La barre du jour, 1 janvier 1971, Automne
[" MICHEL VA £ïQ UETTE la barre du joui1 Revue littéraire bimestrielle \u2022\tautomne 197' DIRECTION Nicole Brossard, Marcel Saint-Pierre, Roger Soublière ?Secrétariat : Francine Brossard ?Distribution : La barre du jour 665, rue Crevier, Montréal 379, Qué.?Les auteurs des textes que nous publions sont les seuls responsables des opinions qu'ils émettent.?Toute reproduction interdite.?Les textes soumis à la revue seront remis sur demande s'ils sont accompagnés d'une enveloppe affranchie.?Couverture : photo de Jean-Yves Collette ?LECTI LÜJ P m f Toute correspondance doit être adressée au secrétariat de : la barre du jour 665, rue Crevier, Montréal 379, Qué. o 'w5~) SOMMAIRE LECTURE EN VÉLOCIPÈDE.2 huguette gaulin-bergeron * L\u2019ÉTAT DE DÉBAUCHE.40 jean yves collette * L\u2019ÉTAT DE CHOISIR ENTRE.73 andré beaudet * L\u2019ÉTERNEL TRIANGLE.89 jérôme élie * PRÉSENTATION.93 r.s.* LES INÉDITS.jean-michel valiquette 94 HUGUETTE GAULIN-BERGERON lecture en vélocipède « la fête peut être aussi médiation dans l\u2019ombre du plaisir » Nicole Brossard à quelle inversion me rendre ici pas d\u2019autres issues me soulever et m\u2019étendre à l\u2019endos de la voix c\u2019est échange longuement enfonce multiplie 3 couler la première personne réseau en équilibre c\u2019est plus tôt dire restituer par floraisons gravite déchirante tombe sur un couchant menace continuelle de la couleur debout je mesure face contre l\u2019éparpillement entre un peu de mots et de mort nagent les bordures doucement murmure l\u2019étrangeté du bien-être l\u2019envoûtement me déplace le corps cloué palpable et fragile assise où déposer le pouvoir nous répétons les doigtés le parcours effleure mais si bas où les creux s\u2019arrachaient non nous avons filé où si tant plus haut s\u2019attend qu\u2019il faudra revenir passants au travers les corps vers d\u2019autres fouilles liés au mur déconcentrés sans bornes ils n\u2019en finissent de me dérouler la forme rompt ses reflets enfonce la chair en d\u2019autres os alors ces gestes lesquels manier constance où m\u2019épuiser sans déplacement ou presque déteindre violente le désir peu à peu secrète ses morsures aussi ruisselante les thèmes transportent et nous démêlent plus tard l\u2019ajustement dans les cordes et je colle sa colère sa lèvre quasi perpétuelles l\u2019électrique sensation pour se situer à soi-même les temps lissés d\u2019autres morts que la mienne je je me rature sans cesse 8 un temps d\u2019arc suffit à dévier rompre l\u2019indication était lustre à leurs défoncements car cacher dans l\u2019entre rayé heurte l\u2019acide pour d\u2019imprévisibles ponctuations l\u2019échappement nos chevilles tremblent tous les niveaux s\u2019expliquent défaite : l\u2019axe tournait mollement criblé recule défonce demain manifestation du temps qu\u2019il fera 9 sur MICROSCOPIQUE patine l\u2019oreille s\u2019entend de caresses et plus rien malgré le froid l\u2019immensité qu\u2019enfonce l\u2019œil chacun leur insomnie cloisonnée dans quel remous je m\u2019enroulais ici 10 synthèse de toute ardente culbutée radioactive sur le vif et discute parmi les voix ce refus de vivre autrement que parmi les labours gris casqués poursuite déroulant les fonds provoquantes démarcations ils suintent l\u2019infrarouge à me frôler m\u2019entremêle de tant l\u2019œil veillé ils désertent l\u2019excuse elliptique creuse la distance des baisers ici transcrite l\u2019intérieur de l\u2019eau des huiles puisent les contours parmi la nuit musclée relief les chairs agraires que recompose l\u2019escale ou le prétexte les jeux d\u2019ensemble à corriger l\u2019éclatement L ils chuchotaient à tant serrer m\u2019éclate l\u2019arbre frondé à la cuisse grave qu\u2019ils cantent d\u2019un baiser descendre les vertiges l\u2019intermède que le décor fuyait 14 entre les pans fiévreux les angles inversent les bruits ce qu\u2019ils plantent aux chaos leur lieu quand les rejoindre elle songe une mèche de part et d\u2019autre s\u2019ils pivotent l\u2019un contre sans toucher sur la croisée vive tape les lueurs et repèrent par taches l\u2019éclatement inclus se défaire hier au point de fouiller entre les cailloux gras comme un pied dans le ventre ou un rapport quelconque ce qu\u2019il reste de nous quand nous décidons de partir 16 les zones jonchées de cycles solides autour du départ (amas de les ouvertures calquent les restes des bruits que la main endisque et plongent l\u2019abîme hors soi c\u2019est toucher l\u2019élargissement la pivotant autour d\u2019un seul point point avant d\u2019être mutilé souvenirs en vélocipède) 17 encore au travers les nerfs une longue volée blanche double le fond décide de l\u2019angle les reliefs sentent les liens (rien à voir entre elle et lui) en silence la prochaine rencontre 18 lien d\u2019où j\u2019irai mesurer l\u2019orbe laiteuse avant de verser sur clair absolu enregistre l\u2019arc avant de replier l\u2019étendue tube l\u2019éclat mesure vive non approximative debout jusqu\u2019à l\u2019abîme en l\u2019autre sens un niveau (pour l\u2019aile ou le pied) veille rupture dénonce par contractions ce que gorgeaient les noyaux voici l\u2019intérieur en lieu presque clos la mer confectionne ses attaches grincements l\u2019abondance vers les cycles qui durent 20 tant promené s\u2019immobilise 3t se coïncide 3Ù il fallait revenir pous m\u2019êtes unique noir éclair jaillissant sur la mémoire des nerfs les fissions libèrent l\u2019énergie l\u2019intérieur aù la distance 21 depuis l\u2019œil fermé l\u2019écran nous déplace au soir les silences recoupent par étapes les plis luisances tendues longuement ils approchent une profonde giration aère émission particulièrement intense de longs tirets amplifiés (comme un bruit de foule) une seule perspective sans revers 22 \u2019uniforme fisse les reflets e qui nous pénètre de bandes sonores iccélération uites de collisions usions choisies attendues e bruit des chaînes nous lie longuement cession de l\u2019index contre l\u2019air etour \u2022oint l\u2019arrêt ou mutation e temps de laisser reposer le corps ainsi mutilé (dédoublé) baigné longuement l\u2019attente serait presque irritable contractions de longs courants perçus au travers l\u2019explosion ou désir continu à l\u2019écoute votre seul visage dans tous les visages 24 bourdonnement au carré pour le cas des longues pièces les brisures conventionnelles dessus dessous liées par ce qu\u2019ils bondissent (bleu blanc rouge) ?non plutôt.nous survolons l\u2019essai une loupe luisante comme un lac 25 le trajet des parallèles éjectées à la vitesse des mirages fendues morcelées et plus loin domptées en faisceaux ce désir de fuir (dans un mouvement centripète) la bouche face aux replis du dire nous avions le choix l\u2019avions-nous comme glissée la nudité des lignes où l\u2019œil s\u2019étend l\u2019espace à récupérer si peu de prise friction la vitesse infernale freinée freinée et circuler longuement la forme (ou le corps) ce que nous inversons de bandes muettes l\u2019horizontal rayé crissement les spectacles rendent la forme imagine l\u2019escalade l\u2019objectif : autant de lueurs coincées (d\u2019insectes en feu) et sur fond noir ils descendent les fièvres les courbes pleines (les talus) vaincue la force de répulsion (trop de beauté ou d\u2019amour) tout s\u2019assemble 28 fragile c\u2019est comme rouler vertical incliner les plans aussi sur des arcs oui l\u2019éternel flexible il était possible d\u2019ouvrir la distance surtout en silence et voici ce seul soir libère oriente la marche et gravit l\u2019ensemble enchaîne les angles propices à rêver car plus loin ou revenu longtemps l\u2019onde pénètre un bruit dans les muscles 30 3 les échos baissent quand l\u2019oreille contre le temps foisonne la vitesse (comme on rythme les herbes) remue demain la tendresse lente lourde pleine partant touche la marche des lèvres détente c\u2019est sa main finement ouverte d\u2019entre les fronts qui monte les précipitations (roses) et (blanches) 31 et surgit autour l\u2019arrivée résultat d\u2019une longue impression (compression) tirée peu à peu et violemment du centre fête forée à distance : l\u2019atmosphère l\u2019angle global où suspendre les pieds on prélève les mesures dans les membres nous déplaçons les cycles l\u2019œil atrophié à cette ruse d\u2019aveuglement hante et fait beau disque invraisemblable polarisé pour capter les jets et reproduire les fulgurances 33 la main rapidement ajustée toujours les rayonnements qu\u2019ils éeharpent leur intimité un peu m\u2019y colle cause le temps le sourire fixe nous inversons la détente ils pénètrent vers nous (la route) contraction pare brise autrement strates et lanternes les flaques emmagasinent les feux désormais poursuivie 34 alors je tire quelle fureur l\u2019endos arqué et lâche d\u2019entre les axes les jeux presque imaginaires les points acrobatiques le sens germe ce bourdonnement accompagné d\u2019élitres l\u2019œil à l\u2019oreille sue légère pèse les vapeurs aussi lourd en pressant le temps rappel autre cycle érosion ou évasion par minces décollements le corps rentre vers la droite