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Titre :
La barre du jour
Éditeur :
  • Montréal :[La barre du jour],1965-1977
Contenu spécifique :
Mai - Août
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Nouvelle barre du jour
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La barre du jour, 1977, Collections de BAnQ.

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[" I la barre du jour Mai, août 1977 le corps les mots l\u2019imaginaire le corps les mots l\u2019imaginaire LA BARRE DU JOUR MAI-AOÛT 1977 numéros 56-57 secrétaire de la rédaction: Jean Yves Collette distribution exclusive: Librairie Québec-Amériques, 1688 rue Saint Denis, Montréal, Québec, (514) 843-5873 toute correspondance doit être adressée: La Barre du jour, Casier postal 131, Succursale Outremont, Québec, H2V 4M8, Les auteurs des textes que nous publions sont les seuls responsables des opinions qu\u2019ils émettent.Les textes soumis à la revue seront remis sur demande s\u2019ils sont accompagnés d\u2019une enveloppe affranchie toute reproduction interdite dépôt légal - second trimestre, 1977.Bibliothèque nationale du Québec.ISSN 0005-6057 Oi SOMMAIRE 9 INTRODUCTION Nicole Brossard 12 COCHONNERIE France Théoret 20 DITES-LE AVEC DES FLEURS Geneviève Amyot 35 MOTS D\u2019ELLE Sylvie Gagné 50 LTNIMAGINATION Claudette Charbonneau-Tissot 53 DIS QUELQUE CHOSE Louise Bouchard 60 ÉNERGIE Germaine Beaulieu 68 CORPS-MORT Monique Bosco 83 LA TÊTE QU\u2019ELLE FAIT Nicole Brossard 93 UTINAM! Cécile Cloutier 116 MON COEUR BATTAIT COMME UN BOLO Yolande Villemaire 139 DES MOTS PLEIN LA BOUCHE Madeleine Gagnon 148^0^ MI TANGERE Louky Bersianik 165 LA COCOTTE D\u2019ARGILE Mireille Lanctôt 174 L\u2019HYSTÉRIE: L\u2019ÉCRITURE.M.-Andrée Lévesque 196 FRAGMENT D\u2019UNE LETTRE.France Théoret 201 L\u2019ILE ÉTAIT UNE FOIS Marie Savard, fille de Germaine 209 PEINTRE (DU) FÉMININ Nicole Bédard 222 L\u2019INIMAGINAIRE Carole Massé 243 LE DISCOURS DES INTERVENTRES Johanne Denis Claire Savary DIMENSION \u201cAutrefois on croyait qu\u2019il n\u2019existait que trois dimensions.On parlait alors de la \u201cquatrième dimension\u201d comme d\u2019une possibilité extraordinaire et étrange.C\u2019est que l\u2019on vivait dans l\u2019espace et dans le temps de manière séparée.Par exemple, on comptait le temps cela s\u2019appelait chronologie et les appareils de mesure s\u2019appelaient clepsydre, sablier, horloge, pendule, montre.Et on mesurait l\u2019espace également.A présent qu\u2019ils se sont dilatés et mêlés du même coup, on sait qu\u2019on \u201cglisse\u201d d\u2019une dimension dans une autre, parfois sans le vouloir, \u201cmerde, on a glissé sur une dimension\u201d, (Christiane Rochefort, Encore heureux qu \u2019on va vers l\u2019été, Gaule âge de gloire).Monique Wittig, Sande Zeig.9 Donner à lire des écritures de femmes.Telles que nous sommes dans le sujet de nos textes, ce même sujet sans doute, le corps les mots l'imaginaire qui nous traverse, isole et regroupe dans les multiples possibles de la vie souterraine / la réalité.C\u2019est bien en réalité que mises en situation d écrire, posant le geste d\u2019écrire comme un acte telles nous pouvons intervenir dans cet espace réservé aux mots.Ça prend alors une autre dimension.n.b.10 France Théoret COCHONNERIE Toute l\u2019écriture est de la cochonnerie.Artaud L\u2019inculture officielle J\u2019me dis que j\u2019ai des lettres pauvres.Je flanque là-dedans l\u2019inculture (officielle) de mes origines.L\u2019absence de distinction.Pas fini d\u2019y sucer après.J\u2019haïs le jeu citationnel.Je bave sur l\u2019écoeuranterie des points de repères non assimilés mâchés recrachés: signe d\u2019appartenance à.Tangentes, contradiction, fait de bronze à vivre avec.Ça travaille.Ça marche.- Tu marches ou tu marches pas?Je suis née pour me répéter L\u2019entendez-vous, je crève des répétitions du déjà-là, du déjà-lu, du déjà-dit.Je m\u2019oblitère mille et une fois par jour.Clichés et mots dits.Envie de cochonnerie.Pédanterie dans la tête.M\u2019échappent les phrases les 13 mots clés des petits matins.Sûrir sur place.Vu à des milliers d\u2019exemplaires.C\u2019est cela qu\u2019il m\u2019est échu de traverser.Toutes les fois.Toujours répété.Cette hantise de commencer par le commencement jusqu\u2019à la fin ici et maintenant la totalité si souvent entendue redite dans les mêmes termes.Les dits indéfiniment déroulés jusqu\u2019à l\u2019angoisse (prise de gorge) saturation de la totalité.Le grand tout de Parménide m\u2019immobilise.M\u2019aboucher au réel insaisissable.Le tombeau du verbe m\u2019encercle.De prise aucune.En finir avec le jugement de dieu dit Artaud: le jugement des pères.Je dis à la lettre l\u2019inexistence et le non mouvement.Qui osera\tElle est hystérique: masochiste, approcher culpabilisée et peut-être du même / hystérique?coup morte de peur.Barrée pour un moment \u2014 celui de la fiction \u2014 la science du sujet dénuée de tout rapport pulsionnel réel avec le sujet.Place à l\u2019imaginaire! Le retournement des passions admises, le soulèvement des draps souillés du bout des doigts, la crise du facisme, l\u2019émotion en trop de corps, l\u2019éveil de ce qui a été tu ressemblant à l\u2019hystérie et au facisme: la masochiste.14 Le pan de la robe au vent les jambes écartées la face voilée par la jupe légère les cheveux hérissés doucement les bras se soulevant.Je suis la caresse émue le tourbillon futile et fragile la côte d\u2019Adam étrangère le temps de ma respiration.En-deça l\u2019immonde.Ça à dire.Mouvante la terre.Désaxe et décentre une vie durant.L\u2019hystérique est dangereuse.Des pulsions réactionnaires en perspectives, dit-on.Et le féminin masochiste?Et le féminin coupable?Sifflé et poussé au coeur du livre de la peur.Qui osera approcher cela verra l\u2019envers du monde.Un savoir divisé morcelé mis en pièces décollé et sub-jectivé tout à la fois dans la langue travaillée au secret d\u2019une émotion ininterrompue pourra mettre à jour une autopsie du masochisme.Quelle force de la pensée à la fois du privé et du social de l\u2019individuel et du collectif voudra accoucher de l\u2019inédit infernal cette marche somptueuse et annulante de la parole et de l\u2019acte hystériques.L\u2019imaginée représentation de ça transparaît pointe et se cache à même la parole la plus banale.15 Endormir l\u2019enfant sage.Placée sous terre.En rire d\u2019un éclat de rire sauvage.Travailler à l\u2019oubli pour pouvoir en rire très haut.Je ris éclatée morcelée grattée à fond de doigts du rire grave.Partie en goguette ça multiplie et ça montagne.Feu noir que le bois bouge.Remue et déneige-toi.Rire forcé.Le rire en biais de la morte au tombeau hurle l\u2019envers du monde.Il en sera ri.L\u2019épier fragile la fille sage absente au désir.La rue des mêmes.Le cri gardé dans la gorge.Les éphémères repères des enfants ra-chevés à coup de voix d\u2019ordre et de loi.Nous sommes peut-être plusieurs dans le fleuve gangrené des silences cadenassés.Des hurlements au rire une trajectoire.Les profs, d\u2019université entre eux Les petits matins blêmes des rêves hallucinés endormie à moitié chaises dorées caméras-vedettes verre de whisky à la main robe noire profs, d\u2019université entre eux d\u2019une autre origine de classe.Continus les démêlés à propos à\u2019Histoire d\u2019O.Allures élégantes.-Faut-il lire métaphoriquement au figuré diriez-vous ou appliquer la lettre du texte?16 Le corps doux Enlacés étroitement.Sentir un sexe durci contre mon sexe.La danse continue.Marcher dans les nuits chaudes de l\u2019été.-Toi ma petite, il a le même âge que moi ou deux ans de plus, tu fais ce que tu ne devrais pas, tes gestes ça pourrait te mener loin.Plus tard, un gars cool as a cucumber, avoir envie de danser habillée déshabillée devant lui.Baba.Avoir envie de désirer ne pas vouloir attendre d\u2019être désirée.Le corps froid grenouillé de la plupart.Prise au détour d\u2019une page de livre.Une fois pour que puisse s\u2019écrire l\u2019aboli désir du vide rassasié.Tu embrasses caresses.Mains douces.Tu es l\u2019autre face cachée de ma terre.L\u2019ombre creuse.Le gouffre rêve sans fond primaire répété à l\u2019infini du joui tendresse.D\u2019ombre me fonds.L\u2019entrée n\u2019a pas de porte.C\u2019est toutes p1 aces à la fois reprises et reconquises minutieusement sans borne.Jouir dans les creux d\u2019épaules douces rien n\u2019arrête le rêve condonds la terre glisses fragile et dur plein et vide enchaîné et lointain.Fou folle surpris au vif du corps.L\u2019existence d\u2019ensemble du corps au désir machiné.Me te tue d\u2019embrasser.Au hasard d\u2019un long jour d\u2019hiver la nostalgie est morte.17 Le miroir\tMoi, France Théoret, je suis capable d\u2019écrire que mes mains m\u2019apparaissent plissées, depuis qu\u2019on m\u2019appelle souvent madame et que le matin, il me reste des yeux cernés ou enflés.Je ne me dédouble plus dans le miroir de ce que j\u2019écris: je ne me vois pas écrivant.L\u2019éternel fragment remanié\tCela à gueule que veux-tu de tracer les paramètres de la lutte et du droit à l\u2019existence.L\u2019histoire se fait sur des histoires pas si individuelles que ça.Arriverons-nous (non plus par éclair tache ou fragment) à cerner par des mots phrases déroulement les états du corps circulant dans le réel?A chaque fois d\u2019insurrection appréhendée les perversions mentales fonctionnent\textraordinairement huilées et manipulées à la virgule près.La mise à mort des temps inédits.Je commence et finis par le commencement.Mille fois l\u2019entreprendre.(Du même, du corps des mots de l\u2019imaginaire.Beaucoup plus bas.Il n\u2019existe que des mots à ras de terre.Le dit et le repris d\u2019un seul souffle).En commençant du pareil mis de 18\t l\u2019avant venu d\u2019un élan continu se perd à chaque respiration.Serrer les coudes.Au détour si près de la mort de l\u2019imaginaire appelée par toutes les ficelles du pouvoir.Du futur\tJ\u2019ai mille fois besoin de recom- mencer car tous les déchets de mon esprit me coupent du réel et je n\u2019appréhende rien d\u2019abstrait.Je suis au plus bas du monde.Mis au jeu le corps de l\u2019hystérique petite-bourgeoise.Janvier-avril 1977.19 Geneviève Amyot DITES-LE AVEC DES FLEURS à Jacques Garneau en hommage à La Momifie Il neige, c\u2019est en gros flocons mous comme dans: dimanche.Ou encore: par derrière chez mon père.Mettre de la vanille dans mon postum.Avec miel.Aussi, les sauterelles.C\u2019était en plein été pourtant et seule dans la cabane mais j\u2019étais très fatiguée, je ne pouvais plus écrire que des mots.Soleil.Vert.Vert.Vert.Le vert me monte à la tête.Téléphone.Je pense: dire à une femme que ses enfants sont beaux.Lui, c\u2019est avec les plantes et c\u2019est de cela qu\u2019il s\u2019agira, les plantes.Il m\u2019arrive aussi de les nommer les fleurs.Cette écriture n\u2019est pas de moi.Alors, disons que c\u2019est une expérience.(Ils en raffolent).J\u2019affirme une fille facile et qu\u2019il en faut.Devrai-je corriger ensuite ou sera-t-il possible de tout laisser tel quel?Je me connais.Epeler: connais.J\u2019étais maîtresse d\u2019école.Une fois, j\u2019avais serré un bras pour avoir le dessus.C\u2019est arrivé plusieurs fois.Je me mettais du vernis à ongles.Les deux mains de la même couleur.Je n\u2019étais pas une bonne maîtresse d\u2019école: voilà à quoi je voulais en venir.Maintenant c\u2019est fait.Je songe à mon amant.Faut-il tout écrire?Sincérité.21 Le choix nécessaire à l\u2019art.Cette écriture n\u2019est décidément pas de moi, cela m\u2019agace.Le besoin de recours: c\u2019est ce rythme aujourd\u2019hui.Confort et commodité.J\u2019ai juste mon chèque du Bien-Etre.Parce que j\u2019ai peur des enfants.C\u2019est gênant à dire.L\u2019image projetée.J\u2019analyse trop.C\u2019est bien mon affaire.J\u2019écris comme quelqu\u2019un d\u2019autre et cela peut fort bien être considéré comme une forme très valable de repos.Deux jours hier sans écrire, comment rattraper.Surcharge.Ne rien perdre pourtant.Consigner.Ordonner.Tout clarifier.Mais ici, ça doit être sur les fleurs.Aurai-je le temps de cette lettre à Diane à propos de la mort de Monique, mes réflexions sur la famille et le catholicisme, \u201cje suis comme un petit oiseau dans la main du Seigneur\u2019\u2019, et moi je dis que de répondre par tant d\u2019insignifiance à l\u2019énormité de la mort est un acte absolument immoral, je refuse toute forme de complicité avec cette façon dégoûtante de rapetisser les choses, la musique du Marie-Antoinette est un affadissement de la musique, c\u2019est donc de la pure vulgarité, comme réduire une femme à ses jarretelles, son torchon, un homme à ses dents ou son compte en banque, la vulgarité est un rétrécissement de la mort, un curé qui ramène les dimensions de la mort aux poutres support de son église est un être vulgaire, et je confesse que j\u2019avais malgré tout la nostalgie de la consolation.Je viens de mettre mes doigts sur la table comme pour jouer du piano.Dans La Momifie, des mains souvent tendues à plat sur la table.De la soupe.Moi 22 c\u2019est des fleurs que je veux parler.Le titre sera: Dites-le avec des fleurs.Voilà à quoi j\u2019ai pensé: l\u2019autobus.Les néons verts à travers la vitre.J\u2019ai pensé à beaucoup d\u2019autres choses aussi.Je le redis, le répéterai sûrement encore: la terrible misère que j\u2019ai à commencer.Mon amie Louise l\u2019astrologue, quand elle a fait ma carte du ciel, a été saisie par la longueur, la difficulté de mon commencement.Elle a dit que je chercherais longtemps à faire des choses plutôt bébé pour me rattraper, vu que j\u2019avais d\u2019abord été si vieille.Fin de la parenthèse.Il s\u2019agit, à ce stade-ci, que le crayon ne s\u2019arrête pas.Résister à la tentation de tout reprendre à partir du début.On ne refait pas la laideur bousculée de l\u2019enfance.(Je déteste pourtant composer de tels aphorismes.Les pensées sous chaque chiffre du calendrier des saints.Je confondais le style et la morale.C\u2019est une religieuse qui m\u2019en avait avertie.) Enchaîner directement avec mes plantes.Puisqu\u2019il faut en arriver là.Et le plus vite serait le mieux.J\u2019ai déjà assez traîné.Beaucoup trop.(J\u2019aurais dû y aller dès la première ligne, ainsi que prévu dans l\u2019autobus.) L\u2019autobus.Les néons verts à travers la vitre.C\u2019est la vitre qui est verte.Vert.Vert.Vert.Des feuilles plein la tête.Ça ne veut pas passer.Je les abandonne encore un coup.Répéter: abandon.La saveur du mot abandon.Ce ne sont pourtant pas des enfants.Non, mais ça n\u2019est pas une raison pour les traiter comme tels.Je veux dire comme des enfants qu\u2019on abandonne.La dernière fois que je les ai laissées, j\u2019ai eu une peur folle qu\u2019elles crèvent toutes pendant mon absence.(Et me voilà enfin 23 punie, c\u2019est bien fait pour moi.) J\u2019y pensais chaque jour.Un nombre indicible de fois.C\u2019est là que ça devient louche.L\u2019extrémité qui camoufle son contraire, peut-être plus extrême encore.Peur de mourir.Désir non informé.Pourquoi choisir cet exemple?Je parlerai bien toujours de la mort.(extravagante, mon amour, tu te rappelles, et comme nous étions heureux.) Maintenant, c\u2019est la mort de mes plantes.Voilà ce qui m\u2019occupe ces jours-ci outre-mesure: la mort possible de mes plantes.C\u2019est donc que je voudrais qu\u2019elles crèvent.Un peu rapide.Simplisme de l\u2019équation.Marabout flash: la clef des rêves en cent cinquante-deux pages, illustrations comprises.J\u2019écris vraiment comme quelqu\u2019un d\u2019autre.Moi, je ne ponctue jamais.Alors qui est-ce au juste?Ça ressemble à une nouvelle dans une revue littéraire.Je bifferai les parties trop intimes, (comme l\u2019on met des culottes), et j\u2019enverrai ce texte à une revue littéraire.Arrêter de faire des digressions.C\u2019est pareil quand je parle.Tendance à dériver sur tous les mots.Genre explication de texte.Plus tard, j\u2019ai été maîtresse d\u2019école pour les grands.Cela fut encore pire.Echec, puisqu\u2019il faut l\u2019appeler par son nom.C\u2019est toujours difficile.Bon.Mes maudites plantes.Leur régler leur compte une fois pour toutes.Leur organiser le portrait.M\u2019en tenir à cela.C\u2019est épouvantable comme l\u2019on peut penser à plusieurs choses à la fois.Discipline, discipline.Très saint Curé d\u2019Ars.Si je me souviens bien, il voyait des diables sous son lit.24 Comme tante Bertha, quoique pour elle, ça se situe surtout sur les valises.Du moins à ce que je me suis laissé dire.Le Curé d\u2019Ars, tante Bertha et moi ne savons pas discipliner nos pensées.Et j\u2019en connais d\u2019autres aussi.Je tais leur identité par discrétion.Revenir aux plantes, sapristi.Mais je n\u2019y peux rien.Je plaide ici mon innocence et celle de tante Bertha.Pour ce qui est du Curé d\u2019Ars, il est plus prudent de m\u2019abstenir vu que je ne connais pas son histoire de famille.De toutes façons, l\u2019Eglise s\u2019est déjà prononcée, ce qui peut mettre sur une certaine piste, si l\u2019on sait s\u2019y prendre évidemment.Monique, donc, est retournée aux pouvoirs de la mort.