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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 25 juin 1898
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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    Successeur :
  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1898-06, Collections de BAnQ.

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[" lîplfc - ¦ ' yrX-# VOL.X.No 4 MONTREAL, 25 JUIN 1898 Journal Hebdomadaire Illustré de 32 Pages PRIX DU NUMERO 5c JOSEPH A DO LP H K CHAP LEAP 1 S L 0 - 1 S y 8 Portrait-prime du \"Monde Canadien 2 LE SAMEDI 3&$wm&dl (Journal Hebdomadaire) PUBLICATION LITTÉRAIRE, ARTISTIQUE ET SOCIALE 33TT aTCTTEEe DOMESTIQUE REDACTEUR: LOUIS PERRON A-BOÏTITBIiÆELETT : TT 1ST AIT, $2.50; SIX MOIS, ffil.25 (Strictement payable d'avance) du Uuxuexro, S Oentin-H Tarif d\u2019annonce \u2014 10c la ligne mesure agate.POIRIER, BESSETTE & CIE, Editeurs - Propriétaires, No 510 Rue Craig, Montréal.MONTRÉAL, 25 JUIN 1898 SON MÉTIER prisonnier.\u2014 Je m'acquittais tranquillement de mon ouvrage quand cet agent m\u2019a arrêté.Le Magistrat.\u2014 Et quel est votre métier ?Le prisonnier.\u2014Je auiB voleur, Votre Honneur.LA DIPLOMATIE DE BRIGITTE Brigitte (qui continue à entretenu une future maîtresse de ses talents et qualités).\u2014Oui, madame, je puis me vanter de savoir faire la bonne cuisine, de laver, repasser et tenir un ménage aussi bien que quiconque.La dame.\u2014Combien de temps êtes vous restée dans votre dernière place 1 Brigitte.\u2014Trois semaines, madame.La dame.\u2014Trois semaines ! Ça n\u2019est pas beaucoup.Et pourquoi lavez-vous laisséo 1\t.Brigitte.\u2014Je ne pouvais m\u2019accorder avec la dame.Elle était vieille et folle La dame.\u2014Mais je puis être aussi vieille et folle ! Brigitte.\u2014Folle peut-être, madame, car les physionomies sont bien souvent trompeuses, mais vieille,.oh ça, jamais.(Elle a été engagée séance tenante.) LES PLUS PETITES CHOSES Boulingrin.\u2014Comme on a bien raison de dire que ce sont les plus petites choses qui nous suscitent les plus grands troubles.Merluchard.\u2014Ça c\u2019est vrai ! Mais à quel propos me dis-tu ça I Boulingrin.\u2014Tiens, hier soir, j\u2019étais un peu.gris.Eh bien, malgré cela j\u2019ai très facilement retrouvé et la rue où je demeure et la maison ou j\u2019habite.Mais le trou de la serrure ! Ce qu\u2019il m\u2019a donné de mal.c\u2019est incroyable.DISCRÉTION Mlle L'étourneau.\u2014Quel âge supposez-vous que peut bien avoir Mlle Vieuxbahut 1 Mlle Prudence.\u2014Je m\u2019iaiagine, sans pouvoir l\u2019allirmer toutefois, qu\u2019elle doit être assez avancée en âge pour ne pas paraître aussi vieille qu\u2019elle l\u2019est réellement.POURQUOI I Elle.\u2014Vous m\u2019avez dit cent fois, mille fois, que vous étiez prêt h mourir pour moi.Lui.\u2014Oh ! et je suis encore, toujours, prêt à mourir pour vous, ange ! Elle.\u2014Pourquoi alors no mourrez vous pas 1 EN CAS D'EXTINCTION Premier lapin.\u2014Supposons, Jeannot, que notre race vint à disparaitre de la terre, je me demande un peu ce que feraient les chasseurs 1 Second lapin.\u2014Ce qu\u2019ils feraient! Juste ce qu\u2019ils font aujourd\u2019hui.Premier lapin \u2014Comment cela 1 Second lapin.\u2014Us nous manqueraient, mon cher.LA VRAIE RAISON POURQUOI L'officier de police.\u2014Et pourquoi n\u2019avez-vous pas aidé cette dame à traverser la rue, ce qui lui aurait évité d\u2019être renversée par un bicycle 1 L'homme de police.\u2014Mais, lieutenant, c\u2019est ma femme ! Pourquoi la raison ne viendrait-elle pas à la mode!\u2014Duclos.AVIS A NOS LECTEURS\t- Lo prochain numéro du Samedi sera consacré à reproduire toutes les cérémonies qui ont accompagné les derniers moments de Sir J.A.Cha-pleau : Un magnifique portrait do Sir Chapleau en costunib de professeur de l\u2019Université Laval \u2014 L\u2019Université Laval\u2014La chapelle ardente \u2014 Sir Chapleau sur son lit do parade \u2014 Le départ du cortège de l\u2019Université\u2014 Le cortège sur la rue St-Laurent \u2014 L\u2019arrivée à l\u2019église Notre-Dame \u2014 Au cimetière de la Côte des Neiges.Ces gravures, d\u2019après des photographies inédites prises par MM.Laprés et Lavergno, constituent un ensemble que chacun voudra conserver, aou-veni\" d\u2019un des plus illustres enfants du Canada, enlové trop tôt à l\u2019admiration do ses concitoyens.PENSÉES SUR LA MODE Des fous inventent les modes et les sages les suivent.x Les femmes n\u2019ont que lo sentiment de la mode et non celui de la beauté.Théophile Gautier.x Enfant de l\u2019ineonstauce et do la vanité.La modo est un tyran des mortels respecté.x Cost au Goût que la Modo doit sa royauté, elle fait partie de l\u2019Art de la Beauté.x La femme s\u2019habille pour plaire quand elle est jeune, et pour ne pas déplaire quand elle ne l\u2019est plus.x Un objet sornit-il encore cent fois plus laid, Sans grâce, ridicule, inutile, incommode, Du moment qu\u2019il est â la mode.Qu\u2019importe, il su Dit, il nous plait.x La modo est une affaire do goût, de caprice ; ce qui est â la mode a plu d\u2019abord h quelques personnes, et tout le monde, poussé par l\u2019habitude de l\u2019imitation, s\u2019est mis ensuite à trouver cela charmant.Un Chercheur.V RAIMENT RECONNAISSANT .% r mm ¦! h \" m, ,i{>i» «\u2022 mm Mr Dude (sur le point de se retirer après avoir fait la demande).Et si vous me refusez la main de Marie, Colonel, je me tuerai.car je ne puis vivre sans elle.Le colonel Mangefeu (se levant et serrant avec enthousiasme la main de Mr Dude).Et soyez sûr que je n\u2019oublirai jamais, monsieur, la bonté que vous me témoignez en m\u2019enlevaut ce job de sur les bras.Je ne vous oublirai jamais./jamais.soyez-en sûr. LE SAMEDI 3 LA TRAGEDIE DE LA RUELLE POUPART Tout a été dit, ou à peu près, sur la terrible tragédie de la ruolle Poupart, et la parole est désormais à la justice.Nous avons cru devoir présenter à nos lecteurs les documents les plus complets, pris aux sources mêmes de ce drame qui a coûté la vie à madame Desjardins, mis à deux doigts do la mort madame Mann, et réduit à la misère toute une pauvre famille, privée de deux de ses membres les plus importants.L\u2019infortuné beau-père du meurtrier, M.Desjardins, gémit depuis neuf long mois accablé de douleurs et pouvant à peine se traîner de son lit à son fauteuil.La scène terrible dont il a été témoin et acteur n\u2019est pas pour contribuer au rétablissement de sa santé chancelante.De ses quatre enfants, l\u2019une madame Mann, est clouée sur un lit d\u2019hôpital par uno terrible blessure ; uno des filles soutient la pauvre famille avec un maigre salaire de §2.00 par semaine ; une autre fille et un petit garçon de six Mme DESJARDINS, LA VICTIME, ans complètent, avoc le (ils des époux Mann figé de sept ans, une famille de cinq personnes auxquelles les §2.00 en question doivent assu rer lo vivro et le couvert ! C\u2019est dire la profonde misère de ces infortunés et l\u2019urgence qu\u2019il y a à co que les personnes charitables avisent nu moyen do les soutenir dans leur infortune.Cette situation est uno dos causes occasionnant lo plus do soucis à madame Mann qui envisage avec efl\u2019roi lo moment où, sortant do l\u2019hôpital bien faible encore, incapable do tout travail, elle va ajouter uno bouche de plus au budget déjà si restreint do sa famille.11 semblo impossible que l\u2019on abandonne ces victimes d\u2019un crime épouvantable à leur mal-heuroux sort et nul doute qu\u2019uno souscription en leur faveur, provoquée par un de nos confrères do grand format, ne réunisse tous les suf-ages des cœurs compatissants.C'est ce que nous souhaitons du plus profond de notro cœur.(Huile à la page !§§» ^\t¦ y -'JT*.\u2022Y' ¦ \u2018 m fg Mil ; -Al L\u2019ABSENT .4 ma femme.Etant le plus petit, c\u2019était lui uotre centro A tous ; c\u2019était celui qu\u2019on cherche quand on entre, Ce premier qu\u2019on embrasse à baisers plus étroits, Et tout en les aimant également tous trois ! Ses sœurs et lui formaient un délicieux groupe, Et jamais on n\u2019a vu trois Heurs dans une coupe, Sans se laisser confondre, autant se ressembler.C\u2019était si beau, si beau, qu\u2019on en pouvait trembler ! Aussi tremblions-nous, sans oser nous le dire ; Mais notre pour tombait en 1ns voyant sourire.Tant do vie relatait en leurs yeux si profonds ! Tant de gaité chez eux rompait murs et plafonds ! Ah ! les voisins trouvaient la maison trop sonore 1 Et, dans eo concert-là, c\u2019était sa voix encore Qui dominait le bruit, comme il sied d\u2019un garçon.Aujourd\u2019hui, les deux sieurs ont repris leur chanson ; Mais la petite voix qu\u2019on entendait si forte, Quand je rentre le soir, ne franchit plus la porte, Comme pour m\u2019accueillir en haut de l\u2019osoa ier : Plus de fête à la fin du labeur journalier.Sur nos fronts, sur nos cœurs un deuil affreux surplombe.Notre centre, c\u2019est lui toujours, mais dans la tombe ! Notre pensée unique est tout entière là I Le jour oà du berceau notre ange s\u2019envola, Notre esprit l\u2019a suivi : sa tombe est devenue Le lit où le sommeil du beroeau continue 1 Et pourtant, au logis, vide du cher trésor, Comme s\u2019il était là, nous le cherchons encor ! C\u2019est vers ni que noB bras se tendent, quand ils s\u2019ouvrent, Comme au front de ses sœurs, qu\u2019en vain nos lèvres couvrent, C\u2019est lui, \u2014c\u2019oBt toi, l\u2019absent, que nous baisons tout bas, Le plus présent de tous, ô toi qu\u2019on ne voit pas I Lucien Pâté d\u2019horreur, faisant une grimace épouvantable en me voyant cracher tout tranquillement sur mon morceau de savon et m\u2019apprêter à lui barbouiller ainsi le visage.\u2014Ben, de quoi ?m\u2019écrié-je, tu ne vas pas faire le dégoûté, peut-être ?\u2014Dame !.il me semble.\u2014As-tu fini !.Estime-toi bien heureux encore que j\u2019aie des égards pour toi, parce que tu es un bleu.\u2014Des égards !.ça ?.\u2014Bien sûr ! Tu crois que pour les vieux chacails que je raBe je me donne la peine de cracher sur le savon ?.Ah ! plus souvent, alors ! \u2014je leur crache à la figure, barca I Un autre jour, il rapplique un pierrot qui voulait faire de la fantasia en se faisant raser la barbe sur les joues ; mon lascar voulait porter le fer à cheval à l\u2019américaine, au lieu de la garder tout entière comme les camarades.Je me dis en le reluquant : \u2014Tu vas me causer plus de turbin que ce qu\u2019il faut, toi, mon vieux colon ; attends un peu, tu vas voir comme je vais t\u2019en faire passer le goût ! Je me mets alors à le savonner, pendant près d\u2019une heure, avec un vieux morceau de savon dur comme une pierre ponce, rous le prétexte qu\u2019un ptoverbe dit : \u201c Birbe bien savonnée, barbe à moitié faite.\" Mon lascar avait de la patience.11 ne bronchait pas du bout du banc où je l\u2019avais assis.Alors, je prends mon rasoir et je m\u2019approche pour commencer l\u2019opération, avec un tremblement formidable dans la main.Le pierrot, du coup, n\u2019est pas rassuré.\u2014Dis, donc, qu\u2019il me fait, tu trembles joliment ?\u2014Oui, mon vieux, qu\u2019est-ce que tu veux, c\u2019est un vieux restant des fièvres de ce sale pays d\u2019arbicos.\u2014Mais, ça doit te gêner pour barbifier ?\u2014Ah ! ne m\u2019en parle pas, comme j\u2019y dis, ça me cause toute sorte de malheurs.\u2014Hein !.Tu coupes, des fois?\u2014Souvent !.c\u2019est ce tremblement.\u2014Ça peut être dangereux ?\u2014Ça arrive!.Ali! tu me rappelles un de mes plus mauvais jours ! \u2014Quoi donc ?\u2014Un jeune zouzou, un nouveau, comme toi, giron tout plein, qui a voulu que je le barbifie.Tout à coup, mon sacré tremblement me prend, avec le raBoir à la main, au moment où j\u2019en étais là, sous le cou.SA RAISON Dache, le Perruquier des Zouaves Dans io tomps, on no se la foulait pas trop, comme perruquier des zouaves.Presque tous les vieux chacails portaient toute leur barbe, poilus comme des ours.Ma besogne consistait à peine à tondre les tignasses des camarades, car pour ça l\u2019alfa devait être f luché à l\u2019ordonnance sur le gourbi.Nous avions du bon temps, mon copain Plumeau et moi.C est même à cause de cela que, lorsqu\u2019un maboule quelconque vous débitait quelques blagues invraisemblable, on nous l\u2019envoyait en lui disant : \u2014 Vu donc conter çx à Dache ou à Plumeau ; ils ont le temps de t\u2019écouter, oux ! C\u2019est ce qui a fait que j\u2019en sais de toutes les couleurs et que je n\u2019ai pas encore fini do vider mon sac.Voici quelques-unes des petites farces quo j\u2019avais imaginées à l\u2019intention dos bleus qui nous arrivaient à l\u2019époque des engagements.D'abord, jo ne fais pas trop de cérémonies pour raser ma clientèle de zouzous.Je vous installe lo \u201c cliacail \u201d sur le bi du bout du banc, je lui barbouille les joues avec du savon de Marseille, et, sans voir les grimaces et les contorsions du patient, sans entendre ses soupirs ni ses cris, je vous le barbifia en doux temps et trois mouvements.C\u2019est que je n\u2019ai pas de temps à perdre avec mes dix-huit cents zouaves, tous \u201c barboucha kifkif des Chadis.\u201d Celui qui éprouve le besoiu d\u2019avoir une serviette n\u2019a qu\u2019à se nouer son mouchoir sous le menton.Un jour, un jeune engagé volontaire, arrivé depuis la veille au corps, tout do neuf équipé, se présente à la barbification.Il prend place sur le banc, tend le cou, puis rocule tout à coup saisi \u2019à;.: ¦¦ Le cocher Haulmonté.\u2014Quel nom a-t-elle, votre jument î Le cocher Baeplanté.\u2014Belle-mère ! Le cocher Haulmonté\u2014Et pourquoi lui avez-vous donné un nom aussi singulier 1 Le cocher Basplanté.\u2014Pour que quand elle ne veut pas marcher, je lui flanque des coups de manche de fouet en l'appelant : Bélle-maman! et que.ça me soulage.Le cocher Haulmonté.\u2014On volt bien que monsieur est marié ! LÈ SAMEDI fl 'TOUJOURS LA MÊME CHOSE JUjjéi'*1 \"\u2022 ENCORE UNE VICTIME I>ES 0RANDS CHAPEAUX Julie.\u2014Je serais curieuse de savoir ce que peut avoir l'Iiilotnèno.Elle nie semble avoir quelque choso dans la tête.Henri.\u2014Je ne sais pas si elle a quelque choso dans la tête, niais elle avait, hier, quelque choso dessus qui m\u2019a beaucoup gêné.J\u2019étais assis derrière elle au Parc Sohmer.LES FRUITS DE LA PÉNITENCE Premier monsieur.\u2014Moi je suis de cet avis ; quand vous faites mal, n\u2019ayez jamais peur de reoonnaitre votre faute.Second monsieur.\u2014Je suis tout à fait d\u2019accord avec vous là-dessus.Car quand vous avez confessé deux ou trois fois votre faute, cela vous coûte beaucoup moins pour recommencer.TOUT CE QUE DIEU A FAIT EST DI EN FAIT Un prédicateur disait en chaire que tout cj que Dieu a fait est bien fait.\u201c Voilà, pense un bossu par devant et par derrière, voilà une chose ditlicile à établir.\u201d Notre Esope attend lo prédicateur à la porte do l\u2019église et lui dit naïvement : \u201c Monsieur le curé, vous venez d'assurer que Dieu a bien fait toutes choses ; voyez donc comme je suis liüti.Nouvelle preuve, répond à l\u2019instant le curé avec un bon sourire et après avoir toisé les deux magnifiques bosses ; mais, mon ami, vous êtes par faitement fait pour un bossu.\u201d La mode assujettit le sage à sa formule ; La suivre est un devoir, lu fuir est ridicule.1)e Hckxis.LAISSONS LE DEVINER J/.Dude.\u2014Mon cher Laconnais, toi qui résout toutes leg énigmes, tu vas me dire si j'ai été complimenté oui ou non.M.Laconnais.\u2014De quoi s\u2019agit-il 1 J/.Dude.\u2014Je rencontre, ce mutin, Mlle de la ILiutegomme et je cause un instant avec elle.Au cours de la conversation elle me dit que j\u2019étaia plug intelligent que je prétendais l\u2019être 1 Ce qui fait d\u2019ordinaire qu\u2019on est prévenu pour l'antiquité ou même les temps antérieurs à celui où l\u2019on vit, c\u2019est qu\u2019on est chagrin contra son propre siècle et le temps passé on profite, t >n met les anciens bien haut pour faire dépit à ses contemporains.Fom i:\\kli.i MAL COMPRIS 1 11 Mme O'Meara ( far la ftnrtrt du 1 > etayt).\u2014 Faites uttentiuii, vous au\tpas I ( Mai * U ont tou» 11< le très! Regardez.I\t11 I.\t\u2014La course dans la montagne avait été une chose admirable.Soleil modère, douce température et une route unis comme un parquet.Tout allait bieu quand quelque chose, se plaçant devant la gracieuse cyclists a occasionné une catastrophe, c\u2019était une.II.\t\u2014 .souris, tout simplement.\u2014Et alors f.\u2014J e le lui ai coupé ! Du coup, mon zouzou se sauve sans demander son reste, et je me tords en le voyant s'essuyer le savon avec son mouchoir.11 n\u2019est jamais plus venu se faire raser, vous pouvez le croire, et il porte toute sa barbe.Une autre fois, c'est l\u2019adjudant Pudubec que nous appelions Sidi-iaien-Jvelp, qui, pour économiser cinq ronds, vient me demander de lui couper les douilles.J ustement.il y avait là Moutchéchou, mon caniche noir, un mouton épatant, qui était avec moi à Mazagran et qui a fait toutes les campagnes de Ivabylie avec le troisième de l\u2019arme.Pudubec s\u2019installe sur mon pliant ; je lui passe une chemise en guise de peignoir, j\u2019attrape mes ciseaux et je commence à le tondre.Montchéchou, immobile, le regarde.\u2014Il est bien attentif, ton chien, qu\u2019il me dit en riant.Est-ce qn'il veut apprendre le métier 1 \u2014C\u2019est pas ça, mon lieutenant, que j\u2019y réponds, \u2014 car à celte époque on disait encore \u201c mon lieutenant \u201d aux adjudants, \u2014je vais vous dire : Moutchéchou est friand de chair fraîche ; ici, vous comprenez, il n\u2019a souvent que de la bidoche.Alors, s\u2019il arrive que les ciseaux me glissent et que je taille un petit bout d\u2019oreille, il le happe en un temps et un mouvement.L\u2019adjudant n\u2019en veut pas entendre pins long.Il se lève, me plante là et il court encore.Je m\u2019étais débarrassé de lai.Mais voilà qu\u2019une autre fois, à Alger, il m\u2019arrive un Anglais qui visitait l\u2019Algérie et qui me dit ! \u2014Ce était vô Dache 1 \u2014YeB milord.\u2014Dache, la célèbre perruquier des zouaves 1 \u2014Yes, milord.\u2014Je volais que vô rasiez le figioure de môa.\u2014Volontiers, milord.Et je m\u2019apprête à le barbifier, sûr qu\u2019il se lâchera au moins d\u2019un douro.\u2014Attenchieune ! qu\u2019il me dit au moment où j\u2019allais commencer et en sortant un revolver de fort calibre.Si vô coupé moâ, moâ brûler le cervelle de vô.\u2014Ayez pas peur, milord.Quand il est barbifié, il se lève, rengaine son revolver, me refile uue livre sterling toute neuve, et me demande en souriant : \u2014Vô pas avoir peur I \u2014Non, milord.\u2014La main de vô pas trembler 1 \u2014Non, milord, que j\u2019y réponds, parce que du moment que je savais ce qui m'attendait, si je vous avais coupé un tout petit peu, j\u2019aurais continué et je serais allé jusqu\u2019au bout.Barca !\tD\\i iik Pour copie conforme : Marc Mkhio.\u201d\tr/U k v \u2019 ¦ *?Si vous toussez prenez le *\t-\t- ZB-A-TTUVOï! EHUMAL 6 LÈ SAMEDI LA FÊTE-DIEU CHEZ LES PÈRES DU SAINT-SACREMENT : LAPfâl S 2c LA' î9fe>^f*ir Ï{3&Sm A«*»*v* %y£JX*.|||g ^ AC* jîG^Vy; î1»! r miiihbiii^m I» ya^iffijâ ,« A \u2022¦> rasa\t jHH\tVi \t ASPECT INTÉRIEUR DE LA CHAPELLE.Photographie de LftprOs & Luvergne.AME DE BICYCLISTE C\u2019est sur la route où deux homines, dont un gendarme, pédalent avec rage ; devant est lo voleur qui s\u2019enfuit avec une très petite avance.LeB deux bicyclistes sont tout près l\u2019un de l\u2019autre ; l\u2019acharnement redoublo.\u2014\t.1 o crois que je le tiens, fait Pandore qui, dans un emballement suprême, fait \u201c du quarante\u201d et touche presque son adversaire.\u2014Pas encore, répond lo voleur, couché sur sa machine.\u2014On va voir.\u2014\tVoir ! \u2014 Et d\u2019un coup de pédale d\u2019une vigueur inouie il dépasse le gendarme de dix mètres.Le gendarme \u2014Le bougre ! Il m\u2019échappe ! Et lo représentant de la loi perd, perd du terrain.Lu voleur.\u2014Ah !.ah !.ah !.Le gendarme (haletant).\u2014Tu dois développor plus que moi.sans ça, jo te ratrapperais .IiK volkuh (très laconique, mais pédalant toujours avec vigueur).\u2014 Peut-être.Le gendarme.\u2014Sùr.Qu\u2019est-ee que tu développes?Le voleur \u2014Cinq quatre-vingts.Le gendarme.\u2014Et moi, cinq à peine.(avec mépris) Tu n\u2019as pas do mérite.Non, pas du tout.(U perd de plus en plus du terrain.) Le voleur (narquois).\u2014Tu as tort de parler à bicyclette.Mauvais, mauvais, mon cher.Le gendarme (désespéré, mais roulant le vent).\u2014Ah! Si je développais cinq quatre-vingts comme toi.tu n\u2019en mènerais pas large.(Tout à coup, il aperçoit le voleur qui ralentit et s'arrête brusquement.) \u2014Qu\u2019est ce qui t\u2019arrive donc?.(Il se hâte et le rejoint.) Le voleur.\u2014 Flambé! Mon pneu vient de crever!.Un pneu garanti.Le gendarme.\u2014Tu es pris, mon vieux.(il lui met la main au collet.) Le voleur (croisant les bras et très digne).\u2014Si on peut appeler ça prendre quelqu\u2019un ! Si mon pneu ne s\u2019était pas crevé, tu ne m\u2019aurais jamais attrapé.(Avec un écrasant mépris.) Moi, qui suis un vrai bicycliste, je rougirais jusqu\u2019aux pieds d\u2019arrêter quelqu\u2019un dans ces conditions-là.Ça n\u2019est pas chic du tout.mais, un gendarme! Le gendarme (vexé et atteint dans son amour propre de bicycliste) \u2014 Tu as raison.Je vais t\u2019aider à regonfler ton pneu et on recommencera.La loyauté avant tout.Le voleur (ému)\u2014Ça c\u2019est bien, gendarme, et tu as vraiment une âme d@ bioycliste !.(Il lui serre la main.) Et le gendarme et le voleur, tout en causant records, réparent la machine.Après quoi, la course continue de plus belle, loyalement.Alfred Carus.LA PREUVE ABSOLUE M.Dude.\u2014Mlle Voyantclair, croyez vous vraiment à l\u2019existence de cette chose qu\u2019on est convenue d\u2019appeler la chance?Mlle Voyantclair.\u2014 Mais certainemont que j\u2019y crois et bien sérieusement.M.Dude.\u2014Avez vous des exemples pour appuyer votre croyance.Mlle Voyantclair.\u2014Un seul vous suffira, je pense, et il est tout récent.Ainsi papa n\u2019avait aucunement à sortir ce soir ; eh bien, il a pris sa canne, son chapeau et a quitté la maison cinq minutes à peine avant que vous arriviez.LE SORCIER Un commissaire d\u2019armée, dont le génie était médiocre, fut jaloux de la réputation d\u2019un capitaine, et manda à M.de Louvois que ce capitaine était sorcier.Le ministre so contenta de répondre à l\u2019envieux : \u201c Monsieur, j\u2019ai fait part au roi de l\u2019avis que vous m\u2019avez donné ; sur quoi Sa Majesté m\u2019a dit de vous répondre que, si ce capitaine est sorcier, pour vons, il est certain que voub ne l\u2019êtes pas.