Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 19 mars 1898
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Nouveau samedi
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (4)

Références

Le samedi, 1898-03, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" VOL.IX.No 42 MONTREAL, 19 MARS 1898 PRIX DU NUMERO: 5 Journal Hebdomadaire Illustré de 32 Pages AU TE M RS DU DIREUTOI RU ¦«V«V mjMH \u2022v .»> m WKE sfc.GLISSEZ MORTELS, N\u2019APPUYEZ PAS! 2 LE SAMEDI (Journal Hebdomadaire) rUliLIGATION LITTÉRAIRE, ARTISTIQUE ET SOCIALE 033.0-A.2STE X3TT FOTEE DOMESTIQUE REDACTEUR: LOUIS PERRON ABOK7NMMÜITT = XJ3ST .A.IT.$2.50; SIX MOIS, $1.25 (Strictement payable d'avance) uxnero, S\t^ ^ Tarif et Mr Saturne, «lu LE SAMEDI LES PREDICATEURS DU CAREME A MONTREAL v4'» .\u2022\t., .'\u2022'ÏLSî.fej.'ïv \u2018.»v* r/ p?V' \u2022*« ¦ v; \\::krW.V\\ \u2022 -.'Xhu :V: Lr Pkkk HKIIKRT, Qui prêche le Carême à Notre-Dame.Mou I» R LJ CH KSI.AuniEv kijuk i>k Montréal Qui prêche le Carême à la Cathédrale.mÊî »,>WV .\u2022 .\\\\7A \u2022r-v t-*.-;: ssaS Mm Li: Pure LALAXDK, Qui prêche le Carême au Désu.Dr Père KD.STIUT>I»K.« uui: i»k Stk Anni: ou Montri.ai,.Qui prêche le Carême à 1 Kntaut Jésus du Mile-hml.Parmi les très distingués prédicateurs ayant accepté la tâche d8 prê-;^ cher le carême â Montréal, nous ne pouvons résister au plaisir d\u2019entretenir nos lecteurs de celui de nos compatriotes, le R.P.Louis Lalande, qui occupe en ce moment la chaire au Gé3u.Bien connu dans le Canada et aux Etats-Unis, où il a donné de nombreuses conférences, le jeune orateur, \u2014il a trente-cinq ans h peine, \u2014 a fait preuve d\u2019un grand talent avec, assure-t on, une si prodigieuse facilité de travail que, tout en faisant son cours de rhéthorique quatre heures par jour, même pendant le carême ou il proche, il lui su dit de quelques semaines pour préparer cet énorme travail.Ce Canadien h\u2019ranqais qui a su prendre une place parmi tant de prêtres distingués est une de nos gloires nationales et nous no pouvons terminer cette courte biographie en citant ce que disait du R.P.Lalande un célèbre prêtre français qui venait d\u2019assister h un do ses sermons : \u201c Jamais la parole d\u2019un homme no m\u2019a fait vibrer comme aujourd\u2019hui.\u201d ÏÏ3SB l.K SA.M RDI IL NE FAUT JAMAIS JURER DE RIEN 'tW Air O rognon.\u2014Non, monsieur, vous n\u2019aurez jamaia un sou de moi, dè :ormais.Comment, vouh me vendez un vase de Chine 850 et je découvre qu\u2019il a été fabriqué à Montréal et vàut In cents ! Non, pus un sou, soyez-en sûr.Kl il s éloigna dignement.¦ .très dignement, la \u2018grande douleur son parapluie en du marchand.bataille, à AMOUR PASSÉ Je vous revois encor, mademoiselle, assise .Sous le tilleul, là-bas, au fond de ce sentier \u2022éuo parfume le thym, oit lleurit le cytise.Lieu charmant que l\u2019amour nous rendait familier.¦le me rappelle encore la rivière longée U votre main d\u2019enfant troussant les jupons courts La grappe de ruisin et cueillie et mangée, Lt le merle moqueur témoins de nos amours ; Les nuits sans trop dormir, les belles matinées, Lt la toilette faite au plus vite, en plein vent ; ht lus mains dans les mains souvent abandonnées, ht le refrain je t'aime \u201d échangé très souvent.Tout passe ; ce temps-là n\u2019est plus, mais la rivière, J «sible, roule encor de petits cailloux blancs; Le moulin fait tic tac, tournant dans la lumière, Les pales nénuphars fleurissent les étangs.Toujours, comme uutrefais, j\u2019entends sillier le merle, La cigale redit sa chanson, et le llux Suit toujours le reflux, toujours la mer déferle \u2022 1 oujours, matin et soir, on entend l\u2019Angélus ;\t\u2019 Mais comme nous voilà changés, û nia petite ! Les trésors d autrefois pour nous n\u2019ont plus de prix.yui sait si votre co ur but toujours aussi vite ?Le mien était brisé quand je vous l\u2019ai repris.Qui de nous, surtout au printemps, n\u2019a pas éprouvé ces sentiments 1 enivré par les parfums, troublé par les chants d\u2019oiseaux, fortifié par la mystérieuse sève inhérente à la totalité de la nature, qui de nous n\u2019a pas \u201c lais8é chanter le cœur,\u201d comme dit Alfred de Musset Aimer, rêver ! C'est un pas plus avant dans la vie C est l\u2019arrêt momentané interrompant l\u2019éternelle chan son.Parfois c\u2019est le premier doute, la première interro gation d\u2019un mystérieux avenir, d\u2019un inéluctable pro blèrno.Et c\u2019est pour beaucoup la réminiscence des chansons d\u2019amour écloses aux beaux jours de la jeunesse.C est le troublant passé réévoqué dans les griseries du soir, quand accoudé à son balcon on se plonge dans un indéfinissable \u201c vague à l\u2019âme,\u201d Aimer, rêver ! C\u2019est un pas plus avant verB ce dernier chapitre de la vie ; Aimer, souffrir.Aimer, souffrir ! C\u2019est le bandeau qui tombe, c\u2019est le rêve broyé, le printemps qui fuit pour toujours la strophe d\u2019amour qui meurt avec les illusions.Aimer, souffrir ! C\u2019est la fin de cette vie qui commence par une chanson et finit par un cri de douleur._ Aimer, souffrir ! C\u2019est l\u2019amour purifié, le Golgotha après le Tliabor, le suprême amour épuré par la suprêmo souffrance.Et toute la vie est là se résumant en trois mots : \u201c Chanter, Rêver, Souffrir.\u201d La vie, oh ! oui, celle de la terre, celle d\u2019épurement, de désillusion, de martyre, de sacrifice.Quand à celle de là-haut, c\u2019est la vie à sa phase première, c\u2019est l\u2019hymne d amour dans le véritable amour, dans l\u2019extase infinie visions.L\u2019hymne éternel, infrangible, inaltérable, conti- des divines _\tj-v.v.iivj, «maui; nuel dans 1 amour idéal et les éternels printemps, Lac Témiscamingue, P.Q de Flandkk.François Ar.mauxin.LA VIE L autre jour, en feuilletant des romances, mes yeux tombèrent sur cette strophe d\u2019Armand Sylvestre :\tr cette Mignonne, voici le printemps, Aimons-nous bien au temps des roses.L\u2019azur dans les cieux éclatants, Ouvre ses portes longtemps closes, Dow la lumière en flots vainqueurs Descend jusqu\u2019au fond de noa co urs.Aimer, chanter ! les douces choses.Et plus loin : Aimer, rêver ! les douces choses.Aimer, souflrir ! les douces choses.N est ce pas là la vie toute entière ; chanter, rêver souflrir.\t\u2019\t\u2019 , Ainl(>r\u2019 chanter ! c\u2019est la vie à sa génèse ; le moment ou, comme le dit Sainte-Keuve, chacun de nous est \u201c un arbre en fleur où chante sa jeunesse.\u2019 La jeunesse, le printemps ! deux mots faits l\u2019un pour I autre ; deux mots n\u2019en formant qu\u2019un ; synthèse idéale do joie et de vie, d\u2019amour et d\u2019espérance.Jeunesse, printemps! cieux d\u2019azur, yeux ardents, Heurs et roses, lèvres pleines de sang.Jeunesse et printemps ! envolée vers tout ce qui est beau, grand, juste.Aimer, chanter ! N\u2019est-ce pas le commencement de la vie _ dans le bercement des illusions non encore anéanties.\" Aimer, chanter ! La tête pleine de si douces choses le cœur encore plus empli, et la bouche laissanfdu cœur tomber le secret ; l\u2019heure de l\u2019aveu, intraduisible.PAS LE SENS FINANCIER Monsieur Dutingol\u2014Ah ! mon cher Dustock, on pourra faire ce que la financé\u2019 ',ama'8 \u201c llappr6ndri h une femme les premiers principes do Monsieur Dustock.\u2014A quel propos me dis-tu cela 1 Afotisteur Dulingot\u2014 Figures-toi que pendant que j\u2019étais sorti, hier, lo bébé avale une pièce de 10 centins.Monsieur Dustock.\u2014Ah ! le pauvre petit f Monsieur Dulingol Attends un peu.Qu\u2019est ce que fait ma femme î son IOQcenetinierCher ° d°CteUr et luI paie sana h6f»ter $5 00 pour ravoir A DEUX DE JEU Monsieur Loustic\u2014Ah ! mademoiselle Antique ! Comme voilà long- r.KK vo\u201c *' ren,!'\u201d\u2019tt'!\"! \u201c¦\tî-'\" ?* *» »»*.a- Melle Antique\u2014 C\u2019est vrai pourtant ! Et combien je suis étonnée anrès tant d années passées, que vous ayez encore le même vêtement, le\u2019même chapeau, la meme cravate, qu\u2019à notre dernière rencontre (Monsieur Loustic n\u2019a pas été charmé de l'observation).CES MAKIS ! bis\u201cMe'~°Ui\u2019 m0n Chëri\u2019 C\u2019eSt de meS Pr°pres luaina q»e j\u2019ai fait ce Monsieur\u2014Ta as dû te fouler au moins un doigt ou deux J IL NE FAUT JAMAIS JURER DE RIEN \u2014 (Suite l fin) A Mais Us \u2022fraudes cob'res ne sont pas permises < t Mr G rot pion a été douloureusement puni de la sienne.(/est trois cent dix dollars et soixante-quinze centins, monsieur.(Il avait pourtant \u2022Ht qu il ne verrait pas un sou de lui !) 6 SAMEDI i'ft RS f* W fci #:A **\u2022\t%.4 lj2 % :&±j> .'?r** *¦» T\tsrv*v *;-r>Ki7ag.^' Utoi ¦\u20184ës3; NSi-WSKSSi ¦À.^ ?®»is S»6g5jgS>i g®* ÇA ET PAS ÇA Madame Bêtafoin (entrant dans un restaurant).\u2014Est ce que vous auriez vu ici, un monsieur avec un chapeau de forme tt un pardessus gris?Le garçon.\u2014Est ce un homme âgé, avec un gros nez rouge 1 Madame Bêtafoin.\u2014Oui.Le garçon.\u2014 Il vient de sortir à l\u2019instant, madame.Madame Bêta/oin.\u2014 Mais vous saurez que mon mari n\u2019est pas un homme âgé et qu\u2019il n\u2019a le nez ni gros ni rouge.(Et elle sortit battant la porte rageusement).CES BONNES AMIES Marie.\u2014Je viens do donner vingt-cinq contins à un mendiant, là, à la porte.Claudia.\u2014Tu es généreuse, je le vois.Marie.\u2014 Je dois avouer que je no lui aurais pas donné autant s\u2019il ne m\u2019avait appelée ma belle de moistlle.Claudia.\u2014Et lui as tu demandé depuis combien de temps il avait perdu la vue 1 Lejeune garçon.\u2014Dis, papa, ne pourrais-tu pas te priver de fumer quand je suis ici ?Le ;ière ( suffoqué).\u2014Et pourquoi ça, donc ! Lejeune garron.\u2014Dame, je ne fume pas quand tu es là, moi ! I INFORMATIONS LA PLUS («ROSSE PÉPITE D\u2019OIl NOUVEL EXERCICE Sous le règne de Charles II, la Hotte anglaise et la Hotte hollandaise se battirent [rendant trois jours con sécutifs dans le canal de la Manche.Un armistice fut accordé le quatrième jour, et les combattants de l\u2019une et de l\u2019autre armée se liront des civilités réciproques et s\u2019amusèrent ensemble.1 n matelot hollandais, célèbre parson adresse, monta au haut du mât d\u2019un vaisseau, s\u2019y tint debout et lit plusieurs cabrioles, au grand étonnement des spectateurs, que ces tours faisaient trembler d\u2019effroi.Lorsqu\u2019il fut descendu, tousses camarades la félicitèrent do sa bravoure, et témoignèrent par leurs cris d\u2019allégresse combien ces prouesses leur semblaient do bon augure pour le succès du combat.Un Anglais, jaloux de venger l\u2019honueur de ses compatriotes, grimpa au haut du mât avec une extrême agilité, et voulut imiter les tours de force du Hollandais; mais un entrechat mal battu lui fit perdre l\u2019équilibre, et il tomba un peu plus vite qu\u2019il n\u2019était monté.Lu gréement du vaisseau amortit heureusement le coup de sa chute ot il tomba sur ses pieds sans s\u2019étre fait grand mal.Aussitôt qu\u2019il put parler, il s\u2019avança sur le bord du bâtiment et cria aux Hollandais du ton le plus comique : \u201c Eh bien ! faites-en autant, si /ous le pouvez.\u201d RÉCIPROCITÉ \"Le duc de Cumberland ayant juré qu\u2019il mangerait ses bottes si le Roy de France prenait la ville de Tour nay, les médecins du Roy, après la prise do cette ville, lui ont envoyé la recette suivante, pour prévenir l'indigestion qui en serait arrivée : \u201c Prenez une once do beaume de Prusse, deux gros do sel d'Angleterre, un petit pain do Sardaigno.\u201c Le tout bien délayé dans six gros d\u2019eau do la Reine de Hongrie, que le duc do Cumberland prendra dans un verre d\u2019eau do Fcntenoy, enbuite do quoi il se couchera bien chaudement dans des draps de toile de Hollande, pour y suer jusqu\u2019à parfaite guérison.\u201d C\u2019est le musée minéralogique de l\u2019Ecole des mines de Saint-Pétersbourg qui possède la plus grosse pépite d\u2019or qui ait jamais été découverte ; elle pèse plus de 120 kilogrammes ; elle à été trouvée le 20 octobre 1842 par un paysan de l\u2019usine de Miask (Oural).Disons à ce propos que l\u2019or extrait du sol depuis l\u2019antiquité la plus reculée, ne représente, comme volume, qu'un cube de 10 mètres de côté.C\u2019est donc bien peu de chose, et les navires dont la capacité n\u2019excède pas 1000 mètres cubes ne sont pas rangés parmi les plus grands.Et cependant quelle influence une si petite quantité de métal jaune n\u2019a-t-elle pas exercée sur les destinées de tant de générations ! LA \u201cCHAMBRE DES COMMUNES\u201d Bous le règne de Georges II, roi d\u2019Angleterre (1727-1700), un membre de la Chambre des Communes nommé Crowle, ayant fait une observation qui fut jugée outrageante pour ses collègues, fut sévèrement admonesté par le Speaker (président) et condamné à faire amende honorable à genoux.Crowle se soumit sanB murmurer à cette humiliante punition.Lorsqu\u2019il eut terminé, il se releva, tira tranquillement son mouchoir de sa poche, essuya ses genoux Pt dit à haute voix, mais d\u2019une manière calme : 11 Voilà bien la plus sale chambre que j\u2019aie jamais vue.\" FANTAISIES HISTORIQUES Sous le titre de Recette contre l'indigestion, la nouvelle Revue Rétrospective de M.Cottin publie la note suivante, trouvée, à la bibliothèque de l\u2019Arsenal, par M.H.Martin, conservateur, dans le portefeuille du marquis d'Argenson.La ville de Tournay venait d\u2019ouvrir ses portes aux Français après la bataille de Fontenoy, gagnée par le maréchal de Saxe, sur le duc de Cumberland, le 11 mai 1744.DEVINETTE V I > l/t,t \u2014 C'eat égai, jo voudrais bieu savoir ai la petite faucheuse Jeannette, noua apporte notre dîner ?\u2022\u2014L\u2019 percoia tu ? LE SAMEDI K LA CRUCIFIXION Kl INSCRIPTIONS POMPÉIENNES.nu importante découverte en épigraphie vient d\u2019être faite, ces jours derniers, par le professeur Marucchi, de Home.Il ne s\u2019agit de rien moins que de la trouvaille d\u2019un dessin, du rette assez grossièrement exécuté, sur la muraille d\u2019une chambre du Palais de Tibère, au Mont Palatin, et représentant la scène du crucifiement de \u2022lésus Christ.l es figures, provenant vraisemblablement do la main inexperte de quelqu\u2019un des soldats romains ayant pris part à la tragédie du Calvaire, sont hautes de O.lfi centimètres environ et rudimentairement exécutées.Au milieu du dessin, la croix ; à droite et à gauche, des soldats apportant des échelles.Lo Christ est attaché à l\u2019instrument de son supplice.Son juge, Ponce Pilate, est figuré à côté et tous les personnages sont mentionnés par leur nom respectif inscrit au-dessous de chacun d\u2019eux.Au dessous du dernier est une inscription, d'une quinzaine de lignes, on caractères pompéiens fort difficiles à déchiffrer.Cette légende est la description sommaire de l hpobtohit et de la Passion de tissus-Christ.Paa ^\u2019au jourd\u2019hui que l\u2019on savait exister.au rrz de chaussée du J alais de Tibère, un corridor ayant dû servir de poste ou corps de garde aux soldats du palais et dont les parois portent des grafitto, grossièrement tracés à l aide de la pointe d\u2019un clou ou d\u2019un glaive., en épigraphie, il faut, non seulement pouvoir lire le texte, ce qui n est pas bien dillicile, mais surtout en donner l'exacte interprétation.\u201e !!len d\u2019autres savants, avant M.Marucchi, avaient lu les grafitto du l niais i tberius, mais aucun n\u2019en avait donné une interprétation satisfaisante.Du reste, voici un dessin au crayon, très exact, que Mr P.Ziegler a tracé, ne pouvant se servir de la photographie vu le peu d\u2019éclairage.On peut, parmi les caractères gravés, déchitlrer l'inscription suivante : L restas, virgis onus, decretus mori, super palum vivus fixus est.C\u2019est-à-dire : \u201c Le Christ, après avoir été battu de verges, ayant été condamné à mourir, a été attaché vivant sur la croix.\u201d Quand à la scène, voici la description qu\u2019en fait Mr Marucchi : «\u2018Deux pieds rigides réunis en haut par une barre ; à l\u2019un est appuyé une échelle et d\u2019en haut descend une corde ; de l\u2019autre, celui à la droite du spectateur, pend une autre corde.Je considère la barro supérieure comme un renfort destiné à maintenir toute l\u2019armature ; mais, un peu en dessous, sur chacun des pals, se voient deux autres courtes traverses formant deux croix, et plus bas encore, sous la traverse du pal de droite, un autre signe représentant la planche sur laquelle doivent s'appuyer les piods du supplicié.Sur ce pal est une ligure ayant en main un marteau.C'est probablement un soldat occupé aux préparatifs de la crucifixion.En outre, toujours au-dessus de ce pal de droite, est le mot Palus, ce qui indiquo que, le très rudimentaire dossinateur a voulu dire : \" Ceci était le pal du supplice du principal justicié, c\u2019est à dire de Crestus.\" Espérons que IVtudo à laquelle Mr lo professeur Marucchi est en train de se livrer, fera la lumière complète, la pleine lumière, et confirmera, daus l intérêt de l histoire, ces premières et ingénieuses explications.Notre première gravure représente le mur où sont les dessins et inscriptions relevés par Mr Ziégler, le second les ruines de la maison de Tibère.On y voit trois croix blanches qui indiquent l\u2019emplacement où se trouvent dessins et inscriptions.* * * Nous recevons de notre correspondant à Mexico, M.le missionnaire apostolique Dégrimy, la communication suivante que nous portons à la connaissance de nos lecteurs : LH8 CANADIENS AU MEXIQUE Uno colonie do Ginadiens Françiis va incessamment s\u2019établir au Mexique, à fiO milles du Dort de Tampico, au bord de la rivière Fanuco, dans un endroit foi t sain et sur les terres les plus fertiles qui soit lit au monde.Une compagnie catholique s\u2019est, en effet, constituée dans le but d\u2019attirer le courant d\u2019émigration canadienne vers ce pays privilégié et, pour ce, de fournir aux co'ons, dans des conditions vraiment exceptionnelles, ainbi qu\u2019on le verra plus loin, les moyens d\u2019une insta'lation facile et durable.Sous la puissante et sage administration du gouvernement actuel, lo Mexique est entré d.puis vingt ans dans une voie de paix et de progrès qui en fait sans contredit le pays le plus sûr et le plus laborieux de l\u2019Amérique latine.Il n\u2019y manque que des bras, pour exploiter les richessrs incomparables et fuire sortir d\u2019un sol prodigieusement doué les trésors qu\u2019il récèle.Voilà pourquoi de hauts personnages catholiques, justement soucieux de hâter le brillant avenir qui se lève sur leur patrie, se sont décidés, avec le t ienveillant appui du gouvernement, à faire appel à l\u2019esprit d\u2019aventure rt d\u2019i ntreprise des Canadiens-Français.Il ne s\u2019agit plus ici d\u2019aller à la recherche de l\u2019inconnu, comme au Brésil voilà deux ans ! Le Mexique est aux portes des Etats Unis ; on y va en quelques jours par chemin de fer ou par bateau à vapeur et à des prix à peu près insignifiants.D'ailleurs les nombreux étrangers de toute nationalité qui sont établis sur tous les points de son territoire sont là pour rendre témoignage des garanties qu'on y rencontre.Inutile d\u2019insister davantage sur oe chapitre-là : étudions en détail les conditions faites aux colons par la compagnie dont il s\u2019agit.La dite compagnie s\u2019engage : l à s\u2019entendre avec une L:gne de Vapeurs en vue d\u2019obtenir le passage, entro Boston ou New Yoik et Tampico, en seconde classe et à un prix excessivement réduit ; \" à obtenir du gouvernement mexicain certaines franchises de douane et certaines immunités décennales en faveur des colons ; \u2022\u2019 ù recevoir à Tampico et à loger, aussi longtemps qu\u2019un chacun n\u2019aura point construit sa propre habitation sur les terres qu\u2019il aura choisies, les colons avrc leur famille ; ¦I\" à bâtir une église dans le centre de la colonie ; \u2022 > à doter le village canadien d\u2019un bureau de po3te et d\u2019un service télégraphique ou téléphonique ; fi à vendre à chaque colon, aux prix de trois dollars américains, autant d\u2019acreB de terrain qu\u2019il voudra, payables un tiers à l\u2019arrivée, un tiers à la fin de la première année et le reste dans un délai de trois à quatre ans ; i à fournir aux co'ons toutes les denrées aux prix du coût : i*|:\u2018UI*ii>; !*li*i.*ljj .r*2-ÿ-r V.A .T ' T\u2019A-'T\u2019f.RUINES DK LA MAISON DE TIllKKK. LË SAMËDÎ LE DRAME DE LA RUE DEMONTIGNY mm r-Afe i\u2019ürïz.:/ jr-fr- \\:V ;\t¦ ,- SÜtSuV VîfeH mm .ma \u2022 V-V, 1$^ LE CADAVRE DE COE, TEL QU'lL A ÉTÉ TROUVÉ DANS SA CHAMBRE.Su à faire, en un mot, tout ce qui sera en son pouvoir pour que les colons rencontrent au Mexique un sort heureux et doux.| Chaque famille canadienne, désireuse d'entrer dans la colonie, devra apporter un capital d\u2019environ cinq cents dollars pour payer ses frais de transport et subvenir aux besoins de la première année.Il est à conseiller qu\u2019elle bc pourvoie aux Etats-Unis avant le départ d\u2019instruments aratoires et d\u2019outils nécessaires au déboisement.Voici, avant de terminer, un extrait du rapport d\u2019un ingénieur compétent sur la qualité et les produits des terrains : \u201c Ces terrains, dit-il, se divisent en plaines et en collines.Ce sont aujourd\u2019hui des forêts vierges remplies de bois précieux, mais susceptibles, tant à eauso du climat extrêmement varié que de l\u2019abondance des eaux, de recevoir immédiatement toutes les cultures et de donner deux et tro\u2019s récoltes par an.\u201cLe mais, le tabac, la banane, le café, l\u2019orange, le citron, la canne à sucre, le riz, le coton, la vanille seront les produits les plus rémunérateurs de cette zone non moins riche que salubre.\u201cL\u2019exploitation des bois précieux, facilitée par des voies fluviales avec Tampico, sera dès maintenant pour les colons une source de revenus.La ligne de chemin de fer, qui, avant deux ans, traversera la colonie fera de ce coin du Mexique un centre commercial de la plus haute importance et un foyer de travail et de vie.\u201d Il serait superflu d\u2019ajouter quelque chose à cet aperçu.Il suffit de dire qu\u2019une nombreuse colonie de Français venue il y a quelques années des environs de Besançon, et établie non loin de là, dans un endroit nommé Jicaltepec ou St-Raphaél, n\u2019a connu ni les regrets ni les déceptions.Elle a produit des millionnaires.Louis Perron.LES TROIS QUESTIONS DE FRÉDÉRIC LE GRAND Frédéric le Grand avait coutume, toutes les fois qu\u2019un nouveau soldat paraissait au nombre de ses gardes, de lui faire ces trois questions : \u201c Quel fige avez-vous ?Combien avez-vous de service?Recevez-vous votre paye et votre habillement comme vous le désirez?Un jeune Français désira entrer dans la compagnie des gardes.Sa figure le fit accepter sur-le-champ ; mais il n\u2019entendait pas l\u2019allemand.Son capitaine le prévint quq le roi le questionnerait dès qu\u2019il le verrait, et lui recommanda d\u2019apprendre par cœur, dans cette langue, les trois réponses qu\u2019il aurait à faire.Il les sut bientôt, et.le lendemain.Frédéric vint à lui pour l\u2019interroger ; mais il commença par la seconde question et lui demanda : \u201cCombien y a-t il do temps que vous êtes à mon service ?\u201d\t*-.« \u2014\t\u201c Vingt et un ans,\u201d répondit le soldat.Le roi, frappé de sa jeunesse, qui ne laissait pas présumer qu\u2019il eût porté le mousquet si longtemps, lui dit d\u2019un air de surprise : \u201c Quel fige avez-vous ?\u201d \u2014\t\u201c Un an, sous le bon plaisir de Votre Majesté.