Le samedi, 1 août 1900, Supplément 1
[" VOL.XII.No 11.LE SAMEDI 121 FEUILLETON DU \u201cSAMEDI\u201d, 11 AOUT 1900 »> LA DAME BLANCHE DEUXIÈME PARTIE FLEUR DBCOSSH XLV.\u2014 UN l'ESTIN DE liAI.TIIAZAK (Suite) Le cabaretier fit la grimace.Le désir manifesté par le matelot allait l\u2019empêcher d\u2019écouter ce que les convives n\u2019allaient pas manquer de laisser échapper dans l\u2019abandon d\u2019un repas arrosé des vins qu\u2019il avait déjà préparés, et traîtreusement choisis parmi les plus capiteux.\u2014 Ce cabinet est bien loin do la cuisine.opposa-i-il.\u2014Raison de plus.Sur le vaisseau-amiral le Lancastre, où j\u2019ai servi, le salon dn commandant était à vingt toises de l\u2019office, Son Honneur trouvant que l\u2019odeur de cuisine nuit à l\u2019appétit.IIoup ! Un coitain regard accompagna la mot de la fin.L\u2019aubergiste plia l'échine, Il venait de se souvenir des terribles couteaux dont la lame lui avait donné la chair de poule.Le couvert mis, les gobelets nettoyés à neuf et les flacons de vins de France de crus differents rargés sur la table, on pénétra dans le cabinet.A la vue des hors-d\u2019œuvre, des bouteilles noblement poussiéreuses, Joveler eut un éblouissement.\u2014Mais c\u2019est un festin de Balthazar, murmura-t-il, extasié.\u2014Balthazar, c\u2019est un cabaretier de vos amis, seigneur geôlier ?questionna Lionel.Le porte-clefs, à qui la seule vue dos bouteilles commençait à monter à la tête, se rengorgea : \u2014C\u2019est un gentilhomme du temps passé qui avait la table la mieux servie d\u2019Angleterre, Que voulez-vous, ami Lionel, on s\u2019instruit dans les prisons.Après les hors-d\u2019œuvre, des anguilles préparées à une sauce épicée, dont le cabaretier de la Rose, avait puisé lo secret dans la gargote de feu son père, commença le repas.Le pâté de gelinottes vint après.Mais la soif engendrée par cette terrible sauce d\u2019anguilleR, avait déjà délié les langues.Et dons son office, maître Norsberg Robby n\u2019en était quo plus dépité de no pouvoir assister à une conversation dans laquelle il s\u2019était attendu à se renseigner instructivement, et surtout producti-vement.Si moins farieux, il eût été plus attentif, il aurait remarqué que les éclats de voix qui parvenaient parfois jusqu\u2019à lui étaient plus souvent ceux du geôlier que des marins, Au salmis de chevreuil, Joveler commençait déjà à tutoyer ses deux amphitryons.Lionel lui versa à boire coup sur coup deux ou trois verres do vins différents.Et lorsqu\u2019il vit ses yeux vagues rouler lourdement autour de lui, baissant la voix, tout en choquant les verres pour une santé ; \u2014Joveler, voyons, toi qui es mon ami, est-ce vrai ce que l\u2019on dit que lord Mercy, le précédent lord-chief de justice, est toujours enfermé à la Tour de Londres ?XLVI \u2014 ENTERRÉ VIVANT Dans un retour de conscience et do réllexion, le guichetier fixa son regard sur son interrogateur.Puis sa raison sombra définitivement dans lo vin et un sourire bestial s\u2019épandant sur sa physionomie : \u2014Non, dit-il, il n\u2019y est plus enfermé.Un espoir rapide fit se dresser la taille du faux matelot.Lord Mercy n\u2019habitait plue la sombro prison d\u2019État.Mais alors (1) Gommenoà dans le numéro du 14 avril 1000.il serait possible, il allait même devenir facile do savoir dans quelle retraite il s\u2019était retiré.Il retrouverait Ellen qui, sans doute, partageait sa solitudo.Et, dans la disgrâce qui Iob atteignait, la fille du lord comprendrait, apprécierait la sincérité do son amour, Mais aussi rapidement qu\u2019ello venait do naîtro, cotte ospéranco tomba.Il venait de se souvenir de l\u2019insuccès des démarches des jours précédents.Oeux qu\u2019il avait interrogés lui auraient répondu autrement si, même frappé d\u2019exil, lord Mercy avait été délivré do ses fors.Puis l\u2019expression cruellement gouailleuse du geôlier aurait été, à elle Beule, une révélation, s\u2019il lui était resté quelquo douto.\u2014Tu plaisantes, ami Joveler, roprit Lionol ou plutôt lo vicomto de Mercourt, en versant de nouveau à boiro d\u2019uno main qui tremblait.L\u2019ancien lord-justice est donc mort î \u2014 Quiconque entre à la Tour de Londres a cossé d\u2019exister.Des gouttes de sueur perlaient à la racino dos chovoux du gentilhomme.\u2014Alors, tu es donc dans l\u2019autre monde, toi qui y pénètres chaquo jour ?s\u2019efforça-t-il de répondre on restant au diapason do ce cruol entretien.L'homme répliqua par un lourd éclat de riro et vida lo gobelet que venait d\u2019emplir encore son partenaire.\u2014Non, il n\u2019est pas enfermé.Il prit son temps lourdement: \u2014Il est enterré.Enterré vivant.Cost lord Somerset qui a recommandé cela.Il est enterré dans une oubliette au niveau do la Tamise, afin de lui conserver les os bien au frais, Et un éclat de rire immonde accompagna sa révélation.Le faux matelot avait horriblement pâli on apprenant l\u2019affreux supplice infligé au pèro de celle qu\u2019il aimait.A l\u2019éclat de rire cynique du misérable tourmenteur, un coup do sang jaillit à ses joues ; il se dressa, les mains ouvertes, prêtes à s\u2019abattre sur l\u2019être assez lâche pour railler le supplice de l\u2019homme de qui il avait autrefois dépendu.Mais Martial qui, durant ce saisissant ontretion, n\u2019avait cossé do veiller, lui saisit le bras.Et son regard angoissé lui montra la cuisine que l\u2019on aporcovait à travers la porte entre-bâilléo et do laquelle lo cabaretier essayait de voir et d\u2019entendre.