\u201d LE SAMEDI LA FÊTE-DIEU CHEZ LES PÈRES DU SAINT-SACREMENT W / «wis^c; g|MB ¦à**»!! ry* J'ÎK* -c.v-r cf: -U.-»\t-cv\u201c.¦«\u2022TA* \u2018À *fci ¦.I® ;; - F-î I «S«* >?ï \u2022 28# -r«r»r*\u2019 ¦B \u2022 | SKX'iiF pj^gr-'v.-, i;.i; £C'W*.>,35% REPOSOIK ÉLEVÉ DANS LES .1A R DI NS DES PEU ES.l'holographie* (le LaprôB A Lavergne.UNE AVENTURE DU KLONDYKE Bistrot (retour du pays de l'or)\u2014Une fois, b.Dawson, j\u2019ai bien failli monrir de faim et je n\u2019y ai échappé que de la façon la plus extraordinaire.Loupiac.\u2014Comment cela 1 Bistrot.\u2014Depuis deux jours je ne m\u2019étais rien mis sous la dent ; pas de vivres, pas d\u2019argent, pas de crédit, pas un ami à vingt lieues à la rondo.Alors, pour abréger mes soullrances je m\u2019attrappe à un grand coquin d\u2019Australien, fort comme un taureau et méchant comme une teigne, ot je le traite de menteur, de voleur, d\u2019imbécile, croyant qu\u2019il m\u2019enverrait une balle de revolver dans la tête.Loupiac.\u2014Et il ne l\u2019a pas fait 1 Bistrot.\u2014Non ! Voyant que c'était la faim qui me faisait crier ainsi, il m\u2019a fait manget mes paroles et m\u2019a ainsi sauvé la vie.QUESTIONS DE RACES Tommy.\u2014On peut dire que ça prend un irlandais pour avoir toujours l\u2019esprit présent ! Joë (qui vient de rendre visite à \u201cma tante\").\u2014Et un Juif pour avoir de l\u2019argent comptant.UNE PAIRE DE LUNETTES Un paysan avait confié un procès à un procureur et no se mettait point on peine de le payer.\u201c Mon ami, ton allairo est si embrouillée, lui dit le procureur, que je n\u2019y vois goutte.\u201d Le paysan, qui comprit le sons de ses paroles, tira deux écus de sa poche et les donna au procureur on lui disant : Monsieur, voilà une bonne paire de lunettes.\" Depuis ce temps, l'affaire du paysan fut beaucoup plus claire.LA DERNIÈRE Le pasteur.\u2014Comment, Boisansoif, vous aussi êtes partisan de l\u2019incinération 1 Boisansoif.\u2014Abao.lumont ! L\u2019inci.né.ration, c\u2019est la derniè.ro cuite ! TR ISTE CONST AT AT 10 N \u2014J\u2019ai calculé que, depuis la création des courses, on a dépensé un peu plus de trois milliards pour l\u2019amélioration do la race chevaline.\u2014Oui, et tout ça pour aboutir à l\u2019automobile ! Agence BAUME RHUMAL aux Etats-Unis ; G.Mortimer & Co.24 Central Wharf.Boston Mass. LË SAMEDI 8 LE CAS D'ALFRED ¦\tf J 1 fr- v b *>\tI \u2022\t-\u2022-\tv I Lu.maman.\u2014 Il me semble, Louis, que ton petit ami Alfred ne va pas bien régulièrement à l\u2019école.Est il délicat et mal portant! Louis.\u2014Non, maman, mais c\u2019est sa mère qui croit qu\u2019il l\u2019est.PHYSIOLOGIE DE L\u2019ÉCRASÉ Far ces temps do véhiculation à outrance, alors que tramways électriques, bicyclettes, voire même automobiles à vapeur ou à pétrole, se disputent, à qui mieux mieux, nos voies publiques, une nouvelle catégorie sociale reclame sa place au soleil.Ces nouveaux venus au grand jour de la lutte pour la.circulation, ce sont les infortunés piétons quo leur mauvaise étoile fait, chaque jour, entrer en collision avec un quelconque des véhicules désignés plus haut ; e\u2019est l\u2019écrasé, enlin ! L\u2019écrasé ! En voilà un bipède de placide, bonne et même excellente composition.En avez-vous jamais vu un seul réclamer, ne fut-ce qu\u2019une minute, contre son bourreau 1 Non, il est doué de trop de tact pour cela ; il a le caractère trop aimable, les moeurs trop débonnaires.Ou ne saurait croire, quand on ne l\u2019a pas vu, mais là, de ses yeux vu, combien un écrasé est susceptible de témoigner do politesse, d\u2019urbanité, de délicatesse, à l\u2019égard de son écraseur ?D\u2019abord, il ne fuit jamais, \u2014 ce qui le distingue de son antagoniste, \u2014 cet excellent écrasé ; il reste toujours, délicatement applati, sur le lieu de la collision qui, pour lui, sera celui de la conciliation, si son adversaire veut bien le lui permettre, toutefois.Car, il faut l\u2019avouer, hélas ! si l\u2019écrasé est gentil au possible, l\u2019écraseur, lui, est généralement plutôt grinchoux.Il invective, ong.ou du moins vitupère ses victimes et même leur garde une rancune irrétrécissable et garantie bon teint, je dirai presque, une haine corse ! Tandis que la victime 1.Voyez-la, plus ou moins incrustée dans le pavé ou dans l\u2019asphalte, souil-léo de boue, de sang, avec, tel un martyre chrétien au temps des perséau-tions romaines, un sourire gracieux sur ses lèvres blêmes.Elle attend le mouvement, \u2014 cela arrive par hasard, \u2014 où l'écrabouil-leur a le tact de lui demander : \u2014Monsiour, voua aurais-je fait mal 1.\u2014Au contraire !.Mais, avouona-le à la honte de l\u2019humanité, la douco victime a, trop rarement, l\u2019occasion de faire cette réponse, car l\u2019écraseur ne reste ordinairement pas là.Oh, non ! Il \u201cse tire \u201d, suivant la belle et forte expression do Jlrunetière, et penché sur sa \u201c bécane\u201d il continue à courir le record de la \" mulilorie \u201d et do la \u201c rosserie\u201d, toujours pour parler comme le susdit oratour.Il conserve l\u2019anonymat prudent du bon jeune homme, qui ne dit pas son nom, \u2014 par modestie, \u2014 et que l\u2019on ne revoit jamais, si ce n\u2019est \u201c dans un songe \", comme la Marguerite du chansonnier.Et lui, l\u2019écrabouillé, continue, malgré ses souffrances, à faire voltiger sur ses lèvreB, \u2014 déplus en plus blêmes, \u2014 son éternel sourire.plein d\u2019une intense mélancolie, toutefois, à la pensée qu\u2019il pourrait survenir des désagréments au monsieur qui lui passa dessus, fut-ce avec un tramway complet.Et que l\u2019on ne vienne pas m\u2019insinuer que j\u2019exagère, au moins ! Moi-même, j\u2019eus l\u2019insigne honneur, \u2014 il y a des années déjà, mais cela roste un doux souvenir pour moi, \u2014 de voir une voiture de déménagement, \u2014 chargée, ma chère, \u2014 me passer délicatement sur le ventre.De courageux citoyens me transportèrent dans une pharmacie voisine où l\u2019on procéda à mon pansement et, aussitôt que je repris mes sens, je n*eu8 plus qu\u2019une pensée : insister auprès des agents de police qui m\u2019entouraient, afin qu\u2019il ne fut fait aucune peine, même la plus légère, à ceux que j\u2019avais pu inciter à m\u2019applatir ainsi.Et tous sont comme ça, vous savez ! C'est ce qu\u2019on est convenu d\u2019appeler la politesse française.Et tel monsieur,\u2014j\u2019en suis un,\u2014qui ne souffrirait pas, sans se fâcher tout rouge, qu\u2019on le regarda le moindrement de travers, eu-t-on le malheur de loucher, consentira très bien à se laisser écraser, le cas échéant.Il n\u2019y a qu\u2019une chose qui pourrait, \u2014 en ce moment je parle pour moi, \u2014 porter atteinte à cette placidité bien constatée de la victime.C'est que l\u2019agresseur montât une de ces brutales machines, dites automobiles qui, outre le dol qu\u2019elles peuvent occasionner aux malheureux qu\u2019elles escarbouillent, infectent le pétrole et font un insupportable bruit de vieille féraillç.Etre applati comme une sole, d'accord, mais que cela le soit d\u2019une façon esthétique, avec le \u201cgeste auguste\u201d de l\u2019écraseur, tel que les classiques l\u2019admettent.Mais par une automobile !.pouah ! Et Alexandre, \u2014 le grand Alexandre Dumas, \u2014 lui-même, lui qui renvoyait noblement au fleuve Mançana-rès, sous le prétexte qu\u2019il en avait plus besoin que lui, le verre d\u2019eau que la pitié d\u2019un'Espagnol lui octroyait, ne pousserait certainement pas l\u2019urbanité jusqu\u2019à remercier le \u201cchauffeur\u201d, d\u2019une \u201cauto\u201d qui l\u2019aurait plus ou moins étripé, fut-ce d\u2019un cœur léger.Et voilà comment le syndicat des écrasés pourrait commencer à lever l\u2019étendard de la révolte et s\u2019écrier, devant l\u2019invasion des machines à applatir son prochain que le genre humain sort, chaque jour, de son inépuisable cerveau : \u201cNous en avons assez!.Nous en avons trop!.\u201d Qu\u2019on y prenne garde, mes frères, qu\u2019on y prenne garde.P AKISI EN.PHILOSOPHIE M.Cynique.\u2014Comment ! l\u2019honnêteté éteinte ! Mais ça n\u2019a pas le sens commun ce que vous dites là.Je ne me lasserai jamais de le dire ; car il y a certainement une place au moins où n\u2019importe qui, à n\u2019importe quel moment, est toujours certain de rencontrer l\u2019honnêteté ! M.Pessimiste.\u2014Très beau ce que vous dites là, mon cher.Mais pour Dieu, où est donc l\u2019endroit en question 1 M.Cynique.\u2014L9 dictionnaire ! UNE VRAIE FEMME Madame.\u2014Mais, à la fin, qu\u2019as-tu donc, Jacques, à te tourmenter ainsi 1 Monsieur.\u2014Ce que j\u2019ai 1 C'est le diable qui veut se faire payer.Madame.\u2014Le diable ! Donne lui son dû.IL VOULAIT TOUS SES AVANTAGES I: ¦i -ivinjd -\"\u2022VL \u2022 An \u2022 iè&K: r' 1 WM SSki Oncle Silas (qui venait pour la demander en mariaye).\u2014Alors, vous pensez que vous 11e devriez pas m\u2019épouser ?Elie (très embarrassée).\u2014Je ne voudrais pas vous froisser, Silas, mais.Onde Silas (vivement).\u2014Ne vous pressez pas de répondre, ma chère dame, et attendez è demain.J\u2019aurai mon habillement neuf, et je tiens à ce que vous me voyiez dedans avant de voub prononcer. LE SAMEDI 9 FEUILLETON DU \u201cSAMEDI\" Commencé dans le numéro du 23 A vril 1S9S TROISIÈME PARTIE ( Suite) r.~>uv m-Mï./Æl Vr i> '\" V *Ê*vîiî*A À i*2 -¦\u2022-;écè ~v \u2022 .Wu^aaA 't&n SSsHm SgSK \u2022' :\u2022.'\u2022 \u201d\u2022- ¦ vC:;; ; Aïoha lui tondit la cruche.(P.14, col.1.) Un troisième sert d\u2019école primaire aux enfants.D\u2019autres bâtiments reçoivent les élèves qui viennent compléter leurs études, d\u2019autres, où sont reçus les mendiants et les voyageurs, car la zaouia est une université religieuse, une auberge gratuite et un lieu d\u2019asile, les malfaiteurs y trouvent un refuge inviolable.Quiconque se présente à la porte d\u2019une zaouia y est reçu et hébergé pendant trois jours.Oja ne connaît pas d\u2019exemple que quelqu\u2019un eût été éconduit ; aussi, la vie de certains Arabes n\u2019eat-elle qu\u2019un continuel voyage de zaouia en zaouia.C\u2019est dans un de ces établissements que, quelques années après que ce sont déroulés les événements racontés dans les chapitres précédents, nous retrouvons Renaud de Pervenehère.Il porte le costume de marabout ; le turban noir autour duquel s\u2019enroule la corde en poil de chameau retenant le voile ou haïk bleu.Son visage bronzé par le soleil est amaigri.Sa barbe brune s\u2019étale sur sa poitrine.Les regards perdus dans l\u2019espace, il égrène un chapelet.Par quel nouveau miracle a-t-il été retiré de la tombe où on l\u2019avait enseveli vivant ?Par un derviche, un solitaire, qui, passant avec sa mule, quelques instants après le combat, avait mis pied à terre en apercevant la tête de Renaud émergeant du sable.Le malheureux s\u2019était évanoui.Le derviche dégagea la poitrine et les bras, puis le torse et tira enfin Renaud dehors.Il le ranima et lui fit boire l\u2019eau que, par un raffinement de cruauté, les Touareg avaient placée auprès de lui et le hissa sur sa mule.Il se rendit à la zaoviïa la plus proche où, naturellement, il fut reçu avec Gelui qu\u2019il venait de sauvor.Renaud guérit de ses blessures, mais les épouvantables tortures physiques et morales qu\u2019il avait endurées lui enlevèrent le souvenir du passé.De ce passé il avait tout oublié : les joies et les douleurs, sa femme bien-aiinée, ses ennemis acharnés, ses amis dévoués.Sa vie datait du jour où, à la zaouia, la santé lui était revonue.Il portait le costume musulman, il crut l\u2019être.Il était instruit ; on le crut marabout.' Renaud do Pervenehère s\u2019adonna a l\u2019étude.Ses facultés intellectuelles \u2014 à l\u2019exception do l\u2019oubli dos circonstances antérieures à ce qu\u2019on pourrait appeler sa résurrection \u2014 demeuraient entières.Il se plongea dans l\u2019étude et la prière.¦}.La médecine le passionna ; il lit des cures merveilleuses et sa réputation s\u2019étendit au loin.Comme il refusait tout présent, ou plutôt n\u2019en acceptait que pour les donner aux pauvres, il fut déclaré saint et les guérisons qu il obtint furent attribuées à sa sainteté bien plus qu\u2019à sa science.Les Arabes le nommaient Sidi el Xhelil ; il voyageait à sa guise de tribu en tribu, de zaouia en zaouia.Partout, il était respecté, aimé, vénéré.Le cheik do Touggourt, blessé dans un combat, l\u2019appela auprès de lui.Renaud \u2014 nous lui conserverons ce nom\u2014quitta la zaouia de Tamassine où il se trouvait et se dirigea vers Touggourt, dans l\u2019oued Rir.L\u2019oued Rir est la dépression allongée du Sahara du département de Constantine.Des oasis sont échelonnées sur les deux rives de cette dépréssion qui a cent vmgt kilomètres de longueur.Chaque oasis se compose de palmiers-dattiers qui semblent former une forêt continue, mais qui, en réalité, sont plantés en ligne dans les jardins séparés par des murs en terre, percés en amont d\u2019un orifice par lequel la rigole d\u2019irrigation pénètre dans le carré.Les déblais employés à élever les murs étant empruntés aux chemins, ceux-ci sont en contre-bas des terres et servent à un double usage ; ils facilitent la circulation dans l\u2019oasis.Les eaux qui ont arrosé les jardins se déchargent dans ces chemins creux d\u2019où elles coulent vers les chotts (lacs salés) ou forment des moruis que l\u2019incurie musulmane ne songe pas à dessécher.La fièvre s\u2019élance chaque année de ces foyers d infection et décime cruellement ces populations imprévoyantes.Le dattier est l\u2019arbre nourricier du désert ; sans lui, le Sahara serait inhabitable ou inhabité.La poésie arabe en a fait un être animé, créé par Dieu le sixième jour, en même temps que l\u2019homme.Pour exprimer à quelles conditions il prospère, 1 imagination des Sahariens exagère le vrai afin de le rendre plus palpable : \u201c Ce roi des oasis, disent-ils, doit plonger ses pieds dans l\u2019eau et sa tête dans le feu.\u201d Le climat du Sahara réalise ces conditions.Grace aux irrigations, le sous-sol est humide et l'air est naturellement brûlant, la température moyenne est de vingt à vingt-quatre degrés.Les chaleurs commencent en avril et ne cessent qu\u2019en octobre.Pendant l\u2019été, le thermomètre atteint souvent quarante-cinq degrés à l\u2019ombre.L\u2019hiver est relativement froid, les vase3 remplis d eau, laissés la nuit à l\u2019air extérieur, sont quelquefois, le matin, rovêtus d une couche de glace.Les pluies sont plus rares dans le Sahara.Elles tombent en hiver et provoquent le réveil de la végétation desséchée par les chaleurs de l\u2019été.Dans certaines parties du Sahara, et notamment a 1 ouggourt, des années entières se passent sans qu\u2019il tombe une goutte deuil.Le palmier-dattier, l\u2019arbre aux fruits sucrés, arrosé deau saumâtre, mortelle à la plupart des végétaux, reste vert quand tout autour de lui se calcine.Il résiste aux vents qui courbent sa cime jusqu\u2019à terre, mais no parviennent pas à rompre son tronc flexible ni à le déraciner.\u201c Le palmier nourrit le désert ! \u201d disent les arabes.Touggourt, l\u2019oasis de l\u2019Oued Rir vers laquelle Renaud se dirigeait-, appartient aujourd\u2019hui à la France.A cette époque, elle était déchirée par îles luttes intestines.Deux puissantes familles s\u2019en disputaient la possession.Le sang coulait à flots.Une colonne française commandée par le colonel Desvaux, partit do Constantino, arriva à Touggourt à marches forcées et s empara de l\u2019oasis après un sanglant combat.\t.\t, Le colonel Desvaux organisa l\u2019Oued Rir, fit faire lo love des oasis, augmenta les défenses de la forteresse, y installa une garnison indigène, ramena la confiance parmi les habitants et lit prochv 10 LE SAMEDI mer caïd do Touggourt, Ali-Bey, le fils d\u2019un chef assassiné comme étant ami de la Franco.Lorsque Renaud arriva à Touggourt, les Français venaient de l\u2019évacuer ; s\u2019il avait vu les uniformes de nos soldats, cette vue eût peut-être réveillé ses souvenirs endormis.L\u2019ancien cheik de Touggourt s\u2019était réfugié à Rhadamès, sur la frontière tripolitaine.Il y appelait Renaud qu\u2019une escorte de cavaliers devait y conduire.Ces cavaliers étaient des Touareg du Nord.Leur chef, frappé d\u2019une balle, râlait sous sa tente, \u2014Viens, sauve notre père, dirent les guerriers du désert.Tu le peux, Dieu est avec toi.\u2014Conduisoz-moi auprès do lui, je le sauverai, s\u2019il plait à Dieu.Étendu sur un lit do feuilles sèches, le Touareg respirait avec peine.Il devait horriblement souffrir.Ses prunelles hagardes roulaient dans leurs orbites creusées.Il essayait en vain de retenir des cris do souffranco.Renaud se pencha vers lui, appliqua son oreille sur la poitrine du moribond, lui fit soulever les roins par des serviteurs, tira de sa trousse un long couteau olïilé, entailla la chair sous l\u2019omoplate gaucho et en retira une hallo de plomb avec des pinces.Le Touareg poussa un cri.Renaud lui montra le projectile rougi de sang et le jeta sur le sol en disant : \u2014Tu es sauvé; Dieu l\u2019a voulu ! Il entoura do linges mouillés la poitrine du blessé, lui fit couler dans la gorge quelques gouttes de liqueur, puis il s\u2019assit auprès de lui en égrenant son chapelet.Les paupières du blessé se fermèrent, sa respiration devint régulière.Il s\u2019endormit.Quelques heures après, il s\u2019évoilla et demanda à boire.Renaud souleva le blessé et lui tendit nn vase rempli d\u2019eau.Le Touareg but.Du rogard, il voulut romercier celui qui le soignait et qu\u2019il pensait être un de ses serviteurs.En le considérant, sos yeux, qui avaient recouvré leur expression de lucidité, s\u2019emplirent d\u2019une épouvante inexprimable.Il retomba anéanti sur sa couche do feuilles.Ses paupières battaient.Dos plaintes inarticulées s\u2019échappaient de sa gorge, ses mains se crispaient.Il fut rempli de délire.Renaud lui fit respirer les vapeurs de feuilles qu\u2019il brûla sur un petit disque d\u2019argent percé de trous.Le Touareg se rendormit.Chuquo fois qu\u2019il s\u2019éveillait et que Renaud lui donnait à boire, ses regards devenaient fixes et ne pouvaient se détacher de ceux de ce saint musulman vénéré par tous.Il passait la main sur son front que la réflexion creusait d\u2019un pli douloureux, puis retombait épuisé en murmurant : \u2014Allah ! pardonne à ton serviteur ! Éloigne de lui le souvenir de ses fautes ! Lorsqu\u2019il fut hors do dangor, Renaud voulut partir à Rhadamès oû il avait promis de se rendre.Ce voyage devint inutile ; lo cheik avait été assassiné.Renaud resta avec les Touareg qui, eux non plus, n\u2019avaient plus de motifs d\u2019aller à Rhadamès.Lorsque leur chef serait en état de supporter le voyage, ils retourneraient au Iloggar, leur pays.Cependant, chaque jour, des campements voisins, des nomades venaient demander à Renaud des adoucissements aux maux dont ils souffraient.Il prodiguait à tous des soins et des consolations.Le chef Touareg était complètement rétabli.Il fit convoquer les tribus alliées à la sienne et, avant de partir, voulut offrir une fête à son sauveur.Pour les Arabes, il n\u2019y a pas do fêtes sans fantasia ; ce fut une fantasia dont on offrit le spectacle à Renaud.Lo chef des Touareg et son hôte s\u2019assirent devant une vaste tente.Les cavaliers rangés en une seule ligne à l\u2019extrémité de l\u2019emplacement choisi s\u2019élancent à un signal donné.Ils se dressent sur leur selles, brandissent leurs fusils, les font tourner au-dessus de leurs têtes, poussent des cris.Le soleil étincelle sur les armes, fait miroiter les selles brodées, les étriers et les brides dorées.Un premior peloton passe comme la foudre en déchargeant ses armes.Il disparaît dans une fumée blanche.Les longs harnous soulevés s\u2019agitent comme des ailes.Un second peloton suit, puis un autre.Le spectacle est fantastique.Les Touareg bondissent dans une poussière d\u2019or, leurs chevaux lancés à un galop fou s\u2019arrêtent net devant la tente.La mousqueterie éclate.Us sont repartis déjà, disparaissant, dans un tourbillonnement d\u2019étoffes, de casques d\u2019acier étincelants dans un cliquetis d\u2019armes, une tempête de cris.Renaud est enthousiasmé par ce spectacle guerrier, par l\u2019odeur de la poudre.Il se lève, porte ses mains moites de fièvre sur son front pâli par l\u2019émotion.Ses prunelles agrandies restent fixes.Une étrange lueur les embrase.Du fond de sa poitrine sort ee cri lancé d\u2019une voix éclatante : \u2014Vive la France ! Il retombe épuisé sur sa natte.Son visage est baigné de sueur, son attitude prostrée.Le chef Touareg a-t-il compris les quelques mots que vient de prononcer Ronaud ?On ne sait, mais l\u2019expression inquiète de sa physionomie peut le faire supposer.Son regard fouille jusqu\u2019au fond de l\u2019âme de Renaud.Il lui prend les mains et lui dit d\u2019une voix tremblante : \u2014Tu souffres, sidi ?Ne te crois-tu pas pvec des amis ?Yeux-tu donc t\u2019éloigner de ceux qui t\u2019aiment ?La vision du passé un instant apparu s\u2019est enfuie, Renaud est redeveau le saint marabout dont il porte le costume.Il répond d\u2019une voix brisée : \u2014Dieu seul est grand ! Les Touareg sont mes frères !.Us suivent la voie de Dieu.je suivrai mes frères.Plusieurs tribus alliées aux Touareg du Nord désiraient aller à Radhamès pour y vendre des marchandises achetées au Soudan.Il fut décidé qu\u2019avant de rentrer dans leurs pays, les Touareg escorteraient la caravane à Radhamès.Le jour du départ fut fixé.Après de longs conciliabules, la caravane se mit enfin en marche.A peu de distante do Touggourt, elle rencontra un lac pouvant avoir huit cents mètres de long sur cent de large.Ses bord sont couverts d\u2019une ceinture épaisse de grands rosoaux.L\u2019eau de ce lac est claire, mais salée comme celle de la mer.Des flottilles de canards y font élection de domicile ; ils y trouvent une nourriture abondante et une tranquillité parfaite.Le lac est très poissonneux ; on y trouve en grande quantité une espèce de poisson qui ressemble beaucoup, comme apparence et comme goût), à des carpes.On en fit une pêche abondante et un festin pantagruélique.Plus loin, la caravane rencontra une foule de gens criant, chantant autour des musiciens faisant un bruit infernal.C\u2019était un mariage.D*s jeunes fille3 dansaient.Il y en avait de toutes les couleurs.Presque toutes étaient jolies.Elles étaient tatouées au front, sur les joues et autour du cou.Leurs beaux yeux noirs étaient agrandis avec le koheul (sulfure d\u2019antimoine).Leurs pieds et leurs mains jaunis avec le henné.A une certaine distance, elles semblaient porter des gants et des bottines jaunes.L\u2019une des jeunes filles était merveilleusement belle, vêtue d\u2019une robe blanche serrée à la taille par une ceinture do laine rouge, chaussée de petite pantoufles rouges, nullement tatouée ; elle conduisait la danse avec une grâce charmante.Au milieu d\u2019une troupo d\u2019hommes criant et gesticulant, quatre solides gaillards portaient sur les épaules une espèce de grande cage à poules carrée surmontée d\u2019une tente.Sous cette tente était la mariée.Les quatre porteurs, presque nus, balançaient et secouaient la cage en tous sens, à coups brusques.Us avançaient, reculaient, sautaient, se baissaient, se relevaient en poussant des cris ; la mariée devait en avoir le mal de mer.La caravane campa sur les rives de l\u2019Igharghar, le fleuve mort.Son lit desséché décrivait vers l\u2019ouest une courbe immense.Ses rives accidentées étaient bordées de gours nombreux.On désigne sous le nom de gour des masses de roches demeurées debout, isolées au milieu d\u2019un fleuve desséché, dans une vallée creusée par les vents ou dans une plaine de pierres désagrégées.Oes gours indiquent l\u2019ancien niveau des plaines ou des îles.Dans les plaines usées, ils forment, le plus souvent, de longues murailles irrégulières, recouvertes d\u2019une calotte de silex ou de grès fin ; ils s\u2019usent peu à peu par les flancs.Les gours des anciens fleuves qui ont jadis résisté à l\u2019impétuosité des courants s\u2019usent plus lentement.Ces gours sont les témoins d\u2019un autre âge, d\u2019un Sahara où l\u2019eau coulait à la surface du sol, où la végétation était splendide.Pourquoi est-il aujourd\u2019hui aride, infertile ?Les savants l\u2019attribuent aux déboisements successifs.Les peuples pasteurs brûlent les forêts où leurs troupeaux ne peuvent se pâturer.Un homme de la caravane, fatigué par la marche, eut une cheville enflée.Renaud, après lui avoir fait au-dessus une forte entaille, frotta la jambe avec un morceau de bois rugueux pour activer l\u2019effusion du sang.L\u2019homme ne sembla pas souffrir de cette étrange opération.Le lendemain il était guéri.Les Touareg passèrent par une contrée où pullulent les vipères à cornes et les scorpions. LE SAMEDI 11 La morsure de ces reptiles est réputée comme mortelle par les Arabes nomades ; Renaud, à l\u2019aide de rrvoxas et de jus d\u2019herbes, sauva un chamelier.Les sentiments de vénération qu\u2019on ressentait pour lui s\u2019accrurent.Les guérisons obtenues, pour ces peuplades fanatiques, semblèrent être un don do Dieu ; la science humaine no pouvait accomplir de pareils miracles.Renaud étudiait la flore du Sahara, récoltait toutes les plantes rencontrées sur la route et passait la plus grande partie des nuits ;\\ reconnaître leurs propriétés thérapeutiques.Il parlait rarement et les nomades respectaient ses méditations.