d), comme plus tard la vanité et la fausse sainteté, dont la culpabilité est le négatif, inhiberont les fonctions spirituelles.De plus, la citation numéro \"12\u201d nous fait voir Claudine aux prises avec son moi idéal, incapable désormais de se \"permettre\u201d un contact avec le monde, et pas même une chute \"réelle\u201d dans une perversion corporelle.Elle présente un faux ascétisme, une fausse vertu qui en fait, n\u2019est que la tentative de tuer le corps \"impur\u201d, siège des désirs charnels.Ce contact avec les hommes serait de façon bien trop évidente le signe de son impuissance (Cf.le symbolisme du bâton, à la citation \"13\u201d) effective.Désormais Claudine ne se contentera plus de refouler le souvenir de sa faute passée, elle voudra refouler LE mal lui-même, par l\u2019autoadmira-tion, l\u2019infatuation, l\u2019inflation psychique.Icare, le \"fils\u201d, symbole de l\u2019aveuglement de Dédale, et de cet aveuglement lui-même, n\u2019est plus en mesure d\u2019écouter les 61 conseils sensés de son père.Il se fie à ses ailes de cire (la fausse élévation, qui correspond à l\u2019exaltation de Claudine) qu\u2019il croit capables de le mener jusqu\u2019au soleil.L\u2019intellect cherchant à s\u2019affranchir du pervertissement (soit le Labyrinthe, la situation psychique malsaine, embrouillée, l\u2019isolement sans issue) s\u2019efforce de retrouver sa forme saine, la liberté.Mais Icare se laisse emporter par son imagination; il veut atteindre le soleil, malgré l\u2019avertissement fourni par l\u2019intellect resté au stade antérieur normal (Dédale).En remplaçant le soleil par son sens symbolique, l\u2019Esprit, le logos, il apparaît que la seule construction intellectuelle (les ailes de cire) est insuffisante pour atteindre le but et il est à prévoir qu\u2019Icare échouera dans sa tentative démesurée.Le vol d\u2019Icare exprime ces deux significations : le désir exalté d\u2019élévation et l\u2019insuffisance des moyens employés.Nous avons la même construction symbolique dans le conte et dans le mythe.La mortification imaginativement malsaine de Claudine et l\u2019aile artificielle figurent toutes deux la sentimentalité envers l\u2019esprit, l\u2019expression de l\u2019impuissance à approcher un but spirituel, le soleil, la sainteté, la découverte du sens.Toute élévation emballée \u2014 comme le mythe et le conte le dénoncent symboliquement \u2014 contient la menace de la \"noyade\u201d définitive, dans les flots de la vie inconsciente, et il est remarquable de voir que c\u2019est justement là le sort réservé aux deux héros.Dans la dernière phase du déroulement de l\u2019exaltation maladive, il se produit une sorte d\u2019éclatement psychique.La décharge extérieure des fonctions instinctuelles surexcitées étant de plus en plus décisivement inhibée, la pression deviendra trop forte.Il se produira une explosion intrapsychique de l\u2019énergie surtendue, symbolisée par le galop furieux de Perceval, un refoulement plus profond dans les couches subconscientes et, par là, un détraquement de toute la vie psychique.Icare aussi est victime de l\u2019exaltation.Son imagination provoque sa retombée définitive dans l\u2019eau, dans la mer symbole de l\u2019inconscient.Il périt en se noyant dans une situation dont déjà auparavant, avant sa tentative de s\u2019envoler, il était le prisonnier.Ici, la valeur symbolique des fonds marins rejoint celle du Labyrinthe.La mer étant le symbole de la Vie (d\u2019ailleurs plusieurs traditions font sortir la vie primitive de la mer), il est possible de 62 décomposer le tout qu\u2019elle forme en de multiples éléments (la mer elle-même avec sa surface et ses profondeurs, les rivières, les lacs, l\u2019eau, etc.) : la surface indéfinie figure la vie avec ses aventures et ses dangers (naviguer symbolise le \"voyage\u201d à travers la vie), tandis que les profondeurs deviennent le symbole