\u201d Frédéric, encore plus étonné, s\u2019écria : \u201c Vous ou moi avons perdu l\u2019esprit.\u201d Le soldat, qui prit ces mots pour la troisième question, répliqua avoc fermeté : \u201c L\u2019un et l\u2019autre, n\u2019en déplaise à Votre Majesté.\u2014Voilà, dit Frédéric, la premièro fois que je me vois traité de fou à la tête de mon armée.\u201d Le soldat qui avait épuisé sa provision d\u2019allemand, garda pour lors un profond silence ; et, quand le roi, se tournant vers lui, le questionna do nouveau pour pénétrer ce mystère, il lui dit en français qu\u2019il ne comprenait pas un mot d\u2019allemand.Frédéric, s\u2019étant mis à rire, lui conseilla d\u2019approndre la langue qu\u2019on parlait dans ses Etats, et.l\u2019exhorta d\u2019un air de bonté à bien faire son devoir.UN ANNIVERSAIRE Madame Pasveinard.\u2014Oh, ma pauvre Louisa, j\u2019ai pleuré touto la journée.hier.Louisa.-Et pourquoi?Madame Pasveinard.\u2014C'était hier l\u2019anniversaire de notre mariage, et Henri m\u2019a dit, dès lo matin : \u201c Il me semble bien qu\u2019il m\u2019ost arrivé quelque chose de terrible à pareille dato, mais je ne puiB me rappolor co que c\u2019était !\u201d UNE LANGUE INCONNUE Georges (S ans).\u2014Dis, papa, qu\u2019est-ce qu\u2019une langue inconnue ?Le père.\u2014C'est la langue d\u2019une femme siloncieuse.(Plus bas) Tu sais, Georges, tu n\u2019as pas besoin de racconter à ta mère co que jo viens de te diro-là ! Pour colouiser, il ne suffit pas d\u2019avoir le sol, du fer et de l\u2019or, il faut de la tête, du cœur et des bras.\u2014 Un Africain, LÈ SÀMÈDÎ s ÜNE APPARITION r .'Il mm Ce pauvre Rouleau était justement en tiain de ra.onter à ses amis, Muzodor, Boireau et Rillentoc, une horrible histoire do revenant quand, au moment précis où la pendule sonnait minuit, la porte s ouvre et un uilreux fantôme, vêtu de blanc et tenant une lumière, se détache sur les ténèbres.t (C était madame Rouleau qui venait s\u2019informer si Bouleau en avait encore pour longtemps avant de s eu venir coucher ) SYM HOLE ~ Et Laripète, très digne, la main droite dans le pare-ment/de l\u2019habit, le monocle vissé dans l\u2019œil, ressemblait étonnamment à Napoléon 1er passant la revne de ses troupes devant les Pyramides.\u2014Eh.eh.cocher.cocher.je vous ai dit le pont de Brooklyn et vous allez sur un poteau télégraphique ! Faites donc attention ! \u2014Bon ! voilà maintenant que nous écrasons les passants!.Cocher.cocher.\u2014Ayez pas peur, bourgeois, les roues sont en caoutchouc, ça ne f ait de mal à personne.\u2014Mais nous sommes emballés, criait Laripète, pas rassuré du tout, en voyant que, sous les efl'orts du cocher pour le modérer, le char, au contraire, filait comme l\u2019éclair.\u2014Mais, m\u2019sieu, c\u2019est la première fois que je conduis de ces saletés là.disait le cocher en levant les bras au ciel.Il est enragé, pour sûr.\u2014Nous allons vers le ileuve, hurlait Laripète dont les cheveux se dressaient sur la tête.Nous sommes perdus.Ah.un brave policeman se jette à la tête du cheval.non.du cocher.Trop tard.Aïe.Et le fiacre automobile qui contenait César et sa fortune fit un plongeon de ûO à GO pieds dans les eaux noires de l\u2019Hudson.Il a été repêché de suite par un bateau traversiez Mais Laripète a juré qu\u2019il ne remonterait jamais danB ces véhicules là.\t\u201e Parisien.BEAUCOUP DE MIEUX Le docteur.\u2014Madame est-elle mieux ce matin ?Le mari.\u2014Oh, beaucoup mieux, docteur.Le docteur.\u2014Elle a bien dormi ?Le mari.\u2014Non ! Le docteur.\u2014 Elle a éprouvé le besoin de manger?Le mari.\u2014Non ! Le docteur.\u2014 Je voudrais bien savoir alors pourquoi vous trouvez qu\u2019elle est mieux ?Le mari.\u2014Elle m\u2019a dit ce matin toutes sortes de choses désagréables et elle contredit tout ce que je fais et dis.\u2022le dis à Cietlie : \u201cMaître, ensoignetnoi la route l\u2019aUible et Himieeuse où l'homme doit marcher, de suis las de soulï'rir, je suis las de chercher.Je voudrais un fanol à mou âme en déroute, lût je voudrais, ainsi qu\u2019un jeune agneau qui broute, Sans s\u2019occuper du loup que le bois pout cacher, Etre serein, garder mon cieur comme un rocher, \u2014 Meme lorsque j\u2019entends sa robe qui froufroute.\u201d Alors t: othe pensif, me prenant par la main, Mo lit gravir un mont sur lequel, surhumain, Un marbre se dressait, forme blanche et sévère, Et lâ, j\u2019eus i la fois un rire et un sanglot.Cette statue était la Vénus de Milo, Et ce mont, l\u2019adorable et douloureux calvaire.Lucien Bardes.LE PREMIER AUTOMOBILE Laripète, mon bon ami Laripète, avait toujours rêvé do fiacres automobiles ; h 8emaino dernière, comme il était allé à New-York pour ses affaires, il en aperçoit un superbe qui passait gentiment et fièrement sur la V1\u2019 Avenue.\u2014Mon rêve, fit-il,.enfin.Cocher !.Eh cocher !.\u2014Via, bourgeois.\u2014Au pont de Brooklyn et tâchez de passer dessus, au moins.Puis il monta et attendit que la machine s\u2019ébranlât.\u2014Eh bien.quand partons nous.Est-ce quo les roues sont gelées, cocher de malheur 1 Le malheureux automédon, tournait, retournait des roues, avançait des leviers, ouvrait des verroux.llien ! \u2014Dites donc, bourgeois, savez-vous comment on fait aller la mécanique pour partir ?\t\\ 'la l\u2019instruction imprimée.là.voulez vous y regarder?Laripète descendit de son siège, prit le carnet que lui tendait le cocher, assuji-tit son binocle et lut;.Ah.oh.oh.Tirez la manivelle à gauche.bien ! Puis, un demi à droite vers le centre.\u2014Mais c\u2019est facile comme tout, voyons.Et remontant dans le véhicule, il commanda : \u2014lirez la manivelle à gauche ! Bien ! Un demi tour à droite vers le centre ! Là.Et le fiacre partit à une bonne allure.\u2014Ça roule ! hurlait le cocher enthousiasmé.\u2014Ça roule ! Ça roule ! All right ! ! criaient les passants, ELLE SAVAIT CE QUI CONVFNAIT La dame de la maison (à une servante qui se présentait).\u2014Je vous prendrais bien volontiers,mais je vous préviens d\u2019une chose, c\u2019est que mon mari, qui est colonel, est très dilllcile sur l\u2019article de la table.Etes vous certaine de pouvoir faire la cuisine qui lui conviendra ?La servante.\u2014Oh ! s\u2019il est colonel, vous pouvez me prendre en toute sûreté, madame, mon fiancé appartient à l\u2019armée et je sais parfaitement tout ce qui peut convenir à un soldat.UN IMPATIENT Lui.\u2014.Je viens de demander à votre père s\u2019il pensait que nous pouvions nous marier le mois prochain et ii m'a eu l\u2019air vivement contrarié.Elle.\u2014Ah ! qu\u2019a-t-il donc dit ?Lui.\u2014Il a dit qu\u2019il voudrait bien savoir pourquoi l\u2019on ne se mariait pas la semaine prochaine.INDISPENSABLE A MONTRÉAL Voici un de nos abonnés qui, pour son usage, a fait construire un petit appareil que nous recommandons à tous ceux qui ne se loucient pas de polir les trottoirs avec leur dos.C\u2019est simple et de bon goût et indispensable à Montréal, LE SAMEDI G MAXWELL LE PILOTE Le Clydesdale, capitaiue Turner, avait quitté Glasgow chargé de quatre-vingts passagers qu\u2019il transportait sur les côtes d\u2019Irlande.A son poste, le pilote Maxwell, ses yeux perçants fixés sur la mer comme si ce regard pouvait la sonder, donnait au timonier, de sa main droite levée, des ordres sileucieux.L9 navire avait gagné le large et l\u2019expérience du pilote était à ce moment à peu près inutile ; habituellement cependant il ne quittait guère le pont, mais ce soir-là, après avoir hoché la tête et aspiré l\u2019air plusieurs fois d\u2019un air soupçonneux, il descendit trouver le capitaine.\u201c Ne sentez-vous pas depuis quelques minutes une odeur do fumée ?\u201d Z.Turner inclina la tête affirmativement.\u201c Le feu ! dit-il en regardant Maxwell avec inquiétude.\u2014Dieu ait pitié de nous ! je le crois.Mais où ?Je n\u2019ai aperçu aucun indice.\u2014Cherchons! mais ne donnez pas l\u2019alarme, peut-être est-ce une erreur.\u201d Ils se séparèrent pour commencer chacun de son côté une minutieuse inspection des moindres coins du paquebot.Tout à coup un des passagers, qui probablement avait un pou plus que les autres l\u2019habitude des voyages en mer, accourut précipitamment vers lo capitaine et prenant son bras : \u201cIl y a dans l\u2019air une odeur bizarre.Avez-vous remarqué?Maintenant cela s\u2019est presque dissipé, mais tout à l\u2019heure, j\u2019aurais juré que le feu était à bord.\u201d Turner le regarda gravement : \u201c Chut ! oui, j\u2019ai remarqué, dit-il à voix basse.Mais pour l\u2019amour de Dieu, soyez calme! Je suis en train d\u2019explorer le navire ; si cela devenait sérieux, voub seriez prévenu à temps.\u201d Le passager, en homme sensé, suivit ce sage conseil.A la vérité, l\u2019odeur inquiétante s\u2019était, comme il l'avait remarqué, presque évanouie ; néanmoins le capitaine et le pilote descendirent jusqu\u2019au fond de la cale pour s\u2019assurer qu\u2019il ne se préparait aucune catastrophe.Vers onze heures du soir, Maxwell n\u2019ayant absolument rien découvert, remonta prendre la barre.Le passager tranquillisé dormait profondément dans sa cabine, et le Clydesdale poursuivait sa marche rapide sur la mer sombre et calme, à la clarté des étoiles.Le capitaine cependant n\u2019avait pas cessé un seul instant ses recherches ; il lui semblait que l\u2019air devenait de plus en plus lourd, de plus en plus chargé de fumée et d\u2019une odeur de boiB brûlé ; tout à coup une langue de flamme fit irruption à travers la paroi du roufle.Turner court sur le pont, qui à cette heure était absolument vide de passagers, et se précipitant vers le pilote debout et immobile à son poste.\u201c Maxwell, que Dieu nous sauve ! Le renfle est en flammes ! \u2014Faut-il regagner la côte ?\u2014Non, non ! nous sommes presque à moitié chemin, il vaut mieux aller en avant.\u2014Bien, dites do forcer les feux ! \u201d La silhouette sombre, rigide, du courageux pilote ressemblait à une statue de bronze.La mauvaise réputation de la côte du pays de Galles, dangereuse même en de plus favorables conditions, avait décidé le capitaine à ne pas retourner en arrière ; mais au bout do quelques secondes Maxwell, comprenant que la longue distance qui s\u2019étendait devant le navire était plus redoutable encore que les écueils de la côte, prit la responsabilité de changer de direction.Cependant ce mot terrible : \u201c Le navire est en feu ! \u201d circulait de bouche en bouche.Les passagers effrayés se ruaient sur le pont et, courant à Maxwell, le pressaient de leur dire la vérité et si réellement il y avait quelque espoir.\u201cArrière! arrière, réfugiez-vous à l\u2019extrémité du bateau!\u201d leur criait-il.Turner, qui revenait en courant de la chambre des machines, appuya ce commandement de toute son autorité, et bientôt la foule fut massée pêle-mêle à l'avant.Le courant d\u2019air causé par la marche rapido du vaisseau balayait toutos les flammes vers l\u2019arrière, elles enveloppaient la haute stature du piloto comme d\u2019un manteau do feu.\u201c Maxwell, vous no pouvez rester là !.Venoz, on va mottro les chaloupes à la mer ! \u201d criait lo capitaine.Mais l'héroïque pilote no détourna mémo pas ses yeux fixés sur la sombre étendue d\u2019eau qui séparait lo navire do la côto do Galles ; il savait bien qu\u2019on sauverait à peine la moitié do tous cos hommes on mettant à la mer toutes les embarcations.\" Fermez les soupapes !\u201d cria t il.L\u2019équipage était tout entier occupé à la manœuvre dos pompes, s\u2019efforçant vainement de maîtriser les flammes.Secoué violemment par les trépidations de la machine surchaullée, lo Clydesdale \u2014 un des navires les plus rapides de l\u2019époquo \u2014 volait sur les flots avec une vitosso incroyable.Et les flammes, la fumée, balayées avec une violence toujours croissante, voilaient presque constamment l\u2019impassible ligure do l\u2019homme qui pouvait seul sauver le navire, qui lo sauverait ou qui mourrait ! Désespérant maintenant de se ren lre maîtro du fou, lo capitaine ot l\u2019équipago pompaient sans une minute de trêve pour arroser continuellement l\u2019endroit où se tenait Maxwell martyr de son devoir.Il semblait cependant qu\u2019il allait être forcé de quitter son poste, car le feu avait gagné la cabino au-dessous do lui, ot lo plancher brûlant craquait sous ses pieds.A de rares intervalles, un coup do vent écartait le sinistre rideau flamboyant qui le masquait, ot les passagors l\u2019entrevoyaient à travers la fumée, manœuvrant la roue aussi froidement quo s\u2019il eût dirigé une excursion de vacances par un beau jour d\u2019été.De la côto on a aperçu lo navire en fou, ot ce terrible spectacle a attiré dos centaines de personnes sur lo rivage.Le dangor, la lutte, la tentative désespérée, tout cela n\u2019a pas besoin d\u2019être expliqué, les flammes lo disent avec une otfrayanto éloquence.Les plus expérimentés de ces gens do mer tiennent conseil sur les moyens de venir en aide aux incendiés ; ils vont parmi les roches jusqu\u2019à une sorto de passage large d'environ douze mètres, entrée d\u2019un petit port naturel bordé d\u2019une plage sablonneuso où le navire pourrait échouer sans danger.Mais pourra-t il atteindre la côte?trouver ce passage ?Peut il même être gouverné ?Oui, il avance droit comme une flèche.\u201c Diou soit loué, ils ont un piloto ! \u201d Cette exclamation vole de bouche en bouche.On allume des torches, ot ces nombreux fanaux aux mains de la foula massée de chaque côté de l\u2019étroit canal, indiquent à Maxwell que là est le salut.\u201c C\u2019est le Clydesdale ! \u201d crie quelqu\u2019un dans la foule.Les pieds de l\u2019héroïque pilote sont à moitié brûlés, le navire tressaute sous l\u2019effort de la machine surchauffée comme s\u2019il allait éclater.Une minute sépare plusieurs centaines d\u2019êtres humains d\u2019une horrible mort.Cinq secondes passent ! dix ! douze ! C\u2019est l'instant suprême ! Ne manqueront-ils pas le passage?Une clameur de triomphe s\u2019élève vers le ciol ! Le Clydesdale passe dans l\u2019étroit canal avec un grondement do flammes et un bruit de tonnerro causé par la vitesse de la maohino.Les hautes flammes chassent do leur poste les porteurs de torches, massés sur les rochers, et lo navire vient s\u2019échouer sur le sable.Les passagers sont enlevés et déposés à terre, avant d\u2019avoir eu lo temps de se reconnaître, par les marins vaillants et adroits qui les guettaient avec tant d\u2019angoisse.Personne n\u2019est blessé, personne que lo piloto, auquel tous doivent la vio.En quittant le pont un homme s\u2019écrie : \u201c J\u2019ai laissé un coffre sur le pont, je suis ruiné si je le perds.Vingt livres à qui me le rapportera ! \u201d Les sauveteurs, occupés d\u2019une besogne plus héroïque, ne prêtent aucune attention à cet appel.Mais Maxwell, qui traverse le pont en chancelant, fait quelques pas, d\u2019une démarche incertaine, hésitante, comme celle d\u2019un Les passagers l\u2019entrevoyaient à travers la fumée.(P.!), col.ti.) iï-Ù'.S*'- V-¦\t' \u2018 rç 1 .- \u2022- V;* .yvu- .ê \u2022 'A TWi:\u2019 m if mm , -.1 mm mm « ;.f -t,' è ¦T>- p * - - 10 LE SAMEDI agonisant, et, saisissant la poignée brûlants du coffre, lo lance sur le rivage, laissant des lambeaux de sa chair collés au métal presque rouge.Alors ses pieds blessés refusont do le porter, il chancelle et tombe évanoui sur le pont.On lo porte à torro pendant que le propriétaire du coffre pleure d\u2019attendrissement.et disparaît emportant la récompense promise.Les cheveux, les habits de laine du pilote, avaient été soumis à une température telle, qu\u2019ils tombèrent en poussière quand on voulut le déshabiller.11 ne mourut pas cependant j un médecin célèbre le soigna ave» un dévouement, une scieneo admirables, et cette guérison mit le sceau à sa réputation.Mais les muscles de Maxwell étaient desséchés sur ses os, ses cheveux étaient devenus gris et il ne pouvait marcher sans l\u2019aide d une canne.Sa part d\u2019une souscription recueillie parmi les passagers et distribuée à l\u2019équipage, le fit vivre pendant quelques mois de repos forcé.Pauvre, il dut, dè3 que sa santé lo lui permit, reprendre son ancien métier; mais ses pieds abîmés étaient toujours faibles : il fit une chute et se fractura une côte.La municipalité de Glasgow songea alors à lui accorder une petite pension en mémoire de son héroïque exploit.Que l\u2019on médïto cette histoire : Maxwell a existé, l\u2019homme au coffre aussi, malheureusement pour l\u2019honneur de l\u2019humanité.Imité de l\u2019anglais par C.DICKSON.La chute des cheveux, soit par l\u2019ôge, soit par la maladie, peut être arrêtée et la chevelure redevenue luxuriante en bo servant du Rénovateur des Cheveux, de Hall.FEUILLETON DU \u201cSAMEDI\u201d COMMENCÉ DANS LE NUMÉRO DU 27 NO VEMBRE 1S97 LE SUPPLICE D\u2019UNE FEMME 1*0 Fils de ÎS-aToeisll» SIXIÈME PARTIE XXI (Suite) Il entendait mur cher, le bruit de portes qu\u2019on entr\u2019ouvre et qu\u2019on ferme ; il lui avait même semblé percevoir des chuchotements venant d une pièce voisine.Mais il n\u2019y avait rien dans tout cela qui.fut do nature a lefirayer.D\u2019ailleurs, le comte de Coulange était plein de bravoure, et même en face du danger il n\u2019était guère accessible a la pour.Et puis, quelle crainte pouvait-il avoir ?N était-il pas a Neuilly chez une femme du monde, une comtesse ?Soudain, une porte qu\u2019il n\u2019avait point remarquée s\u2019ouvrit du coté opposé à ^cello par laquelle il était entré, et un homme de haute taille, vêtu de noir, ayant le visage masqué, parut sur le seuil.Eugène laissa échapper un cri de surprise et, d\u2019un seul mouvement, se dressa sur ses jambes.\u2014 Un homme, un homme masqué ! s\u2019écria-t-il.Ah ! çà, mais où suis-je donc ici ?L\u2019homme avait refermé la porte.\u2014Vous le savez bien, répondit-il d\u2019un ton narquois, en avançant dans la chambre, vous êtes chez la belle comtesse au domino rose.Puis, changeant de ton, il ajouta : \u2014Jeune homme, nous allons causer ensemble.' Ah ! je comprends! exclama Eugène, je suis tombé dans un guet-apens.Infamie ! \u2014Permettez, cher monsieur, répliqua l\u2019individu, vou3 êtes venu ici librement.Parce que naïf et crédule, je me suis laissé prendre au piège qu\u2019on m\u2019a tendu.\u2014Vous voulez faire allusion, sans doute, à la promesse qu\u2019on vous a faite do vous dire ce que contiennent certains papiers.Prenez patience, monsieur, nous parlerons de cela tout à l\u2019heure.Le jeune comte haussa les épaules et eut un regard de mépris.\u2014Je commence par vous dire, reprit l\u2019autre, que vous ne devez pas vous effrayer.Et moi je m\u2019empresse do vous répondre que je n\u2019ai pas l\u2019habitude d\u2019avoir peur.\u2014On peut avoir peur sans cesser pour cela d\u2019être brave.Mais, je vous le répète, n\u2019ayez aucun effroi, je n\u2019en veux pas à votre vie.\u2014Alors, je comprends : c\u2019est l\u2019argent que j\u2019ai sur moi, ma montre cfc les diamants qui attachent ma chemise que vous voulez.Alors, je suis dans une caverne de voleurs.Allons, dépouillez-moi vite, que je puisse m\u2019éloigner de ce lieu où mon cœur se soulève dé dégoût.\u2014^eune homme, répondit l\u2019individu, je n\u2019en veux pas plus à vos bijoux qu\u2019à votre vio.Enfin, que.me voulez-vous ?s\u2019écria Eugène avec impatience.Ne vous ai-je pas dit que nous allions causer ensemble ?Maintenant, si vous voulez bien, cher monsieur, notre conversation va commencer.\u2014Et s\u2019il ne me plaît pas de vous écouter ?^ ous 111 entendrez quand même ; j\u2019ai à vous dire- certaines choses qui vous forceront à ouvrir les oreilles.\" Eugène jeta un regard '.sur la fenêtre, 'du côté de la porte, L homme devina sa pensée.\u2014Je dois vous prévenir, dit-il, que, pour le moment, vous êtes - {mon prisonnier, vous ne pourrez sortir d\u2019ici qu\u2019avec mon autorisa-ybtion.Je n\u2019ai pas besoin d\u2019ajouter que les portes sont fermées et U'; gardées.Inutile de crier, d\u2019appeler.Oe quartier, paisible l\u2019été, est, t l\u2019hiver presque désert, surtout à cette heure de la nuit.Il ne passe j pas de gendarmes sur le boulevard Bineau.Etes-vous enfin disposé à m\u2019écouter ?\u2014Non.Je ne veux pas entendre les paroles d\u2019un homme qui se ; cache sous un masque, probablement parce qu\u2019il a peur de montrer son visage en pleine lumière.>:- D\u2019un mouvement brusque l\u2019inconnu arracha son masque qu\u2019il i.jeta sur le parquet.ij\\ \u2014Eh bien, êtes-vous satisfait ?fit-il.\u2014Oui ; répondit Eugène.Il regardait avec un mélange de curiosité et de dédain la face terreuse de l\u2019individu, son front chauve couvert de rides profondes, sa barbe blanche et ses yeux éraillés, luisants, qui lançaient des éclairs fauves.\u2014Maintenant, que vous m\u2019avez bien regardé, dit l\u2019homme, vous devez êtes convaincu que vous ne me connaissez pas, que vous ne m\u2019avez jamais vu.Comme vous le voyez, cher monsieur, je ne m\u2019étais pas caché parce que je craignais de vous montrer mon visage.Le comte de Coulange approcha un fauteuil de la table, s\u2019assit tranquillement et dit : \u2014Je vous écoute.\u2014A la bonne heure, fit l\u2019inconnu, voilà qui prouve que vous êtes brave Il resta un moment silencieux et prit : \u2014Monsieur le comte de Coulange, il s\u2019agit d\u2019une affaire que j\u2019ai à vous proposer.\u2014Une affaire ?\u2014Un marché, le mot est plus juste.\u2014Je ne vois pas quelle affaire je puis traiter, quel marché je peux faire avec un homme que je ne connais pas.\u2014Oh! pour ceci mon nom importe peu; néanmoins, je veux bien vous dire que je me nomme Jacques Bailleul.On vous a parlé de papiers où se trouve un secret très précieux.On ne vous a point trompé, on.vous a dit la vérité.Ces papiers existent, ils sont en ma possession ; c\u2019est par un hasard des plus singuliers qu\u2019ils sont tombés entre mes mains.\u2014On m\u2019a dit aussi que ces papiers pouvaient empêcher un mariage.\u2014Le vôtre avec mademoiselle de Valcourt.On vous a dit la vérité.\u2014Non, non, répliqua le jeune homme avec force, c\u2019est impossible, je ne vous crois pas ; aucune puissance humaine ne peut m\u2019empêcher d\u2019épouser mademoiselle de Valcourt.\t\u2018 \u2014Alors, comment monsieur le comte de Coulange, qui est sensé, qui a 1 habitude de réfléchir, de calculer, s\u2019explique-t-il la lettre qu\u2019il a reçue, la scène dans la loge, sa présence ici, en face d\u2019un inconnu qui lui dit : J\u2019ai en ma possession des papiers très précieux, lesquels renferment un secret qui, s\u2019il est révélé, empêchera votre mariage ?Voyons, vous n\u2019admettez pas que j\u2019aie pris tant de peine à vous faire venir dans cette maison pour me donner seulement la satisfaction de vous regarder.Ces paroles ne permettaient pas de réplique.Eugène eut une sensation douloureuse et sa tête s\u2019inclina sur sa poitrine.Mais, se redressant aussitôt : \u2014Vous pouvez parler, dit-il d\u2019une voix ferme ; quelle chose épouvantable révèlent ces terribles papiers ?\u2014Doucement, doucement, n\u2019allons pas si vite et procédons par ordre.Avant tout, cher monsieur, il faut que nous nous entendions.\u2014Oui, je comprends, l\u2019interrompit\u2019Eugène.vous voulez me vendre ces papiers.Soit.A quel prix les estimez-vous ?\tt \u2014Poulies posséder, pour anéantir le secret, ie marquis de Coulange donnerait'toute sa fortune.| Le jeune Jiomme fitjun bond sur son' sièsé] 4\t- O LE SAMEDI 11 ¦r \u2022n^fÿS.