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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
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Supplément 1
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  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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Le samedi, 1900-08, Collections de BAnQ.

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[" VOL.XII.No 10.LE SAMEDI FEUILLETON DU \u201c SAMEDI \u201d, I AOUT 1900 (U LA DAME BLANCHE DEUXIEME PARTIE FLEUR D\u2019ECOSSE XL.\u2014 J.A 11AHQUE liRETONNE ( Suite ) Et une l'ois embarqué, ayant rendu à maître Jean Dacior, son fidèle et affectueux intendant, les saluts que, de loin, il lui adressait encore, il s\u2019était irrémédiablement détourné, afin de ne point faiblir, do ne rien regretter de ce qu\u2019il quittait.La barque doubla les caps hérissés de rocs aigus et sombres, hantés par las tempêtes où chaque année vient mourir quelque épave nouvelle, Il s\u2019enfonça dans la brouillard.Puis le vent, changeant de direction, emporta Iob nuées.Alors uno dilatation profonde souleva la poitrine d\u2019Henri de Mercourt.Dans un scintillement de soleil, la terre venait d\u2019apparaître au.nord ! \u2014L\u2019Angleterre ! s\u2019écria-t-il en étendant le bras.\u2014L\u2019Angleterre et ensuite l\u2019Ecosse ! ajouta Lucien.\u2014Hurrah ! lança Joë en se dressant de toute sa hautsur, Le vicomte de Mercourt dit alors au pêcheur : \u2014Gouverne droit vers l\u2019embouchure de la Tamise.Et s\u2019adressant à Julien : \u2014Nous nous séparerons là ! Sa voix avait pris un grand accent d\u2019affection en prononçant ces paroles.Il s\u2019était attaché à l\u2019enfant, au jeune homme.Il l\u2019avait élevé avec des intentions presque paternelles, et maintenant chacun d\u2019eux allait courir des dangers différents.Il ne serait plus auprès de Julien pour veiller sur sa vie, et peut-être ne se reverraient-ils plus.que là où, dit-on, errent les âmes des trépassés ! Le vicomte descendit dans l\u2019étroite cabine ménagée dans les.flancs do la barque.Il en ressortit un moment après.Il était presque méconnaissable.Des vêtements d\u2019hommes du peupla le couvraient : sur sa tête était le lourd bonnet des pêcheurs de la côte de Douvres.\u2014A toi, Martial, dit-il, puisque tu veux partager ma fortune.Tu es de la même taille et à peu près de la même corpulence que le plus âgé de ces matelots ; échange ton vêtement contre le sien : il y gagnera.Il y ajouta quelques livres d\u2019argent de France et le marin, heureux de l\u2019aubaine, céda volontiers sa défroque contre le bel habit de l\u2019écuyer.Le seigneur de Korvien, attirant alors à l\u2019écart le fils de l\u2019intendant, partagea entre eux deux la lourde somme d'or dont il s\u2019était muni, une bourse aux flancs épais qu\u2019il laissa sous le costume de gentilhomme dont il venait de se défaire.Un large et solide couteau au manche de corne et de fer et qui, ouvert, valais un poignard, tomba de la poche do Henri de Mercourt.Il la ramassa et dit à Martial Dacier : \u2014Quelle arme avais-tu en venant me rejoindre ?\u2014Mon épée, monseigneur.\u2014Ne m\u2019appelle pluH monseigneur.Tu m\u2019appelleras Lionel : cela porto bonheur.Lionel signifie lion.En outre, tu me tutoioras.\u2014Monseigneur !.\u2014Il le faut ! répliqua le gentilhomme avec un ton d\u2019autorité.L\u2019écuyer s\u2019inclina, \u2014Quant à toi, tu resteras Martial.Oe nom ta va bien.Tu disais donc que tu n\u2019avais que ton épée.C'est trop et trop pou.Le patron de la barque a un couteau presque semblable au mien, un couteau de marin, une arme terrible.Achète-le-lui.Il rapportera ton épée à ton père.Martial obéit et obtint du marin breton qu\u2019il lui cédât son coutelas.La barque longeait la côte anglaise, à quelques encâblures à (1) Commencé dans lo numéro du U avril 1800.100 peine ; une embarcation, un sloop de guerre parut derrièro les rochors.La barque française hissa toute sa toile et força à l\u2019est pour éviter sa poursuite si les hommes du sloop avaient quelquo velléité de venir la visiter.Les voyageurs franchirent ainsi, à toute vitesso, l\u2019embouchuro do la Tamise.Le sloop ne se voyait plus.La côte était déserte.\u2014A terre I commanda celui qui, ayant renoncé à son nom et à son titre de Henri de Mercourt, seigneur do Korvien, no s\u2019appelait plus que Lionel.Joë amena les bonnettes : les focs s\u2019abattirent en claquant.Et, portée par sa grand\u2019voile seule la barque pointa vers lo rivago.Henri de Mercourt s\u2019approcha alors de Julien, silencieux et ému.\u2014Julien, mon enfant.nous allons nous séparer.Une larme mouilla les yeux du jeune homme, \u2014Allons, pas de faiblesse.Notre destinée nous entraîne ; chacun nous allons vers elle.Mais peut'ôtro nous retrouverons-nous.Julien, mon enfant, toi que j\u2019ai une sorte de joie à nommor ainsi, laisse-moi te faire une dernière recommandation.Tu vas défendre ta reine ; mais tü portes aussi avec toi l\u2019espérance de revoir ta famille ; fais ton devoir, mais que cette pensée t'empêche do t\u2019exposer inutilement.Songe qu\u2019une mère et qu\u2019un père pleurent pout-ôtro ton absence et t\u2019attendraient toujours.\u2014Mon second père.mon bienfaiteur.balbutia lo jeuno homme.Et s\u2019agenouillant : \u2014Donnez-moi votre bénédiction.Alors, debout sur la mer puissante, en face do la torro qu\u2019on eût dit attentive, sous les cieux infinis, lo gentilhomme posa sa main sur le front inoliné de l\u2019adolescent.\u2014Julien, mon enfant, mon ami, je vous aime et je vous bénis.Le relevant, il l\u2019embrassa affectueusement.Puis, le conduisant dans la cabine, il prit, sous sos vêtements, la bourse qu\u2019il y avait laissée.Et la lui tendant : \u2014N\u2019essayez pas de la refuser ; ce sorait la promièro désobéissunco dont vous m\u2019affligeriez, Prenez-la, ello est ploino d\u2019or.Vous on aurez besoin.La barque approchait de terre.Julien, incapable de maîtriser son émotion, laissait les larmes couler sur son visage.La voile s\u2019abattit tout à coup ; les marins, avec des harpons, accrochèrent la barque au flanc d\u2019un rocher.Henri de Marcourt, ou plutôt Lionol, se jeta oncoro uno fois dans les bras de Julien.Us restèrent longtemps entrelacés.Puis le gentilhomme s\u2019arrachant brusquement à lour étreinte, mit le pied sur le bastingage.Son regard chercha Joë : il lui lui tendit les deux mains.\u2014Joë, je te le confie, prononça-t-il en lui désiguunt lo jeuno homme.Un serment expressif sortit do la bouche de l\u2019ancien pirate.Celui qui, à partir de cette minute, n'était plus quo Lionel prit son élan et alla tomber sur le rocher où se trouvait déjà Martial, veillant sur son débarquement.\u2014Adieu 1 lui oria encore la voix de Julion, \u2014Adieu, adieu ! répondit son ancien biani'aitour, \u2014Que notre sainte Dame d\u2019Auray vous ait en sa garde ! prononcèrent gravement les matelots.Quant à Joë.le colosse, révolutionné sous son épaisse onveloppo comme il n\u2019aurait cru l\u2019être, incapablo de proférer une parole, il levait son bras vers le ciel, Et la barque repartit vers l\u2019est, tandis que, debout sur lo rocher désert, les deux voyageurs débarquée faisaient encore dos signaux de reconnaissance.puis disparaissaiont, s\u2019enfonçant dans los torros, allant vers l\u2019inconnu ! X LI.\u2014 EA l\u2018ATni E Lo soir tomba bientôt.L\u2019âpro vont du soplontrion roulait, en volutes sombres, la mer contre l\u2019étroite embarcation.Les agrès sifflaient, Avec des halètements terribles, la barque soulevée s\u2019abattait dans lo creux profond dos vagues.Le timonier était fatigué et considérait avec anxiété lo fond incertain de l\u2019horizon, redoutant la lutte contre la mer durant la nuit, étant donné qu\u2019il lui était interdit d\u2019aller relâcher dans un des nombreux petits ports qui jalonnent la côte.Il y avait en effet tout à craindre des agents anglais.Joë s\u2019approcha alors de lui : \u2014Je connais ces parages, y ayant longtemps navigué, dit-il.Si vous y consentez, je vous remplacerai.Si vous toussez prenez le - - - ~R A TTTVTTT! ZR,Œ3ITXIMI_A^Ij no LE SAMEDI Soit, répondit le patron après hésitation, je vais prendre une heure ou deux de sommeil ; après.nous verrons après ! \u2014Couche-toi, aussi, Julien, Tu en as besoin, lit Joë, Le jeune homme refusa ; la mer avec sa colère, la nuit avec ses étoiles le captivaient.Puis leur récente séparation d'avec le gentilhomme breton, son bienfaiteur, les événements qui l\u2019attendaient le tenaient éveillé.Il avait trop à penser.Julien, reprit l'ancien pirate, tu oublies ce que m\u2019a recommandé le vicomte de Mercourt de Korvion, et ce que je lui ai promis.L\u2019ancien commando ! obéis, cher petit mousse, Il prononça ces mots avec une mansueétude qui semblait exquise avec son corps énorme, sa forte tête.Un sourire mélancolique vint aux joues de l'adolescent.\u2014Allons, mon bon Joë, qu\u2019il on soit comme tu voudras.Et il se dirigea vers la cabine.\u2014\tl u peux dormir sur tes oreilles, va, c'est ton Joë qui tient la barre.Pourvu que ça aille, à terre, la moitié aussi bien qu\u2019en mor, nous n\u2019aurons pas à nous plaindre.Va, bonne nuit, mon mousse.L\u2019adolescent lui envoya un adieu de la tête.Uno demi heure après, la nature, le corps ayant vaincu l\u2019esprit, le tangage do la barque le berçait, endormi en des songes heureux de combats triomphants.A son réveil, le pont était humide de sembruns et des lames embarqués durant la nuit Les marins bretons avaient laissé le gouvernail à Jië dont ils n\u2019avaient pas tardé à reconnaître la réelle habileté.Ce dernier montra au jeune homme la rive déchiquetée, tourmentée, chaos de rocs superbes, éoroulement des monts dans la mer, \u2014Je reconnais l\u2019endroit comme si j\u2019y étais revenu il y a uu an, \u201c Là-bas, tout là-bas où apparaît de la végétation et la Tweeds, c est la frontière entre l\u2019Ecosse et l'Angleterre.\u2014Dis-tu vrai ?L\u2019âme du jeune voyageur palpitait.Il dévorait du regard ce point lointain encore que venait de lui désigner le matelot Ce dernier paraissait préoccupé._ Avec uno attention extrême, tout en veillant à la marche, il étudiait tous les points, tous les accidents de la côte.A la vue d\u2019un énorme rocher, sorte de muraille titaneeque, dont 1 infléchissement formait un abri contre les lames du large, il éton-dit brusquement son braB gauche.Et, lu main tremblante, lo montra au jeune homme : \u2014Le voilà ! le voilà ! \u2014\tQuoi ?Hier encore tu me le demandais l\u2019endroit où le Forward se trouvait à l\u2019ancre quand on est venu te livrer à Harrya le voilà ! \u2014\tOh ! mon Dieu ! fit le jeune, en serrant son cœur sous son poing fermé.C\u2019est donc là qu\u2019a commencé ma vie de si longues aouflrancos ! là qu\u2019a commencé le mystère contre lequel je ne puis même pas me débattre.\u2014Mous l\u2019éclaircirons, va, J\u2019en jure par lo saint dont je porte le nom.Pareille à une mouette chassée par le vent, la barque doublait 1 amoncellement dos rocs qui, tant d\u2019années auparavant, avait abrité lo navire-corsaire eb qui avait vu John Robby, oe bas Judas anglais, vendre, plus do trente deniers, un innocent.t Envahi d'impressions impossibles à décrire, le fils de Walter d\u2019Avenel ne prononçait pas une parole, son œil distendu rivé sur ce coin du monde où s'était décidée sa vie.Quand le passage fut franchi, ses mains so joignirent dans une expansion infinie.\u2014Voici donc lo lieu du pacte infâme dépassé.Ma mère! mon père ! prononça-t-il avec un accent de prière, de supplication, mes chers parents ! Et un sanglot brisant sa voix : \u2014\tOù êtes-vous ?.Ou ils étaient ?.A cette heure Walter d\u2019Avenel rassemblait ses guerriers, Un temps do-galop de son choval, et il eût atteint le rivage ! Il aurait vu la barque qui portait son enfant.Eb poussanb cet appel : \u201c Julien ! \u201d il aurait vu son fils choir danH ses bras, et l\u2019avenir s\u2019ouvrir, s\u2019illuminer, se décider et s\u2019affermir soudain.Mais cela n\u2019était pas écrit sans doute au livre des destins.Nul ne parut sur le rivage.Et la barque passa ! La 1 weed mêlait ses eaux brouillées par les derniers orages aux eaux vertes de la mer.Lob végétations sombres, montrées de loin par Joë comme le seuil de l\u2019Ecosse, s\u2019accentuaient, Encore quelques encablures, et l'embouchure élargie de la rivière franchie, on n\u2019aurait plus à craindre les écumeurs anglais, Julien, debout sur la petite et robuste embarcation, était immobile, tout son être concentré dans son regard, dans sa pensée.Il ne respirait plus.La prouo de la barque se trouva enfin à la hautour de la rive écossaise.Alors, un cri partit de l\u2019âme, jaillit des lèvres du jeune homme.Et d\u2019une voix vibrante, enivrée, il oria : \u2014Terre de ma patrie, Ecosse !.salut à toi !.Ce l\u2019était bien, en effet, l\u2019inoubliable, la toujours aimée terre natale, la contrée bénie où dorment les aïeux ! Et la barque, comme avec des ailes plus puissantes, voguait, volait presque, aurait-on dit, au ras des flots couleur de paillettes changeantes.Eb Julien, extasié, l\u2019œil ompli do ravissement, coutemplait oes rivages baignés d\u2019ondes limpides et transparentes, ces coteaux aux chatoyantes verdures, ces monts puissants couronnés do vieux orbres aux sommets chevelus.Cet enchantement dura jusqu'à Edinbourg.' Là, il foula du pied ce sol sacré do la patrie que, depuis tant d\u2019années, il aspiruit à revoir.