Ça lui avait pris quarante ans à s\u2019en sortir.En moins de trois ans, elle a rebasculé.Il y a en qui flanchent dans le temps de le dire.Levez la main droite et dites: mort.Que ceux qui restent épellent tous ensemble le mot mort.(Monique a été maîtresse d\u2019école quand elle était fille.) La perruque.La bourrure sous les joues.Ça commençait à noircir dans la région du nez.Il faudrait tous mourir comme dans le livre de Jacques Garneau, en parfaits laïques.Je dis que je n\u2019ai jamais vu de si belles morts, aussi bien plantées.Moi, si j\u2019avais à choisir, ce serait celle du mon oncle Ernest, dans le feu.A Jacques Garneau: je n\u2019en reviens pas comme ton oncle Ernest va être tout seul quand ta tante Blanche va mourir; quelqu\u2019un a-t-il pensé aux fleurs?Il y avait beaucoup de couronnes.Allons-y de mémoire.De gauche à droite, sur la dernière planche de la bibliothèque: un coleus, marbré, dans un pot rond de plastique vert; un autre coleus, presque orangé, plat de margarine, il étouffe, négligence, par ma très 25 grande faute, le mettre dès mon retour dans quelque chose de plus grand, s\u2019il vit encore bien entendu, cette mort sur le dos; puis le setcreasca, au fait la motte est-elle bien vieille, trop tassée, peut-être, vais-je transplanter ou fourrer les nouvelles tiges dans le même pot, ou encore tout raser, faire raciner à neuf, ligne de conduite, la bonne ligne, et de quoi au juste me tenir responsable; il y a quelque chose d\u2019autre au bout de la tablette, peut-être celle avec des poils violets, j\u2019ai mis bien du temps à la réchapper et encore avec ces garces on n\u2019est jamais sûr de rien, c\u2019est vrai je m\u2019y suis sans doute prise en retard pour le changement de terre mais comment savoir et j\u2019ai tout de même d\u2019autres chats à fouetter, j\u2019écris des livres nom de Dieu, où sont les priorités, établir une bonne fois des priorités.Sur la deuxième planche (à partir du bas): deux petits cactus et un petit crassoula dans un sucrier fleuri.Je ne lui ai pas mis d\u2019eau.Et le pot qui est exi-gu.Il va mourir.Arrêter de penser que le petit crassoula va peut-être mourir.Ou plutôt: ne pas combattre.Ma tante Bertha, c\u2019est parce qu\u2019elle se débattait trop.Dix fois pire.On sait ce que c\u2019est.Les mauvaises pensées, dans le temps.Epuiser le mal plutôt que de le nier.Je n\u2019ai pas arrosé le crassoula.Le crassoula va mourir.Par ma faute.Un oubli, certes, mais ça ne trompe plus personne, tout au contraire.L\u2019acte manqué.Pernicieux.Le mot pernicieux.Un oubli pernicieux.Pourtant, celui-là, je l\u2019aimais de façon particulière.Encore plus révélateur.Nul repos: nous en savons maintenant trop long.Détruire, dit-elle.Surtout ne pas lire ce livre.Déjà bien assez de La Momifie.J\u2019imagine: ça commence à noircir.L\u2019odeur.Je suis une mauvaise femme.Je ne sais pas prendre soin.Vos rangs deux par deux.(Mon plus vieux a grandi de trois pouces cette année dans sa classe; la mienne qui n\u2019avait jamais pu apprendre à diviser.il n\u2019a pas fait une seule crise d\u2019asthme.) Je suis une mauvaise femme.Je ne sauve même pas les alcooliques.Lui, son philodendron sans faille, éjarré sur deux murs complets.C\u2019est un homme et c\u2019est une meilleure femme que moi.Il en a une verte et rouge qui grossit plus vite qu\u2019une fille semée en double.Velours.Il les engraisse avec ses doigts.Ça n\u2019est pas tout, bien sûr.J\u2019en ai aussi plein la table noire sous le plâtre de la Vierge.Ça déborde, du moins du côté gauche.Ça empiète sans souci.Dégoûtant.Absolument dégoûtant.Danger.Qu\u2019elles me bouffent tout mon oxygène.(Une bonne femme enfin: tout l\u2019oxygène pour les autres.) Qu\u2019elles me volent mon espace vital.Dehors la peau: place à la végétation.(La carabine.Une à une.En plein front.Contrer enfin ce vert d\u2019une espèce différente et sait-on jamais avec les étrangers.Ce qui se cache sous leur mine de rien.Je défendrai à mes enfants de lire La Momifie.Au cas où ça leur donnerait l\u2019idée de me descendre les premiers.) Continuer dans le détail.Les nommer toutes, comme pour les péchés.Méticuleusement.C\u2019est le seul moyen (s\u2019il en est).A gauche donc, et je la vois d\u2019ici, la grosse, l\u2019énorme, l\u2019intarissable glace vert chenille, barbue par surcroît.Immense.Jusqu\u2019à terre.Retroussée vers le soleil, une vraie couronne.Une vraie chienne.Jusqu\u2019où cela va-t-il aller?Quel stratagème encore?Quel piège?Prier.Les formules 27 de tante Bertha.L\u2019âme de Monique.Non.Implorer plutôt le corps victime.Le cancer en excroissance, une plante trop vive.Se méfier à temps.Au centre, trois plats de yogourt, et dedans, trempées dans l\u2019eau: un, des tiges de coleus; deux, des tiges de coleus; trois, des tiges de glace et de setcraesea.Ne rien laisser aller.Nul sperme aux vidanges.Pas une seule jambe, même gangrenée.Il fut un temps où je ressuscitais les morts.Qu\u2019on leur demande.Devant les plats, une autre glace, toute petite celle-là, toute jeune encore, coulissée de violet, une enfant, pot de grès dans couvercle à cretons.Comment empêcher les feuilles de tomber à la base de chaque tige et ça gagne en hauteur, restera-t-il demain quelque chose?Grand-maman a perdu cinq enfants à la naissance ou en bas âge.Ce n\u2019était pas rare dans ce temps-là.Le seul moyen d\u2019éviter les familles trop nombreuses.A l\u2019époque de ma mère, ça ne fonctionnait déjà plus.Elle nous a tous ré-chappés, sauf le premier qui était diabétique.Laisser aller les incurables?Mais on ne sait jamais.Les découvertes.La congélation dans l\u2019intervalle.La chance d\u2019autres films de Walt Disney en 2001.La fille de Cannelle finira peut-être par marcher.En 2001.Elle sera belle et sortira seule voir le dernier film de Walt Disney.Faire tout ce qui est en notre pouvoir.N\u2019avoir rien à se reprocher.La Suzanne a peur d\u2019accoucher d\u2019une tête d\u2019eau.Un accident de la nature.La faute à personne.On a beau dire.La Mornifle aura-t-elle plus honte d\u2019avoir tué ses enfants que de les avoir eus?Ma mère ne soignait pas tellement mes rhumes.Elle ne s\u2019en apercevait pas.Il fallait qu\u2019une autre lui 28 fasse penser.Par contre, elle est très bonne avec les violettes africaines.Ça fleurit sur un temps riche.Comment donc se mesure au juste le pouvoir des femmes?Sur le bord, un petit lierre à trois tiges.Presque au même point depuis l\u2019automne.Il serait temps ou jamais.Autrement dit, va-t-il finir par décoller, ciel d\u2019Afrique?Le printemps, peut-être.Il vaut mieux rester un peu naïf.(Il croit encore qu\u2019il va parader pour le carnaval, cinquante piastres par soir.Je l\u2019aime.) Est-ce tout pour la table?Un pépé-ronia, qui perd ses feuilles d\u2019en bas lui aussi.J\u2019ai beau essayer.Ça doit être parce que je veux trop, et ça donne l\u2019effet opposé.Maurice me l\u2019a expliqué une fois: aller dans une salle de danse et vouloir rencontrer une fille à tout prix, c\u2019est sûr que ça ne marche pas.Un autre soir, décontracté, ni chaud ni froid, ça vient plus qu\u2019il n\u2019est possible d\u2019en prendre.Laisser les enfants tranquilles.Intervenir le moins possible.Ne pas chercher à servir de garde-robe s\u2019ils jouent à la cachette.Les résultats sont surprenants.Ils deviendront ingénieurs.Ils inventeront de nouvelles sortes de garde-robes.Ou des abris pour attendre l\u2019autobus, avec souterrain vitement accessible en cas d\u2019attaque nucléaire.Ou de danger de toute autre espèce.Par exemple, l\u2019envahissement de la ville par des végétations adaptées, friandes d\u2019enseignes et de barres blanches.Le crayon, comme une arme.(Je n\u2019ai jamais tué personne.) Je le sais, je vais faire des enfants fous.Les tiges de coleus, dans les deux vaisseaux à yogourt, c\u2019est parce qu\u2019il y avait des bibites dans la terre.J\u2019ai fait tout ce que j\u2019ai pu.Du moins cette fois-là.Ne retenir que les jours actifs, la biographie 29 officielle.La perfection n\u2019est pas de ce monde.Ils sont les premiers à le dire.Il est normal de ne pas tout voir.Même pour une femme.Je le répète: même pour une femme.C\u2019est petit des pilules.Tous les vieux tremblent et se mêlent dans leurs chiffres; se voient dans leur soupe et finissent par y prendre goût.La vie est un grand manège.Laisser sa place.Ils sont les premiers à le dire.Il s\u2019agissait ensuite de trouver un moyen efficace de passer mes nuits.Nous en connaissons tous plusieurs, mais qui ne réussissent qu\u2019aux autres.Alors on se met à prendre garde.Ne pas répéter les mêmes erreurs.Constance du soin.Les horaires, scrupuleusement.Même entre deux.Aller voir.Les réveiller pour qu\u2019ils fassent la crise s\u2019ils ne l\u2019ont pas faite.La bassine.La poudre sur le bord.Ne pas omettre la poudre une seule fois.De la lotion sur les parties rouges.Les mains resteront gluantes, enrobées de vert pâle dans les songes, et l\u2019odeur, l\u2019odeur écoeurante pour encore tout le temps à finir et cela peut être long, et rien ne dit qu\u2019ensuite il n\u2019y aura plus de trace.La serviette sur le front.Nettoyer le dentier.Frictionner à l\u2019alcool.Les cheveux.Tout le soin de la vie et de la mort qui toujours revient aux femmes.(Prenez les corps, nous avons affaire ailleurs.Puis: rendez-nous ce que vous avez sauvé, nous avons décidé de partir en voyage.En attendant, vous broderez nos portraits dans les rideaux.) J\u2019étais seule.J\u2019avais tout essayé, le lavage et la chimie.J\u2019ai pris sur moi de jeter la terre et les racines, aussi quelques tiges pour tirer vengeance.Je me suis également débarrassée du pot, malgré le prix.En grès.Je croyais à ce moment que le grès, c\u2019était pire 30 pour les bibites.(Nous avions supposé.) Mettre les restes dans l\u2019eau, et vite.Tout recommencer, pendant qu\u2019il se peut encore.La chance de les avoir prises à temps, cette fois-là.Quand ça se met à dégringoler.Le plus vieux, elle m\u2019a dit qu\u2019il était parti en sept jours à peine, sans presque en avoir l\u2019air.Un peu de faiblesse.Il ne faudrait jamais se permettre une seule minute de distraction.Toujours tout vérifier.Même s\u2019ils disent qu\u2019on s\u2019inquiète trop, que l\u2019on va se faire mourir, se rendre maboule et que cela n\u2019arrangera rien.La première fois que c\u2019est arrivé, je parle des bibites, j\u2019ai quand même gardé les quelques têtes qui avaient encore un semblant d\u2019allure.Avec confiance.Après tout, du vrai chiendent de coleus.Tous ceux qui l\u2019ont vu à l\u2019époque vous le diront.Elles n\u2019ont fait, malgré la patience et longueur de temps, que des racines fort chétives.J\u2019ai mis en terre.Confiance encore.(Ça n\u2019est pas tuable, disait ma mère.) Le pot de beau plastique jaune, sur le plancher, en plein soleil.Je lui faisais suivre le soleil.Puis, en désespoir de cause, tirer sur les idiotes qui flanchent et s\u2019affaissent.Des imbéciles, de parfaites imbéciles.A qui pouvoir encore se fier?La bacaisse elle-même, effarante aujourd\u2019hui de vitalité.J\u2019entre en rage.Ecraser ces ratées, ces insignifiantes, ces incapables.Sous le pied, crunch.Cela fut bref et mou.Je pense à une araignée, une ronde à pattes courtes.Enfin coincée.Grosse plotte.Essayer d\u2019oublier la sensation précise du bref moment de résistance.Un si infime moment.Puis, le craquement de la défaite.(Presque en même temps.) L\u2019éclaboussure.Une araignée a-t-elle du sang?Surtout ne pas regarder.31 Demander aux enfants de passer le balai.Ils seront ravis.C\u2019est le genre de chose qui les attire à coup sûr et avec raison.On ne s\u2019intéresse jamais trop tôt à la mort.Je répète que je déteste ce genre d\u2019aphorisme.(Je ne tolère que les drôles.) Je n\u2019ai pas encore trouvé à qui ressemble l\u2019écriture de ce texte et qu\u2019est-ce qui me prend pour l\u2019amour d\u2019y aller de cette sorte.Quelque chose peut-être comme la résolution de ne plus souffrir.Mais ça risque d\u2019être pire encore.Je m\u2019en suis rendu compte dès le deuxième jour.Maintenant ça n\u2019est presque plus supportable.J\u2019ai peur.\u2022V Prendre des vitamines.A même la bouteille de gue-* vrabon.M\u2019habiller sur-le-champ.Sortir, faire du pouce.Jouer de la cuisse et du port de tête.Qu\u2019il n\u2019y ait plus une minute de perdue.Arrêter chez le fleuriste.Acheter de l\u2019engrais.Prendre un taxi.Monter l\u2019escalier en courant.Solliciter le goulot, sans même prendre le temps d\u2019enlever mes bottes.Six fois la dose prescrite.Un traitement choc.Ils l\u2019ont dit à la télévision.Revenir tout de suite ici où il y en a d\u2019autres qui m\u2019attendent.Je suis en train de virer folle.Tant qu\u2019à y être, chavirons donc à fond.Je sais où j\u2019en étais.Le pot trop grand enlevées maintenant les mortes.Les autres vont mettre combien de temps, d\u2019énergie, à s\u2019étendre en racine et les têtes alors restent tel quel, de quoi ai-je l\u2019air?Quand pourrai-je me permettre d\u2019inviter à nouveau et qu\u2019ils disent: elles sont splendides et toutes malgré que tu es souvent partie, quel tour de force, quel merveilleux prodige, elle vivifie tout ce qu\u2019elle touche et même en ne touchant que par-ci par-là, à l\u2019occasion, comme cela, quand ça adonne.(La preuve enfin que l\u2019on peut abandonner sans conséquence.) J\u2019aurai un enfant mort et ce sera tant mieux pour lui.32 Devant la fenêtre maintenant.Et vite parce qu\u2019il convient d\u2019en finir.Après tout, je l\u2019aime.C\u2019est bête.Sur la caisse de son: un coleus dans un pot carré de plastique vert pâle; le coleus vert et drab dont la tige se dégarnit et les feuilles rapetissent de plus en plus; un mille-fleurs, cadeau d\u2019anniversaire.Je l\u2019ai reçu en boutons.J\u2019étais très heureuse.Mon anniversaire est passé depuis dix-sept jours et le mille-fleurs est toujours en boutons.Les fleurs sont les sexes des plantes.Ma soeur Thérèse m\u2019avait offert une violette en fleurs quand je suis sortie de l\u2019hôpital.Trois jours après, tout était tombé.Je m\u2019en suis défait parce que j\u2019avais honte.Sauve-la.Débrouille.Mets tes doigts.Sur le coin de la deuxième tablette de la bibliothèque, côté gauche: géranium, tiges torses, tirées par la lumière, fait presque toute la dernière vitre du châssis droit.Enorme.Près d\u2019un an.N\u2019a jamais produit un seul bouton.Suspendus au plafond (comme dans: pesant deux cent trente-trois livres): deux autre coleus, dont je n\u2019ai pas envie de décrire l\u2019état, (tiendrons-nous mon amour jusqu\u2019à l\u2019été lointain et que ferons-nous ensuite); puis un autre géranium, présentant les mêmes caractéristiques que celui dont il vient d\u2019être question.C\u2019est une maison bien chez moi.Que les voyeurs aillent bander dans les églises.Ici, nul sexe ouvert devant quelque idole.La grande paix de la chlorophylle.Dans la cuisine et c\u2019est tout.Un dracena, petite nature, et une araignée qui ne fait pas de bébés.Les chiens ressemblent à leur maître.C\u2019est connu.Ce qui fait qu\u2019on ne peut pas se plaindre de grand chose.Prendre le petit dracena.(Avec le pot, il fait à peu près la longueur d\u2019un enfant à la naissance).L\u2019installer lentement dans mon coude, jusqu\u2019à posi- 33 tion précise.La tête ouverte sur ma pointe gauche.Bien sûr je serai nue et c\u2019est ainsi que je lui ferai comme une langue.Alors, je dirai que la mort est temporaire.J\u2019oubliais: cette rose sèche, mise au même pot, et qui sent encore, témoignant de quels doigts semant dans la salive.Puis mon sang coulera sur ta cuisse et il faudra beaucoup attendre.À tous mes anciens élèves.Interprétation possible de ce texte: désarroi face à la tâche de maintenir la vie; impuissance et culpabilisation de cette impuissance (évaluation du féminin sur critère biologique.) Trouver aussi autre chose.Le lieu précis de l\u2019ambivalence.Je vous le donne en mille.Question d\u2019examen: pourquoi la Mornifle a-t-elle tué ses ses enfants?Bonne chance à tous.34 Sylvie Gagné MOTS D\u2019ELLE D\u2019elle, je ne sais pas grand-chose.Le corps n\u2019a pas été identifié.On a supposé que c\u2019était elle, une fille comme tant d\u2019autres n\u2019importe laquelle.(Emma Santos). La femme est regardée.Elle se tient les jambes allongées.Elle est dans la lumière obscure, encastrée dans le mur.Yeux fermés.Ne ressent pas être vue.Ne sait pas être regardée.Se tient face à la mer.Visage blanc.Mains à moitié enfouies dans le sable, immobiles comme le corps.Force arrêtée, déplacée vers l\u2019absence.Arrêtée dans son mouvement de fuite.L\u2019ignorant, s\u2019ignorant.(Marguerite Duras).la femme de l\u2019événement est bien facile à reconnaître de ce que Marguerite Duras la dépeint comme non-regard.(Jacques Lacan).36 1.IMAGINÉE.Une femme, puisque c\u2019est de moi qu\u2019elle s\u2019agite, s\u2019avance le long des lignes de sa main, verse, écoute le liquide trouble dont elle, le sens de sa voix tremblante, tache la page, semblante.En sa répétition, la fable la rend ineffable.N\u2019arrive pas à couvrir l\u2019ombre du roi de ses ailes sombres, l\u2019île de son nom qu\u2019elle survole et dont elle est surveillée.La mer.L\u2019enfant, sage comme une image, roule comme sable entre ses lèvres vagues.Je flotte captive à la surface de l\u2019oeil, hors d\u2019elle-même, représentée au point de fuite, figurée sous la tache aveugle.La douleur seule me rend présente.Corps de fatigue.Ni vue, ni connue.Mais reconnue (celle à qui on fait de l\u2019oeil), nommée anonyme, forêt d\u2019arbres décimés.Regardée, non touchée.Appartenue et tenue à part.Traversée impossible.