\u2019 C0IAînua 1 individu, qui avait déclaré se nommer Jacques Bailleul, je m empresse de vous dire que les papiers ne sont pas à vendre.Alors pourquoi m avoir attiré ici ?Que me voulez-vous ! JN avez-vous pas parlé d'une affaire, d\u2019un marché ?Parfaitement.Et c est bien un marché que nous allons faire.\u2014Expliquez-vous donc.\u2014Ce que je veux faire acheter au comte de Coulange, c\u2019est le secret; ce que je veux lui vendre ensuite, c\u2019est le silence qui sera gardé afin qui! puisse épouser mademoiselle de Valcourt.Combien dois-je acheter le secret ?Combien vendez-vous votro silence ?Le secret vaut deux cent cinquante mille francs et le silence une pareille somme.Eugène fit un mouvement brusque et laissa échapper une exclamation.Je ne me suis pas trompé, pensa-t-il, je suis réellement tombé entre les mains d\u2019affreux scélérats.Redevenant aussitôt maître de lui : \u2014Ce n\u2019est pas donné, répliqua-t-il.\u2014Un comte de Coulange n\u2019est pas un petit négociant, un petit propriétaire ou un petit rentier, reprit Jacques Bailleul, je ne demanderais certainement pas à l\u2019un ou l\u2019autre de ceux-ci ce que je peux exiger du comte de Coulange.J\u2019ai fixé mes prix pour qu\u2019ils soient en rapport avec votre fortune.\u2014Vous me croyez donc bien riche ?\u2014Dame, vous n\u2019êtes pus pauvre, vous pouvez donner cinq cent mille francs plus facilement que beaucoup d\u2019autres dix mille.Vous possédez au bord de l\u2019Ailier une terre magnifique, d\u2019un grand rapport, qu\u2019on appelle, je crois Chesnel.En outre vous avez à la Banque de France, tant en numéraire qu\u2019en valeurs mobilières, environ deux millions.Vous voyez que je suis parfaitement renseigné.Il y a seize ou dix-huit mois que le marquis de Coulange vous a fait entrer en possession de cette fortune.C\u2019est un legs que vous a fait en mourant une vieille tante du marquis, la duchesse de Chcsnel-Tanguy.Donc, je considère que cinq cent mille francs pour vous sont une bagatelle.Le jeune homme était stupéfié, \u2014Qui donc est cet homme ?se demandait-il.Comment peut-il être si bien instruit ?\u2014Eh bien, reprit Jacques Bailleul, reconnaissez-vous que la somme n\u2019est pas exagérée ?\u2014Je n\u2019ai pas à discuter, répondit Eugène froidement ; vous mo faites une proposition, je suis libre, je pense, de l\u2019accepter ou de la repousser.\u2014Oh ! parfaitement.\u2014Mais du moment qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un marché à faire entre nous, il me semble que je ne puis m\u2019engager à payer le prix demandé par le vendeur avant de connaître la marchandise qui est à acheter.Jacques Bailleul resta un moment silencieux, interrogeant du regard la physionomie du jeune homme.Mais Eugène savait admirablement se contenir; il gardait son attitude calme et sur son visage pas un muscle ne s\u2019irritait.\u2014Au fait vous avez raison, répondit l\u2019homme, et je ne vois aucune inconvénient à vou3 livrer d'avance le secret.\u2014Eh bien, quel est ce secret si terrible ?L\u2019homme continuait à le regarder fixément.\u2014Cher monsieur, dit-il d\u2019une voix qui sonna comme un cuivre, vous n\u2019êtes pas le fils du marquis de Coulange.XXII Eugène sentit une douleur aiguë, comme si une lame eut traversé son cœur.Il se dressa, pâle comme un mort, le regard chargé d\u2019éclairs, frémissant de la tête aux pieds.\u2014Vous mentez, vous mentez ! exclama-t-il d\u2019une voix vibrante, vous êtes un misérable, un lâche, un infâme !.Vous insultez une femme, la marquise de Coulange, ma mère ! Les poings fermés, menaçant, la fureur dans les yeux, il était prêt à bondir sur Jacques Bailleul.Celui-ci tira de dessous son vêtement un poignard qu\u2019il posa sur la table.\u2014Votre couteau de bandit ne m\u2019épouvante pas, vous pouvez m\u2019assassiner! cria le jeune homme hors de lui ; mais vous ne m\u2019empêcherez pas de vous dire que vous êtes un lâche et un infâme coquin ! L\u2019homme se contenta de hausser les épaules.La colère d\u2019Eugène s\u2019apaisa subitement.Il joignit les mains et, regardant le ciel : \u2014Oh ! ma mère, ma noble mère, dit-il avec un sanglot dans la voix, c\u2019est vous, une.sainte, qu\u2019un misérable ose insulter devant moi ! \u2014D\u2019abord, jeune homme, dit Jacques Bailleul d\u2019un ton rude, je n\u2019ai pas insulté la marquise do Coulange ; c\u2019est vous qui vous êtes imaginé cela.Comme vous le dites, elle peut êtro une sainte, je n\u2019ai aucune raison pour prétendre le contraire.Quand vous serez plus calme et mieux en état de m\u2019écouter.\u2014Parlez, parlez ! l\u2019interrompit Eugène avec violence.\u2014Voyons, qu\u2019avez-vous supposé?Que j\u2019accusais la marquise do Coulange d\u2019avoir eu un amant duquel vous seriez né ?Mais je n\u2019ai pas dit cela du tout.Vous avez mal interprété mes paroles.Je vais tâcher de me faire mieux comprendre : vous n\u2019êtes pas lo fils du marquis de Coulange et vous n\u2019êtes pas davantage le fils de la marquise do Coulange ! Le jeune homme poussa un cri sourd ; ses bras tombèrent lourdement, et, livide, la sueur au front, les yeux hagards, démesurément ouverts, il resta immobile, comme foudroyé.\u2014Voilà lo secret, cher monsieur, continua Jacques Bailleul, je n\u2019ai pas besoin de vous faire remarquer, n\u2019est-co pas, combien il est précieux pour moi et terrible pour vous.\u2014Je.je ne suis pas.leur fils ! balbutia Eugène d\u2019une voix étranglée, se parlant à lui-même.Mais cela n\u2019est pas, cela n'est pas ! s\u2019écria-t-il en regardant autour de lui avec égarement ; oui, c\u2019est une imposture, une monstrueuse machination ! Et se tournant brusquement vers Jacques Bailleul : \u2014Mais avouez, avouez donc que vous mentez ! \u2014Vous n\u2019êtes pas le fils du marquis et do la marquiso de Coulange.\u2014Je ne vous crois pas ; où est la preuve ?\u2014Vous oubliez qu\u2019il y a des papiers.\u2014Ah ! oui, les papiers, où sont-ils ?Existent-ils seulement, ces fameux papiers ?Et quand même, ils sont faux, ils ont été fabriqués par quelqu\u2019un, par vous, peut-être.Jacques Bailleul frappa deux coups dans ses mains.Aussitôt une petite porte s\u2019ouvrit, et un homme masqué so montra dans l\u2019encadrement.\u2014Le manuscrit ?dit Jacques Bailleul.L\u2019homme masqué s\u2019éloigna et reparut presque aussitôt, tenant dans sa main un cahier ayant une couverture bleue.Silencieux, il s\u2019approcha de la table, posa le cahier devant son compère, puis sortit de la chambre dont la porte se referma.Alors Jacques Bailleul reprit la parole.\u2014Les papiers existent-ils, dit-il, les voilà ; il vous reste à savoir si c\u2019est là l\u2019œuvre d\u2019un faussaire.Il ouvrit le manuscrit à une page qui avait été marquée à l\u2019avance par une corne.\u2014Pour plusieurs raisons, continua-t-il, je ne vous mets pas co cahier en mains ; mais approchez-vous et vous verrez.Machinalement, Eugène s\u2019avança.Ses yeux tombèrent sur lo manuscrit ouvert.Aussitôt il se rejeta en arrière, en sursautant, comme si une bête venimeuse l\u2019eût piqué.\u2014L\u2019écriture de ma mère ! exclama-t-il affolé.\u2014 Non, pas de votre mère, mais de la marquise de Coulange.\u2014Ah ! c\u2019est à devenir fou ! s\u2019écria Eugène en serrant sa tête dans ses mains crispées ; c\u2019est un rêve horrible que jo fais ! \u2014Non, vous êtes bien éveillé.Allons, continua-t-il avec un accent demi-railleur, lisez cette page, cette page seulement, et vous apprécierez la valeur de ma marchandise.Lejeune homme se rapprocha, se pencha sur lo manuscrit ot lut avidement.Soudain, il se redressa en poussant un cri rauque.Il avait la figure décomposée et le regurd d\u2019un insensé.\u2014Un enfant volé, introduit par fraude dans la maison de Coulange ! murmura-t-il d\u2019une voix qui ressemblait à un râlement.Et c\u2019est moi, c\u2019est moi !.Il était haletant, de grosses gouttes de sueur tombaient de son front et coulaient sur son visage.Jacques Bailleul frappa de nouveau dans ses mains.L\u2019homme masqué reparut.Il avait évidemment deviné pourquoi on l\u2019appelait, car il apportait un petit paquet enveloppé dans un madras.Sur un signe de son complice il se retira.Jacques Bailleul avait pris le paquet.Il l\u2019ouvrit.\u2014Tenez, dit-il à Eugène, voici les langes que vous portiez le jour où vous êtes entré un matin, secrètement, au château de Coulange.Regardez ; un petit bonnet, une brassière, une petite chemise.Eugène se précipita sur ces objets, les prit dans ses mains fiévreuses, tremblantes, les tourna et les retourna, en les regardant comme un condamné à mort regarde l\u2019instrument de son supplice.Puis, jetant les langes sur la table, il fit quelques pas en arrière en chancelant sur ses jambes.Un gémissement sourd s\u2019échappa de sa poitrine et il s\u2019affaissa sur un siège, lourdement, comme une masse qui tombe.\u2014Naturellement, reprit Jacques Bailleul, la marquise de Coulange sait que vous n\u2019êtes pas son fils ; il n\u2019en est pas de même du marquis.Oh ! lui, il n\u2019a jamais eu le moindre doute à est égard.11 vous croit son fils et voit en vous l\u2019héritier do son nom et de sa fortune.Comment est-on parvenu à le tromper ?Pourquoi la mar- Si vous toussez prenez ie -\t-\t- B^XTTXvEIE iRiaucnvn^xL 12 LE SAMEDI quise a-t-elle gardé le silence jusqu\u2019à ce jour, c\u2019est-à-dire pendant de la duchesse de Chesnel-Tanguy, les quinze cent mille francs de plus de vingt-et-un ans ?Tout cela est écrit là, de la main de valeurs mobilières de ce legs étaient à la Banque de h rance.Où madame do Coulange.Je vous l\u2019ai dit tout à l\u2019heure, tout cela est sont maintenant ces valeurs ?une histoire qui serait longue à raconter.Du reste, que vous\t\u2014Toujours à la Banque de France,seulement elles ne sont plus a importe de la connaître ?Ce qu\u2019il est important que vous sachiez, moi.je vous l\u2019ai dit et vous l\u2019avez lu là, sur cette page.\t\u2014Hein ?je ne comprends pas ! Comme s\u2019il avait eu le temps\tde réfléchir et\tde\tprendre\tune\tEugène se redressa fièrement, et, une flamme\tdans le regard,\til résolution virile, Eugène se redressa brusquement.Il sortait de sa répondit : torpeur, do son écrasement.\t\u2014C\u2019est pourtant bien facile à comprendre ; la\tduchesse de Ches- -\u2014-Comment ce manuscrit est-il\ttombé entre vos\tmains ?\tdeman-\tnel-Tanguy a fait un legs au fils du marquis de Coulange; or,\tle da-t-il.\tmarquis de Coulange n\u2019ayant pas de fils, le legs n\u2019avait aucune \u2014Je crois vous l\u2019avoir dit déjà : c\u2019est tout simplement le hasard qui m\u2019a fait faire cette heureuse trouvaille.\u2014 Ce manuscrit, écrit tout entier de la main de madame la marquise de Coulange, dit-il.qui sont mes parents ou tout au moins quelle est la femme qui m\u2019a mis au monde ?\u2014Rien de positif.\u2014Pourtant, puisque je suis un enfant volé, on m\u2019a pris quelque part à quelqu\u2019un ?\u2014Sans aucun doute.D\u2019après ce que raconte le manuscrit, vous devez le jour à une pauvre femme abandonnée.On vous aurait enlevé à votre mère quelques heures après votre naissance.Alors votre mère est devenue folle et est morte peu de temps après.Le manuscrit ne dit que cela, ce qui indique que la marquise ne savait pas autre chose.Deux grosses larmes avaient jailli des yeux d\u2019Eugène et descendaient lentement le long de ses joues.Jacques Baillcuil poursuivit : \u2014Je puis vous dire, si cela peut vous intéresser, que ce manuscrit est une sorte de confession que la marquise de Coulange fait à son mari, dans le cas où la mort serait venue la surpi endre.Ce n\u2019est donc qu\u2019après son décès que le marquis devait prendre connaissance des faits.( uniment le manuscrit est-il sorti des mains de la marquise ?Je n\u2019en sais rien et je n\u2019ai pas à m\u2019en préoccuper.Tl est déjà ancien ; il y a quatorze ou quinze ans qu\u2019il a été écrit.Comme vous le voyez, je suis aussi explicite que possible.Qu\u2019avez-vous encore à me demander ?\u2014Rien ! \u2014Je n\u2019ai pas besoin d\u2019appuyer d\u2019avantage sur le danger de votre situation ; ce danger ressort des faits que vous connaissez maintenant.Pour les raisons qui lui ont fait garder le silence jusqu\u2019à présent, la marquise de Coulange continuera à se taire ; le secret restera enfermé au fond de son cœur, son mari ne saura jamais rien.Vous êtes aujourd\u2019hui comte de Coulange; plus tard, vous partagerez avec celle qui se croit votre sœur l\u2019héritage du marquis et vous serez marquis de Coulange.Je vous en donne l\u2019assurance, vous n\u2019avez rien à redouter de la marquise ; elle vous a adopté, elle ne touchera pas à voti\u2019e position.Il ne vous reste donc, pour être absolument tranquille et pouvoir dormir sur vos deux oreilles qu\u2019à acheter mon silence.Si vous le voulez bien nous allons conclure.\u2014Quoi ?\u2014Ah ! ça, à quoi pensez-vous donc ?Vous avez l\u2019air de sortir d\u2019un rêve.Ne sommes-nous pas en présence pour faire un marché ?\u2014Ah ! c\u2019est vrai, un marché, fit Eugène.Et un sourire singulier glissa rapidement sur ses lèvres.\u2014Je vous ai fait connaître mes conditions, reprit Jacques Bailleul, vous savez ce que vaut mon silence, c\u2019est cinq cent mille francs qu\u2019il me faut.Le jeune homme se leva et se rapprocha de la table près de laquelle il resta debout les bras croisés.Il avait repris sa force et toute son énergie.\u2014Voyons, reprit l\u2019autre, quelle somme avez-vous à la Banque de France ?\u2014Je n\u2019ai rien à la Banque de France, répondit Eugène d\u2019un ton froid.\u2014Alors votre argent et vos valeurs sont en dépôt dans une autre caisse.\u2014Je n\u2019ai de l\u2019argent et des valeurs nulle part.Jacques Bailleul tressaillit et un sombre éclair traversa son regard.\u2014Dites donc, fit-il d\u2019une voix sourde, que signifie cette plaisanterie ?\u2014Je ne plaisante jamais, répondit Eugène.\u2014Si, vous vous moquez de moi quand vous dites que vous n\u2019avez nulle part de l\u2019argent ou des valeurs.\u2014C\u2019est pourtant la vérité.Jacques Bailleul frappa violemment sur la table.\u2014Jeune homme, prenez garde ! s\u2019écria-t-il.Et il lança à Eugène un mauvais regard.Celui-ci répondit par un sourire de mépris.\u2014Vous savez bien, jeune homme, que je suis parfaitement renseigné, reprit Jacques Bailleul, en cherchant à paraître calme : lorsque le marquis de Coulange vous a mis en possession du legs raison d\u2019être, il n\u2019existe plus ! \u2014Qu\u2019est ce qu\u2019il dit là ?Voyons, jeune homme, est-ce que vous êtes fou ?Que signifient ces paroles ?\u2014\tQue je ne possède rien, ni argent, ni terre, répondit Eugène d\u2019une voix grave ; il n\u2019y a plus de comte de Coulange; celui qui est devant vous n\u2019est plus qu\u2019un inconnu, un malheureux qu\u2019on a pris à sa mère, un enfant volé !.Jacques Bailleul devint très pâle.D\u2019un seul mouvoment il se dressa sur ses jambes.\u2014Voyons, voyons, ce n\u2019est pas sérieux, ce que vous dites ! s\u2019écria-t-il.\u2014Ah ! ça, mais pour qui donc me prenez-vous ?répliqua le jeune homme d\u2019une voix éclatante ?Me supposez-vous assez infâme pour garder un nom qui ne m\u2019appartient pas, une fortune à laquelle je n\u2019ai aucun droit, pour devenir un voleur, en achetant le silence que vous voulez me vendre ?.Ah ! je n\u2019ai pas tout perdu : il mo reste l\u2019honneur !.Jacques Bailleul était stupéfié.La foudre tombant à ses pieds n\u2019aurait pas produit sur lui un effet plus terrible.A ce moment, les deux portes de la chambre s\u2019ouvrirent et deux hommes masqués entrèrent, celui q.ui s\u2019était montré deux fois et un autre.Soudain, la figure de Jacques Bailleul prit une expression hideuse ; son regard avait quelque chose de féroce.Le misérable ne pouvait plus en douter, l\u2019affaire était manquée.Une rage horrible grondait dans sa tête.Cependant il parvint à contenir sa fureur.\u2014Ainsi, dit-il, d\u2019une voix sifflante, vous repoussez ma proposition ?\u2014Avec indignation, avec dégoût ! \u2014Vous n\u2019aimez donc pas mademoiselle de Valcourt.\u2014Je l\u2019aime de toutes les forces de mon âme ! \u2014\tVous savez quelle ne sera pas votre femme.\u2014Je le sais.Je ne suis pas digne d\u2019elle, elle no me reverra jamais ! \u2014Jeune homme, pendant qu\u2019il en est temps encore, réfléchissez.\u2014Toutes mes réflexions sont faites.Je n\u2019ai plus rien à vous dire.Ai-je maintenant le droit de m\u2019en aller ?Cette fois, la fureur de Jacques Bailleul éclata comme une bombe.\u2014Ah! tu veux t\u2019en aller, avec mon secret! hurla-t-il.Tune sortiras pas d'ici.Maintenant, c\u2019est ta vie qu\u2019il me faut.Les yeux s\u2019étaient injectés de sang, il avait de l\u2019écume plein la bouche, son regard était effrayant.Ce n\u2019était plus un homme, mais une bête féroce.Il était horrible.Il s\u2019empara de l\u2019arme qu\u2019il avait posée sur la table, bondit sur le jeune homme comme un tigre sur sa proie, en poussant une sorte de rugissement, le saisit à la gorge et leva le poignard pour le lui plonger dans la poitrine.XXIII Eugène n\u2019avait pas cherché à éviter son féroce adversaire.Pâle, frémissant, il était resté immobile, prêt à recevoir la mort.Rapide comme l\u2019éclair, l\u2019un des hommes masqués s\u2019était élancé sur son complice et l\u2019avait empêché de frapper en arrêtant son bras.Celui-ci recula, en faisant entendre un grognement qui n\u2019avait rien d\u2019bumain.\u2014Il ne fallait pas l\u2019empêcher de me tuer, dit tristement Eugène, en s\u2019adressant à son libérateur masqué ; allez, je ne tiens guère à ma vie.pour ce qu\u2019elle vaut maintenant !.L\u2019homme s\u2019approcha de son eamarade masqué et lui dit quelques mots à l\u2019oreille.Alors ce dernier fit signe à Eugène de le suivre.Tous deux sortirent de la chambre, l\u2019homme masqué ayant dans la main une bougie.Ils suivirent un couloir étroit au fond duquel l\u2019inconnu ouvrit une porte.Puis mettant la bougie dans la main d\u2019Eugène, d\u2019un geste impérieux il lui ordonna d\u2019entrer.Le jeune homme pénétra dans la pièce ouverte devant lui.Aussitôt, la porte fut fermée et il entendit le bruit de la clef tournant dans la serrure.\u2014Tout n\u2019est pas fini, se dit-il, ils m\u2019ont enfermé ici pendant - -\u2014¦ \t .» - - ¦ v LÉ SAMEDI (ju'iis vont délibérer sur .non sort.Puisqu\u2019ils no veulent pas m\u2019assassiner, que vont donc faire de moi ces trois misérables ?Attendons ! soupira-t-il.Il posa la bougie sur un guéridon et se laissa tomber sur un siege.Les trois hommes causaient ou plutôt se disputaient dans la chambre ou la scène que nous venons de raconter s\u2019était passée.La fureur de Jacques 15tilleul n\u2019était pas encore calmée.Le lecteur na pas oublié, sans doute, que ce nom de Jacques Lailleul était celui qu\u2019avait Sosthène de Perny lors de son retour en h rance.Est-il besoin de dire que les deux hommes masqués étaient José Btsco et Armand Des Grolles ?Ou a également deviné que la dame au domino rose n\u2019était autre que b\u201dsoi-disant baronne de Waldreck, laquelle avait déjà joué, précédemment, auprès de Maximilienne, le rôle d\u2019une comtesse polonaise, dame de charité.Sosthène arpentait la chambre à grands pas, frappant du pied, grognant, gesticulant.Il s\u2019arrêtait à chaque instant pour se retourner vers ses complices et leur crier, en agitant ses bras comme un insensé : \u2014Je voulais le tuer ! Je voulais le tuer ! Cela dura plus de dix minutes.Enlin, il cessa de bondir sur le parquet.Il se rapprocha du Portugais et lui dit d\u2019une voix creuse : \u2014Voilà ! tout est perdu ! Ah ! si seulement vous ne m\u2019aviez pas empêché de lui enfoncer ma lame dans la gorge.\u2014Mais insensé que vous êtes, vous ne comprenez rien quand la colère vous aveugle ?Si vous aviez fait cela, vous nous auriez mis dans un joli pétrin.Demain, toute la police eût été à nos trousses, et tout serait réellement perdu.C\u2019est vous qui avez voulu faire cette tentative ; mais je connais le comte de Coulange, je craignais son insuccès.Voilà ce qu\u2019on peut appeler une fausse manœuvre, une grande maladresse.Maintenant, il s\u2019agit de la réparer.\u2014Mais il connaît le secret ! Que va-t-il faire ?dit de Perny.Il y aura sûrement un éclat à l\u2019hôtel de Coulange, et mon excellente sœur devinera que je suis à Paris.\u2014Eh bien après ?\u2014Ainsi, vous ne voyez à cela aucun danger ?\u2014Aucun.\u2014Vous êtes étonnant, José ?\u2014D\u2019abord, je crois que votre sœur vous chercherait longtemps avant d\u2019aller vous dénicher sur la butte Montmartre.Ensuite le comte de Coulange n\u2019a reconnu ni Des Grolles, ni moi.\u2014Si l\u2019on vous cherche, tant Mieux, à condition que vous resterez bien caché.Pendant ce temps je profiterai de l\u2019effet produit par votre sottise de cette nuit pour dégager notre véhicule embourbé.Le comte de Coulange fera un coup do sa tête, j\u2019en suis convaincu.Que se passe-t-il ?Je ne peux pas le deviner.Mais ce qui arrivera ne saurait changer en rien la situation du comte de Montgarin.Mlle de Coulange, l\u2019aime, elle l\u2019épousera.\u2014Mais l\u2019argent nous manque ! s\u2019écria Sosthène ! \u2014Oh ! il faudra bien que j\u2019en trouve.\u2014Comment ?\u2014En cherchant, répondit sourdement José.Mais, contina-t-il, il n\u2019est pas loin de quatre heures du matin, et, avant de rentrer chez moi, je tiens à faire une seconde apparition au Bal de l\u2019Opéra, Nous n\u2019avons plus rien à faire ici, décampons.\u2014Et le comte de Coulange ?demanda Sosthène.\u2014Des Grolles sait ce qu\u2019il y a à faire, répondit José.Nous n\u2019avons plus une minute à perdre, allons vite, partons.Sosthène prit le manuscrit de la marquise et autres objets (pii étaient sur la table, et l\u2019un derrière l\u2019autre, les trois bandits sortirent de la chambre.Au bout d\u2019une demi-heure d\u2019attente qu\u2019il avait employée à faire de douloureuses réflexions, Eugène, n\u2019entendant plus aucun bruit, se leva et fit le tour de la pièce transformée en une prison pour la circonstance.C\u2019était une pièce de réduit, assez malpropre, sans cheminée, n\u2019ayant pour tous meubles qu\u2019une chaise et le guéridon sur lequel il avait placé sa lumière.Ce cabinet n\u2019avait pas deux ouvertures ; la porte et un trou carré, bouché par une vitre et don-dant sur le jardin.Eugène ne doutait pas que la porte ne fût fermée ; cenendant il essaya de l\u2019ouvrir.Mais après quelques efforts inutiles, \u201cs\u2019approcha de l\u2019ouverture.Le trou n\u2019était pas grand ; mais à la rigueur, sauf à s\u2019écorcher un peu la peau, un homme mince y pouvait passer.Eugène venait de penser à cela, lorsqu\u2019il s\u2019aperçut que le trou avait un barreau de fer.\u2014Oh ! oh ! fit-il, suis-je réellement dans une prison ?Il revint près de la porte et la toucha de la main.\u2014Main non, reprit-il, cette porte est mince et facile à briser A peine avait-il prononcé ces mots que, derrière lui, la vitre vola en éclats, et un objet tomba au milieu du cabinet en rendant un bruit métalique.Eugène regarda.C\u2019était une clef.Probablement la clef de la O\tO i\u20183 e.Il la ramassa, la mit dans la serrure, la lit jouer et la porte s\u2019ouvrit.