\u2014Adieu, amis, dit-il aux marins bretons qui l\u2019avaient conduit jusque-là, Adiou lo passé.Une existence nouvelle va commencer pour moi ! XL1I VERS LA BATAILLE Tandis que Julien, avec la confiante audace et l\u2019ingénuité heureuse de son âge, accompagné par Joë avec une superbe et tranquile assurance, se dirige vers le palais de la reine, revenons auprès de Henri de Mercourt abandonné avec Martial, par la barque bretonne, sur un rocher de la côte anglaise.Lionel, \u2014 puisque le gentilhomme français ne veut plus porter que ce nom aussi longtemps qu\u2019il sera vêtu de son costume d\u2019homme du peuple, \u2014 Lionel, ayant adressé un dernier signe d\u2019adieu à ceux qu\u2019emportait l\u2019embarcation, n\u2019avait dit que cës seuls mots à sou compagnon : \u2014Allons, en route ! Et tous deux, franchissant l\u2019arête du rocher, s\u2019étaient dirigés vers l\u2019intérieur.A partir do cette heure, ils allaient se trouver sans doute aux prises avec les difficultés les plus redoutables.Aussi Lionel venait-il d\u2019étudier d\u2019un coup d\u2019œil lo terrain devant eux.C\u2019était une dune basse, inondée au moment du rellux ; plus loin, des champs maigres, brûlés par l\u2019air salin, Dans cette étendue désolée, personne de visible.Les deux Fiançais s\u2019enfoncèrent rapidement dans la plaine de sable, afin qu\u2019on ne les vît pas arriver du rivage et que nul ne songeât à les interroger.Lorsqu\u2019ils eurent atteint l\u2019oxt-émifcé des dunes, ils respirèrent.\u2014Nous voici en pays ennemi, dit à voix basse Lionel.L9 plus difficile était d\u2019y aborder sans être remarqués, \u2014Je crois apercevoir des maisons là-bas, dit Martial, en étendant le bras du côté de la Tamise.Son compagnon étudia la contrée dans la direction qu\u2019il indiquait, \u2014Je ne vois guère qu\u2019une fumée.Mais tu dois avoir raison.C\u2019est sans doute Maiwel, le village do pêcheurs qui se trouve presque à l\u2019embouchure de la Tamise.Allons-y ! Mais réfléchissant : \u2014Non, cet endroit ne vaut rien pour nous.Il est trop près de la côte.On a certainement vu passer notre barque au large, toutes voiles dehors pour enlever au sloop sinon la tentation au moins le temps de se mettre à nct-o poursuite pour nous demander qui nous sommes.En nous voyant arriver, on s\u2019étonnerait et l\u2019on nous questionnerait probablement.Et, souriant avec uno certaine amertume : \u2014Sa plus ou moins gracieuse Majesté Elisabeth n\u2019aime pas leB étrangers qui débarquent clandestinement dans son île.Et descendre autrement sur le quai de Londres, l\u2019épée au côté, les éperons au talon, serait me désigner au poignard dos sbires payés par son noble favori, le duc de Somersot.Il s\u2019orienta.\u2014LeB navires qui viennent du largo relèvent d\u2019abord Maxwel, puis à cinq milles au nord Olairford où il faut tenir strictement le milieu du fleuve à cause des bancs de sables cachés de chaque côté, sous l\u2019eau.Clairford est trop loin do la côte ; nul ne noua soupçonnera, Devant eux un sentier étroit, tracé par les chars à bœufs des laboureurs, s\u2019enfonçait dans les terres, se dirigeant vers le nord.Il s\u2019y engagea, suivi de Martial à qui il exposa son projet, Clairford était également un village do pêcheurs ; ils y prendraient passage sur une barque transportant du poisson à Londres.Et de la sorte ils débarqueraient dans la capitale do l\u2019Angleterre sans que personne fît la moindre attention à* eux. LE SAMEDI Monseigneur, à quel danger voua allez voua expoaer, soupira Martial.Sans autre arme 1 un et l\u2019autre, pour nous défendre, qu\u2019un mauvais couteau, Martial, il ny a plus de monseigneur, ici.Il n\u2019y a plus que Lionel.Et il ajouta : \u2014-A moins que tu ne veuilles me l'aire assassiner par les estaliers de lord Somerset.Ah! monseign!.Pardon, je veux dire Lionel, pouvez-vous penser une chose pareille ?\u2014 Pu nas dit que la moitié du mot, cela va mieux.Allons, tutoie-moi, maintenant.Il le faut.\u2014Vous tutoyer, nions., Lionel ?Est-ce nue votre écuyer le pourra ?\u2014Il le faut pourtant, \u2014Eh bien ! j\u2019essaierai, répondit le brave garçon.Et, cote à cote, le maître et l\u2019écuyer, afin de s\u2019habituer à l\u2019apparente égalité qui devait assurer leur sécurité, ils continuèrent à marcher.A mesure quils avançaient, le pays devenait moins sauvage, plus peuplé.\t° v Ils rencontrèrent un paysan, \u2014Nous sommes bien sur le chemin de Clairford ?demanda Lionel en prenant l\u2019accent rauque des gens de mer.-Là-bas, répondit laconiquement l\u2019Anglais avec l'hostilité inuée de 1 homme des champs envers le marinier.En voilà un dont la curiosité no uous gênera pas, lit observer Martial, lorsqu\u2019ils urent éloignés.Cat homme nous indique notre ligne de conduite : peu de mots, Avec cela.et lair d\u2019êtro toujours abruti de gin, ce qui permet les réponses brutales et incomplètes, on passe partout eu Angleterre.\u2014On s\u2019en souviondra.La nuit était tout à fait venue lorsqu'ils arrivèrent à Olairford.Ils avaient couru deux ou trois fois le risque de s\u2019égarer mais ils préféraient cela.Il commencèrent par se diriger vers le cabaret.\u2014Holà ! du gin ! clama d\u2019une voix rauque le prétendu Lionel en frappant fortement du poing sur lu table.Il se laissa aller sur un banc en poussant un juron, tandis que son compagnon s\u2019asseyait aussi.\u2014Chienne d\u2019obscurité ! A moins qua ca soit l\u2019ale de Johnston ! Pas moyen d\u2019aller coucher chez soi à Manvel, gronda-t-il, tandis qu\u2019on les servait tous doux.Et regardant lourdement quelques hommea attablés non loin : \u2014Si seulement il y avait quelque chrétien qui veuille nous mener à Londres en partanc son poisson.Oa irait d\u2019uno demi-couronne, Qu\u2019en dis-tu, toi ?Martial, aiu i interpellé, répliqua par un grognement extrêmement britannique, et à signification illimitée, Il ne se sentait pas assez sûr de lui : il n\u2019avait pas osé tutoyer son maître ! \u2014Ça fait deux dami-couronnas, 1 Angleterre 6t l\u2019Ecosse réunies, quoi ! reprit Lionel, Et on vous donnera même un coup de main, si c\u2019est utile.En prononçant ces derniers mots, il s\u2019adressa carrément aux antres buveurs.\u2014 Ué ¦ fit 1 un d eux, un homme âgé j uno couronne, si c\u2019est vrai, Le Français tira lourdement de sa poche une pièce à l\u2019effigie d'E isabeth, et la plaquant avec force sur le comptoir : \u2014Si c\u2019est vrai ! Les deux royaumes, je no m\u2019en dédis pas.\u2014Eh bien ! reprit l\u2019habitant de Olairford, mes deux fils vont rentrer de la peche dans deux ou trois heures, Oar il est bien juste, n\u2019est-ce pas qu\u2019après avoir fatigués pour eux, ce soient eux qui tri-mardent pour moi à leur tour.Mais je vais avec eux à Londres vendre le poisson.Es je vous prendrai,.Payable d\u2019avance, pas vrai, camarades ?Le compagnon de Martial asséna, sur la table, un coup de poing qui fit trembler les gobelets.\t\u201c \u2014D avance, jamais de la vie ! On a du cœur où l\u2019on n\u2019en a pas.Un verre de gin, si tu veux, le père.et à la société qui sera témoin.On apporta une cruche pleine d\u2019eau-de-vie de genièvre.Lionel versa dans les gobelets d\u2019étain, d\u2019une main mal assurée \u2022 il n\u2019oublia que Martial, ,\t\u2014ù lui, dit-il.C est rude à la mer ; mais pour la boisson, une vraie fille ; un grog seulement et c\u2019est fichu, bon pour dormir au pied du mât ! Les pêcheurs rirent bruyamment.\u2014Alors, tu es de Mar v al, compagnon ?dit le vieux pêcheur en posant son gobelet > Lionel acheva de boire lentement, passa sa main sur ses lèvres d\u2019an geste lourd pour les essuyer et répondit par un son rauque qui pouvait passer pour le yes anglais.\u2014\tPar Saint-Georges ! émit-il ensuite d\u2019uno \\oix embarrassée, est ce l\u2019ale, ou le brandy, ou le gin ?Et le reste de sa phrase se perdit dans un bredouillement inintelligible.Ses convives jugèrent inutile de l\u2019interroger davantage, D'ailleurs ,un homme qui payait à boire à la société sans rrgret, c\u2019était un bon camarade.Afin de confirmer cette excellente opinion, lo prétendu pêcheur de Maiwel vida le reste de la cruche dans les verres à la roondo.Du coup le vieux pêcheur trouva quo ses paresseux de fils tardaient beaucoup à venir, afin de conduire avec eux, à Londres, deux compagnons aussi généreux que ces gentlemen.A plusieurs reprises même, il sortit, les jambes mal assurées, afin d\u2019apercevoir sur le lleuve la lumière de leur canot.\u2014Enfin, les voici I dit-il.Et, se faisant un porte-voix de ses deux mains : \u2014Abordez donc, William, Patrice, tortues de mer que vous êtes, afin que nous dépêchions de partir pour Londres, Le poisson est vendu déjà une couronne do plus, Un quart-d'heure après, Lionel et son compagnon («\u2019embarquaient avec lo vieux pêcheur.\u2014Et il y aura bien uu verre d'amitié à l'arrivée, pas vrai, camarade ?insinua ce dernier, pour moi et mes Ills ?Lionel inclina la tête d\u2019un signe approbatif.Il avait un peu de roulis dans les jambes et alla tomber au pied du mât, tandis que Martial s\u2019installait tout à fait à l'arrière, avec un sentiment instinctif de prudence.Un ronflement sonore indiqua que lo premier dos deux voyageurs bu bissait l\u2019in fluence de l\u2019alcool, ou le fit croire aux pêcheurs.Martial, une fille pour la boisson, l\u2019imita bientôt, quoique d'une façon plus modeste.En réalité, son bounet ramené sur ses yeux à demi ouverts, il veillait sur son maître.Le vieux pêcheur imitait ses deux compagnons et la barque voguait silencieusement.Tout à coup, Lionel fit uu léger mouvement, puis reprit bon ronflement tranquille, On entrait dans Londres, La barque s\u2019arrêta et une main secoua les dormeurs, \u2014Nous sommes arrivés, camarades, \u2014Je suis glacé, fit Lionel.Je sens qu\u2019une lampée de brandy ne sera pas de trop.Les pêcheurs ne demandaient pas mieux.Il mit dans la main du père la pièce de monnaie promise.De la lumière filtrait à travers les rares carreaux d\u2019un oabaret fréquenté par les poissonniers ; il alla leur payer à boire afin do ne pas éveiller leurs soupçons.Et il en ressortit aussitôt avec Martial, sous prétexte de ae mettre à la recherche de gens de son pays.Arrivé à quelque distance, à un endroit solitairo, il s\u2019arrêta, \u2014Nous voici dans Londres, dit-il, Souviens-toi seulement, Martial, que je suis Lionel, ton camarade, débarqué avec toi du brick Star actuellement désarmé à Liverpool.\u2014Je m\u2019en souviendrai, monseig,.Je m\u2019en eouviondrai, \u2014\tCette fois on ne me renverra pas d\u2019Angleterre, murmura lo gentilhomme, au moins pas avant, que je n\u2019aie retrouvé Ellen, Et s orientant, se tournant dans la direction cù so trouvait lu palais du lord-chief de justice : \u2014Tu es puissant, lord Somerset, tu as la justice, les geôliers, los sbires, toutes les forces d\u2019un Etat à ton service.Cependant, jo n\u2019hésite pas à te le répéter, moi qui ai fait le sacrifice do ma vie : à partir de cttto heure, à nous deux, Somerset ! Et suivi de Martial, il s\u2019enfonça dans les ruelles sombres de la Cité.XL1II \u2014 UN UEOLIEK DE LA TOUIl DE I.ÔNDKES A deux cents toises à peine de la lugubre Tour do Londres, de la Bastille anglaise végétant dans son ombre, se trouvait l\u2019auberge de la Rose.Ce titre était resté à l\u2019hôtellerie, des anciennes et sanglantes rivalités de la rose blanche et do la rose rouge qui, si longtemps, avaient servi d\u2019emblème aux deux partis ennemis armés l\u2019un contre l\u2019autre, et saignant l\u2019Angleterre à chaque veine.C'était, à l\u2019époque ou se passent les événements que nous racontons, un misérable taudis, habité seulement par des matelots, et encore les moins fortunés.Il venaient loger là, entre deux tours d\u2019embarquement, apportant au tenanoier la plus grosse part de leurs avances pour solder les 112 LE SAMEDI dettos qu\u2019ils avaient contractées dans son établissement, lorsqu\u2019ils avaient trouvé à s\u2019embarquer sur un nouveau navire, La salle du bas était en outro fréquentée par les geôliers de la Tour do Londres, Vers le milieu du jour qui venait de voir l\u2019entrée, dans Londres, de Lionel et do Martial, deux matelots se présentaient de ce pas posant particulier aux loups do mer dans la salle basse de l\u2019auberge do la Rose.Un Beul consommateur, que certaines passementeries de son cos-tumo désignaient pour un des guichetiers de la oélèbre et sinistre prison d\u2019Etat, s\u2019y trouvait à ce moment.\u2014Hé ! lt\\, du gin ! commanda le premier des deux marins en se jetant sur un bartc voisin de celui occupé par l\u2019autre consommateur.L\u2019homme do la prison avait achevé, depuis longtemps sans doute, ce qu'il s\u2019était fait servir, car après avoir glissé un regard d\u2019envie sur les deux mesures d\u2019étain placées devant les nouveaux venus, il appela le cabaretier et lui demanda une nouvelle rasade.\u2014Impossible, Jovoler ; voyons, voub me devez déjà près de trois guinées, riposta aigrement l\u2019aubergiste.