de l\u2019inconscient qui contient les monstres mythiques.Cf.les citations numéros \"62\u201d à \"64\u201d du Torrent et en particulier la dernière, qui parle de l\u2019\"épouvantable richesse\u201d du gouffre.Le mythe de Tantale est structuré sur le même modèle que celui d\u2019Icare.Nous y constatons un déroulement identique en trois parties : la faute originelle, l\u2019exaltation imaginative et la punition des dieux, la chute.Tantale était d\u2019origine divine \u2014 il descendait de Zeus lui-même \u2014 et était roi.Extrêmement riche et béni des dieux, ces derniers le recevaient même à leur table.Un jour, il se serait laissé aller à révéler aux hommes les secrets divins dont on s\u2019entretenait librement devant lui ou, selon une autre tradition, il aurait dérobé de l\u2019ambroisie (la boisson d\u2019immortalité) et en aurait donné à ses amis mortels.Mais à la suite de son repentir, ces fautes lui furent pardonnées et il fut admis à séjourner dans l\u2019Olympe.Sa faute consistera à finir par se croire l\u2019égal des dieux et à ne plus vouloir redescendre sur terre.Il s\u2019imagine pouvoir rester toujours en compagnie des divinités; son repentir se transforme en état d\u2019élévation qui, devenu excessif et malsain, en raison de son exaltation, aboutit à la chute définitive.Précisément, sa faute est de nourrir le projet insensé d\u2019abdiquer complètement sa condition humaine, de s\u2019entêter à rester l\u2019invité des dieux, de refuser le retour sur la terre : il veut être un dieu parmi les dieux.Le désir déformé de Tantale est le même que celui de Claudine, dans le Torrent.Il est la conséquence d\u2019une culpabilité exacerbée.Ce besoin de sublimité, la vanité de vouloir être purifié de toute souillure, de vouloir réaliser l\u2019idéal parfait (symbolisé par les dieux) de l\u2019élévation dépassent les limites des forces humaines.L\u2019homme ne doit pas désirer vivre sans cesse dans la sphère sublime \u2014 symbolisée par l\u2019Olympe, et par le retour au village \"la tête haute\u201d.Et plus loin : \"François, je retournerai au village, (.).Tous s\u2019inclineront devant moi.83 J\u2019aurai vaincu.Vaincre !\u201d (citation r.o \u201d15\u201d).Il importe à l\u2019équilibre psychique que le héros sache \"redescendre sur terre\u201d, c\u2019est-à-dire qu\u2019il daigne satisfaire à la nécessité naturelle de ses besoins et de ses désirs corporels.Ce dépassement de la nature provoque l\u2019apparition de la surexcitation, de la surtension spirituelle et finalement l\u2019explosion psychique, parce que les pulsions contraires, au lieu d\u2019être mises en harmonie, sont opposées de façon radicale.C\u2019est ainsi que Tantale osera même imiter les dieux et leur offrir en repas son propre fils, sa chair, autrement dit, sa nature humaine, dans la personne de Pélops.De même Claudine voudra-t-elle \"offrir\u201d son fils François à la divinité en faisant de lui un prêtre, c\u2019est-à-dire une personne consacrée exclusivement au service de la sphère divine.C\u2019est ici qu\u2019entre en ligne de compte le symbolisme du \"fils\u201d dont nous avons déjà parlé.Le \"fils de l\u2019homme\u201d signifie les désirs corporels, aussi figurés par le \"fils-chair\u201d, ou, ce qui revient au même, la \"chair du fils\u201d; ainsi, le \"Fils-tué\u201d figure les désirs psychiquement tués, maladivement refoulés.Mais bien loin de le rendre pareil à elles, le repas que Tantale offre aux divinités les saisit d\u2019horreur car elles ne se laissent pas tromper, sauf Déméter, mais passagèrement.La raison en est que cette déesse préside à la satisfaction des désirs terrestres justifiables, c\u2019est-à-dire de ceux qu\u2019apporte l\u2019effort ingénieux de l\u2019intellect, en autant qu\u2019ils soient co-ordonnés avec l\u2019Esprit, le sens.Ce qu\u2019on lui offre participe de sa nature, c\u2019est le fruit de la terre, la