\u2014Il entend Dieu, disaient-iis, et recueille scs paroles pour notre bien ; qu\u2019AUah lui prolonge son existence ! On atteignit Rhadamès.L\u2019oasis de Rhadamès, l\u2019ancienne Cydamus des Romains, est située ù cinq cent vingt kilomètres sud-ouest du port de Tripoli.Sa surface totale est de cent hectares y compris les palmeraies.On évalue à soixante hectares l\u2019espace occupé par los ruines contiguës à la ville.La population, qui est divisée comme dans tous los ksours (villages) en plusieurs fractions, s\u2019élève à six mille habitants.Rhadamès est entourée d\u2019un mur d\u2019enceinte, tantôt en pierres, tantôt en terre.Ce mur, garai do petits bastions disposés sans art, atteint dans certains endroits une grande hauteur ; dans d\u2019autres, il peut être escaladé sans difficulté.L\u2019oasis est dominée à i\u2019est par un plateau formé d\u2019énormes blocs de grès sur lesquels se dressent les tombeaux des anciens rois du pays.Le cimetièro occupe un grand emplacement, parce que les anciennes tombes y sont respectées par les générations nouvelles.On entre dans la ville par quatre portes.La plus largo des rues donne à peine passage à deux hommes de front.Les maisons, des deux côtés opposés do ces rues, unissent pardessus leur premier étage ; l\u2019air et la lumière n\u2019y pénètrent que par des échappées ménagées de distance en distance.Certaines rues ne sont même éclairées que par leur extrémités, l\u2019obscurité y est à peu près complète.Dès que le jour décline, que l\u2019obscurité augmente, l\u2019étranger entend avec surprise uno sorte de grognement plaintif, répété devant lui par des ombres qui disparai-sent su sitôt.Ce sont des femmes, servantes ou esclaves, qui préviennent ainsi de leur présence dans la ruelle.Si deux femmes se rencontrent, elles poussent leur grognement et continuent leur chemin en glissant chacune do son côté pour éviter de se heurter.Si c\u2019est un homme qui voit uno femme arriver, il frappe le sol du pied et la femme se blottit dans un angle pour le laisser passer.Les gens aisés sortent avec des lanternes.De chaque côté de la rue principale sont des espèces de divans en terro ou en pierre, où les habitants s\u2019étendent pendant la chaleur du jour ou se livrent à la conversation.Les maisons, construites sur le type mauresque, n\u2019ont qu\u2019un étage recouvert par uno terrasse au milieu de laquelle est ménagé un regard rectangulaire.C\u2019est par cette ouverture que la lumière du jour pénètre dans les chambres, les habitations n\u2019ayant pas do cour à ciel ouvert comme dans les villes du nord de l\u2019Afrique.Au rez-de-chaussée sont posées ou accrochées les peaux de bouc où se rafraîchît la provision d\u2019eau de la journée, précaution qu\u2019exige la température élevée do l\u2019eau do la source qui est à 2X ° .L\u2019étage qui sert de logement à la famille est disposé comme il suit : Au centre, uno longue chambre éclairée et aérée par le regard de la terrasse ; dans un angle do cette pièce est une sorto d\u2019u côve ; de l\u2019angle opposé part l\u2019escalier qui conduit à la terrasse.Plusieurs niches, prises dans l\u2019épaisseur de 11 maçonnerie, reçoivent quelques poteries et des ustensiles d ménage.Le sol est recouvert de nattes et de tapis.Rhadamès ne possède, en fait d\u2019édifices publics, que des chapelles et des mosquées.Les deux mosquées principales sont surmontées d\u2019un minaret de forme carrée qui s\u2019élève en s\u2019amincissant.Du haut de ces tours on observe l\u2019arrivée des caravanes.Rhadamès doit son existence à une source jaillissante qui fournit l\u2019eau potable.L\u2019irrigation est entretenue par des puits dont deux donnent do l\u2019eau chaude.Le Rhadamésien vit, en général, retiré dans sa maison.Les femmes de condition ne sortent que la nuit pour aller h, la mosquée.Ellqs se tiennent dans la maison ou sur les terrasses dont l\u2019accès est interdit aux hommes comme les rues sont interdites aux femmes.Le costume des hommes ,so compose d\u2019un ample pantalon dont les jambes descendent jusque sur a cou-de-pied.Les riches portent le gilet et la vc.-ke mauves ù larges manches et, pardessus, une longue robe sans manches.Ils sont coiffés de la chéchia rouge et du turban.Les femmes sont généralement \u2019m iles.Leurs traits sont réguliers.Leur costume consiste eu uno longue pièce d\u2019étoile rouge ou bleue rayée de blanc qui pu e sous le bras pour aller s\u2019attacher sur l\u2019épaule gauche.Cette pièce est fixée autour du corps par une ceinture rouge, Elles ho drapent, en outre, dans une autre pièco d\u2019étoffe on laine blanche.Les Rhadamésien nés sont coi A s d\u2019un bonnet phrygien qu\u2019entoure un mouchoir de soie frangé d\u2019or.Un pompon ronge pend sur le milieu du front.Elles portent au cou dos colliers d.corail ou de perles rouges et sont chaussées de souliers en cuir rouge richement brodés.Lorsqu\u2019un jeune homme veut se marier il fait demander la jeune fille en mariage par 3cs parents.Si la demande est agréée, il offre d< \u2022\u2022\u2022 présents à celle qu\u2019il a choisie.On fait le ropas dcô fia îçaiiles et les fêtes se continuent pendant plusieurs jours sans que le jeune homme ait encore vu le \\isage de sa fiancée.On passe, devant le cadi, un acte pour constituer la dot de la femme, puis les nouveaux époux sont enfermés pendant sept jours dans uno chambre bien close.Pendant ces sept jours, la femme ne doit pas ouvrir la bouche.Ce tomns écoulé, les époux sont tirés de leur solitude.Le mari a le visage couvert d\u2019un voile blanc et va se purifier ù la mosquée.Lorsqu\u2019il en sort on lui met un sabre dans la main droite.Il le tient tout droit de va >t son viage découvert et repart, à pas lents, vers son domicile.Ses amis déchargent leurs armes.Les femmes poussent des youyou aigus et stridents ainsi que é.o.s coups de pilllet.Comme dans toutes es oasis du Sahar., los maux d\u2019yeux, occasionnés par le \u2022 sage bri ; te é\tsombres à la lumière écla- tante de la plaine, sont fréquents chez les Rhadamésiens.Le marché ho tient tous le;: vendre* .is.Rhadamès e.-.f Tent; m .marchandi es do Tripoli et du Soudan, le rendez-vous sassinat ?A force de rouler cette Idée dans sa tête, la jeune fille est persuadée.C\u2019est pour s\u2019emparer des richesse* de Si Sliman ben Kaddour que les Touareg ont assassin» naître de son cœur ! Une flamme de haine p isî e dan ux de la vierge des Oulad-Delim.Une pensée se fixe- dans son cerveau en feu : Elle ne révéra pas l'assassin de son fiancé.Elle s\u2019enfuiera de sa tribu, elle renoncera à tout jamais à revoir sa mère, scs frères, ses amis.A la frontière kabyle, chez les Beni-Snassen, elle a des parents ; elle se réfugiera auprès d\u2019eux, -e mettra sous leur protection, et si les * >alad-Dellm viennent pour l\u2019enlever, elle se poignardera ! Mais comment fuir ?Fuir, seule ! Elle, une enfant ! Il faut sa procurer un méhari, de -.provisions pour gagner la Kabylie! Qui l\u2019aidera à accomplir cc projet ?Aïcha se désespère.Livrée à sa faiblesse, elle sent bien quelle ne pourra exécuter son dessein.A quel dévouement recourir ?.Soudain, elle pousse un cri de joie : \u2014Abdallah ! dit-ello.C\u2019est un jeune nègre du Soudan acheté par son père.Abdallah est dévoué à Aïcha.Pour elle.il donnerait sa vie.Abdallah lui donnera les moyens de fuir.La jeune fille confie son projet à l\u2019esclave, qui lui répond, en joignant les mains : \u2014Partout où tu voudras aller, maitresse, je te conduirai.La mort seule arrêtera La pas de celui quo tu as rassasié quand il avait faim, que tu as désaltéré quanti il avait soif ! \u201c Aïeha est dans le cœur d\u2019Abdallah ! 11 fallait se pr r.L iui *1 Ibrahim ôtait proche.Par une nuit sombre, lu deux enfants, montés sur des méhara, purent s\u2019échapper du compoment des OuUd-Delim.Us s\u2019élancèrent dans la direction du nord-ouest et réussirent à atteindre les frontières do la Kabylie.Cor ln,itrc leu , .t o i ' ,ü;.a, la .l\u2019Asthme, le Croup, 13 Le Kiss est une petite rivière qui sépare la Kabylie du Maroc.Bien que faisant partie du Maroc, la rive gauche appartient do fait au peuplades riveraines de l\u2019ouest.Ces peuplages, très nombreuses, forment entre elles, sous la dénomination do Beni-Snassen, une sorte de fédération libre, reliant, sans réglementation écrite, toutes les tribus disséminées entre le K iss et le Ri fi'.Les Beni-Snassen, d\u2019après leurs tradictions, descendent de ces terribles Vandales qui, vaincus par Bélisaire, s\u2019enfuirent sur les montagnes pour se soustraire au joug du général romain.Guerriers remuants, agressifs, les Beni-Snassen estiment pardessus tout la poudre et lo fusil ; c\u2019est l\u2019arbitre qui vide leurs démêlés à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur : il est le juge suprême, prononçant en dernier ressort dans les contlits qui n\u2019ont pu s\u2019arranger à l\u2019amiable.Le fusil et la poudre sont aussi l\u2019unique élément de toutes leurs fêtes.La poudre seule en fait la splendeur et l\u2019éclat.Nulle part, sur le littoral africain de la Méditerrannée, on no trouve un pays' pittoresque, contrasté, sauvage et riche en même temps comme la contrée des Beni-Snassen.Des montagnes, les unes dénudées, sèches, brûlées, les autres ensevelies sous des manteaux de vorclure, s\u2019élèvent parallèlement et côte à côte.Des rochers gigantesques surmontent dos coteaux couverts do cédrats, do caroubiers, de néfliers, de jujubiers, de figuiers et de grenadiers.On dirait que ces rocs immenses ont été jetés là après la formation du coteau, tellement leur aspect contraste avec celui des manteaux de végétation au-dessus desquels ils s\u2019élèvent et qu\u2019ils semblent écraser.Des ravins profonds, remplis d\u2019une, végétation vigoureuse, creusent le pays en tout sens et aboutissent parfois à des vallons dont l\u2019aspect frappe de terreur.Ces vallons, véritables chaos de broussailles et d\u2019arbuste épineux, étroitement entrelacés, semblent devoir être peuplés de lions et de panthères, bien que le silence et l\u2019immobilité y régnent partout.Cette illusion est si vive que l\u2019on croit apercevoir vaguement sur tous les points des bêtes fauves passer rapidement sous les broussailles.Mais ce qui étonne par-dessus tout en examinant ces sites extraordinaires, c\u2019est que la végétation, la matière brute, les tous de lumière sont empreints de force, d\u2019énergie, de puissance qui ont une analogie extraordinaire avec la nature vivace des habitants.C\u2019est dans ce pays, chez son oncle, le frère de sa mère, qu\u2019Aïcha a trouvé un refuge.Si El Attiya habite le village kabyle des Beni-Mengouch.Le village est disposé sur le versant nord d\u2019une montagne peu élevée, dont le sommet, surmonté d\u2019une couronne do rochers, l\u2019ubrito contre les vents du désert.Les maisons, toutes séparées les unes des autres par des jardins, sont littéralement enchâssées dans des massifs d\u2019arbres fruitiers entremêlés de treilles gigantesques.Un verger do jujubiers, d\u2019arbousiers, de néiliers, de cognassiers, de figuiers, d\u2019abricotiers et de citronniers, parsemé de vignes grimpantes, s\u2019étend depuis le village jusqu\u2019au bas du versant.Une montagne, formée d\u2019une série do mamelons superposés, boisée dans le bas, semée çà et là do bouquets de lentisques et de caroubiers sur lo flanc, aride, déchirée, rocheuse sur les hauteurs, s\u2019élève en face et laisse la mer à découvert en s\u2019affaissant, à l\u2019ouest, près de l\u2019embouchure du Kiss.Au fond du ravin, un ruisseau coule dans des touffes de saules nains et de lauriers-rosés.Une source abondante, cachée sous un petit massif de néfliers, près du sentier qui conduit aux Beni-Mengouch, se trouve à quelques pas au-dessus du ruisseau.C\u2019est là que, depuis un an, Aïcha demeure.Son oncle, Si El Attiya, très cupide, frappé par la beauté de sa nièce, n\u2019avait pas hésité à la recevoir chez lui.Il songe qu\u2019il peut tirer une fortune de la beauté de cette enfant que le Destin lui envoie.Cette idée fixe le rend pénétrant, et rusé ; il put se convaincre qu\u2019Aïcha était secrètement convoitée par plusieurs vieillards riches en argent et en troupeaux.Aussi éconduit-il les jeunes gens qui n\u2019ont à lui offrir, à lui quo le dévouement, à Aïcha que leur amour.Il attend une occasion favorable et entoure sa nièce de soins.Il sait lui procurer les objets de toilette qui font les délices des femmes kabyles.Des colliers, des bracelets, des babouches de cuir rouge brodé d\u2019or, des étoffes légères teintes de couleurs éclatantes.Or, il arriva que Si El Attiya fur sur le point de rentrer dans ses dépenses avec usure.Un vieillard riche, Sidi Uadj Mohammed, caïd du Rhamdam, village très considérable des Beui-Snassed, fit appeler Si El Attiya.etc., ek.- Demandez lo BAUME B HUM AL B ^ 14 LE SAMEDI Il lui demanda sa nièce Aïeha en mariage et promit de lui compter cinq cents douros le jour du contrat.Si El Attiya parut infiniment flatté d\u2019un tel honneur, mais il déclara qu\u2019il ne voulait se séparer de so, nièce à aucun prix, que, d'ailleurs, il tenait à la marier dans sa tribu.Cependant, craignant la colère du chef de Rhnmdam, il traversa lo Kis et rentra vivement chez lui.Le vieux caïd\u2014il avait soixante ans - renouvela se demande quelque temps après.Si El Attiya insinua que la somme de ci q cents douros à lui offerte par le caïd n\u2019était en rapport ni avec la richesse du puissant chef de Rhamdam ni avec la beauté de sa, nièce Aïeha.Sidi Hadj Mohammed lit proposer mille douro; a si El Attya.Celui-ci, cette fois, fut sur le point d\u2019accepter, toutefois, sous prétexte que l\u2019idée eeule de se séparer de sa nièce lui fendait le cœur il demande, un certain temps avant de se prononcer.Le caïd revint une troisième fois à la charge, il ajouta aux offres déjà faites, celle de cent têtes de bétail, chèvres ou moutons.Si El Attiya demanda huit jours pour réfléchir et le caïd dut souscrire à ce nouveau sursis.Pourquoi Si El Attiya faisait-il traîner ainsi l\u2019affaire ?Certes, il dovait considérer le mariage de sa nièce avec le riche caïd comme un événement heureux pour lui.Pourquoi donc demandait-il ainsi délai sur délai ?Le vieux coquin voulait arracher au vieillard toutes les concessions qu\u2019il se proposait de lui impo-er.Mille douros et cent têtes do bétail, oui, c\u2019est plus que je n\u2019eusse jamais osé espérer?.Mille douros!.Dieu du ciel et de la terre !.\u201c Me sera-t-il vraiment donné de voir là, sous mes yeux, mille douros! Si El Attiya joignit les mains ; ses regards ravis semblaient contempler le trésor promis.Bientôt, sortant do sa comtemplation, il murmura : \u2014Mille douros, c\u2019est beau, oui, si le caïd veut ajouter un cheval, un beau cheval tout harnaché pour Si El Attiya, il aura ma nièce.Il se leva transporté de joie, comme s\u2019il voyait déjà caracoler devant ses yeux lo bel animal qu\u2019il convoitait.Il s\u2019écria : \u2014Oui, il mé le faut, l\u2019onclo de Sidi Hadj Mohammed se doit à lui-même et aux siens de monter un cheval de prix.Me voit-on arriver sur une rosse dans la maison de mon neveu !.\u201c Ce serait lui faire honte ; pour lui-même, ja ne puis supporter cette pensée.Pendant que le vieil avare se livrait à ses combinaisons égoïstes, que faisait Aïeha ?Que pensait-elle ?Un matin qu\u2019eÜ6 était descendue à la fontaine avec ses compagnes, un cavalier, son double burnous rouge et blanc fier ment rejeté en arrière, laissant à découvert so, large ceinture dans laquelle étaient passés deux pistolets, chaussé de bottes de maroquin rouge remontant jusqu\u2019au dessus des genoux, s\u2019approcha de la jeune fille et lui dit : \u2014Belle vierge des Beni-Mengouch, c\u2019est à ta cruche seule que je désire me désaltérer, si tu repousses ma prière, plutôt que de boire à la fontaine des Beni-Mengouch je mourrais de la soif du désert ! Aïeha s\u2019avança tremblante vers le cavalier ; il avait la peau blanche quoique légèrement brunie par esole.il ! Le regard de ses yeux noirs était hardi, rempli de flammes.Ses moustaches en croc se relevaient sur ses joues creuses.Il pouvait avoir vingt-cinq ans.Aïeha lui tendit la cruche pleine d\u2019eau fraîche.Lorsque le cavalier se fut désaltéré, il se pencha vers la jeune fille et lui dit d\u2019une voix sourde, gutturale : \u2014Aïeha, nièce de Si El Attiya, blanche vierge des Beni-Mon-goueh, jo suis Si Namûa d is Adjcrondos, cavalier du bureau arabe do Lallu Magrnia, je sors les Français qui ont secouru et honoré mon père ; Aïeha je t\u2019aime.A ces mots, Aïeha fit un pas en arrière, d\u2019un geste d\u2019épouvante elle sembla repousser le jeune homme.\u2014Tu veux que je m\u2019éloigne, belle enfant du paradis ?fit-il d\u2019une voix rauquo.Elle leva sur lui un regard attristé : \u2014Tu es chrétien, dit-elle, et la nièce de Si El Attiya ne peut aimer un infidèle.Les yeux de Si Namân étincelèrent de joie.\u2014Cette raison seule éloigne-t-elle ton cœur du mien, rose de la vallée.Il sauta à bas de son cheval et pressant la jeune fille dans ses bras : \u2014Je suis comme toi un serviteur d\u2019Allah, du Dieu puissant et miséricordieux.Aïeha tu m\u2019aimeras, tu me suivras sous ma tente.ma tribu sera fière de recevoir dans l\u2019air embaumé de parfums, au bruit joyeux de la poudre, sous les étendards flottant au vent, la vierge des Beni-Mengouch.Elle s\u2019échappa des bras du jeune homme, resta debout, immobile, le front penché vers la terre.\u2014No me réponds pas, Aïeha, je te fais horreur, tu hais celui qui t\u2019aime.Tu désespères celui qui voit le ciel dans tes yeux! \u201cNe t\u2019aurai-je donc vu que pour désespérer ou mouiir !.Elle tendit le3 bras vers lui ; tout son corps frémit.\u2014Reste, dit-elle, Si Namân.Il poussa des cris de joie.\u2014Aïeha, tu seras ma femme ! Tu n\u2019appartiendras pas à d\u2019autre.\u201cTon oncle ne t\u2019a fiancée à personne ?\u2014Non, et s\u2019il le faisait, je m\u2019enfuierais avec toi, car, moi aussi, je t\u2019aime et je te suivrai.\u2014Je dois m\u2019éloigner ; je porte des ordres de mon chef, mais je reviendrai dans peu de temps et j\u2019irai te demander à ton oncle.Si ton oncle veut te marier en mon absence, résiste à ses ordres.\u2014Je ne serai qu\u2019à toi, Si Namân.Lejeune homme embrassa Aïeha, sauta en selle et s\u2019éloigna.Demeurée seule, Aïeha pensa avec tristesse s \u2014Puisse mon amour ne pas lui être fatal ! Elle songeait à Renaud, à celui qu\u2019elle nommait Si Sliman ben Kaddour et qu\u2019elle croyait mort, mort assassine par l\u2019ordre de son père.Ibrahim l\u2019avait dénoncé comme chrétien pour s\u2019emparer de3 richesses qu\u2019il rapportait de son pays ; c\u2019est du moins ce que pensa Aïeha.Elle se demandait si son oncle accepterait de la donner à un spahi, à un serviteur des Français.Aïeha n\u2019ignorait pas la haine secrète de Si El Attiya pour les Français.Elle avait surpris quelques paroles qui lui faisaient craindre un soulèvement des tribus kabyles.Si ses craintes so réulisaient, son oncle serait dans un camp, son fiancé dans l\u2019autre ! C\u2019est en roulant ces tristes pensées qu\u2019elle arriva chez Si El Attiya.Quinze jours se passèrent.Si Namân ne paraissait pas.