\u2014Eh ! maîtro Norberg Robby, vous savez bien ce que je vous ai dit : quand je toucherai ma solde.Oe n\u2019est pas la peine de me faire allront dovant le gentleman.Pour une goutte de gin I \u2014Votre solde, votro solde ?Voilà déjà beau temps que vous me payez do cotte monnaie.S\u2019il y en a pas d\u2019autre dans les coffres du trésorier do la Tour, je plains les fournisseurs de Sa Majesté.Impossible, vous dis-je ! Il termina d\u2019un ton sec, péremptoire.Le seul des matelots qui eût parlé jusqu\u2019alors avait durant ce court dialogue, considéré, étudié plutôt, le porte-clefs avec une attention ardente aussitôt étouffée.Son poing s\u2019abattit sur la table, faisant verser une partie du liquide qui emplissait son verre.\u2014Par saint Georges ! s\u2019oxclama-t-il, qu\u2019est-ce qui dit que quelque choso ost impossible ?Est-ce que vos tonneaux seraient débondés, maîtro Norberg Robby ?Il faudrait être idolâtre commodes Indiens du Nouveau-Monde, pour laisser un chrétien souffrir de la soif quand nos taBses débordent.Et prenant son gobelet, il alla s\u2019installer à la même table que le guichetier on lui disant : \u2014Non, il ne sera pas dit que Lionel, débarqué il y a huit jours du brick Star, et le3 poches encore pleines, aura ce sans-cœur.Vous trinquerez avec nous, camarade ! Dès l\u2019instant qu\u2019il était sûr d\u2019être payé, l\u2019aubergiste ne demandait pas mieux que de vendre.Il s\u2019empressa donc d\u2019apporter un flacon tout entier de la liqueur demandée, dévorant sordidement des yeux le matelot qui venait de déclarer être en possession d\u2019économies qu\u2019il espérait faire passer dans sa poche, on disant : \u2014Dégustez cela ; vous m\u2019en direz des nouvelles.\u2014Oui, goûtons ton poison, maître Norberg.Maître Norberg, comment ?\u2014Norberg Robby, compléta gracieusement le cabaretier.Aubergiste à l\u2019enseigne de la Rose, comme vous l\u2019avez vu, pour vous servir, si vous n\u2019avez pas encore choisi d\u2019hôtellerie, Les yeux du matelot brillèrent fugitevement.On ne le soupçonnerait jamais d\u2019être venu s\u2019installer avec un but cacher à côté de la Tour de Londres.C\u2019était l\u2019aubergiste lui-même qui le lui offrait, qui l\u2019attirait.Il hocha néanmoins la tête.\u2014C\u2019est ce qu\u2019on verra, on ne se décide pas si vite à bord du Star.Il faut que le gin soit parfumé.\u2014Votre Honneur peut s\u2019assurer.\u2014Oh ! dès l\u2019instant que tu me traites de \u201c Votre Honneur \u201d, maîtro aubergiste.Mais il faut encore que la cuisine soit soignée, quo la compagnie soit aimable.\u2014Nous possédons MM.les gardiens de la Tour de Londres, les., \u2014Eli bien ! à la santé do MM, les gardiens de la Tour ! toaBta le matelot.Il versa onsuito une seconde rasade.Mais l\u2019autre marin mit la main sur son verre.\u2014Merci, monseign.Une rougeur brûlante passa sur la peau de celui à qui il adressait co remerciement, tandis que lui-même, ayant conscience de la faute qu\u2019il venait de commettre, pâlissait brusquement.Mais un éclat do rire aviné sortit des lèvres du premier qui venait de se maîtriser rapidement.\u2014Eh ! eh ! le camarado a la plaisanterie heureuse s\u2019il est un brin taciturne, Voilà co quo c\u2019est, maître aubergiste, que de donner du \u201c Votre Honneur \u201d à vos clients.Un moment de silonce se fit alors, pondant lequel les deux matelots, dans lesquels on a déjà reconnu le vicomte Henri de Mercourt et Hon écuyer, Martial Dacier, échangèrent un regard expressif.Martial paraissait absolument navré de l\u2019imprudence qu\u2019il venait de commettre et qui pouvait coûter la tête à son maîtro.Celui-ci, comprenait qu\u2019il était nécessaire d\u2019outrer la plaisanterie pour que la faute de son compagnon n\u2019eût aucune conséquence, se tourna vers l\u2019aubergiste.\u2014Et si l\u2019hôtellerie do Votre Grâce possède toutes les qualités que je viens d\u2019énumérer, Leurs Excellences, mon ami et moi pourrions peut-être y prendre nos quartiers d\u2019hiver.Le cabaretier crut devoir rire bruyamment.Joveler, le guichetier, désireux de faire sa cour au cabaretier et en même temps de retenir le matelot à l\u2019auberge de Rose, double résultat qui lui permettait do nombreuses rasades, intervint : \u2014Norberg Robby est un hôtelier de race, et nulle part on ne peut être mieux que chez lui, si l\u2019on sait s\u2019y prendre, Son père a été gargotier dans la cité : c\u2019est à son école que maître Norberg a acquis l\u2019art de faire tourner une oie à la broche ; son frère lui-même, John Robby, est resté dans la possession, mais a dû aller s\u2019établir du côté de l\u2019Ecosse, à cause de quelques démêlés, de peu d\u2019importance, d\u2019ailleurs, qu\u2019il a eus avec les magistrats de Londres.Vous lo voyez, ainsi que je vous le disais, une famille d\u2019hôteliers avec les traditions du métier transmises de père en fils.Et il glissa un regard vers 1\u2019hôtolier.Un rayonnement do joie cupide, allumé dans les yeux vicieux de l\u2019aubergiste, le remercia.Et le guichetier comprit qu\u2019il y aurait plus d'un gobelet de gin ou de brandy frelaté pour lui, si les matelots se décidaient.\u2014Allons! ça y est?conclut-il, Nous aurons ainsi 1e plaisir de trinquer de nouvean ensemble, \u2014Ma foi, opina Lionel, vous m\u2019en direz tant ! J\u2019accepte donc, Et si mon camarade est du même avis.Un yes guttural lui répondit.Il fut en conséquence entondu que les deux matelots demeuraient à l\u2019auberge.Une nouvelle rasade scella cet accord et la connaissance qu\u2019ils venaient de faire avec Joveler le guichetier.\u2014Il faut que je vous quitte, dit celui-ci, s\u2019éloignant à regret d\u2019une compagnie dans laquelle il y avait tout profit pour lui.L'heure do mon service est arrivée, \u2014Mais nous nous reverrons ce soir, n\u2019est-co pas ?Le guichetier ne demandait pas mieux ! \u2014Oui, à ce soir, réponpit-il.Et il s\u2019éloigna, se raidissant pour ne pas laisser voir à ses chefs devant lesquels il allait se présenter qu\u2019il était à moitié ivre, Une joie muette se lisait sur le visage de Lionel.Le hazard semblait être pour lui.Il était venu dans cotte auberge afin de s\u2019aboucher avec un des gardiens de la prison.Il l\u2019avait fait en appréhendant les soupçons, les dénonciations peut-être qui pouvaient résulter de ses démarches.Et voici que d\u2019elle-même cette connaissance venait de ce faire.Et cela avec de ces hommes que l\u2019on tient toujours par des offrandes.Aussi ne bougea-t-il point do l\u2019auborge, ne tenant pas à se montrer au dehors sans nécessité.A la nuit, fidèle au rendez-vous, le guichetier Jovoler retourna à l\u2019auberge, et l\u2019on renoua connaissance.Puis, l\u2019heure du couvre-feu sonnée, quoiqu\u2019il y eût une tolérance spéciale pour le cabaret fréquenté par le personnel de la prison, Lionel et Martial allèrent se coucher.La salle était à demi-pleine de guichetiers en permission, parmi lesquels se montrait de loin en loin la figure louche des autres clients de Norberg Robby, le digne frère de l\u2019aubergiste du Gué de la Mort, avec qui le hasard mettait l\u2019ancien protecteur de Julien, en rapport.Lionel n\u2019avait pas voulu attirer l\u2019attention de ces hommes sur l\u2019intimité de sa liasion nouvelle avec Joveler.De là sa hâtive retraite.\u2014Une chambre pour vous et une pour votre camarade, n\u2019est-ce pas ?proposa l\u2019aubergiste.\u2014Merci, maître Norberg Robby, mais à bord du Star, les matelots couchent ensemble dans le même poste.Nous ferons do même chez vous.Mais comme nous sommes deux, nous paierons double,., puisque chacun de nous a ses trois mois de solde en poche, ajouta-t-il afin d\u2019enlever tout soupçon au logeur, à qui cotte générosité pouvait sembler étrange.Mais celui-ci, au fait des habitudes de prodigalité des marins, ne fut pas étonné.Il se dit que ses clients étaient ivres et se hâta d\u2019en profiter.Il ajouta seulement un matelas à l\u2019infect mobilier du galetas qu\u2019il venait de leur donner en guise de chambre, et leur souhaita le bonsoir.Les deux hommes échangèrent quelques paroles vagues, celles de gens qui ont trop bu et que terrasse le lourd sommeil de l\u2019alcool.Puis Lionel ouvrit brusquement la porte, et tenant à la main la chandelle fumeuse que leur avait laissée l\u2019aubergiste, il inspecta rapidement et soigneusement lo corridor.Nul ne s\u2019y trouvait caché : on ne soupçonnait donc pas son identité. LE SAMEDI Il revint auprès do Martial, et examina avec répulsion l\u2019immonde galetas qui allait devenir son séjour.\u2014Il le faut ! murmura-1-il.La porte solidement refermée, il attira d\u2019un geste son compagnon vers 1 autre extrémité de la chambre, Là, à voix basse, ils causèrent.Malheureux ! dit le vicomte, tu as manqué nous perdre, \u2014Je ne me le serais jamais pardonné de la vie.Ou plutôt ie serais mort avec vous.\t\u2019 J -Tutoie-moi, même lorsque nous sommes seuls, afin de t\u2019y habituer.Rappelle-toi que nous sommes doux simples matelot» c\u2019est-à-dire ce que l\u2019Angleterre compte de plus bas.C'est le seul moyen pour qu on ne nons soupçonne.Et s\u2019animant : Nous avons fait au-jonrd hui un pao énorme, la connaissance de co geôlier de la Tour de Londres, ce Jovelor.Avec quelques verres de gin, quelques piè-n8.du°r\u2019 f-1 nécessaire> j\u2019arriverai à savoir de lui ce que je voudrais Uet hotelier meme, avec ses bas instincts quo j\u2019ai bien vus, est capable de taire tout ce qu\u2019on voudra pour de l\u2019argent, même do nous trahir.Ainsi, attention ! \u2014Je veillerai sur moi, Lionel.Allons, cela va mieux.Souhaite-moi Je bonsoir, et dormons, \u2014Dors bien, Lionel, dit l\u2019écuyer avec un effort qui lui arrachait visiblement la gorge.Je vais coucher en travers de la porte.Il tira son matelas contre le bois, et se jeta dessus tout habillé.On ne pourrait parvenir à son maître qu\u2019en le réveillant en lui passant sur le corps.Alors ce dernier, ayant fermé les yeux afin do no point voir la saleté hideuse de la couche sur laquelle il était obligé de s\u2019étondre, s y jeta tout habillé, après avoir placé son couteau ouvert à portée de sa main,\t* XL1V.\u2014- jîsimonnacjE Le lendemain, les deux prétendue matelots retrouvèrent, dans la salle du cabaret, Jovelor, le guichetier de la tour de Londres.La connaissance se renoua autour d\u2019une chope do bière brune on attendant les autres boissons variées.H eureux métier que le vôtre, ami Joveler ! remarqua Lionel.Un costume assez agréable, une fonction qui ne vous fait qu\u2019apprécier davantage le charme de la liberté, et, ce qui a son prix, le loisir do venir trinquer avec les amis ! Et avec un soupir : .\t! Ça vaufc «lieux que de monter dans las haubans et de cou- rir sur les vergues anurique de venir oo casser les os sur le pont d\u2019un brick ou d un trois-mats, si l\u2019on ne sa noie pas comme un chien, i-iT.,?\u201969* une Profesaion a3Sfcii honorablo que la nôtre, consentit le geôlier avec un air de fatuité, Je le crois fichtre bien, et jo changerais volontiers avec vous.Gomme vous y allez, ami Lionel.Savez-vous qu\u2019il faut des protections pour être admis, O a n\u2019encre pas facilement à la Tour de Londres.\u2014Et, poussant sa plaisanterie à la charge : \u2014Je parie qu\u2019il faut des protections aussi pour y être enfermé ! Et comme le geôlier, par instinct de métier, ne répondait pas le faux matelot choqua son gobelet avec le Bien, \u2014A votre santé, camarade.Et no parlons plus de votre peu séante maison crénelée, cola mot do l\u2019ombre.Un filet do gin, pour faire passer ce goût de bière, fera bien miuux à mon avis.Qu\u2019on dites-vous ?C\u2019était aussi l\u2019opinion du guichetier, Le matelot proposa uno partie du pekor, avec le cabareùier comme partenaire.Ce fut ce dernier qui poruit, co qui amena les plus joyeux jurons dans la bouche du marin.Le faux Lionel jouait admirablement le rôle qu\u2019il s\u2019était imposé pour arriver à son but.Voici l\u2019heure, il faut que je rentre encore, dit à la fin Joveler en se dressant.Dans votre prison?., Je préfèro que ce soit vous que moi nargua le prétendu matelot, Hé ! dit le cabaretier, furieux d\u2019avoir perdu oi de servir à boire pour rien, on no sait jamais ce qui.pjufc arriver ! Martial lança dans sa direction un regard dont la monaco eût fait singulièrement réfléchir Norborg Robby, le digne frère du cabarretier du Gué do la Mort, s\u2019il l\u2019oûi aperçu.Heureusement pour ses deux pensionnaires qu\u2019il ne s\u2019en avisa pas, occupé qu\u2019il était à se dira que ca serait eux-mêmes qui, indirectement, paieraient sa défaite.L\u2019attention de l\u2019hôtelier de la Roso aurait été en effet d\u2019autant pins dangereuse qu\u2019il avait certfiaos accointances avec la police du lord-ohief de justice, lord Somerset.lift Le guichetier parti, les doux Français traînèrent oncoro un moment dans l\u2019auberge, en vrais marins heureux do vautrer dans la paresse.Puis, sur un signe de Lionel à son compagnon, ils sortiront souh prétexte d\u2019aller chercher un embarquement.Nous allons tâcher do dénicher un bateau.mais pour plus tard, ajouta le premier, Faut pas so pressor.Cost toujours assez tôt qu\u2019on se met un morcoau de filin au cou.Norberg Robby les regarda s'éloigner, puis monta aussitôt dans leur chambre, ou mieux dans leur galetas.