Évitée dans la méconnaissance quotidienne, elle est transmise dans l\u2019ordre, échange du pareil.Mais la différence, elle?Pas d\u2019issue à son insu, la censure mime l\u2019hymen.Certains mots me blessent, se figent sur le sang.Inouïe, celle qui n\u2019en revient pas.Sa voix brûlait-elle avant 37 l\u2019extinction?Corps de fièvre.Quand naît-elle?Qu\u2019en est-il du miroir?Comme il est immobile, celui qu\u2019elle suit.Comme vous parlez peu, vous qui faites signe en dernier.(Maurice Blanchot).Elle s\u2019aperçoit qu\u2019entre le lecteur et la page, le souffle quelquefois s\u2019interrompt.Prévoir ces points de suspension où d\u2019autres écrits se superposent au texte et semblent s\u2019y découper.Parler de la psychanalyse sans l\u2019avoir vécue comme analysée.Un certain écart se glisse entre parole analyse lecture; entre mon corps, mes mots, mon imaginaire et le symbolique qui circule.Situation risquée, délicate, difficile.D\u2019où le besoin d\u2019expliciter les références théoriques qui alimentent toute tentative d\u2019écriture (celle-ci en particulier).Savoir d\u2019où je viens, sentir où j\u2019adviens, comprendre l\u2019hésitation de ma main écrivante.Je plus fragile en certaines citations qui marquent des passages théoriques d\u2019apparence plus aride.Un air de morcellement pour quelque temps encore.Etre lucide de ces lignes dispersées où je me situe et ne pas nier le lieu actuel de ce travail (et, pourquoi pas, de ce plaisir) entre théorie et écriture, leur mouvement parallèle et leur rencontre.Ainsi, pour avoir entendu parler d\u2019un certain miroir et de l\u2019image qu\u2019il se fait de moi, essayons d\u2019abord de lire ce qu\u2019il en est écrit.38 * 1 q stade du miroir: L\u2019assomption jubilatoire de son image spéculaire par l\u2019être encore plongé dans l\u2019impuissance motrice et la dépendance du nourrissage qu\u2019est le petit homme à ce stade infans, nous paraîtra dès lors manifester en une situation exemplaire la matrice symbolique où le je se précipite en une forme primordiale, avant qu\u2019il ne s\u2019objective dans la dialectique de l\u2019identification à l\u2019autre et que le langage ne lui restitue dans l\u2019universel sa fonction de sujet.___ (Jacques Lacan).L\u2019enfant se reconnaît dans une glace (dès l\u2019âge de 6 mois).Fasciné par l\u2019image d\u2019un ensemble harmonieux, il identifie cette image unifiante comme étant celle de son propre corps.Le moi se constitue dans une perspective de mirage, de fixation formelle qui lui attribue l\u2019illusion d\u2019identité, de permanence, de substance et lui prête la fonction de maîtrise, de synthèse.L\u2019expérience de soi se réfère à l\u2019autre semblable; cette relation duelle est vécue dans l\u2019indistinction, la confusion de soi et de 1 autre (l\u2019enfant, en se retournant vers la mère, appelle son regard.C\u2019est l\u2019intervention du regard et de la parole de l\u2019Autre, l\u2019observateur, qui instaure un partage de l\u2019imaginaire et du symbolique).L\u2019enfant perçoit dans l\u2019image du semblable ou dans sa propre image spéculaire une forme totale anticipant l\u2019unité corporelle qui lui manque.Nul doute qu\u2019il se réjouit d\u2019une image plus flatteuse que l\u2019état dans lequel il se trouve (dépendant, impuissant, morcelé).C\u2019est donc un leurre qui préside à la 39 formation du moi.Le moi dont nous parlons est absolument impossible à distinguer des captations imaginaires qui le constituent de pied en cap, dans sa genèse comme dans son statut, dans sa fonction comme dans son actualité, par un autre et pour un autre (Lacan).Cette identité est une construction imaginaire fondée sur la méconnaissance.Identité non-réelle de l\u2019enfant qui me se voit que dans un autre (mère, miroir), mirage d\u2019unité et de maîtrise.Le sujet dépossédé \u201cfinit par reconnaître que cet être n\u2019a jamais été que son oeuvre dans l\u2019imaginaire et que cette oeuvre déçoit en lui toute certitude.Car dans ce travail qu\u2019il fait de la reconstruire pour un autre, il retrouve l\u2019aliénation fondamentale qui la lui a fait construire comme une autre, et qui l\u2019a toujours destinée à lui être dérobée par un autre.\u2019\u2019 (Lacan).D\u2019où l\u2019agressivité liée à la frustration; le sujet n\u2019ignore pas le leurre.Effacement du naître par le n\u2019être, cette frustration naît de la parole vide, de ce discours où le sujet se voit paraître, sembler, mais non devenir, dépossédé, privé, d\u2019une jouissance qu\u2019il reconnaît comme celle d\u2019un autre.Agressivité de l\u2019être humain qui ne voit sa forme totale réalisée qu\u2019à l\u2019extérieur dans la coïncidence illusoire d\u2019un moi idéal avec la réalité.C\u2019est la méconnaissance constitutive du moi qui suggère au sujet d\u2019attribuer une permanence au je correspondant à l\u2019image fixe du miroir relief de stature qui fige la forme totale du corps.Cette aliénation inscrite dans l\u2019identification 40 idéale est un effet de la fonction de l\u2019imago i.e.d\u2019un schème imaginaire acquis, un cliché statique (cf.Laplanche et Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse).une représentation de la forme complète idéale (image du corps maternel, du père, des frères réels ou virtuels).Autour de l\u2019image du corps propre, Lacan repère une série de phénomènes subjectifs qui font leur apparition dans le délire, les rêves, les symptômes de l\u2019hystérie (morcellement, hallucination du double).La parole ne trouve-t-elle pas son support dans les images corporelles qui organisent l\u2019espace entre l\u2019organisme et la réalité et structurent le sujet.\u201cLes mots sont pris dans toutes les images corporelles qui captivent le sujet.\u2019\u2019 (Lacan) Chez l\u2019homme, c\u2019est le regard de l\u2019autre qui lui renvoie l\u2019image de ce qu\u2019il est (l\u2019enfant se voit regardé par la mère, investi d\u2019une valeur sexuelle; il s\u2019identifie à l\u2019objet partiel, au phallus, désir de la mère).La fonction symbolique dicte la position du sujet dans l\u2019imaginaire (le séminaire sur La Lettre volée illustre bien cette fonction du regard: le personnage vainqueur est celui qui dépasse le stade imaginaire, s\u2019identifie au raisonnement, à la loi de l\u2019échange, et non à son adversaire; au-delà de la relation duelle, il accède à l\u2019ordre symbolique).L\u2019Oedipe dépasse la relation duelle imaginaire par l\u2019introjection de l\u2019imago du parent de même sexe, ce qui permet la normalisation libidinale et culturelle, l'intériorisation de la loi du Père.Quoiqu\u2019il fasse, le sujet se voit constamment obligé de renoncer à une part de son être.D\u2019une part, l\u2019homme s\u2019aliène dans l\u2019identification narcissique originelle.D\u2019autre part, si l\u2019on se 41 réfère au jeu de l\u2019enfant à la bobine, la maîtrise du départ de la mère ne s\u2019accomplit que dans l\u2019assujettissement au langage, au meurtre de la chose.Discordance entre le moi et la réalité de l\u2019autre, distance entre le langage et le réel.L\u2019inscription du sujet dans le contexte culturel (la méconnaissance n\u2019étant pas sans rappeler certaines formations idéologiques), ce passage du je spéculaire au je social s\u2019effectue dans la rencontre, l\u2019intersection de l\u2019imaginaire et du symbolique.ce noeud de servitude imaginaire que l\u2019amour doit toujours redéfaire ou trancher (véritable noeud Gordien.Lieu de l\u2019Autre).* de l\u2019ombilie à la voix.Rupture du corps maternel, l\u2019ombilic se referme.Le passage du sang s\u2019interrompt, l\u2019air pénètre.L\u2019enfant s\u2019écrie.Du corps au nom qui était déjà écrit Le regard dans le rapport de l\u2019enfant à la chose, par le truchement du miroir, a la même fonction que la voix dans le rapport de l\u2019autre à l\u2019enfant, par la médiation de la parole.(Denis Vasse).La parole énonce le nom propre et vient rompre la fascination de l\u2019image, de l\u2019objet.La voix nomme le corps aperçu dans la glace, spécifie les limites du sujet et lui interdit de se perdre dans l\u2019image et de se prendre pour la chose.L\u2019enfant se tourne vers le regard qui le reconnaît, la voix qui l\u2019appelle (son 42 rapport à la mère est médiatisé par la voix).il voit le nom qu \u2019il entend.Cette substitution incomparable de ce qui est entendu à ce qui est vu, réfère la multiplicité des membres du corps, des parties de l\u2019image, à l\u2019unité d\u2019un signifiant verbal.(Vasse).Le corps est pris dans le réseau des signifiants du langage et se réfère au désir de l\u2019Autre.A l\u2019image du corps (qui devient inconsciente) se substitue le Nom.L\u2019ombilic est clôture.La voix.déloge l\u2019homme du corps.et lui fait habiter le langage.Si le sujet n\u2019arrive pas à se distinguer des identifications spéculaires, à médiatiser son rapport aux choses, à les différencier de lui par la parole (la refente du sujet), son corps reste ouvert, sans frontières, envahi par les mots immédiatement pris pour les choses qu\u2019ils représentent.Il n\u2019y a plus de sujet, qu\u2019un objet {l\u2019avalée des avalés).Hors de la coupure signifiante, les mots deviennent le pire obstacle au surgissement du sujet.(Vasse).Les mots deviennent lames estropiantes (Marie Cardinale).Les morceaux de verre de la vitrine sont trop froids.Ça reste dans la gorge, se digère mal, ça coupe les cordes vocales, rend muet.Les mots morts.(Emma Santos).43 IL DE L\u2019AUTRE CÔTÉ DU MIROIR.Or, peut-être n\u2019y a-t-il pas eu alors, pour la femme jubilation, parce qu\u2019il n\u2019y a pas eu chez elle seulement assomption ou construction à partir de l\u2019image orthopédique, mais, au contraire captation.La fille entre dans le miroir et n\u2019en sort plus.(Eugénie Lemoine- Luccioni).Regardée, nommée, appropriée, échangée.La femme a-t-elle un nom propre?Celui du Père ne lui est pas propre.Est-elle cela, l\u2019autre du même dans un miroir qui ne semble que réfléchir un corps sexué mâle ou asexué.Se voit-elle?Le regard lui est-il familier?Peut-elle saisir la loi de l\u2019échange alors qu\u2019elle s\u2019y trouve elle-même saisie, échangée?L\u2019ordre social (économique, politique, culturel) se fonde sur divers systèmes de communication, d\u2019échange: circulation des marchandises, des messages, des femmes (structures de la parenté, prohibition de l\u2019inceste).Ce qui circule de la femme, c\u2019est son corps sexué (dont elle est dépossédée) revêtu d\u2019une forme appropriée, immédiate au besoin, image sans faille, muette, reflet du désir masculin, support de ses fantasmes, figurant par/pour le regard sourd.La prévalence du regard et de la discrimination de la forme, de l\u2019individualisation de la forme, est particulièrement étrangère à l\u2019érotisme féminin.La femme jouit plus du toucher que du regard, et son entrée dans une économie scopique dominante signifie, 44 encore, une assignation pour elle à la passivité: elle sera le bel objet à regarder.(Luce Irigaray) Image regardable * voilée de féminité, le masque du rôle, l\u2019identité conforme au système de représentations masculines.Inclue comme objet,exploi-tée dans l\u2019échange, la femme est exclue comme sujet.Son infériorité sociale se poursuit par l\u2019entrée dans un système de valeurs étrangères, dans le non-accès au langage, à l\u2019ordre symbolique; féminin subordonné au discours du pouvoir.Elle est coupée d\u2019elle-même, de son corps, de son désir et des autres femmes, ses semblables à elle.Répétant une langue empruntée, les mots la déportent, l\u2019exilent, mots qui la jouent et la perdent.Méconnaissance de la femme à laquelle on substitue la mascarade de la féminité c\u2019est-à-dire \u201cce que les femmes font pour récupérer quelque chose du désir, pour participer au désir de l\u2019homme, mais au prix de renoncer au leur.Dans la mascarade elles se soumettent à l\u2019économie dominante du désir, pour essayer de rester quand même sur le marché.Mais c\u2019est du coté de ce dont on jouit et non de qui jouit.\u2019\u2019 (Luce Irigaray).* Si ce n\u2019est pas regardable, c\u2019est que s\u2019ouvre toujours menaçante, la fissure entre elle et ses doubles; et au-delà; le vide.(E.Lemoyne-Luccioni).Mais s\u2019il est une terreur pouvant s\u2019emparer de l\u2019homme au point de le détruire, ce serait plutôt celle qui est suscitée par la parole de la femme au moment où cette parole fait entendre une voix dont le pouvoir est de déceler la faille.(Pierre Fedida).45 .Survit-elle malgré tout?Va-t-elle traîner cette morte toute sa vie?Et si elle se retrouvait ailleurs, comment trouver les mots pour le dire et le dire autrement dans le lieu du féminin.III.DÉTRUIRE, DIT-ELLE.Un mot, un seul mot, ultime ou premier, y intervient, avec tout l\u2019éclat discret d\u2019une parole apportée par des dieux: détruire.Et, ici, nous ressaisissons la deuxième exigence de ce mot nouveau, car s\u2019il faut aimer pour détruire, il faut aussi, avant de détruire, s\u2019être libéré de tout, de soi, des possibilités vivantes et aussi des choses mortes et mortelles, par la mort même.(Maurice Blanchot).Mort de la femme aveugle et nocturne, muette, fictive, immobile, absente déjà.Mort d\u2019un soi modèle qui ne m\u2019appartient pas.A même cette mort, quelque chose de féminin chuchote*.* s\u2019il y a pas mal de gens qui sortent si entiers de la psychanalyse, on n\u2019ose dire si intacts, c\u2019est d\u2019abord qu\u2019il y a une grande différence entre mourir - c\u2019est-à-dire vivre les traversées de frontières, encaisser, avoir dans soi les ruptures - et être défunt ou être défini (même comme analyste), c\u2019est-à-dire dans le savoir, à la limite être au courant.(Daniel Sibony).Remettre en cause un certain type de fonctionnement analytique (interroger les déterminations historiques, les insuffisances et les silences au sujet.de la sexualité féminine, de la différence sexuelle, du refoulé féminin dans l\u2019inconscient, etc.) en vue d\u2019ouvrir la pratique et de poursuivre la recherche, ceci ne diminue en rien l\u2019importance que peut prendre la psychanalyse pour la naissance de la femme à son corps et à sa parole (inscription comme sujet de son discours).46 Refus du choix entre le leurre de la féminité et le non-être.Je cherche l\u2019or sous la mine, sous certains mots qui me font violence, m\u2019éloignent, m\u2019obs-curent, me nient.Bris du miroir, du nom, du nombre et de l\u2019ombre.Éclats de voix dans l\u2019ordre du discours.A l\u2019écoute de la complainte, Ariane retrace le fil, démêle l\u2019écheveau de l\u2019aine, Arachné le tisse, Schéhérazade le récite et Pénélope cent fois sur son métier.lyrique et souffrante se donne du temps, la durée.Mime le travail invisible non reflété sur son corps de femme revêtu.Ce qu\u2019il en naît du mimétisme.Si elle peut si bien jouer ce rôle, si elle n\u2019en meurt pas tout à fait, c\u2019est qu\u2019elle a de la réserve par rapport à cette fonction.Qu\u2019elle subsiste encore, autrement et ailleurs que là où elle mime si bien ce qu\u2019on lui demande.(Luce Irigaray).Mimer non pour s\u2019identifier, mais pour savoir d\u2019où elle part, pour produire le surplus, se rapprocher en dépassant le cadre, la marge, entre les lignes, en corps (déjà, le rapport de la femme à la théorie est traversé de corps, d\u2019histoire, de voix.Ça hésite, ça oscille, ça tremble, ça s\u2019excuse même.mais ça parle).D\u2019autres mots.Gestes de souffrance, parole de corps qui cherche à accorder souffle et désir (ça parle vite, peur de déranger).L\u2019hystérique qui s\u2019écrit dans son corps, à même sa voix.Écriture 47 de femme sur le miroir se répète jusqu\u2019à ce que l\u2019encre traverse la page, le discours dominant, l\u2019imaginaire masculin.Ouvrir les mots, les figures, les silences.Me séparer sans me perdre.Elle se décape avec douceur (odeur de cèdre).Me détacher pour mieux tacher.Différence.Le filet de voix, de sang, l\u2019éclat de rêve de rire.Intarissable, l\u2019encre, la mine, la couleur.Femme dans l\u2019imaginaire, touche encore àpeine au réel.Les odeurs de pêches se disent longuement.Son rapport à ses sens est multiple (comme les zones érogènes de son corps), non convergent en fonction d\u2019un seul regard.Ouïe, elle se vit musicale.Entre elles, ce qui se dit d\u2019elle-même.Retrouver la mère reconnue femme (hors de son rôle), l\u2019enfance du toucher.Ne plus craindre d\u2019être noyée si la glace fond (la chaleur de certains mots), se brise (mots l\u2019iriques) ou se courbe.La vie liquide nous est familière.Du lait de l\u2019ombilic aux coulées de voix.Les mots-flots.Reconnaître mes règles, ma langue, parole pleine, plurielle.Il ne s\u2019agit pas d\u2019inverser ou d\u2019égaliser mais de subvertir le miroir (l\u2019autorité, l\u2019unité, l\u2019identité du même).Mots d\u2019elle autre, modifie, dérange les modèles idéologiques.Mots d\u2019elle qui se prononcent aussi dans des actions spécifiques, gestes politiques.Elle, me parler, entre elles puis à toi, à eux, entre nous*.Transformer l\u2019échange, la syntaxe masculin-féminin.Ne plus parler de ou sur, mais * la façon qu\u2019a l\u2019homme de sortir de lui-même dans celle qu\u2019il prend non pour l\u2019autre, mais pour sienne, le prive, le sait-il, de son propre territoire corporel.