ses circulations 35 l\u2019enchaînement denté sans cesse grouille tous les niveaux la forme tournoyante floue superbes interférences m\u2019atteignent je chancelle car les pièces perdues d\u2019une campagne inscrite entre les roses impatients et l\u2019heure précise incendient 36 pulsation : les lymphes dévoilent même cycle entre les fils le rappel traverse d\u2019un tiraillement la main refait l\u2019écho nous apprenons les demeures pour n\u2019être plus à vif les couleurs silencieuses un gris (de toiture) l\u2019œil ramasse par tiges luisantes l\u2019élévation 37 déambule les spirales pleines de points vibratoires (d\u2019insectes) enfiévrée vers des amoncellements régionaux c\u2019était le corps déplié comme une carte presque sublime presque infernale perforant les voiles chargés de leurs signes aimantés distance vitale cyclique je vous en prie le balancement rentre les veilles les feux attaquent à outrance 38 morsure autour des réseaux nombreux les plans se vident complètement s\u2019ils se taisent plus tard ils entendent le lent retour des feux la distance plonge une arme contre la fatigue de longs couloirs qu\u2019on file sous les muscles tendus alors qu\u2019ils rendent la cérémonie dans la méditation des arcs HUGUETTE GAULIN-BERGERON 39 JEAN YVES COLLETTE l\u2019état de débauche 1 en novembre entre quelque chose par la grande porte et rien n\u2019est visible aux alentours qui ne soit aussi drôle que ceci soit la seule offense je glisse à pic et affecte les dernières heures de la dernière solitude à cogner dans le vide ce qui un peu me force la main droite blanche et la main gauche sur la droite après l\u2019heure précise de la dernière étape tout étant déjà rédigé depuis de longs mois scrupuleusement noirci sur de longues feuilles où dis-je d\u2019heureux corbeaux viendront aimablement en société déjeuner 41 2 mais suivant une tradition établie et millénaire parler sera mon dernier mot : l\u2019esprit grelotte et désespère le désir n\u2019est point satisfait l\u2019estomac martyrisé s\u2019émancipe et je n\u2019ai rien dit ou si peu ( non l\u2019amour n\u2019existe pas) je divague de rire et je me gaspille en banalités que je sois donc envoyé au diable et lui laissera parler sa grande âme elle qui a visité les châteaux espagnols les bordels français (seule vraie richesse nationale) les camps de travail soviétique l\u2019horrible foire de New York les banques suisses les mosquées arabes les tavernes du Québec (autre seule vraie richesse nationale) enfin qui rira bien le jour de la résurrection ü !' ijü k têt fl?liai fo® liai li t] 42 3 presque achetée pour deux dollars et répandu entre ses lèvres et l\u2019heure de la libération venue me mettre à transpirer quelle horreur cette vieille méchanceté s\u2019agite et transpire (bis) les odeurs n\u2019existent pas autrement l\u2019abject et le nécessairement convulsif de la même façon sans relation positive la chose perdue la vie en l\u2019occurence est une manie flagrante et absurde ayant tout un attirail de crochets en dehors du néant comme s\u2019accrocher à un sac de cendres stupides flottant dans la stratosphère enfin l\u2019indécence du mouvement intellectuel le vol des étranges raisons les quelques secondes perdues sont comme des siècles de temps mort de mots morts des siècles de monstres de vingt ans 43 4 sans vraiment de changements poursuivre malgré tout les corps et les nourritures donc l\u2019ennui donc les paysages noircis et même (la parole ce joujou inutile) pourquoi vaut-il mieux exposer son sexe sur le sable blanc monter soulever ses hanches donner à voir la chimère juteuse mais fermée que de mourir et de ses propres mains se déposer dans la sombre humidité 44 5 l\u2019animal au mensonge épidermique ne regarde pas en face de lui il violente les antécédents et se goûte le bout des doigts il se délivre et se fait peur il prémédite et récupère s\u2019emprisonne et se libère meurt enfin et puis s\u2019encadre 45 nuit de lit dur réveil sans rien que des yeux défaits à se placer les lèvres sous le sexe d\u2019un chien à se faire la main pour un passe-temps à chercher l\u2019aine de l\u2019araignée d\u2019eau et courir après à vomir sur soi et salir sa houche rose et sa chemise (blanche) nuit de peau tendre sur une autre peau 46 7 des lèvres et d\u2019autres autour du tableau de l\u2019eau qui goûte le sel des antécédents la houle nébuleuse le matin du contact charnel une noire et rutillante garce accrochée aux reins la soif d\u2019une foule s\u2019impose passe sous les yeux vides le regard sous les dalles lisses sombres et luisantes comme un ventre bien tendu souverain 47 cri étouffé porte fermée les doigts s\u2019écorchent sur la charpente sur les ferrures sur les pignons la vue des ongles cassés de rage sur la pierre le fou bas-relief sculpté les membres valables brisés l\u2019uniforme de l\u2019épave endossé la nuque cherchant le sommeil la bouche sèche de semaine en semaine réapprendre à dormir 9 élans hallucinés qui tuent et brûlent les cerveaux l\u2019ennui des gestes des mots des étreintes comme l\u2019océan écrase et tourmente route coupée noire coupée de hautes perspectives le mirage meurtri le jour défait où j\u2019ai dormi furieusement attaché à tes dentelles tourmentées aussi bien dormir sur la lame d\u2019un couteau les oreilles bourdonnent verticales vibrantes prononcer une fois courte fois régénération on demande pourquoi 49 cou gorge étouffés cuisses serrées la tête contre le mur de la parole un meurtre sans un cri attendre seulement attendre que la mort ressemble à la lune l\u2019hiver l\u2019incantation quelle misère s\u2019offrir la vie sous forme de mort 11 lente à couler se dévorer (s\u2019être déchiré) se défaire s\u2019outrager se mordre la bouche 51 12 forêt criarde éblouie l\u2019encens des doigts la pluie rouge un mouvement de rivières couverture de buée la peau humide en longueur sourde et lente vivre dans l\u2019œil égaré dans le muscle tout en proue dans la pente raide dans l\u2019orgasme las vaut mieux que de ne point vivre 52 13 g* I au la rumeur du regard apeuré déjà m\u2019emplit me touche eil glisse pousse encore progresse revient à l\u2019articulation de huileuse la main incontrôlée fluide jet chauve fréné-tique dans un sillage obscur 53 14 la bête véhémente au regard abstraitement de jais bientôt interrompt les appels et les bras demeurent tendus dans le sillage de l\u2019aube délivrée oppression constante la peau toujours vide seule solitude sans vague ni serpent ni gueule de termite sans roulade ni plus ni moins qu\u2019un cordon ombilical rouillé ni autre gargouille dans ma bouche ouverte tête renversée comme l\u2019envers d\u2019une cloche ni clavier ni nageoire ni trompe ni glapissement rien qu\u2019une peau de couleuvre laiteuse rien qu\u2019une porcelaine fêlée qui résonne telle une dentelure aussi fêlée déracinée je nu jauni m\u2019estompe m\u2019efface de la présence trop difficile iDlf1 ¦0 \\ Jet | illlf' serpent de mer épileptique convulsif à souhait cheminée ouverte la bouche creuse comme une mine symphonie d\u2019horreur pour harpe unique évidemment avor- tée (rire) 55 dalles écaillées sous mes hanches les reptiles en cruches l\u2019anguille aux prunelles voûtées une jambe coupée marque l\u2019heure et la direction du silence tracé sans retour solit.soli\tsolitude que cela me retourne la gueule dans l\u2019arrière temps 17 un autre dernier mot après l\u2019esprit grelotte l\u2019histoire d\u2019amour l\u2019ennui imprécis les pores de la peau la mort de mourir pendu soulage le rebord démesuré le frisson court l\u2019échine ouvre ta bouche et caresse que le plaisir se répande entraîne les orteils poussant en ongles sur le front et vivre du commentaire de vie crue dense entouré de mains droite gauche 57 18 insiste tombe de sommeil pousse à vieillir à battre la fatigue et la volonté la solide conviction de mordre l\u2019amour poussiéreux tellement logique le ventre la queue tellement en de brefs mouvements du corps petite folie de l\u2019ordre mystique absurde dernier étage erreur qui se nomme vérité le catalogue des vers aux bruits étranges préparer l\u2019animal d\u2019autant plus étrange et agissant dans un chantier de construction éclatent les lampes fluorescentes bf rçle mai!) pour M lèvre lei 58 ¦e t rdi-: 0 foliifi 0a d4 0- 19 demeurer lucide interrompre l\u2019ordre mathématique qui règle la vie-mort au moins refaire un peu ce qui passe un dos courbé rampe jusqu\u2019à la parole déformée mais parlante écriture comme la chair peau d\u2019une fille l\u2019affreuse différence entre l\u2019océan et le brûlant amour les maux d\u2019estomac il n\u2019y a pas de vérité est la vérité aimer mieux faillir malgré tout que de ne point commencer pourtant la vraie mort débute par j\u2019aurais dû recouvrir de chaux vive cette espèce de début d\u2019amour quand ses lèvres une fois\tmais l\u2019anatomie commande plus que raisonne notez l\u2019heure et la date 59 20 raconter l\u2019inceste avec l\u2019arbre dans une cour de triage et l\u2019émotion asphyxiante enfumée des locomotives voyeu-ses le gras qui glisse éteint et raconte comme j\u2019ai envie d\u2019un