\u2014Tu as raison, souilla Lionel en français.J'étais fou, Et se raidissant, pour vaincre Bon indignation oi sa douleur dans un effort qui lui mit dos larmes au bord dos youx, d\u2019uno voix brisée par les sanglots contenus, il attaqua uno chanson à boiro.\u2014Tu te vantes, Joveler, dit-il oncoro au geôlier que ses forcos et la conscience de ses actes abandonnaient à la fois.Il faudrait que je le voie pour le croire.\u2014Tu n\u2019auras qu'à diro Christmas aux gardiens dos trois guichets.et à demander à Ohoouer, le geôlier du Donjon, do te lo montrer.et tu le verras.Il eut un hoquet : \u2014 Comme.je l'ai vu moi-mêmo.Le faux Lionel serra ses poings, onfouçunt ses ongles dans sa main et se remit à chanter.\u2014La fête va bien, grommela Norberg Robby, Je vais pouvoir grossir la note.Mais il me semble qu\u2019il a parlé on sourdine de la Tour do Londres.Eh ! il pourrait bien y coucher domain, après ce festin, son escarcelle devant être bien près de se trouver vide.Et sans être appelé, il apporta lo deruior service, tandis que lo géôlier, envahi par les vapeurs du vin, balançait sur son escabeau comme un bœuf assommé, ot que le vicomto do Mercourt so mordait les lèvres au sang pour retenir le cri de douleur ot do colère, prêt de jaillir de son âme.Lo regard du cabaretier alla do Joveler profondément ivre aux deux matelots qui, pris à l\u2019improvisto, n'ourent pas lo temps do feindre une hébétude aussi complète que colle do leur compagnon.Us saisiront son regard, le rapprochèrent de son arrivéo soudaine, et dans un coup d\u2019œil rapide se comprirent.La cabaretier avait épié, deviné lour déguisement.Us étaient trahis ! \u2014All right ! lança en anglais le faux Lionol, en attaquant avoc une sorte d\u2019entrain irrité, en utbaquant un dos coqs do bruyère.Voici un festin qui va mettre notre bourso à sec.Maître gargotier, vous consentirez bien à nous garder quelques jours à crédit on attendant que nous ayons déniché un embarquement.Et il lança un morceau de gibier dans l\u2019assiette de son vis-à-vis.\u2014Certainement.pour vous obliger, répondit Norberg Robby, Et à condition que vous me remboursiez honnêtement sur vos avances.\u2014Entendu.Un verre de vin, maître Robby, pour me rendre raison, quoique vous me sembliez avoir quatro yeux, pas très bons peut-êtro, deux nez et trente-six mentons, Et en trinquant avoc une maladresse voulue, Lionel se disait : Si vous toussez prenez le -\t- - ~R A TT~M~~Fü BHUMAXj 122 LE SAMEDI \u2014Qu'il attende seulement à demain pour nous dénoncer, et nous quittons cette nuit même cette souricière où notre venue n\u2019aura pas été inutile, Bi douloureux que soit ce que j\u2019ai appris.Le cabaretier vidait lentement son gobelet, réfléchissant au moyen d\u2019empêcher ses hôtes de sortir avant qu\u2019il eût ramené les agents du lord-chief.\u2014Je crois que.pour le coup.j\u2019ai le mal de mer.bégaya Lionel en reposant son verre aux trois quarts pleins encore et dont une partie se renversa sur la table.\u2014Il faut aller vous coucher.dans votre chambre, s\u2019empressa de dire Norberg Hobby, oertain de les y faire prendre comme dans une cage.\u2014Ma chambre ?.Et ça.alors !.dit le faux matelot.Et il se laissa aller sur le banc à un bout duquel il était assis, Martial dormait déjà ou faisait semblant de dormir, le haut du corps appuyé sur la table.Le cabaretier sortit alors, ferma à clef la porte du cabinet et s\u2019éloigna à la hâse, Il allait aviser la police.XLVII \u2014 ENTRE QUATRE MURS Le repas offert au guichetier de la Tour de Londres, commencé au déclin du jour, s\u2019était achevé aux lumières.Mais en se retirant, Norberg Hobby, par calcul ou par avarice, avait emporté les chandelles, placées à chaque bout de la table.La plus profonde obscurité régnait dans le cabinet.Le faux Lionel écouta avec attention.Le rythme régulier de la respiration du faux guichetier s\u2019élevant sonore et soutenue lui prouva un sommeil authentique.\u2014Martial, dit-il alors d\u2019une voix étouffée.\u2014Maître.Et l\u2019antre matelot releva la tête.\u2014Nous sommes pris.\u2014Ou tout au moins le cabaretier a-t-il l\u2019intention de nous faire prendre ! Henri de Mercourt se dirigea à tâtons vers la porte et essaya doucement de l\u2019ébranler.Elle était bien fermée.Et pas de fenêtres, ce cabinet n\u2019étant éclairé le jour que par la porte laissée ouverte tout le temps.Il n\u2019avait pas réfléchi dans quelle souricière il s\u2019emprisonnait, se demandant encore ce qui avait pu donner l\u2019éveil à l\u2019aubergiste, \u2014Vais-je donc aller grossir en prison le nombre des victimes de Somerset ?se dit-il a?ec colère.Et pensant à ce qui l\u2019avait amené en Angleterre : \u2014Ellen, chère et féerique vision, ne serez-vous réellement jamais pour moi qu\u2019une chimère inaccessible et de laquelle les obstacles imprévus me sépareront toujours ?Il frappa la porte de son poing fermé.