(H.Cixous).48 avec, entre.Ce qui se dit entre nous, avec notre différence.Hors de la relation amoureuse duelle, amour ami.Ensemble, nos écritures à venir, nos lectures à l\u2019écoute.Nous différence.* Elle ne fétichise pas, elle ne dénie pas, elle ne hait pas, elle observe, elle approche, elle cherche à voir l\u2019autre femme, l\u2019enfant, l\u2019amant, non pour consolider son narcissisme, ou vérifier la solidité ou la faiblesse du maître mais pour mieux faire l\u2019amour, pour inventer l\u2019Amour Autre.(Hélène Cixous).* Hors du phallocentrisme, ne pourra-t-il pas s\u2019écrire autrement aussi, à l\u2019écoute d\u2019elle.49 Claudette Charbonneau-Tissot L\u2019INIMAGINATION Je l\u2019avais crue morte, au seuil de la contrainte.Et j\u2019étais retournée à mes travaux prosaïques.Et voilà qu\u2019elle revient, Phénix renaissant de ses cendres, transformée, à moins que ce ne soit moi qui ait changé dans ce laps de temps écoulé, transformée donc, silencieusement, lointaine mais plus forte encore, à l\u2019orée d\u2019une nouvelle existence, entre deux feux, deux bûchers, consciente du précieux de ces vies transitoires qui lui apportent, comme à moi, sinon un sens, du moins une illusion de vie.Elle n\u2019a jamais tout à fait accepté que je sois humaine; elle a toujours protesté contre ce vulgaire médium qu\u2019elle doit emprunter pour se manifester.Pourtant, c\u2019est vers moi qu\u2019elle revient toujours, vers ce corps à travers lequel elle va même jusqu\u2019à goûter la jouissance la plus charnelle.Car, malgré ses protestations, elle sait profiter de chaque chose.Entre elle et moi, la relation est étrange, subversive, faite d\u2019un délicat mélange de narcissisme et de sado-masochisme.Tout se déroule entre le cri et la muselière.Toute normalité est bannie au nom de l\u2019indomptable et de l\u2019irréductible.Et la censure 51 n\u2019est convoquée que pour mesurer l\u2019écart et en jouir davantage.Chaque fois qu\u2019elle revient, sa marginalité m\u2019étonne et me fait peur car je ne sais jamais jusqu\u2019où elle m\u2019entraînera dans ce pays interdit où vivent, sans loi, dans un inquiétant concubinage, son génie et sa folie.Et pourtant, je la suis et me laisse envahir car elle seule sait briser le carcan qui me fait avancer, docile, au rythme du troupeau bêlant.Lorsqu\u2019elle revient ainsi, après une très longue absence, elle s\u2019installe d\u2019abord à distance de moi.Et commence le long processus de la fascination.Je la connais et pourtant, chaque fois, je ne peux résister à son magnétisme, comme si elle était l\u2019aimant susceptible de rassembler tous mes fragments épars pour les faire éclater de nouveau.Et j\u2019ai besoin de cette entreprise absurde qui me reconstruit et me fait renaître pour ensuite me détruire et me faire avorter de moi-même.Etranges liens qui me lient à ce double perfide.Etrange orgasme que d\u2019écrire les mots qu\u2019il me dicte.Il vient à peine de revenir.Il ne m\u2019habite pas encore.Il est là, à distance.Mais je sais que peu à peu il s\u2019infiltrera de nouveau dans ma chair, dans ma vie.Et naîtra l\u2019autre livre.Au nom de l\u2019imagination.Sous le signe de l\u2019interdit.52 Louise Bouchard DIS QUELQUE CHOSE On voudra bien laisser ça en suspens.Faire comme si c\u2019était une phrase détachée, un corps parfaitement léger, affranchi de la gravité.Même si on soupçonne qu\u2019elle (la phrase) doit pourtant tenir à quelqu\u2019un, sinon tourner autour.Il faut croire pour l\u2019instant qu\u2019elle flotte entre deux eaux, qu\u2019elle n\u2019est pas prise encore dans une situation sérieuse.Surtout, ne pas l\u2019imaginer coincée entre le père et la mère; indécidable, elle décolle, déguisée en chauve-souris.Figure de cauchemar comme de compromis.On pressent qu\u2019elle n\u2019irait pas très loin, réveillée brusquement par le bruit de sa chute.On rêvait mal.Le désir était méconnaissable, et reconnu pourtant.Là, Flying, Fear of flying, Vivre oiseau ou mourir.On a peur quand même.Quelque chose accroche.Le vol est empêché.Qu \u2019est-ce que tu veux que je dise?Ce faux dialogue, cet entretien sur rien peut se passer, on le devine, dans une seule tête où par exemple, une fille serait pendue aux lèvres de sa mère.Je suppose maintenant que c\u2019est la mère qui fait SILENCE.Fantasme cohérent par lequel je comprends le mutisme.La langue maternelle est ma langue inconnue.Je n\u2019arrive pas à (faire) parler la mère.D\u2019autre part, si elle ouvre la bouche, je vais tomber, c\u2019est sûr.On entrevoit le corps mort au bas de la page.La tentation est grande de revenir à sa muette comme une tombe.L\u2019expression (me laisse) figée.On se tiendrait donc dans /entre une seule mort sans alternative?En cet endroit, j\u2019ai peur de toutes parts.Que faire du moi èn trop?Où veux-tu aller?(Suspens.Temps très Ion g).India Song: 54 Elle demande une indication pour se perdre.Personne ne sait.(1> La demande est effrayante (entendre le mot à la manière de Maurice Blanchot: ce avec quoi je ne pouvais frayer) (2) ; l\u2019autre se tait.Elle demande sa dé-route; n\u2019est-elle pas déjà égarée?Qu\u2019est-ce qu\u2019elle veut en plus?Sa question n\u2019a pas de sens.Mais peut-être justement se veut-elle hors du sens, excédée.Elle cherche un lieu où elle ne se trouverait pas, qui n\u2019aurait plus \u2014 pour elle \u2014 de nom.Frayage dans l\u2019effrayant.Une demande d\u2019avenir: on quête ce lieu où on ne pourra jamais se dire arrivée.Un espace d\u2019écriture?-\tGeorges Crawn: Pourquoi Calcutta?Pourquoi la marche s\u2019arrête-t-elle là?-\tInvité: peut-être que c\u2019est là qu\u2019elle se perd.Elle a toujours cherché à se perdre, en somme, depuis le commencement de sa vie.-\t(un temps) -\tGeorges Crawn: Elle aussi.-Invité: Oui.-\t(Silence) (3) Elle aussi.Ces mots ouvrent un espace de projection où je risque cette hypothèse: le vouloir se perdre se décline au féminin.Le masculin exprime quant à lui le: C\u2019est moi: c\u2019est (encore) moi.soutenant ce désir du même, de l\u2019identique, dont parle Luce Irigaray: Dans ce désir proliférant du même, la mort sera le seul représentant d\u2019un dehors, d\u2019un hétérogène, d\u2019un autre: la femme assumera la fonction de représentant de la mort (du sexe), du châtrage, dont l\u2019homme s\u2019assurera 55 ainsi, autant que faire se peut, la maîtrise, l\u2019assujettissement, en triomphant de l\u2019angoisse (de mort) dans le coït, en soutenant la jouissance malgré, ou grâce à, l\u2019horreur de la contiguïté avec cette absence de sexe, cette mortification du sexe, qu\u2019évoque la femme; l\u2019épreuve du coït aura, de plus, comme horizon téléologique le gage d\u2019une régénération indéfinie, d\u2019une re-production du même défiant la mort, dans la procréation du fils, ce même que le père procréateur.(4) Le désir du même explique l\u2019effroi de l\u2019homme devant la tete de Méduse, image du sexe féminin.Il est pétrifié, moyen sûr et radical de ne pas se perdre dans l\u2019Autre.Pétrifié et consolé.La pétrification signifie en effet l\u2019érection, c\u2019est-à-dire la consolation de l\u2019observateur lors de la scène originelle.Il possède encore un pénis et s\u2019en assure par sa pétrification.(5) Quant à Persée, on sait comment il s\u2019y prend pour échapper au pouvoir funeste de Méduse.Il place devant lui le bouclier qu\u2019Athéna lui a donné et le regarde quand il attaque la Gorgone, de sorte qu\u2019il peut la voir comme dans un miroir! (En ce qui concerne Méduse, il semble qu\u2019elle ait perdu la tête sans trop faire d\u2019histoires.) La femme effraie par ce qu\u2019il y a en elle de différent.Si on l\u2019enferme dans un miroir, on lui enlève son caractère menaçant en même temps qu\u2019on l\u2019annule.On peut imaginer que Méduse ne meurt pas sous les coups de Persée, qu\u2019elle succombe avant, quand elle se trouve saisie en image sur le bouclier de bronze.Méduse n\u2019est 56 plus rien dès lors qu\u2019une image où l\u2019homme se (re)garde ou voit sa propre mort.L\u2019imagination est dans son fond le rapport à la mort.L\u2019image est la mort.Proposition qu\u2019on peut définir ou indéfinir ainsi: /\u2019image est une mort ou la mort est une image.(6) On devrait donc commencer par briser les miroirs dans lesquels on nous a prises, pour éviter de nous regarder, pour éviter aussi notre regard.Femme jamais vue mais toujours représentée, ou représentante.Sage comm une image.(Que la remise en question des co :epts d\u2019écriture et de représentation commence J peu près en même temps que l\u2019expansion des ^mouvements féministes n\u2019est sans doute pas une simple coïncidence.) Lilith, Eve, Aphrodite, Isis, Artémis.La femme ne manque pas de noms ni de représentations.Aujourd\u2019hui, par l\u2019écriture, elle explore ses images, oscille, se balance, va et vient entre les noms.Ne veut plus (se) poser.Ne tient pas à une signature.Volonté de se perdre?Refus d\u2019être pétrifiée?Mais l\u2019écriture est aussi ce lieu où la femme grave ses noms pour les abandonner ensuite, où elle se console à son tour, elle, la consolante.Ce que j\u2019interroge, confusément, c\u2019est le déchirement qu\u2019implique pour moi le geste d\u2019écrire.Je veux mais je ne veux pas.Problématique de la bouche, du dehors et du dedans.Je me perdrai, mais de quel côté?La mort travaille de toutes parts.Il faut (s\u2019)arracher (chaque mot) à la mère-silence.Figure de l\u2019angoisse: un corps plein, fermé, sans 57 issue.Plus rien ne s\u2019écoule.Une femme enceinte?On n\u2019en sort pas.Quel est le rapport de la fille à la mort?à l\u2019image?Qu \u2019est-ce que je veux?Sors et rentre dans celle qui est assise à ta gauche.Et dicte-lui ces paroles: Je ne sais pas ce que je veux.S\u2019il y a quelqu\u2019un qui sait ce que je veux, faites que je parvienne devant cette personne.(7)\tj[y r a Je pense que c\u2019est k«mère qui sait.C\u2019est pourquoi je reste pendue à se, lèvres.Mais la fille est la mère.La lettre qui lui était destinée commençait ainsi: il s\u2019agit de m \u2019entendre avec toi sur la façon de formuler les choses.N\u2019est-ce pas de cela surtout que j\u2019ai souffert jusqu\u2019à maintenant?Découragée à l\u2019idée que je ne pourrai t\u2019écrire que lorsque tu seras à côté de moi pour me dicter les mots.La lettre s\u2019arrête là.Le corps seul demeure \u2014 celui de l\u2019enfant ou de la mère \u2014 dans lequel on puisse trancher.(8) 1.\tMarguerite Duras, India Song, NRF, éd.Gallimard, 1973, p.25.2.\tMaurice Blanchot, Celui qui ne m accompagnait pas, NRF, Gallimard, 1953.P.75.3.\tMarguerite Duras, India Song, p.135.4.\tLuce Irigaray, SPECULUM de l\u2019autre femme, éd.de Minuit, 1974.P.27.58 5.\tSigmund Freud, La tête de Méduse, inédit, publié in: Magazine littéraire, février 1976.6.\tJacques Derrida, De la grammatologie, éd.de Minuit, 1967, p.261.7.\tHélène Cixous,Zd, NRF, éd.Gallimard, 1976.P.39.8.\tMichèle Montrelay, L\u2019OMBRE ET LE NOM, sur la féminité, éd.de Minuit, 1977.P.154.59 Germaine Beaulieu ÉNERGIE & f* \\ ï *i\\v t r/4 //\u2022S J* >\u2019*! î » '1 Le corps, ses fantasmes, son discours, autant de motifs me motivent dans la vie des formes.L\u2019ÉNERGIE Je parle le code à travers celle-ci, me projette.Elle me ramène à une association de symboles qui, par une subjectivité consciente, filtrent les pulsions: véhicules des idées mouvantes et parcellaires d\u2019une population en discours.Désirer le moment ou le beau prétexte à une libération d\u2019énergie d\u2019ordre créatif (ou) (et) révolutionnaire.Mes pulsions: une force qui pousse, se morcelle, se regroupe dans un code universel.61 PARFOIS CEt ^ tE èsîîSs.1^ la SSAQ^ lE eE GÊS^jÎe COSSr E^G?/ü0^ïS^r:oVô /ST LE EÔEE «S S'- -1 PRES- 62 Parler au JE qui se pose actuellement en tant que créatrice et qui, par le biais de l\u2019écriture s\u2019anime en graffitis sur une toile / mes ongles, lacérations / Ce je qui laisse sous-entendre encore trop de blanc et de censure, se regarde dans le miroir du lecteur.je vous regarde.vous lis (e).Ce que mon corps a envie de générer serait peut-être de l\u2019ironie; blague corsée qui se voudrait évocatrice de soupçon, de malaise à l\u2019égard d\u2019un texte.Je me décompose devant l\u2019oeil qui le parcourt dans son incohérence et ses désirs.63 Que je fasse, que je taise,,, Que je dise ce corps par une synthèse réglée dans ses espaces et sa tenue, je ne fais rien d\u2019autre que de vous regarder et vous entendre y pénétrer.Réseau d\u2019intercommunications où le piège de l\u2019analyse et de la critique m\u2019éloigne de l\u2019autre.Me fige dans l\u2019interligne Aération d\u2019un cercle qui se remplit et se creuse Espace dans une mémoire à circuits fermés perméables au grésil d\u2019une progéniture inconsciente. Énergie qui se gruge dans le trou et qui ramène par sa désinvolture, l\u2019impertinence d\u2019un corps vierge et sauvage.D\u2019où l\u2019inconvenance d\u2019un code qui censure et créé l\u2019aristocratie dans l\u2019aliénation.JE VEUX DÉPROGRAMMER TOUTE ATTENTE ET COUR-CIRCUITER LE CODE DU PRÉVU.MON REGISTRE.Miroir aux pleines lunes d\u2019un cycle nouveau.Mon balai, trempé dans l\u2019encre noire, me prend une sorcellerie nouvelle celle cachée entre mon ventre et mes os.Cueillir le parfum des roses qui m\u2019ont ensevelie J\u2019EN FAIS MON TEXTE DE PAPIER Mots de sourds, où l\u2019oeil noir qui les fredonne, se retrouve dans une onde modulée qui se détache des sphères du pénétrable.65 Je suis une magnifique galvaudeuse de texte où j\u2019adore semer la zizanie entre les mots et les lignes.ET MOI ENCORE?mon corps.Je.Engloutis et vulnérables dans la course aux verbes et aux mots Synthèse incertaine.66 Saisir l\u2019occasion.J\u2019écris et transpire dans l\u2019ombre chamelle d\u2019où la fissure.J\u2019adore les mamelles de papier qui s\u2019engloutissent dans un oeil trop avare.Régurgite.Mon fantasme: être animée d\u2019une conscience d\u2019hier je m'émancipe d\u2019une retrouvaille nouvelle où je naquis d\u2019un gosier.Nos yeux s\u2019avalent et se confondent à cet instant.Hypnose théorique du Je (voyeur et censure).Tracer un cercle entre deux regards L\u2019INCUBATION SE FAIT Mûrir le noir de la piste et la coucher dans l\u2019inconscient.Souvenir d\u2019un rêve où je me prends par la main et me fais visiter un espace vide.M\u2019initie à confondre le vide.Je compose avec les interdits et L ÉNERGIE.Repartir à zéro d\u2019une conscience sans qualificatifs ni sexe\tmais mon sexe est aux aboies.67 Monique Bosco CORPS-MORT Avec quels mots réels, inventés, imaginés, traiter ce corps?Ce corps, avez-vous dit?Je ne connais de corps que le corps-mort, précieux aux marins.Amarre.Ancre.Avec quelle encre l\u2019évoquer?Au plus profond de la mer, on le laisse glisser.Immobilité enfin atteinte, rejointe.Le corps de la femme se doit d\u2019être ainsi en repos.Enfoui.Enfouissons y encore une fois le corps-mort.Réfugions nous encore dans le corps-mère.Là, au creux de la vague et du ventre.En boule.En pierre.Enceinte.En sainte de pierre.Boule de verre.Lente houle.Et déjà c\u2019est la nausée de la vague.Remous et roulis.Remords.Re-mort.En creux.Au coeur de tout ce ressac de sel et de sang.Eaux précieuses et amères.Profondeurs.Mais la mer rejette tôt ce corps étranger.Ultime révolte du corps en labeur.On expulse vite cette fille faite à la honteuse ressemblance de sa mère.Exit la fille.Mère-fille ou fille-mère qu\u2019importe la filiation puisque, de toute manière, le désordre règne en cette couple.Le sein se refuse à cette bulle 69 rouge et enragée qui s\u2019enfle de cris et de pleurs.Pleure, ma fille, tu as raison de pleurer.Pisseuse.Te voilà baptisée du seul nom sale et commun à toutes les filles.Fais-toi oublier.Sois sage.Tais-toi.Sois gentille.Propre.Occupe-toi de tes petits frères.Joue à la petite mère.Souris.Sois belle.Tais-toi.Ah, oui, tais-toi surtout.Ne va pas te mêler de poser d\u2019absurdes questions.Tu sauras tout bien assez tôt.Tout, te dis-je.Tout et rien.Que savoir?Ne rien savoir.Absurde folie des contes.Blanche-Neige ou Cendrillon.Miroir, miroir, dis-moi que je suis la plus belle.Comme il est beau, bien et bon qu\u2019au moins dans les histoires pour enfants ce soient les belles-mères, mères trop belles, qui aient déjà peur de leurs laiderons de filles.Concurrence.Bientôt, la fille trop jeune, trop maigre, trop sotte et naïve sera cette ingénue qui détrône toutes les coquettes.Après marchandages.Tu es trop jeune, trop petite, trop fragile.Attends.Combien d\u2019années encore, avant que je ne te supplante?Horribles duels.Toujours rivales.Cruelle enfance prolongée et humiliante.Nattes ou boucles.Robes de dentelles.Nids d\u2019abeilles.Reste au creux du nid.Joue à la poupée.Folles