\u2014Dob gaillards qui mènent aussi bon train, so dit-il, on no Hait jamais.Il n est pas mauvais do voir s\u2019ils n\u2019ont pas laissé traîner quelque papier.Il faut bien payor par do potits services la bienveillance des agonts do la prévôté.Il ne remarqua qu'une infecte odour do tabac brûlé qui lui lit faire une moue de mécontentement.Une bion désagréable habitude, qu\u2019on commouco à rupportor du Nouveau-Monde, bougonna-t-il on se bouchant le nez.Il n avait donc réellement affairo qu\u2019à do nouveaux débarqués.Après avoir fouillé dans tous les coins, remué les matolas, il se retirait donc d assez mauvaise humeur, lorsque sos yeux s\u2019illuminèrent sbitement.Il venait d apercevoir sons le lit, tout contre la muraille, un objot brillant, une pièce de monnaie sans doute.Le frère de John Robby se mit à plat ventre, l\u2019agrippa avec sos doigts.\u2014Oh ! fit-il en se dressant et regardant sa trouvaillo au jour do do l\u2019étroite fenêtre, une pièce d\u2019or do Franco !.Une pièce dor française! Voilà qui pouvait être étrangement significatif ! \u2014Oest donc pour cela que j\u2019ai trouvé au promior un accont.quoique cet homme ait beaucoup voyage.Lo second, lui, ne parlo jamais, à peine oui ou non.Ce qui est très étrange aussi.Il enfouit la pièce dans sa poche.\u2014Je los surveillorai.Quant à avertir les argousins ?.Pas oncore, il faudrait que je leur montre ma pièce ot ils soraient capables de la garder.D ailleurs, pourquoi troubler de braves gens qui dépensent leur argent chez moi ?On ne va pas croire qu\u2019ils ont lo projet d'emportor la Tour parce qu\u2019ils sont logés à l\u2019auberge do la Rose ; même qu\u2019ils n\u2019étaient pas aussi décidés quo cola à y roster, et qu il n a paH fallu moins que l\u2019habilité de Joveler ot son ospéranco de vider des verres de gin à leurs frais pour les décider.Laîné de la dynastie vraiment peu intéressante des ltohby chercha encore s\u2019il n'apercevrait pas quelque autre pièce.On verra quand ils n\u2019auront plus d\u2019argent, conclut-il.Il referma la porto, allant mettre sa trouvaillo en lieu sûr.Le soir, Lionel et Martial reparurent à l\u2019auberge, l\u2019air bourru, se plaignant de n\u2019avoir pas trouvé do capitaine qui voulût los embarquer, aimant à s\u2019assurer un poste à l\u2019avance, si pou pressés qu\u2019ils tussent de reprendre la mer.Aussi, dès que Joveler le geôlier arriva, l\u2019aubergiste sr- hâtu-il do lui recommander de consoler \u201csos amR\u201d, lui promettant de reconnaître ses bons offices par quelques gracieusetés.A la vérité, durant cet après-midi, le vicomte Henri de Mercourt et son écuyer, après une courto apparition sur los quais, pour le cas où ils auraient été suivis et épiés, étaient sortis do Londres et s\u2019étaient dirigés vers une maison do campagne qu\u2019U inri do Mer-court savait avoir appartenu à lord Mercy.Dans co domaine possédé do père en fils par la famille do l\u2019ancien lord-chief de justice, il espérait rencontrer quelque servitour fidèle de qui il pourrait apprendre ce qu\u2019était réellement devoauo Ellon, , malgré toutes ses questions plus ou moins indirectos, on n avait pu ou l\u2019on avait voulu rien lui dire.\u2014Pauvre miss Ellen, elle est peut-être partio pour un monde meilleur ! avait-il dit en désespoir de cause, espérant arracher ainsi aux paysans un mot, un seul, qui mit onfin un torrno à sos longuos anxiétés.\t\u201d Mais ceux-ci s étaient contentés do lever les yeux au ciel, sans répondre.Les rares biens de lord Morcy qui n\u2019avaient pas été donnés à son persécuteur, à son gendre infâme étaient plucés sons lo séquestre royal.Et les anciens serviteurs du père d\u2019Ellon, tenus immédiatement sous la main des ennemis de leur ancien maître, n\u2019osaient parler du prisonnier ni de sa famille.Savaient-ils même si lo maître humain et juste qu\u2019ils avaient servi durant un si grand nombre d\u2019années était encoro do ce monde ?Et leur incertitude n\u2019était-elle pas la même à l\u2019égard de leur jeune maîtresse î Cela paraissait résulter des rares paroles qu\u2019ils avaient prononcées et de leur attitude.Aussi le découragement du pseudo-Lionel, lorsqu\u2019il roparut à l\u2019auberge, n\u2019était-il pas simulé. 114 LE SAMEDI Il avail seulement donné à hu tristesse le caractère lourd eh trivial qu\u2019exigeait le rôle auquel il était condamné.\u2014\tSeul, a\u2019était-il dit, lord Mercy pourrait peut-être lever pour moi co voile désespérant, s'il vit encore.Aussi accuoillit-il avec une sorte do joie les avances que le guichetier venait do lui faire, à l\u2019incitation du cabaretier.\u2014Obtenir de cet homme l\u2019aveu de la présence du vieux lord dans la sinistre iorterosse ; arriver ensuito à correspondre avec lui, l\u2019approcher même, s\u2019il était possible, et de quelque prix qu\u2019d fallût payer cola, oui, voilà à quoi il faut que j\u2019aboutisse ! pensa-t-il.Et prenant, d'un air muusBude, la main que lui tendait le geôlier : \u2014\tVous êtes heureux, vous, camarade, nourri, logé, chauffé pour la vie, tandis que le compagnon et moi, nous n\u2019avons pas mémo trouvé un misérable sloop de cinquante tonnes pour nous embarquer.\u2014\tVous embarquer, déjà ?s\u2019exclama avec une bonne foi réelle Joveler, voyant s'évanouir, comme dans un mirage, la longuo série de rasades qu\u2019il s\u2019était promises.\u2014Que voulez-vous, c\u2019est le métier.Votre gobelet vidé, vous retournez dans votre prison, ami Joveler, et moi je retourne sur mou bateau.Voulez-vous troquer ?L\u2019autre hocha la tête.\u2014A llez, votre métier est bien le meilleur.Pour vous, lo pont-levis de lu Tour de Londres est toujours abaissé, tandis que moi je n'ai pas même trouvé une petite goélette sur laquelle il y lût besoin d\u2019un gabier, \u2014\tBast, noyons notre chagrin dans nos verres, ami Lionel.\u2014Noyons nos chagrins dans nos verres.Gela nous fera rester nu peu plus longtemps chez maître Robby.Un rire silencieux tira les lèvres du cabaretier, \u2014Qu ils restent chez moi le plus longtemps possible.C\u2019est tout ce que je désire d\u2019eux, Il pensait que s\u2019il réussissait à mettre la main sur quelques autres livres de b rance, cela augmenterait d\u2019autant son profit, en attendant qu il dénonçât ces singuliers matelots, assez riches pour laisser traîner do pareils lingots étrangers.En réfléchissant, il avait trouvé un moyen do montrer son zèle envers la police, sans se démunir de la bienheureuse pièce qu\u2019il avait trouvée et do celles qu\u2019il espérait récolter encore.Il dirait avoir vu le marin compter une grosse somme en or français, et même écossais.Le résultat serait immanquuhlo.A titre de dénonciateur, on lui attribuerait une partie des sommes confisquées sur ses deux clients.Ce serait donc pour lui un nouveau profit.Devant une telle perspective, nn homme comme Norberg Robby ne pouvait hésiter.Le monsoDge et l\u2019infamie, vétilles, en vérité 1 \u2014Seulement, se dit l\u2019honorable frère et émule de l\u2019aubergnte de la Tweed, tirons d\u2019eux d\u2019abord tout ce que nous pourrons.Le lendemain, Lionel et Martial continuèrent de nouveau leurs recherches.Leur hôte se hâta de profiter de leurs sorties pour aller fouiller do rechif la misérable mansarde.Mais rion, cette fois.\u2014Je saurai do quoi il retourne, se jura-t-il.Et déplaçant imperceptiblement une brique d\u2019encoignure dont la mobilité indiquait que cet espionnage lui était familier, il s\u2019assura aussitôt qu il pourrait voir ce qui aurait lieu désormais dans le galetas, et cola grâce à l'ouverture ménagée.\u2014Je les tiens, maintenant ! conclut-il.Le soir, à peine ses doux pensionnaires étaient-ils enfermés dans leur chambre, qu\u2019il vint, à pas de loup, prendre son poste d\u2019observation.Contrairement à son attente, il n\u2019aperçut rien de suspect.Seulement, ainsi que la veille, los deux matelots, éloignés autant que possible de l\u2019entrée du trou qu\u2019il avait méuagé, causaient à voix basse.Quelques sons confus parvenaient seuls à l\u2019oreille de l\u2019espion.\u2014Il me semble bien qu'ils parlent français, murmura-t-il, J\u2019avais raison de me méfier, Norberg Robby demeura néanmoins à son poste jusqu\u2019à ce qu\u2019ils se fussent allongés chacun sur son grabat et oussent soufflé la chandelle.Mais, avant ce moment, il les avait vus mettre à côté d\u2019eux, tout ouverts, leurs couteaux, des couteaux énormes, à lame épaisse et aiguë, des couteaux à saigner les bœufs, voire les cabaretiers indiscrets, jugea-t-il avec un frisson, Et il quitta sa cachette avec dos précautions apourées, croyant déjà sentir l\u2019acier planté entre ses deux épaules.Pour p rendre de toiles précautions, il fallait que los deux hommes lussent des conspirateurs dangereux,\t=.j On lo récompenserait donc largement do sa délation, ¦W 3» I outo la nuit, il balançait entre la suggestion d\u2019aller sans retard les dénoncer, et celle de continuer à palper le gain qu\u2019ils lui laissaient sans trop compter.Le cabaretier do la Rose appréciait énormément l\u2019adage quo *\u2022 un bon tiens vaut mieux que deux tu l\u2019auras.\u201d En somme, ce dont il était le plus sûr, c\u2019était le gain que les deux hommes lui laissaient ; aussi, l\u2019avarice l\u2019emporta-t-elle à la fin, Mais, le jour venu, c\u2019était avec une politesse obséquieuse qu\u2019il déférait aux moindres ordres de ses deux clients.Il croyait toujours voir luire devant ses yeux les horribles lames de leurs couteaux.Du reste, les événements n\u2019allaient pas tarder à cesser faire ces hésitions entre la terreur causée par les coutelas des deux marins et son amour fiévreux do l\u2019argent, dût-il, comme sou digne frère, pour en récolter davantage, avoir recours à une félonie, à un orime ! XLY.\u2014 UN FESTIN DE BALTHAZAR\t' La veille, quand l\u2019aubergiste avait quitté son poste d\u2019espionnage, Lionol avait cru entendre marcher.Martial, à qui il avait dit un mot à l\u2019oreille, avait ouvert la porte sans bruit et, s\u2019avançaut nu-pieds jusqu\u2019à l\u2019escalier, l\u2019avait entend a descendant l\u2019escalier.Les deux hommes avaient ensuite découvert la brique mobile qui avait permis à Robby de les espionner.\u2014Oh ! oh ! Il faut en finir, dit Lionel.Dans ses précédentes libations avec Joveler le geôlier, il avait: sans paraître le rechercher, amené à plusieurs reprises la conversa-sur la Tour de Londres.Il résolut d\u2019aller jusqu\u2019au bout.\u2014Ma foi, s\u2019exclama-t-il après le verre de gin obligatoire pour ouvrir l\u2019estomac et bien disposer l\u2019amitié, j\u2019ai vu hior, chez le traiteur qui est à côté de côté de Saint-Paul, des cuissots de chevreuil et des coqs de bruyère à faire venir l\u2019eau à la bouche.M\u2019est avis qu\u2019arrosé comme il convient, ce serait là un vrai régal pour dos.matelots fatigués de manger du poisson salé pendant dix mois de l\u2019année, et même pour un gardien des prisons de Sa Majesté.Les yeux du géolier brillèrent de oonvoitiso gourmande.\u2014Eh ! l\u2019hôtelier ! aubergiste d\u2019enfer ! commanda Lionel en tapant bruyamment sur la table.\u2014Voilà, compagnon, voilà ! se hâta de répliquer Norberg Robby qui écoutait, \u2014Tu vas envoyer ta femme, ta servante, qui tu voudras chez le traiteur de Saint-Paul, et tu nous feras rapporter un cuissot do chevreuil fait à point, deux coqs de bruyère.et le nécessaire pour un pâté de gelinottes que tu nous prépareras sur l\u2019heure.Et jetant sa bourse sur la table : \u2014Il faut que je vide mon escarcelle avant de m\u2019embarquer.Ami Joveler, c\u2019est moi qui régale.Les prunelles du cabaretier étincelèrent : la bourse n\u2019était pas grosse, mais était pleine de pièces semblables à celle qu\u2019il avait trouvée : l\u2019aubaine no serait certainement pas à dédaigner.Le matelot prit la bourse par le fond et en vida suporberaent le contenu sur la table.Des couronnes, des doubles guinées s\u2019en échappèrent, roulèrent sur la table.Mais de livres tournois à l'effigie de France, pas une.La figure de Norberg Robby s\u2019allongea.Puis, une réflexion lui venant : \u2014Par quel hasard se trouverait-il qu\u2019il eût perdu une pièce d\u2019or et que co soit justement une pièce française ?L\u2019argent étranger ne se montre pas, parce que ça trahit celui qui le porte.Oû donc cuche-il le reste ?Et, appelant sa servante, il l\u2019envoya faire les emplettes réclamées par son client, en lui recommandant de se hâter, Et même temps, il se disait : \u2014J\u2019espère bien que le vin va lui délier la langue.On verra alors ce qu\u2019il faudra faire.Tout joyeux, il se mit en cuisine, manigançant déjà sa trahison eu faisant rissoler les plats.\u2014 Or cà ! objecta Lionel lorsque le repas fut prêt, un festin pareil ne se mange pas dans la salle commune d\u2019un cabaret, où la fumée du tabac d\u2019Amérique nuit au fumet des plats.Maître Robby, vous vous allez nous servir dans certain cabinet que j\u2019ai aperçu contre l\u2019escalier.C\u2019est bien la moins, lo jour cù la marine de Sa Gracieuse Majesté traite le corps des guichetiers do la haute justice, ( A'suivre,} Contre los Büuiuos obstinés, la \" .' ' , l\u2019Astlme, le Croup, de., ete., - Demandez le BAUME RHUM AL 077 LE SAMEDI 115 FEUILLETON DU \" SAMEDI,\" t AOUT 1900 0» L\u2019Enfant du Mystère LXIII \u2014 TRAITRE (Suite et Jln) \u2014Je me suis trompé, ponba-t il.Que Marcel parte lo premior et roa mère so taira.Tout va bien.Il était à peine retourné au chantier avec sir William, que Oésa-rine montait frapper à la porte de Marcel.Lo poète la ht entrer et l\u2019invita à s\u2019asseoir.Elle resta debout, n\u2019osant s\u2019avancer.