nourriture.Mais sa qualité divine, autrement dit, son harmonie avec le sens, fait qu\u2019elle ne peut être dupe des intentions de Tantale, de la véritable nature de ce qu\u2019elle mange.Les dieux ne se trompent pas quant à l\u2019origine de ce mets : la chair du fils de Tantale, ses désirs refoulés.De même, lorsque François refuse d\u2019aller au séminaire, nous trouvons là le symbole du fait qu\u2019il est \"refusé\u201d par la divinité.Aussitôt Tantale est puni.Il est précipité dans le Tartare où il est condamné à souffrir éternellement de la faim et de la soif.La nourriture qu\u2019il avait offert aux dieux était son propre pervertissement.L\u2019on peut dire que le mythe exprime la situation du héros qui, en état d\u2019élévation Excessive et vaniteuse, prend 64 ses qualités perverses (sa fausse vertu) pour des qualités sublimes et espère que sa déformation pourra être prise pour une sainteté, que son offrande sera au goût des dieux.Ce qui veut dire que les deux états, sublime et pervers, s\u2019ils peuvent être confondus par l\u2019aveuglement du héros et le regard superficiel, ne sauraient pourtant être identiques (au regard de la recherche) quant au sens de la vie que symbolisent les dieux.Les deux héros, Tantale et Claudine, par leur projet de devenir \"purs\u201d, se sont faussement élevés et ont tenté de tuer en eux les désirs naturels.Ils ont, tous deux, confondu la nécessité de sacrifier la tentation exaltée des désirs corporels avec le désir malsain de refouler la pulsion elle-même, de la tuer, et ils ont voulu dépasser les limites de la condition humaine.Les désirs refoulés ne sont jamais réellement morts; ils continuent à alimenter le psychisme, mais le refoulement les transforme en pervertissement, en nourriture abjecte.La tentative de destruction ascétique du corps engendre la dissociation délirante de la psyché, l\u2019explosion hallucinante des désirs.Le dernier symbole du mythe, la punition de Tantale aux enfers, nous montre ce dernier privé à la fois de la satisfaction des désirs terrestres (la nourriture qui se dérobe lorsqu\u2019il lève le bras pour la prendre) et des désirs spirituels (l\u2019eau, symbole, par ses qualités rafraîchissantes et purificatrices, de la spiritualisation) devenus inaccessibles.Il les a perdus en les déformant.Ainsi la toute dernière image du mythe, celle de la nourriture et de l\u2019eau devenues hors d\u2019atteinte, rejoint-elle le symbolisme de notre première citation du Torrent : 1.J\u2019étais un enfant dépossédé du monde.Par le décret d\u2019une volonté antérieure à la mienne, je devais renoncer à toute possession en cette vie.(P- 9) Cette dépossession est tout à la fois cause et effet de la rupture d\u2019équilibre psychique exprimée par le conte et ses parallèles mythologiques.La réalité psychique qu\u2019ils traduisent condense en un seul thème la culpabilité qui dépossède et l\u2019exaltation qui inhibe l\u2019individu-héros, le privant doublement, au commence- (35 ment et à la fin de son aventure, des joies de la terre et du ciel, parce qu\u2019il méprisait les unes et croyait pouvoir posséder les autres.CONCLUSION Le destin des trois héros, Claudine, Icare et Tantale, est identique.Ils se rejoignent dans l\u2019exaltation comme dans la chute et, selon son sens symbolique, le châtiment qu\u2019ils subissent n\u2019aura été que la conséquence de leur état psychique.De cette identité fondamentale découlent toutes les autres : aussi bien le rapport avec le \"fils\u201d, au fond, leur propre création, que tous tenteront de sacrifier et qui est le fruit malsain engendré par leur pervertissement, que le rapport avec le monde, que tous trois aussi rejettent pour en fin de compte mieux le perdre.Cette séparation du monde est un retour à la vie inconsciente, au stade antérieur à toutes acquisitions de l\u2019esprit, dans un état indifférencié comme l\u2019eau qui est associée