\u2014M\u2019aurait-il oublié ?se demandait la jeune fille.Elle confia sa peine à Abdallah et le chargea de se procurer des nouvelles.Le jeune esclave vint dire quelques jours après à sa maîtresse qu\u2019une grands révolte avait éclaté en Kabylie et que les spahis du bureau de Tlemcen dont faisait partie Si Siimân étaient partis en expédition.Sans être moins vive3 les craintes d\u2019Aïcha changèrent de nature ; la pensée qu\u2019elle était oubliée de Si Namân fut remplacée par celle de la mort possible du beau spahi.Une douleur plus réelle était réservée à la jeune fille.Si El Attiya avait reçu les présents du caïd Sidi Hadj Mohammed.Aïeha était fiancée au vieillard sans qu\u2019on l\u2019eût consultée ; c\u2019est la coutume kabyle ; il n\u2019y a pas d\u2019exemple qu\u2019une fille se soit révoltée contre l\u2019autorité de ses parents.Si El Attiya ordonna à sa femme de faire connaître à la jeune fille sa décision.Aïeha, à cette nouvelle, éclata en sanglots.Le jour des fiançailles arriva.Aïeha était à la fontaine avec Abdallah.Soudain, un bruit confus de tamtams, de tambourins et de cornemuses frappa ses oreilles.\u2014On va me fiancer, dit-elle d\u2019une voix navrante.Moi, je préfère la mort, viens, Abdallah, viens.\u2014Où cela ?demanda le jeune nègre effrayé de la pâleur de sa maîtresse, de l\u2019éclat fiévreux de ses yeux.Elle montra les rochers qui dominaient la rivière.\u2014Je vais me précipiter de là haut dans l\u2019abîme.Viens, Abdallah, viens m\u2019aidor à gravir cette montagne.\u2014Non, maîtresse, par la mort.laisse-toi fiancer.Nous fuirons ensemble après la cérémonie.La tante d\u2019Aïclia arriva, prit la jeune fille dans ses bras et tout en lui prodiguant mille caresses, l\u2019entraîna pour ainsi dire de vive force au village.A mesure qu\u2019elle approchait de Beni-Mengouch, Aïclia se sentait défaillir.Les sons qu\u2019elle avait perçus tout à l\u2019heure redoublaient d\u2019intensité à chaque pas ; il s\u2019y mêlait des chants, des cris et des coups de feu.Bientôt, elle fut entourée par les auteurs de cet affreux tintamarre.Les cris et les gambades prirent alors tous les caractères de la frénésie.Oes réjouissances sauvages torturaient la pauvre Aïeha, Soutenue par sa tante, elle marchait en chancelant comme une victime au sacrifice.Abdallah subit ce specacle navrant avec une douleur résignée, mais en entrant dans le village, un accès de fureur le prit.Sa figure eut une expression terrible.Il promena rapidement ses regards de tigres sur l\u2019escorte bruyante dont la joie insultait aux tourments de sa malheureuse maîtresse. LE SAMEDI 15 Un grand nègre se faisait remarquer entre tous par le jeu frénétique de ses tams-tams, par ses cris assourdissants et ses gestes exagérés ; Abdallah s\u2019élança sur lui, lui sauta au visage et lui enfonça ses dents dans la joue.Cet incident suspendit la marche de la horde importune.Les musiciens cessèrent leur tapage pour assister à la lutte du nègre et d\u2019Abdallah ; les femmes poursuivirent seules leur chemin.La cour était encombrée de femmes et do jeunes tilles, seules admises dans ces sortes de réunions.A l\u2019arrivée de la malheureuse Aïcha, elles se précipitèrent vers la jeune fiancée en poussant en choeur le3 you / you ! par lesquels les femmes arabes expriment leur joie dans les fêtes.Il y eut quelques minutes de bavardage général et confus, les jeunes filles et les femmes parlaient toutos à la fois, puis, le silence étant à peu près rétabli, elles s\u2019accroupirent sur une immenso natte étendue au milieu de la cour.La femme de Si El Attiya, tenant sa nièce par la main, prit place au milieu d\u2019elles et leur annonça avec orgueil que sa nièce Aïcha était fiancée à Sidi Hady Mohammed, chef des Rhamdam, Un hourra de you you accueillit cette nouvelle.Toutes les femmes et les jeunes filles entourèrent Aïcha et l\u2019embrassèrent en lui adressant mille louanges.Mais Aïcha protesta contre cette expression générale de gaîté par une morne tristesse, secouant négativement la tête par un mouvement machinal, L\u2019assemblée tout entière fut frappée de la pâleur, de l\u2019abattement douloureux de la jeune fiancée.On servit le cous-coussou, les galettes et les raisins secs sont toujours offert en semblables circonstances.Ces friandises, étalées sur la natte, absorbèrent l\u2019attention des femmes et des jeunes filles, elles en oublièrent la malheureuse Aïcha.Le lendemain des fiançailles, Abdallah vint dire à sa maîtresse que Si Namân voulait la voir ; il l\u2019attendait près des caroubiers, au bas de la montagne.\u2014Viens, viens vite, il t\u2019attend.Aïcha s\u2019élança comme une gazelle dans la direction indiquée.Elle aperçut Si Namân et lui sauta au cou.Il la reçut dans ses bras et l\u2019emporta au fond du massif.\u2014Si Namân, s\u2019écria-t-elle en étreignant le cou du spahi, emporte Aïcha.Emmène-la dans ta tribu.Aïcha est fiancée au cher des Rhamdam ! Les yeux de Si Namân exprimèrent en même temps que l\u2019ivresse d\u2019un amant heureux la férocité du tigre jaloux.Il déposa Aïcha sur le gazon et s\u2019agenouilla devant elle : \u2014Non, dit-il, Aïcha n\u2019entrera jamais dans la maison du vieux Sidi Hady Mohammed.Avant trois jours le chef des Rhamdam sera mort.Si Namân s\u2019arma d\u2019un couteau et continua : \u2014Quiconque voudra te faire partager sa couche, avalera ce couteau.Seulement, Aïcha garde-toi de descendre dans le ravin jusqu\u2019à ce que tu sois ma femme !.Tu deviendrais l\u2019esclave de Sidi Mohammed !.\u2014Emmène-moi dans ta tribu ou cache-moi dans les grottes ! interrompit Aïcha d\u2019un ton impérieux.Aïcha veut être la femme de Si Namân ou mourir ! Si Namân n\u2019eût pas mieux demandé, mais cette détermination aurait infailliblement entraîné leur perte.\u2014Aïcha, dit-il, tu seras ma femme.je n\u2019aurai jamais d\u2019autre femme que toi.Si je mens que Dieu qui m\u2019entend me fasse dévorer les entrailles par les ehiens de mes ennemis !.\u201c Mais t\u2019enlever aujourd\u2019hui, Dieu nous en garde ! il nous faudrait vivre dans les bois comme les bêtes sauvages.Puis, je dois rendre compte à mes chefs de la mission qu\u2019ils m\u2019ont confiée, si je ne me rendais pas auprès d\u2019eux je serais arrêté et toi, toi, ma bien aimée Aïcha, tu serais rendue à ton oncle !.Bien que ce raisonnement fût parfaitement juste, ce refus frappa Aïcha au cœur.Après un moment d\u2019accablement, elle se redressa, regarda Si Namân et lui dit d\u2019une voix farouche, vibrante de passion : \u2014Fuyons, fuyons dans les lerêts, les montagnes aux sommets inaccessibles.Nous trouverons des fruits sur les arbres et de l\u2019eau dans les ruisseaux !.Si Namân ne répondit pas.\u2014Si les chefs nous poursuivent, reprit la jeune sauvage, nous laisserons nos corps sur la terre et nous irons vivre oû vivent les âmes et où les chefs de la terre ne sauraient nous atteindre ! \u2014Fuir aujourd\u2019hui, fit Si Namân suppliant, ce serait renoncer pour toujours au bonheur ! Aïcha s\u2019éloigna du spahi : \u2014Le bonheur consiste à posséder ce que l\u2019on désire ! dit-elle en faisant un pas au-devant de lui, et celui qui aime sa fiancée ne songe pas à s\u2019éloigner d\u2019elle.Une heure de joie ferait endurer mille ans de tortures.Si Namân lui prit les mains.\u2014Aïcha ! mon Aïcha bion-aiméo, Si Namân t'aime, Si Namân t\u2019aimo plus que la vio!.S\u2019il to résiste, c\u2019est parce qu\u2019il voit le malheur s\u2019amonceler sur nos têtes !.Aïclm dégagea ses mains d\u2019un mouvement bi usque, plein de colère ; elle se recula de quelques pas et dit d\u2019une voix emprointo de mépris : \u2014Que me font toutos ces paroles ?De toi, jo n\u2019attendais quo ces mots: Nous sommes libres, le monde est grand, fuyons, fuyons au plus vite ces parages semés d\u2019embûches, d\u2019entraves à notre amour que rion ne peut altérer ! \u201c Ne m\u2019avais-tu pas promis que jo serais ta femme à ton retour ?\u201c Tu m\u2019as trompée, Si Hamân, tu no m\u2019aimes pas, adieu, adieu ! Elle allait s\u2019enfuir lorsque le jeune spahi la retint par son habit.\u2014Aïcha, doutes-tu de mon amour ?Tiens, Aïcha, vois si Si Hamân t\u2019aime !.Il rejeta son burnous derrière ses épaules, appuya la pointo do son couteau sur le haut du bras et so lit une incision jusque dans la région du coude.Par deux fois il renouvela cette preuve d\u2019amour.A la vue de ce supplice, la jeune fille revint au spahi ; elle s\u2019agenouilla devant lui et suivit l\u2019opération avec une avidité inexprimable ; ses yeux brillaient d\u2019une joie suprême.Ce sont les femmes kabyles qui donnent à leurs amants cos gagos d'amour, mais lorsquo l\u2019initiative en est priso par los hommes, ils sont regardés par la femme qui en est l\u2019objet comino le plus grand témoignage.Après cette étrange attestation, Aïcha lo remorcia d\u2019un baiser fébrile,lui prit le couteau desmains et se l\u2019cnfonçadans lomilieudu bras.Tenant lo couteau immobilo dans la plaie, olle sourit à Si Human et lui dit : \u2014Vois comme Aïcha aime Si Hamân !.A ce moment, Abdallah accourut auprès do sa maîtresse en criant : \u2014Aïcha ! Aïcha ! Aïcha ! Les deux jeunes gens allèrent à lui.\u2014Là-haut! Là-haut! s\u2019écria-t-il en montrant lo sommet du rocher.Ton oncle Si El Attiya est embusqué.U a son fu-.il et veut tuer sans doute lo spahi que tu aimes.\u2014Si Hamân, sauve-toi, je t\u2019on prie.Mon onclo en veut à ta vie.Abdallah a raison.Depuis plusieurs jours il m'épie.il a deviné que je t\u2019aimais.\u2014Pourquoi m\u2019en veut-il ?Pourquoi refuserait-il do te donner à moi ! Est-ce que je ne suis pas d\u2019aussi bonno famille que lui I Las yeux du spahi brillaient de colère.Ses regards fouillaient les buissons de caroubiers derrière lesquels il devinait la présence de Si El Attiya.\u2014Sauve-toi.échappe à sa colère, répéta Aïcha suppliante.Un coup de feu partit ; lo projectile troua lo burnous do Si Hamân qui poussa un éclat de rire sardoniquo : \u2014Lâche ! Chien !.Ose donc te montrer ! \u2014Je t\u2019en supplie, Hamân, fuis ! jo n\u2019appartiendrai qu\u2019à toi ou je mourrai ! \u2014Si ton oncle refuse de te donner à moi, il mourra, répondit le spahi en serrant Aïcha dans ses bras.Il sauta sur son cheval et disparut derrière un rideau d\u2019arbustes.Un autre coup de fou se fit entendre.Aïcha porta la main à son cœur.\u2014Abdallah, dit-elle au jeune nègre, cours, va voir si celui (pie j\u2019aime est atteint.L\u2019eselave revint bientôt : \u2014Maîtresse, dit-il, Si Hamân est sauvé.je l\u2019ai vu disparaître au loin dans un flot de poussière !.Mais, viens, rentrons, crains la colère de Si El Attiya.Mais il n\u2019entrait pas dans les desseins du vieux Kabyle do faire des reproches à sa nièce.Il tenait à toucher la dot promise par lo caïd et précipita les choses.Pour éviter des délais, des difficultés, il avait déclaré quTbrahim, le pèro d\u2019Aïcha, était mort dans une razzia.Était -ce vrai ?Si El Attiya avait produit des témoins.Le lendemain soir il dit à sa femme : \u2014Aïcha est mariée au caïd Sidi Hadj Mohammed, conduis-la chez son maître.Tu n\u2019annonceras à Aïcha son mariago que lorsqu\u2019elle sera dans la maison du caïd.Un parti comme Sidi Hadj Mohammed était certainement do nature à flatter l\u2019orgueil de la femme de Si El Attiya.Le caïd avait déjà deux femmes.Instruites .es heures avant de ce qui se passait, elles reçurent Aïcha et la femme de Si El Attiya avec beaucoup d'affabilité et los introduisirent dans la pièce qui leur était réservée.Les quatre femmes s\u2019assirent sur le tapis, puis après quelques instants de silence, la femme de Si El Attiya embrassa sa nièco : \u2014Ma nièce Aïcha est la femme du caïd Sidi Hadj Mohammed ! En entendant ces mots, la jeune fille poussa un cri et se jeta dans les bras de sa tante.Celle-ci la repoussa et sortit sans proférer une parole.A2A / 6 LE SAMEDI Aïeha ressentit une commotion si profonde qu\u2019elle se demandait si elle n\u2019était pas en proie au délire : Sa tante avait dit : \u201c Ma nièce est la femme du caïd Sidi Hadj Mohammed.\u201d La pauvre enfant regarda d\u2019un œil hagard les deux femmes du caïd, passa ses mains sur son front, essayant do se ressaisir.L\u2019arrivée de Sidi Hadj Mohammed hrisa violemment cette sorte de léthargie.À la vue de celui-ci, Aïclia poussa un cri d\u2019épouvante ; d\u2019un bond, elle se réfugia derrière les deux femmes et lança vers Sidi Hadj Mohammed des regards de tigre pris au piège, décidée à se défendre jusqu\u2019à la mort.Sidi Hadj Mohammed, en voyant l\u2019effroi et les dispositions hostiles de sa jeune femme, sourit de cet air narquois et cruel du chat qui suit les vaines tentatives de fuite do la souris qu\u2019il tient sous sa griffe.(Je premier moment de volupté passé, il voulut s\u2019emparer de sa victime ; mais, à son approche, Aïclia bondit en arrière en jetant des cris comme si elle eût été piquée par une bête venimeuse.Le caïd courut de nouveau à elle en riant ; Aïclia lui échappa encore et se réfugia pour la sconde fois contre les deux femmes.Sidi Hadj Mohammed s\u2019amusa à la poursuivre encore.Il finit par se fatiguer et, irrité de cette résistance qu\u2019il ne pouvait vaincre, il se jeta sur Aïclia, la saisit dans ses bras et voulut l\u2019emporter dans une salle séparée de la pièce par une tenture ; mais tout aussitôt il lâcha sa victime én poussant un cri affreux.Aïclia l\u2019avait mordu au bras avec la fureur du désespoir.Irritée jusqu\u2019au délire par cette scène, la jeune fille releva le haïlc qui couvrait le bras sur lequel était marqué le témoignage qu\u2019elle avait donné à Si Hamân.\u2014Vois, dit-elle d\u2019un air d\u2019audace et de défi, je suis la fiancée de Si Hamân et ne serai jamais à toi, car je n\u2019ai pas d\u2019autre seigneur que Si Hainan ! Sidi Hadj Mohammed comprit parfaitement que rien ne viendrait à bout de la résolution de la jeune fille ; il eut alors un mouvement de colèro et d\u2019indignation ; il se jeta sur Aïeha, la saisit par les cheveux, lui mit un genou sur la poitrine et s\u2019arma d\u2019ua couteau.Ses deux femmes se précipitèrent sur lui et l\u2019arrêtèrent en lui faisant comprendre à force de cris, qu\u2019en coupant la tête à sa jeune femme il compromettait fort la sienne, les chefs français ne tolérant pas ce genre de correction conjugale.Cette idée qu'il pourrait être décapité calma la fureur du caïd, il laissa tomber son couteau.Après un instant do réflexion il appela un de ses esclaves, lui ordonna d\u2019emporter Aïeha et de l\u2019attacher sous le hangar de la cour.La malheureuse Aïeha fut liée solidement à un poteau.VIII Le sentiment qu\u2019Aïcha avait inspiré à Abdallah était de l\u2019adoration comme en ressentent les sauvages pour leurs fétiches.Ce culte l\u2019avait doué d\u2019une pénétration extraordinaire pour tout ce qui intéressait sa jeune maîtresse.Abdallah savait que plusieurs chefs des tribus voisines avaient demandé Aïeha en mariage, mais il ne savait auquel d\u2019entre eux elle avait été donnée.Il se souvint de l\u2019avarice de Si El Attiya.\u2014Le maître nous vendrait tous, famille et serviteurs, pour quel-ques douros ; il a dû donner Aïclia à celui qui lui en a offert le plus.On dit que le caïd est très rielie, qu\u2019il a des bahuts pleins d\u2019or ot de poudre, Aïeha doit être dan3 la maison du caïd.Abdallah grimpa jusqu\u2019à la cime d\u2019au grand arbre planté au milieu du village.Son instinct lui disait qu\u2019Aïcha se défendrait jusqu\u2019à la mort et, espérant entendre de ce point élevé les plaintes de sa maîtresse, il prêta l\u2019oreille.Il resta ainsi pendant la nuit, retenant son souille, accroupi entre les branches, les yeux fixés avidement sur la maison de Sidi Hadj Mohammed.Un bruit de sanglots et de soupirs parvint jusqu\u2019à lui.Abdallah redoubla d\u2019attention.Cette fois il était certain de ne pas se tromper ; ces sanglots, ces soupirs, il les entendait distinctement, il reconnaissait la voix de sa maîtresse.Ces bruits venaient à ne pas en douter de la maison du caïd.Il descendit de son poste d\u2019observation.\u2014Je ne m\u2019étais pas trompé, murmura-t-il, ma maîtresse s\u2019est révoltée contre son maître et son maître l\u2019a maltraitée.Je vais aller la délivrer ! Mais, comment arriver jusqu'à elle ?Après avoir réfléchi un moment, il se dirigea vers la maison de Sidi Hadj Mohammed, rampant de terrasse en terrasse, avec une lenteur et une prudonco extrêmes, déployant des prodiges d\u2019adresse et de ruse pour échapper à la surveillance des chiens kabyles, gardiens aussi subtils que bruyants dont toutes les maisons arabes sont peuplées.Après doux heures d\u2019efforts inouïs, il arriva en vue de la maison de Sidi Hadj Mohammed.Il aperçut Aïclia couchée sur un peu de paille, le corps entouré d\u2019une corde.Les chiens se mirent à aboyer et se précipitèrent sur lui.Il leur envoya des morceaux de viande dont il s\u2019était muni.Un léger cri de joie s\u2019échappa de la bouche d\u2019Aïcha : elle venait de reconnaître Abdallah, elle tendit ses bras vers lui ; mais le nègre, justement alarmé, mis son doigt sur ses lèvres : \u2014Demain ! demain ! Abdallah disparut dans les arbustes.Le lendemain le caïd alla trouver l\u2019oncle d\u2019Aïcha et lui raconta la seène qui s\u2019était passée la veille entre lui et la jeune fille.Si El Attiya ne le laissa pas achever ; il se dressa et se promena de long en large comme un insensé, tour à tour baisant la terre, évoquant le ciel et proférant mille malédictions contre sa nièce.\u2014Dieu m\u2019a maudit ! s\u2019écria-t-il en serrant les mains du caïd dans les siennes.Il a mis cette fille dans ma maison pour ma honte et ma douleur !.Elle est indigne de toi, Sidi Hadj Mohammed !.Chasse-la!.Je consens d\u2019avance au divorce!.bien que je ne le demande pas.Le vieil avare pensait qu\u2019il serait peut-être obligé de rendre la dot ; il conseilla alors au caïd de patienter : \u2014Aïeha est un enfant, dit-il en le quittant ; elle reviendra à toi et te donnera des guerriers.Rentré chez lui, il mit sa femme au courant de ce qui s\u2019était passé entre leur nièce et le caïd : \u2014Si tu ramènes Aïclia à ses devoirs, dit-il en terminant, tu auras un bracelet en argent du poid.s de quatre douro3 ; je le juro devant Dieu qui me voit.Abdallah n\u2019avait pas perdu un mot de cet entretien.Il s\u2019approcha de la femme de Si El Attiya au moment où elle se disposait à sortir pour se rendre chez le caïd.\u2014Maîtresse, lui dit-il d\u2019un air de supplication irrésistible, j\u2019ai faim, bien faim ! Elle lui donna une galette entière.Abdallah la brisa en une infinité do petits morceaux et les cacha sous ses vêtements.La tante d\u2019Aïcha sortit.Abdallah la suivit et s\u2019introduisit avec elle dans la maison du caïd.Personne ne le remarqua, à l\u2019exception d\u2019Aïcha accroupie au fond du hangar.La femme de Si El Attiya et les deux femmes du caïd accoururent auprès de la jeune fille et s\u2019agenouillèrent autour d\u2019elle la suppliant d\u2019obéir aux ordres de son oncle.Elles lui vantèrent la générosité de Sidi 1 ïadj Mohammed, Aïclia ne répondit à leurs sollicitations que par ces mots : \u2014Aïeha veut mourir ! Enfin, de guerre lasse, les trois femmes se retirèrent, bien convaincues qu\u2019Aïcha avait perdu la raison, Abdallah avait suivi cette scène de loin, jouant avec les chiens de la maison comme si de rien n\u2019était.Il avait commencé par leur donner un morceau de galette à chacun.Comme tous les chiens d\u2019arabes, ceux de Sidi Iiadj Mohammed étaient affamés ; affriandés par le premier morcôau, ils firent mille cûlineries à Abdallah pour en avoir un second qui leur fut donné.Il distribua ainsi toute la galette qu\u2019il avait reçue de la femme de Si El Attiya.Forts contents, mais non rassasiés, ospérant encore quelque aubaine, les chiens se prêtaient à toutes les fantaisies d\u2019Abdallah qui leur tirait la queue, les oreilles, leur mettait la main dans la gueule, les battait, les renversait sans que le3 chiens fissent la moindre protestation.Au contraire, ils revenaient sans cesse vers Abdallah, grattant de leurs pattes son burnous comme pour lui dire : \u2014Voyons, n\u2019y a-t-il plus rien là-dessous ?AbdaÜah, comprenant complètement la signification de ces grattements, se penchait vers eux et leur disait d\u2019une voix étouffée : \u2014Chouïa, ! chouïa 1 Ce qui voulait dire : \u201c Patience ! cette nuit vous en aurez encore.\u201d , |Aïcha avait lu sa délivrance dans les yeux du jeune nègre.La nuit vint.Elle tressaillait d\u2019impatience, ses regards essayaient de percer le rideau de verdure qui l\u2019entourait.Son oreille se tendait aux bruits les plus imperceptibles.Elleattendit longtemps ainsi,dévoréed\u2019impatience.brûléede fièvre.Enfin, un bruissement tout particulier frappa son oreille.Elle aperçut une forme humaine rampant lentement le long des branches.Elle devina Abdallah plutôt qu\u2019elle ne le reconnut.Un léger cri s\u2019échappa de la poitrine de la jeune fille.Abdallah lui commanda le silence d\u2019un sifflement assourdi.Elle resta immobile, la respiration suspendue, û L\u2019esclave s\u2019avançait avec une prudente lenteur ; il arriva ainsi à m LE SAMEDI i/ l'extrémité d\u2019uno branche longue et flexible que son poids inclina vers le sol.A ce moment, les chions se précipitèrent vors lui en aboyant.Aïcha crut tout perdu, mais Abdallah ne se déconcerta pas ; il se suspendit d'une main à l\u2019extrémité de la branche et, de l\u2019autre, il jeta des débris de galette aux chiens.Ils reconnurent le généreux ami qui les avait régalés la veille et cessèrent aussitôt leur manifestation hostile.Tout en croquant les morceaux de galette, ils regardaient le jeune nègre avec amitié et leur queue frétillait.Certain alors de se voir accueilli en ami, Abdallah lâcha la branche et tomba sur ses pieds nus avec une souplesse de singe.Les chiens se jetèrent sur lui et le comblèrent do caresses.Abdallah courut auprès d\u2019Aïcha, coupa rapidement la corde qui la retenait captive et tous deux sortirent sans bruit par la porte de la cour, fermée en dedans par un simple verrou de bois.Ils traversèrent le village endormi puis s\u2019élancèrent dans le ravin, se dirigeant vers la tribu de Si Hainan.Les deux fugitifs avaient une telle hâte de s\u2019éloigner des Beni-Mengouch qu\u2019ils coururent longtemps sans ouvrir la bouche et sans se préoccuper des bêtes fauves dont les cris s\u2019élevaient de toutes parts.Lorsque Abdallah se crut enfin à l\u2019abri des poursuites du caïd, il rompit le silence : \u2014Où allons-nous, Aïcha ?demanda-t-il.A vingt pas d\u2019eux, so prolasso un lion brun.