\u2014J\u2019ai à vous demundor l\u2019impossible, dit-elle entin.\u2014C\u2019ost me faire trop d'honneur, répondit le poète.Un pâle sourire éclaira sa physionomie.Il avança un siège à la pauvre femme.\u2014Parlez, maman Virieu, llûtez-vous ; car, bientôt, il serait trop tard.\u2014Oui, je sais, vous partez.On vous réduit au désespoir ; mais moi, je vous apporte la consolation.en échange du pardon pour le coupable.Il la considéra avec inquiétude : à force d\u2019avoir souffert, cette \u2014Vous ôtes un homme de cœur.Je, prends acte de votre promesse.Touchez là, Il lui tendit la main et reprit : \u2014Pas un mot, non plus, à ma, fille, s\u2019il vous plaît ?Une rougeur soudaine envahit les joues du poète.\u2014Je ne parlerai de mon départ à âme qui vive, promit-il encore.\u2014 Bien.J'ai confiance en vous.Passons maintenant aux affaires sérieuses.Vous avez perdu, en nomme, prè.s do deux années do votre jeunesse à instruire mon fils, cela se paye.Voici un chèque de cent mille francs.Cette offre fit bondir Marcel.\u2014Rien ! monsieur, s\u2019écria-t-il, je n\u2019accepterai rien.loi, comme à Paris, comme à Montbrun, je refuse toute espèce de cadeaux.Vous m\u2019avez payé régulièrement, noua sommes quittes, \u2014Et bons amis ?\u2014Oui, monsieur, bons amis.\u2014C\u2019est votre dernier mot ?\u2014Le dernier.Clakay, à diro vrai, orgueilleux comme un parvenu, mais foncièrement juste et honnête, avait un peu honte du rôle qu\u2019il jouait.Il rejoignit aussitôb Arthur et lui dit : \u2014Va retrouver ton maître.Aime-lo bien, c\u2019est un bravo cœur, Marcel refoulait ses larmes.Lorsque Arthur entra, il s\u2019efforça de lui sourire.\u2014Que voulait donc papa ?s\u2019informa l\u2019enfant.\u2014Il s\u2019agit de vos études.Los lettres, ce n\u2019est que trop vrai, mènent à rien pratique.Il vous faudra bientôt piocher les sciences, ne serait-ce que pour donner satisfaction à votre père, La leçon terminée.Marcel so retira dans sa chambre, et, prétextant une indisposition, s\u2019abstint de paraître au déjeuner do famille, Jacques ne craignit pas d\u2019aller le relancer.Il avait hâte de savoir si le patron l\u2019avait congédié.\u2014Tu es souffrant ?demanda-t-il à ce dernier.\u2014 Oui, je souffre d\u2019un mal sans remède.\u2014Pourquoi désespérer, mon pauvre ami ?Lo temps ne t\u2019a pas dit son dernier mot._____Si il m\u2019a parlé ce matin par la bouche de sir William.Ce millionnaire se sera aperçu de quelque chose, et il me sépare brusquement de sa fille.\u2014Que me dis-tu là ?\u2014La vérité.Je suis congédié sous le prétests que mon enseignement n\u2019est pas assez scientifique.On va te demander sans douto do me remplacer auprès d'Arthur, __Moi ?Mais je n\u2019ai pas le temps ! Je refuserai net, ne serait-ce que pour protester contre ion renvoi, Il faudra bien qu\u2019on te rappelle ! L'hypocrite jouait à merveille la comédie de l\u2019amitié.Marcel tomba dans le piège.__Ton dévouement, dit-il, me réchauffe le cœur, Je vois que je puis compter sur toi.Veux-tn ma promettre de m\u2019écrire tous les quinze jours et de me donner des nouvelles d\u2019Augusta ?\u2014Certainement, Mais quand pars-tu ?\u2014Par le promier paquebot.Dans quarante-huit heuros, je serai sur la route de France.\u2014Déjà ! Au moins, as-tu obtenu une bonne indemnité ?\u2014Sir William m\u2019a offert cent mille francs : j\u2019ai refusé.Je ne veux que mon dû.Jacques no concevait qu\u2019on fût assez,.poèto pour mépriser la fortune.Ça, par exemple, fit-il, c\u2019est de la folie ! Sir William n\u2019en sera ni plus riche, ni plus pauvre, et toi, tu t\u2019exposes à tirer la langue avant quelques mois, \u2014Avant quelques mois, répliqua Marcel, je serai mort de chagrin, Jacques crut entendre un soupir derrière la porte.Il abrégea l\u2019entretien et sortit, espérant surprendre de nouveau sa mère en flagrant délit de surveillance.Il n\u2019y avait personne dans le couloir.Il chercha Céaarine et la trouva occupée à l\u2019office.U) Commencé (lacs le numéro du 33 déoemhro 1838, CHOCOLAT HÉRELLE | Déjeuner, Napolitains.femme allait-elle sombrer dans la folie ?.\u2014Expliquez-vous, maman Virieu ?Elle s\u2019agenouilla devant lui.\u2014Pitié, répétait-elle, pitié pour lo coupable ! Il l\u2019obligea à se relever et la soutenant, défaillante, jusqu\u2019à un fautouil : \u2014 La pitié est la première vertu du poète, dit-il.De quel coupable voulez-vous parler ?Il fallait entin s\u2019expliquer.Oésarine no doutait pas du pardon de Marcel, et cependant l\u2019aveu le terrible aveu expirait sur ses lèvres.Le fils de Julien Lartigue comprit que cotte femme portait dans sa conscience un lourd secret.\u2014Vous mo demandez mon pardon, dit-il, je vous l\u2019accorde d\u2019avance, quoi que vous ayez à me révéler.Quand à la consolation que vous mo faites espérer, elle ne saurait être en votre pouvoir ; elle n\u2019est au pouvoir de personne.Ces dornières paroles rendirent courago à Oésarine.\u2014Vous partirez d\u2019ici, dit-elle, le désespoir au cœur ; mais quelqu\u2019un ae chargera de voua rattaoher à la vio.\u2014Qui donc ?\u2014Celle à qui vous avez pensé souvent depuis que vous ôtes on âge de ré fléchir.11 n\u2019en faut pas dire long au poète pour qu\u2019il comprenne.\u2014 Non, ce n\u2019est pas possible ! dit Marcel, vous ne connaissez pas ma mère ! Où Tauriez-vous connue ?\u2014O\u2019ebt la meilleure des femmes, monsieur Marcel.Elle sera lieu-reuso et fière do vous avoir retrouvé.Ce fut au tour de Marcel à s\u2019agenouiller devant celle qui lo suppliait un instant auparavant.\u2014Pourquoi, demanda-t-il, m\u2019avoir fait attendre ce bonheur.\u2014Parce qu\u2019il me fallait vous dénoncer la trahison d\u2019un misérable que j'ai tort d\u2019aimer.comme s\u2019il était mon fils, dont il aurait l\u2019âge.Le crime de cet homme est le plus odieux do tous.Il a pris votro mère, il s\u2019est donné à elle commo étant lo fils qu\u2019elle désespérait de revoir, et elle l\u2019a cru.La lumière s'était faite dans l\u2019esprit de Marcel.\u2014Jacques a fait cela ?s\u2019écria-t-il.\u2014Oui, monsieur Marcel.Vous voyez bien que lo pardon est au-deasus do vos forces.Que vous le démasquiez publiquement, et il est perdu sans retour.Une question s\u2019imposait à l\u2019esprit du poète : comment cette femme avait-olle pu apprendre l\u2019affreuse supercherie ?Il le lui demanda sur un ton où, pour la premiere fois, on sontait do la colère.\u2014Je ne puis vous répondre, dit-elle en sanglotant.Ce secret se rattache à un mystère de famille qu\u2019il no m\u2019est point permis de divulguer.\u2014Alors, nommez-moi ma mère, \u2014C\u2019est la comtesse de Fallière.Elle demeure avec sa fille, à Châ-teauroux.Pour vous faire reconnaître d\u2019elle, vous n\u2019aurez qn\u2019à lui parlor do votre père, Julien Lartigue.Vous lui direz quo c\u2019ost moi qui vous envoie à elle, et elle n\u2019aura plus aucun douto.Seulement, ayez soin do lui épargner la honte du passé.Sa fille ne soit rien, Maintenant, monsieur Marcel, aurez-vous la générosité do pardonner ?.\u2014Quel était son mobile ?\u2014Hélas ! l\u2019intérêt.Votre mère eBt riche, \u2014Oh ! l\u2019infâme ! La Rassajou courbait le front.'Elle ne pouvait dire à Marcel : \u201c Cet infâme est mon fils, et o\u2019eat pourquoi je vous supplie de l\u2019épargner.\u201d Il ne comprenait paB, lui, qu\u2019elle eût pitié d\u2019un être aussi méprisable.\u2014Je lui pardonnerai, dit-il enfin, mais à une condition.\u2014Laquelle ?\u2014Il partira, lui aussi ; je vois clair maintenant dans son jeu.C'est à lui que je dois mon renvoi.Quatre qualités.\u2014 Croquettes, Chocolat Kapé, Cacao Soluble.\u2014 Tablettes* wr LE MEILLEUR DU MONDE ET LE MOINS CHER. no LE SAMEDI Et con,me elle détournait la tète pour cacher hod trouble : \u2014Je n\u2019ai pas de plus cruel ennemi que Jacques, n\u2019est-co pas î demanda-t-il, Vous le savez et vous n\u2019oaez plus le défendre.\u2014Cent i.flroux à dire, balbutia-t-elle ; mais ce n\u2019est que trop vrai, monsieur Marcel.Aussi, je vous en supplie, ne laissez rien voir à Jacques de ce que vous savez.Évitez toute explication avec lui.Allez retrouver votre mère et soyez heureux.Moi, je me charge d'éloigner Jacques de celle que vous aimez et qui vous aime.\u2014\tOui, je l\u2019aime I s\u2019écria Marcel ; vous avez pu l\u2019observer ; mais rien ne vous autorise à m\u2019assurer que Je suis payé de retour.\u2014\tUne f urn me ne se trompe pas k cortains détails.Combien de lois Mlle Augusta m\u2019a interrogée à votre sujet! Elle tenait à savoir ce que vous faisiez à Paris.Je lui ai raconté votre vie de travail et de privations, et j ai vu des larmes briller dans ses beaux yeux.Jkof, mon bon monsieur Marcel, vous ôtes aimé, ce n\u2019est point dou-touz, Qunnt à Jacques, il partira d\u2019ici, soyez-en certain.Je n\u2019ai qu\u2019un mot à dire pour l\u2019y contraindre.Ce mot, je le dirai s\u2019il le faut.Et pour vcui rassuror, je vous écrirai chez Mme de Fallière, dès qu\u2019il sera parti.Mai col lui était reconnaissant de ses confidences au sujet d\u2019Augusta.II lui demanda dos renseignements sur la comtesse de Fallière, sur Lucilo.Il icnia't renaître en lui l\u2019espoir.Avant le dîner, le maure vint lui demander de sob nouvelles.\u2014Ma décision lui dit-il avec bonté, vous a causé un chagrin.Croyez que je n oublierai jamais les services que vous avez rendus à mon fi's et surtout le dévouement dont vous avez fait prouve en sauvunt ma fille qui, sans vous, se serait noyée.Vous avez tort de refuser les cent mille francs que je vous offre.Dans tous les cas, si jamais vous avez besoin d'un coup da main, d\u2019un appui, ne me faites pas l'injure de m\u2019oublier.Marcel le remercia pour ces bonnes paroles.bur les instances de sir \\\\ illiarn, il consentit à descendre au dîaer.\u2014Après-demain, dit-il, je partirai sans avoir prévenu porsonno, J espère que vous n'aur-z pas à le regretter pour Arthur.Le pauvre eni'unt est trèi sensible et très affectueux, Il supportera, avec peine notre séparation.Si vous le permettez, je lui écrirai de temps à autro pour l'encourager dans ses études, \u2014Je vous y autorise bien volontiers.Marcel retrouva Jacques à la salle à manger.L\u2019impoiteur lui tendit la main.Marcel se détourna de lui.Augusta observa cette scène et pâlit.Elle avait surpris dans les yeux de l\u2019ingéoieur une expression de haine féroco.Aprèi le repas, Marcel, qui n\u2019avait pu prononcer uno parolo, remonta dans sa chambre et s\u2019y enferma à clé.Un iûstant après, Jacquos frappait à sa porte, Il ne reçut aucune réponse.\u2014Ce it mol, dit-il.Pourquoi n'ouvres-tu pas J Même silence.Jacques sa retira, le cœur rongé d'inquiétude et de rage.Connu) il rentrait chez lui, il y trouva sa mère, qui l'attendait.\u2014\tJ'ai tout dit à Marcel, lui annonça-t-elle hardiment.Il to pardonne, mais à uno condition: tu quitteras ce pays, tu renonceras à tout jamais à tes projets sur Augusta.Elle ne t\u2019aime pas, elle no t'aimera jamais ; elle te méprisera en apprenant le départ de Marcel ; car elle ne doutera pas que tu as abusé de la confiance de son père pour obtenir le renvoi de celui qu\u2019elle aime et qui on est digne.Après avoir été la mère dévouée au point de se rendre, par son ailenre, complice des intrigues de l\u2019avontier, elle faisait justice.Kirasé par l'inexorable arrêt, Jacquos s'affaissa dans un fauteuil et coh mots s'échappèrent de sa bouche : \u2014Je suis perdu I E'îo se rapprocha do lui et, d\u2019une voix douce : \u2014Ne te désospère pas, mon enfant.Tu ne manqueras de rien, je te trouverai de l\u2019argont, uno somme suffisante pour t'établir à ton compto.I( haussa les épaules.Tenant la fortune sous le main, la grande fortuno si longtemps rêvée, il no pouvait se décider k la lâchor.A cet ambition effrénée se joignait un amour sauvage pour la fille du millionnaire.\u2014\tVous me brisez le cœur, murmura-t-il.\u2014Je sais, répliqua-t-ello que tu as conçu pour Augusta uno passion malheureuse.Co n\u2019ost pas cela qui m\u2019inquiète.Rappello-toi comme tu l\u2019aimais, ta pauvre Savinia, si bello, si dévouée.Kilo a rru à tes serments et, quolques mois après, tu les reniais.Il n\u2019y aura jamais de constance dans tes affections.Et d\u2019ailleurs la biga-mio est un autre crime qûe.Il se redressa brusquement : \u2014Ce.'t bon, fit-il, on voilà assez I Je verrai ce que j\u2019ai k faire.Il ouvrit la porto ot invita sa mère k sortir.Elle se retira la tête haute.I\tour la première fois de sa vie, Césarine était en paix avec sa conscience\tr Jacquos ne s\u2019attarda pas en réflexions inutiles, Il avait des comptes a dresser pour la paie des ouvriers ; suivant eon habitude, il des-coiK it s enfermer dans son bureau, attenant au cabinet du patron.Le travail terminé, il alluma un cigare et se perdit dans une rêverie ou flottait la radieuse image d\u2019Augusta.Sa lampe s éteignit soudain, Tout dormait à la villa des Oliviers.On n entendait plus que le ressac lointain de la mer, Jacques se disposait à remonter chez lai lorsqu\u2019un bruit singulier attira son attention.