filles.Mère gâteuse.Tant de gâteries.Sucreries.Dents pourries.Enrobées de douceur.Quel écran entre la vie et nous.Ignorance.On se meurt d\u2019ignorance et d\u2019ennui.Dans quelle longue enfance, telle Agrippine, vous 70 nous faites pourrir et languir.Fièvres de croissance.Belle invention de la médecine.Folle fièvre, oui, fièvre de grandir, de s\u2019étirer, de se tirer de ce cocon.Pousser, vite, comme Alice.Que les seins nous gonflent.Bourgeons espérés de ce premier printemps.Des hanches plus rondes, des jambes plus longues.Il faut que tout soit parfait.Rien ne sera jamais assez beau.Longues stations devant les miroirs.Examens impitoyables.Les jeux sont faits et rien ne va plus.Il y en a trop.Pas assez.Pas là où il faut.Comment passer au crible des élues?Quelle horreur que d\u2019être cette fille ingrate dans tous les sens du mot.Les bourgeons tant attendus se transforment en ignobles boutons.Humiliation de ce corps qui ne sait où ni vers qui se jeter.Tu veux voler de tes propres ailes ?On te violera au premier tournant.Quelles peurs depuis toujours.Quelle terreur.Quelle envie, aussi, depuis la nuit des temps.Qu\u2019on me viole donc afin que je sache enfin ce qui se passe de l\u2019autre côté de la cloison.Qu\u2019on me viole donc comme le pauvre vole une chose précieuse et rare qu\u2019il ne peut s\u2019offrir autrement.N\u2019est-ce pas la preuve que je suis irrésistible?Il faut, de force, m\u2019arracher ce que je brûle en vain de donner.Ligotez-moi comme dans les films à la mode.Je suis consentante.Je suis contente.Qu\u2019il risque la prison et la pendaison, ce pauvre fou, afin de me sortir de ma prison à moi, triste cage où je me morfonds.71 Je fonds au fond de ce puits de désirs refoulés et obscurs.Qui m\u2019entraînera, au grand jour du désir?Soleil ardent.Fontaines.Boire enfin à satiété, jusqu\u2019à plus soif ni faim aucune.Nous sommes aussi comme Narcisse, au bord de tous les étangs.Essayant de mirer, avec précision, ce visage flou et incertain.Mais je suis jeune encore.Tu le crois?Si tu t\u2019imagines, fillette, fillette, si tu t\u2019imagines.Elle le clame, dans toutes les caves de Saint-Germain, la belle Juliette.Non, hélas, je ne m\u2019imagine pas que cela va durer.A seize ans, je pleure déjà sur mes quinze ans où il ne s\u2019est rien passé.Je ne permettrai à personne de dire que vingt ans est le plus bel âge de la vie s\u2019exclame Nizan qui continue de se révolter: Tout menace de ruine un jeune homme.Et nous?Et nous?Il n\u2019y a pas que vingt ans qui ne soit pas, pour nous, le bel âge.Tout est trop tôt, trop tard, trop vite.Tout nous menace, nous aussi.Comment s\u2019arranger de ce corps alors que tout nous prédit qu\u2019il est voué à notre perdition.On ne le chante que pour mieux déplorer sa fragilité.Corps féminin qui tant es tendre Poli, souef si précieux Pauvre corps féminin.Si on le donne, on se damne.Si on le refuse, on se condamne aux regrets et à la stérilité.Il n\u2019est que d\u2019entendre les Ballades de la Belle Heaulmière.Décrépitude horrible des vieilles femmes.Abandon.Abandon.Si ce corps craque, lâche, se déforme, c\u2019en est fini de nous.Qui nous cueille, nous recueille ou nous aime 72 pour notre belle âme?Nulle âme ne se cache en cette vieille carcasse, assurément.Pauvre corps méprisé sitôt qu\u2019il cesse d\u2019être désiré ou désirable, sitôt qu\u2019il n\u2019est plus caressé.Ruses.Merveilleuses ruses misérables.Des fards.Des robes.Des voiles.De savants drapés.Tout y passe.Tout l\u2019or du monde.Tortures incessantes.Confrontations toujours plus épuisantes.Miroir, miroir, dis-moi que je peux encore aller, venir, éblouir peut-être, même, surtout quand les lumières sont tamisées! Seule quelques femmes ont su qu\u2019on n\u2019était bien, libre et heureuse que dans l\u2019éclat de la libre nature et le rayonnement du soleil.Vive Sand.Hommage à la merveilleuse Sido.Quand le miroir se tait ou ne donne plus de réconfortantes réponses, il faut se tourner vers les oracles des livres.Au fil des pages, trouver le secret, la recette, la magie infaillible.Où sont les sorcières de jadis?Nos prosaïques mères ne nous proposent que l\u2019exemple de la sagesse ou du renoncement.Après nous avoir tant redit que nous avions bien le temps, elles se réjouissent de constater qu\u2019à notre tour nous avons fait notre temps.Faire son temps, comme le pauvre conscrit de corvée.Puis au rancart.Au placard.Avec quelques ravaudages et broderies pour passer le temps qui reste, justement, comme les anciens combattants.Messages des soeurs aînées.Comme il serait bon d\u2019y trouver la route à suivre pour échapper un peu à l\u2019engrenage.Et pourtant, pour elles aussi, tout semble déjà réglé.73 Notre compte est bon.Atroces comptes à rebours.Toutes les infortunes du deuxième sexe recensées avec précision, de la puberté à la ménopause, sans parler des affres de la vieillesse.Et Violette se lamente, de livre en livre, sur cette laideur dont elle détaille, avec luxure et avarice, chaque nouvelle insulte.Et Anaïs se scrute et se contemple, du cerveau au nombril, se drape dans des capes somptueuses, des robes brodées, de souples mousselines.Hélas.Nous sommes toutes flouées assurément.Pourtant, comme j\u2019ai aimé et cherché à ressembler aux héroïnes enfantées par des hommes.Voilà mes vrais modèles.Certes, il faut que je le confesse.Là j\u2019ai pris mes plus cruelles leçons.Apprises par coeur, de tout mon coeur.Comment échapper à une si magnétique emprise?Là j\u2019ai cru comprendre comment il fallait aimer, souffrir, se révolter mais surtout se conformer à d\u2019adorables préceptes de sagesse et de sublimation.Pas un piège ou un traquenard où je n\u2019ai cherché, avec avidité, à me précipiter, tête la première.Révoltées de Corneille, Camille ou Emilie.Amoureuses de Racine.Merveilleuses créatures de Stendhal, toujours prêtes à aller au bout de leur folie la plus folle et la plus belle.Saintes de Claudel, mystique Paulina ou mystérieuse Catherine Crachat de Jouve, Mouchette de Bernanos.De toutes et de chacune, je voulais prendre exemple.Si bonne élève, je vous assure.Comment ne pas l\u2019être quand on est ainsi chantée, comprise et aimée?Là on nous rend enfin justi- 74 ce et honneur, on avoue ses fautes, on rend compte des viols, des impostures et des trahisons.Sur ces fastueux modèles, en toute bonne foi, je me suis fait mon cinéma.Dans le petit théâtre de ma chambre, j\u2019ai cru vivre de grandes passions de tragédie.On se réveille, un jour, des années plus tard, meurtrie.La femme rompue, oui.Il aurait fallu lire Back Street en son temps.Il faut de l\u2019humour, certes oui, pour enfin accepter qu\u2019on ait pu être dupe si longtemps.Feydeau créa le Dindon.Je suis la Dinde de cette farce à moi.Rions donc, en choeur, ô mes soeurs romanesques et naïves de nous retrouver en plein boulevard, après avoir si longtemps cru que nous étions au septième ciel de la passion.La femme mystifiée, oui, certes, assurément.Mais trêve de passion, justement.Il est temps d\u2019écouter nos soeurs en révolte.Trêve de repos du guerrier.Désormais, nous irons pas nos chemins à nous, enfin libres d\u2019aller où bon nous semble.Les petites filles d\u2019aujourd\u2019hui refusent enfin leur rôle d\u2019hier de charmantes petites filles modèles, toujours prêtes à faire la révérence dans tous les salons.Le monde est grand et il est beau.Et même si la terre est ronde, j\u2019irai y jouer aux quatre coins.Il ne me suffit plus que l\u2019on m\u2019accorde la moitié du ciel, je veux tout, terre et ciel, sans partage, en plein abandon.Non, je ne serai plus ce corps-mort qui s\u2019enfonce et s\u2019immobilise au plus profond de l\u2019océan.75 Corps-mort?Cormoran plutôt, avide de pêche et de prise, ne plongeant que pour mieux s\u2019élancer à nouveau pour de nouvelles conquêtes.Et ne me citez pas le Livre des Livres.Dieu n \u2019est pas nègre comme dans les chansons de Ferré.Dieu est mâle.Et de toute éternité il a su, voulu et accepté que David puisse vaincre Goliath.Et pourtant David, lui aussi, ne craignit pas d\u2019enfreindre la loi.Et après être allé vers Bethsabée, il osa tout de même composer ce psaume pour son Dieu: Rends-moi le son de la joie et de la fête, Et qu \u2019ils dansent les os que tu broyas Pour nous aussi, c\u2019est l\u2019heure de la fête.Le temps des sages fourmis est dépassé.C\u2019est la saison des cigales.Chants et danses alternés.Plus jamais écrasées et broyées sous la loi impitoyable de l\u2019homme.Nous voilà libres.Fortes et courageuses.Allant au bout de toutes les aventures.Libres et seules.La mort peut bien s\u2019avancer.Oui, la mort peut bien s\u2019avancer.Je me refuse à la craindre.Et qu\u2019importe si je dois retourner en poussière.J\u2019accepte enfin mon sort et mon corps.Qu il soit donc, finalement, réduit en poussière ce pauvre corps.Soit, je ne serai plus que poussière.Mais une poussière si fine et légère quelle dansera au moindre souffle de vent.Non, je ne serai plus jamais ce corps-mort s enfouissant à jamais dans la mer, l\u2019amère mère, source de toute vie et mort.J\u2019accepte, enfin, qu\u2019en fin de course, ce corps vaincu soit à nouveau déposé dans la grasse et noire terre-mère.Qu\u2019on m\u2019y enfouisse, au plus profond, pour que j\u2019y prenne 76 mieux naissance et racine.Et je jure d\u2019enfanter, à mon tour, de nouvelles et merveilleuses filles-fleurs.Corps-mort, corps-née Tout simplement une histoire.Toujours la même, avec les mêmes mots usés.Ressassement indispensable.Comme on rumine cette intolérable rancoeur.Toujours les mêmes fantasmes, la même scène à voir.Mises en scène inutiles.Tout s\u2019enchaîne à la perfection.Tout se grave là, au centre de la cornée.De la naissance à la mort.Oeil fixe.Tout est déjà inscrit.Hélas.Il suffit de naître.De n\u2019être que cela, ce corps.Corps de fille.Désarmé.Nausée.Lait trop épais.Penser que je suis sortie, à grand peine, de ce ventre.Si dur passage.J\u2019étouffe.On m\u2019étrangle.Toujours tenue, tête trop basse, jambes engoncées dans les langes.Bouillies à grumeaux.Dur apprentissage de propreté maniaque et cafarde.Quelle triste poupée de chiffon je fais.Chiffe molle.Renonçant à marcher, à roucouler.Nul jeu.Je n\u2019existe qu\u2019à peine.Je ne suis que peur sournoise et pardon murmuré.Tout juste si je ne m\u2019excuse pas de respirer l\u2019air de la maison.Quelle maison?Rien n\u2019est à moi.Tout est à eux, rangé selon leur ordre.Je n\u2019en finis pas de suffoquer sous mon drap.Comme je me cache.Peur et haine.77 Et tant d\u2019amour aussi.Que faire pour paraître aimable?Mais je ne suis pas montrable, paraît-il.Ou trop timide et timorée, ou arrogante et grossière, prétendent-ils.Est-il juste, je vous le demande, que je me soucie encore de ces si anciennes avanies?Ma vie à moi.Il faudrait refouler à jamais les refrains anciens.Plaire, à tout prix, pour survivre en cette foire.Que ne suis-je géante, veau à trois têtes.Je ne suis que moi et ce n\u2019est jamais assez.Je m\u2019agrippe à ce sein.J\u2019ai soif.Je meurs de soif et de faim.Eux seuls prétendent savoir l\u2019étendue de mes besoins.Chacun décide de ce qui est bon pour moi.J\u2019ai survécu pourtant.Dure petite fille tenace et obstinée.Comme il a fallu que je m\u2019entête.Ma tête à moi.Dure comme une noix de coco.Je la cogne, dans le noir, pour me rassurer sur sa résistance.Tant et tant de fois, déjà.J\u2019aurai la tête dure.Bille de bois.Je roule à ma guise.J\u2019échappe.Tout m\u2019échappe.Je vomis cette nourriture infecte et fade dont vous m\u2019embocquez comme une oie.Je serai maigre.Et petite.Si petite.Toujours prête à filer.Je file comme les bas de soie fine de nos mères, autrefois.Merveilleuses échelles.J\u2019y glisse.Je m\u2019enfuis.Il n\u2019y a plus de petite fille sage ici, qui s\u2019échine à se faire aimer, ou tout au moins accepter.Oui, il faudra aussi décrire l\u2019impitoyable dressage qui viendra ensuite.Seuls les hommes font leur apprentissage, à leur guise, chez l\u2019artisan de leur choix.On nous dresse, nous, on nous corrige, on nous courbe.Pour nous former, bien sûr.Etrange déformation, soigneusement graduée, comme pour ces espaliers des beaux vergers de nos aïeules.Cela fera de bonnes poires, plus tard, fondantes à sou- 78 hait, juteuses et sucrées.Délices des amateurs de bonne chère.On nous élève pareillement pour la consommation avisée des candidats de chair fraîche des saisons à venir.Pour l\u2019heure, on nous guette.Rien n\u2019échappe à l\u2019oeil ou à l\u2019oreille des commères qui nous entourent.Elles palpent même, à l\u2019occasion, pour être certaines qu\u2019on ne les trompe pas sur la marchandise.Déjà formée?Bien réglée?Odieuses inquisitions.Les fouilles des matrones de prison ne sont pas plus sévères.Comme j\u2019ai haï cette saison.Cruelle et ingrate saison.Années comme des siècles.Tout se chuchotte et se marmonne dans des gloussements de vulgarité.Rien n\u2019est épargné pour nous mater, pour me mater.Mater dolorosa.Car nos mères indignées se plaignent de nos rares éclats.Sous le boisseau, les filles.Filons doux.Et pas de messes basses entre vous.Qui viendra me sortir de cette idiote entreprise de démolition?Regardons les garçons.Par en dessous.Quelle sournoise adolescence.Rien n\u2019est aussi bête que les projets de cet âge.Pressées, elles ont filé, les autres, dans des nuages de tulle, diadèmes d\u2019oranger sur la tête.Mariage ou enterrement?Fleurs et couronnes.Embaumées, les belles, dans la cire et les dentelles.Bonnes abeilles.Patients travaux d\u2019aiguille.On coud et on tricote.On ravaude les vieux rêves.Tout est si calme.Il n\u2019y a plus à penser.Tout est prévu.Comme il est bien et bon d\u2019avoir franchi le pas, la barrière.Les voilà à l\u2019abri du célibat de la solitude.L\u2019étape redoutée, ultime examen de passage franchi avec l\u2019approbation populaire, il ne reste plus que quelques efforts à faire.Si peu, je vous assure.79 Voilà la folie évitée.Rentrée dans le rang.Deux par deux.Comme à l\u2019école autrefois, le long du préau, après la récréation.Mais il n\u2019y a plus de ces fous-rires, rires fous des amies d\u2019autrefois.Deux par deux, comme pour l\u2019arche de Noé.Mâle et femelle.Et en avant pour la reproduction.Que l\u2019espèce se perpétue.Bonne épouse, accomplie.Mère admirable.Comme ces marmots hurlent sans cesse.C\u2019est étrange, à la longue.Est-il possible que l\u2019histoire recommence?Ma fille me hait.Cet enfant mâle que j\u2019ai frappé du pied et des poings avec une violence qui fait peur.Je le vois déjà casqué et botté, semant la terreur sur son passage.Il faudra inventer de nouvelles guerres, d\u2019autres territoires à investir, pour qu\u2019il puisse déployer l\u2019étendue de ses talents et de sa vigueur.Comme je rêve à ce qui aurait pu être.Tant de pièges évités mais tant de traquenards imbéciles où je suis tombée tête la première.Tout ou rien, avais-je dit.Et je n\u2019ai eu que le médiocre entre-deux1 de celles qui hésitent et oscillent entre peur et haine, croyant y trouver l\u2019amour.Quels abîmes de non-amour.J\u2019ai voulu, avec une opiniâtre bêtise, le simulacre imbécile des plus sottes histoires romantiques d\u2019un autre âge.Je me suis trompée de siècle, ma foi.Toujours en retard sur l\u2019histoire, vivant à contre-courant, souffrant, par contre, avec une acuité de droguée fuyant aujourd\u2019hui même pour Katmandou.Mes compagnes de jadis s\u2019acharnent à d\u2019indus- 80 trieuses orgies de fabrication: rideaux, nappes brodées, plats mijotés avec soin.On les loue et les honore.Je reste dans mon coin, à ma fenêtre nue, à guetter celui qui ne vient jamais à l\u2019heure.Tant et tant d\u2019heures.Pénélope sans courtisans, tapisserie ni légitime héros.Je fourbis, dans le silence, de vieilles armes de pacotille.Qui me prendrait au sérieux?Où sont les couvents et les cloîtres qui recueillaient jadis les folles dans mon genre?Il serait bon, pourtant, de partager avec de douces compagnes les heures d\u2019attente de la folie et du mirage.De la rage.De la désolation à perte de vue et d\u2019âme Anne, ma soeur, ne voyez-vous rien venir?Que voir?Qui voir?Qu\u2019y voir.Il n\u2019y a rien à voir.Fantasmes et fantômes.Désir idiot et désert immense.J\u2019ai aimé en vain, en pure perte, un homme vain et vaniteux.Un homme vain ou vingt hommes, quelle différence, je vous le demande.Qui aime, ici, sinon la folle du logis.Et il n\u2019y a pas de logis et la folie, aussi, a fui.Fini.Pfuit.Il n\u2019y a plus rien.Pas même une larme à verser pour effacer un peu plus proprement, l\u2019ardoise.Tu as mal, ma chérie, pauvre petite fille.Souffle et cela s\u2019envolera.Tout est parti, au fil de l\u2019eau.Joli petit navire.Et vogue la galère, sans faire de vagues.Tais-toi.Mouche-toi.Comme on souffle et mouche les chandelles, à grands coups d\u2019éteignoir.En cette église ou cette chapelle, nul besoin de chaisière ou de bedeau.Tout a eu lieu.L\u2019office est fini.Tu as joué ton rôle.Tu peux quitter le service ou prendre du service dans un tout autre rôle.Il y a 81 toujours place, dans la figuration, pour les femmes d\u2019un certain âge.Utilité.Balai et torchon.En vain, tu as rendu ton tablier, voilà des années.Tu peux le reprendre, t\u2019y enrouler, t\u2019y draper avec dignité si cela t\u2019arrange.Tout vaut mieux que l\u2019oisiveté des retraites prématurées.O mes soeurs, quel infâme gâchis.Toutes ces luttes bâclées.Tout ce temps perdu que nulle quête ou recherche ne nous fera retrouver.Vite, il faut partir.Tout quitter.Comme le serpent quittant sa vieille peau.Vite, retrouver l\u2019innocence et la force de la révolte première.Coeur battant, paumes nues, s\u2019avancer comme si c\u2019était l\u2019aube du premier matin et la création d\u2019un autre monde, en un jardin fait à notre seule et radieuse image.82 Nicole Brossard LA TÊTE QU\u2019ELLE FAIT Analyse: pour que les lèvres se représentent à moi comme une motivation à suivre les bouches pleines d\u2019affinités.En cela, je travaille à ce que se perde la convulsive habitude d\u2019initier les filles au mâle comme une pratique courante de lobotomie.Je veux en effet voir s\u2019organiser la forme des femmes dans la trajectoire de l\u2019espèce.mars 1977 84 J\u2019ai terminé le livre de VAmèr ou Le chapitre effrité mais j'imagine que tout va recommencer.La tentation de l\u2019ajout ou la tendre alimentation dans le séjour des espaces saisissants.Regarder les choses en face.Disposée au réel.Il ne faut pas confondre l\u2019ardeur et la jouissance ou le double délire des amantes.Rapportons-nous au présent.De quel corps s\u2019agit-il à l\u2019horizon, marée basse, il n\u2019y a guère d\u2019excuse pour oublier qu\u2019il s\u2019agit de nous dans la forme coriace du conditionnement.Forme, forme, cracque courant après les mots pour y saisir sa part.Etrange participation de la fille caillou au gré de la mer.Rapportons-nous au présent.Les taches sont multiples (le vent pendant que ne cesse l\u2019étreinte) dans la fabrication des vies alors que l\u2019émoi suscite la voix, l\u2019expérience; en pensant qu\u2019il n\u2019y a de réel que la ruse 85 mise à camouffler les seins, le sein permanent très lourd de conséquences pour qui le porte, mamelon m\u2019abolit, toujours la même.La tête qu\u2019elle fait! Dévorant à la lecture les foetus récurrents.S\u2019éloignant, de quel corps s\u2019agit-il à la dérive?C\u2019est au creux de la hanche, à la mesure des tailles avec effroi, entrant dans l\u2019imaginaire à froid comme on glace sur place, les larmes, les larmes, la joue.Consentir non loin du ventre.Je regarde ce que j\u2019entreprends: il va falloir écrire donc.