mal de bas de ventre la méprise est toute puissante le mensonge parlé encore me met la tête entre ses jambes sa carcasse les jolies paumes de ses mains de chaque côté de ma bouche sur les joues 60 21 aime voir l\u2019or doux de l\u2019index se promener dans la boue et revenir étouffe noie la bouche et l\u2019égout d\u2019horribles sensibleries jusqu\u2019au cou et à la prochaine et insensée phrase penser moi mourir de moi m\u2019allier au pénible étirement engouffré la peau les yeux les citations toutes tièdement probables ma main sur ma tête n\u2019est point pour rien à la recherche du gisement de la dure solution jaillissante (probablement) l\u2019énergique exploitation de la moitié qui va trop loin pendant le déchirement profond 61 zone très urbaine que cette cruauté qui ne dépasse en rien le rôle de l\u2019asphalte dans la vie courante outre que raser le macadam à la faux occupe longtemps et il reste là le jour vulgaire attend les mots inutiles que cette ordure de tête plein la panse sans lueur et mourir rongé par sillons profonds et hallucinants sans jamais prononcer le mot origine et que quoi ni poser les doigts ni les pieds sur une somme de solidités pourvoir en abandon total ou partiel le reste des doubles restants d\u2019humains qui façonnent une grasse vieillesse heureuse 8(1 fem Ne 23 l\u2019euphorie du drap fatigué le triomphe la distance du sexe unilatéral départ vers cette corde ultime et abjecte attente pour d\u2019ailleurs sous un ciel nu édifiant comme prédit expiré précédemment pour être quelque chose après on ne sait quoi qui ferme les yeux et oubli ferme les yeux et dort la plus simple fonction feindre le supplice de la face qui se couche les fesses s\u2019assoient le jeu envoûtant de ses fesses qui se meuvent mais illusoire les deux mains sur les lourdes fesses immobiles la corde raide qui pend ici ou ailleurs quelle importance pourvu que l\u2019horaire soit respecté 63 24 la luxure l\u2019épuisante noire honte la difforme et discordante raison perdue me tortiller un moment dans l\u2019herbe tendre les hanches opulentes verdissent et nu comme un bouffon obscène ce si peu sournois et happant refuge fortifié la grisaille devant moi le petit accès au soleil\tfermé ent tie lés ni 64 25 enterrer égarer mon sexe assis sur le cul de fond de ciel la chair moulée de la terre résonne dans les arbres déchus rongés rainurés déchirés par les ongles-doigts désordonnés une eau épaisse la nuit les griffes se sont enfin assouvies des callosités de la cage thoracique 65 26 je saigne ma chair avec des yeux qui déracinent une humanité qui d\u2019abord ou moi puant sans ampleur sans alentour sans que je m\u2019enroule en colonne torse en volute je frissonne je cherche je m\u2019écarte comme s\u2019ouvre un tombeau sans spasme sans convulsion araignée sournoise velue mais lisse sans frayeur avortent les libertés joue comme jamais enfant à la douceur de tuer l\u2019avenir quatre yeux plus que ronds comme déjà dit humanité qui d\u2019abord ou moi 66 27 du large du côté je m\u2019éloigne sans nul effort pour rien ni les jupes des femmes qu\u2019on retrousse ici et là ni la lourdeur du ciel moutonneux ni la compacité pierreuse ni la diaphanéité de la nuit ni chaque heure grattée au fond des cercueils ni les trappes ouvertes et ces rivages de l\u2019œil abandonnés cette blancheur mortuaire et cette sinistre et maigre musique (sans nul effort) une marche mortuaire lente de l\u2019humain aspiré par le regard de l\u2019arbre où il a tendu sa corde sa myopie faisant encore plus la mer fondue avec le ciel sans nul effort 67 28 chances minces de hurlement la brique rouge le contour de la rumeur caresse qui monte de la terre sans les impossibles ponctuations à la même corde la frénésie procure une joie déliée le sexe enragé me monte à la nuque la nuit me glisse entre les mains me fige m\u2019oppresse et abolit les idées dans la crypte se sauve de la petite lumière qui vient lentement quand la bouche est pleine et le corps écrasé de sueur les tempes serrées un peu le geste un peu l\u2019étirement replié tout le long en attente ouvert et devinant convoitant l\u2019exacte demi circonférence luisante qui glisse sombre quand je hurle 68 29 car le seul possible silence est celui de la survivance et le seul et la seule possible issue et (nu) comme ma bouche pleine ainsi toute la crue résignée devant mur inaccessible fragment déraciné sur tes parois ta première et dernière parole clairement exprimée que tout fut déjà né avant qu\u2019on ne le découvre et même déjà mort avant qu\u2019on ait le temps d\u2019y penser 69 toutefois la forêt par désœuvrement défait chaque jour un nouveau littoral aussi inutilisable aussi vide luisant que mes veines (tout à l\u2019heure) que les muscles les singulières courbes la prose du creux dans l\u2019exacte pénombre le paysage téméraire icelui et stupéfait marqué à l\u2019heure du pendule et de l\u2019amaigrissement outre l\u2019obligation de ronger les cordes 31 trop plein se renverse la nuit se faisant indormable peau furieuse éphémère et m\u2019enserre épouvantable et grise tendresse laiteuse et hallucinée débordes ma peau de toutes tes courbes ta jambe grise m\u2019étire me désali-mente et me tente le cœur ce mot palpable la brisure au mur provocante 71 ailleurs enfin le regard est porté je reprends je m\u2019éloigne ailleurs enfin\tle verre brise Jean Yves COLLETTE ANDRE BEAUDET L'état de choisir entre Livre / Vie Ecriture / Révolution Rêve / Action (Figuration d\u2019un Texte-Compromis) à Gaston Miron Paul Chamberland Gérald Godin voilà bien une dizaine d\u2019années que s\u2019établissait ici notre « âge de la parole » ((un temps d\u2019arrêt réfléchi afin de retourner son ombre par le dedans à l\u2019introspection critique : pour un changement d\u2019images à fleur de peau devant la résurgence du miroir intérieur./un long temps d\u2019arrêt )) « Car rêver de la vie, c\u2019est justement là ce que j\u2019appelle :\t« être éveillé ».(NIETZSCHE) 73 1.Conscience de soi par le Texte-Ecriture Rêve « le poème ne peut se faire que contre le non-poème le poème ne peut se faire qu\u2019en dehors du non-poème » (MIRON) pour donner plus d\u2019ampleur au texte employer les subterfuges de la fiction, du mythe, du symbole, de l\u2019irréalité afin de mieux révéler au lecteur le produit même de la rêvalité je n\u2019ai pas l\u2019intention (mais est-ce bien vrai) de me raconter l\u2019histoire du possible événement, survenant tout de même un peu tard sur le soir, mon œil ne s\u2019habituant pas encore tout à fait à la pleine noirceur de la nuit animale (d\u2019ailleurs en ai-je bien tous les éléments) je me raconte l\u2019histoire du possible dénouement sans préciser le lieu ni la durée ni le temps D\u2019UN PAREIL SACRIFICE L\u2019ÉCLIPSE TEMPORAIRE DU RÉEL DOMINANT de ma main je me dis l\u2019exactitude du mouvement à accomplir (par le geste de ma main seulement intentionnel) avant 74 même que je puisse saisir son mode indicatif de me rapprocher plus près de moi-même : réponse-réflexe d\u2019abolir la distance de séparation même l\u2019acte de la main de nous réunir en/par/hors de l\u2019écriture où je me désamorce en paroles faciles, où je corrige, je rode mon écriture pleine d\u2019impuissance séditieuse, de lyrisme bon marché ensuite je me suivis de par la ville lors d\u2019une promenade à peine perturbée de quelques fantômes rencontrés en sens inverse et sans rapports vrais, en marge de mon tête-à-tête d\u2019isolement je déraille dans les subterfuges de l\u2019écriture forcée, je m\u2019y cache depuis un bon moment déjà, et quoi d\u2019autres que des mots pour se l\u2019avouer (inutile de vous présenter le croquis de cette longue marche de drapeaux et de slogans de la victoire inutile aussi de mentionner de quelle ville il s\u2019agit nous les parcourerons toutes) j\u2019en fais une réalité sans attache JE DÉRAILLE ET JE MENS 75 ((je dis ces phrases écrites en ressentant du dedans de ma parole encore inétablie une sorte de dédoublement de mon silence et de mon absence en alternance avec les mots juxtaposés_______________)) une très grande subordination de mon être me faisait croire que tout entier l\u2019avance de mes pas ne soutenait plus l\u2019avance du trottoir qui disparaissait à mesure sous mon regard jeté de côté pour mieux envisager ce qui semblait s\u2019évanouir ce qui me semblait se perdre ici je suffoque d\u2019inertie le mouvement s\u2019arrêtera-t-il de lui-même à force d\u2019habitude ?(et qu\u2019est le romantisme d\u2019une manifestation populaire, le frémissement, la chair de poule au contact de la foule globulaire, au contact de la solitude-solidaire ma main soutenait la fragilité d\u2019un ordre à établir : la place d\u2019accueil des mutants autrement dirigés « Le poète à venir surmontera l\u2019idée déprimante du divorce irréparable de l\u2019action et du rêve » (BRETON) (que ce soient des mots ou des individus, quelle importance !) 