\u2014Moisir, souffrir, mourir lentement dans un cachot, sur la terre qu\u2019elle habite !.Et se dire qu\u2019un mur peut-être nous sépare seul, et éloignés par ce mur plus que par une mer, vivant et mort à la fois dans la tombe, que deviendra pour moi l\u2019in-^acc dans lequel, pareil à l\u2019infortuné lord Mercy, on m'enfermera ! Une main alors se posa sur son épaule.\u2014C'est vrai, toi aussi, mon pauvre compagnon, Je t\u2019oubliais, pardonne-moi.Pourquoi as-tu voulu venir avec moi?.i Pourquoi t\u2019ai-je écouté ?\u2014\tMonseigneur, le rôle du serviteur est d\u2019être à côté de son maître.\u2014Dévouement inutile puisque je t\u2019entraîne dans ma chute, sans profit aucun.\u2014Ne désespérons pas, monseigneur.Désespérer, disait notre chapelain, c\u2019est blasphémer.Permettez, puisque nous sommes découverts, quo je vous donne le titre qui vous appartient.\u2014Hélas !.titro vain !.\u2014\tMonseigneur, avez-vous remarqué quand ce traître d\u2019hôtelier a formé la porto à clé, il a manié la serrure avec précaution afin de ne pas nouB laisser le temps de l\u2019empêcher d\u2019achever la besogne.Cependant nous l\u2019avons entendu.trop tard.Nous l\u2019avons entendu retirer la clé, mais nous n\u2019avons entendu pousser aucun verrou extérieur.\u2014C\u2019est vrai.\u2014Eh bien ! les serrures étant placées à l\u2019intérieur des portes généralement, tout espoir n\u2019est peût-être pas perdu.Il promena rapidement ses doigts sur le bois.\u2014Et tenez.Prenant lu main du gentilhomme, le geste dans certains cas étant plus prompt quo la parole, il la posa là où lui-même venait de toucher.\u2014En effet, voici la serrure.\u2014Monseigneur, un bon écuyer doit-être à même de réparer, dans un cas pressant, les armes de son maître ; serrer une vis, démonter une pièce de fer ne m\u2019eBt donc pas trop étranger.\u2014Tu penses donc ?\u2014Monseigneur, je pense tout faire pour que nous puissions fausser compagnie a ce traître d\u2019hôtelier.Tandis que Martial faisait cette réponse au vicomte de Meroourt, ses doigts cherchaient rapidement sur la table, Il tâtonnait à cause de l\u2019obscurité.Enfin il trouva sans doute oe qu\u2019il désirait, car une exclamation de contentement lui échappa.\u2014Voici, mon affaire, dit-ili Oe couteau à lame ronde va me Bervir d» tourne-vis.Les mainB étendues, palpant devant lui, l'écuyer se dirigea vers la porte.Et s\u2019approchant de la Berrure, cherchant l\u2019entaille transversale d\u2019une des vis.il y appliqua son outil improvisé, le couteau dont il venait de se munir.Mais la serrure était posée depuis longtemps, les viB avaient rouillé et adhéraient fortement au bois.Martial fit un effort pour ébranler le fer dans son alvéole, la lame du couteau se brisa avec un bruit sec et le tronçon se planta dans son doigt! Le brave écuyer contracta ses mâohoires dans une poussée de colère, et insensible à la douleur se hâta de chercher, Bur la table encombrée, un autre couteau.\u2014Ah ! si ce maudit espion de Hobby n'avait pas emporté la lumière, gronda-t-ih Ayant enfin trouvé un autre couteau semblable au premier, il se remit à sa tâche.Cette fois, il y apporta plus de prudence, quoique le temps pressât terriblement.Mais le moyen de forcer à se mouvoir, de détaoher oe morceau de fer collé au bois ?La lame ployait, glissait, sans qu\u2019il avançât.Il parvint enfin, après de nombreux efforts, à débarrasser la vis Bur laquelle il s\u2019acharnait.Martial attaqua aussitôt la suivante.Ce premier résultat découplait son adresse et sa ténacité.\u2014Si au moins je pouvais t\u2019aider!.disait d\u2019une voix sourde et irritée, le chevalier.\u2014Nous nous gênerions l\u2019un l\u2019autre, monseigneur : et nous n\u2019avancerions point.Puis cette pensée de son maître réduit à attendre, inactif, impuissant, faisant surgir une inspiration dans son cerveau : \u2014Mais vous pouvez plus que cela.\u2014Comment ?\u2014Joveler, le guichetier qui dort là est ivre-mort.\u2014Eh bien ?A quoi ce vilain diable peut-il nous être utile ?\u2014Lui, à rien, monseigneur.Mais son uniforme.\u2014Je te comprends.Tu me proposes de revêtir ses vêtements ?\u2014En effet, maître, Il ne vit pas, il devina la grimace du gentilhomme, Il insista : \u2014Je comprends vos répugnances.l\u2019habit d'un vautour de prisons.que voulez-vous, monseigneur, c'est la fatalité qui le veut.\u2014Oui, la fatalité ! Martial n\u2019aurait pas eu les mêmes scrupules.Il reprit donc : \u2014Il est à peu près de la même taille que vous.Il suffirait que vous lui enleviez son costume : nous lui passerons ensuite le vôtre Le vicomte de Mercourt de Kervien secoua la tête.\u2014A quoi cela me servirait-il, mon ami ?Je serais pris quand même.Puis t\u2019abandonner, te sacrifier honteusement, jamais.\u2014Monseigneur, par pitié ; le temps presse.Tenez, je sens la seconde vis qui cède.\u2014Non, te dis-je.Qu\u2019importe cette frêle chance.Puieque tu es près d\u2019avoir arraohé cette maudite serrure, nous fuirons ensemble ou ensemble nous succomberons, après nous être défendus.