* * * Je suis surprise.La surprise de ma vie.A l\u2019improviste, quelque chose au commencement, souviens-toi vite ce n \u2019est pas pareil ça n \u2019est jamais pareille.C\u2019est toute la différence au monde.La part qui couve.La prête à porter.* * * 86 Buvard à l\u2019afflux, me mets en cause: lire, écrire, clitoris, l\u2019encre fugitive mes armes.A toutes, allure vive, nos corps nos moeurs: \u201cImagine un peu ce qui m\u2019arrive\u201d.La mort est parfois si prévisible au centre des yeux qu\u2019elle altère les formes.Les rend stériles.Il arrive aussi que la bouche se mette en coin, pour mieux saisir et que la salive aboutisse.Commence à formuler les étapes vives du corps saisi.La tête qu\u2019elle fait alors, suspendue dans le temps entre son passé de fille et rapportons-nous au présent du côté des filles solidaires.Le dimanche et ma mère tellement quotidienne.A quoi tiendrait alors l\u2019urgence d\u2019écrire, de me voir tant fertile à décrire la rencontre des cristaux, à songer la couleur des cailloux, les étreintes blanches au soleil.Si autrement, qu\u2019inlassablement avec des femmes.Une certitude me guette la nuit, présence radicale.Tendre dans ma bouche.J\u2019imagine avec ma langue ce qui m\u2019arrive.* * * 87 Avoir en imagination l\u2019histoire longue et systématique de nos corps mutilés qui tiennent à la réalité comme à la vie, c\u2019est l\u2019avoir en trop sur le coeur.Etre fortement tentée de recourir à l\u2019image du poing comme on prend la décision d\u2019agir avec son corps.Mais dans le mot que peut-il bien arriver à mon corps qu\u2019il ne sache ou un effet d\u2019excitation.Je peux dans le mot parler comment avec ce corps.Dont les seins.C\u2019est ainsi la nuit toujours la nuit parce que nous veillons constamment.Assoupies dans nos ventres.Par la forme, facile à substituer.\u201cJe vais devenir folle\u2019\u2019 plus maintenant \u201cj\u2019ai tué le ventre\u201d l\u2019horizon.\u201cMais l\u2019horreur, dit-elle, que chaque jour nous retrouvons dans les livres et le lit comme au chevet, chevilles de plomb.\u201d \u201cÇa m\u2019arrive ça m\u2019avance à quoi?\u201d Le beau désir de nos armes a-t-elle songé au petit matin.Je ne veux pas tourner en rond pour inscrire la vertu des livres.Ça me touche sans cesse.Ouvrir le livre sur des identités charnelles où dans les zones de séduction on s\u2019approprie avec clarté une vision.Cycle, cycle.La synthèse des relations.Et puis au printemps, on n\u2019a pas à imaginer qu\u2019il y a des suicides dans les arbres. Or tout cela s\u2019y rapporte quand on me dit \u201ctoi, la femme\u2019\u2019 et conséquemment \u201cmoi une femme\u2019\u2019 suspendue comme une forme incertaine au beau milieu de l\u2019émoi.Dans la gorge, la marée sensible et montante.Je veux mes rigoureuses que nous entreprenions la démarche, la coïncidence de nous voir politiquement propices à l\u2019affirmation.Sentir que l\u2019oeil entreprend de nourrir par le dedans de ce qu\u2019il fixe, la forme vitale du féminin.A prolonger la fiction, en réalité, je regarde les choses en face.* * * La tête qu\u2019elle fait à l\u2019autre bout de son corps.Le corps qu\u2019elle fait quand de son ventre cela s \u2019est glissé comme une expression entre ses jambes.Alors sa bouche a su s\u2019ouvrir.Ce cri à la naissance, l\u2019explorant, le couvrant de mots, s\u2019est mise à la traduction de son corps.Alors sa bouche a su s\u2019ouvrir.Dut-elle tout ce temps politiser son ventre le hantant comme la fiction même qui la traverse.Faire à sa tête.Avec les mots, je rachète les naissances 89 que je donne.Je reprends l\u2019enfant, le cri.En échange d\u2019un texte comme un texte.Folie furieuse.C\u2019est bien ce dont il est question la tête qu 'elle fait c\u2019est quand je réalise réellement mon corps mis en mots.Bris dans la brèche comme à produire de l\u2019énergie propice.Peut-être alors à recommencer le cycle aveuglant du désir.La trajectoire dense des corps, c\u2019est bientôt midi, peut-on songer le baiser comme un mot de trop dans la bouche double.Ou le caillou politique pour mieux projeter la voix.* * * Agitation.Pleine de risques.A livrer le combat terre à terre.\u201cJ\u2019ai faim j\u2019ai soif j\u2019ai chaud il pleut ne t\u2019éloigne pas\u2019\u2019.Tout peut-il donc recommencer?Les après-midi tangibles de la chair cherchant ses mots.La tête entre les mains, telle, un fragment de vie.Elle pense, flexible comme un lobe de l\u2019oreille, dans sa main, la pensée, une vision du monde.Ses mains sur les tempes, le battement du coeur.Le rythme quotidien, la pensée, les actes, tout acte \u2014 je suis si vulnérable alors dans cette pose devant la fenêtre.A coup sûr, je dévie.Violemment.90 violemment une IDÉE en tête.A traverser ma propre matière, les fluides, une et collective, pleine de nombres: belle agitation.L\u2019idée que je me fais de moi en personne et femme.L\u2019idée: faire corps dans la cité, l\u2019oeil ardent dans le cycle des inscriptions.Car tout ce temps, il s\u2019est agi d\u2019écrire pour éviter que l\u2019oeil d\u2019une femme, que la mer rature les signes de la main.La cité dans Veau l\u2019A l\u2019Origine l\u2019Alphabet le fantasme, à corps perdu, engloutie, suis-je possible alors et tolérable dans la cité, moi mouillée au comble de l\u2019ardeur qui trace marque écris laisse laisse le buvard quand il arrive que tu perdes la tête remuant les cils entre la vie entre la mort la l\u2019Atlantide fille caillou.Surface: émerge radicale venue des eaux.91 Amantes: je mets ma bouche avec ton sexe est-ce révélation que de nous voir lentes à vivre participant d\u2019une même agonie comme des membres tremblants dont ne sera dit que l\u2019éclat en toute éventualité.Soit de la déraison, jongleuses subversives nous introduisant dans la cité vraisemblables.Peut-on songer les rapports autrement que dans la forme que nous prenons.Ou dans la posture.Etre en position de avec une intention.Je veux sortir de l\u2019énigme la tête mise à prix pour que cessent les superstitions et le fruit de vos entrailles.La tête qu\u2019elle fait.Alors ses yeux ont su s\u2019ouvrir sans hallucination et la fiction pour autant cohérente.\u201cNe t\u2019éloigne pas\u201d.mai 1977 92 Cécile Cloutier UTINAM! lever de rideau L\u2019arrière de la scène est occupée par plusieurs fenêtres de différentes sortes.A l\u2019avant, il y a un grand sac à déchets, vert, vide, à la gueule largement ouverte.Derrière, debout, une femme d\u2019environ trente ans en manteau.A côté, une petite valise.Partout, sur le plancher, des chaînes.Tout est noir, sauf un puissant jet de lumière qui illumine seulement la bouche.Personnages: la femme, l\u2019enfant.94 Première fenêtre Non! non! non!non! (un long silence) Je ne sens pas que j\u2019ai perdu quelque chose.Ils avaient tous tort, Pierre, les parents, les autres.Je n\u2019étais pas faite pour l\u2019aimer, Je n\u2019aurais pas joué le jeu.Je n\u2019aurais jamais été capable de le faire manger trois fois par jour.Ça aurait été comme si je lui donnais la vie à chaque fois.Mes bras ne m\u2019ont pas été donnés pour bercer.Et puis, j\u2019ai toujours détesté le lait, l\u2019odeur, la couleur, la couleur surtout et la tache que ça laisse sur le tissu quand il sèche.Ça me rappelle une première Communion! Et puis j\u2019aime que ce soit sec partout.Un bébé, c\u2019est toujours humide, sale.L\u2019amour aussi.Je ne me vois pas non plus allant le conduire à l\u2019école, lui faisant répéter sa table de deux, le mouchant, le débarbouillant, le transformant, lentement, avec une patience de tous les instants, essayant de le faire devenir.95 Or, je sais bien qu\u2019il y a des êtres qui ne deviennent jamais.J\u2019en ai tant rencontré des hommes pas devenus.C\u2019était un risque trop grand, une trop immense ignorance de l\u2019avenir.Je voyais ça comme une insécurité dont je n\u2019aurais pas été capable.J\u2019ignorais trop! Je n\u2019étais pas capable de supporter d\u2019ignorer autant.Il y a trop de choses que je n\u2019ai pas réussi à savoir.Le temps, par exemple.Combien de jours, j\u2019ai, j\u2019aurai.Combien de jours étaient en lui, dans cet enfant que j\u2019ai refusé.Non! Je ne suis pas faite, pour l\u2019amour sans condition, pour le dévouement.Je déteste les mères, leur regard continuellement absent comme s\u2019il y avait toujours quelque chose de plus important que moi, que ma vie, que mon amitié, comme si tout se passait dans la maison de leur ventre.Moi, je ne voulais pas être grosse.Je ne me serais pas sentie moi.J\u2019aurais eu l\u2019impression de louer une chambre à quelqu\u2019un d\u2019autre, à un étranger.Et puis mes tantes, m\u2019ont toujours raconté les douleurs de l\u2019accouchement.Je ne crois pas aux joies qui sont précédées d\u2019autant de souffrance.Tout ça, c\u2019est pas vrai.C\u2019est de la marde humide, puante, comme un bébé.Il y a trop de commencements dans tout ça. Moi j\u2019aime les choses parfaites, achevées, devenues.Un ventre de femme, c\u2019est ennuyeux, à mourir.C\u2019est une caverne noire! Un utérus, c\u2019est creux et c\u2019est vide.On n\u2019aurait pas pu inventer une autre façon de faire les choses, de faire les humains.Si encore, on naissait par la bouche, comme des mots, comme une parole.Il y aurait des bébés - noms, des bébés - verbes, des bébés - adjectifs.Une famille, ça serait une grande phrase.Mais non, on devient mère comme on fait pipi.Je veux pas que ça me soit arrivé.Je suis née propre, belle, sèche.J\u2019ai eu une mère qui m\u2019a dite, qui m\u2019a parlée, un matin de juin.Quand je suis née, ça sentait les pivoines.Ce matin-là, il y avait un grand beau pain doré qui faisait le tour du monde comme une couronne.A ma première soif, on m\u2019a donné du bon vin de France, du vin d\u2019ombre et de lumière, fruit de la terre, et du travail des hommes.Je déteste l\u2019hôpital, les fenêtres fermées de l\u2019hôpital, son ordre inhumain, cette bêtise des hommes qui veulent conserver la vie en dépit de la nature.Je déteste que la mort ait des lieux.Il faut la vivre.L\u2019Amérique a tué la mort.Il faut que tout soit parfait, rond, apparemment gai.Les peuples les plus joyeux ont toujours été ceux qui vivaient le plus sainement la mort.Je pense que, c\u2019est Mark Twain qui disait que l\u2019Amérique est passée directement de la barbarie à 97 la décadence.On a tué les fleurs en croyant qu\u2019elles effaceraient la mort.Du fils, de la fille que je n\u2019ai pas eu, ai-je fait un mort?Est-ce que je dois me sentir coupable?On n\u2019a jamais su très précisément quand la vie vient.Le moyen âge a longuement ergoté sur l\u2019âme, la venue de l\u2019âme.La science n\u2019a jamais su les réponses de grand chose.Elle a finalement posé plus de questions qu\u2019elle n\u2019a donné de réponses.Moi, je sais bien qu\u2019il n\u2019aurait pas été heureux avec moi.Mais est-ce suffisant?Est-ce que mon enfant est mort?Est-ce que je l\u2019ai tué?Non!non!non!non! Mon enfant n\u2019est pas devenu, c\u2019est tout.Tout ça fut un cauchemar! Quelque part en moi, je sens que je suis vierge, que c\u2019est le début du monde, que je suis Eve, première.Je sais que Caïn n\u2019est pas advenu, qu\u2019il n\u2019y a jamais eu de mère, que je suis libre de souvenir, de gestes, que le passé n\u2019a jamais existé.Il n\u2019y a pas d\u2019avant, il n\u2019y a pas d\u2019après.Je ne reviens pas de l\u2019hôpital.Je n\u2019ai pas détruit mon enfant.Rien ne s\u2019est passé.Mon ventre est plat.Je n\u2019ai rien refusé.Ce matin, il y avait du soleil dans ma chambre.98 Et j\u2019avais répandu partout du parfum de genêt.J\u2019étais heureuse.Le mort n\u2019existait plus.L\u2019apparence était belle.J\u2019avais mon déshabillé de dentelle blanche.Mes roses s\u2019ouvraient joyeusement dans le cristal.La nuit n\u2019avait pas eu lieu.Puis vint la ville, les rues.Des enfants jouaient partout.De longs défilés de femmes enceintes couraient sous tous les feux rouges comme des couchers de soleil.J\u2019étais follement heureuse de n\u2019être pas l\u2019une d\u2019elles.J\u2019avais échappé à la vie et à la mort.Je vivais en dehors sans connivence.Il ne m\u2019arrivait plus rien.Je n\u2019avais pas de projet.J\u2019étais libre.Les lumières s\u2019allument et elle jette dans le grand sac vert le petit bracelet d\u2019identité qu\u2019on lui a mis au bras à l\u2019hôpital.Les lumières s\u2019éteignent.99 Deuxième fenêtre Elle revient ayant mis dans ses cheveux des bigoudis qui sont des boîtes de soupe Campbell.Elle porte un deshabillé très sexé noir.D\u2019abord, elle ouvre sa valise dont le public ne voit que le couvercle levé.Je ne suis plus mère mais, je puis encore le devenir.Je suis restée tragiquement femme.Je ne veux pas revivre ce que je viens de passer.Je ne veux pas revivre les questions que ça pose.Je ne veux pas avoir à trouver de réponses.Je ne sais rien et je n\u2019apprendrai rien.Je ne veux plus avoir à refaire des chemins parcourus.Je n\u2019ai que le temps chaud de la minute qui passe à ma disposition.Et dans ce présent, je ne puis mettre que ce dont on m\u2019a chargée depuis des millénaires.Je dois représenter la beauté, la féminité.J\u2019ai le devoir de beauté inscrit au fond de moi.Je me dois d\u2019être le message d\u2019un cliché, alors que je sens tout un monde de nouvelles poignées de mains en moi.J\u2019ai toujours pris la vie avec des gants.J\u2019ai toujours dû être l\u2019apparence que la société m\u2019a imposée.Je voudrais être nue d\u2019émotions, d\u2019idées, être enfin moi, être absolument moi et boire un long verre 100 d\u2019eau claire.Et que cela soit tout de suite.J\u2019en ai assez de la patience.Je suis impatiente avec ma patience.J\u2019ai cru trop longtemps que c\u2019était bon, que ça devait être ainsi.On m\u2019a trompée.Je ne veux plus être secrétaire.Je veux savoir le secret de tout.Je veux passer mon doigt entre l\u2019arbre et l\u2019écorce.Je veux terminer et l\u2019inachevé et l\u2019inachevable.Je veux avoir le droit de silence, pas celui que 1 on m\u2019a toujours imposé entre mes mots qui ressemblent à des crises, mais celui qui est signe, qui vient de l\u2019approfondissement, celui qu\u2019on respecte, le silence qui dit, le silence à l\u2019écoute aussi.Souvent je pense à un mot anglais qui me fascine \u201cbehave\u201d, \u201cto behave\u201d, à la fois être et avoir ensemble, un beau mot mais le sens qu\u2019il a pris est si faux, si laid.Il y a des mots qui ne devraient jamais être en usage.Il faudrait aussi libérer les mots.Ils valent souvent tellement plus que les hommes.Eux aussi il faudrait apprendre à les écouter.Eux aussi sont divisés en mâles et femelles.J\u2019ai toujours adoré la règle de grammaire du mot amour, féminin au pluriel et masculin