\u2014Je comprends, murmura-t-il, la maison est abandonnée.Il prit le bougeoir pour s\u2019éclairer jusqu\u2019au rez-de-chaussée, et il sortit de la maison, puis du jardin par la petite porte du boulevard, qu\u2019il trouva entr\u2019ouverte.Bien qu\u2019il eût hâte de s\u2019éloigner, il prit cependant le temps de regarder au-dessus de la porto et sur les pilastres de la grille.Il n\u2019y avait pas de numéro.\u2014N\u2019importe, se dit il, si c\u2019est nécessaire je saurai bien retrouver cette maison.Il enfonça son chapeau sur sa tête, serra son pardessus contre lui et partit au pas gymnastique.Dès qu\u2019il fut rentré dans Paris, son pas se ralentit.Il continua à marcher, allant droit devant lui, la tête baissée, absorbé dans mille pensées incohérentes, bizarres que faisait naître le trouble de son esprit.Eugène traversa la place de la Concorde, s\u2019arrêta à l\u2019entrée du pont, et se demanda : \u2014Que vais-je faire ?L\u2019air du matin était froid ; il gelait.Eugène, pourtant, ne sentait pas la froidure ; il est vrai que tout son sang était en ébullition.Pendant un instant il prêta l\u2019oreille aux rumeurs sourdes et lointaines qui sortaient du centre de Paris, principalement du côte- des Malles.Sous la lumière du gaz les balayeurs silencieux achevaient le nettoyage des rues.Le bruit des camions, répercuté par les échos, ressemblait à un formidable grondement.En même temps, Eugène entendait le clapotis de l\u2019eau sous les arches du pont.\u2014Oui, murmura-t-il, répondant à une de ses peinées, j\u2019ai bien fait de lire la lettre, d\u2019aller au rendez-vous qui m'était donné à l\u2019Opéra et de me laisser conduire dans la maison d\u2019où je sors.Je voulais savoir, je sais.Ah ! je ne sais pas qui je suis ; mais je sais ce que je ne suis plus !.C\u2019est épouvantable, horrible.Autour de moi se creusent d\u2019effroyables abîmes ! Je me le demande encore, que vais-je faire ?Ai-je le droit de rentrer là, ou je suis un étranger ?Et depuis près de vingt-deux ans je les appelle mon père, ma mère, ma sœur.depuis près de vingt-deux ans, je porte un nom qui ne m\u2019appartient point.Je suis le fils d\u2019une pauvre femme abandonnée, comme cela arrive souvent, par un misérable !.Quelle destinée pour la mère, quel triste sort pour l\u2019enfant !.Au moins elle ne souffre plus, elle ; elle est devenue folle et elle est morte !.Oh ! ma pauvre mère ! Pourquoi ?Parce quelle l\u2019aimait et qu\u2019elle n\u2019a voulu ni 1 abandonner ni le vendre.Voilà.Elle n'avait que son enfant pour la consoler dans son malheur et on le lui a volé ! Il fallait un enfant, un fils à la noble maison de Coulange.Mais c\u2019est un crime monstrueux qu\u2019on a commis ! Oh ! madame la marquise ! Ah ! malheureux ! s\u2019écria-t-il, en se frappant la poitrine, j\u2019accuse ma bienfaitrice, la femme que j\u2019honore, que je vénère et respecte le plus, celle que tout à l\u2019heure je défendais et appelais une sainte ! Non, non, je ne veux pas avoir cette pensée.Où il y a la bonté et la grandeur, il ne faut pas chercher la cruauté et la bassesse.Mais quel est donc cet horrible mystère ?8a tête s\u2019inclina sur sa poitrine et, pendant quelques minutes, il pleura silencieusement.Il pensait à son brillant passé, qui n\u2019était plus qu\u2019un rêve, à tous ceux qu\u2019il aimait : le marquis, la marquise, Maximilienne, Emmeline, à madame Louise encore ; aussi à la pauvre morte qui l\u2019avuit mis au monde.\u2014Pourquoi ne m\u2019ont-ils pas tué ?reprit-il d\u2019unt on navrant.Quel service ils m\u2019auraient rendu ! Il se tourna du côté de l\u2019eau et regarda les petits Ilots qui semblaient courir les uns après les autres.\u2014L\u2019oubli est dans la mort, prononça-t-il tristement,et la mort est là, ouvrant ses bras au fond de ce gouffre.Je ferais peut-être bien d\u2019aller lui dire : \u2014Prends-moi ! Il tressaillit.\u2014Non, murmura-t-il, le suicide est une lâcheté ! Puisqu\u2019il le faut, je souffrirai.Est-ce que ma mère n\u2019a pas souffert, elle !.Alors il se demanda s\u2019il lui était permis de s\u2019éloigner de l\u2019hôtel de Coulange, de disparaître sans avoir revu le marquis, la marquise et Maximilienne.Certes, il ne pouvait douter de la sincère affection dë'ccs trois personnes.Quelle inquiétude pour elles, s\u2019il quittait Paris, la France, comme il en avait l\u2019intention, sans les prévenir ! Et puis, sous peine d\u2019être un monstre d\u2019ingratitude, ne devait-il pas au moins remercier le marquis de ce qu\u2019il avait fait pour lui ?Il comprit qu\u2019il devait rentrer à l\u2019hôtel de Coulange.Mais tout à coup, il lui vint une autre pensée.Ce manuscrit, dont on lui avait fait lire seulement une page, avait-il été réellement écrit par la marquise de Coulange '( Sans doute, il avait reconnu l\u2019écriture ; mais n\u2019existait-il pas des faussaires habiles imitant parfaitement toutes les écritures ?enfin les trois misérables auxquels il avait eu affaire n\u2019étaient-ils pas capables d\u2019avoir imaginé cette ignoble coquinerie, comptant qu\u2019il serait aussi infâme Contre les Rhumes obstinés, la Coqueluche, l\u2019Asthme, lo Croup, etc., etc., Demandez le B AUJM E Bill' .M AL 4 -\t, .\u201cnr -¦\t1 \" 14\tLE SAMEDI qu\u2019eux, et que, pour conserver le nom de Coulange et épouser mademoiselle de Valcourt, il n\u2019hésitait pas à acheter leur silence cinq cent mille francs ?Eugène s\u2019étonna que cette idée ne lui fût pas venue plus tôt.Plus il l\u2019examinait, la creusait, plus elle lui paraissait admissible.D\u2019ailleurs elle lui fournissait une explication très-nette, tandis que s\u2019il ajoutait foi à l\u2019histoire de l\u2019enfant volé, il se trouvait en face d\u2019un mystère impénétrable.Peu à pou, en consultant sa raison et en interrogeant tous ses souvenirs, il arriva à sa convaincre qu\u2019on lui avait tendu, avec une audace rare, un piège dans lequel on espérait qu\u2019il se laisserait prendre niaisement.Aux premières lueurs de l\u2019aube, comme les boutiques commentaient à s\u2019ouvrir dans les rues, Eugène rentra à l\u2019hôtel de Coulange.A midi, comme d\u2019habitude, trois coups de cloche annoncèrent le déjeuner.Tout en rentrant, Eugène s\u2019était mis au lit.Mais n\u2019ayant pu dormir, il s\u2019était levé à dix heures.Il vit dans une glace ses yeux battus et l\u2019altération de ses traits.Il ne pouvait paraître ainsi devant le marquis et la marquise.Il pensa qu\u2019un bain ferait dispflraitre les traces de fatigue de l'horrible nuit.Il descendit dans la salle de bains oh il resta une heure.Ensuite il remonta chez lui et constata avec satisfaction que sa grande pâleur avait à peu près disparu et que ses yeux, moins rouges, avaient repris leur expression ordinaire.Il se jeta sur une chaise.Le son de la cloche l\u2019arracha à ses pensées.Il se regarda dans une glace, passa sa main sur son front pour relever ses cheveux et se rendit dans la salle à mander où il arriva O le dernier.Gabrielle était là.La marquise, qu\u2019elle était venue voir le matin, l\u2019avait retenue.On se mit à table.Le repas fut presque silencieux.Gabrielle observait Eugène à la dérobée.Elle avait tout de suite remarqué qu\u2019il n\u2019était pas comme à l\u2019ordinaire, bien qu\u2019il fît de grands efforts pour paraître gai.A son tour elle devint triste et inquiète.Une mère est toujours prompte à s\u2019alarmer.\u2014Il a quelque eliose, se disait-elle.\u2014Eugène, dit le marquis, tu es bien silencieux aujourd\u2019hui ; est-ce que tu ne nous dis rien ?\u2014Que voulez-vous que je dise, mon père ?\u2014il me semble pourtant que tu as quelque chose à nou3 raconter.Tu pourrais,par exemple, continua le marquis en souriant, nous dire s\u2019il y avait beaucoup de monde au bal de l'Opéra et quelles ont été tes impressions.Eugène rougit jusqu\u2019aux oreilles.\u2014Mon père, balbutia -t-il, vous savez donc ?.Le marquis se mit à rire.La marquise et Maximilienne ne cherchaient pas à cacher leur surprise.\u2014Ainsi, reprit M.de Coulange, c\u2019est bien au bal de l\u2019Opéra que tu es allé.Je l\u2019ai deviné en te voyant rentrer ce matin à six heures ; car je me suis dit aussitôt : c\u2019est là seulement qu\u2019il peut avoir passé la nuit.Ah ! ah ! tu ne te doutais pas quo j\u2019étais levé à six heures.\u2014Comment, Eugène, tu es allé au bal de l\u2019Opéra ?dit Maximilienne.\u2014Oui.\u2014Oh ! le vilain cachottier, fit la jeune fille en souriant.\u2014Tu as raison, Maximilienne, dit le marquis, c\u2019est un cachottier ; gronde-le, non point parce qu\u2019il est allé au bal de l\u2019Opéra, mais parce qu\u2019il ne voulait pas qu\u2019on connût sa petite escapade.\u2014Il faut que vous sachiez, cher père, qu\u2019Eugène avait déclaré à M.de Montgarin, devant maman et moi, qu\u2019il n\u2019irait pas au bal de l\u2019Opéra.\u2014La curiosité lui est venue à la dernière heure.\u2014C\u2019est vrai, mon père, c\u2019est au dernier moment que j\u2019ai changé d\u2019idée.\u2014Enfin, reprit le marquis, t\u2019es-tu amusé ?\u2014Non ; mon père.\u2014Cela ne me surprend point : il n\u2019y a que certaines gens qui s\u2019amusont dans ces sortes de fêtes.Et ce fut tout.On parla d\u2019autre cliese.A une heure et demie le marquis se leva.Il avait commandé sa voiture.Il allait sortir avec Maximilienne.\u2014Viens-tu avec nous ?demanda le marquis à Eugène.\u2014Non, mon père, je ne sortirai pas aujourd\u2019hui.\u2014Je comprends, tu as besoin de te reposer.Le marquis et sa fille partirent.Eugène laissa la marquise et Gabrielle «auser ensemble.Au bout d'une demi-heure, celle-ci se retira.La marquise resta seule dans son boudoir.Eugène guettait sans doute le départ de Gabrielle, car elle était à peine sortie de l\u2019hôtel qu\u2019il frappa à la porte du boudoir.\u2014Comment, c\u2019est toi, Eugène ?fit la marquise en se retournant.Comme tu as l\u2019air solennel ! Voyons, est-ce une confidence que tu as à me faire ?\u2014Oui, ma mère, une grosse confidence.\u2014Eh ! bien, je t'écoute.Mon Dieu, me voilà déjà inquiète ! Le jeune homme étouffa un soupir.\u2014Ma mère, fit-il, après m\u2019avoir entendu déclarer qu\u2019il ne me plaisait point d\u2019aller au bal de l\u2019Opéra, vous avez été étonnée on apprenant tout à l\u2019heure que j\u2019y suis allé.\u2014En effet, mon ami.Mais comme l\u2019a dit ton père, c\u2019est une curiosité naturelle.\u2014Oui, c\u2019est la curiosité qui m\u2019a poussé ; mais, pas celle dont mon père a voulu parler.Ma mère, je suis allé à un rendez-vous qu\u2019on m\u2019a donné à l\u2019Opéra.Hier matin, une vieille femme m\u2019arrêta dans la rue et, mystérieusement, me remit une lettre, la voici.Lisez, ma mère.La marquise prit le papier qu\u2019Eugène lui tendait déplié, et lut rapidement.Le jeune homme s\u2019aperçut qu\u2019elle pâlissait.\u2014Èugèno, dit-elle vivement d\u2019une voix émue, tu sais bien que le bonheur d\u2019Emmeline et le tien ne courent aucun danger ; tu as eu tort d\u2019aller à ce rendez-vous d\u2019un inconnu.\u2014Peut-être, ma mère.D\u2019abord, j\u2019ai pensé comme vous et j\u2019ai hésité ; mais la curiosité l\u2019emporta.Je trouvais l\u2019aventure piquante, singulière ; je ne pus résister au désir de voir, de savoir.\u2014Qui as-tu trouvé à l\u2019Opéra ?Un homme ?\u2014Non, une femme en domino rose, dont je n\u2019ai pu voir la figure parce quelle était masquée.\u2014Une folie de carnaval ! fit la marquise.\u2014Ma mère, c\u2019est plus sérieux que cela.\u2014Enfin, que s\u2019est-il passé entre toi et cette femme ?Ici, Eugène raconta assez exactement la scène de la loge.\u2014Et tu t\u2019es laissé entraîner par cette femme ! exclama la marquise, dont l\u2019inquiétude augmentait visiblement.\u2014Oui.Mais ce n\u2019est pas précisément le domino rose qui m\u2019entraînait ; c\u2019est une force irrésistible qui mo poussait.Je suivis donc la femme masquée, reprit le jeune homme.Elle avait une voiture qui l\u2019attendait à quelques pas de l\u2019Opéra ; j\u2019y prit place à coté d\u2019elle, et, au bout d\u2019un quart d\u2019heure ou vingt minutes, nous mîmes pied à terre devant une maison du boulevard Bineau, à Neuilly, qu\u2019elle me dit être la sienne.La porto d\u2019entrée d\u2019un jardin s\u2019ouvrit devant nous ; et après avoir fait trente ou quarante pas dans une allée, nous entrâmes dans la maison.La femme masquée m\u2019introduisit dans une pièce où elle me pria de l\u2019attendre un instant pendant qu\u2019elle allait changer de costume.Je ne la revis plus.\u2014Après, après ?lui demanda la marquise d\u2019une voix frémissante.Son instinct lui faisait pressentir quelque chose d\u2019effroyable.Son cœur se serrait.Ce qu\u2019elle éprouvait maintenant, ce n\u2019était plus seulement de l\u2019inquiétude, mais de la terreur.\u2014Après avoir attendu assez longtemps, une porte s\u2019ouvrit et je vis entrer dans la chambre un homme masqué.\u2014Masqué ! répéta Mme de Coulange comme un écho.\u2014L\u2019effet qui produisirent sur moi les premières paroles de cet homme, je ne vous le dirai point, ma mère.\u2014Pourquoi ?\u2014Parce que, les ayant mal interprétées, je devins furieux et fus sur le point de lui sauter à la gorge.\u2014Que t\u2019avait-t-il dit ?\u2014Quelque chose d\u2019épouvantable, ma mère, et, trop facilement, j\u2019avais cru qu\u2019il vous insultait.\u2014Et tu t\u2019es indigné ! s\u2019écria-t-elle, et tu as défendu le marquis de Coulange !.C\u2019est bien, c\u2019est bien !.Continue, Eugène, continue.Le jeune homme hésitait à parier.\u2014Eugène, je veux tout savoir, reprit-elle ; parle, parle, je t\u2019en supplie, et, s\u2019il faut, je te l\u2019ordonne ! \u2014Ma mère, dit alors Eugène, l\u2019inconnu me proposa un marché.\u2014Un marché ?.\u2014Oui, un marché étrange.Il m\u2019offrit de me vendre un secret et son silence cinq cent mille francs.La marquise fit entendre un gémissement.Eugène continua : \u2014Je lui répondis que je ne pouvais faire un marché semblable avec un incpnnu, un homme qui cachait sa figure sous un masque.Alors l\u2019inconnu enleva son masque.-Tu l\u2019as vu ! Comment est-il, cet homme ?Dis, dis !.\u2014Les traits sont assez réguliers; mais il a le visage flétri et comme un stigmate de honte sur son front dénudé.Sa barbe et ses cheveux sont blancs ; ses yeux caves sont étincelants ; une crispation de ses lèvres est son sourire ; il a le regard méchant, haineux, la parole brève et la voix dure et gutturale.Il est de haute taille et doit avoir entre cinquante et soixante ans.La marquise terrifiée se dressa sur ses jambes en s\u2019écriant : \u2014C\u2019est lui ! Eugène la regarda tout interdit.Elle jeta autour d\u2019elle des regards épouvantés ; puis, retombant toute tremblante sur le canapé : LË; SAMEDI\tib Et le secret de cet homme, l\u2019as-tu acheté ?demanda-t-elle d une voix étranglée.Elle dut attendre que le jeune homme eût la force de parler.~-^°n> dit-il, au bout d\u2019un instant, je n\u2019ai pas acheté son secret, je n\u2019ai pas acheté non plus son silence.\u2014Alors, tu ne sais rien, rien ?\u2014L\u2019homme que j\u2019ai vu cette nuit est un misérable.\u2014Oh ! oui, un grand misérable ! \u2014Je ne, veux pas tenir compte des choses étranges, terribles qu il m a révélées ; c\u2019est par vous que je dois apprendre la vérité.XXIY Ces paroles pénétrèrent comme un fer rouge dans le cœur de la marquise.Elle s\u2019agita convulsivement et laissa échapper une plainte sourde.Le jeune homme baissa la tête et resta un moment silencieux.Puis, se redressant brusquement : -Ah ! je ne sais plus comment je dois vous parler ! s\u2019écria Eugène d\u2019un ton douloureux; faut-il vous appeler ma mère ou madame la marquise ?Elle poussa un cri affreux.Puis, d\u2019une voix éteinte : \u2014Ah ! il sait tout, murmura-t-elle.\u2014Non, répliqua-t-il, je ne saurai que quand vous aurez parlé.\u2014Mon Dieu, quelle horrible torture ?gémit la marquise.Elle passa rapidement ses deux mains sur son front, et, comme si elle eût eu honte de sa faiblesse, elle retrouva subitement son énergie.\u2014Eh bien, dit-elle d\u2019une voix affermie, intorroge-moi, que veux-tu savoir ?\u2014Suis-je le fils du marquis et de la marquise de Coulange ?\u2014Ah 1 le misérable ! exclama-t-elle, il a osé révéler ce Secret qui aurait dû mourir avec lui comme j\u2019avais juré qu\u2019il mourrait avec moi ! \u2014Ainsi, cet homme n\u2019a pas menti ?\u2014Non, il n\u2019a pas menti, l\u2019infàme ! Tu n\u2019es pas le fils du marquis et de la marquise de Coulange.Le jeune homme poussa un gémissement, laissa tomber sa tête dans ses mains et s\u2019abîma dans sa douleur, douleur profonde.Au bout d\u2019un instant, la marquise se leva et s\u2019approcha de lui.\u2014Eugène, lui dit-elle d\u2019une voix pleine de larmes, en lui posant la main sur l\u2019épaule, tu souffres, n\u2019est-ce pas, tu souffres beaucoup ?.Va, tu ne souffriras jamais autant que la pauvre marquise de Coulange a souffert.Le malheureux se dressa debout.Il sanglotait, mais ses yeux étincelants n\u2019avaient pas une larme.\u2014Pardonnez-moi, madame la marquise, dit-il.\u2014Madame la marquise ! exclama-t-elle ; tu m\u2019appelles madame la marquise ! \u2014Je n\u2019ai plus le droit de vous appeler ma mère.Elle poussa un cri déchirant et fondit en larmes.Eugène s\u2019empara d\u2019une de ses mains et la porta à ses lèvres.Puis, lentement, il se dirigea vers la porte.\u2014Où vas-tu ?lui demanda-t-elle.\u2014Attendre le retour de monsieur le marquis.\u2014Mais que veux-tu donc faire ?\u2014Remercier monsieur le marquis de ses bienfaits.\u2014Et après ?\u2014Je m\u2019en irai où la volonté de Dieu me conduira.\u2014Ah ! c\u2019est impossible ! Eugène, tu ne feras pas cela, s\u2019écria-t-elle éperdue.\u2014Je ne suis plus ici qu\u2019un étranger.\u2014Oh ! un étranger ! fit-elle avec un accent intraduisible.\u2014Je m\u2019en irai, madame la marquise, c\u2019est ce que je dois faire.Elle resta un moment silencieuse et dit, en remuant tristement la tête : \u2014Oui, je comprends ce sentiment: c\u2019est de la noble fierté.Ah ! Eugène, vous êtes le digne élève du marquis de Coulange.Maintenant, continua-t-elle, vous allez me faire une promesse.Vous ne direz rien au marquis de Coulange avant que vous n\u2019y soyez autorisé par moi.Et, comme si elle eût deviné la pensée du jeune homme, elle ajouta : \u2014Oh ! rassurez-vous, si ce n\u2019est pas ce soir même, demain matin vous pourrez annoncer à mon mari quelles sont vos intentions.La marquise, est-il besoin de le dire, avait pris une résolution suprême.\u2014Eh bien, Eugène, reprit-elle, me promettez-vous cela ?\u2014Oui, je vous le promets.\u2014Merci ! Elle lui prit la main et le ramena au milieu du boudoir, près du fauteuil qu\u2019il venait de quitter.\u2014Asseyez-vous, lui dit-elle.Il y a plusieurs choses quo jo tiens à savoir et qu\u2019il faut que vous me disiez.Eugène s\u2019assit et attendit que la marquise l\u2019interrogeât.XXV Madame do Coulange était redevenue absolument muîtresso d\u2019elle-même.Il semblait quelle fut maintenant insensible à la souffrance, à la douleur.Elle s\u2019étonnait de trouver en elle un aussi grand courage.La douleur excessive amène souvent de cos sortes de réactions.Elle devait sans doute la force extraordinaire dont elle faisait preuve à l\u2019irritation de ses nerfs et à son état fébrile.Après un court silence, elle reprit : \u2014Eugène, racontez-moi exactement tout ce qui s\u2019est passé dans cette maison du boulevard Binoau où vous avez été conduit par la femme masquée.Lejeune homme lui fit le récit quelle demandait.La scèno était encore fraîche dans sa mémoire ; il put en retracer fidèlement tous les détails.La marquise l\u2019interrompit une seule fois, ce fut quand il parla du manuscrit dont il avait reconnu l\u2019écriture et lu une page.\u2014Oui, dit-elle, ces pages sont bien écrites toutes do ma main ; c\u2019est le récit aussi complet que possible de ce (pii s\u2019est passé.Si vous l\u2019aviez lu tout entier, Eugène, ce manuscrit que j\u2019ai arrosé de mes larmes, que j\u2019ai commencé à écrire le lendemain du jour où je vous ai embrassé pour la première fois, vous connaîtriez toutes mes souffrances, vous sauriez quelles horribles tortures ont marqué tous les jours, toutes les heures de ma malheureuse existence.I! y aura bientôt quatorze ans que ce manuscrit m\u2019a été volé par le misérable en présence duquel, vous étiez la nuit dernière.\u2014Vous le connaissez donc ?\u2014Hélas ! oui, je le connais.Ah ! ne me demandez pas son nom, je ne puis vous dire qui il est, vous ne devez pas le savoir !.Oui, mon manuscrit m\u2019a été volé par cet homme.Je le croyais détruit, perdu ; je croyais qu\u2019il avait été jeté dans la Marne ; je n\u2019y pensais plus.Et après tant d\u2019années écoulées, voilà l\u2019usage qu\u2019on en vient faire ! Et c\u2019est lui, lui, qui a eu l\u2019incroyable audace de vous révéler ce secret qui m\u2019a coûté si cher à garder ! La marquise écouta ensuite silencieusement.Elle eut seulement un sourire doux et triste quand Eugène lui lit la description des langes de l\u2019enfant.A ce moment, sans doute, elle pensait à la véritable mère, à Gabrielle, l\u2019autre martyre.\u2014Ainsi, dit madame de Coulange, sans compter la femme au domino rose, qui avait probablement disparu aussitôt sa mission remplie, il avait avec lui deux complices, deux hommes masqués.Pourquoi étaient-ils masqués ?\u2014Je l\u2019ignore.Peut-être pour compléter la mise en scène et produire sur mon esprit une impression plus forte.La marquise secoua la tête.Après avoir réfléchi un instant, elle repi it: \u2014Je ne vous demande pas quelles ont été vos impressions en apprenant ce secret, je les devine, je les sens ; elles ne pouvaient être que douloureuses.Mais ce que je voudrais savoir, c\u2019est ce que vous avez pensé à la suite de vos terribles émotions.\u2014J\u2019ai pensé que ma vie était brisée et qu\u2019il n\u2019y avait plus pour moi de bonheur possible.\u2014Eugène, vous oubliez donc Emmeline ?\u2014Il le faut bien, madame la marquise.\u2014Pourtant.\u2014Je ne reverrai plus Mlle de Valcourt.\u2014Alors vous renoncez à tout ?\u2014A tout ce qui, pour moi, ne saurait plus être qu\u2019un rêve.\u2014Pauvre enfant ! se dit la marquise, le coup l\u2019a frappé au cœur, et la blessure est profonde.Elle reprit à haute voix : \u2014Et de moi, Eugène, qu\u2019avez-vous pensé ?\u2014Une pensée mauvaise m\u2019est venue, madame la marquise ; mais je l\u2019ai aussitôt repoussée, en me rappelant vos vertus et vos bontés pour moi.\u2014C\u2019est bien, Eugène ; je vous remercie de n\u2019avoir point douté de la marquise de Coulange.Us causèrent encore quelques minutes, puis le jeune homme se leva pour se retirer.\u2014Eugène, vous n\u2019oublierez pas la promesse que vous m\u2019avez faite, lui dit la marquise.Il est bien entendu que, jusqu\u2019à nouvelle ordre, M, de Coulange et Maximilienne ne doivent rien soupçonner.Je vous demande donc d\u2019avoir la force de vous contraindre devant eux.Cette force, vous l\u2019aurez, si vous n\u2019oubliez pas que ce secret qui vous a été révélé est mon secret, à moi, et la cause de toutes les larmes que j\u2019ai versées depuis vingt-deux ans.\u2014S\u2019il le faut, madame la marquise, pour vous je saurai mentir.