\u2014Alors nous succomberons, frononça avec amertume Maitial.Car les Argousins vont se présenter en force, et que pourront nos couteaux de marins contre la grappe humaine qui va nous assaillir ?Il abandonna son ouvrage.\u2014A quoi bon de continuer dans oe cas ?Cette poite franchie, il nous faudra traverser la salle remplie à cette heure des geôliers et autres gibiers de potence qui forment la clientèle de cette caverne ; le cabaretier ou sa femme leB ameuteront contre nous, et nous serons quand même perdus.\u2014Nous tomberons en luttant I \u2014Monseigneur, vous oubliez ce que mon vieux père m\u2019a dit en me donnant à vous.Songez à lui, seigneur, songez que, hors des griffes de ces bandits, vous pourrez quelque chose pour moi.Tandis que si nous tombons l\u2019un et l\u2019autre en leur pouvoir, c\u2019en eBt fait de LE SAMEDI 123 tous deux, el votre vieil et fidèle intendant mourra Bans avoir revu ni son maître, ni son fils.Une imprécation douloureuse s\u2019exhala de la gorge d\u2019Henri de Mercouri \u2014Il le faut donc ! Et dominant sa révolte : \u2014Allons ! Et s\u2019approchant du guichetier qui ronflait, inerte ainsi qu\u2019une hôte morte, il commença à lui arracher ses vêtement 3.\u2014Oh 1 menaça-t-il, Je sens que le besoin de la vengeance s\u2019ajoute à la vengeance.Il faudra que ce cabaratier soit puni de son crime.\u2014Je l\u2019ai déjà condamné, moi ! fit l\u2019écuyer.Henri de Mercourt avait avait achevé de déshabiller l\u2019ivrogne.Refrénant sa contrainte irritée, il revêtit son costume, \u2014C\u2019est fini, dit-il au bout de quelques minutes, il n\u2019y a plus qu\u2019à lui passer mes vêtements.\u2014Et moi je n\u2019ai plus qu\u2019une vis à ébranler, à extraire, répondit Martial.Je vais vous aider, et dans un instant voub serez libre Nous le serons peut-être tous deux, Et la fièvre dans la voix : \u2014Oh ! la valeur immense des minutes.La durée d\u2019un éolair, la vie ou la mort 1 Et abandonnant à regret son ouvrage, il vint aider son maître à habiller l\u2019ivrogne inerte et mou comme un cadavre.\u2014Assez, merci, je continuerai le reste tout seul, dit le vicomte après qu\u2019ils eurent fait le plus difficile.Remets-toi à ta besogne, Oh ! libres !.libres !.Martial Dacier plaça la lame usée, déchiquetée du couteau dans la rainure de la dernière vis, La Bueur coulait de son front, le sang de ses mains, entre lesquelles tournait son outil imparfait.Mais il ne s\u2019en apercevait même paB, s\u2019acharnant, arc-bouté, le sonffle rauque.Mais posée, tordue, formant chochet dans le bois, cette dernière, cette misérable tige de fer, insensible à toutes les tentatives, refusait de tourner.L\u2019écuyer lâcha une imprécation, Et accrochant ses doigts aux angles de la gâche la secoua avec fureur.La lourde armature de fer ballotta.Il essaya de glissser le couteau qui lui servait d\u2019outil, entre le bois et le gâche ; mais la lame plia et il comprit qu\u2019elle allait se rompre.Martial tira alors son énorme couteau de marin, le couteau acheté au patron de la barque bretonne qui les avait transportés en Angleterre, et fit levier.Il parvint ainsi à éloigner assez la gâche pour introduire le bout de ses doigts.On aurait dit des griffes dans la crispation forcenée de ses nerfs.Il poussa un han ! terrible ; sa peau resta sur le fer.Tout craqua.Et il manqua de tomber en arrière, l\u2019armature cédant enfin, arrachée avec un déchirement du bois, La porte était ouverte.\u2014Maître ! venez ! souffla-t-il.Et, toujours plein d\u2019abnégation, il s\u2019effaça, poussant devant lui le gentilhomme.La lumière venant de la salle tomba alors sur celui-ci, éclairant son uniforme du geôlier de la Tour de Londres.Devant lui étaient les consommateurs, les tortureurs de cette géhenne de douleur qu\u2019était la sombre prison d'Etat dont il portait la livrée, et qui allaient sans doute le dévisager.A dix ans de là, était la porte de la ruelle, était la liberté, La liberté ?XLVIII.\u2014 AU COUTEAU ! Henri de Mercourt, prenant sa résolution, s\u2019avançait vers la sallei suivi da Martial, prêt à affronter le feu croisé des regards, prêt à braver le cri de surprise et de délation qui partirait peut-être de la bouche d\u2019un nombreux gêôliera de la Tour de Londres devant qui il lui fallait passer avant de gagner la rue, lorsque la porte s\u2019ouvrit bruquement, et Norberg Robby, parut.Une dizaine d\u2019hommes firent irruption derrière lui.C\u2019étaient les sbires qu\u2019il était allé chercher.\u2014Par ici ! souffla le cabaretier.En même temps, il leur montrait le couloir conduisant au cabinet dans lequel il avait enfermé les deux matelots et Joveler.Mais il aperçut la porte défoncée, vit un homme au costume de gaichatier qu\u2019il crut être Joveler lui-même, et derrière lui, aperçut Un jurement de colère lui échappa.\u2014Nous arrivons encore à temps, gronda-t-il.Sus aux'matolots ! Et, donnant l\u2019exemple en apparence, il s\u2019élança, on effet, puis, s\u2019effaçant bruquement dans sa cuisine dont l\u2019entree était au passage, il laissa la meute humaine s\u2019abattre sur les victimes qu\u2019il lui désignait.Mais l\u2019éclair du large couteau de l\u2019écuyer zébra l'air on sifflant, et la meute, surprise, reflua, traçant autour de lui un cercle aussi grand que le permettaient les murailles.