(P.00, ool.0.) mmm ¦ ' WæïS7«ffr \u2022\u2019\t- -Z v'-v-XlV A\u2019 Mm.«gïSa .\u2022 \u2022 11 :MÉii m Q üü ;rc:- ; 'mmm ¦gg SB w \u2014Chez les Adjeronde, auprès de Si Hamân qui nous défendra.\u2014Nous ne pouvons aller maintenant chez les Adjeronde ; il faut au contraire nous cacher dans les bois pendant deux jours.\u2014Pourquoi '{ demanda-t-elle.\u2014Parce que, la nuit prochaine, les Beni-Snassen doivent faire une razzia chez les Adjeronde.\u2014Comment sais-tu cela ?\u2014Chez le caïd on ne se méfiait pas de moi, j\u2019ai surpris ce secret.Aïcha s\u2019écria avec exaltation ; \u2014Dieu m\u2019a arrachée des mains de Sidi Hadj Mohammad afin que je connaisse ces choses, afin que je puisse sauver les Adjeronde ! Vite ! Abdallah, courons avertir la tribu de Si Hamân ! nous arriverons au village avant ceux de Rhamdam.\u201c Aïcha est la femme de Si Hamân, elle le sauvera ainsi que les siens.Elle frappera les Beni-Snassen!.,.Courons, Abdallah, courons ! Les deux enfants redoublèrent de vitesse, mais bientôt la peur s\u2019empara du jeune nègre.Les cris incessant des chacals, le brusque passage auprès d\u2019eux d\u2019une bête fauve, les aboiements acharnés des chiens, le bruit des pierres roulant sous leurs pieds, le déchirements des broussailles; toutes sortes d\u2019ombres vacillantes ressemblant à des fantômes formaient un spectacle bien fait pour effrayer le pauvre Abdallah.Il tremblait de tous ses membres, malgré les exhortations d\u2019Aïcha dont l\u2019esprit, tout entier à Si Namân et aux Adjeronde, était insensible à ce spectacle.Soudain, un cri ou plutôt un miaulement sinistre passa dans l\u2019air.Chiens et chacals se turent â l'instant.Un silence lugubre, plus effrayant que le vacarme auquel il succédait, se fit autour des fugitifs.C\u2019était le cri de l\u2019hyène.Il n\u2019est pas de voix au monde plus horrible â entendre que celle de cet animal aussi lâche (pie hideux.Son miaulement fait frissonner d\u2019horreur, il évoque comme uno vision de cadavre», d\u2019ossements, de tombe» profanées.Au cri do l\u2019hyène, Abdallah se jeta sur Aïcha et l\u2019étreignit dans ses bras en frissonnant de la tête aux pied*.\u2014Si Abdallah n peur, Si Namân le méprisera, dit l\u2019intrépide jeune fille en entraînant l\u2019enfant.Mais, il n\u2019est pas de courage, si grand qu\u2019il soit, qui ne faiblisse devant certains phénomènes do la nature.Une vibration sourde, large, immense s\u2019éleva au fond d\u2019une vallée, remplit peu à peu l\u2019espace et, grandissante, sembla s\u2019élever jusqu\u2019au ciel.C\u2019était le rugissement du lion.Aïcha et Abdallah tremblant, respirant à peine, se jeterent dans les bras l\u2019un de l\u2019autre.L\u2019épouvante les fit tomber â terre.Us so traînèrent au fond d\u2019une broussaille et, t\\ demi morts de frayeur, s\u2019y blottirent, Le lion rugit de nouveau sur un point plus éloigné.Un autro rugissement encore plus lointain.Aïcha avait éprouvé un moment de crainte invincible.Son caractère énergique avait repris le dessus.Elle se leva et, prenant la main d\u2019Abdallah : \u2014Dieu nous protège, dit-elle, viens.Les deux enfants reprirent lour course.Le jour allait poindre.Un nouvel incident les cloua sur place.Des beuglements lamentables se firent entendre non loin d\u2019eux.\u2014Aïcha, Aïcha, murmura le jeune nègre d\u2019uno voix étranglée, le lion a enlevé un bœuf !.Il vient vers nous ! Aïcha, j\u2019ai psur !.\u2014Dieu nous garde, répondit Aïcha avec assurance, courons, courons aux Adjerondo ! Le jour s\u2019est levé, le soleil brille dans un ciel sans nuage.Les fugitifs se dirigent vers la crête d\u2019un mamelon élové et s\u2019y arrêtent pour s\u2019orienter.Ils ont les pieds et les bras déchirés par des plantes épineuses, ni l\u2019un ni l\u2019autre ne paraissent s\u2019en douter.SùToute à son amour, Aïcha oublie ses souffrances physiques ; quant à Abdallah, depuis qu\u2019il a l\u2019usage de ses membres, il est habitué à ramper sur les rocher, à travers les broussailles, son épiderme noir est insensible.Ils cherchent à déterminer approximativement la position des Adjeronde ; leurs yeux ne trouvent aucun point de repère.Ils marchent au hasard.Les deux enfants arrivent au dessus d\u2019un vallon tortueux qui coupe le plateau sur lequel ils vont à l\u2019aventure.Ils s\u2019asseoient sur le haut de la pente pour reprendre haleine.Le soleil dore joyeusement la cime des montagnes.ltéjouis par ce spectacle, ils s\u2019élancent en bondissant sur la ponte.Ils s\u2019arrêtent subitement, le* yeux agrandis par l\u2019épouvante.Sur une petite butte, à vingt pas d\u2019eux, se prélasse un lion brun.Oh ! cette foi», les enfants se croient perdus ! Leurs genoux fléchissent, ils s\u2019affaissent sur le aol.Le lion n\u2019a pourtant rien, ni dans sa physionomie, ni dans ses allures, de menaçant.Gravement étendu, la tête haute et droite, il regarde tranquillement les deux fugitifs, balançant sa longue queue d\u2019un air de bonne humeur ; ce qui l\u2019entoure est moias rassurant.La butte sur laquelle est posé le soigneur du désert est couverte de sang et jonchée d\u2019os auxquels adhèrent des lambeaux de chair fraîche.Mgr le lion vient da prendre son repas, sa patte droite de devant repose sur une tête de bœuf.De tamps en temps sa langue empourprée lèche ses lèvres frémissantes.Ainsi que le disent les Arabes en leur pittoresque langage, le lion \u201c cuisine sa viande.\u201d Après quelques instants, instants terribles pendant lesquels il contempla les deux enfants atterrés, le lion s\u2019étire, ses griffes formidables s\u2019enfoncent dans le roc.Un bâillement montre ses croes énormes, et les profondeurs do son gosier.Le superbe animal se dresse sur ses pattes musculeuses, il jetto un dernier regard sur les enfants tremblants et son regard alourdi semble dire : \u2014Allons, puisque je vous fait peur, je m\u2019en vais ! ' Il s\u2019éloigne et disparaît bientôt dans les buissons du ravin, è Aussitôt que le lion eut disparu, Aïcha et Abdallah, convaincus !¦.\u2019> que Dieu les protégeait, se relevèrent sans crainte et poursuivirent ï^leur route.Une fumée s\u2019élevait entre deux montagnes ; confiants dans la garde de Dieu, les deux fugitifs prirent cette direction.LES PILULES BOUGES DU D« CODERRE ssjüUkis FEMMES PALES ET FAIBLES 1H LE SAMEDI tin quelques heures ils arrivèrent en vuo d\u2019un village assez considérable.Etait-ce les Adjeronde ?Les enfants n en savaient rien.Ils poussèrent cependant un cri de joie en 1 apercevant.Ils se dirent que de là on leur indiquerait leur chemin, qu\u2019on les conduirait peut-être ! Aicha brûlait do 1 impatience d'at river, de prévenir son fiancé et ceux de sa tribu du péril qui les menaçait.Mais il lui fallut bientôt s arrêter.Bon compagnon était épuisé d\u2019émotion, de fatigue et de faim.Les yeux du pauvre Abdallah roulèrent dans leurs orbites.Ses bras maigres battirent l\u2019air.Il tomba comme une masse sur le sol.Aicha s agenouilla auprès de lui et passant ses mains sur le front de l\u2019enfant : Abdallah, dit-elle, mon pauvre Abdallah, reviens à toi.Le visage du petit esclave était couvert d\u2019une sueur froide et, d\u2019un mouvement convulsif, ses ongles bruns fouillaient le sable brûlant.Des râles douloureux s\u2019échappaient de sa gorge.Aicha toute pale se releva vivement, jeta autour d\u2019elle ùn regard rapide.A une centaine de pas coulait une source d\u2019eau fraîche roulant sur des cailloux blancs ; elle y courut, y puisa de l\u2019eau dans une gourde arrachée à la ceinture d\u2019Abdallah, revint vers lui, entr\u2019ou-vrit ses lèvres bleuâtres et lui en fit absorber quelques gorgées.Il ouvrit les yeux et la remercia d\u2019un long regard attendri.Viens, Abdallah, dit-elle, prends courage, bientôt nous serons en sûreté auprès de Si Namân.Le pauvre enfant, à la voix do sa maîtresse, se souleva sur un coude, il essaya do se relever et, blême sous son noir épiderme, retomba.Ses paupières battirent ; ses petites mains brunes se portèrent convulsivement à sa poitrine.lu soutires, Abdallah, mon pauvre Abdallah ! s\u2019écria la jeune fille d\u2019une voix mouillée do larmos ; tu souffre de la faim ?\u2014Üh ! oui, maîtresse ! Ces mots passèrent presque inintelligibles entre leâ lèvres de l\u2019esclave.Aicha les devina plutôt quelle ne les comprit.Des iiguiers bordaient le ravin ; Aicha courut de ce côté pour y cueillir quelques fruits qui apaiseraient sans doute les souffrances de son compagnon.Cest ce qui arriva en effet; après avoir mangé quelques figues fraîches pleines d un jus sucré, Abdallah recouvra un peu de force.Le villago des Adjeronde n\u2019était plus qu\u2019à une heure de marche.Un vieillard qu ils rencontrèrent leur indiqua le chemin le plus direct.En arrivant Aicha demanda au premier Kabyle qu\u2019elle rencontra si Sidi Namân ben Diff se trouvait aux Adjeronde.Non, répondit le Kabyle, mais voilà Ali, son frère, ajouta-t-il en désignant un jeune homme assis sur un tertre voisin.Terrifiée de l\u2019absence de celui qu\u2019elle avait espéré trouver, elle ne se remit un peu qu\u2019en apprenant que Si Namân avait un frère présent à la tribu.- Veux-tu aller dire au frère do Si Namân, reprit-elle d\u2019un ton qui surprit et charma le Kabyle, qu\u2019une jeune fille de Beni-Mengouch, envoyée par Dieu pour le salut des Adjeronde, désire lui parler?Le kubylos\u2019empressa do porter ces paroles à Ali.Celui-ci accourut auprès d\u2019Aïcha qui le reconnut à sa ressemblance avec Si Numân._ J® Aicha, ties Beni-Mengouch, dit-elle, presque certaine que Si Namân lui avait confié son amour.~ Aicha !.La femme que Dieu a donnée à Si Namân ! s'écria Ali avec autant de joie que de surprise.\u2014Oui, répondit-elle, Si Namân est mon seigneur ! Ali conduisit la jeune fille et Abdallah dans sa maison.Trois femmes étaient assises sur une natte au fond de la cour ; elles filaient des hoiks, a 1 ombre do grandes treilles chargées de raisins et soutenues par deux figuiers ; c\u2019étaient la mère et les deux sœurs d\u2019Ali et de Si Namân.Ali leur dit quelques mots à l\u2019oreille.Aussitôt elles s\u2019approchèrent d\u2019Aïcha, lui firent l\u2019accueil le plus empressé et la prièrent de s'asseoir au milieu d\u2019elles.Mais Aïclia revint vivement auprès d\u2019Ali et lui raconta ce qu\u2019elle savait des projets que les Beni-Snassen avaient formés contre les Adjeronde.A ces révélations, les femmes poussèrent des cris lamentables ; Ali, qui avait d\u2019abord observé beaucoup de déférence envers sa mère et ses soeurs, leur imposa silence d une voix dure et impérieuse et sortit.U rentra quelques instants après, accompagné du caïd des Adjeronde et pria la jeune Kabyle, Aïclia se donnait pour telle, do répéter à ce dernier les détails qu\u2019elle venait de lui révéler touchant le complot des Beni-Snassen.Aicha comprit qu un aveu commet pouvait compromettre son-oncle ; bien qu\u2019elle ne l\u2019aimât pas elle no voulait pas qu\u2019il fût inquiété.Elle se recueillit pendant quelques secondes, puis, d\u2019un air calme et digne, elle dit au caïd.Devant Dieu, je le juro qu\u2019il est venu à ma connaissance que les Beni-Snassen doivent attaquer les Adjeronde cette nuit ! Devant Dieu, qui juge toutes les actions, je déclare que je ne dois dire rien de plus ! Ali comprit le noble sentiment de la jeune fille et le respecta.\u2014Dieu nous parle par la bouche de cette enfant ! dit le caïd étonné du ton sur lequel Aicha avait prononcé ces paroles.Le cuïd et Ali sortirent.La fatale nouvelle, courant de bouche en bouche, se répandit en un instant dans tout le village ; et un quart d\u2019heure après, la tribu présentait le spectacle le plus curieux qui se puisse imaginer.Hommes, femmes, enfants, vieillards s\u2019élançaient hors des maisons comme si un tremblement de terre eût ébranlé les Adjeronde.Le caïd, revêtu de son burnous rouge et portant l\u2019étendard de la tribu, arriva au milieu do cette horde, la rallia et l\u2019entraîna sur un plateau disposé au-dessus du village ; la tribu entière s\u2019y trouva réunie.Deux groupes se formèrent, le premier composé des guerriers, l\u2019autre du reste de la population.Aïclia se tenait à l\u2019écart, assise sur un rocher.Abdallah était étendu à ses pieds.La jeune Kabyle pensive, silencieuse, eût paru calme sans l\u2019éclat extraordinaire de ses yeux, la pâleur de son visage.Le caïd prit la parole.Il commença par annoncer à l\u2019assemblée qu\u2019il venait d\u2019expédier deux cavaliers, l\u2019un à Nemours, l\u2019autre à Lalla Magrinia, mais qu\u2019il n\u2019y avait aucun secours à attendre pour la nuit prochaine de ces deux postes, vu leur éloignement.Le chef des Adjeronde s\u2019arrêta un instant, il paraissait fort ému.Quel parti prendre ?Devrait-on attendre les Beni-Snassen, quel que pût être leur nombre et accepter le combat ?Etait-il préférable de s\u2019enfuir dans les grottes et les bois et attendre là que les Français vinssent les secourir ?Telles étaient les deux questions quo le caïd posait à sa tribu.Mais à peine avait-il fini do parler que les femmes, comme prises d\u2019un accès de folie furieuse, se mirent à vociférer.Elles gesticulaient, crachaient sur les hommes, les traitaient de lâches et les menaçaient de ne jamais rentrer dans la maison s\u2019ils acceptaient cette dernière et honteuse proposition.Les hommes eurent beaucoup de mal à les apaiser.Bien qu\u2019elle n\u2019eût participé à cette scène ni du geste ni de la voix, Aicha l\u2019avait suivie avec une attention fiévreuse.Le eïad, Ali, le frère de Si Namân, et plusieurs autres guerriers, frappés de l\u2019expression de sa physionomie et cédant à un entraînement instinctif, s\u2019approchèrent de la jeune fille et lui demandèrent son avis sur la situation.Elle se dressa toute pâle.\u2014Les hommes qui abandonnent leur toit à l\u2019ennemi sans combattre, dit-elle d\u2019une voix imposante, sont des lâches ! Or, les portes du paradis sont éternellement fermées aux lâches ! Dieu m\u2019a envoyée aux Adjeronde pour vous révéler les projets de vos ennemis, mais si vous fuyez devant les Rhamdam sans défendre vos foyers, je le prierai de vous frapper de sa malédiction!.Et Si Namân qui est un guerrier vous méprisera !.Et il vous reniera et il viendra cracher sur les maisons des Adjeronde ! Ces dernières paroles se perdirent dans le.acclamations frénétiques de l\u2019assemblée.Par des adhésions unanimes la tribu entière avait opté pour le combat.Les femmes portèrent Aicha en triomphe jusqu\u2019au village où la population les suivit dans le plus grand tumulte.Le caïd monta sur un tertre et s\u2019écria : \u2014Que chacun fasse son devoir ! Il désigna Aïcha en ajoutant : _ Cette enfant nous garde, que nul ne s\u2019abandonne à la crainte.Dieu veille sur nous.11 était deux heures environ, tout le bétail de la tribu se trouvait dispersé çà et là, près et loin, sur le territoire ; la volaille errait éparse autour des maisons et dans les jardins : or à quatre heures on ne voyait plus nulle part bête qui vive et les maisons avaient été vidées avec un tel soin que le plus habile pillard n\u2019eût rieu trouvé à glaner.Les guerriers s\u2019étaient armés, les toueheurs avaient rassemblé les bestiaux et les femmes avaient mis en silos bijoux, meubles et ustensiles de ménage, comme par enchantement.Ce qu il y avait surtout de curieux dans les premières scènes du drame qui allait se passer, c\u2019est que les animaux eux-mêmes semblaient avoir conscience de la situation.Tous, les plus lourds à la course, tola que les bœufs, couraient comme des cerfs, en avant des toueheurs, vers les retraites secrètes où ils devaient être remisés ; les ânes mêmes, les ânes dont l\u2019ontô-tenaent et l\u2019opposition sont passés en proverbe, galopaient avec une vitesse incroyable vers un refuge commun sans pousser le moindre braiment.Les nourrices, les enfants, les vieillards s\u2019enfuirent dans cette LE SAMEDI 19 direction ; Aïcha et les i erronés valides restèrent auprès des guerriers.Le village des Adjeronde est situé sur le versant nord d\u2019une montagne qui s'avance en pointe sur le bassin du Itiss, à l\u2019angle droit des Beni-Snassen, qui e ix heures de marche de Rhamdam.La p en to sur laquelle le .< dago des Adjeronde est bâti est couverte d\u2019arbres fruitiers et < 1 o vignes grimpantes.A une deini-lieuo environ, du côté du Riss, la montagne s'affaisse en mamelons aride\t.de rochers et de buissons ; la pointe qui la termine es1 éenancr \u2022 tout autour par de petites ravines couvertes de caillou:: et 'e ronces.Du haut de cette\tperçoit toute la partie du bassin du Riss, les Rhamdam e pouvaient arriver aux Adjeronde que par cette voie.Les Ailjeronde établi ant leurs dispositions de défense sur ce point.Ils se disséminèrent dans les broussailles, et, le fusil armé, le couteau à la ceinture, ils attendirent dans le plus profond silence.Les femmes s\u2019étaient cachées dans une sorte d\u2019anfractuosité de terrain dont )\\ ntréu r.o trouvait fermée par des arbustes épineux et serrés.Elles otaien\u2019 en j.r'uc \u2022 ir e rfl.rvescence indescriptible.Aïcha, bien quelle fût profondémf t agitée, conservait une attitude calme et réfléchie.Elle pensait à Si Neman, aspirant à combattre et à mourir aux côtés de l'intrépide t [ shi.Cependant, la scT.o émouvante qui se passait autour d\u2019elle attira son attention.Entassées dans un espace étroit qui ne leur permettait pas de se mouvoir, les femmes se démenaient, s\u2019exaltaient en manifestations furibondes, parlaient toutes en même temps, gémissant, pleurant, poussant des cris incohérents dans lesquels on ne distinguait que les mots esclavage, enfants hachés par morceaux.Aïcha trouvait d< t consolations pour toutes ses compagnes.Elle prit un t1.' n-c mbv 1 sur 1 pauvres éplorées qu\u2019elle finirent par la considéx-er ennuie ¦ :e rivoyée du ciel.Vers minuit un bruit confus monta vers les Adjeronde toujours à l\u2019affût.Ils devinèrent que les Beni-Snassen s\u2019avançaient.Il ne se trompaient pas.Un peu avant le jour, c UX c' arrivèrent au pied de la montagne.Les Adjeronde reconnurent que leur nombre ne dépassait pas quatre-vingts.Les Adjeronde, eux, étaient une soixantaine, ils ne doutèrent pas de la victoire.L'avantage de leur posa ion compensait leur faiblesse numérique.Arrivés.\t-, les Beni-Soassen firent une halte it tinn un com\tb Au\\ mières lueu\tcommencèrent à gravir la côte lenten\tc\tce.Bien qu ils grimpassent\t1 xs pierres et le3 bruyères, ils ne soulevaient sou leun\tlé jer bruissement.A mi-côte, les di po\tterrain les obligèrent de se tasser sur un point resaei é nti me ra Aie et une haie d\u2019arbustes.Profitant d 11 a c.\t, V < Adjeronde tirent un feu général, plusieurs Bcni-Snas en tombèrent.Cette fusillade Sttendu > fr ippa d\u2019abord ces derniers de stupeur ; mais, le premirr mome it de surprise passé, ils s\u2019élancèrent intrépidement i l\u2019as nul d la -i''-.- des Adjeronde en poussant des hurlements en\tparpillant sur le coteau.Les Adjerond*, nV.r.'o - moins courageux que les Beni-Snassen ; d\u2019un com\tcord ils sortirent de leurs retraites et firent sur les a d\tcondo décharge qui leur abuttit do nouveau quelques h :nmc .Mai- les Beni-S.ci r \"stère \"t immédiatement par un feu si vif que les Ad.eronde lurent regagner leurs affûts sans pouvoir emporter leurs blessés.Le combat se f\t' e gagé vigoureusement.Pendant une demi\tfen et les cris se soutinrent de part et d\u2019autre e u\ti ¦gie Toutefois les Beni-Soassen avaient gagné du terrain en haut.c.r.Uui'\trivèrent au-dessus d\u2019un rocher qui dominait la\t1 onde et.lâchèrent sur ces derniers un.bordée qu ¦\t.1 ou quatre hors de combat.Décontenancés p r c ; e attaque imprévue, les Adjeronde se replièrent d us le ce i dti village.Pre> un c i t ' t d r c i pour une fuite, les Beni-Snasson poussèrent leu c .¦ Tioiro et se portèrent en avant.Au même in un !, ¦ i umus d s Adjeronde apparurent sur les hauteurs de la montagne.Aux premi ri b i le 'a fusillade, Aïcha, emportée par un mou-venus.