\t6 E videmment, quelqu\u2019un limait les barreaux de la fenêtre donnant sur la compagne.mainCqU08 glisS° derrière une tenture et attend, le poignard à la .Preeaier barreau, puis un second cèdent sous les efforts de la lime.1 ar 1 ouverture, un homme s\u2019introduit dans la place, U tto homme doit connaître parfaitement les lieux.II se dirige, sans tâtonner, vers le bureau, dont il fracture un tiroir, Qaelquos pièces d\u2019or roulent sur le parquet.Le voleur allume une lanterne sourde dont il avait eu soin de se munir et se baisse pour ramasser son butin.Jacques a reconnu en lui un Arabe, nommé Mokrar, homme énergique,^ dont il avait fait un chef d\u2019équipe, II\ts «lance sur lui, le renverse, ot le menaçait du poignard : \u2014Ah : c est toi, Mokrar, tu fais là une jolie besogne ! L Arabe atterré, demandait grâce.l\u2019ar prudence, Jacques lui lia les mains et les jambes.Déjà une pensée atroce venait de surgir dans son esprit.Eu [ enetrant par effraction dans la demeure de son maître, cet Arabe était passible du bagne ; Jacques le tenait à sa discrétion.u veux de 1 or, lui dit-il ; eh bien, je t\u2019en donnerai, et beaucoup.si tu es disposé à m\u2019obéir.D\u2019abord, pourquoi veux-fcu de l\u2019or ?\u2014Pour fuir avec Nichina, la fille de ben Saïd, répondit l\u2019Arabe.\u2014Elle t'aime I \u2014Oai, mission.\u2014\t111 eureux gaillard ! Elle t\u2019aime et son père ne veut pas te la donner î Jucques avait trouvé l\u2019instrument qu\u2019il cherchait.\u2014\tMille francs te suffiraient-ils ?Oui, mission.Moi obéir à toi comme le slougi à son maître.\u2014\tEt tu disparaîtras pour toujours î Toujours, répéta l\u2019Arabe.Moi retourner à Oued Souf.,loin, loin.L'aube frappait aux vitres.Il fallait en finir.J tt' un ennemi, dit Jacques.Chaque matin, mon ennemi se promène seul, k cheval, à une lieue d\u2019ici, sur la route qui conduit aux plantations de maïs.As-tu un bon fusil ?\u2014Oui, mission.\u20141 renil-:-le et va te cacher dans le bois d\u2019où s\u2019échappe la source qui arrose les champs.Laisse venir à portée de ton arme le précepteur du ti.H de notre maître, et, surtout, ne le manque pas, Je te remettrai, non pas mille francs, mais deux mille, Ta enterreras ton tusii (lans le sable et tu viendras au chantier, comme d'habitude.Compris, missiou.Moi, tuer ton ennemi et partir avec Nichina sur boa cheval volé au maître.Toi, payer moi, l\u2019autre nuit, ici.\u2014Je puis compter sur ta parole ?\u2014Moi venger toi, par Mohammed ! jura l\u2019Arabe.Jacques commença par vider les tiroir de tout l\u2019argent qu\u2019ils contenaient.Puis, il délia son complice et le fit sortir par où il était entré.Le jour grandissait, emportant les brumes.La matinee serait superbe.Marcel ne pouvait manquer d\u2019aller revoir une dernière fois son site préféré.Le tils do Kassajou, on l\u2019a vu plus haut, ne s\u2019était pas trompé dans ses infâmes calculs.LXIX.\u2014 I.ES AVEUX DE CÉSARINE L\u2019évanouCsoment d\u2019Augusta n\u2019avait duré qu\u2019une minute.François Hrégeathâta de la rassurer.\u2014Je me connais en blessures, affirma-t-il.Le malheureux jeune homme qui gît sans secours sur la route de Gabèa n\u2019a pas été atteint mortellement.Qa\u2019on fasse atteler une voiture légère et j\u2019irai le chercher.\u2014Je vous accompagnerai, dit sir William.S'adressant à sa fille et à Arthur : \u2014Rentrez, tues enfants, et envoyez moi de suite le docteur.L'assassin qui, on n\u2019on a pas douté, n\u2019était autre que l\u2019Arabe LE SAMEDI 117 Mokrar, fut attaché solidement à un poteau, dans l'écurie, ot confié a_la garde do deux serviteurs dévoués.f allait partir, lorsque le bruit d'uno voiture se fib entendre sur la route.Quelle ne fut pas sa surprise en aporcovan», dans une calèche découverte, le journaliste Briollet en compagnie de trois autres voyageurs.bur leurs genoux se trouvait étendue la victime do Mokrar.\u2014On nous ramène le blessé ! annonça-t-il à Sir William, Un instant après, la calèche faisait son entrée à la villa des Oliviers.Transporté dans sa chambre, Marcel, qui n\u2019avait pas encore ropris connaissance, reçut les soins immédiats du docteur Loroy.La blessure est grave, mais non dangereuse, fit co dernier.Laissez moi soul avec le malado.bir William descendit au salon, où l\u2019attendaient les voyageurs, briollet avait reconnu François Brégoat sous ses haillons ; mais mais il s\u2019était gardé de lui adresser une parole, Le plus âgée des voyageurs se présenta le premier à l'Américain.\u2014Je suis, dit-il, le vicomte de Borianne, quo M.Briollet a bien voulu piloter jusqu'ici Mos compagnons sont l'un, mon fils, ot l\u2019autre, un ami de mon fils, M.Pierre Sorlac, ingénieur civil.bi William s\u2019inclina et tendit aflbctueusement la main au reporter, Nous vouons, dit co dernier, pour interroger une servante, la veuve Augustine Virieu.\u2014Elle est ici, annonça sir William Les quatre voyageurs échangèrent un regard de satisfaction.Il s\u2019agit, njouta lo reporter, d\u2019une enquête d\u2019où dépend l\u2019honneur delà famille do Borianne, Avant toute chose, permettez-mci, monsieur Clakay, de vous poser une question.Avez-vous des soupçons qui puissent vous mettre sur la piste de l\u2019assassin ?-Cet homme, répondit sir William en montrant François, a arreté lui-même lo coupable.Quel est lo mobile du crime ?demanda Briollet L individu arrêté prétend avoir agi pour le compte d\u2019un autre, \u2014D11 n ûutre qui s\u2019appelle Jacques Brémond ! s\u2019écria le reporter, bir \\\\ îlliam demeura stupéfait.Oe fut ù son tour do questionner.Vous connaissez donc M.Brémond, que l\u2019assassin accuse effectivement d\u2019etre son complice ?' Ie n\u2018J l\u2019ai jamais vu ; mais je sais qu\u2019il est capable de tout.Edit informé de l\u2019arrestation ?\u2014 Pas encore.Il surveille en ce moment dos travaux de construction.\u2014Quand rentrera-t-il ?\u2014Pas avant midi ;\u2014Nous avons lo temps do dresser nos batteries, Où se trouve lo prisonnier ?\u2014Enfermé dans une écurie, sous bonne garde.Voulez-vous que j envois chercher la femme Virieu ?\u2014Ricu no presse, Mais, soudain, Briollet s\u2019aperçoit que, dans sa préoccupation, il a oublié le pauvre Marcel.Il prie sir William de le conduire auprès de lui.Tous deux se rondent à la chambre du blessé, qui venait de rouvrir les yeux, Le docteur Leroy les arrêta sur le seuil.Noure ami est hors de danger, dit-il tout bas; mais je crains une forte fièvre.Laissons-le reposer.Sir William s\u2019empressa de porter la bonne nouvelle à ses enfants.Dans sa joie, Augusta ne craignit pas do se trahir, \u2014Oh ! père, s\u2019écria-t-elle, remercie la Providence, qui m\u2019a déjà sauvéo deux fois.Si Marcel avait succombé, je no lui aurais pas survécu.L\u2019Américain eut peine à contenir sa colère.Depuis la catastrophe du Grand Théâtre Symphonique, il n\u2019avait éprouvé d\u2019aussi fortes émotions.U rejoignit les visiteurs et les conduisit à l\u2019écurie où se trouvait Mokrar.Déjà Briollet s\u2019était concerté secrètement avec François sur la meilleure marche à suivre.Oe dernier servit d\u2019interprète pour interroger lo coupable.\u2014Voici ce qu\u2019on attend de toi, lui dit-il en arabe.Tout à l\u2019heure, tu recevras la visite de ton complice, qui ne se croira pas surveillé.Nous resterons cachés das l\u2019écurie voisine.Ta bonne volonté à nous servir te vaudra l\u2019indulgence de la justice.François se chargea d\u2019aller avertir Jacques Brémond du crime qu\u2019on venait de découvrir.\u2014Je l\u2019amènerai dans le piège, aBsura-t-il, Il viendra tout droit ici.Parti en voiture avec un guide, il trouva l\u2019ingénieur agronome en plein travail et l\u2019informa qu\u2019il venait le chercher de la part du maître.Jacques devint blême.Il monta dans la voiture.En chemin, François, simulant à merveille l\u2019Arabe de la basse classe, lui raconta comment il avait arrêté Mokrar et prétendit que sir William était allé relever lui-même le blessé.\u2014Le maître, dit-il, vous charge d\u2019interroger l\u2019assassin.Co misérable rofuse de répondre.Il fait le muet.Uno immonse satisfaction se peignit sur les traits do Jacques.-Espère-t-on sauver la victime ?demanda-t-il.\u2014 Oh ! non, assura François avec un grand gosto tragique.A peino arrivé, Jacques courut à l\u2019écurio.Il invita François à l\u2019attendre devant la porte, qu'il reforma derrière lui, après avoir éloigné les surveillants.\u2014Imbécile ! dit-il à Mokrar, tu t\u2019es laissé prendre.No crains rien.Cette nuit, je te ferai évader.Tu auras les doux millo francs que je t'ai promis.En attendant, continue à faire lo muet.Le misérable achevait à peine ces mots que deux mains do géant s\u2019abattaient sur ses épaules.C'était le mfdtro lui-n êmo le milliardaire dont il convoitait la fortune, qui s\u2019emparait de sa personne Il l\u2019aurait assommé sur place, sans l\u2019intervention des trois jeunes gens ot du vicomte.François était entré aussitôt.Par précaution, il fouilla !o scélérat et lui confisqua son poignard.\u2014Cob deux hommes, déclara sir William, seront livrés aujourd'hui aux autorités do Cabès.Briollet demanda pour eux vingt-quatro heures do répit.\u2014Nous avons besoin do Jacques Brémond, dit-il, pour éclaircir un point do notre enquête, Je désire qu\u2019on l\u2019enferme on lieu sùr ot qu\u2019on le confie à la garde du brave à qui Marcel doit la vio.\u2014J\u2019y consens, dit sir Arthur, mais lorsque ce bravo nous aura dit qui il est ot d\u2019où il vient.\u2014Je suis Abdallah ben Aboukr, le Moslem, le cnil du R\u2019hat.Mes ennemis m\u2019ont torrassé et j'ui erré, fugitif, dans le désort Ma destinée m\u2019a conduit à Gabès.Bientôt, je reprendrai lo chemin do l\u2019inconnu.Ma vio touche à sa fin.Ainsi la voulu Allah.Tous s\u2019étaient découverts devant lo fameux chef, vainqueur des Touareg, et dont la réputation avait traversé la mor.L\u2019audace de cet aventurier plaisait à Briollet.Il l\u2019admirait tout en souriant dans sa fino moustache.\u2014Caïd, dit sir William, ma maison est la vôtre.Restez y tant que vous voudrez et demundez-moi, avant de partir, les sommes dont vous aurez besoin pour recommencer la lutto, \u2014Ma vie touche à sa fin, répéta François.Au milieu du parc, se trouvait uno construction récente, établie d\u2019après les plans de Jacques Brémond.Ce fut là que l\u2019on enferma, solidement garrotté, l\u2019ingéniour agronome, auprès duquel s\u2019installa le fameux c ü 1, transformé en geôlier volontaire.Le vicomte do Borianne, dont le front était traversé par uno ride profonde, avait assisté à cette scène, ainsi que Maxime ot Pierre.Tous trois attendaient avec une impatience fébrile l'interrogatoire do la llass jou.\u2014Laissez-moi faire, lo disait de tomps à autre lo reporter.Nous tenons le louveteau ; la louve est à nous.Onze heures sonnaient à 1 horloge de la villa des Oliviers, \u2014Messieurs, dit sir William, je retourne auprès de mes enfants.Nouh nous reverrons à déjeuner ; car jo compto quo vous me forez l\u2019honneur d\u2019accepter mon invitation, Us étaient descendus au rez-de-chaussée du pavillon, dans nue vaste pièce garnie do meubles rustiques.\u2014C\u2019est ici, dit Biiollet que nous int'rrogeons la femme Virieu, Je vous serai obligé, monsieur Clakay, de nous lo faire amener.\u2014C'est entendu, et surtot.tenez-la à l\u2019œil si elle ost pour quoique chose dans le crime de son ancien maître.Déjà Césarine avait appris la terrible nouvello par les domestiques ; mais elle ignorai# l\u2019arrestation de son fils.Ce fut en proie aux plus cruelles appréhensions qu\u2019elle se laissa conduire au pavillon du parc.A la vue du baron de Borianne et do Briollet, qui l'avaient questionnée vuinemont à Ohâteauroux, la Rausajou recula, terrifiée.Briollet ferma la porte do derrière.Le vicomte dardait les regards llamboyants sur la condamnée do l\u2019auberge sanglante.L\u2019interrogatoire commença.\u2014Madame Virieu, dit le reporter, savez-vouh que Marcel a été victime d\u2019une tentative d\u2019assassinat ?\u2014Oui, monsieur, et j\u2019on suis atterrée.Briollot adressa à ses compagnons un regard qui signifiait: \u201cJe ne me suis pas trompé sur los sentiments do cotto malheureuse.\u201d \u2014Nous avons une autre nouvelle encore plus triste à vous annoncer.La Rassajou fut secouée par un grand frisson.Elle présentait le coup fatal.Briollet no lui liassa pas le temps de se remettre.\u2014Du courage, Césarine Rassajou ! Elle s\u2019entendant appeler par son véritable nom, elle devint blême.\u2014Du courage ! répéta le reporter : votre fils est arrêté et enfermé dans ce pavillon.Elle porta les mains à son front et s\u2019écria : LE SAMEDI 1H .Lu malheureux ! il devait Unir comme son père, Oui, comme son père, qui a assassiné la vicomtesse de Borianne, dont le mari et le fils sont devant vous ! Césarine releva fièrement la tête.\u2014Qui prétend celà ?demanda-t-elle, \u2014Moi ! fit Hector de Borianne.