76 là j y ai compris d\u2019emblée l\u2019inutilité de ma main glissant sur le papier des mots de l\u2019aboli bibelot révolu IL NE PEUT PLUS Y AVOIR D\u2019ÉVÉNEMENTS IMAGINAIRES NI DE LIEUX LAISSÉS AU HASARD je ne voulais plus soutenir la soumission à un ordre de phrases idéales et momifiées ni l\u2019oppression qui délimite violemment l\u2019objet matériel du livre fermé LE TOUT ÉTANT DIT de nouveau mes pas touchaient le sol d\u2019une nouvelle solidité laissant à travers le béton et l\u2019asphalte l\u2019empreinte d\u2019une tribulation d\u2019une descente dans la rue, durement arrachées au pavé de notre mémoire de cet écart du passé à l\u2019avenir ma main témoignait en notre faveur d\u2019un présent insoupçonné d\u2019où pourrait naître la violence comme champ naturel d\u2019une nouvelle forme de lutte aussitôt vérifiable par la transformation d\u2019images insoutenables (mais lesquelles ?) en événements manifestés par l\u2019intrigue du récit sur l\u2019écran intérieur de notre ÉVEIL hors cependant de la simple contemplation inerte afin d\u2019activer ces événements en soi et d\u2019y prendre part (mais est-ce bien là tout le projet de l\u2019écriture engagée dans la.forme même de sa situation coloniale) 77 pourtant je ne puis cesser d\u2019écrire l\u2019indicible (du moins de tenter sa recherche) le préférable aveuglement des mots creux des mots en l\u2019air comme un éternel feu d\u2019artifices qu\u2019on contemple assis dans l\u2019herbe le 23 juin « Parce que je suis en danger de moi-même à toi et tous deux le sommes de nous-mêmes aux autres » (MIRON) ((il me faudrait écrire la tentative d\u2019un dépassement de ma conscience vers les autres hors du dédoublement et de l\u2019altérité de la conscience malheureuse afin de mieux vivre l\u2019identité d\u2019un peuple qui se reconnaisse hors des tabous des conditionnements des interdits et des contrôles ainsi imposés à l\u2019indice même de sa parole qu\u2019il lui faut constamment taire_____________________________ EN UN PARLER TOUT BAS il faudrait insister aussi sur l\u2019accentuation de notre parole pour la mettre à terme à nous faire communiquer en ce lieu réciproque de notre pensée où les mots ne souffriront plus ni les prières ni les évidences ni les soumissions ni les certitudes ni les promesses ni même les nuances dans la voix de ceux qui entretiennent encore en nous l\u2019expression même d\u2019un quelconque mutisme du dedans comme du dehors___________________________)) 78 me dis-je vraiment que l\u2019objectivité de la présente fête apomorphine trouvera son point culminant dans la COÏNCIDENCE et dans le HASARD de nos esprits uniquement rassemblés là en un long mouvement de nos consciences respectives mises ensemble à un certain moment de notre histoire HORS DU TRAJET ORDINAIRE je me réfugie dans les rumeurs de l\u2019automne, de l\u2019octobre mal vécu, en déperdition, la peur venue me tourmenter LES MOTS N\u2019Y ONT SERVI À RIEN MAIS NOUS AVONS MIS BIEN DU TEMPS À NOUS REJOINDRE AUJOURD\u2019HUI encore aujourd\u2019hui je choisis le parti-pris de l\u2019écriture défaillante, du texte livré à l\u2019autre (et combien d\u2019autres lecteurs, en ai-je seulement) à l\u2019usure du regard ébloui par tant de mots, à l\u2019usure de l\u2019œil satisfait devant les mots terroristes, les mots subversifs, les mots d\u2019une parole refoulée sur elle-même à l\u2019acte d\u2019écrire (était-ce bien un acte ou plutôt une simulation pas encore accomplie dans son geste libérateur) « coupé des miens étrangers à mon nom je divague en l\u2019avenir le présent reste à faire et demain est bien tard seul et politisé j\u2019ai des racines invisibles et dieu sait que je ne rêve pas » (GODIN) 79 il ne reste plus que des mots terrorisés, des mots d\u2019une imagination asphyxiée, des mots d\u2019étranglement (et quoi d\u2019autre encore) et s\u2019accumulent les faits divers, les informations tronquées, les manchettes sans trop d\u2019indices de notre libération l\u2019engendrement de la conscience collective surgira de nos regards sur nos corps en discontinuité par ces luttes acharnées et ces fatigues morales il y eut une fois l\u2019étincelle de la vie, l\u2019acte de la vie brutalement arraché au quotidien (je .nous basculions) mais nous ne nous reconnaissions pas solidaires de tous, mais nous n\u2019entendions pas tous la voix sourde nous appel l\u2019irréparable renversement de notre p pective il faudra attendre encore ce temps de dépassement ET continuer le mensonge des jeux littéraires de la parole stérile à grands jets d\u2019images floues QUE L\u2019OEIL DE LA CONSCIENCE TRÉPIGNE EN LISANT! JE M\u2019INSURGE VIOLEMMENT 80 2.Conscience de l\u2019autre par la Vie-Révolution Action « Québec ton nom cadence inscrite en l\u2019épaisseur du besoin unanime clameur franchie la forêt de nos veines et dresse à la face du monde l\u2019orée de notre jour le temps de l\u2019humanité» (CHAMBERLAND) ai-je à ce point besoin du cri pour mieux /me justifier /me défendre /vous perturber, ai-je à ce point besoin du silence que je réclame pour moi-même et pour eux-mêmes, ou bien la conscience n\u2019en finira-t-elle plus de se perdre aux heures extrêmes de notre arrachement ?et mon nom quel est-il ?et ma ville où est-elle ?et mon pays que devient-il ?EN CE LONG MONOLOGUE DE LA DÉPOSSESSION alors je suis homme somnambulesque au sommeil déraciné d\u2019images qui ne lui appartiennent pas encore au vrai : images /de ma ville grise envahie/de mon pays qu\u2019on traîne en laisse/de son peuple qui ne peut s\u2019inscrire dans l\u2019unique durée de sa libération/de moi-même en quête d\u2019un autre que je ne saurais reconnaître/ TOUS À S\u2019AFFRANCHIR 81 voici dix années de paroles pleines de transes, voici dix années qu\u2019on me parle avec les mots de l\u2019autre tracés presque à notre insu sur le papier de notre enchaînement, voici dix années aussi que j\u2019entends à tour de rôle les troubadours de notre « aliénation délirante » QUELS SONT NOS ALIBIS ?ce que j\u2019ai déjà écrit (mais en d\u2019autres circonstances), ces mots qui figuraient à 1 ordre du jour de ce que je croyais être le point ultime de ma quête poétique, de l\u2019élan verbal : « trouver le lieu réciproque » / « balayer les murs de la mort d\u2019être là » / « être celui de ceux de vous d\u2019être à personne » / « sentir hors soi par le dedans du temps venant à venir » / « entendre nos murs grimacer de dépossession » / « désamorcer l\u2019ordre du jour » / « nos cris refléteront sans cesse l\u2019indice de notre violence » c\u2019était l\u2019ère duKEBEKOSMIK, maintenant qu\u2019il m\u2019a pris par la main, qu\u2019il m\u2019a porté sans que je sente mes pieds me portant, que je m\u2019en suis revenu de mon voyage de par la ville, qu\u2019il m\u2019a quitté, que je suis seul, que je rejoindrai ici les cris de mon peuple, QUE L\u2019OCTOBRE S\u2019EN (RE)VIENT 82 MAINTENANT SERONS-NOUS MIEUX PRÉPARÉS OU SERONS-NOUS MIEUX MORTS « je ne me suis plus caché la seule alternative : TUER ou CREVER (les termes sont à peine métaphoriques)» (CHAMBERLAND) notre temps à nous ne peut suspendre définitivement son envol, cette capacité trop longtemps retenue devant le fait à accomplir comme si nous ne subissions que quelques souvenirs d\u2019éclat de nos gestes passés : je veux dire, aux temps des Patriotes.\u201cYou wouldn\u2019t want to teach people like boys in Quebec how to use rifles.They might turn them on the Government.\u201d (propos tenus paraît-il, par Gérard Pelletier devant un groupe de jeunes Torontois ; cité dans un journal de Toronto : Guerilla) DÉCEMBRE 1837/OCTOBRE 1970 LA MORT TOTALE DOULOUREUSEMENT NIÉE / LA VIE TOTALE BRUTALEMENT AFFIRMÉE (et ceux à venir) pourquoi ne pas investir le présent de notre futur historique par l\u2019opération de la conscience révélant qu\u2019enfin l\u2019aspect du geste extérieur (celui de l\u2019insurrection) prélève confusément de l\u2019aspect intime de l\u2019inconscient collectif alors en mutation en devenir de sorte que tout examen qui mette en situation l\u2019aspect du dehors renvoie immédiatement à un examen de conscience à-priori libérée de ses préjugés contre la violence manifeste.83 « c\u2019est un caractère essentiel et nécessaire de la liberté que d\u2019être située » (SARTRE) MARX//RIMBAUD « transformer le / /\t« changer la vie » monde » maintenant écrire ceci ou cela ici et maintenant afin de me réfugier de m\u2019effacer même devant les mots derrière 1 écriture pour qu\u2019ils fassent signe pour qu\u2019ils se laissent déchiffrer et qu\u2019ils permettent ainsi à l\u2019œil d\u2019organiser la signifiance en fonction d\u2019un nouvel ordre du sens au monde imaginaire de l\u2019espace littéraire_______________ événement des mots qui s\u2019alignent tout seul sans personne autre pour le signifier délire des mots-vérités un instant suspendus à la limite même du texte où d\u2019un coup je me retranche je m\u2019ampute pour laisser place à la lecture à la transformation des gestes de la vie en signes déployés afin d\u2019exister ailleurs AFIN DE SE RE-TRACER (suivez-les ils vous appellent à la restauration du pays à l\u2019amour de la femme-enfant-pays à naître au point du jour à la fête populaire d\u2019être ensemble manifestée je m\u2019écris l\u2019histoire d\u2019un peuple inavoué et