à la faillite des trois personnages.Claudine a rejeté la chair et ce faisant a cru s\u2019approcher plus près de l\u2019esprit, mais dans le but mesquin de régner sur son village par sa vertu.En se croyant trop tôt en pleine possession de la sainteté sublime, elle ne fut que la première victime de son aveuglement, lui-même conséquence du refoulement de son sentiment de culpabilité.Ainsi non seulement elle oublie sa faute mais elle en vient à prétendre à la purification absolue, au détachement complet de tout lien corporel et terrestre.En fin de compte, bien loin de reprendre sa place parmi les hommes, une place privilégiée que lui aurait accordée une authentique harmonisation, elle ne rencontrera que la mort.Icare ne rejettera pas le monde car il ne désire pas régner sur lui; son désir concerne l\u2019Esprit qu\u2019il désire atteindre par le seul moyen de l\u2019intellect.Son erreur fondamentale est une déformation de l\u2019intelligence.Il croit cette dernière capable de lui livrer le sens de la vie, à l\u2019exclusion des autres instances psychiques.Il a été victime de l\u2019hypertrophie de ses dons d\u2019inven- 66 tion technique : l\u2019aile de cire dans laquelle il avait placé sa confiance aveuglée n\u2019a pas pu le supporter jusqu\u2019au sommet spirituel qu\u2019il avait voulu atteindre.Cette aile artificielle n\u2019était pas une partie constituante de sa véritable nature d\u2019homme et elle ne pouvait que le précipiter plus bas encore que le labyrinthe dont il espérait se libérer.La faute dont Tantale s\u2019est rendu coupable en est aussi une envers l\u2019esprit.Sa vanité a transformé son séjour dans l\u2019Olympe en une incarcération dans le Tartare.De sa situation privilégiée, tant vis-à-vis des dieux, par son repentir sincère, qu\u2019en face des hommes (il était roi et jouissait d\u2019immenses richesses), il a déchu; à la fois par exaltation envers l\u2019esprit et envers les plaisirs corporels.De la même façon que Claudine, il a voulu sacrifier sa nature terrestre et prétendre demeurer toujours en compagnie des divinités.Mais contrairement à elle, la terre ne l\u2019intéresse plus, il désire rester dans l\u2019Olympe.Sa punition sera à l\u2019inverse de sa faute : des régions élevées qu\u2019il ne voulait plus quitter, il sera précipité au plus profond du monde souterrain.L\u2019autre aspect de son désir exalté \u2014 le refoulement des besoins terrestres, symbolisé par le meurtre de son fils Pélops sera aussi châtié par la situation d\u2019impossibilité de se nourrir où il sera placé.Pour chacun de ces héros, le châtiment est l\u2019exact reflet de leur faute; leur désir exalté se transforme en inhibition et ils se sont forgés un sort qui est la forme exactement inverse de leur prétention.Le destin du héros constitue ainsi le point central autour duquel et à partir duquel s\u2019organisent l\u2019origine et l\u2019exemplarité des images qui nous sont livrées par le mythe, qu\u2019il soit présent au monde sous forme de poème, de conte, de roman ou de création théâtrale.Les mythologèmes qui forment la base du monde psychique et qui sont \"joués\u201d pour nous par les héros reposent dans les profondeurs des contenus archétypiques dont tout émane de façon immédiate par la pensée, ou médiatisée dans l\u2019agir qui se fonde sur elle.Ces archétypes sont invieillissables, inépuisables, insurmontables et se répètent, sous les multiples formes que l\u2019imagination leur donne, essentiellement identiques.En ce sens, les événements de la mythologie et, donc, de la création littéraire, s\u2019ils ne constituent pas une \"cause première\u201d, comme le voudrait la métaphysique, fournissent néanmoins les matières \"premières\u201d des 67 circonstances et des conditions avec lesquelles l\u2019homme est sans cesse affronté.L\u2019interrogation qui a été posée ici â l\u2019oeuvre romanesque ne sera pas vaine dans