au singulier.Je voudrais être une grammairienne et refaire les règles du féminin.Pourquoi le \u201ce\u201d.muet?Existe-t-il quelque part dans la nature ou tout simplement dans la nature des choses?La nature doit bien intervenir dans la grammaire 101 puisqu\u2019elle existe partout et me parle à chaque mois.Elle a créé des rythmes partout mais il en existe peu dont l\u2019apparence soit aussi désagréable que celui de la femme.Pourtant le sang de l\u2019homme, c\u2019est le sang valeureux du guerrier qu\u2019on verse pour la patrie.Pourquoi les poètes ne chantent-ils pas le sang du rythme, le sang de la vie?Je rêve d\u2019une société où il n\u2019y aura plus d\u2019hommes, ni de femmes mais des êtres tout ronds, tout uns, complets comme des anneaux.Ce sera la seule façon d\u2019être très profondément ensemble.C\u2019est alors que nous ferons les travaux d\u2019Hercule et rebâtirons les pyramides.Nous referons les paysages, prendrons les montagnes à droite pour les mettre à gauche, redresserons les rivières, arrondirons les lacs, couperons les forêts, construirons d\u2019immense tours de Babel d\u2019où nous irradierons la lumière de nos discours enfin unifiés.Les routes conduiront quelque part et nous irons toutes jusqu\u2019au bout.Nous tuerons le rêve et le remplacerons par une vertigineuse réalité.Nous élèverons des toits jusqu\u2019au soleil et nous n\u2019aurons plus jamais pitié.Il fera partout jour de fête.Nos fourrures éternelles serviront de tapis aux chevaux.Et nous ne donnerons plus jamais de lait.Nous serons sèches, sèches, comme des hommes.Nous apprendrons la pierre et le métal et les outils 102 pesants et les durs travaux.Et nous ferons la guerre et nous tuerons délicieusement.Et nous ne pleurerons plus.Dans nos yeux aussi, nous serons sèches.Et nous n\u2019attendrons plus jamais, ni le père, ni le mari, ni le fils, ni l\u2019amant.Nous serons nues d\u2019hommes.Et nous ne serons plus les maîtresses.de la maison.Nous ne redeviendrons plus jamais des mollusques vivants protégés par la dureté de leur coquille.De mystérieuses alchimies chasseront la poussière mue par des ailes d\u2019abeilles.Nous nous établirons enfin dans le pays de nos os, derrière nos poings forts comme des haches.Le monde nous appartiendra.Nous serons des chefs.Et l\u2019obéissance sera détruite et nous ne serons plus égales mais égaux.Et les objets nous seront soumis parce que, nous aussi, nous saurons les compter.Enfin, nous ferons partie de l\u2019équation du monde.Jusqu\u2019à maintenant, on nous a forcées d\u2019empêcher l\u2019équation de balancer.Nous trouverons donc inévitablement le bonheur.Et nous apprendrons à être délicieusement des îles.Nous fermerons nos corps pour toujours.Nous avons toujours été des portes.Nous nous sommes ouvertes pour laisser entrer ou sortir.Nous deviendrons des urnes, des puits.Nous serons des livres qui refuseront d\u2019être lus.Nos pages ne tourneront plus.Et nous aurons la paix du sel.103 Et nous enseignerons les norvèges du froid.Et nous monterons les escaliers mauves des châteaux d\u2019os.Et nous épellerons les dernières syllabes d\u2019étain des carrefours de laine.Et nous ne craindrons plus les épées de muscles beiges.Et nous abolirons les tendances du sperme thé dans le catalogue des cellules de soie jusqu\u2019à ce que s\u2019établisse la liberté jaune.Elle jette très lentement dans le sac vert un bâton de rouge à lèvres, un soutien-gorge de dentelle et un paquet de Kotex.104 Troisième fenêtre Elle est vêtue comme un prêtre et tient une hostie à la main.Durant tout le monologue, elle fait les gestes de la messe.Je les ai lus les mémoires de Claire Martin.J\u2019ai connu l\u2019école et les soeurs.Je sens que sur tout cela on peut jeter un regard positif ou négatif.Sur la famille aussi.On peut voir ce qui était beau; on peut voir ce qui était laid.Les deux sont vrais.Au fond, on ne voit jamais le fond des choses, mais seulement des aspects, des couleurs, des formes.Le monde, c\u2019est un grand tableau.On ne sait jamais trop ce que ça veut dire.Le religion non plus.Moi, je voulais comprendre.Elle lève l\u2019hostie On m\u2019a donné cela ce matin à l\u2019hôpital.J\u2019ai déjà pris des cours dans une faculté de Théologie.J\u2019étais avec des curés.Je fumais, et puis j\u2019étais trop maquillée.Ils me regardaient avec bonté comme une pécheresse à convertir.105 Mais je sentais bien qu\u2019ils avaient des idées! J\u2019étais la femme, le péché.Moi, j\u2019attendais tout de ces cours-là.Il me semblait que les prêtres avaient du sacré, qu\u2019ils avaient de beaux secrets, qu\u2019ils connaissaient les âmes, qu\u2019ils administraient la grâce.Je sens que c\u2019est par erreur que nous avons toujours été les bonnes du presbytère.J\u2019ai de la consécration plein mes mains.Je suis l\u2019élévation dans l\u2019autel de mon corps.L\u2019odeur d\u2019encens des saluts du Saint-Sacrement de la petite fille que je fus, me revient et me conduit presque à l\u2019orgasme.La plus grande émotion de mon enfance fut peut-être les processions de le Fête-Dieu.A la Faculté de Théologie, j\u2019ai perdu la foi en l\u2019église parce que je me suis rendu compte que, pronfondé-ment, l\u2019homme ne sait rien de Dieu, que Dieu ne lui a rien appris, que les églises sont probablement d\u2019invention humaine et qu\u2019elles ne peuvent pas, ne peuvent plus nous apporter Dieu.Je me suis aperçu aussi qu\u2019être prêtre n\u2019avait rien de secret, que, comme tout le reste, ça pouvait s\u2019apprendre et que peut-être le sacré n\u2019existait pas, qu\u2019en tout cas, il était au-delà de l\u2019église et que plus la connaissance avançait, plus il reculait.Ce jour-là, j\u2019ai eu une forte nostalgie de l\u2019ignorance.Au vingtième siècle, nous en savons juste assez pour n\u2019être pas heureux.Nous sommes malheureux de n\u2019avoir pas découvert davantage.Je rêve toujours de vivre au moyen-âge et de construire des cathédrales.Ces gens-là se trompaient peut-être, mais ils vivaient 106 l\u2019Absolu.La science, n\u2019aura servi qu\u2019à détruire nos certitudes et nous montrer que très profondément, on ne sait rien.L\u2019homme est encore tout plein de limites.Le monde est fait de chaînes, de clôtures, de portes, de murs.Je me sens aussi pleine de chaînes, de clôtures, de portes, de murs.Je suis le prêtre de la vie, de l\u2019amour et tout cela avec des gestes de messe blanche.Ma messe à moi, ce fut de m\u2019unir à l\u2019homme.Je suis le Christ, je suis la Christ, je suis Christa.Je viens sauver les hommes, les enfants et les riches.Je viens enseigner à mes soeurs les gestes du sang.Je ne pardonne rien, parce qu\u2019il n\u2019y a rien à pardonner, que tout est dans l\u2019ordre de la création.Je célèbre la liturgie du corps.Je chante l\u2019apocalypse des caresses.Je fais les hommes dans le rite de ma main, dans le psaume de ma main.J\u2019inaugure la soif du pain et la faim du vin.Je commets le plaisir dans la joie arrivée.Je suis la Sainte-Vierge-putain.Je n\u2019aime de l\u2019homme que son pénis gothique, que j\u2019ai brisé dans le temple de mon corps.Je suis l\u2019arc roman de la jouissance.Je suis ronde jusqu\u2019à perte d\u2019absolu.Je suis le pays de moi-même.Je suis la terre et j\u2019ai soif de semence.Je tue l\u2019homme en moi avec des gestes eucharistiques.J\u2019annonce l\u2019épiphanie du sexe.Je suis la prophétesse du désir accompli.107 Je suis prêtre.Ne pouvant consacrer l\u2019hostie, je consacre le phallus depuis des millénaires.Je suis l\u2019oeuvrière du destin, du fatum, de la moïra.J\u2019ai de la braise entre les cuisses.Du Saint-Chrême et de la lave coulent de moi à chaque mois, à chaque moi.J\u2019élabore les noces de la pierre et du sang.Je suis cosmique.Je suis un oiseau de bronze aux ailes de flamme.J\u2019ai des pieds d\u2019arbre avec des racines.Mon corps d\u2019eau se tient debout.Je n\u2019attends plus rien.Je n\u2019ai plus de prière.Je suis debout pour le temps d\u2019avant, le temps d\u2019aujourd\u2019hui, et le temps d\u2019après.Je suis l\u2019éternité.Et je ne nourris plus personne.Et je ne nettoie plus rien dans l\u2019univers.Et je ne commence plus.Et je ne nomme plus.Et je n\u2019aide ni l\u2019enfant, ni l\u2019arbre, ni l\u2019homme, ni l\u2019oiseau, ni le cierge.Il n\u2019y a plus de sacrifice et je ne suis plus victime.Je n\u2019allume plus le feu.Je ne suis plus responsable de la chaleur du monde.Je ne donne plus, je prends.Je suis l\u2019alcool.Je suis la drogue.Et je contiens la joie de tout l\u2019espace et de tout le temps. Je suis perpendiculaire.J\u2019habite le tout et je suis la maison parfaite.Et je sais l\u2019un, la coquille, le trèfle, la fourrure et la lampe.Et je connais la différence, le jute, la sève, le bois et le difficile.Et j\u2019ai des connivences d\u2019os, de rythme et de muscle fou.Et je me sens l\u2019apocalypse du mercure.Et je suis une bible de papier.Et j\u2019ai mes premiers devoirs d\u2019outarde.Et je m\u2019appelle et je me saisis et je m\u2019aime.Et je me possède et je m\u2019achève.Et je me lis et je me crois et je redeviens ma peau.Et je me chante et je me trouve et je m\u2019apprends.Et je me mérite et je me profane et je me bois.Et je me file et je me tisse et je me laine.Et je me nais et je me vis.Je suis un immense non qui se fait oui.Elle jette grand sac l\u2019hostie qu\u2019elle tenait à la main dans le vert.109 Quatrième fenêtre Elle est en robe de noces.Pierre, sur cette pierre, j\u2019avais bâti la prison de mon amour.Tu avais l\u2019air d\u2019un moule.Je t\u2019avais préparé par une multitude d\u2019autres moules, d\u2019autres hommes.Ton absence creusait un vide que ta présence ne remplissait pas.Tu étais le moule d\u2019un être que tu attendais et que maintenant je refuse d\u2019être.Je ne pouvais plus te continuer.J\u2019étais en arrêt.Je n\u2019avais d\u2019ailleurs jamais su où tu commençais ni où tu finissais.Je ne voulais plus participer à ton devenir.Peut-être que tu n\u2019avais jamais existé, que j\u2019avais inventé ta tyrannie.Mais avec toi, je savais que je n\u2019avais plus de place en moi pour moi, que tu m\u2019abolissais.Etre une femme aimée, me fut un gant.Je ne touchais plus à la réalité.Je n\u2019étais plus habitable.Je m\u2019attendais à travers toi.110 Ton silence même était ma parole.D\u2019ailleurs nous avions deux silences.Nous étions deux absences l\u2019une contre l\u2019autre.Les choses ne se parlaient pas en nous.Je te touchais comme si tu ne deviendrais jamais.Je connaissais ton corps comme une sonate.Je te sentais sous mes doigts en bémols, en dièses.Tu étais aussi un texte tout en phrases, en adverbes, en conjonctions.Je m\u2019arrivais, je m\u2019apprenais par toi.C\u2019est au bout de ta ferveur que je cherchais l\u2019extase.Des ponts s\u2019établissaient en nous sous le deuil des paroles.Au bout de mes doigts, naissaient des fleurs sans tige.Ton grand baiser régnait sur toutes choses amères et amandes.Je me sentais pauvre de toutes tes sensations.J\u2019avais inauguré une cérémonie à laquelle je n\u2019appartenais pas.Je n\u2019avais rien de commun.J\u2019étais un oeuf qui faisait l\u2019amour.Tu venais en moi comme je cultivais un arbre.Chaque fois que tu partais, j\u2019étais une forêt dont on vient de couper un érable.Tu étais horriblement autre, ailleurs et autrement.J\u2019essayais de te parler de mes paroles et de mes robes.Avec toi, on ne pouvait jamais recommencer.Il fallait tout commencer à chaque fois.Je sentais qu\u2019il y avait constamment en nous un immense hasard.Tout nous était happening.Un grand malaise engourdissait le bocal où je vivais 111 chaque fois que tu arrivais.Tout aurait pu être autre chose.Je pensais à la laine.J\u2019avais un besoin infini de laine à penser.Elle était continue, continuelle, et me libérait.Nous n\u2019avions jamais été ensemble en même temps.Et malgré tout, j\u2019étais liée comme l\u2019été est lié à l\u2019hiver.Pourtant, je me sentais de neige.Je préparais la métamorphose.Et j\u2019avais peur.Je me tenais sous un parapluie.L\u2019orage se passait hors de moi.Je n\u2019y étais pas engagée.Nous ne partagions rien.Tu souffrais peut-être.Je t\u2019avais laissé croître en moi et maintenant je n\u2019avais plus de place.Je ne me connaissais plus d\u2019explication.Simplement, j\u2019avais tout pour souffrir.Je m\u2019enfonçais dans un mur liquide.Neige à neige, nous allions au bout de l\u2019espace.Silence à silence, nous allions au bout de toutes les raisons.Trop de choses avaient eu lieu.Nous avions un immense besoin de la pauvreté du temps.Trop de réalités avaient été surabondantes.Pourtant ce soir-là, tu sentais bon l\u2019homme, la cigarette, le bois et le cuir.J\u2019avais l\u2019illusion de te rejoindre à travers l\u2019élémentaire.Nous inventions nos premières caresses.C\u2019était avril et il faisait vert.112 Mais très profondément, nous demeurions sans connivence.Je t\u2019appelais destin.Tu étais aussi ma pesanteur.Je penchais et c\u2019est énorme pour un humain d\u2019avoir eu quelquefois l\u2019expérience de pencher.Je vivais horriblement par toi.Je me sentais faible quand tu n\u2019étais pas assez fort.J\u2019avais tes ferveurs en moi.J\u2019étais enthousiaste de tes enthousiasmes.Tu parlais.Je t\u2019écoutais.Je faisais des couronnes à tes paroles.J\u2019avais besoin que tu parles.J\u2019avais besoin de t\u2019écouter.Mais je ne me sentais pas en présence.J\u2019étais une route.On y passe pour arriver là où sont les êtres qui parlent, les êtres chemins.De toutes façons, l\u2019histoire a fait de la femme une rue.A elle on arrive et d\u2019elle on part.C\u2019est un quai.Je suis un quai qui rêve d\u2019être un bateau.J\u2019ai la longue patience des cordages et la passion du vent.Je m\u2019unifie dans le mouvement.Je ne veux plus seulement répondre à l\u2019homme et à l\u2019enfant, à l\u2019oeuvre qui est en moi, à l\u2019arbre que je porte.Je me sens pleine d\u2019ailes.Je me sens devenir oeuf, cette forme parfaite créée pour tenir dans l\u2019ogive de ta main.113 J\u2019ai aussi des envies d\u2019herbe et parfois des rêves de résédas.J\u2019aime les parfums de gingembre qui me créent de belles chaînes de couleur chaude.Il faut se donner la main mais ta main est ailleurs.Parfois, tu téléphones et ta voix dit les mots qui rendent un.Mais d\u2019habitude, c\u2019est beige partout.Et je me sens désertée.Je m\u2019éteins.Je me manque à moi-même.Peu à peu, il ne reste entre nous que les chaînes, les clôtures, les remparts, les distances, les câbles, des baisers vides, les cages, les noeuds, les noirceurs, le sillage du rien.Et je me vis investie de l\u2019anneau parfait de la solitude.(Elle jette son alliance dans le grand sac vert) Elle prend dans sa valise douze oeufs qu \u2019elle écrase un à un dans sa main et les jette dans le sac vert.Elle sort.Les lumières s\u2019éteignent, puis se rallument et on voit sur la scène seulement de grands sacs verts qui semblent pleins maintenant.Les lumières s\u2019éteignent.Après quelque secondes, les lumières s\u2019allument.Elle revient vêtue d\u2019une très simple robe blanche.Je suis nue, absolue, pure, parfaite.J\u2019ai tué toutes les chaînes.114 Je n\u2019ai même pas au cou le collier d\u2019un bras d\u2019enfant.Pourtant, je ne me sens pas heureuse, pas libre.Long silence.Que me faut-il encore?Une sorte de choeur répond: DAVANTAGE Les lumières s\u2019éteignent.L\u2019une d\u2019elles se rallume pour suivre les pas d\u2019un enfant qui passe lentement en face des sacs verts.tenant à la main une horloge Fisher-Price qui fait tic-tac.115 Yolande Villemaire MON COEUR BATTAIT COMME UN BOLO .f ^ > * V La femme \u201cse touche\u201d tout le temps, sans que l\u2019on puisse d\u2019ailleurs le lui interdire, car son sexé est fait de deux lèvres qui s\u2019embrassent continûment.Ainsi, en elle, elle est déjà deux \u2014 mais non divisibles en un(e)s \u2014 qui se baisent.(.) Dans ses dires aussi \u2014 du moins quand elle l\u2019ose \u2014 la femme se re-touche tout le temps.Elle s\u2019écarte à peine d\u2019elle-même d\u2019un babillage, d\u2019une exclamation, d\u2019une demi-confidence, d\u2019une phrase laissée en suspens.Quand elle y revient, c\u2019est pour repartir d\u2019ailleurs.D\u2019un autre point de plaisir, ou de douleur.Il faudrait l\u2019écouter d\u2019une autre oreille comme un \u201cautre\u201d sens toujours en train de se tisser, de s\u2019embrasser avec les mots, mais aussi de s\u2019en défaire pour ne pas s\u2019y fixer, s\u2019y figer.Car si \u201celle\u201d dit ça, ce n\u2019est pas, déjà plus, identique à ce qu\u2019elle veut dire.Ce n\u2019est jamais identique à ce qu\u2019elle veut dire.Ce n\u2019est jamais identique à rien d\u2019ailleurs, c\u2019est plutôt contigu.Ça touche (à).Luce Irigaray: Ce sexe qui n \u2019en est pas un Je tiens à l\u2019écho qui me maintient en place ou m\u2019enligne dans la voie des sonorités les plus mordantes je regrette d\u2019avoir oublié de m\u2019être laissée emporter au vent au fil de l\u2019aiguille (.).Nicole Brossard: L\u2019echo bouge beau La peau du mot palmier revenir à son texte y reproduire d\u2019instance un désir soulevé sur le bout de la langue.Claude Beausoleil: Le sang froid du reptile 117 Quand j\u2019écris que ça joue entre Narcisse et Echo, je ne dis pas que j\u2019ai raison.Lui, il joue de l\u2019oeil et j\u2019en joue bien aussi.A écrire sur son corps, Narcisse se prend à en aimer l\u2019image.A aimer je au point de se perdre en corollaires.Elle, elle joue de la voix et j\u2019en joue bien aussi car en disant que je ne le dis pas, je le dis.