j\u2019attends____________________) 84 LE TEXTE NE PEUT ÊTRE QUE PRÉ-TEXTE À CE QUI ARRIVE À CE QUI VIENT « Nous voulons remplacer avec toute la population cette société d\u2019esclaves par une société libre, fonctionnant d\u2019elle-même et pour elle-même, une société ouverte sur le monde » (MANIFESTE F.L.Q.) ((il doit y avoir aussi une persistance du discours révolutionnaire ou d\u2019un manifeste de la propagande par le fait ou d\u2019un autre texte à établir comme ceux déjà établis à cette fin : les écrits mythiques, scientifiques, politiques, ayant cet indice du geste de la main écrivant les tracés de notre avenir (le texte étant toujours un discours anté-historique) afin de prolonger l\u2019éveil des consciences sans même qu\u2019il y ait lieu de s\u2019attendre à un quelconque répit ou épuisement prolongé de notre part_____________)) alors tout finira par culbuter hors de notre complaisance à s\u2019humilier est-ce bien là la parole-action à revendiquer/irruption de la conscience communale / à l\u2019encontre de la parole-récit / figuration d\u2019un mythe construit à l\u2019avance de la main / du silence à la révolte Toutes deux partagent le risque d\u2019oser parler « à ses dépens » toutes deux assument leur droit à la parole J\u2019EN APPELLE ENCORE (et cela après tant d\u2019autres avant moi) j\u2019en appelle à la légitimité de la parole CELLE DE SE DIRE SANS MYSTIFICATION 85 la parole vindicative la parole résistante la parole natale LA PAROLE À REFAIRE L\u2019HOMME D\u2019ICI mais il n\u2019y a pas de parole d\u2019un peuple il n\u2019y a pas de démocratisation possible de la parole car nous devons tous avoir recours à certains porte-paroles intermédiaires et médiateurs IL FAUT AVOIR RECOURS À L\u2019AUTRE nous demeurons le public, le public anonyme de la majorité silencieuse ou le public élitique d\u2019une classe privilégiée « fils adoptif de personne je suis seul et je m\u2019ennuie quelquefois aux temps des fêtes à l\u2019apogée parentèle » (GODIN) inévitablement la parole-action amène la parole réaction de l\u2019ordre établi (enlèvements-manifeste / arrestations-état policier-mesures d\u2019urgence) je ne suis pas le poète d\u2019un temps je n\u2019appartiens pas à un pays d\u2019un temps je n\u2019habite plus la ville d\u2019un temps 86 la parole-action c\u2019est l\u2019événement brut le fait historique (marquant et remarqué) qui s\u2019alimente d\u2019une pratique de force et de dépassement afin de renverser le quotidien aliénant et le réel inadéquat (la stagnation au passé étant la force d\u2019inertie du pouvoir) à partir du texte franchir d\u2019un pas de trottoir la banalité quotidienne parcourir en tous sens la ville ouverte détruire les symboles évidés de la publicité et des slogans impérialistes je m\u2019interdis plus longtemps d\u2019assumer les événements imaginaires des réseaux d\u2019informations hors con-texte la parole-action ne consent pas nécessairement à la vérité mais bien à une vérité celle de rétablir la spontanéité du fait tragique à accomplir la création révolutionnaire permanente radiographier la parole des gens d\u2019ici hors de la médiation du pouvoir et des mass-média afin de mieux saisir ses plus lointaines émanations magiques celles qui nous mèneront enfin à l\u2019achèvement immédiat de ce long geste de la re-pos-session (le texte ne peut qu\u2019inventorier) et de la volonté de réaliser totalement la parole libérée ainsi de la soumission et de l\u2019abrutissement du mensonge de l\u2019idéologie accessible à la spontanéité de tous en un acte de poésie révolutionnaire 87 la parole-récit invite à la re-création d\u2019une parole feinte inaccomplie en opérant par une distanciation une médiation du texte livré à un public restreint une dislocation du langage essentiel : le divorce irréparable du rêve et de la réalité que la parole-action évite d\u2019ébrè-cher plus longtemps DE SORTE QUE LE TEXTE N\u2019AURA PLUS À AVOIR LIEU ainsi nous vaincrons\tnous vivrons MAIS IL FAUDRA ENCORE BEAUCOUP DE TEMPS À L\u2019ÂGE DE LA PAROLE AVANT QUE LES FAITS NOUS PERMETTENT DE NOUS TAIRE ALORS IL NOUS RESTE L\u2019ÉTAT DE CHOISIR ENTRE LIVRE-VIE ÉCRITURE-RÉVOLUTION RÊVE-ACTION juillet 71 André BEAUDET 88 JÉRÔME ÉLIE L'éternel triangle Antérieurement, un seul Sens nous guidait.Capté, trié, emballé sous vide par de majestueuses pinces incolores (ces pinces n\u2019étaient point extérieures au Sens mais désignaient au contraire sa puissance d\u2019auto-engendrement, son projet insaisissable, infaillible, bénéfique et rassurant), Il réglait l\u2019ordre immuable du triangle.Il était le ciel, l\u2019horizon-mur originel, le monument frontière intouchable, l\u2019identité sans désastre ni mouvement, l\u2019Énoncé sans énonciation, l\u2019ornement éternel.Il dispensait l\u2019Histoire mais ne s\u2019y inscrivait pas, sinon comme rappel du Même, et menace.Accablant d\u2019évidence mais indescriptible.Ne pouvant nommer le Sens, le rapporter à la matière du triangle, on l\u2019invoquait.Il lui arriva de bouger.Cela tenait non à son vouloir mais à l\u2019ébranlement provoqué par le doute qui se glissait dans nos prières.Le Sens sans visage (visage de granit horizon que rien n\u2019entame) décidait de notre perception des visages.Tout regard n\u2019était que vision à perte de vue du Sens omni-voyant mais invisible.Tout regard invitait à penser qu\u2019il n\u2019existe d\u2019autre limite à la vision que cette Autre vision qui la contient et dispose (de) son décor.La vision : répétition infinie du Sens Roi dans le miroir que nous contemplons, craintifs, notre corps se confondant avec le reflet lui-même.Le Sens était l\u2019imminence grise, la Vérité dont l\u2019irruption sans cesse proclamée est toujours repoussée.D\u2019où ces fanfares tautologiques, ces reliques indéchiffrables, cette parole bégayée, ce surplomb étouffant de redondances, ces gestes sans effet au milieu des dépôts de vestiges, ces étouffements du désir informulé.89 Censures.Visages voilés.Insistance de mille appels refoulés dans les dépôts, étouffés par les fanfares, intraduits par la parole, bloqués par le désir bloqué.Nous, résiduels, sectionnés, aveugles dans l\u2019aire du triangle.S\u2019interroger sur le Sens ne voulait pas dire éprouver la validité du Sens mais s\u2019enfermer dans l\u2019interrogation, s\u2019y endormir, s\u2019y béatifier.Se risquait-on à questionner le Sens ?La réponse ne pouvait venir que de Lui, le dévoilement de l\u2019Énigme résidait en son verbe tu.Et, par retour clos, toutes les questions émanaient du Sens Lui-même.Les questions manifestaient et fondaient Son existence une et indivise.Par conséquent il ne pouvait y avoir de réponses, car s\u2019il y avait eu une réponse, le Sens se serait évanoui.Il était donc aberrant de parler de liberté de questionnement et de doute pour les habitants du triangle, de poser simultanément le Sens et l\u2019incompréhension du Sens chez ceux-là même qui le reconnaissaient, car si le sens n\u2019est pas compris (compris dans le geste qui le fonde), il n\u2019est pas.Vivre consistait à meubler les retards apportés à la révélation du Sens.Ainsi travail et désir n\u2019étaient que formes de l\u2019attente.Espérant par nos incantations susciter le dévoilement du Sens, nous supposions que le Sens, un jour, allait se montrer.Or le Sens, par définition, n\u2019était pas pensable dans les limites du triangle.Si bien que la question du Sens, dans ces conditions, n\u2019avait pas lieu d\u2019être posée.Elle l\u2019était cependant, et tel était le Sens.C\u2019est pourquoi l\u2019attente a pu paraître vaine à certains qui, ne pouvant se fonder, disparurent sans laisser de traces ; ils ne pouvaient en effet imprimer quoi que ce soit dans une matière sans substance, égarée hors du Sens, une matière néant, provisoire, terrestre, fumée.La parole demeurait inaccessible, en retrait, en retraite, vagues reflets, relents de Sens.La science : pure hystérie à la face du Mur, orgueil, parodie envieuse de la Vérité.La science n\u2019avait d\u2019autre fonction, comme l\u2019incantation, que de meubler l\u2019attente. Néanmoins, incomprise, elle s\u2019élaborait.Et l\u2019on décrivit le triangle, on le pensa, on le transforma progressivement, sans penser à mal, sans penser au Sens.La science, certes, connut ses limites, imposées par la loi pleine et terminée du Sens.La science ne pouvait se penser comme supérieure au jeu question-réponse primordial, la science ne disposait ni du dernier mot ni du premier geste.Elle demeurait suspendue aux incantations.Ce fut donc par folie, délire né de l\u2019attente, impatience malade que l\u2019on en vint à penser par analogies, en des jeux qui paraissaient si exactement tautologiques que le Sens n\u2019en fut pas alarmé.Mais ces jeux ouvraient des perspectives, des profondeurs, accouplaient.On rapprocha le triangle, espace lisse et vide de l\u2019Attente, du sexe de la femme, champ velu, plissé, complexe de l\u2019attente à combler.Certains comprirent que poser la ressemblance entre un lieu neutre et un lieu convulsif (l\u2019un fuyant sous le geste, l\u2019autre l\u2019épousant) mettait en cause l\u2019espace