la mesure où nous chercherons à comprendre à travers son exemplarité les rapports qui lient l\u2019homme et le monde, à posséder les lieux et les temps de ce monde dont le mystère est notre être même.Toute la symbolisation des mythes et des contes, avec ses monstres, ses entreprises, ses énigmes, ses héros (héros qui sont nous-mêmes) s\u2019ordonne autour de l\u2019Olympe et du Tartare, de la réussite et de l\u2019échec dans la quête du sens, autrement dit, dans la découverte et dans l\u2019appropriation de notre raison d\u2019être.C\u2019est en cela même que bien loin d\u2019être morte, la symbolisation mythique continue à vivre, comme la tête tranchée d\u2019Orphée continuait à chanter, malgré le prodigieux éloignement des siècles et les transformations acquises par la conscience.» Gilles HOUDE 68 SAINT-DENYS GARNEAU Le jour où l\u2019angoisse qui habitait Saint-Denys Garneau s\u2019est transformée chez d\u2019autres en révolte avouée et vécue, un triste regard méprisant s\u2019est abattu sur l\u2019homme et sur ceux qui vécurent autour de lui cette ère de bêtise, d\u2019ignorance et de totalitarisme.Triste, parce que l\u2019histoire commandait leur attitude, méprisant, parce qu\u2019ils avaient terni notre enfance, notre adolescence.Encore aujourd\u2019hui certains d\u2019entre eux font tache de graisse sur les aspirations saines et légitimes de notre collectivité.C\u2019en était fini de la frustration et de l\u2019impuissance.La parole et l\u2019action allaient remplacer ces intolérables servitudes.Pour nous, Saint-Denys Garneau a toujours été un homme marqué, celui que l\u2019on montre du doigt.ILS en avaient trop dit et trop fait pour un écrivain qui n\u2019avait été que l\u2019esclave et le reflet d\u2019un désespoir qui \u2014 avec la révolution tranquille, la naissance de Parti Pris, du M.L.F., etc.\u2014 était devenu à nos yeux pur masochisme.ILS avaient sanctifié l\u2019obscure prison qui leur servait de maison et nous n\u2019avions que faire de cette canonisation.Au fond, ce qui sauve Saint-Denys à nos yeux, c\u2019est d\u2019avoir été conscient; ce qui le perd, c\u2019est de s\u2019être laissé étouffer, de ne pas avoir trouvé en lui (écrivain) la matière et les arguments qui lui auraient permis de VIVRE, seul peut-être, mais en accord avec lui-même.En 1951, Gilles Marcotte terminait un texte sur la poésie de Saint-Denys Garneau en écrivant : \"Saint-Denys Garneau ne nous quitte pas\u201d.Et cela demeura vrai pendant trop longtemps.Aujourd\u2019hui NOUS avons quitté Saint-Denys et sa place, nous la lui taillons dans l\u2019histoire d\u2019une littérature qui se faisait.Les six poèmes inédits que nous reproduisons ici et les quelques notes qui les complètent nous ont été fournis par Jacques Brault.Nous tenons à le remercier pour sa précieuse collaboration.Ces poèmes ont été placés dans un ordre chronologique, au sens large, car aucun d\u2019entre eux n\u2019est daté.Ils sont extraits d\u2019un ouvrage à paraître aux Presses de l\u2019Université de Montréal : Oeuvres de Saint-Denys Garneau, édition critique établie par Benoît Lacroix et Jacques Brault.N.B.69 Réponse à des critiques 1 La vie n\u2019est pas drôle on se connaît On navale pas de l\u2019air pendant vingt ans sans roter à la fin.On n\u2019est pas tous bien habité comme un estomac satisfait Avec des présences en dedans bien au chaud On n\u2019est souvent qu\u2019une bouche ouverte par la faim Bouche ouverte comme une ouverture 2 dans un mur On ne sait pas bien si l\u2019on entre ou si l\u2019on sort De quel côté est dedans ou dehors Des deux côtés on est happé par le vide Quand loin de ton coeur.3 Quand loin de ton coeur, ton coeur vénéré Quand loin de ta chair, ta chair fraternelle Quand loin de tes mains, colombes plus belles, Quand loin de tes pieds, tes pieds adorés.Quand loin de ta vie, ta vie désirée Quand loin de tes jours je serai parti Ils me