\tlancée hors de la grotte, engageant ses compagnes à 1 > suiv e.Vivwm > .u t ,\tx .liées encore par le courage de la jeune inspirée, celles-ci s\u2019étaient jetées sur ses pas et l\u2019avaient suivie jusqu\u2019à l\u2019endroit oû nous venons de les voir apparaître.Exténuées, perdant haleine, elles durent s\u2019arrêter ici et laissor Aïcha poui\u2019suivre sa course.Leur pause no fut pas de longue durée ; aux cris de victoire dos Beni-Snassen, à la vue du mouvement rétrograde dos Adjeronde, elles retrouvèrent toute leur énergie et s\u2019élancèrent vers le champ de bataille comme une légion de furies.A l\u2019approche de leurs femmes, les Adjeronde se raffermirent et tinrent bon.Mais ce n\u2019était pas assez, pour les femmes, que do no plus reculer ; il fallait marcher sur l\u2019ennemi.Elles se placèrent derrière leurs guerriers et se mirent à les exciter avec un acharnement frénétiquo.Elles les poussaient vers les assaillants en jetant des cris qui n\u2019avaient plus rien d'humain ; après chaque coup de fusil parti du camp des Adjeronde, elles couraient en avant, battaient des mains, crachaient contre l'ennemi.Bientôt, l\u2019une d\u2019elles tomba frappée d'une bulle ; leur furie n\u2019eut plus de bornes ; toutes, connue poussées par un môme ressort, so précipitèrent au delà de la ligne do leurs guerriers.Enlevés par l'audace de leurs femmes, les Adjeronde se jotèrent en avant et dépassèrent celles-ci.Les Adjeronde avaient arrêté la marche victorieuse des Beni-Snassen et repris la position qu\u2019ils venaient do perdre.Pendant co temps, Aïcha, posée comme uno apparition sur la cime d\u2019un rocher, explorait d\u2019un regard rapide et enflammé le théâtre de ces scènes de fureur.11 s\u2019opérait dans son esprit un de ces phénomènes qui surprennent le monde.A première vue, la jeune fille apprécia le champ de bataille aveo la justesse d\u2019un tacticien consommé.Au moment où les Adjerondo reprenaient leur première position, elle vola parmi eux, rejoignit Ali, auquel le caïd avait confié l'étendard de la tribu, et lui montrant une éminence disposéo an-dessus et un peu en arrière des Beni-Snassen, elle s\u2019écria : \u2014C\u2019est là que Dieu doit donner la victoire aux Adjoronde ! Sans attendre la réponse d\u2019Ali, elle lui enleva son étendard et courut sur l\u2019éminence en faisant signe de la suivre.La plupart répondirent à son appel.Aïcha leur montra les rochers dont le sol était jonché et leur dit: \u2014Voilà vos armes ! Puis, se plaçant sur la pointe la plus avancée do la butto, elle leva son étendard et resta immobile, silcuciouse, le regard étincelant, le visage tourné vers les Adjeronde.A peine eut-elle pris cette position que le bruit du combat cessa complètement.L\u2019émotion des Adjei\u2019onde est telle qu\u2019ils ont suspendu leur marche ; les Beni-Snassen croient voir dans cette forme angélique, tenant élevé vers le ciel l\u2019étendard des Adjeronde, une apparition surnaturelle favorable à ces derniers ; ils sont saisis de terreur.Ce saisissement général dura un quart d\u2019heure ; puis, ivres d\u2019on-thousiasme, les Adjeronde se serrèrent sur une seule ligne, levèrent la crosse en l\u2019air pour se servir de leurs fusils comme de massues et marchèrent ainsi, sur l\u2019ennemi.Les Beni-Snassen tiennent bon pourtant : ils se groupent aussi et attendent de pied ferme.Une lutte horrible, une lutte comme on en voit seulement sur les bords du Kiss s\u2019engage alors.Les Adjeronde ne sont plus des hommes, ce sont des tigres, des lions.Chacun d\u2019eux cherche un Rhamdam, lui court sus ot se pi'end corps à corps avec lui.A forces égales dans une pareille lutte, l\u2019Adjeronde, qui combat avec la furie de l\u2019enthousiasme, doit nécessairement vaincre.En effet, la plupart de ceux qui peuvent saisir un llhamdam l\u2019étranglent en le mordant à la gorge, ou en lui déchirant le visage.A la vue de cet élan, les maraudeurs et autres gens de pillage, très ardents au sac dos douars et, comme tous les larrons, fort lâches dans les luttes périlleuses, commencent à tourner le dos; les vrais guerriers, attirés par la soif de la vengeance ot lo plaisir de humer la fumée de la poudre, ne tardent pas non plus à perdro la tète ; ils reculent et arrivent ainsi au-dessous de l\u2019éminence sur laquelle Aïcha se tient, son étendard toujours levé.Ici la pente est si rapide, le terrain si pierreux qu\u2019ils perdent pied à chaque pas, Ne pouvant plus combattre sur le sol glissant, ils tentent un effort suprême pour regagner la position qu\u2019ils venaient de perdre.Il est trop tard ! Aïcha fait un signe aux femmes qui l\u2019entourent ot une avalanche de grosses pierres et de fragments de rochers roule sur les assaillants.La déroute des Bexn-Snassen est consommée.Désorientés par cette nouvelle attaque, il font volte-face et s\u2019enfuient dans le bas do la montagne sans même emportor lours morts et leurs blessés.Quand ils virent l\u2019ennemi hors de portée, les Adjeronde, couverts de sang et de sueur, accoururent auprès d\u2019Aicha, se pressant autour LE SAMEDI 20 d\u2019elle comme une horde d\u2019insensés, invoquant le ciel et baisant la terre.Elle coupa court à ccs manifestations, rappela aux femmes et aux guerriers qu\u2019ils ne devaient songer qu\u2019à ramener leurs morts et panser leurs blessés.La femme frappée d\u2019une balle était morte ; deu* hommes avaient été tués et sept autres blessés.La vue de leurs morts rendit aux Adjeronde toute leur fureur, beaucoup d\u2019entre eux s\u2019élancèrent à la recherche des Rliamdam laissés sur le champ de bataille et en rapportèrent cinq mort et six blessés.Les Adjeronde, armés de leurs couteaux, se précipitèrent en masse vers eux pour leur couper la tête.Aïcha se pluçu entre les vainqueurs et les vaincus et, d\u2019une voix forte, menaçante, elle dit aux Adjeronde : \u2014S il est lâche d\u2019abandonner ses foyers à l\u2019ennemi sans combattre, il est plus lâche encore de frapper des hommes mourants ! Si les Adjeronde coupent les têtes à ces morts ou à ces blessés, Dieu qui leur a donné la victoire les maudira!.Et Aïcha crachera sur l\u2019étendard des Adjeronde ! Subjuguée par l\u2019attitude impérieuse de ia jeune fille et par l\u2019expression de sa physionomie, la terrible assemblée, saisie de crainte, frappée d\u2019admiratxoD, garda le silence.Le caïd prit la parole : \u2014La tille de Dieu, s\u2019écria-t-il, nous a donné la victoire, c'est la fille de Dieu qui doit nous commander ! Quiconque résistera à sa voix aura désobéi à Dieu et se sera déclaré l\u2019ennemi de notre tribu ! Des cris d\u2019enthousiasme accueillirent ces paroles.Mais les Beni-Snassen s\u2019étaient déjà ralliés au bas de la montagne.Rangés autour de leur chef, ils paraissaient délibérer.Leur agitation et le tumulte qu\u2019ils soulevaient témoignaient de leurs dispositions hostiles.Aïcha pensa qu\u2019ils se disposaient à tenter un nouvel assaut par d\u2019autres points, soit pour tirer vengeance de leur défaite, soit, tout au moins pour enlever leurs morts et leurs blessés.Cédant aux conseils de la jeune tille, le caïd proposa de rendre ces derniers.Les Adjeronde, entièrement dominés par Aïcha, acceptèrent la proposition d'un commun accord.Au moment où ils se disposaient à exécuter cet acte de générosité peut-être sans exemple dans les annales du Kiss, les Beni-Snassen blessés se traînèrent jusqu\u2019à Aïcha et, déposant chacun une amulette à ses pieds, ils s\u2019écrièrent.\u2014L'Anaya à la tille de Dieu ! Aïcha ramassa ces signes sacrés qui rendaient inviolables dans tous les Beni-Snassen quiconque en était porteur.Elle en garda un pour elle-même, le réservant en secret à Si Namân, et distribua les autres aux Adjeronde qui s\u2019étaient offerts les premiers à rendre aux Beni-Snassen leurs morts et leurs blessés.Onze Adjeronde chargèrent ces derniers sur leurs épaules et descendirent vers le milieu du versant.Les Beni-Snassen devinèrent leurs intentions et leur attitude hostile se changea subitement en manifestations de reconnaissance aussi exagérées, aussi bruyantes que les menaces auquelles elles succédaient.Les Adjeroude déposèrent leur fardeau sur le point indiqué et remontèrent après avoir fait des signes d\u2019amitié aux Beni-Snassen.Ceux-ci répondirent par des hourras frénétiques.Due vingtaine d\u2019entre oux, complètement désarmés, vinrent prendre leurs hommes et la bande entière se dispersa dans la direction de Ramdarn.Les Adjeroude rentrèrent au village.Les gémissements de leurs blessés, la vue de leurs morts leur arrachait à tous, parents ou non des victimes, de3 plaintes de désespoir.Mais Aïcha leur releva le moral par les exhortations religieuses les plus élevés.Jamais pareil langage, pareil son de voix n\u2019avaient frappé les oreilles de ces sauvages.Une circonstance vint encore ajouter au prestige quelle exerçait sur eux.Aïcha n\u2019avait reçu aucune blessure et les femmes remarquèrent que ses vêtements avaient été traversés par les balles.Cette particularité acheva de les convaincre que la jeune tille était une envoyée du ciel et qu\u2019elle était invulnérable.En arrivant au village, les sœurs d\u2019Ali la conduisirent dans leur maison.La plupart des femmes coururent chercher leurs plus beaux haïks et vinrent les lui offrir en échange de ses vêtements.Elle résista d\u2019abord, mais elle dut céder aux obsessions de ces fanatiques.Ses vêtements furent déchirés en autant do lambeaux qu\u2019il y avait de familles dans la tribu et ces lambeaux furent religieusement conservés à titre de relique.Malgré les prières pressantes et unanimes de la tribu qui voulait la retenir au village, Aïcha voulut partir immédiatement pour Magrinia.Les émotions de la bataille, la crainte de retomber au pouvoir du caïd Sidi Hadj Mohammed, le désir de revoir Si Namân, la tenaient dans un état de surexcitation fiévreuse.Ali envoya chercher à la hâte plusieurs montures et lit prévenir le reste de la tribu que l\u2019on pouvait rentrer au village eu toute sûreté.Deux heures après, Aïcha, montée sur une mule, suivie d\u2019Abdallah, s\u2019acheminait vers Lalla Magrinia où Ali lui apprit qu\u2019elle trouverait Si Namân.Au moment où elle s\u2019approchait de Magrinia, Si Namân, informé des projets des Béni Snassen, accourait aux Adjeronde par d\u2019autres sentiers.Après avoir versé des larmes, Aïcha résolut de retourner chez les Adjeronde lorsque Abdallah aurait pris quelques heures de repos.Elle pensait repartir le lendemain ; la fièvre l\u2019obligea à rester huit jours à Magrinia.A la fatigue, à l\u2019exaltation du combat succédait une crise de faiblesse.Abdallah entendit parler d\u2019un médecin célèbre par sa science et sa sainteté et qui se trouvait en ce moment à Magrinia.Sans consulter sa maîtresse, le jeune nègre alla chercher le médecin.Il le conjura avec des larmes dans la voix de venir auprès d\u2019Aïcha, torturée sans doute par les sortilèges de l\u2019esprit du mal.\u2014Je te suis, conduis-moi auprès de ta maîtresse.Le médecin entra sous la tente où la jeune tille était étendue.Elle dormait, mais son sommeil fiévreux était traversé d\u2019horribles cauchemars qui convulsaient ses traits.De temps à autre, ses paupières, frangées de longs cils noirs, se relevaient.Elle jetait autour d\u2019elle un regard effrayé, puis, comme épouvantée par la vision de spectacles sanglants, sa tête alourdie retombait -ur sa couche, ses yeux se refermaient et, les mâchoires tremblantes, la respiration oppressée, elle se rendormait d\u2019un sommeil pénible.Le médecin se pencha sur la malade ; il passa ses mains brunes sur le front mouillé de sueur de la jeune fille, écouta attentivement sa respiration puis, se tournant vers le jeune nègre : \u2014Apporte-moi un peu d\u2019eau fraîche, dit-il.Abdallah obéit, il tendit au médecin un vase rempli d\u2019eau.De sa ceinture, le médecin tira un petit flacon, ajouta quelques gouttes d\u2019eau à la liqueur qu\u2019il contenait et fit absorber le médicament à la jeune Kabyle.\t, Aïcha, quelques instants après, se soulevait sur le coude et jetait autour d\u2019elle des regards étonnés.Soudain, ses yeux fixés sur ceux de l\u2019homme penché vers elle prirent nue expression hagarde : \u2014Si Sliman ben Kaddour ! s\u2019écria-t-elle, Si Sliinan ben tvaddour, toi que mon père a tué parce que je t\u2019aimais, es-tu sorti de ta tombe pour reprocher à Aïcha un crime qu\u2019elle n\u2019a pas commis !.\u2014Enfant, je suis ua serviteur de Dieu; chasse de ta pensée les souvenirs de douleurs qui troublent ton esprit.tu guériras et tu reverras ton fiancé si Dieu le veut.Il parlait d\u2019une voix douce en posant légèrement les mains sur la tête d\u2019Aïcha qui bientôt s\u2019endormit d\u2019un sommeil paisible.Alors il se leva et sortit lentement en disant à Abdallah : \u2014Crois au Dieu tout-puissant et ta maîtresse sera sauvée ! Et Renaud de Pervenchère \u2014 le lecteur l\u2019a reconnu \u2014 remonta sur sa mule et reprit le chemin de Magrinia.Nous le retrouverons bientôt.Pendant qu\u2019Aïcha, brisée par la fièvre, rêve à Si Namân, que fait celui-ci ?Au désert, les nouvelles se transmettent avec une merveilleuse rapidité.Si Namân a appris que sa belle fiancée a été livrée au vieux caïd Sidi Hadj Mohammed.A cette pensée une aveugle fureur s\u2019empare de l\u2019esprit du spahi : il tuera celui qui lui a ravi la vierge des Béni Mengouch, Il mourra ensuite avec celle qu\u2019a enlevée le sinistre vieillard.Comment pénétrer chez Sidi Hadj Mohammed, sou ennemi ?Si Namân ne doute pas d\u2019y parvenir.Il part avec un de ses spahis.Arrivé à peu de distance de la maison du caïd, Si Namân se dévêtit ; il ne conserva que sa gandourah et dit à son spahi en lui tendant une corde à nœuds : \u2014Frappe jusqu\u2019à ce que mon sang coule.\u2014 Je n\u2019oserai, chef, dit le soldat.\u2014Il le faut.Obéis, je te l\u2019ordonne ! Alors le soldat frappa son chef à tour de bras.Le sang jaillit du cou, des épaules de Si Namân qui resta calme et ferme, bien que la douleur contractât ses lèvres.Le soldat jeta loin de lui la corde ronge du sang de son chef, tomba à genoux et, défaillant, cachan in visage dans ses mains, avec des sanglots dans la voix, il dit : LE SAMEDI 21 \u2014Si Namân, je suis un misérable ! \u2014.Tu es mon frère, répondit le spahi en le relevant.Si Namân, avec la pointe d\u2019une feuille d\u2019aloès, se fit des écorchures sur le front et autour des yeux, il s\u2019attacha au cou la corde qui avait servi à le fustiger et, avec les bouts qui pendaient, entrava ses chevilles.Il prit la précaution de ne point trop tendre la corde de façon à conserver une liberté relative de mouvements.Lorsque la nuit fut complètement venue, il frappa à la porte du caïd.\u2014Quel est l\u2019étranger que Dieu amène dans la maison de Sidi Hadj Mohammed ?demandèrent les serviteurs.\u2014C\u2019est le cavalier Si Namân ben Diff des Adjeronde, répondit le spahi d\u2019une voix éteinte.Dieu a guidé mon bras : j\u2019ai frappé un chef français.Jo fuis maintenant la vengeance des chien s et viens demander l\u2019hospitalité au glorieux caïd Sidi lfadj Mohammed, que Dieu aime et protège ! La porte s\u2019ouvrit.Si Namân fut introduit dans une pièce assez somptueuse eu égard au peu de luxe des Kabyles.Elle était éclairée, en ce moment, par deux de ces lanternes à petits vitraux bariolés de couleurs tranchantes, que l\u2019on retrouve dans toutes les mosquées.De grands tapis du Maroc recouvraient le plancher dont le pourtour était garni de coussins.Des dépouilles d\u2019autruches, de cygnes et d\u2019immenses cornes de moutons pendaient aux murs.Cette pièce était réservée à ceux qui venaient réclamer l\u2019hospitalité.En y entrant, Si Namân s\u2019affaissa sur le tapis, comme si ses forces l\u2019eussent complètement abandonné.Sidi Hadj Mohammed arriva quelques instants après.Si Namân se souleva péniblement sur le coude, courbant la tête ; il prit d\u2019une main défaillante le burnous du caïd, le baisa d\u2019un air de vénération profonde et éleva lentement son regard sur le visage du vieux Khamdam.Quelles émotions agitèrent ces deux êtres doués au même degré du génie de la ruse et de la dissimulation quand leurs regards se rencontrèrent ?Le regard de Sidi Hadj Mohammed exprima le soupçon et la joie de la haine triomphante.Mais à la vue de l\u2019état affreux dans lequel le spahi se trouvait, ces expressions s\u2019évanouirent.Si Namân paraissait en effet littéralement mutilé de la tête aux pieds.L\u2019aspect de cette mutilation fit naître dans l\u2019esprit du caïd les suppositions les plus favorables à son hôte.\u2014Dieu est grand ! dit-il d\u2019un ton paternel en examinant de près les blessures de Si Namân.Sa miséricorde égale sa puissance, il ne repousse jamais ceux qui reviennent sincèrement à lui.\u201c Les cicatrices de ton corps attestent que tu as servi le Seigneur en frappant un des chefs de la race maudite.Si Namân regarda Sidi Hadj Mohammed d\u2019un air contrit et entrecoupant sa voix de gémissements étouffés : \u2014Sidi, tu as le salut sur la terre et la place dans le paradis, si tu me pardonnes ; Dieu, qui a toujours l\u2019œil sur toi, me pardonnera et je pourrai laver dans le sang des chrétiens la tache dont j\u2019ai souillé mon âme en combattant parmi eux.Sidi Hadj Mohammed tendait une main amicale à Si Namân qui la porta à ses lèvres ; en même temps, il baissa la tête, dans la crainte que ses yeux ne trahissent la joie que lui causaient les dispositions du caïd à son égard.En gagnant ainsi, dès le début, la confiance de Sidi Hadj Mohammed, le rusé spahi venait de triompher de la situation la plus critique qu\u2019il eût à redouter.En ce moment, un nègre apporta un plateau orné de plusieurs tasses et d\u2019une théière de laquelle s\u2019échappait une vapeur odoriférante ; il déposa le plateau devant Sidi Hadj Mohammed et versa du thé dans deux tasses.Le caïd en prit une, l\u2019offrit â son hôte et lui dit : \u2014Que Dieu te rende tes forces et te garde de tout mal.Si Namân mit une de ses mains sur sa poitrine, leva les yeux au ciel d\u2019un air reconnaissant et but avec avidité.Cette façon de prendre le thé, si contraire aux habitudes kabyles et qui témoignait de la soif ardente du spahi, fit sourire Sidi Hadj Mohammed.Il en offrit une de nouveau à Si Namân ; Si Namân s\u2019empressa d\u2019accepter et en prit plusieurs tasses coup sur coup.Sidi Hadj Mohammed se retira visiblement satisfait.De grands vases pleins d\u2019eau, des burnous blancs en laine, des couvertures, enfin tout ce que son état semblait réclamer fut apporté à Si Namân.Le spahi se débarrassa de ses entraves, de la corde qui lui pendait au cou, se revêtit des vêtements qui venaient d\u2019être mis h sa disposition, se roula dans une couverture et attendit.Sidi Hadj Mohammed rentra, il était suivi d\u2019un nègre : \u2014Voici le serviteur que je te donne, dit-il en désignant ce dernier à Si Namân ; il sera ton esclave tant que Dieu te gardera dans ma maison.L\u2019esclave baisa le burnous de son nouveau maître : \u2014Tu me combles de bienfaits, Sidi ! murmura Si Namân.Comment ton serviteur pourra-t-il jamais s\u2019acquitter envers toi ?\u2014Qui sert Dieu paye ses dettes ! dit le caïd en s\u2019asseyant sur un coussin près de Si Namân.Servir Dieu signifiait, dans la bouche du digno caïd, tuer des chrétiens.Sur un signe de Sidi Hadj Mohammed, le nègre servit de nouveau du thé.Certain d\u2019être agréable au caïd, fort satisfait aus -i de payer de cette façon le tribut de sa gratitude à son hôte, Si Namân en prit plusieurs tasses à des intervalles très rapprochés.Après chaque tasse, il se trouvait mieux: on eût dit qu\u2019il buvait des forces.Au bout d\u2019une demi-heure, Sidi Hadj Mohammed voulut se retirer pour laisser prendre à son hôto le repos dont il paraissait avoir si grand besoin.Si Namân le retint, désirant, dit-il, lui raconter les circonstances qui l\u2019avaient amené aux Beni-Snassen.Comme tous les hommes audacieux et rusés, Si Namân avait do l\u2019imagination.Il broda une foule de petit-; détails très naturels sur un drame imaginaire à peu près conforme à celui que Sidi Mohammed avait supposé, conforme surtout aux pièces de conviction écrites sur son visage et son corps.Les deux prétendants de la belle vierge des Béni Mengouch causèrent ainsi pendant près d\u2019une heure sur le pied de l\u2019intimité la plus franche en apparence.Sidi Hadj Mohammed rendit toute sa confiance à Si Namân.Celui-ci interrompait à chaque instant sa narration en humant du thé par légères aspirations.Tout en causant, sa voix se raffermissait, ses yeux s\u2019animaient et son corps se redressait, reprenant l\u2019attitude audacieuse qui lui était familière.Si bien qu\u2019au moment oû le caïd se disposa â se retirer, le spahi semblait avoir repris toutes ses forces,avoir recouvré la santé.Une certaine expression de surprise passa sur le visage do Sidi Hadj Mohammed.Si Namân comprit qu\u2019il venait de commettre u ne étourderie.Il bondit soudain sur ses jambes, parcourut ses blessures d\u2019un regard farouche et rapide, serra les poings, grinça des dents, proférant des menaces contre les Français, puis, épuisé, pâlo comme un mort, il retomba sur le tapis.Sidi Hadj Mohammed s\u2019avança vers lui, essaya de le relovor, l\u2019engageant à ne pas s\u2019emporter ainsi.A la vue du caïd penché sur lui et le serrant de ses mains débiles, Si Namân eut une sorte de vertige qui faillit le perdre, son imagination lui représentant le vieillard tenant dans ses bras Aïcha.La jalousie lui déchira le cœur.Il fut sur le point d\u2019étreindre lo vieillard et de l\u2019étouffer sur sa poitrine.Il eut heureusement assez d\u2019empire sur lui-même pour résister û la tentation.\u2014Merci, merci, Sidi ! murmura-t-il d\u2019une voix faible en s\u2019asseyant, Dieu t\u2019a comblé de ses faveurs, il a mis autant do générosité dans ton cœur que de vaillance dans ton âme ! Ce dernier compliment flatta beaucoup le vieux chef.Si Namân poursuivit : \u2014Ma faiblesse provient des privations que j\u2019ai endurées depuis quelques jours et non des blessures quo les Français m\u2019ont faites.\u201cBlessures de Français, égratignures de femmes!.Demain, Sidi, tu me verras aussi solide à cheval qu\u2019au temps où je te suivais au combat.\u2014Je n\u2019ai pas oublié ta valeur et ton agilité st, si Dieu te rend la santé, tu pourras sous peu les déployer de nouveau aux yeux des Beni-Snassen dans les fêtes que je vais donner aux Khamdam à l\u2019occasion de mon mariage.Tu choisiras mon plus beau cheval, il sera le tien.\u2014Sidi Hadj Mohammed a donc fait choix d\u2019une nouvelle vierge ?demanda Si Namân d\u2019un air étonné et avec un sourire de félicitation.\u2014Dieu l'a voulu ! la fille des Béni-Mengouch m\u2019a séduit parle charme extraordinaire de scs yeux.Les fêtes devaient commencer dans cinq jours, mais, pour célébrer ton retour parmi nous, la première fantasia aura lieu après-demain, si Dieu t\u2019a rendu la santé.\u2014Le salut de Dieu est visiblement sur toi, Sidi ! dit chaleureusement lo spahi.Ta nouvelle femme leur donnera des guerriers dignes de leur père !.Que Dieu le veuille ainsi ! Sidi Hadj Mohammed remercia Si Namân d\u2019un sourire amical et se retira.Pendant que lo caïd s\u2019éloignait à pas lents, le spahi jeta sur lui un regard de tigre.Au même instant, Sidi Hadj Mohammed so retourna pour lui demander s\u2019il désirait encore du thé.Pur un revirement plus rapide que la pensée, les yeux de Si Namân exprimèrent un sentiment de reconnaissance si profonde, que Sidi Hadj Mohammed en fut touché. 