même, bouleversait les limites.Et comme on voulut pousser l\u2019analogie jusqu\u2019au bout, en fendant le triangle saint en son milieu (les socs prodigieux qui furent construits alors), les côtés du triangle s\u2019arrondirent, se gonflèrent tremblants, la terre du triangle s\u2019éclaboussa au-delà des frontières autorisées par le Sens, lesquelles se déchirèrent sous l\u2019assaut du sexe mimé.Dès lors le Sens Un fut évacué.Une ruée de sens, produits par la danse des socs, à trajectoires criblantes, entrecroisées et discontinues, occupèrent l\u2019étendue : pulsations, pouls, pulsions, poussées, ouste !, révulse, le son (qui s\u2019amplifiait et se multipliait, il venait de toutes parts \u2014 pores, ports, porcs \u2014 s\u2019orchestrant dans une explosion d\u2019où il repartait accru) recule, et la lecture sans frein, avance.Manier les sens (cela veut tout dire).Les fracturer, les aplatir, les gonfler, les lustrer, les condenser, s\u2019en mettre plein la bouche et, comme on suce le sexe qui change (triangle 91 devenant losange ou barque amollie par la vague organique) tracer des paysages bombés, fondés, en s\u2019ancrant dans le rationnel pénétrant.Puis retirer l\u2019ancre critique.Noter toutefois son emplacement pour savoir d\u2019où il vient, d\u2019où on l\u2019a laissé tomber et dans quels fonds) et le faire fondre entre deux phrases ou deux comportements ou deux processus choisis en fonction de leur pouvoir générateur exceptionnel.Faire fondre l\u2019ancre ne conduit pas à l\u2019ignorer, à l\u2019oublier mais à faire de sa détermination souterraine la substance même de la ruée, de la pulsion.Tu fais fondre l\u2019ancre, tu le coules, et de la sorte ce qui n\u2019était qu\u2019un simple trait d\u2019union entre matière génératrice et conscience, devient matière à la fois consciente et génératrice.La fusion de l\u2019ancre est diffusion, imprégnation dans le sens de la poussée critique du geste.Fondre et fonder.Quant au geste, sa définition va commencer, elle l\u2019est déjà, mais elle ne s\u2019arrête pas.Qu\u2019est-ce que définir?Définir consiste à parcourir les sens avec le rationnel pénétrant.Le geste réside donc premièrement dans sa définition, il est l\u2019état d\u2019esprit (il faudrait dire le mouvement d\u2019esprit) préalable à l\u2019exploration des sens, aux parcours des gestes, la vision précédant le mouvement, le mouvement précédent la vision, le centre-circuit où les corps se reconsidèrent, il est l\u2019ancre.L\u2019ancre qu\u2019on va fondre, ensemble.Radiance de chacun.Le triangle éclaté.Le Sens antérieur désigné, parlé, rapporté dans le réseau éclair, son erreur et son mensonge pointés, erreur engendrant la première exactitude, mensonge source de franchise tournoyante.L\u2019ensemble, mouvementé, est le geste.Naissance des cycles (n\u2019est-ce pas le sens des sexes ?).Voici les abîmes déligotés, et le reste.Jérôme ÉLIE Mn «à i r#pr Nos lecteurs se souviendront sans doute que nous avons consacré, à la fin de l\u2019été 1968, un numéro (15) entier à Jean-Michel Valiquette, poète mort à l\u2019âge de 19 ans.Son œuvre, pour une bonne part encore inédite, demeure un des hauts moments de notre poésie.Jean-Michel ne s\u2019est toutefois pas limité à la poésie.Il existe, entre autres, quelques ébauches de romans de lui, quelques nouvelles aussi.Qu est-ce que c\u2019est P est une nouvelle qui a été écrite, croyons-nous, quelques mois avant la mort de l\u2019auteur.C\u2019est un texte complet, ce qui en fait un document presque unique parmi ceux qu\u2019il a laissés.Soulignons qu\u2019une édition critique de l\u2019œuvre de Jean-Michel est en préparation et qu\u2019on pourra se la procurer en librairie, nous l\u2019espérons, d\u2019ici un an.R.S.93 Qu est-ce que c'est?Elle est vieille, fatiguée ou.Morte.Elle le sera beaucoup plus tard.Encore.Déjà son corps prend des vertiges et elle doit s\u2019appuyer sur des murs émouvants.Sur son dos ne repose pas.Ses tripes refusent.Je faisais quelques pas en sa direction car j\u2019étais plus éloigné des rails du métro et je m\u2019en rapprochais en la regardant distraitement sur le mur où elle était appuyée et ensuite elle pesait contre le mur, contre son dos, elle voulait.elle ne voulait pas.Ce n\u2019était guère que le genre mère de famille passée la cinquantaine, très fatiguée, elle avait dû s\u2019occuper pas mal de ses enfants, et tout et tout ! Le bruit se fit du métro qui vient et alors je détachai mon regard du vague pour le fixer sur elle, sur ses yeux qui soudain me considérèrent avec au lointain une frayeur, un sentiment d\u2019intraduisible.Elle guettait comme l\u2019arrivée du premier wagon, qu\u2019il dépasse le mur où elle s\u2019appuyait, très près du bord du quai, quelle n\u2019aurait eu qu\u2019un petit bond à faire pour tomber sur les rails, devant les roues roulant vite du train n\u2019ayant pas encore réduit sa vitesse, mon regard la tenait au mur, elle n\u2019eut pas pu faire un geste, lever la main, ou secouer la tête, je retenais en elle toute disponibilité.J\u2019ai monté dans un wagon, elle dans un autre, et je n\u2019y ai plus pensé.J\u2019avais été fatigué tout l\u2019avant-midi et maintenant je sentais en moi quelque chose de très long et qui entreprenait de se dérouler au complet, joyeusement, j\u2019avais le goût de penser, pour le plaisir, de chercher de beaux raisonnements euphoriques et gigantesques sur tout ce qui m\u2019écrase habituellement, je n\u2019avais pas la tête mélancolique.En sortant, en montant par les multiples escaliers mobiles, en franchissant les portes, dehors le soleil était insensé, le vent.Je devais attendre l\u2019autobus, rire tout seul, aller loin sur la montagne, enterrer les bruits, soulever les formes.Ne rien faire, tourner la tête et la voir, un peu en avant, près de la chaussée, mal assise sur ses jambes, fatiguée, mordue par le 94 soleil.Avec ses vieux yeux fatigués de plus de cinquante ans, ses vieilles oreilles, ses vieux cheveux, ses vieilles mains, ses mains toutes seules, de femme seule sur un quai de métro, ou un trottoir ou seule dans un autobus, toute seule, sans famille qui est, sa famille pourtant est quelque part, mais elle était seule, cachée, atteinte par la solitude, je ne sais pas comment cette solitude avait fait pour l\u2019atteindre, elle, qui devait penser surtout aux autres si j\u2019en jugeais par son apparence, mais elle l\u2019avait eue, elle l\u2019avait confondue, elle était morte de fatigue et serait bien morte pour vrai si elle l\u2019avait pu, car c\u2019est triste, tellement, d\u2019être seule à cinquante et quelques années, sur une rue pleine de gens, surtout quand toute sa vie elle ne l\u2019avait jamais su, elle avait cru à ses fils, ses filles, à son mari, et malgré tout ça elle était seule maintenant et c\u2019était un si grand malaise que même moi, je le ressentais un peu de loin, puisqu\u2019il existait il me semble que je ne pouvais pas ne pas le ressentir, sans dire pourquoi.Dans l\u2019autobus il n\u2019y avait plus qu\u2019une place vide à côté d\u2019elle.Je m\u2019y assis, alors elle eut un vif coup d\u2019œil vers moi comme sur quelqu\u2019un qu\u2019on reconnaît, mais qu\u2019on ne connaît pas.Rien ne se passait.Presque rien, elle semblait nerveuse, je ne pouvais m\u2019empêcher de l\u2019observer, distraitement pour voir quelle tête elle avait, elle devint de plus en plus nerveuse, et soudain, car ce fut une soudaine révélation, j\u2019ai vu quelle allait bientôt pleurer si je ne cessais pas de la regarder ainsi, même du coin de l\u2019œil, même distraitement, et elle ne voulait pas, elle ne pouvait pas ainsi se mettre à pleurer devant moi, sur une banquette d\u2019autobus, c\u2019était beaucoup trop loin dans le relâchement pour qu\u2019elle puisse se permettre d\u2019aller jusque là, arrêtez de me regarder dit-elle, d\u2019un ton trop haut, et très hérissé de nervosités sensibles, sur lesquelles je ne savais pas quoi répondre, ou, s\u2019il fallait répondre, excusez-moi dit-elle, je ne me sens pas bien, et vous m\u2019énervez avec vos expressions de.de.de \u2014 je ne sais pas mais ça m\u2019énerve, s\u2019il vous plaît regardez ailleurs, quand elle disait ces mots je sentis venir de sa bouche une odeur d\u2019alcool dont elle a dû avaler une quantité assez grande, par le plus grand des hasards, ce qui lui ouvre les yeux.95 Elle pensait ça m\u2019a ouvert les yeux, en croyant que d\u2019ailleurs était venue une révélation confondante.Mais elle était toute repliée, non pas en petits plis, comme ces vieilles femmes qui ressemblent à des morceaux de papier recroquevillés et noircis, non, elle était repliée ou plutôt enroulée comme une large bande de chair enroulée en spirale autour d\u2019un axe introuvable, sans qu\u2019elle fut grosse ou excentrique physiquement, c\u2019était surtout moralement qu\u2019elle était repliée \u2014 et lorsqu\u2019elle abandonnait un peu la morale, par fatigue, elle se dépliait, elle ouvrait les yeux, elle se retrouvait toute seule, âgée, fatiguée, encore plus fatiguée lorsqu\u2019elle pensait à ses enfants et à son mari, encore plus seule de vivre avec eux, alors qu\u2019ils auraient dû la réconforter, lui paraître de bonne augure pour les jours à venir, comme les années précédentes lui semblait-il, car elle oubliait volontairement ses moments de solitude, elle n\u2019en parlait jamais, elle ne s\u2019en parlait pas dans sa tête, elle les repoussait, et il suffisait quelle vienne à fixer sa pensée sur cette idée pour qu\u2019aussitôt elle commence à en souffrir, c\u2019est pour ça que jamais elle ne voulait y penser, le moins possible, j\u2019eus tout d\u2019un coup, après ses derniers mots, cette idée détestable que je pouvais maintenant agir dans cette vie, la changer en partie peut-être, il s\u2019agissait surtout de fixer en elle les impressions de ces instants, pour qu\u2019elle ne puisse plus s\u2019en libérer, il fallait lui faire perdre tout refuge, doucement, comme si je lui voulais du bien, détruire ses systèmes de protection en faisant croire à de la sympathie.