\u2014Sus ! sus donc ! grinça du fond de sa tanière la voix âpre du cabaretier, qui ne voulait pas perdre la prime qu\u2019il escomptait comme salaire de sa trahison.\u2014Chien ! gronda Martial.Les suppôts de prison firent un mouvement, prêta à s\u2019élancer tous ensemble, les griffes en l\u2019air * prêts à coiffer de leur grappe, à écraser leur adversaire.Henri de Mercourt tira son couteau tout ouvert de sa poche, prêt, lui, à défendre son compagnon.\u2014Fuyez I lui glissa à l\u2019oreille l'écuyer, ou c\u2019en est fait do noua deux De moi surtout, sans espoir ! \u2014Houp I commanda le chef de police.Ses hommes s\u2019élancèrent d\u2019un bond terrible ; leur remous refoula le vicomte de Mercourt.Ils ne songèrent même pas à le regarder, son costume signifiant que ce n\u2019était pas là le gibier qu\u2019ils chassaient.Henri de Mercourt vit le chemin libre.Il se détourna, l'haleine coupée, Bentant rugir en lui le désir de seconder Martial.Il aperçut la meute policière entourant son compagnon, comprit l\u2019inutilité de la lutte, accepta le sacrifice ! Il Be souvint alors de ce que lui avait dit Martial : quo, en liberté, il pourrait quelque chose pour lui, tandis que, prisonniers tous doux, ils étaient perdus sans rémission, l\u2019un et l\u2019autre.Lutte inutile, lutte Btérile, que oelle qu\u2019il allait entreprendre.Il replongea dans sa poohe le couteau qu\u2019il commençait à on sortir.Alors, étouffant un cri de rage et de douleur, la main toujours nouée sur son arme terrible, Bur son arme qui ne demandait qu'à frapper, il s'enfonça dans le corridor.\u2014Joveler ! appela le cabaretier en le voyant passer.Le feu de deux prunelles sanglantes tomba sur lui.Mais l\u2019ombre de sa toque couvrant ses traits protégea malgré lui le gentilhomme, ne permit pas à Norberg Robby de reconnaître son erreur.Les consommateurs de la salle, alléchés par l\u2019arrivée des sbires, le bruit de lutte, s\u2019entassaient à l\u2019entrée, flairant par avance l\u2019odeur du sang.Henri de Mercourt s'engagea parmi eux, protégé par son costume comme par un talisman.\u2014Oui, la curée ! lança-t-il d\u2019une voix stridente.Es bousculant leurs rangs, il vit devant lui la sallo vide, la porto restée ouverte ! C\u2019est bien ma destinée qui le veut ! dit-il en se retournant comme pour un dernier défi, une menace pour tous ces gens au milieu «lesquels il venait de passer en dédaignant de se cacher.Il écouta l\u2019écho de voix rauques, de piétinements do lutte qui parvenait jusqu\u2019à lui.Et ravageant sa poitrine de ses ongles, on un accès de colère impuissante et de rfgret furieux, il s\u2019élança au dehors, hurlant : \u2014Oh ! je reviendrai ! A l\u2019intérieur, le tumulte continuait.Au signe de leur cluf, les limiers de prison s\u2019étaient rués avec ensemble sur le matelot, afin d\u2019annihiler sa résistance.Soudain le matelot disparut dans la direction du toit.Le policier envoyé en reconnaissance arriva bientôb à sa hauteur La clarté du flambeau qu\u2019il tenait tomba sur Martial, L'homme de police poussa un cri de joie, l\u2019aboiement du chien qui vient de découvrir la bête traquée.\u2014Rends-toi ! cria-t-il.\u2014Viens me prendre ! riposta le fugitif.Et enlaçant la cheminée de son bras gauche, il prit son couteau de la main droite.Arc-bouté, les yeux rivés Bur ceux de l\u2019espion, il attendit.Ce dernier lança un appel.Aussitôt, tous ses compagnons, joyeux de voir le fugitif découvert, Be hâtèrent vers lui, le rejoignirent.Les yeux brillants, un rire mauvais sur les lèvres, ils étudièrent l\u2019endroit oà se trouvait le Français.Et aussitôt, faisant de nouveau luire leurs poignards, ils s\u2019éparpillèrent, se mettant à glisser vers ce toit, enveloppant l\u2019homme, pareils à des bêtes rampantes et venimeuses, le dard levé.Martial se pencha vers celui qui arrivait en face de lui, son couteau au bout de son bras étendu.L\u2019homme se recula alors, attendit que ses acolytes eussent fini d\u2019enserrer leur victime.Le Français lança rapidement un regard tout autour de lui. LE SAMEDI 124 A la lueur papillotante des flambeaux fondants, il vit la pince formée par les sbires près de se refermer derrière lui.Ayant eu la vision do la liberté conquise, la pensée de rester entre les mains des ugents do Somerset lui déchirait le cœur, uir.fuir encore, n\u2019importe où, n\u2019importe comment, tant qu\u2019il lui resterai un pouce do terrain, il le voulut encore.Qui sait si, à force de tenter la chance, elle ne tournerait pas pour lui, finalement ?1) un coup d'œil il jugea l\u2019endroit où le vide resté entre ses assiégeants était le plus grand, ce vide qui, à chaque seconde, se rétrécissait.ht, lâchant son point d\u2019appui, au risque de rouler sous la pente du toit, il se précipita dans cet étroit espace, L\u2019individu qui était le plus proche détendit le bras : son poignard raya, d\u2019un trait do sang, le jarret de Martial.II était sorti de leur cercle, il était passé ! Qu\u2019allait-il se produire maintenant ?XLIX \u2014 dans l'espace Grâce à sa hardiesse, à son énergie active, Martial était parvenu à sortir du cercle qui l'enserrait ; appuyé d\u2019une main sur leB plaques d\u2019ardoises, le corps à demi couché, il s\u2019éloignait rapidement.Soudain, un halètement souleva son sein ; l\u2019espérance courut dans Bon cerveau.A certains détails de sculpture suffisamment visibles sous les flammes oscillantes, il venait de reconnaître la vieille maison qui, précédemment avait attiré son attention.