22 LE SAMEDI Si Namàn accepta la tasse de thé on souriant.Une minute après le départ du caïd, le frère de celui-ci entra, suivi de l\u2019esclave du spahi.Il embrassa Si Namàn et se mit à sa disposition.Aussitôt que le jour commença à poindre, des cavaliers partirent dans tous les sens pour aller annoncer aux contingents voisins que les fêtes données par Sidi Hadj Mohammed devaient commencer le jour suivant en l\u2019honneur du retour de Si Namàn ben Dill', qui avait déserté lo bureau arabe do Lalla Mugrinia après avoir poignardé un officier français.A la grande satisfaction du caïd cette journée de repos suffît à Si Namàn pour se remettre presque entièrement.Le lendemain matin à l\u2019heure où le soleil descendait sur Rham-dam, une horde do Beni-Snassen, musique en tête, l\u2019étendard du croissant déjà déployé, descendit à un vaste plateau situé au-dessus du village et se dirigea vers la maison de Sidi Hadj Mohammed.Ils étaient quatre cents environ, la plupart à cheval, armés de fusils, do poignards marocains et autres armes à l\u2019usage de ces peuplades turbulentes et sauvages.Sidi Hadj Mohammed et Si Namàn, montés sur de magnifiques chevaux richement harnachés, allèrent au-devant de la horde.A la vue de Si Namàn, à la vuo surtout des cicatrices qui s\u2019illon-naient son visage, ses bras et ses jambes, les Beni-Snassen poussèrent en chœur des cris féroces contre la France ot contre la chrétienté.Tous voulurent ensuito lui donnor le baiser fraternel.Cette cérémonie, qui dura plus de deux heures, consiste à se toucher mutuellement lo bout des doigts et à porter les mains aux lèvres.La horde, précédée du caïd et do Si Namàn, remonta sur le plateau.A chaque instant, des cavaliers de contingents voisins venaient la grossir.Ils arrivaient par bandes, poussant des cris sauvages et tirant des coup de fusil.Sidi Hadj Mohammed, Si Namàn et les notabilités de la contrée descendirent de cheval et s\u2019assirent en demi-cercle à l\u2019ombre d\u2019un bouquet do lentisques ; la foule forma autour d\u2019eux un cercle immense.La fantasia commença.Les acrobates marocains ouvrirent lo spectacle.Le poignard, le couteau et le tromblon, on lo sait, jouent un rôle capital dans les évolutions de ces artistes.Excités jusqu\u2019au paroxysme par une musique en harmonie avec leurs instincts barbares, par l\u2019aspect sauvage et grandiose de la mise en scène de ce théâtre naturel, leurs jeux do coups simulés tourna bientôt à la réalité, le sang coula ; plusieurs acteurs tombèrent, frappés mortellement.Sidi Hadj Mohammed allait donner l\u2019ordre de terminer ces exercices, lorsqu\u2019un Marocain approcha de Si Namàn et lui présenta un poignard.Si Namàn le prit sans hésiter.lie jongleur, la poitrine nue, s\u2019étendit sur le dos aux pieds du spahi, lui indiqua du doigt lo point où battait son cœur, et dardant son regard sur lui : \u2014Frappe ! dit-il d\u2019une voix brève.Si Namàn hésita quelques secondes ; mais, comprenant que son hésitation allait le déconsidérer aux yeux de la belliquouse assemblée, il abaissa son bras sur le jongleur avec la rapidité de la foudre.Le poignard s\u2019enfonça dans la terre jusqu\u2019au manche : l\u2019acrobate avait bondi en arrière, comme repoussé par une commotion électrique.Le visage de Si Namàn se gonfla de sang ; ses yeux lancèrent des éclairs sinistres et arrêtèrent un murmure de lires provoqués chez la foule par l\u2019adresse de l\u2019acrobate.\u2014Reviens!.là! s\u2019écria-t-il en rappelant celui-ci d\u2019une voix assourdie par la colère.\u2014Non ! Grâce !.Moi.mort! dit le jongleur épouvanté en montrant les youx de Si Namàn, voulant dire par là qu\u2019il lisait la mort dans le farouche regard du spahi.Le bras do Si Namàn frémissait, sa main serrait convulsivement le manche du poignard.Ses youx injectés rencontrèrent en ce moment ceux du caïd dont la physionomie était empreinte de stupeur.A l\u2019instant même, Si Namàn jota loin de lui son poignard en riant, et tous deux reprirent leur sérénité.L\u2019assemblée éclata en applaudissements, tant à cause de la terreur que le regard du spahi avait provoquée chez le jongleur que de l'adresse de ce dernier.La danse des nègres convulsionnaires fit diversion à cette scène aussi rapide qu\u2019émouvante, Enfin une salvo de coups de fusil annonça que les courses allaient commencer.Du plateau sur lequel la fantasia avait lieu, on apercevait tout le bassin du Kiss, vaste plaine d\u2019une richesse extraordinaire en céréales et en végétation de toutes sortes.Plus loin s\u2019étend la chaîne des M\u2019sirda.Pour les Beni-Snassen, la Franco e t derrière ces montagnes.Les courses avaient lieu dans cette direction ; c\u2019est-à-dire que partant du fond du plateau, les cavaliers abouti aient au point extrême au bas duquel se déroule le bassin du Kiss.ltien ne saurait donner une idée do l\u2019enivrement que lo bruit des fusils et l\u2019odeur de la poudre produisent sur les Beni-Snassen.Cette exaltation s\u2019élève souvent dans les fantasias au même degré que dans la guerre ; dans la fête donnée en l\u2019honneur de Si Namàn, elle fut portée à son comble ; on eût vraiment dit une horde de maniaques enragés.Lorsque, après avoir fourni la course, les cavaliers arrivaient à l\u2019extrémité du plateau, ils faisaient une décharge de coups de fusil et poussaient des hurlements qui allaient crescendo ju qu\u2019à ce que les gosiers éteints de ces démons à face hum: ine ne rendissent plus que des râles.Leur ivresse furibonde se traduisait alors par des gestes et des contorsions indescriptibles.Les regards fixés sur les M\u2019sirda comme sur un ennemi vivant qui eût pu les entendre, ils brandissaient leurs fusils dans cette direction, hurlant, crachant, faisant des grimaces horribles.Depuis qu\u2019il était l\u2019hôte de Sidi Iladi Mohammed, Si Namàn ne regardait jamais le vieux caïd sans songer à Aïchà.Et cette pensée ramenait toujours dans sa tête l\u2019image de sa belle fiancée se débattant sous les caresses du vieillard.Il se produisait alors dans tout son être un désordre terrible.Des étreintes spontanées lui tordaient le cœur, son cerveau se troublait et il épi\u2019ouvait comme une sorte de rage qui le portait à déchirer son rival.Après la ecène de l\u2019acrobate, 11 avait été sur le point de le poignarder ; ce ne fut que par un effort suprême :fc une prompte détermination qu\u2019il put retenir son bras et rejeter son poignard.Ce triomphe ne fut pas do longue durée : le vertige qui emportait la horde frénétique le gagna.Dominé par un entraînement irrésistibl , il saisit sous son burnous un des poignards dont il s\u2019étad a- m et s\u2019apprêta à frapper Sidi.Hadj Mohammed, près duquel \u20191 éf.a»t assis.Lo spahi voyait en imagination le cœur de cuïd, il croyait en entondre les battements.Il n\u2019avait qu\u2019un mouvement à faire et le caïd était mort.Heureusement, une idée subite vint temps l\u2019arrêter.\u2014Si je frappe Sidi Hadj Mohammed ici, pensa-t-il, je me voue moi-même à uue mort certaine et Aïcha deviendra la femme d\u2019un autre ?Cette pen ée lui rendit ton sang-froid.Néanmoins, craignant de succomber à la tentation, il s\u2019élança sur son cheval, que son esclave tenait non lo\u2019n de lui, et se précipita ve»s ln mêlée.Les cavaliers se disposaient en ce moment à fournir une nouvelle course ; à la vue de Si Namàn accourant v r: eux, il) suspendirent leur élan.Au lieu de les rejoindre, l\u2019agile spahi f en it la ligne de front, ventre à terre, droits sur ses étrier; , et ci .chargea, coup sur coup, deux pistolets et un fusil dont il était armé.Il .s\u2019élança seul sur le champ de course, et toujours ferme et droit sur ses étriers, en fit le tour, chargeant et déchargeant ses armes avec une rapidité, une grâce qui lui attirèrent les applaudissements universels de la foule.A son approche, les cavaliers, au nombre de huit cents, s\u2019élancèrent à une charge générale, formidable de désordre, de fracas et de poussière, eut lieu jusqu\u2019à l'extrémité du plateau.Si Namàn, suivi do l\u2019élite dos coureu : , revint près de Sidi Hadj Mohammed.Le spahi et le caïd se jetèrent dans les bras l\u2019un de l\u2019autre.Si Namàn faillit étouffer Sidi Hadj Mohammed, qui ne se sentait pas de joie d\u2019avoir retrouvé sou bouill tut élève.Il le félicita de tout son cœur, ie fit a-seoir à ses côtés et donna l\u2019ordre de servir la ditfa, ou repas pub' c.Rien ne ressemble à une curée comme une diffa.Seulement là ce sont des chiens qui festinent, tandis qu\u2019ici ce sont des hommes ; mais, là comme ici, chacun se fait sa part à belles dent e Cinquante moutons égorgés la veille et rôtis le matin, soixante corbeilles immenses de couscoussou, douze cents œufs furent servis et dévorés dans cotte agapo musulmane.Vers cinq heures, la foule commença à se disperser et, à la nuit tombante, Rhamdam était rentré dans le calme.La plupart des chefs voisins accompagnèrent le vieux Rhamdam chez lui.Le vieux caïd les introduisit dans une pièce réservée aux conciliabules politiques.Il leur fit servir du thé et du café.La conversation roula sur des espérances d\u2019insurrections prochaines.(A suivre.) ' rT Reste auprès de moi ! UT A.JAIME et P.GILLE\tchansonnette\tLÉO DELIBES P! AN O itiour men\t.ter fil er (fi toir | a T ° moaHippoly l«, H'me mouv' l hi\\*r c*l loiigîr» jour» «ont court» Ite* .t Il ji>at qu'un tnnp» pour le.A Madame U.Léonais.CHANT D\u2019EXIL Poésie de THÉOPHILE GAUTIER Musique de GEORGES ITASSE Modrralo CHANT Plain .ti re tour .te.g eee PIANO m ii- % rp rn idc Veux le Pour ser.vu prêter ! &àèr-fr- 6?Al Vole, et queton pied ro Tf L-lu'-t: ixmi mmemi ju.dimin.i tt* M * M- < X £ A JL g LE SAMEDI LE SAMEDI \u2014 \u2014 Ja.mais l\u2019ar.bre ou su .T' -i1.!- raîî pp d\u2019amour i d\u2019aœcur lan .guis ¦& £ -y -ft * Æ ¦§.g &¦£¦£.£.iliiiiialo du palais droit sur sa fe - nè t i\u2019t\u2019iC, më&0ÊÊ^Ê-^m crm ta doux Don .ne-lui 2]\u2014r- .j&mtæo.%'\u2014c\u2014-> ! X- -;- -tf- : vp- -f>- ->\ttT- -s> ^ vv en_____flara .me mon sein pour moi .sers Re.viens____ ne peut s a .pai.ser.Qui- (il mi ri Re.viens re .po .ser! ni LE SAMEDI Emaux et Camées PETITS (TIEl-S-l)'(KUVRE LITTÉRAIRES DE TODS LES PAYS KT I)E TOUTES LES KIMM.M'ES DLXXXIV SOLITUDE Heureux les fiancé» ! Errant par les sentiers, lis causent il l'abri ilu verger domestique, Et sur leur front la lune entre les noisetiers Clisso, de leurs amours complice sympathique.L\u2019ondée a tout le jour arrosé le jardin, Mais vers le soir, parmi les feuilles verdelettes, Un rayon du couchant a fait luire soudain Mille tremblautes gouttelettes ; Et les oiseaux blottis dans le creux d\u2019un buisson, Secouant lo duvet de leurs plumes mouillées, So sont mis il chanter alors à l\u2019unisson La chanson des jeunes feuillées.Lo soleil disparu, leur babil s\u2019est calme'' ; Ce n\u2019était pins qu\u2019un sourd bégaiement dans la brume, fuis tout s\u2019est tu.Voici qu\u2019au fond du ciel de mai La première étoile s\u2019allume.Au dehors ! En plein air !.On sent dans le chemin Le parfum des lilu6 que le vent tiède ellleure.Entendez-vous un cor soupirer nu lointain ?.Heureux les o:uurs unis qui s\u2019aiment il cette heure ! Houreux le paysan qui rentre du labour Et, le corps las, mais l\u2019âme éveillée et joyeuse, Songe que c'est domain fête et quo tout un jour A la danse il pourra mener son amoureuEO ! bienheureux les époux ! Assis près d\u2019un berceau, Au souille de l\u2019enfant tous doux prêtent l\u2019oreille, Et toUB doux, soulovant doucement le rideau, Se montrent le mignon qui sourit et sommeille.Mais par un soir pareil, malheureux et maudit Celui qui, regagnant sa chambre solitaire, Contemple sa maison vide et froide, et se dit : \u201c Moi, je suis sans amis et sans amour sur terre.\u201d Pour lui, los chants d\u2019oiseaux sont pleins d\u2019éclats moqueurs, Les baisers du soloil sont comme îles morsures j LVpanouissement des bourgeons et des Heurs Rouvre au fond do son cœur de saignantes blessures.Et tandis que la terre aux sources du printemps Se retrempe et se pare, il entend il toute heure, Comme des mondiants â son seuil grelottants, L\u2019abandon et l\u2019ennui geindre duns su demeure.André Tiieüriet.Cependant, par intervalles, le capricieux petit contemplateur se rolèvo, fait quelques pas dans lo sentier ilo lino terre battue, cueille un coquelicot entre les chaumes, riant d\u2019aiso au beau lirimunent.Sur la plaiuo superbe où s\u2019étalo la moisson d\u2019un , sol fertilisé par dos siècles de labour, personne encore n\u2019a repris la faulx.L\u2019enfant elleuillo impitoyablement la caduquo, l\u2019éblouissante Heur des blés, essayant de lixer lo soleil, écoutant lo susurrement dos moucherons grisés de pleino vie.Mais une obsession bizarre, une tentation de fruit défendu, lo rameno toujours à la bouclio do l\u2019ouvrier.Et la créaturo d\u2019aube mi agenouillée, silencieuse, les yeux attentifs, semble rêver à des choses mystérieuses.i I Mais voilé que, près du champ fauché, au détour du petit mamelon, les casseroles éveillent sa jeune curiosité, il y court.Déjà le feu diminue, les braises s\u2019endorment grisonnantes.L'étain, pourtant, garde la température do fusion.Alors, l\u2019enfant, gauchement, prend lo manche du creuset, répandant quelques goutte* du liquide ell'royable, et il marche plein de joie, un doux sourire aux lèvres, la prunelle espiègle.IDYLLE CHAMPÊTRE i UNE VRAIE HARMONIE Au coin de la haie, vers une heure, protégé par une ombre maigre, l\u2019ouvrier étameur s\u2019est endormi.il repose en croix, la bouche béante, souffrant en paix dans la chaleur.,Sa grande face fauve, poilue à foison, lustrée par la sueur, a un air de bonté.Toute une philosophie de labeur, de vie humble, utile, honnête, sourd du sommeil de ce pauvre homme.Un peu plus loin, au bord d\u2019un champ déjà fauché, au détour d\u2019un petit mamelon, les braisos d\u2019un foyer de bois gardent une forte incandescenoe, et l\u2019étain, dans la petite poôlo réfractaire, est fondu.Tout autour : des casseroles, des marmites, des seaux troués attendent le travail de l\u2019ouvrier.Cependant, le grand soleil fait crépiter leB chaumes secs, gerce la terre, boit la fraîcheur, et l\u2019accablement tient les hommes et les bêtes couchés.Un bruit do petits pas vibre dans le sentier, et un enfant de quatre ans paraît en sabots, la tête nue, avec des yeux d\u2019innocent, mi fermés et clignotants dans la trop âpre lumière.L\u2019homme ne s\u2019éveille pas et l\u2019enfant se met à le considérer gentiment, ébahi, mi-rieur et mi-craintif.Surtout la bouche du dormeur l\u2019intéresse.Elle est large ouverte, garnie de dents puissantes ; et le petit se penche dessus, regardant dans ce trou noir curieusement.A chaque respiration la langue remue, quelque chose s\u2019abaisse et se relève au fond, tandis que de longs poils de moustaches tremblotent comme des antennes de grillon.CELA DÉPEND DES CIRCONSTANCES .LLuimimjmm ES* ¦mm Jérémie.\u2014Ezt-ze gue Izaac est ici?Jacob.\u2014Foulez fous gollvcder un gompde 1 Jérémie.\u2014Non, cho feux lui en bayer un bedit.Jacob.\u2014Il est ici.Izaac !.Izaao I.On de temante, I J A ¦J\" MW*.Le deux marié.\u2014Enfin, voyons, crois-tu enfin que la vie de mariage est une longue et douce chanson ! Lejeune marie.\u2014Ah ! dopuis que j'ai un bébé, c'est bieu plus que ça ! C'est uu grand opéra, mon vieux, avec des rappels, chaque nuit, pour l\u2019auteur.Il dort toujours, l\u2019étamour, dans une immobilité sereine : il semble si bon, si doux, ai digne d\u2019une vie heureuse ! L\u2019enfant s\u2019assied, dépose son brûlant fardeau, et ses beaux yeux recommencent à regarder la cavité ténébreuse.L\u2019ouvrier soupire, uno houlo intérieure soulève la poitrine ; un songe vague fait remuer ses lèvres, et l\u2019enfant doucement, soulève lo creuset.Crave, il le penche sur la bouche ouverte.Et l\u2019étain coule brusquement, entre les dents, dans les narines.Ill La chose fut terrible.Tout lo corps étendu là so replia, sa eondonsa verticalement.Puis, un bond épouvantable, ot l\u2019ouvrier se trouvait debout, ses bras tâtonnant, battant le vide, la mort dans les yeux.Puis, le corpH bondit encore, trois sauts frénétiques, ot lo pauvre homme s\u2019ensevelit entre les céréales, les coquelicots et les bleuets.L\u2019enfant uu peu effrayé, ses candides pupilles élargies, tremblait au bord du sentier.Et, comprenant soudain qu\u2019il venait de faire une chose défenduo, il ôta ses petits sabots pour s\u2019enfuir au plus vite à travers champs.l.-ll.Rosny, EX AM EN DE G É0< : RAP 111E Le pro/esseur.\u2014Pourriez-vous me citer le nom do quelques grands navigateurs des temps modernes?.L'élève.\u2014.Le professeur.\u2014Allons, qui est-ce qui a seulement découvert l'Algérie ?L'élève (vivement).\u2014Drumont D\u2019Urville ! L'fi LÈ SAMEDI I, A T II A < ! K I) i E D E L A RUELLE P O U P A 11 T (Suite de la troisième page) IToulc» Cf» pluiloimiplne» mit été prise» i>nr MM.Li|né«et Lavergne, rin- St-D' ni», Nu »» l «T.\t.?¦ ¦ ¦ '\u2022 .v.'.tAÿfti sfA * ; -os mmm ?%\u2022&>.> v ¦ > ^ % Mr DESJARDINS, UEAU-PÙUE DU MEURTRIER.Mm0 MANN, SUR SON LIT, A L HOPITAL NOTRE-DAME.\u2022-Ty- ¦ : ' \u2022 - '¦ » « \u2022\t\u2014 û 'J \u2019 :m: ¦%\t* ¦9 Psi i VA 'rd\\ U-,-* ifeîi |ff?v mîm ¦-V/v**\u2019 ΫTV *.-¦ æm&m »\u2022< \u2022\t-¦ \u2022 \u2022.r.l ¦ .; -V £Hf|: y.-'V\u2018v: ' .\"a ,\"\u2022> t - .j-v.* \u201ci'1:- fJSsS RÆ3 - T.\u2022 IA-*: £*Tv^ Ess?; ÿLr'.ASPECT EXTÉRIEUR DK LA MAISON DUR \u201c LA CITROUILLE ( Le* trois croix indiquent les fenêtres du logement occupé par hs époux Mann et Desjardins J LE SAME!')I \u2014 i '/SSSgt Ht-,111 ifëili ,l!S\u201e*k.fc -rrsm LA CUISINE OU MADAME DESJARDINS A ÉTÉ TUÉE vy:j* *> aï, >j i' '\u2022ft ¦* Isi, * \u2022«\t-*\u2022 ¦¦«*\u2022\u2022'1 I .- in.n-r; m r, ¦ .^ v/^J ¦1ft i* Ufi .«if1-* .A;., l'Aï\"* /¦ :>¦ mm iiïïiir.¦dSrvi.I.A SALLE OU MADAME MANN A ÉTÉ FRAPPÉE D\u2019UN COUP DE REVOLVER PAR SON MARI. LE SAMEDI *28 MODES PARISIENNES ~i il 11 ( 1111111111111111 M 1111111 M 1111111111111 il 11 M 1111 il 1111111_ im\\i A » i i i i i i i ¦ ¦ i ¦ i i i i i l i i i 11 i i ¦ i i i i i i i ¦ i i i i i t i i i ¦ i i i i i i i i i< i r ¦ i i i i i i r ïoyur.T Estelle, orné d\u2019un fond pailleté.Une grucieuse draperie de tulle blanc forme turban duquel s\u2019échappent deux bouquets de violette.Patrons \u201cUp to Date\u201d (Primes du Samedi) NIJ 300.\u2014Cette blouse, très confortable pour un garqon de moyenne grandeur, est destinée à être portée pendant la saison chaude, au gymnase ou pour le jeu.Flanelle ou étoiles se lavant peuvent être indifféremment employées et l\u2019ajustement en est très simple, n\u2019ayant qu\u2019une couture sur les épaules ot sous les bras.La fermeture s\u2019eflectue par boutons et boutonnières, avec un pli creu placé sur le devant de la blouse.Los manches n\u2019ont qu\u2019une seule couture ; elles sont larges, froncées à l\u2019épaule et au poignet qui est droit.L\u2019encolure se termine par un simple col marin qui peut être, de même que le pli creu du devant et la poche placé sur le côté gauche, en étoffe de couleur différente.Le bas de la blouse est simplement ourlé et on y passe un ruban ou élastique.Il faut 3 verges d\u2019étoffe de 27 pouces pour ce vêtement, quand il est affecté à un gardon de 8 ans.Le n\" 300 est coupé dans les grandeurs de 1, 0, 8, 10 et 12 ans.No 300.Blouse pour Karçounet./ «k, uxm Nu 216.Bavettes et Souliers pour entants N° 24G.\u2014Four un nouveau né, aucun costume n\u2019est complet sans la bavette.Cet accessoire, qui doit être changé deux ou trois fois par jour, peut être fait en piqué ou en mousselino et garni avec une étroite dentelle.,Los bavettes sont doublées en coton avec léger capitonnage en ouato.j Les patrons ci-contre présentent deux formes différentes.Les petits souliers so confectionnent on peau de chamois de couleur naturelle ou blanc, bleu, rose.Les coutures devant être faites au point de gant, en dehors, afin de ne pas blesser le petit pied auquel elles sont destinés.Un point de boutonnière sur le haut du soulier et sur le devant.On y ajoute aussi un petit ruban de soie pour terminer.de verge en étoile de 3G pouces de largeur est requis pour les bavettes, j de verge en 18 pouces pour les souliers.Le nu 21G n\u2019est coupé que d\u2019une seule grandeur.COMMENT SE PROCURER LE PATRON \u201cUP TO DATE\" Toute personno désirant le patron ci-contre n\u2019a qu\u2019à remplir le coupon de la page 30 eb s\u2019adresser nu bureau du Samedi avec la somme de Ul ceu tins, argent ou timbres-postes.Ajoutons quo le prix régulier de ce patron est de 40 centins.Los personnes qui n\u2019auraient pas revu le patron dans la huitaine sont priées de vouloir bien nous en informer.UNE ET C\u2019ÉTAIT ASSEZ Madame.\u2014Alphonse, je vois, dans ce journal, le singulier entête qu6 voilà : \u201c 11 avait une femme de trop, il l\u2019a tuée \u201d, Le reste de l\u2019article est déchiré.Combien de femmes pouvait donc avoir cette brute-là?Monsieur {vivement).\u2014Mais, une, probablement.UN PERTURBATEUR L'avocat.\u2014Témoin, connaissez vous intimement le prisonnier?Le témoin \u2014Je le connais depuis plus de vingt ans.L\u2019avocat.\u2014Et avez vous jamais remarqué qu\u2019il fut un perturbateur de la paix publique ?Le témoin (se grattant la tète).\u2014Hum.hum.C\u2019est vrai qu\u2019il a appartenu à une bande de tambours et fifres, mais il y a longtemps.IL AVAIT LE CHAMP LIBRE Monsieur Grincheux (qui achève de dicter une lettre à sa type-wryter).\u2014 .Mon sténographe étant une dame, il m\u2019est impossible de lui dicter ce que vous mériteriez que je vous dise.Ma qualité de gentleman m\u2019interdit même de le penser, mais vou3, qui n\u2019êtes ni l\u2019un ni l\u2019autre, vous pouvez facilement suppléer à ce que je ne vous écrit pas.LAJOIE VS VÉRANDE Vérande.\u2014Eh ! monsieur Lajoie, eh ! Un mot s\u2019il vous plaît?Mr Lajoie (qui court comme un basque).\u2014Peux pas, mon ami; très pressé ; vais me faire couper les cheveux (?) à la Touareg.Vérande (au comble de l'étonnement).\u2014A la Touareg?Mr Lajoie (toujours courant)\u2014Eh, oui ! Aux enfants des douars.(Aux Enfants d\u2019Edouard, pour les lecteurs de quelques feuilles soporifiques et abrutissantes.) LES CONSÉQUENCES DE LA < 1 UERliE Madame Lapie.\u2014Que les journaux sont donc insupportables depuis quelque temps ! Madame Linotte.\u2014Ne m\u2019tn parlez pas, ma chère ; tous ces rapports de guerre tiennent de la place et il n\u2019y en a seulement plus pour dire aux femmes ce qu\u2019on va porter cet été.TOUT A FAIT LE CONTRAIRE Le missionnaire.\u2014Allons, préparez-vous, mon ami, je vais vous convertir, il le faut.Le roi des cannibales.\u2014Jamais de la vie, mon cher, si vous le permettez, c\u2019est moi qui vais vous convertir \u2014 en soupe ou en croquette à la missionnaire.CE QU\u2019ON ENTEND DIRE La servante.\u2014Que désire monsieur, aujourd\u2019hui ?Il y a encore de la cervelle et des pieds truffés.Monsieur.\u2014Eh bien, Brigitte, ce matin vous me ferez sauter la cervelle et, pour ce soir, vous m\u2019arrangerez les pieds avec une petite sauce.ENTRE BONNES AMIES Louise.\u2014Ce cher Henri, il dit que je deviens plus jolie à chaque fois qn\u2019il me voit ! Henriette.