\u2014Moi ! répéta Maxime.Briollet se plaça devant elle.Je vous en prie, messieurs, laissez-moi l\u2019interroger.Sb retournant vers l\u2019accusée : Dites nous ce que vous savez et nous ferons l\u2019impossible en laveur de votre fils.Vous n'avez pas affaire à des juges, mais à un père qui réclame sa fille, à un père qui réclame sa sœur, Rose n'est pas votre enfant, avouez-le ?Elle se laissa tomber à genoux et tendant des mains suppliantes: Rose n est pas ma fille ; mais je lui ai sauvé la vie.Et sa mère, qu en avez-vous fait ?demanda d\u2019une voix terrible le vicomte, Rllo a succombé à une maladie de poitrino.\u2014Dans votre auberge ?Oui.Mon mari s est emparé de l\u2019argent qu\u2019elle avait sur elle.Il voulait tuer 1 enfant ; je l'on ai ompêché, C\u2019était moi qui nourrissais Rose.\u2014Et votre enfant, qu\u2019est-il devenu ?\u2014Ma fille est morto le même jour que la dame.\u2014Et Rose l\u2019a remplacée ?Oui, je n avais que ce moyen de la sauver, Combien de fois, depuis, je l\u2019ai protégée contre mon mari ! Et comme Hectoir do Borianne s\u2019avançait sur elle : \u2014\tluez-moi! s écria Césarine; mais vous no m\u2019en devrez pas moins la vie de votre enfant, Briollet s\u2019interposa encore : \u2014\tI ourquoi, lui demanda-t-il, n\u2019avez-vous pas dénoncé votre mari ?La Rassajou ne répondit pas.\u2014Qu\u2019avez-vous fait des cadavres ?.\"T7^ja ^amo et mon enfant reposent l\u2019un près de l\u2019autre dans le jardin, sous le bâtiment neuf.Vpus n ignoriez pourtant pas qui était lanière, d\u2019où elle venait ?\u2014Si, monsieur.Allons donc ! elle vous avait donné une lettre à expédier au comte de Borianne ; cette lettre, vous l\u2019avez détournée ! ~7.ne savais pas lire.J\u2019ai appris en prison et, graciée au bout ue dix-neuf ans, j ai couru à Genty-les-Loups chercher la lettre.Si j avais pu la lire autrefois, je l\u2019aurais envoyée coûte que coûte.J\u2019ai cru sauver mon mari et je l\u2019ai perdu; car, trois ans plus tard.Vous savez le reste.Pitié, mon Dieu ! Briollet implora du regard les Borianne.Maxime, qui n avait pas encore prononcé une parole, s\u2019écria : *0^10 de nQa roère indique en effet qu\u2019elle était à toute extrémité : mais rien ne prouve qu\u2019elle n\u2019a pas été victime d\u2019un empoisonnement.La Rassajou se redressa, ~La preuve, déclara-t-ello, je l\u2019ai i Elle existe dans une seconde ettre que j ai conservée etquejevcus aurais adressée, comme l\u2019autre, avant de disparu îfcre pour toujours.\u2014Allons la chercher.Je vous accompagne.Quelques instants après, le vicomte de Borianne était on possession de la seconde lettre de sa femme.Ce billet daté du 25 novembre 1871, était ainsi conçu : \u201c Hector, Pour te punir de tes infâmes soupçons, je voulais mourir avec mon secret.Je n\u2019en ai pas le courage.La phtisie m étreint et m\u2019a réduite au point que tu ne pourrais me reconnaître.Elle m\u2019emportera d\u2019un instant à l\u2019autre.Hector, je suis innocente ! La lettre que tu as trouvée en ma possession ne m était pas destinée, J\u2019aurais dû te le prouver ; mais, outre que je ne voulais pas trahir lo secret de ma bienfaitrice, j étais révoltée dans ma dignité d\u2019honnête femme.Je suis partie, ésespérée, décidée à en finir avec l\u2019existence.Je me suis jetée dans la berne, après m\u2019être débarrassée d\u2019une partie de mes vêtements.Un inconnu m a sauvée et ramenée dans Paris, Il n\u2019accepta aucune récompense; mais, sur ma prière, il me jura qu\u2019il ne révélerait à personne son acte do courage.\" J\u2019étais résolue à disparaître.J*e0*ori lft lettre qui m\u2019a perdue était destinée à ta sœur.Celui qui la écrite, tu le connais, A quoi bon tele nonamer ! Blessé à la bataille de Buzenval, il avait été transporté û l\u2019hôtel de Choiseul, rans ormé en ambulance.C'est là que ta sœur, malade et alitée, m envoya prendre de ses nouvelles.J ai trouvé le blessé à l\u2019agonie, Dans vin dernier effort, il me remit sa lettre.pour elle !.Et tu as cru qu\u2019elle m\u2019tîtait destinée ! 1 u as pu le croire ! ion ancienne jalousie s était réveillée.Souviens-toi : quand tu m\u2019as connue simple institutrice chez ta sœur, tu t\u2019imaginais déjà que j\u2019aimais cet officier.C\u2019était le fils d\u2019un ami du marquis de Pariou, qui avait en lui pleine confiance.Il fréquentait assidûment la maison et, dans ma simplicité, je n\u2019y voyais rien de suspect.\u201c Enfin, tu reconnus ton erreur.Je t\u2019aimais secrètement, lorsque tu te déclaras.Il m\u2019en coûta beaucoup de te voir lutter contre les préjugés de ton père.Notre mariage en fut attristé.Le bonheur vint quand même avec notre cher Maxime, que je ne n\u2019aurai la consolation d\u2019embrasser avant de mourir.\u201c HélaB ! cher Hector, j\u2019étais mère pour la seconde fois lorsque j\u2019ai quitté Tours pour te rejoindre à Paris, où.le gouvernement cle la Défense nationale t\u2019avait envoyé en mission pendant le siège.\u201c Le hasard te fit savoir ma visite à l\u2019ambulance.Tu ne m\u2019as pas laissé le temps de m\u2019expliquer.Tu m\u2019accusais sanB preuves, et avec quelle violence ! Tu m\u2019as réclamé la lettre, dont tu connaissais l\u2019existence, tu t\u2019en es emparé brutalement, tu as levé la main sur moi, tu m\u2019a» frappée, et je me suis enfuie.\u201c L\u2019enfant est venue au monde bien portante.Je ne l\u2019ai point déclarée.Tu l\u2019appelleras Rose.\u201c J\u2019avais contracté le germe de ma maladie durant la nuit terrible où je me suis jetée à l\u2019eau et où je suiB rentrée, glacée, à Paris.Je me sentais bien perdue et je résolus de conduire mon enfant à Vir-mout, dans la Haute-Loire, de la confier à une femme sûre, qui avait été domestique dans ma pension.\u201c Je suis partie du Poy en voiture pour Virmont.Une tempête de neige a éclaté durant le trajet, et j\u2019ai échouée, mourante, à moitié chemin, dans une auberge de Genty-les-Loups.\u201c Je suis chez de braves gens qui m\u2019ont prodigué les soins les plus empressés.La femme de l\u2019aubergiste, nommé Rassajou, qui nourrit sa fille, âgée de quinze jours, comme la nôtre, a ranimé Rose.Elle l\u2019a prise de suite en affection et je t\u2019engage à la lui laisser.\u201c Accours au reçu de cette lettre.Peut-être me trouveras-tu encore vivante.\u201c Pour écrire cet adieu suprême, j\u2019y dû m\u2019y reprendre à quatre fois.Cette nuit sera sans doute ma dernière, Adieu je te pardonne.\u201d Pendant que le vicomte lisait sa condamnation, Maxime le vit pâlir et rougir tour à tour.Le jeune homme comprit que ce billet d\u2019outre-tombe était la justification de sa mère.Hector no put réprimer un sanglot.Tendant la lettre à son BIb : \u2014Lis, il le faut, et puisse tu me pardonner, toi aussi ! Cette lecture achevée, Maxime se précipita dans les bras de son père.\u2014Nous vivrons, lui dit-il tout bas, pour réparer le passé et assurer le bonheur de Rose.Pierre Sorlac avait entendu ces derniers mots.Lui aussi se promit de leur adoucir l\u2019amertume des souvenirs.Briollet s\u2019était tu psndant cette scène tragique.Césarine demeurait le front courbé, abimee dans sa douleur.\u2014Pourquoi, lui demanda le reporter, n\u2019avez vous pas envoyé la première lettre ?\u2014Mon mari l\u2019avait détournée.Il fit de même pour la seconde lettre.Plus tard, je les retrouvai toutes deux et je les cachai.\u2014Sous le papier de tenture de votre chambre à coucher ?\u2014Oui, monsieur.\u2014Vous n\u2019avez rien de plus à révéler ?\u2014Rien.\u2014Césarine Rassajou, il faudra renouveler ces aveux devant la justice, afin de rétablir l\u2019état civil de Rose de Borianne.La prescription vous couvre.Vous n\u2019avez rien à craindre.\u2014Oh ! fit-elle, je donnerais ma vie pour réparer le passé.\u2014Bien.Vous êtes libre.Voulez-vous voir votre fils ?Elle hésita une seconde.Puis, aveo un accent déchirant : \u2014C\u2019eBt inutile : Jacques me hait et, moi, je ne puis plus que le plaindre et demander pitié pour lui.Elle se retira chancelante.Les Borianne tenaient enfin la vérité et Robc ne devait point tarder à retrouver un père qui, à force de tendresse, saurait mériter son pardon, LXX \u2014 CHATIMENT Donc, Jacques Brémond avait été confié à la garde de l'ex-Cbïd do R\u2019hat, Il gisait pieds et poings liés, sur un tapis, le visage tourné vers la muraille.Tel était son désespoir, son accablement, qu\u2019il se refusa, de toute la journée, à prendre aucune nourriture.Le soir, seulement, il demanda à boire.François lui délia un bras, disant d\u2019un air goguenard : LE SAMEDI \u2014A quoi bon bouder contre ton ventre, imbécile ! Voici de quoi te restaurer.Il déposa à sa portée les restes du repas qu\u2019on lui avait fait servir.Tout en se restaurant, Jacques observait son geôlier: quel était cet étrange Arabe qui lui parlait sur un ton aussi familier, dans un excellent français.Il le vit écrire deux lettres et les placer en évidence sur la cheminée, François, dont le visage bronzé ne laissait voir aucuno émotion venait de se condamner à mort.A ses parents, il disait : \u201c Quand vous recevrez ce billet, je serai délivré de la vie.Un ami vous dira pourquoi je me suis tué.Je n avais plus rien à faire en ce monde.Adieu et pardonnez-moi tous les chagrins que je vous ai causés.\u201d Le mot destiné à Briollet était ainsi conçu : \u201c Le Djemil de R\u2019hat, Abdallah ben Moulai, traqué par la confrérie des Ivouans, ne sait où reposer sa tête.Il part avec Jacques Brémond, dont il est décidé a débarrasser ceux que ce misérable poursuivrait de sa haine.On retrouvera nos deux oadavres aux ravins de Ras-el-Oued.Adieu.\u201d Ces dernières volontés réglées, François se retourna vers le prisonnier.\u2014Ecoute, lui dit il, le vont s\u2019élève, N\u2019entends-tu pas, au loin gronder la foudre ?\u2014Puisse-t-elle nous réduire à néant avec tous ceux qui reposent dans cette villa d\u2019enfer ! \u2014Ne blasphème pas : ce séjour était un paradis.avant l\u2019arrivée du diable.\u2014Qui es-tu, toi qui as l\u2019aspect d'un Arabe et le parler d'un Français ?Gomme toi, un maudit.Nous n\u2019avons pas une minute à perdre.Fuyons ensemble.Je te mènerai dans une contrée où tu n\u2019auras plus rien à craindre.Jacques le regarda avec méfiance.\u2014Qui me prouve ?.\u2014Tu hésitos, dit François.A ton aise ! je partirai seul.Seulement, j\u2019aurai le regret de te bâillonner et de resserrer tes liens.\u2014Ne fais pas cela.J\u2019ai oonfiance en toi, je te suivrai au bout du monde.\u2014C'est décidé ?\u2014Oui.François le débarrassa de ses liens, \u2014Maintenent, dit-il, tâchons de sortir d\u2019ioi sans éveiller l\u2019stton-tiop des gardiens postés au rez-de-chaussée.Oos cordes qui te réduisaient à l\u2019impuissance tout à l\u2019heure vont nous permettre do de descendre par la fenêtre.Tu me conduiras aux écuries.Deux bons chevaux nous sont indispensables.\u2014Le maître nous les fournira, répondit Jacques, François avait attaché la corde à l\u2019appui de la fenêtre.\u2014En route ! montre-moi le chemin.Jacques descendit le premier.Il mettait à peine pied à terre que son libérateur se trouvait près de lui, un fusil passé en bandoulière.Us réussirent à gagner les écuries et s\u2019emparèrent de doux chevaux.En montant en selle, Jacques fit remarquer qu\u2019il n\u2019avait pas d\u2019armes, Cest dommage, répondit François ; mais à la guerre comme â la guerre ! En route ! Aussitôt sortis de la villa, ils prirent le galop.L\u2019orage battait son plein.Les éclairs se succédaient sans interruption.( L\u2019oasis semblait en feu.Des palmiers, atteints par la foudre, s\u2019effondraient avec un craquement sinistre.\u2014Où allons-nous ?demanda Jacques à son compagnon: \u2014A la terre promise, répondit l\u2019ex-caïd de R\u2019hat.A l'aube, ils atteignaient les ravins de Ras-eî-Oued.L\u2019orage avait passé tout entier sur leurs têtes et maintenant la nature rentrait dans le calme.L horizon se teintait de rose.Dans les tamarins, des bandes ailées saluaient de leurs chants joyeux le retour do la lumière, \u2014Nous sommes arrivés, dit François.\u2014Arrivés?.\u2014C\u2019est ici la terre promise, Et sans autre transition : \u2014Jacques Brémond, dit-il, sais-tu que tu es le fils d\u2019un assassin mort sur l\u2019échafaud ?\u2014Je sais cela.\u2014Par qui ?\u2014Par ma mère.\u2014Bien, Ta mère t\u2019a-t-elle jamais parlé de ton cousin, François Brégeat ?\u2014Jamais ! \u2014Je suis ce François, \u2014Bah ! 1 19 Et Jacques, rassuré, tondit la main à son cousin.Co dornier se recula, disant : \u2014Il n\u2019y aura de commun entre nous quo la mort.Jacques, jo vais te tuer.\u2014Pourquoi ?Que t\u2019ai-je fait ?\u2014A moi, rien ; mais, vivant, tu no pourrais quo nuiro à ceux qui restent, Jacques, nous avons pris tous deux la routo do l\u2019abîme.Le gouffre nous attend ; à quoi bon rotardor un dénouoment fatal.Tu finirais, comme tou pèro, sur l\u2019échafaud ; et moi, je no veux point déohoir.\u2014De quel droit mo juges-tu ?Cette question causa quelquo embarras â François.\u2014Du droit du plus fort, répondit-il onfin.Jacques se sentit perdu.Il fit volte-face et repartit au triple galop dans la direction de la route.IJn instant, il so crut sauvé.Il retourna la têto.François arrivait sur lui ot, plus habile oava-lier, gagnait du terrain.\u2014Arrête, ou je te tue au vol comme un corboau ! Jacques laboura dos éporons los flancs de sa monture, qui fit un saut de côté ot le désarçonna, \u2014Relèvo-toi, lui dit François.Il faut savoir mourir debout.Pour toute réponse, le fils do Rassajou saisit uno grosso pierre et, dornier effort, la lança sur son ennemi, \u2014-Maladroit ! dis François.Moi, je no te manquerai pas.D'un coup de fusil, il cassa la tête du misérablo.