resteront, tes yeux agrandis 70 Mains 4 /Vllez-vous enfin briser d\u2019un coup de poing le silence et parler Lâcher tous ces cris enfermés en vous et qui vous brûlent Lâcher toute cette haine et tout ce désir et toute cette contrainte Allez-vous tout à coup toutes surgir sur la terre hurlantes Et brandir vos cris et vos révoltes Ah ! les mains ! Où sont-elles ?Avec leurs paumes sans soleil Toutes les malheureuses mains où notre angoisse a élu domicile Où notre désir sourd a réuni son brasier misérable A réuni la paix de son bouillonnement maussade Où sont-elles les misérables mains Portant la honte de notre coeur caché Les victimes sans une parole de nos coeurs méprisables Les instruments méprisables de notre soif agrandie Où sont-elles ?Mains de honte, mains de folies Que vos yeux 5 ne rencontreraient pas sans pitié Où sont-elles ?Mains dérobées Mains cachées, mains refusées au jour Mains fennées sur l\u2019horreur de leur secret Mains souillées Mains douloureuses, douloureuses Vous accomplissez ce qui se décide ailleurs qu\u2019en vous Vous eussiez espéré avoir un sort plus clair Avoir un sort plus fort et plus pur Nos mains où notre angoisse a élu domicile Le rayonnement de nos doigts attendaient de répandre d\u2019autres grâces Et notre paume de contenir une autre fraîcheur 71 Nous avons trop pris garde.6 Nous avons trop pris garde à cet enfant qui est venu avec nous Qui nous a été donné, qui est venu avec nous Nous avons été pour lui des parents trop faibles pleins de complaisances Et nous avons fait notre malheur avec notre faiblesse pour lui Nous bavons gâté et rendu terriblement capricieux Il est vrai qu\u2019il fut toujours frêle et qu\u2019un peu de rudesse l\u2019aurait peut-être tué Mais c\u2019eût encore été préférable à notre malheur à présent, A présent qu\u2019il nous a fait vieillir et blessés jusqu\u2019à cette profondeur A force de nous quitter et nous laisser longtemps sans nouvelles A force de s\u2019en aller au moment où nous allions être heureux Et de revenir au moment où nous allions presque l\u2019oublier et guérir Maintenant nous le voyons encore passer dans le village Dans le soleil qui commence un peu plus loin de ce côté Il lui arrive de passer encore avec ses yeux Avec son pas et son sourire dans sa fraîcheur il n\u2019a pas changé Mais notre lassitude nous retient maintenant de vouloir le retenir, E>e vouloir le rejoindre et le choyer Et nous le regardons aller, sans espoir, je veux bien croire qu\u2019il fut un ange Mais la terre que nous lui avons offerte n\u2019est pas suffisante.72 Le jour; les hymnes.Le jour, les hymnes furent pauvres Il leur a fallu le crépuscule, la venue de la nuit8 Nos chemins Nos champs Nos forêts Nos montagnes La terre est en repos Sa respiration n\u2019a plus besoin de voix pour chanter Les montagnes des grèves autour de ce grand lac calme le ciel la nuit9 Les arbres cils au bord de ce grand oeil la nuit Les hymnes n\u2019ont jamais été si pauvres Que durant cette journée où nous avons cherché la terre à nous désâmer 10 Où nous avons tant recherché notre reflet fantôme la terre Nous n\u2019avons jamais été tant et si mal blessés Que par ce soleil étranger 11 dans le ciel que nous n\u2019avons pas créé Que par ce soleil qu\u2019il a fait que nous n\u2019avons pas créé Les hymnes n\u2019ont jamais été si pauvres si délaissées Que ce jour où nous avons voulu prendre le soleil à témoin de notre lumière 73 Et lorsque nous sortons la tête de sous notre toit nous voyons La nuit d\u2019un seul grand oeil immense (le ciel) regarder la terre Comme une grande femme en repos la terre respirante qui dort Nous sommes-nous agités suffisamment cette journée 12 Avons-nous assez promené l\u2019anxiété de notre soif dans la journée Avons-nous assez recherché la terre fantôme Avons-nous assez cru assez douté Le soleil nous a-t-il fait assez de mal, assez de bien Les hymnes pendant