\u2014Je l\u2019atteindrai ! soufila-t-il entre Bes dents serrées.Il se jeta à plat ventre.Et, glissant, rampant, ne voyant pluB le danger, le toit affreusement incliné, il s\u2019avança vers le bord aussi vite qu\u2019il le pouvait.Los agents do la police s\u2019étaient rassemblés.\u2014Il va se tuer ! disaiont-ilB.\u2014Que je saisisse le tuyau de descente, et je suis hors de leur portée, pensait Martial.La fièvre do la délivrance le surchauffait, et il ne voyait plus rien que cela.Arrivé au bord du toit, il se tordit pour ne pas céder à l\u2019attraction affolante du vide, II vit la gargouille trouant l\u2019obscurité de son trait rigide.Il n aporcevait pas le tuyau sur la façade enténébrée, mais il devait être au-dessous.Plaquant sos mains sur le plomb, comme des griffes, comme des ventouses, il suivit le bord du toit.Son vêtement flottait dans le vide.Los sbires, frappés de etupeur, hésitant tout d\u2019abord à le suivre sur ce chemin de mort, recommencèrent à se mouvoir.\u2014Oh ! j\u2019arriverai avant eux ! grinça-t-il.Encore quelques brasses.La gargouille do piorro aux nervures profondes était devant lui.Il y planta sa main avec une force âpre, une sorte d\u2019énergie sauvage, une prise de possession frénétique.Et d\u2019un élan il l\u2019étreignit, l\u2019embrassa, s\u2019avança sur elle.\u2014Üh ! firent los estafiors, impressionnés malgré eux, Martial les aperçut.Gu rire norvoux, qui eût fait mal à qui l'aurait distingué, crispa los musclos de sa face : \u2014Ils no m\u2019auront pas ! Nouant ses bras à la masse de pierre, il so pencha sur le gouffre, lâcha le toit dos pieds.bon corps s abattit tout à coup, disparut dans la nuit, oscilla, La pierre, sous le poids du corps, ballotta.Les agonis de Somerset, ne le voyant plus, ne savaient que penser, Le corps du malheureux ballottait, retenu par ses bras noué autour de la piorre qui avançait vers l'abîme sa masse sombre et grêle.Les cheveux hérissés sur son Iront, Martial cherchait des pieds le large tuyau auquol il avait espéré se cramponner, Mais il no le touchait pas, ne le rencontrait point, ht au-dessus de lui, la gargouille de pierre s\u2019infléchissait, s\u2019arrachant au mortier, secouée à chacun de ses mouvements.Eu observant la maison autrefois, Martial n\u2019avait pu évaluer à quelle distance du toit s arrêtait le cylindre de métal destiné à recevoir les eaux vomies par la gargouille.ht maintenant, incapable do romonter, retenu au-dessus du gouf-Ire par la crispation do ses bras noués, ses bras que les angles de la pierre entaillaient, il ne sentait pas le cylindre de fer sur lequel il avait compté I Encore quelques minutes, quelques siècles de torture, d\u2019agonie, et il irait se briser sur les pierres aiguës du pavé.\u2014Echouer là ! siffla-t-il avec angoisse.Incrustant sos doigts, ses onglos dans le bord cannelé de la pierre, il détendit, en un lent effort, ses bras prêts à se détacher d\u2019eux-mêmes et resta suspendu par les mains, Lagargouille grinça à son oreille dans le mouvement qu\u2019il venait de faire ; un plâtras s\u2019en détacha, vint frapper Martial et alla tomber dans la rue.avec un bruit pareil à celui d\u2019une pierre jetée dans un puits profond ! Le Breton était brave, et cependant il frissonna.Ses pieds, cherchant au-dessous de lui, dans tous les sens, le point d\u2019appui espéré, ne rencontraient encore rien.Ses poignets, ses mains se raidissaient, menaçant de cesser bientôt de le soutenir.Un gémissement affreux sortit de sa gorge.Il resta snspendu à la gargouille ébranlée par son poids.Encore quelques moments et Eon supplice prendrait fin, dans là mort.La gargouille de pierre détachée de son alvéole, s\u2019abattrait avec lui sur le pavé : déjà, il la sentait glisser.Un coup de vent qui s\u2019éleva fit flotter son vêtement, glaçant sa sueur.Martial crut que l\u2019étoffe s\u2019était accrochée quelque part.\u2014Serait-ce possible ?murmura-t-il.Il fit un léger mouvement, ayant peur que le fragile appui qui le soutenait encore ne s\u2019arrachât tout à fait.L'aspérité à laquelle le drap était accroché résista.L \u2014 FATALITÉ La mort l\u2019écrasement sur le pavé de la rue n\u2019était plus pour le fugitif non pas une question de minutes, mais de secondes.Il pensa : \u2014Plus tôt ou plus tard, qu\u2019importe ! Et, détachant une de ses mains, suspendu par un seul bras à la gagouille de pierre, tel qu\u2019un fruit mûr qui va tomber, il palpa avidement la muraille, cherchant l\u2019aspérité que le hasard venait de lui révéler.Un cri de joie glissa sur ses lèvres ; c\u2019était un fort morceau de fer, le restant sans doute de l\u2019armature qui avait dû maintenir autrefois le plomb chargé de recevoir les eaux de la gargouille.