\u2014 Je ne vois pas pourquoi tu ne lui demande pas de venir te voir plus souvent ?UNE CONSTATATION Madame (à son amie en visite)\u2014Oui, ma chère amie, un bébé rend une maison brillante, ceci efet un fait.Monsieur (mélancoliquement).\u2014En effet, ma femme dit la vérité, car nous tenons le gaz allumé toute la nuit depuis que le nôtre est au monde.JOIES D\u2019ANTAN Monsieur.\u2014Te rappelles-tu, Clara, quand ton père ne pouvait me sentir et rn\u2019avait défendu l\u2019entrée de la maison ?Madame.\u2014Oui ! Et quand maman ne me perdait pas de vue ne fut-ce une minute, de crainte que je ne te parle ?Monsieur\u2014Cela allait si mal que j\u2019étais bien décidé à partir et m\u2019en aller mourir pour Cuba libre.Madame.\u2014Et moi, je faisais peur à papa en lui disant que je sentais bien ma vio s\u2019en aller et que l\u2019année ne se passerait pas sans qu\u2019il me portât en terre.Ensemble.\u2014Ah, c\u2019était le bon temps ! PAS OUTILLÉE POUR CELA La dame de la maison.\u2014 Brigitte, avez-vous cassé des noix pour le dessert ?Brigitte.\u2014Madame, j\u2019ai cassé les petites correctement, mais pour ce qui est des grosses, cela prend une plus forte mâchoire que la mienne.IL LISAIT LA PENSÉE Lui (après une visile qui s\u2019est prolongée plusieurs heures).\u2014Ne savez-vous pas, mademoiselle Laure, que je suis capable de lire les pensées ?Elle (distraite).\u2014Vraiment ?Lui.\u2014Oui ; ainsi il m\u2019est possible de dire ce que vous pensez en ce moment.Elle.\u2014Pourquoi alors ne vous en allez-vous pas ? LE SAMEDI 20 PASTORALE $ÆJ/ ÉfçpQx wm Ly/i?WW'/ Madame Pennute.~-l.lac c\u2019est beau la campagne avec ces jolis petits moutons dans l\u2019herbe.Aimes-tu les moutons, Tenoute ! Mr Penoute.\u2014Moi, Josette, je les adore, ces chères petites bêtes ; surtout rôties.Hein, un rôti avec des pickles ! LE LIMAÇON IAHLEEN PRESS Sur un mur de jardin, une trace argentée Marquait d\u2019un limaçon la route fréquentée MORALE Au pied du mur, on reconnaît le limaçon.TRIO DE PROVERBES Cho3e donnée coûte souvent citer, x Gelée d\u2019a>\u2019ril ou di mai, miscro nous prédit au vrai.x Lit chaud, dîner froid.Sancho Pança.Une Recette par Semaine ÉPURATION UE L\u2019EAU M.Girard, chef du Laboratoire municipal de la ville de Paris, indique un moyen pratique pour avoir de l\u2019eau pure.On met dans l\u2019eau une petite quantité de permanganate de chaux, qui a la propriété de détruire les matières organiques contenues dans l\u2019eau et les microbes pathogènes qui s\u2019y trouvent.Il ne fait ensuite un dépôt au fond du vase, complètement inof-fensif, on n'a plus qu\u2019à décanter l\u2019eau obtenue pour avoir une eau absolument pure.On reconnaît que l\u2019action du permanganate est achevée lorsque la coloration rose de l\u2019eau est complètement disparue et que celle-ci est devenue à nouveau incolore.Comme on le voit, le moyen est simple et à la portée do tous, et personne no mourra plus maintenant empoisonné par les microbes de l\u2019eau.B.de S.QUI POURRAIT LE NIER Aprèï succès sur succès pour guérir les affeotions dei voies respiratoires, le Baume Rhnmal est le remède par excellence que Ghaque famille doit toujours avoir sous la main.\t79 Variétés et Informations L'exploration des eaux profondes que poursuit la Princesse Alice dans l\u2019Océan vient d\u2019amener de curieuses découvertes qui provoquent l\u2019étonnement curieux de M.Milne-Edwards et du monde savant.Les dernières recherches ont eu lieu dans les grands fonds qui se trouvent au large du Maroc occidental et autour de Madère, dans les abîmes qui descendent juspu\u2019à 0,000 mèt.aux environs des Açores.Ces abîmes ne sont pas seulement extraordinaires par leur profondour, mais par la nature et l\u2019abondance des espèces qn\u2019ils renferment.On avait, depuis longtemps, acquis la certitude que les poissons les plus variés s\u2019y multipliaient ; mais les nasses, après avoir plongé au delà de .ô,785 mètres, ont ramené des espèces d\u2019animaux totalement inconnues jusqu\u2019à ce jour et en quantités considérables, puisque des barques açoriennes ont pu, en qua rante-sopt jours de pêche, charger vingt mille kilogrammes de poisson.On dirait d\u2019une pêche miraculeuse.Parmi les poissons rapportés figurent do3 tortues en assez grand nombre, ce qui constitue un fait anormal et sans précédent, les tortues étant réputées déposer leurs œufs sur les plages.Or, on n\u2019en a rencontré aucune sur les plages dos Açores.Celles qui ont été capturées, et dont la plus forte pesait IjMO grammes, provenaient elles des Antilles 1 On a également pu constater, à des profondeurs insoupçonnées, la présence de grands cétacés n\u2019ayant pas moins de 15 à 18 mètres de longueur et qui se nourrissent notamment de poulpes géants dont on a pu recueillir de3 fragments caractéristiques.Quand donc connaîtra-t-on toutes les existences inconnues que recouvre la masse liquide des océans 1 * * * Toujours les Américains.La Revue des revues a publié l\u2019autre jour un curieux article sur deux milliardaires, M.Rockefeller, le roi du Madame LOUIS GAUCHE Mère de onze Enfants et malade depuis plusieurs années, elle ne pouvait faire son ouvrage Elle se guérit complètement par l\u2019usage seul des Pilules Rouges du Dr Coderre Etes-vouBénorvér?vous sentez-vouH faible, épui-fléo, languissante.irrita blo, abattue, triste et fatiguée do la vie ! Avez vous le mal de tête, la névralgie, le vertige, la lièvre, des nausées, le mal d\u2019eHtoniae.la porte do sommeil, d'appétit ! Faites bien attention, car si voue négligez de vous soigner, ees symptômes s\u2019aggraveront et rendront votro maladie si non impossible\u2014 du moins très ditlirile ù guérir.Les Pilules Ponge?du Dr Coderre sont le plus grand remède pour toutes ces maludios, elles ont ramené à la santé des centaines de femmes presque mortcs.épuisécs.faibles, débiles et souffrantes.Lisez avec attention le témoignage de Mme Ganmche, respectable dame do Bruns-wick, Maine : \u201c .le suis née à Ivaniou-raska, en bas de Québec, et .je demeure fi Brunswick depuis \u201827 ans.Il y a plusieurs années que .i'ai constamment souffert de faiblesse féminine et do pauvreté de sang jo suis devenue si faible que ,j'étais obligée de me coucher plusieurs fois par jour.J\u2019avais continuellement mal a la tête, dans tes cotés, tellement mal aux reins que quand jetai- couchée je ne pouvais plus me lever.Je n\u2019avais pas d'appétit.pas de sommeil : enfin j'éte is bien découragée do me voir si malade et à la tète d\u2019une nombreuse famille, l\u2019n .jour, je vis sur un journal que les Pilules Rouges du Dr ('o derre guérissaient tous les jours un grand nombre de femmes malades.Je commençai a en prendre, et au bout dcquelquestempsj\u2019écri vis au médecin spécialiste.J\u2019ai suivi ses bons conseils et aujourd'hui je suis non pas mieux mais complètement guérie.Mu tille, Mme Brillant, qui était très malade de faiblesse féminine, oncouragée par ma guérison, a suivi mon exemple et.clic s'est débarrassée de tout es ses maladies parles Pilules Rouges du Dr Coderre.Puisse mon témoignage aider à l\u2019an très femmes à se guérir comme moi.\" Mme Louis (Lvmauiik.Nous ne publions jamais de témoignages sans le consentement de la femme guérie.S\u2019il arrivait que vous vouliez consulter ees femme,-et que vous ne puissiez les trouver pour cause de déménagement ou autres raisons, écrivez nous, nous forons tout notre possible pour vous mettre en communication avec, elles.h'ous no prétendons pas que les Pilules Rouges du Dr Coderre guérissent tous les maux.Mme LOTIS O A M ACM 1: I.hiver dernier Non.mni*» elles guéris-eut infailliblement! toutes lus maladies particulières aux femmes.Files guérissent sûrement et rapidement le beau mal.la suppression dus règles.les r.glus douloureuses et abondantes, leucorrhée, mal de eo*nr et nausees.douleursdan* la tète, la poitrine, les cotes et lit dos.uc déplaçant- non vent d\u2019un membre à un autre, mauvaise bouche, vertige, resaor rement et irrégularité des intestins, couleurs jaunàtrodcN yeux et do la peau, mains et pieds fro'ds, palpitation du co'iir.appétit variable, tmitnf nul.tantôt dévorant .migraine, bourdonnement dans les oreilles, taches devant les yeux, accès de chaleur 1 o long du corps, perte de sommeil.elles guérissent aussi toutes les maladies du changeaient d âge,les maladies du foie, dos ovaires, chutes de la ma triee.les prostration* nerveuses.Si vous souffrez depuis longtemps et que votre médecin n'a pu vous guérir, ne von- découragez pas, pro nez dès maintenant les Pilules Rouges du Dr Coderre, fait es en un usage consciencieux et prenez eu assez pour leur donner le tempi» d'agir sur votre maladie.N K CKSs?K/.J A M AIS do prendre les Pilules Rouges du Dr Coderre sans consulter notre médecin spécialiste.Envoyez lui une description complète de votre maladie, dites lui tout, vous n'avez rien a craindre: adressoz votro lettre au \u201c Dépt.Médical, Moite -J.\u2019KMI.Montréal.\" Notre médecin seul ouvrira votre lettre et la tiendra confidentielle.ION fJARDIO! I*ii grand nombre de femmes nous écrivent qu'elles ont acheté de lour pharmacien des pilule- rouges a lu douzaine, au cent ou à 2ôe.la boite et qu\u2019elles ne sont pan mieux.M 10Fl I0Z- VOUS.mesdames, de ce.*, pilule* qu'on vous o tire ainsi, ce ne son» pas les I \u2019Rules Rouges du Dr Coderre, mais des imitation» dangereuse- pour \\otre saule.RKFUSKZ-LIOS, Les Pilules Rouge du Dr Coderre sont toujours vendues en petites boites do bols rondes contenant è(i Pilules Rouges chacune.JAMAIS Al\u2019TRKMIONT.Sur réception du montant nous les expédions aux lOtats Unis, pas dednuancè payer.et au Canada.Adrcisez: COM PA< i N 110 CM IM K,U\u2019F.FRANCO AMERICA IN 10, Boite 2.'WM», Montréal, (\u2019an.pétrolo, et Astor, le roi dos Honduras.Voici la fortune du pétrolier : Capital total (en 1 SUS) 1 milliard.Revenu annuel .0 millions.Revenu mensuel.\t5 millions.Revenu quotidien .205,175 fr.env.Revenu par heure.\tS,5G1 fr.25.Revenu par minute .\t1 12.50 env Revenu par seconde .\t2 50 \u201c Dans vingt ans, si son capital s\u2019aug mente, simplement, du rovenu annuel, en d\u2019autres termes, s\u2019il ne toucho ni à son milliard, ni à ce quo celui-ci doit lui produire on intérêts simples, dans ce laps de vingt années, disons nous, il se trouvera, on 191 S, à la tête do doux i milliards et demi, et alors à chaque seconde marquée par l\u2019aiguille, courant toujours sur le cadran du chronomètre, il s\u2019enrichira d\u2019un dollar et 20 cents ou do six francs, cela sans qu\u2019il soit obligé de rien faire pour faire couler cons-; tamment ce Pactole.Un bon métier ! Extrait d\u2019un roman-feuilleton en cours de publication : 11 L\u2019hidalgo vida son verre d\u2019un trait Jet fit claquer sa langue en espagnol.\u201d ROSSINI GOURMET On sait que Rossini était très gourmand.Il n\u2019aimait pas beaucoup dinor en villo.I \u2019 n jour cependant, il linit par accepter une invitation qu\u2019il eût été plus avisé de refuser, car le diner était exécrable.En so lovant de table, la maîtresse do maison lui dit : \u2014Eh bien ! monsieur Rossini .j\u2019es-pèro que vous voudrez bien revenir dîner chez nous 1 \u2014Oui, madame, tout do suite.s>«r Chaque paquet est garanti.Toute boite de 5 lbs de sel île talile est le plus joli paquet sur le marché.A vendre dans toutes les j bonnes épiceries. 30 LE SAMEDI ppra^!ri^!^jr!Virjr^!c«Jr?r^irjrjr^.^5r?rj!rjrjr5rjr.'Tîrs: orac ! LA SOCIETE DES ECOLES CRATUITES DES ENFANTS PAUVRES, ETC.A transporté ses bureaux au No 80 Rue St-Laurent, 1er étage.Distribution d\u2019objets d\u2019art tous les soirs à 8.30 hrs P.M.LICS PASSES DE CHEMIN DE FER Amusements et Sports LES COMMIS-EPICIERS Malgré lo mauvais tonips et les clio rnins boueux, un grand nombre de commis épiciers se pressaient, le dimanche, 10 juin, pour la célébration de la fête patronale de la société, la St-Antoine do Padoue, et la Sallo de l\u2019Union St-Joseph était trop étroite pour contenir les membres qui, bannière et fanfare en tête, se dirigeaient en bataillon sorré vers l\u2019église St-Louis de France.Jl était alors 7 lira 15 du soir, ot la pluie touillait toujours.Un très substantiel sermon a été prononcé par lo R P.I lerchmans, de l\u2019ordre des Franciscains qui, prenant pour texte le devoir dns commis épiciers : l'robitas, Labor, Justitia, développa vos trois penBées en s\u2019inspirant de la vie de St-Àntoino de l\u2019adoue.Dd rotour h la Salle St Joseph, le président de la Société, M Whaylan, invita les représentants des associa tions étrangères à prendre place sur l\u2019estrade d\u2019honneur et alors fuient donnés à l\u2019assemblée des conseils pratiques bien propre h développer la prospérité do la Société.Parmi les invités, remarqué M M.l\u2019échevin A Gagnon; l\u2019ex-échevin Perreault ; Fontaine, président de l\u2019asso ciation des barbiers ; Levesques, de l\u2019association des marchands-épiciers ; Taillofer, président do la section St-Joseph de la St-Jean-Baptiste : P>r PloufTe, médecin do la société, etc., etc.Un grand nombre do discours ont alors été entendus ot, à 10 heures, un lunch a été servi dans une des salles de l\u2019association, avec toasts, santés et discours, suivant l\u2019usage.Toutes nos félicitations aux organe satours de la fête et succès h l\u2019intéressante Société.x CLUli DE NATATION MONTRÉAL La 3o assemblée annuelle du club do Natation Montréal, a eu lieu hier soir aux salles de la M.A.A A.Les membres présent s\u2019étaient très nom- breux et les perspectives pour l\u2019année paraissent très brillantos.l es olliciers suivants ont été élus pour l\u2019annéo courante : Président, C.McClatchie, par acclamation ; Premier vice-président, E.H.Godin, par acclamation , second vice-président, Frank B.Irwin, par acclamation ; trésorier honoraire, Thomas J.Darling, réélu ; secrétaire honoraire, E.\tR.Ebbitt, par acclamation.Comité, M.G\u2019.Ro3s, H.J.B.Hamilton, C.II.Goulden, Dr Gadbois, F.\tJ Laverty, A.E.Taylor, A.Kingan.Palladio.Consultation d\u2019avocat.Le paysan.\u2014Si un canard va pondre dans une maison voisine, h qui appartient l\u2019œuf, au propriétaire du volatile ou de la maison.L\u2019avocat.\u2014L\u2019œuf appartient au propriétaire du canard.Le paysan.\u2014 Bien sûr, Monsieur?L\u2019avocat.\u2014C\u2019est l\u2019opinion de tous les juristes.Damôle, en particulier.Le paysan.\u2014 Assez ! Vous-même avez-vous jamais vu des canards pondre ?* * * X., l\u2019horrible parvenu, vient de perdre un frère pauvre, qui habitait Marseille.Un ami rencontre X .tout de bleu vêtu : ¦\u2014N\u2019avez-vous pas perdu un parent ?demande l\u2019ami.\u2014Eloigné, répond l\u2019autre.\u2014Oh ! je sais ; votre frère habitait le Midi.* * * Dans un ménage d\u2019ouvriers, rue des Cognées : L\u2019enfant.\u2014 Non, na, j\u2019en veux pas, du bouilli.La mère.\u2014Tu mangeras du bœuf comme ton père ou tu n\u2019auras rien autre chose.QUI VEUT GUÉRIR, GUÉRIRA Si voua toussez, si vous ôtes enroué, si vous êtes atteint de grippe, de bronchite, prenez du Baume Bitumai, c\u2019est le seul spécifique vraiment eiiioace.\tSO Psychologie.\u2014Vous devez être content : la pièce de votre ennemi Z.est un joli four.\u2014Eh bien, non.C\u2019est bizarre : j\u2019avais cru, en t flet, que son insuccès me ferait plaisir, et il me laisse aussi indifférent que si c\u2019était la pièce de mon meilleur ami ! * * * Un professionnel de la mendicité à un élève qu\u2019il est en train d\u2019initier aux secrets do son art: \u2014B appelle-toi qu\u2019il vaut toujours mieux s'adresser aux personnes qui ont do la religion, en vertu de ce principe que les pieux se laissent facilement enfoncer ! * * * La cuisinière de la \u201c colonuelle :\u2019 est malade et le \u201c colon \u201d a décidé que son bros8eur ferait l\u2019intérim.On interroge lo dragon sur ses talents culinaires.\u2014Voyons, quelque chose de simple: des œufs à la coque.Combien de temps leH faites-vous cuire ?\u2014Ma colonelle, je jette dessus l\u2019eau bouillante.Alors je retire mes bottes et je les remets ; je les retire et je les remets.Ça fait la rue Michel, les œufs sont cuits.* * * Dans un vieux ménage, la veille de Ncël : Le mari.\u2014A ton âge, mettre tes souliers dans la cheminée ! La femme.\u2014Une fois par an.Tu mets bien les tiens dans le plat tous les jours, toi ! * * * A l\u2019école, pendant la récréation, deux élèves se prennent de querelle.\u2014Tu sais, j\u2019aurais bientôt fait de t\u2019envoyer un coup de poing sur la figure : mon père est professeur de boxe.\u2014Hé bien ! et moi, donc !.Le mien est candidat ! LA CONSOMPTION GUÉRIE Un vieux médecin retiré, ayant reçu d\u2019un miBHionnnire doB Indes Orientales la formule d\u2019un romèdo simple et végétal pour la guérison rapide et permanente de la Consomption, la Bronchito, le Catarrhe, l\u2019Asthme et toutes les Affections des Poumons et do la Oorgo, ot qui guérit radicalement la Débilité Nerveuse ot tout os les Maladies Nerveuses; après avoir épiouvé ses remarquables effets curatifs dans de* milliers do cas, trouve que c\u2019est son devoir do lo fairo connaître aux malades.Poussé par le désir do soulager les souffrances de l'humanité j\u2019enverrai gratis à ceux qui le désirent, cotte recotto en Allemand, Français ou An-lais, avec instructions pour la préparer et employer.Fnvoyor par la poste un timbre et vot-ie adresse.Mentionnor ce journal.W .A.Noyks, 820 Powers' Block, Rochester.N.Y.Que les oflicier* et les employés du gouvernement aient des passes, plusieurs prétendent que c\u2019est au détriment des affaires de la nation.Nous sommes nous aussi de cet avis et que l'usage de ees faveurs est, injurieux pour ceux qui eu font usage.Oc qui est bien certain par contre, c\u2019est que la vente d\u2019un bon remède, tel que le Kootenay Cure estime bénédiction pour ceux qui en usent.Des centaines de personne*, rien qu\u2019au Canada.donnent des declarations assermentées sur l\u2019ellicacité de ce remede.Lo Kootenay agit directement sur le sang et les rognons et il guérit la maladie de Bright.( Tcmoiynayc assermenté.) James Osborne, déclare solennellement sous serment.Mon cas prononcé était la maladie de Bright et il m'a ét« dit que je ne pouvais pas guérir.Après avoir abandonné le traitemont professionnel, j'ai commencé le Kootenay Cure.L\u2019enilure oossa et la peau revint à sa couleur naturelle; ma vigueur et ma santé s'affirmèrent d'une manière continue et je suis comme un homme nouveau, j\u2019ai repris mon ouvrage on qualité d ingénieur en chef de la Sanford Manufacturing Co., Hamilton.Ont.Je recommande do tout mon cœur 1 e Kootenay Cure k coux qui soutirent des troubles des rognons et je fais cette solennelle déclaration devant, un commisaire en septembre 18%.Signé; James Okiioknk.Le monsiourci-mcntionné jouitaotuellemcnt d\u2019uno excellente santé, peut être que vouv méino vous jouiriez d\u2019une canté égale, si vous preniez du Koottnay Cure que von* vous procurez a §1.00 la bouteille ou 15 bouteilles pour §'>.00, soit de votre pharmacien, soit directement de la S.S.Ryckman Medicine ( o, Limited, 1 lamilton.Ont.En vente chez B.E.McGalic, pharmacien.123 rue Notre-Dame, Montréal.Entre vieux amis : \u2014Me rapportes-tu ma canne ?\u2014Sapristi ! je l\u2019ai encore oubliée ; mais demain sans faute.\u2014Rapporte-la demain, sinon.je te la casse sur le dos.* * * Un comble en passant.\u2014Le comble du zèle chez un médecin : Faire prendre un lavo»ient à son crayon, parce qu\u2019il a une mauvaise mine.Poirier, Bessette & Cie IMPRIMEURS Oommandes promptement exécutées, caractères de luxe.516 RUE CRAIG MONTREAL.RACICOT, PERREAULT & GIE Chapeliers et IVIanchonniers ¦Q Fabricants et Importateurs tic .IChapeaux et Fourrures DUS PLUS HAUTES NOUVEAUTÉS No 1549 RUE SAINTE - CATH E RI N E F or b voisine de F.Lajiointt, marchand de meubles MONTREAL.COUPON-PRIME DU \"SAMEDI\u201d PATRON No (N'oublioz pas do mottro lo No du patron quo vous désirez avoir.) Mesure du Buste.Agi.Mesure de la Taille.Nom.Adresse.Cl- INCLUS, 10 CENTINS .Prière d écrire très lisiblement.Pour détails voir pane 28. LE SAMEDI ni Dr A.SAUCIER Dentisth Professeur à ta Faculté du Collcijc Dentaire de la Province de Québec Heures de Bureau: 9 A.M.à 8 P.M.1716 RUE SAINTE-CATHERINE.MONTREAL Le docteur à une de scs clientes : \u2014 Et votre mari, comment va-t-il î \u2014Toujours ses maux d\u2019estomac.\u2014Il fume trop et prend trop d\u2019apéritifs.Vous devriez le gronder sévèrement.\u2014C\u2019est que, docteur.il soutire de l\u2019estomac, mais il ne sou lire pas de reproches ! l>i,oioâraphes N\"3ÔÜ rçUE ST DENIS I tcl dell 7283 MONTREAL I MARCHAND 843 0 Q Troubles de Cuisine évités Amusante annonce copiée dans un journal d\u2019éducation : \u201c Samedi prochain, le professeur do dessin /, .ouvrira son cours d\u2019ani- Oasse-tête Chinois du \u201c Samedi \u201d \u2014 Solution du Problème No 134 i!|j Slfll iv j \\ .A'-TÎ âfÿll m ai -hh Av?LA,A; v 'V-3U ¦\tfV.'l , ,.VV f\u2018\\.\u2022'< ' \u2022 >' L: r.LïLl \u2022\u2019 1 Al ¦ \u2022 m ' ¦ \u2022 \u2022\t\u2019 \u2022 :J-r!?* s a s ; -;.e 'î.t < ;v;:> -V - jî ¦V- ,V H ;¦ ' !y 1 -\u2014Ceux do nos leoteurs qui désirent assister aux tirages hebdomadaires cjçs primes pour lo Casse-tôto Chinois, sont cordialement invités.C\u2019est lo jeudi, à tfnidi précis qu a lieu lo tirage.Oab trouve la solution juste : Mena M Savarin, Mlle F.Grégoire, Mme A Ueislnetter, E .1 Chartier, .1 Picard, O Wnriuiult (Montréal), Dino (.luliettt», Q).Mil» M Roy , (Lue Métrant le, Q).G Corriveau (Sherbrooke, 0).H Ber-thelettu (St Laurent, L,»), L Lnpointn (Windsor), (\u2019 fini-mond, A Routier (Berlin, X 11), P l.égaré (Es«*\\, N Vi, J Goulet (Holyoke, Mais), Mlle M St Hilaire (Lewiston, Me), P Page (Lowell, Muss).A Dion (Mauchaug, Mass), Mme A X01117, .1 Derbè* (Xouvellu Orléans, Lu) Le tirage au sort a fait sortir s nom de : L Lapointe (Windsor, Ont), I* Lé-gare (Essex, XV), «J Goûter (Ho* lyoke, Mass), Mlle E Grégoire, 12 Gain, Mine A Relsh-tetter, SI SI Charles Horrumée (Montréal).Los cinq personnes dont Ich noms précèdent ont lo choix entre un abonnement de trois mois au journal ou 5U cent ins en argent .Nous les prions de nous informer au plus tôt du choix qu elles auront, fuit.Les personnes appartenant à Montréal, qui ont gagné des primes, sont prices do passer au bureau du Samedi.La femino qui se sort) d'un poêle à boin ou au charbon pasBO la meilleure partie do Hon temps à la cuisine ; cello qui ho serti d\u2019un poêle
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