\u2014A moi maintenant ! Et du second coup do son arme, il se fit sauter la cervelle, _ .\u2022 Le soir même, Briollet retrouvait los deux cadavres, qui furent inhumés au oimetière de Gabès, l\u2019un sous le nom de Jacques Brémond, l\u2019autro Eous celui d\u2019Abdallah bon Moulin, le Moslem, LXXI \u2014 Érri.oauE Trois mois après ces événements, grâce aux aveux do la Rassajou et aux lettres probantes de sa mère, Roso do Borianne ontrait en possession d\u2019un état civil définitif.Les restes do la vicomtesse de Borianne, retrouvés â l\u2019auberge sanglante, furent transférés secrètement au cimetière de Château-roux.Mme Petitot, complètement rétablie, dut retarder le mariage de Rose avec Pierre, par suite de la mort du comte, à qui on avait ou soin d\u2019épargner toute révélation.Lo vieillard s\u2019éteignit on appolant vainement sa fille, qui expie ses fautes dans uno réclusion volontaire, sans avoir eu le courage do les avouer.Le jour même où Pierre Sorlac conduisit sa fiancée â l\u2019autel, on célébra l\u2019union de Maxime avec Lucile.Et Marcel ?C\u2019est le mieux partagé de tous ; car aucun souvenir ne trouble son bonheur.Dénoncé par Briollet à Augusta comme étant lo sauveur qu\u2019elle réclamait à tous les échos, la belle Américaine fit cette déclaration catégorique â son père : \u201c Jo l\u2019aime, il m\u2019aime et rien ne nous fera changer de sentiment.\u201d Sir W illiam Clakay se creusa vainement la corvello pour trouvor de mauvaises raisons.Comme il hésitait encore, une lettro du notaire de don Juan Lardiguez lui annonça que ce dernier était mort en léguant â Marcel sa galerie do tabloaux évaluéo deux deux millions.Grâce â cet acte de justice, lo fils do Julien Lartigue a pu, sans se faire un scrupule, demander et obtenir la main do la fille dû millionnaire, , La.comtesse de Fallière serait la plus heurouse dos mères si elle n\u2019était pas obligée, par respect humain, de contenir sa joie, Quant â Césarine, qu\u2019un legs de Mme Petitot a mise à l\u2019abri du besoin, elle est allée retrouver Savinia, Elle no vit plus quo pour sa petite-fille et ne considère le passé que comme un affreux cauchemar, quelle voudrait pouvoir oublier.Le vicomte de Borianne a abandonné son châtoau de Courlande et vit, tranquille, auprès do ses enfants.L'UN, LE FILS DE L'ASSASSIN La vente du Livre si émotionnant qui porte ce titre va sirapi-dement, que nous conseillons à ceux de nos lecteurs qui ne l\u2019ont pas déjà de sa hâter, Gomme on le sait, il ne coilte que 10 cts acheté à nos bureaux et 16 cts quand nous l'expédions par la poste, 120 LE SAMEDI La Chine a l\u2019Exposition ])uis la coin le plus frais et le plus calme de l\u2019Exposition, des emplacements contigus sont occupés par les constructions de doux pays où se déroulent à cette heure do sanglantes tragédies : le Transvaal et la Chine.Ce n\u2019est assurément pas le spectacle de la guerro ou de l\u2019insurrection que les visiteurs s\u2019attendent à trouver sous les ombrages du Trocadéro.Pourtant une curiosité spéciale les pousse vors ces deux expositions si dramatiquement actuelles.Et, l\u2019imagination aidant, cette curiosité n\u2019est pas déçue.Vors l\u2019extrémité de la galerie do droite du Palais du Trocadéro, se drosse la porte monumentale de l\u2019exposition chinoise.C\u2019est une reproduction lilèle do colle qui précède le temple do Confucius, situé à Péking près de la salle des Examens littéraires.Elle est épaisse et majestueuse, peinte en rouge, en vert, on jauno et en blanc.De paisibles promeneurs passent à toute heure sous cotte porte, croisant parfois quelque Chinois non moins débonnaire, un garçon de rîstaurant ou un acteur de théâtre, ou encore un do3 commerçants qui vendent dans les boutiques voisines des potiches et des boîtes de laque.Là-bas, à Péking, à ce même moment, une populace déchaîaée hurle et s\u2019agite, autour de la même porte, peinte de mêmes couleurs, et également épaisse et majestueuse.Les légations européennes sont barrioadées ; les églises sont en flammes .La porte franohie, nous voici au bord d\u2019une pièce d\u2019eau où tombe, avec un doux murmure, une cascade.Parmi les arbres s\u2019élèvent dos pavillons peints en rouge-sang, dont les toits ont les quatre angles recourbés.Le principal édifice, celui du fond, reproduit une des portos de l\u2019encainte de Péking, surmontée du kiosque du Vambour ( Kou-Leou).Il renferme un étalage de meubles, un restaurant et un théâtre.Le restaurant est celui d\u2019une gare encore hypothétique, celle du Transsibérien à Péking.Un peu plus loin, c'est la gare de Moscou.Quelques wagons et quelques centaines de mètres de toile peinte représentent les milliers de verstes et de rails et do paysages qui séparent Moscou de Péking.Les visiteurs anglais grincent des dents en constatant ainsi, de visu, la mainmise de la Russie sur la Chine, matérialisée par la Compagnie des wagons-lits et par le panoramiste Jambon, Le Transsibérien ne va pas encore jusqu\u2019à Péking, mais déjà il est possible de faire le trajet de Saint-Pétersbourg à Port-Arthur en vingt-quatre jours, d\u2019Irkoustk à Port-Arthur en quatorze jonrs, de Kbaharovka à Port-Arthur en trois jours, S'il faut une armée pour sauver la situation européenne en Chine, c\u2019est dono bien à la Russie qu\u2019il appartiendra d\u2019en fournir les premiers contingents, A droite de la porte de Confnoius, une autre construction, à deux toits, est la copie, dit-on, de l\u2019un des pavillons de la ville interdite, la ville violette, résidenoe de l\u2019empereur et de l\u2019impératrice douairière.Tout semblable est la prison, au bord d\u2019un lac fleuri de nénuphars, du débile souverain remis en tutelle.Les divers pavillons chinois du Trocadéro contiennent des collections d\u2019art rétrospectif et moderne, des potiches, des bouddhas, des brûle-parfums, d\u2019étranges et préoieux bibelots, des bois soulptés, des ivoires, de belles soieries et quelques produits industriels.Des mannequins figurent, avec leurs costumes réglés par la hiérarchie sociale, des riches et des pauvres, des mandarins et des gens du peuple, dos lettrés et des bateliers.Aux pieds d\u2019un mort couché dans son cercueil des pleureuses se penchent.Au milieu d'un groupe do hauts dignitaires, une figure de Mandchoue est coiffée d'un abat-jour opnlont, à longues pendeloques : c\u2019est la coiffure qu\u2019un dessin chinois prête à l\u2019impératrice-mère.Des détails de ce genre empruntent aux circonstances un intérêt spécial, et ce n\u2019est pas sans quelque horreur que l\u2019on découvre, en regardant de près certaines pointures de vases ou d\u2019évantails, des types effrayants d'égorgeurs, et que l\u2019on reconnaît des scènes de massacre et d\u2019in-cendio, interprétées avec le souci évident de soigner les détails cruels.M.Charles Vapéreau, commissaire général, a dépensé beaucoup do goût et de savoir à organiser l\u2019exposition de l\u2019Empire du milieu.La Chine qu\u2019il a voulu nous montrer est une Chine aimable et facile, une Chine de paravent, C\u2019est par suite d\u2019événements indépendants do sa volonté que ses pavillons polychromes et ce qu\u2019ils contiennent se trouvent représenter aujourd\u2019hui une Chine barbare et hostile, toute pleine do cris de mort.L'autre matin, au bord do la pièce d\u2019eau qui occupe le centre do l\u2019exposition chinoise, un Céleste à longue queue, vêtu de soie noire et de soie bleuo, est venu s\u2019asseoir sur un banc.Il a déplié un journal parisien dont la manchette portait ces mots : Les Russes cl les Anglais devant Péking.Et il s'est absorbé dans sa lecture.C'était peut être un bon marchand de potiches, européanisé à Shanghaï ou à Hong-Kong, et qu\u2019inquiétaient pour son cotnmorco les actos do pillage commis par les Boxeurs.Mais pout-êtro aussi ce lettré qui lisait le français appartenait-il à uae de ces redoutables sociétés secrètes qui ont juré l\u2019extermination des étrangers; peut-être, taudis que je le regardais lire, rêvait-il d\u2019une Chine délivrée de toutes les contraintes européennes et pins hermétiquement fermée que jamais.Toutes les hypothèses étaient permises.Mais quelles que fussent les pensées de derrière la tête de cet homme jaune, rien qu\u2019en lisant les nouvelles de Chine sur un banc du jardin de l\u2019exposition chinoise, il donnait aux passants un spectacle bien suggestif, qui soulignait encore cette contradiction déjà évidente : la Chine participant à une Exposition Universelle, dernier mot du progrès, à l'heure même où elle tente un dernier effort pour repousser l\u2019invasion de la civilisation.\t,, M, N, DISTRIBUTION AUTOMATIQUE DE ROSES Nous disons automatique, mais non pas gratuite.Il s\u2019agit d\u2019un do cos appareils qui se multiplient maintenant partout et Dour tous les usages, ot que les Anglais nomment penny in the slot, autrement dit \u201c deux sous dans la fente \u201d, et que nous appelons plus prosaïquement distributeurs automatiques.On sait qu\u2019il en existe couramment qui vendent du chocolat, ou des allumettes dans certains pays, ou encore des timbres; d\u2019autres sont appliqués à des compteurs à gaz et donnent le moyen aux gens peu fortunés de servir du gaz au fur et à mesure qu\u2019ils disposent do quelques sous.Cette fois, l\u2019application dont nous voulons parler, et qui a été décrite par notro excellent confrère La Nature a pour but et pour mission de di t\u2019ibuer une rose bien fraîche contre une pièce de 10 pfennigs : nous disons 10 pfennigs parce que ce nouveau distributeur fonctionne actuellement en Allemagne.Les roses qui garnissent l\u2019appareil pour répondre ù la demande de la clientèle, sont chaoune dans un petit compartiment isolé, avec leur tige plongeant dans un minuscule réservoir rempli d\u2019eau ; les différents réservoirs sont disposés le long d\u2019uu pas de vis, et quand vous mettez la pièce de monnaie dans la fente à ce destinée, vous voyez un des compartiments tourner autour de la tige filetée, et venir se présenter devant une ouverture où vous pouvez entrer la main pour saisir vous-même la fleur.Bien entendu, en réalité, les diverses cases à fleurs sont toutes solidaires et descendent eneemblo d\u2019un même mouvement de rotation autour de l\u2019axe à pas de vis, de ce que nous avons appelée la tige filetée, en nous servant du moi technique exact ; mais les choses sont disposées de telle sorte qu\u2019il n\u2019y ait jamais plus qu\u2019une case qui se présente devant l\u2019ouverture, et que les autres soient à l\u2019abri des tentatives indiscrètes.ALCOOL A 500 FRANCS LE VERRE Des expériences ont démontré qu'il était posi-ible do fabriquer do l\u2019alcool on faisant passer un courant d\u2019air et de vapeur d\u2019eau sur l\u2019arc éltctrique.Mais on a calculé d\u2019autre part qu'il faut, pour obtenir quelques milligrammes do liquide, employer une force mécanique qui, en égard à ce rendement minime, mettrait le prix du verre d\u2019alcool pur à 500 ou 000 fr.Il est évident que si en ne livrait à la consommation que des alcools de ce genre, ie iléau de l\u2019alcoolisme aurait vite fait de disparaître.CHIENS POMPIERS Au Klondyke, dans ce pays de l\u2019or où pendant de longs mois il fait une température extraordinairement froide, le seul animal domestique qui puisse résister au climat, c\u2019est le chien.Aussi l\u2019emploie-t-on à toutes sortes d\u2019usages et principalement comme bête de trait.C\u2019est niasi qu\u2019à Dawson City, la principale ville de l\u2019Alatka, on utilise les chiens pour la traction des pompes à incendie.Plusieurs d\u2019antre eux sont en permanence au poste da pompiers ; on les a dressés à ce que, au premier signal d\u2019alarme, il se précipitent à leur place, afin qu\u2019on leur mettent immédiatement leur colder.En un clin d'œil ils sont attelés ; puis, sans qu\u2019on ait besoin de les stimuler, ils partent de toute la vitesse dont ils sont capables en traînant la pompe à incendie.Les mérites de la race canine sont décidément innombrables, ATTENTATS CONTRE LES SOUVERAINS On sait que le prince de Galles a été l\u2019objet d\u2019un attentat à Bruxelles, de la part d\u2019un jeune socialiste nommé Sipido.Le jeune Sipido, étant donné son âge, a été tout simplement onvoyé dans uno maison de correction.Eu Angleterre, on procéderait sans doute d\u2019une façon un peu différente.L'homme qui attente à la vie du souverain est tout simplement déclaré atteint d\u2019aliénation mentale et envoyé dans une maison de santé ; après quoi on en attend plus parler.O est simple, cela évite tous les onnuis d\u2019un procès, ainsi que les interrogatoires et les plaidoyers gênants.Seulement, il vaut mieux faire quatre ans da prison et même dix, que d\u2019être enfermé au milieu d\u2019aliénés.Le système anglais peut être simple, pratique et expéditif ; mais il serait tant soit peu cruel.La sort d\u2019un homme qui jouit de sa raison et qui est condamné à vivre avec des fous n\u2019est certes pas enviable.Il est vrai qu\u2019il perd bientôt la raison lui-même.Ce qui peut lui arriver de plus heureux, c\u2019est de la perdre le plus tôt possible."]
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