(.) Je lui ai dit pardonnez-moi d\u2019un ton assez solennel et artificiel, pour qu\u2019elle n\u2019y vit pas une simple excuse polie et je crois qu\u2019à ce moment elle fit un effort en elle et comprit que c\u2019était seulement en me parlant qu\u2019elle trouverait la force de ne pas pleurer, ne pas crier, à cause même de mon intervention contre laquelle elle n\u2019avait pas de défense, habituée à ce qu\u2019on ne la considère pas de cette façon, solennelle et insolite, surtout moi qui par rapport à elle était un anonyme total.Je ne sais pas ce que j\u2019ai dit-elle, c\u2019est la première fois que ça m\u2019arrive me dit-elle en me regardant pour voir si je la croyais, je ne la croyais pas, et je pense que ça paraissait, car elle continua, je ne sais pas qu\u2019est-ce qui m\u2019a pris, peut-être la H .96 chaleur vous gênait-elle, et elle ne voulut pas répondre d\u2019abord, c\u2019était trop bête au fond, ce n\u2019était pas la chaleur, je le savais, elle aussi, elle hésita quelques secondes et dit non, non, il y a des jours comme ça où on ne se retrouve plus, comme aujourd\u2019hui, je ne sais pas ce qui m\u2019a pris, mais j\u2019ai eu peur de tomber comme ça tout d\u2019un coup, peur d\u2019être complètement seule, ça ne m\u2019arrive pas souvent.J\u2019ai des enfants me dit-elle, il y en a deux qui sont de votre âge à peu près, ou un peu plus vieux, j\u2019ai cinq enfants, c\u2019est une assez grosse famille, habituellement je ne suis jamais seule, je ne sais pas ce qui m\u2019a pris tout d\u2019un coup, vous allez croire que je suis folle, mon dieu, qu\u2019est-ce qui me prend de me mettre à vous parler comme ça, je ne vous connais même pas, mais tant pis, je pense que tout d\u2019un coup j\u2019ai eu besoin de parler à quelqu\u2019un, ça m\u2019arrive des fois, il faut absolument que je parle à quelqu\u2019un, à des gens que je ne connais pas, je ne sais pas pourquoi, vous avez l\u2019air fatiguée lui dis-je, je le suis, j\u2019ai beaucoup marché aujourd\u2019hui, ça me rend malade dit-elle, et j\u2019avais chaud, et puis c\u2019est énervant dans la foule, dans tout ce monde qui vous voient si peu, oui, j\u2019étais un peu perdue, maintenant ça va mieux, je me demande ce que diraient mes enfants s\u2019ils m\u2019entendaient vous parler comme ça ils ne comprendraient pas je pense, ça leur arrive souvent de ne pas me comprendre, et chaque fois ça me fait quelque chose, il me semble alors que je suis seule, ses yeux regardaient vers la rue, ne me regardaient presque jamais, la sueur coulait de son front, elle parlait assez bas pour que les autres voyageurs n\u2019entendent pas, pourtant je vis un homme qui écoutait, avec beaucoup d\u2019attention, elle ne le voyait pas, je ne savais pas quoi dire, je n\u2019arrivais pas à parler, elle me parla de mes parents, elle me posa des questions sur eux, d\u2019un ton assez vieux et qui prenait des distances, je lui répondis prudemment, elle n\u2019y fit pas attention, elle me quitta en s\u2019excusant de m\u2019avoir importuné, avec sa conversation, et tout, je lui dis poliment que non, que ça m\u2019avait intéressé, elle ne me crut pas, mais je n\u2019avais pas l\u2019intention de la convaincre.97 Les jours suivants je ne pensai pas beaucoup à cette rencontre, j\u2019avais des problèmes qui m\u2019enlevaient goût à tout, cruels, incessants, et lorsqu\u2019un jour j\u2019eus besoin de repos, je marchai longtemps très loin de mon quartier, des rues que je ne connaissais pas, des rues vides, monotones, c\u2019est elle qui m\u2019a vu, alors qu\u2019elle regardait vers une vitrine de bijoutier, elle tourna sa tête vers moi avec un sourire de complicité factice, un vieux sourire, le ciel gris l\u2019éclairait sur sa figure dérisoire, fatiguée, et j\u2019attendis jusqu\u2019à ce que la détresse parut sur ses traits, j\u2019avançai vers elle, mais le sourire ne revint qu\u2019à peine, presque pas, un sourire pour rien, nous avons marché quelques temps sans rien dire, puis elle s\u2019est décidée, en soupirant elle m\u2019a dit, écoutez, vous allez peut-être trouver ça drôle, mais, voudriez-vous venir chez moi, pour parler un peu, quelques instants, j\u2019ai encore envie de parler et je ne trouve personne, on sera seuls, j\u2019en ai assez de la rue, voulez-vous, je lui ai dit oui, je regrettais un peu, parce que ça n\u2019avait pas l\u2019air de lui faire plaisir, plutôt de la gêner.On a monté un escalier, chez elle c\u2019était plutôt déprimant, assez grand pourtant, avec toutes sortes de choses décoratives qu\u2019on trouve chez ceux qui ont un peu d\u2019argent, juste assez pour se faire des illusions, à l\u2019intérieur elle alluma seulement une petite lampe, dans un coin, une lampe coincée par deux murs se rejoignant, je ne voyais presque pas son visage, seulement des ombrages que la lampe faisait dessus, elle désirait cette ombre, dont elle sortit, pour aller vers un buffet, ayant d\u2019abord pris un verre sur une table, elle le remplit de cette boisson qu\u2019elle m\u2019avait offerte et que j\u2019avais refusée, en attendant je me demandais ce que j\u2019allais faire, j\u2019avais le goût de partir, elle revint et s\u2019assit près de la lampe, en recevant la lumière au centre du visage, elle avait sa figure à une distance telle que je craignais de ne jamais l\u2019atteindre avec mes mots, de seulement lui donner à entendre un bruit n\u2019ayant pour elle aucun sens et aucun poids, pour vérifier, je lui dis : vous n\u2019habitez pas avec vos enfants ?, quoi ?, dit-elle, ah oui, oui, ils ne sont pas là maintenant, mais ils vont revenir bientôt, dans quelques heures, non, ils sont à leurs affaires, ils ont beaucoup d\u2019initiatives mes enfants, ils sont débrouillards, ils n\u2019ont plus lava 98 besoin de moi, je pense, c\u2019est normal, s\u2019ils faisaient attention à moi ils devraient toujours marcher à petits pas, prudemment, je les empêcherais de marcher, heureusement qu\u2019ils ne se laissent pas faire, ils savent se défendre, me dit-elle en souriant un peu, un petit sourire, ils doivent tenir ça de leur père, mon mari, c\u2019était un débrouillard lui aussi, avant, maintenant il se sent vieux, malade, il est à 1 hôpital actuellement, je sais ce qu\u2019il a mais je ne me rappelle plus le nom, de toutes façons, c\u2019est peut-être parce qu\u2019il n\u2019est pas là que je me sens seule, pourtant., non, au fond non, ça ne me touche pas tant que ça qu\u2019il soit parti,.ce doit être autre chose, dit-elle en penchant la tête et regardant le tapis, avant de reposer ses yeux sur moi, elle me dit, si je vous dis ça, c\u2019est pas parce que je ne l\u2019aime pas mon mari, non, c\u2019est seulement, que, enfin je sais pas au juste, seulement que même s\u2019il était là, j\u2019ai l\u2019impression que je me sentirais seule maintenant, ça fait longtemps qu\u2019il a renoncé à me connaître, lui, il avait renoncé avant même qu\u2019on se marie, moi aussi au fond, ça ne m\u2019intéressait pas tant que ça de le connaître, j\u2019y pensais pas du tout à cette époque-là, on devait vivre ensemble et tout, je croyais le connaître, je pensais qu\u2019il me connaissait, et puis un jour je me suis aperçue que c\u2019était faux, c\u2019est tout, il était trop tard, on ne pouvait plus recommencer, et c\u2019est la même chose avec mes enfants, je les connais très bien, beaucoup mieux que je ne connais mon mari, pourtant en eux il y a toute une partie qui m\u2019échappe, que je ne comprends pas, qui m\u2019est étrangère et quand je vois ça, ça me donne toujours un choc, hein ?, comment ça se peut qu\u2019une mère soit étrangère à ses enfants ?je ne comprends pas comment et c\u2019est comme ça quand même, ça sert à rien de se creuser la tête, je ferais mieux de penser à autre chose.Vous ne dites rien ?, je dois vous ennuyer ! il faut m\u2019excuser, vous devriez partir si ça vous ennuie, mais non lui dis-je, pourquoi ?, j\u2019ai un peu de difficulté à parler mais je ne m\u2019ennuie pas, au contraire, éeoutez-moi aussi j\u2019ai des ennuis, enfin, je veux dire des problèmes, et tout, et ça me fait du bien de rencontrer quelqu\u2019un d\u2019humain, et d\u2019aussi peu hypocrite, c\u2019est vrai, des fois