\u2014Ah ! ce n\u2019est pas mentir, celu, dit-elle tristement. LE SAMÈJD1 Sur ces paroles, Eugène quitta la marquise.11 ne lui avait adressé aucune question au sujet de sa mère.Avait-il jugé inutile de le faire, la croyant morte, comme la marquise le croyait elle-même lorsqu\u2019elle avait écrit son manuscrit ?Ou bien avait-il espéré que, sans l\u2019interroger, Mme de Coulange lui parlerait de la malheureuse femme à qui on avait volé son enfant pour le lui donner, à elle ?Mais, sur ce point, la marquise s\u2019était tenue dans une réserve absolue.Assurément elle avait eu des raisons pour garder le silence ; et nous pouvons supposer qu\u2019elle ne voulait rien dire à Eugène avant de s\u2019être d\u2019abord entendue avec Gabriel le.Comme nous l\u2019avons dit, la marquise avait pris une résolution.C'était Uni ; elle ne pouvait plus garder le silence ; quoi qu\u2019il put arriver, il fallait tout dire au marquis.L\u2019heure terrible avait sonné.Quand elle voyait la vie de son mari constamment menacée, quand son épouvantable frère, plus audacieux et plus redoutable que jamais, cherchait par tous les moyens à commettre de nouveaux crimes, pouvait-elle hésiter encore à révéler au marquis sa première infamie ?Sans doute, elle allait être forcée de flétrir la mémoire de sa mère, qui était morte avec le repentir ?mais qu\u2019importe ?Sosthène était là, menaçant, haineux ; elle n\u2019avait plus rien à ménager.D\u2019ailleurs quelque chose lui disait que c\u2019était la vie de son mari et le bonheur de Âlaximilienne quelle défendait, qu\u2019elle sauvait peut-être ! Autrefois, elle n\u2019avait pas osé se faire l\u2019accusatrice de son frère et de sa mère ; elle avait reculé avec terreur devant les conséquences de sa révélation ; maintenant, sans crainte, sans défaillance, elle allait dire au marquis : \u201c Voilà le crime des miens ; j\u2019ai été coupable en vous le cachant, jugez-moi ! Elle était rentrée dans sa chambre et s\u2019était mise à genoux devant un prie-Dieu.Le roulement d\u2019une voiture dans la cour la fit tressaillir.Elle se leva brusquement et alla soulever le rideau d\u2019une fenêtre.Comme elle l\u2019avait pensé,c\u2019était son mari et sa fille qui rentraient.11 n\u2019était pas encore cinq heures.Elle s\u2019essuya rapidement le visage avec son mouchoir, puis elle sonna sa femme de chambre.Celle ci parut aussitôt.\u2014Rose, lui dit la marquise, M.le marquis rentre à l\u2019instant ; je vous prie d\u2019aller lui dire que je l\u2019attends ici, dans ma chambre.La marquise resta debout au milieu de la chambre.Les yeux tournés vers le ciel, une fois encore elle éleva sa pensée jusqu\u2019à Dieu.\u2014Le voici, dit-elle, en entendant un bruit de pas.La porte de la chambre s\u2019ouvrit.Le marquis entra.Il s\u2019approcha de sa femme, tout souriant et lui tendit la main.\u2014Tu m\u2019as fait dire de venir te trouver.Est ce que tu as quelque chose à me dire ?\u2014Oui, Edouard, j\u2019ai quelque chose à te dire, répondit-elle d\u2019une voix émue.\u2014Mais comme tu as l'air triste ; serais-tu contrariée ! La marquise secoua la tête.Elle avait une grande oppression, tout frémissait en elle, la malheureuse femme se sentait prête à défaillir et, anxieuse, elle se demandait si elle aurait la force de parler.Certes, elle était résolue, elle ne voulait pas reculer.Mais l\u2019émotion de la dernière minute était terrible ; elle sentait son cœur serré comme dans un étau, elle était reprise par la terreur.\u2014Eh bien, Mathilde, reprit le marquis qui commençait à être inquiet, c\u2019est donc bien grave ce que tu as à me dire ?\u2014üli ! oui, c\u2019est grave, c\u2019est terrible, balbutia-t-elle.-\u2014Mathilde, tu m\u2019effrayes.Pourquoi cette émotion qui te rend ainsi tremblante et t\u2019empêche de respirer ?Je t\u2019en prie, remets-toi.\u2014Elle se laissa tomber à genoux devant lui.\u2014Mais que fais-tu donc ?s\u2019écria-t-il.\u2014Edouard, c\u2019est la confession de ta femme, ce sont d\u2019épouvantables choses que tu vas entendre ! -\u2014Eh bien je les entendrai, ces épouvantables choses, répliqua le marquis devenu grave, mais restant maître de lui-même.Mais, continua-t-il, ce n\u2019est pas à genoux que la marquise de Coulange doit parler à son mari.Relève toi Mathilde.En parlant, il lui avait pris les deux mains, il l\u2019aida à se lever et il la conduisit près d\u2019une causeuse où il la lit asseoir.-\u2014Maintenant, lui dit-il en s\u2019asseyant.près d\u2019elle, tu peux parler, je t\u2019écoute.La marquise resta encore un instant dans son affaissement, puis elle eut un mouvement brusque et se redressa.\u2014Edouard, reprit-elle d\u2019une voix pleine de sanglots, je vais frapper ton noble cœur d\u2019un coup terrible, c\u2019est une horrible souffrance que tu vas avoir; mais je ne puis plus me taire, l\u2019heure de parler est venue ; il le faut, il le faut !.Il va sortir de mon cœur, ce secret fatal, qui depuis vingt-deux ans m\u2019étouffe et me martyrise, me châtiant sans cesse de l\u2019avoir gardé ! \u2014Voilà do bien étranges paroles, dit le marquis avec un calme apparent ; elles font naître en moi un profond étonnement.Quel est donc ce terrible secret que tu gardes depuis vingt-deux aiis\u2019, Mathilde ?Pourquoi, après l\u2019avoir si longtemps gardé, veux-tu me le faire connaître aujourd\u2019hui ?\u2014Parce que, aujourd\u2019hui, je ne puis plu- me taire, Edouard, tu dois tout savoir, je te dirai tout! Eiouard, je suis coupable.\u2014Coupable, toi ! exclama-t-il.Elle fit entendre un gémissement.\u2014Allons donc, reprit le marquis, tu te calomnies ! Toutefois, il était devenu très pâle et il éprouvait un grand trouble intérieur.La marquise appela à son aide tout son courage.\u2014Edouard, dit-elle, j\u2019ai peur que mes forces m\u2019abandonnent, je veux t\u2019apprendre tout de suite la chose terrible : Edouard, Eugène n\u2019est pas notre fils !.\u2014Oh ! fit le marquis, comme si un coup l\u2019avait frappé en pleine poitrine.Pendant un instant il regarda sa femme, se demandant si elle ne venait pas detre subitement frappée de folie.\u2014Mathilde, dit-il d\u2019une voix frémissante, ai-je bien entendu ?Que viens-tu de me dire ?Viens-tu réellement de me declarer qu\u2019Eugène n\u2019est pas notre fils ?\u2014Je viens d\u2019apprendre la vérité au marquis de Coulange ; ce que j\u2019ai eu la faiblesse ou la lâcheté de ne pas lui dire à son retour de 1 île de Madère.Le marquis laissa échapper une plainte sourde et retomba sur la causeuse comme un bloc.\u2014Hélas ! reprit la marquise, je savais bien que j\u2019allais vous frapper cruellement et briser votre cœur.Edouard, monsieur le marquis, pardonnez-moi !.Et, de nouveau, elle s\u2019agenouilla devant lui.Maintenant, le marquis la regardait avec des yeux égarés.Il était Sans voix ; la stupeur avait paralysé sa langue.\u2014Vous allez tout savoir, monsieur le marquis, reprit la pauvre femme ; écoutez-moi, et quand je vous aurai tout dit, vous me jugerez aussi sévèrement que vous le voudrez.Le marquis se ranima.\u2014Et c\u2019est toi, Mathilde, dit-il avec un accent douloureux où cependant éclatait toute sa tendresse, c\u2019est toi qui pendant vingt-deux ans m\u2019as trompé !.Elle ne put retenir un sanglot.\u2014Maintenant, continua-t-il, je peux t\u2019entendre ; et puisque je dois tout savoir, parle, dis-moi ta confession.XXVI La marquise resta agenouillée sur le tapis, un de ses bras appuyé sur la causeuse, son autre main posée sur un des genoux de son mari.D\u2019une voix vibrante, mais ferme, entrecoupée de soupirs souvent, et parfois de sanglots, elle raconta l\u2019infamie de son frère de complicité avec sa mère ; la domination qu\u2019elle avait subie, la pression exercée sur elle, ses longs jours de séquestration, pour qu\u2019on pût.croire à sa grossesse, et quelle avait été alors son martyre.Sans chercher à s\u2019excuser ni vouloir atténuer en rien sa complicité par son silence, elle dit au marquis quelles raisons l\u2019avaient déterminée à se taire, après avoir été cent fois sur le point de tout lui dire.M.de Coulange avait ainsi l\u2019explication de bien des chose qu\u2019il n\u2019avait pu ni comprendre, ni définir autrefois : son éloignement pour Eugè- .e, ses tristesses, sa langueur, ses larmes, son air inquiet, préoccupé, sombre, son goût pour la sollitude complète ; enfin, ce qu\u2019il croyait être chez elle une maladie de cerveau.La marquise continua en disant comment elle avait appris que l\u2019enfant avait été volé â Asnières à une pauvre femme qui en était devenue folle de désespoir.Comment alors, voulant, autant que possible, racheter le crime des siens, elle s\u2019était juré d\u2019aimer l\u2019enfant et de lui faire retrouver en elle une mère.Elle rappela à son mari cette nuit où il l\u2019avait surprise dans la chambre du petit Eugène, lui mettant pour la première fois un baiser sur le front.\u2014C\u2019est à partir de ce moment que, dans mon cœur, j\u2019adoptai l\u2019enfant, dit la marquise.Elle parla ensuite de sa confession écrite et avec quelles pensées et dans quelles intentions elle avait confié son secret au papier.Puis elle fit connaître au marquis la cause de la mort de sa mère et comment elle lui avait accordé le pardon qu\u2019elle lui demandait.Elle poursuivit en racontant la visite que lui fit l\u2019inspecteur de police Morlot, venant lui réclamer l\u2019enfant au nom de sa mère, sa douleur, ses angoisses, ses terreurs jusqu\u2019au moment où, comprenant son horrible situation, la mère d\u2019Eugène, la bonne Gabrielle lui avait dit : \u201c Gardez mon fils, je ne vous le réclame plus.\u201d Ici, le marquis l\u2019interrompit. LË SAMEDI 17 -\u2014Ët la mère d\u2019Ëugèno c'est Mme Louise ?dit-il.La marquise répondit par un mouvement de tête.\u2014Et Mme Louise, qu\u2019Eugène enfant appelait Figure de cire, se nomme de son vrai nom Gabrielle Liénard ?\u2014Oui.\u2014Vous devez savoir quel est le père d\u2019Eugène.\u2014Je le sais.\u2014Dites-moi son nom.\u2014Je ne le puis, c\u2019est le secret de Gabrielle.\u2014Eh bien, ce secret, je le connais : c\u2019est mon ami, l\u2019amiral de Sisterne, qui est le père d\u2019Eugène.\u2014Quoi ! vous savez !.\u2014Vos paroles ont fait naître dans mon esprit une clarté soudaine, et j\u2019ai deviné.Avez-vous autre chose à apprendre ?\u2014Oui, oui écoutez encore.Je vous l\u2019ai dit, il faut que vous sachiez tout.\u2014Pourquoi restez-vous dans cette position ?Vous vous fatiguez, asseyez-vous.\u2014Non, non répliqua t-elle vivement, c\u2019est ainsi que je veux être ; il me semble que cela me rend plus forte.Le marquis était accablé ; mais c\u2019est en vain que la marquise cherchait à surprendre sa pensée dans son regard et l\u2019expression de sa physionomie.Ses yeux ne disaient rien, et sur son visage pas un muscle ne bougeait.Il était absolument maître de lui.Mais il ne s\u2019apercevait probablement point que, depuis un instant il tenait dans ses mains une main de sa femme.La marquise reprit la parole.Elle parla du coup de fusil tiré sur le marquis, du coup de grisou et du cheval emporté, qui étaient également deux attentats contre la vie de son mari, dont Sosthène, revenu à Paris, était évidemment l\u2019auteur.Elle continua en apprenant au marquis comment le secret de sa naissance avait été révélé h Eugène, et termina par le récit de la conversation qu\u2019elle venait d\u2019avoir avec le jeune homme.Alors, après avoir essuyé son front moite de sueur, elle reprit : \u2014Maintenant, monsieur le marquis, vous savez tout, vous pouvez juger la conduite de votre malheureuse femme et prononcer sa condamnation.Le marquis sursauta comme un homme qu\u2019on arrache brusquement au sommeil et respira avec force.\u2014Oui, dit-il, je peux juger la conduite de la marquise de Cou-lange ; mais je puis aussi me tromper dans l\u2019appréciation de certains de ses actes.D\u2019ailleurs n\u2019étant pas le seul intéressé dans cette grave, très-grave affaire, je n\u2019ai pas le droit d\u2019être son seul juge.& __Mon Dieu, que voulez-vous faire ?demanda la marquise avec efiroi.\t.__Consulter ma fille unique, l\u2019héritière de Coulange.\u2014Oh ! de grâce, pas devant moi ! s\u2019écria la marquise d\u2019une voix suppliante.\u2014Ma fille doit tout savoir aussi, répliqua le marquis avec une certaine solennité, et c\u2019est devant vous que je tiens à lui tout dire.__Faites donc comme vous le voulez, dit-elle tristement et avec résignation.\u2014Maintenant, Mathilde, relevez-vous et asseyez-vous.Elle obéit.\t.Le marquis agita le cordon de la sonnette.Un instant apres la femme de chambre ouvrit la porte.\u2014Rose, lui dit le marquis, veuillez aller dire à Mlle de Coulange que nous l\u2019attendons ici.Maximilienne ne tarda pas à paraître.Elle fit trois pas dans la chambre et s\u2019arrêta tout interdite en voyant la pâleur et l\u2019attitude douloureuse de sa mère.__Mon Dieu, qu\u2019avez-vous donc ?demanda-t-elle.\u2014Ma fille, répondit le marquis, ta mère vient à l\u2019instant même, de me révéler un secret qui touche à ce que nous avons de plus cher au monde : notre honneur ! Ce secret ne doit pas t etre caché, Maximilienne : il faut au contraire que tu le connaisses, et c\u2019est pour cela que je t\u2019ai appelée.La jeune fille, elle aussi, était devenue blanche comme un lis.\u2014Ma fille, reprit le marquis, d\u2019une voix qui trahissait son émotion, celui qui porte le nom de comte de Coulange n\u2019est pas ton trle0h ! oh ! oh ! fit la jeune fille d\u2019une voix étranglée, en portant ses deux mains sur son cœur.\t.\t, T Puis elle recula en chancelant comme si elle allait tomber.Lia consternation était peinte sur son visage.Le marquis fit asseoir Maximilienne, puis après avoir attendu un instant ;\t.\u2014Ma fille, dit-il, puis-je parler maintenant ?\u2014Oui, mon père.Alors rapidement, mais en relatant tous les laits et en appuy-ant avec intention sur certains détails, il fit connaître â Maximilienne les terribles révélations de la marquise.\u2014Maintenant, sa fille, continua-il en la regardant fixement, ta mère demande que sa conduite soit jugée ; olle ne peut avoir d au très juges que toi et moi ; ma fille, nous sommes en tribunal de famille, la marquise de Coulange est devant ses juges !.A toi do parler, Maximilienne, qu\u2019ns tu à dire.\u2014Ce que j\u2019ai à dire, exclama-elle, vous allez l\u2019entendre mon père ! Elle se tourna vers la marquise et, le buste en arrière, le regard lumineux, le front irradié, superbe, elle s\u2019écria ; \u2014Ma mère, ma mère adorée, je vous admire, votre conduite est sublime ! \u2014Ah ! ma fille ! exclama la marquise en lui tendant ses oras.Maximilienne éclata en sanglots.Mais, au lieu de se jeter dans les bras île sa mère, elle se mit a genoux devant elle.\u2014Mon Dieu ! mais que fais-tu donc ?s\u2019écria la marquise éperdue.\u2014Maman, dit-elle avec un accent intraduisible, je vous demande pardon.\u2014Tu me demandes pardon, à moi ! mais qu\u2019ai-je donc a te pardonner ?\u2014Un jour, reprit Maximilienne, c\u2019était peu de temps après l\u2019explosion de Kramerias, \u2014 une femme se disant dame patronesse d une œuvre de bienfaisance, se présenta ici.Vous étiez absents 1 un et l\u2019autre.La dame ayant demandé à me voir, je la reçus.Elle me dit qu\u2019elle était la comtesse Protow.ika, une Polonaise, et qu elle recueillait des offrandes pour un orphelinat de jeunes tilles.Je lui remis une petite somme.Elle me remercia et voulant, me dit-elle, me donner un témoignage de sa reconnaissance, elle me conseilla d\u2019épouser M.de Montgarin dans le plus bref délai possible, afin de conjurer de grands dangers dont nous étions tous menaces, hile me parla d\u2019un secret qui existait depuis longtemps dans notre famille, dont la révélation détruirait notre bonheur et atteindrait même l\u2019honneur du nom de Coulange.J\u2019aurais bien voulu savoir quel était ce secret ; mais elle ne me le dit point.Pout-etre ne le connaissait-elle pas comme elle me l\u2019affirma.La comtesse me quitta, me laissant en proie à ime tertible agitation, j\u2019étais dans un état affreux.Ses paroles avaient fait en moi une impression profonde et vivement surexcité mon imagination : j avais l\u2019esprit troublé et toutes sortes de pensées se croisaient dans mon cerveau malade.Je voulais découvrir, deviner le terrble secret.Je m\u2019étais enfermée dans une chumbre oh je pleurais et sanglotais.Tout à coup j\u2019eus une pensée épouvantable, horrible.Le jour oh nous avons reçu le télégramme de Emmeries, ma mère, sous le coup de votre effroi et dans un moment d\u2019égarement vous vous étiez écriée : \u201c Seigneur, ayez pitié de moi ! Seigneur, pardonnez-moi !\u201d Ces paroles m\u2019avaient frappée, et bien des fois déjà je m étais demandée ce que vous pouviez avoir à vous faire pardonner.Ah ! ma mère, ma mère ! votre fille a été assez malheureuse, assez dénaturée pour oser croire un instant que vous aviez pu faillir à vos devoirs d\u2019épouse.\u2014Oh ! c\u2019est affreux ! gémit la marquise, en couvrant son visage de ses mains.\u2014Ah ! ma punition ne s\u2019est pas fait attendre, reprit la jeune tille.On frappa à ma porte.C\u2019était Louise qui arrivait h Paris.Kilo vit mes larmes, elle entendit mes sanglots.Surprise et inquiète, elle m\u2019interrogea.D\u2019abord je ne voulus point lui répondre ; mais elle finit par vaincre ma résistance.Alors, je parlai et je lui tis connaître toutes mes pensées.Oh ! ma mère, je crois voir encore Louise devant moi, frissonnante d\u2019indignation et de colère ; il me semble que j entends toujours -a voix éclatante me reprocher mon indignité.Chacune de ses paroles me frappait cruellement jusqu\u2019au fond du cœur, l\u2019erritiéo, je courbai mon front rouge de honte et je suppliai Louise do mu\tr.Et, Louise voyant ma confusion et mon repentir, m a pardonne.Ma mère chérie, si le soir même je no suis pas tombée à vos pieds pour implorer aussi votre pardon, cest que Louise me I a détendu.\u2014Chère Gabrielle, murmura la marquise, je devine quelle a été sa pensée.\t.\t.\u2014Depuis ce jour-là, ma tnèro, reprit Maximilienne, j ai garde, pour en souffrir, le souvenir de l\u2019outrage que je vous ai lait dans ma pensée.Et d\u2019une voix qui devint suppliante : \u2014Ma mère, ma bonne mère ! s\u2019écria-t-olle, pardonnez-moi Aussitôt la marquise l\u2019entoura do ses bras, l\u2019obligea à se relever l\u2019attira sur sa poitrine ot la serra fiévreusement.Quel délicieux tableau pour M.de Coulange ! \u2014Oh ! les nobles cœurs, les grand cœurs ! se disait il.Et ravi, comme en extase, il contemplait sa femme et si tille.Il les laissa un instant enlacées dans les bras l\u2019une de l\u2019autre.( e doux épanchement do tendresse lui faisait éprouver une pure jouissance.__Eh bien ?dit-il avec une expression que rien ne saurait rcn dre, et moi, je suis donc oublié ?.__Ah ! papa ! s\u2019écria la jeune fille redevenue tout à fait enfant Elle s\u2019échappa dos bras de sa mère, légère comme une gazelle, s\u2019élança au cou du marquis qui, à son tour l\u2019étreignit fortement.LES PILULES ROUGES DU DR CODERRE eg-u-J jæi FEMMES PALES ET FAIBLES 514 18 LE SAMEDI La marquise s\u2019était levée.\u2014Mathilde ! cria le marquis, viens, viens aussi sur mon cœur ! Un sanglot s\u2019échappa de la poitrine de la marquise en même temps qu un cri de joie et, toute palpitante, elle tomba dans les bras de son mari à côté de sa tille.\u2014Mathilde, dit le marquis, nous n\u2019avons pas oublié cette nuit mémorable dont tu parlais tout à l\u2019heure.Pendant que, pour la première fois, tu embrassais Eugène endormi, j\u2019avais pris Maximi-lienne dans son lit.C'était ici, dans ta chambre, j\u2019étais assis là, sur un fauteuil et, comme en ce moment, je vous tenais toutes deux dans mes bras, serrées contre mon cœur.\u2014Que de doux souvenirs ! mais aussi que de douloureux souvenirs ! murmura la marquise.\u2014Mathilde, Maximilienne, dit M.de Coulange avec une tendresse indicible, vous êtes plus que jamais ma joie et mon orgueil ! \u2014Edouard, tu ne m\u2019en veux donc pas ?\u2014Non, Mathilde, je ne t\u2019en veux pas.\u2014Et tu m\u2019aimes toujours 1 \u2014Je t\u2019aimerai d\u2019avantage si c\u2019était possible?\u2014Comment, tu ne me trouves pas coupable ?\u2014Non, tu n\u2019es pas coupable.Tu as entendu le cri échappé de l\u2019âme de ta tille : \u201c Ma mère, je vous admire, votre conduite est sublime ! \u201d C\u2019est la mère jugée par son enfant, et ce jugement je l\u2019approuve avec bonheur, car moi aussi, Mathilde, je t\u2019admire ! Va, tu es noble et grande! Aujourd\u2019hui, comme toujours, jo te dis : \u201c Ce que tu veux, je le veux ; tout ce que tu fais est bien !\u201d \u2014Si j\u2019avais un reproche à te faire, reprit le marquis, ce serait de t\u2019être condamnée à mentir, c'est-à-dire à vingt-deux années de souffrances atroces.Je te connais, Mathilde, et je me sens frissonner en pensant à ce que tu as souffert ! \u2014C'est avant ton départ pour Madère que je devais te crier : \u201c Ma mère ment, elle te trompe ; elle et mon frère sont des infâmes ! \u201d Mais tu sais que si je voulais te faire connaître l\u2019horrible complot, tu sais aussi quelle crainte sérieuse a retenu les paroles sur mes lèvres.Hélas ! dans le triste état où tu étais je pouvais te frapper à mort! \u2014Je le crois, Mathilde.Mais ne revenons pas sur cet odieux passé, ne parlons plus jamais de ces douloureuses choses, laissons se fermer les blessures saignantes de ton cœur.\u2014Et Eugène ?demanda la marquise.Nous l\u2019oublions, le pauvre enfant ! \u2014Non, Mathilde, je pense à lui.\u2014Edouard, tu sais la promesse qu\u2019il m\u2019a faite ?\u2014Oui.Il ne doit rien me dire avant d\u2019y être autorisé par toi.\u2014Edouard, puis-je te demander ce que tu comptes faire ?Le marquis resta un instant silencieux, regardant tour à tour sa femme et sa fille.\u2014Je n\u2019ai rien à dire maintenant, répondit-il ; mais c\u2019est devant vous deux qu\u2019Ëugène me parlera et c\u2019est devant vous que je lui répondrai.En achevant ces mots, il jeta ses yeux sur la pendule.\u2014Il est sept heures et demie, dit-il.Mathilde, tu peux sonner ta femme de chambre pour lui dire de faire servir le dîner.XXVII Seul dans sa chambre, où il s\u2019était retiré immédiatement après sa conversation avec Mme de Coulange, Eugène était en proie à une grande ugitation.Il avait entendu rentrer le marquis et Maximilienne et il savait que, appelé par la marquise, M.de Coulange s\u2019était immédiatement rendu près d\u2019elle.Sans aucun doute il était le sujet de leur entretien.Il comprenait parfaitement que la marquise eût voulu révéler le terrible secret à son mari.Le malheureux était dans un état pitoyable ; sa douleur était navrante, Il savait ce que sa dignité, sa fierté, son devoir lui ordonnaient.Dès le premier moment il avait senti qu\u2019il devait renoncer à tout et s\u2019éloigner au plus vite de cette maison dans laquelle il n\u2019était plus rien.Certes, la force ne lui manquait point.Mais quelle horrible douleur dans sou cœur et dans son âme au moment de se séparer pour toujours de ces trois personnes qu\u2019il aimait, le marquis et la marquise comme s\u2019ils eussent été son père et sa mère, et Maximilienne autant qu\u2019il était possible à un frère d\u2019aimer sa sœur ! Sans doute, son amour pour Emmeline était grand ; mais, comprenant qu\u2019il ne devait plus songer à elle, il faisait stoïquement le sacrifice de son amour et du bonheur qu\u2019il avait espéré.Et ce sacrifice énorme, cette séparation lui coûtaient peu, en les comparant à l\u2019autre sacrifice, à l\u2019autre séparation.Et quand il pensait à la grande tendresse que la marquise avait eue pour lui et à l\u2019affection de Maximilienne, des larmes jaillissaient de ses yeux et des sanglots lui montaient à la gorge.Après avoir eu une jeunesse heureuse, il avait travaillé avec ardeur pour être digne du nom qu\u2019il portait et digne de l\u2019homme qu\u2019il croyait être son père.Il pouvait interroger sa conscience, il n avait pas le moindre reproche à s\u2019adresser ; il avait rendu avec usure toute l\u2019affection qu\u2019on lui avait donnée.L\u2019amour, l\u2019amour chaste et vrai, lui avait souri sur les lèvres parfumées d\u2019une adorable jeune fille ; toutes les joies, tous les bonheurs, tous les succès, toutes les satisfactions d\u2019une âme généreuse et grande lui avaient été promis.C\u2019était là le passé.Et ce passé n\u2019était qu\u2019un rêve.Il venait de se réveiller comme on sort d\u2019un sommeil provoqué par l\u2019opium.Un domestique vint avertir Eugène qu\u2019on l\u2019attendait pour se mettre à table.Il descendit dans la salle à manger.Son cœur battait à se briser.Le marquis, la marquise et Maximilienne ne s\u2019étaient pas encore assis.