\u201cComme Echo était trop bavarde, Junon l\u2019avait condamnée à ne jamais pouvoir parler en son nom propre, mais seulement en réponse aux autres.\u2019\u2019 Or Echo est amoureuse de Narcisse.Mais Narcisse, trop occupé à se regarder, ne lui parle pas et elle n\u2019a rien à répéter.Forcée d\u2019être muette, Echo se meurt alors de langueur.Je commence à écrire au moment où \u201con entend encore l\u2019écho répéter éternellement son châtiment\u201d et peut-être est-ce ainsi que la mort de Narcisse s\u2019ouvre en une fleur.Je joue de l\u2019oeil et de la voix et je bavarde.J\u2019ai le coeur gros; c\u2019est trop facile d\u2019être sujet quand le sujet est le sujet.Ça fait de l\u2019écho.\u201cMaman m\u2019avait appris les mots mais la \u201cvoix\u201d n\u2019était pas la mienne.\u201d Je bavasse tant et j\u2019aime tellement mes lèvres quand elles parlent que j\u2019en deviens sourde et muet- in te.C\u2019est quand je me souviens - quand je me meurs de langueur - que je me mets à bégayer à foison sur tous les tons.Et je vois alors ma bave former une mare dans laquelle éclatent des rainettes aussi monstrueuses que celles de Rostand.Que celles que je portais par-dessus mes souliers jours-de-pluie quand j\u2019avais douze ans.Je grenouille et ça palme ça prolifère comme un cancer de gorge.Il faut savoir s\u2019arrêter avant de se retrouver avec une prothèse en guise de larynx.Narcisse, pas si fou, détourne son regard et se met à en écouter l\u2019écho.C\u2019est ainsi que j\u2019apprends à sacrifier quelques excroissances pour que tu ne te noies pas dans mes eaux.Mais je tiens à ce qu \u2019ily ait de l\u2019eau.Bien sûr je parle du commencement.Et puis je plâtre, coincée entre Narcisse et Echo comme dans une feuille de gyproc.Il faut bien entendre le choc des ciseaux.Je coupe ma colle et je colle.J\u2019écris en bleu paon, c\u2019est pan pan.A chercher comment viser la roue que ça fait sans trop me rengorger je suis très rouée.Pan pan est toujours le vainqueur! C\u2019est peut-être dommage.Mon coeur battait comme un bolo Qu\u2019on frappe par en bas Ou bien par en haut Mais tu as cassé l\u2019élastique.Clémence Desrochers Quand j\u2019écris que ça joue, j\u2019ouvre mon jeu.-Il y a de ces jours à travers lesquels passe la clarté.-Narcisse, trouvant qu\u2019il a une belle bobine, 1 a jette 119 au loin pour voir.\u201cElle s\u2019absente/je l\u2019aiment comme quatre parapluies\u201d.Et tirant sur le fil, la ramène.Moman va revenir.\u201cTatiana, elle, s\u2019inquiétait autrement que les autres à propos de Loi: qu\u2019elle ait si bien recouvré la raison l\u2019attristait.On devait ne jamais guérir tout à fait de la passion.\u201d Et ça revient au commencement.C\u2019est l\u2019étau du silence.Puis la sonde.Je me prends pour Wonder Woman et je plonge mais c\u2019est l\u2019ancienne petite fille qui me monte à la gorge.J\u2019ai le coeur qui bat à se rompre, je fume trop: le ciel bleuit pendant que j\u2019écris ma vie en prose.C\u2019est presque le matin.Il y a une \u201cpetite fille rouge avec un couteau\u201d qui cherche à couper l\u2019élastique.Ma fille si tu lis ça un jour tu sauras que je n\u2019ai pas toujours voulu de toi.Tu sauras que j\u2019ai perdu.Aussi bien dire que j\u2019ai peur d\u2019une souris car cette petite fille n\u2019existe plus et je ne veux pas que l\u2019autre existe.J\u2019écris pourtant à perdre haleine, à en perdre les sens, à en perdre le sens.Je fais la toile et je suis stone sans l\u2019être, c\u2019est le meilleur moment de la nuit.Bonne nuit Lolande.Bon dodo Yoyo.Ça sonne sans arrêt et elles ne peuvent répondre, leurs cordes vocales étant depuis toujours des cordes raides d\u2019où ne s\u2019échappe, aux seuls moments rouges, que la mince finale de l\u2019ite missa est.Geneviève Amyot L\u2019absent aigu 120 Le coeur gros Je citerais toutes les phrases qui me font tilter si je m\u2019écoutais.\u201cTais-toi une deux/C\u2019est ton regard seul qui m\u2019a eue/C\u2019est ton silence qui m\u2019a plu/ Mais quand tu parles tu m\u2019as plus.\u201d Par moments, je ne m\u2019écoute plus.Car j'ai vu bouger mes lèvres.J\u2019ai lu ça dans le jardin étincelant d\u2019Archaos: un 121 french kiss entre la petite Fadette et Frankie Ad-dams sous la cloche de détresse.Et dans les hauts de hurlevent des chambres de bois, entre les vrilles de la vigne, se tenait Mrs Blood, unfinished woman, femme eunuque.E muet mutant dans son puits de solitude.J\u2019au lu le livre d\u2019une espionne dans la maison de l\u2019amour et des chinoises en transfert avec les mots pour le dire.Et la mort était extravagante entre l\u2019herbe et le varech et les petits camions rouges: c\u2019était une rose saignée dans son envol de vivre oiseau ou mourir en complexe d\u2019Icare.Détruire, dit-elle, the habit of loving.O maman baise-moi encore.J\u2019AI VU MES LÈVRES BOUGER.Et je nageai jusqu\u2019à la page.Et je commence à parler comme une machine et à machiner mes mots.J\u2019aime le mot machine car il ressemble à toutes les machinations qui me jouent.Que je me joue quand je m\u2019arrache le coeur à penser que le ciel va finir par me tomber sur la tête.\u201cMécanique jongleuse\u201d comme dit Nicole.La notion d\u2019intertextualité c\u2019est Julia qui l\u2019a nommée.Ça a l\u2019air familier ces prénoms comme ça et j\u2019ai l\u2019air de mal citer mes sources mais c\u2019est que ce sont des sources qui coulent.J\u2019économise le nom du père.Car je n\u2019aime pas, quand on me parle, qu\u2019on m\u2019adresse de mon nom de famille.(Comme tu le fais quand tu me dis que \u201ctoutes les filles que tu connais.\u201d).Peut-être est-ce parce que le nom de mon père dit du mal de mon \u201cinstinct\u201d de mère.Mais je le signe de long en large car c\u2019est le seul nom que j\u2019ai.Il ne m\u2019appartient pas plus que la langue mais l\u2019écho me le répète.D\u2019ailleurs le nom de ma mère est le nom d\u2019une fleur dit Narcisse en faisant son comique.122 Mais le nom de la mère de mon père aussi ajoute l\u2019écho.123 Quand j'écris que ça joue entre Narcisse et Echo. Le silence est un utérus Elle a commencé ce texte à l\u2019hôpitau.Elle dit Vhôpitau, ça fait moins mal.Ralentie, elle découvre qu\u2019elle est étanche à nager entre deux eaux.Par hasard peut-être l\u2019organisme crashe.Vampirisé par un virus maya.Quien sabe?Et c\u2019est l\u2019incubation.Le nom de l\u2019omnipraticien sur le bracelet d\u2019identité, le prénom de papa sur le compte-pipi.Manipulée par des gants, des masques, des sorcières blanchies, des mots-valises.Biopsie: l\u2019aiguille s\u2019enfonce jusqu\u2019aux viscères.Elle ne veut rien entendre.Prélèvements dans des limbes hyposoniques.Tète son sérum mais le cordon ombilical est un peu éventé.Le corps, ce grand malade imaginaire, ce gave du glucose de Bobino.Les méninges sucrées au gâteau des anges.Et cependant l\u2019épilepsie des mots.L'epsilon, le e bref.Le silence est un utérus.Et ce silence est noir comme le coma.Comme un point, Je t\u2019écrirai une autre lettre quand j\u2019en aurai fini avec cette extinction de voix.La chambre à air L\u2019apnée.L\u2019eau se retire dans ses rêves.Comment savoir l\u2019impact des mots sur le zygote?Tapie dans un racoin, l\u2019arc mal tendu, palmée, je t\u2019envoie un \u201cpneu\u201d comme dans A l\u2019ombre des jeunes filles en fleurs.Cache-cache de l\u2019autobiographe: sangsues sur la moelle, le mot elle.Dans son texte.124 elle remonte le cours de l\u2019Amazone mais c\u2019est entre Merida et Isla de Mujeres qu\u2019elle s\u2019est cassée comme un élastique.Peut-être, quien sabe?Sa fièvre sent encore la rose et le citron vert pour cent ans de solitude on dirait.Relents exotiques à mi-asthme.\u201cJ\u2019aime les nuits de Montréal/Ça me rappelle la Place Pigalle.\u2019\u2019 Radio-active de tout son long, elle commence à sentir le coton ouaté et de moins en moins la tequila.Sa peau mue, tandis que le tuba bien enfoncé dans la bouche, elle râpe le fond de Paquarium et plonge entre les jambes d\u2019un banc de corail noir.Gouachée.Se dilue en chantant des lullaby lullaby lullaby.Et soudain verbomotrice comme un soufflet saoul.On suçait son pouce, souveraine On suçait son pouce, souveraine.On faisait splish splash en prenant son bain.On aimait la bouette.On avait les cheveux pris dans de la guenille pour avoir de beaux boudins.Et on faisait du boudin.Le privilège de la momie.L \u2019accent circonspect Tout d\u2019un coup que ça serait ça.Ça ce que justement je pense à.Tout d\u2019un coup qu\u2019y tombe.Tout d\u2019un coup que la grande roue s\u2019arrête pis que l\u2019autobus fait un fiat pis que l\u2019ascenseur jamme pis 125 que c\u2019est un mongol pis qu\u2019y a un couteau pis que je perds mes clés pis que j\u2019oublie une pilule pis que je me casse une jambe pis qu\u2019y comprennent mon manège pis que je suis enceinte pis que je me trompe pis qu\u2019y est trop tôt pis qu\u2019y est trop tard.Tout d\u2019un coup qu\u2019on a un accident pis que j\u2019ai pas le temps pis que ça fait mal pis qu\u2019y m\u2019aime pas pis que la maîtresse me chicane pis que c\u2019est trop long pis que moman aime pas ça pis que je tombe en bas de ma marchette pis que j\u2019ai froid.Faim.Soif.Tout d\u2019un coup que.Quien sabe?126 Les femmes de Tehuantepec Tropismes.Sous le spotlight du ciel zapothèque, une grande femme accouche d\u2019un autre bébé bleu.Elle n\u2019est pas née ici.Sa douleur raye le cyclorama.Un zèbre audioanimatronique galope dans lezocalo.Il pleut des grenades.Graines rouges qui jutent.Mescalito a l\u2019air d\u2019une fraise.Qui la vrille.Les femmes de Tehuantepec sourient sans mot dire.Z Is la de Mujeres, janvier 1977 127 Le sein droit mutilé Je suis la fille de ma mère que j\u2019ai perdue en grandissant.Je l\u2019ai remplacée.Ma nouvelle maman, elle, porte la moustache.C\u2019est une très bonne maman.Je suis suis son enfant et il est mon frère.Je suis sa soeur et il est ma maman.C\u2019est un excellent contrat.Mais ma vraie maman veut avoir des petits-enfants.Question de lignée.Ma fille aurait une mère et deux grands-mamans de son sang dont l\u2019une serait son père ce qui est peut-être trop compliqué pour un bébé naissant.Je régresse dans le ventre de ma mère- celle dont je porte l\u2019enfant.Mon bébé naîtra plus grand que moi.Je ne veux pas cesser d\u2019être une fille.Devrai-je me mutiler le sein droit et refuser pour toujours d\u2019entrer dans le régime des mères?Je suis aussi la fille de mon père.Il m\u2019a punie quand j\u2019ai grandi, je ne l\u2019ai pas remplacé.De nouveaux pères se présentent.Il y en a des bien tentants.On jouerait au père et à la mère.Il serait mon fils et je serais sa maman.Je serais sa maman et il serait mon fils.Ce serait un contrat tout à fait légal.Et il voudrait que je lui fasse un enfant.Question de postérité.Mon fils aurait une mère et deux grands-pères dont l\u2019un serait son papa.Je n\u2019aurais pas d\u2019affaire là.Cé ben cute les enfants mais je n\u2019ai pas un coeur de mère et je ne suis pas une femme-enfant.Et je m\u2019en irais sur mon cheval ailé, le sein droit à jamais mutilé.128 Je suis la soeur de ma soeur, celle qui est la fille de ma mère.Je suis aussi la soeur de mon frère, celui qui est le fils de ma mère.Quant aux enfants de mon père et moi, on est brouillés pour le moment.ÜisÉSs ^ : Î5g*4s B*?*.\"g***''-J Le chat! le chat! et cette petite souris qui cligne de l\u2019oeil, rouge 129 Les mémoires d\u2019un âne Areu areu areu.Le chat! le chat! le chat! la souris, la petite souris, la tite tite souris.Monsieur Pipe fume la pipe.Gombie déboule dans le livre d\u2019images.Mautadine pousse-toi donc.Pis va donc jouer avec ton nounours à part de ça.Moooooman y m\u2019achale! Mythologie de cartoon.Plein les cours d\u2019école de petites filles blondes comme l\u2019ange qui fait oui quand on lui donne une cenne.Ou bien une scène.De la graine de Maria Goretti quand même.Engraissées aux vitamines et au map-o-spread comme les garçons les cornichons.Fringales de mayonnaise, de lait, de Monopoly, de mélange à gâteau, de linge étendu dans le passage et de chronique nécrologique.Poutine et queue de cheval.Ote-toi de là grosse torche, va péter din fleurs paquet d\u2019oss.Chair à vendre et chair de poule alimentaire qui en a soupé.On suce ses boules-au-noir comme Alexis et on se prend pour Lady Marianne.On dit qu\u2019on porte des pantalons de nansouk tango, un foulard opera, du rouge \u201cCorail noir\u201d et des souliers puce.On dit vraiment n\u2019importe quoi.Plus tard on lira L\u2019opoponax.Là, on en est encore aux Malheurs de Sophie.Petites catins tirées à quatre épingles.Stratagème d\u2019un vaudou domestique.Velléités de mini-brixes pour petites filles Cadichon/caticheuses.Moman a travaille pas a trop d\u2019ouvrage.Piégées par les batteries de cuisine.A rendre sourd n\u2019importe qui.Plutôt cuisiner comme un inspecteur de roman le coupable.Mieux vaut lier la sauce avec son sang 130 NAL M» HER OFFICE,NOT REALIZ- FIZ.K.V'r%LjFÏ'J >¦ ING THAT STEVE IS 8EHINO HER j.-.g2T?M?8z5^SZ?l: Thaï S A CALL FOR WON OCR woman\u2014 *¦\u2022\u2022¦£ *r* M Su Cm-JiLis MovLTatL destiny « this strange 'THE ICEBOUNO MA ©ENS »/v tuh, jioRûA ^iAA (IDScdiandî, cU, ftratüuruxj haWdkuüA cW.|afWΠet tfjn i Aoa.anxkmA i/AusjuAA et ÇrfWuHk.C td jki^aAhmsA (A (Wwa GihûdA&c^uSL cyjA Aouna axa/.GxjStiAA_ fa.|2Ao^usJ aXmwAanA A.CxuAian.Cjju, on, fLk Cawncut , Lcov fa cWkuÀ.du, fo, Oiaut cw^ilguAE.\"th.ojnAnwijr femknrÆ/nt ^ fbeHÀ f \\ ^Xxh, , et fUnA l [ÀxMuïl.ÙJUh, fsiL una^cWA ; ?BA.'|um\\JiA> ; l eaw j ^ f^aKunadc.(lu, eiL, Ksium,^ Çrïïnmyo 0/ru__ ~ï.T> tkOTLO^.\u2014 (WvàAcsfe» ^xruhA CocoHêi AœuÿL de (Wmem BESiN , A 166 GUi- oAxc (WyA ____.Ccwmo.4 0^ da 1 oWiXsu flniAtcJ(wïneni ^\t4* \\Mhss^ Ctfwtxjx Ujna (WinM, c^u, cL Aon doîimu- olurrmlxwuL fftum, c^uutuWu- C^ijUL, cW AsA PjüS|oc^hjJiA JTnuSk^feL JWdujddajnG OomAu ^ t Jk CUujG CoudhsL (W\\A ^qjhI\\mh, oil to, fTtuX 0^1SJL ffyaJw- hcuAk ha l^WW^euA ç/p fmcru Gtfwme.ujtv- tcma^ hamxsb ck Ç jjerwnvfi.^ c^m£ à 1 vn|uruj.U cbmAk.Aux AeA kxc^üiA ^afl>ibek, axLoJk/ diA CAopt^jx cL' QpkujaA, deAiXL^ ^Lac^Jk/ clcunA Axu focsfuntsu diA , damA ÜUL ^Xiuk Onaxka, .(Tfioxckuk Y>°^ aui^ niîikxjwoalîaA diu Cot^d '!etl.^£/ Gcnn^k rmiA ffiowirtojuj^- (Kû-fô .^ eOuA Jbui, CamakLarruie.JT|0ujw1Îju.ou- |wuuL Jim, .^ fe, AunA .^ fe, Wk \u2022 167 ^ ^ y\t, c'àut L AotiuAe.\"Y\tfui mwncWA )uomA da rmcnrv_ kaloAat.^ uWrricu^ ki rnu&.(Wl mux flipknu et ^ (iLmtu, tiLl fWuJ^ (Wi> ?a \"Wu.dJ Ufric.^oxcWiahJL .liA.^a|^oa4-)ma^e^h,W Ml.r r GAmjcktcL, CmjAoj^uAs/mini fami OWUMt ckhmiu AiA deA jiiakiu \u2014 LcWiel- .GlA (Tr^otk- hJjy Acnt \\^j^L ^oms, (ju.dk '\\sMunL a k.fWkiL ! id Aont a t ©mu^iM.cl ryru (UimoQ^wt-.C\u2019eit ia \\ MUk L ïtujW-, i Calk tnui L} ^'cu, |aii a^hin^kcrn^im!!^ d idcWAeA^ y (ù.taik em lïmi.deA- quamidiA wrrmAeA.d' amcnmiu- .]f (Xl (Wo, a&nujjj, a tofe ck M- CmbA^ ck Am VdjmiAm ck Mk 0£hM iÂxijxu ntjuW ; (k Amu G*^ 2>isA-cyLuu exlak ^ ck.Axm ckè^A.d' emu et de./^olsbtl^ ¦ de tlris^ y ou Cmvniemid Am GjnjriajiuaaGu-rVeniakfc.cle fxx fln?j!$slL(L-.168 ^ (a Ixiuta, |ijru n^cm, GCfi^A dad, /A.jikccha diu £utm_ Æ ^ ' (Xb Ac/du - Cju, elL hsL ubakoxL da.Acl ^anuta ) 01ic^t5W/nt A}ud>unjj\\rcut va.|cru»na, , tcnda, ^2jjwx A P lulls.ixwljL dJ odsukl 6sL Mai.du, KjuxL\t.y CUjUUA GfluSu, la JldûoWUk, j i dLdWk, ÜTTVTK2.Wft- tot^GQ^ jjaftriiW., ta jjyuma.|p|u/ku et pnuxitiL Cocok ({_ aiuL'ic^ Al \"ta/îiciLtxîiL^ \u2022 dDe^uuA', ^e.la hatuMrt Gotmtmz URc.|aomL àuxmq^y.cdA ftnÆi Auk.«IL Aont Wfti Auk, Acrru GOkhA- d fka odmmka, eJu Gcn^A- ¦ bkaASAlju ; ^uAC^uJ au; taut, doGuMmW et ^ lucuejllja, dJ eld M, j (WnxSA, fact da (\\n& .-\u2014- tdifihaa, auAiu.da Au nnsJJL^ f ac^jL du doW-da (Irrwv lak CCnjiA- kauwairA tou^o-ukA- ^ cL'aftroin.lamt QkjuUu ttlUL; jlawtiu,\t(Kc\\t nmctdd|e.a Gmt/kuAk.(a ^muTWL c^ud eltu (Vaulact dW.damA.Aa, bAmneAAa ct eanju 169 © tajï\\^ü© dbOJTÜJT^OS^ \\j^ , caaaxk d $&> 1 a/TTKiiui,ck?afâd.6t£a OJiroudd 4 Aemi> de ?a|éL \u2022 cdai ÀCU jjék , Aflïl RlulW^ JTuxijAL G© A AimniiroX amam d i ©©uj^ia, du, n^kjoJicat, M dA© .et cnrwiaQ Aaak ¦ fine.2l |aËai (ju/i Hioui Ao^umi dakkii Bd Cowmc./© c'étai 6© (Wui©L |nA- \u2022 IDuj c^auL ds, AjC© jjek ^e.(n^wi AüUArim© GTWTna, ck ttiu, de.1 ecuuu d AA ; ihk Juüui u/n, d©u (jm/A dj2 O\u20191!- ©ouk doM- 4 (©auk a, Audi© .danl /k© fWrru© )xauc^ \u2014 Cdniima Ujn /IüudJl, (^u©LÀAtLh_-.^2.One AswiL- , A© ( cL ludûUm.ck 0\\ou/dmojnt \u2014 kit© 4m^u© Ormm^urudu/i© ^ AuA dun/lra.Iml© dt/uL .éW da.toiÜo/ toutoÀ- AîlktkÀ \u2022 C dai (a cKawrtiJAjL ) A.\"ie/ndact 4.jicni ernAta, /wL éL t LCcnurnu© cd la 1uJ>iu/ul_ .170 AoïL AoATOÜL- ; c'ioi (sluu 6sl ddcuU ck mj&And&k' -^jo^AA- (ui£mw>iw ¦ \"VvtinwmueAîL\tck ta
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