quand on parle avec des gens 99 de votre âge on a l\u2019impression qu\u2019on pourra jamais se comprendre, pas avec vous, ça m\u2019aide à vivre de connaître quelqu\u2019un comme vous \u2014 elle m\u2019arrêta pour dire : vraiment, je vois pas en quoi ça pourrait vous aider, j\u2019ai tellement peu de., disons de solidité, moi-même, d\u2019ailleurs la preuve, c\u2019est bien tout ce que je vous dis, franchement, j\u2019ai l\u2019impression que je ne devrais pas, surtout justement parler à quelqu\u2019un de votre âge, malgré ce que vous dites, il y a une telle distance, d\u2019habitude ., je ne sais pas pourquoi j\u2019ai confiance en vous, de plus il me semble que cette confiance est justifiée dit-elle, et je ne savais pas moi, quoi répondre, vos enfants ., mais je ne sus continuer, elle ne les avait pas oubliés, au contraire !, elle devait penser à eux en me parlant de sa confiance, je ne sais quoi au juste, peut-être qu\u2019elle avait eu des difficultés avec eux dernièrement, et que c\u2019est pour ça qu\u2019elle se confiait à un adolescent, ce n\u2019est pas certain, je ne sais pas, ça me tourmentait ça, mais c\u2019était peut-être aussi parce que je l\u2019avais regardée dans le métro, c\u2019est tellement compliqué dit-elle,, ces rapports avec mes enfants, j\u2019ai cru pendant longtemps que c\u2019était simple, j\u2019aurais pu continuer comme ça, à vivre comme ça, et croire que c\u2019était simple, jusqu\u2019à ma mort, ç\u2019aurait mieux été comme ça, ce qui me reste à vivre aurait passé plus facilement, et maintenant ?, ça ne va pas lui dis-je, un peu bêtement et sournoisement, elle me regarda d\u2019un drôle d\u2019air et je pense qu\u2019à ce moment elle regrettait vraiment de m\u2019avoir parlé, et le reste, et commençait sans doute à se demander comment se débarrasser de moi.Ce n\u2019est pas un problème lui dis-je, c\u2019est une difficulté normale \u2014 je le sais bien ! \u2014 si c\u2019était un problème vous ne seriez que malade, ou temporairement déséquilibrée, mais puisque c\u2019est normal, c\u2019est que ça dure depuis toujours, et ça n\u2019est sans doute pas surmontable, je sais tout ça dit-elle, je ne considère pas ça comme un problème, non, je constate seulement que c\u2019est comme ça et ça ne m\u2019aide pas !, je le sais bien, c\u2019est tout autre chose d\u2019ailleurs, qui m\u2019atteint vraiment, mais je ne sais pas en parler et je dis des bêtises, vous m\u2019entendez parler et dire des bêtises et vous me laissez faire, vous devriez dire des bêtises vous aussi, m\u2019empêcher, \\n : 100 faire quelque chose pour que je ne sois pas seule ainsi, c\u2019est fou tout ça, je peux pas dire à quel point je trouve ça fou, je ne sais pas ce qui me prend à mon âge, c\u2019est presque fini, il me restait seulement à achever ma vie, et maintenant, tout d\u2019un coup j\u2019irai faire des vraies folies bientôt, partie comme je suis, j\u2019en suis bien capable, je devrais m\u2019attendre à tout, et me méfier de moi-même, ça n\u2019a pas de sens, pourquoi ça n aurait pas de sens dis-je comme ça, un peu pour parler un peu pour lui montrer que ça aussi ça n\u2019était pas si simple, du moins à mes yeux, parce que je n\u2019y tiendrais pas dit-elle, ça craquera un jour ou l\u2019autre, et bientôt je pense, au point où j\u2019en suis, pas tant que ça lui dis-je, ce n\u2019est pas certain, moi je pense plutôt que vous allez vite reprendre votre vie d\u2019autrefois, sans questions, mais ma vie d\u2019autrefois vous ne la connaissez pas, aurait-elle dû me dire, elle se tut.Quelques instants.Vous pensez dit-elle ?, j\u2019avais une cousine, elle est morte maintenant, et bien, toujours elle avait eu une vie calme et sans problèmes,, et un jour ça lui est arrivé, la même chose, j\u2019avais quarante ans à peu près à cette époque et j\u2019ai tout vu, jusqu\u2019à la fin, elle ne s\u2019est pas remise du tout, elle en est morte, au début déjà elle était malade, ils disaient que c\u2019était une dépression nerveuse, parce qu\u2019elle avait des problèmes avec son mari, moi je savais que c\u2019était autre chose et je voyais juste,, après, quand ils ont cru quelle était guérie, moi je voyais qu\u2019elle n\u2019était plus la même, que quelque chose était changée, ça ne servait à rien d\u2019essayer de l\u2019aider, elle ne voulait pas, elle se méfiait de tout le monde, on était devenu des étrangers pour elle, et puis c\u2019était fini, qu\u2019elle soit morte à ce moment ça ne peut pas avoir été un hasard, et bien vous voyez, elle n\u2019avait pas repris sa vie ordinaire, et pour moi c\u2019est différent, ce sera encore pire, mais ça n\u2019est pas la même chose lui dis-je, ça ne devait pas être la même chose, moi je trouve que ce qui arrive c\u2019est très personnel, que ça ne pouvait arriver qu\u2019à vous, du moins sous cette forme, et que le dénouement sera aussi original, fait seulement pour vous, vous ne savez pas de quoi vous parlez dit-elle, car elle commençait à me mépriser, c\u2019est sans doute vrai ce que vous venez de dire, mais d\u2019un autre côté c\u2019est com- 101 plètement faux, ça n\u2019a aucun sens, mais, dis-je, si ça devait vraiment changer quelque chose à votre vie, ce serait arrivé déjà, vous n\u2019auriez pas vécu toute votre vie comme ça et., et comment croyez-vous que je l\u2019ai vécue dit-elle, ma vie, je vois bien ce que c\u2019est, vous me prenez pour une bonne petite vieille inoffensive à qui il n\u2019était rien arrivé, et que l\u2019approche de la vieillesse pousse au désarroi, ou bien qui \\\\ prend un peu trop de boisson, et ça la rend mélancolique, c\u2019est peut-être l\u2019apparence que je donne, je ne sais pas, vous A vous trompez de toute façon, quand j\u2019étais jeune on n\u2019aurait jamais pu deviner que j\u2019allais finir comme ça, au contraire, \\ je semblais promise à quelque chose d\u2019extraordinaire, et puis la vie m\u2019a prise, d\u2019un coup, et je n\u2019ai pas su quoi faire, je ' n\u2019ai pas su me défendre, je me suis laissée avoir, mais je n\u2019étais pas morte pour autant, et derrière tout, derrière mon mari et mes enfants, il restait quelque chose de ce que j\u2019avais été, de mes ambitions d\u2019autrefois, et c\u2019est ça qui ressort maintenant, si vous saviez quel goût ça a, maintenant, quel goût amer, elle se tut longtemps, les minutes de son silence me parurent longues, je voulais partir, je me sentais pris comme dans un piège, plus rien que du désagréable pouvait venir de cette histoire.Mon fils, dit-elle, et elle me regarda d\u2019un air que je lui voyais pour la première fois, et qui me révéla des choses,, imbécile ! j\u2019avais cru pouvoir lui apprendre sa vie ! et elle en savait tellement plus que moi, et tellement plus longtemps, j\u2019avais cru apporter un ferment d\u2019interrogation et d\u2019angoisse dans sa vie, alors que sa vie depuis toujours avait été ravagée par cette interrogation et cette angoisse, je n\u2019avais plus qu\u2019à partir, elle me dit bonjour d\u2019un ton normal, avec des manières de mère de famille honorable, ce que tout le monde croyait qu\u2019elle était, ce qui n\u2019était pour elle qu\u2019un refuge inefficace contre ce qui la tourmentait.Jean-Michel VALIQUETTE BULLETIN D\u2019ABONNEMENT À LA BARRE RE JOUI Nom .Adresse .Veuillez m'abonner à partir du numéro.Vous trouverez ci-joint un paiement de .6 numéros: $10.00 (1 an)\tà l'étranger: $12.00 LA BARRE DU JOUR, 665, rue Crevier, Montréal 379, Qué.T.X.T.cahier littéraire Textes : Eric Clemens, Yves Froment, Gervais-Bernard Jassaud, Christian Prigent, Jean-Luc Steinmetz et Jean-Pierre Verheggen No 3-4 Ponge Aujourd'hui No 5 L'écriture carnavalesque Abonnement : 40 FF (A l'étranger) 80 FF (par avion) T.X.T.G.-B.Jassaud 30, rue St-Vincent, 92, Colombes, France.103 LA BARRE DU JOUR distribue en exclusivité L\u2019Antican Poésies en conserve de Roger Soublière Les Éditions La Barre du Jour $3.95 Bla-Bla-Bla Poésie-objet de Bernard Tanguay Les Éditions Font _______________________________________________$1.50 Le Centre Blanc Poésies de Nicole Brossard Les Éditions d\u2019Orphée épuisé Deux Textes de Jean Yves Collette Les Éditions d\u2019Orphée $2.00 Le fou de l\u2019empereur.Bande dessinée de Bernard Tanguay Les Éditions Font $1.00 Slurch Suite érotique de Marie-Francine Hébert Les Éditions Font $2.95 LA BARRE DU JOUR 665, rue Crevier Montréal 379, Qué. études françaises Revue consacrée aux lettres françaises et canadiennes-françaises Dans chaque numéro : des articles, notes et documents originaux, comptes rendus, écrits par des spécialistes canadiens et étrangers ainsi que des textes de création.ÉTUDES FRANÇAISES paraît 4 fois l\u2019an : en février, mai, août (numéro spécial) et novembre.L'abonnement : $5.00; le numéro : $1.50 Spécimen gratuit sur demande au Service de publicité des Presses de l\u2019Université de Montréal.EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE OU CHEZ L\u2019ÉDITËUR Les Presses de l'Université de Montréal Case postale 6128, Montréal 101, Canada EÉTURE d CHOISI \\à\u2019A?rdr< EL TRI \u2019ÉTERN S .2.00 -* "]
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