\u2014Voilà Eugène, dit le marquis, sans que sa voix trahit la moindre émotion, allons, à table.\u2014Est-ce qu\u2019il ne sait rien encore ?pensa Eugène.Maximilienne s\u2019avança vers lui.\u2014Eh bien, lui dit-elle de sa plus douce voix, en lui tendant sa joue, on n\u2019embrasse donc pas sa petite sœur ?Le marquis ne put s\u2019empêcher de tressaillir.Eugène, hésitait, regardant la marquise, qui lui fit un signe.Alors il approcha ses lèvres de la joue de la jeune fille.Le repas fut silencieux.Chacun s\u2019absorbait dans ses pensées.On mangea peu et le service se fit rapidement.Eugène levait à peine les yeux ; cependant, deux ou trois fois il surprit le regard du marquis attaché sur lui ; une fois même il crut voir M.de Coulange essuyer furtivement une larme.Maximilienne aussi regardait beaucoup Eugène; mais plus souvent encore elle avait les yeux fixés sur son père.Le marquis se leva de table le premier.\u2014Si tu veux bien, Mathilde, dit-il, nous passerons le reste de la soirée dans ta chambre.\u2014Je ne demande pas mieux, répondit-elle.Le jeune homme restait assis.-\u2014Eh bien, Eugène, est-ce que tu ne viens pis?dit le marquis, qui avait déjà ouvert la porte.Le jeune homme sursauta et se leva, en jetant sur la marquise un regard plein d\u2019anxiété.\u2014Eugene ne nous quitte certainement pas, dit vivement Mme de Coulange.Un instant après, nos quatre personnages entraient dans la chambre de la marquise.Celle-ci alla s\u2019asseoir sur la causeuse ; Maximilienne prit place à côté d\u2019elle.Le marquis et Eugène restèrent debout.Il y eut un moment de profond silence.L\u2019émotion de tous était grande ; on aurait pu entendre les battements des quatre cœurs.Le marquis s\u2019assura d\u2019abord que la porte était bien fermée, en soulevant la lourde tapisserie qui la masquait ; ensuite il ouvrit et referma la porte du cabinet de toilette, après avoir plongé son regard à 1 intérieur.Alors, certain qu\u2019aucune oreille indiscrète ne pouvait entendre ce qui allait être dit, il revint lentement vers le jeune homme, qui, la tete et les yeux baissés, tremblait comme un criminel.\u2014Eugène, dit-il, avec une émotion facile à comprendre, je sais tout.la marquise de Coulange m\u2019a appris ce secret qui vous a été révélé à vous-même la nuit dernière.La tête du jeune homme se redressa.M.de Coulange continua: \u2014A près ce que vous avez dit à la marquise, vous avez dû réfléchir encore ; dites-moi quelles sont vos intentions, ne me cachez aucune de vos pensées.\u2014Monsieur le marquis.commença-t-il.Mais sa voix s\u2019éteignit subitement : quelque chose le serrait à la gorge, il étouffait.\u2014Eugène, reprit le marquis, je comprends votre émotion ; mais, pour vous comme pour moi, c\u2019est le moment d\u2019être forts.Parlez, Eugène, parlez !.Le jeune homme tourna vers la marquise et Maximilienne un regard désespéré.Vous pouvez parler sans crainte, Eugene, reprit le marquis, Maximilienne sait tout aussi.Le pauvre désolé eut un long soupir et passa sa main sur ses yeux pour essuyer ses larmes prêtes à jaillir., \u2014 C\u2019est vrai, monsieur le marquis, dit-il, c\u2019est pour moi le moment d\u2019être fort.Vous me demandez quelles sont mes intentions.J\u2019ai grandi près de vous, monsieur le marquis ; vous m\u2019avez appris ce qui était bien et vous m\u2019avez montré toujours ce qui était grand ; dès mon plus jeune âge, c\u2019est vous qui m\u2019avez inspiré toutes mes' pensées et ce sont vos enseignements qui ont développé mon intelligence.Comment pourrais-je vous cacher une seule de mes pensées, puisque toutes mes pensées sont les vôtres ?.Vous me demandez quelles sont mes intentions !.Ah ! pour les connaître, monsieur, le marquis, vous n\u2019avez qu\u2019à interroger votre cœur ! \\ LE SAMEDI 19 Mais, sans cela, vous les connaissez déjà, puisque vous savez ce que j ai dit à madame la marquise.Quand on m a volé à ma mère, quand un double crime m\u2019a fait entrer dans votre maison, j\u2019étais bien innocent ; plus de vingt-et-un ansse sont écoulés ; ne sachant rien, j\u2019étais bien innocent encore; mais je sais maintenant que je porte un nom qui ne m\u2019appartient pas , je sais que je ne dois pas garder plu3 longtemps le bénéfice du crime ! La tete en avant, attentives, la marquise et Maximilienne l\u2019écoutaient, comme si elles eussent craint de perdre une seule de ses paroles.Près de vous, monsieur le marquis, dans votre maison, j\u2019ai connu toutes les joies, et j\u2019ai été aimé autant qu\u2019on peut l\u2019être.Mais j ai cette satisfaction de penser et de pouvoir vous dire que j ai eu le bonheur de ne pas être indigne du bien que vous m\u2019avez fait.lout à 1 heure, j\u2019ai longuement interrogé ma conscience, et je n ai rien trouvé, rien à me reprocher envers vous !.En me rappelant les heureux jours de ma jeunesse, en me rappelant tout mon passé, il ma semblé découvrir que, dès mon enfance, je sentais ma position fausse auprès de vous et que je devais me la faire pardonner.Monsieur le marquis, je ne suis pas votre fils; mais je sais ce que je vous dois, à vous et à madame la marquise ; j\u2019en garderai précieusement le souvenir, et tant que mon cœur battra, ma reconnaissance y restera enfermée comme dans un sanctuaire ! Je ne suis pas votre fils, monsieur le marquis, je vous rends la fortune que vous m\u2019avez donnée, je vous rends le titre et le nom que j\u2019étais si fier de porter !.Ce que je garde, ce que je ne peux pas vous rendre, c'est l\u2019instruction que vous m\u2019avez fait donner ; ce sont les sentiments élevés de dignité, de générosité, de grandeur, de patriotisme, de noble fierté et d'honneur que vous avez mis en moi.Je les conserverai dans toute leur pureté, monsieur le marquis, et c\u2019est en cela que je veux vous prouver ma reconnaissance ! Soudain, le visage du marquis s\u2019épanouit et ses yeux brillèrent d\u2019un éclat étrange.\u2014Eugène, mon fils ! s\u2019écria-t-il d\u2019une voix vibrante, viens, viens dans mes bras ! \u2014Monsieur le marquis, balbutia le jeune homme éperdu.\u2014Viens dans mes bras, te dis-je, tu es toujours mon fils !.Si tu n\u2019es pas né de mon sang, tu es l\u2019enfant de mon cœur !.Un crime t\u2019a fait comte de Coulange, ma volonté veut que tu restes comte de Coulange ! Lejeune homme, les yeux hagards, fixés sur le marquis restait comme pétrifié.Alors, Maximilienne se leva brusquement, s\u2019élança vers lui et le poussa dans les bras de M.de Coulange en s\u2019écriant : \u2014Mais embrasse donc ton père !.Les joues du marquis étaient inondées de larmes; Eugène sanglotait, la tête appuyée sur l\u2019épaule de M.de Coulange ; et Maximilienne, revenue près de sa mère, lui disait en l\u2019embrassant : \u2014Je ne perdrai pas mon frère ! Le lendemain matin, le marquis venait de s\u2019habiller lorsque Eugène entra dans sa chambre.Le père mit un baiser sur le front de son fils comme à l\u2019ordinaire.Il semblait qu\u2019ils eussent déjà oublié ce qui s\u2019était passé la veille.\u2014Avez-vous eu une bonne nuit, mon père ?demanda le jeune homme.\u2014Oui.D\u2019abord, j'ai fait repasser dans ma mémoire tes paroles, celles de ta mère et de ta sœur ; puis, le cœur rempli d\u2019une immense satisfaction, je me suis paisiblement endormi.Et toi, mon fils, as-tu bien dormi ?Eugène secoua tristement la tête.\u2014Pourquoi ?l\u2019interrogea le marquis.\u2014J\u2019ai pensé toute la nuit à ce que je devais faire pour me rendre plus digne encore de votre grande bonté, pour mieux mériter ce nom de frère que Maximilienne ne m\u2019a pas retiré.\u2014Enfant ! fit le marquis ; tu ne peux rien faire pour te rendre plus digne que ce que tu as fait.Je te répète ce que je t'ai dit hier : \u201c Si tu n\u2019es pas mon fils par le sang, tu l\u2019es par le cœur.\u201d Chasse de ton âme ce qui est triste et douloureux, continua le marquis de Coulange.Continue à porter avec grandeur le nom que je t\u2019ai donné ; reste le gardien fidèle de l\u2019honneur de Coulange.Eugène, mon honneur à moi est intact ; mais l\u2019honneur de ta sœur et de ta mère a une tache, c\u2019est toi qui la lavera !.Mais tu es venu me trouver ce matin, probablement parce que tu as quelque chose à me dire ?\u2014Oui, mon père.\u2014Eh bien, je t\u2019écoute.\u2014Mon père, vous voulez que le crime d\u2019il y a vingt-deux ans reste enseveli dans l\u2019ombre du passé ; vous voulez que tout le monde ignore que je ne suis plus votre fils.\u201c C\u2019est un secret de famille que nul ne doit connaître,\u201d m\u2019avez-vous dit.\u2014Eh bien ?\u2014Jo dois donc ne plus penser à Mlle de Valcourt.\u2014Comment, tu ne veux plus épouser Emmeline ?\u2014Vous savez si je l\u2019aime, mon père ; mais lo secret que nous voulons garder se place entre elle et moi comme une barrière.Je dois renoncer à Mlle de Valcourt, je ne peux plus l\u2019épouser.\u2014Je comprends tes scrupules, qui sont aussi les miens ; mais rassure-toi ; à moins que Mme de Valcourt ne s\u2019y oppose,ce que je no puis supposer, tu épouseras Emmeline.Aujourd\u2019hui même jo verrai l\u2019amiral et lui apprendrai la vérité.Du reste, ajouta-t il, dès hier j\u2019avais pris cette résolution.Le tantôt, en effet, le marquis se rendit chez le comte do Sisterno qui, nous le savons, habitait avec sa sœur et sa nièce.Mais, le matin même, l\u2019amiral était parti pour Brest.Il ne devait être de retour à Paris que le jeudi soir ou le vendredi matin.Il fut convenu qu\u2019Eugène ne ferait aucune visite à Mme de Valcourt et éviterait de rencontrer Emmeline tant (pie M.de Coulango n\u2019aurait pas fait sa confidence à l\u2019amiral.Ce n\u2019était, d\u2019ailleurs, que quatre ou cinq jours à attendre.Le marquis se proposait d\u2019aller le vendredi matin, de bonne heure, chez son ami, pour être sûr de le voir avant la visite qu\u2019il ferait certainement au ministre de la marine.La journée de lundi se passa.La marquise avait vainement attendu Gabrielle.On avait eu la visite du comte de Montgarin et du comto de Rogas, qui étaient venus ensemble.José Basco était venu sans doute avec l\u2019espoir qu\u2019il pourrait juger de l\u2019effet produit par la révélation faite au comte de Coulange.Il s\u2019eu alla convaincu que le marquis, sa femme et sa fille ne savaient rien.Evidemment, le jeune homme avait réfléchi ; il avait gardé le silence.Son amour pour Mlle de Valcourt et sa magnifique position à conserver l\u2019avaient emporté sur ses sentiments honnêtes, il avait transigé avec sa conscience.Si fort que fût José Basco, il ne pouvait voir ni deviner ce qu\u2019il y avait d\u2019admirable, do grand et de sublime dans le cœur do ces quatre personnes, dont lui et Sosthène de Perny voulaient le malheur et la ruine.Si on lui eût dit ce (pii s\u2019était passé la veille à l\u2019hôtel de Coulange, il n\u2019aurait certainement pas voulu le croire.Malgré ses plus justes raisonnements, un scélérat est toujours porté à supposer que, sous certains rapports, les plus honnêtes lui ressemblent.\u2014Allons, se dit-il, me voilà complètement rassuré ; de Perny n\u2019a pas fait une aussi grosse sottise (pie je l\u2019ai cru d\u2019abord.Il ne se doutait guère (pie, sans le prévenir, aveuglé par sa haine, Sosthène allait faire bientôt un autre coup de sa tête.Cependant, le mardi, à dix heures, ne voyant pas arriver Gabrielle, la marquise perdit patience.Elle appela Jardel et lui dit : \u2014Je vous prie d\u2019aller rue Rousselet; vous direz à Mme Louise que j'ai absolument besoin de la voir et de lui parler.Qu\u2019elle vienne immédiatement, je l\u2019attends.Jardel s\u2019empressa d\u2019exécuter l\u2019ordre de la marquise.Il trouva Gabrielle chez elle.\u2014Est-ce qu\u2019il y a quelque chose de nouveau à l\u2019hôtel de Coulange ?lui demanda-t-elle quand il lui eut transmis les paroles de la marquise.\u2014Rien, que je sache, répondit Jardel.Mais madame la marquise vous a attendu toute la journée, car, dès le matin, elle avait donné l\u2019ordre qu\u2019on vous fit entrer dans sa chambre dès (pie vous arriveriez.Vingt minutes après, la marquise racontait à Gabrielle, qui l\u2019écoutait avec une émotion croissante, les évènements du dimanche.Elle n\u2019avait rien à lui cacher, elle lui dit tout.\u2014Ma chère Gabrielle, continua la marquise, lo marquis et moi, nous avons cru devoir respecter ton secret en cachant à Eugène que sa mère existe.\u2014Il ne vous a même pas interrogée au sujet de sa mère ?fit tristement Gabrielle.La marquise sentit ce qu\u2019il y avait do douloureux dans ces paroles et elle répliqua vivement : \u2014Ah ! ne l\u2019accuse pas ! Je suis sûre que depuis deux jours il pense constamment à la pauvre victime d\u2019Asnières.Il croit que sa mère est morte et il ht pleure dans son cœur.Mais, Gabrielle, nous devons te donner la joie et le bonheur de te faire connaître à ton fils, comme nous disions autrefois.\u2014Oui, ce serait une joie incomparable, le plus grand bonheur do tous.Mais puisque vous lui avez laissé ignorer que sa mère existe, il ne faut pas le détromper encore.\u2014Pourquoi, Gabrielle ?Que crains-tu ?\u2014Oh ! je n\u2019ai rien à craindre.Mais quelque chose me dit que, quand à présent, il ne faut pas qu\u2019Eugène sache.Oui, oui,je veux attendro.Plus tard, quand il sera marié.\u2014Je n\u2019insiste pas, mon amie ; agis selon les inspirations de ton cœur.Le lendemain, mercredi, Eugène travaillait dans son cabinet, entouré de ses livres et de ses cartes, quand on frappa discrètement à sa porte. 20\tLË SAMEDI \u2014Entrez, dit-il.La porte s\u2019ouvrit, et il vit paraître celui que tout le monde à l\u2019hôtel appelait Eirmin.\u2014Eli bien ?interrogea le jeune homme.Jardel sortit une lettre de sa poche.\u2014J\u2019ai ceci à remettre à monsieur le comte, dit-il.\u2014Une lettre ! fit Eugène avec défiance.Qui l\u2019a apportée ici ?\u2014Madame Louise.-\u2014Ah ! madame Louise ?Eugène, rassuré, prit la lettre, déchira l\u2019enveloppe et lut ce qui suit : \u201c Il faut que je voie monsieur le comte demain.Je l\u2019attendrai \" entre neuf et dix heures du matin.Je suis au grand hôtel Lou-\u201c vois.Monsieur le comte voudra bien demander le baron de Nin-\u201c ville.\u201c Son dévoué serviteur, \u201e jjorlot.>\u2022 Le jeune homme posa le billet sur son bureau et se tourna vers Jardel, qui était resté debout derrière lui.\u2014Est ce que vous attendez une réponse ?lui demanda t-il.\u2014Non, monsieur le comte ; j\u2019ai pris la liberté de rester pour vous conseiller de détruire le billet que vous venez de lire.\u2014Pourquoi le détruire ?\u2014Parce que celui qui l\u2019a écrit n\u2019aiine pas qu\u2019on conserve ses lettres ; un papier peut s\u2019égarer, se perdre, être volé.\u2014Vous connaissez donc cette personne ?demanda Eugène en regardant fixement son interlocuteur.\u2014Beaucoup, et depuis longtemps, répondit Jardel.N\u2019est-ce pas elle qui m\u2019a recommandé à Mme la marquise ?ajouta-t-il en souriant.\u2014Eirmin est-il réellement votre nom ?\u2014Non, monsieur le comte, je me nomme Jardel.\u2014Pourquoi M.Morlot vous a-t-il fait entrer ici ?\u2014Pardon, monsieur le comte, n\u2019oubliez pas que M.Morlot est à l\u2019hôtel Louvois, M.le baron de Ninville, Maintenant, j\u2019ai l\u2019honneur de répondre à votre question ; M.Morlot m\u2019a fait entrer ici pour faire mon métier.\u2014Votre métier ?\u2014J\u2019ai pour mission spéciale de veiller constamment, et sans qu\u2019il sans doute, sur la personne de M.le marquis de Cou lange.Monsieur le comte, je suis un agent de police.\u2014Ah ! je comprends, fit le jeune homme.Et il tendit sa main à Jardel.Ensuite, il prit le billet écrit par Morlot et le jeta sur le brasier de la cheminée.\u2014Demain, reprit Eugène, je serai exact au rendez vous que me donne M.le baron de Ninville.A dix heures un quart, le lendemain, Eugène entrait dans le petit salon du logement occupé par Morlot, à l\u2019hôtel Louvois.Il y trouva le régisseur de Chesnel qui l\u2019attendait.\u2014Monsieur le comte, lui dit Morlot, quand il se fut assis, je n\u2019ai pas tenu à jouir de votre surprise.Ce que vous a dit hier l\u2019ami dévoué que j\u2019ai placé près de M.le marquis vous a fait deviner la tâche que je me suis imposée.\u2014Oui, M.Morlot, j\u2019ai deviné que, dans votre dévouement, vous avez entrepris de nous protéger contre nos ennemis.\u2014Oh ! mon ambition est plus grande, monsieur le comte, car j\u2019espère bien les atteindre et les écraser.\u2014Avant de songer à cela, il faut les connaître et savoir où ils se cachent.\u2014Vous en avez vu trois, monsieur le comte, répondit Morlot.\u2014Quoi ! vous savez !.\u2014Ce qui vous est arrivé dans la nuit de samedi à dimanche.Je n\u2019ai pas à vous le cacher, monsieur le comte, il y a quinze ans que je connais le secret que ces misérables vous ont révélé.Du reste, vous saurez un jour comment et pourquoi je me suis trouvé obligé de jouer un rôle dans ce drame intime de la famille de Coulange.Mais revenons à ces trois misérables, dont deux étaient masqués.Rien ne vous a fait soupçonner qui pouvaient être ces deux individus ?\u2014Rien.\u2014Le timbre de leurs voix ne vous a point frappé ?\u2014Us n\u2019ont pas prononcé un mot devant moi.\u2014Ah ! fit Morlot.\u2014Ma.madame la marquise de Coulange.\u2014Dites \u201c ma mère \u2019\u2019 monsieur le comte.\u2014Ma mère, parait-il, connaît l\u2019un de ces hommes, celui qui m\u2019a parlé à visage découvert.\u2014Oh ! celui-là, moi aussi je le connais.\u2014Malheureusement, je n\u2019ai aucun renseignement à vous donner qui puisse vous mettre sur la trace des deux autres.\u2014Je me crois sutlisamment instruit, monsieur le comte, et je pourrais les nommer sans crainte de me tromper.\u2014Comment, vous les connaissez ?\u2014Oui.\u2014Alors, vous allez me dire.i \u2014Pas encore, monsieur le comte, fit Morlot, en secouant la tete.\u2014Ma mère aussi n\u2019a point voulu me dire le nom de celui qu\u2019elle connaît.\u2014Madame la marquise a eu ses raisons pour se taire; mais je puis être moins réservé qu\u2019elle ; l'homme en présence duquel vous vous êtes trouvé, monsieur le comte, est le personnage qui a payé la femme qui vous a enlevé à votre mère dans la nuit du 10 au 20 août 1853.\u2014Oh ! fit le jeune homme.\u2014Comme vous le voyez, il n\u2019avait pas besoin d\u2019avoir en main le manuscrit de madame la marquise pour vous révéler le secret de votre naissance.Enfin, monsieur le comte, ce misérable n\u2019est autre que Sosthène de Perny, le frère de madame la marquise de Coulange.\u2014Ah ! s\u2019écria Eugène, ce nom seul jette une vive clarté au milieu de mes pensées ! Maintenant, je comprends, tout m\u2019est expliqué.Monsieur Morlot, continua-t-il avec émotion, est-ce que vous savez quelque chose de ma mère ?\u2014Oui, monsieur le comte.\u2014\tOh ! alors, parlez-moi de ma mère, M.Morlot, dites-moi tout ce que vous savez.\u2014Je ne puis vous apprendre que peu de choses, monsieur le comte ; plus tard vous saurez tout.\u2014Plus tard.pourquoi pas immédiatement ?\u2014Parce qu\u2019il y a certaines choses que vous devez ignorer encore.\u2014Comment ! s\u2019écria le jeune homme ahuri, après la révélation qui m\u2019a été faite, il y a encore des choses mystérieuses autour de moi ?Morlot resta silencieux \u2014Enfin, M.Morlot, reprit Eugène, soyez assez bon pour me dire ce que vous pouvez m\u2019apprendre.\u2014\tComme on vous l\u2019a dit, monsieur le comte, votre mère avait été abandonnée.Déjà victime, elle fut encore choisie par les complices de Sosthène de Perny pour être leur victime.Elle tomba dans le piège qu\u2019ils lui tendirent habilement et se laissa conduire à Asnières dans une maison où, pendant plusieurs mois, elle vécut à peu près séquestrée.C\u2019est dans cette maison d\u2019Asnières que vous êtes né, monsieur le comte.\u2014Oh ! j\u2019irai la voir, cette maison, monsieur Morlot ! \u2014Oui, un jour je vous y conduirai ; nous la visiterons, vous entrerez dans la chambre où votre mère vous a mis au monde.Vous saurez pourquoi vous deviez entrer frauduleusement dans la maison de Coulange, pourquoi une fausse déclaration à la mairie devait vous faire le fils légitime du marquis et de la marquise de Coulange.Naturellement, tous ces crimes avaient été longuement prémédités.Le jour même de votre naissance, entre neuf et dix heures du soir, pendant que votre mère dormait, la femme qui demeurait avec elle vous prit dans le berceau d\u2019osier où la sage-femme vous avait couché, où vous dormiez, et vous emporta.Eugène semblait boire les paroles de Morlot.Celui-ci continua : \u2014Vous po îvez vous figurer quel fut l\u2019horrible réveil de votre mère quand elle vit le berceau vide et découvrit que la femme avait disparu.Ce jour-là, monsieur le comte, j\u2019étais à Asnières, faisant mon métier d\u2019agent de police.J\u2019accompagnai le commissaire de police qu\u2019on était venu prévenir, et j\u2019entrai avec lui dans la chambre de votre mère.\u2014Vous avez vu ma mère ! exclama Eugène.\u2014Oui, monsieur le comte.Lejeune homme saisit vivement les mains de Morlot.Il voulut parler, les sanglots lui coupèrent la voix.Morlot pensait : \u2014Gabrielle sera bien heureuse ce soir quand je lui dirai cela.XXVII Au bout d\u2019un instant, le comte de Coulange put parler.\u2014Ah ! monsieur Morlot, dit-il, je suis heureux, bien heureux de savoir que vous avez vu ma mère ; c\u2019est un autre lien qui nous nuit.Comment était-elle ?Elle était jeune et belle, n\u2019est-ce pas?Est-ce que je lui ressemble un peu ?\u2014Un peu, oui, monsieur le comte.Quand nous sommes rentrés dans sa chambre, elle était étendue sans connaissance sur son lit, où des personnes qui avaient pénétré avant nous dans la maison l\u2019avaient couché, car elle était tombée presque nue, sans vie, sur le parquet.Le petit berceau était là, près de son lit, on voyait encore la place de votre petite tête sur l\u2019oreiller blanc.La sage-femme était là, un médecin accourut.UsVempressèrent de donner des soins à la pauvre mère et la rappelèrent à la vie. LE SAMEDI 21 Alors le commissaire de police voulut l\u2019interroger ; on aurait tenu à savoir qui elle était.A toutes les questions que lui adressa le magistrat, elle répondit par des paroles incohérentes, des mots sans suite, haches.Hélas ! elle avait été frappée d\u2019un effroyable coup, votre malheureuse mere était devenue folle, monsieur le comte.Le jeune homme poussa un sourd gémissement.