ce temps ont été pauvres Il leur a fallu maintenant cette heure depuis le crépuscule Quand l\u2019horizon est monté s\u2019étendre au bord du ciel comme un bon chien Et puis petit à petit toute la terre s\u2019est étendue dans sa vallée pour s\u2019endormir Toute la terre s\u2019est détendue avec ses épaules et ses vallées Et sa respiration maintenant n\u2019a plus besoin de voix pour chanter 74 Ils ont tout resacré.13 Ils ont tout resacré les mots qu\u2019on avait foutus Ils ont tout retrouvé les voix qu\u2019on avait perdues Ils ont rejoint le vent avec son chant Ils ont ramassé l\u2019arbre qu\u2019on a vu Ils sont allés glaner dans les limbes La paille d\u2019or des moments inaltérables Qui sont une fois nés ici comme une musique étrangère Mais qui n\u2019ont pas voulu mourir Bondir de leur lumière hors du temps Mais qui n\u2019avaient pas trouvé leur repos La parfaite offrande de leur corps pour l\u2019éternité Et qui restent en suspens sous la garde des anges suspendus Voilà qu\u2019ils sont venus nous ont reconnus Et leur reconnaissance nous a lavés Voilà qu\u2019ils ont reconnu tout le monde Et ils nous ont offert le monde reconnaissable Alors quand ils ont lavé toutes les choses de la terre Et que leurs yeux ont en fait la terre un jardin-pré Un pré de fleurs avec la présence de tout le ciel au-dessous Quand ils ont en ramassé tout ce qui était perdu Toutes les choses délaissées Quand ils ont lavé tout ce qui fut sali Saint-Denys CARNEAU 75 1.\tCe texte est-il relatif aux critiques (en particulier, Valdombre) qui éreintèrent Regards et Jeux dans l\u2019Espace.2.\tVariante : porte.3.\tHâtivement rédigé, à la mine de plomb.Aucune date.Au verso : « je suis un enfant perdu dans un bois Toutes ces horreurs, toutes ces chimères » 4.\tCe texte n\u2019est pas sans rapport avec la dernière partie du poème Musique (Edition Fides, pp.127-130).5.\tVariante : regards.6.\tVoir le poème A propos de cet enfant .(Editions Fides, pp.180-181) où il est écrit : « Il n\u2019était peut-être qu\u2019un enfant comme les autres Et haut seulement pour notre bassesse.» 7.\tA ia mine de plomb.Non signé, non daté.Voir le poème Les cils des arbres (Edition Fides, p.221).8.\tAprès ce vers : « La terre alors s\u2019est détendue, reposée Sa respiration n\u2019a plus besoin de voix pour chanter » Puis ces deux vers furent raturés.9.\tCe vers se retrouve tel quel dans le poème Les cils des arbres .C\u2019est aussi le cas du vers suivant.Il nous apparaît que les deux premiers vers de Les cils des arbres pourraient facilement n\u2019en faire qu\u2019un seul, l\u2019un n\u2019étant qu\u2019une variante de l\u2019autre.Bien plus : le rapprochement du poème Les cils des arbres et du début Le jour, les hymnes donne à croire que nous avons affaire à deux états d\u2019un seul et même texte.Mais l\u2019absence de base manuscrite pour le texte de Les cils des arbres nous empêche de trancher la question.10.\tCe vers est suivi de : « Emportés par le cheval chimérique de notre anxiété » puis il y a rature.11.\tVariante : justicier puis rature.12.\tVariante : « Nous sommes-nous assez agités ce jour », puis rature.\u20193.Page demeurée inédite du poème On n\u2019avait pas fini.(Edition Fides, pp.189-193).76 Vient de paraître L\u2019AATI-CAA objet poétique conçu, rédigé et réalisé par Roger Soublière et illustré par Marcel Saint-Pierre En vente partout au prix de $3.95 Les Editions Pro-Con 665, rue Crevîer, Montréal 379, Qué.BULLETIN D\u2019ABONNEMENT À LA BARRE DE JOUR Nom Adresse .Veuillez m'abonner à partir du numéro .Vous trouverez ci-joint un paiement de .6 numéros : $10.00(1 an)\tà l'étranger : $12.00 LA BARRE DU JOUR, 665, rue Crevier, Montréal 379, Qué.77 études françaises Revue consacrée aux lettres françaises et canadiennes-françaises Dans chaque numéro : des articles, notes et documents originaux, comptes rendus, écrits par des spécialistes canadiens et étrangers ainsi que des textes de création.