\u2014Le vois-tu ?prononça une voix au-dessus de lui, celle d\u2019un des sbires.\u2014Non.Il doit s\u2019être écrasé en bas.\u2014On ne l\u2019a pas entendu crier.\u2014C\u2019est qu\u2019il s\u2019est tué sur le coup.J\u2019ai entondu tomber quelque chose.Martial saisit avidement leurs paroles.\u2014Ils ne faut pas qu\u2019ils me voient, se dit-il, haletant.Et, lâchant la gargouille de la main qui s\u2019y trouvait encore, il se cramponna à la tige de fer qu\u2019il venait de trouver, laissant ses pieds effleurer la façade de la maison.Un obstacle les arrêta.Un mot jaillit alors do la bouche du fugitif : \u2014Le tuyau de fer ! Il était sauvé, C\u2019était bien , en effet, le point d\u2019appui qu\u2019il avait cherché pour y confier sa vie, le chemin périlleux qu\u2019il saluait d\u2019une voix reconnaissante, enivrée, Le reste maintenant n\u2019était plus rien.\u2014Non, je ne suis paB encore mort, je ne suis pas non plus en votre pouvoir, prononça-t-il à mi-voix, avec une frénésie ardente, en s\u2019adressant à ceux qui avaient cru le tenir.Se laisser glisser à terre, s\u2019éloigner aussitôt de ce quartier allait lui être facile.Changeant ensuite de déguisement, il se mettrait à la recherche de son maître.Libre ! \u2014Il fallait rester libre ! Il commença sa descente.\u2014Encore quelques toises, pesa-t-il.Ensuite l\u2019espace ! Un cri bref lui échappa, La fatalité ravageant tout ! Le destin qui crie : Il faut que tu succombes ; tu es condamné ! Le crochet de scellement du tuyau venait de céder.Le malheureux que rien ne retenait plu,s tombait en arrière, traçant une trajectoire effroyable.Un bruit sourd s\u2019éleva du sol.\u2014Avez-vous entendu î fit un des sbires restés sur les toits, LE SAMEDI La même intuition surgit à la fois à leur esprit à chacun, Le fugitif ayant presque réussi à s\u2019échapper, ils no savaient comment, venait de s\u2019abîmer sur les pavés de la ruo.\u2014Vite ! lancèrent-ils.Ils se précipitèrent dans l\u2019ouverture du grenier.Norbeg Robby entendit, au-dessus de lui, une cavalcade effrénée, une avalanche humaine roulait dans l\u2019oscalier.La bande des estufiors qu\u2019avait laissés debout le couteau du Bro-ton passa comme un tourbillon devant sa cuisine.Et le bruit de leur galopago retentit dans la ruo.Ils tournèrent l\u2019angle.Une forme humaine gisait sur le sol, inerte, Us tombèrent tous onsemble dessus, \u2014Nous le tenons ! s\u2019écrièrent-ils avec joie, Martial, car c\u2019était lui, tourna lentement vers oux sa tête saignante.Des bourgeois apparaissaient sur leurs portas, avec des flambeaux.A cette clarté, les policiers virent la douleur silencieuse et résignée peinte sur les traits du vaincu, et invinciblement ils se turent.Un d\u2019eux le soulevr.Mais quelque chose d\u2019atrocement douloureux passa sur la face de Martial livide do souffrance et pourpre de sang extravasé, et il retomba.Une de ses jambes ballottait, brisée au-dessus du genou, Les bires joignant leurs mains deux à deux le jetèrent alors sur brancard improvisé et l\u2019emportèrent.La tête du blessé balançait en arrière.Il la releva dans un effort et contempla la maison qui venait de tromper son espérance.\u2014Qu'importe, murmura-t-il, puisque, grâce à moi, mon maîtro est sauvé ! Et il s\u2019évanouit, tandis que le funèbre cortège qui l\u2019emportait disparaissait au tournant de la rue.LI.\u2014 CHRISTMAS ! La dernière pensée de Martial, avant de céder à la syncope causée par le mal et par la perte de son sang, avait été pour son maître resté libre, grâce à son dévouement et à son énorgique présenco d\u2019esprit.A la faveur de l'uniforme de geôlier do la Tour de Londres enlevé à Joveler, et grâce aussi au désordre provoqué par la lutte acharnée de l\u2019écuyer, le vicomte de Mercourt était parvenu à gagner la rue.Arrivé sur le seuil de l\u2019auberge, il avait tourné à droite, machinalement.A quelques pas de là, se trouvait la ruelle dans laquelle devait plus tard venir s\u2019écraser son courageux et fidèle écuyer.Devant lui s\u2019élevait la masse sombre et menaçante de la Tour de Londres.La première pensée du gentilhomme fut de se jeter dans cette ruelle et do se perdre dans les rues de la Cité.Au moment de le faire, une idée nouvelle surgit dans son esprit.On ne tarderait pas à s\u2019apercevoir de la substitution de costume opérée par lui.On se rendrait compte aussitôt qu\u2019il n\u2019avait eu ainsi d\u2019autre but que de se soustraire aux limiers envoyés contre lui, Et l\u2019ordre serait transmis aussitôt à toutes les créatures de lord Somerset qui, de nuit et de jour, de nuit surtout, battaient le pavé de la capitale, d\u2019arrêter provisoirement quiconque porterait le cos-me de guichetier de la prison royale.Comme, en outre, MM, les porte-clés de la noble Tour n\u2019avaient guère l\u2019habitude de montrer nuitamment par les rues leur uniforme assez peu estimé, les vêtements auxquels le vicomte de Mercourt devait son salut n\u2019allaient pas tarder à causer sa perte.