\u2014On dut la laisser pendant plus de deux mois dans la maison d Asnieres.Ah ! ce ne sont pas les soins qui lui ont manqué.Mais on eut beau faire, on ne put pas lui rendre la raison ; il fallut se décider à la transporter dans un hospice d\u2019aliénées.Je sais le reste, fit tristement Eugène : c\u2019est dans un hospice que ma malheureuse mère est morte.Morlot baissa la tête.\u2014Monsieur Morlot, quel âge pouvait-elle avoir ?demanda le jeune homme A peine dix-huit ans quand elle vous a mis au monde.Cétait encore une enfant.Ah ! l\u2019homme qui l\u2019a trompée était un grand mhérable ! \u2014Qui sait ?fit Morlot.Monsieur Morlot, répliqua Eugène avec animation, briser la vie d\u2019une femme est un crime que notre législation n\u2019a pas fait assez grand.Oui, tout homme qui abandonne lâchement une pauvre malheureuse, devrait être puni comme un malfaiteur dtingereux.Pour tous ces Don Juan, qui se tout un jeu de l\u2019honneur et des larmes d une femme, qui flétrissent sa jeunesse, et la condamnent à une vie de douleurs, nos lois ne sont pas assez sévères.Le misérable qui vole l\u2019honneur d\u2019une famille est à mes yeux plus infâme quo le coquin qui vous arrête dans une ruelle sombre ou au coin des bois, en vous disant : \u201c Ta bourse ou ta vie ! \u201d \u2014Je pense comme vous, monsieur le comte, et je déplore le mal en attendant qu\u2019il y soit porté remède, si c\u2019est chose possible.Maintenant, monsieur le comte, je vais vous dire pourquoi je vous ai prié de venir me trouver ici aujourd'hui.Je n\u2019ai plus à vous apprendre le motif pour lequel je vous ai demandé un congé.A part quatre ou cinq voyages q'uc j\u2019ai faits h Chesnel et un\" autre hors de France, je n\u2019ai pas quitté Paris.Ce que je veux, monsieur lo comte, je vous l\u2019ai dit tout à l\u2019heure ; atteindre vos ennemis et les écraser.Je ne sais pas bien encore quels sont leurs projets, car, dans ce qui se passe, il y a certaines choses qui me paraissent obscures.Mais je sais actuellement à quels hommes j\u2019ai affaire.Si ce n\u2019est pas assez, c\u2019est déjà beaucoup.Je sais où est un de ces hommes, je ne le perds pas de vue : celui-là ne peut plus m\u2019échapper.Il y en a un autre que je surveille également, bien que rien ne me prouve encore qu\u2019il soit un complice.Mais il en reste deux que je ne vois pas agir ; il n\u2019en sont que plus redoutables.Je vous avoue, monsieur le comte, que, de ce côté, je suis inquiet.Il faut absolument que je sache où se cachent ces deux individus.Grâce à vous, j\u2019espère être bientôt sur leurs traces.Vous avez dû prendre le numéro de la maison où la femme masquée vous a conduit ?\u2014Avant de m\u2019éloigner de cette maison, monsieur Morlot, je voulus en effet connaître son numéro ; mais il n\u2019exLte point.\u2014Ah ! fit Morlot.\u2014Peut-être avait-il été enlevé, toutefois, à certaines remarques que j\u2019ai faites, je suis sûr de reconnaître la maison et surtout le jardin.\u2014En ce cas, monsieur le comte, c\u2019est bien.Mais il faut que nous allions ensem de à Neuilly.\u2014Je suis à votre disposition.\u2014Vous ne supposez pas qu\u2019on vous ait suivi ?\u2014Non, je n\u2019ai rien remarqué.\u2014Je ne saurais prendre trop de précautions, monsieur le comte : avec les misérables contre lesquels j\u2019ai à lutter, il faut être constamment sur ses gardes, Merlot s\u2019approcha d\u2019une fenêtre, dont la jalousie était baissée et, du regard, P inspecta la place Louvois.\u2014Je ne vois aucun individu à figure suspecte, murinura-tJl, Monsieur le comte, nous pouvons partir.Le jeune homme se leva.\u2014Si vous le voulez bien, continua Morlot, vous sortirez le premier ; vous prendrez une voiture en bas et vous irez m\u2019attendre boulevard Haussman, au coin de la rue du Holder.Eugène sortit.Morlot, de sa fenêtre, le vit monter dans un coupé qui ne tarda pas à disparaître.Alors, bien certain, cette lois, que le comte de Coulange n\u2019avait pas été suivi, il sortit a son tour.Une heure après, le coupé dans lequel se trouvaient Eugene et Morlot passait au petit trot la chaussée du boulevard Bineau.Soudain, le comte saisit le bras de Morlot, et lui dit : \u2014Regardez : voilà le jardin et la maison : je reconnais la grille, la petite porte jet également cet arbre, qui doit etre un polonia.\u2014J\u2019ai vu, répondit Morlot.Il laissa marcher, la voiture pendant quelques minutes encore, puis il cria au cocher : \u2014Arrêtez.\u2014Est-ce que nous descendons ici ?demanda Eugène.\u2014Moi seul, monsieur le comte, et je vous demande la permission de vous quitter.Une heure après quand Morlot entra dans un restaurant pour déjeuner, il savait que la maison du Boulevard Bineau appartenait à un riche et honorable commerçant do la rue du Mail, qui l\u2019habitait chaque année avec sa femme et ses enfants, du commencement de mai à la fin de septembre.On avait d\u2019ailleurs donné à Morlot les meilleurs renseignements sur le propriétaire de la maison et sa famille.Morlot ne pouvait pas supposer que cet honnête homme fût un complice de Sosthène de Perny.Mais il s\u2019agissait tie se mottro sur la piste de Sosthène et de des Grolles, et il fallait que Morlot sût à qui lo commerçant avait confié les clefs do la maison.Or, le même jour, vers trois heures de l\u2019après-midi il entrait dans la maison de commerce de la rue du Mail, et demandait à parler au commerçant.Celui-ci le fit entrer dans son cabinet, et le pria do lui faire connaître le motif de sa visite.\u2014Vous allez l\u2019apprendre, monsieur, répondit Morlot, par quolques questions que je vais vous udrosser et auxquelles je vous prie do vouloir bien répondre.Vous êtos propriétaire d\u2019une maison à Neuilly, boulevard Bineau ?\u2014Oui, monsieur.\u2014Vous devez y aller souvent ?\u2014Rarement l\u2019hiver.Quelquefois le dimanche, quand la journée est belle, j\u2019y vais, soit avec ma femme ou uno ou plusieurs do mes filles, passer deux ou trois heures ; c\u2019est un but de promenade.Nous en profitons pour faire du feu dans les chambres et ouvrir les fenêtres.\u2014Vous n\u2019êtes probablement pas allé à Neuilly dimanche dernier ?\u2014Je n\u2019y suis pas allé depuis un mois.\u2014Est-ce que, parfois, vous permettez à des personnes de votre connaissance d\u2019aller visiter seules votre propriété ?\u2014Jamais, monsieur.\u2014Pourtant, dans la nuit de samedi à dimanche, il y avait au moins cinq personnes dans votre maison.Le commerçant ouvrit de grands yeux étonnés.\u2014C\u2019est impossible ! s\u2019écria-t-il.\u2014Ce que j\u2019ai l\u2019honneur de vous dire est absolument vrai, r ' \" _ Morlot.\u2014Mais alors des voleurs se sont introduits chez moi, je suis volé ! \u2014Une personne attachée à votre maison a peut-être, à votre insu, confié à quelqu\u2019un les clefs de votre maison de Neuilly.Le commerçant secoua la tête.\u2014Non, non, dit-il, cela ne se peut pas.Il ouvrit un tiroir de son bureau où il prit un trousseau de clefs.\u2014Voici les clefs de ma maison de Neuilly, dit il, celle de la grillo et de la porte du jardin ; la clef des doux portes d\u2019entréo de la maison et celles des deux pièces principales.Personne ne peut ouvrir mon bureau.D\u2019ailleurs, je suis sûr que le trousseau de clefs était là samedi soir et dimanche matin.\u2014En ce cas, monsieur, on s\u2019est servi de fausses clefs pour pénétrer dans votre maison.-\u2014Je le saurai bientôt, car je vais aller immédiatement à Neuilly.\u2014Si vous le voulez bien, je vous accompagnerai.\u2014 Volontiers.Mais je ne veux rien dire à ma femme et à mes enfants pour ne pas les inquiéter.Morlot retourna donc boulevard Bineau en compagnie du commerçant.Ils eurent vite constaté que les portes avaient été ouvertes avec de fausses clefs ou crochetées.Du reste, aucune n\u2019avait été referméo à clef.Ils entrèrent successivement dans toutes les pièces.Morlot promenait son regard investigateur.Il se souvenait de l\u2019envoloppo de lettre à moitié brûlée, ramassée autrefois dans l\u2019espèce de prison où Gabrielle avait été enfermée et où elle avait failli mourir do faim.Mais il eut beau fureter dans tous les coins, il ne trouva aucun objet qui pût le mettre sur la piste qu\u2019il cherchait.Quelques meubles avaient été dérangés de leur place, des bougies avaient brûlé complètement dans les chandeliers ; mais rien n\u2019avait disparu, et le commerçant déclara qu\u2019aucun vol n\u2019avait été commis, il n\u2019existait pour tous dégâts que la vitre brisée par la clef lancée du jardin dans le cabinet où le comte de Coulange avait été un moment prisonnier.Dans la chambre où la scène s\u2019était passée, Morlot trouva le masque de Sosthène ; dans le corridor, au bas de l\u2019escalier, il ramassa encore deux autres masques.Voilà les seuls objets qui attestaient le passage des trois complices dans la maison.Morlot examina les masques l\u2019un après l\u2019autre.Instinct d\u2019ancien policier.Mais c\u2019était bien inutile, car, en supposant \u2014 ce qui n\u2019existait pas, \u2014 qu\u2019ils portassent une marque de fabrique, cela ne lui aurait pas beaucoup servi.Maintenant qu\u2019il était rassuré, le commerçant voulut interroger Morlot.Celui-ci coupa court à ses questions en lui disant : \u2014Je sais ce qui s\u2019est passé dans votre maison, mais je ne poux Agence BAUME RîlUMAL aux Etats-Unis : G.Mortimer & Co, 24 Central Wharf, Boston, Mass 93 22 LE SAMEDI rien vous dire ; il y a là un secret qui ne m\u2019appartient pas.Je vous ai prévenu, vous savez que des inconnus se sont introduits dans votre propriété ; à vous, maintenant, de prendre les précautions que vous jugerez nécessaires contre n\u2019importe quelle espèce de malfaiteurs.Bien qu il neût à se plaindre d\u2019aucun dommage, le commerçant parla d aller faire sa déclaration au commissaire de police.Je n\u2019ai pas de conseils à vous donner, lui dit Morlot ; mais cette démarche que vous voulez faire me paraît absolument inutile.-A-U lait, monsieur, vous avez raison ; ce que j\u2019ai de mieux à faire, c est de mettre a ma porte des doubles serrures de sûreté.Le soir, en rentrant chez lui, Morlot se disait, les sourcils froncés: \u2014itésultat de la journée : une déception.XXVIII On avait dit au marquis de Coulange que l\u2019amiral de Sisterne serait de retour à Paris le jeudi soir ou le vendredi matin.Or, le vendredi, à neuf heures du matin, le marquis sonnait à la porte de 1 appartement que l\u2019amiral occupait avec sa sœur et sa nièce, au premier étage.Un domestique vint lui ouvrir.M.de Sisterne est-il revenu de Brest ?demanda le marquis.M.1 amiral est revenu hier soir, monsieur le marquis, répondit le domestique.\u2014Je suppose qu\u2019il n\u2019est pas encore sorti, veuillez m\u2019annoncer.\u2014Monsieur le marquis ne pourra pas voir M.l\u2019amiral aujourd\u2019hui.Ah ! fit M.de Coulange étonné, et pourquoi ne pourrai-je pas le voir aujourd\u2019hui ?v' P|irce que M.l\u2019amiral a prévenu qu\u2019il rentrerait probablement très tard ce soir ou peut-être même dans la nuit.\u2014A quelle heure est-il donc sorti ce matin ?\u2014A huit heures, monsieur le marquis.Il est allé accompagner madame et mademsiselle qui vont passer quelque temps dans le Midi, du côté de Cannes, de Nice ou de Menton.Comment ! s\u2019écria le marquis de plus en plus surpris, madame et mademoiselle de Valcourt ont quitté Paris ce matin ?\u2014Comme je viens de le dire à monsieur le marquis, elles sont parties a huit heures avec M.l\u2019amiral, qui doit les accompagner jusqu\u2019à Joigny, peut-être jusqu\u2019à Dijon.\u2014J\u2019ai vu ces dames lundi, Mme de Valcourt ne m\u2019a point dit qu elle avait l\u2019intention d\u2019aller à Nice ou ailleurs.\u2014Hier, à midi, et même à quatre heures du soir, il n\u2019était nullement question de ce départ.Mais cpie s\u2019est-il donc passé ?s\u2019écria le marquis, que l\u2019émotion commençait à serrer à la gorge.\u2014Je l\u2019ignore, répondit le domestique.M.l\u2019amiral est arrivé de Brest hier soir a deux heures.Il a causé assez longtemps 'avec mudume et ensuite avec mademoiselle ; c\u2019est alors, probablement, que le départ fut décidé, car, à quatre heures et demie, la femme de chambre do madame commençait à préparer les malles.On a servi le dîner comme d\u2019habitude, à six heures M.l\u2019amiral n\u2019avait pas l\u2019air content, madame était pâle et inquiète : quand à mademoiselle, je crois bien qu\u2019elle avait pleuré.A dix heures les malles étaient faites et fermées.Ce matin, une voiture du chemin de fer est venue les prendre.Les maîtres se sont rendus à la gare dans la voiture de M.l\u2019amiral.Le front de M.de Coulange s\u2019était assombri.Une sensation douloureuse succédait au saisisement et à la surprise.Il se dirigea lentement vers la porte.\u2014Dès que M.l\u2019amiral rentrera, reprit le domestique, je lui dirai que M.le marquis est venu pour le voir.\u2014Et vous pourrez ajouter que j\u2019ai été fort étonné.\u2014M.1 amiral devra-t-il attendre monsieur le marquis demain mutin ?\u2014Non, je ne reviendrai pas demain.Il descendit rapidement l\u2019escalier.Il avait comme un poids sur la poitrine qui l\u2019empêchait de respirer.Il avait hâte de se retrouver au grand air.Quand il eut fuit une trentaine de pas dans la rue, ses poumons se dilatèrent et il se sentit soulagé.Mais il avait des mouvements fébriles et son front restait sombre.\u2014Qu est-ce que cela veut dire ?.se demandait-il.Il cherchait à s\u2019expliquer l\u2019étrange conduite de son ami et de Mme de Valcourt.Pourquoi avoir ainsi quitté Paris sans le prévenir ?il se sentait profondément blessé, car, dans ce départ précipité, il trouvait quelque chose d\u2019injurieux.Il devinait qu\u2019il devait y avoir la une infamie de Sosthène ; mais, ce que devait faire avant tout M.de Sisterne, n\u2019était-ce pas de venir loyalement lui demander une explication ?D\u2019ailleurs, il avait annoncé sa visite.Pourquoi 1 amiral ne l\u2019avait-il pas attendu ?Evidemment, il s\u2019était dérobé à une explication.Et cela et le départ précipité de Mme et de Mlle de Valcourt, qui ressemblait à une fuite, rendaient sa conduite envers son ancien ami d\u2019enfance tout à fait inexplicable.Qu\u2019avait voulu l\u2019amiral ?Eloigner Emmeline d\u2019Eugène.Cela ne laissait aucun doute.Ainsi c\u2019était une rupture aussi brusque que violente.Qu\u2019avait-on pu dire à Mme de Valcourt et à M.de Sisterne pour qu\u2019ils eussent pris une aussi grave détermination ?Mais, qu\u2019importe, l\u2019amiral n\u2019avait pas agi comme il devait le faire ; il ne méritait pas, lui, le marquis de Coulange, d\u2019être traité ainsi par son vieux camarade, son meilleur ami.L\u2019amiral lui faisait une cruelle injure.C\u2019est en se livrant à ces tristes réflexions que le marquis rentra à 1 hôtel de Coulange.Dans son cabinet, sur un plateau de vermeil, il trouva trois ou quatre lettres.Sur l\u2019une des enveloppes, il reconnut l\u2019écriture de M.de Sisterne.\u2014Ah ! fit-il, je vais savoir quelque chose.D\u2019une main qui tremblait légèrement il déchira l\u2019enveloppe.La lettre ne contenait que quelques lignes écrites rapidement.Le marquis les lut, le front plissé.Les voici : \u201c Mon cher Edouard, \u201c Depuis assez longtemps déjà, la santé de ma nièce inspire à sa \u201c mère de sérieuses inquiétudes ; une irritation de la gorge et des \u201c bronches et une petite toux sèche, opiniâtre, sembleraient menacer \u201c Emmeline d\u2019une maladie pulmonaire.Je ne me doutais de rien, \u201c car ma sœur avait cru devoir me cacher ses craintes.\u201c Hier soir, elle m\u2019a parlé de ses appréhensions et s\u2019est subite-\u201c ment décidée à aller passer avec Emmeline deux mois au bord de \u201c la Méditerranée.\u201c Elles partent aujourd\u2019hui même ; je t\u2019écris ces quelques lignes \u201c à la hate.Je vais acccompagner ma sœur et ma nièce un bout du \u201c chemin ; mon intention est d\u2019aller jusqu\u2019à Dijon.\u201c Ton vieux camarade, \u201c de Sisterne.\u201d Comme s\u2019il n\u2019avait pas bien compris, le marquis relut une seconde fois cet étrange billet, puis il resta un instant immobile, frappé de stupeur.\u2014Et c\u2019est cela, c\u2019est cela qu\u2019il m\u2019écrit, murmura-t-il sourdement en froissant le papier entre ses doigts ; voilà l\u2019explication ridicule qu\u2019il me donne !.Mensonge, mensonge ! exclama-t-il.Qu\u2019est-ce que cela?Un prétexte grossier.Il n\u2019a certainement pas supposé que nous croirions à cette prétendue maladie de sa nièce ; mais il fallait dire quelque chose, et c\u2019est cela qu\u2019il m\u2019a écrit.Et voilà comment se conduit envers moi un homme de cœur qui est mon ami depuis plus de quarante aunées !.Oh ! c\u2019est trop fort ! c\u2019est trop fort !.Mais il ne s\u2019aperçoit donc pas qu\u2019il y a dans sa conduite quelque chose qui ressemble à de la lâcheté.Ah ! ça, mais que pense-t-il donc de moi, de ma femme, de ma fille?.Et c\u2019est le comte de Sisterne, un amiral de France, l\u2019honneur même, qui m\u2019offense aussi gravement ! Tout en parlant, le marquis marchait à grands pas dans son cabinet.\u2014Ah ! reprit-il, d\u2019une voix creuse, il se contente d\u2019un prétexte, le premier venu, et il recule devant une explication, que son devoir l\u2019oblige à me donner ; mais il me la faut, cette explication, il me la faut et je l\u2019aurai.Oui, je saurai le faire parler ; devrais-je l\u2019y contraindre, il parlera.Je suis le gardien de l\u2019honneur de Coulange ! A ce moment, on frappa à la porte du marquis.\u2014Entrez, dit-il.Par un violent effort de sa volonté, son agitation se calma subitement et son visage reprit son expression habituelle.La porte s\u2019ouvrit et Eugène entra.Ses lèvres crispées, frémissantes, révélaient une grande douleur.Il y avait du désespoir dans l\u2019effarement de son regard.Il tenait entre ses doigts un papier, une lettre ouverte.Lentement, il s\u2019approcha du marquis, et sans prononcer jine parole, il lui tendit la lettre.Le marquis lut ce qui suit : \u201c Monsieur Eugène, \u201c Nous quittons Paris demain matin pour aller je ne sais où.Ah ! \u201cje n\u2019ai pas eu le courage de demander où l\u2019on voulait me conduire.\u201c Que se passe-t-il ?Je l\u2019ignore.Je ne sais qu\u2019une chose, c\u2019est ciue ie \u201c suis folle de douleur ! (A suivre.) Le curd do St-Euetaohe h madame Turcotte : Mais il ne pleure plus jamais votre bdbd ! \u2014 Non, M.le Curd, et jamais je ne le laisserai pleurer ; noua avons à la maison une bouteille de Menthol Soothing Syrup.C\u2019est le meilleur sirop au monde pour les enfante.\t^ Le Menthol Soothing Syrup est en vente partout, 25 ets la bouteille. il JL *iîL\u2014% *\u2014P\tJL~,a\tA A.-S.A Juif.Poésie d\u2019Armand SiLvcstre , Musique de H-DE FOUTE MILLE S 'âjM P ï À .1i 0 ¦çprÀ- \u201e;\u2014\u2022\u2014 -J___L ^_ zjEEExéEéEÈzEîEz -+\u2014 ^grrryr.zzz»___ i\u2019hou .r3 pas.so srl .te.D ai - mer pour en être heu.reus!____ Hi ./SE Ip ¦< n \u20140- ;* :>-*\t>.\t-«s\t-\t\u2018 -\tb\"\t-%\t\u2014=q\t \t\t\tj.jrf\t Jri J: .\t! ! ta»»«^1 p\t} J \u2022fi.\"\t-v-\t\tn r\t\t .tez-vous donc, a.mon.reux JS Quand le printemps vous m .vi .'te.Cuetl rit lez a tous les buis, sons_______ Des bai .sers et des chan.sons plus lent L\u2019heu mer \u2022\u2022» tempo \tr\t\t\t c; U i *\tf^=]\t\" ¦ \u2018 i-J.-j.,rT-\t.pl\u2014J-\t^\t^M Comme '\t»>\ta\t J\t1\t1\tL* \u2014 !\t J\t1\trf\u201c t\t\u2014\t\t ,r T r -1 .:: - S *\t£¦\u2022 *\tt\u2019-jf-S- \u2014\tf\t.a\tMJ .a ¦zf~*\u20141\tT~\u2014h\tri\t\t.\t.f\t W ^ É\u2014fFrfHL l\u2019heu.re pas.se dou - ce m M-* - 5 Ern D'ai _ mer dans le lemps des fleurs.!r°^\t: .& W- i 10 CO LE SAMEDI LE SAMEDI 7 L\u2019é - té brode, en cent cou _ leurs Les fins ve.lours de la mous.se Où les bel .les, en trem.blant,_____ sent leur pied ferme et blanc?l'n pou plus lent L\u2019 heu pas .s Plus lent \u201e\tPlus len( .'\t\" \" ~\t*\u2014r Comme -a \u2014Q~ _____* D\u2019ai .mer pour se sou .ve La fo tom.ne vient, de jau aux vents trem.blan .te.Dans des boi3.dé - so re.vessont en.vo mer LE samedi AMOUR TU RENDS AVEUGLE 4*-4 j! ^5*1 L Nora était belle, et le savait, Massa Bambou eut le talent de le lui dire alora qu\u2019il faisait paître sa girafe, non loin des pyramides et accompagné de son fidèle .Seïde.¦NA 'àjA II Amour,tu rends aveugle! Comme Massa Bambou, enhardi, prenait amoureusement dans ses doigts le menton de la petite, voilà que la girafe, malgré les objections à elle faite, se mit à paître une toull\u2019e d\u2019herbes jusque dans les jambes de sjii maître.Ml il V III Le résultat a été plutôt désastreux.Si la girafe a eu son herbe, Nora s\u2019est évanouie, l\u2019amour aussi.Massa Hambou et Stïde ont eu un abordage pénible.() amour ! |)U I L ICM) K K.\u2014 Moi?.APRÈS LA CATASTROPHE Les victimes !\tl'Ue vérité ; soleil illuminant l\u2019hoireur Combien?Comptez: dix, vingt, quarante.l)u chaos Ignorance et des vieilles ténèbres ; l.\u2019un buvait à longs traits à lu coupe enivrante De la Jeunesse ; l\u2019autre, aux espoirs défendus Avait subtitué les buisers éperdus De ses petits enfants, et pour leurs têtes blondes, Vieillard, rongeait encore à conquérir deB mondes 1 Jeunesse, floraison du cteur, enivrements, Fiançailles, soupirs, étreinteB, doux serments, Palais bâtis dans l\u2019or de l\u2019espoir et du lève, Chimères de poète, ambitions sans trêve, Désirs, travail, richesse, et le nom, et l\u2019honneur D\u2019une antique maison, \u2014 ce qui fait le bonheur, Ce qui fait ia fortune et ce qui fait la gloire, Comme en une bataille après une victoire Chèrement achetée, au milieu des débris .Sanglants, et dans l\u2019horreur des râles et des cris, Ils sont là, tous et tout ! O douleur ! ô misère ! Tu ne reverras plus ton enfant, pauvre mère ! Tu n\u2019embrasseras plus ta fiancée, amant ! Tu ne poursuivras plus dans le bleu firmament Tes blanches fictions et ton amour, poète ! L\u2019éphèbe plein de jours, l\u2019aïeul que la mort guette, Egaux dans le brutal et sombre écrasement, (lisent, monceau hideux, sous le bousculeinent Du monstre.La matière implacable se venge, Progrès !.O cauchemar hallucinant, étrange, Farouche entassement do mal, de bien, d\u2019erreur, f.Conquêtes de l\u2019Esprit, et révoltes funèbres ! De forces de la terre ; assaut du Monstrueux , Pour venger contre nous les mythes et les dieux : De l\u2019aveugle Inconnu revanche abominable ! Poursuis donc, l\u2019rométhée, ù martyr lamentable Suis à travers le temps, l\u2019Infini, l\u2019Eternel, Ta victoire maudite et ton rêve charnel.Ceci va devenir le meurtrier infâme Da Cela ! Le métal inerte écrase l\u2019âme 1 Ce crime, cet affreux carnage, cet enfer De larmes, de douleur, de mort, un peu de fer, Un peu de vapeur d\u2019eau rugissant sous un dôme, Un atome heurtant au passage un atome L\u2019ont commis.Us allaient joyeux, impatients, Accusant la lenteur du train, inconscients Du danger, de l\u2019obscur assassiuat dans l\u2019ombre Invisible embusqué, l\u2019un supputant le nombre De seB gains, celui-là caloulaut les baisers.Us sont là maintenant sur la voie,\u2019écrasés ! Les journaux nous diront demain la catastrophe : Du saug, des pleurs, un deuil, quelques mots, une Peut-être d\u2019un poète inspiré ; puis, l\u2019oubli ! [strophe, L\u2019homme par l\u2019intérêt cependant assailli, Dans les entraînements fougueux de la jeunesse, Ivre, éperdu de vie, à suivre la richesse, A suivre sa chimère âpre, repartira Tandis que sur leurs corps la terre verdira ! O.JnsTK'K.La PETITE SIAUAMIi I)E Fit AS K.