ÉTUDES FRANÇAISES paraît 4 fois l\u2019an : en février, mai, août (numéro spécial) et novembre.L\u2019abonnement: $3.00; le numéro:$1.00.Spécimen gratuit sur demande au Service de publicité des Presses de l\u2019Université de Montréal.EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE OU CHEZ L\u2019ÉDITEUR Les Presses de l'Université de Montréal Case postale 6128, Montréal 101, Canada 78 anthropolitique \u2014 mass media, politique, communication \u2014 Y.Hussereau : Sociétés informationnelles, mass media, anthropolifiques.P.Guimond : Cinq ou six idées sur la chanson d\u2019aujourd\u2019hui.S.Proulx et Y.Hussereau : La Femme et la publicité.G.Fortin : Mass media et développement.P.Chamberland : Triomphe de la communication.Note critique : hA.Fournier, \"La Vida\" d'O.Lewis: \"La culture de pauvreté\".Document.- E.Morin, \u201cQue faire ?\" 2027, rue Ed ouard-Montpetit, App.8, Montréal Abonnement: $5.00 (4 numéros) \u2014 $1.75 le numéro 79 LE CONSEIL SUPÉRIEUR DU LIVRE fondé le 24 mai 1961 et constitué en Société juridique depuis le 30 décembre 1964 est une fédération d'organismes professionnels groupant : © L'ASSOCIATION DES EDITEURS CANADIENS (35 membres) ® LA SOCIETE DES EDITEURS DE MANUELS SCOLAIRES DU QUEBEC (17 membres) ® LA SOCIETE DES LIBRAIRES CANADIENS (46 membres) 6 LA SOCIETE DES LIBRAIRES GROSSISTES CANADIENS PUBLIE : une revue, \u201cVIENT DE PARAITRE\u201d (bulletin du livre au Canada français) parution cinq fois l\u2019an \u2014 tirage de 10,000 exemplaires \u2014 abonnement :\t$3.00 un catalogue, \u201cLE CATALOGUE DE L\u2019EDITION AU CANADA FRANÇAIS\u201d, 1969, parution annuelle \u2014 tirage de 2,000 exemplaires \u2014 6,000 titres \u2014 525 pages \u2014 $3.50 net la \u201cLISTE DES POETES DU QUEBEC\u201d, édition août 1969 \u2014 tirage de 1,000 exemplaires \u2014 liste des noms et adresses \u2014 $1.00 \u201cL\u2019ANNUAIRE DE L\u2019ASSOCIATION DES EDITEURS CANADIENS\u201d (AEC) 1969-70 \u201cL\u2019ANNUAIRE DE L\u2019ASSOCIATION DES EDITEURS DE MANUELS SCOLAIRES DU QUEBEC\u201d (SEMSQ) 1969-70 DIFFUSE : Le CATALOGUE DU LIVRE CANADIEN EN LIBRAIRIE (CANADIAN BOOKS IN PRINT) 2e édition 1968 \u2014 1 volume \u2014 1040 pages \u2014 $20.00 net ADMINISTRE ET GERE : LE CENTRE DE DIFFUSION DU LIVRE CAN ADI EN - FRANÇAIS, 550 titres d\u2019auteurs canadiens-français publiés au Québec.France : Librairie l\u2019Ecole, 11, rue de Sèvres, 75, Paris Vie, France Belgique : Vander Editeur, 10, Munstraat, Louvain, Belgique LE CENTRE DE DIFFUSION DU MANUEL SCOLAIRE QUEBECOIS, France : Librairie l\u2019Ecole, 11, rue de Sèvres, 75, Paris Vie, France Belgique : Maison A.de Boeck, 203, avenue Louise, Bruxelles, 5, Belgique U.S.A.: Mr.Glenn H.Matthews, représentant, 91 Prospect St., Reading, Mass.\u2014 1867 \u2014 U.S.A.L\u2019AGENCE LITTERAIRE DES EDITEURS C A N A DI E NS-FR A NCAIS (AEC-SEMSQ) p CONSEIL SUPÉRIEUR DU LIVRE 3405, rue Saint-Denis, Montréal 130, Qué.Tél.: 845-5é31 80 LE MOT Je sais l'ivresse brûlante du mot à proférer Je dirai le vin de la parole fermenté dans une chair Je crierai une lie de révolte à l'envers de ma peau Je ne descendrai pas en moi Comme le plongeur ébloui de lueurs marines\t, Je m'envolerai\t^ Je vibrerai aux plaintes de l'arbre Qui ne s'arrachera jamais du sol sans périr Mais qui articulera la voyelle magique\t^ «*# Quel amour m'unira aux hommes\tv Comme les raisins dans une coulée de sang fraternel MARCEL BELANGER Ce poème fail partie d'une nouvelle série de poèmes canadiens présentés par la COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON au sommaire : des poèmes inédits de HECTOR DE SAINT-DENYS GARNEAU, la suite d'un essai de gilles houde sur LE TORRENT D'ANNE HÉBERT, ainsi que des textes de messieurs michei beaulieu, gérard bessette, janek sinoé et bernard tanguay."]
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