\u2014Il n\u2019est qu\u2019un lieu où ce costume ne risque pas de me compromettre, se dit-il audacieusement.C\u2019est la Tour do Londres elle-même.Et l\u2019idée suivante se juxtaposa à la précédente, téméraire, folle et d\u2019autant plua tenace : aller se mettre à l\u2019abri des poursuites dans la Tour elle-même, oui, dans la Tour de Londres, véritable cité ! \u2014Nul ne me supposera assez insensé pour aller affronter une telle demeure.Et s\u2019avançant lentement vers la sinistre forteresse : \u2014Raison de plus pour m\u2019y réfugier.Il considéra la silhouette rébarbative des murs crénelés, des meurtrières.\u2014Au petit jour, quand j\u2019en sortirai, les limiers de geôles auront certainement cessé leur chasse, persuadés qu\u2019à cette heure-là, j\u2019aurai depuis longtemps troqué, contre un autre, ce déguisement trop voyant.Au petit jour, quand j\u2019en sortirai.ai-je dit.si j'en sors ! 126 Il apercevait plus distinctement la masso noire et menaçante : \u2014N\u2019est-ce pas tenter le ciol quo d\u2019aller me jeter ainsi dans la gueule du loup ?Mais, d\u2019autro part, il y réfléchissait, n'ayant point dans Londres de retraite sûre où il pût se cacher, obligé d'aller s\u2019échouer dans quelque hôtellerie do bas étage où son costume le dénoncerait, sa perte était certaine.Au fur et à mesuro qu\u2019il voyait plus distinctement les mailles du filet qui n\u2019allait pas tarder à l'enserrer, son inspiration primitive lui paraissait moine déraisonnable.Il allait plus loin, elle était moins hasardeuse mémo.Depuis qu\u2019il était installé à l'auborgo do la Rose, il avait eu lo temps de se mettre au fait des usuges de la trop célèbre prison, Les gardiens étaient divisés en deux équipes principales.L\u2019équipe de jour, l\u2019équipe de nuit.Ceux chargés de la surveillance des geôles durant la nuit quittaient leur service lorsque l\u2019horloge de sable installée dans le poste de garde indiquait que l\u2019on était a la septième heure du matin.La cloche donnait alors le signal du départ, Los gardiens, au nombre d'une cinquantaine, se présentaient au guichet principal et passaient par groupo pim ou moins compacts en devisant de leurs petites affaires.Ce quo le seigneur de lvervien n\u2019avait pu voir do lui-même, son \u201c ami \u201d Joveler, ou plus exactement l'ami des verréos de gin et de brandy que lui payait le faux Lionel, lo lui avait appris, On était en hiver ; à sept heures du matin, il faisait encore noir dans les corridors voûtés do la cour, et lo quinquot installé devant le guichet commençait à charbonner.Henri de Mercourt se disait tout cela on se rapprochant insensiblement de la forteresse.Un bruit soudain derrièro lui lo fit se retourner vivement.La porte de l\u2019auberge venait de se rouvrir.Deux des estafiers en sortaient, portant Joveler ivre-inort ; derrière eux, plusieurs des consommateurs causaient avec animation.\u2014Je suis découvert, se dit lo gentilhomme français, ou jo no vais pas tarder à l\u2019être.Une cinquantaine do pas lo séparaient oncoro de la fortoresse.\u2014Allons, de la décision ! Christmas m\u2019a dit Jovolor.Cost le mot de passe.On me prendra pour un permissionnaire venant prendre son service.Pourtant une angoisse insurmontable l\u2019étroignait au moment do faire les derniers pas pour franchir co seuil rodoub sur lequel on aurait pu écrire le \u201c laissez ici touto espéranco \u201d du poète.Alors ce quelque choso do plus fort que la raison, plus fort que la mort, qu\u2019est l\u2019amour se levant en lui : \u2014Lord Mercy s\u2019y trouve captif, entorn* dans une oubliette, m\u2019a affirmé Joveler.Son gardien se fait un passe-temps de montrer l\u2019infortuné et noble vieillard commo on montro uno bête dans sa cage.C'est la Providence qui le permet, qui le veut.Jo m\u2019adresserai à Chooner, je lui offrirai un verre do vin ou do whisky, ces alcools empoisonnés avec lesquels on peut tout espérer avec ces hommes, et lui demanderai à voir la grimace que fait son prisonnier dans son trou d\u2019horreur.Il leva son regard vers le cio! d'où une étoile scintillante semblait planer au-dessus de la funèbre citadelle.\u2014Dieu de mon enfance, pria-t-il, c\u2019est vous qui m\u2019avez conduit à la porte de cette prison.Co n\u2019est plus à moi que jo songe à cotte heure, c\u2019est à celle que jo n\u2019ai cossé d\u2019aimer, à celle dont jo vais voir le père, et à qui jo vais demander le mot suprêmo qui me permettra de retrouver Ellen.si je ne succombe pas dans cotte tentative.Il se détourna uno derrièro fois pour reg krdor derrièro lui, aporçut les lumières courant sur les toits, et devina ce qui ho passait.\u2014Mon brave et généreux écuyer se sacritio pour moi, pour mon œuvre.Et j hésiterais, moi !.Il fit délibérément quelque pas vers le seuil fortifié.\u2014Qui va là ?cria la sentinelle.\u2014Christmas ! répondit lo Français.Et il disparut sous la voûto, LII.\u2014 DANS f.\u2019ANTKÊ On donne le mot do passe à chacun dos trois guichets ot l\u2019on est dans la place, avait dit à pou près Jovolor à colui qu\u2019il croyait être le matelot Lionol débarqué du brick lo St
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