\u2014 Vous üt k'8 autres?.nous croyions que c\u2019était la chusse qui arrivait.Du Helder.\u2014 Nous avons perdu depuis un quart d'heure à peu près.nous n\u2019entt ndons plus rien !.( Il va jusqu'au bout de.l'allée, et revient.) rien du tout!.(A Folleuil, avec ayitation.) vous lia l\u2019avez pas vue vous ?.Folleuil, allumant sa pipe.\u2014Qui ça ?.Du Heldeu.\u2014La chasse, parbleu !.Folleuil.\u2014Jamais de la vie !.je ne regardo jamais ces choses-là !.(Du Helder hausse les épaules et reyaloppe jusqu\u2019au bout de l\u2019allée).Avec ça que ça l'interesso, lui, la chasse!.il fait ça pour qu\u2019on croio qu\u2019il y comprend quelquo chose.je parie qu\u2019il ne sait seulement pas quel animal on chasse.Le comte de Béla vu.\u2014 Le fait est que jamais on n\u2019a vu chusse plus mal menée.Palombe n\u2019y entend quoi que ce soit.Du Heldeu, qui revient toujours aussi ayilé.\u2014 Rien do rien !.D'Assoupy.\u2014Invitez donc des amis à suivre, pour être bêché pareillement !.BÉlavii.\u2014 Si on ne peut même plus critiquer ?.Folleuil.\u2014 Autant mourir tout de suite, n\u2019est-ce pas?(Regardant llélayr.) Vous devez avoir souvent des mouvements de bile, vous ?.des accès rageurs.suivis de prostration.Madame de Valtanant, faisant arrêter la vie¦ AYEZ DONC DES AMIS Dans une allée de la forêt de Saint-Séveriu.\u2014 Ou clmsse avec l\u2019équipage du baron de Palombe, un voisin.La petite madame de Phase, sur un joli poney gris.Amazone bleue très courte.llabit rouye.Chapeau gris, regardant les cavaliers qui arrivent.\u2014Les Bélayr, Antoine.M.du ILelder.lady Salikok.(Joyeuse.) et M.de Folleuil !.Le vicomte d'Okaz, sur un vieux cheval bai.llabit rouge.Culotte en vis.Gardénia.\u2014 Folleuil à cheval?.(Pensif.) pour qui \\ient-il ?.(A la petite Mme de Frask.) 11 vous plaît, Folleuil ?.La petite madame de Frase, avec conviction.\u2014 Beaucoup !.il est si amusant !.D'Okaz.\u2014Amusant.amusant.il est mal élevé, voilà tout!.Tiens !.Mme de Valtanant suit en voiture.pourquoi?.Folleuil, qui a rejoint la petite Mme de Frask.\u2014Pour etre sûre de ne pas rencontrer Valtanant qui est à cheval.Du Helder, arrivant au petit galop.\u2014Avez-vous vu la chasse !.La petite madame de Frask.\u2014Comment?.ça n\u2019est pas vous, la chasse ?.toria dans laquelle elle est avec Mme Tailly des Goudretles.\u2014Avez-vous vu Mme de Palombe ?La petite madame de Frask.\u2014Je l\u2019ai vue tantôt.au rendez vous.Madame de Valtanant.\u2014Elle a encore engraissé 1 Folleuil\u2014Elle est à point !.Madame de Valtanant.\u2014Vous appelez ça à point?.Folleuil.\u2014Mais oui.je déteste les femmes maigres, moi!.non seulement je les trouve laides et attristantes à voir, mais encore elles sont le plus souvent méchantes, envieuses.enfin, elles ont tout pour elles, quoi !.Madame de Valtanant.\u2014.(On continue à marcher au pas).Bélayr, dont le cheval vient de butter.\u2014Sale terrain !.c\u2019est plein do terriers !.mon cheval a manqué se casser le boulet.Frask \u2014Non.c\u2019est contre un caillou qu\u2019il a butté.parce que, jo ne sais pas si vous vous on êtes aperçu, mais il racle, votre cheval ?.D\u2019Assoupy, d\u2019une voix douce.\u2014Plutôt !.Bélayr, vexé.\u2014Co cheval-là racle?.Ah ! par exeinplo !.un cheval qui se met les pieds dans le nez en marchant !.Frask.\u2014Je ne sais par où il met habituellement ses pieds.mais co LE SAMEDI 11ISTOJUK DU VIEUX CHATEAU X Il était une fois uu olmttau untiquo, dans ce château une grande salle et dans cette salle un homme de fer.Survinrent, une nuit, Toutoune, une charmante petite chatte noire, et Gurdouche, un roquet fort aimable qui, en jouant et folâtrant,.que je peux vous affirmer, c\u2019est que, cette fois, il en a mis au moins un des deux sur un caillou.un caillou que je vois encore d\u2019ici.(Il se retourne.) là-bas.à droite, contre une touffe d\u2019herbe.vous ne voyez pas?.Bélayr, sans se retourner.\u2014Pas le moins du monde.D\u2019AssoüPy.\u2014Comment, vous ne voyez pas cette grosse petite chose rondo.d\u2019un gris blanchâtre?.I\u2019klayiI \u2014.M.Taii.i.y mes Couimëttes, à Bélayr.\u2014Où l\u2019avez vous acheté, ce cheval?.Bélayr.\u2014.Je l\u2019ai acheté cent cinquante louis.M.Tailly dus Coudrettks \u2014Pardon.je ne vous demandais pas combien vous l\u2019aviez payé.Du HeldkK, s\u2019arrêtant brusquement.\u2014Ne bougez pas !.Follëuil.\u2014Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a?.Du Ukldeii \u2014J\u2019enttnds les chiens !.Follëuil, continuant à marcher.\u2014Une idée que vous vous faites !.Du 11 ei.dek.\u2014Enfin, je suis 6Ûr que j\u2019entends quelque chose.D\u2019Assoui\u2019Y.\u2014Moi aussi !.seulement, c\u2019est le vent qui fait grincer les lils du télégraphe.ça n\u2019a même pas un air de famille avec la voix des chiens.Bklayk \u2014.Même des chiens de Palombe.D\u2019Assoupy.\u2014Je ne sais pas pourquoi vous dites ça?.ils ne sont pas plus mauvais que les autres, les chiens de Palombe.Bélayr.\u2014Allons donc ! ils ne valent pas un coup de fusil !.c\u2019est comme ses chevaux, du reste !.et il n\u2019y a pas là de quoi s\u2019étonner.on ne pout pas avoir un équipage, un appartement à Paris, et un château qui coûte les yeux de la tête à entretenir, avec soixante sept mille francâ do rente.Fol leu il.\u2014Soixante sept !.peste !.vous envoyez la chiffre exact, vous !.à la bonne heure.on est fixé !.Iïelayr.\u2014Damo ! Palombe avait cinquante cinq mille francs de rentes.il a épousé la petite de Granpré qui a eu trois cent mille francs de dot.mettez que ça rapporte douze mille.et je compte largement.ça fait soixante-sept.pas un sou da plus.\u2014Follëuil,\u2014Irréfutable !.Béla vit.\u2014Et quand on pense au mariage que Palombe aurait pu faire.joli garçon comme il l\u2019était !.Follëuil.\u2014Tiens !.vous reconnaissez qu\u2019il était joli garçon ?.Bélayr \u2014Mais oui.Fot.LECJlL \u2014Ben, ça m\u2019étonne de vous, ça !.Bélayr, reprenant\u2014Joli girçon.une fortune gentille.un château historique.un titre.il pouvait épouser un sac énorme.Follëuil\u2014Et au lieu de çi, il a préféré une femme de son monde, jolie et intelligente.quel imbécile !.(Tê'.e de Mme de Bélayr.) Bélayr.\u2014Enfin, vous m\u2019avouerez que ça n'est pas fort?.Follëuil \u2014 J\u2019avoue tout !.Bélayr.\u2014Aussi, ce matin, quelle messe da S iint Hubert !.c\u2019était piteux !.la livrée des piqueux a au moins cinq ans !.les fanfares ont été sonnéps à faire pleurer.les chiens ont hurlé à l\u2019élévation.Follëuil \u2014Ah !.et si Palombe était plus riche, les chiens n\u2019auraient pas hurlé à l\u2019élévation ?.Bélayr.\u2014Je ne dis pas cela !.Follëuil.\u2014Pardon.je le croyais.;c.v \"'-T.- Aï-v-A/S; Q\u2019.-x \u2022\u2022V*'.¦ '.\u2022\u2022\u2022**< v; sftiy-A \u2022\t-, i mm a':.; $ Il .s\u2019avisèrent de pénétrer, par la base, dans le fort intérieur de l\u2019homme de fer.On entendit d\u2019abord un sourd susurrement, des grognemente étouffés, jusqu\u2019au moment ou, n\u2019en pouvant pluB,.Bélayr.\u2014Et cette surprise, dont nous a parlé Palombe.qu\u2019est ce que ça peut être ?.D\u2019Assoupy.\u2014Je ne m\u2019en doute pas !.Bélayr.\u2014Il a dit : \u201c Une chose que nous verrons à la fin de la journée et qui nous surprendra tous.\u201d Follëuil.\u2014Cest peut etre que vous serez de bonne humeur, ce soir?.le fait est que ça nous surprendrait rudement !.Bélayr \u2014.D Okaz.\u2014Sapristi !.elle ne finira donc pas cette chasse !.D\u2019Assoupy.\u2014Tu deviens grincheux aussi, toi !.D'Okaz.\u2014Une chasse où on ne voit ni la bête, ni les chiens.(Il regarde la petite Mme de Frask qui cause avec son mari.) Follëuil, à du Ilelder.\u2014Mais ne me poussez donc pas comme\u2019ça dans l\u2019ornière, saciebleu !.(Du Ilelder se retire précipitamment.) Frask, se retournant.\u2014A qui en a-t-il encore, Follëuil ?.Follëuil.\u2014A du Holder.il me pousse dans toutes les ornières et dans tous les troncs d\u2019arbres.pour me raconter des histoires de chasse qui ne lui sont jamais arrivées.Du Helder, indigné.\u2014Comment jamais arrivées !.ah bien ! elle est sévère, celle là !.je vous dis qu\u2019en 87.ici.à quelques mètres d\u2019ici.en voulant servir un solitaire qui éventrait les chions.j\u2019ai tué un ramier.D\u2019Assoupy.\u2014Avec votre couteau ?.Du Helder \u2014Mais non !.avec la carabine à servir.au moment où je l\u2019ajustais à l\u2019œil, le sanglier a fait un mouvement plongeant.et la balle a tapé en plein dans un ramier qui s\u2019enlevait du fourré.c\u2019est bien simple. LE SAMEDI tRASit.Excessivement simple.seulement c\u2019est un coup rare!.(A Mme dAssoupy qui bâille.) Vous ôtes fatiguée, ça ne m\u2019étonne pas!.vous avez veillé jusqu\u2019à deux heures du matin.Madame d'Assoupy.\u2014Comment le savez vous ?.Fua.sk.\u2014 .le vois do mon lit votre lumière qui frappe sur le mur du petit chalet.1) Okaz, soupirant.\u2014Mon chalet !.où je suis tout seul !.F has k \u2014Plains toi donc un peu 1., tu es le mieux logé de nous tous.et tu as la satisfaction de sentir ta demeure caressée par la lumière de Mme d\u2019Assoupy.D Okaz.\u2014 Une satisfaction négative.Bélayk.\u2014Et toujours pas de (lusse !.voilà ce quo c'est que de faire les choses sans argent.ça marche toujours mal ?.Folleüil.\u2014Mais ça marche bien pour les Palombe.et pour Valta-nant.et du Hauban.et tous ceux qui ont suivi.[Le cheval de Jlélayr butte fortement ) Dites donc, il me semble que pour un cheval de cent cinquante louis, qui met ses doigts dans Eon nez en marchand, il faute un peu souvent, votre cheval !.Tiens !.nous arrivons au parc !.et cette fois, j\u2019tntenda la chasse.Délaye \u2014Pas malheureux !.il fait nuit !.La petite madame de Frask, montrant un point d'un carrefour d'allées gazon-nées).\u2014Oh !.voyez donc, là!.cette grande chose blanche !.(On se dirige au galop vers la chose blanche.) Folleuil.\u2014Tiens !.c\u2019est une statue de saint Hubert !.Eh bien !.la voilà, la surprise!.j\u2019aimais intimaient mieux le rond point sans HISTOIRE DU VIEUX CHATEAU \u2014 (Suite O fin) V.' .l\u2019homme de fer se livra à un dévergondage d\u2019allures auprès duquel aurait pâli lo fameux quadrille naturaliste.Et avec ça des onomatopées étranges.des wouah.wriii marranaou.sehou.pssitt.wouah.wouah.rien.mais enfin.elle n\u2019est pas laide, cette statue.j\u2019aurais préféré Diane !.Enfin !.\t.\t.Bélayr, qui a défait son gant et est allé tâter les jambes de saint Hubert avec son doigt.\u2014Ç i n\u2019est même pas du marbre !.c\u2019est de la pierre !.mais voilà.quand on n\u2019a pas d\u2019argent et qu\u2019on veut faire comme si on en avait.\tGyp.elle NE L\u2019AVAIT PAS REMARQUÉE Monsieur.\u2014As-tu remarqué la dame que nous venons de croiser dans la rue ?\t., Madame.__Tu veux dire la femme qui avait un manteau de seal, des bottines jaunes, un chapeau noir avec des fuchsias et des héliotropes, une cravate rouge et un voile de chiffon ?Non, je ne l\u2019ai pas remarquée plus que ça.Que voulais-tu donc me dire d\u2019elle ?NOUVELLE MANIÈRE D\u2019HONOHER LES SAINTS Monseigneur do la Mothe, évfquo d\u2019Amiens, n'étant encore quo simple abbé, venait de faire une mission dans le diocèse d\u2019Aix.Lo peuple do la paroisse qu\u2019il avait évangélisée, et dont il avait gagné la confiance, lo voyant partir avec regret, l\u2019accompagna jusqu\u2019à Aix, où il allait rondro compte de son couvre au prélat diocésain.L\u2019archevêque commençait à lui donner les louanges dues à son zèle, et à le féliciter du bien qu\u2019il avait opéré ; l\u2019abbé de la Mothe l\u2019interrompant : \u201cQuoique vous en disiez, Monseigneur, je n\u2019ai pas pu seulement leur apprendre à ne pas dépouillor les passants.Voyez dans quel état ils m\u2019ont mis.\u201d Et il montrait son manteau et sa soutane, qui étaient en lambeaux.Le peuple par vénération les avait déchiqueté pour en faire des roliques.\u201c S\u2019il vous plaît, ajouta-t-il, ils disent qu\u2019ils me regardent comme un Saint : mais j\u2019ai l\u2019honneur de vous faire observer que partout ailleurs on fait des offrandes aux saints, ici on les dépouille.C'est un abus dont il convient quo vous corrigiez vos ouailles.\u201d Étant évêque, il répondit à une dame qui voulait avoir quelquo chose de lui :\t\u201c Ce n\u2019est pas ainsi qu\u2019on honore les saints, mais bien par des offrandes ; c\u2019e3t là le culte que je préfère, et j\u2019attends ce que vous offrirez de bon à mes reliques.\u201d Puis il détourna vivement la conversation.\u2014 Quelqu\u2019un lui parlait do cet empressement du peuple à avoir des morceaux de ses vêtements.\u201c J'igrore, dit-il, ce qu\u2019il se propose par là ; mais, tout ce que j\u2019en puis dire, c\u2019est que c\u2019est une dévotion qui ne me tient guère chaud.\u201d Ainsi, par quelques mots plaisants, il détournait adroitemont los éloges.MATÉ QUAND MÊME Le père.\u2014Tu rentres trop tard, mon fils.Souvions toi quo ce n\u2019ost pas en se couchant et en se levant tard qu\u2019on arrive à réussir dans les allaires, et que l\u2019oiseau qui se lève le plus matin a le premier ver.Le fils (gouailleur).\u2014Parfaitement, père, mais si l\u2019oiseau a été récompensé de se lever aussi matin, il me semble que lo ver a été puni ?Le père.\u201411 ne s\u2019était pas couché du tout, lui ! A LA BONNE HEURE Rouleau.\u2014 Ma femme et quelques-unes de ses amies viennent de s\u2019organiser pour la création d'une société seciète.Bouleau ( s'exclamant).\u2014 Une société secrète! l\u2019as do bon sens à ça ! Une femme dans une société secrète.Ah ! ah ! ah !.Rouleau.\u2014Vous ne comprenez pas du tout, mon cher.C'sst pour so rencontrer et se raconter leurs secrets.\u2018 H %.^\\A^(e IV .quand, pour son malheur, Mlle de Sainte-Alicante, une vieille fille fort peureuse, pénétra dans la salle d\u2019armes et cela juste au moment où Toutoune sautait à terre et que (lurdouohe émergeait, le poil hérissé, entre les visières du casque de l\u2019homme de fer continuant à se tordre.Mlle de Saint-Alicante en a fait une forte maladie ; on craint pour sa raison. 2\" Lk samedi MODES PARISIENNES Manteau kn I>HAI- VEUT l.É/.AKD ET MONGOLIE.Devant croisas ferméi par des brandebourgs noire, révéra bordée de mongolie et de treaee mohair, doa aac.Man-chea terminéea par une bande de fourrure et de motifa de paeaementerie.Capote de veloura vert ornée de veloura noir, plumea noirea.Matériaux : 2 vergea J de drap.¦Al «\t¦ «\u2019 sa.Nu 210, Robe de nuit pour dames et demoiselles.Patron \u201c Up to Date\u201d (Prime du Samedi) là Ce confortable vêtement de uuit est en nansonk très fin, garni de roches de broderie.Le patron indique un empiècement supportant les plis du cou et des épaules.La chemise se ferme sur le côté droit et est seulement ajustée aux épaules et sous les bras.Une grosse ruche de broderie garnit le cou et forme jabot sur la poitrine.Les manches ne comportent qu\u2019une seule couture ; renflées à 1\u2019 ;paule, elles se terminent au bas par un poignet portant une ruche do broderie.On peut employer pour la confection de ce vêtement de la toile de Cambridge, de la mousseline, du nan-souk ou toute autre étoffe convenable.Mais il est indispensable qu\u2019il soit garni et ruché en broderie.Le patron est fait pour des bustes de ¦-\u2019H à 40 pouces.La quantité d\u2019étoile requise est de 7 verges en .îti pouces de largeur.Katk Wallace Clements.COMMENT SK PROCURER LK PATRON \u201cUP TO DATE\" ,n heures, sera fermée ce jour-là.\u201d On avouera que ce n\u2019est pas banal.* * « DANS CENT ANS Le monde se fait écraser.Ah ! courons l'y soustraire ! La science est venue au secours des ligueurs, en la personne du célèbre savant allemand Haeckel.Ce n\u2019est ni un pesant in folio, ni une série de conférences, ni une thèse, ni rien de semblable que vint apporter dans la dispute ce fameux naturaliste.Ce fut.une caricature !.Ne vous récriez pas ?Elle est scientifique.et c'est ce qui fait son charme et la rend aussi amusante qu\u2019instructive.Car personne ne soupçonnerait d\u2019une plaisanterie déplacée Haeckel, qui est né à l\u2019otsdam en 1834 et occupe depuis 1865 la chaire de zoologie à léna.Un des premiers dirciples de Darwin, il propagea ses doctrines, par une foule de travaux, et les corrobora au moyen de 863 observations personnelles.Il a puissamment contribué à développer le transformisme.Parlant des bases de ce système, \u201c l\u2019adaptation au milieu \u201d et \u201c la fonction qui crée l\u2019organe Haeckel nous représente le Bicyclanlhropos curvatus du XX' siècle, avec son dos voûté, sa figure de grenouille et ses jambes énormes autant que velues.Devant cette image des pédards de l\u2019avenir, le philosophe dégoûté ne peut que s\u2019écrier : \u2014Ali ! les sales bêtes?Ils ont du poil aux pattes?.Si c\u2019est là l'homme futur.ah ! courons l\u2019y soustraire ! comme disent les compagnons de Guillaume Tell !.Maintenant, ce n\u2019est peut être là qu\u2019une charge de Haeckel qui a voulu faire concurrence ajx plus outranciers carricaturistes de notre époque.Avouons qu\u2019il a parfaitement réussi.sans corriger le mo'ndre pédard, du reste, car les enragés du sport cycliste se seront dit : \u2014Si c\u2019est dans cent ans seulement que je dois être le terrible licyclan-thropos curvatus Haeckeli, autant continuer, pour l\u2019instant, à être le bicy-clistus vulgarissimu8 que j\u2019ai l\u2019honneur d\u2019être !.Le fait est que cent ans, c\u2019est une échéance !.UN QUI LA CONNAIT Bouleau.\u2014 Je voudrais bien connaître le moyen de dire l\u2019âge d\u2019une femme quand elle est présente et tans qu\u2019elle se fâche ?Rouleau.\u2014 C'est assez délicat, mais le meilleur^ moyen, c\u2019est encore de le dire dans un faible et gentil murmure.DEVINETTE \u2014Oh.regarde dono, Félicie, cet arabe qui sort de la maison ! \u2014Un arabe ?Je ne le vois pas ! 0® MO ¦ÉMkStÜB mm I.LIC SAM Kill 20 Le Pectoral Cerise d\u2019Ayer coûte plus que toute autre médecine ; mais il guérit plus que n'importe quelle autre médecine.La plupart des remèdes contre la toux vendus bon marché atténuent à peine, ils apportent un soulagement local et temporaire.I.e I\u2019ec-toral-Cerise d\u2019Ayer ne fait rien de tout cela.Il guérit.Asthme, Bronchite, Croup, < ?Coqueluche \u2014 ainsi que toute autre affection de ce genre, tandis que d'autres remèdes échoueront, céderont devant Le Pectoral Cerise d\u2019Ayer.Il a un record de 50 années de guérisons.Ecrivez pour obtenir le \u201c Curcbonk,**- i gratis.J.C.Ayer & Lie., Lowell, Mass.A T Dialogue du jour : \u2014Comment, , votre fille] fait son droit.A quoi bon, puisqu\u2019on n\u2019admet pas les femmes à plaider ?J > ! \u2014Bah ! j\u2019aime encore mieux la voir étudier le droit que le] piano.C\u2019est moins bruyant ! PAS DE COMPLICATION L\u2019enrouement peut conduire à l'extinction de voix et le Baume Ithumal tue l\u2019enrouement.25o la bouteille.\t3!) LISEZ LA GRANDE REVUE HEBDOMADAIRE 12 PAGES, GRAND FORMAT Publie tou es les semaines .Articles de Fonda par des écrivains distingués ; Plusieurs Gravures d\u2019ac-tualite et des Nouvelles de Tous les Pays\t.\t.\t.Abonnement POUR LA VILLE ET LA CAMPAGNE Beiaotlon, Administration et Ateliers TRIO DE PROVERBES A l'habitude tout est possible, x Goutte de miel adoucit une de liol.Oui peut le plus peut le moins.Sanciio Pança.Aux examens : L\u2019examinateur.\u2014Quelle était jadis la principale industrie de Vendôme?\u2014Les fonderies.\u2014Très bien! donnoz-inoq un exemple.Le candidat (après rélhxion)\u2014La colonne Vendôme, Monsieur.LES MEILLEURS RÉSULTATS Créât Falls, N.H , 12 août 1N95.Roy k Boire Drug Co.\u2014 Messieurs : Js soussigné certifie que le Menthol Cough Syrup n'a pas son égal.Je l\u2019ai employé dans différents cas de Bronchites, mauvais rhumes, inflammation de poumons, etc.Dans tous les cas j\u2019ai eu les meilleurs résultats.\tDr N.Lehui'.Le Menthol Cough Syrup est en vente partout, 2ü ots la bouteille.CEUX QUI GUÉRISSENT S C ! x $1.00 PAR ANNÉE UNE PIASTRE PAR ANNÉE, avec le choix sur une collection de chromos-lit hogra- Shies, portraits de Cartier, Lafontaine, Morin, [gr Bruchési et autres sujets.Voir notre annonce de primes dans lo numéro du Monde Canadien do cette semaine.3/ \u2014Un cinq centins, s\u2019il-vous-plait, pour IT nr\tn\tm t\thit i ' i\tun pauvre homme ailligé de la soif.No 7a\tRue\tSt-Jaeques,\tMontréal -Tout œ qUe Je Pms faire Pour\tvous, ^\t1 mon ami, c\u2019est de vous donner l\u2019adresse de ceux qui guérissent les assoiffés : le Dr Guilbault, 313 rue Amherst, et M.J.il.Chasles, 513 Avenue Laval.G.A.NANTEL, Editeur- Propriétaire.J.A.Cakukkl, Administrateur.Une Recette par Semaine Encre pour écrire sur le verre.\u2014On sait combien est généralement éphémère la durée des inscriptions que l\u2019on met sur les (laçons.On augmente considérablement cette duréeen paraffinant les étiquettes.Dj cette fai^on la couclie de paralline qui recouvre le papier repousse les liquides, qui glissent sur lui.toutefois on peut trouver avantage à écrire directement sur le verre.Or voici, pour atteindre ce but, la recette cl une encre qui se compose comme suit : kau.1\tlivre Gomme laque.-I\tonces Alcool.10\t\u201c Borax.2\tA \u201c Violet méthyle.1 25 d\u2019once Vous faites dissoudre, à froid, la gomme laque dans l\u2019eau, vous chauffez graduellement et vous ajoutez ensuite l\u2019alcool puis le borax dissous dans une petite quantité d\u2019eau.L\u2019encre est faite et avec un pinceau, en guise de plume, vous pou irez vous livrer, sur le verre, h toutes les inscriptions qu\u2019il vous plaira, B.de S.Mlle OLIDA OUELLETTE, de Montréal Malade depuis 2 ans d\u2019une Maladie Nerveuse et Faiblesse du Sang Son médecin ne pouvait rien faire pour elle.Les Pilules Roug-es du Dr Coderre l\u2019ont guérie en très peu de temps.Les Pilules Rouges du Dr Coderre, véritables amies des femmes et des jeunes filles souffrant, de faiblesse et de débilité.Il est vraiment pitoyable de voir des jounes tilles qui semblent promettre beau coup pour l\u2019avenir, frappées par la maladie, dont souvent elles i e reviennent «lue par une espèce de m» îacle.(Quelle responsabili-te a vous, mère do famille, qui no veillez pas sullisam-nient.sur la santé de vos jeunoH tilles! Ces jeunes Mlles, Dieu vous les a données pour que vouh les for niiez à et re plus tard elles aussi do braves, do fortes et bonnes épouses et mères de famille.A vous doue, incombe une grando tâche.Voyez votre pauvre jeune Milo, olle est pâlo.triste, elle n\u2019a pas d\u2019appétit, elle est sans énorglo, elle souMVo continuellement ce poil -dant, elle ne sc plaint pas, uno certaine crainte ou honte l\u2019empêche d\u2019avouer ce dont olle soutire.C\u2019est à vous, mère de famille, de veiller ht ns cosse sur cetto précieuse santé.C\u2019est â \\ ous de renforcir votre enfant, do la mettre en état de combat tre et remporter la victoire sur toutes ces ma r Coderro l u remède nui peut guérir on si pou do temps uno malad\u2019üaussi grave «|iio cello do Mllo Ouellette doit ctro nécessairement un remède très puissant.Les Pilulus R ou gesdu Dr Coderro guérissent le beau mal.la suppression des règles, les rè gles douloureuses ou règles abondantes, pertes blanches, coin! ipat ion, les douleurs entre les épaules, dans les cOtés, les reins, palpilnt ions du «Meur,tiraillements d\u2019estomac, la «lys pepsie, mal
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.